Violences: C’est la polygamie, imbécile ! (Polygamous societies are just more violent, researchers say)

21 décembre, 2014
https://i2.wp.com/uploads3.wikiart.org/images/raphael/jacob-s-encounter-with-rachel-1519.jpghttps://i2.wp.com/media.newindianexpress.com/0cb5159494f59931680f6a706700db6f.jpg/2014/12/19/article2577884.ece/alternates/w620/0cb5159494f59931680f6a706700db6f.jpg
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/12/070f6-isis_slave_market_video_5.jpg
http://giavellireport.files.wordpress.com/2012/10/parisriots1.jpg?w=450&h=326
https://scontent-b-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-xpf1/v/t1.0-9/10347490_993622337331359_7712838225019226692_n.jpg?oh=411c4e7621be55a22f5a9be581f44e89&oe=54F9D538

Tu ne prendras pas pour autre épouse la sœur de ta femme, car tu provoquerais des rivalités entre elles en ayant des relations avec la sœur, tant que ta femme est en vie. Lévitique 18: 18
C’est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes; au commencement, il n’en était pas ainsi. Mais je vous dis que celui qui répudie sa femme, sauf pour infidélité, et qui en épouse une autre, commet un adultère. (…) Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Jésus (Matthieu 19: 8-14)
J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Tuez-les, crachez-leur au visage, et écrasez-les avec vos voitures. Jihadiste français (Etat islamique)
Aujourd’hui, c’est le jour du marché aux esclaves. C’est le jour de la distribution, et si Dieu le veut, chacun aura sa part. Militant de l’Etat islamique
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
What do we want? Dead cops! When do we want it? Now! Manifestants de New York (13.12.14)
Plus de 1.000 combattants européens enrôlés dans ses rangs sont revenus dans l’espace Schengen. (…) L’adversaire n’est plus seulement aux portes de l’Europe, il en a franchi le seuil.  [d’où] la nécessité d’intégrer encore plus dans notre réflexion le retour de l’armée de terre sur son milieu naturel, celui du sol national, pour pourvoir y faire face, avec les forces de sécurité, à tous types de menaces dont celles que ces vingt dernières années avaient confinées à l’extérieur. Général Jean-Pierre Bosser (chef d’état-major de l’armée de terre)
C’est la peur aussi sciemment installée d’une religion, l’Islam, qui de façon inacceptable est présentée par certains comme incompatible avec la République, alors que la République a toujours respecté les religions, et que les religions ont toujours été capables de comprendre les valeurs qui devaient être respectées. Le fait nouveau, c’est que ces vents mauvais soufflent de plus en plus, et pas seulement en France, partout en Europe. C’est pourquoi il nous faut une fois encore reprendre le combat et faire en sorte de répondre et de ne rien laisser passer, en montrant d’abord la force de l’intégration. François Hollande
De nouveaux détails ont émergé sur le calvaire que subissent les femmes otages et esclaves sexuelles de l’État islamique. Un site d’informations irakien affirme avoir trouvé une grille de tarifs de vente des yazidies et des chrétiennes capturées par les combattants de Daech. Quiconque ne respecte pas ces prix sera exécuté, met en garde cette note, dont l’authenticité n’a pas été contestée à ce jour. Elle rappelle qu’un homme ne peut pas «acquérir» plus de trois femmes, sauf, précision étrange, s’il est un étranger originaire de Syrie, de Turquie, d’Arabie saoudite ou des Émirats. Les femmes les plus chères sont les plus jeunes. Pour une enfant âgée de moins de 10 ans, il en coûtera 200.000 dinars (138 euros). Pour une jeune femme de moins de 20 ans 100.000 dinars (104 euros). Pour une trentenaire 75.000 dinars (52 euros). Pour une femme quadragénaire 50.000 dinars (35 euros). Le document déplore même que «le marché de la femme soit à la baisse, ce qui a nui aux finances de l’État islamique». Une vidéo, tournée à Mossoul et traduite il y a quelques jours en anglais, donne une illustration glaçante de ces pratiques. On y voit des combattants islamiques échanger des conseils pour bien négocier les prix. «Aujourd’hui, c’est le jour du marché aux esclaves. C’est le jour de la distribution, et si Dieu le veut, chacun aura sa part», se réjouit un militant. (…) D’après des ONG, plus de 4.600 femmes yazidies sont portées disparues depuis l’offensive de Daech en Syrie et en Irak. Dans les premières semaines, des otages arrivaient encore à contacter des associations décrivant des bordels où les femmes étaient traitées comme du bétail et où certaines étaient violées plus de 30 fois par jour. Mais désormais, c’est le silence le plus total. D’après des témoignages de djihadistes, l’État islamique a fait de son trafic de femmes un argument de recrutement, faisant miroiter aux nouveaux venus une abondance de concubines. Le Figaro
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins (2006)
Je m’ennuie follement dans la monogamie, même si mon désir et mon temps peuvent être reliés à quelqu’un et que je ne nie pas le caractère merveilleux du dévelopement d’une intimité. Je suis monogame de temps en temps mais je préfère la polygamie et la polyandrie. Carla Bruni
Avec la crise économique dans mon pays, peu d’hommes peuvent entretenir plusieurs épouses. En France, c’est différent, tous ces enfants sont une source de revenus. Oumar Dicko (ministre chargé des Maliens de l’extérieur)
Mais les fils n’ont pas ce choix. Ils ont grandi dans les basses couches de la société, sans les compétences intellectuelles nécessaires pour améliorer leur position. Ce sont ces garçons qui mettent le feu à Paris, ou dans des quartiers de Brême. Certains d’entre eux parviennent jusqu’à l’université et deviennent des leaders pour les autres – pas des pauvres, mais de jeunes hommes de rang social peu élevé, qui croient être opprimés à cause de leur confession musulmane, alors qu’en réalité c’est le système social qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
Certains islamistes peuvent se montrer respectueux des lois et raisonnables, mais ils font partie d’un mouvement totalitariste et, à ce titre, doivent être considérés comme des meurtriers potentiels. Daniel Pipes
Il arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer. Proust
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Le seul point sur lequel les Etats, les théologiens et les juristes musulmans font une quasi-unanimité, c’est la question de l’interdiction de la polygamie réclamée par certaines associations féminines. Une telle interdiction serait illicite, de leur point de vue, parce qu’elle équivaudrait à rendre illicite ce que Dieu a déclaré licite, puisque c’est le Coran lui-même qui a explicitement défini le statut juridique de la polygamie. (…) De nombreux auteurs estiment que la polygamie se justifiait, au temps de la Révélation, du fait des circonstances très particulières de l’époque. On cite souvent, à ce propos, l’exemple du Prophète, qui s’est marié à plusieurs femmes, pendant les dix dernières années de sa vie, du temps de son séjour à Médine. « C’était une période de guerres, et il y avait un très grand nombre de femmes qui n’avaient personne pour s’enquérir de leur sort. La plupart des femmes du Prophète étaient veuves ou âgées. Beaucoup d’entre elles avaient des enfants de leurs ex-maris. » D’après ces auteurs, la polygamie peut continuer de se justifier, dans les temps modernes, dans des circonstances exceptionnelles. Par exemple, à la suite d’une guerre meurtrière qui a décimé les hommes au front, le nombre de femmes en âge de se marier peut largement dépasser celui des hommes. Khalid Chraibi
Our goal was to understand why monogamous marriage has become standard in most developed nations in recent centuries, when most recorded cultures have practiced polygyny. The emergence of monogamous marriage is also puzzling for some as the very people who most benefit from polygyny — wealthy, powerful men — were best positioned to reject it. Our findings suggest that institutionalized monogamous marriage provides greater net benefits for society at large by reducing social problems that are inherent in polygynous societies. (…)  The scarcity of marriageable women in polygamous cultures increases competition among men for the remaining unmarried women. Prof. Joseph Henrich (University of British Columbia)
Considered the most comprehensive study of polygamy and the institution of marriage, the study finds significantly higher levels rape, kidnapping, murder, assault, robbery and fraud in polygynous cultures. According to Henrich and his research team, which included Profs. Robert Boyd (UCLA) and Peter Richerson (UC Davis), these crimes are caused primarily by pools of unmarried men, which result when other men take multiple wives. Science Daily
Selon les données anthropologiques disponibles, environ 85 % des sociétés humaines passées ont permis aux hommes d’avoir plus d’une épouse par un mariage polygame. On pourrait empiriquement penser que l’accroissement de la richesse des « élites » devraient favoriser encore plus les mariages polygames18. Or, la tendance est contraire : le mariage monogame s’est propagé à travers l’Europe, et plus récemment dans le monde, même chez les « élites », alors même que les écarts de richesse ont grandi. Peter Richerson et son équipe (Université UC Davis, Californie) ont utilisé les données criminologiques disponibles pour comparer sociétés polygames et monogames. Elles laissent penser que les cultures monogames connaissent moins de viol, d’enlèvement, assassinat et maltraitance d’enfants, et d’autres crimes que les sociétés polygames. Comparativement, selon cette étude, l’institutionnalisation du mariage ou couple monogame semble apporter plus d’avantages nets pour la société. Une explication proposée par les auteurs est que dans les sociétés polygames, de nombreux hommes sont contraints au célibat et laissés pour compte, avec moins d’espoir de pouvoir vivre avec une femme. Ils seraient alors plus susceptibles de violence et de comportements asociaux ; Peter Richerson pose l’hypothèse que la monogamie institutionnalisée est associée à un modèle culturel mieux adapté au monde moderne, réduisant la compétition intrasexuelle chez les jeunes, et réduisant par suite le taux de criminalité (dont en termes de viol, assassinat, agression, vol et fraude, ou de certains abus personnels) tout en diminuant les écarts d’âge entre conjoints, la fertilité, et l’inégalité des sexes et en déplaçant les efforts des hommes de la recherche d’une épouse vers plus d’investissement paternel, et une meilleure productivité économique. Peter Richerson estime qu’en augmentant le degré de parenté au sein des ménages, la monogamie normative réduit les conflits intra-ménage, et conduisant= à moins de négligence envers les enfants, moins d’abus, de mort accidentelle et d’homicide. Wikipedia

Viols, enlèvements, assassinats, maltraitance d’enfants, vols, fraudes, inégalités homme-femme …

A l’heure où après avoir exposé au monde, dans les textes sacrés les plus violents de l’histoire de l’humanité et d’Abraham à Jacob et de David à Salomon, tous les travers et méfaits imaginables des relations homme-femme …

Et démontré enfin avec la monogamie tout le bien-fondé d’une singularité judéo-chrétienne que nos élites s’étaient imposées contre leurs intérêts immédiats mêmes …

Nos sociétés dites avancées n’ont pas de mots plus durs pour la source de leurs avancées …

Et, après l’exaltation de la sérialité (polygamique ou monogamique) et du métissage, nous matraquent à présent avec l’aberration du « mariage homosexuel » …

Pendant qu’entre enlèvements, ventes et massacres de femmes et d’enfants et du Proche-Orient au Sous-continent indien et en passant par l’Afrique, la religion de paix et d’amour démontre chaque jour un peu plus malgré les premiers revers le véritable fond de sa pensée …

Et que poussés au passage à l’acte par la  fureur djihadiste ou la victimose ambiante et leur faisant éprouver à leur tour ce que subit depuis des années Israël, s’installent durablement en leur sein même, de New York à Ottawa et de Sydney à New York ou de Tours à Dijon, une véritable classe de perdants

Comment ne pas voir avec une récente étude canadienne …

L’une des évidentes sources, via le surplus de jeunes désoeuvrés et frustrés qu’elle produit, de la violence spécifique des sociétés musulmanes

A savoir sous couvert de défense de la veuve et de l’orphelin suite à leurs incessantes guerres …

La tolérance de la polygamie ?

Monogamy reduces major social problems of polygamist cultures
Science Daily
January 24, 2012

Source:
University of British Columbia
Summary:
In cultures that permit men to take multiple wives, the intra-sexual competition that occurs causes greater levels of crime, violence, poverty and gender inequality than in societies that institutionalize and practice monogamous marriage. That is a key finding of a new study that explores the global rise of monogamous marriage as a dominant cultural institution. The study suggests that institutionalized monogamous marriage is rapidly replacing polygamy because it has lower levels of inherent social problems.

In cultures that permit men to take multiple wives, the intra-sexual competition that occurs causes greater levels of crime, violence, poverty and gender inequality than in societies that institutionalize and practice monogamous marriage.

That is a key finding of a new University of British Columbia-led study that explores the global rise of monogamous marriage as a dominant cultural institution. The study suggests that institutionalized monogamous marriage is rapidly replacing polygamy because it has lower levels of inherent social problems.

« Our goal was to understand why monogamous marriage has become standard in most developed nations in recent centuries, when most recorded cultures have practiced polygyny, » says UBC Prof. Joseph Henrich, a cultural anthropologist, referring to the form of polygamy that permits multiple wives, which continues to be practiced in some parts of Africa, Asia, the Middle East and North America.

« The emergence of monogamous marriage is also puzzling for some as the very people who most benefit from polygyny — wealthy, powerful men — were best positioned to reject it, » says Henrich, lead author of the study that was recently published in the journal Philosophical Transactions of the Royal Society. « Our findings suggest that institutionalized monogamous marriage provides greater net benefits for society at large by reducing social problems that are inherent in polygynous societies. »

Considered the most comprehensive study of polygamy and the institution of marriage, the study finds significantly higher levels rape, kidnapping, murder, assault, robbery and fraud in polygynous cultures. According to Henrich and his research team, which included Profs. Robert Boyd (UCLA) and Peter Richerson (UC Davis), these crimes are caused primarily by pools of unmarried men, which result when other men take multiple wives.

« The scarcity of marriageable women in polygamous cultures increases competition among men for the remaining unmarried women, » says Henrich, adding that polygamy was outlawed in 1963 in Nepal, 1955 in India (partially), 1953 in China and 1880 in Japan. The greater competition increases the likelihood men in polygamous communities will resort to criminal behavior to gain resources and women, he says.

According to Henrich, monogamy’s main cultural evolutionary advantage over polygyny is the more egalitarian distribution of women, which reduces male competition and social problems. By shifting male efforts from seeking wives to paternal investment, institutionalized monogamy increases long-term planning, economic productivity, savings and child investment, the study finds. Monogamy’s institutionalization has been assisted by its incorporation by religions, such as Christianity.

Monogamous marriage also results in significant improvements in child welfare, including lower rates of child neglect, abuse, accidental death, homicide and intra-household conflict, the study finds. These benefits result from greater levels of parental investment, smaller households and increased direct « blood relatedness » in monogamous family households, says Henrich, who served as an expert witness for British Columbia’s Supreme Court case involving the polygamous community of Bountiful, B.C.

Monogamous marriage has largely preceded democracy and voting rights for women in the nations where it has been institutionalized, says Henrich, the Canadian Research Chair in Culture, Cognition and Evolution in UBC’s Depts. of Psychology and Economics. By decreasing competition for younger and younger brides, monogamous marriage increases the age of first marriage for females, decreases the spousal age gap and elevates female influence in household decisions which decreases total fertility and increases gender equality.

Story Source:

The above story is based on materials provided by University of British Columbia. Note: Materials may be edited for content and length.

Journal Reference:

J. Henrich, R. Boyd, P. J. Richerson. The puzzle of monogamous marriage. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 2012; 367 (1589): 657 DOI: 10.1098/rstb.2011.0290

In cultures that permit men to take multiple wives, the intra-sexual competition that occurs causes greater levels of crime, violence, poverty and gender inequality than in societies that institutionalize and practice monogamous marriage.

That is a key finding of a new University of British Columbia-led study that explores the global rise of monogamous marriage as a dominant cultural institution. The study suggests that institutionalized monogamous marriage is rapidly replacing polygamy because it has lower levels of inherent social problems.

« Our goal was to understand why monogamous marriage has become standard in most developed nations in recent centuries, when most recorded cultures have practiced polygyny, » says UBC Prof. Joseph Henrich, a cultural anthropologist, referring to the form of polygamy that permits multiple wives, which continues to be practiced in some parts of Africa, Asia, the Middle East and North America.

« The emergence of monogamous marriage is also puzzling for some as the very people who most benefit from polygyny — wealthy, powerful men — were best positioned to reject it, » says Henrich, lead author of the study that was recently published in the journal Philosophical Transactions of the Royal Society. « Our findings suggest that that institutionalized monogamous marriage provides greater net benefits for society at large by reducing social problems that are inherent in polygynous societies. »

Considered the most comprehensive study of polygamy and the institution of marriage, the study finds significantly higher levels rape, kidnapping, murder, assault, robbery and fraud in polygynous cultures. According to Henrich and his research team, which included Profs. Robert Boyd (UCLA) and Peter Richerson (UC Davis), these crimes are caused primarily by pools of unmarried men, which result when other men take multiple wives.

« The scarcity of marriageable women in polygamous cultures increases competition among men for the remaining unmarried women, » says Henrich, adding that polygamy was outlawed in 1963 in Nepal, 1955 in India (partially), 1953 in China and 1880 in Japan. The greater competition increases the likelihood men in polygamous communities will resort to criminal behavior to gain resources and women, he says.

According to Henrich, monogamy’s main cultural evolutionary advantage over polygyny is the more egalitarian distribution of women, which reduces male competition and social problems. By shifting male efforts from seeking wives to paternal investment, institutionalized monogamy increases long-term planning, economic productivity, savings and child investment, the study finds. Monogamy’s institutionalization has been assisted by its incorporation by religions, such as Christianity.

Monogamous marriage also results in significant improvements in child welfare, including lower rates of child neglect, abuse, accidental death, homicide and intra-household conflict, the study finds. These benefits result from greater levels of parental investment, smaller households and increased direct « blood relatedness » in monogamous family households, says Henrich, who served as an expert witness for British Columbia’s Supreme Court case involving the polygamous community of Bountiful, B.C.

Monogamous marriage has largely preceded democracy and voting rights for women in the nations where it has been institutionalized, says Henrich, the Canadian Research Chair in Culture, Cognition and Evolution in UBC’s Depts. of Psychology and Economics. By decreasing competition for younger and younger brides, monogamous marriage increases the age of first marriage for females, decreases the spousal age gap and elevates female influence in household decisions which decreases total fertility and increases gender equality.

Story Source:

The above story is based on materials provided by University of British Columbia. Note: Materials may be edited for content and length.

Journal Reference:

J. Henrich, R. Boyd, P. J. Richerson. The puzzle of monogamous marriage. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 2012; 367 (1589): 657 DOI: 10.1098/rstb.2011.0290

Voir aussi:
Biblical Polygamy Does Not Turn out Well

Curated by Mike Schultz

Though polygamy is clearly allowed in the Bible, it almost always leads to really bad situations. Of the three religions coming out of the Bible, Christianity (early) and Judaism (much later) ended polygamy while Islam continued it.

Jacob Marries Two Sisters: Rachel and Leah
Source: biblegateway.com

There are several stories of polygamy in the Bible, and they almost all turn out badly.

In Genesis 29 (see this article attached to this learning for the complete story), Jacob has fled Canaan from his murderous brother Esau after deceptively obtaining Esau’s blessing from Isaac. He makes his way to Haran, to his uncle Laban’s house. There he ends up marrying Laban’s two daughters, Leah and Rachel, as well as their two handmaidens, Bilhah and Zilpah. But he only married Leah because he was tricked into it, and as verse 29:31 records, Leah was hated. Some translations offer the nicer « unloved » or « not loved, » but the literal Hebrew is quite clearly hate.

Reading through this chapter, and the explanations that Leah gives to the names each of her children receives, it’s heart-wrenching to see what it can be like for one wife when a different wife is clearly preferred by her husband. And when they’re sisters, of course, it’s that much worse.

This dynamic doesn’t end – the children of Rachel are preferred by Jacob to the children of Leah, leading to a lot of resentment and ultimately the brothers’ selling Joseph (Rachel’s son) down to Egypt.

Later on in the Bible, the reality that it’s not such a good idea to marry two sisters is turned into a proper prohibition:

« You shall not take a woman as a wife after marrying her sister, as her rival, to uncover her nakedness beside the other during her lifetime. » (Vayikra 18:18)

Abraham, Sarah and Hagar: Hagar Is Banished
Source: torah.org

A couple of generations earlier, Abraham’s wife, Sarah, who he loves, is barren for many years. So she suggests that Abraham take her maidservant, Hagar, as his second wife. But she ends up regretting it pretty quickly, as Hagar starts disrespecting her from the moment that she becomes pregnant. In two separate episodes, Sarah demands that Abraham banish Hagar, first when she is pregnant and then after Hagar’s teenaged son, Ishmael, is mistreating Sarah’s young son, Isaac (don’t let the image trick you – Ishmael is 13 years older than Isaac, not the same age as in this painting). In each case, Hagar and Ishmael almost perish in the desert but are miraculously saved.

So Sarah and Hagar did really poorly as co-wives. This post retells the full story and suggests based on a rabbinic source that Sarah acted inappropriately. Here maybe the message is not to marry your wife and her servant.

Very interestingly, after Sarah dies, the midrash suggests that Isaac took an unusual step. Abraham’s servant was off searching for a wife for Isaac. Isaac, according to the midrash, felt that the least he could in return was make sure his father wasn’t alone. So in Genesis 24:62, he went to the Well of the Eternal One Who Sees, the well named by Hagar after her miraculous salvation. Why did he go there? The midrash suggests that this is where Hagar went to live after having been sent away the second time. (Interestingly, I believe Islam says the same thing – this is the Zamzam well outside of Mecca.) And Isaac went there to bring Hagar back to be his father’s wife once more.

So there you have quite a co-wife dynamic: the son of the preferred wife encouraging his father to remarry the rejected wife after his preferred wife passes away. And then after Abraham dies, it says in 25:11 that Isaac went back to the Well again, to ensure that Hagar remains part of the family.

Rival Wives: Hannah and Peninah
Source: biblehub.com

Even when there’s no prior relationship between two wives, it still can go quite badly. In the beginning of the Book of Samuel, as you can read in this post, Elkanah has two wives, and as usual the one he loves better (Hannah) is barren while the one he loves less (Peninah) has kids. And just as this painting captures, Peninah does not hesitate to torture Hannah with incessant reminders of her barrenness.

In Biblical Hebrew, the word tzarah means both « trouble » and « co-wife. » So that makes it pretty clear, I’d say – no illusions here about whether co-wives were likely to get along happily.

King David & King Solomon and Their Many Wives
Source: mechon-mamre.org

When it came to the kings, they can’t say they weren’t warned. Deuteronomy 17:16-17 warns, « The king must not acquire great numbers of horses for himself or make the people return to Egypt to get more of them, for the Lord has told you, « You are not to go back that way again. » He must not take many wives, or his heart will be led astray. »

King David took at least 22 wives and concubines, and suffered greatly from the infighting as to who would inherit his throne.

But King Solomon’s story offers more of a warning. This learning takes you to I Kings 11, where we read of King Solomon’s 1000 wives (which doesn’t include the Queen of Sheba, pictured here, with whom he had a more ambiguous relationship, but the Ethiopian Orthodox Church claims descent from their union, as well as the resulting possession of the holy Ark of the Covenant).

Just as Deuteronomy warned, they lead him astray, building sites of idol worship in his old age, as a result of which he is punished by having the kingdom torn in two in the next generation.

Why (and When) Did Christianity Outlaw Polygamy?
Source: en.wikipedia.org

If polygamy was so clearly allowed in the Hebrew Bible, how did it come to pass that the early Church prohibited it?

You could say they were good readers of the Hebrew Bible and saw how this didn’t go so well. But this Wikipedia article suggests that a major driving force may have been the fact that Roman marriage had to be monogamous. And since Christianity began within the Roman empire, that may well have had a major impact.

As you can see in this article, there is debate as to what the Christian Bible has to say about polygamy. Though there are several Biblical passages that seem to outlaw it, none of them are 100% clear, leaving open the possibility that the Christian prohibition came only after the Bible.

TLC’s Sister Wives: Mormonism and Polygamy
Source: learni.st

It’s well known, thanks to shows like Big Love and the TLC’s series of documentaries of real-life families, that an offshoot of the Mormon church still practices polygamy today.

This  documentary from Discovery highlights TLC’s « Sister Wives »  featuring Kody Brown and his four wives. There’s also an interesting learning about the history of polygamy in the US and the original position of the Mormon church on the question.

Finally, there’s a learning that looks at this issue from a totally different perspective. Many traditional African societies today have polygamy, and in this learning the author argues why polygamy is a good thing.

Maasai Tribe: The Meaning of Love & Polygamy
Source: youtube.com

From the BBC show « Tribal Wives » (where British women get integrated into indigenous tribes around the world), this video provides some interesting perspective on polygamy. If marriage is not about love but about successfully running a household, then polygamy could take on a totally different feel. In the Bible, it kind of feels like marriage is about both love and practicality, or sometimes one and sometimes the other.

Does Jewish Law Forbid Polygamy?
Source: chabad.org

In Judaism, there’s no mention of polygamy in the rabbinic period (~2000 years ago), so it seems to have been a permitted but very uncommon practice. But 1000 years ago, the head of the Ashkenazi (Northern European) Jewish community, Rabbeinu Gershom, put out a new decree. Among other things (like forbidding reading other people’s mail), Rabbeinu Gershom outlawed polygamy.

This article suggests 5 different reasons for Rabbeinu Gershom’s decree, most of them to do with ensuring greater happiness within the home, either because of infighting between the wives or a husband not being nice to all his wives or just because of the financial strain.

However, this decree did not apply to the Sephardic Jewish communities in Spain and later on North Africa and the Middle East.

Jewish Polygamy
Source: jewishencyclopedia.com

This 1906 entry from the Jewish Encyclopedia gives a very thorough look at polygamy in Judaism, from a close reading of the Bible (When did polygamy start? What was the ideal, as represented by Adam and Eve? Why did the Judges take multiple wives? Why did the Prophets not do so?) through the rabbinic period and into the last millenia. Polygamy in the Sephardic world was certainly rare, but it remained a possibility until recent years, when there were basically almost no Jews left living in countries that permitted polygamy.

Why Polygamy Is Allowed in Islam
Source: patheos.com

This blog post written by a Muslim woman attempts to explain the underlying reason behind Islam’s allowing a man to take up to four wives. In addition, she offers suggestions to the women for how to make it work.

In Islam, explicit in the Quran and Hadith (oral teachings of the Prophet Muhammad), a man is allowed to marry up to 4 women. It’s neither encouraged nor discouraged, just allowed. The author argues, based on the context in the Quran of these teachings, that after a time of war, with so many fallen men, polygamy is a means of caring for the widows and orphans.

Islam requires the husband to treat all his wives equally – to divide his time and financial resources evenly and provide similar housing for each.

Towards the end of this post, the author provides an interesting collection of tips and advice for women considering marrying someone who is already married.

Polygyny in Islam: The Historical Context
Source: en.wikipedia.org

Among many interesting pieces in this Wikipedia article, two in particular jump out as worth paying attention to:

1) The historical context. In the Arabian peninsula in the time of the Prophet Muhammad, there were no limits on the number of wives a man could take. There was also in general a good deal of variety of the kinds of marriages allowed by different societies in the region. It was most definitely not a Christian-ruled area with monogamy as the norm. It’s quite possible that Islam actually greatly limited polygamy and added protections for that time period.

2) A current list of Muslim countries with some restrictions on polygamy and what those restrictions are.

Voir enfin:

La charia et la polygamie (1/4)

La polygamie en question

Khalid Chraibi

Oumma.com

25 septembre 2009

Afin de réduire les méfaits importants et amplement documentés de la polygamie, les associations féminines du monde musulman réclament une application plus stricte des prescriptions coraniques en la matière, voire même l’interdiction de la polygamie, comme le fit la Tunisie en 1956. Mais, les Etats musulmans, ultimes décideurs en la matière, ont des points de vue très divergents sur ce qu’il est approprié de faire en ce domaine. D’une part, les versets coraniques relatifs à la polygamie (et en particulier les conditions qu’ils imposent) sont interprétés différemment, d’un Etat à l’autre. D’autre part, pendant treize siècles, un état de laisser-faire a prévalu sur cette question, que les responsables politiques et religieux sont réticents à bousculer trop vigoureusement.

A propos de l’auteur
Khalid Chraibi

Economiste (U. de Paris, France, et U. de Pittsburgh, USA), a occupé des fonctions de consultant économique à Washington D.C., puis de responsable à la Banque Mondiale, avant de se spécialiser dans le montage de nouveaux projets dans son pays.
A Rachida Benchemsi
« Une vie conjugale heureuse dépend de la sincérité, de la tolérance, du sacrifice et de l’harmonie dans le couple. Toutes ces qualités sont menacées lorsqu’il y a polygamie. » Mortada Motahari (1)

Dans les sociétés islamiques, les hommes sont autorisés à épouser jusqu’à 4 femmes à la fois, à la condition de pouvoir les traiter avec équité et d’avoir des ressources suffisantes pour pouvoir subvenir aux besoins de plusieurs ménages.

Mais, dans la pratique, ces conditions sont rarement respectées. Compte tenu de ce dérapage dans l’application des conditions instituées dans le Coran pour la pratique de la polygamie, et des effets néfastes de cette pratique sur la vie quotidienne des femmes et des enfants vivant dans un foyer polygame, tant sur le plan matériel que moral, les ONG féminines réclament, depuis plusieurs décennies, soit son interdiction pure et simple, soit, si cela n’est pas possible, du moins l’institution de contrôles sévères pour réduire ses effets pernicieux sur les familles et sur la société.

Du fait que le statut de la polygamie est défini dans des versets coraniques, les oulémas sont concernés au premier plan par cette question. Dans leur majorité, ils sont partisans du maintien du laisser-faire qui a prévalu jusqu’ici dans ce domaine. Ils estiment que chaque homme est responsable de ses actes devant Dieu, comme l’enseignent les juristes musulmans depuis les temps de la Révélation.

Mais, au 19è s., le mufti d’Egypte Muhammad Abduh a ouvert la voie à de nouveaux axes de réflexion sur cette question, en affirmant qu’en droit musulman, non seulement le mari, mais sa femme également, a des droits institués par la charia. D’après lui, ces derniers doivent être respectés au même titre que ceux du mari.

Analysant le dossier de la polygamie dans cette nouvelle optique, il débouche sur la conclusion qu’il est licite, en droit musulman, d’interdire la polygamie, compte tenu de tous ses effets pernicieux sur les familles et sur la société, qui dépassent très largement tous les « bienfaits » que les hommes peuvent en retirer, sur un plan purement sexuel.

La polygamie en perspective

La polygamie (ou plus exactement la polygynie, c’est-à-dire le mariage d’un homme avec plusieurs femmes) a communément existé dans les sociétés humaines depuis les temps les plus anciens. Les différentes religions l’ont explicitement acceptée ou tacitement tolérée pendant des siècles, avant de l’interdire parfois, comme ce fut le cas du Judaïsme et du Christianisme.(2) (3)

En Arabie, au début du 7è siècle, les Arabes pratiquaient une polygamie débridée, certains hommes prenant jusqu’à 10 épouses et plus, à la fois, en fonction de leurs moyens. L’Islam réforma cet état des choses, plafonnant à quatre le nombre de femmes qu’un homme pouvait épouser en même temps, et uniquement s’il remplissait certaines conditions. Mais, il appartenait à chaque individu de déterminer par lui-même s’il les satisfaisait.

Depuis le milieu du 20e siècle, sous la pression conjointe des mouvements féministes, des mouvements nationalistes et des intellectuels, certains Etats ont institué des procédures de contrôle du régime de la polygamie, qui diffèrent d’ailleurs d’un pays à l’autre. Ces procédures ont été, dans l’ensemble, peu efficaces, parce qu’elles se basent sur des critères d’ordre qualitatif, qui laissent une grande marge de manœuvre à l’appréciation des magistrats et des notaires chargés de leur application.

Cependant, aujourd’hui, dans la majorité des sociétés islamiques, la polygamie est sur le déclin, du fait de nombreux facteurs, dont les conditions socio-économiques plus difficiles et le niveau d’éducation plus élevé. Elle concerne, le plus souvent, moins du dixième des foyers, et est plus répandue en milieu rural qu’urbain. Son taux est particulièrement élevé dans les familles aux revenus modestes, et au faible niveau d’éducation, alors qu’elle diminue de manière considérable, au fur et à mesure que le niveau de revenu et d’éducation du chef du foyer augmente. ( 4) Depuis quelques années, elle retrouve une nouvelle vigueur dans certains pays, du fait de sa promotion par les groupes fondamentalistes.
La polygamie en question

La polygamie se justifie-t-elle dans le monde musulman, en ce début du 21e siècle ? Les associations de défense des droits des femmes répondent par la négative. Elles soulignent ses effets néfastes sur la femme, les enfants et la vie quotidienne au foyer, lorsque le mari prend une nouvelle épouse. De plus, la polygamie réduit de manière considérable les ressources du foyer, quand le même revenu du mari doit être redistribué de manière équitable entre plusieurs épouses et leurs enfants. La communauté elle-même se trouve concernée, parce que des femmes et des enfants en grands nombres se retrouvent abandonnés sans ressources et sans abri, par un mari et un père parti vivre avec sa nouvelle femme.

Afin de réduire les méfaits importants et amplement documentés de la polygamie, les associations féminines du monde musulman réclament une application plus stricte des prescriptions coraniques en la matière, (5) voire même l’interdiction de la polygamie, comme le fit la Tunisie en 1956. (6)
Mais, les Etats musulmans, ultimes décideurs en la matière, ont des points de vue très divergents sur ce qu’il est approprié de faire en ce domaine. D’une part, les versets coraniques relatifs à la polygamie (et en particulier les conditions qu’ils imposent) sont interprétés différemment, d’un Etat à l’autre. D’autre part, pendant treize siècles, un état de laisser-faire a prévalu sur cette question, que les responsables politiques et religieux sont réticents à bousculer trop vigoureusement.

Le seul point sur lequel les Etats, les théologiens et les juristes musulmans font une quasi-unanimité, c’est la question de l’interdiction de la polygamie réclamée par certaines associations féminines. Une telle interdiction serait illicite, de leur point de vue, parce qu’elle équivaudrait à rendre illicite ce que Dieu a déclaré licite, puisque c’est le Coran lui-même qui a explicitement défini le statut juridique de la polygamie.

Le statut juridique de la polygamie

Les versets 3 et 129 de la sourate « an-Nissa » (n° 4) du Coran énoncent les règles de base concernant la pratique de la polygamie dans la société musulmane :
« 3. Si vous craignez de n’être pas équitables en matière d’orphelins… alors épousez ce qui vous plaira d’entre les femmes, par deux, ou trois, ou quatre. Mais si vous craignez de n’être pas justes, alors seulement une, ou contentez-vous de votre droite propriété, plus sûr moyen d’échapper à la partialité. »

« 129. Vous ne pourrez être justes envers vos épouses, même si vous y veillez. Du moins, n’allez pas jusqu’au bout de votre penchant, jusqu’à laisser la (défavorisée) comme en l’air. » (7)

Pour bien saisir le sens de ces versets, et l’importance des règles qu’ils instituent, il faut les replacer dans le contexte de l’époque de leur Révélation.
En Arabie, avant l’Islam, les tribus étaient souvent en conflit, et subissaient de lourdes pertes en hommes. Il en résultait, au niveau de la communauté, un excédent de femmes en état de se marier, par rapport aux hommes. En fonction de leur libido, de leur état de santé et de leurs moyens financiers, les hommes avaient pour habitude d’épouser autant de femmes qu’ils le voulaient, ce qui aidait à résorber une partie de cet excédent.

La polygamie, qui était pratiquée sans aucune restriction, à l’époque, répondait ainsi à un besoin social, même si ses adeptes ne pensaient qu’à satisfaire leurs désirs sexuels personnels. Cependant, les épouses ne jouissaient d’aucun droit et servaient, avant toute chose, à satisfaire les désirs de leur mari. (8)

Par ailleurs, à l’époque de Révélation de ces versets, il y avait à Médine de nombreuses filles orphelines disposant de richesses personnelles, vivant sous la tutelle d’hommes qui envisageaient de les épouser pour mettre la main sur leurs biens. Mais, ces hommes se demandaient, malgré tout, en toute sincérité, si cela était compatible avec les enseignements de la foi à laquelle ils s’étaient convertis.

Le verset 3 s’inscrit dans le contexte de cette situation. Il décourage les hommes de tels agissements, leur recommandant de chercher d’autres femmes à épouser, en dehors de celles sous leur tutelle. Mais, il réforme à cette occasion le statut de la polygamie. Il plafonne à quatre le nombre maximum d’épouses par homme, et établit des conditions et des exigences que l’homme doit satisfaire, « de telle sorte que se marier avec plus d’une femme n’est pas donné à n’importe qui, n’importe comment. » (9)

La condition d’équité envers toutes les épouses

D’après les juristes, le verset 3 impose à l’homme la nécessité de réserver un traitement juste et égal à toutes ses épouses, dans tous les domaines, sur le plan matériel, en respectant scrupuleusement les droits de chacune, sans témoigner de préférence à aucune d’elles par rapport aux autres. S’il craint de ne pas pouvoir faire cela, il doit se limiter à une seule épouse. De telles règles constituaient une innovation fondamentale en Arabie.

Le verset 3 impose également au mari d’avoir des ressources financières adéquates pour subvenir aux besoins de plusieurs foyers, avant qu’il n’ait le droit de prendre plus d’une femme. Les capacités physiques et sexuelles du mari sont également des facteurs dont il doit être tenu compte.
L’islam n’encourageait donc pas la polygamie. Bien au contraire, il la restreignait, puisqu’il limitait, désormais, à quatre le nombre de femmes qu’un homme pouvait prendre simultanément, et établissait la contrainte de l’équité à respecter.

Le verset 129 avertissait, pour sa part, les hommes qu’ils ne pourraient pas faire preuve d’équité (dans les sentiments qu’ils ressentiraient, en leur for intérieur), envers plusieurs épouses. (10) Mais il n’interdisait pas la pratique. Il appartenait à chaque homme de prendre ses responsabilités en la matière, de décider en son âme et conscience s’il serait capable de faire preuve d’équité, sur le plan matériel, et s’il serait capable de subvenir aux besoins de toutes ses femmes dans les conditions fixées par le Coran.

Justification de la polygamie dans des circonstances exceptionnelles
De nombreux auteurs estiment que la polygamie se justifiait, au temps de la Révélation, du fait des circonstances très particulières de l’époque. (11) On cite souvent, à ce propos, l’exemple du Prophète, qui s’est marié à plusieurs femmes, pendant les dix dernières années de sa vie, du temps de son séjour à Médine. « C’était une période de guerres, et il y avait un très grand nombre de femmes qui n’avaient personne pour s’enquérir de leur sort. La plupart des femmes du Prophète étaient veuves ou âgées. Beaucoup d’entre elles avaient des enfants de leurs ex-maris. » (12)

D’après ces auteurs, la polygamie peut continuer de se justifier, dans les temps modernes, dans des circonstances exceptionnelles. Par exemple, à la suite d’une guerre meurtrière qui a décimé les hommes au front, le nombre de femmes en âge de se marier peut largement dépasser celui des hommes. (13) De même, si l’épouse est stérile, ou si elle est atteinte d’une maladie qui l’empêche d’avoir des rapports sexuels avec son mari, la majorité des auteurs pensent que le mari devrait pouvoir prendre une deuxième femme. (14)
Mais, tous les juristes soulignent que la pratique de la polygamie n’est légitime, en Islam, que lorsqu’elle est assortie des conditions et des limites prescrites dans le Coran ; et uniquement lorsque ces conditions sont scrupuleusement et rigoureusement respectées.

Or, observe le philosophe Mortada Motahari à ce propos : « Pour être équitable, il faut dire que le nombre de ceux qui respectent la lettre et l’esprit de toutes les conditions prescrites par l’Islam concernant la polygamie, est insignifiant. » (15)

Notes

(1) Mortada Motahari, « L’Islam et les droits de la femme », Ed. Al Bouraq, 2000, p. 305

(2) Gamal A. Badawi, « Polygamy in Islamic law »

(3) Eric Chaumont, article “Polygamie”, Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, Bouquins, Paris, 2007

(4) Mohamed Chafi, “La polygamie”, Marrakech, 2000

(5) Sisters in Islam, Malaysia, Reform of the Islamic family laws on Polygamy, 11 December 1996, a memorandum to the Malaysian authorities

(6) Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Cent mesures et dispositions pour une codification égalitaire des Codes de Statut Personnel”, 1995

(7) Le Coran, Traduction par Jacques Berque, Edition de poche, Albin Michel, Paris, 2002, p. 95 et p. 113

(8) Muhammad Abduh, « fatwa fi ta’addud al-zawjate » (fatwa sur la polygamie) dans “al-A’mal al kamila” (Oeuvres complètes éditées par Muhammad Amara) tome 2, 1ère éd. Beyrouth, (1972), p. 91

(9) Mortada Motahari, ibid, p. 260

(10) Muhammad Abduh, « fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, p. 93

(11) Riffat Hassan, “al-Islam wa huquq al mar’a” (L’Islam et les droits de la femme), Casablanca, 2000, pp. 88-92

(12) Mortada Motahari, ibid, p. 319

(13) Mortada Motahari, ibid, p. 324

(14) Muhammad Abduh, « ta’addud al-zawjate » (La polygamie) dans “al-A’mal al kamila” (Oeuvres complètes éditées par Muhammad Amara) tome 2, p. 87, 1ère éd. Beyrouth, (1972) et « fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, p. 95

(15) Mortada Motahari, ibid, p. 322

Voir également:

Le trafic de femmes, une source de revenus pour Daech
Le Figaro
06/11/2014

Un site d’informations irakien dit avoir mis la main sur une «grille de tarifs» à appliquer sur les marchés où sont vendues les femmes chrétiennes et yazidies. Des profits qu’empoche ensuite l’organisation terroriste.

De nouveaux détails ont émergé sur le calvaire que subissent les femmes otages et esclaves sexuelles de l’État islamique. Un site d’informations irakien affirme avoir trouvé une grille de tarifs de vente des yazidies et des chrétiennes capturées par les combattants de Daech. Quiconque ne respecte pas ces prix sera exécuté, met en garde cette note, dont l’authenticité n’a pas été contestée à ce jour. Elle rappelle qu’un homme ne peut pas «acquérir» plus de trois femmes, sauf, précision étrange, s’il est un étranger originaire de Syrie, de Turquie, d’Arabie saoudite ou des Émirats.

Les femmes les plus chères sont les plus jeunes. Pour une enfant âgée de moins de 10 ans, il en coûtera 200.000 dinars (138 euros). Pour une jeune femme de moins de 20 ans 100.000 dinars (104 euros). Pour une trentenaire 75.000 dinars (52 euros). Pour une femme quadragénaire 50.000 dinars (35 euros).

Un marché aux esclaves à Mossoul
Le document déplore même que «le marché de la femme soit à la baisse, ce qui a nui aux finances de l’État islamique». Une vidéo, tournée à Mossoul et traduite il y a quelques jours en anglais, donne une illustration glaçante de ces pratiques. On y voit des combattants islamiques échanger des conseils pour bien négocier les prix. «Aujourd’hui, c’est le jour du marché aux esclaves. C’est le jour de la distribution, et si Dieu le veut, chacun aura sa part», se réjouit un militant.

Un marchand propose d’échanger une fille contre un pistolet. Un djihadiste est prêt à avancer 500 dollars pour une captive. Des combattants expliquent que le montant qu’ils sont disposés à offrir dépend du physique des femmes: celles qui ont les yeux bleus ou verts sont très recherchées. Ils recommandent aussi de vérifier l’état de leurs dents.

D’après des ONG, plus de 4.600 femmes yazidies sont portées disparues depuis l’offensive de Daech en Syrie et en Irak. Dans les premières semaines, des otages arrivaient encore à contacter des associations décrivant des bordels où les femmes étaient traitées comme du bétail et où certaines étaient violées plus de 30 fois par jour. Mais désormais, c’est le silence le plus total. D’après des témoignages de djihadistes, l’État islamique a fait de son trafic de femmes un argument de recrutement, faisant miroiter aux nouveaux venus une abondance de concubines.

Voir encore:

« Pour les djihadistes les femmes sont des esclaves sexuelles »
Tatiana Chadenat

19 août 2014

Les fanatiques de l’Etat islamique vendraient des captives pour 150 dollars. Myriam Benraad, politologue spécialiste de l’Irak, nous en parle

En Irak et en Syrie les djihadistes de l’État islamique se sont emparés de vastes régions et y ont proclamé un califat. Ils capturent et « vendent les femmes pour une centaine de dollars », assure le porte-parole du ministère des Droits de l’homme irakien. S’il faut rester prudent, car les rumeurs pullulent et les combattants jouent sur une communication de la terreur, cette marchandisation semble vraisemblable. On fait le point avec Myriam Benraad, politologue spécialiste de l’Irak, chercheuse au CERI.

Lefigaro/madame.fr. – La vente de femmes dénoncée par le porte-parole du ministère des Droits de l’homme Irakien est-elle réelle ?
Myriam Benraad. Elle est vraisemblable car depuis 2003, les djihadistes sont de mèche avec des réseaux de prostitution. Pour l’État islamique les femmes doivent être assujetties et déshumanisées. Les combattants les considèrent comme des objets commerciaux et sexuels. Ils les capturent, les enferment et en font des butins de guerre. Dans le califat proclamé, la femme n’est pas une citoyenne, mais une esclave domestique et sexuelle à la merci de son mari. Récemment, ils ont imposé le voile à Mossoul, dans le Nord de l’Irak et en Syrie. Ces hommes assassinent froidement des populations. Mais la situation des femmes était déjà très périlleuse en Irak depuis 2003.

Ces violences dénoncées aujourd’hui par le porte-parole du ministre existent depuis longtemps ?
Le sort des Irakiennes s’est dégradé progressivement depuis dix ans. Le porte-parole est courageux d’avoir condamné ses exactions. Mais il faut que cela soit suivi d’actes, car jusqu’à présent le gouvernement n’a rien fait pour les protéger. Jusque dans les années 1970, les Irakiennes avait des droits. Avec le premier embargo en 1990, il y a eu une régression juridique et sociale. Dans les provinces tribales, le crime d’honneur est apparu : une femme violée est tuée par son clan car elle a été souillée. Après l’invasion américaine en 2003, l’État qui leur garantissait un statut, s’est effondré. Sans État de droit, elles sont particulièrement exposées à la violence, et ne peuvent pas faire porter leur droit devant les tribunaux. Pendant les élections en avril 2014, il y a eu des candidates, des affiches de campagne qui essayaient de mettre en avant la parité, mais en réalité cela ne changeait pas le fond du problème, les femmes restent exposées. Avec l’État islamique on parle souvent du danger encouru par les minorités, rarement du sort des Irakiennes. Or, elles sont les premières victimes de la guerre, de l’occupation américaine et des djihadistes. Il ne s’agit pas seulement de celles issues des minorités yézidis et chrétiennes, mais de l’ensemble des femmes, sunnites et chiites.

Comment expliquer cette haine des djihadistes envers la femme ?
Une femme libre est le symbole de tout ce que les djihadistes détestent : l’Occident et la liberté. Les islamistes radicaux ont interdit le port du jean ou des vêtements qui laissent apparaître la chair car ils y voient une influence néfaste et mécréante de l’Occident. Ces extrémistes pensent qu’en les soumettant, ils reviennent aux bases de l’Islam. Mais c’est faux. Il n’est écrit nul part dans le Coran qu’il faut asservir, violer, assassiner… ou même imposer le port du voile. C’est un choix personnel pas une obligation. Là aussi, il y a dérive. Les djihadistes vont chercher n’importe quelle justification dans le Coran ou certains Hadith (les paroles prêtées au prophète Mahomet), pour légitimer leurs actions, l’asservissement et le meurtre. Ils opèrent un glissement des textes. C’est une interprétation absurde et meurtrière qu’il ne faut pas chercher à expliquer rationnellement car elle relève d’une dérive salafiste et radicale. Les femmes disposent pourtant de nombreux droits dans l’Islam. Khadija bint Khuwaylid, la première épouse du prophète Mahomet, riche et indépendante, a largement contribué à son succès.

Voir de plus:

Isis morale falls as momentum slows and casualties mount
Erika Solomon in Beirut
Financial Times
December 19, 2014

Flagging morale, desertion and factionalism are starting to affect the Islamic State of Iraq and the Levant, known as Isis, testing the cohesion of the jihadi force as its military momentum slows.

Activists and fighters in parts of eastern Syria controlled by Isis said as military progress slows and focus shifts to governing the area, frustration has grown among militants who had been seen as the most disciplined and effective fighting force in the country’s civil war.

The group hurtled across western Iraq and eastern Syria over the summer in a sudden offensive that shocked the world. Isis remains a formidable force: it controls swaths of territory and continues to make progress in western Iraq. But its fighters have reached the limit of discontented Sunni Muslim areas that they can easily capture and US-led coalition air strikes partnered with offensives by local ground forces have begun to halt their progress.

The US military announced this week that air strikes had killed two senior Isis leaders — though there has been no confirmation of the claim by the group — and on Friday Kurdish peshmerga fighters broke the jihadis’ five-month siege of Mount Sinjar in Iraq.

“Morale isn’t falling — it’s hit the ground,” said an opposition activist from Isis-controlled areas of Syria’s eastern Deir Ezzor province. “Local fighters are frustrated — they feel they’re doing most of the work and the dying . . . foreign fighters who thought they were on an adventure are now exhausted.”

An activist opposed to both the Syrian regime and Isis, and well known to the Financial Times, said he had verified 100 executions of foreign Isis fighters trying to flee the northern Syrian city of Raqqa, Isis’s de facto capital. Like most people interviewed or described in this article, he asked for his name to be withheld for security reasons.

“After the fall of Mosul in June, Isis was presenting itself as unstoppable and it was selling a sense of adventure,” a US official said. He added that the dynamics have changed since the US launched air strikes in August and helped break the momentum of the Isis advance, which has helped stem the flow of foreign recruits — though he warned that the change of mood “doesn’t affect the hardcore people of Isis”.

Analyst Torbjorn Soltvedt, of Verisk Maplecroft, a UK-based risk analysis group, said morale may be taking a hit as militants grapple with the shift from mobile army to governing force.
« They feel they are the ones going to die in big numbers on the battlefield but they don’t enjoy any of the foreigners’ benefits »

“Before they were seizing territory, forcing armies in Iraq and Syria to retreat,” he said. “Now they’re basically an occupying force trying to govern.”

After flocking to Syria and Iraq during Isis’s heady days of quick victories, some foreigners may also be questioning the long, gruelling fight ahead.

Mr Solvedt said his organisation has had many reports of foreign fighters, including Britons, contacting family members and state authorities seeking ways to return home.

Isis members in Raqqa said the organisation has created a military police to crack down on fighters who fail to report for duty. According to activists, dozens of fighters’ homes have been raided and many have been arrested. Militants told a local journalist that they must now carry a document identifying them as a fighter and showing whether they are assigned to a mission.

An opposition activist in close contact with Isis fighters in Raqqa showed the Financial Times a document listing new regulations restricting jihadis’ behaviour. The paper, which could not be verified and which did not appear to have been issued in other Isis-held areas, warned that those who did not report to their offices within 48 hours of receiving the regulations would be punished.

“In Raqqa, they have arrested 400 members so far and printed IDs for the others,” the activist said.

The identification document for one fighter from the Gulf consisted of a printed form stating “name, location, section and mission assignment”, with his details filled in by hand.

“The situation is not good,” he grumbled, adding that fighters have become increasingly discontented with their leaders. He refused to give more details, saying only: “We aren’t able to speak the truth and we are forced to do useless things.”

Activists in Isis-held parts of Syria said many fighters in Raqqa were angry about being sent to Kobani, a small Kurdish town near the Syrian border with Turkey that has become a focal point for coalition strikes. The fighters argued that the town was not strategically important enough to justify the losses they were incurring. According to a December 7 report by the Syrian Observatory for Human Rights, a UK-based monitoring group with a network of activists across Syria, Isis lost about 1,400 fighters in 80 days of fighting. The US official said many Isis fighters have been killed in the town.

Foreign militants have often been the most active in major battles but opposition activists said as fighting intensifies, more demands are being made on local fighters who do not have deep-rooted loyalties to Isis.

Thousands of foreign fighters have flocked to Syria to help create an austere Islamic state harking back to the past. But as Erika Solomon, FT correspondent in Beirut, found out, they have retained their taste for modern-day snacks and gadgets. She spoke to Fiona Symon about what she discovered.

“They pledged allegiance to Isis so they could keep fighting the [Assad] regime and not have to go against Isis,” the Deir Ezzor activist said. “They feel they are the ones going to die in big numbers on the battlefield but they don’t enjoy any of the foreigners’ benefits — high salaries, a comfortable life, female slaves.”

Another problem, locals said, may be a rise in tensions among ethnic groups. Many fighters apparently group themselves by ethnicity or nationality — a practice which undermines Isis’s claim to be ridding Muslims of national borders.

A widely publicised example was a clash between Uzbek and Chechen fighters in Raqqa in early November over control of some villas near the captured Tabqa air base.

“Just like the Uzbek and Chechen issues in Tabqa, we are having similar issues in Manbij with the Tunisians,” said an activist in Syria’s northern city of Manbij. “They won’t let some of the highest level security members [of other nationalities] on to their bases.”

Residents in Raqqa also said they have seen growing signs of discontent. One man recalled a speech at the Fardous mosque last Friday by a Tunisian cleric who often appears in Isis videos.

“He urged the brothers to put aside their disputes, and said all brothers should stay together as one hand,” the man said. “Now I realise why the preacher was saying this . . . Something is wrong.”

(A journalist in Isis-held territory contributed reporting to this article. The name has been withheld for safety reasons.)

Voir enfin:

Discours d’inauguration du Musée de l’histoire de l’immigration
François Hollande

15 Décembre 2014

Présidence de la République française – Élysée.fr

Mesdames et messieurs les ministres,

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Monsieur le Défenseur des droits,

Madame la Présidente du Conseil d’Administration, chère Mercedes ERRA,

Monsieur le Président du Conseil d’Orientation, Cher Benjamin STORA,

Monsieur le Directeur Général,

Mesdames, messieurs,

Je suis fier d’inaugurer aujourd’hui le Musée de l’Histoire de l’Immigration et de rappeler le rôle qui est le sien, dans nos institutions culturelles et éducatives.

Il s’agit de comprendre notre histoire pour aller vers l’avenir. Fernand BRAUDEL avait eu cette formule dans son dernier livre : « définir le passé de la France, c’est situer les Français dans leur propre existence ». Telle est la vocation du Musée national de l’Histoire de l’Immigration, rendre aux immigrés la place qui leur revient dans le récit national et se donner ainsi les moyens d’aborder de façon sereine la question toujours posée de l’immigration.

La vocation de votre musée est de montrer le processus continu par lequel la Nation a intégré les populations d’origine étrangère et a su préserver son unité tout en reconnaissant la diversité des origines et des cultures. Ce musée est plus qu’un symbole. C’est un message de confiance dans l’histoire de notre pays mais aussi dans ce que nous sommes et de ce que nous pouvons faire.

La France est un vieux pays d’immigration, l’un des plus vieux pays d’immigration d’Europe. Commencée dès la deuxième moitié du XIXème siècle pour répondre aux besoins de ce qu’on appelait la première révolution industrielle, l’immigration s’est poursuivie tout au long du XXème siècle et s’est amplifiée avec la reconstruction du pays après la guerre, avec la décolonisation et enfin avec la mondialisation. Aujourd’hui un Français sur quatre a au moins un grand parent étranger. Evoquer l’histoire de l’immigration, c’est évoquer l’histoire de France, c’est l’histoire, c’est notre histoire.

Et pourtant, jusqu’à récemment, l’immigration n’apparaissait que faiblement dans les manuels scolaires. Elle n’était guère présentée comme une chance pour notre récit national et était souvent ignorée des Français y compris même de ceux qui en étaient issus. Elle n’avait pas de lieu de mémoire, pas de lieu pour partager les histoires familiales pour retrouver les récits, pour suivre les parcours qui avaient fait que des hommes, des femmes, des familles étaient venus s’échouer ici en France pour mieux réussir.

Il fallait donc une initiative, et je veux rendre justice à Lionel JOSPIN d’avoir dès 2001, pris conscience de cet étrange oubli, et d’avoir eu la volonté de le réparer en proposant la création d’un musée de l’immigration. Ce projet s’est poursuivi sous la présidence de Jacques CHIRAC, qui a chargé Jacques TOUBON de la responsabilité de faire aboutir cette belle entreprise. Le Palais de la Porte Dorée, qui avait connu son heure de gloire d’une époque dépassée, fut choisi. C’était en 2004. Ce lieu qui avait été celui de l’exposition coloniale, allait devenir le musée de toutes les immigrations, de toutes les fiertés après avoir été ce lieu où des peuples avaient exposé devant le colonisateur, leurs plus belles réussites. Le Musée national a finalement ouvert ses portes en octobre 2007, c’était il y a 7 ans.

Sept ans c’est long pour une inauguration officielle. Il fallait qu’elle soit suffisamment réfléchie pour qu’elle puisse avoir lieu aujourd’hui, comme si l’immigration devait être toujours un sujet difficile dont il vaudrait mieux ne pas parler, ou alors avec certains mots et dans certaines circonstances. Mais le principal, c’est qu’aujourd’hui ce musée soit là et que la France soit dotée d’une institution destinée à conserver et à mettre en valeur le patrimoine de l’immigration, à montrer, à mesurer l’apport des immigrés et de leurs descendants, leur apport à la Nation. Par le sang versé, par le travail, par le talent, par la réussite. Ce Musée a une double volonté : la reconnaissance de toutes ces origines, de tous ces parcours, de toutes ces nationalités et en même temps, le rassemblement dans un même projet, celui de la France.

Je tiens à remercier les équipes de l’établissement qui, malgré les vicissitudes, ne se sont jamais découragées. Les efforts ont porté leurs fruits : l’exposition permanente aura vu passer 500.000 visiteurs depuis 2007. Deux mille enseignants viennent s’y former chaque année. Et les chiffres de fréquentation ne cessent d’augmenter grâce aux expositions temporaires qui s’y succèdent.

Ce musée doit être à la hauteur de l’ambition qui était celle de ses concepteurs, ce qui suppose à mes yeux de réaffirmer sa dimension culturelle et scientifique. C’est un lieu où il convient de mener un travail, un travail long, un travail obscur parfois, un travail de mémoire. Il convient de lui donner les moyens qui jusqu’à présent ne lui ont pas été accordés. C’est pourquoi une augmentation de près d’un million d’euros sera effective dès l’année prochaine, pour parvenir à un doublement de son budget en 5 ans.

Mais ce qui fait l’originalité, la spécificité de ce musée, c’est d’être à la fois une référence en matière de recherche, un espace de débat et une expression de la diversité, de la multiplicité de toutes les migrations, pour qu’il puisse y avoir cette mise en valeur des souvenirs, des mémoires ici rassemblées à travers ces objets familiers. Je remercie les donateurs qui ont fait en sorte de pouvoir par un instrument de musique, une machine, une étoffe, démontrer le lien qu’ils avaient avec la France et avec aussi leur pays d’origine. Comme si le pays d’origine venait ici s’offrir au pays d’accueil, c’est-à-dire à la France.

Comme la mémoire individuelle, la mémoire d’une Nation est capricieuse, tantôt elle est ingrate, tantôt elle est généreuse. Elle a ses propres rythmes et regarde trop souvent le passé avec les yeux du présent. C’est pourquoi nous avons besoin des historiens, c’est leur rôle. Ce sont eux qui nous rappellent que l’immigration fut à la fois le produit de nos propres nécessités, de nos propres besoins, j’entends par là ceux de la France, et en même temps des convulsions de l’Histoire, qui ont fait que des femmes et des hommes sont partis de très loin pour venir s’établir ici. D’abord ce furent des ouvriers, ce fut le labeur qui fut la justification de l’immigration.

Les premiers vinrent de tout près, ce furent les Belges, dans l’industrie textile du nord. Puis les Italiens dans l’industrie lourde de l’Est, les Polonais dans les mines. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les Espagnols, les Portugais, les Maghrébins, les Africains, qui contribuèrent à leur façon à la reconstruction du pays, à sa croissance à ce qu’on a appelé les trente glorieuses. Au bout de 30 ans après la guerre, on a estimé que ces forces-là auront construit l’équivalent d’un logement sur deux, d’une machine sur sept, et de 90% des autoroutes de notre pays.

Les crises des années 70 paradoxalement n’ont pas tari les flux, parce que les entreprises continuaient d’appeler de nouveaux immigrés, qui venaient chaque fois de plus loin pour pouvoir occuper des emplois que nul ne voulait occuper. Ce mouvement ne s’est arrêté que récemment.

Enfin la décolonisation poussa des populations jusque-là intimement liées à la France à venir y travailler. Je veux saluer ici, le Président Abdou DIOUF qui jusqu’à récemment était le Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, et qui est là pour nous rappeler ce lien qui unit les pays autrefois dans la communauté française, et qui aujourd’hui ont un lien qui demeure avec la France, et qui parlent en français. Ces populations venaient de cette Afrique, de ce Maghreb, et considéraient qu’elles avaient le droit de venir, ici. Elles avaient le droit parce que l’histoire leur rappelait le rôle qui avait été celui des plus anciens, ce qu’on appelait les « troupes coloniales », et qui étaient venues sauver la France. Ces troupes venaient de partout. Parmi les « Poilus » de 14-18, on comptait ainsi 180.000 Algériens, 60.000 Tunisiens, 37.000 Marocains, 134.000 soldats d’Afrique noire, 34.000 Malgaches. C’était l’empire qui était venu sauver la France.

Comment oublier 30 ans après, les 100.000 soldats africains de l’Armée de De LATTRE, qui accomplirent le débarquement de Provence, les tirailleurs sénégalais, les goumiers, les tabors, les spahis, les zouaves. Comment oublier les résistants de la MOI (Main d’Œuvre Immigrée), juifs, arméniens, les martyrs de l’affiche rouge chantés par Aragon.

Comment oublier le dernier Poilu, Lazare PONTICELLI, né en 1897 dans un petit village en Italie. Il n’était même pas français lorsqu’il s’était engagé dans une unité étrangère à 17 ans, en trichant sur son âge. En 1939, il avait demandé à être naturalisé pour participer à la seconde guerre qui venait d’être déclarée. C’était finalement plus qu’un symbole que le Musée national de l’Histoire de l’Immigration l’ait invité à célébrer son 110ème anniversaire ici-même. Tous s’étaient battus pour la France, mais pour une certaine idée de la France. Pour la France universelle, la France ouverte au monde, pour la France capable de promouvoir des idéaux de progrès. Cette France qu’ils voulaient rejoindre pour la servir, cette France qui était la terre espérée de ceux qui ont fui tout au long du 19ème et du 20ème siècle, les massacres, les pogroms, les guerres, les dictatures, et qui trouvèrent dans notre pays un refuge pour fonder leur foyer.

C’est une grande réussite de ce musée que d’évoquer toutes ces mémoires, de nous rappeler que les immigrés, les enfants d’immigrés ont apporté à la science française, à la physique à la chimie, aux mathématiques. Combien de Prix Nobel et de récompenses glorieuses, de Marie CURIE (qui s’appelait de son nom de jeune fille Maria SKLODOWSKA), à Arthur AVILA, franco-brésilien, qui a reçu la médaille Fields de Mathématiques. Tous ces étrangers, tous ces immigrés qui ont fait la fierté de la France dans les domaines qui paraissaient les plus inaccessibles. S’il fallait livrer ici tous les noms de ces milliers d’étrangers, d’immigrés, d’enfants d’immigrés devenus célèbres dans le cinéma, dans la littérature, la peinture, la musique, le sport et la mode. Je veux ici saluer cette belle exposition sur la mode. La mode fait partie de l’excellence française, la mode fait rayonner la France et nous donne à chaque fois la conviction que nous avons tout inventé. Cette mode, nous en savons maintenant toutes les origines, toutes les provenances, ce sont le plus souvent des créateurs, des créatrices qui ont permis à la France d’être toujours en avant-garde, toujours admirée, toujours reconnue. Voilà ce que montre ce musée, que notre réussite, la réussite la plus flamboyante de la France, elle est celle de tous les Français, et donc de tous ceux qui nés ici ou nés ailleurs, ont donné ce qu’ils avaient de meilleur pour la création, pour l’entreprise, pour l’innovation, pour la recherche, bref, pour la France.

Ce musée national est l’hommage de la Nation à ces millions de gens, qui sont venus en France, qui y ont donné le meilleur d’eux-mêmes et dont les enfants sont pleinement devenus Français et qui en même temps veulent que leur histoire, que leur parcours, que leur diversité, leur singularité et leur origine puissent être reconnus par la République, par celle qu’ils ont voulu servir et à laquelle ils ont profondément adhéré.

L’histoire de l’immigration rappelle néanmoins qu’elle fut toujours l’objet de controverses.

La présence de personnes étrangères a toujours suscité à toutes les époques de l’inquiétude, de la peur, de l’appréhension, surtout quand aux différences de langue, de culture, s’ajoutent des différences de couleur et de religion. Il y a toujours eu des démagogues, pour les attiser, pour utiliser les manquements aux règles communes – qu’il faut déplorer, pour justifier le rejet et démontrer qu’il y en a qui ne s’assimileront jamais. L’exploitation des questions migratoires jusqu’à la tragédie, n’est donc en rien une nouveauté et c’est ce que montre la recherche historique.

Dès août 1893, à Aigues-Mortes, des Français excités par d’absurdes rumeurs, avaient massacré des travailleurs italiens, parce qu’ils venaient prendre des emplois, occuper des villages et finalement mettre en cause les équilibres de telle ou telle famille. Puis la boue antisémite s’est déversée lors de l’affaire DREYFUS.

Les archives de ce musée sont pleines de témoignages dans lesquels des pseudo-scientifiques, mais de vrais idéologues tentaient de démontrer pourquoi les Italiens, les Polonais, les Espagnols, les Arméniens ne pourraient jamais être assimilés par la société française.

Dois-je évoquer la période si noire de la collaboration, le déchaînement des haines, les délations, les compromissions ? Puis la guerre d’Algérie qui déchaîna d’autres passions ? Les années 60 furent aussi des années de violence, des ratonnades. Les années 70 avec – on ne s’en souvient déjà plus, des attentats racistes, des assassinats ? Chaque époque fut marquée par des violences et des intolérances. On pourrait se dire que le pire est passé. Il y a toujours cette récurrence, il y a toujours ce retour.

Certes, il n’y a rien de neuf dans les discours, mais les contextes changent. Les étrangers sont toujours accusés des mêmes maux : venir prendre l’emploi des Français, bénéficier d’avantages sociaux indus quand bien même les études les plus sérieuses montrent qu’ils contribuent davantage aux comptes sociaux qu’ils n’en bénéficient.

Ce sont toujours les mêmes préjugés, les mêmes suspicions qui sont invariablement colportés. Mais le fait nouveau, et nous devons le regarder en face, c’est la pénétration de ces thèses dans un contexte de crise, qui paraît interminable, et d’une mondialisation qui est elle-même insaisissable. C’est là que réside le fait nouveau, le doute qui s’est installé sur notre capacité à vivre ensemble. Est-ce que la France sera encore la France ? Est-ce qu’elle sera en mesure d’intégrer, d’absorber, d’assimiler, de prendre le meilleur et d’éviter le pire ? C’est cette question qui taraude beaucoup de nos compatriotes. C’est la peur aussi sciemment installée d’une religion, l’Islam, qui de façon inacceptable est présentée par certains comme incompatible avec la République, alors que la République a toujours respecté les religions, et que les religions ont toujours été capables de comprendre les valeurs qui devaient être respectées.

Le fait nouveau, c’est que ces vents mauvais soufflent de plus en plus, et pas seulement en France, partout en Europe. C’est pourquoi il nous faut une fois encore reprendre le combat et faire en sorte de répondre et de ne rien laisser passer, en montrant d’abord la force de l’intégration.

Le musée restitue le parcours de ces millions d’exilés dont la plupart ont fait souche dans notre pays pour devenir français soit directement par la naturalisation. Le musée montre bien les actes qui ont été ainsi posés, ainsi délivrés. On m’a rappelé cette reconnaissance de l’artiste à qui l’on demandait si elle voulait une décoration. « La décoration ? », a-t-elle répondu, « c’est mon acte de naturalisation, me faire devenir français c’est la plus belle reconnaissance que pouvait m’accorder la République ». Il y a aussi par la succession des générations, le droit du sol, le fait que ces descendants d’étrangers sont devenus des citoyens français, pleinement français, et donc pleinement citoyens.

C’est ainsi que les immigrés d’hier et les enfants se sont fondus dans notre société, et en même temps que s’est enrichie à chaque étape, à chaque période leur contribution. Voilà ce message que le musée transmet : avoir confiance dans notre histoire pour être capable de regarder le présent avec suffisamment de sérénité, de responsabilité et de force pour ne pas nous laisser emporter là où ne voulons pas aller. Les enfants des immigrés dépeints comme inassimilables hier, sont devenus des patriotes sans avoir jamais à renier leurs origines. Parce que depuis 150 ans, la République n’est pas liée aux origines, c’est l’adhésion à un projet commun. Renan, dans sa fameuse conférence de 1882, affirmait que l’existence d’une Nation était un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu était une affirmation perpétuelle de la vie. Savoir tous les jours que nous sommes Français, vouloir être Français, être pleinement conscient que de vivre en France, c’est une somme de devoirs et de droits. De GAULLE, lui-même, ne disait pas autre chose en disant qu’« Est Français celui qui souhaite que la France continue ». Continue dans sa marche, continue dans son destin, continue de porter le progrès, continue d’être à la hauteur de l’idéal qu’elle porte.

Pour y parvenir, l’école joue un rôle fondamental. Elle reste le creuset de l’intégration. Elle est de plus en plus sollicitée. L’école à qui l’on demande à la fois de former, avec une transmission du savoir exigeante et en même temps d’accueillir, d’accueillir parfois des enfants qui n’ont jamais été dans leur famille éduqués dans une autre langue que leur langue d’origine. On demande beaucoup à l’école, on lui demande aussi de faire en sorte que tous les enfants soient dans les mêmes conditions d’égalité. Les réussites scolaires en matière d’intégration sont multiples. Je veux saluer les enseignants qui s’y dévouent et qui parviennent à chaque fois, à chaque année qu’ils ont à recevoir des enfants, à les porter au plus haut niveau. Mais nous devons aussi regarder les échecs. Ils sont là : les décrochages concernent principalement certains quartiers et certains jeunes. Notre premier devoir est de tenir la promesse de l’égalité républicaine. C’est pourquoi la révision des cartes de l’enseignement prioritaire, les moyens donnés à l’éducation nationale, sont des leviers essentiels si nous voulons aller toujours vers une intégration réussie.

De même la lutte contre les discriminations qui existent dans l’orientation, dans la formation, dans l’accès à l’emploi, doivent être également combattues.

Le second pilier de l’intégration, c’est la laïcité. Elle est proclamée. Elle doit donc être enseignée, traduite en principes simples, intelligibles. La laïcité n’est ni la lutte contre la religion, contre une religion. La laïcité n’est pas la suspicion non plus à l’égard de telle ou telle communauté. La laïcité est une école de respect, de la règle commune, une reconnaissance de la liberté de croire ou de ne pas croire. Cette laïcité, nous devons l’ériger en valeur fondamentale mais nous devons aussi faire en sorte qu’elle puisse être, pour chaque jeune, non pas un concept mais une manière vivre, de respecter l’autre, de pouvoir être pleinement lui-même tout en étant entièrement dans la République. La laïcité n’est pas simplement un principe que l’on voudrait poser, c’est ce qui permet dans les actes de la vie quotidienne de savoir ce qu’il est possible de faire et ce qu’il n’est pas possible de montrer ou de faire.

Nous devons faire en sorte que la laïcité soit célébrée partout le 9 décembre, jour anniversaire de la loi de 1905, et en particulier dans les écoles où désormais est affichée la « Charte de la Laïcité ».

Traiter de façon républicaine la question de l’immigration, c’est imposer la vérité des faits mais c’est aussi nous obliger à agir.

La vérité, c’est de ne rien ignorer des tensions, des difficultés et des risques. L’obligation d’agir, c’est d’aller jusqu’au bout de l’intégration, de traiter avec fermeté aussi et humanité, l’immigration clandestine mais de mieux accompagner l’immigration régulière. Agir, c’est être convaincu que la République doit être sûre de ses principes, fière de ses valeurs mais ne doit jamais céder un pouce de terrain à la facilité et au repli sur soi.

C’est pourquoi, j’ai voulu que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme devienne une grande cause nationale. Parce que lorsque l’on a notre Histoire, que l’on porte nos valeurs, lorsque l’on a cette République qui nous rassemble tous, la France ne peut tolérer qu’un citoyen soit agressé pour sa religion, sa couleur de peau, ses origines.

Rien ne sera passé sous silence. Rien ne doit rester impuni. Rien de ce qui fait une insulte à notre République, à notre Histoire, rien ne doit pouvoir passer à côté de la punition qui est justifiée.

Certains s’interrogent sur la volonté des immigrés de s’intégrer – je l’ai dit, le thème n’est pas nouveau – d’autres dissertent sur la capacité de la France à accueillir ces étrangers qui sont là depuis longtemps, ou ces enfants d’étrangers qui sont devenus Français, et se posent la question de l’avenir même de notre identité. Il y en a même qui s’inquiètent de l’efficacité de notre politique migratoire à l’échelle de l’Europe et veulent la reconsidérer.

Nous devons répondre à toutes ces questions. Nous ne devons pas faire comme si elles devaient par principe ou par précaution être écartées. Car sinon, si nous n’avons pas cette franchise entre nous, nous laisserons la place vide pour des discours qui instrumentalisent la peur, la peur de la dissolution de notre pays, de la dislocation, de la disparition.

Vous savez, ceux qui rêvent d’une France en petit, d’une France de dépit, d’une France en repli, bref d’une France qui ne serait plus la France.

C’est pourquoi, nous devons lutter contre ces thèses au nom de la France, pour la France, pour une France qui sera non seulement à la hauteur de son Histoire mais capable de porter un grand projet, de bâtir un avenir, de forger un destin.

C’est pourquoi, au sentiment de dépossession qui est entretenu avec malice, pour ne pas dire avec malignité, il nous faut rappeler à chaque fois aux Français d’où ils viennent, quelles sont les valeurs sur lesquelles notre pays s’est bâti et où nous voulons aller ensemble.

La France est un pays qui porte plus qu’une histoire mais une ambition, qui ne conçoit son destin que dans l’ouverture.

Certes nous devons nous protéger contre toutes les menaces mais la France n’a été victorieuse que lorsqu’elle a été capable de se dépasser. Un pays comme la France n’a pas besoin d’haïr les autres pour aimer les siens. Un pays qui a confiance en lui-même et d’abord dans sa jeunesse. Un pays qui croit en la place de chacun, qui pense que l’éducation est la matrice de tout ce qui fait la citoyenneté, qui fait confiance à la culture pour permettre que chacun puisse s’élever au-delà même de sa condition. Un pays qui veut aller jusqu’au bout de la citoyenneté.

C’est sur ces bases-là que nous devons définir une politique migratoire. Elle est nécessaire.

D’abord, pour ne pas affaiblir les pays d’émigration qui doivent s’appuyer sur leur dynamisme démographique pour leur développement, sur les compétences de leur jeunesse, sur la présence de leurs élites. C’est pourquoi, nous ne pouvons plus regarder le Sud avec les mêmes yeux. Le Sud et notamment l’Afrique qui est un continent de croissance, de développement qui n’a pas besoin de laisser partir sa population, qui a besoin qu’on lui apporte nos investissements, nos technologies et également notre capacité à créer ensemble.

Nous devons aussi avoir une politique migratoire parce que les pays d’accueil ne peuvent pas, justement, accorder aux migrants, notamment à ceux qui sont persécutés dans leur pays, une place digne si les conditions ne sont pas réunies. C’est-à-dire une capacité à donner un avenir et d’abord un emploi.

Nous devons enfin avoir une politique migratoire pour lutter contre les trafics, contre tous ceux qui font commerce. Il y en a toujours eu dans l’Histoire des étrangers avec des réseaux criminels qui mettent en danger la vie des hommes et des femmes chaque jour. Près de 3500 sont morts depuis janvier dans les eaux de la Méditerranée, la route la plus dangereuse du monde.

Cette politique passe par l’Europe. Notre frontière, c’est Schengen. Cet accord est né de la volonté de remplacer des contrôles aux frontières nationales qui n’avaient plus d’efficacité par des coopérations uniques et sans précédent en termes de liberté, de sécurité et de justice. Et on voudrait faire éclater Schengen ? C’est assez facile, personne ne sait exactement ce qu’est Schengen. Peut-être que certains croient que c’est un personnage dont il faudrait rechercher au plus vite l’identité et la personnalité pour le traduire en justice. Mais Schengen, c’est justement ce qui a permis à tous les pays d’Europe de s’organiser pour justement contrôler l’immigration et avoir une coordination des politiques.

Faire éclater Schengen ? Faire disparaître Schengen ? Mais cela serait reculer, aboutir à rétablir des frontières, pays par pays. Peut-être est-ce pour créer des emplois que certains nous font la proposition, mais enfin généralement ce ne sont pas les fonctionnaires qui justifient leurs sentiments les plus doux et les plus accommodants.

Nous devons donc défendre ce principe et faire que l’avenir de l’Europe soit de bâtir avec l’ensemble des Etats du voisinage, une politique permettant – je pense à la Méditerranée et au-delà – de conjuguer, la gestion des crises, l’aide au développement, et les contrôles des mouvements de population.

La France sera à l’initiative dans les mois qui viennent, non pas pour défaire Schengen mais pour mieux assurer la sécurité à l’intérieur et le contrôle à l’extérieur, et pour mieux répartir les charges qui pèsent sur les Etats membres, en Europe.

Pour la France, où la question de l’immigration revient régulièrement, un devoir de vérité s’impose.

Depuis 10 ans, notre pays accueille environ 200 000 personnes par an, soit la proportion la plus faible d’Europe, rapportée, bien sûr, à notre propre population. 200 000, certains disent que c’est trop. Qui trouve-t-on ? 90 000 viennent au titre de l’immigration familiale, c’est notamment le cas des conjoints de citoyens français : va-t-on interdire un rapprochement dès lors que le lien a pu être vérifié ? Ce serait insupportable ! Ce serait même contraire aux principes du droit européen et même du droit international.

60 000 autres arrivent chaque année comme étudiants. C’est une volonté pour notre pays, c’est un enjeu d’accueillir les élites de demain, le temps de leur formation. Devrait-on préférer qu’ils se forment ailleurs, aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie ? Alors que tout le discours que je porte depuis deux ans et demi, c’est de dire que nous avons besoin de plus d’étudiants étrangers parce que c’est un investissement considérable pour la France, c’est une chance extraordinaire de pouvoir avoir les meilleurs talents, chercheurs qui viennent, ici, en France, étudier.

Que serait la France dans 20 ou 30 ans si elle ne les accueillait plus alors que le nombre d’étudiants dans le monde va doubler d’ici 2020 ? C’est la raison pour laquelle, les obstacles concernant les mobilités étudiantes ont été progressivement levés parce que la France doit attirer tous les talents du monde entier.

Il y a deux ans, il y avait une circulaire – je ne rappellerais pas le nom de son auteur, qu’importe- dont le seul objet était de limiter le droit au séjour des étudiants et des chercheurs. Cette circulaire a été abrogée mais notre réglementation est encore trop dissuasive. C’est pourquoi, le Gouvernement a créé les « passeports talents » ouvrant un droit à séjour de quatre ans qui seront délivrés de manière simplifiée et de plein droit dès lors que les critères prévus (les ressources, le niveau d’études, le contrat de travail) seront remplis. « Passeport talent », il ne s’agit plus là, d’étudiants, il s’agit de chefs d’entreprise, de cadres, de jeunes techniciens. Ils amplifieront le mouvement initié avec les visas « talents internationaux » qui ont permis une augmentation de 7% du nombre d’étudiants venant en France, et de 20% pour les chercheurs.

Curieux paradoxe, notre pays ! Quand un jeune Français va à l’étranger, on considère que c’est un exil, que nous n’avons pas pu le retenir. Quand un étudiant étranger vient en France, on viendrait le suspecter. Nous devons faire en sorte qu’il y ait plus d’étudiants français qui aillent aussi à l’étranger pour revenir ensuite et que nous puissions accueillir plus d’étudiants étrangers en France.

Puis, pour arriver aux 200 000, il y a l’asile, c’est-à-dire un droit constitutionnel qui fait partie de l’identité même de la France. Il n’est pas tolérable que notre système d’examen du droit d’asile fonctionne aussi mal. Le constat a été fait depuis longtemps. Plus de 18 mois pour avoir une réponse, on a réduit les délais déjà depuis deux ans mais nous devons encore accélérer parce que c’est un double risque que nous faisons courir.

Si le refus est prononcé, toute chance que celui qui est là depuis 18 mois essaie de se réfugier dans l’immigration illégale et si c’est pour une réponse favorable, pourquoi ne lui a-t-elle pas été communiquée plus tôt pour qu’il puisse pleinement s’insérer ?

Nous avons donc préparé un texte qui est en ce moment en discussion au Parlement qui va être voté – je crois avec une large majorité – pour réduire à 9 mois le délai pour traiter une réponse en termes de droit d’asile.

Quant à l’immigration économique, qui a été considérable, elle est devenue résiduelle dans notre pays. La présence de ceux qu’on appelle les travailleurs détachés et qui n’a rien avoir avec ce que l’on croit être l’immigration économique, mais plutôt un abus de situation – ces travailleurs détachés qui ne sont d’ailleurs pas en cause en tant que tels mais qui sont ceux qui viennent en France, de pays européens pour être moins payés parce que les cotisations sociales ne sont pas facturées aux employeurs.

Alors si nous devons respecter la libre circulation qui est un acquis fondamental de l’Europe, elle ne doit pas être détournée, dévoyée parce qu’aujourd’hui la question des travailleurs détachés fait que sur le plan politique il y a l’exacerbation de tensions et sur le plan économique il y a une concurrence déloyale.

Je ferai donc en sorte dans les prochains Conseils européens de clarifier cette notion de travailleur détaché et d’éviter tous les abus.

Trop de nos concitoyens issus de l’immigration se considèrent encore comme des étrangers, assignés à leurs origines. Et trop de nos compatriotes ont le sentiment qu’ils ne sont plus chez eux quand d’autres se placent en dehors des règles communes. Voilà la tension principale qui existe dans notre pays. Dans les deux cas, c’est la France qui est atteinte, qui est blessée. Nous devons donc réagir à cette double dislocation du pacte républicain pour que chacun se considère français en France et capable de vivre ensemble.

La République n’a d’avenir que si elle sait construire une politique de citoyenneté dont le principe est simple et clair : c’est l’égalité.

La République n’a d’avenir que si les droits et les devoirs sont rappelés à tous, quelle que soit leur nationalité.

La République n’a d’avenir que si aucun territoire n’est relégué, abandonné, oublié. Elle n’a d’avenir que si les quartiers ne deviennent pas des ensembles où vivent les mêmes populations dont la communauté de destin serait celle de leurs communautés supposées d’origines. C’est le sens de la politique de la ville : éviter les concentrations des mêmes sur les mêmes lieux, agir sur les causes des inégalités, multiplier les leviers d’insertion, offrir un avenir en termes de formation, d’emploi, d’accès à la culture.

Le sujet que nous avons à régler, c’est l’immigration d’hier et même d’avant-hier que nous avons à mieux appréhender, où le critère, d’ailleurs, n’est plus la nationalité mais la citoyenneté effective. Quant à l’immigration d’aujourd’hui – dont j’ai dit ici le caractère limité, elle doit être néanmoins accompagnée. C’est le sens du projet de loi sur le séjour des étrangers qui sera discuté au Parlement l’année prochaine. Toute personne qui arrivera en France, quelles qu’en soient les raisons –j’ai évoqué les sources de cette immigration- devra apprendre le français, être formé aux valeurs de la République, à ses règles, à ses usages, à ses droits, à ses devoirs.

Ce parcours d’intégration s’accompagnera de la remise de titres de séjour pluriannuels. A quoi sert-il de faire subir à des étrangers en situation régulière une attente interminable devant les Préfectures, les Sous-préfectures, pour le renouvellement de leur titre de séjour, comme pour bien les punir de ce qu’ils viennent réclamer : un titre de séjour. Ils l’ont déjà, c’est juste pour le renouvellement. Ils l’auront mais ils doivent attendre dans le froid, au petit matin, rien que pour leur montrer qu’ils ne sont pas vraiment, ici, bienvenus.

Ce n’est digne ni pour les fonctionnaires qui ont à traiter ces questions – je veux les saluer, ce n’est pas facile- ni digne pour les personnes ainsi traitées. A quoi sert-il d’instaurer une précarité inutile alors que ces étrangers ont déjà une activité professionnelle ?

Beaucoup d’étrangers, ce ne sont plus les mêmes, sont là depuis des décennies. Ils ont parfois gardé leur nationalité d’origine tout en étant parfaitement intégrés à la société française. C’était leur droit. Ils n’ont pas voulu changer de nationalité ou peut-être n’ont pas pu y accéder. C’est cette situation d’étranger depuis longtemps en France qui a justifié la revendication de leur ouvrir le droit de vote aux élections locales. Beaucoup de pays européens l’ont fait. Pour y parvenir en France, chacun en connait les conditions. Mieux vaut un langage de vérité si l’on veut éviter les passions ou les illusions. Rien ne peut se faire sans une révision de la Constitution, ce qui suppose, dans notre droit, une majorité des 3/5ème au Parlement. C’est-à-dire l’accord de toutes les forces républicaines. J’y suis pour ma part favorable, à elles de prendre leur responsabilité.

Ces difficultés – que nous connaissons depuis 30 ans – ne doivent pas nous empêcher d’agir pour favoriser l’autre versant de la citoyenneté, l’accès à la naturalisation. Il n’y a pas de meilleure preuve d’amour à la République que cette déclaration d’allégeance à ses principes et à ses valeurs. Dans le passé récent, certains ont été tentés de réduire le nombre de naturalisations, de compliquer ces procédures comme si devenir Français pour des étrangers qui étaient là depuis des années, qui avaient servi la France, constituait une menace. C’était encore une fois oublier, les vertus intégratrices de la République.

C’est pourquoi, j’ai demandé au Gouvernement, dès 2012, de fixer de nouveaux critères justes et transparents pour l’accès à la nationalité française. Des progrès ont été faits. Le nombre des naturalisations a augmenté mais il y a lieu, encore, d’accélérer les procédures, de les unifier sur le territoire et de bien fixer la nature des critères.

Je souhaite également que la République marque enfin sa reconnaissance à l’égard des vieux immigrés, ceux que l’on appelle les Chibanis. Beaucoup ont été recrutés, il y a des décennies, avec l’espoir d’un retour rapide au pays. Puis, ils ont fait souche dans le nôtre et ont contribué à sa construction.

A la France, ils ont donné leur jeunesse, leur labeur, leurs bras. Il est temps que l’on cesse de leur opposer des règles tatillonnes pour qu’ils ne puissent accéder véritablement à leurs droits ou à leurs prestations sociales.

Il est temps aussi que leur naturalisation soit facilitée, comme l’a proposé un rapport parlementaire. C’est la raison pour laquelle la loi sur le vieillissement, puisqu’il s’agit de travailleurs âgés, ouvrira la naturalisation de plein droit à tous les étrangers âgés de plus de 65 ans qui ont vécu plus de 25 ans en France et qui ont au moins un enfant français.

Il y a aussi les jeunes français qui veulent pleinement participer à la vie de notre pays. C’est toute la question de la représentation. Elle n’obéit pas à des logiques législatives, à des quotas ou des règles.

C’est une obligation pour toutes les forces politiques sociales économiques de notre pays. Faire en sorte que ceux qui parlent au nom des autres puissent ressembler aux autres. Faire en sorte que ceux qui décident pour les autres puissent être finalement comme les autres.

Ce travail-là doit être mené systématiquement parce que lorsqu’une représentation n’est plus fidèle à l’état d’une société, la société ne se reconnait plus dans celles et ceux qui les représentent.

C’est un grand enjeu. Des progrès ont été faits lors des élections locales – je sais que dans les entreprises, il y a également cette volonté – mais pourquoi y aurait-il cette facilité dans la culture, dans le sport et cette résistance dans nos institutions ou dans les entreprises ?

Bien sûr qu’il y a la méritocratie scolaire, et elle donne des résultats. Combien de jeunes qui sont de toutes les couleurs de la France ont réussi les meilleurs examens, obtenu les meilleurs diplômes ? Ils frappent à la porte, à leur tour, demandent leur part et à qui on demande plus qu’à d’autres d’attendre, d’attendre encore ? Eh bien non ! Il n’est plus temps d’attendre. Il faut que la société française puisse être représentée avec toutes les couleurs, toutes les forces, toutes les forces vives de la France.

L’immigration en France, c’est l’histoire de millions de personnes venues d’ailleurs, de très loin ou parfois de plus près qui voulurent un jour fondre leurs aspirations personnelles, familiales dans le rêve français.

C’est ainsi que notre histoire s’est faite. Notre pays ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans cette multiplication de talents et d’atouts. Bien sûr que cette immigration a suscité également tout au long de son histoire, frustrations, fractures, frictions, nous ne devons ni ignorer les talents ni occulter les peurs.

Cette diversité est une chance si nous savons la valoriser, l’enrichir, la dépasser, si nous savons affirmer une volonté commune de vivre ensemble, ce qui suppose une pleine adhésion à la République. Sinon c’est le piège de la division, la menace du communautarisme, la confrontation des cultures et donc, le racisme, l’antisémitisme, la détestation de l’autre.

C’est en prenant en compte ces risques qui sont là, dans la France du 21ème siècle, que nous ne pensions plus imaginer ou voir, c’est en prenant en compte ces risques que nous devons nous élever, pour faire en sorte que la Nation redevienne facteur d’espoir. La France doit avoir confiance dans la France.

C’est une responsabilité dont l’Etat a la charge pour garantir la cohésion et l’apaisement. Je l’ai dit, l’éducation en est la première condition mais l’école ne peut pas répondre à un défi aussi grand. Toutes les institutions sont concernées : les institutions publiques mais également les entreprises privées. La réussite de notre pays dépend de notre capacité à régler cette question de la citoyenneté et de l’immigration.

C’est aussi une responsabilité individuelle car l’histoire de l’immigration nous l’enseigne aussi. Vivre en France, c’est une chance. Elle doit être ressentie, comprise, saisie pour pouvoir être mise au service du destin commun.

Votre musée montre que cet espoir est possible puisqu’il apporte la preuve que des femmes et des hommes arrachés parfois dans la douleur à leur pays d’origine, qui ont connu bien des épreuves, ont été capables, sur notre propre sol, de donner le meilleur de leur vie, de faire en sorte que leurs enfants puissent être pleinement des citoyens et d’accomplir ce qui a été, un moment, leur destin.

L’histoire de l’immigration fait partie de notre histoire nationale mais la réussite de l’intégration déterminera notre destin national.

Votre musée, votre institution, votre Cité a l’immense mérite de donner à des générations d’immigrés la place qui doit leur revenir et de nous faire comprendre qu’ils ont fait le visage de la France.

Un visage qui a la couleur de la République. Celle qui unit, rassemble et fédère. Une Nation qui doit être fière d’elle-même et sûre de son destin. C’est quand la Nation est fière, quand elle sait où elle va et quand son destin est partagé que cette grande Nation qui s’appelle la France peut résister à tout pour faire le meilleur et conjurer le pire.

Merci.


Mort de Simon Leys: Hommage aux hérissons rusés ! (The worst way to be wrong: Looking back at an intellectual by any other name)

25 août, 2014
Sa vigilance nous manque déjà. Sartre (à la mort de Gide)
On ne sait pas si le président russe, Vladimir Poutine, où l’un de ses subordonnés, a donné l’ordre de faire sauter en vol le Boeing 777 de la Malaysia Airlines. Mais il y a déjà cinq fois plus de civils innocents massacrés à Gaza, ceux-là soigneusement ciblés et sur l’ordre direct d’un gouvernement. Les sanctions de l’Union européenne contre Israël restent au niveau zéro. L’annexion de la Crimée russophone déclenche indignation et sanctions. Celle de la Jérusalem arabophone nous laisserait impavides ? Peut-on à la fois condamner M. Poutine et absoudre M. Nétanyahou ? Encore deux poids deux mesures ? Nous avons condamné les conflits interarabes et intermusulmans qui ensanglantent et décomposent le Moyen-Orient. Ils font plus de victimes locales que la répression israélienne. Mais la particularité de l’affaire israélo-palestinienne est qu’elle concerne et touche à l’identité des millions d’Arabes et musulmans, des millions de chrétiens et Occidentaux, des millions de juifs dispersés dans le monde. Ce conflit apparemment local est de portée mondiale et de ce fait a déjà suscité ses métastases dans le monde musulman, le monde juif, le monde occidental. Il a réveillé et amplifié anti-judaïsme, anti-arabisme, anti-christianisme (les croisés) et répandu des incendies de haine dans tous les continents. (…) N’ayant guère d’accointances avec les actuels présidents du Conseil et de la Commission européens, ce n’est pas vers ces éminentes et sagaces personnalités que nous nous tournons mais vers vous, François Hollande, pour qui nous avons voté et qui ne nous êtes pas inconnu. C’est de vous que nous sommes en droit d’attendre une réponse urgente et déterminée face à ce carnage, comme à la systématisation des punitions collectives en Cisjordanie même. Les appels pieux ne suffisent pas plus que les renvois dos à dos qui masquent la terrible disproportion de forces entre colonisateurs et colonisés depuis quarante-sept ans. L’écrivain et dissident russe Alexandre Soljenitsyne (1918-2008) demandait aux dirigeants soviétiques une seule chose : « Ne mentez pas. » Quand on ne peut résister à la force, on doit au moins résister au mensonge. Ne vous et ne nous mentez pas, monsieur le Président. On doit toujours regretter la mort de militaires en opération, mais quand les victimes sont des civils, femmes et enfants sans défense qui n’ont plus d’eau à boire, non pas des occupants mais des occupés, et non des envahisseurs mais des envahis, il ne s’agit plus d’implorer mais de sommer au respect du droit international. (…) Nous n’oublions pas les chrétiens expulsés d’Irak et les civils assiégés d’Alep. Mais à notre connaissance, vous n’avez jamais chanté La Vie en rose en trinquant avec l’autocrate de Damas ou avec le calife de Mossoul comme on vous l’a vu faire sur nos écrans avec le premier ministre israélien au cours d’un repas familial. (…) Israël se veut défenseur d’un Occident ex-persécuteur de juifs, dont il est un héritier pour le meilleur et pour le pire. Il se dit défenseur de la démocratie, qu’il réserve pleinement aux seuls juifs, et se prétend ennemi du racisme tout en se rapprochant d’un apartheid pour les Arabes. L’école stoïcienne recommandait de distinguer, parmi les événements du monde, entre les choses qui dépendent de nous et celles qui ne dépendent pas de nous. On ne peut guère agir sur les accidents d’avion et les séismes – et pourtant vous avez personnellement pris en main le sort et le deuil des familles des victimes d’une catastrophe aérienne au Mali. C’est tout à votre honneur. A fortiori, un homme politique se doit de monter en première ligne quand les catastrophes humanitaires sont le fait de décisions politiques sur lesquelles il peut intervenir, surtout quand les responsables sont de ses amis ou alliés et qu’ils font partie des Nations unies, sujets aux mêmes devoirs et obligations que les autres Etats. La France n’est-elle pas un membre permanent du Conseil de sécurité ? Ce ne sont certes pas des Français qui sont directement en cause ici, c’est une certaine idée de la France dont vous êtes comptable, aux yeux de vos compatriotes comme du reste du monde. Rony Brauman, Régis Debray, Edgar Morin et Christiane Hessel
Puisqu’ils ont osé, j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis. (…) C’est un crime d’avoir accusé de troubler la France ceux qui la veulent généreuse, à la tête des nations libres et justes, lorsqu’on ourdit soi-même l’impudent complot d’imposer l’erreur, devant le monde entier. C’est un crime d’égarer l’opinion, d’utiliser pour une besogne de mort cette opinion qu’on a pervertie jusqu’à la faire délirer. C’est un crime d’empoisonner les petits et les humbles, d’exaspérer les passions de réaction et d’intolérance, en s’abritant derrière l’odieux antisémitisme, dont la grande France libérale des droits de l’homme mourra, si elle n’en est pas guérie. C’est un crime que d’exploiter le patriotisme pour des œuvres de haine, et c’est un crime, enfin, que de faire du sabre le dieu moderne, lorsque toute la science humaine est au travail pour l’œuvre prochaine de vérité et de justice. (…) Je le répète avec une certitude plus véhémente : la vérité est en marche et rien ne l’arrêtera.  (…) Je l’ai dit ailleurs, et je le répète ici : quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres. Emile Zola (J’accuse, 1898)
Chaque jour j’attache moins de prix à l’intelligence. Chaque jour je me rends mieux compte que ce n’est qu’en dehors d’elle que l’écrivain peut ressaisir quelque chose de nos impressions passées, c’est-à-dire atteindre quelque chose de lui-même et la seule matière de l’art. (…) Mais d’une part les vérités de l’intelligence, si elles sont moins précieuses que ces secrets du sentiment dont je parlais tout à l’heure, ont aussi leur intérêt. Un écrivain n’est pas qu’un poète. Même les plus grands de notre siècle, dans notre monde imparfait où les chefs-d’œuvre de l’art ne sont que les épaves naufragées de grandes intelligences, ont relié d’une trame d’intelligence les joyaux de sentiment où ils n’apparaissent que çà et là. Et si on croit que sur ce point important on entend les meilleurs de son temps se tromper, il vient un moment où on secoue sa paresse et où on éprouve le besoin de le dire. La méthode de Sainte-Beuve n’est peut-être pas au premier abord un objet si important. Mais peut-être sera-t-on amené, au cours de ces pages, à voir qu’elle touche à de très importants problèmes intellectuels, peut-être au plus grand de tous pour un artiste, à cette infériorité de l’intelligence dont je parlais au commencement. Et cette infériorité de l’intelligence, c’est tout de même à l’intelligence qu’il faut demander de l’établir. Car si l’intelligence ne mérite pas la couronne suprême, c’est elle seule qui est capable de la décerner. Et si elle n’a dans la hiérarchie des vertus que la seconde place, il n’y a qu’elle qui soit capable de proclamer que l’instinct doit occuper la première. Marcel Proust (préface de  « Contre Sainte Beuve », édition posthume, 1954)
Les hommes dont la fonction est de défendre les valeurs éternelles et désintéressées, comme la justice et la raison, que j’appelle les clercs, ont trahi fonction au profit d’intérêts pratiques. Julien Benda (La Trahison des clercs, 1927)
Cherchant à expliquer l’attitude des intellectuels, impitoyables aux défaillances des démocraties, indulgents aux plus grands crimes, pourvu qu’ils soient commis au nom des bonnes doctrines, je rencontrai d’abord les mots sacrés : gauche, Révolution, prolétariat. Raymond Aron
Si la tolérance naît du doute, qu’on enseigne à douter des modèles et des utopies, à récuser les prophètes de salut, les annonciateurs de catastrophes. Appelons de nos vœux la venue des sceptiques s’ils doivent éteindre le fanatisme. Raymond Aron (L’Opium des intellectuels, 1955)
L’écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi. Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu’ils n’ont pas écrit une ligne pour l’empêcher. Ce n’était pas leur affaire, dira-t-on. Mais le procès de Calas, était-ce l’affaire de Voltaire ? La condamnation de Dreyfus, était-ce l’affaire de Zola ? L’administration du Congo, était-ce l’affaire de Gide ? Chacun de ces auteurs, en une circonstance particulière de sa vie, a mesuré sa responsabilité d’écrivain.  Sartre
Intellectuels : personnes qui ayant acquis quelque notoriété par des travaux qui relèvent de l’intelligence abusent de cette notoriété pour sortir de leur domaine  et se mêler de ce qui ne les regarde pas. Jean-Paul Sartre
Cette violence irrépressible il le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité, nous l’avons sue, je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes. Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait ; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie ; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales. Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible ; cela veut dire : s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale. Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pâlissent, les interdits sont un à un renversés : l’arme d’un combattant, c’est son humanité. Car, en ce premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux damnés de la terre, 1961)
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir. (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Le besoin de se justifier hante toute la littérature moderne du «procès». Mais il y a plusieurs niveaux de conscience. Ce qu’on appelle le «mythe» du procès peut être abordé sous des angles radicalement différents. Dans L’Etranger, la seule question est de savoir si les personnages sont innocents ou coupables. Le criminel est innocent et les juges coupables. Dans la littérature traditionnelle, le criminel est généralement coupable et les juges innocents. La différence n’est pas aussi importante qu’il le semble. Dans les deux cas, le Bien et le Mal sont des concepts figés, immuables : on conteste le verdict des juges, mais pas les valeurs sur lesquelles il repose. La Chute va plus loin. Clamence s’efforce de démontrer qu’il est du côté du bien et les autres du côté du mal, mais les échelles de valeurs auxquelles il se réfère s’effondrent une à une. Le vrai problème n’est plus de savoir «qui est innocent et qui est coupable?», mais «pourquoi faut-il continuer à juger et à être jugé?». C’est là une question plus intéressante, celle-là même qui préoccupait Dostoïevski. Avec La Chute, Camus élève la littérature du procès au niveau de son génial prédécesseur. Le Camus des premières oeuvres ne savait pas à quel point le jugement est un mal insidieux et difficile à éviter. Il se croyait en-dehors du jugement parce qu’il condamnait ceux qui condamnent. En utilisant la terminologie de Gabriel Marcel, on pourrait dire que Camus considérait le Mal comme quelque chose d’extérieur à lui, comme un «problème» qui ne concernait que les juges, alors que Clamence sait bien qu’il est lui aussi concerné. Le Mal, c’est le «mystère» d’une passion qui en condamnant les autres se condamne elle-même sans le savoir. C’est la passion d’Oedipe, autre héros de la littérature du procès, qui profère les malédictions qui le mènent à sa propre perte. […] L’étranger n’est pas en dehors de la société mais en dedans, bien qu’il l’ignore. C’est cette ignorance qui limite la portée de L’Etranger tant au point de vue esthétique qu’au point de vue de la pensée. L’homme qui ressent le besoin d’écrire un roman-procès n’appartient pas à la Méditerranée, mais aux brumes d’Amsterdam. Le monde dans lequel nous vivons est un monde de jugement perpétuel. C’est sans doute le vestige de notre tradition judéo-chrétienne. Nous ne sommes pas de robustes païens, ni des juifs, puisque nous n’avons pas de Loi. Mais nous ne sommes pas non plus de vrais chrétiens puisque nous continuons à juger. Qui sommes-nous? Un chrétien ne peut s’empêcher de penser que la réponse est là, à portée de la main : «Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu juges contre toi-même : puisque tu agis de même, toi qui juges». Camus s’était-il aperçu que tous les thèmes de La Chute sont contenus dans les Epîtres de saint Paul ? […] Meursault était coupable d’avoir jugé, mais il ne le sut jamais. Seul Clamence s’en rendit compte. On peut voir dans ces deux héros deux aspects d’un même personnage dont le destin décrit une ligne qui n’est pas sans rappeler celle des grands personnages de Dostoïevski. » René Girard – Critique dans un souterrain, Pour un nouveau procès de l’Etranger, p.140-142)
Attention, l’Amérique a la rage (…) La science se développe partout au même rythme et la fabrication des bombes est affaire de potentiel industriel. En tuant les Rosenberg, vous avez tout simplement esayé d’arrêter les progrès de la science. Jean-Paul Sartre (« Les animaux malades de la rage », Libération, 22 juin 1953)
Les groupes n’aiment guère ceux qui vendent la mèche, surtout peut-être lorsque la transgression ou la trahison peut se réclamer de leurs valeurs les plus hautes. (…) L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurant d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchainée. Pierre  Bourdieu
Manet a deux propriétés uniques […] : premièrement, il a rassemblé des choses qui avaient été séparées, et […] c’est une des propriétés universelles des grands fondateurs. […] Et, deuxième propriété, il pousse à la limite les propriétés de chacun de ces éléments constitutifs de l’assemblage qu’il fabrique. Donc, il y a systématicité et passage à la limite. Pierre Bourdieu
Dans la grande maison du symbolique, l´I.T. occupe le palier supérieur parce qu´il a reçu de l´histoire et de l´inconscient collectif le supérieur en charge : la lyre, plus la morale. Position princière. Comme le roi Charles X disait au dauphin, de Chateaubriand venu le visiter en exil à Prague, avec un respect mêlé d´effroi : attention, mon fils, voici « une des puissances de la Terre » . Un magistrat de l´essentiel, qui a « le secret des mots puissants. (…) La capitale, qui excite l´intellectuel, gâte l´artiste. L´iode et la chlorophylle entretiennent les vertus d´enfance ; poètes et enchanteurs, enfants prolongés (c´est un labeur), vieillissent prématurément dans nos bousculades. Calme et silence. Avec son optimisme végétal, Rilke a dit l´essentiel. S´en remettre au lent travail des profondeurs intimes, « laisser mûrir comme l´arbre qui ne précipite pas le cours de sa sève. (…) Quiconque veut se mettre en mesure d´écouter sa musique d´enfance aura tout à gagner à se montrer dur d´oreille aux trompettes et violons qui font frémir les cœurs dans le voisinage. Car il en va des inspirations comme des civilisations : si elles s´ouvrent trop aux autres, elles perdent leur sève et le fil. C´est en quoi l´artiste, au contraire de l´intellectuel, cet être de débat, d´échange ou de collectif, a intérêt, s´il ne veut pas diminuer ses chances, à ne pas trop communiquer avec son époque, le public et les autres artistes. Régis Debray (I.F. suite et fin, 2000)
Il importe de rapporter l’état ultime d’une figure à son état princeps pour déceler ce qui unit et distingue l’I.O. et l’I.T. D’embrasser d’un même trait l’élan, l’inflexion et la chute ; reconnaître la continuité depuis le point de lancement sans déguiser la déconvenue de l’arrivée. L’héritier du nom est à la fois le continuateur du dreyfusard et son contraire. L’I.F. fut un éclaireur, c’est devenu un exorciste. Il accroissait l’intelligibilité, il renchérit sur l’opacité des temps. Il favorisa la prise de distance, il s’applique à resserrer les rangs. Ce fut un futuriste, c’est, tout accrocheur qu’il soit, et volumineux, un déphasé, qui n’aide plus personne à devenir contemporain. Et c’est de lui qu’il faudrait maintenant s’émanciper. Régis Debray (I.F. suite et fin, 2000)
Certes, les attaques faciles où Bourdieu traite Reagan et Bush de « bellâtres de série B », n’étaient pas indispensables… En revanche, quiconque a ressenti la contrainte des rues à angle droit, funestes à toute improvisation, ce commandement totalitaire de sympathie, de familiarité, de véridicité qui rend normal de promettre sur une fiche de douane qu’on ne vient aux Etats-unis ni pour tuer ni pour répandre une infection mortelle, ne peut qu’approuver le diagnostic bourdieusien devant une société déterminée par des principes d’inexorable bienveillance et la conviction de la dichotomie entre logique et éthique. Marie-Anne Lescourret
The idea that art, ethics, and matters of the spirit, including religious faith, come from the same place is central to Leys’s concerns. All his essays, about André Gide or Evelyn Waugh no less than the art of Chinese calligraphy, revolve around this. Leys once described in these pages the destruction of the old walls and gates of Beijing in the 1950s and 1960s as a “sacrilege.” The thick walls surrounding the ancient capital were “not so much a medieval defense apparatus as a depiction of a cosmic geometry, a graphic of the universal order.” Pre-modern Chinese politics were intimately linked with religious beliefs: the ruler was the intermediary between heaven and earth, his empire, if ruled wisely, a reflection of the cosmic order. Classical Beijing, much of it built in the fourteenth and fifteenth centuries, was deliberately planned to reflect this order. It survived almost intact until the 1950s. Apart from a few pockets, such as the Forbidden City, nothing of this old city remains. Critics over the years have attacked Leys for being an elitist, a Western mimic of Chinese literati, an aesthete who cares more about high culture than people, more about walls and temples than the poor Beijingers who had to live in dark and primitive alleys, oppressed by absolute rulers and feudal superstition. But this misses the point. It was not Leys’s intention to defend the Chinese imperial or feudal system. On the contrary, he lamented the fact that Maoists decided to smash the extraordinary artifacts of the past instead of the attitudes that made feudalism so oppressive in the first place. The stones were destroyed; many of the attitudes, alas, remained, albeit under different rulers. Iconoclasts, not only in China, are as enthralled by the sacred properties of the objects they destroy as those who venerate them. This much we know. But Leys goes further. In his view, Maoists didn’t just reduce the walls of Beijing, and much else besides, to rubble because they believed such acts would liberate the Chinese people; they smashed Yuan and Ming and Qing Dynasty treasures because they were beautiful. Yet beauty, as Leys himself insists, is rarely neutral. His use of the term “sacrilege” suggests that there was more to Maoist iconoclasm than a philistine resentment of architectural magnificence. Leys quotes Guo Moruo, one of the most famous mandarins of the Chinese Communist revolution, on the city walls in Sichuan where the scholar and poet grew up. People approaching a town near Guo’s native village felt a “sense of religious awe when confronted with the severe majestic splendor” of the city gate. Guo notes the rarity of such superb walls outside Sichuan—“except in Peking, of course, where the walls are truly majestic.” Guo was a Communist, but not a vandal. He paid a common price for his love of the wrong kind of beauty. Persecuted during the Cultural Revolution, he was forced to declare that his books were worthless and should be burned. Two of his children were driven to suicide, and Guo had to write odes in praise of Chairman Mao for the rest of the Great Helmsman’s life. The point about the walls is, of course, not merely aesthetic, nostalgic, or even to do with awe. Heinrich Heine’s famous dictum—“Where they burn books, they will ultimately also burn people”—applies to China too. It wasn’t just buildings that were shattered under Chairman Mao, but tens of millions of human lives. In one of his essays, Leys refers to the first Communist decades in China as “thirty years of illiterates’ rule,” which might be construed as snobbish; but the relative lack of education among the top Communist cadres is not actually the main issue for Leys. His targets are never uneducated barbarians, people too ignorant or stupid to know what they are doing. The objects of his devastating and bitterly funny barbs are fellow intellectuals, often fellow academics, most often fellow experts on China, people who faithfully followed every twist and turn of the Chinese Communist Party line, even though they knew better. Such people as the writer Han Suyin, for example, who declared that the Cultural Revolution was a Great Leap Forward for mankind until she observed, once the line had changed, that it had been a terrible disaster. (…) Still, the reasons why Leys finds Orwell attractive might be applied in equal measure to Leys himself: “[Orwell’s] intuitive grasp of concrete realities, his non-doctrinaire approach to politics (accompanied with a deep distrust of left-wing intellectuals) and his sense of the absolute primacy of the human dimension.” Both Orwell and Chesterton were good at demolishing cant. Leys is right about that: “[Chesterton’s] striking images could, in turn, deflate fallacies or vividly bring home complex principles. His jokes were irrefutable; he could invent at lightning speed surprising short-cuts to reach the truth.” When Confucius was asked by one of his disciples what he would do if he were given his own territory to govern, the Master replied that he would “rectify the names,” that is, make words correspond to reality. He explained (in Leys’s translation): If the names are not correct, if they do not match realities, language has no object. If language is without an object, action becomes impossible—and therefore, all human affairs disintegrate and their management becomes pointless. Leys comments that Orwell and Chesterton “would have immediately understood and approved of the idea.” If this reading is right, Confucius wanted to strip the language of cant, and reach the truth through plain speaking, expressing clear thoughts. But Leys believes that he also did more than that: “Under the guise of restoring their full meaning, Confucius actually injected a new content into the old ‘names.’” One example is the interpretation of the word for gentleman, junzi. The old feudal meaning was “aristocrat.” But for Confucius a gentleman’s status could be earned only through education and superior virtue. This was a revolutionary idea; the right to rule would no longer be a matter of birth, but of intellectual and moral accomplishment, tested in an examination system theoretically open to all. (…) To be sure, words are used to obfuscate and lie, as well as to tell the truth. Leys believes that grasping the truth is largely a matter of imagination, poetic imagination. Hence his remark that the “Western incapacity to grasp the Soviet reality and all its Asian variants” was a “failure of imagination” (his italics). Fiction often expresses truth more clearly than mere factual information. Truth, Leys writes, referring to science and philosophy, as well as poetry, “is grasped by an imaginative leap.” The question is how we contrive such leaps. Ian Buruma
Le renard sait beaucoup de choses mais le hérisson une seule grande. Archiloque
Mieux vaut les critiques d’un seul que l’assentiment de mille. Sima Qian
People all know the usefulness of what is useful, but they do not know the usefulness of what is useless. Zhuang Zi
Hamlet was my favourite Shakespearean play. Read in a Chinese labour camp, however, the tragedy of the Danish prince took on unexpected dimensions. All the academic analyses and critiques that had engrossed me over the years now seemed remote and irrelevant. The outcry ‘Denmark is a prison’ echoed with a poignant immediacy and Elsinore loomed like a haunting metaphor of a treacherous repressive state. The Ghost thundered with a terrible chorus of a million victims of proletarian dictatorship. Rozencrantz and Guildenstern would have felt like fish in the water had they found their way into a modern nation of hypocrites and informers. As to Hamlet himself, his great capacity for suffering gave the noble Dane his unique stature as a tragic hero pre-eminently worthy of his suffering. I would say to myself ‘I am not Prince Hamlet, nor was meant to be’, echoing Eliot’s Prufrock. Rather I often felt like one of those fellows ‘crawling between earth and Heaven’ scorned by Hamlet himself. But the real question I came to see was neither ‘to be, or not to be’ nor whether ‘in the mind to suffer the slings and arrows of outrageous fortune’, but how to be worthy of one’s suffering. Wu Ningkun
As if I also was hearing it for the first time: like the blast of a trumpet, like the voice of God. For a moment I forget who I am and where I am. The companion begs me to repeat it. How good he is, he is aware that it is doing me good. Or perhaps it is something more – perhaps he has received the message, he has felt that it had to do with him, that it has to do with all men who suffer, and with us in particular; and that it has to do with us two, who dare to reason of these things with the poles for the soup on our shoulders. (…) I have forgotten at least twelve lines; I would give today’s soup to know how to connect the last fragment to the end of the Canto. I try to reconstruct it through the rhymes, I close my eyes, I bite my fingers, but it is no use, the rest is silence. Primo Levi
Let each one examine what he has most desired. If he is happy, it is because his wishes have not been granted.  Prince de Ligne
The madness of tomorrow is not in Moscow, much more in Manhattan. It has been left to the very latest Modernists to proclaim an erotic religion which at once exalts lust and forbids fertility. The next great heresy is going to be simply an attack on morality, and especially on sexual morality. G.K. Chesterton (1926)
I do not believe for instance that it is a mere coincidence that we are witnessing simultaneously the development of a movement supporting euthanasia and the development of a movement in favour of homosexual marriage. Simon Leys
S’il est une chose dont le Belge est pénétré, c’est de son insignifiance. Cela, en revanche, lui donne une incomparable liberté – un salubre irrespect, une tranquille impertinence, frisant l’insouciance. Simon Leys
La pire manière d’avoir tort c’est d’avoir eu raison trop tôt ! Simon Leys
Dans une controverse, on reconnait le vainqueur à ce que ses adversaires finissent par s’approprier ses arguments en s’imaginant les avoir inventés.  Simon Leys
Whenever a minute of silence is being observed in a ceremony, don’t we all soon begin to throw discreet glances at our watches? Exactly how long should a ‘decent interval’ last before we can resume business-as-usual with the butchers of Peking? (…) they may even have a point when they insist, in agreeing once more to sit at the banquet of the murderers, they are actively strengthening the reformist trends in China. I only wish they had weaker stomachs. Simon Leys
The other day, I was reading the manuscript of a forthcoming book by a young journalist – a series of profiles of women living in the Outback – farmer wives battling solitude and natural disasters on remote stations in the bush. One woman was expressing concern for the education and future of her son, and commented on the boy’s choice of exclusively practical subjects for his courses at boarding school. « And I can’t say I blame his choice, as I too, would prefer to be out in the bush driving a tractor of building cattleyards rather than sitting in a classroom learning about Shakespeare, which is something he will never need… » (…) Oddly enough, this disarming remark on the uselessness of literature unwittingly reduplicates, in one sense, a provocative statement by Nabokov. In fact the brave woman from the outback here seems to echo a sardonic paradox of the supreme literate aesthete of our age. Nabokov wrote this (which I shall never tire of quoting, perhaps because I myself taught literature for some time): ‘Let us not kid ourselves; let us remember that literature is of no use whatever, except in the very special case of somebody’s wishing to become, of all things, a Professor of Literature.’ And yet even Professors of Literature, when they are made of the right mettle, but find themselves in extreme situations – divested of their titles, deprived of their books, reduced to their barest humanity, equipped only with their tears and their memory – can reach the heart of the matter and experience in their flesh what literature is really about: our very survival as human beings. Simon Leys
The need to bring down to our own wretched level, to deface, to deride and debunk any splendour that is towering above us, is probably the saddest urge of human nature. Simon Leys
L’intuition de Chesterton est que le christianisme a renversé la vieille croyance platonicienne que la matière est mauvaise et que le spirituel est bon. Simon Leys
Comme Chesterton et comme Bernanos (autres écrivains de génie qui ont montré quel art le journalisme peut et doit être), Orwell a semé des perles un peu partout ; là, il faut donc tout lire, ce n’est pas une obligation, c’est un régal. (…) Chez Orwell, la qualité qui frappe le plus, c’est l’originalité. La vraie originalité, c’est le fait d’un homme qui, ayant d’abord réussi à devenir lui-même, n’a plus qu’à écrire naturellement. L’originalité échappe invinciblement à qui la poursuit pour elle-même, ne trouvant que la fausse originalité – cette lèpre qui ronge les lettres… Or un homme vrai ne saurait se réduire à des simplifications abstraites, à des définitions à sens unique (gauche, droite, progressiste, réactionnaire) ; c’est un noeud naturel de contradictions, un vivant paradoxe, comme Orwell l’a bien suggéré en se décrivant lui-même comme un « anarchiste conservateur ». (…) Orwell a explicitement récusé une façon de lire 1984 comme une description d’événements à venir. Il a lui-même défini son livre comme une « satire », développant les implications logiques de la prémisse totalitaire. Il serait donc vain d’essayer de mettre 1984 à jour. Anthony Burgess a jadis commis un 1985 qui montrait seulement sa profonde incompréhension du livre. Le vrai maître d’Orwell, c’est Swift, qu’il lisait et relisait sans se lasser. Comment concevoir une révision des Voyages de Gulliver ? À la lecture d’une intéressante interview que le professeur Jacques Le Goff vient de donner au Point (n° 1777, 5 octobre), je suis frappé par cette remarque qu’exprime le grand historien en passant : « Je déteste un livre comme 1984 d’Orwell à cause de sa non-insertion dans l’histoire. » Mais, précisément, c’est là le sujet même dont traite Orwell. Car le totalitarisme en action, c’est la négation de l’histoire – à tout le moins, sa suspension effective et délibérée. Orwell en eut la première intuition lors de la guerre d’Espagne ; et l’on peut voir dans la révélation qu’il eut alors comme le premier germe de1984. Il en fit la réflexion à Arthur Koestler, qui avait partagé cette même expérience : « L’Histoire s’est arrêtée en 1936. » Ainsi, la propagande stalinienne effaça toutes traces de batailles gagnées par les républicains lorsqu’il s’agissait de milices anarchistes et inventa de grandes victoires communistes là où nul combat n’avait été livré. Dans la presse communiste, l’expérience du front qu’avaient vécue Orwell et ses camarades se trouva frappée de totale irréalité. L’exercice du pouvoir totalitaire ne peut tolérer l’existence d’une réalité historique. Simon Leys
Le divorce de la littérature et du savoir est une plaie de notre époque et un des aspects caractéristiques de la barbarie moderne où, la plupart du temps, on voit des écrivains incultes tourner le dos à des savants qui écrivent en charabia. Simon Leys
Il est normal que les imbéciles profèrent des imbécillités comme les pommiers produisent des pommes, mais je ne peux pas accepter, moi qui ai vu le fleuve Jaune charrier des cadavres chaque jour depuis mes fenêtres, cette vision idyllique de la Révolution culturelle. Simon Leys
Je pense… que les idiots disent des idioties, c’est comme les pommiers produisent des pommes, c’est dans la nature, c’est normal. Le problème c’est qu’il y ait des lecteurs pour les prendre au sérieux et là évidemment se trouve le problème qui mériterait d’être analysé. Prenons le cas de Madame Macciocchi par exemple — je n’ai rien contre Madame Macciocchi personnellement, je n’ai jamais eu le plaisir de faire sa connaissance — quand je parle de Madame Macciocchi, je parle d’une certaine idée de la Chine, je parle de son œuvre, pas de sa personne. Son ouvrage De la Chine, c’est … ce qu’on peut dire de plus charitable, c’est que c’est d’une stupidité totale, parce que si on ne l’accusait pas d’être stupide, il faudrait dire que c’est une escroquerie. Simon Leys
Une nouvelle interprétation de la Chine par un “China watcher” français de Hongkong travaillant à la mode américaine. Beaucoup de faits, rapportés avec exactitude, auxquels se mêlent des erreurs et des informations incontrôlables en provenance de la colonie britannique. Les sources ne sont d’ordinaire pas citées, et l’auteur n’a manifestement pas l’expérience de ce dont il parle. La Révolution culturelle est ramenée à des querelles de cliques. Alain Bouc (Le Monde)
Une sinologue, Michelle Loi, publie en 1975 un court livre intitulé Pour Luxun. Réponse à Pierre Ryckmans (Simon Leys) (Lausanne, Alfred Eibel éditeur), dont le titre dévoile le nom réel de Simon Leys, au risque de lui interdire de pouvoir retourner en Chine. Wikipedia
« La “Révolution culturelle‘ qui n’eut de révolutionnaire que le nom et de culturel que le prétexte tactique initial, fut une lutte pour le pouvoir, menée au sommet entre une poignée d’individus, derrière le rideau de fumée d’un fictif mouvement de masses […] En Occident, certains commentateurs persistent à s’attacher littéralement à l’étiquette officielle et veulent prendre pour point de départ de leur glose le concept de révolution de la culture, voire même de révolution de la civilisation (le terme chinois wenhua’ laisse en effet place à cette double interprétation). En regard d’un thème aussi exaltant pour la réflexion, toute tentative pour réduire le phénomène à cette dimension sordide et triviale d’une ‘lutte pour le pouvoir sonne de façon blessante, voire diffamatoire aux oreilles des maoïstes européens.  Simon Leys
Le spectacle de cet immense pays terrorisé et crétinisé par la rhinocérite maoïste a-t-il entièrement anesthésié sa capacité d’indignation ? Non, mais il réserve celle-ci à la dénonciation de la détestable cuisine qu’Air France lui sert dans l’avion du retour : «Le déjeuner Air France est si infect (petits pains comme des poires, poulet avachi en sauce graillon, salade colorée, chou à la fécule chocolatée – et plus de champagne !) que je suis sur le point d’écrire une lettre de réclamation ». […] Devant les écrits ‘ chinois ’ de Barthes (et de ses amis de Tel Quel), une seule citation d’Orwell saute spontanément à l’esprit : ‘ Vous devez faire partie de l’intelligentsia pour écrire des choses pareilles ; nul homme ordinaire ne saurait être aussi stupide.‘  Simon Leys
Nos admirations nous définissent, mais parfois elles peuvent aussi cerner nos manques (par exemple, un bègue qui admire un éloquent causeur, un écrivain crispé et taciturne comme Jules Renard qui vénère la tonitruante prolixité de Victor Hugo, ou un romancier concis et pur comme Chardonne qui célèbre le formidable flot deTolstoï…). Quand on rend visite à quelqu’un que l’on souhaiterait mieux connaître, on est naturellement tenté de regarder les livres de sa bibliothèque: ce n’est pas plus indiscret que de regarder son visage -c’est tout aussi révélateur (bien que parfois trompeur). Simon Leys
Je crois à l’universalité et à la permanence de la nature humaine; elle transcende l’espace et le temps. Comment expliquer sinon pourquoi les peintures de Lascaux ou la lecture de Zhuang Zi (Tchouang-tseu) ou de Montaigne peuvent nous toucher de façon plus immédiate que les informations du journal de ce matin? Pour le meilleur et pour le pire, je ne vois donc pas comment les intellectuels du XXIe siècle pourraient fort différer de ceux du siècle précédent. Malraux disait que l’intellectuel français est un homme qui ne sait pas comment on ouvre un parapluie (je soupçonne d’ailleurs qu’il parlait d’expérience; et personnellement je ne me flatte pas d’une bien grande dextérité). Du fait de leur maladresse et de leur faiblesse, certains intellectuels seraient-ils plus vulnérables devant les séductions du pouvoir, et de son incarnation dans des chefs totalitaires? Je me contente de constater mélancoliquement la récurrence du phénomène -je ne suis pas psychologue. Simon Leys
Comme je l’évoque dans le post-scriptum de mon essai sur Liu Xiaobo, par la faute d’un agent consulaire belge, mes fils (jumeaux) se sont trouvés réduits à l’état d’apatrides. La faute aurait pu être rectifiée; malheureusement, elle était tellement grotesque que les autorités responsables n’auraient pu le reconnaître sans se rendre ridicules – aussi fallait-il la cacher. Comme toujours dans ce genre de mésaventure administrative, la tentative de camouflage est cent fois pire que ce qu’elle tente de dissimuler. Le problème devient monumental et rigide, il s’enfle et gonfle comme un monstrueux champignon vénéneux qui, en fin de compte, ne contient RIEN: un vide nauséabond. Ayant jadis passé pas mal de temps à analyser et à décrire divers aspects du phénomène bureaucratique au sein du totalitarisme marxiste, j’ai découvert avec stupeur qu’il avait son pendant naturel dans un ministère bruxellois: des bureaucrates belges placés dans le plus toxique des environnements pékinois se seraient aussitôt sentis comme des poissons dans l’eau. Je voudrais tâcher de dépasser l’anecdote personnelle pour cerner une leçon universelle. De nombreux lecteurs, victimes d’expériences semblables, m’ont d’ailleurs offert des rapports d’une hallucinante absurdité. J’envisage donc de faire une petite physiologie du bureaucrate. Cela pourrait s’intituler Le Rêve de Zazie -par référence à l’héroïne de Queneau: comme on demande à Zazie ce qu’elle voudrait devenir quand elle sera grande, elle répond: « Institutrice! -Ah, fort bien et pourquoi? -Pour faire chier les mômes! » Simon Leys
 No tyrant can forsake humanity and persecute intelligence with impunity: in the end, he reaps imbecility and madness. When he visited Moscow in 1957, Mao declared that an atomic war was not to be feared since, in such an eventuality, only half of the human race would perish. This remarkable statement provided a good sample of the mind that was to conceive the “Great Leap Forward” and the “Cultural Revolution.” The human cost of these ventures was staggering: the famines that resulted from the “Great Leap” produced a demographic black hole into which it now appears that as many as fifty million victims may have been sucked. The violence of the “Cultural Revolution” affected a hundred million people. If, on the whole, the Maoist horrors are well known, what has not been sufficiently underlined is their asinine lunacy. In a recent issue of The New York Review, Jonathan Mirsky quoted an anecdote (from Liu Binyan, Ruan Ming, and Xu Gang’s Tell the World) that is so exemplary and apposite here that it bears telling once more: one day, Bo Yibo was swimming with Mao. Mao asked him what the production of iron and steel would be for the next year. Instead of replying, Bo Yibo told Mao that he was going to effect a turn in the water; Mao misunderstood him and thought that he had said “double.” A little later, at a Party meeting, Bo Yibo heard Mao announce that the national production of iron and steel would double the next year.3 The anecdote is perfectly credible in the light of all the documentary evidence we have concerning Mao’s attitude at the time of the “Great Leap”: we know that he swallowed the gigantic and grotesque deceptions fabricated by his own propaganda, and accepted without discussion the pleasing suggestion that miracles were taking place in the Chinese countryside; he genuinely believed that the yield of cotton and grain could be increased by 300 to 500 percent. And Liu Shaoqi himself was no wiser: inspecting Shandong in 1958, and having been told that miraculous increases had been effected in agricultural output, he said: “This is because the scientists have been kicked out, and people now dare to do things!” The output of steel, which was 5.3 million tons in 1957, allegedly reached 11 million tons in 1958, and it was planned that it would reach 18 million in 1959. The grain output which was 175 million tons in 1957, allegedly reached 375 million tons in 1958, and was planned to reach 500 million in 1959. The Central Committee solemnly endorsed this farce (Wuchang, Sixth Plenum, December 1958)—and planned for more. Zhou Enlai—who never passed for a fool—repeated and supported these fantastic figures and announced that the targets laid in the Second Five Year Plan (1958–1962) had all been reached in the plan’s first year! All the top leaders applauded this nonsense. Li Fuchun and Li Xiannian poured out “Great Leap” statistics that were simply lies. What happened to their common sense? Only Chen Yun had the courage to remain silent. Graphic details of the subsequent famine were provided in the official press only a few years ago, confirming what was already known through the testimonies of countless eyewitnesses. As early as 1961, Ladany published in China News Analysis some of these reports by Chinese travelers from all parts of China. All spoke of food shortage and hunger; swollen bellies, lack of protein and liver diseases were common. Many babies were stillborn because of their mothers’ deficient nutrition. Few babies were being born. As some workers put it, their food barely sufficed to keep them standing on their feet, let alone allowing them to have thoughts of sex. Peasants lacked the strength to work, and some collapsed in the fields and died. City government organisations and schools sent people to the villages by night to buy food, bartering clothes and furniture for it. In Shenyang the newspaper reported cannibalism. Desperate mothers strangled children who cried for food. Many reported that villagers were flocking into the cities in search of food; many villages were left empty…. It was also said that peasants were digging underground pits to hide their food. Others spoke of places where the population had been decimated by starvation. According to the Guang Ming Daily (April 27, 1980), in the North-West, the famine generated an ecological disaster: in their struggle to grow some food, the peasants destroyed grasslands and forests. Half of the grasslands and one third of the forests vanished between 1959 and 1962: the region was damaged permanently. The People’s Daily (May 14, 1980) said that the disaster of the “Great Leap” had affected the lives of a hundred million people who were physically devastated by the prolonged shortage of food. (Note that, at the time, China experts throughout the world refused to believe that there was famine in China. A BBC commentator, for instance, declared typically that a widespread famine in such a well-organized country was unthinkable.) Today, in order to stem the tide of popular discontent which threatens to engulf his rule, Deng Xiaoping is invoking again the authority of Mao. That he should be willing to call that ghost to the rescue provides a measure of his desperation. Considering the history of the last sixty years, one can easily imagine what sort of response the Chinese are now giving to such an appeal. Deng’s attempts to revive and promote Marxist studies are no less unpopular. Marxism has acquired a very bad name in China—which is quite understandable, though somewhat unfair: after all, it was never really tried. Simon Leys
In any debate, you really know that you have won when you find your opponents beginning to appropriate your ideas, in the sincere belief that they themselves just invented them. This situation can afford a subtle satisfaction; I think the feeling must be quite familiar to Father Ladany, the Jesuit priest and scholar based in Hong Kong who for many years published the weekly China News Analysis. Far away from the crude limelights of the media circus, he has enjoyed three decades of illustrious anonymity: all “China watchers” used to read his newsletter with avidity; many stole from it—but generally they took great pains never to acknowledge their indebtedness or to mention his name. Father Ladany watched this charade with sardonic detachment: he would probably agree that what Ezra Pound said regarding the writing of poetry should also apply to the recording of history—it is extremely important that it be written, but it is a matter of indifference who writes it. China News Analysis was compulsory reading for all those who wished to be informed of Chinese political developments—scholars, journalists, diplomats. In academe, however, its perusal among many political scientists was akin to what a drinking habit might be for an ayatollah, or an addiction to pornography for a bishop: it was a compulsive need that had to be indulged in secrecy. China experts gnashed their teeth as they read Ladany’s incisive comments; they hated his clearsightedness and cynicism; still, they could not afford to miss one single issue of his newsletter, for, however disturbing and scandalous his conclusions, the factual information which he supplied was invaluable and irreplaceable. What made China News Analysis so infuriatingly indispensable was the very simple and original principle on which it was run (true originality is usually simple): all the information selected and examined in China News Analysis was drawn exclusively from official Chinese sources (press and radio).  (…) What inspired his method was the observation that even the most mendacious propaganda must necessarily entertain some sort of relation with the truth; even as it manipulates and distorts the truth, it still needs originally to feed on it. Therefore, the untwisting of official lies, if skillfully effected, should yield a certain amount of straight facts. Needless to say, such an operation requires a doigté hardly less sophisticated than the chemistry which, in Gulliver’s Travels, enabled the Grand Academicians of Lagado to extract sunbeams from cucumbers and food from excreta.  (…) Without an ability to decipher non-existent inscriptions written in invisible ink on blank pages, no one should ever dream of analyzing the nature and reality of Chinese communism. Very few people have mastered this demanding discipline, and, with good reason, they generally acknowledge Father Ladany as their doyen. Simon Leys
 G K. CHESTERTON, whose formidable mind drew inspiration from a vast culture – literary, political, poetical, historical and philosophical – once received the naive praise of a lady: “Oh, Mr Chesterton, you know so many things!” He suavely replied: “Madam, I know nothing: I am a journalist.” The many enemies of French philosopher Jean-François Revel (1924-2006) often attempted to dismiss him as a mere journalist which, of course, he was among many other things, and very much in the Chestertonian fashion. At first he may seem odd to associate these two names: what could there be in common between the great Christian apologist and the staunch atheist, between the mystical poet and the strict rationalist, between the huge, benevolent man mountain and the short, fiery, nimble and pugnacious intellectual athlete (and, should we also add, between the devoted husband and the irrepressible ladies’ man)? One could multiply the contrasts, yet, on a deeper level, the essence of their genius was very much alike. Revel was an extrovert who took daily delight in the company of his friends (…) Always sparring with his interlocutors, he was passionately commited to is ideas, but if he took his own beliefs with utter seriousness, he did not take his own person seriously. Again, one could apply to him what Chesterton’s brother said of his famous sibling: “He had a passionate need to express his opinions, but he would express them as readily and well to a man he met on a bus.” Revel’s capacity for self-irony is the crowning grace of his memoirs, The Thief in an Empty House. Personal records can be a dangerous exercice, but in his case it eventuated in a triumphant masterpiece. His humour enchanted his readers, but kept disconcerting the more pompous pundits. The French greatly value wit, which they display in profusion, but humour often makes them uneasy, especially when it is applied to important subjects; they do not have a word for it, they do not know the thing. Whereas wit is a form of duelling – it aims to wound or to kill – the essence of humour is self-deprecatory. Once again, a Chestertonian saying could be apposite: “My critics think that I am not serious, but only funny, because they think that ‘funny’ is the opposite of ‘serious’. But ‘funny’ is the opposite of ‘not funny’ and nothing else. Whether a man chooses to tell the truth in long sentences or in short jokes is analogous to whether he chooses to tell the truth in French or German.” What compounded the dismay of Revel’s pretentious critics was his implacable clarity. One of his close friends and collaborators said he doubted if Revel, in his entire career, had written a single sentence that was obscure. In the Parisian intellectual world such a habit can easily ruin a writer’s credit, for simple souls and solemn mediocrities are impressed only by what is couched in opaque jargon. And, in their eyes, how could one possibly say something important if one is not self-important? With the accuracy of his information and the sharpness of his irony, Revel deflated the huge balloons of cant that elevate the chattering classes. They felt utterly threatened, for he was exposing the puffery of the latest intellectual fashions upon which their livehood depended. At times they could not hide their panic; for instance, the great guru of the intelligentsia, Jacques Lacan, during one of his psychoanalytical seminars at the Sorbonne, performed in front of his devotees a voodoo-like exorcism. He frantically trampled underfoot and destroyed a copy of Revel’s book Why Philosophers?, in which Lacan’s charlatanism was analysed. Yet such outbursts weere mere circus acts; far more vicious was the invisible conspiracy that surrounded Revel with a wall of silence, well documented in Pierre Boncenne’s Pour Jean-François Revel: Un esprit libre (Plon, Paris, 2006), a timely and perceptive book that takes the full measure of Revel’s intellectual, literary and human stature. A paradoxical situation developed: Revel’s weekly newspaper columns were avidly read, nearly every one of his 30-odd books was an instant bestseller, and yet the most influential “progressive” critics studiously ignored his existence. His books were not reviewed, his ideas were not discussed, if his name was mentioned at all it was with a patronising sneer, if not downright slander. Revel was quintessentially French in his literary tastes and sensitivity (his pages on Michel de Montaigne, Francois Rabelais and Marcel Proust marry intelligence with love; his anthology of French poetry mirrors his original appreciation of the poetic language), in his art of living (his great book on gastronomy is truly a “feast in words”) and in his conviviality (he truly cared for his friends). And yet what strikingly set him apart from most other intellectuals of his generation was his genuinely cosmopolitan outlook. He had spent abroad the best part of his formative and early creative years, mostly in Mexico and Italy. In addition to English (spoken by few educated French of his time) he was fluent in Italian, Spanish and German; until the end of his life he retained the healthy habit to start every day (he rose at 5am) by listening to he BBC news and reading six foreign newspapers. On international affairs, on literature, art and ideas, he had universal perspectives that broke completely from the suffocating provincialism of the contemporary Parisian elites. In the 18th century, French was the common language of the leading minds of continental Europe; 20th-century French intellectuals hardly noticed that times had changed in this respect; they retained the dangerous belief that whatever was not expressed in French could hardly matter. Revel never had enough sarcasm to denounce this sort of self-indulgence; on the bogus notion of le rayonnement français, he was scathing: “French culture has radiated for so long, it’s a wonder mankind has not died from sunstroke.” He fiercely fought against chauvinist cultural blindness, and especially against its most cretinous expression: irrational anti-Americanism. At the root of this attitude he detected a subconscious resentment: the French feel that when Americans are playing a leading role in the political-cultural world they are usurping what is by birthright a French prerogative. By vocation and academic training Revel was originally a philosopher (he entered at an exceptionally early age the Ecole Normale Superieure, the apex of the French higher education system). He taught philosophy and eventually wrote a history of Western philosophy (eschewing all technical jargon, it is a model of lucid synthesis). However, he became disenchanted with the contemporary philosophers who, he flet, had betrayed their calling by turning philosophy into a professional career and a mere literary genre. “Philosophy,” he wrote “ought to return to its original and fundamental question: How should I live?” he preferred simply to call himslef “a man of letters”. Ancient Greek poet Archilochus famously said: “The fox knows many things but the hedgehog knows one big thing.” Revel was the archetypical fox, but at the same time he held with all the determination of a hedgehog to one central idea that inspires, pervades and motivates all his endeavours: The belief that each individual destiny, as well as the destiny of mankind, depends upon the accuracy – or the falsity – of the information at their disposal, and upon the way in which they put this information to use. He devoted one of his books specifically to this issue, La Connaissance Inutile (Useless Knowledge), but this theme runs through nearly all his writings. Politics naturally absorbed a great amount of his attention. From the outset he showed his willingness to commit himself personally, and at great risk: as a young man in occupied France he joined the Resistance against the Nazis. After the war, his basic political allegiance was, and always remainded, to the Left and the principles of liberal democracy. He was sharply critical of Charles de Gaulle and of all saviours and providential leaders in military uniforms. Yet, like George Orwell before him, he always believed that only an uncompromising denunciation of all forms of Stalinist totalitarianism can ensure the ultimate victory of socialism. Thus – again, like Orwell – he earned for himself the hostility of his starry-eyed comrades. Simon Leys

Attention: un intellectuel peut ne pas en cacher un autre !

Belge de naissance, chinois de coeur, australien de résidence, chrétien revendiqué, admirateur de Chesterton, Bernanos, Orwell,  ami de Revel et Mario Vargas Llosa, intellectuel ayant fait de la nécessité de l’ « insignifiance » supposée de sa nationalité vertu, vendeur de mèche des secrets de sa tribu maolâtre et antichrétienne ayant osé dénoncer les habits neufs de l’empereur et défendre Mère Teresa, intellectuel n’hésitant pas à critiquer l’anti-intellectualisme tout en se méfiant de l’intelligence, à appeler un imbécile un imbécile,  à pratiquer tout en restant vigilant le meilleur des journalismes, à  mettre en doute  des conquêtes de l’humanité aussi grandes que l’euthanasie et le mariage homosexuel et même à révéler et remercier ses propres sources …

En ces temps étranges où, sur fond de purification ethnique et de génocide revendiqué des derniers chrétiens et juifs du Moyen-Orient …

Et où, après la tentation du fascisme, du nazisme, du communisme, du stalinisme, du maoïsme et de l’antiaméricanisme primaire, ceux qui ont toujours préféré avoir tort avec Sartre semblent repartis à la case départ de l‘antisémitisme qui avait justement, avec le fameux « J’accuse » de Zola, marqué leur acte de naissance …

Comment ne pas repenser à l’occasion de la récente disparition du sinologue Pierre Ryckmans (dit Simon Leys) dont la vigilance, pour reprendre le mot de Sartre à la mort d’un Gide dont ladite vertu lui sera hélas de peu d’utilité,  nous manque déjà …

A tous ces véritables intellectuels que nos médiacrates actuels ont indûment éclipsés quand, à la manière de l’ancien compagnon de route de Che Guevara et ex-conseiller spécial de François Mitterrand Régis Debray, ils ne les ont pas confondus avec leur version française et n’en ont pas fait l’acte de décès ?

Comment ne pas voir protégés peut-être par leur nationalité ou résidence étrangères à l’instar du sinologue belgo-australien qui fut aussi critique littéraire et écrivain …

Que ce sont aussi ceux qui correspondent le plus à la définition canonique que fit de cette version moderne des prophètes juifs d’antan après Benda et avant Bourdieu, le petit camarade d’Aron et de Camus si fier en son temps  de sa « stricte obédience stalinienne » ?

A savoir non d « ‘abuser » mais d’utiliser la notoriété acquise par leurs travaux pour défendre les « valeurs éternelles et désintéressées » de la justice et de la raison …

Mais aussi, refusant le compartimentage et l’amputation de  l’une ou l’autre des grandes voies d’accès à la vérité telles que la religion, l’art, la philosophie et la science et à l’image de Proust,  se  méfiant sans la rejeter de l’intelligence, de résister aux dérives du temps qui virent la plus grande indulgence aux plus grands crimes et de ne pas hésiter, au prix fort, à vendre la mèche sur sa propre tribu ?

Et quel meilleur hommage leur faire que ces deux textes et sortes d’autoportrait en creux dans lesquels Leys fit l’éloge de deux des intellectuels dont ils partageaient la volonté farouche d’allier la connaissance et le goût de la théorie du renard à la détermination et à l’intérêt pour le  travail de terrain du hérisson mais surtout  l’amour par dessus tout de la précision et de la vérité …

A savoir le père et sinologue polonais, Laszlo Ladany dont il ne taira jamais l’inspiration et l’essayiste qui fut l’un des rares intellectuels français à le soutenir Jean-Francois Revel ?

The Art of Interpreting Nonexistent Inscriptions Written in Invisible Ink on a Blank Page
Simon Leys

The New York Review of Books

OCTOBER 11, 1990 ISSUE
The Communist Party of China and Marxism, 1921––1985: A Self Portrait
by Laszlo Ladany, foreword by Robert Elegant
Hoover Institution Press, 588 pp., $44.95
1.

In any debate, you really know that you have won when you find your opponents beginning to appropriate your ideas, in the sincere belief that they themselves just invented them. This situation can afford a subtle satisfaction; I think the feeling must be quite familiar to Father Ladany, the Jesuit priest and scholar based in Hong Kong who for many years published the weekly China News Analysis. Far away from the crude limelights of the media circus, he has enjoyed three decades of illustrious anonymity: all “China watchers” used to read his newsletter with avidity; many stole from it—but generally they took great pains never to acknowledge their indebtedness or to mention his name. Father Ladany watched this charade with sardonic detachment: he would probably agree that what Ezra Pound said regarding the writing of poetry should also apply to the recording of history—it is extremely important that it be written, but it is a matter of indifference who writes it.

China News Analysis was compulsory reading for all those who wished to be informed of Chinese political developments—scholars, journalists, diplomats. In academe, however, its perusal among many political scientists was akin to what a drinking habit might be for an ayatollah, or an addiction to pornography for a bishop: it was a compulsive need that had to be indulged in secrecy. China experts gnashed their teeth as they read Ladany’s incisive comments; they hated his clearsightedness and cynicism; still, they could not afford to miss one single issue of his newsletter, for, however disturbing and scandalous his conclusions, the factual information which he supplied was invaluable and irreplaceable. What made China News Analysis so infuriatingly indispensable was the very simple and original principle on which it was run (true originality is usually simple): all the information selected and examined in China News Analysis was drawn exclusively from official Chinese sources (press and radio). This austere rule sometimes deprived Ladany’s newsletter of the life and color that could have been provided by less orthodox sources, but it enabled him to build his devastating conclusions on unimpeachable grounds.

What inspired his method was the observation that even the most mendacious propaganda must necessarily entertain some sort of relation with the truth; even as it manipulates and distorts the truth, it still needs originally to feed on it. Therefore, the untwisting of official lies, if skillfully effected, should yield a certain amount of straight facts. Needless to say, such an operation requires a doigté hardly less sophisticated than the chemistry which, in Gulliver’s Travels, enabled the Grand Academicians of Lagado to extract sunbeams from cucumbers and food from excreta. The analyst who wishes to gather information through such a process must negotiate three hurdles of thickening thorniness. First, he needs to have a fluent command of the Chinese language. To the man-in-the-street, such a prerequisite may appear like elementary common sense, but once you leave the street level, and enter the loftier spheres of academe, common sense is not so common any longer, and it remains an interesting fact that, during the Maoist era, a majority of leading “China Experts” hardly knew any Chinese. (I hasten to add that this is largely a phenomenon of the past; nowadays, fortunately, young scholars are much better educated.)

Secondly, in the course of his exhaustive surveys of Chinese official documentation, the analyst must absorb industrial quantities of the most indigestible stuff; reading Communist literature is akin to munching rhinoceros sausage, or to swallowing sawdust by the bucketful. Furthermore, while subjecting himself to this punishment, the analyst cannot allow his attention to wander, or his mind to become numb; he must keep his wits sharp and keen; with the eye of an eagle that can spot a lone rabbit in the middle of a desert, he must scan the arid wastes of the small print in the pages of the People’s Daily, and pounce upon those rare items of significance that lie buried under mountains of clichés. He must know how to milk substance and meaning out of flaccid speeches, hollow slogans, and fanciful statistics; he must scavenge for needles in Himalayan-size haystacks; he must combine the nose of a hunting hound, the concentration and patience of an angler, and the intuition and encyclopedic knowledge of a Sherlock Holmes.

Thirdly—and this is his greatest challenge—he must crack the code of the Communist political jargon and translate into ordinary speech this secret language full of symbols, riddles, cryptograms, hints, traps, dark allusions, and red herrings. Like wise old peasants who can forecast tomorrow’s weather by noting how deep the moles dig and how high the swallows fly, he must be able to decipher the premonitory signs of political storms and thaws, and know how to interpret a wide range of quaint warnings—sometimes the Supreme Leader takes a swim in the Yangtze River, or suddenly writes a new poem, or sponsors a ping-pong game: such events all have momentous implications. He must carefully watch the celebration of anniversaries, the noncelebration of anniversaries, and the celebration of nonanniversaries; he must check the lists of guests at official functions, and note the order in which their names appear. In the press, the size, type, and color of headlines, as well as the position and composition of photos and illustrations are all matters of considerable import; actually they obey complex laws, as precise and strict as the iconographic rules that govern the location, garb, color, and symbolic attributes of the figures of angels, archangels, saints, and patriarchs in the decoration of a Byzantine basilica.

To find one’s way in this maze, ingenuity and astuteness are not enough; one also needs a vast amount of experience. Communist Chinese politics are a lugubrious merry-go-round (as I have pointed out many times already), and in order to appreciate fully the déjà-vu quality of its latest convolutions, you would need to have watched it revolve for half a century. The main problem with many of our politicians and pundits is that their memories are too short, thus forever preventing them from putting events and personalities in a true historical perspective. For instance, when, in 1979, the “People’s Republic” began to revise its criminal law, there were good souls in the West who applauded this initiative, as they thought that it heralded China’s move toward a genuine rule of law. What they failed to note, however—and which should have provided a crucial hint regarding the actual nature and meaning of the move in question—was that the new law was being introduced by Peng Zhen, one of the most notorious butchers of the regime, a man who, thirty years earlier, had organized the ferocious mass accusations, lynchings, and public executions of the land reform programs.

Or again, after the death of Mao, Western politicians and commentators were prompt to hail Deng Xiaoping as a sort of champion of liberalization. The Selected Works of Deng published at that time should have enlightened them—not so much by what it included, as by what it excluded; had they been able to read it as any Communist document should be read, i.e., by concentrating first on its gaps, they would have rediscovered Deng’s Stalinist-Maoist statements, and then, perhaps, they might have been less surprised by the massacres of June 4.

More than half a century ago, the writer Lu Xun (1889–1936), whose prophetic genius never ceases to amaze, described accurately the conundrum of China watching:

Once upon a time, there was a country whose rulers completely succeeded in crushing the people; and yet they still believed that the people were their most dangerous enemy. The rulers issued huge collections of statutes, but none of these volumes could actually be used, because in order to interpret them, one had to refer to a set of instructions that had never been made public. These instructions contained many original definitions. Thus, for instance, “liberation” meant in fact “capital execution”; “government official” meant “friend, relative or servant of an influential politician,” and so on. The rulers also issued codes of laws that were marvellously modern, complex and complete; however, at the beginning of the first volume, there was one blank page; this blank page could be deciphered only by those who knew the instructions—which did not exist. The first three invisible articles of these non-existent instructions read as follows: “Art. 1: some cases must be treated with special leniency. Art. 2: some cases must be treated with special severity. Art. 3: this does not apply in all cases.”

Without an ability to decipher non-existent inscriptions written in invisible ink on blank pages, no one should ever dream of analyzing the nature and reality of Chinese communism. Very few people have mastered this demanding discipline, and, with good reason, they generally acknowledge Father Ladany as their doyen.

2.

After thirty-six years of China watching, Father Ladany finally retired and summed up his exceptional experience in The Communist Party of China and Marxism, 1921–1985: A Self Portrait. In the scope of this article it would naturally not be possible to do full justice to a volume which analyzes in painstaking detail sixty-five years of turbulent history; still, it may be useful to outline here some of Ladany’s main conclusions.

The Communist party is in essence a secret society. In its methods and mentality it presents a striking resemblance to an underworld mob.1 It fears daylight, feeds on deception and conspiracy, and rules by intimidation and terror. “Communist legality” is a contradiction in terms, since the Party is above the law—for example, Party members are immune from legal prosecution; they must be divested of their Party membership before they can be indicted by a criminal court (that a judge may acquit an accused person is inconceivable: since the accused was sent to court, it means that he is guilty). Whereas even Mussolini and Hitler orginally reached power through elections, no Communist party ever received an electorate’s mandate to govern.

In China, the path that led the Communists to victory still remains partly shrouded in mystery. Even today, for Party historians, many archives remain closed, and there are entire chapters that continue to present insoluble riddles; minutes of decisive meetings are nowhere to be found, important dates remain uncertain; for some momentous episodes it is still impossible to identify the participants and to reconstruct accurately the sequence of events; for some periods one cannot even determine who were the Party leaders!

As Ladany points out, a Communist regime is built on a triple foundation: dialectics, the power of the Party, and a secret police—but, as to its ideological equipment, Marxism is merely an optional feature; the regime can do without it most of the time. Dialectics is the jolly art that enables the Supreme Leader never to make mistakes—for even if he did the wrong thing, he did it at the right time, which makes it right for him to have been wrong, whereas the Enemy, even if he did the right thing, did it at the wrong time, which makes it wrong for him to have been right.

Before securing power, the Party thrives on political chaos. If confronted with a deliquescent government, it can succeed through organization and propaganda, even when it operates from a minuscule base: in 1945, the Communists controlled only one town, Yan’an, and some remote tracts of countryside; four years later, the whole of China was theirs. At the time of the Communist takeover, the Party members in Peking numbered a mere three thousand, and Shanghai, a city of nine million people, had only eight thousand Party members. In a time of social and economic collapse, it takes very few people—less than 0.01 percent of the population in the Chinese case—to launch emotional appeals, to stir the indignation of the populace against corrupt and brutal authorities, to mobilize the generosity and idealism of the young, to enlist the support of thousands of students, and eventually to present their tiny Communist movement as the incarnation of the entire nation’s will.

What is even more remarkable is that, before 1949, wherever the population had been directly exposed to their rule the Communists were utterly unpopular. They had introduced radical land reform in parts of North China during the civil war, and, as Ladany recalls,

Not only landowners but all suspected enemies were treated brutally; one could walk about in the North Chinese plains and see hands sticking out from the ground, the hands of people buried alive…. Luckily for the Communists, government propaganda was so poorly organised that people living in regions not occupied by the Communists knew nothing of such atrocities.

Once the whole country fell under their control, it did not take long for the Communists to extend to the rest of the nation the sort of treatment which, until then, had been reserved for inner use—purging the Party and disciplining the population of the so-called liberated areas. Systematic terror was applied on a national scale as early as 1950, to match first the land reform and then the campaign to suppress “counterrevolutionaries.” By the fall of 1951, 80 percent of all Chinese had had to take part in mass accusation meetings, or to watch organized lynchings and public executions. These grim liturgies followed set patterns that once more were reminiscent of gangland practices: during these proceedings, rhetorical questions were addressed to the crowd, which, in turn, had to roar its approval in unison—the purpose of the exercise being to ensure collective participation in the murder of innocent victims; the latter were selected not on the basis of what they had done, but of who they were, or sometimes for no better reason than the need to meet the quota of capital executions which had been arbitrarily set beforehand by the Party authorities.

From that time on, every two or three years, a new “campaign” would be launched, with its usual accompaniment of mass accusations, “struggle meetings,” self-accusations, and public executions. At the beginning of each “campaign,” there were waves of suicides: many of the people who, during a previous “campaign,” had suffered public humiliation, psychological and physical torture at the hands of their own relatives, colleagues, and neighbors, found it easier to jump from a window or under a train than to face a repeat of the same ordeal.

What is puzzling is that in organizing these recurrent waves of terror the Communists betrayed a strange incapacity to understand their own people. As history has amply demonstrated, the Chinese possess extraordinary patience; they can stoically endure the rule of a ruthless and rapacious government, provided that it does not interfere too much with their family affairs and private pursuits, and as long as it can provide basic stability. On both accounts, the Communists broke this tacit covenant between ruler and ruled. They invaded the lives of the people in a way that was far more radical and devastating than in the Soviet Union. Remolding the minds, “brainwashing” as it is usually called, is a chief instrument of Chinese communism, and the technique goes as far back as the early consolidation of Mao’s rule in Yan’an.

To appreciate the characteristics of the Maoist approach one need simply compare the Chinese “labor rectification” camps with the Soviet Gulag. Life in the concentration camps in Siberia was physically more terrifying than life in many Chinese camps, but the mental pressure was less severe on the Soviet side. In the Siberian camps the inmates could still, in a way, feel spiritually free and retain some sort of inner life, whereas the daily control of words and thoughts, the actual transformation and conditioning of individual consciousness, made the Maoist camps much more inhuman.

Besides its cruelty, the Maoist practice of launching political “campaigns” in relentless succession generated a permanent instability, which eventually ruined the moral credit of the Party, destroyed much of society, paralyzed the economy, provoked large-scale famines, and nearly developed into civil war. In 1949, most of the population had been merely hoping for a modicum of order and peace, which the Communists could easily have granted. Had they governed with some moderation and abstained from the needless upheavals of the campaigns, they could have won long-lasting popular support, and ensured steady economic development—but Mao had a groundless fear of inner opposition and revolt; this psychological flaw led him to adopt methods that proved fatally self-destructive.

History might have been very different if the original leaders of the Chinese Communist party had not been decimated by Chiang Kai-shek’s White Terror of 1927, or expelled by their own comrades in subsequent Party purges. They were civilized and sophisticated urban intellectuals, upholding humanistic values, with cosmopolitan and open minds, attuned to the modern world. While their sun was still high in the political firmament, Mao’s star never had a chance to shine; however bright and ambitious, the young self-taught peasant was unable to compete with these charismatic figures. Their sudden elimination marked an abrupt turn in the Chinese revolution—one may say that it actually put an end to it—but it also presented Mao with an unexpected opening. At first, his ascent was not exactly smooth; yet, by 1940 in Yan’an, he was finally able to neutralize all his rivals and to remold the entire Party according to his own conception. It is this Maoist brigade of country bumpkins and uneducated soldiers, trained and drilled in a remote corner of one of China’s poorest and most backward provinces, that was finally to impose its rule over the entire nation—and, as Ladany adds, “This is why there are spittoons everywhere in the People’s Republic.”

Mao’s anti-intellectualism was deeply rooted in his personal experiences. He never forgot how, as a young man, intellectuals had made him feel insignificant and inadequate. Later on, he came to despise them for their perpetual doubts and waverings; the competence and expertise of scholarly authorities irritated him; he distrusted the independence of their judgments and resented their critical ability. In the barracks-like atmosphere of Yan’an, a small town without culture, far removed from intellectual centers, with no easy access to books, amid illiterate peasants and brutish soldiers, intellectuals were easily singled out for humiliating sessions of self-criticism and were turned into exemplary targets during the terrifying purges of 1942–1944. Thus the pattern was set for what was to remain the most characteristic feature of Chinese communism: the persecution and ostracisim of intellectuals. The Yan’an brigade had an innate dislike of people who thought too much; this moronic tradition received a powerful boost in 1957, when, in the aftermath of the Hundred Flowers campaign, China’s cultural elite was pilloried; nine years later, finally, the “Cultural Revolution” marked the climax of Mao’s war against intelligence: savage blows were dealt to all intellectuals inside and outside the Party; all education was virtually suspended for ten years, producing an entire generation of illiterates.

Educated persons were considered unfit by nature to join the Party; especially at the local level resistance to accepting them was always greatest, as the old leadership felt threatened by all expressions of intellectual superiority. Official figures released in 1985 provide a telling picture of the level of education within the Communist party—which makes up the privileged elite of the nation: 4 percent of Party members had received some university education—they did not necessarily graduate—(against 30 percent in the Soviet Union); 42 percent of Party members only attended primary school; 10 percent are illiterate….

The first casualty of Mao’s anti-intellectualism was to be found, interestingly enough, in the field of Marxist studies. When, after fifteen years of revolutionary activity, the Party finally felt the need to acquire some rudiments of Marxist knowledge (at that time virtually no work of Marx had yet been translated into Chinese!), Mao, who himself was still a beginner in this discipline, undertook to keep all doctrinal developments under his personal control. In Yan’an, like an inexperienced teacher who has gotten hold of the only available textbook and struggles to keep one lesson ahead of his pupils, he simply plagiarized a couple of Soviet booklets and gave a folksy Chinese version of some elementary Stalinist-Zhdanovian notions. How these crude, banal, and derivative works ever came to acquire in the eyes of the entire world the prestige and authority of an original philosophy remains a mystery; it must be one of the most remarkable instances of mass autosuggestion in the twentieth century.

In one respect, however, the Thoughts of Mao Zedong did present genuine originality and dared to tread a ground where Stalin himself had not ventured: Mao explicitly denounced the concept of a universal humanity; whereas the Soviet tyrant merely practiced inhumanity, Mao gave it a theoretical foundation, expounding the notion—without parallel in the other Communist countries of the world—that the proletariat alone is fully endowed with human nature. To deny the humanity of other people is the very essence of terrorism; millions of Chinese were soon to measure the actual implications of this philosophy.

At first, after the establishment of the People’s Republic the regime was simply content to translate and reproduce elementary Soviet introductions to Marxism. The Chinese Academy of Sciences had a department of philosophy and social sciences but produced nothing during the Fifties, not even textbooks on Marxism. Only one university in the entire country—Peking University—had a department of philosophy; only Mao’s works were studied there.

When the Soviet Union denounced Stalin and rejected his History of the Communist Party—Short Course, the Chinese were stunned: this little book contained virtually all they knew about Marxism. Then, the Sino-Soviet split ended the intellectual importations from the USSR, and it was conveniently decided that the Thoughts of Mao Zedong represented the highest development of Marxist-Leninist philosophy; therefore, in order to fill the ideological vacuum, Mao’s Thoughts suddenly expanded and acquired polyvalent functions; its study became a reward for the meritorious, a punishment for the criminal, a medicine for the sick; it could answer all questions and solve all problems; it even performed miracles that were duly recorded; its presence was felt everywhere: it was broadcast in the streets and in the fields, it was put to music, it was turned into song and dance; it was inscribed everywhere—on mountain cliffs and on chopsticks, on badges, on bridges, on ashtrays, on dams, on teapots, on locomotives; it was printed on every page of all newspapers. (This, in turn, created some practical problems: in a poor country, where all paper is recycled for a variety of purposes, one had always to be very careful when wrapping groceries or when wiping one’s bottom, not to do it with Mao’s ubiquitous Thoughts—which would have been a capital offence.) In a way, Mao is to Marx what Voodoo is to Christianity; therefore, it is not surprising that the inflation of Mao’s Thoughts precluded the growth of serious Marxist studies in China.2

No tyrant can forsake humanity and persecute intelligence with impunity: in the end, he reaps imbecility and madness. When he visited Moscow in 1957, Mao declared that an atomic war was not to be feared since, in such an eventuality, only half of the human race would perish. This remarkable statement provided a good sample of the mind that was to conceive the “Great Leap Forward” and the “Cultural Revolution.” The human cost of these ventures was staggering: the famines that resulted from the “Great Leap” produced a demographic black hole into which it now appears that as many as fifty million victims may have been sucked. The violence of the “Cultural Revolution” affected a hundred million people. If, on the whole, the Maoist horrors are well known, what has not been sufficiently underlined is their asinine lunacy. In a recent issue of The New York Review, Jonathan Mirsky quoted an anecdote (from Liu Binyan, Ruan Ming, and Xu Gang’s Tell the World) that is so exemplary and apposite here that it bears telling once more: one day, Bo Yibo was swimming with Mao. Mao asked him what the production of iron and steel would be for the next year. Instead of replying, Bo Yibo told Mao that he was going to effect a turn in the water; Mao misunderstood him and thought that he had said “double.” A little later, at a Party meeting, Bo Yibo heard Mao announce that the national production of iron and steel would double the next year.3

The anecdote is perfectly credible in the light of all the documentary evidence we have concerning Mao’s attitude at the time of the “Great Leap”: we know that he swallowed the gigantic and grotesque deceptions fabricated by his own propaganda, and accepted without discussion the pleasing suggestion that miracles were taking place in the Chinese countryside; he genuinely believed that the yield of cotton and grain could be increased by 300 to 500 percent. And Liu Shaoqi himself was no wiser: inspecting Shandong in 1958, and having been told that miraculous increases had been effected in agricultural output, he said: “This is because the scientists have been kicked out, and people now dare to do things!” The output of steel, which was 5.3 million tons in 1957, allegedly reached 11 million tons in 1958, and it was planned that it would reach 18 million in 1959. The grain output which was 175 million tons in 1957, allegedly reached 375 million tons in 1958, and was planned to reach 500 million in 1959. The Central Committee solemnly endorsed this farce (Wuchang, Sixth Plenum, December 1958)—and planned for more. Zhou Enlai—who never passed for a fool—repeated and supported these fantastic figures and announced that the targets laid in the Second Five Year Plan (1958–1962) had all been reached in the plan’s first year! All the top leaders applauded this nonsense. Li Fuchun and Li Xiannian poured out “Great Leap” statistics that were simply lies. What happened to their common sense? Only Chen Yun had the courage to remain silent.

Graphic details of the subsequent famine were provided in the official press only a few years ago, confirming what was already known through the testimonies of countless eyewitnesses.

As early as 1961, Ladany published in China News Analysis some of these reports by Chinese travelers from all parts of China.

All spoke of food shortage and hunger; swollen bellies, lack of protein and liver diseases were common. Many babies were stillborn because of their mothers’ deficient nutrition. Few babies were being born. As some workers put it, their food barely sufficed to keep them standing on their feet, let alone allowing them to have thoughts of sex. Peasants lacked the strength to work, and some collapsed in the fields and died. City government organisations and schools sent people to the villages by night to buy food, bartering clothes and furniture for it. In Shenyang the newspaper reported cannibalism. Desperate mothers strangled children who cried for food. Many reported that villagers were flocking into the cities in search of food; many villages were left empty…. It was also said that peasants were digging underground pits to hide their food. Others spoke of places where the population had been decimated by starvation.

According to the Guang Ming Daily (April 27, 1980), in the North-West, the famine generated an ecological disaster: in their struggle to grow some food, the peasants destroyed grasslands and forests. Half of the grasslands and one third of the forests vanished between 1959 and 1962: the region was damaged permanently. The People’s Daily (May 14, 1980) said that the disaster of the “Great Leap” had affected the lives of a hundred million people who were physically devastated by the prolonged shortage of food. (Note that, at the time, China experts throughout the world refused to believe that there was famine in China. A BBC commentator, for instance, declared typically that a widespread famine in such a well-organized country was unthinkable.)

Today, in order to stem the tide of popular discontent which threatens to engulf his rule, Deng Xiaoping is invoking again the authority of Mao. That he should be willing to call that ghost to the rescue provides a measure of his desperation. Considering the history of the last sixty years, one can easily imagine what sort of response the Chinese are now giving to such an appeal.

Deng’s attempts to revive and promote Marxist studies are no less unpopular. Marxism has acquired a very bad name in China—which is quite understandable, though somewhat unfair: after all, it was never really tried.

1
Looking at this phenomenon from an East European angle, Kazimierz Brandys made similar observations in his admirable Warsaw Diary (Random House, 1983).↩

2
Epilogue: in 1982, a People’s Daily survey revealed that over 90 percent of Chinese youth do not have an inkling of what Marxism is.↩

3
The New York Review, April 26, 1990.↩

Voir aussi:

Cunning like a hedgehog

Cunning like a heldgehog. In memory of Jean-François Revel, man of letters, man of integrity, friend

Simon Leys

The Australian Literary Review, 1 August 2007

G K. CHESTERTON, whose formidable mind drew inspiration from a vast culture – literary, political, poetical, historical and philosophical – once received the naive praise of a lady: “Oh, Mr Chesterton, you know so many things!” He suavely replied: “Madam, I know nothing: I am a journalist.”

The many enemies of French philosopher Jean-François Revel (1924-2006) often attempted to dismiss him as a mere journalist which, of course, he was among many other things, and very much in the Chestertonian fashion.

At first he may seem odd to associate these two names: what could there be in common between the great Christian apologist and the staunch atheist, between the mystical poet and the strict rationalist, between the huge, benevolent man mountain and the short, fiery, nimble and pugnacious intellectual athlete (and, should we also add, between the devoted husband and the irrepressible ladies’ man)? One could multiply the contrasts, yet, on a deeper level, the essence of their genius was very much alike.

Revel was an extrovert who took daily delight in the company of his friends:

I am the most sociable creature; other people’s society is my joy. Though, for me, a happy day should have a part of solitude, it must also afford a few hours of the most intense of all the pleasures of the mind: conversation. Friendship has always occupied a central place in my life, as well as the keen desire to make new acquaintances, to hear them, to question them, to test their reactions to my own views.

Always sparring with his interlocutors, he was passionately commited to is ideas, but if he took his own beliefs with utter seriousness, he did not take his own person seriously. Again, one could apply to him what Chesterton’s brother said of his famous sibling: “He had a passionate need to express his opinions, but he would express them as readily and well to a man he met on a bus.”

Revel’s capacity for self-irony is the crowning grace of his memoirs, The Thief in an Empty House. Personal records can be a dangerous exercice, but in his case it eventuated in a triumphant masterpiece.

His humour enchanted his readers, but kept disconcerting the more pompous pundits. The French greatly value wit, which they display in profusion, but humour often makes them uneasy, especially when it is applied to important subjects; they do not have a word for it, they do not know the thing.

Whereas wit is a form of duelling – it aims to wound or to kill – the essence of humour is self-deprecatory. Once again, a Chestertonian saying could be apposite: “My critics think that I am not serious, but only funny, because they think that ‘funny’ is the opposite of ‘serious’. But ‘funny’ is the opposite of ‘not funny’ and nothing else. Whether a man chooses to tell the truth in long sentences or in short jokes is analogous to whether he chooses to tell the truth in French or German.”

What compounded the dismay of Revel’s pretentious critics was his implacable clarity. One of his close friends and collaborators said he doubted if Revel, in his entire career, had written a single sentence that was obscure. In the Parisian intellectual world such a habit can easily ruin a writer’s credit, for simple souls and solemn mediocrities are impressed only by what is couched in opaque jargon. And, in their eyes, how could one possibly say something important if one is not self-important?

With the accuracy of his information and the sharpness of his irony, Revel deflated the huge balloons of cant that elevate the chattering classes. They felt utterly threatened, for he was exposing the puffery of the latest intellectual fashions upon which their livehood depended. At times they could not hide their panic; for instance, the great guru of the intelligentsia, Jacques Lacan, during one of his psychoanalytical seminars at the Sorbonne, performed in front of his devotees a voodoo-like exorcism.

He frantically trampled underfoot and destroyed a copy of Revel’s book Why Philosophers?, in which Lacan’s charlatanism was analysed.

Yet such outbursts weere mere circus acts; far more vicious was the invisible conspiracy that surrounded Revel with a wall of silence, well documented in Pierre Boncenne’s Pour Jean-François Revel: Un esprit libre (Plon, Paris, 2006), a timely and perceptive book that takes the full measure of Revel’s intellectual, literary and human stature.

A paradoxical situation developed: Revel’s weekly newspaper columns were avidly read, nearly every one of his 30-odd books was an instant bestseller, and yet the most influential “progressive” critics studiously ignored his existence. His books were not reviewed, his ideas were not discussed, if his name was mentioned at all it was with a patronising sneer, if not downright slander.

Revel was quintessentially French in his literary tastes and sensitivity (his pages on Michel de Montaigne, Francois Rabelais and Marcel Proust marry intelligence with love; his anthology of French poetry mirrors his original appreciation of the poetic language), in his art of living (his great book on gastronomy is truly a “feast in words”) and in his conviviality (he truly cared for his friends).

And yet what strikingly set him apart from most other intellectuals of his generation was his genuinely cosmopolitan outlook.

He had spent abroad the best part of his formative and early creative years, mostly in Mexico and Italy. In addition to English (spoken by few educated Fench of his time) he was fluent in Italian, Spanish and German; until the end of his life he retained the healthy habit to start every day (he rose at 5am) by listening to he BBC news and reading six foreign newspapers.

On international affairs, on literature, art and ideas, he had universal perspectives that broke completely from the suffocating provincialism of the contemporary Parisian elites. In the 18th century, French was the common language of the leading minds of continental Europe; 20th-century French intellectuals hardly noticed that times had changed in this respect; they retained the dangerous belief that whatever was not expressed in French could hardly matter.

Revel never had enough sarcasm to denounce this sort of self-indulgence; on the bogus notion of le rayonnement français, he was scathing: “French culture has radiated for so long, it’s a wonder mankind has not died from sunstroke.” He fiercely fought against chauvinist cultural blindness, and especially against its most cretinous expression: irrational anti-Americanism. At the root of this attitude he detected a subconscious resentment: the french feel that when Americans are playing a leading role in the political-cultural world they are usurping what is by birthright a French prerogative.

By vocation and academic training Revel was originally a philosopher (he entered at an exceptionally early age the Ecole Normale Superieure, the apex of the French higher education system). He taught philosophy and eventually wrote a history of Western philosophy (eschewing all technical jargon, it is a model of lucid synthesis).

However, he became disenchanted with the contemporary philosophers who, he flet, had betrayed their calling by turning philosophy into a professional career and a mere literary genre. “Philosophy,” he wrote “ought to return to its original and fundamental question: How should I live?” he preferred simply to call himslef “a man of letters”.

Ancient Greek poet Archilochus famously said: “The fow knows many things but the hedgehog knows one big thing.” Revel was the archetypical fox, but at the same time he held with all the determination of a hedgehog to one central idea that inspires, pervades and motivates all his endeavours:

The belief that each individual destiny, as well as the destiny of mankind, depends upon the accuracy – or the falsity – of the information at their disposal, and upon the way in which they put this information to use.

He devoted one of his books specifically to this issue, La Connaissance Inutile (Useless Knowledge), but this theme runs through nearly all his writings.

Politics naturally absorbed a great amount of his attention. From the outset he showed his willingness to commit himself personaly, and at great risk: as a young man in occupied France he joined the Resistance against the Nazis. After the war, his basic political allegiance was, and always remainded, to the Left and the principles of liberal democracy. He was sharply critical of Charles de Gaulle and of all saviours and providential leaders in military uniforms.

Yet, like George Orwell before him, he always believed that only an uncompromising denunciation of all forms of Stalinist totalitarianism can ensure the ultimate victory of socialism. Thus – again, like Orwell – he earned for himself the hostility of his starry-eyed comrades.

Revel’s attempt at entering into active politics was short-lived, but the experience gave him an invaluable insight into the essential intellectual dishonesty that is unavoidably attached to partisan politicking. He was briefly a Socialist Party candidate at the 1967 national elections, which put him in close contact with François Mitterrand (then leader of the Opposition). The portrait he paints of Mitterrand in his memoirs is hilarious and horrifying.

Mitterrand was the purest type of political animal: he had no politics at all. He had a brilliant intelligence, but for him ideas were neither right or wrong, they were only useful or useless in the pursuit of power. The object of power was not a possibility to enact certain policies; the object of all policies was simply attain and retain power.

Revel, having drafted a speech for his own electoral campaign, was invited by Mitterrand to read it to him. The speech started, “Although I cannot deny some of my opponent’s achievements…” Mitterand interrupted him at once, screaming: “No! Never, never! In politics never acknowledge that your opponent has any merit. This is the basic rule of the game.”

Revel understood once and for all that this game was not for him and it was the end of his political ambition. Which proved to be a blessing: had politics swallowed him at that early stage in his life how much poorer the world of ideas and letters would have been. (And one could have said exactly the same about his close friend Mario Vargas Llosa, who – luckily for literature – was defeated in presidential elections in Peru.)

Dead writers who were also friends never leave us: whenever we open their books, we hear again their very personal voices and our old exchanges are suddenly revived. I had many conversations (and discussions: different opinions are the memorable spices of friendship) with Revel; yet what I wish to record here is not something he said, but a silence that had slightly puzzled me at the time. The matter is trifling and frivolous (for which I apologise), but what touches me is that I found the answer many years later, in his writings.

A long time ago, as we were walking along a street in Paris, chatting as we went, he asked me about a film I had seen the night before, Federico Fellini’s Casanova (which he had not seen). I told him that one scene had impressed me, by its acute psychological insight into the truth that love-making without love is but a very grim sort of gymnastics. He stopped abruptly and gave me a long quizzical look, as if he was trying to find out whether I really believed that, or was merely pulling his leg.

Unable to decide, he said, “Hmmm” and we resumed our walk, chatting of other things.

Many years later, reading his autobiography, I suddenly understood. When he was a precocious adolescent of 15, at school in Marseilles, he was quite brilliant in all humanities subjects but hopeless in mathematics. Every Thursday, pretending to his mother that he was receiving extra tuition in maths, he used to go to a little brothel. He would first do his school work in the common lounge and, after that, go upstairs with one of the girls. The madam granted him a “beginner’s rebate”, and the tuition fee generously advanced by his mother covered the rest.

One Thursday, however, as he was walking up the stairs his maths teacher came down. The young man froze, but the teacher passed impassively, merely muttering between clenched teeth: “You will always get passing marks in maths.” The schoolboy kept their secret and the teacher honoured his part of the bargain; Revel’s mother was delighted by the sudden improvement in his school results.

I belatedly realised that, from a rather early age, Revel had acquired a fairly different perspective on the subject of our chat.

At the time of Revel’s death in April last year, Vargas Llosa concluded the eloquent and deeply felt obituary he wrote for our friend in Spanish newspaper El pais: “Jean-François Revel, we are going to miss you so much.” How true.

Voir encore:

To the Editors:

Bashing an elderly nun under an obscene label does not seem to be a particularly brave or stylish thing to do. Besides, it appears that the attacks which are being directed at Mother Teresa all boil down to one single crime:she endeavors to be a Christian, in the most literal sense of the word—which is (and always was, and will always remain) a most improper and unacceptable undertaking in this world.

Indeed, consider her sins:

She occasionally accepts the hospitality of crooks, millionaires, and criminals. But it is hard to see why, as a Christian, she should be more choosy in this respect than her Master, whose bad frequentations were notorious, and shocked all the Hitchenses of His time.
Instead of providing efficient and hygienic services to the sick and dying destitutes, she merely offers them her care and her love. When I am on my death bed, I think I should prefer to have one of her Sisters by my side, rather than a modern social worker.
She secretly baptizes the dying. The material act of baptism consists in shedding a few drops of water on the head of a person, while mumbling a dozen simple ritual words. Either you believe in the supernatural effect of this gesture—and then you should dearly wish for it. Or you do not believe in it, and the gesture is as innocent and well-meaningly innocuous as chasing a fly away with a wave of the hand. If a cannibal who happens to love you presents you with his most cherished possession—a magic crocodile tooth that should protect you forever—will you indignantly reject his gift for being primitive and superstitious, or would you gratefully accept it as a generous mark of sincere concern and affection?
Jesus was spat upon—but not by journalists, as there were none in His time. It is now Mother Teresa’s privilege to experience this particular updating of her Master’s predicament.

Simon Leys
Canberra, Australia

Christopher Hitchens
DECEMBER 19, 1996 ISSUE
In response to:
In Defense of Mother Teresa from the September 19, 1996 issue

To the Editors:

Since the letter from Simon Leys [“In Defense of Mother Teresa,” NYR, September 19] is directed at myself rather than at your reviewer, may I usurp the right to reply?

In my book, The Missionary Position: Mother Teresa In Theory and Practice, I provide evidence that Mother Teresa has consoled and supported the rich and powerful, allowing them all manner of indulgence, while preaching obedience and resignation to the poor. In a classic recent instance of what I mean—an instance that occurred too late for me to mention it—she told the April 1996 Ladies’ Home Journal that her new friend Princess Diana would be better off when free of her marriage. (“It is good that it is over. Nobody was happy anyhow.”) When Mother Teresa said this, she had only just finished advising the Irish electorate to vote “No” in a national referendum that proposed the right of civil divorce and remarriage. (That vote, quite apart from its importance in separating Church from State in the Irish Republic, had an obvious bearing on the vital discussion between Irish Catholics and Protestants as to who shall make law in a possible future cooperative island that is threatened by two kinds of Christian fundamentalism.)

Evidence and argument of this kind, I have discovered, make no difference to people like Mr. Leys. Such people do not exactly deny Mother Teresa’s complicity with earthly powers. Instead, they make vague allusions to the gospels. Here I can claim no special standing. The gospels do not agree on the life of the man Jesus, and they make assertions—such as his ability to cast demonic spells on pigs—that seem to reflect little credit upon him. However, when Mr. Leys concedes that Mother Teresa “occasionally accepts the hospitality of crooks, millionaires, and criminals” and goes on to say, by way of apologetics, that her Master’s “bad frequentations were notorious,” I still feel entitled to challenge him. Was his Jesus ever responsible for anything like Mother Teresa’s visit to the Duvaliers in Haiti, where she hymned the love of Baby Doc and his wife for the poor, and the reciprocal love of the poor for Baby Doc and his wife? Did he ever accept a large subvention of money, as did Mother Teresa from Charles Keating, knowing it to have been stolen from small and humble savers? Did he ever demand a strict clerical control over, not just abortion, but contraception and marriage and divorce and adoption? These questions are of no hermeneutic interest to me, but surely they demand an answer from people like Leys who claim an understanding of the Bible’s “original intent.”

On my related points—that Mother Teresa makes no real effort at medical or social relief, and that her mission is religious and propagandistic and includes surreptitious baptism of unbelievers—I notice that Mr. Leys enters no serious dissent. It is he and not I who chooses to compare surreptitious baptism to the sincere and loving gesture of an innocent “cannibal” (his term) bestowing a fetish. Not all that inexact as a parallel, perhaps—except that the “cannibal” is not trying to proselytize.

Mr. Leys must try and make up his mind. At one point he says that the man called Jesus “shocked all the Hitchenses of His time”: a shocking thought indeed to an atheist and semi-Semitic polemicist like myself, who can discover no New Testament authority for the existence of his analogue in that period. Later he says, no less confidently, that “Jesus was spat upon—but not by journalists, as there were none in His [sic] time.” It is perhaps in this confused light that we must judge his assertion that the endeavor to be a Christian “is (and always was, and will always remain)” something “improper and unacceptable.” The public career of Mother Teresa has been almost as immune from scrutiny or criticism as any hagiographer could have hoped—which was my point in the first place. To represent her as a woman defiled with spittle for her deeds or beliefs is—to employ the term strictly for once—quite incredible. But it accords with the Christian self-pity that we have to endure from so many quarters (Justice Scalia, Ralph Reed, Mrs. Dole) these days. Other faiths are taking their place in that same queue, to claim that all criticism is abusive, blasphemous, and defamatory by definition. Mr. Leys may not care for some of the friends that he will make in this line. Or perhaps I misjudge him?

Finally, I note that he describes the title of my book as “obscene,” and complains that it attacks someone who is “elderly.” Would he care to say where the obscenity lies? Also, given that I have been criticizing Mother Teresa since she was middle-aged (and publicly denounced the senile Khomeini in his homicidal dotage), can he advise me of the age limit at which the faithful will admit secular criticism as pardonable? Not even the current occupant of the Holy See has sought protection from dissent on the ground ofanno domini.

Christopher Hitchens
Washington, DC

On Mother Teresa

Simon Leys
JANUARY 9, 1997 ISSUE
In response to:
Mother Teresa from the December 19, 1996 issue

The following is a reply to Christopher Hitchens’s letter in the December 19, 1996, issue.

To the Editors:

If Mr. Hitchens were to write an essay on His Holiness the Dalai Lama, being a competent journalist, he would no doubt first acquaint himself with Buddhism in general and with Tibetan Buddhism in particular. On the subject of Mother Teresa, however, he does not seem to have felt the need to acquire much information on her spiritual motivations—his book contains a remarkable number of howlers on elementary aspects of Christianity (and even now, in the latest ammunition he drew from The Ladies’ Home Journal, he displayed a complete ignorance of the position of the Catholic Church on the issues of marriage, divorce, and remarriage).

In this respect, his strong and vehement distaste for Mother Teresa reminds me of the indignation of the patron in a restaurant, who, having been served caviar on toast, complained that the jam had a funny taste of fish. The point is essential—but it deserves a development which would require more space and more time than can be afforded to me, here and now. (However, I am working on a full-fledged review of his book, which I shall gladly forward to him once it comes out in print.)

Finally, Mr. Hitchens asked me to explain what made me say that The Missionary Position is an obscene title. His question, without doubt, bears the same imprint of sincerity and good faith that characterized his entire book. Therefore, I owe him an equally sincere and straightforward answer: my knowledge of colloquial English being rather poor, I had to check the meaning of this enigmatic title in The New Shorter Oxford English Dictionary (Oxford University Press, 1993, 2 vols.—the only definition of the expression can be found in Vol. I, p. 1794). But Mr. Hitchens having no need for such a tool in the exercise of his trade probably does not possess a copy of it. It will therefore be a relief for his readers to learn that his unfortunate choice of a title was totally innocent: when he chose these words, how could he possibly have guessed what they actually meant?

Simon Leys
Canberra, Australia
T’IEN HSIA
An Interview with Pierre Ryckmans
Daniel Sanderson
The Australian National University
The following interview was originally published in the Chinese Studies Association of Australia Newsletter, No.41 (February 2011). It was conducted via correspondence between Daniel Sanderson, the editor of the Newsletter, and Pierre Ryckmans. China Heritage Quarterly takes pleasure in reproducing it here with permission and adding it to our archive related to New Sinology.

In The Hall of Uselessness: collected essays published in mid 2011, Professor Ryckmans includes the text of a speech he made in March 2006 entitled ‘The Idea of the University’. Discussing the tension between intellectual creativity at universities and the creep of managerialism that has increasingly benighted the life of the mind at universities he made the following observation:

Near to the end of his life, Gustave Flaubert wrote in one of his remarkable letters to his dear friend Ivan Turgenev a little phrase that could beautifully summarise my topic. ‘I have always tired to live in an ivory tower; but a tide of shit is beating at its walls, threatening to undermine it.’ These are indeed the two poles of our predicament: on one side, the need for an ‘ivory tower’, and on the other side, the threat of the ‘tide of shit’.
—’The Idea of the University’, in Simon Leys, The Hall of Uselessness—collected essays, Collingwood, Victoria: Black Inc., 2011, p.398.
From September 2011 over four issues of this e-journal we will serialize Professor Ryckmans’ Boyer Lectures, Aspects of Culture: A View From the Bridge, originally broadcast by ABC Radio National in 1996.—The Editor

An internationally renowned Sinologist, Professor Ryckmans spent seventeen years teaching at The Australian National University and six years as Professor of Chinese at the University of Sydney. Having retired from academic life in 1993, he remains a regular contributor to a range of publications including The New York Review of Books, Le Figaro Littéraire and The Monthly. Throughout his career, Ryckmans has combined meticulous scholarship and a vigorous public engagement with contemporary political and intellectual issues. His elegant yet forthright style is evident in these responses to questions submitted by the CSAA Newsletter.—Daniel Sanderson
Daniel Sanderson: Can you tell us about your childhood and teenage years? Where were you born? Where did you grow up? What kind of family life did you have as a child?

Pierre Ryckmans: I was born and grew up in Brussels; I had a happy childhood. To paraphrase Tolstoy: all happy childhoods are alike—(warm affection and much laughter—the recipe seems simple enough.)
The main benefit of this is that later on in life, one feels no compulsion to waste time in ‘The Pursuit of Happiness’—a rather foolish enterprise: as if happiness was something you could chase after.

DS: What form did your early education take?

PR: A traditional-classic education (Latin—Greek).

DS: Was China in any way an element of your childhood? Was there, for instance, any scope to study Chinese history or politics, or the Chinese language, at school?

PR: No—nothing at all (alas!).

DS: You studied law and art history at the Université Catholique de Louvain [now the Katholieke Universiteit Leuven]. This seems an unusual combination. What drew you to these subjects? Were you influenced particularly by any of your teachers?

PR: I studied Law to follow a family tradition, and Art History to follow my personal interest.
At university, personal contacts, intellectual debates and exchanges with friends and schoolmates (many of whom came from Asia and Latin America) were far more important, enriching and memorable than most lectures. Lately I noted with pleasure that John Henry Newman already made a similar observation in his great classic The Idea of a University (1852).

DS: I understand you visited the People’s Republic of China with a group of Belgian students in 1955. How was this visit arranged? What was your impression of the New China at that time? Did you ever return to the PRC? If so, under what circumstances? Do you think that some experience of living in China is necessary for the scholar of China?

PR: The Chinese Government had invited a delegation of Belgian Youth (10 delegates—I was the youngest, age nineteen) to visit China for one month (May 1955). The voyage—smoothly organized—took us to the usual famous spots, climaxing in a one-hour private audience with Zhou Enlai.
My overwhelming impression (a conclusion to which I remained faithful for the rest of my life) was that it would be inconceivable to live in this world, in our age, without a good knowledge of Chinese language and a direct access to Chinese culture.

DS: What did you do after completing your undergraduate degree? Did you progress directly to further study? Did you ever consider a career outside the academy?
PR: I started learning Chinese. Since, at that time, no scholarship was available to go to China, I went to Taiwan. I had no ‘career’ plan whatsoever. I simply wished to know Chinese and acquire a deeper appreciations of Chinese culture.

DS: I would like to learn something about your PhD. What was your topic? Why was it important to you?

PR: Loving Western painting, quite naturally I became enthralled with Chinese painting (and calligraphy) – and I developed a special interest for what the Chinese wrote on the subject of painting: traditionally, the greatest painters were also scholars, poets, men of letters – hence the development of an extraordinarily rich, eloquent and articulate literature on painting, philosophical, critical, historical and technical.
We are often tempted to do research on topics that are somewhat marginal and lesser-known, since, on these, it is easier to produce original work. But one of my Chinese masters gave me a most valuable advice: ‘Always devote yourself to the study of great works—works of fundamental importance—and your effort will never be wasted.’ Thus, for my PhD thesis, I chose to translate and comment what is generally considered as a masterpiece, the treatise on painting by Shitao, a creative genius of the early eighteenth century; he addresses the essential questions: Why does one paint? How should one paint? Among all my books, this one, first published forty years ago, has never gone out of print—and, to my delight, it is read by painters much more than by sinologists!

DS: You lived for some years in Taiwan, also spending time in Hong Kong and Singapore. Do you think your time spent on the ‘periphery’ of China has influenced your approach to the study of China?

PR: During some twelve years, I lived and worked successively in Taiwan, Singapore and Hong Kong (plus six months in Japan). It was a happy period of intense activity—living and learning in an environment where all my friends became my teachers, and all my teachers, my friends. I am fond of a saying by Prince de Ligne (a writer I much admire): ‘Let each one examine what he has most desired. If he is happy, it is because his wishes have not been granted.’ For some years, I had wished I could study in China; but now, in retrospect, I realise that, had I been given such a chance at that particular time (1958-1970), I would never have been allowed to enjoy in China such rich, diverse, easy and close human contacts.

DS: You arrived in Australia in 1970 to take up a position at the Australian National University. How did this come about? What was your role? Can you tell me a little about the atmosphere at ANU during your early years there?

PR: Professor Liu Ts’un-yan (Head of the Chinese department at ANU) came to see me in Hong Kong and invited me to join his department. Thus, with my wife and four (very young) children, we moved to Canberra for what was supposed to be a three-year stay, but turned out to become our final, permanent home. Professor Liu was not only a great scholar, he was also an exquisite man; for me, working in his department till his own retirement (fifteen years later) was sheer bliss—it also coincided with what must have been the golden age of our universities. Later on, the atmosphere changed—for various politico-economic and other reasons—and I took early retirement. The crisis of Higher Education is a vast problem, and a world phenomenon; I have spoken and written on the subject—there is no need and no space to repeat it here.

DS: The 1970s were a period of great political division within the field of Chinese Studies, and across society at large. The iconoclasm of the Cultural Revolution was attractive to many in the West. It was in this context that your book, The Chairman’s New Clothes, appeared in 1971, bursting the Maoist bubble. This was followed in 1976 by the equally controversial Chinese Shadows. Both these works stirred considerable debate in Europe. What was the reaction in Australia, particularly within the Chinese Studies community? Were you ever attracted to the Maoist experiment yourself?

PR: My own interest, my own field of work is Chinese literature and Chinese painting. When commenting on Chinese contemporary politics, I was merely stating common sense evidence and common knowledge. But at that time, this may indeed have disturbed some fools here and there—which, in the end, did not matter very much.

DS: Do you think political engagement is a necessary part of the intellectual life?

PR: In a democracy, political engagement is a necessary part of everyone’s life. (The political views of the greatest philosopher on earth may well be more silly than those of his ignorant housekeeper.)

DS: You spent seventeen years at ANU and a further six years at the University of Sydney engaged in the study and teaching of Chinese literature. Can you comment on the changes you saw within Chinese Studies at those institutions, and in Australia more generally, during that time?

PR: I am poorly informed on more recent developments (I left academic life sixteen years ago). When things began to change (education becoming mere training) and took an orientation that corresponded no longer to what I always believed a university ought to be, I opted for early retirement. In front of younger colleagues who keep bravely fighting the good fight, I feel like a deserter, ill-qualified to make further comments.

DS: It is perhaps a reductive question, but I wonder whether you could tell me what it is about the literature of China that you find appealing?

PR: The virtue and power of the Chinese literary language culminates in its classical poetry. Chinese classical poetry seems to me the purest, the most perfect and complete form of poetry one could conceive of. Better that any other poetry, it fits Auden’s definition: ‘memorable speech’: and indeed, it carves itself effortlessly into your memory. Furthermore, like painting, it splendidly occupies a visual space in its calligraphic incarnations. It inhabits your mind, it accompanies your life, it sustains and illuminates your daily experiences.

DS: Why, in your opinion, is the study of China necessary in Australia? Or, indeed, is it necessary at all?

PR: Why is scholarly knowledge necessary in Australia? And why culture?

DS: A large proportion of your writing has been aimed at a general readership. Do you think academics, and China scholars in particular, bear a responsibility to communicate with the public?

PR: Sidney Hook said that the first moral obligation of an intellectual is to be intelligent. Regarding academics and China scholars one might paraphrase this statement and say that their first duty is to master their discipline. Yet communicating with the public is a special talent; very learned scholars do not necessarily possess it.

DS: Though based in Canberra, you continue to take part in European political and cultural life through your writings in French. Do you think your physical distance from Europe affects your approach to these issues?

PR: Distance also has its advantages.

DS: What are you reading at the moment?

PR: Leszek Kolekowski, My Correct Views of Everything; F.W. Mote, China and the Vocation of History in the Twentieth Century—A Personal Memoir; and for bedside reading, I keep constantly dipping into two huge collections of sardonic aphorisms (gloriously incorrect!) by two eccentric and lonely geniuses: Cioran’s posthumous notebooks (Cahiers) and Nicolás Gómez Dávila’s Escolios a un texto implícito (my Spanish is very primitive, but have the help of two volumes of French translations).

DS: When you reflect on your career as a whole, what makes you proudest?

PR: I had various (rather disjointed) activities—not exactly a ‘career’ on which I can ‘reflect’.

DS: Do you have any regrets?

PR: Regrets? Usually what we regret is what we did not do. Let me think about it.

DS: What are your thoughts on the current state of Chinese Studies in Australian universities? Do you think Australian scholars have particular strengths or weaknesses when it comes to the study of China?

PR: As I said earlier, I left academe some sixteen years ago. I am really not in a position to assess the current state of Chinese Studies in Australian universities.

DS: What are your hopes for the future?

PR: May cultural exchanges further develop! (In our capital city, ANU seems particularly well placed for discharging this important task.)

DS: Do you have any advice for aspiring scholars of China?

PR: First of all, learn the Chinese language to the best of your ability (and spend as much time as possible in a Chinese-speaking environment). Language fluency is the key which will open all doors for you—practically and spiritually.

The Man Who Got It Right
Ian Buruma

The New York Review of Books

AUGUST 15, 2013
The Hall of Uselessness: Collected Essays
by Simon Leys
New York Review Books, 572 pp., $19.95 (paper)
Buruma_1-081513.jpg
Ray Strange/Newspix
Pierre Ryckmans, who writes under the name of Simon Leys, Canberra, Australia, June 2009
1.

Near the beginning of Simon Leys’s marvelous collection of essays is an odd polemic between the author and the late Christopher Hitchens, fought out in these very pages. Leys takes Hitchens to task for attacking Mother Teresa in a book entitled The Missionary Position. He writes: “Bashing an elderly nun under an obscene label does not seem to be a particularly brave or stylish thing to do.” Hitchens replies: What do you mean, obscene? You know perfectly well, answers Leys. And so on and on.

What interested me about this exchange was not the relative merits of the arguments put forth by two writers who had at least one thing in common—a love of George Orwell and G.K. Chesterton, possibly for the same reasons, to which I shall return a little later. The most interesting thing, to me, was the anecdote related by Leys at the end of his account, about sitting in an Australian café minding his own business while a radio is blaring musical and spoken pap in the background. By chance, the program switched to a Mozart clarinet quintet, for a moment turning the café “into an antechamber of Paradise.” People fell silent, there were looks of bafflement, and then, “to the huge relief of all,” one customer “stood up, walked straight to the radio,” turned the knob to another station, and “restored at once the more congenial noises, which everyone could again comfortably ignore.”

Leys describes this event as a kind of epiphany. He is sure that philistinism does not result from the lack of knowledge. The customer who could not abide hearing Mozart’s music recognized its beauty. Indeed, he did what he did precisely for that reason. The desire to destroy beauty, according to Leys, applies not just to aesthetics but as much, if not more, to ethics: “The need to bring down to our own wretched level, to deface, to deride and debunk any splendour that is towering above us, is probably the saddest urge of human nature.”
I’m not sure whether the deeds of Mother Teresa can really be compared usefully to Mozart’s music. An alternative explanation for the behavior of the man in the café might be that he disliked Mozart’s music out of class resentment. The “philistines” wouldn’t put up with something they associated with people who might sneer at their lack of refinement. Perhaps. In fact, there is no way of knowing what really went through the man’s head. But the idea that art, ethics, and matters of the spirit, including religious faith, come from the same place is central to Leys’s concerns. All his essays, about André Gide or Evelyn Waugh no less than the art of Chinese calligraphy, revolve around this.

Leys once described in these pages the destruction of the old walls and gates of Beijing in the 1950s and 1960s as a “sacrilege.”1 The thick walls surrounding the ancient capital were “not so much a medieval defense apparatus as a depiction of a cosmic geometry, a graphic of the universal order.” Pre-modern Chinese politics were intimately linked with religious beliefs: the ruler was the intermediary between heaven and earth, his empire, if ruled wisely, a reflection of the cosmic order. Classical Beijing, much of it built in the fourteenth and fifteenth centuries, was deliberately planned to reflect this order. It survived almost intact until the 1950s. Apart from a few pockets, such as the Forbidden City, nothing of this old city remains.

Critics over the years have attacked Leys for being an elitist, a Western mimic of Chinese literati, an aesthete who cares more about high culture than people, more about walls and temples than the poor Beijingers who had to live in dark and primitive alleys, oppressed by absolute rulers and feudal superstition. But this misses the point. It was not Leys’s intention to defend the Chinese imperial or feudal system. On the contrary, he lamented the fact that Maoists decided to smash the extraordinary artifacts of the past instead of the attitudes that made feudalism so oppressive in the first place. The stones were destroyed; many of the attitudes, alas, remained, albeit under different rulers.

Iconoclasts, not only in China, are as enthralled by the sacred properties of the objects they destroy as those who venerate them. This much we know. But Leys goes further. In his view, Maoists didn’t just reduce the walls of Beijing, and much else besides, to rubble because they believed such acts would liberate the Chinese people; they smashed Yuan and Ming and Qing Dynasty treasures because they were beautiful. Yet beauty, as Leys himself insists, is rarely neutral. His use of the term “sacrilege” suggests that there was more to Maoist iconoclasm than a philistine resentment of architectural magnificence. Leys quotes Guo Moruo, one of the most famous mandarins of the Chinese Communist revolution, on the city walls in Sichuan where the scholar and poet grew up. People approaching a town near Guo’s native village felt a “sense of religious awe when confronted with the severe majestic splendor” of the city gate. Guo notes the rarity of such superb walls outside Sichuan—“except in Peking, of course, where the walls are truly majestic.”

Guo was a Communist, but not a vandal. He paid a common price for his love of the wrong kind of beauty. Persecuted during the Cultural Revolution, he was forced to declare that his books were worthless and should be burned. Two of his children were driven to suicide, and Guo had to write odes in praise of Chairman Mao for the rest of the Great Helmsman’s life.

The point about the walls is, of course, not merely aesthetic, nostalgic, or even to do with awe. Heinrich Heine’s famous dictum—“Where they burn books, they will ultimately also burn people”2—applies to China too. It wasn’t just buildings that were shattered under Chairman Mao, but tens of millions of human lives.

In one of his essays, Leys refers to the first Communist decades in China as “thirty years of illiterates’ rule,” which might be construed as snobbish; but the relative lack of education among the top Communist cadres is not actually the main issue for Leys. His targets are never uneducated barbarians, people too ignorant or stupid to know what they are doing. The objects of his devastating and bitterly funny barbs are fellow intellectuals, often fellow academics, most often fellow experts on China, people who faithfully followed every twist and turn of the Chinese Communist Party line, even though they knew better. Such people as the writer Han Suyin, for example, who declared that the Cultural Revolution was a Great Leap Forward for mankind until she observed, once the line had changed, that it had been a terrible disaster.

I recognize the type, since they were to be found among the Dutch professors who taught me Chinese literature and history at Leyden University in the early 1970s, when the Cultural Revolution was still raging. None of them was a Maoist, in the sense that they would have advocated Mao’s politics in their own country. But China, whose unique culture my professors spent their lives studying, was different. Ordinary Chinese, one world-famous expert of early Chinese Buddhism explained to us, loved the revolutionary operas that replaced the popular classical operas, which were banned. Presumably, they also didn’t mind being cooped up in rigidly controlled state communes, and believed in the justice of “struggle sessions” against “revisionists,” “bourgeois splitists” and other “enemies of the people” who were humiliated, tortured, and often murdered in public. In any case, was it not a smug illusion to think that we were so free in our Western democracies? And apart from anything else, it was important not to ruin one’s chances to visit China. It really wouldn’t do to upset the Chinese authorities.

So when Leys first published his scorching polemical essays against the idiocies of Western apologists for Mao’s misrule in the 1970s, some of my professors were very annoyed. And yet, in the fierce debate that followed, they kept curiously aloof. They simply dismissed Leys.3 His writings on China did, however, spark strong arguments among journalists and intellectuals, which had less to with China itself than with local concerns with student protest, ideological conflict, and the colonial past.

If Leys’s views were unwelcome in Leyden, this was even more true in France, where Maoism had captivated the minds of many more intellectuals. One conspicuous feature of the European Maoists in the 1970s was their obliviousness to actual conditions in China. The Chinese were discussed almost as an abstraction. Leys, who cared deeply about the Chinese, became a hate figure in Paris. I remember watching him on a French television chat show. The host, Bernard Pivot, asked him why he had decided to take on what seemed like the entire Parisian intellectual establishment. Leys replied with one word: chagrin—grief, sorrow, distress.

2.

Simon Leys is actually the nom de plume for Pierre Ryckmans, a French-speaking Belgian with a Flemish name. He fell in love with Chinese culture when he visited China as part of a student delegation in 1955. After studying law at the Catholic university in Louvain, Leys became a scholar of Chinese, living for several years in Taiwan, Singapore, and in Hong Kong, where he made friends with a young Chinese calligrapher who, in a traditional flourish of stylish humility, named his own slum dwelling the Hall of Uselessness. Ryckmans spent two “intense and joyful years” there, “when learning and living were one and the same thing.” The name Leys is a homage to René Leys, the wonderful novel by Victor Segalen (1878–1919) about a seventeen-year-old Belgian who penetrated the mysteries of the Chinese imperial court just before the revolution of 1911.4

Ryckmans/Leys went on to become a highly distinguished professor of Chinese literature in Australia, where he still lives today, writing essays and sailing boats. Few, if any, contemporary scholars of Chinese write as well about the classical Chinese arts—calligraphy, poetry, and painting—let alone about European literature, ranging in this collection from Balzac to Nabokov. None, so far as I know, have written novels as good as his Death of Napoleon. Leys is perhaps unique in that his prose in English is no less sparkling than in French.

Unlike in the 1970s, few people now dispute that Leys was right about the horrors of Mao’s regime. Even the Chinese government admits that more than fifteen million people died of starvation as the direct result of Mao’s deranged experiments in the late 1950s. Recent scholarship shows that the real figure might be as high as forty-five million deaths between 1958 and 1962 (see Frank Dikötter’s Mao’s Great Famine, 2010). The Cultural Revolution, although Mao’s own leading role in it can still not be discussed openly, is commonly referred to as the “great disaster.” One of the questions raised by Leys is why most people got it so wrong when Maoism was at its most murderous. Was it a matter of excusable ignorance about what was then a very closed society?

Leys has a tendency to overdo his expressions of humility, a bit like Chinese mandarins in old comic books: “My little talk,” “My readers will naturally forget this article,” and so on. But he is surely right in claiming that his insights into the Maoist terrors inflicted on the Chinese people owed very little to superior expertise. Famous apologists for Mao’s regime, such as the filmmaker Felix Greene, the once-popular author Ross Terrill, or indeed Han Suyin, had traveled far more extensively in China than Leys had. He hadn’t even set foot there between 1955 and 1972. All he did was listen to Chinese friends and “every day…read a couple of Chinese newspapers over breakfast.” The information he gleaned was freely available in English as well, in the superb China News Analysis, for example, published weekly in Hong Kong by the Jesuit scholar Father Laszlo Ladany, to whom Leys pays tribute in one of his essays. Ladany’s publication was read by every serious follower of Chinese affairs at the time.

So why were the “China experts” (we might as well leave other famous dupes, such as Shirley MacLaine, aside) so obtuse? As in the case of the man who couldn’t tolerate Mozart, Leys dismisses ignorance as an explanation. His answer: “What people believe is essentially what they wish to believe. They cultivate illusions out of idealism—and also out of cynicism.” The truth can be brutal, and makes life uncomfortable. So one looks the other way. This aspect of dealing with China, or any other dictatorship where interests might be at stake, has not changed.

In an essay written after the “Tiananmen Massacre” in 1989, Leys remarks that the mass killings of demonstrators all over China offered everyone, even the most thickheaded, a glimpse of truth; it was so glaring that it was impossible to avoid. But this, too, would pass: “Whenever a minute of silence is being observed in a ceremony, don’t we all soon begin to throw discreet glances at our watches? Exactly how long should a ‘decent interval’ last before we can resume business-as-usual with the butchers of Peking?”

Well, not long, as it turned out. Businessmen, politicians, academics, and others soon came flocking back. Indeed, as Leys says, “they may even have a point when they insist, in agreeing once more to sit at the banquet of the murderers, they are actively strengthening the reformist trends in China.” Then he adds, with a little flick of his pen: “I only wish they had weaker stomachs.”

Which brings me back to Orwell and Chesterton, so much admired by Leys and Christopher Hitchens. Orwell has served as a model for many soi-disant mavericks who like to depict themselves as brave tellers of truth. The case for Chesterton, as Hitchens acknowledged in his very last article, is a little more complicated. Chesterton’s opinions on Jews and “negroes,” though not uncommon in his time, were not entirely in line with the great wisdom Leys attributes to him. The much-vaunted “common sense,” claimed as the prime virtue of Orwell and Chesterton by their admirers, might sometimes be mistaken for philistinism. And Leys’s love of Chesterton occasionally leads him down paths where I find it hard to follow. When Chesterton huffs and puffs that modern people, especially for some reason in Manhattan, “proclaim an erotic religion which at once exalts lust and forbids fertility,” Leys adds, as though his hero’s statement were the pinnacle of prophetic sagacity, that it is surely no coincidence that people in our own time are supporting euthanasia as well as homosexual marriage. Whatever one thinks of euthanasia or homosexual marriage, lust surely has very little to do with it.

Still, the reasons why Leys finds Orwell attractive might be applied in equal measure to Leys himself: “[Orwell’s] intuitive grasp of concrete realities, his non-doctrinaire approach to politics (accompanied with a deep distrust of left-wing intellectuals) and his sense of the absolute primacy of the human dimension.” Both Orwell and Chesterton were good at demolishing cant. Leys is right about that: “[Chesterton’s] striking images could, in turn, deflate fallacies or vividly bring home complex principles. His jokes were irrefutable; he could invent at lightning speed surprising short-cuts to reach the truth.”

3.

When Confucius was asked by one of his disciples what he would do if he were given his own territory to govern, the Master replied that he would “rectify the names,” that is, make words correspond to reality. He explained (in Leys’s translation):

If the names are not correct, if they do not match realities, language has no object. If language is without an object, action becomes impossible—and therefore, all human affairs disintegrate and their management becomes pointless.
Leys comments that Orwell and Chesterton “would have immediately understood and approved of the idea.”

If this reading is right, Confucius wanted to strip the language of cant, and reach the truth through plain speaking, expressing clear thoughts. But Leys believes that he also did more than that: “Under the guise of restoring their full meaning, Confucius actually injected a new content into the old ‘names.’” One example is the interpretation of the word for gentleman, junzi. The old feudal meaning was “aristocrat.” But for Confucius a gentleman’s status could be earned only through education and superior virtue. This was a revolutionary idea; the right to rule would no longer be a matter of birth, but of intellectual and moral accomplishment, tested in an examination system theoretically open to all.

The question of language and truth is the main theme of Leys’s fascinating essays on classical Chinese poetry and art. We commonly assume that speech preceded the written word. In China, however, the earliest words, carved into “oracle bones” some 3,700 years ago, could have been read by people who would not have understood one another in any spoken language. Since these earliest Chinese ideographs, still recognizable in Chinese script today, had to do with forecasting harvests and military affairs, they were, as Leys puts it, “intimately associated with the spirits and with political authority.”

In a way this is still true. Chinese rulers, including the Communists, all like to display their prowess as calligraphers; banal maxims, supposedly written in their hand, are plastered all over public buildings, and even mountainsides, to show the rulers’ mastery of the word, and thus of civilization. The same custom persists not only in Japan but even in North Korea, where words of the Great Leader, or his son, the Dear Leader, or soon, no doubt, his son, General Kim Jong-un, are to be seen everywhere. The magical properties of the word were plainly believed by Red Guards who were quite ready to kill someone “sacriligious” enough to soil one of Mao’s Little Red Books.

To be sure, words are used to obfuscate and lie, as well as to tell the truth. Leys believes that grasping the truth is largely a matter of imagination, poetic imagination. Hence his remark that the “Western incapacity to grasp the Soviet reality and all its Asian variants” was a “failure of imagination” (his italics). Fiction often expresses truth more clearly than mere factual information. Truth, Leys writes, referring to science and philosophy, as well as poetry, “is grasped by an imaginative leap.” The question is how we contrive such leaps.

Leys identifies a basic difference between the Chinese and what he calls, perhaps a bit too loosely, the Western traditions. Classical Chinese poetry or paintings do not set out to mimic reality, to make the world look real in ink, or in poetry to express new ideas or come up with fresh descriptions. The aim is, rather, to make art into a manifestation of nature itself, or indeed vice versa—the found object in the shape of a perfect rock, for instance. The best traditional Chinese artists express themselves by breathing new life into old clichés—the mountains, the rivers, the lonely dwellings, etc. For poets, in Leys’s words, “the supreme art is to position, adjust and fit together…well-worn images in such a way that, from their unexpected encounter, a new life might spark.”

This is almost impossible to convey in translation, because the same images expressed in another language can lose their spark and easily become banal or incomprehensible. For that reason, Leys praises Ezra Pound’s efforts to render classical Chinese poetry in English, despite Pound’s gross linguistic misunderstandings. Pound understood that a Chinese poem “is not articulated upon a continuous, discursive thread, but that it flashes a discontinuous series of images (not unlike the successive frames of a film).”

Western artists often arrived by instinct at a similar understanding of art. Picasso, for example: “The question is not to imitate nature, but to work like it.” Or Paul Claudel: “Art imitates Nature not in its effects as such, but in its causes, in its ‘manner,’ in its process, which are nothing but a participation in and a derivation of actual objects, of the Art of God himself.”

Claudel was a devout Catholic, and thus perhaps (like Chesterton) especially dear to Leys, who makes his attachment to the Roman Church quite clear. But in this, as in other matters, Leys has a cosmopolitan spirit. Although keen to stress Chinese uniqueness in many respects, Leys also stretches himself as far as he can to find common spiritual ground between East and West. He is sensitive to the spirituality of many other traditions (though perhaps not so tolerant of people who reject organized religion per se, hence his spat with Christopher Hitchens). Classical Chinese art, in painting and in poetry, constitutes, as Leys puts it, “the visible manifestation” of “China’s true religion, which is a quest for cosmic harmony, an attempt to achieve communion with the world.”

This would seem, however, to take us a long way from George Orwell’s trust in plain speaking. Or at least, when it comes to spirituality, plain speaking clearly reaches its limits. The spiritual truth of Chinese art—and not only Chinese art—often lies in what is left unsaid or unpainted, the spaces deliberately left blank. In modern Western art, one thinks of the early paintings (White on White, say) by Malevich. But then he came from a Russian tradition, which also sees artworks as spiritual objects. Leys does not mention Russian icons; perhaps they are not part of a “Western” tradition. In any case, he quotes a modern Chinese critic, named Zhou Zuoren, to illustrate an essential part of classical Chinese aesthetics that would apply to many Western modernists as well: “All that can be spelled out is without importance.”

And yet the word remains. In one of Leys’s most interesting and provocative essays on Chinese culture, he tries to find an answer to an apparent paradox: why the Chinese are both obsessed with their past, specifically their five thousand years of cultural continuation, and such lax custodians of the material products of their civilization. India and Europe are full of historic churches, temples, cathedrals, castles, forts, mosques, manor houses, and city halls, while contemporary China has almost nothing of the kind. That this cannot be blamed entirely on Mao and his vandalizing Red Guards is obvious; far more of old Beijing disappeared at the hand of developers after Mao’s death than during the Cultural Revolution. European travelers already complained in the nineteenth century of the fatalistic indifference displayed by Chinese toward their ancient monuments.

People in the Chinese cultural sphere, and perhaps beyond, did not traditionally share the common Western defiance of mortality. The idea of erecting monumental buildings meant to last forever would have seemed a naive illusion. Everything is destined to perish, so why not build impermanence into our sense of beauty? The Japanese took this aesthetic notion even further than their Chinese masters: the cult of cherry blossoms, for example, fleetingness being the essence of their unique splendor. Chinese capital cities in the past were frequently abandoned, and new ones established elsewhere. What is considered to be historic in China is the site, not the buildings that happen to be there at any given time. Buddhist temples and Taoist halls, built a few years ago in concrete, on the same site where older buildings once stood, are still called “ancient” in the tourist guides.

But if even the strongest works of man cannot in the end withstand the erosion of time, what can? Leys’s answer: “Life-after-life was not to be found in a supernature, nor could it rely upon artefacts: man only survives in man—which means, in practical terms, in the memory of posterity, through the medium of the written word.” As long as the word remains, Chinese civilization will continue. Sometimes memories replace great works of art. Leys mentions the legendary fourth-century calligraphy of a prose poem whose extraordinary beauty was celebrated by generation after generation of Chinese, centuries after the original work was lost. Indeed, it may never even have existed.

With a civilization built on such an adaptable, supple, constantly self-replenishing, and indeed beautiful basis, who needs big city walls? But I would not wish to end my tribute to a writer I much admire on such a note of sacrilege. Better to end with a line from a poem by Victor Ségalen, deploring the barbaric Western habit of building monuments for eternity, which might equally apply to the modern Chinese habit of building dreadful kitsch on the ruins of their past:

You, sons of Han, whose wisdom reaches ten thousand years, no tens of tens of thousands of years, beware of such contempt.
1
“ Chinese Shadows,” The New York Review, May 26, 1977; reprinted in Simon Leys, Chinese Shadows (Viking, 1977). ↩

2
This line, from Heine’s play Almansor, actually refers to the burning of the Koran by the Spanish Inquisition. ↩

3
Although rumor had it that at least one tried to sabotage a Dutch translation of Leys’s first book on modern China, Les Habits neufs du président Mao [ The Chairman’s New Clothes ] (Paris: Champ libre, 1971). ↩

4
New York Review Books, 2003. ↩

Après Simon Leys : lettre ouverte aux sinologues et défenseurs des droits humains
Gregory B. Lee | sinologue
Rue 89/Le Nouvel Obs
16/08/2014

Depuis quelques jours nombre de sinologues et autres personnalités se succèdent pour rendre hommage à la mémoire de Pierre Ryckmans, le grand écrivain et sinologue belge qui écrivait sous le pseudonyme de Simon Leys.

Dans ses écrits, il a démasqué la réalité de la Chine révolutionnaire de Mao que tant d’intellectuels et d’écrivains n’ont cessé de louer jusqu’à la fin des années 1970.

Mais cette Chine-là, en dépit des vastes réformes économiques, reste un état totalitaire qui refuse à ses citoyens la liberté d’expression. Qui plus est, les autorités chinoises, non contentes de bâillonner leurs citoyens, tentent également d’imposer leur propre image de la Chine à travers le monde.

Il y a un mois, le prétendu « soft power » chinois, sous l’égide du réseau des Instituts Confucius, a été exposé comme un pouvoir dur et impitoyable, lorsque pendant le grand congrès bisannuel de la sinologie européenne, qui se tenait cette année au Portugal, les représentants du gouvernment chinois ont fait arracher des programmes une page d’information concernant la Fondation Chiang Ching-kuo de Taiwan.

Mais, pendant ce temps les médias avaient d’autres préoccupations que celles des sinologues : la situation épouvantable dans la bande de Gaza que notre gouvernement a eu tant de mal à condamner (sic), a choqué la vaste majorité des gens. Enfin, depuis une semaine nous avons également redécouvert les ravages occasionnés par les forces djihadistes de « l’état islamiste » en Iraq.

« Spectateur depuis mon canapé »

En tant que spécialiste de la Chine, que puis-je faire ? Je ne peux qu’assister en spectateur depuis mon canapé et exprimer mon désarroi et ma profonde indignation. Est-ce là vraiment tout ce que je peux faire ?

Simon Leys à aucun moment de sa carrière ne s’est limité à la seule observation et critique de la Chine. En tant que socialiste, dans le moule d’un Orwell, en tant qu’humaniste, il s’est intéressé à un large éventail de questions, de problèmes et de cultures. Et si sa critique de la Révolution culturelle et du régime qui lui a succédé fut si percutante c’est parce que l’intérêt qu’il portait aux Chinois était en tant qu’êtres humains et non pas en tant que constructions de nos propres fantasmes exotiques occidentaux.

Pour Leys, la Chine n’était pas un objet, mais une partie intégrale de l’histoire vécue et du présent de notre commune humanité.

Nous ne pouvons pas tous, hélas, prétendre à la grandeur humaniste d’un Pierre Ryckmans. Dans notre monde professionnalisé, spécialisé et micro-disciplinaire, nous avons déjà du mal à nous maintenir dans la petite sphère d’expertise que nous nous réservons.

Et pourtant nous sommes sensibles aux questions qui touchent à nos métiers, ou plutôt à l’image idéalisée que nous projetons de nos métiers. En tant qu’écrivains, scientifiques et universitaires nous sommes tous concernés par les questions de l’indépendance de l’écrivain, de la liberté d’expression des journalistes et des intellectuels.

Quel que soit notre domaine d’expertise, nous sommes tous, plus ou moins, prêts à prendre position et à faire preuve de solidarité quand nous décelons une privation ou un refus de ces droits essentiels à nos collègues.

En tant que membre de la classe intellectuelle, en tant qu’universitaire et chercheur, je dois constater que nous sommes rarement prêts à nous engager de manière collective ; individualistes, nous avons du mal à travailler en équipe.

Diplomatie culturelle chinoise

À cela il faut ajouter notre réticence à nous éloigner de ce qu’attendent de nous ceux qui contrôlent les avancements professionnels de nos carrières strictement encadrées et délimitées. Certains, cependant, à l’instar de nos collègues américains l’anthropologue sinisant Marshall Sahlins, le sociologue Perry Link ainsi que le sinologue Victor Mair, sont toujours prêts à s’élever contre ce que l’on targue de diplomatie culturelle chinoise et qui n’est en fait que tyrannie politico-culturelle.

Enfin, mon ami David Palumbo-Liu, professeur à l’université de Stanford a récemment mené courageusement campagne contre la politique de son gouvernement en Palestine, et est de surcroît un ardent défenseur de la liberté de pensée et d’expression dans le monde universitaire.

La question qui me préoccupe tout particulièrement depuis plusieurs mois est le sort réservé à mon collègue Ilham Tohti, professeur à l’Université Centrale des Nationalités de Pékin. Arrêté au mois de janvier 2014, il doit être jugé pour séparatisme dans un futur très proche.

La suppression des libertés universitaires, l’interdiction d’exprimer son opinion personnelle sur des questions sociopolitiques me révoltent où qu’elles se manifestent. Dans ce cas particulier et pour des raisons personnelles, je me sens encore plus interpellé par le cas de ce collègue et il me faut prendre position en sa faveur. Il se trouve que j’ai établi depuis de longues années des échanges universitaires et une collaboration de recherche étroite entre l’université d’Ilham Tohti et la mienne.

J’y connais plusieurs enseignants-chercheurs dont la carrière a été stoppée en raison de leur engagement courageux lors des événements de 1989 et leur refus de se rétracter. J’ai également dirigé de nombreux étudiants en Master et en doctorat de l’Université des Nationalités. Je me sens donc tout particulièrement concerné et je me dois d’exprimer ma solidarité avec Ilham Tohti accusé d’un « crime » passable de la peine de mort ou de la détention à perpétuité.

Le sort d’Ilham Tohti

Au cours de ces dernières semaines je me suis demandé pourquoi on entendait si peu parler d’Ilham Tohti dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux en France. Est-ce parce qu’il est difficile d’obtenir des informations exactes, ou est-ce parce que la situation de la minorité ouïgoure que défend Tohti est trop difficile à expliquer au lecteur lambda ?

Le nom d’Ilham Tohti n’a peut-être pas suffisamment de consonances chinoises, mais il est chinois, citoyen de la République Populaire de Chine. Il défend sa minorité ethnique qui endure des problèmes semblables à ceux des Tibétains. Les Ouïgours n’ont que peu ou pas de pouvoir sur leur propre destin. Ils sont assujettis à une politique officielle d’immigration chinoise « Han » qui a pour but de diluer leur présence sur leurs terres.

Alors que le Tibet, fantasme exotique occupant une place privilégiée dans l’imaginaire occidental et dont la cause politique est personnifiée par le personnage charismatique du Dalaï Lama, bénéficie d’une grande attention de la part des Occidentaux, le Xinjiang demeure peu connu.

Le Xinjiang – ça se prononce comment ? (Les speakers radiophoniques ont déjà assez de mal à dire Beijing alors comment peuvent-il s’extirper du mot Xinjiang ?) Xinjiang, Nouvelle Frontière, nom chinois pour un territoire peuplé de non-Chinois. Je viens d’utiliser le terme de « Chinois » en référence aux Chinois Han, ce que font tous les non-initiés, ce que nous faisons tous dans la conversation de tous les jours.

Mais le terme « Han » me pose également problème : c’est un terme qui couvre une réalité beaucoup plus complexe, qui a été inventé pour désigner une ethnie majoritaire visant à rendre encore plus minoritaires les autres ethnies officiellement constituées en Chine Populaire, elles-mêmes produits d’une classification ethnologique officielle au service de la politique étatique.

Je pourrais rédiger des centaines de pages sur comment traduire « chinois » en « chinois », mais je me contenterai de me reprendre comme suit : Xinjiang, Nouvelle Frontière, (anciennement dénommé Turkestan chinois, ou connu sous le terme de Turkestan oriental), un nom en langue chinoise donné par l’état chinois à un territoire sous sa juridiction et peuplé de Ouïgours, Kazakhs, Kirghizes, Ouzbeks, Tadjiks, Hui, Mongols et de Chinois Han. L’essentiel étant que la majorité des habitants sont musulmans.

Méthodes disproportionnées

Même si depuis des semaines, des mois, des années nous assistons à la télévision aux bombardements et au massacre dans tout le Proche Orient, de musulmans, ces derniers, en raison de leur appartenance religieuse, sont toujours apparentés à des terroristes islamistes. C’est peut-être ce que nous avons le plus de mal à concevoir en regardant les bombardements de la Bande de Gaza : les responsables de la mort de près de 2000 personnes n’étaient pas musulmans. (sic)

Ce fait a bouleversé notre récit dominant de la malédiction islamiste et de la nécessité d’une alliance internationale contre la terreur (islamiste) qui a donné « carte blanche » à l’état chinois pour traiter comme de la « terreur » toute résistance et dissidence venant des peuples musulmans du Xinjiang.

Alors qu’Ilham Tohti est détenu à Urumqi, capitale du Xinjiang, des événements, émeutes et manifestations ont été réprimés dans une violence semblable à celle utilisée contre les Palestiniens de la Bande de Gaza sic). L’Etat chinois, qui n’a jamais hésité à utiliser des méthodes disproportionnées pour réprimer la dissidence au Xinjiang, a effectivement déclaré la guerre à sa population musulmane : les femmes voilées et les hommes barbus sont automatiquement soupçonnés de terrorisme.

La situation au Xinjiang est exacerbée par le fait qu’il existe très peu d’informations en provenance de sources indépendantes, et que les gens ordinaires, comme partout ailleurs sur le territoire chinois, n’ont pas la liberté de s’exprimer ou de nous informer de ce qui se passe réellement. Ainsi les médias étatiques chinois ont-ils toute liberté de diffuser leur récit unique sans aucune crainte d’être contredits.

En France, un commentateur respecté qui passe régulièrement, et pratiquement exclusivement, à la radio et à la télévision, quand on lui pose la question des droits humains en Chine répond en substance :

« Donnons encore 50 ans aux Chinois pour qu’il se démocratisent, après tout nous, nous avons bien mis deux siècles. »
Comme s’il suffisait de se réjouir du « miracle économique chinois », et que l’expérience de l’histoire démontrait que l’expansion massive du capitalisme était gage incontestable de démocratie à venir.

En fait, ce discours est ancré dans l’idée que les Chinois sont si différents de nous, ou nous sont si ’extérieurs’, que contrairement à Ryckmans, nous ne pouvons les traiter pas comme des sujets humains mais comme une catégorie à part. Personne ne devrait devoir attendre cinquante ans de plus pour bénéficier des droits humains essentiels.

Je ne suis ni viscéralement anti-Chine, ni anti-Chinois, ceux qui m’ont lu peuvent en témoigner. Je ne suis pas non plus anti-Chinois « Han », je sais pertinemment que l’immense majorité de la population de la Chine souffre de la même pauvreté, des mêmes catastrophes environnementales et de santé publique, du même manque d’autonomie et de la même incapacité de maîtriser leur propre destin.

Vers un procès spectacle

Cependant en ce moment précis, ce sont les musulmans du Xinjiang qui sont les plus touchés et qui se trouvent dans la situation la plus pernicieuse. Loin de l’attention internationale, cachés dans une région d’Asie centrale souvent rendue inaccessible aux visiteurs, et à un moment où l’Islam est considéré comme un credo terroriste, qui va leur venir en aide ?

Un homme, l’un des leurs, discrètement, savamment et avec diplomatie, a tenté d’attirer l’attention sur la réalité et la vérité des conditions d’existence de la population du Xinjiang. Pour cela il va lui falloir endurer un procès spectacle.

En tant que « China-watchers », commentateurs, journalistes, et universitaires notre devoir est de dénoncer cette injustice. Je suis sûr que c’est ce qu’aurait fait Simon Leys. De plus, je suis convaincu qu’il aurait apprécié le courage de cet homme confronté à la puissance de l’état.

Peut-être que Leys aurait alors évoqué une de ses citations préférées de l’historien chinois Sima Qian (145-90 av. notre ère), citation dont nous ferions bien de nous souvenir :

« Mieux vaut les critiques d’un seul que l’assentiment de mille. »

Simon Leys quitte la Chine pour l’éternité
Il ridiculisa les maoïstes de tous les pays
Causeur
14 août 2014

Pierre Ryckmans, plus connu sous son pseudonyme éditorial Simon Leys, est décédé, le 11 août, à l’âge de 78 ans, dans la lointaine ville de Canberra, improbable capitale administrative de l’Australie, où il résidait avec sa famille depuis le début des années soixante-dix du siècle dernier. Qu’on ne se méprenne pas à propos des louanges post mortem que  consacrent aujourd’hui les grands médias français à cet immense sinologue belge. L’encens qu’ils répandent aujourd’hui autour de son cercueil ne saurait dissiper l’odeur nauséabonde des tombereaux d’ordures qu’ils déversèrent sur lui lors de la publication de ses ouvrages consacrés à la Chine de Mao et à la Révolution culturelle, notamment Les habits neufs du président Mao , paru en 1971. Ce livre survient alors que la France intellectuelle est en pleine hystérie maoïste post soixante huitarde : de Normale Sup à Vincennes, la GRCP (Grande Révolution Culturelle Prolétarienne) la geste maoïste est venue au secours des orphelins d’une révolte tombée en quenouille. La fine fleur de l’intelligentsia hexagonale, Roland Barthes, Philippe Sollers, Michel Foucault, Jean Paul Sartre se font les chantres zélés de la geste maoïste, dont Louis Althusser et ses disciples Benny Lévy, les frères Miller (Jacques-Alain et Gérard), Jean-Claude Milner sont les coryphées. Et voilà qu’un obscur universitaire d’outre Quiévrain, inconnu au bataillon des habitués de la Closerie des Lilas, se permet, armé de sa seule connaissance de la langue, de la civilisation et de la société chinoise de démonter le mythe d’une Révolution culturelle émancipatrice de l’humanité entière.

Pour Ryckmans, devenu pour l’occasion Simon Leys pour ne pas obérer ses possibilités de retourner en Chine, cette GRCP se résume à une sanglante lutte de pouvoir au sommet de l’Etat communiste, où Mao et ses sbires instrumentalisent la jeunesse pour éliminer ceux qui l’avaient écarté du pouvoir réel à Pékin : Liu Shao Shi, Deng Hsiao Ping, puis Lin Biao. Cette interprétation, aujourd’hui universellement admise, fait alors scandale : en quelques lignes,  Le Monde  exécute l’ouvrage d’un « China watcher travaillant avec les méthodes américaines » et « comportant des erreurs et des faits incontrôlables en provenance de la colonie britannique ». Ce libelle est signé des initiales d’Alain Bouc, correspondant du  Monde à Pékin, dont la ferveur envers le «  Grand Timonier » justifiera la qualification, par les situationistes de Guy Debord,  du quotidien de la rue des Italiens de « principal organe de presse maoïste paraissant hors de Chine ».

Pierre Ryckmans, rejeton de la grande bourgeoisie belge, est pourtant tombé dans la controverse politique à son corps défendant. S’étant pris de passion pour la Chine lors d’un voyage d’étudiants belges dans les années cinquante, il se consacre à l’étude de la langue, de la littérature et des arts de ce pays. La politique, au mieux l’indiffère, au pire lui fait horreur, comme à celui qu’il reconnaîtra plus tard comme l’un de ses maîtres à penser, George Orwell. Un événement, pourtant, le précipite dans la controverse qui va marquer sa vie et son œuvre : en 1967, alors qu’il se trouve à Hong Kong, contractuel au consulat général de Belgique, un artiste de variété Li Ping est sauvagement assassiné devant sa porte par des sbires du régime de Pékin, coupable d’avoir brocardé Mao à la télévision hongkongaise. Il peut voir également chaque jour les cadavres des suppliciés de la Révolution Culturelle s’échouer sur les plages de la colonie, emmenés par milliers par le courant des fleuves se jetant dans la mer de Chine. Mettant de côté ses chères études sur la calligraphie et la peinture chinoise ancienne, il se plonge dans la sinistre langue de bois des publications maoïstes pour y déceler la part de vérité qui peut s’y cacher : un travail de décryptage dont le précurseur est un père jésuite, Lazlo Ladany, éditeur à Hong Kong de l’hebdomadaire China news analysis, épluchage minutieux des publications officielles. C’est ce qui rend le discours de Leys inattaquable : tout ce qu’il rapporte provient d’écrits dûment tamponnés par la censure maoïste, dont il suffit de connaître les codes de langages, de présentation et de mise en scène pour les décrypter. Qu’on fête, ou non, l’anniversaire d’un dirigeant national ou local, un recul ou une avancée dans la liste des personnalités présentes à une manifestation officielle, le choix des photos en une du «  Quotidien du peuple » constituent un métalangage qu’un travail de bénédictin permet de décrypter.

« La pire manière d’avoir tort c’est d’avoir eu raison trop tôt ! » dira Ryckman-Leys bien des années après avoir pu constater qu’en Occident, principalement en France, la cabale des dévots du maoïsme, de gauche comme de droite, réussira, pendant de nombreuses années, à confiner ses écrits dans la confidentialité. Il fallut attendre 1989, et la chute du communisme soviétique pour que  Les Habits neufs du président Mao soient édités en poche, et 1998 pour qu’une sélection de ses écrits sur la Chine soit publiée dans la collection «  Bouquins » à l’initiative de Jean-François Revel, l’un des rares intellectuels français ayant soutenu Ryckmans. Bernard Pivot, prudent comme de coutume, attendit 1983 avant de le convier à une séance d’Apostrophes sur le thème «  Les intellectuels face au communisme » 1. Il n’eut pas à le regretter : en quelques minutes, Ryckmans mit en pièces la maoïste de salon Maria Antonietta Macchiochi, qui avait commis un livre de 500 pages à la gloire du Grand Timonier à l’issue d’un mois de visite guidée à travers la Chine en 1971. Ryckmans «  Ce livre est stupide, c’est le plus charitable que l’on puisse en dire… si ce n’est pas une stupidité, alors c’est une escroquerie, ce qui est beaucoup plus grave… ». Pivot n’en est pas encore revenu : c’est la seule fois de sa carrière où un livre présenté à Apostrophes, celui de Macchiochi, a vu le rythme de ses ventes baisser après  l’émission…

« Dans une controverse, on reconnait le vainqueur à ce que ses adversaires finissent par s’approprier ses arguments en s’imaginant les avoir inventés » constatait encore Ryckmans dans un article de la  New York Review of Books  en hommage Lazlo Ladany, son maître en «  maologie ». Le triomphe de Ryckmans fut modeste, trop content qu’il était de pouvoir, enfin, se consacrer à ses passions littéraires, artistiques et maritimes à 20 000 km de Saint Germain des Près. La morgue de ses adversaires, en revanche, ne s’est en rien atténuée, trouvant dans d’autres passions exotiques matière à pontifier.

On peut se procurer cette émission pour la modeste somme de 2,99 euros sur le site de téléchargement de l’INA. C’est donné pour un moment jubilatoire… ↩

Voir aussi:

A propos de Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, et des sources qui ont inspiré ‘Les Habits neufs du président Mao’
Eglise d’Asie

21/08/2014

Le sinologue et écrivain belge Pierre Ryckmans est décédé en Australie à l’âge de 78 ans. Il s’est éteint le 11 août 2014, à Canberra, capitale fédérale australienne, où il vivait et enseignait depuis les années 1970.

Pierre Ryckmans parlait peu des raisons de son exil en Australie, mais …

… les années qu’il avait vécues Hongkong, auparavant, avaient été pour lui les plus marquantes et les plus fécondes mais aussi les plus éprouvantes.

Avant tout sinologue à la culture encyclopédique, il a traduit Lu Xun et Les Entretiens de Confucius mais il restera dans la mémoire des observateurs de la Chine comme celui qui a courageusement dénoncé, avant tous et presque seul contre beaucoup, les monstruosités de la Révolution culturelle lancée par Mao de 1966 à 1976 en Chine. Son livre publié en 1971, Les Habits neufs du président Mao, dénonçant la nature meurtrière du communisme de Mao, fit l’effet d’un véritable coup de canon dans le monde des « maoïstes européens », si nombreux à l’époque qu’ils monopolisaient les informations concernant la Chine.

Ils accusèrent Pierre Ryckmans d’être un traitre et un faussaire, de colporter des ragots venus de Hongkong et des analystes de la CIA. Le fait d’avoir été si précoce dans sa dénonciation avait rendu ses propos inacceptables pour les sinologues de l’époque, admirateurs de Mao, qui refusaient de voir la véritable nature du régime chinois, habilement masquée par une intense propagande. C’est ce qui a probablement provoqué son exil en Australie. Pierre Ryckmans avait pris parti pour les victimes de la Révolution culturelle, y compris pour les milliers de chrétiens, protestants et catholiques, martyrisés par le régime.

Ce qui est moins connu, à propos de Pierre Ryckmans, c’est l’influence qu’a eue sur lui le sinologue, savant et  jésuite hongrois Laszlo (Ladislaus) Ladany (勞達一), qui dirigeait, à Hongkong, un centre qui rassemblait et analysait les informations sur la situation en Chine. Il publiait chaque mois un bulletin, China News Analysis, remarquablement bien informé et de très haut niveau. Les ambassades et consulats de la région y étaient tous abonnés malgré son prix exorbitant.

Dès le début de la Révolution culturelle, le P. Ladany avait compris que cette agitation était un conflit de personnes et une immense lutte pour le pouvoir. Il a voulu le dire haut et fort. Cependant, ses affirmations n’atteignaient pas les intellectuels d’Europe et des Etats-Unis et le P. Ladany avait le sentiment de prêcher dans le désert, jusqu’à ce que Pierre Ryckmans s’intéresse à ses écrits et les répercute dans le monde entier. Ce dernier a reconnu bien volontiers avoir puisé dans China News Analysis, notamment ses numéros 759, 761, 762, 763 (mai à juillet 1969) pour écrire son livre. Le fait est que c’est le P. Ladany qui a inspiré à Pierre Ryckmans, lui qui était un spécialiste de la littérature classique chinoise, toute sa vision de la Révolution culturelle par le biais de China News Analysis.

China News Analysis bulletin a été publié de 1953 à 1998 (1). En 1997, les jésuites avaient transféré la rédaction de Hongkong à Taipei de manière à éliminer tout risque d’éventuelles pressions politiques après la rétrocession de la colonie anglaise à la Chine continentale. Un an plus tard cependant, le bulletin était arrêté.

(eda)
Notes(1) En décembre 1982, lorsque le P. Ladany (1914-1990) se retire de la rédaction de China News Analysis, il rédige les ‘dix commandements’ qui, selon lui, devraient guider tout China Watcher digne de ce nom :
1. Remember that no one living in a free society ever has a full understanding of life in a regimented society.
2. Look at China through Chinese spectacles; if one looks at is through foreign glasses, one is thereby trying to make sense of Chinese events in terms of our own problems.
3. Learn something about other Communist countries.
4. Study the basic tenets of Marxism.
5. Keep in mind that words and terms do not have the same meaning in a Marxist society as they do elsewhere.
6. Keep your common sense: the Chinese may have the particular characteristics of Chinese, but they are human beings, and therefore have normal reactions of human beings.
7. People are not less important than issues; they are probably more so. A group may adopt the programme of those who oppose it in order to retain power.
8. Do not believe that you know all the answers. China poses more questions than it provides answers.
9. Do not lose your sense of humour. A regimented press is too serious to be taken very seriously.
10. Above all, read the small print!

Voir encore:

Le sinologue belge Simon Leys est décédé
Philippe Paquet

La Libre Belgique

11 août 2014

BELGIQUEPierre Ryckmans, alias Simon Leys, décédé à l’âge de 78 ans dans la nuit de dimanche à lundi à Sydney, où il était traité pour un cancer, est avant tout le sinologue belge devenu australien qui, avec « Les Habits neufs du président Mao » et « Ombres chinoises », fut le premier à faire voler en éclats le mythe maoïste, au début des années 70. Il démonta les rouages de la Révolution culturelle et exposa les réalités du régime communiste chinois avec une persévérance qui lui attira la haine tenace d’une certaine intelligentsia européenne, parisienne en particulier, mais aussi avec un talent littéraire qui vaut à ses « Essais sur la Chine » (réédités dans la collection « Bouquins ») d’être toujours aussi appréciés aujourd’hui.

Ce fils d’éditeur était, toutefois, aussi un romancier (quoique d’un seul roman, « La Mort de Napoléon », récit d’une imaginaire autant que rocambolesque évasion de Sainte-Hélène), un critique littéraire (aussi à l’aise avec Hugo et Cervantes qu’avec Conrad et Chesterton), un essayiste politique (passionné par George Orwell et Simone Weil), un caricaturiste amateur (à qui l’on a trouvé des airs de ressemblance avec Daumier), un amoureux de la mer (depuis que, encore adolescent, il avait fait les bancs d’Islande sur un chalutier ostendais)… Cependant, c’est peintre qu’il aurait voulu être, et il n’apprécia rien de plus que les cours pris auprès du talentueux Jacques Laudy. L’université, dirait-il, le détourna tristement de ce projet.

Une grande famille belge

Pierre Ryckmans est né, le 28 septembre 1935, à Uccle, dans une maison de l’avenue des Aubépines qui existe toujours. Dans une grande famille belge aussi, aux origines malinoises et anversoises (le grand-père, Alphonse, fut échevin de la métropole portuaire, avant d’être vice-président du Sénat). Son oncle et homonyme Pierre Ryckmans fut le meilleur gouverneur général du Congo, selon David Van Reybrouck. Un autre oncle, qui fut aussi son parrain, Gonzague Ryckmans, professeur à Louvain, était une sommité mondiale de l’épigraphie arabique. L’un et l’autre exercèrent une influence d’autant plus forte sur le futur Simon Leys qu’ils se substituèrent à un père mort prématurément, quand le jeune homme n’avait que dix-neuf ans.

Après avoir brièvement fréquenté l’école des Servites de Marie, à deux pas de la maison familiale, Pierre Ryckmans fit toute sa scolarité au collège Cardinal Mercier de Braine-l’Alleud. Il n’en garda pas un souvenir exagérément ému, se rappelant surtout les trajets en tram dans un décor qui était encore champêtre, mais aussi les leçons d’un maître, l’abbé Voussure, qui acheva d’ancrer en lui une foi chrétienne inébranlable. Inscrit à Louvain en 1953, il y fit des études de droit, pour se plier à une tradition familiale, et d’histoire de l’art, pour se faire plaisir.

Un voyage en Chine en 1955

C’est le hasard qui décida de la suite, exceptionnelle : Pierre Ryckmans fut convié de façon inattendue à se joindre, en avril 1955, à une délégation de la jeunesse belge invitée par une Chine avide de reconnaissance internationale. Le séjour eut beau être court et très encadré, il déclencha la passion d’une vie. L’étudiant en revint subjugué et transformé. Il lui sembla désormais impossible d’ignorer « l’autre pôle de l’expérience humaine », comme disait Malraux, et impensable de ne pas apprendre le chinois. Comme il n’était pas possible d’aller au-delà d’une simple initiation en Belgique, une fois diplômé de Louvain, il partit pour Taïwan, nanti d’une modeste bourse du gouvernement de Chiang Kai-shek.

Sur l’île qu’on appelait Formose, ou encore la « Chine libre » par opposition à la « Chine rouge » de Mao, Pierre Ryckmans s’éprit de littérature et de peinture chinoises (il eut pour professeur Pu Hsin-yu, un cousin du « dernier empereur » Pu Yi), amassant les matériaux pour la future thèse de doctorat qu’il consacrerait à Shitao, lettré du XVIIe siècle, et qui établirait d’emblée sa réputation dans le monde de la sinologie classique. C’est là aussi, et surtout, qu’il s’éprit de Hanfang, qui deviendrait son épouse et sa muse. Le couple eut quatre enfants : Etienne, Jeanne, et des jumeaux, Louis et Marc.

« Coopération au développement »

Sa formation taïwanaise terminée, Pierre Ryckmans fut ravi de profiter d’une nouvelle législation belge sur l’objection de conscience pour troquer son service militaire contre trois années de « coopération au développement » en Asie. Il étudia et enseigna en chinois à Singapour grâce à Han Suyin – avec qui il croiserait plus tard impitoyablement le fer. Suspecté de sympathies communistes (!) par le régime paranoïaque de Lee Kuan Yew, il dut plier bagage et s’installa en 1963 à Hong Kong, où il décrocha un emploi précaire au « New Asia College », embryon de la future Université chinoise. Le jeune sinologue produisit là-bas ses premiers travaux sinologiques (une traduction de Shen Fu, publiée aux… éditions Larcier que son père avait rachetées, une monographie sur le « peintre rebelle et fou » Su Renshan, couronnée par le prestigieux prix Stanislas Julien, des dizaines de notices sur les peintres chinois pour l’ »Encyclopædia Universalis »).

Mais, pour soutenir une famille nombreuse, il fallait trouver d’autres ressources. Pierre Ryckmans donna des cours à l’Alliance française de Hong Kong et – ce qui était bien plus captivant – alimenta le consulat de Belgique dans la colonie britannique en rapports bimensuels sur la Révolution culturelle, à partir de la presse chinoise qu’il dépouillait et du témoignage des réfugiés qu’il interviewait. Un jeune sinologue français de passage à Hong Kong, René Viénet, convainquit le « China watcher » en herbe de rassembler ses notes et de les publier. Il en résulta en 1971 « Les Habits neufs du président Mao » et une célébrité bientôt planétaire.
Attaché culturel à Pékin

C’est à la même époque que Pierre Ryckmans reçut une proposition qui l’enthousiasma : revoir la Chine en devenant l’attaché culturel de l’ambassade que la Belgique rouvrait à Pékin. Cet intermède diplomatique de six mois, aux côtés de Jacques Groothaert et Patrick Nothomb, serait l’occasion d’aventures mémorables en territoire maoïste et fournirait la matière d’ »Ombres chinoises ». Dans l’intervalle, pour éviter de froisser les Chinois, Pierre Ryckmans, le sinologue et diplomate, prit le pseudonyme de Simon Leys pour publier ses pamphlets, pseudonyme trouvé comme l’on sait dans un roman de Victor Segalen (« René Leys »), mais qui fait aussi référence – ce qu’on ignore généralement – à une dynastie de peintres anversois dont le plus célèbre fut Henri Leys.

Peu avant de partir pour Pékin, le hasard avait encore souri à Pierre Ryckmans. Un collègue rencontré à Hong Kong l’invita à venir enseigner temporairement à l’Université nationale d’Australie. Ce qui devait être une expérience de deux ou trois ans, le temps d’offrir aux enfants un cadre de vie plus aéré, allait être un voyage sans retour, choix que ni le professeur de chinois à Canberra, puis à Sydney, ni sa famille n’auraient de raisons de regretter. Aux antipodes, d’où il enverrait de savoureuses lettres au « Magazine littéraire » (elles seront réunies dans « Le Bonheur des petits poissons »), Ryckmans serait à l’abri des tempêtes parisiennes soulevées par le maoïsme et pourrait ainsi poursuivre tranquillement son travail. Car, dirait-il, « en Australie, on ne reçoit pas moins de bons livres. On a seulement plus de temps pour les lire ».

Des livres, Simon Leys – le pseudonyme finit par supplanter l’état civil – en lirait, et en critiquerait. Tout en continuant d’interpréter les convulsions de la Chine dans des essais souvent caustiques (« Images brisées », « La Forêt en feu », « L’Humeur, l’honneur, l’horreur »), il donna libre cours à toutes ses passions, sans se préoccuper du caractère apparemment disparate de son œuvre. Il consacra nombre de textes à la littérature, tant française qu’anglo-saxonne (l’installation en Australie fit aussi de lui un écrivain de langue anglaise, ce dont il se félicitait) ; on les retrouve dans « Protée et autres essais », « L’Ange et le Cachalot », « Le Studio de l’inutilité ». Il passa aussi beaucoup de temps « en mer », traduisant le chef-d’œuvre méconnu de Richard Henry Dana « Deux années sur le gaillard d’avant », racontant le naufrage du « Batavia », assemblant sa monumentale « Anthologie de la mer dans la littérature française ».

Dans toutes ses activités, Pierre Ryckmans s’amusa beaucoup – on le mesure en parcourant « Les Idées des autres idiosyncratiquement compilées par Simon Leys », un recueil qui était au départ un cadeau de Noël pour Hanfang. Ce n’est qu’exceptionnellement qu’il se résigna à feindre le sérieux (qui n’est pas le contraire d’amusant, se plaisait-il à rappeler en citant Chesterton), par exemple quand il accepta de rejoindre l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, où on l’élit en 1990 et où il fut reçu deux ans plus tard (le temps de revenir d’Australie…). Le cadeau était empoisonné car il y succédait à Simenon, un homme et un écrivain pour lequel il n’avait qu’une admiration relative. Leys refusa, en revanche, l’invitation (pourtant inhabituelle) que lui adressa l’Académie française, dont il redoutait les contraintes mondaines.

Un « dernier combat » ubuesque

La retraite anticipée qu’il prit en 1994, parce qu’il était profondément inquiet de la mercantilisation de l’université (il la dénoncerait onze ans plus tard dans un discours iconoclaste prononcé à l’UCL lors de la remise d’un doctorat honoris causa à l’initiative du doyen Heinz Bouillon), devait être paisible et heureuse. Elle le fut jusqu’en décembre 2006, quand une bourde de notre administration priva Marc et Louis Ryckmans de leur nationalité belge. Ne mesurant pas à quel point cette grossière bévue blessait un homme resté si profondément attaché à la Belgique, le ministère des Affaires étrangères s’entêta dans l’erreur, obligeant Simon Leys à mener pour ses fils ce qu’il appela son « dernier combat ». Un combat qu’il gagna haut la main, en justice, sept ans plus tard, mais qui, aussi, le rongea.

Cet homme foncièrement bon aurait sans aucun doute mérité que sa patrie d’origine lui permît de terminer sa vie d’une façon plus paisible. Dans l’intimité, Simon Leys était en effet tout le contraire du pamphlétaire impitoyable que révélaient ses écrits. Pétri de gentillesse et de simplicité, il formait avec Hanfang, après cinquante ans de mariage, un couple extraordinairement attachant.

Voir aussi:

Quand « Le Monde » étrillait Simon Leys… avant de l’encenser
|Thomas Wieder

Le Monde

12.08.2014

Dix lignes seulement, mais dix lignes assassines. C’est ainsi, le 19 novembre 1971, que Le Monde rend compte des Habits neufs du président Mao, de Simon Leys : « Une nouvelle interprétation de la Chine par un “China watcher” français de Hongkong travaillant à la mode américaine. Beaucoup de faits, rapportés avec exactitude, auxquels se mêlent des erreurs et des informations incontrôlables en provenance de la colonie britannique. Les sources ne sont d’ordinaire pas citées, et l’auteur n’a manifestement pas l’expérience de ce dont il parle. La Révolution culturelle est ramenée à des querelles de cliques. » L’article est signé « A. B. », les initiales d’Alain Bouc, qui sera nommé en 1973 correspondant du Monde à Pékin.

La nécrologie : Mort du sinologue Simon Leys

Plus de quarante ans plus tard, Gérard Guégan, cofondateur de Champ libre, où parut le livre, se souvient parfaitement de ces quelques lignes. Et notamment du tract que ses amis situationnistes rédigèrent à l’époque contre leur auteur, sous le titre « Un Bouc qui pue »…

« SILENCE DE MORT »

S’il se rappelle lui aussi très bien de la « brève dédaigneuse du Monde », Raphaël Sorin, autre ancien de Champ libre, garde surtout en tête le « silence de mort » qui entoura la parution en France du livre de Simon Leys. A part Le Nouvel Observateur, qui publia une critique positive, mais en l’accompagnant prudemment d’un point de vue opposé, la presse fut avare de comptes rendus. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y eut pas de réaction. « Il y a eu quelques incidents notables avec les maoïstes », se souvient ainsi Gérard Guégan. Ils ont fait un jour une descente à la fac de Vincennes pour détruire les stands où on vendait le livre. Ils sont aussi venus à la maison d’édition pour distribuer quelques coups de poing… »

RECONNAISSANCE TARDIVE
L’ostracisme dont Simon Leys fut victime en France mit des années à se dissiper. Dans Le Monde, le changement de regard fut très progressif. En 1975, quand paraît Ombres chinoises, André Fontaine se contente d’évoquer un livre qui « dénonce sur le mode de la causticité allègre les tares d’un régime a jadis beaucoup admiré ». En 1979, quand le livre est réédité, Nicole Zand est nettement plus louangeuse. Rappelant que le livre fut « diversement accueilli à sa publication », ce qui est sans doute une allusion à ce qu’avait écrit André Fontaine non sans quelque ironie fielleuse, la journaliste note que « les événements de ces dernières années ne contredisent pas, c’est le moins qu’on puisse dire, l’analyse de Simon Leys ».

Pour ce dernier, la pleine reconnaissance de sa lucidité prémonitoire ne viendra cependant qu’une vingtaine d’années plus tard. « Leys, le juste », titre « Le Monde des livres », en 1998, lors de la réédition, chez Robert Laffont, des Essais sur la Chine. Signé Francis Deron, le portrait, élogieux, est accompagné d’un texte dithyrambique de Philippe Sollers saluant ce « déchiffreur immunisé contre la propagande totalitaire ». Une façon, pour le journal comme pour l’écrivain, dont la très maoïste revue Tel Quel n’avait pas été épargnée vingt-cinq ans plus tôt par Simon Leys, de reconnaître sur le tard leurs égarements d’antan.

Voir encore:

Are Books Useless?
An extract from the 1996 Boyer lectures
Pierre Ryckmans
Australian Humanities Review

Are books essentially useless? I suggest that we indeed subscribe to such a conclusion. But so long as we remain aware that uselessness is also the hallmark of what is truly priceless. Zhuang Zi summed it up well: « People all know the usefulness of what is useful, but they do not know the usefulness of what is useless ».

The other day, I was reading the manuscript of a forthcoming book by a young journalist – a series of profiles of women living in the Outback – farmer wives battling solitude and natural disasters on remote stations in the bush. One woman was expressing concern for the education and future of her son, and commented on the boy’s choice of exclusively practical subjects for his courses at boarding school. « And I can’t say I blame his choice, as I too, would prefer to be out in the bush driving a tractor of building cattleyards rather than sitting in a classroom learning about Shakespeare, which is something he will never need… »

In this passing remark, there is something which I find simply heartbreaking. For a woman who single-handedly raises and cares for a large family, while sharing in many of the men’s tasks – worrying about mortgage repayments, fighting loneliness and depression, bolstering her husband’s crumbling self-respect in front of looming bankruptcy, fending off the menaces of alcoholism and social disintegration, and who meanwhile, drives tractors and handles cattle, and faces a thousand emergencies – it would appear indeed that Shakespeare is something one will never need. And on what ground would we dare to challenge her view?

Oddly enough, this disarming remark on the uselessness of literature unwittingly reduplicates, in one sense, a provocative statement by Nabokov. In fact the brave woman from the outback here seems to echo a sardonic paradox of the supreme literate aesthete of our age. Nabokov wrote this (which I shall never tire of quoting, perhaps because I myself taught literature for some time): ‘Let us not kid ourselves; let us remember that literature is of no use whatever, except in the very special case of somebody’s wishing to become, of all things, a Professor of Literature.’

And yet even Professors of Literature, when they are made of the right mettle, but find themselves in extreme situations – divested of their titles, deprived of their books, reduced to their barest humanity, equipped only with their tears and their memory – can reach the heart of the matter and experience in their flesh what literature is really about: our very survival as human beings.

I know of one Professor of Literature at least, who would be qualified to teach the good woman from the outback how, even for people in her situation, particularly for people in her situation, there may be a very real need for reading Shakespeare.

The name of that Professor is Wu Ningkun. He is an elderly Chinese scholar. Nearly 50 years ago, moved by patriotism, he gave up a promising, and cosy, academic career in the United States where he was teaching English literature, and returned to China, knowing that his talents and expertise were sorely needed there. But under Maoism, there was no place in China for refined, cultivated and cosmopolitan minds. He was immediately suspected, ostracised, persecuted, and for the next 30 years became a victim of the totalitarian paranoia that sees humanist culture as a betrayal, intelligence as an ideological crime, and presumes that whoever reads T.S. Eliot in the original must be a dangerous international spy.

He has written a book about his experiences, A Single Tear , which is, to my mind, the best written and most essential reading on a subject on which so much has already been published, and yet so little is understood.

The darkest depth of his ordeal was reached when he was sent to a labour camp in the barren wilderness of North-Eastern China, close to the Siberian border. Around him, many inmates were crushed to death by the horrors of the camp – they were dying of starvation, brutal treatment, exhaustion and despair. Under such conditions, physical resilience was not enough to stay alive – one needed spiritual strength. Wu Ningkun sustained his spirit with poetry. He had succeeded in smuggling with him two small books: a copy of Hamlet and a collection of the Tang dynasty poet, Du Fu. Formerly, he had only studied Shakespeare; now, for the first time, he was truly reading it. Occasionally, when a blinding blizzard blew from Siberia, and the prisoners had to spend the day cooped up in a cell, he could come back to Hamlet:

« Hamlet was my favourite Shakespearean play. Read in a Chinese labour camp, however, the tragedy of the Danish prince took on unexpected dimensions. All the academic analyses and critiques that had engrossed me over the years now seemed remote and irrelevant. The outcry ‘Denmark is a prison’ echoed with a poignant immediacy and Elsinore loomed like a haunting metaphor of a treacherous repressive state. The Ghost thundered with a terrible chorus of a million victims of proletarian dictatorship. Rozencrantz and Guildenstern would have felt like fish in the water had they found their way into a modern nation of hypocrites and informers. As to Hamlet himself, his great capacity for suffering gave the noble Dane his unique stature as a tragic hero pre-eminently worthy of his suffering. I would say to myself ‘I am not Prince Hamlet, nor was meant to be’, echoing Eliot’s Prufrock. Rather I often felt like one of those fellows ‘crawling between earth and Heaven’ scorned by Hamlet himself. But the real question I came to see was neither ‘to be, or not to be’ nor whether ‘in the mind to suffer the slings and arrows of outrageous fortune’, but how to be worthy of one’s suffering. »

That a man may survive for quite a while without food, but cannot live one day without poetry, is a notion which we tend to dismiss too lightly, as a sort of 19th century romantic hyperbole. But our gruesome century has provided enough evidence: it is true, in a very literal sense. Wu Ningkun’s testimony which I just invoked, confirms from the other end of the world an earlier testimony from another House of the Dead – the voice of Primo Levi who, having survived Auschwitz, wrote the classic account of the camps, If This is a Man and devoted one entire chapter to an experience very similar to the one described by the Chinese scholar.

One day, as Levi and another inmate were on duty to fetch soup for the entire barrack, on their way to the kitchen, with the heavy soup bucket hanging from a pole which they carried on their shoulders, they enjoyed the brief respite of a summer day, and started chatting. The other prisoner was a clever young Frenchman with a gift for languages. Levi, who had been teaching him some Italian, suddenly was moved by a crazy and irresistible impulse to introduce him to Dante. He began to recite a passage from The Divine Comedy, the Canto of Ulysses, clumsily translating it for the other man, verse by verse: « Here, listen, open your ears and your mind, you have to understand, for my sake. »

The effect of this recitation of a few stanzas was « As if I also was hearing it for the first time: like the blast of a trumpet, like the voice of God. For a moment I forget who I am and where I am. The companion begs me to repeat it. How good he is, he is aware that it is doing me good. Or perhaps it is something more – perhaps he has received the message, he has felt that it had to do with him, that it has to do with all men who suffer, and with us in particular; and that it has to do with us two, who dare to reason of these things with the poles for the soup on our shoulders. » Then, sudden catastrophe: memory fails at the end of one stanza – to reach the end of the Canto, a crucial connection is missing: « I have forgotten at least twelve lines; I would give today’s soup to know how to connect the last fragment to the end of the Canto. I try to reconstruct it through the rhymes, I close my eyes, I bite my fingers, but it is no use, the rest is silence. »

The depth and truth of this particular moment were such that thirty years later – the year before he died – Levi returned to it in the last book he wrote, The Drowned and the Saved. Summing up his experience of the death camp, he concluded, « Culture was important to me, and perhaps it saved me. When I wrote ‘I would give today’s soup to know how to retrieve the forgotten passage’, I had neither lied nor exaggerated. I really would have given bread and soup – that is, blood – to save from nothingness those memories which today, with the sure support of printed paper I can refresh gratis whenever I wish, and which therefore seem of little value. »

In Auschwitz, the forgotten poem became literally priceless. In that place, at that instant, the very survival of Primo Levi’s humanity was dependent on it.

Pierre Ryckmans is an internationally renowned novelist, writing under the name Simon Leys, as well as a scholar, Sinologist, artist and calligrapher. His books include Chinese Shadows and The Death of Napoleon. From 1988 he was Chair of Chinese Studies at University of Sydney from where he has recently retired.

The Boyer lectures were broadcast by the Australian Broadcasting Commission on Radio National. The book and cassettes of the six Boyer lectures are now available from all ABC bookshops.

 


Islam: C’est l’Apocalypse, imbécile ! (This is the final jihad: It’s the book of Revelation, stupid !)

18 août, 2014
Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clef de l’abîme et une grande chaîne dans sa main. Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il le lia pour mille ans. Il le jeta dans l’abîme, ferma et scella l’entrée au-dessus de lui, afin qu’il ne séduisît plus les nations, jusqu’à ce que les mille ans fussent accomplis. Après cela, il faut qu’il soit délié pour un peu de temps. Et je vis des trônes; et à ceux qui s’y assirent fut donné le pouvoir de juger. Et je vis les âmes de ceux qui avaient été décapités à cause du témoignage de Jésus et à cause de la parole de Dieu, et de ceux qui n’avaient pas adoré la bête ni son image, et qui n’avaient pas reçu la marque sur leur front et sur leur main. Ils revinrent à la vie, et ils régnèrent avec Christ pendant mille ans. Les autres morts ne revinrent point à la vie jusqu’à ce que les mille ans fussent accomplis. C’est la première résurrection. Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection! La seconde mort n’a point de pouvoir sur eux; mais ils seront sacrificateurs de Dieu et de Christ, et ils régneront avec lui pendant mille ans. Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison. Et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer. Et ils montèrent sur la surface de la terre, et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée. Mais un feu descendit du ciel, et les dévora. Apocalypse 20: 1-9
C’est la lutte finale Groupons-nous et demain L’Internationale Sera le genre humain … Refrain bien connu
Le soir, vous dites: Il fera beau, car le ciel est rouge; et le matin: Il y aura de l’orage aujourd’hui, car le ciel est d’un rouge sombre. Vous savez discerner l’aspect du ciel, et vous ne pouvez discerner les signes des temps. Jésus (Matthieu 16 : 2-3)
Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
J’annonce au monde entier, sans la moindre hésitation, que si les dévoreurs du monde se dressent contre notre religion, nous nous dresserons contre leur monde entier et n’auront de cesse avant d’avoir annihilé la totalité d’entre eux. Ou nous tous obtiendrons la liberté, ou nous opterons pour la liberté plus grande encore du martyre. Ou nous applaudirons la victoire de l’Islam dans le monde, ou nous tous irons vers la vie éternelle et le martyre. Dans les deux cas, la victoire et le succès nous sont assurés. Ayatollah Khomeiny
La possibilité d’une annihilation existe. Le projet sioniste entier est apocalyptique. Il existe dans un environnement hostile et dans un certain sens son existence n’est pas raisonnable. (…) Oui, je pense à Armageddon. C’est possible. Dans les vingt prochaines années, il pourrait y avoir une guerre atomique ici. Benny Morris
Dans l’Islam, de même que dans le Judaïsme et le Christianisme, certaines croyances portent sur une bataille cosmique marquant la fin des temps – Gog et Magog, l’Antéchrist, Armageddon et, pour les Musulmans chiites, le retour tant attendu de l’Imam caché, qui doit déboucher sur la victoire finale des forces du bien sur celles du mal, quelle qu’en soit la définition. Il est évident qu’Ahmadinejad et ses adeptes croient que ce temps est venu et que la lutte finale est déjà entamée, et même bien avancée. Bernard Lewis
Vous comprendrez d’autant mieux la perplexité de Jacques Chirac qui a entendu, un jour de 2003, George W. Bush lui expliquer qu’il fallait intervenir militairement en Irak, parce que Gog et Magog y étaient à l’œuvre. Quand il livre ses convictions les plus intimes sur la politique proche-orientale, George W. Bush ne pense donc pas au pétrole ou à des bases susceptibles d’accueillir ses GI. Il ne parle ni d’économie ni de géostratégie. Il réagit comme un croyant qui attend que se réalise une prophétie biblique… (…) Comme ni Jacques Chirac ni ses services n’ont compris la référence du président américain, Paris s’est mis au travail. George W. Bush appartenant à la mouvance chrétienne évangélique, l’Élysée s’est orienté vers les protestants de France, qui ont transmis la requête à Thomas Römer. Jocelyn Rochat
Dans le vocabulaire politique, l’expression « millénarisme » peut servir à désigner, de manière métaphorique, une forme de doctrine aspirant à une révolution radicale, qui aboutirait à la mise en place définitive d’un ordre social supposé plus juste, et sans commune mesure avec ce qui a existé jusqu’à présent. Dans cette acception, le terme a pu servir à qualifier aussi bien le communisme que le nazisme. Wikipedia
It is a series of images that come out of the Book of Revelation. There is a Millenarian idea, of an impending calamity, that something unspeakable is about to occur. (…) At the end of the First World War, these currents in poetry, from the romantic to the symbolist poets at the end of the century and the beginning of the new century, finally convert themselves into a series of political movements, which are mass movements against the idea of liberalism. They are movements of rebellion against the belief in the many instead of the one, against the idea that life should be divided into a series of spheres — the public and the private, the state and society, the civil and the religious — and at some level, in different ways, they are movements of rebellion against the idea of rational analysis. Instead, they are movements in favor of the one, the solid, the granite, of authority, as opposed to rational analysis — sometimes of mysticism, but in any case of authority. These movements were founded by Lenin, Mussolini, Franco, Hitler, the leaders of the Iron Guard in Romania, various figures from the extreme right in France, and through every single country in Europe in some version or another — the Bolshevik movement on the Left, all of the other movements on the Right. The movements were utterly different one from the other, and the Left and the Right hated each other, and sometimes the Right and the Right hated each other. But (…)  In all of these cases, the similarities consisted of a belief in a deep myth, the Ur myth of the twentieth century and into our own time. The name of this myth is the Book of Revelation. It is a variation on the themes of the symbolist poets. It takes the idea of transgressive rebellion, which the earlier Romantics had already come up with, of murder and rebellion as satanic acts of rebellion against liberal society, the conversion of this idea into the mythology that you see in the Book of Revelation, and then finally these political movements convert that same notion into political doctrines in this way. The story in the Book of Revelation says: There is a people of God; the people of God are being afflicted and polluted by forces from within their own society, who worship at the synagogue of Satan. At the same time, the people of God are being afflicted by cosmic foes from abroad. The people of God who are oppressed rise up in rebellion against these polluting forces from within and against the cosmic forces from abroad. The name of this war is Armageddon, and it lasts, according to St. John, the author of Revelation, one hour. And at the end of the war, with all of those foes dispatched, the reign of Christ is established and lasts a thousand years. It is a perfect, stable society with no polluting elements. It is the millennium. (…) But the totalitarian ideal also arose in two other versions, which were distinctly not European. The radical Islamist movement — that is, the notion of Islam as a revolutionary political movement, not just as a religion — was founded in 1928 with the Muslim Brotherhood in Egypt. The Pan-Arabist movement in its most radical version, the Baath, was founded formally in 1943 in Damascus. (…)  There is a people of God. The people of God should be described as the “true Muslims” in the case of the Islamists, or as the “true Arabs” in the case of the Baath. The people of God are afflicted by internal corruptors within Muslim society. These internal corruptors are the Jews or the Masons or the Muslim hypocrites. The people of God are afflicted by sinister external foes, Western imperialists or the worldwide Zionist conspiracy. The people of God will resist these internal foes and external foes in a gigantic war of Armageddon. This war will be the liberation of Jerusalem or it will be the jihad. Afterwards the reign of purity will be established and this reign of purity is described in the case of both of those movements in the same way: it is the re-resurrection of the Caliphate of the seventh century in the years after the Prophet Mohammed. The Caliphate is described by each of these movements in a slightly different way. For the Islamists, it means the reinstating of Shar’iah or Qur’anic law. For the Baathists the emphasis is secular; it is the recreating, the resurrecting, of the Arab empire when the Arab empire was on the march. Finally, these two movements have lacked for nothing in the realm of practical achievement – killing millions. In the last twenty years, several million people have been killed in the course of the Iran-Iraq war, which pitted one of these movements against the other — the mass human wave suicide attacks on the part of the Iranian Islamists against the cult of cruelty, and of chemical weapons on the part of the Baathists. It is estimated that between one and a half million and two million people were killed in Sudan; 100,000 are thought killed in Algeria over the last several years. (…) The success of Muslim totalitarianism has depended on liberal naïveté — in fact, blindness. The eyes of the world have not been on these millions who have been killed in the last twenty years. Always the liberals all over the world have wanted to describe these movements as in some way rational and conventional, as movements based on grievances — “The movements are anti-Zionist, and isn’t it the case that Israel has often been at fault?” “The movements are anti-American, and isn’t it the case that the United States has often been at fault?” And these grievances do exist, but the effort to take them seriously tends often to distort their madness in such a way as to make it unrecognizable, for totalitarian doctrines are always mad. The Nazis thought they were engaged in a biological struggle. The Stalinists thought they were the proletariat and their enemies were the bourgeois exploiters. The Baathists and Islamists see a cosmic Zionist-Crusader conspiracy. It is important to keep a sense of the madness in these ideas, even if it is true that in the years after World War I some Germans were oppressed outside of the borders of Germany, and Israel and the U.S. have done bad things. All of the totalitarian movements were at bottom ideological movements, not based on a normal sense of grievances of political claims or expression of real-life interests, but movements based on ideological visions. Each of these movements in the past was defeated not militarily but ideologically. World War II was violent and military, but although D-Day was important, de-Nazification was the actual victory. The defeat of Nazism militarily would not have been all that helpful if Germany, which is inherently an extremely wealthy and powerful society, had continued to remain a society of millions and millions of convinced Nazis. The same is true now. The struggle we are involved in now has, had, and will continue to have a military aspect, but this aspect must be secondary to the ideological aspect, to the war of ideas. The basic danger we are facing now is not weapons of mass destruction, per se, because we know very well that box cutters can be lethal weapons of the worst sort. The danger that we face is not inherently military; it’s not armies in the conventional sense. It is above all ideological. As long as millions of people are committed fanatically to doctrines that are ultimately mad and that follow in the tradition of the totalitarian madnesses of Europe in the twentieth century, the danger persists. I maintain that the struggle we are involved in is, or ought to be, ultimately a war of ideas. Paul Berman

Attention: une lutte finale peut en cacher une autre !

A l’heure où, entre deux parties de golf ou condamnations d’Israël, les autruches qui nous gouvernent semblent enfin prendre conscience de la menace djihadiste pour la planète entière …

Comment ne pas repenser, avec Paul Berman, au mythe qui, du communisme au nazisme et aujourd’hui à l‘islamisme, soutend l’ensemble de ces mouvements totalitaristes …

A savoir le mythe millénariste du livre de l’Apocalypse de Saint Jean ?

Terror and Liberalism
Paul Berman, Joanne J. Myers
Carnegie Council
April 15, 2003

Introduction

JOANNE MYERS: On behalf of the Carnegie Council I would like to welcome members and guests to our Author in the Afternoon program.

Today we are delighted to have Paul Berman, a writer who has been especially recognized for his penetrating philosophical perspectives on a vast array of social and cultural topics. His latest work, Terror and Liberalism, focuses on a subject that is generating a great deal of interest, as it is the first book to address the political/philosophical dimensions of the current conflict found in Islamic fundamentalism and on the War on Terror.

I have asked Jack Diggins to introduce Mr. Berman. Jack is a Distinguished Professor of American History at the City University of New York. He has also taught at Princeton, Cambridge, and the University of London. Jack has published a number of books dealing with American politics and history, including Up From Communism: The Liberal Persuasion; Arthur Schlesinger, Jr., and the Challenge of the American Past; The Promise of Pragmatism; The Rise and Fall of the American Left, and The Proud Decades, America in War and Peace, 1941-1960. Just by listening to these titles you can easily conclude that Jack has concerned himself with, among other things, American intellectual history, liberalism, pragmatism, and the American past and its influence on the present, which makes him the ideal person to introduce our guest today.

JACK DIGGINS: Thank you. I am very pleased to be here and to introduce my old friend, Paul Berman.

I came to know Paul many years ago when I was living on the West Coast and there was an essay in the Village Voice on the philosopher Sidney Hook. I thought I was the only person in the United States who admired Sidney Hook, but there was one other, Paul Berman. Hook was a leading philosopher of pragmatism and Marxism and became an ardent anti-communist, which in the 1960s was not politically correct, at least on the campuses.

And then, watching television, the Iraq war, the aftermath of the war, and seeing the scenes of fists in the air and anti-American statements and rumors of Baath police being lynched and the scenes of looting, I said to myself, “This is not going to bother Paul.”

Many years ago Paul was with me in California and said, “I’m going to take a trip to Tijuana.” At that time, if you went to Tijuana and parked your car for ten minutes, the tires were gone. But Paul came back just smiling and praising it as a land of moral solidarity and all the people with hearts of gold. I couldn’t help remember the last time I was there I was taken to the police station because I refused to pay a cop a $50 bribe for crossing the street the wrong way. But Paul is so much more optimistic than I am, and maybe he is right.

With the fall of Communism, he and I would debate every day, and I would side with Gorbachev and he would side with Yeltsin or anyone who let the whole system come down. Paul describes himself as a democratic socialist, but deep down he has an anarchist impulse and he does think that out of chaos will come freedom. I am a little bit more cautious.

But the fall of Communism was, as Daniel Patrick Moynihan said, the greatest peaceful transfer of power in modern history, and Paul was right about it, and perhaps he will be right about his position on the Iraq war.

Some people will be curious why I dedicated a book that is about the great prudent conservative President-statesman John Adams to a radical activist from the 1960s. People wonder if there is an incongruence there. But I would like to read you the last sentence of my acknowledgement: “In the 1790s John Adams reflected on events in France, in the 1980s Paul Berman on events in Nicaragua. Both faced the wrath of some of their own friends for telling us that a revolution without representation is destined to devour itself. Truth dared to speak before its time.”

Remarks

PAUL BERMAN: I’d like to thank the Carnegie Council for inviting me to speak and my dear friend, the slyly brilliant Professor Diggins, for this introduction.

I would like to offer ten propositions with which our present crisis could be observed.

1) In the nineteenth century, the belief arose that the secret of human progress had been discovered and had been proved to be correct. This secret was thought to be a belief in the many instead of the one, a belief that each aspect of life should be allowed to remain in its own sphere — the public and the private, the state and society, the religious and the civil. There was a belief that society ought to govern itself through rational analysis.

Many different philosophies and political movements expressed this idea. None of them, none of the large ones, expressed it fully consistently. Marx had some aspects of this idea. The French Revolution stood for some aspects and could not quite get the other aspects right. Thomas Jefferson stood for a very pure version of this idea and yet couldn’t quite straighten out the part regarding human slavery. Each separate movement in the nineteenth century, or in the early eighteenth century and into the nineteenth century, had some aspect of it and some contradiction which was yet to be worked out.

And yet, in spite of the contradictions, there was consensus about general principles which were seen to be working in some of the societies that we think of as the West and which were regarded by some people in all regions around the world as the secret of human progress universally, not just in the places where they were seen to be prospering at that moment.

There was among a very large number of people, a general feeling of underlying optimism, which you can see in many of the writers of the nineteenth century, in many of the doctrines that came to dominate political movements.

2) At the same time, there was reason to be suspicious of these doctrines. There was a whole series of criticisms about hypocrisies or inconsistencies or lies that were concealed within it. Marx was the great prophet of this.

But beyond these doctrines of suspicion, there were also some elements that not even Marx discussed, something that went beyond exploitation and hypocrisy. This could be seen by the late-nineteenth century in King Leopold’s war in the Congo or in German Southwest Africa at the turn of the century, where the very countries, Germany and Belgium, who were among the principal exemplars of the doctrine of human progress, were in some other aspect of their national activity somehow engaged in the most grotesque genocide. The combination of the sense of optimism and the genocidal atrocities, seemed to be beyond the capability of the liberal imagination to conceive.

In the First World War, these darkest aspects, which had already been visible in the Congo and in Southwest Africa, finally rolled back across Europe. What had been unimaginable throughout the nineteenth century finally took place in Europe itself, which was mass death on the most colossal scale, nine or ten million people killed for reasons that were ultimately unintelligible. Each country went into the war with a logical set of reasons instead of treaties and alliances. The final outcome was a catastrophe beyond that which anyone would have or did predict.

3) From the nineteenth century and onward, a series of rebellions against this prevailing liberal optimism arose. Some of these rebellions are particularly worth observing.

First, there was a rebellion within the romantic literary tradition, in romantic poetry. An important sign of this was Victor Hugo’s verse play Hernani in 1830, which already broached certain themes. The play ends with the attempted assassination of the King of Spain and a triple suicide. The theme of murder and suicide in the context of rebellion had already been broached.

Baudelaire picks up the same theme. In the second edition of The Flowers of Evil, the inscription mentions enrolling in the rhetorical school of Satan.

And, in fact, there is a religious subtext that underlies this notion of rebellion, which is the romantic cult of Satan, which, within the literary tradition, begins to mean a cult of murder and suicide as literary postures.

Later in the nineteenth century among the poets, the religious aspect of this rebellion, of this notion of transgressive rebellion against the existing order, takes a new form. You can see it in Rimbaud and in a marvelous version in the greatest of the turn-of-the-century Spanish-language poets, Ruben Dario.

This new version is not the cult of Satan. It is a series of images that come out of the Book of Revelation. There is a Millenarian idea, of an impending calamity, that something unspeakable is about to occur. You can see it in Yeats. This idea emerges as the new religious underpinning.

There is something self-ironic about the writers who were writing about Satan but there is nothing ironic or self-ironic about the writers who were drawing on images from the Book of Revelation.

At the end of the First World War, these currents in poetry, from the romantic to the symbolist poets at the end of the century and the beginning of the new century, finally convert themselves into a series of political movements, which are mass movements against the idea of liberalism. They are movements of rebellion against the belief in the many instead of the one, against the idea that life should be divided into a series of spheres — the public and the private, the state and society, the civil and the religious — and at some level, in different ways, they are movements of rebellion against the idea of rational analysis. Instead, they are movements in favor of the one, the solid, the granite, of authority, as opposed to rational analysis — sometimes of mysticism, but in any case of authority.

These movements were founded by Lenin, Mussolini, Franco, Hitler, the leaders of the Iron Guard in Romania, various figures from the extreme right in France, and through every single country in Europe in some version or another — the Bolshevik movement on the Left, all of the other movements on the Right.

The movements were utterly different one from the other, and the Left and the Right hated each other, and sometimes the Right and the Right hated each other. But what I am struck by is the similarities.

4) In all of these cases, the similarities consisted of a belief in a deep myth, the Ur myth of the twentieth century and into our own time. The name of this myth is the Book of Revelation.

It is a variation on the themes of the symbolist poets. It takes the idea of transgressive rebellion, which the earlier Romantics had already come up with, of murder and rebellion as satanic acts of rebellion against liberal society, the conversion of this idea into the mythology that you see in the Book of Revelation, and then finally these political movements convert that same notion into political doctrines in this way.

The story in the Book of Revelation says: There is a people of God; the people of God are being afflicted and polluted by forces from within their own society, who worship at the synagogue of Satan. At the same time, the people of God are being afflicted by cosmic foes from abroad.

The people of God who are oppressed rise up in rebellion against these polluting forces from within and against the cosmic forces from abroad. The name of this war is Armageddon, and it lasts, according to St. John, the author of Revelation, one hour.

And at the end of the war, with all of those foes dispatched, the reign of Christ is established and lasts a thousand years. It is a perfect, stable society with no polluting elements. It is the millennium.

Each of the movements that arose in the period after World War I found a new way to tell this story. There was always a people of God. The people of God were proletariat. The people of God were the children of the Roman wolf, the Italian people. The people of God were the Catholic warriors of Christ, according to the King in Spain. The people of God were the Aryan race.

There were always polluting elements from within society, such as the bourgeoisie, or the Trotskyite wreckers, or the Jews, or the Masons, or the Communists.

There were always external foes from abroad. These were the forces of capitalist encirclement, or Anglo-American imperialism, or what Heidegger described as the “pincer pressure” of the United States and the Soviet Union pressing on the people of Germany.

There was always going to be a war, which would be a war of extermination against these external and internal foes. This war would be the class war, or the crusade in Franco’s version, or the biological war in the Nazi version.

At the end was always the perfect society, which was pictured either as a sci-fi leap into the future or as a return to the golden age of the past, usually as some version of both.

The Communist version was a leap into the future, though if you read your Marx carefully, you understand that this is also a leap into the primitive Communism of the past. And in the Soviet version there are many references to the primitive Communist traditions of the Russian peasants.

All of the right-wing versions were variations of a slightly different sort.

Mussolini was going to recreate the Roman Empire, and when he marched on Rome in 1922, he organized his followers into legions. They were centurions marching on Rome. The Roman Empire was going to be recreated in a modern version. They weren’t going to go back to the ancient version. It was would be a modern version of the Roman Empire.

Franco was going to recreate the medieval Crusades of Spain at its greatest. He would do this in a modern version.

Hitler was also going to recreate the Roman Empire. The Third Reich meant the new Reich after the Roman Empire and the Holy Roman Empire. He would recreate the Roman Empire, but in an Aryan version instead of an Italian version.

And likewise, this cult of the ancient, the reestablishing of the ancient, was a leap into the future at the same time, a modernism.

The symbolist cult of the Book of Revelation is also a cult of ancient myth, which is a cult of modernism at the same time. If you want to see that artistically, picture some of Picasso, where he is evoking the ancient myths of the Mediterranean but in the most modern of ways.

5) All of these movements proposed impractical programs which were unachievable except in one way, which was through mass death. Mass death showed that these were movements of transgressive rebellion, not movements of reform, not conservative movements of reform or social democratic movements of reform, Left or Right, but movements that would break through the ordinary morality of behavior, thus would break through the existing world view.

The reassuring demonstration that one had really gone beyond the ordinary was a commitment to mass death. All of these movements failed completely in achieving what they stated to be their worldly aims, and in achieving mass death.

6) The liberal society which in its weaknesses and contradictions and inability to conceive of the dark in human nature, the liberal society which in some way had inspired these movements and against which these movements now arose in rebellion, also had a great deal of trouble in identifying what these movements were.

We are all too familiar with the failures of the left-wing Fellow Travelers, who could not understand Stalinism and could only understand it as an exceptionally advanced form of social democracy. But you can take examples of this kind of error across the spectrum.

I write about the French socialists of the 1930s, who were a deeply democratic and liberal, in my sense of the word, movement with an impeccable record of liberal democratic credentials going back into the nineteenth century, without any of the aspects of Bolshevism, Marxism, or Leninism. One has to remember that in the 1930s, the French socialists were the enemies of Nazism and of the Right.

And yet, the majority of the French socialists finally voted for Marshall Pétain because they could not get themselves to understand the nature of Nazism. They managed to tell themselves that Nazism was a legitimate movement, that the Germans did have grievances, that the Treaty of Versailles had been unjust, that Hitler might be raving but he was stating truths.

The French socialists in their majority faction certainly did not regard themselves as anti-Semites, and yet they asked themselves: “Every time somebody rails against the Jews, is it always an example of anti-Semitism?” The French socialists were, by definition, the enemy of financiers — “and weren’t some of the financiers Jewish?”

The French socialists finally thought that the great danger to France was represented not by Hitler and the Nazis but by the hawks in their own society. And who was the leading hawk? Unfortunately, it was their own leader, the leader of the minority faction, who had managed to get himself elected Prime Minister, Léon Blum, whose ethnic identity now became itself a source of much speculation.

With this kind of reasoning, the French socialists in the majority faction not only managed to vote for Pétain, but quite a few ended up joining his government, and in this way the impeccable liberal democrats of the French Left managed to convert themselves into fascists.

7) The progress of totalitarianism depends on and is inseparable from this kind of liberal naïveté. Without the cooperation of the Fellow Travelers with Stalin, without the French anti-war socialists in the case of Hitler, without the naïveté of any number of conservatives and democratic right-wingers in the case of a variety of fascists and Nazis, without the naïveté even of the United States with regard to Hitler straight through the 1930s, it would be inconceivable to imagine that these movements would have gotten very far.

So it is a mistake to think of the totalitarian movements as isolated. They existed in a dynamic, and part of the dynamic is the liberal naïve unwillingness to recognize them as what they are.

8) Totalitarianism arose in Europe in the fifteen years after the First World War. In the first twenty-five years, similar or identical movements arose on the other side of the Mediterranean too, in the Muslim world.

One of these movements was certainly Muslim Communism, which everyone forgets about. In the interpretation of the clash of civilizations, one would imagine that a Western movement like Communism would be inconceivable in what is called a non-Western society. In fact, Communism was a large and lasting movement.

But the totalitarian ideal also arose in two other versions, which were distinctly not European. The radical Islamist movement — that is, the notion of Islam as a revolutionary political movement, not just as a religion — was founded in 1928 with the Muslim Brotherhood in Egypt. The Pan-Arabist movement in its most radical version, the Baath, was founded formally in 1943 in Damascus.

These movements are conventionally seen as opposites. If you turn on the TV, you will see any number of people automatically saying that these movements have nothing in common; one is religious, the other is secular; they despise each other. And it is true that they have despised each other and have committed mutual massacres on a gigantic scale.

It is useful to point out the ways in which these two movements resemble each other. The totalitarian movements in Europe also were different one from the other, and sometimes were at war with one another, and yet there were underlying similarities.

In the case of Baathism and Islamism, these similarities are easy to see. There is a people of God. The people of God should be described as the “true Muslims” in the case of the Islamists, or as the “true Arabs” in the case of the Baath. The people of God are afflicted by internal corruptors within Muslim society. These internal corruptors are the Jews or the Masons or the Muslim hypocrites.

The people of God are afflicted by sinister external foes, Western imperialists or the worldwide Zionist conspiracy. The people of God will resist these internal foes and external foes in a gigantic war of Armageddon. This war will be the liberation of Jerusalem or it will be the jihad.

Afterwards the reign of purity will be established and this reign of purity is described in the case of both of those movements in the same way: it is the re-resurrection of the Caliphate of the seventh century in the years after the Prophet Mohammed. The Caliphate is described by each of these movements in a slightly different way. For the Islamists, it means the reinstating of Shar’iah or Qur’anic law. For the Baathists the emphasis is secular; it is the recreating, the resurrecting, of the Arab empire when the Arab empire was on the march.

Finally, these two movements have lacked for nothing in the realm of practical achievement – killing millions. In the last twenty years, several million people have been killed in the course of the Iran-Iraq war, which pitted one of these movements against the other — the mass human wave suicide attacks on the part of the Iranian Islamists against the cult of cruelty, and of chemical weapons on the part of the Baathists. It is estimated that between one and a half million and two million people were killed in Sudan; 100,000 are thought killed in Algeria over the last several years.

It is conventionally said that in these movements today we face nothing like Hitler or Stalin, but statistically this is not true.

9) The success of Muslim totalitarianism has depended on liberal naïveté — in fact, blindness. The eyes of the world have not been on these millions who have been killed in the last twenty years.

Always the liberals all over the world have wanted to describe these movements as in some way rational and conventional, as movements based on grievances — “The movements are anti-Zionist, and isn’t it the case that Israel has often been at fault?” “The movements are anti-American, and isn’t it the case that the United States has often been at fault?”

And these grievances do exist, but the effort to take them seriously tends often to distort their madness in such a way as to make it unrecognizable, for totalitarian doctrines are always mad. The Nazis thought they were engaged in a biological struggle. The Stalinists thought they were the proletariat and their enemies were the bourgeois exploiters. The Baathists and Islamists see a cosmic Zionist-Crusader conspiracy.

It is important to keep a sense of the madness in these ideas, even if it is true that in the years after World War I some Germans were oppressed outside of the borders of Germany, and Israel and the U.S. have done bad things.

10) All of the totalitarian movements were at bottom ideological movements, not based on a normal sense of grievances of political claims or expression of real-life interests, but movements based on ideological visions.

Each of these movements in the past was defeated not militarily but ideologically. World War II was violent and military, but although D-Day was important, de-Nazification was the actual victory. The defeat of Nazism militarily would not have been all that helpful if Germany, which is inherently an extremely wealthy and powerful society, had continued to remain a society of millions and millions of convinced Nazis.

The same is true now. The struggle we are involved in now has, had, and will continue to have a military aspect, but this aspect must be secondary to the ideological aspect, to the war of ideas.

The basic danger we are facing now is not weapons of mass destruction, per se, because we know very well that box cutters can be lethal weapons of the worst sort. The danger that we face is not inherently military; it’s not armies in the conventional sense. It is above all ideological. As long as millions of people are committed fanatically to doctrines that are ultimately mad and that follow in the tradition of the totalitarian madnesses of Europe in the twentieth century, the danger persists.

I maintain that the struggle we are involved in is, or ought to be, ultimately a war of ideas.

Thank you.

JOANNE MYERS: I would like to open the floor to questions.

Questions and Answers

QUESTION: A fascinating rendition of history. The problem underlying all of these movements that have done so much damage in the world is that they are the result of liberalism. Liberalism, therefore, because of its very nature of considering a wide spectrum of good and evil, as opposed to taking a position on one side, is very negative and probably should be considered unacceptable in the war of ideas. Liberals have fomented some of the major problems in the history of the world.

I’d like your comments.

PAUL BERMAN: I agree with you up until your final conclusion. Liberalism in the broadest sense, the notion of a liberal society, does in fact generate these movements.

I am not the first to make that observation. In The Open Society and its Enemies, Karl Popper explains at length, in a book written or completed in 1943, a very evocative date, that the notion of freedom itself, which he traces back to Greece, inspires a rebellion of fear against it.

There is a relation between liberal society and its enemies, and that liberalism does inspire these movements of rebellion, and has inherently a difficulty in coping with them. If that is what you are suggesting, I agree completely.

We must recognize, first, that liberalism itself does bear some responsibility for the rise of these movements, and then bears a responsibility for failing to recognize them and to engage with them.

At a time of war people want to wave a flag and say, “these are the totally good guys and those are the totally bad guys.” I am with you on saying “those are the totally bad guys.” But about saying “these are the totally good guys” I have a moment of reservation.

QUESTION: Have you been in touch with fellow intellectuals in Europe? How do they respond to your thesis, they who have suffered from Nazism and Franco and Communism, and yet seem so naïve when it comes to understanding what the United States is trying to do to combat the dangerous ideologies in the Islamic world?

How can we find again a common basis with the Europeans and others, and with Muslims all over the world, to transform this Armageddon-directed Islamism, militant Islamism, into a more open society?

PAUL BERMAN: I’m sorry to say that in the current issue of the New York Review of Books I’ve been hanged by Ian Buruma, who takes the occasion to observe that he is Dutch-born and expresses a lot of resentment at some implicit analyses of contemporary Europe that he finds in my book. So there are some tensions.

I was at a conference in Paris last summer where the tensions between some of the American and European intellectuals were in fact quite great.

At the same time, my book occupies a strange place in this debate because it has already been criticized for being anti-European and having a naïve American nationalism implicit in it.

The ideas that I have just expounded, come, insofar as they aren’t my own, from Popper in some degree, from Albert Camus, and especially André Glucksmann, the French philosopher, who in his hugely unappreciated book of 1991, Le Onzième Commandement, which is his answer to Francis Fukuyama, lays out some aspects of this notion of the Book of Revelation as an Ur myth underlying modern totalitarianism.

I just had this same discussion with a reporter from Le Monde, who called to ask me if I wasn’t anti-European, based on what she had read about my book in the New York Review. I said, “I don’t think so because all my ideas are actually French, except that I have given them a different twist.”

The great chasm that has opened up between the United States and Western Europe, at least, is much more conjunctural, much more a matter of chance events, than it is anything deeper or structural. I disagree with Robert Kagan on this point. Much of it is the fault of George Bush and could have been avoided.

In France, before the Iraq war, a poll showed that 33 percent of the French supported the war. Of those 33 percent, most were on the Right, some were on the Left. But apart from the 33 percent, the polls showed consistently that the single most admired politician in France is Bernard Kouchner, who was a socialist, Mitterand’s Minister of Health, NATO Administrator in Kosovo, and long ago had been the founder of Doctors Without Borders. Kushner supported the war.

So if you figure that the most popular politician in France, who is a socialist, supported the war, 33 percent of the population supported the war, most of whom were on the Right, meaning that you could have got much support on the Left, all you had to do was convince 9 percent of the French to change their opinion and you would have had a majority of France in favor of the war. The popular support for the war in France is much above that in Spain, where Aznar did support the war.

If Bush had presented the arguments for the war along the lines that a Bernard Kouchner would have proposed, if he had argued for the war as a further extension of what NATO had done in the Balkans finally in the Kosovo war, he would have been able to carry that extra 9 percent in France, and if Chirac saw that even a small majority was leaning in favor of the war, he would have found a way to interpret the international situation rather differently.

World War II was an age of giants, of Roosevelt and Churchill. Today we have Churchill but we don’t have Roosevelt and we don’t have de Gaulle. I attribute the breach between the United States and Europe above all to these errors of Bush.

QUESTION: Would you give us your views on the modalities by which an ideological struggle can be conducted? It is difficult for outsiders to argue with or conduct an ideological debate with the Muslim world. An ideological debate must occur within a community.

PAUL BERMAN: First, it’s a mistake to regard Muslims as outsiders to the West. In many respects the intellectual capital of the Arab world is Paris and London, where you have the freest press and the most open debate. The leading philosopher of the most moderate, fairly reasonable wing of modern Islamism is a Swiss professor who is the grandson of the founder of the Muslim Brotherhood in Egypt.

Second, the founders of the Muslim totalitarian movements, the most important theoreticians, like Sayyid Qutb in the case of radical Islamism, or Michel Aflaq in the case of Baathism, are Western-educated intellectuals.

A quarter of my book is devoted to the writings of Sayyid Qutb, born in 1906, hanged by Nassar in 1966. During his many years in prison he wrote a gigantic commentary of the Qur’an. It looks strictly Islamic and Qur’anic, but if you sit back and look at the ideas, it’s not hard to recognize a bit of Heidegger, of existentialism, all of the familiar doctrines of modern European philosophy.

And this guy knew what he was doing. He did not come up with totally modern ideas strictly out of the seventh-century Qur’an. He did succeed in finding a Qur’anic language to express these ideas, but this writer does not live on a different planet or come from a different universe than the intellectuals of New York or Paris or London.

If my analysis is correct, I don’t mean to deny a distinctly regional and denominational aspect of Muslim totalitarianism. I am happy to acknowledge the differences between Egypt and Italy, or for that matter Egypt and its immediate neighbors. But if the fundamentals of my analysis are correct, then all of these movements reflect the intellectual currents of the twentieth century coming out of the nineteenth century, and it is a great mistake on our part to think that the intellectuals behind these movements are coming from a different universe.

So we can argue with these people directly. And we shouldn’t assume that they are not reading us or would not be willing to read us. I came on the works of Qutb prowling the Islamic bookstores of Atlantic Avenue in Brooklyn. There is every reason to think that the other people prowling those bookstores, who might have a different ethnic origin than my own, are nonetheless reading some of the same books that I am reading, and that the gap between us and them is not so great.

QUESTION: You describe the totalitarian forces as the people of God in their minds. Do you not think that this concept is slightly different in this context, because one could say that about an aspect of what is going on in this country? After all, there is a rather large segment of people in this country who have affected policy who call themselves the Christian Right. They believe in Armageddon, Revelation.

There is this aspect in what you would characterize as the liberalism force as also the people of God. Our President has said that God is on our side. This is slightly different from the analysis that you presented of all the other contexts.

PAUL BERMAN: An excellent question. I have two responses.

First, it is not true that everyone who calls himself a fundamentalist is the same. The mainstream of American Christian fundamentalism has, even if they allow themselves flights of fancy, political goals, such as prayer in schools, the end of the right to abortion, etc.

Maybe if they were given free rein, they would lose control of themselves and the goals would multiply. I don’t rule that out.

The mainstream of these people are not dreaming of abolishing the U.S. Constitution and replacing it with a theocracy. It’s a limited movement.

However, there are groups like the David Koresh cult and certain kinds of cults that arise on the fringe of the American Christian fundamentalist movement that have this idea. If you could picture one of those cults becoming a mass movement led by David Koresh, then you would have something much more like radical Islamism, or the Taliban.

One of Bush’s worst failures is that he is so locked into a conventional American understanding of Christianity and its role in American politics that he has no idea whatsoever how this plays in the rest of the world. He hasn’t the faintest idea that to European ears when he evokes God he sounds like a fascist. He knows he is not a fascist, and most Americans know that he is not a fascist, that he doesn’t want to overthrow the Constitution.

But the language he is using is not so different from a language that you can trace among American politicians way back into the nineteenth century and is well understood both on the Right and the Left.

So when we hear Bush invoking his Christian faith and saying “God bless America,” we shrug. But to many people around the world, in Europe especially, this is language that only a follower of Franco would use.

Bush has no idea how badly he has weakened the United States internationally by using this language and how badly he has weakened the struggle ideologically. After all, the most important thing that we want to do is persuade millions of people in the Muslim world that Islam is excellent but what they want to establish is a secular society which is not theocratic, which has the qualities of a liberal society, and that there is a fine and esteemed place for religion within it. Bush sounds like a Christian Crusader, exactly the worst fantasy of the Islamists and Baathists who are against the United States.

QUESTION: Paul, I would like to make a defense of liberalism. You’re conflating the failure of nerve of liberals in the 1930s to stand up against Hitler, and then later to see the treacheries of Stalin. But just because these movements identify themselves as opposition to liberalism is no discredit to liberalism.

How do you expect this next phase of our confrontation with the Islamic world to be a struggle of ideas? When has liberalism been able to persuade others to give up their ways? The liberal society of the North couldn’t even persuade the South to give up its ways. And in every encounter that liberalism has had in the twentieth century, it was a winning philosophy. Liberalism prevailed over fascism, over Communism, and what the Islamic world now faces is that they are isolated and in a state of desperation, backwardness and poverty.

Oscar Wilde said, “How do you reason someone out of what they have not reasoned into?”

PAUL BERMAN: They have not reasoned their way into it. When you read some of the theoreticians of these movements, you see that they are quite intelligent, and that people reasoned their way into fascism, Nazism, and Communism, and then they reasoned their way out of those movements.

In the case of Communism, the liberal world engaged in an excellent war of ideas, which, in Europe at least, meant that Communism collapsed, outside of Romania, in an entirely peaceful way, which is the ideal solution to the problem. And it was done largely through a war of ideas, that liberals of the Left and Right upheld their ideas. Liberal movements eventually began to spring up within the Communist societies, and some of the Communists themselves began to question their ideas in the face of these criticisms.

Communism has always contained something of a contradictory element, going back to Marx, who was partly wrong but partly right. The intellectual aspect of the Cold War in Europe was huge.

In the case of the Islamists and Baathists, again they are not so remote from us. Ultimately, they have to be reasoned with.

The whole history of totalitarian movements up to now has been one in which liberalism has finally triumphed, and so there is reason to feel some deep confidence about this. One actually has to go out and engage in this fight, which is largely intellectual.

There are two obstacles that exist, that make it difficult for us to engage in this fight.

One is a liberal naïveté, which has always been the case in regard to totalitarian movements, where one doesn’t want to believe that these movements are as bad as they are and one finds reasons for saying that they are reasonable and, therefore, not to take them seriously.

The other obstacle is the belief in the clash of civilizations, which attributes to the Muslim world an exoticism, that might lead us to suppose that we can’t argue with them because they come from another planet.

We must avoid the naïveté of failing to recognize what some of these movements represent and the dangers they pose and the crimes that they have already committed, and we must avoid the belief that there is no way we can speak to these people because they come from such a faraway place.

JOANNE MYERS: Thank you very much.

Voir aussi:

ISIL could pose threat to US, Europe, officials say

The group is now considered “the most potent military force” of any terrorist outfit in the world
Michael Isikoff
Yahoo News
August 15, 2014

U.S. air strikes not « breaking the threat » of ISIL: Pentagon

U.S. counterterrorism officials have dramatically ramped up their warnings about the threat posed by the Islamic State of Iraq and the Levant (ISIL), concluding that the well-armed group is expanding its ambitions outside the Middle East and may be planning terror attacks against western Europe — and even the U.S. homeland.
ISIL’s conquest of vast swaths of Iraqi territory this spring and summer netted it a “significant” arsenal of U.S. weapons from two Iraqi military bases, including hundreds of tanks, heavily armored Humvees, assault rifles, and rocket-propelled grenade launchers, officials say. One U.S official tells Yahoo News ISIL is now considered “the most potent military force” of any terrorist group in the world.

Led by its charismatic chief Abu Bakr al-Baghdadi, the radical Islamist group is looking beyond its short-term goal of overthrowing the Iraqi and Syrian governments and replacing them with a self-proclaimed Islamic Caliphate. “We’re seeing an expansion of its external terrorist ambitions,” one U.S. counterterrorism official said in a briefing for reporters Thursday. “As its capabilities grow, it has attracted thousands of foreign extremists — some of whom are going home to start cells. As it carves out territory [in Iraq], it wants to go beyond that and do attacks outside. ” U.S. counterterrorism agencies had put the number of ISIL fighters at about 10,000, but that figure is now being reassessed and is likely to be raised, officials say.

Just four years ago the group, then calling itself the Islamic State of Iraq, was scattered and on the run from American forces, aided by Sunni tribes horrified by the group’s often grotesque violence. Its reign has been marked by summary executions, ritual stonings, beheadings and even crucifixions.

What fueled its resurgence? Officials say the group fed off Sunni resentment over the Shia-dominated government of Iraq’s Prime Minister Nouri al-Maliki, who announced his resignation Thursday night. It took advantage of the power vacuum in northern Iraq to seize large chunks of essentially ungoverned territory. It saw an opportunity in recruiting prisoners; in July 2013, its suicide bombers blew their way into the notorious Abu Ghraib prison, freeing up to 500 inmates, including al-Qaida leaders.

These demonstrable successes gave the group new credibility among jihadis around the world, especially after it joined the civil war in Syria and changed its name to ISIL. (It has at times also been known as ISIS, or the Islamic State of Iraq and Syria.) It has since changed its name again to the Islamic State after proclaiming itself a caliphate, the latest in a succession of Muslim empires dating back to the seventh century. Its ranks were soon swelled by foreigners, including hundreds of followers of the red-bearded Chechen militant Omar al-Shishani, a former Georgian army sergeant known for his deep hatred of America.

Concerns about terrorism spilling over from Syria and Iraq hit home in June when French police arrested an « armed jihadi » who had just returned from Syria in connection with the May 24 killing of four people — including two Israeli tourists — at a Jewish Center in Brussels.

Since then, authorities in Europe have broken up terror cells linked to ISIL, including one in Kosovo where officials this week arrested 40 suspects who had returned from Iraq and Syria—including some who had fought with ISIL — and seized weapons and explosives in dozens of locations.

ISIL and its followers have also proven adept at using social media, making a steady barrage of threats against the West, including the United States.

“Probably most striking are the threats on Twitter,” said a U.S. official who monitors the postings. “We’ve seen tens of thousands of postings by ten of thousands of people supporting ISIL, making threats to blow up U.S. Embassies. » One posting showed an ISIL banner apparently superimposed on an image of the White House.

It is still unclear how real those threats are, at least while ISIL is focused on its war with the Iraqi government. And the resignation of the deeply unpopular Maliki could allow for more U.S.-Iraqi cooperation in the fight against the insurgents.

But increasingly, officials say, ISIL has the perception of momentum. For the first time there are signs that some jihadis linked to al-Qaidaare expressing sympathy, if not allegiance, to ISIL — despite al-Qaida chief Ayman al-Zawahri’s disavowal of the group.

One thing ISIL does not lack is funds. The group has seized banks, accumulating vast amounts of cash and raking in more by selling oil and other commodities to smugglers. ISIL “is flush with cash. It has plenty of money. They control oil fields, they have refiners. They have hundreds of millions of dollars,” said one U.S. analyst at the Thursday briefing.

And it is exceptionally well armed. When ISIL forces assaulted two Iraqi military bases, Camp Speicher and Rasheed Air Base, in July, they got the keys to the kingdom — hundreds of millions of dollars’ worth of American tanks, armored personal carriers, howitzers and other equipment. ISIL fighters have posed for videos brandishing MANPADS, shoulder-launched surface to air missiles that can shoot down low-flying aircraft.

This undated file image posted on a militant website on Tuesday, Jan. 14, 2014, which has been verified and is …
“They’ve got enough supplies, equipment and ammunition to last them five years,” said John Maguire, a former top CIA officer in Iraq who retains close ties to the Kurdish regional government. Thanks in part to assistance from former Iraqi military officers who have defected to ISIL, “they know how to operate American equipment.”

What they also have, at least for the moment, is a de facto safe haven. Al-Baghdadi — who officials say sees himself as the true successor to Osama bin Laden — is believed to be constantly on the move. But ISIL appears to have established a headquarters in Raqqa in northern Syria, where the group’s black banners reportedly fly over administrative buildings.

Given that President Obama has placed sharp limits on U.S. airstrikes and confined them to Iraq, that effectively makes Baghdadi and his top deputies — almost all of whom were once in U.S. custody — off-limits to U.S. military action. The Raqqa safe haven “is a problem,” acknowledged one U.S. official.

The bottom line, U.S. counterterrorism officials say, is that new strategies are urgently needed to counter the surging ISIL threat. In the briefing for reporters Thursday, one senior official made the point in the most understated way possible: “We don’t assess at the moment this [the threat from ISIL] is something that will collapse on its own.”

Voir également:

TEA LEAF NATION
China Sees Islamic State Inching Closer to Home
Chinese media lights up after a Hong Kong weekly says IS aims to expand into Xinjiang.
Alexa Olesen
Foreign Policy
August 11, 2014

They’ve been grabbing headlines nearly everywhere else, but the jihadis of northern Iraq haven’t been getting much play in China. But a threat by the Islamic State (IS) of revenge against countries, including China, for seizing what IS calls « Muslim rights » appears to have changed all that. The comments were made in early July, but the news didn’t jump the language barrier from Arabic into Mandarin until August 8, when Phoenix Weekly, a Hong Kong-based newsmagazine widely distributed in China, made the IS revenge threats against China its cover story. Since then, the article has been widely syndicated on Chinese news websites and has gained traction on social media as well. Ordinary Chinese who may have felt distant from the carnage now feel it creeping closer to home.

The glossy cover of the Phoenix issue features a picture of masked gun-toting jihadis advancing through a desert landscape. The piece inside sounds the alarm over a July 4 speech in Mosul, Iraq, by IS leader Abu Bakr Al-Baghdadi in which he urged Muslims around the world to pledge their allegiance to him. It quotes Baghdadi saying that « Muslim rights are forcibly seized in China, India, Palestine » and more than a dozen other countries and regions. « Your brothers all over the world are waiting for your rescue, and are anticipating your brigades, » Baghdadi told his followers. Phoenix noted that China was mentioned first on Baghdadi’s list. (The article also includes a map that some news reports have said shows the vast territory IS plans to occupy in the next five years, which appears to include a significant portion of Xinjiang. Although the authenticity of the map, which was widely shared on English-language social media sites in early July, has been questioned, the Phoenix piece reports it as fact.)

Online, Chinese are both agitated and bemused. One Chinese reader wrote on the social media site Weibo:
« This is good. It offends all five of the hooligans on the UN Security Council » — that is, China, France, Russia, the United Kingdom, and the United States — which means the IS jihadis « are going to be roadkill. » Anotherresponded to a photo of Baghdadi: « Looking at this bearded pervert makes me sick. Hurry up and incinerate this kind of trash, and send him to enjoy his 72 virgins in heaven. » A third wrote that ISIS seemed to have « a death wish, » but that people should be grateful because the jihadist group was giving Beijing « a reasoned and evidence-based opportunity to crack down on terrorist activities. »

This may constitute a welcome opening for Chinese authorities. China has been fighting a low-level separatist insurgency of its own in Xinjiang for decades and worries that foreign Islamic groups are infiltrating the region, emboldening the simmering independence movement. Uighur exile groups say China’s government overstates its terrorism problem and falsely paints protests that turn into riots as premeditated terror attacks. In any case, Beijing is likely alarmed by IS’s criticism of its treatment of the Muslim Uighurs and the group’s alleged plan to seize Xinjiang, no matter how far-fetched the idea might be. But just how actively authorities will deal with any IS threat remains to be seen.

Beijing has consistently tried to keep itself removed from the political and military crises roiling Iraq, even as China has poured billions of dollars into Iraqi oil, enough that about 10 percent of its oil imports come from the Middle Eastern country. China’s most decisive action since ISIS’s surge has been to evacuate 10,000 Chinese working in Iraq. On July 8, Chinese special envoy Wu Sike met with Iraqi Prime Minister Nouri al-Maliki and pledged anti-terror support, but added that Beijing would fully respect the country’s sovereignty. When Wu returned to Beijing he briefed reporters about the trip on July 29, telling them that China was a victim of terror with roots in Syria and Iraq. « Solving the conflicts in Iraq and Syria will benefit China and the entire world, » he said.

But Beijing’s reaction to U.S. airstrikes in Iraq betrays its conflicted allegiances. China usually bristles at or condemns U.S. intervention in global hot spots and has opposed U.S. sanctions against Sudan, Syria, Russia, and Iran. But the interests of Washington and Beijing are unusually closely aligned when it comes to Iraq. On August 8, the official Xinhua News Agency quoted a Foreign Ministry spokesperson as saying that China was « keeping an open mind » about operations that would « help maintain security and stability » in Iraq. The statement came in response to a request for comment on U.S. President Barack Obama’sannouncement that the United States would carry out airstrikes against insurgents in northern Iraq. Wang Chong, a researcher at Charhar Institute, a public diplomacy think tank in Beijing, wrote on Weibo that he « firmly supported » the U.S. crackdown on IS. Wang added that the United States « ought to send ground troops to wipe out those brutal terrorists » and that if there was a need, « China could also send troops to help and provide training. »

That’s possible — within limits. Zhu Weilie, director of the Middle East Studies Institute at Shanghai International Studies University, toldthe state-run Global Times on July 29 that China believes the United Nations should lead anti-terror operations in the Middle East. « China will be more actively involved in these efforts but will never be as involved in Middle East affairs as the United States, » he said.

Voir enfin:
Hezbollah sees Islamic State insurgents as threat to Gulf, Jordan
Tom Perry
Reuters
Beirut Aug 15, 2014

(Reuters) – The Hezbollah leader described the radical Islamist movement that has seized large areas of Iraq and Syria as a growing « monster » that could threaten Jordan, Saudi Arabia, Kuwait and other Gulf states, according to an interview printed on Friday.

In a separate speech, Sayyed Hassan Nasrallah said Islamic State also posed an existential threat to his own nation, Lebanon, the target of an incursion by Islamist insurgents fromSyria this month. He said his heavily armed Shi’ite Muslim group was ready to fight the threat in Lebanon – if required.

The Iranian-backed Hezbollah has been helping Syrian President Bashar al-Assad fight a Sunni Islamist-dominated insurgency that spilled into the Lebanese border town of Arsal on Aug. 2, triggering five days of battles between the Lebanese army and militants including members of Islamic State.

« Here we live, and – if the battle is imposed on us – here we fight and here we will be martyred, » said Nasrallah. Hezbollah said it stayed out of the Arsal battle, wary of inflaming sectarian tensions with Lebanese Sunnis, many of whom have supported the uprising against Assad.

Nasrallah was speaking on the eighth anniversary of the conclusion of Hezbollah’s one-month war with Israel.

Addressing the wider threat to the region from Islamic State, Nasrallah said it could easily recruit in other Arab states where its hardline ideology exists. Even Turkey, the passage for many foreign fighters into Syria, should beware.

« Wherever there are followers of the ideology there is ground for (Islamic State), and this exists in Jordan, in Saudi Arabia, in Kuwait and the Gulf states, » Nasrallah said in the interview with the Lebanese newspaper Al-Akhbar.

Nasrallah, whose group is backed by Shi’ite power Iran, said Islamic State was encountering resistance in some parts of Iraq and Syria. But « it appears that the capabilities, numbers and capacities available to (Islamic State) are vast and large. This is what is worrying everyone, and everyone should be worried. »

Saudi Arabia, a Sunni Muslim monarchy that has been in a state of cold war with Shi’iteIran and its allies, has shown growing signs of alarm about the spread of Islamic State. Last month, it deployed 30,000 soldiers at its border with Iraq.

Saudi Arabia has also been a major sponsor of the anti-Assad uprising.

Hezbollah’s role in Syria has helped Assad beat back the rebellion against his rule in critical areas of the country including Damascus and a corridor of territory stretching north from the capital. But large parts of Syria’s less densely populated north and east have fallen to Islamic State.

« A REAL DANGER »

« This danger does not recognise Shi’ites, Sunnis, Muslims, Christians or Druze or Yazidis or Arabs or Kurds. This monster is growing and getting bigger, » said Nasrallah.

Nasrallah reiterated his defence of Hezbollah’s role in the Syrian conflict, the focus of criticism from Lebanese opponents who say the group has provoked Sunni militant attacks in Lebanon.

Most recently, insurgents including members of Islamic State seized the town of Arsal at the Syrian border, battling the Lebanese army for five days before withdrawing with 19 soldiers and 17 policemen as captives.

Nasrallah said the insurgents would have advanced as far as the Lebanese coast were it not for Hezbollah’s role fighting them in areas of Syria just east of the Lebanese border.

« Going to fight in Syria was, in the first degree, to defend Lebanon, the resistance in Lebanon, and all Lebanese, » he said.

A Hezbollah commander was last month killed in Iraq near Mosul, a city seized by Islamic State in June, suggesting the group may also be helping pro-government forces there.

Hezbollah has not officially announced any role in Iraq.

Nasrallah linked the threat posed by Islamic State to the spread of Wahhabism, a puritanical school of Islam followed in Saudi Arabia that demands obedience to the ruler but which has been widely blamed for fuelling Sunni radicalism.

« (Islamic State) does not have borders. There is a real danger and a real fear among many states and authorities, because one of the advantages of this organisation is its capacity to recruit among followers of al Qaeda-Wahhabi thought, » he said.

(Additional reporting by Laila Bassam; Editing by Mark Heinrich)


Gaza: Désormais, c’est seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence (Where, O death, is your victory? : The strange logic of today’s wars)

13 juillet, 2014

En prenant de facto parti pour le Hezbollah dans sa guerre contre Israël, le personne de certaines organisations de presse parmi les plus prestigieuses du monde révèlent par mégarde une profonde transformation intervenant dans la logique de la guerre.

Quelques exemples de ces actions:

  • Reuters. Adnan Hajj, un photographe indépendant travaillant depuis plus de dix ans pour Reuters, falsifia ses prises de vue pour donner une image plus destructrice des attaques israéliennes sur le Liban et une image plus vulnérable des Libanais. Il retoucha des nuages de fumée résultant de l’explosion de manière à les rendre plus épais et plus noirs et fit poser une femme pleurant la perte de sa résidence détruite par les bombes sur trois sites différents. Reuters licencia Hajj et supprima de ses archives 920 de ses photographies. D’autres recherches effectuées par des bloggeurs révélèrent quatre types d’images frauduleuses diffusées par Reuters, toute exagérant l’agressivité israélienne. Les bloggeurs montrèrent même qu’une image de Reuters avait été mise en scène.
  • BBC. Les responsables de l’édition se mirent en quête de témoignages personnels diabolisant Israël avec cette demande postée sur leurs pages d’actualités: «Vivez-vous à Gaza? Avez-vous souffert des incidents qui se sont produits dans la région? Faites-nous part de vos expériences en remplissant le formulaire ci-dessous. Si vous souhaitez nous parler de vive voix, merci d’ajouter vos coordonnées.»
  • CNN. Une présentatrice du programme international, Rosemary Church, suggéra que les forces israéliennes pourraient abattre les roquettes du Hezbollah en vol mais renoncèrent sciemment à le faire lorsqu’elle demanda à un porte-parole israélien: «Pourquoi Israël n’abat pas ces roquettes en plein vol? Ils ont les moyens de le faire.»
  • Washington Post. De même, le journaliste spécialisé dans les affaires militaires Thomas Ricks annonça en diffusion télévisée nationale que des analystes militaires américains, dont il ne précisa pas l’identité, pensent que le gouvernement israélien «laisse intactes des réserves de roquettes du Hezbollah au Liban, car aussi longtemps qu’ils reçoivent des roquettes, leurs opérations au Liban conservent une sorte d’équivalence morale.» Puis d’expliquer que les souffrances de leurs compatriotes leur procurent «une justification morale».

Toutes ces activités médiatiques se fondent sur une perception selon laquelle les pertes subies et l’image de victimisation favorisent la position des protagonistes de la guerre. Les falsifications d’Adnan Hajj, par exemple, visaient à salir l’image d’Israël et ainsi à créer des dissensions internes, à saper la réputation internationale du pays et à générer des pressions sur le gouvernement l’incitant à cesser ses attaques au Liban.

Mais ce phénomène, avec les deux clans faisant étalage de leurs souffrances et de leurs pertes est opposé à l’usage historique voulant que l’on intimide son ennemi en se montrant féroce, implacable et victorieux. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, par exemple, le Ministère américain de l’information de guerre interdit la publication de films ou de photographies montrant des Américains morts durant les deux premières années des combats et n’infléchit cette politique que légèrement ensuite. Ceci alors que son Bureau cinématographique produisait des films tels que «Notre ennemi – le Japonais» montrant des dépouilles de Japonais et des scènes illustrant leurs privations.

Le fait de proclamer ses propres prouesses et de dénigrer celles de l’ennemi a été la norme au cours des millénaires, comme l’attestent les peintures murales égyptiennes, les vases grecs, la poésie arabe, le dessin chinois, les ballades anglaises et le théâtre russe. Pourquoi les combattants (et leurs alliés médiatiques) renversent-ils aujourd’hui cette pratique séculaire et universelle pour minimiser leurs propres réussites et mettre en exergue celles de l’ennemi?

À cause de la puissance sans précédent dont jouissent les États-Unis et leurs alliés. Comme l’historien Paul Kennedy l’expliquait en 2002, «en termes militaires, seul un acteur compte vraiment». En examinant l’histoire passée, il observe que «cette différence de puissance est absolument unique – rien n’a jamais existé de tel. Rien.» Et Israël, tant par lui-même, comme puissance régionale, qu’en tant que proche allié de Washington, jouit d’une prépondérance comparable vis-à-vis du Hezbollah.

Une telle puissance a pour corollaire que lorsque l’Occident affronte le non-Occident, l’issue de la bataille est connu d’avance. Dès lors, les combats revêtent plutôt l’aspect d’une opération policière que d’une campagne militaire traditionnelle. De même que les interventions des forces de police, les guerres modernes sont jugées en fonction de leur légalité, de la durée des hostilités, de la proportionnalité des forces engagées, de la sévérité des pertes et de l’étendue des dommages causés à l’économie et à l’environnement. Ce sont autant de questions discutables, et qui font effectivement l’objet de débats, à tel point que le centre de gravité clausewitzien s’est déplacé des champs de bataille vers les éditoriaux et les présentateurs de télévision. La perception de la guerre a autant d’importance que son déroulement concret.

Cette nouvelle réalité implique que dans des situations telles que celle des États-Unis en Irak ou d’Israël au Liban, les gouvernements doivent désormais considérer les relations publiques comme faisant partie intégrante de leur stratégie. Le Hezbollah s’est adapté à cette nouvelle donne, mais pas les gouvernements en question.

Voir aussi:

Why Does Hamas Want War?
Daniel Pipes
National Review Online
July 11, 2014

Politicians start wars optimistic about their prospects of gaining from combat, Geoffrey Blainey notes in his masterly study, The Causes of War; otherwise, they would avoid fighting.

Why, then, did Hamas just provoke a war with Israel? Out of nowhere, on June 11 it began launching rockets, shattering a calm in place since November 2012. The mystery of this outburst prompted David Horovitz, editor of the Times of Israel, to find that the current fighting has « no remotely credible reason » even to be taking place. And why did the Israeli leadership respond minimally, trying to avoid combat? This although both sides know that Israel’s forces vastly out-match Hamas’ in every domain – intelligence gathering, command and control, technology, firepower, domination of air space.

The Israeli Air Force has total control of the air space.

What explains this role reversal? Are Islamists so fanatical that they don’t mind losing? Are Zionists too worried about loss of life to fight?

Actually, Hamas leaders are quite rational. Periodically (2006, 2008, 2012), they decide to make war on Israel knowing full well that they will lose on the military battlefield but optimistic about winning in the political arena. Israeli leaders, conversely, assume they will win militarily but fear political defeat – bad press, United Nations resolutions, and so on.

The focus on politics represents a historic shift; the first 25 years of Israel’s existence saw repeated challenges to its existence (especially in 1948-49, 1967, and 1973) and no one knew how those wars would turn out. I remember the first day of the 1967 Six-Day War, when the Egyptians proclaimed splendid triumphs while complete Israeli press silence suggested catastrophe. It came as a shock to learn that Israel had scored the greatest victory in the annals of warfare. The point is, outcomes were unpredictably decided on the battlefield.

The outside world was unaware of Israeli forces having destroyed Egypt’s air force on the ground in 1967.

No longer: The battlefield outcome of Arab-Israeli wars in last 40 years have been predictable; everyone knows Israeli forces will prevail. It’s more like cops and robbers than warfare. Ironically, this lopsidedness turns attention from winning and losing to morality and politics. Israel’s enemies provoke it to kill civilians, whose deaths bring them multiple benefits.

The four conflicts since 2006 have restored Hamas’ tarnished reputation for « resistance, » built solidarity on the home front, stirred dissent among both Arabs and Jews in Israel, galvanized Palestinians and other Muslims to become suicide bombers, embarrassed non-Islamist Arab leaders, secured new United Nations resolutions bashing Israel, inspired Europeans to impose harsher sanctions on Israel, opened the international Left’s spigot of vitriol against the Jewish state, and won additional aid from the Islamic Republic of Iran.

The United Nations Security Council enjoys nothing so much as condemning Israel.

The holy grail of political warfare is to win the sympathy of the global Left by presenting oneself as underdog and victim. (From a historic point of view, it bears pointing out, this is very strange: Traditionally, combatants tried to scare the enemy by presenting themselves as fearsome and unstoppable.)

The tactics of this new warfare include presenting a convincingly emotional narrative, citing endorsements of famous personalities, appealing to the conscience, and drawing simple but powerful political cartoons (Israeli supporters tend to excel at this, both in the past and now). Palestinians get even more creative, developing the twin fraudulent techniques of « fauxtography » for still pictures and « Pallywood » for videos. Israelis used to be complacent about the need for what they call hasbara, or getting the message out, but recent years find them more focused on this.

Hilltops, cities, and strategic roadways matter supremely in the Syria and Iraqi civil wars, but morality, proportionality, and justice dominate Arab-Israeli wars. As I wrote during the 2006 Israel-Hamas confrontation, « Solidarity, morale, loyalty, and understanding are the new steel, rubber, oil, and ammunition. » Or in 2012: « Opeds have replaced bullets, social media have replaced tanks. » More broadly, this is part of the profound change in modern warfare when Western and non-Western forces fight, as in the U.S.-led wars in Afghanistan and Iraq. In Clausewitzian terms, public opinion is the new center of gravity.

All this said, how fares Hamas? Not well. Its battlefield losses since July 8 appear higher than expected and worldwide condemnations of Israel have yet to pour in. Even the Arabic media are relatively quiet. If this pattern holds, Hamas might conclude that raining rockets on Israeli homes is not such a good idea. Indeed, to dissuade it from initiating another assault in a few years, it needs to lose both the military and the political wars, and lose them very badly.

Mr. Pipes (DanielPipes.org) is president of the Middle East Forum. © 2014 by Daniel Pipes. All rights reserved.


July 11, 2014 addenda: (1) Great minds think alike and Caroline Glick has an article just out, « Hamas’s (and Iran’s) fail-safe strategy, » that asks the same question I do above:

What is Hamas doing? Hamas isn’t going to defeat Israel. It isn’t going to gain any territory. Israel isn’t going to withdraw from Ashkelon or Sderot under a hail of rockets. So if Hamas can’t win, why is it fighting?

Her answer is somewhat along the same lines as mine: She contrasts the generally favorable conditions Hamas enjoyed when it took over Gaza in 2007 (« All was good ») with the many problems it faces today, mentioning the governments of Egypt and Syria, the Palestinian Authority, ISIS, and even the Arab Bank. Given these difficult circumstances,

it was just a matter of time before Hamas opened a full-on assault against Israel. Jew-hatred is endemic in the Muslim world. Going to war against Israel is a tried and true method of garnering sympathy and support from the Muslim world. At a minimum it earns you the forbearance, if not the support of the US and Europe. And you get all of these things whether you win or lose.

In other words, Glick and I agree on the political goals; but she places more emphasis than me on Hamas’ problems. I prefer to see war with Israel as a standing option that Hamas chooses to take up for its own internal reasons whether circumstances are good (as in 2008 and 2012) or bad (as in 2014).

(2) Confirmation about Hamas engaging in a political war from the Christian Science Monitor: It finds that « The movement’s popularity is skyrocketing » despite a long list of woes, which it enumerates.

All that is forgotten amid the bursting of rockets. « Even those, like me, who were all the time criticizing Hamas … now we have to raise up our hats, » says Talal Okal, a political independent who pens a column for the Al-Ayyam newspaper.

Fadwa al-Lolo, a 30-something hair stylist with a villa, fancy car, and three salons, is an unlikely cheerleader for Hamas – especially since she says she is opposed to wars and the death and destruction they bring. But she applauds the Islamist movement for its unprecedented challenge to Israel’s presence in historic Palestine. « I feel proud that after 60 years of [Israel] raping our lands we have an army, an army that can hit Israel, » says Ms. al-Lolo, who lives in Gaza City. « None of the Arab armies could do what we have done to Israel. »

July 12, 2014 update: Avi Issacharoff, the Times of Israel‘s outstanding Middle East analyst, asked an unnamed « pundit who resides in Gaza » what Hamas hoped to achieve when it started the current round of fighting with Israel. The reply complements and amplifies my point above about it being a political war:

First and foremost, [Hamas leaders seek] to forge new relations with Cairo. They have named this war « The Tenth of Ramadan. » Do you know which other war had the same name? The Yom Kippur War. « This is a gift for the Egyptian army, » they said. They even demand that the injured be evacuated to Egypt for treatment. At the end of the day, they want the Rafah crossing to open and to build a new relationship with the president, Abdel Fattah el-Sissi. Until now, Hamas has been isolated. They can’t leave Gaza at all. There are no more tunnels [for smuggling material in the Strip, which have been closed down by Egypt]. The prices just rise and rise, and the reconciliation has hurt them.

Now, this is their way of changing the equation. Since the Israeli strikes began, they have won great popularity on the Palestinian street: they have managed to shoot at Tel Aviv, as only Saddam Hussein had done before them. They have fired at the Dimona reactor, at Haifa. Little Hamas has been able to drive five million Israelis into bomb shelters. In the eyes of the average Gazan, this is a huge achievement. In the meantime, they go on doing whatever they want. Even the Palestinian Authority officials (whose salaries are paid by Abbas) have been afraid to approach the banks after armed militants shot at the ATMs and banks from which they collected their salaries. … They [Hamas] will want to set up a new government, after it is all over. They want to be on the map again, not to be those who surrendered to Abbas and Israel. »

Voir également:

Column One: Hamas’s (and Iran’s) fail-safe strategy
Caroline B. Glick
Jerusalem Post
10/07/2014

Peace can only come to Israel and its neighbors when the Muslim world liberates itself from its hatred of Jews.

What is Hamas doing? Hamas isn’t going to defeat Israel.

It isn’t going to gain any territory. Israel isn’t going to withdraw from Ashkelon or Sderot under a hail of rockets.

So if Hamas can’t win, why is it fighting? Why rain down destruction and misery on millions of Israelis with your Iranian missiles and your Syrian rockets and invite a counter-assault on your headquarters and weapons warehouses, which you have conveniently placed in the middle of the Palestinian people on whose behalf you are allegedly fighting? Hamas is in a precarious position. When the terror group took over Gaza seven years ago, things were different.

It had a relatively friendly regime in Cairo that was willing to turn a blind eye to all the missiles Iran, Syria and Hezbollah were sending over to Gaza through Sinai.

Hamas’s leaders were comfortably ensconced in Damascus and enjoyed warm relations with Saudi Arabia and Iran.

International funds flowed freely into Hamas bank accounts from Fatah’s donor-financed Palestinian Authority budget, through the Arab Bank, headquartered in Jordan, through the UN, and when necessary through suitcases of cash transferred to Gaza by couriers from Egypt.

Hamas used these conditions to build up the arsenal of a terror state, and to keep the trains running on time. Schools were open. Government employees were paid. Israel was bombed. All was good.

Today, Hamas, the Palestinian branch of the Muslim Brotherhood, faces an Egyptian regime that is locked in a life-and-death struggle with the Brotherhood. To harm Hamas, for the past year the Egyptians have been blocking Hamas’s land-based weapons shipments and destroying its smuggling-dependent economy by sealing off the cross-border tunnels.

Syria and Hamas parted ways at the outset of the Syrian civil war when Hamas, a Sunni jihadist group, was unable to openly support Bashar Assad’s massacre of Sunnis.

Fatah has lately been refusing to transfer payments to Hamas due to congressional pressure to cut off the now-illegal flow of aid to the joint Fatah-Hamas unity government.

As for Hamas’s banker, stung by terror victim lawsuits, the Arab Bank now refuses to transfer monies to Hamas from third parties. The UN is also hard-pressed to finance the terror group’s bureaucracy.

In Gaza itself, al-Qaida affiliates including ISIS (now renamed the Islamic State) have seeded themselves along with the Iranian proxy Islamic Jihad. These groups challenge Hamas’s claim to power. Lacking the ability to pay government employee salaries, Hamas is hard-pressed to keep its rivals down.

Given these circumstances, it was just a matter of time before Hamas opened a full-on assault against Israel.

Jew-hatred is endemic in the Muslim world. Going to war against Israel is a tried and true method of garnering sympathy and support from the Muslim world. At a minimum it earns you the forbearance, if not the support of the US and Europe. And you get all of these things whether you win or lose.

When Saddam Hussein shot 39 Scud missiles at Israel during the 1991 Gulf War, he didn’t attack because he thought doing so would destroy Israel. He attacked Israel because he was trying to convince the Arab members of the US-led international coalition to abandon the war against him.

Moreover, when Saddam launched the Scuds against Israel, he knew that Israel wouldn’t be able to retaliate. He knew that the US would force Israel to stand down in order to maintain the support of his Jew-hating fellow Arabs in its coalition.

So attacking Israel was a freebie that he only stood to gain from.

In 200 when Hezbollah initiated the Second Lebanon War, its leaders also didn’t think for a second that their group would conquer Israel. But by attacking the hated Jews, they were able to present themselves and their Iranian bosses as the guardians of the Muslims worldwide.

Then there was the US’s response.

As it protected Saddam from Israel in 1991, so in 2006, the US gave Hezbollah the upper hand in the war. Then-secretary of state Condoleezza Rice forced Israel to accept a cease-fire with Hezbollah that placed the illegal terror group on equal legal and moral footing with Israel.

This US legitimization of Hezbollah enabled the Iranian proxy to intimidate its Sunni and Christian compatriots in Lebanon and coerce them into accepting effective Hezbollah control over the entire state.

As for Hamas, from the outset of Hamas’s previous missile campaigns in 2009 and 2012, the Obama administration made it clear to Israel that it would not tolerate Israeli strikes that were sufficiently comprehensive to wipe out Hamas’s capacity to continue attacking Israel. In other words, President Barack Obama chose to protect Hamas – an illegal terrorist organization, waging a war of indiscriminate, criminal missile strikes against Israeli civilians – from Israel.

Today, Hamas has every reason to take heart from the responses it has received from its current offensive.

In the internal Palestinian arena, Fatah, Hamas’s partner in the Palestinian Authority unity government, is standing shoulder to shoulder with Hamas.

As The Jerusalem Post’s Khaled Abu Toameh reported, Fatah militias in Gaza are actively participating in the Hamas-led missile campaign against Israel. Fatah terrorists have boasted shooting dozens of rockets and mortar shells at Ashkelon and Sderot.

On Wednesday, Palestinian Media Watch reported that Fatah posted a placard proclaiming that the military wings of Fatah, Hamas and Islamic Jihad are “brothers in arms” united by “one God, one homeland, one enemy and one goal.”

Fatah chief Mahmoud Abbas is Hamas’s diplomatic champion. Indeed, his wild accusations against Israel have moved from the realm of exaggeration to rank incitement that raises concern he is planning to open a second front against Israel from Judea and Samaria.

Although Egypt has still not indicated any willingness to support Hamas, the longer Hamas continues attacking Israel, the more difficult it will become for Egypt to seal off the border between Gaza and Sinai. Hamas’s war strengthens the Muslim Brotherhood in Egypt.

Then there is the Obama administration.

Obama administration spokesmen have been issuing prepared statements blaming the hostilities on Hamas and mouthing support for Israel while praising its restraint. But at the same time, they have been transmitting messages which indicate that Obama is more intent than ever to give Hamas a victory even as it continues to rain down terror on Israel.

As Tel Aviv, Hadera and Jerusalem absorbed their first missile salvos from Gaza on Tuesday, Obama’s Middle East envoy Philip Gordon spoke at Haaretz’s “peace” conference.

It was a jaw dropping performance.

Gordon blamed Israel for the failure for the administration’s efforts to broker a peace deal between Israel and the PLO while effusively praising Fatah leader and Hamas partner Abbas.

And it only went down from there.

After insisting Israel is inadequately committed to peace, Gordon threatened to withdraw US support for Israel at the UN and open the door to the criminalization of Israel by the corrupt international body.

“How will we prevent other states from supporting Palestinian efforts in international bodies, if Israel is not seen as committed to peace?” he asked rhetorically.

Gordon’s remarks were not disputed by the State Department.

And State Department spokespersons themselves have continued to insist – absurdly – that Hamas is not a member of the Fatah-Hamas unity government.

From Hamas’s perspective, the Obama administration’s response to its aggression is an invitation to keep going. Gordon’s speech allayed any concerns they may have had regarding how the US would respond.

Hamas now knows that the US will coerce Israel into standing down while Hamas is still standing, and so enable the jihadists to claim victory and place Egypt in a bind.

And as with Hamas, so with Hamas’s Iranian sponsors.

On July 20, the US and its partners are supposed to conclude a nuclear deal with Iran.

Many Western experts and even some Israeli ones insist that Iran’s nuclear weapon program is not a serious threat to Israel because Iran’s primary aspirations have little to do with Israel. Iran, they say, wants nuclear weapons in order to dominate the Persian Gulf, and through it, the Muslim world as a whole. Iran’s targets, it is argued, are Mecca and Medina, not Jerusalem and Tel Aviv.

While this is probably true, it is certainly irrelevant for Israel’s strategic assessment.

The same dynamics that inform Hamas’s decision to launch its offensives against Israel inform Iran’s thinking about how it will use a nuclear arsenal. Iran would not attack Israel with nuclear weapons because it wishes to conquer Israel per se. Iran would attack Israel with nuclear weapons because doing so would give it a massive public relations boost in its campaign to dominate the Persian Gulf generally, and Saudi Arabia in particular.

In other words, far from being a hindrance to accomplishing its central goal, Iran views attacking Israel as a means of advancing it.

Unfortunately for Israel, just as the US has made clear that it opposes Israel taking any offensive steps to destroy Hamas’s capacity to rain terror on its citizens, so the Obama administration, through word and deed, has made clear that it will defend Iran and Iran’s nuclear weapons program from Israel.

The talks that are set to conclude next week can only bring about bad or worse results for Israel. In recent days and weeks, Iranian leaders have said that the only deal they will sign is one that will facilitate their nuclear weapons program by giving international license to their massive uranium enrichment activities. So if a deal is concluded, it will give the imprimatur of the US, the UN and the EU to a nuclear-armed Iran.

If no deal is concluded, the Obama administration will undoubtedly continue to protect Iran’s nuclear installations from Israel in the hopes of concluding an agreement with Iran at a later date, perhaps after the congressional elections in November.

In an op-ed in Haaretz published this week, Obama wrote, “While walls and missile defense systems can help protect against some threats, true safety will only come with a comprehensive negotiated settlement. Reaching a peace agreement with the Palestinians would also help turn the tide of international sentiment and sideline violent extremists, further bolstering Israel’s security.”

Unfortunately, Obama misses the point completely. As the dozen agreements Israel already signed with the Palestinians show, pieces of paper are meaningless if they don’t reflect the underlying sentiments of the populations concerned.

Peace can only come to Israel and its neighbors when the Muslim world liberates itself from its hatred of Jews. Until that happens, everyone from Hamas to Hezbollah to Fatah to al-Qaida to Iran and beyond will continue to view attacking Israel as the best way to make a name for themselves in the world, and the best way to get the attention – and support – of the West.

Voir encore:

As Hamas takes on Israel, not all in Gaza are cheering (+video)
Hamas’s popularity is soaring with every rocket launch, but some Palestinians say they are bringing destruction upon Gaza for their own political interests.
Ahmed Aldabba, Correspondent Christa Case Bryant, Staff writer
The Christian Science Monitor
July 11, 2014

Gaza City, Gaza; and Jerusalem — The surge in popularity Hamas receives each time it unleashes rockets on Israel is predictable by now. The frustration voiced by Palestinians in Gaza who blame Hamas for pursuing its own interests while their homes get reduced to rubble is less expected.

The destruction wrought by Israeli airstrikes in this latest escalation, which some see as a Hamas attempt to deflect attention from its increasing woes, has embittered Gazans like Abu Shadi al-Wehedi.

“The timing reveals everything. Hamas is suffering politically and financially and every Palestinian knows that the wars bring money. After every war donations pours into Gaza,” says Mr. al-Wehedi, a taxi driver whose home was badly damaged when Israel bombed his Hamas neighbor.

“After the strike, Hamas officials came to check on their colleagues to support financially and morally, but none of them has even asked about what happened to my family and house,” he says. “I have worked hard for 14 years to build this house, and it was destroyed in a fraction of a second. I and my seven children are homeless now.”

While Israel says it tries to limit civilian casualties through a combination of precise technology, warning leaflets, and telephone calls to families whose homes will be bombed imminently, at least 69 of those killed so far were civilians, according to a detailed report from the Gaza-based Al Mezan Center for Human Rights. More than 400 homes have been destroyed, it added. Israel blames Hamas militants for making civilian deaths unavoidable since they operate in densely populated areas.

Reputation repair

Hamas tried to keep a lid on rocket fire from other militant groups after it reached a cease-fire with Israel in November 2012, partially in a bid to reconcile with Fatah in the West Bank, which officially abandoned violence years ago. That restraint dented Hamas’s street cred as a resistance movement.

Now, as rockets set off sirens in Israel’s biggest cities, it is rapidly repairing that dent.

“The Israelis only understand the language of power, we have been negotiating with them for decades, but negotiations did not work because of Israel’s procrastination,” says Hammam Ahmed, a businessman from Gaza City, who hopes the fighting will pressure Israel and Egypt to open the border crossings to freer movement of goods and people. “I never loved Hamas, and never will, but I really admire them. They die to let people live. »

The movement’s popularity is skyrocketing. Never mind that it has lost key patrons in Iran, Syria, and Egypt’s Muslim Brotherhood, or that it had been backed into a corner by its secular rival Fatah and forced to sign a reconciliation agreement that severely limits its power. Never mind that its officials introduced strict and sometimes bizarre restrictions on Gazans during its seven-year reign, including a ban on mohawk hairstyles and baggy pants, and were increasingly resented as the one-time resistance heroes struggled to shine in the spotlight of governmental responsibility. Or that Egypt and Israel cracked down harder on the movement of goods into the tiny territory during the militant group’s rule, driving up fuel and food prices as well as unemployment.

All that is forgotten amid the bursting of rockets.

“Even those, like me, who were all the time criticizing Hamas … now we have to raise up our hats,” says Talal Okal, a political independent who pens a column for the Al-Ayyam newspaper.
‘Resistance’ pride

Fadwa al-Lolo, a 30-something hair stylist with a villa, fancy car, and three salons, is an unlikely cheerleader for Hamas – especially since she says she is opposed to wars and the death and destruction they bring.

But she applauds the Islamist movement for its unprecedented challenge to Israel’s presence in historic Palestine.

“I feel proud that after 60 years of [Israel] raping our lands we have an army, an army that can hit Israel,” says Ms. al-Lolo, who lives in Gaza City. “None of the Arab armies could do what we have done to Israel.”

While Iraqi leader Saddam Hussein rained 39 Scud missiles on the Tel Aviv area during the 1991 Gulf War, and Lebanon’s Hezbollah movement showered rockets across northern Israel in 2006, Hamas’s barrage of more than 550 rockets this week has put 5 million of Israel’s 8 million citizens at risk.

It’s not that people like al-Wehedi, the taxi driver, are against “resistance,” the shorthand here for violent tactics of undermining Israeli occupation. It’s more that they fault Hamas for lacking a strategy that will promote Palestinian national interests.

“I’m a supporter of resistance, but it must be coordinated with the political leadership in order to get good results,” says an unemployed accountant and father of three. “But starting a war with Israel without an agreement among the Palestinian factions a is a big mistake.”

Voir enfin:

Gazans set to pay heaviest price for Hamas’s ‘Tenth of Ramadan’ war
In the coastal strip, they marvel that little Hamas has been able to drive five million Israelis into bomb shelters. But when this conflict is over, they may be less inclined to support the Islamists
Avi Issacharoff
The Times of Israel
July 11, 2014

A few days earlier, in the quarter-final stage, Gaza’s beachside cafes had been packed with men who had come to watch the games and puff away on hookahs on the seashore. But on Tuesday, and then again the following day, when the second semi-final was played, the residents of Gaza stayed in their homes for fear of Israeli airstrikes.

With unemployment soaring at 44 percent and acute poverty that afflicts nearly two-thirds of the population of the coastal territory, despair has not become any easier to bear in the Strip.

One pundit who resides in Gaza joked while speaking to me on the phone from there that “people sank even deeper into despair after the first game, as the majority here supports Brazil.”

He also said the average Gazan blames Israel for the latest escalation.

“The people here think that [Prime Minister Benjamin] Netanyahu is using the kidnapping [and killing of three Israeli teenagers last month, allegedly by Hamas] to end the negotiations with [Palestinian Authority President Mahmoud] Abbas and harm the reconciliation and Hamas. So far, Netanyahu has achieved both objectives – to strike at the reconciliation and end the talks with the Palestinian Authority.”
An Israeli soldier sleeps on an ammunition box near an 155mm artillery canon stationed along the southern Israeli border with the Gaza Strip, Friday, July 11, 2014. (photo credit: Jack Guez/AFP)

An Israeli soldier sleeps on an ammunition box near an 155mm artillery canon stationed along the southern Israeli border with the Gaza Strip, Friday, July 11, 2014. (photo credit: Jack Guez/AFP)

I asked him what Hamas wanted to achieve. After all, it had started the escalation.

“First and foremost, to forge new relations with Cairo,” he said. “They have named this war ‘The Tenth of Ramadan.’ Do you know which other war had the same name? The Yom Kippur War. ‘This is a gift for the Egyptian army,’ they said. They even demand that the injured be evacuated to Egypt for treatment. At the end of the day, they want the Rafah crossing to open and to build a new relationship with the president, Abdel Fattah el-Sissi.”

“Until now, Hamas has been isolated,” he went on. “They can’t leave Gaza at all. There are no more tunnels [for smuggling material in the Strip, which have been closed down by Egypt]. The prices just rise and rise, and the reconciliation has hurt them. Now this is their way of changing the equation. Since the Israeli strikes began, they have won great popularity on the Palestinian street: they have managed to shoot at Tel Aviv, as only Saddam Hussein had done before them. They have fired at the Dimona reactor, at Haifa. Little Hamas has been able to drive five million Israelis into bomb shelters. In the eyes of the average Gazan, this is a huge achievement. In the meantime, they go on doing whatever they want. Even the Palestinian Authority officials (whose salaries are paid by Abbas) have been afraid to approach the banks after armed militants shot at the ATMs and banks from which they collected their salaries.”

According to this Gaza pundit, the aggressive Israeli offensive and the harming of innocents have only served to bolster popular support for the Islamist rulers of the strip.
Palestinian relatives of eight members of the Al Haj family, who were killed in a strike early morning, grieve in the family house during their funeral in Khan Younis refugee camp, southern Gaza Strip on Thursday, July 10, 2014. (AP Photo/Khalil Hamra)

Palestinian relatives of eight members of the Al Haj family, who were killed in a strike early morning, grieve in the family house during their funeral in Khan Younis refugee camp, southern Gaza Strip on Thursday, July 10, 2014. (AP Photo/Khalil Hamra)

“They will want to set up a new government, after it is all over. They want to be on the map again, not to be those who surrendered to Abbas and Israel.”

And yet, it is not at all certain that Hamas invested much thought in the decision to go to war. Yes, it is evident that they prepared ahead of time for such a scenario by identifying precise shooting targets and planning special operations. But even in our region, such a decision is usually preceded by numerous high-level discussions, foreword planning and possibly also an exit strategy. The aggressor will generally have clear objectives for his decision to instigate the violence, relating to the enemy against whom he is fighting.

But the latest confrontation between Hamas and Israel exposes a phenomenon that is not as well known in our region: It’s the case of a semi-military terrorist entity, Hamas, going to war against a stronger enemy, Israel, not to cause it to accede to its demands, but to cause a third and fourth entity to accede to them. Hamas has dragged itself into war without devoting too much thought to its exit strategy. Its key hopes are that Egypt will change its attitude toward it, and that it will finish off Palestinian reconciliation efforts once and for all.

Israel, it would seem, has been drawn against its will into Hamas’s fight for survival against Egypt and the Palestinian Authority.

Why now?

The deliberate escalation of rocket fire toward Israel in the days before the fighting began seems like an improvisation born of Hamas’s understanding of the changing reality. And if we take a moment to try to reflect on what has taken place here in the last few weeks, it becomes evident that Hamas is acting ad-hoc, without a strategic plan.

First came the kidnapping and killing of the three Israeli teens by a Hamas cell in Hebron. Israel doesn’t have proof that the leadership of the organization in the Gaza Strip or abroad was behind the act, but it is clear that an as-yet unseen hand invested significant resources and funds in the attack, apparently with the intention of taking Israelis hostage and negotiating with Israel for their release.

The abductions led to an expansive IDF operation in the West Bank targeting the Hamas infrastructure there, both military and civil. Hundreds of Hamas members were arrested, financial institutions were closed down and, worst of all for Hamas, over 50 Hamas members who were released in the prisoner exchange deal to free kidnapped IDF soldier Gilad Shalit in 2011 were re-arrested by Israeli security forces. Hamas’s great achievement, the release of 1,027 prisoners in exchange for a single Israeli soldier just under three years ago, was undermined by Israel’s decision to punish the organization for the latest kidnapping and killing by arresting its men.

But there were two other main factors that led Hamas to go to war against Israel. Abbas’s message to the organization in the aftermath of the kidnapping was blunt: when we figure out who is behind the teens’ deaths, we will punish the perpetrators. And then there was the ongoing standoff with Egypt — the tunnels closed off and the government in Cairo treating Hamas like a band of terrorists who compromised Egypt’s security and forced a blockade on Gaza.

And yet, right up until the killing of 16-year-old Shuafat resident Muhammad Abu Khdeir on July 2, it was not apparent that Hamas was interested in an escalation of violence. The prevalent attitude in the defense establishment in the past few years, right up until Monday, was that the leadership of the organization in Gaza sought to hold onto its control of the Strip by any means necessary.

It is possible that the reaction to Khdeir’s murder of Arab Israelis, coupled with the fierce clashes in East Jerusalem, led the Hamas leadership in Gaza and abroad to realize it now had an opportunity to seize the momentum created by all those Palestinians who wanted revenge, to ride the waves of their admiration. It may also have been the usual arrogance shown toward Israel by Hamas and Hezbollah — in other words, the assumption that firing rockets at Israel would not trigger too aggressive a reaction due to Jerusalem’s fear of sliding into war (echoing Hezbollah secretary-general Hassan Nasrallah’s “spider web” theory from 2000, which claimed that Israel was unable to stomach war despite its military might).

Apparently, Hamas’s assumption was that in fighting Israel, the organization would be able to win support on the Palestinian street and effect a change in Egypt’s attitude toward it — resulting in the opening of the Rafah crossing and eventually, after the current round of fighting would be over, the establishment of a new government in the West Bank that would comprise a plethora of groups and movements, enjoy Cairo’s cooperation and, to take the cake, leave Abbas stranded in the Muqata in Ramallah as the Palestinian street viewed him as a collaborator with Israel.

Hamas’s terms for a comprehensive ceasefire were relayed for the first time as early as Sunday, revealing that what it wanted was an escalation. There were conditions on the list that had nothing at all to do with Israel, such as lifting the blockade on Gaza (opening the Rafah crossing). But meanwhile, in the Kirya in Tel Aviv, the top brass of the Israeli defense establishment had yet to realize that something had changed, that a decision had been made by Hamas to start an all-out war. Indeed, it was only on Monday night that Israel realized Hamas was no longer in the same state of mind that had characterized it in recent years, and was now pushing for an escalation.
Prime Minister Benjamin Netanyahu (C), Defense Minister Moshe Ya’alon (R), and IDF Chief of Staff Benny Gantz seen during a meeting in the situation room of the Israeli Air Force on Thursday, July 10, 2014, the third day of Operation Protective Edge. (photo credit: Ariel Hermoni/Defense Ministry/Flash90)

Prime Minister Benjamin Netanyahu (C), Defense Minister Moshe Ya’alon (R), and IDF Chief of Staff Benny Gantz seen during a meeting in the situation room of the Israeli Air Force on Thursday, July 10, 2014, the third day of Operation Protective Edge. (photo credit: Ariel Hermoni/Defense Ministry/Flash90)

Gershon Baskin, who mediated between Hamas and Israel to secure the Shalit deal, apparently tried in the past few days to negotiate a temporary ceasefire. Baskin, who cannot be suspected of being a sympathizer of the Israeli Right, wrote about his efforts on his Facebook page.

In a conversation with me on Wednesday, he emphasized time and again that “It is clear to me that they (Hamas) don’t want a ceasefire. When the escalation began, they had an opportunity to relay their terms to Israel through Abbas. They claimed that they did not kidnap the three [teens] and had nothing to do with it. Okay, let’s say they didn’t. And they claimed that Israel took advantage of the situation to hurt them. You can accept that statement, or you can reject it.

“But they wanted to instigate a response. They knew that an Israeli offensive against Gaza would improve their public standing. They also knew that in light of the differences of opinion within Hamas, the only thing that would unite them all would be a conflict with Israel. And that the more heavy-handed Israel’s attacks against them would be, the stronger they would become.
Hamas leader Khaled Mashaal addresses the crowd during a rally at the Yarmouk refugee camp near Damascus, Syria, on Friday Nov. 5, 2010. (photo credit: Bassem Tellawi/AP)

“Before the escalation began,” Basin went on, “I tried to convince them that Netanyhau is serious this time, and that he might initiate a ground operation. That was why I suggested that they agree to stop the rocket fire for 24 hours, that was all, without getting anything in return. During that time, they were to have relayed their terms to Israel through Abbas. It would not have done any harm. My message reached even [Hamas political chief] Khaled Mashaal, but there was no answer. Instead, they stepped up the rocket fire. Now they are saying that they demand the release of the hundreds of prisoners who were arrested in the IDF operation that followed the teens’ kidnapping, particularly those who were released in the Shalit exchange and re-arrested.”

Baskin said that in the political and military wings of Hamas, there are personages who are unhappy with the reconciliation with Abbas and don’t want it to take place. It is possible, he said, that the escalation is their way of shrugging off the reconciliation pact.
Haifa, city of the future

Meanwhile, on Wednesday evening, during a speech in Qatar, Mashaal declared war. His speech contained a considerable measure of haughtiness and arrogance, as well as an empty promise that “if the occupation doesn’t end, Haifa will be bombed.”

What exactly was Mashaal trying to say? It’s hard to tell. He mostly repeated catchphrase after catchphrase, without elaborating on Hamas’s terms for a ceasefire.
Hezbollah leader Sheik Hassan Nasrallah speaks via a video link in January. (file photo; photo credit: AP/Bilal Hussein)

Hezbollah leader Sheik Hassan Nasrallah speaks via a video link in January 2013. (file photo; photo credit: AP/Bilal Hussein)

To a large extent, his speech reminded me of Nasrallah’s hubris at the start of the Second Lebanon War in 2006, when, still giddy from the kidnapping of IDF soldiers Eldad Regev and Ehud Goldwasser, he bragged again and again of his organization’s exceptional abilities, rising up to superstardom in Lebanon and other Arab states. It was only after the war had ended that he acknowledged his mistake, and his standing in the Arab public began to slowly ebb.

It remains to be seen how the current clashes in Gaza will play out. Mashaal will probably stay in the Qatari capital of Doha, safe and sound, while the Hamas leadership hiding in tunnels underneath Gaza will survive unscathed. The rockets will continue to fall all over Israel, in the south, in Gush Dan and north of there.

But the heaviest price will be paid by the Gazan public, the public currently embracing Hamas. In an echo of the aftermath of the 2006 war, they are unlikely to continue to embrace Hamas after the ceasefire, when they find out that almost nothing has changed, and certainly nothing for the better. Gaza, it would seem, will still be Gaza after this war, too.

Voir de plus:

On the Israeli Police Beating of a Palestinian, and Other Crimes
Countries are judged on how they police their police
Jeffrey Goldberg
The Atlantic
Jul 8 2014

The torture and murder by fire in Jerusalem of Muhammad Abu Khdeir, allegedly by a gang of Israeli hooligans, initially prompted in me a desire to say, « But, » but then this short piece, by Rabbi David Wolpe, of Sinai Temple in Los Angeles, came over the wire:

Please, please don’t say ‘but.’ The words after ‘but’ invalidate everything that comes before—“He’s a nice person, but he does steal from the company.” You see? “But” is a meaning duster, sweeping all that precedes it.

So everyone who has written condemning the murder of Muhammad Abu Khdeir, and then goes on to say “but of course” Palestinian society does not condemn their own murders, or Israel is raising up in anguish, or anything else, is missing the point. The point is to be ashamed and to grieve, not to use this murder to prove we are nonetheless better, or they are nonetheless guiltier.

When we beat our chests on Yom Kippur, we do not say before God, “But the man in the seat next to me is far worse.” That is not contrition; it is self-justification disguised as repentance. At a time of national self soul-searching it is too facile and false to use a Jewish crime as a stick to beat our enemies. Jews did this. Blind hatred did this. We should look inside, and be ashamed.

And so, no « but. » Except for this semi-unrelated one:

But I think that while the murder of 16-year-old Muhammad Abu Khdeir is a terrible crime, the non-fatal beating of his cousin, the Palestinian-American teenager Tariq Khdeir, by Israel’s Border Police, is, in one way, more consequential. Obviously, murder is the ultimate crime, but this murder was committed, we believe, by thugs operating independent of state authority. The beating of Tariq Khdeir was conducted by agents of the state. We judge countries not on the behavior of their criminal elements, but on 1) how they police their criminal elements; and 2) how they police their police. Those of you who have seen images of the beating of Tariq Khdeir know that this assault represents a state failure.

Unfortunately, this is not a one-off failure. On too many occasions, Israeli police officers and soldiers have meted out excessive punishment to Palestinians in custody. I’ve witnessed some of these incidents myself, both as a reporter and as a soldier. More than two decades ago, I served in the Israeli military police at the Ketziot prison camp, by Israel’s border with Egypt. This was during the first Palestinian uprising (which is remembered now, of course, as the « good » uprising, of stone-throwing and Molotov cocktails, rather than suicide bombers) and the prison held roughly 6,000 Palestinians, many of them street fighters, but many from the leadership of the uprising as well. It was at the prison that I witnessed—and broke up—one of the more vicious beatings I have ever seen. I wrote about this incident, and others, in my book about my time in Ketziot, Prisoners: A Story of Friendship and Terror. Rather than summarize my account of this beating, I’m going to post the account straight from the book. It starts when I come across a friend of mine, a fellow soldier, named Yoram, trying to beat senseless a Palestinian man called Abu Firas:

Abu Firas was a disagreeable and smug man, but his sourness was not a mortal sin. Yoram, whom I knew to be gentle but at that moment had blood in his face, was beating Abu Firas on the head with the handset of an army radio. The handset weighed five or six pounds, and it was sharp-edged. Abu Firas was hurt. Most men taking a beating like this would scream blue murder, but Abu Firas didn’t. I was impressed. Yoram didn’t stop when I came upon him. I took hold of his arm, knocking the radio to the ground.

Yoram was a religious Jew, and his kippah, knit and multicolored in the style of the modern Orthodox, stayed pinned to his head through his exertions. It was quite a sight—a yeshiva Jew, a God-fearer, delivering a bloody beating.

You don’t understand,’ Yoram said, gasping for breath. “You don’t understand.”

Abu Firas was on his knees, grabbing at his head. His hair shone with blood. He was barely coherent. He pleaded for water. Yoram tried to jack Abu Firas up onto his feet, but he couldn’t move. Yoram, still panting, didn’t tell me what it was I didn’t understand.

(snip)

“What the fuck are you doing?” I asked Yoram.

We stared at each other. Yoram looked as if he were ready to take a swing.

Abu Firas sat on the ground, watching now, his pain salved by the spectacle of two Jews at daggers drawn.

“Don’t be a manyak,’ Yoram said. A manyak is an asshole.

How am I a manyak?

“Get this dog out of here,” he said, pointing to Abu Firas.

Abu Firas, who evidently understood Hebrew, spit out, ‘Cus amak,’ at Hebrew. Yoram lunged for him. Cus amak means ‘your mother’s cunt’ in Arabic.

I held Yoram back. I told Abu Firas to move. Then I went in search of someone to take Abu Firas to the infirmary. I found another military policeman, and handed off the wobbling prisoner, who was by now bleeding on me, “He fell,” I lied.

Yoram was not, in my experience, a sadist. He was an appealing person, usually. His parents were refugees from North Africa, a typical Sephardic family, as he described it. They kept kosher, and went to soccer matches on Shabbat. Yoram was kind, not coarse, and patient. Native-born Israelis are blessed with many qualities, but politesse and patience are not among them. That is why the beating surprised me; Yoram did not have a tripwire Middle Eastern temper.

The beating, I deduced, was prompted by something Abu Firas said. The prison had been especially tense in the first months of 1991. Yoram lived in Tel Aviv, which was, for a time, the target of Iraqi Scud missiles (Saddam Hussein was desperately trying to draw Israel into the Gulf War as a way of splitting the coalition arrayed against him). Abu Firas, in the course of a petty argument about some minor procedural matter, told Yoram that he would ask Allah to help Saddam burn Yoram’s family to death. The Palestinian prisoners did not keep their opinions of Saddam’s efforts to themselves. At night, when the air raid sirens warned of an incoming Scud, the prisoners in their tents would let out a roar of approval. “Ya ya, Saddam,” they would sing, and sometimes ,when their sap was high, “Falastin baladna, wa Yahud kalabna, » « Palestine is our land and the Jews are our dogs.” They wouldn’t stop until we threatened to fill their tents with tear gas.

Okay, so Abu Firas is an asshole, I told Yoram. What’s the big deal?

“Don’t you understand, Yoram asked. “You can’t let them talk to you that way. »

So what if he curses you? It’s the game. His role is to provoke you, yours is to ignore him. I kept going: Beating a man won’t solve anything. It just drives the hatred deeper inside him.

I was embarrassed for Yoram. I thought we were the same, but I realized at that moment that were different, crucially: Unlike Yoram, I never hit a Palestinian who wasn’t already hitting me.

But if I was embarrassed for Yoram. for his brutality, for his darkness of mind, he was embarrassed for me, for my stupidity and my softness. I read his face: it said, manyak American, with your stupid American ideas. I had only been in the prison for a month but I had already made for myself a reputation as a yafei nefesh, literally a “beautiful soul”—a bleeding heart.

They want to kill us all, Yoram said.

Beating them will make it worse, I said.

“You can’t beat them enough,” he said.

(snip)

I left Yoram to check on Abu Firas. A medic had cut away some of his hair and his skull was yellow with antiseptic. I stood there watching the stitches go in. Abu Firas said nothing. I was expecting him to say thank you. He didn’t. Instead, he dead-eyed me, until I left.

A few days later, I fell into conversation with one of the leaders of the prisoners. I had become quite relaxed with a number of them. This one prisoner—Capucci … was a particular favorite. At the time, he was the shaweesh, the prisoner representative of his sub-block, but he was also said to be high in the ranks of Fatah. We talked through barbed wire. He already knew what had happened. “Are you a Communist?” Capucci asked. He wasn’t smiling. He was seigneurial, and grave. He had a quiet in him that was most unusual. He was only thirty-five, but the other prisoners spoke to him as an imam speaks to God.

Capucci had heard that I had done something humane for a prisoner. Therefore he suspected I was a Communist. …

I saw a handful of other beatings, and broke them up as well. (I also saw kindness, by the way, but that is not the subject of this post.) I would not cover-up again for a soldier who was committing a crime. I was too angry about this behavior to acquiesce in any form. There were occasions, obviously, in which justifiable force was used—in my own case (referred to elliptically above), I had to defend myself from a Hamasnik who was trying to break my skull with a metal pipe. We flailed at each other and then wrestled on the ground for a bit, until one of my comrades came to the rescue (very deftly, and with a minimum of force, by the way). The prison was a nasty place, and it was not the role of the Palestinians prisoners to make it easy, and it was not the role of the soldiers to run it as a summer camp.
Each time a Palestinian is abused in Israeli custody, it violates the spirit and promise of the country.

On the other hand, I could not believe, at my tender age, that Jews would resort to the use of punitive violence.

It is often said that Israel is judged by a double-standard. This is not true. Often, Israel is judged by a quadruple standard. There is one standard for developing-world countries; a second for Europe; a third, more stringent standard, for the U.S., and a fourth, impossible, standard for Israel. Often, this quadruple standard bothers me, especially when it is deployed by Judeophobes. But the truth is that I judge Israel by a higher standard than I judge other countries, precisely because it is a Jewish country. Jews gave the world the gift of ethical monotheism, and the idea that all people—not just kings—are created in the image of God. Judaism holds that Muhammad Abu Khdeir, and Tariq Khdeir, are created in the image of God, and therefore, to abuse them, to destroy them, is to desecrate God’s name. Each time a Palestinian is abused in custody by Israeli authorities, those who commit the beating are violating the spirit and promise of their country.

Is this a tough standard? Yes. Is it impossible to reach during times of strife, when Israel’s enemies are trying to murder as many Jews as possible? Maybe. But moments like these are tests. And they represent tests worth passing.

Voir par ailleurs:

Ne vous trompez pas: à Gaza, Israël fait tout pour minimiser les pertes civiles

William Saletan

Traduit par Peggy Sastre

Slate
10.07.2014

Et on ne peut pas en dire autant du Hamas.

Selon bon nombre de ses détracteurs, Israël serait en train de massacrer des civils à Gaza. Pour un membre arabe du parlement israélien, son armée «élimine délibérément des familles entières». Pour Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, Israël est en train de commettre un «génocide –le meurtre de familles entières». Et selon l’Iran, il s’agit de «massacres contre des Palestiniens sans défense».

De telles accusations sont fausses. Selon les standards de la guerre, les efforts que déploie Israël pour épargner les civils sont exemplaires.

Ce combat n’a pas été décidé par Israël. Selon le Hamas et le Djihad Islamique, les deux organisations terroristes qui contrôlent Gaza, Israël aurait provoqué ces hostilités en arrêtant en Cisjordanie des membres du Hamas. Mais des arrestations sur un territoire ne justifient pas des bombardements aériens sur un autre. Israël ne s’en est pris à Gaza qu’après le tir de plus de 150 roquettes sur son territoire et le refus par les terroristes d’un cessez-le-feu.

Plusieurs images publiées ces derniers jours et censées prouver le carnage des bombes israéliennes sont des faux, empruntés à d’autres guerres. Mercredi après-midi, le bilan humain oscillait entre 30 et 50 personnes, voire davantage, une fourchette dépendant du moment choisi pour marquer le début de ce conflit.

La moindre mort est tragique, et plus les hostilités dureront, plus le bilan s’alourdira. Pour autant, en sachant qu’Israël a lancé plus de 500 raids aériens, vous pouvez en tirer deux conclusions.

La première, c’est que l’armée israélienne est misérablement nulle pour tuer des gens. La seconde, et la plus plausible, c’est qu’elle fait au contraire tout son possible pour ne pas en tuer.

Le ministre israélien de la Défense a admis que ses offensives avaient ciblé des «domiciles de terroristes», mais aussi des «armes, des infrastructures terroristes, des systèmes de commandements, des institutions du Hamas [et] des bâtiments officiels». Les logements étaient ceux de chefs militaires du Hamas. Selon les dires d’un officiel israélien, «au Hamas, le moindre petit commandant de brigade n’a désormais plus de maison où rentrer chez lui».

En termes légaux, Israël justifie ces attaques en affirmant que ces maisons étaient des «centres de commandement terroristes», impliqués dans des tirs de roquette et autres «activités terroristes». Mais si Israël a parfois tenté (et réussi) de tuer des leaders du Hamas dans leurs voitures, son armée a toujours évité de se prendre sans sommation à leurs maisons.

La dernière fois qu’Israël a tiré sur des bâtiments civils à Gaza, voici un an et demi, ses habitants ont été au préalable prévenus par téléphone ou par le parachutage de tracts pour qu’ils quittent les lieux. L’armée israélienne se sert aussi de fusées éclairantes ou de mortiers à faibles charges explosives (la consigne dite du «toquer au toit») pour signaler la survenue de bombardements.

Selon les groupes de défense des droits de l’homme, ces mesures ne déchargent pas Israël de ses responsabilités légales, mais ils les ont néanmoins saluées comme un progrès. Aujourd’hui, Israël affirme appliquer ce même genre de mesures. Et le Hamas, comme d’autres sources palestiniennes, ont confirmé que l’armée israélienne avait en effet prévenu par téléphone les familles vivant dans les maisons bombardées.

Le problème des boucliers humains

Le bilan civil le plus grave –sept morts, selon les informations les plus récentes– est survenu dans le bombardement d’une maison située dans la ville de Khan Younès et appartenant à un leader terroriste. Pour le Hamas, il s’agit d’un «massacre contre des femmes et des enfants». Mais selon des voisins, la famille a été prévenue à la fois par téléphone et par un tir de mortier léger sur le toit.

Selon un membre des services de sécurité israéliens, les forces israéliennes ont attendu que la famille quitte le bâtiment pour tirer leur missile. Il ne comprend pas pourquoi des membres de cette famille, avec visiblement certains de leurs voisins, sont retournés à l’intérieur. Pour des personnes vivant sur place, c’est parce qu’ils ont voulu «former un bouclier humain».

Les boucliers humains sont un problème des plus ardus. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a déclaré que le Hamas était responsable des civils tués à Gaza, parce qu’il installait délibérément ses lance-roquettes et autres infrastructures militaires dans des zones résidentielles. C’est une excuse trop générique.

Cette semaine, le bilan humain limité des raids aériens –et les explications fournies par des officiels israéliens sur la minimisation délibérée d’un tel bilan– montre qu’il est possible de détériorer les ressources militaires du Hamas sans tuer des centaines de personnes.

A Khan Younès, le scénario est différent. Le bouclier humain y était volontaire. Mercredi matin, selon le quotidien Haaretz, un officier israélien a insisté sur le fait que si d’autres civils suivaient cet exemple –en répondant aux sommations en montant sur les toits et en formant des boucliers humains– Israël ne retiendrait pas ses missiles.

C’est peut-être du bluff.

Et si le scénario se répète? Si de putatifs martyrs montent sur le toit et qu’Israël a encore le temps de rappeler ses bombes, contrairement à ce qui s’est passé à Khan Younès? Leurs morts relèveront-elles de l’homicide? Du suicide?

Difficile, très difficile à dire. Mais, dans ce conflit, quiconque se préoccupe des civils tués délibérément devrait d’abord se tourner vers le Hamas. Les tirs de roquettes de Gaza vers Israël ont commencé bien avant l’offensive israélienne sur Gaza. Au départ, les roquettes sont une idée du Djihad Islamique. Mais, ces derniers jours, le Hamas ne s’est pas fait prier pour la reprendre, et a revendiqué plusieurs tirs de missiles, tombés entre autres sur Tel Aviv, Jérusalem et Haïfa.

Voir enfin:

Tandis que les tirs de roquettes du Hamas et les frappes israéliennes sur Gaza s’intensifient, le hashtag #GazaUnderAttack se répand comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Venant du monde entier, la plupart de ces tweets reprennent les mêmes photos choc, représentant des bombardements et des enfants morts ou ensanglantés.

Pourtant, l’un des premiers tweets avec ce hashtag date du 3 juillet, soit quatre jours avant le début des frappes aériennes sur Gaza dans le cadre de l’opération israélienne «Bordure protectrice».

A l’origine de ce message, Tyler Durden alias WasimAhmed89, qui se présente sur son profil comme un fan du Liverpool FC habitant dans la banlieue sud de Londres. Le jeune homme a jugé opportun de prendre position sur la situation dans la bande de Gaza entre deux tweets sur la Coupe du monde, et d’illustrer son message par un montage de photos prises en Syrie, en Irak, à Gaza en 2012, comme l’explique la BBC qui les a identifiées. Le tout a été retweeté dans la foulée, sans plus de précautions, par près de 8000 utilisateurs.

La tendance était lancée. Quatre cent mille tweets ont déjà été publiés en une semaine avec ce hashtag, la plupart illustrés des mêmes six images. Quand on remonte le fil, on s’aperçoit que très peu de leurs auteurs peuvent être assimilés à des fidèles du Hamas ou à des antisionistes. Ils ont des âges et des profils variés, sont originaires de toutes les parties du globe et ils se sentent poussés par une volonté d’alerte citoyenne. Certains d’entre eux se targuant de montrer au monde ce que les médias refusent de montrer.

«C’est Gaza en ce moment»

C’est le cas d’une jeune fille de 16 ans qui a tweeté une photo de Gaza en flammes datant de novembre 2012 avec pour légende : «C’est Gaza en ce moment. Comme d’habitude, ce ne sera pas montré dans les journaux.» Interrogée par la BBC, elle raconte qu’elle ne savait pas que cette photo était ancienne mais que, de toute façon, «lorsqu’une bombe explose c’est toujours plus ou moins à cela que ça ressemble».

Ce n’est pas la première fois que ce genre de désinformation frappe Internet. Le conflit syrien, les troubles en Irak ou encore la mort de Ben Laden ont déjà donné lieu à la circulation massive de photographies détournées sur le Net.


Chavouot/Pentecôte: Même une constitution tracée par Dieu même (Even a constitution framed by the Deity himself: How Benjamin Franklin sold the Constitution)

8 juin, 2014

https://i0.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e8/Prologue_Hammurabi_Code_Louvre_AO10237.jpg

Mesha stele
https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/61/Moises.jpg/640px-Moises.jpg
https://i0.wp.com/d5iam0kjo36nw.cloudfront.net/V11p663003.jpg
https://i2.wp.com/media-cdn.tripadvisor.com/media/photo-s/04/86/d7/b1/portuguese-synagogue.jpg
https://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/32/Decalogue_parchment_by_Jekuthiel_Sofer_1768.jpg
https://i1.wp.com/madamepickwickartblog.com/wp-content/uploads/2013/02/moses1.jpghttps://i1.wp.com/madamepickwickartblog.com/wp-content/uploads/2013/02/moses17-815x1024.jpg
https://i2.wp.com/judaisme.sdv.fr/perso/rneher-b/tabloi/decl1789.jpg
https://i0.wp.com/judaisme.sdv.fr/perso/rneher-b/tabloi/decl93.jpg
Mausolée Joseph Sec (Aix-en-Provence,1792)https://i0.wp.com/i-cms.linternaute.com/image_cms/750/1729145-monument-de-joseph-sec.jpghttps://i1.wp.com/judaisme.sdv.fr/perso/rneher-b/tabloi/mallet.jpgTu compteras sept semaines; dès que la faucille sera mise dans les blés, tu commenceras à compter sept semaines. Puis tu célébreras la fête des semaines, et tu feras des offrandes volontaires, selon les bénédictions que l’Éternel, ton Dieu, t’aura accordées. Deutéronome 16: 9-10
Que ferai-je à ce peuple? Encore un peu, et ils me lapideront. Moïse (Exode 17: 4)
Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer.  Actes 2: 1-4
Dans le calendrier juif, Chavouot se déroule « sept semaines entières » ou cinquante jours jusqu’au lendemain du septième sabbat » après la fête de Pessa’h. De là son nom de Fête des Semaines (Chavouot, en hébreu) et celui de Pentecôte (cinquantième [jour], en grec ancien) dans le judaïsme hellénistique. Fête à considérer comme un sursaut de la tradition prophétique qui tend à s’estomper dans le judaïsme du Second Temple au profit d’une religion sacerdotale, elle puise ses origines dans une fête célébrant les moissons qui devient progressivement la célébration de l’Alliance sinaïtique entre Dieu et Moïse et de l’instauration de la Loi mosaïque1. Vers le début du Ier siècle, elle devient l’un des trois grands pèlerinages annuels, surtout célébré par certains juifs hellénisés et par certaines sectes juives tout en conservant hors de ces groupes minoritaires sa dimension agricole jusqu’au Ier siècle de notre ère. Ce n’est qu’à partir du IIe siècle que le pharisianisme liera la fête de la moisson à la commémoration du don de la Loi au Sinaï. Les Actes des Apôtres situent explicitement lors de cette fête juive le récit où les premiers disciples de Jésus de Nazareth reçoivent l’Esprit Saint et une inspiration divine dans le Cénacle de Jérusalem : des langues de feu se posent sur chacun d’eux, formalisant la venue de l’Esprit dans un épisode de communication inspirée qui permet aux disciples de s’exprimer dans d’autres langues que le galiléen sans qu’on sache s’il s’agit plutôt de polyglottisme ou de glossolalie. L’image du feu — conforme à la tradition juive de l’époque sur l’épisode de la révélation sinaïtique que l’épisode entend renouveler — matérialise la Voix divine. La tradition chrétienne perçoit et présente la Pentecôte comme la réception du don des langues qui permet de porter la promesse du salut universel aux confins de la terre1 ainsi que semble en attester l’origine des témoins de l’évènement, issus de toute la Diaspora juive. Wikipedia
Dans l’ancien Orient, lors d’une alliance entre deux puissances, on disposait, dans le temple des partenaires, un document écrit devant être lu périodiquement12, il n’est donc pas surprenant que les Tables de la Loi soit le témoignage concret de l’Alliance entre Dieu et son peuple. C’est la raison pour laquelle, les images des tables sont souvent présentes sur le fronton des synagogues. (…) Dans les temples protestants, une représentation des Tables de la Loi remplaçait, jusqu’au XVIIe siècle, la croix des églises catholiques. Wikipedia
Tous les préceptes du Décalogue se peuvent déduire de la justice et de la bienveillance universelle que la loi naturelle ordonne. (…) Le Décalogue ne contient donc que les principaux chefs ou les fondements politiques des Juifs ; mais néanmoins ces fondements (mettant à part ce qui regardait en particulier la nation judaïque) renferment des lois qui sont naturellement imposées à tous les hommes et à l’observance desquelles ils sont tenus dans l’indépendance de l’état de la nature comme dans toute société civile. Louis  de Jancourt (article Décalogue, Encyclopédie dirigée par D’Alembert et Diderot, 1 octobre 1754)
L’Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de l’Homme et du Citoyen… Préambule de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789)
Le texte s’inscrit sur deux registres, dont la forme évoque celles des Tables de la Loi rapportées par Moïse du mont Sinaï. Il est accompagné de figures allégoriques personnifiant la France et la Renommée, et de symboles comme le faisceau (unité), le bonnet « phrygien » (liberté), le serpent se mordant la queue (éternité), la guirlande de laurier (gloire), les chaînes brisées (victoire sur le despotisme) ; l’ensemble étant placé sous l’œil du Dieu créateur, rayonnant d’un triangle à la fois biblique et maçonnique. Philippe de Carbonnières
Le Judaïsme a abandonné la lecture quotidienne des proclamations des ‘sectaires’ (Chrétiens) (Berachot 12a). Les partisans de Paul croyaient que seuls les Dix Commandements et non le reste de la loi mosaïque étaient divins, éternels et obligatoires. Dans ce contexte, pour les Juifs, donner la priorité au Décalogue aurait pu signifier un accord avec les sectaires, aussi la lecture quotidienne a été abandonnée de façon à montrer que toutes les autres 613 mitzvot étaient des commandements divins. Raymond Apple
Les Tables ne sont pas un symbole laïc ou païen. A la différence du bonnet phrygien, du serpent qui se mord la queue, des faisceaux de licteurs, etc., leur référent n’est pas l’antiquité païenne, mais la Bible, au message religieux évident. Pourtant, dans la France chrétienne du 18e siècle, le message religieux normalement reçu est lié à une symbolique chrétienne, que justement la Révolution repousse. La mentalité révolutionnaire est donc à la recherche d’une symbolique qui ne soit pas chrétienne (puisque l’Eglise est désormais perçue comme synonyme de fanatisme et d’absolutisme despotique), mais qui soit cependant suffisamment religieuse pour satisfaire le sentiment religieux profond qui réside au coeur de chaque révolutionnaire (…) Mais par-delà la croyance sentimentale difficilement déracinable existe aussi un pragmatisme politique. Il peut être dangereux de déraciner tout symbole religieux dans l’imagerie populaire et donc dans les mentalités qu’on veut forger. Représenter des symboles chrétiens est exclu, puisque contraire aux principes jacobins. Les Tables de la Loi s’offrent donc d’une manière idéale pour répondre à un certain besoin religieux sans pour autant laisser croire à une affiliation cléricale. Les Tables de la Loi fournissent ainsi « les vêtements du sacré » à la religion de la Patrie. Nous les voyons figurer sur des allégories patriotiques, sur le soleil qui doit faire sortir le monde vers l’âge des lumières, sur des médailles en fer de grande diffusion, représentant l’Egalité et la Justice, sur des gravures évoquant des fêtes populaires, et jusque sur les uniformes militaires, au milieu des canons. On les trouve sur les médailles d’identification des membres des diverses assemblées révolutionnaires comme celle du Conseil des Cinq-Cents. (…) La laïcisation des Tables de la Loi peut aller jusqu’au cas limite où un contenu nouveau est donné au Décalogue. C’est ainsi qu’une gravure populaire présente « les Dix Commandements républicains » dans le cadre graphique des Tables de la Loi. Les Tables de la Loi remplissent donc un rôle important dans l’iconographie de la Révolution. Elles permettent à la Révolution de déconnecter ses emblèmes de tout ce qui est chrétien sans se prévaloir uniquement de symboles d’origine antique et païenne. Elles permettent de donner une coloration religieuse mais dans un ton pour ainsi dire « neutre » aux idéaux de justice, d’égalité, de soumission à une loi égale pour tous, que prône la Révolution. La défaite de l’arbitraire royal et l’apparition d’une Constitution garantissant les Droits de l’homme sont très clairement symbolisés par les Tables de la Loi, ce qui explique leur place récurrente dans l’iconographie de la Révolution. Renée Neher-Bernheim
Ce qui n’a point d’existence ne peut être détruit — ce qui ne peut être détruit n’a besoin d’aucune chose pour le préserver de la destruction. Les droits naturels sont un simple non-sens : des droits naturels et imprescriptibles, un non-sens rhétorique — un non-sens sur des échasses. Jeremy Bentham
Ceux qui, par leur exemple ou par leurs leçons, indiquent à chaque législateur les lois qu’il doit faire, deviennent après lui les premiers bienfaiteurs des peuples. Condorcet (De l’influence de la révolution de l’Amérique sur l’Europe)
L’être suprême se plut à élever une seule famille, et son attentive providence la combla de bienfaits jusqu’à ce qu’elle devînt un grand peuple. Après avoir délivré ce peuple de l’esclavage, par une suite de miracles, que fit son serviteur Moyse, il remit lui-même à ce serviteur choisi, en présence de toute la nation, une constitution et un code de loix, et il promit de récompenser ceux qui les observeroient fidèlement, et de punir avec sévérité ceux qui leur désobéiroient. La divinité elle-même étoit à la tête de cette constitution ; c’est pourquoi les écrivains politiques l’ont appelée une théocratie. Mais malgré cela les ministres de Dieu ne purent parvenir à la faire exécuter. Aaron et ses enfans composoient, avec Moyse, le premier ministère du nouveau gouvernement. L’on auroit pensé que le choix d’hommes qui s’étoient distingués pour rendre la nation libre, et avoient hasardé leur vie en s’opposant ouvertement à la volonté d’un puissant monarque, qui vouloit la retenir dans l’esclavage, auroit été approuvé avec reconnoissance ; et qu’une constitution tracée par Dieu même, auroit dû être accueillie avec les transports d’une joie universelle. Mais il y avoit, dans chacune des treize tribus, quelques esprits inquiets, mécontens, qui, par divers motifs, excitoient continuellement les autres à rejeter le nouveau gouvernement. Plusieurs conservoient de l’affection pour l’Égypte, leur terre natale ; et dès qu’ils éprouvoient quelqu’embarras, quelqu’inconvénient, effet naturel et inévitable de leur changement de situation, ils accusoient leurs chefs d’être les auteurs de leur peine ; et non-seulement ils vouloient retourner en Égypte, mais lapider ceux qui les en avoient arrachés (…) —Ceux qui étaient enclins à l’idolâtrie, voyoient, avec regret, la destruction du veau d’or. Plusieurs chefs pensoient que la constitution nouvelle devoit nuire à leur intérêt particulier ; que les places avantageuses seraient toutes occupées par les parens et les amis de Moyse et d’Aaron, et que d’autres qui étoient également bien nés en seraient exclus (…) D’après tout cela, il paroît que les Israélites étoient jaloux de leur nouvelle liberté, et que cette jalousie n’étoit pas, par elle-même, un défaut : mais que quand ils se laissèrent séduire par un homme artificieux, qui prétendoit n’avoir en vue que le bien public, et ne songer en aucune manière à ses intérêts particuliers, et qu’ils s’opposèrent à l’établissement de la nouvelle constitution, ils s’attirèrent beaucoup d’embarras et de malheurs. On voit, en outre, dans cette inappréciable histoire, que lorsqu’au bout de plusieurs siècles, la constitution fut devenue ancienne, qu’on en eut abusé et qu’on proposa d’y faire des changemens, la populace qui avoit accusé Moyse d’ambition et de s’être fait prince, et qui avoit crié :—«Lapidez-le, lapidez-le», fut encore excitée par les grands-prêtres et par les scribes, et reprochant au Messie de vouloir se faire roi des Juifs, cria :—«Crucifiez-le, crucifiez-le.»— Tout cela nous apprend qu’une sédition populaire contre une mesure publique, ne prouve pas que cette mesure soit mauvaise, encore que la sédition soit excitée et dirigée par des hommes de distinction. Je conclus, en déclarant que je ne prétends pas qu’on infère de ce que je viens de dire, que notre convention nationale a été divinement inspirée, quand elle nous a donné une constitution fédérative, parce qu’on s’est déraisonnablement et violemment opposé à cette constitution. Cependant j’avoue que je suis si persuadé que la providence s’occupe du gouvernement général du monde, que je ne puis croire qu’un événement qui importe au bien-être de plusieurs millions d’hommes, qui existent déjà ou qui doivent exister, ait lieu sans qu’il soit préparé, influencé et réglé par cet esprit bienfaisant, tout-puissant et présent partout, duquel émanent tous les autres esprits. Benjamin Franklin

En cette fête des moissons devenue, exil oblige et à quelques jours près, fête du don de la Loi pour les juifs et de l’Esprit pour les chrétiens

Autrement dit rien de moins que la fête de leur fondation et acte de naissance …

Comment ne pas voir, derrière la forme même de la représentation traditionnelle de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen et sans parler de la référence à l’Etre suprême du préambule, l’origine biblique de nos constitutions modernes ?

Et quel meilleur hommage et confirmation que cet article où, textes bibliques à l’appui, un Benjamin Franklin plus sarcastique que jamais …

Rappelle à ses adversaires anti-fédéralistes qu’ils ne valent pas mieux que ces juifs antiques qui ont lapidé et crucifié, de Moïse à Jésus, les fondateurs et réformateurs d’une « constitution tracée par Dieu même » ?

COMPARAISON DE LA CONDUITE DES ANTI-FÉDÉRALISTES DES ÉTATS-UNIS DE L’AMÉRIQUE, AVEC CELLE DES ANCIENS JUIFS
Benjamin Franklin
1788

Un zélé partisan de la constitution fédérative dit dans une assemblée publique :—«Qu’une grande partie du genre-humain avoit tant de répugnance pour un bon gouvernement, qu’il étoit persuadé que si un ange nous apportoit du ciel une constitution qui y aurait été faite exprès pour nous, elle trouveroit encore de violens contradicteurs».—Cette opinion parut extravagante ; l’orateur fut censuré ; et il ne se défendit point. Probablement il ne lui vint pas tout-à-coup dans l’esprit que l’expérience étoit à l’appui de ce qu’il avoit avancé, et qu’elle se trouvoit consignée dans la plus fidèle de toutes les histoires, la Sainte Bible. S’il y eût songé, il aurait pu, ce me semble, s’étayer d’une autorité aussi irréfragable.

L’être suprême se plut à élever une seule famille, et son attentive providence la combla de bienfaits jusqu’à ce qu’elle devînt un grand peuple. Après avoir délivré ce peuple de l’esclavage, par une suite de miracles, que fit son serviteur Moyse, il remit lui-même à ce serviteur choisi, en présence de toute la nation, une constitution et un code de loix, et il promit de récompenser ceux qui les observeroient fidèlement, et de punir avec sévérité ceux qui leur désobéiroient.

La divinité elle-même étoit à la tête de cette constitution ; c’est pourquoi les écrivains politiques l’ont appelée une théocratie. Mais malgré cela les ministres de Dieu ne purent parvenir à la faire exécuter. Aaron et ses enfans composoient, avec Moyse, le premier ministère du nouveau gouvernement.

L’on auroit pensé que le choix d’hommes qui s’étoient distingués pour rendre la nation libre, et avoient hasardé leur vie en s’opposant ouvertement à la volonté d’un puissant monarque, qui vouloit la retenir dans l’esclavage, auroit été approuvé avec reconnoissance ; et qu’une constitution tracée par Dieu même, auroit dû être accueillie avec les transports d’une joie universelle. Mais il y avoit, dans chacune des treize tribus, quelques esprits inquiets, mécontens, qui, par divers motifs, excitoient continuellement les autres à rejeter le nouveau gouvernement. Plusieurs conservoient de l’affection pour l’Égypte, leur terre natale ; et dès qu’ils éprouvoient quelqu’embarras, quelqu’inconvénient, effet naturel et inévitable de leur changement de situation, ils accusoient leurs chefs d’être les auteurs de leur peine ; et non-seulement ils vouloient retourner en Égypte, mais lapider ceux qui les en avoient arrachés [Nombres, chap. 14.].—Ceux qui étaient enclins à l’idolâtrie, voyoient, avec regret, la destruction du veau d’or. Plusieurs chefs pensoient que la constitution nouvelle devoit nuire à leur intérêt particulier ; que les places avantageuses seraient toutes occupées par les parens et les amis de Moyse et d’Aaron, et que d’autres qui étoient également bien nés en seraient exclus [Nombres, chap. 14, vers. 3.—«Et ils se réunirent tous contre Moyse et Aaron, et leur dirent : Vous prenez trop sur vous. Vous savez que toutes les assemblées sont saintes, ainsi que chaque membre de ces assemblées : pourquoi donc vous élevez-vous au-dessus de l’assemblée ?»].

Nous voyons dans Josephe et dans le Talmud quelques particularités, qui ne sont pas aussi détaillées dans l’Écriture.

Voici ce que nous y apprenons.—«Coré désiroit ardemment d’être grand-prêtre ; et il fut blessé de ce que cet emploi étoit conféré à Aaron, par la seule autorité de Moyse, disoit-il, et sans le consentement du peuple. Il accusa Moyse d’avoir employé divers artifices pour s’emparer du gouvernement, et priver le peuple de sa liberté ; et de conspirer avec Aaron pour perpétuer la tyrannie dans sa famille. Ainsi, quoique le vrai motif de Coré fût de supplanter Aaron, il persuada au peuple qu’il n’avoit en vue que le bien général ; et les Juifs excités par lui, commencèrent à crier :—Maintenons la liberté de nos diverses tribus. Nous nous sommes, nous-mêmes, affranchis de l’esclavage où nous tenoient les Égyptiens ; souffrirons-nous donc que Moyse nous rende encore esclaves ? Si nous devons avoir un maître, il vaut mieux retourner vers le Pharaon, par qui nous étions nourris avec du pain et des oignons, que de servir ce nouveau tyran qui, par sa conduite, nous a exposés à souffrir la famine.—»Alors ils nièrent la vérité de ses entretiens avec Dieu ; et ils prétendirent que le secret de ses rendez-vous, le soin qu’il avoit eu d’empêcher que personne écoutât ses discours, et approchât même du lieu où il étoit, devoit donner beaucoup de doutes à cet égard. Ils accusèrent aussi Moyse de péculat, et d’avoir gardé un grand nombre des cuillers et des plats d’argent que les princes avoient offerts à la dédicace de l’autel [Nombres, chap. 7.], ainsi que les offrandes d’or, qu’avoit faites le peuple [Exode, chap. 35, vers. 22.], et la plus grande partie de la capitation [Nombres, chap. 3, et Exode, chap. 30.]. Ils accusèrent Aaron d’avoir mis de côté la plupart des joyaux qui lui avoient été fournis pour le veau d’or.

“Indépendamment du péculat qu’ils reprochoient à Moyse, ils prétendoient qu’il étoit rempli d’ambition, et que pour satisfaire cette passion, il avoit trompé le peuple en lui promettant une terre où couloit le lait et le miel. Ils disoient qu’au lieu de lui donner une telle terre, il l’en avoit arraché ; et que tout ce mal lui sembloit léger, pourvu qu’il pût se rendre un prince absolu [Nombres, chap. 14, vers. 13.—«Tu regardes comme peu de chose de nous avoir ôtés d’une terre où coule le lait et le miel, et de nous faire périr dans le désert, pourvu que tu deviennes notre prince absolu».].

Ils ajoutoient que pour maintenir avec splendeur, dans sa famille, sa nouvelle dignité, il devoit faire suivre la capitation particulière qui avoit déjà été levée et remise à Aaron [Nombres, chap. 3.], par une taxe générale [Exode, chap. 30.], qui probablement seroit augmentée de temps en temps, si l’on souffroit la promulgation de nouvelles loix, sous prétexte de nouvelles révélations de la volonté divine, et qu’ainsi toute la fortune du peuple seroit dévorée par l’aristocratie de cette famille.»

Moyse nia qu’il se fût rendu coupable de péculat, et ses accusateurs ne purent alléguer aucune preuve contre lui.—«Je n’ai point, dit-il, avec la sainte confiance que lui inspirait la présence de Dieu, je n’ai point pris au peuple la valeur d’un ânon, ni rien fait qui puisse lui nuire».—Mais les propos outrageans de ses ennemis avoient eu du succès parmi le peuple ; car il n’est aucune espèce d’accusation si aisée à faire, ou à être crue par les fripons, que celle de friponnerie.

Enfin, il n’y eut pas moins de deux cents cinquante des principaux hébreux, «fameux dans l’assemblée et hommes de renom» [Nombres, chap. 14.], qui se portèrent à exciter la populace contre Moyse et Aaron, et lui inspirèrent une telle frénésie, qu’elle s’écria :—«Lapidons-les, lapidons-les ; et assurons, par ce moyen, notre liberté. Choisissons ensuite d’autres capitaines, qui nous ramènent en Égypte, en cas que nous ne puissions pas triompher des Cananéens.»

D’après tout cela, il paroît que les Israélites étoient jaloux de leur nouvelle liberté, et que cette jalousie n’étoit pas, par elle-même, un défaut : mais que quand ils se laissèrent séduire par un homme artificieux, qui prétendoit n’avoir en vue que le bien public, et ne songer en aucune manière à ses intérêts particuliers, et qu’ils s’opposèrent à l’établissement de la nouvelle constitution, ils s’attirèrent beaucoup d’embarras et de malheurs.

On voit, en outre, dans cette inappréciable histoire, que lorsqu’au bout de plusieurs siècles, la constitution fut devenue ancienne, qu’on en eut abusé et qu’on proposa d’y faire des changemens, la populace qui avoit accusé Moyse d’ambition et de s’être fait prince, et qui avoit crié :—«Lapidez-le, lapidez-le», fut encore excitée par les grands-prêtres et par les scribes, et reprochant au Messie de vouloir se faire roi des Juifs, cria :—«Crucifiez-le, crucifiez-le.»—

Tout cela nous apprend qu’une sédition populaire contre une mesure publique, ne prouve pas que cette mesure soit mauvaise, encore que la sédition soit excitée et dirigée par des hommes de distinction.

Je conclus, en déclarant que je ne prétends pas qu’on infère de ce que je viens de dire, que notre convention nationale a été divinement inspirée, quand elle nous a donné une constitution fédérative, parce qu’on s’est déraisonnablement et violemment opposé à cette constitution. Cependant j’avoue que je suis si persuadé que la providence s’occupe du gouvernement général du monde, que je ne puis croire qu’un événement qui importe au bien-être de plusieurs millions d’hommes, qui existent déjà ou qui doivent exister, ait lieu sans qu’il soit préparé, influencé et réglé par cet esprit bienfaisant, tout-puissant et présent partout, duquel émanent tous les autres esprits.

Voir aussi:

DISCOURS PRONONCÉ DANS LA DERNIÈRE CONVENTION DES ÉTATS-UNIS.

Monsieur le Président,

J’avoue qu’en ce moment je n’approuve pas entièrement notre constitution : mais je ne sais point si, par la suite, je ne l’approuverai pas ; car, comme j’ai déjà vécu long-temps, j’ai souvent éprouvé que l’expérience ou la réflexion me fesoit changer d’opinion sur des sujets très-importans, et que ce que j’avois d’abord cru juste, me sembloit ensuite tout différent. C’est pour cela que plus je deviens vieux, et plus je suis porté à me défier de mon propre jugement, et à respecter davantage le jugement d’autrui.

La plupart des hommes, ainsi que la plupart des sectes religieuses, se croient en possession de la vérité, et s’imaginent que quand les autres ont des opinions différentes des leurs, c’est par erreur. Steel, qui étoit un protestant, dit dans une épitre dédicatoire an pape, «Que la seule différence qu’il y ait, entre l’église romaine et l’église protestante, c’est que l’une se croit infaillible, et que l’autre pense n’avoir jamais tort».—Mais quoique beaucoup de gens ne doutent pas plus de leur propre infaillibilité que les catholiques de celle de leur église, peu d’entr’eux ne l’avouent pas aussi naturellement qu’une dame française, qui, dans une petite dispute qu’elle avoit avec sa sœur, lui disoit :—«Je ne sais pas, ma sœur, comment cela se fait ; mais il me semble qu’il n’y a que moi, qui ai toujours raison [Franklin ne cite pas très-exactement cette anecdocte, qui se trouve dans les Mémoires de madame de Stalh, née mademoiselle Delaunay. (Note du Traducteur.)].»

J’accepte notre constitution, avec tous ses défauts, si tant est, pourtant, que les défauts que j’y trouve, y soient réellement. Je pense qu’un gouvernement général nous est nécessaire. Quelque forme qu’ait un gouvernement, il n’y en a point qui ne soit avantageux, s’il est bien administré. Je crois qu’il est vraisemblable que le nôtre sera administré sagement pendant plusieurs années ; mais que, comme tous ceux qui l’ont précédé, il finira par devenir despotique, lorsque le peuple sera assez corrompu, pour ne pouvoir plus être gouverné que par le despotisme.

Je déclare en même-temps, que je ne pense pas que les conventions que nous aurons par la suite, puissent faire une meilleure constitution que celle-ci ; car lorsqu’on rassemble un grand nombre d’hommes pour recueillir le fruit de leur sagesse collective, on rassemble inévitablement avec eux, leurs préjugés, leurs erreurs, leurs passions, leurs vues locales et leurs intérêts personnels. Une telle assemblée peut-elle donc produire rien de parfait ? Non sans doute, Mr. le président ; et c’est pour cela que je suis étonné que notre constitution approche autant de la perfection qu’elle le fait. J’imagine même qu’elle doit étonner nos ennemis, qui se flattent d’apprendre que nos conseils seront confondus comme les hommes qui voulurent construire la tour de Babylone, et que nos différens états sont au moment de se diviser dans l’intention de se réunir ensuite pour s’égorger mutuellement.

Oui, Mr. le président, j’accepte notre constitution, parce que je n’en attend pas de meilleure, et parce que je ne suis pas sûr qu’elle n’est pas la meilleure. Je sacrifie au bien public l’opinion que j’ai contr’elle. Tandis que j’ai été dans les pays étrangers, je n’ai jamais dit un seul mot sur les défauts que j’y trouve. C’est dans cette enceinte que sont nées mes observations, et c’est ici qu’elles doivent mourir. Si en retournant vers leurs constituans, les membres de cette assemblée, leur fesoient part de ce qu’ils ont à objecter contre la constitution, ils empêcheroient qu’elle fût généralement adoptée, et préviendroient les salutaires effets que doit avoir parmi les nations étrangères, ainsi que parmi nous, notre réelle ou apparente unanimité. La force et les moyens qu’a un gouvernement pour faire le bonheur du peuple, dépendent beaucoup de l’opinion ; c’est-à-dire, de l’idée générale qu’on se forme de sa bonté, ainsi que de la sagesse et de l’intégrité de ceux qui gouvernent.

J’espère donc que par rapport à nous-mêmes, qui fesons partie du peuple, et par rapport à nos descendans, nous travaillerons cordialement et unanimement à faire aimer notre constitution, partout où nous pourrons avoir quelque crédit, et nous tournerons nos pensées, nous dirigerons nos efforts vers les moyens de la faire bien administrer.

Enfin, Mr. le président, je ne puis m’empêcher de former un vœu, c’est que ceux des membres de cette convention, qui peuvent encore avoir quelque chose à objecter contre la constitution, veuillent, ainsi que moi, douter un peu de leur infaillibilité, et que pour prouver que nous avons agi avec unanimité, ils mettent leur nom au bas de cette charte.
—On fit la motion d’ajouter à la convention des États-Unis, cette formule :—«Fait en convention, d’un consentement unanime, etc.»—La motion passa, et la formule fut ajoutée.

Voir encore:
Les Tables de la Loi, un des symboles de la Révolution française
Renée Neher-Bernheim
Traduction en français d’un article paru en anglais dans JEWISH ART, n°l6 et 17, 1990-1991, Jérusalem

C’est évidemment à la Bible hébraïque que se attache le symbole des Tables de la Loi et l’iconographie juive des l’époque médiévale en fournit de nombreuses représentations (l). Mais en France, à l’époque de la Révolution de 1789, ce symbole a pris une signification très particulière et, à côté d’autres symboles, on trouve les Tables de la Loi largement répandues dans l’iconographie de l’époque, surtout au niveau populaire, mais aussi dans des créations artistiques, des médailles etc.

Peu d’études approfondies ont été faites sur la signification des symboles révolutionnaires et les raisons de leur choix. Malgré la quantité énorme de travaux publiés à l’occasion du bicentenaire, en France et hors de France, les études sur l’iconographie révolutionnaire sont très rares. Il y a pourtant lieu de s’interroger sur les motifs profonds qui ont entraîné l’apparition récurrente de tel ou tel symbole, comme le bonnet phrygien, le soleil, les faisceaux de licteurs, l’oeil etc. etc.

Nous limiterons ici notre étude au symbole des Tables de la Loi. Celles-ci apparaissent sous la forme graphique devenue courante depuis le moyen-âge, c’est-à-dire deux panneaux au sommet en double arrondi (2). Leur présence frappante dans l’iconographie du temps n’a pourtant jusqu’ici attiré l’attention d’aucun chercheur (3).

La grande vogue, à l’époque, des gravures populaires permet de rassembler une documentation importante dont nous donnerons ici quelques exemples. L’imagerie populaire s’est en effet développée au 18ème siècle avec une étonnante rapidité grâce aux progrès spectaculaires obtenus dans la fabrication du papier. Ceci, joint à un perfectionnement des techniques de gravure et d’impression en couleur va permettre de satisfaire l’appétit populaire pour tout ce qui est image.

Avec la Révolution, et le recul de l’iconographie religieuse, les masses populaires et la petite bourgeoisie vont être des amateurs passionnés d’images patriotiques : elles soutiennent leur enthousiasme révolutionnaire, en même temps qu’elles le rendent visible et criant sur les murs ou les meubles de leurs demeures.

Puisque sous la pression des événements et des slogans patriotiques, les symboles religieux n’avaient plus cours, il devenait indispensable de les remplacer par de nouveaux symboles porteurs des grandes espérances patriotiques et révolutionnaires. Et en effet, de nouveaux symboles apparaissent dans l’iconographie, au milieu desquels celui des Tables de la Loi occupe une place de choix. Il est clair que ce symbole a été délibérément choisi pour son contenu sémiologique par les idéologues et les artistes de l’époque. Le fait qu’il soit en lui-même un élément extrêmement décoratif ne gâchait rien.

Le nom même du symbole, tel que le véhicule la langue française, a joué un rôle important dans son choix. On dit en Français « Tables de la Loi » (Tables of the Law). Le mot Loi joue dans cette expression un rôle majeur. Peu importe qu’il soit fondé sur une traduction inadéquate, qui ne correspond pas à l’original hébreu (4). Le fait est que cette expression est devenue absolument courante dans la langue française qui n’en connaît aucun synonyme, à la différence de l’anglais qui emploie très fréquemment le terme « Tables of Covenant ».

Le symbole des Tables de la Loi, de par son nom même, devient ainsi porteur d’un message merveilleusement adapté à l’idéologie révolutionnaire : celui de la force d’une loi égale pour tous, opposée à l’arbitraire royal ou aux abus imputés au clergé. D’où l’identification, dès les débuts de la Révolution, entre les Tables de la Loi et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen; puis, un peu plus tard, entre les Tables de la Loi et la Constitution, qui doit être la garantie de l’observance des lois, face aux risques d’un retour à l’arbitraire. Les Tables de la Loi sont l’incarnation graphique des fondateurs de l’idéologie révolutionnaire.

D’où la représentation si répandue de la « Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen » encastrée dans la forme des Tables de la Loi. La Déclaration du 26 août 1789 apparaît dès la fin de 1789 dans un style assez naïf, sur une gravure largement diffusée (5). La partie centrale y est occupée par les Tables de la Loi, sur lesquelles on peut lire le Préambule de la Déclaration et les 17 articles qui la composent. Les tables sont elles-mêmes placées dans un encadrement. A droite et à gauche, deux colonnes sont esquissées, sur lesquelles s’appuient deux soldats armés de piques, qui semblent ainsi protéger la Déclaration. La partie supérieure de l’encadrement est surmontée par deux représentations féminines : l’une s’appelle la France, elle tient dans ses mains une chaîne brisée ; l’autre s’appelle Force et Vertu, elle est pourvue de larges ailes et montre du doigt les Tables de la Loi. Entre les deux femmes, un frontispice (surmonté d’un oeil et d’un soleil) qui porte l’inscription : Constitution française, Droits de l’homme et du citoyen.

Une autre gravure populaire, mais beaucoup plus artistiquement élaborée, présente les Tables de la Loi comme cadre, cette fois, à la Déclaration de 1793, dont le Préambule et les 35 articles sont reproduits au complet, imprimés en petits caractères mais bien lisibles. Les Tables de la Loi, qui occupent ici aussi l’essentiel de l’espace, sont encadrées à droite et à gauche par deux colonnes lisses, dorées, surmontées de chapiteaux corinthiens. Au pied du socle de base qui supporte les Tables, deux lourdes chaînes, brisées en plusieurs points, sont porteuses d’un message évident. Au sommet de l’image, un frontispice allongé surmonté d’une plaque rectangulaire où l’on peut lire en gros caractères : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : décrétée par la Convention Nationale en 1793, acceptée par le peuple français.

Pour rehausser l’ensemble de cet encadrement néo-classique des Tables de la Loi, apparaissent la aussi et en positions diverses, les symboles révolutionnaires traditionnels : bonnet phrygien, faisceaux, rubans tricolores, soleil, oeil, feuillage, etc.

Ces deux exemples précis peuvent servir d’archétype à toute une série de représentations analogues aux multiples variantes de détails On voit là l’origine de l’identification complète qui s’établit entre les Tables de la Loi et la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen.

Mais les Tables de la Loi ne sont pas simplement le symbole de la loi en tant que telle, générale et intemporelle. Elles ne représentent pas uniquement la Loi dans ce qu’elle s’oppose désormais à l’arbitraire royal. Les Tables de la Loi ont une charge symbolique très complexe. Car elles sont intimement reliées, bon gré mal gré, à la Loi de Moïse, aux Dix Commandements de la Bible. Et ceci aussi a son importance.

Car précisément dans la seconde moitié du 18ème siècle, sous l’influence des Lumières, et tout particulièrement en France, la perception du Décalogue subit une mutation importante. Jusque là, les Dix Commandements étaient considérés comme émanant d’une révélation essentiellement religieuse, dont certaines exigences sont en partie périmées pour les Chrétiens, puisque dépassées à leurs yeux par les préceptes de l’Evangile. Mais l’élite pensante de l’âge des Lumières se détache de plus en plus de l’Eglise, et recherche ses lignes de conduite dans une « morale naturelle » qui serait commune à tous les hommes, sans distinction. Les Dix Commandements se présentent à eux sous un jour nouveau.

Des philosophes déistes, ou même athées, y voient l’affirmation de l’égalité entre les hommes, une référence universelle de justice en vue du Bien commun, référence qui transcende les religions établies et organisées qui sont toutes, dans leur optique, des fanatismes. L’article Décalogue dans l’Encyclopédie dirigée par D’Alembert et Diderot (6) est tout à fait révélateur de cette nouvelle sémiologie. Composé par le Chevalier de Jancourt, un des principaux rédacteurs de l’Encyclopédie, il commence en ces termes :
« ‘Tous les préceptes du Décalogue se peuvent déduire de la justice et de la bienveillance universelle que la loi naturelle ordonne. »

Après un assez long développement où est analysé le contenu de chacune des deux Tables et où les notions de justice, de loi naturelle, et de bien commun reviennent constamment, on en arrive à la conclusion qui est extrêmement éclairante :
« … Le Décalogue ne contient donc que les principaux chefs ou les fondements politiques des Juifs ; mais néanmoins ces fondements (mettant à part ce qui regardait en particulier la nation judaïque) renferment des lois qui sont naturellement imposées à tous les hommes et à l’observance desquelles ils sont tenus dans l’indépendance de l’état de la nature comme dans toute société civile. »

Tout en restant parfaitement consciente du lien existant entre Moïse, « la nation judaïque » et le Décalogue, l’Encyclopédie invite donc à déconnecter le Décalogue de son environnement ethnique et chronologique pour le rattacher à cette loi naturelle qui, sans pour autant renier l’existence de Dieu, doit nécessairement s’imposer à toute société humaine et lui donner ses fondements.

L’étrange monument Joseph Sec d’Aix-en-Provence, achevé en 1792 et analysé magistralement par Michel Vovelle, nous offre une optique tout à fait similaire.

Ce monument chargé de symboles et que Vovelle définit comme un vrai « Discours sur la Révolution française », est un hymne à la gloire de la Loi (7), dont la statue casquée domine l’ensemble architectural. En-dessous se lit l’inscription : « Venez habitants de la terre. Nation écoutez la Loi » qui surplombe en même temps une niche ou se dresse une statue de Moïse en pied présentant les Tables de la Loi a deux statues placées à l’étage inférieur et tournées vers lui : L’Europe ou la liberté et l’Afrique ou l’esclavage. Sur les Tables que tient Moïse sont gravés les mots : « Tu aimeras Dieu et ton prochain » inspirés par cette phrase de l’Encyclopédie à l’article Décalogue :
« … deux grands préceptes du Décalogue sont le sommaire de toute la loi : aimer Dieu par-dessus toute chose et notre prochain comme nous-même » (8).
La sémiologie des Tables de la Loi réside donc ici dans leur portée universelle; cependant, elles sont en même temps étroitement rattachées au personnage de Moïse.

Mais il s’agit d’un cas rare. Dans l’iconographie révolutionnaire, le rattachement au personnage de Moïse, et donc à la Bible et au peuple juif, presque toujours a été totalement occulté. Les Tables de la Loi deviennent une sorte de symbole religieux déconnecté de tout contexte historique qui les rattacherait à un passé précis.

A un premier niveau, les Tables apparaissent bisémiques. Leur message est celui d’une tradition d’un côté, d’une révolution de l’autre.

Les Tables ne sont pas un symbole laïc ou païen. A la différence du bonnet phrygien, du serpent qui se mord la queue, des faisceaux de licteurs, etc., leur référent n’est pas l’antiquité païenne, mais la Bible, au message religieux évident. Pourtant, dans la France chrétienne du 18e siècle, le message religieux normalement reçu est lié à une symbolique chrétienne, que justement la Révolution repousse. La mentalité révolutionnaire est donc à la recherche d’une symbolique qui ne soit pas chrétienne (puisque l’Eglise est désormais perçue comme synonyme de fanatisme et d’absolutisme despotique), mais qui soit cependant suffisamment religieuse pour satisfaire le sentiment religieux profond qui réside au coeur de chaque révolutionnaire :
« Une longue hérédité chrétienne, catholique, pèse sur les révolutionnaires de 1789, élevés pieusement dans leur famille, éduqués dans la foi traditionnelle par les Jésuites et les Oratoriens. Mais l’esprit philosophique, c’est-à-dire l’esprit de contrôle et d’analyse, mine peu a peu cette foi, sans la ruiner. Le drame qui se joue dans beaucoup de consciences s’explique ainsi » (9).

Mais par-delà la croyance sentimentale difficilement déracinable existe aussi un pragmatisme politique. Il peut être dangereux de déraciner tout symbole religieux dans l’imagerie populaire et donc dans les mentalités qu’on veut forger. Représenter des symboles chrétiens est exclu, puisque contraire aux principes jacobins. Les Tables de la Loi s’offrent donc d’une manière idéale pour répondre à un certain besoin religieux sans pour autant laisser croire à une affiliation cléricale.

Les Tables de la Loi fournissent ainsi « les vêtements du sacré » à la religion de la Patrie. Nous les voyons figurer sur des allégories patriotiques, sur le soleil qui doit faire sortir le monde vers l’âge des lumières, sur des médailles en fer de grande diffusion, représentant l’Egalité et la Justice, sur des gravures évoquant des fêtes populaires, et jusque sur les uniformes militaires, au milieu des canons. On les trouve sur les médailles d’identification des membres des diverses assemblées révolutionnaires comme celle du Conseil des Cinq-Cents.

C’est devant une allégorie féminine portant les Tables de la Loi qu’est prêté le Serment Fédératif du 14 juillet 1790. Cette médaille, signée du graveur Dupré présente une rangée d’hommes, donnant l’impression d’une foule. De la main gauche, ils tiennent tous une épée et ils lèvent le bras droit pour prêter le serment fédératif dont le texte est gravé sur le revers de la médaille : »Nous jurons de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution du Royaume ». On voit même les Tables de la Loi sur les cuivres des uniformes, pour symboliser l’attachement à la Patrie.

Très frappante aussi est l’apparition des Tables de la Loi dans la cérémonie du mariage. La Révolution supprime le mariage religieux chrétien traditionnel pour introduire pour la première fois le mariage civil. Une très belle gravure en aquatinte dûe au peintre Jean Baptiste Mallet (1759-1835) nous montre « un mariage républicain ». Le centre de la composition est occupé par les mariés. Habillée à la mode du temps, la mariée n’a aucun voile ni aucun des attributs d’une mariée d’église. Le maire, revêtu de l’écharpe tricolore, s’appuie contre une sorte d’autel aux emblèmes révolutionnaires, derrière lequel se dresse une statue symbolique porteuse d’une torche et d’une couronne de laurier.

Sur le mur du fond, dans la pénombre, ressort en clair un assez grand panneau en forme des Tables de la Loi; entre les deux Tables surgit sur une pique un bonnet phrygien.

Sur les Tables, on peut lire sur les sommets arrondis : sur celui de gauche : Liberté ; sur celui de droite : Egalité. Plus bas, et sur les deux Tables sans séparation médiane : Etat civil Loi sur les mariages et les divorces (10).

L’ensemble de la composition indique clairement que les Tables de la Loi et la législation laïque nouvelle remplacent, en tant que décor, les peintures ou sculptures qui servaient précédemment de cadre habituel aux mariages d’Eglise.

La laïcisation des Tables de la Loi peut aller jusqu’au cas limite où un contenu nouveau est donné au Décalogue. C’est ainsi qu’une gravure populaire présente « les Dix Commandements républicains » (11) dans le cadre graphique des Tables de la Loi.

Les Tables de la Loi remplissent donc un rôle important dans l’iconographie de la Révolution. Elles permettent à la Révolution de déconnecter ses emblèmes de tout ce qui est chrétien sans se prévaloir uniquement de symboles d’origine antique et païenne. Elles permettent de donner une coloration religieuse mais dans un ton pour ainsi dire « neutre » aux idéaux de justice, d’égalité, de soumission à une loi égale pour tous, que prône la Révolution. La défaite de l’arbitraire royal et l’apparition d’une Constitution garantissant les Droits de l’homme sont très clairement symbolisés par les Tables de la Loi, ce qui explique leur place récurrente dans l’iconographie de la Révolution.

Notes

Cf. notamment Bezalel Narkiss : Hebrew illuminated Manuscripts, Jérusalem, Keter, 1969.
CF. l’article de Ruth Mellinkoff : The Round Topped tablets of the Law : sacred symbol and emblem of evil, in Journal of Jewish Art, vol. I 1974, p. 28 sq.
Ma première étude sur ce thème, dans la Revue des Etudes Juives.
En effet, l’expression n’est ni biblique ni juive. On ne la trouve pas dans la traduction grecque des Septante, ni dans celle latine de la Vulgate. Les termes employés sont Lou’hoth Ha-berith (Tables de l’Alliance), Lou’hoth Ha-‘edouth (Tables du Témoignage), Lou’hoth Ha-even (Tables de pierre). Mais la Septante, n’ayant pas trouvé – et pour cause – dans l’arsenal de la langue grecque d’équivalent exact à l’hébreu Torah, l’a transposé dans le terme Nomos, Loi, que la Vulgate a adopté dans le latin Lex (cf. André Neher, Moïse et la vocation juive).
Le point de départ du processus qui a abouti à l’expression « Tables de la Loi » est le verset de l’Exode 24:l2 : « Je te donnerai les Tables de pierre, et la Torah et les commandements » ». Par un raccourci de ce verset opéré au moyen-âge dans certains ouvrages chrétiens de piété, on aboutit à l’expression « Tables de la Loi » (cf. J. Trénel : L’Ancien Testament et la langue française du moyen-âge, Paris l904, p. 329).
L’expression est d’autant plus rapidement entrée dans la langue française qu’elle correspondait au stéréotype développé par le christianisme pour abaisser le judaïsme, et en faire une religion de la Loi, opposée à une religion de la Foi.
Cette gravure a été publiée par la Maison Letourmi d’Orléans qui a suivi l’évolution que nous venons de signaler. Fondée en 1774 et spécialisée d’abord dans la diffusion d’images religieuses, la Maison prend dès 1789 une nouvelle orientation et n’imprime plus que des images patriotiques destinées à une diffusion très populaire.
Ce travail monumental (175l-1772) en volumes, arrêté plusieurs fois par la censure royale avait pour but de faire connaitre « les progrès de la science et de la pensée… ». Les plus grands esprits du temps (Voltaire, Rousseau, etc.) y apportèrent leur concours. L’Encyclopédie est considérée, à juste titre, comme l’expression la plus représentative de l’esprit des Lumières.
M. Vovelle : L’irrésistible ascension de Joseph Sec bourgeois d’Aix-en-Provence, Edisud 1975.
Dans les Evangiles (Math. 22:34-40) la juxtaposition de Deut.6:5 et de Lev.19:18 n’est pas mise en rapport avec le Décalogue. C’est l’Encyclopédie qui interprète ces préceptes comme étant le contenu même du Décalogue.
Pierre Trahard : La sensibilité révolutionnaire – ed. Slatkine Genève 1967, p.156.
La loi date du 20 septembre 1792.
Numérotés très lisiblement de I à X, ces commandements, répartis cinq par cinq sur les deux Tables, sont les suivants :
I. Français ton pays défendras afin de vivre librement.
II. Tous les tirans (sic) tu poursuivras jusqu’au delà de l’indostan (sic).
III. Les loix (sic), les vertus soutiendras même s’il le faut de ton sang
IV, Les perfides dénonceras sans le moindre ménagement.
V. Jamais foi tu n’ajouteras à la convertion (sic) d’un grand.
VI. Comme un frère soulageras ton compatriote souffrant
VII. Lorsque vainqueur tu te verras sois fier mais compatissant
VIII. Sur les emplois tu veilleras pour en expulser l’intrigant
IX. Le Dix Août sanctifieras pour l’aimer éternellement
X. Le bien des fuyards verseras sur le SANS-CULOTTE indigent.


Libertés: A quand la signalisation contenu sensible pour la Bible ? (Should the Bible come with trigger warnings ?)

28 mai, 2014
https://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/05/84bf3-trigger-warning.jpghttps://fbexternal-a.akamaihd.net/safe_image.php?d=AQD8Fkvt3yUMcsiP&w=377&h=197&url=http%3A%2F%2Fwww.newrepublic.com%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Fblindfolded.jpg&cfs=1&sx=123&sy=0&sw=989&sh=517
Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. Genèse 6: 7
Si un homme des enfants d’Israël ou des étrangers qui séjournent en Israël livre à Moloc l’un de ses enfants, il sera puni de mort: le peuple du pays le lapidera. Si un homme couche avec la femme de son père, et découvre ainsi la nudité de son père, cet homme et cette femme seront punis de mort: leur sang retombera sur eux. Si un homme couche avec sa belle-fille, ils seront tous deux punis de mort; ils ont fait une confusion: leur sang retombera sur eux. Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable; ils seront punis de mort: leur sang retombera sur eux. Lévitique 20:2 et 11-13
Fille de Babylone, la dévastée, Heureux qui te rend la pareille, Le mal que tu nous as fait! Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc! Psaumes 137
O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche! Éternel, arrache les mâchoires des lionceaux Qu’ils se dissipent comme des eaux qui s’écoulent! Qu’ils ne lancent que des traits émoussés! Qu’ils périssent en se fondant, comme un limaçon; Sans voir le soleil, comme l’avorton d’une femme! Avant que vos chaudières sentent l’épine, Verte ou enflammée, le tourbillon l’emportera. Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; Il baignera ses pieds dans le sang des méchants. Et les hommes diront: Oui, il est une récompense pour le juste; Oui, il est un Dieu qui juge sur la terre. Psaumes 58: 7-11
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins
 Parmi tous les écrits présents dans l’Index, la Bible avec ses adaptations, ses commentaires et les études bibliques, est de loin le livre le plus censuré jusqu’à la suppression de l’Index. Les éditions de la Bible en latin, en grec, dans les langues vulgaires en tout ou en partie, ainsi que des commentaires bibliques figurent nombreux dans le premier index roman. L’interdiction, maintenue pendant deux siècles, d’adapter la bible en langue vulgaire finit par assimiler dans l’imaginaire collectif les traductions bibliques aux livres hérétiques dits « Gigliola Fragnito ». Plusieurs raisons justifiaient ces interdictions aux yeux des censeurs, principalement l’existence d’éditions altérées et commentées par des hérétiques, et la méfiance à l’égard d’une interprétation personnelle du texte révélé, que seule l’Église pouvait interpréter d’une façon authentique. Le contact direct avec les sources de la foi pouvait provoquer des remises en question et altérer la doctrine, la morale, et l’organisation de l’Église. Wikipedia
Le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui (…) les juifs inventent le génocide – le premier en date dans la littérature mondiale. Jean Soler
Le schéma judéo-chrétien s’impose, même à ceux qui se disent indemnes de cette religion. Jean Soler pense même le communisme et le nazisme dans la perspective schématique de ce modèle de pensée. Ainsi, chez Marx, le prolétariat joue le rôle du peuple élu, le monde y est vu en termes d’oppositions entre bien et mal, amis et ennemis, l’apocalypse (la guerre civile) annonce le millénarisme (la société sans classes). (…) Toujours selon Jean Soler, le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui. La vérité du judaïsme se trouve dans le christianisme qui universalise un discours d’abord nationaliste. (…) Bien sûr, il ne souhaite pas revenir au polythéisme antique, mais il propose que nous nous mettions enfin à l’école de la Grèce après plus de mille ans de domination judéo-chrétienne. Une Grèce qui ignore l’intolérance, la banalisation de la peine de mort, les guerres de destruction massive entre les cités ; une Grèce qui célèbre le culte des femmes ; une Grèce qui ignore le péché, la faute, la culpabilité ; une Grèce qui n’a pas souhaité l’extermination massive de ses adversaires ; une Grèce qui, à Athènes, où arrive saint Paul, avait édifié un autel au dieu inconnu comme preuve de sa générosité et de son hospitalité – cet autel fut décrété par Paul de Tarse l’autel de son dieu unique, le seul, le vrai. Constantin devait donner à Paul les moyens de son rêve. Michel Onfray
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard 
Ce qui apparait comme une faiblesse est peut-être la clé de son succès. La Bible donne à chaque génération une liberté essentielle d’appropriation et de relecture. (…) La Bible, c’est tout le contraire de « L’Odyssée ». Son imperfection formelle est la preuve de sa véracité. Dieu ne peut être un poète, les poètes mentent, Dieu, Lui, dit le vrai … Jean-Christophe Attias
Une « trigger », ou en français un déclencheur, c’est un contenu — des mots, des images, un son, parfois même une odeur — qui déclenche chez quelqu’un ayant vécu un évènement traumatisant le souvenir de cet évènement, parfois suivi de moments très difficiles comme des crises d’angoisse, des flashbacks et d’autres éléments qui se retrouvent notamment dans le trouble de stress post-traumatique. Pour prendre un exemple qui risque de ne pas déranger trop de monde : si vous êtes phobique, disons, des lapins et que vous étiez dans un parc à boire un Coca quand une boule de poils à oreilles vous a soudain sauté sur le pied, il est possible que le goût ou la vue du Coca vous cause un sentiment de malaise, sans forcément que vous ne vous en rendiez compte. La plupart des déclencheurs concernent des choses plus sérieuses, comme des agressions, des viols, et d’autres traumatismes très violents. Mademoizelle.com
Frankly it seems this is sort of an inevitable movement toward people increasingly expecting physical comfort and intellectual comfort in their lives. It is only going to get harder to teach people that there is a real important and serious value to being offended. Part of that is talking about deadly serious and uncomfortable subjects. Greg Lukianoff (president of the Foundation for Individual Rights in Education)
On college campuses across the country, a growing number of students are demanding trigger warnings on class content. Many instructors are obliging with alerts in handouts and before presentations, even emailing notes of caution ahead of class. At Scripps College, lecturers give warnings before presenting a core curriculum class, the “Histories of the Present: Violence, » although some have questioned the value of such alerts when students are still required to attend class. Oberlin College has published an official document on triggers, advising faculty members to « be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression, » to remove triggering material when it doesn’t « directly » contribute to learning goals and « strongly consider » developing a policy to make « triggering material » optional. Chinua Achebe’s Things Fall Apart, it states, is a novel that may « trigger readers who have experienced racism, colonialism, religious persecution, violence, suicide and more. » Warnings have been proposed even for books long considered suitable material for high-schoolers: Last month, a Rutgers University sophomore suggested that an alert for F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby say, « TW: suicide, domestic abuse and graphic violence. » (… and now that they’ve entered university classrooms, it’s only a matter of time before warnings are demanded for other grade levels. As students introduce them in college newspapers, promotional material for plays, even poetry slams, it’s not inconceivable that they’ll appear at the beginning of film screenings and at the entrance to art exhibits. Will newspapers start applying warnings to articles about rape, murder, and war? (…) Issuing caution on the basis of potential harm or insult doesn’t help us negotiate our reactions; it makes our dealings with others more fraught. As Breslin pointed out, trigger warnings can have the opposite of their intended effect, luring in sensitive people (and perhaps connoisseurs of graphic content, too). More importantly, they reinforce the fear of words by depicting an ever-expanding number of articles and books as dangerous and requiring of regulation. By framing more public spaces, from the Internet to the college classroom, as full of infinite yet ill-defined hazards, trigger warnings encourage us to think of ourselves as more weak and fragile than we really are. (…)  Trigger warnings are presented as a gesture of empathy, but the irony is they lead only to more solipsism, an over-preoccupation with one’s own feelings—much to the detriment of society as a whole. Structuring public life around the most fragile personal sensitivities will only restrict all of our horizons. Engaging with ideas involves risk, and slapping warnings on them only undermines the principle of intellectual exploration. We cannot anticipate every potential trigger—the world, like the Internet, is too large and unwieldy. But even if we could, why would we want to? Bending the world to accommodate our personal frailties does not help us overcome them. Jenny Jarvie
For those who have not yet caught up with it, in the academic world the phrase « trigger warning » means alerting students to books that might « trigger » deleterious emotional effects. Should a Jewish student be asked to read « Oliver Twist » with its anti-Semitic caricature of Fagin, let alone « The Merchant of Venice, » whose central figure is the Jewish usurer Shylock? Should African-American students be required to read « Huckleberry Finn, » with its generous use of the « n-word, » or « Heart of Darkness, » which equates the Congo with the end of rational civilization? Should students who are ardent pacifists be made to read about warfare in Tolstoy and Stendhal, or for that matter the Iliad? As for gay and lesbian students, or students who have suffered sexual abuse, or those who have a physical handicap . . . one could go on. Pointing out the potentially damaging effects of books began, like so much these days, on the Internet, where intellectual Samaritans began listing such emotionally troublesome books on their blogs. Before long it was picked up by the academy. (…) Suddenly women, African-Americans, and (later) gay and lesbian professors began teaching, in effect, themselves. No serious university could do business without an African-American Studies Department. Many female professors created and found an academic home in something called Gender Studies, which turned out to be chiefly about the suppression of women, just as African-American Studies was chiefly about the historical and contemporary maltreatment of blacks. Something called Queer Studies came next, with gays and lesbians instructing interested students in the oppression of homosexuals. Over time, the themes of gender, class and race were insinuated into the softer social sciences and much of the humanities. They have established a reign of quiet academic terror, and that has made the university a very touchy place indeed. (…) University presidents and their increasingly large army of administrators have by now a 50-year tradition of cowardice. They do not clamp down when students reject the visits on their campuses of such courageous or accomplished women as Ayaan Hirsi Ali, Christine Lagarde or Condoleezza Rice because their views are not perfectly congruent with the students’ own jejune beliefs. When students and younger faculty line up behind the morally obtuse anti-Israel BDS (Boycott, Divest, Sanction) movement, wiser heads do not prevail, for the good reason that there are no wiser heads. The inmates, fair to say, are running the joint. The trigger warning is another passage in the unfinished symphony of political correctness. If the universities do not come out against attacks on freedom of speech, why should they oppose the censorship implicit in trigger warnings? The main point of these warnings, as with all political correctness, is to protect the minority of the weak, the vulnerable, the disheartened or the formerly discriminated against, no matter what the price in civility, scholarly integrity and political sanity. Do they truly require such protection, even at the price of genuine education? Nearly 200 years ago Alexis de Tocqueville, in his book on American democracy, feared the mob of the majority. In the American university today that mob looks positively pusillanimous next to the mob of the minority. Joseph Epstein
The bible is a raw, sometimes bleeding text, pulsing with fear and bitterness and the crumbling of will in the face of temptation. I believe that this very rawness is responsible for its endurance. Because what is raw is also tender, and it is in this tender place where real transformation happens. The bible does not shy away from our vulnerabilities, nor does it seek to accommodate them. Instead, when read with an honest mind (which is, regrettably, not a universal phenomenon), it exposes us to them, and ultimately ourselves. It is this intrinsically unapologetic nature of the text, its refusal to soothe or conceal, which not so long ago took me by great surprise and ultimately drew me in. (…) I lack the vitriol some feel against those who are trying to make trigger warnings happen. Those students are well-meaning and want to protect the people among them who have experienced trauma. But the question is, what are they really protecting them from? If it’s from reading something that might take them outside their comfort zone, that might cause more harm than good. (With exception, of course, of serious cases of PTSD.) As Los Angeles Times’ Megan Daum wrote in her column on the topic, we are already self-censoring enough: “Liberals stay away from Fox News. Conservatives shield themselves from MSNBC. We choose to live in particular neighborhoods or regions in part because we want neighbors who share our values. We rant away on social media, but we’re usually just talking to people who already agree with us. We call that an echo chamber, but isn’t it also a way of living inside one big trigger warning?” If the ban is an attempt to shield some individuals from others’ insensitive comments, well this is what a good professor should help out with through the facilitation of nuanced conversation that makes everyone uncomfortable and not just those with a troubled personal connection. When everyone is vulnerable, everyone grows, through the development of empathy for others or a reckoning with their past. This is how we prepare students for a big bad world filled with wounded people and devoid of trigger-warnings. The bible has long-served a similar role. Its nakedness pushes those of us who study it to strip down too, and contemplate just what is at stake for ourselves and those around us. It does not shy away from the dark matter of life, and so we should not shy away from it or any other of the good books that do the same, because reading them together is how we grow. Elissa Strauss

Ames sensibles s’abstenir !

Violence massive (déluge, apocalypse), lapidation, épuration ethnique, sacrifice humain et animal, génocide, infanticide, fillicide, suicide (Saül, Samson et Judas), racisme, colonialisme, hétérosexisme, cisexisme, handicapisme, sadomasochisme, misogynie, homophobie, transphobie, viols, inceste, sexe, sang, insectes …

Alors qu’après les pays musulmans et l’Italie et avec ses places de stationnement réservées (et plus larges et plus longues, s’il vous plait !), la Corée traite la féminité comme un handicap …

Et après le test féministe dit de Bechdel et la signalisation interdit au moins de 14 ans pour le film …

Et alors qu’après les sites féminins et qu’entre Shakespeare, Twain, Dickens, Tolstoy et Stendahl, les universités américaines s’y mettent à leur tour…

Pendant que la Licra fait interdire, pour cause d’antisémitisme, certains commentaires d’une traduction catholique de la Bible …

Ne devrions-nous pas réfléchir, avant son interdiction ou incinération définitive, à une signalisation contenu sensible systématique (« trigger warnings » en anglais) pour l’un des plus violents et pernicieux livres de la planète et de l’histoire ?

Should the Bible Have a Trigger Warning?
The Good Book Exposes Our Vulnerabilities — As It Should
Warning: May contain war, slavery, rape, deceit, plagues, smiting or apocalypse.
Elissa Strauss
May 25, 2014

You know what could use a trigger warning? The bible. If any book merits a note of caution it is the one that is colloquially referred to as good.

In the recent debate over whether colleges should warn students of material that deals with potentially post-traumatic stress syndrome inducing topics like war, sexual violence, racism, and anti-Semitism, I couldn’t help but think about how the raw and vulgar bible has sat warning-less for centuries.

Students at the University of California Santa Barbara and Oberlin College believe novels like Chinua Achebe’s “Things Fall Apart” (for racial violence) and “The Great Gatsby” (for misogynistic violence) should be presented with a warning label, all the while the world’s most popular book, easily found at safe-seeming places like churches, synagogues and hotel rooms, is brimming with much worse.

The bible is a book without heroes or hagiography; there’s hardly a character who fails to misstep. Instead we get war, slavery, rape, deceit, plagues, smiting, apocalypses and, in some ways the most threatening of them all: soul-crushing doubt in the Almighty. And yet, historically speaking, how many soldiers, victims of sexual assault and believers have found comfort in its words?

For many of us today the bible is the stuff of myth or tribal tales, but in previous generations many took it as God’s word. Imagine the horror of reading about not just people but also God’s capacity for violence while also believing that God was the author.

So why didn’t the architects of the bible (you might believe it is God, I believe it was various people over time) try to do some damage control? If not by way of slapping a warning on the cover, at least in the editing of the text?

Thank God they didn’t.

The bible is a raw, sometimes bleeding text, pulsing with fear and bitterness and the crumbling of will in the face of temptation. I believe that this very rawness is responsible for its endurance.

Because what is raw is also tender, and it is in this tender place where real transformation happens. The bible does not shy away from our vulnerabilities, nor does it seek to accommodate them. Instead, when read with an honest mind (which is, regrettably, not a universal phenomenon), it exposes us to them, and ultimately ourselves.

It is this intrinsically unapologetic nature of the text, its refusal to soothe or conceal, which not so long ago took me by great surprise and ultimately drew me in.

Until five years ago, I had never read the bible and knew of it only through the second-hand sanitized versions I learned at Hebrew school or from watching Disney movies. If I hadn’t been invited to be an artist fellow at LABA, a laboratory for Jewish culture which hosts a non-religious house of study, I am not sure I would have ever gotten around to it. So entranced I became with the unsparing nature of the text on human behavior, I eventually became co-director of the house of study.

Every year as new fellows come study with us, many of whom who have also never read the text, I see them go through the same experience of being caught off guard and shaken up by the piercing directness of the bible. They are triggered, and it is from that place that they are inspired to create.

I lack the vitriol some feel against those who are trying to make trigger warnings happen. Those students are well-meaning and want to protect the people among them who have experienced trauma. But the question is, what are they really protecting them from?

If it’s from reading something that might take them outside their comfort zone, that might cause more harm than good. (With exception, of course, of serious cases of PTSD.) As Los Angeles Times’ Megan Daum wrote in her column on the topic, we are already self-censoring enough: “Liberals stay away from Fox News. Conservatives shield themselves from MSNBC. We choose to live in particular neighborhoods or regions in part because we want neighbors who share our values. We rant away on social media, but we’re usually just talking to people who already agree with us. We call that an echo chamber, but isn’t it also a way of living inside one big trigger warning?”

If the ban is an attempt to shield some individuals from others’ insensitive comments, well this is what a good professor should help out with through the facilitation of nuanced conversation that makes everyone uncomfortable and not just those with a troubled personal connection. When everyone is vulnerable, everyone grows, through the development of empathy for others or a reckoning with their past. This is how we prepare students for a big bad world filled with wounded people and devoid of trigger-warnings.

The bible has long-served a similar role. Its nakedness pushes those of us who study it to strip down too, and contemplate just what is at stake for ourselves and those around us. It does not shy away from the dark matter of life, and so we should not shy away from it or any other of the good books that do the same, because reading them together is how we grow.

Elissa Strauss is a contributing editor to the Forward.

Voir aussi:

What ‘trigger warning’ would the Bible get?
Valerie Strauss
WP
May 23 2014

A ”trigger warning” is a short statement on a written piece of work or even a television show ( think Law and Order: Special Victims Unit) noting that the material may be sexually graphic, violent or in some other way upsetting. This month The New York Times ran a story by Jennifer Medina about the warnings that has sparked a stream of articles in magazines, newspapers and blogs about the subject, many of them ridiculing the idea.

The article, which noted that these warnings ”have their ideological roots in feminist thought,” discussed the traction that “trigger warnings” have gotten on some college campuses this year, with students pushing administrators to institute them. For example, a piece written by Philip Wythe, a sophomore, in the student newspaper at Rutgers University last February, said:

[L]iterature courses often examine works with grotesque, disturbing and gruesome imagery within their narratives. For instance, F. Scott Fitzgerald’s critically acclaimed novel, “The Great Gatsby,” possesses a variety of scenes that reference gory, abusive and misogynistic violence. Virginia Woolf’s famous cerebral narrative, “Mrs. Dalloway,” paints a disturbing narrative that examines the suicidal inclinations and post-traumatic experiences of an English war veteran. And Junot Diaz’s critically acclaimed work, “This is How You Lose Her,” observes domestic violence and misogynistic culture in disturbing first-person narrations….

Reaching a compromise between protecting students and defending their civil liberties is imperative to fulfilling the educational potential of our University’s undergraduates. Within social justice circles, many activists have reached this compromise by implementing “trauma trigger warnings:” a safety system that allows full artistic expression, as well as psychological protection for those who need it.

Trauma trigger warnings are a minimalistic description that tag articles, literature and other works of art for traumatic content. These triggers can cover a variety of topics — from graphic violence to drug abuse — and are intended as vague, abstract descriptions of a work’s content. For instance, one trigger warning for “The Great Gatsby” might be: (TW: “suicide,” “domestic abuse” and “graphic violence.”)

Also in February, members of the student government at the University of California at Santa Barbara passed a resolution called “A Resolution to Mandate Warnings For Triggering Content in Academic Settings,” (see text below) that urges “the instructor of any course that includes triggering content to list trigger warnings on the syllabus.” It urges school officials to meet with students to develop a way for professors to create “trigger warnings” for material including “Rape, Sexual Assault, Abuse, Self-Injurious Behavior, Suicide, Graphic Violence, Pornography, Kidnapping, and Graphic Depictions of Gore.”

There was trigger activity on some other campuses too. The Times story reports, for example, that Oberlin College wrote a draft guide on “trigger warnings” that said, before it was withdrawn for further work:

Triggers are not only relevant to sexual misconduct, but also to anything that might cause trauma. Be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression. Realize that all forms of violence are traumatic, and that your students have lives before and outside your classroom, experiences you may not expect or understand.

In March, the student newspaper at the University of California Santa Barbara, The Daily Nexus, published a letter by the student who initiated the resolution, Bailey Loverin, explaining her reasons for taking the action. In early April, the student newspaper published another article, by Marissa Wenzke, further explaining the resolution, saying:

… even while protecting freedoms so crucial to higher education, we must recognize the legitimacy behind the intentions that lie behind this resolution. One of the arguments against this bill claims it would act as a crutch for students who do not wish to be challenged with potentially offensive material, essentially boiling it down to “just get over it.” We’d invite everyone who stands behind this to imagine the most terrifying or painful moment of your life, and then imagine being spontaneously forced to relive that moment in the middle of a lecture in Campbell Hall.

Two days after The New York Times article was posted to the newspaper website on May 17, the newspaper published a piece on its website by Loverin defending the resolution again. What followed was a flood of negative commentary by critics concerned that trigger warnings would amount to censorship, prior restraint and an assault on academic freedom, including an editorial by The Los Angeles Times with this title: “Warning: College students, this editorial may upset you.” It said in part:

The student resolution is only advisory, a recommendation that campus authorities can turn into policy or reject. They should not only choose the latter course but should explain firmly to students why such a policy would be antithetical to all that college is supposed to provide: a rich and diverse body of study that often requires students to confront difficult or uncomfortable material, and encourages them to discuss such topics openly. Trigger warnings are part of a campus culture that is increasingly overprotective and hypersensitive in its efforts to ensure that no student is ever offended or made to feel uncomfortable.

A piece in The New Yorker by Jay Caspian Kang noted other reaction:

Social media, which mostly acts as an agreement machine whenever the liberal consensus squares off with a more radical cousin, seemed to confirm my annoyance [at the idea of trigger warnings]. The novelist Darin Strauss tweeted, “Trigger Warning: All human experience.” Matt Bai, a national columnist for Yahoo News, added, “Maybe the entire Web should have ‘trigger warning’ so I never have to feel uncomfortable or challenged.” Colson Whitehead joined in: “Your face should have a trigger warning for reminding me you exist.” There were dozens of other examples, from jokey to dire, and, by the time the news cycle kicked up on Tuesday, op-eds questioning the use of trigger warnings had been published in the Guardian, the Atlantic, and Mother Jones.

Then there was this reaction on the blog of the UCLA Faculty Association, which raises an issue that may put the idea of trigger warnings in some perspective: What kind of trigger warning would be put on the Bible. It would, the post says, start “with nudity and fratricide in the Garden of Eden and moving on to mass drowning (Noah), polygamy, adultery, etc.”

Sarah Dictum wrote in New Statesman that Shakespeare would surely need a trigger warning too, if trigger warnings ever became policy anywhere:

There are the obvious horrors, like Titus Andronicus with its hideous maternally-directed rape (“Away with her and use her as you will./The worse to her, the better loved of me”) and subsequent mutilation of the victim. But then there are the comedies, which even at their merriest contain intimations of rape. Measure for Measure hinges entirely on a woman being coerced into intercourse to save her brother’s life. Problem play? More like problematic play. Get behind the tape.

Here’s a draft version of the resolution that the UC Santa Barbara students passed in late February:

A Resolution to Mandate Warnings For Triggering Content in Academic Settings (02262014:61) – February 25, 2014

Resolution #805

by Nikki Calderon & Second: Derek Wakefield

Student Sponsor: Bailey Loverin

Resolution Liaison:

Whereas: UCSB CARE (Campus Advocacy Resources & Education) reports that: 1 in 4 college women will be sexually assaulted during her academic career,; 1 in 4 women will experience domestic violence; and 1 in 33 men will experience attempted or completed rape. Therefore this is a pertinent and widespread issue that should be acknowledged on campus. (maybe, but this may be better as a separate whereas at the end)

Whereas: Triggers are not limited to sexual assault and violence.

Whereas: Trigger Warnings should be used for content not covered by the rating system used by the MPAA or TV warnings (such as contains violence, nudity or, language).

Whereas: The current suggested list of Trigger Warnings includes Rape, Sexual Assault, Abuse, Self-Injurious Behavior, Suicide, Graphic Violence, Pornography, Kidnapping, and Graphic Depictions of Gore.

Whereas: Triggers are a symptom of PTSD (Post Traumatic Stress Disorder).

Whereas: UCSB Disabled Students Program recognizes PTSD as a disability.

Whereas: Having memories or flashbacks triggered can cause the person severe emotional, mental, and even physical distress. These reactions can affect a student’s ability to perform academically.

Whereas: College level courses may contain materials with mature content. These particularly affect students if material is being read in the classroom or a film is being screened, as the student cannot choose to stop being exposed to the material.

Whereas: Including trigger warnings is not a form of criticism or censorship of content. In addition, it does not restrict academic freedom but simply requests the respect and acknowledgement of the affect of triggering content on students with PTSD, both diagnosed and undiagnosed.

Whereas: Being informed well in advance of triggering content allows students to avoid a potentially triggering situation without public attention. Having a trigger warning on a syllabus allows a student the choice to be presentgives a student advance notice of possible triggers and the choice to be present or not instead of having to leave in the middle of a class or lecture.

Therefore let it be resolved by the Associated Students in the Senate Assembled:

That the Associated Students of UC Santa Barbara urge the instructor of any course that includes triggering content to list trigger warnings on the syllabus.

Let it further be resolved that: AS Senate urges the instructor of any course that includes triggering content to not dock points from a student’s overall grade for being absent or leaving class early if the reason for the absence is the triggering content.

Let it further be resolved that: AS Senate directs the Student Advocate General Kristian Whittaker to appoint a staff member to review and update the list of Trigger Warnings as needed in collaboration with RCSGD (Resource Center for Sexual and Gender Diversity) and The Women’s Center.

Let it further be resolved that: AS Senate direct External Vice President of Statewide Affairs Alex Choate to bring this to the attention of the UCSA Board at the next board meeting and to advocate for a policy change to reflect the directions of this resolution on a UC wide level.

Let it further be resolved that: AS Senate directs AS President Jonathon Abboud to bring this to the attention of the Academic Senate and advocate for a policy change to reflect the directions of this resolution.

Let it finally be resolved that: AS Senate recognizes the support and passing of this resolution as a stronger stance taken by UCSB against issues of sexual harassment and violence.

Fiscal Impact: $0 from the account.

A New Entry in the Annals of Academic Cravenness
If colleges won’t stick up for free speech, why would they oppose the implicit censorship of ‘trigger warnings’?
Joseph Epstein
WSJ
May 27, 2014

For those who have not yet caught up with it, in the academic world the phrase « trigger warning » means alerting students to books that might « trigger » deleterious emotional effects. Should a Jewish student be asked to read « Oliver Twist » with its anti-Semitic caricature of Fagin, let alone « The Merchant of Venice, » whose central figure is the Jewish usurer Shylock? Should African-American students be required to read « Huckleberry Finn, » with its generous use of the « n-word, » or « Heart of Darkness, » which equates the Congo with the end of rational civilization? Should students who are ardent pacifists be made to read about warfare in Tolstoy and Stendhal, or for that matter the Iliad? As for gay and lesbian students, or students who have suffered sexual abuse, or those who have a physical handicap . . . one could go on.

Pointing out the potentially damaging effects of books began, like so much these days, on the Internet, where intellectual Samaritans began listing such emotionally troublesome books on their blogs. Before long it was picked up by the academy. At the University of California at Santa Barbara, the student government suggested that all course syllabi contain trigger warnings. At Oberlin College the Office of Equity Concerns advised professors to steer clear of works that might be interpreted as sexist or racist or as vaunting violence.

Movies have of course long been rated and required to note such items as Adult Language, Violence, Nudity—ratings that are themselves a form of trigger warning. Why not books, even great classic books? The short answer is that doing so insults the intelligence of those supposedly serious enough to attend college by suggesting they must not be asked to read anything that fails to comport with their own beliefs or takes full account of their troubled past experiences.

Trigger warnings logically follow from the recent history of American academic life. This is a history in which demographic diversity has triumphed over intellectual standards and the display of virtue over the search for truth. So much of this history begins in good intentions and ends in the tyranny of conformity.

Sometime in the 1950s, American universities determined to acquire students from less populous parts of the country to give their institutions the feeling of geographical diversity. In the 1960s, after the great moral victories of the civil-rights movement, the next obvious step was racial preferences, which allowed special concessions to admit African-American students. In conjunction with this, black professors were felt to be needed to teach these students and, some said, serve as role models. Before long the minority of women among the professoriate was noted. This, too, would soon be amended. « Harvard, » I remember hearing around this time, « is looking for a good feminist. »

All this, most reasonable people would concur, was fair enough. Then things took a radical twist. Suddenly women, African-Americans, and (later) gay and lesbian professors began teaching, in effect, themselves. No serious university could do business without an African-American Studies Department. Many female professors created and found an academic home in something called Gender Studies, which turned out to be chiefly about the suppression of women, just as African-American Studies was chiefly about the historical and contemporary maltreatment of blacks. Something called Queer Studies came next, with gays and lesbians instructing interested students in the oppression of homosexuals.

Over time, the themes of gender, class and race were insinuated into the softer social sciences and much of the humanities. They have established a reign of quiet academic terror, and that has made the university a very touchy place indeed.

Meanwhile many of those students who in the late 1960s arose in protest have themselves come to prominence and even to eminence as professors in their 60s and early 70s. Having fought in their youth against what they thought the professorial old-boy network, they now find themselves old boys. Unable to discover a way to replace the presumably unjust society that they once sought to topple, they currently tend to stand aside when students and younger professors cavort in bumptious protest, lest they themselves be thought, God forfend, part of the problem.

University presidents and their increasingly large army of administrators have by now a 50-year tradition of cowardice. They do not clamp down when students reject the visits on their campuses of such courageous or accomplished women as Ayaan Hirsi Ali, Christine Lagarde or Condoleezza Rice because their views are not perfectly congruent with the students’ own jejune beliefs. When students and younger faculty line up behind the morally obtuse anti-Israel BDS (Boycott, Divest, Sanction) movement, wiser heads do not prevail, for the good reason that there are no wiser heads. The inmates, fair to say, are running the joint.

The trigger warning is another passage in the unfinished symphony of political correctness. If the universities do not come out against attacks on freedom of speech, why should they oppose the censorship implicit in trigger warnings? The main point of these warnings, as with all political correctness, is to protect the minority of the weak, the vulnerable, the disheartened or the formerly discriminated against, no matter what the price in civility, scholarly integrity and political sanity. Do they truly require such protection, even at the price of genuine education?

Nearly 200 years ago Alexis de Tocqueville, in his book on American democracy, feared the mob of the majority. In the American university today that mob looks positively pusillanimous next to the mob of the minority.

Mr. Epstein’s latest book is « A Literary Education and Other Essays, » published this week by Axios Press.

Voir aussi:

Trigger Happy The « trigger warning » has spread from blogs to college classes. Can it be stopped?
Jenny Jarvie
The New Republic
March 3, 2014

The headline above would, if some readers had their way, include a « trigger warning »—a disclaimer to alert you that this article contains potentially traumatic subject matter. Such warnings, which are most commonly applied to discussions about rape, sexual abuse, and mental illness, have appeared on message boards since the early days of the Web. Some consider them an irksome tic of the blogosphere’s most hypersensitive fringes, and yet they’ve spread from feminist forums and social media to sites as large as the The Huffington Post. Now, the trigger warning is gaining momentum beyond the Internet—at some of the nation’s most prestigious universities.

Last week, student leaders at the University of California, Santa Barbara, passed a resolution urging officials to institute mandatory trigger warnings on class syllabi. Professors who present « content that may trigger the onset of symptoms of Post-Traumatic Stress Disorder » would be required to issue advance alerts and allow students to skip those classes. According to UCSB newspaper The Daily Nexus, Bailey Loverin, the student who sponsored the proposal, decided to push the issue after attending a class in which she “felt forced” to sit through a film that featured an “insinuation” of sexual assault and a graphic depiction of rape. A victim of sexual abuse, she did not want to remain in the room, but she feared she would only draw attention to herself by walking out.

On college campuses across the country, a growing number of students are demanding trigger warnings on class content. Many instructors are obliging with alerts in handouts and before presentations, even emailing notes of caution ahead of class. At Scripps College, lecturers give warnings before presenting a core curriculum class, the “Histories of the Present: Violence, » although some have questioned the value of such alerts when students are still required to attend class. Oberlin College has published an official document on triggers, advising faculty members to « be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression, » to remove triggering material when it doesn’t « directly » contribute to learning goals and « strongly consider » developing a policy to make « triggering material » optional. Chinua Achebe’s Things Fall Apart, it states, is a novel that may « trigger readers who have experienced racism, colonialism, religious persecution, violence, suicide and more. » Warnings have been proposed even for books long considered suitable material for high-schoolers: Last month, a Rutgers University sophomore suggested that an alert for F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby say, « TW: suicide, domestic abuse and graphic violence. »

What began as a way of moderating Internet forums for the vulnerable and mentally ill now threatens to define public discussion both online and off. The trigger warning signals not only the growing precautionary approach to words and ideas in the university, but a wider cultural hypersensitivity to harm and a paranoia about giving offense. And yet, for all the debate about the warnings on campuses and on the Internet, few are grappling with the ramifications for society as a whole.

Not everyone seems to agree on what the trigger warning is, let alone how it should be applied. Initially, trigger warnings were used in self-help and feminist forums to help readers who might have post traumatic stress disorder to avoid graphic content that might cause painful memories, flashbacks, or panic attacks. Some websites, like Bodies Under Siege, a self-injury support message board, developed systems of adding abbreviated topic tags—from SI (self injury) to ED (eating disorders)—to particularly explicit posts. As the Internet grew, warnings became more popular, and critics began to question their use. In 2010, Susannah Breslin wrote in True/Slant that feminists were applying the term « like a Southern cook applies Pam cooking spray to an overused nonstick frying pan »—prompting Feministing to call her a « certifiable asshole, » and Jezebel to lament that the debate has « been totally clouded by ridiculous inflammatory rhetoric. »

The term only spread with the advent of social media. In 2012, The Awl’s Choire Sicha argued that it had « lost all its meaning. » Since then, alerts have been applied to topics as diverse as sex, pregnancy, addiction, bullying, suicide, sizeism, ableism, homophobia, transphobia, slut shaming, victim-blaming, alcohol, blood, insects, small holes, and animals in wigs. Certain people, from rapper Chris Brown to sex columnist Dan Savage, have been dubbed “triggering.” Some have called for trigger warnings for television shows such as « Scandal » and « Downton Abbey. » Even The New Republic has suggested the satirical news site, The Onion, carry trigger warnings.

At the end of last year, Slate declared 2013 the « Year of the Trigger Warning,” noting that such alerts had become the target of humor. Jezebel, which does not issue trigger warnings, raised hackles in August by using the term as a headline joke: « It’s Time To Talk About Bug Infestations [TRIGGER WARNING]. » Such usage, one critic argued, amounted to « trivializing » such alerts and « trolling people who believe in them. » And in Britain, Suzanne Moore, a feminist columnist for The Guardian, was taken to task when she put a trigger warning on her Twitter bioline, mocking those who followed her feeds only to claim offense. Some critics have ridiculed her in turn: « Trigger warning, @Suzanne_moore is talking again. » (Moore’s Twitter bio now reads, « Media Whore. »)

The backlash has not stopped the growth of the trigger warning, and now that they’ve entered university classrooms, it’s only a matter of time before warnings are demanded for other grade levels. As students introduce them in college newspapers, promotional material for plays, even poetry slams, it’s not inconceivable that they’ll appear at the beginning of film screenings and at the entrance to art exhibits. Will newspapers start applying warnings to articles about rape, murder, and war? Could they even become a regular feature of speech? « I was walking down Main Street last night when—trigger warning—I saw an elderly woman get mugged. »

The « Geek Feminism Wiki » states that trigger warnings should be used for « graphic descriptions or extensive discussion » of abuse, torture, self-harm, suicide, eating disorders, body shaming, and even « psychologically realistic » depictions of the mental state of people suffering from those; it notes that some have gone further, arguing for warnings before the « depiction or discussion of any consensual sexual activity [and] of discriminatory attitudes or actions, such as sexism or racism. » The definition on the Queer Dictionary Tumblr is similar, but expands warnings even to discussion of statistics on hate crimes and self-harming.

As the list of trigger warning–worthy topics continues to grow, there’s scant research demonstrating how words « trigger » or how warnings might help. Most psychological research on P.T.S.D. suggests that, for those who have experienced trauma, « triggers » can be complex and unpredictable, appearing in many forms, from sounds to smells to weather conditions and times of the year. In this sense, anything can be a trigger—a musky cologne, a ditsy pop song, a footprint in the snow.

As a means of navigating the Internet, or setting the tone for academic discussion, the trigger warning is unhelpful. Once we start imposing alerts on the basis of potential trauma, where do we stop? One of the problems with the concept of triggering—understanding words as devices that activate a mechanism or cause a situation—is it promotes a rigid, overly deterministic approach to language. There is no rational basis for applying warnings because there is no objective measure of words’ potential harm. Of course, words can inspire intense reactions, but they have no intrinsic danger. Two people who have endured similarly painful experiences, from rape to war, can read the same material and respond in wholly different ways.

Issuing caution on the basis of potential harm or insult doesn’t help us negotiate our reactions; it makes our dealings with others more fraught. As Breslin pointed out, trigger warnings can have the opposite of their intended effect, luring in sensitive people (and perhaps connoisseurs of graphic content, too). More importantly, they reinforce the fear of words by depicting an ever-expanding number of articles and books as dangerous and requiring of regulation. By framing more public spaces, from the Internet to the college classroom, as full of infinite yet ill-defined hazards, trigger warnings encourage us to think of ourselves as more weak and fragile than we really are.

What’s more, the fear of triggers risks narrowing what we’re exposed to. Raechel Tiffe, an assistant professor in Communication Arts and Sciences at Merrimack College, Massachusetts, described a lesson in which she thought everything had gone well, until a student approached her about a clip from the television musical comedy, « Glee, » in which a student commits suicide. For Tiffe, who uses trigger warnings for sexual assault and rape, the incident was a « teaching moment »—not for the students, but for her to be more aware of the breadth of students’ sensitivities.

As academics become more preoccupied with students’ feelings of harm, they risk opening the door to a never-ending litany of requests. Last month, students at Wellesley College protested a sculpture of a man in his underwear because, according to the Change.org petition, it was a source of « triggering thoughts regarding sexual assault. » While the petition acknowledged the sculpture may not disturb everyone on campus, it insisted we share a “responsibility to pay attention to and attempt to answer the needs of all of our community members. » Even after the artist explained that the figure was supposed to be sleepwalking, students continued to insist it be moved indoors.

Trigger warnings are presented as a gesture of empathy, but the irony is they lead only to more solipsism, an over-preoccupation with one’s own feelings—much to the detriment of society as a whole. Structuring public life around the most fragile personal sensitivities will only restrict all of our horizons. Engaging with ideas involves risk, and slapping warnings on them only undermines the principle of intellectual exploration. We cannot anticipate every potential trigger—the world, like the Internet, is too large and unwieldy. But even if we could, why would we want to? Bending the world to accommodate our personal frailties does not help us overcome them.

Jenny Jarvie is an Atlanta-based writer whose work has appeared in the Los Angeles Times, Atlantic Cities, Poetry Magazine, and the Sunday Telegraph.

Voir également:

Trigger Warnings and the Novelist’s Mind
Jay Caspian Kang
The New Yorker
May 22, 2014

During a graduate-school lecture on “Lolita,” my professor stood up in front of a crowded classroom and said something I have never been able to shake: “When you read ‘Lolita,’ keep in mind that what you’re reading about is the systematic rape of a young girl.”

I had read “Lolita” in high school and then again in college, when it became my personal literary liquor store—whenever I got stuck in a scene, or whenever my prose felt flat or typical, I’d open “Lolita” to a random page and steal something. My professor’s pronouncement felt too didactic, too political, and, although I tried to put it out of my mind and enjoy “Lolita” ’s cunning, surprising games with language, I could no longer pick up the book without feeling the weight of his judgment. The professor wasn’t wrong to point out the obvious about Humbert and Dolores Haze, and I don’t believe—at least not completely—that literature should only be examined as an object unto itself, detached from time and history, but I haven’t read “Lolita” since.

I thought of that professor and his unwelcome intrusion when I read a page-one story in last week’s Times about how several colleges across the country have considered placing “trigger warnings” in front of works of art and literature that may cause a student to relive a traumatic experience. For example, a student might be forewarned that J. M. Coetzee’s “Disgrace” details colonial violence, racism, and rape with a note on the class syllabus that would read something like “Trigger Warning: This book contains scenes of colonialism, racism, and rape, which may be upsetting to students who have experienced colonialism, racism, or rape.”

The story’s headline, “WARNING: THE LITERARY CANON COULD MAKE STUDENTS SQUIRM,” and the inclusion of some seemingly innocuous titles, like “The Great Gatsby,” as candidates for such warnings, dredged up all my distaste for my professor’s prescriptive reading of “Lolita.” If he could produce such a chilling effect, what harm could a swarm of trigger warnings—each one reducing a work of literature to its ugliest plot points—inflict on the literary canon? What would “Trigger Warning: This novel contains racism” do to a reading of Ralph Ellison’s “Invisible Man”? What would “Trigger Warning: Rape, racism, and sexual assault” do to a reading of Toni Morrison’s “Beloved”?

Social media, which mostly acts as an agreement machine whenever the liberal consensus squares off with a more radical cousin, seemed to confirm my annoyance. The novelist Darin Strauss tweeted, “Trigger Warning: All human experience.” Matt Bai, a national columnist for Yahoo News, added, “Maybe the entire Web should have ‘trigger warning’ so I never have to feel uncomfortable or challenged.” Colson Whitehead joined in: “Your face should have a trigger warning for reminding me you exist.” There were dozens of other examples, from jokey to dire, and, by the time the news cycle kicked up on Tuesday, op-eds questioning the use of trigger warnings had been published in the Guardian, the Atlantic, and Mother Jones.

Out on the far end of the agreement machine, feminist writers and academics defended the use of trigger warnings, and tried to explain their utility and their history. The modern iteration of “trigger warning,” or “TW,” as it’s commonly written, came out of the feminist blogosphere, and, like many other terms used within insular, politically active communities, addressed a specific need. Roughly ten years ago, editors at feminist and progressive Web sites realized that they needed a way of encouraging frank and candid conversation about sexual assault without catching readers unaware. Many survivors of sexual assault experience symptoms of post-traumatic stress; graphic depictions of rape or violent attacks can trigger flashbacks, nightmares, and crippling anxiety. The editors theorized that a warning posted before disturbing narratives could allow readers to prepare for what might be an upsetting but, ultimately, necessary conversation.

“Censorship was never the point,” Alexandra Brodsky, an editor at the Web site Feministing, told me. “We knew that violent and traumatic narratives could have a grave effect on the reader, so we, working together as a community, created guideposts for people to navigate what has always been a tricky terrain.” Those guideposts helped. Trigger warnings “made people feel like they could write explicitly and honestly about things that they may have not written about under different circumstances,” Brodsky said. “They let people know that this was going to be a different type of conversation.”

That logic eventually found its way into the academy. Last year, Bailey Shoemaker-Richards, a master’s student at the University of Findlay, in Ohio, started using trigger warnings in her academic presentations on cyber sexism and online abuse. The warning, she said, takes up roughly fifteen seconds at the start of a talk, and serves only as a reminder that those who are uncomfortable discussing online abuse are free to leave the room. “I don’t think a trigger warning will prevent conversations that may be upsetting,” Shoemaker-Richards told me. “But they might force people in the class to think through their reactions a little more.” Shoemaker-Richards’s use of trigger warnings largely mirrors the way that they have been implemented in classrooms across the country, and, although the term itself sounds forbidding and censorious, in practice these warnings are meant to protect students from public traumatic flashbacks. “If you know you’re about to read a graphic depiction of state racism, and you know that you’d rather be at home than in the library, the trigger warning is just information you need to make that decision,” Brodsky explained.

Brodsky feels conflicted about university-mandated trigger warnings for potentially troubling works of art and literature, as do other feminist thinkers I spoke to, but she still thinks that they should be used in the classroom. “You can’t copy the language from a Jezebel post and paste it onto a syllabus,” Brodsky explained. “With that being said, literature is important, and has effects beyond momentary pleasure and discomfort. ‘Trigger Warning: Colonialism,’ seems a bit reductive, but there should be a way that we acknowledge that what we’re going to read will have a significant impact.” The expansion of higher education onto the Internet has depersonalized the classroom, Brodsky argued, and with fewer settings in which a professor can adequately prepare a class for a potentially disturbing work of literature or art, trigger warnings could stand in, at least in part, for a nuanced and sensitive introduction.

It should be noted that none of the schools cited in the Times article have actually implemented a policy that would mandate trigger warnings, and that college classrooms have often served as testing grounds for vital policies that might at first have seemed apocalyptic or Pollyannaish. Trigger warnings could eventually become part of academic environments, as unobtrusive and beneficial as wheelchair ramps and kosher toaster ovens.

Many of the op-eds and articles on trigger warnings published this week have argued on behalf of the sanctity of the relationship between the reader and the text. For the most part, I have agreed with them. A trigger warning reduces a work of art down to what amounts to plot points. If a novel like José Saramago’s “Blindness” succeeds because it sews up small yet essential pockets of human normalcy against a horrific backdrop, a preëmptive label like “Trigger Warning: Violence and internment” strips it down to one idea.

I relayed these thoughts to Brodsky, along with the anecdote about my professor and “Lolita.” “What a delight it must be to read a book full of graphic accounts of sexual violence and still have the book not be about sexual violence to you!” she said. “Why is the depersonalized, apolitical reading the one we should fight for?” I admit, this was an angle I had not yet considered, and I recalled the severe annoyance I’d felt in college seminars and coffeehouse conversations whenever a white person would say a bit too ringingly that a book written by a person of color somehow “transcended race,” as if that was the highest compliment that could be paid to a work written by one of us poor, striving minorities. Every reliable figure, whether from academic study or from the Obama Administration, says that somewhere between one in four and one in five women are sexually assaulted during their time in college. To argue that their concerns are somehow marginal does not correlate with the math or the ethos of the classroom.

And yet, as a novelist who spent seven years writing an ultimately unpublished novel and two years writing another, I wonder about the effect a trigger warning—even a discreet, well-placed one—might have on the creative process. I kept thinking of the professor’s pronouncement about “Lolita,” and how difficult it had been for me to get it out of my head. After a few phone calls to fellow former classmates who had attended the same lecture, and who remember the professor’s comments with the same clarity, I finally figured out why. We had all enrolled in this particular graduate program because we wanted to write fiction. This was a foolish, likely doomed endeavor, sure, but if we were to have any chance at writing anything worthwhile, our commitment to the task would have to be irrational and unrelenting. Every young writer has to go through a stage of relating to works of literature as if they’re planets, with their own elegant ecosystems and gravitational pull.

A good reader may very well finish “Lolita” and conclude that the book is about the systematic rape of a young girl, or that such a troubling text should require a trigger warning, but a writer should have the freedom to look at “Lolita” as nothing more than a series of sentences that exist only for their own sake. If reading, as Joyce Carol Oates wrote, is the “sole means by which we slip, involuntarily, often helplessly, into another’s skin, another’s voice, another’s soul,” a trigger warning, even through gentle suggestion, guides us into that skin. For writers, who cull everything from what they read, any amount of guidance will lead to dull conformity.

In a good novel—it hardly needs to be said—every word matters. Dedications matter. Epigraphs matter. The size of the font on the Library of Congress listing matters. The order of the names on the acknowledgment page matters. A writer friend of mine once likened a completed novel to a pressure cooker—the weight placed on every stylistic decision should be extraordinary and evenly distributed. A trigger warning or, really, any sort of preface, would disrupt the creation of those highly pressurized, vital moments in literature that shock a reader into a higher consciousness. I cannot be the only person who believes that James Baldwin’s “Notes of a Native Son” has the power to radically change the way all people look at race in this country—Baldwin’s brutal treatment of himself, his perfect choice of detail, and his mode of dragging the reader through Harlem elevate the story of a young man preparing himself to attend the funeral of his father to a complete, gorgeous whole. Any excess language—in the form of a trigger warning—amounts to a preëmptive defacement. It’s worth considering how the next Baldwin would react to the possibility that his account would be stamped with “Trigger Warning: Child abuse.” How does that moment, when he picks up his head and stares out at his future reader, change the words he chooses? Can we really afford to have “Notes of a Native Son” be three, four, or even one word worse?

Voir encore:

Trigger warnings: What do they do?
BBC
25 February 2014

A bit like a spoiler alert, the phrase « trigger warning » is now often seen online but it has a more serious motive than stopping you from accidentally ruining the enjoyment of a TV show you’ve not seen yet.

What is a trigger warning?

Seen on the web, in tweets and on blogs, it usually takes the form of a sentence or a few words to caution readers about the content which will follow. The author adds a warning in recognition of strong writing or images which could unsettle those with mental health difficulties. They exist so readers can choose whether or not to read any further.

It usually starts with « trigger warning » in bold. It has to be carefully written so it isn’t a trigger itself.

TRIGGER WARNING – rather ironically, this article could be a trigger. If you feel your mental health could be affected by reading stories about how others can be affected, we advise you read no further.
So, what exactly is a trigger?

In the area of mental health, a trigger is something which causes instant distress in a vulnerable person. If you know what can trigger a bad reaction, you can try to avoid those triggers in the same way that someone with an allergy might take steps to avoid dogs.

What kind of things can act as a trigger?

Different things trigger trauma in different people. There is no set list.

The website for Young Minds youth mental health charity uses trigger warnings. A spokesman for the charity, Chris Leaman, says: « If they are feeling particularly vulnerable, illustrative bits of the site like personal accounts, might trigger young people into an action or remind them of a time when they were struggling. »

A woman who wants to remain anonymous tells us that a recent news story about the search for a man who stopped someone from jumping off a bridge in London, was a trigger for her. She says: « What he was doing, raising awareness of suicide, was really great and so positive. But every time I crossed that bridge I thought of jumping off – it triggered suicidal thoughts for me. »

Does everyone appreciate the warnings?

Writing in the New Statesman, Rhiannon Lucy Cosslett says she doesn’t like trigger warnings because they smack of « victimhood ». She says she has post-traumatic stress disorder (PTSD) and feels that people she doesn’t know are trying to wrap her in cotton wool.

At the other end of the scale, the mental health charity Samaritans has produced guidelines for journalists which advise against publishing details of how people kill themselves. It also calls for dramatic phrasing to be avoided. Samaritans says reading about the subject can trigger copycat behaviour.

Where did trigger warnings start?

Disabled occupational therapist Claire Jones works in the area of mental health. She says that trigger warnings first appeared on feminist websites to flag up accounts of abuse. The term was adopted by various other groups, particularly the wider mental health community. This happened in the early days of the internet, when the warnings were especially common in online forums.

Viewers of Hollywood films portraying the lives of former soldiers will be used to scenes where characters experience flashbacks brought on by a loud noise, perhaps. Jones says: « A car backfiring can trigger a memory of conflict. It is a very visceral experience, almost like reliving the trauma. »

Are trigger warnings ever considered unhelpful?

The thing about the internet is, if you use the word « trigger » it makes troubling content more findable because you can just type it into a search engine. Before the warning existed, « triggering » content, as it’s referred to, was harder to find.

On some websites, users share pictures of their self-harm scars and write about their suicidal thoughts. They place trigger warnings in front so people can avoid this strong material.

Service user and mental health policy expert Liz Main says that « if someone is feeling particularly grim, they might search out triggers because they want a nudge ». In other words, they might look for material which will inspire them to move from thinking about harming themselves, to actually doing it – which is obviously not positive.

Jones says online forums can be helpful and believes people with mental health difficulties are more likely to seek support if they know there are warnings which will prevent them from seeing traumatic material on their computer screen. She says: « That’s why I think that trigger warnings are broadly a good thing. »

Voir de même:

Suicide reporting – 10 things to remember

Samaritans

Leave out technical details about the method of suicide, such as describing the type of ligature used or the number and types of pills taken in an overdose. Never suggest that a method is quick, easy, painless or certain to result in death.
Language matters. Avoid dramatic headlines and terms such as ‘suicide epidemic’ or ‘hot spot’.
Include references to support groups and places where suicidal people can find help – it really does make a difference.
Treat social media with particular caution and refrain from mentioning websites or networks that promote or glamorise suicide.
Avoid dramatic or sensationalist pictures or video.
Young people are especially vulnerable to negative suicide coverage. Do not give undue prominence to photographs of a young person who has died and avoid repeated use of images such as galleries.
Try not to give a story undue prominence, for example with a front cover splash.
Don’t brush over the complex realities of suicide and its impact on those left behind. Remember that people bereaved by suicide are often vulnerable and are more likely to take their own lives than the general population.
Speculation about the ‘trigger’ for a suicide, even if provided by a close family member, should be avoided.
Use statistics with caution. Check with Samaritans or the relevant national statistical agency to make sure you have the most recent data and are comparing like with like.

Voir enfin:

Bible des Peuples

01/01/1970

LA BIBLE DES PEUPLES :

Une bible nostalgique de la théorie de la «substitution»

M.R. Macina

Debriefing

Rappel des faits

C’est dans le ciel presque serein de relations judéo-chrétiennes en développement positif exponentiel (si l’on en juge par les dizaines de textes pontificaux et épiscopaux concernant le peuple juif, issus depuis le Concile), et après l’apaisement du conflit autour du Carmel d’Au­sch­witz, qu’éclata, dans les premiers mois de l’an­née 1995, ce qu’on a appelé «l’affaire de la Bible des Communautés Chrétiennes».

Peu de temps après sa parution en France (mai 1994), un certain nombre de catholiques impliqués dans le dia­logue judéo-chrétien avaient été choqués par le contenu et le ton, blessants pour les juifs, de quelques commentaires de cette nouvelle bible, dif­fusée en plusieurs langues par les éditions catholiques interna­tionales Médiaspaul, et dont les ventes, toutes versions confondues, dépassaient alors les vingt millions d’exemplaires.

Un examen attentif de l’ouvrage révéla que les passages incriminés ne constituaient pas un faux pas fortuit, mais s’inscrivaient dans la ligne d’une apologétique chrétienne an­cienne manière, très négative à l’égard des juifs.

On y apprenait, entre autres inepties du même acabit,  que la cul­ture juive était «machiste». Que cette religion était «fanatique». Qu’Esdras «encourageait le racisme». Que la désaffection des juifs pour les écrits des pro­phètes «expliquait bien des erreurs commises au nom du sio­nisme». Que «le pharisien ne veut rien devoir à Dieu et qu’il ne veut pas pécher pour ne pas avoir à être par­donné». Que, pour les juifs, «aucun procédé ne sera mau­vais si cela sert les intérêts de leur groupe». Que «le peuple juif soupçonnait que Jésus venait de Dieu», mais ne voulait pas «croire». Que la circonci­sion «ouvrait au païen toutes les portes de la société juive avec ses bonnes affaires». Que «Dieu ne peut nous en­fermer dans des obligations folkloriques de circonci­sion ou de chapeau, ni s’enfermer lui-même dans les problèmes de notre cuisine et de nos temps de prière». Qu’on était fondé à parler du peuple juif «comme de celui qui avait tué Dieu, puisque ce peuple n’avait pu dominer son fanatisme, lié à toute son his­toire». Qu’avant la venue de l’Antichrist, «le peuple juif dé­versera toute sa méchanceté sur l’Église», mais qu’«à la fin, la Colère [de Dieu] va se décharger sur eux», et qu’«ils seront jugés». Enfin, que les fléaux dé­crits dans le chapitre huit de l’Apoca­lypse «évoquent le châti­ment du peuple juif qui n’a pas accueilli le Christ», châ­timent qui «vient des forces de la na­ture qui se retournent contre le peuple coupable.»

Ce n’est pas ici le lieu de relater en détail les péripé­ties tumultueuses de cette affaire. On n’en résumera donc que les grandes lignes.

Devant le tollé soulevé par les commentaires antiju­daïques de cette bible et le large écho médiatique qui lui fut donné, Monseigneur Jean-Charles Thomas, évêque de Versailles, qui avait imprudemment ap­prouvé et même chau­dement recommandé cette Bible, présenta d’abord des excuses publiques à la Communauté Juive de France. Puis, comme le scan­dale ne s’apaisait pas, il retira son Imprimatur et enjoi­gnit à l’éditeur de cesser la diffusion, jusqu’à la réali­sa­tion d’une édition amendée qui devrait alors obtenir un nouveau Nihil obstat (février 1995).

C’est alors que se produisit l’inconcevable. Alors qu’on se fût attendu à ce qu’il adoptât un profil bas, surtout après le désaveu de la hiérarchie ecclésiastique, l’édi­teur – qui s’esti­mait diffamé par la campagne de presse qui faisait rage – ré­pliqua, par la bouche du su­périeur romain de la Congrégation religieuse fonda­trice des éditions Médiaspaul, par un communiqué belliqueux (21 mars 1995). Invoquant le droit canonique, il exprimait son refus caté­gorique de stop­per les ventes de sa bible. Cette attitude «insurrectionnelle» face à l’injonction d’un évêque, d’ail­leurs soutenu par les plus hautes au­torités de l’Église, déclencha, comme on pouvait s’y attendre, l’ire des insti­tutions juives repré­sen­tatives, qui sui­vaient attentivement l’évolution de l’affaire.

Jean Kahn, président du Consistoire Central des Juifs de France, interpella énergiquement les instances ro­maines de dialogue entre l’Église et le judaïsme pour qu’elles mettent fin à ce qu’il considérait comme un scan­dale. De son côté, la Ligue contre le racisme et l’antisé­mitisme (LICRA), assignait en référé la société éditrice.

Le 11 avril 1995, une Ordonnance de référé du Tribunal de Grande Instance de Paris condamnait l’éditeur à sup­primer deux passages, considérés comme «de nature à raviver l’antijudaïsme», et «interdisait la dif­fusion et la vente de l’ouvrage, à défaut de ces sup­pres­sions.»

D’abord résolu à interjeter appel du jugement, l’édi­teur condamné finit par se résoudre à accepter la sen­tence ci­vile. C’est ainsi que, dans un communiqué conjoint (octobre 1995), la LICRA, Médiaspaul et la Société Biblique Catholique Internationale faisaient part d’un ac­cord intervenu entre les parties en conflit. Il était convenu que l’édition en cours «ne serait plus dif­fusée, à compter du 21 novembre 1995, qu’avec sup­pression des passages contestés» (au nombre de 19).

En fait, sur décision de l’autorité ecclésiastique, la vente ne reprit pas et les éditeurs durent, pour obtenir un nou­vel Imprimatur, soumettre à un comité d’experts une ré­édition amendée. Ce n’est qu’après une attente de près d’un an, que la décision négative fut rendue pu­blique par un bref communiqué du cardinal Pierre Eyt, président de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France :

 «La Commission doctrinale a demandé à plusieurs exégètes ca­tholiques reconnus de procéder à une étude complète de la deuxième édition de cette Bible ainsi que des corrections propo­sées par les au­teurs pour une troisième édition. L’étude des avis présentés par les exégètes désignés par notre Commission a conduit celle-ci à voter, le 21 mars 1996, le refus de l’imprimatur pour la troisième édition de la Bible des Communautés Chrétiennes.» (Texte intégral de la décision, suivi de quelques exemples de textes rejetés par les experts, dans SNOP, Service catholique de presse et d’information, n° 994, Paris, 4 octobre 1996).

L’affaire semblait donc close lorsqu’elle rebondit soudain. En septembre 1998, les éditions Fayard tenaient une conférence de presse pour annoncer qu’ils éditaient une version corrigée de la Bible des Communautés Chrétiennes, sous le titre de Bible des Peuples. À la surprise générale, et surtout à celle du cardinal P. Eyt et de sa Commission doctrinale, qui avaient sanctionné cette bible deux ans plus tôt, cette nouvelle version était munie d’un Imprimatur de la Conférences des Évêques du Congo. Après une violente polémique, par journaux interposés, entre les respon­sables éditoriaux du Cerf (Bible de Jérusalem) et de Desclée de Brouwer (TOB) – qui avaient sévèrement critiqué la Bible des Peuples – et Cl. Durand, directeur de Fayard, qui accusait ces éditeurs de diffamer SA bible pour des motifs bassement financiers, les esprits se sont quelque peu calmés, sans que le contentieux soit liquidé pour autant.

Il reste que cette bible, qui a tant fait parler d’elle, continue sa carrière, qui, si l’on tient compte des versions en langues étrangères (espagnol surtout), est un immense succès éditorial, puisque, aux dires de ses éditeurs, plus de 32 millions d’exemplaires ont été vendus depuis le lancement de la version originale en langue espagnole, en 1973.

Ci-après, on pourra lire un florilège de 22 passages qui, s’ils ne peuvent être qualifiés, d’«antisémites», méritent cependant, nous semble-t-il, le label d’«antijudaïques», et sont, en tout état de cause, fortement dépréciateurs, voire diabolisateurs du peuple juif, de sa foi et de ses traditions.

Un florilège de stéréotypes antijudaïques
Ancien Testament

NOTA : N’ont été retenus ici, parmi bien d’autres, que les passages dont le caractère dépréciateur du peuple juif ne découle ni de la théologie ni de la doctrine chrétiennes, mais trouve son origine dans des a priori et des stéréotypes que l’enseigne­ment post-conciliaire de l’Église a répudiés, même s’ils ont longtemps fait partie de son discours. Les citations sont extraites de La Bible des peuples, Fayard, Paris,1998).

Abréviation : BCC:Bible des Communautés Chrétiennes, SOBICAI et Médiaspaul, Arpajon, 1995.

Introduction à l’Ancien Testament, pp. 25* et 26*

“Condamnation d’Israël pour ses infidélités sans nombre […] C’est le temps où Dieu se prépare un “petit reste” au milieu d’une nation sollicitée et emportée par toutes les tentations du pouvoir et la confusion entre royaume de ce monde et Royaume de Dieu.”

• Toujours la même présentation péjorative de la religion juive, sans doute dans le but de mieux exalter la chré­tienne. Ici, l’ignorance du judaïsme se révèle crûment. En effet, quiconque connaît un tant soit peu la Tradition juive sait que les juifs pieux n’attendent rien de bon de “ce monde-ci”, mais soupirent après les temps du Messie, où, ainsi que le leur promet l’Écriture, Dieu régnera, et où ils vivront en paix, à l’ombre de leur Messie, en attendant le “monde à venir”, lorsque la création toute entière sera renouvelée. Il est dommage qu’un commentateur chrétien qui proclame son souci pastoral, non content de passer sous silence ce qui fait le cœur même du message de l’Évan­gile – et qui, repris par sa religion, fut et est toujours le cœur et l’âme de la foi juive – croie bon de discréditer ainsi le peuple dont, spirituellement, il est lui-même issu (cf. Pie XI : «Spirituellement, nous sommes des Sémites!», ne serait-ce que par la relation quasi organique que la foi chrétienne établit entre les chrétiens et Jésus le juif.

2) Sur Esdras 9, pp. 469-470

 «Esdras encourage donc la ségrégation raciale malgré les leçons des pro­phètes qui, un siècle avant, avaient proclamé que toutes les nations feraient partie du peuple de Dieu. Au début, la stricte observance de la Loi est une garantie contre les païens, mais avec le temps, elle de­viendra le mur qui isolera les juifs des autres peuples.»

• Dans cette présentation simpliste de la spécificité du peuple de Dieu, on omet de rappeler les textes bibliques qui enjoignent au juif de se marier avec d’autres juifs et même dans sa parenté (cf. Gn 24, 9 ss.; Ex 2, 1; To 1, 9). Quant à l’accusation de “ségrégation raciale”, outre qu’elle est ridiculement anachronique, elle procède d’une manie de l’amal­game, qui est l’une des plus graves faiblesses de ces Commentaires actualisants et réducteurs, qui font feu de tout bois pour faire du judaïsme et de ses coutumes, auxquels il est visible que l’on ne comprend pas grand chose, le repoussoir pa­radigmatique de tout ce qui est socialement, politiquement et religieusement haïssable, de nos jours. À ce compte, il fau­drait qualifier de “ségrégationnistes” les responsables religieux et les parents chré­tiens, musulmans et autres, qui recom­mandent à leurs fidèles ou à leurs enfants de ne se marier qu’avec un conjoint qui partage leur foi!

3) Sur Amos 5, 18ss., p. 751

 «Puisque les désastres précédents n’ont pas été suffisants pour corriger Israël, Amos en annonce un autre : ce sera le Jour de Yahvé. Quand les Israélites [en] parlaient… ils pensaient à un triomphe, un jour où Dieu viendrait écraser les nations ennemies»

• Désinformation choquante. Maints passages de l’Ancien Testament utilisent l’expression “Jour de YHWH” (Is 13, 6.9; Ez 13, 5; Jl 1, 15; 2, 1.11; 3, 4; 4, 14; Am 5, 18.20; Ab 15; So 1, 7.14; Ml 3, 23. Cf. aussi Is 2, 12; Ez 30, 3; Za 14, 1; etc.). Quiconque voudra bien se donner la peine de les vérifier se convaincra de l’inexactitude des af­firmations du Commentateur. Il est facile de constater que les prophètes, qui l’ont annoncé, ne considèrent pas le “Jour de Yahvé” comme un “triomphe” d’Israël devant la déconfiture des nations. Cet état d’esprit est d’ailleurs ré­prouvé par l’AT: “Si ton ennemi tombe, ne te réjouis pas, que ton cœur n’exulte pas de ce qu’il trébuche” (Pr 24, 17). Tous les passages évoqués disent exactement le contraire, et la perspective de jugement qu’ils annoncent est, à l’évidence universelle (cf. Ab 15 : “le Jour de Yahvé contre tous les peuples”). Le texte d’Amos 5, 18.20 ne signifie nullement, comme l’affirme le Commentateur, que “Dieu vient demander des comptes à son peuple” (et le renvoi à So 2 est trompeur, car ce texte ne vise pas Israël, mais toutes les nations, comme l’indique l’expression du v. 3 : “tous les humbles de la terre”). Il s’adresse à ceux qui appellent la venue de ce Jour, pour voir la fin de leur oppression. Le prophète leur répond que ce Jour sera terrible pour tout le monde, car Dieu viendra alors juger tous les pécheurs, et le peuple de Dieu en premier. Reconnaissons toutefois que le commentaire de la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB), sous Amos 5, 18, conforte, avec quelques nuances plus positives, l’exégèse de la BCC. Par contre, celui de la Bible de Jérusalem, à cet endroit, est beaucoup plus objectif, nous semble-t-il.

4) Sur Amos 5, 18ss., p. 751

«Quand les Israélites parlaient du Jour de Yahvé, ils pensaient à un triomphe, un jour où Dieu viendrait écraser les nations ennemies. Amos en inverse le sens et, après lui, dans la bouche des prophètes, le Jour de Yahvé signifiera que Dieu vient demander des comptes à son peuple (voir So 2). Dansl’évangile et les autres livres du Nouveau Testament, le Jour du Seigneur signifie de même le jugement universel (voir Rm 1, 18); mais le terme aura alors un sens plus précis : la venue du Christ. Il jugera ceux qui ont rejeté sa parole et il réalisera les espoirs de ceux qui ont mis leur foi en lui.»

• Quand on lit ce commentaire en relation avec le précédent (dont il fait d’ailleurs partie), on ne peut guère douter de la pensée de son auteur : les juifs “qui ont rejeté la parole” du Christ, seront condamnés lors de la Parousie de ce dernier.

5) Sur Job 29, p. 834

 «Paradoxalement, c’est la défense de Job qui montre le côté faible de cette intégrité, cette “justice” devant Dieu dont il était si fier. Je faisais de la justice mon vêtement. Job était un homme juste, conscient d’être juste, et il remerciait Dieu qui l’avait fait bon. Tout cela ressemble énormément à la “justice”, aux mérites des Pharisiens. Tout en montrant un grand respect pour un Dieu éloigné, Job avait bâti seul sa vie, ses vertus et sa propre image. Finalement, sa perfection n‘existait pas aux yeux de Dieu parce que, sans le dire, Job se faisait un rival de Dieu.»

• Exégèse inouïe! Aucun Père ni écrivain ecclésiastique n’a jamais tiré une telle conclusion. Au contraire, dans la littérature chrétienne, Job est généralement présenté comme le type du Juste éprouvé, qui ne se révolte pas contre Dieu, même s’il crie sous la douleur et l’injustice apparente de son sort. Ses récriminations sont surtout contre l’at­titude de ses faux amis qui l’accablent et l’accusent d’être la cause de ses maux, réputés être la sanction de ses fautes cachées. On ne sait de quoi on doit s’étonner le plus : de l’ignorance dont fait preuve le Commentateur – qui semble n’avoir pas compris que la métaphore de la justice que l’on revêt comme un vêtement est biblique (cf. Is 59, 14; Ps 132, 9, remarquons, au passage, l’absence quasi totale de références bibliques dans les marges du Livre de Job!) –, ou de sa propension à médire des personnages de l’Ancien Testament, au travers desquels, à l’évidence, c’est le ju­daïsme, biblique et rabbinique, qui est visé. Pourtant, le fait même que Dieu reconnaisse, à la fin du livre, que “Job a bien parlé” de lui, au contraire de ses “amis” (Jb 42, 7), témoigne éloquemment de la “justice” –au sens bi­blique du terme et non au sens “pharisaïque” – de ce persécuté. Mais un examen approfondi de la littérature de la BCC aide à comprendre l’intention de ce sermon anti-Job. Il est dans le droit fil de maints commentaires de cette bible, à savoir, que les hommes et les femmes de l’Ancien Testament, en général, et les Juifs contemporains de Jésus et des apôtres, en particulier, si vertueux ou admirables qu’ils aient pu être, ne peuvent arriver à la cheville des chrétiens, à cause de leur “carnalité”, de leur “certitude orgueilleuse d’être des justes”, et de leur “pharisaïsme”.

6) Sur Job 32, p. 837

«Élihu pressent qu’il y a quelque chose de faux dans la justice de Job, mais il ne sait pas le dire, et comme les amis de Job, il cherche des péchés secrets que Job aurait pu commettre. Le fait est que Job n’a pas la justice évangélique qui est l’humble amour de Dieu.»

• Énorme anachronisme missionnaire chrétien de la “justice évangélique” (dont notre Commentateur déplore que Job soit dépourvu). Il devrait suffire à faire classer l’exégèse de la Bible des Peuples au rang de l’aveuglement spiri­tuel le plus notoire de la littérature apologétique chrétienne contemporaine.

7) Sur Esther 3, p. 907

 «L’auteur laisse apparaître les tensions qui opposaient les Juifs aux autres peuples au milieu des­quels ils vivaient. Ils avaient habituellement une supériorité culturelle, et leur étroite solidarité était une véritable force : cela leur valait tout à la fois admiration et envie. Leur mode de vie semblait étrange (Sg 2, 14-15), ce qui fai­sait naître des soupçons dont les conséquences pouvaient être tragiques. La fin du livre montrera que la confiance en Dieu de nos pères dans la foi n’avait pas encore éliminé la violence et la soif de vengeance.»

• Cette “autre lecture” n’est, à l’évidence, pas celle de l’exégète soucieux de replacer les choses dans leur contexte par une analyse historico-littéraire rigoureuse. Au contraire, le contexte lui-même montre que cette lettre n’était qu’un tissu de calomnies, imaginées par Aman, ennemi de la nation juive, qui fut d’ailleurs pendu par le même roi qui avait rédigé ce firman. C’est donc bien ce que pense le Commentateur qui est exprimé ici.

8) Sur Esther 9, p. 913

 «Nous avons bien du mal à comprendre comment le peuple de Dieu peut commettre de tels mas­sacres, et comment ce livre sacré peut les applaudir. C’est qu’à l’origine le fanatisme de nos ancêtres était à la mesure même de leur certitude d’être le peuple élu de Dieu. Dieu a su patiemment les éduquer tout au long de l’histoire, mais ce qui lui a été le plus difficile, semble-t-il, a été de retirer du cœur humain la violence et l’esprit de vengeance. Les prophètes eux-mêmes n’ont guère pris conscience de la violence qui les habitait en dépit de leur communion si étroite avec Dieu. Dans Genèse 34, l’auteur nous montre le scandale qu’avait été le viol de la fille de Jacob, mais il ne porte pas de jugement sur les représailles qui suivirent. L’histoire nous montre que dans tous les groupes humains la solidarité, la justice et la morale ne valaient qu’à l’intérieur d’un groupe […] c’est en­core chez les disciples du Christ qu’on trouvera plus facilement des exemples de pardon.»

• Est-il nécessaire de rappeler qu’au temps de Patriarches, où eut lieu la vengeance sur le clan des violeurs de Sichem, il n’y avait pas de «religion juive», et que les membres d’une tribu ou d’un clan, quels que fussent leur race ou leur appartenance religieuse, pratiquaient la loi du talion, lorsqu’un des leurs était l’objet de sévices?

9) Sur Siracide 42, 9, p. 1002

 «Le texte original, écrit en hébreu, était beaucoup plus long au verset 9 et disait : “Sa chambre ne doit pas avoir de fenêtres et elle ne doit pas voir les portes d’accès de la maison”. Ce conseil est une preuve de plus de la domination des hommes dans la culturehébraïque…»

• “Dans la culture hébraïque” : La moindre honnêteté eût été d’écrire, “dans la civilisation de l’époque”, ou “dans la culture juive, tributaire de la mentalité d’alors”. Toujours la même méthode qui consiste à épingler tout ce qui peut porter atteinte à la crédibilité et à la dignité du judaïsme. Ici, on est en droit de suspecter une véritable intention de le déprécier. En effet, de l’aveu du Commentateur lui-même, le passage évoqué pour fustiger, une fois de plus, la culture juive, ne figure dans le texte d’aucune bible moderne (où le texte de ce livre est une traduction du grec), étant donné qu’il n’existe que dans une très ancienne version hébraïque du Livre de Ben Sira, découverte, à la fin du XIXe s. dans la Guénizah du Caire. Pour relativiser ce commentaire malveillant, signalons que, jusqu’à notre époque, dans de nombreux peuples, le statut de la jeune femme non mariée a toujours été très sévère. On veillait sur elle avec ja­lousie (cf. la duègne, en Espagne). De nos jours encore, dans les contrées européennes et méditerranéennes, il n’est pas rare que certains membres de la famille (père, frère, ou oncle généralement), vengent par le sang l’honneur d’une fille, d’une sœur ou d’une nièce séduites.

Nouveau Testament
10) Sur Matthieu 23, 29, p. 58

 «Le peuple juif, harcelé par les étrangers, serrait les rangs autour du Temple, de la pratique reli­gieuse et du groupe des Pharisiens. Sous l’emprise de la peur, les juifs faisaient ce que fait toute société qui se sent menacée : ils devenaient fanatiquement conservateurs et se sentaient à l’abri dans les institutions que Dieu leur avait données dans le passé.»

• On aura remarqué la généralisation abusive. Dans le texte néotestamentaire, ce sont uniquement les dirigeants religieux qui sont l’objet des objurgations de Jésus, et non le peuple juif dans son ensemble. L’adverbe «fanatiquement» est inutilement blessant. Dira-t-on, aujourd’hui, que certains courants protestants sont «fanatiquement» fondamentalistes parce qu’il pratiquent une lecture littérale des Écritures? Ou que les catholiques at­tachés à l’ancienne liturgie sont «fanatiquement» traditionalistes? Certains émettent de telles appréciations, certes, mais ce n’est pas à leur honneur.

11) Sur Marc 7, 24, p. 91

 «Car ce que Jésus reproche aux Pharisiens se retrouve bien souvent chez ceux qui se tournent vers les institutions religieuses considérées. Au départ, on a un désir de perfection morale qui s’allie inconsciemment au besoin d’être reconnu par la société. On a conscience de sa propre responsabilité, ce qui est excellent et qui était au cœur du pharisaïsme. Ce peut être un point de départ. Mais le temps passe et l’on ne se rend pas compte qu’on s’est attaché moins à Dieu qu’à ses propres vertus : l’amour nous aurait enfoncés dans l’humilité. Confiant en ses propres mérites (en sa “justice” : Lc 17, 9), le Pharisien vise une forme de sainteté à partir de règles, jeûnes, aumônes, et il attend de Dieu, en retour de ses mérites, un traitement privi­légié. Nous voici loin de la grâce et de l’Évangile. Car nous ne pouvons rencontrer Dieu que si nous prenons la mesure de notre faiblesse et de son pardon. Alors nous l’aimons vraiment, humblement, et nous nous sentons frères des plus pauvres et des pécheurs. Le fait d’appartenir à une élite vraie ou prétendue telle nous amène à cultiver notre image, et donc les apparences, de plus en plus à l’écart des “pécheurs” et des gens ordinaires (comme par hasard, Pharisien veut dire : séparé). Ce milieu plus “select” offre une chance à toutes les ambitions, et dès lors, comme dit Jésus, c’est l’hypocrisie qui règne.»

• La dépréciation systématique des Pharisiens, on le sait, est un locus classicus de l’enseignement chrétien tradi­tionnel, qui, de ce fait, mérite bien le label, que lui décernait l’historien juif Jules Isaac, d’«enseignement du mé­pris». Ce thème a tellement fait florès, qu’il est passé dans la langue, au point que l’adjectif “pharisien” – qui signi­fie “séparé”, en hébreu – a fini par devenir le paradigme de la prétention et de l’orgueil de celui qui se targue de sa vertu ou de son impeccabilité au regard de l’observance rigide et de la foi intransigeante. À l’évidence, il y avait de mauvais pharisiens. La tradition rabbinique elle-même, fort critique envers certains d’entre eux, qui devaient être du même acabit que ceux que stigmatisait Jésus, en témoigne par ce texte du Talmud (Talmud de Babylone, traité Sota, 26 a) :

“Le roi Yannaï disait à sa femme : Ne crains ni les Pharisiens ni ceux qui ne le sont pas. Mais redoute les hypocrites, qui ressemblent à des Pharisiens, et dont les actes sont ceux de Zimri [l’Israélite qui avait forniqué avec la prostituée madianite], mais qui réclament la récompense de Pinhas [fils d’Aaron qui, rempli du zèle de Dieu, tua les dévoyés et mérita pour cet acte la prêtrise perpétuelle]”.

 Quant à l’assimilation de la caste pharisienne à un club «select», elle serait risible si elle ne témoignait d’une affligeante ignorance de l’histoire du judaïsme de la période du Second Temple. Loin d’appartenir à un milieu privilégié, la majorité des pharisiens étaient issus du peuple – dont ils avaient d’ailleurs la faveur. Entièrement voués à l’étude et à la prière, ils pourvoyaient à leur subsistance en exerçant de petits métiers, tels que porteurs d’eau, tailleurs de tente (comme Paul). Il n’est évidemment pas exclus que quelques uns d’entre eux aient été de milieu aisé, mais la tradition talmudique, qui n’estimait que la science et la piété, ne leur a pas accordé plus de considération pour autant.

12) Sur Marc 15, 6, p. 115

 «La foule a choisi Barrabas. Pourquoi? Parce que le chemin de libération que Jésus propose exige du temps, un sens des responsabilités et du sacrifice. Barrabas, au contraire, représentait la violence irresponsable qui satisfait notre désir de vengeance. Ici, l’Évangile ne pré­tend pas rendre tous les Juifs du temps de Jésus responsables de sa mort. L’Évangile témoigne d’un fait : l’en­semble du peuple, et non seulement les chefs, avait déjà rejeté Jésus, comme il allait bientôt rejeter la prédication chrétienne (Rm 10, 19) […] Jésus est la victime pour le péché du monde (1 J 4, 10). Il y avait mille façons pour lui d’être victime et de donner sa vie pour ceux qu’il aimait, mais ce rejet du Messie par les siens don­nait à son sacrifice une signification nouvelle. Le reniement de Jésus par son peuple prolonge l’his­toire passée du peuple de Dieu qui tant de fois s’est refusé à entrer dans le chemin de salut que Dieu lui offrait. Dieu avait dit : «C’est moi qu’ils rejettent, ils ne veulent pas que je règne sur eux” (1 Sa 8, 7). Or voici que Dieu envoie son Fils, et la communauté le livre aux païens.»

• Les accusations et les procès d’intention les plus arbitraires côtoient ici les explications les plus absurdes vi­sant, comme toujours, à déconsidérer le peuple juif, pour mieux exalter le christianisme. Certes, il y a plus de ridi­cule que de méchanceté dans certaines assertions – évidemment infondées, mais d’autant plus sûres d’elles-mêmes qu’il suffit, semble-t-il, de les émettre avec assurance pour qu’elles fasse figure de vérités premières. C’est le cas, par exemple, de celle qui prétend expliquer, par la propension à la violence et à la vengeance, le choix fait par la foule d’épargner Barrabas au lieu de Jésus. C’est également cas de l’affirmation selon laquelle «l’Évangile» lui-même «témoignerait» (où, en quels termes?) que «l’ensemble du peuple avait déjà rejeté Jésus», alors que nous lisons, en Mc 14, 1-2 : “La Pâque et les Azymes allaient avoir lieu dans deux jours, et les grands prêtres et les scribes cher­chaient comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer. Car ils se disaient: Pas en pleine fête, de peur qu’il n’y ait du tumulte parmi le peuple.” C’est surtout le cas de la présentation scandaleusement accusatrice de l’incrédu­lité des juifs. En effet, on ne leur donne pas la chance que Jésus a accordée à Thomas (cf. Jn 20, 24ss). On ne dit pas : «Il leur a été impossible de croire». On ne leur accorde pas le bénéfice du doute, mais on affirme au contraire, sans hésitation, que s’ils n’ont pas cru, c’est qu’ils n’ont pas voulu croire. D’où le choix du vocabulaire. «Reniement de Jésus», présenté comme une suite logique et fatale de tous les reniements de «l’histoire passée du peuple de Dieu». Refus «d’entrer dans le chemin de salut que Dieu lui offrait». Rejet de Dieu, «refus» de “le laisser régner sur eux” (avec référence tendancieuse à 1 S 8, 7). Et ce lieu commun presque bimillénaire, qui serait risible s’il n’avait eu les conséquences tragiques que l’on sait, et toujours si terriblement efficace : «Dieu envoie son Fils, et la communauté le livre aux païens». La «communauté», donc tous les juifs de l’époque : y compris ceux d’Alexandrie, de Babylonie, et de tout l’empire romain d’alors, qui, bien sûr, suivaient en direct les événements de Palestine dans leurs journaux et sur leurs écrans de télévision! De cet acte d’accusation délirant, il ressort que, bien que la filiation divine et la messianité de Jésus fussent inscrites sur son front, les juifs (tous les juifs), désireux d’entrer dans l’his­toire comme le peuple le plus stupide, le plus ingrat, le plus sceptique et le plus entêté qui soit au monde, ont commis l’irréparable, le péché de démesure : défier et narguer Dieu lui-même en refusant de croire à celui qu’à l’évi­dence ils avaient reconnu comme son Fils et Messie! On croit rêver…

13) Sur Luc 24, 44, p. 184

 «Il fallait que s’accomplisse ce que les prophètes avaient annoncé d’un sauveur qui serait rejeté et qui prendrait sur lui le péché de son peuple. Quel péché? Les péchés de tout le monde évidemment, mais aussi la violence de toute la société juive à l’époque de Jésus. C’est ce péché qui de façon plus immé­diate l’a conduit à la croix. En réalité ce chemin de mort et de résurrection n’était pas réservé à Jésus, mais aussi à son peuple. À ce moment-là Israël, soumis à l’empire romain, devait accepter la fin de ses ambitions terrestres : autonomie, orgueil national, supériorité des juifs par rapport aux autres peuples… pour renaître comme peuple de Dieu dispersé parmi toutes les nations et devenir témoin actif du salut. Une minorité est entrée dansce chemin que Jésus indiquait et cela a été le commencement de l’Église : prêchez en son nom à toutes les nations.»

• En progrès notable sur la version antérieure, qui figurait, en son temps, dans la Bible des Communautés Chrétiennes, et reprenait à son compte l’accusation de déicide, ce commentaire, quoique moins violent, n’en est pas moins préjudiciable au peuple juif. Qu’on en juge. Obligé d’admettre l’enseignement de son Église, déjà présent dans le Catéchisme du Concile de Trente (XVIe s.), – selon lequel «les chrétiens pécheurs sont plus coupables de la mort du Christ que les quelques juifs qui y ont pris part – ceux-ci, en effet, « ne savaient pas ce qu’ils faisaient » (Lc 23, 24), et nous, nous ne le savons que trop bien.» (Pars I, caput V, Quaest. XI) – le Commentateur n’en persiste pas moins à remettre en course la culpabilité particulière du peuple juif dans ce drame. D’après lui, le péché qui a causé la mort de Jésus, c’est «aussi la violence de toute la société juive à l’époque de Jésus». Et l’expression «de façon plus immédiate» laisse percevoir l’adverbe “surtout”. À lire ce texte, on croirait que l’essentiel de la prédication de Jésus était consacré à combattre la violence de son peuple. Or, il n’en est rien. Même la fameuse phrase du Sermon sur la montagne “Heureux les doux, car ils hériteront de la terre”, souvent alléguée pour accréditer l’image du «doux pécheur galiléen» (Renan), ne corrobore pas cette vue de l’esprit. En effet, elle est une cita­tion du Ps 37, 11, où le terme hébreu employé est ‘anawim, qui signifie, ‘pauvres’, ‘démuni’, et au sens moral : ‘humble’. Il est rendu en grec (tant dans la Septante que dans le NT, qui la cite, par praus, qui connote les mêmes sens, mais aussi celui de ‘doux’. En sens inverse, l’Évangile met dans la bouche de Jésus ces propos inquiétants (Mt 10, 34ss) : “N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive” (et cf. Mt 26, 51-52; Lc 22, 36.51s, etc.). C’est donc une contrevérité que d’imputer à la violence de la société juive de l’époque de Jésus la responsabilité, même partielle, ou «immédiate» de la mise en croix de ce der­nier.

Quant à la phrase : «À ce moment-là Israël, soumis à l’empire romain, devait accepter la fin de ses ambitions ter­restres : autonomie, orgueil national, supériorité des juifs par rapport aux autres peuples», outre qu’elle permet, au passage, de faire un catalogue des défauts (en italiques, ci-dessus) traditionnellement attribués au peuple juif de tous les temps, elle aussi serait risible si elle n’avait pour conséquence de rendre, une fois de plus, les juifs responsables de leurs propres malheurs. Pour un chrétien, il est facile, deux mille ans post eventum, de se mettre artificiellement à la place du peuple juif de l’époque, et doctus cum libro (l’Évangile), de décréter : «Israël devait accepter la fin de ses ambitions terrestres». L’historiographie religieuse rapporte un fait analogue – réel ou légendaire : Clovis, à qui l’on faisait la lecture de la Passion du Christ, se serait écrié avec colère : «Que n’étais-je là avec mes braves!». Telle est, peu ou prou, la nature de la “vertueuse” et anachronique indignation du Commentateur. Malheureusement, même si l’on admettait la légitimité de cette dernière, encore faudrait-il savoir de quoi l’on parle en qualifiant les attentes messianiques juives d’«ambitions terrestres». Il n’est pas possible d’esquisser ici un historique, même sommaire, de la notion de Temps messianiques ni de l’attente juive, qui lui est sous-jacente, d’un règne de Dieu lui-même ou par l’entremise de son Oint (Messie), sur la terre. On sait que les chrétiens ont entièrement “spiritualisé”, voire allégo­risé – et donc désincarné et ‘anhistorisé’ – ces perspectives contenues dans l’Écriture sainte et spécialement dans les écrits des Prophètes. Or, il est indéniable que cette dernière annonce un rétablissement et un retour en grâce d’Israël sur son territoire de jadis (cf. Jr 31, 15-17; Is 60 à 62, 12; etc.), après que Dieu ait pris parti pour son peuple en butte à l’assaut des nations coalisées contre lui (cf. Ps 2 = Ap 11, 18; Is 17, 12; 29, 1-8; 30-32; 31, 4-5; 39, 8; 54, 11-17; 63, 1-6; Ez 38-39 = Ap 20, 7-9; Jl 3-4; Mi 4; Ha 3; Za 1, 14-17; 12-14; Lc 21, 20-28; Ap 10, 11 à 11, 18; etc.). Cette conception d’un Royaume de Dieu sur la terre, avec accomplissement littéral des promesses de paix uni­verselle et d’abondance matérielle, étaient prises au sérieux par les presbytres (anciens) des premiers siècles de l’Église. Elles furent ensuite qualifiées de «charnelles» et taxées de «millénarisme grossier», dans l’enseignement d’une Église devenue impériale et, partant, complètement oublieuse des perspectives eschatologiques prêchées par Jésus, conformément aux Écritures et à la tradition juive. Des Pères de l’Église aussi orthodoxes que Justin et Irénée de Lyon (IIe s.) professaient ces croyances et en défendaient le réalisme contre les détracteurs de leur époque. Irénée a même consacré au règne messianique de Jésus sur la terre, durant une période traditionnellement fixée à mille ans (Ap 20, 2-7, d’où la dénomination de ‘millénarisme’), la totalité du Livre V de son Traité des héré­sies.

Quant à la «minorité» qui, selon notre Commentateur, «est entrée dansce chemin que Jésus indiquait», il s’agit des juifs de l’époque qui crurent à Jésus. Ils ont été rapidement noyés, avec les traditions messianiques et eschatolo­giques qu’ils véhiculaient, dans la masse d’un christianisme issu du paganisme. Et il n’a pas fallu plus de deux siècles pour qu’elles soient estimées hétérodoxes, puis, ultérieurement, qualifiées de «rêveries judaïques», ou, plus poliment, mais non moins catégoriquement, dans les commentaires bibliques et théologiques subséquents, comme «irrecevables». Témoin ces deux commentaires :

• Bible de Jérusalem (édition 1981), sur Ac 1, 6-7 : «L’établissement du royaume messianique apparaît encore aux apôtres comme une restauration temporelle de la royauté davidique».

• Bible des peuples, sur He 7 (NT 431) : «Quand les chrétiens lisent l’Ancien Testament maintenant, ils ne peuvent plus le considérer comme font les juifs qui y voient leur propre histoire sur la terre de Palestine et en attendent une réalisation que Jésus a écartée. Pour nous la vérité de l’Ancien Testament a sa clé dans la personne de Jésus : sans lui le livre ne rejoint plus le message de Dieu.»

Dieu merci, les évêques allemands se sont montrés mieux inspirés en prenant au sérieux ce passage, au point d’y lire le rétablissement eschatologique d’Israël (L’Église et les Juifs, Document de la Conférence des Évêques alle­mands, III, 1, Bonn 1980) :

«Dans les Actes des Apôtres, on trouve l’affirmation prophétique du rétablissement eschatologique d’Israël. Ainsi, les apôtres interrogent le Ressuscité : “Est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume pour Israël?” Dans sa réponse, Jésus ne disqualifie pas cette question des Apôtres comme étant absurde, il fait seulement allusion au fait que le Père seul, dans sa Toute-Puissance, a décidé du temps fixé pour ce “rétablissement” du royaume pour Israël.»

14) Sur Jean 19, p. 229

 «Pilate voulait sauver la vie de son prisonnier quand il le présentait si défiguré. Mais en présen­tant un roihumilié, il offensait profondément le peuple opprimé : ils ne pouvaient que se rebeller.»

• Passons sur le beau rôle si complaisamment donné à Pilate. On sait, par l’histoire, combien ce procurateur était cruel et à quel point il haïssait les juifs et méprisait leurs coutumes. Certains exégètes modernes pensent même que Pilate se livra à cette mise en scène pour humilier et mettre en rage les juifs. Passons aussi sur l’insulte concer­nant “l’orgueil du peuple juif”, poncif éculé. Par contre, il convient de corriger l’erreur très répandue, réitérée ici, se­lon laquelle la possibilité d’un Messie souffrant et méprisé n’ait pu être envisagée par les juifs. S’il est vrai que le thème d’un Messie souffrant, voire tué, n’est pas fréquent dans la littérature rabbinique, il figure cependant en plu­sieurs endroits du Talmud et des Midrashim. Il a même paru assez important aux yeux d’un érudit catholique pour qu’il lui consacre un volume de 180 pages (Jean-Joseph Brierre-Narbonne, Le Messie souffrant dans la littéra­ture rabbinique, Paris 1940). Ajoutons que Justin Martyr (110-167 environ) atteste indirectement que ce n’était pas par orgueil que le peuple juif répugnait à envisager un Messie crucifié. Dans son dialogue avec Tryphon le Juif, le cé­lèbre apologiste chrétien fait dire à son interlocuteur :

«Mais sur la question de savoir si le Messie doit être désho­noré jusqu’au crucifiement, nous doutons; car dans la Loi il est dit du crucifié qu’il est maudit [cf. Dt 21, 23]… C’est un Messie souffrant que les Écritures annoncent, évidemment; mais que ce soit une souffrance maudite dans la Loi, nous voudrions savoir si tu peux le démontrer aussi.» (Dialogue, 89; cité d’après Justin martyr, Oeuvres com­plètes, éditions Migne, Paris 1994, pp. 241-243. C’est moi qui souligne).

À la lumière de ce texte patristique, on comprend que le problème des juifs n’était pas la possibilité d’une déréliction extrême du Messie, mais la formula­tion du Deutéronome : “un pendu [crucifié au bois] est une malédiction de Dieu”. Il se pourrait même que les juifs l’aient utilisée, dès la fin du Ier siècle, dans leur polémique avec le christianisme naissant, comme un oracle scriptu­raire qu’ils estimaient fatal à la messianité de Jésus.

15) Sur Actes 5, 11, p. 247

 «Nous trouvons ici, pour la première fois, le terme Église… Son sens exact est l’assemblée convoquée [par Dieu]. Avant Jésus, les juifs employaient ce terme pour désigner la nouvelle communauté dont Dieu ferait le choix aux jours du Messie. Venus du Judaïsme ou du Paganisme, les croyants ont conscience d’être cette nouvelle communauté : ils sont les vrais juifs, le véritable Israël. Peu à peu l’Esprit Saint va les séparer de la communauté officielle…»

• On ne voit pas très bien d’où le Commentateur tire cette affirmation selon laquelle le terme d’Église désignerait la nouvelle communauté messianique. Sans doute fait-il une vague allusion aux textes de Qumran (Manuscrits du désert de Juda). On ne s’étonnera pas des poncifs habituels de la théologie de la “substitution”, consacrés par un usage presque bimillénaire : “Verus Israel”, “vrais juifs”, “ancien Israël”. Par contre, même un chrétien devrait rester stupéfait face à l’affirmation énorme selon laquelle c’est «l’Esprit Saint [qui] va séparer [les croyants chrétiens] de la communauté officielle». En fait, c’est tout le contraire que dit l’Apôtre Paul, dans un passage célèbre de l’Épître aux Éphésiens : “Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux [peuples] n’a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, cette loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix: en sa personne il a tué la Haine. Alors il est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux qui étaient proches: par lui nous avons en effet, tous deux en un seul Esprit, libre accès auprès du Père.” (Ep 2, 14-18). Une fois de plus, la formulation de notre Commentateur semble ne laisser aucune chance aux juifs : de fait, à le lire, il ressort que ceux-ci l’auraient-ils voulu, qu’ils n’eussent pu avoir foi au Messie Jésus, puisque l’Esprit Saint lui-même en avait décidé autrement!

16) Sur 1 Corinthiens 11, 1ss., p. 335

 «Dans un paragraphe antérieur (9, 20) Paul a dit qu’il s’était fait tout à tous. Mais ici nous re­marquons qu’il [Paul] n’avait pas toujours un regard juste sur les coutumes contraires aux traditions juives. Il n’ap­préciait guère la plus grande liberté en public des femmes grecques. Paul laisse parler sa formation juive, très masculine (même dans la Bible, voir Qo 7, 28 et Sir 25), et il répète les arguments des maîtres juifs (5-10) diffici­lement compréhensibles pour nous qui font allusion à Genèse 6, 2. Mais tout à coup il s’aperçoit qu’il est en train de nier l’égalité proclamée par Jésus, et il essaie de revenir en arrière (11, 12). À voir la manière dont Paul termine, il devait se rendre compte du peu de force de son raisonnement. Croyait-il vraiment que les anges, chargés de l’ordre dans le monde, seraient choqués de voir la libération des femmes.»

• Toujours le même procédé qui consiste à porter un sévère jugement rétrospectif sur une situation du passé, en partant de nos conceptions actuelles, façonnées par des siècles d’évolution et d’affinement des mentalités. Il est clair que les sociétés anciennes étaient presque toutes patriarcales et que la place de la femme y était inférieure à celle de l’homme, voire, dans certaines civilisations, quasiment inexistante. Ce n’est pas une raison pour jeter l’opprobre sur la seule société juive, comme si ce “machisme” (c’est le terme employé par la Biblia Latino-america, original espagnol de cette bible) était son apa­nage. Ce n’est pas une raison non plus pour insinuer que la pensée de Paul est incohérente, ou, à tout le moins, pleine de contradictions embarrassées. Et mieux vaut passer pieusement sur la prétention qu’a le Commentateur d’avoir un «regard juste», contrairement à Paul qui, lui, ne l’«avait pas toujours»!

17) Sur 2 Corinthiens 3, p. 349

 «Paul souligne au passage l’aveuglement des juifs qui ne reconnaissent pas le Christ comme le Sauveur : pour lui, ils ont perdu la clé de leur histoire et la Bible leur reste un livre fermé jus­qu’au jour où Dieu, par le Christ, en livre le véritable sens (Lc 24, 27; Ap 5, 1). Toute cette histoire devait être comprise comme un mystère de mort et de résurrection : pour entrer dans la nouvelle Alliance, il leur fallait accueillir le Christ sans plus penser à leurs privilèges, et se faire ses disciples avec les autres peuples.»

• À cette condamnation audacieuse et arbitraire, on préférera ce texte d’une des plus hautes instances de l’Église :

«Il est vrai donc et il faut aussi le souligner, que l’Église et les Chrétiens lisent l’Ancien Testament à la lumière de l’événement du Christ mort et ressuscité, et que, à ce titre, il y a une lecture chrétienne de l’Ancien Testament qui ne coïncide pas nécessairement avec la lecture juive. Identité chrétienne et identité juive doivent être chacune soigneu­sement distinguées dans leur lecture respective de la Bible. Mais ceci n’ôte rien à la valeur de l’Ancien Testament dans l’Église et n’empêche pas que les Chrétiens puissent à leur tour profiter avec discernement de la lecture juive.» (Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la pré­dication et la catéchèse de l’Église catholique, en date du 24 juin 1985, I, 3. Texte publié dans Documentation Catholique, n° LIX, 1985. Les mises en exergue sont de mon fait).

18) Sur Galates 3, 15ss., p. 365

 «Aussi Paul déclare-t-il que la plupart des juifs se trompent quand ils se préoccu­pent tant d’observer la Loi, et si peu d’ouvrir leur cœur.»

• Paul n’a jamais rien dit de tel, ni ici, ni nulle part dans ses lettres. Et si une grande partie de l’Épître aux Romains semble très critique à l’égard de la Loi, c’est une perception erronée due à une lecture chrétienne des com­plexes méditations de l’Apôtre sur ce point difficile. Paul s’efforce de convaincre les destinataires de sa lettre (des juifs, à l’évidence) de ne pas faire prévaloir l’observance de la Loi sur la foi au Christ. Ce faisant, il ne déprécie pas la Loi, tant s’en faut : il la qualifie, au contraire, de «sainte» (Rm 7, 12) et «bonne» (7, 16). Ce qu’il reproche aux juifs n’est pas leur préoccupation excessive d’«observer la Loi», aux dépens de la charité («ouvrir leur cœur»), comme le prétend le Commentateur, mais de refuser la voie nouvelle que, selon lui, le Christ Jésus a inaugurée par “sa mort au péché une fois pour toutes” (cf. Rm 6, 10). Il craint que le zèle jaloux de se coreligionnaires pour l’ac­complissement des prescriptions de la Loi les remplisse de l’assurance fallacieuse qu’ils ont ainsi atteint la perfec­tion. D’où cette exclamation à saveur scandaleusement hérétique pour un juif convaincu : “si la justice [= perfection] vient de la loi, c’est donc que le Christ est mort pour rien!” (Ga 2, 21). Mais son but est de convaincre ses coreligionnaires que seule “la voie récente inaugurée pour nous” par le Christ (cf. He 10, 20) pourra faire d’eux des “adorateurs parfaits” de Dieu, ce qui n’est pas le cas des “sacrifices et des offrandes” (cf. He 9, 9), puisque, toujours selon Paul, “la Loi n’a rien amené à la perfection” (He 7, 9) et que ses “sacrifices… sont absolument impuissants à enlever les péchés” (cf. He 10, 11). On voit que cette dialectique théologique complexe n’a rien à voir avec l’opposi­tion manichéenne, que croient voir tant de chrétiens, entre la Loi et l’amour (= la charité).

19) Traduction de 1 Thessaloniciens 2, 16,p. 399

 «Ce sont eux qui ont tué Jésus et les prophètes, et maintenant ils nous poursuivent. Ils ne plaisent sûrement pas à Dieu, et ils se font les ennemis de tous les hommes, quand ils nous empêchent de prêcher aux païens pour qu’ils soient sauvés. Ils font tout pour mettre le comble à leurs péchés, mais à la fin, la Colère va se décharger sur eux.»

• Il s’agit d’un passage très dur de l’apôtre Paul, dans lequel il stigmatise ceux de son peuple qui s’opposent violem­ment à la prédication de l’Évangile, en général, et à la conversion des païens, en particulier. L’Apôtre conclut sa dia­tribe par cette phrase terrible : “elle est tombée sur eux, la colère, pour en finir” (Bible de Jérusalem). À titre in­dicatif, voici quelques autres traductions : “Mais la Colère est tombée sur eux, à la fin” (TOB); ou encore : “Mais la Colère est arrivée sur eux pour toujours” (Osty); ou enfin : “Mais la colère a fini par les atteindre” (Segond=Colombe). On remarquera que toutes ces traductions, sans exception, rendent le verbe au passé, confor­mément à l’original grec, qui porte ephtasen, verbe à l’aoriste, temps qui connote, sans le moindre doute, une ac­tion qui s’est produite dans le passé. Or, notre Commentateur n’a pas le même respect du texte reçu, puisqu’il n’hésite pas à rendre ce passage au futur : “mais à la fin, la Colère va se décharger sur eux” (anglais : is co­ming ; espagnol : está para caer ; formules de même signification, avec connotation future également). Cette in­novation – qui ne peut s’appuyer sur aucune autorité, ni aucun précédent sérieux – a, on le comprendra aisément, des implications redoutables. Et si – ce qu’à Dieu ne plaise! – elle était prise au sérieux par un grand nombre de chré­tiens sans connaissances bibliques ou linguistiques suffisantes, elle pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Sur le plan doctrinal, elle introduirait un élément radicalement destructeur du “nouveau regard” que porte l’Église sur le peuple juif, depuis Vatican II. Quant aux conséquences pour le peuple juif, on ose à peine penser à l’ampleur pré­visible du regain de l’antisémitisme théologique susceptible de découler d’une perspective spirituellement aussi néga­tive pour le peuple juif, et qui deviendrait désormais d’autant plus crédible, qu’elle semblerait authentifiée par le sceau d’une prétendue prophétie néotestamentaire du destin final catastrophique du “peuple qui a tué Dieu” (l’original espagnol a l’expression terrible : «asesinos de Dios»)! Remarquons que cette traduction fallacieuse n’est assortie d’aucun commentaire. Par contre, la BCC, dans son commentaire de 2 Th 2, 3.6 (p. 401), s’y ré­fère explicitement comme s’il s’agissait d’une prophétie de malheur eschatologique prononcée par Paul contre les juifs exactement en ces termes. Enfin, il paraît utile de citer ici le commentaire de la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB), à propos de ces versets (édition 1988, pp. 2873-2874. Les mises en exergue sont de mon fait) :

«Ce jugement sévère contre les Juifs doit être bien compris. Paul revendique toujours avec fierté sa qualité de Juif, et sou­ligne à maintes reprises le privilège d’Israël. La colère et la gloire sont pour le Juif d’abord, et pour le Grec. Cf. Rm 2, 9-10. Au cours de sa mission, c’est aux Juifs d’abord qu’il adresse le message de salut […] Mais chaque fois… des Juifs, non dé­pourvus d’influence dans les cités grecques, empêchent sa prédication aux païens et lui créent des difficultés graves, qui vont jusqu’aux mauvais traitements… C’est ce qui explique la violence des termes employés ici par Paul qui, Juif lui-même, s’in­digne de l’aveuglement de ses frères. Les Juifs, qui eussent dû être les porteurs de l’Évangile, lui font partout obstacle, comme ils ont jadis fait obstacle au message des prophètes, puis à celui de Jésus. Pourtant, lorsque Paul envisage le sort du peuple élu, il n’invoque jamais comme cause du rejet temporaire d’Israël la condamnation et la mort du Christ à Jérusalem ou la persécution contre les chrétiens.»

20) L’enseignement biblique, p. 504, § 84

 «Comment doivent être l’homme et la femme? L’égalité de l’homme et de la femme est affirmée au commencement de la Bible : commentaire de Gn 1, 26 et 2, 20. Mais cela va contre toute l’attitude de la culture hébraïque. Infériorité de la femme, consacrée par la Loi (Dt 24, 1); Nb 5, 11-31; Lv 27, 3-7), acceptée par les sages : Qo 7, 27-28. La femme est tenue pour responsable des péchés des hommes (Pr 7, 5-27; Si 25, 24); il faut la surveiller (Si 36, 42, 9-12), et on la loue pour autant qu’elle sert bien son mari : Pr 31, 10-31; Si 36, 23-25.»

• Tous les textes bibliques invoqués peuvent, en effet, relus avec notre mentalité actuelle, être interprétés comme une preuve de dépréciation de la femme. Mais, outre que, méthodologiquement parlant, c’est une erreur de juger du passé à la lumière du présent, est-il besoin de rappeler que le peuple juif ne faisait qu’appliquer les règles qui régis­saient toutes les sociétés du monde antique? On remarquera enfin la mauvaise foi qui caractérise le commentaire dés­obligeant concernant le texte de l’hymne à la femme parfaite (Pr 31, 10-31), qui – soit dit en passant – est récité chaque Sabbat par les Israélites pieux!

21) L’enseignement biblique, p. 508, § 119

“Le peuple juif, dans son ensemble, ne répond pas à cet appel… des factions fanatiques le mènent à la catastrophe annoncée…”

• La version précédente (BCC) portait : «Une religion fanatique», ce qui était évidemment inadmissible. Mais le remplacement de «religion» par «factions» ne corrige en rien l’injustice du propos. Tout d’abord, s’il est indéniable, en effet, que les factions dont il est question ont eu une part non négligeable de responsabilité dans la révolte déses­pérée contre Rome, la puissance occupante, de son côté, a tout de même été pour quelque chose dans ce soulèvement. En outre, celui-ci a eu lieu en 130-135, alors que les textes scripturaires auxquels fait référence le Commentateur ont trait à la prise de Jérusalem, en 70. Dans les passages apocalyptiques de Mt 24 et parallèles, cette catastrophe histo­rique constitue une typologie prophétique de l’assaut eschatologique des nations coalisées contre la Ville sainte (cf. Is 29, 1-8; Jl 4, 14ss; Za 12; etc. = Ac 4, 24-28)). Mais, à l’évidence, elle n’est pas, comme le prétend le Commentateur, une sanc­tion divine des révoltes juives, dont on ne trouve d’ailleurs aucun écho dans le NT.

22) L’enseignement biblique, p. 509, § 131

“Le Dieu qui punitchassait les pécheurs (Gn 3, 22-23); le Dieu-fait-homme vient sauver les méchants (Jn 1, 11; Mt 21, 37)…”

• Outre l’antithèse à forte saveur marcionite (et très éloignée de l’orthodoxie chrétienne) entre l’action punitive de Dieu, dans l’Ancien Testament, et la sotériologique du “Dieu-fait-homme”, dans le Nouveau, on remarquera que «les méchants» dont il est question sont les juifs. En effet tant Jn 1, 11 (“Finalement il [Dieu] leur envoya son fils, en se disant: Ils respecteront mon fils.”) que Mt 21, 37 (“Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli.”) mettent clairement en cause les juifs.

En guise de Conclusion (provisoire) à l’attention des chrétiens

Les polémiques ont ceci de bon qu’elles obligent les antagonistes à réfléchir et parfois à nuancer leurs positions. C’est ce que j’ai fait, pour ma part. Et puisque j’ai joué un rôle actif dans la dénonciation publique des commentaires, per­çus comme dépréciateurs du peuple juif, contenus dans la Bible des Communautés Chrétiennes, je saisis l’occasion de cet article, pour faire une mise au point. Une longue fréquentation des différentes versions de cette bible m’a convaincu que, s’il n’est pas question de qualifier d’antisémites les commentaires de cette bible, par contre on peut, sans injustice, leur reprocher d’être en porte-à-faux, voire en totale opposition avec la réévaluation positive, opérée par l’Église, de la spécificité du peuple juif et de la signification religieuse de sa permanence, malgré toutes les persécutions et tentatives d’assimilation dont il a été victime au fil des siècles.

J’exposerai donc franchement ce qui me heurte encore dans la nouvelle édition de cette bible. Quelques chiffres tout d’abord. Sur 87 passages de la Bible des Communautés chrétiennes, qui témoignaient, à des degrés divers, d’une résurgence de l’«enseignement du mépris», 19 ont été supprimés. Sur les 68 qui se retrouvent dans la Bible des peuples, 15 seulement ont été amendés. À l’exception d’une quinzaine que l’on peut considérer comme acceptables, les autres contiennent des inexactitudes préjudiciables au peuple juif, et au moins 22 d’entre eux émettent des considérations blessantes ou dévalorisantes pour ce dernier (voir plus haut).

 Enfin, il faut savoir que les passages les plus gravement préjudiciables à la dignité du peuple juif, éliminés de la Bible des Peuples, figurent encore dans les centaines de milliers d’exemplaires de la version anglaise (1983) de la Bible des Communautés Chrétiennes. Tandis que ce commentaire inadmissible de 2 Th 2, 6 subsiste dans les quelque 30 millions d’exemplaires de l’édition espagnole, qui circulent dans le monde depuis 1973 : «[Avant la ma­nifesta­tion de l’Antéchrist] le peuple juif doit déverser toute sa méchanceté sur l’Église» (Biblia Latinoamerica, Commentaire du NT, p. 315).

J’en viens à ce qui me paraît être le cœur du malentendu. Puisqu’il semble acquis que les commentaires contestés ne procèdent ni d’une intention maligne, ni d’un antijudaïsme militant, quelle en est donc la raison? C’est, me semble-t-il, la conviction que l’incrédulité des juifs à l’égard de la messianité et de la divinité de Jésus fut une faute, sanctionnée par la déchéance de leur élection, cette dernière devenant le privilège exclusif des chrétiens. C’est ce que les spécialistes nomment la «théorie de la substitution». Selon celle-ci, l’Église a supplanté la Synagogue, et l’«Ancien Testament» est désormais lu uniquement comme une typologie préfigurant le Christ, l’Église et le «véritable Israël» – entendez : les chrétiens. Il faut savoir que tel fut, durant des siècles et jusqu’à Vatican II, l’en­seignement ordinaire de l’Église, dans la ligne de la lecture fondamentaliste et accusatrice des juifs, pratiquée par des “Pères” et des écrivains ecclésiastiques vénérables.

L’histoire de l’Église offre maints exemples des conséquences dommageables qu’ont eues, pour l’unité de l’É­glise, des interprétations réductrices de ce type. C’est ainsi que l’antipape Novatien (IIIe s.) fut à l’origine d’un long schisme en refusant la pénitence aux pécheurs, sur base d’une lecture littérale de ce passage d’Hébreux 6, 4-7 :

“Il est impossible, en effet, pour ceux qui une fois ont été illuminés… de les rénover une seconde fois en les amenant à la pénitence, alors qu’ils crucifient pour leur compte le Fils de Dieu et le bafouent publiquement.”

 Sans se laisser impressionner par la “lettre”, apparemment irrécusable, du texte invoqué, les évêques d’alors ob­jectèrent que l’épître faisait allusion à un second baptême pour la purification des péchés. Ils remontrèrent à Novatien qu’à ce compte, le Christ serait mort pour rien et que Pierre, qui avait renié son Maître, n’aurait pas été absous. Sans ce discernement ecclésial, nul chrétien ne pourrait, aujourd’hui, recourir au sacrement de pénitence.

Il semble que les commentateurs catholiques de la bible contestée aient lu, de manière analogue, les textes scripturaires accusa­teurs des juifs, sans prise en compte critique du contexte polémique dans lequel ils ont vu le jour, et sans tenir compte, comme le fait aujourd’hui leur Église, de la méditation de l’apôtre Paul (Rm 9-11), ni de la déculpabilisation des chefs des juifs, proclamée par Pierre (cf. Ac 3, 17), ni de la formule de Jean-Paul II (Mayence, 1980) : «Le peuple de l’Ancienne Alliance que Dieu n’a jamais révoquée» (alors que la «lettre» d’He 8, 13 semble affirmer le contraire). Dans ces conditions, il n’est pas étonnant qu’un a priori confessionnel aussi négatif ait donné lieu à une interprétation exagérément actualisante des Écritures, où les fautes et les châtiments des juifs, puis leur refus du message chrétien, dûment consignés dans l’Ancien et le Nouveau Testaments, sont perçus et utilisés comme un pa­radigme de l’attitude religieuse qui déplaît à Dieu. De là à présenter le judaïsme comme le mauvais élève du Royaume de Dieu, et à l’utiliser comme le faire-valoir du christianisme, il n’y a qu’un pas, que les commentateurs ont apparemment franchi, certes sans malice, mais non sans conséquences.

En conclusion, mon avis personnel est que les commentaires de la Bible des Peuples et de ses versions anté­rieures ont droit de cité, à côté de ceux d’autres bibles. Toutefois, leurs auteurs ne doivent pas se scandaliser de ce que des critiques légitimes leur soient adressées, pourvu qu’elles ne s’apparentent pas à un lynchage médiatique, mais s’en tiennent à des recensions objectives. Dans ce climat dépassionnalisé, on peut espérer que les auteurs et leurs édi­teurs accepteront, sans crainte d’être infidèles aux Écritures, de faire disparaître de leurs bibles tous les commentaires dépréciateurs du peuple juif,

afin que la Parole de Dieu ne soit plus source de discorde entre ses enfants.


Vote des femmes/70e: Pourquoi la France a été l’un des derniers pays européens (Blame it on the Protestant Catholic differential)

21 avril, 2014

Religion in Western European Countries (circa 1870)

Country                          Percent            Percent  Percent                           Protestant       Catholic
Protestant Countries
Denmark                               99                  1
Sweden                                 99                  1
Norway                                  99                 1
Finland                                  98                 2
Britain                                   91                 8.5
Germany                               62                 36.5
Netherlands                           61                 38
Switzerland                           58                 41
Catholic Countries
Ireland                                  12                  88
France                                    4                   95
Austria                                    2                  91
Italy                                       1                   97
Spain                                      1                   97
Portugal                                  1                   97
Belgium                                  1                   95
Source: Delacroix and Nielsen (2001)
Timeline of Women’s Suffrage Granted, by Country
  • 1893 New Zealand
  • 1902 Australia1
  • 1906 Finland
  • 1913 Norway
  • 1915 Denmark
  • 1917 Canada2
  • 1918 Austria, Germany, Poland, Russia
  • 1919 Netherlands
  • 1920 United States
  • 1921 Sweden
  • 1928 Britain, Ireland
  • 1931 Spain
  • 1944 France
  • 1945 Italy
  • 1947 Argentina, Japan, Mexico, Pakistan
  • 1949 China
  • 1950 India
  • 1954 Colombia
  • 1957 Malaysia, Zimbabwe
  • 1962 Algeria
  • 1963 Iran, Morocco
  • 1964 Libya
  • 1967 Ecuador
  • 1971 Switzerland
  • 1972 Bangladesh
  • 1974 Jordan
  • 1976 Portugal
  • 1989 Namibia
  • 1990 Western Samoa
  • 1993 Kazakhstan, Moldova
  • 1994 South Africa
  • 2005 Kuwait
  • 2006 United Arab Emirates
  • 2011 Saudi Arabia3
NOTE: One country does not allow their people, male or female, to vote: Brunei.
1. Australian women, with the exception of aboriginal women, won the vote in 1902. Aborigines, male and female, did not have the right to vote until 1962.
2. Canadian women, with the exception of Canadian Indian women, won the vote in 1917. Canadian Indians, male and female, did not win the vote until 1960. Source: The New York Times, May 22, 2005.
3. Women in Saudi Arabia will not be eligible to vote until 2015.
https://i1.wp.com/www.leparisien.fr/images/2014/04/21/3784117_droit%20de%20vote%20de%20sfemmes%20info.PNG Luther rend nécessaire ce que Gutenberg a rendu possible : en plaçant l’Écriture au centre de l’eschatologie chrétienne, la Réforme fait d’une invention technique une obligation spirituelle. François Furet et Jacques Ozouf
Ce projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu … Vauban (« Mémoire pour le rappel des Huguenots », 1689)
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne! … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
After the Reformation, Protestant regions arose from the backwaters of Europe to displace the Catholic countries as the economic powerhouses. By 1700 prior to the full-fledged industrial revolution–Protestant countries had overtaken the Catholic world in terms of income. A strong Protestant-Catholic income gap became well established over the next 250 years. There were no signs of convergence until the 1960s. This is not, however, a simple vindication of the “Protestant ethic” thesis. … A number of alternative hypotheses … might account for the economic dominance of Protestant Europe. They include (1) secularization – freeing the economy from religious controls; (2) the growth of education (and the Protestant emphasis on literacy – ability to read the bible); (3) the dismal consequences of the Catholic Counter-Reformation; (4) the importance of the Atlantic (slave) trade in creating an autonomous business class that would demand modernizing institutional reforms.  (…) The Reformation was a crucial cultural moment in the development of capitalism … The Reformation made literacy a central part of religious devotion. In the Catholic Church, the clergy interpreted (channeled?) the word of God for believers. The bible was thought to be too complex to be understood by the common folk. (Indeed, even much of the clergy did not have direct access to the bible.) Protestantism, in contrast, spread the notion of a “priesthood of all believers”. All Christians should study the bible, connecting with their religion in a much more personal and private way. This is a tall order when only a tiny fraction of the population is literate, and the bible is written in Latin. Protestants worked hard on both these fronts, translating the bible into the vernacular (the languages that people actually spoke), and evangelizing for mass education. Rather suddenly, and for completely non-economic reasons, the medieval reign of ignorance was rejected, in its place were demands for investment in human capital.  Scotland is a great example of this. A founding principle of the Scottish Reformation (1560) was free education for the poor. Perhaps the world’s first local school tax was established in 1633 (strengthened in 1646). In this environment grew the Scottish En lightenment: David Hume, Francis Hutcheson, Adam Ferguson, and the godfather of modern economics, Adam Smith. By this time, Scottish scholarship stood so far above that of other nations that Voltaire wrote, “we look to Scotland for all our ideas of civilization”. An attractive feature of this thinking about Protestantism is its amenability to quantitative empirical testing. Did Protestant countries invest more heavily in education? … at least in 1830, Protestant countries had much higher primary school enrollment: 17% in Germany, 15% in the US, 9% in the UK, 7% in France, and only about 3% or 4% in Italy and Spain … While Protestant countries were aspiring to the ideal of a “priesthood of all believers”–nurturing a social norm of literacy and personal scholarship, Catholic Europe reacted viciously to the Reformation and devoted a hundred or so years to the brutal containment and control of “thought, knowledge, and belief”. The emphasis here is not so much on literacy per se. In Landes’ view, the Reformation did not simply give a “boost to literacy,” but more importantly “spawned dissidents and heresies, and promoted the skepticism and refusal of authority that is at the heart of the scientific endeavor”. While Protestants were translating the bible and agitating for public education, the Counter-Reformation (the Inquisition) was burning books, burning heretics, and imprisoning scientists. The Catholic reaction to the Reformation – in large part driven by the Spanish Empire – was to terrorize the principle of free thought. Though in many ways the birthplace of modern science, “Mediterranean Europe as a whole missed the train of the so-called scientific revolution” (Landes 1998:180). In a climate of fear and repression, the intellectual and scientific center of Europe shifted northward.  Perhaps the Reformation, rather than creating a new “spirit of capitalism,” simply led to the relocation capitalist activity. Without any religious strife, the industrial revolution might well have taken root wherever medieval capitalism was strongest (Italy, Belgium, Spain, etc). The religious wars and Counter-Reformation “convulsed” the centers of old medieval capitalism, leading to a mass migration of capital and entrepreneurial skill. Perhaps the most promising lead for historical research is to study the patterns of capital mobility and migration following the Reformation. Splitting Europe into two religious worlds produced striking dynamics that I believe go far beyond Weber’s thesis. The Protestant world, it seems, nurtured a contentious spirit of heresy and critical thought, popular literacy, and a laissez faire business morality; Catholism burned books, imprisoned scientists, stifled thought, and demanded stringent orthodoxy. All of this condemned the old prosperous regions of Europe to become the periphery (the “Olive Belt”). The backward regions that revolted from Rome became the destination for capitalist migration, and here, the institutions of modern capitalism gradually took shape. Finally, it no doubt helped that at around the same time, the center of commerce and trade shifted from the Mediterranean to the Atlantic, adding a new “opportunity of geography” to the Protestant regions.  Cristobal Young
Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un  » complot protestant « , mené par des étrangers de l’intérieur. Ce  » péril  » menace l’identité française et cherche sournoisement à  » dénationaliser  » le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un  » parti protestant  » qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française. (…) L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de  » déicide « , l’autre, économique, qui les accuse de  » spéculation financière « . La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’  » aryen  » et le  » sémite « , alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un  » pacte laïque  » et permet un dépassement de l’anticléricalisme. (…) Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de  » menées occultes « , d’ « obscurs complots ». Jean Bauberot
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu
Si les responsables politiques (de tous bords) pensent que leurs discours alarmistes sur la mondialisation et leurs incessantes critiques contre «l’inhumanité» du «modèle» anglo-saxon ne sont que d’inoffensives stratégies électorales destinées à gagner quelques voix, ils devraient y réfléchir à deux fois. (…) On récolte ce qu’on a semé : deux décennies de rhétorique antimondialisation et antiétranger se payent par une paralysie politique et psychologique de la France, consciente de l’urgente nécessité des réformes, mais incapable de les mettre en oeuvre. De nombreux pays européens plus solidaires que la France possèdent des marchés du travail plus libres, mais le petit pas tenté dans cette direction par la France (le CPE) soulève immanquablement l’opposition générale. (…) Si le grand public n’est pas prêt aux réformes, les responsables politiques ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes : aux Pays-Bas, les réformes ont commencé il y a vingt ans. Au Canada et en Suède, elles ont commencé il y a quinze ans et ont été menées à terme en six petites années. Le Canada et la Suède se portent bien mieux aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Pendant ce temps, le tissu social français continue à se dégrader. (…) Les Canadiens se sont livrés à une analyse de l’hyperétatisme au cours des années 80 et 90. Les Français se sont déchaînés contre le «capitalisme sauvage» mais la droite n’a jamais dénoncé «l’étatisme sauvage», avec ses épais fourrés de réglementations tueuses d’emplois et ses prédateurs anticapitalistes, les «intellectuels». (…) La France a besoin d’un (ou d’une) dirigeant (e) centriste capable de faire la paix avec le capitalisme et la mondialisation tout en défendant les meilleurs composants de l’Etat-providence. Canadiens et Suédois ont compris que capitalisme et démocratie sociale (ou du moins stabilité sociale) avancent ensemble, ou tombent ensemble. Qui, en France, adresse ce genre de message au grand public ? Timothy Smith
Des textes produits dans le plus grand secret, délibérément obscurs et édictant des mesures à effet retard, pareil à des virus informatiques, préparent l’avènement d’une sorte de gouvernement mondial invisible au service des puissances économiques dominantes …. Pierre Bourdieu
Les grandes firmes multinationales et leurs conseils d’administrations internationaux, les grandes organisations internationales, OMC, FMI et Banque mondiale aux multiples subdivisions désignées par des sigles et des acronymes compliqués et souvent imprononçables, et toutes les réalités correspondantes, commissions et comités de technocrates non élus, peu connus du grand public, bref, tout ce gouvernement mondial qui s’est en quelques années institué et dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes, est une instance inaperçue et inconnue du plus grand nombre. Cette sorte de Big Brother invisible, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision et au cinéma, et ainsi de suite (…). A travers la maîtrise quasi absolue qu’ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu
Mais ne faut-il pas aujourd’hui plutôt parler d’anglo-américain que d’anglais, dans la mesure où la force propulsive de cette langue a surtout pour moteurs Washington, Hollywood, le Pentagone, Coca-Cola, Microsoft et Apple ? A la différence de la colonisation britannique, qui visait essentiellement les esprits des élites « indigènes », l’américanisation, s’appuyant sur des marchés financiers et industriels devenus planétaires — ceux du divertissement en premier lieu —, et la volonté des Etats-Unis de sauvegarder à tout prix leur hégémonie géostratégique ont pour cible les esprits des masses, et cela en utilisant la même langue, d’ailleurs de plus en plus éloignée de l’anglais standard. (…) Et elles bénéficient en général de l’appui d’autres « élites », notamment de celles de pays développés — dont certains furent autrefois des colonisateurs ! —, et qui, ne craignant pas l’excès de zèle, font assaut de génuflexions et de marques de servitude volontaire. L’anglo-américain, dans les faits, est devenu un vecteur de la mondialisation néolibérale. D’où sa promotion par ses « chiens de garde ». Bernard Cassen (Le Monde diplomatique)
Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. (…) Le rêve français, c’est le creuset qui permet à toutes les couleurs de peau d’être à égalité de droits et de devoirs. Le rêve français, c’est l’affirmation des valeurs universelles qui vont bien au-delà des frontières, qui vont bien au-delà de la Nation. Ce n’est pas un espace limité, mais qui est proclamé à tous, à la face du monde. Le rêve français, c’est notre histoire, c’est notre projet ! Le rêve français, c’est une force, c’est le projet que je vous propose, parce qu’il nous ressemble, parce qu’il nous rassemble ! François Hollande

Et si la Révocation de l’Edit de Nantes avait provoqué bien plus que la fuite des cerveaux ?

A l’heure où, pour fêter le 70e anniversaire du vote des femmes en France, un président qui s’était tant vanté de sa haine des riches et provoqué l’exil de tant de nos Depardieu ne trouve rien de mieux, au moment où il atteint des sommets d’impopularité, que de relancer un calamiteux débat sur le vote des étrangers

Qui rappelle, mis à par une chronologie du Parisien, que le Pays autoproclamé des droits de l’homme (sic) a été un des derniers pays européens à accorder le droit de vote aux femmes …

Bien après, de la Nouvelle-Zélande (1893) à la Grande-Bretagne (1918-1928), les pays anglosaxons et nordiques ?

Mais surtout qui prend la peine de rappeler, au-delà de ce tabou si tenace de l’argent et à l’instar de ses voisins latins, tout le temps que la France a perdu et probablement pas encore complètemet rattrapé …

Par rapport à des pays protestants qui pour des raisons d’abord religieuses (tout fidèle, homme ou femme, se devant de lire la Bible pour lui ou elle-même) avait fait le pari précoce d’une universalisation de l’alphabétisation ?

De plus en plus d’électrices mais un déficit d’élues

Le Pariisen

21 avril 2014

La a été l’un des premiers pays à instaurer le suffrage universel masculin en 1848, mais il a fallu près d’un siècle pour l’étendre à l’autre moitié de la population.

Un long combat. L’ordonnance de 1944 met fin à des décennies de rendez-vous ratés. Le Sénat avait retoqué plusieurs fois des propositions de loi pour accorder le droit de vote aux femmes, réputées sous l’emprise de l’Eglise, de peur qu’elles ne « renforcent les rangs conservateurs ». La Première Guerre mondiale et l’apparition de suffragettes françaises dans la lignée des Britanniques ont fait doucement évoluer le débat. C’est finalement la reconnaissance du rôle des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale qui a permis aux Françaises d’obtenir leur précieuse carte d’électrice.

Elles s’abstiennent de moins en moins. En 1945, les femmes se sont déplacées en masse, mais ensuite, jusqu’aux années 1960, les Françaises se sont bien moins rendues à l’isoloir que les Français. L’écart de participation a oscillé entre 7 et 12 points. Les années 1970 ont été celles du décollage : au second tour des législatives de 1969, les femmes ont pour la première fois davantage participé que les hommes. Aujourd’hui, les niveaux d’abstention semblent identiques chez les deux sexes mais si les plus jeunes sont moins abstentionnistes que les hommes, c’est le contraire chez les plus âgées.

La parité, c’est pas gagné. Les élues restent aujourd’hui encore largement sous-représentées. Et ce, même si la France a été le premier pays à adopter une loi pour imposer la parité en 2008 avec des listes qui alternent un homme/une femme aux municipales, aux européennes, aux régionales et aux sénatoriales. Mais les têtes de liste restent majoritairement masculines : 83 % aux dernières municipales. Et les hommes représentent 95 % des présidents de conseil généraux, 73 % des députés et 78 % des sénateurs.


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 461 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :