Musique: Ni rouge ni mort (Why you probably never heard of one-of-a-kind Jean-Pax Méfret: « chanteur engagé « with over 300 songs and 50-plus year career, former Figaro journalist and staunch anti-communist with a populist and military-like following, deeply patriotic and devout Christian with a pied noir background and a very strong nostalgia for Algeria)

8 juin, 2021
Musique : l'indémodable Jean-Pax

Puisque la guitare est devenue une arme […] Puisque l’un de vous a chanté Potemkine Moi je viens chanter Soljenytsine […] Je chante contre le Grand Soir […] Je chante pour l’Occident. Jean-Pax Méfret
Je viens le dire très fort, ma devise, c’est ni rouge, ni mort ! J’ n’ai pas l’frisson du pacifisme Face aux armées du communisme, pour qu’il n’y ai plus d’autres Boeings, je crie « Bienvenue aux Pershings » ! Jean-Pax Méfret
Quand les droits des hommes sont en danger, c’est toujours vers l’ouest que le peuple s’évade, garde ça en mémoire, camarade, quand tu vas défiler pour la paix, et demande aux Afghans, camarade, toi qui parle pour les peuples opprimés car le sang des enfants tués à la grenade a la couleur de tes idées. Jean-Pax Méfret
Sous les pavés, ‘y a la plage, elle aimait bien cette image, elle ne chantait que des chansons de Dylan, elle ne parlait que de la guerre du Vietnam, San Francisco, Katmandou, Woodstock, Hanoï et Moscou, c’était sa géographie, ses frontières, toute sa vie, quand les maisons bleues accrochées aux collines la faisaient planer jusqu’au mont de Palestine, manipulation sur fond de mélodie, la nuit, sur l’île Saint-Louis, fini, le temps du Népal, plus d’ oeillets au Portugal là-bas, en Mer de Chine, les boat-people sont nés sous Ho Chi Minh, Mai 68, c’est loin d’ici… Jean-Pax Méfret
Il tremblait pour sa carcasse devant le fusil des rebelles, sur le quai d’une gare, certains chantaient le déserteur A Saint-Lazare. Lui il avait l’esprit ailleurs, (…) pour ses enfants C’est un mot qui ne veut rien dire, pour ses parents, c’est un bien cruel souvenir, pour ses amis, c’est une carte de combattant, mais ça reste pour lui « trente-six mois à vingt ans »… Jean-Pax Méfret
Dans son coeur, il y a de la vaillance, ça ne s’entend pas, mais il est toujours là, prêt à se lever pour la France, le vieux soldat, Ca lui fait mal, toutes ces insultes, cracher sur la France que l’on traite de pute, ça lui fait mal, le drapeau brûlé, le drapeau souillé, la mémoire tachée, ça lui fait mal, il l’a mauvaise, lorsque l’on siffle la Marseillaise, ça lui fait mal, voir son pays livré au mépris, il en est meurtri, le respect, il veut du respect, juste du respect, le respect, Il faut dire que ça n’arrive qu’en France … Jean-Pax Méfret
Vous brouillez les radios, vous régentez l’école, vous jouez aux prolos, j’en connais qui rigolent. Jean-Pax Méfret
Garçon, si par hasard sur ton livre d’histoire Tu tombes sur ce nom: Camérone! Garçon, regarde bien cette page d’histoire Et n’oublies pas ce nom: Camérone! Le ciel de feu du Mexique A jamais se souviendra De ce combat héroïque Garçon, sur le chemin qui conduit à la gloire Tu dois trouver ce nom: Camérone! Garçon, si ton destin exige une victoire N’oublies jamais ce nom: Camérone! Pour l’honneur de la légion, Sachant qu’ils allaient mourir Jusqu’au bout de leur mission, Fiers de tomber pour l’empire. Ils étaient 62, face à 2000 cavaliers,  Le soleil baissa les yeux lorsqu’ils furent exterminés… Jean-Pax Méfret
Au grand matin du mois de juin, Lorsque dans Sainte-Mère-Eglise Sont entrés les Américain, Ils sont tombés du ciel Comme s’ils avaient des ailes, Ils apportaient un air de liberté. Ils venaient de Virginie, D’Oklahoma, du Tennessee, Le jour le plus long les attendait ici, Tous unis pour nous délivrer, Sur la Normandie, Faut jamais oublier… Qu’un jour à Sainte-Mère-Eglise, Sont entrés les Américains ! Jean-Pax Méfret
Derrière lui, le rideau de pierre, Les miradors, les VoPos armés, Les tilleuls ne forment plus la frontière, Il y a un mur à Berlin, professeur Müller, Il s’avance, dans le décor sinistre, De cette ville de prisonniers, Et il se dit que, si la Vierge existe C’est elle seule qui pourra les sauver, Chez nous, soyez Reine, Nous sommes à vous, Il y a 20 ans qu’on l’appelle « camarade », Mais il sait bien que ce n’est qu’un mot. Jean-Pax Méfret
Je viens d’un pays qui n’existe plus, je viens d’un paradis perdu. Jean-Pax Méfret
Des petites filles de 10 ans m’ont chanté “Professeur Muller”, qui leur a fait découvrir l’histoire du mur de Berlin. Et les garçons m’ont tous parlé du “Jour J”, ma chanson sur le débarquement américain en Normandie. Un jeune m’a même dit que j’avais été son meilleur prof d’histoire.  Jean-Pax Méfret
Pour un jeune soldat de 18, 19 ans, voir Jean-Pax Méfret, ça valait des courriers de la famille. Dominique (militaire à Beyrouth dans les années 1980)
On n’a plus Johnny mais on a encore Jean-Pax !  Spectateur
On avait besoin qu’il y ait des voix qui disent autre chose. Quand vous aperceviez un de ses disques chez quelqu’un, c’était presque un signe de reconnaissance. Bernard Lehideux (cadre du Parti républicain et du Modem)
On est tellement heureux de voir qu’on n’est pas seul, que c’est une grande famille. Isabelle
[Ma première chanson] C’était après l’exécution du lieutenant Roger Degueldre. J’avais 16 ans, j’étais en prison, à Rouen, dans le quartier des activistes, j’y suis resté entre mai 1961 et septembre 1962, j’ai été le plus jeune détenu de France – pour cause d’Algérie française – en compagnie des plus grands seigneurs de l’armée française : les officiers avaient mis leurs décorations sur la porte de leur cellule. C’est dans cette atmosphère, quand j’ai appris l’exécution de Degueldre, c’est à ce moment que j’ai composé, en son honneur, ma première chanson.  (…) Je remonte à Paris, où je suis libre, sans rien. Enfin si : avec mon casier judiciaire. On est quelques copains pieds-noirs, on se regroupe, on commence à chanter le soir dans les cafés. Une Américaine tombe amoureuse de moi. J’habite avec elle Place du Tertre, ça ne s’invente pas. Je commence à chanter, je rencontre un garçon qui s’appelle Jean-Claude Camus, qui sera l’impresario de Johnny et de beaucoup d’autres. Je me fais faire une carte de visite : « secrétaire artistique de Jean-Claude Camus ». Je compose quelques chansons, cinq disques paraissent chez Decca, dont un titre, “La prière”, qui retient l’attention et obtient en 1965 le grand prix Âge tendre et tête de bois. J’ai 20 ans. À l’époque j’ai pris un pseudonyme : Jean-Noël Michelet. Jean est mon prénom. Noël le prénom de mon père. Quant à Michelet, c’est le nom de la rue centrale d’Alger. (…)  je mène une vie de galère (…) J’enchaîne les petits boulots. Notre réseau pieds-noirs est un soutien. Mon premier journal, dirigé par le colonel Pierre Battesti, président de l’Anfanoma, s’appelle France-Horizon, c’est le mensuel des Rapatriés d’Algérie. Plus tard, je serai journaliste d’investigation à Minute, puis à L’Aurore (où je suis grand reporter et spécialiste de politique étrangère). J’atterris enfin au Figaro puis au Figaro magazine où je serai directeur des magazines régionaux et responsable des grands dossiers. Je n’ai jamais vraiment fait de politique politicienne, je suis dans l’action, dans l’engagement, mais pas dans les idées. Je préfère les grands sentiments aux grandes idées. (…) Spirituellement, ce qui m’a marqué, (…), ce sont les veillées scoutes, c’est aussi la vie des grands missionnaires, et, dans les grands reportages que j’ai eu l’occasion de mener, la souffrance des enfants et puis l’impuissance de populations entières, incapables de sortir de leur misère. En Afrique, ce sont ces gens qui croient, quand vous arrivez que le Blanc peut tout. Le Christ permet de supporter tout ça… (…)  Ma foi a toujours été là mais j’ai moins de pudeur à la manifester. J’ai longtemps pensé qu’il fallait la garder pour soi. C’était familial : ma mère me mettait des médailles dans la doublure de ma veste. Chez moi, on n’entamait pas le pain, sans faire une croix dessus avec le couteau. Et en même temps, en Algérie, on respectait toutes les religions, on participait aux fêtes des uns et des autres. Les partisans de l’Algérie française n’ont jamais profané de mosquées. (…) Il est vrai que pour les Arabes la guerre était religieuse. Le FLN déjà avait interdit aux populations de fumer et de boire, sous peine de couper le nez et les lèvres… La chirurgie esthétique a fait des progrès énormes à cette triste occasion… Mais nous n’avons pas encore tout vu en France ! En Algérie, des Bataclan, il y en avait tous les jours ! Jean-Pax Méfret
[Les chrétiens d’Orient] c’est un sujet encore trop tu. J’ai hésité avant d’en faire une chanson. (…) Après, j’ai décidé de faire un disque autour du récit des chrétiens d’Orient. Ce n’est pas la première fois que j’écris un récit. Déjà dans mon album Camerone je glissais un livret afin d’expliquer aux auditeurs l’histoire de la bataille de Camerone. Imaginez la scène: soixante-deux légionnaires ont résisté face à deux mille Mexicains. Refusant de se rendre, ils se sont battus jusqu’au bout. Dès lors, chaque année les légionnaires fêtent cet événement et louent le courage de leurs prédécesseurs le 30 avril. Je crois que le vrai défi, c’est la foi. «Sommes-nous condamnés à subir le même sort que les chrétiens d’Orient?» tel est le problème. De toute évidence, leur martyre pourrait très bien annoncer le nôtre. Partout dans le monde les chrétiens sont persécutés, c’est pourquoi, nous, de tradition et de culture chrétienne, devons relever ce défi. C’est autrement plus ambitieux que de lutter contre le communisme: notre époque est encore plus exigeante. (…) À l’occasion des attentats de Londres en 2005, j’ai fait une chanson qui s’appelle «Au nom d’Allah» où je demande si le terrorisme islamiste agit vraiment au nom d’Allah. Quand je l’ai chantée à l’Olympia j’ai raconté avant l’histoire du capitaine Kheliff, cet officier de l’armée française musulman qui a sauvé des pieds noirs lors du massacre d’Oran du 5 juillet 1962 en enfreignant ses ordres et qui, une fois en France, a créé une association des anciens combattants musulmans. Il faut bien savoir qu’en Algérie, tous les anciens combattants musulmans se faisaient égorger par le FLN après l’indépendance. Kheliff a aussi créé une mosquée à Lyon. Cette histoire, racontée avant «Au nom d’Allah», visait à éviter les amalgames qu’aurait pu engendrer ma chanson. En effet, il faut reconnaître qu’il y a une vraie diversité au sein du monde musulman et que ces jeunes des banlieues, délaissés par la société, ne connaissant pas vraiment leur religion. J’ai du mal à voir quoique ce soit de «divin» dans les actes terroristes, c’est quelque chose de plus humain, de plus misérable. Mais tôt ou tard, nous allons être confrontés à cette violence et nous avons le devoir de nous y préparer. Figure du contre-exemple: l’Angleterre et son modèle communautariste étaient une pépinière pour les radicaux. De fait, dès le début des années 2000 nous avions fait les gros titres sur cette menace islamiste, nourrie par des prêcheurs à Londres. Ces derniers appelaient déjà la mort des chrétiens, nous avions déjà senti le danger. Mais paradoxalement, cette haine pour les chrétiens nous rappelle aussi notre héritage, notre identité chrétienne puisqu’ils nous appellent «les croisés». Ils nous obligent à retrouver nos racines. Peut-être aussi oublient-ils qu’avant d’être musulman, l’orient, berceau de la naissance du Christ, était chrétien? On oublie trop souvent que la première église fut construite à Antioche. Tout comme l’Algérie qui fut d’abord chrétienne avant les invasions arabes. Saint-Augustin et sa mère, la bien-aimée Monique, en sont la plus parfaite illustration. [la Légion Étrangère, l’Algérie et les Chouans] Ce sont des causes dont on parle peu et qui forment un ensemble de valeurs. Je suis pied-noir, l’Histoire de l’Algérie m’a marqué. Ma musique parle de grands faits d’Histoire parfois oubliés: Budapest, le mur de Berlin… Je pense être le seul à chanter en m’inspirant de ces événements. À part moi, personne n’a chanté la révolution hongroise par exemple. L’originalité de ces thèmes est aussi ce qui me définit. Je ne fais pas de chansons d’amour ou alors, si je parle d’amour, c’est pour dire que je ne suis pas du genre à chanter des chansons d’amour. (…) Je ne sais pas si je suis un chanteur de droite, mais je suis sûr de ne pas être un chanteur de gauche! Être de gauche pour les chanteurs, c’est parfois une volonté artistique, voire un snobisme. Pourtant il faut savoir que les chanteurs du siècle dernier n’étaient pas automatiquement de gauche. En tout cas, ils ne l’étaient pas sur le mode «grandes consciences» d’aujourd’hui, ils faisaient moins la leçon: regardez Boris Vian, je l’aime beaucoup. Moi, je ne voulais pas travailler dans la chanson à l’origine: mon objectif était de remettre au goût du jour des faits qui étaient ignorés. Je n’ai pas de message particulier à faire passer, je préfère rappeler des situations. Il n’y a rien de mieux que la chanson pour faire découvrir ces faits. J’ai appris récemment que des élèves d’une banlieue parisienne, visitant le musée du débarquement américain en Normandie, avaient chanté ma chanson sur le débarquement: «Ils sont tombés du ciel comme s’ils avaient des ailes/ Ils ont apporté un air de liberté.» Une chanson s’écoute toujours plus facilement qu’un cours d’Histoire, c’est une autre manière de transmettre. (…) Je m’étonne toujours que l’on me présente comme le chanteur d’Occident alors que je viens d’orient. À l’époque, c’était parce que je m’opposais au communisme. On aurait mieux fait de parler de «chanteur du monde libre». Je ne pense pas qu’il y ait eu de combats plus forts que celui opposant les deux blocs pendant la Guerre Froide. Dans «Ni rouge ni mort» j’explique les raisons de mon opposition au communisme, le danger qu’il représentait avec notamment l’armée rouge! On oublie que le mur de Berlin, c’étaient des dalles dressées, prêtes à tout moment à être aplaties vers l’ouest pour faire passer les chars! C’était à mon sens un vrai combat pour la liberté que la lutte contre le communisme et les goulags dont personne ne parlait. On a tout de même eu un parti communiste français qui prenait ses ordres à Moscou. D’ailleurs, je trouve inouï qu’il y ait encore en France un parti communiste. Rouges de honte, ils ont changé de nom dans toutes les nations occidentales mais pas en France! (…) Je n’étais pas dans l’OAS. Quand j’ai été arrêté l’OAS n’existait même pas. Mais on peut dire que j’étais pour l’Algérie Française. Je suis né là-bas. Mes ancêtres du côté de ma mère ont fait partie des déportés de la première commune en 1848 que l’on a exilés en Kabylie. L’Algérie, à ce titre, n’était pas un pays de droite. D’ailleurs, c’étaient les bastions communistes, ayant des quartiers populaires, qui étaient les plus virulents lors de la guerre d’Algérie. Mon père lui n’était pas du pays: il était venu afin de préparer le débarquement américain. Il travaillait pour l’OSS qui étaient les services secrets américains. C’est là qu’il a rencontré ma mère. Pour revenir à mon parcours, lors du putsch de 1961, les autorités avaient besoin de voix pour lire les messages et, comme j’avais une voix radiophonique, j’ai été invité à travailler à la RTF Télévision d’Alger qui était pro-Algérie Française. Et donc j’ai été accusé de participation à un mouvement insurrectionnel, d’intelligence avec les chefs de l’insurrection, d’attentat contre l’autorité de l’État: vingt-cinq chefs d’inculpation en tout. Je suis donc passé directement des frères maristes à la prison d’Alger, puis à la Santé à Paris, enfermé pendant dix-huit mois. Ce fut une épreuve pour ma mère, bien qu’elle partageât mes convictions comme beaucoup. Je suis persuadé que ce n’était pas un combat politique, ou alors circonscrit à l’antigaullisme. De nos jours, c’est d’ailleurs une vérité reconnue et acceptée: de Gaulle a trahi les pieds-noirs. Cependant je ne suis pas non plus opposé à l’aura du Général. Si j’avais eu 16 ans en 1940 je pense que je me serai engagé dans la Résistance. Le problème donc n’est pas politique, le problème, c’est l’Algérie. Comprenez: les gens souhaitaient simplement rester là où ils étaient nés. C’était finalement plus une guerre franco-française que contre les Algériens. Les autorités françaises se sont complètement engagées contre les partisans de l’Algérie française. Le 26 mars 1962, l’armée française n’a pas hésité à mitrailler la foule, faisant 80 morts et 200 blessés, ce dont plus personne ne se souvient aujourd’hui. (…) [retourné] Non, jamais, je n’ai pas envie. Dans une chanson j’ai chanté «Je viens d’un pays qui n’existe plus». (…) [comme journaliste] J’ai commencé au journal l’Aurore dans la rubrique «faits divers», puis dans celle concernant les affaires étrangères où j’ai couvert les conflits. J’ai ainsi pu décrypter toutes les guerres d’Amérique centrale puis celles du Liban. Ensuite, je suis resté quelque temps au Figaro Magazine dirigé par Louis Pauwels. La grande époque! Je n’entends pas le journalisme comme une éducation de la pensée mais plutôt comme une révélation de faits sur des affaires. J’ai eu la chance de traiter des grosses affaires comme l’arrestation d’Escobar. Tout en étant journaliste je continuais de chanter, j’ai gagné le grand prix de l’émission télévisée Âge tendre et tête de bois avec «La Prière». (…) Je suis persuadé que croire en quelque chose est primordial dans la vie d’un homme, que c’est une force intérieure. Croire au Christ, c’est encore plus fort. Quant à «La Force», curieusement je n’ai jamais mis un point d’honneur à écrire une chanson dédiée au Christ, l’envie m’est venue naturellement. Le titre provient de la supplication «Donne-moi la force» qui ponctue les cantiques dans la Bible. La lecture de l’Histoire des chrétiens d’Orient et du massacre des Arméniens, de ces gens jetés vers la mort qui s’accrochent à la pensée de Dieu, m’a inspiré cette chanson. (…) Je crois que nous avions besoin d’un changement, un changement radical pour bouleverser l’ordre établi. Je salue ce rafraîchissement du personnel politique. Mais je ne crois ni au miracle Macron, ni que son système peut tenir sur la durée. Aujourd’hui ce qui est exaspérant, c’est la médiocrité de la droite, la gauche n’est pas mieux, mais il m’est désespérant de voir une droite sans repère et frileuse quand il faut défendre ses idées. Jean-Pax Méfret
Méfret peut servir d’analyseur à plusieurs titres. D’abord, il donne de voir fonctionner une forme de chanson politique : plus que la conviction, l’illustration, la construction d’un univers politique par l’appui sur des éléments métapolitiques faisant sens avec cet univers. Ensuite, historiquement, enraciné dans l’Algérie française, évoluant vers un fort anticommunisme en raison de l’évolution du contexte géopolitique, vivant un combat presque apocalyptique dans la France dirigée par le Parti socialiste, il montre l’existence, voire la vivacité, d’un populisme républicain dont on peut se demander s’il ne pourrait se retrouver chez d’autres personnalités, hebdomadaires ou organisations de droite dans les années 1980 (Alain Griotteray, Figaro Magazine, CNI, MIL, UNI). Il amène à s’interroger aussi sur la possible fonction d’interface que peut jouer ce républicanisme particulier dans les relations de la droite avec l’extrême droite, voire sa contribution à la vulgarisation de thèmes qui ont fait le succès de cette dernière à partir de 1984. Enfin, utilisant les formes musicales issues des années 1950-1960, se distinguant de la mouvance skinhead des années 1970, il précède le rock identitaire français des années 1990-2000, engagé de manière beaucoup plus explicite, lié à une génération née après 1970-1975 et à une politisation accompagnée par le poids du Front national. Paul Airiau

Attention: un chanteur rebelle peut en cacher un autre !

Chanteur aux disques introuvables, vendus par correspondance, non diffusés à la radio, voire interdits dans les casernes, journaliste ayant travaillé à Minute, L’Aurore, au Figaro Magazine ou à Valeurs actuelles, chanteur anticommuniste des pieds-noirs et des trouffions, de l’Algérie française et de l’Occident, invité à la fête des Bleu-blanc-rouge du FN ou pour SOS Chrétiens d’Orient, ayant participé en 1961 à l’occupation de la radio d’Alger lors du putsch des généraux, agent de liaison de l’OAS, prisonnier politique dès l’âge de 16 ans, dénonciateur du Mur de Berlin, du goulag, de l’internement des refuniks, du génocide khmer rouge, de l’extermination des chouans, chantre des GI’s du Débarquement,  des Harkis abandonnés, des soldats français oubliés sur les champs de bataille …

Au lendemain d’un anniversaire du Débarquement

Sans parler des bouchers de Tiananmen d’il y a  32 ans…

Que le président américain ne s’est même pas donné la peine d’évoquer …

Et à l’heure où après l’assassinat politique du président Trump et le hold up électoral du 8 novembre …

Les  génuflexions de Joe Biden face à l’Iran ou ses supplétifs palestiniens …

Viennent comme pour les mois d’émeutes des Black Lives Matter et des antifas

De relancer la violence à Gaza et en Israël

Et d’imposer, au sein même du gouvernement israélien nouvel assassinat politique, à la fois l’éviction de Netanyahou et l’entrée du loup islamique dans la bergerie

Pendant qu’entre la censure politique et les attaques ou pannes à répétition

L’expression publique semble de plus en plus fragile …

Mais qu’en France, sur fond, entre attentats, égorgements ou même décapitations, d’islamisation rampante de nombre de nos quartiers …

Et après l’assassinat politique de Fillon il y a quatre ans, notre propre lot de surenchère et de violence politique

Un philosophe bien-pensant tel que Raphaël Enthoven

Se voit contraint de choisir Marine Le Pen contre la basse démagogie d’un Jean-Luc Mélenchon

Peut-on imaginer meilleur contenu …

Pour l’étiquette ô combien galvaudée de chanteur rebelle …

Contre la pensée autrefois d’avant-garde devenue aujourd’hui pire des bien-pensances ..

Que cette réapparition sur le plateau de Cnews ce matin …

De cette sorte d’ovni dans la chanson française

Face au communisme d’un Ferrat ou l’antimilitarisme d’un Vian et d’un Le Forestier

Combinant anticommunisme et antisoviétisme, rejet de la gauche et des compagnons de route, défense du peuple et des pays martyrs, nostalgie de l’Algérie française et christianisme revendiqué …

Mais défendant aussi des valeurs d’un autre temps telles que vérité, engagement pour les valeurs, grandeur militaire

Et bien qu’en partie décalé de son public plutôt d’extrême droite et plutôt militaire …

Promoteur d’un populisme et d’un attachement à l’histoire de France tout à fait unique …

Et passeur pour plusieurs générations d’adolescents comme d’adultes de toute une culture politique …

Et surtout, à  l’instar d’un Camus ou d’un Aron opposé à Sartre ……

D’une rare lucidité et connaissance de l’histoire contemporaine ?

Jean-Pax Méfret, le chanteur qui fait taper des mains Zemmour et Madelin

Ses textes parlent aux nostalgiques de l’Indochine ou encore de l’Algérie française. Parmi les fans qui assistaient au concert de l’artiste au Casino de Paris les 13 et 14 janvier, on pouvait croiser quelques personnalités.
François Krug
Le Monde
19 janvier 2018

Le polémiste Eric Zemmour est en plein selfie avec des jeunes qui viennent de le reconnaître. Quelques mètres plus haut, on a déjà croisé l’ancien ministre de l’économie Alain Madelin ou le directeur des rédactions du Figaro Alexis Brézet. Ce samedi 13 janvier au soir, il y a du beau monde devant le Casino de Paris. Le lendemain après-midi sur le même trottoir, des familles bourgeoises côtoient des bikers, d’anciens soldats baraqués dans des blousons de cuir aux couleurs du Veterans Motorcycle Club.

« Diên Biên Phu » repris en chœur

Tous viennent fêter un chanteur aux disques introuvables, non diffusés à la radio. A son dernier passage à Paris, en 2012, il a rempli l’Olympia. Les billets pour ses deux concerts au Casino de Paris, une salle de 1 500 places, se sont vite envolés. Dans la queue, un blagueur fait rire un prêtre en soutane : « On n’a plus Johnny mais on a encore Jean-Pax ! »

Jean-Pax Méfret, 73 ans, monte sur scène sous les vivats. Le public enchaîne les standing ovations, reprend en chœur Diên Biên Phu (« Ils attendaient/Dans la cuvette/Le tout dernier/Assaut des Viets… »). Quand la sonnerie aux morts conclut Le Vieux Soldat, la salle se lève, le garde-à-vous pas loin. Même les plus jeunes connaissent les paroles du Chanteur de l’Occident, sorti en 1975 (« Je viens chanter l’espoir/Je chante contre le Grand Soir… »). Pour introduire Djebel Amour, un de ses nombreux hommages à l’Algérie française, le chanteur évoque « le gouvernement socialiste de l’époque » mais recadre vite les spectateurs qui huent : « C’est pas un meeting ! »

Ne dites pas à Jean-Pax Méfret qu’il est chanteur. Son vrai métier, insiste-t-il quand on le rencontre, c’est le journalisme. Il a travaillé à Minute, L’Aurore et surtout Le Figaro Magazine, couvrant tous les terrains de guerre. Il a brièvement repris du service il y a quelques années pour Valeurs actuelles. Ne lui dites pas non plus qu’il est de droite, même s’il en a séduit les courants musclés et même extrêmes sur plusieurs générations : il assure se méfier de la politique.

Il a chanté à la fête des Bleu-blanc-rouge du FN dans les années 1980 ou plus récemment pour SOS Chrétiens d’Orient, association proche de l’extrême droite ? « Il suffit de voir la liste des chanteurs qui ont participé à la Fête de l’Humanité sans être communistes », répond-il. Devoir convaincre qu’il est « profondément républicain » et « contre le nationalisme » le blesse :

« A partir du moment où des gens adhèrent à mes chansons, je ne demande pas autre chose. S’ils ont des idées extrémistes, moi, je n’y adhère pas. »

Hommages aux pieds-noirs et à l’OAS

Adolescent, il participe en 1961 à l’occupation de la radio d’Alger lors du putsch des généraux et découvre la prison. Agent de liaison de l’Organisation armée secrète (OAS), il est à nouveau arrêté l’année suivante, et découvre cette fois la Santé à Paris, puis la prison de Rouen. Au milieu des années 1960, il enregistre plusieurs 45-tours chez Decca et participe au télé-crochet de l’époque, « Age tendre et tête de bois ». Entre twist et ballades mélancoliques sur l’Algérie, il se cherche. Il opte pour la chanson engagée, enregistrant sur des labels confidentiels des hommages aux pieds-noirs et à l’OAS.

« Quand je l’ai connu, j’étais en terminale. Je l’ai entendu chanter des chansons anticommunistes chez des copains », raconte Anne Méaux. La future communicante des grands patrons et de la campagne de François Fillon milite alors à l’extrême droite. Elle n’aurait raté pour rien au monde ce retour sur scène : « C’est un homme libre qui n’a jamais renié ses valeurs. » Au tournant des années 1980, la petite bande entourant Jean-Pax Méfret se cotise pour financer ses disques. « On avait besoin qu’il y ait des voix qui disent autre chose, se souvient Bernard Lehideux, devenu plus tard cadre du Parti républicain et du Modem. Quand vous aperceviez un de ses disques chez quelqu’un, c’était presque un signe de reconnaissance. »

Vendus par correspondance, ses titres resteront confidentiels mais, dans les casernes ou les écoles catholiques, les chansons circuleront, piratées sur des cassettes. Aujourd’hui, Jean-Pax Méfret est distribué par Diffusia, qui édite aussi des « Vies de saints » et des récits militaires mis en musique. Sur son site, elle annonce combattre pour « la survie même de notre identité ». Le chanteur peut compter sur la fidélité d’une bonne partie des troufions. Dominique, 60 ans, ancien du 3e régiment parachutistes d’infanterie de marine (RPIMa) de Carcassonne, se souvient de la visite du reporter à Beyrouth, au début des années 1980 : « Pour un jeune de 18, 19 ans, voir Jean-Pax Méfret, ça valait des courriers de la famille. »

A la sortie du Casino de Paris, une dizaine de fans attendent le chanteur. Jean-Pierre, 66 ans, est venu d’Aix-en-Provence. « A l’époque, il y avait une petite notion d’interdit à cause de ses liens avec l’OAS, raconte cet ancien militaire. Dans ma caserne, quand on écoutait Jean-Pax Méfret, il ne s’agissait pas que nos officiers l’entendent. » Sa fille Isabelle, 43 ans, est venue de Nîmes. Elle affirme voter à gauche et se souvient de ces copains de classe qui traitaient son chanteur préféré de « facho ». Ce soir, elle ne cache pas son émotion : « On est tellement heureux de voir qu’on n’est pas seul, que c’est une grande famille. »

Voir aussi:

Jean-Pax Méfret : « Le martyre des Chrétiens d’Orient pourrait annoncer le nôtre »

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Il chantait contre le communisme et pour l’Algérie française. Le « chanteur d’Occident » prête aujourd’hui sa voix aux Chrétiens d’Orient, à qui il consacre un nouveau disque. Il a accordé un entretien au Figarovox. Vous allez (encore) le traiter de réac.


Jean-Pax Méfret est un journaliste, écrivain et auteur-compositeur-interprète français. Il a donné à nombre de ses chansons un fort contenu historique et politique. Il a récemment sorti un album: Noun, dédié aux chrétiens d’Orient dont il jouera quelques morceaux le jeudi 29 juin 2017 lors de la soirée caritative du Val-de-Grâce organisée par l’association SOS Chrétiens d’Orient.


FIGAROVOX. – Vous dédiez votre dernier disque «Noun» aux chrétiens d’Orient, est-ce vous avez l’impression que c’est un sujet dont on ne parle pas assez?

Jean-Pax MÉFRET. – Oui c’est un sujet encore trop tu. J’ai hésité avant d’en faire une chanson. C’est, au volant de ma voiture, en allant donner un concert à Fréjus que j’ai trouvé une mélodie, immédiatement enregistrée sur mon portable. Pour l’anecdote, j’ai terminé d’écrire les derniers vers dans la loge, quelques minutes avant d’entrer sur scène: «Ils meurent victimes de leur Foi/ Ils tombent à l’ombre de la Croix:/ Dans un silence qui fait douter du cœur des hommes». Après, j’ai décidé de faire un disque autour du récit des chrétiens d’Orient. Ce n’est pas la première fois que j’écris un récit. Déjà dans mon album Camerone je glissais un livret afin d’expliquer aux auditeurs l’histoire de la bataille de Camerone. Imaginez la scène: soixante-deux légionnaires ont résisté face à deux mille Mexicains. Refusant de se rendre, ils se sont battus jusqu’au bout. Dès lors, chaque année les légionnaires fêtent cet événement et louent le courage de leurs prédécesseurs le 30 avril.

À votre époque, le combat principal était contre le communisme, aujourd’hui quelle est la menace?

Je crois que le vrai défi, c’est la foi. «Sommes-nous condamnés à subir le même sort que les chrétiens d’Orient?» tel est le problème. De toute évidence, leur martyre pourrait très bien annoncer le nôtre. Partout dans le monde les chrétiens sont persécutés, c’est pourquoi, nous, de tradition et de culture chrétienne, devons relever ce défi. C’est autrement plus ambitieux que de lutter contre le communisme: notre époque est encore plus exigeante.

Le problème c’est l’islamisme?

À l’occasion des attentats de Londres en 2005, j’ai fait une chanson qui s’appelle «Au nom d’Allah» où je demande si le terrorisme islamiste agit vraiment au nom d’Allah. Quand je l’ai chantée à l’Olympia j’ai raconté avant l’histoire du capitaine Kheliff, cet officier de l’armée française musulman qui a sauvé des pieds noirs lors du massacre d’Oran du 5 juillet 1962 en enfreignant ses ordres et qui, une fois en France, a créé une association des anciens combattants musulmans. Il faut bien savoir qu’en Algérie, tous les anciens combattants musulmans se faisaient égorger par le FLN après l’indépendance. Kheliff a aussi créé une mosquée à Lyon.

Avant d’être musulman, l’orient, berceau de la naissance du Christ, était chrétien.

Cette histoire, racontée avant «Au nom d’Allah», visait à éviter les amalgames qu’aurait pu engendrer ma chanson. En effet, il faut reconnaître qu’il y a une vraie diversité au sein du monde musulman et que ces jeunes des banlieues, délaissés par la société, ne connaissant pas vraiment leur religion. J’ai du mal à voir quoique ce soit de «divin» dans les actes terroristes, c’est quelque chose de plus humain, de plus misérable. Mais tôt ou tard, nous allons être confrontés à cette violence et nous avons le devoir de nous y préparer. Figure du contre-exemple: l’Angleterre et son modèle communautariste étaient une pépinière pour les radicaux. De fait dès le début des années 2000 nous avions fait les gros titres sur cette menace islamiste, nourrie par des prêcheurs à Londres. Ces derniers appelaient déjà la mort des chrétiens, nous avions déjà senti le danger. Mais paradoxalement, cette haine pour les chrétiens nous rappelle aussi notre héritage, notre identité chrétienne puisqu’ils nous appellent «les croisés». Ils nous obligent à retrouver nos racines. Peut-être aussi oublient-ils qu’avant d’être musulman, l’orient, berceau de la naissance du Christ, était chrétien? On oublie trop souvent que la première église fut construite à Antioche. Tout comme l’Algérie qui fut d’abord chrétienne avant les invasions arabes. Saint-Augustin et sa mère, la bien-aimée Monique, en sont la plus parfaite illustration.

Entre la Légion Étrangère, l’Algérie et les Chouans, l’Histoire prend une très grande place dans votre œuvre. Quelle est l’unité entre toutes ces périodes évoquées?

Ce sont des causes dont on parle peu et qui forment un ensemble de valeurs. Je suis pied-noir, l’Histoire de l’Algérie m’a marqué. Ma musique parle de grands faits d’Histoire parfois oubliés: Budapest, le mur de Berlin… Je pense être le seul à chanter en m’inspirant de ces événements. À part moi, personne n’a chanté la révolution hongroise par exemple. L’originalité de ces thèmes est aussi ce qui me définit. Je ne fais pas de chansons d’amour ou alors, si je parle d’amour, c’est pour dire que je ne suis pas du genre à chanter des chansons d’amour.

Peut-on dire que vous êtes un chanteur de droite?

Je n’ai pas de message particulier à faire passer, je préfère rappeler des situations.

Je ne sais pas si je suis un chanteur de droite, mais je suis sûr de ne pas être un chanteur de gauche! Être de gauche pour les chanteurs, c’est parfois une volonté artistique, voire un snobisme. Pourtant il faut savoir que les chanteurs du siècle dernier n’étaient pas automatiquement de gauche. En tout cas, ils ne l’étaient pas sur le mode «grandes consciences» d’aujourd’hui, ils faisaient moins la leçon: regardez Boris Vian, je l’aime beaucoup. Moi, je ne voulais pas travailler dans la chanson à l’origine: mon objectif était de remettre au goût du jour des faits qui étaient ignorés. Je n’ai pas de message particulier à faire passer, je préfère rappeler des situations. Il n’y a rien de mieux que la chanson pour faire découvrir ces faits. J’ai appris récemment que des élèves d’une banlieue parisienne, visitant le musée du débarquement américain en Normandie, avaient chanté ma chanson sur le débarquement: «Ils sont tombés du ciel comme s’ils avaient des ailes/ Ils ont apporté un air de liberté.» Une chanson s’écoute toujours plus facilement qu’un cours d’Histoire, c’est une autre manière de transmettre.

On vous appelle le chanteur d’Occident, c’est comme ça que vous vous voyez?

Je m’étonne toujours que l’on me présente comme le chanteur d’Occident alors que je viens d’orient. À l’époque, c’était parce que je m’opposais au communisme. On aurait mieux fait de parler de «chanteur du monde libre». Je ne pense pas qu’il y ait eu de combats plus forts que celui opposant les deux blocs pendant la Guerre Froide. Dans «Ni rouge ni mort» j’explique les raisons de mon opposition au communisme, le danger qu’il représentait avec notamment l’armée rouge! On oublie que le mur de Berlin, c’étaient des dalles dressées, prêtes à tout moment à être aplaties vers l’ouest pour faire passer les chars! C’était à mon sens un vrai combat pour la liberté que la lutte contre le communisme et les goulags dont personnes ne parlait. On a tout de même eu un parti communiste français qui prenait ses ordres à Moscou. D’ailleurs, je trouve inouï qu’il y ait encore en France un parti communiste. Rouges de honte, ils ont changé de nom dans toutes les nations occidentales mais pas en France!

À bien des égards on peut dire que vous avez eu plusieurs vies. Comment passe-t-on de l’OAS à journaliste puis à chanteur?

Je n’étais pas dans l’OAS (Organisation de l’Armée secrète, NDLR). Quand j’ai été arrêté l’OAS n’existait même pas. Mais on peut dire que j’étais pour l’Algérie Française. Je suis né là-bas. Mes ancêtres du côté de ma mère ont fait partie des déportés de la première commune en 1848 que l’on a exilés en Kabylie. L’Algérie, à ce titre, n’était pas un pays de droite. D’ailleurs c’étaient les bastions communistes, ayant des quartiers populaires, qui étaient les plus virulents lors de la guerre d’Algérie. Mon père lui n’était pas du pays: il était venu afin de préparer le débarquement américain. Il travaillait pour l’OSS qui étaient les services secrets américains. C’est là qu’il a rencontré ma mère.

C’est une vérité reconnue et acceptée : de Gaulle a trahi les pieds-noirs.

Pour revenir à mon parcours, lors du putsch de 1961, les autorités avaient besoin de voix pour lire les messages et, comme j’avais une voix radiophonique, j’ai été invité à travailler à la RTF Télévision d’Alger qui était pro-Algérie Française. Et donc j’ai été accusé de participation à un mouvement insurrectionnel, d’intelligence avec les chefs de l’insurrection, d’attentat contre l’autorité de l’État: vingt-cinq chefs d’inculpation en tout. Je suis donc passé directement des frères maristes à la prison d’Alger, puis à la Santé à Paris, enfermé pendant dix-huit mois. Ce fut une épreuve pour ma mère, bien qu’elle partageât mes convictions comme beaucoup. Je suis persuadé que ce n’était pas un combat politique, ou alors circonscrit à l’antigaullisme. De nos jours, c’est d’ailleurs une vérité reconnue et acceptée: de Gaulle a trahi les pieds-noirs. Cependant je ne suis pas non plus opposé à l’aura du Général. Si j’avais eu 16 ans en 1940 je pense que je me serai engagé dans la Résistance. Le problème donc n’est pas politique, le problème c’est l’Algérie. Comprenez: les gens souhaitaient simplement rester là où ils étaient nés. C’était finalement plus une guerre franco-française que contre les Algériens. Les autorités françaises se sont complètement engagées contre les partisans de l’Algérie française. Le 26 mars 1962, l’armée française n’a pas hésité à mitrailler la foule, faisant 80 morts et 200 blessés, ce dont plus personne ne se souvient aujourd’hui.

Vous y êtes retourné?

Non, jamais, je n’ai pas envie. Dans une chanson j’ai chanté «Je viens d’un pays qui n’existe plus».

Comment êtes-vous devenu journaliste?

J’ai commencé au journal l’Aurore dans la rubrique «faits divers», puis dans celle concernant les affaires étrangères où j’ai couvert les conflits. J’ai ainsi pu décrypter toutes les guerres d’Amérique centrale puis celles du Liban. Ensuite je suis resté quelque temps au Figaro Magazine dirigé par Louis Pauwels. La grande époque! Je n’entends pas le journalisme comme une éducation de la pensée mais plutôt comme une révélation de faits sur des affaires. J’ai eu la chance de traiter des grosses affaires comme l’arrestation d’Escobar. Tout en étant journaliste je continuais de chanter, j’ai gagné le grand prix de l’émission télévisée Âge tendre et tête de bois avec «La Prière».

Dans votre dernier album il y a une chanson, «La Force», qui s’adresse au Christ. Quelle est la place de la Foi dans votre vie et dans votre œuvre?

Je suis persuadé que croire en quelque chose est primordial dans la vie d’un homme, que c’est une force intérieure. Croire au Christ c’est encore plus fort. Quant à «La Force», curieusement je n’ai jamais mis un point d’honneur à écrire une chanson dédiée Christ, l’envie m’est venue naturellement. Le titre provient de la supplication «Donne-moi la force» qui ponctue les cantiques dans la Bible. La lecture de l’Histoire des chrétiens d’Orient et du massacre des Arméniens, de ces gens jetés vers la mort qui s’accrochent à la pensée de Dieu, m’a inspiré cette chanson. Dans un passage, je dis que je vois «Briller les âmes des compagnons qui sont morts dans les flammes». Ce parallèle m’a beaucoup ému, ce qui m’est assez rare quand il s’agit de mes écrits. De fait, je n’ai pas pour habitude d’écouter mes propres chansons. Celle-là, pourtant, il m’arrive de la réécouter.

Aujourd’hui ce qui est exaspérant c’est la médiocrité de la droite.

Comment qualifieriez-vous la situation politique actuelle en France?

Je crois que nous avions besoin d’un changement, un changement radical pour bouleverser l’ordre établi. Je salue ce rafraîchissement du personnel politique. Mais je ne crois ni au miracle Macron, ni que son système peut tenir sur la durée. Aujourd’hui ce qui est exaspérant c’est la médiocrité de la droite, la gauche n’est pas mieux, mais il m’est désespérant de voir une droite sans repère et frileuse quand il faut défendre ses idées.

Jean-Pax Méfret, chanteur anticommuniste et républicain populiste

Paul Airiau

Histoire et politique

Résumé :

Journaliste et chanteur engagé à droite, Jean-Pax Méfret traduit en chanson les tensions idéologiques et géopolitiques des années 1980. Son univers politique est typé : anticommunisme et antisoviétisme, rejet de la gauche au pouvoir après 1981, défense du peuple opprimé par les puissants, nostalgie de l’Algérie française. Il défend aussi des valeurs métapolitiques : vérité, engagement pour des valeurs, gloire militaire. Il peut être rapproché d’une forme de populisme républicain. Bien qu’en partie décalé de son public plutôt d’extrême droite et plutôt militaire, il participe à la politisation d’adolescents et à l’entretien d’une culture politique chez les adultes.

La chanson politique en France, depuis le XIXe siècle, relève davantage de la contestation ou de la subversion de l’ordre établi que de la conservation ou de la réaction politiques [1] . Rares furent les chansons politiques de droite largement diffusées, notamment à partir des années 1960, même si certains chanteurs populaires sont réputés de droite, comme Michel Sardou [2] . Aussi peut-on se pencher sur Jean-Pax Méfret, dont l’itinéraire, du combat pour l’Algérie française au début des années 1960 à la chanson bientôt politique dans les années 1970 et au Figaro Magazine dans les années 1980, en fait une figure originale d’une droite populiste et un témoin significatif des mutations idéologiques de la fin du XXe siècle français.

Matricielle est en effet dans l’identité de Jean-Pax Méfret sa naissance à Alger en 1944 [3] . Son père, installé à Marseille, passé en Algérie en 1942 comme résistant lié à l’OSS, y rencontre sa mère, issue d’une famille franco-italienne. Méfret grandit dans le quartier populaire de Belcourt, socialisé dans le catholicisme et le patriotisme. Les « événements » le font anti-indépendantiste. S’il accueille avec joie de Gaulle en 1958, il se retrouve aux côtés des insurgés des barricades en janvier 1960, fréquente le Front de l’Algérie française et devient agent de renseignement et de liaison de l’OAS après le putsch d’avril 1961 ; il est interné quelques semaines pour avoir occupé la radio-télévision d’Alger. Arrêté en février 1962, libéré à l’automne, il achève ses études et se lance dans le journalisme et la chanson pour les rapatriés [4] . Promu par Decca en 1964 comme chanteur-auteur-compositeur, avec deux 45 tours et quatre chansons, sous le nom de Jean-Noël Michelet, il participe à l’émission « Âge tendre et têtes de bois » dont il remporte en juin 1965 le prix du public, puis enregistre en 1966 six nouveaux titres en deux 45 tours et connaît une certaine médiatisation [5] .

Decca aurait-elle tenté d’exploiter le filon « rapatriés » ouvert par Enrico Macias en 1962 ? Peut-être. Mais sa carrière ne décolle pas après 1966 [6] . Avec l’amnistie des partisans de l’Algérie française, sa chanson se politise nettement : trois 45 tours en 1968, dont Messages prisons exil où sa musique accompagne les propos de six anciens dirigeants de l’OAS, et en 1969 un 45 tours d’hommage au Lieutenant Roger Degueldre, un des chefs des commandos Delta de l’OAS, devenu une figure martyrielle des milieux d’Algérie française en raison des conditions de son exécution en 1962 – la salve ne fait que le blesser et il faut six coups de grâce pour l’achever. Journaliste à France Horizon, organe de l’ANFANOMA, association de rapatriés, il entre en 1970 à l’hebdomadaire Minute, passe à L’Aurore en 1974 comme grand reporter de politique intérieure puis internationale, et participe aux tentatives de suppléments dominicaux du Figaro. De 1980 à 2000, il est grand reporter au Figaro Magazine. Inséré dans une presse de droite libérale relancée par Robert Hersant, il n’oublie pas la chanson. En 1974, sous son nom, Le Chanteur de l’Occident (45 tours chez Barclay, diffusion Decca) bénéficie d’une certaine couverture médiatique, profitant de L’Archipel du goulag [7] .

Puis, de 1980 à 1986, il enregistre une cinquantaine de compositions. L’essentiel se concentre en 1980-1982, avec 32 titres : Vous allez me traiter de réac (1980, 33 tours et cassette de dix morceaux), trois 45 tours consacrés à l’Algérie (1980, sept compositions reprises en cassette), trois 45 tours d’une série intitulée « Combats » (six chansons dont une reprise, partiellement éditées en cassette), Faits divers (1982, 33 tours et cassette de neuf titres) dont est extrait le 45 tours Solidarité. Un album réunit les versions espagnoles de certaines chansons. La production est plus étalée ensuite (20 morceaux) : Ni rouge ni mort (1984, 33 tours et cassettes de dix compositions), un maxi-45 tours Calédonie  (1985, deux chansons), Pour mémoire (1986, 33 tours et cassette de huit titres). Après 1986, il compose peu (neuf chansons) et propose essentiellement des compilations [8] . Internet renouvelle le lien avec son public, grâce à un site lancé par un fan en 1999, agréé par lui en 2000, et connaissant sa troisième version en 2007. Cela le conduit à donner un concert parisien en 2004, puis d’autres jusqu’en 2008 [9] . Trois livres lui valent une certaine médiatisation au milieu des années 2000 : une biographie de Bastien-Thiry, un récit de jeunesse et une enquête sur l’affaire Markovic [10] 

L’essentiel de sa carrière musicale se déroule ainsi dans la première partie des années 1980. C’est donc sur les chansons de cette période que se focalisera l’analyse : déclinant anticommunisme, populisme et mémoire pied-noire sur les musiques des années 1960-1980, elles sont les plus significatives politiquement. La considération de caractéristiques communes à toutes les chansons préludera à une étude plus circonstanciée de l’anticommunisme et de sa déclinaison à la France, avant d’aborder les dimensions métapolitiques de l’univers de Méfret, le tout permettant alors de le situer précisément sur l’échiquier politique. Enfin, une approche de la diffusion et de la réception pourra conclure l’analyse.

Des thèmes

Le Chanteur de l’Occident “1980” le clame : « Puisque la guitare est devenue une arme […] Puisque l’un de vous a chanté Potemkine Moi je viens chanter Soljenytsine […] Je chante contre le Grand Soir […] Je chante pour l’Occident. » « Les démagos » vilipende les responsables de la levée du « soleil noir » et du « sang qui coule sur nos têtes » car il a sa source « dans [leur] esprit ». Si les intellectuels et les chanteurs engagés à gauche sont dénoncés comme meurtriers, seules trois allusions visent des chanteurs précis : Jean Ferrat pour Potemkine (dans Le Chanteur de l’Occident), Boris Vian pour Le Déserteur (dans Djebel Amour), et Maxime Le Forestier pour San Francisco (dans L’Île Saint-Louis) [11] . L’univers de Méfret est ainsi circonscrit : l’anticommunisme qui conduit à combattre les intellectuels homicides complices du totalitarisme soviétique et de tout régime anti-occidental.

A cet anticommunisme revendiqué s’ajoutent la lutte contre la gauche et pour les pays martyrs (Liban, Cambodge) ; l’Algérie ; les histoires exemplaires d’individus, et la grandeur militaire ; les sujets de société, des inspirations diverses et des notes personnelles. Ces thèmes se recoupent parfois – combat politique et anticommunisme, qui dominent les deux premiers albums, la grandeur militaire imprégnant l’Algérie et les destins –, certains ont une connotation politique sous-jacente (drogue, violence urbaine). Au final, combat politique, anticommunisme et Algérie sont les sujets principaux, dans le prolongement des engagements de Méfret et du contexte des années 1970-1980. Celui-ci rend aussi compte des sujets de société liés aux difficultés socio-économiques, ce qui conduit à un éparpillement de l’inspiration en 1986, avec la diminution des tensions idéologiques et internationales et l’affirmation de la droite depuis le début des années 1980.

Le caractère politique donne aux chansons une dimension pamphlétaire de martèlement des convictions politiques, pour un tiers à un quart d’entre elles. Mais, bien plus efficacement, les idées sont véhiculées par des récits d’une vie ou d’un épisode significatif prenant toute leur dimension une fois contextualisés. L’assimilation au personnage et la sympathie visent à convaincre en utilisant la sphère existentielle et émotive. Ce procédé appuie un manichéisme latent : Bien et Mal s’opposent dans un combat sans merci où la vie et la mort sont en jeu. Y est fréquemment associé le rapport entre « maintenant » et « autrefois », « ici » et « ailleurs ». Typique est Djebel Amour. Un ancien combattant d’Algérie se heurte à l’incompréhension de ses amis et de ses parents, comme trente ans auparavant quand on « chantait Le Déserteur à Saint-Lazare », alors que pour lui, cela représente « dix-huit mois à vingt ans », matérialisés dans « une rose des sables Qu’il pose sur la table Et il a le cœur lourd ».

La guitare est-elle « devenue une arme » ? Cette phrase est en effet chantée sur une mélodie de piano… Cependant, présente, la guitare crée le pathos, afin de convaincre sans utiliser la raison (Dien Bien Phû), ou assure un rythme (Les Barricades). Ce dernier prédomine, avec la guitare basse, la batterie et les percussions – l’exemple accompli en est Parole d’homme. A partir de 1985, la musique se rapproche de la « chanson FM ». Méfret suit en partie l’évolution des genres musicaux : son premier album contenait Goulag, un disco, alors sur son déclin. Il demeure ainsi loin des formes issues du rock à partir de la fin des années 1960 et en partie utilisées par la contestation socio-politique (hard-rock, punk). Il se glisse dans les musiques commercialement dominantes, entre « variétés », chanson d’auteur et pop-rock mainstream.

De l’anticommunisme au populisme

Anticommunisme : le thème est omniprésent. Il est abordé, avec l’URSS, par son aspect meurtrier, répressif et liberticide, ou par le biais de faits et d’événements symboliques. Le goulag est chanté trois fois (Le Camp 36, Sibérie, Goulag). Prenons quelques citations : « Les commissaires politiques ont estimé qu’il était fou » (car il chantait Yesterday des Beatles : Le Camp 36) ; « L’eau est sale Elle sort d’un égout », « Dehors ils ont creusé sa fosse La croix porte son numéro », on récite dans les camps « Je vous salue Staline » (Goulag) ; « Les femmes Avec des barbelés Tressent des colliers et des bagues Elles font les bijoux du Goulag » (Sibérie). Utilisation politique de la psychiatrie, internement pour avoir remis en cause le système soviétique, isolement sans contacts avec l’extérieur, souffrance, conditions de vie terribles, travail dur, mort qui fait définitivement sombrer dans l’anonymat, ultime négation de la personne, le goulag incarne le communisme annihilant liberté, droit et justice. Lieu de la perversion parfaite, de la déification du tyran, la résistance y demeure cependant possible : par la foi, l’inventivité et l’espérance matérialisée dans l’Ouest, « le paradis qui existe là-bas ».

Autre lieu symbolique, Berlin est traité dramatiquement avec Veronika, récit de la rencontre d’une jeune Allemande de l’Est, morte en tentant de franchir le Mur, symbole de ceux qui veulent se libérer du communisme et refusent la partition de la ville. Cette variation sur un topos, l’homme de l’Ouest rencontrant la femme de l’Est, faite à la première personne, renforce l’assomption existentielle de la déchirure qu’est le Mur, accentuée par l’insertion du « As a free man I take pride in these words : Ich bin ein Berliner » de John Kennedy à Berlin le 26 juin 1963, la fin de la chanson lui faisant écho. Professeur Müller propose une évasion spirituelle de Berlin, par la musique et la prière, Dieu devenant le seul recours dans un monde menteur et factice. Budapest affirme le caractère foncièrement liberticide du communisme en rapprochant la Hongrie de 1956 de la Pologne de 1981, où, dans les prisons, « On se tourne vers la terre française En criant “Solidarité” ». Cuba est traitée par le biais de l’humour. Dans Miss America, la fille de purs militants castristes, qui rêve des Etats-Unis et de devenir Miss America, « tiendra le drapeau » lors des fêtes officielles, pied de nez secret à Castro.

L’anticommunisme débouche dans un combat politique en France même, abordé à égalité par le pamphlet et le récit exemplaire. Parmi ces derniers, Antoine et L’Enfant du flic dénoncent l’antimilitarisme et la haine de la police. D’un côté, l’ancien combattant d’Algérie, clochardisé, castré par les fellaghas ; de l’autre, les enfants de policiers attaqués par leurs camarades sous l’œil indifférent de l’ « instit’ qui a fait 68 » et « tire sur son shit ». La Manif’ et L’Île Saint-Louis opposent l’espoir de mai 1981 à son impossible réalisation : l’électrice de gauche, blessée lors d’une manifestation, finit par considérer qu’on l’a trompée, que les chansons de mai 1968 ont « perdu leur magie ». Quant aux pamphlets, leur violence n’a d’égale que leur virulence : « Garde ça en mémoire camarade Quand tu vas défiler pour la paix Le sang des enfants tués à la grenade A la couleur de tes idées » (Camarade). Et pour n’être Ni rouge ni mort, il faut s’armer avec les missiles nucléaires Pershing II. Cet anticommuniste atteint les socialistes au pouvoir. Solidarité et Libertés dénoncent un totalitarisme larvé (« Vous brouillez les radios Vous régentez l’école »), l’hypocrisie (« Vous jouez au prolo J’en connais qui rigolent ») et la responsabilité du PS dans ses difficultés, en liant le combat de Solidarnosc, l’aspiration à la liberté et la situation française.

Méfret mène donc une lutte dont la violence répond à celle prêtée aux adversaires : non pas débattre, mais se battre. Cette violence verbale, au service du combat politique, répond en fait à une violence sociale, qui est le trait principal des années 1980. Elle est toujours abordée par le biais de l’histoire d’une victime, dans Faire-part, Faits divers, La Colère et L’Enfant otage. Des gens simples, ouvriers, retraités, anonymes, en situation de faiblesse accentuée parfois par leur solitude et leur état (une personne âgée dans son appartement, un collégien face à une bande, une jeune femme sur un quai de gare, un enfant otage de braqueurs de banque), sont la proie d’agresseurs, des hommes en groupe volant, cassant, rackettant, torturant, violant. La violence est gratuite et injuste. Ainsi, l’ouvrier de Faits divers est tué la veille des vacances parce que « le loubard le plus moche » a parié « dix sacs Il a les foies le bourgeois Il ne passera pas ». Elle est aussi mesquine : elle obtient un plaisir facile, le viol, et un peu d’argent. Flash présente dans ce cadre le cas particulier de raconter l’histoire d’une droguée exploitée par un dealer.

Méfret dénonce ainsi « la peur sur la zone », dont sont responsables des marginaux, des hommes politiques et des fonctionnaires inactifs (La Colère). La justice rendue par soi-même (dans Faits divers, le fils tue le meurtrier de son père) et la révolte politique enracinée dans une colère croissante sont légitimées. Les citoyens livrés à l’insécurité par l’incurie politique, les couches populaires souffrant de l’irresponsable politique socialiste après 1981, les nations privées de liberté par le communisme, les pieds-noirs abandonnés par des gouvernants inconséquents, tous petites gens, victimes innocentes, peuvent et vont se soulever, demander des comptes aux responsables de la situation et se libérer. Sous des modalités diverses s’affirme ainsi une catégorie centrale, le « peuple ». Pensé comme consistant, il est construit par la mise en avant d’une situation de victime appelée à se révolter pour construire un ordre nouveau, sûr et libre. Le populisme se révèle bien ici modalité particulière d’organisation du politique [12] .

L’engagement, valeur métapolitique enracinée dans l’expérience algérienne ?

La violence légitime répond ainsi à la violence imposée et subie, les chansons pamphlétaires n’en étant qu’une expression. Mais la lutte est rarement couronnée de succès, comme si l’essentiel était de combattre, la réaction exprimant l’existence, manifestant une dignité que rien ne peut abolir. Le combat devenant le mode de témoignage du spirituel, peu importe qu’il soit gagné ou ait lieu physiquement. Car le combat premier est celui de l’esprit contre le Mal : le chanteur de Camp 36 est interné dans un hôpital psychiatrique, le moribond de Goulag demande le Credo. Le combat, donc l’engagement, étant essentiel, les chansons de destin et de grandeur militaire prennent un sens nouveau, entre résurrection politique et mythification cosmique : d’un côté la France se réconcilie avec son armée grâce à Kolwezi, et Le Jour J exalte les soldats alliés du 6 juin 1944 ; de l’autre, à Camerone, « Le soleil baissa les yeux [lorsque les légionnaires] furent exterminés [13] . » La résistance désespérée devient accomplissement exemplaire. Les « gosses de dix-huit ans Pour la France Meurent en chantant » à Dien Bien Phû, Camerone est le modèle pour un « petit » qui veut « marcher sur le chemin qui mène à la gloire ». Mais l’on ne revient pas sans blessure de la guerre, puisque Le Fou, traumatisé en Indochine, est incompris même des prostituées, et l’échec est récurrent. Cependant, transformant les morts en symboles (Le Béret amarante), il permet de témoigner efficacement, ce qui en fait une réussite.

Cet engagement total, lié à une exaltation des destins, est aussi esthétisé, ainsi dans Le Camp des solitaires où la radicalité absolue d’une camaraderie renversant tout sur son passage, et Les Oies sauvages ou Le Messager, qui transfigure Jean-Paul II. Car Méfret veut susciter un désir tendu de tout l’être. Mais cette esthétisation de la militance est balancée par l’irréversibilité des catégories morales : il faut choisir le bien, la liberté, la patrie, l’honneur. Pourtant, un certain désenchantement pointe finalement, exprimé à travers la situation libanaise. Le Béret amarante relate le départ volontaire d’un jeune homme parti accomplir son « destin », son appui aux Phalanges chrétiennes, sa mort finale. Cinq ans plus tard, Beyrouth est sans illusion : « Soldat de la paix on l’appelle Soldat cible serait moins trompeur », dans une ville en ruines où la violence des adultes a perverti les enfants.

Ces dimensions se retrouvent toutes dans les chansons sur l’Algérie, avec des tonalités particulières. Les Barricades (de janvier 1960) et Le Loup de guerre (un officier parachutiste devenu mercenaire) unissent nombre d’éléments de la mythologie Algérie française : l’abandon par le gouvernement, les pieds-noirs patriotes se défendant légitimement, les soldats rebelles par honneur (le mercenaire voulut rester fidèle « au serment qu’on lui fit prêter ») réduits à survivre comme ils le peuvent, les parachutistes. S’y ajoute la vie marquée à jamais. Le mercenaire, devenu machine à tuer dans les guerres idéologiques, passant du Biafra indépendantiste aux milices chrétiennes du Liban, sans oublier la guérilla antimarxiste en Angola ou anti-islamiste au Soudan, est spirituellement misérable, comme l’ancien conscrit incompris de Djebel Amour que « Ses souvenirs […] entraînent, ses souvenirs […] enchaînent ». Ces victimes, marquées par leur engagement sans retour, ont vécu une tragédie, « le temps du malheur » : l’indépendance algérienne (Santa Cruz). Les notations personnelles se font alors plus fortes, Méfret devenant acteur de ce qu’il chante. L’exode crée la douloureuse nostalgie difficilement exprimable de la terre aimée (Le Pain de la misère, Un Noël à Alger, Santa Cruz). Le scandale, la révolte, « la colère », font interpeller Dieu pour tenter de comprendre (La Prière). Seule la statue de la Vierge d’Oran rapatriée en France demeure un point d’ancrage (Santa Cruz), alors que la geste pied-noire est magnifiée (L’Hymne des Pieds-Noirs, La Médaille – avec dénonciation de l’antimilitarisme).

Il est alors possible de penser que l’échec du combat pour l’Algérie française devient la matrice du positionnement métapolitique et politique de Méfret. Les pieds-noirs, victimes qui se sont battues envers et contre tout et dont les souffrances sont la promesse d’un renversement à venir, anticipent et permettent de penser ceux qui souffrirent du communisme et les gens de peu ignorés des puissants.

Un chanteur populiste et républicain

De quel univers politique relève alors Méfret ? En 1982, il se présente implicitement comme « nationaliste français [14] ». A partir de 2003, son site internet affirme qu’il « n’appartient à aucun parti politique. Il est avant tout attaché aux valeurs traditionnelles de la République dans le respect des droits, mais aussi des devoirs des hommes et des citoyens. Jean-Pax Méfret est d’abord un non-conformiste qui chante “vrai” [15] . » Tendance populiste, non-conformisme revendiqué, esthétique de l’engagement, anticommunisme, Algérie française, République des droits et des devoirs : tout pousse vers l’extrême droite.

Mais, entre 1999 et 2002, il s’est rapproché de Démocratie libérale d’Alain Madelin [16] ; et surtout, le nationalisme xénophobe est totalement absent. La descriptive « main d’ébène » du dealer de Flash est seule face aux légionnaires « Français par le sang versé » (Kolwezi) et à l’absence de l’immigration extra-européenne, question nettement politique depuis le début des années 1980. Le patriotisme, où l’armée incarne la nation, est républicain : La Marseillaise est « morceau d’histoire française » (Budapest), le casque bleu risque sa vie pour « Marianne » (Beyrouth). Au plan économique, ni libéralisme du Front national, ni organicisme corporatiste, ni allusion aux débats des années 1980 sur la politique industrielle, les nationalisations et les privatisations. Seules les conséquences des difficultés sont traitées, avec le suicide d’un chômeur dans Faire-part. Les grands combats, défaites et références de l’extrême droite et des contre-révolutions royalistes ou catholiques sont absents [17] . Sauf l’Algérie. Car domine l’origine algéroise : milieu populaire, patriote, rapproché de l’armée par la Guerre d’Algérie, éloigné des responsables politiques et radicalement opposé à la gauche socialiste et communiste – une sorte de Barrès pied-noir, le Barrès d’après-1919 où ont disparu les ennemis extérieurs, battus, et intérieurs, intégrés par le sacrifice militaire, la « nostalgérie » représentant l’enracinement.

Ce populiste républicain anticommuniste s’inscrit dans les conflits géopolitiques et idéologiques des années 1960-1980. Multiples sont les références à l’actualité internationale : révolution portugaise (1974) dans L’Île Saint-Louis, Soljenitsyne (1974-1975) dans Le Chanteur de l’Occident, guérilla bolivienne dans Feliciano, accords d’Helsinki (1975) dans Le Chanteur de l’Occident, Kampuchéa démocratique (1975-1978) dans Et la musique s’est arrêtée et Les Démagos, révolution iranienne dans Les Démagos et révolte katangaise (1978) dans Parole d’homme, boat people fuyant le Viêtnam dans L’Île Saint-Louis, syndicat libre polonais Solidarnosc (1980-1981) dans Solidarité et Budapest, dissidence d’Andreï Sakharov dans Le Chanteur de l’Occident, renouveau de la tension Est-Ouest (invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1979, crise des euromissiles de 1981 à 1984, Boeing des Korean Airlines abattu par la chasse soviétique dans la nuit du 1er-2 septembre 1983) dans Camarade et Ni Rouge ni mort, guerre civile libanaise (1975-1986, avec l’assassinat du président Béchir Gemayel le 14 septembre 1982 et les attentats contre la Force multinationale de sécurité le 23 octobre 1983) dans Le Béret amarante et Beyrouth. Pour la France domine la donne politique issue de la présidentielle de 1981 : « changement » après le 10 mai dans L’Île Saint-Louis et Solidarité, congrès du PS à Valence qui demande un renouvellement des cadres de l’administration (23-25 octobre 1981, avec référence au discours de Paul Quilès du 23), naissance des « radios libres » autorisées de manière dérogatoire (1982) et projets éducatifs du ministre Alain Savary (1984) dans Solidarité, et, anecdotiquement, l’Îlot Châlon, lieu de squat et de trafic de drogue parisien avant sa rénovation (décidée en 1984) dans Flash. Les revendications kanakes de 1984 à 1989 permettent de croiser anticommunisme et patriotisme dans Calédonie, le FLNKS se revendiquant du marxisme.

Méfret participe donc du renouvellement des droites et d’un révisionnisme intellectuel à partir du milieu des années 1970. La poussée monétariste ne s’accompagne pas d’une rénovation politique ou culturelle, malgré les tentatives de Valéry Giscard d’Estaing. La Nouvelle Droite tente de s’affirmer, profitant du lancement par Hersant en 1978 du Figaro Magazine, où confluent plusieurs pensées de droite, unies par leur volonté nette d’en découdre avec les gauches [18] . 1981 accentue le mouvement, en plaçant la droite dans l’opposition, violente et active, au Parlement et dans la presse – notamment dans les journaux du groupe Hersant, visé en 1983-1984 par une loi « anti-concentration » âprement débattue. La désidéologisation de l’exercice socialiste du pouvoir, avec le tournant de la rigueur en 1983, la pratique de la désinflation compétitive après 1988, le difficile renoncement de la droite gaulliste au dirigisme économique, le réchauffement des relations Est-Ouest après 1986, atténuent les polémiques à visée identitaire. Les conflits se déplacent vers des thèmes plus « sociétaux » ou partiellement nationaux, comme l’indépendantisme kanak, ce que Méfret traduit à sa manière [19] .

De manière plus marginale, ses chansons n’interviennent pas dans les tensions agitant le monde rapatrié dans la décennie 1980. Mais il participe à la construction de la mythologie pied-noire : religion populaire dans Santa Cruz avec la statue de la Vierge d’Oran installée désormais à Nîmes, patriotisme et fierté de la participation à la libération de la métropole lors de la Seconde Guerre mondiale et revendiqués dans La Médaille et L’Hymne des pieds-noirs, pieds-noirs définis comme des pionniers sans s’interroger sur la colonisation dans L’Hymne des pieds-noirs, « nostalgérie » recomposant, par le biais de l’exil, en un peuple solidaire un monde qui fut et demeure traversé de failles politico-sociales – entre grands colons et petits artisans et employés urbains, entre partisans du Parti socialiste, des partis centristes ou de droite modérée, et ceux du Front national [20] .

Diffusion et réception [21]

Un univers aussi circonscrit et au message politique si fort jusque dans les voies indirectes qu’il emprunte, et dont l’expression dépendait assez largement des circonstances même s’il s’y trouve des éléments métapolitiques en partie intemporels, pouvait-il connaître le succès dans les années 1980 face à la chanson de divertissement, qui représente plus que l’écrasante majorité de la production et marginalise radicalement, au moins en France, toute forme de chanson militante ? La diffusion à la radio ou à la télévision, avec pour cette dernière quatre passages retrouvés dont deux en 1975, fut donc faible [22] . Les concerts occasionnels, à l’occasion de reportages ou de manifestations politiques, comme les journées d’Amitié française du Centre Charlier, les fêtes Bleu Blanc Rouge du Front national, servent aussi à la popularisation. Mais la diffusion repose largement sur le contact individuel et non sur une commercialisation de masse appuyée sur la médiatisation radio-télévisée – Méfret dénonce une censure [23] . Les disques et cassettes, achetés par exemple par le biais de la SERP de Jean-Marie Le Pen, sont écoutés entre amis ou camarades, prêtés, dupliqués – comme les CD ensuite. Ce fonctionnement réticulaire se double d’une transmission familiale, accentuée dans les années 2000, les rééditions, les nouvelles productions et le site Internet permettant une relance de la diffusion.

La spécificité des thèmes explique ce type de diffusion et la réceptivité sélective en fonction des milieux. Le monde militaire est un vivier très important, avec 16% des messages du site jean-pax.com en avril 2005, des années 1980 aux années 2000, plus peut-être parmi les militaires en opération que parmi les encasernés. Sont ensuite atteints les proches des soldats et des adolescents idéalisant l’armée – lycéens militaires, certaines unités scoutes de zones de classes moyennes supérieures, ainsi l’ouest des Yvelines. Le monde pied-noir est plus discret. Nationalistes, royalistes et catholiques contre-révolutionnaires accueillent un renouvellement pop-rock des chansons de droite, jusqu’à présent royalistes, vendéennes, chouannes, fascistes, antibolcheviques, militaires [24] . Ces publics sont plus ou moins segmentés, y compris au plan socio-économique : les militaires, plus souvent soldats ou sous-officiers, appartiennent davantage à un milieu populaire, de formation inférieure au baccalauréat. Ils sont fédérés par l’aspect militaro-esthétique et la contestation de la gauche, et se positionnent massivement à droite ou à l’extrême droite. La dimension populiste et républicaine n’est presque jamais perçue. L’univers politique de Méfret est ainsi partiellement décalé de celui de ses auditeurs.

Les chansons ont une fonction mobilisatrice et identificatoire, illustrant des idées ou des références déjà acceptées et défendues. Chantées à plusieurs, pour affirmer une communauté de vues ou de vie, rarement discutées, ou écoutées solitairement, elles ne diffèrent pas de la musique habituellement écoutée [25] , tout en ayant une portée politique, construisant un anticommunisme et une défense de l’Algérie française, et métapolitique, alimentant une esthétique de l’engagement et une valorisation de l’honneur. Chez les adolescents, illustrant musicalement un univers politique, elles participent à la politisation. Chez les adultes, elles entretiennent cet univers dans la durée. Ici réside leur efficacité, plus que dans un retournement ou une opposition politiques ponctuels [26] . Aussi Méfret peut-il être, à ce titre, l’objet d’un investissement important, avec l’initiation des enfants et amis, l’achat de tous les disques, des livres, la recherche d’informations.

Ainsi, Méfret peut servir d’analyseur à plusieurs titres. D’abord, il donne de voir fonctionner une forme de chanson politique : plus que la conviction, l’illustration, la construction d’un univers politique par l’appui sur des éléments métapolitiques faisant sens avec cet univers. Ensuite, historiquement, enraciné dans l’Algérie française, évoluant vers un fort anticommunisme en raison de l’évolution du contexte géopolitique, vivant un combat presque apocalyptique dans la France dirigée par le Parti socialiste, il montre l’existence, voire la vivacité, d’un populisme républicain dont on peut se demander s’il ne pourrait se retrouver chez d’autres personnalités, hebdomadaires ou organisations de droite dans les années 1980 (Alain Griotteray, Figaro Magazine, CNI, MIL, UNI). Il amène à s’interroger aussi sur la possible fonction d’interface que peut jouer ce républicanisme particulier dans les relations de la droite avec l’extrême droite, voire sa contribution à la vulgarisation de thèmes qui ont fait le succès de cette dernière à partir de 1984. Enfin, utilisant les formes musicales issues des années 1950-1960, se distinguant de la mouvance skinhead des années 1970, il précède le rock identitaire français des années 1990-2000, engagé de manière beaucoup plus explicite, lié à une génération née après 1970-1975 et à une politisation accompagnée par le poids du Front national [27] .

Notes :

[1] Sur le rapport entre chanson et politique : Chansons en politique : journée d’étude du 29 novembre 2002, Paris, Bibliothèque nationale de France, coll. « Conférences de la Bibliothèque nationale de France », 2003, 5 CD (dont Marc-Olivier Baruch, « Histoire, chanson et politique : remarques en forme de synthèse », CD 4, Anthony Pecqueux, « Chansons politiques : tendances actuelles », CD 5) ; « La politique en chanson », Mots. Les langages du politique, n° 70, novembre 2002 (http://mots.revues.org).

Approche plus factuelle dans Daniel Pantchenko, « Vous avez dit “chanson engagée” ? », Textes et documents pour la classe, n° 894, « La chanson française », 15-30  avril 2005 (http://www.cndp.fr/revueTDC/894-72891.htm, consulté le 3 février 2009) ; Chantons l’affiche. Quarante années de notre histoire illustrées par l’affiche et la chanson, documents réunis par Bernard Champelovier, Chambéry, Editions Jean-Jacques Rousseau, 1996 (Méfret, p. 15, 121, 125) ; Serge Dillaz, La Chanson française de contestation des barricades de la Commune à celles de mai 1968, Paris, Seghers, 1973 ; Le Choc du mois, n° 14, « Chanson française : engagez-vous », juillet 2007.

Pour les chansons sur les colonies : Alain Ruscio, Que la France était belle au temps des colonies… : anthologie de chansons coloniales et exotiques, Paris, Maisonneuve et Larose, coll. « Actualité de l’histoire », 2001 (Méfret, p. 283, 284) ; Claude Liauzu, Josette Liauzu, Quand on chantait les colonies, Paris, Editions Syllepse, coll. « Histoire : enjeux et débats », 2002 (Méfret, p. 149, 171-172).

[2] Polémique de Louis-Jean Calvet, Jean-Claude Klein, Faut-il brûler Sardou ?, Paris, Editions Savelli, 1978.

[3] « Regarde les hommes changer », Europe 1, 20 juin 2007.

[4] Il avait participé à un radio-crochet en 1960 ; le catalogue BN Opale Plus lui attribue un « slow-rock », « Chérie », en 1956.

[5] « Âge tendre et têtes de bois », ORTF, 10 novembre 1964, 10 juin 1965. Il participe au concert télévisé « MusicHall de France » (9 avril 1966) et à « Jeunesse oblige » (19 juillet 1966, où il côtoie Rika Zaraï, Serge Lama et Michel Polnareff).

[6] Valérie Esclangon-Morin, Les Rapatriés d’Afrique du Nord de 1956 à nos jours, avant-propos de Claude Liauzu, Paris, L’Harmattan, coll. « Histoire et perspectives méditerranéennes », 2007, p. 337-338.

[7] Selon Renaud, il participe avec lui à un « Midi Première » (déclaration à « Les enfants de la télé », Antenne 2, 25 mars 1995). Selon les archives de l’Inathèque, Méfret chante dans « IT1 Magazine » de Yves Mourousi (TF1, 11 mai 1975), Renaud participe à « Midi Première » de Danielle Gilbert (TF1, 17 mai 1975) : « Rapport du Chef de chaîne », TF1, 11, 17 mai 1975 et « Conducteurs Actualités », TF1, 11 mai 1975. Un reportage sur Méfret est diffusé dans « FR3 Dernière » le 21 juin 1975 (« Rapport Chef de chaîne » de FR3, dactyl., 21 juin 1975, avec surcharges manus. : « Occident » remplacé par « Occitan », Inathèque).

[8] 1995 : Les années froides (double-CD, 40 titres), Algérie – Nostalgie (double-CD, neuf morceaux) ; 1999 : Le soir du neuf novembre ; 2002 : Méfret chante Saint-Cyr (CD de deux compositions) et Quand les souvenirs reviennent (CD collector de trois titres et un récit) ; 2003 : Là-bas (CD de neuf chansons  sur l’Algérie), deux double-CD reprenant les 33 tours, un quintuple-CD reprenant ces double-CD et les versions espagnoles ; 2004 : Sainte Mère Eglise (CD collector de trois titres), Chansons d’histoire militaire, (CD de dix chansons) ; 2006 : Guerres de Vendée (CD de cinq morceaux et récits).

[9] http://www.jean-pax.com . Début du concert de 2004 sur http://www.dailymotion.fr  Exemple de mise en valeur par Internet : http://pagesperso-orange.fr/jeunepiednoir/jpn.wst/Jean-Pax_Mefret.htm [lien consulté le 3 février 2009]. Le concert d’Issy-les-Moulineaux du 11 octobre 2008 a été édité en DVD par la société Diffusia.

[10] Tous publiés à Paris chez Pygmalion : Bastien-Thiry, jusqu’au bout de l’Algérie française, 2002 (rééd. 2007 : Jusqu’au bout de l’Algérie française : Bastien-Thiry) ; 1962, l’été du malheur, 2007 ; Une sale affaire. Markovic, Marcantoni, Delon, Pompidou et les autres, 2007.

[11] La présence de Le Forestier peut s’expliquer par Le parachutiste (1972) ; selon Le Forestier, Méfret se présentait comme l’anti-Le Forestier (L.-J. Calvet, J.-C. Klein, Faut-il…, op. cit.). Miss Cuba pourrait répondre à Cuba si (1967) de Ferrat.

[12] Ernesto Laclau, On Populist Reason, London, Verso, 2005, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Ricard, La raison populiste, Paris, Editions du Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 2008 ; Pierre-André Taguieff, L’Illusion populiste : essai sur les démagogies de l’âge démocratique, Paris, Flammarion, coll. « Champs », nouvelle éd. revue et augmentée, 2007 ; Guy Hermet, Les populismes dans le monde. Une histoire sociologique, XIXe-XXe siècles Paris, Fayard, coll. « L’espace du politique », 2001 ; Yves Demy, Yves Surel, Par le peuple, pour le peuple. Le populisme et les démocraties, Paris, Fayard, coll. « L’espace du politique », 2001 ; Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 56, « Les populismes », novembre-décembre 1997. Intéressante comparaison : Christian Le Bart, « La figure du peuple dans les chansons de Renaud. De l’exploitation à l’aliénation », Mots. Les langages du politique, n° 70, « La politique en chanson », novembre 2002 (http://mots.revues.org/index9763.html, lien consulté le 3 février 2009).

[13] Le 30 avril 1863, lors de la guerre du Mexique, le capitaine Danjou et 62 soldats de la Légion étrangère, encerclés par deux mille Mexicains dans le hameau de Camerone, refusent de se rendre. Survécurent cinq soldats. L’anniversaire de la bataille est devenu la fête traditionnelle de la Légion.

[14] « Passez donc me voir », Antenne 2, 2 janvier 1982.

[15] http://www.jean-pax.com/page=faq (sans changements entre 2005 et 2007).

[16] Il chante « Le soir du 9 novembre » lors de la célébration de la chute du mur de Berlin organisée par Démocratie libérale (9 novembre 1999), et compose Aux couleurs de la vie qui clôt les meetings de la campagne présidentielle de Madelin en 2002 (« Décibels », France Culture, 6 mai 2002)

[17] Seules allusions : le phalangiste José Antonio Primo de Rivera dans Le Chanteur de l’Occident (1975), les Guerres de Vendée (2006). Les Oies sauvages renvoie aux missions de l’armée de l’air en Afrique, non à l’arrière-plan nationaliste allemand.

[18] Séverine Nikel, Culture, valeurs et art de vivre dans « Le Figaro Magazine », mémoire de DEA d’histoire du XXe siècle, sous la direction de Michel Winock, IEP de Paris, 1993, 134 f.

[19] Jean-Marie Donegani, Marc Sadoun, « 1958-1992. Le jeu des institutions », François Bourricaud, « 1945-1992. La crise des référents », dans Jean-François Sirinelli (dir.), Histoire des droites. 1. Politique, avant-propos de Jean-François Sirinelli, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 2006 (1992), p. 426-481, 567-598.

[20] Daniel Leconte, Les pieds-noirs. Histoire et portrait d’une communauté, Paris, Seuil, coll. « L’Histoire immédiate », 1980 ; Joëlle Hureau, La mémoire des pieds-noirs, Paris, Perrin, coll. « Pour l’histoire », 2001 (Olivier Orban, 1987) ; Jeanine Verdès-Leroux, Les Français d’Algérie de 1830 à aujourd’hui. Une page d’histoire déchirée, Paris, Fayard, 2001 ; Eric Savarèse, L’invention des pieds-noirs, Paris, Séguier, coll. « Les Colonnes d’Hercule », 2002, p. 147-179 ; Valérie Esclangon-Morin, Les rapatriés…, op. cit., p. 326-330. La pochette de L’Hymne des pieds-noirs est la seule allusion à la colonisation (une photographie d’un groupe de pieds-noirs, d’officiers et d’Algériens décorés, à la fin du XIXe siècle).

[21] Sont utilisés des éléments collectés par contacts amicaux avec une dizaine de personnes ayant écouté Méfret durant leur adolescence, envoi d’un questionnaire en mai 2005 à des personnes ayant posté des messages sur le site http://www.jean-pax.com (32 réponses, pas toutes complètes), exploitation du livre d’or de http://www.jean-pax.com (au 18 avril 2005, 542 messages), consultation de forums Internet évoquant Méfret. La représentativité est biaisée : utilisation d’Internet, connaissance des sites parlant de Méfret, postage d’un avis ou témoignage.

[22] Télévision : reportage dans « FR3 Dernière », 21 juin 1975 , « Passez donc me voir » de Philippe Bouvard, Antenne 2, 2 janvier 1982 : interview et chant en direct de « Un Noël à Alger » ; « Chantez-le moi » de Jean-François Kahn, Antenne 2, 21 mars 1982 : vidéo de « Solidarité ». Radio : Radio France Melun, Radio France Belfort, RTL, Radio Solidarité – cette radio, fondée en août 1981 par des militants et hommes politiques de droite, s’engagea nettement contre la gauche au pouvoir ; rapides éléments à http://www.schoop.fr/histos/solidarite.php, lien consulté le 3 février 2009).

[23] « FR3 Dernière », 21 juin 1975 ; « Passez donc me voir », 2 janvier 1982.

[24] « La première fois que j’ai entendu “le chanteur de l’Occident” un midi à la télé sur TF1, j’ai pensé : enfin une chanson engagée qui dit la Vérité, cela change de tout ce tissu d’âneries gauchistes » (Paul, 8 décembre 2002, témoignage présent dans le livre d’or du site http://www.jean-pax.com en 2005, disparu dans la version de 2007).

Les catholiques contre-révolutionnaires s’opposent à la Révolution pour des raisons religieuses, et, même s’ils ont souvent une préférence pour la monarchie, s’accommodent de tout régime conforme au droit public ecclésiastique (reconnaissance de la souveraineté de Dieu, législation civile inspirée par le catholicisme).

[25] Dans les trente-deux réponses au questionnaire sont mentionnés chanson et variété francophones (Brel, Brassens, Sardou, Halliday, Fersen), rock, « musiques du monde », classique ; le rap est absent.

[26] « En mission à Nouméa, j’ai appris à connaître les chansons de Jean Pax par une personnalité ministérielle qui en 1988 nous a réuni pour nous avertir qu’il y avait des documents subversifs qui circulaient sous le manteau » (Yvan Rednak, 11 octobre 2004, témoignage présent dans le livre d’or du site http://www.jean-pax.com en 2005, disparu dans la version de 2007) ; « Respect a Mr Mefret [sic] de la part d’un vieux gaucho que JPM a su faire reflechir [sic]. Je […] suis moins “stalinien” dans ma façon de penser la gauche. ! » (Alexis, 8 mars 2005, témoignage présent dans le livre d’or du site http://www.jean-pax.com en 2005, disparu dans la version de 2007).

[27] Enquêtes militantes : Rock Haine Roll. Origine, histoire et acteurs du Rock Identitaire Français. Une tentative de contre-culture d’extrême droite, Paris, Éditions No Pasaran, 2004 ; Ras l’front, Sur les terres du rock identitaire français. Acte II, dossier n° 2, sans date.

Paul Airiau

Agrégé et docteur en histoire, maître de conférences à l’IEP de Paris et enseignant dans le secondaire, Paul Airiau croise l’histoire religieuse à l’histoire politique (L’antisémitisme catholique aux XIXe et XXe siècles, Paris, Berg International, 2000 ; Cent ans de laïcité française, 1905-2005, Paris, Presses de la Renaissance, 2005) et culturelle (« Le prêtre catholique : masculin, neutre, autre ? », dans Hommes et masculinités de 1789 à nos jours, Paris, Editions Autrement, 2007, p. 192-207 ; « Catholicisme et actualisation du merveilleux médiéval. Le cas de J. R. R. Tolkien et Louis Bouyer », dans Fantasy : le merveilleux médiéval aujourd’hui, Paris, Bragelonne, 2007, p. 131-142 ; « Catholiques français versus rock’n’roll », dans L’Église et la culture, Montpellier, Centre régional d’histoire des mentalités, université Paul Valéry – Montpellier III, 1996, p. 233-264).

Entretien avec Jean-Pax Méfret

Jean-Pax Méfret, le chanteur d’Occident, qui a bercé notre adolescence de cinquantenaires, sort un nouvel album : deux chansons poignantes, l’une sur le martyre des chrétiens d’Orient, “Noun”, l’autre en forme de prière, intitulée sobrement : “La force”. Mais d’où vient cette voix ? De quelle histoire poignante est-elle l’écho irremplaçable ?

Vous avez toujours chanté, Jean-Pax, mais à quelle occasion avez-vous composé votre première chanson ?

C’était après l’exécution du lieutenant Roger Degueldre. J’avais 16 ans, j’étais en prison, à Rouen, dans le quartier des activistes, j’y suis resté entre mai 1961 et septembre 1962, j’ai été le plus jeune détenu de France – pour cause d’Algérie française – en compagnie des plus grands seigneurs de l’armée française : les officiers avaient mis leurs décorations sur la porte de leur cellule. C’est dans cette atmosphère, quand j’ai appris l’exécution de Degueldre, c’est à ce moment que j’ai composé, en son honneur, ma première chanson. Elle commençait ainsi : « Dans le quartier des activistes, derrière une porte de fer, un officier parachutiste vient de coiffer son béret vert ». Qui est cet officier ? On le comprend très vite : « En entonnant la Marseillaise, il lève la tête et sourit aux onze balles, toutes françaises, qui luttent pour lui ôter la vie ».

Voix chaude, passionnée, comme au premier jour : Jean-Pax aujourd’hui est encore là bas, dans la prison de Rouen, là où s’est élaborée la poésie rude de son existence… Je lui parle des matons, qui gardaient comme un criminel l’adolescent qu’il était encore.

Ils en avaient vu d’autre. C’était des professionnels, qui vous disaient : « J’ai gardé des résistants ; j’ai gardé des collabos ; maintenant je garde l’OAS ». Je me souviens, beaucoup plus tard, je travaillais à L’Aurore comme reporter et on me demande un sujet sur les émeutes dans les prisons. Je vais à Caen. Les gardiens étaient tous alignés dans la cour, pour montrer le visage de l’ordre au journaliste en visite. J’en reconnais un, de belles joues rouges comme des pommes, pas d’erreur. Je m’avance vers lui et un court dialogue s’engage : « – Vous vous souvenez de moi ? – Vous étiez à Rouen… – Oui – Méfret ! Ça alors ». Lui était un maton sympa. Mais quelques-uns restaient dans la doctrine. Nous étions des méchants pour eux. Je me souviens, une fois, nous étions réunis dans une salle, dans laquelle nous apportions un tabouret léger, pour écrire. J’oublie mon tabouret, je demande à aller le chercher et je m’entends répondre : « Mettez-vous à genoux. Pour écrire, c’est la position qui vous convient le mieux ». Un autre, à qui je demandais de ne pas être enchaîné avec la racaille des droit commun, me répondit durement : « C’est ceux que tu appelles la racaille qui devraient refuser d’être enchaînés avec toi ». Heureusement, en prison ma mère venait me voir deux fois par semaine, six kilomètres à pied. Elle a conservé mes lettres et me piquait les siennes. Après sa mort, j’ai retrouvé l’échange de missives, souvent légendées. À ce moment, j’étais assez dur et intransigeant. Je me souviens d’un mot d’elle, écrivant en marge : « Que peut répondre une mère à la souffrance de son enfant ? ». Quant à mon père, il n’était pas là… Il travaillait au SDECE, au service 7. Il a d’ailleurs été décoré, en particulier pour son action contre le trafic d’armes en Algérie. Il disait souvent, sans illusion : « On m’a décoré pour avoir gardé l’Algérie à la France et on met mon fils en prison pour la même raison ».

Que faites-vous en sortant de prison ?

Ma mère avait trouvé refuge chez les Pivert, une famille catholique de Rouen, qui, par conviction, logeait plusieurs femmes d’officiers détenus. J’ai donc été assigné à résidence chez les Pivert. Désormais, je peux suivre des cours, mais uniquement par correspondance. Que faire ? Je me souviens de ce Noël 1962, où, avec quelques camarades, et des autorisations administratives circonstanciées, j’ai organisé mon premier spectacle. Le préfet Chaussade avait été coopératif. J’avais composé pour la circonstance un poème récité sur fond sonore : « Toi Rouen, ville sainte par ton histoire, ville hérissée de clochers pointés vers le ciel, semblant symboliser l’ultime appel de Jeanne vers Dieu, témoin de son sort cruel. Écoute Rouen, cet humble et court hommage à la continuité de ton histoire ». Et encore : « Le souffle et la main de Jeanne t’ont-ils inspiré, Rouen, pour que dans leur malheur et désespoir, ces damnés de la grandeur puissent encore te dire : Merci Rouen ».

L’allusion aux détenus politiques, « damnés de la grandeur », est claire. Jean-Pax récite. Il déclame un peu. Sans note. Ces premiers textes, comme tous les autres, sont gravés dans sa mémoire, comme s’ils étaient marqués du sceau de sa trop précoce solitude. Je lui demande d’où lui vient ce souffle…

Je ne m’en suis pas rendu compte. “La Force” par exemple [sa dernière chanson en forme de prière], c’est direct. Mais dans beaucoup de chansons, on sent cette inspiration divine. Il y a sans doute mes années chez les maristes à Alger et puis les veillées scoutes, mon passage à la troupe Général de Sonis…

Que se passe-t-il une fois que vous en avez fini avec cette assignation à résidence ?

Le préfet, dont j’ai déjà parlé, m’avait accordé la permission d’aller à Marseille voir ma grand-mère. J’arrive de Rouen. Ma grand-mère n’est plus à l’adresse qu’elle nous avait indiquée. Je suis dans la rue. Je dors à l’Armée du salut et le lendemain, je rencontre la maman d’une petite amie : « Viens manger à la maison ». Elle insiste pour me raccompagner et découvre que je suis à l’Armée du salut. Ambiance ! Je remonte à Paris, où je suis libre, sans rien. Enfin si : avec mon casier judiciaire. On est quelques copains pieds-noirs, on se regroupe, on commence à chanter le soir dans les cafés. Une Américaine tombe amoureuse de moi. J’habite avec elle Place du Tertre, ça ne s’invente pas. Je commence à chanter, je rencontre un garçon qui s’appelle Jean-Claude Camus, qui sera l’impresario de Johnny et de beaucoup d’autres. Je me fais faire une carte de visite : « secrétaire artistique de Jean-Claude Camus ». Je compose quelques chansons, cinq disques paraissent chez Decca, dont un titre, “La prière”, qui retient l’attention et obtient en 1965 le grand prix Âge tendre et tête de bois. J’ai 20 ans. À l’époque j’ai pris un pseudonyme : Jean-Noël Michelet. Jean est mon prénom. Noël le prénom de mon père. Quant à Michelet, c’est le nom de la rue centrale d’Alger. Quelle était ma prière ? « Sainte Marie, seul dans la nuit, j’allais vers l’infini sans argent, j’allais vers le néant. Mais toi, alors que j’étais là sur la route dans le froid, tu es venue vers moi, toi au détour d’un chemin, cachée par les buissons, tu m’attendais. Moi pourtant je n’étais rien de plus qu’un jeune homme perdu dans l’abime du chagrin. Moi ne sachant plus pourquoi je retrouvais la foi, je me suis prosterné devant toi, sainte Marie seul dans la nuit, je suis là, je te prie sans un bagage et sans argent »…

Vous êtes en train de nous dire que vous menez la vie de Bohême…

Je dirais, et j’ai chanté cela aussi, je mène une vie de galère : « Je suis né les pieds dans l’eau et la tête au soleil. On voulait me faire taire je suis toujours debout ». J’enchaîne les petits boulots. Notre réseau pieds-noirs est un soutien. Mon premier journal, dirigé par le colonel Pierre Battesti, président de l’Anfanoma, s’appelle France-Horizon, c’est le mensuel des Rapatriés d’Algérie. Plus tard, je serai journaliste d’investigation à Minute, puis à L’Aurore (où je suis grand reporter et spécialiste de politique étrangère). J’atterris enfin au Figaro puis au Figaro magazine où je serai directeur des magazines régionaux et responsable des grands dossiers. Je n’ai jamais vraiment fait de politique politicienne, je suis dans l’action, dans l’engagement, mais pas dans les idées. Je préfère les grands sentiments aux grandes idées.

C’est sans doute pour cela que vous aimez le Christ…

Je m’appelle Jean-Pax Marie Ange : mon prénom est un chrisme. Vous savez, puisque vous en parlez, il n’est pas sûr que je ne finisse pas moine. J’y ai vraiment pensé, et il n’y a pas longtemps encore. Je me souviens, tout jeune, j’ai connu un officier, rentrant au monastère. Toute sa compagnie l’avait accompagné. Son geste m’a beaucoup frappé. Spirituellement, ce qui m’a marqué, je vous l’ai dit, ce sont les veillées scoutes, c’est aussi la vie des grands missionnaires, et, dans les grands reportages que j’ai eu l’occasion de mener, la souffrance des enfants et puis l’impuissance de populations entières, incapables de sortir de leur misère. En Afrique, ce sont ces gens qui croient, quand vous arrivez que le Blanc peut tout. Le Christ permet de supporter tout ça… J’ai une amie à Lourmarin qui est peintre. Elle a fait un tableau du Christ, qui m’a beaucoup inspiré pour ma chanson “La force”. Voir le monde tel qu’il est, cela vous donne envie de prier. La vie spirituelle c’est peut-être de l’évasion. Cela l’a toujours été pour moi, un peu plus maintenant. Ma foi a toujours été là mais j’ai moins de pudeur à la manifester. J’ai longtemps pensé qu’il fallait la garder pour soi. C’était familial : ma mère me mettait des médailles dans la doublure de ma veste. Chez moi, on n’entamait pas le pain, sans faire une croix dessus avec le couteau. Et en même temps, en Algérie, on respectait toutes les religions, on participait aux fêtes des uns et des autres. Les partisans de l’Algérie française n’ont jamais profané de mosquées.

Et pourtant les Algériens ont fait la guerre, eux, pour des raisons religieuses…

Il est vrai que pour les Arabes la guerre était religieuse. Le FLN déjà avait interdit aux populations de fumer et de boire, sous peine de couper le nez et les lèvres… La chirurgie esthétique a fait des progrès énormes à cette triste occasion… Mais nous n’avons pas encore tout vu en France ! En Algérie, des Bataclan, il y en avait tous les jours !

Propos recueillis par l’abbé G. de Tanoüarn

Un nouvel album de Jean-Pax Méfret : Noun éd. Diffusia 20 € (commandes ici ).

Voir également:

Méfret : le chanteur d’Occident

Le 6 juillet 1962, le lieutenant Roger Degueldre est fusillé au fort d’Ivry. Le soir,dans la petite chapelle de la prison de Rouen, à la messe des morts dite en mémoire…

Le 6 juillet 1962, le lieutenant Roger Degueldre est fusillé au fort d’Ivry. Le soir,dans la petite chapelle de la prison de Rouen, à la messe des morts dite en mémoire du lieutenant, le détenu Jean-Pax Méfret entonne le De profundis.Depuis la veille, le drapeau vert et blanc au croissant rouge flotte sur Alger. L’Algérie française est morte. Méfret n’a pas 18 ans. C’était il y a longtemps, presque dans un autre monde, celui que réveille Jean-Pax Méfret dans 1962, l’été du malheur, bouleversante alchimie de souvenirs personnels et d’un immense drame collectif.

Jean-Pax? le prénom qu’il reçut à sa naissance le 9 septembre 1944 à Alger. Un père marseillais résistant venu en Algérie pour préparer le débarquement américain de 1942. Une mère pied-noir, d’une famille installée depuis le XIXe siècle. Les Méfret habitent Belcourt, un faubourg populaire d’Alger. C’est là que grandit Jean-Pax, entre les maristes, les scouts et les copains musulmans, entre la ville et le bled. Des couleurs, des odeurs, des saveurs, des paysages,des attitudes,une attention aux gens modestes, le goût des petits bonheurs de la vie qui irradient la mémoire de Méfret.

Première fêlure, à la rentrée 1955, son ami de classe, un Chaoui des Aurès, est absent. Les temps changent : massacres, tel celui d’El-Alia, et attentats ensanglantent le pays. Jean- Pax en est le témoin direct. Élevé dans le culte de la France, il s’accroche à de Gaulle, l’acclame sur le Forum le 4 juin 1958. Son désespoir sera à la hauteur de ses espérances. En janvier 1960, pendant les “Barricades”, l’adolescent s’introduit dans le camp retranché d’Ortiz. Lors du putsch du 22 avril 1961, il participe à l’occupation de la radio d’Alger, rebaptisée Radio France. Arrêté, à peine libéré, le voilà agent de liaison de l’OAS. Deuxième arrestation le 13 février 1962, transfert en métropole, la Santé, puis Rouen. Sorti de prison à l’automne de la même année, assigné à résidence, il poursuit ses études et monte un groupe musical pour distraire les rapatriés parqués dans des centres d’accueil.

Chez Decca, il sort cinq disques sous le nom de Jean-Noël Michelet (le prénom de son père et le nom d’une grande rue d’Alger), gagne en 1965 le grand prix Âge tendre et têtes de bois, l’émission qui découvre les nouveaux talents. En 1968, le chanteur Jean-Pax voit le jour avec la Prière du pied-noir et l’Hymne des pieds-noirs, des chansons engagées en faveur de l’amnistie des prisonniers politiques et des exilés. Silence radio. Mais les disques se vendent, les succès s’enchaînent, le Chanteur d’Occident sert de mot de passe entre amis. Avec des paroles simples, soutenu par un remarquable accompagnement musical, Jean-Pax chante des histoires d’où sourd une émotion intense. Une bouffée d’air frais. Méfret crève les baudruches des démagos de tous poils. Loin de ruminer des défaites, il exalte le courage, le respect de soi et des autres, l’énergie, l’honneur, la force de la parole donnée, la foi aussi.

À partir de 1970, le journalisme.Pour l’Aurore,puis pour le Figaro Magazine, Méfret couvre la plupart des conflits de la fin du siècle, se spécialise dans les enquêtes politico-criminelles et les grands dossiers. Pourtant, il ne délaisse pas la chanson. Encouragé par des amis, il crée sa propre société de production. En octobre 2004, plusieurs milliers de spectateurs l’acclament au Kino, à Paris.Surprise:des jeunes gens fredonnent ses airs. Ses chansons ont franchi une génération et lui ont échappé. Un sentiment déjà ressenti à Berlin- Est. À la veille de la chute du Mur, de jeunes Allemands se rassemblaient, bougie à la main, en chantant Professeur Müller.

1962, l’été du malheur, Pygmalion, 216 pages, 19 euros

Prochain concert le 6 octobre, à Carnoux-en-Provence. Rés. : 04.42.73.30.21. Pour commander les disques : http://www.jean-pax.com.

MOI, JE VIENS CHANTER SOLJENITSYNE (Puisqu’il faut le dire en chanson et que la guitare est devenue une arme, je chante contre le grand soir et pour l’occident, )
https://www.youtube.com/watch?v=Aj5poDXMBdw

Puisqu’il faut le dire en chanson
Puisque la guitare est devenue une arme
Je viens chanter l’espoir
Je chante contre le grand soir
Je viens chanter pour l’occident
Puisque l’un de vous a chanté Potemkine
Moi je viens chanter Soljenitsyne
Je dénonce les camps
Les camps du temps présent
Ignorés par les nouveaux bien-pensants
Même si l’un de vous parle de calomnie
Moi je chante les accords d’Helsinki
Je chante pour Sakharov et contre les tyrans
Qui lancent leurs Antonovs
Sur le pays afghan
Vous n’avez pas le monopole du mot liberté
Vous n’avez pas le monopole du mot vérité
Budapest en Hongrie,
Prague en Tchécoslovaquie,
Les juifs en Sibérie, le mur de Berlin,
Et maintenant Kaboul
Sont là pour témoigner
Puisqu’il faut choisir entre deux camps
Puisqu’il faut s’engager en chantant
Moi je chante l’espoir
Je chante contre le grand soir
Je suis un chanteur d’occident
Alors chante l’espoir
Chante contre le grand soir
Chante fort, chante pour l’occident
Chante chante, chante pour l’occident

Chante chante, chante pour l’occident

JE SUIS BERLINOIS (Veronika, Jean-Pax Méfret, 1980)
 
Elle avait des cheveux blonds fous, Veronika
Des yeux bleus tristes et un air doux, Veronika
A Berlin Est elle balayait les allées
Lorsque je l’ai rencontrée
Je me suis approché d’elle, Veronika
J’ai trouvé qu’elle était belle, Veronika
Sous ses gants de laine usée, j’ai caressé
Les petits doigts froids, comme ce mur droit
Souviens toi John Kennedy
Une journée de juin l’a dit
Devant le mur hérissé de barbelés
Il s’est écrié: « Moi, je suis Berlinois! »
Lorsqu’il parle humanité je pense a toi
Qui vivait de l’autre coté de ce mur là
Et qui rêvait un jour d’aller respirer
Le parfum de la liberté
Elle avait des cheveux blonds fous, Veronika
Les yeux bleus tristes et un air doux, Veronika
A Berlin Est elle balayait les allées
Elle a voulu s’évader
Aujourd’hui il ne reste rien de Veronika
Un peu de terre, une petite croix de bois
La rose rouge et l’œillet sont fanés
Près de ce mur droit, de ce mur froid
La rose rouge et l’œillet sont fanés
Près de ce mur droit, de ce mur froid
Je suis Berlinois
 
LE SANG QUI COULE SUR PHNOM PENH A PRIS SA SOURCE DANS VOS ESPRITS
 
https://www.youtube.com/watch?v=F5gwP6wwJvY

 

Depuis que ma mémoire existe,
Je vous ai entendus vanter
Toutes les solutions marxistes
Au nom des peuples à libérer.
Mais quand le jour maudit arrive
Que vos régimes sont au pouvoir,
Le pays part à la dérive,
Et puis se lève le soleil noir.
Vous allez me traiter de réac’
Vous allez dire que je suis facho.
Mais vous n’ me filez pas le trac,
Vous, les pros de la démago,
Je sais ce que valent vos mots.
Le sang qui coule sur Phnom-Penh
A pris sa source dans vos esprits.
Vous avez fait germer la haine
En soutenant Khomeiny.
Vous êtes tous responsables
De ces horizons sans espoirs,
Et vos consciences de coupables
Portent la tâche du soleil noir.
Vous allez me traiter de réac’
Vous allez dire que je suis facho.
Mais vous n’ me filez pas le trac,
Vous, les pros de la démago,
Je sais ce que valent vos mots.
Avant de reprendre vos plumes,
Pour creuser de nouveau abimes,
Traversez les rideaux de brume,
Venez dénombrer vos victimes.
Ca vous évitera d’écrire
Pour faire pardonner vos mouroirs.
Je n’savais pas que ce serait pire
Lorsque se lève le soleil noir.
Vous allez me traiter de réac’
Vous allez dire que je suis facho.
Mais vous n’ me filez pas le trac,
Vous, les pros de la démago,
Je sais ce que valent vos mots.
Vous allez me traiter de réac’
Vous allez dire que je suis facho.
Mais vous n’ me filez pas le trac,
Vous, les pros de la démago,
Je sais ce que valent vos mots.
Moi, je ne suis pas un réac’
Moi, je ne suis pas un facho.
Et je ne crains pas vos attaques,
Vous, les pros de la démago,
Soldats de l’armée des Charlots.
Je sais ce que valent vos mots,

Soldats de l’armée des Charlots.

L’Île Saint-Louis

Elle fume toujours des Camel
Quand elle remonte Saint Michel.
Elle a les yeux qui s’ennuient
Aux reflets de l’île Saint-Louis.
Sous les pavés, ‘y a la plage :
Elle aimait bien cette image
Quand elle désertait la fac
Pour courir rue Gay-Lussac.

Elle ne chantait que des chansons de Dylan,
Elle ne parlait que de la guerre du Vietnam,
Elle transformait les restos en amphis,
La nuit, sur l’île Saint-Louis.

San Francisco, Katmandou,
Woodstock, Hanoï et Moscou,
C’était sa géographie,
Ses frontières, toute sa vie.

Quand les maisons bleues accrochées aux collines
La faisaient planer jusqu’au mont de Palestine,
Manipulation sur fond de mélodie,
La nuit, sur l’île Saint-Louis.

Je l’ai rencontrée hier,
Elle marchait en solitaire.
Elle avait un peu vieilli,
Elle avait beaucoup compris.

Fini, le temps du Népal,
Plus d’ oeillets au Portugal,
Là-bas, en Mer de Chine,
Les boat-people sont nés sous Ho Chi Minh.

Elle a tout raté, elle revient de Corrèze,
Elle a tout laissé, elle n’écoute plus Joan Baez,
Certaines chansons ont perdu leur magie,
Fait gris sur l’île Saint-Louis.

Paradis artificiel,
Elle s’en va de Saint Michel.
Elle veut d’autres harmonies.
Mai 68, c’est loin d’ici…

 

Djebel Amour

En ce temps-là,
Dans un village loin d’ici,
Jeune soldat
L’avait un peu peur pour sa vie.
Drôle de bidasse !
Qui avançait dans le Djebel.
Il tremblait pour sa carcasse
Devant le fusil des rebelles.

Sur le quai d’une gare,
Certains chantaient le déserteur
A Saint-Lazare.
Lui il avait l’esprit ailleurs,

Il regardait
Une femme et un petit garçon
Qui ne comprenait pas
Les mots de la chanson.

Alors, il pose sur la table
Une rose des sables
Et il a le coeur lourd.

Car tous ses souvenirs l’entrainent,
Ses souvenirs l’enchaînent
A ce Djebel Amour.

Ca fait longtemps
Qu’il est revenu d’Algérie,
Y’a des moments
Qui marquent à jamais une vie.

Et quelques soirs,
Quand il traine un peu au comptoir,
Il peut pas s’empêcher
D’raconter son histoire.

Pour ses enfants
C’est un mot qui ne veut rien dire,
Pour ses parents
C’est un bien cruel souvenir,

Pou ses amis
C’est une carte de combattant.
Mais ça reste pour lui
« Trente-six mois à vingt ans ».
Alors, il pose sur la table
Une rose des sables
Et il a le coeur lourd.

Car tous ses souvenirs l’entrainent,
Ses souvenirs l’enchaînent
A ce Djebel Amour.

C’est une fille
Au bout d’un quai.
Un pays qui s’en va,
Un cadeau emporté.

Ce n’est qu’une rose des sables
Qu’il pose sur la table.
Quand il a le coeur lourd.

Et puis les souvenirs l’entrainent,
Ses souvenirs l’enchaînent
A ce Djebel Amour.

Le Jour J

Au grand matin du mois de juin,
Julien préparait le troupeau ;
Dans la cuisine, Marie-Martine
Venait d’allumer les fourneaux.

La vieille Louise était assise,
Elle réchauffait ses pauvres mains.
Lorsque dans Sainte-Mère-Eglise
Sont entrés les Américains.

Ils sont tombés du ciel
Comme s’ils avaient des ailes,
Ils apportaient un air de liberté.
Ils venaient de Virginie,
D’Oklahoma, du Tennessee,
Le jour le plus long les attendait ici.

Les Écossais se distinguaient
Marchant au son des cornemuses,
Dans les marais, les SAS anglais,
Progressaient souvent par la ruse.

Et les balises, dans la nuit grise,
Regroupaient tous les Canadiens,
Tandis qu’à Sainte-Mère-Eglise,
Avançaient les américains.

Ils sont tombés du ciel
Comme s’ils avaient des ailes,
lls apportaient un air de liberté.
Ils venaient de Géorgie,
De l’Iowa, du Kentucky
Le jour le plus long les attendait ici.

Soldats des armées alliées
Tous unis pour nous délivrer,
Sur la Normandie,
Se levait le Jour J.

La vieille Louise était assise,
Elle réchauffait ses pauvres mains.
Lorsque dans Sainte-Mère-Eglise
Sont entrés les Américains.

Ils sont tombés du ciel
Comme s’ils avaient des ailes,
Ils apportaient un air de liberté.

Soldats des armées alliées
Tous unis pour nous délivrer.
Sur la Normandie,
Faut jamais oublier…
Qu’un jour à Sainte-Mère-Eglise,
Sont entrés les Américains !

Professeur Muller

Chaque soir, revenant de l’école
Il passe par Alexander platz
Personne n’écoute ses paroles
Quand il s’engage allée Karl Marx
Derrière lui, le rideau de pierre
Les miradors, les VoPos armés
Les tilleuls ne forment plus la frontière
Il y a un mur à Berlin, professeur Müller
Il s’avance, dans le décor sinistre
De cette ville de prisonniers
Et il se dit que, si la Vierge existe
C’est elle seule qui pourra les sauver
Chez nous, soyez Reine
Nous sommes à vous
Il y a 20 ans qu’on l’appelle « camarade »
Mais il sait bien que ce n’est qu’un mot
à l’image de toutes ces façades
Aux balcons vides, aux volets clos
Dans sa chambre, il oublie ses misères
Sur son violon au bois usé
Le vieil homme s’évade par la prière
La nuit s’achève loin des barbelés
Soyez la Madonne
Qu’on prie à genoux
Les tilleuls ne forment plus la frontière
Il y a un mur à Berlin, professeur Müller
Chaque soir, revenant de l’école
Il passe par Alexander platz
Les tilleuls ne forment plus la frontière
Il y a un mur à Berlin, professeur Müller

Camerone

Garçon, si par hasard sur ton livre d’histoire
Tu tombes sur ce nom:
Camérone!
Garçon, regarde bien cette page d’histoire
Et n’oublies pas ce nom:
Camérone!
Le ciel de feu du Mexique
A jamais se souviendra
De ce combat héroïque
Dans les murs de l’acienda.
Dans ce décor gigantesque,
La terre se désaltérait
Du sang qui courrait, dantesque,
Sur la prairie qui brûlait.
A Camérone! (bis)
Garçon, sur le chemin qui conduit à la gloire
Tu dois trouver ce nom:
Camérone!
Garçon, si ton destin exige une victoire
N’oublies jamais ce nom:
Camérone!
Pour l’honneur de la légion,
Sachant qu’ils allaient mourir
Jusqu’au bout de leur mission,
Fiers de tomber pour l’empire.
Ils étaient 62, face à 2000 cavaliers
Le soleil baissa les yeux lorsqu’ils furent exterminés
A Camérone! (bis)
Ce nom qui sonne et qui résonne,
Ce nom qui tonne et qui t’étonne…
Camérone!

Ni rouge ni mort

Forces du Pacte de Varsovie :
Six millions d’hommes, tenue kaki
Pour que l’Europe reste libre,
Il faut rétablir l’équilibre.
Pendant qu’les écolos défilent,
Ils dressent leurs barrières de missiles.
Je ne crois pas aux idées molles
De sécurité sur parole.A moins de trois cent kilomètres,
Ils rêvent de devenir nos maîtres.
Sur ordre du Kremlin,
Ils peuvent franchir le Rhin,
Et si c’est pour demain,
Tu peux me dire ce qu’il faut faire ?Alors je viens le dire très fort,
Ma devise, c’est ni rouge, ni mort !
J’ n’ai pas l’frisson du pacifisme
Face aux armées du communisme.
Ils ont des milliers de canons
Pointés dans notre direction.
Et tous leurs SS 20,
Et tous leurs sous-marins,
Bombardiers nucléaires,
Tu peux me dire c’est pour quoi faire ?
A moins de trois cent kilomètres,
Ils rêvent de devenir nos maîtres.
Sur ordre du Kremlin,
Ils peuvent franchir le Rhin,
Et si c’est pour demain,
Tu peux me dire ce qu’il faut faire ?
Camarade
Révolution bolchevique :
De terribles statistiques,
C’est vrai… c’est vrai.Douze millions de victimes
Pour imposer un régime,
C’est vrai… c’est vrai.Les ouvriers, les moujiks
Sous la violence étatique
L’ère de la grande famine
Sous le règne de Lénine
C’est vrai… c’est vrai.Au nom du Parti unique,
Plus de vie démocratique,
C’est vrai… c’est vrai.Dissidents et refuzniks
En hôpitaux psychiatriques ,
C’est vrai… c’est vrai.Et dans tous leurs satellites,
Ils forcent les plébiscites
En envoyant les blindés
Ecraser la dignité,Garde ça en mémoire, camarade
Quand les droits des hommes sont en danger
C’est toujours vers l’ouest que le peuple s’évade
Sur les allées des libertés
C’est vrai… c’est vraiDes camps pour les terroristes
Derrière les frontières marxistes
C’est vrai… c’est vrai.Des conseillers militaires
Pour « guerre révolutionnaire »
C’est vrai… c’est vrai.Des « Fronts de libération »
Pour servir leurs ambitions
Et sous couvert d’humanisme,
Ils marquent leur expansionnisme.Garde ça en mémoire, camarade
Quand tu vas défiler pour la paix,
L’armée rouge qui marche sur la grande esplanade
Est programmée pour attaquer.
C’est vrai… c’est vrai
C’est vrai… c’est vrai.Et demande aux Afghans, camarade
Toi qui parle pour les peuples opprimés
Car le sang des enfants tués à la grenade
A la couleur de tes idées.Solidarité

Salut, les tout-puissants,
Les livreurs de promesses,
Les hommes du changement,
C’est à vous qu’je m’adresse.
Ecoutez, solidarité !

Les enfants du 10 mai,
Qui sont né sous l’orage,
Commencent à déchanter,
Ils brûlent vos images.

Ecoutez, solidarité !

Je n’suis pas de vot’ camp,
Ca vous vous en doutez,
Laissez-moi cependant
Un instant m’exprimer.

Ecoutez, solidarité !
Liberté ! Solidarité !
Liberté !

A tous ceux qui refusent
Le pouvoir d’un parti,
Radeau de la Méduse
Sur les flots du mépris,

Je dirai : Solidarité !

Aux victimes des vengeances
Que l’on hisse sur les charettes
Des furieux de Valence
Qui réclamaient des têtes,

Je dirai : Solidarité !

Solidaire des exclus
De ce sinistre bal,
Où les roses ne sont plus
Que d’étranges fleurs du Mal,

Je dirai : Solidarité !
Liberté ! Solidarité !

Interdit d’interdire,
C’est encore sur les murs,
Y fallait pas l’écrire,
Maint’nant y a des bavures,

Ecoutez, solidarité !
Liberté ! Solidarité !
Liberté !
Vous brouillez les radios,
Vous régentez l’école,
Vous jouez aux prolos,
J’en connais qui rigolent.

Ecoutez, solidarité !

Il n’y a pas si longtemps,
Vous semiez des leçons,
Il vous faut maintenant
Récolter les moissons.

Ecoutez, solidarité !

Faites gaffe au populo,
Il en a ras la casquette,
Y a pas qu’les aristos
Qui sont pas à la fête,

Ecoutez, solidarité !
Liberté ! Solidarité !
Liberté !

Miss America

Son père est un vieux révolutionnaire.
Avec le Che, il a pris le maquis.
Sa mère est dans la milice auxiliaire.
Elle lit Lénine, le soir, à la bougie.
Tout ça pour dire que dans cette famille,
Ca bloque un peu au niveau des idées,
Tout ça pour dire, au nom de la faucille,
Qu’ils sont marteaux, complètement sonnés.

Ils ont une fille qui s’appelle Maria,
Elle rêve d’être Miss America.
Qu’est-ce qu’il va dire, Fidel, quand il saura?
Qu’est-ce qu’il va faire pour empêcher tout ça?

Elle a la peau couleur de pain d’épices,
la mer des Caraïbes dans les yeux.
Elle sait rouler le tabac sur ses cuisses.
Pour les Cubains, c’est un cadeau des Dieux.

Oui, mais la fille qui s’appelle Maria,
Elle rêve d’être Miss America.
Y’en a qui disent que c’est la CIA.
Elle porte des jeans, boit du Coca-Cola.
Le jour de la grande fête nationale,
C’est elle qui doit porter le drapeau.
Et des faubourg, jusqu’à la capitale,
Y’a la rumeur qui prévient l’Maximo

Oui, mais la fille qui s’appelle Maria,
Elle rêve d’être Miss America.
Elle se trémousse en dansant la salsa.
Elle dit qu’elle rêve d’être Miss USA.

 

Le vieux Soldat

Dans ses yeux, il y a de la souffrance,
ça ne se voit pas.
Dans son coeur, il y a de la vaillance,
ça ne s’entend pas.
Ses bras ont perdu leur puissance,
mais il est toujours là,
prêt à se lever pour la France,
le vieux soldat.

Derrière lui, il y a une existence,
que je n’te raconte pas.
ça commence dans la Résistance,
c’est loin déjà.
Il sortait à peine de l’enfance,
en ce temps là,
quand les nazis crevaient la France,
et c’est pour ça

Ca lui fait mal, toutes ces insultes,
cracher sur la France que l’on traite de pute.
Ca lui fait mal, le drapeau brûlé, le drapeau souillé
la mémoire tachée.

Ca lui fait mal, il l’a mauvaise,
lorsque l’on siffle la Marseillaise
Ca lui fait mal, voir son pays livré au mépris,
il en est meurtri.
Le respect, il veut du respect,
juste du respect, le respect.

Les symboles ont de l’importance,
pour cet homme là.
La vision de toutes les offenses,
Fait du dégât.
Il faut dire que ça n’arrive qu’en France,
Toutes ces souffrances, là.
Il vient défier l’irrévérence,
le vieux soldat.

 

Le pays qui n’existe plus

Même s’il y a toujours mon village
Où les enfants du quinzième âge
sautaient les feux de la Saint Jean.
Même s’il y a toujours le cimetière
où les filles faisaient des prières
et repartaient en se signant.
Je ne le reconnaîtrai plus
Ils ont changé le nom des rues !

Je viens d’un pays qui n’existe plus
Je viens d’un paradis perdu.

Même s’il y a toujours mon école
Où j’ai vécu des années folles,
lorsque j’étais adolescent.
Même s’il y a toujours les arcades
pleine des odeurs de grenades
et des cris des manifestants.
Le drapeau que l’on voit flotter
Il n’a plus les mêmes reflets !

Je viens d’un pays qui n’existe plus
Je viens d’un paradis perdu.

Le terrain vague de mon enfance
Les carrioles et les oliviers.
Mes souvenirs, mon existence
passent leur temps à se croiser.
C’est une étrange destinée.

Je viens d’un pays qui n’existe plus
Je viens d’un paradis perdu.

C’est une étrange destinée.
Oh eh…

Je viens d’un pays qui n’existe plus
Je viens d’un paradis perdu.


Guerres culturelles: La ‘wokeité’ serait-elle le christianisme des imbéciles ? (Purer-than-thou: Behind the fourth Great Awakening we now see taking to our streets once again is nothing but the Girardian escalation of mimetic rivalry, former Weekly Standard literary editor Joseph Bottum says)

26 septembre, 2020
Trump Campaign Ad Linking Churchgoers to 'Rioters' Upsets Black Church LeadersClassic Lincoln & Hamlin Wide Awakes 1860 Campaign Ribbon, white | Lot #25784 | Heritage Auctions
Woke | Know Your MemeDictionary.com Adds Words: 'Woke,' 'Butthurt' and 'Pokemon' | Time
PNG - 393.4 koL’antisémitisme est le socialisme des imbéciles. Ferdinand Kronawetter ? (attribué à August Bebel)
Je les ai foulés dans ma colère, Je les ai écrasés dans ma fureur; Leur sang a jailli sur mes vêtements, Et j’ai souillé tous mes habits. Car un jour de vengeance était dans mon coeur (…) J’ai foulé des peuples dans ma colère, Je les ai rendus ivres dans ma fureur, Et j’ai répandu leur sang sur la terre. Esaïe 63: 3-6
Et l’ange jeta sa faucille sur la terre. Et il vendangea la vigne de la terre, et jeta la vendange dans la grande cuve de la colère de Dieu. Et la cuve fut foulée hors de la ville; et du sang sortit de la cuve, jusqu’aux mors des chevaux, sur une étendue de mille six cents stades. Apocalypse 14: 19-20
Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur; Il piétine le vignoble où sont gardés les raisins de la colère; Il a libéré la foudre fatidique de sa terrible et rapide épée; Sa vérité est en marche. (…) Dans la beauté des lys Christ est né de l’autre côté de l’océan, Avec dans sa poitrine la gloire qui nous transfigure vous et moi; Comme il est mort pour rendre les hommes saints, mourons pour rendre les hommes libres; Tandis que Dieu est en marche. Julia Ward Howe (1861)
La colère commence à luire dans les yeux de ceux qui ont faim. Dans l’âme des gens, les raisins de la colère se gonflent et mûrissent, annonçant les vendanges prochaines. John Steinbeck (1939)
La civilisation atteindra la perfection le jour où la dernière pierre de la dernière église aura assommé le dernier prêtre. Attribué à Zola
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’Etat. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis «musulmane» je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les «misérables» ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution. André Malraux (1956)
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde: on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège: la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
La glorification d’une race et le dénigrement corollaire d’une autre ou d’autres a toujours été et sera une recette de meurtre. Ceci est une loi absolue. Si on laisse quelqu’un subir un traitement particulièrement défavorable à un groupe quelconque d’individus en raison de leur race ou de leur couleur de peau, on ne saurait fixer de limites aux mauvais traitements dont ils seront l’objet et puisque la race entière a été condamnée pour des raisons mystérieuses il n’y a aucune raison pour ne pas essayer de la détruire dans son intégralité. C’est précisément ce que les nazis auraient voulu accomplir (…) J’ai beaucoup à cœur de voir les noirs conquérir leur liberté aux Etats Unis. Mais leur dignité et leur santé spirituelle me tiennent également à cœur et je me dois de m’opposer à toutes tentatives des noirs de faire à d’autres ce qu’on leur a fait. James Baldwin
The recent flurry of marches, demonstrations and even riots, along with the Democratic Party’s spiteful reaction to the Trump presidency, exposes what modern liberalism has become: a politics shrouded in pathos. Unlike the civil-rights movement of the 1950s and ’60s, when protesters wore their Sunday best and carried themselves with heroic dignity, today’s liberal marches are marked by incoherence and downright lunacy—hats designed to evoke sexual organs, poems that scream in anger yet have no point to make, and an hysterical anti-Americanism. All this suggests lostness, the end of something rather than the beginning. (…) America, since the ’60s, has lived through what might be called an age of white guilt. We may still be in this age, but the Trump election suggests an exhaustion with the idea of white guilt, and with the drama of culpability, innocence and correctness in which it mires us. White guilt (…) is the terror of being stigmatized with America’s old bigotries—racism, sexism, homophobia and xenophobia. To be stigmatized as a fellow traveler with any of these bigotries is to be utterly stripped of moral authority and made into a pariah. The terror of this, of having “no name in the street” as the Bible puts it, pressures whites to act guiltily even when they feel no actual guilt. (…) It is also the heart and soul of contemporary liberalism. This liberalism is the politics given to us by white guilt, and it shares white guilt’s central corruption. It is not real liberalism, in the classic sense. It is a mock liberalism. Freedom is not its raison d’être; moral authority is. (…) Barack Obama and Hillary Clinton, good liberals both, pursued power by offering their candidacies as opportunities for Americans to document their innocence of the nation’s past. “I had to vote for Obama,” a rock-ribbed Republican said to me. “I couldn’t tell my grandson that I didn’t vote for the first black president.” For this man liberalism was a moral vaccine that immunized him against stigmatization. For Mr. Obama it was raw political power in the real world, enough to lift him—unknown and untested—into the presidency. But for Mrs. Clinton, liberalism was not enough. The white guilt that lifted Mr. Obama did not carry her into office—even though her opponent was soundly stigmatized as an iconic racist and sexist. Perhaps the Obama presidency was the culmination of the age of white guilt, so that this guiltiness has entered its denouement. (…) Our new conservative president rolls his eyes when he is called a racist, and we all—liberal and conservative alike—know that he isn’t one. The jig is up. Bigotry exists, but it is far down on the list of problems that minorities now face. (…) Today’s liberalism is an anachronism. It has no understanding, really, of what poverty is and how it has to be overcome. (…) Four thousand shootings in Chicago last year, and the mayor announces that his will be a sanctuary city. This is moral esteem over reality; the self-congratulation of idealism. Liberalism is exhausted because it has become a corruption. Shelby Steele
For over forty years the left has been successfully reshaping American culture. Social mores and government policies about sexuality, marriage, the sexes, race relations, morality, and ethics have changed radically. The collective wisdom of the human race that we call tradition has been marginalized or discarded completely. The role of religion in public life has been reduced to a private preference. And politics has been increasingly driven by the assumptions of progressivism: internationalism privileged over nationalism, centralization of power over its dispersal in federalism, elitist technocracy over democratic republicanism, “human sciences” over common sense, and dependent clients over autonomous citizens. But the election of Donald Trump, and the overreach of the left’s response to that victory, suggest that we may be seeing the beginning of the end of the left’s cultural, social, and political dominance. The two terms of Barack Obama seemed to be the crowning validation of the left’s victory. Despite Obama’s “no blue state, no red state” campaign rhetoric, he governed as the most leftist––and ineffectual–– president in history. Deficits exploded, taxes were raised, new entitlements created, and government expanded far beyond the dreams of center-left Democrats. Marriage and sex identities were redefined. The narrative of permanent white racism was endorsed and promoted. Tradition-minded Americans were scorned as “bitter clingers to guns and religion.” Hollywood and Silicon Valley became even more powerful cultural arbiters and left-wing publicists. And cosmopolitan internationalism was privileged over patriotic nationalism, while American exceptionalism was reduced to an irrational parochial prejudice. The shocking repudiation of the establishment left’s anointed successor, Hillary Clinton, was the first sign that perhaps the hubristic left had overreached, and summoned nemesis in the form of a vulgar, braggadocios reality television star and casino developer who scorned the hypocritical rules of decorum and political correctness that even many Republicans adopted to avoid censure and calumny. Yet rather than learning the tragic self-knowledge that Aristotle says compensates the victim of nemesis, the left overreached yet again with its outlandish, hysterical tantrums over Trump’s victory. The result has been a stark exposure of the left’s incoherence and hypocrisy so graphic and preposterous that they can no longer be ignored. First, the now decidedly leftist Democrats refused to acknowledge their political miscalculations. Rather than admit that their party has drifted too far left beyond the beliefs of the bulk of the states’ citizens, they shifted blame onto a whole catalogue of miscreants: Russian meddling, a careerist FBI director, their own lap-dog media, endemic sexism, an out-of-date Electoral College, FOX News, and irredeemable “deplorables” were just a few. Still high on the “permanent majority” Kool-Aid they drank during the Obama years, they pitched a fit and called it “resistance,” as though comfortably preaching to the media, university, and entertainment choirs was like fighting Nazis in occupied France. (…) in colleges and universities. Normal people watched as some of the most privileged young people in history turned their subjective slights and bathetic discontents into weapons of tyranny, shouting down or driving away speakers they didn’t like, and calling for “muscle” to enforce their assault on the First Amendment. Relentlessly repeated on FOX News and on the Drudge Report, these antics galvanized large swaths of American voters who used to be amused, but now were disgusted by such displays of rank ingratitude and arrogant dismissal of Constitutional rights. And voters could see that the Democrats encouraged and enabled this nonsense. The prestige of America’s best universities, where most of these rites of passage for the scions of the well-heeled occurred, was even more damaged than it had been in the previous decades. So too with the world of entertainment. Badly educated actors, musicians, and entertainers, those glorified jugglers, jesters, and sword-swallowers who fancy themselves “artists,” have let loose an endless stream of dull leftwing clichés and bromides that were in their dotage fifty years ago. The spectacle of moral preening coming from the entertainment industry––one that trades in vulgarity, misogyny, sexual exploitation, the glorification of violence, and, worst of all, the production of banal, mindless movies and television shows recycling predictable plots, villains, and heroes––has disgusted millions of voters, who are sick of being lectured to by overpaid carnies. So they vote with their feet for the alternatives, while movie grosses and television ratings decline. As for the media, their long-time habit of substituting political activism for journalism, unleashed during the Obama years, has been freed from its last restraints while covering Trump. The contrast between the “slobbering love affair,” as Bernie Goldberg described the media’s coverage of Obama, and the obsessive Javert-like hounding of Trump has stripped the last veil of objectivity from the media. They’ve been exposed as flacks no longer seeking the truth, but manufacturing partisan narratives. The long cover-up of the Weinstein scandal is further confirmation of the media’s amoral principles and selective outrage. With numerous alternatives to the activism of the mainstream media now available, the legacy media that once dominated the reporting of news and political commentary are now shrinking in influence and lashing out in fury at their diminished prestige and profits. Two recent events have focused this turn against the sixties’ hijacking of the culture. The preposterous “protests” by NFL players disrespecting the flag during pregame ceremonies has angered large numbers of Americans and hit the League in the wallet. The race card that always has trumped every political or social conflict has perhaps lost its power. The spectacle of rich one-percenters recycling lies about police encounters with blacks and the endemic racism of American society has discredited the decades-long racial narrative constantly peddled by Democrats, movies, television shows, and school curricula from grade-school to university. The endless scolding of white people by blacks more privileged than the majority of human beings who ever existed has lost its credibility. The racial good will that got a polished mediocrity like Barack Obama twice elected president perhaps has been squandered in this attempt of rich people who play games to pose as perpetual victims. These supposed victims appear more interested in camouflaging their privilege than improving the lives of their so-called “brothers” and “sisters.” The second is the Harvey Weinstein scandal. A lavish donor to Democrats––praised by Hillary Clinton and the Obamas, given standing ovations at awards shows by the politically correct, slavishly courted and feted by progressive actors and entertainers, and long known to be a vicious sexual predator by these same progressive “feminists” supposedly anguished by the plight of women––perhaps will become the straw that breaks the back of progressive ideology. (…) The spectacle of a rich feminist and progressive icon like Jane Fonda whimpering about her own moral cowardice has destroyed the credibility we foolishly gave to Hollywood’s dunces and poltroons. Bruce Thornton
We disrupt the Western-prescribed nuclear family structure requirement by supporting each other as extended families and “villages” that collectively care for one another, especially our children, to the degree that mothers, parents, and children are comfortable.We foster a queer‐affirming network. When we gather, we do so with the intention of freeing ourselves from the tight grip of heteronormative thinking, or rather, the belief that all in the world are heterosexual (unless s/he or they disclose otherwise). Black Lives Matter
BLM’s « what we believe » page, calling for the destruction of the nuclear family among many other radical left wing agenda items, has been deleted » pic.twitter.com/qCZxUFMZH4 Matt Walsh
Correction: This article’s headline originally stated that People of Praise inspired ‘The Handmaid’s Tale’. The book’s author, Margaret Atwood, has never specifically mentioned the group as being the inspiration for her work. A New Yorker profile of the author from 2017 mentions a newspaper clipping as part of her research for the book of a different charismatic Catholic group, People of Hope. Newsweek regrets the error. Newsweek
Je conseille à tout le monde d’être un peu prudent quand ils passent par là, rester éveillé, garder les yeux ouverts. Leadbelly (« Scottsboro Boys », 1938)
If You’re Woke You Dig It. William Melvin Kelley (1962)
I been sleeping all my life. And now that Mr. Garvey done woke me up, I’m gon’ stay woke. And I’m gon help him wake up other black folk. Barry Beckham (1972)
I am known to stay awake A beautiful world I’m trying to find I’ve been in search of myself (…) I am in the search of something new (A beautiful world I’m trying to find) Searchin’ me Searching inside of you And that’s fo’ real What if it were no niggas Only master teachers? I stay woke. Erykah Badu (2008)
La vérité ne nécessite aucune croyance. / Restez réveillé. Regardez attentivement. / #FreePussyRiot. Erykah Badu
Wikipédia est-il  assez woke ? Bloomberg Businessweek
L’énigme est intégrée. Lorsque les Blancs aspirent à obtenir des points pour la conscience, ils marchent directement dans la ligne de mire entre l’alliance et l’appropriation. Amanda Hess
WOKE: Adjectif dérivé du verbe anglais awake (« s’éveiller »), il désigne un membre d’un groupe dominant, conscient du système oppressant les minorités et n’hésitant pas à dénoncer les discriminations en utilisant le vocabulaire intersectionnel. Marianne
Le grand réveil (Great Awakening) correspond à une vague de réveils religieux dans le Royaume de Grande-Bretagne et ses colonies américaines au milieu du XVIIIe siècle. Le terme de Great Awakening est apparu vers 1842. On le retrouve dans le titre de l’ouvrage consacré par Joseph Tracy au renouveau religieux qui débuta en Grande-Bretagne et dans ses colonies américaines dans les années 1720, progressa considérablement dans les années 1740 pour s’atténuer dans les années 1760 voire 1770. Il sera suivi de nouvelles vagues de réveil, le second grand réveil (1790-1840) et une troisième vague de réveils entre 1855 et les premières décennies du XXe siècle. Ces réveils religieux dans la tradition protestante et surtout dans le contexte américain sont compris comme une période de redynamisation de la vie religieuse. Le Great Awakening toucha des églises protestantes et des églises chrétiennes évangéliques et contribua à la formation de nouvelles Églises. Wikipedia
Woke est un terme apparu durant les années 2010 aux États-Unis, pour décrire un état d’esprit militant et combatif pour la protection des minorités et contre le racisme. Il dérive du verbe wake (réveiller), pour décrire un état d’éveil face à l’injustice. Il est dans un premier temps utilisé dans le mouvement de Black Lives Matter, avant d’être repris plus largement. Depuis la fin des années 2010, le terme Woke s’est déployé et aujourd’hui une personne « woke » se définit comme étant consciente de toutes les injustices et de toutes les formes d’inégalités, d’oppression qui pèsent sur les minorités, du racisme au sexisme en passant par les préoccupations environnementales et utilisant généralement un vocabulaire intersectionnel. Son usage répandu serait dû au mouvement Black Lives Matter. Le terme Woke est non seulement associé aux militantismes antiraciste, féministe et LGBT mais aussi à une politique de gauche dite progressiste et à certaines réflexions face aux problèmes socioculturels (les termes culture Woke et politique Woke sont également utilisés). (…) Les termes Woke et wide awake (complètement éveillé) sont apparus pour la première fois dans la culture politique et les annonces politiques lors de l’ élection présidentielle américaine de 1860 pour soutenir Abraham Lincoln. Le Parti républicain a cultivé le mouvement pour s’opposer principalement à la propagation de l’esclavage, comme décrit dans le mouvement Wide Awakes. Les dictionnaires d’Oxford enregistrent  une utilisation politiquement consciente précoce en 1962 dans l’article « If You’re Woke You Dig It » de William Melvin Kelley dans le New York Times et dans la pièce de 1971 Garvey Lives! de Barry Beckham (« I been sleeping all my life. And now that Mr. Garvey done woke me up, I’m gon’ stay woke. And I’m gon help him wake up other black folk. »). Garvey avait lui-même exhorté ses auditoires du début du XXe siècle, « Wake up Ethiopia! Wake up Africa! » (« Réveillez-vous Éthiopie! Réveillez-vous Afrique! »en français). Auparavant, Jay Saunders Redding avait enregistré un commentaire d’un employé afro-américain du syndicat United Mine Workers of America en 1940 (« Laissez-moi vous dire, mon ami. Se réveiller est beaucoup plus difficile que de dormir, mais nous resterons éveillés plus longtemps. »). Leadbelly utilise la phrase vers la fin de l’enregistrement de sa chanson de 1938 « Scottsboro Boys », tout en expliquant l’incident du même nom, en disant « Je conseille à tout le monde d’être un peu prudent quand ils passent par là, rester éveillé, garder les yeux ouverts ». La première utilisation moderne du terme « Woke » apparaît dans la chanson « Master Teacher » de l’album New Amerykah Part One (4th World War) (2008) de la chanteuse de soul Erykah Badu. Tout au long de la chanson, Badu chante la phrase: « I stay woke ». Bien que la phrase n’ait pas encore de lien avec les problèmes de justice, la chanson de Badu est créditée du lien ultérieur avec ces problèmes. To « stay woke » (Rester éveillé) dans ce sens exprime l’aspect grammatical continu et habituel intensifié de l’anglais vernaculaire afro-américain : en substance, être toujours éveillé, ou être toujours vigilant. David Stovall a dit: « Erykah l’a amené vivant dans la culture populaire. Elle veut dire ne pas être apaisée, ne pas être anesthésiée. » Le concept d’être Woke (réveillé en anglais) soutient l’idée que ce type de prise de conscience doit être acquise. Le rappeur Earl Sweatshirt se souvient d’avoir chanté « I stay woke » sur la chanson et sa mère a refusé la chanson et a répondu: « Non, tu ne l’es pas. » En 2012, les utilisateurs de Twitter, y compris Erykah Badu, ont commencé à utiliser « Woke » et « stay Woke » en relation avec des questions de justice sociale et raciale et #StayWoke est devenu un mot-dièse largement utilisé. Badu a incité ceci avec la première utilisation politiquement chargée de l’expression sur Twitter. Elle a tweeté pour soutenir le groupe de musique féministe russe Pussy Riot : « La vérité ne nécessite aucune croyance. / Restez réveillé. Regardez attentivement. / #FreePussyRiot. » Le terme Woke s’est répandu dans un usage courant dans le monde anglo-saxon par les médias sociaux et des cercles militants. Par exemple, en 2016, le titre d’un article de Bloomberg Businessweek demandait « Is Wikipedia Woke? » (« Est-ce que Wikipédia est Woke ? »), en faisant référence à la base de contributeurs largement blancs de l’encyclopédie en ligne. Enfin, le terme Woke s’est étendu à d’autres causes et d’autres usages, plus mondains. Car, en effet, tout semble maintenant ainsi « éveillé » : la 75ème cérémonie des Golden Globes, marquée par l’affaire Weinstein et la volonté d’en finir avec le harcèlement sexuel, était en partie Woke, selon le New York Times. Le magazine London Review of Books affirme même que la famille royale britannique est désormais Woke d’après les récentes fiançailles du prince Harry avec l’actrice métisse Meghan Markle, dont les positions anti-Donald Trump sont bien connues. À la fin des années 2010, le terme « Woke » avait pris pour indiquer « une paranoïa saine, en particulier sur les questions de justice raciale et politique » et a été adopté comme un terme d’argot plus générique et a fait l’objet de mèmes. Par exemple, MTV News l’a identifié comme un mot-clé d’argot adolescent pour 2016. Dans le New York Times, Amanda Hess a exprimé des inquiétudes quant au fait que le mot Woke a été culturellement approprié, écrivant: « L’énigme est intégrée. Lorsque les Blancs aspirent à obtenir des points pour la conscience, ils marchent directement dans la ligne de mire entre l’alliance et l’appropriation. Wikipedia
On ne peut comprendre la gauche si on ne comprend pas que le gauchisme est une religion. Dennis Prager
You cannot understand the Left if you do not understand that leftism is a religion. It is not God-based (some left-wing Christians’ and Jews’ claims notwithstanding), but otherwise it has every characteristic of a religion. The most blatant of those characteristics is dogma. People who believe in leftism have as many dogmas as the most fundamentalist Christian. One of them is material equality as the preeminent moral goal. Another is the villainy of corporations. The bigger the corporation, the greater the villainy. Thus, instead of the devil, the Left has Big Pharma, Big Tobacco, Big Oil, the “military-industrial complex,” and the like. Meanwhile, Big Labor, Big Trial Lawyers, and — of course — Big Government are left-wing angels. And why is that? Why, to be specific, does the Left fear big corporations but not big government? The answer is dogma — a belief system that transcends reason. No rational person can deny that big governments have caused almost all the great evils of the last century, arguably the bloodiest in history. Who killed the 20 to 30 million Soviet citizens in the Gulag Archipelago — big government or big business? Hint: There were no private businesses in the Soviet Union. Who deliberately caused 75 million Chinese to starve to death — big government or big business? Hint: See previous hint. Did Coca-Cola kill 5 million Ukrainians? Did Big Oil slaughter a quarter of the Cambodian population? Would there have been a Holocaust without the huge Nazi state? Whatever bad things big corporations have done is dwarfed by the monstrous crimes — the mass enslavement of people, the deprivation of the most basic human rights, not to mention the mass murder and torture and genocide — committed by big governments. (…) Religious Christians and Jews also have some irrational beliefs, but their irrationality is overwhelmingly confined to theological matters; and these theological irrationalities have no deleterious impact on religious Jews’ and Christians’ ability to see the world rationally and morally. Few religious Jews or Christians believe that big corporations are in any way analogous to big government in terms of evil done. And the few who do are leftists. That the Left demonizes Big Pharma, for instance, is an example of this dogmatism. America’s pharmaceutical companies have saved millions of lives, including millions of leftists’ lives. And I do not doubt that in order to increase profits they have not always played by the rules. But to demonize big pharmaceutical companies while lionizing big government, big labor unions, and big tort-law firms is to stand morality on its head. There is yet another reason to fear big government far more than big corporations. ExxonMobil has no police force, no IRS, no ability to arrest you, no ability to shut you up, and certainly no ability to kill you. ExxonMobil can’t knock on your door in the middle of the night and legally take you away. Apple Computer cannot take your money away without your consent, and it runs no prisons. The government does all of these things. Of course, the Left will respond that government also does good and that corporations and capitalists are, by their very nature, “greedy.” To which the rational response is that, of course, government also does good. But so do the vast majority of corporations, private citizens, church groups, and myriad voluntary associations. On the other hand, only big government can do anything approaching the monstrous evils of the last century. As for greed: Between hunger for money and hunger for power, the latter is incomparably more frightening. It is noteworthy that none of the twentieth century’s monsters — Lenin, Hitler, Stalin, Mao — were preoccupied with material gain. They loved power much more than money. And that is why the Left is much more frightening than the Right. It craves power.  Dennis Prager
What I found most interesting and provocative is Bottum’s thesis that although it seems that the moral core of modern American society has been entirely secularized, and religion and religious institutions play little role in shaping those views, in fact the watered-down gruel of moral views served up by elite establishment opinion (recycling, multiculturalism, and the like) is a remnant of the old collection of Protestant mainline views that dominated American society for decades or even centuries. To highlight the important sociological importance of religion in American society, Bottum uses the now-familiar metaphor of a three-legged stool in describing American society (one that I and others have used as well): a balance between constitutional democracy, free market capitalism, and a strong and vibrant web of civil society institutions where moral lessons are taught and social capital is built. In the United States, the most important civil society organizations traditionally have been family and churches. And, among the churches, by far the most important were those that Bottum deems as the “Protestant Mainline” — Episcopalian, Lutheran, Baptist (Northern), Methodist, Presbyterian, Congregationalist/United Church of Christ, etc. The data on changing membership in these churches is jaw-dropping. In 1965, for example, over half of the United States population claimed membership in one of the Protestant mainline churches. Today, by contrast, less than 10 percent of the population belongs to one of these churches. Moreover, those numbers are likely to continue to decline — the Protestant Mainline (“PM”) churches also sport the highest average age of any church group. Why does the suicide of the Protestant Mainline matter? Because for Bottum, these churches are what provided the sturdy third leg to balance politics and markets in making a good society. Indeed, Bottum sees the PM churches as the heart of American Exceptionalism — they provided the moral code of Americanism. Probity, responsibility, honesty, integrity — all the moral virtues that provided the bedrock of American society and also constrained the hydraulic and leveling tendencies of the state and market to devour spheres of private life. The collapse of this religious-moral consensus has been most pronounced among American elites, who have turned largely indifferent to formal religious belief. And in some leftist elite circles it has turned to outright hostility toward religion — Bottum reminds us of Barack Obama’s observation that rural Americans today cling to their “guns and Bibles” out of bitterness about changes in the world. Perhaps most striking is that anti-Catholic bigotry today is almost exclusively found on “the political Left, as it members rage about insidious Roman influence on the nation: the Catholic justices on the Supreme Court plotting to undo the abortion license, and the Catholic racists of the old rust belt states turning their backs on Obama to vote for Hillary Clinton in the 2008 Democratic primaries. Why is it no surprise that one of the last places in American Christianity to find good, old-fashioned anti-Catholicism is among the administrators of the dying Mainline…. They must be anti-Catholics precisely to the extent that they are also political leftists.” As the recent squabbles over compelling practicing Catholics to toe the new cultural line on same-sex marriage at the risk of losing their jobs or businesses, the political Left today is increasingly intolerant of recognizing a private sphere of belief outside of the crushing hand of political orthodoxy. Yet as Bottum notes, the traditional elite consensus has been replaced by a new spiritual orthodoxy of “morality.” The American elite (however defined) today does subscribe to a set of orthodoxies of what constitutes “proper” behavior: proper views on the environment, feminism, gay rights, etc. Thus, Bottum provocatively argues, the PM hasn’t gone away, it has simply evolved into a new form, a religion without God as it were, in which the Sierra club, universities, and Democratic Party have supplanted the Methodists and Presbyterians as the teachers of proper values. (…) Bottum points to the key moment as the emergence of the Social Gospel movement in the early 20th Century. Led by Walter Rauschenbusch, the Social Gospel movement reached beyond the traditional view that Christianity spoke to personal failings such as sin, but instead reached “the social sin of all mankind, to which all who ever lived have contributed, and under which all who ever lived have suffered.” As Bottum summarizes it, Rauschenbusch identified six social sins: “bigotry, the arrogance of power, the corruption of justice for personal ends, the madness [and groupthink] of the mob, militarism, and class contempt.” As religious belief moved from the pulpit and pew to the voting booth and activism, the role of Jesus and any religious belief became increasingly attenuated. And eventually, Bottum suggests, the political agenda itself came to overwhelm the increasingly irrelevant religious beliefs that initially supported it. Indeed, to again consider contemporary debates, what matters most is outward conformity to orthodox opinion, not persuasion and inward acceptance of a set of particular views–as best illustrated by the lynch mobs that attacked Brendan Eich for his political donations (his outward behavior) and to compel conformity of behavior among wedding cake bakers and the like, all of which bears little relation to (and in fact is likely counterproductive) to changing personal belief. (Of course, that too is an unstable equilibrium–in the future it won’t be sufficient to not merely not be politically opposed to same-sex marriage, it will be a litmus test to be affirmatively in favor of it.). Thus, while the modern elite appears to be largely non-religious, Bottum argues that they are the subconscious heirs to the old Protestant Mainline, but are merely Post-Protestant — the same demographic group of people holding more or less the same views and fighting the same battles as the advocates of the social gospel. In the second part of the book, Bottum turns to his second theme — the effort beginning around 2000 of Catholics and Evangelical Christians to form an alliance to create a new moral consensus to replace the void left by the collapse Protestant Mainline churches. Oversimplified, Bottum’s basic point is that this was an effort to marry the zeal and energy of Evangelical churches to the long, well-developed natural law theory of Catholicism, including Catholic social teaching. Again oversimplified, Bottum’s argument is that this effort was doomed on both sides of the equation–first, Catholicism is simply too dense and “foreign” to ever be a majoritarian church in the United States; and second, because evangelical Christianity itself has lost much of its vibrant nature. Bottum notes, which I hadn’t realized, that after years of rapid growth, evangelical Christianity appears to be in some decline in membership. Thus, the religious void remains. The obvious question with which one is left is if Bottum is correct that religious institutions uphold the third leg of the American stool, and if (as he claims) religion is the key to American exceptionalism, can America survive without a continued vibrant religious tradition? (…) Campus protests today, for example, often seem to be sort of a form of performance art, where the gestures of protest and being seen to “care” are ends in themselves, as often the protests themselves have goals that are somewhat incoherent (compared to, say, protests against the Vietnam War). Bottum describes this as a sort of spirtual angst, a vague discomfort with the way things are and an even vaguer desire for change. On this point I wonder whether he is being too generous to their motives. (…) But there is one thesis that he doesn’t consider that I think contributes much of the explanation of the decline of the importance of the Protestant Mainline, which is the thesis developed by Shelby Steele is his great book “White Guilt.” I think Steele’s argument provides the key to unlocking not only the decline of the Protestant Mainline but also the timing, and why the decline of the Protestant Mainline has been so much more precipitous than Evangelicals and Catholics, as well as why anti-Evangelical and anti-Catholic bigotry is so socially acceptable among liberal elites. Steele’s thesis, oversimplified, is that the elite institutions of American society for many years were complicit in a system that perpetrated injustices on many Americans. The government, large corporations, major universities, white-show law firms, fraternal organizations, etc.–the military being somewhat of an exception to this–all conspired explicitly or tacitly in a social system that supported first slavery then racial discrimination, inequality toward women, anti-Semitism, and other real injustices. Moreover, all of this came to a head in the 1960s, when these long-held and legitimate grievances bubbled to the surface and were finally recognized and acknowledged by those who ran these elite institutions and efforts were taken to remediate their harms. This complicity in America’s evils, Steele argues, discredited the moral authority of these institutions, leaving not only a vacuum at the heart of American society but an ongoing effort at their redemption. But, Steele argues, this is where things have become somewhat perverse. It wasn’t enough for, say, Coca-Cola to actually take steps to remediate its past sins, it was crucial for Coca-Cola to show that it was acknowledging its guilty legacy and, in particular, to demonstrate that it was now truly enlightened. But how to do that? Steele argues that this is the pivotal role played by hustlers like Jesse Jackson and Al Sharpton — they can sell the indulgences to corporations, universities, and the other guilty institutions to allow them to demonstrate that they “understand” and accept their guilt and through bowing to Jackson’s demands, Jackson can give them a clean bill of moral health. Thus, Steele says that what is really going on is an effort by the leaders of these institutions to “dissociate” themselves from their troubled past and peer institutions today that lack the same degree of enlightenment. Moreover, it is crucially important that the Jackson’s of the world set the terms–indeed, the more absurd and ridiculous the penance the better from this perspective, because more ridiculous penances make it easier to demonstrate your acceptance of your guilt. One set of institutions that Steele does not address, but which fits perfectly into his thesis, is the Protestant Mainline churches that Bottum is describing. It is precisely because the Protestant Mainline churches were the moral backbone of American society that they were in need of the same sort of moral redemption that universities, corporations, and the government. Indeed, because of their claim to be the moral exemplar, their complicity in real injustice was especially bad. Much of the goofiness of the Mainline Protestant churches over the past couple of decades can be well-understood, I think, through this lens of efforts to dissociate themselves from their legacy and other less-enlightened churches. In short, it seems that often their religious dogma is reverse-engineered–they start from wanting to make sure that they hold the correct cutting-edge political and social views, then they retrofit a thin veil of religious belief over those social and political opinions. Such that their religious beliefs today, as far as one ever hears about them at all, differ little from the views of The New York Times editorial page. This also explains why Catholics and Evangelicals are so maddening, and threatening, to the modern elites. Unlike the Protestant Mainline churches that were the moral voice of the American establishment, Catholicism and Evangelicals have always been outsiders to the American establishment. Thus they bear none of the guilt of having supported unjust political and social systems and refuse to act like they do. They have no reason to kowtow to elite opinion and, indeed, are often quite populist in their worldview (consider the respect that Justices Scalia or Thomas have for the moral judgments of ordinary Americans on issues like abortion or same-sex marriage vs. the views of elites). Given the sorry record of American elites for decades, there is actually a dividing line between two world views. Modern elites believe that the entire American society was to blame, thus we all share guilt and must all seek forgiveness through affirmative action, compulsory sensitivity training, and recycling mandates. Others, notably Catholics and Evangelicals, refuse to accept blame for a social system that they played no role in creating or maintaining and which, in fact, they were excluded themselves. To some extent, therefore, I think that the often-remarked political fault line in American society along religious lines (which Bottum discusses extensively), is as much cultural and historical (in Steele’s sense) as disagreements over religion per se. At the same time, the decline of its moral authority hit the Protestant Mainline churches harder than well-entrenched universities, corporations, or the government, in part because the embrace of the Social Gospel had laid the foundations for their own obsolescence years before. This also explains why if a religious revival is to occur, it would come from the alliance of Catholics and Evangelicals that he describes in the second half of the book. Mainline Protestantism seems to simply lack the moral authority to revive itself and has essentially made itself obsolete. There appears to be little market for religions without God.
In the end, Bottum leaves us with no answer to his central question–can America, which for so long relied on the Protestant Mainline churches to provide a moral and institutional third leg to the country, survive without it. Can the thin gruel of the post-Protestant New York Times elite consensus provide the moral glue that used to hold the country together? Perhaps, or perhaps not — that is the question we are left with after reading Bottum’s fascinating book. Finally, (…) I wanted to call attention to Jody’s new essay at the Weekly Standard “The Spiritual Shape of Political Ideas” that touches on many of the themes of the book and develops them in light of ongoing controversies, especially on the parallels between the new moral consensus and traditional religious thinking (and, in fact, his comments on “original sin” strike me as similar to the points about Shelby Steele that I raised above).
Todd Zywicki
I was simply going to take up the fact that America was in essence a Protestant nation from its founding, from the arrival of the Puritans—and well, it’s a little more sophisticated than that, really from William and Mary on this was a Protestant country—and that we needed to sort of describe what Tocqueville called the main current of that. Now mainline is a word from much later, from the 1930s, but there always was a kind of main current of a general Protestantism. And I wanted to look at its political consequences and cultural consequences. However much the rival Protestant denominations feuded with one another, disagreed with one another, I thought they gave a tone to the nation. And one of the things that they did particularly from the Civil War on was constrain social and political demons. They corralled them. They gave a shape to America, which was the marriage culture, the shape of funerals, life and death, birth, the family. They gave a shape to the cultural and sociological condition of America. And it struck me at the time, so I followed up that essay on the death of Protestant America with a whole book. And then subsequently applying it to the political situation that I saw emerging then in a big cover story for The Weekly Standard, called “The Spiritual Shape of Political Ideas.” And in that kind of threefold push, I thought, “No one that I know is taking seriously the massive sociological change, perhaps the biggest in American history.” From 1965 when the Protestant churches, the mainline churches, by which I mean the founding churches in the National Council of Churches and the God box up on Riverside Drive—those churches, and their affiliated black churches, constituted or had membership that was just over fifty percent of America, as late as 1965. Today that number is well under 10 percent and that’s a huge sociological change that nobody to me seems to be paying sufficient attention to. (…) in (…) mainstream sociological discussions of America that just was not appearing as anything significant, and I thought it was profoundly significant and that the attempt of some of our neoconservative Catholic friends—and I was in the belly of that beast in those days—to substitute Catholicism for the failed American cultural pillar of the mainline Protestant churches—that project, interesting as it was, failed, and that consequently, I predicted, we were going to see ever-larger sociological and cultural and political upset. Because there was no turning these demons of the human condition into an understanding of their personal application. Instead they just became cultural. And I trace this move, perhaps unfairly, but I traced it to Rauschenbusch. And said when you say that it’s not individual sin, it’s social sin. And he lists six of them and they are exactly what the protestors are out in the street against right now. It’s what he called bigotry, which we used the word racism for, its militarism, its authoritarianism, and he names these six social sins and they are exactly the ones that the protesters are out against. But I said the trouble with Rauschenbusch, who was a believer—I think he was a serious Christian and profoundly biblically educated so that his speech was just ripe with biblical quotations—the problem with him is the subsequent generations don’t need the church anymore. They don’t need Jesus anymore. He thinks of Jesus—in the metaphor I use—for the social gospel movement as it developed into just the social movement. Christ is the ladder by which we climb to the new ledge of understanding, but once we’re on that ledge, we don’t need the ladder anymore. The logic of it is quite clear. We’ve reached this new height of moral and ethical understanding. Yes, thank you, Jesus Christ and the revelations taught it to us, but we’re there now. What need have we for a personal relationship with Jesus, what we need have we for a church? Having achieved this sentiment that knows that sin is these social constructs of destructiveness and our anxiety, the spiritual anxiety that human beings always feel, just by being human, is here answered. How do you know that you are saved today? You know that you are saved because you have the right attitude toward social sins. That’s how you know. Now they wouldn’t say saved; they would say, “How do you know you’re a good person?” But that’s just the logic. The logical pattern is the same. And I develop that in the essay, “The Spiritual Shape of Political Ideas” by analyzing as tightly as I could the way in which white guilt is original sin. It’s original sin divorced from the theology that let it make sense. But the pattern of internal logic is exactly the same. It produces the same need to find salvation. It produces the same need to know that you are good by knowing that you are bad. It produces the same logic by which Paul would say, “Before the law there was no sin.” It has all of the same patterns of reason, except as you pointed out in your introduction, there’s no atonement. It’s as though (…) we’re living in St. Augustine’s metaphysics, but with all the Christ stuff stripped out. It’s a dark world; it’s a grim world. We’re inherently guilty and there’s no salvation. There’s no escape from it. Except for the destruction of all. Which is why I then moved in that essay to talk about shunning in its modern forms, again divorced from the structures that once made it make sense, and apocalypse. The sense that we’re living at the end of the world and things are so terrible and so destructive that all the ordinary niceties of manners, of balancing judgment and so on, those are—if someone says, “We are destroying the planet and we’re all going to die unless you do what I want,” if I say, “Well we need to hear other voices,” they say, “That’s complicity with evil.” Right? The end of the world is coming; this is this apocalyptic imagination. Now all of that I think was once upon a time in America—and I’m speaking only politically and sociologically—all of that was corralled, or much of it was corralled in the churches. You were taught a frame to understand your dissatisfactions with the world. You were taught a frame to understand the horror, the metaphysical horror that is the fact (…) that you and I are going to die. You were taught this frame that made it bearable and made it possible to move somewhere with it. With the breaking of that, these demons are let loose and now they’re out there. I’ve often said (…) that the history of America since World War II is a history of a fourth Great Awakening that never quite happened. In a sense what I’ve seen for some years building and is now taking to the streets once again is the fourth Great Awakening except without the Christianity. I see in other words what’s happening out there as spiritual anxiety. But spiritual anxiety occurring in a world in which these people have no answer. They just have outrage. And it’s an escalating outrage. This is where the single most influential thinker in my thought—a modern thinker—is Rene Girard, and Rene Girard’s idea of the escalation of mimetic rivalry. The ways in which we get ever purer and we seek ever more tiny examples of evil that we can scapegoat and we enter into competition, this rivalry, to see who is more pure. This is exactly the motor, the Girardian motor, on which my idea of the spiritual anxiety runs. And so, statues of George Washington are coming down now. And once upon a time, in the generation that I grew up in, and the generation that you grew up in, George Washington was—there were things bad things to say about him—but this was tantamount to saying America was a mistake. And of course these people think America was a mistake, because they think the whole history of the world is a mistake. There’s this outrage. And the outrage I think is spiritual. And that’s why it doesn’t get answered when voices of calm reason say, “Well, let’s consider all sides. Yes, there were mistakes that were made and evils that were done, but let’s try to fix them.” Spiritual anxiety doesn’t get answered by, “Oh well, let’s fix something.” It gets answered by the flame. It gets answered by the looting. It gets answered by the tearing down. (…) But creation appears to us in concrete guises, and the concrete guise right now is America. So, this is why you’ll get praise of ancient civilizations. Or you get the historical insanity of a US senator standing up on the well of the Senate and saying America invented slavery, that there was no slavery before the United States. That’s historically insane, but it’s not unlearned because we’ve passed beyond ignorance here. There’s something willful about it. And that’s what’s extraordinary, I think. And yeah, I’m glad you look back to my 10-year-old book now because I think I did predict some of this, although obviously not in its particulars. But there was a warning there that the collapse of the mainline Protestant churches was going to introduce a demonic element into American life. And lo and behold, it has. (…) there are multiple questions there (…). Why Catholicism failed, why the evangelicals and Catholics together failed. So Catholicism by itself failed. The evangelicals and Catholics together project failed to provide this moral pillar to American discourse. And then there are a variety of reasons for that, beginning with the fact that Catholicism is an alien religion, alien to America. Jews and Catholics were more or less welcome to live here, but we understood that we lived on the banks of a great Mississippi of Protestantism that poured down the center of this country. But the question of why it failed is one thing. The question of why the mainline Protestant churches failed is yet another part of your question. And although I list several examples that people have offered, I don’t make a decision about that in part because I am a Catholic. I have a suspicion that Protestantism with a higher sense of personal salvation, but a less thick metaphysics, was more susceptible to the line of the social gospel movement. But I don’t know that for certain so in the book I’m merely presenting these possibilities. And then evangelicalism, Catholicism, was under attack for wounds, some of which it committed itself. Evangelicalism is in decline in America. The statistics show that this period when it seemed to be going from strength to strength may have been fueled most of all by the death of the mainline churches. They were just picking up those members. Instead of going to the Methodist Church, they were going to the Bible church out on the prairie. But regardless, that Christian discourse, that slightly secularized Christian discourse, that would allow Abraham Lincoln to make his speeches, that would provide the background to political rhetoric and so on, that’s all gone. And as a consequence, it seems to me we don’t have a shared culture and that’s part of what allows these protests. But also I think (…) a culture that no longer believes in itself, that no longer has horizons, and targets, and goals, that no longer has even the vaguest sense of a telos towards which we ought to move, a culture like that, if we look at it, we no longer have a measure of progress. We can’t say what an advance is along the way. All we can do is look at our history and see it as a catalog of crimes that we perpetrated in order to reach this point that we’re at. And we can’t see the good that came out of it. Because we don’t know what the good is, we don’t know what the telos is, the target, so we have no measure for that. So, we can’t celebrate the Civil War victory that ended slavery. All we can do is condemn slavery. We can’t celebrate the victory over the Nazis. We have to end World War II; all we can do is decry militarism and the crimes we committed to win that war, like the firebombing of Dresden, or  Hiroshima. And I think that that reasoning is quite exact because the young people that I hear speak—now I haven’t spent as much time on this as I perhaps should have, following the ins and outs of every protestor alive today—but what I’ve heard suggests that they condemn America to the core—the whole of America, of American history. There is nothing good about this nation. And there it seems to me the reasoning is quite exact. Unable to see a point to America, unable to see a goal. They are quite right that all they can see are the crimes. Whereas you and I are capable of saying, yes slavery was a great sin, and we got over it, and then the post-reconstruction settlement of Jim Crow was a great sin, but we got over it, and we still are committing sins to this day but the optimism of America is that we’ll get over it, we will find solutions to these because we feel that we are a city on a hill. We feel that we are heading somewhere. The telos may be vague, maybe inchoate, but its pull is real for people like you and me, Mark. These young people—who, I think partly because they’ve been systematically miss-educated—don’t have any feeling for that at all. And because they don’t, I think they are actually being quite rational in saying America is just evil, it’s a history of sin. (…) I think it’ll pass. These things pass. There are various rages that take to the streets, but they are to some degree victims of their own energy. They burn out, and I think this one will burn out. The thing that we are not seeing now—in fact we’re seeing the opposite—is someone standing up to them. The New York Times firing of its op-ed page editor over publication of an op-ed from a sitting US senator is really quite extraordinary if we think about it. But I don’t believe institutions can survive if they pander in this way. And I think eventually we’ll get one standing up. I haven’t heard yet from the publisher of J.K. Rowling, the Harry Potter author, who the staff of her publishing house has declared themselves unwilling to work at a publisher that would publish a woman with such reprobate views of transgenderism. If the publisher doesn’t stand up to her, I think we may be in for another year of this. But I have a feeling she sells so well, that I don’t believe the publisher is going to give in. And if we have one person saying “That’s interesting, but if you can’t work here, you can’t work here, goodbye.” The first time we see that and they survived the subsequent Twitter outrage, I think we’ll see an end to the current cancel culture, which is of course the most insidious of the general social—the burning and the breaking of statues is physical, but the most destructive cultural thing right now is the cancel culture that gets people fired and their relatives fired and the rest of it. I think that has to end and I imagine it will, the first time somebody stands up to them and survives. Joseph Bottum
Quand j’ai écrit mon livre, je suis retourné à Max Weber et à Alexis de Tocqueville, car tous deux avaient identifié l’importance fondamentale de l’anxiété spirituelle que nous éprouvons tous. Il me semble qu’à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, nous avons oublié la centralité de cette anxiété, de ces démons ou anges spirituels qui nous habitent. Ils nous gouvernent de manière profondément dangereuse. Norman Mailer a dit un jour que toute la sociologie américaine avait été un effort désespéré pour essayer de dire quelque chose sur l’Amérique que Tocqueville n’avait pas dit! C’est vrai! Tocqueville avait saisi l’importance du fait religieux et de la panoplie des Églises protestantes qui ont défini la nation américaine. Il a montré que malgré leur nombre innombrable et leurs querelles, elles étaient parvenues à s’unir pour être ce qu’il appelait joliment «le courant central des manières et de la morale». Quelles que soient les empoignades entre anglicans épiscopaliens et congrégationalistes, entre congrégationalistes et presbytériens, entre presbytériens et baptistes, les protestants se sont combinés pour donner une forme à nos vies: celle des mariages, des baptêmes et des funérailles ; des familles, et même de la politique, en cela même que le protestantisme ne cesse d’affirmer qu’il y a quelque chose de plus important que la politique. Ce modèle a perduré jusqu’au milieu des années 1960. (…) Pour moi, c’est avant tout le mouvement de l’Évangile social qui a gagné les Églises protestantes, qui est à la racine de l’effondrement. Dans mon livre, je consacre deux chapitres à Walter Rauschenbusch, la figure clé. Mais il faut comprendre que le déclin des Églises européennes a aussi joué. L’une des sources d’autorité des Églises américaines venait de l’influence de théologiens européens éminents comme Wolfhart Pannenberg ou l’ancien premier ministre néerlandais Abraham Kuyper, esprit d’une grande profondeur qui venait souvent à Princeton donner des conférences devant des milliers de participants! Mais ils n’ont pas été remplacés. Le résultat de tout cela, c’est que l’Église protestante américaine a connu un déclin catastrophique. En 1965, 50 % des Américains appartenaient à l’une des 8 Églises protestantes dominantes. Aujourd’hui, ce chiffre s’établit à 4 %! Cet effondrement est le changement sociologique le plus fondamental des 50 dernières années, mais personne n’en parle. Une partie de ces protestants ont migré vers les Églises chrétiennes évangéliques, qui dans les années 1970, sous Jimmy Carter, ont émergé comme force politique. On a vu également un nombre surprenant de conversions au catholicisme, surtout chez les intellectuels. Mais la majorité sont devenus ce que j’appelle dans mon livre des «post-protestants», ce qui nous amène au décryptage des événements d’aujourd’hui. Ces post-protestants se sont approprié une série de thèmes empruntés à l’Évangile social de Walter Rauschenbusch. Quand vous reprenez les péchés sociaux qu’il faut selon lui rejeter pour accéder à une forme de rédemption – l’intolérance, le pouvoir, le militarisme, l’oppression de classe… vous retrouvez exactement les thèmes que brandissent les gens qui mettent aujourd’hui le feu à Portland et d’autres villes. Ce sont les post-protestants. Ils se sont juste débarrassés de Dieu! Quand je dis à mes étudiants qu’ils sont les héritiers de leurs grands-parents protestants, ils sont offensés. Mais ils ont exactement la même approche moralisatrice et le même sens exacerbé de leur importance, la même condescendance et le même sentiment de supériorité exaspérante et ridicule, que les protestants exprimaient notamment vis-à-vis des catholiques. (…) Mais ils ne le savent pas. En fait, l’état de l’Amérique a été toujours lié à l’état de la religion protestante. Les catholiques se sont fait une place mais le protestantisme a été le Mississippi qui a arrosé le pays. Et c’est toujours le cas! C’est juste que nous avons maintenant une Église du Christ sans le Christ. Cela veut dire qu’il n’y a pas de pardon possible. Dans la religion chrétienne, le péché originel est l’idée que vous êtes né coupable, que l’humanité hérite d’une tache qui corrompt nos désirs et nos actions. Mais le Christ paie les dettes du péché originel, nous en libérant. Si vous enlevez le Christ du tableau en revanche, vous obtenez… la culpabilité blanche et le racisme systémique. Bien sûr, les jeunes radicaux n’utilisent pas le mot «péché originel». Mais ils utilisent exactement les termes qui s’y appliquent. (…) Ils parlent d’«une tache reçue en héritage» qui «infecte votre esprit». C’est une idée très dangereuse, que les Églises canalisaient autrefois. Mais aujourd’hui que cette idée s’est échappée de l’Église, elle a gagné la rue et vous avez des meutes de post-protestants qui parcourent Washington DC, en s’en prenant à des gens dans des restaurants pour exiger d’eux qu’ils lèvent le poing. Leur conviction que l’Amérique est intrinsèquement corrompue par l’esclavage et n’a réalisé que le Mal, n’est pas enracinée dans des faits que l’on pourrait discuter, elle relève de la croyance religieuse. On exclut ceux qui ne se soumettent pas. On dérive vers une vision apocalyptique du monde qui n’est plus équilibrée par rien d’autre. Cela peut donner la pire forme d’environnementalisme, par exemple, parce que toutes les autres dimensions sont disqualifiées au nom de «la fin du monde». C’est l’idée chrétienne de l’apocalypse, mais dégagée du christianisme. Il y a des douzaines d’exemples de religiosité visibles dans le comportement des protestataires: ils s’allongent par terre face au sol et gémissent, comme des prêtres que l’on consacre dans l’Église catholique. Ils ont organisé une cérémonie à Portland durant laquelle ils ont lavé les pieds de personnes noires pour montrer leur repentir pour la culpabilité blanche. Ils s’agenouillent. Tout cela sans savoir que c’est religieux! C’est religieux parce que l’humanité est religieuse. Il y a une faim spirituelle à l’intérieur de nous, qui se manifeste de différentes manières, y compris la violence! Ces gens veulent un monde qui ait un sens, et ils ne l’ont pas. (…) Le marxisme est une religion par analogie. Certes, il porte cette idée d’une nouvelle naissance. Certaines personnes voulaient des certitudes et ne les trouvant plus dans leurs Églises, ils sont allés vers le marxisme. Mais en Amérique, c’est différent, car tout est centré sur le protestantisme. Dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber, avec génie et insolence, prend Marx et le met cul par-dessus tête. Marx avait dit que le protestantisme avait émergé à la faveur de changements économiques. Weber dit l’inverse. Ce n’est pas l’économie qui a transformé la religion, c’est la religion qui a transformé l’économie. Le protestantisme nous a donné le capitalisme, pas l’inverse! Parce que les puritains devaient épargner de l’argent pour assurer leur salut. Le ressort principal n’était pas l’économie mais la faim spirituelle, ce sentiment beaucoup plus profond, selon Weber. Une faim spirituelle a mené les gens vers le marxisme, et c’est la même faim spirituelle qui fait qu’ils sont dans les rues d’Amérique aujourd’hui. (…) Je n’ai pas voté pour Trump. Bien que conservateur, je fais partie des «Never Trumpers». Mais je vois potentiellement une guerre civile à feu doux éclater si Trump gagne cette élection! Car les parties sont polarisées sur le plan spirituel. Si Trump gagne, pour les gens qui sont dans la rue, ce ne sera pas le triomphe des républicains, mais celui du mal. Rauschenbusch, dans son Évangile, dit que nous devons accomplir la rédemption de notre personnalité. Ces gens-là veulent être sûrs d’être de «bonnes personnes». Ils savent qu’ils sont de bonnes personnes s’ils sont opposés au racisme. Ils pensent être de bonnes personnes parce qu’ils sont opposés à la destruction de l’environnement. Ils veulent avoir la bonne «attitude», c’est la raison pour laquelle ceux qui n’ont pas la bonne attitude sont expulsés de leurs universités ou de leur travail pour des raisons dérisoires. Avant, on était exclu de l’Église, aujourd’hui, on est exclu de la vie publique… C’est pour cela que les gens qui soutiennent Trump, sont vus comme des «déplorables», comme disait Hillary Clinton, c’est-à-dire des gens qui ne peuvent être rachetés. Ils ont leur bible et leur fusil et ne suivent pas les commandements de la justice sociale. (…) Avant même que Trump ne surgisse, avec Sarah Palin, et même sous Reagan, on a vu émerger à droite le sentiment que tout ce que faisaient les républicains pour l’Amérique traditionnelle, c’était ralentir sa disparition. Il y avait une immense exaspération car toute cette Amérique avait le sentiment que son mode de vie était fondamentalement menacé par les démocrates. Reagan est arrivé et a dit: «Je vais m’y opposer». Et voilà que Trump arrive et dit à son tour qu’il va dire non à tout ça. Je déteste le fait que Trump occupe cet espace, parce qu’il est vulgaire et insupportable. Mais il est vrai que tous ceux qui s’étaient sentis marginalisés ont voté pour Trump parce qu’il s’est mis en travers de la route. C’est d’ailleurs ce que leur dit Trump: «Ils n’en ont pas après moi, mais après vous.» Il faut comprendre que l’idéologie «woke» de la justice sociale a pénétré les institutions américaines à un point incroyable. Je n’imagine pas qu’un professeur ayant une chaire à la Sorbonne soit forcé d’assister à des classes obligatoires organisées pour le corps professoral sur leur «culpabilité blanche», et enseignées par des gens qui viennent à peine de finir le collège. Mais c’est la réalité des universités américaines. Un sondage récent a montré que la majorité des professeurs d’université ne disent rien. Ils abandonnent plutôt toute mention de tout sujet controversé. Pourtant, des études ont montré que la foule des vigies de Twitter qui obtient la tête des professeurs excommuniés, remplirait à peine la moitié d’un terrain de football universitaire! Il y a un manque de courage. (…) La France a fait beaucoup de choses bonnes et glorieuses pour faire avancer la civilisation, mais elle a fait du mal. Si on croit au projet historique français, on peut démêler le bien du mal. Mais mes étudiants, et tous ces post-protestants dont je vous parle, sont absolument convaincus que tous les gens qui ont précédé, étaient stupides et sans doute maléfiques. Ils ne croient plus au projet historique américain. Ils sont contre les «affinités électives» qui, selon Weber, nous ont donné la modernité: la science, le capitalisme, l’État-nation. Si la théorie de la physique de Newton, Principia, est un manuel de viol, comme l’a dit une universitaire féministe, si sa physique est l’invention d’un moyen de violer le monde, cela veut dire que la science est mauvaise. Si vous êtes soupçonneux de la science, du capitalisme, du protestantisme, si vous rejetez tous les moteurs de la modernité la seule chose qui reste, ce sont les péchés qui nous ont menés là où nous sommes. Pour sûr, nous en avons commis. Mais si on ne voit pas que ça, il n’y a plus d’échappatoire, plus de projet. Ce qui passe aujourd’hui est différent de 1968 en France, quand la remise en cause a finalement été absorbée dans quelque chose de plus large. Le mouvement actuel ne peut être absorbé car il vise à défaire les États-Unis dans ses fondements: l’État-nation, le capitalisme et la religion protestante. Mais comme les États-Unis n’ont pas d’histoire prémoderne, nous ne pouvons absorber un mouvement vraiment antimoderne. (…) Il y a une phrase de Heidegger qui dit que «seulement un Dieu pourrait nous sauver»! On a le sentiment qu’on est aux prémices d’une apocalypse, d’une guerre civile, d’une grande destruction de la modernité. Est-ce à cause de la trahison des clercs? Pour moi, l’incapacité des vieux libéraux à faire rempart contre les jeunes radicaux, est aujourd’hui le grand danger. Quand j’ai vu que de jeunes journalistes du New York Times avaient menacé de partir, parce qu’un responsable éditorial avait publié une tribune d’un sénateur américain qui leur déplaisait, j’ai été stupéfait. Je suis assez vieux pour savoir que dans le passé, la direction aurait immédiatement dit à ces jeunes journalistes de prendre la porte s’ils n’étaient pas contents. Mais ce qui s’est passé, c’est que le rédacteur en chef a été limogé. Joseph Bottum

C’est ce qui reste du christianisme quand on a tout oublié, imbécile !

Racisme d’état, racisé, cisgenre/cishet, blantriarcat, privilège blanc, appropriation culturelle, larmes blanches, larmes males, biais de confirmation, woke…

A l’heure où après des mois d’émeutes et de casse et l’inévitable retour de bâton et remontée de leur Trump honni dans les sondages …

Les nouveaux protestants de Black lives matter en sont, signe des temps, à effacer leur profession de foi sur leur site …

Mais où leur vocabulaire semble en train d’entrer dans la langue courante …

Tandis que, de la part des médias dits sérieux, tout est bon pour discréditer le catholicisme de la candidate du président Tump pour remplacer une juge de la Cour suprême récemment décédée …

Comment ne pas voir …

Avec le spécialiste du phénomène religieux en politique et girardien Joseph Bottum

Entre iconoclasme, génuflexions, auto-flagellations, lavements des pieds, liturgie, procession, croisades, inquisition, textes sacrés, tabous, catéchisme, dogmatisme, moralisme, excommunications, saints, martyrs…

La dimension proprement religieuse de, pour reprendre le mot attribué à Bebel pour l’antisémitisme en ces temps de décérébration universitaire, cette sorte de « christianisme des imbéciles » …

Suite au fait sociologique central mais sous-estimé des 50 dernières années …

De l’effondrement, à partir du milieu des années 1960, du modèle et socle commun fait de mariages, baptêmes, funérailles, familles et politique, que leur avaient légué les églises protestantes américaines …

Et son remplacement, à partir du mouvement de l’Évangile social d’un Walter Rauschenbusch, par une sorte de version sécularisée que n’ont que compensé partiellement les églises évangéliques et catholique…

Avec ses péchés sociaux à rejeter pour accéder à la rédemption que seraient l’intolérance, le pouvoir, le militarisme, l’oppression de classe…

Sauf que derrière ce « Mississippi protestant qui avait arrosé le pays’, c’est en fait de Dieu qu’ils se sont  débarrassés …

Via la sanctification de l’ultime victime du péché originel de l’esclavage, à savoir les noirs …

D’où leur reprise – ô combien transparente et significative – du terme d’argot noir « woke » …

Pour apporter à l’Amérique et au monde une sorte de quatrième Grand Réveil comme l’Amérique les multiplie depuis le milieu du 19e siècle …

Sauf que derrière cette nouvelle église du Christ sans le Christ, il n’y a plus de pardon possible …

Que l’indécrottable péché originel, derrière l’impardonnable privilège blanc, de la culpabilité blanche et du racisme systémique…

Et in fine, libérée du cadre des églises qui avaient autrefois canalisé cette sainte colère, que l’escalade, proprement mimétique, de la course à la pureté idéologique que l’on voit actuellment dans leurs rues et déjà en partie dans les nôtres …

Autrement dit, jusqu’à ce que pourrait peut-être y mettre fin la réaction de la majorité silencieuse que comme nombre de Never-Trumpers, Bottum se refuse à voir derrière la vulgarité d’un Trump …

La démolition pure et simple, entrevue déjà par Malraux comme Girard, de l’essentiel de la culture et du projet non seulement américain mais occidental …

Et donc l’ouverture, derrière cette remise en cause de toutes valeurs partagées et but commun, à la guerre civile  ?

« La passion religieuse a échappé au protestantisme et met le feu à la politique »

GRAND ENTRETIEN – Professeur à l’université du Dakota du Sud, Joseph Bottum est essayiste et spécialiste du phénomène religieux en politique. Il offre un éclairage saisissant sur les élections américaines, dont il craint qu’elles ne dégénèrent en guerre civile si Trump est réélu.
Laure Mandeville
Le Figaro
24 septembre 2020

Dans son livre An Anxious Rage, the Post-Protestant Ethic and the Spirit of America, écrit il y a six ans, il explique qu’on ne peut comprendre la fureur idéologique qui s’est emparée de l’Amérique, si on ne s’intéresse pas à la centralité du fait religieux et à l’effondrement du protestantisme, «ce Mississippi» qui a arrosé et façonné si longtemps la culture américaine et ses mœurs.

Bottum décrit la marque laissée par le protestantisme à travers l’émergence de ce qu’il appelle les «post-protestants», ces nouveaux puritains sans Dieu qui pratiquent la religion de la culture «woke» et de la justice sociale, et rejettent le projet américain dans son intégralité. Il voit à l’œuvre une entreprise de «destruction de la modernité» sur laquelle sont fondés les États-Unis.

LE FIGARO. – Dans votre livre An Anxious Age, vous revenez sur l’importance fondamentale du protestantisme pour comprendre les États-Unis et vous expliquez que son effondrement a été le fait sociologique central, mais sous-estimé, des 50 dernières années. Vous dites que ce déclin a débouché sur l’émergence d’un post-protestantisme qui est un nouveau puritanisme sans Dieu, qui explique la rage quasi-religieuse qui s’exprime dans les rues du pays. De quoi s’agit-il?

Joseph BOTTUM. –Quand j’ai écrit mon livre, je suis retourné à Max Weber et à Alexis de Tocqueville, car tous deux avaient identifié l’importance fondamentale de l’anxiété spirituelle que nous éprouvons tous. Il me semble qu’à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, nous avons oublié la centralité de cette anxiété, de ces démons ou anges spirituels qui nous habitent. Ils nous gouvernent de manière profondément dangereuse. Norman Mailer a dit un jour que toute la sociologie américaine avait été un effort désespéré pour essayer de dire quelque chose sur l’Amérique que Tocqueville n’avait pas dit! C’est vrai! Tocqueville avait saisi l’importance du fait religieux et de la panoplie des Églises protestantes qui ont défini la nation américaine. Il a montré que malgré leur nombre innombrable et leurs querelles, elles étaient parvenues à s’unir pour être ce qu’il appelait joliment «le courant central des manières et de la morale». Quelles que soient les empoignades entre anglicans épiscopaliens et congrégationalistes, entre congrégationalistes et presbytériens, entre presbytériens et baptistes, les protestants se sont combinés pour donner une forme à nos vies: celle des mariages, des baptêmes et des funérailles ; des familles, et même de la politique, en cela même que le protestantisme ne cesse d’affirmer qu’il y a quelque chose de plus important que la politique. Ce modèle a perduré jusqu’au milieu des années 1960.

Qu’est-ce qui a précipité le déclin du protestantisme? La libération des mœurs des années 1960, l’émergence de la théologie de la justice sociale?

Pour moi, c’est avant tout le mouvement de l’Évangile social qui a gagné les Églises protestantes, qui est à la racine de l’effondrement. Dans mon livre, je consacre deux chapitres à Walter Rauschenbusch, la figure clé. Mais il faut comprendre que le déclin des Églises européennes a aussi joué. L’une des sources d’autorité des Églises américaines venait de l’influence de théologiens européens éminents comme Wolfhart Pannenberg ou l’ancien premier ministre néerlandais Abraham Kuyper, esprit d’une grande profondeur qui venait souvent à Princeton donner des conférences devant des milliers de participants! Mais ils n’ont pas été remplacés. Le résultat de tout cela, c’est que l’Église protestante américaine a connu un déclin catastrophique. En 1965, 50 % des Américains appartenaient à l’une des 8 Églises protestantes dominantes. Aujourd’hui, ce chiffre s’établit à 4 %! Cet effondrement est le changement sociologique le plus fondamental des 50 dernières années, mais personne n’en parle.

Une partie de ces protestants ont migré vers les Églises chrétiennes évangéliques, qui dans les années 1970, sous Jimmy Carter, ont émergé comme force politique. On a vu également un nombre surprenant de conversions au catholicisme, surtout chez les intellectuels. Mais la majorité sont devenus ce que j’appelle dans mon livre des «post-protestants», ce qui nous amène au décryptage des événements d’aujourd’hui. Ces post-protestants se sont approprié une série de thèmes empruntés à l’Évangile social de Walter Rauschenbusch. Quand vous reprenez les péchés sociaux qu’il faut selon lui rejeter pour accéder à une forme de rédemption – l’intolérance, le pouvoir, le militarisme, l’oppression de classe… vous retrouvez exactement les thèmes que brandissent les gens qui mettent aujourd’hui le feu à Portland et d’autres villes. Ce sont les post-protestants. Ils se sont juste débarrassés de Dieu! Quand je dis à mes étudiants qu’ils sont les héritiers de leurs grands-parents protestants, ils sont offensés. Mais ils ont exactement la même approche moralisatrice et le même sens exacerbé de leur importance, la même condescendance et le même sentiment de supériorité exaspérante et ridicule, que les protestants exprimaient notamment vis-à-vis des catholiques.

La génération «woke» est une nouvelle version du puritanisme?

Absolument! Mais ils ne le savent pas. En fait, l’état de l’Amérique a été toujours lié à l’état de la religion protestante. Les catholiques se sont fait une place mais le protestantisme a été le Mississippi qui a arrosé le pays. Et c’est toujours le cas! C’est juste que nous avons maintenant une Église du Christ sans le Christ. Cela veut dire qu’il n’y a pas de pardon possible. Dans la religion chrétienne, le péché originel est l’idée que vous êtes né coupable, que l’humanité hérite d’une tache qui corrompt nos désirs et nos actions. Mais le Christ paie les dettes du péché originel, nous en libérant. Si vous enlevez le Christ du tableau en revanche, vous obtenez… la culpabilité blanche et le racisme systémique. Bien sûr, les jeunes radicaux n’utilisent pas le mot «péché originel». Mais ils utilisent exactement les termes qui s’y appliquent.

Ils parlent d’«une tache reçue en héritage» qui «infecte votre esprit». C’est une idée très dangereuse, que les Églises canalisaient autrefois. Mais aujourd’hui que cette idée s’est échappée de l’Église, elle a gagné la rue et vous avez des meutes de post-protestants qui parcourent Washington DC, en s’en prenant à des gens dans des restaurants pour exiger d’eux qu’ils lèvent le poing. Leur conviction que l’Amérique est intrinsèquement corrompue par l’esclavage et n’a réalisé que le Mal, n’est pas enracinée dans des faits que l’on pourrait discuter, elle relève de la croyance religieuse. On exclut ceux qui ne se soumettent pas. On dérive vers une vision apocalyptique du monde qui n’est plus équilibrée par rien d’autre. Cela peut donner la pire forme d’environnementalisme, par exemple, parce que toutes les autres dimensions sont disqualifiées au nom de «la fin du monde».

C’est l’idée chrétienne de l’apocalypse, mais dégagée du christianisme. Il y a des douzaines d’exemples de religiosité visibles dans le comportement des protestataires: ils s’allongent par terre face au sol et gémissent, comme des prêtres que l’on consacre dans l’Église catholique. Ils ont organisé une cérémonie à Portland durant laquelle ils ont lavé les pieds de personnes noires pour montrer leur repentir pour la culpabilité blanche. Ils s’agenouillent. Tout cela sans savoir que c’est religieux! C’est religieux parce que l’humanité est religieuse. Il y a une faim spirituelle à l’intérieur de nous, qui se manifeste de différentes manières, y compris la violence! Ces gens veulent un monde qui ait un sens, et ils ne l’ont pas.

Les post-protestants peuvent-ils être comparés aux nihilistes russes qui cherchaient aussi un sens dans la lutte révolutionnaire et le marxisme?

Oui et non. Le marxisme est une religion par analogie. Certes, il porte cette idée d’une nouvelle naissance. Certaines personnes voulaient des certitudes et ne les trouvant plus dans leurs Églises, ils sont allés vers le marxisme. Mais en Amérique, c’est différent, car tout est centré sur le protestantisme. Dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber, avec génie et insolence, prend Marx et le met cul par-dessus tête. Marx avait dit que le protestantisme avait émergé à la faveur de changements économiques. Weber dit l’inverse. Ce n’est pas l’économie qui a transformé la religion, c’est la religion qui a transformé l’économie. Le protestantisme nous a donné le capitalisme, pas l’inverse! Parce que les puritains devaient épargner de l’argent pour assurer leur salut. Le ressort principal n’était pas l’économie mais la faim spirituelle, ce sentiment beaucoup plus profond, selon Weber. Une faim spirituelle a mené les gens vers le marxisme, et c’est la même faim spirituelle qui fait qu’ils sont dans les rues d’Amérique aujourd’hui.

Une faim spirituelle a mené les gens vers le marxisme, et c’est la même faim spirituelle qui fait qu’ils sont dans les rues d’Amérique aujourd’hui.

Trump se présente comme le protecteur du projet américain, ses adversaires le diabolisent… Comment jugez-vous la tournure religieuse prise par la campagne?

Je n’ai pas voté pour Trump. Bien que conservateur, je fais partie des «Never Trumpers». Mais je vois potentiellement une guerre civile à feu doux éclater si Trump gagne cette élection! Car les parties sont polarisées sur le plan spirituel. Si Trump gagne, pour les gens qui sont dans la rue, ce ne sera pas le triomphe des républicains, mais celui du mal. Rauschenbusch, dans son Évangile, dit que nous devons accomplir la rédemption de notre personnalité. Ces gens-là veulent être sûrs d’être de «bonnes personnes». Ils savent qu’ils sont de bonnes personnes s’ils sont opposés au racisme. Ils pensent être de bonnes personnes parce qu’ils sont opposés à la destruction de l’environnement. Ils veulent avoir la bonne «attitude», c’est la raison pour laquelle ceux qui n’ont pas la bonne attitude sont expulsés de leurs universités ou de leur travail pour des raisons dérisoires. Avant, on était exclu de l’Église, aujourd’hui, on est exclu de la vie publique… C’est pour cela que les gens qui soutiennent Trump, sont vus comme des «déplorables», comme disait Hillary Clinton, c’est-à-dire des gens qui ne peuvent être rachetés. Ils ont leur bible et leur fusil et ne suivent pas les commandements de la justice sociale.

Trump a-t-il gagné en 2016 parce qu’il s’est dressé contre ce nouveau catéchisme?

Avant même que Trump ne surgisse, avec Sarah Palin, et même sous Reagan, on a vu émerger à droite le sentiment que tout ce que faisaient les républicains pour l’Amérique traditionnelle, c’était ralentir sa disparition. Il y avait une immense exaspération car toute cette Amérique avait le sentiment que son mode de vie était fondamentalement menacé par les démocrates. Reagan est arrivé et a dit: «Je vais m’y opposer». Et voilà que Trump arrive et dit à son tour qu’il va dire non à tout ça. Je déteste le fait que Trump occupe cet espace, parce qu’il est vulgaire et insupportable. Mais il est vrai que tous ceux qui s’étaient sentis marginalisés ont voté pour Trump parce qu’il s’est mis en travers de la route. C’est d’ailleurs ce que leur dit Trump: «Ils n’en ont pas après moi, mais après vous.» Il faut comprendre que l’idéologie «woke» de la justice sociale a pénétré les institutions américaines à un point incroyable. Je n’imagine pas qu’un professeur ayant une chaire à la Sorbonne soit forcé d’assister à des classes obligatoires organisées pour le corps professoral sur leur «culpabilité blanche», et enseignées par des gens qui viennent à peine de finir le collège. Mais c’est la réalité des universités américaines.

Un sondage récent a montré que la majorité des professeurs d’université ne disent rien. Ils abandonnent plutôt toute mention de tout sujet controversé. Pourtant, des études ont montré que la foule des vigies de Twitter qui obtient la tête des professeurs excommuniés, remplirait à peine la moitié d’un terrain de football universitaire! Il y a un manque de courage.

Vous dites qu’à cause de la disparition des Églises, il n’y a plus de valeurs partagées et donc plus de but commun. Cela explique-t-il la remise en cause du projet américain lui-même?

La France a fait beaucoup de choses bonnes et glorieuses pour faire avancer la civilisation, mais elle a fait du mal. Si on croit au projet historique français, on peut démêler le bien du mal. Mais mes étudiants, et tous ces post-protestants dont je vous parle, sont absolument convaincus que tous les gens qui ont précédé, étaient stupides et sans doute maléfiques. Ils ne croient plus au projet historique américain. Ils sont contre les «affinités électives» qui, selon Weber, nous ont donné la modernité: la science, le capitalisme, l’État-nation. Si la théorie de la physique de Newton, Principia, est un manuel de viol, comme l’a dit une universitaire féministe, si sa physique est l’invention d’un moyen de violer le monde, cela veut dire que la science est mauvaise. Si vous êtes soupçonneux de la science, du capitalisme, du protestantisme, si vous rejetez tous les moteurs de la modernité la seule chose qui reste, ce sont les péchés qui nous ont menés là où nous sommes. Pour sûr, nous en avons commis. Mais si on ne voit pas que ça, il n’y a plus d’échappatoire, plus de projet. Ce qui passe aujourd’hui est différent de 1968 en France, quand la remise en cause a finalement été absorbée dans quelque chose de plus large. Le mouvement actuel ne peut être absorbé car il vise à défaire les États-Unis dans ses fondements: l’État-nation, le capitalisme et la religion protestante. Mais comme les États-Unis n’ont pas d’histoire prémoderne, nous ne pouvons absorber un mouvement vraiment antimoderne.

Comment sort-on de cette impasse?

Je n’en sais rien. Il y a une phrase de Heidegger qui dit que «seulement un Dieu pourrait nous sauver»! On a le sentiment qu’on est aux prémices d’une apocalypse, d’une guerre civile, d’une grande destruction de la modernité. Est-ce à cause de la trahison des clercs? Pour moi, l’incapacité des vieux libéraux à faire rempart contre les jeunes radicaux, est aujourd’hui le grand danger. Quand j’ai vu que de jeunes journalistes du New York Times avaient menacé de partir, parce qu’un responsable éditorial avait publié une tribune d’un sénateur américain qui leur déplaisait, j’ai été stupéfait. Je suis assez vieux pour savoir que dans le passé, la direction aurait immédiatement dit à ces jeunes journalistes de prendre la porte s’ils n’étaient pas contents. Mais ce qui s’est passé, c’est que le rédacteur en chef a été limogé.

Voir aussi:

America amid Spiritual Anxiety: A Conversation with Joseph Bottum
Mark Tooley & Joseph Bottum
Providence
June 19, 2020

Here’s my interview with Jody Bottum, author of An Anxious Age: The Post-Protestant Ethic and the Spirit of America, who applies his insights about post-Protestant America to contemporary protests.

Bottum theorizes that Mainline Protestantism’s collapse left a spiritual vacuum in American culture that loosed myriad social demons. Post-Protestantism wants to wage war on social sins, but not personal sins. It identifies redemption with having politically correct opinions. And it finds sanctification in denouncing others who lack its spiritual and political insights.

Of course, the post-Protestant theory of salvation is not satisfying, which leads to despair and deconstruction. From its perspective, absent Providence and eschatology, there is no destination, which potentially leads to destruction and nihilism. Bottum warns that a society without a shared culture cannot measure progress or purpose and no longer believes in itself, causing it to see its history as a long list of crimes.

Bottum published his book six years ago, yet its message is so timely today.


Rough Transcript of the Conversation:

TOOLEY: Hello, this is Mark Tooley, president of the Institute on Religion and Democracy here in Washington, DC, and also editor of Providence, a journal of Christianity and American foreign policy. Today I have the great pleasure of conversing with Jody Bottum, whose important book, of, I believe six years ago, called An Anxious Age, has a great application to contemporary events in terms of where America is spiritually and how we’re responding to today’s protests. So, I’m going to ask Jody to expound on that topic. But it’s a great pleasure to talk with you again, Jody.

BOTTUM: Thanks for having me, Mark.

TOOLEY: Well as I mentioned, your book An Anxious Age—and I need to recall the full title of it, it was An Anxious Age: The Post Protestant Ethic and The Spirit of America, quite a mouthful and a mindful. But you address the post-Protestant culture that has become paramount in American culture which continues the habits of the old wasp elite without the core theology of course. And it seems to pertain to contemporary events, among other reasons, and that these post Protestant elites want to contend against sinful forces which in their mind are almost amorphous and impersonal. And certainly, institutional and systemic racism would have ranked among them. They went to atone for this sense of guilt, but they really have no definition of atonement, so they seem to be trapped in a cycle without any conclusion. Do you think I’m understanding your thesis correctly?

BOTTUM: Yeah… now the direction I took that was not theological, but sociological and political. Because it struck me at the time that I wrote the first essay of what would become the book, which was a political theory of the Protestant mainline. And I meant the words political theory quite deliberately—that I wasn’t going to take up the question of a Christian metaphysics and who has a better account of it, whether Protestants or Catholics. I wasn’t going to do that. I was simply going to take up the fact that America was in essence a Protestant nation from its founding, from the arrival of the Puritans—and well, it’s a little more sophisticated than that, really from William and Mary on this was a Protestant country—and that we needed to sort of describe what Tocqueville called the main current of that. Now mainline is a word from much later, from the 1930s, but there always was a kind of main current of a general Protestantism. And I wanted to look at its political consequences and cultural consequences.

However much the rival Protestant denominations feuded with one another, disagreed with one another, I thought they gave a tone to the nation. And one of the things that they did particularly from the Civil War on was constrain social and political demons. They corralled them. They gave a shape to America, which was the marriage culture, the shape of funerals, life and death, birth, the family. They gave a shape to the cultural and sociological condition of America. And it struck me at the time, so I followed up that essay on the death of Protestant America with a whole book. And then subsequently applying it to the political situation that I saw emerging then in a big cover story for The Weekly Standard, called “The Spiritual Shape of Political Ideas.”

And in that kind of threefold push, I thought, “No one that I know is taking seriously the massive sociological change, perhaps the biggest in American history.” From 1965 when the Protestant churches, the mainline churches, by which I mean the founding churches in the National Council of Churches and the God box up on Riverside Drive—those churches, and their affiliated black churches, constituted or had membership that was just over fifty percent of America, as late as 1965. Today that number is well under 10 percent and that’s a huge sociological change that nobody to me seems to be paying sufficient attention to.

Now of course for someone like you, Mark, this is old news. You’ve been following this story for decades. But in kind of mainstream sociological discussions of America that just was not appearing as anything significant, and I thought it was profoundly significant and that the attempt of some of our neoconservative Catholic friends—and I was in the belly of that beast in those days—to substitute Catholicism for the failed American cultural pillar of the mainline Protestant churches—that that project, interesting as it was, failed, and that consequently, I predicted, we were going to see ever-larger sociological and cultural and political upset. Because there was no turning these demons of the human condition into an understanding of their personal application. Instead they just became cultural.

And I trace this move, perhaps unfairly, but I traced it to Rauschenbusch. And said when you say that it’s not individual sin, it’s social sin. And he lists six of them and they are exactly what the protestors are out in the street against right now. It’s what he called bigotry, which we used the word racism for, its militarism, its authoritarianism, and he names these six social sins and they are exactly the ones that the protesters are out against.

But I said the trouble with Rauschenbusch, who was a believer—I think he was a serious Christian and profoundly biblically educated so that his speech was just ripe with biblical quotations—the problem with him is the subsequent generations don’t need the church anymore. They don’t need Jesus anymore. He thinks of Jesus—in the metaphor I use—for the social gospel movement as it developed into just the social movement. Christ is the ladder by which we climb to the new ledge of understanding, but once we’re on that ledge, we don’t need the ladder anymore.

The logic of it is quite clear. We’ve reached this new height of moral and ethical understanding. Yes, thank you, Jesus Christ and the revelations taught it to us, but we’re there now. What need have we for a personal relationship with Jesus, what we need have we for a church? Having achieved this sentiment that knows that sin is these social constructs of destructiveness and our anxiety, the spiritual anxiety that human beings always feel, just by being human, is here answered. How do you know that you are saved today? You know that you are saved because you have the right attitude toward social sins. That’s how you know. Now they wouldn’t say saved; they would say, “How do you know you’re a good person?” But that’s just the logic. The logical pattern is the same.

And I develop that in the essay, “The Spiritual Shape of Political Ideas” by analyzing as tightly as I could the way in which white guilt is original sin. It’s original sin divorced from the theology that let it make sense. But the pattern of internal logic is exactly the same. It produces the same need to find salvation. It produces the same need to know that you are good by knowing that you are bad. It produces the same logic by which Paul would say, “Before the law there was no sin.” It has all of the same patterns of reason, except as you pointed out in your introduction, there’s no atonement. It’s as though, Mark, we’re living in St. Augustine’s metaphysics, but with all the Christ stuff stripped out. It’s a dark world; it’s a grim world. We’re inherently guilty and there’s no salvation. There’s no escape from it.

Except for the destruction of all. Which is why I then moved in that essay to talk about shunning in its modern forms, again divorced from the structures that once made it make sense, and apocalypse. The sense that we’re living at the end of the world and things are so terrible and so destructive that all the ordinary niceties of manners, of balancing judgment and so on, those are—if someone says, “We are destroying the planet and we’re all going to die unless you do what I want,” if I say, “Well we need to hear other voices,” they say, “That’s complicity with evil.” Right? The end of the world is coming; this is this apocalyptic imagination.

Now all of that I think was once upon a time in America—and I’m speaking only politically and sociologically—all of that was corralled, or much of it was corralled in the churches. You were taught a frame to understand your dissatisfactions with the world. You were taught a frame to understand the horror, the metaphysical horror that is the fact, Mark, that you and I are going to die. You were taught this frame that made it bearable and made it possible to move somewhere with it. With the breaking of that, these demons are let loose and now they’re out there.

I’ve often said, Mark, that the history of America since World War II is a history of a fourth Great Awakening that never quite happened. In a sense what I’ve seen for some years building and is now taking to the streets once again is the fourth Great Awakening except without the Christianity. I see in other words what’s happening out there as spiritual anxiety. But spiritual anxiety occurring in a world in which these people have no answer. They just have outrage. And it’s an escalating outrage.

This is where the single most influential thinker in my thought—a modern thinker—is Rene Girard, and Rene Girard’s idea of the escalation of memetic rivalry. The ways in which we get ever purer and we seek ever more tiny examples of evil that we can scapegoat and we enter into competition, this rivalry, to see who is more pure. This is exactly the motor, the Girardian motor, on which my idea of the spiritual anxiety runs.

And so, statues of George Washington are coming down now. And once upon a time, in the generation that I grew up in, and the generation that you grew up in, George Washington was—there were things bad things to say about him—but this was tantamount to saying America was a mistake. And of course these people think America was a mistake, because they think the whole history of the world is a mistake. There’s this outrage. And the outrage I think is spiritual. And that’s why it doesn’t get answered when voices of calm reason say, “Well let’s consider all sides. Yes, there were mistakes that were made and evils that were done, but let’s try to fix them.” Spiritual anxiety doesn’t get answered by, “Oh well let’s fix something.” It gets answered by the flame. It gets answered by the looting. It gets answered by the tearing down.

TOOLEY: So, it’s not just America that’s the mistake or Western civilization, its creation itself that’s the mistake.

BOTTUM: I think so. But creation appears to us in concrete guises, and the concrete guise right now is America. So, this is why you’ll get praise of ancient civilizations. Or you get the historical insanity of a US senator standing up on the well of the Senate and saying America invented slavery, that there was no slavery before the United States. That’s historically insane, but it’s not unlearned because we’ve passed beyond ignorance here. There’s something willful about it. And that’s what’s extraordinary, I think.

And yeah, I’m glad you look back to my 10-year-old book now because I think I did predict some of this, although obviously not in its particulars. But there was a warning there that the collapse of the mainline Protestant churches was going to introduce a demonic element into American life. And lo and behold, it has.

TOOLEY: Now it’s interesting what you described—the collapse in the mainline churches and the social consequences—the inability of Catholicism or evangelicals to fill that social and cultural vacuum and the inability of evangelicals and Catholics, seemingly, to diagnose our current crisis in the way that you just described. Why is that do you think?

BOTTUM: Well there are multiple questions there, Mark. Why Catholicism failed, why the evangelicals and Catholics together failed. So Catholicism by itself failed. The evangelicals and Catholics together project failed to provide this moral pillar to American discourse. And then there are a variety of reasons for that, beginning with the fact that Catholicism is an alien religion, alien to America. Jews and Catholics were more or less welcome to live here, but we understood that we lived on the banks of a great Mississippi of Protestantism that poured down the center of this country.

But the question of why it failed is one thing. The question of why the mainline Protestant churches failed is yet another part of your question. And although I list several examples that people have offered, I don’t make a decision about that in part because I am a Catholic. I have a suspicion that Protestantism with a higher sense of personal salvation, but a less thick metaphysics, was more susceptible to the line of the social gospel movement. But I don’t know that for certain so in the book I’m merely presenting these possibilities.

And then evangelicalism, Catholicism, was under attack for wounds, some of which it committed itself. Evangelicalism is in decline in America. The statistics show that this period when it seemed to be going from strength to strength may have been fueled most of all by the death of the mainline churches. They were just picking up those members. Instead of going to the Methodist Church, they were going to the Bible church out on the prairie.

But regardless, that Christian discourse, that slightly secularized Christian discourse, that would allow Abraham Lincoln to make his speeches, that would provide the background to political rhetoric and so on, that’s all gone. And as a consequence, it seems to me we don’t have a shared culture and that’s part of what allows these protests. But also I think, if there’s a way to put this, a culture that no longer believes in itself, that no longer has horizons, and targets, and goals, that no longer has even the vaguest sense of a telos towards which we ought to move, a culture like that, if we look at it, we no longer have a measure of progress. We can’t say what an advance is along the way. All we can do is look at our history and see it as a catalog of crimes that we perpetrated in order to reach this point that we’re at. And we can’t see the good that came out of it. Because we don’t know what the good is, we don’t know what the telos is, the target, so we have no measure for that.

So, we can’t celebrate the Civil War victory that ended slavery. All we can do is condemn slavery. We can’t celebrate the victory over the Nazis. We have to end World War II; all we can do is decry militarism and the crimes we committed to win that war, like the firebombing of Dresden, or the Hiroshima.

And I think that that reasoning is quite exact because the young people that I hear speak—now I haven’t spent as much time on this as I perhaps should have, following the ins and outs of every protestor alive today—but what I’ve heard suggests that they condemn America to the core—the whole of America, of American history. There is nothing good about this nation. And there it seems to me the reasoning is quite exact. Unable to see a point to America, unable to see a goal. They are quite right that all they can see are the crimes. Whereas you and I are capable of saying, yes slavery was a great sin, and we got over it, and then the post-reconstruction settlement of Jim Crow was a great sin, but we got over it, and we still are committing sins to this day but the optimism of America is that we’ll get over it, we will find solutions to these because we feel that we are a city on a hill. We feel that we are heading somewhere. The telos may be vague, maybe inchoate, but its pull is real for people like you and me, Mark. These young people—who, I think partly because they’ve been systematically miss-educated—don’t have any feeling for that at all. And because they don’t, I think they are actually being quite rational in saying America is just evil, it’s a history of sin.

TOOLEY: So these protests seem to lack any sense of redemption, personal or social, and no sense of providence, there is no historical destination for them. You and I do believe in redemption and in providence, so in conclusion, what words of hope would you have in terms of surviving and coming out of the present moment?

BOTTUM: I think it’ll pass. These things pass. There are various rages that take to the streets, but they are to some degree victims of their own energy. They burn out, and I think this one will burn out. The thing that we are not seeing now—in fact we’re seeing the opposite—is someone standing up to them. The New York Times firing of its op-ed page editor over publication of an op-ed from a sitting US senator is really quite extraordinary if we think about it. But I don’t believe institutions can survive if they pander in this way. And I think eventually we’ll get one standing up. I haven’t heard yet from the publisher of J.K. Rowling, the Harry Potter author, who the staff of her publishing house has declared themselves unwilling to work at a publisher that would publish a woman with such reprobate views of transgenderism. If the publisher doesn’t stand up to her, I think we may be in for another year of this. But I have a feeling she sells so well, that I don’t believe the publisher is going to give in. And if we have one person saying “That’s interesting, but if you can’t work here, you can’t work here, goodbye.” The first time we see that and they survived the subsequent Twitter outrage, I think we’ll see an end to the current cancel culture, which is of course the most insidious of the general social—the burning and the breaking of statues is physical, but the most destructive cultural thing right now is the cancel culture that gets people fired and their relatives fired and the rest of it. I think that has to end and I imagine it will, the first time somebody stands up to them and survives.

TOOLEY: Jody Bottum, author and commentator, thank you for a fascinating conversation about our current anxious age.

BOTTUM: Thanks Mark.

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Dec. 2, 2014

I recently read Joseph Bottum’s marvelous book, “An Anxious Age: The Post-Protestant Ethic and the Spirit of America.” This is one of the most fascinating books I’ve read in some time.

Bottum will be familiar to many readers through his many essays in the Weekly Standard and elsewhere (this one is one of my favorites, which anticipates some of the ideas in this book) and his term at the helm of First Things. In fact, the prototype for “An Anxious Age” was a First Things cover story that Bottum wrote in 2008, “The Death of Protestant America: A Political Theory of the Protestant Mainline.” That article made a large impression on me when it first came out, and I was happy to learn that Bottum was planning to develop those ideas into a book.

“An Anxious Age” is probably best described as a work of religious sociology — both how society impacts religious practice (and how religious views evolve over time) as well as how religious views impact society. But it is written as an extended essay, not a data-focused academic tome, as is, for example, Charles Murray’s “Coming Apart,” to which the themes of “An Anxious Age” bear a good deal of resemblance.

The book is actually two relatively distinct essays, which bear a somewhat loose but useful connection. Part I of the book deals with the formal decline of the Protestant mainline churches as the moral center of American society, but also the continued rump effect those churches have on American society’s subconscious (if society can have a subconscious). Part II of the book addresses what Bottum characterizes as an effort — ultimately unsuccessful — by Catholics and evangelicals beginning in the mid-2000s to form a sort of alliance to try to create a new moral code and religious institutional ballast to fill the void left in American society by the decline of the Protestant mainline churches that he describes in the first part of the book. What I found most interesting and provocative is Bottum’s thesis that although it seems that the moral core of modern American society has been entirely secularized, and religion and religious institutions play little role in shaping those views, in fact the watered-down gruel of moral views served up by elite establishment opinion (recycling, multiculturalism, and the like) is a remnant of the old collection of Protestant mainline views that dominated American society for decades or even centuries.

To highlight the important sociological importance of religion in American society, Bottum uses the now-familiar metaphor of a three-legged stool in describing American society (one that I and others have used as well): a balance between constitutional democracy, free market capitalism, and a strong and vibrant web of civil society institutions where moral lessons are taught and social capital is built. In the United States, the most important civil society organizations traditionally have been family and churches. And, among the churches, by far the most important were those that Bottum deems as the “Protestant Mainline” — Episcopalian, Lutheran, Baptist (Northern), Methodist, Presbyterian, Congregationalist/United Church of Christ, etc.

The data on changing membership in these churches is jaw-dropping. In 1965, for example, over half of the United States population claimed membership in one of the Protestant mainline churches. Today, by contrast, less than 10 percent of the population belongs to one of these churches. Moreover, those numbers are likely to continue to decline — the Protestant Mainline (“PM”) churches also sport the highest average age of any church group.

Why does the suicide of the Protestant Mainline matter? Because for Bottum, these churches are what provided the sturdy third leg to balance politics and markets in making a good society. Indeed, Bottum sees the PM churches as the heart of American Exceptionalism — they provided the moral code of Americanism. Probity, responsibility, honesty, integrity — all the moral virtues that provided the bedrock of American society and also constrained the hydraulic and leveling tendencies of the state and market to devour spheres of private life.

The collapse of this religious-moral consensus has been most pronounced among American elites, who have turned largely indifferent to formal religious belief. And in some leftist elite circles it has turned to outright hostility toward religion — Bottum reminds us of Barack Obama’s observation that rural Americans today cling to their “guns and Bibles” out of bitterness about changes in the world. Perhaps most striking is that anti-Catholic bigotry today is almost exclusively found on “the political Left, as it members rage about insidious Roman influence on the nation: the Catholic justices on the Supreme Court plotting to undo the abortion license, and the Catholic racists of the old rust belt states turning their backs on Obama to vote for Hillary Clinton in the 2008 Democratic primaries. Why is it no surprise that one of the last places in American Christianity to find good, old-fashioned anti-Catholicism is among the administrators of the dying Mainline…. They must be anti-Catholics precisely to the extent that they are also political leftists.” As the recent squabbles over compelling practicing Catholics to toe the new cultural line on same-sex marriage at the risk of losing their jobs or businesses, the political Left today is increasingly intolerant of recognizing a private sphere of belief outside of the crushing hand of political orthodoxy.

Yet as Bottum notes, the traditional elite consensus has been replaced by a new spiritual orthodoxy of “morality.” The American elite (however defined) today does subscribe to a set of orthodoxies of what constitutes “proper” behavior: proper views on the environment, feminism, gay rights, etc. Thus, Bottum provocatively argues, the PM hasn’t gone away, it has simply evolved into a new form, a religion without God as it were, in which the Sierra club, universities, and Democratic Party have supplanted the Methodists and Presbyterians as the teachers of proper values.

How did this occur? I am Catholic, so this part of the story was one of the elements of the book that struck me as particularly interesting, as much of the history was new to me. Bottum points to the key moment as the emergence of the Social Gospel movement in the early 20th Century. Led by Walter Rauschenbusch, the Social Gospel movement reached beyond the traditional view that Christianity spoke to personal failings such as sin, but instead reached “the social sin of all mankind, to which all who ever lived have contributed, and under which all who ever lived have suffered.” As Bottum summarizes it, Rauschenbusch identified six social sins: “bigotry, the arrogance of power, the corruption of justice for personal ends, the madness [and groupthink] of the mob, militarism, and class contempt.” As religious belief moved from the pulpit and pew to the voting booth and activism, the role of Jesus and any religious belief became increasingly attenuated. And eventually, Bottum suggests, the political agenda itself came to overwhelm the increasingly irrelevant religious beliefs that initially supported it. Indeed, to again consider contemporary debates, what matters most is outward conformity to orthodox opinion, not persuasion and inward acceptance of a set of particular views–as best illustrated by the lynch mobs that attacked Brendan Eich for his political donations (his outward behavior) and to compel conformity of behavior among wedding cake bakers and the like, all of which bears little relation to (and in fact is likely counterproductive) to changing personal belief. (Of course, that too is an unstable equilibrium–in the future it won’t be sufficient to not merely not be politically opposed to same-sex marriage, it will be a litmus test to be affirmatively in favor of it.).

Thus, while the modern elite appears to be largely non-religious, Bottum argues that they are the subconscious heirs to the old Protestant Mainline, but are merely Post-Protestant — the same demographic group of people holding more or less the same views and fighting the same battles as the advocates of the social gospel.

In the second part of the book, Bottum turns to his second theme — the effort beginning around 2000 of Catholics and Evangelical Christians to form an alliance to create a new moral consensus to replace the void left by the collapse Protestant Mainline churches. Oversimplified, Bottum’s basic point is that this was an effort to marry the zeal and energy of Evangelical churches to the long, well-developed natural law theory of Catholicism, including Catholic social teaching. Again oversimplified, Bottum’s argument is that this effort was doomed on both sides of the equation–first, Catholicism is simply too dense and “foreign” to ever be a majoritarian church in the United States; and second, because evangelical Christianity itself has lost much of its vibrant nature. Bottum notes, which I hadn’t realized, that after years of rapid growth, evangelical Christianity appears to be in some decline in membership. Thus, the religious void remains. The obvious question with which one is left is if Bottum is correct that religious institutions uphold the third leg of the American stool, and if (as he claims) religion is the key to American exceptionalism, can America survive without a continued vibrant religious tradition?

Herewith a few of my own thoughts after reading the book:

The first is simply that this is an immensely interesting and readable book. I read almost the whole thing on a plane trip from California and Jody’s writing style just carries you along effortlessly. His writing is high stylistic without be overstylized and is just an absolute joy to read. He has a gift for weaving together larger ideas with anecdotes and exemplars of his point. He has a light touch in making his point that rarely offends (even on controversial issues) and always illuminates.

Second, is that I largely find Bottum’s argument persuasive. The absence of the Protestant Mainline as a central moral force in American society today is largely taken for granted, such that the implications are largely ignored–as if it has always been this way. To the extent that leaders of Mainline Protestant churches are ever noticed in public, my impression is they are viewed as somewhat buffoonish figures trotted out occasionally to add a veneer of religious window-dressing to the elite’s preexisting views on various political issues such as same-sex marriage and the size of the welfare state. I say “buffoonish” because they often seem to come across as intellectual lightweights, to shallow intellectually to be taken seriously by secular analysts and too shallow theologically to be taken seriously by religious analysts. As a result, they seem to have little influence over public life today. They’ve essentially made themselves irrelevant. (My apologies for painting with an overly-broad brush, and I realize that this is a contestable assertion. It just reflects my impression of how leaders of the Mainline Protestant churches are often treated in news coverage and the like).

Third, one  aspect of the modern post-Protestant morality that struck me after reading the book is its ostentatious and somewhat self-congratulatory nature. In the Preface to the book, Bottum explains that the proximate genesis of the book was an experience he had in 2011 when he was commissioned to write an article about the Occupy Wall Street protest movement. Bottum sensed in these young and clueless youth a deep spiritual anxiety. But it was not linked to any coherent political platform or reform agenda–instead, the goal was “change” of some sort and an assertion of the protesters moral rectitude; and, perhaps equally important (as Bottum describes it), an anxiety to be publicly congratulated for their moral rectitude. Campus protests today, for example, often seem to be sort of a form of performance art, where the gestures of protest and being seen to “care” are ends in themselves, as often the protests themselves have goals that are somewhat incoherent (compared to, say, protests against the Vietnam War). Bottum describes this as a sort of spirtual angst, a vague discomfort with the way things are and an even vaguer desire for change. On this point I wonder whether he is being too generous to their motives.

Fourth, and to my mind the most important thought I had while reading it, was that I found Bottum’s description of the causal decline of the Protestant Mainline incomplete. He briefly pauses to address the question: “The question, of course, is why it happened–this sudden decline of the Mainline, this collapse of the Great Church of America, this dwindling of American Protestantism even as it has now found the unity that it always lacked before.” He discusses a few of the hypotheses (at pages 104-107) but simply defers to the work of others.

But there is one thesis that he doesn’t consider that I think contributes much of the explanation of the decline of the importance of the Protestant Mainline, which is the thesis developed by Shelby Steele is his great book “White Guilt.” I think Steele’s argument provides the key to unlocking not only the decline of the Protestant Mainline but also the timing, and why the decline of the Protestant Mainline has been so much more precipitous than Evangelicals and Catholics, as well as why anti-Evangelical and anti-Catholic bigotry is so socially acceptable among liberal elites.

Steele’s thesis, oversimplified, is that the elite institutions of American society for many years were complicit in a system that perpetrated injustices on many Americans. The government, large corporations, major universities, white-show law firms, fraternal organizations, etc.–the military being somewhat of an exception to this–all conspired explicitly or tacitly in a social system that supported first slavery then racial discrimination, inequality toward women, anti-Semitism, and other real injustices. Moreover, all of this came to a head in the 1960s, when these long-held and legitimate grievances bubbled to the surface and were finally recognized and acknowledged by those who ran these elite institutions and efforts were taken to remediate their harms. This complicity in America’s evils, Steele argues, discredited the moral authority of these institutions, leaving not only a vacuum at the heart of American society but an ongoing effort at their redemption.

But, Steele argues, this is where things have become somewhat perverse. It wasn’t enough for, say, Coca-Cola to actually take steps to remediate its past sins, it was crucial for Coca-Cola to show that it was acknowledging its guilty legacy and, in particular, to demonstrate that it was now truly enlightened. But how to do that? Steele argues that this is the pivotal role played by hustlers like Jesse Jackson and Al Sharpton — they can sell the indulgences to corporations, universities, and the other guilty institutions to allow them to demonstrate that they “understand” and accept their guilt and through bowing to Jackson’s demands, Jackson can give them a clean bill of moral health.

Thus, Steele says that what is really going on is an effort by the leaders of these institutions to “dissociate” themselves from their troubled past and peer institutions today that lack the same degree of enlightenment. Moreover, it is crucially important that the Jackson’s of the world set the terms–indeed, the more absurd and ridiculous the penance the better from this perspective, because more ridiculous penances make it easier to demonstrate your acceptance of your guilt.

One set of institutions that Steele does not address, but which fits perfectly into his thesis, is the Protestant Mainline churches that Bottum is describing. It is precisely because the Protestant Mainline churches were the moral backbone of American society that they were in need of the same sort of moral redemption that universities, corporations, and the government. Indeed, because of their claim to be the moral exemplar, their complicity in real injustice was especially bad. Much of the goofiness of the Mainline Protestant churches over the past couple of decades can be well-understood, I think, through this lens of efforts to dissociate themselves from their legacy and other less-enlightened churches. In short, it seems that often their religious dogma is reverse-engineered–they start from wanting to make sure that they hold the correct cutting-edge political and social views, then they retrofit a thin veil of religious belief over those social and political opinions. Such that their religious beliefs today, as far as one ever hears about them at all, differ little from the views of The New York Times editorial page.

This also explains why Catholics and Evangelicals are so maddening, and threatening, to the modern elites. Unlike the Protestant Mainline churches that were the moral voice of the American establishment, Catholicism and Evangelicals have always been outsiders to the American establishment. Thus they bear none of the guilt of having supported unjust political and social systems and refuse to act like they do. They have no reason to kowtow to elite opinion and, indeed, are often quite populist in their worldview (consider the respect that Justices Scalia or Thomas have for the moral judgments of ordinary Americans on issues like abortion or same-sex marriage vs. the views of elites). Given the sorry record of American elites for decades, there is actually a dividing line between two world views. Modern elites believe that the entire American society was to blame, thus we all share guilt and must all seek forgiveness through affirmative action, compulsory sensitivity training, and recycling mandates. Others, notably Catholics and Evangelicals, refuse to accept blame for a social system that they played no role in creating or maintaining and which, in fact, they were excluded themselves. To some extent, therefore, I think that the often-remarked political fault line in American society along religious lines (which Bottum discusses extensively), is as much cultural and historical (in Steele’s sense) as disagreements over religion per se. At the same time, the decline of its moral authority hit the Protestant Mainline churches harder than well-entrenched universities, corporations, or the government, in part because the embrace of the Social Gospel had laid the foundations for their own obsolescence years before.

This also explains why if a religious revival is to occur, it would come from the alliance of Catholics and Evangelicals that he describes in the second half of the book. Mainline Protestantism seems to simply lack the moral authority to revive itself and has essentially made itself obsolete. There appears to be little market for religions without God.

In the end, Bottum leaves us with no answer to his central question–can America, which for so long relied on the Protestant Mainline churches to provide a moral and institutional third leg to the country, survive without it. Can the thin gruel of the post-Protestant New York Times elite consensus provide the moral glue that used to hold the country together? Perhaps, or perhaps not — that is the question we are left with after reading Bottum’s fascinating book.

Finally, I drafted this over the weekend, but I wanted to call attention to Jody’s new essay at the Weekly Standard “The Spiritual Shape of Political Ideas” that touches on many of the themes of the book and develops them in light of ongoing controversies, especially on the parallels between the new moral consensus and traditional religious thinking (and, in fact, his comments on “original sin” strike me as similar to the points about Shelby Steele that I raised above).

He traces this to the early 20th-century Social Gospel movement and the Protestant writer Walter Rauschenbusch. This movement has created a post-Protestant class: “Christian in the righteous timbre of its moral judgments, without any actual Christianity; middle class in social flavor, while ostensibly despising middle-class norms; American in cultural setting, even as [they believe] American history is a tale of tyranny.”

Voir de plus:

« An Anxious Age: The Post-Protestant Ethic and the Spirit of America »


An Anxious Age: The Post-Protestant Ethic and the Spirit of America, by Joseph Bottum. Image Books (February 11, 2014)

We live in a profoundly spiritual age–but in a very strange way, different from every other moment of our history. Huge swaths of American culture are driven by manic spiritual anxiety and relentless supernatural worry. Radicals and traditionalists, liberals and conservatives, together with politicians, artists, environmentalists, followers of food fads, and the chattering classes of television commentators: America is filled with people frantically seeking confirmation of their own essential goodness. We are a nation desperate to stand on the side of morality–to know that we are righteous and dwell in the light.

Or so Joseph Bottum argues in An Anxious Age, an account of modern America as a morality tale, formed by its spiritual disturbances. And the cause, he claims, is the most significant and least noticed historical fact of the last fifty years: the collapse of the Mainline Protestant churches that were the source of social consensus and cultural unity. Our dangerous spiritual anxieties, broken loose from the churches that once contained them, now madden everything in American life.

Updating The Protestant Ethic and the Spirit of Capitalism, Max Weber’s sociological classic, An Anxious Age undertakes two case studies in contemporary social class, adrift in a nation without the religious understandings that gave it meaning. Looking at the college-educated elite he calls “The Poster Children,” Bottum sees the post-Protestant heirs of the old Mainline Protestant domination of culture: dutiful descendants who claim the high social position of their Christian ancestors even while they reject their ancestors’ Christianity. Turning to “The Swallows of Capistrano,” the Catholics formed by the pontificate of John Paul II, Bottum evaluates the early victories–and later defeats–of the attempt to substitute Catholicism for the dying Mainline voice in public life.

Sweeping across American intellectual and cultural history, An Anxious Age traces the course of national religion and warns about the strange angels and even stranger demons with which we now wrestle. Insightful and contrarian, wise and unexpected, An Anxious Age ranks among the great modern accounts of American culture.

Voir encore:

The New York Times magazine

There is a strange little cultural feedback loop that’s playing out again and again on social media. It begins with, say, a white American man who becomes interested in taking an outspoken stand against racism or misogyny. Maybe he starts by attending a Black Lives Matter demonstration. Or by reading the novels of Elena Ferrante. At some point, he might be asked to “check his privilege,” to acknowledge the benefits that accrue to him as a white man. At first, it’s humiliating — there’s no script for taking responsibility for advantages that he never asked for and that he can’t actually revoke. But soon, his discomfort is followed by an urge to announce his newfound self-­awareness to the world. He might even want some public recognition, a social affirmation of the work he has done on himself.

These days, it has become almost fashionable for people to telegraph just how aware they have become. And this uneasy performance has increasingly been advertised with one word: “woke.” Think of “woke” as the inverse of “politically correct.” If “P.C.” is a taunt from the right, a way of calling out hypersensitivity in political discourse, then “woke” is a back-pat from the left, a way of affirming the sensitive. It means wanting to be considered correct, and wanting everyone to know just how correct you are.

In the ’70s, Americans who styled themselves as “radical chic” communicated their social commitments by going to cocktail parties with Black Panthers. Now they photograph themselves reading the right books and tweet well-­tuned platitudes in an effort to cultivate an image of themselves as politically engaged. Matt McGorry, the actor who plays a sweetly doofy prison guard in “Orange Is the New Black,” is a helpful case study of this phenomenon. McGorry’s Instagram presence was once blithely ­bro-ey — yacht shots, tank tops, a tribute to coconut water. Then he watched the actress Emma Watson brief the United Nations on the importance of men’s involvement in the feminist movement, and he took it to heart. Now he presents his muscular selfies and butt jokes alongside iconography of feminism and anti-­racism. In one snap, he holds a copy of “The New Jim Crow: Mass Incarceration in the Age of Colorblindness,” in bed, shirtless. In December, BuzzFeed nodded at McGorry with a listicle titled: “Can We Talk About How Woke Matt McGorry Was in 2015?”

Earning the “woke” badge is a particularly tantalizing prospect because it implies that you’re down with the historical fight against prejudice. It’s a word that arose from a specific context of black struggle and has recently assumed a new sense of urgency among activists fighting against racial injustices in Ferguson, Sanford, Baltimore and Flint. When Black Lives Matter activists started a website to help recruit volunteers to the cause, they called it StayWoke.org. “Woke” denotes awareness, but it also connotes blackness. It suggests to white allies that if they walk the walk, they get to talk the talk.

The most prominent pop touchstone for “stay woke” is Erykah Badu’s 2008 track “Master Teacher,” in which she sings the refrain “I stay woke.” “Erykah brought it alive in popular culture,” says David Stovall, a professor of African-­American studies at the University of Illinois at Chicago. “She means not being placated, not being anesthetized. She brought out what her elders and my elders had been saying for hundreds of years.” In turn, the track has helped shepherd the next generation into its own political consciousness. In an interview with NPR last year, the rapper Earl Sweatshirt described listening to “Master Teacher” in the car with his mother as a teenager. “I was singing the hook, like, ‘I stay woke,’ ” he said. His mother turned down the music, and “she was like, ‘No you’re not.’ ”

Earl Sweatshirt’s mom was cautioning her son against brandishing a word without understanding its history and power. He got the message years later, he said, and called her up and announced: “I’m grown.” Such reflectiveness is often absent from the promiscuous spread of “woke” online. The word has now been recycled by people hoping to add splashes of drama to their own inconsequential obsessions, tweeting “Raptors will win it all #STAYWOKE” or “new bio … #staywoke.” The new iteration of radical chic is the guy on Tinder who calls himself a “feminist artist in Brooklyn” and then says he’s “looking for the you-know-what in the you-know-where” — the performance of “wokeness” is so conspicuous that it breeds distrust.

In a 2012 paper about race relations on Twitter, Dr. André Brock, a University of Michigan communications professor, wrote about how the surfacing of popular hashtags and trending topics “brought the activities of tech-­literate blacks to mainstream attention,” creating a space where the expressions of black identity are subject to “intense monitoring” by white people — a kind of accelerator for cultural appropriation. When black activists used “stay woke” in their Twitter campaigns against police violence, the term appeared alongside a host of trending hashtags — #ICantBreathe, #IfTheyGunnedMeDown — and was thus flagged for white people who have never listened to a Badu album or joined the crowd at a rally.

Defanged of its political connotations, “stay woke” is the new “plugged in.” In January, MTV announced “woke” as a trendy new slice of teen slang. As Brock said, “The original cultural meaning of ‘stay woke’ gets lost in the shuffle.”

And so those who try to signal their wokeness by saying “woke” have revealed themselves to be very unwoke indeed. Now black cultural critics have retooled “woke” yet again, adding a third layer that claps back at the appropriators. “Woke” now works as a dig against those who claim to be culturally aware and yet are, sadly, lacking in self-awareness. In a sharp essay for The Awl, Maya Binyam coined the term “Woke Olympics,” a “kind of contest” in which white players compete to “name racism when it appears” or condemn “fellow white folk who are lagging behind.”

The latest revolution of “woke” doesn’t roll its eyes at white people who care about racial injustice, but it does narrow them at those who seem overeager to identify with the emblems and vernacular of the struggle. For black activists, there is a certain practicality in publicly naming white allies. Being woke, Stovall says, means being “aware of the real issues” and willing to speak of them “in ways that are uncomfortable for other white folks.” But identifying allies poses risks, too. “There are times when people have been given the ‘black pass,’ and it hasn’t worked out so well,” Stovall says. “Like Clinton in the ’90s.” A white person who gains a kind of license to use power on behalf of black people can easily wield that power on behalf of themselves.

“Woke” feels a little bit like Macklemore rapping in one of his latest tracks about how his whiteness makes his rap music more acceptable to other white people. The conundrum is built in. When white people aspire to get points for consciousness, they walk right into the cross hairs between allyship and appropriation. These two concepts seem at odds with each other, but they’re inextricable. Being an ally means speaking up on behalf of others — but it often means amplifying the ally’s own voice, or centering a white person in a movement created by black activists, or celebrating a man who supports women’s rights when feminists themselves are attacked as man-haters. Wokeness has currency, but it’s all too easy to spend it.

The Puritans Among Us

Mary Eberstadt

National Review

April 21, 2014

Review of An Anxious Age: The Post-Protestant Ethic and the Spirit of America, by Joseph Bottum (Image, 320 pp., $25).

Some writers are “Catholic writers” in the sense that they do their work qua Catholics, and their main subject is the immense intellectual, social, and aesthetic patrimony of the Catholic Church. But there also exists a rarer kind of Catholic writer: the one who is multilingual in secular as well as religious tongues, whose Catholicism nonetheless runs so deep that it cannot help but shape and suffuse his every line.

Joseph Bottum, fortunately for American letters, is an example of the latter sort. In fact, it’s safe to say that if Mr. Bottum were anything but a writer who is also known to be Catholic, his name would be mandatory on any objective short list of public intellectuals, if there were such a thing. He is the author of several books, including a volume of poetry (The Fall & Other Poems), a work of verse set to music (The Second Spring), a bestselling memoir (The Christmas Plains), and now, with An Anxious Age, an immensely ambitious work of sociological criticism. His essays have garnered awards and are included in notable collections. He has also worn the hats of literary critic, columnist, editor, books editor, short-story writer, autobiographer, eulogist, public speaker, television pundit, Amazon author (via the groundbreaking Kindle Singles series), and visiting professor. If there were milliners for intellectuals, his would be the busiest in town.

Yet, as is not widely understood despite this prodigious body of work, Bottum is also, at heart, a storyteller — meaning that he is preoccupied not only with syllogism and validity but also with literary characters and creations. Once in a while, this absorption with dramatis personae ends up confounding readers — as happened just last year, when a long essay of his, published in Commonweal, arguing the futility of continuing Church opposition to same-sex marriage, combusted as instantly and widely as a summer brushfire. That piece, too, as was perhaps insufficiently noted at the time, began with and meandered around a literarycharacter: a former friend and foil with whom the piece amounts to an imaginary conversation.

To observe as much isn’t to say that fiction always trumps. It’s rather to note that with poets and poetry, for better or worse, comes license — including license to chase arguments into places where other people, rightly or wrongly, fear to tread.

That same singular gift is now turned to brilliant advantage in Bottum’s new book. A strikingly original diagnosis of the national moral condition, An Anxious Age bears comparison for significance and scope to only a handful of recent seminal works. Deftly analytical and also beautifully written, it has the head of Christopher Lasch and the heart of Flannery O’Connor. Anyone wishing to chart the deeper intellectual and religious currents of this American time, let alone anyone who purports to navigate them for the rest of the public, must first read and reckon withAn Anxious Age.

The book begins in territory that’s familiar enough: the well-known and ongoing collapse of the Protestant mainline churches, whose floor-by-floor implosion the author traced first in a seminal 2008 essay for First Things on “The Death of Protestant America.” This starting point soon widens dramatically onto a 180-degree view of the national milieu. Contrary to the widely held secularization thesis, according to which the decline of Christianity is inevitable, Bottum argues instead that the Puritans and Protestants of yesteryear still walk the country in new and rarely recognized “secular” guises. Bonnie Paisley of Oregon, Gil Winslow of upstate New York, Ellen Doorn of Texas — these and other characters conjured as the “Poster Children of Post-Protestantism” illustrate via their individual stories the author’s central point: The mainline hasn’t so much vanished as gone underground to become what O’Connor once derisively called “the Church without Christ.”

To be sure, the idea that secularization has not so much killed God as repurposed Him into seemingly secular shapes is not in itself new. It’s the key point in philosopher Charles Taylor’s work, especially in his prodigious book A Secular Age. No author, however, has brought this idea to life as Bottum does in An Anxious Age — whose very title, obviously, suggests the amendment that it is to Taylor’s thesis. Throughout, the Poster Children spring from the pages like so many impish holograms, turning two-dimensional arguments over “believing” and “belonging” into recognizable and ultimately persuasive companions at the reader’s elbow.

These Poster Children, the author argues, are direct descendants of the “social gospel” of Protestant theologian Walter Rauschenbusch: the notion that sin has a social and not merely individual dimension. “Social nature abhors a vacuum,” notes Bottum in a key passage,

and the past thirty years have seen many attempts to fill the space where Protestantism used to stand. Feminism in the 1980s, homosexuality in the 1990s, environmentalism in the 2000s, the quadrennial presidential campaigns that promise to reunify the nation . . . [these] movements have all posed themselves as partial Protestantisms, bastard Christianities, determined not merely to win elections but to be the platform by which all other platforms are judged.

Once again, the millenarian character of contemporary politics — particularly today’s politics of the Left — has been noted before. But once again, Bottum digs deeper here to yield truths not hitherto inspected.Partial Protestantisms, bastard Christianities: It isn’tonly that ostensibly secular leftism is Christianity in some unexpected, other guise. It’s rather that ostensibly secular leftism is a particular kind of truncated Christianity: the theological and sociological equivalent of the fatherless home.

And so, for example, Occupy Wall Street, for all its grubby pretension, is in essence just one more “protest against the continuing reign of Satan and a plea for the coming of the Kingdom of God, with a new heaven and a new earth.” Related yearnings for personal redemption, the author argues, also unite certain ardent young Catholics drawn to “lifeboat theology, escaping the rising sea of evil on small arks of the saved.” These groups are joined, he argues, at the sociological root — proof of what, in a bow to Max Weber, the book calls our “Anxious Age” created by “the catastrophic decline of the mainline Protestant churches that had once been central institutions in public life.”

In a curious way, An Anxious Age also amounts to a limited reenchantment of the intellectual world. When conservatives in particular attack “the elites,” Bottum argues, they “focus entirely on non-spiritual causes.” In this they overlook the essential link between these “elites” and their Puritan forebears, for “the one social ascendency they truly feel, the one deepest in their souls, is the superiority of the spiritually enlightened to those still lost in darkness.” Contrary to what both the Poster Children and their religious critics seem to think, all are leaning toward the same end: a sense of redemption. “Elite or not,” he observes, “they are the elect — people who understand themselves primarily in spiritual terms,” whether they darken the doors of churches or not.

An Anxious Age abounds in logic and clarification (and for that reason among others, it was derelict of the book’s publisher to omit footnotes and an index, both of which would have helped to signal its scholarly nature). Even so, it is the book’s metaphors that will haunt the reader after he puts it down. Who else would describe Protestantism in the United States as “our cultural Mississippi, rolling through the center of the American landscape”? Likely no one — but the image brings to vivid and unexpected life a thousand Pew Research reports on declining attendance and the rise in “nones.” Similarly, the author’s unspooling of the story of the swallows of San Juan Capistrano as a metaphor for explaining what has happened to Catholicism in America is not only arresting but convincing, succeeding both as religious sociology and as literary trope.

None of which is to say that the book’s every fillip and expostulation amounts to the last word. Like any serious work, this one excites demurrals, objections, and second and third thoughts. In particular, one wants to hear more about the other and less cerebral forces that were obviously at work in the implosion of mainline Protestantism and its fallout.

After all, not every religious movement emerging from the “burned-over district” in upstate New York suffered the same communal fate. The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, to take one salient example, went on to become one of the most ascendant faiths of the next century. Why did mainline Presbyterianism, say, fall one way on history’s divide, while Protestant evangelicalism and Mormonism, say, fell another? One likely answer is that the mainline’s doctrinal neglect and practical abandonment of the family led eventually to demographic disaster in the pews. In similar fashion, one can argue, Catholics who have behaved like Catholics have seen their own corners of the religious world prosper — and Catholics who have behaved like mainline Protestants have not.

Other points invite similar friendly debate, including the author’s claim that tomorrow’s Catholicism is necessarily less robust than yesterday’s because it is no longer as “inherited.” And of course one can also question ad infinitum why Bottum chose to discuss some of the thinkers in these pages, and not others. But no shortcomings gainsay the superb achievement here. As his friend and sometime collaborator, the author David P. Goldman, once put it, “One often learns more about the underlying issues from Jody Bottum’s mistakes than from the dutiful plodding of many of his peers.”

Readers who find the Poster Children stalking their imaginations might also hope to see more overt works of fiction from the talented Mr. Bottum down the road. Meanwhile, the daring achievement of the author of An Anxious Age — bringing sociology to unique fictional life — is something that the rest of us will be thinking about for a long time to come.

– Mary Eberstadt is a senior fellow at the Ethics and Public Policy Center and the author of How the West Really Lost God: A New Theory of Secularization.

Voir enfin:
Delphine Le Goff
Stratégies
16/12/2019

C’est le nouveau buzzword, une nouvelle forme de coolitude : être « woke » ou ne pas être. Le terme, dérivé de l’argot afro-américain, désigne l’état d’éveil aux injustices de la société au sens large. Une nouvelle forme de bien-pensance ?

Tenez-vous prêts. Il paraît que dans les mois à venir, on n’aura que ce mot à la bouche. Ringardisée, la bienveillance, mot de l’année 2018 selon Le Robert, utilisée jusqu’à l’écœurement – d’ailleurs bien souvent par des personnes en réalité tout sauf bienveillantes. 2019, paraît-il, sera l’année du « woke ». Même Le Monde, il y a quelques mois, donnait en avant-première ce sage conseil : « Ne soyez plus cool, soyez woke. » Voilà autre chose !
« Woke, c’est le nouveau buzzword, reconnaît Martin Lagache, planneur stratégique chez BETC, qui se lance dans une exégèse du terme, issu de l’argot afro-américain. C’est la chanteuse Erykah Badu qui l’a popularisé il y a une dizaine d’années, avec sa chanson “Master Teacher (I stay woke)”, puis en 2012, en utilisant la phrase “Stay woke” dans un message public de soutien aux Pussy Riot [groupe de rock féministe russe dissident]. » Woke, comme « éveillé », un terme repris à l’envi pendant le mouvement #Blacklivesmatter en 2013. Le terme s’est déployé et désigne aujourd’hui le fait d’être conscient de toutes les formes d’inégalités, du racisme au sexisme en passant par les préoccupations environnementales. En somme, résume Martin Lagache, « le “woke” est le terme étendard de la bien-pensance libérale [au sens anglo-saxon] américaine de gauche. Est-ce que les Gilets jaunes sont woke ? Tout le monde peut être woke. »

Atout séduction

Le terme infuse irrésistiblement, y compris dans les replis de la vie privée. À telle enseigne qu’être « woke » peut même faire de vous un prince ou une princesse de l’amour. Il est désormais de bon ton, dans les pays anglo-saxons, de proclamer que l’on est un « woke bae », c’est-à-dire un(e) petit(e) ami(e) progressiste et averti(e) des injustices de notre triste monde. Pour certains, il ne s’agit plus de débusquer Mr Right, mais Mr Woke : une journaliste du Guardian relatait ainsi, en août dernier, sa recherche éperdue de ce nouveau spécimen hautement désirable dans un déchirant article titré « My search for Mr Woke : a dating diary. » La rédactrice confie gentiment aux lecteurs ses trucs et astuces pour draguer « woke ». À faire : prononcer des phrases comme « la pauvreté n’est pas de la faute des pauvres ». À éviter : la complainte du « on ne peut plus rien dire ». C’est noté.

Grande recycleuse devant l’éternel, la publicité ne pouvait rester immune aux charmes du « woke ». Avec la récente campagne Gillette, « We believe : The best men can be », galerie d’hommes qui expriment leur aversion du sexisme ordinaire, des violences faites aux femmes, du mansplaining, du harcèlement scolaire – en bref, de ce que la marque désigne comme « la masculinité toxique » –, n’atteindrait-on pas un sommet de « wokeité » ? Sans l’ombre d’un doute, selon Olivier et Hervé Bienaimé, directeurs de la création de 84.Paris : « Pour ce qui est du combat contre le machisme et le patriarcat, le message est ultra-positif. » Et archi-opportuniste, aussi ? « Gillette change tout à coup de braquet, après nous avoir vendu pendant des années le modèle de l’homme blanc musclé en pleine réussite sociale », soulignent les créatifs.

Plus engagé que le cool

C’est bien d’être éveillé. Mais trop le faire savoir, ne serait-ce pas suspect ? « Le cool était une attitude anti-mainstream, un peu rebelle mais farouchement individualiste, souligne Martin Lagache. Avec le “woke”, on se situe dans une posture plus engagée. Mais bien souvent, c’est plus une posture qu’autre chose. Et dans la plupart des cas, une posture paresseuse de valorisation personnelle… » Dans une tribune pour le New York Times titrée « The Problem With Wokeness », l’éditorialiste David Brooks pointe les dérives du phénomène : « Le plus grand danger de la “wokeness” extrême est qu’elle rend plus difficile de pratiquer la dextérité nécessaire à toute vie en société, c’est-à-dire la faculté à appréhender deux vérités dans le même temps. »
Marie Nossereau, directrice du planning stratégique de Publicis Sapient, affiche carrément de la défiance par rapport à tout ce qui se prétend « woke ». « Les gens qui se disent plus éveillés que les autres, ça a toujours existé. C’est assez méprisant, cela sous-entend que tous les autres dorment, sont aux mains des multinationales… Le terme “woke” m’évoque aussi le discours de l’Église de Scientologie, dont les adeptes se disent “clear” [clairs]. Selon moi, cela fait partie de la même dialectique, je n’aime pas trop ça. In fine, ça ne me paraît pas très clean. »

Un brin hypocrite

Pas clean, peut-être pas, mais hypocrite, sans doute un peu trop souvent. On revient à Gillette : « Dans les faits, la marque continue à vendre des rasoirs pour les femmes plus chers que les rasoirs pour les hommes… », grince Martin Lagache. Gillette, au passage, s’est félicitée publiquement d’avoir vu les ventes de ses rasoirs bondir après sa campagne… Les frères Bienaimé de l’agence 84.Paris rappellent quant à eux « le film “The Talk” de Procter & Gamble qui a raflé des tonnes de prix, pour une marque qui n’a pas vraiment été “woke” pendant des décennies. Une conscience éveillée, OK, si les produits suivent. »
Et si, malgré tout, l’éveil n’en était qu’à ses prémices ? La sociologue Irène Pereira et l’historienne Laurence De Cock ont publié en janvier un ouvrage, Les pédagogies critiques (Éd. Agone contre-feux), qui prône une éducation inspirée des travaux du pédagogue brésilien Paulo Freire et du pédagogue français Célestin Freinet. Il s’agirait non pas de préparer les élèves à devenir des bêtes à concours ou de futurs soldats des entreprises, mais plutôt de leur enseigner les rapports de domination qui régissent le monde pour mieux les réduire à néant. Pour une future génération woke ?

Voir enfin:

Against Moralistic Therapeutic Totalitarianism

 

I have received some of the best comments from readers about retired Catholic theologian Larry Chapp’s short essays, which I’ve published in this space. I was pleased to wake up this morning and find another one from him in my in-box. I count myself fortunate to be in a position of publishing them in this space.

Below is an essay Larry titles “The Collective Of Concupiscence.” In it, he pretty much sums up my take on the current political and social situation, though I have some post-election thoughts to add at the end. First, here’s Larry:

There is talk in some quarters of Oprah Winfrey running for President in 2020. My response to this is, why not? If Donald Trump can be President ­ a man whose only qualification for the job seems to be that he is a rich celebrity, then any rich celebrity can be President I guess.

What all of this probably points to, sadly, is how utterly exhausted and bankrupt our politics has become, with Americans by the millions turning away from the more experienced political insiders in favor of outsiders who promise us that they alone can provide the radical change that is needed. And everyone seems to agree that radical change is indeed needed, so long as “radical change” means ripping the Band-Aids off of everyone else’s scabs but mine. Radical change can also mean, rather simply, that you want the power that the ruling party possesses transferred to your party. Which is to say, no change at all, which is why you have to lie about it.

For example, in our last election, “Drain the swamp!” was the mantra of the Trump supporters. But did anyone really expect that the man we elected, a swamp creature if ever there were one, would be able to do this? And what, exactly, does one do with a drained swamp anyway? Probably sell it to developers who would build overpriced, poorly made, beige and boring condos, nicely accessorized with a strip mall complete with a Dunkin Donuts and a Vape shop. In other words, just a different kind of swamp. The Democrats prefer the fevered swamp of coercive governmental power, whereas the Republicans prefer the fetid swamp of corporate greed. So all we have really done is trade Lenin for Bezos.

Oh, I can hear people now… “Damn it Chapp, you are always so negative about politics and America. You have to live in the real world and the real world is never perfect!” If you are in that cloud of critics, then I can say to you that you are correct about one thing: nothing in this world is wholly perfect. But that does not mean that there aren’t degrees of imperfection. To deny this is to deny that there is such a thing as truth ­ ­– a truth that acts as the barometer for all of our actions, political or otherwise.

Therefore, my claim is this, a claim that you can take or leave as you see fit, but a claim I stand by with full conviction: the contemporary American socio­ economic­-political system is predicated in a foundational way on a profound and tragic falsehood. It is a false first principle shared by every major governmental and economic institution in this country and it stands in total contradiction to the Christian faith.

This false first principle can be stated simply and then its logical conclusions can be teased out as follows: God is irrelevant to the construction of government and our public life together, which is to say, God does not exist, which is to say, nothing spiritual or supernatural exists, which is to say that we are all purely material beings with no purpose or goal or end beyond the satisfaction of our individual desires, which is to say that pleasure (the satisfaction of our base desires) is more rooted in reality than happiness (the joy and peace that comes from pursuing the higher spiritual realities like the moral good). Indeed, according to this false principle, the spiritual dimension of life and the moral good are, at best, “noble lies,” and at worst repressive illusions ­­– repressive, since their pursuit often inhibits the attainment of pleasure.

The late Italian philosopher Augusto del Noce, building on this same insight (that our culture is founded on a false first principle: God does not matter), points out that the ruling philosophy that our culture has adopted as a replacement for God and religion is the philosophy known as “scientism”. In a nutshell, scientism is the belief that only the hard, empirical sciences give us access to truth. Everything else is an illusion. Therefore, when it comes to our common life together as a people ­ — a life that comes to be defined, regulated and controlled by government and corporate elites — there is only one form of reason that is “allowed in” as proper public discourse. And that is the language of science.

Furthermore, given our reduction of life to economics, what the elevation of science really means is the ascendency of “applied science” (technology) to pride of place. Every aspect of our social life thus comes under the purview of governmental control, and all culture and every form of reason becomes a function of politics. And this final step, the submission of culture to politics, is the very heart of totalitarianism. Only, in this case, it is not the totalitarianism of the Nazis or the Stalinists or the Maoists ­– ­brutal, bloody, and quite vulgar in its unsubtle use of blunt violence ­– but rather the much more seductive totalitarianism of techno-­nihilism, where our base bodily desires form what I call a “Collective of Concupiscence” which the government regulates, and the economy inflames.

Our future is thus most likely to be a dystopian one. But it won’t be the dystopia of the concentration camp. Rather, it will be Huxley’s Brave New World with a Disneyland aesthetic. Because… you know… “family values”.

You might think this is an exaggeration. I don’t think it is. It is the logical conclusion of scientism no matter what our elites might say about our bold new future. Because, despite what scientism’s popularizers (such as Carl Sagan and Richard Dawkins) might say in their more poetic moments when speaking about the “beauty” of the cosmos and of science, the fact is, if I am just an ape with a big brain, and an accidental byproduct of the cosmic chemistry of stardust remnants, then I really don’t give a shit about some gaseous blob, or even a vast number of “billions and billions” of gaseous blobs, ten million light years away; or the “fascinating” mating rituals of fruit bats; or the “poetry” of soil regeneration through dung beetle digestive cycles. In other words, when you are told endlessly that there is no meaning to existence, then guess what? You actually start to think that way. And then everything loses its flavor. Everything starts to taste like rice cakes.

Therefore, you cannot have it both ways. You cannot bleach divinity and Transcendence out of the cosmos and tell everyone that the whole affair is just an aimless and pointless accident, and then turn around and talk to us about the “moral necessity” of this or that urgent social cause. Why should I even care about the future of humanity itself? Why should I care about the ultimate destiny of ambulatory, bipedal, chemistry sets?

So really, it doesn’t matter who is in power … Democrats or Republicans, Trump or Oprah, and it does not matter if we place more emphasis on the government to solve our problems or free enterprise economics. Because our entire society operates according to the false premise I articulated above. In that sense we are all Marxists now, insofar as Marx’s controlling idea was the notion that the material world is all that exists and that economics drives everything.

And try as we might to deny that this materialistic view of existence is death to the higher functions of our soul, there is no escaping the fact that fewer and fewer people will devote themselves to higher pursuits, once the notions of God, Transcendence, purpose, meaning, the Good, and so on, are banished from our lexicon of acceptable ideas. We will increasingly privilege pleasure over happiness, which is to say, we will privilege opioids, techno gadgets, virtual reality stimulation, porn, and various other forms of addiction. We will be, if we aren’t already, a nation of addicts. Because if there is one thing we know about our bodily appetites it is that they are insatiable, requiring ever more of the same things to slake our rapacious desires. But partaking of the same thing, addictively, over and over and over, is boring. It crushes and kills the soul. And so what we will really end up with is not a society of liberated selves, but a society of bored, libidinous, pleasure addicts trending toward suicidal despair.

Furthermore, the fact of the matter is that we all share the same basic bodily appetites. It does not matter if you are rich or poor, gay or straight, fat or skinny, old or young, or what race you are, or your ethnicity, or your political party, or if you prefer the vapid and brain-dead banter of “Fox and Friends” over the vicious and pompous self­-importance of the moronic ladies on “The View”. Once you take away the idea that human nature has a spiritual side that, you know, “trends upward”, you are left with staring at your crotch or your gut or your veins. This is, of course, absolutely true, but we ignore the downward spiral of our culture into techno­pagan bacchanalia because our affluent elites, the poor dears, have confused despairing addiction and the “dark” view of life it spawns, with sophistication, and count as “enlightenment” a cultivated anti-intellectual stupidity.

I am struck, for example, by how many of the lead characters in shows made by Netflix or Amazon (especially detective shows) are depressive and “dark” souls, haunted by some hidden pain in their past that is the irritant in the oyster that creates the pearl of their genius. So far so good, since we all have hidden pain in our lives, and the various things we all suffer from really are, quite often, the genesis of much depth and creativity.

But these characters are different. They are nihilistic, often cruel, morally ambiguous, irreligious of course (duh), self­-destructive, and live as radically atomized, alienated and isolated individuals devoid of love or meaningful relationships. And if they do develop a relationship, it usually flounders on the shoals of the lead character’s unfathomably dark pain. Or worse, the love interest is killed off, with a hefty dose of complicit guilt on the part of the lead character, further adding to his or her morose self-­immolation. And all of this is portrayed as “sophisticated”. (There are exceptions of course, but this is just an anecdotal and subjective impression I have of many of these shows).

The irritating thing about all of this, of course, is that it is just so puerile and shallow, with little justification for its pretentious dismissal of “God” or “the Good”. And it is unbearably boring and drab. Is there anything more pitifully awful than being forced to listen to someone drone on and on about their “sexuality”?

By contrast, people only really become interesting when they differentiate themselves from one another, as true individuals, by cultivating the higher levels of the soul. And this is done in many ways, even still today, because the fact is we ARE spiritual beings and the spiritual dimension of our existence cannot be snuffed out. But those among us who still seek these things are becoming ever rarer and are being forced into ghettos or isolated enclaves of activity, and frequently branded as bigots because we adhere to traditional religious views about God and such things. It does appear, in other words, that the Collective of Concupiscence has fangs and claws, because at the end of the day, we are all “God haunted”, which is why members of the Collective view traditional religious believers as their tormentors

However, sadly, gradually the creative power of the majority of people is being perverted and bent to serve the needs of the emerging political and economic collective ­ ­– the Collective of Concupiscence ­ — wherein the true “liberation” of your “identity” can only come about when all of those institutions that represent the values of the Spirit are branded as oppressors. We WILL be liberated, and we WILL use government to enforce that liberation, and we WILL demand that the economy provide us with the means to enjoy the fruits of that liberation. Indeed, we will demand that the economy provide us with all of the gadgets and accouterments that we need to enhance our pleasures to unimaginable heights. Welcome to the wacky, upside down world of the new “sophistication”: mass ­produced individualism where radical “nonconformity” means all public and, increasingly, private speech, will be policed, looking for any sign that someone has breached the canons of non­conforming orthodoxy. So “individualism” here appears to mean its exact opposite.

But that is what you get in the Collective of Concupiscence. Somewhere Orwell is smiling.

Peter Maurin lived before all of this technological wizardry was real. But he lived in an age of totalitarianisms. And he was a thinking Catholic. Which means he had a deep prophetic insight into what was around the corner, so to speak. And just as Rod Dreher, in his wonderful book, The Benedict Option, calls orthodox Christians to a deeper awareness of the profoundly anti­ Christian challenges our culture is putting before us, so too did Peter Maurin warn us that the only way we will endure the coming storm of cultural barbarity is to form deeply intentional communities of Christian intellectual discourse, moral ecology, and liturgical practice. Not so that we can “escape” the world and shun our brothers and sisters who remain within it. But so that we can know ourselves better and come closer to God so as to be better able to serve our neighbor in love.

The members of the Collective of Concupiscence are not our “enemies”. Indeed, we are, if we are honest, infected with the same bacillus as everyone else. We are all in the Collective in one­ way or another. And so there is no question of abandoning the culture because that is, quite simply, neither desirable nor possible.

But we cannot drink from the same poisonous well and so we must cultivate new sources of “living water” in order to share it with everyone. And “everyone” means, literally, “everyone”. So please do not accuse me of “us vs. them” thinking. That kind of approach is not an option for a Christian. But if you do not “have” a Christian sensibility of the big questions of life, then by default you will “have” the template provided by our culture. I will end therefore with an old Latin phrase: “Nemo dat quod non habet”: You cannot give what you do not have.

Larry Chapp writes from the Dorothy Day Catholic Worker Farm in rural Pennyslvania that he runs with his wife, Carmina. You can visit the farm; follow the link for more information.

Larry’s essay made me reflect on why the only thing in politics that seriously engages my interest these days is the appointment of federal judges. I believe that the dystopia Larry Chapp envisions in this essay — this present dystopia, and the dystopia to come — is unstoppable in the short run. The question is only whether or not we will have a right-wing or a left-wing version of it. I care so much about federal judges because I see them as the only institution that can protect the rights of dissenters to be left alone in this new America.

Don’t get me wrong. Leaving aside the courts, it’s not a matter of total indifference whether or not there’s an R or a D sitting in the White House. Despite all his sins and failings, President Trump is not going to sic the Justice Department on Christian schools that fail to Celebrate Diversity — Or Else™. A Democratic president almost certainly would — and almost certainly will. As America secularizes, though — a process that includes professing Christians changing their minds on moral issues that conflict with liberalism — people will cease to understand why the trad holdouts believe what they believe, and do what they do. It is possible that there will be enough libertarian sentiment left in the country to leave us alone — but I very much doubt that. The only exterior protection we can rely on will be a federal judiciary, especially the Supreme Court — that holds strong First Amendment convictions about protecting religious minorities.

Some Benedict Option critics think they’re making a meaningful argument against it when they say some version of, “Ah ha, what do you think is going to happen to your little communities when the State decides they are a public danger, huh?” It’s a reasonable point, but a weak one. It is precisely when the State decides that traditional Christians are a danger to it that the Benedict Option is going to be most needed. But it is still needed up until that time — which may never come — because our faith is not being taken away from us by the State; it is being dissolved by the ambient culture. For example, Washington is not compelling Christian parents to let their children be absorbed by social media and catechized by the Internet.

I see getting good federal judges in place to be an entirely defensive political act, designed to gain more time for religious minorities to develop resilient practices and institutions capable of enduring what’s to come, and keeping the faith alive.

I also see nothing at all wrong with traditional Christians engaging in politics for other reasons. My only caution — and it’s a strong caution — is that they not fool themselves into thinking that by doing so, they are meaningfully addressing the most severe crisis upon us. Let me put it like this: in the Book of Daniel, the Hebrew captives Shadrach, Meshach, and Abednego served the King in high positions of state. You could say that they worked in politics, though they were outsiders. But when it came down to it, those men chose the prospect of martyrdom to the apostasy the King demanded of them. What practices did the three Hebrew men live by in their everyday lives as Jews in Babylon that gave them the presence of mind, and the strength, to choose God over Nebuchadnezzar? That’s the question that ought to be first on the minds of every traditional Christian thinking of going into public service. It’s the same with Sir Thomas More, who went to his martyrdom proclaiming that he was the King’s good servant — but God’s first.

One of the most important lines in Larry Chapp’s essay is his point that we traditional Christians “are infected with the same bacillus as everyone else.” It brought to mind the insufficiency of institutions and habits to protect us fully from the malaise of the broader culture. To be clear: these things are necessary, but not sufficient.

An example: at the Notre Dame conference, I spoke with an academic from a conservative Christian college. He told me that the student body there is quite conservative and observant. They are overwhelmingly pro-life. But they also do not understand at all what’s wrong with gay marriage. There are strong arguments from Scripture and from the authoritative Christian tradition, but these make no sense to them. Mind you, most of these young people were raised in optimal environments for the passing down of the faith and its teachings, and yet, on the key matter of the meaning of sex, marriage, and family, they … don’t get it.

I asked my interlocutor why. He shrugged, and said, “The culture is just too powerful.”

The problem with this is that in order to arrive at the point where one, as a Christian, rejects the Church’s teaching on the interrelated meaning of sex, marriage, and family, one has to reject both the authority of Scripture (and, for Catholics, the Church), and the anthropological core of Christianity — that is, the Biblical model of what man is. Ultimately, you have to reject traditional Christian metaphysics. I cover this all in my Sex and Sexuality chapter of The Benedict Option, but the heart of it is in this 2013 essay, “Sex After Christianity.” The gist of it is that the gay marriage revolution is really a cosmological revolution, and that to affirm gay marriage, as a Christian, means surrendering far more than many Christians think. It means, ultimately, that you see the world through the post-Christian culture’s template, not Christianity’s. What is likely happening with these young people is that they’re pro-life because they see the unborn child as a bearer of rights, including the right to life. And they’re not wrong! But that’s essentially a liberal position, one that is entirely amenable to gay marriage and the rest. The “bacillus” of materialism and radical individualism may find more resistance within the Body of Christ, but it still compromises its health.

Here’s another reason to be concerned, and to resist hoping in politics. It’s from an interview with Sir Roger Scruton:

How do current right-wing populist politics fit (or not) into your conception of conservative thought and conservative politics?

Well, I’m not a populist. I’m a believer in institutions. I think that institutions are the only guarantee we have of continuity and freedom. If you make direct appeals to the people all the time, the result is totally unstable and unpredictable, like the French Revolution. The revolutionaries made direct appeal to the people, and then discovered that they hated the people. So, they cut off their heads.

I believe [British historian] Simon Schama wrote a book on the topic…

Yes, Simon Schama’s book on the French Revolution is very revealing about this. The attempts to get rid of all mediating institutions just leaves the people in a dangerous condition, and a demagogue in charge. You can see this in Robespierre and Saint Just. And the only good thing about the French Revolution is that the demagogue gets his head chopped off as well.

So, I believe in institutions, and in using institutions to direct the people towards the kind of continuity and stability that they actually need, but doing it with their consent, obviously. That’s where the democratic process comes in.

What are your thoughts on the balance between consent and stability?

Well, first of all, stability requires legitimacy of opposition. There has to be a discussion of all the issues. That means that there must be a voice for the opponent, that’s what Congress and Parliament are about. And the first victim of real populism is the opponent, who is shut up. The press is taken away from him, parliamentary positions are taken away from him, so that the leading power has no voice opposed to it. …

It is no secret now that Americans have lost faith in institutions across the board. As Bill Bishop puts it, this is not Trump’s fault; the way we live in modernity all but guarantees it. Trump is not the cause of this, but rather an effect — though of course he also serves as a cause. The fact that a man can be elected President of the United States despite having violated so many institutional norms tells us something about the presidency, and the American people today. We are losing, and in many cases have already lost, mediating institutions. America is quite vulnerable to a demagogue — and there’s no guarantee that the demagogue will always be from the political right. Huey P. Long, for example, was a very effective left-wing demagogue — and he emerged almost a century ago, when the power of American institutions was much, much stronger than it is today.

We see in Trump a desire to delegitimize the opposition. For example, the media isn’t simply biased — a standard conservative politician’s critique, because it’s usually true — but is illegitimate. That’s what “fake news” means. The thing is, on college campuses, the urge to delegitimize opposition as racist, sexist, homophobic, and so forth, is exactly the same thing. Ultimately it will become more powerful, because this mentality is conquering the hearts and minds of the kind of people who will be running the institutions that, however attenuated their influence, will be shaping the perceptions and beliefs of Americans.

The power of Google and Facebook to determine which opinions are legitimate and which ones are not is going to be massively important. And I would be shocked if some form of the Chinese “social credit” system were not introduced into this country. What does that mean? From the National Interest:

The Chinese government has  unveiled a new program that it dubbed the “social credit system.” The system won’t be fully operational until 2020, but already it has generated as many as  7 million  punishments.

The system would rate the “trustworthiness” of Chinese citizens according to a wide variety of factors, such as what they buy, how they spend their time, and who their friends are, just to name a few.

The government would then take those deemed untrustworthy and punish them by not letting their children attend prestigious private schools, not allowing them to travel, and shutting down their internet presence.

The Chinese Communist government  promises that the social credit system will “allow the trustworthy to roam freely under heaven while making it hard for the discredited to take a single step.”

However, one must ask what it means to be “untrustworthy.”

In the  case of journalist Liu Hu, it could mean trying to expose government corruption. Other offenses could be things such as jaywalking, smoking on a train, criticizing the government, or having friends or family that speak ill of the government, all things that can lower one’s score.

In a future America in which opposition is deemed illegitimate, and in which personal data is widely available, how long do you think we can hold out against the temptation to institute a social credit score system? In China, it is being imposed from the top. In the US, our population is being acculturated by online norms, as well by an ethos that regards opponents not simply as wrong, but evil. We are being conditioned to accept this, and even, within the next couple of generations, to demand it.

It might come from the right, in which case I believe conservatives would bear a special responsibility for fighting it. But looking at the demographic data about the political and cultural beliefs of younger Americans, I think it is far, far more likely that it will come from the left — and that it will primarily be directed towards thought criminals like traditional Christians and social conservatives.

In that case, the best chance we have to protect ourselves from that all-encompassing tyranny would be a Supreme Court that defends the First Amendment. The greater concern for us, however, is that there would be no need for traditional Christians to be protected from a tyrannical social-credit-score government, because all Christians will have conformed internally, like so many “good German Christians” of the 1930s, to the regime — in our case, a regime of Moralistic Therapeutic Totalitarianism.

Larry Chapp:

…so too did Peter Maurin warn us that the only way we will endure the coming storm of cultural barbarity is to form deeply intentional communities of Christian intellectual discourse, moral ecology, and liturgical practice. Not so that we can “escape” the world and shun our brothers and sisters who remain within it. But so that we can know ourselves better and come closer to God so as to be better able to serve our neighbor in love.

We have to build this now — while there is still time.

UPDATE: Former San Francisco mayor Gavin Newsom was elected Governor of California last night. Note this:

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The old liberals — Jerry Brown, say — who respected institutions are dying out. Newsom is the next generation. Damon Linker is right to point to Newsom’s willingness to openly defy the law to achieve a liberal goal as a harbinger of what’s to come from the left. He was eager to cut down the law to get to the devil of homophobia. This kind of thing is coming.


Pâques/2020e: Si le grain ne meurt (Ou la longue histoire, d’Isaac à Moïse et de la circoncision à l’eucharistie comme de l’avortement à la contraception et de la vaccination au confinement, de l’abandon comme des substituts et survivances du sacrifice d’enfants)

10 avril, 2020

The sacrifice of Isaac - collection of Marc Chagall Museum… | Flickr

The First mourning (William-Adolphe Bouguereau, 1888)Death of the Pharaoh Firstborn son (Lawrence Alma-Tadema, 1872)Lamentations over the Death of the First-Born of Egypt (Charles Sprague Pearce, 1877)La Fille de Jephté (Alexandre Cabanel, 1879)Vincent van Gogh Four Sunflowers Gone to Seed Cool Wall Decor Art ...En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Jésus (Jean 12: 24)
Tu me donneras le premier-né de tes fils. Tu me donneras aussi le premier-né de ta vache et de ta brebis; il restera sept jours avec sa mère; le huitième jour, tu me le donneras. Exode 22: 29-30
Tout premier-né m’appartient (…) tu rachèteras tout premier-né de tes fils; et l’on ne se présentera point à vide devant ma face. Exode 34: 19-20
Lorsqu’une femme deviendra enceinte, et qu’elle enfantera un mâle, elle sera impure pendant sept jours; elle sera impure comme au temps de son indisposition menstruelle. Le huitième jour, l’enfant sera circoncis. Elle restera encore trente-trois jours à se purifier de son sang; elle ne touchera aucune chose sainte, et elle n’ira point au sanctuaire, jusqu’à ce que les jours de sa purification soient accomplis. (…) Lorsque les jours de sa purification seront accomplis, pour un fils ou pour une fille, elle apportera au sacrificateur, à l’entrée de la tente d’assignation, un agneau d’un an pour l’holocauste, et un jeune pigeon ou une tourterelle pour le sacrifice d’expiation. Lévitique 12: 2-6
S’il n’a pas de quoi se procurer une brebis ou une chèvre, il offrira en sacrifice de culpabilité à l’Éternel pour son péché deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, l’un comme victime expiatoire, l’autre comme holocauste. Lévitique 5: 7
Qu’on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu. Deutéronome 18: 10
Et, quand les jours de leur purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, Joseph et Marie le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur, – suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur: Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur, – et pour offrir en sacrifice deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, comme cela est prescrit dans la loi du Seigneur. Luc 2: 22-24
Au bout de quelque temps, Caïn fit à l’Éternel une offrande des fruits de la terre; et Abel, de son côté, en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L’Éternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande; mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande. (…) Caïn se jeta sur son frère Abel, et le tua. (…) L’Éternel lui dit: Si quelqu’un tuait Caïn, Caïn serait vengé sept fois. Et l’Éternel mit un signe sur Caïn pour que quiconque le trouverait ne le tuât point. Genèse 4: 3-15
Dieu dit à Abraham: Toi, tu garderas mon alliance, toi et tes descendants après toi, selon leurs générations. C’est ici mon alliance, que vous garderez entre moi et vous, et ta postérité après toi: tout mâle parmi vous sera circoncis. Vous vous circoncirez; et ce sera un signe d’alliance entre moi et vous. A l’âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis, selon vos générations, qu’il soit né dans la maison, ou qu’il soit acquis à prix d’argent de tout fils d’étranger, sans appartenir à ta race.  On devra circoncire celui qui est né dans la maison et celui qui est acquis à prix d’argent; et mon alliance sera dans votre chair une alliance perpétuelle. Un mâle incirconcis, qui n’aura pas été circoncis dans sa chair, sera exterminé du milieu de son peuple: il aura violé mon alliance. Genèse 17: 9-14
Abraham circoncit son fils Isaac, âgé de huit jours, comme Dieu le lui avait ordonné. Genèse 21: 4
Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai. (…) Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils. Alors l’ange de l’Éternel (…) dit: N’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes; et Abraham alla prendre le bélier, et l’offrit en holocauste à la place de son fils. Genèse 22: 2-13
Pendant le voyage, en un lieu où Moïse passa la nuit, l’Éternel l’attaqua et voulut le faire mourir. Séphora prit une pierre aiguë, coupa le prépuce de son fils, et le jeta aux pieds de Moïse, en disant: Tu es pour moi un époux de sang! Et l’Éternel le laissa. C’est alors qu’elle dit: Époux de sang! à cause de la circoncision. Exode 4: 24-26
Parlez à toute l’assemblée d’Israël, et dites: Le dixième jour de ce mois, on prendra un agneau pour chaque famille, un agneau pour chaque maison. (…) On prendra de son sang, et on en mettra sur les deux poteaux et sur le linteau de la porte des maisons où on le mangera. (…) Cette nuit-là, je passerai dans le pays d’Égypte, et je frapperai tous les premiers-nés du pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’aux animaux, et j’exercerai des jugements contre tous les dieux de l’Égypte. (…) Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez; je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n’y aura point de plaie qui vous détruise, quand je frapperai le pays d’Égypte. Vous conserverez le souvenir de ce jour, et vous le célébrerez par une fête en l’honneur de l’Éternel; vous le célébrerez comme une loi perpétuelle pour vos descendants. Exode 12: 3-14
Maudit soit devant l’Éternel l’homme qui se lèvera pour rebâtir cette ville de Jéricho! Il en jettera les fondements au prix de son premier-né, et il en posera les portes au prix de son plus jeune fils. Josué 6: 26
De son temps, Hiel de Béthel bâtit Jéricho; il en jeta les fondements au prix d’Abiram, son premier-né, et il en posa les portes aux prix de Segub, son plus jeune fils, selon la parole que l’Éternel avait dite par Josué, fils de Nun. I Rois 16: 34
Jephthé fit un voeu à l’Éternel, et dit: Si tu livres entre mes mains les fils d’Ammon, quiconque sortira des portes de ma maison au-devant de moi, à mon heureux retour de chez les fils d’Ammon, sera consacré à l’Éternel, et je l’offrirai en holocauste. Jephthé marcha contre les fils d’Ammon, et l’Éternel les livra entre ses mains. (…) Jephthé retourna dans sa maison à Mitspa. Et voici, sa fille sortit au-devant de lui avec des tambourins et des danses. C’était son unique enfant; il n’avait point de fils et point d’autre fille. Dès qu’il la vit, il déchira ses vêtements, et dit: Ah! ma fille! tu me jettes dans l’abattement, tu es au nombre de ceux qui me troublent! J’ai fait un voeu à l’Éternel, et je ne puis le révoquer. Elle lui dit: Mon père, si tu as fait un voeu à l’Éternel, traite-moi selon ce qui est sorti de ta bouche, maintenant que l’Éternel t’a vengé de tes ennemis, des fils d’Ammon. (…) Au bout des deux mois, elle revint vers son père, et il accomplit sur elle le voeu qu’il avait fait. Juges 11: 30-40
Et Saül dit: Que Dieu me traite dans toute sa rigueur, si tu ne meurs pas, Jonathan! Le peuple dit à Saül: Quoi! Jonathan mourrait, lui qui a opéré cette grande délivrance en Israël! Loin de là! L’Éternel est vivant! il ne tombera pas à terre un cheveu de sa tête, car c’est avec Dieu qu’il a agi dans cette journée. Ainsi le peuple sauva Jonathan, et il ne mourut point. I Samuel 14: 44-45
Alors Salomon bâtit sur la montagne qui est en face de Jérusalem un haut lieu pour Kemosch, l’abomination de Moab, et pour Moloc, l’abomination des fils d’Ammon. I Rois 11: 7
Achaz (…) marcha dans la voie des rois d’Israël; et même il fit passer son fils par le feu, suivant les abominations des nations que l’Éternel avait chassées devant les enfants d’Israël. II Rois 16: 2-3
Manassé (…) fit passer son fils par le feu. II Rois 21: 1-6
Le roi Josias (…) souilla Topheth dans la vallée des fils de Hinnom, afin que personne ne fît plus passer son fils ou sa fille par le feu en l’honneur de Moloc. 2 Rois 23: 1-10
Et il s’éleva sur la mer une grande tempête. Le navire menaçait de faire naufrage. Les mariniers eurent peur, ils implorèrent chacun leur dieu, et ils jetèrent dans la mer les objets qui étaient sur le navire, afin de le rendre plus léger. (…) Et il se rendirent l’un à l’autre: Venez, et tirons au sort, pour savoir qui nous attire ce malheur. Ils tirèrent au sort, et le sort tomba sur Jonas. Alors ils lui dirent: Dis-nous qui nous attire ce malheur. (…) Ils lui dirent: Que te ferons-nous, pour que la mer se calme envers nous? Car la mer était de plus en plus orageuse. Il leur répondit: Prenez-moi, et jetez-moi dans la mer, et la mer se calmera envers vous; car je sais que c’est moi qui attire sur vous cette grande tempête. (…) Puis ils prirent Jonas, et le jetèrent dans la mer. Et la fureur de la mer s’apaisa. Jonas 1: 15
Ils ont rempli ce lieu de sang innocent; Ils ont bâti des hauts lieux à Baal, Pour brûler leurs enfants au feu en holocaustes à Baal: Ce que je n’avais ni ordonné ni prescrit, Ce qui ne m’était point venu à la pensée. C’est pourquoi voici, les jours viennent, dit l’Éternel, Où ce lieu ne sera plus appelé Topheth et vallée de Ben Hinnom, Mais où on l’appellera vallée du carnage. Jérémie 19: 4-6
Je leur donnai aussi des préceptes qui n’étaient pas bons, et des ordonnances par lesquelles ils ne pouvaient vivre.Je les souillai par leurs offrandes, quand ils faisaient passer par le feu tous leurs premiers-nés; je voulus ainsi les punir, et leur faire connaître que je suis l’Éternel. Ezéchiel 20: 25-26
Avec quoi me présenterai-je devant l’Éternel, Pour m’humilier devant le Dieu Très Haut? Me présenterai-je avec des holocaustes, Avec des veaux d’un an? L’Éternel agréera-t-il des milliers de béliers, Des myriades de torrents d’huile? Donnerai-je pour mes transgressions mon premier-né, Pour le péché de mon âme le fruit de mes entrailles? – On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l’Éternel demande de toi, C’est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu. Michée 6: 6-8
Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation… Donc j’ai dit: Voici, je viens. Psaume 40: 7-8
Le roi dit: Coupez en deux l’enfant qui vit, et donnez-en la moitié à l’une et la moitié à l’autre. Alors la femme dont le fils était vivant sentit ses entrailles s’émouvoir pour son fils, et elle dit au roi: Ah! mon seigneur, donnez-lui l’enfant qui vit, et ne le faites point mourir. Jugement de Salomon (I Rois 3: 25-26)
Il ne lui sera donné d’autre miracle que celui du prophète Jonas. Jésus (Matthieu 12: 39)
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Jésus (Jean 15: 13)
Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits; car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux. Car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu. Que vous en semble? Si un homme a cent brebis, et que l’une d’elles s’égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s’est égarée Et, s’il la trouve, je vous le dis en vérité, elle lui cause plus de joie que les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. De même, ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu’il se perde un seul de ces petits. Jésus (Matthieu 18: 10-14)
Vous ne réfléchissez pas qu’il est dans votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple, et que la nation entière ne périsse pas. Caïphe (Jean 11: 50)
Nul ne peut ne pas mourir, mais l’homme seul peut donner sa vie. André Malraux
Après ce, vint une merdaille Fausse, traître et renoïe : Ce fu Judée la honnie, La mauvaise, la desloyal, Qui bien het et aimme tout mal, Qui tant donna d’or et d’argent Et promist a crestienne gent, Que puis, rivieres et fonteinnes Qui estoient cleres et seinnes En plusieurs lieus empoisonnerent, Dont pluseurs leurs vies finerent ; Car trestuit cil qui en usoient Assez soudeinnement moroient. Dont, certes, par dis fois cent mille En morurent, qu’a champ, qu’a ville. Einsois que fust aperceuë Ceste mortel deconvenue. Mais cils qui haut siet et louing voit, Qui tout gouverne et tout pourvoit, Ceste traïson plus celer Ne volt, enis la fist reveler Et si generalement savoir Qu’ils perdirent corps et avoir. Car tuit Juif furent destruit, Li uns pendus, li autres cuit, L’autre noié, l’autre ot copée La teste de hache ou d’espée. Et maint crestien ensement En morurent honteusement.  Guillaume de Machaut (Jugement du Roy de Navarre, v. 1349
Une nation ne se régénère que sur un monceau de cadavres. Saint-Just
Qu’un sang impur abreuve nos sillons! Air connu
L’arbre de la liberté doit être revivifié de temps en temps par le sang des patriotes et des tyrans. Jefferson
Dionysos contre le ‘crucifié’ : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyre – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le ‘crucifié’ en tant qu’il est ‘innocent’, sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation. (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. Adolf Hitler
Les catholiques et les orthodoxes décrivent l’Eucharistie comme une véritable « actualisation », non sanglante, du sacrifice du Christ en vue du salut, par le ministère du prêtre. De leur côté, les protestants s’y refusent, considérant que cela diminue la dignité du sacrifice de la Croix et affirmant que le texte biblique ne soutient pas la théorie de la transsubstantiation enseignée par l’Église catholique. Les luthériens emploient le terme de consubstantiation. Chez les chrétiens évangéliques, on parle d’un mémorial du sacrifice de Jésus-Christ et d’une annonce de son retour. Wikipedia
Un homme pur recueillera la cendre de la vache, et la déposera hors du camp, dans un lieu pur; on la conservera pour l’assemblée des enfants d’Israël, afin d’en faire l’eau de purification. C’est une eau expiatoire. Nombres 19: 9
Le baptême ou baptême d’eau est un rite ou un sacrement symbolisant la nouvelle vie du croyant chrétien. Il est partagé par la quasi-totalité des Églises chrétiennes, étant donné son importance dans les textes bibliques. L’eau symbolise à la fois la mort par noyade des baptisés dans leur ancienne vie caractérisée par le péché, et leur nouvelle naissance dans une vie nouvelle et éternelle. (…) Dans le judaïsme, le mikvé est un bain rituel utilisé pour l’ablution nécessaire aux rites de pureté. L’immersion totale du corps dans l’eau du mikvé fait partie du processus de conversion au judaïsme. On y voit généralement l’ancêtre du baptême chrétien. Dans l’esprit de la Torah et dans les rites d’immersion juifs demandés à Moïse par YHWH, l’immersion représente l’engloutissement dans l’eau d’un corps qui a été touché par l’impur. Wikipedia
L’histoire de Caïn et Abel, rapportée dans le chapitre IV du livre de la Genèse (…) soulève la question de savoir si l’auto-domestication sacrificielle est une tâche dont les hommes peuvent venir à bout ou un travail sans cesse à reprendre pour ne pas retomber dans la barbarie. Des deux fils d’Adam et Ève, nous savons seulement que l’un et l’autre font des offrandes à Dieu. Abel, qui est éleveur, sacrifie les premiers-nés de son troupeau, Caïn, qui est agriculteur, fait des offrandes végétales. Or, Dieu accepte les offrandes d’Abel, mais refuse celles de Caïn, sans qu’on sache pourquoi. (…) Dieu n’agit pas de façon arbitraire, car il y a bien une différence cruciale entre les sacrifices offerts par les deux frères. Il accepte le sacrifice d’Abel, parce qu’il est sanglant, il refuse celui de Caïn, parce qu’il n’est pas sanglant. Dire qu’il accepte le premier est une manière théologique de dire que celui-ci est approprié et efficace, dire que le second est refusé, de laisser entendre qu’il est inapproprié et inefficace. La suite de l’histoire montre aussitôt en quoi consiste l’efficacité du sacrifice. Abel met à mort les premiers-nés de son troupeau et, pour cette raison, ne devient pas meurtrier, alors que Caïn, ne faisant pas de sacrifice animal, devient homicide. Il s’agit là, en quelque sorte, d’une loi naturelle, qui s’impose à Dieu lui-même, et qui explique la protection accordée à Caïn. Au fond, tout se passe comme si, faute de victime animale, la mise à mort d’Abel était ou valait un sacrifice, et donc comme si Caïn était une sorte de sacrificateur (…) Pour saisir toute la porté de ce passage de la Genèse, il faut le rapprocher de l’épisode non moins célèbre du sacrifice, ou de la «ligature », comme dit la tradition juive, d’Isaac. Cet épisode, ainsi que le thème récurrent du rachat des premiers-nés, montrent que chez les Hébreux, comme ailleurs, la victime sacrificielle idéale est un être humain, mais aussi qu’il est possible de détourner la violence rituelle et, avec elle, toute la violence humaine, sur une victime animale. En revanche, l’histoire de Caïn et Abel laisse entendre qu’il serait dangereux, ou du moins prématuré, de vouloir se soustraire totalement de l’ordre sacrificiel et s’affranchir de toute violence. Qui veut faire l’ange fait la bête. On peut sacrifier un animal à la place d’un homme, mais en voulant remplacer le sacrifice animal par des offrandes végétales, on prend le risque de retomber dans la violence même que l’on voulait éviter. Bref, le sacrifice est un moyen violent de tromper la violence, de lui céder localement du terrain pour mieux la dominer globalement et la contenir dans les limites les plus étroites possibles. Mais, sans que cette violence rituelle, on peut le craindre, puisse être réduite à zéro. Telle est la conjecture qui ressort de nos exemples. Jusqu’à preuve du contraire, elle semble corroborée par l’histoire, pleine de bruit et de fureur, des sociétés humaines. (…) si la théologie chrétienne traditionnelle a pu permettre à ses adversaires de lui imputer une réhabilitation du sacrifice humain et d’assimiler la communion à une nouvelle forme de cannibalisme, il est patent que le rituel chrétien, qui ici comme ailleurs constitue le noyau dur d’une religion, est, depuis toujours, et à l’instar, pourrait-on dire, du sacrifice de Caïn, aux antipodes du sacrifice humain. Ou plutôt, à l’instar de celui de Melchisédech, auquel il se réfère expressément, et qui est à peine un sacrifice, puisqu’il consiste en une simple offrande de pain et de vin. Le protestantisme a d’ailleurs rejeté, de longue date, toute interprétation sacrificielle du culte, et, cinq siècles plus tard, on s’aperçoit que, sans vraiment se l’avouer, le rituel catholique lui emboîte le pas. La «célébration eucharistique » tend à remplacer le «sacrifice de la messe », mettant l’accent sur le partage du pain et du vin, «fruit de la terre et du travail des hommes », entre les membres de la communauté, plutôt que sur le sacrifice du dieu ou au dieu. Mais, si cette sortie du sacrifice est indéniable, il est plus difficile de savoir s’il s’agit bien d’un progrès, comme le croient spontanément nos contemporains, chrétiens, irréligieux ou agnostiques, d’accord en cela avec Girard. (…) là aussi, l’acte central est un sacrifice, indéfiniment répété dans le repas de communion, pour la rémission des péchés, c’est-à-dire pour atténuer le mal sans pouvoir jamais s’y soustraire définitivement (…). Pour établir la supériorité du judaïsme sur le christianisme, certains auteurs juifs, tels que Hyam Maccoby, ont fait grief au second de retomber dans le sacrifice humain dont le premier avait su sortir depuis Abraham. Pour les raisons déjà dites, cet argument nous semble irrecevable. C’est un moyen maladroit de masquer le fait, apparemment difficile à assumer de nos jours, que le judaïsme est beaucoup plus sacrificiel que son rejeton chrétien. C’est, en effet, seulement à un accident historique, la destruction du Temple par les Romains, que le judaïsme doit d’avoir abandonné, ou plutôt interrompu, l’usage des sacrifices sanglants. Comme le rappellent les juifs orthodoxes, dès que le Temple sera reconstruit, il faudra y reprendre les sacrifices. Quant à la circoncision, qui se rattache au rachat des premiers-nés, et, en dernière instance, au sacrifice des enfants que pratiquaient les anciens Hébreux, elle est manifestement plus sacrificielle et sanglante que le baptême chrétien. Lucien Scubla
Du point de vue égyptien, le départ des Hébreux d’Egypte était en fait une expulsion justifiable. Les principales sources sont les écrits de Manéthon et Apion, qui sont résumés et réfutés dans l’ouvrage de Josephus contre Apion. . . Manetho était un prêtre égyptien à Héliopolis. Apion était un Égyptien qui écrivait en grec et qui joua un rôle de premier plan dans la vie culturelle et politique égyptienne. Son récit de l’Exode a été utilisé dans une attaque contre les revendications et les droits des Juifs d’Alexandrie. . . La version hellénistique-égyptienne de l’Exode peut être résumée comme suit: les Egyptiens faisaient face à une crise importante précipitée par une population souffrant de diverses maladies. Par crainte de voir la maladie se répandre ou que quelque chose de plus grave encore ne se produise, cette bande a été rassemblée et expulsée du pays. Sous la conduite d’un certain Moïse, ces personnes ont été renvoyées; puis elles se sont constituées en unité religieuse et nationale. Et elles se sont finalement établies à Jérusalem et sont devenues les ancêtres des juifs. James G. Williams
L’accusation de crime rituel à l’encontre des Juifs est l’une des plus anciennes allégations antijuives et antisémites de l’Histoire. En effet, bien que l’accusation de crime de sang ait touché d’autres groupes que les Juifs, dont les premiers chrétiens, certains détails, parmi lesquels l’allégation que les Juifs utilisaient du sang humain pour certains de leurs rituels religieux, principalement la confection de pains azymes (matza) lors de la Pâque, leur furent spécifiques. (…) Le premier exemple connu d’accusation de ce type précède le christianisme, puisqu’il est fourni, selon Flavius Josèphe, par Apion, un écrivain sophiste égyptien hellénisé ayant vécu au Ier siècle. (…) Après la première affaire à Norwich (Angleterre) en 1144, les accusations se multiplient dans l’Europe catholique. De nombreuses disparitions inexpliquées d’enfants et de nombreux meurtres sont expliqués par ce biais. Wikipedia
Le poète et musicien Guillaume de Machaut écrivait au milieu du XIVe siècle. Son Jugement du Roy de Navarre mériterait d’être mieux connu. La partie principale de l’œuvre, certes, n’est qu’un long poème de style courtois, conventionnel de style et de sujet. Mais le début a quelque chose de saisissant. C’est une suite confuse d’événements catastrophiques auxquels Guillaume prétend avoir assisté avant de s’enfermer, finalement, de terreur dans sa maison pour y attendre la mort ou la fin de l’indicible épreuve. Certains événements sont tout à fait invraisemblables, d’autres ne le sont qu’à demi. Et pourtant de ce récit une impression se dégage : il a dû se passer quelque chose de réel. Il y a des signes dans le ciel. Les pierres pleuvent et assomment les vivants. Des villes entières sont détruites par la foudre. Dans celle où résidait Guillaume – il ne dit pas laquelle – les hommes meurent en grand nombre. Certaines de ces morts sont dues à la méchanceté des juifs et de leurs complices parmi les chrétiens. Comment ces gens-là s’y prenaient-ils pour causer de vastes pertes dans la population locale? Ils empoisonnaient les rivières, les sources d’approvisionnement en eau potable. La justice céleste a mis bon ordre à ces méfaits en révélant leurs auteurs à la population qui les a tous massacrés. Et pourtant les gens n’ont pas cessé de mourir, de plus en plus nombreux, jusqu’à un certain jour de printemps où Guillaume entendit de la musique dans la rue, des hommes et des femmes qui riaient. Tout était fini et la poésie courtoise pouvait recommencer. (…) aujourd’hui, les lecteurs repèrent des événements réels à travers les invraisemblances du récit. Ils ne croient ni aux signes dans le ciel ni aux accusations contre les juifs mais ils ne traitent pas tous les thèmes incroyables de la même façon; ils ne les mettent pas tous sur le même plan. Guillaume n’a rien inventé. C’est un homme crédule, certes, et il reflète une opinion publique hystérique. Les innombrables morts dont il fait état n’en sont pas moins réelles, causées de toute évidence par la fameuse peste noire qui ravagea la France en 1349 et 1350. Le massacre des juifs est également réel, justifié aux yeux des foules meurtrières par les rumeurs d’empoisonnement qui circulent un peu partout. C’est la terreur universelle de la maladie qui donne un poids suffisant à ces rumeurs pour déclencher lesdits massacres. (…) Mais les nombreuses morts attribuées par l’auteur au poison judaïque suggèrent une autre explication. Si ces morts sont réelles – et il n’y a pas de raison de les tenir pour imaginaires – elles pourraient bien être les premières victimes d’un seul et même fléau. Mais Guillaume ne s’en doute pas, même rétrospectivement. A ses yeux les boucs émissaires traditionnels conservent leur puissance explicatrice pour les premiers stades de l’épidémie. Pour les stades ultérieurs, seulement, l’auteur reconnaît la présence d’un phénomène proprement pathologique. L’étendue du désastre finit par décourager la seule explication par le complot des empoisonneurs, mais Guillaume ne réinterprète pas la suite entière des événements en fonction de leur raison d’être véritable. (…) Même rétrospectivement, tous les boucs émissaires collectifs réels et imaginaires, les juifs et les flagellants, les pluies de pierre et l’epydimie, continuent à jouer leur rôle si efficacement dans le récit de Guillaume que celui-ci ne voit jamais l’unité du fléau désigné par nous comme la « peste noire ». L’auteur continue à percevoir une multiplicité de désastres plus ou moins indépendants ou reliés les uns aux autres seulement par leur signification religieuse, un peu comme les dix plaies d’Egypte. René Girard
Le passage du sacrifice humain au sacrifice animal (…) représente un progrès immense (…) que le judaïsme est le seul à interpréter dans le sacrifice d’Isaac. Le seul à le symboliser dans une grande scène qui est une des premières scènes de l’Ancien Testament. Il ne faut pas oublier ce dont ce texte tient compte et dont la tradition n’a pas assez tenu compte : tout l’Ancien Testament  se situe dans le contexte du sacrifice du premier né. Rattacher le christianisme au sacrifice du premier né est absurde, mais derrière le judaïsme se trouve ce qu’il y a dans toutes les civilisations moyen-orientales, en particulier chez les Phéniciens : le sacrifice des enfants. Lorsque Flaubert le représente dans  Salambo, Sainte-Beuve avait bien tort de se moquer de lui parce que ce dont parle Flaubert est très réel. Les chercheurs ont découvert dans les cimetières de Carthage des tombes qui étaient des mélanges d’animaux à demi-brulés et d’enfants à la naissance à demi-brulés. Il a beaucoup été reproché à Flaubert la scène du dieu Moloch où les parents carthaginois jettent leurs enfants dans la fournaise. Or, les dernières recherches lui donnent raison contre Sainte-Beuve. En définitive, c’est le romancier qui a raison : cette scène est l’un des éléments les plus terrifiants et magnifiques de  Salambo. La mode intellectuelle de ces dernières années selon laquelle la violence a été inventée par le monde occidental à l’époque du colonialisme est une véritable absurdité et les archéologues n’en ont pas tenu compte. Aux Etats-Unis, des programmes de recherche se mettent en place notamment sur les Mayas. Ces derniers ont souvent été considérés comme des « anti-Aztèques » : ils n’auraient pas pratiqué de sacrifices humains. Pourtant, dès que l’on fait la moindre fouille, on découvre des choses extraordinaires : chez les Mayas, il y a des kilomètres carrés de villes enfouies. C’est une population formidable avec de nombreux temples et les traces du sacrifice humain y sont partout : des crânes de petits-enfants mêlés à des crânes d’animaux. René Girard
Dans le christianisme, on ne se martyrise pas soi-même. On n’est pas volontaire pour se faire tuer. On se met dans une situation où le respect des préceptes de Dieu (tendre l’autre joue, etc.) peut nous faire tuer. Cela dit, on se fera tuer parce que les hommes veulent nous tuer, non pas parce qu’on s’est porté volontaire. Ce n’est pas comme la notion japonaise de kamikaze. La notion chrétienne signifie que l’on est prêt à mourir plutôt qu’à tuer. C’est bien l’attitude de la bonne prostituée face au jugement de Salomon. Elle dit : « Donnez l’enfant à mon ennemi plutôt que de le tuer. » Sacrifier son enfant serait comme se sacrifier elle-même, car en acceptant une sorte de mort, elle se sacrifie elle-même. Et lorsque Salomon dit qu’elle est la vraie mère, cela ne signifie pas qu’elle est la mère biologique, mais la mère selon l’esprit. Cette histoire se trouve dans le Premier Livre des Rois (3, 16-28), qui est, à certains égards, un livre assez violent. Mais il me semble qu’il n’y a pas de meilleur symbole préchrétien du sacrifice de soi par le Christ. René Girard
‘Ils m’ont haï sans cause’ (…) ‘Il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture’, ‘On l’a compté parmi les criminels [ou les transgresseurs]’ (…) C’est tout simplement le refus de la causalité magique, et le refus des accusations stéréotypées qui s’énonce dans ces phrases apparemment trop banales pour tirer à conséquence. C’est le refus de tout ce que les foules persécutrices acceptent les yeux fermés. C’est ainsi que les Thébains adoptent tous sans hésiter l’hypothèse d’un Oedipe responsable de la peste, parce qu’incestueux ; c’est ainsi que les Égyptiens font enfermer le malheureux Joseph, sur la foi des racontars d’une Vénus provinciale, tout entière à sa proie attachée. Les Égyptiens n’en font jamais d’autres. Nous restons très égyptiens sous le rapport mythologique, avec Freud en particulier qui demande à l’Égypte la vérité du judaïsme. Les théories à la mode restent toutes païennes dans leur attachement au parricide, à l’inceste, etc., dans leur aveuglement au caractère mensonger des accusations stéréotypées. Nous sommes très en retard sur les Évangiles et même sur la Genèse. René Girard
Les banlieues ont inventé une nouvelle forme de sacrifice : la destruction de l’objet symbolique fondamental de la société de consommation qu’est l’automobile. On se passe les nerfs en détruisant des automobiles. C’est très mauvais. Je ne suis pas du tout partisan de cela, mais on ne s’en prend pas aux personnes. René Girard
Voici quelques semaines, nous connûmes en France, pour la seconde fois, des révoltes sans morts, des violences déchaînées sans victimes humaines. Avons-nous vu, nous, vieillards, témoins des horreurs de la guerre et à qui l’histoire enseigna, contre le message d’Abraham et de Jésus, le bûcher de Jeanne d’Arc ou celui de Giordano Bruno ; avons-nous vu les révoltés en question ne brûler, par mimétisme, que des automobiles ; avons-nous observé la police, postée devant eux, épargner aussi les vies humaines ? Je vois ici une suite immanquable de votre anthropologie, où la violence collective passa, jadis, de l’homme à l’animal et, maintenant, de la bête, absente de nos villes, à des objets techniques. Parmi ces révoltes fument des chevaux-vapeur. Michel Serres
Nous vivons dans un monde, je l’ai dit, qui se reproche sa propre violence constamment, systématiquement, rituellement. Nous nous arrangeons pour transposer tous nos conflits, même ceux qui se prêtent le moins à cette transposition, dans le langage des victimes innocentes. Le débat sur l’avortement par exemple : qu’on soit pour ou contre, c’est toujours dans l’intérêt des « vraies victimes », à nous en croire, que nous choisissons notre camp. Qui mérite le plus nos lamentations, les mères qui se sacrifient pour leurs enfants ou les enfants sacrifiés à l’hédonisme contemporain. Voilà la question. (…) Contrairement au totalitarisme d’extrême droite – celui qui est ouvertement païen, comme le nazisme, dont on parle plus que jamais, et qui est, je pense, complètement fini -, le totalitarisme d’extrême gauche a de l’avenir. Des deux totalitarismes c’est le plus malin, parce qu’il est le rival du christianisme, comme l’était déjà le marxisme. Au lieu de s’opposer franchement au christianisme, il le déborde sur sa gauche. Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui prend en compte et radicalise le souci des victimes, pour le paganiser. Ainsi, les puissances et les principautés reprochent au christianisme de ne pas défendre les victimes avec assez d’ardeur. Dans le passé chrétien elles ne voient que persécutions, oppressions, inquisitions. L’Antéchrist, lui, se flatte d’apporter aux hommes la paix et la tolérance que le christianisme leur promet et ne leur apporte pas. En réalité, c’est un retour très effectif à toutes sortes d’habitudes païennes : l’avortement, l’euthanasie, l’indifférenciation sexuelle, les jeux du cirque à gogo, mais sans victimes réelles, grâce aux simulations électroniques, etc. Le néo-paganisme veut faire du Décalogue et de toute la morale judéo-chrétienne une violence intolérable, et leur abolition complète est le premier de ses objectifs. Ce néo-paganisme situe le bonheur dans l’assouvissement illimité des désirs et, par conséquent, dans la suppression de tous les interdits. René Girard
Le christianisme (…) nous a fait passer de l’archaïsme à la modernité, en nous aidant à canaliser la violence autrement que par la mort.(…) En faisant d’un supplicié son Dieu, le christianisme va dénoncer le caractère inacceptable du sacrifice. Le Christ, fils de Dieu, innocent par essence, n’a-t-il pas dit – avec les prophètes juifs : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » ? En échange, il a promis le royaume de Dieu qui doit inaugurer l’ère de la réconciliation et la fin de la violence. La Passion inaugure ainsi un ordre inédit qui fonde les droits de l’homme, absolument inaliénables. (…) l’islam (…) ne supporte pas l’idée d’un Dieu crucifié, et donc le sacrifice ultime. Il prône la violence au nom de la guerre sainte et certains de ses fidèles recherchent le martyre en son nom. Archaïque ? Peut-être, mais l’est-il plus que notre société moderne hostile aux rites et de plus en plus soumise à la violence ? Jésus a-t-il échoué ? L’humanité a conservé de nombreux mécanismes sacrificiels. Il lui faut toujours tuer pour fonder, détruire pour créer, ce qui explique pour une part les génocides, les goulags et les holocaustes, le recours à l’arme nucléaire, et aujourd’hui le terrorisme. René Girard
Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter » la première pierre » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. (…) Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier. » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ». » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne : » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse » (Jean XI, 47-50) (…) Livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité. (…) Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de » bouc émissaire » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du » sacrifice parfait » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants. René Girard
Ce que dit le texte, c’est qu’on ne peut renoncer au sacrifice première manière, qui est sacrifice d’autrui, violence contre l’autre, qu’en assumant le risque du sacrifice deuxième manière, le sacrifice du Christ qui meurt pour ses amis. Le recours au même mot coupe court à l’illusion d’un terrain neutre complètement étranger à la violence. René Girard
Ce que nous vivons n’est pas simplement une pandémie mondiale, mais une pandémie numérique, où les effets du virus sont relayés par une information dite virale. Nous sommes confinés comme des poissons rouges, mais sur les parois de notre bocal nous n’arrêtons pas de consulter les chiffres de la surmortalité, en attendant que l’hameçon de la maladie vienne nous attraper et nous fasse basculer dans un autre monde. On s’aperçoit soudain que ce qui n’était qu’une unité dans un compte est un nom propre avec un visage. On passe d’un coup de la prophylaxie à l’asphyxie, du statistique au dramatique. Dans la Bible, la peste s’abat sur Israël parce que David a voulu recenser son peuple, c’est-à-dire ne plus le considérer dans la singularité de ses personnes, de ses familles et de ses tribus, mais comme un grand ensemble manipulable. Aujourd’hui, c’est la peste elle-même qui induit des recensements sans fin, à la fois hypnotiques et anxiogènes. Pendant ce temps, du fait de l’isolement des personnes âgées et des consignes de distanciation sociale, le mourant se voit dépouillé de son entourage au profit de l’assistance de la chimie et des machines, et le mort, privé de rites funéraires au profit du four crématoire. Sous ce rapport, l’épidémie ne fait qu’intensifier et dévoiler une structure qui était déjà là, et que l’on pourrait qualifier de structure techno-émotionnelle: face à la mort, on ne sait plus rien faire d’autre que de passer d’une gestion technologique qui nous permet de surnager, à une émotion qui brusquement nous noie. (…) Une crise ne produit pas des effets univoques. En termes de médecine, elle est état transitoire du patient, et peut être heureuse ou funeste, parce qu’elle débouche soit sur la guérison soit sur la mort. Les geeks vivaient déjà confinés derrière leurs écrans. Est-ce leur victoire, ou la preuve qu’ils vivaient déjà comme des malades? L’industrie des applications mobiles est en pleine forme, et le patron de Netflix peut se frotter les mains, mais on découvre aussi, avec les problèmes de ravitaillement, que l’agriculture est plus fondamentale que la haute finance, et l’œuvre des soignants plus essentielle que celle des winners. Hier, on parlait beaucoup de transhumanisme. L’épidémie nous ramène à la condition humaine, à notre mortalité, à la précarité de nos existences. Soudain Thucydide redevient notre contemporain, puisqu’il a traversé la peste d’Athènes. Sophocle, Bocacce, Manzoni, Giono ou Camus se révèlent plus actuels que nos actualités, parce qu’ils témoignent de ce qui appartient de manière indépassable à la chair de l’homme. Le confinement peut nous perdre dans nos tablettes, mais il est aussi l’occasion de réinventer la table familiale, et de retrouver le sens d’une culture toujours plus neuve que nos innovations – de même que le printemps restera toujours plus neuf que nos derniers gadgets. (…) S’il y a quelque chose qu’on ne peut virtualiser, c’est le rite chrétien. Les sacrements exigent une proximité physique. Ils communiquent la grâce par mode de contagion, de proche en proche, parce que l’amour de Dieu est inséparable de l’amour du prochain. C’est pourquoi, l’épidémie se propageant de la même façon, les fidèles ont été privés de l’eucharistie… Comme l’Église fait normalement obligation de communier au moins à Pâques, certains ont jugé bon de discuter cette mesure, voire de la braver. Je préfère la penser. Vivre la Pâque dans cette privation, c’est aussi reconnaître que le christianisme n’est pas un spiritualisme, mais une religion de l’Incarnation, où le plus spirituel rejoint le plus charnel, où le don de la grâce passe par un prêtre balourd, près d’un voisin antipathique, en mastiquant un insipide bout de pain. L’an dernier, au début de la semaine sainte, c’était l’incendie de Notre-Dame: l’édifice incomparable brûlait, mais le rituel était intact. À présent, sans rien de spectaculaire, mais de manière plus profonde, c’est le rituel lui-même qui est atteint. Le drame est plus grand, même s’il se voit moins. Mais si grand que soit le drame, c’est encore de cela que parle le sacrifice de la Croix. Sous le rapport, non pas du rite, mais de ce à quoi il renvoie, en cette heure où l’ange de la mort passe à travers les villes, la Pâque nous rejoint dans toute sa force. Judas transmet la mort par un baiser. Pilate se lave les mains avec du gel hydroalcoolique. Jésus demande: Mon Dieu, pourquoi? Et il ne lui est pas répondu. Mais si nous crions ainsi sous le mal, c’est que nous avons d’abord vu la bonté de la vie. Comme le dit Rilke dans ce vers que je ne me lasse pas de répéter: «Seule la louange ouvre un espace à la plainte». Nous ne pouvons gémir devant ce qui nous détruit que parce que nous célébrons ce qui nous porte. L’envers du cri, si désespéré soit-il, est encore un appel à l’espérance. La nuit nous fait horreur parce que nous avons goûté à la beauté du jour, mais la perte de cette lumière, qui nous fait si mal, nous suggère aussi qu’au bout de la nuit noire l’aurore finit par poindre, plus poignante que jamais. Fabrice Hadjadj
What a tragedy that the 100,000 pangolins that are purged every year are sacrificed over the false belief that their scales can aid in blood circulation and cure rheumatism! Melissa Chen
Given China’s relatively limited medical resources – its per capita number of intensive care beds and ventilators is far too small – Beijing can’t afford to fight a prolonged battle with the coronavirus. The county can only concentrate its fight on one front, and thus is transporting all the medical equipment it can there, and sending all the medical personnel it can as well. China can only mobilize its national medical resources to tackle the virus head-on in Wuhan. If this battle fails, the fate of the country is at stake. People in Wuhan and Hubei had no choice but to sacrifice themselves. This is the luck of the Chinese people and the misfortune of the people of Wuhan and Hubei. People blessed with luck need to be grateful. Wang Shuo
Epidémie de grippe saisonnière: une surmortalité de 21.000 décès cet hiver. France Soir (01/03/2017)
En dépit d’une loi qui l’interdit, la Cour constitutionnelle a décrété mercredi que le suicide assisté peut être jugé licite en Italie si une série de conditions sont réunies, une décision qualifiée de « victoire » par les partisans de l’euthanasie. Dans une sentence très attendue, la haute cour a estimé que l’aide au suicide « n’est pas punissable » quand sont respectés « le consentement éclairé » de la personne, « les soins palliatifs », « la sédation profonde » ainsi qu’un contrôle (« vérification de ces conditions et des modalités d’exécution » du suicide assisté) effectué par les autorités de santé publique après « avis du comité éthique » local. La Cour a souligné que l’aide au suicide ne peut concerner que des patients « maintenus en vie par des traitements vitaux et atteints d’une pathologie irréversible, source de souffrances physiques et psychologiques jugées insupportables, mais pleinement en mesure de prendre des décisions libres et conscientes ». La Cour a aussi précisé que sa décision était prise « dans l’attente d’une intervention indispensable du législateur », demandant donc au parlement de modifier la législation en vigueur. En Italie, pays à forte tradition catholique, l’euthanasie est interdite et le code pénal punit « l’instigation ou l’aide au suicide » avec des peines comprises entre 5 ans et 12 ans de prison. Les juges constitutionnels étaient saisis du cas de Marco Cappato, un responsable du Parti radical (historiquement favorable à l’avortement et à l’euthanasie), qui avait conduit un célèbre DJ italien en Suisse en 2017 pour un suicide assisté. Fabiano Antoniani, dit DJ Fabo, grand voyageur, pilote de moto-cross et musicien, était resté tétraplégique et aveugle après un accident de la route en 2014. « A partir d’aujourd’hui nous sommes tous plus libres, y compris ceux qui ne sont pas d’accord » avec l’euthanasie, s’est félicité M. Cappato sur Facebook, évoquant une « victoire de la désobéissance civile ». « Pour moi aider DJ Fabo était un devoir, la Cour a établi que c’était son droit », a-t-il ajouté. Beppino Englaro, papa d’Eluana, plongée dans un état végétatif et qui fut entre 2008 et sa mort en 2009 un symbole de la lutte pour l’euthanasie, a salué en M. Cappato « un pionnier qui a ouvert la voie vers l’établissement d’un droit ». Le Point
Nous, les ouvriers, on nous dit : ‘Allez travailler !’ Alors que les cadres travaillent depuis chez eux. M. Leroy (élu CGT, Wattrelos)
« Quarantaine à deux vitesses : repos et loisirs pour les uns, précarité et risque sanitaire pour les autres. » « Le confinement, c’est pour les riches. » « On est 300 à bosser sur le site et les cadres sont en télétravail. Nous, qu’on se mette en danger, tout le monde s’en fout. » Les riches à l’abri, les pauvres au turbin ? Les aisés, en télétravail depuis leur maison secondaire du bord de mer, les précaires à l’usine ?  La formule est caricaturale, mais illustre ce sentiment diffus qui pointe, depuis quelques jours, chez certains travailleurs de terrain : deux salles, deux ambiances. Ou plutôt, deux poids, deux mesures. Car si Bruno Le Maire a appelé ce mardi, sur BFMTV, « tous les salariés des entreprises qui sont encore ouvertes, des activités qui sont indispensables au fonctionnement du pays, à se rendre sur leurs lieux de travail », pointe parfois, chez ceux qui sont mobilisés sur le terrain, l’impression d’être « envoyé au front », dans les usines, les bureaux, pour faire tourner la machine, et s’exposer, pendant que les autres, les confinés, préservent, au chaud et en télétravail, leur santé. Et tout ça pour très peu de reconnaissance. Ils sont caissiers, ouvriers, préparateur de commandes, logisticien, travaillent dans les transports, le commerce, ce sont les invisibles, ceux qui travaillent dans les tréfonds des usines, ceux qui ont les mains dans le cambouis. D’après le ministère du Travail, c’est un peu plus de quatre emplois sur dix qui peuvent être exercés à distance. Mais dans la conjoncture actuelle, les remarques fusent : « On ne peut pas aller voir la grand-mère, ni la famille, mais par contre, vous pouvez aller bosser. Et empilés les uns sur les autres », dit un salarié. Lâchés seuls en première ligne ? (…) Ce qui entretient encore plus particulièrement le sentiment d’injustice, c’est qu’on « laisse ouvrir des activités qui devraient être fermées », souligne Laurent Degousée.  « Le 14 mars, on a un arrêté qui indique la fermeture des commerces non utiles. Le 15, un autre arrêté liste les exceptions : les magasins de vapotage ont le droit d’être ouvert, la jardinerie, animalerie, la téléphonie mobile… On  se moque de qui ? » Qu’est-ce qui est utile, qu’est-ce qui ne l’est pas ? Pour certains salariés ou travailleurs, la réponse est toute trouvée : ils sont sacrifiés pour des besoins non-utiles. Les livreurs de plateformes se considèrent ainsi comme des « travailleurs sacrifiables pour du récréatif ».  LCI
Il ne faudrait pas qu’en gagnant la bataille sanitaire, on se dirige vers un drame économique. Or, d’ores et déjà, le sort à moyen terme d’environ 20 à 30% de la population, entrepreneurs, personnes à leur compte, est très délicat. João Miguel Tavares
L’idéologie de la peur est devenue extrêmement présente dans l’esprit de nos concitoyens. On trouve notamment des traces de cette idéologie dans les fictions hollywoodiennes qui nous décrivent des apocalypses écologiques. A la différence des années 50 où les apocalypses étaient fondées sur l’imaginaire des soucoupes volantes ou de la guerre thermonucléaire, aujourd’hui la fin des temps viendra de l’action de l’homme et des conséquences désastreuses de cette action. La caractéristique de cette idéologie de la peur, c’est la crainte a priori que l’action de l’homme puisse conduire à des déséquilibres de la nature. Cette crainte peut se muer en une détestation de l’homme, vu comme « vorace », et de son action, ce que j’appelle « l’anthrophobie ». (…) La loi sur la transition énergétique s’inscrit dans un fait historique qui est celui de la question climatique. Une question réelle, qu’il faut prendre au sérieux, mais qui sert en quelque sorte d’otage à cette idéologie de la peur. Sur la base des dérèglements climatiques, et des conséquences désastreuses qui ne manqueront pas de survenir, on en infère des scénarios apocalyptiques qui devraient suspendre toutes nos actions y compris nos actions technologiques. Or, je pense qu’il y a un grand danger à suspendre nos actions : c’est celui de ne pas penser les conséquences catastrophiques de notre inaction. En ce sens, la loi sur la transition énergétique tient compte d’un certain nombre d’enjeux idéologiques qui cherchent à regrouper des considérations opportunistes et qui n’ont pas grand-chose à faire ensemble. Par exemple, plafonner la production nucléaire en France est problématique si on considère que le but est de lutter contre les énergies émettrices de gaz à effet de serre. Dans ce cas, pourquoi ne pas plus se préoccuper d’autres énergies comme le gaz ou le pétrole ? [réenchanter le risque] C’est non seulement possible mais c’est absolument nécessaire. Je suis assez préoccupé du fait que toute l’idéologie contemporaine nous oriente vers les conséquences possibles de notre action. Si nous devons être comptables des conséquences de notre action, cette idéologie nous rend totalement aveugle quant aux conséquences possibles de notre inaction. Celle-ci pourrait avoir des coûts cataclysmiques. Par exemple, pour le vaccin, on constate que la couverture maximale baisse y compris dans notre pays et qu’augmentent les craintes concernant le vaccin. En 2000, 9 % des Français se méfiaient des vaccins, ils sont près de 40 % en 2010. Cette méfiance aura des conséquences terribles sur les générations futures. (…) Ces questions ne peuvent avoir que des réponses technologiques. Or, ces réponses technologiques, nous ne les avons pas encore. Toute tentative d’enfermement des technologies du présent pourrait constituer un drame pour les générations futures. En d’autres termes, bâillonner le présent, c’est désespérer le futur. Le réenchantement du risque passe par une première étape celui de la conscience que le risque zéro n’existe pas. En effet, chacune de nos actions charrie une part incompressible de risque. La seconde étape consiste à dire que nous ne pouvons pas ne pas prendre de risque et qu’il n’y a pas de plus grand risque que celui de ne pas en prendre. A partir de là, il nous faut gérer de manière beaucoup plus raisonnable le rapport des coûts et des bénéfices de toute innovation technologique. Gérald Bronner
Êtes-vous prêt à prendre le risque afin de conserver l’Amérique que tout le monde aime pour vos enfants et petits-enfants ? Si c’est le deal, je suis prêt à me lancer. Je ne veux pas que tout le pays soit sacrifié. Dan Patrick (vice-gouverneur du Texas)
Coronavirus : sacrifier les personnes âgées pour sauver l’économie ? Les propos chocs du vice-gouverneur du Texas La Dépêche
Selon Trump et ses amis, qui veulent remettre les travailleurs au boulot dès avril, le ralentissement de l’économie américaine est aussi dangereuse que le coronavirus. C’est aussi ce que pense Dan Patrick, le vice-gouverneur du Texas, qui a appelé les personnes âgées à aller travailler. Autrement dit, se sacrifier pour « conserver l’Amérique que tout le monde aime ». C’est vrai que les plus âgés sont aussi les plus susceptibles d’être touchée par le virus, alors foutu pour foutu, autant qu’ils aillent se tuer à la tâche ! « L’Amérique qu’on aime » : celle où les plus faibles sont sacrifiés sur l’autel des profits ? Convergences révolutionnaires
Covid-19: les grands parents prêts à «se sacrifier» afin de sauver l’économie, affirme un vice-gouverneur du Texas Le vice-gouverneur du Texas s’est déclaré prêt à donner sa vie plutôt que de voir l’économie américaine sombrer à cause des mesures sanitaires liées à la pandémie de Covid-19. Selon lui, «beaucoup de grands-parents» à travers le pays partagent cette position. Nombreux sont les Américains âgés qui sont prêts à «se sacrifier» afin d’empêcher la pandémie de coronavirus de porter un grave préjudice à l’économie nationale et par conséquent au bien-être de leurs petits-enfants, estime le vice-gouverneur du Texas Dan Patrick. «Mon message est le suivant: reprenons le travail, reprenons la vie normale, soyons intelligents, et ceux d’entre nous qui ont plus de 70 ans, nous nous occuperons de nous», a confié le responsable dans un entretien avec un journaliste de la chaîne Fox News. Lui-même âgé de 69 ans, il s’est dit prêt à mourir plutôt que de voir l’économie américaine détruite par les mesures sanitaires décrétées sur fond de pandémie. D’après lui, cette position est partagée par «beaucoup de grands-parents» à travers le pays. Sputnik
Lorsqu’une question se pose, il faut toujours avoir la prudence de considérer attentivement la question qui est posée et le contexte dans lequel elle est posée. Très souvent, c’est là que se trouve la réponse. On s’interroge il est vrai à propos de la question de savoir ce qu’il faut sauver en priorité : l’économie ou les vies humaines ? Cette question appelle quatre remarques. – En premier lieu, formulée telle quelle, cette question date. Donald Trump aux États Unis et Boris Johnson en Angleterre se la sont posée il y a plus d’une semaine déjà en clamant haut et fort qu’il fallait penser avant tout à sauver l’économie. La réalité s’est chargée d’apporter elle même la réponse. Face à l’afflux des malades dans les hôpitaux, face à l’inquiétude des populations, face au fait pour Boris Johnson d’avoir été testé comme étant positif au virus du Covid 19, que ce soit Donald Trump ou bien encore Boris Johnson, tous deux ont fait machine arrière en décidant 1). de s’occuper des vies humaines en mettant les moyens pour cela, 2). de sauver l’économie autrement, par une intervention de l’État allant contre le dogme libéral de sa non intervention dans l’économie.- Par ailleurs, il importe de ne pas oublier le contexte. Qui pose la question de savoir ce qu’il faut sauver ? Les plus grands dirigeants de la planète à savoir le Président des Etats-Unis et le Premier Ministre de Grande Bretagne. Quand ils se posent cette question, comment le font ils ? Sous la forme d’une grande annonce extrêmement médiatisée. Pour qui ? Pour rassurer les milieux financiers. Sur le moment, ce coup d’éclat a l’effet de communication escompté. Il crée un choc psychologique qui rassure les milieux économiques avant de paniquer l’opinion publique. Moralité : la question de savoir s’il faut sauver les vies humaines ou l’économie est un coup politique qui commence sur le ton grandiloquent d’une tragédie cornélienne avant de s’effondrer lamentablement. On veut nous faire croire que certaines questions sont essentielles. Vu ceux qui la posent et le ridicule des réponses qui lui sont apportées qu’il soit permis d’en douter – Dans la façon dont la question et posée, quelque chose ne va pas. On oublie le temps. Lorsque l’épidémie du Corona virus a commencé, désireux de ne pas freiner l’économie, les autorités françaises ont reculé le plus possible la décision du confinement avant de ne pas pouvoir faire autrement. La nécessité économique a alors précédé l’urgence sanitaire. Aujourd’hui, l’urgence sanitaire est devenue première et l’urgence économique a été placée en second. Jusqu’au pic de l’épidémie cela va être le cas. Le temps sanitaire va l’emporter sur le temps économique. Dès que la décrue épidémiologique commencera, le temps économique va reprendre ses droits. En conséquence de quoi, qui décide de ce qui doit se faire ou pas ? Ce n’est pas l’économie ni la vie, mais l’opportunité et, derrière elle, c’est l’être humain capable de juger et d’avoir de la sagesse. – On oublie enfin les hommes. Dans le Cid de Corneille, Rodrigue le héros, se demande s’il doit choisir son amour contre l’honneur de sa famille ou l’honneur de sa famille contre son amour. Au théâtre, cette alternative est admirable. Elle crée le spectacle. Avec l’épreuve que l’humanité endure, on fera du bien à tout le monde en évitant de basculer dans le théâtre. Si on ne s’occupe pas des vies humaines, il y aura des morts et avec eux une inquiétude collective ainsi qu’un drame social qui pèsera sur l’économie. Si on ne s’occupe pas d’économie, il y aura des morts et un drame économique qui pèsera sur les vivants. Si on choisit l’économie contre la santé, il y aura des morts. Si on choisit la santé contre l’économie, il y aura des morts. De toute façon quoi que l’on choisisse et que l’on sacrifie, ne croyons pas qu’il n’y aura pas de morts. Il y en aura. Il est possible toutefois de limiter la casse. Entre la richesse et la mort, on oublie quelque chose d’énorme qui est plus riche que la richesse et plus vivant que la mort : il s’agit de nous. Il s’agit des hommes. Il s’agit des vivants. Si nous avons la volonté chevillée au corps de nous en sortir et si nous sommes solidaires, nous serons capables de surmonter cette crise. Nous devons être humains et forts comme jamais nous ne l’avons été. Nous avons la possibilité de l’être. La solidarité avec le personnel soignant tous les soirs à 20h montre que nous sommes capables de solidarité. L’humour qui circule montre que nous sommes capables de créativité. En ces temps de distanciation sociale, nous sommes en train de fabriquer des proximités inédites, totalement nouvelles et créatrices. Notre instinct de vie a parfaitement compris le message qui est lancé par ce qui se passe : soyez proches autrement. Là se trouve la richesse et la vie qui permettront de relever le défi économique et sanitaire qui est lancé. (…) Il y a deux façons de mesurer. La première se fait par le calcul et les mathématiques en appliquant des chiffres et des courbes à la réalité. La seconde se fait par l’émotion, la sensation, la sensibilité. Quand quelque chose plaît, je n’ai pas besoin de chiffres et de courbes pour savoir que cela plaît. Quand cela déplaît également. Lorsque Donald Trump a compris qu’il fallait s’occuper de la question sanitaire aux États-Unis et pas simplement d’économie, il n’a pas eu cette révélation à la suite d’un sondage. Il n’a pas utilisé les compétences d’instituts spécialisés. La réaction ne se faisant pas attendre, il a été plus rapide que les chiffres, les courbes et les sondages en changeant immédiatement son discours. Il a été découvert récemment que l’intelligence émotionnelle est infiniment plus rapide que l’intelligence mathématique, abstraite et calculatrice. On peut sur le papier démontrer que l’humain coûte trop cher. Lorsque dans la réalité concrète on ne s’en occupe pas assez et mal, on a immédiatement la réponse. Donald Trump s’en est très vite aperçu. (…) On veut des règles pour répondre à la question de savoir comment décider qui doit vivre ou pas et qui doit mourir ou pas. Les règles en la matière sont au nombre de deux : la première qui fonde toute notre civilisation consiste à dire que, par principe, on soigne tout le monde et on sauve tout le monde. Pour éviter la folie monstrueuse des régimes qui décident que telle classe de la population a le droit de vivre et pas telle autre, on n’a pas trouvé autre chose. La seconde règle est empirique. Tout médecin vous dira qu’en matière de vie et de mort aucun médecin ne sait. Ce qu’il faut faire est dicté par chaque malade, jour après jour. A priori, un médecin sauve tout le monde et soigne tout le monde, jusqu’au moment où, basculant du soin et du sauvetage dans l’acharnement et de l’acharnement dans l’absurde, il décide d’arrêter de soigner et de sauver. Ainsi, un médecin aujourd’hui soigne une vielle dame de quatre-vingt cinq ans grabataire et atteinte d’Alzheimer. Maintenant si dans une situation d’extrême urgence il faut choisir entre un jeune de vingt ans et cette vieille dame, le médecin choisira le jeune en plaçant la vie qui commence avant celle qui se termine. Il fera comme les médecins faisaient au XIXème siècle quand il s’agissait de savoir si, lors d’un accouchement qui se passe mal, il faut choisir la mère ou l’enfant. Il choisira l’enfant. Choix déchirant, tragique, insupportable, n’ayant aucune valeur de règle, la responsabilité face à la vie étant la règle. Et ce, parce qu’il ne faut jamais l’oublier : on choisit toujours la vie deux fois : la première contre la mort et la seconde contre la folie. D’où la complexité du choix, choisir la vie contre la folie n’allant jamais de soi. Relever la complexité de ce choix est risqué. On l’a par exemple vu sur tweeter, où de tels commentaires ont déchaîné la colère des internautes. Pourtant si la population grogne lorsqu’elle voit la courbe du chômage monter et les premières conséquences d’une économie au ralenti se concrétiser, n’est-ce pas également parce qu’elle est consciente que équation est impossible ? (…) L’expérience ne se transmet pas. Pour une raison très simple : c’est en ne se transmettant pas qu’elle transmet le message le plus essentiel qui soit afin de surmonter les crises : aucune crise ne ressemble à une autre. Chaque crise étant singulière, chaque crise a un mode de résolution qui lui est propre et qu’elle doit inventer. Quand une crise est résolue, cela vient de ce que ceux qui la traversent ont su inventer la solution qu’il faut pour cette crise précise. Le message des crises est de ce fait clair. Il convient de les étudier afin de comprendre l’originalité qui a été déployée pour sortir de la crise afin de cultiver sa propre originalité. Pour sortir de la crise que nous endurons, nous allons inventer une solution inédite et c’est cette invention qui nous permettra de sortir de cette crise. Bertrand Vergely
Et tout cela aura pour conséquence, dans l’année 2020 et aussi dans les années à venir, d’exclure certains travailleurs, de les marginaliser, de les contraindre à une misère sociale accrue. La France des « gilets jaunes », des zones périphériques, des précaires, des auto-entrepreneurs, des indépendants, va trinquer plus que celle des grands groupes ou de la fonction publique. Si nous étions cyniques (ou d’une lucidité froide), (mais nos sociétés ne le sont plus), nous aurions pu, collectivement, examiner le « coût » de deux stratégies : le confinement avec une décroissance massive et des conséquences négatives en chaîne sur les années à venir ; le maintien au ralenti de l’économie avec des mesures de protection individuelle massive. Une question n’est jamais posée, quand on compare la stratégie du Japon et celle de l’Europe : les choix faits l’ont-ils été par souci des populations et de la pandémie (avec un virus que nous ne connaissons pas et qui évolue d’une manière plus incontrôlée que ce que nous pouvions penser au début) ou pour suppléer l’incurie des politiques de santé publiques qui n’ont pas prévu ce genre de situation et n’ont rien fait pour nous donner les moyens d’y faire face. Damien Le Guay
Rappelons-nous tout d’abord que nous abordons la pandémie avec le regard d’une société individualiste. Nos ancêtres de 1914 ont accepté la mort pour la défense de la patrie parce qu’ils avaient le sentiment d’être un chaînon dans une lignée. Ils défendaient la terre de leurs ancêtres et ils la défendaient pour leurs enfants. Quelques générations plus tôt, quand il y avait encore des épidémies régulières, on prenait des mesures de précaution, on soignait, mais on acceptait la mort éventuelle parce qu’on avait le sentiment d’appartenir à une société. Aujourd’hui, il n’y a plus qu’un tout petit nombre de nos concitoyens qui a l’expérience de la guerre. Nous avons derrière nous 60 ans d’individualisme absolu. Le christianisme est devenu ultraminoritaire. Il s’agit donc, dans l’absolu, d’avoir « zéro mort ». Effectivement notre société semble prête à sacrifier l’économie. Sans se rendre compte que ce genre de mentalités n’amène pas le « zéro mort » mais une catastrophe sanitaire. Et qu’une crise économique aussi fait des morts. (…) L’une des leçons de la crise du COVID 19, c’est que nous avons sous nos yeux la preuve expérimentale des ravages causés par l’effondrement de l’Education Nationale. En particulier, l’enseignement de l’économie tel qu’il est dispensé dans nos lycées, depuis des années, très hostile à l’entreprise et incapable de faire comprendre la dynamique du capitalisme, aboutit aux discours que nous entendons aujourd’hui. Il y aurait des activités indispensables et d’autres qui ne le seraient pas ! En fait, une économie moderne repose sur un fonctionnement très complexe. Les fonctionnaires du Ministère de l’Economie ont pris peur quand ils ont vu le nombre de demandes de mise au chômage partiel ! Dans un Etat qui prélève et redistribue 57% du PIB, on redécouvre qu’il y a beaucoup plus d’emplois utiles que ce qu’on pensait ! Et l’on risque de découvrir, à ce rythme, qu’il y aura encore plus de personnes mourant du fait du ralentissement de l’économie qu’à cause de l’épidémie. On ne peut pas dire que l’histoire des crises et leur taux de mortalité ne soit pas connu: de la crise de 1929 à l’asphyxie de la Grèce par l’Eurogroupe depuis 2015, tout est documenté. (…) Nos gouvernants ne feront pas un choix, s’ils arbitrent entre deux maux. Actuellement, ils sont dans l’incapacité de choisir entre les personnes qu’ils doivent soigner quand elles arrivent à l’hôpital et qu’ils n’ont pas assez de lit. Donc ils appliquent une règle mécanique: au-dessus d’un certain âge, on n’est plus soigné. Ce n’est pas un choix, car choisir c’est faire exercice de sa liberté, c’est pouvoir se déterminer entre deux options. Pour pouvoir choisir, il faut « avoir le choix ». Nous pourrions choisir un type d’équilibre entre la lutte contre la pandémie et la protection de notre économie si nous avions agi en amont. Si nous avions fermé nos frontières, testé largement, distribué massivement des masques etc…Il ne peut pas y avoir, en bonne philosophie, de choix entre des catégories de morts qui seraient préférables. Quand on en est arrivé là c’est qu’on subit. En revanche, aujourd’hui, le gouvernement pourrait choisir d’autoriser la généralisation du traitement du Professeur Raoult. (…) En fait, je pense que le dilemme est entre le fatalisme et le désir d’échapper à un destin tracé. Rappelez-vous, il y a quelques semaines, Emmanuel Macron parlait des progrès « inexorables » de l’épidémie. Au contraire, Boris Johnson et Donald Trump, qui sont des lutteurs, des battants, des hommes de liberté, ont commencé par penser qu’il fallait laisser passer l’épidémie, en faisant confiance aux capacités d’immunisation de la population. Puis, ils ont compris que toutes les grippes ne se ressemblent pas et qu’il fallait prendre des mesures. Ils font passer leur société aux tests massifs et au confinement partiel. Le redémarrage de l’économie apparaîtra d’autant plus souhaitable à leurs concitoyens que l’épidémie aura été jugulée. Ce qui est à craindre en France, comme en Italie, c’est qu’on ait deux crises, sanitaire et économique, qui s’éternisent. (…) Si l’on se réfère à la tradition occidentale, née entre Jérusalem, Athènes et Rome, l’être humain est appelé à se libérer des déterminismes naturels ou sociaux. L’homme occidental est celui qui propose à toute l’humanité d’apprendre la liberté, c’est-à-dire le choix. De la Genèse, où l’homme se voit enjoindre de dominer la Création, à René Descartes (il nous faut devenir « comme maîtres et possesseurs de la nature »), on s’est efforcé d’émanciper l’individu. Le grand paradoxe du dernier demi-siècle a consisté dans l’introduction en Occident de philosophies profondément étrangères à la tradition de l’émancipation individuelle, des sagesses orientales à la vénération de la Terre-Mère. La crise du Coronavirus vient nous rappeler que la nature n’est pas cette force bienveillante envers l’humanité que décrivent les écologistes. Et le yoga et le New Age sont de peu de secours pour lutter contre la pandémie. Si j’avais à me tourner vers la théologie, pour dire la même pensée de l’émancipation individuelle, je citerais Saint Ignace: « Agis comme si tout dépendait de toi, en sachant qu’en réalité tout dépend de Dieu ». Quand on voit nos dirigeants avoir comme premier mouvement l’interdiction de la participation à un enterrement mais aussi la fermeture des églises, on se dit que ceux qui ne savent plus agir ne savent plus croire. (…) Tout doit être fait pour sortir du fatalisme ! C’est la seule possibilité de se garder une marge de manoeuvre. Le scénario le plus probable, actuellement dans notre pays est au contraire le cumul des crises, du fait de la passivité des gouvernants, qui prennent des décisions toujours trop tardives. Nous en revenons à la complexité des sociétés modernes. Elle peut être maîtrisée à condition, d’une part, de savoir traiter les innombrables données générées par chaque individu, chaque secteur d’activité; à condition, d’autre part, d’intégrer toutes les dimensions du problème à résoudre dans une stratégie unifiée. Réunir ces deux conditions, c’est commencer à pouvoir choisir ce qui servira le mieux la société et l’économie. Edouard Husson
Les hommes au paléolithique pratiquaient certainement la contraception. Déjà chez les Mésopotamiens (1600 av. J.-C.), les femmes utilisent des pierres pour ne pas concevoir: elles choisissent des pierres ovales ou arrondies qu’elles s’introduisent dans le vagin, le plus loin possible ; c’est la méthode intra-utérine. En Égypte, le Papyrus Ebers et Kahun prescrivent plusieurs recettes contraceptives, composées d’excréments de crocodile, de natron, de miel et de gomme arabique. Les remèdes de contraception dans l’Égypte antique sont des produits d’origine végétale, minérale ou animale. Certains sont aujourd’hui reconnus comme efficaces et utilisés dans les spermicides modernes.On dit aussi que les premiers préservatifs masculins seraient égyptiens, confectionnés avec des intestins de petits animaux (chats…). Selon certains auteurs5, il existerait aussi, dans les papyrus égyptiens, des écrits disant que Ramsès aurait fait distribuer à la population des contraceptifs pour limiter la surpopulation et les risques de famine. La sexualité dans le judaïsme se fonde sur la Bible et les Mishnas. La contraception n’est tolérée que dans certains cas et pour une durée définie. Le contrôle des naissances va à l’encontre de deux fondements du judaïsme, l’obligation de concevoir et l’interdiction d’onanisme. Néanmoins, selon le commentaire de la Bible du rabbin Raschi, Onan aurait été puni pour avoir transgressé les lois du lévirat, plus que « pour avoir gaspillé sa semence ». Les anciens Hébreux, qui pratiquaient la polygamie, étaient parfois autorisés des moyens contraceptifs si la grossesse risquait de mettre en danger la vie de la mère. Le droit talmudique, tiré de la Halakha admet la prévention mais en laisse uniquement l’initiative à la femme. De leur côté, les Araméennes de confession hébraïque utilisent, sur le conseil du rabbin (IIe siècle apr. J.-C.), le moukh, une éponge placée dans le vagin qui empêche le sperme d’atteindre l’utérus. (…) Les Grecs et les Romains ont quant à eux utilisé l’avortement et l’infanticide en cas d’échec des drogues et des amulettes, notamment pour éviter un enfant issu d’un riche citoyen et de son esclave. (…) Quant aux femmes, puisque l’allaitement arrête l’ovulation, la façon la plus naturelle pour elles de se protéger d’une éventuelle nouvelle grossesse était de prolonger la période pendant laquelle elles nourrissaient au sein leur enfant. Par ailleurs, le calcul des cycles menstruels devait leur permettre de savoir à quelles périodes elles étaient les plus fécondes ; on estimait alors qu’il s’agit de celles survenant juste avant ou juste après les menstruations. (…) Les études démographiques, telles celles de Louis Henry montrent que la fécondité diminue au sein de la bourgeoisie au XVIIe siècle. Cela va de pair avec la perte des recettes contraceptives des sorcières et sages-femmes. Au XVIIe siècle, la fécondité naturelle reprend. Les villes européennes croissent plus rapidement et apparaît alors des discussions et des controverses portant sur les avantages et les inconvénients de cette croissance. Nicolas Machiavel, un philosophe italien de la renaissance écrit alors que « Lorsque toutes les provinces du monde se seront remplies d’habitants tel qu’ils ne pourront plus subsister où ils sont ni se déplacer quelque part d’autre…alors le monde se purgera lui-même grâce à une de ces trois méthodes » en parlant des inondations, de la peste et des famines. Martin Luther affirme à cette époque que « Dieu fait les enfants. Il va aussi les nourrir ». (…) Les registres paroissiaux du XVIIIe siècle montrent un contrôle actif des naissances par la contraception, la continence ou le coït interrompu. Wikipedia
L’histoire de l’avortement remonte selon l’anthropologie à l’Antiquité. Pratiqué dans toutes les sociétés, les techniques (herbes abortives, utilisation d’objets tranchants, curetage, application d’une forte pression abdominale) et les conditions dans lesquelles l’avortement a été réalisé ont changé dans les pays où est reconnu le droit à l’avortement mais il demeure un fait de société. Le Code de Hammurabi daté d’environ 1750 av. J.-C. interdit l’avortement1. Le papyrus Ebers contient des prescriptions pour faire avorter les femmes. Ainsi, dès l’Antiquité, des politiques ont tenté de contrôler la fécondité. L’avortement est poursuivi très strictement chez les Hébreux. Dans la Grèce classique et la Rome antique, l’avortement est une pratique réprouvée (car elle prive le père de son droit de disposer de sa progéniture comme il l’entend) mais non interdite par un texte législatif. Ce n’est qu’avec l’expansion du christianisme et le besoin de gérer l’équilibre démographique que les empereurs romains Septime Sévère et Caracalla punissent dans des rescrits l’avortement au IIIe siècle. À cette époque, une plante (le silphium) servait principalement comme abortif et contraceptif. La très grande majorité des Églises chrétiennes condamnent fermement l’avortement mais au Moyen Âge, la sanction est différente selon que l’avortement est pratiqué avant ou après l’animation du fœtus. Au XIIIe siècle, les théologiens chrétiens optent pour une animation différenciée entre garçons et filles : ils fixent l’apparition d’une âme chez les fœtus à 40 jours pour les garçons et à 80 jours pour les filles. La Constitutio Criminalis Carolina, édictée par Charles Quint en 1532, fixe au milieu de la grossesse le moment de l’animation du fœtus, c’est-à-dire dès que la mère perçoit ses mouvements. Néanmoins, le pape Sixte Quint condamne de façon formelle l’avortement, quel qu’en soit le terme. Des femmes, au péril de leur vie en raison des techniques utilisées et du manque d’hygiène, s’avortent alors elles-mêmes, font appel à leur entourage ou recourent alors à un tiers. (…) Dès la fin du XVIIIe siècle en France et au XIXe siècle dans les autres pays d’Europe occidentale, les femmes mariées y recourent de plus en plus souvent afin de limiter la taille de leur famille. Elles font appel à des femmes sans qualification, surnommées « faiseuses d’anges », parmi lesquelles les « tricoteuses », célèbres pour leurs aiguilles à tricoter, qu’elles utilisent pour percer la poche des eaux ou ouvrir le col de l’utérus, et entraîner une fausse-couche. L’avortement dans ce contexte se pratique toujours dans la clandestinité, notamment par l’intervention appelée « dilatation et curetage ». La médecine du XIXe siècle voit des progrès dans les domaines de la chirurgie, de l’anesthésie et de l’hygiène. À la même époque, des médecins associés à l’Association médicale américaine font pression pour l’interdiction de l’avortement aux États-Unis alors que les interruptions de grossesse sont de plus en plus punies, comme en attestent en France l’article 317 du code pénal de 1810 qui punit de la réclusion d’un an à cinq ans aussi bien la femme qui avorte que le tiers avorteur, ou les articles 58 et 59 du Offences against the Person Act 1861 adoptés par le Parlement du Royaume-Uni qui criminalise l’avortement. Dans les années 1970, des féministes américaines développent la méthode de Karman qui permet d’avorter de manière sécuritaire. En Angleterre et aux États-Unis, cet avortement par aspiration se pratique en consultation externe, c’est ce que l’on appelle le « lunch-time abortion » (avortement pratiqué à l’heure du déjeuner). L’avortement devient plus sûr, ne nécessite aucun cadre hospitalier et peut même être réalisée par des non-médecins. Wikipedia
Des méthodes empiriques de variolisation sont apparues très tôt dans l’histoire de l’humanité, grâce à l’observation du fait qu’une personne qui survit à la maladie est épargnée lors des épidémies suivantes. L’idée de prévenir le mal par le mal se concrétise dans des pratiques populaires sur les continents asiatique et africain. La pratique de l’inoculation était en tout cas connue en Afrique depuis plusieurs siècles et c’est de son esclave Onésime que l’apprit le pasteur américain Cotton Mather. La première mention indiscutable de la variolisation apparaît en Chine au XVIe siècle. Il s’agissait d’inoculer une forme qu’on espérait peu virulente de la variole en mettant en contact la personne à immuniser avec le contenu de la substance qui suppure des vésicules d’un malade (le pus). Le risque n’était cependant pas négligeable : le taux de mortalité pouvait atteindre 1 ou 2 %. (…) Dans de très rares cas, la vaccination peut entraîner des effets indésirables sérieux et, exceptionnellement, fatals. Un choc anaphylactique, extrêmement rare, peut par exemple s’observer chez des personnes susceptibles avec certains vaccins (incidence de 0,65 par million, voir 10 par million pour le vaccin rougeole-rubéole-oreillons (RRO). En France, la loi prévoit le remboursement des dommages et intérêts par l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux lorsqu’il s’agit de vaccins obligatoires. Wikipedia
La politique de vaccination française contre la grippe est de vacciner les personnes qui ont des risques de faire des complications suite à une grippe, des complications qui vont les emmener à l’hôpital, voire qui peuvent évoluer vers le décès [9 900 décès ont été attribués à la grippe en France pendant l’hiver 2018-2019]. Donc les gens à risque sont les personnes les plus âgées, à partir de 65 ans, les personnes qui ont un déficit de l’immunité, celles qui ont des maladies cardiaques, pulmonaires, respiratoires, rénales, hépatiques, neurologiques, et puis également les femmes enceintes. Il faut savoir que vacciner la femme enceinte protège aussi son bébé pour les 6 premiers mois de sa vie. Les personnes obèses sont également concernées. L’intérêt c’est de protéger toutes ces personnes-là. (…) Les personnes âgées (…) le vaccin marche moins bien chez elles, mais il y a aussi les adultes plus jeunes qui ont des complications, des maladies respiratoires, cardiaques… Ces personnes-là peuvent être protégées par la vaccination et puis on a aussi la possibilité de vacciner l’entourage, les gens qui vivent à proximité, en particulier les professionnels de santé, mais également l’entourage des petits nourrissons qu’on ne peut pas vacciner avant 6 mois. Dans ce cas, pour un nourrisson qui a des facteurs de risque, on va recommander la vaccination à son entourage. (…) On rencontre des difficultés à faire vacciner les professionnels de santé, d’abord parce que le vaccin de la grippe a lieu tous les ans, donc c’est relativement contraignant. Ensuite, parce que de façon générale le vaccin est responsable d’une réticence de la part des professionnels de santé, peut-être à cause de la vaccination hépatite B et des potentiels effets secondaires qui avaient été mis en doute à l’époque et qui depuis ont été infirmés. Aujourd’hui, on a une bonne couverture vaccinale chez les médecins et les étudiants en médecine, globalement on arrive à 60 -70% de couverture vaccinale, mais ça reste encore difficile chez les infirmières ou les aides soignantes. (…) Le vaccin antigrippal actuellement disponible en France ne comporte pas d’adjuvants, c’est peut-être aussi pour ça qu’il n’est pas aussi efficace que d’autres vaccins pour lesquels on a des adjuvants efficaces. Et les principaux effets secondaires, se font au moment de la vaccination donc soit au site d’injection, soit de la fièvre, un peu de fatigue et des douleurs articulaires et musculaires. Ensuite, il existe un effet secondaire, plus spécifique de la vaccination antigrippale, qui est lié au virus lui-même, une complication neurologique mais assez exceptionnelle avec le virus et encore plus exceptionnelle avec le vaccin, donc qui ne remet pas en cause l’intérêt même de ce vaccin. (…) Si vous n’êtes pas dans les populations à risque, vous pouvez vous faire vacciner d’une part pour protéger votre entourage éventuellement, et d’autre part pour vous protéger, vous. Il faut savoir que dans certains pays, pas très loin de chez nous au Royaume-Uni, la politique vaccinale est différente. On vaccine les enfants de façon généralisée pour qu’ils limitent la transmission de la grippe aux personnes fragiles, puisqu’on estime que pendant une épidémie de grippe environ 20% des enfants vont être affectés et seront donc le réservoir principal du virus. Dr. Odile Launay (Université de Paris, Centre d’Investigation Clinique Cochin-Pasteur)
Le saviez-vous ? 900 000 Juifs ont été exclus ou expulsés des Etats arabo-musulmans entre 1940 et 1970. L’histoire de la disparition du judaïsme en terres d’islam est la clef d’une mystification politique de grande ampleur qui a fini par gagner toutes les consciences. Elle fonde le récit qui accable la légitimité et la moralité d’Israël en l’accusant d’un pseudo « péché originel ». La fable est simpliste : le martyre des Juifs européens sous le nazisme serait la seule justification de l’État d’Israël. Sa « création » par les Nations Unies aurait été une forme de compensation au lendemain de la guerre. Cependant, elle aurait entraîné une autre tragédie, la « Nakba », en dépossédant les Palestiniens de leur propre territoire. Dans le meilleur des cas, ce récit autorise à tolérer que cet État subsiste pour des causes humanitaires, malgré sa culpabilité congénitale. Cette narration a, de fait, tout pour sembler réaliste. Elle surfe sur le sentiment de culpabilité d’une Europe doublement responsable : de la Shoah et de l’imposition coloniale d’Israël à un monde arabe innocent.  Dans le pire des cas, cette narration ne voit en Israël qu’une puissance colonialiste qui doit disparaître. Ce qui explique l’intérêt d’accuser sans cesse Israël de génocide et de nazisme : sa seule « raison d’être » (la Shoah) est ainsi sapée dans son fondement. La « Nakba » est le pendant de la Shoah. La synthèse politiquement correcte de ces deux positions extrêmes est trouvée dans la doctrine de l’État bi-national ou du « retour » des « réfugiés » qui implique que les Juifs d’Israël mettent en oeuvre leur propre destruction en disparaissant dans une masse démographique arabo-musulmane. Shmuel Trigano
Hors du sacrifice point de salut !
En ce 2020e vendredi saint …
Et premier jour de la Pâque juive …
Où nous chrétiens nous remémorons, à travers le don suprême de la vie du Christ, le sacrifice qui devait mettre fin à tous les sacrifices …
Et nos amis juifs, à travers leur expulsion pour crime rituel évidemment mythique mais contre-factuellement attribué à leur propre dieu des premiers nés égyptiens, le salut et la fondation de leur peuple …
Et où pour préserver aujourd’hui en une sorte de peur panique du risque, ses membres les plus vulnérables du virus chinois …
L’Humanité entière semble prête au sacrifice de l’avenir de ses propres enfants …
Comment ne pas voir à nouveau …
Derrière la longue histoire …
D’Isaac à Moïse et de la circoncision à l’eucharistie et au baptême comme de l’avortement à la contraception et de la vaccination à l’actuel confinement
De l’abandon comme de ses substituts et survivances …
L’ inévitable nécessité, jusqu’aux animaux eux-mêmes, du sacrifice
Comme à la Nietzsche, élimination de l’autre …
Ou préfiguré par la bonne prostituée du jugement de Salomon …
Ou incarné par le Christ lui-même…
Du don ultime de soi ?

Contempler.
Le fils unique, le fils aimé
Le ciel s’ouvre devant le père brisé. Mais le fils seul entrevoit, au-delà, la splendeur de Dieu et la douleur humaine.
Gérard Billon
La Croix
24/02/2018

Le Sacrifice d’Isaac (1960-1966), peint par Marc Chagall, est conservé au Musée national Marc- Chagall à Nice. Adagp, Paris 2018

Nous percevons d’abord les couleurs : rouge, jaune, bleu. Claires, elles débordent le dessin, enveloppent les personnages, les recouvrent. Rouge pour Abraham hébété, jaune pour Isaac offert, bleu pour l’ange secourable. Couleurs premières d’une histoire qui nous défie.

Du ciel, un cri…
« C’est l’ange du Seigneur qui appelle : Abraham ! Abraham ! Réponse : Oui, je suis là. – Arrête-toi, dit-il, ne fais rien à l’enfant. Je sais. Tu crains Dieu… » (Gn 22,11-12). Privilège de la peinture : arrêter le flot narratif pour explorer une phrase et discerner l’indiscernable, ce qui est écrit mais que l’on ne voit pas, que l’on n’entend pas encore.

Dieu a parlé. Abraham est à l’épreuve : prendre son fils unique, son fils aimé, le rire de sa vieillesse touchée par la mort, et l’offrir en holocauste. Offrir, donner sans retour ce qui lui a été donné. L’obéissance peut-elle aller jusqu’à répandre le sang et brûler la chair ? Le père et le fils ont gravi ensemble la montagne. L’autel est dressé, et les bûches, le feu bientôt. Lentement, le père prend le couteau. Le fils, lui, se tait.

Le tableau, grand, presque carré (230 x 235 cm), s’insère dans les silences du récit. Marc Chagall, rêveur juif de Vitebsk exilé en France (1887-1985), l’a conçu comme partie d’un cycle de douze toiles intitulé Message biblique (1960-1966). Grâce à Adam, Noé, Abraham et Moïse, Dieu y dialogue avec nous. En contrepoint, cinq autres toiles chantent le Cantique des Cantiques.

Invisible, Dieu parle. Ses mots sont dans le geste de l’ange recouvert d’azur, bras tendus pour consoler après l’épreuve. Car l’épreuve s’achève. Au loin mais face à son mari, Sara angoissée respire et le bélier attend au pied d’un arbre. Abraham avait repoussé jusqu’à l’ultime instant le coup fatal. Son couteau, sa bouche se figent. Le couteau, serré entre les doigts multipliés, n’a pu encore se retourner vers l’enfant. Le sang qu’il n’a pas versé coule en pluie libératrice sur le père, atteint le fils mais ne peut entacher le soleil du corps offert.

La vision du fils
Isaac s’est abandonné. Librement. Dos sur le bûcher, il n’est pas lié, contrairement au récit biblique. Nu, il se sépare de son père pour contempler le ciel, un œil ouvert, l’autre fermé, encore ici, déjà ailleurs. Indifférent à l’ange consolateur, lui seul voit un deuxième ange, d’un blanc radieux, en haut à gauche. Fugitive gloire divine. Le bras pointe d’autres drames au-dessus du drame, en haut à droite. Au jeune et lumineux Isaac, au bel Isaac, est accordée une vision d’avenir, d’incendies et de pogroms : une mère serre son enfant, un homme porte sa croix – Jésus le juif solidaire des Juifs persécutés –, un rabbin fuit, on s’affole. Viendra un temps déraisonnable où l’homme, au contraire d’Abraham, agira vite, sauvage, et l’ange ne pourra suspendre son geste meurtrier. Un temps où la crainte de Dieu aura disparu.

Isaac voit. Contre l’inéluctable, il s’offre en victime innocente, pure et sans péché. Son offrande et l’épreuve de son père peuvent-elles changer l’avenir ? Pour le XXe siècle, il est trop tard, nous dit Chagall. Pour le XXIe, pour notre siècle, rien n’est perdu.

Voir par ailleurs:

Re-visions of Sacrifice

Abraham in Art and Interfaith Dialogue

Aaron Rosen reflects on the manifold ways in which  Abrahams near-sacrifice of Isaac has been portrayed in the ‘Abrahamic’ religions and in art and literature

In a poignant episode in his bestseller, Abraham: A Journey to the Heart of Three Faiths, Bruce Feiler relates a conversation in Jerusalem with Petra Heldt, a Lutheran minister. Despite witnessing the power of religious intolerance firsthand, Heldt – who suffered severe burns during a suicide bombing in 1997 – sketches an optimistic vision for interfaith dialogue. Like Feiler, she sees the greatest source of conversation and consensus between Jews, Christians, and Muslims in the shared figured of Abraham. If we can learn to alter our “exclusivist thinking”, she tells the author, we can “sit down and begin to draw a picture of Abraham”. The resulting image, she muses, will be a figure capable of “representing the best of ourselves. It’s beautiful,” she adds, “and it can happen.” Heldt no doubt intended this image metaphorically. But what if we take her words literally? What would happen if we really put Jews, Christians, and Muslims around a table together and asked them to sketch a portrait of this ancient forefather? Would all those invited even agree to such an exercise? And where would they even begin? One can only imagine the tricky task of drafting a patriarchal proboscis that appealed to all parties. While this thought experiment might seem a bit frivolous at first glance, looking closely at how we picture Abraham can disclose tensions which are often left unexamined when we engage in interfaith dialogue. Heldt’s vision is indeed a beautiful one, but it is stilmportant to identify the impediments to imagining a shared Abraham. This task is especially critical at a time when references to ‘the Abrahamic faiths’ have become seemingly indispensable when talking about relations between Jews, Christians, and Muslims. Numerous interfaith organisations have taken Abraham as a figurehead, including Abraham’s Vision and the Abrahamic Alliance International in the United States, Abraham House in the United Kingdom, and the Abraham Fund in Israel. Universities have followed suit, with Oxford and Cambridge respectively establishing professorships in “The Study of the Abrahamic Religions” and “Abrahamic Faiths and Shared Values The proliferation of such gatherings, institutions, and lectureships is certainly a boon to interfaith dialogue and academic study. The more traction the idea of the ‘Abrahamic’ has attained, however – the more it has solidified its place within our vocabulary – the less attentive we have become to what this label might obscure or ignore. If we are really aiming at an informed practice of interfaith dialogue, one of our first steps must be to reflect rigorously on the language we employ. If we are going to call for interfaith dialogue under the banner of ‘the Abrahamic’, we need to wrestle first of all with the legacy of Abraham himself. By looking at how artists from different backgrounds depict Abraham, I hope to show that the ways we imagine Abraham today are at once more promising and more problematic for interfaith dialogue than we usually recognise. There is no single Abraham whose dignified portrait we can hang above the mantle, expecting him to gaze down approvingly on our interfaith salons and seminars. What visual art can show us, more palpably than any other medium, is a multiplicity of Abrahams, figures who embrace and exclude each other at the same time. Seen in this light, what constitutes ‘the Abrahamic’ is not any immutable bond over a common forefather, but rather a fraternal tension; a spiritual tug-of-war which draws the participants closer, even as they struggle with one another. I want to explore this tension through works of art which depict Abraham’s near sacrifice of his son, understood as Isaac in Judaism and Christianity, and usually as Ishmael in Islam. This traumatic event, known to Jews as the Akedah , to Christians as the Sacrifice of Isaac, and to Muslims as the Dhabih , is a major theme in the scriptures, interpretive traditions, and practices of all three faiths. Indeed, for each religion – albeit in distinct ways – Abraham’s willingness to slaughter his son has come to be seen as the defining moment in the patriarch’s spiritual life. After familiarising ourselves with interpretations of this event in Judaism, Christianity, and Islam, we will turn our attention to revealing examples of modern art. By providing embodied visions of the characters in question, these works force us to examine possibilities for interfaith dialogue which we might otherwise pass over.At the core of this story is a terrible divine demand, and a horrifying human willingness to execute it. Even the notion that this sequence of events constitutes a test for the patriarch – a major theme in each of the Abrahamic religions – leaves faith and obedience worryingly entwined with violence and bloodshed. For some commentators, this is compelling evidence of the “violent legacy of monotheism”. While it is reductive to read the Akedah as a cause of contemporary violence, the story does reinforce a logic which values religious commitment above the preservation of human life; a hierarchy with a dubious historical track record. Yet rather than throwing the baby – or in this case Isaac – Jewish Quarterly — Summer 2014 11 The proliferation of such gatherings, institutions, and lectureships is certainly a boon to interfaith dialogue and academic study. The more traction the idea of the ‘Abrahamic’ has attained, however – the more it has solidified its place within our vocabulary – the less attentive we have become to what this label might obscure or ignore. If we are really aiming at an informed practice of interfaith dialogue, one of our first steps must be to reflect rigorously on the language we employ. If we are going to call for interfaith dialogue under the banner of ‘the Abrahamic’, we need to wrestle first of all with the legacy of Abraham himself. By looking at how artists from different backgrounds depict Abraham, I hope to show that the ways we imagine Abraham today are at once more promising and more problematic for interfaith dialogue than we usually recognise. There is no single Abraham whose dignified portrait we can hang above the mantle, expecting him to gaze down approvingly on our interfaith salons and seminars. What visual art can show us, more palpably than any other medium, is a multiplicity of Abrahams, figures who embrace and exclude each other at the same time. Seen in this light, what constitutes ‘the Abrahamic’ is not any immutable bond over a common forefather, but rather a fraternal tension; a spiritual tug-of-war which draws the participants closer, even as they struggle with one another. I want to explore this tension through works of art which depict Abraham’s near sacrifice of his son, understood as Isaac in Judaism and Christianity, and usually as Ishmael in Islam. This traumatic event, known to Jews as the Akedah , to Christians as the Sacrifice of Isaac, and to Muslims as the Dhabih , is a major theme in the scriptures, interpretive traditions, and practices of all three faiths. Indeed, for each religion – albeit in distinct ways – Abraham’s willingness to slaughter his son has come to be seen as the defining moment in the patriarch’s spiritual life. After familiarising ourselves with interpretations of this event in Judaism, Christianity, and Islam, we will turn our attention to revealing examples of modern art. By providing embodied visions of the characters in question, these works force us to examine possibilities for interfaith dialogue which we might otherwise pass over.At the core of this story is a terrible divine demand, and a horrifying human willingness to execute it. Even the notion that this sequence of events constitutes a test for the patriarch – a major theme in each of the Abrahamic religions – leaves faith and obedience worryingly entwined with violence and bloodshed. For some commentators, this is compelling evidence of the “violent legacy of monotheism”. While it is reductive to read the Akedah as a cause of contemporary violence, the story does reinforce a logic which values religious commitment above the preservation of human life; a hierarchy with a dubious historical track record. Yet rather than throwing the baby – or in this case Isaac – ‘What would happen if we put Jews, Christians, and Muslims around a table together and asked them to sketch a portrait of this ancient forefather?’ he boy or do anything to him; for now I know that you fear God, since you have not withheld your son, your only son, from me” (Gen. 22.12). Glancing up, Abraham spies a ram caught in a thicket, which he slaughters instead. After a second encomium booms down from heaven, the story concludes on a seemingly prosaic note. “Abraham returned to his young men” and journeys back to Beer-sheba (Gen. 22.19). Surprisingly, the Akedah barely features in the remainder of the Hebrew Bible. Coupled with the episode’s sparse and cryptic narration, the narrative absolutely clamors for interpretation. The rabbis were happy to oblige. Even the opening words: “After these things”, suggested a whole scene in which Satan baits God into testing Abraham, à la Job (1.6-12). In another tradition, of central importance in Islam, a devil appears to Abraham, Isaac, and Sarah, arguing that such a monstrous demand transgresses moral law; precisely the argument later made by Immanuel Kant! Some midrashim fly in the face of the text’s plain sense, claiming that Abraham had wounded or even slaughtered his son. In one version Isaac is whisked away to the Garden of Eden for three years to rehabilitate, presumably mentally as well as physically. According to another, “When Father Isaac was bound on the altar and reduced to ashes… [God] immediately brought upon him dew and revived him.” The site of Isaac’s sacrifice became identified with the Temple in Jerusalem and Isaac himself came to be construed as a willing adult, an exemplar for martyrs (e.g. 4 Macc. 13.12), especially during the persecution of Jews during the Crusades. While many of these associations have become muted for contemporary Jews, the blast of the shofar on High Holidays, continues to recall Isaac’s miraculous deliverance. The early followers of Jesus quickly recognised a powerful affinity between Abraham’s offering of Isaac and God’s sacrifice of his own beloved son. When Paul asserted in his Letter to the Romans that God “did not withhold his own Son, but gave him up for all of us” (8.32), he directly echoed the language of the Hebrew Bible, which praises Abraham for not withholding his son (Genesis 22.12, 16). The Letter to the Hebrews develops another influential line of thought: By faith Abraham, when put to the test, offered up Isaac. He who had received the promises was ready to offer up his only son, of whom he had been told, “It is through Isaac that descendants shall be named for you.” He considered the fact that God is able even to raise someone from the dead—and figuratively speaking, he did receive him back (11.17-19) Abraham’s deed became – first and foremost – a measure of faith; a familiar touchstone in Christian interpretations from Paul to Søren Kierkegaard. While Hebrews does not explicitly link the sacrifice of Isaac to Christ’s resurrection, later interpreters soon cemented this connection. Over the next several centuries, the Church Fathers wrote extensively on Genesis 22, frequently reading it as a prototype for the perfected sacrifice of Christ. Thus, for Saint Augustine, Isaac carrying the wood for the burnt offering anticipated Jesus shouldering the cross on his way to Golgotha. And the ram caught in thicket also became a symbol for the Saviour, “crowned with Jewish thorns before he was offered in sacrifice.” Taking their cue from such typologies, many churches today read Genesis 22 during the Easter Holy Week, when Christians remember Jesus’ sacrifice as the Paschal Lamb. If Genesis 22 is laconic, the Qur’anic rendering of this story is downright hermetic. Here it is in its entirety: And when (his son) was old enough to walk with him, (Abraham) said: O my dear son, I have seen in a dream that I must sacrifice thee. So look, what thinkest thou? He said: O my father! Do that which thou art commanded. Allah willing, thou shalt find me steadfast. Then, when they had both surrendered (to Allah), and he had flung him down upon his face, we called unto him: O Abraham! Thou hast already fulfilled the vision. Lo! Thus do we reward the good. Lo! that verily was a clear test. Then we ransomed him with a tremendous victim (q37.102-107) Certain elements are familiar, but the differences are crucial. Abraham receives God’s call in a dream, and rather than deliberately keeping his son in the dark, he immediately asks his opinion. For his part, the son is less like the naïve Isaac of Genesis and more like the steadfast martyr of midrash. It is not even clear which son is the protagonist. Early Islamic interpreters leaned towards Isaac and imagined the events transpiring near Jerusalem, while later interpreters favored Ishmael, and the Muslim holy city of Mecca as the setting. Although overall Ishmael features as the hero in only slightly more authoritative texts than Isaac, he is the overwhelming consensus among Muslims today. Picking up elements from both Jewish exegesis and pre-Islamic traditions, numerous sources describe Abraham and Isaac or Ishmael stoning Satan as he attempts to dissuade them from their sacrifice. This is the basis for the Hajj ritual in which pilgrims hurl pebbles at stone pillars representing the devil. The pilgrimage culminates with the Eid al- Adha , the Feast of the Sacrifice, in which an animal is slaughtered in memory of Abraham’s trial. While the texts and traditions of the Abrahamic faiths frequently intersect, this trend is even more pronounced when we turn to the visual arts. The binding or sacrifice has featured prominently in ancient synagogue mosaics and Christian funerary art, medieval Hebrews does not explicitly link the sacrifice of Isaac to Christ’s resurrection, later interpreters soon cemented this connection. Over the next several centuries, the Church Fathers wrote extensively on Genesis 22, frequently reading it as a prototype for the perfected sacrifice of Christ. Thus, for Saint Augustine, Isaac carrying the wood for the burnt offering anticipated Jesus shouldering the cross on his way to Golgotha. And the ram caught in thicket also became a symbol for the Saviour, “crowned with Jewish thorns before he was offered in sacrifice.” Taking their cue from such typologies, many churches today read Genesis 22 during the Easter Holy Week, when Christians remember Jesus’ sacrifice as the Paschal Lamb. If Genesis 22 is laconic, the Qur’anic rendering of this story is downright hermetic. Here it is in its entirety: And when (his son) was old enough to walk with him, (Abraham) said: O my dear son, I have seen in a dream that I must sacrifice thee. So look, what thinkest thou? He said: O my father! Do that which thou art commanded. Allah willing, thou shalt find me steadfast. Then, when they had both surrendered (to Allah), and he had flung him down upon his face, we called unto him: O Abraham! Thou hast already fulfilled the vision. Lo! Thus do we reward the good. Lo! that verily was a clear test. Then we ransomed him with a tremendous victim (q37.102-107) Certain elements are familiar, but the differences are crucial. Abraham receives God’s call in a dream, and rather than deliberately keeping his son in the dark, he immediately asks his opinion. For his part, the son is less like the naïve Isaac of Genesis and more like the steadfast martyr of midrash. It is not even clear which son is the protagonist. Early Islamic interpreters leaned towards Isaac and imagined the events transpiring near Jerusalem, while later interpreters favored Ishmael, and the Muslim holy city of Mecca as the setting. Although overall Ishmael features as the hero in only slightly more authoritative texts than Isaac, he is the overwhelming consensus among Muslims today. Picking up elements from both Jewish exegesis and pre-Islamic traditions, numerous sources describe Abraham and Isaac or Ishmael stoning Satan as he attempts to dissuade them from their sacrifice. This is the basis for the Hajj ritual in which pilgrims hurl pebbles at stone pillars representing the devil. The pilgrimage culminates with the Eid al- Adha , the Feast of the Sacrifice, in which an animal is slaughtered in memory of Abraham’s trial. While the texts and traditions of the Abrahamic faiths frequently intersect, this trend is even more pronounced when we turn to the visual arts. The binding or sacrifice has featured prominently in ancient synagogue mosaics and Christian funerary art, medieval Hebrews does not explicitly link the sacrifice of Isaac to Christ’s resurrection, later interpreters soon cemented this connection. Over the next several centuries, the Church Fathers wrote extensively on Genesis 22, frequently reading it as a prototype for the perfected sacrifice of Christ. Thus, for Saint Augustine, Isaac carrying the wood for the burnt offering anticipated Jesus shouldering the cross on his way to Golgotha. And the ram caught in thicket also became a symbol for the Saviour, “crowned with Jewish thorns before he was offered in sacrifice.” Taking their cue from such typologies, many churches today read Genesis 22 during the Easter Holy Week, when Christians remember Jesus’ sacrifice as the Paschal Lamb. If Genesis 22 is laconic, the Qur’anic rendering of this story is downright hermetic. Here it is in its entirety: And when (his son) was old enough to walk with him, (Abraham) said: O my dear son, I have seen in a dream that I must sacrifice thee. So look, what thinkest thou? He said: O my father! Do that which thou art commanded. Allah willing, thou shalt find me steadfast. Then, when they had both surrendered (to Allah), and he had flung him down upon his face, we called unto him: O Abraham! Thou hast already fulfilled the vision. Lo! Thus do we reward the good. Lo! that verily was a clear test. Then we ransomed him with a tremendous victim (q37.102-107) Certain elements are familiar, but the differences are crucial. Abraham receives God’s call in a dream, and rather than deliberately keeping his son in the dark, he immediately asks his opinion. For his part, the son is less like the naïve Isaac of Genesis and more like the steadfast martyr of midrash. It is not even clear which son is the protagonist. Early Islamic interpreters leaned towards Isaac and imagined the events transpiring near Jerusalem, while later interpreters favored Ishmael, and the Muslim holy city of Mecca as the setting. Although overall Ishmael features as the hero in only slightly more authoritative texts than Isaac, he is the overwhelming consensus among Muslims today. Picking up elements from both Jewish exegesis and pre-Islamic traditions, numerous sources describe Abraham and Isaac or Ishmael stoning Satan as he attempts to dissuade them from their sacrifice. This is the basis for the Hajj ritual in which pilgrims hurl pebbles at stone pillars representing the devil. The pilgrimage culminates with the Eid al- Adha , the Feast of the Sacrifice, in which an animal is slaughtered in memory of Abraham’s trial. While the texts and traditions of the Abrahamic faiths frequently intersect, this trend is even more pronounced when we turn to the visual arts. The binding or sacrifice has featured prominently in ancient synagogue mosaics and Christian funerary art, medieval Hebrews does not explicitly link the sacrifice of Isaac to Christ’s resurrection, later interpreters soon cemented this connection. Over the next several centuries, the Church Fathers wrote extensively on Genesis 22, frequently reading it as a prototype for the perfected sacrifice of Christ. Thus, for Saint Augustine, Isaac carrying the wood for the burnt offering anticipated Jesus shouldering the cross on his way to Golgotha. And the ram caught in thicket also became a symbol for the Saviour, “crowned with Jewish thorns before he was offered in sacrifice.” Taking their cue from such typologies, many churches today read Genesis 22 during the Easter Holy Week, when Christians remember Jesus’ sacrifice as the Paschal Lamb. If Genesis 22 is laconic, the Qur’anic rendering of this story is downright hermetic. Here it is in its entirety: And when (his son) was old enough to walk with him, (Abraham) said: O my dear son, I have seen in a dream that I must sacrifice thee. So look, what thinkest thou? He said: O my father! Do that which thou art commanded. Allah willing, thou shalt find me steadfast. Then, when they had both surrendered (to Allah), and he had flung him down upon his face, we called unto him: O Abraham! Thou hast already fulfilled the vision. Lo! Thus do we reward the good. Lo! that verily was a clear test. Then we ransomed him with a tremendous victim (q37.102-107) Certain elements are familiar, but the differences are crucial. Abraham receives God’s call in a dream, and rather than deliberately keeping his son in the dark, he immediately asks his opinion. For his part, the son is less like the naïve Isaac of Genesis and more like the steadfast martyr of midrash. It is not even clear which son is the protagonist. Early Islamic interpreters leaned towards Isaac and imagined the events transpiring near Jerusalem, while later interpreters favored Ishmael, and the Muslim holy city of Mecca as the setting. Although overall Ishmael features as the hero in only slightly more authoritative texts than Isaac, he is the overwhelming consensus among Muslims today. Picking up elements from both Jewish exegesis and pre-Islamic traditions, numerous sources describe Abraham and Isaac or Ishmael stoning Satan as he attempts to dissuade them from their sacrifice. This is the basis for the Hajj ritual in which pilgrims hurl pebbles at stone pillars representing the devil. The pilgrimage culminates with the Eid al- Adha , the Feast of the Sacrifice, in which an animal is slaughtered in memory of Abraham’s trial. While the texts and traditions of the Abrahamic faiths frequently intersect, this trend is even more pronounced when we turn to the visual arts. The binding or sacrifice has featured prominently in ancient synagogue mosaics and Christian funerary art, medieval Hebrews does not explicitly link the sacrifice of Isaac to Christ’s resurrection, later interpreters soon cemented this connection. Over the next several centuries, the Church Fathers wrote extensively on Genesis 22, frequently reading it as a prototype for the perfected sacrifice of Christ. Thus, for Saint Augustine, Isaac carrying the wood for the burnt offering anticipated Jesus shouldering the cross on his way to Golgotha. And the ram caught in thicket also became a symbol for the Saviour, “crowned with Jewish thorns before he was offered in sacrifice.” Taking their cue from such typologies, many churches today read Genesis 22 during the Easter Holy Week, when Christians remember Jesus’ sacrifice as the Paschal Lamb. If Genesis 22 is laconic, the Qur’anic rendering of this story is downright hermetic. Here it is in its entirety: And when (his son) was old enough to walk with him, (Abraham) said: O my dear son, I have seen in a dream that I must sacrifice thee. So look, what thinkest thou? He said: O my father! Do that which thou art commanded. Allah willing, thou shalt find me steadfast. Then, when they had both surrendered (to Allah), and he had flung him down upon his face, we called unto him: O Abraham! Thou hast already fulfilled the vision. Lo! Thus do we reward the good. Lo! that verily was a clear test. Then we ransomed him with a tremendous victim (q37.102-107) Certain elements are familiar, but the differences are crucial. Abraham receives God’s call in a dream, and rather than deliberately keeping his son in the dark, he immediately asks his opinion. For his part, the son is less like the naïve Isaac of Genesis and more like the steadfast martyr of midrash. It is not even clear which son is the protagonist. Early Islamic interpreters leaned towards Isaac and imagined the events transpiring near Jerusalem, while later interpreters favored Ishmael, and the Muslim holy city of Mecca as the setting. Although overall Ishmael features as the hero in only slightly more authoritative texts than Isaac, he is the overwhelming consensus among Muslims today. Picking up elements from both Jewish exegesis and pre-Islamic traditions, numerous sources describe Abraham and Isaac or Ishmael stoning Satan as he attempts to dissuade them from their sacrifice. This is the basis for the Hajj ritual in which pilgrims hurl pebbles at stone pillars representing the devil. The pilgrimage culminates with the Eid al- Adha , the Feast of the Sacrifice, in which an animal is slaughtered in memory of Abraham’s trial. While the texts and traditions of the Abrahamic faiths frequently intersect, this trend is even more pronounced when we turn to the visual arts. The binding or sacrifice has featured prominently in ancient synagogue mosaics and Christian funerary art, medieval over a bolster. Compared to the hand of Rembrandt’s Abraham, clamped like an octopus over Isaac’s face, the executioner’s hand rests almost gingerly across her victim’s throat. The young women in this tableau may be acting out the patriarchal roles assigned to them, but they do so dispassionately, rather than fired by religious fervor, like Rembrandt’s Abraham. And instead of the knife that plummets towards Isaac in Rembrandt, in Topçuoğlu the executioner brandishes the sharp edge of a book. But is the book ultimately any less dangerous? Is it any less of a weapon? The real violence, Topçuoğlu suggests, is hermeneutic: the way in which we interpret our holy books. As disturbing as Abraham’s readiness to sacrifice his son may be, his most dubious and enduring legacy may be his literalism.Perhaps it is fitting that we should look to an image to show us what is at stake in the relations between the “People of the Book”. Calls for dialogue between the Abrahamic faiths frequently begin with the assertion that what binds together Jews, Christians, and Muslims is, above all, their scriptural heritage. This emphasis has yielded some valuable insights into the intersecting traditions and practices of these religions, and stimulated interfaith exchange. Despite this rich textual legacy, however, these faiths are also people of the image . If we are willing to open our eyes to this fact, we will discover that visual art has an essential role to play in inter-religious dialogue. Art has the capacity to challenge fundamental preconceptions about the sacrifice of Isaac and Ishmael as a paradigm of faith and obedience. Together, Chagall, Kadishman, Mansour, and Topçuoğlu encourage us to pry open new spaces within accepted narratives, inhabiting received texts and traditions from different positions. If Abraham might look askance at such endeavors, perhaps his sons, and their mothers, would see things differently. The poet Eleanor Wilner imagines Sarah asking Isaac to run away with her on the eve of the Akedah, to join Hagar and Ishmael in exile, far away from Abraham. “But Ishmael,” said Isaac, “How should I greet him?” “As you greet yourself,” she said, “when you bend over the well to draw water and see your image, not knowing it reversed. You must know your brother now, or you will see your own face looking back the day you’re at each other’s throats.” The act of looking, as Sarah intuitively understands, is not merely incidental to dialogue, it is at its very heart. For Isaac and Ishmael – and their latter day descendants – the consequences of dis- regarding the Other can be fatal. Art may not be able to present us with a portrait of Abraham we can all agree on, but it can train us to see difference in a new light. —

Voir encore:

Le sociologue Gerald Bronner : notre société doit accepter le risque

Déjà auteur d’un livre remarqué sur la dérégulation des médias, « La démocratie des crédules », le sociologue Gérald Bronner s’interroge dans un nouvel ouvrage, « La planète des hommes », sur le rejet par la société moderne de l’idée de risque et l’excès du principe de précaution.

Boris Le Ngoc

Energie/Expansion

-SFEN
22 octobre 2014

Voir son interview intégrale sur le blog de la SFEN

Extraits :

Notre société est-elle gouvernée par « l’idéologie de la peur » ?

L’idéologie de la peur est devenue extrêmement présente dans l’esprit de nos concitoyens. On trouve notamment des traces de cette idéologie dans les fictions hollywoodiennes qui nous décrivent des apocalypses écologiques. A la différence des années 50 où les apocalypses étaient fondées sur l’imaginaire des soucoupes volantes ou de la guerre thermonucléaire, aujourd’hui la fin des temps viendra de l’action de l’homme et des conséquences désastreuses de cette action.

La caractéristique de cette idéologie de la peur, c’est la crainte a priori que l’action de l’homme puisse conduire à des déséquilibres de la nature. Cette crainte peut se muer en une détestation de l’homme, vu comme « vorace », et de son action, ce que j’appelle « l’anthrophobie ».

La loi sur la transition énergétique s’inscrit-elle dans cette idéologie ?

La loi sur la transition énergétique s’inscrit dans un fait historique qui est celui de la question climatique. Une question réelle, qu’il faut prendre au sérieux, mais qui sert en quelque sorte d’otage à cette idéologie de la peur. Sur la base des dérèglements climatiques, et des conséquences désastreuses qui ne manqueront pas de survenir, on en infère des scénarios apocalyptiques qui devraient suspendre toutes nos actions y compris nos actions technologiques.

Or, je pense qu’il y a un grand danger à suspendre nos actions : c’est celui de ne pas penser les conséquences catastrophiques de notre inaction. En ce sens, la loi sur la transition énergétique tient compte d’un certain nombre d’enjeux idéologiques qui cherchent à regrouper des considérations opportunistes et qui n’ont pas grand-chose à faire ensemble. Par exemple, plafonner la production nucléaire en France est problématique si on considère que le but est de lutter contre les énergies émettrices de gaz à effet de serre. Dans ce cas, pourquoi ne pas plus se préoccuper d’autres énergies comme le gaz ou le pétrole ?
(…)

Est-il possible de réenchanter le risque ?

C’est non seulement possible mais c’est absolument nécessaire. Je suis assez préoccupé du fait que toute l’idéologie contemporaine nous oriente vers les conséquences possibles de notre action. Si nous devons être comptables des conséquences de notre action, cette idéologie nous rend totalement aveugle quant aux conséquences possibles de notre inaction. Celle-ci pourrait avoir des coûts cataclysmiques.

Par exemple, pour le vaccin, on constate que la couverture maximale baisse y compris dans notre pays et qu’augmentent les craintes concernant le vaccin. En 2000, 9 % des français se méfiaient des vaccins, ils sont près de 40 % en 2010. Cette méfiance aura des conséquences terribles sur les générations futures.

(…) Ces questions ne peuvent avoir que des réponses technologiques. Or, ces réponses technologiques, nous ne les avons pas encore. Toute tentative d’enfermement des technologies du présent pourrait constituer un drame pour les générations futures. En d’autres termes, bâillonner le présent, c’est désespérer le futur.

Le réenchantement du risque passe par une première étape celui de la conscience que le risque zéro n’existe pas. En effet, chacune de nos actions charrie une part incompressible de risque. La seconde étape consiste à dire que nous ne pouvons pas ne pas prendre de risque et qu’il n’y a pas de plus grand risque que celui de ne pas en prendre. A partir de là, il nous faut gérer de manière beaucoup plus raisonnable le rapport des coûts et des bénéfices de toute innovation technologique.
(…)

Gérald Bronner est professeur de sociologie à l’université Paris Diderot.
« La planète des hommes » (réenchanter le risque) est publié aux PUF.

Voir de plus:

Fabrice Hadjadj: « À l’heure où l’ange de la mort passe dans les villes, Pâques prend toute sa force »

ENTRETIEN – Tandis que les chrétiens vont vivre Pâques confinés et sans sacrements, le philosophe voit dans la privation de rites religieux l’occasion de redécouvrir leur prix.

Eugénie Bastié
Le Figaro

Fabrice Hadjadj est philosophe, directeur de l’Institut Philanthropos, lieu de formation à l’anthropologie chrétienne situé à Fribourg, en Suisse.

Dernier ouvrage paru: À moi la gloire (Éditions Salvator, 2019, 160 pages, 15 €).


Comme la peste chez Sophocle, l’épidémie de coronavirus nous ramène à la dimension tragique de notre condition: la confrontation avec un mal irréductible, explique avec élévation le philosophe. Tandis que les chrétiens vont vivre Pâques confinés et sans sacrements, comment éviter la victoire du virtuel sur le charnel?

«Le confinement peut nous perdre dans nos tablettes, mais il est aussi l’occasion de réinventer la table familiale et de retrouver le sens d’une culture toujours plus neuve que nos innovations», observe Fabrice Hadjadj. Et le penseur voit dans la privation de rites pour les chrétiens l’occasion de redécouvrir leur prix.

LE FIGARO. – L’une des premières représentations de la peste se trouve dans Œdipe roi de Sophocle. L’Occident voit-il avec le coronavirus le « retour du tragique », comme on l’entend beaucoup?

Fabrice HADJADJ. – Œdipe roi s’ouvre en effet sur la peste de Thèbes. Le peuple meurt, et l’oracle déclare que ce fléau a été envoyé parce que le meurtrier de Laïos court toujours. Œdipe va donc mener l’enquête pour découvrir qui a tué son prédécesseur sur le trône. Dès l’Antiquité, Sophocle invente une «detective story» ultramoderne, où l’enquêteur découvre qu’il est lui-même l’assassin, et que l’assassin est pire qu’on ne l’imagine au départ, puisqu’il s’avère parricide et incestueux. Cela ne suffit pas, cependant, à faire entrer dans le tragique.

Une telle histoire pourrait aussi bien relever de l’absurde ou du méchant fait divers. Ce qui fait le tragique d’une situation, ce ne sont pas les faits comme tels, mais la manière dont nous les lisons. L’épidémie peut être traitée de manière statistique – ou mélodramatique. C’est ce que l’on entend le plus souvent: un discours qui oscille entre le calcul et l’émotion. Il y a bien sûr aussi les vidéo-gags sur le confinement, qui tournent la chose à la farce, ou encore, à l’extrême opposé, le travail des microbiologistes, pour qui c’est un défi thérapeutique. Je ne méprise pas ces perspectives, qui ont chacune leur temps et leur nécessité.

La tragédie, ultimement, nous dit que la plus grande dignité de l’homme est dans ce déchirement vertical, qui vient questionner jusqu’aux sources de la vie

Je dis seulement que le tragique implique autre chose, et, d’abord, un cheminement de l’extérieur vers l’intérieur: Œdipe essaie de remédier à la peste, mais il ne se contente pas de prendre des mesures sanitaires, il rentre en lui-même, il médite sur sa propre destinée. Ensuite, le tragique suppose la confrontation à un mal irréductible: il ne suffit pas de désigner les coupables, car le coupable, ici, est aussi une victime, la peste frappe tout le monde, et ceux qui en sont préservés, comme Œdipe, découvrent en eux un mal encore plus grand.

Enfin, et c’est le point le plus important, puisque le roi se montre ici à jamais fragile et qu’aucun progrès ne pourra en finir avec le drame, il n’y a pas de solution définitive, il ne nous reste qu’une supplication sans réponse, une interpellation du ciel et des dieux, à la limite de la révolte et de l’abandon. La tragédie, ultimement, nous dit que la plus grande dignité de l’homme est dans ce déchirement vertical, qui vient questionner jusqu’aux sources de la vie.

Vous venez d’évoquer la lecture statistique. Chaque fin de journée, nous avons droit au décompte macabre des morts dans le monde entier. Que penser de cette épidémie des chiffres et du rapport à la mort qu’elle institue?

Ce que nous vivons n’est pas simplement une pandémie mondiale, mais une pandémie numérique, où les effets du virus sont relayés par une information dite virale. Nous sommes confinés comme des poissons rouges, mais sur les parois de notre bocal nous n’arrêtons pas de consulter les chiffres de la surmortalité, en attendant que l’hameçon de la maladie vienne nous attraper et nous fasse basculer dans un autre monde.

On découvre, avec les problèmes de ravitaillement, que l’agriculture est plus fondamentale que la haute finance, et l’œuvre des soignants plus essentielle que celle des winners

On s’aperçoit soudain que ce qui n’était qu’une unité dans un compte est un nom propre avec un visage. On passe d’un coup de la prophylaxie à l’asphyxie, du statistique au dramatique. Dans la Bible, la peste s’abat sur Israël parce que David a voulu recenser son peuple, c’est-à-dire ne plus le considérer dans la singularité de ses personnes, de ses familles et de ses tribus, mais comme un grand ensemble manipulable. Aujourd’hui, c’est la peste elle-même qui induit des recensements sans fin, à la fois hypnotiques et anxiogènes.

Pendant ce temps, du fait de l’isolement des personnes âgées et des consignes de distanciation sociale, le mourant se voit dépouillé de son entourage au profit de l’assistance de la chimie et des machines, et le mort, privé de rites funéraires au profit du four crématoire. Sous ce rapport, l’épidémie ne fait qu’intensifier et dévoiler une structure qui était déjà là, et que l’on pourrait qualifier de structure techno-émotionnelle: face à la mort, on ne sait plus rien faire d’autre que de passer d’une gestion technologique qui nous permet de surnager, à une émotion qui brusquement nous noie.

Nous sommes confinés et, en même temps, nous n’avons jamais été aussi connectés. Cette crise signe-t-elle le triomphe du virtuel sur le charnel?

Une crise ne produit pas des effets univoques. En termes de médecine, elle est état transitoire du patient, et peut être heureuse ou funeste, parce qu’elle débouche soit sur la guérison soit sur la mort. Les geeks vivaient déjà confinés derrière leurs écrans. Est-ce leur victoire, ou la preuve qu’ils vivaient déjà comme des malades? L’industrie des applications mobiles est en pleine forme, et le patron de Netflix peut se frotter les mains, mais on découvre aussi, avec les problèmes de ravitaillement, que l’agriculture est plus fondamentale que la haute finance, et l’œuvre des soignants plus essentielle que celle des winners. Hier, on parlait beaucoup de transhumanisme.

Vivre la Pâque dans cette privation, c’est aussi reconnaître que le christianisme n’est pas un spiritualisme, mais une religion de l’Incarnation, où le plus spirituel rejoint le plus charnel

L’épidémie nous ramène à la condition humaine, à notre mortalité, à la précarité de nos existences. Soudain Thucydide redevient notre contemporain, puisqu’il a traversé la peste d’Athènes. Sophocle, Bocacce, Manzoni, Giono ou Camus se révèlent plus actuels que nos actualités, parce qu’ils témoignent de ce qui appartient de manière indépassable à la chair de l’homme. Le confinement peut nous perdre dans nos tablettes, mais il est aussi l’occasion de réinventer la table familiale, et de retrouver le sens d’une culture toujours plus neuve que nos innovations – de même que le printemps restera toujours plus neuf que nos derniers gadgets.

Nous entrons dans le triduum pascal, ces trois jours qui vont de la messe du soir le Jeudi saint (la Cène) au dimanche de Pâques (la Résurrection). La virtualisation des rites ne nous fait-elle pas mieux sentir le prix de la communion et des églises?

S’il y a quelque chose qu’on ne peut virtualiser, c’est le rite chrétien. Les sacrements exigent une proximité physique. Ils communiquent la grâce par mode de contagion, de proche en proche, parce que l’amour de Dieu est inséparable de l’amour du prochain. C’est pourquoi, l’épidémie se propageant de la même façon, les fidèles ont été privés de l’eucharistie…

L’an dernier, au début de la semaine sainte, c’était l’incendie de Notre-Dame : l’édifice incomparable brûlait, mais le rituel était intact

Comme l’Église fait normalement obligation de communier au moins à Pâques, certains ont jugé bon de discuter cette mesure, voire de la braver. Je préfère la penser. Vivre la Pâque dans cette privation, c’est aussi reconnaître que le christianisme n’est pas un spiritualisme, mais une religion de l’Incarnation, où le plus spirituel rejoint le plus charnel, où le don de la grâce passe par un prêtre balourd, près d’un voisin antipathique, en mastiquant un insipide bout de pain.

L’an dernier, au début de la semaine sainte, c’était l’incendie de Notre-Dame: l’édifice incomparable brûlait, mais le rituel était intact. À présent, sans rien de spectaculaire, mais de manière plus profonde, c’est le rituel lui-même qui est atteint. Le drame est plus grand, même s’il se voit moins. Mais si grand que soit le drame, c’est encore de cela que parle le sacrifice de la Croix. Sous le rapport, non pas du rite, mais de ce à quoi il renvoie, en cette heure où l’ange de la mort passe à travers les villes, la Pâque nous rejoint dans toute sa force. Judas transmet la mort par un baiser. Pilate se lave les mains avec du gel hydroalcoolique. Jésus demande: Mon Dieu, pourquoi? Et il ne lui est pas répondu.

Mais si nous crions ainsi sous le mal, c’est que nous avons d’abord vu la bonté de la vie. Comme le dit Rilke dans ce vers que je ne me lasse pas de répéter: «Seule la louange ouvre un espace à la plainte». Nous ne pouvons gémir devant ce qui nous détruit que parce que nous célébrons ce qui nous porte. L’envers du cri, si désespéré soit-il, est encore un appel à l’espérance. La nuit nous fait horreur parce que nous avons goûté à la beauté du jour, mais la perte de cette lumière, qui nous fait si mal, nous suggère aussi qu’au bout de la nuit noire l’aurore finit par poindre, plus poignante que jamais.

Voir enfin:

Les animaux aussi se sacrifient

Réformés
1 mars 2018
ALTRUISME
Chez certaines espèces de fourmis, d’abeilles, d’oiseaux ou de mammifères, on observe des comportements altruistes qui ressemblent à des sacrifices personnels. Mais il est délicat de comparer ces actes avec les attitudes humaines.

Nous les êtres humains n’avons pas le monopole des comportements de sacrifice. Au contraire, les attitudes altruistes sont très prononcées chez certaines espèces d’insectes, dont les hyménoptères sociaux. Fourmis, abeilles et termites forment des colonies gigantesques au sein desquelles certains individus se sacrifient pour la survie de la communauté. L’abeille ouvrière, par exemple, meurt en piquant un intrus dans la ruche, car elle ne peut retirer son dard cranté planté dans la chair de son adversaire.

Apparente moralité

Faut-il dès lors supposer qu’il existe une morale chez les insectes? Ces derniers sont-ils doués d’une volonté généreuse envers leur prochain? Ni Christine Clavien, philosophe des sciences à l’Université de Genève, ni Laurent Keller, spécialiste mondialement connu des insectes sociaux à l’Université de Lausanne, ne le croient une seule seconde! «Un comportement semblable chez les humains et les insectes n’appelle pas la même explication dans les deux cas», précise d’emblée Christine Clavien.

«L’explication des attitudes sacrificielles chez les insectes est d’ordre génétique», explique Laurent Keller, «elle ne suppose aucune décision libre de la part des individus. Le comportement altruiste de ces animaux est déterminé par leurs gènes en raison de l’avantage reproductif qu’il confère à l’ensemble de la colonie. Derrière ces comportements d’apparence altruiste se cache la logique implacable de la transmission des gènes, commandée par la sélection naturelle».

Oiseaux, mammifères et humains

L’attitude des oiseaux et des mammifères, qui prennent soin de leurs petits parfois jusqu’à l’épuisement et en prenant des risques énormes, fonctionne différemment de celle des insectes. Ces animaux sont dotés d’une intelligence qui leur permet de faire des choix plus complexes, et les mammifères sont, comme les humains, doués d’émotions. Pourtant, Laurent Keller souligne qu’en biologie, on ne parle pas d’altruisme lorsqu’il s’agit d’un sacrifice réalisé en faveur de ses petits. Tout ce qui permet d’augmenter sa «fitness reproductive», c’est-à-dire la transmission de ses gènes à sa descendance directe, n’est pas réellement altruiste. Un comportement est appelé altruiste en biologie «uniquement lorsqu’il diminue le nombre de bébés qu’un individu va générer, à la faveur d’un autre», clarifie le biologiste.

Même ainsi définis, les comportements altruistes concernent des milliers d’espèces animales, dont… l’être humain. Selon Laurent Keller, «nous sommes le produit de nos gènes comme les autres espèces animales», mais le chercheur reconnaît que «nous devons être responsables de nos actes». Christine Clavien considère aussi que nos sentiments d’empathie ont une base génétique, mais à ses yeux «nos choix conscients nous permettent de dépasser nos pulsions biologiques, pour le meilleur et pour le pire».


Historiquement correct: C’est au nom de valeurs chrétiennes que nous critiquons l’Inquisition (When it turns out that one of Western history’s supposedly most frightening and bloody chapters not only spilled very little blood but was a major force in support of moderation and justice)

2 décembre, 2019

https://medias.lavie.fr/api/v1/images/view/5f5fed208fe56f37097a684f/width_1000/image.jpgOrigin of the Spanish Influenza - The 1918 Spanish influenza epidemic in new zealand
Trial by Fire (Pieter Van Der Faes)

La grippe de 1918, dite « grippe espagnole » est due à une souche (H1N1) particulièrement virulente et contagieuse de grippe qui s’est répandue en pandémie de 1918 à 19192. Bien qu’ayant pour origine probable la Chine pour le « virus père » et les États-Unis pour sa mutation génétique, elle prit le nom de « grippe espagnole » car l’Espagne — non impliquée dans la Première Guerre mondiale — fut le seul pays à publier librement les informations relatives à cette épidémie. Wikipedia
Le commencement de la sagesse, c’est la crainte de l’Éternel. Proverbes 9: 10
Le sacrificateur fera jurer la femme, et lui dira: Si aucun homme n’a couché avec toi, et si, étant sous la puissance de ton mari, tu ne t’en es point détournée pour te souiller, ces eaux amères qui apportent la malédiction ne te seront point funestes. Mais si, étant sous la puissance de ton mari, tu t’en es détournée et que tu te sois souillée, et si un autre homme que ton mari a couché avec toi, – et le sacrificateur fera jurer la femme avec un serment d’imprécation, et lui dira: -Que l’Éternel te livre à la malédiction et à l’exécration au milieu de ton peuple, en faisant dessécher ta cuisse et enfler ton ventre et que ces eaux qui apportent la malédiction entrent dans tes entrailles pour te faire enfler le ventre et dessécher la cuisse! Et la femme dira: Amen! Amen! Le sacrificateur écrira ces imprécations dans un livre, puis les effacera avec les eaux amères. Et il fera boire à la femme les eaux amères qui apportent la malédiction, et les eaux qui apportent la malédiction entreront en elle pour produire l’amertume. Le sacrificateur prendra des mains de la femme l’offrande de jalousie, il agitera l’offrande de côté et d’autre devant l’Éternel, et il l’offrira sur l’autel; le sacrificateur prendra une poignée de cette offrande comme souvenir, et il la brûlera sur l’autel. C’est après cela qu’il fera boire les eaux à la femme. Quand il aura fait boire les eaux, il arrivera, si elle s’est souillée et a été infidèle à son mari, que les eaux qui apportent la malédiction entreront en elle pour produire l’amertume; son ventre s’enflera, sa cuisse se desséchera, et cette femme sera en malédiction au milieu de son peuple. Mais si la femme ne s’est point souillée et qu’elle soit pure, elle sera reconnue innocente et aura des enfants. Telle est la loi sur la jalousie, pour le cas où une femme sous la puissance de son mari se détourne et se souille, et pour le cas où un mari saisi d’un esprit de jalousie a des soupçons sur sa femme: le sacrificateur la fera tenir debout devant l’Éternel, et lui appliquera cette loi dans son entier. Le mari sera exempt de faute, mais la femme portera la peine de son iniquité. Nombres 5: 19-31
Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu: c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a ordonné d’observer le jour du repos. Deutéronome 5: 15
Le Christ, qui est la Vérité elle-même, qui n’a jamais failli et ne faillira jamais, a dit aux prédicateurs de la foi qu’il choisit pour cet office « Allez enseigner toutes les nations ». Il a dit toutes, sans exception, car toutes sont capables de recevoir les doctrines de la foi.L’Ennemi du genre humain, qui s’oppose à toutes les bonnes actions en vue de mener les hommes à leur perte, voyant et enviant cela, inventa un moyen nouveau par lequel il pourrait entraver la prédication de la parole de Dieu pour le salut des peuples: Il inspira ses auxiliaires qui, pour lui plaire, n’ont pas hésité à publier à l’étranger que les Indiens de l’Occident et du Sud, et d’autres peuples dont Nous avons eu récemment connaissance, devraient être traités comme des bêtes de somme créées pour nous servir, prétendant qu’ils sont incapables de recevoir la Foi Catholique. Nous qui, bien qu’indigne de cet honneur, exerçons sur terre le pouvoir de Notre-Seigneur et cherchons de toutes nos forces à ramener les brebis placées au-dehors de son troupeau dans le bercail dont nous avons la charge, considérons quoi qu’il en soit, que les Indiens sont véritablement des hommes et qu’ils sont non seulement capables de comprendre la Foi Catholique, mais que, selon nos informations, ils sont très désireux de la recevoir. Souhaitant fournir à ces maux les remèdes appropriés, Nous définissons et déclarons par cette lettre apostolique, ou par toute traduction qui puisse en être signée par un notaire public et scellée du sceau de tout dignitaire ecclésiastique, à laquelle le même crédit sera donné qu’à l’original, que quoi qu’il puisse avoir été dit ou être dit de contraire, les dits Indiens et tous les autres peuples qui peuvent être plus tard découverts par les Chrétiens, ne peuvent en aucun cas être privés de leur liberté ou de la possession de leurs biens, même s’ils demeurent en dehors de la foi de Jésus-Christ ; et qu’ils peuvent et devraient, librement et légitimement, jouir de la liberté et de la possession de leurs biens, et qu’ils ne devraient en aucun cas être réduits en esclavage ; si cela arrivait malgré tout, cet esclavage serait considéré nul et non avenu. Pape Paul III (bulle Sublimis Deus, 1537)
Pour tous les Indiens vivant dans les provinces du Paraguay, du Brésil, et de la rivière de la Plata, ainsi que dans toutes les autres provinces et endroits de l’Inde occidentale et méridionales, et à tous les individus laïques ou clercs, de tout grade et sexe […] Interdisant strictement l’asservissement, l’achat, la vente, l’échange ou le don des Indiens, de leurs femmes, de leurs enfants, de les priver de leurs biens, de les reloger ailleurs, de les priver de leur liberté et de les garder comme esclaves. Pape Urbain VIII (Bulle Commissum Nobis, 1639)
S’il est permis de capturer par la force et la duperie des noirs ou autres indigènes qui n’ont porté préjudice à personne? Réponse : non. S’il est autorisé d’acheter, de vendre ou de faire des contrats en tout respect des noirs ou autres indigènes qui n’ont pas porté préjudice à personne et n’ont rien fait et qui ont été faits captifs par la force de la duperie Réponse : non Si les propriétaires de Noirs et autres natifs qui n’ont porté préjudice à personne et ont été capturés par la force ou la ruse, doivent les remettre en liberté ? Réponse: Oui Si les ravisseurs, les acheteurs et les propriétaires de Noirs ou autres indigènes qui n’ont porté préjudice à personne et qui ont été capturés par la force ou la duperie n’ont pas le droit de leur demander de payer compensation? Réponse : Oui. Congrégation du Saint Office (Sainte Inquisition Romaine, pontificat d’Innocent XI, 1686)
Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. (…) Enjoignons à tous nos sujets, de quelque qualité et condition qu’ils soient, d’observer les jours de dimanches et de fêtes, qui sont gardés par nos sujets de la religion Catholique, Apostolique et Romaine. Leur défendons de travailler ni de faire travailler leurs esclaves auxdits jours depuis l’heure de minuit jusqu’à l’autre minuit à la culture de la terre, à la manufacture des sucres et à tous autres ouvrages, à peine d’amende et de punition arbitraire contre les maîtres et confiscation tant des sucres que des esclaves qui seront surpris par nos officiers dans le travail. (…) Les hommes libres qui auront eu un ou plusieurs enfants de leur concubinage avec des esclaves, ensemble les maîtres qui les auront soufferts, seront chacun condamnés en une amende de 2000 livres de sucre, et, s’ils sont les maîtres de l’esclave de laquelle ils auront eu lesdits enfants, voulons, outre l’amende, qu’ils soient privés de l’esclave et des enfants et qu’elle et eux soient adjugés à l’hôpital, sans jamais pouvoir être affranchis. N’entendons toutefois le présent article avoir lieu lorsque l’homme libre qui n’était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera dans les formes observées par l’Eglise ladite esclave, qui sera affranchie par ce moyen et les enfants rendus libres et légitimes. Les solennités prescrites par l’Ordonnance de Blois et par la Déclaration de 1639 pour les mariages seront observées tant à l’égard des personnes libres que des esclaves, sans néanmoins que le consentement du père et de la mère de l’esclave y soit nécessaire, mais celui du maître seulement. Défendons très expressément aux curés de procéder aux mariages des esclaves, s’ils ne font apparoir du consentement de leurs maîtres. Défendons aussi aux maîtres d’user d’aucunes contraintes sur leurs esclaves pour les marier contre leur gré. (…) Les maîtres seront tenus de faire enterrer en terre sainte, dans les cimetières destinés à cet effet, leurs esclaves baptisés. Et, à l’égard de ceux qui mourront sans avoir reçu le baptême, ils seront enterrés la nuit dans quelque champ voisin du lieu où ils seront décédés. (…) Seront tenus les maîtres de faire fournir, par chacune semaine, à leurs esclaves âgés de dix ans et au-dessus, pour leur nourriture, deux pots et demi, mesure de Paris, de farine de manioc, ou trois cassaves pesant chacune 2 livres et demie au moins, ou choses équivalentes, avec 2 livres de boeuf salé, ou 3 livres de poisson, ou autres choses à proportion : et aux enfants, depuis qu’ils sont sevrés jusqu’à l’âge de dix ans, la moitié des vivres ci-dessus. (…) Seront tenus les maîtres de fournir à chaque esclave, par chacun an, deux habits de toile ou quatre aunes de toile, au gré des maîtres. Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres, selon que nous l’avons ordonné par ces présentes, pourront en donner avis à notre procureur général et mettre leurs mémoires entre ses mains, sur lesquels et même d’office, si les avis viennent d’ailleurs, les maîtres seront poursuivis à sa requête et sans frais ; ce que nous voulons être observé pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves. Les esclaves infirmes par vieillesse, maladie ou autrement, soit que la maladie soit incurable ou non, seront nourris et entretenus par leurs maîtres, et, en cas qu’ils eussent abandonnés, lesdits esclaves seront adjugés à l’hôpital, auquel les maîtres seront condamnés de payer 6 sols par chacun jour, pour la nourriture et l’entretien de chacun esclave. (…) Pourront seulement les maîtres, lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou cordes. Leur défendons de leur donner la torture, ni de leur faire aucune mutilation de membres, à peine de confiscation des esclaves et d’être procédé contre les maîtres extraordinairement. Enjoignons à nos officiers de poursuivre criminellement les maîtres ou les commandeurs qui auront tué un esclave étant sous leur puissance ou sous leur direction et de punir le meurtre selon l’atrocité des circonstances ; et, en cas qu’il y ait lieu à l’absolution, permettons à nos officiers de renvoyer tant les maîtres que les commandeurs absous, sans qu’ils aient besoin d’obtenir de nous des lettres de grâce. (..) Ne pourront être saisis et vendus séparément le mari, la femme et leurs enfants impubères, s’ils sont tous sous la puissance d’un même maître ; déclarons nulles les saisies et ventes séparées qui en sont faites , ce que nous voulons avoir lieu dans les aliénations volontaires, sur peine, contre ceux qui feront les aliénations, d’être privés de celui ou de ceux qu’ils auront gardés, qui seront adjugés aux acquéreurs, sans qu’ils soient tenus de faire aucun supplément de prix. Code noir (articles 2, 6, 9, 10, 11, 14, 22, 25, 26, 27, 42, 43 et 47)
L’idée clé est que les ordalies n’étaient pas seulement largement pratiquées. On y croyait largement. C’est cette croyance – littéralement, la crainte de Dieu – qui aurait pu permettre aux épreuves de fonctionner efficacement. Tout d’abord, considérons le raisonnement des défendeurs. Les croyants coupables s’attendaient à ce que Dieu révèle leur culpabilité en leur faisant du mal dans l’épreuve. Ils s’attendaient à être bouillis et condamnés. Les croyants innocents, quant à eux, s’attendaient à ce que Dieu les protège dans l’épreuve. Ils prévoyaient de s’en sortir indemnes et d’être disculpés. Les seuls accusés qui auraient été disposés à subir l’épreuve étaient donc les innocents. Les accusés coupables auraient préféré éviter l’épreuve – en avouant leurs crimes, en s’installant avec leurs accusateurs ou en fuyant le royaume. La prochaine chose à comprendre est que les ecclésiastiques administraient les épreuves et jugeaient leurs résultats – et le faisaient selon des ensembles de règles élaborés qui leur donnaient une grande latitude pour manipuler le processus. Les prêtres savaient que seuls des accusés innocents seraient prêts à plonger leurs mains dans l’eau bouillante. Ainsi, les prêtres pouvaient simplement truquer les procès pour disculper les accusés qui étaient prêts à subir l’épreuve. Les rituels entourant les épreuves leur ont donné une couverture suffisante pour s’assurer que l’eau ne bouillait pas, ou que le fer ne brûlait pas, et ainsi de suite. Si le trucage échouait, un prêtre pourrait interpréter l’issue de l’épreuve pour disculper néanmoins l’accusé («Son bras guérit bien!»). Le système d’épreuve n’était aussi fort que la croyance superstitieuse qui le sous-tend. Ainsi, avec le temps, à mesure que la croyance des gens que Dieu était derrière les épreuves s’affaiblissait, le pouvoir des épreuves de traiter de manière satisfaisante les accusés criminels s’est affaibli. L’Église catholique a été un contributeur d’une importance cruciale à ce déclin. Au début du XIIIe siècle, le pape Innocent III a mené une dénonciation accablante des épreuves au motif que les épreuves étaient antithétiques à la doctrine chrétienne. Son décret interdisait aux prêtres de s’impliquer davantage avec eux. La condamnation des épreuves par l’Église a gravement sapé la superstition sur laquelle reposaient les épreuves. Si les épreuves étaient antithétiques au christianisme, comment Dieu pourrait-il révéler la culpabilité ou l’innocence des accusés à travers des épreuves de feu et d’eau? Les épreuves ont disparu d’Europe après le décret du pape Innocent III. Mais, tant qu’elles ont duré, elles ont amélioré la justice pénale. Les épreuves sont inférieures aux méthodes de procès modernes parce que les accusés modernes ne croient pas au iudicium Dei, pas parce que le procès par jury est intrinsèquement supérieur. Si les citoyens modernes avaient la croyance superstitieuse nécessaire pour que les épreuves fonctionnent, il pourrait être logique de ramener les chaudrons d’eau bouillante. Les procès devant jury coûtent cher. Les épreuves coûtent aussi quelque chose. Mais ils n’exigent pas des jours ou des semaines d’une demi-douzaine ou plus de jurés. Ils n’ont pas non plus besoin d’avocats. Si la force de la croyance superstitieuse requise pour que les épreuves fonctionnent aussi bien que le procès par jury existe, la société pourrait utiliser les épreuves pour garantir le même degré de justice pénale pour une fraction du coût du système actuel. Pensez à la société d’épargne dont bénéficierait la société d’épargne si les citoyens croyaient fermement qu’un être invisible, omniscient et omnipotent les punirait sévèrement, eux et leurs familles, non seulement dans l’au-delà, mais aussi dans celle-ci, pour tricherie, vol et malhonnêteté. Dans la société superstitieuse, les croyances «irrationnelles» font partie du travail que les institutions gouvernementales de la loi et de l’ordre font dans la société non superstitieuse. Cette perspicacité peut aider à expliquer l’importance de la superstition dans certaines sociétés. De nombreuses sociétés n’étaient pas, et dans certains cas ne le sont toujours pas, assez riches pour créer des institutions d’ordre publiques fortes, efficaces et plus coûteuses. L’importance de la superstition dans de telles sociétés peut refléter la nécessité de s’appuyer sur des substituts moins chers pour ces institutions, des substituts tels que la croyance en les malédictions, les survivances et l’auditoire Dei. Si cela est vrai, ce n’est pas seulement que les progrès scientifiques évincent la superstition. À mesure que les sociétés deviennent plus riches, les superstitions deviennent moins nécessaires. Alors les gens les abandonnent. Cela crée l’espace nécessaire à l’émergence des compréhensions scientifiques. Pourtant, même les sociétés les plus riches ont de la place pour la superstition et peuvent en tirer parti. Pour voir cela, ne cherchez pas plus loin que la pratique du serment devant les tribunaux aux États-Unis. Le serment a une histoire encore plus longue que les épreuves. À l’apogée des épreuves, des formes élaborées de serment, parfois prises avec d’autres appelés «compurgateurs», étaient souvent le premier recours pour les questions judiciaires. Le serment de serment survit aujourd’hui. Cela s’explique sans doute en partie par le fait que la superstition qui sous-tend sa capacité à promouvoir la justice a également survécu. Historiquement, les serments étaient prêtés à Dieu sur la Bible ou d’autres livres saints. Pour les personnes qui croient que Dieu fronce les sourcils en mentant, le serment peut être une force puissante pour encourager un témoignage véridique. En 1961, la Cour suprême des États-Unis a confirmé le droit des individus de témoigner devant le tribunal sans prêter serment. Mais il reste courant de demander aux personnes qui témoignent de le faire, ou du moins de promettre de dire la vérité. Alors que l’invocation explicite de Dieu est pratiquement partie des serments modernes, la solennité du serment lui-même reste forte. Des chercheurs précédents ont trouvé des preuves que certaines croyances superstitieuses peuvent être socialement productives dans les sociétés modernes. Des travaux importants de Robert Barro et Rachel McCleary de l’Université Harvard, par exemple, révèlent que des croyances plus fortes en une vie après la mort sont associées à une croissance économique plus élevée. De même, dans une étude expérimentale récente, Azim Shariff et Ara Norenzayan de l’Université de la Colombie-Britannique constatent que lorsque les «concepts de Dieu» sont activés dans l’esprit des participants à l’expérience, ils coopèrent davantage entre eux. L’une des raisons potentielles de ce résultat, soulignent Shariff et Norenzayan, est que les individus peuvent être plus susceptibles de se comporter de manière socialement positive lorsqu’ils sentent que Dieu les observe. Bien sûr, toutes les croyances superstitieuses ne sont pas socialement productives. En plus d’encourager les criminels à se révéler et les témoins à dire la vérité, la superstition peut créer des conflits et inhiber les activités économiques qui créent de la richesse. Surtout s’il est difficile de séparer les superstitions productives des superstitions improductives, la superstition peut retarder plutôt que promouvoir le progrès social. Néanmoins, il est utile de garder à l’esprit que de nombreuses croyances bizarres et apparemment irrationnelles sont apparues pour une raison et, à un moment donné, ont servi un objectif socialement utile. Même les superstitions modernes ne sont pas toutes mauvaises. Certains peuvent en fait nous améliorer. Mais où est passé cette marmite? Peter T. Leeson
In Jewish culture, there is a practice in the Torah called “Sotah” that will determine if a woman truly cheated on her husband or not. In the Orthodox Jewish tradition, married women are supposed to hide their hair, because it is considered to be a private part of her body that belongs to their husband. They normally cover their heads with scarves, and even today, some Orthodox Jewish women still carry on the tradition with wigs and hats. When a woman was accused of adultery, her husband would take her to the rabbi, who told her to untie their hair and expose it in front of everyone. As a married woman, this was considered to be a humiliating and indecent thing for other people to see her hair. Oat barley was ground up into a powder, and the woman was asked to swear an oath that she did not cheat on her husband. She wrote the oath on a piece of paper with the barley. Then, a Rabbi said a prayer, asking God to curse the wheat if she was guilty. It was mixed with with water, and she was forced to drink this bitter concoction. In the earliest form of the tradition, however, women were forced to write with the dirt they found on the floor of the Tabernacle, and drink dirt mixed with water, instead of barley. The idea was that if she had lied inside the holy Tabernacle, God would know. If a woman was infertile after drinking the bitter water, they took this as a sign that she was cursed, and she truly did cheat on her husband. This does not take into account the possibility that maybe this woman had health problems that made her infertile anyway. There were probably some women who actually did cheat on their husband, and they got away with it, because we now know that while drinking barley water is gross, it is relatively harmless. The Torah acknowledges the fact that sometimes, husbands are just jealous, and it is very possible that their wife is innocent of adultery. Before “Sotah”, women were publicly lynched whenever their husband accused them of cheating on them, even if there was no tangible proof. So, even though the Sotah trial seems very silly, it was actually a huge improvement on giving women an automatic death penalty just because her husband said so. » Shannon Quinn
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’Inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Citez-moi une seule civilisation dont le mythe fondateur n’est pas à sa gloire ? Les Antillais sont nés dans l’esclavage. Cette date, c’est notre combat pour sortir de la honte et de la victimisation. Serge Romana
Nous condamnons l’Inquisition au nom de valeurs chrétiennes. Nous ne pouvons pas la condamner au nom du Mahâbhârata, qui est constitué d’une série de meurtres alternés, à peu près dans le style de l’Iliade ! René Girard
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. (…) La sorcellerie n’existe pas (…) on ne passe pour sorcier qu’en vertu d’un système d’accusation. René Girard
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
Il semble en effet inconcevable qu’on puisse être jaloux du bien. Et cependant… Vous connaissez cette histoire de monarchie sacrée au Soudan : renversant les anciennes façons, le nouveau roi et son épouse avaient instauré le régime le plus raisonnable qu’il soit possible d’imaginer, et produisant le plus de bien commun. Une telle envie en était résultée que les voisins s’étaient réunis pour le détruire… Sans aucunement idéaliser notre propre histoire, c’est peut-être la fable du destin de l’Occident… (…) C’est justement ce qui justifie « la repentance », que certains catholiques ont bien tort de reprocher au pape. Certes, les non-chrétiens, qui oublient régulièrement de se repentir, n’ont pas moins de choses à se reprocher (souvent, bien davantage : quand je pense que l’on continue à monter en épingle les abus de l’Inquisition, après ce que l’incroyance a fait au XXe siècle !) Mais grâce à la Révélation, les chrétiens auraient dû avancer, et faire avancer le monde plus vite. Nous avons « les paroles de la vie éternelle ». Or, c’est toujours le petit nombre qui a compris, et vécu de l’esprit du Christ. Seulement, aujourd’hui, je ne vois pas d’autre lieu que l’Église pour faire barrière à cette terrible désagrégation de tout, qu’on appelle parfois l’apocalypse. Est-ce pour cela que cette Église devient comme un ultime bouc émissaire, et qu’on emploie tant d’efforts pour discréditer ou empêcher sa parole, alors qu’elle n’a plus de pouvoir que spirituel ? Et parfois de son sein même… On a l’impression d’une force diabolique d’auto-destruction. René Girard
La paix véritable, globale et durable viendra le jour où les voisins d’Israël reconnaîtront que le peuple juif se trouve sur cette terre de droit, et non de facto. (…) Tout lie Israël à cette région: la géographie, l’histoire, la culture mais aussi la religion et la langue. La religion juive est la référence théologique première et le fondement même de l’islam et de la chrétienté orientale. L’hébreu et l’arabe sont aussi proches que le sont en Europe deux langues d’origine latine. L’apport de la civilisation hébraïque sur les peuples de cette région est indéniable. Prétendre que ce pays est occidental équivaut à délégitimer son existence; le salut d’Israël ne peut venir de son déracinement. Le Moyen-Orient est le seul « club » régional auquel l’Etat hébreu est susceptible d’adhérer. Soutenir cette adhésion revient à se rapprocher des éléments les plus modérés parmi son voisinage arabe, et en premier lieu: des minorités. Rejeter cette option, c’est s’isoler et disparaître. Israël n’a pas le choix. Masri Feki
Souvenons-nous que les tribus d’Arabie étaient chrétiennes. Les meilleurs poètes et écrivains étaient chrétiens, tout comme nombre de guerriers et de philosophes (…) Ce sont eux qui portaient la bannière du panarabisme. La première université palestinienne a été créée par des chrétiens. Abd Al-Nasser Al-Najjar (Al-Ayyam)
La persévérance du gouvernement français à racheter ces esclaves et à protéger notre marine marchande n’eut d’égale que la mauvaise foi des Algériens dans l’exécution des traités. On en fut réduit, après Pontchartrain, à une politique de conciliation vraiment humiliante ; en 1830, il restait encore 122 esclaves, en majeure partie français, dans les bagnes d’Alger. Il fallait en finir. La présence de ce nid de pirates, à trois jours de Marseille, était une honte pour l’Europe et un reproche pour notre gouvernement. Une dernière insulte faite à notre consul par le dey Baba-Hussein, amena la rupture et décida Charles X à tirer le glaive justicier de la France. On sait le reste : la prise d’Alger le 5 juillet 1830. Aujourd’hui l’odjak des corsaires redoutables a fait place à une grande ville de commerce et de plaisance. A la place des bagnes et des marchés aux esclaves s’élèvent des hôtels somptueux et de florissantes écoles et facultés. Et sur la kasbah, cette bastille des Barberousse, flotte le drapeau tricolore, symbole de liberté, de progrès et de justice. Gaston Bonet-Maury (1907)
L’arrivée des navigateurs européens a été providentielle pour le commerce des Etats riverains du golfe de Guinée, trop éloignés du Sahara pour qu’ils y écoulent leur surplus d’esclaves. Les Etats exportateurs d’esclaves de la côte atlantique de l’Afrique noire considéraient ce trafic comme leur commerce naturel. (…) Dès le haut Moyen Age, le monde musulman est devenu le grand importateur d’esclaves. Dans les premiers siècles de l’islam, de nombreux Blancs d’Asie et d’Europe sont déportés en terre musulmane. En particulier, des Slaves (d’où les termes «esclave», «ex-slave») … Il semble qu’au total, entre le milieu du VIIe siècle et la fin du XIXe siècle, les traites musulmanes aient déporté un nombre de Noirs nettement supérieur à la traite européenne. (…) A la différence de l’islam, le christianisme n’a pas entériné l’esclavage. Mais, comme il ne comportait aucune règle d’organisation sociale, il ne l’a pas non plus interdit. Pourtant, l’idée d’une égalité de tous les hommes en Dieu dont était porteur le christianisme a joué contre l’esclavage, qui disparaît de France avant l’an mil. Cependant, il ressurgit au XVIIe siècle aux Antilles françaises, bien que la législation royale y prescrive l’emploi d’une main-d’oeuvre libre venue de France. L’importation des premiers esclaves noirs, achetés à des Hollandais, se fait illégalement. (…) Le mouvement part d’Angleterre, le pays qui a déporté au XVIIIe siècle le plus de Noirs vers l’Amérique. La force du mouvement abolitionniste anglais repose principalement sur la prédication des pasteurs évangélistes. Il en résulte une interdiction de la traite par l’Angleterre (1806) et les autres puissances occidentales (France, 1817), puis une abolition de l’esclavage lui-même dans les colonies anglaises (1833) et françaises (1848). Décidée par l’Europe, la suppression de la traite atlantique est imposée par elle aux Etats pourvoyeurs d’esclaves de l’Afrique occidentale. (…) Cependant, rien de pareil n’a eu lieu dans le monde musulman. L’esclavage étant prévu par l’islam, il eût été impie de le remettre en cause. Aussi, l’autre grande forme de la traite vers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient continua de plus belle au XIXe siècle, qui correspondit à son apogée. Et, parallèlement, des Européens continuaient d’être razziés en Méditerranée et réduits en esclavage à Alger, Oran, Tunis ou Salé (Rabat). D’où l’expédition de 1830 à Alger. Finalement, ce fut la colonisation qui mit presque entièrement fin à la traite musulmane. Jean-Louis Harouel 
Plus de 11 000 femmes nigérianes ont été secourues en Méditerranée l’année dernière, selon l’Office pour les migrations internationales (OMI). 80% d’entre elles faisaient l’objet d’un trafic à des fins d’exploitation sexuelle. “Il y a maintenant des filles qui n’ont que 13, 14 ou 15 ans”, m’a dit un agent anti-trafic de l’OMI. “L’Italie n’est qu’un point d’entrée. De la, elles sont dispatchées et vendues à des mères maquerelles partout en Europe.” Ben Taub
En 2015, le risque de mourir en Méditerranée (0, 37%) était inférieur au risque en France d’une personne de plus de 45 ans de subir un AVC (0, 4$%); en 2016, 363 000 migrants ont traversé la Mare nostrum (…) et 4 576 s’y sont noyés ou ont disparu, soit 1, 3% ou le double du risque de décéder apres une intervention chirurgicale – toutes catégories confondues – dans un pays industrialisé, ou encore le double du risque de mourir d’une anesthésie générale au sud du Sahara. En 2017, entre janvier et fin aout, 126 000 migrants ont traversé la Méditerranée et 2 428 ont été portés disparus, soit 1, 92%, ce qui est légèrement inférieur à la mortalité post-opératoire en chirurgie cardiaque en Europe de l’ouest (2%). Même si le risque est heureusement limité, on se demande évidemment pourquoi il ne cesse d’augmenter alors que les yeux du monde sont braqués sur la Méditerranée et que les secours devraient se perfectionner. La réponse: l’humanitaire est trop bon ! En effet, les bateaux de secours se rapprochent de plus en plus des eaux territoriales libyennes et, s’il y a danger de naufrage, n’hésitent plus à y entrer pour sauver les migrants. Si bien que les trafiquants embarquent un nombre croissant de migrants sur des embarcations toujours plus précaires (notamment des canots pneumatiques longs de 9 mètres, fabriqués en Chine, sur lesquels se serrent 130 personnes). (…) Les trafiquants emmènent donc les migrants à la limite des eaux territoriales, avant de repartir avec le moteur hors-bord dans un autre bateau en laissant les leurs clients dériver. A charge pour les humanitaires … Ceux-ci font bien, voire très bien leur travail, au risque de voir les migrants de moins en moins regardants sur la navigabilité des embarcations choisies par les trafiquants. Au cours des premiers six mois de 2017, quelque 93 000 migrants ont été secourus et transportés vers l’Italie, soit presque les trois quarts du total ayant embarqué pour la traversée pendant cette période. Stephen Smith
[La loi sur l’égalité réelle] revient tout simplement à détricoter la loi Taubira de 2001. Cette loi prend déjà en compte la souffrance des esclaves, honore leur lutte pour l’émancipation et redonne ainsi une place aux ultra-marins dans la République française. Le mouvement initié par Serge Romana milite pour instaurer le 23 mai en mémoire des victimes… Cela revient à dire qu’il y a d’un côté les abolitionnistes et de l’autre les victimes. (…) Prenez les faits : d’un côté, vous modifiez l’intitulé du 10 mai en expliquant qu’il s’agira désormais de « commémoration de la traite de l’esclavage et des abolitionnistes ». D’un autre côté, vous ajoutez le 23 mai, une journée en hommage « aux victimes de l’esclavage colonial ». Traduisez : les abolitionnistes sont presque tous blancs et les esclaves déportés depuis l’Afrique majoritairement noirs. La réalité, c’est que nous sommes en train de racialiser la France et d’entériner une vision racialiste du pays, à un moment où il faudrait tenir un discours d’unité et de cohérence. Si cette loi passe en l’état, nous allons adopter un texte qui définit des communautés – jusqu’alors non reconnues par les lois de la République – et qui entérine une fracture. Ce n’est qu’un symbole, certes, mais c’est très grave. C’est le signe qu’une racialisation subreptice est en train de s’installer au cœur de la société française. (…) Tout simplement parce que cette date ne fait pas consensus et n’a pas de sens collectif. Serge Romana propose le 23 mai en référence à une marche – qu’il n’a pas organisée, contrairement à ce qu’il dit – qui a rassemblé à Paris plusieurs dizaines de milliers de personnes. En vérité, Serge Romana fait de cette affaire une crispation personnelle et refuse le jeu démocratique. Sa date n’est pas choisie ? Il démissionne et œuvre en sous-main pour déstabiliser le 10 mai. L’amendement qu’il avait réussi à faire passer au Sénat est retiré du projet ? Il se met en grève de la faim et s’installe dans une tente devant le Sénat… Un sénateur que personne n’attendait sur ce sujet est arrivé, par simple déduction, à la même conclusion que nous : on ne doit pas instaurer deux dates. La célébration des victimes ne peut pas être une identité porteuse. (…)  Les décisions prises démocratiquement doivent être honorées. C’est une date qui fait consensus. Ce n’est pas celle que j’aurais choisie, mais il faut l’accepter. La commémoration est imparfaite : elle devrait être beaucoup plus ouverte au public, beaucoup plus suivie par des médias nationaux, ce devrait être un moment plus important de la vie politique française… (…) Nous sommes au-delà de l’affrontement, nous assistons à une réécriture de l’histoire par la mémoire. Le discours historique est dévoyé par le dolorisme, c’est une démarche perverse. Au sein de la population ultra-marine qui vit dans des conditions souvent précaires, ce discours rencontre un certain écho. Ce n’est pourtant qu’une manipulation de la souffrance. (…) Les indépendantistes se sont recyclés dans les questions identitaires, tout simplement parce qu’ils ont échoué. Jamais ils n’ont obtenu ce qu’ils voulaient, alors aujourd’hui, la mémoire autour de l’esclavage leur permet de construire une autonomie culturelle. L’identité devient la revendication. Et la mémoire de l’esclavage est dévoyée dans une entreprise politique. Myriam Cottias
Sous les arches de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, à deux pas des grilles du Sénat, se joue une drôle de pièce. Tout le monde attend le personnage principal, Serge Romana, président de l’association CM98 (Comité Marche du 23 mai 1998). Ce généticien d’une soixantaine d’années est, ce lundi 16 janvier, en grève de la faim depuis quatre jours. Il entend protester contre l’initiative du sénateur de la Guadeloupe Desplan (PS) qui a supprimé un article du projet de loi sur l’égalité réelle en outre-mer, examiné à partir de ce mardi par le Sénat. Le texte ainsi biffé prévoyait que « la République française institue la journée du 10 mai comme journée nationale de commémoration de la traite, de l’esclavage et de leur abolition et celle du 23 mai comme journée nationale en hommage aux victimes de l’esclavage colonial ». Une nouvelle date donc – celle du 23 mai – fera peut-être son apparition dans le calendrier républicain pour commémorer l’abolition de l’esclavage. Mais pourquoi ? « Ce n’est pas l’abolition que nous souhaitions honorer, mais la mémoire de nos parents victimes de l’esclavage », expliquent les militants rassemblés autour de la tente de Serge Romana, qui se définit lui-même comme « entrepreneur mémoriel ». L’affaire de la double date agite les historiens et les politiques des départements d’outre-mer. Mais le débat mériterait d’être posé en place publique, tant cette proposition bouleverse les symboles. « Cela revient à instaurer une date pour les Blancs et une date pour les Noirs », explique posément l’universitaire spécialiste de l’esclavage Myriam Cottias, farouche opposante à ce projet de « surenchère mémorielle  » (lire notre interview) ». Pour le sénateur Desplan, responsable de cette ablation législative vécue comme un outrage par Romana, « trop de commémorations banalisent la commémoration ». Et celui-ci d’ajouter : « Introduire la notion de victime sous-entend aussi celle de bourreau. Je préfère que l’on célèbre les combattants. Et puis cette formule, victimes de l’esclavage colonial… que fait-on alors des victimes de l’esclavage non colonial ? Faisons preuve de bon sens, on ne peut pas se réconcilier en racialisant le débat. Et quand bien même on retiendrait l’idée d’une seconde date, celle du 23 mai n’a pas grand sens. » Fermez le ban. Alors, pourquoi cet acharnement sur le 23 mai ? « En 1998, l’État a fêté en grande pompe les 150 ans de l’abolition de l’esclavage. Malgré des colloques au Sénat, malgré une exposition à l’Assemblée nationale, une manifestation a rassemblé 40 0000 manifestants qui souhaitaient honorer la mémoire de leurs ancêtres esclaves », se souvient Serge Romana avec des trémolos dans la voix. La date correspond donc à un rassemblement parisien commémoratif. Le 23 mai, c’est son combat, son horizon, une obsession dont il ne se sépare jamais. Emmitouflé dans son manteau, bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles, l’homme reçoit sous sa tente, assis sur un tabouret, téléphone portable à la main. Il fait montre d’une insatiable envie de convaincre. D’éduquer aussi : « Ne dites pas métropole, cela voudrait dire qu’il y a encore des colonies ! » s’agace-t-il. Il souhaite, dit-il en martelant, « inverser le stigmate de l’esclave, grâce aux commémorations ». Pour cet ancien adhérent d’associations nationalistes guadeloupéennes, la question est aujourd’hui, selon ses termes, « identitaire ». La mémoire des descendants des esclaves serait-elle bafouée par la simple commémoration du jour où la loi Taubira a fait de l’esclavage un crime contre l’humanité ? « Non, bien entendu », explique Françoise, militante venue soutenir le patron de son association, « nous célébrons aussi le 10 mai ». Simplement, pour elle comme pour les militants qui l’entourent, tous préféreraient ajouter une date bien à eux, un petit lopin de mémoire qu’ils cultiveraient sous la protection bienveillante de la République compatissante. Mais, d’ailleurs, le 23 mai n’existe-t-il pas déjà dans les calendriers de l’État ? Un texte signé par François Fillon le 29 avril 2008 s’est penché sur la question. Le Premier ministre du président Sarkozy a alors parafé une circulaire « relative aux commémorations de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions », cadrant les commémorations nationales du 10 mai. Il y précisait en outre, que « de nombreuses associations originaires d’outre-mer organisent le 23 mai une journée commémorative en souvenir de la souffrance des esclaves. Cette date […] sera, pour les associations regroupant les Français d’outre-mer de l’Hexagone, celle de la commémoration du passé douloureux de leurs aïeux qui ne doit pas être oublié. » Serge Romana réclame que cette circulaire soit sanctuarisée par la loi. Lorsqu’il était enfant, raconte-t-il, ses parents ne parlaient jamais de l’esclavage. « Citez-moi une seule civilisation dont le mythe fondateur n’est pas à sa gloire ? Les Antillais sont nés dans l’esclavage. Cette date, c’est notre combat pour sortir de la honte et de la victimisation. » Ce mardi 17 janvier au soir, Serge Romana quittera sa tente pour rejoindre un hôtel proche. Il ne sera de retour sur place qu’à 8 heures du matin, mercredi. « Je ne peux pas faire la grève de la faim et celle du sommeil en même temps. » Il est aussi périlleux de démultiplier les dates que les combats. Le Point
Entre juin 2017 et juin 2019, période couverte par ce document sur les chrétiens opprimés pour leur foi, «la violence islamiste a fortement baissé en Irak et en Syrie». Mais cette amélioration conjoncturelle pèse peu face à la tendance lourde à l’œuvre dans ces pays: l’exode des populations chrétiennes a atteint un seuil critique, voire irréversible. À l’été 2019, ils étaient «bien en dessous des 150.000» en Irak, peut-être même «en dessous des 120.000», contre 1,5 million avant l’intervention américaine de 2003. «En l’espace d’une génération, la population chrétienne d’Irak a diminué de plus de 90%», note le rapport. Même phénomène en Syrie: mi-2017, les chrétiens étaient estimés à moins de 500.000, contre 1,5 million avant le début du conflit en 2011. Pour décrire cet exode massif qui a atteint son apogée entre 2017 et 2018, l’AED n’hésite pas à utiliser le terme de «génocide». L’Égypte, qui compte 10 millions de chrétiens essentiellement coptes, fait preuve d’une meilleure capacité de résilience. Malgré des attaques djihadistes extrêmement violentes – en novembre 2018, une embuscade contre trois bus de pèlerins chrétiens a fait sept morts et 19 blessés —, la fréquence de ces attentats est en baisse notable. En réalité, ce sont les chrétiens d’Afrique et d’Asie qui sont particulièrement visés par les persécutions. «La violence, et notamment la violence islamiste, est en mouvement ; elle se déplace du Moyen-Orient vers l’Afrique et l’Asie», explique le nouveau directeur France de l’AED, Benoît de Blanpré. Passé par plusieurs associations – les Enfants du Mékong, les Apprentis d’Auteuil et le centre Port-Royal -, le successeur de Marc Fromager connaît bien l’Asie du Sud-Est où il a vécu plus de 10 ans ; et c’est précisément dans cette région que «la situation s’est le plus dégradée», note-t-il. Les chrétiens sont confrontés à la violence islamiste, mais aussi au nationalisme agressif de certains États ou au régime totalitaire de la Corée du Nord, détaille Benoît de Blanpré. Le rapport s’attarde sur les Philippines, où se conjuguent la menace islamiste et l’autoritarisme de son président Rodrigo Duterte. En janvier 2019, vingt personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées dans un double attentat revendiqué par l’État islamique contre la cathédrale Notre-Dame du Mont Carmel à Jolo, dans le sud du pays. Un mois plus tôt, le 5 décembre, le président philippin appelait à «tuer les évêques», «ce ramassis d’imbéciles qui ne sert à rien». Le nationalisme agressif touche aussi le Pakistan, où le cas d’Asia Bibi a soulevé une vague d’indignation internationale, et l’Inde, déstabilisée par les nationalistes hindous. Dans ce dernier pays, plus de mille attaques contre les chrétiens ont été recensées entre début 2017 et fin mars 2019, et plus de 100 églises ont dû fermer leurs portes en 2018 selon l’AED. «Les militants de l’hindutva ont accusé les chrétiens d’acte de prosélytisme en violation des lois anti-conversion, en vigueur dans six États», note le rapport. Encore moins médiatisées, les violences djihadistes en Afrique contre les chrétiens restent pourtant «à des niveaux critiques». Des attaques islamistes ont endeuillé les communautés chrétiennes burkinabées et nigériennes. Mais c’est le Nigeria qui compte le plus grand nombre de chrétiens tués (3731 en 2018). Dans ce pays où opère Boko Haram, «il existe clairement un ordre du jour pour islamiser toutes les zones majoritairement chrétiennes», selon Mgr Wilfred Anagbe, évêque de Makurdi situé dans la ceinture centrale du pays. Dans ce contexte, l’AED estime que la communauté internationale «manifeste un intérêt certain» pour les populations touchées. «Mais les réactions sont encore trop lentes et trop faibles pour avoir un réel impact», regrette Benoît de Blanpré qui conclut: «La liberté religieuse est un droit fondamental à faire respecter.» Le Figaro
Hitler’s Pope cannot be understood except as a series of very low blows against the modern Catholic Church, and specifically the papacy of John Paul II. Philip Jenkins
The anti-papal polemics of ex-seminarians like Garry Wills and John Cornwell … of ex-priests like James Carroll, and or other lapsed or angry liberal Catholics exploit the tragedy of the Jewish people during the Holocaust to foster their own political agenda of forcing changes on the Catholic Church today. David G. Dalin
Many readers of The New York Times no doubt believe that Pope Pius XII was Hitler’s Pope. John Cornwell’s bestselling book told them that, and it’s been reaffirmed by Garry Wills, Daniel Goldhagen and other writers since. It’s been said so often in fact that most well-read Church bashers know it for a certainty. The only trouble is: It isn’t true. Not only does it contradict the words of Holocaust survivors, the founders of Israel, and the contemporary record of The New York Times, but even Cornwell, the originator of the moniker “Hitler’s Pope,” has recanted it saying that he was wrong to have ascribed evil motives to Pius and now found it “impossible to judge” the wartime Pope. But there’s something else that has been ignored nearly altogether. Precisely at the moment when Pope Pius XII and the Catholic Church in Rome (and throughout Europe) were saving thousands of Jewish lives, Hitler had a cleric broadcasting from Berlin who called for the extermination of the Jews. He was Hajj Amin al-Husseini, the viciously anti-Semitic grand mufti of Jerusalem, who resided in Berlin as a welcome guest and ally of the Nazis throughout the years of the Holocaust. As I point out in my book, The Myth of Hitler’s Pope, the outrageous calumny directed against Pope Pius XII has not only besmirched the reputation of a man who did more than any other religious leader to save Jewish lives, it has deflected attention from the horrible truth of Hajj Amin al-Husseini— who continues to be a revered figure in the Muslim world. It is possible to trace modern Islamic anti-Semitism back along a number of different historical and intellectual threads, but no matter which one you choose, they all seem to pass, at one point or another, through the hands of Hajj Amin al-Husseini —Hitler’s mufti. In late March 1933, al-Husseini contacted the German consul general in Jerusalem and requested German help in eliminating Jewish settlements in Palestine — offering, in exchange, a pan-Islamic jihad in alliance with Germany against Jews around the world. It was not until 1938, in the aftermath of British Prime Minister Neville Chamberlain’s infamous capitulation to Hitler at Munich, that al-Husseini’s overtures to Nazi Germany were officially reciprocated. But by then the influence of Nazi ideology had already grown significantly throughout the Arab Middle East. Several of the Arab political parties founded during the 1930s were modeled after the Nazi party, including the Syrian Popular Party and the Young Egypt Society, which were explicitly anti-Semitic in their ideology and programs. The leader of Syria’s Socialist Nationalist Party, Anton Sa’ada, imagined himself an Arab Hitler and placed a swastika on his party’s banner. Though he was the grand mufti of Jerusalem, al-Husseini moved his base of operations (and pro-Nazi propaganda) to Lebanon in 1938, to Iraq in 1939 (where he helped establish the strongly pro-German Rashid Ali al-Gaylani as prime minister), and then to Berlin in 1941. Adolf Eichmann’s deputy, Dieter Wisliceny, testified at the Nuremberg Trials that al-Husseini “was one of the initiators of the systematic extermination of European Jewry and had been a collaborator and adviser of Eichmann and Himmler in the execution of this plan. He was one of Eichmann’s best friends and had constantly incited him to accelerate the extermination measures.” At Auschwitz, al-Husseini reportedly “admonished the guards running the gas chambers to work more diligently.” After the defeat of the Axis powers, al-Husseini escaped indictment as a war criminal at Nuremberg by fleeing to Egypt, where he received political asylum and where he met the young Yasser Arafat, his distant cousin, who became a devoted protégé — to the point that the Palestinian Liberation Organization recruited former Nazis as terrorist instructors. Up until the time of his death, Arafat continued to pay homage to the mufti as his hero and mentor. This unholy legacy continues. Hajj Amin al-Husseini has inspired two generations of radical Islamic leaders to carry on Hitler’s war against the Jews, which is why today, as was true 60 years ago it is not the Catholic Church that is the great threat to the survival of the Jewish people, it is Islamofascism. Rabbi David G. Dalin
When Pius XII died in 1958, there were tributes from virtually every Jewish group around the world. Ronald J. Rychlak
John Cornwell’s new book, Hitler’s Pope: The Secret History of Pius XII, turns out to be a deeply flawed attack on Pope John Paul II. That’s right, the final chapter is actually an attack on the current plaintiff. Cornwell is disturbed by John Paul’s « conservative » positions on celibate clergy, women priests, artificial contraception, and abortion. He is especially concerned about the Pope’s opposition to direct political activity by the clergy. Cornwell apparently decided that the easiest way to attack the Pope of today was to go after Pius XII. If he can prove that Pius was flawed, then he establishes that popes can be wrong. If that is the case, then he can argue that John Paul II is wrong about the whole catalogue of teachings that tend to upset many modern Catholics. Cornwell’s thesis is that Eugenio Pacelli–Pope Pius XII–was driven by the desire to concentrate the authority of the Church under a strong, central papacy. Cornwell argues that as Pacelli worked toward that end, he created a situation that was easy for Hitler to exploit. Cornwell denies that Pacelli was a « monster. » In fact, he recognizes that Pacelli « hated » Hitler. His theory, deeply flawed though it may be, is that Hitler exploited Pacelli’s efforts to expand Roman influence. Unfortunately,   many reviews, like those in the New York Post and the London Sunday Times, missed that point. They simply reported that « Pius XII helped Adolf Hitler gain power, » as if the two worked together. That is certainly not Cornwell’s point. Some of the mistakes reported in the press are obvious to anyone who read Cornwell’s book. For instance, The Indianapolis News reported that Pius knew of Hitler’s plan for the Final Solution « in 1939 when he first became involved with the German leader. » First of all, the Nazis did not decide on the course of extermination until 1942. Perhaps more telling, this statement is at odds with two things in the book: 1) Cornwell argues that Hitler and the future Pope Pius XII first « became involved » in the early 1930s, and 2) Cornwell expressly notes that Pius XII’s first reliable information concerning extermination of the Jews came in the spring of 1942, not 1939. Similarly, the New York Post reported in a couple of different editions that « Pacelli… met with Hitler several times. » This is not true. The two men never met, and Cornwell does not claim that they did. The most common error by made reviewers was that of accepting Cornwell’s assertions without checking out the facts. On some of these points, the reviewer’s oversight might be forgiven. For instance, Viking Press has marketed this book as having been written by a practicing Catholic who started out to defend Pius XII. One is always reluctant to say what another person’s beliefs are, so reviewers could be forgiven had they simply remained silent about that issue. Instead, the vast majority took delight in calling Cornwell a good, practicing Catholic. Having decided to report on Cornwell’s religious beliefs, the reviewers might have noted that his earlier books were marketed as having been written by a « lapsed Catholic for more than 20 years » and that reviewers said he wrote « with that astringent, cool, jaundiced view of the Vatican that only ex-Catholics familiar with Rome seem to have mastered. » They might also have reported that during the time he was researching this book he described himself as an « agnostic Catholic. » Finally, it might have been worth noting that in a 1993 book he declared that human beings are « morally, psychologically and materially better off without a belief in God. » Instead, they presented only that side of the story that Cornwell and his publisher wanted the public to hear. The Vatican had not yet spoken, so a reviewer might be excused for not knowing that Cornwell lied about being the first person to see certain « secret » files and about the number of hours that he spent researching at the Vatican. When, however, he claimed that a certain letter was a « time bomb » lying in the Vatican archives since 1919, a careful reviewer might have mentioned that it had been fully reprinted and discussed in Germany and the Holy See: Pacelli’s Nunciature between the Great War and the Weimar Republic, by Emma Fattorini (1992). That letter at issue reports on the occupation of the royal palace in Munich by a group of Bolshevik revolutionaries. Pacelli was the nuncio in Munich and a noted opponent of the Bolsheviks. The revolutionaries sprayed his house with gunfire, assaulted him in his car, and invaded his home. The description of the scene in the palace (which was actually written by one of Pacelli’s assistants, not him) included derogatory comments about the Bolsheviks and noted that many of them were Jewish. Cornwell couples the anti-revolutionary statements with the references to Jews and concludes that it reflects « stereotypical anti-Semitic contempt. » That is a logical jump unwarranted by the facts. Even worse, however, is the report in USA Today that Pacelli described Jews (not a specific group of revolutionaries) « as physically and morally repulsive, worthy of suspicion and contempt. » Again, it is a case of the press being particularly anxious to report the worst about the Catholic Church. Cornwell claims that he received special assistance from the Vatican due to earlier writings which were favorable to the Vatican. Many reviewers gleefully reported this and his asserted « moral shock » at what he found in the archives. A simple call to the Vatican would have revealed that he received no special treatment. If the reviewer were suspicious about taking the word of Vatican officials, a quick consultation of Cornwell’s earlier works (or easily-available reviews thereof) would have revealed that he has never been friendly to the Holy See. (…) Cornwell misses the important point that is so well explained in George Weigel’s new biography of John Paul II, Witness to Hope. John Paul’s political impact came about precisely because he did not primarily seek to be political, or to think or speak politically. The pontiff’s contribution to the downfall of Soviet Communism was that he launched an authentic and deep challenge to the lies that made Communistic rule possible. He fought Communism in the same way that Pius XII fought Nazism: not by name-calling but by challenging the intellectual foundation on which it was based. John Paul has recognized the parallels between his efforts and those of Pius XII, perhaps better than anyone else. He, of course, did not have a horrible war to contend with, nor was he threatened with the possibility of Vatican City being invaded, but given those differences, the approach each Pope took was similar. As John Paul has explained: « Anyone who does not limit himself to cheap polemics knows very well what Pius XII thought of the Nazi regime and how much he did to help countless people persecuted by the regime. » The most disappointing thing is that the modern press seems unable to recognize cheap polemics, at least when it comes to the Catholic Church. Ronald J. Rychlak
The first cause for suspicion is on the cover of Cornwell’s book. The dust jacket of the British edition shows Nuncio Pacelli leaving a reception given for German President Hindenburg in 1927. The photograph, a favorite of those who seek to portray Pius XII in an unfavorable light, shows the nuncio dressed in formal diplomatic regalia (which could easily be confused with papal garments), as he exits a building. On each side of him stand soldiers of the Weimar republic. In front of him stands a chauffeur saluting and holding open the square-looking door, typical of automobiles from the 1920s. Those who do not recognize the differences in uniform details could easily confuse the Weimar soldiers with Nazi soldiers because of their distinctive helmets associated with Nazi-era German soldiers. Use of this photograph, especially when coupled with a provocative title such as “Hitler’s Pope,” gives the impression that Pope Pius XII is seen leaving a meeting with Hitler. Making matters even worse is the caption from inside the dust jacket on early British editions of the book. This caption says that the photograph is from March 1939. By this time, Hitler was Chancellor of Germany, and this was the month Pacelli was made Pope. A fair-minded person reading the caption could easily conclude that Cardinal Pacelli paid a visit to Hitler immediately prior to being elected Pope. The American version of Hitler’s Pope never had the wrong date, but–given that the date might have been an honest error–it is far more revealing about the intentional mis-information that went into the marketing of this book. The U.S. edition uses the same photograph as the British edition, but it is cropped to eliminate two important points of reference: The soldier nearest the camera and the square door of the automobile. Both of those images provide clues to the true date of this photo (1927), and despite his claims in Brill’s Content, Cornwell did not want that known. The photo also has been significantly darkened, giving it a more sinister feel. Even more telling is the intentional blurring of the background. Looking at this cover, Nuncio Pacelli is in focus, but the soldier to his left and the chauffeur are both badly blurred. They are so badly blurred that it is impossible even for a well-trained observer to recognize that the soldier wears a Weimar uniform rather than a Nazi uniform. The chauffeur, due to the blurring and cropping that eliminates the car door, takes on the appearance of a saluting SS officer. Even a civilian in the background could seem to be a military (Nazi) official. Since none of the images on the British edition are blurred, and since Nuncio Pacelli’s face is in focus on the U.S. cover, but the other images are blurred, the only logical conclusion is that the photo was intentionally altered to support Cornwell’s thesis. Ronald J. Rychlak
La sorcière existe-t-elle ? Est-elle bénéfique ou dangereuse, faut-il voir en elle l’héroïque témoignage d’une autre forme d’intelligence, réprimée par les détenteurs du pouvoir, ou une pauvre idiote, une marginale, une vieille folle manipulée ? Quiconque s’est confronté aux textes reconnaîtra ces questions, auxquelles s’impose la nécessité de ne pas répondre trop précipitamment – sauf à simplifier les phénomènes et les textes du passé jusqu’à les rendre inintelligibles, à les enfermer dans une altérité opaque. S’il est impossible d’adhérer au système de croyance à la sorcellerie, comme au système qui guide sa répression, il est nécessaire de tenter de leur restituer une intelligibilité, de comprendre du moins ce qui les a rendus possibles, à quelles questions ou à quelles angoisses ils ont pu apparaître comme des réponses. Ou on ne verra jamais dans cette histoire que des imbéciles féroces s’acharnant à brûler des imbéciles crédules (pour reprendre des mots de Voltaire) ; et on s’étonnera de l’acharnement répressif d’un humaniste comme Bodin (dont Michel Porret analyse ici la réfutation de Jean Wier), avec sa Démonomanie des sorciers, « un des livres les plus attristants de cette époque », écrivait en 1948 Lucien Febvre, dans un article dont le titre formulait nettement le problème qui se pose aux historiens : Sorcellerie, sottise ou révolution mentale ? [10] Et on ne comprendra pas non plus la fascination qu’exercent encore aujourd’hui la sorcellerie, en particulier dans ses versions sataniques, et sa répression. Dans cet effort pour comprendre ce qui révolte (Febvre parlait d’horreur et de dégoût), – mais qui souvent fascine –, on a le choix entre une approche externe, résolument rationaliste et matérialiste, qui verra par exemple dans la sorcière le produit de la misère et de l’oppression subie par le peuple des campagnes, et dans sa répression la volonté d’asseoir de nouveaux pouvoirs (qu’ils soient locaux ou centraux, ecclésiastiques ou laïques), voire de sordides règlements de comptes entre voisins. Et une approche plus empathique, qui cherchera à tenir compte des systèmes de croyance et de représentation du monde, et à penser le sens du recours à la sorcellerie (se défendre contre des forces et des maux angoissants et inexplicables, contre lesquels il n’apparaît pas d’autre remède ; soigner, transmettre des traditions, conserver un lien avec les forces de la nature), voire ce qui fonde le sens de la répression pour les persécuteurs (défendre le Bien, et l’ordre concret et symbolique d’un monde menacé, restaurer ou imposer une hiérarchie nécessaire). L’une et l’autre attitude pourront mettre l’accent sur le collectif, les affrontements et rapports de force sur l’horizon desquels intervient la sorcellerie (guerres de religion, centralisation…), ou plutôt sur l’individuel, en cherchant dans la sorcière (ou le sorcier) le produit d’une histoire singulière et de conflits psychiques. Dans les études concrètes, ces positions ne sont d’ailleurs pas aussi exclusives les unes des autres qu’elles peuvent apparaître en théorie. Le grand livre de Michelet a fait beaucoup à la fois pour la réintégration de la sorcière et de la sorcellerie dans une histoire commune, démarche que l’on peut par certains côtés considérer comme héritière des Lumières, rationaliste, et pré-ethnologique, mais il a fait plus encore pour l’édification d’un mythe – et combien durable ! – qui exalte dans la sorcière le Féminin, le Populaire, le lien à la Nature, les puissances de la vie et de la création persécutées par les pouvoirs mortifères de l’Église. De la défense de la sorcière contre les préjugés et une répression intolérante et cruelle à une réhabilitation qui la constitue en héroïne, – porteuse d’ailleurs de valeurs et de causes variables selon les auteurs et les moments historiques – , il n’y a qu’un pas, souvent franchi. Christine Planté
In ‘The Spanish Inquistion: A Historical Revision, » (…) Kamen (…) reaffirms his contention that an all-powerful, torture-mad Inquisition is largely a 19th-century myth. In its place he portrays a poor, understaffed institution whose scattered tribunals had only a limited reach and whose methods were more humane than those of most secular courts. Death by fire, he asserts, was the exception, not the rule. He further argues that, beyond a few well-publicized autos de fe staged in 1559, the Inquisition was not the principal reason the Reformation did not take hold in Spain. Kamen believes the failure of Lutheran ideas in Spain had less to do with the Inquisition than with the populace’s indifference to Protestantism. As for the Inquisition’s much-vaunted role as Big Brother and its responsibility for intellectual decline, Kamen rejects this hypothesis out of hand, arguing that it was ineffective as a censor and that it failed even to prevent the importation of items listed on its own Index of Prohibited Books. The Inquisition, more interested in religion than science, did little to prevent the circulation of works by Copernicus, Galileo and Kepler. Kamen also dismisses the notion that the Inquisition enjoyed widespread popular support. People grudgingly accepted it, he avers, as an institution they employed to torment their enemies. Similarly, the monarchy, despite complaints that the Inquisitors regularly interfered with the administration of royal justice, supported it as a useful means of getting political opponents out of the way, as it did in 1590 when Philip II turned to this tribunal and its tradition of secret proceedings to silence Lucrecia de Leon, a prophetess in Madrid who had criticized the King and his policies. More controversial is Kamen’s interpretation of its handling of converted Jews, especially during the 1480’s, when, as a  »crisis instrument » created especially to deal with apostasy among conversos, the Inquisition was, by Kamen’s own admission, out of control.  »There is, » he writes,  »no systematic evidence that conversos as a group were secret Jews, » although the evidence for that assertion is ambiguous. Nor does he believe these conversos were persecuted solely out of racial enmity. He admits conversos suffered from a rising tide of anti-Semitism during the 1480’s that eventually led to the expulsion of Spain’s much diminished Jewish community in 1492. The conversos’ troubles, he asserts, were partly self-inflicted: the result of claims to be a  »nation » apart, neither Christian nor Jewish, a reluctance to assimilate (a similar attitude, he claims, contributed to the expulsion of the remnants of Spain’s Muslims in 1609), and also from personal enmities among the converso community, a situation that led to thousands of unwarranted denunciations and trials. Despite this fury, Kamen believes that most conversos escaped unharmed and led a  »relatively undisturbed » life by the close of the 16th century. Richard L. Kagan
Rodney Stark, universitaire américain, explore depuis de nombreuses années les relations entre le christianisme et l’essor de la civilisation occidentale. Dans ce nouvel ouvrage, il examine les préjugés anticatholiques selon lesquels le christianisme aurait été un obstacle au développement de cette civilisation occidentale, de la raison, de la science et des droits de l’homme. Stark montre, à l’aide des plus récentes recherches historiques, que c’est le contraire qui est vrai : la raison fondamentale pour laquelle ces caractéristiques se sont développées précisément en Occident tient au rôle que le christianisme a joué dans notre civilisation. Un renversement de perspective particulièrement stimulant. On lit souvent que l’Inquisition fut l’un des chapitres les plus terribles et sanglants de l’histoire occidentale ; que Pie XII, dit « le pape d’Hitler », était antisémite ; que l’obscurantisme a freiné la science jusqu’à l’arrivée des Lumières ; et que les croisades furent le premier exemple de l’avidité occidentale. Ces affirmations sont pourtant sans fondements historiques. Dans cet ouvrage, l’éminent professeur de sociologie des religions Rodney Stark démontre que certaines idées fermement établies – surtout lorsque l’Église entre en scène – sont en réalité des mythes. Il s’attaque aux légendes noires de l’histoire de l’Église et explique de quelles façons elles se sont substituées à la réalité des faits. Un livre passionnant, écrit « non pour défendre l’Église, mais pour défendre l’Histoire ». Editeur
The historical view that Stark sets out in Bearing False Witness is that a line of “distinguished bigots”, stretching from Gibbon to the present day, have created a common culture in which widely held assumptions about the Catholic Church are based on “extreme exaggerations, false accusations and patent frauds”. Stark insists that he is not a whitewasher and that he is “simply reporting the prevailing view among qualified experts”. He also reminds his readers that he is not a Catholic. Though never an atheist, he was for some time primarily a “cultural Christian” or, as he has described it elsewhere, “an admirer but not a believer”. And now? “I have not been an agnostic for years. I wrote myself to faith.” The process of writing himself to faith includes books such as The Triumph of Christianity, which records “how the Jesus Movement became the world’s largest religion”; The Victory of Reason, explaining how Christianity led to freedom, capitalism and Western success; and God’s Battalions, an incisive defence of the Crusades. As a fledgling historian in the 1960s, though, Stark was still wedded to notions of the baneful role of the Church in history. In his first year of graduate school at Berkeley, he was asked to prepare a brief of research he had been doing on anti-Semitism to be distributed to bishops attending the Second Vatican Council. According to Cardinal Augustin Bea, this summary was influential in the production of Nostra Aetate, the Council’s statement on the Jews. (…) But over the years, as he carried out more work on ancient and medieval history, he became aware of “the extent to which the Catholic Church had stood as a consistent barrier against anti-Semitic violence”. A long analysis of all known outbursts of anti-Semitic violence in both Europe and the Islamic world from 500 to 1600 forced him to reconsider the entire link between Christianity and anti-Semitism. This was to become the theme of the first chapter of Bearing False Witness. Turning to the current state of the Catholic Church, Stark is typically unequivocal. Shame among Catholics about scandals involving paedophile priests is (in America at least) “limited to a few intellectuals. Otherwise there should have been substantial declines in membership or in Mass attendance. And that hasn’t happened. There has been no decline in membership or mass attendance in the United States. “The commitment of ordinary Catholics seems unaffected. In Latin America, rates of mass attendance have doubled and redoubled during the past 25 years. Catholic membership in the nations of sub-Saharan Africa is very far above that even claimed by the Catholic Almanac and continues to grow rapidly.” But what about Europe? “Europe is a lot more religious than it is said to be or even than it appears to be. I have written a lot about this, most recently in The Triumph of Faith.” Stark has suggested in other interviews that the lack of attendance at church in Europe is down to “ineffective churches rather than lack of faith, since religious belief remains high all across the continent”. This is typically trenchant stuff from someone who has spent decades understanding the past and present of Christianity. So what then does Prof Stark see as the future for the Catholic Church? “Continued strength.” The Age of Reason began in the 2nd century AD. How about that for a claim? Rodney Stark is not a man to equivocate. In his judgment, the Catholic Church has been routinely traduced by “distinguished bigots” – historians who have twisted or ignored the evidence and polluted popular understanding. Hence Stark’s determination to put back by a millennium-and-a-half the dating of the Age of Reason, which really began, he argues, with certain Church Fathers and their decision to conduct theology; that is, formal reasoning about God. Tertullian, Clement of Alexandria, Augustine: they all insisted on the power of reason and its place in God’s plan. St Augustine went into raptures about the “sagacity” with which “the movements and connections of the stars have been discovered”. Man’s rational nature was an “unspeakable boon” conferred on us by God. Hence also Stark’s fury about the term “Dark Ages”. It is remarkable how politicians and journalists wanting to convey disgust these days, whether for the actions of ISIS or for rules about wearing high heels at work, are liable to call such a thing “medieval” or “a return to the Dark Ages”. And this darkness was, of course, the doing of the Catholic Church. Edward Gibbon said so. So did Voltaire. Daniel Boorstin, librarian of the United States Congress, wrote that the Church “built a grand barrier against the progress of knowledge”. Rubbish, says Stark. The Dark Ages are nothing but a hoax invented by intellectuals to glorify themselves and vilify the Church. The period from 300 to 1300 was, in fact, one of the great innovative eras of mankind. Technology was developed and put into use on a scale no civilisation had previously known: water mills, the three-field system, the horse collar, selective plant breeding, chimneys and much more. These things transformed productivity, increased the population, and widened horizons all over supposedly benighted Europe. But high-minded men of letters saw fit not to notice such things. What else? Human dissection for scientific purposes began in medieval universities and without serious objections from the Church. Stark reels off clergymen-scientists who preceded Copernicus and who, among other things, fought and won the battle for empiricism in science. There was moral progress too. The irony of ISIS comparisons, given that group’s recourse to abduction and enslavement, is that most of Europe had waved goodbye to slavery by 1300. Though not cited by Stark, Hugh Thomas, the great modern historian of the Atlantic slave trade, attributed the later resurgence of slavery to the memory of antiquity: “If Athens had slaves to build the Parthenon, and Rome to maintain the aqueducts, why should modern Europeans hesitate to have slaves to build its new world in America?” As for the treatment by some historians of the Church’s record on slavery, Stark accuses them of lying in plain sight. And so, in Bearing False Witness, Rodney Stark takes aim at one “myth” after another about Catholicism. The Spanish Inquisition? A “pack of lies”, originally spread by English and Dutch propagandists. The Inquisition “made little use of the stake, seldom tortured anyone and maintained unusually decent prisons”.  The Crusades? Stark begins by saying, in effect, “the others started it”, and goes from there. He is particularly hot in attacking the idea that the Crusaders were driven by dreams of land and loot. Stark’s style is brusque and clear. He is like a man carefully setting up skittles before firing down bowling balls of fact and argument to send them scattering (though in a couple of cases he is, in reality, rebalancing rather than overturning the debate). All of which means that Bearing False Witness is stirring, compelling, often convincing stuff. Some bits are especially fascinating, as when Stark makes the case for monasteries as the first true capitalist firms. (…) And, of course, the greatest obstacle nowadays to perceiving the Catholic Church as a force for good is not the myth of the suppressed Gospels, or the myth of the Protestant work ethic, or whatever else. It is the anything but mythical abuse scandals. (…) One thing Stark is not, therefore, is a Catholic: “I did not write this book in defence of the Church,” he states, looking possible critics straight in the eye. “I wrote it in defence of history.” Michael Dugan
Le problème n’était pas que le leadership fut silencieux. C’était que presque personne ne l’a écouté.  Quelques auteurs catholiques prétendent que ce ne fut pas avant les années 1890 que l’Église Catholique Romaine condamna l’esclavage. Un prêtre britannique a prétendu que cela n’a pas eu lieu avant 1965. Un Non-sens! Dès le septième siècle, Sainte-Bathilde (l’épouse du Roi Clovis II) devint célèbre pour sa campagne afin de faire cesser le commerce des esclaves afin de les libérer tous; en 851 Saint-Anskar débuta ses efforts pour faire stopper le commerce d’esclaves effectué par les Vikings. Que l’Église baptisa volontairement les esclaves démontre qu’ils furent  considérés comme ayant une âme, et très tôt, Rois et Évêques, incluant William le Conquérant (1027-1087) Saint-Wulfstan (1009-1095) et Saint-Anselme (1033-1109) interdirent l’esclavage des Chrétiens. Puisqu’en faisant exception des petits hameaux, Juifs et Vikings au nord, tout le monde était au moins nominalement un Chrétien,  l’esclavage était effectivement supprimé en Europe médiévale, excepté aux frontières méridionales et orientales avec l’Islam où des deux côtés on asservissait les prisonniers de l’autre. Toutefois, même cette pratique a épisodiquement fait l’objet de condamnation: au dixième siècle, les évêques de Venise ont proclamé une expiation publique pour la participation passée dans le commerce d’esclaves des Maures et ont cherché à empêcher tout Vénitien de participer à l’esclavage. Puis, au treizième siècle, Saint-Thomas d’Aquin conclut que l’esclavage était un péché. Ainsi, une série de papes supportèrent sa position en 1435, année où culminèrent trois déclarations majeures contre l’esclavage par le Pape Paul III en 1537. Il est significatif qu’au jour d’Aquin, l’esclavage était déjà une chose du passé ou des contrées éloignées. En conséquence, il  porta peu d’attention au sujet intrinsèque, prêtant plutôt d’attention au servage, qu’il tint également pour répugnant. Cependant, dans son analyse globale de la moralité dans les rapports humains, Aquin considérait l’esclavage comme étant en opposition à la loi naturelle, concluant que toutes les «créatures raisonnables» ont un droit à la justice. Par conséquent, il ne trouva aucune base naturelle pour prétendre à esclavage de personnes plutôt que d’autres, « de ce fait enlevant toute espèce de justification possible pour l’esclavage basée sur la race ou la religion.» La raison, et non pas la coercition, est la base, morale de l’autorité, parce qu’aucun «homme n’est par sa nature assujetti  à un autre.» Sur cette question, Aquin a distingué deux formes de  «sujétion» à l’autorité, l’une juste et l’autre injuste. La première existe lorsque les dirigeants travaillent pour l’avantage et le bénéfice de leurs sujets. La forme injuste de soumission « est celle de l’esclavage, dans lequel l’autorité contrôle le sujet pour ses propres avantages.» Se fondant sur l’immense autorité donnée à Aquin par l’Église, la position officielle était donc que l’esclavage était un péché. Il est vrai que quelques papes n’ont pas observé l’obligation morale d’opposition à l’esclavage. En 1488, le pape Innocent  VIII accepta un cadeau de cent esclaves Maures fait par le Roi Ferdinand d’Aragon, donnant certains d’entre eux à ses cardinaux. Naturellement, Innocent était un cas à part puisqu’il en est venu à commettre dans sa vie des actions parfaitement immorales. Cependant, la laxité ne doit pas être confondue avec la doctrine.  Ainsi. tandis qu’Innocent engendra beaucoup d’enfants, il n’a en aucun temps changé la doctrine officielle de l’Église comme quoi le clergé devait être célibataire. De la même manière, son acceptation d’un cadeau d’esclaves ne devrait pas être confondue avec des enseignements officiels de l’Église sur l’esclavage, enseignements qui ne changèrent pas. Ceux-ci ont été énoncés fréquemment et explicitement lorsqu’il devenait pertinent de le faire. Lors des années 1430, les Espagnols colonisèrent les îles Canaries et commencèrent à asservir la population indigène. Il n’était pas question de servage mais d’un véritable esclavage de sorte que des Chrétiens et les Maures pratiquèrent longtemps  sur les captifs en Espagne. Quand la rumeur de ces actions atteignit le Pape Eugène IV (1431 à 1447), il publia une Bulles, «Sicut Dudum». Le pape n’y a pas mâché ses mots. Sous la menace de l’excommunication, il donna quinze jours à partir de la réception de sa Bulle pour « restaurer à leur liberté au plus tôt toute personne de l’un ou l’autre sexe qui était par le passé, des résidants de les dites îles Canaries. . . Ces personnes doivent être totalement et perpétuellement libres et doivent être laissées libres sans exaction ou demande de quelques sommes d’argent que ce soit. Le Pape Pie II (1458 à 1464) et le Pape Sixte IV (1471 à 1484) ont poursuivi cette action par des Bulles additionnelles condamnant l’esclavage des insulaires dans les îles Canaries, qui, malheureusement, a quand même continué… Ce que cet épisode démontre est la fragilité de l’autorité papale de l’époque, et non pas une indifférence de l’Église au péché de l’esclavage. Avec le succès des invasions espagnoles et portugaises du Nouveau Monde, l’esclavage des indigènes et l’importation des Africains s’en sont suivis, et quelques esclavagistes ont eu comme raisonnement que cela n’était pas en violation de la moralité chrétienne, prétendant que ces derniers n’étaient pas « des créatures raisonnables» ayant droit à la liberté mais étaient plutôt des espèces d’animaux, et que donc légitimement sujets à l’exploitation humaine. Ce subterfuge théologique par les esclavagistes-commerçants fut astucieusement employé par Normand F. Cantor pour accuser le Catholicisme alors qu’il dit  : « l’Église a accepté l’esclavage… au seizième siècle en Espagne, les chrétiens discouraient au sujet de savoir si les esclaves noirs avaient une âme ou étaient des créations animales du Seigneur.» Cantor ne donna aucune indication comme quoi Rome à plusieurs reprises dénonça l’esclavage dans le Nouveau Monde comme motif d’excommunication. Et pourtant  c’est précisément ce que fit le Pape Paul III (de 1534 à 1549) sur cette question. Bien que membre d’une famille ecclésiastique Romaine, et quelquefois libertin dans ses premières années (il a été fait cardinal à vingt-cinq ans mais n’a pas accepté l’ordination jusqu’à ce qu’il ait eu cinquante ans). Paul se transforma et devint un  pape efficace et pieux qui a pleinement reconnu la signification morale du Protestantisme et lança la Contre-Réforme. Sa Bulle magnifique contre l’esclavage dans le Nouveau Monde (aussi bien que les Bulles semblables par d’autres papes) furent d’une façon ou d’une autre «oubliées» des archives historiques jusque très récemment. (…) Dans une seconde Bulle sur l’esclavage, Paul  appliqua la sanction de l’excommunication à quiconque sans regard pour : « sa dignité,  son état, sa condition, ou sa fonction… qui de quelque façon que ce soit prétend réduire les dits Indiens à l’esclavage ou de les dépouiller de leurs biens.»  Mais rien ne s’est produit. Bientôt, en plus de l’exploitation brutale des Indiens, les bateaux esclavagistes Espagnols et Portugais ont commencé à naviguer entre l’Afrique et le Nouveau Monde. Et comme les missionnaires Catholiques d’outre-mer avaient éveillé Rome afin qu’elle condamne l’esclavage des Indiens, des appels semblables ont été envoyés au sujet des esclaves noirs importés. Le 22 Avril 1639, le pape Urbain VIII (1623 à 1644), sur demande des Jésuites du Paraguay, publia une Bulle  « Commissum Nobis»  réaffirmant la loi de «notre prédécesseur Paul III» pour ceux qui réduisent d’autres à l’esclavage puisqu’étant ainsi sujets à l’excommunication. Par la suite, la Congrégation du Saint Office (l’Inquisition Romaine) a même abordé la question. Le 20 Mars 1686. (…) Le problème ne fut pas que l’Église ne condamna pas l’esclavage; ce fut que peu entendirent et que la plupart d’entre eux refusèrent d’écouter. À cette époque, les papes avaient peu ou à peu près pas d’influence sur les Espagnols et les Portugais puisqu’à ce moment-là, l’Espagne même régnait sur la majeure partie de l’Italie; en 1527, sous la conduite de Charles V, les espagnols ont même saccagé Rome. Si le pape avait si peu d’influences en Espagne ou au Portugal, il en avait à peu près aucune dans le Nouveau Monde et les nouvelles colonies, excepté indirectement par le travail des ordres religieux. En fait, il était illégal même d’éditer les décrets papaux « dans les possessions coloniales espagnoles sans le consentement royal,»  et le roi s’arrogeait le droit de désigner également tous les évêques. Néanmoins, la Bulle d’Urbain VIII fut lue en public par les Jésuites à Rio de Janeiro, avec comme résultat qu’ils furent attaqués à l’université locale des Jésuites avec pour compte qu’un certain nombre de prêtres furent blessés. Dans Santos, une foule a piétiné un Jésuite vicaire-général quand il a essayé de publier la Bulle, et les Jésuites ont été expulsés de Sao Paulo lorsque la rumeur se répandit de leur action pour faire connaître la Bulle contre l’esclavage. Ainsi, la connaissance des Bulles anti-esclavagistes et des décrets postérieurs de l’Inquisition contre l’esclavage ont été généralement limités au clergé, particulièrement aux ordres religieux, ce qui de ce fait a limité leur impact public. Naturellement, les Espagnols et les Portugais n’étaient pas les seuls esclavagistes du Nouveau Monde. Et même si  les Bulles papales furent publiées partout, elles n’eurent aucune force morale chez les Anglais et les Hollandais. Ainsi, il doit être noté que l’introduction de l’esclavage au Nouveau Monde n’a fait l’objet d’aucune dénonciation de personnalités hollandaises ou protestantes anglaises. Cependant, bien que les Bulles papales contre l’esclavage aient été rejetées dans le Nouveau Monde, les vues anti-esclavagistes de l’Église ont eu un effet significatif de modération dans les Amériques Catholiques par les moyens du  « Code Noir » et du « Código Negro Español ». Dans les deux cas, l’Église a inspiré leur formulation et leur renforcement, démontrant de ce fait son opposition fondamentale à l’esclavage et cela en essayant d’assurer « les droits des esclaves et son bien-être matériel,» et en imposant des «obligations aux propriétaires d’esclaves, limitant ainsi leur contrôle sur ces derniers.» Comme Eugene Genovese l’a mentionné : « le Catholicisme a fait une différence profonde dans les vies des esclaves. [ En ] donnant aux sociétés esclavagistes américaines brésiliennes et espagnoles une éthique. . .  celui d’une véritable législation spirituelle.» La prédominance d’anti-religieux, et particulièrement d’anti-Catholique, polarisée principalement dans la relation de l’histoire sur l’esclavage est bien démontrée par la «rubrique» sur  «Le Code Noir dans la Colombia Encyclopedia de 1975»  sous le mot Louisiane nous lisons : « [ Le code Noir adopté en 1724 pourvoit au contrôle rigide de la vie des [ esclaves ] et à la protection des blancs. Des dispositions complémentaires ont établi le Catholicisme comme religion officielle.» Et c’est fait ! Pas la plus légère reconnaissance des nombreux articles conçus pour protéger les esclaves. Il ne s’agissait pas d’une proclamation d’émancipation c’est un fait, mais le «Code des Barbades» n’en était pas un non plus. Comme exemple additionnel de la polarisation biaisée  antireligieuse chez les historiens contemporains, considérez que dans son article sur le Code Noir, Robin Blackburn a écrit « la politique officielle feinte l’encouragement des mariages d’esclaves dans les colonies françaises,» seulement à la fin de sa phrase il admet que cela avait des résultats « limités» mais  des résultats non négligeables. Il cite alors un document de la Martinique rapportant que la moitié des esclaves d’âge à se marier l’était. Puisque la distribution de l’état matrimonial des esclaves est précisée, ceci équivaut en fait au taux de mariage en France à ce moment-là, et il semblerait que selon lui, le soutien au mariage « soit feint.» Également remarquable est le fait que tant d’historiens distingués sur l’esclavage ont à peine mentionné l’existence du Code Noir et ont ignoré le Código Negro Español  si complètement qu’il n’apparaît même pas dans les index de leurs travaux. Mais si beaucoup d’historiens n’ont prêté que peu ou pas d’attention à ces codes, l’Église inspira ces codes, non plus que pratiquement personne a même mentionné le Code des Barbades (sous aucun nom), excepté les quelques historiens se spécialisant dans des lois sur l’esclavage, et quelques auteurs qui ont écrit spécifiquement au sujet de l’histoire de l’esclavage à la Barbade, bien que le code ait été observé dans toutes les Indes Occidentales Britanniques. Je pense que le code des Barbades aurait suscité une attention considérable s’il avait été produit par des Catholiques plutôt que par des Protestants…  Mais peut-être que la plus importante omission à noter dans les écrits sur l’esclavage dans le Nouvel Monde, et particulièrement de l’esclavage et des mauvais traitements faits à des populations indigènes, concerne la République Jésuite du Paraguay. Pendant plus de 150 années (1609-1768), les Jésuites ont administré un secteur de plus de deux fois la taille de la France, localisé au sud du Brésil et à l’ouest du territoire cédé au Portugal par le Traité de Tordesillas(1494).  Là, un petit groupe de Jésuites espagnols ( probablement jamais plus considérable que deux cents) fonda, protégea, éduqua , et conseilla une civilisation remarquable d’environ une trentaine de «réductions,» ou communautés, formée exclusivement  d’Indiens Guarani. Non seulement les arts et l’industrie se sont-ils épanouis dans la république des Jésuites (villes avec des rues pavées et des bâtiments, des orchestres symphoniques impressionnants, des imprimeries), mais encore une véritable tentative fut faite d’un gouvernement représentatif. Leur but en fondant cette république, est expliqué par le Jésuite supérieur Antonio Ruiz de Montoya en 1609, il s’agissait de christianiser et «civiliser» les Indiens de sorte qu’ils puissent être des sujets libres de la couronne, égaux aux Espagnols, et d’ainsi  : « amener la paix entre les Espagnols et les Indiens, une tâche si difficile que, depuis la découverte des Indes Occidentales il y a plus de cent ans, cela n’a toujours pas été possible.» La république s’est épanouie, mais plutôt que de devenir un fondement pour l’égalité et la paix, son existence a offensé beaucoup de fonctionnaires et de planteurs coloniaux, et provoqua des tentatives d’expropriation. Néanmoins, les Jésuites sont parvenus à devancer et contrecarrer ces tentatives pendant plusieurs générations. Mais ensuite, les choses ont commencé à se dégrader. La première étape dans la chute de la république est venue en 1750 quand les Portugais et les Espagnols ont signé un nouveau traité, redivisant l’Amérique du Sud le long des frontières naturelles. Comme résultat, sept des réductions sont tombées sous la juridiction portugaise. Il leur fut ordonné de passer le pouvoir aux autorités civiles, les Jésuites résistèrent et firent appel aux Couronnes Portugaises et Espagnoles pour conserver les réductions libres. Mais leurs adversaires étaient trop forts et sans scrupule, faisant circuler des fausses rumeurs de  conspiration des Jésuites contre les deux Couronnes. Ainsi en 1754, des troupes espagnoles furent envoyées contre les sept réductions de l’Ouest, alors que les Portugais avançaient à l’Est. Les deux forces européennes ont été défaites par les Indiens, qui étaient tout à fait bien entraînées dans la tactique militaire et possédaient des mousquets et des canons. Bien que les Jésuites n’eurent aucune participation dans les batailles, ils ont été blâmés comme traîtres et comme conséquence à cette lutte contre l’esclavage, ils furent expulsés du Portugal et de tous les territoires portugais en 1758. Bientôt, des accusations supplémentaires de complots durent portés contre le Jésuites en Espagne alors que tous les membres de l’ordre furent arrêtés au début de 1667 et expulsés dans les états pontificaux. En juillet, les autorités coloniales étaient prêtes à expulser les Jésuites d’Amérique latine, et le rassemblement  de ces derniers débuta à Buenos Aires et à Cordoue. Mais ce ne fut pas avant l’année suivante que les troupes espagnoles  s’emparèrent des vingt-trois «réductions» restantes et se saisirent des Jésuites demeurant, sur quoi les pères (même très malades et vieux) ont été attachés à des mules et transportés à travers les montagnes par mauvais temps, beaucoup sont décédés. Ainsi, étaient les Jésuites expulsés de l’hémisphère occidental. Bientôt, leur république tomba en ruine et fut pillée par les autorités civiles. Découragés par les mauvais traitements et la perte des «Pères Robe Noire» (les jésuites), les survivants Guaraní s’enfuirent, la plupart dans les villes. Ainsi, périt une brillante civilisation… Bien sûr, parmi les quelques historiens à traiter de la république des Jésuites, certains vocifèrent contre le colonialisme et le Catholicisme, condamnent les Jésuites «fanatiques» pour l’imposition de la religion et de la civilisation aux Indiens païens, et dénoncent des efforts des Jésuites pour soutenir une république comme un cruel paternalisme et une exploitation. Mais même si l’on devait accepter la version la plus extrémiste de ces assertions, on est confronté aux efforts sincères et efficaces des Jésuites pour protéger les Indiens contre les planteurs et les autorités coloniales qui ont souhaité les ramener à l’esclavage ou de les supprimer entièrement. D’avoir réussi à ériger avec les indiens, une civilisation indienne avancée dans ce contexte historique est un exploit tout à  fait extraordinaire. D’ailleurs, nos historiens parlent au moins de cet événement historique important, alors que la plupart des autres historiens l’ont tout simplement ignoré. J’ai pu trouver seulement deux livres sur le sujet en langue anglaise écrits depuis les trente dernières années, l’un d’entre eux traduit du Portugais et tous deux maintenant indisponibles. D’autant plus que j’ai pu découvrir, une seule reconnaissance du sujet dans l’encyclopédie Britannica  autre que cette simple phrase sous le mot : « Paraguay, histoire de » : « Pendant la majeure partie de l’ère coloniale, le Paraguay a été connu principalement comme une énorme mission de Jésuites de 30 reducciones.» Il n’est même pas dit ce que sont les  «reducciones». Quant aux travaux principaux sur l’esclavage dans le Nouveau Monde, qui tous ont des choses amères (et souvent anti-Catholiques) à dire au sujet de l’esclavage et de l’abus des Indiens en Amérique latine: ils conservent un silence absolu sur la république des Indiens du Paraguay. En revanche, une attention considérable a été prêtée par des historiens au fait que pas tout le clergé catholique, incluant  les Jésuites, ont accepté que l’esclavage fut un péché. En effet, parfois au milieu des sociétés esclavagistes elles-mêmes, des membres du clergé  ont eu des esclaves pendant le dix-huitième et tôt durant le dix-neuvième siècle. Les Jésuites dans le Maryland furent  propriétaires d’esclaves. Le reste du clergé était très confus au sujet de cette question. Par exemple, Dominicain Bartolome de Las Casas (1474-1566) a fait une campagne amère et tout à fait réussie contre l’esclavage des Indiens, pendant laquelle il a proposé que des esclaves soient apportés d’Afrique pour les remplacer. Plus tard, il est venu à regretter vivement cette proposition et a exprimé un doute de savoir si Dieu le pardonnerait pour ce péché terrible. Il faut également reconnaître que l’Église, habituellement, n’a pas confronté les gouvernements de front et n’a pas essayé par la  force de faire cesser l’esclavage. Reconnaissant que les papes avaient menacé d’excommunication, mais dans la pratique, l’Église a travaillé à essayer d’améliorer les conditions de vie des esclaves autant que possible. Ainsi, l’église était persistante dans son affirmation que l’esclavage était seulement un état de service, et que ceux qui furent asservis, étaient entièrement humains et pleinement égaux aux yeux de Dieu. Pendant que l’éminent  Cardinal italien Hyacinthe Gerdil (1718-1802) disait que : « l’esclavage ne peut pas être compris comme conférant à un seul homme le même pouvoir qu’un homme a sur son bétail. . . L’esclavage ne supprime pas l’égalité naturelle des hommes… [ et est ] sujet à la condition que le maître prenne le soin qui est dû à son esclave et le traite avec humanité.»Comme déjà mentionné, c’était dans cet esprit que le premier article du « Código Negro Español» exigeait de tous les maîtres d’avoir leurs esclaves baptisés et spécifiait de sérieuses sanctions  pour les maîtres qui n’ont pas permis à leurs esclaves d’assister à la messe ou de célébrer les jours de célébrations. En revanche, l’Église d’Angleterre ne reconnaissait pas les esclaves comme des « êtres humains baptisables.» Ces deux vues ont eu un effet profond, non seulement sur ceux impliqués dans l’esclavage, mais sur des attitudes envers les ex-esclaves et l’affranchissement des esclaves. Ce qui est clair est que l’affirmation commune comme quoi l’Église Catholique a généralement favorisé l’esclavage, n’est pas vraie. En effet, comme il sera vu, quand les Quakers américains initièrent le mouvement abolitionniste, ils  trouvèrent des âmes soeurs non seulement chez d’autres Protestants mais également parmi les Catholiques Romains. Si le monothéisme possédait un potentiel certain de provoquer des doctrines anti-esclavagistes comme cela est avancé par certains, il faut également se demander pourquoi l’Islam ne s’est-il donc pas retourné contre l’esclavage ? En effet, pourquoi l’esclavage persiste-t-il dans certaines régions  islamiques, alors qu’il vient tout récemment de cesser dans d’autres nations musulmanes en réponse à une pression intense de l’ouest (chrétien)? Pour répondre à cette question, nous devons reconnaître que les théologiens travaillent dans des limites intellectuelles définies, non pas simplement en conclusion de fondements culturels particuliers. Par exemple, il serait tout à fait impossible pour les théologiens juifs, chrétiens, ou islamiques de déduire que Dieu n’a aucun intérêt dans le comportement sexuel humain. Les textes révélés ne permettront simplement pas une telle conclusion. Ni les théologiens chrétiens ne pourraient déduire que Jésus a favorisé la polygamie, du moins sans une révélation additionnelle. Le problème fondamental auquel font face les théologiens musulmans vis-à-vis de la moralité de l’esclavage est que Mahomet a acheté, vendu, capturé, et possédé des esclaves. Comme Moïse, le Prophète a conseillé que des esclaves soient bien traités : « Et que ceux qui n’ont pas de quoi se marier, cherchent à rester chastes jusqu’à ce qu’Allah les enrichisse par Sa grâce. Ceux de vos esclaves qui cherchent un contrat d’affranchissement, concluez ce contrat avec eux si vous reconnaissez du bien en eux; et donnez-leur des biens d’Allah qu’Il vous a accordés. Et dans votre recherche des profits passagers de la vie présente, ne contraignez pas vos femmes esclaves à la prostitution, si elles veulent rester chastes. Si on les y contraint, Allah leur accorde après qu’elles aient été contraintes, Son pardon et Sa miséricorde.», également il est possible de gagner la rémission si l’on a tué un compagnon croyant par erreur en libérant un esclave : «Il n’appartient pas à un croyant de tuer un autre croyant, si ce n’est par erreur. Quiconque tue par erreur un croyant, qu’il affranchisse alors un esclave croyant et remette à sa famille le prix du sang, à moins que celle-ci n’y renonce par charité. Mais si [le tué] appartenait à un peuple ennemi à vous et qu’il soit croyant, qu’on affranchisse alors un esclave croyant. S’il appartenait à un peuple auquel vous êtes liés par un pacte, qu’on verse alors à sa famille le prix du sang et qu’on affranchisse un esclave croyant. Celui qui n’en trouve pas les moyens, qu’il jeûne deux mois d’affilée pour être pardonné par Allah. Allah est Omniscient et Sage.»(4,92). Comme ce fut le cas des règles juives au sujet de l’esclavage, les critiques de Mahomet ainsi que l’exemple ont probablement atténué bien souvent les conditions de vie des esclaves dans l’Islam contrastant avec le monde Romain ou Grec. Cependant, la moralité fondamentale sur le fondement de l’esclavage ne fut pas remise en cause. Tandis que les théologiens chrétiens furent capables de remettre en cause l’acceptation biblique de l’esclavage, ils n’auraient pas pu probablement le faire si Jésus avait possédé des esclaves. Le fait que Mahomet posséda des esclaves fait que pour les  théologiens musulmans, il est impossible en manœuvrant intellectuellement de surmonter ce problème, et cela même s’ils désiraient le faire. Rodney Stark
Des croisades impérialistes. Une Inquisition sanguinaire. Une Église misogyne. Qui plus est, obscurantiste. Antimoderne. Une papauté avide de pouvoirs. Un Vatican richissime. Un Pie XII antisémite, etc. Ainsi présentée, l’histoire de l’Église catholique peut apparaître comme une succession de scandales, une litanie obsédante égrenée sur fond de l’air du temps glacial. Un faux procès qui lui serait intenté et entacherait, à la longue, sa réputation ? C’est justement pour répondre à ces supposées accusations et passer ces clichés au crible de l’analyse historique que trois livres, dont deux traductions de l’allemand et de l’anglais (États-Unis), sont sortis comme un tir groupé. Que faut-il penser de cette démarche ? Que révèle cette polémique de notre époque et de son rapport au christianisme ? Jean Sévillia, journaliste au Figaro, qui s’attache depuis des décennies à traquer dans ses livres les « contrevérités » historiques ou idéologiques, a réuni dans l’Église en procès la réponse des historiens (Tallandier) 15 historiens – parmi lesquels Martin Aurell, Jean-Christian Petitfils, Olivier Chaline, Christophe Dickès ou François Huguenin – pour répondre avec une volonté de nuance et de pondération à ce réquisitoire contre l’Église. Le maître d’oeuvre classifie ces poncifs : si l’« anachronisme » qui consiste à juger le passé avec ses propres critères est la mère de toutes les erreurs, il faut compter aussi avec le « manichéisme », qui fait fi de la complexité, le « mensonge par omission », qui ne présente qu’un pan de vérité, ou bien la fameuse « indignation sélective ». Rodney Stark, un universitaire américain, ferraille lui aussi contre les « préjugés anticatholiques » dans Faux témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques (Salvator). Ce protestant revendiqué affirme n’avoir « pas écrit ce livre pour défendre l’Église, mais pour défendre l’Histoire ». Pour lui, les aspects négatifs de son histoire ne justifient pas les « exagérations extrêmes, les fausses accusations et les fraudes évidentes ». Il répond de la même façon à une liste à la Prévert d’assertions discutables. Creusant pareillement la métaphore judiciaire, Manfred Lütz se veut lui aussi l’avocat d’un « christianisme en procès ». Dans un ouvrage (le Christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, Éditions Emmanuel) qui s’est vendu à 100.000 exemplaires outre-Rhin, il a vulgarisé les travaux d’un historien, le professeur Arnold Angenendt. Il part de l’idée que les connaissances universitaires existent déjà et qu’il suffit de les diffuser au grand public. Pour lui, ces fake news qui circulent sur le christianisme sont tout sauf anodines : elles l’ont « totalement discrédité et ébranlé jusqu’aux entrailles ». Ce sentiment qu’on ferait un mauvais procès à l’Église et aux chrétiens n’est pas nouveau : il existe même depuis les débuts du christianisme ! Plus récemment, en 2001, l’historien René Rémond, figure respectée de l’Université française, qui se qualifiait lui-même de « catholique d’ouverture », s’était ému dans un livre au large écho (le Christianisme en accusation, DDB) de la constatation d’une « culture du mépris » (moqueries, sarcasmes, condescendance…) à l’égard du catholicisme d’une nature différente du vieil anticléricalisme d’antan. Le regretté « sage de la République » avait remis le couvert en 2005 dans un second ouvrage (le Nouvel Antichristianisme, DDB). En ce début du siècle, il visait notamment un Michel Onfray qui, depuis, a tourné son talent de polémiste vers d’autres combats. En presque 20 ans, que s’est-il donc passé ? Denis Pelletier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, vient de publier une synthèse historique (les Catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin Michel) qui aide à comprendre ces glissements et ces évolutions. Par rapport à une époque où, selon l’expression de Danièle Hervieu-Léger, on stigmatisait la « ringardise catholique », il nous confie avoir constaté un « regain d’intérêt » pour cette religion qui, de nouveau, « intéresse et intrigue, émeut et scandalise ». Plusieurs événements ont favorisé ce changement de perception. D’abord, le retour visible des catholiques en politique (plutôt la frange conservatrice) avec la Manif pour tous en 2012-2013 ; ensuite, les attentats islamistes avec l’émoi provoqué par l’assassinat du père Hamel, prêtre de la paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016 ; enfin, la crise des migrants avec la mobilisation de réseaux catholiques « qu’on pensait avoir disparu du paysage ». Mais, précise l’universitaire, cet engagement de minorités et cet intérêt grandissant ne doivent pas masquer une « méconnaissance » massive de la majorité à l’égard d’un catholicisme qui, selon lui, serait presque entièrement sorti de la culture ambiante. Ce vide de la connaissance se creusant sans cesse pourrait expliquer la perméabilité de l’opinion à toutes sortes d’idées approximatives qui traînent sur le christianisme. D’autant plus que, selon Denis Pelletier, l’opinion se montre ambivalente. D’un côté, beaucoup de non-pratiquants (mais pas seulement eux) restent attachés à un catholicisme « patrimonial », comme en témoigne l’intense émotion soulevée par l’incendie de Notre-Dame de Paris ; d’un autre côté, l’opinion fait preuve d’exigence à l’égard de l’Église, jusqu’à se montrer d’autant plus sévère lorsque surviennent des scandales comme ceux des prêtres pédophiles. En France, l’anticléricalisme, toujours prêt à se réveiller, côtoierait de façon indéfectible et paradoxale l’attachement au catholicisme. Loin d’être nés du hasard, les préjugés d’aujourd’hui héritent en partie de conflits passés, parfois ravivés. Comme la Révolution française, si dramatique dans sa dimension religieuse, qui a structuré la France contemporaine. Ou comme les guerres de Religion, qui ont opposé catholiques et protestants. Par exemple, lorsque l’Espagne apparut comme la principale puissance catholique, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas décrivirent dans leur propagande les Espagnols comme des barbares fanatiques et assoiffés de sang. Avec l’image très noire qui nous est parvenue de l’Inquisition espagnole, il est resté des traces sensibles de cette ancienne confrontation. C’est la raison pour laquelle on nourrit des préjugés souvent avec bonne foi. Le protestant Rodney Stark reconnaît ainsi avoir découvert avec « stupéfaction » que l’Inquisition, selon lui, avait contenu en Espagne et en Italie la « fureur meurtrière » des bûchers de sorcières qui embrasèrent toute l’Europe des XVIe et XVIIe siècles. (…) Cette vulgate anticléricale, selon ce professeur à la Sorbonne [Dumézil] , nous l’avons héritée de Voltaire et des Lumières. Ce qui est moins connu, précise-t-il, c’est qu’au Moyen Âge les stéréotypes du « mauvais clerc » (glouton, salace, avide, sodomite…) ont été colportés par les clercs eux-mêmes dans le but moral de réformer le clergé. Mais avec les polémiques apparues au moment de la Réforme protestante, ces caricatures à usage interne se sont retournées contre l’Église elle-même. Ainsi, les clercs eux-mêmes ont créé l’anticléricalisme, créature incontrôlable qui leur a échappé. Longtemps, l’institution, pour ses adversaires, se montra coriace et, forte de ses bataillons de prêtres et de laïcs, prête à se défendre. Le « grand effondrement » de ces dernières décennies dans un pays comme la France l’a laissée dans un état de faiblesse pouvant expliquer à son égard une virulence d’autant plus intrépide qu’en face la capacité de réplique avait fléchi. Cependant, depuis le traumatisme des attentats islamistes, révélateur, peut-être, sur le moment, d’un désarroi existentiel, on observe dans la sphère publique une atténuation dans le sarcasme, qui avait pu frôler, en certaines circonstances, l’ignominieux. L’Église, si elle l’a jamais été, n’est plus une forteresse. Les chrétiens sont à découvert. Cette vulnérabilité explique pourquoi ces auteurs qui dénoncent les poncifs refusent de substituer une légende dorée à une légende noire – approche d’une autre époque. Dans l’intention en tout cas, ils réfutent l’idée d’entrer dans une démarche apologétique, souhaitent rétablir les faits, rien que les faits. Même si l’on peut discuter leur vision des événements, ils n’ont pas la tentation de construire une histoire parallèle. Ces historiens n’exonèrent pas, le cas échéant, les prélats de leurs responsabilités. Ce qui apparaît en filigrane, dans leur lecture de l’histoire de l’Église, c’est un permanent combat intérieur, révélateur aussi de notre temps. Pour preuve : le livre dirigé par Jean Sévillia se clôt sur un texte de Bernard Lecomte qui montre la résistance opposée par la curie romaine à la volonté de Joseph Ratzinger, comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis comme pape Benoît XVI, de lutter vraiment – c’est-à-dire en refusant d’enterrer les affaires – contre la pédophilie dans l’Église. (…)  En Occident, on croit connaître le christianisme alors qu’il est peut-être le plus méconnu. Il ne bénéficie pas – ou assez peu – de l’attrait de l’exotisme qui porte de nos jours les religions ou sagesses orientales. Mais ce qui compte pour les historiens de toute obédience, n’est-ce pas de porter un simple témoignage au nom de l’honnêteté intellectuelle, sans souci d’efficacité immédiate ? Par ailleurs, répondre aux idées fausses est une chose nécessaire, mais rendre compte de tout ce qui a pu être accompli de bien et de beau depuis deux millénaires, malgré les horreurs de chaque époque, en est une autre, non moins vitale. Il ne faudrait pas l’oublier. Jean-Marc Bastière
A propos de la féodalité et du Moyen Âge, l’auteur a beau jeu de rappeler qu’elle ne mérite pas les clichés méprisants du XVIIIe siècle. Les médiévistes contemporains, de Régine Pernoud à Jacques Le Goff en passant par Jacques Heers, ont fait litière de ces préjugés et montré comment, sous l’égide du clergé catholique, les peuples de l’Occident ont jeté les bases de la démocratie, de la laïcité, de l’émancipation des femmes etc. À propos des croisades, Jean Sévillia signale qu’elles furent avant tout une manifestation de foi populaire et une réaction de défense des Européens dans une époque très critique de leur Histoire. Les excès et les massacres qu’on peut leur attribuer ne sortent hélas pas de l’ordinaire de l’époque (et sont plutôt moins choquants que les horreurs du début du XXe siècle). Pire que le Goulag ( *), l’ Inquisition ! Contre l’imagerie traditionnelle colportée par les protestants anglais et les philosophes français qui fait de l’Inquisition espagnole l’horreur absolue, on rappelle que ses victimes se comptent au nombre de quelques milliers en l’espace de trois siècles. Venons-en au XVIIIe siècle français. «Voilà un aspect des Lumières qui est aujourd’hui soigneusement caché : le racisme», dit fort justement l’auteur de Historiquement correct. Voltaire, le grand Voltaire, écrit dans Essai sur les moeurs et l’esprit des moeurs : «Il n’est permis qu’à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les albinos, les Hottentots, les Lapons, les Chinois, les Amériques ne soient des races entièrement différentes». En écrivant cela, le pourfendeur du clergé prend le contrepied de l’enseignement religieux qui, depuis Saint Paul, n’a de cesse de souligner l’unicité de la condition humaine. Malheureusement, aux XIXe et XXe siècles, le triste enseignement de Voltaire sera mieux suivi que celui de Saint Paul. Faut-il insister ? Le Siècle des Lumières fut aussi le grand siècle de la traite atlantique et les «philosophes» ne furent pas les derniers à placer leurs économies dans le trafic d’esclaves. Jean Sévillia a beau jeu de rappeler les crimes commis pendant la Révolution française, sous la Terreur, au nom de la Liberté, mais curieusement ne s’appesantit pas sur Napoléon Bonaparte, dont les actions ont peu de rapport avec la légende. De même, il ne manque pas de rappeler les exactions des Communards de 1871 mais néglige la responsabilité d’ Adolphe Thiers dans cette tragédie.Plus près de nous, Historiquement correct témoigne de la grande confusion idéologique qui a conduit en France les républicains de gauche à se faire les apologues de la colonisation à la fin du XIXe siècle et à défendre la présence française en Algérie après la seconde guerre mondiale. De la même façon, peut-on ignorer la contribution de plusieurs dirigeants socialistes ou communistes au gouvernement du maréchal Pétain (Doriot, Déat, Laval, Belin…), tandis que des officiers catholiques et parfois monarchistes s’engageaient dès les débuts de l’occupation allemande dans la Résistance (d’Estienne d’Orves, Leclerc de Hauteclocque, de Gaulle…) ? Et quel est l’extrémiste qui confie les lignes suivantes à son journal intime, en juillet 1940 ? «J’espère que l’Allemand vaincra ; car il ne faut pas que le général de Gaulle l’emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive, c’est-à-dire à une guerre qui aura des milliards et aussi des Judas Macchabées. » C’est le philosophe Alain, radical et pacifiste, grande conscience de la IIIe République. André Larané
The Name of the Rose, wrote a particularly influential manual. There is no reason to believe that Gui was anything like his fictional portrayal. By the 14th century, the Inquisition represented the best legal practices available. Inquisition officials were university-trained specialists in law and theology. The procedures were similar to those used in secular inquisitions (we call them « inquests » today, but it’s the same word). The power of kings rose dramatically in the late Middle Ages. (…) As in other areas of ecclesiastical control, secular authorities in the late Middle Ages began to take over the Inquisition, removing it from papal oversight. In France, for example, royal officials assisted by legal scholars at the University of Paris assumed control of the French Inquisition. Kings justified this on the belief that they knew better than the faraway pope how best to deal with heresy in their own kingdoms. These dynamics would help to form the Spanish Inquisition — but there were others as well. Spain was in many ways quite different from the rest of Europe. Conquered by Muslim jihad in the eighth century, the Iberian peninsula had been a place of near constant warfare. Because borders between Muslim and Christian kingdoms shifted rapidly over the centuries, it was in most rulers’ interest to practice a fair degree of tolerance for other religions. The ability of Muslims, Christians, and Jews to live together, called convivencia by the Spanish, was a rarity in the Middle Ages. Indeed, Spain was the most diverse and tolerant place in medieval Europe. England expelled all of its Jews in 1290. France did the same in 1306. Yet in Spain Jews thrived at every level of society. But it was perhaps inevitable that the waves of anti-Semitism that swept across medieval Europe would eventually find their way into Spain. Envy, greed, and gullibility led to rising tensions between Christians and Jews in the 14th century. During the summer of 1391, urban mobs in Barcelona and other towns poured into Jewish quarters, rounded up Jews, and gave them a choice of baptism or death. Most took baptism. The king of Aragon, who had done his best to stop the attacks, later reminded his subjects of well-established Church doctrine on the matter of forced baptisms — they don’t count. He decreed that any Jews who accepted baptism to avoid death could return to their religion. But most of these new converts, or conversos, decided to remain Catholic. There were many reasons for this. Some believed that apostasy made them unfit to be Jewish. Others worried that returning to Judaism would leave them vulnerable to future attacks. Still others saw their baptism as a way to avoid the increasing number of restrictions and taxes imposed on Jews. As time passed, the conversos settled into their new religion, becoming just as pious as other Catholics. Their children were baptized at birth and raised as Catholics. But they remained in a cultural netherworld. Although Christian, most conversos still spoke, dressed, and ate like Jews. Many continued to live in Jewish quarters so as to be near family members. The presence of conversos had the effect of Christianizing Spanish Judaism. This in turn led to a steady stream of voluntary conversions to Catholicism. In 1414 a debate was held in Tortosa between Christian and Jewish leaders. Pope Benedict XIII himself attended. On the Christian side was the papal physician, Jeronimo de Santa Fe, who had recently converted from Judaism. The debate brought about a wave of new voluntary conversions. In Aragon alone, 3,000 Jews received baptism. All of this caused a good deal of tension between those who remained Jewish and those who became Catholic. Spanish rabbis after 1391 had considered conversos to be Jews, since they had been forced into baptism. Yet by 1414, rabbis repeatedly stressed that conversos were indeed true Christians, since they had voluntarily left Judaism. By the mid-15th century, a whole new converso culture was flowering in Spain — Jewish in ethnicity and culture, but Catholic in religion. Conversos, whether new converts themselves or the descendants of converts, took enormous pride in that culture. Some even asserted that they were better than the « Old Christians, » since as Jews they were related by blood to Christ Himself. When the converso bishop of Burgos, Alonso de Cartagena, prayed the Hail Mary, he would say with pride, « Holy Mary, Mother of God and my blood relative, pray for us sinners . . . » The expansion of converso wealth and power in Spain led to a backlash, particularly among aristocratic and middle-class Old Christians. They resented the arrogance of the conversos and envied their successes. Several tracts were written demonstrating that virtually every noble bloodline in Spain had been infiltrated by conversos. Anti-Semitic conspiracy theories abounded. The conversos, it was said, were part of an elaborate Jewish plot to take over the Spanish nobility and the Catholic Church, destroying both from within. The conversos, according to this logic, were not sincere Christians but secret Jews. Modern scholarship has definitively shown that, like most conspiracy theories, this one was pure imagination. The vast majority of conversos were good Catholics who simply took pride in their Jewish heritage. Surprisingly, many modern authors — indeed, many Jewish authors — have embraced these anti-Semitic fantasies. It is common today to hear that the conversos really were secret Jews, struggling to keep their faith hidden under the tyranny of Catholicism. Even the American Heritage Dictionary describes « converso » as « a Spanish or Portuguese Jew who converted outwardly to Christianity in the late Middle Ages so as to avoid persecution or expulsion, though often continuing to practice Judaism in secret. » This is simply false. But the constant drumbeat of accusations convinced King Ferdinand and Queen Isabella that the matter of secret Jews should at least be investigated. Responding to their request, Pope Sixtus IV issued a bull on November 1, 1478, allowing the crown to form an inquisitorial tribunal consisting of two or three priests over the age of 40. As was now the custom, the monarchs would have complete authority over the inquisitors and the inquisition. Ferdinand, who had many Jews and conversos in his court, was not at first overly enthusiastic about the whole thing. Two years elapsed before he finally appointed two men. Thus began the Spanish Inquisition. King Ferdinand seems to have believed that the inquiry would turn up little. He was wrong. A tinderbox of resentment and hatred exploded across Spain as the enemies of conversos — both Christian and Jewish — came out of the woodwork to denounce them. Score-settling and opportunism were the primary motivators. Nevertheless, the sheer volume of accusations overwhelmed the inquisitors. They asked for and received more assistants, but the larger the Inquisition became, the more accusations it received. At last even Ferdinand was convinced that the problem of secret Jews was real. In this early stage of the Spanish Inquisition, Old Christians and Jews used the tribunals as a weapon against their converso enemies. Since the Inquisition’s sole purpose was to investigate conversos, the Old Christians had nothing to fear from it. Their fidelity to the Catholic faith was not under investigation (although it was far from pure). As for the Jews, they were immune to the Inquisition. Remember, the purpose of an inquisition was to find and correct the lost sheep of Christ’s flock. It had no jurisdiction over other flocks. Those who get their history from Mel Brooks’s History of the World, Part I will perhaps be surprised to learn that all of those Jews enduring various tortures in the dungeons of the Spanish Inquisition are nothing more than a product of Brooks’s fertile imagination. Spain’s Jews had nothing to fear from the Spanish Inquisition. In the early, rapidly expanding years, there was plenty of abuse and confusion. Most accused conversos were acquitted, but not all. Well-publicized burnings — often because of blatantly false testimony — justifiably frightened other conversos. Those with enemies often fled town before they could be denounced. Everywhere they looked, the inquisitors found more accusers. As the Inquisition expanded into Aragon, the hysteria levels reached new heights. Pope Sixtus IV attempted to put a stop to it. On April 18, 1482, (…) Sixtus ordered the bishops to take a direct role in all future tribunals. They were to ensure that the Church’s well-established norms of justice were respected. The accused were to have legal counsel and the right to appeal their case to Rome. In the Middle Ages, the pope’s commands would have been obeyed. But those days were gone. King Ferdinand was outraged (…) That was the end of the papacy’s role in the Spanish Inquisition. It would henceforth be an arm of the Spanish monarchy, separate from ecclesiastical authority. It is odd, then, that the Spanish Inquisition is so often today described as one of the Catholic Church’s great sins. The Catholic Church as an institution had almost nothing to do with it. In 1483 Ferdinand appointed Tomas de Torquemada as inquistor-general for most of Spain. It was Torquemada’s job to establish rules of evidence and procedure for the Inquisition as well as to set up branches in major cities. Sixtus confirmed the appointment, hoping that it would bring some order to the situation. Unfortunately, the problem only snowballed. This was a direct result of the methods employed by the early Spanish Inquisition, which strayed significantly from Church standards. When the inquisitors arrived in a particular area, they would announce an Edict of Grace. This was a 30-day period in which secret Jews could voluntarily come forward, confess their sin, and do penance. This was also a time for others with information about Christians practicing Judaism in secret to make it known to the tribunal. Those found guilty after the 30 days elapsed could be burned at the stake. For conversos, then, the arrival of the Inquisition certainly focused the mind. They generally had plenty of enemies, any one of whom might decide to bear false witness. Or perhaps their cultural practices were sufficient for condemnation? Who knew? Most converses, therefore, either fled or lined up to confess. Those who did neither risked an inquiry in which any kind of hearsay or evidence, no matter how old or suspicious, was acceptable. Opposition in the hierarchy of the Catholic Church to the Spanish Inquisition only increased. Many churchmen pointed out that it was contrary to all accepted practices for heretics to be burned without instruction in the Faith. If the conversos were guilty at all, it was merely of ignorance, not willful heresy. Numerous clergy at the highest levels complained to Ferdinand. Opposition to the Spanish Inquisition also continued in Rome. Sixtus’s successor, Innocent VIII, wrote twice to the king asking for greater compassion, mercy, and leniency for the conversos — but to no avail. As the Spanish Inquisition picked up steam, those involved became increasingly convinced that Spain’s Jews were actively seducing the conversos back into their old faith. It was a silly idea, no more real than the previous conspiracy theories. But Ferdinand and Isabella were influenced by it. Both of the monarchs had Jewish friends and confidants, but they also felt that their duty to their Christian subjects impelled them to remove the danger. Beginning in 1482, they expelled Jews from specific areas where the trouble seemed greatest. Over the next decade, though, they were under increasing pressure to remove the perceived threat. The Spanish Inquisition, it was argued, could never succeed in bringing the conversos back into the fold while the Jews undermined its work. Finally, on March 31, 1492, the monarchs issued an edict expelling all Jews from Spain. Ferdinand and Isabella expected that their edict would result in the conversion of most of the remaining Jews in their kingdom. They were largely correct. Many Jews in high positions, including those in the royal court, accepted baptism immediately. In 1492 the Jewish population of Spain numbered about 80,000. About half were baptized and thereby kept their property and livelihoods. The rest departed, but many of them eventually returned to Spain, where they received baptism and had their property restored. As far as the Spanish Inquisition was concerned, the expulsion of the Jews meant that the caseload of conversos was now much greater. The first 15 years of the Spanish Inquisition, under the direction of Torquemada, were the deadliest. Approximately 2,000 conversos were put to the flames. By 1500, however, the hysteria had calmed. Torquemada’s successor, the cardinal archbishop of Toledo, Francisco Jimenez de Cisneros, worked hard to reform the Inquisition, removing bad apples and reforming procedures. Each tribunal was given two Dominican inquisitors, a legal adviser, a constable, a prosecutor, and a large number of assistants. With the exception of the two Dominicans, all of these were royal lay officials. The Spanish Inquisition was largely funded by confiscations, but these were not frequent or great. Indeed, even at its peak the Inquisition was always just making ends meet. After the reforms, the Spanish Inquisition had very few critics. Staffed by well-educated legal professionals, it was one of the most efficient and compassionate judicial bodies in Europe. No major court in Europe executed fewer people than the Spanish Inquisition. This was a time, after all, when damaging shrubs in a public garden in London carried the death penalty. Across Europe, executions were everyday events. But not so with the Spanish Inquisition. In its 350-year lifespan only about 4,000 people were put to the stake. Compare that with the witch-hunts that raged across the rest of Catholic and Protestant Europe, in which 60,000 people, mostly women, were roasted. Spain was spared this hysteria precisely because the Spanish Inquisition stopped it at the border. When the first accusations of witchcraft surfaced in northern Spain, the Inquisition sent its people to investigate. These trained legal scholars found no believable evidence for witches’ Sabbaths, black magic, or baby roasting. It was also noted that those confessing to witchcraft had a curious inability to fly through keyholes. While Europeans were throwing women onto bonfires with abandon, the Spanish Inquisition slammed the door shut on this insanity. (For the record, the Roman Inquisition also kept the witch craze from infecting Italy.) What about the dark dungeons and torture chambers? The Spanish Inquisition had jails, of course. But they were neither especially dark nor dungeon-like. Indeed, as far as prisons go, they were widely considered to be the best in Europe. There were even instances of criminals in Spain purposely blaspheming so as to be transferred to the Inquisition’s prisons. Like all courts in Europe, the Spanish Inquisition used torture. But it did so much less often than other courts. Modern researchers have discovered that the Spanish Inquisition applied torture in only 2 percent of its cases. Each instance of torture was limited to a maximum of 15 minutes. In only 1 percent of the cases was torture applied twice and never for a third time. The inescapable conclusion is that, by the standards of its time, the Spanish Inquisition was positively enlightened. That was the assessment of most Europeans until 1530. It was then that the Spanish Inquisition turned its attention away from the conversos and toward the new Protestant Reformation. The people of Spain and their monarchs were determined that Protestantism would not infiltrate their country as it had Germany and France. The Inquisition’s methods did not change. Executions and torture remained rare. But its new target would forever change its image. By the mid-16th century, Spain was the wealthiest and most powerful country in Europe. King Philip II saw himself and his countrymen as faithful defenders of the Catholic Church. Less wealthy and less powerful were Europe’s Protestant areas, including the Netherlands, northern Germany, and England. But they did have a potent new weapon: the printing press. Although the Spanish defeated Protestants on the battlefield, they would lose the propaganda war. These were the years when the famous « Black Legend » of Spain was forged. Innumerable books and pamphlets poured from northern presses accusing the Spanish Empire of inhuman depravity and horrible atrocities in the New World. Opulent Spain was cast as a place of darkness, ignorance, and evil. Although modern scholars have long ago discarded the Black Legend, it still remains very much alive today.  (…) Because it was both professional and efficient, the Spanish Inquisition kept very good records. Vast archives are filled with them. These documents were kept secret, so there was no reason for scribes to do anything but accurately record every action of the Inquisition. They are a goldmine for modern historians who have plunged greedily into them. Thus far, the fruits of that research have made one thing abundantly clear — the myth of the Spanish Inquisition has nothing at all to do with the real thing. Thomas F. Madden
When the sins of the Catholic Church are recited (as they so often are) the Inquisition figures prominently. People with no interest in European history know full well that it was led by brutal and fanatical churchmen who tortured, maimed, and killed those who dared question the authority of the Church. The word “Inquisition” is part of our modern vocabulary, describing both an institution and a period of time. Having one of your hearings referred to as an “Inquisition” is not a compliment for most senators. But in recent years the Inquisition has been subject to greater investigation. In preparation for the Jubilee in 2000, Pope John Paul II wanted to find out just what happened during the time of the Inquisition’s (the institution’s) existence. In 1998 the Vatican opened the archives of the Holy Office (the modern successor to the Inquisition) to a team of 30 scholars from around the world. Now at last the scholars have made their report, an 800-page tome that was unveiled at a press conference in Rome on Tuesday. Its most startling conclusion is that the Inquisition was not so bad after all. Torture was rare and only about 1 percent of those brought before the Spanish Inquisition were actually executed. (…) The amazed gasps and cynical sneers that have greeted this report are just further evidence of the lamentable gulf that exists between professional historians and the general public. The truth is that, although this report makes use of previously unavailable material, it merely echoes what numerous scholars have previously learned from other European archives. Among the best recent books on the subject are Edward Peters’s Inquisition (1988) and Henry Kamen’s The Spanish Inquisition (1997), but there are others. Simply put, historians have long known that the popular view of the Inquisition is a myth. (…) The Inquisition was not born out of desire to crush diversity or oppress people; it was rather an attempt to stop unjust executions. Yes, you read that correctly. Heresy was a crime against the state. Roman law in the Code of Justinian made it a capital offense. Rulers, whose authority was believed to come from God, had no patience for heretics. Neither did common people, who saw them as dangerous outsiders who would bring down divine wrath. When someone was accused of heresy in the early Middle Ages, they were brought to the local lord for judgment, just as if they had stolen a pig or damaged shrubbery (really, it was a serious crime in England). Yet in contrast to those crimes, it was not so easy to discern whether the accused was really a heretic. For starters, one needed some basic theological training–something most medieval lords sorely lacked. The result is that uncounted thousands across Europe were executed by secular authorities without fair trials or a competent assessment of the validity of the charge. The Catholic Church’s response to this problem was the Inquisition, first instituted by Pope Lucius III in 1184. It was born out of a need to provide fair trials for accused heretics using laws of evidence and presided over by knowledgeable judges. From the perspective of secular authorities, heretics were traitors to God and the king and therefore deserved death. From the perspective of the Church, however, heretics were lost sheep who had strayed from the flock. As shepherds, the pope and bishops had a duty to bring them back into the fold, just as the Good Shepherd had commanded them. So, while medieval secular leaders were trying to safeguard their kingdoms, the Church was trying to save souls. The Inquisition provided a means for heretics to escape death and return to the community. As this new report confirms, most people accused of heresy by the Inquisition were either acquitted or their sentences suspended. Those found guilty of grave error were allowed to confess their sin, do penance, and be restored to the Body of Christ. The underlying assumption of the Inquisition was that, like lost sheep, heretics had simply strayed. If, however, an inquisitor determined that a particular sheep had purposely left the flock, there was nothing more that could be done. Unrepentant or obstinate heretics were excommunicated and given over to secular authorities. Despite popular myth, the Inquisition did not burn heretics. It was the secular authorities that held heresy to be a capital offense, not the Church. The simple fact is that the medieval Inquisition saved uncounted thousands of innocent (and even not-so-innocent) people who would otherwise have been roasted by secular lords or mob rule. During the 13th century the Inquisition became much more formalized in its methods and practices. Highly trained Dominicans answerable to the Pope took over the institution, creating courts that represented the best legal practices in Europe. As royal authority grew during the 14th century and beyond, control over the Inquisition slipped out of papal hands and into those of kings. Instead of one Inquisition there were now many. Despite the prospect of abuse, monarchs like those in Spain and France generally did their best to make certain that their inquisitions remained both efficient and merciful. During the 16th century, when the witch craze swept Europe, it was those areas with the best-developed inquisitions that stopped the hysteria in its tracks. In Spain and Italy, trained inquisitors investigated charges of witches’ sabbaths and baby roasting and found them to be baseless. Elsewhere, particularly in Germany, secular or religious courts burned witches by the thousands. Compared to other medieval secular courts, the Inquisition was positively enlightened. Why then are people in general and the press in particular so surprised to discover that the Inquisition did not barbecue people by the millions? First of all, when most people think of the Inquisition today what they are really thinking of is the Spanish Inquisition. No, not even that is correct. They are thinking of the myth of the Spanish Inquisition. Amazingly, before 1530 the Spanish Inquisition was widely hailed as the best run, most humane court in Europe. There are actually records of convicts in Spain purposely blaspheming so that they could be transferred to the prisons of the Spanish Inquisition. After 1530, however, the Spanish Inquisition began to turn its attention to the new heresy of Lutheranism. It was the Protestant Reformation and the rivalries it spawned that would give birth to the myth. By the mid 16th century, Spain was the wealthiest and most powerful country in Europe. Europe’s Protestant areas, including the Netherlands, northern Germany, and England, may not have been as militarily mighty, but they did have a potent new weapon: the printing press. Although the Spanish defeated Protestants on the battlefield, they would lose the propaganda war. These were the years when the famous “Black Legend” of Spain was forged. Innumerable books and pamphlets poured from northern presses accusing the Spanish Empire of inhuman depravity and horrible atrocities in the New World. Opulent Spain was cast as a place of darkness, ignorance, and evil. (…) In time, Spain’s empire would fade away. Wealth and power shifted to the north, in particular to France and England. By the late 17th century new ideas of religious tolerance were bubbling across the coffeehouses and salons of Europe. Inquisitions, both Catholic and Protestant, withered. The Spanish stubbornly held on to theirs, and for that they were ridiculed. French philosophes like Voltaire saw in Spain a model of the Middle Ages: weak, barbaric, superstitious. The Spanish Inquisition, already established as a bloodthirsty tool of religious persecution, was derided by Enlightenment thinkers as a brutal weapon of intolerance and ignorance. A new, fictional Spanish Inquisition had been constructed, designed by the enemies of Spain and the Catholic Church. Thomas F. Madden

Attention: une chasse aux sorcières peut en cacher une autre !

En cette nouvelle journée internationale pour l’abolition de l’esclavage

Et face aux quelque 40 millions de nouveaux esclaves …

Derrière la surenchère et l’emballement mémoriel

L’indifférence, voire la complicité, politiquement correct oblige …

D’un Monde judéo-chrétien qui y a hélas eu sa part …

Mais – qui le rappelle encore ? – , est à l’origine de son abolition

Et à l’heure où, djihad oblige et dans la même indifférence, l’épuration du judéo-christianisme hors de son propre berceau se poursuit …

Retour, après les croisades, à notre petite remise des pendules à l’heure …

Avec la traduction française du dernier ouvrage du sociologue des religions américain Rodney Stark …

Et sa recension des dernières recherches des historiens les plus reconnus …

Comme avec le livre du journaliste du Figaro Jean Sévilla …

Sur les préjugés antichrétiens en général et anticatholiques en particulier …

Et notamment, entre autodafés (à peine 10 exécutions par an pour un total de 2 300 sur 220 ans soit moins de 2% des accusés, et bien moins, sans compter les foules déchainées, que les autorités séculières qui les mettaient à exécution) et incinérations de sorcières (une petite poignée sur quelque 60 000),  la légende noire d’une Inquisition espagnole

Et l’un des chapitres soi-disant les plus terribles et sanglants de l’histoire occidentale …

Qui si l’on en croit les dernières recherches …

A non seulement versé très peu de sang …

Mais au nom même des valeurs à partir desquelles on la critique …

A été, à la manière des ordalies avant elle, une force majeure en faveur de la modération et de la justice …

Et dont la prétendue férocité  …

N’avait en fait à l’instar de la Grande grippe de 1918 200 ans après …

D’espagnole que le nom !

The Real Inquisition

Investigating the popular myth.When the sins of the Catholic Church are recited (as they so often are) the Inquisition figures prominently. People with no interest in European history know full well that it was led by brutal and fanatical churchmen who tortured, maimed, and killed those who dared question the authority of the Church. The word “Inquisition” is part of our modern vocabulary, describing both an institution and a period of time. Having one of your hearings referred to as an “Inquisition” is not a compliment for most senators.

But in recent years the Inquisition has been subject to greater investigation. In preparation for the Jubilee in 2000, Pope John Paul II wanted to find out just what happened during the time of the Inquisition’s (the institution’s) existence. In 1998 the Vatican opened the archives of the Holy Office (the modern successor to the Inquisition) to a team of 30 scholars from around the world. Now at last the scholars have made their report, an 800-page tome that was unveiled at a press conference in Rome on Tuesday. Its most startling conclusion is that the Inquisition was not so bad after all. Torture was rare and only about 1 percent of those brought before the Spanish Inquisition were actually executed. As one headline read “Vatican Downsizes Inquisition.”

The amazed gasps and cynical sneers that have greeted this report are just further evidence of the lamentable gulf that exists between professional historians and the general public. The truth is that, although this report makes use of previously unavailable material, it merely echoes what numerous scholars have previously learned from other European archives. Among the best recent books on the subject are Edward Peters’s Inquisition (1988) and Henry Kamen’s The Spanish Inquisition (1997), but there are others. Simply put, historians have long known that the popular view of the Inquisition is a myth. So what is the truth?

To understand the Inquisition we have to remember that the Middle Ages were, well, medieval. We should not expect people in the past to view the world and their place in it the way we do today. (You try living through the Black Death and see how it changes your attitude.) For people who lived during those times, religion was not something one did just at church. It was science, philosophy, politics, identity, and hope for salvation. It was not a personal preference but an abiding and universal truth. Heresy, then, struck at the heart of that truth. It doomed the heretic, endangered those near him, and tore apart the fabric of community.

The Inquisition was not born out of desire to crush diversity or oppress people; it was rather an attempt to stop unjust executions. Yes, you read that correctly. Heresy was a crime against the state. Roman law in the Code of Justinian made it a capital offense. Rulers, whose authority was believed to come from God, had no patience for heretics. Neither did common people, who saw them as dangerous outsiders who would bring down divine wrath. When someone was accused of heresy in the early Middle Ages, they were brought to the local lord for judgment, just as if they had stolen a pig or damaged shrubbery (really, it was a serious crime in England). Yet in contrast to those crimes, it was not so easy to discern whether the accused was really a heretic. For starters, one needed some basic theological training–something most medieval lords sorely lacked. The result is that uncounted thousands across Europe were executed by secular authorities without fair trials or a competent assessment of the validity of the charge.

The Catholic Church’s response to this problem was the Inquisition, first instituted by Pope Lucius III in 1184. It was born out of a need to provide fair trials for accused heretics using laws of evidence and presided over by knowledgeable judges. From the perspective of secular authorities, heretics were traitors to God and the king and therefore deserved death. From the perspective of the Church, however, heretics were lost sheep who had strayed from the flock. As shepherds, the pope and bishops had a duty to bring them back into the fold, just as the Good Shepherd had commanded them. So, while medieval secular leaders were trying to safeguard their kingdoms, the Church was trying to save souls. The Inquisition provided a means for heretics to escape death and return to the community.

As this new report confirms, most people accused of heresy by the Inquisition were either acquitted or their sentences suspended. Those found guilty of grave error were allowed to confess their sin, do penance, and be restored to the Body of Christ. The underlying assumption of the Inquisition was that, like lost sheep, heretics had simply strayed. If, however, an inquisitor determined that a particular sheep had purposely left the flock, there was nothing more that could be done. Unrepentant or obstinate heretics were excommunicated and given over to secular authorities. Despite popular myth, the Inquisition did not burn heretics. It was the secular authorities that held heresy to be a capital offense, not the Church. The simple fact is that the medieval Inquisition saved uncounted thousands of innocent (and even not-so-innocent) people who would otherwise have been roasted by secular lords or mob rule.

During the 13th century the Inquisition became much more formalized in its methods and practices. Highly trained Dominicans answerable to the Pope took over the institution, creating courts that represented the best legal practices in Europe. As royal authority grew during the 14th century and beyond, control over the Inquisition slipped out of papal hands and into those of kings. Instead of one Inquisition there were now many. Despite the prospect of abuse, monarchs like those in Spain and France generally did their best to make certain that their inquisitions remained both efficient and merciful. During the 16th century, when the witch craze swept Europe, it was those areas with the best-developed inquisitions that stopped the hysteria in its tracks. In Spain and Italy, trained inquisitors investigated charges of witches’ sabbaths and baby roasting and found them to be baseless. Elsewhere, particularly in Germany, secular or religious courts burned witches by the thousands.

Compared to other medieval secular courts, the Inquisition was positively enlightened. Why then are people in general and the press in particular so surprised to discover that the Inquisition did not barbecue people by the millions? First of all, when most people think of the Inquisition today what they are really thinking of is the Spanish Inquisition. No, not even that is correct. They are thinking of the myth of the Spanish Inquisition. Amazingly, before 1530 the Spanish Inquisition was widely hailed as the best run, most humane court in Europe. There are actually records of convicts in Spain purposely blaspheming so that they could be transferred to the prisons of the Spanish Inquisition. After 1530, however, the Spanish Inquisition began to turn its attention to the new heresy of Lutheranism. It was the Protestant Reformation and the rivalries it spawned that would give birth to the myth.

By the mid 16th century, Spain was the wealthiest and most powerful country in Europe. Europe’s Protestant areas, including the Netherlands, northern Germany, and England, may not have been as militarily mighty, but they did have a potent new weapon: the printing press. Although the Spanish defeated Protestants on the battlefield, they would lose the propaganda war. These were the years when the famous “Black Legend” of Spain was forged. Innumerable books and pamphlets poured from northern presses accusing the Spanish Empire of inhuman depravity and horrible atrocities in the New World. Opulent Spain was cast as a place of darkness, ignorance, and evil.

Protestant propaganda that took aim at the Spanish Inquisition drew liberally from the Black Legend. But it had other sources as well. From the beginning of the Reformation, Protestants had difficulty explaining the 15-century gap between Christ’s institution of His Church and the founding of the Protestant churches. Catholics naturally pointed out this problem, accusing Protestants of having created a new church separate from that of Christ. Protestants countered that their church was the one created by Christ, but that it had been forced underground by the Catholic Church. Thus, just as the Roman Empire had persecuted Christians, so its successor, the Roman Catholic Church, continued to persecute them throughout the Middle Ages. Inconveniently, there were no Protestants in the Middle Ages, yet Protestant authors found them there anyway in the guise of various medieval heretics. In this light, the medieval Inquisition was nothing more than an attempt to crush the hidden, true church. The Spanish Inquisition, still active and extremely efficient at keeping Protestants out of Spain, was for Protestant writers merely the latest version of this persecution. Mix liberally with the Black Legend and you have everything you need to produce tract after tract about the hideous and cruel Spanish Inquisition. And so they did.

In time, Spain’s empire would fade away. Wealth and power shifted to the north, in particular to France and England. By the late 17th century new ideas of religious tolerance were bubbling across the coffeehouses and salons of Europe. Inquisitions, both Catholic and Protestant, withered. The Spanish stubbornly held on to theirs, and for that they were ridiculed. French philosophes like Voltaire saw in Spain a model of the Middle Ages: weak, barbaric, superstitious. The Spanish Inquisition, already established as a bloodthirsty tool of religious persecution, was derided by Enlightenment thinkers as a brutal weapon of intolerance and ignorance. A new, fictional Spanish Inquisition had been constructed, designed by the enemies of Spain and the Catholic Church.

Now a bit more of the real Inquisition has come back into view. The question remains, will anyone take notice?

Thomas F. Madden is professor and chair of the department of history at Saint Louis University in St. Louis, Missouri. He is the author most recently of Enrico Dandolo and the Rise of Venice and editor of the forthcoming Crusades: The Illustrated History.

Voir aussi:

The Truth about the Spanish Inquisition

Thomas F. Madden

Catholic culture

Description

An accurate portrayal of the Spanish Inquisition by a contemporary American historian, this treatment demolishes the Black Legend by providing both the historical context and the historical evidence required to make a balanced judgment. Political, cultural, religious and judicial aspects of the Inquisition are all addressed. The roles of both the Holy See and the Spanish Crown are described. The author is chairman of the Department of History at Saint Louis University.

October 2003

The scene is a plain-looking room with a door to the left. A pleasant young man, pestered by tedious and irrelevant questions, exclaims in a frustrated tone, « I didn’t expect a kind of Spanish Inquisition. » Suddenly the door bursts open to reveal Cardinal Ximinez flanked by Cardinal Fang and Cardinal Biggles. « Nobody expects the Spanish Inquisition! » Ximinez shouts. « Our chief weapon is surprise . . . surprise and fear . . . fear and surprise . . . Our two weapons are fear and surprise . . . and ruthless efficiency . . . Our three weapons are fear, surprise, and ruthless efficiency . . . and an almost fanatical devotion to the pope . . . Our four . . . no . . . Amongst our weapons . . . amongst our weaponry — are such elements as fear, surprise . . . I’ll come in again. »

Anyone not living under a rock for the past 30 years will likely recognize this famous scene from Monty Python’s Flying Circus. In these sketches three scarlet-clad, inept inquisitors torture their victims with such instruments as pillows and comfy chairs. The whole thing is funny because the audience knows full well that the Spanish Inquisition was neither inept nor comfortable, but ruthless, intolerant, and deadly. One need not have read Edgar Allan Poe’s The Pit and the Pendulum to have heard of the dark dungeons, sadistic churchmen, and excruciating tortures of the Spanish Inquisition. The rack, the iron maiden, the bonfires on which the Catholic Church dumped its enemies by the millions: These are all familiar icons of the Spanish Inquisition set firmly into our culture.

This image of the Spanish Inquisition is a useful one for those who have little love for the Catholic Church. Anyone wishing to beat the Church about the head and shoulders will not tarry long before grabbing two favorite clubs: the Crusades and the Spanish Inquisition. I have dealt with the Crusades in a previous issue of CRISIS (see « The Real History of the Crusades, » April 2002). Now on to the other club.

In order to understand the Spanish Inquisition, which began in the late 15th century, we must look briefly at its predecessor, the medieval Inquisition. Before we do, though, it’s worth pointing out that the medieval world was not the modern world. For medieval people, religion was not something one just did at church. It was their science, their philosophy, their politics, their identity, and their hope for salvation. It was not a personal preference but an abiding and universal truth. Heresy, then, struck at the heart of that truth. It doomed the heretic, endangered those near him, and tore apart the fabric of community. Medieval Europeans were not alone in this view. It was shared by numerous cultures around the world. The modern practice of universal religious toleration is itself quite new and uniquely Western.

Secular and ecclesiastical leaders in medieval Europe approached heresy in different ways. Roman law equated heresy with treason. Why? Because kingship was God-given, thus making heresy an inherent challenge to royal authority. Heretics divided people, causing unrest and rebellion. No Christian doubted that God would punish a community that allowed heresy to take root and spread. Kings and commoners, therefore, had good reason to find and destroy heretics wherever they found them — and they did so with gusto.

One of the most enduring myths of the Inquisition is that it was a tool of oppression imposed on unwilling Europeans by a power-hungry Church. Nothing could be more wrong. In truth, the Inquisition brought order, justice, and compassion to combat rampant secular and popular persecutions of heretics. When the people of a village rounded up a suspected heretic and brought him before the local lord, how was he to be judged? How could an illiterate layman determine if the accused’s beliefs were heretical or not? And how were witnesses to be heard and examined?

The medieval Inquisition began in 1184 when Pope Lucius III sent a list of heresies to Europe’s bishops and commanded them to take an active role in determining whether those accused of heresy were, in fact, guilty. Rather than relying on secular courts, local lords, or just mobs, bishops were to see to it that accused heretics in their dioceses were examined by knowledgeable churchmen using Roman laws of evidence. In other words, they were to « inquire » — thus, the term « inquisition. »

From the perspective of secular authorities, heretics were traitors to God and king and therefore deserved death. From the perspective of the Church, however, heretics were lost sheep that had strayed from the flock. As shepherds, the pope and bishops had a duty to bring those sheep back into the fold, just as the Good Shepherd had commanded them. So, while medieval secular leaders were trying to safeguard their kingdoms, the Church was trying to save souls. The Inquisition provided a means for heretics to escape death and return to the community.

Most people accused of heresy by the medieval Inquisition were either acquitted or their sentence suspended. Those found guilty of grave error were allowed to confess their sin, do penance, and be restored to the Body of Christ. The underlying assumption of the Inquisition was that, like lost sheep, heretics had simply strayed. If, however, an inquisitor determined that a particular sheep had purposely departed out of hostility to the flock, there was nothing more that could be done. Unrepentant or obstinate heretics were excommunicated and given over to the secular authorities. Despite popular myth, the Church did not burn heretics. It was the secular authorities that held heresy to be a capital offense. The simple fact is that the medieval Inquisition saved uncounted thousands of innocent (and even not-so-innocent) people who would otherwise have been roasted by secular lords or mob rule.

As the power of medieval popes grew, so too did the extent and sophistication of the Inquisition. The introduction of the Franciscans and Dominicans in the early 13th century provided the papacy with a corps of dedicated religious willing to devote their lives to the salvation of the world. Because their order had been created to debate with heretics and preach the Catholic faith, the Dominicans became especially active in the Inquisition. Following the most progressive law codes of the day, the Church in the 13th century formed inquisitorial tribunals answerable to Rome rather than local bishops. To ensure fairness and uniformity, manuals were written for inquisitorial officials. Bernard Gui, best known today as the fanatical and evil inquisitor in The Name of the Rose, wrote a particularly influential manual. There is no reason to believe that Gui was anything like his fictional portrayal.

By the 14th century, the Inquisition represented the best legal practices available. Inquisition officials were university-trained specialists in law and theology. The procedures were similar to those used in secular inquisitions (we call them « inquests » today, but it’s the same word).

The power of kings rose dramatically in the late Middle Ages. Secular rulers strongly supported the Inquisition because they saw it as an efficient way to ensure the religious health of their kingdoms. If anything, kings faulted the Inquisition for being too lenient on heretics. As in other areas of ecclesiastical control, secular authorities in the late Middle Ages began to take over the Inquisition, removing it from papal oversight. In France, for example, royal officials assisted by legal scholars at the University of Paris assumed control of the French Inquisition. Kings justified this on the belief that they knew better than the faraway pope how best to deal with heresy in their own kingdoms.

These dynamics would help to form the Spanish Inquisition — but there were others as well. Spain was in many ways quite different from the rest of Europe. Conquered by Muslim jihad in the eighth century, the Iberian peninsula had been a place of near constant warfare. Because borders between Muslim and Christian kingdoms shifted rapidly over the centuries, it was in most rulers’ interest to practice a fair degree of tolerance for other religions. The ability of Muslims, Christians, and Jews to live together, called convivencia by the Spanish, was a rarity in the Middle Ages. Indeed, Spain was the most diverse and tolerant place in medieval Europe. England expelled all of its Jews in 1290. France did the same in 1306. Yet in Spain Jews thrived at every level of society.

But it was perhaps inevitable that the waves of anti-Semitism that swept across medieval Europe would eventually find their way into Spain. Envy, greed, and gullibility led to rising tensions between Christians and Jews in the 14th century. During the summer of 1391, urban mobs in Barcelona and other towns poured into Jewish quarters, rounded up Jews, and gave them a choice of baptism or death. Most took baptism. The king of Aragon, who had done his best to stop the attacks, later reminded his subjects of well-established Church doctrine on the matter of forced baptisms — they don’t count. He decreed that any Jews who accepted baptism to avoid death could return to their religion.

But most of these new converts, or conversos, decided to remain Catholic. There were many reasons for this. Some believed that apostasy made them unfit to be Jewish. Others worried that returning to Judaism would leave them vulnerable to future attacks. Still others saw their baptism as a way to avoid the increasing number of restrictions and taxes imposed on Jews. As time passed, the conversos settled into their new religion, becoming just as pious as other Catholics. Their children were baptized at birth and raised as Catholics. But they remained in a cultural netherworld. Although Christian, most conversos still spoke, dressed, and ate like Jews. Many continued to live in Jewish quarters so as to be near family members. The presence of conversos had the effect of Christianizing Spanish Judaism. This in turn led to a steady stream of voluntary conversions to Catholicism.

In 1414 a debate was held in Tortosa between Christian and Jewish leaders. Pope Benedict XIII himself attended. On the Christian side was the papal physician, Jeronimo de Santa Fe, who had recently converted from Judaism. The debate brought about a wave of new voluntary conversions. In Aragon alone, 3,000 Jews received baptism. All of this caused a good deal of tension between those who remained Jewish and those who became Catholic. Spanish rabbis after 1391 had considered conversos to be Jews, since they had been forced into baptism. Yet by 1414, rabbis repeatedly stressed that conversos were indeed true Christians, since they had voluntarily left Judaism.

By the mid-15th century, a whole new converso culture was flowering in Spain — Jewish in ethnicity and culture, but Catholic in religion. Conversos, whether new converts themselves or the descendants of converts, took enormous pride in that culture. Some even asserted that they were better than the « Old Christians, » since as Jews they were related by blood to Christ Himself. When the converso bishop of Burgos, Alonso de Cartagena, prayed the Hail Mary, he would say with pride, « Holy Mary, Mother of God and my blood relative, pray for us sinners . . . »

The expansion of converso wealth and power in Spain led to a backlash, particularly among aristocratic and middle-class Old Christians. They resented the arrogance of the conversos and envied their successes. Several tracts were written demonstrating that virtually every noble bloodline in Spain had been infiltrated by conversos. Anti-Semitic conspiracy theories abounded. The conversos, it was said, were part of an elaborate Jewish plot to take over the Spanish nobility and the Catholic Church, destroying both from within. The conversos, according to this logic, were not sincere Christians but secret Jews.

Modern scholarship has definitively shown that, like most conspiracy theories, this one was pure imagination. The vast majority of conversos were good Catholics who simply took pride in their Jewish heritage. Surprisingly, many modern authors — indeed, many Jewish authors — have embraced these anti-Semitic fantasies. It is common today to hear that the conversos really were secret Jews, struggling to keep their faith hidden under the tyranny of Catholicism. Even the American Heritage Dictionary describes « converso » as « a Spanish or Portuguese Jew who converted outwardly to Christianity in the late Middle Ages so as to avoid persecution or expulsion, though often continuing to practice Judaism in secret. » This is simply false.

But the constant drumbeat of accusations convinced King Ferdinand and Queen Isabella that the matter of secret Jews should at least be investigated. Responding to their request, Pope Sixtus IV issued a bull on November 1, 1478, allowing the crown to form an inquisitorial tribunal consisting of two or three priests over the age of 40. As was now the custom, the monarchs would have complete authority over the inquisitors and the inquisition. Ferdinand, who had many Jews and con-versos in his court, was not at first overly enthusiastic about the whole thing. Two years elapsed before he finally appointed two men. Thus began the Spanish Inquisition.

King Ferdinand seems to have believed that the inquiry would turn up little. He was wrong. A tinderbox of resentment and hatred exploded across Spain as the enemies of conversos — both Christian and Jewish — came out of the woodwork to denounce them. Score-settling and opportunism were the primary motivators. Nevertheless, the sheer volume of accusations overwhelmed the inquisitors. They asked for and received more assistants, but the larger the Inquisition became, the more accusations it received. At last even Ferdinand was convinced that the problem of secret Jews was real.

In this early stage of the Spanish Inquisition, Old Christians and Jews used the tribunals as a weapon against their converso enemies. Since the Inquisition’s sole purpose was to investigate conversos, the Old Christians had nothing to fear from it. Their fidelity to the Catholic faith was not under investigation (although it was far from pure). As for the Jews, they were immune to the Inquisition. Remember, the purpose of an inquisition was to find and correct the lost sheep of Christ’s flock. It had no jurisdiction over other flocks. Those who get their history from Mel Brooks’s History of the World, Part I will perhaps be surprised to learn that all of those Jews enduring various tortures in the dungeons of the Spanish Inquisition are nothing more than a product of Brooks’s fertile imagination. Spain’s Jews had nothing to fear from the Spanish Inquisition.

In the early, rapidly expanding years, there was plenty of abuse and confusion. Most accused conversos were acquitted, but not all. Well-publicized burnings — often because of blatantly false testimony — justifiably frightened other conversos. Those with enemies often fled town before they could be denounced. Everywhere they looked, the inquisitors found more accusers. As the Inquisition expanded into Aragon, the hysteria levels reached new heights. Pope Sixtus IV attempted to put a stop to it. On April 18, 1482, he wrote to the bishops of Spain:

In Aragon, Valencia, Mallorca, and Catalonia the Inquisition has for some time been moved not by zeal for the faith and the salvation of souls but by lust for wealth. Many true and faithful Christians, on the testimony of enemies, rivals, slaves, and other lower and even less proper persons, have without any legitimate proof been thrust into secular prisons, tortured and condemned as relapsed heretics, deprived of their goods and property and handed over to the secular arm to be executed, to the peril of souls, setting a pernicious example, and causing disgust to many.

Sixtus ordered the bishops to take a direct role in all future tribunals. They were to ensure that the Church’s well-established norms of justice were respected. The accused were to have legal counsel and the right to appeal their case to Rome.

In the Middle Ages, the pope’s commands would have been obeyed. But those days were gone. King Ferdinand was outraged when he heard of the letter. He wrote to Sixtus, openly suggesting that the pope had been bribed with converso gold.

Things have been told me, Holy Father, which, if true, would seem to merit the greatest astonishment . . . To these rumors, however, we have given no credence because they seem to be things which would in no way have been conceded by Your Holiness who has a duty to the Inquisition. But if by chance concessions have been made through the persistent and cunning persuasion of the conversos, I intend never to let them take effect. Take care therefore not to let the matter go further, and to revoke any concessions and entrust us with the care of this question.

That was the end of the papacy’s role in the Spanish Inquisition. It would henceforth be an arm of the Spanish monarchy, separate from ecclesiastical authority. It is odd, then, that the Spanish Inquisition is so often today described as one of the Catholic Church’s great sins. The Catholic Church as an institution had almost nothing to do with it.

In 1483 Ferdinand appointed Tomas de Torquemada as inquistor-general for most of Spain. It was Torquemada’s job to establish rules of evidence and procedure for the Inquisition as well as to set up branches in major cities. Sixtus confirmed the appointment, hoping that it would bring some order to the situation.

Unfortunately, the problem only snowballed. This was a direct result of the methods employed by the early Spanish Inquisition, which strayed significantly from Church standards. When the inquisitors arrived in a particular area, they would announce an Edict of Grace. This was a 30-day period in which secret Jews could voluntarily come forward, confess their sin, and do penance. This was also a time for others with information about Christians practicing Judaism in secret to make it known to the tribunal. Those found guilty after the 30 days elapsed could be burned at the stake.

For conversos, then, the arrival of the Inquisition certainly focused the mind. They generally had plenty of enemies, any one of whom might decide to bear false witness. Or perhaps their cultural practices were sufficient for condemnation? Who knew? Most converses, therefore, either fled or lined up to confess. Those who did neither risked an inquiry in which any kind of hearsay or evidence, no matter how old or suspicious, was acceptable.

Opposition in the hierarchy of the Catholic Church to the Spanish Inquisition only increased. Many churchmen pointed out that it was contrary to all accepted practices for heretics to be burned without instruction in the Faith. If the conversos were guilty at all, it was merely of ignorance, not willful heresy. Numerous clergy at the highest levels complained to Ferdinand. Opposition to the Spanish Inquisition also continued in Rome. Sixtus’s successor, Innocent VIII, wrote twice to the king asking for greater compassion, mercy, and leniency for the conversos — but to no avail.

As the Spanish Inquisition picked up steam, those involved became increasingly convinced that Spain’s Jews were actively seducing the conversos back into their old faith. It was a silly idea, no more real than the previous conspiracy theories. But Ferdinand and Isabella were influenced by it. Both of the monarchs had Jewish friends and confidants, but they also felt that their duty to their Christian subjects impelled them to remove the danger. Beginning in 1482, they expelled Jews from specific areas where the trouble seemed greatest. Over the next decade, though, they were under increasing pressure to remove the perceived threat. The Spanish Inquisition, it was argued, could never succeed in bringing the conversos back into the fold while the Jews undermined its work. Finally, on March 31, 1492, the monarchs issued an edict expelling all Jews from Spain.

Ferdinand and Isabella expected that their edict would result in the conversion of most of the remaining Jews in their kingdom. They were largely correct. Many Jews in high positions, including those in the royal court, accepted baptism immediately. In 1492 the Jewish population of Spain numbered about 80,000. About half were baptized and thereby kept their property and livelihoods. The rest departed, but many of them eventually returned to Spain, where they received baptism and had their property restored. As far as the Spanish Inquisition was concerned, the expulsion of the Jews meant that the caseload of conversos was now much greater.

The first 15 years of the Spanish Inquisition, under the direction of Torquemada, were the deadliest. Approximately 2,000 conversos were put to the flames. By 1500, however, the hysteria had calmed. Torquemada’s successor, the cardinal archbishop of Toledo, Francisco Jimenez de Cisneros, worked hard to reform the Inquisition, removing bad apples and reforming procedures. Each tribunal was given two Dominican inquisitors, a legal adviser, a constable, a prosecutor, and a large number of assistants. With the exception of the two Dominicans, all of these were royal lay officials. The Spanish Inquisition was largely funded by confiscations, but these were not frequent or great. Indeed, even at its peak the Inquisition was always just making ends meet.

After the reforms, the Spanish Inquisition had very few critics. Staffed by well-educated legal professionals, it was one of the most efficient and compassionate judicial bodies in Europe. No major court in Europe executed fewer people than the Spanish Inquisition. This was a time, after all, when damaging shrubs in a public garden in London carried the death penalty. Across Europe, executions were everyday events. But not so with the Spanish Inquisition. In its 350-year lifespan only about 4,000 people were put to the stake. Compare that with the witch-hunts that raged across the rest of Catholic and Protestant Europe, in which 60,000 people, mostly women, were roasted. Spain was spared this hysteria precisely because the Spanish Inquisition stopped it at the border. When the first accusations of witchcraft surfaced in northern Spain, the Inquisition sent its people to investigate. These trained legal scholars found no believable evidence for witches’ Sabbaths, black magic, or baby roasting. It was also noted that those confessing to witchcraft had a curious inability to fly through keyholes. While Europeans were throwing women onto bonfires with abandon, the Spanish Inquisition slammed the door shut on this insanity. (For the record, the Roman Inquisition also kept the witch craze from infecting Italy.)

What about the dark dungeons and torture chambers? The Spanish Inquisition had jails, of course. But they were neither especially dark nor dungeon-like. Indeed, as far as prisons go, they were widely considered to be the best in Europe. There were even instances of criminals in Spain purposely blaspheming so as to be transferred to the Inquisition’s prisons. Like all courts in Europe, the Spanish Inquisition used torture. But it did so much less often than other courts. Modern researchers have discovered that the Spanish Inquisition applied torture in only 2 percent of its cases. Each instance of torture was limited to a maximum of 15 minutes. In only 1 percent of the cases was torture applied twice and never for a third time.

The inescapable conclusion is that, by the standards of its time, the Spanish Inquisition was positively enlightened. That was the assessment of most Europeans until 1530. It was then that the Spanish Inquisition turned its attention away from the conversos and toward the new Protestant Reformation. The people of Spain and their monarchs were determined that Protestantism would not infiltrate their country as it had Germany and France. The Inquisition’s methods did not change. Executions and torture remained rare. But its new target would forever change its image.

By the mid-16th century, Spain was the wealthiest and most powerful country in Europe. King Philip II saw himself and his countrymen as faithful defenders of the Catholic Church. Less wealthy and less powerful were Europe’s Protestant areas, including the Netherlands, northern Germany, and England. But they did have a potent new weapon: the printing press. Although the Spanish defeated Protestants on the battlefield, they would lose the propaganda war. These were the years when the famous « Black Legend » of Spain was forged. Innumerable books and pamphlets poured from northern presses accusing the Spanish Empire of inhuman depravity and horrible atrocities in the New World. Opulent Spain was cast as a place of darkness, ignorance, and evil. Although modern scholars have long ago discarded the Black Legend, it still remains very much alive today. Quick: Think of a good conquistador.

Protestant propaganda that took aim at the Spanish Inquisition drew liberally from the Black Legend. But it had other sources as well. From the beginning of the Reformation, Protestants had difficulty explaining the 15-century gap between Christ’s institution of His Church and the founding of the Protestant churches. Catholics naturally pointed out this problem, accusing Protestants of having created a new church separate from that of Christ. Protestants countered that their church was the one created by Christ but that it had been forced underground by the Catholic Church. Thus, just as the Roman Empire had persecuted Christians, so its successor, the Roman Catholic Church, continued to persecute them throughout the Middle Ages. Inconveniently, there were no Protestants in the Middle Ages, yet Protestant authors found them anyway in the guise of various medieval heresies. (They were underground, after all.) In this light, the medieval Inquisition was nothing more than an attempt to crush the hidden, true church. The Spanish Inquisition, still active and extremely efficient at keeping Protestants out of Spain, was for Protestant writers merely the latest version of this persecution. Mix liberally with the Black Legend, and you have everything you need to produce tract after tract about the hideous and cruel Spanish Inquisition. And so they did.

The Spanish people loved their Inquisition. That is why it lasted for so long. It stood guard against error and heresy, protecting the faith of Spain and ensuring the favor of God. But the world was changing. In time, Spain’s empire faded away. Wealth and power shifted to the north, in particular to France and England. By the late 17th century, new ideas of religious tolerance were bubbling across the coffeehouses and salons of Europe. Inquisitions, both Catholic and Protestant, withered. The Spanish stubbornly held on to theirs, and for that, they were ridiculed. French philosophes like Voltaire saw in Spain a model of the Middle Ages: weak, barbaric, superstitious. The Spanish Inquisition, already established as a bloodthirsty tool of religious persecution, was derided by Enlightenment thinkers as a brutal weapon of intolerance and ignorance. A new, fictional Spanish Inquisition had been constructed, designed by the enemies of Spain and the Catholic Church.

Because it was both professional and efficient, the Spanish Inquisition kept very good records. Vast archives are filled with them. These documents were kept secret, so there was no reason for scribes to do anything but accurately record every action of the Inquisition. They are a goldmine for modern historians who have plunged greedily into them. Thus far, the fruits of that research have made one thing abundantly clear — the myth of the Spanish Inquisition has nothing at all to do with the real thing.

Thomas F. Madden is associate professor and chairman of the Department of History at Saint Louis University. He is the author of numerous works, including most recently A Concise History of the Crusades (Rowman & Littlefield, 1999) and Enrico Dandolo and the Rise of Venice (Johns Hopkins University Press, 2003).

Voir également:

Historiquement correct

Pour en finir avec le passé unique

Nous avons lu : Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique (Perrin, mars 2003, 452 pages, 21,50 euros), par Jean Sévillia, rédacteur en chef adjoint au Figaro Magazine.

André Larané
Hérodote
2018-11-27

Historiquement correct (Perrin) est un pamphlet dédié aux hommes politiques qui traitent de l’Histoire à tort et à travers.

L’auteur, Jean Sévillia, ne cache pas son aversion pour la gauche. Il a la dent dure contre les politiciens qui conjuguent leur ignorance de l’Histoire et leur parti-pris idéologique.

Faut-il des noms ? Ils sont connus de tous les lecteurs de la presse française et l’auteur de Historiquement correct ne se fait pas faute de les rappeler, citations à l’appui.

En journaliste plus qu’en historien, il montre comment on peut déformer l’Histoire pour la mettre à son service ou cacher des vérités troublantes.

Il rappelle le racisme de Voltaire, les crimes commis contre les Vendéens, l’idéologie colonialiste des dirigeants de la IIIe République, la contribution des leaders de gauche au régime de Vichy.

Historiquement correct comporte 18 chapitres qui chacun se rapporte à une phase de l’Histoire. Cela va de la féodalité à la guerre d’Algérie en passant par les Croisades, l’Inquisition espagnole, la Terreur, la Commune, la Résistance et la Collaboration… Autant de sujets polémiques sur lesquels se déchirent les néophytes et les idéologues mais sur lesquels s’accordent la plupart des historiens, attentifs aux faits et aux sources de première main.

Ainsi, à propos de la féodalité et du Moyen Âge, l’auteur a beau jeu de rappeler qu’elle ne mérite pas les clichés méprisants du XVIIIe siècle. Les médiévistes contemporains, de Régine Pernoud à Jacques Le Goff en passant par Jacques Heers, ont fait litière de ces préjugés et montré comment, sous l’égide du clergé catholique, les peuples de l’Occident ont jeté les bases de la démocratie, de la laïcité, de l’émancipation des femmes etc.

À propos des croisades, Jean Sévillia signale qu’elles furent avant tout une manifestation de foi populaire et une réaction de défense des Européens dans une époque très critique de leur Histoire. Les excès et les massacres qu’on peut leur attribuer ne sortent hélas pas de l’ordinaire de l’époque (et sont plutôt moins choquants que les horreurs du début du XXe siècle).

Pire que le Goulag ( *), l’ Inquisition ! Contre l’imagerie traditionnelle colportée par les protestants anglais et les philosophes français qui fait de l’Inquisition espagnole l’horreur absolue, on rappelle que ses victimes se comptent au nombre de quelques milliers en l’espace de trois siècles.

Venons-en au XVIIIe siècle français. «Voilà un aspect des Lumières qui est aujourd’hui soigneusement caché : le racisme», dit fort justement l’auteur de Historiquement correct. Voltaire, le grand Voltaire, écrit dans Essai sur les moeurs et l’esprit des moeurs : «Il n’est permis qu’à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les albinos, les Hottentots, les Lapons, les Chinois, les Amériques ne soient des races entièrement différents».

En écrivant cela, le pourfendeur du clergé prend le contrepied de l’enseignement religieux qui, depuis Saint Paul, n’a de cesse de souligner l’unicité de la condition humaine. Malheureusement, aux XIXe et XXe siècles, le triste enseignement de Voltaire sera mieux suivi que celui de Saint Paul. Faut-il insister ? Le Siècle des Lumières fut aussi le grand siècle de la traite atlantique et les «philosophes» ne furent pas les derniers à placer leurs économies dans le trafic d’esclaves.

Jean Sévillia a beau jeu de rappeler les crimes commis pendant la Révolution française, sous la Terreur, au nom de la Liberté, mais curieusement ne s’appesantit pas sur Napoléon Bonaparte, dont les actions ont peu de rapport avec la légende. De même, il ne manque pas de rappeler les exactions des Communards de 1871 mais néglige la responsabilité d’ Adolphe Thiers dans cette tragédie.

Plus près de nous, Historiquement correct témoigne de la grande confusion idéologique qui a conduit en France les républicains de gauche à se faire les apologues de la colonisation à la fin du XIXe siècle et à défendre la présence française en Algérie après la seconde guerre mondiale.

De la même façon, peut-on ignorer la contribution de plusieurs dirigeants socialistes ou communistes au gouvernement du maréchal Pétain (Doriot, Déat, Laval, Belin…), tandis que des officiers catholiques et parfois monarchistes s’engageaient dès les débuts de l’occupation allemande dans la Résistance (d’Estienne d’Orves, Leclerc de Hauteclocque, de Gaulle…) ?

Et quel est l’extrémiste qui confie les lignes suivantes à son journal intime, en juillet 1940 ? «J’espère que l’Allemand vaincra ; car il ne faut pas que le général de Gaulle l’emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive, c’est-à-dire à une guerre qui aura des milliards et aussi des Judas Macchabées. » C’est le philosophe Alain, radical et pacifiste, grande conscience de la IIIe République… (pages 367-368).

Discussions en perspective

Le ton de l’essai est vif. Les thèmes abordés sont aussi passionnants les uns que les autres et bien documentés. De quoi nourrir de passionnants débats entre amis. Mais ne prenons pas au pied de la lettre toutes les analyses de Historiquement correct.

Jean Sévillia se montre trop indulgent pour certains personnages (Thiers, Bonaparte…) et lui-même ne se gêne pas pour occulter des faits qui heurtent ses convictions. L’Histoire n’est ni à droite ni à gauche. Elle est tissée de compromis imposés par les circonstances.

Voir aussi:

Esclavage : « La célébration des victimes ne peut pas être une identité porteuse »

Le choix d’une date pour honorer la mémoire des victimes de l’esclavage et son abolition divise. Explication de texte avec l’historienne Myriam Cottias.

Propos recueillis par Clément Pétreault

Le Point

Pius, born in 1876 as Eugenio Pacelli, reigned as head of the Catholic Church from 1939 until his death in 1958. During the war, the Vatican remained neutral, as required by the treaty with German ally Benito Mussolini that guaranteed church sovereignty over a small sliver of the city of Rome. But the Vatican sympathized with the Allied powers, said William Doino Jr., a Catholic researcher and writer living in western Connecticut and a contributing editor to Inside the Vatican, an international monthly Roman Catholic publication.

Voir par ailleurs:

Lester LITTLE Religious poverty and the profit economy in medieval Europe Londres Paul Elek 1978 xi- 267p

Le thème de la pauvreté volontaire domine histoire de la spiritualité en Occident du xie au xiiie siècle. Il surgit en écho aux profondes transformations de l’économie et de la société: renaissance urbaine, essor des échanges et de l’économie monétaire, renforcement des inégalités sociales. Ces transformations déterminent une crise profonde de l’éthique traditionnelle et de la spiritualité: le vieux monachisme bénédictin se replie sur lui-même et les ermites fuient au désert Au contraire, chanoines réformés, groupes de pieux laïcs et bientôt religieux mendiants relèvent le défi de la ville mais les Pauvres du Christ refusent la propriété individuelle, prônent le travail manuel, se gardent du contact avec l’argent. Leur idéal contredit l’éthique de la ville dont pourtant ils sont nés: aussi ses tenants les plus rigoristes ne tardent-ils pas être éliminés tels les vaudois ou les spirituels franciscains condamnés pour hérésie. Au contraire, ceux qui s’adaptent, dominicains pour qui la pauvreté n’est pas une fin en soi mais un moyen, franciscains conventuels qui usent de biens fictivement possédés par un ami laïc en viennent paradoxalement à forger une éthique justifiant la ville, le commerce de l’argent et l’accumulation des richesses; ils définissent même pour les riches et les puissants une véritable idéologie urbaine.

Bien des aspects de cette évolution ont été depuis une vingtaine années étudiés de manière remarquable notamment par le Chenu, John Baldwin, Le Goff ou Little lui-même qui propose mainte nant et au bon moment une synthèse cohérente de tous ces résultats. La force de son étude tient abord à son immense érudition, elle tient ensuite au propos même de l’auteur qui est d’étudier en même temps l’évolution économique et sociale, une économie de troc, une économie de profit ou encore selon Marc Bloch du premier au deuxième âge féodal et celle de la spiritualité. Sa préoccupation majeure est d’analyser le rapport entre comportements et pensée (il n’use pas du terme mentalités) et société mais sans faire la théorie de ce rapport. De fait, l’empirisme lui réussit mieux que la théorie, sa comparaison finale du système intégré des relations entre guerriers et moines au premier âge féodal et entre marchands et frères des ordres mendiants dans la ville du xme siècle va bien au-delà de ses réflexions préliminaires et elle est moins convaincante sur les niveaux (levels strata) dont serait constituée la vie sociale. Notons aussi des pages lumineuses sur l’attitude traditionnelle de rejet, voire de dégoût à l’égard de la monnaie, comparée aux excréments (34) ou sur les débuts de l’antisémitisme présenté comme un exutoire aux doutes et la à mauvaise conscience des chrétiens au moment où eux-mêmes commencent se mêler du commerce de l »argent (54). En revanche, il me semble que l’étude de l’idéologie définie par les Mendiants aurait pu être poussée plus loin par l’analyse du contenu de leurs sermons: non seulement les religieux valorisent l’image de la ville qui remplace le monastère comme préfiguration terrestre du paradis) et justifient par leur utilité sociale les profits des riches mais ils prêchent la résignation aux pauvres réels. Les Mendiants ont digéré la ville certes mais parce que la ville ou plutôt sa classe dirigeante se les était d’abord ralliés.

Jean-Claude SCHMITT

Voir par ailleurs:

Justice, medieval style

The case that ‘trial by ordeal’ actually worked

 

Peter Leeson

The Boston Globe

January 31, 2010

For the better part of a millennium, Europe’s legal systems decided difficult criminal cases in a most peculiar way. When judges were uncertain about an accused criminal’s guilt, they ordered a cauldron of water to be boiled, a ring to be thrown in, and the defendant to plunge in his naked hand and pluck the object out. The defendant’s hand was wrapped in bandages and revisited three days later. If it survived the bubbling cauldron unharmed, the defendant was declared innocent. If it didn’t, he was convicted.

These trials were called “ordeals.” They reached their height between the 9th and 13th centuries, and the methods varied. In one variant, a piece of iron was heated until it was red hot. The defendant picked it up and carried it with her bare hand. In another, the defendant was stripped naked, his hands and feet bound, and he was pushed into a pool of holy water. If the defendant sank, he was acquitted. If he floated, he was condemned.

Modern observers have roundly condemned ordeals for being cruel and arbitrary. Ordeals seem to reflect everything that was wrong with the Dark Ages. They’re an icon of medieval barbarism and backwardness.

But a closer look suggests something very different: The ordeal system worked surprisingly well. It accurately determined who was guilty and who was innocent, sorting genuine criminals from those who had been wrongly accused. Stranger still, the ordeal system suggests that pervasive superstition can be good for society. Medieval legal systems leveraged citizens’ superstitious beliefs through ordeals, making it possible to secure criminal justice where it would have otherwise been impossible to do so. Some superstitions, at least, may evolve and persist for a good reason: They help us accomplish goals we couldn’t otherwise accomplish, or accomplish them more cheaply.

Ordeals were based on a medieval superstition called “iudicium Dei” – the judgment of God. According to this belief, God helped man resolve judicial matters through trials of fire and water. The superstitious “logic” that underlay ordeals was based on divine intervention. God, the thinking went, saved innocent defendants from being burned in hot ordeals and allowed guiltless men to sink in water “over which He hath thundered” in cold ones. The ordeal, then, offered a way for God to render judgment.

How might these trials have worked, without divine intervention? The key insight is that ordeals weren’t just widely practiced. They were widely believed in. It’s this belief – literally, the fear of God – that could have allowed the ordeals to function effectively.

First, consider the reasoning of the defendants. Guilty believers expected God to reveal their guilt by harming them in the ordeal. They anticipated being boiled and convicted. Innocent believers, meanwhile, expected God to protect them in the ordeal. They anticipated escaping unscathed, and being exonerated.

The only defendants who would have been willing to go through with the ordeal were therefore the innocent ones. Guilty defendants would have preferred to avoid the ordeal – by confessing their crimes, settling with their accusers, or fleeing the realm.

The next thing to understand is that clerics administrated ordeals and adjudged their outcomes – and did so under elaborate sets of rules that gave them wide latitude to manipulate the process. Priests knew that only innocent defendants would be willing to plunge their hands in boiling water. So priests could simply rig trials to exonerate defendants who were willing to go through with the ordeal. The rituals around the ordeals gave them plenty of cover to ensure the water wasn’t boiling, or the iron wasn’t burning, and so on. If rigging failed, a priest could interpret the ordeal’s outcome to exculpate the defendant nonetheless (“His arm is healing well!”).

The ordeal system was only as strong as the superstitious belief underlying it. So, over time, as people’s belief that God was behind ordeals weakened, so did ordeals’ power to satisfactorily deal with criminal defendants. One crucially important contributor to this decline was the Catholic Church. In the early 13th century, Pope Innocent III spearheaded a damning denunciation of ordeals on the grounds that ordeals were antithetical to Christian doctrine. His edict banned priests from further involvement with them. The Church’s condemnation of ordeals seriously undermined the superstition on which ordeals relied. If ordeals were antithetical to Christianity, how could God reveal defendants’ guilt or innocence through trials of fire and water?

Ordeals disappeared from Europe after Pope Innocent III’s decree. But, while they lasted, they improved criminal justice. Ordeals are inferior to modern trial methods because modern defendants don’t believe in iudicium Dei, not because trial by jury is inherently superior. If modern citizens did have the superstitious belief required for ordeals to work, it might make sense to bring back the cauldrons of boiling water.

Jury trials are expensive. Ordeals cost something, too. But they don’t require days or weeks of a half dozen or more jurors’ time. Nor do they require lawyers. If the strength of superstitious belief required for ordeals to work as well as trial by jury existed, society could use ordeals to secure the same degree of criminal justice for a fraction of the current system’s cost. Consider the savings society would enjoy if citizens firmly believed that an invisible, omniscient, and omnipotent being would severely punish them and their families, not just in an afterlife, but in this one as well, for cheating, stealing, and dishonesty. In the superstitious society, “irrational” beliefs do part of the work that government institutions of law and order do in the nonsuperstitious one.

This insight may help explain the prominence of superstition in some societies. Many societies weren’t, and in some cases still aren’t, wealthy enough to create strong, effective, and more expensive state-made institutions of order. Superstition’s prominence in such societies may reflect the need to rely on cheaper substitutes for such institutions, substitutes such as beliefs in curses, afterlives, and iudicium Dei.

If this is right, it’s not only that scientific advance crowds out superstition. As societies become wealthier, superstitions become less necessary. So people abandon them. This creates the space required for scientific understandings to emerge.

Still, even the wealthiest societies have room for, and can leverage, superstition. To see this, look no further than the practice of oath swearing in courts in the United States. Oath swearing has an even longer history than ordeals. In ordeals’ heyday, elaborate forms of oath taking, sometimes taken with others called “compurgators,” were often the first resort for judicial questions.

Oath swearing survives today. No doubt part of the reason for this is that the superstition underlying its ability to promote justice has survived, too. Historically, oaths were sworn on the Bible, or other holy books, to God. For people who believe God frowns on lying, oath swearing can be a powerful force encouraging truthful testimony. In 1961 the US Supreme Court upheld individuals’ right to testify in court without swearing an oath. But it remains common to ask people providing testimony to do so, or at least to promise to tell the truth. While the explicit invocation of God is all but gone from modern oaths, the solemnity of the oath itself remains strong.

Previous researchers have found evidence that certain superstitious beliefs may be socially productive in modern societies. Important work by Robert Barro and Rachel McCleary of Harvard University, for example, finds that stronger beliefs in an afterlife are associated with higher economic growth. Similarly, in a recent experimental study, Azim Shariff and Ara Norenzayan of the University of British Columbia find that when “God concepts” are activated in the minds of experiment participants, they’re more cooperative with one another. One of the potential reasons for this result, Shariff and Norenzayan point out, is that individuals may be more likely to behave in socially positive ways when they feel that God is watching them.

Of course, not all superstitious beliefs are socially productive. Besides encouraging criminals to reveal themselves and witnesses to tell the truth, superstition can create conflict and inhibit economic activities that create wealth. Especially if it’s hard to hold productive superstitions separately from unproductive ones, superstition might retard rather than promote social progress.

Still, it’s useful to bear in mind that many bizarre and seemingly irrational beliefs emerged for a reason and, at one time, served a socially useful purpose. Even modern superstitions aren’t all bad. Some may actually make us better off.

Now, where did that cauldron go?

Peter T. Leeson is visiting professor of economics at the University of Chicago’s Becker Center on Chicago Price Theory, author of the paper ”Ordeals,” and author of the recent book ”The Invisible Hook: The Hidden Economics of Pirates” (Princeton University Press, 2009).


Historiquement correct: Souvenons-nous des croisades ! (Blame it on the Scotts: guess who actually taught Islam to hate the crusades ?)

24 novembre, 2019
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Image result for ridley scott kingdom of heaven film poster Saladin"Ispread_of_religions600l nous faut entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les Croisades sont beaucoup plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. René Girard
Those of us who come from various European lineages are not blameless. Indeed, in the First Crusade, when the Christian soldiers took Jerusalem, they first burned a synagogue with three hundred Jews in it, and proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount. The contemporaneous descriptions of the event describe soldiers walking on the Temple Mount, a holy place to Christians, with blood running up to their knees I can tell you that that story is still being told today in the Middle East, and we are still paying for it. Bill Clinton
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’Inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Dès le second siècle de l’Hégire, les Arabes deviennent les précepteurs de l’Europe. Voltaire
Sans Charles Martel (…), la France était une province mahométane. Voltaire
Chanoines, moines, curés même, si on vous imposait la loi de ne manger ni boire depuis quatre heures du matin jusqu’à dix heures du soir, pendant le mois de juillet, lorsque le carême arriverait dans ce temps ; si on vous défendait de jouer à aucun jeu de hasard sous peine de damnation ; si le vin vous était interdit sous la même peine ; s’il vous fallait faire un pèlerinage dans des déserts brûlants ; s’il vous était enjoint de donner au moins deux et demi pour cent de votre revenu aux pauvres ; si, accoutumés à jouir de dix-huit femmes, on vous en retranchait tout d’un coup quatorze ; en bonne foi, oseriez-vous appeler cette religion sensuelle ? (…) Il faut combattre sans cesse. Quand on a détruit une erreur, il se trouve toujours quelqu’un qui la ressuscite. Voltaire (dictionnaire philosophique 1764)
Sa religion est sage, sévère, chaste et humaine : sage puisqu’elle ne tombe pas dans la démence de donner à Dieu des associés, et qu’elle n’a point de mystère ; sévère puisqu’elle défend les jeux de hasard, le vin et les liqueurs fortes, et qu’elle ordonne la prière cinq fois par jour ; chaste, puisqu’elle réduit à quatre femmes ce nombre prodigieux d’épouses qui partageaient le lit de tous les princes de l’Orient ; humaine, puisqu’elle nous ordonne l’aumône, bien plus rigoureusement que le voyage de La Mecque. Ajoutez à tous ces caractères de vérité, la tolérance. Voltaire
Il n’y a point de religion dans laquelle on n’ait recommandé l’aumône. La mahométane est la seule qui en ait fait un précepte légal, positif, indispensable. L’Alcoran [le Coran] ordonne de donner deux et demi pour cent de son revenu, soit en argent, soit en denrées. La prohibition de tous les jeux de hasard est peut-être la seule loi dont on ne peut trouver d’exemple dans aucune religion. Toutes ces lois qui, à la polygamie près, sont si austères, et sa doctrine qui est si simple, attirèrent bientôt à la religion, le respect et la confiance. Le dogme surtout de l’unité d’un Dieu présenté sans mystère, et proportionné à l’intelligence humaine, rangea sous sa loi une foule de nations et, jusqu’à des nègres dans l’Afrique, et à des insulaires dans l’Océan indien. Le peu que je viens de dire dément bien tout ce que nos historiens, nos déclamateurs et nos préjugés nous disent : mais la vérité doit les combattre. Voltaire
Le plus grand changement que l’opinion ait produit sur notre globe fut l’établissement de la religion de Mahomet. Ses musulmans, en moins d’un siècle, conquirent un empire plus vaste que l’empire romain. Cette révolution, si grande pour nous, n’est, à la vérité, que comme un atome qui a changé de place dans l’immensité des choses, et dans le nombre innombrable de mondes qui remplissent l’espace; mais c’est au moins un événement qu’on doit regarder comme une des roues de la machine de l’univers, et comme un effet nécessaire des lois éternelles et immuables: car peut-il arriver quelque chose qui n’ait été déterminé par le Maître de toutes choses? Rien n’est que ce qui doit être. Voltaire
Ce fut certainement un très grand homme, et qui forma de grands hommes. Il fallait qu’il fût martyr ou conquérant, il n’y avait pas de milieu. Il vainquit toujours, et toutes ses victoires furent remportées par le petit nombre sur le grand. Conquérant, législateur, monarque et pontife, il joua le plus grand rôle qu’on puisse jouer sur la terre aux yeux du commun des hommes. Voltaire
J’ai dit qu’on reconnut Mahomet pour un grand homme; rien n’est plus impie, dites-vous. Je vous répondrai que ce n’est pas ma faute si ce petit homme a changé la face d’une partie du monde, s’il a gagné des batailles contre des armées dix fois plus nombreuses que les siennes, s’il a fait trembler l’empire romain, s’il a donné les premiers coups à ce colosse que ses successeurs ont écrasé, et s’il a été législateur de l’Asie, de l’Afrique, et d’une partie de l’Europe. Voltaire
Votre Majesté sait quel esprit m’animait en composant cet ouvrage ; l’amour du genre humain et l’horreur du fanatisme, deux vertus qui sont faites pour être toujours auprès de votre trône, ont conduit ma plume. J’ai toujours pensé que la tragédie ne doit pas être un simple spectacle qui touche le cœur sans le corriger. Qu’importent au genre humain les passions et les malheurs d’un héros de l’antiquité, s’ils ne servent pas à nous instruire ? On avoue que la comédie du Tartuffe, ce chef-d’œuvre qu’aucune nation n’a égalé, a fait beaucoup de bien aux hommes, en montrant l’hypocrisie dans toute sa laideur ; ne peut-on pas essayer d’attaquer, dans une tragédie, cette espèce d’imposture qui met en œuvre à la fois l’hypocrisie des uns et la fureur des autres ? Ne peut-on pas remonter jusqu’à ces anciens scélérats, fondateurs illustres de la superstition et du fanatisme, qui, les premiers, ont pris le couteau sur l’autel pour faire des victimes de ceux qui refusaient d’être leurs disciples ? Ceux qui diront que les temps de ces crimes sont passés ; qu’on ne verra plus de Barcochebas [Shimon bar Kokhba], de Mahomet, de Jean de Leyde, etc. ; que les flammes des guerres de religion sont éteintes, font, ce me semble, trop d’honneur à la nature humaine. Le même poison subsiste encore, quoique moins développé ; cette peste, qui semble étouffée, reproduit de temps en temps des germes capables d’infecter la terre. N’a-t-on pas vu de nos jours les prophètes des Cévennes tuer, au nom de Dieu, ceux de leur secte qui n’étaient pas assez soumis ? Voltaire (préface au Fanatisme ou Mahomet, le Prophète, 1742)
C’est un des plus grands événements de l’Histoire: les Sarrasins victorieux, le monde était mahométan. Chateaubriand
Il faut rendre justice au culte de Mahomet qui n’a imposé que deux grands devoirs à l’homme : la prière et la charité. (…) Les deux plus hautes vérités de toute religion. Lamartine (1833)
Cette bataille n’a pas l’importance qu’on lui attribue. Elle n’est pas comparable à la victoire remportée sur Attila. Elle marque la fin d’un raid, mais n’arrête rien en réalité. Si Charles avait été vaincu, il n’en serait résulté qu’un pillage plus considérable. (…) Sans l’Islam, l’Empire franc n’aurait sans doute jamais existé, et Charlemagne sans Mahomet serait inconcevable. Henri Pirenne (historien belge, 1922)
Monsieur Dubois demanda à Madame Nozière quel était le jour le plus funeste de l’Histoire de France. Madame Nozière ne le savait pas. C’est, lui dit Monsieur Dubois, le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la science, l’art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie franque. Anatole France (1922)
Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l’influence judaïque (et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide !), il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme. Hitler (1942)
Bien des voix se sont élevées pour tenter de ramener la bataille à sa juste place. En vain, car, érigé en symbole, l’événement est passé à la postérité et avec lui son héros Charles Martel. Il appartient à ce fonds idéologique commun qui fonde la nation française, la civilisation chrétienne, l’identité européenne sur la mise en scène du choc des civilisations et l’exclusion de l’Autre. Françoise Micheau et Philippe Sénac (historiens mediévistes)
Recent scholars have suggested Poitiers, so poorly recorded in contemporary sources, was a mere raid and thus a construct of western mythmaking or that a Muslim victory might have been preferable to continued Frankish dominance. What is clear is that Poitiers marked a general continuance of the successful defense of Europe, (from the Muslims). Flush from the victory at Tours, Charles Martel went on to clear southern France from Islamic attackers for decades, unify the warring kingdoms into the foundations of the Carolingian Empire, and ensure ready and reliable troops from local estates. Victor Davis Hanson
Je n’ai jamais entendu un Arabe s’excuser d’être allé jusqu’à Poitiers. Stéphane Denis (2001)
Aujourd’hui les bicots ont dépassé Poitiers. Tunisiano (groupe Sniper, 2003)
I was stunned that the president could say something so at once banal and offensive. Here we are now two days away from an act shocking barbarism, the burning alive of a prisoner of war, and Obama’s message is that we should remember the crusades and the inquisition. I mean, for him to say that all of us have sinned, all religions have been transgressed, is, you know, is adolescent stuff. Everyone knows that. What’s important is what’s happening now. Christianity no longer goes on crusades and it gave up the inquisition a while ago. The Book of Joshua is knee deep in blood. That story is over too. The story of today, of our generation, is the fact that the overwhelming volume of the violence and the barbarism that we are seeing in the world from Nigeria to Paris all the way to Pakistan and even to the Philippines, the island of Mindanao in the Philippines is coming from one source. And that’s from inside Islam. It is not the prevalent idea of Islam, but it is coming from Islam, as many Islamic leaders including the president of Egypt and many others have admitted. And there needs to be a change in Islam. It is not a coincidence that all of these attacks on other religions are happening, all over the world, in a dozen countries, two dozen countries, all in the name of one religion. It’s not a coincidence. And for the president to be lecturing us and to say we shouldn’t get on our high horse and to not remember our own path is ridiculous. The present issue is Muslim radicalism and how to attack it. (…) From Obama’s first speech at West Point in December 2009, ironically announcing the surge in Afghanistan, you could tell that his heart has never been in this fight, never. Charles Krauthammer
Il est important que nous démontrions que nous croyants sommes un facteur de paix pour les sociétés humaines et que nous puissions ainsi répondre à ceux qui nous accusent injustement de fomenter la haine et d’être la cause de la violence. Dans le monde précaire d’aujourd’hui, le dialogue entre les religions n’est pas un signe de faiblesse. Elle trouve sa propre raison d’être dans le dialogue de Dieu avec l’humanité. Il s’agit de changer les attitudes historiques. Une scène de la Chanson de Roland me vient à l’esprit comme un symbole, quand les chrétiens battent les musulmans et les mettent tous en ligne devant les fonts baptismaux, et un avec une épée. Et les musulmans devaient choisir entre le baptême ou l’épée. C’est ce que les chrétiens ont fait. C’était une mentalité que nous ne pouvons plus accepter, ni comprendre, ni faire fonctionner. Prenons soin des groupes fondamentalistes, chacun a le sien. En Argentine, il y a un petit coin fondamentaliste. Et essayons avec la fraternité d’aller de l’avant. Le fondamentalisme est un fléau et toutes les religions ont une sorte de cousin germain fondamentaliste, qui est regroupé. Pape François
La Chanson de Roland n’est pas le reportage détaillé d’un journaliste mais un poème épique rédigé au 11ème siècle et qui traite, 3 siècles après les faits, de l’histoire de Roland de Ronceveaux, un guerrier franc parti combattre l’envahisseur musulman en Espagne aux côtés de Charlemagne. Il s’agissait alors de ralentir l’invasion islamique qui menaçait la Chrétienté d’Occident et la France. Dans ce contexte, on ne peut qu’être stupéfait par la dénonciation bergoglienne des « conversions forcées » de mahométans par les Francs partis porter secours aux Espagnols, les seuls véritablement obligés de se convertir à l’époque. L’intention de l’occupant du Vatican est particulièrement perverse et vise à établir un parallèle surréel entre la campagne de Charlemagne et les massacres de masse perpétrés par les musulmans contre les Chrétiens au 21ème siècle. Les victimes chrétiennes, selon Bergoglio, deviennent les coupables, dans l’Espagne du 8ème siècle tout comme dans l’Europe et l’Orient du 21ème siècle. Cette nouvelle provocation du chef de l’Eglise Catholique s’ajoute à une longue série de propos incendiaires en faveur l’immigration de masse et de l’islam en Europe. Déclarations qui l’ont très largement marginalisé, y compris au sein des derniers pans de la population qui se dit catholique et pratiquante. Caricature du curé gauchiste octogénaire, Bergoglio ne choque plus tant qu’il ne lasse une Europe déjà saturée de sermons iréniques sur l’islam alors que le terrorisme musulman prend toujours plus d’ampleur. Breizato
Le 18 novembre dernier, le pape François a reçu en audience les participants à la réunion organisée par l’Istituto para el Dialogo Interreligioso de la Argentina (IDI), et il a notamment salué trois des dirigeants de cet organisme, le Père Guillermo Marco, le responsable musulman Omar Abboud et le rabbin Daniel Goldman, tous trois vice-présidents de l’IDI. Le Souverain Pontife a prononcé une allocution (…) Il ne s’agit pas là d’une improvisation du pape François, comme il en commet tant notamment en avion, mais d’un texte écrit et publié. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que le Saint-Père prend quelques libertés avec la vérité historique et le texte même de la Chanson de Roland, pour appuyer ses affirmations. La Chanson de Roland s’inspire en partie d’un événement historique, l’expédition de Charlemagne en Espagne de 778, le siège avorté de Saragosse, la retraite de l’armée des Francs menacée d’une intervention de l’émir de Cordoue, la prise et le pillage, au passage, de Pampelune, puis le revers de son arrière-garde prise en embuscade, essentiellement par des Basques, à Roncevaux. Il n’est pas inutile de rappeler que cette expédition en Espagne fut décidée à la demande de plusieurs gouverneurs musulmans d’Espagne, en rébellion contre l’émir de Cordoue, et que l’Espagne fut conquise par les musulmans sans que les autochtones les y invitent… La Chanson de Roland n’est évidemment pas une chronique historique racontant des événements, mais un poème épique, une chanson de geste, dont le plus ancien et plus complet manuscrit, rédigé en anglo-normand remonte au tout début du XIIe siècle, quatre siècles après les faits qu’il est supposé raconter… Le souvenir du pape François évoquant la victoire des Francs sur les musulmans, est donc confus, car l’expédition ne fut pas une victoire. Le texte même de cette chanson de geste, ne corrobore pas le souvenir que le Saint-Père en a et qu’il évoque. L’affaire fictive du baptême de force des musulmans supposés vaincus après la prise de Saragosse – qui n’eut pas lieu – n’a rien d’historique mais est une pure imagination du poète. On trouve aux vers 3666 à 3674 cette invention littéraire : Le roi [Charlemagne] croit en Dieu, il veut faire son service ; et ses évêques bénissent les eaux. On mène les païens jusqu’au baptistère ; s’il en est un qui résiste à Charles, le roi le fait pendre, ou brûler ou tuer par le fer [l’ancien français ocire veut dire tuer, massacrer, assassiner pas nécessairement par le fer : il n’est pas question d’un chrétien tenant une épée dans le texte original]. Bien plus de cent mille sont baptisés vrais chrétiens, mais non la reine. Elle sera menée en douce France, captive : le roi veut qu’elle se convertisse par amour. Comment dès lors affirmer que « c’est ce que les chrétiens firent » ? Riposte catholique
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
They are not expressions of an outburst in the West of the [Israeli-Palestinian] conflict in the Middle East. It is truly modern, aimed against American imperialism, capitalism, etc. In other words, they occupy the same space that the proletarian left had thirty years ago, that Action Directe had twenty years ago. . . . It partakes henceforth of the internal history of the West. (…) It can feel like a time-warp, a return to the European left of the 1970s and early 1980s. Europe’s radical-mosque practitioners can appear, mutatis mutandis, like a Muslim version of the hard-core intellectuals and laborers behind the aggrieved but proud Scottish National party in its salad days. (…) In the last three centuries, Europe has given birth and nourishment to most of mankind’s most radical causes. It shouldn’t be that surprising to imagine that Europe could nurture Islamic militancy on its own soil. (…) In Europe as elsewhere, Westernization is the key to the growth and virulence of hard-core Islamic radicalism. The most frightening, certainly the most effective, adherents of bin Ladenism are those who are culturally and intellectually most like us. The process of Westernization liberates a Muslim from the customary sanctions and loyalties that normally corralled the dark side of the human soul. (…) It would be a delightful irony if the more progressive political and religious debates among the Middle East’s Muslims saved their brethren in the intellectually backward lands of the European Union. Reuel Marc Gerecht
Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. It is a war against a particular idea of the West – a bourgeois society addicted to money, creature comforts, sex, animal lusts, self-interest, and security – which is neither new nor unique to Islamist extremism. This idea has historical roots that long precede any form of ‘U.S. imperialism’ . (…) Blood, soil, and the spirit of the Volk were what German romantics in the late 18th and early 19th centuries invoked against the universalist claims of the French Enlightenment, the French Revolution, and Napoleon’s invading armies. This notion of national soul was taken over by the Slavophiles in 19th-century Russia, who used it to attack the « Westernizers, » that is, Russian advocates of liberal reforms. It came up again and again, in the 1930s, when European fascists and National Socialists sought to smash « Americanism, » Anglo-Saxon liberalism, and « rootless cosmopolitanism » (meaning Jews). Aurel Kolnai, the great Hungarian scholar, wrote a book in the 1930s about fascist ideology in Austria and Germany. He called it War Against the West. Communism, too, especially under Stalin, although a bastard child of the Enlightenment and the French Revolution, was the sworn enemy of Western liberalism and « rootless cosmopolitanism. » Many Islamic radicals borrowed their anti-Western concepts from Russia and Germany. The founders of the Ba’ath Party in Syria were keen readers of prewar German race theories. Jalal Al-e Ahmad, an influential Iranian intellectual in the 1960s, coined the phrase « Westoxification » to describe the poisonous influence of Western civilization on other cultures. He, too, was an admirer of German ideas on blood and soil. Clearly, the idea of the West as a malign force is not some Eastern or Middle Eastern idea, but has deep roots in European soil. Defining it in historical terms is not a simple matter. Occidentalism was part of the counter-Enlightenment, to be sure, but also of the reaction against industrialization. Some Marxists have been attracted to it, but so, of course, have their enemies on the far right. Occidentalism is a revolt against rationalism (the cold, mechanical West, the machine civilization) and secularism, but also against individualism. European colonialism provoked Occidentalism, and so does global capitalism today. But one can speak of Occidentalism only when the revolt against the West becomes a form of pure destruction, when the West is depicted as less than human, when rebellion means murder. Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. Isaiah Berlin once described the German revolt against Napoleon as « the original exemplar of the reaction of many a backward, exploited, or at any rate patronized society, which, resentful of the apparent inferiority of its status, reacted by turning to real or imaginary triumphs and glories in its past, or enviable attributes of its own national or cultural character. » The same thing might be said about Japan in the 1930s, after almost a century of feeling snubbed and patronized by the West, whose achievements it so fervently tried to emulate. It has been true of the Russians, who have often slipped into the role of inferior upstarts, stuck in the outer reaches of Asia and Europe. But nothing matches the sense of failure and humiliation that afflicts the Arab world, a once glorious civilization left behind in every respect by the post-Enlightenment West. Humiliation can easily turn into a cult of the pure and the authentic. Among the most resented attributes of the hated Occident are its claims to universalism. Christianity is a universalist faith, but so is the Enlightenment belief in reason. Napoleon was a universalist who believed in a common civil code for all his conquered subjects. The conviction that the United States represents universal values and has the God-given duty to spread democracy in the benighted world belongs to the same universalist tradition. Some of these values may indeed be universal. One would like to think that all people could benefit from democracy or the use of reason. The Code Napoleon brought many benefits. But when universal solutions are imposed by force, or when people feel threatened or humiliated or unable to compete with the powers that promote such solutions, that is when we see the dangerous retreat into dreams of purity. Not all dreams of local authenticity and cultural uniqueness are noxious, or even wrong. As Isaiah Berlin also pointed out, the crooked timber of humanity cannot be forcibly straightened along universal standards with impunity. The experiments on the human soul by Communism showed how bloody universalist dreams can be. And the poetic romanticism of 19th-century German idealists was often a welcome antidote to the dogmatic rationalism that came with the Enlightenment. It is when purity or authenticity, of faith or race, leads to purges of the supposedly inauthentic, of the allegedly impure, that mass murder begins. The fact that anti-Americanism, anti-Zionism, anti-Semitism, and a general hostility to the West often overlap is surely no coincidence. Even in Japan, where Jews play no part in national life, one of the participants at the 1942 Kyoto conference suggested that the war against the West was a war against the « poisonous materialist civilization » built on Jewish financial capitalist power. At the same time, European anti-Semites, not only in Nazi Germany, were blaming the Jews for Bolshevism. Both Bolshevism and capitalism are universalist systems in the sense that they do not recognize national, racial, or cultural borders. Since Jews are traditionally regarded by the defenders of purity as the congenital outsiders, the archetypal « rootless cosmopolitans, » it is no wonder that they are also seen as the main carriers of the universalist virus. To be sure, Jews had sound reasons to be attracted to such notions as equality before the law, secular politics, and internationalism, whether of a socialist or capitalist stamp. Exclusivity, whether racial, religious, or nationalist, is never good for minorities. Only in the Middle East have Jews brought their own form of exclusivity and nationalism. But Zionism came from the West. And so Israel, in the eyes of its enemies, is the colonial outpost of « Westoxification. » Its material success only added to the Arab sense of historic humiliation. The idea, however, that Jews are a people without a soul, mimics with no creative powers, is much older than the founding of the State of Israel. It was one of the most common anti-Semitic slurs employed by Richard Wagner. He was neither the first to do so, nor very original in this respect. Karl Marx, himself the grandson of a rabbi, called the Jews greedy parasites, whose souls were made of money. The same kind of thing was often said by 19th-century Europeans about the British. The great Prussian novelist Theodor Fontane, who rather admired England, nonetheless opined that « the cult of the Gold Calf is the disease of the English people. » He was convinced that English society would be destroyed by « this yellow fever of gold, this sellout of all souls to the devil of Mammon. » And much the same is said today about the Americans. Calculation — the accounting of money, interests, scientific evidence, and so on — is regarded as soulless. Authenticity lies in poetry, intuition, and blind faith. The Occidentalist view of the West is of a bourgeois society, addicted to creature comforts, animal lusts, self-interest, and security. It is by definition a society of cowards, who prize life above death. As a Taliban fighter once put it during the war in Afghanistan, the Americans would never win, because they love Pepsi-Cola, whereas the holy warriors love death. This was also the language of Spanish fascists during the civil war, and of Nazi ideologues, and Japanese kamikaze pilots. The hero is one who acts without calculating his interests. He jumps into action without regard for his own safety, ever ready to sacrifice himself for the cause. And the Occidentalist hero, whether he is a Nazi or an Islamist, is just as ready to destroy those who sully the purity of his race or creed. It is indeed his duty to do so. When the West is seen as the threat to authenticity, then it is the duty of all holy warriors to destroy anything to do with the « Zionist Crusaders, » whether it is a U.S. battleship, a British embassy, a Jewish cemetery, a chunk of lower Manhattan, or a disco in Bali. The symbolic value of these attacks is at least as important as the damage inflicted. What, then, is new about the Islamist holy war against the West? Perhaps it is the totality of its vision. Islamism, as an antidote to Westoxification, is an odd mixture of the universal and the pure: universal because all people can, and in the eyes of the believers should, become orthodox Muslims; pure because those who refuse the call are not simply lost souls but savages who must be removed from this earth. Hitler tried to exterminate the Jews, among others, but did not view the entire West with hostility. In fact, he wanted to forge an alliance with the British and other « Aryan » nations, and felt betrayed when they did not see things his way. Stalinists and Maoists murdered class enemies and were opposed to capitalism. But they never saw the Western world as less than human and thus to be physically eradicated. Japanese militarists went to war against Western empires but did not regard everything about Western civilization as barbarous. The Islamist contribution to the long history of Occidentalism is a religious vision of purity in which the idolatrous West simply has to be destroyed. The worship of false gods is the worst religious sin in Islam as well as in ancient Judaism. The West, as conceived by Islamists, worships the false gods of money, sex, and other animal lusts. In this barbarous world the thoughts and laws and desires of Man have replaced the kingdom of God. The word for this state of affairs is jahiliyya, which can mean idolatry, religious ignorance, or barbarism. Applied to the pre-Islamic Arabs, it means ignorance: People worshiped other gods because they did not know better. But the new jahiliyya, in the sense of barbarism, is everywhere, from Las Vegas and Wall Street to the palaces of Riyadh. To an Islamist, anything that is not pure, that does not belong to the kingdom of God, is by definition barbarous and must be destroyed. Just as the main enemies of Russian Slavophiles were Russian Westernizers, the most immediate targets of Islamists are the liberals, reformists, and secular rulers in their own societies. They are the savage stains that have to be cleansed with blood. But the source of the barbarism that has seduced Saudi princes and Algerian intellectuals as much as the whores and pimps of New York (and in a sense all infidels are whores and pimps) is the West. And that is why holy war has been declared against the West. Ian Buruma
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (Les Illusions de l’identité, 1992)
Sir Ridley Scott, the Oscar-nominated director, was savaged by senior British academics last night over his forthcoming film which they say « distorts » the history of the Crusades to portray Arabs in a favourable light. The £75 million film, which stars Orlando Bloom, Jeremy Irons and Liam Neeson, is described by the makers as being « historically accurate » and designed to be « a fascinating history lesson ». Academics, however – including Professor Jonathan Riley-Smith, Britain’s leading authority on the Crusades – attacked the plot of Kingdom of Heaven, describing it as « rubbish », « ridiculous », « complete fiction » and « dangerous to Arab relations ». The film, which began shooting last week in Spain, is set in the time of King Baldwin IV (1161-1185), leading up to the Battle of Hattin in 1187 when Saladin conquered Jerusalem for the Muslims. The script depicts Baldwin’s brother-in-law, Guy de Lusignan, who succeeds him as King of Jerusalem, as « the arch-villain ». A further group, « the Brotherhood of Muslims, Jews and Christians », is introduced, promoting an image of cross-faith kinship. « They were working together, » the film’s spokesman said. « It was a strong bond until the Knights Templar cause friction between them. » The Knights Templar, the warrior monks, are portrayed as « the baddies » while Saladin, the Muslim leader, is a « a hero of the piece », Sir Ridley’s spokesman said. « At the end of our picture, our heroes defend the Muslims, which was historically correct. » Prof Riley-Smith, who is Dixie Professor of Ecclesiastical History at Cambridge University, said the plot was « complete and utter nonsense ». He said that it relied on the romanticised view of the Crusades propagated by Sir Walter Scott in his book The Talisman, published in 1825 and now discredited by academics. (..) Dr Philips said that by venerating Saladin, who was largely ignored by Arab history until he was reinvented by romantic historians in the 19th century, Sir Ridley was following both Saddam Hussein and Hafez Assad, the former Syrian dictator. Both leaders commissioned huge portraits and statues of Saladin, who was actually a Kurd, to bolster Arab Muslim pride. Prof Riley-Smith added that Sir Ridley’s efforts were misguided and pandered to Islamic fundamentalism. « It’s Osama bin Laden’s version of history. It will fuel the Islamic fundamentalists. » (…) Sir Ridley’s spokesman said that the film portrays the Arabs in a positive light. « It’s trying to be fair and we hope that the Muslim world sees the rectification of history. The Telegraph
[Ridley Scott’s Kingdom of heaven]  is not historically accurate at all. They refer to The Talisman, which depicts the Muslims as sophisticated and civilised, and the Crusaders are all brutes and barbarians. It has nothing to do with reality. Guy of Lusignan lost the Battle of Hattin against Saladin, yes, but he wasn’t any badder or better than anyone else. There was never a confraternity of Muslims, Jews and Christians. That is utter nonsense. It’s Osama bin Laden’s version of history. It will fuel the Islamic fundamentalists. Jonathan Riley-Smith
It does not do any good to distort history, even if you believe you are distorting it in a good way. Cruelty was not on one side but on all. Amin Maalouf
I recently refused to take part in a television series, produced by an intelligent and well-educated Egyptian woman, for whom a continuing Western crusade was an article of faith. Having less to do with historical reality than with reactions to imperialism, the nationalist and Islamist interpretations of crusade history help many people, moderates as well as extremists, to place the exploitation they believe they have suffered in a historical context and to satisfy their feelings of both superiority and humiliation. Jonathan Riley-Smith
For Christians . . . sacred violence cannot be proposed on any grounds save that of love, . . . [and] in an age dominated by the theology of merit this explains why participation in crusades was believed to be meritorious, why the expeditions were seen as penitential acts that could gain indulgences, and why death in battle was regarded as martyrdom. . . . As manifestations of Christian love, the crusades were as much the products of the renewed spirituality of the central Middle Ages, with its concern for living the vita apostolica and expressing Christian ideals in active works of charity, as were the new hospitals, the pastoral work of the Augustinians and Premonstratensians and the service of the friars. The charity of St. Francis may now appeal to us more than that of the crusaders, but both sprang from the same roots. Jonathan Riley-Smith
Within a month of the attacks of September 11, 2001, former president Bill Clinton gave a speech to the students of Georgetown University. As the world tried to make sense of the senseless, Clinton offered his own explanation: “Those of us who come from various European lineages are not blameless,” he declared. “Indeed, in the First Crusade, when the Christian soldiers took Jerusalem, they first burned a synagogue with three hundred Jews in it, and proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount. The contemporaneous descriptions of the event describe soldiers walking on the Temple Mount, a holy place to Christians, with blood running up to their knees. “I can tell you that that story is still being told today in the Middle East, and we are still paying for it,” he concluded, and there is good reason to believe he was right. Osama bin Laden and other Islamists regularly refer to Americans as “Crusaders.” Indeed, bin Laden directed his fatwa authorizing the September 11 attacks against the “Crusaders and Jews.” (…) Most people in the West do not believe that they have been prosecuting a continuous Crusade against Islam since the Middle Ages. But most do believe that the Crusades started the problems that plague and endanger us today. Westerners in general (and Catholics in particular) find the Crusades a deeply embarrassing episode in their history. As the Ridley Scott movie Kingdom of Heaven graphically proclaimed, the Crusades were unprovoked campaigns of intolerance preached by deranged churchmen and fought by religious zealots against a sophisticated and peaceful Muslim world. According to the Hollywood version, the blind violence of the Crusades gave birth to jihad, as the Muslims fought to defend themselves and their world. And for what? The city of Jerusalem, which was both “nothing and everything,” a place filled with religion that “drives men mad.” (…) It is generally thought that Christians attacked Muslims without provocation to seize their lands and forcibly convert them. The Crusaders were Europe’s lacklands and ne’er-do-wells, who marched against the infidels out of blind zealotry and a desire for booty and land. As such, the Crusades betrayed Christianity itself. They transformed “turn the other cheek” into “kill them all; God will know his own.” Every word of this is wrong. Historians of the Crusades have long known that it is wrong, but they find it extraordinarily difficult to be heard across a chasm of entrenched preconceptions. For on the other side is, as Riley-Smith puts it “nearly everyone else, from leading churchmen and scholars in other fields to the general public.” There is the great Sir Steven Runciman, whose three-volume History of the Crusades is still a brisk seller for Cambridge University Press a half century after its release. It was Runciman who called the Crusades “a long act of intolerance in the name of God, which is a sin against the Holy Ghost.” The pity of it is that Runciman and the other popular writers simply write better stories than the professional historians. (…) One of the most profound misconceptions about the Crusades is that they represented a perversion of a religion whose founder preached meekness, love of enemies, and nonresistance. Riley-Smith reminds his reader that on the matter of violence Christ was not as clear as pacifists like to think. He praised the faith of the Roman centurion but did not condemn his profession. At the Last Supper he told his disciples, “Let him who has no sword sell his cloak and buy one. For I tell you that this Scripture must be fulfilled in me, And he was reckoned with transgressors.” St. Paul said of secular authorities, “He does not bear the sword in vain; he is the servant of God to execute his wrath on the wrongdoer.” Several centuries later, St. Augustine articulated a Christian approach to just war, one in which legitimate authorities could use violence to halt or avert a greater evil. It must be a defensive war, in reaction to an act of aggression. For Christians, therefore, violence was ethically neutral, since it could be employed either for evil or against it. As Riley-Smith notes, the concept that violence is intrinsically evil belongs solely to the modern world. It is not Christian. All the Crusades met the criteria of just wars. They came about in reaction attacks against Christians or their Church. The First Crusade was called in 1095 in response to the recent Turkish conquest of Christian Asia Minor, as well as the much earlier Arab conquest of the Christian-held Holy Land. The second was called in response to the Muslim conquest of Edessa in 1144. The third was called in response to the Muslim conquest of Jerusalem and most other Christian lands in the Levant in 1187. In each case, the faithful went to war to defend Christians, to punish the attackers, and to right terrible wrongs. As Riley-Smith has written elsewhere, crusading was seen as an act of love—specifically the love of God and the love of neighbor. By pushing back Muslim aggression and restoring Eastern Christianity, the Crusaders were—at great peril to themselves—imitating the Good Samaritan. Or, as Innocent II told the Knights Templar, “You carry out in deeds the words of the gospel, ‘Greater love has no man than this, that a man lay down his life for his friends.’” But the Crusades were not just wars. They were holy wars, and that is what made them different from what came before. They were made holy not by their target but by the Crusaders’ sacrifice. The Crusade was a pilgrimage and thereby an act of penance. When Urban II called the First Crusade in 1095, he created a model that would be followed for centuries. Crusaders who undertook that burden with right intention and after confessing their sins would receive a plenary indulgence. The indulgence was a recognition that they undertook these sacrifices for Christ, who was crucified again in the tribulations of his people. And the sacrifices were extraordinary. As Riley-Smith writes in this book and his earlier The First ­Crusaders, the cost of crusading was staggering. Without financial assistance, only the wealthy could afford to embark on a Crusade. Many noble families impoverished themselves by crusading. Historians have long known that the image of the Crusader as an adventurer seeking his fortune is exactly backward. The vast majority of Crusaders returned home as soon as they had fulfilled their vow. What little booty they could acquire was more than spent on the journey itself. One is hard pressed to name a single returning Crusader who broke even, let alone made a profit on the journey. And those who returned were the lucky ones. As Riley-Smith explains, recent studies show that around one-third of knights and nobility died on crusade. The death rates for lower classes were even higher. One can never understand the Crusades without understanding their penitential character. It was the indulgence that led thousands of men to take on a burden that would certainly cost them dearly. The secular nobility of medieval Europe was a warrior aristocracy. They made their living by the sword. We know from their wills and charters that they were deeply aware of their own sinfulness and anxious over the state of their souls. A Crusade provided a way for them to serve God and to do penance for their sins. It allowed them to use their weapons as a means of their salvation rather than of their damnation. (…) The Crusader sewed a cloth cross to his garment to signify his penitential burden and his hope. Take away penitence and the Crusades cannot be explained. Yet in the seventeenth and eighteenth centuries Protestants and then Enlightenment thinkers rejected the idea of temporal penalties due to sin—along with indulgences, purgatory, and the papacy. How then did they explain the Crusades? Why else would thousands of men march thousands of miles deep into enemy territory, if not for something precious? The first explanation was that they were fooled by the Antichrist: The Catholic Church had convinced the simple that their salvation lay in fighting its battles. Later, with the advent of liberalism, critics assumed that the Crusaders must have had economic motives. They were seeking wealth and simply used religion as a cover for their worldly desires. In the nineteenth century, the memory of the Crusades became hopelessly entangled with contemporary European imperialism. Riley-Smith tells the fascinating story of Archbishop Charles-Martial Allemand-Lavigerie of Algiers, the founder of the missionary orders of the White Fathers and White Sisters, who worked diligently to establish a new military order resembling the Knights Templar, Teutonic Knights, and the Knights Hospitaller of the Middle Ages. His new order was to be sent to Africa, where it would protect missionaries, fight against the slave trade, and support the progress of French civilization in the continent. Drawing on money from antislavery societies, Lavigerie purchased lands on the edge of the Saharan Desert to use as a mother house for a new order, L’Institut Religieux et Militaire des Frères Armés du Sahara. The order attracted hundreds of men from all social classes, and in 1891 the first brothers received their white habits emblazoned with red crosses. The dust cover of Riley-Smith’s book is itself a wonderful picture of these brothers at their African home. With palm trees behind them, they look proudly into the camera, each wearing a cross and some holding rifles. The Institut des Fréres Armés lasted scarcely more than a year before it was scrapped and its founder died, but other attempts to found a military order were made in the nineteenth century, even in Protestant England. All wove together the contrasting threads of Romanticism, imperialism, and the medieval Crusades. President Clinton is not alone in thinking that the Muslim world is still brooding over the crimes of the Crusaders. It is commonly thought—even by Muslims—that the effects and memory of that trauma have been with the Islamic world since it was first inflicted in the eleventh century. As Riley-Smith explains, however, the Muslim memory of the Crusades is of very recent vintage. Carole Hillenbrand first uncovered this fact in her groundbreaking book The Crusades: Islamic Perspectives. The truth is that medieval Muslims came to realize that the Crusades were religious but had little interest in them. When, in 1291, Muslim armies removed the last vestiges of the Crusader Kingdom from Palestine, the Crusades largely dropped out of Muslim memory. In Europe, however, the Crusades were a well-remembered formative episode. Europeans, who had bound the Crusades to imperialism, brought the story to the Middle East during the nineteenth century and reintroduced it to the Muslims. Stripping the Crusades of their original purpose, they portrayed the Crusades as Europe’s first colonial venture—the first attempt of the West to bring civilization to the backward Muslim East. Riley-Smith describes the profound effect that Sir Walter Scott’s novel The Talisman had on European and therefore Middle Eastern opinion of the Crusades. Crusaders such as Richard the Lionhearted were portrayed as boorish, brutal, and childish, while Muslims, particularly Saladin, were tolerant and enlightened gentlemen of the nineteenth century. With the collapse of Ottoman power and the rise of Arab nationalism at the end of the nineteenth century, Muslims bound together these two strands of Crusade narrative and created a new memory in which the Crusades were only the first part of Europe’s assault on Islam—an assault that continued through the modern imperialism of European powers. Europeans reintroduced Saladin, who had been nearly forgotten in the Middle East, and Arab nationalists then cleansed him of his Kurdish ethnicity to create a new anti-Western hero. We saw the result during the run-up to the Iraq War, when Saddam Hussein portrayed himself as a new Saladin who would expel the new Crusaders. Arab nationalists made good use of the new story of the Crusades during their struggles for independence. Their enemies, the Islamists, then took over the same tool. Osama bin Laden is only the most recent Islamist to adopt this useful myth to characterize the actions of the West as a continual Crusade against Islam. That is the Crusades’ only connection with modern Islamist terrorism. And yet, so ingrained is this notion that the Crusades began the modern European assault on Islam that many moderate Muslims still believe it. In the Middle East, as in the West, we are left with the gaping chasm between myth and reality. Crusade historians sometimes try to yell across it but usually just talk to each other, while the leading churchmen, the scholars in other fields, and the general public hold to a caricature of the Crusades created by a pox of modern ideologies. Thomas F. Madden (Saint Louis University)
In 2001, former president Bill Clinton delivered a speech at Georgetown University in which he discussed the West’s response to the recent terrorist attacks of September 11. The speech contained a short but significant reference to the crusades. Mr. Clinton observed that “when the Christian soldiers took Jerusalem [in 1099], they . . . proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount.” He cited the “contemporaneous descriptions of the event” as describing “soldiers walking on the Temple Mount . . . with blood running up to their knees.” This story, Mr. Clinton said emphatically, was “still being told today in the Middle East and we are still paying for it.” This view of the crusades is not unusual. It pervades textbooks as well as popular literature. One otherwise generally reliable Western civilization textbook claims that “the Crusades fused three characteristic medieval impulses: piety, pugnacity, and greed. All three were essential.”1 The film Kingdom of Heaven (2005) depicts crusaders as boorish bigots, the best of whom were torn between remorse for their excesses and lust to continue them. Even the historical supplements for role-playing games—drawing on supposedly more reliable sources—contain statements such as “The soldiers of the First Crusade appeared basically without warning, storming into the Holy Land with the avowed—literally—task of slaughtering unbelievers”; “The Crusades were an early sort of imperialism”; and “Confrontation with Islam gave birth to a period of religious fanaticism that spawned the terrible Inquisition and the religious wars that ravaged Europe during the Elizabethan era.” The most famous semipopular historian of the crusades, Sir Steven Runciman, ended his three volumes of magnificent prose with the judgment that the crusades were “nothing more than a long act of intolerance in the name of God, which is the sin against the Holy Ghost.” The verdict seems unanimous. From presidential speeches to role-playing games, the crusades are depicted as a deplorably violent episode in which thuggish Westerners trundled off, unprovoked, to murder and pillage peace-loving, sophisticated Muslims, laying down patterns of outrageous oppression that would be repeated throughout subsequent history. In many corners of the Western world today, this view is too commonplace and apparently obvious even to be challenged. But unanimity is not a guarantee of accuracy. What everyone “knows” about the crusades may not, in fact, be true. (…)  In a.d. 632, Egypt, Palestine, Syria, Asia Minor, North Africa, Spain, France, Italy, and the islands of Sicily, Sardinia, and Corsica were all Christian territories. Inside the boundaries of the Roman Empire, which was still fully functional in the eastern Mediterranean, orthodox Christianity was the official, and overwhelmingly majority, religion. Outside those boundaries were other large Christian communities—not necessarily orthodox and Catholic, but still Christian. Most of the Christian population of Persia, for example, was Nestorian. Certainly there were many Christian communities in Arabia. By a.d. 732, a century later, Christians had lost Egypt, Palestine, Syria, North Africa, Spain, most of Asia Minor, and southern France. Italy and her associated islands were under threat, and the islands would come under Muslim rule in the next century. The Christian communities of Arabia were entirely destroyed in or shortly after 633, when Jews and Christians alike were expelled from the peninsula. Those in Persia were under severe pressure. Two-thirds of the formerly Roman Christian world was now ruled by Muslims. (…) The attacks continued, punctuated from time to time by Christian attempts to push back. Charlemagne blocked the Muslim advance in far western Europe in about a.d. 800, but Islamic forces simply shifted their focus and began to island-hop across from North Africa toward Italy and the French coast, attacking the Italian mainland by 837. A confused struggle for control of southern and central Italy continued for the rest of the ninth century and into the tenth. In the hundred years between 850 and 950, Benedictine monks were driven out of ancient monasteries, the Papal States were overrun, and Muslim pirate bases were established along the coast of northern Italy and southern France, from which attacks on the deep inland were launched. Desperate to protect victimized Christians, popes became involved in the tenth and early eleventh centuries in directing the defense of the territory around them. The surviving central secular authority in the Christian world at this time was the East Roman, or Byzantine, Empire. Having lost so much territory in the seventh and eighth centuries to sudden amputation by the Muslims, the Byzantines took a long time to gain the strength to fight back. By the mid-ninth century, they mounted a counterattack on Egypt, the first time since 645 that they had dared to come so far south. Between the 940s and the 970s, the Byzantines made great progress in recovering lost territories. Emperor John Tzimiskes retook much of Syria and part of Palestine, getting as far as Nazareth, but his armies became overextended and he had to end his campaigns by 975 without managing to retake Jerusalem itself. Sharp Muslim counterattacks followed, and the Byzantines barely managed to retain Aleppo and Antioch. The struggle continued unabated into the eleventh century. In 1009, a mentally deranged Muslim ruler destroyed the Church of the Holy Sepulchre in Jerusalem and mounted major persecutions of Christians and Jews. He was soon deposed, and by 1038 the Byzantines had negotiated the right to try to rebuild the structure, but other events were also making life difficult for Christians in the area, especially the displacement of Arab Muslim rulers by Seljuk Turks, who from 1055 on began to take control in the Middle East. This destabilized the territory and introduced new rulers (the Turks) who were not familiar even with the patchwork modus vivendi that had existed between most Arab Muslim rulers and their Christian subjects. Pilgrimages became increasingly difficult and dangerous, and western pilgrims began banding together and carrying weapons to protect themselves as they tried to make their way to Christianity’s holiest sites in Palestine: notable armed pilgrimages occurred in 1064–65 and 1087–91. (…) Desperate, the Byzantines sent appeals for help westward, directing these appeals primarily at the person they saw as the chief western authority: the pope, who, as we have seen, had already been directing Christian resistance to Muslim attacks. In the early 1070s, the pope was Gregory VII, and he immediately began plans to lead an expedition to the Byzantines’ aid. He became enmeshed in conflict with the German emperors, however (what historians call “the Investiture Controversy”), and was ultimately unable to offer meaningful help. Still, the Byzantines persisted in their appeals, and finally, in 1095, Pope Urban II realized Gregory VII’s desire, in what turned into the First Crusade. (…) Far from being unprovoked, then, the crusades actually represent the first great western Christian counterattack against Muslim attacks which had taken place continually from the inception of Islam until the eleventh century, and which continued on thereafter, mostly unabated. Three of Christianity’s five primary episcopal sees (Jerusalem, Antioch, and Alexandria) had been captured in the seventh century; both of the others (Rome and Constantinople) had been attacked in the centuries before the crusades. The latter would be captured in 1453, leaving only one of the five (Rome) in Christian hands by 1500. Rome was again threatened in the sixteenth century. This is not the absence of provocation; rather, it is a deadly and persistent threat, and one which had to be answered by forceful defense if Christendom were to survive. The crusades were simply one tool in the defensive options exercised by Christians. To put the question in perspective, one need only consider how many times Christian forces have attacked either Mecca or Medina. (…) One version of Pope Urban II’s speech at Clermont in 1095 urging French warriors to embark on what would become known as the First Crusade does note that they might “make spoil of [the enemy’s] treasures,” but this was no more than an observation on the usual way of financing war in ancient and medieval society. And Fulcher of Chartres did write in the early twelfth century that those who had been poor in the West had become rich in the East as a result of their efforts on the First Crusade, obviously suggesting that others might do likewise. But Fulcher’s statement has to be read in its context, which was a chronic and eventually fatal shortage of manpower for the defense of the crusader states. Fulcher was not being entirely deceitful when he pointed out that one might become rich as a result of crusading. But he was not being entirely straightforward either, because for most participants, crusading was ruinously expensive. (…) One of the chief reasons for the foundering of the Fourth Crusade, and its diversion to Constantinople, was the fact that it ran out of money before it had gotten properly started, and was so indebted to the Venetians that it found itself unable to keep control of its own destiny. Louis IX’s Seventh Crusade in the mid-thirteenth century cost more than six times the annual revenue of the crown. The popes resorted to ever more desperate ploys to raise money to finance crusades, from instituting the first income tax in the early thirteenth century to making a series of adjustments in the way that indulgences were handled that eventually led to the abuses condemned by Martin Luther. Even by the thirteenth century, most crusade planners assumed that it would be impossible to attract enough volunteers to make a crusade possible, and crusading became the province of kings and popes, losing its original popular character. (…) In short: very few people became rich by crusading, and their numbers were dwarfed by those who were bankrupted. Most medieval people were quite well aware of this, and did not consider crusading a way to improve their financial situations. (…) certainly there were cynics and hypocrites in the Middle Ages—beneath the obvious differences of technology and material culture, medieval people were just as human as we are, and subject to the same failings. However (…) the casualty rates on the crusades were usually very high, and many if not most crusaders left expecting not to return. At least one military historian has estimated the casualty rate for the First Crusade at an appalling 75 percent, for example. (…) It is hard to imagine a more conclusive way of proving one’s dedication to a cause than sacrificing one’s life for it, and very large numbers of crusaders did just that. But this assertion is also revealed to be false when we consider the way in which the crusades were preached. Crusaders were not drafted. Participation was voluntary, and participants had to be persuaded to go. The primary means of persuasion was the crusade sermon, and one might expect to find these sermons representing crusading as profoundly appealing. (…) In fact, the opposite is true: crusade sermons were replete with warnings that crusading brought deprivation, suffering, and often death. That this was the reality of crusading was well known anyway. (…) It worked because crusading was appealing precisely because it was a known and significant hardship, and because undertaking a crusade with the right motives was understood as an acceptable penance for sin. Far from being a materialistic enterprise, crusading was impractical in worldly terms, but valuable for one’s soul. There is no space here to explore the doctrine of penance as it developed in the late antique and medieval worlds, but suffice it to say that the willing acceptance of difficulty and suffering was viewed as a useful way to purify one’s soul (and still is, in Catholic doctrine today). Crusading was the near-supreme example of such difficult suffering, and so was an ideal and very thorough-going penance. (…) As difficult as it may be for modern people to believe, the evidence strongly suggests that most crusaders were motivated by a desire to please God, expiate their sins, and put their lives at the service of their “neighbors,” understood in the Christian sense. (…) Muslims had been attacking Christians for more than 450 years before Pope Urban declared the First Crusade. They needed no incentive to continue doing so. (…) Up until quite recently, Muslims remembered the crusades as an instance in which they had beaten back a puny western Christian attack. (…) Most of the Arabic-language historical writing on the crusades before the mid-nineteenth century was produced by Arab Christians, not Muslims, and most of that was positive. There was no Arabic word for “crusades” until that period, either, and even then the coiners of the term were, again, Arab Christians. It had not seemed important to Muslims to distinguish the crusades from other conflicts between Christianity and Islam. Nor had there been an immediate reaction to the crusades among Muslims. As Carole Hillenbrand has noted, “The Muslim response to the coming of the Crusades was initially one of apathy, compromise and preoccupation with internal problems.” By the 1130s, a Muslim counter-crusade did begin, under the leadership of the ferocious Zengi of Mosul. But it had taken some decades for the Muslim world to become concerned about Jerusalem, which is usually held in higher esteem by Muslims when it is not held by them than when it is. Action against the crusaders was often subsequently pursued as a means of uniting the Muslim world behind various aspiring conquerors, until 1291, when the Christians were expelled from the Syrian mainland. And—surprisingly to Westerners—it was not Saladin who was revered by Muslims as the great anti-Christian leader. That place of honor usually went to the more bloodthirsty, and more successful, Zengi and Baibars, or to the more public-spirited Nur al-Din. The first Muslim crusade history did not appear until 1899. By that time, the Muslim world was rediscovering the crusades—but it was rediscovering them with a twist learned from Westerners. In the modern period, there were two main European schools of thought about the crusades. One school, epitomized by people like Voltaire, Gibbon, and Sir Walter Scott, and in the twentieth century Sir Steven Runciman, saw the crusaders as crude, greedy, aggressive barbarians who attacked civilized, peace-loving Muslims to improve their own lot. The other school, more romantic and epitomized by lesser-known figures such as the French writer Joseph-François Michaud, saw the crusades as a glorious episode in a long-standing struggle in which Christian chivalry had driven back Muslim hordes. In addition, Western imperialists began to view the crusaders as predecessors, adapting their activities in a secularized way that the original crusaders would not have recognized or found very congenial. At the same time, nationalism began to take root in the Muslim world. Arab nationalists borrowed the idea of a long-standing European campaign against them from the former European school of thought—missing the fact that this was a serious mischaracterization of the crusades—and using this distorted understanding as a way to generate support for their own agendas. This remained the case until the mid-twentieth century, when, in Riley-Smith’s words, “a renewed and militant Pan-Islamism” applied the more narrow goals of the Arab nationalists to a worldwide revival of what was then called Islamic fundamentalism and is now sometimes referred to, a bit clumsily, as jihadism. This led rather seamlessly to the rise of Osama bin Laden and al-Qaeda, offering a view of the crusades so bizarre as to allow bin Laden to consider all Jews to be crusaders and the crusades to be a permanent and continuous feature of the West’s response to Islam. Bin Laden’s conception of history is a feverish fantasy. He is no more accurate in his view about the crusades than he is about the supposed perfect Islamic unity which he thinks Islam enjoyed before the baleful influence of Christianity intruded. But the irony is that he, and those millions of Muslims who accept his message, received that message originally from their perceived enemies: the West. So it was not the crusades that taught Islam to attack and hate Christians. Far from it. Those activities had preceded the crusades by a very long time, and stretch back to the inception of Islam. Rather, it was the West which taught Islam to hate the crusades. The irony is rich. (….) Let us return to President Clinton’s Georgetown speech. How much of his reference to the First Crusade was accurate? It is true that many Muslims who had surrendered and taken refuge under the banners of several of the crusader lords—an act which should have granted them quarter—were massacred by out-of-control troops. This was apparently an act of indiscipline, and the crusader lords in question are generally reported as having been extremely angry about it, since they knew it reflected badly on them. To imply—or plainly state—that this was an act desired by the entire crusader force, or that it was integral to crusading, is misleading at best. In any case, John France has put it well: “This notorious event should not be exaggerated. . . . However horrible the massacre . . . it was not far beyond what common practice of the day meted out to any place which resisted.” And given space, one could append a long and bloody list, stretching back to the seventh century, of similar actions where Muslims were the aggressors and Christians the victims. Such a list would not, however, have served Mr. Clinton’s purposes. Mr. Clinton was probably using Raymond of Aguilers when he referred to “blood running up to [the] knees” of crusaders. But the physics of such a claim are impossible, as should be apparent. Raymond was plainly both bragging and also invoking the imagery of the Old Testament and the Book of Revelation. He was not offering a factual account, and probably did not intend the statement to be taken as such. As for whether or not we are “still paying for it,” (…)This is the most serious misstatement of the whole passage. What we are paying for is not the First Crusade, but western distortions of the crusades in the nineteenth century which were taught to, and taken up by, an insufficiently critical Muslim world. The problems with Mr. Clinton’s remarks indicate the pitfalls that await those who would attempt to explicate ancient or medieval texts without adequate historical awareness, and they illustrate very well what happens when one sets out to pick through the historical record for bits—distorted or merely selectively presented—which support one’s current political agenda. This sort of abuse of history has been distressingly familiar where the crusades are concerned. But nothing is served by distorting the past for our own purposes. Or rather: a great many things may be served . . . but not the truth. Distortions and misrepresentations of the crusades will not help us understand the challenge posed to the West by a militant and resurgent Islam, and failure to understand that challenge could prove deadly. Indeed, it already has. It may take a very long time to set the record straight about the crusades. It is long past time to begin the task. Paul F. Crawford
L’historiquement correct, c’est le politiquement correct appliqué à l’histoire : ce n’est pas une lecture scientifique du passé, une tentative de le restituer tel qu’il a été, c’est une interprétation idéologique et politique du monde d’hier, visant à lui faire dire quelque chose pour les hommes d’aujourd’hui, avec les mots et les concepts d’aujourd’hui. L’historiquement correct ne cherche pas à comprendre le passé pour éclairer le présent : il part du présent pour juger le passé. Dans cet état d’esprit, l’histoire devient un écran où se projettent toutes les passions contemporaines. A l’école, à la télévision ou au café du Commerce, l’historiquement correct règne en maître, proposant une histoire tronquée, falsifiée, manipulée. Et c’est ainsi que l’on voit tous les jours traquer l’obscurantisme, l’impérialisme, le colonialisme, le racisme, l’antisémitisme, le fascisme ou le sexisme à travers les siècles, même si ces mots n’ont pas de sens hors d’un contexte précis : l’historiquement correct s’en moque, car son but n’est pas la connaissance mais la propagande. L’historiquement correct pratique l’anachronisme (les événements d’hier sont évalués selon les critères de notre époque) et porte des jugements manichéens, le Bien et le Mal étant définis selon les valeurs qui ont cours aujourd’hui. Jean Sévillia
Des croisades impérialistes. Une Inquisition sanguinaire. Une Église misogyne. Qui plus est, obscurantiste. Antimoderne. Une papauté avide de pouvoirs. Un Vatican richissime. Un Pie XII antisémite, etc. Ainsi présentée, l’histoire de l’Église catholique peut apparaître comme une succession de scandales, une litanie obsédante égrenée sur fond de l’air du temps glacial. Un faux procès qui lui serait intenté et entacherait, à la longue, sa réputation ? C’est justement pour répondre à ces supposées accusations et passer ces clichés au crible de l’analyse historique que trois livres, dont deux traductions de l’allemand et de l’anglais (États-Unis), sont sortis comme un tir groupé. Que faut-il penser de cette démarche ? Que révèle cette polémique de notre époque et de son rapport au christianisme ? Jean Sévillia, journaliste au Figaro, qui s’attache depuis des décennies à traquer dans ses livres les « contrevérités » historiques ou idéologiques, a réuni dans l’Église en procès la réponse des historiens (Tallandier) 15 historiens – parmi lesquels Martin Aurell, Jean-Christian Petitfils, Olivier Chaline, Christophe Dickès ou François Huguenin – pour répondre avec une volonté de nuance et de pondération à ce réquisitoire contre l’Église. Le maître d’oeuvre classifie ces poncifs : si l’« anachronisme » qui consiste à juger le passé avec ses propres critères est la mère de toutes les erreurs, il faut compter aussi avec le « manichéisme », qui fait fi de la complexité, le « mensonge par omission », qui ne présente qu’un pan de vérité, ou bien la fameuse « indignation sélective ». Rodney Stark, un universitaire américain, ferraille lui aussi contre les « préjugés anticatholiques » dans Faux témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques (Salvator). Ce protestant revendiqué affirme n’avoir « pas écrit ce livre pour défendre l’Église, mais pour défendre l’Histoire ». Pour lui, les aspects négatifs de son histoire ne justifient pas les « exagérations extrêmes, les fausses accusations et les fraudes évidentes ». Il répond de la même façon à une liste à la Prévert d’assertions discutables. Creusant pareillement la métaphore judiciaire, Manfred Lütz se veut lui aussi l’avocat d’un « christianisme en procès ». Dans un ouvrage (le Christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, Éditions Emmanuel) qui s’est vendu à 100.000 exemplaires outre-Rhin, il a vulgarisé les travaux d’un historien, le professeur Arnold Angenendt. Il part de l’idée que les connaissances universitaires existent déjà et qu’il suffit de les diffuser au grand public. Pour lui, ces fake news qui circulent sur le christianisme sont tout sauf anodines : elles l’ont « totalement discrédité et ébranlé jusqu’aux entrailles ». Ce sentiment qu’on ferait un mauvais procès à l’Église et aux chrétiens n’est pas nouveau : il existe même depuis les débuts du christianisme ! Plus récemment, en 2001, l’historien René Rémond, figure respectée de l’Université française, qui se qualifiait lui-même de « catholique d’ouverture », s’était ému dans un livre au large écho (le Christianisme en accusation, DDB) de la constatation d’une « culture du mépris » (moqueries, sarcasmes, condescendance…) à l’égard du catholicisme d’une nature différente du vieil anticléricalisme d’antan. Le regretté « sage de la République » avait remis le couvert en 2005 dans un second ouvrage (le Nouvel Antichristianisme, DDB). En ce début du siècle, il visait notamment un Michel Onfray qui, depuis, a tourné son talent de polémiste vers d’autres combats. En presque 20 ans, que s’est-il donc passé ? Denis Pelletier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, vient de publier une synthèse historique (les Catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin Michel) qui aide à comprendre ces glissements et ces évolutions. Par rapport à une époque où, selon l’expression de Danièle Hervieu-Léger, on stigmatisait la « ringardise catholique », il nous confie avoir constaté un « regain d’intérêt » pour cette religion qui, de nouveau, « intéresse et intrigue, émeut et scandalise ». Plusieurs événements ont favorisé ce changement de perception. D’abord, le retour visible des catholiques en politique (plutôt la frange conservatrice) avec la Manif pour tous en 2012-2013 ; ensuite, les attentats islamistes avec l’émoi provoqué par l’assassinat du père Hamel, prêtre de la paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016 ; enfin, la crise des migrants avec la mobilisation de réseaux catholiques « qu’on pensait avoir disparu du paysage ». Mais, précise l’universitaire, cet engagement de minorités et cet intérêt grandissant ne doivent pas masquer une « méconnaissance » massive de la majorité à l’égard d’un catholicisme qui, selon lui, serait presque entièrement sorti de la culture ambiante. Ce vide de la connaissance se creusant sans cesse pourrait expliquer la perméabilité de l’opinion à toutes sortes d’idées approximatives qui traînent sur le christianisme. D’autant plus que, selon Denis Pelletier, l’opinion se montre ambivalente. D’un côté, beaucoup de non-pratiquants (mais pas seulement eux) restent attachés à un catholicisme « patrimonial », comme en témoigne l’intense émotion soulevée par l’incendie de Notre-Dame de Paris ; d’un autre côté, l’opinion fait preuve d’exigence à l’égard de l’Église, jusqu’à se montrer d’autant plus sévère lorsque surviennent des scandales comme ceux des prêtres pédophiles. En France, l’anticléricalisme, toujours prêt à se réveiller, côtoierait de façon indéfectible et paradoxale l’attachement au catholicisme. Loin d’être nés du hasard, les préjugés d’aujourd’hui héritent en partie de conflits passés, parfois ravivés. Comme la Révolution française, si dramatique dans sa dimension religieuse, qui a structuré la France contemporaine. Ou comme les guerres de Religion, qui ont opposé catholiques et protestants. Par exemple, lorsque l’Espagne apparut comme la principale puissance catholique, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas décrivirent dans leur propagande les Espagnols comme des barbares fanatiques et assoiffés de sang. Avec l’image très noire qui nous est parvenue de l’Inquisition espagnole, il est resté des traces sensibles de cette ancienne confrontation. C’est la raison pour laquelle on nourrit des préjugés souvent avec bonne foi. Le protestant Rodney Stark reconnaît ainsi avoir découvert avec « stupéfaction » que l’Inquisition, selon lui, avait contenu en Espagne et en Italie la « fureur meurtrière » des bûchers de sorcières qui embrasèrent toute l’Europe des XVIe et XVIIe siècles. (…) Cette vulgate anticléricale, selon ce professeur à la Sorbonne [Dumézil] , nous l’avons héritée de Voltaire et des Lumières. Ce qui est moins connu, précise-t-il, c’est qu’au Moyen Âge les stéréotypes du « mauvais clerc » (glouton, salace, avide, sodomite…) ont été colportés par les clercs eux-mêmes dans le but moral de réformer le clergé. Mais avec les polémiques apparues au moment de la Réforme protestante, ces caricatures à usage interne se sont retournées contre l’Église elle-même. Ainsi, les clercs eux-mêmes ont créé l’anticléricalisme, créature incontrôlable qui leur a échappé. Longtemps, l’institution, pour ses adversaires, se montra coriace et, forte de ses bataillons de prêtres et de laïcs, prête à se défendre. Le « grand effondrement » de ces dernières décennies dans un pays comme la France l’a laissée dans un état de faiblesse pouvant expliquer à son égard une virulence d’autant plus intrépide qu’en face la capacité de réplique avait fléchi. Cependant, depuis le traumatisme des attentats islamistes, révélateur, peut-être, sur le moment, d’un désarroi existentiel, on observe dans la sphère publique une atténuation dans le sarcasme, qui avait pu frôler, en certaines circonstances, l’ignominieux. L’Église, si elle l’a jamais été, n’est plus une forteresse. Les chrétiens sont à découvert. Cette vulnérabilité explique pourquoi ces auteurs qui dénoncent les poncifs refusent de substituer une légende dorée à une légende noire – approche d’une autre époque. Dans l’intention en tout cas, ils réfutent l’idée d’entrer dans une démarche apologétique, souhaitent rétablir les faits, rien que les faits. Même si l’on peut discuter leur vision des événements, ils n’ont pas la tentation de construire une histoire parallèle. Ces historiens n’exonèrent pas, le cas échéant, les prélats de leurs responsabilités. Ce qui apparaît en filigrane, dans leur lecture de l’histoire de l’Église, c’est un permanent combat intérieur, révélateur aussi de notre temps. Pour preuve : le livre dirigé par Jean Sévillia se clôt sur un texte de Bernard Lecomte qui montre la résistance opposée par la curie romaine à la volonté de Joseph Ratzinger, comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis comme pape Benoît XVI, de lutter vraiment – c’est-à-dire en refusant d’enterrer les affaires – contre la pédophilie dans l’Église. (…)  En Occident, on croit connaître le christianisme alors qu’il est peut-être le plus méconnu. Il ne bénéficie pas – ou assez peu – de l’attrait de l’exotisme qui porte de nos jours les religions ou sagesses orientales. Mais ce qui compte pour les historiens de toute obédience, n’est-ce pas de porter un simple témoignage au nom de l’honnêteté intellectuelle, sans souci d’efficacité immédiate ? Par ailleurs, répondre aux idées fausses est une chose nécessaire, mais rendre compte de tout ce qui a pu être accompli de bien et de beau depuis deux millénaires, malgré les horreurs de chaque époque, en est une autre, non moins vitale. Il ne faudrait pas l’oublier. Jean-Marc Bastière

C’est la faute aux Scott, imbécile !

Anitsémitisme, persécution des païens tolérants, sombre Moyen-Age, croisades en quête de terres, butin et convertis, monstres de l’Inquisition, hérésies scientifiques, bénédiction de l’esclavage, saint autoritarisme, archaïsme économique …

Moyen-Orient berceau du judaïsme et du christianisme, présence multi-millénaire et cumulée juive et chrétienne, 450 ans d’invasions et d’occupation musulmanes y compris jusqu’à Poitiers et au sac de Rome, décennies de provocations, incinération du Saint-Sépulcre, harcèlement et violences contre un marché pourtant longtemps lucratif de pèlerins chrétiens, « guerres justes » et croisades à la fois pénitentielles et défensives aux coûts humains et matériels prohibitifs, flux financiers massifs mais presque exclusivement dans le sens Europe-Levant, massacres occasionnels mais tout à fait dans les moeurs du temps, absence de tout projet d’attaque ou d’invasion de La Mecque ou Médine …

A l’heure où après un Clinton ou un Obama …

Et tant d’autres de leurs devanciers

Le pape nous ressort d’un poème épique, nouvelle petite merveille d’équivalence morale, les conversions forcées imaginaires de musulmans par des chrétiens pour mieux faire le parallèle avec les actuels égorgements de nos amis islamistes …

Pendant que massacre après massacre en Syrie, Irak ou Iran, l’islam montre son vrai visage …

Petite remise des pendules à l’heure ….

Avec la traduction française de l’ouvrage du sociologue des religions américains Rodney Stark …

Et sa recension des dernières recherches des historiens les plus reconnus …

Sur les préjugés antichrétiens en général et anticatholiques en particulier …

Et notamment comme le rappelle Paul F. Crawford …

Sur l’incroyable ironie dont l’Histoire a le secret …

Qui veut que comme souvent ça pourrait bien être l’Occident lui-même …

Via par exemple les Scott (Walter le romancier du 19e et son émule Ridley le cinéaste du 21e) …

Et leurs innombrables fans que nous sommes …

Qui ont appris à nos actuels Ben Laden à haïr les croisades !

Histoire de l’Église : pour en finir avec les clichés

La Croix

07/11/2019

Des croisades impérialistes. Une Inquisition sanguinaire. Une Église misogyne. Qui plus est, obscurantiste. Antimoderne. Une papauté avide de pouvoirs. Un Vatican richissime. Un Pie XII antisémite, etc. Ainsi présentée, l’histoire de l’Église catholique peut apparaître comme une succession de scandales, une litanie obsédante égrenée sur fond de l’air du temps glacial. Un faux procès qui lui serait intenté et entacherait, à la longue, sa réputation ? C’est justement pour répondre à ces supposées accusations et passer ces clichés au crible de l’analyse historique que trois livres, dont deux traductions de l’allemand et de l’anglais (États-Unis), sont sortis comme un tir groupé. Que faut-il penser de cette démarche ? Que révèle cette polémique de notre époque et de son rapport au christianisme ?

Jean Sévillia, journaliste au Figaro,qui s’attache depuis des décennies à traquer dans ses livres les « contrevérités » historiques ou idéologiques, a réuni dans l’Église en procès. La réponse des historiens (Tallandier) 15 historiens – parmi lesquels Martin Aurell, Jean-Christian Petitfils, Olivier Chaline, Christophe Dickès ou François Huguenin – pour répondre avec une volonté de nuance et de pondération à ce réquisitoire contre l’Église. Le maître d’oeuvre classifie ces poncifs : si l’« anachronisme » qui consiste à juger le passé avec ses propres critères est la mère de toutes les erreurs, il faut compter aussi avec le « manichéisme », qui fait fi de la complexité, le « mensonge par omission », qui ne présente qu’un pan de vérité, ou bien la fameuse « indignation sélective ».

Rodney Stark, un universitaire américain, ferraille lui aussi contre les « préjugés anticatholiques » dans Faux témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques (Salvator). Ce protestant revendiqué affirme n’avoir « pas écrit ce livre pour défendre l’Église, mais pour défendre l’Histoire ». Pour lui, les aspects négatifs de son histoire ne justifient pas les « exagérations extrêmes, les fausses accusations et les fraudes évidentes ». Il répond de la même façon à une liste à la Prévert d’assertions discutables.

De l’anticléricalisme au mépris

Creusant pareillement la métaphore judiciaire, Manfred Lütz se veut lui aussi l’avocat d’un « christianisme en procès ». Dans un ouvrage (le Christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, Éditions Emmanuel) qui s’est vendu à 100.000 exemplaires outre-Rhin, il a vulgarisé les travaux d’un historien, le professeur Arnold Angenendt. Il part de l’idée que les connaissances universitaires existent déjà et qu’il suffit de les diffuser au grand public. Pour lui, ces fake news qui circulent sur le christianisme sont tout sauf anodines : elles l’ont « totalement discrédité et ébranlé jusqu’aux entrailles ».

Ce sentiment qu’on ferait un mauvais procès à l’Église et aux chrétiens n’est pas nouveau : il existe même depuis les débuts du christianisme ! Plus récemment, en 2001, l’historien René Rémond, figure respectée de l’Université française, qui se qualifiait lui-même de « catholique d’ouverture », s’était ému dans un livre au large écho (le Christianisme en accusation, DDB) de la constatation d’une « culture du mépris » (moqueries, sarcasmes, condescendance…) à l’égard du catholicisme d’une nature différente du vieil anticléricalisme d’antan. Le regretté « sage de la République » avait remis le couvert en 2005 dans un second ouvrage (le Nouvel Antichristianisme, DDB). En ce début du siècle, il visait notamment un Michel Onfray qui, depuis, a tourné son talent de polémiste vers d’autres combats.

En presque 20 ans, que s’est-il donc passé ? Denis Pelletier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, vient de publier une synthèse historique (les Catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin Michel) qui aide à comprendre ces glissements et ces évolutions. Par rapport à une époque où, selon l’expression de Danièle Hervieu-Léger, on stigmatisait la « ringardise catholique », il nous confie avoir constaté un « regain d’intérêt » pour cette religion qui, de nouveau, « intéresse et intrigue, émeut et scandalise ».

Plusieurs événements ont favorisé ce changement de perception. D’abord, le retour visible des catholiques en politique (plutôt la frange conservatrice) avec la Manif pour tous en 2012-2013 ; ensuite, les attentats islamistes avec l’émoi provoqué par l’assassinat du père Hamel, prêtre de la paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016 ; enfin, la crise des migrants avec la mobilisation de réseaux catholiques « qu’on pensait avoir disparu du paysage ». Mais, précise l’universitaire, cet engagement de minorités et cet intérêt grandissant ne doivent pas masquer une « méconnaissance » massive de la majorité à l’égard d’un catholicisme qui, selon lui, serait presque entièrement sorti de la culture ambiante.

Des préjugés hérités du passé

Ce vide de la connaissance se creusant sans cesse pourrait expliquer la perméabilité de l’opinion à toutes sortes d’idées approximatives qui traînent sur le christianisme. D’autant plus que, selon Denis Pelletier, l’opinion se montre ambivalente. D’un côté, beaucoup de non-pratiquants (mais pas seulement eux) restent attachés à un catholicisme « patrimonial », comme en témoigne l’intense émotion soulevée par l’incendie de Notre-Dame de Paris ; d’un autre côté, l’opinion fait preuve d’exigence à l’égard de l’Église, jusqu’à se montrer d’autant plus sévère lorsque surviennent des scandales comme ceux des prêtres pédophiles. En France, l’anticléricalisme, toujours prêt à se réveiller, côtoierait de façon indéfectible et paradoxale l’attachement au catholicisme.

Loin d’être nés du hasard, les préjugés d’aujourd’hui héritent en partie de conflits passés, parfois ravivés. Comme la Révolution française, si dramatique dans sa dimension religieuse, qui a structuré la France contemporaine. Ou comme les guerres de Religion, qui ont opposé catholiques et protestants. Par exemple, lorsque l’Espagne apparut comme la principale puissance catholique, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas décrivirent dans leur propagande les Espagnols comme des barbares fanatiques et assoiffés de sang. Avec l’image très noire qui nous est parvenue de l’Inquisition espagnole, il est resté des traces sensibles de cette ancienne confrontation.

C’est la raison pour laquelle on nourrit des préjugés souvent avec bonne foi. Le protestant Rodney Stark reconnaît ainsi avoir découvert avec « stupéfaction » que l’Inquisition, selon lui, avait contenu en Espagne et en Italie la « fureur meurtrière » des bûchers de sorcières qui embrasèrent toute l’Europe des XVIe et XVIIe siècles. Dans le Baptême de Clovis : 24 décembre 505 ?, le médiéviste Bruno Dumézil (voir encadré p. 32) trouve « plutôt pas mal » cette démarche de lutter contre les idées fausses, en tout cas d’apporter de la « nuance ». Le sens de la nuance, que Verlaine applique à l’art poétique, est aussi le maître mot des historiens.

Cette vulgate anticléricale, selon ce professeur à la Sorbonne, nous l’avons héritée de Voltaire et des Lumières. Ce qui est moins connu, précise-t-il, c’est qu’au Moyen Âge les stéréotypes du « mauvais clerc » (glouton, salace, avide, sodomite…) ont été colportés par les clercs eux-mêmes dans le but moral de réformer le clergé. Mais avec les polémiques apparues au moment de la Réforme protestante, ces caricatures à usage interne se sont retournées contre l’Église elle-même. Ainsi, les clercs eux-mêmes ont créé l’anticléricalisme, créature incontrôlable qui leur a échappé. Longtemps, l’institution, pour ses adversaires, se montra coriace et, forte de ses bataillons de prêtres et de laïcs, prête à se défendre. Le « grand effondrement » de ces dernières décennies dans un pays comme la France l&rsqu