11/9: Retour sur le Vol 93 (Let’s roll!: To the first citizen heroes of the 21st century)

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Flight93bIl n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. (…) Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. (…) S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. Jésus (Jean 15: 13-20)
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
La guerre entre les pays de l’islam et les pays chrétiens sous leurs étendards religieux respectifs dure depuis le début de l’islam, il y a plus de quatorze siècles. Le conflit a même parfois été plus dur qu’aujourd’hui. Prenez les croisades, les guerres coloniales, entre autres… Actuellement, la tendance est à tout réduire au facteur national. Mais c’est une erreur. Un exemple : le film du cinéaste égyptien Youssef Chahine sur l’expédition en Egypte de Bonaparte en 1799. Chahine nous présente les choses avec la vision nationaliste contemporaine : les Arabes qui habitaient l’Egypte se révoltèrent contre l’intrusion des étrangers. En vérité, c’était davantage une indignation de musulmans. De musulmans, plus que d’Arabes… Le fait national agissait de manière complexe, caché, mais les contemporains considéraient les événements d’un point de vue religieux : les infidèles viennent nous attaquer. (…) C’est ainsi depuis le début : l’islam fut considéré dès sa formation au VIIe siècle comme une hérésie chrétienne. Des individus sous la direction d’un faux prophète proclament des faussetés sur la nature de Dieu, les obligations des fidèles, le rôle de Jésus… (…) Quand deux mondes s’affrontent, tout joue. L’argent, le pouvoir, la foi… Quelle motivation l’emporte sur l’autre ? C’est indémêlable. Ce qui s’est passé à New York n’est pas isolable de la lutte Orient-Occident dans sa globalité. (…) Qu’est-ce que l’Occident pour les musulmans ? Un monde chrétien, donc un monde d’infidèles, d’incroyants, de gens qui disent des horreurs sur le prophète Mahomet. Ils doivent être combattus par la parole si c’est possible, et sinon, dans certaines circonstances, par le glaive. Cette haine a aussi une dimension patriotique si l’on peut dire. Tant que l’Occident ne vous dérange pas, ça va. Mais aussitôt qu’il veut ou paraît vouloir imposer ses valeurs… Au nom de ses valeurs à soi, le spectre resurgit. Aujourd’hui, on regarde les choses avec plus de modération, mais depuis une cinquantaine d’années à peine. Le concile Vatican II, en 1965, a considéré qu’il y avait des valeurs précieuses dans l’islam. Mais les papes récents ont eu beaucoup de difficulté à imposer cette version des choses. (…) Le décalage de la prospérité joue évidemment un grand rôle. Les musulmans subissent l’influence des modes et des représentations européennes, non sans humiliation. (…) Cela a commencé bien avant (la colonisation]. Dès le… VIIe siècle. Les musulmans n’en ont pas toujours conscience, mais ils se sont imposés les premiers en Europe comme concurrents, avec des aspirations dominatrices. La plupart des pays musulmans actuels étaient alors chrétiens – l’Egypte, la Syrie, la Turquie… Pendant longtemps, les musulmans ont été les plus forts, les plus riches, les plus civilisés. (…) Au bout de plusieurs siècles, par la force, mais aussi par les idées et le commerce (…) L’Occident chrétien a définitivement emporté la partie quand, à partir des années 1800, sa domination technologique a été écrasante. En fait, quand les canons et les fusils occidentaux se sont mis à tirer plus vite… Maxime Rodinson
Let’s roll ! Tom Beamer
You’ve got to turn on evil,when it’s coming after you, you’ve gotta face it down …
Neil Young (« Let’s roll, 2001)
« [Beamer’s wife Lisa] was talking about how he always used to say that (« let’s roll ») with the kids when they’d go out and do something, that it’s what he said a lot when he had a job to do. And it’s just so poignant, and there’s no more of a legendary, heroic act than what those people did. With no promise of martyrdom, no promise of any reward anywhere for this, other than just knowing that you did the right thing. And not even having a chance to think about it or plan it or do anything — just a gut reaction that was heroic and ultimately cost them all their lives. What more can you say? It was just so obvious that somebody had to write something or do something. Neil Young

IN MEMORIAM – Valerie Silver Ellis – Class of 1973 – Takoma Academy, Takoma Park, Md.

Courtière pour Cantor-Fitzgerald et ancienne camarade de classe, lâchement assassinée avec tant d’autres le 11 septembre 2001 dans l’abjecte attaque jihadiste contre le World Trade Center de New York …

Aux familles et proches des victimes, ce qui, avec la loi des 6 degrés de séparation et les plus de 90 nationalités touchées, peut faire pas mal de monde (qui n’avait en effet une ancienne camarade de classe ou une connaissance – ou connaissance de connaissance – quelque part dans ces tours infernales?) …

Comme le rappelle le WSJ, peut-on imaginer plus grand malaise en cette saison pascale (sans parler de la diarrhée verbale d’un Moussaoui) que de lire pour la première fois, dans la transcription partielle des dernières minutes du Vol 93 du 11 septembre 2001 …

Le véritable sacrilège de tous ces Allah Akhbar qui, au nom d’une totale perversion de la religion, ont précipité dans la mort près de 3 000 innocents?

Pourtant, en ces moments où le monde chrétien se remémore le sacrifice qui a démasqué tous les autres …

Cette transcription est aussi l’occasion de se souvenir et de rendre à nouveau hommage aux véritables héros de cette funeste journée  …

Ces passagers qui ont à leur tour démasqué les formes perverties du martyre et du sacrifice ainsi que de la vraie religion en choisissant eux de…

Donner leurs vies pour en sauver d’autres.

The Meaning of Moussaoui
And the lesson of the Flight 93 tape
D. Spencer Hines
The Wall Street Journal
Friday, April 14, 2006

We wonder how many Americans got the same eerie chill that we did reading the partial transcript yesterday of the final 31 minutes of United Airlines Flight 93 on September 11, 2001. Especially in this holy season of Easter and Passover, it was disturbing to read the hijackers swear fanatic allegiance to another great religion as they squeezed the life out of pleading flight attendants and pointed the jet down to smash in a Pennsylvania field.

10:00:22: Oh Allah, Oh Allah, Oh Gracious.

10:00:25 (passenger, struggling to enter cockpit): « In the cockpit. If we don’t, we’ll die. »

10:01:08 (hijacker, in Arabic): Is that it? I mean, shall we pull it down?

10:01:09: Yes, put it in it, and pull it down.

10:03:02: Allah is the greatest.

As hard as it is to hear it, this is the voice of the threat we still face. It cares only about its own fanatic goals, not about the innocents it kills or the destruction it causes. It can’t be deterred in any rational sense. But if we are to survive this ideology in an age of proliferating WMD, maybe we have to look it square in the eye.

The eye, for one, of Zacarias Moussaoui, whose trial in connection with 9/11 revealed the Flight 93 tapes. While he has tried every imaginable stunt during his long trial, the one thing Moussaoui has never shown is remorse. His only expressed regret is that he wasn’t able to ram his own plane into the White House, as he says was his plan. Reporters in the courtroom say he smiled broadly this month when former New York City Mayor Rudy Giuliani described the horrors of the 9/11 attack on the World Trade Center. Yesterday Moussaoui declared that « You [Americans] have to be subdued. We [Muslims] have to be above you. »

The further we move away from 9/11 without another domestic attack, the more tempting it is to believe that awful day was an aberration, to think that we can return to normalcy if we merely leave Iraq and the other Middle Eastern regimes to their own purposes. But the forces of radical Islam aren’t going to leave us alone merely because we decide that resisting them is too hard. The men and women on that plane weren’t soldiers overseas; they were traveling to work, or on vacation, or to their homes within the United States.

The main political difference in the U.S. today is between those who appreciate that Islamic terrorists represent an existential threat to American life and liberty and are prepared to do what it takes to defeat them, and those who think the threat is overstated and can be ameliorated or appeased. Only yesterday, al Qaeda kingpin Ayman al-Zawahiri exulted in a videotape posted on the Internet that « the enemy has begun to falter. » He’s wrong, but the transcript of Flight 93 is a reminder of our fate if we do.

Voir aussi:

The real story of flight 93
‘Let’s roll…’
Todd Beamer was a religious family man. Mark Bingham was gay, a PR executive and a keen sportsman. Cockpit recordings from 11 September now show how these two very different men became heroes of America
Ed Vulliamy in New York

The Observer, Sunday 2 December 2001
The words everywhere. They have become America’s favourite, bittersweet and articulate bumper sticker. They were used by President Bush to dispatch his bombers to the mountains and deserts of Afghanistan – but they resonate further than that. For they are also the words that closed a remarkable conversation on 11 September between a man called Todd Beamer and Lisa Jefferson, a telephone switchboard operator. The words are: ‘Let’s Roll’.Jefferson was in a suburb of Chicago, at the headquarters of the GTE phone company, when she took the call that, she now says, changed her life. Beamer, the caller, was aboard the hijacked and doomed United Airlines Flight 93 from Newark to San Francisco.

Beamer, who didn’t want to worry his pregnant wife, had called GTC, the company that provides the telephone service on United Airlines flights. He and Jefferson talked for 13 minutes, during which they recited together the Lord’s Prayer and Psalm 23 – ‘Though I walk through the valley of the shadow of death, I will fear no evil; for Thou art with me; Thy rod and Thy staff they comfort me.’

Beamer had ideas about that valley, and how many dead it should claim. For as Flight 93 was gnarled off course, he and other passengers learnt through an extraordinary series of calls they made to relatives and partners that their plane was one of a quartet turned into terrorist guided missiles. And in the hopeless claustrophobia of a tubular steel trap 30,000 feet up, they tried to defy death.

By the time Beamer dialled GTE, his aircraft had been re-routed by the terrorists towards Washington, and perhaps on course for the White House, or the Capitol.

Beamer and other passengers decided to take on the hijackers and wrest control of the plane. The recent release of tapes from the cockpit voice recorder indicates just how close they came to doing so.

In a nation hungry for heroes Todd Beamer stands out as America’s martyr – but there were other figures who played less well known but more crucial parts in the passengers’ rebellion aboard Flight 93.

Mark Bingham was last to board the plane, having arrived late and nearly missed the flight. Bingham intrigues because he does not fit the image of the all-American hero quite as neatly as Todd Beamer, a family man from rural New Jersey with a Lord’s Prayer bookmark in the Tom Clancy novel he had onboard.

Bingham was gay. He was known and loved on the San Francisco scene, a public relations executive, a graduate of Berkeley. He was a sportsman with, says former employer Holland Cartney, ‘a very sensitive, creative side’.

He has become perhaps the first openly gay, great American patriotic idol, and certainly an emblematic figure in the gay community.

A posting on the website run by Andrew Sullivan, gay former editor of the New Republic magazine, reads: ‘The media portrayal of gays (lots of it by gays themselves) is as effeminate, etc, as well as my personal experience with gays my age, most of whom seemed little interested in military service or aggressive pursuits in general… Well, as we found out last week, Mark Bingham could cut it. He’s a hero, plain and simple. I simply can’t say to myself any more that gays have no place in the military.’

Talking to The Observer last week, Bingham’s friend Hani Durzy remembered how he had once fought off a mugger with a gun. He described him as someone ‘who knew how to use his size and would get into situations without thinking about it – which used to amuse us and scare us. I think he knew himself that was not anyone’s idea of a typical gay man’.

‘He didn’t politicise his sexuality at all,’ said Bingham’s friend and roommate Per Casey. ‘It’s ironic that in death he is being celebrated for something he did not think was worth politicising. And that’s lucky for all of us, and unlucky for people who are biased against us. What he did is both inconceivable and great.’

‘My feeling is,’ says Durzy, ‘that if told he would become a gay icon he would laugh. Then he would sit back and think: « but if this is going to do some good for the gay community, then so be it – good ».’

Bingham had overslept on the morning of 11 September and the friend with whom he had been staying, Matthew Hall, drove like a lunatic to get him from Manhattan to Newark, screeching to a halt outside Terminal A at 7.40am.

Bingham sprang from the car, hauling an old blue and gold canvas duffle bag. He ran to gate 17, down the jetway, boarded the Boeing 757 and sat down in seat 4D, just behind the cockpit. Then he called Matthew on a cell phone: ‘Hey, it’s me. Thanks for driving so crazy to get me here. I’m in first class, drinking a glass of orange juice.’

Flight 93 was due to take off at 8.01am. It pulled away from the gate, but there was a delay of 41 minutes, leaving its passengers to sit and wait before setting off on what would have been a six-hour journey across the continent to San Francisco.

The crew had met an hour earlier to share out duties. LeRoy Homer’s alarm had sounded at 4.45, so that he could put on his dark blue trousers, white shirt and United jacket, to become First Officer Homer. CeeCee Lyles had recently joined United after serving as a police officer; Sandra Bradshaw had a mind to quit sometime soon, to spend more time with her children.

The pilot was Jason Dahl, who had learned to fly before he could drive. On 10 September, he had sat next to Nebraska businessman Rob McQuillen and told him that his greatest fear was landing on a wet surface.

A third of the passengers and crew were there by the slimmest of chances. Dahl had rescheduled to get home to Colorado to pick up his wife and take her to London for their wedding anniversary. Deborah Welsh had been a flight attendant for 25 years and hated early flights, but had agreed to trade shifts to oblige a colleague.

And some were travelling with death in mind: John Tagliani, retired waiter at a Manhattan steakhouse and collector of baseball memorabilia, was going to claim the body of his son, killed in a car crash while on honeymoon. Lauren Grandcolas was flying home from her grandmother’s funeral.

Christian Adams, deputy director of the German Wine Institute, had joked to colleagues over drinks at the airport Marriott Hotel that because his flight was leaving 15 minutes later than theirs, he would get some extra sleep.

Two men aboard had also stayed at the Marriott, paying cash for seven rooms and high-priced meals: Ahmed al-Haznawi, a student from Saudi Arabia, and Ziad Jarrah, from Lebanon. They sat in first class, with a colleague, ‘blending in’, as they had been trained to do.

After 41 minutes, at 8.42, UA93 groaned down runway four at Newark, light with passengers, heavy with 11,000 lbs of fuel. The view of lower Manhattan would have been a delight: the World Trade Centre towers punching their audacious glory into a blue sky. Coffee and breakfast were served.

It was at 9.30 that three men with red bandanas suddenly rushed towards the cockpit and air traffic controllers in Cleveland picked up this message: ‘Hey, get out of here!’ The end had begun. Cleveland then picked up an announcement, probably from Jarrah having flipped the wrong switch, with a message he thought he was delivering over the PA: ‘There is a bomb on board, we are meeting their demands, we are heading back to the airport.’ This, as Jarrah knew, was nonsense; the plane began to climb.

The tape recording in the cockpit is a 30-minute loop, beginning with wailing and screaming, someone pleading not to be hurt or killed.

Somebody else chokes. Shortly afterwards, both pilots were seen lying motionless on the floor just outside the first-class curtain – they had had their throats cut, according to one passenger. Within six minutes, UA Flight 93 had changed course and was heading for Washington.

Those on board, destined for destruction, relayed their final words of love and farewells over digital airwaves – and thereby into indelible technological posterity. The phone calls began, 23 from airphones, others by mobile, with passengers passing their cell phones to strangers. Through these calls those aboard UA93 learnt what was happening to America that morning.

The first terrestrial phone to ring was answered by Deena Burnett, wife of the man sitting next to Mark Bingham, Tom Burnett. ‘Are you okay?’ she asked. ‘No,’ replied Tom, ‘we’ve been hijacked. They’ve knifed a guy; there’s a bomb on board; tell the authorities, Deena.’

Bingham’s call was to his mother was strangely formal: ‘This is Mark Bingham,’ her son said. Then only: ‘I love you,’ and he hung up.

Such behaviour may seem strange, but not to Bingham’s friend and former employer Holland Carney, who sees in his economy of language the first indications of revolt aboard UA 93. ‘If I know Mark, he would not have said anything about what he intended to do. I remember him coming to work one day with a huge black eye. I asked what had happened, and he said two guys had jumped him and he had fought them off. I said that was dangerous – better to give them the money – but he would have none of it. That would have been him on the plane. He was not someone afraid to act.’

Burnett made a second call, by which time Deena was watching the World Trade Centre collapse on television. Burnett fired a fusillade of questions: ‘Are they commercial places?’

Jeremy Glick learnt the same news from his wife, Lyz, in upstate New York. ‘Is that where we’re going too?’ he asked her. ‘Unlikely,’ said Lyz, ‘there’s nothing left to crash into.’

Todd Beamer’s call to airphone operator Lisa Jefferson was, she says, a turning point in her life. ‘I will play it over and over in my mind,’ she says.

The FBI was on the other line, offering guidance. ‘I asked his name and he told me. And at that point his voice went up a little bit because he said: « We’re going down, we’re turning round. Oh I don’t know, Jesus, please help us. »‘

The two chatted about Beamer’s family; his sons Drew and David. ‘Then he said: « My wife is expecting, » so we talked.’ They discovered Jefferson and his wife shared the same Christian name. The conversation went from the sublime to the practical: ‘He wanted me to recite the Lord’s Prayer with him.’ Then came the Psalm, with – according to Jefferson — a number of other passengers now joining in, as though for a last rite.

‘Lisa! Lisa!’ shouted Beamer. ‘I’m still here, Todd,’ Jefferson said, ‘I’ll be here as long as you are.’

‘From that point,’ she says now, ‘he said he was going to have to go out on faith because they were talking about jumping the guy with the bomb. He was still holding the phone, but he was not talking to me, he was talking to someone else and I could tell he had turned away. And he said: « You ready. Okay, let’s roll. »‘

‘We’re all running to first class,’ said flight attendant Sandy Bradshaw, implying the rebellion had begun in Bingham’s compartment.

Between rows 30 and 34, the revolt had brewed along with a pot of boiling water, which Bradshaw was planning to splash into a hijacker’s face.

The hijackers had chosen their flight badly: Glick was a 6’1″ judo champion; Bingham was a rugby player; Burnett had been a college quarterback. Among the other passengers, Louis Nacke was a weightlifter and William Cashman a former paratrooper. The manual advising pilots to be careful and appease hijackers was about to be ripped up, along with the history of hijacking.

No one will ever know how the plan to attack the terrorists was hatched, except for an indication to The Observer from an analyst of the recorder that the scuffle began not at the back of the plane but at the front – where Bingham was sitting. ‘He was one of those who would have said: « This is ridiculous, let’s kick their asses, »‘ Carney says

There was talk of ‘rushing the hijackers’ – Glick, in a third call, asked Lyz if she thought it a good idea. She said she did. Deena Burnett disagreed. ‘Tom, sit down,’ she said. ‘Don’t draw attention to yourself.’ ‘If they’re going to run this plane into the ground,’ retorted her husband, ‘we’re going to do something.’

From 9.57, the cockpit recorder picks up the sounds of fighting in an aircraft losing control at 30,000 feet – the crash of trolleys, dishes being hurled and smashed. The terrorists scream at each other to hold the door against what is obviously a siege from the cabin. A passenger cries: ‘Let’s get them!’ and there is more screaming, then an apparent breach. ‘Give it to me!’ shouts a passenger, apparently about to seize the controls.

Across the green pastures of Somerset County, Pennsylvania, gawping farmers and commuters watched a plane rock and sway out of the blue and crash to earth. Lauren Grandcolas had failed to reach her husband Jack, but left him a message. There had been ‘a little problem’ with the plane, but she was ‘fine’ and ‘comfortable – for now’.

Doug Macmillan, Beamer’s best friend, has quit his job to administrate the Todd Beamer Foundation, aimed at raising funds for the children who lost parents aboard UA93. He also accompanied Lisa Beamer when she took UA93 on another day along its intended, proper route.

‘I had breakfast with him every week for the last eight years,’ says Macmillan. ‘Every Friday morning and every other Sunday night. I knew him better than most people know their family members and I want to continue that legacy, not to allow Todd’s death to be in vain, not to allow the terrorists to win. I felt a calling that I needed to do this.’

Until the morning of 11 September, heroism was something that America watched in movies or read about in books. Now the country yearns for heroes, and it has them in abundance. That Bingham, Beamer, Burnett and the others saved hundreds of lives is the reason that they have become emblems of heroism.

But the richness and appeal of their story lies in the fact that they so narrowly failed to save themselves. As Carney says: ‘I can so much more easily imagine Mark bouncing out of the wreckage of the plane punching a high five and saying: « we did the bastards ».’

Voir également, à titre de comparaison (et désolé de gâcher ainsi cet hommage aux véritables héros du 11/9), l’ignoble et obscène commentaire qu’en avait fait deux mois plus tard l’un de nos soi-disant « philosophes »:

L’esprit du terrorisme
Jean Baudrillard
Le Monde
Le 03.11.01

Des événement mondiaux, nous en avions eu, de la mort de Diana au Mondial de football – ou des événements violents et réels, de guerres en génocides. Mais d’événement symbolique d’envergure mondiale, c’est-à-dire non seulement de diffusion mondiale, mais qui mette en échec la mondialisation elle-même, aucun. Tout au long de cette stagnation des années 1990, c’était la « grève des événements » (selon le mot de l’écrivain argentin Macedonio Fernandez). Eh bien, la grève est terminée. Les événements ont cessé de faire grève. Nous avons même affaire, avec les attentats de New York et du World Trade Center, à l’événement absolu, la « mère » des événements, à l’événement pur qui concentre en lui tous les événements qui n’ont jamais eu lieu.

Tout le jeu de l’histoire et de la puissance en est bouleversé, mais aussi les conditions de l’analyse. Il faut prendre son temps. Car tant que les événements stagnaient, il fallait anticiper et aller plus vite qu’eux. Lorsqu’ils accélèrent à ce point, il faut aller plus lentement. Sans pourtant se laisser ensevelir sous le fatras de discours et le nuage de la guerre, et tout en gardant intacte la fulgurance inoubliable des images.

Tous les discours et les commentaires trahissent une gigantesque abréaction à l’événement même et à la fascination qu’il exerce. La condamnation morale, l’union sacrée contre le terrorisme sont à la mesure de la jubilation prodigieuse de voir détruire cette superpuissance mondiale, mieux, de la voir en quelque sorte se détruire elle-même, se suicider en beauté. Car c’est elle qui, de par son insupportable puissance, a fomenté toute cette violence infuse de par le monde, et donc cette imagination terroriste (sans le savoir) qui nous habite tous.

Que nous ayons rêvé de cet événement, que tout le monde sans exception en ait rêvé, parce que nul ne peut ne pas rêver de la destruction de n’importe quelle puissance devenue à ce point hégémonique, cela est inacceptable pour la conscience morale occidentale, mais c’est pourtant un fait, et qui se mesure justement à la violence pathétique de tous les discours qui veulent l’effacer.

A la limite, c’est eux qui l’ont fait, mais c’est nous qui l’avons voulu. Si l’on ne tient pas compte de cela, l’événement perd toute dimension symbolique, c’est un accident pur, un acte purement arbitraire, la fantasmagorie meurtrière de quelques fanatiques, qu’il suffirait alors de supprimer. Or nous savons bien qu’il n’en est pas ainsi. De là tout le délire contre-phobique d’exorcisme du mal : c’est qu’il est là, partout, tel un obscur objet de désir. Sans cette complicité profonde, l’événement n’aurait pas le retentissement qu’il a eu, et dans leur stratégie symbolique, les terroristes savent sans doute qu’ils peuvent compter sur cette complicité inavouable.

Cela dépasse de loin la haine de la puissance mondiale dominante chez les déshérités et les exploités, chez ceux qui sont tombés du mauvais côté de l’ordre mondial. Ce malin désir est au coeur même de ceux qui en partagent les bénéfices. L’allergie à tout ordre définitif, à toute puissance définitive est heureusement universelle, et les deux tours du World Trade Center incarnaient parfaitement, dans leur gémellité justement, cet ordre définitif.

Pas besoin d’une pulsion de mort ou de destruction, ni même d’effet pervers. C’est très logiquement, et inexorablement, que la montée en puissance de la puissance exacerbe la volonté de la détruire. Et elle est complice de sa propre destruction. Quand les deux tours se sont effondrées, on avait l’impression qu’elles répondaient au suicide des avions-suicides par leur propre suicide. On a dit : « Dieu même ne peut se déclarer la guerre. » Eh bien si. L’Occident, en position de Dieu (de toute-puissance divine et de légitimité morale absolue) devient suicidaire et se déclare la guerre à lui-même.

Les innombrables films-catastrophes témoignent de ce phantasme, qu’ils conjurent évidemment par l’image en noyant tout cela sous les effets spéciaux. Mais l’attraction universelle qu’ils exercent, à l’égal de la pornographie, montre que le passage à l’acte est toujours proche – la velléité de dénégation de tout système étant d’autant plus forte qu’il se rapproche de la perfection ou de la toute-puissance.

Il est d’ailleurs vraisemblable que les terroristes (pas plus que les experts !) n’avaient prévu l’effondrement des Twin Towers, qui fut, bien plus que le Pentagone, le choc symbolique le plus fort. L’effondrement symbolique de tout un système s’est fait par une complicité imprévisible, comme si, en s’effondrant d’elles-mêmes, en se suicidant, les tours étaient entrées dans le jeu pour parachever l’événement.

Dans un sens, c’est le système entier qui, par sa fragilité interne, prête main-forte à l’action initiale. Plus le système se concentre mondialement, ne constituant à la limite qu’un seul réseau, plus il devient vulnérable en un seul point (déjà un seul petit hacker philippin avait réussi, du fond de son ordinateur portable, à lancer le virus I love you , qui avait fait le tour du monde en dévastant des réseaux entiers). Ici, ce sont dix-huit kamikazes qui, grâce à l’arme absolue de la mort, multipliée par l’efficience technologique, déclenchent un processus catastrophique global.

Quand la situation est ainsi monopolisée par la puissance mondiale, quand on a affaire à cette formidable condensation de toutes les fonctions par la machinerie technocratique et la pensée unique, quelle autre voie y a-t-il qu’un transfert terroriste de situation ? C’est le système lui-même qui a créé les conditions objectives de cette rétorsion brutale. En ramassant pour lui toutes les cartes, il force l’Autre à changer les règles du jeu. Et les nouvelles règles sont féroces, parce que l’enjeu est féroce. A un système dont l’excès de puissance même pose un défi insoluble, les terroristes répondent par un acte définitif dont l’échange lui aussi est impossible. Le terrorisme est l’acte qui restitue une singularité irréductible au coeur d’un système d’échange généralisé. Toutes les singularités (les espèces, les individus, les cultures) qui ont payé de leur mort l’installation d’une circulation mondiale régie par une seule puissance se vengent aujourd’hui par ce transfert terroriste de situation.

Terreur contre terreur – il n’y a plus d’idéologie derrière tout cela. On est désormais loin au-delà de l’idéologie et du politique. L’énergie qui alimente la terreur, aucune idéologie, aucune cause, pas même islamique, ne peut en rendre compte. Ça ne vise même plus à transformer le monde, ça vise (comme les hérésies en leur temps) à le radicaliser par le sacrifice, alors que le système vise à le réaliser par la force.

Le terrorisme, comme les virus, est partout. Il y a une perfusion mondiale du terrorisme, qui est comme l’ombre portée de tout système de domination, prêt partout à se réveiller comme un agent double. Il n’y a plus de ligne de démarcation qui permette de le cerner, il est au coeur même de cette culture qui le combat, et la fracture visible (et la haine) qui oppose sur le plan mondial les exploités et les sous-développés au monde occidental rejoint secrètement la fracture interne au système dominant. Celui-ci peut faire front à tout antagonisme visible. Mais l’autre, de structure virale – comme si tout appareil de domination sécrétait son antidispositif, son propre ferment de disparition -, contre cette forme de réversion presque automatique de sa propre puissance, le système ne peut rien. Et le terrorisme est l’onde de choc de cette réversion silencieuse.

Ce n’est donc pas un choc de civilisations ni de religions, et cela dépasse de loin l’islam et l’Amérique, sur lesquels on tente de focaliser le conflit pour se donner l’illusion d’un affrontement visible et d’une solution de force. Il s’agit bien d’un antagonisme fondamental, mais qui désigne, à travers le spectre de l’Amérique (qui est peut-être l’épicentre, mais pas du tout l’incarnation de la mondialisation à elle seule) et à travers le spectre de l’islam (qui lui non plus n’est pas l’incarnation du terrorisme), la mondialisation triomphante aux prises avec elle-même. Dans ce sens, on peut bien parler d’une guerre mondiale, non pas la troisième, mais la quatrième et la seule véritablement mondiale, puisqu’elle a pour enjeu la mondialisation elle-même. Les deux premières guerres mondiales répondaient à l’image classique de la guerre. La première a mis fin à la suprématie de l’Europe et de l’ère coloniale. La deuxième a mis fin au nazisme. La troisième, qui a bien eu lieu, sous forme de guerre froide et de dissuasion, a mis fin au communisme. De l’une à l’autre, on est allé chaque fois plus loin vers un ordre mondial unique. Aujourd’hui celui-ci, virtuellement parvenu à son terme, se trouve aux prises avec les forces antagonistes partout diffuses au coeur même du mondial, dans toutes les convulsions actuelles. Guerre fractale de toutes les cellules, de toutes les singularités qui se révoltent sous forme d’anticorps. Affrontement tellement insaisissable qu’il faut de temps en temps sauver l’idée de la guerre par des mises en scène spectaculaires, telles que celles du Golfe ou aujourd’hui celle d’Afghanistan. Mais la quatrième guerre mondiale est ailleurs. Elle est ce qui hante tout ordre mondial, toute domination hégémonique – si l’islam dominait le monde, le terrorisme se lèverait contre l’Islam. Car c’est le monde lui-même qui résiste à la mondialisation.

Le terrorisme est immoral. L’événement du World Trade Center, ce défi symbolique, est immoral, et il répond à une mondialisation qui est elle-même immorale. Alors soyons nous-même immoral et, si on veut y comprendre quelque chose, allons voir un peu au-delà du Bien et du Mal. Pour une fois qu’on a un événement qui défie non seulement la morale mais toute forme d’interprétation, essayons d’avoir l’intelligence du Mal. Le point crucial est là justement : dans le contresens total de la philosophie occidentale, celle des Lumières, quant au rapport du Bien et du Mal. Nous croyons naïvement que le progrès du Bien, sa montée en puissance dans tous les domaines (sciences, techniques, démocratie, droits de l’homme) correspond à une défaite du Mal. Personne ne semble avoir compris que le Bien et le Mal montent en puissance en même temps, et selon le même mouvement. Le triomphe de l’un n’entraîne pas l’effacement de l’autre, bien au contraire. On considère le Mal, métaphysiquement, comme une bavure accidentelle, mais cet axiome, d’où découlent toutes les formes manichéennes de lutte du Bien contre le Mal, est illusoire. Le Bien ne réduit pas le Mal, ni l’inverse d’ailleurs : ils sont à la fois irréductibles l’un à l’autre et leur relation est inextricable. Au fond, le Bien ne pourrait faire échec au Mal qu’en renonçant à être le Bien, puisque, en s’appropriant le monopole mondial de la puissance, il entraîne par là même un retour de flamme d’une violence proportionnelle.

Dans l’univers traditionnel, il y avait encore une balance du Bien et du Mal, selon une relation dialectique qui assurait vaille que vaille la tension et l’équilibre de l’univers moral – un peu comme dans la guerre froide le face-à-face des deux puissances assurait l’équilibre de la terreur. Donc pas de suprématie de l’un sur l’autre. Cette balance est rompue à partir du moment où il y a extrapolation totale du Bien (hégémonie du positif sur n’importe quelle forme de négativité, exclusion de la mort, de toute force adverse en puissance – triomphe des valeurs du Bien sur toute la ligne). A partir de là, l’équilibre est rompu, et c’est comme si le Mal reprenait alors une autonomie invisible, se développant désormais d’une façon exponentielle.

Toutes proportions gardées, c’est un peu ce qui s’est produit dans l’ordre politique avec l’effacement du communisme et le triomphe mondial de la puissance libérale : c’est alors que surgit un ennemi fantomatique, perfusant sur toute la planète, filtrant de partout comme un virus, surgissant de tous les interstices de la puissance. L’islam. Mais l’islam n’est que le front mouvant de cristallisation de cet antagonisme. Cet antagonisme est partout, et il est en chacun de nous. Donc, terreur contre terreur. Mais terreur asymétrique. Et c’est cette asymétrie qui laisse la toute-puissance mondiale complètement désarmée. Aux prises avec elle-même, elle ne peut que s’enfoncer dans sa propre logique de rapports de forces, sans pouvoir jouer sur le terrain du défi symbolique et de la mort, dont elle n’a plus aucune idée puisqu’elle l’a rayé de sa propre culture.

Jusqu’ici, cette puissance intégrante a largement réussi à absorber et à résorber toute crise, toute négativité, créant par là même une situation foncièrement désespérante (non seulement pour les damnés de la terre, mais pour les nantis et les privilégiés aussi, dans leur confort radical). L’événement fondamental, c’est que les terroristes ont cessé de se suicider en pure perte, c’est qu’ils mettent en jeu leur propre mort de façon offensive et efficace, selon une intuition stratégique qui est tout simplement celle de l’immense fragilité de l’adversaire, celle d’un système arrivé à sa quasi perfection, et du coup vulnérable à la moindre étincelle. Ils ont réussi à faire de leur propre mort une arme absolue contre un système qui vit de l’exclusion de la mort, dont l’idéal est celui du zéro mort. Tout système à zéro mort est un système à somme nulle. Et tous les moyens de dissuasion et de destruction ne peuvent rien contre un ennemi qui a déjà fait de sa mort une arme contre-offensive. « Qu’importe les bombardements américains ! Nos hommes ont autant envie de mourir que les Américains de vivre ! » D’où l’inéquivalence des 7 000 morts infligés d’un seul coup à un système zéro mort.

Ainsi donc, ici, tout se joue sur la mort, non seulement par l’irruption brutale de la mort en direct, en temps réel mais par l’irruption d’une mort bien plus que réelle : symbolique et sacrificielle – c’est-à-dire l’événement absolu et sans appel.

Tel est l’esprit du terrorisme.

Ne jamais attaquer le système en termes de rapports de forces. Ça, c’est l’imaginaire (révolutionnaire) qu’impose le système lui-même, qui ne survit que d’amener sans cesse ceux qui l’attaquent à se battre sur le terrain de la réalité, qui est pour toujours le sien. Mais déplacer la lutte dans la sphère symbolique, où la règle est celle du défi, de la réversion, de la surenchère. Telle qu’à la mort il ne puisse être répondu que par une mort égale ou supérieure. Défier le système par un don auquel il ne peut pas répondre sinon par sa propre mort et son propre effondrement.

L’hypothèse terroriste, c’est que le système lui-même se suicide en réponse aux défis multiples de la mort et du suicide. Car ni le système ni le pouvoir n’échappent eux-mêmes à l’obligation symbolique – et c’est sur ce piège que repose la seule chance de leur catastrophe. Dans ce cycle vertigineux de l’échange impossible de la mort, celle du terroriste est un point infinitésimal, mais qui provoque une aspiration, un vide, une convection gigantesques. Autour de ce point infime, tout le système, celui du réel et de la puissance, se densifie, se tétanise, se ramasse sur lui-même et s’abîme dans sa propre surefficacité.

La tactique du modèle terroriste est de provoquer un excès de réalité et de faire s’effondrer le système sous cet excès de réalité. Toute la dérision de la situation en même temps que la violence mobilisée du pouvoir se retournent contre lui, car les actes terroristes sont à la fois le miroir exorbitant de sa propre violence et le modèle d’une violence symbolique qui lui est interdite, de la seule violence qu’il ne puisse exercer : celle de sa propre mort.

C’est pourquoi toute la puissance visible ne peut rien contre la mort infime, mais symbolique, de quelques individus.

Il faut se rendre à l’évidence qu’est né un terrorisme nouveau, une forme d’action nouvelle qui joue le jeu et s’approprie les règles du jeu pour mieux le perturber. Non seulement ces gens-là ne luttent pas à armes égales, puisqu’ils mettent en jeu leur propre mort, à laquelle il n’y a pas de réponse possible ( « ce sont des lâches » ), mais ils se sont approprié toutes les armes de la puissance dominante. L’argent et la spéculation boursière, les technologies informatiques et aéronautiques, la dimension spectaculaire et les réseaux médiatiques : ils ont tout assimilé de la modernité et de la mondialité, sans changer de cap, qui est de la détruire.

Comble de ruse, ils ont même utilisé la banalité de la vie quotidienne américaine comme masque et double jeu. Dormant dans leurs banlieues, lisant et étudiant en famille, avant de se réveiller d’un jour à l’autre comme des bombes à retardement. La maîtrise sans faille de cette clandestinité est presque aussi terroriste que l’acte spectaculaire du 11 septembre. Car elle jette la suspicion sur n’importe quel individu : n’importe quel être inoffensif n’est-il pas un terroriste en puissance ? Si ceux-là ont pu passer inaperçus, alors chacun de nous est un criminel inaperçu (chaque avion devient lui aussi suspect), et au fond c’est peut-être vrai. Cela correspond peut-être bien à une forme inconsciente de criminalité potentielle, masquée, et soigneusement refoulée, mais toujours susceptible, sinon de resurgir, du moins de vibrer secrètement au spectacle du Mal. Ainsi l’événement se ramifie jusque dans le détail – source d’un terrorisme mental plus subtil encore.

La différence radicale, c’est que les terroristes, tout en disposant des armes qui sont celles du système, disposent en plus d’une arme fatale : leur propre mort. S’ils se contentaient de combattre le système avec ses propres armes, ils seraient immédiatement éliminés. S’ils ne lui opposaient que leur propre mort, ils disparaîtraient tout aussi vite dans un sacrifice inutile – ce que le terrorisme a presque toujours fait jusqu’ici (ainsi les attentats-suicides palestiniens) et pour quoi il était voué à l’échec.

Tout change dès lors qu’ils conjuguent tous les moyens modernes disponibles avec cette arme hautement symbolique. Celle-ci multiplie à l’infini le potentiel destructeur. C’est cette multiplication des facteurs (qui nous semblent à nous inconciliables) qui leur donne une telle supériorité. La stratégie du zéro mort, par contre, celle de la guerre « propre », technologique, passe précisément à côté de cette transfiguration de la puissance « réelle » par la puissance symbolique.

La réussite prodigieuse d’un tel attentat fait problème, et pour y comprendre quelque chose il faut s’arracher à notre optique occidentale pour voir ce qui se passe dans leur organisation et dans la tête des terroristes. Une telle efficacité supposerait chez nous un maximum de calcul, de rationalité, que nous avons du mal à imaginer chez les autres. Et même dans ce cas, il y aurait toujours eu, comme dans n’importe quelle organisation rationnelle ou service secret, des fuites et des bavures.

Donc le secret d’une telle réussite est ailleurs. La différence est qu’il ne s’agit pas, chez eux, d’un contrat de travail, mais d’un pacte et d’une obligation sacrificielle. Une telle obligation est à l’abri de toute défection et de toute corruption. Le miracle est de s’être adapté au réseau mondial, au protocole technique, sans rien perdre de cette complicité à la vie et à la mort. A l’inverse du contrat, le pacte ne lie pas des individus – même leur « suicide » n’est pas de l’héroïsme individuel, c’est un acte sacrificiel collectif scellé par une exigence idéale. Et c’est la conjugaison de deux dispositifs, celui d’une structure opérationnelle et d’un pacte symbolique, qui a rendu possible un acte d’une telle démesure.

Nous n’avons plus aucune idée de ce qu’est un calcul symbolique, comme dans le poker ou le potlatch : enjeu minimal, résultat maximal. Exactement ce qu’ont obtenu les terroristes dans l’attentat de Manhattan, qui illustrerait assez bien la théorie du chaos : un choc initial provoquant des conséquences incalculables, alors que le déploiement gigantesque des Américains (« Tempête du désert ») n’obtient que des effets dérisoires – l’ouragan finissant pour ainsi dire dans un battement d’ailes de papillon.

Le terrorisme suicidaire était un terrorisme de pauvres, celui-ci est un terrorisme de riches. Et c’est cela qui nous fait particulièrement peur : c’est qu’ils sont devenus riches (ils en ont tous les moyens) sans cesser de vouloir nous perdre. Certes, selon notre système de valeurs, ils trichent : ce n’est pas de jeu de mettre en jeu sa propre mort. Mais ils n’en ont cure, et les nouvelles règles du jeu ne nous appartiennent plus.

Tout est bon pour déconsidérer leurs actes. Ainsi les traiter de « suicidaires » et de « martyrs ». Pour ajouter aussitôt que le martyre ne prouve rien, qu’il n’a rien à voir avec la vérité, qu’il est même (en citant Nietzsche) l’ennemi numéro un de la vérité. Certes, leur mort ne prouve rien, mais il n’y a rien à prouver dans un système où la vérité elle-même est insaisissable – ou bien est-ce nous qui prétendons la détenir ? D’autre part, cet argument hautement moral se renverse. Si le martyre volontaire des kamikazes ne prouve rien, alors le martyre involontaire des victimes de l’attentat ne prouve rien non plus, et il y a quelque chose d’inconvenant et d’obscène à en faire un argument moral (cela ne préjuge en rien leur souffrance et leur mort).

Autre argument de mauvaise foi : ces terroristes échangent leur mort contre une place au paradis. Leur acte n’est pas gratuit, donc il n’est pas authentique. Il ne serait gratuit que s’ils ne croyaient pas en Dieu, que si la mort était sans espoir, comme elle l’est pour nous (pourtant les martyrs chrétiens n’escomptaient rien d’autre que cette équivalence sublime). Donc, là encore, ils ne luttent pas à armes égales, puisqu’ils ont droit au salut, dont nous ne pouvons même plus entretenir l’espoir. Ainsi faisons-nous le deuil de notre mort, alors qu’eux peuvent en faire un enjeu de très haute définition.

Au fond, tout cela, la cause, la preuve, la vérité, la récompense, la fin et les moyens, c’est une forme de calcul typiquement occidental. Même la mort, nous l’évaluons en taux d’intérêt, en termes de rapport qualité/prix. Calcul économique qui est un calcul de pauvres et qui n’ont même plus le courage d’y mettre le prix.

Que peut-il se passer – hors la guerre, qui n’est elle-même qu’un écran de protection conventionnel ? On parle de bioterrorisme, de guerre bactériologique, ou de terrorisme nucléaire. Mais rien de tout cela n’est de l’ordre du défi symbolique, mais bien de l’anéantissement sans phrase, sans gloire, sans risque, de l’ordre de la solution finale.

Or c’est un contresens de voir dans l’action terroriste une logique purement destructrice. Il me semble que leur propre mort est inséparable de leur action (c’est justement ce qui en fait un acte symbolique), et non pas du tout l’élimination impersonnelle de l’autre. Tout est dans le défi et dans le duel, c’est-à-dire encore dans une relation duelle, personnelle, avec la puissance adverse. C’est elle qui vous a humiliés, c’est elle qui doit être humiliée. Et non pas simplement exterminée. Il faut lui faire perdre la face. Et cela on ne l’obtient jamais par la force pure et par la suppression de l’autre. Celui-ci doit être visé et meurtri en pleine adversité. En dehors du pacte qui lie les terroristes entre eux, il y a quelque chose d’un pacte duel avec l’adversaire. C’est donc exactement le contraire de la lâcheté dont on les accuse, et c’est exactement le contraire de ce que font par exemple les Américains dans la guerre du Golfe (et qu’ils sont en train de reprendre en Afghanistan) : cible invisible, liquidation opérationnelle.

De toutes ces péripéties nous gardons par-dessus tout la vision des images. Et nous devons garder cette prégnance des images, et leur fascination, car elles sont, qu’on le veuille ou non, notre scène primitive. Et les événements de New York auront, en même temps qu’ils ont radicalisé la situation mondiale, radicalisé le rapport de l’image à la réalité. Alors qu’on avait affaire à une profusion ininterrompue d’images banales et à un flot ininterrompu d’événements bidon, l’acte terroriste de New York ressuscite à la fois l’image et l’événement.

Entre autres armes du système qu’ils ont retournées contre lui, les terroristes ont exploité le temps réel des images, leur diffusion mondiale instantanée. Ils se la sont appropriée au même titre que la spéculation boursière, l’information électronique ou la circulation aérienne. Le rôle de l’image est hautement ambigu. Car en même temps qu’elle exalte l’événement, elle le prend en otage. Elle joue comme multiplication à l’infini, et en même temps comme diversion et neutralisation (ce fut déjà ainsi pour les événements de 1968). Ce qu’on oublie toujours quand on parle du « danger » des médias. L’image consomme l’événement, au sens où elle l’absorbe et le donne à consommer. Certes elle lui donne un impact inédit jusqu’ici, mais en tant qu’événement-image.

Qu’en est-il alors de l’événement réel, si partout l’image, la fiction, le virtuel perfusent dans la réalité ? Dans le cas présent, on a cru voir (avec un certain soulagement peut-être) une résurgence du réel et de la violence du réel dans un univers prétendument virtuel. « Finies toutes vos histoires de virtuel – ça, c’est du réel ! » De même, on a pu y voir une résurrection de l’histoire au-delà de sa fin annoncée. Mais la réalité dépasse-t-elle vraiment la fiction ? Si elle semble le faire, c’est qu’elle en a absorbé l’énergie, et qu’elle est elle-même devenue fiction. On pourrait presque dire que la réalité est jalouse de la fiction, que le réel est jaloux de l’image… C’est une sorte de duel entre eux, à qui sera le plus inimaginable.

L’effondrement des tours du Wold Trade Center est inimaginable, mais cela ne suffit pas à en faire un événement réel. Un surcroît de violence ne suffit pas à ouvrir sur la réalité. Car la réalité est un principe, et c’est ce principe qui est perdu. Réel et fiction sont inextricables, et la fascination de l’attentat est d’abord celle de l’image (les conséquences à la fois jubilatoires et catastrophiques en sont elles-mêmes largement imaginaires).

Dans ce cas donc, le réel s’ajoute à l’image comme une prime de terreur, comme un frisson en plus. Non seulement c’est terrifiant, mais en plus c’est réel. Plutôt que la violence du réel soit là d’abord, et que s’y ajoute le frisson de l’image, l’image est là d’abord, et il s’y ajoute le frisson du réel. Quelque chose comme une fiction de plus, une fiction dépassant la fiction. Ballard (après Borges) parlait ainsi de réinventer le réel comme l’ultime, et la plus redoutable fiction.

Cette violence terroriste n’est donc pas un retour de flamme de la réalité, pas plus que celui de l’histoire. Cette violence terroriste n’est pas « réelle ». Elle est pire, dans un sens : elle est symbolique. La violence en soi peut être parfaitement banale et inoffensive. Seule la violence symbolique est génératrice de singularité. Et dans cet événement singulier, dans ce film catastrophe de Manhattan se conjuguent au plus haut point les deux éléments de fascination de masse du XXe siècle : la magie blanche du cinéma, et la magie noire du terrorisme. La lumière blanche de l’image, et la lumière noire du terrorisme.

On cherche après coup à lui imposer n’importe quel sens, à lui trouver n’importe quelle interprétation. Mais il n’y en a pas, et c’est la radicalité du spectacle, la brutalité du spectacle qui seule est originale et irréductible. Le spectacle du terrorisme impose le terrorisme du spectacle. Et contre cette fascination immorale (même si elle déclenche une réaction morale universelle) l’ordre politique ne peut rien. C’est notre théâtre de la cruauté à nous, le seul qui nous reste – extraordinaire en ceci qu’il réunit le plus haut point du spectaculaire et le plus haut point du défi. C’est en même temps le micro-modèle fulgurant d’un noyau de violence réelle avec chambre d’écho maximale – donc la forme la plus pure du spectaculaire – et un modèle sacrificiel qui oppose à l’ordre historique et politique la forme symbolique la plus pure du défi.

N’importe quelle tuerie leur serait pardonnée, si elle avait un sens, si elle pouvait s’interpréter comme violence historique – tel est l’axiome moral de la bonne violence. N’importe quelle violence leur serait pardonnée, si elle n’était pas relayée par les médias ( « Le terrorisme ne serait rien sans les médias » ). Mais tout ceci est illusoire. Il n’y a pas de bon usage des médias, les médias font partie de l’événement, ils font partie de la terreur, et ils jouent dans l’un ou l’autre sens.

L’acte répressif parcourt la même spirale imprévisible que l’acte terroriste, nul ne sait où il va s’arrêter, et les retournements qui vont s’ensuivre. Pas de distinction possible, au niveau des images et de l’information, entre le spectaculaire et le symbolique, pas de distinction possible entre le « crime » et la répression. Et c’est ce déchaînement incontrôlable de la réversibilité qui est la véritable victoire du terrorisme. Victoire visible dans les ramifications et infiltrations souterraines de l’événement – non seulement dans la récession directe, économique, politique, boursière et financière, de l’ensemble du système, et dans la récession morale et psychologique qui en résulte, mais dans la récession du système de valeurs, de toute l’idéologie de liberté, de libre circulation, etc., qui faisait la fierté du monde occidental, et dont il se prévaut pour exercer son emprise sur le reste du monde.

Au point que l’idée de liberté, idée neuve et récente, est déjà en train de s’effacer des moeurs et des consciences, et que la mondialisation libérale est en train de se réaliser sous la forme exactement inverse : celle d’une mondialisation policière, d’un contrôle total, d’une terreur sécuritaire. La dérégulation finit dans un maximum de contraintes et de restrictions équivalant à celle d’une société fondamentaliste.

Fléchissement de la production, de la consommation, de la spéculation, de la croissance (mais certainement pas de la corruption !) : tout se passe comme si le système mondial opérait un repli stratégique, une révision déchirante de ses valeurs – en réaction défensive semble-t-il à l’impact du terrorisme, mais répondant au fond à ses injonctions secrètes – régulation forcée issue du désordre absolu, mais qu’il s’impose à lui-même, intériorisant en quelque sorte sa propre défaite.

Un autre aspect de la victoire des terroristes, c’est que toutes les autres formes de violence et de déstabilisation de l’ordre jouent en sa faveur : terrorisme informatique, terrorisme biologique, terrorisme de l’anthrax et de la rumeur, tout est imputé à Ben Laden. Il pourrait même revendiquer à son actif les catastrophes naturelles. Toutes les formes de désorganisation et de circulation perverse lui profitent. La structure même de l’échange mondial généralisé joue en faveur de l’échange impossible. C’est comme une écriture automatique du terrorisme, réalimentée par le terrorisme involontaire de l’information. Avec toutes les conséquences paniques qui en résultent : si, dans toute cette histoire d’anthrax, l’intoxication joue d’elle-même par cristallisation instantanée, comme une solution chimique au simple contact d’une molécule, c’est que tout le système a atteint une masse critique qui le rend vulnérable à n’importe quelle agression.

Il n’y a pas de solution à cette situation extrême, surtout pas la guerre, qui n’offre qu’une situation de déjà-vu, avec le même déluge de forces militaires, d’information fantôme, de matraquages inutiles, de discours fourbes et pathétiques, de déploiement technologique et d’intoxication. Bref, comme la guerre du Golfe, un non-événement, un événement qui n’a pas vraiment lieu.

C’est d’ailleurs là sa raison d’être : substituer à un véritable et formidable événement, unique et imprévisible, un pseudo-événement répétitif et déjà vu. L’attentat terroriste correspondait à une précession de l’événement sur tous les modèles d’interprétation, alors que cette guerre bêtement militaire et technologique correspond à l’inverse à une précession du modèle sur l’événement, donc à un enjeu factice et à un non-lieu. La guerre comme prolongement de l’absence de politique par d’autres moyens.

Voir encore, autre sommet de l’abjection, celui du compositeur alemand Stockhausen qui quelques jours plus tard qualifiait lui aussi l’attaque du WTC de:

« greatest work of art there has ever been »

« That minds could achieve something in one act, which we in music cannot even dream of, that people rehearse like crazy for ten years, totally fanatically for one concert, and then die. This is the greatest possible work of art in the entire cosmos. Imagine what happened there. There are people who are so concentrated on one performance, and then 5000 people are chased into the Afterlife, in one moment. This I could not do. Compared to this, we are nothing as composers… Imagine this, that I could create a work of art now and you all were not only surprised, but you would fall down immediately, you would be dead and you would be reborn, because it is simply too insane. Some artists also try to cross the boundaries of what could ever be possible or imagined, to wake us up, to open another world for us. »

Traduction:

« Que des cerveaux puissent réaliser quelque chose en un seul acte, dont nous en musique ne puissions même pas rêver, que des gens répètent comme des fous pendant dix années, totalement fanatiquement pour un seul concert, et puis meurent. C’est la plus grande oeuvre d’art possible dans tout le cosmos Imaginez ce qui s’est produit là. Il y a des gens qui sont ainsi concentrés sur une exécution, et alors 5 000 personnes sont chassées dans l’Au-delà, en un seul moment. Ca, je ne pourrais le faire. A côté, nous ne sommes rien, nous les compositeurs… Imaginez ceci, que je puisse créer une oeuvre d’art maintenant et que vous tous soyez non seulement étonnés, mais que vous tombiez morts immédiatement, vous seriez mort et vous seriez né à nouveau, parce que c’est tout simplement trop fou. Certains artistes essayent aussi de franchir les limites du possible ou de l’imaginable, pour nous réveiller, pour nous ouvrir un autre monde. »

Et le commentaire du Monde:

Retour sur un malentendu préjudiciable
Le Monde du 18.01.02

Voir de plus:

M. Negri : « C’est la lutte des talibans du dollar contre les talibans du pétrole »
Toni Negri est philosophe. Il est l’ancien inspirateur de l’extrême gauche
italienne dans les années 70.

Le Monde

03.10.01

« Pensez-vous qu’après les attentats du 11 septembre, il faille faire plus nettement la distinction entre anti-impérialisme et anti-américanisme ?

– J’espère que l’anti-américanisme, c’est terminé. Moi, je ne l’ai jamais été. De même que je n’ai jamais été antirusse. Je me suis toujours opposé à la politique du capitalisme américain comme au socialisme russe. Quand on demande à quelqu’un s’il est anti-américain ou antirusse, ça veut dire qu’on lui demande s’il est contre une nation. Pour moi, les nations sont divisées entre ceux qui commandent et ceux qui souffrent. Je suis aux côtés des Américains et des Russes exploités, et contre la politique américaine au Vietnam ou soviétique en Pologne ou en Tchécoslovaquie. J’aurais été bien plus content si, le 11 septembre, le Pentagone avait été mis à terre et s’ils n’avaient pas manqué la Maison Blanche – au lieu de voir s’effondrer les Twin Towers remplies de milliers de travailleurs américains, parmi lesquels, paraît-il, se trouvaient presqu’un millier de clandestins. Mes adversaires sont les « impériaux » (qu’on appelait autrefois les capitalistes), quelle que soit leur nationalité.

– Dans Empire (éd. Exils, « Le Monde des livres », du 23 mars 2001) écrit avec l’américain Michael Hardt, vous décrivez le monde actuel comme un système global de domination. Le terrorisme islamique n’est-il pas en dehors de cet « empire » ?

– Une des leçons importantes et étonnantes de ce 11 septembre, c’est que les Américains aussi se sont retrouvés dans l’empire. L’insularité stratégique des Etats-Unis, c’est fini ! Je suis en désaccord avec Daniel Bensaïd qui, lui, pense que le capitalisme s’exprime encore à travers l’Etat-nation. Cette horrible histoire qui a eu lieu à New York, c’est une espèce de tragédie shakespearienne, non ?
C’est la famille, royale, impériale plutôt, qui s’est déchirée – même si des personnages comme le petit Bush et ses amis ne sont pas au niveau de la pièce. Nous assistons à la lutte entre les talibans du dollar et les talibans du pétrole ! Ils se sont construits l’un avec l’autre, l’un sur l’autre et maintenant c’est la haine qui règne. Il ne s’agit pas de guerre, mais de vengeance ! Ne trouvez-vous pas atroce d’être replongé dans cette vieille réalité des violences shakespeariennes, dans ce climat d’accumulation primitive, comme Marx l’aurait dit ?

– Comment interprétez-vous le retour en grâce, après les attentats, de l’Etat-nation, auquel on demande d’être un régulateur national et international ?

– La chose la plus amusante à observer ces dernières trente années a été le règne de la Lex mercatoria (la loi du marché). Le droit a ôté toute légitimité à l’Etat. Et voilà que la loi du marché est fichue. Parce que d’autres configurations sont tombées, il faut que l’Etat intervienne. Mon ami François Ewald doit faire son autocritique lui qui, comme tous les foucaldiens de droite, a considéré que la loi du marché pouvait fonctionner sans la garantie de l’Etat. Aujourd’hui c’est le vrai Foucault qui gagne, celui qui continue Marx dans l’analyse du contrôle. Le marché libre n’a jamais existé, cela a toujours été une mystification. Comme Foucault l’avait très bien dit, ce n’est pas la guerre qui est la continuation de la politique mais la politique qui est la continuation de la guerre. La guerre est la fondation de la politique !

– Peut-on comparer cette situation à celle de révolution larvée à laquelle vous avez participé comme leader du mouvement d’extrême gauche Autonomie ouvrière, en Italie dans les années 70 condamné à treize ans de prison, il a bénéficié d’un régime de semi-liberté ?

– Les années 70 ont constitué le début de la sortie de la modernité. Aujourd’hui, nous sommes dans la postmodernité. Je n’ai jamais été un terroriste mais je peux me désigner comme cela par jeu. Après tout, j’ai
tout payé ! Mais il s’agissait d’extrémisme de masse. Nous nous placions dans la dialectique de l’Etat de droit, dans la dialectique entre socialisme et fascisme, dans la lutte entre socialisme et communisme. Aujourd’hui, il n’y a plus de souveraineté. Le fondement même de la souveraineté s’est complètement modifié au profit d’une machine de guerre – celle du capitalisme mondial. Et maintenant que nous sommes plongés dans ce grand bouleversement, nous nous demandons: qui commande tout cela ? Voila la question ! Les Américains essaient d’être les chefs. Que faut-il faire? « Exoder », se retirer de ce débat, déserter, déserter jusqu’au bout: son travail, la guerre, le savoir. Cela signifie constituer une autre vie qui n’est pas celle de ces messieurs là, les talibans du dollar et des talibans du pétrole. »

propos recueillis par Caroline Monnot et Nicolas Weill

Voir enfin, en plus du fameux et très détaillé rapport du magazine Popular mechanics (« Debunking the 9/11 myth »), les témoignages oculaires qui démontrent la mauvaise foi des négateurs: What really happened et sur Metacafe.

Voir par ailleurs:

« Ce qui s’est passé à New York n’est pas isolable de la lutte Orient-Occident. »

Jérôme Cordelier (avec Marie-Sandrine Sgherri)

Le Point

05/10/2001

Maxime Rodinson, 86 ans, l’un des plus grands orientalistes contemporains, a dédié sa vie à l’islam et aux civilisations arabes (sa biographie de Mahomet fait référence). Historien des religions, il parle l’arabe, l’hébreu, le turc et le guèze (éthiopien ancien).

Le Point : Dans « La fascination de l’islam », vous présentiez déjà – en 1980 – l’islam comme le grand rival de l’Occident chrétien, bien avant Huntington. Pensez-vous, comme lui, que nous vivons aujourd’hui un « choc des civilisations » ?

Maxime Rodinson : On peut y déceler une origine de cette sorte. Il existe une concurrence entre l’Orient et l’Occident, c’est évident. Mais le phénomène est complexe. On ne peut pas affirmer globalement que tel événement ressort de la civilisation et que tel autre, non…

Le Point : Aviez-vous constaté des signes avant-coureurs ?

Maxime Rodinson : La guerre entre les pays de l’islam et les pays chrétiens sous leurs étendards religieux respectifs dure depuis le début de l’islam, il y a plus de quatorze siècles. Le conflit a même parfois été plus dur qu’aujourd’hui. Prenez les croisades, les guerres coloniales, entre autres… Actuellement, la tendance est à tout réduire au facteur national. Mais c’est une erreur. Un exemple : le film du cinéaste égyptien Youssef Chahine sur l’expédition en Egypte de Bonaparte en 1799. Chahine nous présente les choses avec la vision nationaliste contemporaine : les Arabes qui habitaient l’Egypte se révoltèrent contre l’intrusion des étrangers. En vérité, c’était davantage une indignation de musulmans. De musulmans, plus que d’Arabes… Le fait national agissait de manière complexe, caché, mais les contemporains considéraient les événements d’un point de vue religieux : les infidèles viennent nous attaquer.

Le Point : Cette dimension religieuse, la retrouve-t-on dans le conflit actuel ?

Maxime Rodinson : Naturellement. C’est ainsi depuis le début : l’islam fut considéré dès sa formation au VIIe siècle comme une hérésie chrétienne. Des individus sous la direction d’un faux prophète proclament des faussetés sur la nature de Dieu, les obligations des fidèles, le rôle de Jésus…

Le Point : Qu’est-ce qui arme le bras des terroristes musulmans ? L’islam ?

Maxime Rodinson : D’une certaine manière, oui. En tout cas, l’islam tel qu’ils le comprennent. C’est l’idéologie principale qui gouverne leurs actes.

Le Point : La religion est-elle l’unique facteur ?

Maxime Rodinson : Evidemment, non. Quand deux mondes s’affrontent, tout joue. L’argent, le pouvoir, la foi… Quelle motivation l’emporte sur l’autre ? C’est indémêlable. Ce qui s’est passé à New York n’est pas isolable de la lutte Orient-Occident dans sa globalité.

Le Point : Comment expliquer cette haine de l’Occident ?

Maxime Rodinson : Qu’est-ce que l’Occident pour les musulmans ? Un monde chrétien, donc un monde d’infidèles, d’incroyants, de gens qui disent des horreurs sur le prophète Mahomet. Ils doivent être combattus par la parole si c’est possible, et sinon, dans certaines circonstances, par le glaive. Cette haine a aussi une dimension patriotique si l’on peut dire. Tant que l’Occident ne vous dérange pas, ça va. Mais aussitôt qu’il veut ou paraît vouloir imposer ses valeurs… Au nom de ses valeurs à soi, le spectre resurgit. Aujourd’hui, on regarde les choses avec plus de modération, mais depuis une cinquantaine d’années à peine. Le concile Vatican II, en 1965, a considéré qu’il y avait des valeurs précieuses dans l’islam. Mais les papes récents ont eu beaucoup de difficulté à imposer cette version des choses.

Le Point : De quelle manière cette haine a-t-elle été nourrie par les ressentiments, les frustrations ?

Maxime Rodinson : Le décalage de la prospérité joue évidemment un grand rôle. Les musulmans subissent l’influence des modes et des représentations européennes, non sans humiliation.

Le Point : Les ressentiments des musulmans sont-ils liés à la colonisation ?

Maxime Rodinson : Cela a commencé bien avant. Dès le… VIIe siècle. Les musulmans n’en ont pas toujours conscience, mais ils se sont imposés les premiers en Europe comme concurrents, avec des aspirations dominatrices. La plupart des pays musulmans actuels étaient alors chrétiens – l’Egypte, la Syrie, la Turquie… Pendant longtemps, les musulmans ont été les plus forts, les plus riches, les plus civilisés.

Le Point : Comment l’Occident a-t-il fini par l’emporter ?

Maxime Rodinson : Au bout de plusieurs siècles, par la force, mais aussi par les idées et le commerce. Ce processus a commencé dans les années 1300-1400. L’Occident chrétien a définitivement emporté la partie quand, à partir des années 1800, sa domination technologique a été écrasante. En fait, quand les canons et les fusils occidentaux se sont mis à tirer plus vite…

Le Point : Pourquoi, comme vous l’avez analysé, l’islam a-t-il toujours suscité autant de ferveur chez les masses ?

Maxime Rodinson : C’est une religion aux préceptes assez simples et convaincants. Un seul Dieu, qui ordonne toute chose dans le monde… Pour adhérer à l’islam, il suffit de prononcer une formule : « J’atteste qu’il n’y a de divinité que Dieu et que Mahomet est son prophète. » Avec cela, vous êtes musulman. Il est de coutume de circoncire les nouveaux fidèles. Mais ce n’est pas obligatoire. Si les soldats de Napoléon ne se sont pas convertis à l’islam, c’est que les savants musulmans, en fait très ennuyés par la perspective d’une conversion aussi massive, ont imposé deux conditions : la circoncision et l’interdiction de boire du vin. Cette dernière était inacceptable. Et voilà pourquoi les Français sont chrétiens et pas musulmans.

Le Point : Les uns soutiennent que l’islam prône la paix, les autres qu’il porte en germe la violence. Peut-on en fait être catégorique ?

Maxime Rodinson : Aucune religion n’est totalement pacifique ou totalement belliqueuse. On trouve dans le Coran des sourates qui prônent l’amour, d’autres, la violence. Les prédicateurs citent tel passage du Coran ou tel autre, suivant leurs préférences et les besoins du moment. Le texte comprend des choses tout à fait contradictoires. Parmi les versets les plus anciens du Coran, il est indiqué par exemple que l’on peut boire du vin, d’autres, à la suite, l’interdisent. C’est pourquoi les ouvrages classiques musulmans ont élaboré la doctrine dite de l’ « abrogeant et de l’abrogé ». Il y a contradiction ? C’est que Dieu a changé d’avis.

Le Point : Pourquoi l’islam ne parvient-il pas à donner une meilleure image de lui-même en Occident ?

Maxime Rodinson : Peut-être parce que les musulmans n’ont pas compris les rouages de l’opinion européenne. Ils gaffent en permanence. Le problème, c’est l’ignorance. Des musulmans vis-à-vis des chrétiens. Mais aussi des chrétiens vis-à-vis des musulmans

*Historien des religions, auteur d’une biographie de Mahomet

12 commentaires pour 11/9: Retour sur le Vol 93 (Let’s roll!: To the first citizen heroes of the 21st century)

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  2. […] Que nous ayons rêvé de cet événement, que tout le monde sans exception en ait rêvé, parce que nul ne peut ne pas rêver de la destruction de n’importe quelle puissance devenue à ce point hégémonique, cela est inacceptable pour la conscience morale occidentale, mais c’est pourtant un fait, et qui se mesure justement à la violence pathétique de tous les discours qui veulent l’effacer. A la limite, c’est eux qui l’ont fait, mais c’est nous qui l’avons voulu. (…) Il faut se rendre à l’évidence qu’est né un terrorisme nouveau, une forme d’action nouvelle qui joue le jeu et s’approprie les règles du jeu pour mieux le perturber. Non seulement ces gens-là ne luttent pas à armes égales, puisqu’ils mettent en jeu leur propre mort, à laquelle il n’y a pas de réponse possible (« ce sont des lâches »), mais ils se sont approprié toutes les armes de la puissance dominante. L’argent et la spéculation boursière, les technologies informatiques et aéronautiques, la dimension spectaculaire et les réseaux médiatiques : ils ont tout assimilé de la modernité et de la mondialité, sans changer de cap, qui est de la détruire. Comble de ruse, ils ont même utilisé la banalité de la vie quotidienne américaine comme masque et double jeu. Dormant dans leurs banlieues, lisant et étudiant en famille, avant de se réveiller d’un jour à l’autre comme des bombes à retardement. La maîtrise sans faille de cette clandestinité est presque aussi terroriste que l’acte spectaculaire du 11 septembre. Car elle jette la suspicion sur n’importe quel individu : n’importe quel être inoffensif n’est-il pas un terroriste en puissance ? Si ceux-là ont pu passer inaperçus, alors chacun de nous est un criminel inaperçu (chaque avion devient lui aussi suspect), et au fond c’est peut-être vrai. Cela correspond peut-être bien à une forme inconsciente de criminalité potentielle, masquée, et soigneusement refoulée, mais toujours susceptible, sinon de resurgir, du moins de vibrer secrètement au spectacle du Mal. Ainsi l’événement se ramifie jusque dans le détail – source d’un terrorisme mental plus subtil encore. La différence radicale, c’est que les terroristes, tout en disposant des armes qui sont celles du système, disposent en plus d’une arme fatale : leur propre mort. S’ils se contentaient de combattre le système avec ses propres armes, ils seraient immédiatement éliminés. S’ils ne lui opposaient que leur propre mort, ils disparaîtraient tout aussi vite dans un sacrifice inutile – ce que le terrorisme a presque toujours fait jusqu’ici (ainsi les attentats-suicides palestiniens) et pour quoi il était voué à l’échec. Tout change dès lors qu’ils conjuguent tous les moyens modernes disponibles avec cette arme hautement symbolique. Celle-ci multiplie à l’infini le potentiel destructeur. C’est cette multiplication des facteurs (qui nous semblent à nous inconciliables) qui leur donne une telle supériorité. La stratégie du zéro mort, par contre, celle de la guerre « propre », technologique, passe précisément à côté de cette transfiguration de la puissance « réelle » par la puissance symbolique. La réussite prodigieuse d’un tel attentat fait problème, et pour y comprendre quelque chose il faut s’arracher à notre optique occidentale pour voir ce qui se passe dans leur organisation et dans la tête des terroristes. Une telle efficacité supposerait chez nous un maximum de calcul, de rationalité, que nous avons du mal à imaginer chez les autres. Et même dans ce cas, il y aurait toujours eu, comme dans n’importe quelle organisation rationnelle ou service secret, des fuites et des bavures. Donc le secret d’une telle réussite est ailleurs. La différence est qu’il ne s’agit pas, chez eux, d’un contrat de travail, mais d’un pacte et d’une obligation sacrificielle. Une telle obligation est à l’abri de toute défection et de toute corruption. Le miracle est de s’être adapté au réseau mondial, au protocole technique, sans rien perdre de cette complicité à la vie et à la mort. A l’inverse du contrat, le pacte ne lie pas des individus – même leur « suicide » n’est pas de l’héroïsme individuel, c’est un acte sacrificiel collectif scellé par une exigence idéale. Et c’est la conjugaison de deux dispositifs, celui d’une structure opérationnelle et d’un pacte symbolique, qui a rendu possible un acte d’une telle démesure. Tout est bon pour déconsidérer leurs actes. Ainsi les traiter de « suicidaires » et de « martyrs ». Pour ajouter aussitôt que le martyre ne prouve rien, qu’il n’a rien à voir avec la vérité, qu’il est même (en citant Nietzsche) l’ennemi numéro un de la vérité. Certes, leur mort ne prouve rien, mais il n’y a rien à prouver dans un système où la vérité elle-même est insaisissable – ou bien est-ce nous qui prétendons la détenir ? D’autre part, cet argument hautement moral se renverse. Si le martyre volontaire des kamikazes ne prouve rien, alors le martyre involontaire des victimes de l’attentat ne prouve rien non plus, et il y a quelque chose d’inconvenant et d’obscène à en faire un argument moral (cela ne préjuge en rien leur souffrance et leur mort). (…) C’est donc exactement le contraire de la lâcheté dont on les accuse, et c’est exactement le contraire de ce que font par exemple les Américains dans la guerre du Golfe (et qu’ils sont en train de reprendre en Afghanistan) : cible invisible, liquidation opérationnelle. Jean Baudrillard […]

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  3. jcdurbant dit :

    Dans la série dans le doute, accusez Israël:

    « Israël […] s’illustre depuis trente ans par l’occupation militaire illégale d’un territoire voué par l’ONU à devenir la Palestine arabe. Il pratique comme à la manœuvre un exercice de guerre asymétrique contre des civils, qu’on peut appeler une guerre coloniale, dans la mesure où elle consiste précisément à exproprier des terres pour y installer des colons : mais elle se déroule à l’échelle locale, micro-sociologique, des villes, des banlieues et des villages. C’est aussi une guerre sociale de banlieue. »

    Alain Joxe (L’Empire du chaos, 2012)

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  4. […] la limite, c’est eux qui l’ont fait, mais c’est nous qui l’avons voulu. Jean Baudrillard (sept. […]

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  5. jcdurbant dit :

    By most accounts, Danny Lewin was the first victim of 9/11. Seated in seat 9B aboard American Airlines flight 11, he saw Mohamed Atta and Abdulaziz al-Omari, sitting just in front of him, rise and make their way to the cockpit. According to calls from flight attendants to air traffic officials, later documented in the 9/11 Commission’s report, Lewin wasted no time in acting. Having served as an officer in Sayeret Matkal, the Israel Defense Forces’ top unit, he moved to tackle the terrorists. The man in 10B, Satam al-Suqami, moved, too, producing a knife and slitting Lewin’s throat. Less than 30 minutes later, at 8:46 a.m., the plane crashed into the World Trade Center’s North Tower…

    http://www.tabletmag.com/jewish-news-and-politics/144090/fighting-genius-on-flight-11?utm_source=fb&utm_medium=post&utm_content=dannylewin&utm_campaign=sept2016

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