Primaire de la droite: Attention, une campagne dégueulasse peut en cacher une autre ! (In France’s deeply ingrained statist culture, guess who is denounced as an ultra-liberal and medieval reactionary Thatcherite !)

23 novembre, 2016
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collectivite
fillon-not-a-chancejuppe-deja-gagneQu’est-ce que c’est, dégueulasse ? Patricia
Il n’y en aura que deux, Juppé et Sarkozy. Fillon n’a aucune chance. Non parce qu’il n’a pas de qualités, il en a sans doute; ni un mauvais programme, il a le programme le plus explicite; non parce qu’il n’a pas de densité personnelle … Mais son rôle est tenu par Juppé. C’est-à-dire pourquoi voter Fillon alors qu’il y a Juppé ? il n’y aurait pas Juppé, je dirais, oui, sans doute que Fillon est le mieux placé pour disputer à Sarkozy l’investiture. Mais il se trouve qu’il y a Juppé. François Hollande
Le masque d’Alain Juppé va tomber tôt ou tard quand les Français s’apercevront qu’il est le même qu’en 1986, le même qu’en 1995. À savoir, un homme pas très sympathique qui veut administrer au pays une potion libérale. François Hollande
C’est un Corrézien qui avait succédé en 1995 à François Mitterrand. Je veux croire qu’en 2012, ce sera aussi un autre Corrézien qui reprendra le fil du changement. François Hollande
Chirac, c’est l’empathie avec les gens, avec le peuple, c’est la capacité d’écoute. C’est un peu l’exemple que je cherche à suivre». (…) Je veux poursuivre l’œuvre de Jacques Chirac. Alain Juppé
Je relis les magnifiques pages des Mémoires d’Outre-Tombe que Chateaubriand consacre à l’épopée napoléonienne. Alain Juppé (16/10/2016)
Nous devons (…) gagner pour sortir la France du marasme où elle stagne aujourd’hui. (…) La première condition sera de rassembler dès le premier tour les forces de la droite et du centre autour d’un candidat capable d’affronter le Front national d’un côté et le PS ou ce qui en tiendra lieu de l’autre. Si nous nous divisons, l’issue du premier tour devient incertaine et les conséquences sur le deuxième tour imprévisibles. Alain Juppé (20/08/2014)
Est-ce vraiment un revenu universel ? Est-ce que tout le monde va le toucher, de Madame Bettencourt (…) à la vendeuse de Prisunic. Alain Juppé
Je vais mettre toute la gomme ! Alain Juppé
J’ai la pêche et avec vous, j’ai la super pêche ! Alain Juppé
Je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion. Alain Juppé
Je suis candidat pour porter un projet de rupture et de progrès autour d’une ambition : faire de la France la première puissance européenne en dix ans. François Fillon
Quand ma maman allait à la messe, elle portait un foulard. Alain Juppé
J’aurais aimé qu’un certain nombre de mes compétiteurs condamnent cette campagne ignominieuse, je le répète. Mais lorsque la calomnie se cache derrière l’anonymat, la bonne foi est impuissante et je vous demande de vous battre contre ces messages parce qu’ils ont fait des dégâts.  Et j’ai des témoignages précis, dans les queues au moment du bureau de vote la semaine dernière, de personnes qui parfois ont changé leur vote parce qu’elles avaient été impressionnées par cette campagne dégueulasse, je n’hésite pas à le dire ! Alain Juppé
Il y a un discours privé et un discours public très différents l’un de l’autre. Il n’assume pas et il omet. Il faut qu’il clarifie les choses. Évoquer la Manif pour tous comme si elle était infréquentable, quand il nous a reçus, tout à fait à l’écoute, en acceptant des pistes de travail communes, notamment sur la question de la filiation et de l’adoption, et de l’intérêt supérieur de l’enfant, je trouve ça étonnant. J’ai rencontré tous les candidats à la primaire (de la droite). Le dernier, c’était Juppé. Est-il purement électoraliste ? (…) S’il traite François Fillon de traditionaliste pour sa proximité avec la Manif pour tous, le lien est exactement le même avec lui. Ludivine de la Rochère (Manif pour tous)
 Il y a beaucoup à dire sur les naïvetés d’Alain Juppé en matière de lutte contre l’intégrisme, catholique ou musulman. On a raison de s’inquiéter de sa complicité, ancienne, avec l’imam de Bordeaux. Tareq Oubrou a beau passer pour un modéré sur toutes les antennes, il n’a jamais renié son appartenance à l’UOIF, ni ses maîtres à penser, et joue les entremetteurs entre les islamistes et l’extrême droite. Pas vraiment un atout contre la radicalisation. Caroline Fourest
Suppression des 35 heures et de l’ISF, coupes dans la fonction publique, détricotage des lois Taubira, rétablissement de la double peine… Le programme ultraconservateur et ultralibéral de François Fillon. Libération
Journée des dupes. Beaucoup d’électeurs ont voulu écarter un ancien président à leurs yeux trop à droite. Impuissants devant la mobilisation de la droite profonde, ils héritent d’un candidat encore plus réac. C’est ainsi que le Schtroumpf grognon du conservatisme se retrouve en impétrant probable. «Avec Carla, c’est du sérieux», disait le premier. Avec Fillon, c’est du lugubre. Bonjour tristesse… La droitisation de la droite a trouvé son chevalier à la triste figure. C’est vrai en matière économique et sociale, tant François Fillon en rajoute dans la rupture libérale, décidé à démolir une bonne part de l’héritage de la Libération et du Conseil national de la Résistance. Etrange apostasie pour cet ancien gaulliste social, émule de Philippe Séguin, qui se pose désormais en homme de fer de la révolution conservatrice à la française. Aligner la France sur l’orthodoxie du laissez-faire : le bon Philippe doit se retourner dans sa tombe. On comprend le rôle tenu par les intellectuels du déclin qui occupent depuis deux décennies les studios pour vouer aux gémonies la «pensée unique» sociale-démocrate et le «droit-de-l’hommisme» candide : ouvrir la voie au meilleur économiste de la Sarthe, émule de Milton Friedman et de Vladimir Poutine. Nous avions l’Etat-providence ; nous aurons la providence sans l’Etat. C’est encore plus net dans le domaine sociétal, où ce chrétien enraciné a passé une alliance avec les illuminés de la «manif pour tous». Il y a désormais en France un catholicisme politique, activiste et agressif, qui fait pendant à l’islam politique. Le révérend père Fillon s’en fait le prêcheur mélancolique. D’ici à ce qu’il devienne une sorte de Tariq Ramadan des sacristies, il n’y a qu’un pas. Avant de retourner à leurs querelles de boutique rose ou rouge, les progressistes doivent y réfléchir à deux fois. Sinon, la messe est dite. Libération
François Fillon est triplement coupable d’être de droite, d’être croyant et, pour parachever le mauvais goût, d’avoir été soutenu par le mouvement catholique Sens commun. (…) Tous les coups bas sont permis, y compris en provenance des alliés politiques. Alain Juppé, chassé de son piédestal de grand favori consensuel, ne se prive pas de patauger dans les mesquineries boueuses de ce terrain glissant, jusqu’à faire passer son rival pour un affreux réac. Il l’accuse même d’avoir bénéficié des voies de la fachosphère, comme s’il y pouvait quelque chose. Que ne ferait-on pour draguer le camp d’en face. De celui qui fut lui-même Premier ministre il y a plus de vingt ans, on attendait une hauteur de vue qu’on n’espérait plus de la part de Nicolas Sarkozy. Erreur. Le second a ravalé la rancœur de la défaite derrière un discours digne, responsable et, osons le mot, élégant, appelant à voter Fillon ; tandis que le premier s’est cramponné à ses avidités électorales et ratisse tous azimuts. Aurait-il dû se retirer de la course? Dans l’absolu, c’eût été l’attitude la plus respectable: faire bloc autour du vainqueur. (…) Ce deuxième tour aura toutefois l’avantage de permettre à François Fillon de clarifier son projet et de court-circuiter les critiques de la gauche et du FN qui ne manqueront pas de pleuvoir durant la campagne de 2017. La tactique usée jusqu’à la corde est déjà perceptible. Le débat sera déplacé vers le registre de l’affect: Fillon deviendra l’émissaire du Malin qui veut anéantir le modèle social français et le service public, en supprimant 500 000 postes de fonctionnaires. Manuel Valls fourbit ses armes, au cas où. Sait-on jamais. Il dénonce des «solutions ultralibérales et conservatrices» qui déboucheront sur «moins de gendarmes, moins de profs, moins de police». Comme si la fonction publique à la sauce socialiste, totalement désorganisée par les 35 heures, avait gagné en efficacité. Ultralibéral, Fillon? Non, libéral. L’économiste Marc de Scitivaux voit dans ses objectifs une «remise à niveau» consistant à accomplir «avec vingt ans de retard tout ce que les autres pays ont fait». 40 milliards de baisse de charges pour les entreprises, ses 10 milliards d’allègements sociaux et fiscaux pour les ménages et ses 100 milliards de réduction des dépenses publiques sur cinq ans: la méthode Fillon se veut le défibrillateur qui réanimera un Hexagone réduit à l’état végétatif par les Trente Frileuses d’une gouvernance bureaucratique. Sa France sera «celle de l’initiative contre celle des circulaires». Il joue franc-jeu: les deux premières années, à l’issue desquelles s’opérera le retournement, seront difficiles – elles devraient en outre coûter 1,5 % de PIB, prévient Emmanuel Lechypre. Le redressement sera effectif au bout du quinquennat et fera de la France la première nation de l’Europe au terme d’une décennie, annonce le candidat en meeting près de Lyon. Ambitieux, flamboyant. Et irréaliste, tancent ses opposants, conditionnés dans l’idée qu’il est urgent de ne rien faire ou si peu. Eloïse Lenesley
Mr. Fillon (…) says France “for 40 years hasn’t understood that it is private firms that create jobs—not the state.” His solution is to reverse the balance of power between state and citizens. He proposes cutting €100 billion ($105.92 billion) in public spending over five years, reducing government expenditure as a share of gross domestic product to less than 50% from 57% (the comparable figure is 44% in Germany and 38% in the U.S.). He proposes to abolish the 35-hour workweek and a wealth tax that are the bane of job creators in France. Mr. Fillon also wants to cut €40 billion in corporate taxes and “social fees” and €10 billion in personal taxes. And he calls for a €12 billion expansion in defense and security spending in response to Europe’s perilous security climate. Many of Mr. Fillon’s economic plans track those of Mr. Juppé, who also has been a longtime critic of the French welfare state. Where the two men mainly differ is on foreign policy. Mr. Juppé is more of a traditional Atlanticist, while Mr. Fillon seems to have a fondness for Russia’s Vladimir Putin and says he favors Bashar Assad in Syria’s civil war. He also indulges the French tendency to disparage the U.S. on foreign and trade policy, and he rails against a European free-trade agreement with America. These columns endorse ideas, not candidates, and we’ve long been disappointed in center-right French politicians promising economic reforms but never delivering. Still, if Sunday’s primary says anything, it’s that France’s center-right voters are eager for a leader who will deliver a smaller government and faster growth, not another subsidy to a favored constituency. That’s progress. WSJ
Alors que la France devrait baisser le nombre de fonctionnaires pour diminuer son déficit et ses dépenses publiques, leur nombre augmente. Nous avons le plus grand pourcentage (24 %) de fonctionnaires (avec statut) par rapport à la population active de tous les pays membres de l’OCDE (en moyenne, 15 %). En France, il y a 90 fonctionnaires pour 1000 habitants alors qu’il y en a seulement 50 pour 1000 en Allemagne ! L’explication est simple : nous sommes incapables de créer des emplois et nous continuons à augmenter la taille de l’Etat et des collectivités locales. Et nous avons perdu le contrôle. (…) Il existe des difficultés car dans de nombreux pays les fonctionnaires ne bénéficient plus d’un statut comme en France. Plus d’emploi à vie, ni de privilèges. Prenons un exemple. Dans le tableau de l’OCDE, en Suède, la proportion de fonctionnaires par rapport à la population active serait encore plus élevée qu’en France (27 % contre 24 %). Or, en Suède, il n’y a plus de statut, ni d’emploi à vie. Ces fonctionnaires sont employés comme dans le privé et peuvent être licenciés. (…)  La France reste pratiquement le seul pays à ne pas avoir touché au statut ! (…)  Partout, le nombre de fonctionnaires baisse et on transfère au privé des missions de l’Etat. Le Canada et la Suède l’ont fait dans les années 1990, l’Allemagne au début des années 2000. En Grande-Bretagne par exemple, depuis 2010 et l’arrivée au gouvernement des conservateurs, le secteur public a vu entre 500 000 et 600 000 emplois publics supprimés. Entre 2009 et décembre 2012, sous Obama, le nombre de fonctionnaires territoriaux a connu une chute spectaculaire aux Etats-Unis : – 560 000 (- 4%). Sur (presque) la même période (2009-déc. 2011), le nombre de fonctionnaires des collectivités locales françaises a augmenté de… 70 000 personnes (+ 4%). Au total, plus de 720 000 postes de fonctionnaires ont été supprimés aux Etats-Unis depuis 2009. D’autres pays comme l’Irlande, le Portugal, l’Espagne ou même la Grèce ont drastiquement baissé le nombre de fonctionnaires. L’Irlande  a réduit leurs salaires jusqu’à 20% tandis que l’Espagne est allé jusqu’à 15% et, comme le Portugal, a choisi de remplacer seulement 1 fonctionnaire sur 10 ! Contrairement à la France, ces Etats qui ont décidé de tailler dans le vif montrent – Grande-Bretagne, Etats-Unis et Irlande en tête – affichent de vrais signes de reprise économique. (…) La sécurité sociale et l’Education sont les secteurs avec la plus grande bureaucratie. C’est là qu’on pourrait économiser plusieurs milliards en coupant dans les effectifs. Mais tout cela ne peut être réalisé que grâce à des réformes structurelles : ouverture à la concurrence du secteur de la santé, privatisation des écoles… C’est ce qui a été fait aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suède ou en Suisse. Mais ce n’est pas la voie empruntée par le gouvernement socialiste… (…) J’ai déjà écrit sur Météo-France qu’il faudrait fermer car depuis Internet, la météo est fournie par de nombreux organismes beaucoup moins chers. Mais on peut s’attaquer à de plus grands organismes qui coûtent encore plus cher : la Banque de France par exemple, où les frais de personnel sont 2 fois plus élevés que ceux de la Bundesbank (4000 employés de plus !),  les salaires, 24 % de plus qu’à la Bundesbank et le coût des retraites, 300 Millions d’euros de plus. (…)  Dans les années 1990, la Suède, le Canada ou les Pays-Bas ont fait des coupes drastiques dans leurs dépenses et ont diminué le nombre de fonctionnaires. Des ministères ont eu leur budget divisé par deux et les postes de fonctionnaires par trois ou quatre. Le statut des fonctionnaires a même été supprimé, en Suède par exemple, et certaines administrations sont devenues des organismes mi-publics, mi-privé. Il faut noter aussi que ces réformes ont été menées par des gouvernements de centre-gauche ou de gauche comme en Suède ou au Canada, pays terriblement étatisés et au bord de la faillite au début des années 1980. Au Canada, on a adopté à l’époque la règle suivante : 7 dollars d’économies pour 1 dollar d’impôts nouveaux (en France, le chiffre est plus qu’inversé aujourd’hui : 20 euros d’impôts nouveaux pour 1 euro d’économie). Dans ces pays, les fonctionnaires n’ont pas été mis à la porte du jour au lendemain. On a privilégié les retraites anticipées avec des primes au départ. Mais, en même temps, les nouveaux venus perdaient tous les avantages de leurs prédécesseurs : plus de statut, ni de privilèges. C’est un bon exemple pour la France. Nicolas Lecaussin
La France est en effet l’un cinq des pays de l’OCDE où la part des employés publics (ce qui est plus large encore car il faut inclure de nombreux emplois qui ne sont pas fonctionnaires) dans le total des personnes employées est la plus forte. Cela s’explique certainement par une tradition d’interventionnisme public très fort en France depuis la fin de Seconde guerre mondiale. L’augmentation continue de la dépense publique est allée de pair avec des recrutements massifs, qui représentent environ un quart de la dépense publique (c’est à dire de l’Etat, des collectivités locales et de la Sécurité sociale). Les rémunérations des seuls fonctionnaires représentent 13% du PIB et un tiers du budget de l’Etat. Or un fonctionnaire représente une dépense rigide de très long terme : le contribuable doit payer son salaire et sa retraite. Le poids de l’emploi public s’explique également, comme le montre la note de l’INSEE, par la multiplication des échelons administratifs : départements, régions, communes, intercommunalités … à chaque niveau cela suppose des agents (pour la sécurité, l’entretien, le secrétariat, le suivi des dossiers). (…) Dans les autres pays de l’Union européenne, la tendance n’est pas vraiment à la hausse de l’emploi public, faute de moyens. En Grande-Bretagne par exemple, le Gouvernement avait annoncé dès 2010 la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires… La question qui se pose réellement est celle de l’efficacité de ce poids des fonctionnaires. D’un point de vue économique, elle n’est pas évidente. Les fonctionnaires ont plus de vacances (INSEE), partent à la retraite plus tôt (DREES) et sont en moyenne mieux payés (INSEE). Est-ce justifié par une efficacité claire pour la collectivité ? Plus largement, le poids des fonctionnaires dans l’économie entretient les connivences et le copinage, ce qui nuit à la performance économique et à l’équité sociale. Au-delà, ce poids des fonctionnaires pose des questions démocratiques. Ils sont surreprésentés à l’Assemblée Nationale et leur engagement dans la vie politique pose clairement des conflits d’intérêts : comment comprendre qu’un magistrat administratif, qui doit juger en toute impartialité, affiche des préférences politiques. (…) L’Etat a eu tendance, ces dernières années, à baisser le nombre de ses fonctionnaires, alors que les collectivités locales ont fait exploser tous les plafonds. En ce sens, la rationalisation du nombre d’échelons administratifs, comme l’a proposé Manuel Valls, est une bonne chose. Pour autant, il faut aller plus loin et se poser la question de l’efficacité de la dépense publique. Le Président Hollande, jusqu’à maintenant, a fait le choix de partir du principe que la quantité d’agents publics était une réponse pertinente : c’est ce qu’il fait par exemple avec le dogme des « 60 000 postes » dans l’Education nationale. Or, ce n’est absolument pas évident. En Grande-Bretagne, David Cameron a tenu le discours suivant en matière d’éducation : gardons la dépense publique, pour autant qu’elle soit efficace ; pour cela, l’Etat pourra se tourner vers des partenaires privés pour fournir les services scolaires. En l’occurrence, il a fait appel aux parents, qui ont créé leurs propres écoles. La France doit faire une révolution mentale. Même Terra Nova a défendu l’idée qu’on peut très bien avoir un service public rendu par une entreprise privée et des salariés privés. Ce qui importe, c’est la qualité du service rendu à l’usager, pas la nature du contrat de l’agent qui le fournit ni la nature juridique (publique ou privée) du prestataire. Erwan Le Noan
La dépense publique n’a (…) pas reculé en valeur en France depuis 1960, date des premières statistiques de l’Insee dans ce domaine. En revanche, il est possible de réduire le poids relatif de l’Etat dans l’économie. La Suède ou le Canada ont enregistré des succès en la matière au début des années 1990. « Mais ces pays ont dû effectuer des arbitrages. Ils ont choisi que telle ou telle fonction ne dépendrait plus de l’Etat mais relèverait désormais de la sphère privée « , selon Olivier Chemla, économiste à l’Association française des entreprises privées (Afep). En clair, la politique du rabot ne peut suffire à faire maigrir l’Etat. Dans leur ouvrage « Changer de modèle » paru l’an passé, les économistes Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen calculaient que, entre 1995 et 2012, les pays rhénans (Allemagne, Belgique et Pays-Bas) avaient réduit la part des dépenses publiques dans le PIB de 7 points, à 48,8 %. Sur la même période, celle des pays scandinaves (Suède, Danemark et Finlande) a reculé de 6 points, à 56 %. En Suède, la part des prestations sociales dans le PIB est passée de 22,2 % en 1994 à 18,5 % en 1997. Le nombre de fonctionnaires est passé de 400.000 à 250.000 entre 1993 et 2000. Les réformes sont donc douloureuses. Elles interviennent à chaque fois après une crise et après qu’un nouveau gouvernement a été mis en place, notent les trois auteurs. Seulement, à chaque fois aussi, les politiques sont coordonnées : la couronne suédoise et le dollar canadien se sont beaucoup dépréciés au moment où les réformes ont été entreprises, afin de relancer l’activité. L’Allemagne aussi, qualifiée d’« homme malade de l’Europe » au début des années 2000, a profité de la bonne santé économique de ses partenaires commerciaux pour entamer ses réformes… pour finir en excédent budgétaire cette année. Toute la difficulté de la politique économique réside entre une rigueur nécessaire pour les finances publiques sans pour autant casser l’activité. Ce qui signifie une coordination entre la politique budgétaire et la politique monétaire, dont l’absence dans la zone euro n’a pas cessé d’être critiquée par Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne. Comme le disait l’économiste John Maynard Keynes, « les périodes d’expansion, et non pas de récession, sont les bonnes pour l’austérité « . (…) Dans la zone euro, outre l’Allemagne, le seul grand pays à avoir réellement réussi à faire baisser l’importance de ses dépenses publiques est l’Espagne, au prix d’un effort drastique. Les Echos
Notre pays est probablement le seul parmi les membres les plus riches de l’OCDE à ne pas avoir touché au nombre de fonctionnaires et à leurs privilèges. Et pourtant, plus de 23 % de la population active travaille pour l’Etat et les collectivités locales contre 14 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Nous avons 90 fonctionnaires pour 1 000 habitants contre 50 pour 1 000 en Allemagne. Notre Etat dépense en moyenne 135 Mds d’euros de plus par an que l’Etat allemand. Et, d’après les calculs de Jean-Philippe Delsol, 14.5 millions de Français vivent, directement ou indirectement, de l’argent public. Il y a donc urgence à faire de vraies réformes. D’autant plus que tout le monde l’a fait ou est en train de le faire. Un Rapport (Economic Policy Reforms 2014) de l’OCDE qui vient de sortir (février 2014) montre que pratiquement tous les pays membres (à l’exception de plusieurs émergents) ont mis en place depuis le début de la crise de 2008 des réformes structurelles importantes. Parmi ceux qui ont agi le plus figurent aussi les plus touchés par la crise : l’Irlande, l’Espagne, le Portugal ou bien la Grèce. L’Irlande par exemple a été l’un des pays les plus touchés par la crise de 2008. Les dépenses publiques et le chômage ont explosé, par l’effet direct de l’écroulement du secteur immobilier et des faillites bancaires. Fin 2010, l’économie du pays était à l’agonie, dont la dette et les déficits récurrents le prédestinaient à un avenir toujours plus morose. Dès 2011, le Fonds monétaire international et l’Union européenne venaient à son secours et débloquaient 85 Md€ d’aides financières, soit plus de la moitié de son PIB. Dès 2010, l’Irlande décide de réduire sont budget de 10 Md€, soit 7 % du PIB (l’Irlande est d’ailleurs championne d’Europe de la baisse des dépenses publiques). Par comparaison, c’est l’équivalent d’une réduction de la dépense publique de l’ordre de 120 Md€ en France ! Pour y parvenir, l’Irlande sabre dans les services publics, et réduit de 20 % les traitements de ses fonctionnaires, ainsi que les pensions de retraites. De plus, l’Irlande décide de ne pas céder au chantage de l’Union européenne et de garder son taux d’IS (Impôt sur les sociétés) à 12.5 %. Cet entêtement a porté ses fruits : Il y a trois ans, le marché de l’emploi détruisait 7 000 emplois par mois. Aujourd’hui, on assiste à une création nette mensuelle de 5 000 postes. En Espagne, pour économiser 50 Mds d’euros sur trois ans, le Premier ministre de l’époque, Zapatero a annoncé en 2010 une réduction en moyenne de 5 % des salaires des fonctionnaires (le gouvernement s’appliquera une réduction de 15%), le renouvellement d’un seul fonctionnaire sur 10 partant à la retraite et la baisse de l’investissement public de 6 Mds d’euros en 2010 et en 2011. En 2012, le nouveau chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, décide de frapper fort en baissant drastiquement les dépenses publiques. Les budgets des ministères espagnols sont réduits de 17 % en moyenne et les salaires des fonctionnaires restent gelés. On prévoit aussi la suppression de la plupart des niches fiscales et une amnistie fiscale pour lutter contre l’économie au noir qui représenterait environ 20 % du PIB. Les communautés autonomes sont aussi obligées de baisser leurs dépenses afin d’arriver à l’équilibre budgétaire. Le Portugal a baissé le nombre de fonctionnaires et leurs salaires (jusqu’à 20 % de réduction sur la fiche de paye). Même la Grèce l’a fait : 150 000 postes de fonctionnaires supprimés entre 2011 et 2014, soit 20 % du total ! En Grande-Bretagne on ne parle que du chiffre de 700.000. C’est le nombre de fonctionnaires que le gouvernement anglais a programmé de supprimer entre 2011 et 2017 : 100.000 par an. Par comparaison, la France a supprimé, au titre de la politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, seulement 31 600 en 2011. Trois fois moins qu’en Grande-Bretagne qui a – déjà – beaucoup moins de fonctionnaires que la France : 4 millions contre 6 millions… Depuis 2010, et l’arrivée au gouvernement des conservateurs, le secteur public a vu entre 500 000 et 600 000 emplois publics supprimés (et cela continue) là où le secteur privé a créé 1,4 millions. La Grande-Bretagne ne fait pas aussi bien que les Etats-Unis (1 emploi public supprimé et 5 emplois créés dans le privé) mais elle se situe nettement au-dessus de la France : 2.8 emplois créés dans le privé pour 1 emploi supprimé dans le public entre 2010 et 2013. Aux Etats-Unis donc, sous Obama, entre 2010 et début 2013, on a supprimé 1.2 millions d’emplois dans le secteur public ! Plus de 400 000 postes de fonctionnaire centraux ont été supprimés et aussi plus de 700 000 postes de fonctionnaires territoriaux. A titre de comparaison, sur la même période (2010-2013), le nombre d’agents publics a augmenté de 13 000 en France (surtout au niveau local) et on a compté 41 000 emplois privés détruits tandis que l’Amérique en créait 5.2 millions ! Toutes ces réformes ont été provoquées par la crise de 2008 mais aussi par les exemples canadien et suédois. Ces pays ont déjà diminué le poids de l’Etat dès le début des années 1990. Et cela s’est vu car les deux pays ont plutôt été épargnés par la crise comme l’Allemagne qui a aussi réformé durant les années Gerhart Schroeder. Une comparaison mérite l’attention. Le Canada a supprimé environ 23 % de sa fonction publique en trois ans (entre 1992 et 1995). Si la France faisait la même réforme et dans les mêmes proportions, 1.3 millions de fonctionnaires français devraient quitter leurs postes ! Mais les réformes ont concerné aussi la fiscalité. (…) Il y a deux ans, la Grande-Bretagne avait annoncé une baisse de l’impôt sur les sociétés de 28 à 24 %. Mais le gouvernement de David Cameron veut aller encore plus loin et annonce une baisse jusqu’à 22 % d’ici 2015. Moins 6 points en 3 ans seulement. En janvier 2013, l’impôt sur les sociétés a baissé de 26.3 à 22 % en Suède. Une baisse sensible, qui suit l’exemple d’autres pays comme l’Allemagne (de 30 à 26 %). La Finlande l’a fait aussi (de 28 à 26 %). Et le Danemark : son taux d’impôt sur les sociétés passera d’ici 2016 de 25 à 22 %. Tous les pays ont d’ailleurs compris qu’il faut soulager les entreprises sauf… la France. Dans le classement des taux d’imposition sur les sociétés, la France est championne européenne avec un taux à plus de 36 %. L’IREF a même montré que parmi les membres de l’OCDE, c’est en Norvège que l’IS génère le plus de rentrées fiscales (11 % du PIB). Et pourtant, le taux de l’IS se situe à 24 %, plus de 10 points de moins que l’IS français (36 %) qui ne fait rentrer que… 2.5 % du PIB. Voici d’autres exemples : au Luxembourg, le taux d’IS est à 17.1 % mais les recettes générées représentent 5 % du PIB, le double de ce qu’elles génèrent en France. En Grande-Bretagne, c’est 3 % du PIB pour un IS à 26,7 %. En Belgique, c’est 3 % du PIB pour un IS à 17 %. Faut-il encore rappeler le 12,5 % de l’Irlande qui avec 2,6 % du PIB rapporte davantage que ce que nous vaut le taux français, trois fois supérieur ! IREF
La Suède a supprimé le statut de fonctionnaire. Il y en a encore, mais sans la garantie de l’emploi. Elle a licencié 20% des effectifs. Une cure deux fois plus sévère que celle proposée par François Fillon dans son programme. Elle l’a fait en dix ans dans les années 90. Au Royaume-Uni, ce sont 15% des effectifs des fonctionnaires qui ont été supprimés par David Cameron de 2010 à 2014, notamment dans la police, la défense et les transports. Au Canada, ce sont plus de 20% des fonctionnaires qui ont été licenciés en seulement trois ans dans les années 2000. Chaque ministère a dû couper dans ses budgets et là encore privatisation des chemins de fer et des aéroports. Conséquences, des dysfonctionnements dans les urgences à cause des fermetures d’hôpitaux au Canada. Au Royaume-Uni, le nombre d’élèves par classe a augmenté. La dette a néanmoins été divisée par deux en dix ans au Canada. Jean-Paul Chapel
Le refrain de « l’ultra-libéralisme » est en effet entonné dans tous les médias de gauche et par Manuel Valls lui-même à l’encontre de François Fillon. Notons d’abord la connotation doublement polémique de ce terme dans notre culture politique : « ultra » renvoie aux aristocrates réactionnaires de la Restauration qui, selon le mot de Talleyrand, n’avaient « rien appris, ni rien oublié ». Quant à « libéral », on sait qu’il est chez nous l’équivalent de « loi de la jungle » de « droit du plus fort » et d’ »anti-social ». François Hollande vient ainsi de tweeter que le « libéralisme, c’est la liberté des uns contre celle des autres ». Notre tradition étatiste et égalitariste nous a fait largement oublié que le libéralisme est d’abord une philosophie de la liberté qui a inspiré notamment la Déclaration des droits de l’homme, l’instruction publique et l’émancipation féminine. Autrement dit, personne n’est plus « anti-ultra » que les libéraux ! La dénonciation de « l’ultra-libéralisme » est donc, en même temps qu’une double charge polémique, un double contre-sens historique et idéologique. A quoi s’ajoute que, de Montesquieu à Revel en passant par Tocqueville, Bastiat, Alain et Aron, la France est très riche de cette pensée libérale.  Mais nos lycéens et même nos étudiants n’ont pas le droit de le savoir… Dans votre question, il y a le mot « remise en ordre » : de fait la volonté d’ordre est plus typique de l’horizon politique de la droite conservatrice que de celle du libéralisme qui croit davantage à l’ordre spontané du marché, sous réserve d’une régulation juridique de l’Etat, ce que l’on oublie toujours. Quant au sérieux budgétaire, il n’a rien de libéral en soi : tout dépend des circonstances. Poincaré, Rueff, Barre ou Bérégovoy y croyaient parce qu’ils constataient l’impasse de la gabegie budgétaire. Il est vrai que la chose s’est un peu perdue depuis les années 2000. Allons plus loin : en bon libéral, je m’interroge sur les motivations de tant commentateurs qui hurlent au loup (c’est-à-dire à « l’ultra-libéralisme ») devant le programme de F. Fillon. Et je constate que ces hurlements viennent des innombrables rentiers de l’Etat qui s’inquiètent naturellement de la perspective d’une baisse des dépenses publiques et défendent non moins naturellement leurs intérêts : fonctionnaires, syndicats, classe politique, audiovisuel public et une bonne partie de la presse…Pour certains, comme Libération, c’est une question de survie : on comprend leur violence anti-Fillon. Cette hostilité de « l’establishment d’Etat » va rendre la tâche très difficile à ce dernier, dès cette semaine et plus encore lors de la campagne présidentielle, s’il franchit les primaires. (…) François Fillon l’a dit lui-même : son libéralisme n’est pas un « choix idéologique » mais un « constat » : l’excès des charges pesant sur les entreprises et sur le travail est l’une des causes majeures du déclin français. Le taux de prélèvements obligatoires est passé de 30 à 45% du PIB depuis 1960. Il n’y nulle contradiction dans son nouveau positionnement qui est simplement lié à l’évolution des choses et notamment du niveau de la dépense publique. J’observe que les commentaires de la plupart des médias présentent ce programme comme « dur », « violent ». Mais pour qui ? Certainement pas pour les entreprises qui vont connaître une baisse sans précédent de leurs charges sociales et fiscales (40 milliards), ni pour les familles des classe moyennes ; ni pour les millions de chômeurs qui sont évincés d’un marché du travail hyper-rigide ; ni pour les commerçants et indépendants dont le régime fiscal et social sera aligné sur le statut d’autoentrepreneur . Demandez-leur s’ils redoutent davantage « l’ultralibéralisme » supposé de Fillon ou la spoliation actuelle du RSI ? Curieusement, on ne parle jamais de ces catégories fort nombreuses lorsqu’on aborde l’impact des « mesures Fillon » sur les uns ou les autres… Pour le reste, le parcours de F. Fillon est celui d’un gaulliste social. Son programme vise à mettre en place des coopérations renforcées en Europe, nullement un Etat supranational. De plus, son indulgence pour Poutine ne traduit pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un penchant libéral. Pas plus que ces positions dans le domaine sociétal. François Fillon est donc non pas un libéral mais un PRAGMATIQUE en matière économique, un conservateur en matière sociétale (mais non un réactionnaire puisqu’il ne reviendra ni sur le mariage pour tous ni sur l’avortement) et un champion de « l’intérêt national » sur le plan extérieur. En somme, la parfaite définition d’un gaulliste qui raisonne et agit, comme disait le Général, « les choses étant ce qu’elles sont ». Avec un léger penchant russophile, comme de Gaulle lui-même au demeurant. (…) On mesure ici le non-libéralisme de Fillon qui ne croit pas aux vertus du libre-échange. Celui-ci n’est pas un « dogme » mais une démonstration économique que l’on doit à Ricardo et un constat des résultats positifs de l’intégration économique européenne sur notre pouvoir d’achat ou de la mondialisation en matière de baisse spectaculaire de la pauvreté (ce que les Français ignorent). F. Fillon se méfie de la mondialisation, même s’il ne propose pas -pragmatisme là encore oblige- de « démondialisation ». Il s’oppose au TAFTA, comme… Trump, qui n’est pas non plus un libéral. La bonne position aurait été de défendre bec et ongles les intérêts français et européens – ce que l’on n’a pas assez fait avec la Chine – mais non de renoncer dès à présent au TAFTA. Le risque de surenchère protectionniste est réel et devrait nous alerter quand on connaît les précédents, tant au XIXème siècle que dans les années 30. L’un dans l’autre, Génération libre n’avait mis que 12/20 à Fillon en matière de libéralisme. Il est vrai qu’avec cette note il arrivait quand même en deuxième position derrière NKM. Ce qui en dit long sur le libéralisme de nos hommes politiques, droite comprise… Christophe de Voogd
La droite française depuis plus de 20 ans est beaucoup plus à gauche et antilibérale que les droites classiques européennes, et même que certaines gauches sociales-démocrates (Blair et même Schroeder plus libéraux que Chirac, etc.). Et dans ce contexte franchouillard, oui, Fillon est libéral. Mais le fait que Gorbatchev était plus libéral que Brejnev et beaucoup plus libéral que Staline n’en faisait pas pour autant un authentique libéral. C’est l’histoire du borgne aux pays des aveugles : Fillon est un poil plus libéral que l’archétype des énarques (Juppé), que l’idéal-type des énarques (Le Maire) et que le prince des interventionnistes (Sarkozy). Mais il ne faut pas avoir peur du ridicule pour le comparer à Margareth Thatcher. Cette dernière avait un programme, des troupes, du courage. On est aussi assez loin de Jacques Rueff. A moins que Fillon nous étonne sur le tard, c’est plus un « budgétariste » et éventuellement un réformateur qu’un libéral. Il est plus proche de Juppé que de Madelin (regardez sur son site internet le chapitre « créer des géants européens du numérique », par exemple, on est bien loin de la Sillicon Valley, idem sur la culture, le logement, l’agriculture, etc.). Ce sera un bon administrateur, il a un track record de cinq ans en la matière, pas un libéral, là il n’y a guère que la privatisation de France Telecom à son actif. Mais dans l’opinion cela suffira peut-être : après cinq années de hollandisme, n’importe quelle présidence même centriste apparaîtra comme très libérale.  (…) Séguiniste à 18 ans (mais pas après, faut pas déconner…), je suis sans doute mal placé pour critiquer le sombre passé politique du futur président. Il y a tout de même des passés plus troubles que celui là (Chirac ancien communiste pas vraiment repenti, Jospin ancien trotsko pas vraiment repenti, Mitterrand ancien pétainiste pas vraiment repenti, etc.). Ce n’est certes pas le parcours d’un pur libéral, mais c’est logique puisqu’un libéral intransigeant ne rassemblerait pas 44% des voix dans une primaire de la droite en France. Il faudra juger sur les actes, et ce n’est certainement pas en promettant de monter la TVA que Fillon deviendra le grand président libéral de notre pays socialiste. (…) En déclarant qu’il ne considère pas « le libre-échange comme l’alpha et l’oméga de la pensée économique », Fillon joue un jeu dangereux. Cela s’accompagne comme toujours de la petite musique traditionnelle selon laquelle « les USA, eux, savent défendre leurs intérêts », musique idiote dans la mesure où : a) ce n’est pas parce que les autres se tirent une balle dans le pied qu’il faut impérativement en faire autant, b) on fait mine ainsi de penser que nous avons les marges de manœuvre d’un pays cinq fois plus peuplé, six fois plus riche et cinquante fois plus libre monétairement,  c) ce sont souvent les mêmes qui dénoncent le néoprotectionnisme américain et qui soulignent dans le même temps leur activisme dans les instances libre-échangistes globales et/ou l’amplitude de leurs déficits commerciaux ; comprenne qui pourra. (…) Toujours, bien entendu, pour protéger les plus démunis, alors que ce sont les rentiers qui demandent et qui obtiennent des protections. Mais Fillon, comme Hollande ou Merkel, sait surfer sur ce qui marche et éviter les combats impopulaires, et il se trouve que le TAFTA n’est pas en odeur de sainteté par les temps qui courent. Pas sûr qu’il ait lu Bastiat, comme Ronald Reagan. Pas sûr par conséquent qu’il reste très « libéral » entre 2017 et 2022 si les vents de l’opinion deviennent (comme c’est probable) trop défavorables à cette orientation, a fortiori s’il veut rassembler sa famille puis donner quelques gages à la gauche après une victoire au 2e tour contre Le Pen. Mathieu Mucherie

Vous avez dit dégueulasse ?

Alors qu’au lendemain d’un premier tour d’une primaire qui, fidèle au scénario inauguré par le référendum du Brexit et la présidentielle américaine, a bousculé tous les pronostics

Le lecteur exalté des Mémoires d’Outre-Tombe et héritier chiraquien revendiqué qui peine, entre « Prisunic », « gomme » et « super pêche », à faire oublier ses vénérables 71 ans

Dénonce, tout en jouant sur tous les tableaux, la « France nostalgique de l’ordre ancien » prétendument personnifiée par son adversaire …

Mais aussi, pour sa notoire complaisance avec l’islam politique, la « campagne dégueulasse » et « ignominieuse » dont il est l’objet de la part de sites d’extrême-droite …

Pendant que l’ancien banquier d’affaires et ministre d’un gouvernement socialiste ne nous sort rien de moins que la « Révolution » …

Comment ne pas voir …

Avec le site Atlantico

La véritable campagne de désinformation de nos dûment stipendiés médias …

Face au prétendu, Libération et sa couverture de Fillon Thatcherisé dixit, « programme ultraconservateur et ultralibéral » et « Tariq Ramadan des sacristies » …

D’un  candidat ancien séguiniste et anti-TAFTA que l’actuel président n’arrivait même pas à distinguer d’Alain Juppé lui-même ?

Comme les côtés autant surréalistes que révélateurs d’un tel débat …

Dans un pays qui alors qu’après le Canada et la Suède dans les années 90 la plupart des pays occidentaux ont réduit drastiquement leur fonction publique …

Continue à employer quelque 5,5 millions de fonctionnaires soit un Français sur cinq (24 % de la population active contre 15 % en moyenne pour l’OCDE) ?

Pourquoi François Fillon n’est pas l’ultra-libéral que veulent voir ses opposants de tous bords
Si l’accusation d’ultra-libéral revient souvent dans la bouche des opposants à François Fillon, le parcours politique du candidat LR à la primaire de la droite et ses prises de position sur certains sujets majeurs sont pourtant loin de coller avec la pensée « ultra-libérale »

Atlantico

22 novembre 2016

Atlantico : En termes de vision économique, François Fillon est souvent taxé d’ultra-libéral par une partie de ses opposants. Est-ce vraiment un « procès » qu’on peut lui faire ? Le sérieux budgétaire et la volonté de remise en ordre qu’il incarne sont-ils vraiment une marque « d’ultra-libéralisme » ?

Christophe de Voogd : Le refrain de « l’ultra-libéralisme » est en effet entonné dans tous les médias de gauche et par Manuel Valls lui-même à l’encontre de François Fillon. Notons d’abord la connotation doublement polémique de ce terme dans notre culture politique : « ultra » renvoie aux aristocrates réactionnaires de la Restauration qui, selon le mot de Talleyrand, n’avaient « rien appris, ni rien oublié ». Quant à « libéral », on sait qu’il est chez nous l’équivalent de « loi de la jungle » de « droit du plus fort » et d’ »anti-social ». François Hollande vient ainsi de tweeter que le « libéralisme, c’est la liberté des uns contre celle des autres ». Notre tradition étatiste et égalitariste nous a fait largement oublié que le libéralisme est d’abord une philosophie de la liberté qui a inspiré notamment la Déclaration des droits de l’homme, l’instruction publique et l’émancipation féminine. Autrement dit, personne n’est plus « anti-ultra » que les libéraux ! La dénonciation de « l’ultra-libéralisme » est donc, en même temps qu’une double charge polémique, un double contre-sens historique et idéologique. A quoi s’ajoute que, de Montesquieu à Revel en passant par Tocqueville, Bastiat, Alain et Aron, la France est très riche de cette pensée libérale.  Mais nos lycéens et même nos étudiants n’ont pas le droit de le savoir…

Dans votre question, il y a le mot « remise en ordre » : de fait la volonté d’ordre est plus typique de l’horizon politique de la droite conservatrice que de celle du libéralisme qui croit davantage à l’ordre spontané du marché, sous réserve d’une régulation juridique de l’Etat, ce que l’on oublie toujours. Quant au sérieux budgétaire, il n’a rien de libéral en soi : tout dépend des circonstances. Poincaré, Rueff, Barre ou Bérégovoy y croyaient parce qu’ils constataient l’impasse de la gabegie budgétaire. Il est vrai que la chose s’est un peu perdue depuis les années 2000.

Allons plus loin : en bon libéral, je m’interroge sur les motivations de tant commentateurs qui hurlent au loup (c’est-à-dire à « l’ultra-libéralisme ») devant le programme de F. Fillon. Et je constate que ces hurlements viennent des innombrables rentiers de l’Etat qui s’inquiètent naturellement de la perspective d’une baisse des dépenses publiques et défendent non moins naturellement leurs intérêts : fonctionnaires, syndicats, classe politique, audiovisuel public et une bonne partie de la presse…Pour certains, comme Libération, c’est une question de survie : on comprend leur violence anti-Fillon. Cette hostilité de « l’establishment d’Etat » va rendre la tâche très difficile à ce dernier, dès cette semaine et plus encore lors de la campagne présidentielle, s’il franchit les primaires.

Mathieu Mucherie : La droite française depuis plus de 20 ans est beaucoup plus à gauche et antilibérale que les droites classiques européennes, et même que certaines gauches sociales-démocrates (Blair et même Schroeder plus libéraux que Chirac, etc.). Et dans ce contexte franchouillard, oui, Fillon est libéral. Mais le fait que Gorbatchev était plus libéral que Brejnev et beaucoup plus libéral que Staline n’en faisait pas pour autant un authentique libéral. C’est l’histoire du borgne aux pays des aveugles : Fillon est un poil plus libéral que l’archétype des énarques (Juppé), que l’idéal-type des énarques (Le Maire) et que le prince des interventionnistes (Sarkozy). Mais il ne faut pas avoir peur du ridicule pour le comparer à Margareth Thatcher. Cette dernière avait un programme, des troupes, du courage. On est aussi assez loin de Jacques Rueff.

A moins que Fillon nous étonne sur le tard, c’est plus un « budgétariste » et éventuellement un réformateur qu’un libéral. Il est plus proche de Juppé que de Madelin (regardez sur son site internet le chapitre « créer des géants européens du numérique », par exemple, on est bien loin de la Sillicon Valley, idem sur la culture, le logement, l’agriculture, etc.). Ce sera un bon administrateur, il a un track record de cinq ans en la matière, pas un libéral, là il n’y a guère que la privatisation de France Telecom à son actif. Mais dans l’opinion cela suffira peut-être : après cinq années de hollandisme, n’importe quelle présidence même centriste apparaîtra comme très libérale.

Le parcours politique de François Fillon (opposition au traité de Maastricht, filiation séguiniste…) est-il vraiment en accord avec ce que l’on pourrait attendre d’un « ultra-libéral » ?

Mathieu Mucherie : La plupart des authentiques libéraux ont trouvé que le traité de Maastricht était un carcan incompatible avec les libertés à long terme et avec l’efficience économique à tous les horizons ; surtout l’idée de taux de changes nominaux fixes « pour l’éternité » avec en plus une gestion de la monnaie par une banque centrale indépendante (indépendante des autres sphères, autant dire un État dans l’État). Ce n’est pas une histoire de droite ou de gauche : quand des gens aussi éloignés que Paul Krugman, Milton Friedman ou Martin Feldstein arrivent grosso modo à la même conclusion, on peut se douter que l’édifice construit par nos élites européennes n’est peut-être pas très libéral, quelle que soit la définition que l’on donne à ce terme. Les pays les plus libéraux (Angleterre, Suisse…) ne s’y sont pas trompés.

Séguiniste à 18 ans (mais pas après, faut pas déconner…), je suis sans doute mal placé pour critiquer le sombre passé politique du futur président. Il y a tout de même des passés plus troubles que celui là (Chirac ancien communiste pas vraiment repenti, Jospin ancien trotsko pas vraiment repenti, Mitterrand ancien pétainiste pas vraiment repenti, etc.). Ce n’est certes pas le parcours d’un pur libéral, mais c’est logique puisqu’un libéral intransigeant ne rassemblerait pas 44% des voix dans une primaire de la droite en France. Il faudra juger sur les actes, et ce n’est certainement pas en promettant de monter la TVA que Fillon deviendra le grand président libéral de notre pays socialiste.

Christophe de Voogd : François Fillon l’a dit lui-même : son libéralisme n’est pas un « choix idéologique » mais un « constat » : l’excès des charges pesant sur les entreprises et sur le travail est l’une des causes majeures du déclin français. Le taux de prélèvements obligatoires est passé de 30 à 45% du PIB depuis 1960. Il n’y nulle contradiction dans son nouveau positionnement qui est simplement lié à l’évolution des choses et notamment du niveau de la dépense publique. J’observe que les commentaires de la plupart des médias présentent ce programme comme « dur », « violent ». Mais pour qui ? Certainement pas pour les entreprises qui vont connaître une baisse sans précédent de leurs charges sociales et fiscales (40 milliards), ni pour les familles des classe moyennes ; ni pour les millions de chômeurs qui sont évincés d’un marché du travail hyper-rigide ; ni pour les commerçants et indépendants dont le régime fiscal et social sera aligné sur le statut d’autoentrepreneur . Demandez-leur s’ils redoutent davantage « l’ultralibéralisme » supposé de Fillon ou la spoliation actuelle du RSI ? Curieusement, on ne parle jamais de ces catégories fort nombreuses lorsqu’on aborde l’impact des « mesures Fillon » sur les uns ou les autres…

Pour le reste, le parcours de F. Fillon est celui d’un gaulliste social. Son programme vise à mettre en place des coopérations renforcées en Europe, nullement un Etat supranational. De plus, son indulgence pour Poutine ne traduit pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un penchant libéral. Pas plus que ces positions dans le domaine sociétal.

François Fillon est donc non pas un libéral mais un PRAGMATIQUE en matière économique, un conservateur en matière sociétale (mais non un réactionnaire puisqu’il ne reviendra ni sur le mariage pour tous ni sur l’avortement) et un champion de « l’intérêt national » sur le plan extérieur. En somme, la parfaite définition d’un gaulliste qui raisonne et agit, comme disait le Général, « les choses étant ce qu’elles sont ». Avec un léger penchant russophile, comme de Gaulle lui-même au demeurant.

En quoi la position de François Fillon sur le libre-échange, et notamment le controversé traité TAFTA, s’inscrit-elle en faux avec la pensée des économistes et politiques « ultra-libéraux » ?

Christophe de Voogd : Après tout ce qui précède, vous admettrez que j’écarte ce mot « d’ultralibéral » ! On mesure ici le non-libéralisme de Fillon qui ne croit pas aux vertus du libre-échange. Celui-ci n’est pas un « dogme » mais une démonstration économique que l’on doit à Ricardo et un constat des résultats positifs de l’intégration économique européenne sur notre pouvoir d’achat ou de la mondialisation en matière de baisse spectaculaire de la pauvreté (ce que les Français ignorent). F. Fillon se méfie de la mondialisation, même s’il ne propose pas -pragmatisme là encore oblige- de « démondialisation ». Il s’oppose au TAFTA, comme… Trump, qui n’est pas non plus un libéral. La bonne position aurait été de défendre bec et ongles les intérêts français et européens – ce que l’on n’a pas assez fait avec la Chine – mais non de renoncer dès à présent au TAFTA. Le risque de surenchère protectionniste est réel et devrait nous alerter quand on connaît les précédents, tant au XIXème siècle que dans les années 30.

L’un dans l’autre, Génération libre n’avait mis que 12/20 à Fillon en matière de libéralisme. Il est vrai qu’avec cette note il arrivait quand même en deuxième position derrière NKM. Ce qui en dit long sur le libéralisme de nos hommes politiques, droite comprise…

Mathieu Mucherie : En déclarant qu’il ne considère pas « le libre-échange comme l’alpha et l’oméga de la pensée économique », Fillon joue un jeu dangereux. Cela s’accompagne comme toujours de la petite musique traditionnelle selon laquelle « les USA, eux, savent défendre leurs intérêts », musique idiote dans la mesure où :

a) ce n’est pas parce que les autres se tirent une balle dans le pied qu’il faut impérativement en faire autant,
b) on fait mine ainsi de penser que nous avons les marges de manœuvre d’un pays cinq fois plus peuplé, six fois plus riche et cinquante fois plus libre monétairement,
c) ce sont souvent les mêmes qui dénoncent le néoprotectionnisme américain et qui soulignent dans le même temps leur activisme dans les instances libre-échangistes globales et/ou l’amplitude de leurs déficits commerciaux ; comprenne qui pourra.

En vérité, le meilleur test consiste à demander : êtes-vous favorable, partout et tout le temps, au désarmement douanier le plus total et le plus unilatéral ? un non-économiste cherchera toujours à négocier sur ce point, à tergiverser, à éluder ou à inventer des contre-exemples historiques ou théoriques, tous foireux (dans le best of, l’argument des droits de douane américains élevés au XIXe siècle, qui se garde bien de préciser où en étaient la fiscalité et la réglementation aux USA à l’époque, sans parler de la mobilité des hommes et des capitaux). Toujours, bien entendu, pour protéger les plus démunis, alors que ce sont les rentiers qui demandent et qui obtiennent des protections. Mais Fillon, comme Hollande ou Merkel, sait surfer sur ce qui marche et éviter les combats impopulaires, et il se trouve que le TAFTA n’est pas en odeur de sainteté par les temps qui courent. Pas sûr qu’il ait lu Bastiat, comme Ronald Reagan. Pas sûr par conséquent qu’il reste très « libéral » entre 2017 et 2022 si les vents de l’opinion deviennent (comme c’est probable) trop défavorables à cette orientation, a fortiori s’il veut rassembler sa famille puis donner quelques gages à la gauche après une victoire au 2e tour contre Le Pen.

Voir aussi:

Primaire
Qui veut la peau d’«Ali Juppé» ?
Laure Equy et Dominique Albertini

Libération

22 novembre 2016

Cible d’une campagne grotesque mais efficace sur sa supposée complaisance envers l’islam politique, le challenger de Fillon à la primaire de droite s’est résolu à contre-attaquer.

«Cette histoire de mosquée, ça le met dans une colère noire», soufflent ses conseillers depuis le début de la campagne. Depuis des mois, Alain Juppé a les sites et twittos d’extrême droite aux basques. Un harcèlement viral parti de sa ville de Bordeaux et qui a pris, avec la primaire, une dimension nationale. S’il a longtemps laissé courir, le candidat dénonce désormais avec force une «campagne de caniveau», «ignominieuse», «des attaques franchement dégueulasses». C’est que – son équipe et lui en sont convaincus – ces caricatures et intox relayées sur les réseaux sociaux et via des chaînes de mails ont fait dimanche de sérieux dégâts dans les urnes.

Quelle forme prend la cabale ?
A l’origine de cette campagne de diffamation, l’extrême droite et une partie de la droite dite «classique» – mais désormais alignée sur le FN en matière identitaire. Sur Internet, des représentants de ces milieux ne désignent plus le maire de Bordeaux que par le surnom d’«Ali Juppé», l’accusant de compromissions avec les franges les plus rétrogrades de l’islam.

Parce qu’il permet l’anonymat et la circulation virale de ces attaques, Internet est devenu le terrain privilégié de ce procès en islamophilie. C’est la «fachosphère» qui est à l’œuvre : un ensemble confus et mouvant de blogueurs, d’utilisateurs des réseaux sociaux ou de commentateurs des sites d’information, dont l’islamophobie est l’un des combats fédérateurs. Au sein de cette nébuleuse décentralisée, on partage avec enthousiasme les rumeurs les plus fantaisistes, mais aussi les productions les plus «réussies», notamment les images. Telle cette caricature d’un Juppé léchant la babouche de Tariq Ramadan, ou ce photomontage le représentant barbu et vêtu d’un kamis musulman.

De manière moins visible, ces attaques ont aussi atterri dans les boîtes mails de nombreux électeurs, via des «chaînes de messages» que chaque récepteur est invité à partager avec ses contacts. «Il s’agit d’un procédé de diffusion dont l’audience n’est pas quantifiable, contrairement aux réseaux sociaux, explique Jonathan Chibois, chercheur en anthropologie politique. C’est très souterrain. Ces chaînes de mails fonctionnent toutefois très bien chez ceux qui n’utilisent pas Twitter ou Facebook, notamment les personnes âgées. Quand on vit à la campagne, on s’en aperçoit bien. Même lorsque ces récits ne sont pas pris au sérieux, ils installent une ambiance, en jouant sur l’adage populaire « il n’y a pas de fumée sans feu ».»

Cette campagne a même trouvé un relais chez Jean-Frédéric Poisson, candidat à la primaire, qui a repris le couplet, évoquant une proximité entre Juppé et «des organisations directement liées aux Frères musulmans». Idem pour l’hebdo très droitier Valeurs actuelles, qui a décrit un Juppé «aux petits soins avec les Frères musulmans».

D’où viennent ces accusations ?
C’est un projet de «centre culturel et cultuel musulman», lancé au milieu des années 2000 par la Fédération musulmane de la Gironde (FMG), qui a enflammé la fachosphère. Censé répondre aux besoins des musulmans locaux, le bâtiment doit réunir une salle de prière, une bibliothèque, un restaurant ou encore une salle d’exposition. Le maire de Bordeaux n’est pas opposé au projet : «Nous sommes en discussion avec la communauté musulmane, indique-t-il en 2008. Nous avons d’excellentes relations avec ses principaux leaders. J’ai déjà indiqué qu’un terrain leur serait proposé.»

Cette ouverture vaut à Juppé d’être ciblé par l’extrême droite. En 2009, des militants du mouvement Génération identitaire occupent le toit d’un parking bordelais et y suspendent une banderole proclamant : «Ce maire commence à poser un vrai problème». Le Front national local ne tarde pas à embrayer, accusant faussement la municipalité de vouloir financer la construction de la mosquée. Et un site à la dénomination apparemment neutre, «Infos Bordeaux» – en réalité relais d’opinion pour l’extrême droite – agite depuis des années le spectre d’une «mosquée-cathédrale».

Aujourd’hui, pourtant, la «grande mosquée de Bordeaux» n’est pas sortie de terre. Selon la première adjointe, Virginie Calmels, Alain Juppé aurait exigé que le projet ne reçoive pas de financement étranger et aucun permis de construire n’a été déposé.

L’offensive contre l’édile bordelais s’était intensifiée pendant la campagne municipale de 2014 puis aux dernières régionales contre Virginie Calmels. Un tract du FN, titré «Non au centre islamique à Bordeaux», accusait la candidate (LR) pour la région Nouvelle Aquitaine et Alain Juppé de préparer «une islamisation de Bordeaux» et de vouloir financer le projet «d’un coût de 22 millions d’euros en grande partie avec l’argent des contribuables». Calmels a porté plainte pour diffamation, sans succès.

Ce n’est pas tout : c’est aussi sur ses liens avec l’imam bordelais Tareq Oubrou qu’Alain Juppé est attaqué par l’extrême droite. Probable recteur du futur lieu de culte, si celui-ci existe un jour, Obrou est membre de l’Union des organisations islamiques de France (l’UOIF), vitrine française des Frères musulmans. L’homme entretient de cordiales relations avec le maire de Bordeaux. Il n’en fallait pas plus pour que ce dernier soit accusé de connivence avec le fondamentalisme musulman – voire d’antisémitisme. «Tareq Oubrou serait-il le Premier ministre d’Ali Juppé ?» questionnait en juillet le site xénophobe et anti-islam Riposte laïque, accusant l’imam de vouloir «imposer la charia en Europe et en France». Tareq Obrou a par le passé défendu une stricte orthodoxie religieuse. Mais il promeut aujourd’hui une conception libérale de l’islam, affirmant par exemple qu’«une musulmane qui ne se couvre pas les cheveux est aussi musulmane que celle qui se couvre», ou laissant femmes et hommes prier ensemble dans sa mosquée. Peu importe pour les détracteurs de l’imam (et du maire de Bordeaux), convaincus que ce dernier dissimulerait ses vraies convictions.

Quel impact sur la campagne ?
Alors que l’ex-Premier ministre a fait le pari d’assumer son objectif de «l’identité heureuse», cette offensive visant à le faire passer pour un faible à l’égard des islamistes a pu troubler certains électeurs, «des esprits mal informés», dixit Juppé. Qu’importe si le candidat prône l’expulsion des imams radicaux ou l’obligation du prêche en français, la puissance de la charge rend parfois inaudible les déclarations du candidat et les éléments de programme.

«Cela a été un bruit de fond qui a parasité toute la campagne», soupire Aurore Bergé, responsable de la campagne numérique de Juppé, qui reconnaît la difficulté de mettre sur pied une riposte : «C’est très compliqué d’établir la bonne stratégie. On peut tenter d’opposer des arguments mais clairement, ces attaques ne parlent pas à la rationalité des gens.» Poursuivre pour diffamation ? Selon elle, beaucoup de ces comptes Twitter sont hébergés à l’étranger. Et n’est-ce pas risquer d’amplifier l’écho de leurs allégations ? Interpellés régulièrement, Juppé et son entourage ont dénoncé cette «propagande sur les réseaux sociaux», notamment au JT de TF1 en juin, mais ont préféré ne pas faire mousser leurs détracteurs. «On a considéré qu’il valait mieux traiter par le mépris car le truc est tellement invraisemblable», explique un membre de son équipe. Après avoir subi le même dénigrement en 2014, «il a été élu au premier tour à 61 %. Juppé s’est dit que les Bordelais savaient que tout cela était complètement diffamatoire, rappelle sa première adjointe, Virginie Calmels. Mais le problème est qu’on a changé d’échelle.» Pour Aurore Bergé, il faudra, si Juppé devient dimanche le candidat de la droite à la présidentielle, «trouver des modes d’action pour déconstruire la parole d’extrême droite, et pas seulement des gentils Tumblr. Même si on doit sourcer, être rigoureux sur les contenus qu’on produit».

Depuis quelques jours, et particulièrement après le premier tour, Juppé hausse le ton. Dans l’Express, il va jusqu’à souligner son pedigree catholique : «Je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion.» Lundi sur France 2, il concédait que «la bonne foi est souvent impuissante contre la calomnie, surtout quand elle est anonyme». Mais il s’en prend aussi à ses concurrents, remarquant mardi matin sur Europe 1 qu’aucun «n’a condamné» cette campagne contre lui. Son équipe observe d’ailleurs que des militants sarkozystes ou fillonistes n’ont pas manqué de faire tourner ces intox sur les réseaux sociaux.

Et ces attaques ne devraient pas disparaître d’ici à dimanche. «Pour contrer le vote musulman, votons Fillon en masse !» exhorte le site Riposte laïque, où l’on présente Juppé comme «le plus islamo-collabo, le plus francophobe, le plus immigrationniste» des candidats de la primaire. Jusqu’alors épargné, Fillon, désormais favori, devrait toutefois être ciblé à son tour. Depuis lundi, remontent sur Twitter des photos de lui inaugurant en 2010 la mosquée d’Argenteuil (Val-d’Oise). Un autre site islamophobe entend épingler «ces membres de l’équipe Fillon qui collaborent avec des mosquées en mairie».

Voir également:

Juppé «observe» des «soutiens d’extrême droite» pour Fillon
Libération/AFP

22 novembre 2016

Alain Juppé a observé mardi que «depuis quelques jours les soutiens d’extrême droite arrivent en force» en faveur de François Fillon, son adversaire au second tour de la primaire de la droite.

Evoquant lors d’un meeting à Toulouse «la reconstitution de l’équipe 2007-2012», M. Juppé a dit : «J’observe que depuis quelques jours d’ailleurs les soutiens de l’extrême droite arrivent en force pour cette équipe».

Interrogée, son équipe a cité les noms de Jacques Bompard et de Carl Lang, ancien secrétaire général du FN et président du Parti de la France, qui a souhaité dimanche «confirmer au deuxième tour le rejet d’Alain Juppé». Mais M. Lang a précisé à l’AFP qu’il n’entendait pas voter dimanche.

Une autre groupe d’extrême droite, Riposte laïque, a lancé un appel contre le maire de Bordeaux mardi: «pour contrer le vote musulman, votons Fillon en masse!».

Alain Juppé a lancé pour sa part: «Moi je suis soutenu par une grande partie de LR, par l’UDI, le MoDem, le rassemblement qui nous a toujours permis de gagner».

«François Fillon a reçu le soutien de Nicolas Sarkozy, ce qui reconstitue l’équipe de 2007-2012», a-t-il ajouté.

«Il paraît que François Fillon a été choqué que je lui demande de clarifier sa position sur l’IVG – c’était quand même nécessaire puisqu’il y a quelque temps il écrivait dans un livre que c’était un droit fondamental de la femme, avant de changer d’avis puis de donner un sentiment personnel et de dire qu’il ne changerait rien à la législation actuelle».

«Et je vous le dis, je ne renoncerai pas à poser d’autres questions», a-t-il lancé. «L’IVG est un droit fondamental, durement acquis par les femmes», a-t-il ajouté.

François Fillon s’est indigné mardi que son concurrent lui demande de «clarifier» sa position.

Alain Juppé s’est par ailleurs ému face aux «attaques personnelles ignominieuses» émanant des réseaux sociaux le baptisant «Ali Juppé, grand mufti de Bordeaux» et aux calomnies sur le «salafisme et l’antisémitisme». Le maire de Bordeaux s’était déjà insurgé à plusieurs reprises contre ces calommnies.

«Ca a fait des dégâts, j’ai des témoignages précis dans des queues de personnes qui parfois ont changé leur vote parce qu’ils ont été impressionnés par cette campagne dégueulasse!», s’est-il emporté. «J’aurais aimé que certains de mes compétiteurs condamnent cette campagne ignominieuse», a-t-il lancé.

Alain Juppé, arrivé près de 16 points derrière François Fillon au premier tour alors qu’il était le favori du scrutin, a de nouveau pointé «la brutalité» du programme «mal étudié» qui n’a «pas de sens» de son adversaire. «On ne supprimera pas 500.000 fonctionnaires en 5 ans», a-t-il dit. «Cela ne se fera pas», a-t-il assuré, opposant au contraire la «crédibilité» de son programme.

«J’ai dans mon conseil municipal un représentant de +Sens Commun+ (mouvement hostile au mariage pour tous qui soutient Fillon), qui appartient à ma majorité, parce que je l’ai embarqué dans ma liste – voyez que je suis ouvert d’esprit- eh bien chaque fois qu’il y a une subvention — pas souvent, de temps en temps — qui va à une association d’homosexuels eh bien il refuse de voter», a-t-il expliqué. «Ce n’est pas ma conception de la société», a-t-il déclaré.

Jean-François Copé, qui a rallié le maire de Bordeaux, a loué son «sang froid» ainsi que son «courage». Nathalie Kosciusko-Morizet avait également fait le déplacement, ralliée «pas par calcul» mais «pas par hasard». «Je me suis battue et je continuerai à le faire contre les conservatismes de droite et de gauche et aujourd’hui, c’est toi, Alain, qui portes la tête de ce combat», a-t-elle lancé.

Voir encore:

Sacristie

Laurent Joffrin
Libération
21 novembre 2016 
Édito

Journée des dupes. Beaucoup d’électeurs ont voulu écarter un ancien président à leurs yeux trop à droite. Impuissants devant la mobilisation de la droite profonde, ils héritent d’un candidat encore plus réac. C’est ainsi que le Schtroumpf grognon du conservatisme se retrouve en impétrant probable. «Avec Carla, c’est du sérieux», disait le premier. Avec Fillon, c’est du lugubre. Bonjour tristesse… La droitisation de la droite a trouvé son chevalier à la triste figure. C’est vrai en matière économique et sociale, tant François Fillon en rajoute dans la rupture libérale, décidé à démolir une bonne part de l’héritage de la Libération et du Conseil national de la Résistance. Etrange apostasie pour cet ancien gaulliste social, émule de Philippe Séguin, qui se pose désormais en homme de fer de la révolution conservatrice à la française. Aligner la France sur l’orthodoxie du laissez-faire : le bon Philippe doit se retourner dans sa tombe. On comprend le rôle tenu par les intellectuels du déclin qui occupent depuis deux décennies les studios pour vouer aux gémonies la «pensée unique» sociale-démocrate et le «droit-de-l’hommisme» candide : ouvrir la voie au meilleur économiste de la Sarthe, émule de Milton Friedman et de Vladimir Poutine. Nous avions l’Etat-providence ; nous aurons la providence sans l’Etat. C’est encore plus net dans le domaine sociétal, où ce chrétien enraciné a passé une alliance avec les illuminés de la «manif pour tous». Il y a désormais en France un catholicisme politique, activiste et agressif, qui fait pendant à l’islam politique. Le révérend père Fillon s’en fait le prêcheur mélancolique. D’ici à ce qu’il devienne une sorte de Tariq Ramadan des sacristies, il n’y a qu’un pas. Avant de retourner à leurs querelles de boutique rose ou rouge, les progressistes doivent y réfléchir à deux fois. Sinon, la messe est dite.

Voir de plus:

Alain Juppé: « La vision de François Fillon me paraît tournée vers le passé »
Presidentielle 2017
Propos recueillis par Corinne Lhaïk

Libération

22/11/2016

Alain Juppé revient dans une longue interview à L’Express sur son programme et sa vision de la France alors qu’il est confronté à François Fillon, très en avance dans les sondages, pour le second tour de la primaire à droite.
Vous décrivez une différence de degré avec vous, pas de nature…

Il y a une différence de nature quand, moi, je veux une France moderne, ouverte sur l’avenir. Sa vision me paraît beaucoup plus traditionaliste et tournée vers le passé. Sur les questions sociales, sur l’évolution des moeurs, la prise en compte de deux enjeux fondamentaux – l’égalité entre les femmes et les hommes ou la conception d’une nouvelle croissance pour sauver la planète du réchauffement climatique -, il s’est peu exprimé.

Vos positions sur des sujets de société peuvent susciter l’incompréhension de certains électeurs de droite. Que leur dites-vous?

Je leur ai toujours dit que je respectais leurs convictions. Je suis moi-même catholique, contrairement à l’ignominieuse campagne développée par je ne sais qui et qui me présente comme converti à l’islam et complaisant vis-à-vis de l’islamisme. Cette campagne de caniveau a fait des dégâts sur certains esprits mal informés. Je suis catholique, je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion et je comprends parfaitement le point de vue de mes coreligionnaires catholiques. Certains sont plus intégristes, moi, je me reconnais davantage dans la vision du pape François.

Voir de même:

La victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, dimanche, a surpris jusqu’à l’Elysée, où le président n’avait pas vu venir la défaite de Nicolas Sarkozy.

Europe 1

21 novembre 2016

Un résultat sans appel qui a surpris tout le monde. Personne n’avait imaginé une telle avance pour François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, dimanche soir. Encore moins le président de la République. François Hollande n’avait pas non plus vu venir la défaite de Nicolas Sarkozy. Dans cette soirée électorale, le chef de l’Etat a perdu son ennemi préféré et il n’a surtout plus grand-chose à quoi se raccrocher. Explications.

Hollande ne l’avait pas vu venir. Chez les proches du président, c’est l’abattement en fin de soirée. « Regardez Fillon, glisse l’un de ses proches, il était dans les choux à la rentrée. Ça prouve que rien ne se passe jamais comme prévu ». L’analyse peut paraître ironique quand on sait que le président ne prédisait pas du tout ce résultat il y a encore quelques mois. « Fillon n’a aucune chance », prophétisait-il à Gérard Davet et Fabrice Lhomme, dans le fameux livre d’entretiens Un président ne devrait pas dire ça (éditions Stock).

Fillon, le plus réactionnaire pour Hollande. Dimanche soir, devant sa télévision, dans ses appartements privés de l’Elysée, le chef de l’Etat a échangé frénétiquement par SMS avec ses conseillers, ses amis. Le message est désormais clair : François Fillon est le plus libéral, le plus réactionnaire, selon François Hollande. Face à cet adversaire, il peut encore incarner la défense du modèle social.

Personne ne veut d’un remake de 2012. Mais une partie de la gauche fait déjà une toute autre lecture du scrutin, persuadée que le résultat de dimanche montre surtout une chose : personne ne veut d’un remake de 2012. Un député proche de Manuel Valls sort déjà les crocs : « Hollande n’aura pas son match retour avec Sarkozy, c’est un signe de plus qu’il faut laisser la place ».

Voir aussi:

Hollande pense que « le masque de Juppé va tomber »

En petit comité, le chef de l’État explique que la popularité d’Alain Juppé explosera à la lumière de la primaire, quand « le masque va tomber ».

Emmanuel Berretta

Le Point
09/03/2016

Présidentielle américaine: Vous avez dit effet Bradley ? (Revenge of the clingers and deplorables: a win so big even Nate Silver missed it)

9 novembre, 2016

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Tim Youngblood of Dahlonega, Ga. waits for Republican presidential candidate Donald Trump to arrive for a rally at the Fox Theater, Wednesday, June 15, 2016, in Atlanta. (AP Photo/John Bazemore)

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La prédiction est un art bien difficile, surtout en ce qui concerne l’avenir. Niels Bohr
Soudain, Norman se sentit fier. Tout s’imposait à lui, avec force. Il était fier. Dans ce monde imparfait, les citoyens souverains de la première et de la plus grande Démocratie Electronique avaient, par l’intermédiaire de Norman Muller (par lui), exercé une fois de plus leur libre et inaliénable droit de vote. Le Votant (Isaac Asimov, 1955)
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
I continue to believe Mr. Trump will not be president. And the reason is that I have a lot of faith in the American people. Being president is a serious job. It’s not hosting a talk show, or a reality show. The American people are pretty sensible, and I think they’ll make a sensible choice in the end. It’s not promotion, it’s not marketing. It’s hard. And a lot of people count on us getting it right. Barack Hussein Obama (Feb. 2016)
Comme je l’ai dit depuis le début, notre campagne n’en était pas simplement une, mais plutôt un grand mouvement incroyable, composé de millions d’hommes et de femmes qui travaillent dur, qui aiment leur pays, et qui veulent un avenir plus prospère et plus radieux pour eux-mêmes et leur famille. C’est un mouvement composé d’Américains de toutes races, de toutes religions, de toutes origines, qui veulent et attendent que le gouvernement serve le peuple. Ce gouvernement servira le peuple. J’ai passé toute ma vie dans le monde des affaires et j’ai observé le potentiel des projets et des personnes partout dans le monde. Aujourd’hui, c’est ce que je veux faire pour notre pays. Il y a un potentiel énorme, je connais bien notre pays, il y a potentiel incroyable, ce sera magnifique. Chaque Américain aura l’opportunité de vivre pleinement son potentiel. Ces hommes et ces femmes oubliés de notre pays, ces personnes ne seront plus oubliées. Donald Trump
Je suis désolé d’être le porteur de mauvaises nouvelles, mais je crois avoir été assez clair l’été dernier lorsque j’ai affirmé que Donald Trump serait le candidat républicain à la présidence des États-Unis. Cette fois, j’ai des nouvelles encore pires à vous annoncer: Donald J. Trump va remporter l’élection du mois de novembre. Ce clown à temps partiel et sociopathe à temps plein va devenir notre prochain président. (…) Jamais de toute ma vie n’ai-je autant voulu me tromper. (…) Voici 5 raisons pour lesquelles Trump va gagner : 1. Le poids électoral du Midwest, ou le Brexit de la Ceinture de rouille 2. Le dernier tour de piste des Hommes blancs en colère 3. Hillary est un problème en elle-même 4. Les partisans désabusés de Bernie Sanders 5. L’effet Jesse Ventura. Michael Moore
The phenomenon of voters telling pollsters what they think they want to hear, however, actually has a name: the Bradley Effect, a well-studied political phenomenon. In 1982, poll after poll showed Tom Bradley, Los Angeles’ first black mayor and a Democrat, with a solid lead over George Deukmejian, a white Republican, in the California gubernatorial race. Instead, Bradley narrowly lost to Deukmejian, a stunning upset that led experts to wonder how the polls got it wrong. Pollsters, and some political scientists, later concluded that voters didn’t want to say they were voting against Bradley, who would have been the nation’s first popularly-elected African-American governor, because they didn’t want to appear to be racist. (…) In December, a Morning Consult poll examined whether Trump supporters were more likely to say they supported him in online polls than in polls conducted by live questioners. Their finding was surprising: « Trump performs about six percentage points better online than via live telephone interviewing, » according to the study. At the same time, « his advantage online is driven by adults with higher levels of education, » the study says, countering data showing Trump’s bedrock support comes from voters without college degrees. « Importantly, the differences between online and live telephone [surveys] persist even when examining only highly engaged, likely voters. » But Galston says while the study examines « a legitimate question, » the methodology is unclear, and « it’s really important to compare apples to apples. You need to be sure that the online community has the same demographic profile » as phone polling. « It may also be the case that people who are online and willing to participate in that study are already, in effect, a self-selected sample » of pro-Trump voters, Galston says. (…) Ultimately, Trump’s claim « is more of a way to try to explain poor polling numbers. Trump is losing at the moment and he’s trying to explain it off, » Skelley says. « This doesn’t really hold up under scrutiny. » US News & world report (July 2016)
Ever since the ascendency of their “war room,” the Clinton-inspired Left has attacked the integrity and morality of all Republican presidential candidates: McCain was rendered a near-senile coot, confused about the extent of his wife’s wealth and the number of their estates. No finer man ran for president than Mitt Romney. And by November 2012 when he lost, he had been reduced to a bullying hazer in his teen-age years, a vulture capitalist, a heartless plutocrat who was rude to his garbage man, tortured dogs, had an elevator in his house, and provided horses and stables to his aristocratic wife. All were either lies or exaggerations or irrelevant and all insidiously cemented the picture of the gentlemanly Romney as a preppie, out-of-touch, old white-guy snob, and gratuitously cruel to the less fortunate. Trump was certainly more vulgar than either McCain or Romney, but what voters he lost owing to his crass candor he may well have gained back through his slash-and-burn, take-no-prisoners willingness to fight back against the liberal smear machine. We can envision what Marco Rubio, Jeb Bush, or Ted Cruz would look like after six months of “going high” from the Clinton-campaign treatment. It is a mistake to believe that any other candidate would have better dealt with the Clinton-Podesta hit teams; all we can assume is that most would have suffered far more nobly than Trump. It would be wonderful if a Republican candidate ran with Romney’s personal integrity, Rubio’s charisma, Walker’s hands-on experience, Cruz’s commitment to constitutional conservatism, and Trump’s energy, animal cunning, and ferocity, but unfortunately such multifaceted candidates are rare. Victor Davis Hanson
What I was hearing was this general sense of being on the short end of the stick. Rural people felt like they’re not getting their fair share. (…)  First, people felt that they were not getting their fair share of decision-making power. For example, people would say: All the decisions are made in Madison and Milwaukee and nobody’s listening to us. Nobody’s paying attention, nobody’s coming out here and asking us what we think. Decisions are made in the cities, and we have to abide by them. Second, people would complain that they weren’t getting their fair share of stuff, that they weren’t getting their fair share of public resources. That often came up in perceptions of taxation. People had this sense that all the money is sucked in by Madison, but never spent on places like theirs. And third, people felt that they weren’t getting respect. They would say: The real kicker is that people in the city don’t understand us. They don’t understand what rural life is like, what’s important to us and what challenges that we’re facing. They think we’re a bunch of redneck racists. So it’s all three of these things — the power, the money, the respect. People are feeling like they’re not getting their fair share of any of that. (…)  It’s been this slow burn. Resentment is like that. It builds and builds and builds until something happens. Some confluence of things makes people notice: I am so pissed off. I am really the victim of injustice here. (…) Then, I also think that having our first African American president is part of the mix, too. (…) when the health-care debate ramped up, once he was in office and became very, very partisan, I think people took partisan sides. (…) It’s not just resentment toward people of color. It’s resentment toward elites, city people. (…) Of course [some of this resentment] is about race, but it’s also very much about the actual lived conditions that people are experiencing. We do need to pay attention to both. As the work that you did on mortality rates shows, it’s not just about dollars. People are experiencing a decline in prosperity, and that’s real. The other really important element here is people’s perceptions. Surveys show that it may not actually be the case that Trump supporters themselves are doing less well — but they live in places where it’s reasonable for them to conclude that people like them are struggling. Support for Trump is rooted in reality in some respects — in people’s actual economic struggles, and the actual increases in mortality. But it’s the perceptions that people have about their reality are the key driving force here. (…) One of the key stories in our political culture has been the American Dream — the sense that if you work hard, you will get ahead. (…) But here’s where having Bernie Sanders and Donald Trump running alongside one another for a while was so interesting. I think the support for Sanders represented a different interpretation of the problem. For Sanders supporters, the problem is not that other population groups are getting more than their fair share, but that the government isn’t doing enough to intervene here and right a ship that’s headed in the wrong direction. (…) There is definitely some misinformation, some misunderstandings. But we all do that thing of encountering information and interpreting it in a way that supports our own predispositions. Recent studies in political science have shown that it’s actually those of us who think of ourselves as the most politically sophisticated, the most educated, who do it more than others. So I really resist this characterization of Trump supporters as ignorant. There’s just more and more of a recognition that politics for people is not — and this is going to sound awful, but — it’s not about facts and policies. It’s so much about identities, people forming ideas about the kind of person they are and the kind of people others are. Who am I for, and who am I against? Policy is part of that, but policy is not the driver of these judgments. There are assessments of, is this someone like me? Is this someone who gets someone like me? (…) All of us, even well-educated, politically sophisticated people interpret facts through our own perspectives, our sense of what who we are, our own identities. I don’t think that what you do is give people more information. Because they are going to interpret it through the perspectives they already have. People are only going to absorb facts when they’re communicated from a source that they respect, from a source who they perceive has respect for people like them. And so whenever a liberal calls out Trump supporters as ignorant or fooled or misinformed, that does absolutely nothing to convey the facts that the liberal is trying to convey. Katherine Cramer
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…)  C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. (…) En  réalité,  [mixité  sociale » et « mixité  ethnique »] vont  rarement  ensemble.  En  région   parisienne,  on  peut  avoir  un  peu  de  mixité  sociale   sans mixité ethnique. La famille maghrébine en phase  d’ascension sociale achète un pavillon à proximité des  cités.  Par  ailleurs,  les  logiques  séparatistes  se  poursuivent  et  aujourd’hui  les  ouvriers,  les  cadres  de  la   fonction  publique  et  les  membres  de  la  petite  bourgeoisie  maghrébine  en  ascension  sociale  évitent  les   quartiers où se concentre l’immigration africaine.  Ça me fait penser à la phrase de Valls sur l’apartheid.  Il  devait  penser  à  Évry,  où  le  quartier  des  Pyramides   s’est  complètement  ethnicisé  :  là  où  vivaient  hier  des   Blancs et des Maghrébins, ne restent plus aujourd’hui  que des gens issus de l’immigration subsaharienne. En  réalité, tout le monde – le petit Blanc, le bobo comme  le Maghrébin en phase d’ascension sociale – souhaite  éviter  le  collège  pourri  du  coin  et  contourne  la  carte   scolaire. On est tous pareils, seul le discours change…  (…) À  catégories  égales,  la  mobilité  sociale  est  plus  forte   dans les grandes métropoles. C’est normal : c’est là que  se  concentrent  les  emplois.  Contrairement  aux  zones   rurales, où l’accès au marché de l’emploi et à l’enseignement  supérieur  est  difficile,  les  aires  métropolitaines   offrent   des   opportunités   y   compris   aux   catégories    modestes. Or ces catégories, compte tenu de la recomposition  démographique,  sont  aujourd’hui  issues  de   l’immigration. Cela explique l’intégration économique  et  sociale  d’une  partie  de  cette  population.  Évidemment,  l’ascension  sociale  reste  minoritaire  mais  c’est   une constante des milieux populaires depuis toujours :  quand on naît  « en bas » , on meurt  « en bas » .  (…) les   classes   populaires   immigrées   bénéficient    simplement  d’un  atout  :  celui  de  vivre   «  là  où  ça  se   passe  » .  Il  ne  s’agit  pas  d’un  privilège  résultant  d’une   politique  volontariste.  Tout  ça  s’est  fait  lentement.  Il   y  a  des  logiques  démographiques,  foncières  et  économiques.  Il  faut  avoir  à  l’esprit  que  la  France  périphérique  n’est  pas  100  %  blanche,  elle  comporte  aussi  des   immigrés, et puis il y a également les DOM-TOM, territoires ultrapériphériques !    (..) Notre  erreur  est  d’avoir  pensé  qu’on  pouvait  appliquer   le   modèle   mondialisé   économique   sans   obtenir   ses    effets  sociétaux,  c’est-à-dire  le  multiculturalisme  et  une   forme  de  communautarisme.  La  prétention  française,   c’était  de  dire  :   «  Nous,  gros  malins  de  Français,  allons   faire  la  mondialisation  républicaine  !  »   Il  faut  constater  que  nous  sommes  devenus  une  société  américaine   comme les autres. La laïcité et l’assimilation sont mortes  de  facto.  Il  suffit  d’écouter  les  élèves  d’un  collège  pour   s’en convaincre : ils parlent de Noirs, de Blancs, d’Arabes.  La société multiculturelle mondialisée génère partout les  mêmes tensions et paranoïas identitaires, nous sommes  banalement dans ce schéma en France. Dans ce contexte,  la question du rapport entre minorité et majorité est en  permanence  posée,  quelle  que  soit  l’origine.  Quand  ils   deviennent  minoritaires,  les  Maghrébins  eux-mêmes   quittent les cités qui concentrent l’immigration subsaharienne. Sauf que comme en France il n’y a officiellement  ni religion ni race, on ne peut pas en parler… Ceux qui  osent le faire, comme Michèle Tribalat, le paient cher.  (…)  La  création  de  zones  piétonnières  fait  augmenter les prix du foncier. Et les aménagements écolos des  villes correspondent, de fait, à des embourgeoisements.  Tous  ces  dispositifs  amènent  un  renchérissement  du   foncier  et  davantage  de  gentrification.  Pour  baisser   les prix ? Il faut moins de standing. Or la pression est  forte  :  à  Paris,  plus  de  40  %  de  la  population  active   est composée de cadres. C’est énorme ! Même le XX e arrondissement est devenu une commune bourgeoise.  Et  puis  l’embourgeoisement  est  un  rouleau  compresseur.  On  avait  pensé  que  certaines  zones  resteraient   populaires,  comme  la  Seine-et-Marne,  mais  ce  n’est   pas le cas. Ce système reproduit le modèle du marché  mondialisé,  c’est-à-dire  qu’il  se  sépare  des  gens  dont   on n’a pas besoin pour faire tourner l’économie.  (…) La  politique  municipale  de  Bordeaux  est  la  même   que  celle  de  Lyon  ou  de  Paris.  Il  y  a  une  logique  qui   est celle de la bourgeoisie mondialisée, qu’elle soit de  droite ou de gauche. Elle est libérale-libertaire, tantôt  plus libertaire (gauche), tantôt plus libérale (droite)…  (…) L’un des codes fondamentaux de la nouvelle bourgeoisie  est  l’ouverture.  Si  on  lâche  ce  principe,  on  est   presque  en  phase  de  déclassement.  Le  vote  populiste,   c’est  celui  des  gens  qui  ne  sont  plus  dans  le  système,   les  « ratés » , et personne, dans le milieu bobo, n’a envie  d’avoir  l’image  d’un  loser.  Le  discours  d’ouverture  de   la supériorité morale du bourgeois est presque un signe  extérieur  de  richesse.  C’est  un  attribut  d’intégration.   Aux yeux de la classe dominante, un homme tolérant est  quelqu’un qui a fondamentalement compris le monde. (…) Mais plus personne ne l’écoute ! Quand on regarde catégorie après catégorie, c’est un processus de désaffiliation  qui  s’enchaîne  et  se  reproduit,  incluant  notamment  le   divorce des banlieues avec la gauche. Le magistère de la  France d’en haut est terminé ! Électoralement, on le voit  déjà avec la montée de l’abstention et du vote FN. Le FN  existe  uniquement  parce  qu’il  est  capable  de  capter  ce   qui  vient  d’en  bas,  pas  parce  qu’il  influence  le  bas.  Ce   sont les gens qui influencent le discours du FN, et pas le  contraire ! Ce n’est pas le discours du FN qui imprègne  l’atmosphère  !  Le  Pen  père  n’était  pas  ouvriériste,  ce   sont les ouvriers qui sont allés vers lui. Le FN s’est mis  à parler du rural parce qu’il a observé des cartes électorales…  les  campagnes  sont  un  désert  politique  rempli   de Français dans l’attente d’une nouvelle offre. Bref, ce  système ne peut pas perdurer. (…) Si l’on regarde le dernier sondage Ipsos réalisé  dans  22  pays,  on  y  découvre  que  seulement  11  %  des   Français (dont beaucoup d’immigrés !) considèrent que  l’immigration est positive pour le pays. C’est marrant,  les  journalistes  sont  90  %  à  penser  le  contraire.  En   vérité, il n’y a plus de débat sur l’immigration : tout le  monde est d’accord sauf des gens qui nous mentent… (…)  Les   ministres   et   gouvernements    successifs  sont  pris  dans  la  même   contradiction  :  ils  ont  choisi  un   modèle économique qui crée de la  richesse,  mais  qui  n’est  pas  socialement   durable,   qui   ne   fait   pas    société.  Ils  n’ont  de  fait  aucune   solution,   si   ce   n’est   de   gérer   le   court terme en faisant de la redistribution.  La  dernière  idée  dans   ce  sens  est  le  revenu  universel,  ce   qui  fait  penser  qu’on  a  définitivement  renoncé  à  tout  espoir  d’un   développement  économique  de  la   France périphérique. Christophe Guilluy
Experts et commentateurs se sont, dans leur grande majorité, mis le doigt dans l’œil parce qu’ils pensent à l’intérieur du système. À Paris comme à Washington, on reste persuadé qu’un «outsider» n’a aucune chance face aux appareils des partis, des lobbies et des machines électorales. Que ce soit dans notre monarchie républicaine ou dans leur hiérarchie de Grands Électeurs, si l’on n’est pas un familier du sérail, on n’existe pas. Tout le dédain et la condescendance envers Trump, qui n’était jusqu’ici connu que par ses gratte-ciel et son émission de téléréalité, pouvaient donc s’afficher envers cette grosse brute qui ne sait pas rester à sa place. On connaît la suite. (…) Trump est l’un des premiers à avoir compris et utilisé la désintermédiation. Ce n’est pas vraiment l’ubérisation de la politique, mais ça y ressemble quelque peu. Quand je l’ai interrogé sur le mouvement qu’il suscitait dans la population américaine, il m’a répondu: Twitter, Facebook et Instagram. Avec ses 15 millions d’abonnés, il dispose d’une force de frappe avec laquelle il dialogue sans aucun intermédiaire. Il y a trente ans, il écrivait qu’aucun politique ne pouvait se passer d’un quotidien comme le New York Times. Aujourd’hui, il affirme que les réseaux sociaux sont beaucoup plus efficaces – et beaucoup moins onéreux – que la possession de ce journal. (…) Là-bas comme ici, l’avenir n’est plus ce qu’il était, la classe moyenne se désosse, la précarité est toujours prégnante, les attentats terroristes ne sont plus, depuis un certain 11 septembre, des images lointaines vues sur petit ou grand écran. (…) Et la fureur s’explique par le décalage entre la ritournelle de «Nous sommes la plus grande puissance et le plus beau pays du monde» et le «Je n’arrive pas à finir le mois et payer les études de mes enfants et l’assurance médicale de mes parents». Sans parler de l’écart toujours plus abyssal entre riches et modestes. (…) Il existe, depuis quelques années, un étonnant rapprochement entre les problématiques européennes et américaines. Qui aurait pu penser, dans ce pays d’accueil traditionnel, que l’immigration provoquerait une telle hostilité chez certains, qui peut permettre à Trump de percer dans les sondages en proclamant sa volonté de construire un grand mur? Il y a certes des points communs avec Marine Le Pen, y compris dans la nécessité de relocaliser, de rebâtir des frontières et de proclamer la grandeur de son pays. Mais évidemment, Trump a d’autres moyens que la présidente du Front National… De plus, répétons-le, c’est d’abord un pragmatique et un négociateur. Je ne crois pas que ce soit les qualités les plus apparentes de Marine Le Pen… (…) Son programme économique le situe beaucoup plus à gauche que les caciques Républicains et les néo-conservateurs proches d’Hillary Clinton qui le haïssent, parce que lui croit, dans certains domaines, à l’intervention de l’État et aux limites nécessaires du laisser-faire, laisser-aller. (…) Il ne ménage personne et peut aller beaucoup plus loin que Marine Le Pen, tout simplement parce qu’il n’a jamais eu à régler le problème du père fondateur et encore moins à porter le fardeau d’une étiquette tout de même controversée. Sa marque à lui, ce n’est pas la politique, mais le bâtiment et la réussite. Ça change pas mal de choses. (…) il trouve insupportable que des villes comme Paris et Bruxelles, qu’il adore et a visitées maintes fois, deviennent des camps retranchés où l’on n’est même pas capable de répliquer à un massacre comme celui du Bataclan. On peut être vent debout contre le port d’arme, mais, dit-il, s’il y avait eu des vigiles armés boulevard Voltaire, il n’y aurait pas eu autant de victimes. Pour lui, un pays qui ne sait pas se défendre est un pays en danger de mort. (…) Il s’entendra assez bien avec Poutine pour le partage des zones d’influence, et même pour une collaboration active contre Daesh et autres menaces, mais, comme il le répète sur tous les tons, l’Amérique de Trump ne défendra que les pays qui paieront pour leur protection. Ça fait un peu Al Capone, mais ça a le mérite de la clarté. Si l’Europe n’a pas les moyens de protéger son identité, son mode de vie, ses valeurs et sa culture, alors, personne ne le fera à sa place. En résumé, pour Trump, la politique est une chose trop grave pour la laisser aux politiciens professionnels, et la liberté un état trop fragile pour la confier aux pacifistes de tout poil. André Bercoff
La grande difficulté, avec Donald Trump, c’est qu’on est à la fois face à une caricature et face à un phénomène bien plus complexe. Une caricature d’abord, car tout chez lui, semble magnifié. L’appétit de pouvoir, l’ego, la grossièreté des manières, les obsessions, les tweets épidermiques, l’étalage voyant de son succès sur toutes les tours qu’il a construites et qui portent son nom. Donald Trump joue en réalité à merveille de son côté caricatural, il simplifie les choses, provoque, indigne, et cela marche parce que notre monde du 21e siècle se gargarise de ces simplifications outrancières, à l’heure de l’information immédiate et fragmentée. La machine médiatique est comme un ventre qui a toujours besoin de nouveaux scandales et Donald, le commercial, le sait mieux que personne, parce qu’il a créé et animé une émission de téléréalité pendant des années. Il sait que la politique américaine actuelle est un grand cirque, où celui qui crie le plus fort a souvent raison parce que c’est lui qui «fait le buzz». En même temps, ne voir que la caricature qu’il projette serait rater le phénomène Trump et l’histoire stupéfiante de son succès électoral. Derrière l’image télévisuelle simplificatrice, se cache un homme intelligent, rusé et avisé, qui a géré un empire de milliards de dollars et employé des dizaines de milliers de personnes. Ce n’est pas rien! Selon plusieurs proches du milliardaire que j’ai interrogés, Trump réfléchit de plus à une candidature présidentielle depuis des années, et il a su capter, au-delà de l’air du temps, la colère profonde qui traversait l’Amérique, puis l’exprimer et la chevaucher. Grâce à ses instincts politiques exceptionnels, il a vu ce que personne d’autre – à part peut-être le démocrate Bernie Sanders – n’avait su voir: le gigantesque ras le bol d’un pays en quête de protection contre les effets déstabilisants de la globalisation, de l’immigration massive et du terrorisme islamique; sa peur du déclin aussi. En ce sens, Donald Trump s’est dressé contre le modèle dominant plébiscité par les élites et a changé la nature du débat de la présidentielle. Il a remis à l’ordre du jour l’idée de protection du pays, en prétendant au rôle de shérif aux larges épaules face aux dangers d’un monde instable et dangereux. Cela révèle au minimum une personnalité sacrément indépendante, un côté indomptable qui explique sans doute l’admiration de ses partisans…Ils ont l’impression que cet homme explosif ne se laissera impressionner par rien ni personne. Beaucoup des gens qui le connaissent affirment d’ailleurs que Donald Trump a plusieurs visages: le personnage public, flashy, égotiste, excessif, qui ne veut jamais avouer ses faiblesses parce qu’il doit «vendre» sa marchandise, perpétuer le mythe, et un personnage privé plus nuancé, plus modéré et plus pragmatique, qui sait écouter les autres et ne choisit pas toujours l’option la plus extrême…Toute la difficulté et tout le mystère, pour l’observateur est de s’y retrouver entre ces différents Trump. C’est loin d’être facile, surtout dans le contexte de quasi hystérie qui règne dans l’élite médiatique et politique américaine, tout entière liguée contre lui. Il est parfois très difficile de discerner ce qui relève de l’analyse pertinente ou de la posture de combat anti-Trump. (…) à de rares exceptions près, les commentateurs n’ont pas vu venir le phénomène Trump, parce qu’il était «en dehors des clous», impensable selon leurs propres «grilles de lecture». Trop scandaleux et trop extrême, pensaient-ils. Il a fait exploser tant de codes en attaquant ses adversaires au dessous de la ceinture et s’emparant de sujets largement tabous, qu’ils ont cru que «le grossier personnage» ne durerait pas! Ils se sont dit que quelqu’un qui se contredisait autant ou disait autant de contre vérités, finirait par en subir les conséquences. Bref, ils ont vu en lui soit un clown soit un fasciste – sans réaliser que toutes les inexactitudes ou dérapages de Trump lui seraient pardonnés comme autant de péchés véniels, parce qu’il ose dire haut et fort ce que son électorat considère comme une vérité fondamentale: à savoir que l’Amérique doit faire respecter ses frontières parce qu’un pays sans frontières n’est plus un pays. Plus profondément, je pense que les élites des deux côtes ont raté le phénomène Trump (et le phénomène Sanders), parce qu’elles sont de plus en plus coupées du peuple et de ses préoccupations, qu’elles vivent entre elles, se cooptent entre elles, s’enrichissent entre elles, et défendent une version «du progrès» très post-moderne, détachée des préoccupations de nombreux Américains. Soyons clairs, si Trump est à bien des égards exaspérant et inquiétant, il y a néanmoins quelque chose de pourri et d’endogame dans le royaume de Washington. Le peuple se sent hors jeu. (…) Ce statut de milliardaire du peuple est crédible parce qu’il ne s’est jamais senti membre de l’élite bien née, dont il aime se moquer en la taxant «d’élite du sperme chanceux». Cette dernière ne l’a d’ailleurs jamais vraiment accepté, lui le parvenu de Queens, venu de la banlieue, qui aime tout ce qui brille. Il ne faut pas oublier en revanche que Donald a grandi sur les chantiers de construction, où il accompagnait son père déjà tout petit, ce qui l’a mis au contact des classes populaires. Il parle exactement comme eux! Quand je me promenais à travers l’Amérique à la rencontre de ses électeurs, c’est toujours ce dont ils s’étonnaient. Ils disaient: «Donald parle comme nous, pense comme nous, est comme nous». Le fait qu’il soit riche, n’est pas un obstacle parce qu’on est en Amérique, pas en France. Les Américains aiment la richesse et le succès. (…) L’un des atouts de Trump, pour ses partisans, c’est qu’il est politiquement incorrect dans un pays qui l’est devenu à l’excès. Sur l’islam radical (qu’Obama ne voulait même pas nommer comme une menace!), sur les maux de l’immigration illégale et maints autres sujets. Ses fans se disent notamment exaspérés par le tour pris par certains débats, comme celui sur les toilettes «neutres» que l’administration actuelle veut établir au nom du droit des «personnes au genre fluide» à «ne pas être offensés». Ils apprécient que Donald veuille rétablir l’expression de Joyeux Noël, de plus en plus bannie au profit de l’expression Joyeuses fêtes, au motif qu’il ne faut pas risquer de blesser certaines minorités religieuses non chrétiennes…Ils se demandent pourquoi les salles de classe des universités, lieu où la liberté d’expression est supposée sacro-sainte, sont désormais surveillées par une «police de la pensée» étudiante orwellienne, prête à demander des comptes aux professeurs chaque fois qu’un élève s’estime «offensé» dans son identité…Les fans de Trump sont exaspérés d’avoir vu le nom du club de football américain «Red Skins» soudainement banni du vocabulaire de plusieurs journaux, dont le Washington Post, (et remplacé par le mot R…avec trois points de suspension), au motif que certaines tribus indiennes jugeaient l’appellation raciste et insultante. (Le débat, qui avait mobilisé le Congrès, et l’administration Obama, a finalement été enterré après de longs mois, quand une enquête a révélé que l’écrasante majorité des tribus indiennes aimait finalement ce nom…). Dans ce contexte, Trump a été jugé«rafraîchissant» par ses soutiens, presque libérateur. (…) Pour moi, le phénomène Trump est la rencontre d’un homme hors normes et d’un mouvement de rébellion populaire profond, qui dépasse de loin sa propre personne. C’est une lame de fond, anti globalisation et anti immigration illégale, qui traverse en réalité tout l’Occident. Trump surfe sur la même vague que les politiques britanniques qui ont soutenu le Brexit, ou que Marine Le Pen en France. La différence, c’est que Trump est une version américaine du phénomène, avec tout ce que cela implique de pragmatisme et d’attachement au capitalisme. (…) Trump n’est pas un idéologue. Il a longtemps été démocrate avant d’être républicain et il transgresse les frontières politiques classiques des partis. Favorable à une forme de protectionnisme et une remise en cause des accords de commerce qui sont défavorables à son pays, il est à gauche sur les questions de libre échange, mais aussi sur la protection sociale des plus pauvres, qu’il veut renforcer, et sur les questions de société, sur lesquelles il affiche une vision libérale de New Yorkais, certainement pas un credo conservateur clair. De ce point de vue là, il est post reaganien. Mais Donald Trump est clairement à droite sur la question de l’immigration illégale et des frontières, et celle des impôts. Au fond, c’est à la fois un marchand et un nationaliste, qui se voit comme un pragmatique, dont le but sera de faire «des bons deals» pour son pays. Il n’est pas là pour changer le monde, contrairement à Obama. Ce qu’il veut, c’est remettre l’Amérique au premier plan, la protéger. Son instinct de politique étrangère est clairement du côté des réalistes et des prudents, car Trump juge que les Etats-Unis se sont laissé entrainer dans des aventures qui les ont affaiblis et n’ont pas réglé les crises. Il ne veut plus d’une Amérique jouant les gendarmes du monde. Mais vu sa tendance aux volte face et vu ce qu’il dit sur le rôle que devrait jouer l’Amérique pour venir à bout de la menace de l’islam radical, comme elle l’a fait avec le nazisme et le communisme, Donald Trump pourrait fort bien changer d’avis, et revenir à un credo plus interventionniste avec le temps. Ses instincts sont au repli, mais il reste largement imprévisible. (…) De nombreuses questions se posent sur son caractère, ses foucades, son narcissisme et sa capacité à se contrôler, si importante chez le président de la première puissance du monde! Je ne suis pas pour autant convaincue par l’image de «Hitler», fasciste et raciste, qui lui a été accolée par la presse américaine. Hitler avait écrit Mein Kamp. Donald Trump, lui, a écrit «L ‘art du deal» et avait envisagé juste après la publication de ce premier livre, de se présenter à la présidence en prenant sur son ticket la vedette de télévision afro-américaine démocrate Oprah Winfrey, un élément qui ne colle pas avec l’image d’un raciste anti femmes! Ses enfants et nombre de ses collaborateurs affirment qu’il ne discrimine pas les gens en fonction de leur sexe ou de la couleur de leur peau, mais en fonction de leurs mérites, et que c’est pour cette même raison qu’il est capable de s’en prendre aux représentants du sexe faible ou des minorités avec une grande brutalité verbale, ne voyant pas la nécessité de prendre des gants. Les questions les plus lourdes concernant Trump, sont selon moi plutôt liées à la manière dont il réagirait, s’il ne parvenait pas à tenir ses promesses, une fois à la Maison-Blanche. Tout président américain est confronté à la complexité de l’exercice du pouvoir dans un système démocratique extrêmement contraignant. Cet homme d’affaires habitué à diriger un empire immobilier pyramidal, dont il est le seul maître à bord, tenterait-il de contourner le système pour arriver à ses fins et prouver au peuple qu’il est bien le meilleur, en agissant dans une zone grise, avec l’aide des personnages sulfureux qui l’ont accompagné dans ses affaires? Et comment se comporterait-il avec ses adversaires politiques ou les représentants de la presse, vu la brutalité et l’acharnement dont il fait preuve envers ceux qui se mettent sur sa route? Hériterait-on d’un Berlusconi ou d’un Nixon puissance 1000? Autre interrogation, vu la fascination qu’exerce sur lui le régime autoritaire de Vladimir Poutine: serait-il prêt à sacrifier le droit international et l’indépendance de certains alliés européens, pour trouver un accord avec le patron du Kremlin sur les sujets lui tenant à cœur, notamment en Syrie? Bref, pourrait-il accepter une forme de Yalta bis, et remettre en cause le rôle de l’Amérique dans la défense de l’ordre libéral et démocratique de l’Occident et du monde depuis 1945? Autant de questions cruciales auxquelles Donald Trump a pour l’instant répondu avec plus de désinvolture que de clarté. Laure Mandeville
Après les référendums de 2005 (France et Pays-Bas) et le Brexit (2016), voici une nouvelle surprise avec l’élection de Donald Trump par une franche majorité d’Américains. À chaque fois, le suffrage universel a eu raison des médias, des sondeurs et de leurs commanditaires. On peut au moins se réjouir de cette vitalité démocratique. (…) C’est en partie en raison du libre-échange et du primat de la finance que les électeurs américains ont voté pour Donald Trump : il a su capter leur colère sourde, tout comme d’ailleurs le candidat démocrate Bernie Sanders, rival malheureux d’Hillary Clinton.  L’autre motif qui a conduit à la victoire de Trump et à l’élimination de Sanders tient à l’exaspération d’une majorité de citoyens face aux tromperies de l’utopie « multiculturaliste » et de la société « ouverte ». À preuve le vote de l’Iowa en faveur de Donald Trump : dans cet État plutôt prospère, avec un faible taux de chômage, c’est évidemment l’enjeu multiculturaliste qui a fait basculer les électeurs. En effet, l’élection en 2008 d’un président noir (pas un Afro-Américain mais un métis, fils d’une blanche du Kansas et d’un Kényan) n’a pas empêché le retour à de nouvelles formes de ségrégation raciale. C’est ainsi que la candidate démocrate Hillary Clinton a tenté de jouer la carte « racialiste » en cajolant les électeurs afro-américains et latinos. Mais sans doute s’est-elle trompée dans son évaluation du vote latino : beaucoup d’Étasuniens latino-américains aspirent à leur intégration dans la classe moyenne et ne se sentent guère solidaires des Afro-Américains. Le même phénomène s’observe en Europe de l’Ouest, sous l’effet d’un emballement migratoire sans précédent dans l’Histoire. Les nouveaux arrivants font bloc avec leur « communauté » dans les quartiers et les écoles : Africains de la zone équatoriale, Sahéliens, Maghrébins, Turcs, Orientaux, Chinois etc. Il compromettent ce faisant l’intégration des immigrants plus anciennement installés. À quoi les classes dirigeantes répondent par des propos hors-contexte sur le « vivre-ensemble » et l’occultation de la mémoire. La chancelière Angela Merkel et même le pape François ont perçu les dangers de cette politique dans leurs dernières déclarations, en novembre 2016. Quant aux élus français, qui ont abandonné leur souveraineté à Bruxelles et Berlin et se tiennent désormais à la remorque des puissants, ils feraient bien de prendre à leur tour la mesure de l’exaspération populaire face au néolibéralisme financier, au multiculturalisme et à l’emballement migratoire. Ils se doivent de nommer et analyser ces phénomènes sans faux-semblants, et de préconiser des solutions respectueuses de la démocratie. Hérodote
Make no mistake about it: this election is Barack Obama’s legacy. He pushed hard for Hillary Clinton in the end because he understood that as such. And it was all for naught. No celebrity, no sports star, and no current president with a strong approval rating was enough to drag Hillary Clinton over the finish line. (…) Last night Jamelle Bouie and Van Jones voiced something I expect we will hear from many of Obama’s firmest supporters in the coming weeks – the idea that Trump represents a “whitelash” against eight years of Obama. But this dramatically oversimplifies the case, particularly if as it seems at the moment Trump won more minority votes than Mitt Romney in 2012. In fact, as Nate Cohn notes, Clinton failed in areas of the country where Obama’s support had been strongest among white Americans.   She failed to keep pace with Obama in the Rust Belt states that he won repeatedly. Her vaunted GOTV machine failed to attract the votes of young people, of union members, and of minorities to the degree necessary to win. And meanwhile, Trump’s utter lack of a campaign was more than made up for by the emotional dedication of his supporters. This was about more than just race – it was a sustained rejection of the country’s ruling class. But expect the media to try to make it about two things: race, and about Hillary Clinton’s lousy campaign. (…) The majority of political reporters never seemed to get outside their bubble. They spoke to anti-Trump conservatives, and printed anti-Trump views from conservatives, but rarely would even publish the sorts of views I and others have been sounding for months about the real and rational gripes of Trump voters. Many in the media preferred the caricature to the real thing. If you are a member of the media who does not know anyone who was pro-Trump, who has no Trump voters among your family or friends, realize how thick your bubble is. Change this. Don’t stick to the old sources, who clearly didn’t know what was going on – add new ones, who offer the perspective from the ground. (…) What is clear is this: Donald Trump is the man Americans have chosen as their vehicle for the dramatic change they demand from Washington. They have utterly rejected the change offered in the eight year Barack Obama agenda as wholly insufficient. And they have given Trump the rare gift of a united government in order to make those changes happen. They have tossed aside the assumptions of an elite class of gatekeepers and commentators whose opinions they disrespect and disavow. And they have sent a message to Washington that nothing less than wholesale change will satisfy them, including a change in the fundamental character of the commander in chief. Ben Domenech
Since the 1960s, when America finally became fully accountable for its past, deference toward all groups with any claim to past or present victimization became mandatory. The Great Society and the War on Poverty were some of the first truly deferential policies. Since then deference has become an almost universal marker of simple human decency that asserts one’s innocence of the American past. (…)  Since the ’60s the Democratic Party, and liberalism generally, have thrived on the power of deference. When Hillary Clinton speaks of a “basket of deplorables,“ she follows with a basket of isms and phobias—racism, sexism, homophobia, xenophobia and Islamaphobia. Each ism and phobia is an opportunity for her to show deference toward a victimized group and to cast herself as America’s redeemer. And, by implication, conservatism is bereft of deference. (…) And they have been fairly successful in this so that many conservatives are at least a little embarrassed to “come out” as it were. Conservatism is an insurgent point of view, while liberalism is mainstream. And this is oppressive for conservatives because it puts them in the position of being a bit embarrassed by who they really are and what they really believe. Deference has been codified in American life as political correctness. And political correctness functions like a despotic regime. It is an oppressiveness that spreads its edicts further and further into the crevices of everyday life. We resent it, yet for the most part we at least tolerate its demands. (…) And into all this steps Mr. Trump, a fundamentally limited man but a man with overwhelming charisma, a man impossible to ignore. The moment he entered the presidential contest America’s long simmering culture war rose to full boil. Mr. Trump was a non-deferential candidate. He seemed at odds with every code of decency. He invoked every possible stigma, and screechingly argued against them all. He did much of the dirty work that millions of Americans wanted to do but lacked the platform to do. Thus Mr. Trump’s extraordinary charisma has been far more about what he represents than what he might actually do as the president. He stands to alter the culture of deference itself. After all, the problem with deference is that it is never more than superficial. We are polite. We don’t offend. But we don’t ever transform people either. Out of deference we refuse to ask those we seek to help to be primarily responsible for their own advancement. Yet only this level of responsibility transforms people, no matter past or even present injustice. Some 3,000 shootings in Chicago this year alone is the result of deference camouflaging a lapse of personal responsibility with empty claims of systemic racism. As a society we are so captive to our historical shame that we thoughtlessly rush to deference simply to relieve the pressure. And yet every deferential gesture—the war on poverty, affirmative action, ObamaCare, every kind of “diversity” scheme—only weakens those who still suffer the legacy of our shameful history. Deference is now the great enemy of those toward whom it gushes compassion. Societies, like individuals, have intuitions. Donald Trump is an intuition. At least on the level of symbol, maybe he would push back against the hegemony of deference—if not as a liberator then possibly as a reformer. Possibly he could lift the word responsibility out of its somnambulant stigmatization as a judgmental and bigoted request to make of people. This, added to a fundamental respect for the capacity of people to lift themselves up, could go a long way toward a fairer and better America. Shelby Steele
For the past six months, one big question has loomed over the 2016 election: Is the candidacy of Donald J. Trump an amusing bit of reality TV or a terrifying and dangerous challenge to the country’s political system? At first, Trump’s popularity was easy to dismiss. It was nothing more than a phase, the result of Trump’s celebrity status and his talent for provocation. His antics made it hard to look away, but it was easy to convince yourself that Trump mania would never lead to anything serious, like the Republican nomination. It was especially easy to come to that conclusion if you were reading FiveThirtyEight, the statistics-driven news website founded by Nate Silver. Since the beginning of Trump’s campaign last June, the election guru and his colleagues have been consistently bearish on Trump’s chances. Silver, who made his name by using cold hard math to call 49 out of 50 states in the 2008 general election and all 50 in 2012, has served as a reassuring voice in the midst of Trump’s shocking rise. For those of us who didn’t want to believe we lived in a country where Donald Trump could be president, Silver’s steady, level-headed certainty felt just as soothing as his unwavering confidence in Barack Obama’s triumph over Mitt Romney four years ago. What exactly has Silver been saying? In September, he told CNN’s Anderson Cooper that Trump had a roughly 5-percent chance of beating his GOP rivals. In November, he explained that Trump’s national following was about as negligible as the share of Americans who believe the Apollo moon landing was faked. On Twitter, he compared Trump to the band Nickelback, which he described as being “[d]isliked by most, super popular with a few.” In a post titled “Why Donald Trump Isn’t A Real Candidate, In One Chart,” Silver’s colleague Harry Enten wrote that Trump had a better chance of “playing in the NBA Finals” than winning the Republican nomination. Multiple times over the past six months, Silver has reminded his readers that four years ago, daffy fly-by-nighters like Herman Cain and Michele Bachmann led the GOP field at various points. Trump’s poll numbers, he wrote, would drop just like theirs had. In one August post, “Donald Trump’s Six Stages of Doom,” Silver actually laid out a schedule for the candidate’s inevitable collapse. (…) It’s clear, now, that Silver and his fellow analysts at FiveThirtyEight underestimated Trump. Silver himself recently admitted as much, writing in a blog post published last week that he’d been too skeptical about Trump’s chances.  (…)  Maybe, like many people who have watched Trump’s rise with increasing horror, Silver latched onto a narrative that justified rejecting the Apprentice star’s achievements, identifying them as symptoms of a media bubble rather than a reflection of real popular sentiment. If that’s the case, Silver turns out to have a good bit in common with the pundits that he and his unemotional, numbers-driven worldview were supposed to render obsolete. Faced with uncertainty, Silver chose to go all in on an outcome that felt right, one that meshed with his preexisting beliefs about how the world is supposed to work. (…)Missing the significance of Trumpism is a different kind of failure than, say, calling the 2012 election for Mitt Romney. It also might be a more damning one. Botching your general election forecast by a couple of percentage points suggests a flawed mathematical formula. Actively denying the reality of Trump’s success suggests Silver may never have been capable of explaining the world in a way so many believed he could in 2008 and 2012, when he was telling them how likely it was that Obama would become, and remain, the president. Leon Neyfakh (Jan. 2016)
Mr Silver predicted, with an absurdly precise 71.4% chance, that Mrs Clinton would take 302 electoral votes and beat Mr Trump by 3.6% in the popular vote. He was wildly incorrect. (As of the writing of this article, Mr Trump will win 306 electoral votes but will lose the popular vote by merely 0.2%.) Even worse, Mr Silver got several key states wrong: He predicted that Clinton would win Wisconsin, Michigan, Pennsylvania, North Carolina, and Florida. In reality, Trump swept all of them. Alex Berezow
It was a big polling miss in the worst possible race. On the eve of America’s presidential election, national surveys gave Hillary Clinton a lead of around four percentage points, which betting markets and statistical models translated into a probability of victory ranging from 70% to 99%. That wound up misfiring modestly: according to the forecast from New York Times’s Upshot, Mrs Clinton is still likely to win the popular vote, by more than a full percentage point. But at the state level, the errors were extreme. The polling average in Wisconsin gave her a lead of more than five points; she is expected to lose it by two and a half. It gave Mr Trump a relatively narrow two-point edge in Ohio; he ran away with the state by more than eight. He trailed in Michigan and Pennsylvania by four, and looks likely to take both by about a point. How did it all go wrong? Every survey result is made up of a combination of two variables: the demographic composition of the electorate, and how each group is expected to vote. Because some groups—say, young Hispanic men—are far less likely to respond than others (old white women, for example), pollsters typically weight the answers they receive to match their projections of what the electorate will look like. Polling errors can stem either from getting an unrepresentative sample of respondents within each group, or from incorrectly predicting how many of each type of voter will show up. The electoral map leaves no doubt as to how Mr Trump won. In states where white voters tend to be well-educated, such as Colorado and Virginia, the polls pegged the final results perfectly. Conversely, in northern states that have lots of whites without a college degree, Mr Trump blew his polls away—including ones he is still expected to lose, but by a far smaller margin than expected, such as Minnesota. The simplest explanation for this would be that these voters preferred him by an even larger margin than pollsters foresaw—the so-called “shy Trump” phenomenon, in which people might be wary of admitting they supported him. Pre-election polls gave little evidence for this phenomenon: they showed him with a massive 30-point lead among this group. But remarkably, even that figure wound up understating Mr Trump’s appeal to them: the national exit poll put him 39 points ahead. Given that such voters make up 58% of the eligible population in Wisconsin, Michigan, Ohio and Pennsylvania—though a smaller share of those who actually turn out—this nine-point miss among them accounts for a large chunk of the overall error. It is also likely that less-educated whites, who historically have had a low propensity to vote, turned out in greater numbers than pollsters predicted. The Economist
Election polling is harder than other forms of survey research, because you must assess two things at once. Not only do you have to find out who people say they will support, you also have to estimate their likelihood of actually turning up to vote. So Trump may have been right in claiming that he’d created a new movement of people who had previously shunned political engagement. If so, pollsters who relied on prior voting behavior to predict who would turn out this time would have systematically underestimated Trump’s support. Problems with likely voter modeling could also mean that the pollsters overestimated the extent to which the “Obama coalition” of black, Latino, and younger voters would turn out for Clinton.(…) “Shy Trumpers,” who were embarrassed to admit their support for the GOP candidate, quietly delivered their verdict in the polling booths. This theory first emerged in the run-up to the Republican primaries, as pollsters noticed that Trump was doing better in online polls than in those conducted over the phone. The idea was that some of Trump’s supporters were embarrassed to admit their choice to a real person. The idea gained traction when a polling experiment run last December by Morning Consult seemed to confirm that the effect was real. In the match-up against Clinton, however, Trump’s advantage in online polls mostly evaporated. And when Morning Consult ran a poll with Politico in late October to specifically probe for the effect, it seemed to operate only among college-educated voters. “Overall, it didn’t look like it massively shifted the race,” Morning Consult’s Cartwright said. (…) Trump’s anti-establishment supporters believed the polls were rigged, and so they refused to answer the phone or respond to online surveys. For pollsters, this is a much darker possibility. The idea that the polls were rigged became a popular refrain among Trump’s supporters. So maybe these people simply refused to participate in polls, either on the phone or online. If so, all of the pollsters may have been systematically blind to many of the disaffected, mostly white voters who drove Trump to victory, especially in the Rust Belt states of the Midwest. “People who don’t like the government often perceive the polls as being part of the government,” said Johnson of the University of Illinois, who believes this is the most plausible explanation for the pollsters’ miss. BuzzFeed
L’effet Bradley (en anglais Bradley effect) (…) est le nom donné aux États-Unis au décalage souvent observé entre les sondages électoraux et les résultats des élections américaines quand un candidat blanc est opposé à un candidat non blanc (noir, hispanique, latino, asiatique ou océanien). Le nom du phénomène vient de Tom Bradley, un Afro-Américain qui perdit l’élection de 1982 au poste de gouverneur de Californie, à la surprise générale, alors qu’il était largement en tête dans tous les sondages. L’effet Bradley reflète une tendance de la part des votants, noirs aussi bien que blancs, à dire aux sondeurs qu’ils sont indécis ou qu’ils vont probablement voter pour le candidat noir ou issu de la minorité ethnique mais qui, le jour de l’élection, votent pour son opposant blanc. Une des théories pour expliquer l’effet Bradley est que certains électeurs donnent une réponse fausse lors des sondages, de peur qu’en déclarant leur réelle préférence, ils ne prêtent le flanc à la critique d’une motivation raciale de leur vote. Cet effet est similaire à celui d’une personne refusant de discuter de son choix électoral. Si la personne déclare qu’elle est indécise, elle peut ainsi éviter d’être forcée à entrer dans une discussion politique avec une personne partisane. La réticence à donner une réponse exacte s’étend parfois jusqu’aux sondages dits de sortie de bureau de vote. La façon dont les sondeurs conduisent l’interview peut être un déterminant dans la réponse du sondé. Wikipedia
Silicon Valley these days is a very intolerant place for people who do not hold so called ‘socially liberal’ ideas. In Silicon Valley, because of the high prevalence of highly smart people, there is a general stereotype that voting Republican is for dummies. So many people see considering supporting Republican candidates, particularly Donald Trump, anathema to the whole Silicon Valley ethos that values smarts and merit. A couple of friends thought that me supporting Trump made me unworthy of being part of the Silicon Valley tribe and stopped talking to me. At the end of the day, we choose our politics the way we choose our lovers and our friends — not so much out a rational analysis, but based on impressions and our own personal backgrounds. My main reason for supporting Trump is that I basically agree with the notion that unless the trend is stopped, our country is going to hell … The Silicon Valley elite is highly hypocritical on this matter. One of the reasons, I assume, they don’t like Trump is because on this area, as in many others, he is calling a spade a spade. I believe Trump is right in this case. … supporting Trump only offers [an] upside. Electing Hillary Clinton would keep the status quo. If Trump wins, there’s a whole set of new possibilities that would emerge for the nation. Even if it remains socially liberal, it would be good for it if the president were to be a Republican so that the Valley could recover a little bit of its rebel spirit (that was the case during the Bush years for instance). I believe that the increased relevance in national politics of companies like Google (whose Chairman [Eric] Schmidt has been very cozy with the Obama administration) and Apple (at the center of several political disputes) has been bad for the Valley. A Trump presidency would allow the Valley to focus on what it does best: dreaming and building the technology of the future, leaving politics for DC types. Silicon valley software engineer
Many people are saying to maybe their friends while they’re having a sip of Chardonnay in Washington or Boston, ‘Oh, I would never vote for him, he’s so – not politically correct,’ or whatever, but then they’re going to go and vote for him. Because he’s saying things that they would like to say, but they’re not politically courageous enough to say it and I think that’s the real question in this election. Trump is kind of a combination of the gun referendum, because he’s an emotional energy source for people who want to make sure that they’re voicing their concerns about all these issues – immigration, et cetera – but then I think there’s this other piece. They don’t find it to be correct or acceptable to a lot of their friends, but when push comes to shove, they’re going to vote for him. Gregory Payne (Emerson College)
Donald Trump performs consistently better in online polling where a human being is not talking to another human being about what he or she may do in the election. It’s because it’s become socially desirable, if you’re a college educated person in the United States of America, to say that you’re against Donald Trump. Kellyanne Conway (Trump campaign manager)
They’ll go ahead and vote for that candidate in the privacy of a [voting] booth But they won’t admit to voting for that candidate to somebody who’s calling them for a poll. Joe Bafumi (Dartmouth College)
Trump’s advantage in online polls compared with live telephone polling is eight or nine percentage points among likely voters. Kyle A. Dropp
It’s easier to express potentially ‘unacceptable’ responses on a screen than it is to give them to a person. Kathy Frankovic
This may be due to social desirability bias — people are more willing to express support for this privately than when asked by someone else. Douglas Rivers
In a May 2015 report, Pew Research analyzed the differences between results derived from telephone polling and those from online Internet polling. Pew determined that the biggest differences in answers elicited via these two survey modes were on questions in which social desirability bias — that is, “the desire of respondents to avoid embarrassment and project a favorable image to others” — played a role. In a detailed analysis of phone versus online polling in Republican primaries, Kyle A. Dropp, the executive director of polling and data science at Morning Consult, writes: Trump’s advantage in online polls compared with live telephone polling is eight or nine percentage points among likely voters. This difference, Dropp notes, is driven largely by more educated voters — those who would be most concerned with “social desirability.” These findings suggest that Trump will head into the general election with support from voters who are reluctant to admit their preferences to a live person in a phone survey, but who may well be inclined to cast a ballot for Trump on Election Day. The NYT (May 2016)
Les analystes politiques, les sondeurs et les journalistes ont donné à penser que la victoire d’Hillary Clinton était assurée avant l’élection. En cela, c’est une surprise, car la sphère médiatique n’imaginait pas la victoire du candidat républicain. Elle a eu tort. Si elle avait su observer la société américaine et entendre son malaise, elle n’aurait jamais exclu la possibilité d’une élection de Trump. Pour cette raison, ce n’est pas une surprise. (…) Sans doute, ils ont rejeté Donald Trump car ils le trouvaient – et c’est le cas – démagogue, populiste et vulgaire. Je n’ai d’ailleurs jamais vu une élection américaine avec un tel parti pris médiatique. Même le très réputé hebdomadaire britannique « The Economist » a fait un clin d’oeil à Hillary Clinton. Je pense que la stigmatisation sans précédent de Donald Trump par les médias a favorisé chez les électeurs américains la dissimulation de leur intention de vote auprès des instituts de sondage. En clair, un certain nombre de votants n’a pas osé admettre qu’il soutenait le candidat américain. Ce phénomène est classique en politique. Souvenez du 21 avril 2002 et de la qualification surprise de Jean-Marie Le Pen, leader du Front national, au second tour de l’élection présidentielle française. (…) A travers l’élection de Trump, certains Américains ont exprimé leur colère. Une partie de l’Amérique ne trouve pas ses gains dans la globalisation. Cette Amérique-là ne parvient pas à retrouver son niveau de vie d’avant la crise des subprimes, elle a le sentiment d’être abandonnée. Ce sentiment était particulièrement perceptible chez les ouvriers, qui voient l’industrie s’effilocher. Ne se sentant pas assez considérés, ils ont davantage choisi Donald Trump qu’Hillary Clinton. (…) Cette formule [victoire du peuple américain contre l’establishment] est très exagérée. Oui, une partie des électeurs de Donald Trump ont voté contre Washington et ses élites. Oui, certains Américains souffrent d’un mépris de classe, en particulier dans l’Amérique profonde. Mais dire que le peuple s’est tourné vers Trump est inexact. Le candidat républicain et la candidate démocrate sont au coude à coude en termes de suffrages exprimés [à 15 heures, 47,5% pour Trump et 47,6% pour Clinton , NDLR]. Au passage, nous avons affaire à deux candidats richissimes. Si ma mémoire est bonne, Donald Trump, pseudo-candidat du peuple, n’est pas issu de la classe ouvrière… (…) L’arrivée au pouvoir de dirigeants populistes s’explique avant tout par des spécificités locales. Après, il y a des effets communs. De nouvelles puissances émergent. Les gens se sentent décentrés. Il y a une surabondance d’innovations technologiques et scientifiques. Une partie de la société se sent déclassée. L’immigration accélère les mécanismes de recomposition culturelle. Aux Etats-Unis, les Blancs anglo-saxons deviennent minoritaires. Ceci induit une réaction exprimée en votant pour un candidat populiste : Donald Trump. (…) Une chose est certaine : l’élection de Trump, mais aussi le Brexit, vont peser sur le langage et le lexique employés par une partie des prétendants à la présidentielle française. Des acteurs politiques, de droite comme de gauche, seront tentés de durcir leur discours. Mais ce climat chauffé à blanc devrait avant tout profiter à Marine Le Pen, la candidate du Front national. Personne ne fait mieux qu’elle dans ce registre. Dominique Reynié

Attention: un fiasco peut en cacher un autre !

Au lendemain de la victoire aussi reaganesque qu’inattendue du candidat républicain Donald Trump …

Et partant, à une ou deux exceptions près, d’un des plus grands fiascos de l’histoire sondagière

Comment, comme le rappelle le politologue Dominique Reynié, ne pas voir …

Derrière cette revanche des « clingers » et « deplorables » si longtemps méprisés par un establishment prêt pour se maintenir en place à tous les coups tordus  …

Et à l’instar du récent référendum du Brexit outre-manche comme de la qualification surprise du candidat frontiste au deuxième tour en France en 2002 …

La part du fameux effet Bradley

A  savoir la tendance de certains électeurs …

Face à la démonisation généralisée – véritable terrorisme intellectuel – de leurs candidats par les médias et l’opinion en général …

A la dissimulation de leur intention de vote auprès des instituts de sondage ?

Dominique Reynié : «L’élection de Trump n’est pas une surprise»

Kevin Badeau
Les Echos
09/11/2016

LE CERCLE/INTERVIEW – Pour Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol, les médias n’ont pas su entendre le malaise de la population américaine.

Donald Trump a été élu Président des Etats-Unis, est-ce vraiment une surprise ?

Les analystes politiques, les sondeurs et les journalistes ont donné à penser que la victoire d’Hillary Clinton était assurée avant l’élection. En cela, c’est une surprise, car la sphère médiatique n’imaginait pas la victoire du candidat républicain. Elle a eu tort. Si elle avait su observer la société américaine et entendre son malaise, elle n’aurait jamais exclu la possibilité d’une élection de Trump. Pour cette raison, ce n’est pas une surprise.

Pourquoi les médias n’ont-ils rien vu venir ?

Sans doute, ils ont rejeté Donald Trump car ils le trouvaient – et c’est le cas – démagogue, populiste et vulgaire. Je n’ai d’ailleurs jamais vu une élection américaine avec un tel parti pris médiatique. Même le très réputé hebdomadaire britannique « The Economist » a fait un clin d’oeil à Hillary Clinton.

Je pense que la stigmatisation sans précédent de Donald Trump par les médias a favorisé chez les électeurs américains la dissimulation de leur intention de vote auprès des instituts de sondage. En clair, un certain nombre de votants n’a pas osé admettre qu’il soutenait le candidat américain. Ce phénomène est classique en politique. Souvenez du 21 avril 2002 et de la qualification surprise de Jean-Marie Le Pen, leader du Front national, au second tour de l’élection présidentielle française.

L’élection de Donald Trump traduit-elle le refus de la mondialisation par les Américains ?

A travers l’élection de Trump, certains Américains ont exprimé leur colère. Une partie de l’Amérique ne trouve pas ses gains dans la globalisation. Cette Amérique-là ne parvient pas à retrouver son niveau de vie d’avant la crise des subprimes, elle a le sentiment d’être abandonnée. Ce sentiment était particulièrement perceptible chez les ouvriers, qui voient l’industrie s’effilocher. Ne se sentant pas assez considérés, ils ont davantage choisi Donald Trump qu’Hillary Clinton.

Est-ce une victoire du peuple américain contre l’establishment, comme on l’entend parfois ?

Cette formule est très exagérée. Oui, une partie des électeurs de Donald Trump ont voté contre Washington et ses élites. Oui, certains Américains souffrent d’un mépris de classe, en particulier dans l’Amérique profonde. Mais dire que le peuple s’est tourné vers Trump est inexact. Le candidat républicain et la candidate démocrate sont au coude à coude en termes de suffrages exprimés [à 15 heures, 47,5% pour Trump et 47,6% pour Clinton , NDLR]. Au passage, nous avons affaire à deux candidats richissimes. Si ma mémoire est bonne, Donald Trump, pseudo-candidat du peuple, n’est pas issu de la classe ouvrière…

Victor Orban en Hongrie, Andrzej Duda en Pologne, Trump aux Etats-Unis, pourquoi une telle vague populiste dans le monde occidental ?

L’arrivée au pouvoir de dirigeants populistes s’explique avant tout par des spécificités locales. Après, il y a des effets communs. De nouvelles puissances émergent. Les gens se sentent décentrés. Il y a une surabondance d’innovations technologiques et scientifiques. Une partie de la société se sent déclassée. L’immigration accélère les mécanismes de recomposition culturelle. Aux Etats-Unis, les Blancs anglo-saxons deviennent minoritaires. Ceci induit une réaction exprimée en votant pour un candidat populiste : Donald Trump.

L’élection de Trump est-elle une excellente nouvelle pour Marine Le Pen ?

Une chose est certaine : l’élection de Trump, mais aussi le Brexit, vont peser sur le langage et le lexique employés par une partie des prétendants à la présidentielle française. Des acteurs politiques, de droite comme de gauche, seront tentés de durcir leur discours. Mais ce climat chauffé à blanc devrait avant tout profiter à Marine Le Pen, la candidate du Front national. Personne ne fait mieux qu’elle dans ce registre.
Propos recueillis par Kévin Badeau

Voir aussi:

Bill Berkovitz

Truthout

03 October 2016 

Just before Election Day in November 1982, according to most polls, Tom Bradley, the first African American mayor of Los Angeles, appeared poised to become governor of California. Despite leading in the polls, Bradley lost the election to Republican George Deukmejian. Instead of becoming the first African American governor of California, Bradley became the namesake of something called The Bradley Effect.

The Bradley Effect — also known as The Wilder Effect — proposed that voters that said they would vote for the African American candidate were either too embarrassed, or ashamed for fear of being labeled racist, to admit to pollsters that they wouldn’t vote for a Black man as Governor.

According to Ballotpedia, “A related concept is social desirability bias, which describes the tendency of individuals to ‘report inaccurately on sensitive topics in order to present themselves in the best possible light.’ According to New York University professor Patrick Egan, ‘Anyone who studies survey research will tell you one of the biggest problems we encounter is this notion of social desirability bias.’ Some researchers and pollsters theorize that a number of white voters may give inaccurate polling responses for fear that, by stating their true preference, they will open themselves to criticism of racial motivation.”

While most of the above appear to apply particularly to elections where African Americans are facing off again white candidates, this year’s presidential election may contain some of those same dynamics. Some pundits are claiming that a Bradley Effect-like situation might be in play with voters who support Donald Trump, but are un-willing to admit it to pollsters.

Ever since the Bradley-Wilson contest, the notion of a Bradley Effect has been raised fairly frequently. In this presidential race, it may be worth posing two countervailing questions: Are independent voters – not the hardcore who support Trump regardless of what he says or does – reluctant to admit they are going to vote for him, yet when they arrive at the polling places they will vote for him?

Or, might it be possible some voters that have declared support for Trump will, in the sanctity of the voting booth, vote for Hillary Clinton, thereby reflecting an inversion of The Bradley Effect?

In late August, Emerson College Professor Gregory Payne told Breitbart News that he sees the same Bradley Effect taking place amongst Trump voters. In 1982, Payne said: “People, when you’d ask them if they were going to vote, oftentimes they would say they were going to vote for Bradley or a Black candidate so they felt socially acceptable. Then when they went behind the curtain, they decided that they didn’t really want to vote for Bradley.”

“I think with Trump, what you have is you have the opposite,” Payne, who wrote speeches for Bradley and also wrote Tom Bradley: The Impossible Dream, said. “Many people are saying to maybe their friends while they’re having a sip of Chardonnay in Washington or Boston, ‘Oh, I would never vote for him, he’s so – not politically correct,’ or whatever, but then they’re going to go and vote for him. Because he’s saying things that they would like to say, but they’re not politically courageous enough to say it and I think that’s the real question in this election.”

“Trump is kind of a combination of the gun referendum, because he’s an emotional energy source for people who want to make sure that they’re voicing their concerns about all these issues – immigration, et cetera – but then I think there’s this other piece. They don’t find it to be correct or acceptable to a lot of their friends, but when push comes to shove, they’re going to vote for him.”

In May, The New York Times’ Thomas B. Edsall interviewed Kyle A. Dropp, the executive director of polling for Morning Consult: “Trump’s advantage in online polls compared with live telephone polling is eight or nine percentage points among likely voters. This difference, Dropp notes, is driven largely by more educated voters — those who would be most concerned with “social desirability.” These findings suggest that Trump will head into the general election with support from voters who are reluctant to admit their preferences to a live person in a phone survey, but who may well be inclined to cast a ballot for Trump on Election Day.”

Some of this might explain why after the first debate, Trump’s online unscientific poll numbers as to who won the debate far outpace his numbers done by accredited polling companies.

Trump campaign manager Kellyanne Conway has called Team Trump’s efforts the « Undercover Trump Voter » project. « Donald Trump performs consistently better in online polling where a human being is not talking to another human being about what he or she may do in the election. It’s because it’s become socially desirable, if you’re a college educated person in the United States of America, to say that you’re against Donald Trump. »

“They’ll go ahead and vote for that candidate in the privacy of a [voting] booth,” says Dartmouth College political science professor Joe Bafumi. “But they won’t admit to voting for that candidate to somebody who’s calling them for a poll.”

 Voir également:

Chris Keall

BNR

November 7, 2016

Is Donald Trump’s support being underestimated by pollsters?

Two factors indicate it’s possible.

1. The Brexit effect
UKIP leader Nigel Farage says lots of people who don’t usually vote will cast a ballot for Mr Trump, mirroring the so-called « Brexit effect » in the UK that caught pollsters off guard.

There’s a possibility this is happening. As I type, just over 40 million early votes have been cast [UPDATE: the final early voting tally was 47 million].

Early votes have been coming in at around 1.5 million to 2 million a day, so it would take quite a last-minute surge to beat the 46 million early votes in 2012 (of a total 128 million).

Yet in some key areas, earlier voting has been heavier. Exhibit A is that battleground-of-battlegrounds, Florida, where early voting closes today NZT (most states will keep early voting open).

Figures post this morning show 6.1 million early votes cast, compared to 4.7 million in 2012.

So the Brexit effect could be in play.

Against this, the Clinton campaign has a far larger get-out-the-vote field operation, and surveys indicate that Hispanic voters are turning out in greater numbers than 2012 — unlikely to be a positive for Mr Trump.

And in key swings states, including Nevada, registered Democrat turnout is up over 2012. But the lingering question is: Are they staying loyal? How many white working class supporters are crossing over, a la the blue-collar « Reagan Democrats » in 1984?

2. The Bradley effect
In the 1982 race for Governor of California, black candidate Tom Bradley (a Democrat), enjoyed a lead in the polls but lost to white Republican George Deukmejian.

Poll historians call this the « Bradley effect. » Some people lied and told pollsters they would support Mr Bradley because they did not want to appear racist.

Variations on this theme include the « Shy Tory » effect in the UK in 1992 when some people were too sheepish to tell pollsters they would vote for the Conservative Party as led by the unfashionable John Major (his party was behind in the polls, but won). And the « Wilder » effect 1989, where polls showed Democrat candidate Douglas Wilder comfortably on track to become Virgina’s first black governor — but ultimately he only won his race against his white Republican rival by a razor-thin margin.

Are some Trump supporters also too sheepish to declare their support?

This cycle, due to the spiralling cost of trying to reach people by live phone as due to so many ditching landlines, around half the polls are online (with online panels weighted to match census data).

Pundits say voters are more likely to express their true preference with an online form rather than when they talk to a human pollster.

Morning Consult, which has been conducting a tracking poll for Politico, decided to test the « Shy Trump voter » hypothesis by conducting phone and online interviews with a sample of 2075 likely voters (read its full report here).

The test found there is a « social desirability » effect, which is quite marked among higher income and college educated voters (blue = Clinton, red = Trump).

But once voters across the board are factored in, the « Shy Trump voter » effect is a lot smaller; around 2%:

Politico deems that 2% too small to influence the race … but bear in mind we’re now talking about a race where Clinton has a margin of two points or under according to the latest poll-of-poll surveys.

Some real-life evidence runs against it. Some online surveys, such as that conducted by IPSOS/Reuters, which has Clinton in the lead by four points as of this morning, are actually more bullish for the Democrat that some live phone surveys, such as the one conducted by the Trump-friendly Fox News, which as of today actually shows a tighter race with more people avowing support for Trump to put him within 2 points of the lead.

You could also argue for some degree of a « Shy Clinton supporter » effect, given the Democrat’s flat campaign and various baggage.

But overall, the 2% « Shy Trumper » effect vs a 2% Clinton lead, and a possible « Brexit » effect boosting Trump’s vote mean this election is too close to call.

The Democrat’s best hope remains that the race comes down to the state-by-state electoral college vote, where she maintains a narrow lead in a couple of key battlegrounds that make it tricky for Trump to get to the magic 270 needed to take the Whitehouse (Politico has a good summary here). But even in her so-called « firewall » states, Clinton’s lead is still close to the margin of error.

Nigel Farage might be deeply unloveable, but his Brexit poll theory proved correct — unlike polling guru Nate Silver at FiveThirtyEight, who called it wrong.

The Trump Effect

Is Trump down in polls because voters are too embarrassed to admit they are voting for him?

Joseph P. Williams

US News & world report

July 1, 2016

During the Republican presidential primaries, Donald Trump frequently bragged about polls showing him leading the pack of GOP contenders, declaring himself the people’s choice. Now that his poll numbers have plunged since he locked up the nomination, Trump insists voters are still with him: a silent majority too embarrassed to tell it to the pollsters.

« People say ‘I’m not going to say who I’m voting for' » when pollsters call, Trump said, in his signature broken syntax, at a rally earlier this month. « Don’t be embarrassed, I’m not going to say who I’m voting for and then they get it and I do much better. It’s, like, an amazing effect. »

Call it the Trump Effect: the notion that voters won’t admit they support him, because it’s distasteful to back a populist celebrity billionaire who’s unafraid to offend immigrants, women and minorities. There’s some evidence to support the theory, including a recent analysis that shows Trump’s support increases by about six points in online surveys, compared with surveys conducted over the phone.

Coupled with recent face-plants by pollsters at home and abroad – including erroneous numbers on President Barack Obama’s re-election, the Scottish independence referendum and the United Kingdom’s Brexit vote – polling skeptics and Trump supporters have room to embrace the theory.

« What happens is the elites, the establishment all pile on. The average citizen will not tell pollsters the truth, » Newt Gingrich, a Trump surrogate, said Tuesday morning on Fox News. « You get much better results for Trump for example in a computerized online poll than a telephone poll because people don’t want to tell the pollster something they think is not socially acceptable. »

While not dismissing the possibility outright, however, political analysts doubt that Trump, running about five points behind presumptive Democratic nominee Hillary Clinton in polling averages, is poised to surge past her on the strength of voters too embarrassed to say they support him.

« Intuitively, it makes a lot of sense, » says William Galston, a senior fellow and political analyst at the Brookings Institution. Trump, he said, could be supported by « people who are not as bold as Donald Trump to say in public what [others think] is politically incorrect. It might make them more reticent » to admit they’re on his side.

Still, « as is the case with many other things, it’s possible. But I know of no evidence that directly supports it, » Galston says. « The evidence I’ve reviewed is far from enough to move the possible to the probable. I’m not there yet. »

Geoffrey Skelley, a political analyst at the University of Virginia’s Center for Politics, concurs, dismissing the possibility of « social desirability bias » skewing the numbers against the GOP’s presidential nominee.

« Trump is claiming it to be the case, but there’s really no evidence for it, » he says.

The phenomenon of voters telling pollsters what they think they want to hear, however, actually has a name: the Bradley Effect, a well-studied political phenomenon.

In 1982, poll after poll showed Tom Bradley, Los Angeles’ first black mayor and a Democrat, with a solid lead over George Deukmejian, a white Republican, in the California gubernatorial race. Instead, Bradley narrowly lost to Deukmejian, a stunning upset that led experts to wonder how the polls got it wrong.

Pollsters, and some political scientists, later concluded that voters didn’t want to say they were voting against Bradley, who would have been the nation’s first popularly-elected African-American governor, because they didn’t want to appear to be racist.

Trump has begun to allude to Bradley at rallies and in interviews (« He was supposed to win by 10 points, and he lost by 5 or something, » Trump said) – and he says polls improperly include too many Democrats and are conducted by news outlets that are biased against him.

In December, a Morning Consult poll examined whether Trump supporters were more likely to say they supported him in online polls than in polls conducted by live questioners. Their finding was surprising: « Trump performs about six percentage points better online than via live telephone interviewing, » according to the study.

At the same time, « his advantage online is driven by adults with higher levels of education, » the study says, countering data showing Trump’s bedrock support comes from voters without college degrees. « Importantly, the differences between online and live telephone [surveys] persist even when examining only highly engaged, likely voters. »

But Galston says while the study examines « a legitimate question, » the methodology is unclear, and « it’s really important to compare apples to apples. You need to be sure that the online community has the same demographic profile » as phone polling.

« It may also be the case that people who are online and willing to participate in that study are already, in effect, a self-selected sample » of pro-Trump voters, Galston says.

Nevertheless, « what prompts the question is obvious: We’ve probably never had a political candidate quite like Donald Trump, » Galston says. « An unusual candidate is likely to spark lots and lots of unusual questions. The American people, at least in my lifetime, have never been presented with such a choice. »

« It’s logically possible for a reverse Bradley Effect to be happening, » he says, « but that doesn’t mean that it is happening. »

Skelly says math and logic also work against Trump’s claim of a reverse Bradley Effect.

« In a fair number of the early states and caucuses, Trump underperformed his poll numbers. Not until Wisconsin did he start routinely outperforming them, » Skelley says. « Also, kind of anecdotally, have you met a Trump supporter who isn’t vocally for Trump? Every Trump supporter I’ve talked to is happy to tell me they’re a Trump supporter. »

Still, if more reticent ones are engaging in social desirability, the poll numbers probably wouldn’t move enough to have a dramatic impact on Trump’s race with Clinton if they come out of the closet on Election Day, Skelley says.

« I guess if there were something to this it would have to be at the margins, » he says. « Studies have shown Obama’s race may have cost him a couple of points, but nothing compared to what happened to Tom Bradley in that race. Trump may lose a couple of points, if it were actually a thing. But I can’t imagine it would be very substantial. »

Although the U.S. Census « almost always finds more people who say they voted than actually voted, » Skelley says, « I think when it comes to asking people who they’re planning to vote for, in this day and age, I don’t think those type of people who will respond if asked. »

Ultimately, Trump’s claim « is more of a way to try to explain poor polling numbers. Trump is losing at the moment and he’s trying to explain it off, » Skelley says. « This doesn’t really hold up under scrutiny. »

‘Lots of contempt’: What it’s like to be a secret Trump fan in Silicon Valley
Biz Carson
Business Insider
Jul. 15, 2016

Jake is like many people working in Silicon Valley.

The software engineer works for a big tech company, went to a top-tier university, and loves doing innovative work.

But one thing makes him very different: He supports Donald Trump.

In Silicon Valley — which prides itself on open-mindedness, a system of meritocracy, and a thirst for innovation — Jake’s support of Trump is more than just outside the mainstream. It’s a dangerous liability.

Since he’s told people of his support, friends who he thought were close have stopped talking to him. His coworkers shirk the subject. What used to be personal relationships at work are now only professional conversations, he says.

Now Jake tries to keep his Trump support a secret. Despite supporting the candidate both financially and in person, Jake believes his entire career could be at risk if his name were publicly linked to Trump. Business Insider agreed to interview him over email on conditions of anonymity and that we change his first name in the story.

Jake points often to Brendan Eich, a millionaire and creator of the Mozilla browser, who had to step down after his financial support of Prop 8, a California measure aimed at blocking same-sex marriage, came to light a couple of years ago. And unlike Eich, Jake says he doesn’t have the millions or the untouchable public stature of Peter Thiel to be out as a Trump supporter.

The sense of risk was driven home on Thursday, when 140 Silicon Valley bigwigs, including Apple cofounder Steve Wozniak and « Shark Tank » judge Chris Sacca, came together to decry Trump in an open letter. Y Combinator President Sam Altman has compared Trump to Hitler.

« Silicon Valley these days is a very intolerant place for people who do not hold so called ‘socially liberal’ ideas, » Jake says.

The experience of the former Mozilla creator is « exhibit A of the lack of tolerance in Silicon Valley for certain ideas, ideas which [by the way] were mainstream in American society until very recently or that, in fact, ideas that continue to be divisive today, » Jake says.

No one knows how many other « Jake »s are in Silicon Valley. But his existence there shows the power of Trump’s appeal in some of the most unlikely places.

Bloomberg called a Trump supporter in tech’s cradle « rarer than unicorns » — although in Santa Clara County, home to the likes of Google and Apple, 49,771 people voted for him in the primary. Like Jake, there are others who opt for secrecy and silence over the potential repercussions.

Here is the story of one Trump supporter’s existence in Silicon Valley’s politically hostile environment.

Unworthy of the tech tribe

Jake didn’t say much at first when his colleagues at work would make jokes about Trump — after all, he initially thought Trump’s campaign was a joke. His first donation was meant as a « middle finger » to the Washington establishment.

Eventually, though, he began to see Trump as a serious candidate, and he soon revealed to his team that he was in Trump’s camp. His colleagues « couldn’t believe it, » and he said there was « lots of contempt, even from people who are right of center. »

« In Silicon Valley, because of the high prevalence of highly smart people, there is a general stereotype that voting Republican is for dummies, » he says. « So many people see considering supporting Republican candidates, particularly Donald Trump, anathema to the whole Silicon Valley ethos that values smarts and merit. »

He’s talked about his positions more with coworkers and feels as if he’s earned respect back from some, although no one has come to team Trump with him. But the collegial work atmosphere is now tense and stilted.

« The relationship with those who were more upset is different. Now it is strictly professional, whereas before we talked more about personal stuff, » he says.

Peter Thiel, a Silicon Valley billionaire who cofounded PayPal, is a delegate for Trump and speaking at the Republican National Convention. Tristan Fewings/Getty Images

Some of his friends have demonized him and stopped talking to him entirely.

« A couple of friends thought that me supporting Trump made me unworthy of being part of the Silicon Valley tribe and stopped talking to me, » Jake says. « Honestly, I couldn’t care less. This says more about them than about me. »

Even with the thinly veiled malice toward Trump by members of the tech elite, Jake has no plans to leave his job or his career. For the most part, he’s found tech employees have an indifference towards politics.

« The main reason I stay in Silicon Valley is that I love my work and doing innovative stuff. I am willing to put up with the rest. And, as I said, most people are not very ideological, so the situation is not that bad, » he said. « It is mostly the motivated few that I am concerned about that could go the extra mile to do to me what was done to Brendan Eich. »

True believer

Why does an educated, well-compensated Silicon Valley engineer support the man who is such a pariah among his Silicon Valley peers?

Brendan Eich resigned from Mozilla after backlash from his financial support for Prop 8 in California. Brave

Like many Trump supporters, Jake believes the country is in trouble, saddled with too much debt, not enough good jobs, and a political system that benefits the wealthy and the elite. In his view, it’s the very rich who have benefited from the Obama economy, including the banks that were bailed out after the financial crisis.

Jake has historically voted Republican, although he skipped the last two elections, and he describes his political views as closer to Libertarian. Government is a « necessary evil, but evil nonetheless, » he says. He’s socially conservative on some issues (particularly abortion) and is against same-sex marriage for utilitarian reasons, but fine with civil unions.

After months of studying Trump’s message, Jake says that he found himself to be a true believer.

« At the end of the day, we choose our politics the way we choose our lovers and our friends — not so much out a rational analysis, but based on impressions and our own personal backgrounds. My main reason for supporting Trump is that I basically agree with the notion that unless the trend is stopped, our country is going to hell, » Jake says.

The ‘sideshow’

Of course, much of the backlash against Trump in Silicon Valley is due to the candidate’s comments, considered by many to be xenophobic and racist, about immigrants, Muslims, and Mexicans.

Jake says he doesn’t agree with Trump on many of those points, but Jake doesn’t really take them seriously either, describing them as a « sideshow. »

On Trump’s proposed ban on Muslims? Jake thinks Trump’s perceived extremist remarks wouldn’t be backed up with actions.

« I do not agree with a blanket ban (and personally I think he never meant it), but I do agree with the notion of increasing the scrutiny of people who come from high-risk countries or zones, » he says.

Donald Trump. Sara D. Davis/Getty Images

Nor does he expect Trump to build his famous wall on the US-Mexico border and evict millions from the country. « He might complete the fence that already exists and probably make it stronger, but I have no doubt that Trump is a smart guy who won’t be deporting massively millions of people, » he says.

Jake says he is sympathetic to the idea of making it easier for highly qualified immigrants to stay legally in the US, and even finding a solution for the problem of illegal immigration that doesn’t involve deportation. But he also believes many companies abuse the H-1B program that allows skilled foreigners to come work in the US, bringing in not only highly qualified engineers, but also barely qualified service contractors to staff their data centers.

« The Silicon Valley elite is highly hypocritical on this matter. One of the reasons, I assume, they don’t like Trump is because on this area, as in many others, he is calling a spade a spade. I believe Trump is right in this case, » Jake says.

Help Silicon Valley do what it does best

From his position, « supporting Trump only offers [an] upside. » Electing Hillary Clinton would keep the status quo, he says. If Trump wins, there’s a whole set of new possibilities that would emerge for the nation.

While most tech leaders predict doom and gloom during a Trump presidency, Jake sees the opposite for Silicon Valley: a return to the contrarian spirit that has fueled it in the past.

« Even if it remains socially liberal, it would be good for it if the president were to be a Republican so that the Valley could recover a little bit of its rebel spirit (that was the case during the Bush years for instance). I believe that the increased relevance in national politics of companies like Google (whose Chairman [Eric] Schmidt has been very cozy with the Obama administration) and Apple (at the center of several political disputes) has been bad for the Valley, » he says. « A Trump presidency would allow the Valley to focus on what it does best: dreaming and building the technology of the future, leaving politics for DC types. »

Voir également:

How Many People Support Trump but Don’t Want to Admit It?

Does he share our values and our principles on limited government, the proper role of the executive, adherence to the Constitution?

As the speaker of the Republican-dominated House, Ryan could have posed a harder question: Do Republican voters “share our values and our principles”?

The answer to this question, based at least on the 10.7 million votes cast for Trump in Republican primaries and caucuses so far, is “no.”

But that’s not all. There is also strong evidence that most traditional public opinion surveys inadvertently hide a segment of Trump’s supporters. Many voters are reluctant to admit to a live interviewer that they back a candidate who has adopted such divisive positions.

An aggregation by RealClearPolitics of 10 recent telephone polls gives Clinton a nine-point lead over Trump. In contrast, the combined results for the YouGov and Morning Consult polls, which rely on online surveys, place Clinton’s lead at four points.

Why is this important? Because an online survey, whatever other flaws it might have, resembles an anonymous voting booth far more than what you tell a pollster does.

In a May 2015 report, Pew Research analyzed the differences between results derived from telephone polling and those from online Internet polling. Pew determined that the biggest differences in answers elicited via these two survey modes were on questions in which social desirability bias — that is, “the desire of respondents to avoid embarrassment and project a favorable image to others” — played a role.

In a detailed analysis of phone versus online polling in Republican primaries, Kyle A. Dropp, the executive director of polling and data science at Morning Consult, writes:

Trump’s advantage in online polls compared with live telephone polling is eight or nine percentage points among likely voters.

This difference, Dropp notes, is driven largely by more educated voters — those who would be most concerned with “social desirability.”

These findings suggest that Trump will head into the general election with support from voters who are reluctant to admit their preferences to a live person in a phone survey, but who may well be inclined to cast a ballot for Trump on Election Day.

Conflicting online and phone poll findings in response to Trump’s call on Dec. 7, 2015 — five days after two terrorists killed 14 people in San Bernardino, Calif. — for a “total and complete shutdown of Muslims entering the United States until our country’s representatives can figure out what is going on” demonstrate the difficulty gauging Trump’s strength.

Phone-based surveys in December by the Washington Post/ABC News, CBS News and NBC/Wall Street Journal found strong majorities — 57 to 60 percent — of Americans opposed to the proposal.

At the same time, YouGov, operating online, found substantial and growing support for Trump’s proposal, with a plurality, 45-41, in support. When YouGov repeated the question on March 24-25 — just after the terrorist attacks in Brussels — support had grown to 51-40.

This December-to-March shift was strongest among independent voters, who increased their support from 42-37 in favor of the ban to 62-37 in favor. Similarly, a March 29 Morning Consult online poll found majority support for the ban, 50-38, with voters who identified themselves as independents favoring Trump’s plan 49-36.

I asked a number of experts about the disparity between online and phone polls. All of them — Alan Abramowitz, John Sides, Michael Tesler and Lynn Vavreck, political scientists who specialize in the analysis of poll data — agreed that in the case of highly contentious issues, respondents can be more willing to express their real views anonymously, to a computer rather than to a human.

Kathy Frankovic, the former CBS polling director who now works for YouGov, told me that “it’s easier to express potentially ‘unacceptable’ responses on a screen than it is to give them to a person.” Douglas Rivers, a political scientist at Stanford and the chief scientist for YouGov, agreed, noting in an email that stronger support in online polls for a ban on Muslims

may be due to social desirability bias — people are more willing to express support for this privately than when asked by someone else.

Needless to say, Trump has expressed confrontational views on a number of fronts. He claims that as president he will impose harsh tariffs on imports from China, suspend Muslim immigration, deport 11 million immigrants and build an $8 billion wall that Mexico will pay for.

Taken together, these positions have provided a foundation for the strong correlation between support for Trump and white ethnocentrism and white racial resentment.

One method of ranking whites on ethnocentrism is to measure the degree to which they believe Caucasians are more trustworthy, intelligent, industrious and less violent than African-Americans, Hispanics and other minorities. These are the kinds of questions that prompt certain respondents in phone surveys to mask their views and provide socially acceptable answers instead.

The accompanying chart, which uses data provided to The Times by Marc Hetherington and Drew Engelhardt, political scientists at Vanderbilt, shows that white Republicans are the most ethnocentric of all voters, but also that there are substantial numbers of ethnocentric white Democrats and white independents..

This suggests that Trump could potentially find significant levels of support not only among Republican voters, but also among white Democrats and independents.

Now that Trump appears to have the Republican nomination in hand, the question becomes: Can he capitalize on racial resentment among Democrats and independents in the general election?

Perhaps not surprisingly, Hetherington and Engelhardt found that racial resentment follows a similar pattern to the expression of white ethnocentrism. It is highest among Republicans, but it is also present among Democrats and independents. The second chart derived from their data shows that in rankings of racial resentment, more than half of white Republicans, 58 percent, fall into the top four most resentful categories.

What should prove worrisome for Democrats is that 42 percent of white independents also fall into the four most resentful categories, as do 22 percent of white Democrats.

Even polls using traditional phone survey methods find notable support for issues high on Trump’s agenda. You can see this, for example, in attitudes toward the Chinese, Muslims and Mexicans — all of whom Trump has demonized.

Anger toward China appears to offer fertile ground for Trump in the general election. In its 2015 American Values Survey, the Public Religion Research Institute asked how responsible China is for American “economic problems.” Solid majorities of Democrats (70 percent), independents (72 percent) and Republicans (80 percent) said China is “very” or “somewhat” responsible.

Or take another Trump theme: Islam. The P.R.R.I. values survey asked whether they agreed or disagreed with the statement “the values of Islam are at odds with American values and way of life.” Among all voters, 56 percent said that they agreed. Republican were strongest at 76 percent, but independents came in at 57 percent, with Democrats trailing at a still robust 43 percent.

The Polling Report, an aggregation of public opinion surveys, presents data on immigration from multiple sources. On a basic question — what should happen to the 11 million undocumented men, women and children now living within the borders of the United States — most traditional surveys show strong support for finding ways to legalize the status of those who have not committed crimes and have paid taxes.

A March 2016 Pew study found, for example, that voters preferred allowing undocumented immigrants to stay in the United States over attempting to deport them by 74-25. It also found that a majority said immigrants strengthen the country (as opposed to adding a burden), 57-35. These are not good numbers for Trump.

But poll results (irrespective of whether questions are posed online or by phone) can change quite a bit depending on their exact wording, the specific issues addressed and even the placement of a query in a series of questions.

For example, a September 2015 Pew survey asked a related but different set of questions about immigrants that produced results more favorable to Trump’s prospects. Voters reported (50-28) that they believe that immigrants damage the economy (as opposed to making it better), with a fifth saying that immigrants don’t have much effect. Voters also reported that they think that immigrants make crime worse rather than better (50-7), with 41 percent saying that they don’t have much effect.

There are a few conclusions to be drawn.

First, the way Trump has positioned himself outside of the traditional boundaries of politics will make it unusually difficult to gauge public support for him and for many of his positions.

Second, the allegiance of many white Democrats and independents is difficult to predict — cross-pressured as they are by the conflict between unsavory Trump positions they are drawn to and conscience or compunction. The ambivalence of many Republicans toward Trump as their party’s brazenly defiant nominee will further compound the volatility of the electorate.

Finally, the simple fact that Trump has beaten the odds so far means that it is not beyond the realm of possibility that he could beat them again. If he does take the White House, much, if not all, of his margin of victory will come from voters too ashamed to acknowledge publicly how they intend to cast their vote.

Voir encore:

Why are people afraid to admit they voted Conservative?

Ed West
Catholic Herald
8 May 2015

About one in eight Tories won’t even admit their support to pollsters

Alas, the tragicomic spectacle of the British Labour leader Ed Miliband going eyeball to eyeball with Vladimir Putin now belongs in a very niche sub-genre of “what if” history books.

I wonder if Miliband was surprised by the exit polls in yesterday’s general election. I certainly was, being all prepared for the “ajockalypse” and an Ed Miliband-Nicola Sturgeon government.

Despite Miliband being tipped by most pundits, last night was a disaster for Labour, both in England and Scotland, where they have as many seats as the Tories. It’s been a while since that happened.

The biggest losers, however, were the pollsters, who all had Labour and the Conservatives neck and neck, when in fact there was a six-point gap.

Why did the opinion polls get it so spectacularly wrong, worse even than in the 1992 general election?

Margaret Thatcher wrote about the phenomenon of shy Tories back in 1979. It’s the very nature of small-C conservatives that they’re wary of tribal displays. In contrast, proclaiming socialism is a good way of expressing what some call “virtue signalling”.

Part of the reason for this shyness, it has to be said, is that people don’t like other people shouting “Tory scum” at them or vandalising their cars. Such violence, which has also been known to happen to Republicans in America, is the extreme end of a more general hostility towards conservatism.

My six-year-old daughter, who happens to share the same name as our new Labour MP (she was confused that lots of people were displaying her name in their windows), asked the other day why, if there are two main parties, no one had the blue Conservative party banner outside their front door.

Although where I live is barren territory for the Tories, in American terms rather like Vermont, even in my part of town one in six vote Tory. Probably twice that number would if the Liberal Democrats were not the main anti-Labour opposition. Yet out of hundreds of placards displayed outside people’s home, not a single person dared to admit voting Conservative.

And being a conservative, both big and small-C, has become so socially unacceptable that about one in eight Conservative voters routinely lie about it even when they are guaranteed anonymity by polling companies, let alone on Facebook.

Conservative causes generally tend to suffer from their supporters being “shy” about expressing views they know to be unfashionable or unpopular, but which they feel to be right.

David Quinn is making the same point about the Irish same-sex marriage referendum, which may well also surprise the pollsters.

It doesn’t help that socially liberal people tend to have a higher status in society. They are richer, more successful and more socially sophisticated – and it’s human instinct to defer on these subjects.

The general election obviously represents a great result for the Conservatives, but in the longer term Tories may want to ask what it means for their future if being a supporter has become something to hide.

Voir de même:

Voices
‘Did they keep quiet after the election?’: 5 ways to identify a ‘shy Tory’

Because Conservatives don’t all come in red trousers…
Jamie Campbell
The Independent
11 May 2015

If there was one major revelation of this mad election, it’s that Conservatives don’t all come in red trousers dripping in fox blood carrying polo mallets.

2015 saw the rise of the Secret Tory, Conservatives who, whether it be because they’re genuinely embarrassed about their views or fearful of the scorn of liberal friends, keep schtum about voting blue.

Picking them out isn’t as easy as spotting the corners of broadsheet Telegraph poking out from a Guardian Berliner but here are a few tips that might just help you identify this muted majority:

Disclaimer: Instructions are not watertight. Liberals may well also play tennis.

Did they keep quiet after the election? Such was the pummelling that Labour and the Lib Dems took last week, apathy’s been off the menu for the liberals of the UK. It feels a bit like a football match where the losers are inconsolable whilst the winners are too sheepish to celebrate. No tears? Probably Tory.What sports do they play? This isn’t to say that if someone goes down to Clapham Common every weekend for a game of rugger with Hugo, Digby and Xander they definitely won’t go to anti-fox hunting protests and love Polly Toynbee, but it’s probably a good sign. Golf, cricket and even an innocent game of tennis can be clues of the furtive Tory.

Donald Trump, une surprise ? Pas vraiment

Joseph Savès

Hérodote
9 novembre 2016

Après les référendums de 2005 (France et Pays-Bas) et le Brexit (2016), voici une nouvelle surprise avec l’élection de Donald Trump par une franche majorité d’Américains. À chaque fois, le suffrage universel a eu raison des médias, des sondeurs et de leurs commanditaires (*). On peut au moins se réjouir de cette vitalité démocratique.

Les lecteurs et Amis d’Herodote.net peuvent heureusement se féliciter d’avoir accès à des analyses plus fines, parce que fondées sur les enseignements de l’Histoire.

Le 23 octobre 2016, nous avons titré notre lettre sur des élections pleines de surprises aux États-Unis et évoqué un précédent largement ignoré : l’élection du candidat « populiste » et « anti-système » Andrew Jackson, en 1828.

Par bien des aspects de sa personnalité, il n’était pas sans ressembler au nouveau président des États-Unis. Et lui aussi avait été rejeté par les instances de son parti et honni par les élites de la côte Est.

Ce 3 novembre 2016, à la lumière de l’Histoire, nous avons aussi rappelé ce qu’est le libre-échange prôné par ces mêmes élites comme par les fonctionnaires de Bruxelles et les élites françaises : une utopie aussi folle que le communisme soviétique.

C’est en partie en raison du libre-échange (*) et du primat de la finance que les électeurs américains ont voté pour Donald Trump : il a su capter leur colère sourde, tout comme d’ailleurs le candidat démocrate Bernie Sanders, rival malheureux d’Hillary Clinton (*).

L’autre motif qui a conduit à la victoire de Trump et à l’élimination de Sanders tient à l’exaspération d’une majorité de citoyens face aux tromperies de l’utopie « multiculturaliste » et de la société « ouverte ».

À preuve le vote de l’Iowa en faveur de Donald Trump : dans cet État plutôt prospère, avec un faible taux de chômage, c’est évidemment l’enjeu multiculturaliste qui a fait basculer les électeurs.

En effet, l’élection en 2008 d’un président noir (pas un Afro-Américain mais un métis, fils d’une blanche du Kansas et d’un Kényan) n’a pas empêché le retour à de nouvelles formes de ségrégation raciale. C’est ainsi que la candidate démocrate Hillary Clinton a tenté de jouer la carte « racialiste » en cajolant les électeurs afro-américains et latinos. Mais sans doute s’est-elle trompée dans son évaluation du vote latino : beaucoup d’Étasuniens latino-américains aspirent à leur intégration dans la classe moyenne et ne se sentent guère solidaires des Afro-Américains.

Le même phénomène s’observe en Europe de l’Ouest, sous l’effet d’un emballement migratoire sans précédent dans l’Histoire. Les nouveaux arrivants font bloc avec leur « communauté » dans les quartiers et les écoles : Africains de la zone équatoriale, Sahéliens, Maghrébins, Turcs, Orientaux, Chinois etc. Il compromettent ce faisant l’intégration des immigrants plus anciennement installés (*). À quoi les classes dirigeantes répondent par des propos hors-contexte sur le « vivre-ensemble » et l’occultation de la mémoire.

La chancelière Angela Merkel et même le pape François ont perçu les dangers de cette politique dans leurs dernières déclarations, en novembre 2016. Quant aux élus français, qui ont abandonné leur souveraineté à Bruxelles et Berlin et se tiennent désormais à la remorque des puissants, ils feraient bien de prendre à leur tour la mesure de l’exaspération populaire face au néolibéralisme financier, au multiculturalisme et à l’emballement migratoire. Ils se doivent de nommer et analyser ces phénomènes sans faux-semblants, et de préconiser des solutions respectueuses de la démocratie.

Voir encore:

Trump, Clinton and the Culture of Deference

Political correctness functions like a despotic regime. We resent it but we tolerate it.

Shelby Steele
The Wall Street Journal

In the broader American culture—the mainstream media, the world of the arts and entertainment, the high-tech world, and the entire enterprise of public and private education—conservatism suffers a decided ill repute. Why?

The answer begins in a certain fact of American life. As the late writer William Styron once put it, slavery was “the great transforming circumstance of American history.” Slavery, and also the diminishment of women and all minorities, was especially tragic because America was otherwise the most enlightened nation in the world. Here, in this instance of profound hypocrisy, began the idea of America as a victimizing nation. And then came the inevitable corollary: the nation’s moral indebtedness to its former victims: blacks especially but all other put-upon peoples as well.

This indebtedness became a cultural imperative, what Styron might call a “transforming circumstance.” Today America must honor this indebtedness or lose much of its moral authority and legitimacy as a democracy. America must show itself redeemed of its oppressive past.

How to do this? In a word: deference. Since the 1960s, when America finally became fully accountable for its past, deference toward all groups with any claim to past or present victimization became mandatory. The Great Society and the War on Poverty were some of the first truly deferential policies. Since then deference has become an almost universal marker of simple human decency that asserts one’s innocence of the American past. Deference is, above all else, an apology.

One thing this means is that deference toward victimization has evolved into a means to power. As deference acknowledges America’s indebtedness, it seems to redeem the nation and to validate its exceptional status in the world. This brings real power—the kind of power that puts people into office and that gives a special shine to commercial ventures it attaches to.

Since the ’60s the Democratic Party, and liberalism generally, have thrived on the power of deference. When Hillary Clinton speaks of a “basket of deplorables,“ she follows with a basket of isms and phobias—racism, sexism, homophobia, xenophobia and Islamaphobia. Each ism and phobia is an opportunity for her to show deference toward a victimized group and to cast herself as America’s redeemer. And, by implication, conservatism is bereft of deference. Donald Trump supporters are cast as small grudging people, as haters who blindly love America and long for its exclusionary past. Against this she is the very archetype of American redemption. The term “progressive” is code for redemption from a hate-driven America.

So deference is a power to muscle with. And it works by stigmatization, by threatening to label people as regressive bigots. Mrs. Clinton, Democrats and liberals generally practice combat by stigma. And they have been fairly successful in this so that many conservatives are at least a little embarrassed to “come out” as it were. Conservatism is an insurgent point of view, while liberalism is mainstream. And this is oppressive for conservatives because it puts them in the position of being a bit embarrassed by who they really are and what they really believe.

Deference has been codified in American life as political correctness. And political correctness functions like a despotic regime. It is an oppressiveness that spreads its edicts further and further into the crevices of everyday life. We resent it, yet for the most part we at least tolerate its demands. But it means that we live in a society that is ever willing to cast judgment on us, to shame us in the name of a politics we don’t really believe in. It means our decency requires a degree of self-betrayal.

And into all this steps Mr. Trump, a fundamentally limited man but a man with overwhelming charisma, a man impossible to ignore. The moment he entered the presidential contest America’s long simmering culture war rose to full boil. Mr. Trump was a non-deferential candidate. He seemed at odds with every code of decency. He invoked every possible stigma, and screechingly argued against them all. He did much of the dirty work that millions of Americans wanted to do but lacked the platform to do.

Thus Mr. Trump’s extraordinary charisma has been far more about what he represents than what he might actually do as the president. He stands to alter the culture of deference itself. After all, the problem with deference is that it is never more than superficial. We are polite. We don’t offend. But we don’t ever transform people either. Out of deference we refuse to ask those we seek to help to be primarily responsible for their own advancement. Yet only this level of responsibility transforms people, no matter past or even present injustice. Some 3,000 shootings in Chicago this year alone is the result of deference camouflaging a lapse of personal responsibility with empty claims of systemic racism.

As a society we are so captive to our historical shame that we thoughtlessly rush to deference simply to relieve the pressure. And yet every deferential gesture—the war on poverty, affirmative action, ObamaCare, every kind of “diversity” scheme—only weakens those who still suffer the legacy of our shameful history. Deference is now the great enemy of those toward whom it gushes compassion.

Societies, like individuals, have intuitions. Donald Trump is an intuition. At least on the level of symbol, maybe he would push back against the hegemony of deference—if not as a liberator then possibly as a reformer. Possibly he could lift the word responsibility out of its somnambulant stigmatization as a judgmental and bigoted request to make of people. This, added to a fundamental respect for the capacity of people to lift themselves up, could go a long way toward a fairer and better America.

Mr. Steele, a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution, is the author of “Shame: How America’s Past Sins Have Polarized Our Country” (Basic Books, 2015).

Voir de plus:

Donald Trump is the man Americans have chosen as their vehicle for the dramatic change they demand from Washington.
 The Federalist
Ben Domenech

It is not breaking the protocols of green room conversations, I think, to say that a certain prominent pollster arrived last night at CBS headquarters in New York City declaring firmly that Hillary Clinton would win by five points, the GOP would lose the Senate, and that it would not be close. I believe he said as much on Twitter. I was more skeptical. Having heard the exit polling myself, and knowing as we all do that Trump voters are less eager to talk to these youngsters with their clipboards, I had already warned The Federalist’s staff to not anticipate an early call. As the night wore on, it became abundantly clear that the exits had dramatically underestimated the support for Donald Trump in key states. And then it became clear that they had overestimated support for Clinton in several key states. And then, at some point, it became clear that this would not be a Bush-Gore close loss at all – that she was sinking to the point that her performance was comparable to Michael Dukakis. And then everyone started to lose their minds.

The strongest thought in my head as the night wore on, and Wisconsin and Pennsylvania remained uncalled despite a clear advantage for Donald Trump, was: what on earth must the conversation be like in that room with Barack and Michelle Obama, watching the returns, followed by that magnanimous speech. Make no mistake about it: this election is Barack Obama’s legacy. He pushed hard for Hillary Clinton in the end because he understood that as such. And it was all for naught. No celebrity, no sports star, and no current president with a strong approval rating was enough to drag Hillary Clinton over the finish line. What did Obama say? What epithets did he utter? And on what did he blame the result? Schadenfreude has always been part of the case for Trump, and it is particularly sharp when it comes to the feelings of the current chief executive.

Last night Jamelle Bouie and Van Jones voiced something I expect we will hear from many of Obama’s firmest supporters in the coming weeks – the idea that Trump represents a “whitelash” against eight years of Obama. But this dramatically oversimplifies the case, particularly if as it seems at the moment Trump won more minority votes than Mitt Romney in 2012. In fact, as Nate Cohn notes, Clinton failed in areas of the country where Obama’s support had been strongest among white Americans.   She failed to keep pace with Obama in the Rust Belt states that he won repeatedly. Her vaunted GOTV machine failed to attract the votes of young people, of union members, and of minorities to the degree necessary to win. And meanwhile, Trump’s utter lack of a campaign was more than made up for by the emotional dedication of his supporters. This was about more than just race – it was a sustained rejection of the country’s ruling class. But expect the media to try to make it about two things: race, and about Hillary Clinton’s lousy campaign. Ah, look, they’re doing it already.

The big winners from last night, beyond Donald Trump: Reince Priebus, who gets to keep his job; The Heritage Foundation, which bit the bullet and worked with Trump’s transition team on numerous points; Nate Silver, who got pounded by the left for a month for his poll skepticism only to be proven correct; TV networks who sold ads; Republican pragmatists who backed Trump while criticizing his excesses; Republican Senators who won back their majority while keeping Trump at arm’s length; Peter Thiel; pro-lifers and federalists, who will likely get two Supreme Court seats; Breitbart and Laura Ingraham and the pro-Trump factions of cable television, who were to the hilt defenders of Trump; Claremonsters; and civil libertarians, who probably will get to work with liberals again, which they love.

The big losers, beyond the Clinton family and Barack Obama: The Democratic Party, which now looks like a leaderless husk of what was once a coalition sure of its demographic destiny; the true NeverTrumpers who hoped Trump would lose big; John Podesta and the Clinton team; TV networks who garnered a new degree of hate from a frustrated electorate; James Comey, who will get it from both sides; old media conservatives who didn’t just reject but dismissed Trump and the phenomenon as mere celebrity worship; conservatives in the foreign policy space who explicitly backed her; any consultants who specialize in expensive GOTV efforts; the GOP autopsy; Bill Weld, who pretended to be a libertarian to try and get Hillary Clinton elected; and Joe Biden, who everyone will look back to as being able to beat Trump handily had he run.

A word about the overall failure of the media this cycle: it will be very interesting to see which reporters learn from this, and which ones double down on their ignorance. The majority of political reporters never seemed to get outside their bubble. They spoke to anti-Trump conservatives, and printed anti-Trump views from conservatives, but rarely would even publish the sorts of views I and others have been sounding for months about the real and rational gripes of Trump voters. Many in the media preferred the caricature to the real thing. If you are a member of the media who does not know anyone who was pro-Trump, who has no Trump voters among your family or friends, realize how thick your bubble is. Change this. Don’t stick to the old sources, who clearly didn’t know what was going on – add new ones, who offer the perspective from the ground.

 On The Federalist Radio Hour over the past several months, we’ve tried to analyze things from the perspective of the likeliest polling result – which has pretty consistently been a Hillary Clinton victory. Had the polls gone steadily in the other direction, we would’ve spent more time on the possibility of a Trump victory. The challenge in analyzing that result is Trump’s unpredictability as a chief executive. He has destroyed the GOP as we knew it and remade it as a more nationalist and populist coalition, in favor of a great deal of ideas that ring of Keynesian spending (the first agenda item mentioned in his victory speech was rebuilding infrastructure). How does he adapt to working with Mitch McConnell and Paul Ryan, assuming he even wants to do that? To whom does he listen, given that he has ignored so many of his own advisors on so many areas of policy? These are things that are inherently impossible to predict for a man who has had three campaign managers in a year’s time.

What is clear is this: Donald Trump is the man Americans have chosen as their vehicle for the dramatic change they demand from Washington. They have utterly rejected the change offered in the eight year Barack Obama agenda as wholly insufficient. And they have given Trump the rare gift of a united government in order to make those changes happen. They have tossed aside the assumptions of an elite class of gatekeepers and commentators whose opinions they disrespect and disavow. And they have sent a message to Washington that nothing less than wholesale change will satisfy them, including a change in the fundamental character of the commander in chief.

As a believer in constitutional limited government, this is an electoral result I find hopeful for more reason than one. Trump is not a believer in that, but there are those around him who do. More importantly, his attitude and character are so abrasive to the sentiments of the American elites that it almost has to result in a reassertion of the powers of other branches of government, particularly the Congress. This would be a very good thing, not just for the next four years, but for a generation that has seen the executive office expanded without any pause. It may take a change agent like Trump to necessitate a return to the limitations the Constitution demands.

So we’re doing this, America. President Donald Trump. It will be a crazy ride for the next four years. Let’s see what comes next.

Ben Domenech is the publisher of The Federalist. Sign up for a free trial of his daily newsletter, The Transom.
Voir aussi:
Politics
Who’s winning, who’s losing, and why.
How Nate Silver Missed Donald Trump

The election guru said Trump had no shot. Where did he go wrong?

For the past six months, one big question has loomed over the 2016 election: Is the candidacy of Donald J. Trump an amusing bit of reality TV or a terrifying and dangerous challenge to the country’s political system? At first, Trump’s popularity was easy to dismiss. It was nothing more than a phase, the result of Trump’s celebrity status and his talent for provocation. His antics made it hard to look away, but it was easy to convince yourself that Trump mania would never lead to anything serious, like the Republican nomination.

It was especially easy to come to that conclusion if you were reading FiveThirtyEight, the statistics-driven news website founded by Nate Silver. Since the beginning of Trump’s campaign last June, the election guru and his colleagues have been consistently bearish on Trump’s chances. Silver, who made his name by using cold hard math to call 49 out of 50 states in the 2008 general election and all 50 in 2012, has served as a reassuring voice in the midst of Trump’s shocking rise. For those of us who didn’t want to believe we lived in a country where Donald Trump could be president, Silver’s steady, level-headed certainty felt just as soothing as his unwavering confidence in Barack Obama’s triumph over Mitt Romney four years ago.

What exactly has Silver been saying? In September, he told CNN’s Anderson Cooper that Trump had a roughly 5-percent chance of beating his GOP rivals. In November, he explained that Trump’s national following was about as negligible as the share of Americans who believe the Apollo moon landing was faked. On Twitter, he compared Trump to the band Nickelback, which he described as being “[d]isliked by most, super popular with a few.” In a post titled “Why Donald Trump Isn’t A Real Candidate, In One Chart,” Silver’s colleague Harry Enten wrote that Trump had a better chance of “playing in the NBA Finals” than winning the Republican nomination.

Multiple times over the past six months, Silver has reminded his readers that four years ago, daffy fly-by-nighters like Herman Cain and Michele Bachmann led the GOP field at various points. Trump’s poll numbers, he wrote, would drop just like theirs had. In one August post, “Donald Trump’s Six Stages of Doom,” Silver actually laid out a schedule for the candidate’s inevitable collapse.

That collapse is running late. Here we are, a few days from the Iowa caucus, and Trump’s poll numbers haven’t gone down at all. The latest data suggest that he leads his closest rival, Ted Cruz, by about 5 points in Iowa and almost 20 points in New Hampshire. He has also recently become the top GOP contender according to the betting market Betfair. Meanwhile, members of the so-called GOP establishment, who previously expressed open contempt for Trump, now seem to be warming to him. On Jan. 16, the Washington Post quoted the former finance chairman for Mitt Romney’s 2012 campaign saying there was a “growing feeling” among many in the GOP that Trump “may be the guy.” Bob Dole praised Trump in the New York Times as a dealmaker who has the “right personality” to do business with Congress. Orrin Hatch, the most senior Republican in the Senate, told CNN he was “coming around” on Trump.

It’s clear, now, that Silver and his fellow analysts at FiveThirtyEight underestimated Trump. Silver himself recently admitted as much, writing in a blog post published last week that he’d been too skeptical about Trump’s chances. “Things are lining up better for Trump than I would have imagined,” he wrote, adding that “[i]f, like me, you expected” the show to have been over by now, “you have to revisit your assumptions.”

Everyone makes mistakes—even Nate Silver. It’s also entirely possible that the Trump collapse is still to come and that as soon as we see the actual voting process play out, the hollowness of his popularity will reveal itself. Still, Silver is right that his assumptions are worth revisiting. Maybe the Trump phenomenon is so unprecedented that no statistical model could have foreseen it. Or maybe it took a candidate as unique as Donald Trump to reveal the flaws and limitations of Silver’s prediction machine.

* * *

To understand how Silver got Trump wrong, it helps to understand what exactly he was skeptical about, and why. A look at his campaign coverage reveals that two basic beliefs guided Silver’s thinking.

The first centered on the polls showing Trump miles ahead of his rivals. These polls have been plentiful, and they have been consistent. To pick two more or less at random, CNN showed Trump’s support in Iowa grow from 22 percent in August to 37 percent this past week. According to national polls conducted by CBS and the New York Times, he has gone from polling at 24 percent nationally in August to 36 percent earlier this month.

None of this has impressed Silver. No matter what the polls said, as he wrote on FiveThirtyEight week after week, it was important to remember they were fundamentally unreliable and not at all indicative of how primary voters would ultimately cast their ballots. This has always been true of pre-primary polls, Silver argued, in part because primary voters have historically waited until the last minute to decide whom to support and in part because the people answering questions from pollsters are not necessarily the ones who will end up actually voting.

Anything Silver says about polling carries weight. Polls are his bread and butter—the raw materials he filters through his proprietary model to predict the outcomes of elections. His expertise on which polls to ignore, which ones to trust, and how much to trust them is central to his political wisdom. The early national polls showing Trump in the lead, Silver wrote, were basically worthless. As he put it in a post titled “Donald Trump Is Winning The Polls—and Losing the Nomination,” they not only “lack empirical power to predict the nomination” but “describe a fiction.”

Silver thought that it was foolish of reporters and columnists to act like Trump’s numbers were significant. The fact that pundits insisted on investing them with so much importance proved they were motivated more by the demands of the news cycle than by a commitment to truth—a tendency Silver has always taken pride in avoiding.

The problem, Silver believed, wasn’t just that the media legitimized polls that didn’t deserve people’s attention. It was worse than that: By talking about Trump’s poll numbers like they mattered, the media risked distorting future polls, thereby reinforcing the false narrative of Trump’s dominance. “Some voters may be coughing up Trump’s name in polls because he’s the only candidate they’ve been hearing about,” Silver wrote in December, noting that the media has given Trump’s campaign “more coverage than literally all the other Republicans combined.”

Silver’s error, in retrospect, was to conflate his doubts about the polls with his doubts about Trump’s viability as a candidate. In other words, it’s perfectly possible for Silver to have been correct in saying the early polls did not constitute proof of a massive Trump lead, while also being wrong about the likelihood that Trump would become the nominee. This mistake is illustrated most clearly in that post headlined “Donald Trump’s Six Stages of Doom,” in which Silver asserted that “Trump’s campaign will fail by one means or another” before ticking off a bunch of reasons to be suspicious of the early polls that showed him in the lead. While the post made brief mention of Trump’s “poor organization in caucus states, poor understanding of delegate rules,” and his lack of “support from superdelegates,” it didn’t offer much on why Silver found it so unlikely that lots and lots of people would vote for him.

This brings us to the second basic belief guiding Silver’s skepticism about Trump mania. Polls aside, the history of modern American politics made it clear to him that a “Trump-like candidate” could never win the nomination.

What is a “Trump-like candidate”? Under Silver’s definition, it’s someone who has low favorability ratings and, more important, is hated by party leaders. Citing a theory laid out in The Party Decides—an influential work of political science which says that primary candidates don’t win without the support of the party establishment—Silver has argued that Trump was an almost certain loser. Even if Trump managed to survive until the Republican National Convention, Silver wrote, “the Republican Party would go to extraordinary lengths to avoid nominating him.”

The race has not played out that way. Indications in December that GOP leaders were either powerless against Trump or unwilling to go after him struck Silver as “perplexing”—precisely the emotion you would expect from a quantitatively inclined thinker confronted with a reality that hasn’t conformed to his calculations. In a chat with colleagues published on FiveThirtyEight, Silver discussed possible reasons why GOP leaders had not been more aggressive in snuffing out Trump earlier, when he might have been an easier target. “From the get-go, they haven’t seemed to have any plan at all for how to deal with Trump,” he wrote.

What’s crucial to note here is that Silver’s confidence about how the GOP would respond to Trump was never really based on any statistical calculations. Rather, in repeatedly citing The Party Decides, he was relying on a theory about how political parties work—one that’s been embraced by some of the very same pundits that Silver has defined himself against. And while it’s true that The Party Decides was an empirical work based on historical data, the notion that GOP leaders would find a way to kill Trump’s campaign is, on some level, premised on a belief that the individual actors who control the Republican Party would all act as rationally as Nate Silver would if he were in their shoes. When news reports came out this month that influential Republican donors were starting to think Trump wouldn’t be such a bad candidate, Silver wrote, with some exasperation, “the donor class is probably wrong.”

Maybe what happened here is that Silver was the one sober guy in a room full of drunks, powerless to stop irrational party leaders from taking unreliable polling data seriously. Even if you believe that establishment figures are only giving Trump a look because they despise his closest rival, Ted Cruz, it’s undeniable that their thinking is being informed by Trump’s numbers. The fact that Silver thinks those numbers are silly doesn’t matter. They were consequential, and now that the Iowa caucus is one week away, those consequences are becoming more and more serious.

Why was Silver so confident that the “party decides” theory would hold? One reason, surely, is that it always had in the past—if you want a recent example, think back to the mavericks of the 2012 GOP contest, who were squashed like bugs until party favorite Romney was the last man standing. But it also seems possible that Silver believed the GOP would stop Trump for a simpler reason: It was what he wanted to happen.

Silver did not respond to multiple requests for comment for this story, so the best I can do is venture a guess. Maybe, like many people who have watched Trump’s rise with increasing horror, Silver latched onto a narrative that justified rejecting the Apprentice star’s achievements, identifying them as symptoms of a media bubble rather than a reflection of real popular sentiment. If that’s the case, Silver turns out to have a good bit in common with the pundits that he and his unemotional, numbers-driven worldview were supposed to render obsolete. Faced with uncertainty, Silver chose to go all in on an outcome that felt right, one that meshed with his preexisting beliefs about how the world is supposed to work.

* * *

There is another, more narrow explanation for why Trump eluded Silver. As effective as the FiveThirtyEight approach was when applied to Obama vs. McCain and Obama vs. Romney, perhaps it just doesn’t work nearly as well when applied to primaries. If Silver’s system depends largely on interpreting poll numbers, how reliable can that system be if the pre–Iowa and New Hampshire polls are basically worthless? Garbage in, garbage out.

“I think figuring out what’s going on in a primary is more of an art than a science,” says Steve Kornacki, a political analyst at MSNBC who has been covering presidential campaigns since 2002. “There’s just so much more volatility, coming from so many different levels in a primary. And there’s a lot more art involved in figuring out what’s going on than there is in a general election, especially in an era when 80 percent of the country knows whether they’re team blue or team red and which way they vote.”

Of course, Silver knows this, and he has taken certain steps to compensate for it. In a 2,800-word blog post laying out FiveThirtyEight’s methodology for forecasting primaries, he explained how he and his team use state and national polls alongside party leader endorsements. He also left room for the possibility that FiveThirtyEight’s prediction “might be totally wrong.” “Forecasting primaries and caucuses is challenging, much more so than general elections,” Silver wrote, adding that “an unusual candidate like Donald Trump tends to have especially uncertain forecasts.”

Where does all that uncertainty leave FiveThirtyEight? In the months leading up to Iowa and New Hampshire, frequent Silver critic Matt Bruenig told me the FiveThirtyEight founder is “in a situation where the only thing he’s really capable of doing—the thing that he’s exceptional at—is not really available to him, so he ends up doing what normal reporters do.” Bruenig added: “It just makes him like everyone else. … Anyone can read The Party Decides and be like, ‘Oh yeah, this is what social science says will happen.’ ”

(It may not be entirely true that this GOP primary was a hopeless exercise for data journalists. Though early polls may not be the most solid data points, it’s possible that FiveThirtyEight could have done a better job interpreting them: As Kornacki points out, Silver’s insistence on comparing Trump to Joe Lieberman and Rudy Giuliani—candidates with high name recognition who led in primary polls before imploding—failed to consider that both Lieberman and Giuliani led their respective races very early, while Trump has built his lead more gradually. RealClearPolitics, which averages multiple polls, shows Trump starting at just 6 percent last July.)

In Silver’s defense, he has occasionally given voice to self-doubt. He concluded a Jan. 6 chat with FiveThirtyEight staff by saying, “Yeah, the pundits are probably full of shit, but there’s a chance we’re full of shit too, so let’s wait and see what happens.” For the most part, though, Silver his proclaimed his skepticism about Trump loudly, repeatedly, and unequivocally. His predictions of Trump’s collapse—at an event at the 92nd Street Y in September he literally told the audience to “calm down” about his supposed march to the nomination—have not betrayed much caution or uncertainty.

As irrational as it seems for a quantitative analyst to comment so confidently on something he knows he can’t reliably predict, it’s also not all that surprising. Silver has a website to run, after all, and that means covering Trump—and making predictions about him—whether the necessary data is available or not.

The theory that Donald Trump was a real threat to the status quo was a perfect target for Silver and his colleagues. Throughout 2015 and into 2016, they set out to prove that this media sensation was being amplified by a credulous, mathematically illiterate press corps. A Trump implosion would be a classic Silver victory, one that would demonstrate the superiority of rational, data-driven analysis over the chatter of insiders and vague notions of “momentum.”

Instead, the rise of Trump might have demonstrated the limits of Silver’s powers. As Dave Weigel wrote in the Washington Post recently, Trump’s enormous popularity—a tidal wave of support that Silver has said will soon abate—has been the story of the campaign. In his piece, Weigel argued that it wasn’t the first time a primary bid turned out to signal a major shift in the political winds, from the campaign of George Wallace in 1964, which Weigel said represented “a historic moment in the politics of backlash,” to that of Pat Robertson in 1988, which “cemented the influence of the religious right in Republican electoral politics.” While none of those candidates won their party’s nomination, it would have been irresponsible for the media to ignore the significance of their campaigns, as Silver has encouraged his audience, and the press, to do with Trump.

While it’s true that “the rise of Trump” may not end with Trump becoming the nominee, it has revealed, or perhaps even caused, a profound shift in the nation’s political climate. As Kornacki put it to me, “It took Donald Trump saying all this stuff”—floating the idea of denying Muslims entry into the United States, for instance—“to reveal there was a massive constituency for it.”

Missing the significance of Trumpism is a different kind of failure than, say, calling the 2012 election for Mitt Romney. It also might be a more damning one. Botching your general election forecast by a couple of percentage points suggests a flawed mathematical formula. Actively denying the reality of Trump’s success suggests Silver may never have been capable of explaining the world in a way so many believed he could in 2008 and 2012, when he was telling them how likely it was that Obama would become, and remain, the president.

“This is an extraordinary, unusual, utterly bizarre election year, in which events that have never happened before are happening,” says Blake Zeff, the editor of the political news site Cafe and a former campaign aide to Obama and Hillary Clinton. “That’s a nightmare scenario for a projection model that is predicated on historical trends.” While Zeff cautioned it was premature to pillory Silver for missing out on Trumpism, the point stands: What was true yesterday is not necessarily true today, and that’s a problem for Silver and his team of prognosticators.

In 2008, Silver emerged as a new kind of journalist. His data-driven approach to political analysis was a necessary corrective to a media herd that too often relied on gut feelings and received wisdom. So long as punditry continues to exist, thinkers like Silver will remain essential. But the rise of FiveThirtyEight hasn’t changed the fundamental purpose of journalism: to pay attention as the world changes and to try to understand what’s driving that change.

You could argue Silver never promised he was capable of doing those things—that all he ever intended to do was predict the future, not explain it. But Trump’s campaign, which is forcing Americans to ask themselves how such a hateful, boorish candidate could capture the imagination of so many of their fellow citizens, makes it clear that truly revelatory analysis must tell us “why,” not just “what.” If only Nate Silver could give us both.

Voir également:

Le professeur qui a prédit la victoire de Trump fustige les sondages

Alexander Panetta
La Presse Canadienne
09 novembre 2016

Ses amitiés ont été mises à l’épreuve, ses méthodes contestées, mais au bout du compte, il a encore eu raison. Allan Lichtman a désormais prédit avec succès les résultats de neuf élections présidentielles consécutives – incluant la victoire de Donald Trump – grâce à un modèle qu’il a créé.

M. Lichtman est très critique des sondages et des journalistes politiques qui s’en inspirent, et affirme que son questionnaire en 13 parties est beaucoup plus probant dans ses prédictions que les cartes numérisées des batailles par État.

Le professeur d’histoire à l’American University à Washington a tout de même dit, mercredi, qu’il ne tirait aucune satisfaction à avoir eu raison sur la victoire du controversé républicain Donald Trump.

M. Lichtman estime que les analystes électoraux errent en étudiant une campagne comme une série de zones de combat – le nord en opposition au sud de la Floride, l’ouest par rapport à l’est de la Pennsylvanie, etc. Il préfère voir tout cela comme un jeu de dominos, les morceaux s’abattant les uns sur les autres.

Le professeur a dit croire que les campagnes américaines étaient l’affaire d’élans insufflés à un candidat ou à l’autre.

Au début des années 1980, un collègue et lui-même ont examiné les résultats électoraux depuis la guerre civile et ont repéré des tendances. Ils ont établi 13 affirmations vraies ou fausses, et déterminé que si la réponse à six d’entre elles ou plus était «fausse», le parti au pouvoir allait subir la défaite. Parmi ces affirmations figurent «l’économie n’est pas en récession»; «il n’y a pas de course véritable pour l’investiture du parti au pouvoir»; «le parti a remporté des sièges au cours des deux précédents demi-mandats» et «le candidat est charismatique ou un héros national».

La méthode a porté ses fruits chaque fois depuis 1984.

Cette fois, le sixième et ultime domino s’est abattu sur Hillary Clinton durant les primaires – en ayant une concurrence étonnamment forte de la part du sénateur Bernie Sanders.

M. Lichtman a rapidement prédit une victoire de M. Trump dans des entrevues, et s’est attiré la foudre de certains.

«Pas de courriels haineux. Mais une tonne de critiques», a dit le professeur âgé de 69 ans, qui avait déjà brigué un siège démocrate au Sénat dans le Maryland.

«Je crois que j’ai perdu tous mes amis démocrates, à tout le moins pour un certain moment. J’ai subi beaucoup de pressions pour changer ma prédiction», a-t-il confié.

Trump is headed for a win, says professor who has predicted 30 years of presidential outcomes correctly
Peter W. Stevenson
The Washington Post
September 23, 2016

Allan Lichtman, a distinguished professor of history at American University, created his « 13 Keys to the White House » more than 30 years ago—and he’s ready to predict who will win in 2016. (Peter Stevenson/The Washington Post)

Update: The Fix caught up with Lichtman again on Oct. 28. Here’s his latest prediction.

Nobody knows for certain who will win on Nov. 8 — but one man is pretty sure: Professor Allan Lichtman, who has correctly predicted the winner of the popular vote in every presidential election since 1984.

When we sat down in May, he explained how he comes to a decision. Lichtman’s prediction isn’t based on horse-race polls, shifting demographics or his own political opinions. Rather, he uses a system of true/false statements he calls the « Keys to the White House » to determine his predicted winner.

And this year, he says, Donald Trump is the favorite to win.

The keys, which are explained in depth in Lichtman’s book “Predicting the Next President: The Keys to the White House 2016” are:

  1. Party Mandate: After the midterm elections, the incumbent party holds more seats in the U.S. House of Representatives than after the previous midterm elections.
  2. Contest: There is no serious contest for the incumbent party nomination.
  3. Incumbency: The incumbent party candidate is the sitting president.
  4. Third party: There is no significant third party or independent campaign.
  5. Short-term economy: The economy is not in recession during the election campaign.
  6. Long-term economy: Real per capita economic growth during the term equals or exceeds mean growth during the previous two terms.
  7. Policy change: The incumbent administration effects major changes in national policy.
  8. Social unrest: There is no sustained social unrest during the term.
  9. Scandal: The incumbent administration is untainted by major scandal.
  10. Foreign/military failure: The incumbent administration suffers no major failure in foreign or military affairs.
  11. Foreign/military success: The incumbent administration achieves a major success in foreign or military affairs.
  12. Incumbent charisma: The incumbent party candidate is charismatic or a national hero.
  13. Challenger charisma: The challenging party candidate is not charismatic or a national hero.

Lichtman, a distinguished professor of history at American University, sat down with The Fix this week to reveal who he thinks will win in November and why 2016 was the most difficult election to predict yet. Our conversation has been lightly edited for length and clarity.

THE FIX: Can you tell me about the keys, and how you use them to evaluate the election from the point where — I assume it’s very murky a year or two out, and they start to crystallize over the course of the election.

LICHTMAN: « The Keys to the White House » is a historically based prediction system. I derived the system by looking at every American presidential election from 1860 to 1980, and have since used the system to correctly predict the outcomes of all eight American presidential elections from 1984 to 2012.

The keys are 13 true/false questions, where an answer of « true » always favors the reelection of the party holding the White House, in this case the Democrats. And the keys are phrased to reflect the basic theory that elections are primarily judgments on the performance of the party holding the White House. And if six or more of the 13 keys are false — that is, they go against the party in power — they lose. If fewer than six are false, the party in power gets four more years.

So people who hear just the surface-level argument there might say, well, President Obama has a 58 percent approval rating, doesn’t that mean the Democrats are a shoo-in? Why is that wrong?

It absolutely does not mean the Democrats are a shoo-in. First of all, one of my keys is whether or not the sitting president is running for reelection, and right away, they are down that key. Another one of my keys is whether or not the candidate of the White House party is, like Obama was in 2008, charismatic. Hillary Clinton doesn’t fit the bill.

The keys have nothing to do with presidential approval polls or horse-race polls, with one exception, and that is to assess the possibility of a significant third-party campaign.

What about Donald Trump on the other side? He’s not affiliated with the sitting party, but has his campaign been an enigma in terms of your ability to assess this election?

Donald Trump has made this the most difficult election to assess since 1984. We have never before seen a candidate like Donald Trump, and Donald Trump may well break patterns of history that have held since 1860.

We’ve never before seen a candidate who’s spent his life enriching himself at the expense of others. He’s the first candidate in our history to be a serial fabricator, making up things as he goes along. Even when he tells the truth, such as, « Barack Obama really was born in the U.S., » he adds two lines, that Hillary Clinton started the birther movement, and that he finished it, even though when Barack Obama put out his birth certificate, he didn’t believe it. We’ve never had a candidate before who not just once, but twice in a thinly disguised way, has incited violence against an opponent. We’ve never had a candidate before who’s invited a hostile foreign power to meddle in American elections. We’ve never had a candidate before who’s threatened to start a war by blowing ships out of the water in the Persian Gulf if they come too close to us. We’ve never had a candidate before who has embraced as a role model a murderous, hostile foreign dictator. Given all of these exceptions that Donald Trump represents, he may well shatter patterns of history that have held for more than 150 years, lose this election even if the historical circumstances favor it.

We’re a little bit less than seven weeks out from the election today. Who do you predict will win in November?

Based on the 13 keys, it would predict a Donald Trump victory. Remember, six keys and you’re out, and right now the Democrats are out — for sure — five keys.

Key 1 is the party mandate — how well they did in the midterms. They got crushed.

Key number 3 is, the sitting president is not running.

Key number 7, no major policy change in Obama’s second term like the Affordable Care Act.

Key number 11, no major smashing foreign policy success.

And Key number 12, Hillary Clinton is not a Franklin Roosevelt.

One more key and the Democrats are down, and we have the Gary Johnson Key. One of my keys would be that the party in power gets a « false » if a third-party candidate is anticipated to get 5 percent of the vote or more. In his highest polling, Gary Johnson is at about 12 to 14 percent. My rule is that you cut it in half. That would mean that he gets six to seven, and that would be the sixth and final key against the Democrats.

So very, very narrowly, the keys point to a Trump victory. But I would say, more to the point, they point to a generic Republican victory, because I believe that given the unprecedented nature of the Trump candidacy and Trump himself, he could defy all odds and lose even though the verdict of history is in his favor. So this would also suggest, you know, the possibility this election could go either way. Nobody should be complacent, no matter who you’re for, you gotta get out and vote.

Do you think the fact that Trump is not a traditional Republican — certainly not an establishment Republican, from a rhetorical or policy perspective — contributes to that uncertainty over where he fits in with the standard methodology for evaluating the Keys?

I think the fact that he’s a bit of a maverick, and nobody knows where he stands on policy, because he’s constantly shifting. I defy anyone to say what his immigration policy is, what his policy is on banning Muslims, or whoever, from entering the United States, that’s certainly a factor. But it’s more his history in Trump University, the Trump Institute, his bankruptcies, the charitable foundation, of enriching himself at the expense of others, and all of the lies and dangerous things he’s said in this campaign, that could make him a precedent-shattering candidate.

It’s interesting, I don’t use the polls, as I’ve just explained, but the polls have very recently tightened. Clinton is less ahead than she was before, but it’s not because Trump is rising, it’s because Clinton is falling. He’s still around 39 percent in the polls. You can’t win if you can’t crack 40 percent.

As people realize the choice is not Gary Johnson, the only choice is between Trump and Clinton, those Gary Johnson supporters may move away from Johnson and toward Clinton, particularly those millennials. And, you know, I’ve seen this movie before. My first vote was in 1968, when I was the equivalent of a millennial, and lots of my friends, very liberal, wouldn’t vote for Hubert Humphrey because he was part of the Democratic establishment, and guess what? They elected Richard Nixon.

And, of course, as I have said for over 30 years, predictions are not endorsements. My prediction is based off a scientific system. It does not necessarily represent, in any way, shape or form, an Allan Lichtman or American University endorsement of any candidate. And of course, as a successful forecaster, I’ve predicted in almost equal measure both Republican and Democratic victories.

Voir également:

Wonkblog
A new theory for why Trump voters are so angry — that actually makes sense
Jeff Guo
The Washington Post
November 8, 2016

Regardless of who wins on Election Day, we will spend the next few years trying to unpack what the heck just happened. We know that Donald Trump voters are angry, and we know that they are fed up. By now, there have been so many attempts to explain Trumpism that the genre has become a target of parody.

But if you’re wondering about the widening fissure between red and blue America, why politics these days have become so fraught and so emotional, Kathy Cramer is one of the best people to ask. For the better part of the past decade, the political science professor has been crisscrossing Wisconsin trying to get inside the minds of rural voters.

Well before President Obama or the tea party, well before the rise of Trump sent reporters scrambling into the heartland looking for answers, Cramer was hanging out in dairy barns and diners and gas stations, sitting with her tape recorder taking notes. Her research seeks to understand how the people of small towns make sense of politics — why they feel the way they feel, why they vote the way they vote.

There’s been great thirst this election cycle for insight into the psychology of Trump voters. J.D. Vance’s memoir “Hillbilly Elegy” offers a narrative about broken families and social decay. “There is a lack of agency here — a feeling that you have little control over your life and a willingness to blame everyone but yourself,” he writes. Sociologist Arlie Hochschild tells a tale of perceived betrayal. According to her research, white voters feel the American Dream is drifting out of reach for them, and they are angry because they believe minorities and immigrants have butted in line.

Cramer’s recent book, “The Politics of Resentment,” offers a third perspective. Through her repeated interviews with the people of rural Wisconsin, she shows how politics have increasingly become a matter of personal identity. Just about all of her subjects felt a deep sense of bitterness toward elites and city dwellers; just about all of them felt tread on, disrespected and cheated out of what they felt they deserved.

Cramer argues that this “rural consciousness” is key to understanding which political arguments ring true to her subjects. For instance, she says, most rural Wisconsinites supported the tea party’s quest to shrink government not out of any belief in the virtues of small government but because they did not trust the government to help “people like them.”

“Support for less government among lower-income people is often derided as the opinions of people who have been duped,” she writes. However, she continues: “Listening in on these conversations, it is hard to conclude that the people I studied believe what they do because they have been hoodwinked. Their views are rooted in identities and values, as well as in economic perceptions; and these things are all intertwined.”

Rural voters, of course, are not precisely the same as Trump voters, but Cramer’s book offers an important way to think about politics in the era of Trump. Many have pointed out that American politics have become increasingly tribal; Cramer takes that idea a step further, showing how these tribal identities shape our perspectives on reality.

It will not be enough, in the coming months, to say that Trump voters were simply angry. Cramer shows that there are nuances to political rage. To understand Trump’s success, she argues, we have to understand how he tapped into people’s sense of self.

Recently, Cramer chatted with us about Trump and the future of white identity politics.

(As you’ll notice, Cramer has spent so much time with rural Wisconsinites that she often slips, subconsciously, into their voice. We’ve tagged those segments in italics. The interview has also been edited for clarity and length.)

For people who haven’t read your book yet, can you explain a little bit what you discovered after spending so many years interviewing people in rural Wisconsin?

Cramer: To be honest, it took me many months — I went to these 27 communities several times — before I realized that there was a pattern in all these places. What I was hearing was this general sense of being on the short end of the stick. Rural people felt like they’re not getting their fair share.

That feeling is primarily composed of three things. First, people felt that they were not getting their fair share of decision-making power. For example, people would say: All the decisions are made in Madison and Milwaukee and nobody’s listening to us. Nobody’s paying attention, nobody’s coming out here and asking us what we think. Decisions are made in the cities, and we have to abide by them.

Second, people would complain that they weren’t getting their fair share of stuff, that they weren’t getting their fair share of public resourcesThat often came up in perceptions of taxation. People had this sense that all the money is sucked in by Madison, but never spent on places like theirs.

And third, people felt that they weren’t getting respect. They would say: The real kicker is that people in the city don’t understand us. They don’t understand what rural life is like, what’s important to us and what challenges that we’re facing. They think we’re a bunch of redneck racists.

So it’s all three of these things — the power, the money, the respect. People are feeling like they’re not getting their fair share of any of that.

Was there a sense that anything had changed recently? That anything occurred to harden this sentiment? Why does the resentment seem so much worse now?

Cramer: These sentiments are not new. When I first heard them in 2007, they had been building for a long time — decades.

Look at all the graphs showing how economic inequality has been increasing for decades. Many of the stories that people would tell about the trajectories of their own lives map onto those graphs, which show that since the mid-’70s, something has increasingly been going wrong.

It’s just been harder and harder for the vast majority of people to make ends meet. So I think that’s part of this story. It’s been this slow burn.

Resentment is like that. It builds and builds and builds until something happens. Some confluence of things makes people notice: I am so pissed off. I am really the victim of injustice here.

So what do you think set it all off?

Cramer: The Great Recession didn’t help. Though, as I describe in the book, people weren’t talking about it in the ways I expected them to. People were like,Whatever, we’ve been in a recession for decades. What’s the big deal?

Part of it is that the Republican Party over the years has honed its arguments to tap into this resentment. They’re saying: “You’re right, you’re not getting your fair share, and the problem is that it’s all going to the government. So let’s roll government back.”

So there’s a little bit of an elite-driven effect here, where people are told: “You are right to be upset. You are right to notice this injustice.”

Then, I also think that having our first African American president is part of the mix, too. Now, many of the people that I spent time with were very intrigued by Barack Obama. I think that his race, in a way, signaled to people that this was different kind of candidate. They were keeping an open mind about him. Maybe this person is going to be different.

But then when the health-care debate ramped up, once he was in office and became very, very partisan, I think people took partisan sides. And truth be told, I think many people saw the election of an African American to the presidency as a threat. They were thinking: Wow something is going on in our nation and it’s really unfamiliar, and what does that mean for people like me?

I think in the end his presence has added to the anxieties people have about where this country is headed.

One of the endless debates among the chattering class on Twitter is whether Trump is mostly a phenomenon related to racial resentment, or whether Trump support is rooted in deeper economic anxieties. And a lot of times, the debate is framed like it has to be one or the other — but I think your book offers an interesting way to connect these ideas.

Cramer: What I heard from my conversations is that, in these three elements of resentment — I’m not getting my fair share of power, stuff or respect — there’s race and economics intertwined in each of those ideas.

When people are talking about those people in the city getting an “unfair share,” there’s certainly a racial component to that. But they’re also talking about people like me [a white, female professor]. They’re asking questions like, how often do I teach, what am I doing driving around the state Wisconsin when I’m supposed to be working full time in Madison, like, what kind of a job is that, right?

It’s not just resentment toward people of color. It’s resentment toward elites, city people.

And maybe the best way to explain how these things are intertwined is through noticing how much conceptions of hard work and deservingness matter for the way these resentments matter to politics.

We know that when people think about their support for policies, a lot of the time what they’re doing is thinking about whether the recipients of these policies are deserving. Those calculations are often intertwined with notions of hard work, because in the American political culture, we tend to equate hard work with deservingness.

And a lot of racial stereotypes carry this notion of laziness, so when people are making these judgments about who’s working hard, oftentimes people of color don’t fare well in those judgments. But it’s not just people of color. People are like: Are you sitting behind a desk all day? Well that’s not hard work. Hard work is someone like me — I’m a logger, I get up at 4:30 and break my back. For my entire life that’s what I’m doing. I’m wearing my body out in the process of earning a living.

In my mind, through resentment and these notions of deservingness, that’s where you can see how economic anxiety and racial anxiety are intertwined.

The reason the “Trumpism = racism” argument doesn’t ring true for me is that, well, you can’t eat racism. You can’t make a living off of racism. I don’t dispute that the surveys show there’s a lot of racial resentment among Trump voters, but often the argument just ends there. “They’re racist.” It seems like a very blinkered way to look at this issue.

Cramer: It’s absolutely racist to think that black people don’t work as hard as white people. So what? We write off a huge chunk of the population as racist and therefore their concerns aren’t worth attending to?

How do we ever address racial injustice with that limited understanding?

Of course [some of this resentment] is about race, but it’s also very much about the actual lived conditions that people are experiencing. We do need to pay attention to both. As the work that you did on mortality rates shows, it’s not just about dollars. People are experiencing a decline in prosperity, and that’s real.

The other really important element here is people’s perceptions. Surveys show that it may not actually be the case that Trump supporters themselves are doing less well — but they live in places where it’s reasonable for them to conclude that people like them are struggling.

Support for Trump is rooted in reality in some respects — in people’s actual economic struggles, and the actual increases in mortality. But it’s the perceptionsthat people have about their reality are the key driving force here. That’s been a really important lesson from this election.

I want to get into this idea of deservingness. As I was reading your book it really struck me that the people you talked to, they really have a strong sense of what they deserve, and what they think they ought to have. Where does that come from?

Cramer: Part of where that comes from is just the overarching story that we tell ourselves in the U.S. One of the key stories in our political culture has been the American Dream — the sense that if you work hard, you will get ahead.

Well, holy cow, the people I encountered seem to me to be working extremely hard. I’m with them when they’re getting their coffee before they start their workday at 5:30 a.m. I can see the fatigue in their eyes. And I think the notion that they are not getting what they deserve, it comes from them feeling like they’re struggling. They feel like they’re doing what they were told they needed to do to get ahead. And somehow it’s not enough.

Oftentimes in some of these smaller communities, people are in the occupations their parents were in, they’re farmers and loggers. They say, it used to be the case that my dad could do this job and retire at a relatively decent age, and make a decent wage. We had a pretty good quality of life, the community was thriving. Now I’m doing what he did, but my life is really much more difficult.

I’m doing what I was told I should do in order to be a good American and get ahead, but I’m not getting what I was told I would get.

The hollowing out of the middle class has been happening for everyone, not just for white people. But it seems that this phenomenon is only driving some voters into supporting Trump. One theme of your book is how we can take the same reality, the same facts, but interpret them through different frames of mind and come to such different conclusions.

Cramer: It’s not inevitable that people should assume that the decline in their quality of life is the fault of other population groups. In my book I talk about rural folks resenting people in the city. In the presidential campaign, Trump is very clear about saying: You’re right, you’re not getting your fair share, and look at these other groups of people who are getting more than their fair share. Immigrants. Muslims. Uppity women.

But here’s where having Bernie Sanders and Donald Trump running alongside one another for a while was so interesting. I think the support for Sanders represented a different interpretation of the problem. For Sanders supporters, the problem is not that other population groups are getting more than their fair share, but that the government isn’t doing enough to intervene here and right a ship that’s headed in the wrong direction.

One of the really interesting parts of your book is where you discuss how rural people seem to hate government and want to shrink it, even though government provides them with a lot of benefits. It raises the Thomas Frank question — on some level, are people just being fooled or deluded?

Cramer: There is definitely some misinformation, some misunderstandings. But we all do that thing of encountering information and interpreting it in a way that supports our own predispositions. Recent studies in political science have shown that it’s actually those of us who think of ourselves as the most politically sophisticated, the most educated, who do it more than others.

So I really resist this characterization of Trump supporters as ignorant.

There’s just more and more of a recognition that politics for people is not — and this is going to sound awful, but — it’s not about facts and policies. It’s so much about identities, people forming ideas about the kind of person they are and the kind of people others are. Who am I for, and who am I against?

Policy is part of that, but policy is not the driver of these judgments. There are assessments of, is this someone like me? Is this someone who gets someone like me?

I think all too often, we put our energies into figuring out where people stand on particular policies. I think putting energy into trying to understand the way they view the world and their place in it — that gets us so much further toward understanding how they’re going to vote, or which candidates are going to be appealing to them.

All of us, even well-educated, politically sophisticated people interpret facts through our own perspectives, our sense of what who we are, our own identities.

I don’t think that what you do is give people more information. Because they are going to interpret it through the perspectives they already have. People are only going to absorb facts when they’re communicated from a source that they respect, from a source who they perceive has respect for people like them.

And so whenever a liberal calls out Trump supporters as ignorant or fooled or misinformed, that does absolutely nothing to convey the facts that the liberal is trying to convey.

If, hypothetically, we see a Clinton victory on Tuesday, a lot of people have suggested that she should go out and have a listening tour. What would be her best strategy to reach out to people?

Cramer: The very best strategy would be for Donald Trump, if he were to lose the presidential election, to say, “We need to come together as a country, and we need to be nice to each other.”

That’s not going to happen.

As for the next best approach … well I’m trying to be mindful of what is realistic. It’s not a great strategy for someone from the outside to say, “Look, we really do care about you.” The level of resentment is so high.

People for months now have been told they’re absolutely right to be angry at the federal government, and they should absolutely not trust this woman, she’s a liar and a cheat, and heaven forbid if she becomes president of the United States. Our political leaders have to model for us what it’s like to disagree, but also to not lose basic faith in the system. Unless our national leaders do that, I don’t think we should expect people to.

Maybe it would be good to end on this idea of listening. There was thisrecent interview with Arlie Hochschild where someone asked her how we could empathize with Trump supporters. This was ridiculed by some liberals on Twitter. They were like, “Why should we try to have this deep, nuanced understanding of people who are chanting JEW-S-A at Trump rallies?” It was this really violent reaction, and it got me thinking about your book.

Cramer: One of the very sad aspects of resentment is that it breeds more of itself. Now you have liberals saying, “There is no justification for these points of view, and why would I ever show respect for these points of view by spending time and listening to them?”

Thank God I was as naive as I was when I started. If I knew then what I know now about the level of resentment people have toward urban, professional elite women, would I walk into a gas station at 5:30 in the morning and say, “Hi! I’m Kathy from the University of Madison”?

I’d be scared to death after this presidential campaign! But thankfully I wasn’t aware of these views. So what happened to me is that, within three minutes, people knew I was a professor at UW-Madison, and they gave me an earful about the many ways in which that riled them up — and then we kept talking.

And then I would go back for a second visit, a third visit, a fourth, fifth and sixth. And we liked each other. Even at the end of my first visit, they would say, “You know, you’re the first professor from Madison I’ve ever met, and you’re actually kind of normal.” And we’d laugh. We got to know each other as human beings.

That’s partly about listening, and that’s partly about spending time with people from a different walk of life, from a different perspective. There’s nothing like it. You can’t achieve it through online communication. You can’t achieve it through having good intentions. It’s the act of being with other people that establishes the sense we actually are all in this together.

As Pollyannaish as that sounds, I really do believe it.

Voir encore:

Hillary Clinton prévenue à l’avance de questions des débats lors des primaires démocrates

Hillary Clinton a reçu en avance des questions qui lui ont été posées lors de débats de la primaire démocrate, révèlent des emails publiés lundi par WikiLeaks, qui confirment des accusations lancées par Donald Trump.

De nouveaux emails publiés lundi par WikiLeaks embarrassent la campagne Clinton. Ils démontrent qu’Hillary Clinton avait reçu en avance des questions qui allaient lui être posés lors des débats de la primaire démocrate.

« Une des questions qui sera posée à HRC proviendra d’une femme qui a une éruption cutanée »

Un des emails rendus publics est particulièrement parlant : rédigé par l’actuelle présidente intérimaire du Parti démocrate, Donna Brazile, il est adressé à John Podesta, président de la campagne de Mme Clinton et Jennifer Palmieri, directrice de la communication de la candidate.

Le message est daté du 5 mars, veille d’un débat qui s’est déroulé dans la ville septentrionale de Flint, devenue symbole des injustices sociales aux Etats-Unis en raison de son réseau d’eau gravement contaminé au plomb. « Une des questions qui sera posée à HRC (Hillary Rodham Clinton, NDLR) proviendra d’une femme qui a une éruption cutanée », avertit Donna Brazile, qui officiait alors comme commentatrice sur la chaîne CNN.

« Sa famille a été empoisonnée au plomb et elle demandera ce qu’Hillary pourrait faire pour les gens de Flint si elle devient présidente », précise Donna Brazile. Au débat le lendemain, Hillary Clinton avait en effet été interrogée par une femme qui avait dénoncé les problèmes cutanés de sa famille, même si les termes de la question énoncée étaient sensiblement différents.

« De temps en temps j’obtiens les questions à l’avance »

Dans un message du 12 mars, veille d’un débat organisé par CNN, Donna Brazile promet à Jennifer Palmieri d’en « envoyer quelques-unes supplémentaires », en faisant très vraisemblablement référence à des questions de débat.

Enfin, dans un autre email récemment révélé, Donna Brazile avait écrit : « De temps en temps j’obtiens les questions à l’avance ». Dans ce même message, la stratège du Parti démocrate sous-entendait que Hillary Clinton se verrait poser une question sur la peine de mort.

Après ces révélations, CNN a affirmé lundi que Donna Brazile avait donné sa démission de la chaîne. « Merci CNN. Honorée d’avoir été une politologue et commentatrice démocrate sur votre chaîne », a tweeté lundi Donna Brazile.

Cela confirme des accusations lancées par Donald Trump

Depuis des semaines le candidat républicain à la présidentielle, Donald Trump, répète que sa rivale a été avantagée dans la campagne de la primaire démocrate face à son principal concurrent Bernie Sanders, notamment en bénéficiant à l’avance des questions des débats. Donald Trump n’a pas présenté de preuves à l’appui de ses affirmations mais les faits lui ont ici donné raison.

Les emails rendus publics par WikiLeaks ont été piratés sur le compte de John Podesta, par des hackers proches du pouvoir russe, selon les services de renseignement américains. Le Parti démocrate n’a pas confirmé ni infirmé leur authenticité.

Voir enfin:

Le racisme reste un non-dit dans la course à la présidentielle

Selon un sondage récent, Barack Obama pourrait perdre six points de pourcentage le jour de l’élection présidentielle du fait de sa couleur. Le prix du préjugé racial pour le candidat qui s’est pourtant toujours gardé d’apparaître comme le champion de la minorité noire.

L’Obs
06 octobre 2008

Cela relève du non-dit et peu d’Américains l’avoueront en votant le 4 novembre mais le racisme reste, lundi 6 octobre, un préjugé latent dans cette élection historique qui pourrait porter au pouvoir le premier président noir des Etats-Unis, Barack Obama.
Le candidat démocrate à la Maison Blanche s’est toujours présenté comme celui de tous les Américains. Il s’est gardé d’apparaître comme le champion de la minorité noire mais s’est affirmé fier de sa double identité, lui, né d’un père kényan et d’une mère blanche du Kansas.« Les racistes nieront »

« Le racisme est un thème que notre pays ne peut se permettre d’ignorer. C’est une impasse qui nous bloque depuis des années », avait lancé au printemps le sénateur de 47 ans.
Selon un sondage récent de l’université de Stanford, Barack Obama pourrait perdre six points de pourcentage le jour de l’élection présidentielle du fait de sa couleur. Le prix du préjugé racial.
« La race est un facteur pour ceux qui voteront pour ou contre Barack Obama », explique Gary Weaver, professeur à l’American University et directeur de l’Institut de gestion des relations interculturelles.
« Certains Blancs ne voteront jamais pour un Noir. Mais il est peu probable qu’ils l’admettront publiquement. Ils pourront le faire lors d’un sondage anonyme », explique-t-il à l’AFP.
« Les racistes nieront le plus souvent qu’ils sont influencés dans leur vote par la race car c’est inacceptable socialement. Mais, dans l’isoloir, ils voteront vraisemblablement contre Obama », poursuit Gary Weaver.

Pas un obstacle mais une question centrale

Les Américains appellent ce phénomène « l’effet Bradley », du nom d’un ancien maire noir de Los Angeles Tom Bradley, battu à l’élection de gouverneur de Californie alors que tous les sondages le donnaient gagnant.
« La race peut être un obstacle mais ce n’est pas une question primordiale pour beaucoup d’Américains. Elle reste néanmoins centrale pour quelques-uns, en particulier les ruraux blancs des Etats du sud », observe Paul Herrnson, professeur à l’université du Maryland (est).
« Beaucoup de racistes ne voteront tout simplement pas, le 4 novembre. Certains voteront pour McCain », le candidat républicain, estime Gary Weaver, universitaire blanc, marié à une Noire il y a 38 ans, quand des Etats interdisaient encore les unions mixtes.
« Plus de 90% des Noirs devraient voter Obama, ainsi qu’une majorité des Hispaniques et une proportion énorme des jeunes. Ces trois catégories d’électeurs devraient contrebalancer ceux qui ne voteront jamais pour un candidat noir », souligne-t-il.
« Très peu d’Américains admettent qu’ils sont racistes, si ce n’est quelques milliers de Néo-Nazis, ou de membres du Ku Klux Klan, qui ne sont plus que 1.000 à 2.000 dans le Sud. L’Américain moyen ne l’avouera jamais », assure Gary Weaver.

Pas de problèmes chez les jeunes

« Il y a une évolution parmi les jeunes, eux n’ont pas de problème à fréquenter ceux qui sont différents », se réjouit Bryan Monroe, rédacteur en chef adjoint d’Ebony, le plus ancien magazine noir américain.
« Le plus grand fossé se trouve entre les personnes âgées blanches et les jeunes. Si les jeunes votent, ils décideront de cette élection », renchérit M. Weaver.
« Ils ont grandi après la lutte pour les droits civiques, ont appris à l’école que l’Amérique était censée être multiculturelle, plurielle, égalitaire. Pour eux, Obama est le représentant de cette société-là », relève-t-il.
Les Noirs ne représentent plus que 13% de la population américaine (40 millions), derrière les Hispaniques (42 millions).
Concentrée dans les Etats du Nord industriel et au sud de la Virginie, la communauté noire urbaine vit le plus souvent séparée des Blancs, dans des quartiers ghettoïsés.
Les inégalités sociales sont frappantes. Dans les prisons, il y a six fois plus de Noirs que de Blancs. Un Noir sur 15 est un détenu.
Et si les préjugés racistes reculent, ils n’ont pas disparu. Ainsi, sur le campus d’une université de l’Oregon, une effigie de Barack Obama vient d’être retrouvée, pendue à un arbre. (avec AFP)


Présidentielle américaine: Les raisons de la colère (What if Michael Moore’s prediction turned out to be true ?)

9 octobre, 2016
trump1trump2
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bercoff
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises. Bourdieu
Il est tellement stupide. C’est un minable, un chien, un porc, un escroc, un artiste de merde, un roquet qui ne sait pas de quoi il parle, qui ne travaille pas ses sujets, qui se fiche de tout, qui pense qu’il joue avec les gens, qui ne paie pas ses impôts. C’est un abruti. Colin Powell l’a dit mieux que tout le monde : c’est un désastre national. Il est une honte pour ce pays. Cela me met tellement en colère que ce pays soit arrivé au point de mettre cet idiot, ce crétin, là où il est aujourd’hui. Il dit qu’il aimerait donner un coup de poing à des gens ? Eh bien, moi j’aimerais bien lui mettre un coup de poing dans la tronche. Est-ce que c’est le genre de personne que nous voulons comme président ? Je ne crois pas. Ce qui me préoccupe, c’est la direction que prend ce pays et je suis très très inquiet au sujet de la mauvaise direction dans laquelle nous pourrions aller avec quelqu’un comme Donald Trump. Si vous vous intéressez à votre futur, votez. Robert De Niro (2016)
Ce n’est pas un témoin de circonstance, explique un avocat du dossier. Monsieur De Niro n’est pas le quidam qui passe par hasard sur le lieu d’une infraction et à qui on demande de venir raconter ce qu’il a vu. Il est au coeur du dossier.» L’artiste est en effet l’un des clients présumés d’un réseau de prostitution qu’auraient mis sur pied le photographe de charme Jean-Pierre Bourgeois et une ex-mannequin suédoise, Anika Brumarck. La filière a été dénoncée par un informateur anonyme de la BRP en octobre 1996. Elle fonctionnait depuis 1994, comme l’établira rapidement l’information judiciaire, confiée au juge N’Guyen le 24 octobre 1996. Anika Brumarck gérait les opérations depuis son appartement du XVIe arrondissement parisien. Usant de sa profession de photographe, Bourgeois se serait occupé de recruter les jeunes filles, alléchées par des propositions de petits rôles au cinéma ou de modèle photo pour des campagnes publicitaires. «Il a un vrai don pour repérer des proies faciles», assure un enquêteur, qui évoque avec dégoût l’exploitation de ce «sous-prolétariat d’aspirantes à une carrière de figurantes». Catalogue. Etudiantes sans le sou, vendeuses de fast-food, filles de la Ddass se laissent attirer dans l’appartement de Bourgeois, pour une première séance de photos nues, au Polaroïd. Ces clichés sont la base du catalogue qui sera proposé aux «clients». Il comporte sept ou huit noms de prostituées professionnelles haut de gamme, et une quarantaine d’autres, non professionnelles. Ensuite, selon les témoignages de plusieurs filles, Bourgeois propose aux modèles de leur raser une partie du sexe, pour des raisons «esthétiques». Opération généralement suivi d’un rapport sexuel. A ce stade, certaines candidates se rebiffent. Quelques-unes portent plainte pour viol et tentative de viol. D’autres passent le cap, afin de préserver leurs chances de décrocher un contrat, sans savoir qu’elles vont se retrouver dans un réseau de prostitution. Et une partie de celles-ci, confrontées à la réalité de leur premier client, iront également se confier à la justice. Les accusations de violences sexuelles sont d’ailleurs si nombreuses dans ce dossier que le parquet de Paris a décidé de le couper en deux. Le juge N’Guyen instruit donc en parallèle le proxénétisme aggravé et les viols et tentatives liées au réseau, pour lequel il dispose d’une multitude de plaintes de gamines, à l’encontre des instigateurs comme de certains clients. Bourgeois se serait essentiellement occupé de la clientèle moyen-orientale, grâce notamment à ses relations avec Nazihabdulatif Al-Ladki, secrétaire du neveu du roi d’Arabie Saoudite. Bourgeois, Brumarck et Al-Ladki sont actuellement incarcérés à Fleury-Mérogis. La partie américaine aurait été l’affaire du Polonais Wojtek Fibak, ex-tennisman de renom et ex-entraîneur de Lendl et de Leconte. C’est notamment lui qui aurait présenté Bourgeois à De Niro et qui aurait assuré le développement de la clientèle américaine, tout en recrutant de son côté quelques candidates. Pas toutes consentantes, apparemment, puisque Fibak fait lui aussi l’objet d’une mise en examen pour «agression sexuelle et tentative de viol». La déposition de De Niro était nécessaire afin d’établir les faits de proxénétisme. Car l’artiste reconnaît avoir eu des relations sexuelles avec au moins deux jeunes femmes qui lui auraient été présentées par Bourgeois. «Dans ce cas très précis, explique un avocat de la partie civile, c’est le client qui induit le proxénétisme.» Habituellement, le client s’adresse à une fille, la paie et s’en va. Aux policiers de démontrer que le souteneur présumé reçoit une partie des sommes et qu’il vit aux crochets de la belle. «Là, c’est l’inverse, poursuit l’avocat. Le client est d’abord au contact de l’intermédiaire. Le proxénétisme est établi d’emblée. Et le juge était sans doute très intéressé par le carnet d’adresses et les agendas de l’artiste, qui auraient pu révéler d’autres contacts. Libération (1998)
Critics have claimed that corner-clearing and other forms of so-called broken-windows policing are invidiously intended to “control African-American and poor communities,” in the words of Columbia law professor Bernard Harcourt. This critique of public-order enforcement ignores a fundamental truth: It’s the people who live in high-crime areas who petition for “corner-clearing.” The police are simply obeying their will. And when the police back off of such order-maintenance strategies under the accusation of racism, it is the law-abiding poor who pay the price. (…) A 54-year-old grandmother (…) understands something that eludes the activists and academics: Out of street disorder grows more serious crime. (…) After the Freddie Gray riots in April 2016, the Baltimore police virtually stopped enforcing drug laws and other low-level offenses. Shootings spiked, along with loitering and other street disorder. (…) This observed support for public-order enforcement is backed up by polling data. In a Quinnipiac poll from 2015, slightly more black than white voters in New York City said they want the police to “actively issue summonses or make arrests” in their neighborhood for quality-of-life offenses: 61 percent of black voters wanted such summons and arrests, with 33 percent opposed, versus 59 percent of white voters in support, with 37 percent opposed. The wider public is clueless about the social breakdown in high-crime areas and its effect on street life. The drive-by shootings, the open-air drug-dealing, and the volatility and brutality of those large groups of uncontrolled kids are largely unknown outside of inner-city areas. Ideally, informal social controls, above all the family, preserve public order. But when the family disintegrates, the police are the second-best solution for protecting the law-abiding. (That family disintegration now frequently takes the form of the chaos that social scientists refer to as “multi-partner fertility,” in which females have children by several different males and males have children by several different females, dashing hopes for any straightforward reuniting of biological mothers and fathers.) This year in Chicago alone, through August 30, 12 people have been shot a day, for a tally of 2,870 shooting victims, 490 of them killed. (By contrast, the police shot 17 people through August 30, or 0.6 percent of the total.) The reason for this mayhem is that cops have backed off of public-order enforcement. Pedestrian stops are down 90 percent. (…) “Police legitimacy” is a hot topic among academic critics of the police these days. Those critics have never answered the question: What should the police do when their constituents beg them to maintain order? Should the cops ignore them? There would be no surer way to lose legitimacy in the eyes of the people who need them most. Heather Mac Donald
A Chicago police officer who was savagely beaten at a car accident scene this week did not draw her gun on her attacker — even though she feared for her life — because she was afraid of the media attention that would come if she shot him, the city’s police chief said Thursday. Chicago Police Department Superintendent Eddie Johnson said the officer, a 17-year veteran of the force, knew she should shoot the attacker but hesitated because “she didn’t want her family or the department to go through the scrutiny the next day on the national news,” the Chicago Tribune reported. Johnson’s remarks, which came at an awards ceremony for police and firefighters, underscore a point law enforcement officers and some political leaders have pressed repeatedly as crime has risen in Chicago and other major cities: that police are reluctant to use force or act aggressively because they worry about negative media attention that will follow. The issue has become known as the Ferguson effect, named after the St. Louis suburb where a police officer shot and killed an unarmed black teenager in August 2014. The shooting set off protests and riots that summer and eventually gave way to a fevered national debate over race and policing. Many law enforcement officers have said that the intense focus on policing in the time since has put them on the defensive and hindered their work. Criminologists are generally skeptical of the Ferguson effect, many arguing that there simply isn’t enough evidence to definitively link spikes in crime to police acting with increased restraint. President Obama and Attorney General Loretta E. Lynch have also said not enough data exists to draw a clear connection. In Chicago, which has experienced record numbers of homicides this year, Mayor Rahm Emanuel has blamed the surge in violent crime on officers balking during confrontations, saying they have become “fetal” because they don’t want to be prosecuted or fired for their actions. The Washington Post
Deux voitures de police chargées de surveiller une caméra de vidéosurveillance victime de plusieurs attaques à la voiture-bélier ces dernières semaines, ont été prises à partie par de nombreux assaillants, armés de cocktails Molotov ce samedi à Viry-Châtillon (Essonne). L’attaque s’est déroulée dans la difficile cité de la Grande Borne, à cheval entre Grigny et Viry-Châtillon. Deux policiers ont été grièvement brûlés et transportés en urgence à l’hôpital. Le Parisien
D’après Guilluy, cette France périphérique, qui regroupe les anciens prolos et la classe moyenne plus ou moins déclassée ou en voie de l’être, représente 60 % de la population. Et la nouveauté de l’époque, dit-il, c’est que l’économie mondialisée, celle qui est concentrée dans les grandes métropoles, fonctionne parfaitement sans elle. Le signifiant France est en quelque sorte le dernier fil qui la relie à l’Histoire. Tenue à l’écart des grands mouvements économiques, dénoncée comme une entrave à la glorieuse marche du Progrès, menacée de devenir culturellement minoritaire, elle voit de surcroît ceux qui la gouvernent s’attacher à détruire ce à quoi elle tient. Alors elle pense, comme Zemmour, que son identité est menacée de disparition et se bat, dos au mur, pour la défendre. Elisabeth Lévy
 This was locker room banter, a private conversation that took place many years ago. Bill Clinton has said far worse to me on the golf course—not even close. I apologise if anyone was offended. Donald Trump
Obviously I’m embarrassed and ashamed. It’s no excuse, but this happened 11 years ago — I was younger, less mature, and acted foolishly in playing along. Billy Bush
I think what we’ve been hearing last Friday night is actually pretty predictable. The Clinton campaign had to change the conversation because she had a lot of really bad news this week. And so this 11-year-old bad boy locker room talk, this is how she wanted to do it. She’s trying to tell the media what she wants them to focus on; the questions she wants Anderson Cooper and the people in the room to ask her on Sunday night. Michelle Bachmann
The sanctimony from many on the left this weekend over Trump’s disgusting comments would be more credible if there had been any such condemnation of Bill Clinton during Gennifer-gate, Paula-gate, Monica-gate, or I-am-sure-there-were-others-gate. We have enjoyed a nearly two-decade marathon of disgust and horror from the Left, from their major pundits in media, from the top elected officials, from the Democratic brass, and from the rank-and-file Democrats who vote and work and live in this country — not disgust and horror at the acts of a serial adulterer or intern-violator — heavens no! Rather, shock and horror at the “sex-obsessed Ken Starr,” as Clinton aide, Paul Begala, so deliciously put it. The sexual obsession was with the man investigating the perjury about the sex, not the man having all of the sex. And why the crazy gymnastics to defend a serial sexual-harasser disbarred for his iniquities? Well, because he was a center-left liberal Democrat, of course. Ergo, “His personal life has nothing to do with anything.” Has the response from these exact same people (not same type of people, but I mean actual same people) been similar with the Trumpian personal conduct? Not quite. Reading their Twitter feeds has felt like my own personal devotion. If I didn’t know better I would guess that overnight every one of these people converted to a strict form of Christianity — and then took a vow of celibacy the next day. The horror at what Trump said and did is not really the issue, as much as the strain on believability their posture now creates. Cigars and interns should be enough to generate a little moral outrage for those who now find Trump’s behavior so lewd and appalling. Daniel L. Bahnsen
Un très vieil enregistrement de Donald Trump d’il y a 10 ans, alors qu’il était invité à participer à une émission de variétés et qu’il ne savait pas que son micro était allumé, vient « miraculeusement » de faire surface, où il parle de ses prouesses avec les femmes dans les termes qu’on utilise dans les salles de garde. Les médias se sont jetés sur cet enregistrement pour assassiner Trump et c’est logique : ils font tout pour que Donald Trump ne soit pas élu. Des politiciens ont déclaré que ces mots disqualifient Donald Trump pour la Maison-Blanche, oubliant que Bill Clinton a été à ce poste tout en se rendant coupable non pas de mots, mais d’agissements sexuels répréhensibles. Donald Trump vient de présenter des excuses publiques pour les propos qu’il a tenus il y a 10 ans. Elles ne seront pas publiées. Les médias feront comme si elles n’existent pas  (…) Oui, les médias se sont jetés sur les propos déplacés de Donald Trump et ont étouffé les propos scandaleux de Clinton. Quelle est la valeur de leurs leçons de morale, quand ils restent silencieux concernant la débauche de Bill Clinton — et je ne parle pas ici de Monica Lewinsky ? (…)  Vous avez tous connaissance maintenant — ou vous allez bientôt l’apprendre — de l’existence de cet enregistrement où Donald Trump dit, entre autres, « Je suis automatiquement attiré par les belles femmes, c’est comme un aimant… quand vous êtes une star, elles vous laissent faire… vous pouvez tout leur faire. » Mais avez-vous jamais entendu ces mêmes médias rapporter que Bill Clinton a violé Juanita Broaddrick non pas une, mais deux fois, en 1978 alors qu’il était procureur général de l’Arkansas ? Et qu’il l’a harcelée pendant encore 6 mois pour tenter de la rencontrer de nouveau ? Avez-vous entendu parler de Paula Jones, ex-fonctionnaire de l’Arkansas, qui a poursuivi Bill Clinton en justice pour harcèlement sexuel, qui a donné lieu à une compensation de 850 000 dollars, et provoqué la destitution de Clinton la Chambre des représentants, bien avant son impeachment de la présidence dans l’affaire Lewinsky ? Kathleen Willey ? Les médias parlent-ils de Kathleen Willey, cette assistante-bénévole à la Maison-Blanche qui a révélé avoir été sexuellement abusée par le Président Bill Clinton le 29 novembre 1993, durant son premier terme, soit deux ans avant sa relation sexuelle avec Monica Lewinsky ? Eileen Wellstone, violée par Clinton après une rencontre dans un pub d’Oxford University en 1969, Carolyn Moffet, secrétaire juridique à Little Rock en 1979, qui a réussi à fuir de la chambre d’hôtel où le gouverneur Clinton l’avait attirée pour lui demander des faveurs sexuelles, Elizabeth Ward Gracen, Miss Arkansas en 1982, qui a accusé Clinton de la forcer à avoir des rapports sexuels avec elle juste après la compétition pour Miss Arkansas, Becky Brown, la nounou de Chelsea, la fille des Clinton, qu’il a tenté d’attirer dans une chambre pour avoir des relations sexuelles avec elle, Helen Dowdy, la femme d’un cousin d’Hillary, qui a accusé Bill Clinton, en 1986, d’attouchements sexuels  lors d’un mariage. Cristy Zercher, hôtesse de l’air lors de la campagne de Clinton de 1991-1992, qui a déclaré à Star magazine avoir été victime des attouchements sexuels de Clinton pendant 40 minutes dans le jet de la campagne sans pouvoir se défendre… Ont-ils rué dans les brancards ? Non. Vous ont-ils informé ? Pas plus. Ont-ils dénoncé le comportement de Hillary Clinton en ses occasions ? Encore moins. Pourquoi ? Parce que les journalistes permettent qu’un homme de leur camp viole des femmes, les agresse sexuellement, forcent une stagiaire à faire des pipes au président dans le bureau ovale, mais ils sont scandalisés qu’un homme de droite prononce des mots sexuellement déplacés. Jean-Patrick Grumberg
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama
Part of the reason that our politics seems so tough right now, and facts and science and argument does not seem to be winning the day all the time, is because we’re hard-wired not to always think clearly when we’re scared. Barack Hussein Obama
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Je suis désolé d’être le porteur de mauvaises nouvelles, mais je crois avoir été assez clair l’été dernier lorsque j’ai affirmé que Donald Trump serait le candidat républicain à la présidence des États-Unis. Cette fois, j’ai des nouvelles encore pires à vous annoncer: Donald J. Trump va remporter l’élection du mois de novembre. Ce clown à temps partiel et sociopathe à temps plein va devenir notre prochain président. (…) Jamais de toute ma vie n’ai-je autant voulu me tromper. (…) Voici 5 raisons pour lesquelles Trump va gagner : 1. Le poids électoral du Midwest, ou le Brexit de la Ceinture de rouille 2. Le dernier tour de piste des Hommes blancs en colère 3. Hillary est un problème en elle-même 4. Les partisans désabusés de Bernie Sanders 5. L’effet Jesse Ventura. Michael Moore
Michael Moore se fait l’avocat du diable, il endosse également un costume prophétique, au sens propre mais sécularisé, puisqu’il met en garde son peuple et l’appelle à se repentir et marcher à nouveau dans le droit chemin. On répète depuis un an que Trump n’a aucune chance: il ne va pas durer, sa candidature va faire long feu, il ne va pas passer le Super Tuesday, il ne va pas rester en tête, il va y avoir une convention contestée et il n’aura pas l’investiture. On voit l’acuité de ces prédictions aujourd’hui. Cette stratégie de la peur a pour fonction de mobiliser contre Trump, mais on voit bien que Clinton n’existe que pour faire barrage. Moore utilise donc une autre tactique: il présente la victoire de Trump non plus comme fortement improbable car irrationnelle mais au contraire comme une quasi-certitude. Le titre anglais de son texte est «Why Trump will win», pourquoi il va gagner. On ne se demande plus s’il va gagner, il s’agit désormais d’en expliquer les raisons. Ce fait accompli a pour fonction de surprendre, d’attirer l’attention du lecteur-cliqueur, en lui faisant peur. Cette stratégie de la peur a pour fonction de mobiliser contre Trump, d’abord, et indirectement en faveur d’Hillary Clinton, mais on voit bien que Clinton n’existe que pour faire barrage à Trump. (…) La victoire du Brexit, qui a surpris bien des analystes, renforce le message de Moore: c’est arrivé là-bas, ça peut arriver ici – ça va arriver ici, sauf si vous m’écoutez… (…) attirer l’attention sur les Etats de la Rust Belt est pertinent. Ce sont des Etats que l’on a laissés pour morts, économiquement et politiquement, à partir des années 1980. Ils étaient en perte de vitesse et on n’avait d’yeux que pour la Sun Belt. Certes la Floride a été décisive en 2000 mais en 2012, la victoire d’Obama a été proclamée avant même que l’on connaisse le résultat en Floride. En 2004, la victoire de Bush s’est décidée dans l’Ohio, qui passe pour l’Etat clé par excellence. Son calcul est un peu simpliste: il a manqué 64 grands électeurs à Mitt Romney et les quatre Etats de la Rust Belt qu’il mentionne (Michigan, Wisconsin, Ohio et Pennsylvanie) totalisent justement 64 grands électeurs. (…) il faut envisager l’élection au niveau local, pas national. Et les enjeux régionaux de la Rust Belt reviennent sur le devant de la scène. Reste à voir s’ils seront déterminants d’ici novembre et s’ils suffiront à dépasser les autres questions. (…) La longévité de Trump dans cette élection en dit long sur le niveau d’exaspération des électeurs américains envers leur classe politique. Trump est le symptôme plutôt que le mal: il montre à quel point le rejet est fort, notamment côté républicain. Cette longévité de Trump me semble d’abord et avant tout traduire l’exaspération d’une partie de l’électorat avec «Washington», le jusqu’au-boutisme, l’inefficacité, le carriérisme coupé des intérêts des électeurs, la suspicion que les élus travaillent davantage pour les lobbies que pour les électeurs. Ils saluent plus la transgression symbolique d’un ordre moral qu’ils récusent que la clownerie en tant que telle. Les électeurs utilisent Trump comme vecteur d’une revanche symbolique sur le politiquement correct. Trump n’est pas tant perçu par ses partisans comme un clown que comme un rebelle: celui qui va mettre un coup de pied dans la fourmilière, celui qui va s’affranchir du politiquement correct qui, selon eux, a installé une chape de plomb discursive notamment sur les «non minorités» (où l’on retrouve les hommes blancs hétérosexuels). Ils saluent plus la transgression symbolique d’un ordre moral qu’ils récusent (mis en place par les composantes de la coalition démocrate) que la clownerie en tant que telle. Evidemment il y a un côté «poli-tainment», «show business» dans lequel Trump excelle: il fait de la campagne une sorte de gigantesque série de télé réalité. Mais ils utilisent Trump surtout comme vecteur d’une forme de revanche symbolique sur le politiquement correct. (…) la clé de l’élection sera la mobilisation des électeurs en nombre. Les proportions de tel ou tel groupe que nous donnent les sondages sont une indication assez trompeuse. Il ne s’agit pas de savoir si tel ou tel candidat emporte tel groupe – y est majoritaire – mais combien d’électeurs il ou elle arrive à déplacer le jour J. Moore a raison de rappeler que c’est surtout dans l’électorat démocrate qu’on trouve les électeurs les plus vulnérables, ceux qui ont le plus de difficultés logistiques à voter, ceux à qui les Etats tenus par les Républicains imposent la présentation de pièces d’identité qu’ils n’ont pas forcément et qui, du coup, les découragent. De ce fait, beaucoup d’électeurs démocrates potentiels (noirs et hispaniques) font défaut, ce qui peut faire basculer un Etat-clé. Ces derniers jours, un certain nombre de lois dans ce sens ont été invalidées car exagérément restrictives, ou carrément racistes dans leur logique. C’est un des enjeux de la campagne. Mais il y en a d’autres: en amont il faut aller voir les gens, faire du porte à porte et les persuader de voter alors qu’ils n’en ont pas forcément l’habitude. (….) Autre enjeu, ceux qui n’ont pas de difficulté logistique pour voter, qui n’ont pas deux emplois dans la journée et qui ne sont pas des minorités: les jeunes blancs. Il y a deux profils: les jeunes votent peu dans l’ensemble, ce sont donc des voix perdues pour les démocrates. Et il y a les jeunes pro-Sanders, qui étaient très hostiles à Clinton. Lauric Henneton (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)
Il est vrai qu’il existe actuellement, dans chaque parti, un schisme entre les défenseurs de l’«establishment» et un courant populiste. La principale différence, c’est que chez les républicains, ce sont les populistes qui ont gagné, alors que les démocrates ont fini par adouber un candidat de l’ «establishment». Cette situation est pour le moins paradoxal, étant donné que ce sont les démocrates qui se considèrent traditionnellement comme le parti des petits gens, de l’Américain moyen. (…) Femmes, Afro-Américains, Hispaniques, diplômés – voilà les groupes qui soutiennent Clinton, souvent massivement (autour de 76% des Hispaniques, par exemple). Trump, par contre, est essentiellement le candidat d’un électorat blanc, populaire et masculin. On parle beaucoup aux États-Unis du déclin de cette population longtemps dominant. Mais pour le moment, l’électorat populaire blanc demeure assez important, représentant, par exemple, 44% de ceux qui ont voté en 2012. La question est de savoir si une coalition hétéroclite et multiculturelle qui annonce l’avenir se révélera plus puissante que le ressentiment blanc qui s’exprime à travers Trump. (…) Il s’agit d’un effet «apprenti sorcier»: depuis des décennies, au moins depuis Nixon, la stratégie électorale républicaine consiste à attiser les craintes et les rancœurs d’un électorat blanc et populaire, insistant en particulier sur les questions culturelles sur lesquelles ils divergent avec la gauche: la religion, l’avortement, le droit de s’armer, le patriotisme. Cette population s’estime souvent menacée par l’immigration et la discrimination positive en faveur des minorités. Mais les républicains ont toujours su récolter les voix de cet électorat tout en défendant une politique économique libérale favorisée par le monde des affaires et de la finance, axé sur le libre-échange ainsi que la réduction de la fiscalité et des dépenses sociales. Au point que certains se demandent si l’électorat populaire républicain a vraiment profité des politiques économiques qu’il a rendues possibles. Trump représente, si vous voulez, l’émancipation de cet électorat populaire républicain vis-à-vis d’un «establishment» plus libéral (au sens européen) que proprement conservateur. Si Trump a compris au moins une chose, c’est qu’il y avait une demande pour un candidat aux valeurs conservatrices (même si Trump ne satisfait lui-même cette critère que grâce à une hypocrisie plus ou moins tolérée), mais dont la politique économique serait «souverainiste» et nationaliste. L’«establishment» républicain ne maitrise ainsi plus les angoisses d’un électorat qu’il a longtemps cherché à encourager. Le ton agressif et provocateur du discours du Trump ne sort pas non plus de nulle part: il prend le relais des contestataires du Tea Party, des républicains au Congrès qui ont mené une obstruction systématique contre la politique du Président Obama, etc. (…) Trump et Sanders se sont fait chacun le champion des Américains qui pâtissent de la mondialisation et des politiques économiques libre-échangistes poursuivies depuis des années. Mais la ressemblance s’arrête là. En fait, il est difficile d’imaginer deux lignes politiques plus éloignées l’un de l’autre. Trump est l’incarnation de la corruption de la vie politique par les grandes fortunes contre lequel Sanders et ses supporteurs s’insurgent. Si Sanders dénonce, comme Trump, des traités de libre-échange comme étant peu favorables aux ouvriers, il demande pourtant la régularisation des «sans papiers» (moyennant une réforme du système actuel d’immigration), alors que le discours de Trump est franchement xénophobe: déportation des «sans papiers», interdiction provisoire des Musulmans du territoire national, construction d’un mur le long de la frontière mexicaine. On est donc bien loin d’un véritable rapprochement idéologique. (…) Ces mouvements, me semblent-ils, reposent sur deux craintes: une angoisse vis-à-vis de la mondialisation, et des doutes sur l’état de santé de la démocratie. Ses craintes sont souvent liées, la mondialisation et la montée des inégalités étant suspects de mettre à mal la démocratie. Ce qu’on appelle le «déficit démocratique» dans l’Union européenne est devenu un souci plus général. Toutefois il y a des points de discordes majeures à l’intérieur de ces mouvements «anti-systèmes», comme on le voit entre Trump et Sanders, dans les débats autour du Brexit, ou dans les antilibéraux de droite et de gauche en France. Certains, comme Trump et certains partisans du Brexit, rejettent la mondialisation en prônant un repli national, au point d’assumer une certaine xénophobie comme une conséquence logique du protectionnisme. D’autres, comme Sanders ou même Nuit Debout, veulent limiter le libre-échange et le flux des capitaux tout en favorisant les flux migratoires, du moins par la régularisation des «sans-papiers». Pour le moment, c’est plutôt les premiers qui semblent avoir le vent en poupe. (…) Contrairement à ce qu’on a pu penser il y a encore quelques mois, oui, il est tout à fait possible que Trump remporte le scrutin du 8 novembre. Mais la campagne fortement clivante qu’il mène, ainsi que l’histoire électorale récente suggèrent que pour Trump, la voie menant vers la Maison-Blanche reste très étroite. Ces propos qui plaisent à un électoral blanc populaire lui font perdre des voix chez les diplômés. D’autre part, dans les élections américaines, il faut remporter des Etats: pour le moment, Trump n’a jamais eu de solides longueurs d’avances dans les «swing states» (état balançoires) tels que la Floride, l’Ohio, ou la Pennsylvanie, qu’il lui faudra gagner impérativement pour faire mieux que Mitt Romney en 2012. Candidat improviste, Trump n’a pas, comme son rival, sollicité des fonds de la campagne de façon méthodique, et a donc un déficit financier important vis-à-vis des démocrates. Bien sûr, très peu de gens ont cru que Trump arriverait à ce point. Mais pour être élu président, il lui faudra continuer à surmonter les obstacles considérables qui se profilent devant lui. Michael C. Behrent (Appalachian State University, Caroline du Nord)
Experts et commentateurs se sont, dans leur grande majorité, mis le doigt dans l’œil parce qu’ils pensent à l’intérieur du système. À Paris comme à Washington, on reste persuadé qu’un «outsider» n’a aucune chance face aux appareils des partis, des lobbies et des machines électorales. Que ce soit dans notre monarchie républicaine ou dans leur hiérarchie de Grands Électeurs, si l’on n’est pas un familier du sérail, on n’existe pas. Tout le dédain et la condescendance envers Trump, qui n’était jusqu’ici connu que par ses gratte-ciel et son émission de téléréalité, pouvaient donc s’afficher envers cette grosse brute qui ne sait pas rester à sa place. On connaît la suite. (…) Trump est l’un des premiers à avoir compris et utilisé la désintermédiation. Ce n’est pas vraiment l’ubérisation de la politique, mais ça y ressemble quelque peu. Quand je l’ai interrogé sur le mouvement qu’il suscitait dans la population américaine, il m’a répondu: Twitter, Facebook et Instagram. Avec ses 15 millions d’abonnés, il dispose d’une force de frappe avec laquelle il dialogue sans aucun intermédiaire. Il y a trente ans, il écrivait qu’aucun politique ne pouvait se passer d’un quotidien comme le New York Times. Aujourd’hui, il affirme que les réseaux sociaux sont beaucoup plus efficaces – et beaucoup moins onéreux – que la possession de ce journal. (…) Là-bas comme ici, l’avenir n’est plus ce qu’il était, la classe moyenne se désosse, la précarité est toujours prégnante, les attentats terroristes ne sont plus, depuis un certain 11 septembre, des images lointaines vues sur petit ou grand écran. (…) Et la fureur s’explique par le décalage entre la ritournelle de «Nous sommes la plus grande puissance et le plus beau pays du monde» et le «Je n’arrive pas à finir le mois et payer les études de mes enfants et l’assurance médicale de mes parents». Sans parler de l’écart toujours plus abyssal entre riches et modestes. (…) Il existe, depuis quelques années, un étonnant rapprochement entre les problématiques européennes et américaines. Qui aurait pu penser, dans ce pays d’accueil traditionnel, que l’immigration provoquerait une telle hostilité chez certains, qui peut permettre à Trump de percer dans les sondages en proclamant sa volonté de construire un grand mur? Il y a certes des points communs avec Marine Le Pen, y compris dans la nécessité de relocaliser, de rebâtir des frontières et de proclamer la grandeur de son pays. Mais évidemment, Trump a d’autres moyens que la présidente du Front National… De plus, répétons-le, c’est d’abord un pragmatique et un négociateur. Je ne crois pas que ce soit les qualités les plus apparentes de Marine Le Pen… (…) Son programme économique le situe beaucoup plus à gauche que les caciques Républicains et les néo-conservateurs proches d’Hillary Clinton qui le haïssent, parce que lui croit, dans certains domaines, à l’intervention de l’État et aux limites nécessaires du laisser-faire, laisser-aller. (…) Il ne ménage personne et peut aller beaucoup plus loin que Marine Le Pen, tout simplement parce qu’il n’a jamais eu à régler le problème du père fondateur et encore moins à porter le fardeau d’une étiquette tout de même controversée. Sa marque à lui, ce n’est pas la politique, mais le bâtiment et la réussite. Ça change pas mal de choses. (…) il trouve insupportable que des villes comme Paris et Bruxelles, qu’il adore et a visitées maintes fois, deviennent des camps retranchés où l’on n’est même pas capable de répliquer à un massacre comme celui du Bataclan. On peut être vent debout contre le port d’arme, mais, dit-il, s’il y avait eu des vigiles armés boulevard Voltaire, il n’y aurait pas eu autant de victimes. Pour lui, un pays qui ne sait pas se défendre est un pays en danger de mort. (…) Il s’entendra assez bien avec Poutine pour le partage des zones d’influence, et même pour une collaboration active contre Daesh et autres menaces, mais, comme il le répète sur tous les tons, l’Amérique de Trump ne défendra que les pays qui paieront pour leur protection. Ça fait un peu Al Capone, mais ça a le mérite de la clarté. Si l’Europe n’a pas les moyens de protéger son identité, son mode de vie, ses valeurs et sa culture, alors, personne ne le fera à sa place. En résumé, pour Trump, la politique est une chose trop grave pour la laisser aux politiciens professionnels, et la liberté un état trop fragile pour la confier aux pacifistes de tout poil. André Bercoff
La grande difficulté, avec Donald Trump, c’est qu’on est à la fois face à une caricature et face à un phénomène bien plus complexe. Une caricature d’abord, car tout chez lui, semble magnifié. L’appétit de pouvoir, l’ego, la grossièreté des manières, les obsessions, les tweets épidermiques, l’étalage voyant de son succès sur toutes les tours qu’il a construites et qui portent son nom. Donald Trump joue en réalité à merveille de son côté caricatural, il simplifie les choses, provoque, indigne, et cela marche parce que notre monde du 21e siècle se gargarise de ces simplifications outrancières, à l’heure de l’information immédiate et fragmentée. La machine médiatique est comme un ventre qui a toujours besoin de nouveaux scandales et Donald, le commercial, le sait mieux que personne, parce qu’il a créé et animé une émission de téléréalité pendant des années. Il sait que la politique américaine actuelle est un grand cirque, où celui qui crie le plus fort a souvent raison parce que c’est lui qui «fait le buzz». En même temps, ne voir que la caricature qu’il projette serait rater le phénomène Trump et l’histoire stupéfiante de son succès électoral. Derrière l’image télévisuelle simplificatrice, se cache un homme intelligent, rusé et avisé, qui a géré un empire de milliards de dollars et employé des dizaines de milliers de personnes. Ce n’est pas rien! Selon plusieurs proches du milliardaire que j’ai interrogés, Trump réfléchit de plus à une candidature présidentielle depuis des années, et il a su capter, au-delà de l’air du temps, la colère profonde qui traversait l’Amérique, puis l’exprimer et la chevaucher. Grâce à ses instincts politiques exceptionnels, il a vu ce que personne d’autre – à part peut-être le démocrate Bernie Sanders – n’avait su voir: le gigantesque ras le bol d’un pays en quête de protection contre les effets déstabilisants de la globalisation, de l’immigration massive et du terrorisme islamique; sa peur du déclin aussi. En ce sens, Donald Trump s’est dressé contre le modèle dominant plébiscité par les élites et a changé la nature du débat de la présidentielle. Il a remis à l’ordre du jour l’idée de protection du pays, en prétendant au rôle de shérif aux larges épaules face aux dangers d’un monde instable et dangereux. Cela révèle au minimum une personnalité sacrément indépendante, un côté indomptable qui explique sans doute l’admiration de ses partisans…Ils ont l’impression que cet homme explosif ne se laissera impressionner par rien ni personne. Beaucoup des gens qui le connaissent affirment d’ailleurs que Donald Trump a plusieurs visages: le personnage public, flashy, égotiste, excessif, qui ne veut jamais avouer ses faiblesses parce qu’il doit «vendre» sa marchandise, perpétuer le mythe, et un personnage privé plus nuancé, plus modéré et plus pragmatique, qui sait écouter les autres et ne choisit pas toujours l’option la plus extrême…Toute la difficulté et tout le mystère, pour l’observateur est de s’y retrouver entre ces différents Trump. C’est loin d’être facile, surtout dans le contexte de quasi hystérie qui règne dans l’élite médiatique et politique américaine, tout entière liguée contre lui. Il est parfois très difficile de discerner ce qui relève de l’analyse pertinente ou de la posture de combat anti-Trump. (…) à de rares exceptions près, les commentateurs n’ont pas vu venir le phénomène Trump, parce qu’il était «en dehors des clous», impensable selon leurs propres «grilles de lecture». Trop scandaleux et trop extrême, pensaient-ils. Il a fait exploser tant de codes en attaquant ses adversaires au dessous de la ceinture et s’emparant de sujets largement tabous, qu’ils ont cru que «le grossier personnage» ne durerait pas! Ils se sont dit que quelqu’un qui se contredisait autant ou disait autant de contre vérités, finirait par en subir les conséquences. Bref, ils ont vu en lui soit un clown soit un fasciste – sans réaliser que toutes les inexactitudes ou dérapages de Trump lui seraient pardonnés comme autant de péchés véniels, parce qu’il ose dire haut et fort ce que son électorat considère comme une vérité fondamentale: à savoir que l’Amérique doit faire respecter ses frontières parce qu’un pays sans frontières n’est plus un pays. Plus profondément, je pense que les élites des deux côtes ont raté le phénomène Trump (et le phénomène Sanders), parce qu’elles sont de plus en plus coupées du peuple et de ses préoccupations, qu’elles vivent entre elles, se cooptent entre elles, s’enrichissent entre elles, et défendent une version «du progrès» très post-moderne, détachée des préoccupations de nombreux Américains. Soyons clairs, si Trump est à bien des égards exaspérant et inquiétant, il y a néanmoins quelque chose de pourri et d’endogame dans le royaume de Washington. Le peuple se sent hors jeu. (…) Ce statut de milliardaire du peuple est crédible parce qu’il ne s’est jamais senti membre de l’élite bien née, dont il aime se moquer en la taxant «d’élite du sperme chanceux». Cette dernière ne l’a d’ailleurs jamais vraiment accepté, lui le parvenu de Queens, venu de la banlieue, qui aime tout ce qui brille. Il ne faut pas oublier en revanche que Donald a grandi sur les chantiers de construction, où il accompagnait son père déjà tout petit, ce qui l’a mis au contact des classes populaires. Il parle exactement comme eux! Quand je me promenais à travers l’Amérique à la rencontre de ses électeurs, c’est toujours ce dont ils s’étonnaient. Ils disaient: «Donald parle comme nous, pense comme nous, est comme nous». Le fait qu’il soit riche, n’est pas un obstacle parce qu’on est en Amérique, pas en France. Les Américains aiment la richesse et le succès. (…) L’un des atouts de Trump, pour ses partisans, c’est qu’il est politiquement incorrect dans un pays qui l’est devenu à l’excès. Sur l’islam radical (qu’Obama ne voulait même pas nommer comme une menace!), sur les maux de l’immigration illégale et maints autres sujets. Ses fans se disent notamment exaspérés par le tour pris par certains débats, comme celui sur les toilettes «neutres» que l’administration actuelle veut établir au nom du droit des «personnes au genre fluide» à «ne pas être offensés». Ils apprécient que Donald veuille rétablir l’expression de Joyeux Noël, de plus en plus bannie au profit de l’expression Joyeuses fêtes, au motif qu’il ne faut pas risquer de blesser certaines minorités religieuses non chrétiennes…Ils se demandent pourquoi les salles de classe des universités, lieu où la liberté d’expression est supposée sacro-sainte, sont désormais surveillées par une «police de la pensée» étudiante orwellienne, prête à demander des comptes aux professeurs chaque fois qu’un élève s’estime «offensé» dans son identité…Les fans de Trump sont exaspérés d’avoir vu le nom du club de football américain «Red Skins» soudainement banni du vocabulaire de plusieurs journaux, dont le Washington Post, (et remplacé par le mot R…avec trois points de suspension), au motif que certaines tribus indiennes jugeaient l’appellation raciste et insultante. (Le débat, qui avait mobilisé le Congrès, et l’administration Obama, a finalement été enterré après de longs mois, quand une enquête a révélé que l’écrasante majorité des tribus indiennes aimait finalement ce nom…). Dans ce contexte, Trump a été jugé«rafraîchissant» par ses soutiens, presque libérateur. (…) Pour moi, le phénomène Trump est la rencontre d’un homme hors normes et d’un mouvement de rébellion populaire profond, qui dépasse de loin sa propre personne. C’est une lame de fond, anti globalisation et anti immigration illégale, qui traverse en réalité tout l’Occident. Trump surfe sur la même vague que les politiques britanniques qui ont soutenu le Brexit, ou que Marine Le Pen en France. La différence, c’est que Trump est une version américaine du phénomène, avec tout ce que cela implique de pragmatisme et d’attachement au capitalisme. (…) Trump n’est pas un idéologue. Il a longtemps été démocrate avant d’être républicain et il transgresse les frontières politiques classiques des partis. Favorable à une forme de protectionnisme et une remise en cause des accords de commerce qui sont défavorables à son pays, il est à gauche sur les questions de libre échange, mais aussi sur la protection sociale des plus pauvres, qu’il veut renforcer, et sur les questions de société, sur lesquelles il affiche une vision libérale de New Yorkais, certainement pas un credo conservateur clair. De ce point de vue là, il est post reaganien. Mais Donald Trump est clairement à droite sur la question de l’immigration illégale et des frontières, et celle des impôts. Au fond, c’est à la fois un marchand et un nationaliste, qui se voit comme un pragmatique, dont le but sera de faire «des bons deals» pour son pays. Il n’est pas là pour changer le monde, contrairement à Obama. Ce qu’il veut, c’est remettre l’Amérique au premier plan, la protéger. Son instinct de politique étrangère est clairement du côté des réalistes et des prudents, car Trump juge que les Etats-Unis se sont laissé entrainer dans des aventures qui les ont affaiblis et n’ont pas réglé les crises. Il ne veut plus d’une Amérique jouant les gendarmes du monde. Mais vu sa tendance aux volte face et vu ce qu’il dit sur le rôle que devrait jouer l’Amérique pour venir à bout de la menace de l’islam radical, comme elle l’a fait avec le nazisme et le communisme, Donald Trump pourrait fort bien changer d’avis, et revenir à un credo plus interventionniste avec le temps. Ses instincts sont au repli, mais il reste largement imprévisible. (…) De nombreuses questions se posent sur son caractère, ses foucades, son narcissisme et sa capacité à se contrôler, si importante chez le président de la première puissance du monde! Je ne suis pas pour autant convaincue par l’image de «Hitler», fasciste et raciste, qui lui a été accolée par la presse américaine. Hitler avait écrit Mein Kamp. Donald Trump, lui, a écrit «L ‘art du deal» et avait envisagé juste après la publication de ce premier livre, de se présenter à la présidence en prenant sur son ticket la vedette de télévision afro-américaine démocrate Oprah Winfrey, un élément qui ne colle pas avec l’image d’un raciste anti femmes! Ses enfants et nombre de ses collaborateurs affirment qu’il ne discrimine pas les gens en fonction de leur sexe ou de la couleur de leur peau, mais en fonction de leurs mérites, et que c’est pour cette même raison qu’il est capable de s’en prendre aux représentants du sexe faible ou des minorités avec une grande brutalité verbale, ne voyant pas la nécessité de prendre des gants. Les questions les plus lourdes concernant Trump, sont selon moi plutôt liées à la manière dont il réagirait, s’il ne parvenait pas à tenir ses promesses, une fois à la Maison-Blanche. Tout président américain est confronté à la complexité de l’exercice du pouvoir dans un système démocratique extrêmement contraignant. Cet homme d’affaires habitué à diriger un empire immobilier pyramidal, dont il est le seul maître à bord, tenterait-il de contourner le système pour arriver à ses fins et prouver au peuple qu’il est bien le meilleur, en agissant dans une zone grise, avec l’aide des personnages sulfureux qui l’ont accompagné dans ses affaires? Et comment se comporterait-il avec ses adversaires politiques ou les représentants de la presse, vu la brutalité et l’acharnement dont il fait preuve envers ceux qui se mettent sur sa route? Hériterait-on d’un Berlusconi ou d’un Nixon puissance 1000? Autre interrogation, vu la fascination qu’exerce sur lui le régime autoritaire de Vladimir Poutine: serait-il prêt à sacrifier le droit international et l’indépendance de certains alliés européens, pour trouver un accord avec le patron du Kremlin sur les sujets lui tenant à cœur, notamment en Syrie? Bref, pourrait-il accepter une forme de Yalta bis, et remettre en cause le rôle de l’Amérique dans la défense de l’ordre libéral et démocratique de l’Occident et du monde depuis 1945? Autant de questions cruciales auxquelles Donald Trump a pour l’instant répondu avec plus de désinvolture que de clarté. Laure Mandeville

Mépris de la classe ouvrière blanche par des élites toujours plus déconnectées du réel, réformes sociétales – entre mariage et toilettes pour tous – proprement délirantes, casseroles de la candidate démocrate, déception des jeunes soutiens de Bernie Sanders,  effet Jesse Ventura …

Et si pour une fois le bouffon de gauche Michael Moore avait raison ?

Alors qu’avec la dernière ligne droite de la présidentielle, s’accumulent les coups bas à l’encontre des conversations et du comportement de corps de garde – depuis longtemps connus mais cette fois sortis par rien de moins et bien involontairement qu’un cousin des frères Bush – du seul candidat républicain face à une candidate dont l’ancien président de mari n’a pas exactement de leçon à donner dans le domaine …

(A quand,  pour le bannissement final de ce nouvel avatar de l’Oedipe des tragédies grecques de nos classes de lycée, la sortie d’accusations d’inceste, de parricide ou de déclenchement de la peste?)

Pendant que des deux côtés de l’Atlantique, c’est la sécurité des plus démunis que l’on sacrifie lorsque l’on abandonne des quartiers entiers à la pire des racailles

Comment ne pas voir avec la correpondante du Figaro Laure Mandeville et les rares commentateurs – le bouffon gauchiste Michael Moore compris – qui s’en donnent la peine …

Et quelque soit l’issue du scrutin et le côté de l’Atlantique …

La vague de colère et son envers de saut dans l’inconnu qu’incarne le candidat au nom prédestiné (Trump, comme on le sait, désigne en anglais l’atout qui surcoupe toutes les autres cartes) …

Contre la « digue du statu quo », de l’aveuglement volontaire et du politiquement correct « défendue bec et ongles par les élites » ?

Laure Mandeville : «Le débat Trump/Clinton peut être un show Shakespeare trash»
Vincent Tremolet de Villers
Le Figaro
07/10/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – A l’occasion de la publication de «Qui est vraiment Donald Trump?», Laure Mandeville a accordé un entretien fleuve au FigaroVox. La journaliste décrit un homme complexe, moins caricatural que l’image qu’il renvoie.

Grand reporter au Figaro, Laure Mandeville est chef du bureau Amérique depuis 2009. Elle suit le candidat républicain depuis le début de la campagne et vient de publier Qui est vraiment Donald Trump?aux éditions des Équateurs.

FIGAROVOX. La vidéo tout juste sortie montrant Donald Trump en 2005 en train de proférer des propos obscènes sur la manière dont il a tenté de séduire une femme mariée, peut-elle le discréditer définitivement?

-Laure MANDEVILLE. -Cette vidéo d’ une incroyable vulgarité est dévastatrice pour Donald Trump à la veille d’un deuxième débat crucial, dans la dernière ligne droite de la campagne. Elle ouvre un boulevard à l’équipe Clinton pour enfoncer le clou sur le sexisme du candidat républicain et ses manières grossières. La publication de cette vidéo filmée en privé à l’insu du candidat en 2005 , dont le timing n’est certainement pas un hasard, a d’ailleurs envoyé une onde de choc dans le parti républicain. (Il est intéressant de noter qu’il s’agit du cousin de Jeb Bush, Bill Bush, ce qui ressemble fort à une vengeance de la famille Bush contre Trump). Le Speaker Ryan, qui devait se produire avec Donald Trump dans un meeting pour la première fois, a annulé l’événement et vertement condamné les propos de Trump, se disant choqué et troublé. Plusieurs élus de droite l’appellent à la démission. Le politologue Larry Sabato parle d’un coup de couteau dans le cœur de Trump à la veille du débat. Est-ce pour autant la fin? Pas sûr. Donald Trump s’est excusé platement pour avoir prononcé ces paroles insultantes pour les femmes et sous entendu qu’Hillary n’avait pas de leçon à lui donner, vu le comportement de son mari dans le passé. Il est probable que ses fans, qui connaissent depuis longtemps ses faiblesses d’alpha mâle prompt à un comportement de corps de garde, ne l’abandonneront pas à ce stade. Mais la question est de savoir si les hésitants jugeront que cette affaire est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Tout dépendra sans doute du comportement de Donald Trump pendant le débat. D’après les informations que j’ai pu obtenir à Washington auprès de certains conseillers du milliardaire, son entourage lui conseillerait de renouveler platement ses excuses pendant le débat, et de rappeler que ces conversations de vestiaire pour hommes, se sont produites à une époque où il n’était pas un politique. Ils lui auraient conseillé de ne pas se laisser aller à des attaques sur Bill au dessous de la ceinture, jeu auquel il pourrait se retrouver très vite perdant, mais montrer qu’il veut parler des sujets essentiels, et poursuivre sa conversation avec le peuple américain sur le changement qu’il entend incarner. Bien sûr, Hillary tentera sans doute de le pousser à la faute, car sa propre campagne est bâtie autour de l’idée que Trump est inapte à la présidence. Nous verrons s’il se laisse piéger, comme il l’a fait pendant le premier débat. Ce qui est sûr est que l’incident va sûrement pousser des dizaines de millions d’Américains à se remettre devant leurs postes de télévision dimanche, pour un show susceptible d’être du Shakespeare version trash.

Vous consacrez un livre* à Donald Trump que vous suivez pour Le Figaro depuis le début de la campagne. A vous lire, on a l’impression qu’un Trump médiatique (mèche de cheveux, vulgarité etc…) cache un Donald Trump plus complexe. Est-ce le cas?

La grande difficulté, avec Donald Trump, c’est qu’on est à la fois face à une caricature et face à un phénomène bien plus complexe. Une caricature d’abord, car tout chez lui, semble magnifié. L’appétit de pouvoir, l’ego, la grossièreté des manières, les obsessions, les tweets épidermiques, l’étalage voyant de son succès sur toutes les tours qu’il a construites et qui portent son nom. Donald Trump joue en réalité à merveille de son côté caricatural, il simplifie les choses, provoque, indigne, et cela marche parce que notre monde du 21e siècle se gargarise de ces simplifications outrancières, à l’heure de l’information immédiate et fragmentée. La machine médiatique est comme un ventre qui a toujours besoin de nouveaux scandales et Donald, le commercial, le sait mieux que personne, parce qu’il a créé et animé une émission de téléréalité pendant des années. Il sait que la politique américaine actuelle est un grand cirque, où celui qui crie le plus fort a souvent raison parce que c’est lui qui «fait le buzz».

En même temps, ne voir que la caricature qu’il projette serait rater le phénomène Trump et l’histoire stupéfiante de son succès électoral. Derrière l’image télévisuelle simplificatrice, se cache un homme intelligent, rusé et avisé, qui a géré un empire de milliards de dollars et employé des dizaines de milliers de personnes. Ce n’est pas rien! Selon plusieurs proches du milliardaire que j’ai interrogés, Trump réfléchit de plus à une candidature présidentielle depuis des années, et il a su capter, au-delà de l’air du temps, la colère profonde qui traversait l’Amérique, puis l’exprimer et la chevaucher. Grâce à ses instincts politiques exceptionnels, il a vu ce que personne d’autre – à part peut-être le démocrate Bernie Sanders – n’avait su voir: le gigantesque ras le bol d’un pays en quête de protection contre les effets déstabilisants de la globalisation, de l’immigration massive et du terrorisme islamique; sa peur du déclin aussi. En ce sens, Donald Trump s’est dressé contre le modèle dominant plébiscité par les élites et a changé la nature du débat de la présidentielle. Il a remis à l’ordre du jour l’idée de protection du pays, en prétendant au rôle de shérif aux larges épaules face aux dangers d’un monde instable et dangereux.

Cela révèle au minimum une personnalité sacrément indépendante, un côté indomptable qui explique sans doute l’admiration de ses partisans…Ils ont l’impression que cet homme explosif ne se laissera impressionner par rien ni personne. Beaucoup des gens qui le connaissent affirment d’ailleurs que Donald Trump a plusieurs visages: le personnage public, flashy, égotiste, excessif, qui ne veut jamais avouer ses faiblesses parce qu’il doit «vendre» sa marchandise, perpétuer le mythe, et un personnage privé plus nuancé, plus modéré et plus pragmatique, qui sait écouter les autres et ne choisit pas toujours l’option la plus extrême…Toute la difficulté et tout le mystère, pour l’observateur est de s’y retrouver entre ces différents Trump. C’est loin d’être facile, surtout dans le contexte de quasi hystérie qui règne dans l’élite médiatique et politique américaine, tout entière liguée contre lui. Il est parfois très difficile de discerner ce qui relève de l’analyse pertinente ou de la posture de combat anti-Trump. Dans le livre, je parle d’une expérience schizophrénique, tant le fossé est grand entre la perception des partisans de Trump et celle de ses adversaires. Au fond, Trump reste largement insaisissable, malgré les millions d’articles qui lui sont consacrés.

En quoi son enfance et la figure de son père éclairent-elles son parcours?

Donald Trump a plusieurs fois raconté qu’il n’avait pas fondamentalement changé depuis le cours préparatoire. C’est dire si l’enfance compte pour cerner sa turbulente personnalité! Il a toujours été un leader, mais aussi un rebelle, une forte tête, qui bombardait ses instituteurs de gommes et tirait les cheveux des filles même si c’était un bon élève. A l’école élémentaire, le coin réservé au piquet, avait même été baptisé de ses initiales, DT, parce qu’il y séjournait souvent! A l’âge de 13 ans, son père décide même de l’envoyer à l’Académie militaire de New York pour le dresser, parce que, inspiré par West Side story, Donald a été pris en train de fomenter une descente avec sa bande dans Manhattan, avec des lames de rasoir!

Cela vous donne une idée du profil psychologique du père Fred Trump, un homme intransigeant et autoritaire, qui a eu une influence décisive dans la formation de la personnalité de son fils. Fred s’était fait à la force du poignet, en amassant un capital de plusieurs millions de dollars grâce à la construction d’immeubles d’habitation pour les classes populaires à Brooklyn, et il a clairement fait de Donald son héritier, brisant et déshéritant en revanche le fils aîné, Fred Junior, un être charmeur, mais moins trempé et plus dilettante, qui avait eu le malheur de préférer être pilote de ligne que promoteur, et a fini par mourir d’alcoolisme. Cela a beaucoup marqué Donald qui a décidé qu’il ne se laisserait jamais dominer et ne montrerait jamais ses faiblesses contrairement à son frère. Fred Trump a élevé ses enfants dans la richesse – la famille vivait dans une grande maison à colonnades dans le quartier de Queens – mais aussi dans une éthique de dur labeur et de discipline, pas comme des gosses de riches, un modèle que Donald a d’ailleurs reproduit avec ses enfants. L’homme d’affaires raconte souvent que son paternel l‘a formé à «la survie», en lui recommandant d’«être un tueur» pour réussir.

On découvre en vous lisant qu’il existe depuis longtemps dans l’univers américain (succès de ses livres, téléréalité). Ses fans d’hier sont -ils ses électeurs d’aujourd’hui?

Les Américains connaissent Trump depuis le milieu des années 80, date à laquelle il a commencé à publier ses ouvrages à succès, tirés à des millions d’exemplaires, c’est-à-dire depuis 30 ans! «Le Donald» est un familier pour eux. Savez-vous qu’à la fin des années 80, il fait déjà la couverture de Time Magazine comme l’homme le plus sexy d’Amérique? A la même époque, il est cité dans des sondages comme l’une des personnes les plus populaires du pays, aux côtés des présidents toujours vivants, et du pape! Si on ajoute à cela, le gigantesque succès qu’il va avoir avec son émission de téléréalité L’Apprenti, qui à son zénith, a rassemblé près de 30 millions de téléspectateurs, on comprend l’énorme avantage de notoriété dont bénéficiait Trump sur la ligne de départ de la primaire républicaine.

Tout au long de la campagne des primaires, beaucoup de commentateurs ont annoncé sa victoire comme impossible: comment expliquer cette erreur de jugement?

C’est vrai qu’à de rares exceptions près, les commentateurs n’ont pas vu venir le phénomène Trump, parce qu’il était «en dehors des clous», impensable selon leurs propres «grilles de lecture». Trop scandaleux et trop extrême, pensaient-ils. Il a fait exploser tant de codes en attaquant ses adversaires au dessous de la ceinture et s’emparant de sujets largement tabous, qu’ils ont cru que «le grossier personnage» ne durerait pas! Ils se sont dit que quelqu’un qui se contredisait autant ou disait autant de contre vérités, finirait par en subir les conséquences. Bref, ils ont vu en lui soit un clown soit un fasciste – sans réaliser que toutes les inexactitudes ou dérapages de Trump lui seraient pardonnés comme autant de péchés véniels, parce qu’il ose dire haut et fort ce que son électorat considère comme une vérité fondamentale: à savoir que l’Amérique doit faire respecter ses frontières parce qu’un pays sans frontières n’est plus un pays. Plus profondément, je pense que les élites des deux côtes ont raté le phénomène Trump (et le phénomène Sanders), parce qu’elles sont de plus en plus coupées du peuple et de ses préoccupations, qu’elles vivent entre elles, se cooptent entre elles, s’enrichissent entre elles, et défendent une version «du progrès» très post-moderne, détachée des préoccupations de nombreux Américains. Soyons clairs, si Trump est à bien des égards exaspérant et inquiétant, il y a néanmoins quelque chose de pourri et d’endogame dans le royaume de Washington. Le peuple se sent hors jeu.

Trump est l’homme du peuple contre les élites mais il vit comme un milliardaire. Comment parvient-il à dépasser cette contradiction criante?

C’est une vraie contradiction car Trump a profité abondamment du système qu’il dénonce. Il réussit à dépasser cette contradiction, parce qu’il ne le cache pas, au contraire: il fait de cette connaissance du système une force, en disant qu’il connaît si bien la manière dont les lobbys achètent les politiques qu’il est le seul à pouvoir à remédier à la chose. C’est évidemment un curieux argument, loin d’être totalement convaincant. Il me rappelle ce que faisaient certains oligarques russes, à l’époque Eltsine, quand ils se lançaient en politique et qu’ils disaient que personne ne pourrait les acheter puisqu’ils étaient riches! On a vu ce que cela a donné…Si les gens sont convaincus, c’est que Donald Trump sait connecter avec eux, leur faire comprendre qu’il est de leur côté. Ce statut de milliardaire du peuple est crédible parce qu’il ne s’est jamais senti membre de l’élite bien née, dont il aime se moquer en la taxant «d’élite du sperme chanceux». Cette dernière ne l’a d’ailleurs jamais vraiment accepté, lui le parvenu de Queens, venu de la banlieue, qui aime tout ce qui brille. Il ne faut pas oublier en revanche que Donald a grandi sur les chantiers de construction, où il accompagnait son père déjà tout petit, ce qui l’a mis au contact des classes populaires. Il parle exactement comme eux! Quand je me promenais à travers l’Amérique à la rencontre de ses électeurs, c’est toujours ce dont ils s’étonnaient. Ils disaient: «Donald parle comme nous, pense comme nous, est comme nous». Le fait qu’il soit riche, n’est pas un obstacle parce qu’on est en Amérique, pas en France. Les Américains aiment la richesse et le succès.

Alain Finkielkraut explique que Donald Trump est la Némésis (déesse de la vengeance) du politiquement correct? Le durcissement, notamment à l’université, du politiquement correct est-il la cause indirecte du succès de Trump?

Alain Finkelkraut a raison. L’un des atouts de Trump, pour ses partisans, c’est qu’il est politiquement incorrect dans un pays qui l’est devenu à l’excès. Sur l’islam radical (qu’Obama ne voulait même pas nommer comme une menace!), sur les maux de l’immigration illégale et maints autres sujets. Ses fans se disent notamment exaspérés par le tour pris par certains débats, comme celui sur les toilettes «neutres» que l’administration actuelle veut établir au nom du droit des «personnes au genre fluide» à «ne pas être offensés». Ils apprécient que Donald veuille rétablir l’expression de Joyeux Noël, de plus en plus bannie au profit de l’expression Joyeuses fêtes, au motif qu’il ne faut pas risquer de blesser certaines minorités religieuses non chrétiennes…Ils se demandent pourquoi les salles de classe des universités, lieu où la liberté d’expression est supposée sacro-sainte, sont désormais surveillées par une «police de la pensée» étudiante orwellienne, prête à demander des comptes aux professeurs chaque fois qu’un élève s’estime «offensé» dans son identité…Les fans de Trump sont exaspérés d’avoir vu le nom du club de football américain «Red Skins» soudainement banni du vocabulaire de plusieurs journaux, dont le Washington Post, (et remplacé par le mot R…avec trois points de suspension), au motif que certaines tribus indiennes jugeaient l’appellation raciste et insultante. (Le débat, qui avait mobilisé le Congrès, et l’administration Obama, a finalement été enterré après de longs mois, quand une enquête a révélé que l’écrasante majorité des tribus indiennes aimait finalement ce nom…). Dans ce contexte, Trump a été jugé«rafraîchissant» par ses soutiens, presque libérateur.

Le bouleversement qu’il incarne est-il, selon vous, circonstanciel et le fait de sa personnalité fantasque ou Trump cristallise-t-il un moment de basculement de l’histoire américaine?

Pour moi, le phénomène Trump est la rencontre d’un homme hors normes et d’un mouvement de rébellion populaire profond, qui dépasse de loin sa propre personne. C’est une lame de fond, anti globalisation et anti immigration illégale, qui traverse en réalité tout l’Occident. Trump surfe sur la même vague que les politiques britanniques qui ont soutenu le Brexit, ou que Marine Le Pen en France. La différence, c’est que Trump est une version américaine du phénomène, avec tout ce que cela implique de pragmatisme et d’attachement au capitalisme.

Sa ligne politique est-elle attrape-tout ou fondée sur une véritable vision politique?

Trump n’est pas un idéologue. Il a longtemps été démocrate avant d’être républicain et il transgresse les frontières politiques classiques des partis. Favorable à une forme de protectionnisme et une remise en cause des accords de commerce qui sont défavorables à son pays, il est à gauche sur les questions de libre échange, mais aussi sur la protection sociale des plus pauvres, qu’il veut renforcer, et sur les questions de société, sur lesquelles il affiche une vision libérale de New Yorkais, certainement pas un credo conservateur clair. De ce point de vue là, il est post reaganien. Mais Donald Trump est clairement à droite sur la question de l’immigration illégale et des frontières, et celle des impôts. Au fond, c’est à la fois un marchand et un nationaliste, qui se voit comme un pragmatique, dont le but sera de faire «des bons deals» pour son pays. Il n’est pas là pour changer le monde, contrairement à Obama. Ce qu’il veut, c’est remettre l’Amérique au premier plan, la protéger. Son instinct de politique étrangère est clairement du côté des réalistes et des prudents, car Trump juge que les Etats-Unis se sont laissé entrainer dans des aventures qui les ont affaiblis et n’ont pas réglé les crises. Il ne veut plus d’une Amérique jouant les gendarmes du monde. Mais vu sa tendance aux volte face et vu ce qu’il dit sur le rôle que devrait jouer l’Amérique pour venir à bout de la menace de l’islam radical, comme elle l’a fait avec le nazisme et le communisme, Donald Trump pourrait fort bien changer d’avis, et revenir à un credo plus interventionniste avec le temps. Ses instincts sont au repli, mais il reste largement imprévisible.

Faut il avoir peur de Donald Trump?

La question est évidemment légitime, vu la personnalité volcanique du personnage et certaines de ses prises de position, notamment en politique étrangère. De nombreuses questions se posent sur son caractère, ses foucades, son narcissisme et sa capacité à se contrôler, si importante chez le président de la première puissance du monde! Je ne suis pas pour autant convaincue par l’image de «Hitler», fasciste et raciste, qui lui a été accolée par la presse américaine. Hitler avait écrit Mein Kamp. Donald Trump, lui, a écrit «L ‘art du deal» et avait envisagé juste après la publication de ce premier livre, de se présenter à la présidence en prenant sur son ticket la vedette de télévision afro-américaine démocrate Oprah Winfrey, un élément qui ne colle pas avec l’image d’un raciste anti femmes! Ses enfants et nombre de ses collaborateurs affirment qu’il ne discrimine pas les gens en fonction de leur sexe ou de la couleur de leur peau, mais en fonction de leurs mérites, et que c’est pour cette même raison qu’il est capable de s’en prendre aux représentants du sexe faible ou des minorités avec une grande brutalité verbale, ne voyant pas la nécessité de prendre des gants.

Les questions les plus lourdes concernant Trump, sont selon moi plutôt liées à la manière dont il réagirait, s’il ne parvenait pas à tenir ses promesses, une fois à la Maison-Blanche. Tout président américain est confronté à la complexité de l’exercice du pouvoir dans un système démocratique extrêmement contraignant. Cet homme d’affaires habitué à diriger un empire immobilier pyramidal, dont il est le seul maître à bord, tenterait-il de contourner le système pour arriver à ses fins et prouver au peuple qu’il est bien le meilleur, en agissant dans une zone grise, avec l’aide des personnages sulfureux qui l’ont accompagné dans ses affaires? Et comment se comporterait-il avec ses adversaires politiques ou les représentants de la presse, vu la brutalité et l’acharnement dont il fait preuve envers ceux qui se mettent sur sa route? Hériterait-on d’un Berlusconi ou d’un Nixon puissance 1000? Autre interrogation, vu la fascination qu’exerce sur lui le régime autoritaire de Vladimir Poutine: serait-il prêt à sacrifier le droit international et l’indépendance de certains alliés européens, pour trouver un accord avec le patron du Kremlin sur les sujets lui tenant à cœur, notamment en Syrie? Bref, pourrait-il accepter une forme de Yalta bis, et remettre en cause le rôle de l’Amérique dans la défense de l’ordre libéral et démocratique de l’Occident et du monde depuis 1945? Autant de questions cruciales auxquelles Donald Trump a pour l’instant répondu avec plus de désinvolture que de clarté.

Trump peut-il emporter l’élection?

Donald Trump peut toujours gagner cette élection, même si les derniers jours lui ont été très défavorables. Malgré une semaine calamiteuse, les sondages restent proches et l’issue pleine d’un lourd suspense selon moi. J’utilise souvent l’image de la vague et de la digue. La vague, c’est Trump, l’homme de l’année parce qu’il est véritablement celui a défini cette élection, qu’il soit élu ou non d’ailleurs. Hillary elle, représente la digue du statu quo, défendue bec et ongles par les élites. La vague de colère sera-t-elle suffisamment puissante pour passer la digue? C’est toute la question. Comme l’a écrit l’excellente éditorialiste du Wall Street Journal Peggy Noonan, la réponse à cette interrogation dépendra de la force relative de deux sentiments: la colère éprouvée par le pays à l’endroit du système et des élites. Et la peur de l’inconnue que représente Trump. La colère aura-t-elle raison de la peur, ou vice versa?

Voir aussi:

André Bercoff : « Donald Trump le pragmatique peut devenir président des États-Unis »
Alexandre Devecchio
Le Figaro
08/09/2016

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Donald Trump remonte face à Hillary Clinton dans les sondages. André Bercoff, qui l’a rencontré il y a quelques mois à New York et qui publie un livre à son sujet, analyse le succès inattendu du candidat d’une Amérique en colère.

André Bercoff est journaliste et écrivain. Il vient de faire paraître Donald Trump, les raisons de la colère chez First.

FIGAROVOX. – Beaucoup d’observateurs ont enterré Donald Trump dans cette campagne américaine. Pourtant, les derniers sondages indiquent qu’il réduit l’écart avec son adversaire Hillary Clinton. Certains d’entre eux le donnent même devant. Donald Trump peut-il devenir président des États-Unis?

André BERCOFF. – Oui, il le peut. Pas de quartiers, évidemment, dans ce combat entre la Vorace et le Coriace. En dépit de l’hostilité des Démocrates, du rejet de la part des minorités et de la véritable haine que lui porte l’establishment Républicain, Trump peut profiter des casseroles accrochées à la traine d’Hillary Clinton qui semblent se multiplier de jour en jour. En tout cas, le scrutin sera beaucoup plus serré qu’il n’y paraissait il y a encore un mois.

À quoi, selon vous, ressemblerait une présidence Trump?

Je pense qu’il gérerait les USA peu ou prou, comme il gère son empire immobilier, avec une différence de taille: il ne s’agit plus de défendre à tout prix les intérêts de la marque Trump, mais ceux des États-Unis, ce qui nécessite un changement de paradigme. L’homme d’affaires délocalise pour le profit ; le président relocalise pour la patrie. Le négociateur cherche le meilleur deal pour son entreprise, y compris l’art et la manière de s’abriter dans les paradis fiscaux. Le chef de l’État, lui, taxera lourdement les sociétés qui réfugient leurs avoirs sous des cieux très cléments. Ne jamais oublier que Trump est beaucoup plus pragmatique qu’idéologue. Je le raconte dans mon livre: il défendra l’Amérique comme il défendait sa marque, bec et ongles, par tous les moyens.

Personne ne pariait un dollar sur la victoire de Trump à la primaire. Comment les observateurs ont-ils pu se tromper à ce point?

Quand je suis allé le voir à New York il y a quelques mois, tous mes interlocuteurs, en France comme en Amérique, me conseillaient de publier très vite l’entretien, car le personnage allait disparaître dès le premier scrutin des primaires. Les commentaires affluaient tous dans le même sens: il fait ça pour sa pub ; un petit tour et puis s’en va ; c’est un gros plouc, milliardaire peut-être, mais inintéressant au possible ; il est inculte, il ne comprend rien à la politique, ne connaît rien aux affaires du monde, il ne pense qu’à sa pub, à son image et à faire parler de lui. Experts et commentateurs se sont, dans leur grande majorité, mis le doigt dans l’œil parce qu’ils pensent à l’intérieur du système. À Paris comme à Washington, on reste persuadé qu’un «outsider» n’a aucune chance face aux appareils des partis, des lobbies et des machines électorales. Que ce soit dans notre monarchie républicaine ou dans leur hiérarchie de Grands Électeurs, si l’on n’est pas un familier du sérail, on n’existe pas. Tout le dédain et la condescendance envers Trump, qui n’était jusqu’ici connu que par ses gratte-ciel et son émission de téléréalité, pouvaient donc s’afficher envers cette grosse brute qui ne sait pas rester à sa place. On connaît la suite. L’expertise, comme la prévision, sont des sciences molles.

Quel rôle ont joué les réseaux sociaux dans cette campagne?

Trump est l’un des premiers à avoir compris et utilisé la désintermédiation. Ce n’est pas vraiment l’ubérisation de la politique, mais ça y ressemble quelque peu. Quand je l’ai interrogé sur le mouvement qu’il suscitait dans la population américaine, il m’a répondu: Twitter, Facebook et Instagram. Avec ses 15 millions d’abonnés, il dispose d’une force de frappe avec laquelle il dialogue sans aucun intermédiaire. Il y a trente ans, il écrivait qu’aucun politique ne pouvait se passer d’un quotidien comme le New York Times. Aujourd’hui, il affirme que les réseaux sociaux sont beaucoup plus efficaces – et beaucoup moins onéreux – que la possession de ce journal.

Est-ce une mauvaise nouvelle pour les journalistes?

C’est en tout cas une très vive incitation à changer la pratique journalistique. Contrairement à ceux qui proclament avec légèreté et simplisme, la fin du métier d’informer, on aura de plus en plus besoin de trier, hiérarchiser, et surtout de vérifier et de mettre en perspective. En revanche, l’on pourra de plus en plus difficilement cacher la francisque de Mitterrand ou le magot de Cahuzac, et qu’on le déplore ou pas, avec Wikileaks et autres révélations, il faudra dorénavant compter avec les millions de lanceurs d’alertes qui feront, pour le meilleur et pour le pire, œuvre d’information, à tous les niveaux. Le monde n’est pas devenu peuplé de milliards de journalistes, mais les journalistes doivent tenir compte de ce peuple qui clique et qui poste.

Votre livre s’intitule Donald Trump, les raisons de la colère. Les Américains sont-ils en colère?

Ils le sont. Là-bas comme ici, l’avenir n’est plus ce qu’il était, la classe moyenne se désosse, la précarité est toujours prégnante, les attentats terroristes ne sont plus, depuis un certain 11 septembre, des images lointaines vues sur petit ou grand écran. Pearl Harbour est désormais dans leurs murs: c’est du moins ce qu’ils ressentent. Et la fureur s’explique par le décalage entre la ritournelle de «Nous sommes la plus grande puissance et le plus beau pays du monde» et le «Je n’arrive pas à finir le mois et payer les études de mes enfants et l’assurance médicale de mes parents». Sans parler de l’écart toujours plus abyssal entre riches et modestes.

Trump est-il le candidat de l’Amérique périphérique? Peut-on le comparer à Marine Le Pen?

Il existe, depuis quelques années, un étonnant rapprochement entre les problématiques européennes et américaines. Qui aurait pu penser, dans ce pays d’accueil traditionnel, que l’immigration provoquerait une telle hostilité chez certains, qui peut permettre à Trump de percer dans les sondages en proclamant sa volonté de construire un grand mur? Il y a certes des points communs avec Marine Le Pen, y compris dans la nécessité de relocaliser, de rebâtir des frontières et de proclamer la grandeur de son pays. Mais évidemment, Trump a d’autres moyens que la présidente du Front National… De plus, répétons-le, c’est d’abord un pragmatique et un négociateur. Je ne crois pas que ce soit les qualités les plus apparentes de Marine Le Pen…

Comme elle, il dépasse le clivage droite/gauche…

Absolument. Son programme économique le situe beaucoup plus à gauche que les caciques Républicains et les néo-conservateurs proches d’Hillary Clinton qui le haïssent, parce que lui croit, dans certains domaines, à l’intervention de l’État et aux limites nécessaires du laisser-faire, laisser-aller.

N’est-il pas finalement beaucoup plus politiquement incorrect que Marine Le Pen?

Pour l’Amérique, certainement. Il ne ménage personne et peut aller beaucoup plus loin que Marine Le Pen, tout simplement parce qu’il n’a jamais eu à régler le problème du père fondateur et encore moins à porter le fardeau d’une étiquette tout de même controversée. Sa marque à lui, ce n’est pas la politique, mais le bâtiment et la réussite. Ça change pas mal de choses.

«La France n’est plus la France», martèle Trump. Pourquoi?

Ici aussi, pas de malentendu. L’on a interprété cette phrase comme une attaque contre notre pays. C’est le contraire. Il me l’a dit et je le raconte plus amplement dans mon livre: il trouve insupportable que des villes comme Paris et Bruxelles, qu’il adore et a visitées maintes fois, deviennent des camps retranchés où l’on n’est même pas capable de répliquer à un massacre comme celui du Bataclan. On peut être vent debout contre le port d’arme, mais, dit-il, s’il y avait eu des vigiles armés boulevard Voltaire, il n’y aurait pas eu autant de victimes. Pour lui, un pays qui ne sait pas se défendre est un pays en danger de mort.

Son élection serait-elle une bonne nouvelle pour la France et pour l’Europe?

Difficile à dire. Il s’entendra assez bien avec Poutine pour le partage des zones d’influence, et même pour une collaboration active contre Daesh et autres menaces, mais, comme il le répète sur tous les tons, l’Amérique de Trump ne défendra que les pays qui paieront pour leur protection. Ça fait un peu Al Capone, mais ça a le mérite de la clarté. Si l’Europe n’a pas les moyens de protéger son identité, son mode de vie, ses valeurs et sa culture, alors, personne ne le fera à sa place. En résumé, pour Trump, la politique est une chose trop grave pour la laisser aux politiciens professionnels, et la liberté un état trop fragile pour la confier aux pacifistes de tout poil.

Voir également:

Donald Trump peut tout à fait l’emporter le 8 novembre prochain
Alexis Feertchak
Le Figaro
28/07/2016

FIGAROVOX/ENTRETIEN/VIDÉOS – Hillary Clinton est de plus en plus considérée comme la candidate du système, notamment financier, estime Michael C. Behrent. Selon l’historien américain, face à elle, la route est étroite pour Donald Trump, mais il pourrait tout à fait l’emporter.

Docteur de la New York University, Michael C. Behrent est professeur d’Histoire à la Appalachian State University de Boone en Caroline du Nord.

FIGAROVOX. – La convention démocrate qui s’est conclue ce jeudi s’est ouverte un jour après la démission de la présidente du Parti, accusée d’avoir favorisé la candidature d’Hillary Clinton. Comment le Parti démocrate aborde-t-il ce moment crucial de la nomination officielle de sa candidate?

Michael C. Behrent. – Je crois que, pour beaucoup de démocrates, c’est un moment d’appréhension gêné, qu’ils essaient de cacher comme ils peuvent. Le contexte politique leur est pourtant très favorable: avec Hillary Clinton, la première femme à obtenir l’investiture d’un grand parti, ils ont une candidate historique ; leurs caisses de campagne débordent largement celles des républicains ; ils sont le parti sortant dans un contexte économique plutôt favorable. Et pourtant, malgré ces atouts, Hillary Clinton devance Donald Trump de peu dans sondages ; cette semaine, en dépit du caractère rocambolesque de la récente convention républicaine,

Le scandale des emails a été réglé de manière plutôt rapide avec la démission de la présidente de l’instance dirigeante du Parti démocrate, Debbie Wasserman Schultz. Mais l’affaire ne fait que confirmer toutes les réticences de l’opinion publique à l’égard de Clinton: qu’elle est la candidate des intérêts financiers, qu’elle incarne l’ «establishment» contre le peuple, qu’elle préfère magouiller en coulisse que d’obtenir l’assentiment populaire. C’est peut-être injuste, mais l’épisode confirme ces impressions.

On parle souvent des divisions du Parti républicain, accentuées par la candidature de Donald Trump. Le Parti démocrate n’est-il pas aussi divisé? Bernie Sanders le «socialiste» ne va-t-il durablement laisser sa marque idéologique?

L’enthousiasme qu’a suscité Sanders ne s’explique pas par un engouement soudain de la part des Américains pour le socialisme. Ce que Sanders a réussi à faire, c’est de rappeler aux Américains leur passé social-démocrate, ou du moins ce qu’avait accompli, disons entre les années 1940 et 1970, l’Etat-providence américain. Par exemple, les Américains qui ont fait leurs études dans des universités publiques au cours des années 1960 – comme Sanders lui-même – n’ont dû payer que des sommes modiques. Pourquoi un tel système est désormais considéré comme impossible? C’est sur ce genre de question qu’a insisté Sanders, et cela explique l’enthousiasme qu’il a suscité chez les jeunes (qui, entre autres galères, assument souvent des dettes colossales pour financer leurs études).

Surtout, Sanders a su insister sur un constat que les Américains sont nombreux à trouver juste: les inégalités économiques montent, et la démocratie s’en trouve de ce fait corrompue. À cet égard, Sanders est plus «pikettiste» que socialiste au sens classique. S’il a raison, ce n’est pas en effectuant une petite inflexion à gauche que les partisans de Clinton vont satisfaire l’électorat de Sanders: comme le montre le scandale des emails, le Parti démocrate courtise inlassablement les Américains les plus riches, au point que la campagne ressemble à une vaste opération de trafic d’influence. Le scandale confirme, à pleins d’égards, l’analyse et le rejet du système actuel dont Sanders s’est fait le porteur.

Il est vrai qu’il existe actuellement, dans chaque parti, un schisme entre les défenseurs de l’«establishment» et un courant populiste. La principale différence, c’est que chez les républicains, ce sont les populistes qui ont gagné, alors que les démocrates ont fini par adouber un candidat de l’ «establishment». Cette situation est pour le moins paradoxal, étant donné que ce sont les démocrates qui se considèrent traditionnellement comme le parti des petits gens, de l’Américain moyen.

Hillary Clinton demeure très impopulaire. Qu’est-ce qui pourrait la sauver sinon le rejet que beaucoup d’Américains portent aussi à Donald Trump?

Le fait qu’elle est soutenue par une large coalition de couches démographiques, alors que Trump mise essentiellement sur une seule. Femmes, Afro-Américains, Hispaniques, diplômés – voilà les groupes qui soutiennent Clinton, souvent massivement (autour de 76% des Hispaniques, par exemple). Trump, par contre, est essentiellement le candidat d’un électorat blanc, populaire et masculin. On parle beaucoup aux États-Unis du déclin de cette population longtemps dominant. Mais pour le moment, l’électorat populaire blanc demeure assez important, représentant, par exemple, 44% de ceux qui ont voté en 2012. La question est de savoir si une coalition hétéroclite et multiculturelle qui annonce l’avenir se révélera plus puissante que le ressentiment blanc qui s’exprime à travers Trump.

Donald Trump a déjà été désigné officiellement par son parti. Comment expliquez-vous le succès de cet outsider des primaires républicaines?

Il s’agit d’un effet «apprenti sorcier»: depuis des décennies, au moins depuis Nixon, la stratégie électorale républicaine consiste à attiser les craintes et les rancœurs d’un électorat blanc et populaire, insistant en particulier sur les questions culturelles sur lesquelles ils divergent avec la gauche: la religion, l’avortement, le droit de s’armer, le patriotisme. Cette population s’estime souvent menacée par l’immigration et la discrimination positive en faveur des minorités. Mais les républicains ont toujours su récolter les voix de cet électorat tout en défendant une politique économique libérale favorisée par le monde des affaires et de la finance, axé sur le libre-échange ainsi que la réduction de la fiscalité et des dépenses sociales. Au point que certains se demandent si l’électorat populaire républicain a vraiment profité des politiques économiques qu’il a rendues possibles.

Trump représente, si vous voulez, l’émancipation de cet électorat populaire républicain vis-à-vis d’un «establishment» plus libéral (au sens européen) que proprement conservateur. Si Trump a compris au moins une chose, c’est qu’il y avait une demande pour un candidat aux valeurs conservatrices (même si Trump ne satisfait lui-même cette critère que grâce à une hypocrisie plus ou moins tolérée), mais dont la politique économique serait «souverainiste» et nationaliste. L’«establishment» républicain ne maitrise ainsi plus les angoisses d’un électorat qu’il a longtemps cherché à encourager. Le ton agressif et provocateur du discours du Trump ne sort pas non plus de nulle part: il prend le relais des contestataires du Tea Party, des républicains au Congrès qui ont mené une obstruction systématique contre la politique du Président Obama, etc.

Avec un certain isolationnisme et une critique parfois vive du libre-échangisme, Bernie Sanders et Donald Trump ne partagent-ils pas paradoxalement certaines positions idéologiques?

En effet, Trump et Sanders se sont fait chacun le champion des Américains qui pâtissent de la mondialisation et des politiques économiques libre-échangistes poursuivies depuis des années. Mais la ressemblance s’arrête là.

En fait, il est difficile d’imaginer deux lignes politiques plus éloignées l’un de l’autre. Trump est l’incarnation de la corruption de la vie politique par les grandes fortunes contre lequel Sanders et ses supporteurs s’insurgent. Si Sanders dénonce, comme Trump, des traités de libre-échange comme étant peu favorables aux ouvriers, il demande pourtant la régularisation des «sans papiers» (moyennant une réforme du système actuel d’immigration), alors que le discours de Trump est franchement xénophobe: déportation des «sans papiers», interdiction provisoire des Musulmans du territoire national, construction d’un mur le long de la frontière mexicaine. On est donc bien loin d’un véritable rapprochement idéologique.

Les candidatures «anti-système», très diverses sur le fond, progressent aussi partout en Europe, étiquetées souvent sous la catégorie de «populisme». Que pensez-vous de ce mouvement qui concerne l’Occident dans son ensemble?

Ces mouvements, me semblent-ils, reposent sur deux craintes: une angoisse vis-à-vis de la mondialisation, et des doutes sur l’état de santé de la démocratie. Ses craintes sont souvent liées, la mondialisation et la montée des inégalités étant suspects de mettre à mal la démocratie. Ce qu’on appelle le «déficit démocratique» dans l’Union européenne est devenu un souci plus général.

Toutefois il y a des points de discordes majeures à l’intérieur de ces mouvements «anti-systèmes», comme on le voit entre Trump et Sanders, dans les débats autour du Brexit, ou dans les antilibéraux de droite et de gauche en France. Certains, comme Trump et certains partisans du Brexit, rejettent la mondialisation en prônant un repli national, au point d’assumer une certaine xénophobie comme une conséquence logique du protectionnisme. D’autres, comme Sanders ou même Nuit Debout, veulent limiter le libre-échange et le flux des capitaux tout en favorisant les flux migratoires, du moins par la régularisation des «sans-papiers». Pour le moment, c’est plutôt les premiers qui semblent avoir le vent en poupe.

Imaginez-vous que Donald Trump puisse finalement triompher d’Hillary Clinton?

Contrairement à ce qu’on a pu penser il y a encore quelques mois, oui, il est tout à fait possible que Trump remporte le scrutin du 8 novembre. Mais la campagne fortement clivante qu’il mène, ainsi que l’histoire électoral récente suggèrent que pour Trump, la voie menant vers la Maison-Blanche reste très étroite. Ces propos qui plaisent à un électoral blanc populaire lui font perdre des voix chez les diplômés. D’autre part, dans les élections américaines, il faut remporter des Etats: pour le moment, Trump n’a jamais eu de solides longueurs d’avances dans les «swing states» (état balançoires) tels que la Floride, l’Ohio, ou la Pennsylvanie, qu’il lui faudra gagner impérativement pour faire mieux que Mitt Romney en 2012. Candidat improviste, Trump n’a pas, comme son rival, sollicité des fonds de la campagne de façon méthodique, et a donc un déficit financier important vis-à-vis des démocrates. Bien sûr, très peu de gens ont cru que Trump arriverait à ce point. Mais pour être élu président, il lui faudra continuer à surmonter les obstacles considérables qui se profilent devant lui.

Voir encore:

Michael Moore a-t-il raison de prédire la victoire de Donald Trump ?
Alexis Feertchak
Le Figaro
05/08/2016

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Le réalisateur Michael Moore a annoncé la victoire prochaine de son pire adversaire, Donald Trump. Pour Lauric Henneton, certains arguments de Moore sont à prendre au sérieux, notamment celui de la colère des électeurs du Midwest désindustrialisé.

Lauric Henneton est maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, au sein de l’Institut d’Etudes culturelles et internationales. Son dernier livre Histoire religieuse des Etats-Unis a été publié en 2012 chez Flammarion.

FIGAROVOX. – Dans une tribune tonitruante, le réalisateur Michael Moore, marqué très à gauche sur l’échiquier politique américain, annonce que Donald Trump, «ce clown à temps partiel et sociopathe à temps plein», deviendra président des Etats-Unis en novembre prochain. De façon générale, Michael Moore est-il un analyste politique sérieux?

Lauric HENNETON. – A défaut d’être un analyste politique professionnel, Michael Moore est un observateur avisé mais doublé d’un militant. Un observateur engagé en d’autres termes, alors que l’analyste politique est censé rester neutre et clinique dans son analyse – en théorie… Plutôt que la finesse de l’analyse, ici, c’est surtout sur la fonction du texte qu’il faut s’interroger. Michael Moore se fait l’avocat du diable, il endosse également un costume prophétique, au sens propre mais sécularisé, puisqu’il met en garde son peuple et l’appelle à se repentir et marcher à nouveau dans le droit chemin. On répète depuis un an que Trump n’a aucune chance: il ne va pas durer, sa candidature va faire long feu, il ne va pas passer le Super Tuesday, il ne va pas rester en tête, il va y avoir une convention contestée et il n’aura pas l’investiture. On voit l’acuité de ces prédictions aujourd’hui.

Cette stratégie de la peur a pour fonction de mobiliser contre Trump, mais on voit bien que Clinton n’existe que pour faire barrage.
Moore utilise donc une autre tactique: il présente la victoire de Trump non plus comme fortement improbable car irrationnelle mais au contraire comme une quasi-certitude. Le titre anglais de son texte est «Why Trump will win», pourquoi il va gagner. On ne se demande plus s’il va gagner, il s’agit désormais d’en expliquer les raisons. Ce fait accompli a pour fonction de surprendre, d’attirer l’attention du lecteur-cliqueur, en lui faisant peur. Cette stratégie de la peur a pour fonction de mobiliser contre Trump, d’abord, et indirectement en faveur d’Hillary Clinton, mais on voit bien que Clinton n’existe que pour faire barrage à Trump.

Quant à savoir si cette stratégie discursive sera payante, c’est une autre question. Il est probable que le texte soit essentiellement lu par des gens qui n’ont pas besoin de ce message pour être contre Trump. Combien d’Américains vont changer d’avis et ne pas voter Trump après avoir lu ce texte? Pas sûr que ce soit assez pour avoir un impact sur l’élection.

Auteur d’un documentaire sur les usines General Motors de Flint, ville dont il est originaire, Michael Moore connaît probablement mieux qu’Hillary Clinton l’Amérique désindustrialisée du Midwest. Son argument est fort: cette région traditionnellement proche du Parti démocrate pourrait basculer vers Trump par rejet du libre-échangisme, ce que Moore appelle le «Brexit du Midwest». Que penser de cet argument?

Le terme de Brexit est très discutable puisqu’il n’y a rien à quitter (exit) et que l’on parle d’un pays où la guerre civile, il y a 150 ans, a fait plus de 600 000 morts. S’il y a eu un Brexit en histoire américaine c’est celui des Etats du Sud en 1861. A moins de considérer la Révolution américaine comme une forme de Brexit. Ici le terme n’a de sens que du fait de la sociologie électorale et de l’actualité du Brexit, ce qu’on pourrait appeler la revanche des perdants. La victoire du Brexit, qui a surpris bien des analystes, renforce le message de Moore: c’est arrivé là-bas, ça peut arriver ici – ça va arriver ici, sauf si vous m’écoutez…

Attirer l’attention sur les Etats de la Rust Belt est pertinent. Ce sont des Etats que l’on a laissés pour morts à partir des années 1980. Ils étaient en perte de vitesse et on n’avait d’yeux que pour la Sun Belt.
Le terme de Brexit a donc une pertinence assez limitée. En revanche, attirer l’attention sur les Etats de la Rust Belt est pertinent. Ce sont des Etats que l’on a laissés pour morts, économiquement et politiquement, à partir des années 1980. Ils étaient en perte de vitesse et on n’avait d’yeux que pour la Sun Belt. Certes la Floride a été décisive en 2000 mais en 2012, la victoire d’Obama a été proclamée avant même que l’on connaisse le résultat en Floride. En 2004, la victoire de Bush s’est décidée dans l’Ohio, qui passe pour l’Etat clé par excellence.

Son calcul est un peu simpliste: il a manqué 64 grands électeurs à Mitt Romney et les quatre Etats de la Rust Belt qu’il mentionne (Michigan, Wisconsin, Ohio et Pennsylvanie) totalisent justement 64 grands électeurs. En réalité, dans certaines configurations précises, Trump peut se permettre de perdre le Wisconsin par exemple, ainsi que la Virginie, la Floride, le Nevada et le Colorado (où il y a beaucoup d’Hispaniques), mais il faut impérativement qu’il l’emporte dans le Michigan, l’Ohio et la Pennsylvanie, en plus de l’Arizona (et ses Hispaniques), en Caroline du Nord, dans le New Hampshire, notamment. Il n’a pas le droit à l’erreur: si, dans cette configuration, il perdait le petit New Hampshire et ses 4 grands électeurs, il perdrait l’élection. Evidemment, s’il perd en plus le Michigan ou la Pennsylvanie, sa défaite serait plus lourde. Mais voilà, il faut envisager l’élection au niveau local, pas national. Et les enjeux régionaux de la Rust Belt reviennent sur le devant de la scène. Reste à voir s’ils seront déterminants d’ici novembre et s’ils suffiront à dépasser les autres questions.

Michael Moore explique que les électeurs voteront précisément pour Trump parce qu’il est un clown, ce qu’il appelle l’effet Jesse Ventura, du nom d’un ancien lutteur élu à la surprise générale gouverneur du Minnesota. L’appétence pour les clowneries est-elle sérieuse?

La longévité de Trump dans cette élection en dit long sur le niveau d’exaspération des électeurs américains envers leur classe politique. Trump est le symptôme plutôt que le mal: il montre à quel point le rejet est fort, notamment côté républicain. Cette longévité de Trump me semble d’abord et avant tout traduire l’exaspération d’une partie de l’électorat avec «Washington», le jusqu’au-boutisme, l’inefficacité, le carriérisme coupé des intérêts des électeurs, la suspicion que les élus travaillent davantage pour les lobbies que pour les électeurs.

Ils saluent plus la transgression symbolique d’un ordre moral qu’ils récusent que la clownerie en tant que telle. Les électeurs utilisent Trump comme vecteur d’une revanche symbolique sur le politiquement correct.
Trump n’est pas tant perçu par ses partisans comme un clown que comme un rebelle: celui qui va mettre un coup de pied dans la fourmilière, celui qui va s’affranchir du politiquement correct qui, selon eux, a installé une chape de plomb discursive notamment sur les «non minorités» (où l’on retrouve les hommes blancs hétérosexuels). Ils saluent plus la transgression symbolique d’un ordre moral qu’ils récusent (mis en place par les composantes de la coalition démocrate) que la clownerie en tant que telle. Evidemment il y a un côté «poli-tainment», «show business» dans lequel Trump excelle: il fait de la campagne une sorte de gigantesque série de télé réalité. Mais ils utilisent Trump surtout comme vecteur d’une forme de revanche symbolique sur le politiquement correct.

Michael Moore relève aussi l’impopularité d’Hillary Clinton qui pourrait lui coûter les voix des classes populaires, des jeunes et des partisans de Bernie Sanders. Ces derniers voteront-ils pour une ex-Secrétaire d’Etat qui a soutenu la guerre en Irak puis en Libye tout en ayant le soutien de l’establishment financier?

Je le répète depuis des mois: la clé de l’élection sera la mobilisation des électeurs en nombre. Les proportions de tel ou tel groupe que nous donnent les sondages sont une indication assez trompeuse. Il ne s’agit pas de savoir si tel ou tel candidat emporte tel groupe – y est majoritaire – mais combien d’électeurs il ou elle arrive à déplacer le jour J. Moore a raison de rappeler que c’est surtout dans l’électorat démocrate qu’on trouve les électeurs les plus vulnérables, ceux qui ont le plus de difficultés logistiques à voter, ceux à qui les Etats tenus par les Républicains imposent la présentation de pièces d’identité qu’ils n’ont pas forcément et qui, du coup, les découragent. De ce fait, beaucoup d’électeurs démocrates potentiels (noirs et hispaniques) font défaut, ce qui peut faire basculer un Etat-clé. Ces derniers jours, un certain nombre de lois dans ce sens ont été invalidées car exagérément restrictives, ou carrément racistes dans leur logique. C’est un des enjeux de la campagne.

La clé de l’élection sera la mobilisation des électeurs en nombre. Les proportions de tel ou tel groupe que nous donnent les sondages sont une indication assez trompeuse.
Mais il y en a d’autres: en amont il faut aller voir les gens, faire du porte à porte et les persuader de voter alors qu’ils n’en ont pas forcément l’habitude. Pourquoi voter pour Hillary Clinton? D’abord pour faire barrage à Trump: Trump mobilise malgré lui et contre lui chez les Hispaniques mais aussi chez les musulmans, particulièrement peu politisés jusqu’ici et nombreux … dans le Michigan, dont il était question plus haut. Si la victoire dans le Michigan ne tient qu’à quelques milliers de voix et qu’elles sont apportées par des électeurs nouvellement inscrits parce qu’ils voulaient faire barrage à Trump, on serait dans un scénario presque hollywoodien.

Autre enjeu, ceux qui n’ont pas de difficulté logistique pour voter, qui n’ont pas deux emplois dans la journée et qui ne sont pas des minorités: les jeunes blancs. Il y a deux profils: les jeunes votent peu dans l’ensemble, ce sont donc des voix perdues pour les démocrates. Et il y a les jeunes pro-Sanders, qui étaient très hostiles à Clinton. Beaucoup se sont beaucoup investis, émotionnellement, comme des convertis. Ils ont encore du mal à digérer la défaite de leur champion, qu’ils ont hué quand il a appelé à se rallier à Clinton lors de la convention démocrate. On a récemment estimé à 10% les irréductibles qui ont voté Sanders et ne voteront pas Clinton, sous aucun prétexte. Si cela peut sembler insignifiant, ce seront peut-être les quelques milliers de voix qui feront défaut à Clinton dans un Etat-clé. C’est peu probable, mais cela reste un scénario mathématiquement possible, tant l’électorat démocrate est composé de groupes incertains en termes de mobilisation.

Voir enfin:

Cinq raisons pour lesquelles Trump va gagner
Michael Moore Oscar and Emmy-winning Director

The Huffington Post

26/07/2016

Chers amis, chères amies,

Je suis désolé d’être le porteur de mauvaises nouvelles, mais je crois avoir été assez clair l’été dernier lorsque j’ai affirmé que Donald Trump serait le candidat républicain à la présidence des États-Unis. Cette fois, j’ai des nouvelles encore pires à vous annoncer: Donald J. Trump va remporter l’élection du mois de novembre.

Ce clown à temps partiel et sociopathe à temps plein va devenir notre prochain président. Le président Trump. Allez, dites-le tous en chœur, car il faudra bien vous y habituer au cours des quatre prochaines années: « PRÉSIDENT TRUMP! »

Jamais de toute ma vie n’ai-je autant voulu me tromper.

Je vous observe attentivement en ce moment. Vous agitez la tête en disant: « Non Mike, ça n’arrivera pas! ». Malheureusement, vous vivez dans une bulle. Ou plutôt dans une grande caisse de résonance capable de vous convaincre, vous et vos amis, que les Américains n’éliront pas cet idiot de Trump. Vous alternez entre la consternation et la tentation de tourner au ridicule son plus récent commentaire, lorsque ce n’est pas son attitude narcissique.

Par la suite, vous écoutez Hillary et envisagez la possibilité que nous ayons pour la première fois une femme à la présidence. Une personne respectée à travers le monde, qui aime les enfants et poursuivra les politiques entreprises par Obama. Après tout, n’est-ce pas ce que nous voulons? La même chose pour quatre ans de plus?

 Il est temps de sortir de votre bulle pour faire face à la réalité. Vous aurez beau vous consoler avec des statistiques (77 % de l’électorat est composé de femmes, de personnes de couleur et d’adultes de moins de 35 ans, et Trump ne remportera la majorité d’aucun de ces groupes), ou faire appel à la logique (les gens ne peuvent en aucun cas voter pour un bouffon qui va à l’encontre de leurs propres intérêts), ça ne restera qu’un moyen de vous protéger d’un traumatisme. C’est comme lorsque vous entendez un bruit d’arme à feu et pensez qu’un pneu a éclaté ou que quelqu’un joue avec des pétards. Ce comportement me rappelle aussi les premières manchettes publiées le 11 septembre, annonçant qu’un petit avion a heurté accidentellement le World Trade Center.

« Des millions de gens seront tentés de devenir marionnettistes et de choisir Trump dans le seul but de brouiller les cartes et voir ce qui arrivera. »

Nous avons besoin de nouvelles encourageantes parce que le monde actuel est un tas de merde, parce qu’il est pénible de survivre d’un chèque de paie à l’autre, et parce que notre quota de mauvaises nouvelles est atteint. C’est la raison pour laquelle notre état mental passe au neutre lorsqu’une nouvelle menace fait son apparition.

C’est la raison pour laquelle les personnes renversées par un camion à Nice ont passé les dernières secondes de leur vie à tenter d’alerter son conducteur: « Attention, il y a des gens sur le trottoir! »

Eh bien, mes amis, la situation n’a rien d’un accident. Si vous croyez encore qu’Hillary Clinton va vaincre Trump avec des faits et des arguments logiques, c’est que vous avez complètement manqué la dernière année, durant laquelle 16 candidats républicains ont utilisé cette méthode (et plusieurs autres méthodes moins civilisées) dans 56 élections primaires sans réussir à arrêter le mastodonte. Le même scénario est en voie de se répéter l’automne prochain. La seule manière de trouver une solution à ce problème est d’admettre qu’il existe en premier lieu.

Comprenez-moi bien, j’entretiens de grands espoirs pour ce pays. Des choses ont changé pour le mieux. La gauche a remporté les grandes batailles culturelles. Les gais et lesbiennes peuvent se marier. La majorité des Américains expriment un point de vue libéral dans presque tous les sondages. Les femmes méritent l’égalité salariale? Positif. L’avortement doit être permis? Positif. Il faut des lois environnementales plus sévères? Positif. Un meilleur contrôle des armes à feu? Positif. Légaliser la marijuana? Positif. Le socialiste qui a remporté l’investiture démocrate dans 22 États cette année est une autre preuve que notre société s’est profondément transformée. À mon avis, il n’y a aucun doute qu’Hillary remporterait l’élection haut la main si les jeunes pouvaient voter avec leur console X-box ou Playstation.

Hélas, ce n’est pas comme ça que notre système fonctionne. Les gens doivent quitter leur domicile et faire la file pour voter. S’ils habitent dans un quartier pauvre à dominante noire ou hispanique, la file sera plus longue et tout sera fait pour les empêcher de déposer leur bulletin dans l’urne. Avec pour résultat que le taux de participation dépasse rarement 50 % dans la plupart des élections. Tout le problème est là. Au mois de novembre, qui pourra compter sur les électeurs les plus motivés et inspirés? Qui pourra compter sur des sympathisants en liesse, capables de se lever à 5 heures du matin pour s’assurer que tous les Tom, Dick et Harry (et Bob, et Joe, et Billy Bob et Billy Joe) ont bel et bien voté? Vous connaissez déjà la réponse. Ne vous méprenez pas: aucune campagne publicitaire en faveur d’Hillary, aucune phrase-choc dans un débat télévisé et aucune défection des électeurs libertariens ne pourra arrêter le train en marche.

Voici 5 raisons pour lesquelles Trump va gagner :

1. Le poids électoral du Midwest, ou le Brexit de la Ceinture de rouille

Je crois que Trump va porter une attention particulière aux États « bleus » de la région des Grands Lacs, c’est-à-dire le Michigan, l’Ohio, la Pennsylvanie et le Wisconsin. Ces quatre États traditionnellement démocrates ont chacun élu un gouverneur républicain depuis 2010, et seule la Pennsylvanie a opté pour un démocrate depuis ce temps. Lors de l’élection primaire du mois de mars, plus de résidents du Michigan se sont déplacés pour choisir un candidat républicain (1,32 million) qu’un candidat démocrate (1,19 million).

Dans les plus récents sondages, Trump devance Clinton en Pennsylvanie. Et comment se fait-il qu’il soit à égalité avec Clinton en Ohio, après tant d’extravagances et de déclarations à l’emporte-pièce? C’est sans doute parce qu’il a affirmé (avec raison) qu’Hillary a contribué à détruire la base industrielle de la région en appuyant l’ALÉNA. Trump ne manquera pas d’exploiter ce filon, puisque Clinton appuie également le PTP et de nombreuses autres mesures qui ont provoqué la ruine de ces quatre États.

Durant la primaire du Michigan, Trump a posé devant une usine de Ford et menacé d’imposer un tarif douanier de 35 % sur toutes les voitures fabriquées au Mexique dans le cas où Ford y déménagerait ses activités. Ce discours a plu aux électeurs de la classe ouvrière. Et lorsque Trump a menacé de contraindre Apple à fabriquer ses iPhone aux États-Unis plutôt qu’en Chine, leur cœur a basculé et Trump a remporté une victoire qui aurait dû échoir au gouverneur de l’Ohio John Kasich.

L’arc qui va de Green Bay à Pittsburgh est l’équivalent du centre de l’Angleterre. Ce paysage déprimant d’usines en décrépitude et de villes en sursis est peuplé de travailleurs et de chômeurs qui faisaient autrefois partie de la classe moyenne. Aigris et en colère, ces gens se sont fait duper par la théorie des effets de retombées de l’ère Reagan. Ils ont ensuite été abandonnés par les politiciens démocrates qui, malgré leurs beaux discours, fricotent avec des lobbyistes de Goldman Sachs prêts à leur écrire un beau gros chèque.

Voilà donc comment le scénario du Brexit est en train de se reproduire. Le charlatan Elmer Gantry se pose en Boris Johnson, faisant tout pour convaincre les masses que l’heure de la revanche a sonné. L’outsider va faire un grand ménage! Vous n’avez pas besoin de l’aimer ni d’être d’accord avec lui, car il sera le cocktail molotov que vous tirerez au beau milieu de tous ces bâtards qui vous ont escroqué! Vous devez envoyer un message clair, et Trump sera votre messager!

Passons maintenant aux calculs mathématiques. En 2012, Mitt Romney a perdu l’élection présidentielle par une marge de 64 voix du Collège électoral. Or, la personne qui remportera le scrutin populaire au Michigan, en Ohio, en Pennsylvanie et au Wisconsin récoltera exactement 64 voix. Outre les États traditionnellement républicains, qui s’étendent de l’Idaho à la Géorgie, tout ce dont Trump aura besoin pour se hisser au sommet ce sont les quatre États du Rust Belt. Oubliez la Floride, le Colorado ou la Virginie. Il n’en a même pas besoin.

« Cela dit, notre plus grand problème n’est pas Trump mais bien Hillary. Elle est très impopulaire. Près de 70 % des électeurs la considèrent comme malhonnête ou peu fiable. »

2. Le dernier tour de piste des Hommes blancs en colère

Nos 240 ans de domination masculine risquent de se terminer. Une femme risque de prendre le pouvoir! Comment en est-on arrivés là, sous notre propre règne? Nous avons ignoré de trop nombreux avertissements. Ce traître féministe qu’était Richard Nixon nous a imposé le Titre IX, qui interdit toute discrimination sur la base du genre dans les programmes éducatifs publics. Les filles se sont mises à pratiquer des sports. Nous les avons laissées piloter des avions de ligne et puis, sans crier gare, Beyoncé a envahi le terrain du Super Bowl avec son armée de femmes noires afin de décréter la fin de notre règne!

Cette incursion dans l’esprit des mâles blancs en danger évoque leur crainte du changement. Ce monstre, cette « féminazie » qui – comme le disait si bien Trump – « saigne des yeux et de partout où elle peut saigner » a réussi à s’imposer. Après avoir passé huit ans à nous faire donner des ordres par un homme noir, il faudrait maintenant qu’une femme nous mène par le bout du nez? Et après? Il y aura un couple gai à la Maison-Blanche pour les huit années suivantes? Des transgenres? Vous voyez bien où tout cela mène. Bientôt, les animaux auront les mêmes droits que les humains et le pays sera dirigé par un hamster. Assez, c’est assez!

3. Hillary est un problème en elle-même

Pouvons-nous parler en toute franchise? En premier lieu, je dois avouer que j’aime bien Hillary Clinton. Je crois qu’elle est la cible de critiques non méritées. Mais après son vote en faveur de la guerre en Irak, j’ai promis de ne plus jamais voter pour elle. Je suis contraint de briser cette promesse aujourd’hui pour éviter qu’un proto-fasciste ne devienne notre commandant en chef. Je crois malheureusement qu’Hillary Clinton va nous entraîner dans d’autres aventures militaires, car elle est un « faucon » perché à droite d’Obama. Mais peut-on confier le bouton de nos bombes nucléaires à Trump le psychopathe? Poser la question, c’est y répondre.

Cela dit, notre plus grand problème n’est pas Trump mais bien Hillary. Elle est très impopulaire. Près de 70 % des électeurs la considèrent comme malhonnête ou peu fiable. Elle représente la vieille manière de faire de la politique, c’est-à-dire l’art de raconter n’importe quoi pour se faire élire, sans égard à quelque principe que ce soit. Elle a lutté contre le mariage gay à une certaine époque, pour maintenant célébrer elle-même de tels mariages. Ses plus farouches détractrices sont les jeunes femmes. C’est injuste, dans la mesure où Hillary et d’autres politiciennes de sa génération ont dû lutter pour que les filles d’aujourd’hui ne soient plus encouragées à se taire et rester à la maison par les Barbara Bush de ce monde. Mais que voulez-vous, les jeunes n’aiment pas Hillary.

Pas une journée ne passe sans que des milléniaux me disent qu’ils ne l’appuieront pas. Je conviens qu’aucun démocrate ou indépendant ne sera enthousiaste à l’idée de voter pour elle le 8 novembre. La vague suscitée par l’élection d’Obama et la candidature de Sanders ne reviendra pas. Mais au final, l’élection repose sur les gens qui sortent de chez eux pour aller voter, et Trump dispose d’un net avantage à cet effet.

« Les jeunes n’ont aucune tolérance pour les discours qui sonnent faux. Dans leur esprit, revenir aux années Bush-Clinton est un peu l’équivalent d’utiliser MySpace et d’avoir un téléphone cellulaire gros comme le bras. »

4. Les partisans désabusés de Bernie Sanders

Ne vous inquiétez pas des partisans de Sanders qui ne voteront pas pour Hillary Clinton. Le fait est que nous serons nombreux à voter pour elle! Les sondages indiquent que les partisans de Sanders qui prévoient de voter pour Hillary sont déjà plus nombreux que les partisans d’Hillary ayant reporté leur vote sur Obama en 2008. Le problème n’est pas là. Si une alarme doit sonner, c’est à cause du « vote déprimé ». En d’autres termes, le partisan moyen de Sanders qui fait l’effort d’aller voter ne fera pas l’effort de convaincre cinq autres personnes d’en faire de même. Il ne fera pas 10 heures de bénévolat chaque mois, et n’expliquera pas sur un ton enjoué pourquoi il votera pour Hillary.

Les jeunes n’ont aucune tolérance pour les discours qui sonnent faux. Dans leur esprit, revenir aux années Bush-Clinton est un peu l’équivalent d’utiliser MySpace et d’avoir un téléphone cellulaire gros comme le bras.

Les jeunes ne voteront pas davantage pour Trump. Certains voteront pour un candidat indépendant, mais la plupart choisiront tout simplement de rester à la maison. Hillary doit leur donner une bonne raison de bouger. Malheureusement, je ne crois pas que son choix de colistier soit de nature à convaincre les milléniaux. Un ticket de deux femmes aurait été beaucoup plus audacieux qu’un gars blanc, âgé, centriste et sans saveur. Mais Hillary a misé sur la prudence, et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de sa capacité à s’aliéner les jeunes.

5. L’effet Jesse Ventura

Pour conclure, ne sous-estimez pas la capacité des gens à se conduire comme des anarchistes malicieux lorsqu’ils se retrouvent seuls dans l’isoloir. Dans notre société, l’isoloir est l’un des derniers endroits dépourvus de caméras de sécurité, de micros, d’enfants, d’épouse, de patron et de policiers! Vous pouvez y rester aussi longtemps que vous le souhaitez, et personne ne peut vous obliger à y faire quoi que ce soit.

Vous pouvez choisir un parti politique, ou écrire Mickey Mouse et Donald Duck sur votre bulletin de vote. C’est pour cette raison que des millions d’Américains en colère seront tentés de voter pour Trump. Ils ne le feront pas parce qu’ils apprécient le personnage ou adhèrent à ses idées, mais tout simplement parce qu’ils le peuvent. Des millions de gens seront tentés de devenir marionnettistes et de choisir Trump dans le seul but de brouiller les cartes et voir ce qui arrivera.

Vous souvenez-vous de 1998, année où un lutteur professionnel est devenu gouverneur du Minnesota? Le Minnesota est l’un des États les plus intelligents du pays, et ses citoyens ont un sens de l’humour assez particulier. Ils n’ont pas élu Jesse Ventura parce qu’ils étaient stupides et croyaient que cet homme était un intellectuel destiné aux plus hautes fonctions politiques. Ils l’ont fait parce qu’ils le pouvaient. Élire Ventura a été leur manière de se moquer d’un système malade. La même chose risque de se produire avec Trump.

Un homme m’a interpellé la semaine dernière, lorsque je rentrais à l’hôtel après avoir participé à une émission spéciale de Bill Maher diffusée sur HBO à l’occasion de la convention républicaine: « Mike, nous devons voter pour Trump. Nous DEVONS faire bouger les choses! » C’était là l’essentiel de sa réflexion.

Faire bouger les choses. Le président Trump sera l’homme de la situation, et une grande partie de l’électorat souhaite être aux premières loges pour assister au spectacle.

La semaine prochaine, je vous parlerai du talon d’Achille de Donald Trump et des stratégies que nous pouvons employer pour lui faire perdre l’élection.

Cordialement,

Michael Moore

Ce billet de blog a initialement été publié sur The Huffington Post et traduit de l’anglais par Pierre-Etienne Paradis.

Voir par ailleurs:

‘Ferguson effect’? Savagely beaten cop didn’t draw gun for fear of media uproar, says Chicago police chief
Derek Hawkins

The Washington Post

October 7 2016

A Chicago police officer who was savagely beaten at a car accident scene this week did not draw her gun on her attacker — even though she feared for her life — because she was afraid of the media attention that would come if she shot him, the city’s police chief said Thursday.

Chicago Police Department Superintendent Eddie Johnson said the officer, a 17-year veteran of the force, knew she should shoot the attacker but hesitated because “she didn’t want her family or the department to go through the scrutiny the next day on the national news,” the Chicago Tribune reported.

Johnson’s remarks, which came at an awards ceremony for police and firefighters, underscore a point law enforcement officers and some political leaders have pressed repeatedly as crime has risen in Chicago and other major cities: that police are reluctant to use force or act aggressively because they worry about negative media attention that will follow.

The issue has become known as the Ferguson effect, named after the St. Louis suburb where a police officer shot and killed an unarmed black teenager in August 2014. The shooting set off protests and riots that summer and eventually gave way to a fevered national debate over race and policing. Many law enforcement officers have said that the intense focus on policing in the time since has put them on the defensive and hindered their work.

Criminologists are generally skeptical of the Ferguson effect, many arguing that there simply isn’t enough evidence to definitively link spikes in crime to police acting with increased restraint. President Obama and Attorney General Loretta E. Lynch have also said not enough data exists to draw a clear connection.

In Chicago, which has experienced record numbers of homicides this year, Mayor Rahm Emanuel has blamed the surge in violent crime on officers balking during confrontations, saying they have become “fetal” because they don’t want to be prosecuted or fired for their actions.
Chicago, America’s murder capital

Superintendent Johnson stopped short of saying the attack on the officer was an example of the Ferguson effect in action, but said being under a magnifying glass has caused his police to “second-guess” themselves.

According to Johnson, the 43-year-old officer, who has not been identified, was responding to a car crash Wednesday when a 28-year-old man who was involved in the accident struck her in the face, then repeatedly smashed her head against the pavement until she passed out. He said the attack went on for several minutes and that two others officers were injured as they tried to pull the suspect away, the Chicago Sun-Times reported. The suspect was on PCP, he said, and was finally subdued after officers Tasered and pepper sprayed him.

Johnson said he visited the officer in the hospital, where she told him why she did not draw her service weapon during the attack.

“She looked at me and said she thought she was going to die,” he told the audience at the awards ceremony. “And she knew that she should shoot this guy. But she chose not to because she didn’t want her family or the department to have to go through the scrutiny the next day on national news.”

“This officer could [have] lost her life last night,” Johnson continued. “We have to change the narrative of law enforcement across this country.”

The head of Chicago’s police union, the largest in the country, said the incident showed just how concerned officers are about becoming the center of a public spectacle if they use force. Police “don’t want to become the next YouTube video,” he told the Tribune.

But a Chicago civil rights lawyer said that police bore some responsibility for the tension between police and the communities they serve. Decades of abuse by the police department had eroded the public’s trust, attorney Jon Loevy told the Tribune.

“Any fair-minded person acknowledges that police have a very difficult and dangerous job, and this sounds like a very unfortunate situation,” he said. “The hope is that the department and the community can work to repair some of the lost trust so that officers won’t always feel so second-guessed.”

Voir enfin:

Jean-Patrick Grumberg
Dreuz
8 octobre 2016

Un très vieil enregistrement de Donald Trump d’il y a 10 ans, alors qu’il était invité à participer à une émission de variétés et qu’il ne savait pas que son micro était allumé, vient « miraculeusement » de faire surface, où il parle de ses prouesses avec les femmes dans les termes qu’on utilise dans les salles de garde.

Les médias se sont jetés sur cet enregistrement pour assassiner Trump et c’est logique : ils font tout pour que Donald Trump ne soit pas élu.

Des politiciens ont déclaré que ces mots disqualifient Donald Trump pour la Maison-Blanche, oubliant que Bill Clinton a été à ce poste tout en se rendant coupable non pas de mots, mais d’agissements sexuels répréhensibles.

Donald Trump vient de présenter des excuses publiques pour les propos qu’il a tenus il y a 10 ans. Elles ne seront pas publiées. Les médias feront comme si elles n’existent pas :

Here is my statement. pic.twitter.com/WAZiGoQqMQ

Oui, les médias se sont jetés sur les propos déplacés de Donald Trump et ont étouffé les propos scandaleux de Clinton.

Quelle est la valeur de leurs leçons de morale, quand ils restent silencieux concernant la débauche de Bill Clinton — et je ne parle pas ici de Monica Lewinsky ?

Que valent leurs simulacres quand ils cachent les campagnes de diffamation montées par Hillary Clinton pour traîner dans la boue et détruire la réputation des femmes sexuellement agressées par son mari, elle qui se dit la championne de la cause des femmes ?

  • Vous avez tous connaissance maintenant — ou vous allez bientôt l’apprendre — de l’existence de cet enregistrement où Donald Trump dit, entre autres, « Je suis automatiquement attiré par les belles femmes, c’est comme un aimant… quand vous êtes une star, elles vous laissent faire… vous pouvez tout leur faire. »
  • Mais avez-vous jamais entendu ces mêmes médias rapporter que Bill Clinton a violé Juanita Broaddrick non pas une, mais deux fois, en 1978 alors qu’il était procureur général de l’Arkansas ? Et qu’il l’a harcelée pendant encore 6 mois pour tenter de la rencontrer de nouveau ?
  • Avez-vous entendu parler de Paula Jones, ex-fonctionnaire de l’Arkansas, qui a poursuivi Bill Clinton en justice pour harcèlement sexuel, qui a donné lieu à une compensation de 850 000 dollars, et provoqué la destitution de Clinton la Chambre des représentants, bien avant son impeachment de la présidence dans l’affaire Lewinsky ?
  • Kathleen Willey ? Les médias parlent-ils de Kathleen Willey, cette assistante-bénévole à la Maison-Blanche qui a révélé avoir été sexuellement abusée par le Président Bill Clinton le 29 novembre 1993, durant son premier terme, soit deux ans avant sa relation sexuelle avec Monica Lewinsky ?
  • Eileen Wellstone, violée par Clinton après une rencontre dans un pub d’Oxford University en 1969,
  • Carolyn Moffet, secrétaire juridique à Little Rock en 1979, qui a réussi à fuir de la chambre d’hôtel où le gouverneur Clinton l’avait attirée pour lui demander des faveurs sexuelles,
  • Elizabeth Ward Gracen, Miss Arkansas en 1982, qui a accusé Clinton de la forcer à avoir des rapports sexuels avec elle juste après la compétition pour Miss Arkansas,
  • Becky Brown, la nounou de Chelsea, la fille des Clinton, qu’il a tenté d’attirer dans une chambre pour avoir des relations sexuelles avec elle,
  • Helen Dowdy, la femme d’un cousin d’Hillary, qui a accusé Bill Clinton, en 1986, d’attouchements sexuels  lors d’un mariage.
  • Cristy Zercher, hôtesse de l’air lors de la campagne de Clinton de 1991-1992, qui a déclaré à Star magazine avoir été victime des attouchements sexuels de Clinton pendant 40 minutes dans le jet de la campagne sans pouvoir se défendre…

Ont-ils rué dans les brancards ? Non. Vous ont-ils informé ? Pas plus. Ont-ils dénoncé le comportement de Hillary Clinton en ses occasions ? Encore moins.

Pourquoi ? Parce que les journalistes permettent qu’un homme de leur camp viole des femmes, les agresse sexuellement, forcent une stagiaire à faire des pipes au président dans le bureau ovale, mais ils sont scandalisés qu’un homme de droite prononce des mots sexuellement déplacés.

Voilà de quoi est fait le monde médiatique en décomposition.

C’est à vous et à vous seul de réagir et d’en tirer les conséquences. C’est à vous de prendre les bonnes décisions concernant ce double standard que les médias, dans leur dépravation morale, tentent de vous imposer — sur tous les sujets.

Voir enfin:

La longue plainte de Robert De Niro n’en finit pas de résonner.

Depuis trois semaines, la star américaine se livre à une véritable attaque en règle contre «la France des droits de l’homme», sa justice en général et le juge d’instruction parisien Frédéric N’Guyen en particulier. Lequel juge a osé mettre la star en garde à vue, le 10 février, afin de l’entendre à titre de témoin dans une affaire de proxénétisme international. Imprudemment soutenus dans leur croisade par le microcosme artistico-médiatique, l’artiste et ses alliés multiplient les déclarations incendiaires dénonçant la «chasse aux sorcières», le pouvoir «déplorable» accordé aux juges, la «sale besogne» d’un magistrat «narcissique», avide de «publicité». Au point que, vendredi, le Syndicat de la magistrature a fini par demander à la ministre de la Justice, Elisabeth Guigou, «d’assurer publiquement sa protection» au juge Frédéric N’Guyen, «qui fait l’objet, sans pouvoir y répondre, d’attaques personnalisées proprement inacceptables».

Injures

Pourtant, le sieur De Niro a bien bénéficié d’un traitement judiciaire particulier. Mais plutôt en sa faveur. C’est du moins ce qu’avouent en sourdine les enquêteurs, face à la multiplication des entorses aux règles judiciaires qui ont émaillé l’interpellation du célèbre témoin.

Ainsi, le mardi 10 février, lorsque les sept hommes de la Brigade de répression du proxénétisme (BRP), accompagnés d’une interprète assermentée, se présentent à l’hôtel Bristol, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris, De Niro refuse obstinément de leur ouvrir la porte de la suite numéro 450 qu’il occupe. Lorsqu’ils peuvent enfin pénétrer dans l’appartement, ouvert par un membre du personnel de l’hôtel, ils essuient sans broncher et pendant de longues minutes les bordées d’injures de l’artiste, visiblement très énervé. Ils laissent même Robert De Niro téléphoner à son avocat, Me Georges Kiejman, avant de recevoir l’ordre de quitter les lieux. Il n’existe qu’un précédent célèbre. C’était en juin 1996, lorsque les policiers accompagnant le juge Halphen s’étaient vu intimer l’ordre par leur hiérarchie de ne pas assister le magistrat lors de sa perquisition au domicile du maire de Paris, Jean Tiberi. Pour avoir couvert cette irrégularité, le patron de la police judiciaire, Olivier Foll, avait été privé pendant six mois de son habilitation de police judiciaire par la chambre d’accusation.

Au coeur du dossier

Au Bristol, les choses rentreront dans l’ordre vers 10 h 45, après l’arrivée d’un des patrons de la BRP muni d’une nouvelle commission rogatoire du juge. Robert De Niro consent alors à suivre les policiers, mais ni la fouille à corps, ni la perquisition de l’appartement, pourtant notifiées, ne seront exécutées. Alors même que ces deux exigences justifient le mode opératoire adopté. En effet, s’il s’était agi d’entendre De Niro à titre de témoin, une simple convocation aurait suffi. «Mais ce n’est pas un témoin de circonstance, explique un avocat du dossier. Monsieur De Niro n’est pas le quidam qui passe par hasard sur le lieu d’une infraction et à qui on demande de venir raconter ce qu’il a vu. Il est au coeur du dossier.» L’artiste est en effet l’un des clients présumés d’un réseau de prostitution qu’auraient mis sur pied le photographe de charme Jean-Pierre Bourgeois et une ex-mannequin suédoise, Anika Brumarck. La filière a été dénoncée par un informateur anonyme de la BRP en octobre 1996. Elle fonctionnait depuis 1994, comme l’établira rapidement l’information judiciaire, confiée au juge N’Guyen le 24 octobre 1996. Anika Brumarck gérait les opérations depuis son appartement du XVIe arrondissement parisien. Usant de sa profession de photographe, Bourgeois se serait occupé de recruter les jeunes filles, alléchées par des propositions de petits rôles au cinéma ou de modèle photo pour des campagnes publicitaires. «Il a un vrai don pour repérer des proies faciles», assure un enquêteur, qui évoque avec dégoût l’exploitation de ce «sous-prolétariat d’aspirantes à une carrière de figurantes». Catalogue. Etudiantes sans le sou, vendeuses de fast-food, filles de la Ddass se laissent attirer dans l’appartement de Bourgeois, pour une première séance de photos nues, au Polaroïd. Ces clichés sont la base du catalogue qui sera proposé aux «clients». Il comporte sept ou huit noms de prostituées professionnelles haut de gamme, et une quarantaine d’autres, non professionnelles. Ensuite, selon les témoignages de plusieurs filles, Bourgeois propose aux modèles de leur raser une partie du sexe, pour des raisons «esthétiques». Opération généralement suivi d’un rapport sexuel. A ce stade, certaines candidates se rebiffent. Quelques-unes portent plainte pour viol et tentative de viol. D’autres passent le cap, afin de préserver leurs chances de décrocher un contrat, sans savoir qu’elles vont se retrouver dans un réseau de prostitution. Et une partie de celles-ci, confrontées à la réalité de leur premier client, iront également se confier à la justice. Les accusations de violences sexuelles sont d’ailleurs si nombreuses dans ce dossier que le parquet de Paris a décidé de le couper en deux. Le juge N’Guyen instruit donc en parallèle le proxénétisme aggravé et les viols et tentatives liées au réseau, pour lequel il dispose d’une multitude de plaintes de gamines, à l’encontre des instigateurs comme de certains clients.

Branche américaine

Bourgeois se serait essentiellement occupé de la clientèle moyen-orientale, grâce notamment à ses relations avec Nazihabdulatif Al-Ladki, secrétaire du neveu du roi d’Arabie Saoudite. Bourgeois, Brumarck et Al-Ladki sont actuellement incarcérés à Fleury-Mérogis. La partie américaine aurait été l’affaire du Polonais Wojtek Fibak, ex-tennisman de renom et ex-entraîneur de Lendl et de Leconte. C’est notamment lui qui aurait présenté Bourgeois à De Niro et qui aurait assuré le développement de la clientèle américaine, tout en recrutant de son côté quelques candidates. Pas toutes consentantes, apparemment, puisque Fibak fait lui aussi l’objet d’une mise en examen pour «agression sexuelle et tentative de viol». Carnet d’adresses. La déposition de De Niro était nécessaire afin d’établir les faits de proxénétisme. Car l’artiste reconnaît avoir eu des relations sexuelles avec au moins deux jeunes femmes qui lui auraient été présentées par Bourgeois. «Dans ce cas très précis, explique un avocat de la partie civile, c’est le client qui induit le proxénétisme.» Habituellement, le client s’adresse à une fille, la paie et s’en va. Aux policiers de démontrer que le souteneur présumé reçoit une partie des sommes et qu’il vit aux crochets de la belle. «Là, c’est l’inverse, poursuit l’avocat. Le client est d’abord au contact de l’intermédiaire. Le proxénétisme est établi d’emblée. Et le juge était sans doute très intéressé par le carnet d’adresses et les agendas de l’artiste, qui auraient pu révéler d’autres contacts. Il lui fallait donc ordonner une perquisition, ce qui excluait le recours à la convocation ordinaire.»

Lors de son audition par le juge, Robert De Niro a longuement répondu aux questions. Ces informations, Frédéric N’Guyen les attendait depuis le 14 novembre 1997, date de la délivrance de sa première commission rogatoire visant l’acteur. Trois longs mois avant que les enquêteurs ne se décident. Le 6 février, ils se présentent au Bristol une heure après le départ de De Niro, retourné aux Etats-Unis pour quelques jours. Pas de chance. D’autant que ce ratage est accompagné d’une première fuite bien préparée vers la presse, qui évente l’opération. Fuite réitérée lors de l’interpellation de l’acteur, qui se retrouvera face à une meute d’objectifs et de caméras à sa sortie du palais de justice, vers 21 heures.

Offensive médiatique

A partir de ce moment, les choses tournent au vinaigre pour le juge N’Guyen. Le soir même de l’audition de De Niro, Me Kiejman dépose une plainte contre le magistrat pour «violation du secret de l’instruction» et «entrave à la liberté d’aller et venir». Après quelques jours de répit, l’offensive repart du Festival cinématographique de Berlin, passe par les pages du Monde, qui publie une longue interview de De Niro, et s’étale sur Canal +, lorsque Guillaume Durand invite la star dans Nulle part ailleurs. En fait, on apprend, grâce au Canard enchaîné, que Durand a reçu De Niro chez lui quelques jours avant. Et que, lors de cette petite sauterie organisée pour l’anniversaire de l’animateur télé, Elisabeth Guigou, ministre de la Justice, invitée elle aussi, s’est entretenue une demi-heure en tête à tête avec l’acteur, comme en convient le cabinet de la ministre. Sans compter une mystérieuse visite nocturne au bureau du juge, constatée par les gendarmes du palais de justice le 17 février. Show business. «Il y a une réelle tentative de déstabiliser le juge et de plomber le dossier, estime un avocat du côté des parties civiles. Et De Niro n’est qu’un prétexte dans cette opération.» Il pourrait dissimuler une tentative de sauvetage du producteur de cinéma Alain Sarde. Client présumé du réseau, Sarde est accusé de viol et de tentative de viol par deux jeunes femmes que lui aurait présentées Bourgeois. Sarde, qui nie les faits, est défendu par Georges Kiejman. Comme De Niro. Sarde bénéficie du soutien de grands noms du show business. Dont une partie de ceux qui défendent De Niro. Le patron de Canal +, Pierre Lescure, a adressé au juge une attestation de moralité en faveur d’Alain Sarde. Canal +, qui contrôle la société de production les Films Alain Sarde-Canal +, assure la défense de De Niro, via les interventions de Kiejman et de l’acteur sur son antenne. Effets du hasard, ou scénario bien écrit?


Brexit: Attention, une folie peut en cacher une autre ! (Spot the error: When the international standard for breaking up a country is less demanding than a vote on the drinking age or than the rules for a couple seeking a divorce)

27 juin, 2016
PopulationExchangeBrexitBrexitToonSi vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité? (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
La vérité ne se décide pas au vote majoritaire. Doug Gwyn
Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours. Churchill
Les principes républicains n’exigent point qu’on se laisse emporter au moindre vent des passions populaires ni qu’on se hâte d’obéir à toutes les impulsions momentanées que la multitude peut recevoir par la main artificieuse des hommes qui flattent ses préjugés pour trahir ses intérêts. Le peuple ne veut, le plus ordinairement, qu’arriver au bien public, cela est vrai ; mais il se trompe souvent en le cherchant […]. Lorsque les vrais intérêts du peuple sont contraires à ses désirs, le devoir de tous ceux qu’il a préposés à la garde de ses intérêts est de combattre l’erreur dont il est momentanément la victime afin de lui donner le temps de se reconnaître et d’envisager les choses de sang-froid. Et il est arrivé plus d’une fois qu’un peuple, sauvé ainsi des fatales conséquences de ses propres erreurs, s’est plu à élever des monuments de reconnaissance aux hommes qui avaient eu le magnanime courage de s’exposer à lui déplaire pour le servir. Alexander Hamilton (1788)
Si les membres s’étaient engagés publiquement dès le début, ils auraient ensuite supposé que la cohérence exigeait d’eux de maintenir leurs opinions, alors que, grâce au secret des discussions, nul ne se sent obligé de conserver ses opinions s’il n’est plus convaincu de leur pertinence et de leur vérité, et chacun peut céder à la force des arguments. James Madison
Si le public était exclu, il serait toujours amené à supposer que la vérité n’a pas été rapportée, ou qu’une partie était supprimée, et que beaucoup de choses se sont passées dont il n’a pas connaissance. Jeremy Bentham (1791)
Pourquoi le besoin de cohérence serait-il un facteur contraignant dans un débat public ? On peut imaginer deux raisons, l’une relative aux sujets de la décision à prendre et l’autre relative aux observateurs du débat. D’une part, lorsqu’une proposition a été lancée de manière publique, elle devient  facilement irréversible si ceux qui vont en profiter sont capables d’en empêcher le retrait. D’autre part, le besoin de cohérence peut être l’effet conjoint de la présence des observateurs et de la vanité de l’orateur. Abandonner une opinion qu’on a d’abord crue vraie implique qu’on s’est trompé, ce qui crée le sentiment déplaisant de dissonance cognitive. Il est donc normal qu’on hésite à abandonner une opinion, même si elle a été adoptée de manière passive plutôt qu’ active. Je conclus sur ce point que Madison eut tort s’il voulait affirmer, ce qui n’est pas évident, que dans le huis clos il n’ y a aucune force qui s’oppose à l’ argumentation. Même si la pression du public et la vanité devant l’audience ne jouent pas, le désir de l’ applaudissement du public interne garde toute sa force. Il convient de soulever une deuxième objection, plus importante celle-ci, à l’éloge que fait Ma dison du huis clos : le huis clos comporte une tendance à déplacer les échanges vers le terrain de la négociation , et à remplacer le souci du b ien commun par le souci du bien privé ou de l’intérêt du groupe. Par exemple, à Philadelphie, il y a eu un marchandage ouvert concernant l’esclavage, qui fut finalement accepté par les États du Nord sous la menace des États esclavagistes de quitter la Convention. De même, la décision d’accorder à chaque État deux sièges au Sénat fut le résultat de la menace des petits États de se retirer. On peut soulever enfin une troisième objection à l’analyse de Madison, laquelle semble sur un point précis manquer de sincérité – fait curieux dans un texte qui se veut l’éloge de cette vertu même. Son analyse ne suffit pas, en effet, à expliquer l’extrême épaisseur du voile qui fut tiré sur les débats et les votes, qui ne furent rendus publics qu’avec un retard de plusieurs décennies. Il existe de bonnes raisons de croire que les constituants américains ont voulu garder le secret sinon permanent, du moins durable, afin de ne pas avoir à craindre que la postérité n’exploite leurs désaccords, peut-être pour jeter un doute sur la légitimité du document. Nous savons que beaucoup de votes à la Convention furent extrêmement serrés. Jon Elster
Les assemblées constituantes restent, malgré tout, des objets privilégiés dans la mesure où elles mettent en scène l’argumentation et la négociation sous leur aspect le plus percutant. D’une part, les questions qui doivent y être tranchées n’ont rien à voir avec la politique à la petite semaine, égoiste et routinière. Mais, parce que ces assemblées doivent établir un cadre juridique pour un avenir indéfini, elles sont soumises à une très forte exigence d’impartialité dans l’argumentation. D’autre part, les constitutions sont souvent rédigées en période de crise, ce qui requiert des mesures extraordinaires, voire spectaculaires. Ainsi, à Philadelphie, de nombreux états menacent de quitter l’Union s’ils n’obtiennent pas gain de cause sur certaines questions bien précises, comme le maintien de l’esclavage ou la représentation proportionnelle de tous les États au Sénat. (La première menace a réussi ; la seconde a échoué.) A Paris, dans un premier temps, les délibérations de l’assemblée se déroulent sous la menace des troupes royales et, ultérieurement, sous les pressions de la foule. (Cette dernière menace fut efficace ; la première pas.) (…) je voudrais maintenant aller plus loin dans cette optique, en proposant quelques hypothèses à propos de l’effet global de l’argumentation et de la négociation à huis-clos et en public. Par « effet global », j’entends un critère qui tient compte de l’efficacité et de l’équité (et qu’on ne me demande surtout pas comment elles s’associent, ni au prix de quel compromis). J’affirme alors que, selon ce critère, et pour un mode de communication donné, les huis-clos sont toujours préférables à la publicité des débats ; et, pour un contexte donné, l’argumentation est toujours préférable à la négociation. En gros, l’argumentation est préférable à la négociation en raison de la force civilisatrice de l’hypocrisie. Et le huis-clos est préférable à la publicité des débats parce qu’il laisse moins de place à l’engagement préalable et à la surenchère. (…) A la Convention, les séances se déroulent à huis-clos et les délibérations sont soumises à la loi du secret, que tout le monde respecte. Dès lors, il est peu probable que des constituants s’enferment prématurément dans une position. Et donc, les occasions d’exploiter ce genre de situation à des fins stratégiques sont rares, elles aussi. Il existe pourtant une astuce. Celle-ci consiste à faire en sorte que la Convention s’imagine, lors de certaines séances, en train de siéger en « comité général » (Committee of the Whole). Cette astuce permet de procéder à des votes préliminaires qui ne lient les représentants à aucune décision prématurée. A l’Assemblée Constituante, les débats sont non seulement publics, mais également constamment interrompus par l’assistance. Initialement, il avait été envisagé que l’Assemblée se réunisse deux jours par semaine, et travaille en sous-commissions le reste du temps. Pourtant, les modérés et les patriotes n’étaient pas du tout du même avis à propos de cette façon de procéder. Pour Mounier, le leader des modérés, les commissions encourageaient « la froide raison et l’expérience », en protégeant leurs membres de tout ce qui pouvait attiser leur vanité et leur crainte de la désapprobation (…). Pour le patriote Bouche (…), les commissions tendent à affaiblir la ferveur révolutionnaire. Il préfère les grandes Assemblées, « où les âmes se fortifient, s’électrisent et où les noms, les rangs et les distinctions n’ont aucune importance. » Suite à sa proposition, il est décidé que l’Assemblée se réunira en séance plénière le matin, et en commissions l’après-midi. Rapidement, il n’y a plus que des séances plénières. L’importance de ce changement, qui marque le début de la fin aux yeux des modérés, est très bien comprise, à l’époque (…). Il est renforcé par l’introduction du vote nominatif. Cette procédure permet aux membres de l’Assemblée et au public d’identifier ceux qui s’opposent aux mesures radicales, et de faire circuler dans tout Paris la liste de leurs noms. La qualité des débats de la Convention Fédérale est souvent très élevée. Les débats y sont remarquables car ils contiennent peu de jargon et se fondent sur l’argumentation rationnelle. A l’Assemblée Constituante, au contraire, ils débordent de rhétorique, de démagogie et de surenchère. En même temps, la Convention est un lieu où l’on négocie âprement, notamment lors des débats opposant les États esclavagistes aux États commerciaux (…). Les représentants des États du Sud ne cherchent pas vraiment à affirmer que l’esclavage est moralement acceptable, si l’on excepte la remarque boiteuse de Charles Pinkney. Pour lui, « si l’esclavage est un mal, il est justifié par l’exemple du monde entier » (…). Au lieu de cela, ils expriment simplement leur opinion à l’aide de deux leviers : d’une part, en menaçant de quitter l’Union ; d’autre part, en attirant l’attention sur le fait qu’une Constitution défavorable aux États esclavagistes risquerait de ne pas être ratifiée. Si les débats s’étaient déroulés en public, ils auraient pu être forcés de mettre des gants. Jon Elster
Une autre question abordée pour éclairer le phénomène du vote est celle des votes sophistiqués (ou stratégiques) et des votes insincères. Il convient de distinguer ces deux catégories puisqu’à la différence d’un vote insincère, un vote sophistiqué n’est pas induit par la publicité de la procédure. Un vote insincère est un vote qui va à l’encontre des préférences sincères de l’ agent qui sait que son vote est observé, et qui est motivé soit par un espoir de gain soit par une crainte de sanctions. Dans le dernier cas, on préfère l’option A à l’option B, mais on vote pour B puisqu’un vote pour A aurait entraîné des sanctions de la part des observateurs du vote, que ceux-ci soient d’ autres votants ou des non votants intéressés. Dans le cas typique du vote sophistiqué, un votant fausse l’expression de ses préférences afin de rendre plus probable la victoire d’un candidat, d’un parti ou d’une proposition qu’il préfère à une alternative qui aurait plus de chances de gagner s’il votait selon ses préférences sincères. Concernant le vote insincère, on peut remarquer que lorsque le vote est public, il s’exerce souvent une pression sociale très forte sur l’individu pour voter dans le sens de la majorité. Quand le vote non seulement est public, mais se fait par appel nominal, cette pression s’en trouve renforcée. À la Constituante par exemple, il arriva souvent qu’une majorité évidente lors du vote par assis et levé se transforma en une minorité lorsqu’on demanda l’appel nominal. (…) Premièrement, les actions d’individus qui sont caractérisées par une fausse sophistication risquent de se retourner contre elles-mêmes. Deuxièmement, des individus vraiment sophistiqués risquent de ne pas être capables de déterminer leur choix optimal. La première conclusion relève de l’irrationalité des individus. Un agent qui base ses choix sur l’hypothèse qu’autrui est moins rationnel que lui-même est, par ce fait même, irrationnel. La deuxième conclusion relève de l’indétermination de la théorie du choix rationnel. Il existe en effet de nombreuses situations, notamment dans un contexte stratégique, dans lesquelles cette théorie est incapable de prescrire et de prédire des actions précises. J ’étudie ensuite une autre modalité du vote, la question du scrutin secret par rapport au vote public. Je cherche à déterminer, pour des contextes divers, les effets de l’une et de l’autre fa çon de voter. La question est intimement liée à celle du débat public par rapport au huis clos. Une première opposition est frappante : la Convention de Philadelphie s’est déroulée totalement à huis clos alors que les sessions plénières de la Convention européenne étaient publiques. Il n’est toutefois pas certain que cette différence ait été décisive.Tout d’abord, les effets du huis clos ne sont pas univoques. D’un côté, comme l’a souligné Madison à Philadelphie, il peut faciliter la « délibération » : « Si les membres s’étaient engagés publiquement dès le début, ils auraient ensuite supposé que la cohérence exigeait d’eux de maintenir leurs opinions alors que, grâce au secret des discussions, nul ne se sent obligé de conserver ses opinions s’il n’est plus convaincu de leur pertinence et de leur vérité, et chacun peut céder à la force des arguments ». D’un autre côté, l’expérience des conférences intergouvernementales tend à montrer que le huis clos peut aussi aller de pair avec la « négociation ». Il est plus facile d’exprimer et de défendre des « intérêts égoïstes » derrière des portes closes qu’au sein d’une assemblée qui se veut délibérative. Selon J. Elster, la publicité des débats incite à préférer le registre de l’argumentation, quand il s’agit d’exprimer ses intérêts. Ce simple « usage stratégique de l’argumentation » contribuerait alors à rapprocher les points de vue en présence. En outre, il existait au sein de la Convention des groupes restreints qui travaillaient à huis clos, au premier rang desquels on trouve le Praesidium, mais aussi certains groupes de travail, certaines réunions de « composantes » ou de groupes politiques. L’argumentation à huis clos, le meilleur arrangement possible selon J. Elster, a pu intervenir dans certains cercles de la Convention. C’est par exemple au sein d’une réunion du groupe PPE que le Suédois Sören Lekberg a reconnu avoir « changé d’avis » au vu des arguments développés par d’autres conventionnels concernant la nouvelle « clause de retrait » de l’Union. Le seul fait que nous ayons pu y assister montre toutefois que le huis clos n’était pas total et laisse penser que c’est l’aspect informel de ces réunions qui a joué le rôle le plus décisif. (…) La comparaison entre le déroulement des Conventions de Bruxelles et Philadelphie aide à cerner la nature de la construction européenne. L’hétérogénéité de la Convention européenne, la diversité de ses acteurs et de leurs identités apparaît plus nettement. En particulier, la Convention a mêlé, aux représentants des gouvernements, des parlementaires nationaux, jusque-là exclus de la phase d’élaboration des textes fondateurs européens, et des représentants de pays candidats, bientôt membres de l’Union. Dans ces conditions, la seule existence d’un texte unique adopté par consensus peut être considérée comme un « miracle » – pour reprendre le terme si souvent employé à propos de la Convention de Philadelphie, d’autant que les avancées qu’il comporte en termes d’extension de la majorité qualifiée, de démocratisation ou de clarification du système européen sont essentielles. Un seul texte remplace tous les traités existants, il en présente de façon beaucoup plus explicite les objectifs, les valeurs ainsi que la répartition des compétences entre l’Union et les États membres. Sans quelques moments « délibératifs », il aurait été difficile d’atteindre un tel résultat. Même si ces moments ne sont pas toujours aisés à repérer, la comparaison entre Bruxelles et Philadelphie confirme que l’existence de groupes de travail et de réunions restreintes (par institution d’origine, par groupe politique…) a favorisé la délibération. Ce « miracle » d’un compromis entre des intérêts divergents ne paraît cependant pas si éloigné de celui qui se produit quotidiennement dans le cadre de la construction européenne. Cela conduit à s’interroger sur le mot de « Constitution ». Il va en effet de pair avec l’idée de rupture, à l’œuvre à Philadelphie mais pas à Bruxelles. Dans le second cas, il semble qu’une logique de « petits pas » continue à prévaloir. Le projet de traité constitutionnel permet certains pas en avant. D’autres restent à accomplir, notamment pour écarter plus largement la procédure de l’unanimité. Il est compréhensible que nombre de conventionnels aient voulu associer le terme, fondateur, de « Constitution » – qui est de surcroît parlant pour les citoyens européens– à leur œuvre. Mais ne risque-t-il pas d’induire ces derniers en erreur en sous-entendant qu’il s’agit d’un texte intangible, dont les limites seraient dès lors vivement ressenties ? L’extrême diversité des acteurs européens, des États et des peuples n’implique-t-elle pas finalement que les Européens doivent sans cesse confronter leurs visions afin de les « ré-accorder », ycompris au niveau du contrat fondateur ? Ne conviendrait-il pas alors de préférer la notion de « pacte constitutionnel » ou même d’« accord constitutionnel », qui évoquent davantage l’idée d’une adhésion et d’un compromis sans cesse renouvelés ? La nécessité de disposer d’une clause de révision assouplie n’en serait alors que plus cruciale. Florence Deloche-Gaudez
À la suite de la Convention sur l’avenir de l’Europe, un traité établissant une constitution pour l’Europe fut signé. Celui-ci devait être soumis à référendum dans dix États membres, cependant, il ne s’est effectivement déroulé que dans quatre d’entre eux. Le premier référendum organisé fut le référendum espagnol, le 20 février 2005. Avec 41,8 % de participation, 76,6 % des Espagnols votèrent en faveur du traité. Le 29 mai 2005 s’est déroulé le référendum français. Avec 69 % de participation, le traité fut rejeté par 55 % des électeurs. Le 1er juin 2005, avec 63,3 % de participation, 61,5 % des Néerlandais votèrent contre le traité lors du référendum. Le référendum luxembourgeois fut organisé le 10 juillet 2005. Avec 90,44 % de participation, le traité fut approuvé par 56,5 % des votants. D’autres États membres envisageaient de recourir au référendum pour ratifier le traité : la République tchèque, l’Irlande, la Pologne, le Portugal, le Royaume-Uni, et le Danemark. (…) Un seul État membre, l’Irlande, a organisé un référendum pour ratifier le traité de Lisbonne. Le référendum irlandais sur le traité de Lisbonne eut lieu le 12 juin 2008. 53,2 % des votants s’exprimèrent contre la ratification du traité. À la suite de ce vote, la Commission européenne a déclaré que le traité n’obligerait pas l’Irlande à changer de position quant à l’existence d’un commissaire permanent par État (s’opposant à l’idée de rotation alors introduite), à la neutralité militaire et à l’avortement. Les Irlandais votèrent à nouveau le 2 octobre 2009. Avec un taux de participation de 59 %, les Irlandais acceptèrent la ratification du traité à 67,1 % des votants. Des critiques ont été émises quant à la décision de faire voter une nouvelle fois les Irlandais sur la base de quelques déclarations. La principale opposition dans l’Union européenne provenait du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) qui considérait que le choix de la population irlandaise lors du premier vote avait été ignoré et qu’ils avaient été forcés de revoter. Le parti ajoute que les concessions faites à l’Irlande sur certaines dispositions du traité de Lisbonne « n’ont aucune existence légale ». Certains considèrent que l’Irlande a obtenu des garanties sur le fait que certaines problématiques, telle que l’avortement, ne sera pas affecté par le traité de Lisbonne et qu’ainsi le peuple irlandais pouvait voter en gardant les concessions faites en tête, et qu’étant donné que tous les autres États membres avaient approuvé le traité, il n’était pas déraisonnable de demander à un seul pays de reconsidérer son rejet. Wikipedia
Le « traité établissant une Constitution pour l’Europe » devait être ratifié par chacun des États signataires pour entrer en vigueur, mais il a été rejeté par les électeurs français et néerlandais lors des référendums du 29 mai et du 1er juin 2005. Bien que les autres Etats membres aient ratifié le texte, la situation de blocage était évidente et le projet de Constitution a été abandonné. A la différence du précédent traité, le texte adopté à Lisbonne est un traité international classique. Le mot « constitution », tout comme les symboles de l’Union (drapeau, hymne, devise…) ne sont donc pas mentionnés. En outre, le texte introduit pour la première fois la possibilité pour un Etat membre de quitter l’Union dans des conditions à négocier avec ses partenaires. Des similitudes sont cependant présentes entre les deux traités. Selon Valéry Giscard d’Estaing, père du projet de constitution européenne, le nouveau traité en reprend intégralement les propositions institutionnelles, tout en les présentant dans un ordre différent. Pour le Sénat français, « le traité de Lisbonne reprend en règle générale le contenu du traité constitutionnel, même s’il le fait sous une forme complètement différente ». Même si le contenu des deux traités n’est pas identique, Marine Le Pen aurait donc raison de dire que le projet de Constitution européenne, rejeté en 2005, a été – en partie – proposé à nouveau en 2008. En effet, le nouveau texte prend en considération les exigences de réformes institutionnelles avancées en 2005, cependant avec un autre ton. Et c’est justement la forme qui marque la différence entre ces deux traités. Après les référendums de 2005, le mot « constitution » est définitivement abandonné et le processus d’intégration européenne est arrêté pendant trois ans. En outre, la possibilité de quitter l’Union est introduite dans le traité : cela n’a pas été le cas pendant les 50 premières années de l’intégration européenne. L’UE s’éloigne donc du rêve fédéraliste de ses fondateurs : la voix des Français et des Néerlandais a donc été écoutée. Toute l’Europe
The central weakness of the Obama Administration has been its repeatedly demonstrated lack of strategic insight: an inability to differentiate between the important and the trivial, the symbolic and the substantive, the necessary and the optional, the truly dangerous and the inconsequential. It is also bad at understanding linkages: the ways that problems and policies in one set of issues or in one region of the world impact American options, prestige and effectiveness in others. Now, too late, when the house is in on fire, the Administration is realizing that the Atlantic system is in deep trouble and that Brexit is a major challenge to U.S. interests. So now when success is more difficult and the range of possible outcomes is less appealing, the U.S. is going to commit to the issue and dive in. But that won’t change a reality that the press does its best to tiptoe past: rarely has a presidency seen so many things go so badly for the U.S. in foreign policy. Obama’s track record is not looking good: at the end of his watch, the Middle East, Europe, and East Asia are all in worse shape than when he entered office, relations with Russia and China are both worse, there are more refugees, more terrorists and more dangerous terrorist organizations. Walter Russell Mead
The vote, and weakening of the West that it heralds, will diminish President Obama’s foreign policy legacy. American policy toward Europe under his leadership has been an abject failure. His most obvious failure, and one that historians will view severely, is his failure to prevent the meltdown of Syria. The millions of desperate refugees fleeing for their lives are much more than a humanitarian disaster; they are a political disaster, and the strain of coping with the refugee flow on top of Europe’s other problems stoked suspicion and fear across the continent and greatly strengthened the power of the Leave campaign in the UK. But beyond the horrors of Syria, Obama has done less for Europe than any American president since the 1930s. The American response to the euro crisis and its long and bitter aftermath was both shortsighted and feeble. To the extent it did anything, the Obama irritated the Germans by critiquing their handling of the crisis while disappointing the debtor countries by an absence of effective support. The United States had great interests at stake when it came to Cameron’s negotiations with the EU; from all one can tell, President Obama spent more time playing golf during those negotiations than he did working to prevent a damaging split between some of our most important partners and allies. Smart American diplomacy would have worked intensely and unremittingly to get a deal between London and its partners that the British people would support, but despite the President’s breathtaking self-confidence, smart diplomacy is not actually part of his skill set. One hopes that even at this late date the Obama Administration will realize that the future of the UK-EU association is of almost infinitely greater importance to American national interests than launching yet another poorly conceived peace offensive in the Middle East. American diplomats and Treasury officials need to be working hard to generate ways to minimize the damage of this decision to the West. The British people have the right to choose whether or not to remain in the European Union, and while there will be some in Europe who want to punish them for this choice, the American interest in this matter is clear. We want a strong Britain, a strong Europe, good relations on both sides of the Channel and a trading system that doesn’t put new bureaucratic obstacles in the path of American exports or investment. We do not want bitterness and friction over the break to throw sand in the gears of western political and security cooperation in an increasingly dangerous world. We do not want Europe’s divisions to become Putin’s opportunities. We want Europe to be united, and we want Britain to be Great. At the same time, the U.S. government needs to do something else that the current administration has unaccountably failed to do over the last seven years: develop a strategy to help save the EU. The European Union is in trouble; the world’s most audacious experiment in international relations is looking both fragile and sclerotic. The British aren’t the only Europeans who think Brussels is a disaster, and the chance that a post-Brexit EU will continue to weaken and fragment is dangerously high. Refugee flows from the Middle East and North Africa are bound to continue. There are few signs of real economic revival in the south. The torpid bureaucracies and dysfunctional political organizations of Brussels can’t deliver real solutions to Europe’s problems, but European nation states have given so many of their powers to the EU that in many cases they lack the ability to act when Brussels fails. Walter Russell Mead
C’est au nom de la liberté, bien entendu, mais aussi au nom de l’« amour, de la fidélité, du dévouement » et de la nécessité de « ne pas condamner des personnes à la solitude » que la Cour suprême des Etats-Unis a finalement validé le mariage entre personnes de même sexe. Tels furent en tout cas les mots employés au terme de cette longue décision rédigée par le Juge Kennedy au nom de la Cour. (…) Le mariage gay est entré dans le droit américain non par la loi, librement débattue et votée au niveau de chaque Etat, mais par la jurisprudence de la plus haute juridiction du pays, laquelle s’impose à tous les Etats américains. Mais c’est une décision politique. Eminemment politique à l’instar de celle qui valida l’Obamacare, sécurité sociale à l’américaine, reforme phare du Président Obama, à une petite voix près. On se souviendra en effet que cette Cour a ceci de particulier qu’elle prétend être totalement transparente. Elle est composée de neuf juges, savants juristes, et rend ses décisions à la suite d’un vote. Point de bulletins secrets dans cette enceinte ; les votants sont connus. A se fier à sa composition, la Cour n’aurait jamais dû valider le mariage homosexuel : cinq juges conservateurs, quatre progressistes. Cinq a priori hostiles, quatre a priori favorables. Mais le sort en a décidé autrement ; le juge Kennedy, le plus modéré des conservateurs, fit bloc avec les progressistes, basculant ainsi la majorité en faveur de ces derniers. C’est un deuxième coup dur pour les conservateurs de la Cour en quelques mois : l’Obamacare bénéficia également de ce même coup du sort ; à l’époque ce fut le président, le Juge John Roberts, qui permit aux progressistes de l’emporter et de valider le système. (…) La spécificité de l’évènement est que ce sont des juges qui, forçant l’interprétation d’une Constitution qui ne dit rien du mariage homosexuel, ont estimé que cette union découlait ou résultait de la notion de « liberté ». C’est un « putch judiciaire » selon l’emblématique juge Antonin Scalia, le doyen de la Cour. Un pays qui permet à un « comité de neuf juges non-élus » de modifier le droit sur une question qui relève du législateur et non du pouvoir judiciaire, ne mérite pas d’être considéré comme une « démocratie ». Mais l’autre basculement désormais acté, c’est celui d’une argumentation dont le centre de gravité s’est déplacé de la raison vers l’émotion, de la ratio vers l’affectus. La Cour Suprême des Etats-Unis s’est en cela bien inscrite dans une tendance incontestable au sein de la quasi-totalité des juridictions occidentales. L’idée même de raisonnement perd du terrain : énième avatar de la civilisation de l’individu, les juges éprouvent de plus en plus de mal à apprécier les arguments en dehors de la chaleur des émotions. Cette décision fait en effet la part belle à la médiatisation des revendications individualistes, rejouées depuis plusieurs mois sur le modèle de la « lutte pour les droits civiques ». Ainsi la Cour n’hésite pas à comparer les lois traditionnelles du mariage à celles qui, à une autre époque, furent discriminatoires à l’égard des afro-américains et des femmes. (…) La Maison Blanche s’est instantanément baignée des couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la « gaypride ». Les réseaux sociaux ont été inondés de ces mêmes couleurs en soutien à ce qui est maintenant connu sous le nom de la cause gay. (…) Comme le relève un autre juge de la Cour ayant voté contre cette décision, il est fort dommage que cela se fasse au détriment du droit et de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique. Yohann Rimokh
Dans les référendums, il y a le modèle constitutionnel français : le vote populaire est une forme supérieure de la loi, et donc la proclamation du résultat définit l’état du droit. Pour le vote du Brexit, le 23 juin, c’est bien différent car ce référendum n’était que consultatif. C’est un fait politique, et important : on voit les secousses sismiques de ce vote. Donc, une force politique que personne ne peut ignorer, et personne à ce jour ne peut savoir jusqu’où elle ira, mais sur le plan juridique, c’est zéro. Le droit se tient au Parlement. (…) Cameron ne peut en aucun cas notifier l’engagement de la procédure de l’article 50 lors du sommet européen qui va s’ouvrir ce mardi 28… parce que c’est juridiquement impossible. Le référendum n’étant que consultatif, son gouvernement doit obtenir un vote des Communes, seul le Parlement étant décisionnaire. Et, et c’est tout le problème, il n’y a aucune majorité Brexit au Parlement britannique. Majorité pour le Remain à plus de 70%. Question : les élus vont-ils voter contre leurs convictions, abandonnant la souveraineté parlementaire ? Ce pour suivre un référendum consultatif, qui a été nerveux et ambigu, fondé sur le mensonge et la xénophobie ? Je ne suis pas parlementaire britannique, mais je vois l’affaire bien mal partie. Par ailleurs, il faudra également que le Parlement se prononce sur le type d’accord qui va suivre, pour mandater le gouvernement. Or, cette question n’a jamais été évoquée lors du référendum. Aussi, une voix logique serait la dissolution des Communes, pour de nouvelles élections législatives avec un vaste débat sur (1) le principe du départ, et (2) ce qu’il faut pour en remplacement. Il se dégagerait alors une majorité qui aurait un mandat populaire net. Gilles Devers
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
La vie prive parfois un enfant de père ou de mère par accident, mais ce n’est pas à la loi d’organiser cette privation. Cela transforme les enfants en champ d’expérience car il n’existe pas d’études sérieuses sur le devenir des enfants des familles homoparentales. Jean-Pierre Winter
Nul ne doute des capacités pédagogiques et de l’amour que des homosexuels sont à même de mettre au service d’enfants dont ils auraient la charge, ni ne prétend que les familles dites « traditionnelles » seraient a priori plus compétentes pour éduquer des enfants. Mais il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté. L’enjeu est celui des lois de la filiation pour tous. Comme psychanalystes nous ne sommes que trop avertis des conséquences anxiogènes à long terme des bricolages généalogiques commis au nom de la protection d’intérêts narcissiques, religieux, économiques ou autres. Jusqu’à présent ces manipulations, souvent secrètes, pouvaient être entendues comme des accidents historiques, des conséquences de troubles psychologiques, des effets d’aliénation, etc. Mais voilà que l’« accident » devrait devenir la loi. Voilà que François Hollande veut organiser légalement des arrangements qui priveraient a priori certains enfants de leur père ou de leur mère. Et il nous faudrait croire, simplement parce qu’on nous l’affirme, que cela serait sans effets préjudiciables alors que nous pouvons constater jour après jour la souffrance et l’angoisse de ceux que la vie s’est chargée de confronter à de tels manques. Certains, à droite comme à gauche, semblent convaincus qu’un enfant se portera bien du moment qu’il est aimé. Le grand mot amour est lâché ! Cet argument est dangereux. Il est culpabilisant pour tous les parents qui ont chéri leur enfant et qui néanmoins l’ont vu dériver et s’acharner contre eux dans la colère ou la haine. Au reste, qui peut dire avec certitude la différence entre amour et allégation d’amour ? (…) Il nous faudra du temps pour constater empiriquement ce que nous savons déjà. Mais dans l’intervalle combien d’enfants auront été l’objet d’une véritable emprise purement expérimentale ? Il faudra plusieurs générations pour apprécier les conséquences de telles modifications dans le système de la filiation surtout si par voie de conséquence logique on en vient, comme en Argentine récemment, à effacer purement et simplement la différence des sexes en laissant à chacun le droit de déclarer le genre qui lui sied par simple déclaration. Pour ma part, si je ne vois pas de véritables objections à ce que des enfants soient adoptés par des couples quels qu’ils soient à condition qu’ils se sachent issus d’un homme et d’une femme, même abandonniques, j’ai les plus grands doutes sur les effets des procréations faisant appel à des tiers voués à disparaître de l’histoire d’un sujet d’emblée dépossédé d’une moitié de sa filiation avec le consentement de la loi. Il y aurait lieu avant de légiférer à la hache de signifier clairement que « l’humanité est sexuée et que c’est ainsi qu’elle se reproduit », comme le disait la sociologue Irène Théry en 1998, se demandant pourquoi nous en venions à nier ce fait. Jean-Pierre Winter
Les jeunes Suédois ne sont pas autorisés à voter avant 18 ans, ne peuvent pas acheter d’alcool avant 20 ans, toutefois un projet est en cours pour autoriser les enfants à déposer une demande de changement juridique de genre dès 12 ans. Bien que les Suédois soient choqués par la mutilation génitale subie par de nombreuses filles immigrées, le gouvernement suédois semble vouloir légiférer sur une autre sorte de mutilation génitale des enfants : les opérations de changement de sexe ou, pour utiliser un terme plus politiquement correct,  le « gender reassignment surgery » (GRS), la chirurgie de réaffectation sexuelle. Les Observateurs
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Nous laissons derrière nous un Etat souverain, stable, autosuffisant, avec une gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple. Nous bâtissons un nouveau partenariat entre nos pays. Et nous terminons une guerre non avec une bataille filnale, mais avec une dernière marche du retour. C’est une réussite extraordinaire, qui a pris presque neuf ans. Et aujourd’hui nous nous souvenons de tout ce que vous avez fait pour le rendre possible. (…) Dur travail et sacrifice. Ces mots décrivent à peine le prix de cette guerre, et le courage des hommes et des femmes qui l’ont menée. Nous ne connaissons que trop bien le prix élevé de cette guerre. Plus d’1,5 million d’Américains ont servi en Irak. Plus de 30.000 Américains ont été blessés, et ce sont seulement les blessés dont les blessures sont visibles. Près de 4.500 Américains ont perdu la vie, dont 202 héros tombés au champ d’honneur venus d’ici, Fort Bragg. (…) Les dirigeants et les historiens continueront à analyser les leçons stratégiques de l’Irak. Et nos commandants prendront en compte des leçons durement apprises lors de campagnes militaires à l’avenir. Mais la leçon la plus importante que vous nous apprenez n’est pas une leçon en stratégie militaire, c’est une leçon sur le caractère de notre pays, car malgré toutes les difficultés auxquelles notre pays fait face, vous nous rappelez que rien n’est impossible pour les Américains lorsqu’ils sont solidaires. Barack Hussein Obama (14.12.11)
Il y a un manuel de stratégie à Washington que les présidents sont censés utiliser. (…) Et le manuel de stratégie prescrit des réponses aux différents événements, et ces réponses ont tendance à être des réponses militarisées. (…) Au milieu d’un défi international comme la Syrie, vous êtes jugé sévèrement si vous ne suivez pas le manuel de stratégie, même s’il y a de bonnes raisons. (…) Je suis très fier de ce moment.  Le poids écrasant de la sagesse conventionnelle et la machinerie de notre appareil de sécurité nationale était allés assez loin. La perception était que ma crédibilité était en jeu, que la crédibilité de l’Amérique était en jeu. Et donc pour moi d’appuyer sur le bouton arrêt à ce moment-là, je le savais, me coûterait cher politiquement. Le fait que je pouvais me débarrasser des pressions immédiates et réfléchir sur ce qui  était dans l’intérêt de l’Amérique, non seulement à l’égard de la Syrie, mais aussi à l’égard de notre démocratie, a été une décision très difficile – et je crois que finalement, ce fut la bonne décision à prendre. (…) Je suppose que vous pourriez me qualifier de réaliste qui croit que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Barack Hussein Obama
Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
Des douzaines d’innocents ont été massacrés, nous soutenons le peuple d’Orlando. L’enquête débute seulement mais il s’agit bien d’un acte de terreur et de haine. Je viens d’avoir une réunion avec le FBI, toutes les ressources du gouvernement fédéral seront mises à disposition. On ne connaît pas les motivations de cet homme, mais il s’agissait d’un homme rempli de haine, nous allons essayer de savoir pourquoi et comment cela s’est passé. Barack Hussein Obama
Nous sommes contre l’incitation … Il y a une semaine, un certain nombre de rabbins en Israël ont tenu des propos clairs, demandant à leur gouvernement d’empoisonner l’eau pour tuer les Palestiniens. N’est-ce pas de l’incitation? N’est-ce de la pure incitation à l’assassinat en masse du peuple palestinien? Mahmoud Abbas (Bruxelles)
Mr. Abbas’s remarks were not included in the official Arabic transcript issued by his office, and his advisers and spokesmen were not available for comment on Thursday night. But the claims also appeared on the website of the Palestinian Ministry of Foreign Affairs. Rumors that Jews had poisoned wells and other sources of water arose in the 14th century as the bubonic plague raged across much of Europe. The rumors led to the destruction of scores of Jewish communities. In Basel, Switzerland, and Strasbourg, France, hundreds of Jews were burned alive. NYT
The Brexit debate has become a global spectator sport, which suggests that something very important must be at stake. Yet, unlike issues such as migration, the euro crisis and Ukraine, it lacks real significance: under no circumstances will Britain leave Europe, regardless of the result of the referendum on June 23. It is instead a long kabuki drama in which politicians, not least Eurosceptics, advocate policies they would never actually implement. Kabuki — the ancient Japanese theatre art in which actors employ masks, make-up and illusions — is a common Washington metaphor for stylised but meaningless posturing. (…) The illusory nature of Brexit was evident at the start. Politicians do not call EU referendums because they are genuinely dissatisfied with Europe. They do so to extricate themselves from domestic political jams. So in 2013 David Cameron, a moderate pro-European, introduced a referendum as the most expedient domestic political gambit to silence pesky Eurosceptics in his own party. (…) The Remain camp seems likely to prevail since the opposition, business, foreign investors and most educated commentators all back the government. In referendums, more­over, undecided voters tend to favour the status quo — a tendency reinforced by uncertainty about exactly what Britain would do after Brexit. Still, critics are correct that Mr Cameron is playing with fire. Referendums are unpredictable, especially when issues such as migration and terrorism are in the mix. (…) Yet Britain looks unlikely to exit Europe even if its citizens voted to do so. Instead, the government would probably do just what EU members — Denmark, France, Ireland and the Netherlands — have always done after such votes. It would negotiate a new agreement, nearly identical to the old one, disguise it in opaque language and ratify it. The public, essentially ignorant about Europe, always goes along. In contemplating this possibility, leading Eurosceptics have shown themselves to be the craftiest political illusionists of all. Now that Brexit appears within their grasp, they are backing away from it. What they really seek is domestic political power. (…) Finally, what if Messrs Cameron and Johnson and other politicians lose control of domestic politics, or if other EU leaders tire of Eurosceptic obstreperousness and toss the Brits out? Even in this worst-case scenario, Britain would not really leave Europe. (…) Europe is real because globalisation means every day more British people rely on the EU to secure and stabilise trade, investment, travel, litigation, national security and political values. So the same politicians who lead a majority of Britons down the path to leave Europe would have to lead them back up again the next day to save their own political skins. Even politicians who have mastered the kabuki arts of mask and illusion must sooner or later face reality. Andrew Moravcsik (Princeton)
If Boris Johnson looked downbeat yesterday, that is because he realises that he has lost. Perhaps many Brexiters do not realise it yet, but they have actually lost, and it is all down to one man: David Cameron. With one fell swoop yesterday at 9:15 am, Cameron effectively annulled the referendum result, and simultaneously destroyed the political careers of Boris Johnson, Michael Gove and leading Brexiters who cost him so much anguish, not to mention his premiership. How? Throughout the campaign, Cameron had repeatedly said that a vote for leave would lead to triggering Article 50 straight away. Whether implicitly or explicitly, the image was clear: he would be giving that notice under Article 50 the morning after a vote to leave. Whether that was scaremongering or not is a bit moot now but, in the midst of the sentimental nautical references of his speech yesterday, he quietly abandoned that position and handed the responsibility over to his successor. And as the day wore on, the enormity of that step started to sink in: the markets, Sterling, Scotland, the Irish border, the Gibraltar border, the frontier at Calais, the need to continue compliance with all EU regulations for a free market, re-issuing passports, Brits abroad, EU citizens in Britain, the mountain of legistlation to be torn up and rewritten … the list grew and grew. The referendum result is not binding. It is advisory. Parliament is not bound to commit itself in that same direction. The Conservative party election that Cameron triggered will now have one question looming over it: will you, if elected as party leader, trigger the notice under Article 50? Who will want to have the responsibility of all those ramifications and consequences on his/her head and shoulders? Boris Johnson knew this yesterday, when he emerged subdued from his home and was even more subdued at the press conference. He has been out-maneouvered and check-mated. If he runs for leadership of the party, and then fails to follow through on triggering Article 50, then he is finished. If he does not run and effectively abandons the field, then he is finished. If he runs, wins and pulls the UK out of the EU, then it will all be over – Scotland will break away, there will be upheaval in Ireland, a recession … broken trade agreements. Then he is also finished. Boris Johnson knows all of this. When he acts like the dumb blond it is just that: an act. The Brexit leaders now have a result that they cannot use. For them, leadership of the Tory party has become a poison chalice. When Boris Johnson said there was no need to trigger Article 50 straight away, what he really meant to say was « never ». When Michael Gove went on and on about « informal negotiations » … why? why not the formal ones straight away? … he also meant not triggering the formal departure. They both know what a formal demarche would mean: an irreversible step that neither of them is prepared to take. All that remains is for someone to have the guts to stand up and say that Brexit is unachievable in reality without an enormous amount of pain and destruction, that cannot be borne. And David Cameron has put the onus of making that statement on the heads of the people who led the Brexit campaign. Teebs
Attention, problème de traduction : les Britanniques ont certes voté pour le « Brexit », mais cette expression ne signifie pas qu’ils vont quitter l’Union européenne (UE) et encore moins l’Europe. Il suffit d’observer les tergiversations du premier ministre, David Cameron, qui souhaite laisser à son successeur le soin d’exercer l’article 50 des traités européens, ce fameux article qui entraîne le compte à rebours de deux ans pour sortir de plein droit de l’UE. Déjà, Albion joue la montre. Elle va devoir négocier simultanément son divorce et son remariage, sous une forme à inventer, avec les Européens. (…) Tout devrait se résumer in fine à deux questions : combien Londres devra-t-il payer pour rester dans l’UE sans y appartenir juridiquement et à quelles réunions communautaires les représentants de Sa Majesté participeront-ils, avec le titre d’observateur forcément très actif. A la fin de l’histoire, les peuples risquent de se retrouver fort marris d’un « Brexit » peut-être plus formel que réel. En revanche, les électeurs britanniques ont accompli, jeudi 23 juin, un acte majeur : ils ont rejeté l’Europe politique. Ils n’ont pas répudié l’Europe libérale qu’ils ont façonnée, mais l’embryon de fédération européenne à laquelle, paradoxalement, ils ne participent pas : l’euro, Schengen et l’Europe de la justice. Tels les cheminots français qui prétendaient faire la grève par procuration pour les salariés du privé en 1995, les Britanniques ont voté à la place des peuples continentaux privés de ce droit. De ce côté de la Manche, la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, l’a bien compris, qui a immédiatement exigé un référendum en France sur l’appartenance à l’UE. Ce désamour européen a gagné tout le continent. Au pouvoir en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie, il est aux portes des Pays-Bas, de la France, voire de l’Italie. (…) Non, le drame européen n’est pas technocratique et ne s’appelle pas Bruxelles. Il est anthropologique. L’Europe se meurt, faute d’identité et de projet. Elle avait prospéré – laborieusement, rappelons-le – dans la seconde moitié du XXe siècle sur le rejet de la guerre, mobilisée face à l’Union soviétique (URSS) et protégée par les Américains. Les années de la mondialisation heureuse et un élargissement sans fin (1989-2007) ont affadi ce projet, qui s’est retrouvé bien désarmé lorsqu’ont surgi de nouveaux défis. Ces défis sont civilisationnels, incarnés par la menace de l’organisation Etat islamique (EI) ; démographiques avec l’Afrique, dont la population – 1,2 milliard d’habitants – va doubler d’ici à 2050 et dont il va falloir accompagner le développement pour contenir la pression migratoire ; économiques avec la concurrence de la Chine et des économies émergentes. Le problème, c’est que les populations estiment que la réponse à apporter n’est pas nécessairement européenne. Parce que la dynamique communautaire n’est plus gagnante à l’intérieur des Etats – les populations rurales, ouvrières et employées se sentent délaissées, vulnérables et décrochées des élites urbaines mondialisées –, mais aussi entre pays européens. C’est flagrant en économie. Le Royaume-Uni croit avoir trouvé la martingale en devenant la première place financière mondiale, l’Allemagne en équipant la planète de machines-outils, tandis que les pays du sud de l’UE sont les perdants objectifs de l’euro. Le défi de l’immigration est encore plus compliqué entre les pays de l’Est (Hongrie, Pologne), qui entendent conserver leur uniformité ethnique et catholique, et ceux de l’Ouest qui gèrent mal leur multiculturalisme sur fond de peur de l’islamisme et s’effraient du dumping social porté, selon eux, par l’immigration. (…) Dans ce contexte, les populations les plus faibles choisissent le repli identitaire. Arnaud Leparmentier
La classe dirigeante européenne en est là par rapport à l’Europe. La plupart de nos dirigeants (la tribune de BHL en offre une illustration caricaturale) continuent à tenir les eurosceptiques pour de dangereux fauteurs de guerre et à croire que le ciel des marchés va tomber sur la tête des souverainistes. (…) Ce qui a rendu cette utopie enviable et a incité plusieurs générations de dirigeants à l’imposer sur la réalité des États nations européens, c’est un double refus ou plutôt une double conjuration. D’abord, le conjuration du péril brun incarné par les crimes perpétrés par le nazisme. Ensuite, la conjuration du péril rouge incarné par les affres du communisme. L’Union européenne est un édifice juridique, institutionnel, politique et économique destiné à protéger les peuples et les États qui la composent contre ces deux périls. En ce sens, le projet européen n’est porté par aucune idéologie positive et encore moins par une volonté de puissance. La consécration du bon plaisir individuel (le droit des minorités est son extension) comme norme suprême à laquelle nous invite la jurisprudence de la CEDH s’accompagne d’une déligitimation de toute certitude susceptible de s’imposer l’individu donc de toute idéologie. Le projet européen est également antinomique de toute volonté de puissance. L’Europe, c’est un effort titanesque pour s’attacher les uns aux autres afin de ne plus rien vouloir, ni pouvoir ensemble. L’UE, c’est un club d’ex-alcooliques qui cassent leurs verres et leurs bouteilles, détruisent leurs tire-bouchons afin d’être certains qu’ils ne toucheront plus jamais une goutte d’alcool.Plus jamais ça: plus de raison d’État, plus d’armée, plus de budget, plus d’impôt, plus de démocratie directe, plus de frontière, plus d’assimilation des migrants: une monnaie au service des marchés et le multiculturalisme et l’armée américaine pour tous. (…) Le besoin de délimiter l’État comme volonté de puissance, de brider la souveraineté nationale comme expression de la volonté populaire, de délier légitimité politique et culturelle (un État multi culturel et post-national qui ne ferait plus la guerre et dans laquelle les migrants garderaient leur culture d’origine) n’avait aucune raison de séduire le peuple anglais. Londres n’est jamais entrés dan l’Euro, ni dans Schengen et n’a jamais accepté que les lois sont faites ailleurs qu’aux Communes. (…) L’Allemagne est militairement et démocratiquement traumatisés et perçoit l’immigrant comme un rédempteur, elle est prête à accélérer. Pour des raison qui leurs sont propre, les Luxembourgeois et les Belges n’ont pas grand chose à sacrifier en sacrifiant leur souveraineté. Le nationalisme italien a été moins ébranlé par le fascisme que le chauvinisme allemand mais n’est pas sorti indemne de son exaltation par Mussolini. C’est aussi un État nation récent et donc fragile qui n’hésitera pas à se dissoudre. La fécondité de ces peuples décline rapidement et de manière inexorable (les politiques natalistes ayant été fortement délégitimés par les pratiques des régimes totalitaires dans ce domaine). Si la loi de l’hystérèse se vérifie, l’Allemagne, l’Autriche, la Roumanie et les anciens pays de l’axe resteront longtemps arc-boutés sur un projet de dépassement de l’État nation et de la volonté populaire par l’Europe. Le projet européen perdurera. Il y aura une vaste confédération helvétique à échelle continentale, maison de retraite historique pour peuples fatigués, pacifistes et bien décidés à gérer et leur rente économique et leur déclin démographique. Rappelons que la France gagne 500 000 habitants chaque année tandis que l’Allemagne en perd 500 0000. (…) L’Europe a alors pu s’imposer comme une sorte de piscine purificatrice éliminant les souillures historiques. Le Frexit ne surviendra que lorsque la vérité sur cette époque s’imposera. Guillaume Bigot
As a shocked world reacted to England’s unexpected exit from the European Union, Palestinian President Abbas delivered a speech to the European Parliament. Abbas, now in the 11th year of his four-year term, accused Israel of becoming a fascist country. Then he updated a vicious medieval anti-Semitic canard by charging that (non-existent) rabbis are urging Jews to poison the Palestinian water supply. The response by representatives of the 28 European nations whose own histories are littered with the terrible consequences of such anti-Semitic blood libels? A thunderous 30-second standing ovation. So forgive us if while everyone else analyzes the economic impact of the UK exit, and pundits parse the generational and social divide of British voters, we dare to ask a parochial question: is a weakened EU good or bad for the Jews? First, there is the geopolitical calculus of a triple pincer movement to consider: Russian President Vladimir Putin’s troublemaking from the East, the massive migrant-refugee influx into Europe from the South, and now the UK’s secession from the West with unforeseen implications for global economies and politics. For Israel, the EU’s global dilemma is a mixed bag. On the one hand, it could, at least temporarily, derail the EU’s intense pressuring of Israel to accept – even sans direct negotiations with the Palestinians – a one-sided French peace initiative, imposing indefensible borders on the Jewish state. On the other hand, as leading Israeli corporations and Israel’s stock market are already recognizing, new problems for the EU economic engine are also a threat to the Jewish state’s economic ties with its leading trading partner. But the scope of the current crisis is also very much the result of the internal moral and political failure of the EU’s own transnational elites and political leadership to confront its homegrown problems. These problems have also impacted on many of Europe’s 1.4 million Jews. (…) European elites over-centralized power in Brussels by practicing what amounts to “taxation without representation,” and – after instituting open borders across the continent – failed to come up with coherent strategies to deal with burgeoning terrorism and wave after wave of Middle East migrants. Suddenly, calls by (mostly) far-right voices to “take back control of their country,” “restore national sovereignty” and “reestablish national borders” began to resonate in the mainstream of not only the UK, but also Germany, the Netherlands, Scandinavia and France. With Germany’s Chancellor Angel Merkel as the prime example, EU political leaders have so far failed to deal with legitimate citizen concerns that democracy itself is threatened by the uncontrolled influx of people from the Middle East and Africa who are not being assimilated into the basic values and institutions of Western societies. To date, the primary beneficiaries of this political failure are the extreme nationalist parties (…) Many are the proud bearers of xenophobic, populist platforms that include whitewashing or minimizing the crimes of the Nazi era. Jews rightfully fearful of the anti-Semitism among old and new Muslim neighbors in Europe can take little solace in the specter of a fragmented continent led by movements whose member rail against Muslims but also despise Jews. (…) We can only hope and pray that European captains of industry, politicians, media and NGOs take the UK vote as a wake-up call for them all. For if they fail to actually address the economic and social crises with real solutions, it won’t only be the Jews of Europe who will be searching for the nearest exit. Rabbi Abraham Cooper  and Dr. Harold Brackman (Simon Wiesenthal Center)
Un référendum réduit la complexité à une absurde simplicité. Le fouillis de la coopération internationale et de la souveraineté partagée représenté par l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne a été calomnié par une série d’allégations et de promesses mensongères. On a promis aux Britanniques qu’il n’y aurait pas de prix économique à payer pour quitter l’UE, ni aucune perte pour tous les secteurs de sa société qui ont bénéficié de l’Europe. On a promis aux électeurs un accord commercial avantageux avec l’Europe (le plus grand marché de la Grande-Bretagne), une immigration plus faible et plus d’argent pour le National Health Service (le système de sécurité sociale britannique), ainsi que d’autres biens et services publics précieux. Par-dessus tout, on a promis que la Grande-Bretagne retrouverait son « mojo », la vitalité créatrice nécessaire pour faire sensation. (…) Avec le Brexit, nous venons d’assister à l’arrivée du populisme à la Donald Trump en Grande-Bretagne. De toute évidence, il existe une hostilité généralisée, submergée par un tsunami de bile populiste, à l’égard de quiconque est considéré comme un membre de « l’establishment ». Les militants du Brexit, comme le Secrétaire à la Justice Michael Gove, ont rejeté tous les experts  dans le cadre d’un complot égoïste des nantis contre les démunis. Les conseils du Gouverneur de la Banque d’Angleterre, de l’Archevêque de Canterbury ou du Président des États-Unis, n’auront finalement compté pour rien. Tous ont été décrits comme des représentants d’un autre monde, sans rapport avec la vie des britanniques ordinaires. (…) La campagne référendaire a relancé la politique nationaliste, qui porte toujours sur la race, l’immigration et les complots. Une tâche que nous partageons tous dans le camp pro-européen consiste à essayer de contenir les forces qui ont déchainé le Brexit et à affirmer les valeurs qui nous ont valu tant d’amis et d’admirateurs à travers le monde par le passé. Tout cela a commencé dans les années 1940, avec Winston Churchill et sa vision de l’Europe. La façon dont cela va se terminer peut être décrite par l’un des aphorismes les plus célèbres de Churchill : « Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours. » En fait, de nombreux électeurs du « Leave » ne seront peut-être plus là pour le regretter. Mais les jeunes Britanniques, qui ont voté massivement pour continuer à faire partie de l’Europe, vont presque à coup sûr le regretter. Chris Patten
Partout en Europe, pas moins de 47 partis de révolte viennent mettre la politique sans dessus dessous. (…) Bien que ces partis de révolte présentent des racines différentes, ils ont bel et bien une chose en commun : ils s’efforcent tous de bouleverser ce consensus de politique étrangère qui définit l’Europe depuis des dizaines d’années. Eurosceptiques, opposés à l’OTAN, ils entendent verrouiller leurs frontières et mettre un terme au libre-échange. Ces partis viennent modifier le visage de la politique, remplaçant les traditionnelles querelles gauche-droite par des disputes dans le cadre desquelles leur propre nativisme irascible s’oppose au cosmopolitisme des élites qu’ils méprisent. L’arme privilégiée par ces partis n’est autre que le référendum, grâce auquel ils mobilisent un soutien populaire autour de leurs objectifs. D’après le Conseil européen des relations internationales, pas moins de 32 référendums sont aujourd’hui demandés dans 18 pays de la zone euro. (…) Le plan de relocalisation des réfugiés adopté par l’UE se révèle particulièrement créateur de divisions. (…) Le fait de restituer le pouvoir aux masses, via une démocratie directe, constitue sans doute la proposition la plus révolutionnaire de ces partis. Celle-ci reflète en effet la compréhension des frustrations qui suscitent une vague mondiale de protestations populaires depuis quelques années – contestations qui, au sein du monde arabe, ont déclenché des révolutions bien réelles. C’est ce même esprit de révolte qui a conduit par exemple les Espagnols, les Grecs et les New-Yorkais à envahir les rues – avec des revendications bien entendu différentes – qui alimentent le soutien en faveur de ces nouveaux référendums, et des partis insurgés qui poussent dans cette direction. Il y a là un cauchemar non seulement pour les partis dominants, mais également pour la gouvernance démocratique elle-même. Comme l’a démontré l’expérience de la Californie en matière de référendum, l’opinion publique a bien souvent tendance à voter en faveur de mesures contradictoires – moins d’impôts mais davantage d’aides sociales, ou encore préservation de l’environnement mais baisse du prix des carburants. Seulement voilà, cette tendance représente une difficulté exponentielle pour l’UE, la dynamique actuelle venant en effet bouleverser les fondements mêmes de l’Union. N’oublions pas que l’UE constitue l’expression ultime de la démocratie représentative. Il s’agit d’une entité éclairée, qui a pour vocation centrale un certain nombre de valeurs libérales telles que les droits de l’individu, la protection des minorités, ou encore l’économie de marché. Malheureusement, les couches de représentation sur lesquelles repose l’UE ont créé l’impression qu’une lointaine élite se chargeait de tout gérer, totalement déconnectée des citoyens ordinaires. Ceci fournit une cible idéale aux partis nationalistes, dans le cadre de leurs campagnes anti-UE. Ajoutez à cela l’instrumentalisation des peurs autour de questions telles que l’immigration ou le commerce, et la capacité de ces partis à attirer des électeurs frustrés ou inquiets se trouve renforcée. Deux visions de l’Europe s’opposent désormais : celle d’une Europe diplomatique, et celle d’une Europe des masses. L’Europe diplomatique, incarnée par le père fondateur de l’UE Jean Monnet, est parvenue à extraire certaines questions sensibles hors de la sphère politique populaire, et à les réduire à des problématiques techniques solubles, gérées par des diplomates au moyen de compromis bureaucratiques convenus en coulisses. L’Europe des masses, notamment représentée par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui a activement contribué au Brexit, s’inscrit précisément à l’opposé de l’Europe de Jean Monnet, puisqu’elle s’intéresse à des compromis tels que le TTIP, ou encore l’accord d’association avec l’Ukraine, pour ensuite politiser intentionnellement ces compromis. Là où l’Europe diplomatique s’efforce de promouvoir la réconciliation, l’Europe des masses conduit à une polarisation. Et tandis que la diplomatie vise une issue gagnant-gagnant, la démocratie directe constitue un jeu à somme nulle. La diplomatie cherche à faire baisser la température, là où le paradigme des masses ne fait que l’augmenter. Les diplomates peuvent travailler ensemble et s’entendre, tandis que le référendum constitue un exercice binaire et fixe, qui exclut la marge de manœuvre, la créativité et les compromis nécessaires à la résolution des problèmes politiques. La solidarité est impossible au sein d’une Europe gouvernée par les masses. (…) Il suffit en effet de se remémorer la période antérieure à l’UE pour réaliser combien cette trajectoire peut se révéler dangereuse. Mark Leonard
La véritable folie du vote britannique sur une sortie hors de l’Union européenne réside moins dans le fait que les dirigeants britanniques se soient risqués à demander à leur peuple de peser le pour et le contre entre appartenance à l’UE et pressions migratoires liées à ce statut de membre, que dans le fait que la barre ait été placée incroyablement bas en termes de scrutin, le oui au Brexit n’ayant en effet exigé qu’une majorité simple. Compte tenu d’un taux de participation de 70 %, la campagne du Leave l’a ainsi emporté grâce au soutien de seulement 36 % des électeurs. La démocratie, ce n’est pas cela. Ce vote revient à jouer à la roulette russe au sein même d’un régime politique moderne. Une décision empreinte d’énormes conséquences – au-delà même de ce qu’il peut arriver lorsque la Constitution d’un pays se trouve modifiée (texte qui bien entendu n’existe pas au Royaume-Uni) – vient d’être prise sans que ne soient intervenus de garde-fous appropriés. (…) Est-il nécessaire qu’une majorité au Parlement approuve le Brexit ? Apparemment non. Le peuple britannique avait-il réellement connaissance du sujet du vote ? Absolument pas. Personne n’a en effet la moindre idée des conséquences du Brexit, que ce soit pour le Royaume-Uni ou pour le système commercial mondial, ni de son impact sur la stabilité politique du pays. (…) Certes, nous autres citoyens de l’Occident avons la chance de vivre une époque de paix : l’évolution des circonstances et des priorités peut être gérée au travers du processus démocratique plutôt que par la guerre civile ou à l’étranger. Mais quel genre de processus juste et démocratique peut aboutir à des décisions aussi irréversibles, et aussi déterminantes à l’échelle de toute une nation ? Une majorité de 52 % est-elle réellement suffisante pour décider un beau matin de tout plaquer ? En termes de permanence et de conviction des choix, la plupart de nos sociétés érigent davantage de barrières sur le chemin d’un couple qui souhaite divorcer que sur celui du gouvernement du Premier ministre David Cameron lorsque la question n’est autre que la sortie de l’UE.  (…) Le fait de considérer que n’importe quelle décision convenue à n’importe quel moment via la règle de la majorité serait nécessairement « démocratique » revient à pervertir cette notion. Les démocraties modernes disposent de systèmes évolués qui font intervenir des garde-fous afin de préserver les intérêts des minorités, et d’éviter que ne soient prises des décisions malavisées, aux conséquences désastreuses. Plus la décision en question est conséquente et permanente, plus les barrières sont élevées. C’est la raison pour laquelle une révision constitutionnelle, par exemple, requiert généralement de satisfaire à des obstacles bien plus importants que dans le cas de la simple promulgation de lois budgétaires. Il semble pourtant que la norme internationale actuelle régissant la rupture d’un pays auprès d’autres États soit désormais moins exigeante que le vote d’un texte sur l’abaissement de l’âge légal pour la consommation d’alcool. (…) la plupart des pays exigent en pratique une « supermajorité » lorsqu’une décision s’avère déterminante à l’échelle d’une nation, et non une simple majorité de 51 %. Il n’existe certes pas de chiffre universel, de type 60 %, mais le principe général veut qu’au minimum la majorité en question soit manifestement stable. Un pays ne devrait pas pouvoir procéder à des changements fondamentaux et irréversibles sur la base d’une majorité acquise sur le fil du rasoir et susceptible de ne l’emporter qu’au cours d’une brève fenêtre d’élan émotif. Depuis l’Antiquité, les philosophes s’efforcent de concevoir des systèmes visant à équilibrer la puissance de la règle majoritaire avec la nécessité de veiller à ce que les toutes les parties informées puissent peser d’un poids plus conséquent en cas de décisions critiques, sans parler de la nécessité que soient entendues les voix de la minorité. Kenneth Rogoff

Attention, une folie peut en cacher une autre !

Suicide collectif, roulette russe, surenchère de démagogie …

Au lendemain du fiasco électoral qui voit un Etat entier abandonner du jour au lendemain le fruit de décennies de longues et patientes négociations et, après le carnage de deux guerres mondiales, une période de paix et une prospérité jusque là sans précédent …

Faisant fi, entre le huis-clos de la Convention de Philadelphie (qui ne put certes empêcher le maintien de l’esclavage) et l’emballement finalement totalitaire de la Révolution française mais aussi plus récemment des réfrendums sur la Constitution européenne ou les ratés que l’on sait des élections américaine ou française de 2000 et 2002, de l’expérience de siècles de réflexion sur la prise de décision politique (la fameuse « force civilisatrice de l’hypocrisie« ) …

Pendant qu’en une Europe qui vient d’ovationner une accusation de crime rituel du président de l’Autorité palestinienne digne des heures les plus sombres de notre moyen-âge …

Et qui compte pas moins de 47 partis de révolte prêts à tout pour l’abattre et pas moins de 32 demandes de référendums dans 18 pays différents …

Gagnants comme perdants poussent l’aveuglement jusqu’à y voir une victoire de la démocratie  …

Comment ne pas voir, avec l’économiste américain Kenneth Rogoff, la folie d’un système de décision …

Pourtant consultatif dans le cas précis et jusqu’ici, quand jugé irrecevable, « refaisable » (Irlande) ou partiellement « ignorable » (France, Pays-Bas) …

Où engager l’avenir de toute une population et de générations entières se révèle disposer de moins de garde-fous et de barrières …

Que le vote d’un texte sur l’abaissement de l’âge légal pour la consommation d’alcool ou le divorce du premier couple venu ?

Mais comment ne pas voir aussi …

Derrière et motivant la première …

L’autre folie d’un autre système de décision …

Où de l’imposition du « mariage et de l’adoption pour tous » à l’appel suicidaire à une véritable invasion migratoire …

Et sans compter,  de l’Irak à la Syrie, l’abandon au chaos djihadiste de territoires dont la libération avait coûté ou pouvait coûter si cher …

La parole ou le vote d’une poignée d’apprentis sorciers politiques, judiciaires ou religieux

Peut engager jusqu’aux fondements culturels ou anthropologiques de générations entières ?

Le fiasco démocratique du Royaume-Uni
Kenneth Rogoff

Project syndicate

Jun 24, 2016

CAMBRIDGE – La véritable folie du vote britannique sur une sortie hors de l’Union européenne réside moins dans le fait que les dirigeants britanniques se soient risqués à demander à leur peuple de peser le pour et le contre entre appartenance à l’UE et pressions migratoires liées à ce statut de membre, que dans le fait que la barre ait été placée incroyablement bas en termes de scrutin, le oui au Brexit n’ayant en effet exigé qu’une majorité simple. Compte tenu d’un taux de participation de 70 %, la campagne du Leave l’a ainsi emporté grâce au soutien de seulement 36 % des électeurs.

La démocratie, ce n’est pas cela. Ce vote revient à jouer à la roulette russe au sein même d’un régime politique moderne. Une décision empreinte d’énormes conséquences – au-delà même de ce qu’il peut arriver lorsque la Constitution d’un pays se trouve modifiée (texte qui bien entendu n’existe pas au Royaume-Uni) – vient d’être prise sans que ne soient intervenus de garde-fous appropriés.

A-t-il été prévu que le vote ait à nouveau lieu dans un délai d’un an, pour plus de certitude ? Non. Est-il nécessaire qu’une majorité au Parlement approuve le Brexit ? Apparemment non. Le peuple britannique avait-il réellement connaissance du sujet du vote ? Absolument pas. Personne n’a en effet la moindre idée des conséquences du Brexit, que ce soit pour le Royaume-Uni ou pour le système commercial mondial, ni de son impact sur la stabilité politique du pays. Et j’ai bien peur que le tableau s’annonce pour le moins déplaisant.

Certes, nous autres citoyens de l’Occident avons la chance de vivre une époque de paix : l’évolution des circonstances et des priorités peut être gérée au travers du processus démocratique plutôt que par la guerre civile ou à l’étranger. Mais quel genre de processus juste et démocratique peut aboutir à des décisions aussi irréversibles, et aussi déterminantes à l’échelle de toute une nation ? Une majorité de 52 % est-elle réellement suffisante pour décider un beau matin de tout plaquer ?

En termes de permanence et de conviction des choix, la plupart de nos sociétés érigent davantage de barrières sur le chemin d’un couple qui souhaite divorcer que sur celui du gouvernement du Premier ministre David Cameron lorsque la question n’est autre que la sortie de l’UE. Les partisans du Brexit n’ont pas inventé ce jeu de la roulette russe, tant les précédents existent, notamment dans le cas de l’Écosse en 2014, ou du Québec en 1995. Seulement voilà, jusqu’à présent, le barillet du revolver ne s’était jamais arrêté sur la cartouche. Maintenant que c’est chose faite, l’heure est venue de repenser les règles du jeu.

Le fait de considérer que n’importe quelle décision convenue à n’importe quel moment via la règle de la majorité serait nécessairement « démocratique » revient à pervertir cette notion. Les démocraties modernes disposent de systèmes évolués qui font intervenir des garde-fous afin de préserver les intérêts des minorités, et d’éviter que ne soient prises des décisions malavisées, aux conséquences désastreuses. Plus la décision en question est conséquente et permanente, plus les barrières sont élevées.

C’est la raison pour laquelle une révision constitutionnelle, par exemple, requiert généralement de satisfaire à des obstacles bien plus importants que dans le cas de la simple promulgation de lois budgétaires. Il semble pourtant que la norme internationale actuelle régissant la rupture d’un pays auprès d’autres États soit désormais moins exigeante que le vote d’un texte sur l’abaissement de l’âge légal pour la consommation d’alcool.

L’Europe étant désormais confrontée au risque d’une vague de nouveaux votes de rupture, la question urgente consiste à déterminer s’il existerait une meilleure manière de procéder à de telles décisions. J’ai personnellement interrogé plusieurs experts majeurs en sciences politiques sur la question de savoir s’il existe ou nom un consensus académique en la matière ; malheureusement, la réponse est rapide et négative.

Une chose est sûre, bien que la décision sur le Brexit puisse avoir semblé simple dans le cadre du scrutin, nul ne sait en vérité ce qu’il peut advenir à la suite d’un tel vote de sortie. Ce que nous savons en revanche, c’est que la plupart des pays exigent en pratique une « supermajorité » lorsqu’une décision s’avère déterminante à l’échelle d’une nation, et non une simple majorité de 51 %. Il n’existe certes pas de chiffre universel, de type 60 %, mais le principe général veut qu’au minimum la majorité en question soit manifestement stable. Un pays ne devrait pas pouvoir procéder à des changements fondamentaux et irréversibles sur la base d’une majorité acquise sur le fil du rasoir et susceptible de ne l’emporter qu’au cours d’une brève fenêtre d’élan émotif. Même s’il est possible que l’économie du Royaume-Uni ne plonge pas dans une récession pure et simple à l’issue de ce vote (le déclin de la livre sterling étant susceptible d’amortir le choc initial), il y a de fortes chances que le désordre économique et politique provoqué suscite chez ceux qui ont voté en faveur du Leave une sorte de « remord de l’acheteur ».

Depuis l’Antiquité, les philosophes s’efforcent de concevoir des systèmes visant à équilibrer la puissance de la règle majoritaire avec la nécessité de veiller à ce que les toutes les parties informées puissent peser d’un poids plus conséquent en cas de décisions critiques, sans parler de la nécessité que soient entendues les voix de la minorité. À l’époque des assemblées organisées à Sparte dans la Grèce antique, les votes étaient exprimés par acclamation. Les citoyens donnaient ainsi plus ou moins de voix afin de refléter l’intensité de leurs préférences, tandis qu’un magistrat président y prêtait une oreille attentive et se prononçait ensuite sur l’issue du vote. La procédure était certes imparfaite, mais pas forcément moins judicieuse que celle à laquelle nous venons d’assister au Royaume-Uni.

À certains égards, Athènes, cité homologue de Sparte, a pour sa part appliqué le plus parfait exemple historique de démocratie. Les voix de chaque individu, issu de n’importe quelle catégorie de citoyens, pesaient d’un poids équivalent (même si seuls les hommes étaient concernés). Cependant, à l’issue de plusieurs décisions catastrophiques dans le domaine de la guerre, les Athéniens considérèrent nécessaire de conférer davantage de pouvoir à des organes indépendants.

Qu’aurait dû faire le Royaume-Uni s’il avait effectivement été nécessaire de poser la question de son appartenance à l’UE (nécessité qui en réalité n’existait pas) ? De toute évidence, les freins à toute décision en la matière auraient dû être beaucoup plus conséquents ; le Brexit aurait par exemple pu nécessiter deux consultations populaires, espacées d’au moins deux ans, et suivies d’un vote de la Chambre des communes à 60 %. Si la volonté d’un Brexit avait malgré cela persisté, nous aurions au moins su qu’il ne s’agissait pas uniquement de la photographie ponctuelle d’un fragment de la population.

Le vote britannique plonge désormais l’Europe dans la tourmente. Beaucoup de choses dépendront de la manière dont le monde réagit, et de la capacité du gouvernement britannique à gérer sa propre reconstruction. Il est néanmoins important que nous fassions non seulement le bilan de l’issue du référendum, mais également celui du processus de vote. Toute démarche visant à redéfinir un accord de longue date portant sur les frontières d’un État devrait exiger bien plus qu’une majorité simple, exprimée dans le cadre d’un seul et unique vote. Nous venons tout juste de constater à quel point l’actuelle norme internationale consistant à employer la règle de la majorité simple peut constituer une recette désastreuse.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Voir aussi:

L’avènement de la démocratie des masses en Europe

Mark Leonard

Project syndicate

Jun 25, 2016

LONDRES – Même s’il va nous falloir du temps pour encaisser le choc suscité par le vote britannique en faveur d’une sortie de l’Union européenne, il incombe dès à présent aux dirigeants européens de s’armer de courage face aux possibles événements à venir. En effet, le Brexit pourrait bien constituer une sorte de secousse sismique préalable à un véritable raz-de-marée de référendums en Europe au cours des prochaines années.

Partout en Europe, pas moins de 47 partis de révolte viennent mettre la politique sans dessus dessous. Ces mouvements influencent de plus en plus l’agenda politique, et le façonnent selon leurs propres intérêts – gagnant au passage en puissance. Dans un tiers des États membres de l’UE, les partis de ce type sont présents au sein des coalitions gouvernementales, leur succès croissant conduisant les partis dominants à adopter certaines de leurs positions.

Bien que ces partis de révolte présentent des racines différentes, ils ont bel et bien une chose en commun : ils s’efforcent tous de bouleverser ce consensus de politique étrangère qui définit l’Europe depuis des dizaines d’années. Eurosceptiques, opposés à l’OTAN, ils entendent verrouiller leurs frontières et mettre un terme au libre-échange. Ces partis viennent modifier le visage de la politique, remplaçant les traditionnelles querelles gauche-droite par des disputes dans le cadre desquelles leur propre nativisme irascible s’oppose au cosmopolitisme des élites qu’ils méprisent.

L’arme privilégiée par ces partis n’est autre que le référendum, grâce auquel ils mobilisent un soutien populaire autour de leurs objectifs. D’après le Conseil européen des relations internationales, pas moins de 32 référendums sont aujourd’hui demandés dans 18 pays de la zone euro. À l’instar du Parti populaire danois, certains entendent suivre l’exemple du Royaume-Uni, en organisant un vote sur la question de l’appartenance à l’UE. D’autres souhaitent s’extraire de la zone euro, faire obstacle au Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) envisagé avec les États-Unis, ou encore limiter la mobilité de la main-d’œuvre.

Le plan de relocalisation des réfugiés adopté par l’UE se révèle particulièrement créateur de divisions. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a en effet déclaré qu’il entendait organiser un référendum autour des quotas proposés. Le parti polonais d’opposition Kukiz’15 procède également à la collecte de signatures en vue d’organiser son propre référendum sur cette même question.

Le fait de restituer le pouvoir aux masses, via une démocratie directe, constitue sans doute la proposition la plus révolutionnaire de ces partis. Celle-ci reflète en effet la compréhension des frustrations qui suscitent une vague mondiale de protestations populaires depuis quelques années – contestations qui, au sein du monde arabe, ont déclenché des révolutions bien réelles. C’est ce même esprit de révolte qui a conduit par exemple les Espagnols, les Grecs et les New-Yorkais à envahir les rues – avec des revendications bien entendu différentes – qui alimentent le soutien en faveur de ces nouveaux référendums, et des partis insurgés qui poussent dans cette direction.

Il y a là un cauchemar non seulement pour les partis dominants, mais également pour la gouvernance démocratique elle-même. Comme l’a démontré l’expérience de la Californie en matière de référendum, l’opinion publique a bien souvent tendance à voter en faveur de mesures contradictoires – moins d’impôts mais davantage d’aides sociales, ou encore préservation de l’environnement mais baisse du prix des carburants.

Seulement voilà, cette tendance représente une difficulté exponentielle pour l’UE, la dynamique actuelle venant en effet bouleverser les fondements mêmes de l’Union. N’oublions pas que l’UE constitue l’expression ultime de la démocratie représentative. Il s’agit d’une entité éclairée, qui a pour vocation centrale un certain nombre de valeurs libérales telles que les droits de l’individu, la protection des minorités, ou encore l’économie de marché.

Malheureusement, les couches de représentation sur lesquelles repose l’UE ont créé l’impression qu’une lointaine élite se chargeait de tout gérer, totalement déconnectée des citoyens ordinaires. Ceci fournit une cible idéale aux partis nationalistes, dans le cadre de leurs campagnes anti-UE. Ajoutez à cela l’instrumentalisation des peurs autour de questions telles que l’immigration ou le commerce, et la capacité de ces partis à attirer des électeurs frustrés ou inquiets se trouve renforcée.

Deux visions de l’Europe s’opposent désormais : celle d’une Europe diplomatique, et celle d’une Europe des masses. L’Europe diplomatique, incarnée par le père fondateur de l’UE Jean Monnet, est parvenue à extraire certaines questions sensibles hors de la sphère politique populaire, et à les réduire à des problématiques techniques solubles, gérées par des diplomates au moyen de compromis bureaucratiques convenus en coulisses. L’Europe des masses, notamment représentée par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui a activement contribué au Brexit, s’inscrit précisément à l’opposé de l’Europe de Jean Monnet, puisqu’elle s’intéresse à des compromis tels que le TTIP, ou encore l’accord d’association avec l’Ukraine, pour ensuite politiser intentionnellement ces compromis.

Là où l’Europe diplomatique s’efforce de promouvoir la réconciliation, l’Europe des masses conduit à une polarisation. Et tandis que la diplomatie vise une issue gagnant-gagnant, la démocratie directe constitue un jeu à somme nulle. La diplomatie cherche à faire baisser la température, là où le paradigme des masses ne fait que l’augmenter. Les diplomates peuvent travailler ensemble et s’entendre, tandis que le référendum constitue un exercice binaire et fixe, qui exclut la marge de manœuvre, la créativité et les compromis nécessaires à la résolution des problèmes politiques. La solidarité est impossible au sein d’une Europe gouvernée par les masses.

Cet éloignement de l’Europe par rapport à la diplomatie a débuté il y a une dizaine d’années, lorsque le Traité établissant une Constitution pour l’Europe a été rejeté par un référendum populaire en France et aux Pays-Bas. Il est possible que cet événement ait dorénavant interdit à l’UE tout exercice d’élaboration de traités, de sorte que l’espoir d’une intégration future pourrait bien être anéanti.

Mais au lendemain du Brexit, l’avenir de l’intégration européenne ne constitue pas la préoccupation première de l’Europe. Celle-ci doit désormais faire face aux forces croissantes qui mettent à mal l’intégration jusqu’ici accomplie, et qui s’efforcent de pousser l’Europe vers l’arrière. Il suffit en effet de se remémorer la période antérieure à l’UE pour réaliser combien cette trajectoire peut se révéler dangereuse.

En cette nouvelle ère de « vétocratie » européenne, cette diplomatie qui avait sous-tendu la création et la vision d’avenir du projet européen ne peut plus fonctionner, ce qui fait de l’UE une entité ingouvernable. Maintenant que les eurosceptiques sont parvenus à leurs fins au Royaume-Uni, cette vétocratie est vouée à devenir plus puissante que jamais. Il faut s’attendre à ce que les votes directs organisés autour de questions telles que les règles commerciales ou la politique d’immigration viennent dévaster la démocratie représentative en Europe, de la même manière que les votes directs sur l’appartenance à l’Union menacent d’anéantir l’UE elle-même.

Dans l’un des romans du prix Nobel José Saramago, la péninsule ibérique se détache du continent européen et part à la dérive. À l’heure où un véritable tsunami de consultations populaires menace le continent, il pourrait bien s’agir d’une métaphore annonciatrice.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Voir également:

Une tragédie britannique en un acte

Chris Patten

Project syndicate

Jun 25, 2016

OXFORD – Jeudi soir restera comme une date importante pour ceux qui ont fait campagne pour quitter l’Union européenne et pour tourner le dos de la Grande-Bretagne au XXIème siècle. Je peux au moins leur accorder cela. Comme l’a écrit Cicéron : « Ôcombien misérable et malheureux fut ce jour-là ! »

La décision de quitter l’Union européenne va dominer la vie nationale britannique pendant la prochaine décennie, si ce n’est plus. On peut discuter de l’ampleur précise du choc économique, à court et à long terme, mais il est difficile d’imaginer des circonstances dans lesquelles le Royaume-Uni ne va pas s’appauvrir et perdre de son importance au plan mondial. Une grande partie de ceux qui ont été encouragés à voter prétendument pour leur « indépendance » trouveront que, loin de gagner leur liberté, ils ont perdu leur emploi.

Pourquoi est-ce donc arrivé ?

Tout d’abord, un référendum réduit la complexité à une absurde simplicité. Le fouillis de la coopération internationale et de la souveraineté partagée représenté par l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne a été calomnié par une série d’allégations et de promesses mensongères. On a promis aux Britanniques qu’il n’y aurait pas de prix économique à payer pour quitter l’UE, ni aucune perte pour tous les secteurs de sa société qui ont bénéficié de l’Europe. On a promis aux électeurs un accord commercial avantageux avec l’Europe (le plus grand marché de la Grande-Bretagne), une immigration plus faible et plus d’argent pour le National Health Service (le système de sécurité sociale britannique), ainsi que d’autres biens et services publics précieux. Par-dessus tout, on a promis que la Grande-Bretagne retrouverait son « mojo », la vitalité créatrice nécessaire pour faire sensation.

Une des horreurs à venir sera la déception croissante des partisans du Leave (quitter l’UE), une fois que tous ces mensonges seront découverts. On a promis aux électeurs qu’ils allaient pouvoir « récupérer leur pays. » Je ne pense pas que le véritable résultat de tout cela va leur plaire.

Une deuxième raison de la catastrophe est la fragmentation des deux principaux partis politiques de la Grande-Bretagne. Depuis des années, le sentiment anti-européen a miné l’autorité des dirigeants conservateurs. En outre, toute notion de discipline et de loyauté envers le parti s’est effondrée il y a quelques années, avec la réduction du nombre de membres du parti conservateur. Le pire est ce qui est arrivé au sein du Parti travailliste, dont les sympathisants traditionnels ont donné l’impulsion aux grands votes du Leave dans de nombreux domaines de la classe ouvrière.

Avec le Brexit, nous venons d’assister à l’arrivée du populisme à la Donald Trump en Grande-Bretagne. De toute évidence, il existe une hostilité généralisée, submergée par un tsunami de bile populiste, à l’égard de quiconque est considéré comme un membre de « l’establishment ». Les militants du Brexit, comme le Secrétaire à la Justice Michael Gove, ont rejeté tous les experts  dans le cadre d’un complot égoïste des nantis contre les démunis. Les conseils du Gouverneur de la Banque d’Angleterre, de l’Archevêque de Canterbury ou du Président des États-Unis, n’auront finalement compté pour rien. Tous ont été décrits comme des représentants d’un autre monde, sans rapport avec la vie des britanniques ordinaires.

Ceci nous amène vers une troisième raison du vote pro-Brexit : les inégalités sociales croissantes qui ont contribué à une révolte contre ce qui a été perçu comme une élite métropolitaine. La vieille Angleterre industrielle, dans des villes comme Sunderland et Manchester, a voté contre les citoyens plus aisés de Londres. La mondialisation, selon ces électeurs, bénéficie à ceux d’en haut (qui n’ont aucun problème à travailler avec le reste du monde), au détriment de tous les autres.

Au-delà de ces raisons, le fait que pendant des années presque personne n’ait vigoureusement défendu l’adhésion britannique à l’UE n’a rien fait pour arranger les choses. Cela a créé un vide, ce qui a permis à l’illusion et à la tromperie d’effacer les avantages de la coopération européenne et de promouvoir l’idée selon laquelle les Britanniques étaient devenus les esclaves de Bruxelles. Les électeurs pro-Brexit ont été abreuvés d’une conception absurde de la souveraineté, ce qui leur a permis de choisir une pantomime d’indépendance, plutôt que l’intérêt national.

Mais les plaintes et les grincements de dents sont bien inutiles à présent. Dans des circonstances sinistres, les parties concernées doivent honorablement essayer d’assurer la meilleure voie possible pour le Royaume-Uni. On espère que les partisans du Brexit ont eu au moins à moitié raison, aussi difficile que cela puisse paraître. En tout cas, il faut tirer le meilleur parti de cette nouvelle donne.

Pourtant trois défis viennent immédiatement à l’esprit.

Tout d’abord, à présent que David Cameron a clairement fait savoir qu’il allait démissionner, l’aile droite du Parti conservateur et certains de ses membres les plus acerbes vont dominer le nouveau gouvernement. Cameron n’a pas eu le choix. Il ne pouvait pas aller à Bruxelles au nom de collègues qui l’ont poignardé dans le dos, pour négocier un projet qu’il ne soutient pas. Si son successeur est un leader du Brexit, la Grande-Bretagne peut s’attendre à être dirigée par quelqu’un qui a passé les dix dernières semaines à proférer des mensonges.

Ensuite, les liens qui font l’unité du Royaume-Uni (en particulier pour l’Écosse et l’Irlande du Nord, qui ont voté pour rester en Europe), seront soumis à rude épreuve. J’espère que la révolte du Brexit ne conduira pas inévitablement à un vote d’éclatement du Royaume-Uni, mais ce résultat est effectivement une possibilité.

Enfin, la Grande-Bretagne devra commencer à négocier sa sortie très bientôt. Il est difficile de voir comment elle pourra finalement se retrouver dans une meilleure relation avec l’UE, comparée à celle dont elle jouissait jusqu’à présent. Tous les Britanniques auront du pain sur la planche pour convaincre leurs amis dans le monde entier qu’ils n’ont pas choisi de partir sur un coup de tête.

La campagne référendaire a relancé la politique nationaliste, qui porte toujours sur la race, l’immigration et les complots. Une tâche que nous partageons tous dans le camp pro-européen consiste à essayer de contenir les forces qui ont déchainé le Brexit et à affirmer les valeurs qui nous ont valu tant d’amis et d’admirateurs à travers le monde par le passé.

Tout cela a commencé dans les années 1940, avec Winston Churchill et sa vision de l’Europe. La façon dont cela va se terminer peut être décrite par l’un des aphorismes les plus célèbres de Churchill : « Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours. »

En fait, de nombreux électeurs du « Leave » ne seront peut-être plus là pour le regretter. Mais les jeunes Britanniques, qui ont voté massivement pour continuer à faire partie de l’Europe, vont presque à coup sûr le regretter.

Voir encore:

Brexit: So is it ‘good for the Jews’?
Rabbi Abraham Cooper and Dr. Harold Brackman

As a shocked world reacted to England’s unexpected exit from the European Union, Palestinian President Abbas delivered a speech to the European Parliament.

Abbas, now in the 11th year of his four-year term, accused Israel of becoming a fascist country.

Then he updated a vicious medieval anti-Semitic canard by charging that (non-existent) rabbis are urging Jews to poison the Palestinian water supply.

The response by representatives of the 28 European nations whose own histories are littered with the terrible consequences of such anti-Semitic blood libels? A thunderous 30-second standing ovation.

So forgive us if while everyone else analyzes the economic impact of the UK exit, and pundits parse the generational and social divide of British voters, we dare to ask a parochial question: is a weakened EU good or bad for the Jews? First, there is the geopolitical calculus of a triple pincer movement to consider: Russian President Vladimir Putin’s troublemaking from the East, the massive migrant-refugee influx into Europe from the South, and now the UK’s secession from the West with unforeseen implications for global economies and politics.

For Israel, the EU’s global dilemma is a mixed bag. On the one hand, it could, at least temporarily, derail the EU’s intense pressuring of Israel to accept – even sans direct negotiations with the Palestinians – a one-sided French peace initiative, imposing indefensible borders on the Jewish state. On the other hand, as leading Israeli corporations and Israel’s stock market are already recognizing, new problems for the EU economic engine are also a threat to the Jewish state’s economic ties with its leading trading partner.

But the scope of the current crisis is also very much the result of the internal moral and political failure of the EU’s own transnational elites and political leadership to confront its homegrown problems. These problems have also impacted on many of Europe’s 1.4 million Jews.

It’s been 25 years since the Berlin Wall came down. This means the EU had an entire generation to deliver on the promises of creating a new Europe that would continue and extend the progress made since World War II by instituting a common currency and encouraging economic integration, free movement between member countries, while promoting mutual respect among the free citizens of the new United States of Europe.

Instead, European elites over-centralized power in Brussels by practicing what amounts to “taxation without representation,” and – after instituting open borders across the continent – failed to come up with coherent strategies to deal with burgeoning terrorism and wave after wave of Middle East migrants. Suddenly, calls by (mostly) far-right voices to “take back control of their country,” “restore national sovereignty” and “reestablish national borders” began to resonate in the mainstream of not only the UK, but also Germany, the Netherlands, Scandinavia and France. With Germany’s Chancellor Angel Merkel as the prime example, EU political leaders have so far failed to deal with legitimate citizen concerns that democracy itself is threatened by the uncontrolled influx of people from the Middle East and Africa who are not being assimilated into the basic values and institutions of Western societies.

To date, the primary beneficiaries of this political failure are the extreme nationalist parties – Le Pen’s National Front in France, Geert Wilders’ Dutch Party for Freedom, Austria’s Freedom Party, and Fidesz and Jobbik in Hungary among them – that are now mainstream political and social actors on their nations’ social power grids. Many are the proud bearers of xenophobic, populist platforms that include whitewashing or minimizing the crimes of the Nazi era. Jews rightfully fearful of the anti-Semitism among old and new Muslim neighbors in Europe can take little solace in the specter of a fragmented continent led by movements whose member rail against Muslims but also despise Jews.

We began with President Abbas’ morning-after-Brexit blood libel speech before a perfidious European Parliament. His libel and the applause it received still reverberate despite Abbas’ subsequent retraction.

For the episode highlights the lack of moral accountability infecting EU elites ensconced in the ivory towers of Brussels’ bureaucratic headquarters.

We can only hope and pray that European captains of industry, politicians, media and NGOs take the UK vote as a wake-up call for them all. For if they fail to actually address the economic and social crises with real solutions, it won’t only be the Jews of Europe who will be searching for the nearest exit.

Rabbi Abraham Cooper is associate dean of the Simon Wiesenthal Center and Museum of Tolerance. Dr. Harold Brackman, a historian, is a consultant to the Simon Wiesenthal Center.

Voir de même:

Mahmoud Abbas
Israël
Conflit israélo-palestinien
Moyen-Orient

Abbas accuse les rabbins de vouloir empoisonner les puits palestiniens, Israël crie à la calomnie
S’exprimant devant le Parlement européen jeudi 23 juin, le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré que des rabbins avaient demandé au gouvernement d’empoisonner l’eau des puits pour tuer des Palestiniens.
Thierry Charlier, AFP

FRANCE 24

23/06/2016
Israël accuse Mahmoud Abbas d’avoir calomnié les juifs. Le président palestinien a déclaré devant le Parlement européen que certains rabbins avaient appelé à empoisonner l’eau des puits pour tuer des Palestiniens.
S’exprimant devant le Parlement européen jeudi 23 juin, le président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé que récemment, « un certain nombre de rabbins en Israël ont tenu des propos clairs, demandant à leur gouvernement d’empoisonner l’eau pour tuer les Palestiniens ». De la calomnie contre les juifs, selon Israël.

« Abou Mazen a montré son vrai visage à Bruxelles », a déclaré dans un communiqué le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, utilisant le nom de guerre de Mahmoud Abbas.

Sans citer de sources à ces accusations, Mahmoud Abbas a également ajouté que cet appel entrait dans le cadre d’attaques qualifiées par lui d’incitation à la violence contre les Palestiniens.

Confusion autour d’une éventuelle rencontre entre présidents palestinien et israélien

Dans le même temps, le président du Parlement européen Martin Schulz n’a pas réussi à organiser comme il le souhaitait une rencontre entre Mahmoud Abbas et le président israélien Reuven Rivlin, qui se trouvait également à Bruxelles jeudi.

Martin Schulz a indiqué à l’AFP qu' »il n’y a pas eu de rencontre en raison d’une incompatibilité d’agendas ». Mais Reuven Rivlin a pour sa part rejeté la responsabilité de l’échec de cette tentative de rencontre sur le président palestinien.

« Personnellement, je trouve cela étrange que le président Abbas (…) refuse toujours de rencontrer des dirigeants israéliens et se tourne toujours vers la communauté internationale pour trouver de l’aide », a-t-il lancé, en faisant allusion à l’initiative française de conférence de paix internationale, à laquelle s’oppose fermement Israël.

De son côté, le porte-parole de Mahmoud Abbas, Nabil Abou Roudeina, a démenti que toute rencontre ait été prévue.

Selon le bureau de Benjamin Netanyahou, ce qui s’est passé à Bruxelles contredit la volonté affichée de Mahmoud Abbas de négocier la paix avec Israël. « La personne qui refuse de rencontrer le président (israélien) et énonce des calomnies devant le Parlement européen ment lorsqu’il prétend que sa main est tendue pour faire la paix », selon le communiqué.

Avec AFP

Voir par ailleurs:

UE, une Constitution à petits pas
Florence Deloche-Gaudez
Libération
3 juillet 2003

Après les critiques suscitées par la négociation du traité de Nice, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne ont décidé de recourir à une autre méthode, celle de la Convention, et envisagé d’adopter un nouveau texte fondateur, une Constitution. Depuis février 2002, cette Convention a réuni, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, des représentants non seulement des gouvernements mais aussi des Parlements nationaux (des Etats membres comme des pays candidats), du Parlement européen et de la Commission européenne. En dépit des positions défensives qu’y ont prises certains gouvernements, les conventionnels ont réussi à adopter par consensus un texte unique, présenté au Conseil européen de Thessalonique comme un «projet de traité instituant une Constitution pour l’Europe». Cette dernière remplacerait les traités existants.

Le terme de «Constitution» reflète l’ambition du projet. Il s’agit d’apporter des réponses à deux défis majeurs de la construction européenne : comment faire fonctionner une Union qui va passer de quinze à vingt-cinq membres ? Comment renforcer la légitimité du système européen auprès de ses citoyens ?

Parmi les principaux acquis du projet, citons le développement de la règle majoritaire, une certaine clarification du système européen et le surcroît de pouvoir donné aux citoyens.

S’agissant, tout d’abord, de l’efficacité de l’Union, davantage de décisions seront prises à la majorité. Cela sera, en particulier, le cas au sein de «l’espace de liberté, de sécurité et de justice» (politiques en matière d’immigration, d’asile…). Dans une Europe élargie, comprenant vingt-cinq Etats membres, il sera en effet très difficile, voire impossible, de décider à l’unanimité. Elle offre certes à chaque gouvernement national l’agrément de pouvoir bloquer une mesure qui le contrarie. Elle entrave pour la même raison la prise de décisions communes et limite par conséquent la capacité d’agir en commun. Au contraire, dans le cas de décisions adoptées à la majorité, chaque Etat, parce qu’il risque d’être mis en minorité, est incité à être constructif, à convaincre et à accepter d’inévitables compromis.

Pour renforcer la légitimité de l’Union européenne, les conventionnels ont voulu rédiger un texte plus clair, rendre le système européen plus transparent et plus intelligible. En ce sens, leur projet s’apparente bien à une Constitution. Aux différents traités suc cède un texte unique. Il vise à préciser la répartition des compétences entre l’Union et ses Etats membres. Y est incluse la Charte des droits fondamentaux. Les «lois européennes» vont enfin cesser de s’appeler «règlements». Sauf exceptions, elles seront adoptées selon la procédure unique de la codécision, rebaptisée opportunément «procédure législative». Cette dernière fait intervenir le Parlement européen, élu par les citoyens, et le Conseil législatif et des affaires générales, où sont représentés les Etats. Leurs débats seront publics.

Le projet de Constitution est donc plus accessible que les traités actuels. Il n’est pas pour autant simple. Le texte est long. Les négociations qui ont prévalu dans la dernière phase de la Convention ont contribué à en réduire la lisibilité. Les clauses temporaires sont nombreuses. La nouvelle définition, plus claire, de la majorité qualifiée (une majorité d’Etats représentant 60 % de la population) pourrait ainsi ne s’appliquer qu’en 2012. Les piliers ont disparu mais des procédures particulières subsistent.

Ce constat confirme que la simplification du système européen ne peut constituer le seul moyen d’accroître la légitimité de l’Union. Donner plus de pouvoir aux citoyens est une autre voie à emprunter pour réduire la distance qui existe entre ce niveau de gouvernement et les Européens. A cet égard, l’actuel projet de Constitution comprend deux dispositions clés. En premier lieu, sans l’assurer, il ouvre la voie à la désignation indirecte du président de la Commission par les citoyens via les élections européennes. Certes, c’est le Conseil européen qui continuera à proposer un candidat à cette fonction, au Parlement européen ensuite de l’approuver (ou de le rejeter). Mais à l’avenir les chefs d’Etat et de gouvernement devront faire des propositions qui tiennent compte «des élections au Parlement européen», et ce dernier se prononcera à une majorité simple. Le groupe politique majori taire au Parlement pourrait donc voir son candidat l’emporter. Si les partis politiques indiquaient, avant les élections, le nom de leur candidat, les électeurs auraient alors la possibilité, en votant, de peser sur le choix du président de la Commission. Ils détiendraient ainsi un pouvoir qui leur fait défaut au niveau européen : celui de «changer d’équipe».

Deuxième disposition susceptible de donner aux Européens plus de «prises» sur le système : l’introduction d’un droit d’initiative citoyenne. La démocratie directe est peu présente au niveau européen. Il est appréciable qu’un million de citoyens issus de différents Etats membres puissent demander à la Commission de faire des propositions sur une question déterminée.

Le projet de Constitution comprend en revanche deux limites non négligeables : la solution retenue pour la composition de la Commission n’apparaît pas totalement satisfaisante ; les décisions prises à l’unanimité sont encore trop nombreuses.

La Commission est une institution cruciale puisqu’elle détient le pouvoir d’initier les lois et qu’elle est chargée de l’intérêt commun. Le projet de Constitution prévoit qu’à partir de 2009, seulement quinze commissaires auront un droit de vote. A ceux-ci s’ajouteront des commissaires sans droit de vote, «venus de tous les autres Etats membres». Les uns et les autres «tourneraient» selon un système de rotation qui reste à éclaircir. Il s’agit d’un compromis entre deux points de vue : d’une part, celui qui voudrait que seule une Commission restreinte, au sein de laquelle pourrait régner une véritable collégialité, soit en mesure de remplir efficacement son rôle ; d’autre part, celui qui privilégie la présence d’un ressortissant de chaque Etat membre, au motif que la légitimité des décisions de la Commission exige aussi que chaque voix puisse se faire entendre. Mais même ce compromis est controversé : si la rotation est véritablement égalitaire, en excluant régulièrement du collège des ressortissants de «grands» Etats membres, ne risque-t-on pas d’affaiblir l’autorité de la Commission ?

Finalement, pourquoi vouloir à tout prix fixer un nombre précis de commissaires ? Pourquoi ne pas laisser le président de la Commission choisir ses commissaires comme un Premier ministre le ferait ?

Deuxième limite du projet de Constitution : il est encore des domaines où l’unanimité, paralysante, prévaut. Parce que le texte reste un «traité» qui doit être ensuite avalisé par une conférence intergouvernementale où les gouvernements disposent chacun d’un droit de veto, ces derniers sont parvenus, dès la Convention, à soustraire certaines politiques du champ de la majorité. Le représentant britannique a certainement été le plus actif : il n’a eu de cesse de répéter que le Royaume-Uni ne pouvait renoncer à son droit de veto dans le domaine de la politique étrangère, de la politique sociale ou fiscale… Le problème est que pratiquement chaque Etat a son domaine sensible. La France refuse que les accords commerciaux relatifs aux services culturels et audiovisuels soient conclus à la majorité ; les Allemands sont revenus sur certaines avancées en matière sociale ; pour les Irlandais, la fiscalité ne peut relever de procédures majoritaires…

Pire, la Constitution instituée par le traité ne pourra être révisée qu’à une double unanimité (au Conseil européen et au moment des ratifications nationales). Il sera donc très difficile de l’améliorer. Selon certains, une telle clause de révision interdit même l’appellation de «Constitution». Cela revient à maintenir une logique de négociation diplomatique, au lieu d’accepter celle d’une démocratie dans laquelle les décisions se prennent à la majorité, même à une majorité très élevée. Si la minorité ne veut pas se soumettre, elle peut se démettre via la nouvelle clause de retrait.

Toujours au sujet des «dispositions finales», de nombreux conventionnels ont appelé à faire ratifier l’actuel projet de traité par référendum (un référendum éventuellement consultatif dans les Etats où une telle procédure n’est pas prévue). Il est vrai que cela serait cohérent avec le projet d’instituer une Constitution. Les traités offraient déjà la possibilité d’édicter une norme supérieure aux droits nationaux. Qui dit Constitution devrait aussi dire légitimation du pouvoir politique européen par les citoyens, et non plus seulement par les Etats.

En définitive, alors que le terme de «Constitution» pouvait accréditer l’idée d’un changement radical, on reste plutôt dans une logique de «petits pas». Le projet élaboré par la Convention et transmis aux chefs d’Etat et de gouvernement offre la possibilité d’accomplir certains pas en avant. Mais il présente aussi des limites, auxquelles il faudra remédier à l’avenir. La Convention doit encore se réunir en juillet pour finaliser les parties sur les politiques de l’Union et les dispositions finales (entrée en vigueur du traité instituant la Constitution, révision de la future Constitution). Les conventionnels sauront-ils profiter de cette dernière occasion pour préserver l’avenir et proposer des dispositions dignes d’une «Constitution» ?.

On insiste depuis longtemps sur la nécessité d’imposer la publicité des débats lorsque le sujet débattu est susceptible d’engager les intérêts privés des membres du comité ou de l’ assemblée. La publicité est le meilleur antiseptique (Bentham) ou le meilleur désinfectant (Brandeis). Cependant, la publicité des débats n’élimine pas les motivations intéressées, seulement leur expression publique. Il existe toujours un moyen pour un acteur de trouver une justification respectable à un désir égoïste. Ainsi, il semblerait que l’effet de la publicité des débats soit simplement de forcer les motiva tions intéressées à emprunter le langage du désintéressement, sans que rien ne change sur le fond. Le pro blème est d’autant plus aigu qu’à la multiplicité des justifications s’ajoute celle des scénarios causaux plausibles dont un orateur peut se servir pour démontrer la convergence de son intérêt particulier et de l’intérêt général. Heureusement, ces deux degrés de liberté dans le choix du raisonnement justificatif ont leur contrepartie dans deux contraintes qui pèsent sur l’orateur. D’abord il y a une contrainte de cohérence : une fois que l’agent a adopté un certain principe normatif ou une certaine théorie causale, il ne peut pas les abandonner quand bien même ils ne lui permettent plus de satisfaire ses désirs. Ensuite, il y a ce qu’on peut appeler une contrainte d’imperfection, due à ce qu’il ne faut pas que l a coïncidence entre la motivation professée et le désir soit trop criante. Afin de cacher ses vraies motivations, il faut souvent, dans une certaine mesure, aller contre ses désirs. La contrainte de cohérence et la contrainte d’imperfection ont produit ce qu’on peut appeler la force civilisatrice de l’hypocrisie. Il ne s’agit pas d’une loi générale, mais d’une tendance plus ou moins susceptible de se réaliser selon les situations. Cependant, même si la publicité peut être désirable pour limiter le rôle des intérêts dans les débats, à supposer bien sûr que le vote soit également public, elle tend souvent à stimuler les passions , dont notamment l’amour-propre. Passons maintenant au vote. Il convient de distinguer non seulement le scrutin secret et le vote public, mais également ce qu’on pourrait appeler le vote public non-observé. C ’est l’idée de Bentha m, selon la quelle les votes devaient se faire en public mais de manière simultanée de sorte que personne, avant de voter, ne puisse observer comment votent les autres membres. En même temps, chacun sait que les autres sauront par la suite comment il a voté. Ainsi, on pourra éviter, ou du moins réduire, la portée du conformisme aussi bien que de l’hypocrisie. L ’effet anti-hypocrite de la publicité consiste dans l’élimination de l’option de parler pour une option pour ensuite voter contre. Elle a aussi l’effet de rendre possible l’écha nge des votes, effet dont il est difficile de dire en général s’il est ou non souh aitab le. L ’effet anti-hypocrite de la publicité est évidemment très différent de la force civilisatrice de l’hypocrisie produite, elle aussi, par la publicité. Le premier effet dépend de l’opprobre associé au fait de parler pour et voter contre une proposition donnée. Il est très important, dans toute décision collective, d’éviter le conformisme. Le vote majoritaire risque de ne pas produire les effets désirables affirmés dans le théorème du jury de Condorcet si les opinions ou les votes se sont formés par conformisme. En ce qui concerne le conformisme du vote induit p a r l’observation du vote d’ autrui, on peut s’en prévenir par le vote public et non observé. Il est plus difficile de réduire, par des moy ens institutionnels, le risque du conformisme des opinions. Par conformisme j’entends l’ adoption sincère – non hy pocrite – d’une opinion pour des raisons non cognitives, que ce soit par déférence à l’ autorité d’un autre membre ou par la crainte de se trouver dans une position minoritaire inconfortable. Il convient de distinguer le conformisme de la tendance, tout à fait rationnelle, à prêter une attention particulière aux opinions d’ autres membres avec plus d’expérience. Or puisque autorité et expérience vont souvent ensemble, il peut être difficile de démêler leurs rôles respectifs dans la formation des opinions. Même quand on ne fait attention aux opinions d’autrui que pour leur valeur cognitive, on peut tomber dans l’erreur par le phénomène de cascades informationnelles ou argumentatives. Dans une certaine mesure, on peut s’en prévenir en s’appuyant non seulement sur les conclusions auxquelles sont arrivés les autres, mais également sur les prémisses qui en constituent la base. Lorsqu’on considère les propriétés normatives des diverses formes de vote à la majorité ou à l’unanimité, on s’ aperçoit qu’elles dépendent, comme c’est le c a s pour les autres variables sur lesquelles je me suis penché, du contexte. Ainsi, dans une assemblée législative, la demande de l’unanimité donnerait normalement un privilège injustifiable au statu quo. Le cas principal, le liberum veto polonais, montre bien les conséquences absurdes et néfastes d’un tel système. Quant aux majorités qualifiées, leur justification se trouve dans certains cas dans le désir de stabilité, par exemple pour éviter des révisions trop fréquentes des constitutions. On observe aussi ce qu’on peut a ppeler des majorités qualifiées indirectes. Le bicaméralisme en offre un exemple. Sauf dans les cas très rares où la chambre haute et la chambre basse sont élues par des procédures identiques, le principe que toute loi doit être adoptée à la majorité simple dans chaque chambre équivaut à exiger une majorité qualifiée parmi les citoyens. En ce qui concerne le principe de majorité simple, on peut le justifier de plusieurs manières. D’un point de vue pragmatique, on peut le justifier comme un compromis quantitatif entre des prétentions à la supériorité qualitative. Dans les choix ecclésiastiques, on devait suivre la sanior pars, la partie la meilleure. Parmi les qualités de saniorité citées, il y avait la sagesse, l’expérience, l’autorité, la piété, l’érudition, la fermeté, le zèle, l’équité et même la douceur. Dans l’impossibilité de trancher on a fini par passer à la majorité numérique. Je citerai en outre la justification axiomatique proposée par Kenneth May en 1952. On a dit très justement que le choix ma joritaire est brutal, puisque le gagnant prend tout. Une majorité de 51 % peut imposer lourdement, par exemple, une minorité de 49 %. Dans certains cas, les minorités sont protégées par la nécessité d’adopter les décisions à la majorité qualifiée, mais très souvent la majorité peut faire ce qu’elle veut. Cependant, entre autres moyens d’atténuer la brutalité du principe majoritaire, on peut citer celui-ci: l’alternance. En effet, la majorité d’aujourd’hui sera peut-être la minorité de demain, et inversement. Cela donne non seulement à la minorité d’ aujourd’hui une raison d’accepter le diktat de la majorité, mais également à celle-ci une raison de ne pas utiliser pleinement son pouvoir d’imposer sa volonté à la minorité.

Voir de plus:

Brexit : Attention, le référendum n’était que consultatif

Gilles Devers

Actualités du droit

26/06/2016

Dans les référendums, il y a le modèle constitutionnel français : le vote populaire est une forme supérieure de la loi, et donc la proclamation du résultat définit l’état du droit. Pour le vote du Brexit, le 23 juin, c’est bien différent car ce référendum n’était que consultatif. C’est un fait politique, et important : on voit les secousses sismiques de ce vote. Donc, une force politique que personne ne peut ignorer, et personne à ce jour ne peut savoir jusqu’où elle ira, mais sur le plan juridique, c’est zéro. Le droit se tient au Parlement.

De toute part, ou presque, on somme Cameron de venir mardi à Bruxelles pour notifier l’engagement de l’article 50 du traité de Lisbonne.

Que dit cet article 50 ? C’est laconique :

« Un pays de l’UE qui souhaite se retirer doit informer le Conseil européen de son intention. Le Conseil doit ensuite proposer des orientations vers la conclusion d’un accord sur les modalités du retrait dudit pays.

« Cet accord est conclu au nom de l’UE par le Conseil, votant à la majorité qualifiée, après avoir obtenu la validation du Parlement européen.

« Les traités de l’UE cessent de s’appliquer au pays concerné dès la date d’entrée en vigueur de l’accord ou dans les deux ans à dater de la notification de retrait. Le Conseil peut décider de prolonger cette période.

« Tout pays s’étant retiré de l’UE peut introduire une nouvelle demande d’adhésion. Il doit alors suivre la procédure d’adhésion ».

C’est un processus complexe. Il faut défaire tous les liens institutionnels qui ont été créés, et qui sont considérables, ce qui va remettre en cause des millions de situations individuelles. Cet article n’est simple qu’en évidence : il prévoit la sortie, le démariage, mais personne n’imagine ensuite une indifférence totale entre le Royaume-Uni et l’Europe. S’ajoute ainsi une seconde question aussi essentielle : peut-on envisager les négociations sur le démariage, sans les lier avec la définition du nouvel accord ? Qui veut envisager le saut dans le vide ?

Alors Cameron… Cameron ne peut en aucun cas notifier l’engagement de la procédure de l’article 50 lors du sommet européen qui va s’ouvrir ce mardi 28… parce que c’est juridiquement impossible. Le référendum n’étant que consultatif, son gouvernement doit obtenir un vote des Communes, seul le Parlement étant décisionnaire. Et, et c’est tout le problème, il n’y a aucune majorité Brexit au Parlement britannique. Majorité pour le Remain à plus de 70%. Question : les élus vont-ils voter contre leurs convictions, abandonnant la souveraineté parlementaire ? Ce pour suivre un référendum consultatif, qui a été nerveux et ambiguë, fondé sur le mensonge et la xénophobie ? Je ne suis pas parlementaire britannique, mais je vois l’affaire bien mal partie.

Par ailleurs, il faudra également que le Parlement se prononce sur le type d’accord qui va suivre, pour mandater le gouvernement. Or, cette question n’a jamais été évoquée lors du référendum. Aussi, une voix logique serait la dissolution des Communes, pour de nouvelles élections législatives avec un vaste débat sur (1) le principe du départ, et (2) ce qu’il faut pour en remplacement. Il se dégagerait alors une majorité qui aurait un mandat populaire net

Voir de même:

Brexit loophole? MPs must still vote in order for Britain to leave the EU, say top lawyers
‘MPs will have to do their duty to vote according to conscience and vote for what’s best for Britain’
Ian Johnston
The Independent

27 June 2016

Parliament must still vote on a bill to allow the UK to leave the European Union, leading lawyers have said.

Geoffrey Robertson QC, who founded the Doughty Street Chambers, said the act which set up the referendum said « nothing » about its impact, meaning it was « purely advisory ».

A new bill to repeal the 1972 European Communities Act that took Britain into the EU must now be passed by parliament, he said, adding that MPs might not be able to vote until November when the economic effects of Brexit will be clearer.

« Under our constitution, speaking as a constitutional lawyer, sovereignty rests in what we call the Queen in parliament, » he told The Independent.

« It’s the right of MPs alone to make or break laws, and the peers to block them. So there’s no force whatsoever in the referendum result. It’s entirely for MPs to decide.

« The 1972 communities act … is still good law and remains so until repealed. In November, Prime Minister [Boris] Johnson will have to introduce into parliament the European communities repeal bill, » Mr Robertson said.

« MPs are entitled to vote against it and are bound to vote against it, if they think it’s in Britain’s best interest [to vote that way]. It’s not over yet.

« MPs will have to do their duty to vote according to conscience and vote for what’s best for Britain. It’s a matter for their consciences. They have got to behave courageously and conscientiously.

 « Democracy in Britain doesn’t mean majority rule. It’s not the tyranny of the majority or the tyranny of the mob … it’s the representatives of the people, not the people themselves, who vote for them. »

Mr Robertson said there had been « a lot of stupid statements » suggesting Britain could simply send a note to the EU to trigger « Article 50 » of the Lisbon Treaty, which lays out the process under which states can leave. The article itself says a state can only leave in accordance with « its own constitutional requirements ».

« Our most fundamental constitutional requirement is that the decision must be taken by parliament. It will require a bill, » he said.

« In November, the situation may have totally changed. According to polls, a million vote leavers appear to have changed their mind, that could be five million by the November. »

In a letter to The Times, another leading QC, Charles Flint, of Blackstone Chambers, also stressed that British law required MPs to vote before Brexit could happen.

« Under the European Union Act 2011 … a change to the treaty on European Union, agreed between member states, would have required approval both by referendum and by act of parliament, » he said.

The Lisbon Treaty was the first agreement that laid out how member states could leave the EU.

1. Any Member State may decide to withdraw from the Union in accordance with its own constitutional requirements.

2. A Member State which decides to withdraw shall notify the European Council of its intention. In the light of the guidelines provided by the European Council, the Union shall negotiate and conclude an agreement with that State, setting out the arrangements for its withdrawal, taking account of the framework for its future relationship with the Union. That agreement shall be negotiated in accordance with Article 218(3) of the Treaty on the Functioning of the European Union. It shall be concluded on behalf of the Union by the Council, acting by a qualified majority, after obtaining the consent of the European Parliament.

3. The Treaties shall cease to apply to the State in question from the date of entry into force of the withdrawal agreement or, failing that, two years after the notification referred to in paragraph 2, unless the European Council, in agreement with the Member State concerned, unanimously decides to extend this period.

4. For the purposes of paragraphs 2 and 3, the member of the European Council or of the Council representing the withdrawing Member State shall not participate in the discussions of the European Council or Council or in decisions concerning it.

A qualified majority shall be defined in accordance with Article 238(3)(b) of the Treaty on the Functioning of the European Union.

5. If a State which has withdrawn from the Union asks to rejoin, its request shall be subject to the procedure referred to in Article 49.

Voir encore:

The great Brexit kabuki — a masterclass in political theatre
Lead actors on both sides are expert in the arts of mask and illusion, writes Andrew Moravcsik
Andrew Moravcsik
The Financial Times
April 8, 2016

The Brexit debate has become a global spectator sport, which suggests that something very important must be at stake. Yet, unlike issues such as migration, the euro crisis and Ukraine, it lacks real significance: under no circumstances will Britain leave Europe, regardless of the result of the referendum on June 23.
It is instead a long kabuki drama in which politicians, not least Eurosceptics, advocate policies they would never actually implement. Kabuki — the ancient Japanese theatre art in which actors employ masks, make-up and illusions — is a common Washington metaphor for stylised but meaningless posturing. This year’s presidential primaries demonstrate how our politicians have refined this art. Now we are watching the British do us one better.

The illusory nature of Brexit was evident at the start. Politicians do not call EU referendums because they are genuinely dissatisfied with Europe. They do so to extricate themselves from domestic political jams. So in 2013 David Cameron, a moderate pro-European, introduced a referendum as the most expedient domestic political gambit to silence pesky Eurosceptics in his own party.

Yet to justify extended national deliberations over Europe, the UK prime minister needed to stage a negotiation in which he appeared to wring concessions out of other European governments. This proved a challenge. In past decades the EU has moved so far in Britain’s direction that there are few principled issues where London suffers outside the European consensus.

Mr Cameron termed the final deal “fundamental, far-reaching change” resulting in a “special status” for Britain. But aside from two modest items — a reduction in non-resident child benefits, which Germany also favoured, and a temporary cut in tax credits — the items he negotiated were symbolic.

This faux negotiation ushered in the referendum. The Remain camp seems likely to prevail since the opposition, business, foreign investors and most educated commentators all back the government. In referendums, more­over, undecided voters tend to favour the status quo — a tendency reinforced by uncertainty about exactly what Britain would do after Brexit. Still, critics are correct that Mr Cameron is playing with fire. Referendums are unpredictable, especially when issues such as migration and terrorism are in the mix.

This uncertainty would be more troubling if the referendum really mattered. Yet Britain looks unlikely to exit Europe even if its citizens voted to do so. Instead, the government would probably do just what EU members — Denmark, France, Ireland and the Netherlands — have always done after such votes. It would negotiate a new agreement, nearly identical to the old one, disguise it in opaque language and ratify it. The public, essentially ignorant about Europe, always goes along.

In contemplating this possibility, leading Eurosceptics have shown themselves to be the craftiest political illusionists of all. Now that Brexit appears within their grasp, they are backing away from it. What they really seek is domestic political power. If Britain votes to leave, the government will fall or, at the very least, the cabinet will be reshuffled. For Eurosceptic backbenchers, this is a once-in-a-lifetime opportunity. Yet they lack parliamentary and popular majorities to govern alone. They would have to strike a deal, which means moderating anti-European demands — all amid post-referendum economic chaos. Renegotiation inside the EU would be almost inevitable.

Excessively cynical? Hardly. Few Eurosceptics are more prominent (or ambitious) than Boris Johnson, and he has signalled his willingness to compromise. The mayor of London’s soundbites remain flamboyant: “The door of the jail [is] open, and people can see the sunlit land beyond.” But read the fine print.

When the referendum was announced, Mr Johnson said that voting to leave need not necessarily mean leaving. Britain might renegotiate a better deal inside the EU, followed by a second referendum. So voters need not worry: “If you vote to leave, all your options are good.” The prime minister has, for now, dismissed that option, but Mr Johnson’s statements continue to leave just enough wriggle room.

A flip-flop? Not at all. Mr Johnson reminds us that he supported Brexit only at the last minute, after Mr Cameron’s EU deal failed to include his proposed wording recognising “parliamentary sovereignty” — just the type of frothily symbolic concession on which future renegotiations could be based.

Finally, what if Messrs Cameron and Johnson and other politicians lose control of domestic politics, or if other EU leaders tire of Eurosceptic obstreperousness and toss the Brits out? Even in this worst-case scenario, Britain would not really leave Europe.

Eurosceptics propose that Britain negotiate with 27 frustrated European governments, under tumultuous economic conditions, simply to re-establish its current economic status outside the EU. Britain’s bargaining position in such a negotiation would be exceedingly weak because it is much more dependent on Europe for exports and investment than vice versa. The inevitable result, as the Swiss know only too well, is that Europe will dictate which regulations Britain must accept. Worse, Britain will surrender any future democratic control over their making.

The lesson is simple. Europe is real because globalisation means every day more British people rely on the EU to secure and stabilise trade, investment, travel, litigation, national security and political values. So the same politicians who lead a majority of Britons down the path to leave Europe would have to lead them back up again the next day to save their own political skins. Even politicians who have mastered the kabuki arts of mask and illusion must sooner or later face reality.

The writer is professor of politics at Princeton University

Voir de même:

Le « Brexit » n’aura pas lieu
Arnaud Leparmentier

Le Monde

25.06.2016

ANALYSE. Attention, problème de traduction : les Britanniques ont certes voté pour le « Brexit », mais cette expression ne signifie pas qu’ils vont quitter l’Union européenne (UE) et encore moins l’Europe.

Il suffit d’observer les tergiversations du premier ministre, David Cameron, qui souhaite laisser à son successeur le soin d’exercer l’article 50 des traités européens, ce fameux article qui entraîne le compte à rebours de deux ans pour sortir de plein droit de l’UE. Déjà, Albion joue la montre. Elle va devoir négocier simultanément son divorce et son remariage, sous une forme à inventer, avec les Européens.

Passons sur les mille questions sans réponse : que va-t-il advenir des immigrés polonais à Londres, des retraités anglais en Creuse, des étudiants espagnols en Ecosse, des droits de douane que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) interdit d’augmenter…

Qu’adviendra-t-il si, à la faveur d’élections, les conservateurs britanniques perdent le pouvoir ? Quitter l’UE apparaît presque « matériellement impossible », comme devait l’être « la guerre » avec la mise en commun du charbon et de l’acier selon la déclaration Schuman de 1950, tant le droit et l’économie anglais sont enchevêtrés avec l’Europe.

Faire fi des rancœurs passées
Les Britanniques ont trop cassé d’œufs depuis 1973 dans l’aventure européenne et, comme le résume Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC, « on ne refait pas des œufs à partir d’une omelette ».

En dépit d’un ton martial, les Continentaux vont eux aussi devoir faire fi des rancœurs passées et se poser une question stratégique : ont-ils intérêt à continuer de former un espace intégré de libre-échange avec les Britanniques ? La réponse sera certainement positive, même pour la France, parce que le Royaume-Uni constitue un débouché commercial majeur.

Tout devrait se résumer in fine à deux questions : combien Londres devra-t-il payer pour rester dans l’UE sans y appartenir juridiquement et à quelles réunions communautaires les représentants de Sa Majesté participeront-ils, avec le titre d’observateur forcément très actif. A la fin de l’histoire, les peuples risquent de se retrouver fort marris d’un « Brexit » peut-être plus formel que réel.

En revanche, les électeurs britanniques ont accompli, jeudi 23 juin, un acte majeur : ils ont rejeté l’Europe politique. Ils n’ont pas répudié l’Europe libérale qu’ils ont façonnée, mais l’embryon de fédération européenne à laquelle, paradoxalement, ils ne participent pas : l’euro, Schengen et l’Europe de la justice.

Tels les cheminots français qui prétendaient faire la grève par procuration pour les salariés du privé en 1995, les Britanniques ont voté à la place des peuples continentaux privés de ce droit. De ce côté de la Manche, la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, l’a bien compris, qui a immédiatement exigé un référendum en France sur l’appartenance à l’UE.

Ce désamour européen a gagné tout le continent. Au pouvoir en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie, il est aux portes des Pays-Bas, de la France, voire de l’Italie.

L’Europe se meurt faute de projet
Pour sauver l’Europe, on peut réitérer les reproches traditionnels, tel le candidat à la primaire de la droite et ancien premier ministre, Alain Juppé, qui veut que la Commission de Bruxelles cesse d’« enquiquiner » les Européens avec ses réglementations. En dépit du respect qu’on doit aux chasseurs de palombes, on doute que cela suffise. L’Europe n’a pas non plus échoué sur tout dans son sauvetage de la zone euro et la gestion des migrants.

Non, le drame européen n’est pas technocratique et ne s’appelle pas Bruxelles. Il est anthropologique. L’Europe se meurt, faute d’identité et de projet. Elle avait prospéré – laborieusement, rappelons-le – dans la seconde moitié du XXe siècle sur le rejet de la guerre, mobilisée face à l’Union soviétique (URSS) et protégée par les Américains. Les années de la mondialisation heureuse et un élargissement sans fin (1989-2007) ont affadi ce projet, qui s’est retrouvé bien désarmé lorsqu’ont surgi de nouveaux défis.

Ces défis sont civilisationnels, incarnés par la menace de l’organisation Etat islamique (EI) ; démographiques avec l’Afrique, dont la population – 1,2 milliard d’habitants – va doubler d’ici à 2050 et dont il va falloir accompagner le développement pour contenir la pression migratoire ; économiques avec la concurrence de la Chine et des économies émergentes.

Le problème, c’est que les populations estiment que la réponse à apporter n’est pas nécessairement européenne. Parce que la dynamique communautaire n’est plus gagnante à l’intérieur des Etats – les populations rurales, ouvrières et employées se sentent délaissées, vulnérables et décrochées des élites urbaines mondialisées –, mais aussi entre pays européens.

Repli identitaire
C’est flagrant en économie. Le Royaume-Uni croit avoir trouvé la martingale en devenant la première place financière mondiale, l’Allemagne en équipant la planète de machines-outils, tandis que les pays du sud de l’UE sont les perdants objectifs de l’euro.

Le défi de l’immigration est encore plus compliqué entre les pays de l’Est (Hongrie, Pologne), qui entendent conserver leur uniformité ethnique et catholique, et ceux de l’Ouest qui gèrent mal leur multiculturalisme sur fond de peur de l’islamisme et s’effraient du dumping social porté, selon eux, par l’immigration.

Quant à la sécurité intérieure et extérieure, elle a toujours été portée par l’Etat régalien, jamais par l’Europe.

Dans ce contexte, les populations les plus faibles choisissent le repli identitaire. Sur la nation, voire le pays natal, le Heimat, avec un retour d’une tradition plus ou moins surannée – Union Jack, chants basques ou culotte tyrolienne –, emblématique d’un besoin d’ancrage, d’appartenance.

Pendant des décennies, les Européens ont cru que l’intégration européenne leur permettait de garder leur identité. Ils en doutent, et choisissent la culotte tyrolienne contre l’Europe, se croyant mieux protégés seuls pour affronter l’avenir. C’est cela le choc du « Brexit ».

Voir aussi:

Le Brexit en sept questions

Guillaume Bigot

Le Figaro

27/06/2016

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Pour Guillaume Bigot, le Brexit n’est que la face émergée de l’iceberg européen : il estime que l’UE est une utopie sous protection de l’armée américaine.


Guillaume Bigot est essayiste. Il est le co-auteur avec Stéphane Berthomet de Le jour où la France tremblera paru en 2006 aux éditions Ramsay. Il est membre fondateur du Comité Orwell et Directeur Général de l’IPAG Business School. Le retrouver sur son site.


– Le Brexit est-il un revers pour la classe dirigeante?

Guillaume BIGOT. – Depuis 30 ans, le grand dessein fondait la légitimité de la classe dirigeante. Le Brexit a lézardé ce socle. Le dépassement de l’État nation démocratique sur le vieux continent n’est plus inéluctable.

Jusqu’en 1940, contester le bien fondé de la ligne Maginot était inconcevable. Imaginer qu’elle pourrait être contournée faisait de vous un hurluberbu. Les gens bien, les spécialistes, les experts, a fortiori les dirigeants ne questionnaient pas le dogme de l’invincibilité de l’armée française qui se confondait avec celui de la supériorité de la stratégie défensive sur la stratégie offensive. En 1958, l’idée que l’Algérie n’était pas la France n’était partagée que par une poignée d’extrémistes. Le rapatriement de millions de pieds-noirs était tout simplement impensable.

Le caractère inéluctable de l’UE rentre dans cette catégorie de totem et tabou.

Toute classe dirigeante est conformiste, y appartenir suppose de partager les convictions qui lui servent d’auto justification. Ces convictions forment des «paradigmes historiques». La croyance dans l’unification européenne forme un paradigme historique.

En général, les dirigeants tiennent à leurs paradigmes plus qu’ils ne tiennent à leurs pouvoirs. Contrairement à ce que croient les marxistes et les libéraux, les puissants perdent souvent leur pouvoir parce qu’ils refusent de remettre en cause les convictions qui le fondent. Et c’est la raison pour laquelle, lorsque les faits ou la réalité viennent contredire et parfois percuter ce paradigme, les dirigeants sont victimes de ce que les économistes appellent un «aveuglement au désastre». Zeus aveugle les mortels qu’il veut perdre.

La classe dirigeante européenne en est là par rapport à l’Europe. La plupart de nos dirigeants (la tribune de BHL en offre une illustration caricaturale) continuent à tenir les eurosceptiques pour de dangereux fauteurs de guerre et à croire que le ciel des marchés va tomber sur la tête des souverainistes.

– Au fond, qu’est-ce que l’Union européenne?

Une utopie. Ce qui a rendu cette utopie enviable et a incité plusieurs générations de dirigeants à l’imposer sur la réalité des États nations européens, c’est un double refus ou plutôt une double conjuration.

D’abord, le conjuration du péril brun incarné par les crimes perpétrés par le nazisme. Ensuite, la conjuration du péril rouge incarné par les affres du communisme. L’Union européenne est un édifice juridique, institutionnel, politique et économique destiné à protéger les peuples et les États qui la composent contre ces deux périls.

En ce sens, le projet européen n’est porté par aucune idéologie positive et encore moins par une volonté de puissance. La consécration du bon plaisir individuel (le droit des minorités est son extension) comme norme suprême à laquelle nous invite la jurisprudence de la CEDH s’accompagne d’une déligitimation de toute certitude susceptible de s’imposer l’individu donc de toute idéologie. Le projet européen est également antinomique de toute volonté de puissance. L’Europe, c’est un effort titanesque pour s’attacher les uns aux autres afin de ne plus rien vouloir, ni pouvoir ensemble.L’UE, c’est un club d’ex-alcooliques qui cassent leurs verres et leurs bouteilles, détruisent leurs tire-bouchons afin d’être certains qu’ils ne toucheront plus jamais une goutte d’alcool.Plus jamais ça: plus de raison d’État, plus d’armée, plus de budget, plus d’impôt, plus de démocratie directe, plus de frontière, plus d’assimilation des migrants: une monnaie au service des marchés et le multiculturalisme et l’armée américaine pour tous.

– Pourquoi les Britanniques ne croient plus dans cette utopie?

Ils n’y ont jamais cru.

Le besoin de délimiter l’État comme volonté de puissance, de brider la souveraineté nationale comme expression de la volonté populaire, de délier légitimité politique et culturelle (un État multi culturel et post-national qui ne ferait plus la guerre et dans laquelle les migrants garderaient leur culture d’origine) n’avait aucune raison de séduire le peuple anglais. Londres n’est jamais entrés dan l’Euro, ni dans Schengen et n’a jamais accepté que les lois sont faites ailleurs qu’aux Communes.

– Les membres de l’Union européenne sont-ils si désunis que cela?

Ce terme d’union est trompeur car il y a au moins quatre types d’États membres. La première catégorie, comme le Danemark ou la Grande-Bretagne, sont rentrés par opportunisme économique mais aussi pour manipuler les rouages institutionnels. La GB est le premier et ils sortiront tous.

La seconde catégorie ce sont les États de l’Europe du Sud qui sont entrés pour protéger leurs démocraties fragiles dans les années 80 (Grèce ; Portugal ; Espagne ; etc.). Eux aussi sont entrés par calcul, ils voulaient soutirer des aides structurelles.

Troisième catégorie, les Etats libérés par la fonte du glacis soviétique qui sont venus chercher des aides structurelles mais aussi un mécanisme de ré assurance militaire vis-à-vis de la Russie à travers le lien organique entre l’OTAN et l’UE. Les traités européens font en effet de l’organisation militaire aux ordres du président des États-Unis le «bras armé de l’Europe», ce qui ne manque pas de sel lorsque l’on sait que l’une des principales justifications de la construction européenne consiste à vouloir équilibrer la puissance américaine. La seule catégorie d’État sincèrement européiste, ce sont ceux du noyau originel: France ; Allemagne ; Belgique ; Pays-Bas ; Luxembourg et Italie. D’autres pays à l’identité malheureuse comme l’Autriche, la Croatie ou la Roumanie peuvent s’y agréger.

– Ces pays fondateurs peuvent-il avancer plus loin entre eux et créer un noyau dur?

Les dirigeants en rêvent et une part de plus en plus importante de l’opinion de certains de ces pays en cauchemardent.

L’Allemagne est militairement et démocratiquement traumatisés et perçoit l’immigrant comme un rédempteur, elle est prête à accélérer. Pour des raison qui leurs sont propre, les Luxembourgeois et les Belges n’ont pas grand chose à sacrifier en sacrifiant leur souveraineté. Le nationalisme italien a été moins ébranlé par le fascisme que le chauvinisme allemand mais n’est pas sorti indemne de son exaltation par Mussolini. C’est aussi un État nation récent et donc fragile qui n’hésitera pas à se dissoudre. La fécondité de ces peuples décline rapidement et de manière inexorable (les politiques natalistes ayant été fortement délégitimés par les pratiques des régimes totalitaires dans ce domaine). Si la loi de l’hystérèse se vérifie, l’Allemagne, l’Autriche, la Roumanie et les anciens pays de l’axe resteront longtemps arc-boutés sur un projet de dépassement de l’État nation et de la volonté populaire par l’Europe.

Le projet européen perdurera. Il y aura une vaste confédération helvétique à échelle continentale, maison de retraite historique pour peuples fatigués, pacifistes et bien décidés à gérer et leur rente économique et leur déclin démographique. Rappelons que la France gagne 500 000 habitants chaque année tandis que l’Allemagne en perd 500 0000.

– Le Frexit est-il probable?

Il n’est pas seulement probable, il est inévitable même s’il sera plus long à venir.

De 1944 à 1977, l’idée qui domine l’opinion française, c’est que les collaborationnistes ne représentaient rien n’y personne. Dans le même laps de temps, l’Europe n’allait pas au delà d’un marché commun, avec défense d’un tarif extérieur commun et négociation âpres vis-à-vis des tiers.

Avec l’élection de Giscard qui explique à la France qu’elle est devenu une puissance moyenne (1974) avec la diffusion du feuilleton Holocauste (1978), un processus de culpabilité nationale s’est mis en marche qui culmine avec le discours de Chirac au Vel d’Hiv (1995). Le Français était devenu Dupont-Lajoie. Un collabo, un pétainiste, un beauf. Surtout s’il était pauvre et peu éduqué. L’Europe a alors pu s’imposer comme une sorte de piscine purificatrice éliminant les souillures historiques. Le Frexit ne surviendra que lorsque la vérité sur cette époque s’imposera. Et le noyau perce déjà l’écorce: les historiens s’accordent pour considérer que les Français furent un temps bernés par Pétain en sa qualité de vieux lutteur anti-germanique et puis ils passèrent le reste de la guerre effarés par les crimes de l’occupant, pestant contre un régime qu’ils n’avaient pas choisi et laissant leur joie exulter à la libération. Moralement, les Français ne furent jamais du côté des nazis. La chouette de Minerve prend son envol à la tombée de la nuit. Nous ne sommes pas très loin de cette prise de conscience qui va déchirer le drapeau européen comme un voile obscurcissant l’avenir. L’enjeu est là pour les Français: ne plus être symboliquement et moralement assimilés aux Allemands (l’alignement moral a été un préalable à l’alignement monétaire qui s’est réalisé dans la douleur avec la désinflation compétitive et qui se poursuit avec l’austérité) et ce travail est presque terminé. Aux lendemains du 13 novembre, nous avons éprouvé une fierté à brandir le drapeau tricolore et au-delà, que face à l’adversité, nous devions assumer un destin grand et singulier. En revanche, nous ne croyons pas encore que nous avons en nous les ressources suffisantes pour exister sur un plan technologique, économique, militaire et même onirique (on domine aussi par les rêves) face à la mondialisation américaine ou chinoise.

– Le Royaume-Uni va-t-il éclater après le Brexit?

C’est probable mais cela n’aura qu’un lien indirect avec le Brexit. Comme nous l’écrivions avec Jean-Claude Barreau dans Toute la géographie du Monde : «l’Écosse se dirige doucement et sans rancœur vers l’indépendance et la dissolution de l’acte d’union». Le royaume n’est uni que depuis 1707, date à laquelle l’Écosse, nation indépendante et différente géographiquement (vieux massif au climat plus proche de celui de la Norvège que de celui de la Normandie qui est celui des plaines anglaises) et historiquement (l’écosse n’a pas été romanisée) de l’Angleterre. L’indépendance de l’Écosse ne sera pas une nouveauté mais un retour en arrière (pendant la guerre de cent ans, les gardes de Jeanne d’Arc étaient écossais). Braveheart n’est pas mort dans le cœur des Écossais et c’est un peu le processus européen, beaucoup la découverte du pétrole mais aussi la fin de l’empire britannique (les Écossais y avaient joué un rôle déterminant) qui explique le retour de ce refoulé. Non seulement, le processus d’unification européen est un processus de désunifoication nationale (en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne et ailleurs) mais le Brexit a bien mis en exergue une différence de sensibilité politique entre une écosse riche mais travailliste et une Angleterre qui tolère mieux des extrêmes sociaux. Ajoutons que l’Irlande est dans la même situation de divorce et là ce sera plus grave car la guerre entre Anglais et Irlandais du Nord peut se rallumer.

Voir enfin:

L’usage stratégique de l’argumentation [*]
Jon Elster
1 – Introduction
1Lorsque des individus tentent de parvenir à un accord, deux grandes voies s’ouvrent à eux : soit ils essaient de se persuader l’un l’autre à l’aide d’arguments rationnels (on dit alors qu’ils argumentent), soit ils procèdent par un échange de menaces et de promesses (on dit alors qu’ils négocient). Tout au long de cet article, j’envisagerai les avantages et les inconvénients de ces deux registres de communication, tout en restant attentif au processus d’élaboration de l’accord ainsi qu’à la question de la qualité, si l’on peut dire, de l’accord recherché. Les principales illustrations empiriques de l’argumentation proviendront des débats de deux assemblées constituantes : la Convention fédérale de Philadelphie de 1787 et l’Assemblée constituante de Paris, de 1789 à 1791 [1]. J’utiliserai également d’autres exemples, comme certaines caractéristiques propres aux négociations salariales (voir aussi Elster, 1989, ch.4) et quelques aspects de l’allocation de ressources rares (Elster, 1992).
2Lorsque des individus argumentent, les assertions qu’ils formulent prétendent à la validité  [**]. Je me référerai aux écrits de Jürgen Habermas (1984/ 1989, 1990) afin d’éclairer cette notion. Si les mêmes individus s’engagent dans une négociation, les menaces et promesses qu’ils lancent prétendent alors à la crédibilité. Cette idée sera développée dans le même esprit que les travaux de Thomas Schelling (1960). Mais, dans la mesure du possible, j’essaierai de ne pas me limiter à une simple juxtaposition des deux approches. Je traiterai également de l’utilisation stratégique de l’argumentation, à la suite d’Habermas, dans l’optique proposée par Schelling. D’une part, les négociateurs essaient souvent de présenter leurs menaces comme s’il s’agissait d’avertissements [***]. Au lieu d’énoncer une menace, ils la remplacent par un fait équivalent. Et, d’autre part, les acteurs guidés par la recherche de leur propre intérêt essaient souvent de formuler leurs revendications en s’appuyant sur des principes. Ils sont alors poussés à dissimuler leur intérêt derrière un équivalent impartial. L’essentiel de cet article sera consacré aux contraintes inhérentes à ces jeux de substitution, aux raisons d’y recourir et aux conséquences que cela implique. L’énigme que je veux éclairer peut être résumée très simplement : après tout, pourquoi argumenter ?
3Comme je l’ai déjà écrit, mon attention se portera principalement sur le cas des assemblées constituantes, là où l’argumentation et la négociation jouent toutes deux un rôle central. Mais il existe également deux situations plus proches des cas extrêmes d’argumentation et de négociation pures : il s’agit, respectivement, des débats législatifs ordinaires et des négociations salariales. En effet, ces deux types d’actes de langage peuvent être observés, y compris dans ces cas extrêmes. Ainsi, lors des débats législatifs ordinaires, le gouvernement peut menacer soit de démissionner soit de dissoudre le parlement, au cas où ses propositions ne seraient pas adoptées. Les législateurs peuvent alors brandir la menace d’une obstruction parlementaire et s’engager dans des échanges de faveurs. (Notez bien que toutes ces manœuvres ne consistent, en fait, qu’en une utilisation détournée de ressources mises en place par le système politique lui-même. Elles n’impliquent aucune menace sur la vie de l’adversaire, ni sur sa réputation, ni sur son portefeuille.) A l’inverse, même la confrontation dans les négociations salariales se base sur une bonne part d’argumentation rationnelle. Ainsi, les professions à qui la loi interdit de faire grève peuvent néanmoins participer aux négociations salariales. Même lorsque l’arsenal des parties en présence contient des menaces de grèves et de boycotts, les négociations salariales impliquent souvent des débats sur de simples faits, tels que la hausse des salaires dans d’autres groupes professionnels, la santé financière de la firme ou encore le taux d’inflation prévu. Pourtant, personne ne peut négocier à propos de tels sujets, pas plus qu’on ne peut négocier à propos du temps qu’il fera demain.
4Les assemblées constituantes restent, malgré tout, des objets privilégiés dans la mesure où elles mettent en scène l’argumentation et la négociation sous leur aspect le plus percutant. D’une part, les questions qui doivent y être tranchées n’ont rien à voir avec la politique à la petite semaine, égoiste et routinière. Mais, parce que ces assemblées doivent établir un cadre juridique pour un avenir indéfini, elles sont soumises à une très forte exigence d’impartialité dans l’argumentation. D’autre part, les constitutions sont souvent rédigées en période de crise, ce qui requiert des mesures extraordinaires, voire spectaculaires. Ainsi, à Philadelphie, de nombreux états menacent de quitter l’Union s’ils n’obtiennent pas gain de cause sur certaines questions bien précises, comme le maintien de l’esclavage ou la représentation proportionnelle de tous les États au Sénat. (La première menace a réussi ; la seconde a échoué.) A Paris, dans un premier temps, les délibérations de l’assemblée se déroulent sous la menace des troupes royales et, ultérieurement, sous les pressions de la foule. (Cette dernière menace fut efficace ; la première pas.)
5Au cours de cet article, je n’emprunterai aucun cas concret d’argumentation ou de négociation aux deux assemblées [2]. J’analyserai plutôt en quoi des arguments apparemment rationnels par rapports à des valeurs (troisième section) ou à des faits (quatrième section) peuvent s’avérer, lorsqu’on y regarde de plus près, dictés par l’intérêt personnel. J’examinerai les raisons pour lesquelles les participants à un processus de décision collective peuvent utiliser de manière stratégique des idées (non-stratégiques) d’impartialité et de vérité, ainsi que les conséquences qui en découlent.
2 – Les motivations : quelques présupposés
6Tout au long de cet article, je supposerai que les participants à un processus de délibération collective sont (1) rationnels et (2) guidés exclusivement par leur intérêt (qu’il s’agisse de l’intérêt personnel ou bien de celui de leur groupe d’appartenance). Si les arguments qu’ils déploient semblent étrangers à leur intérêt personnel, c’est qu’un calcul rationnel leur indique qu’il y va justement de leur intérêt de procéder de la sorte. Mais cette hypothèse semble irréaliste. Je commencerai d’ailleurs par livrer quelques commentaires à propos de ses lacunes.
7En premier lieu, cette hypothèse repose sur une idée un peu trop simple concernant les mécanismes par lesquels l’intérêt personnel pourrait générer des arguments désintéressés. Comme Tocqueville le fait remarquer (1893 ; 1990, p. 84), tant l’aveuglement que la tromperie peuvent jouer un rôle : « les partis politiques… sont souvent accusés d’agir sans conviction ; pourtant, mon expérience tend à démontrer que cela arrive moins souvent qu’on ne le croit. Le fait est qu’ils possèdent simplement la faculté, précieuse et souvent bien nécessaire en politique, de se forger d’éphémères convictions en fonction des sensations et des intérêts du moment » [****].
8En deuxième lieu, et surtout, cette hypothèse repose sur une bien pauvre image des motivations humaines. Nous pouvons d’ailleurs distinguer trois sortes de motivations : les passions, les intérêts et la raison impartiale. Ces trois motivations sont souvent opposées par paires les unes aux autres. Ainsi, lorsque David Hume (1960, 415, première édition en 1739-40) traite de la passion et de la raison, il stipule que cette dernière est et doit être exclusivement au service de la première. Albert Hirschman (1977) observe, pour sa part, les changements d’attitude à l’égard des passions et des intérêts au 18e siècle. Et il soutient que le triomphe des intérêts sur les passions constitue, dans une société axée sur le commerce, « un argument politique en faveur du capitalisme avant l’heure de son triomphe ». Dans les lignes qui suivent, nous entendrons par « intérêt » la quête d’un avantage matériel. Quant aux passions, outre le fait qu’elles ne sont pas toujours guidées par la recherche d’un avantage, elles peuvent même pousser les individus à agir à l’encontre de leur propre intérêt. Comme le souligne La Bruyère (1696, IV, p. 71), « rien n’est plus aisé pour la passion que de se placer au-dessus de la raison : c’est pour cela que sa vraie victoire consiste à triompher de l’intérêt ». En fin de compte, le présent article est fortement inspiré par le contraste régnant entre raison et intérêt. Dans le cas de la Convention Fédérale, on admet, en général, que ces deux principes déterminent la palette des motivations possibles des constituants (Jillson, 1988, p. 193-94 ; Rakove, 1987).
9Dans l’analyse des assemblées constituantes qui étayera nos propos, ces trois motivations reviennent à deux reprises. Premièrement, lorsque les constituants doivent faire des projections quant aux motivations qui animeront les générations futures (celles à qui la constitution est destinée). Ensuite, elles interviennent encore lorsque les observateurs et les historiens tentent de démêler les motivations des constituants eux-mêmes.
Cas n° 1 : des constituants impartiaux et rationnels
10Comme premier sous-cas, envisageons des constituants impartiaux et rationnels qui visent à limiter les éventuels inconvénients des passions des générations futures. Cette idée a deux aspects. Commençons par une première situation-type : le processus d’élaboration constitutionnelle. On peut concevoir ce processus comme une situation où les constituants rationnels et impartiaux tentent de contenir les passions des générations futures. Cette situation-type met en évidence deux aspects, liés respectivement à la mécanique de révision constitutionnelle et à la mécanique législative ordinaire. En rendant difficile la révision d’une constitution, les constituants essaient de contenir les majorités passionnées susceptibles de s’en prendre aux droits des minorités. En ralentissant le processus législatif ordinaire, via le bicaméralisme et le principe de veto accordé à l’exécutif, la Constitution permet de limiter ce genre de risques de révision par une majorité imprévisible et versatile. C’est ainsi que l’on peut comprendre Madison lorsqu’il souligne que le Sénat est nécessaire pour protéger la population de sa « versatilité et de sa passion ».
11Globalement, dans les comptes-rendus de la Convention Fédérale, très peu d’éléments révèlent une quelconque prise en compte des passions des générations futures par les constituants, au sens où je viens de l’expliquer. En effet, les constituants semblent davantage préoccupés par l’attrait que des intérêts immédiats ou partisans pourraient exercer sur les prochaines générations. En général, ils partent de l’hypothèse selon laquelle les motivations sont, en tous temps et en tous lieux, dictées par l’intérêt personnel. Si cette hypothèse a été retenue, c’est probablement pour des raisons de prudence et non parce qu’elle est présumée vraie. Selon Hume (1963, p. 42), « la maxime selon laquelle tout homme doit être considéré comme un fripon est juste en politique ; bien que, en même temps, il semble quelque peu étrange qu’une maxime soit vraie en politique tout en étant fausse dans les faits. » Imprégnés par la pensée de Hume comme ils pouvaient l’être à l’époque, les constituants ont naturellement travaillé dans la même optique que lui (White, 1987).
12A l’Assemblée Constituante, les hypothèses émises sur la nature humaine sont à la fois plus méchantes et plus flatteuses que celles élaborées à la Convention Fédérale. Si l’hypothèse de Hume sur la friponnerie universelle est souvent considérée comme un scénario du pire, il existe des choses plus graves que la recherche de son propre intérêt (Hirschman 1977 ; Holmes 1990). En tête de liste, on y trouve l’envie, la rancune, l’orgueil et la vanité. Et même si certains propos émis au sein de la Convention Fédérale (I, 72, 176) peuvent laisser penser que les constituants taxent de certaines envies les individus à qui s’adresse leur travail, il n’en reste pas moins que de tels propos demeurent ambigus et atypiques. En revanche, au sein de l’Assemblée Constituante, les arguments prenant en compte la vanité et l’orgueil – c’est-à-dire l’amour propre – jouent un rôle considérable. Il convient d’éviter de placer un agent dans une situation où sa vanité l’inciterait à agir à l’encontre de l’intérêt public. D’ailleurs, vingt-cinq ans plus tard, Benjamin Constant est encore préoccupé par « le problème de l’amour-propre, un défaut bien français ». Et il affirme que des « dispositifs institutionnels » sont nécessaires pour le contrer. C’est pourquoi il prône le système britannique qui interdit les discours écrits au Parlement (Holmes 1984, p. 139-140).
13Au sein de l’Assemblée Constituante, Bergasse insiste plus d’une fois sur la nécessité de prendre en considération la vanité ou l’orgueil des agents dont la Constitution est censée régir le comportement (9, p. 115). Il affirme qu’un procureur ne peut simultanément être juge car, si ces deux rôles se mélangent, son amour-propre de magistrat risque de le faire pencher pour la culpabilité de l’accusé (8, p. 443). Si la législature en place accuse un ministre de mauvaise conduite, celui-ci ne doit pas être jugé par une cour ordinaire, car cela risquerait de froisser la susceptibilité du corps législatif (9, p. 111). Un veto suspensif accordé au Roi n’aura pas l’effet escompté, c’est-à-dire qu’il n’amènera pas l’Assemblée à réexaminer la Loi parce que son amour-propre lui interdira de faire marche arrière (9, p. 116). Malouet (9, p. 116) discute un argument similaire qui a été avancé contre un projet. Celui-ci a été avancé contre un projet qui visait à octroyer au Sénat un veto que seule une majorité des deux-tiers au sein de la Chambre basse pourrait annuler. Et Malouet rejette cet argument, sans nier le rôle joué par l’amour-propre, mais en affirmant qu’il n’affecterait que les députés à l’origine du projet de Loi et non ceux qui l’auront votée.
14Considérons maintenant un deuxième sous-cas : les constituants peuvent tenter non seulement de contenir les passions des générations futures, mais aussi de contrôler et de canaliser leurs intérêts. Contrairement à ce qui se passe à l’Assemblée Constituante, la théorie des choix publics rencontre un certain succès au sein de la Convention Fédérale. Les constituants y fondent constamment leur argumentation sur les effets incitatifs de divers dispositifs. J’illustrerai ceci à l’aide de trois exemples, tous empruntés à Madison.
15D’abord, celui-ci était contrarié par le fait que seuls les propriétaires fonciers puissent faire partie du Congrès. D’après lui, l’histoire montre que « les hommes ayant acquis une propriété foncière à crédit ont souvent réussi à se faire élire afin de se protéger efficacement, mais injustement, contre leurs créanciers » (II, p. 123). Un second exemple de raisonnement basé sur l’effet incitatif apparaît dans les propos qu’il tient au sujet d’un projet prévoyant que, lors de l’élection du président, chaque électeur disposera de deux voix dont une au moins devra être attribuée à un candidat originaire d’un autre État que le sien. Madison « pense que cette suggestion a un bon côté… La seule objection est que chaque citoyen, après avoir voté pour son concitoyen favori, risque de gaspiller sa seconde voix en la donnant à un obscur candidat d’un autre État, afin de renforcer les chances de son premier choix » (II, p. 114). Le dernier exemple est moins convaincant. En s’opposant à la sélection de l’exécutif par le corps législatif, Madison avance que « le candidat risque d’intriguer auprès de la législature, d’être nommé par la faction dominante et d’être dès lors enclin à conduire son administration conformément aux désirs de celle-ci » (II, p. 109). Mais rien ne garantit la crédibilité de la promesse par laquelle un candidat s’engagerait à privilégier ses électeurs. A moins que l’exécutif ne soit candidat à sa réélection, il est plus probable que l’assemblée deviendra esclave de sa créature. En fait, le faiseur de rois doit se méfier du Roi.
16Comme troisième sous-cas, considérons le fait que des constituants rationnels peuvent essayer de créer des conditions permettant aux générations futures d’utiliser, elles aussi, leurs capacités de raisonnement. Cette idée n’a jamais été mentionnée à la Convention Fédérale. A l’Assemblée Constituante, elle y joua un rôle central. Sous certains aspects, comme je l’ai déjà dit, les membres de l’Assemblée Constituante se faisaient une idée plus flatteuse de leurs successeurs que leurs confrères de la Convention Fédérale. Ils croyaient vraiment que le rôle d’une assemblée consistait à transformer les préférences par des débats rationnels, dépassant ainsi largement un simple processus d’agrégation. Dans la plus célèbre formulation de ce point de vue, Sieyès avance (8, p. 595) que le vœu national -c’est-à-dire ce que la nation désire- ne peut être déterminé en consultant les recueils de plaintes et de souhaits que les représentants amenaient à Versailles. De même, les mandats impératifs ne peuvent être considérés comme autant de résultats de la volonté nationale. D’après lui, en démocratie (le terme était alors péjoratif), les individus se forgent leur propre opinion en privé avant d’aller l’exprimer dans les urnes. Si aucune majorité ne se dégage alors, ils rentrent chez eux et revoient leur opinion, une fois encore chacun de leur côté. Cette façon de forger une volonté collective constitue, selon Sieyès, une absurdité dans la mesure où elle ne permet ni la délibération ni la négociation. « Il ne s’agit pas d’une élection démocratique dans ce cas-ci, mais bien de proposer, d’écouter, de se concerter, de changer d’avis, pour arriver à un consensus. » Lors des débats de la révision constitutionnelle, d’André (30, p. 668) et Barnave (30, p. 115) soulignent également que l’idée d’une Convention constitutionnelle issue de mandats impératifs, octroyés par des Assemblées primaires, trahirait l’esprit du système représentatif au profit de la démocratie. Selon l’expression empruntée à Barnave, « un vœu, qu’il soit personnel ou celui de la section, s’il n’est pas éclairé par une délibération commune, n’est pas un vœu véritable ».
Cas n° 2 : des constituants impartiaux mais imparfaitement rationnels
17Intéressons-nous, à présent, aux motivations des constituants. Tout d’abord, leur souci de la chose publique n’est probablement qu’imparfaitement rationnel. Une rationalité imparfaite (c’est-à-dire éprouver une faiblesse et être conscient de cette faiblesse) peut inciter les acteurs à prendre des mesures censées empêcher des comportements prévisibles et indésirables dans le futur. (Elster, 1984). Ce qui signifie qu’on peut considérer la Constitution comme un dispositif permettant à une « société » de se protéger elle-même contre « ses » prédispositions, conscientes et redoutées, à l’imprudence. « Les constitutions sont des chaînes avec lesquelles les hommes se lient eux-mêmes dans leurs moments de lucidité, afin de ne pas succomber sous une main suicidaire en des temps agités » (John Potter Stockton, cité par Finn, 1991, p. 75). Bien que cette idée d’un auto-enchaînement intergénérationnel se désintègre dès qu’on l’utilise de manière trop littérale, elle peut s’appliquer de manière plus adéquate quand on analyse les motivations des constituants. Ces derniers peuvent chercher à structurer leurs propres procédures de manière à minimiser l’impact des passions et des intérêts. Les deux assemblées du 18e siècle ont créé et institutionnalisé des dispositifs à cette fin.
18A la Convention Fédérale, les séances se déroulaient à huit-clos et dans la confidentialité. Comme Madison le dira plus tard (III, p. 479), « si les membres avaient commencé par s’engager publiquement, ils auraient ensuite supposé que la cohérence exige d’eux qu’ils restent sur leurs positions alors que, dans le cadre de discussions confidentielles, personne ne se sent tenu de garder son opinion s’il n’est plus convaincu de leur pertinence ni de leur véracité, et chaque membre reste ouvert à la discussion ». Il est probable que l’on craignait de voir l’orgueil et la vanité des représentants, ainsi que les pressions exercées par leurs électeurs, les empêcher de revenir sur une opinion après l’avoir exprimée. Toutefois, Madison n’envisage pas cette autre implication de la confidentialité, c’est-à-dire l’éventualité de voir les débats quitter le terrain de l’argumentation pour celui de la négociation. Mais je reviendrai sur cette implication plus loin.
19Contrairement à la Convention Fédérale, l’Assemblée Constituante fonctionnait comme une législature ordinaire. Il se peut toutefois que cet arrangement se révèle indésirable. L’une des principales tâches confiées à une assemblée constituante consiste à répartir équitablement le pouvoir entre les organes législatifs et exécutifs. Confier cette tâche au corps législatif reviendrait à lui demander d’être à la fois juge et partie. On pourrait aussi s’attendre à ce qu’une constitution rédigée par une assemblée législative donne trop de pouvoirs à la législature. Dans l’absolu, ce problème pourrait être réglé par des moyens semblables à ceux employés dans les corps législatifs, avec des freins et contrepoids. Par exemple, un veto royal sur la Constitution serait à-même de freiner la tendance du législatif à s’accorder trop d’importance. L’Assemblée Constituante a adopté une autre position en déclarant ses membres inéligibles aux premières élections ordinaires. C’est Robespierre (26, p. 124) qui, lors de son premier grand discours, convainc l’Assemblée de voter pour cette ordonnance d’abnégation.
20Bien que parfois considérée par la postérité comme un exemple désastreux de surenchère populiste (Furet, 1988, p. 104), la solution de Robespierre se veut une réponse à un réel problème. Si jamais les constituants ont la motivation et l’occasion de se réserver une place de choix dans la Constitution, alors ils le feront. Au sein de la Convention Fédérale, cette motivation était probablement absente. Et, même si les constituants partaient du principe que les générations futures d’électeurs et de politiciens seraient des fripons, comme nous l’avons vu plus haut, ils se voyaient eux-mêmes guidés par des intentions biens plus nobles (White 1987, p. 114 et 249 ; Lovejoy 1961, p. 52). Plus encore, l’occasion faisait tout simplement défaut. Il y avait un fait incontournable, et les constituants n’y pouvaient rien : la Convention serait définitivement dissoute une fois la Constitution rédigée. Au sein de l’Assemblée Constituante, par contre, les constituants ont dû légiférer pour s’interdire de se ménager une place de choix grâce à la Constitution.
Cas n° 3 : des constituants intéressés et passionnés
21Beaucoup de travaux traitent de l’importance relative des idées impartiales et des intérêts comme motivations des constituants à la Convention Fédérale. Ainsi, Charles Beard (1986) soutient que les constituants n’ont fait que poursuivre leur intérêt. Calvin Jillson (1988, p. 16) prétend que, pour le choix entre deux dispositions institutionnelles, les idées n’importaient que lorsqu’il n’y avait pas d’intérêts en jeu. R. A. McGuire (1988) estime que les intérêts économiques des circonscriptions électorales des différents représentants ont un pouvoir explicatif des votes à la convention supérieur aux intérêts économiques directs des constituants, bien que ces derniers ne soient pas négligeables. Toutefois, on peut noter que, vu la nécessité de faire ratifier la Constitution par les États, l’intérêt des circonscriptions électorales a probablement contraint les constituants impartiaux bien plus qu’il n’a déterminé leur propre intérêt. (A l’inverse, et comme je le soutiens dans la section suivante, les normes du discours rationnel peuvent freiner les intérêts personnels des constituants).
22Même si les experts ne parviennent pas à s’entendre à propos du dosage exact des idées et des intérêts à Philadelphie, la majorité d’entre eux s’accorde toutefois à dire que les deux motivations sont intervenues. Les passions, en revanche, semblent avoir joué un rôle relativement faible. A l’Assemblée Constituante, les intérêts des représentants (et ceux de leurs circonscriptions) restent assez périphériques, si l’on excepte le cas des défenseurs acharnés de l’ancien régime. Les idées et les passions (des idées qui peuvent être défendues avec passion et, parfois, déformées par la passion) ont dominé les débats. Dans cet article, notre stratégie consiste à traiter les différences entre les deux assemblées comme si elles étaient produites par le contexte institutionnel. Ainsi, alors que les débats à huis-clos permettent une libre expression des intérêts, les débats publics les acculent à la clandestinité. Dans des débats à huis-clos entre peu de représentants, les tirades passionnées seront ridiculisées comme autant de clichés. Dans un forum public, avec de nombreux représentants, le débat passionné sert à la fois d’épée et de bouclier. Je ne prétends pas avoir tout dit sur la question. On peut ainsi raisonnablement supposer que les deux assemblées comptent chacune leur part « de passionnés et d’intéressés ». Cependant, je tiens ici à déterminer de quelle manière le cadre des débats a pu canaliser, amplifier ou étouffer l’expression de ces motivations.
3 – L’usage stratégique des arguments impartiaux
23En général, lorsque les membres d’une assemblée débattent, ils se contentent de faire comme s’ils se préoccupaient du bien public ou de l’intérêt général. Et même lorsqu’ils formulent leurs arguments en ces termes, c’est souvent pour mieux dissimuler des objectifs partiaux ou partisans. Pour comprendre la nature, les causes et les conséquences de tels pseudo-arguments, il faut d’abord analyser les véritables arguments qu’ils parasitent. Ici, je suis Habermas (1984, p. 75). Il soutient qu’un locuteur recherchant l’intercompréhension plutôt que la réussite doit respecter trois critères de validité : la vérité propositionnelle, la justesse normative et la véracité subjective (c’est-à-dire la sincérité). Par conséquent, un locuteur voulant donner l’impression de rechercher l’intercompréhension doit, lui aussi, donner l’impression de respecter ces trois critères. C’est pourquoi j’étudierai sous quelles conditions un acteur recherchant la réussite peut estimer qu’il est de son intérêt de paraître rechercher l’intercompréhension par un engagement simulé en faveur de la vérité et de la justesse normative. Le critère de justesse fait l’objet de cette section. Celui de vérité est discuté dans la section suivante. Enfin, le critère de véracité ou de sincérité, bien qu’important, peut être négligé ici.
24L’idée de justesse normative est à la fois compliquée et contestable. Au minimum, elle doit impliquer une idée d’impartialité. Les gens ne devraient pas être traités différemment simplement parce qu’ils vivent à une époque ou à un endroit particuliers, pas plus qu’en fonction de leur sexe, de leur race ou de leur profession. Tout traitement différencié de tels groupes devrait se fonder sur des propriétés susceptibles de s’appliquer à n’importe qui. Et c’est justement à l’époque des deux Assemblées que ces idées d’impartialité et d’universalité ont de plus en plus été considérées comme les fondements de la vie politique. A l’Assemblée française, on se souvient des propos de Clermont-Tonnerre appelant à la reconnaissance « des Juifs, des comédiens et des bourreaux » comme citoyens à part entière (10, p. 754 et suivantes). Le déni du droit de vote pour les femmes pourrait être envisagé comme une exception. Toutefois, d’après Sieyès, ce refus se base sur le fait qu’une qualité universelle fait défaut chez les femmes : celle de « contribuer à la vie publique » (O, p. 1014). En fait, ceux qui ont refusé d’octroyer la citoyenneté aux Juifs se sont également fondés sur l’absence d’une qualité universelle : l’accomplissement du service militaire (10, p. 757). Personne ne tenait en fait à exclure les Juifs simplement pour des motifs raciaux.
25Pour la clarté de nos propos, il est essentiel de pouvoir expliquer la notion d’impartialité de plusieurs façons. En tant que tel, le critère d’impartialité ne doit pas s’élever au rang de théorie de la justice. Il serait plus judicieux de l’envisager comme une contrainte pesant sur une telle théorie. Car les théories utilitaristes, comme les théories basées sur les droits, sont impartiales. Et les normes de distribution fondées sur le besoin, le mérite ou la contribution sont toutes impartiales, de même que les normes de répartition uniforme ou par tirage au sort. L’idée selon laquelle les arrangements sociaux doivent refléter les choix qu’effectueraient des individus rationnels, retranchés derrière un voile d’opacité (cette notion peut être entendue dans plusieurs sens), illustre également un certain idéal d’impartialité. Cet idéal peut s’appliquer à des individus aussi bien qu’à des collectivités, mais il conduit à des conclusions totalement différentes dans un cas ou dans l’autre. Ainsi, à la Convention Fédérale, tant les défenseurs de la représentation proportionnelle des états au Sénat que ceux de la représentation équitable se réfèrent aux notions impartiales d’équité et de justice (I, p. 151, et 159) : les premiers revendiquent un traitement impartial des individus et les seconds réclament un traitement impartial des états.
26Imaginons à présent un groupe dont l’intérêt le conduit à préférer la proposition A. On peut alors se demander si ce groupe a la possibilité d’invoquer un équivalent impartial de son intérêt personnel, si, pour une raison ou l’autre (comme nous le verrons plus loin), il ne souhaite pas adopter une attitude purement intéressée. En d’autres termes, existe-t-il un argument impartial en faveur de A ? Supposons qu’il n’y en ait pas. Nous pouvons alors nous demander quel est argument impartial favorable à la proposition la plus proche possible de A. Dans le premier cas, on observe une parfaite cohérence entre l’intérêt partial et les arguments impartiaux. Dans le second cas, cette coïncidence est maximale. Toutefois, il est hautement probable que ni une coïncidence parfaite (s’il en existe une) ni une coïncidence maximale ne constitueront des solutions optimales pour le groupe. Un argument impartial qui arrange trop bien ceux qui s’en servent risquera d’éveiller le soupçon. Par exemple, si les riches préconisent un allégement d’impôts pour tous les riches et seulement pour eux, l’argument impartial selon lequel une telle mesure finira par profiter à tous, même aux couches moins favorisées, n’est probablement pas un argument optimal. Par contre, un argument impartial en faveur d’une mesure moins radicale a plus de chances d’être accepté, comme un allégement d’impôts pour une part de la population aisée ainsi que pour une part des moins bien lotis. Un argument ne proposant d’allégement d’impôts qu’en faveur des plus pauvres aurait, lui aussi, de bonnes chances d’être retenu. Mais il ne serait certainement pas optimal pour les nantis. Ces derniers ont besoin d’un argument suffisamment éloigné de leur intérêt personnel pour qu’il soit accepté par les autres. Mais il ne doit pas non plus trop s’en éloigner car, si cet argument était retenu, ils ne pourraient alors en tirer aucun profit. [3]
27A ce stade, quelques exemples pourraient s’avérer utiles. Dans les années 1920, l’Université de Yale voulait limiter le nombre d’inscriptions d’étudiants Juifs. Pourtant, suite à un scandale qui avait éclaté peu avant à Harvard, ses responsables ont refusé d’afficher clairement des quotas. Au lieu de cela, ils ont opté pour une politique de diversité géographique, présentée comme un objectif à part entière. Mais, en réalité, il s’agissait d’une mesure destinée à réduire le nombre d’admissions de candidats originaires de la zone à forte densité de population juive que constituait New York. Pour les membres du service d’inscription, très soucieux de leur réputation, l’attrait de cette stratégie résidait dans le fait qu’elle pouvait sembler totalement impartiale. « Même si de nombreux Juifs (concentrés dans la région du Nord-Est, d’où provenaient la majorité des candidatures pour Yale) seraient affectés par ce principe, celui-ci n’était pas intrinsèquement antisémite. Il n’était pas possible d’accuser sérieusement de discrimination religieuse une politique géographique qui avait été déployée sans tenir compte du critère religieux. De plus, elle pouvait favoriser un Juif du Milwaukee ou un catholique de Duluth autant qu’elle pouvait nuire à un athée de New York ou à un protestant de Hoboken. » (Oren, 1985, p. 198). Le critère impartial de la diversité géographique constituait un argument équivalent, moins radical et donc plus acceptable, du critère racial.
28La limitation du droit de vote offre un exemple supplémentaire. Dans beaucoup de sociétés, la propriété foncière constituait un critère décisif pour l’obtention du droit de vote. Il est bien entendu possible de défendre ce principe à l’aide d’arguments impartiaux. Pourtant, à la Convention Fédérale, Madison soutient (I, p. 421 et 443) que les conditions rigoureuses d’éligibilité au Sénat, fondées sur la propriété, permettent non pas de protéger les riches face au peuple mais bien le peuple contre lui-même. Mais, comme je l’ai déjà écrit, de tels arguments présentent un aspect fondamentalement suspect. Ils collent trop bien à l’intérêt personnel des nantis. Il peut dès lors s’avérer utile de considérer le niveau d’alphabétisation comme un critère impartial, étroitement lié à la notion de propriété, quoique de manière imparfaite. A différentes époques de l’histoire américaine, le niveau d’alphabétisation a également servi de prétexte pour légitimer d’autres objectifs partiaux, comme la volonté de tenir les noirs ou les catholiques éloignés de la politique (Creppel, 1989).
29L’utilisation stratégique d’arguments impartiaux est un fait bien connu en politique. Toutefois, nous en savons moins sur les raisons conduisant les individus à estimer qu’ils ont intérêt à remplacer un argument intéressé par un argument impartial. Et l’on en sait encore moins quant aux conséquences de telles stratégies de substitution. Commençons donc par aborder la question la plus importante : pourquoi faut-il argumenter ? Pourquoi ne pas adopter une attitude de négociateur, ou exiger un vote immédiat sans débat au préalable ? Je pense à quatre cinq réponses, mais il en existe probablement encore d’autres.
30Premièrement, lorsqu’un orateur donne l’impression de réellement fonder ses arguments sur des principes, les gens à qui il s’adresse seront probablement plus prompts à mettre de l’eau dans leur vin. Si un individu donne l’impression de raisonner en s’appuyant sur des principes et d’être prêt à subir quelques pertes plutôt que d’accepter un compromis, il fera céder ses interlocuteurs, même si ces derniers ont un intérêt en jeu (Franck, 1988 ; Elster, 1989, p. 231 et suivantes). A ce sujet, le fait d’adopter des principes constitue une forme d’engagement préalable. Cette stratégie sera probablement adoptée par des agents qui, sans cela, auraient un faible pouvoir de négociation. Quand les puissants négocient en position de force, les faibles argumentent avec des principes.
31Deuxièmement, Jonathan Macey (1986, p. 251) a démontré que les coalitions d’élus tendent à s’exprimer en faveur de l’intérêt public pour mieux masquer ce qui est, en fait, un marché conclu entre des intérêts particuliers. « Si les lois fondées sur des intérêts privés sont souvent rédigées dans le langage de l’intérêt public, c’est parce que ce langage rend plus coûteuse la découverte des véritables effets de la législation par le public et les groupes rivaux. Ce qui, à son tour, réduit le prix que le législateur doit payer pour maintenir une loi en faveur des petits groupes d’intérêts, c’est-à-dire la perte du soutien des groupes lésés par cette loi. »
32Troisièmement, on peut convaincre ses interlocuteurs en invoquant une raison d’ordre général. Acceptons, bien qu’il s’agisse d’une grossière approximation de la réalité, la remarque de Jillson selon laquelle les orateurs seront réceptifs à un argument impartial si et seulement si leur intérêt personnel n’est pas en jeu. Dans une assemblée, certains participants préféreront une proposition donnée en fonction de leur intérêt, alors que d’autres s’y opposeront et que d’autres encore resteront neutres. A l’évidence, l’intérêt de chaque parti le pousse à défendre son point de vue dans le langage de l’impartialité, afin de convaincre les indécis de le rejoindre. Cette stratégie est tout à fait compatible avec le fait que la tierce partie sait pertinemment bien que les autres sont uniquement guidés par leur propre intérêt. De plus, cette stratégie est également compatible avec une utilisation opportuniste et incohérente d’arguments impartiaux. La cohérence n’est requise que pour duper les autres, pas pour les persuader.
33Quatrièmement, dans une logique radicalement différente, James Coleman (1990, p. 393) soutient que, si « les membres [d’une assemblée] semblent hésiter à invoquer leur intérêt personnel et expriment parfois leur désapprobation quand d’autres le font », c’est dû à une norme sociale « selon laquelle nul ne devrait adopter une position qui ne peut être justifiée par les bénéfices qu’elle apporte à la collectivité ». Qui plus est, cette norme sociale n’est pas le fruit du hasard. « Puisqu’une telle norme existe dans l’intérêt de tous, on peut s’attendre à la voir apparaître et à ce qu’elle ait un certain pouvoir de persuasion » (ibidem, p. 394). Cet argument n’est pas d’ordre purement fonctionnaliste, contrairement à l’impression qu’il peut laisser. Coleman ajoute que des normes profitant à la collectivité se construisent au travers de comportements individuels rationnels. Ainsi, chaque individu constate qu’il a parfois intérêt à renoncer à certains de ses droits pour obtenir le droit de contrôler les comportements des autres. Pour moi, cette théorie ne tient pas la route. Je veux bien admettre qu’une norme comme celle décrite par Coleman existe, mais je ne pense pas qu’elle se résume à une forme d’intérêt individuel. Pourtant, un constituant peut individuellement être amené à obéir à cette norme dans son propre intérêt, si les sanctions infligées à ses transgresseurs sont suffisamment sévères.
34Enfin, Stephen Bundy m’a suggéré qu’un orateur peut utiliser un argument fondé sur l’équité pour éviter d’humilier un adversaire. Si le parti dominant ne ménage pas son adversaire, la minorité peut être tentée d’adopter des comportements dévastateurs plutôt que de baisser pavillon. A l’opposé, si le parti majoritaire avance un argument impartial permettant à la minorité de sauver la face, tout le monde y gagnerait. Les résultats d’expériences sur la négociation par ultimatum (Güth et al., 1992) appuient de manière « stylisée » cette hypothèse.
35Il faut relever ici une caractéristique commune à ces cinq raisons. Même si je suppose ici que les acteurs formulant des arguments impartiaux sont, en réalité, guidés par leur propre intérêt, les raisons qui les poussent à agir de la sorte impliquent qu’ils profitent tous de la présence, dans le système, d’agents sincèrement impartiaux. On ne peut prétendre être guidé par certains principes que s’il est unanimement reconnu que certains individus le sont effectivement, sans que l’on sache avec certitude qui sont ces individus. Ce n’est pas la peine de maquiller des arrangements privés pour les rendre publiquement acceptables si l’on n’est pas convaincu que le public réclame des arguments impartiaux. Il n’y a pas de raison non plus à essayer de persuader des interlocuteurs à l’aide d’arguments impartiaux si l’on est convaincu que tout homme est constamment guidé par son intérêt. Et même si ceux qui respectent la norme bannissant toute référence à l’intérêt le font par intérêt et par peur des sanctions, ceux qui infligent ces sanctions doivent, en fin de compte, les infliger pour des raisons désintéressées (Elster, 1989, p. 132-133). L’impartialité précède logiquement les tentatives de conduite impartiale (ou l’obligation d’adopter une telle conduite) purement intéressée. Ce qui ne veut pas dire, cependant, que le souci d’impartialité soit nécessairement chose courante. Nous savons que, dans d’autres contextes, seuls quelques membres d’une population, s’ils sont disposés à coopérer, suffisent à inciter les autres à agir comme s’ils coopéraient (Kreps et al., 1982). De même, un petit groupe d’individus soucieux d’impartialité peut parfois en inciter beaucoup d’autres à imiter leur impartialité par pur intérêt. [4]
36La force de ces cinq raisons varie selon le contexte. On peut s’attendre à ce que la norme bannissant l’expression des intérêts soit plus contraignante dans les Assemblées Constituantes que dans des législatures ordinaires. Le système de freins et de contre-poids est destiné à garantir que l’intérêt d’un groupe au sein de la législature, en contrebalançant les intérêts des autres groupes, permette d’obtenir un résultat proche de l’intérêt commun. Pourtant, les générations futures n’ont pas de porte-parole à l’Assemblée Constituante. A la Convention Fédérale, on a pu assister à de flagrantes tentatives d’inflexion de la Constitution en faveur des États fondateurs (II, p. 3). Malgré cela, les arguments impartiaux et intemporels (par exemple, I, p. 578) qui accordent une égale influence aux nouveaux États ont fini par l’emporter. De plus, la norme interdisant l’expression de l’intérêt, sera plus contraignante dans des débats publics que dans des débats à huis-clos. La publicité des débats encouragera en outre les constituants à pratiquer l’engagement par l’affirmation des principes, avec des spectateurs pour amplifier ces engagements préalables qui n’en seront que plus difficilement révisables.
37Laissez-moi à présent me tourner vers les conséquences de cette utilisation stratégique des arguments impartiaux, en évaluant leur impact en matière d’efficacité et d’équité. Commençons par comparer l’impartialité stratégique et la négociation sous l’angle de l’efficacité. Nous savons qu’une négociation est susceptible de déformer les préférences : dans une structure de négociations donnée, il se peut que les parties aient intérêt à feindre des préférences produisant un effet Pareto inférieur à celui que produiraient leurs préférences réelles (Sobel, 1981). En outre, une négociation peut ne rien donner vu qu’il est difficile de faire des promesses crédibles qui, si elles étaient prises au sérieux et tenues, profiteraient à toutes les parties (Elster, 1989, p. 272 et suivantes). Des engagements préalables et mutuels sur des positions incompatibles constituent une troisième source d’inefficacité (Crawford, 1982).
38L’usage stratégique de l’impartialité est également conditionné par le problème de l’engagement mutuel préalable. Quand chaque camp fait référence à des principes, il est probable qu’aucun ne puisse faire marche arrière. Cependant, la première source d’inefficacité n’a pas d’équivalent dans le cas de la négociation ; et il est encore moins probable que le second problème se pose parce que les motifs qui poussent un orateur à argumenter au lieu de négocier sont aussi ceux qui le pousseront ensuite à tenir ses engagements. Toutefois, la publicité des débats est une source d’inefficacité supplémentaire, en raison de la dynamique autonome de la vie politique. La nécessité de se démarquer idéologiquement de son adversaire, même en l’absence d’un réel désaccord, peut conduire à une polarisation artificielle des débats, et déboucher sur une impasse. Si l’adversaire essaie d’éviter ce piège, cette attitude risque de mener à un faux consensus, en produisant une décision qui, pour les deux camps, ne sera pas la meilleure décision possible (Tocqueville, 1893 ; 1990, p. 99). L’Assemblée Constituante de 1789-1791 offre de nombreux et percutants exemples de surenchère radicale et égalitaire, où les partis sont prisonniers de comportements qui, au départ, visaient un objectif tactique.
39Il s’ensuit, je pense, que ni la négociation ni l’utilisation stratégique de raisonnements impartiaux ne sont clairement plus efficaces l’une que l’autre. En revanche, je pense que l’on peut affirmer que l’argumentation – même quand elle est purement stratégique et intéressée – tend à produire des décisions plus équitables que la négociation [5]. Pour les raisons déjà évoquées, l’argumentation – surtout dans des débats publics – empêchera les puissants d’employer leur pouvoir de négociation jusqu’au bout. Le meilleur équivalent impartial sera celui qui dilue leur intérêt tout en tenant compte de celui des plus faibles. En moyenne, cela conduit à des décisions plus équitables. On peut considérer cet effet comme la « force civilisatrice de l’hypocrisie ».
40Les remarques précédentes sont déjà assez spéculatives, peut-être même trop pour certains lecteurs. Pourtant, je voudrais maintenant aller plus loin dans cette optique, en proposant quelques hypothèses à propos de l’effet global de l’argumentation et de la négociation à huis-clos et en public. Par « effet global », j’entends un critère qui tient compte de l’efficacité et de l’équité (et qu’on ne me demande surtout pas comment elles s’associent, ni au prix de quel compromis). J’affirme alors que, selon ce critère, et pour un mode de communication donné, les huis-clos sont toujours préférables à la publicité des débats ; et, pour un contexte donné, l’argumentation est toujours préférable à la négociation. En gros, l’argumentation est préférable à la négociation en raison de la force civilisatrice de l’hypocrisie. Et le huis-clos est préférable à la publicité des débats parce qu’il laisse moins de place à l’engagement préalable et à la surenchère. J’ai déjà commenté (quoique trop brièvement) la première affirmation. Je vais à présent commenter la seconde.
41A la Convention, les séances se déroulent à huis-clos et les délibérations sont soumises à la loi du secret, que tout le monde respecte. Dès lors, il est peu probable que des constituants s’enferment prématurément dans une position. Et donc, les occasions d’exploiter ce genre de situation à des fins stratégiques sont rares, elles aussi. Il existe pourtant une astuce. Celle-ci consiste à faire en sorte que la Convention s’imagine, lors de certaines séances, en train de siéger en « comité général » (Committee of the Whole). Cette astuce permet de procéder à des votes préliminaires qui ne lient les représentants à aucune décision prématurée.
42A l’Assemblée Constituante, les débats sont non seulement publics, mais également constamment interrompus par l’assistance. Initialement, il avait été envisagé que l’Assemblée se réunisse deux jours par semaine, et travaille en sous-commissions le reste du temps. Pourtant, les modérés et les patriotes n’étaient pas du tout du même avis à propos de cette façon de procéder. Pour Mounier, le leader des modérés, les commissions encourageaient « la froide raison et l’expérience », en protégeant leurs membres de tout ce qui pouvait attiser leur vanité et leur crainte de la désapprobation (O, p. 926). Pour le patriote Bouche (8, p. 307), les commissions tendent à affaiblir la ferveur révolutionnaire. Il préfère les grandes Assemblées, « où les âmes se fortifient, s’électrisent et où les noms, les rangs et les distinctions n’ont aucune importance. » Suite à sa proposition, il est décidé que l’Assemblée se réunira en séance plénière le matin, et en commissions l’après-midi. Rapidement, il n’y a plus que des séances plénières. L’importance de ce changement, qui marque le début de la fin aux yeux des modérés, est très bien comprise, à l’époque (Egret, 1950, p. 120). Il est renforcé par l’introduction du vote nominatif. Cette procédure permet aux membres de l’Assemblée et au public d’identifier ceux qui s’opposent aux mesures radicales, et de faire circuler dans tout Paris la liste de leurs noms.
43La qualité des débats de la Convention Fédérale est souvent très élevée. Les débats y sont remarquables car ils contiennent peu de jargon et se fondent sur l’argumentation rationnelle. A l’Assemblée Constituante, au contraire, ils débordent de rhétorique, de démagogie et de surenchère. En même temps, la Convention est un lieu où l’on négocie âprement, notamment lors des débats opposant les États esclavagistes aux États commerciaux (Finkelman, 1987). Les représentants des États du Sud ne cherchent pas vraiment à affirmer que l’esclavage est moralement acceptable, si l’on excepte la remarque boiteuse de Charles Pinkney. Pour lui, « si l’esclavage est un mal, il est justifié par l’exemple du monde entier » (II, p. 371). Au lieu de cela, ils expriment simplement leur opinion à l’aide de deux leviers : d’une part, en menaçant de quitter l’Union ; d’autre part, en attirant l’attention sur le fait qu’une Constitution défavorable aux États esclavagistes risquerait de ne pas être ratifiée. Si les débats s’étaient déroulés en public, ils auraient pu être forcés de mettre des gants.
44Le tableau qui suit classe les cas envisageables selon le double critère décrit précédemment. Notez bien que nos affirmations, selon lesquelles l’argumentation est préférable à la négociation et le huis-clos à la publicité des débats (toutes choses étant égales par ailleurs), sont toutes deux compatibles avec le fait que la négociation à huis-clos peut être préférable à l’argumentation publique, ou l’inverse. Si les deux dimensions étaient indépendantes l’une de l’autre, cette ambiguïté ne poserait pas problème. En effet, on opterait alors toujours pour le premier choix, c’est-à-dire pour un accord issu d’une argumentation à huis-clos. Pourtant, comme les flèches l’indiquent (et on l’a expliqué ci-dessus), le huis-clos invite à la négociation alors que la publicité des débats favorise l’argumentation. C’est pourquoi le choix crucial se situe davantage entre les deuxième et troisième options [6]. Je ne veux pas étendre mes hypothèses aux mérites respectifs de la négociation à huis-clos et de l’argumentation en public. Dans certains cas spécifiques, il est possible d’être plus précis et d’argumenter en faveur de l’ouverture ou de la fermeture des débats au public.

4 – Recours stratégiques à la vérité
45Je viens d’essayer de démontrer comment des acteurs stratégiques peuvent estimer qu’il en va de leur intérêt de remplacer l’expression directe de ce dernier par des arguments impartiaux. Je vais à présent démontrer qu’ils peuvent également estimer utile de remplacer la prétention à la crédibilité par la prétention à la vérité. Ainsi, au lieu de proférer une menace, dont l’efficacité dépend de la crédibilité qu’on lui prête, ils peuvent lancer un avertissement. Celui-ci poursuit les mêmes objectifs tout en évitant les difficultés inhérentes aux menaces.
46Commençons par émettre quelques remarques à propos des menaces crédibles. Tout d’abord, si une menace doit être exécutée, cela veut dire qu’elle n’a pas marché. En d’autres termes, l’événement qu’elle était censée empêcher a déjà eu lieu et ne peut plus être effacé par l’exécution de la menace. En même temps, mettre la menace à exécution implique typiquement certains risques ou coûts pour l’acteur. Ainsi, aucun acteur rationnel n’entreprendrait une action impliquant des coûts mais aucun bénéfice. Par contre, s’il prête de la rationalité aux autres tout en étant convaincu que ces derniers lui en prêtent aussi, il ne menacera pas d’agir ainsi. A la suite de Schelling, plusieurs auteurs ont étudié divers moyens afin de résoudre ce problème (Dixit et Nalebuff, 1991 ont récemment réalisé une synthèse). Je considérerai ici les stratégies qui consistent à remplacer la menace par l’avertissement, ce qui transforme l’enjeu de crédibilité en un enjeu de vérité.
47Sur ce point, la terminologie n’est pas encore au point. J’utilise le terme « avertissements » pour désigner des événements qui échappent au contrôle des acteurs et le terme « menaces » pour parler des événements sur lesquels ils ont prise. Les menaces sont des assertions portant sur ce que fera le locuteur, alors que les mises en garde portent sur ce qui va (ou peut) se passer, indépendamment de ce qu’il peut faire. Ainsi définie, une mise en garde est un énoncé factuel soumis aux règles normales de la communication visant la vérité. Ignorer un avertissement s’apparente plus à la négation d’un fait passé qu’à la dénonciation d’un bluff.
48On peut illustrer ce remplacement de la menace par l’avertissement à l’aide d’un exemple tiré des négociations salariales. Il arrive de temps en temps qu’un dirigeant syndical tienne des propos tels que « Si vous ne nous donnez pas ce que nous demandons, je ne pourrai pas empêcher mes affiliés de partir en grève », ou « Si vous ne nous donnez pas ce que nous demandons, le moral de mes affiliés va en prendre un coup et la productivité en pâtira ». D’un point de vue formel, il s’agit bien d’avertissements et non de menaces. Il va sans dire que les dirigeants d’entreprises ne les prennent pas toujours au pied de la lettre. Ils peuvent suspecter le dirigeant syndical d’avoir prise sur les effets mentionnés dans l’avertissement. Mais, en même temps, ils ne peuvent pas être certains que ce dernier n’a pas accès à des informations dont ils ne disposent pas. Peut-être ses affiliés sont-ils aussi récalcitrants qu’il le dit. Ou bien il s’est peut-être rendu compte, avant de s’asseoir à la table des négociations, qu’il ne pourra pas les arrêter tant ils sont échauffés. Et il les utilise alors comme une bombe à retardement. Notons qu’il y a une différence entre cette dernière stratégie et d’autres stratagèmes de pré-négociation. Souvent, les syndicats misent sur la crédibilité de leurs menaces en constituant un fonds de grève par exemple. Mais ils peuvent aussi miser sur la véracité des mises en garde, par exemple en attisant de manière irréversible le mécontentement de leurs membres.
49Considérons à présent quelques exemples empruntés aux deux Assemblées Constituantes. A la Convention Fédérale, lors des débats sur la représentation des États à la chambre haute, aussi bien les représentants des petits États que ceux des grands États jouent sur l’ambiguïté des menaces et des mises en garde. Ainsi, le 30 juin, Guning Bedford Jr, du Delaware, déclare que « les grands États n’osent pas dissoudre la Confédération. S’ils le font, les petits États trouveront un allié étranger plus honorable et de meilleure foi, qui leur prendra la main et les réhabilitera. Par-là, il ne visait pas à intimider ou à alarmer ses adversaires. Il voyait plutôt une conséquence naturelle qu’il fallait éviter via une extension des pouvoirs fédéraux, et non par un anéantissement du système fédéral » (I, p. 492). Cette affirmation peut très bien être prise pour une menace. De plus, elle fait référence à « la conséquence naturelle », ce qui la rend plus crédible.
50Le 5 juillet, le gouverneur Morris contre-attaque :
51« Supposons que les grands États soient d’accord et que les petits refusent. Et regardons les conséquences. Les adversaires du système dans les petits États vont crier victoire pendant quelque temps. Mais les liens d’intérêt, de parenté et de coutume qui les relient aux autres États seront trop solides pour être facilement brisés. Morris est certain que, dans le New Jersey, beaucoup emboîteront le pas à la Pennsylvanie et à l’État de New York. Il faut que le pays s’unisse. Si la persuasion ne rassemble pas les États, l’épée s’en chargera. Morris supplie que l’on accorde à ces considérations toute l’importance qu’elles méritent. On a de la peine à imaginer les scènes d’horreur qui accompagnent les insurrections, et le fait d’y mettre fin sera encore plus horrible. Le parti le plus puissant considérera alors les faibles comme des traîtres. La corde et la potence achèveront le travail de l’épée. Morris refuse de dire jusqu’où les puissances étrangères seraient prêtes à se mouiller dans l’affaire. Il semble d’ailleurs que l’on ait menacé de les inviter ».

(I, p. 530)
52Morris explique ici qu’il avait pris la déclaration de Bedford pour une menace. Sa propre référence à l’épée et à la potence est, quant à elle, plus ambiguë. On peut l’interpréter aussi bien comme une menace que comme un simple avertissement. Certains délégués y ont clairement vu une menace, comme l’indique ce repli de Williamson qui dit, pour la défense de Morris, qu’il « ne conçoit pas que le gouverneur Morris ait vraiment voulu dire qu’il fallait brandir l’épée contre les petits États. Il a simplement mentionné les conséquences probables d’une situation anarchique aux États-Unis » (I, p. 532). En d’autres termes, Williamson cherche à confirmer que Morris avait bien lancé un avertissement et non proféré une menace.
53Le même jour, Bedford est revenu sur ce qu’il avait dit en déclarant
54« qu’il n’avait pas voulu dire que les petits États solliciteraient l’aide et l’intervention de puissances étrangères. Il voulait dire qu’ils ne considèreraient pas que l’entente fédérale serait dissoute tant qu’elle ne l’aurait pas été par les grands États. Dans ce cas, la déloyauté des petits États et leur empressement à remplir leurs engagements amèneraient les puissances étrangères ayant des vues sur le pays à estimer avoir intérêt à prendre les petits États par la main, pour qu’ils retrouvent la place qui leur revient ».

(I, p. 531)
55Dans ce cas-ci, de nouveau, ce qui était d’abord une menace (ou compris comme tel) est reformulé en avertissement. Je discuterai plus loin des raisons pour lesquelles les orateurs peuvent procéder à de telles reformulations. Toutefois, je souhaite d’abord réexaminer certains débats de l’Assemblée Constituante. Elle était, comme je l’ai déjà écrit, coincée entre les troupes royales de Versailles et les foules parisiennes. Deux actrices extraparlementaires qui ont fortement influencé les travaux de l’Assemblée, dans la mesure où elles servaient de menaces et d’avertissements.
56Dès les premiers jours du mois de juillet 1789, le Roi renforce la présence de ses troupes dans la région de Versailles. La menace que cela impliquait pour l’Assemblée n’échappe à personne. Dans la réponse qu’il apporte au défi posé par le Roi, Mirabeau joue sur l’ambiguïté de sa menace / avertissement. Dans son premier discours à ce sujet, il s’en tient à avertissement : « Comment le peuple pourrait-il ne pas être contrarié alors que la dernière lueur d’espoir qu’il lui restait (c’est-à-dire l’Assemblée) est menacée ? » (8, p. 209). Dans son second discours, il s’est montré plus précis. Les militaires du Roi « peuvent très bien oublier qu’il ne sont soldats qu’en vertu d’un contrat et se rappeler que c’est la nature qui les a fait hommes » (8, p. 213). Il est clair que ceci constitue une menace sur les troupes : en les poussant à la révolte, on donne un coup de pouce à leur nature humaine. En outre, l’Assemblée ne peut même pas compter sur elle-même pour agir de manière responsable : « Les mouvements passionnés sont contagieux : nous ne sommes que des hommes et la crainte de paraître faible peut très bien nous mener trop loin dans l’autre sens » (ibidem). Dans son argumentation, Mirabeau se présente lui-même et ses délégués comme soumis à des forces psychiques hors de tout contrôle. Ainsi, si le Roi les provoque, ils risquent de répondre de manière irrationnelle et violente. D’un point de vue formel, il ne s’agit que d’un avertissement. Mais en réalité, personne ne peut ignorer qu’il s’agit d’une menace. (Dans certains cas, en effet, le fait de prédire son comportement futur peut ressembler à un réel avertissement. Voyez Frank, 1988, p. 55 et ailleurs).
57Dans sa brève intervention au cours du même débat, Sieyès (8, p. 210) précise que toutes les assemblées législatives, notamment celles des États de Bretagne, refusent de délibérer si des troupes se trouvent à moins de quarante kilomètres. Pourtant, lorsque l’Assemblée réclame le retrait des troupes, le Roi prétend (8, p. 219) qu’elles ont été appelées pour surveiller Paris et non pour terroriser l’Assemblée. Si l’Assemblée s’offusque de la présence des troupes dans les environs de Paris, le Roi se dit tout à fait disposé à la déplacer vers Noyon ou Soisson et à se retirer lui-même à Compiègne afin de favoriser la concertation au sein de l’Assemblée. Toutefois, Cette dernière ne peut accepter une telle proposition. Cela la priverait de l’atout que représente Paris en termes de potentiel de menaces / avertissements. Elle décide donc (8, p. 229) d’envoyer au Roi une délégation pour lui demander de sonner le rappel de ses troupes, « dont la présence irrite le désespoir du peuple ». Si le Roi accepte, l’Assemblée enverra alors une délégation à Paris « pour y annoncer la bonne nouvelle et contribuer ainsi à un retour au calme ». Inutile de dire ce qu’elle fera si le Roi refuse d’obtempérer : d’ailleurs, le lendemain, la Bastille tombait et le Roi acceptait de retirer ses troupes.
58L’Assemblée Constituante continua à débattre des institutions à la base de l’État (Mathiez, 1898 ; Egret, 1950, p. 139 et suivantes). Des réunions privées rassemblaient Mounier (le leader des modérés) d’un côté, et le « triumvirat » radical des Barnave, Duport et Alexandre Lameth de l’autre. Au cours d’une réunion, les trois radicaux avancent la proposition suivante : ils concèderont à Mounier un veto royal absolu et le bicaméralisme, mais à une condition : il faut que ce dernier accepte, en retour, (1) que le Roi abandonne son droit de dissoudre l’Assemblée, (2) que la chambre haute ne conserve plus qu’un veto suspensif et (3) que certaines conventions soient périodiquement convoquées pour procéder à des révisions de la Constitution. Mounier refuse catégoriquement cette proposition. Pour lui (O, p. 926), il était injuste de faire des concessions sur de telles questions de principe. Il aurait également émis certains doutes quant à la capacité des trois radicaux à tenir leurs promesses. D’après certains historiens (par exemple, Mathiez, 1898), son refus était encouragé par la confiance qu’il plaçait dans l’Assemblée, qu’il croyait de son côté. Si bien qu’il ne voyait pas la nécessité de faire quelque concession que ce soit. Lors de la dernière réunion, le « triumvirat » lui a répondu en menaçant de mobiliser l’opinion publique contre lui. Cette prise de position ne visait probablement pas à monter Paris contre l’Assemblée. D’ailleurs, elle n’a pas été entendue comme une menace. Néanmoins, la défaite du bicaméralisme le 10 septembre et l’adoption du seul veto suspensif le 11 sont dues, dans une large mesure, au fait que certains représentants craignaient pour leur vie.
59On peut donc raisonnablement se demander si les patriotes de Versailles, via leurs contacts avec la presse parisienne, n’ont pas délibérément tenté d’échauffer les esprits. Ce qui leur permettait de dire aux modérés qu’ils risquaient bel et bien leur vie, en votant pour le bicaméralisme et pour le veto royal absolu. Sur ce point, les acteurs et les historiens ne sont pas du même avis. Pour moi, et ceci n’engage que moi, il est difficile de croire qu’aucun des acteurs concernés n’ait pensé à agir de la sorte. Et si certains membres de l’Assemblée Constituante ont effectivement attisé les tensions à Paris, on peut aussi se demander, après coup, s’ils ne jouaient pas aux apprentis-sorciers.
60Deux raisons permettent d’expliquer qu’un orateur peut estimer avoir intérêt à remplacer des menaces par des avertissements. Premièrement, comme nous l’avons vu plus haut, il ne doit plus s’inquiéter autant de sa crédibilité. Car, même si ses adversaires savent qu’il a prise sur les événements invoqués dans son avertissement, ils doivent aussi tenir compte du fait qu’il a peut-être un accès privé à des informations utiles. Ainsi, on peut raisonnablement supposer que le leader syndical en sait plus que la direction sur l’état d’esprit de ses affiliés. De même, on peut s’attendre à ce que Mirabeau en sache plus que le Roi sur la psychologie des membres de l’Assemblée. Deuxièmement, comme nous l’avons analysé au cours de la section précédente, les avertissements relèvent du domaine de l’argumentation et permettent par conséquent à l’orateur d’éviter d’inavouables recours au pouvoir de négociation. A la Convention Fédérale, la reformulation des menaces en avertissements permet au débat de rester dans les limites de l’argumentation. De même, Mirabeau peut mettre le Roi en garde au sujet de ses soldats sans pour autant risquer d’être accusé de provocation, ce qui aurait été le cas s’il avait menacé de semer le désordre parmi les troupes. [7]
61On peut donc dégager deux conséquences majeures de cette stratégie de substitution. Premièrement, elle peut modifier le rapport de forces, car tous les acteurs ne sont pas en mesure de remplacer leurs menaces initiales par des avertissements équivalents. Alors que les leaders syndicaux peuvent mettre en garde contre l’indiscipline de leurs affiliés (ce qu’ils font en fait), la direction n’a pas les moyens de reformuler sa menace de lock-out en avertissement. Deuxièmement, cette substitution induit le risque, déjà mentionné, d’enclencher un processus qui dépasse les intentions de ses instigateurs. Si un leader sème le désordre et le mécontentement parmi ses partisans pour pouvoir lancer des avertissements crédibles à propos de ce qui se passera si leurs revendications ne sont pas entendues, il risque de subir des effets inattendus. L’action d’une foule ne se prête pas à des réglages minutieux.
5 – Résumé
62Tout au long de cet article, je me suis référé aux deux Assemblées Constituantes pour traiter deux questions. La première concerne les raisons pouvant inciter des acteurs intéressés à tenir des positions publiques impartiales. La seconde envisage les conséquences de telles stratégies, notamment en termes de résolution de conflits.
63A propos de la première question, les réponses que j’ai envisagées supposent toutes que les acteurs concernés interagissent avec d’autres personnes réellement soucieuses du respect des idéaux d’impartialité et de vérité. A ce sujet, j’ai fait appel à un effet multiplicateur de l’impartialité, via lequel la présence de quelques acteurs authentiquement impartiaux peut forcer ou inciter des acteurs intéressés à se comporter comme s’ils étaient, eux aussi, guidés par des motivations identiques.
64A la seconde question, j’ai dégagé des ébauches de réponse. J’ai ainsi avancé que le fait de remplacer des arguments intéressés par des arguments impartiaux a un effet généralement bénéfique. La force civilisatrice de l’hypocrisie permet de résoudre les conflits de manière plus équitable. Toutefois, on ne peut pas émettre la même hypothèse à propos des conséquences du remplacement de menaces par des avertissements. A la limite, on peut s’attendre à ce que les effets globaux soient désavantageux. Il n’y a aucune raison de penser que la modification des rapports de force due à la l’inégale répartition des avertissements disponibles, produira des décisions plus équitables. Et lorsque les deux parties peuvent miser sur la véracité de leurs avertissements, et le font, c’est leur efficacité qui en pâtira. En outre, les risques de dérapage d’un débordement populaire peuvent aisément produire des effets inattendus ou indésirables.
65Traduit de l’anglais par Christophe Dubois.

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Avec l’aimable autorisation de Jon Elster et des Éditions Norton.
[1] Les références des travaux de l’Assemblée américaine seront données en chiffres romains de I à III (ce qui renvoie aux trois volumes de Farrand, 1966), suivis d’un numéro de page. Les références des travaux de l’Assemblée française seront données en chiffres arabes de 8 à 30 (ce qui renvoie aux volumes des Archives parlementaires, Série 1 : 1789-1799, Paris, 1875-1888), suivis d’un numéro de page. Les documents reproduits dans Furet et Halévi (1989) sont désignés par la lettre « O » suivie d’un numéro de page.
[**] En italique dans le texte. Par la suite, chaque mot en italique le sera conformément au texte original.
[***] Nous traduirons « warnings » par « avertissements », et non par « mise en garde », et ce tout au long de cet article.
[2] De tels cas sont avancés et discutés dans mon ouvrage Arguing and Bargaining in Two Constituent Assemblies, the Storrs Lectures, Yale University, 1991
[****] Traduction libre.
[3] De même, les marxistes ont soutenu qu’il en allait de l’intérêt de la classe capitaliste de disposer d’un appareil d’État ou d’un système idéologique qui ne favorise pas l’intérêt immédiat de cette classe de tous les point de vues envisageables. Voyez Elster, 1985, p. 411 et suivantes, 472 et suivantes. Ces arguments ne convainquent pas car aucun mécanisme n’est prévu pour prendre ses distances de manière optimale par rapport à son intérêt de classe immédiat. Au niveau individuel, toutefois, une simple explication par les intentions suffit.
[4] Ceci est purement spéculatif. Alors que Kreps et al. (1982) apportent une preuve rigoureuse (bien que fondée sur des hypothèses assez artificielles) d’un vaste « effet multiplicateur » de la coopération, j’ignore si un argument similaire pourrait passer dans ce cas-ci. Cependant, un petit effet multiplicateur n’exige aucune preuve.
[5] Bien entendu, on peut relever quelques exceptions à cette règle. Si l’inégalité de départ est justifiée, il n’y a rien à redire sur le résultat inégal de la négociation. Si le groupe le mieux doté au départ adopte l’argumentation impartiale optimale, il risque d’obtenir moins que ce qui lui revient de droit. Toutefois, il me semble que, dans la majorité des cas, l’inégalité des dotations initiales est davantage due au hasard ou à une exploitation injuste qu’à un travail acharné, à une épargne ou à une prise de risque. Il va de soi qu’il n’est pas possible de prouver une telle affirmation, fondée sur l’évaluation grossière de certaines tendances historiques et non sur l’analyse quantitative.
[6] Ceci illustre l’effet de pseudo-domination, décrit par Kahneman et Tversky (1995).
[7] On peut signaler, ici, la possibilité d’avertissements auto-réalisateurs, ce qui, dans ce cas, se situe à mi-chemin entre l’avertissement et la menace. En annonçant publiquement au Roi que ses troupes ne sont pas fiables, Mirabeau peut avoir garanti la fiabilité de ses propos.


Primaire républicaine: Les néoconservateurs sauveront-ils le parti démocrate ? (By pushing the neocons back to their liberal roots, will Trump help save the Democratic party ?)

5 mars, 2016
Un néoconservateur est un homme de gauche qui s’est fait braquer par la réalité. Un néolibéral est un homme de gauche qui s’est fait lui aussi agresser par la réalité, mais n’a pas porté plainte. Irving Kristol
Aussi loin que je me souvienne, j’ai été néo-quelque chose: néo-marxiste, néo-trotskyste, néo-gauchiste, néo-conservateur et, en religion, toujours néo–orthodoxe, même quand j’étais néo-trotskyste et néo-marxiste. Je vais finir néo-. Juste néo-, c’est tout. Néo-tiret-rien. Irving Kristol
Neo-conservatism is not at all hostile to the idea of a welfare state, but it is critical of the Great Society version of this welfare state. In general, it approves of those social reforms that, while providing needed security and comfort to the individual in our dynamic, urbanized society, do so with a minimum of bureaucratic intrusion in the individual’s affairs. Such reforms would include, of course, social security, unemployment insurance, some form of national health insurance, some kind of family assistance plan, etc. In contrast, it is skeptical of those social: programs that create vast and energetic bureaucracies to “solve social problems.” In short, while being for the welfare state, it is opposed to the paternalistic state. It also believes that this welfare state will best promote the common good if it is conceived in such a way, as not to go bankrupt. Irving Kristol (« What Is a ‘Neo-Conservative’?”, Newsweek, January 19, 1976)
La France n’est pas gouvernée par l’aile droite du PS, mais par des néoconservateurs, dans tous les domaines, à quelques exceptions près… D’ailleurs, leurs alliés sont désormais issus du bloc réactionnaire: déchéance de nationalité, état d’urgence, surenchère pénale, droit du travail. Pouria Amirshahi (député socialiste français)
Ne l’oublions pas : à l’exception du sénateur Joe Lieberman et de quelques autres, le parti démocrate s’est radicalement éloigné de la tradition qui fut celle de Franklin Roosevelt, Harry Truman et de John Kennedy, combattants de la guerre contre le totalitarisme. Tout acquis aux enfantillages post-modernes de l’anti-capitalisme, de la lutte des races et des sexes, et de l’utopie pacifiste, qui a gagné les cœurs d’artichauts des élites de l’Union européenne, ce parti Démocrate fait tout ce qu’il peut pour saboter la lutte contre l’Islam radical. Ses candidats sont à l’unisson de son idéologie. Hillary et Obama n’ont pas de grand désaccord sur le fond, seulement sur leur ambition. Hillary a levé tant de fonds, que sa campagne regorge d’argent. Obama aussi. Hollywood, fief traditionnel des Clinton, adoooore Obama, oui ma chère ! Quelle prestance ! Pour peu, on demanderait à Robert Redford ou à Brad Pitt de jouer son rôle dans le prochain film. C’est qu’Obama est soutenu par toute l’extrême-gauche la plus hystérique, celle qui prie ardemment pour que les Etats-Unis perdent toujours et partout, celle qui voit dans les Etats-Unis la source de tous les maux de la planète, y compris la Guerre de Cent Ans et les caries dentaires. Son pasteur, à Chicago, – Obama est sénateur de l’Illinois – est un agité du bonnet, raciste noir, ségrégationniste à rebours, ancien Black Muslim, – qui déclarait que le 11 septembre fut la punition (justifiée) de l’Amérique -, et qui s’attaque au « racisme sioniste », etc. On aura reconnu les antiennes fascisantes de l’extrême-gauche. Les fanatiques de la haine de l’Amérique se sont engagés à fond du côté du beau gosse. Hillary est trop modérée. Elle a voté, comme la plupart des sénateurs démocrates, qui se tortillent comme des bretzels pour nier l’avoir fait, les pouvoirs de guerre à Bush pour envahir l’Irak. Traîtresse ! Elle a beau se justifier, c’était par opportunisme, mes chéris ! (…) Qui emportera le concours de beauté ? Comme son mari, Hillary, gagnante et présidente, gouvernerait au gré des sondages, avec, à la différence de Bill, qui n’a qu’une idéologie, celle du narcissisme, un fort fond de gauchisme soixante-huitard, jamais renié et un amour immodéré de l’étatisme, façon nanny-state (l’Etat-nounou). Mais n’oublions pas que le Clintonisme, c’est une propension illimitée au mensonge au service d’une ambition narcissique démesurée. C’est une vénalité hors du commun, une aptitude singulière à corrompre tout ce qu’ils touchent, le tout couronné par la certitude indomptable que tout ce que je fais est légitime et inconditionnellement justifié. Bill et Hillary incarnent la génération de Woodstock dans ce qu’elle a de pire : I, me, me, mine, (Je, moi, moi, le mien), comme chantaient les Beatles. Laurent Murawiec
In fact, the original strand of neoconservatism didn’t pay any attention to foreign policy. Its earliest members were veterans of the anti-communist struggles who had reacted negatively to the leftward evolution of American liberalism in the 1960s. They were sociologists and political scientists who criticized the failures and unintended consequences of President Lyndon Johnson’s « Great Society » programs, especially the war on poverty. They also bemoaned the excesses of what Lionel Trilling called the « adversary culture » — in their view, individualistic, hedonistic, and relativistic — that had taken hold of the baby-boom generation on college campuses. Although these critics were not unconditional supporters of the free market and still belonged to the liberal camp, they did point out the limits of the welfare state and the naiveté of the boundless egalitarian dreams of the New Left. These thinkers found outlets in prestigious journals like Commentary and The Public Interest, founded in 1965 by Kristol and Daniel Bell (and financed by Warren Demian Manshel, who helped launch Foreign Policy a few years later). Intellectuals like Nathan Glazer, Seymour Martin Lipset, Daniel Patrick Moynihan, James Q. Wilson, and a few others took to the pages of these journals to offer a more prudent course for American liberalism. They were criticized for being too « timid and acquiescent » by their former allies on the left, among them Michael Harrington, who dubbed them « neoconservatives » to ostracize them from liberalism. Although some rejected the label, Kristol embraced it. He started constructing a school of thought, both by fostering a network of like-minded intellectuals (particularly around the American Enterprise Institute) and by codifying what neoconservatism meant. This latter mission proved challenging, as neoconservatism often seemed more like an attitude than a doctrine. Kristol himself always described it in vague terms, as a « tendency » or a « persuasion. » Even some intellectuals branded as part of the movement were skeptical that it existed. « Whenever I read about neoconservatism, » Bell once quipped, « I think, ‘That isn’t neoconservatism; it’s just Irving.’ » Regardless of what it was, neoconservatism started to achieve a significant impact on American public life, questioning the liberal take on social issues and advancing innovative policy ideas like school vouchers and the Laffer Curve. If the first generation of neoconservatives was composed of New York intellectuals interested in domestic issues, the second was formed by Washington Democratic operatives interested in foreign policy. This strand gave most of its DNA to latter-day neocons — and Kristol played only a tangential role. The second wave of neoconservatives came in reaction to the nomination of George McGovern as the 1972 Democratic presidential candidate. Cold War liberals deemed McGovern too far to the left, particularly in foreign policy. He suggested deep cuts in the defense budget, a hasty retreat from Vietnam, and a neo-isolationist grand strategy. New neocons coalesced around organizations like the Coalition for a Democratic Majority and the Committee on the Present Danger, journals like Norman Podhoretz’s Commentary (the enigmatic Podhoretz being the only adherent to neoconservatism in all its stages), and figures like Democratic Sen. Henry « Scoop » Jackson — hence their alternative label, the « Scoop Jackson Democrats. » These thinkers, like the original neoconservatives, had moved from left to right. Many of them, even if members of the Democratic Party, ended up working in the Reagan administration. Others joined the American Enterprise Institute and wrote for Commentary and the editorial pages of the Wall Street Journal. Moreover, some original neoconservatives, like Moynihan, became Scoop Jackson Democrats. Thus, the labels became interchangeable and the two movements seemed to merge. But this elided significant differences between them. On domestic issues, Scoop Jackson Democrats remained traditional liberals. In the 1970s, while Jackson was advocating universal health care and even the control of prices and salaries in times of crisis, Kristol was promoting supply-side economics and consulting for business associations and conservative foundations. On foreign-policy issues, Scoop Jackson Democrats emphasized human rights and democracy promotion, while Kristol was a classical realist. They agreed, however, on the necessity of a hawkish foreign and defense policy against the Soviet empire. (…) Although a few other neoconservatives followed Kristol’s realist line (Glazer and, to some extent, Jeane Kirkpatrick), for most of the others the idea of retrenching and playing a more modest international role disturbingly looked like the realpolitik that had led to détente and other distasteful policies. The vast majority of Scoop Jackson Democrats advocated a more assertive and interventionist posture and continued to favor at least a dose of democracy promotion (most notably Joshua Muravchik, Ben Wattenberg, Carl Gershman, Michael Ledeen, Elliott Abrams, Podhoretz, and others). Their legacy would prevail. Thus, the neocons — the third wave — were born in the mid-1990s. Their immediate predecessors, more so than the original neoconservatives, provided inspiration. But they developed their ideas in a new context where America had much more relative power. And this time, they were firmly planted on the Republican side of the spectrum. Kristol’s son, Bill, played a leading role, along with Robert Kagan, in this resurrection through two initiatives he launched — the Weekly Standard magazine and the Project for the New American Century (PNAC), a small advocacy think tank. Bill Kristol and Kagan initially rejected the « neoconservative » appellation, preferring « neo-Reaganism. » But the kinship with the second age, that of the Scoop Jackson Democrats, was undeniable, and there was a strong resemblance in terms of organizational forms and influence on public opinion. Hence the neoconservative label stuck. The main beliefs of the neocons — originated in a 1996 Foreign Affairs article by Kagan and Bill Kristol, reiterated by PNAC, and promulgated more recently by the Foreign Policy Initiative — are well-known. American power is a force for good; the United States should shape the world, lest it be shaped by inimical interests; it should do so unilaterally if necessary; the danger is to do too little, not too much; the expansion of democracy advances U.S. interests. But what was Irving Kristol’s view on these principles and on their application? Toward the end of his life, the elder Kristol tried to triangulate between his position and that of most neocons, arguing in 2003 that there exists « no set of neoconservative beliefs concerning foreign policy, only a set of attitudes » (including patriotism and the rejection of world government), and minimizing democracy promotion. But at this point, the movement’s center of gravity was clearly more interventionist and confident of the ability to enact (democratic) change through the application of American power than Kristol could countenance. He kept silent on the 2003 invasion of Iraq, while the Scoop Jackson Democrats and third-wave neocons cheered. Thus, ironically, when most people repeat the line about Kristol being « the godfather of neoconservatism, » they assume he was a neocon in the modern sense. But this ignores his realist foreign policy — while also obscuring the impressive intellectual and political legacy he leaves behind him on domestic issues. Justin Vaïsse
What happened to the evangelicals? They were supposed to be the bedrock of the Ted Cruz candidacy. Yet on Super Tuesday he lost them to Donald Trump. (…) How could this have happened? A more scripturally, spiritually flawed man than Trump would be hard to find. As several anti-Trump evangelical voices have argued, Christian witness cannot possibly support a thrice-married man with such an impressive list of sins, featuring especially spectacular displays of the seven deadlys. These theological arguments are both eloquent and impassioned but, in this season of fear and anxiety, beside the point. This time around, evangelicals are not looking for someone like them. They’re looking for someone who will protect them. They’ve tried backing exemplary Scripture-quoting Christians — without result. After Mike Huckabee and Rick Santorum and considerations of Cruz himself, they are increasingly reluctant to support like-minded candidates who are nonetheless incapable of advancing their cause in a hostile political arena so dominated by secularism. They have no illusions about Trump. They have no expectations of religious uplift. What he offers them is not spirit but “muscle” (to borrow a word from the notorious former professor Melissa Click of the University of Missouri). (…) The message is clear: I may not be one of you. I can’t recite or even correctly cite Scripture. But I will patrol the borders of Christendom on your behalf. After all, who do you want out there — a choir boy or a tough guy with a loaded gun and a kick-ass demeanor? The essence of Trump’s appeal everywhere, far beyond evangelicals, is precisely the same: “I’m tough, I will protect you.” That’s why he remains so bulletproof. His lack of policy, the contradictory nature of his pronouncements that pass as policy — especially their capricious eruption and summary abandonment — have turned out to be an irrelevance. (…) That’s the reason none of the rhetorical outrages that would have destroyed another candidacy have even left a mark on Trump. (…) Which is why the only possible way to stop Trump is a full-scale, open-the-bomb-bay-doors attack on the very core of his appeal: his persona of the tough guy you can trust to protect you. It may be too late. But everything else will simply bounce off the Teflon. Charles Krauthammer
Big-government populism, small-government austerity, or conservative reform? It’s hard to believe that the United States, having resisted the siren song of socialism during its entire 20th-century heyday (the only major democracy to do so), should suddenly succumb to socialism’s charms a generation after its intellectual demise. Indeed, the prospect of socialist Bernie Sanders, whatever his current momentum, winning the Democratic nomination remains far-fetched. The Dems would be risking a November electoral disaster of historic dimensions. Yet there is no denying how far Sanders has pulled his party to the left — and how hard the establishment candidate, Hillary Clinton, has been racing to catch up. The Republicans, on the other hand, are dealing with a full-scale riot. The temptation they face is trading in a century of conservatism for Trumpism. The 2016 presidential race has turned into an epic contest between the ethno-nationalist populism of Donald Trump and traditional conservatism, though in two varieties: the scorched-earth fundamentalist version of Ted Cruz, and a reformist version, represented by Marco Rubio (and several so-called establishment candidates) and articulated most fully by non-candidate Paul Ryan and a cluster of highly productive thinkers and policy wonks dubbed “reformicons.” Trump insists that he’s a conservative, but in his pronouncements and policies, conservatism seems more of a rental — a three-story penthouse rental with Central Park view, to be sure — than an ideological home. Trump protests that Ronald Reagan, too, migrated from left to right. True, but Reagan’s transformation occurred in his 40s — not, as with Trump, in his 60s. In radically different ways, Trump and Sanders are addressing the deep anxiety stemming from the secular stagnation in wages and living standards that has squeezed the middle and working classes for a generation. Sanders locates the villainy in a billionaire class that has rigged both the economic and the political systems. Trump blames foreigners, most prominently those cunning Mexicans, Chinese, Japanese, and Saudis who’ve been taking merciless advantage of us, in concert with America’s own leaders, who are, alternatively, stupid and incompetent or bought and corrupt. (…) Trump has limited concern for the central tenet of American conservatism (and most especially of the tea-party movement) — limited government. (…) Trump has not yet called Vladimir Putin wonderful, but he has taken a shine to the swaggering mini-czar who seems to run his trains on time. When informed that Putin kills opponents and journalists, Trump’s initial reaction was, “Well, I think that our country does plenty of killing, also,” the kind of moronic what-about-the-Crusades moral equivalence that conservatives have railed against for decades. Although, to be fair, after some prompting, Trump did come out against the killing of journalists. (…) My personal preference is for the third ideological alternative, the reform conservatism that locates the source of our problems not in heartless billionaires or crafty foreigners, but in our superannuated, increasingly sclerotic 20th-century welfare-state structures. (…) Paired with a president like Rubio (or Chris Christie or Carly Fiorina, to go longshot), such an agenda would give conservatism its best opportunity since Reagan to become the country’s governing philosophy. Unless the GOP takes the populist leap. In which case, a conservative restoration will be a long time coming. Charles Krauthammer
The New Hampshire results have solidified the reigning cliché that the 2016 campaign is an anti-establishment revolt of both the Left and the Right. Largely overlooked, however, is the role played in setting the national mood by the seven-year legacy of the Obama presidency. Yes, you hear constant denunciations of institutions, parties, leaders, donors, lobbyists, influence peddlers. But the starting point of the bipartisan critique is the social, economic, and geopolitical wreckage all around us. Bernie Sanders is careful never to blame Obama directly, but his description of the America Obama leaves behind is devastating — a wasteland of stagnant wages, rising inequality, a sinking middle class, young people crushed by debt, the American Dream dying. Take away the Brooklyn accent and the Larry David mannerisms and you would have thought you were listening to a Republican candidate. After all, who’s been in charge for the last seven years? Donald Trump is even more colorful in describing the current “mess” and more direct in attributing it to the country’s leadership — most pungently, its stupidity and incompetence. Both candidates are not just anti-establishment but anti–status quo. The revolt is as much about the Obama legacy as it is about institutions. Look at New Hampshire. Hillary Clinton had made a strategic decision, as highlighted in the debates, to wrap herself in the mantle of the Obama presidency. Big mistake. She lost New Hampshire by three touchdowns. Beyond railing against the wreckage, the other commonality between the two big New Hampshire winners is in the nature of the cure they offer. Let the others propose carefully budgeted five-point plans. Sanders and Trump offer magic. Take Sanders’s New Hampshire victory speech. It promised the moon: college education, free; universal health care, free; world peace, also free because we won’t be “the policeman of the world” (mythical Sunni armies will presumably be doing that for us). Plus a guaranteed $15 minimum wage. All to be achieved by taxing the rich. Who can be against a “speculation” tax (whatever that means)? So with Trump. Leave it to him. Jobs will flow back in a rush from China, from Japan, from Mexico, from everywhere. Universal health care, with Obamacare replaced by “something terrific.” Veterans finally taken care of. Drugs stopped cold at the border. Indeed, an end to drug addiction itself. Victory upon victory of every kind. How? That question never comes up anymore. No one expects an answer. His will be done, on earth if not yet in heaven. Yes, people love Trump’s contempt for the “establishment” — which as far as I can tell means anything not Trump — but what is truly thrilling is the promise of a near-biblical restoration. As painless as Sanders’s. (…) There certainly is a crisis of confidence in the country’s institutions. But that’s hardly new. The current run of endemic distrust began with Vietnam and Watergate. Yet not in our lifetimes have the left and right populism of the Sanders and Trump variety enjoyed such massive support. The added factor is the Obama effect, the depressed and anxious mood of a nation experiencing its worst economic recovery since World War II and watching its power and influence abroad decline amid a willed global retreat. The result is a politics of high fantasy. Things can’t get any worse, we hear, so why not shake things up to their foundation? Anyone who thinks things can’t get any worse knows nothing. And risks everything. Charles Krauthammer
The candidacy of Donald Trump is the open sewer of American conservatism. This Super Tuesday, polls show a plurality of GOP voters intend to dive right into it, like the boy in the “Slumdog Millionaire” toilet scene. And they’re not even holding their noses. In recent weeks, Mr. Trump has endorsed the Code Pink view of the Iraq War (Bush lied; people died). He has cited and embraced an aphorism of Benito Mussolini. (“It’s a very good quote,” Mr. Trump told NBC’s Chuck Todd.) He has refused to release his “very beautiful” tax returns. And he has taken his time disavowing the endorsement of onetime Ku Klux Klan Grand Wizard David Duke—offering, by way of a transparently dishonest excuse, that “I know nothing about David Duke.” Mr. Trump left the Reform Party in 2000 after Mr. Duke joined it. None of this seems to have made the slightest dent in Mr. Trump’s popularity. If anything it has enhanced it. In the species of political pornography in which Mr. Trump trafficks, the naughtier the better. The more respectable opinion is scandalized by whatever pops out of the Donald’s mouth, the more his supporters cheer him for sticking it to the snobs and the scolds. The more Mr. Trump traduces the old established lines of decency, the more he affirms his supporters’ most shameless ideological instincts. Those instincts have moved beyond the usual fare of a wall with Mexico, a trade war with China, Mr. Trump’s proposed Muslim Exclusion Act, or his scurrilous insinuations about the constitutionality of Ted Cruz’s or Marco Rubio’s presidential bids. What too many of Mr. Trump’s supporters want is an American strongman, a president who will make the proverbial trains run on time. This is a refrain I hear over and over again from Trump supporters, who want to bring a businessman’s efficiency to the federal government. If that means breaking with a few democratic niceties, so be it. (…) Mr. Trump exemplifies a new political wave sweeping the globe—leaders coming to power through democratic means while avowing illiberal ends. Hungary’s Viktor Orban is another case in point, as is Turkey’s Recep Tayyip Erdogan. A Trump presidency—neutral between dictatorships and democracies, opposed to free trade, skeptical of traditional U.S. defense alliances, hostile to immigration—would mark the collapse of the entire architecture of the U.S.-led post-World War II global order. We’d be back to the 1930s, this time with an America Firster firmly in charge. That’s the future Mr. Trump offers whether his supporters realize it or not. Bill Buckley and the other great shapers of modern conservatism—Barry Goldwater and Ronald Reagan, Robert Bartley and Irving Kristol—articulated a conservatism that married economic dynamism to a prudent respect for tradition, patriotism and openness to the wider world. Trumpism is the opposite of this creed: moral gaucherie plus economic nationalism plus Know Nothingism. It is the return of the American Mercury, minus for now (but only for now) the all-but inevitable anti-Semitism. It would be terrible to think that the left was right about the right all these years. Nativist bigotries must not be allowed to become the animating spirit of the Republican Party. If Donald Trump becomes the candidate, he will not win the presidency, but he will help vindicate the left’s ugly indictment. It will be left to decent conservatives to pick up the pieces—and what’s left of the party. Bret Stephens
There is no denying that a globally engaged America comes at a steep price. But the history of our still young nation is full of warnings that a lack of American engagement comes with an even higher price of its own. We only have to look at the bloody history of the twentieth century to see the price that America, and the world, pays when we ignore mounting problems. When we have listened to voices urging us to look inward, we have failed to meet threats growing abroad until it was almost too late. And now, we are on the verge of repeating that mistake once again. Other nations are not sitting idly by waiting for America to, as President Obama termed it, “nation build at home.” Many of our nation’s adversaries and rivals have been emboldened by our uncertain foreign policy. So as instability spreads and tyrants flourish, our allies want to know whether America can still be counted on to confront these common challenges. Whether we will continue to be a beacon to the rest of the world. Just last week I read a speech on this very topic. But it was not delivered by some American neoconservative commentator, but rather by the Foreign Minister of France. He said about us, and I quote the English translation, “Nobody can take over from the Americans, especially from a military point of view. Given the power of the United States, an American ‘disengagement’ – if this would be the proper way to qualify it – is a global disengagement, with the risk of letting major crises fester on their own.” End quote. We are often led to think that other nations are tired of the role America has played in global affairs. But in fact, it is the fear of a disengaged America that worries countries all over the world. (…) Some on both the left and the right try to portray our legacy as one of an aggressive tyrant constantly meddling in the world’s crises. But ask around the world and you’ll find that our past use of military might has a different legacy. Our legacy is a crumbled wall in Berlin. It’s the millions of Afghan children – including many girls – now able to attend school for the first time. It’s vibrant democracies and steadfast allies such as Germany, Japan and South Korea. Our legacy is that of a nation that for two centuries has planted its feet and pushed out against the walls of tyranny, oppression and injustice that constantly threaten to close in on the world, and has sought to replace these forces with the spread of liberty, free enterprise, and respect for human rights. (…) From his first days in office, President Obama has seemed unsure of the role that American power and principles should play around the world. He has failed to understand that in foreign policy, the timing and decisiveness of our actions matter almost as much as how we engage. The President has spoken about the need to shift American foreign policy away from the conflicts of the Middle East and place increased focus on Asia. But our foreign policy cannot be one that picks and chooses which regions to pay attention to and which to ignore. In fact, our standing as a world power depends on our ability to engage globally anywhere and at anytime our interests are at stake. (…) The results have been devastating. We are left with the high likelihood of the worst possible outcome: a divided Syria, with a pro-Iran murderous dictator in control of part of the country, and radical jihadists in control of much of the rest.  Our closest allies in the region are now openly questioning the value of our friendship. (…) The President’s failure to negotiate a security cooperation agreement with Iraq was yet another instance in which this administration ambled aimlessly through a situation that should have prompted careful strategic maneuvering. It ensured the return of Al Qaeda to Iraq and the creeping authoritarianism of a Maliki government increasingly in the sway of Tehran. And in Afghanistan, the White House has often shown a lack of commitment that has put at risk the very real gains we and the Afghans have made. Libya, Syria, Iraq and maybe soon Afghanistan are haunting examples of the sad and predictable results that have come when this administration has gotten the policy – and just as importantly – the timing wrong. (…) We should start by acknowledging the fact that a strong and engaged America has been a force of tremendous good in the world. This can be done easily by imagining the sort of world we would live in today had America sat out the 20th Century. Imagine if the beaches of Normandy were never touched by American boots. Imagine if our foreign aid had not helped alleviate many of the world’s worst crises. Imagine if nuclear proliferation had continued unfettered by U.S. influence. It is no exaggeration to say that the majority of the world’s democracies may not exist had America remained disengaged. Marco Rubio (20 nov. 2013)
I think we developed in the Republican Party a—well, you know, the buzzword for it is ‘neoconism.’ But I think what it is, it’s an ideology—it’s really an idealistic approach to things. But it’s a combination of idealism and, if you will, brute force. Brent Scowcroft
So what to do now? The Republicans’ creation will soon be let loose on the land, leaving to others the job the party failed to carry out. For this former Republican, and perhaps for others, the only choice will be to vote for Hillary Clinton. The party cannot be saved, but the country still can be. Robert Kagan
Kagan — the preeminent neoconservative scholar and author who made headlines when President Obama improbably cited his article on “The Myth of American Decline,” and again when his cover story for The New Republic critiquing Obama’s foreign policy zipped through the West Wing — has had a major influence on Rubio’s worldview. The former adviser to politicians from Jack Kemp to Mitt Romney to Hillary Clinton says he spoke with Rubio on and off during his first two years in office, and Rubio cited Kagan’s 2012 book The World America Made in his remarks at the Brookings Institution later that year. In the book, Kagan argues that world orders are transient, and that the world order that has been shaped by the United States since the end of World War II — defined by freedom, democracy, and capitalism — will crumble if American power wanes. But he also posits that the modern world order rests not on America’s cherished ideals — respect for individual rights and human dignity — but on economic and military power, and that its preservation requires bolstering America’s hard power. The National Review (2014)
Frum’s thesis (…) is that the conservative movement became enamored with the trappings of power during the Reagan presidency, and stopped making the argument that America’s problems stem from our sprawling and dilapidated welfare state. Instead conservatives, like Reagan, told Americans they could indeed have it all: tax cuts and entitlements, big government at half the price. Frum’s solution was for conservatives to step back from the Republican Party, care somewhat less about elections, and spend more time convincing Americans that a radical reduction in the size and scope of government is necessary and just. (…) What really interested me, though, was Frum’s typology of post-Reagan conservatives. He divides them into three groups. There are optimists, led by Jack Kemp. There are moralists, led by William J. Bennett. And there are nationalists, led by Pat Buchanan. Optimists say public policy is a matter of incentives. Human beings all want to do the right thing, but taxes and regulation get in the way. Cut taxes, reduce regulation, resurrect the gold standard, and people will flourish.For the moralists, incentives are not enough. Character counts. Crime, welfare, education matter more to a moralist than tax rates or Social Security. Government can and should foster a public morality. And if conservatives do not promote bourgeois values such as fidelity, thrift, discipline, modesty, and hard work, then liberals will use their social and political power to promote values of their own. Nationalists are concerned with the erosion of American sovereignty. Defense treaties commit us to wars we cannot win and should not fight. Trade agreements displace workers. Immigration alters the ethnic composition of the nation. The solution is to place “America first, and second, and third,” as Buchanan put it in the title of a famous National Interest essay. It is worth considering where these groups stand today. Kemp protégé Paul Ryan is clearly the leader of the optimists. Donald Trump is clearly the leader of the nationalists. But I can’t tell you who the leader of the moralists is. I can’t name a prominent conservative known for advocating public morality, a political leader who has taken a stand on crime, on welfare, on family policy, on education. A major education bill was recently signed into law with little fanfare and even less debate. The Powerball jackpot has grown to more than $236 million, and no one bats an eye, no Republican presidential candidate suggests that gambling harms the weak. Where did the moralists go? To some degree they were victims of their own success. Crime has fallen. Welfare was reformed. Standards and testing were written into education law. Other issues became more pressing. After 9/11, a lot of the moralists became heavily invested in foreign and defense policy. Defending the Iraq war, and advocating a strategy that could improve our situation there, was a full-time job. President Obama forced conservatives to adopt a defensive position—against Obamacare, against immigration reform, against the Iran deal. The disappointing endgame in Iraq, and the Republican elite’s drive to pass comprehensive immigration reform, and the diminishing returns from globalization created the conditions for a nationalist revival. This outcome is unfortunate. The moralists were once the most interesting and intellectually vibrant school of conservatism. They accurately identified a weakening of American self-confidence, a growing sense of entitlement and anomie, the importance of civil society and the cultural fabric. And they are needed once more. The conditions of our cities and suburbs, the state of our schools, the disintegration of the family, gun violence, opioid addiction, mental illness, pornography, welfare—these are subjects ripe for fresh policy analysis. Some of that work is being done. But it rarely finds expression in the public square. A new politics of character would incorporate the best insights of the other schools of conservatism while rejecting their excesses. It needn’t be beholden to the idea that tax cuts will generate enough revenue to pay for themselves. It would recognize that immigration and trade bring costs as well as benefits even as it condemns rhetorical excess. It would treat seriously the idea that government matters. And, perhaps most importantly, in the uncertain and turbulent political era we seem to be entering, a new politics of character would not be necessarily attached to one political party. Matthew Continetti
Like not a few revolutionary movements that have fallen on hard times, neoconservatism is experiencing a schism. Two camps are starting to face off over the question of the true faith, with the first embracing orthodoxy and the second heresy. The question they face is simple: Should the neocons continue to move right, serving as the advance guard of an embattled GOP? Or should neoconservatism become true to itself by returning to the center? Will the movement, in fact, morph back into what it was at its inception in the late 1960s when it belonged firmly to the Democratic Party—moderate on domestic issues and mildly hawkish on foreign policy? (…) The orthodox camp is based mostly in New York. It wants to combat the decadent liberal elites—the new class—that are supposedly corrupting the Republic. (…) The second and more novel camp consists of what might be called heretical reverters. Reverters dismiss the notion that America has not changed. One of the shrewdest and most perceptive neocons, Tod Lindberg of the Hoover Institution, noted in the Washington Post, “Here’s the stark reality: It is now harder for the Republican presidential candidate to get to 50.1 percent than for the Democrat.” The reverters—who include, among others, David Frum and David Brooks, and are largely based in Washington, D.C.—suggest that the GOP needs to get up to speed, to dump overboard the detritus that it has accumulated over the past several decades. (…) The argument of the reverters, at bottom, seems to be that neoconservatism needs to reboot. Indeed, the reverters even seem to have discovered a new female savior—Hillary Clinton. And so, if neoconservatism has a future, it’s in the Democratic more than the Republican Party. To understand this new development, it’s helpful to consider the arc of neoconservatism. In its original incarnation, neoconservatism’s salvation doctrine was to reconvert the Democratic Party to its anticommunist roots and a more sober view of social policy. Irving Kristol called for a “combination of the reforming spirit with the conservative ideal”—the notion that liberalism could conserve the best in conservatism. (…) There can be no doubt that as staunch cold warriors, or, if you prefer, liberal internationalists, the neocons viewed the Republican Party, which was led by Richard Nixon and Henry Kissinger, both realists and promoters of détente, with unease. The neocons, who had started out as Trotskyists, espoused a social-democratic program in domestic policy. Essentially, they were Hubert Humphrey Democrats. The neocons clustered around Sen. Scoop Jackson, whose adviser was Richard Perle. They didn’t want détente with the GOP itself; they beseeched Democrats to decry their opponents as selling out human rights and American ideals. Then came Jimmy Carter. Despite Carter’s support for human rights abroad, the neocons bridled at his derogation of the communist threat and failure to support the shah of Iran from being overthrown by radical Islamists. The neocons became counterrevolutionaries. Their failure to create regime change in the Democratic Party meant that they began enlisting in the GOP. More precisely, they flocked to the banner of Ronald Reagan, a former New Deal Democrat turned conservative, or, in their eyes, the first neocon. (…) Once the evil empire imploded, the neocons embarked upon the new project of reconciling Jews and evangelicals within the GOP. Yet no matter how fervent their embrace of the GOP may have been, the neocons began to flirt with the Democratic Party once more when Bill Clinton was the nominee in 1992. This was the first sign of an alliance between the liberal hawks and neocons that would flourish during George W. Bush’s presidency. The neocons had found the realist George H.W. Bush wanting for his failure to topple Saddam Hussein, his attempts to curb Jewish settlements in the West Bank, his refusal to intervene in the Balkans, and his tepid response to Tiananmen Square. Clinton, by contrast, denounced the “butchers of Beijing” and seemed to offer the prospect of tough action in the Balkans against the Serbs. The refusal of Clinton to appoint any neocons, apart from providing Richard Schifter with the token position of assistant secretary for human rights, did little to maintain their ardor. Still, as Clinton’s second term neared its end, neoconservatives such as Norman Podhoretz, writing in National Review, assessed his tenure fairly favorably. As Podhoretz noted, Clinton had been no pushover: he intervened in the Balkans and launched missiles at Iraq. Moreover, he severely curbed welfare benefits. In short, the McGovern era had come to end with Clintonite centrism. (…) The new Popular Front forged between the neocons and liberal hawks collapsed during the Iraq War, however, as liberals bailed out once the war went south. Might there be a reunion, this time with the neocons courting the liberal hawks rather than the liberal hawks trying to court the neocons? The more conciliatory neocons have begun to send up signal flares. It isn’t simply David Brooks’s paeans to Obama. Robert Kagan has praised what he calls “Obama the Interventionist” in his Washington Post column: “Obama believes the world yearns to follow us, if only we restore our worthiness to lead. Personally, I like it.” Even the Weekly Standard has begun to reassess its seemingly intractable hostility to all things Clinton. Vigilant neocon-spotters will have noticed that the Standard featured not one but two items praising the idea of Hillary as secretary of state. (…) The fact is that the neocon passion for Hillary may not be as outlandish as it seems at first glance. For one thing, Hillary was instrumental in getting Madeleine Albright appointed secretary of state in 1997, and they remain close friends. (…) Whether or not Hillary actually behaves like a hawk in office is another question. She might seek to push peace talks on Israel and the Palestinians. Reaching an agreement with Iran would be a big feather in her cap. So would negotiating an arms-control deal with Russia in exchange for dismantling the Bush administration’s proposed missile-defense system in Eastern Europe. (…) But for now, the neocons touting a reversion to the movement’s original, more liberal precepts seem intent on creating a new chapter in the saga of a movement that has been repeatedly written off as dead. Perhaps reaching out to the Obama administration will help rejuvenate neoconservatism. It could prove to be a more comfortable fit than either side might anticipate. Jacob Heilbrunn
The loyalty of the neocons has always been to an ideology of American exceptionalism, not to a particular party. This is what separates the neocon conversion to Clinton from previous examples of Republicans endorsing Barack Obama. Colin Powell wasn’t making an ideological statement. He was making a practical one, based on his distaste for where the GOP was headed. For the neocons this is a much more heartfelt moment. They have invested decades in trying to reshape the GOP into their own image, and were quite successful at it. But now a formidable challenge is taking place as the GOP reverts to its traditional heritage. The impulse of the neocons to return to the Democratic Party should not be wholly surprising. In 1972, for example, Robert L. Bartley, the editorial page editor of the Wall Street Journal, wrote that the fledgling neoconservatives represented “something of a swing group between the two major parties.” He was right. The neoconservatives had their home in the Democratic Party in the 1960s. Then they marched rightward, in reaction to the rise of the adversary culture inside the Democratic Party. George McGovern’s run for the presidency in 1972, followed by the Jimmy Carter presidency, sent them into the arms of Ronald Reagan and the GOP. But it wasn’t until the George W. Bush presidency that the neocons became the dominant foreign policy force inside the GOP. They promptly proceeded to wreck his presidency by championing the war in Iraq. Today, having wrecked it, they are now threatening to bolt the GOP and support Hillary Clinton rather than Donald Trump for the presidency. Something like this scenario is what I predicted in the New York Times in July 2014. Trump wasn’t around then as a force inside the GOP. But already it seemed clear that some of the leading neocons such as Kagan were receptive to Clinton. Now, in a Washington Post column, Kagan has gone all in (…)  but he elides the fact that many of Trump’s positions are not all that different from what the GOP has espoused in the past when it comes to domestic issues. It is on foreign affairs where Trump represents a marked shift and it is this that truly troubles the neocon wing. Trump has made it clear that he’s dubious about foreign interventions. He’s indicated that he would treat with Russian president Vladimir Putin. His entire foreign policy credo, such as it is, seems to have a Jacksonian pedigree—don’t tread on me. For its part, neoconservatism has always had a nationalistic streak. But Trump represents everything that the neocons believed that they had purged from the GOP. He represents continuity with the Buchananite wing, the belief that America should tend to its own knitting before launching hopeless wars abroad.  When it comes to foreign policy, however, the second generation of neocons such as Kagan does not trace its lineage back to Ohio Senator Robert Taft but to the one that Republicans in the early 1950s reviled: the Truman administration. Here we come full circle. The origins of the neocons are in the Democratic Party. Should Clinton become the Democratic nominee and Trump the Republican one, a number of neocons may make common cause with Clinton. Watch Rubio’s ranks first. Jacob Heilbrunn
After nearly a decade in the political wilderness, the neoconservative movement is back, using the turmoil in Iraq and Ukraine to claim that it is President Obama, not the movement’s interventionist foreign policy that dominated early George W. Bush-era Washington, that bears responsibility for the current round of global crises. Even as they castigate Mr. Obama, the neocons may be preparing a more brazen feat: aligning themselves with Hillary Rodham Clinton and her nascent presidential campaign, in a bid to return to the driver’s seat of American foreign policy. To be sure, the careers and reputations of the older generation of neocons — Paul D. Wolfowitz, L. Paul Bremer III, Douglas J. Feith, Richard N. Perle — are permanently buried in the sands of Iraq. And not all of them are eager to switch parties (…) But others appear to envisage a different direction — one that might allow them to restore the neocon brand, at a time when their erstwhile home in the Republican Party is turning away from its traditional interventionist foreign policy. (…) Consider the historian Robert Kagan, the author of a recent, roundly praised article in The New Republic that amounted to a neo-neocon manifesto. He has not only avoided the vitriolic tone that has afflicted some of his intellectual brethren but also co-founded an influential bipartisan advisory group during Mrs. Clinton’s time at the State Department. (…) Other neocons have followed Mr. Kagan’s careful centrism and respect for Mrs. Clinton. Max Boot, a senior fellow at the Council on Foreign Relations, noted in The New Republic this year that “it is clear that in administration councils she was a principled voice for a strong stand on controversial issues, whether supporting the Afghan surge or the intervention in Libya.” And the thing is, these neocons have a point. Mrs. Clinton voted for the Iraq war; supported sending arms to Syrian rebels; likened Russia’s president, Vladimir V. Putin, to Adolf Hitler; wholeheartedly backs Israel; and stresses the importance of promoting democracy. (…) Of course, the neocons’ latest change in tack is not just about intellectual affinity. Their longtime home, the Republican Party, where presidents and candidates from Reagan to Senator John McCain of Arizona supported large militaries and aggressive foreign policies, may well nominate for president Senator Rand Paul of Kentucky, who has been beating an ever louder drum against American involvement abroad. In response, Mark Salter, a former chief of staff to Senator McCain and a neocon fellow traveler, said that in the event of a Paul nomination, “Republican voters seriously concerned with national security would have no responsible recourse” but to support Mrs. Clinton for the presidency. Still, Democratic liberal hawks, let alone the left, would have to swallow hard to accept any neocon conversion. (…) Far from ending, then, the neocon odyssey is about to continue. In 1972, Robert L. Bartley, the editorial page editor of The Wall Street Journal and a man who championed the early neocon stalwarts, shrewdly diagnosed the movement as representing “something of a swing group between the two major parties.” Despite the partisan battles of the early 2000s, it is remarkable how very little has changed. Jacob Heilbrunn

Attention: un sauvetage peut en cacher un autre !

A l’heure où devant la montée apparemment irrésistible, y compris du côté des évangéliques, du démagogue Donald Trump …

Et le refus suicidaire des autres candidats de sacrifier leur ambition personnelle pour le bien de leur pays et de leur parti …

Tant l’establishment que nombre d’intellectuels républicains commencent à s’inquiéter

Pendant qu’un temps, avec Bernie Sanders, les Démocrates semblent avoir été tentés par le socialisme le plus radical …

Et que braqué à son tour par la réalité en France, un pouvoir socialiste se voit au contraire par l’un des siens qualifié de néoconservateur

Comment ne pas voir l’incroyable chassé croisé qui se dessine …

A l’instar de la menace, d’un des principaux théoriciens de la pensée néoconservatrice et jusqu’ici soutien de Rubio, de voter pour une Hillary Clinton à l’opportunisme pourtant aussi crasse que son passé …

Face à un parti républicain revenu semble-t-il à l’isolationnisme de ses débuts …

Retour finalement logique des néoconservateurs à leur bercail d’origine …

Ou, après la trahison Obama, juste retour des choses et du parti démocrate à ses véritables valeurs ?

Why Trump Is Panicking Robert Kagan

That neocons would exit the GOP to support Clinton was clear from the start.

Jacob Heilbrunn

February 26, 2016

Anyone looking for further converts to the Hillary Clinton campaign might do well to look at the Marco Rubio campaign. If Clinton is the leading liberal hawk, Rubio is the foremost neocon candidate. In 2014 National Review published an article about him titled “The neocons return.”

Whether it’s Cuba or Iran or Russia, he stakes out the most intransigent line: “I disagree with voices in my own party who argue we should not engage at all, who warn we should heed the words of John Quincy Adams not to go ‘abroad, in search of monsters to destroy.’” Not surprisingly, he’s surrounded himself with neocon advisers, ranging from Max Boot to Jamie Fly to Elliott Abrams.

If Donald Trump, as seems more than likely, prevails in the GOP primary, then a number of neocons may defect to the Clinton campaign. Already Robert Kagan announced in the Washington Post on Thursday that he intends to back Hillary Clinton if Donald Trump receives the GOP nomination. The fact is that the loyalty of the neocons has always been to an ideology of American exceptionalism, not to a particular party.

This is what separates the neocon conversion to Clinton from previous examples of Republicans endorsing Barack Obama. Colin Powell wasn’t making an ideological statement. He was making a practical one, based on his distaste for where the GOP was headed. For the neocons this is a much more heartfelt moment. They have invested decades in trying to reshape the GOP into their own image, and were quite successful at it. But now a formidable challenge is taking place as the GOP reverts to its traditional heritage.

The impulse of the neocons to return to the Democratic Party should not be wholly surprising. In 1972, for example, Robert L. Bartley, the editorial page editor of the Wall Street Journal, wrote that the fledgling neoconservatives represented “something of a swing group between the two major parties.” He was right. The neoconservatives had their home in the Democratic Party in the 1960s. Then they marched rightward, in reaction to the rise of the adversary culture inside the Democratic Party. George McGovern’s run for the presidency in 1972, followed by the Jimmy Carter presidency, sent them into the arms of Ronald Reagan and the GOP.

But it wasn’t until the George W. Bush presidency that the neocons became the dominant foreign policy force inside the GOP. They promptly proceeded to wreck his presidency by championing the war in Iraq. Today, having wrecked it, they are now threatening to bolt the GOP and support Hillary Clinton rather than Donald Trump for the presidency.

Something like this scenario is what I predicted in the New York Times in July 2014. Trump wasn’t around then as a force inside the GOP. But already it seemed clear that some of the leading neocons such as Kagan were receptive to Clinton. Now, in a Washington Post column, Kagan has gone all in.

He decries Republican obstructionism, antipathy to Obama, and the rise of Trump. The tone is apocalyptic. According to Kagan,

“So what to do now? The Republicans’ creation will soon be let loose on the land, leaving to others the job the party failed to carry out. For this former Republican, and perhaps for others, the only choice will be to vote for Hillary Clinton. The party cannot be saved, but the country still can be.”

This itself represents a curious case of neocon hyperbole. Kagan is an eloquent writer, but he elides the fact that many of Trump’s positions are not all that different from what the GOP has espoused in the past when it comes to domestic issues. It is on foreign affairs where Trump represents a marked shift and it is this that truly troubles the neocon wing.

Trump has made it clear that he’s dubious about foreign interventions. He’s indicated that he would treat with Russian president Vladimir Putin. His entire foreign policy credo, such as it is, seems to have a Jacksonian pedigree—don’t tread on me.

For its part, neoconservatism has always had a nationalistic streak. But Trump represents everything that the neocons believed that they had purged from the GOP. He represents continuity with the Buchananite wing, the belief that America should tend to its own knitting before launching hopeless wars abroad.  When it comes to foreign policy, however, the second generation of neocons such as Kagan does not trace its lineage back to Ohio Senator Robert Taft but to the one that Republicans in the early 1950s reviled: the Truman administration.

Here we come full circle. The origins of the neocons are in the Democratic Party. Should Clinton become the Democratic nominee and Trump the Republican one, a number of neocons may make common cause with Clinton. Watch Rubio’s ranks first.

Jacob Heilbrunn is editor of the National Interest.

Voir aussi:

The Next Act of the Neocons
Are Neocons Getting Ready to Ally With Hillary Clinton?

Jacob Heilbrunn

The New York Times

July 5, 2014

WASHINGTON —è  is the editor of the National Interest and the author of “They Knew They Were Right: The Rise of the Neocons.”

Voir également:

Where Have All the Neocons Gone?
Having wrecked the Right, will neoconservatives revert to their left-wing origins or double down on the GOP?
Jacob Heilbrunn
The American conservative
January 12, 2009

As Barack Obama prepares to take the inaugural oath, it almost seems otiose to note that his victory represents a sweeping repudiation of the neoconservative movement. Though neocons such as Randy Scheunemann formed a kind of Praetorian Guard around John McCain during his presidential campaign, their truculent approach to foreign affairs sabotaged rather than strengthened McCain’s electoral appeal. The best that Sarah Palin, a foreign-policy neocon on training wheels, could do was to offer platitudes about standing by Israel. It seems safe to say, then, that the neocon credo is ready to be put out to pasture.

Or is it? One problem with this line of argument is that it’s been heard before—sometimes from the neoconservatives themselves. In 1988, after George H.W. Bush replaced Ronald Reagan, neocon lioness Midge Decter fretted, “are we a long, sour marriage held together for the kids and now facing an empty nest?” Then in the late 1990s, Norman Podhoretz delivered a valedictory for neoconservatism at the American Enterprise Institute. Neoconservatism, he announced, was a victim of its success. It no longer represented anything unique because the GOP had so thoroughly assimilated its doctrines. In 2004, a variety of commentators scrambled to pronounce a fresh obituary for neoconservatism. The disastrous course of the Iraq War, Foreign Policy editor Moisés Naím said, showed that the neoconservative dream had expired in the sands of Araby.

Yet the neocons show few signs of going away. The Iraq surge was devised by Frederick Kagan of the American Enterprise Institute and spearheaded by William Luti, a protégé of Newt Gingrich and Dick Cheney who is currently at the National Security Council. Its success has prompted some neocons to claim vindication for the Iraq War overall. Nor has the network of institutions that the neocons rely upon melted away, from the Hudson Institute, where Scooter Libby and Douglas J. Feith are now ensconced, to the Weekly Standard and Fox News.

It’s also the case that the realists inside the GOP feel more embattled than ever. Sen. Chuck Hagel has pretty much resigned from the GOP itself as well as from his Senate seat, denouncing Rush Limbaugh and others as retrograde conservatives. What’s more, former national security adviser Brent Scowcroft, who has co-authored a new book with Zbigniew Brzezinski about the challenges facing the next president, has been informally advising Obama. Scowcroft told CNN, “I think we developed in the Republican Party a—well, you know, the buzzword for it is ‘neoconism.’ But I think what it is, it’s an ideology—it’s really an idealistic approach to things. But it’s a combination of idealism and, if you will, brute force.” As Scowcroft sees it, the neocons remain in control of the GOP. “Where do I go?” he recently asked me.

Still, if the neocons aren’t necessarily on the ropes, it would probably be equally mistaken to deny that something has changed. They have undeniably suffered a number of setbacks. The sun has set on the flagship neocon newspaper, the New York Sun, a victim of the financial crash. The citadel of neoconservatism, AEI, has ousted Michael Ledeen, Joshua Muravchik, and Reuel Marc Gerecht. Meanwhile, Robert Kagan has incorporated realist tenets into his writings, while David Frum, who co-wrote with Richard Perle the standard neocon foreign-policy text, An End to Evil, and who previously demanded the expulsion of allegedly unpatriotic conservatives from the conservative pantheon (a move Russell Baker called reminiscent of the Moscow purges), now seems to be hinting at, among other things, a reassessment of neocon foreign policy. “I cannot be blind,” he conceded in a farewell address to National Review Online last month, “to the evidence … that the foreign policy I supported has not yielded the success I would have wished to see.”

Looking ahead, the neocons do not have an obvious horse. In the past they have glommed on to everyone from Sen. Henry M. “Scoop” Jackson to Colin Powell, whom William Kristol briefly touted for president. Another problem is that George W. Bush himself has increasingly deviated from neoconservatism. With the fall of Donald Rumsfeld, on whom the neocons tried to blame the mismanaged Iraq War, Vice President Dick Cheney has lost out to the combination of Defense Secretary Robert Gates and Secretary of State Condoleezza Rice. Even Kristol seems to have shed some of his habitual fervor, musing about the shortcomings of capitalism in his New York Times column and expressing the hope that Obama will put aright what has gone wrong.

The result has been something of an identity crisis in the ranks of the neocons. Like not a few revolutionary movements that have fallen on hard times, neoconservatism is experiencing a schism. Two camps are starting to face off over the question of the true faith, with the first embracing orthodoxy and the second heresy. The question they face is simple: Should the neocons continue to move right, serving as the advance guard of an embattled GOP? Or should neoconservatism become true to itself by returning to the center? Will the movement, in fact, morph back into what it was at its inception in the late 1960s when it belonged firmly to the Democratic Party—moderate on domestic issues and mildly hawkish on foreign policy?

The orthodox camp is based mostly in New York. It wants to combat the decadent liberal elites—the new class—that are supposedly corrupting the Republic. It views Barack Obama as a dangerous, unreconstructed 1960s-type radical and pins its hopes on Alaska governor Sarah Palin. Writing in the November issue of the British neocon journal Standpoint, Midge Decter, for example, upbraids Palin critics for their unwillingness to recognize her brilliance. Decter, a longtime foe of the feminist movement, depicts Palin as someone of unalloyed virtue who incarnates the Victorian virtues celebrated by Gertrude Himmelfarb. According to Decter, Palin is “young, handsome, clever, firmly married, a mother, a serious Christian, a right-to-lifer who has been successful at virtually everything … to which she has turned a hand or mind or body.” Obama, by contrast, offers “for those with ears old enough and practiced enough to hear … the same old prescriptions and cadences of the 1960s radical left.”

When it comes to the Iraq War, the followers of orthodoxy maintain, liberals deserve a pasting. Peter Wehner, a former Bush adviser and a fellow at the Ethics and Public Policy Center, condemns opponents of the surge as congenitally hostile to the American creed: “Is it not fair to say that what was at work in them was an ideological antipathy not just to an American President, but to America’s cause?”

Decter’s son, John Podhoretz, who has been tapped to become editor of Commentary, in that magazine’s December issue raised the prospect of a radical Obama presidency. Podhoretz noted that Obama is “a man who has lived in and around elite universities since he was eighteen years old …” And Podhoretz’s surprising conclusion? The election did not repudiate the notion that America is a center-right country.

The second and more novel camp consists of what might be called heretical reverters. Reverters dismiss the notion that America has not changed. One of the shrewdest and most perceptive neocons, Tod Lindberg of the Hoover Institution, noted in the Washington Post, “Here’s the stark reality: It is now harder for the Republican presidential candidate to get to 50.1 percent than for the Democrat.” The reverters—who include, among others, David Frum and David Brooks, and are largely based in Washington, D.C.—suggest that the GOP needs to get up to speed, to dump overboard the detritus that it has accumulated over the past several decades. They want no part of Sarah Palin, seeing her as a recipe for electoral disaster. They also see the fate of the British Tories, who have wandered in the wilderness for years, as a cautionary tale. The argument of the reverters, at bottom, seems to be that neoconservatism needs to reboot. Indeed, the reverters even seem to have discovered a new female savior—Hillary Clinton. And so, if neoconservatism has a future, it’s in the Democratic more than the Republican Party.

To understand this new development, it’s helpful to consider the arc of neoconservatism. In its original incarnation, neoconservatism’s salvation doctrine was to reconvert the Democratic Party to its anticommunist roots and a more sober view of social policy. Irving Kristol called for a “combination of the reforming spirit with the conservative ideal”—the notion that liberalism could conserve the best in conservatism. Former Wall Street Journal editor Robert Bartley, who did much to smooth the path of the neocons into the GOP, astutely observed in 1972 that the neocons “are something of a swing group between the two major parties. Their political outlook is that of establishmentarians looking for an establishment worthy of the name, and many of them are longtime Democrats with new Republican leanings.”

There can be no doubt that as staunch cold warriors, or, if you prefer, liberal internationalists, the neocons viewed the Republican Party, which was led by Richard Nixon and Henry Kissinger, both realists and promoters of détente, with unease. The neocons, who had started out as Trotskyists, espoused a social-democratic program in domestic policy. Essentially, they were Hubert Humphrey Democrats. The neocons clustered around Sen. Scoop Jackson, whose adviser was Richard Perle. They didn’t want détente with the GOP itself; they beseeched Democrats to decry their opponents as selling out human rights and American ideals.

Then came Jimmy Carter. Despite Carter’s support for human rights abroad, the neocons bridled at his derogation of the communist threat and failure to support the shah of Iran from being overthrown by radical Islamists. The neocons became counterrevolutionaries. Their failure to create regime change in the Democratic Party meant that they began enlisting in the GOP. More precisely, they flocked to the banner of Ronald Reagan, a former New Deal Democrat turned conservative, or, in their eyes, the first neocon. Neocons such as Elliott Abrams and Jeane Kirkpatrick landed posts in the Reagan administration, but the true believers on the outside weren’t satisfied. Irving Kristol, Norman Podhoretz, and Midge Decter all chided Reagan for his pragmatism. Podhoretz even condemned him for “appeasement by any other name” for his policies in the Middle East and toward the Soviet Union. Later, Podhoretz claimed that Reagan was suffering from delusions about the Cold War, indulging in the “fantasy of communist collapse.” Once the evil empire imploded, the neocons embarked upon the new project of reconciling Jews and evangelicals within the GOP.

Yet no matter how fervent their embrace of the GOP may have been, the neocons began to flirt with the Democratic Party once more when Bill Clinton was the nominee in 1992. This was the first sign of an alliance between the liberal hawks and neocons that would flourish during George W. Bush’s presidency. The neocons had found the realist George H.W. Bush wanting for his failure to topple Saddam Hussein, his attempts to curb Jewish settlements in the West Bank, his refusal to intervene in the Balkans, and his tepid response to Tiananmen Square. Clinton, by contrast, denounced the “butchers of Beijing” and seemed to offer the prospect of tough action in the Balkans against the Serbs. The refusal of Clinton to appoint any neocons, apart from providing Richard Schifter with the token position of assistant secretary for human rights, did little to maintain their ardor. Still, as Clinton’s second term neared its end, neoconservatives such as Norman Podhoretz, writing in National Review, assessed his tenure fairly favorably. As Podhoretz noted, Clinton had been no pushover: he intervened in the Balkans and launched missiles at Iraq. Moreover, he severely curbed welfare benefits. In short, the McGovern era had come to end with Clintonite centrism. It was realist Republicans, to the consternation of William Kristol and Robert Kagan, who were denouncing Clinton for intervening abroad. The new Popular Front forged between the neocons and liberal hawks collapsed during the Iraq War, however, as liberals bailed out once the war went south.

Might there be a reunion, this time with the neocons courting the liberal hawks rather than the liberal hawks trying to court the neocons? The more conciliatory neocons have begun to send up signal flares. It isn’t simply David Brooks’s paeans to Obama. Robert Kagan has praised what he calls “Obama the Interventionist” in his Washington Post column: “Obama believes the world yearns to follow us, if only we restore our worthiness to lead. Personally, I like it.” Even the Weekly Standard has begun to reassess its seemingly intractable hostility to all things Clinton. Vigilant neocon-spotters will have noticed that theStandard featured not one but two items praising the idea of Hillary as secretary of state. The tone of both seemed to be “yes, we should.” Under the heading “Hail Clinton,” Michael Goldfarb, McCain’s deputy communications director during the campaign, blogged that she is “likely to be a nuisance to Obama whether she is inside or outside of his administration, but as our top diplomat she could reprise a role that made Powell a kingmaker in this year’s election. And perhaps she could even present the case for war with Iran to an insubordinate United Nations in the event that Obama’s personal diplomacy somehow fails to deter the mullahs from their present course.”

The Standard’s Noemie Emery went even further. In her view, “For the moment, Hillary Clinton will be the conservatives’ Woman in Washington, more attuned to their concerns on these issues than to those of the get-the-troops-home-now wing of her party, a strange turn of events for a woman whose husband was impeached by Republicans just ten years ago, and whose ascent that party had dreaded since she went to the Senate two years after that.” Indeed.

The fact is that the neocon passion for Hillary may not be as outlandish as it seems at first glance. For one thing, Hillary was instrumental in getting Madeleine Albright appointed secretary of state in 1997, and they remain close friends. Albright is a liberal interventionist of the first order. Her father, Josef Korbel, a former Czech diplomat, was a cold warrior. Albright herself ardently pushed for intervention in the Balkans, first as Clinton’s United Nations ambassador, then, more effectively, as secretary of state. Albright will have the opportunity to weigh in on hot-button foreign-policy issues such as relations with Russia.

In addition, Albright, together with former Clinton defense secretary William S. Cohen, has headed a U.S. Institute for Peace and Holocaust Museum task force on genocide. Its new report, released on Dec. 8, is called “Preventing Genocide.” It could prove almost as influential for the Obama administration as the neocon-inspired “Defense Planning Guidance” of 1992, which called for American unilateral domination of the world, was for George W. Bush’s presidency. Albright and Cohen’s document calls for the creation of an Atrocities Prevention Committee that would work with key national security officials. It further states that the director of national intelligence should “initiate the preparation of a National Intelligence Estimate on worldwide risks of genocide and mass atrocities.” Finally, it recommends that the secretary of defense and U.S. military leaders develop military guidance on genocide prevention and response and “incorporate it into Department of Defense (and interagency) policies, plans, doctrine, training, and lessons learned.” The report’s aims are noble, but it is essentially a stalking horse for liberal intervention. It would create a permanent bureaucracy with a vested interest in insisting upon armed interventionism whenever and wherever the U.S. pleases—the Congo, Georgia, Zimbabwe, Somalia, and so on.

Indeed, Hillary may appoint a number of liberal interventionists. Russia-expert Michael McFaul, a fellow at the Hoover Institution, is an adviser to Obama and is reportedly angling for the post of assistant secretary of state for democracy, human rights, and labor. In 2007, writing in the Washington Post, together with Abbas Milani, McFaul argued, “the United States must recommit to a policy of encouraging democratization inside Iran, because only a democratic regime will stop supporting terrorist groups abroad and repression at home.” McFaul also wants to push for democracy inside Russia. Another possible Clinton appointment might be Samantha Power, who has strenuously advocated more intervention backed by the United Nations. Power declared in Time in 2007 that as abuses mount in Burma and Darfur “a coalition of the concerned must insist that what is manifestly true of the economy is also true of human rights: in this age, there is no such thing as a purely ‘internal matter.’” How far removed is this from Bush’s rhetoric about freedom sweeping the globe in his second inaugural address?

Power’s conclusion epitomizes the distinction between the liberal interventionists and neocons on one side and realists on the other. Realists tend to believe that the internal nature of a state does not decisively affect its foreign-policy decisions. A democratic Iran might be no less likely than an authoritarian Iran to seek nuclear weapons. The country simply pursues its traditional national interests. Liberal interventionists take a different view. They want to expand democratic norms, by force if necessary, around the globe in the hopes of advancing the dream of a perpetual peace.

Whether or not Hillary actually behaves like a hawk in office is another question. She might seek to push peace talks on Israel and the Palestinians. Reaching an agreement with Iran would be a big feather in her cap. So would negotiating an arms-control deal with Russia in exchange for dismantling the Bush administration’s proposed missile-defense system in Eastern Europe.

But the notion that Obama will seek to roll back the American empire is a pipedream. It wasn’t McCain but Obama who declared on the campaign trail that America has to “lead the world in battling immediate evils and promoting the ultimate good.”

This won’t prevent the unrepentant rump faction of the neocons from denouncing Obama as an appeaser, while looking to either Sarah Palin or Newt Gingrich as possible standard-bearers. But for now, the neocons touting a reversion to the movement’s original, more liberal precepts seem intent on creating a new chapter in the saga of a movement that has been repeatedly written off as dead. Perhaps reaching out to the Obama administration will help rejuvenate neoconservatism. It could prove to be a more comfortable fit than either side might anticipate.
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Jacob Heilbrunn, whose book They Knew They Were Right: The Rise of the Neocons has just appeared in paperback, is a senior editor at The National Interest.

Voir également:

For many years Kagan was a staple in the broad neo-conservative community. He was a contributing editor to The Weekly Standard, but now the only Kagan on their list is his brother, Frederick, who also works on foreign and defense policy at the American Enterprise Institute. Robert also was a founding member with Bill Kristol and Dan Senor of the Foreign Policy Initiative, where he remains on its Board of Directors.

The anti-interventionist paleo-conservative historian Andrew Bacevich characterized him as “the chief neo-conservative foreign policy theorist.” In 2008, the British Guardian ran a profile of Kagan, claiming that for “large sections of the left, Kagan has been blamed for many things, prominent among them being one of the intellectual authors and cheerleaders for the US-led war in Iraq.” But even then, it appears that he was having trouble being pigeonholed; the author of the piece observed that he is “uncomfortable” with the title “neocon” and “insists he is ‘liberal’ and ‘progressive’ in a distinctly American tradition.” Now Kagan has freed himself to join Hillary in the ranks of progressives who get things done.

In May of 2014, writing in the New Republic, Kagan had a cover story titled “Superpowers Don’t Get to Retire.” It was an important critique of the Obama administration’s foreign policy. In it he outlined what he called the “cracking” and perhaps “collapsing” of the old world order established at the end of World War II when American leadership predominated, helped to keep the world stable, and prevented the Soviet empire from spreading into Western Europe. He was unhappy that Obama and the American public were retreating from the belief that the United States had a “global responsibility” to stay strong and lead the world, writing that:

Unless Americans can be led back to an understanding of their enlightened self-interest, to see again how their fate is entangled with that of the world, then the prospects for a peaceful twenty-first century in which Americans and American principles can thrive will be bleak.

It was a powerful essay. After a forum where he discussed his article, I asked him if he thought it would have any influence on the president. He replied that he hoped so, but he doubted it. He was right to have that fear.

The New York  Times ran a feature story about the article, noting Kagan’s hope that it might spark an “interventionist revival.” Kagan’s article was read at the White House, and soon after Obama gave a speech at West Point in which the president presented a “narrower vision for American force in world affairs.” Obama’s speech confirmed to many observers that this was the president’s rebuttal to Kagan.

The article’s author, Jason Horowitz, also noted that Kagan referred to himself as a “liberal interventionist.”

The article also gave us a hint of Kagan’s relationship with Hillary Clinton, so that it should come as no surprise that today, he would publicly endorse her for president. In 2014, he saw her as a “vessel into which many interventionists are pouring their hopes.” It also revealed that Kagan served with a group of bipartisan foreign policy intellectuals who advised her at the State Department, where his wife Victoria Nuland worked under Clinton as an assistant secretary of state. As for Clinton, he told the Times, “I feel comfortable with her on foreign policy.”

The Times immediately followed up with another article by the editor of The National Interest, Jacob Heilbrunn, a fierce opponent of neo-conservatives and interventionism. He said Kagan and Secretary of State Clinton would be a perfect fit:

Mrs. Clinton voted for the Iraq war; supported sending arms to Syrian rebels’ likened Russia’s president, Vladimir V. Putin, to Adolf Hitler; wholeheartedly backs Israel; and stresses the importance of promoting democracy.

Wanted: A New Politics of Character

I spent the weekend re-reading David Frum’s Dead Right. Published in 1995, Frum’s slim book is a gripping and devastating account of the failure of Ronald Reagan and George H.W. Bush to limit government. Frum’s thesis, which I do not believe he has ever recanted, is that the conservative movement became enamored with the trappings of power during the Reagan presidency, and stopped making the argument that America’s problems stem from our sprawling and dilapidated welfare state. Instead conservatives, like Reagan, told Americans they could indeed have it all: tax cuts and entitlements, big government at half the price. Frum’s solution was for conservatives to step back from the Republican Party, care somewhat less about elections, and spend more time convincing Americans that a radical reduction in the size and scope of government is necessary and just.

What really interested me, though, was Frum’s typology of post-Reagan conservatives. He divides them into three groups. There are optimists, led by Jack Kemp. There are moralists, led by William J. Bennett. And there are nationalists, led by Pat Buchanan.

Optimists say public policy is a matter of incentives. Human beings all want to do the right thing, but taxes and regulation get in the way. Cut taxes, reduce regulation, resurrect the gold standard, and people will flourish.

For the moralists, incentives are not enough. Character counts. Crime, welfare, education matter more to a moralist than tax rates or Social Security. Government can and should foster a public morality. And if conservatives do not promote bourgeois values such as fidelity, thrift, discipline, modesty, and hard work, then liberals will use their social and political power to promote values of their own.

Nationalists are concerned with the erosion of American sovereignty. Defense treaties commit us to wars we cannot win and should not fight. Trade agreements displace workers. Immigration alters the ethnic composition of the nation. The solution is to place “America first, and second, and third,” as Buchanan put it in the title of a famous National Interest essay.

It is worth considering where these groups stand today. Kemp protégé Paul Ryan is clearly the leader of the optimists. Donald Trump is clearly the leader of the nationalists. But I can’t tell you who the leader of the moralists is. I can’t name a prominent conservative known for advocating public morality, a political leader who has taken a stand on crime, on welfare, on family policy, on education. A major education bill was recently signed into law with little fanfare and even less debate. The Powerball jackpot has grown to more than $236 million, and no one bats an eye, no Republican presidential candidate suggests that gambling harms the weak.

Where did the moralists go? To some degree they were victims of their own success. Crime has fallen. Welfare was reformed. Standards and testing were written into education law. Other issues became more pressing. After 9/11, a lot of the moralists became heavily invested in foreign and defense policy. Defending the Iraq war, and advocating a strategy that could improve our situation there, was a full-time job. President Obama forced conservatives to adopt a defensive position—against Obamacare, against immigration reform, against the Iran deal. The disappointing endgame in Iraq, and the Republican elite’s drive to pass comprehensive immigration reform, and the diminishing returns from globalization created the conditions for a nationalist revival.

This outcome is unfortunate. The moralists were once the most interesting and intellectually vibrant school of conservatism. They accurately identified a weakening of American self-confidence, a growing sense of entitlement and anomie, the importance of civil society and the cultural fabric. And they are needed once more. The conditions of our cities and suburbs, the state of our schools, the disintegration of the family, gun violence, opioid addiction, mental illness, pornography, welfare—these are subjects ripe for fresh policy analysis. Some of that work is being done. But it rarely finds expression in the public square.

A new politics of character would incorporate the best insights of the other schools of conservatism while rejecting their excesses. It needn’t be beholden to the idea that tax cuts will generate enough revenue to pay for themselves. It would recognize that immigration and trade bring costs as well as benefits even as it condemns rhetorical excess. It would treat seriously the idea that government matters. And, perhaps most importantly, in the uncertain and turbulent political era we seem to be entering, a new politics of character would not be necessarily attached to one political party.

Voir encore:

Donald Trump: Defender of the Faith
Charles Krauthammer
The Washington Post
March 3 2016

What happened to the evangelicals? They were supposed to be the bedrock of the Ted Cruz candidacy. Yet on Super Tuesday he lost them to Donald Trump.

Cruz still did make a reasonably good showing, winning Alaska, Oklahoma and Texas, the latter by an impressive 17 points. But he didn’t have the great night he needed to put away Marco Rubio and emerge as Trump’s one remaining challenger.

Cruz had done all the groundwork to win evangelicals and sweep the South by putting together strong alliances with local pastors and leaders. And yet, outside Oklahoma and Texas, he lost them to Trump by stunning margins — by 21 points in Alabama, 13 in Georgia, 14 in Tennessee, 16 in Virginia and 36 in, of all places, Massachusetts.

How could this have happened? A more scripturally, spiritually flawed man than Trump would be hard to find. As several anti-Trump evangelical voices have argued, Christian witness cannot possibly support a thrice-married man with such an impressive list of sins, featuring especially spectacular displays of the seven deadlys.

These theological arguments are both eloquent and impassioned but, in this season of fear and anxiety, beside the point. This time around, evangelicals are not looking for someone like them. They’re looking for someone who will protect them.

They’ve tried backing exemplary Scripture-quoting Christians — without result. After Mike Huckabee and Rick Santorum and considerations of Cruz himself, they are increasingly reluctant to support like-minded candidates who are nonetheless incapable of advancing their cause in a hostile political arena so dominated by secularism.

They have no illusions about Trump. They have no expectations of religious uplift. What he offers them is not spirit but “muscle” (to borrow a word from the notorious former professor Melissa Click of the University of Missouri).

The transaction was illuminated by Trump’s January speech at Liberty University. His earlier halfhearted attempts to pose as a fellow evangelical were amusing and entirely unconvincing. At Liberty, he made another such I’m-one-of-you gesture by citing a biblical verse in “Two Corinthians,” thereby betraying a risible lack of familiarity with biblical language and usage.

Yet elsewhere in the speech, he described how Christians abroad are being massacred and Christians here at home are under cultural and political siege. He pledged: “We’re going to protect Christianity.”

Interesting locution. Not just Christians, but Christianity itself. What Trump promises is to stand outside the churchyard gates and protect the faithful inside. He’s the Roman centurion standing between them and both barbarians abroad and aggressive secularists at home.

The message is clear: I may not be one of you. I can’t recite or even correctly cite Scripture. But I will patrol the borders of Christendom on your behalf. After all, who do you want out there — a choir boy or a tough guy with a loaded gun and a kick-ass demeanor?

Evangelicals answered resoundingly. They went for Trump in a rout.

The essence of Trump’s appeal everywhere, far beyond evangelicals, is precisely the same: “I’m tough, I will protect you.” That’s why he remains so bulletproof. His lack of policy, the contradictory nature of his pronouncements that pass as policy — especially their capricious eruption and summary abandonment — have turned out to be an irrelevance.

Who cares? His support has nothing to do with actual prescriptions. Tuesday night, the immigration issue ranked low among Republican voters’ concerns. Only about 10 percent deemed it their No. 1 issue. The political success of Trump’s draconian immigration stance lies not in the policy but in the attitude — a not-going-to-take-it-anymore defiance.

That’s the reason none of the rhetorical outrages that would have destroyed another candidacy have even left a mark on Trump. He mocks John McCain’s heroism, insults Carly Fiorina’s looks, fawns over Vladimir Putin — nothing. If anything, he gains support for fearless “telling it like it is” candor.

This is a man who three times last Sunday refused to disavow David Duke and the Ku Klux Klan. No other candidate could survive that. Trump not only survives, he thrives. Two days later, he wins seven out of 11 Super Tuesday states and ascends to the threshold of presumptive nominee.

Which is why the only possible way to stop Trump is a full-scale, open-the-bomb-bay-doors attack on the very core of his appeal: his persona of the tough guy you can trust to protect you.

It may be too late. But everything else will simply bounce off the Teflon.

Voir de même:

Whither the GOP?
Charles Krauthammer
The Washington Post
January 28, 2016

Big-government populism, small-government austerity, or conservative reform? It’s hard to believe that the United States, having resisted the siren song of socialism during its entire 20th-century heyday (the only major democracy to do so), should suddenly succumb to socialism’s charms a generation after its intellectual demise. Indeed, the prospect of socialist Bernie Sanders, whatever his current momentum, winning the Democratic nomination remains far-fetched. The Dems would be risking a November electoral disaster of historic dimensions. Yet there is no denying how far Sanders has pulled his party to the left — and how hard the establishment candidate, Hillary Clinton, has been racing to catch up. The Republicans, on the other hand, are dealing with a full-scale riot. The temptation they face is trading in a century of conservatism for Trumpism. The 2016 presidential race has turned into an epic contest between the ethno-nationalist populism of Donald Trump and traditional conservatism, though in two varieties: the scorched-earth fundamentalist version of Ted Cruz, and a reformist version, represented by Marco Rubio (and several so-called establishment candidates) and articulated most fully by non-candidate Paul Ryan and a cluster of highly productive thinkers and policy wonks dubbed “reformicons.”
Trump insists that he’s a conservative, but in his pronouncements and policies, conservatism seems more of a rental — a three-story penthouse rental with Central Park view, to be sure — than an ideological home. Trump protests that Ronald Reagan, too, migrated from left to right. True, but Reagan’s transformation occurred in his 40s — not, as with Trump, in his 60s. In radically different ways, Trump and Sanders are addressing the deep anxiety stemming from the secular stagnation in wages and living standards that has squeezed the middle and working classes for a generation. Sanders locates the villainy in a billionaire class that has rigged both the economic and the political systems. Trump blames foreigners, most prominently those cunning Mexicans, Chinese, Japanese, and Saudis who’ve been taking merciless advantage of us, in concert with America’s own leaders, who are, alternatively, stupid and incompetent or bought and corrupt.
Hence Trump’s most famous policy recommendations: anti-immigrant, including the forced deportation of 11 million people; anti-trade, with a 45 percent tariff on Chinese goods and a 35 percent tariff on U.S. manufacturing moved to Mexico; and anti-Muslim, most notoriously a complete ban on entry into the U.S. Temporary only, we are assured, except that the ban applies “until our country’s representatives can figure out what is going on” — a standard so indeterminate as to be meaningless.
Trump has limited concern for the central tenet of American conservatism (and most especially of the tea-party movement) — limited government. The most telling example is his whole-hearted support for “eminent domain,” i.e. the forcible appropriation by government of private property. Trump called it “wonderful.” Trump has limited concern for the central tenet of American conservatism — limited government. Trump has not yet called Vladimir Putin wonderful, but he has taken a shine to the swaggering mini-czar who seems to run his trains on time. When informed that Putin kills opponents and journalists, Trump’s initial reaction was, “Well, I think that our country does plenty of killing, also,” the kind of moronic what-about-the-Crusades moral equivalence that conservatives have railed against for decades. Although, to be fair, after some prompting, Trump did come out against the killing of journalists. Cruz is often lumped with Trump in the “anti-establishment” camp. That suited Cruz tactically for a while, but it’s fairly meaningless, given that “establishment” can mean anything these days — and given the huge gulf between the political philosophies of the two men. Cruz is a genuine conservative — austere, indeed radical, so much so that he considers mainstream congressional conservatives apostates. And he finds Trump not conservative at all, as he is now furiously, belatedly insisting.
My personal preference is for the third ideological alternative, the reform conservatism that locates the source of our problems not in heartless billionaires or crafty foreigners, but in our superannuated, increasingly sclerotic 20th-century welfare-state structures. Their desperate need for reform has been overshadowed by the new populism, but Speaker Ryan is determined to introduce a serious reform agenda in this year’s Congress — boring stuff like welfare reform, health-care reform, tax reform, and institutional congressional reforms such as the return to “regular order.” Paired with a president like Rubio (or Chris Christie or Carly Fiorina, to go longshot), such an agenda would give conservatism its best opportunity since Reagan to become the country’s governing philosophy. Unless the GOP takes the populist leap. In which case, a conservative restoration will be a long time coming.

— Charles Krauthammer is a nationally syndicated columnist. © 2016 The Washington Post Writers Group.

Voir aussi:

The three-cornered fight for the soul of the GOP
Charles Krauthammer
The Washington Post
February 11, 2016

The New Hampshire results have solidified the reigning cliché that the 2016 campaign is an anti-establishment revolt of both the Left and the Right. Largely overlooked, however, is the role played in setting the national mood by the seven-year legacy of the Obama presidency. Yes, you hear constant denunciations of institutions, parties, leaders, donors, lobbyists, influence peddlers. But the starting point of the bipartisan critique is the social, economic, and geopolitical wreckage all around us. Bernie Sanders is careful never to blame Obama directly, but his description of the America Obama leaves behind is devastating — a wasteland of stagnant wages, rising inequality, a sinking middle class, young people crushed by debt, the American Dream dying. Take away the Brooklyn accent and the Larry David mannerisms and you would have thought you were listening to a Republican candidate. After all, who’s been in charge for the last seven years? Donald Trump is even more colorful in describing the current “mess” and more direct in attributing it to the country’s leadership — most pungently, its stupidity and incompetence. Both candidates are not just anti-establishment but anti–status quo. The revolt is as much about the Obama legacy as it is about institutions. Look at New Hampshire. Hillary Clinton had made a strategic decision, as highlighted in the debates, to wrap herself in the mantle of the Obama presidency. Big mistake. She lost New Hampshire by three touchdowns.
Beyond railing against the wreckage, the other commonality between the two big New Hampshire winners is in the nature of the cure they offer. Let the others propose carefully budgeted five-point plans. Sanders and Trump offer magic. Take Sanders’s New Hampshire victory speech. It promised the moon: college education, free; universal health care, free; world peace, also free because we won’t be “the policeman of the world” (mythical Sunni armies will presumably be doing that for us). Plus a guaranteed $15 minimum wage. All to be achieved by taxing the rich. Who can be against a “speculation” tax (whatever that means)? Share article on Facebook share Tweet article tweet So with Trump. Leave it to him. Jobs will flow back in a rush from China, from Japan, from Mexico, from everywhere. Universal health care, with Obamacare replaced by “something terrific.” Veterans finally taken care of. Drugs stopped cold at the border. Indeed, an end to drug addiction itself. Victory upon victory of every kind. How? That question never comes up anymore. No one expects an answer. His will be done, on earth if not yet in heaven. Yes, people love Trump’s contempt for the “establishment” — which as far as I can tell means anything not Trump — but what is truly thrilling is the promise of a near-biblical restoration. As painless as Sanders’s.
In truth, Trump and Sanders are soaring not just by defying the establishment, but by defying logic and history. Sanders’s magic potion is socialism; Trump’s is Trump. The young Democrats swooning for Sanders appear unfamiliar with socialism’s century-long career, a dismal tale of ruination from Russia to Cuba to Venezuela. Indeed, are they even aware that China’s greatest reduction in poverty in human history correlates precisely with the degree to which it has given up socialism? Trump’s magic is toughness — toughness in a world of losers. The power and will of the caudillo will make everything right. Apart from the fact that strongman rule contradicts the American constitutional tradition of limited and constrained government, caudillo populism simply doesn’t work. It accounts in a large part for the relative backwardness of Africa and Latin America. In 1900, Argentina had a per capita income fully 70 percent of ours. After a 20th century wallowing in Peronism and its imitators, Argentina is a basket case, its per capita income now 23 percent of ours.
There certainly is a crisis of confidence in the country’s institutions. But that’s hardly new. The current run of endemic distrust began with Vietnam and Watergate. Yet not in our lifetimes have the left and right populism of the Sanders and Trump variety enjoyed such massive support. The added factor is the Obama effect, the depressed and anxious mood of a nation experiencing its worst economic recovery since World War II and watching its power and influence abroad decline amid a willed global retreat. The result is a politics of high fantasy. Things can’t get any worse, we hear, so why not shake things up to their foundation? Anyone who thinks things can’t get any worse knows nothing. And risks everything.

Voir également:

Mugged by reality
Once the warrior queen of neoconservatism, Jeane Kirkpatrick died a critic of Bush’s unilateralism. Her death illuminates the conflicting legacies of the movement she helped found.
Sidney Blumenthal

Salon

Dec 14, 2006

The death last week of Jeane Kirkpatrick — ambassador to the United Nations during Ronald Reagan’s first term and the highest-ranking neoconservative in his administration — coincided with President Bush’s rejection of the Baker-Hamilton Commission report on Iraq and his subsequent consultations with neoconservatives to entrench his belief in “victory.” But rather than providing a sobering but inspirational backdrop for Bush’s heroic stand against the foreign-policy establishment, Kirkpatrick’s passing illuminates the conflicting legacies of the ideological movement of which she was once an icon and the confusion that surrounds a president who demands certitudes.

In its obituary, the New York Times buried a surprising scoop about her last act of diplomacy, when she was sent by President Bush on a secret mission to Geneva in March 2003 to justify the invasion of Iraq to Arab foreign ministers. “The marching orders we received were to argue that preemptive war is legitimate,” Alan Gerson, her former general counsel, recalled. “She said: ‘No one will buy it. If that’s the position, count me out.’” Instead, she argued that Saddam Hussein was in violation of United Nations resolutions. Her hitherto unknown rejection of Bush’s unilateralism and extolling of international order apparently was her final commentary on neoconservatism.

“A neoconservative is a liberal who has been mugged by reality,” neoconservative godfather Irving Kristol remarked in a famously cynical line. At the time of her death, Kirkpatrick was a neoconservative mugged by reality and a shadow of her former ferocious self. Once the warrior queen of neoconservatism, she ended as an unexplained skeptic, less the Valkyrie than the world-weary doubter, akin to the disillusioned Francis Fukuyama but without the tears of an apologetic manifesto. She checked out silently, leaving no equivalent of a political testament.

Norman Podhoretz, who had been her editor at Commentary, disclosed near the end of an obituary he published in the Weekly Standard that she had grown disenchanted. “She had serious reservations about the prudence of the Bush Doctrine, which she evidently saw neither as an analogue of the Truman Doctrine nor as a revival of the Reaganite spirit in foreign policy,” he wrote. “Even so, she was clearly reluctant to join in the clamor against it, which for all practical purposes meant relegating herself to the sidelines.” But Podhoretz declined to reveal more details of her disapproval. Abruptly, he assumed the pose of a commissar, praising her “brilliant service on the ideological front” and awarded her “laurels” for what she “earned in World War III,” though “what I persist in calling World War IV” failed to “tempt her back into battle.” Comrade Podhoretz’s oblique admission of her absence “on the ideological front” and the posthumous anecdote in the Times obituary are the runes of her alienation.

Jeane Kirkpatrick first came to public attention when her article “Dictatorships and Double Standards” was published in Commentary in November 1979. The Georgetown University professor’s slashing attack on the Carter administration, appearing just as the Soviet Union invaded Afghanistan and the Iranian hostage crisis began, became one of the principal theoretical documents of neoconservatism and platforms for the Reagan campaign. In this seminal piece, which immediately vaulted her to prominence, Kirkpatrick argued that Carter’s adherence to human rights undermined traditional authoritarian regimes allied with the United States in the Cold War. “Authoritarian” states, she posited, could slowly change into democratic ones, unlike “totalitarian” ones. “The history of this century provides no grounds for expecting that radical totalitarian regimes will transform themselves,” she wrote.

History has not been kind to most of her ideas. The opening sentence of her essay betrays it as a howling anachronism. “The failure of the Carter administration’s foreign policy is now clear to everyone,” Kirkpatrick began. But where was she going? Her devastating punch line was that Carter’s “crowning achievement has been to lay the groundwork for a transfer of the Panama Canal from the United States to a swaggering Latin dictator of Castroite bent.” It may be hard to remember that Carter’s Panama Canal Treaty was then a red-hot right-wing cause, especially seized upon by Reagan as a surrender of America’s Manifest Destiny, and that the supposed “Latin dictator” is long gone.

Kirkpatrick’s central idea that communism was implacably resistant to change was, of course, belied by the collapse of the Soviet Union. And Carter’s advancement of human rights is generally acknowledged as a contributing factor in its downfall. Kirkpatrick’s awestruck description of gathering Soviet strength, universally shared on the right, was a fundamental misreading of the symptoms of a rapidly decaying system entering its terminal crisis. But in its time her view about the perpetual survival of communism was accepted as an eternal verity.

It may also be little recalled that alongside her mocking of human rights and “moralism” as “continuous self-abasement,” Kirkpatrick ridiculed Carter for not invading Iran, even before the hostage taking. “Where once upon a time an American President might have sent Marines to assure the protection of American strategic interests, there is no room for force in this world of progress and self-determination,” she wrote.

Kirkpatrick’s record in office was as callous as her rhetoric was caustic. The barbarity of Reagan’s policies in Latin America is largely forgotten, while the sordid assault on constitutional government in the Iran-contra scandal that flowed from it is rarely discussed. Kirkpatrick was obsessively fixed on Central America as a decisive cockpit of the Cold War and helped direct the administration’s focus there. In the name of ideological struggle, she rallied support for authoritarian juntas throughout the Western Hemisphere.

On Dec. 2, 1980, a month after Reagan’s election, four Roman Catholic Maryknoll nuns, dedicated to assisting peasants in El Salvador, then ruled by a junta that had provoked a guerrilla insurgency, were murdered; independent investigations and a trial later proved that Salvadoran National Guardsmen killed them on orders from above. Two weeks after these targeted assassinations, Kirkpatrick, just named to the U.N. post, leapt to the defense of the junta. “I don’t think the government of El Salvador was responsible,” she declared. “The nuns were not just nuns; the nuns were political activists.”

Kirkpatrick was an ardent protector of the El Salvador junta, among other juntas from Guatemala (where the regime waged a genocidal war against Indian peasants) to Honduras, and from Chile to Argentina. (After the National Guard massacred more than 900 men, women and children in the Salvadoran village of El Mozote on Dec. 11, 1981, the Reagan administration sent Kirkpatrick’s closest neoconservative ally within the administration, Elliott Abrams, then assistant secretary of state for human rights, before a Senate committee to testify that the reports of slaughter at El Mozote, later proved conclusively, “were not credible.” (After pleading guilty to lying to Congress in the Iran-contra scandal, Abrams was pardoned; he is currently deputy national security advisor in charge of Middle East affairs.)

In August 1981, Kirkpatrick flew to Chile to meet with Gen. Augusto Pinochet, who had overthrown the democracy there eight years earlier. “Most pleasant,” said Kirkpatrick about their conversation. She announced that the Reagan administration’s intention was to “normalize completely its relations with Chile,” including reinstating arms sales. Two days after her visit, Pinochet used Kirkpatrick’s bestowal of legitimacy to expel the chairman of the Chilean Human Rights Commission and other prominent opposition leaders. One month later, Amnesty International issued a report noting that “torture still appears to be a systematic part of official policy.”

Kirkpatrick considered herself a special friend of the Argentine junta. On April 2, 1982, she attended a dinner at the Argentine Embassy in Washington. While she was there, the regime launched an invasion of the British-governed Falkland Islands off the Argentine coast. The Argentines took Kirkpatrick’s presence as evidence of tacit official approval. The Falklands war that followed between an authoritarian regime and a democracy, between countries led by a military strongman and a conservative prime minister, Margaret Thatcher, to whom Kirkpatrick was occasionally compared, had not been foreshadowed in Kirkpatrick’s theories. Nor did she imagine the overthrow of the Argentine junta when it lost the war.

Voir enfin:

Superpowers Don’t Get to Retire

What our tired country still owes the world

I.

Almost 70 years ago, a new world order was born from the rubble of World War II, built by and around the power of the United States. Today that world order shows signs of cracking, and perhaps even collapsing. The Russia-Ukraine and Syria crises, and the world’s tepid response, the general upheaval in the greater Middle East and North Africa, the growing nationalist and great-power tensions in East Asia, the worldwide advance of autocracy and retreat of democracy—taken individually, these problems are neither unprecedented nor unmanageable. But collectively they are a sign that something is changing, and perhaps more quickly than we may imagine. They may signal a transition into a different world order or into a world disorder of a kind not seen since the 1930s.

If a breakdown in the world order that America made is occurring, it is not because America’s power is declining—America’s wealth, power, and potential influence remain adequate to meet the present challenges. It is not because the world has become more complex and intractable—the world has always been complex and intractable. And it is not simply war-weariness. Strangely enough, it is an intellectual problem, a question of identity and purpose.

Many Americans and their political leaders in both parties, including President Obama, have either forgotten or rejected the assumptions that undergirded American foreign policy for the past seven decades. In particular, American foreign policy may be moving away from the sense of global responsibility that equated American interests with the interests of many others around the world and back toward the defense of narrower, more parochial national interests. This is sometimes called “isolationism,” but that is not the right word. It may be more correctly described as a search for normalcy. At the core of American unease is a desire to shed the unusual burdens of responsibility that previous generations of Americans took on in World War II and throughout the cold war and to return to being a more normal kind of nation, more attuned to its own needs and less to those of the wider world.

If this is indeed what a majority of Americans seek today, then the current period of retrenchment will not be a temporary pause before an inevitable return to global activism. It will mark a new phase in the evolution of America’s foreign policy. And because America’s role in shaping the world order has been so unusually powerful and pervasive, it will also begin a new phase in the international system, one that promises not to be marginally different but radically different from what we have known these past 70 years. Unless Americans can be led back to an understanding of their enlightened self-interest, to see again how their fate is entangled with that of the world, then the prospects for a peaceful twenty-first century in which Americans and American principles can thrive will be bleak.


To understand where America, and the world, may be heading, it is useful to remind ourselves where we have been—of the choices that Americans made decades ago and of the profound, world-changing consequences of those choices.

For Americans, the choice was never been between isolationism and internationalism. With their acquisitive drive for wealth and happiness, their love of commerce, their economic and (in earlier times) territorial expansiveness, and their universalistic ideology, they never had it in them to wall themselves off from the rest of the world. Tokugawa Japan and Ming China were isolationist. Americans have always been more like republican Rome or ancient Athens, a people and a nation on the move.

When, roughly 70 years ago, American foreign policy underwent a revolutionary transformation, it was not a transformation from isolationism to internationalism. What Americans had rejected before World War II was a steady global involvement, with commitments to other nations and responsibilities for the general well-being of the world. That was what the so-called “internationalists” of the time wanted for the United States. Theodore Roosevelt, John Hay, Henry Cabot Lodge, Elihu Root, Henry Stimson, Woodrow Wilson, and many others believed that Americans ought to take on a much bigger role in world affairs, as befitted their growing power. The United States had become “more and more the balance of power of the whole globe,” Roosevelt observed, and it ought to behave accordingly. And indeed, following the Spanish-American War and for the first two decades of the twentieth century, the United States did pursue a wider and deeper global involvement than it had ever done before, culminating in the dispatch of two million troops to France. When World War I ended, Wilson, like Roosevelt before him, ambitiously set out to make the United States a central player in world affairs. Beseeched by all the European powers after the war—for American financing aid to steady their economies and for American security guarantees against each other—Wilson wanted the United States to commit itself to an enduring global role. The world, he warned Americans, would be “absolutely in despair if America deserts it.” Wilson’s League of Nations (actually it had been Roosevelt’s idea first), although couched in the idealistic language of universal principles and collective security, was meant above all to serve as the vehicle for American power and influence in support of a new liberal world order.

But Americans rejected this role. Disillusioned by the compromises and imperfections of the Versailles Treaty, mourning the loss of more than 100,000 dead soldiers, skeptical about American participation in the league, and spurred on by Republicans eager to defeat Wilson and recapture the White House, a majority of Americans came to oppose not only the league but also the internationalists’ broad vision of America’s global role. This was no absentminded lapse back into nonexistent isolationist traditions. It was a deliberate decision to turn away from the increasingly active global involvement of the previous two decades, to adopt a foreign policy of far greater restraint, and above all to avoid future military interventions beyond the Western Hemisphere. Wilson’s Republican successors promised, and the American public welcomed, what Warren Harding called a “return to normalcy.”

Normalcy in the 1920s did not mean isolation. Americans continued to trade, to invest, and to travel overseas; their navy was equaled in size only by Britain’s, and had fleets in the Atlantic and the Pacific; and their diplomats pursued treaties to control the arms race and to “outlaw” war. Normalcy simply meant defining America’s national interests the way most other nations defined theirs. It meant defending the homeland, avoiding overseas commitments, preserving the country’s independence and freedom of action, and creating prosperity at home. The problems of Europe and Asia were not America’s problems, and they could be solved, or not solved, without American help. This applied to global economic issues as well. Harding wanted to “prosper America first,” and he did. The 1920s were boom years for the American economy, while Europe’s postwar economies stagnated.

To the vast majority of Americans, normalcy seemed a reasonable response to the world of the 1920s, after the enormous exertions of the Wilson years. There were no obvious threats on the horizon. Postwar Weimar Germany was a faltering republic more likely to collapse than to take another stab at continental dominance. Bolshevik Russia was wracked by civil war and economic crisis. Japan, though growing in power and ambition, was a fragile democracy with a seat on the League of Nations permanent council. To most Americans in the 1920s, the greatest risk to America came not from foreign powers but from those misguided “internationalists” and the greedy bankers and war profiteers who would involve the nation in foreign conflicts that were none of America’s business.

This consensus was broad, deep, and bipartisan, and Americans stayed on the course of normalcy for two full decades. They did so even as the world order—no longer upheld by the old combination of British naval might and a relatively stable balance of power in Europe and Asia—began to fray and then collapse. The Japanese invasion of Manchuria in 1931; Hitler’s rise to power in 1933; Mussolini’s invasion of Ethiopia in 1935; Germany’s remilitarization of the Rhineland, and the German and Italian intervention in the Spanish Civil War, in 1936; Japan’s invasion of central China in 1937; Hitler’s absorption of Austria, followed by his annexation and eventual conquest of Czechoslovakia in 1938 and 1939—all these events troubled and at times appalled Americans. They were not ignorant of what was going on. Even back then information traveled widely and rapidly, and the newspapers and newsreels were filled with stories about each unfolding crisis. Reports of Mussolini’s dive-bombers dropping their ordnance on spear-carrying Ethiopians; Germany’s aerial bombing of the civilian population of Guernica; Japan’s rampage of rape, pillage, and murder in Nanking—they were horrific and regrettable. But they were not reasons for the United States to get involved. On the contrary, they were reasons for not getting involved. The worse things looked around the world, the more hopeless it all seemed, the less Americans wanted to have anything to do with it. The United States, it was widely believed, had no vital interests at stake in Manchuria, Ethiopia, Spain, or Czechoslovakia.

In fact, it was not clear that the United States had vital interests anywhere outside the Western Hemisphere. Even after the German invasion of Poland in 1939, and the outbreak of a general European war that followed, respected American strategic thinkers, priding themselves on “realistic thinking,” the “banishment of altruism and sentiment” from their analysis, and “single-minded attention to the national interests,” advised that, with two oceans and a strong navy standing between America and every great power in the world, the United States was invulnerable.A Japanese attack on, say, Hawaii, they ruled out as literally impossible. Republican Senator Robert A. Taft felt confident in saying that no power “would be stupid enough” to attack the United States “from across thousands of miles of ocean.” Nor would the United States suffer appreciably if Nazi Germany did manage to conquer all of Europe, including Great Britain, which by 1940 the realists regarded as a foregone conclusion. Taft saw no reason why the United States could not trade and conduct normal diplomacy with a Europe dominated by Nazi Germany just as it had with Great Britain and France. As the historian Howard K. Beale put it, nations “do not trade with one another because they like each other’s governments but because both sides find the exchange of goods desirable.”

Holders of such views were tagged with the disparaging label of “isolationist,” but as Hans Morgenthau later pointed out, they believed at the time that they were upholding the “realist tradition of American foreign policy.” The United States should not range “over the world like a knight-errant,” Taft admonished, “[protecting] democracy and ideals of good faith and [tilting] like Don Quixote against the windmills of fascism.” Taft insisted on seeing the world as it was, not as idealists wished it to be. The European war was the product of “national and racial animosities” that had existed “for centuries” and would continue to exist “for centuries to come,” he argued. To make a difference in the war, the United States would have to send millions of troops across the ocean, make an impossible amphibious landing on shores heavily defended by German forces, and then march across Europe against the world’s strongest army. The very thought was inconceivable. Much as they might wish to help Europe, therefore, Americans had “no power, even if we have the will, to be its savior.”

This view was so dominant and so politically popular that Franklin Roosevelt spent his first years in office muzzling his internationalist instincts and vowing to keep America out of another war—“I hate war!” he roared in a famous address in 1936. After Munich, however, he grew panicked, sensing that the Western powers, Britain and France, had lost the will to stand up to Hitler. And so he began trying to warn Americans of what he regarded as the coming threat. Yet it was difficult to counter the realists’ hardheaded analysis. Roosevelt could not prove that American security was directly endangered by what was happening in Europe. He was left making a case that really did appeal more to sentiment and idealism than to demonstrable threats to the American homeland.

Even if the United States faced no immediate danger of military attack, Roosevelt argued, if Hitler, Mussolini, and Imperial Japan were allowed to have their way, the world would be a “shabby and dangerous place to live in—yes, even for Americans to live in.” America would become a “lone island” in a world dominated by the “philosophy of force.” The “institutions of democracy” would be placed at risk even if America’s security was not, because America would have to become an armed camp to defend itself. Roosevelt urged Americans to look beyond their immediate physical security. “There comes a time in the affairs of men,” he said, “when they must prepare to defend, not their homes alone, but the tenets of faith and humanity on which their churches, their governments, and their very civilization are founded. The defense of religion, of democracy, and of good faith among nations is all the same fight. To save one we must now make up our minds to save all.”

Such arguments, along with the fall of France and the Battle of Britain, did help convince Americans that they had a stake in the outcome of the European struggle, but it did not convince them to go to war. That decision followed only after Pearl Harbor. The Japanese attack, Hitler’s subsequent declaration of war, and America’s full-scale entry into the conflicts in both Europe and Asia were a traumatic shock to Americans, especially for those in positions of power. That which had been deemed impossible had proved possible, and long-held assumptions about American security in a troubled world collapsed in a single day.


The events of 1941 forced a fundamental reassessment not only of America’s global strategy but also of how to define America’s interests. Even as they waged the struggle against Germany and Japan, Roosevelt and his advisers during the war began thinking of how the postwar world ought to be shaped, and they took as their guide what they considered the lessons of the previous two decades.

The first had to do with security. The Japanese attack had proved that vast oceans and even a strong navy no longer provided adequate defense against attack. More broadly, there was the realization—or rather the rediscovery—of an old understanding: that the rise of a hostile hegemonic power on the Eurasian landmass could eventually threaten America’s core security interests as well as its economic well-being. As a corollary, there was the “lesson of Munich”: would-be aggressors in Eurasia had to be deterred before they became too strong to be stopped short of all-out war.

Another lesson was that the United States had an interest in political developments in Eurasia. Walter Lippmann argued that, for Americans to enjoy both “physical security” and the preservation of their “free way of life,” they had to ensure that “the other shore of the Atlantic” remained always in the hands of “friendly,” “trustworthy” democracies. For two decades, people had sneered at “Woodrow Wilson’s demand that the world must be made safe for democracy,” Lippmann commented, but Wilson had been right. Under the control of “free governments the shores and waters of the Atlantic” had become the “geographical center of human liberty.” The Atlantic Charter and Roosevelt’s Four Freedoms reflected this revived conviction that the well-being of democracy in the world was not only desirable but important to America’s security.

Then there was the global economy. In the late 1920s and throughout the 1930s, the United States had sought mostly domestic remedies for the Great Depression, raising its own tariffs, choking off lending abroad, refusing to join other nations in a common monetary policy, and generally protecting the American economy while ignoring the world economy. By 1941, however, Roosevelt and his advisers had concluded that both America’s prosperity and its security depended on a healthy world economy. Poverty and economic dislocation had played a major role in the rise of both Hitler and Bolshevism. The United States bore much of the blame, for although it had been the world’s leading economic power in the 1920s and 1930s, it had failed to play a constructive and responsible role in stabilizing the global economy.

Finally, there was the issue of American public support for global involvement. In the 1920s and 1930s, Americans had been allowed and even encouraged by their political leaders to believe that the United States was immune to the world’s troubles. They could not be allowed to fall back into such complacency. They could no longer regard events thousands of miles away as of no concern to them. To Roosevelt, assuring public support for a larger and more consistent American role in the world was going to be among the greatest challenges after the war. Americans had to understand, as Reinhold Niebuhr wrote in April 1943, that “the world problem cannot be solved if America does not accept its full share of responsibility in solving it.”


That share was to be sizeable. convinced that World War II had been the result not of any single incident but rather of the overall breakdown of world order, politically, economically, and strategically, American leaders set out to erect and sustain a new order that could endure. This time it was to be a world order built around American economic, political, and military power. Europeans had proved incapable of keeping the peace. Asia was entirely unstable on its own. Any new order would depend on the United States. It would become the center of a new economic system that would encourage open trade and provide financial assistance and loans to nations struggling to stay afloat. It would take a substantial and active part in the occupation and transformation of the defeated powers, ensuring that some form of democracy took root in place of the dictatorships that had led those nations to war. America would also have to possess preponderant military strength and when necessary deploy sufficient power to preserve stability and security in Europe, Asia, and the Middle East.

Military force played a central part in the calculations of Roosevelt and his advisers as they set out to establish and defend the new liberal world order. “Peace must be kept by force,” Roosevelt insisted. There was “no other way.” He anticipated that an American occupation force of one million troops would be necessary to keep the peace in Europe, for at least a year and perhaps longer. During the war, the Joint Chiefs envisioned establishing military bases around the world in “areas well removed from the United States” so that any fighting would take place “nearer the enemy” rather than near American territory.

Roosevelt naturally hoped to avoid the repeated and extended deployment of American ground forces overseas, since he feared the public would not tolerate it. But he did expect that the United States would have to send at least planes and ships whenever called upon by the U.N. Security Council. As Cordell Hull insisted at the Dumbarton Oaks conference in 1944, American military forces had to be “available promptly, in adequate measure, and with certainty.” In fact, Roosevelt anticipated that requests from the Security Council would be so frequent that he did not want the president to have to go to Congress each time for approval of the use of force. The Security Council had to have “the power to act quickly and decisively to keep the peace by force, if necessary,” Roosevelt explained, and so the American representative had to be given advance authority to act.

Roosevelt supported the United Nations but was not a great believer in collective security. American power, he believed, would be the key. He saw the United Nations much as Wilson had seen the League of Nations, as a vehicle for U.S. global involvement. Indeed, as the historian Robert Dallek has noted, for Roosevelt the United Nations was partly meant to “obscure” the central role American power was to play in the new world order— obscure it, that is, from Americans.


II.

This new American grand strategy for the postwar world could not have been a more radical departure from “normalcy.” Its goals were not simply defense of the territory, prosperity, and sovereign independence of the American people, but also the promotion of a liberal world order that would defend not only America’s interests but those of many other nations as well. The rise of a Eurasian hegemon would threaten other nations long before it would threaten the United States, for instance, yet Americans now accepted primary responsibility for preventing it. The new strategy was not selfless or altruistic. American officials believed that it was in the best interest of the United States. But neither did it fit the normal definition of the “national interest.” As Dean Acheson explained, Americans had to learn to “operate in a pattern of responsibility which is greater than our own interests.” This was the real revolution in American foreign policy.

The new strategy was not directed at any particular nation or any specific threat—at least not at first. The Soviet Union had not yet emerged as the next great challenge to the new global order. During World War II, Roosevelt and most other top officials expected mutual cooperation with the Soviets after the war, and even as late as 1945, Acheson still believed in the possibility of partnership with Moscow. Rather than responding to a specific threat, the new grand strategy aimed at preventing a general collapse of global order, which meant supporting an open international economic system, enforcing principles of international behavior, supporting, where possible, democratic governments, encouraging a minimum of respect for human rights, as defined in the U.N. Charter, and generally promoting the kind of world that suited Americans and those who shared their beliefs.

This new and wide-ranging set of goals and responsibilities completely reoriented the posture of American foreign policy. Instead of essentially leaning back, waiting for threats to emerge, responding, and then pulling back again, the new strategy required a constant and pervasive forward involvement in the affairs of the world. The new economic strategy aimed to prevent economic crises before they resulted in revolution or despotism. The new military strategy aimed to discourage would-be aggressors before they became aggressors, or as Roosevelt put it, to “end future wars by stepping on their necks before they grow up.”

The new forward-leaning posture became especially pronounced as the postwar era transitioned into the cold war. The Marshall Plan aimed to shore up Western European economies and democracies before they collapsed and succumbed to communism. The Truman Doctrine aimed to bolster Greece and Turkey before they fell to communist subversion. When the communist revolution triumphed in China in 1949, American critics blamed the Truman administration for not doing enough to prevent it—a charge, fair or not, that no one would have thought to make before World War II. The unanticipated North Korean invasion of the South produced panic in Washington and, in the minds of Truman and his advisers, powerfully reinforced the “lesson of Munich.” Henceforth the United States would have to be vigilant and ready to act, with force, anywhere in the world.

All of this was precisely what the anti-interventionist critics had warned about in the 1930s. Taft, a thoughtful and intelligent man, had indeed predicted that, once sent off to the war, American forces would never come home again. Victory would prove as much a curse as a blessing. American troops, Taft had warned, “would have to police Europe or maintain the balance of power there by force of arms” indefinitely. Beale had cautioned that, if freedom and democracy were the goals, as Roosevelt claimed, then the United States was going to have to “maintain democracy by armed force on the Continent of Europe” and keep a “navy large enough to establish ‘freedom of the seas’ … on all the oceans of the world.” It was a prescription at once for bankruptcy and militarism at home and “unadulterated imperialism” abroad.

Roosevelt and other American statesmen originally hoped that the United States would not have to do everything by itself. Roosevelt planned to share global management among the “Four Policemen”—the United States, Great Britain, the Soviet Union, and China. And Truman in 1945 was bound and determined to slash the defense budget and bring as many troops home as possible. Yet within two years after the war ended, the new world order was already teetering on the edge of collapse along with hopes for global partnership with the other great powers. Britain quickly signaled its inability to play its historic role, even in the Mediterranean. China descended into civil war and revolution. And the Soviet Union emerged not as a supporter of the new order but, to American eyes, as its greatest opponent. The result was the disheartening realization that the United States was going to carry the lion’s share of the burden, just as Taft had warned. As Acheson later put it, the United States was going to have to be “the locomotive at the head of mankind,” while the rest of the world was going to be “the caboose.”

Roosevelt had always worried that the American people would never accept such an expansive and seemingly open-ended global role. Three months before he died, in his last State of the Union address, in January 1945, he attempted to rally them for the task ahead. “In our disillusionment after the last war,” he reminded the American public, “we gave up the hope of gradually achieving a better peace because we had not the courage to fulfill our responsibilities in an admittedly imperfect world. We must not let that happen again, or we shall follow the same tragic road again—the road to a third world war.”


That was the last time, before 1989, that an American statesman would think of American global responsibilities without reference to the Soviet Union or to international communism. The onset of the cold war, the panicked American response to Soviet policies in Eastern Europe and in the Middle East, and the recurrent American paranoia about the danger of communist subversion at home answered FDR’s fears about public support. To many Americans, Soviet communism seemed an even more direct threat to their way of life than Hitler and the Nazis. Fighting it, therefore, proved an easier strategy to comprehend and support than shouldering “responsibilities in an admittedly imperfect world.” Although there was intense and often divisive debate over foreign policy during the cold war, and much dissent voiced by critics of anti-communist containment, especially during and just after the Vietnam war, a majority of Americans proved consistently willing to go to great lengths in the name of containing communism. In the late 1940s and 1950s, they provided billions of dollars for European reconstruction and made military alliances with former adversaries such as Japan and Germ