Brexit: Attention, une folie peut en cacher une autre ! (Spot the error: When the international standard for breaking up a country is less demanding than a vote on the drinking age or than the rules for a couple seeking a divorce)

27 juin, 2016
PopulationExchangeBrexitBrexitToonSi vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité? (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
La vérité ne se décide pas au vote majoritaire. Doug Gwyn
Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours. Churchill
Les principes républicains n’exigent point qu’on se laisse emporter au moindre vent des passions populaires ni qu’on se hâte d’obéir à toutes les impulsions momentanées que la multitude peut recevoir par la main artificieuse des hommes qui flattent ses préjugés pour trahir ses intérêts. Le peuple ne veut, le plus ordinairement, qu’arriver au bien public, cela est vrai ; mais il se trompe souvent en le cherchant […]. Lorsque les vrais intérêts du peuple sont contraires à ses désirs, le devoir de tous ceux qu’il a préposés à la garde de ses intérêts est de combattre l’erreur dont il est momentanément la victime afin de lui donner le temps de se reconnaître et d’envisager les choses de sang-froid. Et il est arrivé plus d’une fois qu’un peuple, sauvé ainsi des fatales conséquences de ses propres erreurs, s’est plu à élever des monuments de reconnaissance aux hommes qui avaient eu le magnanime courage de s’exposer à lui déplaire pour le servir. Alexander Hamilton (1788)
Si les membres s’étaient engagés publiquement dès le début, ils auraient ensuite supposé que la cohérence exigeait d’eux de maintenir leurs opinions, alors que, grâce au secret des discussions, nul ne se sent obligé de conserver ses opinions s’il n’est plus convaincu de leur pertinence et de leur vérité, et chacun peut céder à la force des arguments. James Madison
Si le public était exclu, il serait toujours amené à supposer que la vérité n’a pas été rapportée, ou qu’une partie était supprimée, et que beaucoup de choses se sont passées dont il n’a pas connaissance. Jeremy Bentham (1791)
Pourquoi le besoin de cohérence serait-il un facteur contraignant dans un débat public ? On peut imaginer deux raisons, l’une relative aux sujets de la décision à prendre et l’autre relative aux observateurs du débat. D’une part, lorsqu’une proposition a été lancée de manière publique, elle devient  facilement irréversible si ceux qui vont en profiter sont capables d’en empêcher le retrait. D’autre part, le besoin de cohérence peut être l’effet conjoint de la présence des observateurs et de la vanité de l’orateur. Abandonner une opinion qu’on a d’abord crue vraie implique qu’on s’est trompé, ce qui crée le sentiment déplaisant de dissonance cognitive. Il est donc normal qu’on hésite à abandonner une opinion, même si elle a été adoptée de manière passive plutôt qu’ active. Je conclus sur ce point que Madison eut tort s’il voulait affirmer, ce qui n’est pas évident, que dans le huis clos il n’ y a aucune force qui s’oppose à l’ argumentation. Même si la pression du public et la vanité devant l’audience ne jouent pas, le désir de l’ applaudissement du public interne garde toute sa force. Il convient de soulever une deuxième objection, plus importante celle-ci, à l’éloge que fait Ma dison du huis clos : le huis clos comporte une tendance à déplacer les échanges vers le terrain de la négociation , et à remplacer le souci du b ien commun par le souci du bien privé ou de l’intérêt du groupe. Par exemple, à Philadelphie, il y a eu un marchandage ouvert concernant l’esclavage, qui fut finalement accepté par les États du Nord sous la menace des États esclavagistes de quitter la Convention. De même, la décision d’accorder à chaque État deux sièges au Sénat fut le résultat de la menace des petits États de se retirer. On peut soulever enfin une troisième objection à l’analyse de Madison, laquelle semble sur un point précis manquer de sincérité – fait curieux dans un texte qui se veut l’éloge de cette vertu même. Son analyse ne suffit pas, en effet, à expliquer l’extrême épaisseur du voile qui fut tiré sur les débats et les votes, qui ne furent rendus publics qu’avec un retard de plusieurs décennies. Il existe de bonnes raisons de croire que les constituants américains ont voulu garder le secret sinon permanent, du moins durable, afin de ne pas avoir à craindre que la postérité n’exploite leurs désaccords, peut-être pour jeter un doute sur la légitimité du document. Nous savons que beaucoup de votes à la Convention furent extrêmement serrés. Jon Elster
Les assemblées constituantes restent, malgré tout, des objets privilégiés dans la mesure où elles mettent en scène l’argumentation et la négociation sous leur aspect le plus percutant. D’une part, les questions qui doivent y être tranchées n’ont rien à voir avec la politique à la petite semaine, égoiste et routinière. Mais, parce que ces assemblées doivent établir un cadre juridique pour un avenir indéfini, elles sont soumises à une très forte exigence d’impartialité dans l’argumentation. D’autre part, les constitutions sont souvent rédigées en période de crise, ce qui requiert des mesures extraordinaires, voire spectaculaires. Ainsi, à Philadelphie, de nombreux états menacent de quitter l’Union s’ils n’obtiennent pas gain de cause sur certaines questions bien précises, comme le maintien de l’esclavage ou la représentation proportionnelle de tous les États au Sénat. (La première menace a réussi ; la seconde a échoué.) A Paris, dans un premier temps, les délibérations de l’assemblée se déroulent sous la menace des troupes royales et, ultérieurement, sous les pressions de la foule. (Cette dernière menace fut efficace ; la première pas.) (…) je voudrais maintenant aller plus loin dans cette optique, en proposant quelques hypothèses à propos de l’effet global de l’argumentation et de la négociation à huis-clos et en public. Par « effet global », j’entends un critère qui tient compte de l’efficacité et de l’équité (et qu’on ne me demande surtout pas comment elles s’associent, ni au prix de quel compromis). J’affirme alors que, selon ce critère, et pour un mode de communication donné, les huis-clos sont toujours préférables à la publicité des débats ; et, pour un contexte donné, l’argumentation est toujours préférable à la négociation. En gros, l’argumentation est préférable à la négociation en raison de la force civilisatrice de l’hypocrisie. Et le huis-clos est préférable à la publicité des débats parce qu’il laisse moins de place à l’engagement préalable et à la surenchère. (…) A la Convention, les séances se déroulent à huis-clos et les délibérations sont soumises à la loi du secret, que tout le monde respecte. Dès lors, il est peu probable que des constituants s’enferment prématurément dans une position. Et donc, les occasions d’exploiter ce genre de situation à des fins stratégiques sont rares, elles aussi. Il existe pourtant une astuce. Celle-ci consiste à faire en sorte que la Convention s’imagine, lors de certaines séances, en train de siéger en « comité général » (Committee of the Whole). Cette astuce permet de procéder à des votes préliminaires qui ne lient les représentants à aucune décision prématurée. A l’Assemblée Constituante, les débats sont non seulement publics, mais également constamment interrompus par l’assistance. Initialement, il avait été envisagé que l’Assemblée se réunisse deux jours par semaine, et travaille en sous-commissions le reste du temps. Pourtant, les modérés et les patriotes n’étaient pas du tout du même avis à propos de cette façon de procéder. Pour Mounier, le leader des modérés, les commissions encourageaient « la froide raison et l’expérience », en protégeant leurs membres de tout ce qui pouvait attiser leur vanité et leur crainte de la désapprobation (…). Pour le patriote Bouche (…), les commissions tendent à affaiblir la ferveur révolutionnaire. Il préfère les grandes Assemblées, « où les âmes se fortifient, s’électrisent et où les noms, les rangs et les distinctions n’ont aucune importance. » Suite à sa proposition, il est décidé que l’Assemblée se réunira en séance plénière le matin, et en commissions l’après-midi. Rapidement, il n’y a plus que des séances plénières. L’importance de ce changement, qui marque le début de la fin aux yeux des modérés, est très bien comprise, à l’époque (…). Il est renforcé par l’introduction du vote nominatif. Cette procédure permet aux membres de l’Assemblée et au public d’identifier ceux qui s’opposent aux mesures radicales, et de faire circuler dans tout Paris la liste de leurs noms. La qualité des débats de la Convention Fédérale est souvent très élevée. Les débats y sont remarquables car ils contiennent peu de jargon et se fondent sur l’argumentation rationnelle. A l’Assemblée Constituante, au contraire, ils débordent de rhétorique, de démagogie et de surenchère. En même temps, la Convention est un lieu où l’on négocie âprement, notamment lors des débats opposant les États esclavagistes aux États commerciaux (…). Les représentants des États du Sud ne cherchent pas vraiment à affirmer que l’esclavage est moralement acceptable, si l’on excepte la remarque boiteuse de Charles Pinkney. Pour lui, « si l’esclavage est un mal, il est justifié par l’exemple du monde entier » (…). Au lieu de cela, ils expriment simplement leur opinion à l’aide de deux leviers : d’une part, en menaçant de quitter l’Union ; d’autre part, en attirant l’attention sur le fait qu’une Constitution défavorable aux États esclavagistes risquerait de ne pas être ratifiée. Si les débats s’étaient déroulés en public, ils auraient pu être forcés de mettre des gants. Jon Elster
Une autre question abordée pour éclairer le phénomène du vote est celle des votes sophistiqués (ou stratégiques) et des votes insincères. Il convient de distinguer ces deux catégories puisqu’à la différence d’un vote insincère, un vote sophistiqué n’est pas induit par la publicité de la procédure. Un vote insincère est un vote qui va à l’encontre des préférences sincères de l’ agent qui sait que son vote est observé, et qui est motivé soit par un espoir de gain soit par une crainte de sanctions. Dans le dernier cas, on préfère l’option A à l’option B, mais on vote pour B puisqu’un vote pour A aurait entraîné des sanctions de la part des observateurs du vote, que ceux-ci soient d’ autres votants ou des non votants intéressés. Dans le cas typique du vote sophistiqué, un votant fausse l’expression de ses préférences afin de rendre plus probable la victoire d’un candidat, d’un parti ou d’une proposition qu’il préfère à une alternative qui aurait plus de chances de gagner s’il votait selon ses préférences sincères. Concernant le vote insincère, on peut remarquer que lorsque le vote est public, il s’exerce souvent une pression sociale très forte sur l’individu pour voter dans le sens de la majorité. Quand le vote non seulement est public, mais se fait par appel nominal, cette pression s’en trouve renforcée. À la Constituante par exemple, il arriva souvent qu’une majorité évidente lors du vote par assis et levé se transforma en une minorité lorsqu’on demanda l’appel nominal. (…) Premièrement, les actions d’individus qui sont caractérisées par une fausse sophistication risquent de se retourner contre elles-mêmes. Deuxièmement, des individus vraiment sophistiqués risquent de ne pas être capables de déterminer leur choix optimal. La première conclusion relève de l’irrationalité des individus. Un agent qui base ses choix sur l’hypothèse qu’autrui est moins rationnel que lui-même est, par ce fait même, irrationnel. La deuxième conclusion relève de l’indétermination de la théorie du choix rationnel. Il existe en effet de nombreuses situations, notamment dans un contexte stratégique, dans lesquelles cette théorie est incapable de prescrire et de prédire des actions précises. J ’étudie ensuite une autre modalité du vote, la question du scrutin secret par rapport au vote public. Je cherche à déterminer, pour des contextes divers, les effets de l’une et de l’autre fa çon de voter. La question est intimement liée à celle du débat public par rapport au huis clos. Une première opposition est frappante : la Convention de Philadelphie s’est déroulée totalement à huis clos alors que les sessions plénières de la Convention européenne étaient publiques. Il n’est toutefois pas certain que cette différence ait été décisive.Tout d’abord, les effets du huis clos ne sont pas univoques. D’un côté, comme l’a souligné Madison à Philadelphie, il peut faciliter la « délibération » : « Si les membres s’étaient engagés publiquement dès le début, ils auraient ensuite supposé que la cohérence exigeait d’eux de maintenir leurs opinions alors que, grâce au secret des discussions, nul ne se sent obligé de conserver ses opinions s’il n’est plus convaincu de leur pertinence et de leur vérité, et chacun peut céder à la force des arguments ». D’un autre côté, l’expérience des conférences intergouvernementales tend à montrer que le huis clos peut aussi aller de pair avec la « négociation ». Il est plus facile d’exprimer et de défendre des « intérêts égoïstes » derrière des portes closes qu’au sein d’une assemblée qui se veut délibérative. Selon J. Elster, la publicité des débats incite à préférer le registre de l’argumentation, quand il s’agit d’exprimer ses intérêts. Ce simple « usage stratégique de l’argumentation » contribuerait alors à rapprocher les points de vue en présence. En outre, il existait au sein de la Convention des groupes restreints qui travaillaient à huis clos, au premier rang desquels on trouve le Praesidium, mais aussi certains groupes de travail, certaines réunions de « composantes » ou de groupes politiques. L’argumentation à huis clos, le meilleur arrangement possible selon J. Elster, a pu intervenir dans certains cercles de la Convention. C’est par exemple au sein d’une réunion du groupe PPE que le Suédois Sören Lekberg a reconnu avoir « changé d’avis » au vu des arguments développés par d’autres conventionnels concernant la nouvelle « clause de retrait » de l’Union. Le seul fait que nous ayons pu y assister montre toutefois que le huis clos n’était pas total et laisse penser que c’est l’aspect informel de ces réunions qui a joué le rôle le plus décisif. (…) La comparaison entre le déroulement des Conventions de Bruxelles et Philadelphie aide à cerner la nature de la construction européenne. L’hétérogénéité de la Convention européenne, la diversité de ses acteurs et de leurs identités apparaît plus nettement. En particulier, la Convention a mêlé, aux représentants des gouvernements, des parlementaires nationaux, jusque-là exclus de la phase d’élaboration des textes fondateurs européens, et des représentants de pays candidats, bientôt membres de l’Union. Dans ces conditions, la seule existence d’un texte unique adopté par consensus peut être considérée comme un « miracle » – pour reprendre le terme si souvent employé à propos de la Convention de Philadelphie, d’autant que les avancées qu’il comporte en termes d’extension de la majorité qualifiée, de démocratisation ou de clarification du système européen sont essentielles. Un seul texte remplace tous les traités existants, il en présente de façon beaucoup plus explicite les objectifs, les valeurs ainsi que la répartition des compétences entre l’Union et les États membres. Sans quelques moments « délibératifs », il aurait été difficile d’atteindre un tel résultat. Même si ces moments ne sont pas toujours aisés à repérer, la comparaison entre Bruxelles et Philadelphie confirme que l’existence de groupes de travail et de réunions restreintes (par institution d’origine, par groupe politique…) a favorisé la délibération. Ce « miracle » d’un compromis entre des intérêts divergents ne paraît cependant pas si éloigné de celui qui se produit quotidiennement dans le cadre de la construction européenne. Cela conduit à s’interroger sur le mot de « Constitution ». Il va en effet de pair avec l’idée de rupture, à l’œuvre à Philadelphie mais pas à Bruxelles. Dans le second cas, il semble qu’une logique de « petits pas » continue à prévaloir. Le projet de traité constitutionnel permet certains pas en avant. D’autres restent à accomplir, notamment pour écarter plus largement la procédure de l’unanimité. Il est compréhensible que nombre de conventionnels aient voulu associer le terme, fondateur, de « Constitution » – qui est de surcroît parlant pour les citoyens européens– à leur œuvre. Mais ne risque-t-il pas d’induire ces derniers en erreur en sous-entendant qu’il s’agit d’un texte intangible, dont les limites seraient dès lors vivement ressenties ? L’extrême diversité des acteurs européens, des États et des peuples n’implique-t-elle pas finalement que les Européens doivent sans cesse confronter leurs visions afin de les « ré-accorder », ycompris au niveau du contrat fondateur ? Ne conviendrait-il pas alors de préférer la notion de « pacte constitutionnel » ou même d’« accord constitutionnel », qui évoquent davantage l’idée d’une adhésion et d’un compromis sans cesse renouvelés ? La nécessité de disposer d’une clause de révision assouplie n’en serait alors que plus cruciale. Florence Deloche-Gaudez
À la suite de la Convention sur l’avenir de l’Europe, un traité établissant une constitution pour l’Europe fut signé. Celui-ci devait être soumis à référendum dans dix États membres, cependant, il ne s’est effectivement déroulé que dans quatre d’entre eux. Le premier référendum organisé fut le référendum espagnol, le 20 février 2005. Avec 41,8 % de participation, 76,6 % des Espagnols votèrent en faveur du traité. Le 29 mai 2005 s’est déroulé le référendum français. Avec 69 % de participation, le traité fut rejeté par 55 % des électeurs. Le 1er juin 2005, avec 63,3 % de participation, 61,5 % des Néerlandais votèrent contre le traité lors du référendum. Le référendum luxembourgeois fut organisé le 10 juillet 2005. Avec 90,44 % de participation, le traité fut approuvé par 56,5 % des votants. D’autres États membres envisageaient de recourir au référendum pour ratifier le traité : la République tchèque, l’Irlande, la Pologne, le Portugal, le Royaume-Uni, et le Danemark. (…) Un seul État membre, l’Irlande, a organisé un référendum pour ratifier le traité de Lisbonne. Le référendum irlandais sur le traité de Lisbonne eut lieu le 12 juin 2008. 53,2 % des votants s’exprimèrent contre la ratification du traité. À la suite de ce vote, la Commission européenne a déclaré que le traité n’obligerait pas l’Irlande à changer de position quant à l’existence d’un commissaire permanent par État (s’opposant à l’idée de rotation alors introduite), à la neutralité militaire et à l’avortement. Les Irlandais votèrent à nouveau le 2 octobre 2009. Avec un taux de participation de 59 %, les Irlandais acceptèrent la ratification du traité à 67,1 % des votants. Des critiques ont été émises quant à la décision de faire voter une nouvelle fois les Irlandais sur la base de quelques déclarations. La principale opposition dans l’Union européenne provenait du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) qui considérait que le choix de la population irlandaise lors du premier vote avait été ignoré et qu’ils avaient été forcés de revoter. Le parti ajoute que les concessions faites à l’Irlande sur certaines dispositions du traité de Lisbonne « n’ont aucune existence légale ». Certains considèrent que l’Irlande a obtenu des garanties sur le fait que certaines problématiques, telle que l’avortement, ne sera pas affecté par le traité de Lisbonne et qu’ainsi le peuple irlandais pouvait voter en gardant les concessions faites en tête, et qu’étant donné que tous les autres États membres avaient approuvé le traité, il n’était pas déraisonnable de demander à un seul pays de reconsidérer son rejet. Wikipedia
Le « traité établissant une Constitution pour l’Europe » devait être ratifié par chacun des États signataires pour entrer en vigueur, mais il a été rejeté par les électeurs français et néerlandais lors des référendums du 29 mai et du 1er juin 2005. Bien que les autres Etats membres aient ratifié le texte, la situation de blocage était évidente et le projet de Constitution a été abandonné. A la différence du précédent traité, le texte adopté à Lisbonne est un traité international classique. Le mot « constitution », tout comme les symboles de l’Union (drapeau, hymne, devise…) ne sont donc pas mentionnés. En outre, le texte introduit pour la première fois la possibilité pour un Etat membre de quitter l’Union dans des conditions à négocier avec ses partenaires. Des similitudes sont cependant présentes entre les deux traités. Selon Valéry Giscard d’Estaing, père du projet de constitution européenne, le nouveau traité en reprend intégralement les propositions institutionnelles, tout en les présentant dans un ordre différent. Pour le Sénat français, « le traité de Lisbonne reprend en règle générale le contenu du traité constitutionnel, même s’il le fait sous une forme complètement différente ». Même si le contenu des deux traités n’est pas identique, Marine Le Pen aurait donc raison de dire que le projet de Constitution européenne, rejeté en 2005, a été – en partie – proposé à nouveau en 2008. En effet, le nouveau texte prend en considération les exigences de réformes institutionnelles avancées en 2005, cependant avec un autre ton. Et c’est justement la forme qui marque la différence entre ces deux traités. Après les référendums de 2005, le mot « constitution » est définitivement abandonné et le processus d’intégration européenne est arrêté pendant trois ans. En outre, la possibilité de quitter l’Union est introduite dans le traité : cela n’a pas été le cas pendant les 50 premières années de l’intégration européenne. L’UE s’éloigne donc du rêve fédéraliste de ses fondateurs : la voix des Français et des Néerlandais a donc été écoutée. Toute l’Europe
The central weakness of the Obama Administration has been its repeatedly demonstrated lack of strategic insight: an inability to differentiate between the important and the trivial, the symbolic and the substantive, the necessary and the optional, the truly dangerous and the inconsequential. It is also bad at understanding linkages: the ways that problems and policies in one set of issues or in one region of the world impact American options, prestige and effectiveness in others. Now, too late, when the house is in on fire, the Administration is realizing that the Atlantic system is in deep trouble and that Brexit is a major challenge to U.S. interests. So now when success is more difficult and the range of possible outcomes is less appealing, the U.S. is going to commit to the issue and dive in. But that won’t change a reality that the press does its best to tiptoe past: rarely has a presidency seen so many things go so badly for the U.S. in foreign policy. Obama’s track record is not looking good: at the end of his watch, the Middle East, Europe, and East Asia are all in worse shape than when he entered office, relations with Russia and China are both worse, there are more refugees, more terrorists and more dangerous terrorist organizations. Walter Russell Mead
The vote, and weakening of the West that it heralds, will diminish President Obama’s foreign policy legacy. American policy toward Europe under his leadership has been an abject failure. His most obvious failure, and one that historians will view severely, is his failure to prevent the meltdown of Syria. The millions of desperate refugees fleeing for their lives are much more than a humanitarian disaster; they are a political disaster, and the strain of coping with the refugee flow on top of Europe’s other problems stoked suspicion and fear across the continent and greatly strengthened the power of the Leave campaign in the UK. But beyond the horrors of Syria, Obama has done less for Europe than any American president since the 1930s. The American response to the euro crisis and its long and bitter aftermath was both shortsighted and feeble. To the extent it did anything, the Obama irritated the Germans by critiquing their handling of the crisis while disappointing the debtor countries by an absence of effective support. The United States had great interests at stake when it came to Cameron’s negotiations with the EU; from all one can tell, President Obama spent more time playing golf during those negotiations than he did working to prevent a damaging split between some of our most important partners and allies. Smart American diplomacy would have worked intensely and unremittingly to get a deal between London and its partners that the British people would support, but despite the President’s breathtaking self-confidence, smart diplomacy is not actually part of his skill set. One hopes that even at this late date the Obama Administration will realize that the future of the UK-EU association is of almost infinitely greater importance to American national interests than launching yet another poorly conceived peace offensive in the Middle East. American diplomats and Treasury officials need to be working hard to generate ways to minimize the damage of this decision to the West. The British people have the right to choose whether or not to remain in the European Union, and while there will be some in Europe who want to punish them for this choice, the American interest in this matter is clear. We want a strong Britain, a strong Europe, good relations on both sides of the Channel and a trading system that doesn’t put new bureaucratic obstacles in the path of American exports or investment. We do not want bitterness and friction over the break to throw sand in the gears of western political and security cooperation in an increasingly dangerous world. We do not want Europe’s divisions to become Putin’s opportunities. We want Europe to be united, and we want Britain to be Great. At the same time, the U.S. government needs to do something else that the current administration has unaccountably failed to do over the last seven years: develop a strategy to help save the EU. The European Union is in trouble; the world’s most audacious experiment in international relations is looking both fragile and sclerotic. The British aren’t the only Europeans who think Brussels is a disaster, and the chance that a post-Brexit EU will continue to weaken and fragment is dangerously high. Refugee flows from the Middle East and North Africa are bound to continue. There are few signs of real economic revival in the south. The torpid bureaucracies and dysfunctional political organizations of Brussels can’t deliver real solutions to Europe’s problems, but European nation states have given so many of their powers to the EU that in many cases they lack the ability to act when Brussels fails. Walter Russell Mead
C’est au nom de la liberté, bien entendu, mais aussi au nom de l’« amour, de la fidélité, du dévouement » et de la nécessité de « ne pas condamner des personnes à la solitude » que la Cour suprême des Etats-Unis a finalement validé le mariage entre personnes de même sexe. Tels furent en tout cas les mots employés au terme de cette longue décision rédigée par le Juge Kennedy au nom de la Cour. (…) Le mariage gay est entré dans le droit américain non par la loi, librement débattue et votée au niveau de chaque Etat, mais par la jurisprudence de la plus haute juridiction du pays, laquelle s’impose à tous les Etats américains. Mais c’est une décision politique. Eminemment politique à l’instar de celle qui valida l’Obamacare, sécurité sociale à l’américaine, reforme phare du Président Obama, à une petite voix près. On se souviendra en effet que cette Cour a ceci de particulier qu’elle prétend être totalement transparente. Elle est composée de neuf juges, savants juristes, et rend ses décisions à la suite d’un vote. Point de bulletins secrets dans cette enceinte ; les votants sont connus. A se fier à sa composition, la Cour n’aurait jamais dû valider le mariage homosexuel : cinq juges conservateurs, quatre progressistes. Cinq a priori hostiles, quatre a priori favorables. Mais le sort en a décidé autrement ; le juge Kennedy, le plus modéré des conservateurs, fit bloc avec les progressistes, basculant ainsi la majorité en faveur de ces derniers. C’est un deuxième coup dur pour les conservateurs de la Cour en quelques mois : l’Obamacare bénéficia également de ce même coup du sort ; à l’époque ce fut le président, le Juge John Roberts, qui permit aux progressistes de l’emporter et de valider le système. (…) La spécificité de l’évènement est que ce sont des juges qui, forçant l’interprétation d’une Constitution qui ne dit rien du mariage homosexuel, ont estimé que cette union découlait ou résultait de la notion de « liberté ». C’est un « putch judiciaire » selon l’emblématique juge Antonin Scalia, le doyen de la Cour. Un pays qui permet à un « comité de neuf juges non-élus » de modifier le droit sur une question qui relève du législateur et non du pouvoir judiciaire, ne mérite pas d’être considéré comme une « démocratie ». Mais l’autre basculement désormais acté, c’est celui d’une argumentation dont le centre de gravité s’est déplacé de la raison vers l’émotion, de la ratio vers l’affectus. La Cour Suprême des Etats-Unis s’est en cela bien inscrite dans une tendance incontestable au sein de la quasi-totalité des juridictions occidentales. L’idée même de raisonnement perd du terrain : énième avatar de la civilisation de l’individu, les juges éprouvent de plus en plus de mal à apprécier les arguments en dehors de la chaleur des émotions. Cette décision fait en effet la part belle à la médiatisation des revendications individualistes, rejouées depuis plusieurs mois sur le modèle de la « lutte pour les droits civiques ». Ainsi la Cour n’hésite pas à comparer les lois traditionnelles du mariage à celles qui, à une autre époque, furent discriminatoires à l’égard des afro-américains et des femmes. (…) La Maison Blanche s’est instantanément baignée des couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la « gaypride ». Les réseaux sociaux ont été inondés de ces mêmes couleurs en soutien à ce qui est maintenant connu sous le nom de la cause gay. (…) Comme le relève un autre juge de la Cour ayant voté contre cette décision, il est fort dommage que cela se fasse au détriment du droit et de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique. Yohann Rimokh
Dans les référendums, il y a le modèle constitutionnel français : le vote populaire est une forme supérieure de la loi, et donc la proclamation du résultat définit l’état du droit. Pour le vote du Brexit, le 23 juin, c’est bien différent car ce référendum n’était que consultatif. C’est un fait politique, et important : on voit les secousses sismiques de ce vote. Donc, une force politique que personne ne peut ignorer, et personne à ce jour ne peut savoir jusqu’où elle ira, mais sur le plan juridique, c’est zéro. Le droit se tient au Parlement. (…) Cameron ne peut en aucun cas notifier l’engagement de la procédure de l’article 50 lors du sommet européen qui va s’ouvrir ce mardi 28… parce que c’est juridiquement impossible. Le référendum n’étant que consultatif, son gouvernement doit obtenir un vote des Communes, seul le Parlement étant décisionnaire. Et, et c’est tout le problème, il n’y a aucune majorité Brexit au Parlement britannique. Majorité pour le Remain à plus de 70%. Question : les élus vont-ils voter contre leurs convictions, abandonnant la souveraineté parlementaire ? Ce pour suivre un référendum consultatif, qui a été nerveux et ambigu, fondé sur le mensonge et la xénophobie ? Je ne suis pas parlementaire britannique, mais je vois l’affaire bien mal partie. Par ailleurs, il faudra également que le Parlement se prononce sur le type d’accord qui va suivre, pour mandater le gouvernement. Or, cette question n’a jamais été évoquée lors du référendum. Aussi, une voix logique serait la dissolution des Communes, pour de nouvelles élections législatives avec un vaste débat sur (1) le principe du départ, et (2) ce qu’il faut pour en remplacement. Il se dégagerait alors une majorité qui aurait un mandat populaire net. Gilles Devers
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
La vie prive parfois un enfant de père ou de mère par accident, mais ce n’est pas à la loi d’organiser cette privation. Cela transforme les enfants en champ d’expérience car il n’existe pas d’études sérieuses sur le devenir des enfants des familles homoparentales. Jean-Pierre Winter
Nul ne doute des capacités pédagogiques et de l’amour que des homosexuels sont à même de mettre au service d’enfants dont ils auraient la charge, ni ne prétend que les familles dites « traditionnelles » seraient a priori plus compétentes pour éduquer des enfants. Mais il s’agit de réfléchir au fait qu’élever un enfant ne suffit pas à l’inscrire dans une parenté. L’enjeu est celui des lois de la filiation pour tous. Comme psychanalystes nous ne sommes que trop avertis des conséquences anxiogènes à long terme des bricolages généalogiques commis au nom de la protection d’intérêts narcissiques, religieux, économiques ou autres. Jusqu’à présent ces manipulations, souvent secrètes, pouvaient être entendues comme des accidents historiques, des conséquences de troubles psychologiques, des effets d’aliénation, etc. Mais voilà que l’« accident » devrait devenir la loi. Voilà que François Hollande veut organiser légalement des arrangements qui priveraient a priori certains enfants de leur père ou de leur mère. Et il nous faudrait croire, simplement parce qu’on nous l’affirme, que cela serait sans effets préjudiciables alors que nous pouvons constater jour après jour la souffrance et l’angoisse de ceux que la vie s’est chargée de confronter à de tels manques. Certains, à droite comme à gauche, semblent convaincus qu’un enfant se portera bien du moment qu’il est aimé. Le grand mot amour est lâché ! Cet argument est dangereux. Il est culpabilisant pour tous les parents qui ont chéri leur enfant et qui néanmoins l’ont vu dériver et s’acharner contre eux dans la colère ou la haine. Au reste, qui peut dire avec certitude la différence entre amour et allégation d’amour ? (…) Il nous faudra du temps pour constater empiriquement ce que nous savons déjà. Mais dans l’intervalle combien d’enfants auront été l’objet d’une véritable emprise purement expérimentale ? Il faudra plusieurs générations pour apprécier les conséquences de telles modifications dans le système de la filiation surtout si par voie de conséquence logique on en vient, comme en Argentine récemment, à effacer purement et simplement la différence des sexes en laissant à chacun le droit de déclarer le genre qui lui sied par simple déclaration. Pour ma part, si je ne vois pas de véritables objections à ce que des enfants soient adoptés par des couples quels qu’ils soient à condition qu’ils se sachent issus d’un homme et d’une femme, même abandonniques, j’ai les plus grands doutes sur les effets des procréations faisant appel à des tiers voués à disparaître de l’histoire d’un sujet d’emblée dépossédé d’une moitié de sa filiation avec le consentement de la loi. Il y aurait lieu avant de légiférer à la hache de signifier clairement que « l’humanité est sexuée et que c’est ainsi qu’elle se reproduit », comme le disait la sociologue Irène Théry en 1998, se demandant pourquoi nous en venions à nier ce fait. Jean-Pierre Winter
Les jeunes Suédois ne sont pas autorisés à voter avant 18 ans, ne peuvent pas acheter d’alcool avant 20 ans, toutefois un projet est en cours pour autoriser les enfants à déposer une demande de changement juridique de genre dès 12 ans. Bien que les Suédois soient choqués par la mutilation génitale subie par de nombreuses filles immigrées, le gouvernement suédois semble vouloir légiférer sur une autre sorte de mutilation génitale des enfants : les opérations de changement de sexe ou, pour utiliser un terme plus politiquement correct,  le « gender reassignment surgery » (GRS), la chirurgie de réaffectation sexuelle. Les Observateurs
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Nous laissons derrière nous un Etat souverain, stable, autosuffisant, avec une gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple. Nous bâtissons un nouveau partenariat entre nos pays. Et nous terminons une guerre non avec une bataille filnale, mais avec une dernière marche du retour. C’est une réussite extraordinaire, qui a pris presque neuf ans. Et aujourd’hui nous nous souvenons de tout ce que vous avez fait pour le rendre possible. (…) Dur travail et sacrifice. Ces mots décrivent à peine le prix de cette guerre, et le courage des hommes et des femmes qui l’ont menée. Nous ne connaissons que trop bien le prix élevé de cette guerre. Plus d’1,5 million d’Américains ont servi en Irak. Plus de 30.000 Américains ont été blessés, et ce sont seulement les blessés dont les blessures sont visibles. Près de 4.500 Américains ont perdu la vie, dont 202 héros tombés au champ d’honneur venus d’ici, Fort Bragg. (…) Les dirigeants et les historiens continueront à analyser les leçons stratégiques de l’Irak. Et nos commandants prendront en compte des leçons durement apprises lors de campagnes militaires à l’avenir. Mais la leçon la plus importante que vous nous apprenez n’est pas une leçon en stratégie militaire, c’est une leçon sur le caractère de notre pays, car malgré toutes les difficultés auxquelles notre pays fait face, vous nous rappelez que rien n’est impossible pour les Américains lorsqu’ils sont solidaires. Barack Hussein Obama (14.12.11)
Il y a un manuel de stratégie à Washington que les présidents sont censés utiliser. (…) Et le manuel de stratégie prescrit des réponses aux différents événements, et ces réponses ont tendance à être des réponses militarisées. (…) Au milieu d’un défi international comme la Syrie, vous êtes jugé sévèrement si vous ne suivez pas le manuel de stratégie, même s’il y a de bonnes raisons. (…) Je suis très fier de ce moment.  Le poids écrasant de la sagesse conventionnelle et la machinerie de notre appareil de sécurité nationale était allés assez loin. La perception était que ma crédibilité était en jeu, que la crédibilité de l’Amérique était en jeu. Et donc pour moi d’appuyer sur le bouton arrêt à ce moment-là, je le savais, me coûterait cher politiquement. Le fait que je pouvais me débarrasser des pressions immédiates et réfléchir sur ce qui  était dans l’intérêt de l’Amérique, non seulement à l’égard de la Syrie, mais aussi à l’égard de notre démocratie, a été une décision très difficile – et je crois que finalement, ce fut la bonne décision à prendre. (…) Je suppose que vous pourriez me qualifier de réaliste qui croit que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Barack Hussein Obama
Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
Des douzaines d’innocents ont été massacrés, nous soutenons le peuple d’Orlando. L’enquête débute seulement mais il s’agit bien d’un acte de terreur et de haine. Je viens d’avoir une réunion avec le FBI, toutes les ressources du gouvernement fédéral seront mises à disposition. On ne connaît pas les motivations de cet homme, mais il s’agissait d’un homme rempli de haine, nous allons essayer de savoir pourquoi et comment cela s’est passé. Barack Hussein Obama
Nous sommes contre l’incitation … Il y a une semaine, un certain nombre de rabbins en Israël ont tenu des propos clairs, demandant à leur gouvernement d’empoisonner l’eau pour tuer les Palestiniens. N’est-ce pas de l’incitation? N’est-ce de la pure incitation à l’assassinat en masse du peuple palestinien? Mahmoud Abbas (Bruxelles)
Mr. Abbas’s remarks were not included in the official Arabic transcript issued by his office, and his advisers and spokesmen were not available for comment on Thursday night. But the claims also appeared on the website of the Palestinian Ministry of Foreign Affairs. Rumors that Jews had poisoned wells and other sources of water arose in the 14th century as the bubonic plague raged across much of Europe. The rumors led to the destruction of scores of Jewish communities. In Basel, Switzerland, and Strasbourg, France, hundreds of Jews were burned alive. NYT
The Brexit debate has become a global spectator sport, which suggests that something very important must be at stake. Yet, unlike issues such as migration, the euro crisis and Ukraine, it lacks real significance: under no circumstances will Britain leave Europe, regardless of the result of the referendum on June 23. It is instead a long kabuki drama in which politicians, not least Eurosceptics, advocate policies they would never actually implement. Kabuki — the ancient Japanese theatre art in which actors employ masks, make-up and illusions — is a common Washington metaphor for stylised but meaningless posturing. (…) The illusory nature of Brexit was evident at the start. Politicians do not call EU referendums because they are genuinely dissatisfied with Europe. They do so to extricate themselves from domestic political jams. So in 2013 David Cameron, a moderate pro-European, introduced a referendum as the most expedient domestic political gambit to silence pesky Eurosceptics in his own party. (…) The Remain camp seems likely to prevail since the opposition, business, foreign investors and most educated commentators all back the government. In referendums, more­over, undecided voters tend to favour the status quo — a tendency reinforced by uncertainty about exactly what Britain would do after Brexit. Still, critics are correct that Mr Cameron is playing with fire. Referendums are unpredictable, especially when issues such as migration and terrorism are in the mix. (…) Yet Britain looks unlikely to exit Europe even if its citizens voted to do so. Instead, the government would probably do just what EU members — Denmark, France, Ireland and the Netherlands — have always done after such votes. It would negotiate a new agreement, nearly identical to the old one, disguise it in opaque language and ratify it. The public, essentially ignorant about Europe, always goes along. In contemplating this possibility, leading Eurosceptics have shown themselves to be the craftiest political illusionists of all. Now that Brexit appears within their grasp, they are backing away from it. What they really seek is domestic political power. (…) Finally, what if Messrs Cameron and Johnson and other politicians lose control of domestic politics, or if other EU leaders tire of Eurosceptic obstreperousness and toss the Brits out? Even in this worst-case scenario, Britain would not really leave Europe. (…) Europe is real because globalisation means every day more British people rely on the EU to secure and stabilise trade, investment, travel, litigation, national security and political values. So the same politicians who lead a majority of Britons down the path to leave Europe would have to lead them back up again the next day to save their own political skins. Even politicians who have mastered the kabuki arts of mask and illusion must sooner or later face reality. Andrew Moravcsik (Princeton)
If Boris Johnson looked downbeat yesterday, that is because he realises that he has lost. Perhaps many Brexiters do not realise it yet, but they have actually lost, and it is all down to one man: David Cameron. With one fell swoop yesterday at 9:15 am, Cameron effectively annulled the referendum result, and simultaneously destroyed the political careers of Boris Johnson, Michael Gove and leading Brexiters who cost him so much anguish, not to mention his premiership. How? Throughout the campaign, Cameron had repeatedly said that a vote for leave would lead to triggering Article 50 straight away. Whether implicitly or explicitly, the image was clear: he would be giving that notice under Article 50 the morning after a vote to leave. Whether that was scaremongering or not is a bit moot now but, in the midst of the sentimental nautical references of his speech yesterday, he quietly abandoned that position and handed the responsibility over to his successor. And as the day wore on, the enormity of that step started to sink in: the markets, Sterling, Scotland, the Irish border, the Gibraltar border, the frontier at Calais, the need to continue compliance with all EU regulations for a free market, re-issuing passports, Brits abroad, EU citizens in Britain, the mountain of legistlation to be torn up and rewritten … the list grew and grew. The referendum result is not binding. It is advisory. Parliament is not bound to commit itself in that same direction. The Conservative party election that Cameron triggered will now have one question looming over it: will you, if elected as party leader, trigger the notice under Article 50? Who will want to have the responsibility of all those ramifications and consequences on his/her head and shoulders? Boris Johnson knew this yesterday, when he emerged subdued from his home and was even more subdued at the press conference. He has been out-maneouvered and check-mated. If he runs for leadership of the party, and then fails to follow through on triggering Article 50, then he is finished. If he does not run and effectively abandons the field, then he is finished. If he runs, wins and pulls the UK out of the EU, then it will all be over – Scotland will break away, there will be upheaval in Ireland, a recession … broken trade agreements. Then he is also finished. Boris Johnson knows all of this. When he acts like the dumb blond it is just that: an act. The Brexit leaders now have a result that they cannot use. For them, leadership of the Tory party has become a poison chalice. When Boris Johnson said there was no need to trigger Article 50 straight away, what he really meant to say was « never ». When Michael Gove went on and on about « informal negotiations » … why? why not the formal ones straight away? … he also meant not triggering the formal departure. They both know what a formal demarche would mean: an irreversible step that neither of them is prepared to take. All that remains is for someone to have the guts to stand up and say that Brexit is unachievable in reality without an enormous amount of pain and destruction, that cannot be borne. And David Cameron has put the onus of making that statement on the heads of the people who led the Brexit campaign. Teebs
Attention, problème de traduction : les Britanniques ont certes voté pour le « Brexit », mais cette expression ne signifie pas qu’ils vont quitter l’Union européenne (UE) et encore moins l’Europe. Il suffit d’observer les tergiversations du premier ministre, David Cameron, qui souhaite laisser à son successeur le soin d’exercer l’article 50 des traités européens, ce fameux article qui entraîne le compte à rebours de deux ans pour sortir de plein droit de l’UE. Déjà, Albion joue la montre. Elle va devoir négocier simultanément son divorce et son remariage, sous une forme à inventer, avec les Européens. (…) Tout devrait se résumer in fine à deux questions : combien Londres devra-t-il payer pour rester dans l’UE sans y appartenir juridiquement et à quelles réunions communautaires les représentants de Sa Majesté participeront-ils, avec le titre d’observateur forcément très actif. A la fin de l’histoire, les peuples risquent de se retrouver fort marris d’un « Brexit » peut-être plus formel que réel. En revanche, les électeurs britanniques ont accompli, jeudi 23 juin, un acte majeur : ils ont rejeté l’Europe politique. Ils n’ont pas répudié l’Europe libérale qu’ils ont façonnée, mais l’embryon de fédération européenne à laquelle, paradoxalement, ils ne participent pas : l’euro, Schengen et l’Europe de la justice. Tels les cheminots français qui prétendaient faire la grève par procuration pour les salariés du privé en 1995, les Britanniques ont voté à la place des peuples continentaux privés de ce droit. De ce côté de la Manche, la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, l’a bien compris, qui a immédiatement exigé un référendum en France sur l’appartenance à l’UE. Ce désamour européen a gagné tout le continent. Au pouvoir en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie, il est aux portes des Pays-Bas, de la France, voire de l’Italie. (…) Non, le drame européen n’est pas technocratique et ne s’appelle pas Bruxelles. Il est anthropologique. L’Europe se meurt, faute d’identité et de projet. Elle avait prospéré – laborieusement, rappelons-le – dans la seconde moitié du XXe siècle sur le rejet de la guerre, mobilisée face à l’Union soviétique (URSS) et protégée par les Américains. Les années de la mondialisation heureuse et un élargissement sans fin (1989-2007) ont affadi ce projet, qui s’est retrouvé bien désarmé lorsqu’ont surgi de nouveaux défis. Ces défis sont civilisationnels, incarnés par la menace de l’organisation Etat islamique (EI) ; démographiques avec l’Afrique, dont la population – 1,2 milliard d’habitants – va doubler d’ici à 2050 et dont il va falloir accompagner le développement pour contenir la pression migratoire ; économiques avec la concurrence de la Chine et des économies émergentes. Le problème, c’est que les populations estiment que la réponse à apporter n’est pas nécessairement européenne. Parce que la dynamique communautaire n’est plus gagnante à l’intérieur des Etats – les populations rurales, ouvrières et employées se sentent délaissées, vulnérables et décrochées des élites urbaines mondialisées –, mais aussi entre pays européens. C’est flagrant en économie. Le Royaume-Uni croit avoir trouvé la martingale en devenant la première place financière mondiale, l’Allemagne en équipant la planète de machines-outils, tandis que les pays du sud de l’UE sont les perdants objectifs de l’euro. Le défi de l’immigration est encore plus compliqué entre les pays de l’Est (Hongrie, Pologne), qui entendent conserver leur uniformité ethnique et catholique, et ceux de l’Ouest qui gèrent mal leur multiculturalisme sur fond de peur de l’islamisme et s’effraient du dumping social porté, selon eux, par l’immigration. (…) Dans ce contexte, les populations les plus faibles choisissent le repli identitaire. Arnaud Leparmentier
La classe dirigeante européenne en est là par rapport à l’Europe. La plupart de nos dirigeants (la tribune de BHL en offre une illustration caricaturale) continuent à tenir les eurosceptiques pour de dangereux fauteurs de guerre et à croire que le ciel des marchés va tomber sur la tête des souverainistes. (…) Ce qui a rendu cette utopie enviable et a incité plusieurs générations de dirigeants à l’imposer sur la réalité des États nations européens, c’est un double refus ou plutôt une double conjuration. D’abord, le conjuration du péril brun incarné par les crimes perpétrés par le nazisme. Ensuite, la conjuration du péril rouge incarné par les affres du communisme. L’Union européenne est un édifice juridique, institutionnel, politique et économique destiné à protéger les peuples et les États qui la composent contre ces deux périls. En ce sens, le projet européen n’est porté par aucune idéologie positive et encore moins par une volonté de puissance. La consécration du bon plaisir individuel (le droit des minorités est son extension) comme norme suprême à laquelle nous invite la jurisprudence de la CEDH s’accompagne d’une déligitimation de toute certitude susceptible de s’imposer l’individu donc de toute idéologie. Le projet européen est également antinomique de toute volonté de puissance. L’Europe, c’est un effort titanesque pour s’attacher les uns aux autres afin de ne plus rien vouloir, ni pouvoir ensemble. L’UE, c’est un club d’ex-alcooliques qui cassent leurs verres et leurs bouteilles, détruisent leurs tire-bouchons afin d’être certains qu’ils ne toucheront plus jamais une goutte d’alcool.Plus jamais ça: plus de raison d’État, plus d’armée, plus de budget, plus d’impôt, plus de démocratie directe, plus de frontière, plus d’assimilation des migrants: une monnaie au service des marchés et le multiculturalisme et l’armée américaine pour tous. (…) Le besoin de délimiter l’État comme volonté de puissance, de brider la souveraineté nationale comme expression de la volonté populaire, de délier légitimité politique et culturelle (un État multi culturel et post-national qui ne ferait plus la guerre et dans laquelle les migrants garderaient leur culture d’origine) n’avait aucune raison de séduire le peuple anglais. Londres n’est jamais entrés dan l’Euro, ni dans Schengen et n’a jamais accepté que les lois sont faites ailleurs qu’aux Communes. (…) L’Allemagne est militairement et démocratiquement traumatisés et perçoit l’immigrant comme un rédempteur, elle est prête à accélérer. Pour des raison qui leurs sont propre, les Luxembourgeois et les Belges n’ont pas grand chose à sacrifier en sacrifiant leur souveraineté. Le nationalisme italien a été moins ébranlé par le fascisme que le chauvinisme allemand mais n’est pas sorti indemne de son exaltation par Mussolini. C’est aussi un État nation récent et donc fragile qui n’hésitera pas à se dissoudre. La fécondité de ces peuples décline rapidement et de manière inexorable (les politiques natalistes ayant été fortement délégitimés par les pratiques des régimes totalitaires dans ce domaine). Si la loi de l’hystérèse se vérifie, l’Allemagne, l’Autriche, la Roumanie et les anciens pays de l’axe resteront longtemps arc-boutés sur un projet de dépassement de l’État nation et de la volonté populaire par l’Europe. Le projet européen perdurera. Il y aura une vaste confédération helvétique à échelle continentale, maison de retraite historique pour peuples fatigués, pacifistes et bien décidés à gérer et leur rente économique et leur déclin démographique. Rappelons que la France gagne 500 000 habitants chaque année tandis que l’Allemagne en perd 500 0000. (…) L’Europe a alors pu s’imposer comme une sorte de piscine purificatrice éliminant les souillures historiques. Le Frexit ne surviendra que lorsque la vérité sur cette époque s’imposera. Guillaume Bigot
As a shocked world reacted to England’s unexpected exit from the European Union, Palestinian President Abbas delivered a speech to the European Parliament. Abbas, now in the 11th year of his four-year term, accused Israel of becoming a fascist country. Then he updated a vicious medieval anti-Semitic canard by charging that (non-existent) rabbis are urging Jews to poison the Palestinian water supply. The response by representatives of the 28 European nations whose own histories are littered with the terrible consequences of such anti-Semitic blood libels? A thunderous 30-second standing ovation. So forgive us if while everyone else analyzes the economic impact of the UK exit, and pundits parse the generational and social divide of British voters, we dare to ask a parochial question: is a weakened EU good or bad for the Jews? First, there is the geopolitical calculus of a triple pincer movement to consider: Russian President Vladimir Putin’s troublemaking from the East, the massive migrant-refugee influx into Europe from the South, and now the UK’s secession from the West with unforeseen implications for global economies and politics. For Israel, the EU’s global dilemma is a mixed bag. On the one hand, it could, at least temporarily, derail the EU’s intense pressuring of Israel to accept – even sans direct negotiations with the Palestinians – a one-sided French peace initiative, imposing indefensible borders on the Jewish state. On the other hand, as leading Israeli corporations and Israel’s stock market are already recognizing, new problems for the EU economic engine are also a threat to the Jewish state’s economic ties with its leading trading partner. But the scope of the current crisis is also very much the result of the internal moral and political failure of the EU’s own transnational elites and political leadership to confront its homegrown problems. These problems have also impacted on many of Europe’s 1.4 million Jews. (…) European elites over-centralized power in Brussels by practicing what amounts to “taxation without representation,” and – after instituting open borders across the continent – failed to come up with coherent strategies to deal with burgeoning terrorism and wave after wave of Middle East migrants. Suddenly, calls by (mostly) far-right voices to “take back control of their country,” “restore national sovereignty” and “reestablish national borders” began to resonate in the mainstream of not only the UK, but also Germany, the Netherlands, Scandinavia and France. With Germany’s Chancellor Angel Merkel as the prime example, EU political leaders have so far failed to deal with legitimate citizen concerns that democracy itself is threatened by the uncontrolled influx of people from the Middle East and Africa who are not being assimilated into the basic values and institutions of Western societies. To date, the primary beneficiaries of this political failure are the extreme nationalist parties (…) Many are the proud bearers of xenophobic, populist platforms that include whitewashing or minimizing the crimes of the Nazi era. Jews rightfully fearful of the anti-Semitism among old and new Muslim neighbors in Europe can take little solace in the specter of a fragmented continent led by movements whose member rail against Muslims but also despise Jews. (…) We can only hope and pray that European captains of industry, politicians, media and NGOs take the UK vote as a wake-up call for them all. For if they fail to actually address the economic and social crises with real solutions, it won’t only be the Jews of Europe who will be searching for the nearest exit. Rabbi Abraham Cooper  and Dr. Harold Brackman (Simon Wiesenthal Center)
Un référendum réduit la complexité à une absurde simplicité. Le fouillis de la coopération internationale et de la souveraineté partagée représenté par l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne a été calomnié par une série d’allégations et de promesses mensongères. On a promis aux Britanniques qu’il n’y aurait pas de prix économique à payer pour quitter l’UE, ni aucune perte pour tous les secteurs de sa société qui ont bénéficié de l’Europe. On a promis aux électeurs un accord commercial avantageux avec l’Europe (le plus grand marché de la Grande-Bretagne), une immigration plus faible et plus d’argent pour le National Health Service (le système de sécurité sociale britannique), ainsi que d’autres biens et services publics précieux. Par-dessus tout, on a promis que la Grande-Bretagne retrouverait son « mojo », la vitalité créatrice nécessaire pour faire sensation. (…) Avec le Brexit, nous venons d’assister à l’arrivée du populisme à la Donald Trump en Grande-Bretagne. De toute évidence, il existe une hostilité généralisée, submergée par un tsunami de bile populiste, à l’égard de quiconque est considéré comme un membre de « l’establishment ». Les militants du Brexit, comme le Secrétaire à la Justice Michael Gove, ont rejeté tous les experts  dans le cadre d’un complot égoïste des nantis contre les démunis. Les conseils du Gouverneur de la Banque d’Angleterre, de l’Archevêque de Canterbury ou du Président des États-Unis, n’auront finalement compté pour rien. Tous ont été décrits comme des représentants d’un autre monde, sans rapport avec la vie des britanniques ordinaires. (…) La campagne référendaire a relancé la politique nationaliste, qui porte toujours sur la race, l’immigration et les complots. Une tâche que nous partageons tous dans le camp pro-européen consiste à essayer de contenir les forces qui ont déchainé le Brexit et à affirmer les valeurs qui nous ont valu tant d’amis et d’admirateurs à travers le monde par le passé. Tout cela a commencé dans les années 1940, avec Winston Churchill et sa vision de l’Europe. La façon dont cela va se terminer peut être décrite par l’un des aphorismes les plus célèbres de Churchill : « Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours. » En fait, de nombreux électeurs du « Leave » ne seront peut-être plus là pour le regretter. Mais les jeunes Britanniques, qui ont voté massivement pour continuer à faire partie de l’Europe, vont presque à coup sûr le regretter. Chris Patten
Partout en Europe, pas moins de 47 partis de révolte viennent mettre la politique sans dessus dessous. (…) Bien que ces partis de révolte présentent des racines différentes, ils ont bel et bien une chose en commun : ils s’efforcent tous de bouleverser ce consensus de politique étrangère qui définit l’Europe depuis des dizaines d’années. Eurosceptiques, opposés à l’OTAN, ils entendent verrouiller leurs frontières et mettre un terme au libre-échange. Ces partis viennent modifier le visage de la politique, remplaçant les traditionnelles querelles gauche-droite par des disputes dans le cadre desquelles leur propre nativisme irascible s’oppose au cosmopolitisme des élites qu’ils méprisent. L’arme privilégiée par ces partis n’est autre que le référendum, grâce auquel ils mobilisent un soutien populaire autour de leurs objectifs. D’après le Conseil européen des relations internationales, pas moins de 32 référendums sont aujourd’hui demandés dans 18 pays de la zone euro. (…) Le plan de relocalisation des réfugiés adopté par l’UE se révèle particulièrement créateur de divisions. (…) Le fait de restituer le pouvoir aux masses, via une démocratie directe, constitue sans doute la proposition la plus révolutionnaire de ces partis. Celle-ci reflète en effet la compréhension des frustrations qui suscitent une vague mondiale de protestations populaires depuis quelques années – contestations qui, au sein du monde arabe, ont déclenché des révolutions bien réelles. C’est ce même esprit de révolte qui a conduit par exemple les Espagnols, les Grecs et les New-Yorkais à envahir les rues – avec des revendications bien entendu différentes – qui alimentent le soutien en faveur de ces nouveaux référendums, et des partis insurgés qui poussent dans cette direction. Il y a là un cauchemar non seulement pour les partis dominants, mais également pour la gouvernance démocratique elle-même. Comme l’a démontré l’expérience de la Californie en matière de référendum, l’opinion publique a bien souvent tendance à voter en faveur de mesures contradictoires – moins d’impôts mais davantage d’aides sociales, ou encore préservation de l’environnement mais baisse du prix des carburants. Seulement voilà, cette tendance représente une difficulté exponentielle pour l’UE, la dynamique actuelle venant en effet bouleverser les fondements mêmes de l’Union. N’oublions pas que l’UE constitue l’expression ultime de la démocratie représentative. Il s’agit d’une entité éclairée, qui a pour vocation centrale un certain nombre de valeurs libérales telles que les droits de l’individu, la protection des minorités, ou encore l’économie de marché. Malheureusement, les couches de représentation sur lesquelles repose l’UE ont créé l’impression qu’une lointaine élite se chargeait de tout gérer, totalement déconnectée des citoyens ordinaires. Ceci fournit une cible idéale aux partis nationalistes, dans le cadre de leurs campagnes anti-UE. Ajoutez à cela l’instrumentalisation des peurs autour de questions telles que l’immigration ou le commerce, et la capacité de ces partis à attirer des électeurs frustrés ou inquiets se trouve renforcée. Deux visions de l’Europe s’opposent désormais : celle d’une Europe diplomatique, et celle d’une Europe des masses. L’Europe diplomatique, incarnée par le père fondateur de l’UE Jean Monnet, est parvenue à extraire certaines questions sensibles hors de la sphère politique populaire, et à les réduire à des problématiques techniques solubles, gérées par des diplomates au moyen de compromis bureaucratiques convenus en coulisses. L’Europe des masses, notamment représentée par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui a activement contribué au Brexit, s’inscrit précisément à l’opposé de l’Europe de Jean Monnet, puisqu’elle s’intéresse à des compromis tels que le TTIP, ou encore l’accord d’association avec l’Ukraine, pour ensuite politiser intentionnellement ces compromis. Là où l’Europe diplomatique s’efforce de promouvoir la réconciliation, l’Europe des masses conduit à une polarisation. Et tandis que la diplomatie vise une issue gagnant-gagnant, la démocratie directe constitue un jeu à somme nulle. La diplomatie cherche à faire baisser la température, là où le paradigme des masses ne fait que l’augmenter. Les diplomates peuvent travailler ensemble et s’entendre, tandis que le référendum constitue un exercice binaire et fixe, qui exclut la marge de manœuvre, la créativité et les compromis nécessaires à la résolution des problèmes politiques. La solidarité est impossible au sein d’une Europe gouvernée par les masses. (…) Il suffit en effet de se remémorer la période antérieure à l’UE pour réaliser combien cette trajectoire peut se révéler dangereuse. Mark Leonard
La véritable folie du vote britannique sur une sortie hors de l’Union européenne réside moins dans le fait que les dirigeants britanniques se soient risqués à demander à leur peuple de peser le pour et le contre entre appartenance à l’UE et pressions migratoires liées à ce statut de membre, que dans le fait que la barre ait été placée incroyablement bas en termes de scrutin, le oui au Brexit n’ayant en effet exigé qu’une majorité simple. Compte tenu d’un taux de participation de 70 %, la campagne du Leave l’a ainsi emporté grâce au soutien de seulement 36 % des électeurs. La démocratie, ce n’est pas cela. Ce vote revient à jouer à la roulette russe au sein même d’un régime politique moderne. Une décision empreinte d’énormes conséquences – au-delà même de ce qu’il peut arriver lorsque la Constitution d’un pays se trouve modifiée (texte qui bien entendu n’existe pas au Royaume-Uni) – vient d’être prise sans que ne soient intervenus de garde-fous appropriés. (…) Est-il nécessaire qu’une majorité au Parlement approuve le Brexit ? Apparemment non. Le peuple britannique avait-il réellement connaissance du sujet du vote ? Absolument pas. Personne n’a en effet la moindre idée des conséquences du Brexit, que ce soit pour le Royaume-Uni ou pour le système commercial mondial, ni de son impact sur la stabilité politique du pays. (…) Certes, nous autres citoyens de l’Occident avons la chance de vivre une époque de paix : l’évolution des circonstances et des priorités peut être gérée au travers du processus démocratique plutôt que par la guerre civile ou à l’étranger. Mais quel genre de processus juste et démocratique peut aboutir à des décisions aussi irréversibles, et aussi déterminantes à l’échelle de toute une nation ? Une majorité de 52 % est-elle réellement suffisante pour décider un beau matin de tout plaquer ? En termes de permanence et de conviction des choix, la plupart de nos sociétés érigent davantage de barrières sur le chemin d’un couple qui souhaite divorcer que sur celui du gouvernement du Premier ministre David Cameron lorsque la question n’est autre que la sortie de l’UE.  (…) Le fait de considérer que n’importe quelle décision convenue à n’importe quel moment via la règle de la majorité serait nécessairement « démocratique » revient à pervertir cette notion. Les démocraties modernes disposent de systèmes évolués qui font intervenir des garde-fous afin de préserver les intérêts des minorités, et d’éviter que ne soient prises des décisions malavisées, aux conséquences désastreuses. Plus la décision en question est conséquente et permanente, plus les barrières sont élevées. C’est la raison pour laquelle une révision constitutionnelle, par exemple, requiert généralement de satisfaire à des obstacles bien plus importants que dans le cas de la simple promulgation de lois budgétaires. Il semble pourtant que la norme internationale actuelle régissant la rupture d’un pays auprès d’autres États soit désormais moins exigeante que le vote d’un texte sur l’abaissement de l’âge légal pour la consommation d’alcool. (…) la plupart des pays exigent en pratique une « supermajorité » lorsqu’une décision s’avère déterminante à l’échelle d’une nation, et non une simple majorité de 51 %. Il n’existe certes pas de chiffre universel, de type 60 %, mais le principe général veut qu’au minimum la majorité en question soit manifestement stable. Un pays ne devrait pas pouvoir procéder à des changements fondamentaux et irréversibles sur la base d’une majorité acquise sur le fil du rasoir et susceptible de ne l’emporter qu’au cours d’une brève fenêtre d’élan émotif. Depuis l’Antiquité, les philosophes s’efforcent de concevoir des systèmes visant à équilibrer la puissance de la règle majoritaire avec la nécessité de veiller à ce que les toutes les parties informées puissent peser d’un poids plus conséquent en cas de décisions critiques, sans parler de la nécessité que soient entendues les voix de la minorité. Kenneth Rogoff

Attention, une folie peut en cacher une autre !

Suicide collectif, roulette russe, surenchère de démagogie …

Au lendemain du fiasco électoral qui voit un Etat entier abandonner du jour au lendemain le fruit de décennies de longues et patientes négociations et, après le carnage de deux guerres mondiales, une période de paix et une prospérité jusque là sans précédent …

Faisant fi, entre le huis-clos de la Convention de Philadelphie (qui ne put certes empêcher le maintien de l’esclavage) et l’emballement finalement totalitaire de la Révolution française mais aussi plus récemment des réfrendums sur la Constitution européenne ou les ratés que l’on sait des élections américaine ou française de 2000 et 2002, de l’expérience de siècles de réflexion sur la prise de décision politique (la fameuse « force civilisatrice de l’hypocrisie« ) …

Pendant qu’en une Europe qui vient d’ovationner une accusation de crime rituel du président de l’Autorité palestinienne digne des heures les plus sombres de notre moyen-âge …

Et qui compte pas moins de 47 partis de révolte prêts à tout pour l’abattre et pas moins de 32 demandes de référendums dans 18 pays différents …

Gagnants comme perdants poussent l’aveuglement jusqu’à y voir une victoire de la démocratie  …

Comment ne pas voir, avec l’économiste américain Kenneth Rogoff, la folie d’un système de décision …

Pourtant consultatif dans le cas précis et jusqu’ici, quand jugé irrecevable, « refaisable » (Irlande) ou partiellement « ignorable » (France, Pays-Bas) …

Où engager l’avenir de toute une population et de générations entières se révèle disposer de moins de garde-fous et de barrières …

Que le vote d’un texte sur l’abaissement de l’âge légal pour la consommation d’alcool ou le divorce du premier couple venu ?

Mais comment ne pas voir aussi …

Derrière et motivant la première …

L’autre folie d’un autre système de décision …

Où de l’imposition du « mariage et de l’adoption pour tous » à l’appel suicidaire à une véritable invasion migratoire …

Et sans compter,  de l’Irak à la Syrie, l’abandon au chaos djihadiste de territoires dont la libération avait coûté ou pouvait coûter si cher …

La parole ou le vote d’une poignée d’apprentis sorciers politiques, judiciaires ou religieux

Peut engager jusqu’aux fondements culturels ou anthropologiques de générations entières ?

Le fiasco démocratique du Royaume-Uni
Kenneth Rogoff

Project syndicate

Jun 24, 2016

CAMBRIDGE – La véritable folie du vote britannique sur une sortie hors de l’Union européenne réside moins dans le fait que les dirigeants britanniques se soient risqués à demander à leur peuple de peser le pour et le contre entre appartenance à l’UE et pressions migratoires liées à ce statut de membre, que dans le fait que la barre ait été placée incroyablement bas en termes de scrutin, le oui au Brexit n’ayant en effet exigé qu’une majorité simple. Compte tenu d’un taux de participation de 70 %, la campagne du Leave l’a ainsi emporté grâce au soutien de seulement 36 % des électeurs.

La démocratie, ce n’est pas cela. Ce vote revient à jouer à la roulette russe au sein même d’un régime politique moderne. Une décision empreinte d’énormes conséquences – au-delà même de ce qu’il peut arriver lorsque la Constitution d’un pays se trouve modifiée (texte qui bien entendu n’existe pas au Royaume-Uni) – vient d’être prise sans que ne soient intervenus de garde-fous appropriés.

A-t-il été prévu que le vote ait à nouveau lieu dans un délai d’un an, pour plus de certitude ? Non. Est-il nécessaire qu’une majorité au Parlement approuve le Brexit ? Apparemment non. Le peuple britannique avait-il réellement connaissance du sujet du vote ? Absolument pas. Personne n’a en effet la moindre idée des conséquences du Brexit, que ce soit pour le Royaume-Uni ou pour le système commercial mondial, ni de son impact sur la stabilité politique du pays. Et j’ai bien peur que le tableau s’annonce pour le moins déplaisant.

Certes, nous autres citoyens de l’Occident avons la chance de vivre une époque de paix : l’évolution des circonstances et des priorités peut être gérée au travers du processus démocratique plutôt que par la guerre civile ou à l’étranger. Mais quel genre de processus juste et démocratique peut aboutir à des décisions aussi irréversibles, et aussi déterminantes à l’échelle de toute une nation ? Une majorité de 52 % est-elle réellement suffisante pour décider un beau matin de tout plaquer ?

En termes de permanence et de conviction des choix, la plupart de nos sociétés érigent davantage de barrières sur le chemin d’un couple qui souhaite divorcer que sur celui du gouvernement du Premier ministre David Cameron lorsque la question n’est autre que la sortie de l’UE. Les partisans du Brexit n’ont pas inventé ce jeu de la roulette russe, tant les précédents existent, notamment dans le cas de l’Écosse en 2014, ou du Québec en 1995. Seulement voilà, jusqu’à présent, le barillet du revolver ne s’était jamais arrêté sur la cartouche. Maintenant que c’est chose faite, l’heure est venue de repenser les règles du jeu.

Le fait de considérer que n’importe quelle décision convenue à n’importe quel moment via la règle de la majorité serait nécessairement « démocratique » revient à pervertir cette notion. Les démocraties modernes disposent de systèmes évolués qui font intervenir des garde-fous afin de préserver les intérêts des minorités, et d’éviter que ne soient prises des décisions malavisées, aux conséquences désastreuses. Plus la décision en question est conséquente et permanente, plus les barrières sont élevées.

C’est la raison pour laquelle une révision constitutionnelle, par exemple, requiert généralement de satisfaire à des obstacles bien plus importants que dans le cas de la simple promulgation de lois budgétaires. Il semble pourtant que la norme internationale actuelle régissant la rupture d’un pays auprès d’autres États soit désormais moins exigeante que le vote d’un texte sur l’abaissement de l’âge légal pour la consommation d’alcool.

L’Europe étant désormais confrontée au risque d’une vague de nouveaux votes de rupture, la question urgente consiste à déterminer s’il existerait une meilleure manière de procéder à de telles décisions. J’ai personnellement interrogé plusieurs experts majeurs en sciences politiques sur la question de savoir s’il existe ou nom un consensus académique en la matière ; malheureusement, la réponse est rapide et négative.

Une chose est sûre, bien que la décision sur le Brexit puisse avoir semblé simple dans le cadre du scrutin, nul ne sait en vérité ce qu’il peut advenir à la suite d’un tel vote de sortie. Ce que nous savons en revanche, c’est que la plupart des pays exigent en pratique une « supermajorité » lorsqu’une décision s’avère déterminante à l’échelle d’une nation, et non une simple majorité de 51 %. Il n’existe certes pas de chiffre universel, de type 60 %, mais le principe général veut qu’au minimum la majorité en question soit manifestement stable. Un pays ne devrait pas pouvoir procéder à des changements fondamentaux et irréversibles sur la base d’une majorité acquise sur le fil du rasoir et susceptible de ne l’emporter qu’au cours d’une brève fenêtre d’élan émotif. Même s’il est possible que l’économie du Royaume-Uni ne plonge pas dans une récession pure et simple à l’issue de ce vote (le déclin de la livre sterling étant susceptible d’amortir le choc initial), il y a de fortes chances que le désordre économique et politique provoqué suscite chez ceux qui ont voté en faveur du Leave une sorte de « remord de l’acheteur ».

Depuis l’Antiquité, les philosophes s’efforcent de concevoir des systèmes visant à équilibrer la puissance de la règle majoritaire avec la nécessité de veiller à ce que les toutes les parties informées puissent peser d’un poids plus conséquent en cas de décisions critiques, sans parler de la nécessité que soient entendues les voix de la minorité. À l’époque des assemblées organisées à Sparte dans la Grèce antique, les votes étaient exprimés par acclamation. Les citoyens donnaient ainsi plus ou moins de voix afin de refléter l’intensité de leurs préférences, tandis qu’un magistrat président y prêtait une oreille attentive et se prononçait ensuite sur l’issue du vote. La procédure était certes imparfaite, mais pas forcément moins judicieuse que celle à laquelle nous venons d’assister au Royaume-Uni.

À certains égards, Athènes, cité homologue de Sparte, a pour sa part appliqué le plus parfait exemple historique de démocratie. Les voix de chaque individu, issu de n’importe quelle catégorie de citoyens, pesaient d’un poids équivalent (même si seuls les hommes étaient concernés). Cependant, à l’issue de plusieurs décisions catastrophiques dans le domaine de la guerre, les Athéniens considérèrent nécessaire de conférer davantage de pouvoir à des organes indépendants.

Qu’aurait dû faire le Royaume-Uni s’il avait effectivement été nécessaire de poser la question de son appartenance à l’UE (nécessité qui en réalité n’existait pas) ? De toute évidence, les freins à toute décision en la matière auraient dû être beaucoup plus conséquents ; le Brexit aurait par exemple pu nécessiter deux consultations populaires, espacées d’au moins deux ans, et suivies d’un vote de la Chambre des communes à 60 %. Si la volonté d’un Brexit avait malgré cela persisté, nous aurions au moins su qu’il ne s’agissait pas uniquement de la photographie ponctuelle d’un fragment de la population.

Le vote britannique plonge désormais l’Europe dans la tourmente. Beaucoup de choses dépendront de la manière dont le monde réagit, et de la capacité du gouvernement britannique à gérer sa propre reconstruction. Il est néanmoins important que nous fassions non seulement le bilan de l’issue du référendum, mais également celui du processus de vote. Toute démarche visant à redéfinir un accord de longue date portant sur les frontières d’un État devrait exiger bien plus qu’une majorité simple, exprimée dans le cadre d’un seul et unique vote. Nous venons tout juste de constater à quel point l’actuelle norme internationale consistant à employer la règle de la majorité simple peut constituer une recette désastreuse.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Voir aussi:

L’avènement de la démocratie des masses en Europe

Mark Leonard

Project syndicate

Jun 25, 2016

LONDRES – Même s’il va nous falloir du temps pour encaisser le choc suscité par le vote britannique en faveur d’une sortie de l’Union européenne, il incombe dès à présent aux dirigeants européens de s’armer de courage face aux possibles événements à venir. En effet, le Brexit pourrait bien constituer une sorte de secousse sismique préalable à un véritable raz-de-marée de référendums en Europe au cours des prochaines années.

Partout en Europe, pas moins de 47 partis de révolte viennent mettre la politique sans dessus dessous. Ces mouvements influencent de plus en plus l’agenda politique, et le façonnent selon leurs propres intérêts – gagnant au passage en puissance. Dans un tiers des États membres de l’UE, les partis de ce type sont présents au sein des coalitions gouvernementales, leur succès croissant conduisant les partis dominants à adopter certaines de leurs positions.

Bien que ces partis de révolte présentent des racines différentes, ils ont bel et bien une chose en commun : ils s’efforcent tous de bouleverser ce consensus de politique étrangère qui définit l’Europe depuis des dizaines d’années. Eurosceptiques, opposés à l’OTAN, ils entendent verrouiller leurs frontières et mettre un terme au libre-échange. Ces partis viennent modifier le visage de la politique, remplaçant les traditionnelles querelles gauche-droite par des disputes dans le cadre desquelles leur propre nativisme irascible s’oppose au cosmopolitisme des élites qu’ils méprisent.

L’arme privilégiée par ces partis n’est autre que le référendum, grâce auquel ils mobilisent un soutien populaire autour de leurs objectifs. D’après le Conseil européen des relations internationales, pas moins de 32 référendums sont aujourd’hui demandés dans 18 pays de la zone euro. À l’instar du Parti populaire danois, certains entendent suivre l’exemple du Royaume-Uni, en organisant un vote sur la question de l’appartenance à l’UE. D’autres souhaitent s’extraire de la zone euro, faire obstacle au Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) envisagé avec les États-Unis, ou encore limiter la mobilité de la main-d’œuvre.

Le plan de relocalisation des réfugiés adopté par l’UE se révèle particulièrement créateur de divisions. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a en effet déclaré qu’il entendait organiser un référendum autour des quotas proposés. Le parti polonais d’opposition Kukiz’15 procède également à la collecte de signatures en vue d’organiser son propre référendum sur cette même question.

Le fait de restituer le pouvoir aux masses, via une démocratie directe, constitue sans doute la proposition la plus révolutionnaire de ces partis. Celle-ci reflète en effet la compréhension des frustrations qui suscitent une vague mondiale de protestations populaires depuis quelques années – contestations qui, au sein du monde arabe, ont déclenché des révolutions bien réelles. C’est ce même esprit de révolte qui a conduit par exemple les Espagnols, les Grecs et les New-Yorkais à envahir les rues – avec des revendications bien entendu différentes – qui alimentent le soutien en faveur de ces nouveaux référendums, et des partis insurgés qui poussent dans cette direction.

Il y a là un cauchemar non seulement pour les partis dominants, mais également pour la gouvernance démocratique elle-même. Comme l’a démontré l’expérience de la Californie en matière de référendum, l’opinion publique a bien souvent tendance à voter en faveur de mesures contradictoires – moins d’impôts mais davantage d’aides sociales, ou encore préservation de l’environnement mais baisse du prix des carburants.

Seulement voilà, cette tendance représente une difficulté exponentielle pour l’UE, la dynamique actuelle venant en effet bouleverser les fondements mêmes de l’Union. N’oublions pas que l’UE constitue l’expression ultime de la démocratie représentative. Il s’agit d’une entité éclairée, qui a pour vocation centrale un certain nombre de valeurs libérales telles que les droits de l’individu, la protection des minorités, ou encore l’économie de marché.

Malheureusement, les couches de représentation sur lesquelles repose l’UE ont créé l’impression qu’une lointaine élite se chargeait de tout gérer, totalement déconnectée des citoyens ordinaires. Ceci fournit une cible idéale aux partis nationalistes, dans le cadre de leurs campagnes anti-UE. Ajoutez à cela l’instrumentalisation des peurs autour de questions telles que l’immigration ou le commerce, et la capacité de ces partis à attirer des électeurs frustrés ou inquiets se trouve renforcée.

Deux visions de l’Europe s’opposent désormais : celle d’une Europe diplomatique, et celle d’une Europe des masses. L’Europe diplomatique, incarnée par le père fondateur de l’UE Jean Monnet, est parvenue à extraire certaines questions sensibles hors de la sphère politique populaire, et à les réduire à des problématiques techniques solubles, gérées par des diplomates au moyen de compromis bureaucratiques convenus en coulisses. L’Europe des masses, notamment représentée par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, qui a activement contribué au Brexit, s’inscrit précisément à l’opposé de l’Europe de Jean Monnet, puisqu’elle s’intéresse à des compromis tels que le TTIP, ou encore l’accord d’association avec l’Ukraine, pour ensuite politiser intentionnellement ces compromis.

Là où l’Europe diplomatique s’efforce de promouvoir la réconciliation, l’Europe des masses conduit à une polarisation. Et tandis que la diplomatie vise une issue gagnant-gagnant, la démocratie directe constitue un jeu à somme nulle. La diplomatie cherche à faire baisser la température, là où le paradigme des masses ne fait que l’augmenter. Les diplomates peuvent travailler ensemble et s’entendre, tandis que le référendum constitue un exercice binaire et fixe, qui exclut la marge de manœuvre, la créativité et les compromis nécessaires à la résolution des problèmes politiques. La solidarité est impossible au sein d’une Europe gouvernée par les masses.

Cet éloignement de l’Europe par rapport à la diplomatie a débuté il y a une dizaine d’années, lorsque le Traité établissant une Constitution pour l’Europe a été rejeté par un référendum populaire en France et aux Pays-Bas. Il est possible que cet événement ait dorénavant interdit à l’UE tout exercice d’élaboration de traités, de sorte que l’espoir d’une intégration future pourrait bien être anéanti.

Mais au lendemain du Brexit, l’avenir de l’intégration européenne ne constitue pas la préoccupation première de l’Europe. Celle-ci doit désormais faire face aux forces croissantes qui mettent à mal l’intégration jusqu’ici accomplie, et qui s’efforcent de pousser l’Europe vers l’arrière. Il suffit en effet de se remémorer la période antérieure à l’UE pour réaliser combien cette trajectoire peut se révéler dangereuse.

En cette nouvelle ère de « vétocratie » européenne, cette diplomatie qui avait sous-tendu la création et la vision d’avenir du projet européen ne peut plus fonctionner, ce qui fait de l’UE une entité ingouvernable. Maintenant que les eurosceptiques sont parvenus à leurs fins au Royaume-Uni, cette vétocratie est vouée à devenir plus puissante que jamais. Il faut s’attendre à ce que les votes directs organisés autour de questions telles que les règles commerciales ou la politique d’immigration viennent dévaster la démocratie représentative en Europe, de la même manière que les votes directs sur l’appartenance à l’Union menacent d’anéantir l’UE elle-même.

Dans l’un des romans du prix Nobel José Saramago, la péninsule ibérique se détache du continent européen et part à la dérive. À l’heure où un véritable tsunami de consultations populaires menace le continent, il pourrait bien s’agir d’une métaphore annonciatrice.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Voir également:

Une tragédie britannique en un acte

Chris Patten

Project syndicate

Jun 25, 2016

OXFORD – Jeudi soir restera comme une date importante pour ceux qui ont fait campagne pour quitter l’Union européenne et pour tourner le dos de la Grande-Bretagne au XXIème siècle. Je peux au moins leur accorder cela. Comme l’a écrit Cicéron : « Ôcombien misérable et malheureux fut ce jour-là ! »

La décision de quitter l’Union européenne va dominer la vie nationale britannique pendant la prochaine décennie, si ce n’est plus. On peut discuter de l’ampleur précise du choc économique, à court et à long terme, mais il est difficile d’imaginer des circonstances dans lesquelles le Royaume-Uni ne va pas s’appauvrir et perdre de son importance au plan mondial. Une grande partie de ceux qui ont été encouragés à voter prétendument pour leur « indépendance » trouveront que, loin de gagner leur liberté, ils ont perdu leur emploi.

Pourquoi est-ce donc arrivé ?

Tout d’abord, un référendum réduit la complexité à une absurde simplicité. Le fouillis de la coopération internationale et de la souveraineté partagée représenté par l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne a été calomnié par une série d’allégations et de promesses mensongères. On a promis aux Britanniques qu’il n’y aurait pas de prix économique à payer pour quitter l’UE, ni aucune perte pour tous les secteurs de sa société qui ont bénéficié de l’Europe. On a promis aux électeurs un accord commercial avantageux avec l’Europe (le plus grand marché de la Grande-Bretagne), une immigration plus faible et plus d’argent pour le National Health Service (le système de sécurité sociale britannique), ainsi que d’autres biens et services publics précieux. Par-dessus tout, on a promis que la Grande-Bretagne retrouverait son « mojo », la vitalité créatrice nécessaire pour faire sensation.

Une des horreurs à venir sera la déception croissante des partisans du Leave (quitter l’UE), une fois que tous ces mensonges seront découverts. On a promis aux électeurs qu’ils allaient pouvoir « récupérer leur pays. » Je ne pense pas que le véritable résultat de tout cela va leur plaire.

Une deuxième raison de la catastrophe est la fragmentation des deux principaux partis politiques de la Grande-Bretagne. Depuis des années, le sentiment anti-européen a miné l’autorité des dirigeants conservateurs. En outre, toute notion de discipline et de loyauté envers le parti s’est effondrée il y a quelques années, avec la réduction du nombre de membres du parti conservateur. Le pire est ce qui est arrivé au sein du Parti travailliste, dont les sympathisants traditionnels ont donné l’impulsion aux grands votes du Leave dans de nombreux domaines de la classe ouvrière.

Avec le Brexit, nous venons d’assister à l’arrivée du populisme à la Donald Trump en Grande-Bretagne. De toute évidence, il existe une hostilité généralisée, submergée par un tsunami de bile populiste, à l’égard de quiconque est considéré comme un membre de « l’establishment ». Les militants du Brexit, comme le Secrétaire à la Justice Michael Gove, ont rejeté tous les experts  dans le cadre d’un complot égoïste des nantis contre les démunis. Les conseils du Gouverneur de la Banque d’Angleterre, de l’Archevêque de Canterbury ou du Président des États-Unis, n’auront finalement compté pour rien. Tous ont été décrits comme des représentants d’un autre monde, sans rapport avec la vie des britanniques ordinaires.

Ceci nous amène vers une troisième raison du vote pro-Brexit : les inégalités sociales croissantes qui ont contribué à une révolte contre ce qui a été perçu comme une élite métropolitaine. La vieille Angleterre industrielle, dans des villes comme Sunderland et Manchester, a voté contre les citoyens plus aisés de Londres. La mondialisation, selon ces électeurs, bénéficie à ceux d’en haut (qui n’ont aucun problème à travailler avec le reste du monde), au détriment de tous les autres.

Au-delà de ces raisons, le fait que pendant des années presque personne n’ait vigoureusement défendu l’adhésion britannique à l’UE n’a rien fait pour arranger les choses. Cela a créé un vide, ce qui a permis à l’illusion et à la tromperie d’effacer les avantages de la coopération européenne et de promouvoir l’idée selon laquelle les Britanniques étaient devenus les esclaves de Bruxelles. Les électeurs pro-Brexit ont été abreuvés d’une conception absurde de la souveraineté, ce qui leur a permis de choisir une pantomime d’indépendance, plutôt que l’intérêt national.

Mais les plaintes et les grincements de dents sont bien inutiles à présent. Dans des circonstances sinistres, les parties concernées doivent honorablement essayer d’assurer la meilleure voie possible pour le Royaume-Uni. On espère que les partisans du Brexit ont eu au moins à moitié raison, aussi difficile que cela puisse paraître. En tout cas, il faut tirer le meilleur parti de cette nouvelle donne.

Pourtant trois défis viennent immédiatement à l’esprit.

Tout d’abord, à présent que David Cameron a clairement fait savoir qu’il allait démissionner, l’aile droite du Parti conservateur et certains de ses membres les plus acerbes vont dominer le nouveau gouvernement. Cameron n’a pas eu le choix. Il ne pouvait pas aller à Bruxelles au nom de collègues qui l’ont poignardé dans le dos, pour négocier un projet qu’il ne soutient pas. Si son successeur est un leader du Brexit, la Grande-Bretagne peut s’attendre à être dirigée par quelqu’un qui a passé les dix dernières semaines à proférer des mensonges.

Ensuite, les liens qui font l’unité du Royaume-Uni (en particulier pour l’Écosse et l’Irlande du Nord, qui ont voté pour rester en Europe), seront soumis à rude épreuve. J’espère que la révolte du Brexit ne conduira pas inévitablement à un vote d’éclatement du Royaume-Uni, mais ce résultat est effectivement une possibilité.

Enfin, la Grande-Bretagne devra commencer à négocier sa sortie très bientôt. Il est difficile de voir comment elle pourra finalement se retrouver dans une meilleure relation avec l’UE, comparée à celle dont elle jouissait jusqu’à présent. Tous les Britanniques auront du pain sur la planche pour convaincre leurs amis dans le monde entier qu’ils n’ont pas choisi de partir sur un coup de tête.

La campagne référendaire a relancé la politique nationaliste, qui porte toujours sur la race, l’immigration et les complots. Une tâche que nous partageons tous dans le camp pro-européen consiste à essayer de contenir les forces qui ont déchainé le Brexit et à affirmer les valeurs qui nous ont valu tant d’amis et d’admirateurs à travers le monde par le passé.

Tout cela a commencé dans les années 1940, avec Winston Churchill et sa vision de l’Europe. La façon dont cela va se terminer peut être décrite par l’un des aphorismes les plus célèbres de Churchill : « Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours. »

En fait, de nombreux électeurs du « Leave » ne seront peut-être plus là pour le regretter. Mais les jeunes Britanniques, qui ont voté massivement pour continuer à faire partie de l’Europe, vont presque à coup sûr le regretter.

Voir encore:

Brexit: So is it ‘good for the Jews’?
Rabbi Abraham Cooper and Dr. Harold Brackman

As a shocked world reacted to England’s unexpected exit from the European Union, Palestinian President Abbas delivered a speech to the European Parliament.

Abbas, now in the 11th year of his four-year term, accused Israel of becoming a fascist country.

Then he updated a vicious medieval anti-Semitic canard by charging that (non-existent) rabbis are urging Jews to poison the Palestinian water supply.

The response by representatives of the 28 European nations whose own histories are littered with the terrible consequences of such anti-Semitic blood libels? A thunderous 30-second standing ovation.

So forgive us if while everyone else analyzes the economic impact of the UK exit, and pundits parse the generational and social divide of British voters, we dare to ask a parochial question: is a weakened EU good or bad for the Jews? First, there is the geopolitical calculus of a triple pincer movement to consider: Russian President Vladimir Putin’s troublemaking from the East, the massive migrant-refugee influx into Europe from the South, and now the UK’s secession from the West with unforeseen implications for global economies and politics.

For Israel, the EU’s global dilemma is a mixed bag. On the one hand, it could, at least temporarily, derail the EU’s intense pressuring of Israel to accept – even sans direct negotiations with the Palestinians – a one-sided French peace initiative, imposing indefensible borders on the Jewish state. On the other hand, as leading Israeli corporations and Israel’s stock market are already recognizing, new problems for the EU economic engine are also a threat to the Jewish state’s economic ties with its leading trading partner.

But the scope of the current crisis is also very much the result of the internal moral and political failure of the EU’s own transnational elites and political leadership to confront its homegrown problems. These problems have also impacted on many of Europe’s 1.4 million Jews.

It’s been 25 years since the Berlin Wall came down. This means the EU had an entire generation to deliver on the promises of creating a new Europe that would continue and extend the progress made since World War II by instituting a common currency and encouraging economic integration, free movement between member countries, while promoting mutual respect among the free citizens of the new United States of Europe.

Instead, European elites over-centralized power in Brussels by practicing what amounts to “taxation without representation,” and – after instituting open borders across the continent – failed to come up with coherent strategies to deal with burgeoning terrorism and wave after wave of Middle East migrants. Suddenly, calls by (mostly) far-right voices to “take back control of their country,” “restore national sovereignty” and “reestablish national borders” began to resonate in the mainstream of not only the UK, but also Germany, the Netherlands, Scandinavia and France. With Germany’s Chancellor Angel Merkel as the prime example, EU political leaders have so far failed to deal with legitimate citizen concerns that democracy itself is threatened by the uncontrolled influx of people from the Middle East and Africa who are not being assimilated into the basic values and institutions of Western societies.

To date, the primary beneficiaries of this political failure are the extreme nationalist parties – Le Pen’s National Front in France, Geert Wilders’ Dutch Party for Freedom, Austria’s Freedom Party, and Fidesz and Jobbik in Hungary among them – that are now mainstream political and social actors on their nations’ social power grids. Many are the proud bearers of xenophobic, populist platforms that include whitewashing or minimizing the crimes of the Nazi era. Jews rightfully fearful of the anti-Semitism among old and new Muslim neighbors in Europe can take little solace in the specter of a fragmented continent led by movements whose member rail against Muslims but also despise Jews.

We began with President Abbas’ morning-after-Brexit blood libel speech before a perfidious European Parliament. His libel and the applause it received still reverberate despite Abbas’ subsequent retraction.

For the episode highlights the lack of moral accountability infecting EU elites ensconced in the ivory towers of Brussels’ bureaucratic headquarters.

We can only hope and pray that European captains of industry, politicians, media and NGOs take the UK vote as a wake-up call for them all. For if they fail to actually address the economic and social crises with real solutions, it won’t only be the Jews of Europe who will be searching for the nearest exit.

Rabbi Abraham Cooper is associate dean of the Simon Wiesenthal Center and Museum of Tolerance. Dr. Harold Brackman, a historian, is a consultant to the Simon Wiesenthal Center.

Voir de même:

Mahmoud Abbas
Israël
Conflit israélo-palestinien
Moyen-Orient

Abbas accuse les rabbins de vouloir empoisonner les puits palestiniens, Israël crie à la calomnie
S’exprimant devant le Parlement européen jeudi 23 juin, le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré que des rabbins avaient demandé au gouvernement d’empoisonner l’eau des puits pour tuer des Palestiniens.
Thierry Charlier, AFP

FRANCE 24

23/06/2016
Israël accuse Mahmoud Abbas d’avoir calomnié les juifs. Le président palestinien a déclaré devant le Parlement européen que certains rabbins avaient appelé à empoisonner l’eau des puits pour tuer des Palestiniens.
S’exprimant devant le Parlement européen jeudi 23 juin, le président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé que récemment, « un certain nombre de rabbins en Israël ont tenu des propos clairs, demandant à leur gouvernement d’empoisonner l’eau pour tuer les Palestiniens ». De la calomnie contre les juifs, selon Israël.

« Abou Mazen a montré son vrai visage à Bruxelles », a déclaré dans un communiqué le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, utilisant le nom de guerre de Mahmoud Abbas.

Sans citer de sources à ces accusations, Mahmoud Abbas a également ajouté que cet appel entrait dans le cadre d’attaques qualifiées par lui d’incitation à la violence contre les Palestiniens.

Confusion autour d’une éventuelle rencontre entre présidents palestinien et israélien

Dans le même temps, le président du Parlement européen Martin Schulz n’a pas réussi à organiser comme il le souhaitait une rencontre entre Mahmoud Abbas et le président israélien Reuven Rivlin, qui se trouvait également à Bruxelles jeudi.

Martin Schulz a indiqué à l’AFP qu' »il n’y a pas eu de rencontre en raison d’une incompatibilité d’agendas ». Mais Reuven Rivlin a pour sa part rejeté la responsabilité de l’échec de cette tentative de rencontre sur le président palestinien.

« Personnellement, je trouve cela étrange que le président Abbas (…) refuse toujours de rencontrer des dirigeants israéliens et se tourne toujours vers la communauté internationale pour trouver de l’aide », a-t-il lancé, en faisant allusion à l’initiative française de conférence de paix internationale, à laquelle s’oppose fermement Israël.

De son côté, le porte-parole de Mahmoud Abbas, Nabil Abou Roudeina, a démenti que toute rencontre ait été prévue.

Selon le bureau de Benjamin Netanyahou, ce qui s’est passé à Bruxelles contredit la volonté affichée de Mahmoud Abbas de négocier la paix avec Israël. « La personne qui refuse de rencontrer le président (israélien) et énonce des calomnies devant le Parlement européen ment lorsqu’il prétend que sa main est tendue pour faire la paix », selon le communiqué.

Avec AFP

Voir par ailleurs:

UE, une Constitution à petits pas
Florence Deloche-Gaudez
Libération
3 juillet 2003

Après les critiques suscitées par la négociation du traité de Nice, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne ont décidé de recourir à une autre méthode, celle de la Convention, et envisagé d’adopter un nouveau texte fondateur, une Constitution. Depuis février 2002, cette Convention a réuni, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, des représentants non seulement des gouvernements mais aussi des Parlements nationaux (des Etats membres comme des pays candidats), du Parlement européen et de la Commission européenne. En dépit des positions défensives qu’y ont prises certains gouvernements, les conventionnels ont réussi à adopter par consensus un texte unique, présenté au Conseil européen de Thessalonique comme un «projet de traité instituant une Constitution pour l’Europe». Cette dernière remplacerait les traités existants.

Le terme de «Constitution» reflète l’ambition du projet. Il s’agit d’apporter des réponses à deux défis majeurs de la construction européenne : comment faire fonctionner une Union qui va passer de quinze à vingt-cinq membres ? Comment renforcer la légitimité du système européen auprès de ses citoyens ?

Parmi les principaux acquis du projet, citons le développement de la règle majoritaire, une certaine clarification du système européen et le surcroît de pouvoir donné aux citoyens.

S’agissant, tout d’abord, de l’efficacité de l’Union, davantage de décisions seront prises à la majorité. Cela sera, en particulier, le cas au sein de «l’espace de liberté, de sécurité et de justice» (politiques en matière d’immigration, d’asile…). Dans une Europe élargie, comprenant vingt-cinq Etats membres, il sera en effet très difficile, voire impossible, de décider à l’unanimité. Elle offre certes à chaque gouvernement national l’agrément de pouvoir bloquer une mesure qui le contrarie. Elle entrave pour la même raison la prise de décisions communes et limite par conséquent la capacité d’agir en commun. Au contraire, dans le cas de décisions adoptées à la majorité, chaque Etat, parce qu’il risque d’être mis en minorité, est incité à être constructif, à convaincre et à accepter d’inévitables compromis.

Pour renforcer la légitimité de l’Union européenne, les conventionnels ont voulu rédiger un texte plus clair, rendre le système européen plus transparent et plus intelligible. En ce sens, leur projet s’apparente bien à une Constitution. Aux différents traités suc cède un texte unique. Il vise à préciser la répartition des compétences entre l’Union et ses Etats membres. Y est incluse la Charte des droits fondamentaux. Les «lois européennes» vont enfin cesser de s’appeler «règlements». Sauf exceptions, elles seront adoptées selon la procédure unique de la codécision, rebaptisée opportunément «procédure législative». Cette dernière fait intervenir le Parlement européen, élu par les citoyens, et le Conseil législatif et des affaires générales, où sont représentés les Etats. Leurs débats seront publics.

Le projet de Constitution est donc plus accessible que les traités actuels. Il n’est pas pour autant simple. Le texte est long. Les négociations qui ont prévalu dans la dernière phase de la Convention ont contribué à en réduire la lisibilité. Les clauses temporaires sont nombreuses. La nouvelle définition, plus claire, de la majorité qualifiée (une majorité d’Etats représentant 60 % de la population) pourrait ainsi ne s’appliquer qu’en 2012. Les piliers ont disparu mais des procédures particulières subsistent.

Ce constat confirme que la simplification du système européen ne peut constituer le seul moyen d’accroître la légitimité de l’Union. Donner plus de pouvoir aux citoyens est une autre voie à emprunter pour réduire la distance qui existe entre ce niveau de gouvernement et les Européens. A cet égard, l’actuel projet de Constitution comprend deux dispositions clés. En premier lieu, sans l’assurer, il ouvre la voie à la désignation indirecte du président de la Commission par les citoyens via les élections européennes. Certes, c’est le Conseil européen qui continuera à proposer un candidat à cette fonction, au Parlement européen ensuite de l’approuver (ou de le rejeter). Mais à l’avenir les chefs d’Etat et de gouvernement devront faire des propositions qui tiennent compte «des élections au Parlement européen», et ce dernier se prononcera à une majorité simple. Le groupe politique majori taire au Parlement pourrait donc voir son candidat l’emporter. Si les partis politiques indiquaient, avant les élections, le nom de leur candidat, les électeurs auraient alors la possibilité, en votant, de peser sur le choix du président de la Commission. Ils détiendraient ainsi un pouvoir qui leur fait défaut au niveau européen : celui de «changer d’équipe».

Deuxième disposition susceptible de donner aux Européens plus de «prises» sur le système : l’introduction d’un droit d’initiative citoyenne. La démocratie directe est peu présente au niveau européen. Il est appréciable qu’un million de citoyens issus de différents Etats membres puissent demander à la Commission de faire des propositions sur une question déterminée.

Le projet de Constitution comprend en revanche deux limites non négligeables : la solution retenue pour la composition de la Commission n’apparaît pas totalement satisfaisante ; les décisions prises à l’unanimité sont encore trop nombreuses.

La Commission est une institution cruciale puisqu’elle détient le pouvoir d’initier les lois et qu’elle est chargée de l’intérêt commun. Le projet de Constitution prévoit qu’à partir de 2009, seulement quinze commissaires auront un droit de vote. A ceux-ci s’ajouteront des commissaires sans droit de vote, «venus de tous les autres Etats membres». Les uns et les autres «tourneraient» selon un système de rotation qui reste à éclaircir. Il s’agit d’un compromis entre deux points de vue : d’une part, celui qui voudrait que seule une Commission restreinte, au sein de laquelle pourrait régner une véritable collégialité, soit en mesure de remplir efficacement son rôle ; d’autre part, celui qui privilégie la présence d’un ressortissant de chaque Etat membre, au motif que la légitimité des décisions de la Commission exige aussi que chaque voix puisse se faire entendre. Mais même ce compromis est controversé : si la rotation est véritablement égalitaire, en excluant régulièrement du collège des ressortissants de «grands» Etats membres, ne risque-t-on pas d’affaiblir l’autorité de la Commission ?

Finalement, pourquoi vouloir à tout prix fixer un nombre précis de commissaires ? Pourquoi ne pas laisser le président de la Commission choisir ses commissaires comme un Premier ministre le ferait ?

Deuxième limite du projet de Constitution : il est encore des domaines où l’unanimité, paralysante, prévaut. Parce que le texte reste un «traité» qui doit être ensuite avalisé par une conférence intergouvernementale où les gouvernements disposent chacun d’un droit de veto, ces derniers sont parvenus, dès la Convention, à soustraire certaines politiques du champ de la majorité. Le représentant britannique a certainement été le plus actif : il n’a eu de cesse de répéter que le Royaume-Uni ne pouvait renoncer à son droit de veto dans le domaine de la politique étrangère, de la politique sociale ou fiscale… Le problème est que pratiquement chaque Etat a son domaine sensible. La France refuse que les accords commerciaux relatifs aux services culturels et audiovisuels soient conclus à la majorité ; les Allemands sont revenus sur certaines avancées en matière sociale ; pour les Irlandais, la fiscalité ne peut relever de procédures majoritaires…

Pire, la Constitution instituée par le traité ne pourra être révisée qu’à une double unanimité (au Conseil européen et au moment des ratifications nationales). Il sera donc très difficile de l’améliorer. Selon certains, une telle clause de révision interdit même l’appellation de «Constitution». Cela revient à maintenir une logique de négociation diplomatique, au lieu d’accepter celle d’une démocratie dans laquelle les décisions se prennent à la majorité, même à une majorité très élevée. Si la minorité ne veut pas se soumettre, elle peut se démettre via la nouvelle clause de retrait.

Toujours au sujet des «dispositions finales», de nombreux conventionnels ont appelé à faire ratifier l’actuel projet de traité par référendum (un référendum éventuellement consultatif dans les Etats où une telle procédure n’est pas prévue). Il est vrai que cela serait cohérent avec le projet d’instituer une Constitution. Les traités offraient déjà la possibilité d’édicter une norme supérieure aux droits nationaux. Qui dit Constitution devrait aussi dire légitimation du pouvoir politique européen par les citoyens, et non plus seulement par les Etats.

En définitive, alors que le terme de «Constitution» pouvait accréditer l’idée d’un changement radical, on reste plutôt dans une logique de «petits pas». Le projet élaboré par la Convention et transmis aux chefs d’Etat et de gouvernement offre la possibilité d’accomplir certains pas en avant. Mais il présente aussi des limites, auxquelles il faudra remédier à l’avenir. La Convention doit encore se réunir en juillet pour finaliser les parties sur les politiques de l’Union et les dispositions finales (entrée en vigueur du traité instituant la Constitution, révision de la future Constitution). Les conventionnels sauront-ils profiter de cette dernière occasion pour préserver l’avenir et proposer des dispositions dignes d’une «Constitution» ?.

On insiste depuis longtemps sur la nécessité d’imposer la publicité des débats lorsque le sujet débattu est susceptible d’engager les intérêts privés des membres du comité ou de l’ assemblée. La publicité est le meilleur antiseptique (Bentham) ou le meilleur désinfectant (Brandeis). Cependant, la publicité des débats n’élimine pas les motivations intéressées, seulement leur expression publique. Il existe toujours un moyen pour un acteur de trouver une justification respectable à un désir égoïste. Ainsi, il semblerait que l’effet de la publicité des débats soit simplement de forcer les motiva tions intéressées à emprunter le langage du désintéressement, sans que rien ne change sur le fond. Le pro blème est d’autant plus aigu qu’à la multiplicité des justifications s’ajoute celle des scénarios causaux plausibles dont un orateur peut se servir pour démontrer la convergence de son intérêt particulier et de l’intérêt général. Heureusement, ces deux degrés de liberté dans le choix du raisonnement justificatif ont leur contrepartie dans deux contraintes qui pèsent sur l’orateur. D’abord il y a une contrainte de cohérence : une fois que l’agent a adopté un certain principe normatif ou une certaine théorie causale, il ne peut pas les abandonner quand bien même ils ne lui permettent plus de satisfaire ses désirs. Ensuite, il y a ce qu’on peut appeler une contrainte d’imperfection, due à ce qu’il ne faut pas que l a coïncidence entre la motivation professée et le désir soit trop criante. Afin de cacher ses vraies motivations, il faut souvent, dans une certaine mesure, aller contre ses désirs. La contrainte de cohérence et la contrainte d’imperfection ont produit ce qu’on peut appeler la force civilisatrice de l’hypocrisie. Il ne s’agit pas d’une loi générale, mais d’une tendance plus ou moins susceptible de se réaliser selon les situations. Cependant, même si la publicité peut être désirable pour limiter le rôle des intérêts dans les débats, à supposer bien sûr que le vote soit également public, elle tend souvent à stimuler les passions , dont notamment l’amour-propre. Passons maintenant au vote. Il convient de distinguer non seulement le scrutin secret et le vote public, mais également ce qu’on pourrait appeler le vote public non-observé. C ’est l’idée de Bentha m, selon la quelle les votes devaient se faire en public mais de manière simultanée de sorte que personne, avant de voter, ne puisse observer comment votent les autres membres. En même temps, chacun sait que les autres sauront par la suite comment il a voté. Ainsi, on pourra éviter, ou du moins réduire, la portée du conformisme aussi bien que de l’hypocrisie. L ’effet anti-hypocrite de la publicité consiste dans l’élimination de l’option de parler pour une option pour ensuite voter contre. Elle a aussi l’effet de rendre possible l’écha nge des votes, effet dont il est difficile de dire en général s’il est ou non souh aitab le. L ’effet anti-hypocrite de la publicité est évidemment très différent de la force civilisatrice de l’hypocrisie produite, elle aussi, par la publicité. Le premier effet dépend de l’opprobre associé au fait de parler pour et voter contre une proposition donnée. Il est très important, dans toute décision collective, d’éviter le conformisme. Le vote majoritaire risque de ne pas produire les effets désirables affirmés dans le théorème du jury de Condorcet si les opinions ou les votes se sont formés par conformisme. En ce qui concerne le conformisme du vote induit p a r l’observation du vote d’ autrui, on peut s’en prévenir par le vote public et non observé. Il est plus difficile de réduire, par des moy ens institutionnels, le risque du conformisme des opinions. Par conformisme j’entends l’ adoption sincère – non hy pocrite – d’une opinion pour des raisons non cognitives, que ce soit par déférence à l’ autorité d’un autre membre ou par la crainte de se trouver dans une position minoritaire inconfortable. Il convient de distinguer le conformisme de la tendance, tout à fait rationnelle, à prêter une attention particulière aux opinions d’ autres membres avec plus d’expérience. Or puisque autorité et expérience vont souvent ensemble, il peut être difficile de démêler leurs rôles respectifs dans la formation des opinions. Même quand on ne fait attention aux opinions d’autrui que pour leur valeur cognitive, on peut tomber dans l’erreur par le phénomène de cascades informationnelles ou argumentatives. Dans une certaine mesure, on peut s’en prévenir en s’appuyant non seulement sur les conclusions auxquelles sont arrivés les autres, mais également sur les prémisses qui en constituent la base. Lorsqu’on considère les propriétés normatives des diverses formes de vote à la majorité ou à l’unanimité, on s’ aperçoit qu’elles dépendent, comme c’est le c a s pour les autres variables sur lesquelles je me suis penché, du contexte. Ainsi, dans une assemblée législative, la demande de l’unanimité donnerait normalement un privilège injustifiable au statu quo. Le cas principal, le liberum veto polonais, montre bien les conséquences absurdes et néfastes d’un tel système. Quant aux majorités qualifiées, leur justification se trouve dans certains cas dans le désir de stabilité, par exemple pour éviter des révisions trop fréquentes des constitutions. On observe aussi ce qu’on peut a ppeler des majorités qualifiées indirectes. Le bicaméralisme en offre un exemple. Sauf dans les cas très rares où la chambre haute et la chambre basse sont élues par des procédures identiques, le principe que toute loi doit être adoptée à la majorité simple dans chaque chambre équivaut à exiger une majorité qualifiée parmi les citoyens. En ce qui concerne le principe de majorité simple, on peut le justifier de plusieurs manières. D’un point de vue pragmatique, on peut le justifier comme un compromis quantitatif entre des prétentions à la supériorité qualitative. Dans les choix ecclésiastiques, on devait suivre la sanior pars, la partie la meilleure. Parmi les qualités de saniorité citées, il y avait la sagesse, l’expérience, l’autorité, la piété, l’érudition, la fermeté, le zèle, l’équité et même la douceur. Dans l’impossibilité de trancher on a fini par passer à la majorité numérique. Je citerai en outre la justification axiomatique proposée par Kenneth May en 1952. On a dit très justement que le choix ma joritaire est brutal, puisque le gagnant prend tout. Une majorité de 51 % peut imposer lourdement, par exemple, une minorité de 49 %. Dans certains cas, les minorités sont protégées par la nécessité d’adopter les décisions à la majorité qualifiée, mais très souvent la majorité peut faire ce qu’elle veut. Cependant, entre autres moyens d’atténuer la brutalité du principe majoritaire, on peut citer celui-ci: l’alternance. En effet, la majorité d’aujourd’hui sera peut-être la minorité de demain, et inversement. Cela donne non seulement à la minorité d’ aujourd’hui une raison d’accepter le diktat de la majorité, mais également à celle-ci une raison de ne pas utiliser pleinement son pouvoir d’imposer sa volonté à la minorité.

Voir de plus:

Brexit : Attention, le référendum n’était que consultatif

Gilles Devers

Actualités du droit

26/06/2016

Dans les référendums, il y a le modèle constitutionnel français : le vote populaire est une forme supérieure de la loi, et donc la proclamation du résultat définit l’état du droit. Pour le vote du Brexit, le 23 juin, c’est bien différent car ce référendum n’était que consultatif. C’est un fait politique, et important : on voit les secousses sismiques de ce vote. Donc, une force politique que personne ne peut ignorer, et personne à ce jour ne peut savoir jusqu’où elle ira, mais sur le plan juridique, c’est zéro. Le droit se tient au Parlement.

De toute part, ou presque, on somme Cameron de venir mardi à Bruxelles pour notifier l’engagement de l’article 50 du traité de Lisbonne.

Que dit cet article 50 ? C’est laconique :

« Un pays de l’UE qui souhaite se retirer doit informer le Conseil européen de son intention. Le Conseil doit ensuite proposer des orientations vers la conclusion d’un accord sur les modalités du retrait dudit pays.

« Cet accord est conclu au nom de l’UE par le Conseil, votant à la majorité qualifiée, après avoir obtenu la validation du Parlement européen.

« Les traités de l’UE cessent de s’appliquer au pays concerné dès la date d’entrée en vigueur de l’accord ou dans les deux ans à dater de la notification de retrait. Le Conseil peut décider de prolonger cette période.

« Tout pays s’étant retiré de l’UE peut introduire une nouvelle demande d’adhésion. Il doit alors suivre la procédure d’adhésion ».

C’est un processus complexe. Il faut défaire tous les liens institutionnels qui ont été créés, et qui sont considérables, ce qui va remettre en cause des millions de situations individuelles. Cet article n’est simple qu’en évidence : il prévoit la sortie, le démariage, mais personne n’imagine ensuite une indifférence totale entre le Royaume-Uni et l’Europe. S’ajoute ainsi une seconde question aussi essentielle : peut-on envisager les négociations sur le démariage, sans les lier avec la définition du nouvel accord ? Qui veut envisager le saut dans le vide ?

Alors Cameron… Cameron ne peut en aucun cas notifier l’engagement de la procédure de l’article 50 lors du sommet européen qui va s’ouvrir ce mardi 28… parce que c’est juridiquement impossible. Le référendum n’étant que consultatif, son gouvernement doit obtenir un vote des Communes, seul le Parlement étant décisionnaire. Et, et c’est tout le problème, il n’y a aucune majorité Brexit au Parlement britannique. Majorité pour le Remain à plus de 70%. Question : les élus vont-ils voter contre leurs convictions, abandonnant la souveraineté parlementaire ? Ce pour suivre un référendum consultatif, qui a été nerveux et ambiguë, fondé sur le mensonge et la xénophobie ? Je ne suis pas parlementaire britannique, mais je vois l’affaire bien mal partie.

Par ailleurs, il faudra également que le Parlement se prononce sur le type d’accord qui va suivre, pour mandater le gouvernement. Or, cette question n’a jamais été évoquée lors du référendum. Aussi, une voix logique serait la dissolution des Communes, pour de nouvelles élections législatives avec un vaste débat sur (1) le principe du départ, et (2) ce qu’il faut pour en remplacement. Il se dégagerait alors une majorité qui aurait un mandat populaire net

Voir de même:

Brexit loophole? MPs must still vote in order for Britain to leave the EU, say top lawyers
‘MPs will have to do their duty to vote according to conscience and vote for what’s best for Britain’
Ian Johnston
The Independent

27 June 2016

Parliament must still vote on a bill to allow the UK to leave the European Union, leading lawyers have said.

Geoffrey Robertson QC, who founded the Doughty Street Chambers, said the act which set up the referendum said « nothing » about its impact, meaning it was « purely advisory ».

A new bill to repeal the 1972 European Communities Act that took Britain into the EU must now be passed by parliament, he said, adding that MPs might not be able to vote until November when the economic effects of Brexit will be clearer.

« Under our constitution, speaking as a constitutional lawyer, sovereignty rests in what we call the Queen in parliament, » he told The Independent.

« It’s the right of MPs alone to make or break laws, and the peers to block them. So there’s no force whatsoever in the referendum result. It’s entirely for MPs to decide.

« The 1972 communities act … is still good law and remains so until repealed. In November, Prime Minister [Boris] Johnson will have to introduce into parliament the European communities repeal bill, » Mr Robertson said.

« MPs are entitled to vote against it and are bound to vote against it, if they think it’s in Britain’s best interest [to vote that way]. It’s not over yet.

« MPs will have to do their duty to vote according to conscience and vote for what’s best for Britain. It’s a matter for their consciences. They have got to behave courageously and conscientiously.

 « Democracy in Britain doesn’t mean majority rule. It’s not the tyranny of the majority or the tyranny of the mob … it’s the representatives of the people, not the people themselves, who vote for them. »

Mr Robertson said there had been « a lot of stupid statements » suggesting Britain could simply send a note to the EU to trigger « Article 50 » of the Lisbon Treaty, which lays out the process under which states can leave. The article itself says a state can only leave in accordance with « its own constitutional requirements ».

« Our most fundamental constitutional requirement is that the decision must be taken by parliament. It will require a bill, » he said.

« In November, the situation may have totally changed. According to polls, a million vote leavers appear to have changed their mind, that could be five million by the November. »

In a letter to The Times, another leading QC, Charles Flint, of Blackstone Chambers, also stressed that British law required MPs to vote before Brexit could happen.

« Under the European Union Act 2011 … a change to the treaty on European Union, agreed between member states, would have required approval both by referendum and by act of parliament, » he said.

The Lisbon Treaty was the first agreement that laid out how member states could leave the EU.

1. Any Member State may decide to withdraw from the Union in accordance with its own constitutional requirements.

2. A Member State which decides to withdraw shall notify the European Council of its intention. In the light of the guidelines provided by the European Council, the Union shall negotiate and conclude an agreement with that State, setting out the arrangements for its withdrawal, taking account of the framework for its future relationship with the Union. That agreement shall be negotiated in accordance with Article 218(3) of the Treaty on the Functioning of the European Union. It shall be concluded on behalf of the Union by the Council, acting by a qualified majority, after obtaining the consent of the European Parliament.

3. The Treaties shall cease to apply to the State in question from the date of entry into force of the withdrawal agreement or, failing that, two years after the notification referred to in paragraph 2, unless the European Council, in agreement with the Member State concerned, unanimously decides to extend this period.

4. For the purposes of paragraphs 2 and 3, the member of the European Council or of the Council representing the withdrawing Member State shall not participate in the discussions of the European Council or Council or in decisions concerning it.

A qualified majority shall be defined in accordance with Article 238(3)(b) of the Treaty on the Functioning of the European Union.

5. If a State which has withdrawn from the Union asks to rejoin, its request shall be subject to the procedure referred to in Article 49.

Voir encore:

The great Brexit kabuki — a masterclass in political theatre
Lead actors on both sides are expert in the arts of mask and illusion, writes Andrew Moravcsik
Andrew Moravcsik
The Financial Times
April 8, 2016

The Brexit debate has become a global spectator sport, which suggests that something very important must be at stake. Yet, unlike issues such as migration, the euro crisis and Ukraine, it lacks real significance: under no circumstances will Britain leave Europe, regardless of the result of the referendum on June 23.
It is instead a long kabuki drama in which politicians, not least Eurosceptics, advocate policies they would never actually implement. Kabuki — the ancient Japanese theatre art in which actors employ masks, make-up and illusions — is a common Washington metaphor for stylised but meaningless posturing. This year’s presidential primaries demonstrate how our politicians have refined this art. Now we are watching the British do us one better.

The illusory nature of Brexit was evident at the start. Politicians do not call EU referendums because they are genuinely dissatisfied with Europe. They do so to extricate themselves from domestic political jams. So in 2013 David Cameron, a moderate pro-European, introduced a referendum as the most expedient domestic political gambit to silence pesky Eurosceptics in his own party.

Yet to justify extended national deliberations over Europe, the UK prime minister needed to stage a negotiation in which he appeared to wring concessions out of other European governments. This proved a challenge. In past decades the EU has moved so far in Britain’s direction that there are few principled issues where London suffers outside the European consensus.

Mr Cameron termed the final deal “fundamental, far-reaching change” resulting in a “special status” for Britain. But aside from two modest items — a reduction in non-resident child benefits, which Germany also favoured, and a temporary cut in tax credits — the items he negotiated were symbolic.

This faux negotiation ushered in the referendum. The Remain camp seems likely to prevail since the opposition, business, foreign investors and most educated commentators all back the government. In referendums, more­over, undecided voters tend to favour the status quo — a tendency reinforced by uncertainty about exactly what Britain would do after Brexit. Still, critics are correct that Mr Cameron is playing with fire. Referendums are unpredictable, especially when issues such as migration and terrorism are in the mix.

This uncertainty would be more troubling if the referendum really mattered. Yet Britain looks unlikely to exit Europe even if its citizens voted to do so. Instead, the government would probably do just what EU members — Denmark, France, Ireland and the Netherlands — have always done after such votes. It would negotiate a new agreement, nearly identical to the old one, disguise it in opaque language and ratify it. The public, essentially ignorant about Europe, always goes along.

In contemplating this possibility, leading Eurosceptics have shown themselves to be the craftiest political illusionists of all. Now that Brexit appears within their grasp, they are backing away from it. What they really seek is domestic political power. If Britain votes to leave, the government will fall or, at the very least, the cabinet will be reshuffled. For Eurosceptic backbenchers, this is a once-in-a-lifetime opportunity. Yet they lack parliamentary and popular majorities to govern alone. They would have to strike a deal, which means moderating anti-European demands — all amid post-referendum economic chaos. Renegotiation inside the EU would be almost inevitable.

Excessively cynical? Hardly. Few Eurosceptics are more prominent (or ambitious) than Boris Johnson, and he has signalled his willingness to compromise. The mayor of London’s soundbites remain flamboyant: “The door of the jail [is] open, and people can see the sunlit land beyond.” But read the fine print.

When the referendum was announced, Mr Johnson said that voting to leave need not necessarily mean leaving. Britain might renegotiate a better deal inside the EU, followed by a second referendum. So voters need not worry: “If you vote to leave, all your options are good.” The prime minister has, for now, dismissed that option, but Mr Johnson’s statements continue to leave just enough wriggle room.

A flip-flop? Not at all. Mr Johnson reminds us that he supported Brexit only at the last minute, after Mr Cameron’s EU deal failed to include his proposed wording recognising “parliamentary sovereignty” — just the type of frothily symbolic concession on which future renegotiations could be based.

Finally, what if Messrs Cameron and Johnson and other politicians lose control of domestic politics, or if other EU leaders tire of Eurosceptic obstreperousness and toss the Brits out? Even in this worst-case scenario, Britain would not really leave Europe.

Eurosceptics propose that Britain negotiate with 27 frustrated European governments, under tumultuous economic conditions, simply to re-establish its current economic status outside the EU. Britain’s bargaining position in such a negotiation would be exceedingly weak because it is much more dependent on Europe for exports and investment than vice versa. The inevitable result, as the Swiss know only too well, is that Europe will dictate which regulations Britain must accept. Worse, Britain will surrender any future democratic control over their making.

The lesson is simple. Europe is real because globalisation means every day more British people rely on the EU to secure and stabilise trade, investment, travel, litigation, national security and political values. So the same politicians who lead a majority of Britons down the path to leave Europe would have to lead them back up again the next day to save their own political skins. Even politicians who have mastered the kabuki arts of mask and illusion must sooner or later face reality.

The writer is professor of politics at Princeton University

Voir de même:

Le « Brexit » n’aura pas lieu
Arnaud Leparmentier

Le Monde

25.06.2016

ANALYSE. Attention, problème de traduction : les Britanniques ont certes voté pour le « Brexit », mais cette expression ne signifie pas qu’ils vont quitter l’Union européenne (UE) et encore moins l’Europe.

Il suffit d’observer les tergiversations du premier ministre, David Cameron, qui souhaite laisser à son successeur le soin d’exercer l’article 50 des traités européens, ce fameux article qui entraîne le compte à rebours de deux ans pour sortir de plein droit de l’UE. Déjà, Albion joue la montre. Elle va devoir négocier simultanément son divorce et son remariage, sous une forme à inventer, avec les Européens.

Passons sur les mille questions sans réponse : que va-t-il advenir des immigrés polonais à Londres, des retraités anglais en Creuse, des étudiants espagnols en Ecosse, des droits de douane que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) interdit d’augmenter…

Qu’adviendra-t-il si, à la faveur d’élections, les conservateurs britanniques perdent le pouvoir ? Quitter l’UE apparaît presque « matériellement impossible », comme devait l’être « la guerre » avec la mise en commun du charbon et de l’acier selon la déclaration Schuman de 1950, tant le droit et l’économie anglais sont enchevêtrés avec l’Europe.

Faire fi des rancœurs passées
Les Britanniques ont trop cassé d’œufs depuis 1973 dans l’aventure européenne et, comme le résume Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC, « on ne refait pas des œufs à partir d’une omelette ».

En dépit d’un ton martial, les Continentaux vont eux aussi devoir faire fi des rancœurs passées et se poser une question stratégique : ont-ils intérêt à continuer de former un espace intégré de libre-échange avec les Britanniques ? La réponse sera certainement positive, même pour la France, parce que le Royaume-Uni constitue un débouché commercial majeur.

Tout devrait se résumer in fine à deux questions : combien Londres devra-t-il payer pour rester dans l’UE sans y appartenir juridiquement et à quelles réunions communautaires les représentants de Sa Majesté participeront-ils, avec le titre d’observateur forcément très actif. A la fin de l’histoire, les peuples risquent de se retrouver fort marris d’un « Brexit » peut-être plus formel que réel.

En revanche, les électeurs britanniques ont accompli, jeudi 23 juin, un acte majeur : ils ont rejeté l’Europe politique. Ils n’ont pas répudié l’Europe libérale qu’ils ont façonnée, mais l’embryon de fédération européenne à laquelle, paradoxalement, ils ne participent pas : l’euro, Schengen et l’Europe de la justice.

Tels les cheminots français qui prétendaient faire la grève par procuration pour les salariés du privé en 1995, les Britanniques ont voté à la place des peuples continentaux privés de ce droit. De ce côté de la Manche, la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, l’a bien compris, qui a immédiatement exigé un référendum en France sur l’appartenance à l’UE.

Ce désamour européen a gagné tout le continent. Au pouvoir en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie, il est aux portes des Pays-Bas, de la France, voire de l’Italie.

L’Europe se meurt faute de projet
Pour sauver l’Europe, on peut réitérer les reproches traditionnels, tel le candidat à la primaire de la droite et ancien premier ministre, Alain Juppé, qui veut que la Commission de Bruxelles cesse d’« enquiquiner » les Européens avec ses réglementations. En dépit du respect qu’on doit aux chasseurs de palombes, on doute que cela suffise. L’Europe n’a pas non plus échoué sur tout dans son sauvetage de la zone euro et la gestion des migrants.

Non, le drame européen n’est pas technocratique et ne s’appelle pas Bruxelles. Il est anthropologique. L’Europe se meurt, faute d’identité et de projet. Elle avait prospéré – laborieusement, rappelons-le – dans la seconde moitié du XXe siècle sur le rejet de la guerre, mobilisée face à l’Union soviétique (URSS) et protégée par les Américains. Les années de la mondialisation heureuse et un élargissement sans fin (1989-2007) ont affadi ce projet, qui s’est retrouvé bien désarmé lorsqu’ont surgi de nouveaux défis.

Ces défis sont civilisationnels, incarnés par la menace de l’organisation Etat islamique (EI) ; démographiques avec l’Afrique, dont la population – 1,2 milliard d’habitants – va doubler d’ici à 2050 et dont il va falloir accompagner le développement pour contenir la pression migratoire ; économiques avec la concurrence de la Chine et des économies émergentes.

Le problème, c’est que les populations estiment que la réponse à apporter n’est pas nécessairement européenne. Parce que la dynamique communautaire n’est plus gagnante à l’intérieur des Etats – les populations rurales, ouvrières et employées se sentent délaissées, vulnérables et décrochées des élites urbaines mondialisées –, mais aussi entre pays européens.

Repli identitaire
C’est flagrant en économie. Le Royaume-Uni croit avoir trouvé la martingale en devenant la première place financière mondiale, l’Allemagne en équipant la planète de machines-outils, tandis que les pays du sud de l’UE sont les perdants objectifs de l’euro.

Le défi de l’immigration est encore plus compliqué entre les pays de l’Est (Hongrie, Pologne), qui entendent conserver leur uniformité ethnique et catholique, et ceux de l’Ouest qui gèrent mal leur multiculturalisme sur fond de peur de l’islamisme et s’effraient du dumping social porté, selon eux, par l’immigration.

Quant à la sécurité intérieure et extérieure, elle a toujours été portée par l’Etat régalien, jamais par l’Europe.

Dans ce contexte, les populations les plus faibles choisissent le repli identitaire. Sur la nation, voire le pays natal, le Heimat, avec un retour d’une tradition plus ou moins surannée – Union Jack, chants basques ou culotte tyrolienne –, emblématique d’un besoin d’ancrage, d’appartenance.

Pendant des décennies, les Européens ont cru que l’intégration européenne leur permettait de garder leur identité. Ils en doutent, et choisissent la culotte tyrolienne contre l’Europe, se croyant mieux protégés seuls pour affronter l’avenir. C’est cela le choc du « Brexit ».

Voir aussi:

Le Brexit en sept questions

Guillaume Bigot

Le Figaro

27/06/2016

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Pour Guillaume Bigot, le Brexit n’est que la face émergée de l’iceberg européen : il estime que l’UE est une utopie sous protection de l’armée américaine.


Guillaume Bigot est essayiste. Il est le co-auteur avec Stéphane Berthomet de Le jour où la France tremblera paru en 2006 aux éditions Ramsay. Il est membre fondateur du Comité Orwell et Directeur Général de l’IPAG Business School. Le retrouver sur son site.


– Le Brexit est-il un revers pour la classe dirigeante?

Guillaume BIGOT. – Depuis 30 ans, le grand dessein fondait la légitimité de la classe dirigeante. Le Brexit a lézardé ce socle. Le dépassement de l’État nation démocratique sur le vieux continent n’est plus inéluctable.

Jusqu’en 1940, contester le bien fondé de la ligne Maginot était inconcevable. Imaginer qu’elle pourrait être contournée faisait de vous un hurluberbu. Les gens bien, les spécialistes, les experts, a fortiori les dirigeants ne questionnaient pas le dogme de l’invincibilité de l’armée française qui se confondait avec celui de la supériorité de la stratégie défensive sur la stratégie offensive. En 1958, l’idée que l’Algérie n’était pas la France n’était partagée que par une poignée d’extrémistes. Le rapatriement de millions de pieds-noirs était tout simplement impensable.

Le caractère inéluctable de l’UE rentre dans cette catégorie de totem et tabou.

Toute classe dirigeante est conformiste, y appartenir suppose de partager les convictions qui lui servent d’auto justification. Ces convictions forment des «paradigmes historiques». La croyance dans l’unification européenne forme un paradigme historique.

En général, les dirigeants tiennent à leurs paradigmes plus qu’ils ne tiennent à leurs pouvoirs. Contrairement à ce que croient les marxistes et les libéraux, les puissants perdent souvent leur pouvoir parce qu’ils refusent de remettre en cause les convictions qui le fondent. Et c’est la raison pour laquelle, lorsque les faits ou la réalité viennent contredire et parfois percuter ce paradigme, les dirigeants sont victimes de ce que les économistes appellent un «aveuglement au désastre». Zeus aveugle les mortels qu’il veut perdre.

La classe dirigeante européenne en est là par rapport à l’Europe. La plupart de nos dirigeants (la tribune de BHL en offre une illustration caricaturale) continuent à tenir les eurosceptiques pour de dangereux fauteurs de guerre et à croire que le ciel des marchés va tomber sur la tête des souverainistes.

– Au fond, qu’est-ce que l’Union européenne?

Une utopie. Ce qui a rendu cette utopie enviable et a incité plusieurs générations de dirigeants à l’imposer sur la réalité des États nations européens, c’est un double refus ou plutôt une double conjuration.

D’abord, le conjuration du péril brun incarné par les crimes perpétrés par le nazisme. Ensuite, la conjuration du péril rouge incarné par les affres du communisme. L’Union européenne est un édifice juridique, institutionnel, politique et économique destiné à protéger les peuples et les États qui la composent contre ces deux périls.

En ce sens, le projet européen n’est porté par aucune idéologie positive et encore moins par une volonté de puissance. La consécration du bon plaisir individuel (le droit des minorités est son extension) comme norme suprême à laquelle nous invite la jurisprudence de la CEDH s’accompagne d’une déligitimation de toute certitude susceptible de s’imposer l’individu donc de toute idéologie. Le projet européen est également antinomique de toute volonté de puissance. L’Europe, c’est un effort titanesque pour s’attacher les uns aux autres afin de ne plus rien vouloir, ni pouvoir ensemble.L’UE, c’est un club d’ex-alcooliques qui cassent leurs verres et leurs bouteilles, détruisent leurs tire-bouchons afin d’être certains qu’ils ne toucheront plus jamais une goutte d’alcool.Plus jamais ça: plus de raison d’État, plus d’armée, plus de budget, plus d’impôt, plus de démocratie directe, plus de frontière, plus d’assimilation des migrants: une monnaie au service des marchés et le multiculturalisme et l’armée américaine pour tous.

– Pourquoi les Britanniques ne croient plus dans cette utopie?

Ils n’y ont jamais cru.

Le besoin de délimiter l’État comme volonté de puissance, de brider la souveraineté nationale comme expression de la volonté populaire, de délier légitimité politique et culturelle (un État multi culturel et post-national qui ne ferait plus la guerre et dans laquelle les migrants garderaient leur culture d’origine) n’avait aucune raison de séduire le peuple anglais. Londres n’est jamais entrés dan l’Euro, ni dans Schengen et n’a jamais accepté que les lois sont faites ailleurs qu’aux Communes.

– Les membres de l’Union européenne sont-ils si désunis que cela?

Ce terme d’union est trompeur car il y a au moins quatre types d’États membres. La première catégorie, comme le Danemark ou la Grande-Bretagne, sont rentrés par opportunisme économique mais aussi pour manipuler les rouages institutionnels. La GB est le premier et ils sortiront tous.

La seconde catégorie ce sont les États de l’Europe du Sud qui sont entrés pour protéger leurs démocraties fragiles dans les années 80 (Grèce ; Portugal ; Espagne ; etc.). Eux aussi sont entrés par calcul, ils voulaient soutirer des aides structurelles.

Troisième catégorie, les Etats libérés par la fonte du glacis soviétique qui sont venus chercher des aides structurelles mais aussi un mécanisme de ré assurance militaire vis-à-vis de la Russie à travers le lien organique entre l’OTAN et l’UE. Les traités européens font en effet de l’organisation militaire aux ordres du président des États-Unis le «bras armé de l’Europe», ce qui ne manque pas de sel lorsque l’on sait que l’une des principales justifications de la construction européenne consiste à vouloir équilibrer la puissance américaine. La seule catégorie d’État sincèrement européiste, ce sont ceux du noyau originel: France ; Allemagne ; Belgique ; Pays-Bas ; Luxembourg et Italie. D’autres pays à l’identité malheureuse comme l’Autriche, la Croatie ou la Roumanie peuvent s’y agréger.

– Ces pays fondateurs peuvent-il avancer plus loin entre eux et créer un noyau dur?

Les dirigeants en rêvent et une part de plus en plus importante de l’opinion de certains de ces pays en cauchemardent.

L’Allemagne est militairement et démocratiquement traumatisés et perçoit l’immigrant comme un rédempteur, elle est prête à accélérer. Pour des raison qui leurs sont propre, les Luxembourgeois et les Belges n’ont pas grand chose à sacrifier en sacrifiant leur souveraineté. Le nationalisme italien a été moins ébranlé par le fascisme que le chauvinisme allemand mais n’est pas sorti indemne de son exaltation par Mussolini. C’est aussi un État nation récent et donc fragile qui n’hésitera pas à se dissoudre. La fécondité de ces peuples décline rapidement et de manière inexorable (les politiques natalistes ayant été fortement délégitimés par les pratiques des régimes totalitaires dans ce domaine). Si la loi de l’hystérèse se vérifie, l’Allemagne, l’Autriche, la Roumanie et les anciens pays de l’axe resteront longtemps arc-boutés sur un projet de dépassement de l’État nation et de la volonté populaire par l’Europe.

Le projet européen perdurera. Il y aura une vaste confédération helvétique à échelle continentale, maison de retraite historique pour peuples fatigués, pacifistes et bien décidés à gérer et leur rente économique et leur déclin démographique. Rappelons que la France gagne 500 000 habitants chaque année tandis que l’Allemagne en perd 500 0000.

– Le Frexit est-il probable?

Il n’est pas seulement probable, il est inévitable même s’il sera plus long à venir.

De 1944 à 1977, l’idée qui domine l’opinion française, c’est que les collaborationnistes ne représentaient rien n’y personne. Dans le même laps de temps, l’Europe n’allait pas au delà d’un marché commun, avec défense d’un tarif extérieur commun et négociation âpres vis-à-vis des tiers.

Avec l’élection de Giscard qui explique à la France qu’elle est devenu une puissance moyenne (1974) avec la diffusion du feuilleton Holocauste (1978), un processus de culpabilité nationale s’est mis en marche qui culmine avec le discours de Chirac au Vel d’Hiv (1995). Le Français était devenu Dupont-Lajoie. Un collabo, un pétainiste, un beauf. Surtout s’il était pauvre et peu éduqué. L’Europe a alors pu s’imposer comme une sorte de piscine purificatrice éliminant les souillures historiques. Le Frexit ne surviendra que lorsque la vérité sur cette époque s’imposera. Et le noyau perce déjà l’écorce: les historiens s’accordent pour considérer que les Français furent un temps bernés par Pétain en sa qualité de vieux lutteur anti-germanique et puis ils passèrent le reste de la guerre effarés par les crimes de l’occupant, pestant contre un régime qu’ils n’avaient pas choisi et laissant leur joie exulter à la libération. Moralement, les Français ne furent jamais du côté des nazis. La chouette de Minerve prend son envol à la tombée de la nuit. Nous ne sommes pas très loin de cette prise de conscience qui va déchirer le drapeau européen comme un voile obscurcissant l’avenir. L’enjeu est là pour les Français: ne plus être symboliquement et moralement assimilés aux Allemands (l’alignement moral a été un préalable à l’alignement monétaire qui s’est réalisé dans la douleur avec la désinflation compétitive et qui se poursuit avec l’austérité) et ce travail est presque terminé. Aux lendemains du 13 novembre, nous avons éprouvé une fierté à brandir le drapeau tricolore et au-delà, que face à l’adversité, nous devions assumer un destin grand et singulier. En revanche, nous ne croyons pas encore que nous avons en nous les ressources suffisantes pour exister sur un plan technologique, économique, militaire et même onirique (on domine aussi par les rêves) face à la mondialisation américaine ou chinoise.

– Le Royaume-Uni va-t-il éclater après le Brexit?

C’est probable mais cela n’aura qu’un lien indirect avec le Brexit. Comme nous l’écrivions avec Jean-Claude Barreau dans Toute la géographie du Monde : «l’Écosse se dirige doucement et sans rancœur vers l’indépendance et la dissolution de l’acte d’union». Le royaume n’est uni que depuis 1707, date à laquelle l’Écosse, nation indépendante et différente géographiquement (vieux massif au climat plus proche de celui de la Norvège que de celui de la Normandie qui est celui des plaines anglaises) et historiquement (l’écosse n’a pas été romanisée) de l’Angleterre. L’indépendance de l’Écosse ne sera pas une nouveauté mais un retour en arrière (pendant la guerre de cent ans, les gardes de Jeanne d’Arc étaient écossais). Braveheart n’est pas mort dans le cœur des Écossais et c’est un peu le processus européen, beaucoup la découverte du pétrole mais aussi la fin de l’empire britannique (les Écossais y avaient joué un rôle déterminant) qui explique le retour de ce refoulé. Non seulement, le processus d’unification européen est un processus de désunifoication nationale (en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne et ailleurs) mais le Brexit a bien mis en exergue une différence de sensibilité politique entre une écosse riche mais travailliste et une Angleterre qui tolère mieux des extrêmes sociaux. Ajoutons que l’Irlande est dans la même situation de divorce et là ce sera plus grave car la guerre entre Anglais et Irlandais du Nord peut se rallumer.

Voir enfin:

L’usage stratégique de l’argumentation [*]
Jon Elster
1 – Introduction
1Lorsque des individus tentent de parvenir à un accord, deux grandes voies s’ouvrent à eux : soit ils essaient de se persuader l’un l’autre à l’aide d’arguments rationnels (on dit alors qu’ils argumentent), soit ils procèdent par un échange de menaces et de promesses (on dit alors qu’ils négocient). Tout au long de cet article, j’envisagerai les avantages et les inconvénients de ces deux registres de communication, tout en restant attentif au processus d’élaboration de l’accord ainsi qu’à la question de la qualité, si l’on peut dire, de l’accord recherché. Les principales illustrations empiriques de l’argumentation proviendront des débats de deux assemblées constituantes : la Convention fédérale de Philadelphie de 1787 et l’Assemblée constituante de Paris, de 1789 à 1791 [1]. J’utiliserai également d’autres exemples, comme certaines caractéristiques propres aux négociations salariales (voir aussi Elster, 1989, ch.4) et quelques aspects de l’allocation de ressources rares (Elster, 1992).
2Lorsque des individus argumentent, les assertions qu’ils formulent prétendent à la validité  [**]. Je me référerai aux écrits de Jürgen Habermas (1984/ 1989, 1990) afin d’éclairer cette notion. Si les mêmes individus s’engagent dans une négociation, les menaces et promesses qu’ils lancent prétendent alors à la crédibilité. Cette idée sera développée dans le même esprit que les travaux de Thomas Schelling (1960). Mais, dans la mesure du possible, j’essaierai de ne pas me limiter à une simple juxtaposition des deux approches. Je traiterai également de l’utilisation stratégique de l’argumentation, à la suite d’Habermas, dans l’optique proposée par Schelling. D’une part, les négociateurs essaient souvent de présenter leurs menaces comme s’il s’agissait d’avertissements [***]. Au lieu d’énoncer une menace, ils la remplacent par un fait équivalent. Et, d’autre part, les acteurs guidés par la recherche de leur propre intérêt essaient souvent de formuler leurs revendications en s’appuyant sur des principes. Ils sont alors poussés à dissimuler leur intérêt derrière un équivalent impartial. L’essentiel de cet article sera consacré aux contraintes inhérentes à ces jeux de substitution, aux raisons d’y recourir et aux conséquences que cela implique. L’énigme que je veux éclairer peut être résumée très simplement : après tout, pourquoi argumenter ?
3Comme je l’ai déjà écrit, mon attention se portera principalement sur le cas des assemblées constituantes, là où l’argumentation et la négociation jouent toutes deux un rôle central. Mais il existe également deux situations plus proches des cas extrêmes d’argumentation et de négociation pures : il s’agit, respectivement, des débats législatifs ordinaires et des négociations salariales. En effet, ces deux types d’actes de langage peuvent être observés, y compris dans ces cas extrêmes. Ainsi, lors des débats législatifs ordinaires, le gouvernement peut menacer soit de démissionner soit de dissoudre le parlement, au cas où ses propositions ne seraient pas adoptées. Les législateurs peuvent alors brandir la menace d’une obstruction parlementaire et s’engager dans des échanges de faveurs. (Notez bien que toutes ces manœuvres ne consistent, en fait, qu’en une utilisation détournée de ressources mises en place par le système politique lui-même. Elles n’impliquent aucune menace sur la vie de l’adversaire, ni sur sa réputation, ni sur son portefeuille.) A l’inverse, même la confrontation dans les négociations salariales se base sur une bonne part d’argumentation rationnelle. Ainsi, les professions à qui la loi interdit de faire grève peuvent néanmoins participer aux négociations salariales. Même lorsque l’arsenal des parties en présence contient des menaces de grèves et de boycotts, les négociations salariales impliquent souvent des débats sur de simples faits, tels que la hausse des salaires dans d’autres groupes professionnels, la santé financière de la firme ou encore le taux d’inflation prévu. Pourtant, personne ne peut négocier à propos de tels sujets, pas plus qu’on ne peut négocier à propos du temps qu’il fera demain.
4Les assemblées constituantes restent, malgré tout, des objets privilégiés dans la mesure où elles mettent en scène l’argumentation et la négociation sous leur aspect le plus percutant. D’une part, les questions qui doivent y être tranchées n’ont rien à voir avec la politique à la petite semaine, égoiste et routinière. Mais, parce que ces assemblées doivent établir un cadre juridique pour un avenir indéfini, elles sont soumises à une très forte exigence d’impartialité dans l’argumentation. D’autre part, les constitutions sont souvent rédigées en période de crise, ce qui requiert des mesures extraordinaires, voire spectaculaires. Ainsi, à Philadelphie, de nombreux états menacent de quitter l’Union s’ils n’obtiennent pas gain de cause sur certaines questions bien précises, comme le maintien de l’esclavage ou la représentation proportionnelle de tous les États au Sénat. (La première menace a réussi ; la seconde a échoué.) A Paris, dans un premier temps, les délibérations de l’assemblée se déroulent sous la menace des troupes royales et, ultérieurement, sous les pressions de la foule. (Cette dernière menace fut efficace ; la première pas.)
5Au cours de cet article, je n’emprunterai aucun cas concret d’argumentation ou de négociation aux deux assemblées [2]. J’analyserai plutôt en quoi des arguments apparemment rationnels par rapports à des valeurs (troisième section) ou à des faits (quatrième section) peuvent s’avérer, lorsqu’on y regarde de plus près, dictés par l’intérêt personnel. J’examinerai les raisons pour lesquelles les participants à un processus de décision collective peuvent utiliser de manière stratégique des idées (non-stratégiques) d’impartialité et de vérité, ainsi que les conséquences qui en découlent.
2 – Les motivations : quelques présupposés
6Tout au long de cet article, je supposerai que les participants à un processus de délibération collective sont (1) rationnels et (2) guidés exclusivement par leur intérêt (qu’il s’agisse de l’intérêt personnel ou bien de celui de leur groupe d’appartenance). Si les arguments qu’ils déploient semblent étrangers à leur intérêt personnel, c’est qu’un calcul rationnel leur indique qu’il y va justement de leur intérêt de procéder de la sorte. Mais cette hypothèse semble irréaliste. Je commencerai d’ailleurs par livrer quelques commentaires à propos de ses lacunes.
7En premier lieu, cette hypothèse repose sur une idée un peu trop simple concernant les mécanismes par lesquels l’intérêt personnel pourrait générer des arguments désintéressés. Comme Tocqueville le fait remarquer (1893 ; 1990, p. 84), tant l’aveuglement que la tromperie peuvent jouer un rôle : « les partis politiques… sont souvent accusés d’agir sans conviction ; pourtant, mon expérience tend à démontrer que cela arrive moins souvent qu’on ne le croit. Le fait est qu’ils possèdent simplement la faculté, précieuse et souvent bien nécessaire en politique, de se forger d’éphémères convictions en fonction des sensations et des intérêts du moment » [****].
8En deuxième lieu, et surtout, cette hypothèse repose sur une bien pauvre image des motivations humaines. Nous pouvons d’ailleurs distinguer trois sortes de motivations : les passions, les intérêts et la raison impartiale. Ces trois motivations sont souvent opposées par paires les unes aux autres. Ainsi, lorsque David Hume (1960, 415, première édition en 1739-40) traite de la passion et de la raison, il stipule que cette dernière est et doit être exclusivement au service de la première. Albert Hirschman (1977) observe, pour sa part, les changements d’attitude à l’égard des passions et des intérêts au 18e siècle. Et il soutient que le triomphe des intérêts sur les passions constitue, dans une société axée sur le commerce, « un argument politique en faveur du capitalisme avant l’heure de son triomphe ». Dans les lignes qui suivent, nous entendrons par « intérêt » la quête d’un avantage matériel. Quant aux passions, outre le fait qu’elles ne sont pas toujours guidées par la recherche d’un avantage, elles peuvent même pousser les individus à agir à l’encontre de leur propre intérêt. Comme le souligne La Bruyère (1696, IV, p. 71), « rien n’est plus aisé pour la passion que de se placer au-dessus de la raison : c’est pour cela que sa vraie victoire consiste à triompher de l’intérêt ». En fin de compte, le présent article est fortement inspiré par le contraste régnant entre raison et intérêt. Dans le cas de la Convention Fédérale, on admet, en général, que ces deux principes déterminent la palette des motivations possibles des constituants (Jillson, 1988, p. 193-94 ; Rakove, 1987).
9Dans l’analyse des assemblées constituantes qui étayera nos propos, ces trois motivations reviennent à deux reprises. Premièrement, lorsque les constituants doivent faire des projections quant aux motivations qui animeront les générations futures (celles à qui la constitution est destinée). Ensuite, elles interviennent encore lorsque les observateurs et les historiens tentent de démêler les motivations des constituants eux-mêmes.
Cas n° 1 : des constituants impartiaux et rationnels
10Comme premier sous-cas, envisageons des constituants impartiaux et rationnels qui visent à limiter les éventuels inconvénients des passions des générations futures. Cette idée a deux aspects. Commençons par une première situation-type : le processus d’élaboration constitutionnelle. On peut concevoir ce processus comme une situation où les constituants rationnels et impartiaux tentent de contenir les passions des générations futures. Cette situation-type met en évidence deux aspects, liés respectivement à la mécanique de révision constitutionnelle et à la mécanique législative ordinaire. En rendant difficile la révision d’une constitution, les constituants essaient de contenir les majorités passionnées susceptibles de s’en prendre aux droits des minorités. En ralentissant le processus législatif ordinaire, via le bicaméralisme et le principe de veto accordé à l’exécutif, la Constitution permet de limiter ce genre de risques de révision par une majorité imprévisible et versatile. C’est ainsi que l’on peut comprendre Madison lorsqu’il souligne que le Sénat est nécessaire pour protéger la population de sa « versatilité et de sa passion ».
11Globalement, dans les comptes-rendus de la Convention Fédérale, très peu d’éléments révèlent une quelconque prise en compte des passions des générations futures par les constituants, au sens où je viens de l’expliquer. En effet, les constituants semblent davantage préoccupés par l’attrait que des intérêts immédiats ou partisans pourraient exercer sur les prochaines générations. En général, ils partent de l’hypothèse selon laquelle les motivations sont, en tous temps et en tous lieux, dictées par l’intérêt personnel. Si cette hypothèse a été retenue, c’est probablement pour des raisons de prudence et non parce qu’elle est présumée vraie. Selon Hume (1963, p. 42), « la maxime selon laquelle tout homme doit être considéré comme un fripon est juste en politique ; bien que, en même temps, il semble quelque peu étrange qu’une maxime soit vraie en politique tout en étant fausse dans les faits. » Imprégnés par la pensée de Hume comme ils pouvaient l’être à l’époque, les constituants ont naturellement travaillé dans la même optique que lui (White, 1987).
12A l’Assemblée Constituante, les hypothèses émises sur la nature humaine sont à la fois plus méchantes et plus flatteuses que celles élaborées à la Convention Fédérale. Si l’hypothèse de Hume sur la friponnerie universelle est souvent considérée comme un scénario du pire, il existe des choses plus graves que la recherche de son propre intérêt (Hirschman 1977 ; Holmes 1990). En tête de liste, on y trouve l’envie, la rancune, l’orgueil et la vanité. Et même si certains propos émis au sein de la Convention Fédérale (I, 72, 176) peuvent laisser penser que les constituants taxent de certaines envies les individus à qui s’adresse leur travail, il n’en reste pas moins que de tels propos demeurent ambigus et atypiques. En revanche, au sein de l’Assemblée Constituante, les arguments prenant en compte la vanité et l’orgueil – c’est-à-dire l’amour propre – jouent un rôle considérable. Il convient d’éviter de placer un agent dans une situation où sa vanité l’inciterait à agir à l’encontre de l’intérêt public. D’ailleurs, vingt-cinq ans plus tard, Benjamin Constant est encore préoccupé par « le problème de l’amour-propre, un défaut bien français ». Et il affirme que des « dispositifs institutionnels » sont nécessaires pour le contrer. C’est pourquoi il prône le système britannique qui interdit les discours écrits au Parlement (Holmes 1984, p. 139-140).
13Au sein de l’Assemblée Constituante, Bergasse insiste plus d’une fois sur la nécessité de prendre en considération la vanité ou l’orgueil des agents dont la Constitution est censée régir le comportement (9, p. 115). Il affirme qu’un procureur ne peut simultanément être juge car, si ces deux rôles se mélangent, son amour-propre de magistrat risque de le faire pencher pour la culpabilité de l’accusé (8, p. 443). Si la législature en place accuse un ministre de mauvaise conduite, celui-ci ne doit pas être jugé par une cour ordinaire, car cela risquerait de froisser la susceptibilité du corps législatif (9, p. 111). Un veto suspensif accordé au Roi n’aura pas l’effet escompté, c’est-à-dire qu’il n’amènera pas l’Assemblée à réexaminer la Loi parce que son amour-propre lui interdira de faire marche arrière (9, p. 116). Malouet (9, p. 116) discute un argument similaire qui a été avancé contre un projet. Celui-ci a été avancé contre un projet qui visait à octroyer au Sénat un veto que seule une majorité des deux-tiers au sein de la Chambre basse pourrait annuler. Et Malouet rejette cet argument, sans nier le rôle joué par l’amour-propre, mais en affirmant qu’il n’affecterait que les députés à l’origine du projet de Loi et non ceux qui l’auront votée.
14Considérons maintenant un deuxième sous-cas : les constituants peuvent tenter non seulement de contenir les passions des générations futures, mais aussi de contrôler et de canaliser leurs intérêts. Contrairement à ce qui se passe à l’Assemblée Constituante, la théorie des choix publics rencontre un certain succès au sein de la Convention Fédérale. Les constituants y fondent constamment leur argumentation sur les effets incitatifs de divers dispositifs. J’illustrerai ceci à l’aide de trois exemples, tous empruntés à Madison.
15D’abord, celui-ci était contrarié par le fait que seuls les propriétaires fonciers puissent faire partie du Congrès. D’après lui, l’histoire montre que « les hommes ayant acquis une propriété foncière à crédit ont souvent réussi à se faire élire afin de se protéger efficacement, mais injustement, contre leurs créanciers » (II, p. 123). Un second exemple de raisonnement basé sur l’effet incitatif apparaît dans les propos qu’il tient au sujet d’un projet prévoyant que, lors de l’élection du président, chaque électeur disposera de deux voix dont une au moins devra être attribuée à un candidat originaire d’un autre État que le sien. Madison « pense que cette suggestion a un bon côté… La seule objection est que chaque citoyen, après avoir voté pour son concitoyen favori, risque de gaspiller sa seconde voix en la donnant à un obscur candidat d’un autre État, afin de renforcer les chances de son premier choix » (II, p. 114). Le dernier exemple est moins convaincant. En s’opposant à la sélection de l’exécutif par le corps législatif, Madison avance que « le candidat risque d’intriguer auprès de la législature, d’être nommé par la faction dominante et d’être dès lors enclin à conduire son administration conformément aux désirs de celle-ci » (II, p. 109). Mais rien ne garantit la crédibilité de la promesse par laquelle un candidat s’engagerait à privilégier ses électeurs. A moins que l’exécutif ne soit candidat à sa réélection, il est plus probable que l’assemblée deviendra esclave de sa créature. En fait, le faiseur de rois doit se méfier du Roi.
16Comme troisième sous-cas, considérons le fait que des constituants rationnels peuvent essayer de créer des conditions permettant aux générations futures d’utiliser, elles aussi, leurs capacités de raisonnement. Cette idée n’a jamais été mentionnée à la Convention Fédérale. A l’Assemblée Constituante, elle y joua un rôle central. Sous certains aspects, comme je l’ai déjà dit, les membres de l’Assemblée Constituante se faisaient une idée plus flatteuse de leurs successeurs que leurs confrères de la Convention Fédérale. Ils croyaient vraiment que le rôle d’une assemblée consistait à transformer les préférences par des débats rationnels, dépassant ainsi largement un simple processus d’agrégation. Dans la plus célèbre formulation de ce point de vue, Sieyès avance (8, p. 595) que le vœu national -c’est-à-dire ce que la nation désire- ne peut être déterminé en consultant les recueils de plaintes et de souhaits que les représentants amenaient à Versailles. De même, les mandats impératifs ne peuvent être considérés comme autant de résultats de la volonté nationale. D’après lui, en démocratie (le terme était alors péjoratif), les individus se forgent leur propre opinion en privé avant d’aller l’exprimer dans les urnes. Si aucune majorité ne se dégage alors, ils rentrent chez eux et revoient leur opinion, une fois encore chacun de leur côté. Cette façon de forger une volonté collective constitue, selon Sieyès, une absurdité dans la mesure où elle ne permet ni la délibération ni la négociation. « Il ne s’agit pas d’une élection démocratique dans ce cas-ci, mais bien de proposer, d’écouter, de se concerter, de changer d’avis, pour arriver à un consensus. » Lors des débats de la révision constitutionnelle, d’André (30, p. 668) et Barnave (30, p. 115) soulignent également que l’idée d’une Convention constitutionnelle issue de mandats impératifs, octroyés par des Assemblées primaires, trahirait l’esprit du système représentatif au profit de la démocratie. Selon l’expression empruntée à Barnave, « un vœu, qu’il soit personnel ou celui de la section, s’il n’est pas éclairé par une délibération commune, n’est pas un vœu véritable ».
Cas n° 2 : des constituants impartiaux mais imparfaitement rationnels
17Intéressons-nous, à présent, aux motivations des constituants. Tout d’abord, leur souci de la chose publique n’est probablement qu’imparfaitement rationnel. Une rationalité imparfaite (c’est-à-dire éprouver une faiblesse et être conscient de cette faiblesse) peut inciter les acteurs à prendre des mesures censées empêcher des comportements prévisibles et indésirables dans le futur. (Elster, 1984). Ce qui signifie qu’on peut considérer la Constitution comme un dispositif permettant à une « société » de se protéger elle-même contre « ses » prédispositions, conscientes et redoutées, à l’imprudence. « Les constitutions sont des chaînes avec lesquelles les hommes se lient eux-mêmes dans leurs moments de lucidité, afin de ne pas succomber sous une main suicidaire en des temps agités » (John Potter Stockton, cité par Finn, 1991, p. 75). Bien que cette idée d’un auto-enchaînement intergénérationnel se désintègre dès qu’on l’utilise de manière trop littérale, elle peut s’appliquer de manière plus adéquate quand on analyse les motivations des constituants. Ces derniers peuvent chercher à structurer leurs propres procédures de manière à minimiser l’impact des passions et des intérêts. Les deux assemblées du 18e siècle ont créé et institutionnalisé des dispositifs à cette fin.
18A la Convention Fédérale, les séances se déroulaient à huit-clos et dans la confidentialité. Comme Madison le dira plus tard (III, p. 479), « si les membres avaient commencé par s’engager publiquement, ils auraient ensuite supposé que la cohérence exige d’eux qu’ils restent sur leurs positions alors que, dans le cadre de discussions confidentielles, personne ne se sent tenu de garder son opinion s’il n’est plus convaincu de leur pertinence ni de leur véracité, et chaque membre reste ouvert à la discussion ». Il est probable que l’on craignait de voir l’orgueil et la vanité des représentants, ainsi que les pressions exercées par leurs électeurs, les empêcher de revenir sur une opinion après l’avoir exprimée. Toutefois, Madison n’envisage pas cette autre implication de la confidentialité, c’est-à-dire l’éventualité de voir les débats quitter le terrain de l’argumentation pour celui de la négociation. Mais je reviendrai sur cette implication plus loin.
19Contrairement à la Convention Fédérale, l’Assemblée Constituante fonctionnait comme une législature ordinaire. Il se peut toutefois que cet arrangement se révèle indésirable. L’une des principales tâches confiées à une assemblée constituante consiste à répartir équitablement le pouvoir entre les organes législatifs et exécutifs. Confier cette tâche au corps législatif reviendrait à lui demander d’être à la fois juge et partie. On pourrait aussi s’attendre à ce qu’une constitution rédigée par une assemblée législative donne trop de pouvoirs à la législature. Dans l’absolu, ce problème pourrait être réglé par des moyens semblables à ceux employés dans les corps législatifs, avec des freins et contrepoids. Par exemple, un veto royal sur la Constitution serait à-même de freiner la tendance du législatif à s’accorder trop d’importance. L’Assemblée Constituante a adopté une autre position en déclarant ses membres inéligibles aux premières élections ordinaires. C’est Robespierre (26, p. 124) qui, lors de son premier grand discours, convainc l’Assemblée de voter pour cette ordonnance d’abnégation.
20Bien que parfois considérée par la postérité comme un exemple désastreux de surenchère populiste (Furet, 1988, p. 104), la solution de Robespierre se veut une réponse à un réel problème. Si jamais les constituants ont la motivation et l’occasion de se réserver une place de choix dans la Constitution, alors ils le feront. Au sein de la Convention Fédérale, cette motivation était probablement absente. Et, même si les constituants partaient du principe que les générations futures d’électeurs et de politiciens seraient des fripons, comme nous l’avons vu plus haut, ils se voyaient eux-mêmes guidés par des intentions biens plus nobles (White 1987, p. 114 et 249 ; Lovejoy 1961, p. 52). Plus encore, l’occasion faisait tout simplement défaut. Il y avait un fait incontournable, et les constituants n’y pouvaient rien : la Convention serait définitivement dissoute une fois la Constitution rédigée. Au sein de l’Assemblée Constituante, par contre, les constituants ont dû légiférer pour s’interdire de se ménager une place de choix grâce à la Constitution.
Cas n° 3 : des constituants intéressés et passionnés
21Beaucoup de travaux traitent de l’importance relative des idées impartiales et des intérêts comme motivations des constituants à la Convention Fédérale. Ainsi, Charles Beard (1986) soutient que les constituants n’ont fait que poursuivre leur intérêt. Calvin Jillson (1988, p. 16) prétend que, pour le choix entre deux dispositions institutionnelles, les idées n’importaient que lorsqu’il n’y avait pas d’intérêts en jeu. R. A. McGuire (1988) estime que les intérêts économiques des circonscriptions électorales des différents représentants ont un pouvoir explicatif des votes à la convention supérieur aux intérêts économiques directs des constituants, bien que ces derniers ne soient pas négligeables. Toutefois, on peut noter que, vu la nécessité de faire ratifier la Constitution par les États, l’intérêt des circonscriptions électorales a probablement contraint les constituants impartiaux bien plus qu’il n’a déterminé leur propre intérêt. (A l’inverse, et comme je le soutiens dans la section suivante, les normes du discours rationnel peuvent freiner les intérêts personnels des constituants).
22Même si les experts ne parviennent pas à s’entendre à propos du dosage exact des idées et des intérêts à Philadelphie, la majorité d’entre eux s’accorde toutefois à dire que les deux motivations sont intervenues. Les passions, en revanche, semblent avoir joué un rôle relativement faible. A l’Assemblée Constituante, les intérêts des représentants (et ceux de leurs circonscriptions) restent assez périphériques, si l’on excepte le cas des défenseurs acharnés de l’ancien régime. Les idées et les passions (des idées qui peuvent être défendues avec passion et, parfois, déformées par la passion) ont dominé les débats. Dans cet article, notre stratégie consiste à traiter les différences entre les deux assemblées comme si elles étaient produites par le contexte institutionnel. Ainsi, alors que les débats à huis-clos permettent une libre expression des intérêts, les débats publics les acculent à la clandestinité. Dans des débats à huis-clos entre peu de représentants, les tirades passionnées seront ridiculisées comme autant de clichés. Dans un forum public, avec de nombreux représentants, le débat passionné sert à la fois d’épée et de bouclier. Je ne prétends pas avoir tout dit sur la question. On peut ainsi raisonnablement supposer que les deux assemblées comptent chacune leur part « de passionnés et d’intéressés ». Cependant, je tiens ici à déterminer de quelle manière le cadre des débats a pu canaliser, amplifier ou étouffer l’expression de ces motivations.
3 – L’usage stratégique des arguments impartiaux
23En général, lorsque les membres d’une assemblée débattent, ils se contentent de faire comme s’ils se préoccupaient du bien public ou de l’intérêt général. Et même lorsqu’ils formulent leurs arguments en ces termes, c’est souvent pour mieux dissimuler des objectifs partiaux ou partisans. Pour comprendre la nature, les causes et les conséquences de tels pseudo-arguments, il faut d’abord analyser les véritables arguments qu’ils parasitent. Ici, je suis Habermas (1984, p. 75). Il soutient qu’un locuteur recherchant l’intercompréhension plutôt que la réussite doit respecter trois critères de validité : la vérité propositionnelle, la justesse normative et la véracité subjective (c’est-à-dire la sincérité). Par conséquent, un locuteur voulant donner l’impression de rechercher l’intercompréhension doit, lui aussi, donner l’impression de respecter ces trois critères. C’est pourquoi j’étudierai sous quelles conditions un acteur recherchant la réussite peut estimer qu’il est de son intérêt de paraître rechercher l’intercompréhension par un engagement simulé en faveur de la vérité et de la justesse normative. Le critère de justesse fait l’objet de cette section. Celui de vérité est discuté dans la section suivante. Enfin, le critère de véracité ou de sincérité, bien qu’important, peut être négligé ici.
24L’idée de justesse normative est à la fois compliquée et contestable. Au minimum, elle doit impliquer une idée d’impartialité. Les gens ne devraient pas être traités différemment simplement parce qu’ils vivent à une époque ou à un endroit particuliers, pas plus qu’en fonction de leur sexe, de leur race ou de leur profession. Tout traitement différencié de tels groupes devrait se fonder sur des propriétés susceptibles de s’appliquer à n’importe qui. Et c’est justement à l’époque des deux Assemblées que ces idées d’impartialité et d’universalité ont de plus en plus été considérées comme les fondements de la vie politique. A l’Assemblée française, on se souvient des propos de Clermont-Tonnerre appelant à la reconnaissance « des Juifs, des comédiens et des bourreaux » comme citoyens à part entière (10, p. 754 et suivantes). Le déni du droit de vote pour les femmes pourrait être envisagé comme une exception. Toutefois, d’après Sieyès, ce refus se base sur le fait qu’une qualité universelle fait défaut chez les femmes : celle de « contribuer à la vie publique » (O, p. 1014). En fait, ceux qui ont refusé d’octroyer la citoyenneté aux Juifs se sont également fondés sur l’absence d’une qualité universelle : l’accomplissement du service militaire (10, p. 757). Personne ne tenait en fait à exclure les Juifs simplement pour des motifs raciaux.
25Pour la clarté de nos propos, il est essentiel de pouvoir expliquer la notion d’impartialité de plusieurs façons. En tant que tel, le critère d’impartialité ne doit pas s’élever au rang de théorie de la justice. Il serait plus judicieux de l’envisager comme une contrainte pesant sur une telle théorie. Car les théories utilitaristes, comme les théories basées sur les droits, sont impartiales. Et les normes de distribution fondées sur le besoin, le mérite ou la contribution sont toutes impartiales, de même que les normes de répartition uniforme ou par tirage au sort. L’idée selon laquelle les arrangements sociaux doivent refléter les choix qu’effectueraient des individus rationnels, retranchés derrière un voile d’opacité (cette notion peut être entendue dans plusieurs sens), illustre également un certain idéal d’impartialité. Cet idéal peut s’appliquer à des individus aussi bien qu’à des collectivités, mais il conduit à des conclusions totalement différentes dans un cas ou dans l’autre. Ainsi, à la Convention Fédérale, tant les défenseurs de la représentation proportionnelle des états au Sénat que ceux de la représentation équitable se réfèrent aux notions impartiales d’équité et de justice (I, p. 151, et 159) : les premiers revendiquent un traitement impartial des individus et les seconds réclament un traitement impartial des états.
26Imaginons à présent un groupe dont l’intérêt le conduit à préférer la proposition A. On peut alors se demander si ce groupe a la possibilité d’invoquer un équivalent impartial de son intérêt personnel, si, pour une raison ou l’autre (comme nous le verrons plus loin), il ne souhaite pas adopter une attitude purement intéressée. En d’autres termes, existe-t-il un argument impartial en faveur de A ? Supposons qu’il n’y en ait pas. Nous pouvons alors nous demander quel est argument impartial favorable à la proposition la plus proche possible de A. Dans le premier cas, on observe une parfaite cohérence entre l’intérêt partial et les arguments impartiaux. Dans le second cas, cette coïncidence est maximale. Toutefois, il est hautement probable que ni une coïncidence parfaite (s’il en existe une) ni une coïncidence maximale ne constitueront des solutions optimales pour le groupe. Un argument impartial qui arrange trop bien ceux qui s’en servent risquera d’éveiller le soupçon. Par exemple, si les riches préconisent un allégement d’impôts pour tous les riches et seulement pour eux, l’argument impartial selon lequel une telle mesure finira par profiter à tous, même aux couches moins favorisées, n’est probablement pas un argument optimal. Par contre, un argument impartial en faveur d’une mesure moins radicale a plus de chances d’être accepté, comme un allégement d’impôts pour une part de la population aisée ainsi que pour une part des moins bien lotis. Un argument ne proposant d’allégement d’impôts qu’en faveur des plus pauvres aurait, lui aussi, de bonnes chances d’être retenu. Mais il ne serait certainement pas optimal pour les nantis. Ces derniers ont besoin d’un argument suffisamment éloigné de leur intérêt personnel pour qu’il soit accepté par les autres. Mais il ne doit pas non plus trop s’en éloigner car, si cet argument était retenu, ils ne pourraient alors en tirer aucun profit. [3]
27A ce stade, quelques exemples pourraient s’avérer utiles. Dans les années 1920, l’Université de Yale voulait limiter le nombre d’inscriptions d’étudiants Juifs. Pourtant, suite à un scandale qui avait éclaté peu avant à Harvard, ses responsables ont refusé d’afficher clairement des quotas. Au lieu de cela, ils ont opté pour une politique de diversité géographique, présentée comme un objectif à part entière. Mais, en réalité, il s’agissait d’une mesure destinée à réduire le nombre d’admissions de candidats originaires de la zone à forte densité de population juive que constituait New York. Pour les membres du service d’inscription, très soucieux de leur réputation, l’attrait de cette stratégie résidait dans le fait qu’elle pouvait sembler totalement impartiale. « Même si de nombreux Juifs (concentrés dans la région du Nord-Est, d’où provenaient la majorité des candidatures pour Yale) seraient affectés par ce principe, celui-ci n’était pas intrinsèquement antisémite. Il n’était pas possible d’accuser sérieusement de discrimination religieuse une politique géographique qui avait été déployée sans tenir compte du critère religieux. De plus, elle pouvait favoriser un Juif du Milwaukee ou un catholique de Duluth autant qu’elle pouvait nuire à un athée de New York ou à un protestant de Hoboken. » (Oren, 1985, p. 198). Le critère impartial de la diversité géographique constituait un argument équivalent, moins radical et donc plus acceptable, du critère racial.
28La limitation du droit de vote offre un exemple supplémentaire. Dans beaucoup de sociétés, la propriété foncière constituait un critère décisif pour l’obtention du droit de vote. Il est bien entendu possible de défendre ce principe à l’aide d’arguments impartiaux. Pourtant, à la Convention Fédérale, Madison soutient (I, p. 421 et 443) que les conditions rigoureuses d’éligibilité au Sénat, fondées sur la propriété, permettent non pas de protéger les riches face au peuple mais bien le peuple contre lui-même. Mais, comme je l’ai déjà écrit, de tels arguments présentent un aspect fondamentalement suspect. Ils collent trop bien à l’intérêt personnel des nantis. Il peut dès lors s’avérer utile de considérer le niveau d’alphabétisation comme un critère impartial, étroitement lié à la notion de propriété, quoique de manière imparfaite. A différentes époques de l’histoire américaine, le niveau d’alphabétisation a également servi de prétexte pour légitimer d’autres objectifs partiaux, comme la volonté de tenir les noirs ou les catholiques éloignés de la politique (Creppel, 1989).
29L’utilisation stratégique d’arguments impartiaux est un fait bien connu en politique. Toutefois, nous en savons moins sur les raisons conduisant les individus à estimer qu’ils ont intérêt à remplacer un argument intéressé par un argument impartial. Et l’on en sait encore moins quant aux conséquences de telles stratégies de substitution. Commençons donc par aborder la question la plus importante : pourquoi faut-il argumenter ? Pourquoi ne pas adopter une attitude de négociateur, ou exiger un vote immédiat sans débat au préalable ? Je pense à quatre cinq réponses, mais il en existe probablement encore d’autres.
30Premièrement, lorsqu’un orateur donne l’impression de réellement fonder ses arguments sur des principes, les gens à qui il s’adresse seront probablement plus prompts à mettre de l’eau dans leur vin. Si un individu donne l’impression de raisonner en s’appuyant sur des principes et d’être prêt à subir quelques pertes plutôt que d’accepter un compromis, il fera céder ses interlocuteurs, même si ces derniers ont un intérêt en jeu (Franck, 1988 ; Elster, 1989, p. 231 et suivantes). A ce sujet, le fait d’adopter des principes constitue une forme d’engagement préalable. Cette stratégie sera probablement adoptée par des agents qui, sans cela, auraient un faible pouvoir de négociation. Quand les puissants négocient en position de force, les faibles argumentent avec des principes.
31Deuxièmement, Jonathan Macey (1986, p. 251) a démontré que les coalitions d’élus tendent à s’exprimer en faveur de l’intérêt public pour mieux masquer ce qui est, en fait, un marché conclu entre des intérêts particuliers. « Si les lois fondées sur des intérêts privés sont souvent rédigées dans le langage de l’intérêt public, c’est parce que ce langage rend plus coûteuse la découverte des véritables effets de la législation par le public et les groupes rivaux. Ce qui, à son tour, réduit le prix que le législateur doit payer pour maintenir une loi en faveur des petits groupes d’intérêts, c’est-à-dire la perte du soutien des groupes lésés par cette loi. »
32Troisièmement, on peut convaincre ses interlocuteurs en invoquant une raison d’ordre général. Acceptons, bien qu’il s’agisse d’une grossière approximation de la réalité, la remarque de Jillson selon laquelle les orateurs seront réceptifs à un argument impartial si et seulement si leur intérêt personnel n’est pas en jeu. Dans une assemblée, certains participants préféreront une proposition donnée en fonction de leur intérêt, alors que d’autres s’y opposeront et que d’autres encore resteront neutres. A l’évidence, l’intérêt de chaque parti le pousse à défendre son point de vue dans le langage de l’impartialité, afin de convaincre les indécis de le rejoindre. Cette stratégie est tout à fait compatible avec le fait que la tierce partie sait pertinemment bien que les autres sont uniquement guidés par leur propre intérêt. De plus, cette stratégie est également compatible avec une utilisation opportuniste et incohérente d’arguments impartiaux. La cohérence n’est requise que pour duper les autres, pas pour les persuader.
33Quatrièmement, dans une logique radicalement différente, James Coleman (1990, p. 393) soutient que, si « les membres [d’une assemblée] semblent hésiter à invoquer leur intérêt personnel et expriment parfois leur désapprobation quand d’autres le font », c’est dû à une norme sociale « selon laquelle nul ne devrait adopter une position qui ne peut être justifiée par les bénéfices qu’elle apporte à la collectivité ». Qui plus est, cette norme sociale n’est pas le fruit du hasard. « Puisqu’une telle norme existe dans l’intérêt de tous, on peut s’attendre à la voir apparaître et à ce qu’elle ait un certain pouvoir de persuasion » (ibidem, p. 394). Cet argument n’est pas d’ordre purement fonctionnaliste, contrairement à l’impression qu’il peut laisser. Coleman ajoute que des normes profitant à la collectivité se construisent au travers de comportements individuels rationnels. Ainsi, chaque individu constate qu’il a parfois intérêt à renoncer à certains de ses droits pour obtenir le droit de contrôler les comportements des autres. Pour moi, cette théorie ne tient pas la route. Je veux bien admettre qu’une norme comme celle décrite par Coleman existe, mais je ne pense pas qu’elle se résume à une forme d’intérêt individuel. Pourtant, un constituant peut individuellement être amené à obéir à cette norme dans son propre intérêt, si les sanctions infligées à ses transgresseurs sont suffisamment sévères.
34Enfin, Stephen Bundy m’a suggéré qu’un orateur peut utiliser un argument fondé sur l’équité pour éviter d’humilier un adversaire. Si le parti dominant ne ménage pas son adversaire, la minorité peut être tentée d’adopter des comportements dévastateurs plutôt que de baisser pavillon. A l’opposé, si le parti majoritaire avance un argument impartial permettant à la minorité de sauver la face, tout le monde y gagnerait. Les résultats d’expériences sur la négociation par ultimatum (Güth et al., 1992) appuient de manière « stylisée » cette hypothèse.
35Il faut relever ici une caractéristique commune à ces cinq raisons. Même si je suppose ici que les acteurs formulant des arguments impartiaux sont, en réalité, guidés par leur propre intérêt, les raisons qui les poussent à agir de la sorte impliquent qu’ils profitent tous de la présence, dans le système, d’agents sincèrement impartiaux. On ne peut prétendre être guidé par certains principes que s’il est unanimement reconnu que certains individus le sont effectivement, sans que l’on sache avec certitude qui sont ces individus. Ce n’est pas la peine de maquiller des arrangements privés pour les rendre publiquement acceptables si l’on n’est pas convaincu que le public réclame des arguments impartiaux. Il n’y a pas de raison non plus à essayer de persuader des interlocuteurs à l’aide d’arguments impartiaux si l’on est convaincu que tout homme est constamment guidé par son intérêt. Et même si ceux qui respectent la norme bannissant toute référence à l’intérêt le font par intérêt et par peur des sanctions, ceux qui infligent ces sanctions doivent, en fin de compte, les infliger pour des raisons désintéressées (Elster, 1989, p. 132-133). L’impartialité précède logiquement les tentatives de conduite impartiale (ou l’obligation d’adopter une telle conduite) purement intéressée. Ce qui ne veut pas dire, cependant, que le souci d’impartialité soit nécessairement chose courante. Nous savons que, dans d’autres contextes, seuls quelques membres d’une population, s’ils sont disposés à coopérer, suffisent à inciter les autres à agir comme s’ils coopéraient (Kreps et al., 1982). De même, un petit groupe d’individus soucieux d’impartialité peut parfois en inciter beaucoup d’autres à imiter leur impartialité par pur intérêt. [4]
36La force de ces cinq raisons varie selon le contexte. On peut s’attendre à ce que la norme bannissant l’expression des intérêts soit plus contraignante dans les Assemblées Constituantes que dans des législatures ordinaires. Le système de freins et de contre-poids est destiné à garantir que l’intérêt d’un groupe au sein de la législature, en contrebalançant les intérêts des autres groupes, permette d’obtenir un résultat proche de l’intérêt commun. Pourtant, les générations futures n’ont pas de porte-parole à l’Assemblée Constituante. A la Convention Fédérale, on a pu assister à de flagrantes tentatives d’inflexion de la Constitution en faveur des États fondateurs (II, p. 3). Malgré cela, les arguments impartiaux et intemporels (par exemple, I, p. 578) qui accordent une égale influence aux nouveaux États ont fini par l’emporter. De plus, la norme interdisant l’expression de l’intérêt, sera plus contraignante dans des débats publics que dans des débats à huis-clos. La publicité des débats encouragera en outre les constituants à pratiquer l’engagement par l’affirmation des principes, avec des spectateurs pour amplifier ces engagements préalables qui n’en seront que plus difficilement révisables.
37Laissez-moi à présent me tourner vers les conséquences de cette utilisation stratégique des arguments impartiaux, en évaluant leur impact en matière d’efficacité et d’équité. Commençons par comparer l’impartialité stratégique et la négociation sous l’angle de l’efficacité. Nous savons qu’une négociation est susceptible de déformer les préférences : dans une structure de négociations donnée, il se peut que les parties aient intérêt à feindre des préférences produisant un effet Pareto inférieur à celui que produiraient leurs préférences réelles (Sobel, 1981). En outre, une négociation peut ne rien donner vu qu’il est difficile de faire des promesses crédibles qui, si elles étaient prises au sérieux et tenues, profiteraient à toutes les parties (Elster, 1989, p. 272 et suivantes). Des engagements préalables et mutuels sur des positions incompatibles constituent une troisième source d’inefficacité (Crawford, 1982).
38L’usage stratégique de l’impartialité est également conditionné par le problème de l’engagement mutuel préalable. Quand chaque camp fait référence à des principes, il est probable qu’aucun ne puisse faire marche arrière. Cependant, la première source d’inefficacité n’a pas d’équivalent dans le cas de la négociation ; et il est encore moins probable que le second problème se pose parce que les motifs qui poussent un orateur à argumenter au lieu de négocier sont aussi ceux qui le pousseront ensuite à tenir ses engagements. Toutefois, la publicité des débats est une source d’inefficacité supplémentaire, en raison de la dynamique autonome de la vie politique. La nécessité de se démarquer idéologiquement de son adversaire, même en l’absence d’un réel désaccord, peut conduire à une polarisation artificielle des débats, et déboucher sur une impasse. Si l’adversaire essaie d’éviter ce piège, cette attitude risque de mener à un faux consensus, en produisant une décision qui, pour les deux camps, ne sera pas la meilleure décision possible (Tocqueville, 1893 ; 1990, p. 99). L’Assemblée Constituante de 1789-1791 offre de nombreux et percutants exemples de surenchère radicale et égalitaire, où les partis sont prisonniers de comportements qui, au départ, visaient un objectif tactique.
39Il s’ensuit, je pense, que ni la négociation ni l’utilisation stratégique de raisonnements impartiaux ne sont clairement plus efficaces l’une que l’autre. En revanche, je pense que l’on peut affirmer que l’argumentation – même quand elle est purement stratégique et intéressée – tend à produire des décisions plus équitables que la négociation [5]. Pour les raisons déjà évoquées, l’argumentation – surtout dans des débats publics – empêchera les puissants d’employer leur pouvoir de négociation jusqu’au bout. Le meilleur équivalent impartial sera celui qui dilue leur intérêt tout en tenant compte de celui des plus faibles. En moyenne, cela conduit à des décisions plus équitables. On peut considérer cet effet comme la « force civilisatrice de l’hypocrisie ».
40Les remarques précédentes sont déjà assez spéculatives, peut-être même trop pour certains lecteurs. Pourtant, je voudrais maintenant aller plus loin dans cette optique, en proposant quelques hypothèses à propos de l’effet global de l’argumentation et de la négociation à huis-clos et en public. Par « effet global », j’entends un critère qui tient compte de l’efficacité et de l’équité (et qu’on ne me demande surtout pas comment elles s’associent, ni au prix de quel compromis). J’affirme alors que, selon ce critère, et pour un mode de communication donné, les huis-clos sont toujours préférables à la publicité des débats ; et, pour un contexte donné, l’argumentation est toujours préférable à la négociation. En gros, l’argumentation est préférable à la négociation en raison de la force civilisatrice de l’hypocrisie. Et le huis-clos est préférable à la publicité des débats parce qu’il laisse moins de place à l’engagement préalable et à la surenchère. J’ai déjà commenté (quoique trop brièvement) la première affirmation. Je vais à présent commenter la seconde.
41A la Convention, les séances se déroulent à huis-clos et les délibérations sont soumises à la loi du secret, que tout le monde respecte. Dès lors, il est peu probable que des constituants s’enferment prématurément dans une position. Et donc, les occasions d’exploiter ce genre de situation à des fins stratégiques sont rares, elles aussi. Il existe pourtant une astuce. Celle-ci consiste à faire en sorte que la Convention s’imagine, lors de certaines séances, en train de siéger en « comité général » (Committee of the Whole). Cette astuce permet de procéder à des votes préliminaires qui ne lient les représentants à aucune décision prématurée.
42A l’Assemblée Constituante, les débats sont non seulement publics, mais également constamment interrompus par l’assistance. Initialement, il avait été envisagé que l’Assemblée se réunisse deux jours par semaine, et travaille en sous-commissions le reste du temps. Pourtant, les modérés et les patriotes n’étaient pas du tout du même avis à propos de cette façon de procéder. Pour Mounier, le leader des modérés, les commissions encourageaient « la froide raison et l’expérience », en protégeant leurs membres de tout ce qui pouvait attiser leur vanité et leur crainte de la désapprobation (O, p. 926). Pour le patriote Bouche (8, p. 307), les commissions tendent à affaiblir la ferveur révolutionnaire. Il préfère les grandes Assemblées, « où les âmes se fortifient, s’électrisent et où les noms, les rangs et les distinctions n’ont aucune importance. » Suite à sa proposition, il est décidé que l’Assemblée se réunira en séance plénière le matin, et en commissions l’après-midi. Rapidement, il n’y a plus que des séances plénières. L’importance de ce changement, qui marque le début de la fin aux yeux des modérés, est très bien comprise, à l’époque (Egret, 1950, p. 120). Il est renforcé par l’introduction du vote nominatif. Cette procédure permet aux membres de l’Assemblée et au public d’identifier ceux qui s’opposent aux mesures radicales, et de faire circuler dans tout Paris la liste de leurs noms.
43La qualité des débats de la Convention Fédérale est souvent très élevée. Les débats y sont remarquables car ils contiennent peu de jargon et se fondent sur l’argumentation rationnelle. A l’Assemblée Constituante, au contraire, ils débordent de rhétorique, de démagogie et de surenchère. En même temps, la Convention est un lieu où l’on négocie âprement, notamment lors des débats opposant les États esclavagistes aux États commerciaux (Finkelman, 1987). Les représentants des États du Sud ne cherchent pas vraiment à affirmer que l’esclavage est moralement acceptable, si l’on excepte la remarque boiteuse de Charles Pinkney. Pour lui, « si l’esclavage est un mal, il est justifié par l’exemple du monde entier » (II, p. 371). Au lieu de cela, ils expriment simplement leur opinion à l’aide de deux leviers : d’une part, en menaçant de quitter l’Union ; d’autre part, en attirant l’attention sur le fait qu’une Constitution défavorable aux États esclavagistes risquerait de ne pas être ratifiée. Si les débats s’étaient déroulés en public, ils auraient pu être forcés de mettre des gants.
44Le tableau qui suit classe les cas envisageables selon le double critère décrit précédemment. Notez bien que nos affirmations, selon lesquelles l’argumentation est préférable à la négociation et le huis-clos à la publicité des débats (toutes choses étant égales par ailleurs), sont toutes deux compatibles avec le fait que la négociation à huis-clos peut être préférable à l’argumentation publique, ou l’inverse. Si les deux dimensions étaient indépendantes l’une de l’autre, cette ambiguïté ne poserait pas problème. En effet, on opterait alors toujours pour le premier choix, c’est-à-dire pour un accord issu d’une argumentation à huis-clos. Pourtant, comme les flèches l’indiquent (et on l’a expliqué ci-dessus), le huis-clos invite à la négociation alors que la publicité des débats favorise l’argumentation. C’est pourquoi le choix crucial se situe davantage entre les deuxième et troisième options [6]. Je ne veux pas étendre mes hypothèses aux mérites respectifs de la négociation à huis-clos et de l’argumentation en public. Dans certains cas spécifiques, il est possible d’être plus précis et d’argumenter en faveur de l’ouverture ou de la fermeture des débats au public.

4 – Recours stratégiques à la vérité
45Je viens d’essayer de démontrer comment des acteurs stratégiques peuvent estimer qu’il en va de leur intérêt de remplacer l’expression directe de ce dernier par des arguments impartiaux. Je vais à présent démontrer qu’ils peuvent également estimer utile de remplacer la prétention à la crédibilité par la prétention à la vérité. Ainsi, au lieu de proférer une menace, dont l’efficacité dépend de la crédibilité qu’on lui prête, ils peuvent lancer un avertissement. Celui-ci poursuit les mêmes objectifs tout en évitant les difficultés inhérentes aux menaces.
46Commençons par émettre quelques remarques à propos des menaces crédibles. Tout d’abord, si une menace doit être exécutée, cela veut dire qu’elle n’a pas marché. En d’autres termes, l’événement qu’elle était censée empêcher a déjà eu lieu et ne peut plus être effacé par l’exécution de la menace. En même temps, mettre la menace à exécution implique typiquement certains risques ou coûts pour l’acteur. Ainsi, aucun acteur rationnel n’entreprendrait une action impliquant des coûts mais aucun bénéfice. Par contre, s’il prête de la rationalité aux autres tout en étant convaincu que ces derniers lui en prêtent aussi, il ne menacera pas d’agir ainsi. A la suite de Schelling, plusieurs auteurs ont étudié divers moyens afin de résoudre ce problème (Dixit et Nalebuff, 1991 ont récemment réalisé une synthèse). Je considérerai ici les stratégies qui consistent à remplacer la menace par l’avertissement, ce qui transforme l’enjeu de crédibilité en un enjeu de vérité.
47Sur ce point, la terminologie n’est pas encore au point. J’utilise le terme « avertissements » pour désigner des événements qui échappent au contrôle des acteurs et le terme « menaces » pour parler des événements sur lesquels ils ont prise. Les menaces sont des assertions portant sur ce que fera le locuteur, alors que les mises en garde portent sur ce qui va (ou peut) se passer, indépendamment de ce qu’il peut faire. Ainsi définie, une mise en garde est un énoncé factuel soumis aux règles normales de la communication visant la vérité. Ignorer un avertissement s’apparente plus à la négation d’un fait passé qu’à la dénonciation d’un bluff.
48On peut illustrer ce remplacement de la menace par l’avertissement à l’aide d’un exemple tiré des négociations salariales. Il arrive de temps en temps qu’un dirigeant syndical tienne des propos tels que « Si vous ne nous donnez pas ce que nous demandons, je ne pourrai pas empêcher mes affiliés de partir en grève », ou « Si vous ne nous donnez pas ce que nous demandons, le moral de mes affiliés va en prendre un coup et la productivité en pâtira ». D’un point de vue formel, il s’agit bien d’avertissements et non de menaces. Il va sans dire que les dirigeants d’entreprises ne les prennent pas toujours au pied de la lettre. Ils peuvent suspecter le dirigeant syndical d’avoir prise sur les effets mentionnés dans l’avertissement. Mais, en même temps, ils ne peuvent pas être certains que ce dernier n’a pas accès à des informations dont ils ne disposent pas. Peut-être ses affiliés sont-ils aussi récalcitrants qu’il le dit. Ou bien il s’est peut-être rendu compte, avant de s’asseoir à la table des négociations, qu’il ne pourra pas les arrêter tant ils sont échauffés. Et il les utilise alors comme une bombe à retardement. Notons qu’il y a une différence entre cette dernière stratégie et d’autres stratagèmes de pré-négociation. Souvent, les syndicats misent sur la crédibilité de leurs menaces en constituant un fonds de grève par exemple. Mais ils peuvent aussi miser sur la véracité des mises en garde, par exemple en attisant de manière irréversible le mécontentement de leurs membres.
49Considérons à présent quelques exemples empruntés aux deux Assemblées Constituantes. A la Convention Fédérale, lors des débats sur la représentation des États à la chambre haute, aussi bien les représentants des petits États que ceux des grands États jouent sur l’ambiguïté des menaces et des mises en garde. Ainsi, le 30 juin, Guning Bedford Jr, du Delaware, déclare que « les grands États n’osent pas dissoudre la Confédération. S’ils le font, les petits États trouveront un allié étranger plus honorable et de meilleure foi, qui leur prendra la main et les réhabilitera. Par-là, il ne visait pas à intimider ou à alarmer ses adversaires. Il voyait plutôt une conséquence naturelle qu’il fallait éviter via une extension des pouvoirs fédéraux, et non par un anéantissement du système fédéral » (I, p. 492). Cette affirmation peut très bien être prise pour une menace. De plus, elle fait référence à « la conséquence naturelle », ce qui la rend plus crédible.
50Le 5 juillet, le gouverneur Morris contre-attaque :
51« Supposons que les grands États soient d’accord et que les petits refusent. Et regardons les conséquences. Les adversaires du système dans les petits États vont crier victoire pendant quelque temps. Mais les liens d’intérêt, de parenté et de coutume qui les relient aux autres États seront trop solides pour être facilement brisés. Morris est certain que, dans le New Jersey, beaucoup emboîteront le pas à la Pennsylvanie et à l’État de New York. Il faut que le pays s’unisse. Si la persuasion ne rassemble pas les États, l’épée s’en chargera. Morris supplie que l’on accorde à ces considérations toute l’importance qu’elles méritent. On a de la peine à imaginer les scènes d’horreur qui accompagnent les insurrections, et le fait d’y mettre fin sera encore plus horrible. Le parti le plus puissant considérera alors les faibles comme des traîtres. La corde et la potence achèveront le travail de l’épée. Morris refuse de dire jusqu’où les puissances étrangères seraient prêtes à se mouiller dans l’affaire. Il semble d’ailleurs que l’on ait menacé de les inviter ».

(I, p. 530)
52Morris explique ici qu’il avait pris la déclaration de Bedford pour une menace. Sa propre référence à l’épée et à la potence est, quant à elle, plus ambiguë. On peut l’interpréter aussi bien comme une menace que comme un simple avertissement. Certains délégués y ont clairement vu une menace, comme l’indique ce repli de Williamson qui dit, pour la défense de Morris, qu’il « ne conçoit pas que le gouverneur Morris ait vraiment voulu dire qu’il fallait brandir l’épée contre les petits États. Il a simplement mentionné les conséquences probables d’une situation anarchique aux États-Unis » (I, p. 532). En d’autres termes, Williamson cherche à confirmer que Morris avait bien lancé un avertissement et non proféré une menace.
53Le même jour, Bedford est revenu sur ce qu’il avait dit en déclarant
54« qu’il n’avait pas voulu dire que les petits États solliciteraient l’aide et l’intervention de puissances étrangères. Il voulait dire qu’ils ne considèreraient pas que l’entente fédérale serait dissoute tant qu’elle ne l’aurait pas été par les grands États. Dans ce cas, la déloyauté des petits États et leur empressement à remplir leurs engagements amèneraient les puissances étrangères ayant des vues sur le pays à estimer avoir intérêt à prendre les petits États par la main, pour qu’ils retrouvent la place qui leur revient ».

(I, p. 531)
55Dans ce cas-ci, de nouveau, ce qui était d’abord une menace (ou compris comme tel) est reformulé en avertissement. Je discuterai plus loin des raisons pour lesquelles les orateurs peuvent procéder à de telles reformulations. Toutefois, je souhaite d’abord réexaminer certains débats de l’Assemblée Constituante. Elle était, comme je l’ai déjà écrit, coincée entre les troupes royales de Versailles et les foules parisiennes. Deux actrices extraparlementaires qui ont fortement influencé les travaux de l’Assemblée, dans la mesure où elles servaient de menaces et d’avertissements.
56Dès les premiers jours du mois de juillet 1789, le Roi renforce la présence de ses troupes dans la région de Versailles. La menace que cela impliquait pour l’Assemblée n’échappe à personne. Dans la réponse qu’il apporte au défi posé par le Roi, Mirabeau joue sur l’ambiguïté de sa menace / avertissement. Dans son premier discours à ce sujet, il s’en tient à avertissement : « Comment le peuple pourrait-il ne pas être contrarié alors que la dernière lueur d’espoir qu’il lui restait (c’est-à-dire l’Assemblée) est menacée ? » (8, p. 209). Dans son second discours, il s’est montré plus précis. Les militaires du Roi « peuvent très bien oublier qu’il ne sont soldats qu’en vertu d’un contrat et se rappeler que c’est la nature qui les a fait hommes » (8, p. 213). Il est clair que ceci constitue une menace sur les troupes : en les poussant à la révolte, on donne un coup de pouce à leur nature humaine. En outre, l’Assemblée ne peut même pas compter sur elle-même pour agir de manière responsable : « Les mouvements passionnés sont contagieux : nous ne sommes que des hommes et la crainte de paraître faible peut très bien nous mener trop loin dans l’autre sens » (ibidem). Dans son argumentation, Mirabeau se présente lui-même et ses délégués comme soumis à des forces psychiques hors de tout contrôle. Ainsi, si le Roi les provoque, ils risquent de répondre de manière irrationnelle et violente. D’un point de vue formel, il ne s’agit que d’un avertissement. Mais en réalité, personne ne peut ignorer qu’il s’agit d’une menace. (Dans certains cas, en effet, le fait de prédire son comportement futur peut ressembler à un réel avertissement. Voyez Frank, 1988, p. 55 et ailleurs).
57Dans sa brève intervention au cours du même débat, Sieyès (8, p. 210) précise que toutes les assemblées législatives, notamment celles des États de Bretagne, refusent de délibérer si des troupes se trouvent à moins de quarante kilomètres. Pourtant, lorsque l’Assemblée réclame le retrait des troupes, le Roi prétend (8, p. 219) qu’elles ont été appelées pour surveiller Paris et non pour terroriser l’Assemblée. Si l’Assemblée s’offusque de la présence des troupes dans les environs de Paris, le Roi se dit tout à fait disposé à la déplacer vers Noyon ou Soisson et à se retirer lui-même à Compiègne afin de favoriser la concertation au sein de l’Assemblée. Toutefois, Cette dernière ne peut accepter une telle proposition. Cela la priverait de l’atout que représente Paris en termes de potentiel de menaces / avertissements. Elle décide donc (8, p. 229) d’envoyer au Roi une délégation pour lui demander de sonner le rappel de ses troupes, « dont la présence irrite le désespoir du peuple ». Si le Roi accepte, l’Assemblée enverra alors une délégation à Paris « pour y annoncer la bonne nouvelle et contribuer ainsi à un retour au calme ». Inutile de dire ce qu’elle fera si le Roi refuse d’obtempérer : d’ailleurs, le lendemain, la Bastille tombait et le Roi acceptait de retirer ses troupes.
58L’Assemblée Constituante continua à débattre des institutions à la base de l’État (Mathiez, 1898 ; Egret, 1950, p. 139 et suivantes). Des réunions privées rassemblaient Mounier (le leader des modérés) d’un côté, et le « triumvirat » radical des Barnave, Duport et Alexandre Lameth de l’autre. Au cours d’une réunion, les trois radicaux avancent la proposition suivante : ils concèderont à Mounier un veto royal absolu et le bicaméralisme, mais à une condition : il faut que ce dernier accepte, en retour, (1) que le Roi abandonne son droit de dissoudre l’Assemblée, (2) que la chambre haute ne conserve plus qu’un veto suspensif et (3) que certaines conventions soient périodiquement convoquées pour procéder à des révisions de la Constitution. Mounier refuse catégoriquement cette proposition. Pour lui (O, p. 926), il était injuste de faire des concessions sur de telles questions de principe. Il aurait également émis certains doutes quant à la capacité des trois radicaux à tenir leurs promesses. D’après certains historiens (par exemple, Mathiez, 1898), son refus était encouragé par la confiance qu’il plaçait dans l’Assemblée, qu’il croyait de son côté. Si bien qu’il ne voyait pas la nécessité de faire quelque concession que ce soit. Lors de la dernière réunion, le « triumvirat » lui a répondu en menaçant de mobiliser l’opinion publique contre lui. Cette prise de position ne visait probablement pas à monter Paris contre l’Assemblée. D’ailleurs, elle n’a pas été entendue comme une menace. Néanmoins, la défaite du bicaméralisme le 10 septembre et l’adoption du seul veto suspensif le 11 sont dues, dans une large mesure, au fait que certains représentants craignaient pour leur vie.
59On peut donc raisonnablement se demander si les patriotes de Versailles, via leurs contacts avec la presse parisienne, n’ont pas délibérément tenté d’échauffer les esprits. Ce qui leur permettait de dire aux modérés qu’ils risquaient bel et bien leur vie, en votant pour le bicaméralisme et pour le veto royal absolu. Sur ce point, les acteurs et les historiens ne sont pas du même avis. Pour moi, et ceci n’engage que moi, il est difficile de croire qu’aucun des acteurs concernés n’ait pensé à agir de la sorte. Et si certains membres de l’Assemblée Constituante ont effectivement attisé les tensions à Paris, on peut aussi se demander, après coup, s’ils ne jouaient pas aux apprentis-sorciers.
60Deux raisons permettent d’expliquer qu’un orateur peut estimer avoir intérêt à remplacer des menaces par des avertissements. Premièrement, comme nous l’avons vu plus haut, il ne doit plus s’inquiéter autant de sa crédibilité. Car, même si ses adversaires savent qu’il a prise sur les événements invoqués dans son avertissement, ils doivent aussi tenir compte du fait qu’il a peut-être un accès privé à des informations utiles. Ainsi, on peut raisonnablement supposer que le leader syndical en sait plus que la direction sur l’état d’esprit de ses affiliés. De même, on peut s’attendre à ce que Mirabeau en sache plus que le Roi sur la psychologie des membres de l’Assemblée. Deuxièmement, comme nous l’avons analysé au cours de la section précédente, les avertissements relèvent du domaine de l’argumentation et permettent par conséquent à l’orateur d’éviter d’inavouables recours au pouvoir de négociation. A la Convention Fédérale, la reformulation des menaces en avertissements permet au débat de rester dans les limites de l’argumentation. De même, Mirabeau peut mettre le Roi en garde au sujet de ses soldats sans pour autant risquer d’être accusé de provocation, ce qui aurait été le cas s’il avait menacé de semer le désordre parmi les troupes. [7]
61On peut donc dégager deux conséquences majeures de cette stratégie de substitution. Premièrement, elle peut modifier le rapport de forces, car tous les acteurs ne sont pas en mesure de remplacer leurs menaces initiales par des avertissements équivalents. Alors que les leaders syndicaux peuvent mettre en garde contre l’indiscipline de leurs affiliés (ce qu’ils font en fait), la direction n’a pas les moyens de reformuler sa menace de lock-out en avertissement. Deuxièmement, cette substitution induit le risque, déjà mentionné, d’enclencher un processus qui dépasse les intentions de ses instigateurs. Si un leader sème le désordre et le mécontentement parmi ses partisans pour pouvoir lancer des avertissements crédibles à propos de ce qui se passera si leurs revendications ne sont pas entendues, il risque de subir des effets inattendus. L’action d’une foule ne se prête pas à des réglages minutieux.
5 – Résumé
62Tout au long de cet article, je me suis référé aux deux Assemblées Constituantes pour traiter deux questions. La première concerne les raisons pouvant inciter des acteurs intéressés à tenir des positions publiques impartiales. La seconde envisage les conséquences de telles stratégies, notamment en termes de résolution de conflits.
63A propos de la première question, les réponses que j’ai envisagées supposent toutes que les acteurs concernés interagissent avec d’autres personnes réellement soucieuses du respect des idéaux d’impartialité et de vérité. A ce sujet, j’ai fait appel à un effet multiplicateur de l’impartialité, via lequel la présence de quelques acteurs authentiquement impartiaux peut forcer ou inciter des acteurs intéressés à se comporter comme s’ils étaient, eux aussi, guidés par des motivations identiques.
64A la seconde question, j’ai dégagé des ébauches de réponse. J’ai ainsi avancé que le fait de remplacer des arguments intéressés par des arguments impartiaux a un effet généralement bénéfique. La force civilisatrice de l’hypocrisie permet de résoudre les conflits de manière plus équitable. Toutefois, on ne peut pas émettre la même hypothèse à propos des conséquences du remplacement de menaces par des avertissements. A la limite, on peut s’attendre à ce que les effets globaux soient désavantageux. Il n’y a aucune raison de penser que la modification des rapports de force due à la l’inégale répartition des avertissements disponibles, produira des décisions plus équitables. Et lorsque les deux parties peuvent miser sur la véracité de leurs avertissements, et le font, c’est leur efficacité qui en pâtira. En outre, les risques de dérapage d’un débordement populaire peuvent aisément produire des effets inattendus ou indésirables.
65Traduit de l’anglais par Christophe Dubois.

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[*] Traduction du chapitre « Strategic Uses of Argument », publié dans Arrow K. J. et al. (eds.) (1995), Barriers to the Negotiated Resolution of Conflict, New York, Norton, p. 236-57.

Avec l’aimable autorisation de Jon Elster et des Éditions Norton.
[1] Les références des travaux de l’Assemblée américaine seront données en chiffres romains de I à III (ce qui renvoie aux trois volumes de Farrand, 1966), suivis d’un numéro de page. Les références des travaux de l’Assemblée française seront données en chiffres arabes de 8 à 30 (ce qui renvoie aux volumes des Archives parlementaires, Série 1 : 1789-1799, Paris, 1875-1888), suivis d’un numéro de page. Les documents reproduits dans Furet et Halévi (1989) sont désignés par la lettre « O » suivie d’un numéro de page.
[**] En italique dans le texte. Par la suite, chaque mot en italique le sera conformément au texte original.
[***] Nous traduirons « warnings » par « avertissements », et non par « mise en garde », et ce tout au long de cet article.
[2] De tels cas sont avancés et discutés dans mon ouvrage Arguing and Bargaining in Two Constituent Assemblies, the Storrs Lectures, Yale University, 1991
[****] Traduction libre.
[3] De même, les marxistes ont soutenu qu’il en allait de l’intérêt de la classe capitaliste de disposer d’un appareil d’État ou d’un système idéologique qui ne favorise pas l’intérêt immédiat de cette classe de tous les point de vues envisageables. Voyez Elster, 1985, p. 411 et suivantes, 472 et suivantes. Ces arguments ne convainquent pas car aucun mécanisme n’est prévu pour prendre ses distances de manière optimale par rapport à son intérêt de classe immédiat. Au niveau individuel, toutefois, une simple explication par les intentions suffit.
[4] Ceci est purement spéculatif. Alors que Kreps et al. (1982) apportent une preuve rigoureuse (bien que fondée sur des hypothèses assez artificielles) d’un vaste « effet multiplicateur » de la coopération, j’ignore si un argument similaire pourrait passer dans ce cas-ci. Cependant, un petit effet multiplicateur n’exige aucune preuve.
[5] Bien entendu, on peut relever quelques exceptions à cette règle. Si l’inégalité de départ est justifiée, il n’y a rien à redire sur le résultat inégal de la négociation. Si le groupe le mieux doté au départ adopte l’argumentation impartiale optimale, il risque d’obtenir moins que ce qui lui revient de droit. Toutefois, il me semble que, dans la majorité des cas, l’inégalité des dotations initiales est davantage due au hasard ou à une exploitation injuste qu’à un travail acharné, à une épargne ou à une prise de risque. Il va de soi qu’il n’est pas possible de prouver une telle affirmation, fondée sur l’évaluation grossière de certaines tendances historiques et non sur l’analyse quantitative.
[6] Ceci illustre l’effet de pseudo-domination, décrit par Kahneman et Tversky (1995).
[7] On peut signaler, ici, la possibilité d’avertissements auto-réalisateurs, ce qui, dans ce cas, se situe à mi-chemin entre l’avertissement et la menace. En annonçant publiquement au Roi que ses troupes ne sont pas fiables, Mirabeau peut avoir garanti la fiabilité de ses propos.


Primaire républicaine: Les néoconservateurs sauveront-ils le parti démocrate ? (By pushing the neocons back to their liberal roots, will Trump help save the Democratic party ?)

5 mars, 2016
Un néoconservateur est un homme de gauche qui s’est fait braquer par la réalité. Un néolibéral est un homme de gauche qui s’est fait lui aussi agresser par la réalité, mais n’a pas porté plainte. Irving Kristol
Aussi loin que je me souvienne, j’ai été néo-quelque chose: néo-marxiste, néo-trotskyste, néo-gauchiste, néo-conservateur et, en religion, toujours néo–orthodoxe, même quand j’étais néo-trotskyste et néo-marxiste. Je vais finir néo-. Juste néo-, c’est tout. Néo-tiret-rien. Irving Kristol
Neo-conservatism is not at all hostile to the idea of a welfare state, but it is critical of the Great Society version of this welfare state. In general, it approves of those social reforms that, while providing needed security and comfort to the individual in our dynamic, urbanized society, do so with a minimum of bureaucratic intrusion in the individual’s affairs. Such reforms would include, of course, social security, unemployment insurance, some form of national health insurance, some kind of family assistance plan, etc. In contrast, it is skeptical of those social: programs that create vast and energetic bureaucracies to “solve social problems.” In short, while being for the welfare state, it is opposed to the paternalistic state. It also believes that this welfare state will best promote the common good if it is conceived in such a way, as not to go bankrupt. Irving Kristol (« What Is a ‘Neo-Conservative’?”, Newsweek, January 19, 1976)
La France n’est pas gouvernée par l’aile droite du PS, mais par des néoconservateurs, dans tous les domaines, à quelques exceptions près… D’ailleurs, leurs alliés sont désormais issus du bloc réactionnaire: déchéance de nationalité, état d’urgence, surenchère pénale, droit du travail. Pouria Amirshahi (député socialiste français)
Ne l’oublions pas : à l’exception du sénateur Joe Lieberman et de quelques autres, le parti démocrate s’est radicalement éloigné de la tradition qui fut celle de Franklin Roosevelt, Harry Truman et de John Kennedy, combattants de la guerre contre le totalitarisme. Tout acquis aux enfantillages post-modernes de l’anti-capitalisme, de la lutte des races et des sexes, et de l’utopie pacifiste, qui a gagné les cœurs d’artichauts des élites de l’Union européenne, ce parti Démocrate fait tout ce qu’il peut pour saboter la lutte contre l’Islam radical. Ses candidats sont à l’unisson de son idéologie. Hillary et Obama n’ont pas de grand désaccord sur le fond, seulement sur leur ambition. Hillary a levé tant de fonds, que sa campagne regorge d’argent. Obama aussi. Hollywood, fief traditionnel des Clinton, adoooore Obama, oui ma chère ! Quelle prestance ! Pour peu, on demanderait à Robert Redford ou à Brad Pitt de jouer son rôle dans le prochain film. C’est qu’Obama est soutenu par toute l’extrême-gauche la plus hystérique, celle qui prie ardemment pour que les Etats-Unis perdent toujours et partout, celle qui voit dans les Etats-Unis la source de tous les maux de la planète, y compris la Guerre de Cent Ans et les caries dentaires. Son pasteur, à Chicago, – Obama est sénateur de l’Illinois – est un agité du bonnet, raciste noir, ségrégationniste à rebours, ancien Black Muslim, – qui déclarait que le 11 septembre fut la punition (justifiée) de l’Amérique -, et qui s’attaque au « racisme sioniste », etc. On aura reconnu les antiennes fascisantes de l’extrême-gauche. Les fanatiques de la haine de l’Amérique se sont engagés à fond du côté du beau gosse. Hillary est trop modérée. Elle a voté, comme la plupart des sénateurs démocrates, qui se tortillent comme des bretzels pour nier l’avoir fait, les pouvoirs de guerre à Bush pour envahir l’Irak. Traîtresse ! Elle a beau se justifier, c’était par opportunisme, mes chéris ! (…) Qui emportera le concours de beauté ? Comme son mari, Hillary, gagnante et présidente, gouvernerait au gré des sondages, avec, à la différence de Bill, qui n’a qu’une idéologie, celle du narcissisme, un fort fond de gauchisme soixante-huitard, jamais renié et un amour immodéré de l’étatisme, façon nanny-state (l’Etat-nounou). Mais n’oublions pas que le Clintonisme, c’est une propension illimitée au mensonge au service d’une ambition narcissique démesurée. C’est une vénalité hors du commun, une aptitude singulière à corrompre tout ce qu’ils touchent, le tout couronné par la certitude indomptable que tout ce que je fais est légitime et inconditionnellement justifié. Bill et Hillary incarnent la génération de Woodstock dans ce qu’elle a de pire : I, me, me, mine, (Je, moi, moi, le mien), comme chantaient les Beatles. Laurent Murawiec
In fact, the original strand of neoconservatism didn’t pay any attention to foreign policy. Its earliest members were veterans of the anti-communist struggles who had reacted negatively to the leftward evolution of American liberalism in the 1960s. They were sociologists and political scientists who criticized the failures and unintended consequences of President Lyndon Johnson’s « Great Society » programs, especially the war on poverty. They also bemoaned the excesses of what Lionel Trilling called the « adversary culture » — in their view, individualistic, hedonistic, and relativistic — that had taken hold of the baby-boom generation on college campuses. Although these critics were not unconditional supporters of the free market and still belonged to the liberal camp, they did point out the limits of the welfare state and the naiveté of the boundless egalitarian dreams of the New Left. These thinkers found outlets in prestigious journals like Commentary and The Public Interest, founded in 1965 by Kristol and Daniel Bell (and financed by Warren Demian Manshel, who helped launch Foreign Policy a few years later). Intellectuals like Nathan Glazer, Seymour Martin Lipset, Daniel Patrick Moynihan, James Q. Wilson, and a few others took to the pages of these journals to offer a more prudent course for American liberalism. They were criticized for being too « timid and acquiescent » by their former allies on the left, among them Michael Harrington, who dubbed them « neoconservatives » to ostracize them from liberalism. Although some rejected the label, Kristol embraced it. He started constructing a school of thought, both by fostering a network of like-minded intellectuals (particularly around the American Enterprise Institute) and by codifying what neoconservatism meant. This latter mission proved challenging, as neoconservatism often seemed more like an attitude than a doctrine. Kristol himself always described it in vague terms, as a « tendency » or a « persuasion. » Even some intellectuals branded as part of the movement were skeptical that it existed. « Whenever I read about neoconservatism, » Bell once quipped, « I think, ‘That isn’t neoconservatism; it’s just Irving.’ » Regardless of what it was, neoconservatism started to achieve a significant impact on American public life, questioning the liberal take on social issues and advancing innovative policy ideas like school vouchers and the Laffer Curve. If the first generation of neoconservatives was composed of New York intellectuals interested in domestic issues, the second was formed by Washington Democratic operatives interested in foreign policy. This strand gave most of its DNA to latter-day neocons — and Kristol played only a tangential role. The second wave of neoconservatives came in reaction to the nomination of George McGovern as the 1972 Democratic presidential candidate. Cold War liberals deemed McGovern too far to the left, particularly in foreign policy. He suggested deep cuts in the defense budget, a hasty retreat from Vietnam, and a neo-isolationist grand strategy. New neocons coalesced around organizations like the Coalition for a Democratic Majority and the Committee on the Present Danger, journals like Norman Podhoretz’s Commentary (the enigmatic Podhoretz being the only adherent to neoconservatism in all its stages), and figures like Democratic Sen. Henry « Scoop » Jackson — hence their alternative label, the « Scoop Jackson Democrats. » These thinkers, like the original neoconservatives, had moved from left to right. Many of them, even if members of the Democratic Party, ended up working in the Reagan administration. Others joined the American Enterprise Institute and wrote for Commentary and the editorial pages of the Wall Street Journal. Moreover, some original neoconservatives, like Moynihan, became Scoop Jackson Democrats. Thus, the labels became interchangeable and the two movements seemed to merge. But this elided significant differences between them. On domestic issues, Scoop Jackson Democrats remained traditional liberals. In the 1970s, while Jackson was advocating universal health care and even the control of prices and salaries in times of crisis, Kristol was promoting supply-side economics and consulting for business associations and conservative foundations. On foreign-policy issues, Scoop Jackson Democrats emphasized human rights and democracy promotion, while Kristol was a classical realist. They agreed, however, on the necessity of a hawkish foreign and defense policy against the Soviet empire. (…) Although a few other neoconservatives followed Kristol’s realist line (Glazer and, to some extent, Jeane Kirkpatrick), for most of the others the idea of retrenching and playing a more modest international role disturbingly looked like the realpolitik that had led to détente and other distasteful policies. The vast majority of Scoop Jackson Democrats advocated a more assertive and interventionist posture and continued to favor at least a dose of democracy promotion (most notably Joshua Muravchik, Ben Wattenberg, Carl Gershman, Michael Ledeen, Elliott Abrams, Podhoretz, and others). Their legacy would prevail. Thus, the neocons — the third wave — were born in the mid-1990s. Their immediate predecessors, more so than the original neoconservatives, provided inspiration. But they developed their ideas in a new context where America had much more relative power. And this time, they were firmly planted on the Republican side of the spectrum. Kristol’s son, Bill, played a leading role, along with Robert Kagan, in this resurrection through two initiatives he launched — the Weekly Standard magazine and the Project for the New American Century (PNAC), a small advocacy think tank. Bill Kristol and Kagan initially rejected the « neoconservative » appellation, preferring « neo-Reaganism. » But the kinship with the second age, that of the Scoop Jackson Democrats, was undeniable, and there was a strong resemblance in terms of organizational forms and influence on public opinion. Hence the neoconservative label stuck. The main beliefs of the neocons — originated in a 1996 Foreign Affairs article by Kagan and Bill Kristol, reiterated by PNAC, and promulgated more recently by the Foreign Policy Initiative — are well-known. American power is a force for good; the United States should shape the world, lest it be shaped by inimical interests; it should do so unilaterally if necessary; the danger is to do too little, not too much; the expansion of democracy advances U.S. interests. But what was Irving Kristol’s view on these principles and on their application? Toward the end of his life, the elder Kristol tried to triangulate between his position and that of most neocons, arguing in 2003 that there exists « no set of neoconservative beliefs concerning foreign policy, only a set of attitudes » (including patriotism and the rejection of world government), and minimizing democracy promotion. But at this point, the movement’s center of gravity was clearly more interventionist and confident of the ability to enact (democratic) change through the application of American power than Kristol could countenance. He kept silent on the 2003 invasion of Iraq, while the Scoop Jackson Democrats and third-wave neocons cheered. Thus, ironically, when most people repeat the line about Kristol being « the godfather of neoconservatism, » they assume he was a neocon in the modern sense. But this ignores his realist foreign policy — while also obscuring the impressive intellectual and political legacy he leaves behind him on domestic issues. Justin Vaïsse
What happened to the evangelicals? They were supposed to be the bedrock of the Ted Cruz candidacy. Yet on Super Tuesday he lost them to Donald Trump. (…) How could this have happened? A more scripturally, spiritually flawed man than Trump would be hard to find. As several anti-Trump evangelical voices have argued, Christian witness cannot possibly support a thrice-married man with such an impressive list of sins, featuring especially spectacular displays of the seven deadlys. These theological arguments are both eloquent and impassioned but, in this season of fear and anxiety, beside the point. This time around, evangelicals are not looking for someone like them. They’re looking for someone who will protect them. They’ve tried backing exemplary Scripture-quoting Christians — without result. After Mike Huckabee and Rick Santorum and considerations of Cruz himself, they are increasingly reluctant to support like-minded candidates who are nonetheless incapable of advancing their cause in a hostile political arena so dominated by secularism. They have no illusions about Trump. They have no expectations of religious uplift. What he offers them is not spirit but “muscle” (to borrow a word from the notorious former professor Melissa Click of the University of Missouri). (…) The message is clear: I may not be one of you. I can’t recite or even correctly cite Scripture. But I will patrol the borders of Christendom on your behalf. After all, who do you want out there — a choir boy or a tough guy with a loaded gun and a kick-ass demeanor? The essence of Trump’s appeal everywhere, far beyond evangelicals, is precisely the same: “I’m tough, I will protect you.” That’s why he remains so bulletproof. His lack of policy, the contradictory nature of his pronouncements that pass as policy — especially their capricious eruption and summary abandonment — have turned out to be an irrelevance. (…) That’s the reason none of the rhetorical outrages that would have destroyed another candidacy have even left a mark on Trump. (…) Which is why the only possible way to stop Trump is a full-scale, open-the-bomb-bay-doors attack on the very core of his appeal: his persona of the tough guy you can trust to protect you. It may be too late. But everything else will simply bounce off the Teflon. Charles Krauthammer
Big-government populism, small-government austerity, or conservative reform? It’s hard to believe that the United States, having resisted the siren song of socialism during its entire 20th-century heyday (the only major democracy to do so), should suddenly succumb to socialism’s charms a generation after its intellectual demise. Indeed, the prospect of socialist Bernie Sanders, whatever his current momentum, winning the Democratic nomination remains far-fetched. The Dems would be risking a November electoral disaster of historic dimensions. Yet there is no denying how far Sanders has pulled his party to the left — and how hard the establishment candidate, Hillary Clinton, has been racing to catch up. The Republicans, on the other hand, are dealing with a full-scale riot. The temptation they face is trading in a century of conservatism for Trumpism. The 2016 presidential race has turned into an epic contest between the ethno-nationalist populism of Donald Trump and traditional conservatism, though in two varieties: the scorched-earth fundamentalist version of Ted Cruz, and a reformist version, represented by Marco Rubio (and several so-called establishment candidates) and articulated most fully by non-candidate Paul Ryan and a cluster of highly productive thinkers and policy wonks dubbed “reformicons.” Trump insists that he’s a conservative, but in his pronouncements and policies, conservatism seems more of a rental — a three-story penthouse rental with Central Park view, to be sure — than an ideological home. Trump protests that Ronald Reagan, too, migrated from left to right. True, but Reagan’s transformation occurred in his 40s — not, as with Trump, in his 60s. In radically different ways, Trump and Sanders are addressing the deep anxiety stemming from the secular stagnation in wages and living standards that has squeezed the middle and working classes for a generation. Sanders locates the villainy in a billionaire class that has rigged both the economic and the political systems. Trump blames foreigners, most prominently those cunning Mexicans, Chinese, Japanese, and Saudis who’ve been taking merciless advantage of us, in concert with America’s own leaders, who are, alternatively, stupid and incompetent or bought and corrupt. (…) Trump has limited concern for the central tenet of American conservatism (and most especially of the tea-party movement) — limited government. (…) Trump has not yet called Vladimir Putin wonderful, but he has taken a shine to the swaggering mini-czar who seems to run his trains on time. When informed that Putin kills opponents and journalists, Trump’s initial reaction was, “Well, I think that our country does plenty of killing, also,” the kind of moronic what-about-the-Crusades moral equivalence that conservatives have railed against for decades. Although, to be fair, after some prompting, Trump did come out against the killing of journalists. (…) My personal preference is for the third ideological alternative, the reform conservatism that locates the source of our problems not in heartless billionaires or crafty foreigners, but in our superannuated, increasingly sclerotic 20th-century welfare-state structures. (…) Paired with a president like Rubio (or Chris Christie or Carly Fiorina, to go longshot), such an agenda would give conservatism its best opportunity since Reagan to become the country’s governing philosophy. Unless the GOP takes the populist leap. In which case, a conservative restoration will be a long time coming. Charles Krauthammer
The New Hampshire results have solidified the reigning cliché that the 2016 campaign is an anti-establishment revolt of both the Left and the Right. Largely overlooked, however, is the role played in setting the national mood by the seven-year legacy of the Obama presidency. Yes, you hear constant denunciations of institutions, parties, leaders, donors, lobbyists, influence peddlers. But the starting point of the bipartisan critique is the social, economic, and geopolitical wreckage all around us. Bernie Sanders is careful never to blame Obama directly, but his description of the America Obama leaves behind is devastating — a wasteland of stagnant wages, rising inequality, a sinking middle class, young people crushed by debt, the American Dream dying. Take away the Brooklyn accent and the Larry David mannerisms and you would have thought you were listening to a Republican candidate. After all, who’s been in charge for the last seven years? Donald Trump is even more colorful in describing the current “mess” and more direct in attributing it to the country’s leadership — most pungently, its stupidity and incompetence. Both candidates are not just anti-establishment but anti–status quo. The revolt is as much about the Obama legacy as it is about institutions. Look at New Hampshire. Hillary Clinton had made a strategic decision, as highlighted in the debates, to wrap herself in the mantle of the Obama presidency. Big mistake. She lost New Hampshire by three touchdowns. Beyond railing against the wreckage, the other commonality between the two big New Hampshire winners is in the nature of the cure they offer. Let the others propose carefully budgeted five-point plans. Sanders and Trump offer magic. Take Sanders’s New Hampshire victory speech. It promised the moon: college education, free; universal health care, free; world peace, also free because we won’t be “the policeman of the world” (mythical Sunni armies will presumably be doing that for us). Plus a guaranteed $15 minimum wage. All to be achieved by taxing the rich. Who can be against a “speculation” tax (whatever that means)? So with Trump. Leave it to him. Jobs will flow back in a rush from China, from Japan, from Mexico, from everywhere. Universal health care, with Obamacare replaced by “something terrific.” Veterans finally taken care of. Drugs stopped cold at the border. Indeed, an end to drug addiction itself. Victory upon victory of every kind. How? That question never comes up anymore. No one expects an answer. His will be done, on earth if not yet in heaven. Yes, people love Trump’s contempt for the “establishment” — which as far as I can tell means anything not Trump — but what is truly thrilling is the promise of a near-biblical restoration. As painless as Sanders’s. (…) There certainly is a crisis of confidence in the country’s institutions. But that’s hardly new. The current run of endemic distrust began with Vietnam and Watergate. Yet not in our lifetimes have the left and right populism of the Sanders and Trump variety enjoyed such massive support. The added factor is the Obama effect, the depressed and anxious mood of a nation experiencing its worst economic recovery since World War II and watching its power and influence abroad decline amid a willed global retreat. The result is a politics of high fantasy. Things can’t get any worse, we hear, so why not shake things up to their foundation? Anyone who thinks things can’t get any worse knows nothing. And risks everything. Charles Krauthammer
The candidacy of Donald Trump is the open sewer of American conservatism. This Super Tuesday, polls show a plurality of GOP voters intend to dive right into it, like the boy in the “Slumdog Millionaire” toilet scene. And they’re not even holding their noses. In recent weeks, Mr. Trump has endorsed the Code Pink view of the Iraq War (Bush lied; people died). He has cited and embraced an aphorism of Benito Mussolini. (“It’s a very good quote,” Mr. Trump told NBC’s Chuck Todd.) He has refused to release his “very beautiful” tax returns. And he has taken his time disavowing the endorsement of onetime Ku Klux Klan Grand Wizard David Duke—offering, by way of a transparently dishonest excuse, that “I know nothing about David Duke.” Mr. Trump left the Reform Party in 2000 after Mr. Duke joined it. None of this seems to have made the slightest dent in Mr. Trump’s popularity. If anything it has enhanced it. In the species of political pornography in which Mr. Trump trafficks, the naughtier the better. The more respectable opinion is scandalized by whatever pops out of the Donald’s mouth, the more his supporters cheer him for sticking it to the snobs and the scolds. The more Mr. Trump traduces the old established lines of decency, the more he affirms his supporters’ most shameless ideological instincts. Those instincts have moved beyond the usual fare of a wall with Mexico, a trade war with China, Mr. Trump’s proposed Muslim Exclusion Act, or his scurrilous insinuations about the constitutionality of Ted Cruz’s or Marco Rubio’s presidential bids. What too many of Mr. Trump’s supporters want is an American strongman, a president who will make the proverbial trains run on time. This is a refrain I hear over and over again from Trump supporters, who want to bring a businessman’s efficiency to the federal government. If that means breaking with a few democratic niceties, so be it. (…) Mr. Trump exemplifies a new political wave sweeping the globe—leaders coming to power through democratic means while avowing illiberal ends. Hungary’s Viktor Orban is another case in point, as is Turkey’s Recep Tayyip Erdogan. A Trump presidency—neutral between dictatorships and democracies, opposed to free trade, skeptical of traditional U.S. defense alliances, hostile to immigration—would mark the collapse of the entire architecture of the U.S.-led post-World War II global order. We’d be back to the 1930s, this time with an America Firster firmly in charge. That’s the future Mr. Trump offers whether his supporters realize it or not. Bill Buckley and the other great shapers of modern conservatism—Barry Goldwater and Ronald Reagan, Robert Bartley and Irving Kristol—articulated a conservatism that married economic dynamism to a prudent respect for tradition, patriotism and openness to the wider world. Trumpism is the opposite of this creed: moral gaucherie plus economic nationalism plus Know Nothingism. It is the return of the American Mercury, minus for now (but only for now) the all-but inevitable anti-Semitism. It would be terrible to think that the left was right about the right all these years. Nativist bigotries must not be allowed to become the animating spirit of the Republican Party. If Donald Trump becomes the candidate, he will not win the presidency, but he will help vindicate the left’s ugly indictment. It will be left to decent conservatives to pick up the pieces—and what’s left of the party. Bret Stephens
There is no denying that a globally engaged America comes at a steep price. But the history of our still young nation is full of warnings that a lack of American engagement comes with an even higher price of its own. We only have to look at the bloody history of the twentieth century to see the price that America, and the world, pays when we ignore mounting problems. When we have listened to voices urging us to look inward, we have failed to meet threats growing abroad until it was almost too late. And now, we are on the verge of repeating that mistake once again. Other nations are not sitting idly by waiting for America to, as President Obama termed it, “nation build at home.” Many of our nation’s adversaries and rivals have been emboldened by our uncertain foreign policy. So as instability spreads and tyrants flourish, our allies want to know whether America can still be counted on to confront these common challenges. Whether we will continue to be a beacon to the rest of the world. Just last week I read a speech on this very topic. But it was not delivered by some American neoconservative commentator, but rather by the Foreign Minister of France. He said about us, and I quote the English translation, “Nobody can take over from the Americans, especially from a military point of view. Given the power of the United States, an American ‘disengagement’ – if this would be the proper way to qualify it – is a global disengagement, with the risk of letting major crises fester on their own.” End quote. We are often led to think that other nations are tired of the role America has played in global affairs. But in fact, it is the fear of a disengaged America that worries countries all over the world. (…) Some on both the left and the right try to portray our legacy as one of an aggressive tyrant constantly meddling in the world’s crises. But ask around the world and you’ll find that our past use of military might has a different legacy. Our legacy is a crumbled wall in Berlin. It’s the millions of Afghan children – including many girls – now able to attend school for the first time. It’s vibrant democracies and steadfast allies such as Germany, Japan and South Korea. Our legacy is that of a nation that for two centuries has planted its feet and pushed out against the walls of tyranny, oppression and injustice that constantly threaten to close in on the world, and has sought to replace these forces with the spread of liberty, free enterprise, and respect for human rights. (…) From his first days in office, President Obama has seemed unsure of the role that American power and principles should play around the world. He has failed to understand that in foreign policy, the timing and decisiveness of our actions matter almost as much as how we engage. The President has spoken about the need to shift American foreign policy away from the conflicts of the Middle East and place increased focus on Asia. But our foreign policy cannot be one that picks and chooses which regions to pay attention to and which to ignore. In fact, our standing as a world power depends on our ability to engage globally anywhere and at anytime our interests are at stake. (…) The results have been devastating. We are left with the high likelihood of the worst possible outcome: a divided Syria, with a pro-Iran murderous dictator in control of part of the country, and radical jihadists in control of much of the rest.  Our closest allies in the region are now openly questioning the value of our friendship. (…) The President’s failure to negotiate a security cooperation agreement with Iraq was yet another instance in which this administration ambled aimlessly through a situation that should have prompted careful strategic maneuvering. It ensured the return of Al Qaeda to Iraq and the creeping authoritarianism of a Maliki government increasingly in the sway of Tehran. And in Afghanistan, the White House has often shown a lack of commitment that has put at risk the very real gains we and the Afghans have made. Libya, Syria, Iraq and maybe soon Afghanistan are haunting examples of the sad and predictable results that have come when this administration has gotten the policy – and just as importantly – the timing wrong. (…) We should start by acknowledging the fact that a strong and engaged America has been a force of tremendous good in the world. This can be done easily by imagining the sort of world we would live in today had America sat out the 20th Century. Imagine if the beaches of Normandy were never touched by American boots. Imagine if our foreign aid had not helped alleviate many of the world’s worst crises. Imagine if nuclear proliferation had continued unfettered by U.S. influence. It is no exaggeration to say that the majority of the world’s democracies may not exist had America remained disengaged. Marco Rubio (20 nov. 2013)
I think we developed in the Republican Party a—well, you know, the buzzword for it is ‘neoconism.’ But I think what it is, it’s an ideology—it’s really an idealistic approach to things. But it’s a combination of idealism and, if you will, brute force. Brent Scowcroft
So what to do now? The Republicans’ creation will soon be let loose on the land, leaving to others the job the party failed to carry out. For this former Republican, and perhaps for others, the only choice will be to vote for Hillary Clinton. The party cannot be saved, but the country still can be. Robert Kagan
Kagan — the preeminent neoconservative scholar and author who made headlines when President Obama improbably cited his article on “The Myth of American Decline,” and again when his cover story for The New Republic critiquing Obama’s foreign policy zipped through the West Wing — has had a major influence on Rubio’s worldview. The former adviser to politicians from Jack Kemp to Mitt Romney to Hillary Clinton says he spoke with Rubio on and off during his first two years in office, and Rubio cited Kagan’s 2012 book The World America Made in his remarks at the Brookings Institution later that year. In the book, Kagan argues that world orders are transient, and that the world order that has been shaped by the United States since the end of World War II — defined by freedom, democracy, and capitalism — will crumble if American power wanes. But he also posits that the modern world order rests not on America’s cherished ideals — respect for individual rights and human dignity — but on economic and military power, and that its preservation requires bolstering America’s hard power. The National Review (2014)
Frum’s thesis (…) is that the conservative movement became enamored with the trappings of power during the Reagan presidency, and stopped making the argument that America’s problems stem from our sprawling and dilapidated welfare state. Instead conservatives, like Reagan, told Americans they could indeed have it all: tax cuts and entitlements, big government at half the price. Frum’s solution was for conservatives to step back from the Republican Party, care somewhat less about elections, and spend more time convincing Americans that a radical reduction in the size and scope of government is necessary and just. (…) What really interested me, though, was Frum’s typology of post-Reagan conservatives. He divides them into three groups. There are optimists, led by Jack Kemp. There are moralists, led by William J. Bennett. And there are nationalists, led by Pat Buchanan. Optimists say public policy is a matter of incentives. Human beings all want to do the right thing, but taxes and regulation get in the way. Cut taxes, reduce regulation, resurrect the gold standard, and people will flourish.For the moralists, incentives are not enough. Character counts. Crime, welfare, education matter more to a moralist than tax rates or Social Security. Government can and should foster a public morality. And if conservatives do not promote bourgeois values such as fidelity, thrift, discipline, modesty, and hard work, then liberals will use their social and political power to promote values of their own. Nationalists are concerned with the erosion of American sovereignty. Defense treaties commit us to wars we cannot win and should not fight. Trade agreements displace workers. Immigration alters the ethnic composition of the nation. The solution is to place “America first, and second, and third,” as Buchanan put it in the title of a famous National Interest essay. It is worth considering where these groups stand today. Kemp protégé Paul Ryan is clearly the leader of the optimists. Donald Trump is clearly the leader of the nationalists. But I can’t tell you who the leader of the moralists is. I can’t name a prominent conservative known for advocating public morality, a political leader who has taken a stand on crime, on welfare, on family policy, on education. A major education bill was recently signed into law with little fanfare and even less debate. The Powerball jackpot has grown to more than $236 million, and no one bats an eye, no Republican presidential candidate suggests that gambling harms the weak. Where did the moralists go? To some degree they were victims of their own success. Crime has fallen. Welfare was reformed. Standards and testing were written into education law. Other issues became more pressing. After 9/11, a lot of the moralists became heavily invested in foreign and defense policy. Defending the Iraq war, and advocating a strategy that could improve our situation there, was a full-time job. President Obama forced conservatives to adopt a defensive position—against Obamacare, against immigration reform, against the Iran deal. The disappointing endgame in Iraq, and the Republican elite’s drive to pass comprehensive immigration reform, and the diminishing returns from globalization created the conditions for a nationalist revival. This outcome is unfortunate. The moralists were once the most interesting and intellectually vibrant school of conservatism. They accurately identified a weakening of American self-confidence, a growing sense of entitlement and anomie, the importance of civil society and the cultural fabric. And they are needed once more. The conditions of our cities and suburbs, the state of our schools, the disintegration of the family, gun violence, opioid addiction, mental illness, pornography, welfare—these are subjects ripe for fresh policy analysis. Some of that work is being done. But it rarely finds expression in the public square. A new politics of character would incorporate the best insights of the other schools of conservatism while rejecting their excesses. It needn’t be beholden to the idea that tax cuts will generate enough revenue to pay for themselves. It would recognize that immigration and trade bring costs as well as benefits even as it condemns rhetorical excess. It would treat seriously the idea that government matters. And, perhaps most importantly, in the uncertain and turbulent political era we seem to be entering, a new politics of character would not be necessarily attached to one political party. Matthew Continetti
Like not a few revolutionary movements that have fallen on hard times, neoconservatism is experiencing a schism. Two camps are starting to face off over the question of the true faith, with the first embracing orthodoxy and the second heresy. The question they face is simple: Should the neocons continue to move right, serving as the advance guard of an embattled GOP? Or should neoconservatism become true to itself by returning to the center? Will the movement, in fact, morph back into what it was at its inception in the late 1960s when it belonged firmly to the Democratic Party—moderate on domestic issues and mildly hawkish on foreign policy? (…) The orthodox camp is based mostly in New York. It wants to combat the decadent liberal elites—the new class—that are supposedly corrupting the Republic. (…) The second and more novel camp consists of what might be called heretical reverters. Reverters dismiss the notion that America has not changed. One of the shrewdest and most perceptive neocons, Tod Lindberg of the Hoover Institution, noted in the Washington Post, “Here’s the stark reality: It is now harder for the Republican presidential candidate to get to 50.1 percent than for the Democrat.” The reverters—who include, among others, David Frum and David Brooks, and are largely based in Washington, D.C.—suggest that the GOP needs to get up to speed, to dump overboard the detritus that it has accumulated over the past several decades. (…) The argument of the reverters, at bottom, seems to be that neoconservatism needs to reboot. Indeed, the reverters even seem to have discovered a new female savior—Hillary Clinton. And so, if neoconservatism has a future, it’s in the Democratic more than the Republican Party. To understand this new development, it’s helpful to consider the arc of neoconservatism. In its original incarnation, neoconservatism’s salvation doctrine was to reconvert the Democratic Party to its anticommunist roots and a more sober view of social policy. Irving Kristol called for a “combination of the reforming spirit with the conservative ideal”—the notion that liberalism could conserve the best in conservatism. (…) There can be no doubt that as staunch cold warriors, or, if you prefer, liberal internationalists, the neocons viewed the Republican Party, which was led by Richard Nixon and Henry Kissinger, both realists and promoters of détente, with unease. The neocons, who had started out as Trotskyists, espoused a social-democratic program in domestic policy. Essentially, they were Hubert Humphrey Democrats. The neocons clustered around Sen. Scoop Jackson, whose adviser was Richard Perle. They didn’t want détente with the GOP itself; they beseeched Democrats to decry their opponents as selling out human rights and American ideals. Then came Jimmy Carter. Despite Carter’s support for human rights abroad, the neocons bridled at his derogation of the communist threat and failure to support the shah of Iran from being overthrown by radical Islamists. The neocons became counterrevolutionaries. Their failure to create regime change in the Democratic Party meant that they began enlisting in the GOP. More precisely, they flocked to the banner of Ronald Reagan, a former New Deal Democrat turned conservative, or, in their eyes, the first neocon. (…) Once the evil empire imploded, the neocons embarked upon the new project of reconciling Jews and evangelicals within the GOP. Yet no matter how fervent their embrace of the GOP may have been, the neocons began to flirt with the Democratic Party once more when Bill Clinton was the nominee in 1992. This was the first sign of an alliance between the liberal hawks and neocons that would flourish during George W. Bush’s presidency. The neocons had found the realist George H.W. Bush wanting for his failure to topple Saddam Hussein, his attempts to curb Jewish settlements in the West Bank, his refusal to intervene in the Balkans, and his tepid response to Tiananmen Square. Clinton, by contrast, denounced the “butchers of Beijing” and seemed to offer the prospect of tough action in the Balkans against the Serbs. The refusal of Clinton to appoint any neocons, apart from providing Richard Schifter with the token position of assistant secretary for human rights, did little to maintain their ardor. Still, as Clinton’s second term neared its end, neoconservatives such as Norman Podhoretz, writing in National Review, assessed his tenure fairly favorably. As Podhoretz noted, Clinton had been no pushover: he intervened in the Balkans and launched missiles at Iraq. Moreover, he severely curbed welfare benefits. In short, the McGovern era had come to end with Clintonite centrism. (…) The new Popular Front forged between the neocons and liberal hawks collapsed during the Iraq War, however, as liberals bailed out once the war went south. Might there be a reunion, this time with the neocons courting the liberal hawks rather than the liberal hawks trying to court the neocons? The more conciliatory neocons have begun to send up signal flares. It isn’t simply David Brooks’s paeans to Obama. Robert Kagan has praised what he calls “Obama the Interventionist” in his Washington Post column: “Obama believes the world yearns to follow us, if only we restore our worthiness to lead. Personally, I like it.” Even the Weekly Standard has begun to reassess its seemingly intractable hostility to all things Clinton. Vigilant neocon-spotters will have noticed that the Standard featured not one but two items praising the idea of Hillary as secretary of state. (…) The fact is that the neocon passion for Hillary may not be as outlandish as it seems at first glance. For one thing, Hillary was instrumental in getting Madeleine Albright appointed secretary of state in 1997, and they remain close friends. (…) Whether or not Hillary actually behaves like a hawk in office is another question. She might seek to push peace talks on Israel and the Palestinians. Reaching an agreement with Iran would be a big feather in her cap. So would negotiating an arms-control deal with Russia in exchange for dismantling the Bush administration’s proposed missile-defense system in Eastern Europe. (…) But for now, the neocons touting a reversion to the movement’s original, more liberal precepts seem intent on creating a new chapter in the saga of a movement that has been repeatedly written off as dead. Perhaps reaching out to the Obama administration will help rejuvenate neoconservatism. It could prove to be a more comfortable fit than either side might anticipate. Jacob Heilbrunn
The loyalty of the neocons has always been to an ideology of American exceptionalism, not to a particular party. This is what separates the neocon conversion to Clinton from previous examples of Republicans endorsing Barack Obama. Colin Powell wasn’t making an ideological statement. He was making a practical one, based on his distaste for where the GOP was headed. For the neocons this is a much more heartfelt moment. They have invested decades in trying to reshape the GOP into their own image, and were quite successful at it. But now a formidable challenge is taking place as the GOP reverts to its traditional heritage. The impulse of the neocons to return to the Democratic Party should not be wholly surprising. In 1972, for example, Robert L. Bartley, the editorial page editor of the Wall Street Journal, wrote that the fledgling neoconservatives represented “something of a swing group between the two major parties.” He was right. The neoconservatives had their home in the Democratic Party in the 1960s. Then they marched rightward, in reaction to the rise of the adversary culture inside the Democratic Party. George McGovern’s run for the presidency in 1972, followed by the Jimmy Carter presidency, sent them into the arms of Ronald Reagan and the GOP. But it wasn’t until the George W. Bush presidency that the neocons became the dominant foreign policy force inside the GOP. They promptly proceeded to wreck his presidency by championing the war in Iraq. Today, having wrecked it, they are now threatening to bolt the GOP and support Hillary Clinton rather than Donald Trump for the presidency. Something like this scenario is what I predicted in the New York Times in July 2014. Trump wasn’t around then as a force inside the GOP. But already it seemed clear that some of the leading neocons such as Kagan were receptive to Clinton. Now, in a Washington Post column, Kagan has gone all in (…)  but he elides the fact that many of Trump’s positions are not all that different from what the GOP has espoused in the past when it comes to domestic issues. It is on foreign affairs where Trump represents a marked shift and it is this that truly troubles the neocon wing. Trump has made it clear that he’s dubious about foreign interventions. He’s indicated that he would treat with Russian president Vladimir Putin. His entire foreign policy credo, such as it is, seems to have a Jacksonian pedigree—don’t tread on me. For its part, neoconservatism has always had a nationalistic streak. But Trump represents everything that the neocons believed that they had purged from the GOP. He represents continuity with the Buchananite wing, the belief that America should tend to its own knitting before launching hopeless wars abroad.  When it comes to foreign policy, however, the second generation of neocons such as Kagan does not trace its lineage back to Ohio Senator Robert Taft but to the one that Republicans in the early 1950s reviled: the Truman administration. Here we come full circle. The origins of the neocons are in the Democratic Party. Should Clinton become the Democratic nominee and Trump the Republican one, a number of neocons may make common cause with Clinton. Watch Rubio’s ranks first. Jacob Heilbrunn
After nearly a decade in the political wilderness, the neoconservative movement is back, using the turmoil in Iraq and Ukraine to claim that it is President Obama, not the movement’s interventionist foreign policy that dominated early George W. Bush-era Washington, that bears responsibility for the current round of global crises. Even as they castigate Mr. Obama, the neocons may be preparing a more brazen feat: aligning themselves with Hillary Rodham Clinton and her nascent presidential campaign, in a bid to return to the driver’s seat of American foreign policy. To be sure, the careers and reputations of the older generation of neocons — Paul D. Wolfowitz, L. Paul Bremer III, Douglas J. Feith, Richard N. Perle — are permanently buried in the sands of Iraq. And not all of them are eager to switch parties (…) But others appear to envisage a different direction — one that might allow them to restore the neocon brand, at a time when their erstwhile home in the Republican Party is turning away from its traditional interventionist foreign policy. (…) Consider the historian Robert Kagan, the author of a recent, roundly praised article in The New Republic that amounted to a neo-neocon manifesto. He has not only avoided the vitriolic tone that has afflicted some of his intellectual brethren but also co-founded an influential bipartisan advisory group during Mrs. Clinton’s time at the State Department. (…) Other neocons have followed Mr. Kagan’s careful centrism and respect for Mrs. Clinton. Max Boot, a senior fellow at the Council on Foreign Relations, noted in The New Republic this year that “it is clear that in administration councils she was a principled voice for a strong stand on controversial issues, whether supporting the Afghan surge or the intervention in Libya.” And the thing is, these neocons have a point. Mrs. Clinton voted for the Iraq war; supported sending arms to Syrian rebels; likened Russia’s president, Vladimir V. Putin, to Adolf Hitler; wholeheartedly backs Israel; and stresses the importance of promoting democracy. (…) Of course, the neocons’ latest change in tack is not just about intellectual affinity. Their longtime home, the Republican Party, where presidents and candidates from Reagan to Senator John McCain of Arizona supported large militaries and aggressive foreign policies, may well nominate for president Senator Rand Paul of Kentucky, who has been beating an ever louder drum against American involvement abroad. In response, Mark Salter, a former chief of staff to Senator McCain and a neocon fellow traveler, said that in the event of a Paul nomination, “Republican voters seriously concerned with national security would have no responsible recourse” but to support Mrs. Clinton for the presidency. Still, Democratic liberal hawks, let alone the left, would have to swallow hard to accept any neocon conversion. (…) Far from ending, then, the neocon odyssey is about to continue. In 1972, Robert L. Bartley, the editorial page editor of The Wall Street Journal and a man who championed the early neocon stalwarts, shrewdly diagnosed the movement as representing “something of a swing group between the two major parties.” Despite the partisan battles of the early 2000s, it is remarkable how very little has changed. Jacob Heilbrunn

Attention: un sauvetage peut en cacher un autre !

A l’heure où devant la montée apparemment irrésistible, y compris du côté des évangéliques, du démagogue Donald Trump …

Et le refus suicidaire des autres candidats de sacrifier leur ambition personnelle pour le bien de leur pays et de leur parti …

Tant l’establishment que nombre d’intellectuels républicains commencent à s’inquiéter

Pendant qu’un temps, avec Bernie Sanders, les Démocrates semblent avoir été tentés par le socialisme le plus radical …

Et que braqué à son tour par la réalité en France, un pouvoir socialiste se voit au contraire par l’un des siens qualifié de néoconservateur

Comment ne pas voir l’incroyable chassé croisé qui se dessine …

A l’instar de la menace, d’un des principaux théoriciens de la pensée néoconservatrice et jusqu’ici soutien de Rubio, de voter pour une Hillary Clinton à l’opportunisme pourtant aussi crasse que son passé …

Face à un parti républicain revenu semble-t-il à l’isolationnisme de ses débuts …

Retour finalement logique des néoconservateurs à leur bercail d’origine …

Ou, après la trahison Obama, juste retour des choses et du parti démocrate à ses véritables valeurs ?

Why Trump Is Panicking Robert Kagan

That neocons would exit the GOP to support Clinton was clear from the start.

Jacob Heilbrunn

February 26, 2016

Anyone looking for further converts to the Hillary Clinton campaign might do well to look at the Marco Rubio campaign. If Clinton is the leading liberal hawk, Rubio is the foremost neocon candidate. In 2014 National Review published an article about him titled “The neocons return.”

Whether it’s Cuba or Iran or Russia, he stakes out the most intransigent line: “I disagree with voices in my own party who argue we should not engage at all, who warn we should heed the words of John Quincy Adams not to go ‘abroad, in search of monsters to destroy.’” Not surprisingly, he’s surrounded himself with neocon advisers, ranging from Max Boot to Jamie Fly to Elliott Abrams.

If Donald Trump, as seems more than likely, prevails in the GOP primary, then a number of neocons may defect to the Clinton campaign. Already Robert Kagan announced in the Washington Post on Thursday that he intends to back Hillary Clinton if Donald Trump receives the GOP nomination. The fact is that the loyalty of the neocons has always been to an ideology of American exceptionalism, not to a particular party.

This is what separates the neocon conversion to Clinton from previous examples of Republicans endorsing Barack Obama. Colin Powell wasn’t making an ideological statement. He was making a practical one, based on his distaste for where the GOP was headed. For the neocons this is a much more heartfelt moment. They have invested decades in trying to reshape the GOP into their own image, and were quite successful at it. But now a formidable challenge is taking place as the GOP reverts to its traditional heritage.

The impulse of the neocons to return to the Democratic Party should not be wholly surprising. In 1972, for example, Robert L. Bartley, the editorial page editor of the Wall Street Journal, wrote that the fledgling neoconservatives represented “something of a swing group between the two major parties.” He was right. The neoconservatives had their home in the Democratic Party in the 1960s. Then they marched rightward, in reaction to the rise of the adversary culture inside the Democratic Party. George McGovern’s run for the presidency in 1972, followed by the Jimmy Carter presidency, sent them into the arms of Ronald Reagan and the GOP.

But it wasn’t until the George W. Bush presidency that the neocons became the dominant foreign policy force inside the GOP. They promptly proceeded to wreck his presidency by championing the war in Iraq. Today, having wrecked it, they are now threatening to bolt the GOP and support Hillary Clinton rather than Donald Trump for the presidency.

Something like this scenario is what I predicted in the New York Times in July 2014. Trump wasn’t around then as a force inside the GOP. But already it seemed clear that some of the leading neocons such as Kagan were receptive to Clinton. Now, in a Washington Post column, Kagan has gone all in.

He decries Republican obstructionism, antipathy to Obama, and the rise of Trump. The tone is apocalyptic. According to Kagan,

“So what to do now? The Republicans’ creation will soon be let loose on the land, leaving to others the job the party failed to carry out. For this former Republican, and perhaps for others, the only choice will be to vote for Hillary Clinton. The party cannot be saved, but the country still can be.”

This itself represents a curious case of neocon hyperbole. Kagan is an eloquent writer, but he elides the fact that many of Trump’s positions are not all that different from what the GOP has espoused in the past when it comes to domestic issues. It is on foreign affairs where Trump represents a marked shift and it is this that truly troubles the neocon wing.

Trump has made it clear that he’s dubious about foreign interventions. He’s indicated that he would treat with Russian president Vladimir Putin. His entire foreign policy credo, such as it is, seems to have a Jacksonian pedigree—don’t tread on me.

For its part, neoconservatism has always had a nationalistic streak. But Trump represents everything that the neocons believed that they had purged from the GOP. He represents continuity with the Buchananite wing, the belief that America should tend to its own knitting before launching hopeless wars abroad.  When it comes to foreign policy, however, the second generation of neocons such as Kagan does not trace its lineage back to Ohio Senator Robert Taft but to the one that Republicans in the early 1950s reviled: the Truman administration.

Here we come full circle. The origins of the neocons are in the Democratic Party. Should Clinton become the Democratic nominee and Trump the Republican one, a number of neocons may make common cause with Clinton. Watch Rubio’s ranks first.

Jacob Heilbrunn is editor of the National Interest.

Voir aussi:

The Next Act of the Neocons
Are Neocons Getting Ready to Ally With Hillary Clinton?

Jacob Heilbrunn

The New York Times

July 5, 2014

WASHINGTON —è  is the editor of the National Interest and the author of “They Knew They Were Right: The Rise of the Neocons.”

Voir également:

Where Have All the Neocons Gone?
Having wrecked the Right, will neoconservatives revert to their left-wing origins or double down on the GOP?
Jacob Heilbrunn
The American conservative
January 12, 2009

As Barack Obama prepares to take the inaugural oath, it almost seems otiose to note that his victory represents a sweeping repudiation of the neoconservative movement. Though neocons such as Randy Scheunemann formed a kind of Praetorian Guard around John McCain during his presidential campaign, their truculent approach to foreign affairs sabotaged rather than strengthened McCain’s electoral appeal. The best that Sarah Palin, a foreign-policy neocon on training wheels, could do was to offer platitudes about standing by Israel. It seems safe to say, then, that the neocon credo is ready to be put out to pasture.

Or is it? One problem with this line of argument is that it’s been heard before—sometimes from the neoconservatives themselves. In 1988, after George H.W. Bush replaced Ronald Reagan, neocon lioness Midge Decter fretted, “are we a long, sour marriage held together for the kids and now facing an empty nest?” Then in the late 1990s, Norman Podhoretz delivered a valedictory for neoconservatism at the American Enterprise Institute. Neoconservatism, he announced, was a victim of its success. It no longer represented anything unique because the GOP had so thoroughly assimilated its doctrines. In 2004, a variety of commentators scrambled to pronounce a fresh obituary for neoconservatism. The disastrous course of the Iraq War, Foreign Policy editor Moisés Naím said, showed that the neoconservative dream had expired in the sands of Araby.

Yet the neocons show few signs of going away. The Iraq surge was devised by Frederick Kagan of the American Enterprise Institute and spearheaded by William Luti, a protégé of Newt Gingrich and Dick Cheney who is currently at the National Security Council. Its success has prompted some neocons to claim vindication for the Iraq War overall. Nor has the network of institutions that the neocons rely upon melted away, from the Hudson Institute, where Scooter Libby and Douglas J. Feith are now ensconced, to the Weekly Standard and Fox News.

It’s also the case that the realists inside the GOP feel more embattled than ever. Sen. Chuck Hagel has pretty much resigned from the GOP itself as well as from his Senate seat, denouncing Rush Limbaugh and others as retrograde conservatives. What’s more, former national security adviser Brent Scowcroft, who has co-authored a new book with Zbigniew Brzezinski about the challenges facing the next president, has been informally advising Obama. Scowcroft told CNN, “I think we developed in the Republican Party a—well, you know, the buzzword for it is ‘neoconism.’ But I think what it is, it’s an ideology—it’s really an idealistic approach to things. But it’s a combination of idealism and, if you will, brute force.” As Scowcroft sees it, the neocons remain in control of the GOP. “Where do I go?” he recently asked me.

Still, if the neocons aren’t necessarily on the ropes, it would probably be equally mistaken to deny that something has changed. They have undeniably suffered a number of setbacks. The sun has set on the flagship neocon newspaper, the New York Sun, a victim of the financial crash. The citadel of neoconservatism, AEI, has ousted Michael Ledeen, Joshua Muravchik, and Reuel Marc Gerecht. Meanwhile, Robert Kagan has incorporated realist tenets into his writings, while David Frum, who co-wrote with Richard Perle the standard neocon foreign-policy text, An End to Evil, and who previously demanded the expulsion of allegedly unpatriotic conservatives from the conservative pantheon (a move Russell Baker called reminiscent of the Moscow purges), now seems to be hinting at, among other things, a reassessment of neocon foreign policy. “I cannot be blind,” he conceded in a farewell address to National Review Online last month, “to the evidence … that the foreign policy I supported has not yielded the success I would have wished to see.”

Looking ahead, the neocons do not have an obvious horse. In the past they have glommed on to everyone from Sen. Henry M. “Scoop” Jackson to Colin Powell, whom William Kristol briefly touted for president. Another problem is that George W. Bush himself has increasingly deviated from neoconservatism. With the fall of Donald Rumsfeld, on whom the neocons tried to blame the mismanaged Iraq War, Vice President Dick Cheney has lost out to the combination of Defense Secretary Robert Gates and Secretary of State Condoleezza Rice. Even Kristol seems to have shed some of his habitual fervor, musing about the shortcomings of capitalism in his New York Times column and expressing the hope that Obama will put aright what has gone wrong.

The result has been something of an identity crisis in the ranks of the neocons. Like not a few revolutionary movements that have fallen on hard times, neoconservatism is experiencing a schism. Two camps are starting to face off over the question of the true faith, with the first embracing orthodoxy and the second heresy. The question they face is simple: Should the neocons continue to move right, serving as the advance guard of an embattled GOP? Or should neoconservatism become true to itself by returning to the center? Will the movement, in fact, morph back into what it was at its inception in the late 1960s when it belonged firmly to the Democratic Party—moderate on domestic issues and mildly hawkish on foreign policy?

The orthodox camp is based mostly in New York. It wants to combat the decadent liberal elites—the new class—that are supposedly corrupting the Republic. It views Barack Obama as a dangerous, unreconstructed 1960s-type radical and pins its hopes on Alaska governor Sarah Palin. Writing in the November issue of the British neocon journal Standpoint, Midge Decter, for example, upbraids Palin critics for their unwillingness to recognize her brilliance. Decter, a longtime foe of the feminist movement, depicts Palin as someone of unalloyed virtue who incarnates the Victorian virtues celebrated by Gertrude Himmelfarb. According to Decter, Palin is “young, handsome, clever, firmly married, a mother, a serious Christian, a right-to-lifer who has been successful at virtually everything … to which she has turned a hand or mind or body.” Obama, by contrast, offers “for those with ears old enough and practiced enough to hear … the same old prescriptions and cadences of the 1960s radical left.”

When it comes to the Iraq War, the followers of orthodoxy maintain, liberals deserve a pasting. Peter Wehner, a former Bush adviser and a fellow at the Ethics and Public Policy Center, condemns opponents of the surge as congenitally hostile to the American creed: “Is it not fair to say that what was at work in them was an ideological antipathy not just to an American President, but to America’s cause?”

Decter’s son, John Podhoretz, who has been tapped to become editor of Commentary, in that magazine’s December issue raised the prospect of a radical Obama presidency. Podhoretz noted that Obama is “a man who has lived in and around elite universities since he was eighteen years old …” And Podhoretz’s surprising conclusion? The election did not repudiate the notion that America is a center-right country.

The second and more novel camp consists of what might be called heretical reverters. Reverters dismiss the notion that America has not changed. One of the shrewdest and most perceptive neocons, Tod Lindberg of the Hoover Institution, noted in the Washington Post, “Here’s the stark reality: It is now harder for the Republican presidential candidate to get to 50.1 percent than for the Democrat.” The reverters—who include, among others, David Frum and David Brooks, and are largely based in Washington, D.C.—suggest that the GOP needs to get up to speed, to dump overboard the detritus that it has accumulated over the past several decades. They want no part of Sarah Palin, seeing her as a recipe for electoral disaster. They also see the fate of the British Tories, who have wandered in the wilderness for years, as a cautionary tale. The argument of the reverters, at bottom, seems to be that neoconservatism needs to reboot. Indeed, the reverters even seem to have discovered a new female savior—Hillary Clinton. And so, if neoconservatism has a future, it’s in the Democratic more than the Republican Party.

To understand this new development, it’s helpful to consider the arc of neoconservatism. In its original incarnation, neoconservatism’s salvation doctrine was to reconvert the Democratic Party to its anticommunist roots and a more sober view of social policy. Irving Kristol called for a “combination of the reforming spirit with the conservative ideal”—the notion that liberalism could conserve the best in conservatism. Former Wall Street Journal editor Robert Bartley, who did much to smooth the path of the neocons into the GOP, astutely observed in 1972 that the neocons “are something of a swing group between the two major parties. Their political outlook is that of establishmentarians looking for an establishment worthy of the name, and many of them are longtime Democrats with new Republican leanings.”

There can be no doubt that as staunch cold warriors, or, if you prefer, liberal internationalists, the neocons viewed the Republican Party, which was led by Richard Nixon and Henry Kissinger, both realists and promoters of détente, with unease. The neocons, who had started out as Trotskyists, espoused a social-democratic program in domestic policy. Essentially, they were Hubert Humphrey Democrats. The neocons clustered around Sen. Scoop Jackson, whose adviser was Richard Perle. They didn’t want détente with the GOP itself; they beseeched Democrats to decry their opponents as selling out human rights and American ideals.

Then came Jimmy Carter. Despite Carter’s support for human rights abroad, the neocons bridled at his derogation of the communist threat and failure to support the shah of Iran from being overthrown by radical Islamists. The neocons became counterrevolutionaries. Their failure to create regime change in the Democratic Party meant that they began enlisting in the GOP. More precisely, they flocked to the banner of Ronald Reagan, a former New Deal Democrat turned conservative, or, in their eyes, the first neocon. Neocons such as Elliott Abrams and Jeane Kirkpatrick landed posts in the Reagan administration, but the true believers on the outside weren’t satisfied. Irving Kristol, Norman Podhoretz, and Midge Decter all chided Reagan for his pragmatism. Podhoretz even condemned him for “appeasement by any other name” for his policies in the Middle East and toward the Soviet Union. Later, Podhoretz claimed that Reagan was suffering from delusions about the Cold War, indulging in the “fantasy of communist collapse.” Once the evil empire imploded, the neocons embarked upon the new project of reconciling Jews and evangelicals within the GOP.

Yet no matter how fervent their embrace of the GOP may have been, the neocons began to flirt with the Democratic Party once more when Bill Clinton was the nominee in 1992. This was the first sign of an alliance between the liberal hawks and neocons that would flourish during George W. Bush’s presidency. The neocons had found the realist George H.W. Bush wanting for his failure to topple Saddam Hussein, his attempts to curb Jewish settlements in the West Bank, his refusal to intervene in the Balkans, and his tepid response to Tiananmen Square. Clinton, by contrast, denounced the “butchers of Beijing” and seemed to offer the prospect of tough action in the Balkans against the Serbs. The refusal of Clinton to appoint any neocons, apart from providing Richard Schifter with the token position of assistant secretary for human rights, did little to maintain their ardor. Still, as Clinton’s second term neared its end, neoconservatives such as Norman Podhoretz, writing in National Review, assessed his tenure fairly favorably. As Podhoretz noted, Clinton had been no pushover: he intervened in the Balkans and launched missiles at Iraq. Moreover, he severely curbed welfare benefits. In short, the McGovern era had come to end with Clintonite centrism. It was realist Republicans, to the consternation of William Kristol and Robert Kagan, who were denouncing Clinton for intervening abroad. The new Popular Front forged between the neocons and liberal hawks collapsed during the Iraq War, however, as liberals bailed out once the war went south.

Might there be a reunion, this time with the neocons courting the liberal hawks rather than the liberal hawks trying to court the neocons? The more conciliatory neocons have begun to send up signal flares. It isn’t simply David Brooks’s paeans to Obama. Robert Kagan has praised what he calls “Obama the Interventionist” in his Washington Post column: “Obama believes the world yearns to follow us, if only we restore our worthiness to lead. Personally, I like it.” Even the Weekly Standard has begun to reassess its seemingly intractable hostility to all things Clinton. Vigilant neocon-spotters will have noticed that theStandard featured not one but two items praising the idea of Hillary as secretary of state. The tone of both seemed to be “yes, we should.” Under the heading “Hail Clinton,” Michael Goldfarb, McCain’s deputy communications director during the campaign, blogged that she is “likely to be a nuisance to Obama whether she is inside or outside of his administration, but as our top diplomat she could reprise a role that made Powell a kingmaker in this year’s election. And perhaps she could even present the case for war with Iran to an insubordinate United Nations in the event that Obama’s personal diplomacy somehow fails to deter the mullahs from their present course.”

The Standard’s Noemie Emery went even further. In her view, “For the moment, Hillary Clinton will be the conservatives’ Woman in Washington, more attuned to their concerns on these issues than to those of the get-the-troops-home-now wing of her party, a strange turn of events for a woman whose husband was impeached by Republicans just ten years ago, and whose ascent that party had dreaded since she went to the Senate two years after that.” Indeed.

The fact is that the neocon passion for Hillary may not be as outlandish as it seems at first glance. For one thing, Hillary was instrumental in getting Madeleine Albright appointed secretary of state in 1997, and they remain close friends. Albright is a liberal interventionist of the first order. Her father, Josef Korbel, a former Czech diplomat, was a cold warrior. Albright herself ardently pushed for intervention in the Balkans, first as Clinton’s United Nations ambassador, then, more effectively, as secretary of state. Albright will have the opportunity to weigh in on hot-button foreign-policy issues such as relations with Russia.

In addition, Albright, together with former Clinton defense secretary William S. Cohen, has headed a U.S. Institute for Peace and Holocaust Museum task force on genocide. Its new report, released on Dec. 8, is called “Preventing Genocide.” It could prove almost as influential for the Obama administration as the neocon-inspired “Defense Planning Guidance” of 1992, which called for American unilateral domination of the world, was for George W. Bush’s presidency. Albright and Cohen’s document calls for the creation of an Atrocities Prevention Committee that would work with key national security officials. It further states that the director of national intelligence should “initiate the preparation of a National Intelligence Estimate on worldwide risks of genocide and mass atrocities.” Finally, it recommends that the secretary of defense and U.S. military leaders develop military guidance on genocide prevention and response and “incorporate it into Department of Defense (and interagency) policies, plans, doctrine, training, and lessons learned.” The report’s aims are noble, but it is essentially a stalking horse for liberal intervention. It would create a permanent bureaucracy with a vested interest in insisting upon armed interventionism whenever and wherever the U.S. pleases—the Congo, Georgia, Zimbabwe, Somalia, and so on.

Indeed, Hillary may appoint a number of liberal interventionists. Russia-expert Michael McFaul, a fellow at the Hoover Institution, is an adviser to Obama and is reportedly angling for the post of assistant secretary of state for democracy, human rights, and labor. In 2007, writing in the Washington Post, together with Abbas Milani, McFaul argued, “the United States must recommit to a policy of encouraging democratization inside Iran, because only a democratic regime will stop supporting terrorist groups abroad and repression at home.” McFaul also wants to push for democracy inside Russia. Another possible Clinton appointment might be Samantha Power, who has strenuously advocated more intervention backed by the United Nations. Power declared in Time in 2007 that as abuses mount in Burma and Darfur “a coalition of the concerned must insist that what is manifestly true of the economy is also true of human rights: in this age, there is no such thing as a purely ‘internal matter.’” How far removed is this from Bush’s rhetoric about freedom sweeping the globe in his second inaugural address?

Power’s conclusion epitomizes the distinction between the liberal interventionists and neocons on one side and realists on the other. Realists tend to believe that the internal nature of a state does not decisively affect its foreign-policy decisions. A democratic Iran might be no less likely than an authoritarian Iran to seek nuclear weapons. The country simply pursues its traditional national interests. Liberal interventionists take a different view. They want to expand democratic norms, by force if necessary, around the globe in the hopes of advancing the dream of a perpetual peace.

Whether or not Hillary actually behaves like a hawk in office is another question. She might seek to push peace talks on Israel and the Palestinians. Reaching an agreement with Iran would be a big feather in her cap. So would negotiating an arms-control deal with Russia in exchange for dismantling the Bush administration’s proposed missile-defense system in Eastern Europe.

But the notion that Obama will seek to roll back the American empire is a pipedream. It wasn’t McCain but Obama who declared on the campaign trail that America has to “lead the world in battling immediate evils and promoting the ultimate good.”

This won’t prevent the unrepentant rump faction of the neocons from denouncing Obama as an appeaser, while looking to either Sarah Palin or Newt Gingrich as possible standard-bearers. But for now, the neocons touting a reversion to the movement’s original, more liberal precepts seem intent on creating a new chapter in the saga of a movement that has been repeatedly written off as dead. Perhaps reaching out to the Obama administration will help rejuvenate neoconservatism. It could prove to be a more comfortable fit than either side might anticipate.
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Jacob Heilbrunn, whose book They Knew They Were Right: The Rise of the Neocons has just appeared in paperback, is a senior editor at The National Interest.

Voir également:

For many years Kagan was a staple in the broad neo-conservative community. He was a contributing editor to The Weekly Standard, but now the only Kagan on their list is his brother, Frederick, who also works on foreign and defense policy at the American Enterprise Institute. Robert also was a founding member with Bill Kristol and Dan Senor of the Foreign Policy Initiative, where he remains on its Board of Directors.

The anti-interventionist paleo-conservative historian Andrew Bacevich characterized him as “the chief neo-conservative foreign policy theorist.” In 2008, the British Guardian ran a profile of Kagan, claiming that for “large sections of the left, Kagan has been blamed for many things, prominent among them being one of the intellectual authors and cheerleaders for the US-led war in Iraq.” But even then, it appears that he was having trouble being pigeonholed; the author of the piece observed that he is “uncomfortable” with the title “neocon” and “insists he is ‘liberal’ and ‘progressive’ in a distinctly American tradition.” Now Kagan has freed himself to join Hillary in the ranks of progressives who get things done.

In May of 2014, writing in the New Republic, Kagan had a cover story titled “Superpowers Don’t Get to Retire.” It was an important critique of the Obama administration’s foreign policy. In it he outlined what he called the “cracking” and perhaps “collapsing” of the old world order established at the end of World War II when American leadership predominated, helped to keep the world stable, and prevented the Soviet empire from spreading into Western Europe. He was unhappy that Obama and the American public were retreating from the belief that the United States had a “global responsibility” to stay strong and lead the world, writing that:

Unless Americans can be led back to an understanding of their enlightened self-interest, to see again how their fate is entangled with that of the world, then the prospects for a peaceful twenty-first century in which Americans and American principles can thrive will be bleak.

It was a powerful essay. After a forum where he discussed his article, I asked him if he thought it would have any influence on the president. He replied that he hoped so, but he doubted it. He was right to have that fear.

The New York  Times ran a feature story about the article, noting Kagan’s hope that it might spark an “interventionist revival.” Kagan’s article was read at the White House, and soon after Obama gave a speech at West Point in which the president presented a “narrower vision for American force in world affairs.” Obama’s speech confirmed to many observers that this was the president’s rebuttal to Kagan.

The article’s author, Jason Horowitz, also noted that Kagan referred to himself as a “liberal interventionist.”

The article also gave us a hint of Kagan’s relationship with Hillary Clinton, so that it should come as no surprise that today, he would publicly endorse her for president. In 2014, he saw her as a “vessel into which many interventionists are pouring their hopes.” It also revealed that Kagan served with a group of bipartisan foreign policy intellectuals who advised her at the State Department, where his wife Victoria Nuland worked under Clinton as an assistant secretary of state. As for Clinton, he told the Times, “I feel comfortable with her on foreign policy.”

The Times immediately followed up with another article by the editor of The National Interest, Jacob Heilbrunn, a fierce opponent of neo-conservatives and interventionism. He said Kagan and Secretary of State Clinton would be a perfect fit:

Mrs. Clinton voted for the Iraq war; supported sending arms to Syrian rebels’ likened Russia’s president, Vladimir V. Putin, to Adolf Hitler; wholeheartedly backs Israel; and stresses the importance of promoting democracy.

Wanted: A New Politics of Character

I spent the weekend re-reading David Frum’s Dead Right. Published in 1995, Frum’s slim book is a gripping and devastating account of the failure of Ronald Reagan and George H.W. Bush to limit government. Frum’s thesis, which I do not believe he has ever recanted, is that the conservative movement became enamored with the trappings of power during the Reagan presidency, and stopped making the argument that America’s problems stem from our sprawling and dilapidated welfare state. Instead conservatives, like Reagan, told Americans they could indeed have it all: tax cuts and entitlements, big government at half the price. Frum’s solution was for conservatives to step back from the Republican Party, care somewhat less about elections, and spend more time convincing Americans that a radical reduction in the size and scope of government is necessary and just.

What really interested me, though, was Frum’s typology of post-Reagan conservatives. He divides them into three groups. There are optimists, led by Jack Kemp. There are moralists, led by William J. Bennett. And there are nationalists, led by Pat Buchanan.

Optimists say public policy is a matter of incentives. Human beings all want to do the right thing, but taxes and regulation get in the way. Cut taxes, reduce regulation, resurrect the gold standard, and people will flourish.

For the moralists, incentives are not enough. Character counts. Crime, welfare, education matter more to a moralist than tax rates or Social Security. Government can and should foster a public morality. And if conservatives do not promote bourgeois values such as fidelity, thrift, discipline, modesty, and hard work, then liberals will use their social and political power to promote values of their own.

Nationalists are concerned with the erosion of American sovereignty. Defense treaties commit us to wars we cannot win and should not fight. Trade agreements displace workers. Immigration alters the ethnic composition of the nation. The solution is to place “America first, and second, and third,” as Buchanan put it in the title of a famous National Interest essay.

It is worth considering where these groups stand today. Kemp protégé Paul Ryan is clearly the leader of the optimists. Donald Trump is clearly the leader of the nationalists. But I can’t tell you who the leader of the moralists is. I can’t name a prominent conservative known for advocating public morality, a political leader who has taken a stand on crime, on welfare, on family policy, on education. A major education bill was recently signed into law with little fanfare and even less debate. The Powerball jackpot has grown to more than $236 million, and no one bats an eye, no Republican presidential candidate suggests that gambling harms the weak.

Where did the moralists go? To some degree they were victims of their own success. Crime has fallen. Welfare was reformed. Standards and testing were written into education law. Other issues became more pressing. After 9/11, a lot of the moralists became heavily invested in foreign and defense policy. Defending the Iraq war, and advocating a strategy that could improve our situation there, was a full-time job. President Obama forced conservatives to adopt a defensive position—against Obamacare, against immigration reform, against the Iran deal. The disappointing endgame in Iraq, and the Republican elite’s drive to pass comprehensive immigration reform, and the diminishing returns from globalization created the conditions for a nationalist revival.

This outcome is unfortunate. The moralists were once the most interesting and intellectually vibrant school of conservatism. They accurately identified a weakening of American self-confidence, a growing sense of entitlement and anomie, the importance of civil society and the cultural fabric. And they are needed once more. The conditions of our cities and suburbs, the state of our schools, the disintegration of the family, gun violence, opioid addiction, mental illness, pornography, welfare—these are subjects ripe for fresh policy analysis. Some of that work is being done. But it rarely finds expression in the public square.

A new politics of character would incorporate the best insights of the other schools of conservatism while rejecting their excesses. It needn’t be beholden to the idea that tax cuts will generate enough revenue to pay for themselves. It would recognize that immigration and trade bring costs as well as benefits even as it condemns rhetorical excess. It would treat seriously the idea that government matters. And, perhaps most importantly, in the uncertain and turbulent political era we seem to be entering, a new politics of character would not be necessarily attached to one political party.

Voir encore:

Donald Trump: Defender of the Faith
Charles Krauthammer
The Washington Post
March 3 2016

What happened to the evangelicals? They were supposed to be the bedrock of the Ted Cruz candidacy. Yet on Super Tuesday he lost them to Donald Trump.

Cruz still did make a reasonably good showing, winning Alaska, Oklahoma and Texas, the latter by an impressive 17 points. But he didn’t have the great night he needed to put away Marco Rubio and emerge as Trump’s one remaining challenger.

Cruz had done all the groundwork to win evangelicals and sweep the South by putting together strong alliances with local pastors and leaders. And yet, outside Oklahoma and Texas, he lost them to Trump by stunning margins — by 21 points in Alabama, 13 in Georgia, 14 in Tennessee, 16 in Virginia and 36 in, of all places, Massachusetts.

How could this have happened? A more scripturally, spiritually flawed man than Trump would be hard to find. As several anti-Trump evangelical voices have argued, Christian witness cannot possibly support a thrice-married man with such an impressive list of sins, featuring especially spectacular displays of the seven deadlys.

These theological arguments are both eloquent and impassioned but, in this season of fear and anxiety, beside the point. This time around, evangelicals are not looking for someone like them. They’re looking for someone who will protect them.

They’ve tried backing exemplary Scripture-quoting Christians — without result. After Mike Huckabee and Rick Santorum and considerations of Cruz himself, they are increasingly reluctant to support like-minded candidates who are nonetheless incapable of advancing their cause in a hostile political arena so dominated by secularism.

They have no illusions about Trump. They have no expectations of religious uplift. What he offers them is not spirit but “muscle” (to borrow a word from the notorious former professor Melissa Click of the University of Missouri).

The transaction was illuminated by Trump’s January speech at Liberty University. His earlier halfhearted attempts to pose as a fellow evangelical were amusing and entirely unconvincing. At Liberty, he made another such I’m-one-of-you gesture by citing a biblical verse in “Two Corinthians,” thereby betraying a risible lack of familiarity with biblical language and usage.

Yet elsewhere in the speech, he described how Christians abroad are being massacred and Christians here at home are under cultural and political siege. He pledged: “We’re going to protect Christianity.”

Interesting locution. Not just Christians, but Christianity itself. What Trump promises is to stand outside the churchyard gates and protect the faithful inside. He’s the Roman centurion standing between them and both barbarians abroad and aggressive secularists at home.

The message is clear: I may not be one of you. I can’t recite or even correctly cite Scripture. But I will patrol the borders of Christendom on your behalf. After all, who do you want out there — a choir boy or a tough guy with a loaded gun and a kick-ass demeanor?

Evangelicals answered resoundingly. They went for Trump in a rout.

The essence of Trump’s appeal everywhere, far beyond evangelicals, is precisely the same: “I’m tough, I will protect you.” That’s why he remains so bulletproof. His lack of policy, the contradictory nature of his pronouncements that pass as policy — especially their capricious eruption and summary abandonment — have turned out to be an irrelevance.

Who cares? His support has nothing to do with actual prescriptions. Tuesday night, the immigration issue ranked low among Republican voters’ concerns. Only about 10 percent deemed it their No. 1 issue. The political success of Trump’s draconian immigration stance lies not in the policy but in the attitude — a not-going-to-take-it-anymore defiance.

That’s the reason none of the rhetorical outrages that would have destroyed another candidacy have even left a mark on Trump. He mocks John McCain’s heroism, insults Carly Fiorina’s looks, fawns over Vladimir Putin — nothing. If anything, he gains support for fearless “telling it like it is” candor.

This is a man who three times last Sunday refused to disavow David Duke and the Ku Klux Klan. No other candidate could survive that. Trump not only survives, he thrives. Two days later, he wins seven out of 11 Super Tuesday states and ascends to the threshold of presumptive nominee.

Which is why the only possible way to stop Trump is a full-scale, open-the-bomb-bay-doors attack on the very core of his appeal: his persona of the tough guy you can trust to protect you.

It may be too late. But everything else will simply bounce off the Teflon.

Voir de même:

Whither the GOP?
Charles Krauthammer
The Washington Post
January 28, 2016

Big-government populism, small-government austerity, or conservative reform? It’s hard to believe that the United States, having resisted the siren song of socialism during its entire 20th-century heyday (the only major democracy to do so), should suddenly succumb to socialism’s charms a generation after its intellectual demise. Indeed, the prospect of socialist Bernie Sanders, whatever his current momentum, winning the Democratic nomination remains far-fetched. The Dems would be risking a November electoral disaster of historic dimensions. Yet there is no denying how far Sanders has pulled his party to the left — and how hard the establishment candidate, Hillary Clinton, has been racing to catch up. The Republicans, on the other hand, are dealing with a full-scale riot. The temptation they face is trading in a century of conservatism for Trumpism. The 2016 presidential race has turned into an epic contest between the ethno-nationalist populism of Donald Trump and traditional conservatism, though in two varieties: the scorched-earth fundamentalist version of Ted Cruz, and a reformist version, represented by Marco Rubio (and several so-called establishment candidates) and articulated most fully by non-candidate Paul Ryan and a cluster of highly productive thinkers and policy wonks dubbed “reformicons.”
Trump insists that he’s a conservative, but in his pronouncements and policies, conservatism seems more of a rental — a three-story penthouse rental with Central Park view, to be sure — than an ideological home. Trump protests that Ronald Reagan, too, migrated from left to right. True, but Reagan’s transformation occurred in his 40s — not, as with Trump, in his 60s. In radically different ways, Trump and Sanders are addressing the deep anxiety stemming from the secular stagnation in wages and living standards that has squeezed the middle and working classes for a generation. Sanders locates the villainy in a billionaire class that has rigged both the economic and the political systems. Trump blames foreigners, most prominently those cunning Mexicans, Chinese, Japanese, and Saudis who’ve been taking merciless advantage of us, in concert with America’s own leaders, who are, alternatively, stupid and incompetent or bought and corrupt.
Hence Trump’s most famous policy recommendations: anti-immigrant, including the forced deportation of 11 million people; anti-trade, with a 45 percent tariff on Chinese goods and a 35 percent tariff on U.S. manufacturing moved to Mexico; and anti-Muslim, most notoriously a complete ban on entry into the U.S. Temporary only, we are assured, except that the ban applies “until our country’s representatives can figure out what is going on” — a standard so indeterminate as to be meaningless.
Trump has limited concern for the central tenet of American conservatism (and most especially of the tea-party movement) — limited government. The most telling example is his whole-hearted support for “eminent domain,” i.e. the forcible appropriation by government of private property. Trump called it “wonderful.” Trump has limited concern for the central tenet of American conservatism — limited government. Trump has not yet called Vladimir Putin wonderful, but he has taken a shine to the swaggering mini-czar who seems to run his trains on time. When informed that Putin kills opponents and journalists, Trump’s initial reaction was, “Well, I think that our country does plenty of killing, also,” the kind of moronic what-about-the-Crusades moral equivalence that conservatives have railed against for decades. Although, to be fair, after some prompting, Trump did come out against the killing of journalists. Cruz is often lumped with Trump in the “anti-establishment” camp. That suited Cruz tactically for a while, but it’s fairly meaningless, given that “establishment” can mean anything these days — and given the huge gulf between the political philosophies of the two men. Cruz is a genuine conservative — austere, indeed radical, so much so that he considers mainstream congressional conservatives apostates. And he finds Trump not conservative at all, as he is now furiously, belatedly insisting.
My personal preference is for the third ideological alternative, the reform conservatism that locates the source of our problems not in heartless billionaires or crafty foreigners, but in our superannuated, increasingly sclerotic 20th-century welfare-state structures. Their desperate need for reform has been overshadowed by the new populism, but Speaker Ryan is determined to introduce a serious reform agenda in this year’s Congress — boring stuff like welfare reform, health-care reform, tax reform, and institutional congressional reforms such as the return to “regular order.” Paired with a president like Rubio (or Chris Christie or Carly Fiorina, to go longshot), such an agenda would give conservatism its best opportunity since Reagan to become the country’s governing philosophy. Unless the GOP takes the populist leap. In which case, a conservative restoration will be a long time coming.

— Charles Krauthammer is a nationally syndicated columnist. © 2016 The Washington Post Writers Group.

Voir aussi:

The three-cornered fight for the soul of the GOP
Charles Krauthammer
The Washington Post
February 11, 2016

The New Hampshire results have solidified the reigning cliché that the 2016 campaign is an anti-establishment revolt of both the Left and the Right. Largely overlooked, however, is the role played in setting the national mood by the seven-year legacy of the Obama presidency. Yes, you hear constant denunciations of institutions, parties, leaders, donors, lobbyists, influence peddlers. But the starting point of the bipartisan critique is the social, economic, and geopolitical wreckage all around us. Bernie Sanders is careful never to blame Obama directly, but his description of the America Obama leaves behind is devastating — a wasteland of stagnant wages, rising inequality, a sinking middle class, young people crushed by debt, the American Dream dying. Take away the Brooklyn accent and the Larry David mannerisms and you would have thought you were listening to a Republican candidate. After all, who’s been in charge for the last seven years? Donald Trump is even more colorful in describing the current “mess” and more direct in attributing it to the country’s leadership — most pungently, its stupidity and incompetence. Both candidates are not just anti-establishment but anti–status quo. The revolt is as much about the Obama legacy as it is about institutions. Look at New Hampshire. Hillary Clinton had made a strategic decision, as highlighted in the debates, to wrap herself in the mantle of the Obama presidency. Big mistake. She lost New Hampshire by three touchdowns.
Beyond railing against the wreckage, the other commonality between the two big New Hampshire winners is in the nature of the cure they offer. Let the others propose carefully budgeted five-point plans. Sanders and Trump offer magic. Take Sanders’s New Hampshire victory speech. It promised the moon: college education, free; universal health care, free; world peace, also free because we won’t be “the policeman of the world” (mythical Sunni armies will presumably be doing that for us). Plus a guaranteed $15 minimum wage. All to be achieved by taxing the rich. Who can be against a “speculation” tax (whatever that means)? Share article on Facebook share Tweet article tweet So with Trump. Leave it to him. Jobs will flow back in a rush from China, from Japan, from Mexico, from everywhere. Universal health care, with Obamacare replaced by “something terrific.” Veterans finally taken care of. Drugs stopped cold at the border. Indeed, an end to drug addiction itself. Victory upon victory of every kind. How? That question never comes up anymore. No one expects an answer. His will be done, on earth if not yet in heaven. Yes, people love Trump’s contempt for the “establishment” — which as far as I can tell means anything not Trump — but what is truly thrilling is the promise of a near-biblical restoration. As painless as Sanders’s.
In truth, Trump and Sanders are soaring not just by defying the establishment, but by defying logic and history. Sanders’s magic potion is socialism; Trump’s is Trump. The young Democrats swooning for Sanders appear unfamiliar with socialism’s century-long career, a dismal tale of ruination from Russia to Cuba to Venezuela. Indeed, are they even aware that China’s greatest reduction in poverty in human history correlates precisely with the degree to which it has given up socialism? Trump’s magic is toughness — toughness in a world of losers. The power and will of the caudillo will make everything right. Apart from the fact that strongman rule contradicts the American constitutional tradition of limited and constrained government, caudillo populism simply doesn’t work. It accounts in a large part for the relative backwardness of Africa and Latin America. In 1900, Argentina had a per capita income fully 70 percent of ours. After a 20th century wallowing in Peronism and its imitators, Argentina is a basket case, its per capita income now 23 percent of ours.
There certainly is a crisis of confidence in the country’s institutions. But that’s hardly new. The current run of endemic distrust began with Vietnam and Watergate. Yet not in our lifetimes have the left and right populism of the Sanders and Trump variety enjoyed such massive support. The added factor is the Obama effect, the depressed and anxious mood of a nation experiencing its worst economic recovery since World War II and watching its power and influence abroad decline amid a willed global retreat. The result is a politics of high fantasy. Things can’t get any worse, we hear, so why not shake things up to their foundation? Anyone who thinks things can’t get any worse knows nothing. And risks everything.

Voir également:

Mugged by reality
Once the warrior queen of neoconservatism, Jeane Kirkpatrick died a critic of Bush’s unilateralism. Her death illuminates the conflicting legacies of the movement she helped found.
Sidney Blumenthal

Salon

Dec 14, 2006

The death last week of Jeane Kirkpatrick — ambassador to the United Nations during Ronald Reagan’s first term and the highest-ranking neoconservative in his administration — coincided with President Bush’s rejection of the Baker-Hamilton Commission report on Iraq and his subsequent consultations with neoconservatives to entrench his belief in “victory.” But rather than providing a sobering but inspirational backdrop for Bush’s heroic stand against the foreign-policy establishment, Kirkpatrick’s passing illuminates the conflicting legacies of the ideological movement of which she was once an icon and the confusion that surrounds a president who demands certitudes.

In its obituary, the New York Times buried a surprising scoop about her last act of diplomacy, when she was sent by President Bush on a secret mission to Geneva in March 2003 to justify the invasion of Iraq to Arab foreign ministers. “The marching orders we received were to argue that preemptive war is legitimate,” Alan Gerson, her former general counsel, recalled. “She said: ‘No one will buy it. If that’s the position, count me out.’” Instead, she argued that Saddam Hussein was in violation of United Nations resolutions. Her hitherto unknown rejection of Bush’s unilateralism and extolling of international order apparently was her final commentary on neoconservatism.

“A neoconservative is a liberal who has been mugged by reality,” neoconservative godfather Irving Kristol remarked in a famously cynical line. At the time of her death, Kirkpatrick was a neoconservative mugged by reality and a shadow of her former ferocious self. Once the warrior queen of neoconservatism, she ended as an unexplained skeptic, less the Valkyrie than the world-weary doubter, akin to the disillusioned Francis Fukuyama but without the tears of an apologetic manifesto. She checked out silently, leaving no equivalent of a political testament.

Norman Podhoretz, who had been her editor at Commentary, disclosed near the end of an obituary he published in the Weekly Standard that she had grown disenchanted. “She had serious reservations about the prudence of the Bush Doctrine, which she evidently saw neither as an analogue of the Truman Doctrine nor as a revival of the Reaganite spirit in foreign policy,” he wrote. “Even so, she was clearly reluctant to join in the clamor against it, which for all practical purposes meant relegating herself to the sidelines.” But Podhoretz declined to reveal more details of her disapproval. Abruptly, he assumed the pose of a commissar, praising her “brilliant service on the ideological front” and awarded her “laurels” for what she “earned in World War III,” though “what I persist in calling World War IV” failed to “tempt her back into battle.” Comrade Podhoretz’s oblique admission of her absence “on the ideological front” and the posthumous anecdote in the Times obituary are the runes of her alienation.

Jeane Kirkpatrick first came to public attention when her article “Dictatorships and Double Standards” was published in Commentary in November 1979. The Georgetown University professor’s slashing attack on the Carter administration, appearing just as the Soviet Union invaded Afghanistan and the Iranian hostage crisis began, became one of the principal theoretical documents of neoconservatism and platforms for the Reagan campaign. In this seminal piece, which immediately vaulted her to prominence, Kirkpatrick argued that Carter’s adherence to human rights undermined traditional authoritarian regimes allied with the United States in the Cold War. “Authoritarian” states, she posited, could slowly change into democratic ones, unlike “totalitarian” ones. “The history of this century provides no grounds for expecting that radical totalitarian regimes will transform themselves,” she wrote.

History has not been kind to most of her ideas. The opening sentence of her essay betrays it as a howling anachronism. “The failure of the Carter administration’s foreign policy is now clear to everyone,” Kirkpatrick began. But where was she going? Her devastating punch line was that Carter’s “crowning achievement has been to lay the groundwork for a transfer of the Panama Canal from the United States to a swaggering Latin dictator of Castroite bent.” It may be hard to remember that Carter’s Panama Canal Treaty was then a red-hot right-wing cause, especially seized upon by Reagan as a surrender of America’s Manifest Destiny, and that the supposed “Latin dictator” is long gone.

Kirkpatrick’s central idea that communism was implacably resistant to change was, of course, belied by the collapse of the Soviet Union. And Carter’s advancement of human rights is generally acknowledged as a contributing factor in its downfall. Kirkpatrick’s awestruck description of gathering Soviet strength, universally shared on the right, was a fundamental misreading of the symptoms of a rapidly decaying system entering its terminal crisis. But in its time her view about the perpetual survival of communism was accepted as an eternal verity.

It may also be little recalled that alongside her mocking of human rights and “moralism” as “continuous self-abasement,” Kirkpatrick ridiculed Carter for not invading Iran, even before the hostage taking. “Where once upon a time an American President might have sent Marines to assure the protection of American strategic interests, there is no room for force in this world of progress and self-determination,” she wrote.

Kirkpatrick’s record in office was as callous as her rhetoric was caustic. The barbarity of Reagan’s policies in Latin America is largely forgotten, while the sordid assault on constitutional government in the Iran-contra scandal that flowed from it is rarely discussed. Kirkpatrick was obsessively fixed on Central America as a decisive cockpit of the Cold War and helped direct the administration’s focus there. In the name of ideological struggle, she rallied support for authoritarian juntas throughout the Western Hemisphere.

On Dec. 2, 1980, a month after Reagan’s election, four Roman Catholic Maryknoll nuns, dedicated to assisting peasants in El Salvador, then ruled by a junta that had provoked a guerrilla insurgency, were murdered; independent investigations and a trial later proved that Salvadoran National Guardsmen killed them on orders from above. Two weeks after these targeted assassinations, Kirkpatrick, just named to the U.N. post, leapt to the defense of the junta. “I don’t think the government of El Salvador was responsible,” she declared. “The nuns were not just nuns; the nuns were political activists.”

Kirkpatrick was an ardent protector of the El Salvador junta, among other juntas from Guatemala (where the regime waged a genocidal war against Indian peasants) to Honduras, and from Chile to Argentina. (After the National Guard massacred more than 900 men, women and children in the Salvadoran village of El Mozote on Dec. 11, 1981, the Reagan administration sent Kirkpatrick’s closest neoconservative ally within the administration, Elliott Abrams, then assistant secretary of state for human rights, before a Senate committee to testify that the reports of slaughter at El Mozote, later proved conclusively, “were not credible.” (After pleading guilty to lying to Congress in the Iran-contra scandal, Abrams was pardoned; he is currently deputy national security advisor in charge of Middle East affairs.)

In August 1981, Kirkpatrick flew to Chile to meet with Gen. Augusto Pinochet, who had overthrown the democracy there eight years earlier. “Most pleasant,” said Kirkpatrick about their conversation. She announced that the Reagan administration’s intention was to “normalize completely its relations with Chile,” including reinstating arms sales. Two days after her visit, Pinochet used Kirkpatrick’s bestowal of legitimacy to expel the chairman of the Chilean Human Rights Commission and other prominent opposition leaders. One month later, Amnesty International issued a report noting that “torture still appears to be a systematic part of official policy.”

Kirkpatrick considered herself a special friend of the Argentine junta. On April 2, 1982, she attended a dinner at the Argentine Embassy in Washington. While she was there, the regime launched an invasion of the British-governed Falkland Islands off the Argentine coast. The Argentines took Kirkpatrick’s presence as evidence of tacit official approval. The Falklands war that followed between an authoritarian regime and a democracy, between countries led by a military strongman and a conservative prime minister, Margaret Thatcher, to whom Kirkpatrick was occasionally compared, had not been foreshadowed in Kirkpatrick’s theories. Nor did she imagine the overthrow of the Argentine junta when it lost the war.

Voir enfin:

Superpowers Don’t Get to Retire

What our tired country still owes the world

I.

Almost 70 years ago, a new world order was born from the rubble of World War II, built by and around the power of the United States. Today that world order shows signs of cracking, and perhaps even collapsing. The Russia-Ukraine and Syria crises, and the world’s tepid response, the general upheaval in the greater Middle East and North Africa, the growing nationalist and great-power tensions in East Asia, the worldwide advance of autocracy and retreat of democracy—taken individually, these problems are neither unprecedented nor unmanageable. But collectively they are a sign that something is changing, and perhaps more quickly than we may imagine. They may signal a transition into a different world order or into a world disorder of a kind not seen since the 1930s.

If a breakdown in the world order that America made is occurring, it is not because America’s power is declining—America’s wealth, power, and potential influence remain adequate to meet the present challenges. It is not because the world has become more complex and intractable—the world has always been complex and intractable. And it is not simply war-weariness. Strangely enough, it is an intellectual problem, a question of identity and purpose.

Many Americans and their political leaders in both parties, including President Obama, have either forgotten or rejected the assumptions that undergirded American foreign policy for the past seven decades. In particular, American foreign policy may be moving away from the sense of global responsibility that equated American interests with the interests of many others around the world and back toward the defense of narrower, more parochial national interests. This is sometimes called “isolationism,” but that is not the right word. It may be more correctly described as a search for normalcy. At the core of American unease is a desire to shed the unusual burdens of responsibility that previous generations of Americans took on in World War II and throughout the cold war and to return to being a more normal kind of nation, more attuned to its own needs and less to those of the wider world.

If this is indeed what a majority of Americans seek today, then the current period of retrenchment will not be a temporary pause before an inevitable return to global activism. It will mark a new phase in the evolution of America’s foreign policy. And because America’s role in shaping the world order has been so unusually powerful and pervasive, it will also begin a new phase in the international system, one that promises not to be marginally different but radically different from what we have known these past 70 years. Unless Americans can be led back to an understanding of their enlightened self-interest, to see again how their fate is entangled with that of the world, then the prospects for a peaceful twenty-first century in which Americans and American principles can thrive will be bleak.


To understand where America, and the world, may be heading, it is useful to remind ourselves where we have been—of the choices that Americans made decades ago and of the profound, world-changing consequences of those choices.

For Americans, the choice was never been between isolationism and internationalism. With their acquisitive drive for wealth and happiness, their love of commerce, their economic and (in earlier times) territorial expansiveness, and their universalistic ideology, they never had it in them to wall themselves off from the rest of the world. Tokugawa Japan and Ming China were isolationist. Americans have always been more like republican Rome or ancient Athens, a people and a nation on the move.

When, roughly 70 years ago, American foreign policy underwent a revolutionary transformation, it was not a transformation from isolationism to internationalism. What Americans had rejected before World War II was a steady global involvement, with commitments to other nations and responsibilities for the general well-being of the world. That was what the so-called “internationalists” of the time wanted for the United States. Theodore Roosevelt, John Hay, Henry Cabot Lodge, Elihu Root, Henry Stimson, Woodrow Wilson, and many others believed that Americans ought to take on a much bigger role in world affairs, as befitted their growing power. The United States had become “more and more the balance of power of the whole globe,” Roosevelt observed, and it ought to behave accordingly. And indeed, following the Spanish-American War and for the first two decades of the twentieth century, the United States did pursue a wider and deeper global involvement than it had ever done before, culminating in the dispatch of two million troops to France. When World War I ended, Wilson, like Roosevelt before him, ambitiously set out to make the United States a central player in world affairs. Beseeched by all the European powers after the war—for American financing aid to steady their economies and for American security guarantees against each other—Wilson wanted the United States to commit itself to an enduring global role. The world, he warned Americans, would be “absolutely in despair if America deserts it.” Wilson’s League of Nations (actually it had been Roosevelt’s idea first), although couched in the idealistic language of universal principles and collective security, was meant above all to serve as the vehicle for American power and influence in support of a new liberal world order.

But Americans rejected this role. Disillusioned by the compromises and imperfections of the Versailles Treaty, mourning the loss of more than 100,000 dead soldiers, skeptical about American participation in the league, and spurred on by Republicans eager to defeat Wilson and recapture the White House, a majority of Americans came to oppose not only the league but also the internationalists’ broad vision of America’s global role. This was no absentminded lapse back into nonexistent isolationist traditions. It was a deliberate decision to turn away from the increasingly active global involvement of the previous two decades, to adopt a foreign policy of far greater restraint, and above all to avoid future military interventions beyond the Western Hemisphere. Wilson’s Republican successors promised, and the American public welcomed, what Warren Harding called a “return to normalcy.”

Normalcy in the 1920s did not mean isolation. Americans continued to trade, to invest, and to travel overseas; their navy was equaled in size only by Britain’s, and had fleets in the Atlantic and the Pacific; and their diplomats pursued treaties to control the arms race and to “outlaw” war. Normalcy simply meant defining America’s national interests the way most other nations defined theirs. It meant defending the homeland, avoiding overseas commitments, preserving the country’s independence and freedom of action, and creating prosperity at home. The problems of Europe and Asia were not America’s problems, and they could be solved, or not solved, without American help. This applied to global economic issues as well. Harding wanted to “prosper America first,” and he did. The 1920s were boom years for the American economy, while Europe’s postwar economies stagnated.

To the vast majority of Americans, normalcy seemed a reasonable response to the world of the 1920s, after the enormous exertions of the Wilson years. There were no obvious threats on the horizon. Postwar Weimar Germany was a faltering republic more likely to collapse than to take another stab at continental dominance. Bolshevik Russia was wracked by civil war and economic crisis. Japan, though growing in power and ambition, was a fragile democracy with a seat on the League of Nations permanent council. To most Americans in the 1920s, the greatest risk to America came not from foreign powers but from those misguided “internationalists” and the greedy bankers and war profiteers who would involve the nation in foreign conflicts that were none of America’s business.

This consensus was broad, deep, and bipartisan, and Americans stayed on the course of normalcy for two full decades. They did so even as the world order—no longer upheld by the old combination of British naval might and a relatively stable balance of power in Europe and Asia—began to fray and then collapse. The Japanese invasion of Manchuria in 1931; Hitler’s rise to power in 1933; Mussolini’s invasion of Ethiopia in 1935; Germany’s remilitarization of the Rhineland, and the German and Italian intervention in the Spanish Civil War, in 1936; Japan’s invasion of central China in 1937; Hitler’s absorption of Austria, followed by his annexation and eventual conquest of Czechoslovakia in 1938 and 1939—all these events troubled and at times appalled Americans. They were not ignorant of what was going on. Even back then information traveled widely and rapidly, and the newspapers and newsreels were filled with stories about each unfolding crisis. Reports of Mussolini’s dive-bombers dropping their ordnance on spear-carrying Ethiopians; Germany’s aerial bombing of the civilian population of Guernica; Japan’s rampage of rape, pillage, and murder in Nanking—they were horrific and regrettable. But they were not reasons for the United States to get involved. On the contrary, they were reasons for not getting involved. The worse things looked around the world, the more hopeless it all seemed, the less Americans wanted to have anything to do with it. The United States, it was widely believed, had no vital interests at stake in Manchuria, Ethiopia, Spain, or Czechoslovakia.

In fact, it was not clear that the United States had vital interests anywhere outside the Western Hemisphere. Even after the German invasion of Poland in 1939, and the outbreak of a general European war that followed, respected American strategic thinkers, priding themselves on “realistic thinking,” the “banishment of altruism and sentiment” from their analysis, and “single-minded attention to the national interests,” advised that, with two oceans and a strong navy standing between America and every great power in the world, the United States was invulnerable.A Japanese attack on, say, Hawaii, they ruled out as literally impossible. Republican Senator Robert A. Taft felt confident in saying that no power “would be stupid enough” to attack the United States “from across thousands of miles of ocean.” Nor would the United States suffer appreciably if Nazi Germany did manage to conquer all of Europe, including Great Britain, which by 1940 the realists regarded as a foregone conclusion. Taft saw no reason why the United States could not trade and conduct normal diplomacy with a Europe dominated by Nazi Germany just as it had with Great Britain and France. As the historian Howard K. Beale put it, nations “do not trade with one another because they like each other’s governments but because both sides find the exchange of goods desirable.”

Holders of such views were tagged with the disparaging label of “isolationist,” but as Hans Morgenthau later pointed out, they believed at the time that they were upholding the “realist tradition of American foreign policy.” The United States should not range “over the world like a knight-errant,” Taft admonished, “[protecting] democracy and ideals of good faith and [tilting] like Don Quixote against the windmills of fascism.” Taft insisted on seeing the world as it was, not as idealists wished it to be. The European war was the product of “national and racial animosities” that had existed “for centuries” and would continue to exist “for centuries to come,” he argued. To make a difference in the war, the United States would have to send millions of troops across the ocean, make an impossible amphibious landing on shores heavily defended by German forces, and then march across Europe against the world’s strongest army. The very thought was inconceivable. Much as they might wish to help Europe, therefore, Americans had “no power, even if we have the will, to be its savior.”

This view was so dominant and so politically popular that Franklin Roosevelt spent his first years in office muzzling his internationalist instincts and vowing to keep America out of another war—“I hate war!” he roared in a famous address in 1936. After Munich, however, he grew panicked, sensing that the Western powers, Britain and France, had lost the will to stand up to Hitler. And so he began trying to warn Americans of what he regarded as the coming threat. Yet it was difficult to counter the realists’ hardheaded analysis. Roosevelt could not prove that American security was directly endangered by what was happening in Europe. He was left making a case that really did appeal more to sentiment and idealism than to demonstrable threats to the American homeland.

Even if the United States faced no immediate danger of military attack, Roosevelt argued, if Hitler, Mussolini, and Imperial Japan were allowed to have their way, the world would be a “shabby and dangerous place to live in—yes, even for Americans to live in.” America would become a “lone island” in a world dominated by the “philosophy of force.” The “institutions of democracy” would be placed at risk even if America’s security was not, because America would have to become an armed camp to defend itself. Roosevelt urged Americans to look beyond their immediate physical security. “There comes a time in the affairs of men,” he said, “when they must prepare to defend, not their homes alone, but the tenets of faith and humanity on which their churches, their governments, and their very civilization are founded. The defense of religion, of democracy, and of good faith among nations is all the same fight. To save one we must now make up our minds to save all.”

Such arguments, along with the fall of France and the Battle of Britain, did help convince Americans that they had a stake in the outcome of the European struggle, but it did not convince them to go to war. That decision followed only after Pearl Harbor. The Japanese attack, Hitler’s subsequent declaration of war, and America’s full-scale entry into the conflicts in both Europe and Asia were a traumatic shock to Americans, especially for those in positions of power. That which had been deemed impossible had proved possible, and long-held assumptions about American security in a troubled world collapsed in a single day.


The events of 1941 forced a fundamental reassessment not only of America’s global strategy but also of how to define America’s interests. Even as they waged the struggle against Germany and Japan, Roosevelt and his advisers during the war began thinking of how the postwar world ought to be shaped, and they took as their guide what they considered the lessons of the previous two decades.

The first had to do with security. The Japanese attack had proved that vast oceans and even a strong navy no longer provided adequate defense against attack. More broadly, there was the realization—or rather the rediscovery—of an old understanding: that the rise of a hostile hegemonic power on the Eurasian landmass could eventually threaten America’s core security interests as well as its economic well-being. As a corollary, there was the “lesson of Munich”: would-be aggressors in Eurasia had to be deterred before they became too strong to be stopped short of all-out war.

Another lesson was that the United States had an interest in political developments in Eurasia. Walter Lippmann argued that, for Americans to enjoy both “physical security” and the preservation of their “free way of life,” they had to ensure that “the other shore of the Atlantic” remained always in the hands of “friendly,” “trustworthy” democracies. For two decades, people had sneered at “Woodrow Wilson’s demand that the world must be made safe for democracy,” Lippmann commented, but Wilson had been right. Under the control of “free governments the shores and waters of the Atlantic” had become the “geographical center of human liberty.” The Atlantic Charter and Roosevelt’s Four Freedoms reflected this revived conviction that the well-being of democracy in the world was not only desirable but important to America’s security.

Then there was the global economy. In the late 1920s and throughout the 1930s, the United States had sought mostly domestic remedies for the Great Depression, raising its own tariffs, choking off lending abroad, refusing to join other nations in a common monetary policy, and generally protecting the American economy while ignoring the world economy. By 1941, however, Roosevelt and his advisers had concluded that both America’s prosperity and its security depended on a healthy world economy. Poverty and economic dislocation had played a major role in the rise of both Hitler and Bolshevism. The United States bore much of the blame, for although it had been the world’s leading economic power in the 1920s and 1930s, it had failed to play a constructive and responsible role in stabilizing the global economy.

Finally, there was the issue of American public support for global involvement. In the 1920s and 1930s, Americans had been allowed and even encouraged by their political leaders to believe that the United States was immune to the world’s troubles. They could not be allowed to fall back into such complacency. They could no longer regard events thousands of miles away as of no concern to them. To Roosevelt, assuring public support for a larger and more consistent American role in the world was going to be among the greatest challenges after the war. Americans had to understand, as Reinhold Niebuhr wrote in April 1943, that “the world problem cannot be solved if America does not accept its full share of responsibility in solving it.”


That share was to be sizeable. convinced that World War II had been the result not of any single incident but rather of the overall breakdown of world order, politically, economically, and strategically, American leaders set out to erect and sustain a new order that could endure. This time it was to be a world order built around American economic, political, and military power. Europeans had proved incapable of keeping the peace. Asia was entirely unstable on its own. Any new order would depend on the United States. It would become the center of a new economic system that would encourage open trade and provide financial assistance and loans to nations struggling to stay afloat. It would take a substantial and active part in the occupation and transformation of the defeated powers, ensuring that some form of democracy took root in place of the dictatorships that had led those nations to war. America would also have to possess preponderant military strength and when necessary deploy sufficient power to preserve stability and security in Europe, Asia, and the Middle East.

Military force played a central part in the calculations of Roosevelt and his advisers as they set out to establish and defend the new liberal world order. “Peace must be kept by force,” Roosevelt insisted. There was “no other way.” He anticipated that an American occupation force of one million troops would be necessary to keep the peace in Europe, for at least a year and perhaps longer. During the war, the Joint Chiefs envisioned establishing military bases around the world in “areas well removed from the United States” so that any fighting would take place “nearer the enemy” rather than near American territory.

Roosevelt naturally hoped to avoid the repeated and extended deployment of American ground forces overseas, since he feared the public would not tolerate it. But he did expect that the United States would have to send at least planes and ships whenever called upon by the U.N. Security Council. As Cordell Hull insisted at the Dumbarton Oaks conference in 1944, American military forces had to be “available promptly, in adequate measure, and with certainty.” In fact, Roosevelt anticipated that requests from the Security Council would be so frequent that he did not want the president to have to go to Congress each time for approval of the use of force. The Security Council had to have “the power to act quickly and decisively to keep the peace by force, if necessary,” Roosevelt explained, and so the American representative had to be given advance authority to act.

Roosevelt supported the United Nations but was not a great believer in collective security. American power, he believed, would be the key. He saw the United Nations much as Wilson had seen the League of Nations, as a vehicle for U.S. global involvement. Indeed, as the historian Robert Dallek has noted, for Roosevelt the United Nations was partly meant to “obscure” the central role American power was to play in the new world order— obscure it, that is, from Americans.


II.

This new American grand strategy for the postwar world could not have been a more radical departure from “normalcy.” Its goals were not simply defense of the territory, prosperity, and sovereign independence of the American people, but also the promotion of a liberal world order that would defend not only America’s interests but those of many other nations as well. The rise of a Eurasian hegemon would threaten other nations long before it would threaten the United States, for instance, yet Americans now accepted primary responsibility for preventing it. The new strategy was not selfless or altruistic. American officials believed that it was in the best interest of the United States. But neither did it fit the normal definition of the “national interest.” As Dean Acheson explained, Americans had to learn to “operate in a pattern of responsibility which is greater than our own interests.” This was the real revolution in American foreign policy.

The new strategy was not directed at any particular nation or any specific threat—at least not at first. The Soviet Union had not yet emerged as the next great challenge to the new global order. During World War II, Roosevelt and most other top officials expected mutual cooperation with the Soviets after the war, and even as late as 1945, Acheson still believed in the possibility of partnership with Moscow. Rather than responding to a specific threat, the new grand strategy aimed at preventing a general collapse of global order, which meant supporting an open international economic system, enforcing principles of international behavior, supporting, where possible, democratic governments, encouraging a minimum of respect for human rights, as defined in the U.N. Charter, and generally promoting the kind of world that suited Americans and those who shared their beliefs.

This new and wide-ranging set of goals and responsibilities completely reoriented the posture of American foreign policy. Instead of essentially leaning back, waiting for threats to emerge, responding, and then pulling back again, the new strategy required a constant and pervasive forward involvement in the affairs of the world. The new economic strategy aimed to prevent economic crises before they resulted in revolution or despotism. The new military strategy aimed to discourage would-be aggressors before they became aggressors, or as Roosevelt put it, to “end future wars by stepping on their necks before they grow up.”

The new forward-leaning posture became especially pronounced as the postwar era transitioned into the cold war. The Marshall Plan aimed to shore up Western European economies and democracies before they collapsed and succumbed to communism. The Truman Doctrine aimed to bolster Greece and Turkey before they fell to communist subversion. When the communist revolution triumphed in China in 1949, American critics blamed the Truman administration for not doing enough to prevent it—a charge, fair or not, that no one would have thought to make before World War II. The unanticipated North Korean invasion of the South produced panic in Washington and, in the minds of Truman and his advisers, powerfully reinforced the “lesson of Munich.” Henceforth the United States would have to be vigilant and ready to act, with force, anywhere in the world.

All of this was precisely what the anti-interventionist critics had warned about in the 1930s. Taft, a thoughtful and intelligent man, had indeed predicted that, once sent off to the war, American forces would never come home again. Victory would prove as much a curse as a blessing. American troops, Taft had warned, “would have to police Europe or maintain the balance of power there by force of arms” indefinitely. Beale had cautioned that, if freedom and democracy were the goals, as Roosevelt claimed, then the United States was going to have to “maintain democracy by armed force on the Continent of Europe” and keep a “navy large enough to establish ‘freedom of the seas’ … on all the oceans of the world.” It was a prescription at once for bankruptcy and militarism at home and “unadulterated imperialism” abroad.

Roosevelt and other American statesmen originally hoped that the United States would not have to do everything by itself. Roosevelt planned to share global management among the “Four Policemen”—the United States, Great Britain, the Soviet Union, and China. And Truman in 1945 was bound and determined to slash the defense budget and bring as many troops home as possible. Yet within two years after the war ended, the new world order was already teetering on the edge of collapse along with hopes for global partnership with the other great powers. Britain quickly signaled its inability to play its historic role, even in the Mediterranean. China descended into civil war and revolution. And the Soviet Union emerged not as a supporter of the new order but, to American eyes, as its greatest opponent. The result was the disheartening realization that the United States was going to carry the lion’s share of the burden, just as Taft had warned. As Acheson later put it, the United States was going to have to be “the locomotive at the head of mankind,” while the rest of the world was going to be “the caboose.”

Roosevelt had always worried that the American people would never accept such an expansive and seemingly open-ended global role. Three months before he died, in his last State of the Union address, in January 1945, he attempted to rally them for the task ahead. “In our disillusionment after the last war,” he reminded the American public, “we gave up the hope of gradually achieving a better peace because we had not the courage to fulfill our responsibilities in an admittedly imperfect world. We must not let that happen again, or we shall follow the same tragic road again—the road to a third world war.”


That was the last time, before 1989, that an American statesman would think of American global responsibilities without reference to the Soviet Union or to international communism. The onset of the cold war, the panicked American response to Soviet policies in Eastern Europe and in the Middle East, and the recurrent American paranoia about the danger of communist subversion at home answered FDR’s fears about public support. To many Americans, Soviet communism seemed an even more direct threat to their way of life than Hitler and the Nazis. Fighting it, therefore, proved an easier strategy to comprehend and support than shouldering “responsibilities in an admittedly imperfect world.” Although there was intense and often divisive debate over foreign policy during the cold war, and much dissent voiced by critics of anti-communist containment, especially during and just after the Vietnam war, a majority of Americans proved consistently willing to go to great lengths in the name of containing communism. In the late 1940s and 1950s, they provided billions of dollars for European reconstruction and made military alliances with former adversaries such as Japan and Germany and other European powers they had once disdained and mistrusted. They even extended nuclear guarantees to deter a Soviet conventional invasion of Europe, voluntarily making themselves targets of Soviet nuclear weapons in the event of a European war. In the 1950s and 1960s, they often spent 10 percent or more of their GDP on defense. They deployed hundreds of thousands of troops overseas, indefinitely, in Europe and Asia—almost a million during the Eisenhower years. They fought in costly wars in Korea and Vietnam, with uncertain and unsatisfying results.

Justifying everything in terms of the anti-communist struggle may have been, to borrow Acheson’s phrase, “clearer than truth,” but it worked. Fear of communism, combined with fear of the Soviet Union as a geopolitical threat, allowed a majority of Americans and American policymakers to view practically any policy directed against communist forces, or even against suspected communist forces, anywhere in the world as directly serving the nation’s vital interests. In 1965, even David Halberstam believed that preventing a communist victory in Vietnam was “vital to our national interest.” A decade and a half later, Jimmy Carter, who had come to office warning, not entirely unreasonably, against an “inordinate fear of communism,” was forced to announce a dramatic shift of policy in response to a Soviet invasion of Afghanistan, a country that not two Americans in a million could have found on a map and where no direct American interest could be identified, other than the fact that the Soviets were there. Yes, the general feeling went, the United States had taken on unprecedented global responsibilities, but it had done so because American interests were directly threatened by an unprecedented global challenge.

So Americans for more than four decades proved willing to support the expansive and active foreign policy that Roosevelt and his advisers had envisioned—indeed, probably much more than they envisioned—and the results were extraordinary. In the half-century following World War II, the United States successfully established, protected, and advanced a liberal world order, carving out a vast “free world” within which an unprecedented era of peace and prosperity could flower in Western Europe, East Asia, and the Western Hemisphere. Although tensions between the United States and the Soviet Union sometimes rose to dangerous levels, the period was characterized above all by peace among the great powers. The United States and the Soviet Union did not come to blows, and just as importantly, the American presence in Europe and East Asia put an end to the cycles of war that had torn both regions since the late nineteenth century. The number of democracies in the world grew dramatically. The international trading system expanded and deepened. Most of the world enjoyed an unprecedented prosperity. There was no shortage of disasters and near-disasters, as well as the two costly wars in Asia—but the strategy was largely successful, so much so that the Soviet empire finally collapsed or voluntarily withdrew, peacefully, under the pressure of the West’s economic and political success, and the liberal order then expanded to include the rest of Europe and most of Asia. All of this was the result of many forces—the political and economic integration of Europe, the success of Japan and Germany, and the rise of other successful Asian economies—but none of it would have been possible without a United States willing and able to play the abnormal and unusual role of preserver and defender of a liberal world order.


America’s ability to play this role at all was due lessto the special virtues of the American people than to some remarkable advantages that put the United States in a historically unique position. The most important advantage was geography. For centuries the world’s cockpits of conflict had been in Europe, Asia, and the Middle East, where multiple powers shared common neighborhoods, jostled for primacy, and engaged in endless cycles of military competition and warfare. When the United States emerged as a great power at the end of the nineteenth century, it alone enjoyed fundamental security in a neighborhood in which it was already the unquestioned hegemon. This, along with its wealth and large population, gave the United States the ability to dispatch the bulk of its armed forces thousands of miles away to engage in protracted military operations. It also allowed the United States to station large numbers of troops permanently overseas if it so desired. And it could do all of this without leaving itself vulnerable to a neighboring power.

No other nation in the world was ever so situated. Even that other great island superpower, Great Britain, sat too close to the European continent to be invulnerable to attack, especially when the airplane and the long-range missile became major tools of warfare. Nor had Britain succeeded in securing its core strategic requirement: preventing the emergence of a hegemon on the continent. Although successful for two centuries in maintaining and managing its overseas empire, Britain failed to prevent the rise of German hegemony twice in the twentieth century, leading to two devastating wars that ultimately undid British global power. Britain failed because it had tried to play the role of balancer in Europe from “offshore.” Britons’ main concern was always defense of their far-flung empire, and they preferred to stay out of Europe if possible. Their inability or unwillingness to station troops on the continent in sufficient number, or at least reliably to guarantee that sufficient force would arrive quickly in an emergency, led would-be aggressors to calculate that decisive British military force would either not arrive on time or not arrive at all.

After World War II, Americans’ unique geographical advantage made possible an unprecedented global strategy. The United States was able to move beyond traditional national defense and beyond offshore balancing. It was able to become effectively both a European power and an Asian power, with troops permanently stationed “onshore” in both theaters simultaneously. The presence of American troops acted to remove doubt by potential aggressors that the United States would fight if its allies were attacked. For the next seven decades, this American presence enforced a general peace and stability in two regions that for at least a century had known almost constant great-power conflict.

Just as remarkable was the degree to which the rest of the nations in the liberal world generally accepted and even welcomed America’s overwhelming power. Again, the reason had as much to do with power and geography as with ideological affinity. It was true that for most nations in the world the United States appeared to be a relatively benign hegemon. But the core geopolitical reality was that other nations faced greater and more immediate threats from their neighbors than from the distant Americans. When those neighbors grew menacing, they looked to the United States as a natural partner—comforting for its ability to project power and defend them but comforting also for its distance.

The United States thus violated some of the cardinal rules of international relations. For decades, realists had believed that the only peaceful and stable world order was one based on a multipolar balance of power, a “concert” of nations poised in rough equilibrium in a system that all the players regarded as necessary and legitimate—like Europe in the years following the Congress of Vienna. This was the world with which Henry Kissinger felt comfortable and which he constantly predicted, even in the 1960s, was just right around the corner. Unipolarity was supposed to be inherently unstable and short-lived, because other great powers would always band together to balance against a power grown too strong—as had happened in Europe in response to the rise of France and Germany in the nineteenth and twentieth centuries. Richard Nixon expressed this alleged realist truism in a speech, no doubt penned under Kissinger’s influence, in 1972. “We must remember,” Nixon declared, that “the only time in the history of the world that we have had any extended period of peace is when there has been balance of power. It is when one nation becomes infinitely more powerful in relation to its potential competitor that the danger of war arises. So I believe in a world in which the United States is powerful. I think it will be a safer world and a better world if we have a strong, healthy United States, Europe, Soviet Union, China, Japan, each balancing.” But the United States was already disproving this thesis.

The broad acceptance of American power, best demonstrated by the large number of its allies and the absence of powerful nations joining the Soviet Union against it, created a unique situation in the world. No other nation in history had ever played such a role on a global scale, and arguably no other nation possibly could. The situation could not conform to a theory because it could not be replicated. It was sui generis.

Geography made it possible for the United States to play this unique role in the world, but as the 1920s and 1930s showed, the question of whether the United States would take it on was up to the American people. Nothing required them to play such an abnormal part in world affairs. During the cold war, they did it primarily out of fear of communism. But what would happen when the Soviet Union disappeared and the threat of communism vanished? The question seemed moot for four excruciatingly long decades when no one ever really expected the Soviet Union to give up the geopolitical competition. But the unanticipated fall of the Soviet empire and the collapse of international communism after 1989 inevitably raised anew the question of how to define America’s purpose and its interests in the absence of an obvious threat. Suddenly, Americans were back to where Roosevelt had left off in the early 1940s, when the challenge had been to avoid the mistakes of the 1920s and 1930s. But would anyone remember the original grand strategy, devised in the brief moment before the Soviet Union arose to dominate American strategic thinking? Would the original grand strategy still seem relevant at the end of the twentieth century? Or had Americans, as the political scientist Robert Osgood worried in the 1950s, “become so transfixed by their fears of communism” that they had forgotten “what they are for in their obsession with what they are against”?


III.

When the cold war ended, many did believe that the United States could finally unburden itself of the vast global responsibilities that it had shouldered for more than four decades. As in the 1920s, the world of the early 1990s seemed safe enough. The former Soviet Union was in a state of economic and political collapse; China, following the Tiananmen Square massacre, was diplomatically and economically isolated. Americans’ biggest concern at the time was the booming economy of Japan, which, as it turned out, was just about to fall into 20 years of stagnation. So what grave threat required America to continue its abnormal, outsized role in the world? Could not the United States return to being more of a normal nation with a more normal definition of its national interests?

In September 1990, in an article titled “A Normal Country in a Normal Time,” Jeane Kirkpatrick argued precisely that. With the Soviet Union collapsing, there was no longer a “pressing need for heroism and sacrifice.” The cold war had given foreign policy “an unnatural importance” in American life. The “foreign policy elite” had grown accustomed to thinking of the United States as having “expansive, expensive, global purposes” that “transcended … apparent American interests.” It was time for the United States “to focus again on its own national interests,” by which she meant national interests as “conventionally conceived”—“to protect its territory, wealth, and access to necessary goods; to defend its nationals.” This was the “normal condition for nations.”

Kirkpatrick expressed what many felt after the fall of the Berlin Wall in 1989, and not just the followers of Patrick Buchanan, who found much to praise in her essay. Francis Fukuyama also argued that with communism vanquished and democracy triumphant, there were no other great geopolitical or ideological challenges on the horizon. The chief threat of the future­—as he suggested in his famous essay “The End of History?”—would be boredom, the empty tediousness of life lived under a vapid, soul-killing Western liberalism. Others noted Paul Kennedy’s warnings about “imperial overstretch” and worried that America’s extensive global military commitments, no longer justified by a Soviet enemy, would put it at a disadvantage in a world where geoeconomics trumped geopolitics. Realists called for a sharp retraction of American military commitments overseas, the withdrawal of troops from Europe and Asia, and even a return to what they called the “offshore balancing” of the 1920s and 1930s.

Still, and remarkably, for the first two decades of the post-cold-war era the United States pursued the original pre-cold-war grand strategy. The event that set the tone for the next dozen years was comparatively minor. In August 1990, Saddam Hussein’s Iraqi army invaded Kuwait, and in a matter of days conquered and annexed it. Brutal though the action was, by comparison with the seismic events of the bloody twentieth century, it was small beer. The border between the two nations, like most boundaries in the Arab world, had been arbitrarily drawn by the British Empire. Kuwait had been under Iraqi suzerainty under the Ottomans, and leaders in Baghdad had long regarded it as an Iraqi province. Saddam further justified the invasion as support for an allegedly popular (though largely manufactured) rebellion against the Kuwaiti royal family.

Inside and outside the Bush administration, self-described realists argued that the United States draw the line not at Kuwait but at Saudi Arabia. Kuwait’s oil was not that important, Colin Powell argued, and the risks of “a major confrontation” with Saddam and his army were high, so the “most prudent” option would be to defend the Saudis. “We can’t make a case for losing lives for Kuwait,” Powell argued, “but Saudi Arabia is different.” Dick Cheney worried that driving Saddam out of Kuwait was going to cost “one hell of a lot of money,” that Americans had a “short tolerance for war,” and that, after all, “the oil goes mostly to Japan.” James Baker took a similar view, as did a majority of Democrats in Congress, as did a majority of Americans. A poll taken in November 1990 showed that 51 percent of Americans were opposed to trying to drive the Iraqis out of Kuwait by force and that only 37 percent were in favor of it. Most favored economic sanctions to punish Saddam.

Other Bush advisers, however, led by Brent Scowcroft, saw things differently. Saddam’s invasion, they believed, was “the first test of the postwar system.” For half a century the United States had taken the lead role in deterring and punishing would-be aggressors. Although driving Iraqi forces out of Kuwait would be “costly and risky,” Scowcroft feared that failure to do so would set “a terrible precedent—one that would only accelerate violent centrifugal tendencies—in this emerging ‘post-Cold War’ era.” Appeasement of aggression in one region would breed aggression elsewhere. To President Bush, it was all reminiscent of the 1930s. This time, he recalled in his memoirs, “I wanted no appeasement.” Speaking to the American people on the eve of war, Bush described American objectives not in terms of national interests but in terms of a “new world order,” in which “the rule of law, not the law of the jungle, governs the conduct of nations.” Much like Roosevelt in 1939, he argued that “a world in which brutality and lawlessness are allowed to go unchecked isn’t the kind of world we’re going to want to live in.”

Thus did Roosevelt’s original grand strategy—the defense of a liberal world order against collapse, responding not to any single, specific threat but to whatever political, economic, or strategic challenges might arise—seem to reemerge after the long cold war. After 1990, the United States, despite occasional protectionist pressures at home, generally sought to expand free trade and worked in cooperation with other governments, even at moments of economic crisis, to prevent a collapse of the global economic system. The United States also undertook to expand its alliance system, especially in Central and Eastern Europe.

In the decade following the fall of the Berlin Wall, moreover, the United States also conducted a number of sizeable military operations—seven to be precise, roughly one every 17 months: in Panama (1989), Iraq (1991), Somalia (1992), Haiti (1994), Bosnia (1995), Iraq again (1998), and Kosovo (1999). None were a response to perceived threats to vital national interests. All aimed at defending and extending the liberal world order—by toppling dictators, reversing coups, and attempting to restore democracies in Panama and Haiti; preventing mass killing or starvation in Somalia, Bosnia, and Kosovo; deterring or reversing aggression in the Persian Gulf in 1991; and attempting to prevent the proliferation of nuclear or other weapons of mass destruction in Iraq in 1998. When Bush sent 30,000 troops to remove the corrupt dictator Manuel Noriega, it was not, as George Will wrote approvingly at the time, in order to pursue national interests “narrowly construed,” but to fulfill “the rights and responsibilities that come with the possession of great power.” When Bush then carried out in Somalia what was arguably the most purely humanitarian, and therefore most purely selfless, intervention in American history, he told the public, “I understand that the United States alone cannot right the world’s wrongs.” But the “people of Somalia need … our help” and “some crises in the world cannot be resolved without American involvement.”

The United States, in short, was the “indispensable nation,” as Bill Clinton would proclaim—indispensable, that is, to the preservation of a liberal world order. Such was the thinking behind most of Clinton’s foreign policy initiatives: the enlargement of NATO, which included the extension of unprecedented military guarantees to such nations as Poland, the Czech Republic, and the Baltic states; the billions sent to try to save Boris Yeltsin’s faltering democratic experiment in Russia; and the intense focus on containing North Korea, Iraq, and Iran, designated as “rogue states” because they defied the principles of a liberal world order. Conflicts in remote and troubled parts of the world were not considered irrelevant to American interests but were viewed within this broader context. After the massacre at Srebrenica in 1995, Clinton officials argued, according to David Halberstam, that “Serb aggression” was intolerable— not because it threatened American interests directly, which obviously it did not, but because it tore at “the very fabric of the West.”

Even the American confrontation with Iraq, beginning in the late 1990s and culminating in the U.S. invasion in 2003, had begun as a world order issue, before it became subsumed by George W. Bush’s “War on Terror.” When President Clinton ordered four days of bombing and missile attacks against suspected Iraqi weapons production facilities at the end of 1998, he warned that, if Saddam were not stopped, “The community of nations may see more and more of the very kind of threat Iraq poses now: a rogue state with weapons of mass destruction, ready to use them or provide them to terrorists. … If we fail to respond today, Saddam and all those who would follow in his footsteps will be emboldened tomorrow.” In the twentieth century, Americans had “often made the difference between chaos and community, fear and hope. Now, in the new century, we’ll have a remarkable opportunity to shape a future more peaceful than the past.” At the end of the day, George W. Bush’s decision to remove Saddam Hussein, whether that decision was wise or foolish, was driven more by concerns for world order than by narrow self-interest. Of all the American interventions of the post-cold-war era, only the invasion of Afghanistan could be understood as directly related to America’s own national security.

The long interventions in Iraq and Afghanistan certainly played a part in undermining American support, not just for wars but for the grand strategy that led to those wars. However, that support had been shaky from the beginning. Polls throughout the 1990s showed Americans wary of overseas interventions, even though the public generally supported their presidents when they used force. Opposition parties generally opposed the interventions undertaken by both Democratic and Republican presidents. Democrats voted against George H. W. Bush’s Persian Gulf war; Republicans opposed the Clinton administration’s interventions in Haiti and the Balkans as superfluous “international social work” and “nation-building” that were divorced from American national interests. Realists in the academy and the think tanks pecked away at successive administrations, warning of overreach and “imperialism.” Perhaps like the cartoon character that runs beyond the edge of the cliff and hangs with legs churning in the air before falling, support for the globally active policies of the 1990s was a kind of forward inertia, fueled by the energy of the late cold war, and gravity was eventually going to bring it to Earth.


The conventional wisdom these days is that Americans are war-weary. But it may be more accurate to say they are world-weary. During the cold war, after all, Americans had much greater reason for war-weariness—Korea and Vietnam were 14 times more costly in terms of American deaths than Afghanistan and Iraq—but they never fully rejected the global anti- communist containment strategy that had gotten them into the wars. Today’s mood seems more analogous to the 1920s. More than 50 percent of Americans today believe that the United States “should mind its own business internationally and let other countries get along the best they can on their own”—the highest number ever recorded since Pew started asking the question 50 years ago.

At the core of this public attitude is no doubt the desire to avoid more wars. But as the 1920s and 1930s showed, a determination to stay out of war can affect broader foreign and economic policies. In the 1930s, the desire to avoid war led Congress to pass the Neutrality Acts, to prevent Americans from even trading with belligerents in a foreign war lest the United States be dragged in on one side or the other. Such an action may be inconceivable today, but the reasoning behind it is visible. Polls these days show that Americans are not only averse to using military force but also to actions short of war. More than 50 percent agreed that it was “more important” that the United States “not get too involved in the situation in Ukraine” than that it “take a firm stand” against Russia, which 29 percent found more important. Many of those not wanting to get “too involved” may fear that any involvement could eventually lead to a possible military confrontation—and they’re not entirely wrong. As in the 1920s and 1930s, Americans can see the slippery slope.


IV.

Historians often refer to the “maturing” of American foreign policy since the nineteenth century. But if nations can learn, they can also unlearn. These days it is hard to watch both the conduct and the discussion of American foreign policy and not sense a certain unlearning, a forgetting of the old lessons on which the grand strategy was premised. Perhaps this was inevitable. World War II is as distant from today’s “millennials” as the Civil War was from the generation of the 1930s. A generation that does not remember the cold war, but grew up knowing only Iraq and Afghanistan, is going to view America’s role in the world differently. Combine that with the older generations that have tired of playing the old role, and it is hardly surprising that enthusiasm is flagging. Americans today are not isolationists, any more than they were in the 1920s. They favor the liberal world order insofar as they can see how it touches them. But they are no longer prepared to sacrifice very much to uphold it.

This is understandable. Americans have been Atlas carrying the world on their shoulders. They can be forgiven for feeling the temptation to put it down. Under the best of circumstances, playing the role of upholder of the liberal world order was always a monumental task. At the dawn of the American era, Truman called it “the most terrible responsibility that any nation ever faced.” George Kennan was convinced that the American people were “not fitted, either institutionally or temperamentally, to be an imperial power in the grand manner.” Actually, he underestimated them, for Americans maintained their global commitments for decades, better than most nations.

Yet the burden has been immense, and not just the obvious costs in lives and treasure. Americans have spent vast amounts on defense budgets, more than all other major powers combined. Can’t U.S. allies carry more of the burden? The question has been asked since the dawn of the cold war, but the answer has always been: probably not. The same factors that have made the United States uniquely capable of supporting a world order—great wealth and power and the relative security afforded by geography—help explain why American allies have always been less capable and less willing. They have lacked the power and the security to see and act beyond their narrow interests. So where they failed before they will fail again. Even twenty-first-century Europeans, for all the wonders of their union, seem incapable of uniting against a predator in their midst, and are willing, as in the past, to have the weak devoured if necessary to save their own (financial) skins. There are moral costs, too. Like most people, Americans generally like to believe that they are behaving justly in the world, that they are on the side of the right. If possible, they like to have legal or institutional sanctions for their action, or at least the general approval of like-minded nations. On the two occasions in the past 100 years when the United States contemplated taking on a central role in global affairs, in 1918 and 1945, American leaders insisted on simultaneously creating world organizations that could, at least in theory, provide this legitimacy for American actions.

The problem is, the world lacks any genuine overarching legal or institutional authority, much less a democratic authority, to which all nations subordinate themselves. Questions of right and wrong are settled not according to impartial justice but usually according to the distribution of power in the system. Americans have usually had to use their power to enforce their idea of justice without any assurance beyond their own faith that they are right. This is a heavy moral burden for a democratic people to bear. In their domestic lives, Americans are accustomed to having that burden spread evenly across society. The people make the laws, the police enforce the laws, judges and juries mete out justice, and the prison officials carry out the punishment. But in the international sphere, Americans have had to act as judge, jury, police, and, in the case of military action, executioner. What gives the United States the right to act on behalf of a liberal world order? In truth, nothing does, nothing beyond the conviction that the liberal world order is the most just.

This moral conundrum was easier to ignore during the cold war, when every action taken, even in the most obscure corners of the world, was justified as being in defense of vital national interests. But actions taken in defense of world order are fraught with moral complexity. Americans and Europeans argue that Ukraine’s sovereignty should be inviolate and that the people of Ukraine should be allowed to pursue their aspirations to be part of Europe. Vladimir Putin justifies his invasion of Crimea on the grounds of ancient historical ties and in response to American and European meddling in Russia’s historical sphere of influence. Who is there to adjudicate between these competing claims of justice? Who can determine which side is right and which side is wrong? It does no good to invoke some allegedly superior twenty-first-century morality against an inferior nineteenth-century morality. No more in this century than in previous centuries is there either perfect morality or perfect justice to be found in the international system. Nor do great powers come to disputes with clean hands, in this or any other century. All are selfish; all are morally compromised. And indeed, the more power a nation has, the more it is likely to act in ways that cannot be squared with a Christian or Enlightenment morality.

Who is to say that even defense of the liberal world order is necessarily good? The liberal world order was never put to a popular vote. It was not bequeathed by God. It is not the endpoint of human progress, despite what our Enlightenment education tells us. It is a temporary and transient world order that suits the needs, interests, and above all the ideals of a large and powerful collection of people, but it does not necessarily fit the needs and desires of everyone. For decades many abroad and some Americans at home saw it as a form of Western imperialism, and many still do. Communism may have failed, but authoritarianism and autocracy live on. And it is that form of government, not democracy, that has been the norm throughout history. In recent decades the democracies, led by the United States and Europe, have had the power to shape the world. But who is to say that Putinism in Russia or the particular brand of authoritarianism practiced in China will not survive as far into the future as European democracy, which, outside of Great Britain, is itself only a little over a century old?

A liberal world order, like any world order, is something that is imposed, and as much as we in the West might wish it to be imposed by superior virtue, it is generally imposed by superior power. Putin seeks to impose his view of a world order, at least in Russia’s neighborhood, just as Europe and the United States do. Whether he succeeds or fails will probably not be determined merely by who is right and who is wrong. It will be determined by the exercise of power.

This is a disturbing thought for a nation that has grown weary of exercising power. Hans Morgenthau once observed that Americans are attracted to the “illusion that a nation can escape … from power politics,” that at some point “the final curtain would fall and the game of power politics would no longer be played.” Many escapes have been offered over the past two decades. In 1989, Fukuyama told Americans that with the end of history there would be no more “serious ideological competitors left to liberal democracy.” Liberal progress was inevitable, and therefore nothing need be done to promote or defend it. Such thoughts were echoed throughout the 1990s. The age of geopolitics had supposedly given way to the age of geoeconomics. What America needed in the new era was less “hard power” and more “soft power.”

Such was the reigning conventional wisdom, at least from the end of the cold war until 2008 and the beginning of the financial crisis. Then the paradigm shifted. Suddenly, instead of the end of history, it was the end of America, the end of the West. Triumphalism turned to declinism. From the post-cold-war utopia it became the post-American world. Yet this, too, turned out to be a form of escapism, for remarkably, whether the liberal world order was triumphing or America and the West were declining, the prescription remained the same: There was nothing to be done. Whereas before it had been unnecessary, and even wrong, for the United States to use its power to shape the world, now, suddenly, it was impossible, because the United States no longer had sufficient power.

Today more than 50 percent of Americans believe the United States plays “a less important and powerful role as a world leader than it did a decade ago.” One senses that, for many Americans, this decline is not a reason for panic but comes as something of a relief. Less power means fewer responsibilities. A sense of futility, today as much as in the 1920s and 1930s, is both an invitation and a justification for a return to normalcy.

The sense of futility has affected policymakers, too. Senior White House officials, especially the younger ones, look at problems like the struggle in Syria and believe that there is little if anything the United States can do. This is the lesson of their generation, the lesson of Iraq and Afghanistan: that America has neither the power nor the understanding nor the skill to fix problems in the world.

This is also escapism, however, for there is a myth embedded in this plea of futility. It is that wielding power effectively was ever any easier than it is today. With rose-colored glasses we look back at the cold war and imagine that the United States used to get others to do what it wanted, used to know what it was doing, and used to wield such overwhelming power that the world simply bent to its will or succumbed to its charms. But American policy during the cold war, despite its ultimate success, was filled with errors, folly, many near-disasters, and some disasters. From the beginning, allies proved rebellious, resentful, and unmanageable. American domestic politics made sensible policies difficult and sometimes impossible to sustain. The world economy, and the American economy, lurched from crisis to crisis. American military power was at its best a most uncertain instrument. In Vietnam, whether inevitably or because of bad policymaking in Washington, it failed miserably. In Korea, it almost suffered a complete catastrophe. The most successful presidents of the era, from Truman to Reagan, did not always seem successful to their contemporaries and suffered significant setbacks in their foreign policies. Can the architects of today’s foreign policies really believe that Acheson and his colleagues, or the policymakers in the Johnson or Nixon or Carter administrations, had an easier time of it?

Any nation’s foreign policy is bound to fail more often than it succeeds. The attempt to influence the behavior of people even in the domestic setting is difficult enough. To influence other peoples and other nations without simply annihilating them is the most difficult of all human tasks. It is also in the very nature of foreign policy, as in human affairs generally, that all solutions to problems only breed more problems. This is certainly true of all wars. There is no perfect ending to any war, even those fought with the clearest and most straightforward of objectives. The Civil War did not put an end to the terrible plight of blacks in America, though it cost over half a million lives. World War II ended with the Soviet Union in control of half of Europe and opened the way to another four decades of superpower confrontation.

When a nation uses its power to shape a world order, rather than merely for self-defense or conquest, the tenuousness of solutions is even more pronounced. Military actions for world order preservation are almost by definition limited both in scope and objectives. World order maintenance requires operating in the gray areas between victory and defeat. The measure of success is often not how wonderful the end result is, but whether the unsatisfying end result is better or worse than the outcome if there had been no action. To insist on outcomes that always achieve maximum ends at minimal cost is yet another form of escapism.


Today, however, Americans seem overwhelmed by the difficulty and complexity of it all. They yearn to return to what Niebuhr called “the innocency of irresponsibility,” or at least to a normalcy in which the United States can limit the scope of its commitments. In this way America has perhaps returned to the mood of the 1920s. There is a difference, however. In the 1920s, it was not America’s world order that needed shoring up. Americans felt, mistakenly as it turned out, that it was Britain’s and Europe’s job to preserve the world order they had created. Today, it is America’s world order that needs propping up. Will Americans decide that it matters this time, when only they have the capacity to sustain it?

You never miss the water ’til the well runs dry, or so the saying goes. One wonders whether Americans, including their representatives and their president, quite understand what is at stake. When President Obama first took office five years ago, Peter Baker of The New York Times reported that he intended to deal “with the world as it is rather than as it might be.” It is a standard realist refrain and has been repeated time and again by senior Obama officials as a way of explaining why he decided against pursuing some desirable but unreachable “ideal” in this place or that. What fewer and fewer seem to realize, however, is that the last 70 years have offered Americans and many others something of a reprieve from the world “as it is.”

Periods of peace and prosperity can make people forget what the world “as it is” really looks like, and to conclude that the human race has simply ascended to some higher plateau of being. This was the common view in Europe in the first decade of the twentieth century. At a time when there had not been a war between great powers in 40 years, or a major Europe-wide war in a century, the air was filled with talk of a new millennium in which wars among civilized nations had become impossible. Three-quarters of a century and two world wars and a cold war later, millennial thoughts return. Studies cited by Fareed Zakaria purport to show that some “transformation of international relations” has occurred. “Changes of borders by force” have dropped dramatically “since 1946.” The nations of Western Europe, having been responsible for two new wars a year for 600 years, had not even started one “since 1945.” Steven Pinker observes that the number of deaths from war, ethnic conflict, and military coups has declined—since 1945—and concludes that the human race has become “socialized” to prefer peace and nonviolence.

The dates when these changes supposedly began ought to be a tip-off. Is it a coincidence that these happy trends began when the American world order was established after World War II, or that they accelerated in the last two decades of the twentieth century, when America’s only serious competitor collapsed? Imagine strolling through Central Park and, after noting how much safer it had become, deciding that humanity must simply have become less violent—without thinking that perhaps the New York Police Department had something to do with it.

In fact, the world “as it is” is a dangerous and often brutal place. There has been no transformation in human behavior or in international relations. In the twenty-first century, no less than in the nineteenth and twentieth centuries, force remains the ultima ratio. The question, today as in the past, is not whether nations are willing to resort to force but whether they believe they can get away with it when they do. If there has been less aggression, less ethnic cleansing, less territorial conquest over the past 70 years, it is because the United States and its allies have both punished and deterred aggression, have intervened, sometimes, to prevent ethnic cleansing, and have gone to war to reverse territorial conquest. The restraint showed by other nations has not been a sign of human progress, the strengthening of international institutions, or the triumph of the rule of law. It has been a response to a global configuration of power that, until recently, has made restraint seem the safer course.

When Vladimir Putin failed to achieve his goals in Ukraine through political and economic means, he turned to force, because he believed that he could. He will continue to use force so long as he believes that the payoff exceeds the cost. Nor is he unique in this respect. What might China do were it not hemmed in by a ring of powerful nations backed by the United States? For that matter, what would Japan do if it were much more powerful and much less dependent on the United States for its security? We have not had to find out the answers to these questions, not yet, because American predominance, the American alliance system, and the economic, political, and institutional aspects of the present order, all ultimately dependent on power, have mostly kept the lid closed on this Pandora’s box.

Nor have we had to find out yet what the world “as it is” would do to the remarkable spread of democracy. Skeptics of “democracy promotion” argue that the United States has often tried to plant democracy in infertile soil. They may be right. The widespread flowering of democracy around the world in recent decades may prove to have been artificial and therefore tenuous. As Michael Ignatieff once observed, it may be that “liberal civilization” itself “runs deeply against the human grain and is achieved and sustained only by the most unremitting struggle against human nature.” Perhaps this fragile democratic garden requires the protection of a liberal world order, with constant feeding, watering, weeding, and the fencing off of an ever-encroaching jungle. In the absence of such efforts, the weeds and the jungle may sooner or later come back to reclaim the land.

One wonders if even the current economic order reflects the world “as it is.” A world in which autocracies make ever more ambitious attempts to control the flow of information, and in which autocratic kleptocracies use national wealth and resources to further their private interests, may prove less hospitable to the kind of free flow of commerce the world has come to appreciate in recent decades.

In fact, from the time that Roosevelt and Truman first launched it, the whole project of promoting and defending a liberal world order has been a concerted effort not to accept the world “as it is.” The American project has aimed at shaping a world different from what had always been, taking advantage of America’s unique situation to do what no nation had ever been able to do. Today, however, because many Americans no longer recall what the world “as it is” really looks like, they cannot imagine it. They bemoan the burdens and failures inherent in the grand strategy but take for granted all the remarkable benefits.

Nor do they realize, perhaps, how quickly it can all unravel. The international system is an elaborate web of power relationships, in which every nation, from the biggest to the smallest, is constantly feeling for shifts or disturbances. Since 1945, and especially since 1989, the web has been geared to respond primarily to the United States. Allies observe American behavior and calculate America’s reliability. Nations hemmed in or threatened by American power watch for signs of growing or diminishing power and will. When the United States appears to retrench, allies necessarily become anxious, while others look for opportunities.

In recent years, the world has picked up unmistakable signals that Americans may no longer want to carry the burden of global responsibility. Others read the polls, read the president’s speeches calling for “nation-building at home,” see the declining defense budgets and defense capabilities, and note the extreme reticence, on the part of both American political parties, about using force. The world judges that, were it not for American war-weariness, the United States probably would by now have used force in Syria—just as it did in Kosovo, in Bosnia, and in Panama. President Obama himself recently acknowledged as much when he said, “It’s not that it’s not worth it. It’s that after a decade of war, you know, the United States has limits.” Such statements set the web vibrating. In East Asia, nations living in close proximity to an increasingly powerful China want to know whether Americans will make a similar kind of calculation when it comes to defending them; in the Middle East, nations worried about Iran wonder if they will be left to confront it alone; in Eastern Europe and the Baltic states, American security guarantees are meaningless unless Americans are able and willing to meet them.

Are they? No one has taken a poll lately on whether the United States should come to the defense of its treaty allies in the event of a war between, say, China and Japan; or whether it should come to the defense of Estonia in a Ukraine-like conflict with Russia. The answers might prove interesting.

Meanwhile, the signs of the global order breaking down are all around us. Russia’s invasion of Ukraine and seizure of Crimea was the first time since World War II that a nation in Europe had engaged in territorial conquest. If Iran manages to acquire a nuclear weapon, it will likely lead other powers in the region to do the same, effectively undoing the nonproliferation regime, which, along with American power, has managed to keep the number of nuclear-armed powers limited over the past half century. Iran, Saudi Arabia, and Russia are engaged in a proxy war in Syria that, in addition to the 150,000 dead and the millions displaced, has further destabilized a region that had already been in upheaval. In East Asia, nervousness about China’s rise, combined with uncertainty about America’s commitment, is exacerbating tensions. In recent years the number of democracies around the world has been steadily declining, while the number of autocracies grows. If these trends continue, in the near future we are likely to see increasing conflict, increasing wars over territory, greater ethnic and sectarian violence, and a shrinking world of democracies.

How will Americans respond? If the test is once again to be “national interests” narrowly construed, then Americans may find all of this tolerable, or at least preferable to doing something to stop it. Could the United States survive if Syria remains under the control of Assad or, more likely, disintegrates into a chaos of territories, some of which will be controlled by jihadi terrorists? Could it survive if Iran acquires a nuclear weapon, and if in turn Saudi Arabia, Turkey, and Egypt acquire nuclear weapons? Or if North Korea launches a war on the South? Could it survive in a world where China dominates much of East Asia, or where China and Japan resume their old conflict? Could it survive in a world where Russia dominates Eastern Europe, including not only Ukraine but the Baltic states and perhaps even Poland? Of course it could. From the point of view of strict “necessity” and narrow national interest, the United States could survive all of this. It could trade with a dominant China and work out a modus vivendi with a restored Russian empire. Those alarmed by such developments will be hard-pressed, as Roosevelt was, to explain how each marginal setback would affect the parochial interests of the average American. As in the past, Americans will be among the last to suffer grievously from a breakdown of world order. And by the time they do feel the effects, it may be very late in the day.

Looking back on the period before World War II, Robert Osgood, the most thoughtful of realist thinkers of the past century, discerned a critical element missing from the strategic analyses of the day. Mere rational calculations of the “national interest,” he argued, proved inadequate. Paradoxically, it was the “idealists,” those who were “most sensitive to the Fascist menace to Western culture and civilization,” who were “among the first to understand the necessity of undertaking revolutionary measures to sustain America’s first line of defense in Europe.” Idealism, he concluded, was “an indispensable spur to reason in leading men to perceive and act upon the real imperatives of power politics.” This was Roosevelt’s message, too, when he asked Americans to defend “not their homes alone, but the tenets of faith and humanity on which their churches, their governments, and their very civilization are founded.”

Perhaps Americans can be inspired in this way again, without the threat of a Hitler or an attack on their homeland. But this time they will not have 20 years to decide. The world will change much more quickly than they imagine. And there is no democratic superpower waiting in the wings to save the world if this democratic superpower falters.


Primaires républicaines: Et si les Américains avaient refusé de débarquer sur les plages de Normandie ? (World can’t afford America sitting out the rest of the 21st century, Rubio)

29 février, 2016
Apologizer in chief on DDay

Durant les années où Sidney [Poitier] n’a sorti aucun film. Disons en 1962 ou 1963, aucun Noir n’a protesté. Pourquoi ? Parce que nous avions d’autres choses plus importantes contre lesquelles nous lever. Nous étions trop occupés à être violés et lynchés pour nous soucier de qui gagnait le prix du meilleur réalisateur. Vous savez, quand votre grand-mère se balance à une branche d’arbre, le cadet de vos soucis est l’Oscar du meilleur court-métrage documentaire étranger. Chris Rock
Ce film a donné une voix aux survivants. Et l’Oscar amplifie cette voix, en espérant qu’elle devienne une chorale qui résonnera jusqu’au Vatican. Pape François, il est temps de protéger les enfants et de rétablir la foi. Michael Sugar
By going to Cuba while he is still in office, Mr. Obama is showing Havana that he will continue to make enough progress that it will be difficult for the next president to change course from restoring ties with Cuba — and he is proving to Congress that the president still has a lot of executive authority to change foreign policy. Pam Falk (CBS News)
Obama is selling out pro-democracy dissidents in Cuba to take one last contemptuous potshot at Congress. That’s certainly in line with the legacy that he’s building thus far in his presidency. Hot air
Ce n’est peut-être pas une bonne chose pour l’Amérique, mais une très bonne affaire pour CBS. Sérieusement, qui aurait pu espérer la campagne que nous avons actuellement ? L’argent continue d’affluer et c’est marrant (…) Je n’ai jamais vu quelque chose comme ça, et cette année va être très bonne pour nous. C’est terrible à dire mais continue Donald, continue ! Leslie Moonves (PDG de CBS)
Is there some rule that demands that only movie stars, investment bankers, and tech moguls, who live in houses of more than 5,000 square feet or fly on private jets, have earned the right to lecture hoi polloi on their bad habits that lead to global warming? Is barbecuing a steak worse than burning up 5 gallons of aviation fuel a minute?… To watch the Super Bowl, Oscar, or Grammy festivities is to receive a pop sermon from mansion-residing multimillionaires about just how unfair are the race, class, and gender biases of the world in which they somehow made fortunes. In Weimar America, that Will Smith has a 25,000 square-foot mansion, but not a 2016 Oscar nomination, is proof of endemic racism and deprivation. Victor Davis Hanson
Barack Obama is the Dr. Frankenstein of the supposed Trump monster. If a charismatic, Ivy League-educated, landmark president who entered office with unprecedented goodwill and both houses of Congress on his side could manage to wreck the Democratic Party while turning off 52 percent of the country, then many voters feel that a billionaire New York dealmaker could hardly do worse. If Obama had ruled from the center, dealt with the debt, addressed radical Islamic terrorism, dropped the politically correct euphemisms and pushed tax and entitlement reform rather than Obamacare, Trump might have little traction. A boring Hillary Clinton and a staid Jeb Bush would most likely be replaying the 1992 election between Bill Clinton and George H.W. Bush — with Trump as a watered-down version of third-party outsider Ross Perot. But America is in much worse shape than in 1992. And Obama has proved a far more divisive and incompetent president than George H.W. Bush. Little is more loathed by a majority of Americans than sanctimonious PC gobbledygook and its disciples in the media. And Trump claims to be PC’s symbolic antithesis. Making Machiavellian Mexico pay for a border fence or ejecting rude and interrupting Univision anchor Jorge Ramos from a press conference is no more absurd than allowing more than 300 sanctuary cities to ignore federal law by sheltering undocumented immigrants. Putting a hold on the immigration of Middle Eastern refugees is no more illiberal than welcoming into American communities tens of thousands of unvetted foreign nationals from terrorist-ridden Syria. In terms of messaging, is Trump’s crude bombast any more radical than Obama’s teleprompted scripts? Trump’s ridiculous view of Russian President Vladimir Putin as a sort of « Art of the Deal » geostrategic partner is no more silly than Obama insulting Putin as Russia gobbles up former Soviet republics with impunity. Obama callously dubbed his own grandmother a « typical white person, » introduced the nation to the racist and anti-Semitic rantings of the Rev. Jeremiah Wright, and petulantly wrote off small-town Pennsylvanians as near-Neanderthal « clingers. » Did Obama lower the bar for Trump’s disparagements? Certainly, Obama peddled a slogan, « hope and change, » that was as empty as Trump’s « make America great again. » (…) How does the establishment derail an out-of-control train for whom there are no gaffes, who has no fear of The New York Times, who offers no apologies for speaking what much of the country thinks — and who apparently needs neither money from Republicans nor politically correct approval from Democrats? Victor Davis Hanson
People wonder what accounts for the rise of Donald Trump and Bernie Sanders. Maybe the better question is how the Obama years could not have produced a Trump and Sanders. Both the Republican and, to a lesser extent, Democratic parties have elements now who want to pull down the temple. But for all the politicized agitation, both these movements, in power, would produce stasis—no change at all. Donald Trump would preside over a divided government or, as he has promised and un-promised, a trade war with China. Hillary or Bernie will enlarge the Obama economic regime. Either outcome guarantees four more years of at best 2% economic growth. That means more of the above. That means 18-year-olds voting for the first time this year will face historically weak job opportunities through 2020 at least. Under any of these three, an Americanized European social-welfare state will evolve because Washington—and this will include many “conservatives”—will answer still-rising popular anger with new income redistributions. And for years afterward, Barack Obama will stroll off the 18th green, smiling. Mission, finally, accomplished. Daniel Henninger
We’re in the midst of a rebellion. The bottom and middle are pushing against the top. It’s a throwing off of old claims and it’s been going on for a while, but we’re seeing it more sharply after New Hampshire. This is not politics as usual, which by its nature is full of surprise. There’s something deep, suggestive, even epochal about what’s happening now. I have thought for some time that there’s a kind of soft French Revolution going on in America, with the angry and blocked beginning to push hard against an oblivious elite. It is not only political. Yes, it is about the Democratic National Committee, that house of hacks, and about a Republican establishment owned by the donor class. But establishment journalism, which for eight months has been simultaneously at Donald Trump’s feet (“Of course you can call us on your cell from the bathtub for your Sunday show interview!”) and at his throat (“Trump supporters, many of whom are nativists and nationalists . . .”) is being rebelled against too. Their old standing as guides and gatekeepers? Gone, and not only because of multiplying platforms. (…) All this goes hand in hand with the general decline of America’s faith in its institutions. We feel less respect for almost all of them—the church, the professions, the presidency, the Supreme Court. The only formal national institution that continues to score high in terms of public respect (72% in the most recent Gallup poll) is the military (…) we are in a precarious position in the U.S. with so many of our institutions going down. Many of those pushing against the system have no idea how precarious it is or what they will be destroying. Those defending it don’t know how precarious its position is or even what they’re defending, or why. But people lose respect for a reason. (…) It’s said this is the year of anger but there’s a kind of grim practicality to Trump and Sanders supporters. They’re thinking: Let’s take a chance. Washington is incapable of reform or progress; it’s time to reach outside. Let’s take a chance on an old Brooklyn socialist. Let’s take a chance on the casino developer who talks on TV. In doing so, they accept a decline in traditional political standards. You don’t have to have a history of political effectiveness anymore; you don’t even have to have run for office! “You’re so weirdly outside the system, you may be what the system needs.” They are pouring their hope into uncertain vessels, and surely know it. Bernie Sanders is an actual radical: He would fundamentally change an economic system that imperfectly but for two centuries made America the wealthiest country in the history of the world. In the young his support is understandable: They have never been taught anything good about capitalism and in their lifetimes have seen it do nothing—nothing—to protect its own reputation. It is middle-aged Sanders supporters who are more interesting. They know what they’re turning their backs on. They know they’re throwing in the towel. My guess is they’re thinking something like: Don’t aim for great now, aim for safe. Terrorism, a world turning upside down, my kids won’t have it better—let’s just try to be safe, more communal. A shrewdness in Sanders and Trump backers: They share one faith in Washington, and that is in its ability to wear anything down. They think it will moderate Bernie, take the edges off Trump. For this reason they don’t see their choices as so radical. (…) The mainstream journalistic mantra is that the GOP is succumbing to nativism, nationalism and the culture of celebrity. That allows them to avoid taking seriously Mr. Trump’s issues: illegal immigration and Washington’s 15-year, bipartisan refusal to stop it; political correctness and how it is strangling a free people; and trade policies that have left the American working class displaced, adrift and denigrated. Mr. Trump’s popularity is propelled by those issues and enabled by his celebrity. (…) Mr. Trump is a clever man with his finger on the pulse, but his political future depends on two big questions. The first is: Is he at all a good man? Underneath the foul mouthed flamboyance is he in it for America? The second: Is he fully stable? He acts like a nut, calling people bimbos, flying off the handle with grievances. Is he mature, reliable? Is he at all a steady hand? Political professionals think these are side questions. “Let’s accuse him of not being conservative!” But they are the issue. Because America doesn’t deliberately elect people it thinks base, not to mention crazy. Peggy Noonan
Politicians have, since ancient Greece, lied, pandered, and whored. They have taken bribes, connived, and perjured themselves. But in recent times—in the United States, at any rate—there has never been any politician quite as openly debased and debauched as Donald Trump. Truman and Nixon could be vulgar, but they kept the cuss words for private use. Presidents have chewed out journalists, but which of them would have suggested that an elegant and intelligent woman asking a reasonable question was dripping menstrual blood? LBJ, Kennedy, and Clinton could all treat women as commodities to be used for their pleasure, but none went on the radio with the likes of Howard Stern to discuss the women they had bedded and the finer points of their anatomies. All politicians like the sound of their own names, but Roosevelt named the greatest dam in the United States after his defeated predecessor, Herbert Hoover. Can one doubt what Trump would have christened it? That otherwise sober people do not find Trump’s insults and insane demands outrageous (Mexico will have to pay for a wall! Japan will have to pay for protection!) says something about a larger moral and cultural collapse. His language is the language of the comments sections of once-great newspapers. Their editors know that the online versions of their publications attract the vicious, the bigoted, and the foulmouthed. But they keep those comments sections going in the hope of getting eyeballs on the page. (…) The current problem goes beyond excruciatingly bad manners. What we increasingly lack, and have lacked for some time, is a sense of the moral underpinning of republican (small r) government. Manners and morals maintain a free state as much as laws do, as Tocqueville observed long ago, and when a certain culture of virtue dies, so too does something of what makes democracy work. Old-fashioned words like integrity, selflessness, frugality, gravitas, and modesty rarely rate a mention in modern descriptions of the good life—is it surprising that they don’t come up in politics, either? (…) Trump’s rise is only one among many signs that something has gone profoundly amiss in our popular culture.It is related to the hysteria that has swept through many campuses, as students call for the suppression of various forms of free speech and the provision of “safe spaces” where they will not be challenged by ideas with which they disagree. The rise of Trump and the fall of free speech in academia are equal signs that we are losing the intellectual sturdiness and honesty without which a republic cannot thrive. (…) The rot is cultural. It is no coincidence that Trump was the star of a “reality” show. He is the beneficiary of an amoral celebrity culture devoid of all content save an omnipresent lubriciousness. He is a kind of male Kim Kardashian, and about as politically serious. In the context of culture, if not (yet) politics, he is unremarkable; the daily entertainments of today are both tawdry and self-consciously, corrosively ironic. Ours is an age when young people have become used to getting news, of a sort, from Jon Stewart and Steven Colbert, when an earlier generation watched Walter Cronkite and David Brinkley. It is the difference between giggling with young, sneering hipsters and listening to serious adults. Go to YouTube and look at old episodes of Profiles in Courage, if you can find them—a wildly successful television series based on the book nominally authored by John F. Kennedy, which celebrated an individual’s, often a politician’s, courage in standing alone against a crowd, even a crowd with whose politics the audience agreed. The show of comparable popularity today is House of Cards. Bill Clinton has said that he loves it. American culture is, in short, nastier, more nihilistic, and far less inhibited than ever before. It breeds alternating bouts of cynicism and hysteria, and now it has given us Trump. The Republican Party as we know it may die of Trump. If it does, it will have succumbed in part because many of its leaders chose not to fight for the Party of Lincoln, which is a set of ideas about how to govern a country, rather than an organization clawing for political and personal advantage. What is at stake, however, is something much more precious than even a great political party. To an extent unimaginable for a very long time, the moral keel of free government is showing cracks. It is not easy to discern how we shall mend them. Eliot Cohen
Three major have-not powers are seeking to overturn the post-Cold War status quo: Russia in Eastern Europe, China in East Asia, Iran in the Middle East. All are on the march. To say nothing of the Islamic State, now extending its reach from Afghanistan to West Africa. The international order built over decades by the United States is crumbling. In the face of which, what does Obama do? Go to Cuba. Yes, Cuba. A supreme strategic irrelevance so dear to Obama’s anti-anti-communist heart. The international order built over decades by the United States is crumbling. Is he at least going to celebrate progress in human rights and democracy — which Obama established last year as a precondition for any presidential visit? Of course not. When has Obama ever held to a red line? Indeed, since Obama began his “historic” normalization with Cuba, the repression has gotten worse. Last month, the regime arrested 1,414 political dissidents, the second-most ever recorded. No matter. Amid global disarray and American decline, Obama sticks to his cherished concerns: Cuba, Guantanamo (about which he gave a rare televised address this week), and, of course, climate change. Obama could not bestir himself to go to Paris in response to the various jihadi atrocities — sending Kerry instead “to share a big hug with Paris” (as Kerry explained) with James Taylor singing “You’ve Got a Friend” — but he did make an ostentatious three-day visit there for climate change. More Foreign Policy The Costs of Abandoning Messy Wars Vladimir Putin and Bashar al-Assad Are Running U.S. Syria Policy With Disasters Everywhere, It’s Time to Take Foreign Policy Seriously Again So why not go to Havana? Sure, the barbarians are at the gates and pushing hard knowing they will enjoy but eleven more months of minimal American resistance. But our passive president genuinely believes that such advances don’t really matter — that these disrupters are so on the wrong side of history, that their reaches for territory, power, victory are so 20th century. Of course, it mattered greatly to the quarter-million slaughtered in Syria and the millions more exiled. It feels all quite real to a dissolving Europe, an expanding China, a rising Iran, a metastasizing jihadism. Not to the visionary Obama, however. He sees far beyond such ephemera. He knows what really matters: climate change, Gitmo, and Cuba. With time running out, he wants these to be his legacy. Indeed, they will be. Charles Krauthammer
Donald Trump has rightly reminded us during his campaign that Americans are sick and tired of costly overseas interventions. But what Trump forgets is that too often the world does not always enjoy a clear choice between good and bad, wise and stupid. Often the dilemma is the terrible choice between ignoring mass murderer, as in Rwanda or Syria; bombing and leaving utter chaos, as in Libya; and removing monsters, then enduring the long ordeal of trying to leave something better, as in Afghanistan and Iraq. The choices are all awful. But the idea that America can bomb a rogue regime, leave and expect something better is pure fantasy. Victor Davis Hanson
The candidacy of Donald Trump is the open sewer of American conservatism. This Super Tuesday, polls show a plurality of GOP voters intend to dive right into it, like the boy in the “Slumdog Millionaire” toilet scene. And they’re not even holding their noses. In recent weeks, Mr. Trump has endorsed the Code Pink view of the Iraq War (Bush lied; people died). He has cited and embraced an aphorism of Benito Mussolini. (“It’s a very good quote,” Mr. Trump told NBC’s Chuck Todd.) He has refused to release his “very beautiful” tax returns. And he has taken his time disavowing the endorsement of onetime Ku Klux Klan Grand Wizard David Duke—offering, by way of a transparently dishonest excuse, that “I know nothing about David Duke.” Mr. Trump left the Reform Party in 2000 after Mr. Duke joined it. None of this seems to have made the slightest dent in Mr. Trump’s popularity. If anything it has enhanced it. In the species of political pornography in which Mr. Trump trafficks, the naughtier the better. The more respectable opinion is scandalized by whatever pops out of the Donald’s mouth, the more his supporters cheer him for sticking it to the snobs and the scolds. The more Mr. Trump traduces the old established lines of decency, the more he affirms his supporters’ most shameless ideological instincts. Those instincts have moved beyond the usual fare of a wall with Mexico, a trade war with China, Mr. Trump’s proposed Muslim Exclusion Act, or his scurrilous insinuations about the constitutionality of Ted Cruz’s or Marco Rubio’s presidential bids. What too many of Mr. Trump’s supporters want is an American strongman, a president who will make the proverbial trains run on time. This is a refrain I hear over and over again from Trump supporters, who want to bring a businessman’s efficiency to the federal government. If that means breaking with a few democratic niceties, so be it. (…) Mr. Trump exemplifies a new political wave sweeping the globe—leaders coming to power through democratic means while avowing illiberal ends. Hungary’s Viktor Orban is another case in point, as is Turkey’s Recep Tayyip Erdogan. A Trump presidency—neutral between dictatorships and democracies, opposed to free trade, skeptical of traditional U.S. defense alliances, hostile to immigration—would mark the collapse of the entire architecture of the U.S.-led post-World War II global order. We’d be back to the 1930s, this time with an America Firster firmly in charge. That’s the future Mr. Trump offers whether his supporters realize it or not. Bill Buckley and the other great shapers of modern conservatism—Barry Goldwater and Ronald Reagan, Robert Bartley and Irving Kristol—articulated a conservatism that married economic dynamism to a prudent respect for tradition, patriotism and openness to the wider world. Trumpism is the opposite of this creed: moral gaucherie plus economic nationalism plus Know Nothingism. It is the return of the American Mercury, minus for now (but only for now) the all-but inevitable anti-Semitism. It would be terrible to think that the left was right about the right all these years. Nativist bigotries must not be allowed to become the animating spirit of the Republican Party. If Donald Trump becomes the candidate, he will not win the presidency, but he will help vindicate the left’s ugly indictment. It will be left to decent conservatives to pick up the pieces—and what’s left of the party. Bret Stephens
The many millions of Americans who are sick of being called racist, chauvinist, homophobic, privileged or extremist every time they breathe feel that in Trump they have found their voice. Then there is that gnawing sense that under Obama, America has been transformed from history’s greatest winner into history’s biggest sucker. (…) Trump’s continuous exposition on his superhuman deal-making talents speaks to this fear. Trump’s ability to viscerally connect to the deep-seated concerns of American voters and assuage them frees him from the normal campaign requirement of developing plans to accomplish his campaign promises. (…) Trump’s supporters don’t care that his economic policies contradict one another. They don’t care that his foreign policy declarations are a muddle of contradictions. They hate the establishment and they want to believe him. (…) Because he knows how to viscerally connect to the public, Trump will undoubtedly be a popular president. But since he has no clear philosophical or ideological underpinning, his policies will likely be inconsistent and opportunistic.(…) In this, a Trump presidency will be a stark contrast to Obama’s hyper-ideological tenure in office. So, too, his presidency will be a marked contrast to a similarly ideologically driven Clinton or Sanders administration, since both will more or less continue to enact Obama’s domestic and foreign policies. (…) Like Trump, Johnson is able to tap into deep-seated public dissatisfaction with the political and cultural elites and serve as a voice for the disaffected. (…) If Johnson is able to convince a majority of British voters to support an exit from the EU, then several other EU member states are likely to follow in Britain’s wake. The exit of states from the EU will cause a political and economic upheaval in Europe with repercussions far beyond its borders. Just as a Trump presidency will usher in an era of high turbulence and uncertainty in US economic and foreign policies, so a post-breakup EU and Western Europe will replace Brussels’ consistent policies with policies that are more varied, and unstable. (…) If Trump is elected president and if Britain leads the charge of nations out of the EU, then Israel can expect its relations with both the US and Europe to be marked by turbulence and uncertainty that can lead in a positive direction or a negative direction, or even to both directions at the same time. (…) Just as Trump has stated both that he will support Israel and be neutral toward Israel, so we can expect for Trump to stand by Israel one day and to rebuke it angrily, even brutally, the next day. (…) So, too, under Trump, the US may send forces to confront Iran one day, only to announce that Trump is embarking on negotiations to get a sweetheart deal with the ayatollahs the next. Or perhaps all of these things will happen simultaneously. Caroline Glick
Les États-Unis semblent ne plus vouloir se laisser absorber par des crises qui ne correspondent pas à leur vision nouvelle de leurs intérêts nationaux. À Washington, les partisans d’un retrait des zones considérées comme « non-stratégiques » impriment leur marque. S’expliquent sans doute ainsi plusieurs épisodes politiques récents, notamment la non-réplique par frappes face à l’utilisation des armes chimiques par le régime de Damas, quelles qu’aient été les déclarations faites auparavant. Les causes de cette attitude font penser qu’il s’agit d’une tendance assez durable. Elle se fonde sur la volonté parfaitement compréhensible de recentrer la politique étrangère américaine sur ce qui est perçu comme ses principaux intérêts, notamment économiques, qui se trouveraient désormais davantage en Asie. Cette évolution s’appuie probablement aussi sur la nouvelle donne énergétique – les États-Unis vont redevenir exportateurs nets d’hydrocarbures. Cela fait suite, j’en suis absolument convaincu puisque cela résulte de conversations que j’ai avec les dirigeants actuels, au lourd traumatisme des interventions en Irak et en Afghanistan, au coût humain et financier extrêmement lourd pour un résultat guère probant. Il faut ajouter à tous ces déterminants la tendance actuelle – ce n’est pas simplement le cas d’ailleurs en Amérique – plutôt « isolationniste » de son opinion publique. Ce choix, qui je le répète est parfaitement compréhensible de la part des dirigeants actuels américains, comporte, compte tenu du rôle majeur des États-Unis, de nombreuses conséquences. Personne n’a aujourd’hui la capacité de prendre le relai des Américains, en particulier sur le plan militaire. Un désengagement américain, compte tenu de la puissance des États-Unis, c’est un désengagement tout court. Ce qui peut laisser des crises majeures « livrées à elles-mêmes ». (…) Nous comprenons parfaitement la réticence américaine à envoyer de nouveau des troupes sur le terrain moyen-oriental. Dans bien des cas, nous jugerions une autre attitude contraire aux intérêts de la région comme aux nôtres. Il ne peut s’agir de cela. Ce dont il s’agit, c’est d’éviter le vide stratégique qui risque de se créer, notamment au Moyen-Orient, et qui est favorisé par la perception, de la part des acteurs, que la vraie priorité américaine se trouve désormais ailleurs. J’entends cette inquiétude chez plusieurs partenaires importants de la France, qui intègrent de plus en plus dans leurs calculs, dans leurs prévisions, dans leurs réflexions, l’hypothèse qu’ils sont ou qu’ils vont être livrés à eux-mêmes dans le traitement de crises qui sont pourtant d’intérêt global. Laurent Fabius (13 novembre 2013)
Kagan — the preeminent neoconservative scholar and author who made headlines when President Obama improbably cited his article on “The Myth of American Decline,” and again when his cover story for The New Republic critiquing Obama’s foreign policy zipped through the West Wing — has had a major influence on Rubio’s worldview. The former adviser to politicians from Jack Kemp to Mitt Romney to Hillary Clinton says he spoke with Rubio on and off during his first two years in office, and Rubio cited Kagan’s 2012 book The World America Made in his remarks at the Brookings Institution later that year. In the book, Kagan argues that world orders are transient, and that the world order that has been shaped by the United States since the end of World War II — defined by freedom, democracy, and capitalism — will crumble if American power wanes. But he also posits that the modern world order rests not on America’s cherished ideals — respect for individual rights and human dignity — but on economic and military power, and that its preservation requires bolstering America’s hard power. The National Review (2014)
There is no denying that a globally engaged America comes at a steep price. But the history of our still young nation is full of warnings that a lack of American engagement comes with an even higher price of its own. We only have to look at the bloody history of the twentieth century to see the price that America, and the world, pays when we ignore mounting problems. When we have listened to voices urging us to look inward, we have failed to meet threats growing abroad until it was almost too late. And now, we are on the verge of repeating that mistake once again. Other nations are not sitting idly by waiting for America to, as President Obama termed it, “nation build at home.” Many of our nation’s adversaries and rivals have been emboldened by our uncertain foreign policy. So as instability spreads and tyrants flourish, our allies want to know whether America can still be counted on to confront these common challenges. Whether we will continue to be a beacon to the rest of the world. Just last week I read a speech on this very topic. But it was not delivered by some American neoconservative commentator, but rather by the Foreign Minister of France. He said about us, and I quote the English translation, “Nobody can take over from the Americans, especially from a military point of view. Given the power of the United States, an American ‘disengagement’ – if this would be the proper way to qualify it – is a global disengagement, with the risk of letting major crises fester on their own.” End quote. We are often led to think that other nations are tired of the role America has played in global affairs. But in fact, it is the fear of a disengaged America that worries countries all over the world. (…) Some on both the left and the right try to portray our legacy as one of an aggressive tyrant constantly meddling in the world’s crises. But ask around the world and you’ll find that our past use of military might has a different legacy. Our legacy is a crumbled wall in Berlin. It’s the millions of Afghan children – including many girls – now able to attend school for the first time. It’s vibrant democracies and steadfast allies such as Germany, Japan and South Korea. Our legacy is that of a nation that for two centuries has planted its feet and pushed out against the walls of tyranny, oppression and injustice that constantly threaten to close in on the world, and has sought to replace these forces with the spread of liberty, free enterprise, and respect for human rights. (…) From his first days in office, President Obama has seemed unsure of the role that American power and principles should play around the world. He has failed to understand that in foreign policy, the timing and decisiveness of our actions matter almost as much as how we engage. The President has spoken about the need to shift American foreign policy away from the conflicts of the Middle East and place increased focus on Asia. But our foreign policy cannot be one that picks and chooses which regions to pay attention to and which to ignore. In fact, our standing as a world power depends on our ability to engage globally anywhere and at anytime our interests are at stake. (…) The results have been devastating. We are left with the high likelihood of the worst possible outcome: a divided Syria, with a pro-Iran murderous dictator in control of part of the country, and radical jihadists in control of much of the rest.  Our closest allies in the region are now openly questioning the value of our friendship. (…) The President’s failure to negotiate a security cooperation agreement with Iraq was yet another instance in which this administration ambled aimlessly through a situation that should have prompted careful strategic maneuvering. It ensured the return of Al Qaeda to Iraq and the creeping authoritarianism of a Maliki government increasingly in the sway of Tehran. And in Afghanistan, the White House has often shown a lack of commitment that has put at risk the very real gains we and the Afghans have made. Libya, Syria, Iraq and maybe soon Afghanistan are haunting examples of the sad and predictable results that have come when this administration has gotten the policy – and just as importantly – the timing wrong. (…) We should start by acknowledging the fact that a strong and engaged America has been a force of tremendous good in the world. This can be done easily by imagining the sort of world we would live in today had America sat out the 20th Century. Imagine if the beaches of Normandy were never touched by American boots. Imagine if our foreign aid had not helped alleviate many of the world’s worst crises. Imagine if nuclear proliferation had continued unfettered by U.S. influence. It is no exaggeration to say that the majority of the world’s democracies may not exist had America remained disengaged. Marco Rubio (20 nov. 2013)

Attention: un héritage peut en cacher un autre !

A l’heure où obsédé par son héritage et après avoir accordé l’arme nucléaire aux bouchers iraniens, le président Obama prépare, au mépris tant du Congrès de son propre pays que des dissidents cubains, son énième danse avec les dictateurs

Et où rien ne semble désormais capable d’arrêter le rouleau compresseur Trump tant la révolte d’une bonne partie du peuple américain est grande face au véritable accident industriel que s’est révélé être la présidence Obama …

Pendant que face à la formidable créature – entre soutien, pour le plus grand profit des médias qui prétendent s’en offusquer, d’un ancien leader du KKK et citations de Mussolini – du Dr. Obamastein, les deux derniers recours qui restent ne se sont toujours pas sérieusement attaqué à ses véritables vulnérabilités notamment sur le plan fiscal et surtout se refusent toujours à sacrifier leur ambition personnelle pour le bien de leur pays …

Et que contre le politiquement correct ambiant, des oscars si décriés viennent de remettre tant un pape si volontiers donneur de leçons que nos croisés noirs multimillionnaires de la diversité à leur place en récompensant par deux fois un film dénonçant la longue omerta sur la pédophilie de prêtres catholiques et un réalisateur mexicain

Comment ne pas repenser à un autre héritage celui-là oublié …

Que rappelaient il y a trois ans tant indirectement le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius

Qu’explicitement et à quelques jours de distance le futur candidat aux primaires républicaines Marco Rubio

Suite, entre l’Irak et la Syrie, aux deux des décisions les plus catastrophiques de l’actuelle Administration américaine …

A savoir celui de l’engagement américain du 20e siècle sans lequel le Monde libre actuel n’aurait pas été possible ?

Et donc comment ne pas voir aussi …

Tant pour rattraper ce qui peut l’être des dégâts des deux mandats Obama …

Que prévenir ceux d’une éventuelle et potentiellement tout aussi catastrophique présidence Trump …

La nécessité de la candidature de celui dont les meilleurs politologues américains du moment, comme l’ancien conseiller de Reagan Robert Kagan, pensent et disent le plus grand bien ?

Nov 20 2013
Rubio Delivers Major Foreign Policy Speech At AEI
Rubio: “Diplomacy, foreign assistance and military intervention are tools at our disposal. But foreign policy cannot be simply about tactics. It must be strategic, with a clear set of goals that guide us in deciding how to apply our influence. These goals should be to protect and defend our people, to promote liberty and human rights throughout the world, and to advance the enduring pursuit of peace for all mankind.”

U.S. Senator Marco Rubio
“Restoring Principle: A Foreign Policy Worthy of the American Dream”
Remarks As Prepared For Delivery
American Enterprise Institute
Washington, D.C.
November 20, 2013

Thank you very much to AEI for hosting me today. This Institute has been at the center of the debate about American foreign policy for decades, and the work your scholars produce on a daily basis has been a great help to me throughout my efforts on these issues in the United States Senate.

Like so many times before, our country is engaged in a robust debate about the future of America’s role in the world.

As we engage in this debate, those of us entrusted with a role in our government must remember that the nature and extent of our involvement abroad isn’t just some academic discussion. Our decisions directly impact each and every American, often in personal and profound ways.

Over the last twelve years, thousands have lost mothers, fathers, sons and daughters as part of our effort to defeat terrorism and bring freedom to Iraq and Afghanistan. And these sacrifices have left many Americans feeling understandably weary. The effort has taken longer and cost far more than expected, and we are heartbroken each time we learn the name of another brave American who will not return home.

Many are also discouraged by the news coming out of the Middle East. The disputes in this region seem to pit one bad actor against another, leaving us with doubts about whether we should pick a side at all. And despite the sacrifices we have made, America remains the target of hatred and anger in the Arab street.

Add to these concerns the fact that, for many Americans, a focus on other nations seems misplaced when there are so many problems at home. This leads many to question whether our government should spend time and resources on the freedom and security of someone an ocean away. After all, what do we gain from such involvement?

These are all understandable sentiments. And they have created an opening for voices that have long desired to disengage and isolate America from the world. Their rhetoric is more careful than the isolationists of the past. But their actions speak clearly. On issue after issue, these voices have used the increasing uncertainty abroad and the economic insecurity at home to argue that it’s best for America to stay on the sidelines.

There is no denying that a globally engaged America comes at a steep price. But the history of our still young nation is full of warnings that a lack of American engagement comes with an even higher price of its own.

We only have to look at the bloody history of the twentieth century to see the price that America, and the world, pays when we ignore mounting problems. When we have listened to voices urging us to look inward, we have failed to meet threats growing abroad until it was almost too late. And now, we are on the verge of repeating that mistake once again.

Other nations are not sitting idly by waiting for America to, as President Obama termed it, “nation build at home.” Many of our nation’s adversaries and rivals have been emboldened by our uncertain foreign policy.

So as instability spreads and tyrants flourish, our allies want to know whether America can still be counted on to confront these common challenges. Whether we will continue to be a beacon to the rest of the world.

Just last week I read a speech on this very topic. But it was not delivered by some American neoconservative commentator, but rather by the Foreign Minister of France. He said about us, and I quote the English translation, “Nobody can take over from the Americans, especially from a military point of view. Given the power of the United States, an American ‘disengagement’ – if this would be the proper way to qualify it – is a global disengagement, with the risk of letting major crises fester on their own.” End quote.

We are often led to think that other nations are tired of the role America has played in global affairs. But in fact, it is the fear of a disengaged America that worries countries all over the world.

Meanwhile, at home, foreign policy is too often covered in simplistic terms. Many only recognize two points of view: “doves”, who seek to isolate us from the world, participating in global events only when there is a direct physical threat to the safety of our homeland; and “hawks”, who believe we should use our mighty military strength to intervene in response to practically every crisis.

These labels are obsolete. They come from the world of the past.

The time has now come for a new vision for America’s role abroad- one that reflects the reality of the world we live in today.

It begins by being proud of what we have achieved as a nation. Some on both the left and the right try to portray our legacy as one of an aggressive tyrant constantly meddling in the world’s crises.

But ask around the world and you’ll find that our past use of military might has a different legacy. Our legacy is a crumbled wall in Berlin. It’s the millions of Afghan children – including many girls – now able to attend school for the first time. It’s vibrant democracies and steadfast allies such as Germany, Japan and South Korea.

Our legacy is that of a nation that for two centuries has planted its feet and pushed out against the walls of tyranny, oppression and injustice that constantly threaten to close in on the world, and has sought to replace these forces with the spread of liberty, free enterprise, and respect for human rights.

These principles are also advanced by other elements of American influence – those that don’t require any military might.

For example, consider the countless lives we’ve saved from the scourge of AIDS in Africa through the PEPFAR program. Or consider the economic mobility created by American trade and investment.

These accomplishments prove that, while military might may be our most eye-catching method of involvement abroad, it is far from being our most often utilized. In most cases, the decisive use of diplomacy, foreign assistance, and economic power are the most effective ways to achieve our interests and stop problems before they spiral into crises.

Our uses of these methods should vastly outnumber our uses of force. But force used with clear, achievable objectives must always remain a part of our foreign policy toolbox. Because, while we always prefer peace over conflict, sometimes our enemies choose differently.

Sometimes military engagement is our best option. And sometimes it’s our only option.

In those instances, it must be abundantly clear to both our allies and our adversaries that we will not hesitate to engage unparalleled military might on behalf of our security, the security of our allies and our interests around the world.

Diplomacy, foreign assistance and military intervention are tools at our disposal. But foreign policy cannot be simply about tactics. It must be strategic, with a clear set of goals that guide us in deciding how to apply our influence.

These goals should be to protect and defend our people, to promote liberty and human rights throughout the world, and to advance the enduring pursuit of peace for all mankind.

A strategic foreign policy vision based on these principles is what I hope to offer here today.

In order to do this, we must first admit that this administration lacks a clear strategic foreign policy.

From his first days in office, President Obama has seemed unsure of the role that American power and principles should play around the world. He has failed to understand that in foreign policy, the timing and decisiveness of our actions matter almost as much as how we engage.

The President has spoken about the need to shift American foreign policy away from the conflicts of the Middle East and place increased focus on Asia. But our foreign policy cannot be one that picks and chooses which regions to pay attention to and which to ignore. In fact, our standing as a world power depends on our ability to engage globally anywhere and at anytime our interests are at stake.

But this administration’s lack of an overriding vision of our role in the world has impeded our ability to do this effectively. And nowhere is this failure more evident than in the President’s handling of policy toward Central Asia and the Middle East.

For example, when he first took office, President Obama hoped that kind words would dissuade the regime in Tehran from its pursuit of nuclear weapons. And so in June of 2009, while Iranians were being gunned down by their rulers in the streets, the President hesitated to offer any words of support because he didn’t want to offend Iran’s leaders.

Also that summer, he waited for months before agreeing to provide our commanders in Afghanistan with the troops they requested. He also put a time limit on the surge of forces, which undermined our efforts and invited our enemies to wait us out. He seemed to regret the tough rhetoric of his campaign, when he promised day after day that Afghanistan was a “war we must win.”

In early 2011, when waves of peaceful protests began to sweep dictators from power across the region, this administration’s lack of a strategic foreign policy left it uncertain of how to respond.

When a peaceful revolution was met with brute force in Libya, the President hesitated for months before helping to overthrow the Qaddafi regime. And afterward, he provided almost no support to those Libyans who wanted to establish a representative, law-abiding government. As a result, chaos replaced tyranny and four Americans, including our ambassador, were murdered with impunity. And now Libya is becoming a safe haven for terrorists and a source of instability in the region.

The debacle in Syria also illustrates the cost of President Obama’s lack of a strategic foreign policy. More than two years ago, I urged the President to exercise American influence at a time when we clearly had the ability to shape the outcome of the Syrian war – not through military action, but by working with an opposition that was not yet dominated by an influx of Al Qaeda-linked extremists.

But it was only when Bashar al-Assad employed chemical weapons, blatantly crossing the President’s own red line, that the conflict finally got a measurable – though very small — response from the White House. But by then, it was too late.

Because he never took the time before to explain how and why the conflict in Syria should matter to America, he was unable to rally the nation to support military intervention. I voted against President Obama’s plan for military action because he had no strategy beyond symbolic missile strikes. Nor did he explain what would happen following these strikes, which were publicly promised to be “unbelievably small,” when Assad would inevitably emerge to boast that his regime had survived our use of force. Ultimately, the President was forced to abandon these plans and turn to Vladimir Putin to broker a solution.

The results have been devastating.

We are left with the high likelihood of the worst possible outcome: a divided Syria, with a pro-Iran murderous dictator in control of part of the country, and radical jihadists in control of much of the rest.  Our closest allies in the region are now openly questioning the value of our friendship.

Our best options now are to alleviate the strain on our allies in the region through additional humanitarian assistance, to explore other ways of pressuring the Assad regime with sanctions, to cut off financial flows to extremists in the opposition, and to see if we can still find moderate elements to train and equip.

The President’s failure to negotiate a security cooperation agreement with Iraq was yet another instance in which this administration ambled aimlessly through a situation that should have prompted careful strategic maneuvering. It ensured the return of Al Qaeda to Iraq and the creeping authoritarianism of a Maliki government increasingly in the sway of Tehran. And in Afghanistan, the White House has often shown a lack of commitment that has put at risk the very real gains we and the Afghans have made.

Libya, Syria, Iraq and maybe soon Afghanistan are haunting examples of the sad and predictable results that have come when this administration has gotten the policy – and just as importantly – the timing wrong.

Now, clearly we can’t undo what’s been done. But we need to ask ourselves, “What can we do about this going forward?”

We should start by acknowledging the fact that a strong and engaged America has been a force of tremendous good in the world. This can be done easily by imagining the sort of world we would live in today had America sat out the 20th Century.

Imagine if the beaches of Normandy were never touched by American boots. Imagine if our foreign aid had not helped alleviate many of the world’s worst crises. Imagine if nuclear proliferation had continued unfettered by U.S. influence. It is no exaggeration to say that the majority of the world’s democracies may not exist had America remained disengaged.

Next we must acknowledge that there are threats to America today that are just as dire, just as pressing as any we faced in the last century.

Guided by these two realities, we must construct a strategic foreign policy that keeps Americans safe, promotes our national interests, and remains true to our guiding principles of liberty and human rights.

Such a strategy must be based on the idea that our highest priority is the safety of the American people. That is why there is no more important use of our influence and power than to prevent rogue regimes and terrorist groups from acquiring weapons of mass destruction. If states with sinister intentions, or that are under the influence of extremist groups, were to acquire nuclear weapons, they would become largely immune to external pressure. And they would surely spark other nations to join this so-called “nuclear club.”

This new arms race would dramatically increase the chances of nuclear war and render most of our other foreign objectives meaningless.

Consider Iran’s desire to gain nuclear weapons and North Korea’s continued investment in its ballistic missile and nuclear programs. Both threaten regional and global stability, and of course the safety of billions around the world, including here in America.

When it comes to Iran, we should make no mistake: its leaders want nuclear weapons because they want to become the most dominant power in the Middle East.

Many in the region are looking to us for leadership. But too many of our allies and strategic partners see our foreign policy as a riddle and our actions as inconsistent with our rhetoric. They only see movements toward disengagement and feel that we’re overly eager to negotiate a deal with Iran.

We must demonstrate a willingness to maintain an unwavering position of strength in all talks, because Iran’s goal at the negotiating table has never been peace, but rather to win relief from sanctions without making irreversible concessions. We need to make absolutely clear to Iran’s leaders that sanctions will continue to increase until they agree to completely abandon any enrichment or reprocessing capability.  We must also remember that those sitting across the table from us, however modern they may seem, are the representatives of a brutal regime that continues its sponsorship of terrorism and deprives its people of their fundamental rights.

Another key to tackling the challenges posed by these nuclear rogues is maintaining an effective deterrent, not merely hoping that unilateral disarmament will lead the Irans or North Koreas of the world to follow our lead.  We should seek to establish flexible, adaptable groups of like-minded states to counter the threats posed by weapons of mass destruction, rather than solely relying on arms control agreements that are often not worth the paper they’re written on.

We must also address the threat posed by those regimes that may lack advanced capabilities, but that remain determined to undermine our strategic interests.

For example, we have seen the strong grip that anti-American sentiments have on some Latin American governments. Venezuela and Bolivia in particular have developed a troubling affinity for Iran. And Cuba was recently caught trafficking in weapons systems with North Korea in blatant violation of multiple UN Security Council Resolutions.

Despite these actions, the White House has remained passive as these nations and their anti-American allies assault the freedom of their own people and undermine the stability of their neighbors.

But this administration has shown more than just a reluctance to stand up to our enemies; it has also shown a reluctance to stand with our friends.

Look no further than Latin America to see examples of the benefits of rewarding our friends. Our support of our democratic allies in Colombia and Mexico are two examples of how patience and principles pay off.

We need to build on this progress by considering a new security agreement for the Western Hemisphere that includes our Canadian and Latin American partners and allows us to work together to solve the more difficult problems facing our region.

For instance, we should consider ways to expand cooperation among our security forces. This would enable us to better focus our efforts to stop illicit human, narcotics and weapons trafficking in the hemisphere.

On the energy front, the Western Hemisphere needs to establish itself as a democratic, peaceful and stable alternative to the Middle East. Approving the Keystone pipeline and authorizing the U.S.-Mexico Transboundary Agreement are good first steps. We should also continue to cultivate the shale revolution here in the United States and leverage it to increase our geopolitical presence.

We’ve seen that great things can be achieved when the United States partners with key allies. This lesson extends to Asia as well, where the bedrock of our interests in furthering peace, security, liberty and prosperity is our alliances with democratic governments.

This administration’s rhetorical focus on the Asian region is welcome. But as China rises and becomes increasingly assertive, many of its neighbors look to the United States’ handling of events in the Middle East – and the cuts to our defense budget – and remain unconvinced that America is going to be there if the going gets tough.

This is unfortunate, because there are real success stories in the region. Japan is a perennial reminder of how democracy and free enterprise can transform a foreign power from a dangerous adversary into a lasting friend. Now, the Abe government is examining ways in which Japan can use its military outside of narrow self-defense missions. We should wholeheartedly support these efforts.

Taiwan shows that traditional Chinese culture and democracy can coexist and even flourish.  We should explore ways to deepen our relationship with Taiwan through bilateral trade agreements and by working together on economic reforms so that they can eventually join the Trans-Pacific Partnership.

Together with Japan, South Korea, Australia, India, and others, our goal is not to “contain” China. But rather to ensure that China’s rise remains peaceful.

We celebrate the fact that millions of people in China have emerged from generations of poverty into the middle class. We remain hopeful that China’s leaders would use their growing influence to engage as a responsible world power. But we cannot ignore their increasingly assertive and illegitimate territorial claims. And we cannot ignore the human rights violations that happen as a matter of state policy.

Our renewed focus on Asia does not need to come at the expense of our longstanding alliances in Europe. We can and must do both.

In Europe, we need to build on the expanding community of close American allies that are essential economic and strategic partners.  Key to this goal is ensuring that our efforts to engage with Russia do not undermine our allies, many of whom face threats from their much larger neighbor to the east.

We must establish a consistent willingness to speak out when the Russian government steps over the line, particularly with regard to human rights abuses.

This should be part of a broader initiative on America’s part to retain our legacy as the world’s leading defender of human rights. For all the progress we have made in promoting the dignity of every man, woman and child, there are still outrageous human rights abuses occurring in all parts of the world — yes, even here in America.

Consider modern day slavery in the form of human trafficking, which subjects the most vulnerable to a life of bondage and abuse. This is a problem that America must do more to combat, not just abroad but in our very own backyards. Modern day slavery exists in every state in America, including my home state of Florida.

Another human rights outrage that remains prevalent around the world is the systematic, often violent persecution of religious minorities. Christians in particular are increasingly targeted for persecution throughout the world. Protecting the rights of every person to worship in accordance with their faith must always be a clear priority of the United States, and that will require us to speak firmly to our adversaries and frankly to our friends.

Furthermore, when it comes to human rights and humanitarian causes, we must put our money where our mouth is by conditioning our foreign assistance to reflect our values and interests.

Consider the good that America has done to alleviate suffering in the Philippines after Typhoon Haiyan. Our nation is providing the Filipino people with desperately needed humanitarian assistance, and has deployed some of our men and women in uniform to assist with the effort. Our people are also demonstrating how the power of private charitable giving can be just as influential as our government aid dollars.

Also on the foreign aid front, I am currently working to ensure that our assistance to Egypt is conditioned so that it advances our long-term goal of a stable, democratic Egypt, something that will not be possible if we recklessly cut all assistance to that country.

For all the good that American foreign aid does, I believe there is an even clearer and bolder gift we can offer to the cause of human rights. And that is the spread of liberty.

America’s success in remaining a beacon for freedom has been due in part to our extensive public diplomacy efforts.

But we should continue to come up with creative ways to utilize new technologies that aid in the spread of news and information. Because ultimately, as we’ve seen with the Arab Spring, ease of communication and the spread of knowledge has proven a surefire way to spark the fire of liberty.

But tyrants know this, too. Cuba is a case in point.

They have successfully worked to restrict their people’s access to information in a variety of ways, including strictly controlling Internet access. We should transition our information programs from focusing only on content to focusing on access as well, particularly access that’s not subject to regime scrutiny.

In addition to easing the flow of knowledge and communication around the world, we need to ensure progress is made in easing the flow of commerce. Expanding free and fair trade will create job opportunities for our own people and will have a profound impact in lowering poverty abroad. Concluding TPP with our Asian partners and TTIP with Europe should both be top priorities given their potential to reinvigorate our alliances in key regions and spread economic opportunity at home.

Congress must avoid the false allure of protectionist policies. America’s economic might has always been linked to our openness. We can work to maintain this openness by extending access to our Visa Waiver Program to key allies such as South Korea, Poland, and others in Central Europe.

We must find ways to make the visa application process less burdensome for those wishing to travel and do business in the United States. For instance, many Brazilians are interested in visiting Florida’s tourist attractions, but take their business elsewhere due to onerous visa procedures. Simplifying this process would be a positive move toward friendly nations and a boon to our nation’s economy.

These proposals I’ve just discussed are investments in our future.  All are tools that can be utilized to prevent crises and, if necessary, respond once they occur. But sometimes, despite our best efforts, diplomacy and global engagement will fail to prevent or solve a threat to our security. And in those instances we need to have the world’s most advanced intelligence capabilities.

We must respond to the valid concerns of Americans who are alarmed by reports regarding their civil liberties, but we must distinguish these reasonable concerns from conspiracy theories sparked by Edward Snowden. This man is a traitor who has sought assistance and refuge from some of the world’s most notorious violators of liberty and human rights.

Our intelligence programs need to be carefully monitored and controlled.  But we do need them. Because terrorists don’t use carrier pigeons. They use cell phones and the Internet, adapting the latest technologies to aid their malign intent. We need to be prepared to intercept the messages of those who wish us harm, while not interfering in the affairs of ordinary citizens.

Those of us tasked with providing oversight to these programs, starting with the President, need to be honest with the American people about the daily threats that we face. We must explain why these programs, in a limited and carefully managed form, are necessary to protect the security of all Americans.

Similarly, our fiscal challenges at home have even caused some, including a few Republicans, to question why so much defense spending is necessary. I believe the Department of Defense, like any government agency, should be efficient and eliminate all waste from its budget. But the fact is that President Obama has been making dangerous cuts to the defense budget since entering office. Our uniformed military leaders and the past three Secretaries of Defense all agree that these cuts, when coupled with those imposed by sequestration, threaten military preparedness.

This would lead to the same problems we faced in the 90’s. These massive cuts will tempt our adversaries to test us, scare our allies, and leave America vulnerable to attack.

To lift the sequester we must find a real, lasting solution to the true cause of our growing national debt: the unsustainable path of important programs like Medicare and Social Security.

None of this will be easy. It will be tempting to think we can ignore chaos abroad and shift more resources to projects at home.

But America must not fail to recognize her vital role in the world.

During the 20th Century, our power, our influence and most importantly our example, has been the preeminent driver of the spread of liberty and peace throughout the globe.

But now we find ourselves in a new century. And voices in both parties argue that we can no longer afford to play this role. And that even if we could, it is not our place to do so.

But this is not a new argument. It is an old one. It is a failed one.

History has proven time and again that when a powerful nation loses or abandons its role in the world, it leaves behind a vacuum that other nations will rush to fill.

And so I ask you: if America stops leading, who will fill the vacuum we leave behind? Is there a candidate nation for this role that can offer the security and benevolence that America can? Is there any other nation we can trust to spread the values of liberty and peace and democracy? There is not.

In our hearts, Americans understand this. But we are tired from the conflicts of the last decade. We are frustrated that our efforts are so often unappreciated. And we wonder – with all the problems that need addressing here in America – why should we focus so much energy abroad?

The answer is that foreign policy is domestic policy. So much of what happens here at home is directly related to what is happening abroad.

When liberty and economic prosperity spread, they create markets for our products, visitors to our tourist destinations, partners for our businesses, investors for our ideas, and jobs for our people.

But when liberty is denied and economic desperation take root, it affects us here at home. It breeds radicalism and terror. It drives illegal immigration. It leads to humanitarian crises that we are compelled to address.

Many understand this. But we are made anxious by the polling and trends that show an increasingly skeptical public. It is important for those of us that share this vision for an active America to remember that we need to bring the American people with us. Americans, especially those outside this city, need their leaders to make a compelling case for the importance of international engagement.

This is important because, in the end, these successes abroad belong to the entirety of the American people. It is the American people who for generations have manned America’s military, defended our freedom and built our economic might. It is the American people who’ve engaged the world through private, charitable, and religious efforts, and have represented this country overseas in greater ways than any diplomat can hope to.

The darkness of tyranny and oppression always seems to spread with discouraging ease. Sadly, this darkness will always be a dominant force in our world. But we must never allow it to become the dominant force in our world.

We can do that. Because as we’ve seen, the light of liberty can drive this darkness away. It can illuminate the potential of a nation. It can brighten the stability of a region. It can reveal the hope of a lasting peace.

Every American can agree that the light of peace and liberty would benefit our world. But who will spread it if not America?

There is no other nation that can. And that is why, despite the challenges we face here at home, America must continue to hold this torch. America must continue to lead the way.

Voir aussi:

The Neocons Return

Eliana Johnson

October 6, 2014

Meet their 2016 candidate, Marco Rubio. The neocons are back. That is, at least in Marco Rubio’s world. The Florida senator and potential 2016 presidential candidate has, since his election in 2010, regularly consulted with and sought the advice of top neoconservative writers and policymakers, several of whom served in the administration of George W. Bush.

His loose circle of advisers includes former national-security adviser Stephen Hadley, former deputy national-security adviser Elliott Abrams, Brookings Institution scholar and former Reagan-administration aide Robert Kagan, Weekly Standard editor Bill Kristol, and former Missouri senator Jim Talent.

To this group, beating back the rising tide of non-interventionism in the Republican party is a top priority, and they consider Rubio a candidate, if not the candidate, capable of doing so. “I think it’s very important that any isolationist arguments be defeated well and be defeated early,” says a neoconservative foreign-policy expert who talks with Rubio frequently.

Russia’s incursion into Ukraine, a war in Israel, and the rise of the Islamic State in Iraq and Syria have in the course of a few months made the American public, and especially Republican-primary voters, more hawkish. Some argue that these events have dimmed the prospects that Kentucky senator Rand Paul, who has carved out a niche for himself as the leading non-interventionist in the Republican party, could seize the nomination. Unquestionably, the crises have boosted Rubio’s stock.

“We’re in an international crisis of really significant proportions, the likes of which we haven’t seen in decades,” says the Brookings Institution’s Kagan. “We’ve all been very sympathetic to people worried about going crosswise with the Republican base, but I really think we’re past that. From my perspective, I’m only going to be interested in people who are willing to say the hard things.” For Kagan, that includes arguing for an increase in the defense budget and being frank both about the need to use force when necessary and about America’s role as the world’s preeminent power.

But it’s not just current events that have drawn serious foreign-policy thinkers to Rubio. Since his election four years ago, the first-term senator has consistently articulated a robust internationalist position closest to that of George W. Bush. His outside advisers say he impressed them from the beginning as somebody who took foreign affairs seriously; since then he has built up a record of accomplishment during his four years in the Senate, where he serves on the foreign-relations and intelligence committees.

The experts I spoke with made it clear they have not signed up with Rubio, and nearly all speak with, and speak highly of, other potential candidates. But it is Rubio who garners their highest praise.

“From very early on he was clearly someone who was deciding to take foreign policy seriously,” says Kagan, “I thought he spoke remarkably intelligently.”

Elliott Abrams first spoke with Rubio when he was running for the Senate in 2010. “We had a mutual friend who said to me, ‘He has no experience in the Middle East, but obviously it’s a big issue in Florida, would you be willing to talk to him?’” Abrams says. “We got on the phone, and he said, ‘Let’s do it this way: Let me tell you what I think about the Middle East, and then you tell me what I’ve left out that’s important and what I’ve got wrong.’” Rubio, Abrams says, didn’t have anything wrong. “I was really impressed,” he tells me. “I don’t think there are very many state politicians who could have, off the cuff, done a six-or-seven minute riff on the Middle East.”

Rubio’s disciplined and methodical approach to foreign policy — he has articulated his views over the past two years in several speeches around the world — presents a stark contrast, say multiple foreign-policy experts, to that of his tea-party colleague Ted Cruz. A Cruz adviser last week told National Journal that the Texas senator will almost certainly mount a presidential bid in 2016 and plans to run on a “foreign-policy platform.”

“Whereas Rubio clearly has some views that he has considered and articulated, my sense of Cruz is that he is much less formed by conviction,” says one foreign-policy expert who has met with both potential candidates. “His background was really more on the domestic side.”

Cruz has repeatedly said he embraces a Reaganite foreign policy. He made headlines in recent weeks for walking out of an event when a group of Arab Christians booed his vocal defense of Israel, and he has used his seat on the Armed Services Committee to travel abroad during his time in office. But those I spoke with were, across the board, unimpressed. They universally characterized his worldview as shallow, opportunistic, and ever shifting to where he perceives the base of the party to be.

A former senior Bush administration defense official criticized the Texas senator in particular for his failure, as a member of the Armed Services Committee, to advocate for raising the defense budget. “He’s basically not done anything that I’m aware of to put an end to the hemorrhaging in the Defense Department, so it rings a little hollow,” he says. “It’s one thing to posture, it’s another thing to have a consistent policy. That doesn’t mean he couldn’t develop one. I don’t want to write him up as a lost cause, but he has a long way to go before he could be considered on the same bar as Rubio, considered to have a coherent world view.”

Over the summer, Rubio was briefed on the findings of the National Defense Panel, led by former Missouri senator Jim Talent and former undersecretary of defense for policy Eric Edelman, and the senator used a major speech last month to sound the alarm about the recent cuts to the defense budget and argue for ramping it back up.

Kagan — the preeminent neoconservative scholar and author who made headlines when President Obama improbably cited his article on “The Myth of American Decline,” and again when his cover story for The New Republic critiquing Obama’s foreign policy zipped through the West Wing — has had a major influence on Rubio’s worldview.

The former adviser to politicians from Jack Kemp to Mitt Romney to Hillary Clinton says he spoke with Rubio on and off during his first two years in office, and Rubio cited Kagan’s 2012 book The World America Made in his remarks at the Brookings Institution later that year. In the book, Kagan argues that world orders are transient, and that the world order that has been shaped by the United States since the end of World War II — defined by freedom, democracy, and capitalism — will crumble if American power wanes. But he also posits that the modern world order rests not on America’s cherished ideals — respect for individual rights and human dignity — but on economic and military power, and that its preservation requires bolstering America’s hard power.

Rubio has echoed that view over the past two years. “We should start by acknowledging the fact that a strong and engaged America has been a force of tremendous good in the world,” Rubio said in Washington, D.C., last year. “This can be done easily by imagining the sort of world we would live in today had America sat out the 20th century.” He pushed back in December last year, in a speech he gave in London about the lasting importance of the transatlantic alliance, on those he described as “weary from decades of global engagement.” In Seoul, South Korea, a month later, he lamented that many in Congress are “increasingly skeptical about why America needs to remain so active in international affairs.”

Rubio’s views are strikingly similar to those that guided George W. Bush as he began navigating the post-9/11 world. “Foreign policy is domestic policy,” Rubio told an audience at the American Enterprise Institute in November of last year. “When liberty is denied and economic desperation take root, it affects us here at home. It breeds radicalism and terror. It drives illegal immigration. It leads to humanitarian crises that we are compelled to address.” It was Bush who in his 2002 National Security Strategy argued that “the distinction between domestic and foreign affairs is increasingly diminishing,” because “events beyond America’s borders have a greater impact inside them.”

The key difference, according to Kagan, is that Bush, who campaigned in 2000 on a platform of scaling back American involvement in the world, “had a revelation after September 11,” whereas Rubio comes by his position more organically.

However unfairly, Bush’s approach to foreign affairs has become inextricably associated with the invasion of Iraq, and few Republicans are willing to stand wholeheartedly behind it anymore. I asked a Rubio aide if the senator fears associating himself too closely with the Bush clan or with Bush’s foreign policy, and whether Rubio might be making himself vulnerable to an attack that a Rubio presidency would be George W. Bush’s third term. No, the aide replies, adding that “a lot of the foreign-policy issues that the next president is going to deal with are different than they were 20 years ago.”

Regardless, Rubio may indeed become vulnerable to the charge that he is another neocon like Bush, surrounded by some of the same people and informed by essentially the same views.

The day when Republican-primary voters go to the polls is still a long way off, but it feels as if a number of conservative foreign-policy thinkers have already cast their vote.

— Eliana Johnson is Washington editor of National Review.

 Voir encore:

Staring at the Conservative Gutter

Donald Trump gives credence to the left’s caricature of bigoted conservatives.

In the late 1950s, Bill Buckley decreed that nobody whose name appeared on the masthead of the American Mercury magazine would be published in the pages of National Review. The once-illustrious Mercury of H.L. Mencken had become a gutter of far-right anti-Semites. Buckley would not allow his magazine to be tainted by them.

The word for Buckley’s act is “lustration,” and for two generations it upheld the honor of the mainstream conservative movement. Liberals may have been fond of claiming that Republicans were all closet bigots and that tax cuts were a form of racial prejudice, but the accusation rang hollow because the evidence for it was so tendentious.

Not anymore. The candidacy of Donald Trump is the open sewer of American conservatism. This Super Tuesday, polls show a plurality of GOP voters intend to dive right into it, like the boy in the “Slumdog Millionaire” toilet scene. And they’re not even holding their noses.

In recent weeks, Mr. Trump has endorsed the Code Pink view of the Iraq War (Bush lied; people died). He has cited and embraced an aphorism of Benito Mussolini. (“It’s a very good quote,” Mr. Trump told NBC’s Chuck Todd.) He has refused to release his “very beautiful” tax returns. And he has taken his time disavowing the endorsement of onetime Ku Klux Klan Grand Wizard David Duke—offering, by way of a transparently dishonest excuse, that “I know nothing about David Duke.” Mr. Trump left the Reform Party in 2000 after Mr. Duke joined it.

None of this seems to have made the slightest dent in Mr. Trump’s popularity. If anything it has enhanced it. In the species of political pornography in which Mr. Trump trafficks, the naughtier the better. The more respectable opinion is scandalized by whatever pops out of the Donald’s mouth, the more his supporters cheer him for sticking it to the snobs and the scolds. The more Mr. Trump traduces the old established lines of decency, the more he affirms his supporters’ most shameless ideological instincts.

Those instincts have moved beyond the usual fare of a wall with Mexico, a trade war with China, Mr. Trump’s proposed Muslim Exclusion Act, or his scurrilous insinuations about the constitutionality of Ted Cruz’s or Marco Rubio’s presidential bids.

What too many of Mr. Trump’s supporters want is an American strongman, a president who will make the proverbial trains run on time. This is a refrain I hear over and over again from Trump supporters, who want to bring a businessman’s efficiency to the federal government. If that means breaking with a few democratic niceties, so be it.

Mr. Trump is happy to indulge the taste. “I hear the Rickets [sic] family, who own the Chicago Cubs, are secretly spending $’s against me,” Mr. Trump tweeted Feb. 22 about the Ricketts family of T.D. Ameritrade fame. “They better be careful, they have a lot to hide!” What happens when Mr. Trump starts sending similar tweets as president? The question isn’t an idle one, since the candidate has also promised to “open up the libel laws” as president so he can more easily sue hostile journalists. Is trashing the First Amendment another plank in making America great again?

No wonder Mr. Trump earns such lavish praise not only from Mr. Duke or Vladimir Putin, but also from French ur-fascist Jean Marie Le Pen, who once described Nazi Germany’s gas chambers as “a detail of history” and now says that if he were American he’d vote for Mr. Trump, “may God protect him.” With the instinct of house flies, they recognize the familiar smell, and they want more of it.

Mr. Trump exemplifies a new political wave sweeping the globe—leaders coming to power through democratic means while avowing illiberal ends. Hungary’s Viktor Orban is another case in point, as is Turkey’s Recep Tayyip Erdogan. A Trump presidency—neutral between dictatorships and democracies, opposed to free trade, skeptical of traditional U.S. defense alliances, hostile to immigration—would mark the collapse of the entire architecture of the U.S.-led post-World War II global order. We’d be back to the 1930s, this time with an America Firster firmly in charge.

That’s the future Mr. Trump offers whether his supporters realize it or not. Bill Buckley and the other great shapers of modern conservatism—Barry Goldwater and Ronald Reagan, Robert Bartley and Irving Kristol—articulated a conservatism that married economic dynamism to a prudent respect for tradition, patriotism and openness to the wider world. Trumpism is the opposite of this creed: moral gaucherie plus economic nationalism plus Know Nothingism. It is the return of the American Mercury, minus for now (but only for now) the all-but inevitable anti-Semitism.

It would be terrible to think that the left was right about the right all these years. Nativist bigotries must not be allowed to become the animating spirit of the Republican Party. If Donald Trump becomes the candidate, he will not win the presidency, but he will help vindicate the left’s ugly indictment. It will be left to decent conservatives to pick up the pieces—and what’s left of the party.

Voir enfin:

Rubio Echoes Neoconservative Views in Foreign Policy Address

Nina Burleigh , Emily Cadei

Newsweek

On 5/14/15

Appearing before an elite foreign policy crowd in New York, Marco Rubio looked and sounded like the recipient of a Rotary Club scholarship reciting his essay—even leading off with a reference to JFK. “President Kennedy, like most presidents before and since, understood what our current president does not,” the Florida senator opened. “American strength is a means of preventing war, not promoting it. And that weakness, on the other hand, is the friend of danger and the enemy of peace.”

The youthful Republican with the muscular foreign policy appears to be the designated rehabilitator of the neoconservative philosophy, which took a beating after the Iraq War. Although he might be better called a neo-neocon, Rubio is willing to tweak the playbook to suit the times. He flip-flopped on Iraq, saying he wouldn’t have supported the invasion knowing the intelligence about weapons of mass destruction was bad. (In March, when asked on Fox, he supported it.)

Rubio has been burnishing his foreign policy credibility with a slot on the Senate Foreign Relations Committee, showing up even at sparsely attended meetings. He has been outspoken on international human trafficking and relations with Latin America. In the midst of the Arab Spring, the rookie senator was an early supporter both of bombing Libya and arming Syria’s rebels. And with concerns about national security rising again—particularly among Republican voters—his neo-neocon views have helped him seize the spotlight and boosted his standing in the 2016 presidential campaign.

In New York on Wednesday, the senator called for more American leadership in an address to the Council on Foreign Relations. He made his case in both military and moral terms and denigrated former Secretary of State Hillary Clinton’s foreign policy as “a disaster.”

“Today, our nation faces a greater threat of terrorist attack than any time since September 11, 2001,” he wrote in an op-ed this week supporting the Patriot Act’s data collection programs. As a candidate, Rubio is reportedly close to receiving significant financial support from billionaire casino owner Sheldon Adelson, a leading GOP fundraiser and hawk.

In his speech at the Council on Foreign Relations, he presented “three pillars” that he said would be the foundations of his foreign policy if elected. He called for bigger military budgets and an extension of the Patriot Act’s bulk data collection program; support for America’s economic activity abroad, including the Trans-Pacific Partnership and a promise of military action to back up any challenges to American interests abroad; and third, “moral clarity to back up America’s core values”—a nice-sounding if vague goal that includes ensuring repressed minorities and women abroad know that America is aware of their suffering.

He painted the Obama administration’s foreign policy as weak and confused. Answering a question from the audience about Clinton’s record as secretary of state, Rubio charged that she had “misunderstood Putin,” waited too long and did too little on Libya, and had been “negligent” toward Latin America. He called her “the chief architect and spokesman of a foreign policy that will go down in history as a disaster.”

Rubio was a vocal presence on the Senate floor during last week’s Iran sanctions debate, trying to toughen a bill giving Congress the right to review any nuclear deal. His “poison pill” amendment—requiring Israel to recognize Israel as a condition of any agreement—failed, but it gave him a platform to prove his being simpatico with the hard-line leaders in the Jewish state. He’s also been speaking out about the need to reauthorize Section 215 of the Patriot Act, the part of the 2001 law used to authorize the National Security Agency’s controversial bulk collection of phone records, first exposed by Edward Snowden. There’s bipartisan support for reform of that law, and one of Rubio’s 2016 rivals, Senator Rand Paul, has promised to filibuster the reauthorization debate. But Rubio has strongly supported the spy agency.

After his speech, in an interview on stage with Charlie Rose, Rubio exhibited an easy but firm grasp of numerous international complexities, from the shifting national alliances and failed states in the Middle East, to Chinese claims to islands in the South China Sea, to Castro’s Cuba. He called Putin’s use of military might a fig leaf to cover that country’s failed economy.

He passed up a chance to criticize either the man who is likely to be his main foe in the crowded GOP primary, Jeb Bush, or his brother, President George W. Bush. Asked whether he would have invaded Iraq, knowing what we know now, that there were no weapons of mass destruction, Rubio said no—an answer that Jeb Bush couldn’t bring himself to utter earlier this week. Rubio managed to throw in a good word for W. too. “Not only would I not have been in favor of it, President Bush would not have been in favor of it,” he said.

Rubio tossed off a few dubious claims. One was charging that Obama is holding back on attacking ISIS to avoid challenging Iran. When Charlie Rose pointed out that American drones have reportedly killed two of the self-proclaimed caliphate top leaders, Rubio contended that the U.S. position against ISIS still hasn’t been aggressive enough.

The president, Rubio said, had always “viewed American engagement abroad as a cause of friction. The notion was that we had problems around the world because there were grievances against the United States because of something we had done,” he said. “Iran’s problem with America is not just grievance, it’s ideological. It’s their belief that they want to be a dominant power in and export their revolution.”

Rubio then repeated a contention he made previously—and for which the Washington Post awarded him “three Pinocchios”—that Obama didn’t “firmly support” Iranians who wanted democracy during the so-called Green Revolution of 2009, when Iran’s leaders rigged the election. In fact, Obama publicly criticized the Iranian electoral process. “Rubio appears to have created a cartoon version of the White House reaction to the Green Revolution,” the Washington Post commented when he first made the same claim.

An audience member asked whether his view of Iran matched that of Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu. “I view them as the same threat he does, but the difference is he lives a lot closer to them than I do.” Iran’s leaders have long publicly called for eliminating Israel, and Rubio noted that one of its leaders even issued a detailed tweet about how to accomplish that.

It was a measure of Rubio’s momentum (polls show his numbers up in Iowa, New Hampshire and nationally) and how seriously he is taken that the room was packed with big-name journalists and marquee foreign policy figures. Among those who lobbed questions at him were New York lawyer Zoë Baird, nominated by Bill Clinton for attorney general, but whose bid was withdrawn over unpaid nanny taxes, and conservative British author Niall Ferguson, who asked whether “radical Islam” is the ideological equivalent of the communist threat that Kennedy and Reagan faced.

Communism tried to create nation-states, Rubio replied, whereas radical Islam differs in that it can’t govern. “They do a terrible job of picking up the garbage, and providing services, but they are very brutal.” He said the key was to deny them safe havens—Afghanistan, Iraq, Syria and parts of Africa. “We cannot allow safe havens to emerge anywhere in the world…where these groups can set up camp and establish themselves,” Rubio said.

Journalists were not allowed to ask questions, but as Rubio was shaking hands, one asked him whether he had changed his mind on the Iraq War. Rubio ignored the repeated question, and retreated with a small entourage to a safe haven of his own, an anteroom near the stage.


Régionales 2015: Attention, une image peut en cacher une autre (Not surprising they get bitter: It’s pure, arrogant elitism, stupid !)

15 décembre, 2015

sarkozychirac_metroDepuis 1975, les pays riches ont versé 16.500 G$ en aide internationale. L’Afrique subsaharienne a reçu plus de 800 G$. Pourtant, son PIB réel par habitant a stagné et cette région demeure la plus pauvre de la planète malgré son potentiel économique énorme, ses réserves de pétrole et ses ressources minières importantes. Si certains pays sont pauvres, ce n’est pas parce que l’aide internationale est insuffisante, c’est parce que leurs régimes politiques, viscéralement corrompus, font obstacle à la croissance. D’ailleurs, il est à présent de notoriété publique que l’aide internationale qui a transité par des organisations gouvernementales a surtout servi à enrichir la classe politique des pays récipiendaires, parmi laquelle figurent des dictateurs et autres despotes de tout acabit. (…) dans les faits, le Fonds vert de l’ONU consiste à prendre l’argent des pauvres vivant dans les pays riches pour l’envoyer aux dirigeants immensément riches des pays pauvres sous couvert de changements climatiques.  Nathalie Elgrably-Lévy
Quand un homme politique ou un chef de parti au Royaume-Uni est battu ou s’il échoue, il démissionne. Il n’y a pas de règles, rien d’écrit—nous n’avons même pas de Constitution — mais c’est une tradition. Moyennant quoi notre classe politique est régulièrement renouvelée, et laisse émerger de nouvelles têtes. En mai, Ed Milliband, le chef des travaillistes, a rendu les clés du Labour après sa défaite aux législatives. A seulement 45 ans !  (…) Il y a des exceptions, mais elles sont rares. Souvenez-vous des ex-Premiers ministres comme John Major et Gordon Brown, qui ont disparu après leur défaite. Ou de David, le frère aîné d’Ed Miliband, qui avait perdu contre lui en 2010 pour diriger le Labour : il travaille dans le monde associatif à New York ! Le revers de la médaille, est-ce un certain manque d’expérience ? Peut-être, mais ce système me semble quand même plus sain parce qu’il y a moins de professionnels de la politique et des profils plus variés. Perdre devient moins grave : on passe à autre chose, et on laisse la place sans trop s’accrocher. [La vie politique] est frappée d’une sorte de paralysie, d’une difficulté à évoluer avec les changements du monde. Une chose me frappe : les trois principaux candidats à la présidentielle de 2017 seront les mêmes qu’en 2012 ! On retrouvera peut-être aussi Bayrou et Mélenchon. Si ce sont toujours les mêmes visages, les mêmes programmes, l’offre politique est limitée. Cela explique en partie la désillusion des Français envers leurs élus. (…) Alain Juppé qui brigue la tête de l’Etat à plus de 70 ans, c’est difficilement concevable chez nous. Comme le retour de Nicolas Sarkozy après son échec. Manuel Valls est considéré comme un jeune… et il a 53 ans ! (…) Régler ce type de problème avec des lois, c’est absurde. Il faut plus procéder par l’exemple, comme Bruno Le Maire qui a démissionné de la fonction publique. Ou mettre en pratique le non-cumul des mandats (il s’appliquera en France en 2017). Les Britanniques se sont étonnés que Claude Bartolone puisse rester président de l’Assemblée en faisant campagne. Sophie Pedder (The Economist)
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Soljenitsyne était une baderne passéiste absurde et pontifiante, machiste, homophobe, et confis en bigoteries nostalgiques de la grande Russie féodale et croyante.(…) C’était un perroquet utile de la propagande « occidentale ». Utile car au contraire de tous ceux qui avaient dénoncé avant lui le goulag et les camps staliniens, Soljenitsyne était une voix de droite parmi les plus réactionnaire. Jean-Luc Mélenchon (sénateur membre du bureau national du PS, 04/08/08)
Quand Pécresse fait des affiches disant « nous ne voulons pas devenir la Seine-Saint-Denis de Bartolone », c’est du racisme là aussi. Se rend-elle compte de l’opprobre qu’elle jette sur un million et demi d’habitants ? (…)  Elle tient les mêmes propos que le FN, elle utilise une image subliminale pour faire peur. Avec un discours comme celui-là, c’est Versailles, Neuilly et la race blanche qu’elle défend en creux. Claude Bartolone
Marion Maréchal-Le Pen is the new deserved “It Girl” of French politics and a clear voice of courage and common sense in a country and continent in need of both. In 2012, she earned the distinction of being France’s youngest elected Member of Parliament. Last week she handily won the first round of a race for the leadership of a large important region in southeastern France that’s home to the beautiful port city of Marseilles. Unfortunately, she lost the run-off election today because the two establishment Parties joined forces to defeat her. (…) For some time now, I’ve admired the bold style of Marine Le Pen, who wrestled control of the leadership of her populist party in order to purge it of any trace of anti-Semitism, which it had unfortunately been tainted with in the past. But I’m especially impressed with the courage of her young niece who is a devout Catholic and unapologetically pro-life – not an easy thing for a politician to be in a country that’s aggressively secular. More importantly, young Marion Maréchal-Le Pen is unashamed to champion France’s Judeo-Christian identity and heritage as something worth preserving and fighting for. She publicly proclaims it, setting an example for even American politicians to be so bold. With France (and indeed all of Europe) caught up in an existential crisis against radical Islam, these are the sentiments they need in their leadership. The Charlie Hebdo attacks last January and the Paris attacks last month were a tragic wake up call for France. The forces of civilization are engaged in a great war against the Death Cult that is radical Islam. This year the conflict reached the shores of France, which has become the Western Front of this Great War, thanks in part to the migrant crisis overwhelming the European Union. (…) To this, Marion Maréchal-Le Pen declares that France is not an Islamic land, but Muslims are welcome to become French citizens “only on condition that they bend to the customs and the way of life that Greek, Roman and 16 centuries of Christianity fashioned. » What she’s saying should not be controversial. It’s common sense. The western values enjoyed by every French citizen regardless of their religion are necessarily rooted in those 16 Christian centuries. Our understanding of human rights and human dignity comes from the Judeo-Christian worldview that shaped modern Europe. If you transplant to your shores a foreign population that’s hostile to the very things your country stands for, you won’t have a country for very long. This is the hard truth. You can’t maintain a peaceful liberal democracy with people who want to impose Sharia law on you. But for some reason saying this out loud is considered “hate speech” or xenophobia in Europe. They can even press criminal charges against you for it! We see members of a Death Cult gun down Parisians in a café and concert hall, slaughter cartoonists at their desks, shoot up a Jewish market, sell women and girls into sexual slavery, stone gays to death, crucify and behead Christians, and declare their intention to infiltrate and destroy western countries. But the Left reserves its harshest criticism not for the murderous Death Cult, but for any leader offering commonsense solutions to curtail the terrorists’ ability to wage war on the innocent. The Left wraps itself in political correctness and multiculturalism like a suicide vest. They’d rather blow up the whole country than admit the stupidity of thinking a nation can remain the same after inviting in millions of people who despise its values. (…) But their dangerous ideology is being “mugged by reality.” People are waking up. Young Marion Maréchal-Le Pen built her electoral win last week by going to the rural small business owners – the average French citizens who have been ignored by their elite politicians and have had enough. We see the same thing happening here in America. Call it the rise of the populists. Pundits are already seeing the similarities between Marion and Marine Le Pen, Donald Trump, and Sen. Ted Cruz (R-TX). All are non-establishment candidates taking on corrupt, entrenched, and detached political elites who are more interested in preserving their own power than in defending their countries. It’s time to wake up, America. Nowhere in Europe or America is safe from this Great War against the Death Cult. San Bernardino wasn’t a one-off phenomenon. ISIS is already here. According to a House Homeland Security report, over 250 people in the U.S. have attempted to join ISIS (that we know about), and 82 have been caught in ISIS plots. Meanwhile, the FBI has nearly 1,000 open cases involving ISIS that we know of. We don’t have a handle on this situation now, but our insane politicians want to import more so-called “refugees.” Forgive me if I’m a little skeptical about the refugee part. We just learned that ISIS is forging fake Syrian passports, and we already know that two of the Paris attackers entered Europe posing as refugees. We have no way to vet anyone coming to our country. This is why we need to seal the borders. And we must speak candidly about the need for those coming here to assimilate to our values, as immigrants have always done in the past. (…) When Marion Maréchal-Le Pen speaks of France’s 16 centuries of Judeo-Christian history and heritage, her rhetoric isn’t about “hate” or xenophobia. It’s about love – that deep love of country we call patriotism. Sarah Palin
Quand le peuple et la classe politique parlent du Front national, ils ne parlent pas de la même chose. Qu’est-ce que le Front national pour le peuple, et notamment pour la fraction du peuple qui vote pour lui ? Un parti de classe, plus populaire et plus prolétarien que le Parti communiste ne le fut jamais au faîte de sa splendeur : 46,5 % des ouvriers, 41,5 % des employés, 41,4 % des chômeurs, une place croissante chez les paysans et une forte domination chez les jeunes (34,8 % chez les 18-24 ans). Le vote du Front national représente l’idéal rêvé de la sociologie bipolaire du marxisme : l’alliance du prolétariat et des classes moyennes contre les classes dirigeantes. A l’inverse, la « résistance » républicaine, comme dirait Jean-Christophe Cambadélis, est constituée par les cadres moyens et supérieurs, les patrons, les bobos, les intellectuels à haut revenu. Sociologiquement, nous sommes dans la lutte des classes du milieu du XXe siècle. Et le programme du Front national, revu par Marine Le Pen et Florian Philippot, ne dément pas cette posture : défense de l’emploi et des services publics, retraite à 60 ans, protectionnisme, hostilité à l’Europe libérale, laïcité. C’est, à des détails près, le programme de la CGT, du Parti communiste et du Front de gauche. La seule différence notable porte sur l’immigration et la sécurité ; c’est là, à n’en pas douter, que se fait la décision chez les électeurs : 28 % pour le FN, contre 4 % au Front de gauche, soit un rapport de un à sept. C’est dire que c’est là le point décisif ; il ne sert à rien de tenter de l’escamoter en se retranchant derrière le conditionnement économique et social. A l’inverse, qu’est-ce que le Front national pour la classe politique ? Un parti fasciste ou protofasciste. Depuis quelques jours, on entend beaucoup évoquer Vichy, la Résistance, les bruns – c’est-à-dire le nazisme. C’est en brun que le FN est représenté sur les cartes en couleurs du Monde. Au soir du premier tour, on a même avancé que le FN était contraire à notre Constitution : en ce cas, il faut l’interdire au plus vite. (…) Le vote Front national est pour partie croissante une réponse au mépris dans lequel les élites tiennent aujourd’hui le peuple, et le clivage que l’on a vu éclater dimanche soir était, hélas, un clivage de classe. Il pouvait pourtant espérer, ce peuple, que l’admirable sang-froid dont il fait preuve depuis janvier, son refus de répondre aux provocations, à la violence émanant de l’islamisme radical, lui vaudraient quelque satisfecit. Pas du tout. Nos professeurs de morale attendent toujours le pogrom antimusulman qui justifierait rétrospectivement la suspicion dans laquelle ils tiennent depuis des années les classes populaires. (…) Il est temps, si l’on veut le combattre efficacement, d’analyser à nouveaux frais ce phénomène d’extrême droite qui ne touche pas seulement la France mais l’Europe tout entière ; faire la part de ce qui relève des effets de la mondialisation sur les classes populaires, de leur paupérisation relative par rapport à un capitalisme prédateur et de ce que Laurent Bouvet appelle l’insécurité culturelle. Ce phénomène de désappropriation identitaire, fruit d’un brassage de populations d’ampleur inédite, n’a rien à voir avec le fascisme. S’il vous plaît, pas d’amalgame ! Jacques  Juillard
Le Front national (véritable vote de classes), à lui seul, capte près des trois quarts des votes des classes populaires, est logiquement surreprésenté sur ces territoires. Les logiques économiques accentuent cette rupture entre ces deux France puisque désormais l’essentiel des créations d’emplois se concentrent dans les grandes villes, et qu’au contraire l’emploi se désertifie dans la France périphérique. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire les catégories populaires ne vivent pas là où se créé l’emploi. Cette situation se cristallise et se renforce au rythme de l’évolution du prix du foncier suit, ce qui contribue à ce que les grandes métropoles, et les gagnants de la mondialisation, s’enferment telles des citadelles médiévales derrière le mur invisible de l’argent. (…) Il n’y a plus de zone de contact entre les classes populaires et la bourgeoisie urbaine (bourgeoisie traditionnelle ou bobos). Les personnes qui habitent dans les petites villes, les villes moyennes ou les zones rurales n’ont pas les moyens de la mobilité, et la mobilité des classes supérieures se réalisent essentiellement entre les métropoles nationales et internationales sans véritable contact avec le pays profond. (…) Les décideurs politiques (…) n’arrivent pas à prendre en compte la réalité de la France populaire et périphérique car, in fine, la «boutique» tourne très bien sans les classes populaires. Le système économique créé beaucoup richesses, le problème est qu’aujourd’hui l’économie ne fait plus société. (…) Jusqu’à maintenant, la stratégie des partis de gouvernement a été de considérer qu’avec un peu de redistribution et de péréquation, et sans véritable projet économique complémentaire, on allait contenter la France périphérique, un peu sur le modèle ce qui a été fait pour en banlieue. Cette stratégie atteint ses limites dans la France périphérique car on ne parle pas ici d’un problème à la marge mais de celui d’une majorité des classes populaires. Il est impossible de faire société en laissant de côté une majorité de la population. (…) 56 % des moins de 35 ans ont voté pour les listes de droite ou du FN. Chez les 18-24 ans, la droite et le FN atteignent même 61 % des suffrages! Le FN fait mieux que le PS auprès des plus jeunes: 23 % contre 19 %. (…) Cependant, il existe deux jeunesse populaires, celle des banlieues et celle de la France périphérique. La réislamisation de la jeunesse de banlieue – un islam identitaire qui ne passe pas forcément par la mosquée – est parallèle au réveil identitaire des jeunes de milieux populaires de la France périphérique. Ce n’est pas la religion qui en est le vecteur, car cette France est largement déchristianisée, mais le vote FN. (…) Dans un contexte de mondialisation, (…) les catégories modestes s’inquiètent de la montée du chômage et de la dégradation du modèle social, mais également de l’insécurité culturelle conséquence d’une instabilité démographique liée à l’intensification des flux migratoires. Nous assistons en fait au retour du conflit social et du conflit culturel. Le rêve de la mondialisation heureuse et d’un «peuple Benetton» a échoué ; cet échec est en train de revenir à la face des partis traditionnels avec une force sans précédent. Des attentats au vote FN, c’est la fin du rêve d’une société mondialisée et apaisée, des tensions identitaires à la résurgence du conflit de classe, c’est le rêve d’un société libérale apaisée par le marché qui s’effondre sous nos yeux. (…) Le FN est un baromètre, qui mesure l’inaction des partis au pouvoir. Il est la conséquence de l’amplification de la fracture sociale, spatiale et identitaire. Le débat autour des intellectuels qui feraient le jeu du FN est absurde. Zemmour ou Onfray n’ont aucune influence sur le vote des milieux populaires! En estimant que le vote FN est impulsif, l’expression d’une colère irréfléchie, on dénie aux classes populaires le droit de faire leur propre diagnostic. En faisant intervenir des personnalités telles que Pierre Gattaz, Laurence Parisot, Bernard-Henri Lévy ou Dany Boon pour dire que le FN n’est pas républicain, économiquement nul ou crypto-fasciste, on fait progresser une défiance qui porte non seulement sur les politiques mais aussi sur les médias et les élites en général. (…) Le vote FN devrait continuer à progresser. A terme cela provoquera soit l’implosion des partis traditionnels, soit leur recomposition interne. Christophe Guilluy
En définitive, par goût du réel, on se résoudra à constater que rien n’a changé chez Nicolas Sarkozy. L’homme n’a jamais réussi à épouser le sens du sacré, à assimiler le sens tragique de l’Histoire, sinon lors de la parenthèse enchantée de 2007. Sa passion pour le ballon rond un soir d’élection où l’on demande au peuple français de se prononcer en dit long sur sa conception de la politique. Et à revoir cette séquence pour le moins indécente, on ne peut s’empêcher de penser qu’à l’expression de la souveraineté populaire à laquelle on le sent décidément hermétique, Nicolas Sarkozy ne se sent dans son élément que dans le sport. Le malheur est que ce sport a été transformé par la fameuse jurisprudence de l’arrêt Bosman où la libre circulation des joueurs a bouleversé la sociologie du football, au point que les entraineurs sont devenus des coachs, les présidents de club, des nababs du pétrole ou de la finance ; les agents de joueurs, des grands frères ; et les joueurs eux-mêmes des voyous tenant d’une main l’escort et de l’autre la Ferrari. Incompréhensible donc, à moins que Nicolas Sarkozy entende toujours devenir président mais de la Ligue 1. Théophane Le Méné

Attention: une image peut en cacher une autre !

Au lendemain d’une élection régionale où, eternel bouc emissaire mais avec quelque 7 millions de voix cette fois, le premier parti de France se voit voué aux gémonies et privé de tout mandat …

Par un pouvoir et ses alliés d’une extrême-gauche néo-stalinienne qui, dix mois à peine après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher, n’a pas su voir arriver la pire attaque terroriste de son histoire et n’hésite pas à reprendre à son compte au nom de l’antiracisme les pires accusations racistes

Tout en prétendant redécouvrir, après les avoir abandonnés à une droite nationale honnie, les vertus cachées de symboles nationaux sur lesquels il a si longtemps craché …

Pendant que sur fond d’une véritable invasion de l’Europe par les crieurs d’Allah  akbar, une énième conférence prétendue historique n’a rien d’autre à proposer pour aider les pays en développement à lutter contre les changements climatiques que de « prendre l’argent des pauvres vivant dans les pays riches pour l’envoyer aux dirigeants immensément riches des pays pauvres » …

Quelle image plus révélatrice du mépris de nos élites pour la plèbe que celle de ce chef du parti de la droite et habitué des publi-conférences aux pays financiers du djihad qui en pleine soirée électorale rejoint le président qatari du PSG pour un match de son club préféré ?

Et comment ne pas y revoir la désinvolture d’un autre responsable, Golfeur-en-chef de son état, qui par son abandon de l’Irak et son inaction depuis a non seulement conduit à la création du pire mouvement terroriste de l’histoire mais n’arrivant toujours pas à nommer l’ennemi, a mis pas moins de quatre jours à reconnaitre la nature  terroriste du récent attentat de San Bernardino ?

Nicolas Sarkozy, président… de la ligue 1 ?
Théophane Le Méné
Le Figaro
14/12/2015

FIGAROVOX/HUMEUR – Nicolas Sarkozy était dans les tribunes du Parc des Princes lors de la soirée du deuxième tour des élections régionales. Un choix étonnant dont Théophane Le Mené ne s’est toujours pas remis.

Théophane Le Méné est journaliste.

C’était plus fort que lui. Quelque chose d’incoercible et que l’on peine à expliquer. Comme cette attraction à laquelle on ne saurait résister lorsque l’âge nous exempte de tout sens de la responsabilité. Comme ce penchant dans lequel on cède lorsque la désinvolture écrase la retenue. Comme ce stupéfiant qui annihile toute forme de raison dès lors qu’on y a goûté. On peut être enfant, dilettante ou stupéfait et verser dans la poésie, la littérature, l’aventure, le voyage et dans bien d’autres champs qui convoquent tout autant la légèreté que l’obsession. Mais à ceux qui se veulent premier magistrat de France, c’est la lourde cape de la responsabilité, de l’ascèse, de la circonspection ; et seulement elle. Malgré tout cela, Nicolas Sarkozy n’aura pu s’empêcher de se précipiter au Parc des Princes pour assister au match PSG-Lyon, alors même que tombaient les premiers résultats des élections régionales. Que la Normandie et l’île de France ne savaient pas si elles étaient bleues ou roses. Que la recomposition politique était visible en direct sur les plateaux de télévision.

Par goût de la provocation, on pourrait admirer cette liberté suprême qui confine à l’indifférence. Mais on remarquera que l’ancien président en fit un usage quelque peu déplacé lorsque devenu clef de voûte des institutions, il préféra prendre villégiature dans un yacht plutôt que dans une abbaye – il l’avait pourtant promis. Par goût des passions populaires et de la France gouailleuse, on pourrait objecter que Nicolas Sarkozy signifiait ici la beauté spécifique du football et l’humanité de ses héros, convoquant Albert Camus dont il est, dit-on, un grand lecteur («Tout ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois») ou bien encore Pier Paolo Pasolini («Le football est la dernière représentation sacrée de notre temps»). Mais il y a le football des gradins et le football des loges. Et puis il y a ce qu’en dit Eduardo Galeano dans «Football, ombre et lumière»: «L’histoire du football est un voyage triste, du plaisir au devoir. A mesure que le sport s’est transformé en industrie, il a banni la beauté qui naît de la joie de jouer pour jouer. […] Le football professionnel condamne ce qui est inutile, et est inutile ce qui n’est pas rentable.»

En définitive, par goût du réel, on se résoudra à constater que rien n’a changé chez Nicolas Sarkozy. L’homme n’a jamais réussi à épouser le sens du sacré, à assimiler le sens tragique de l’Histoire, sinon lors de la parenthèse enchantée de 2007. Sa passion pour le ballon rond un soir d’élection où l’on demande au peuple français de se prononcer en dit long sur sa conception de la politique. Et à revoir cette séquence pour le moins indécente, on ne peut s’empêcher de penser qu’à l’expression de la souveraineté populaire à laquelle on le sent décidément hermétique, Nicolas Sarkozy ne se sent dans son élément que dans le sport. Le malheur est que ce sport a été transformé par la fameuse jurisprudence de l’arrêt Bosman où la libre circulation des joueurs a bouleversé la sociologie du football, au point que les entraineurs sont devenus des coachs, les présidents de club, des nababs du pétrole ou de la finance ; les agents de joueurs, des grands frères ; et les joueurs eux-mêmes des voyous tenant d’une main l’escort et de l’autre la Ferrari. Incompréhensible donc, à moins que Nicolas Sarkozy entende toujours devenir président mais de la Ligue 1.

Voir aussi:

Pas d’amalgame !

Jacques Julliard

Marianne

12 décembre 2015

Ma conviction, la voici : quand le peuple et la classe politique parlent du Front national, ils ne parlent pas de la même chose.

Non, ce n’est pas possible. Il n’y a pas 28 % de fascistes en France. Quelque chose ne colle pas dans le ton apocalyptique des titres et des commentaires au lendemain des régionales du dimanche 6 décembre. Il est vrai qu’au chapitre des apocalypses à répétition nous sommes servis depuis un mois. Il y a eu d’abord le 13 novembre et la perspective pour la France de vivre en permanence sous la menace du terrorisme le plus barbare. Quelques jours après, réunion à Paris de la conférence sur le climat : nous voici, nous-mêmes ou nos enfants, menacés d’être grillés vifs dans les prochaines décennies. Et voilà que depuis ce dimanche le fascisme est à nos portes. « Ça se rapproche », titre Libé. Le samedi, on nous assurait que le Front national n’était pas fasciste. Le lundi, le drapeau brun flottait sur la marmite.

Ma conviction, la voici : quand le peuple et la classe politique parlent du Front national, ils ne parlent pas de la même chose.

Qu’est-ce que le Front national pour le peuple, et notamment pour la fraction du peuple qui vote pour lui ? Un parti de classe, plus populaire et plus prolétarien que le Parti communiste ne le fut jamais au faîte de sa splendeur : 46,5 % des ouvriers, 41,5 % des employés, 41,4 % des chômeurs, une place croissante chez les paysans et une forte domination chez les jeunes (34,8 % chez les 18-24 ans). Le vote du Front national représente l’idéal rêvé de la sociologie bipolaire du marxisme : l’alliance du prolétariat et des classes moyennes contre les classes dirigeantes. A l’inverse, la « résistance » républicaine, comme dirait Jean-Christophe Cambadélis, est constituée par les cadres moyens et supérieurs, les patrons, les bobos, les intellectuels à haut revenu.

Sociologiquement, nous sommes dans la lutte des classes du milieu du XXe siècle. Et le programme du Front national, revu par Marine Le Pen et Florian Philippot, ne dément pas cette posture : défense de l’emploi et des services publics, retraite à 60 ans, protectionnisme, hostilité à l’Europe libérale, laïcité. C’est, à des détails près, le programme de la CGT, du Parti communiste et du Front de gauche. La seule différence notable porte sur l’immigration et la sécurité ; c’est là, à n’en pas douter, que se fait la décision chez les électeurs : 28 % pour le FN, contre 4 % au Front de gauche, soit un rapport de un à sept. C’est dire que c’est là le point décisif ; il ne sert à rien de tenter de l’escamoter en se retranchant derrière le conditionnement économique et social.

A l’inverse, qu’est-ce que le Front national pour la classe politique ? Un parti fasciste ou protofasciste. Depuis quelques jours, on entend beaucoup évoquer Vichy, la Résistance, les bruns – c’est-à-dire le nazisme. C’est en brun que le FN est représenté sur les cartes en couleurs du Monde. Au soir du premier tour, on a même avancé que le FN était contraire à notre Constitution : en ce cas, il faut l’interdire au plus vite.

En finira-t-on un jour avec cet increvable antifascisme inventé lors du congrès d’Amsterdam (1932) par Willy Münzenberg, qui était quelque chose comme le ministre de la Culture du Komintern et le nonce apostolique de Staline auprès des infidèles ? Voilà bientôt un siècle qu’on nous le sert à toutes les sauces. Inénarrable couteau suisse multi-usage, témoin de la paresse d’esprit et de l’ignorance crasse de gens qui n’en persistent pas moins à se prétendre intellectuels.

L’antifascisme universel n’est pas seulement inopérant. Il est néfaste, car il dispense de réfléchir à la nature des phénomènes nouveaux que nous rencontrons. A quoi bon analyser ce qui se passe, à la façon de Marx ou de Tocqueville, de Max Weber ou de Raymond Aron, de Gramsci ou de Furet, puisque de toute façon on retombera toujours sur une variante du fascisme de papa ! Aujourd’hui, le néoantifascisme de ces frères ignorantins s’appelle dénonciation de ce racisme et de cette islamophobie, dont on accable les électeurs du Front national, et plus généralement le peuple. Voulez-vous que je vous le dise ? Le vote Front national est pour partie croissante une réponse au mépris dans lequel les élites tiennent aujourd’hui le peuple, et le clivage que l’on a vu éclater dimanche soir était, hélas, un clivage de classe. Il pouvait pourtant espérer, ce peuple, que l’admirable sang-froid dont il fait preuve depuis janvier, son refus de répondre aux provocations, à la violence émanant de l’islamisme radical, lui vaudraient quelque satisfecit. Pas du tout. Nos professeurs de morale attendent toujours le pogrom antimusulman qui justifierait rétrospectivement la suspicion dans laquelle ils tiennent depuis des années les classes populaires.

En attendant, tout peut arriver dimanche. Les socialistes peuvent sortir vainqueurs de plusieurs triangulaires. En somme, nous ne sommes pas à l’abri d’une bonne surprise ! Pourtant, je ne peux m’empêcher de voir dans le retrait unilatéral en faveur des candidats de droite comme un suicide en direct du Parti socialiste. Et un formidable aveu d’impuissance.

Il est temps, si l’on veut le combattre efficacement, d’analyser à nouveaux frais ce phénomène d’extrême droite qui ne touche pas seulement la France mais l’Europe tout entière ; faire la part de ce qui relève des effets de la mondialisation sur les classes populaires, de leur paupérisation relative par rapport à un capitalisme prédateur et de ce que Laurent Bouvet appelle l’insécurité culturelle. Ce phénomène de désappropriation identitaire, fruit d’un brassage de populations d’ampleur inédite, n’a rien à voir avec le fascisme. S’il vous plaît, pas d’amalgame ! On ne vaincra pas le Front national sans l’identifier.

Voir également:

La grande farce des élections régionales
André Bercoff
Le Figaro
11/12/2015

FIGAROVOX/TRIBUNE – André Bercoff estime que la campagne menée par les socialistes vis-à-vis du Front national est farcesque et grotesque.

André Bercoff est journaliste et écrivain. Son dernier livre Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France et moi est paru en octobre 2014 chez First.

La politique comme champ de ruines ou espace de renouveau possible? La tambouille électorale considérée comme un des beaux arts ou l’expression d’un peuple qui utilise enfin son droit de vote autrement que comme gadget plus ou moins utile? Chacun aura compris que les régionales, cette année, sont beaucoup plus que les régionales. Le découpage des apprentis sorciers n’a pas tenu une seconde devant le brutal retour à la réalité.

C’est là que le bât blesse. Pire: il saigne. Quand on conjure des citoyens de gauche de voter résolument pour des représentants du bord opposé, qu’ils conspuaient abondamment il y a encore quarante-huit heures ; quand on accepte que pendant six ans, pas un élu de son propre camp ne siègera à tel ou tel conseil régional, c’est qu’il y a vraiment quelque chose de pourri dans le royaume de la soi-disant démocratie des urnes. Ce que signale cette campagne de décembre 2015, c’est à la fois l’éloge du reniement ajouté au déni du réel: cela fait beaucoup pour des millions d’hommes et de femmes qui auraient encore le toupet d’avoir des convictions.

Il faut être clair : quelles que soient les divergences que l’on peut avoir avec le Front National et Dieu sait s’il en existe est-il pour autant un parti factieux ? Antirépublicain ? Prépare-t-il la France à une dictature auprès de laquelle celle d’un Hitler ou d’un Staline n’aurait été qu’une aimable bluette ?

Car enfin il faut être clair: quelles que soient les divergences que l’on peut avoir avec le Front National – et Dieu sait s’il en existe – est-il pour autant un parti factieux? Antirépublicain? Prépare-t-il la France à une dictature auprès de laquelle celle d’un Hitler ou d’un Staline n’aurait été qu’une aimable bluette? Quelle est cette bien-pensance généralisée et omniprésente qui prétend combattre le nazisme – vaincu, rappelons-le, depuis soixante-dix ans – en faisant l’impasse sur les véritables totalitarismes d’aujourd’hui? Qui sont ces vertueux qui veulent faire barrage de leur corps à la bête immonde, sans jamais avoir demandé son interdiction? De deux choses l’une: ou le Rassemblement Bleu Marine veut la fin de la République et des libertés et l’on vote une loi pour l’interdire, ou c’est un parti comme les autres et on l’affronte avec les armes de la démocratie qui ne sont pas, loin s’en faut, rouillées ou hors d’usage.

Cette tragi-comédie médiocre, jouée par des acteurs sans talent, opère en réalité des ravages. Ce n’est pas par hasard qu’on en arrive à un Bartolone reprochant à une Pécresse de «défendre Versailles, Neuilly et la race blanche», dans un exercice de masochisme et de haine de soi qui masque évidemment des préoccupations électorales au ras des pâquerettes. Quand le corps politique n’a plus ni colonne vertébrale, ni constance, ni fidélité, la porte est grand ouverte à l’extension du domaine de la salivation aussi imbécile qu’illimitée.

Le dramaturge allemand Bertolt Brecht le disait il y a longtemps: quand le peuple gronde contre son gouvernement, celui-ci, excédé, ne pense plus qu’à dissoudre le peuple. Tout se passe comme si le présent enfumage, entre COP21 et état d’urgence du côté du pouvoir et, de l’autre bord, querelles intestines et fantasmes primaires du côté de la droite, sait qu’il ne fera rien oublier. Ni chômage ni précarité, ni violence ni insécurité, ni identité malheureuse et encore moins angoisse de l’avenir. Evidence: les princes qui nous gouvernent ou qui aspirent à le faire, n’ont rien à se reprocher, ne font aucune autocritique, ne rendent aucun compte de leurs errements, de leurs aveuglements, de leurs impuissances: ils vont, impavides, moutons d’un Panurge dont ils ont oublié depuis longtemps la légitimité, obsédés par une seule préoccupation: garder le poste. Le pouvoir. Le fromage. Jusqu’en 2017 et au-delà. Et après eux, le déluge.

Bon vote.

Voir également:

Régionales : un mauvais travail de « pros »
Ivan Rioufol

le 14 décembre 2015

Les professionnels de la politique ont emporté une victoire tordue et illisible, à l’issue du second tour des Régionales. « La défaite pour tous », titre judicieusement La Croix, ce lundi. « Il y a des victoires qui font honte aux vainqueurs », a commenté, hier soir, Marion Maréchal Le Pen, vaincue par Christian Estrosi (46,2% contre 53,8%). Lui et Xavier Bertrand, qui écrase Marine Le Pen (57,8% contre 42,2%), peuvent assurément dire merci au PS, qui s’était désisté après le premier tour. Philippe Richert (LR), vainqueur de Florian Philippot en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine (48,4% contre 36,1%), bénéficie aussi de ce « front républicain », imposé de Paris par l’appareil socialiste et le gouvernement. Mais le PS pourrait également dire merci au FN, car c’est grâce à sa présence que les socialistes peuvent décrocher quatre régions. Seule la victoire (51,4%) de Jean-Yves Le Drian en Bretagne, proche de François Hollande, a su faire l’économie de petits arrangements. Quant à la victoire sur le fil (43,8% contre 42,2%) de Valérie Pécresse en Ile-de-France, elle doit beaucoup aux voix du FN qui ont fait faux bond à Wallerand de Sant Just. Bref, si le FN n’a, lui, décroché aucune région, il est en progression de 800.000 voix et est partout en embuscade, au point de dérégler toutes les alliances. Il va néanmoins devoir s’interroger sérieusement sur les lacunes de son programme et les raisons de son isolement, qui ne le rendent pas crédible pour les seconds tours. Le PS et les Républicains ont pour leur part un grave problème de clarification à résoudre. L’impression de magouilles et de tricheries qui ressort de ce scrutin trituré par des « pros » oblige à des corrections. Mais il est peu probable que les partis, ces canards sans tête, soient à la hauteur des enjeux.

A peine Claude Bartolone avait-il remis, après son échec, son mandat de président de l’Assemblée nationale que Jean-Christophe Cambadélis, le patron du PS, s’est empressé, ce lundi sur Europe 1, de lui demander de rester à son poste. Les changements espérés attendront. Alors que la société vire à droite, le premier secrétaire du PS a également demandé au gouvernement d’accentuer une politique contre le « précariat dans les quartiers et des banlieues » afin d’y « assécher l’abstention », appuyant ainsi la politique communautariste encouragée par les idéologues du parti. Les Républicains, eux, se bouffent déjà le nez pour savoir s’il faut ou non avancer l’échéance des primaires. Tous, hier soir, ont assuré qu’ils avaient bien compris le message des urnes. « C’est notre dernière chance », a dit Xavier Bertrand ; « on ne peut pas continuer comme avant », a assuré Bruno Le Maire ; « Il faut débattre au fond des choses », a promis Nicolas Sarkozy. Alain Juppé a parlé d’un « devoir de lucidité » et François Fillon d’un « programme de rupture ». Mais cela fait des années que les mêmes engagements sont pris par les mêmes hommes après chaque élection. L’urgence est d’ouvrir ce monde clos à la société civile, en attente de réelles alternances. Ce n’est pas le chemin que propose, en tout cas, Jean-Pierre Raffarin. Pour lui : « Nous devons travailler avec le gouvernement car le FN est un adversaire commun ». La diabolisation, qui a davantage fonctionné dimanche que je ne l’aurai cru, s’annonce comme le sempiternel alibi de ceux qui n’ont toujours rien à dire. Ils ne veulent pas comprendre qu’ils doivent céder la place.

Voir encore:

Régionales, la défaite pour tous
Aucun parti ne peut revendiquer une victoire décisive après le second tour des élections régionales. Ni le Front national, ni Les Républicains, ni le Parti socialiste.
La Croix
13/12/15

Une France en bleu et rose. À l’issue du second tour d’élections régionales pleines d’incertitudes, la forte mobilisation des électeurs hier a profité aux Républicains mais aussi au Parti socialiste qui se partageront pour les six années à venir la gestion de 12 des 13 régions métropolitaines, la Corse ayant donné la majorité aux nationalistes.

Le front républicain appelé de ses vœux par la gauche après le premier tour a semble-t-il parfaitement fonctionné. La participation a bondi de près de 9 points entre les deux tours pour s’élever à 58,3 %,contre 50,08% au premier tour.

Une mobilisation des électeurs particulièrement forte dans les régions où le FN était en position de force, notamment dans le Nord-Pas de Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), où après le retrait des listes PS, Xavier Bertrand et Christian Estrosi l’emportent nettement sur Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen.

Un échec pour Marine Le Pen
En Alsace-Champagne-Ardenne Lorraine, malgré le maintien de la liste de Jean-Pierre Masseret, Philippe Richert, tête de liste LR-UDI-MoDem l’emporte avec 48,4 % des voix contre 36,3 % des voix à Florian Philippot. Dans les autres régions où le FN était arrivé en tête – Centre-Val de Loire, Bourgogne-Franche-Comté et Languedoc-Roussillon –, la mobilisation des abstentionnistes a profité au PS qui conserve ces régions.

En Ile-de-France, la candidate de la droite et du centre Valérie Pécresse (LR) est gagnante devant le chef de file de la gauche rassemblée Claude Bartolone (PS), par 43,80% des voix, contre 42,18%. Le FN Wallerand de Saint Just obtient 14,02%.

En Normandie, dans une triangulaire très incertaine jusqu’au bout, le centriste Hervé Morin a battu de justesse le président socialiste sortant de Haute-Normandie Nicolas Mayer-Rossignol, avec 36,43% des voix contre 36,08%. Le FN Nicolas Bay, qui avait talonné M. Morin au premier tour, finit à 27,50%.

Une fois de plus comme aux élections départementales du mois de mars, le FN qui avait créé la stupeur à l’issue du premier tour en arrivant en tête dans six régions sur 13, n’est pas parvenu à transformer l’essai. Un échec pour sa présidente Marine Le Pen qui a accusé dimanche soir « les campagnes de calomnies et de diffamation » menées par ses opposants et « les dérives d’un système à l’agonie ».

« Le danger de l’extrême droite n’est pas écarté »
Si le premier ministre Manuel Valls et le président des Républicains, Nicolas Sarkozy, se sont tous deux réjouis que les Français se soient mobilisés pour empêcher l’extrême droite de l’emporter dans une région. Le résultat sonne quand même comme une demi-défaite pour l’ancien président de la République.

La droite qui ne gérait jusque-là que l’Alsace, a gagné six régions, ce qui est un bon résultat, mais la mobilisation des électeurs a surtout profité à la gauche qui conserve cinq régions.

Aucun triomphalisme cependant de part et d’autre. « Le danger de l’extrême droite n’est pas écarté », a insisté le premier ministre Manuel Valls qui a souhaité que les responsables politiques « montrent que la politique ne reprenne pas comme avant », notamment dans le Nord et en Paca où la droite l’a emporté grâce au retrait des listes socialistes. Ce résultat « ne doit pas nous faire oublier l’avertissement qui nous a été adressé au premier tour », a expliqué de son côté Nicolas Sarkozy qui souhaite « répondre aux grandes questions que se posent les Français ».

Alain Juppé a appelé son parti à la « lucidité »
Le président des Républicains qui ressort affaibli de ce scrutin a appelé dimanche « à l’unité et l’union de la droite » dans la perspective de 2017. Il sait que le débat sur la ligne de son parti va s’ouvrir dès maintenant. Nathalie Kosciusko-Morizet a critiqué hier soir la stratégie du « ni-ni » défendu par l’ancien chef de l’État.

« Si les électeurs avaient appliqué le ni-ni, nos candidats dans le Nord-Pas-de-Calais et en région Paca auraient été battus » a-t-elle affirmé sur TF1. De son côté, Alain Juppé a appelé son parti à la « lucidité » et à prendre garde « aux mauvaises réponses ».

La gauche, elle, a limité les pots cassés en conservant la gestion d’au moins cinq régions, mais ce résultat ne doit pas masquer un nouveau revers électoral pour le PS qui a atteint un niveau très bas dans certains de ses bastions historiques et va disparaître complètement des assemblées régionales dans le Nord-Pas de Calais-Picardie et en PACA. Pour l’exécutif, c’est le prix à payer pour apparaître comme le seul opposant au Front national dans la perspective de l’élection présidentielle.

Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, l’a cependant invité à infléchir sa politique dans les 18 mois qui viennent afin de préserver une union de la gauche indispensable pour figurer au second tour en 2017.

Voir de même:

Christophe Guilluy : «Le FN est le baromètre de l’inaction des partis au pouvoir»

Alexandre Devecchio et Eléonore de Vulpillières

09/12/2015

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Le géographe, auteur de La France périphérique, analyse le premier tour des élections régionales et explique la montée impressionnante du FN.

Christophe Guilluy est géographe et consultant auprès de collectivités locales et d’organismes publics. Il est l’auteur de La France périphérique» (Flammarion, 2014)

Comment analysez-vous les résultats du premier tour des régionales? Ces derniers symbolisent-ils les fractures françaises?

Christophe Guilluy: D’élection en élection, on s’aperçoit que la France périphérique (celle des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales) est un phénomène réel, qui se cristallise. Cette grille de lecture sociale et spatiale explique la recomposition politique à laquelle on assiste depuis deux décennies. La carte politique traditionnelle s’efface au profit d’une dichotomie France périphérique où vit 60 % de la population/ France des métropoles, qui se renforce partout, dans toutes les régions, y compris celles où le Front national a fait un score plus faible. Par exemple, en Bretagne où le parti de Marine Le Pen a fait 18%: un score modeste par rapport au 40% de Marine Le Pen dans le Nord Pas-de-Calais, mais très important par rapport à l’audience que le FN emportait autrefois dans cette région. La dynamique provient des zones rurales, des petites villes et des agglomérations de taille moyenne, des territoires où se concentre la très grande majorité des classes populaires et situés à l’écart des métropoles mondialisées. Le Front national (véritable vote de classes), à lui seul, capte près des trois quarts des votes des classes populaires, est logiquement surreprésenté sur ces territoires.. Les logiques économiques accentuent cette rupture entre ces deux France puisque désormais l’essentiel des créations d’emplois se concentrent dans les grandes villes, et qu’au contraire l’emploi se désertifie dans la France périphérique. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire les catégories populaires ne vivent pas là où se créé l’emploi. Cette situation se cristallise et se renforce au rythme de l’évolution du prix du foncier suit, ce qui contribue à ce que les grandes métropoles, et les gagnants de la mondialisation, s’enferment telles des citadelles médiévales derrière le mur invisible de l’argent.

Il n’y aura pas de retour en arrière. Les couches populaires vivant dans la France périphérique ont peu d’espoir de mobilité. Certains jeunes pourront certainement tirer leur épingle du jeu et aller s’installer en ville, mais ce phénomène restera marginal. A l’heure des métropoles mondialisées, de l’hyper-mobilité, le processus de sédentarisation des zones périphériques est en marche.

«La précarisation sociale des classes populaires n’a ainsi pas empêché le PIB de croître sans interruption ces trois dernières décennies. C’est la principale différence entre la lutte des classes aux XIXe etXXe siècles, et le clivage social que nous observons aujourd’hui»

Christophe Guilluy

Peut-on dire qu’il existe désormais deux France?

Oui, Il n’y a plus de zone de contact entre les classes populaires et la bourgeoisie urbaine (bourgeoisie traditionnelle ou bobos). Les personnes qui habitent dans les petites villes, les villes moyennes ou les zones rurales n’ont pas les moyens de la mobilité, et la mobilité des classes supérieures se réalisent essentiellement entre les métropoles nationales et internationales sans véritable contact avec le pays profond.

On assiste à une fragilisation du tissu des PME qui concerne tout le territoire français, pas uniquement le Nord et le Sud-Est. Les décideurs politiques ne savent pas comment réinjecter de l’emploi sur ces territoires, amorcer une politique sociale ou disperser les pôles d’enseignement supérieur… Ils n’arrivent pas à prendre en compte la réalité de la France populaire et périphérique car, in fine, la «boutique» tourne très bien sans les classes populaires. Le système économique créé beaucoup richesses, le problème est qu’aujourd’hui l’économie ne fait plus société. La précarisation sociale des classes populaires n’a ainsi pas empêché le PIB de croître sans interruption ces trois dernières décennies. C’est la principale différence entre la lutte des classes aux XIXe etXXe siècles, et le clivage social que nous observons aujourdhui. Autrefois, les classes ouvrières étaient intégrées économiquement, elles vivaient donc là où se créait la richesse dans des villes industrielles. Le patronat avait besoin d’elles. Aujourd’hui, les classes populaires ne font plus partie du projet économique où alors à la marge , comme dans les grandes métropoles des emplois précaires et peu rémunéré sont occupés par des catégories populaires immigrées.

Jusqu’à maintenant, la stratégie des partis de gouvernement a été de considérer qu’avec un peu de redistribution et de péréquation, et sans véritable projet économique complémentaire, on allait contenter la France périphérique, un peu sur le modèle ce qui a été fait pour en banlieue. Cette stratégie atteint ses limites dans la France périphérique car on ne parle pas ici d’un problème à la marge mais de celui d’une majorité des classes populaires. Il est impossible de faire société en laissant de côté une majorité de la population.

35 % des jeunes entre 18 et 24 ans viennent de voter Front national. Parallèlement à la fracture territoriale et sociale, ces élections révèlent-t-elles une fracture générationnelle?

56 % des moins de 35 ans ont voté pour les listes de droite ou du FN. Chez les 18-24 ans, la droite et le FN atteignent même 61 % des suffrages! Le FN fait mieux que le PS auprès des plus jeunes: 23 % contre 19 %. En fait, nous le disions avec le sociologue Guérin depuis des années, le vieillissement de la population est le rempart au vote «populiste». Un sondage Ipsos réalisé après les attentats montre que les plus de 60 ans sont deux fois moins tentés par le vote FN en raison des attentats que les plus jeunes: 5,7 % contre 10,6 % chez les 35-59 ans. Une partie d’entre eux sont sans doute effrayés par les propositions économiques du parti de Marine Le Pen, notamment la sortie de l’Euro. Il y a une vraie cohérence de classe dans le vote de la jeunesse. Les jeunes de la France périphérique (ruraux , de petites villes et de villes moyennes) touchées par le chômage,la précarité et la fin de l’ascension sociale ne votent pas comme les jeunes de la bourgeoisie urbaine mondialisée

Cependant, il existe deux jeunesse populaires, celle des banlieues et celle de la France périphérique. La réislamisation de la jeunesse de banlieue – un islam identitaire qui ne passe pas forcément par la mosquée – est parallèle au réveil identitaire des jeunes de milieux populaires de la France périphérique. Ce n’est pas la religion qui en est le vecteur, car cette France est largement déchristianisée, mais le vote FN.

«Le rêve de la mondialisation heureuse et d’un “peuple Benetton” a échoué ; cet échec est en train de revenir à la face des partis traditionnels avec une force sans précédent»

Christophe Guilluy

Vous parlez de «réveil identitaire». Ces élections ne traduisent-elles pas avant tout des clivages sociaux?

Dans un contexte de mondialisation, les gens ont le sentiment que les politiques sont impuissants dans le domaine économique et social. Ils se déplacent d’abord pour protester contre l’immigration. Si leur premier ressort était seulement la question sociale, ils voteraient pour le Front de gauche. Les catégories modestes s’inquiètent de la montée du chômage et de la dégradation du modèle social, mais également de l’insécurité culturelle conséquence d’une instabilité démographique liée à l’intensification des flux migratoires. Nous assistons en fait au retour du conflit social et du conflit culturel. Le rêve de la mondialisation heureuse et d’un «peuple Benetton» a échoué ; cet échec est en train de revenir à la face des partis traditionnels avec une force sans précédent. Des attentats au vote FN, c’est la fin du rêve d’une société mondialisée et apaisée, des tensions identitaires à la résurgence du conflit de classe, c’est le rêve d’un société libérale apaisée par le marché qui s’effondre sous nos yeux.

«La consolidation d’un parti musulman en banlieue n’est pas à exclure non plus. On note que l’Union des Démocrates Musulmans Français a réalisé une percée dans certaines villes de Seine-Saint-Denis ou des Yvelines»

Christophe Guilluy

Croyez-vous à «un réveil citoyen» au deuxième tour?

Le fameux «réveil citoyen des abstentionnistes» qui iraient à mains nues faire barrage au FN fait partie de la pensée magique des partis de gouvernement et plus généralement des classes dominantes. La réalité, c’est que le profil sociologique de l’abstentionniste est le même que celui de l’électeur du FN. Le gros bataillon des votants de LR (retraités et bourgeosie traditonnelle) ou du PS (fonctionnaires et bourgeois urbains) sont des couches qui ont toujours voté. S’il y a une réserve de voix chez les abstentionnistes, elle se trouve du côté du FN.

Le FN est un baromètre, qui mesure l’inaction des partis au pouvoir. Il est la conséquence de l’amplification de la fracture sociale, spatiale et identitaire. Le débat autour des intellectuels qui feraient le jeu du FN est absurde. Zemmour ou Onfray n’ont aucune influence sur le vote des milieux populaires! En estimant que le vote FN est impulsif, l’expression d’une colère irréfléchie, on dénie aux classes populaires le droit de faire leur propre diagnostic. En faisant intervenir des personnalités telles que Pierre Gattaz, Laurence Parisot, Bernard-Henri Lévy ou Dany Boon pour dire que le FN n’est pas républicain, économiquement nul ou crypto-fasciste, on fait progresser une défiance qui porte non seulement sur les politiques mais aussi sur les médias et les élites en général.

Cela va-t-il entrainer une recomposition politique?

Le vote FN devrait continuer à progresser. A terme cela provoquera soit l’implosion des partis traditionnels, soit leur recomposition interne. Sur le terrain, on observe que les élus locaux sont conscients des réalités, ils ne sont pas déconnectés des problèmes des gens comme peuvent l’être les caciques des partis. Pourquoi, dès lors, les habitants n’ont-ils pas voté pour eux ces dernières élections? Parce qu’ils ont compris que ces élus n’avaient aucun pouvoir au sein de leur propre parti et que les décisions étaient prises par les ténors qui sont élus dans les grandes métropoles. S’ils ne veulent pas être balayés par le FN, les élus de la France périphérique devront porter le fer à l’intérieur de leur appareil et faire naître des consensus au-delà des frontières partisanes… Le paysage politique peut radicalement changer s’il y a une clarification idéologique. Si le PS et Les Républicains assument leur statuts de partis ds grandes métropoles, il y a des place pour d’autre partis à côté du FN pour représenter la France périphérique. La consolidation d’un parti musulman en banlieue n’est pas à exclure non plus. On note que l’Union des Démocrates Musulmans Français a réalisé une percée dans certaines villes de Seine-Saint-Denis ou des Yvelines, ce qui souligne, comme pour les classes populaires de la France périphérique, un processus de désaffiliation des couches populaires de banlieues, qui ne sont désormais plus un électorat captif pour la gauche. Nizarr Bourchada a rassemblé notablement sur sa candidature 5 ,90% des voix à Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, se classant en quatrième position, devant Emmanuel Cosse d’Europe Ecologie Les Verts.

Voir de plus:

Quand l’UMP se déchire, Sarkozy… s’envole pour Abou Dhabi

Au lendemain de l’élimination du candidat UMP dans le Doubs, l’ancien président a donné une conférence rémunérée.

L’INFO. Lundi dernier, l’UMP s’est réveillée avec la gueule de bois. Alors qu’il avait jusque-là remporté toutes les législatives partielles organisées depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, le principal parti d’opposition a, cette fois, vu son candidat être éliminé dès le premier tour dans le Doubs, laissant un socialiste affronter la candidate du FN. Trouble dans les rangs. Et la question de la consigne de vote – « ni-ni » ou front républicain – va très vite diviser les ténors jusqu’à la décision du bureau national, mardi soir. Que faisait Nicolas Sarkozy pendant ce temps-là ? Il donnait  une conférence rémunérée à Abou Dhabi, a révélé jeudi l’hebdomadaire Marianne. Ce que son entourage a confirmé à Europe 1 jeudi matin, dénonçant au passage « une hystérie inquiétante sur quelque chose de banal ».

« Une conférence très privée… et surtout très rémunérée« . Selon le magazine, l’ex-président de la République « répondait à l’invitation du Cheikh Mansour et du fonds souverain IPIC ». Aux Emirats arabes unis, il a « consacré son temps à une quinzaine de personnes triées sur le volet » et le matin, « il a aussi été reçu par le prince héritier qui l’a invité au Majlis, le Parlement de l’Emirat ». Et si Marianne évoque une conférence « très privée… et surtout très rémunérée », le magazine n’avance aucun chiffre.

« Cela n’aurait rien changé aux discussions ». Interrogé mercredi en fin de soirée, l’entourage de Nicolas Sarkozy n’a, pour l’heure, pas réagi. Mais un proche du président de l’UMP a toutefois confirmé l’information auprès de Marianne, tout en minorant la portée. Le bureau politique du parti « était convoqué le mardi, on a respecté le jour de la convocation. Nicolas Sarkozy était joignable toute la journée (de lundi, Ndlr), cela n’aurait rien changé aux discussions le lendemain ».

Un choix assumé. Depuis qu’il est revenu sur la scène politique, ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy fait parler de lui avec ses très chères conférences internationales. Mais l’ancien président n’a jamais eu l’intention d’y mettre fin. Europe1.fr s’était posé la question avant même l’annonce de sa candidature à la présidence de l’UMP. La réponse apportée par un de ses fidèles était alors sans équivoque : « Il sait que ça va faire polémique, mais c’est sa façon de dire ‘n’oubliez pas ma stature internationale’. Il parle avec Hervé Mariton pour la présidence de l’UMP, mais il parle aussi à Obama ! » confiait alors ce proche, pour qui « sa stature est au-dessus de celle de François Hollande ».

Voir de plus:

EXCLU – Sarkozy à Abou Dhabi ? « Il ne s’en est jamais caché »
05 février 2015

Benjamin Bonneau, avec le service politique

Le patron de l’UMP confirme s’être rendu à Abou Dhabi pour y donner une conférence. Et dénonce « une hystérie inquiétante ».
L’INFO. Mardi soir, le bureau politique a mis Nicolas Sarkozy en minorité sur la question de la consigne de vote pour le second tour de la législative partielle. Un signe incontestable de l’affaiblissement de son autorité. La révélation, jeudi par Marianne, de sa visite à Abou Dhabi, dès le lundi – soit au lendemain de l’élimination du candidat UMP dans le Doubs -, pour y donner une conférence rémunérée, n’est donc pas de nature à réconcilier le patron de l’UMP avec ses troupes. Contacté par Europe 1, l’entourage de l’ancien chef de l’Etat s’est expliqué.

« Une hystérie inquiétante sur quelque chose de banal ». « Nous n’avons aucun problème à confirmer. Il ne s’en est jamais caché, il assistait à un événement public avec le prince héritier », assure-t-on dans son entourage. « Quant au sujet du bureau politique, il se réunit tous les 15 jours, le mardi, jour où les élus sont à paris. Ce n’était pas un BP extraordinaire. Par ailleurs, on est dans un monde moderne où les gens sont joignables ou qu’ils soient. Bref, il y a une hystérie inquiétante sur quelque chose de banal », conclut-il.

Voir encore:

Vue d’Europe, la classe politique française est trop sclérosée
LE FAIT DU JOUR. Anglais, Italien ou Espagnol, trois observateurs avisés formulent le même constat : la classe politique française est trop poussiéreuse.
C.D.S.

Le Parisien

15 Déc. 2015

Ce sont toujours les mêmes visages, les mêmes programmes »
Sophie Pedder, journaliste à«The Economist
SOPHIE PEDDER, auteur du «Déni français » (Ed. JC Lattès), est correspondante à Paris du magazine britannique
« The Economist ».
Qu’y a-t-il de différent entre la vie politique française et britannique ?
Sophie Pedder: C’est essentiellement culturel. Quand un homme politique ou un chef de parti au Royaume-Uni est battu ou s’il échoue, il démissionne. Il n’y a pas de règles, rien d’écrit—nous n’avons même pas de Constitution — mais c’est une tradition. Moyennant quoi notre classe politique est régulièrement renouvelée, et laisse émerger de nouvelles têtes. En mai, Ed Milliband, le chef des travaillistes, a rendu les clés du Labour après sa défaite aux législatives. A seulement 45 ans !
Son successeur, Jeremy Corbyn, l’actuel chef du Labour, est pourtant un vieux de la vieille…

Il y a des exceptions, mais elles sont rares. Souvenez-vous des ex-Premiers ministres comme John Major et Gordon Brown, qui ont disparu après leur défaite. Ou de David, le frère aîné d’Ed Miliband, qui avait perdu contre lui en 2010 pour diriger le Labour : il travaille dans le monde associatif à New York ! Le revers de la médaille, est-ce un certain manque d’expérience ? Peut-être, mais ce système me semble quand même plus sain parce qu’il y a moins de professionnels de la politique et des profils plus variés. Perdre devient moins grave : on passe à autre chose, et on laisse la place sans trop s’accrocher.
La vie politique vous paraît si figée chez nous ?
Elle est frappée d’une sorte de paralysie, d’une difficulté à évoluer avec les changements du monde. Une chose me frappe : les trois principaux candidats à la présidentielle de 2017 seront les mêmes qu’en 2012 ! On retrouvera peut-être aussi Bayrou et
Mélenchon. Si ce sont toujours les mêmes visages, les mêmes programmes, l’offre politique est limitée. Cela explique en partie la désillusion des Français envers leurs élus.
Comment expliquez-vous cette paralysie politique française ?
Il y a l’idée chez vous qu’il faut avoir échoué, être couvert de cicatrices, pour pouvoir diriger. Alain Juppé qui brigue la tête de l’Etat à plus de 70 ans, c’est difficilement concevable chez nous. Comme le retour de Nicolas Sarkozy après son échec. Manuel
Valls est considéré comme un jeune… et il a 53 ans !

Que faut-il changer alors ? Limiter l’âge des élus ?
Régler ce type de problème avec des lois, c’est absurde. Il faut plus procéder par l’exemple, comme Bruno Le Maire qui a démissionné de la fonction publique. Ou mettre en pratique le non-cumul des mandats (il s’appliquera en France en 2017). Les Britanniques se sont étonnés que Claude Bartolone puisse rester président de l’Assemblée en faisant campagne.

Propos recueillis par CHARLES DE SAINT SAUVEUR
@cdesaintsauveur

Voir enfin:

Sous le vernis
Nathalie Elgrably-Lévy
Journal de Québec

6 décembre 2015
Sans même attendre la conférence de Paris, Justin Trudeau a annoncé que le Canada octroiera 2,65 milliards $ sur cinq ans au Fonds vert pour le climat (mis sur pied et géré par l’ONU) pour aider les pays en développement à lutter contre les changements climatiques et à s’y adapter.

Le geste peut sembler noble, voire admirable. Personne n’est contre la vertu! Mais il faut se méfier des vernis qui scintillent et des analyses superficielles. Le premier ministre aurait dû en être conscient et pousser sa réflexion au-delà du premier degré. Il aurait alors compris que son élan de générosité est naïf, irresponsable, irraisonné et carrément absurde.
7000 autobus

Naïf: M. Trudeau pense-t-il sérieusement que les pays en développement, où les populations vivent dans l’extrê­me pauvreté, où des dizaines de milliers d’enfants meurent quotidiennement de malnutrition et de diverses maladies, se soucient de réduire leurs émissions de carbone? Leurs priorités sont ailleurs, et c’est normal! S’il faut absolument dépenser cet argent pour des mesures environnementales, pourquoi donc ne pas le dépenser au Canada? Avec 2,65 G$, il pourrait y avoir environ 7000 nouveaux autobus sur les routes.

Prendre l’argent des pauvres vivant dans les pays riches pour l’envoyer aux dirigeants immensément riches des pays pauvres.

Irraisonné: Non seulement l’initiative de M. Trudeau sera inefficace du point de vue environnemental, mais elle échouera également à apaiser la pauvreté. Depuis 1975, les pays riches ont versé 16,500 G$ en aide internationale. L’Afrique subsaharienne a reçu plus de 800 G$. Pourtant, son PIB réel par habitant a stagné et cette région demeure la plus pauvre de la planète malgré son potentiel économique énorme, ses réserves de pétrole et ses ressources minières importantes. Si certains pays sont pauvres, ce n’est pas parce que l’aide internationale est insuffisante, c’est parce que leurs régimes politiques, viscéralement corrompus, font obstacle à la croissance. D’ailleurs, il est à présent de notoriété publique que l’aide internationale qui a transité par des organisations gouvernementales a surtout servi à enrichir la classe politique des pays récipiendaires, parmi laquelle figurent des dictateurs et autres despotes de tout acabit.
Irresponsable: M. Trudeau nous a déjà promis trois années de déficit totalisant 25,1 G$ pour financer les infrastructures et modifier le fardeau fiscal de la classe moyenne. Est-il donc sage d’ajouter la contribution inattendue au Fonds vert, laquelle viendra nécessairement alourdir les déficits et gonfler la dette des Canadiens? Cette question est d’autant plus pertinente que nous payons déjà une multitude de taxes vertes: taxes sur le carburant et les combustibles fossiles, hausse de la taxe sur l’assurance auto, hausse des droits d’immatriculation pour les véhicules énergivores, taxe supplémentaire à l’achat de certains véhicules, taxe sur le carbone et taxes sur les appareils électroniques, les pneus, etc. N’est-ce pas suffisant pour une population dont les émissions de carbone totalisent à peine 1,6 % des émissions mondiales?
Le physique plutôt que l’intellect
Absurde: Dans les faits, le Fonds vert de l’ONU consiste à prendre l’argent des pauvres vivant dans les pays riches pour l’envoyer aux dirigeants immensément riches des pays pauvres sous couvert de changements climatiques. Le plus regrettable, c’est que le premier ministre du Canada, dont le rôle est de veiller aux intérêts des Canadiens, adhère à ce principe avec enthousiasme et désinvolture.

Voilà ce qui arrive quand on choisit un premier ministre pour son physique plutôt que pour son intellect!

Marion Maréchal-Le Pen and 16 Centuries of Christian France

I have a political crush, but one I couldn’t vote for today – because she ran for office in France.

Marion Maréchal-Le Pen is the new deserved “It Girl” of French politics and a clear voice of courage and common sense in a country and continent in need of both.

In 2012, she earned the distinction of being France’s youngest elected Member of Parliament. Last week she handily won the first round of a race for the leadership of a large important region in southeastern France that’s home to the beautiful port city of Marseilles. Unfortunately, she lost the run-off election today because the two establishment Parties joined forces to defeat her.

But despite today’s tough losses, Marion and her aunt Marine Le Pen, the leader of the National Front (FN) Party, have established themselves and their supporters as a force to be reckoned with in France’s 2017 presidential race, in which Marine is sure to be a contender with her talented niece right behind her.

For some time now, I’ve admired the bold style of Marine Le Pen, who wrestled control of the leadership of her populist party in order to purge it of any trace of anti-Semitism, which it had unfortunately been tainted with in the past. But I’m especially impressed with the courage of her young niece who is a devout Catholic and unapologetically pro-life – not an easy thing for a politician to be in a country that’s aggressively secular.

More importantly, young Marion Maréchal-Le Pen is unashamed to champion France’s Judeo-Christian identity and heritage as something worth preserving and fighting for. She publicly proclaims it, setting an example for even American politicians to be so bold. With France (and indeed all of Europe) caught up in an existential crisis against radical Islam, these are the sentiments they need in their leadership.

The Charlie Hebdo attacks last January and the Paris attacks last month were a tragic wake up call for France. The forces of civilization are engaged in a great war against the Death Cult that is radical Islam. This year the conflict reached the shores of France, which has become the Western Front of this Great War, thanks in part to the migrant crisis overwhelming the European Union.

Was anyone surprised that the mastermind of the Paris attacks entered the country by posing as a Syrian “refugee”? The Islamic State bragged that they were going to exploit Europe’s open borders! Is this not the clearest warning to politically correct pundits and politicians in our own homeland who think we can filter the nefarious out from the future flood of young, strong, able-bodied immigrants claiming “refugee” status? It’s common sense to encourage these young men to stay and fight for their countries and families during this time made tumultuous in part by our utter lack of border security and vetting processes.

The migrant crisis has made a mockery of any idea of national sovereignty. The EU’s open border policy means that all of Europe is now forced to bear the burden of Germany’s insane decision to welcome in those untold millions of mostly fighting age young Muslim men who have zero interest in assimilating to secular western values, as heretofore mentioned.

To this, Marion Maréchal-Le Pen declares that France is not an Islamic land, but Muslims are welcome to become French citizens “only on condition that they bend to the customs and the way of life that Greek, Roman and 16 centuries of Christianity fashioned.”

What she’s saying should not be controversial. It’s common sense. The western values enjoyed by every French citizen regardless of their religion are necessarily rooted in those 16 Christian centuries. Our understanding of human rights and human dignity comes from the Judeo-Christian worldview that shaped modern Europe. If you transplant to your shores a foreign population that’s hostile to the very things your country stands for, you won’t have a country for very long. This is the hard truth. You can’t maintain a peaceful liberal democracy with people who want to impose Sharia law on you.

But for some reason saying this out loud is considered “hate speech” or xenophobia in Europe. They can even press criminal charges against you for it!

We see members of a Death Cult gun down Parisians in a café and concert hall, slaughter cartoonists at their desks, shoot up a Jewish market, sell women and girls into sexual slavery, stone gays to death, crucify and behead Christians, and declare their intention to infiltrate and destroy western countries. But the Left reserves its harshest criticism not for the murderous Death Cult, but for any leader offering commonsense solutions to curtail the terrorists’ ability to wage war on the innocent.

The Left wraps itself in political correctness and multiculturalism like a suicide vest. They’d rather blow up the whole country than admit the stupidity of thinking a nation can remain the same after inviting in millions of people who despise its values.

I guess it’s not surprising really. The Left in Europe and America has always had a self-destructive hatred for the things that make a country great and worth living in: free markets, free speech, a civil society grounded in Judeo-Christian values, a strong national defense, and sovereign borders. They’re constantly attacking every one of these things. That’s undeniable.

But their dangerous ideology is being “mugged by reality.” People are waking up. Young Marion Maréchal-Le Pen built her electoral win last week by going to the rural small business owners – the average French citizens who have been ignored by their elite politicians and have had enough.

We see the same thing happening here in America. Call it the rise of the populists. Pundits are already seeing the similarities between Marion and Marine Le Pen, Donald Trump, and Sen. Ted Cruz (R-TX). All are non-establishment candidates taking on corrupt, entrenched, and detached political elites who are more interested in preserving their own power than in defending their countries.

It’s time to wake up, America. Nowhere in Europe or America is safe from this Great War against the Death Cult. San Bernardino wasn’t a one-off phenomenon. ISIS is already here. According to a House Homeland Security report, over 250 people in the U.S. have attempted to join ISIS (that we know about), and 82 have been caught in ISIS plots. Meanwhile, the FBI has nearly 1,000 open cases involving ISIS that we know of.

We don’t have a handle on this situation now, but our insane politicians want to import more so-called “refugees.” Forgive me if I’m a little skeptical about the refugee part. We just learned that ISIS is forging fake Syrian passports, and we already know that two of the Paris attackers entered Europe posing as refugees. We have no way to vet anyone coming to our country. This is why we need to seal the borders.

And we must speak candidly about the need for those coming here to assimilate to our values, as immigrants have always done in the past.

Our country isn’t 16 centuries old, but our Founders were under the influence of nearly 18 centuries of Judeo-Christian thought and time-tested truths when they drafted our Constitution. We would do well to remember that our Constitution is incompatible with Sharia, and anyone who wants to live under Sharia should settle elsewhere.

When Marion Maréchal-Le Pen speaks of France’s 16 centuries of Judeo-Christian history and heritage, her rhetoric isn’t about “hate” or xenophobia. It’s about love – that deep love of country we call patriotism.

Mark Twain believed patriotism was personified in the story of a young French woman who “found a great nation lying in chains, helpless and hopeless” and led it “from victory to victory” until it was free. “With Joan of Arc love of country was more than a sentiment – it was a passion,” Twain wrote. “She was Patriotism embodied.”

As Marion faces the political battles ahead, I wouldn’t be surprised if she says a prayer to France’s Patron Saint, for Marion is a reminder of her – Joan of Arc.


Primaires républicaines: Attention, un racisme peut en cacher un autre ! (It’s not race, it’s class, stupid ! – Republican front-running candidate calls out the media’s double standards)

11 novembre, 2015
Espace social (Bourdieu)
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La culture, c’est ce qui demeure dans l’homme lorsqu’il a tout oublié. Emile Henriot
La perfection ne s’atteint que par le dédain de tous les moyens qui permettent de renchérir. Paul Valéry
Les groupes n’aiment guère ceux qui vendent la mèche, surtout peut-être lorsque la transgression ou la trahison peut se réclamer de leurs valeurs les plus hautes. (…) L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurant d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchainée.  Pierre Bourdieu
L’idéologie du goût naturel tire ses apparences et son efficacité de ce que, comme toutes les stratégies idéologiques qui s’engendrent dans la lutte des classes quotidienne, elle naturalise des différences réelles, convertissant en différences de nature des différences dans les modes d’acquisition de la culture et reconnaissant comme seul légitime le rapport à la culture (ou à la langue) qui porte le moins les traces visibles de sa genèse, qui, n’ayant rien d’appris », d' »apprêté », d » »affecté », d' »étudié », de « scolaire » ou de « livresque », manifeste par l’aisance et le naturel que la vraie culture est nature, nouveau mystère de l’Immaculée Conception.  Bourdieu
 Les héritiers bénéficiant d’un capital social qui ne peut s’acquérir dans son ampleur, sa complexité, ses subtilités que par ceux qui sont nés et ont grandi dans le milieu adéquat. Alors que les autres, d’extraction modeste, trahissent toujours leurs origines, ce qui en fait des parvenus, grossièrement acquis à leur nouvelle cause, auxquels on reproche de trop en faire, de ne maîtriser que les codes les plus évidents, de manquer de nuances, de rester gauches et maladroits, à l’instar de l’étranger toujours trahi par son accent en dépit de ses efforts pour le cacher. Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron (Les Héritiers : les étudiants et la culture, 1964)
Parce qu’il n’a pas acquis sa culture selon l’ordre légitime qu’instaure l’institution scolaire, l’autodidacte est voué à trahir sans cesse, dans son anxiété même du bon classement, l’arbitraire de ses classements, et, par là, de ses savoirs, sortes de perles sans fils, accumulés au cours d’un apprentissage singulier, ignorant les étapes et les obstacles institutionnalisés et standardisés, les programmes et les progressions qui font de la culture scolaire un ensemble hiérarchisé et hiérarchisant de savoirs implicatifs. Les manques, les lacunes, les classements arbitraires de sa culture n’existent que par rapport à une culture scolaire qui est en mesure de faire méconnaître l’arbitraire de ses classements et de se faire reconnaître jusque dans ses lacunes. L’allure disparate des préférences, la confusion des genres et des rangs, opérette et opéra, vulgarisation et science, l’imprévisibilité des ignorances et des savoirs, sans autre liens entre eux que les hasards biographiques, tout renvoie aux particularités d’un mode d’acquisition hérétique. Faute de posséder cette sorte de sens du placement qui, armé d’indices souvent tout extérieurs tels que le nom de l’éditeur, du metteur en scène ou de la salle de théâtre ou de concert, permet de repérer les consommations culturelles “de premier choix” à la façon dont on s’assure de la qualité des produits en se fiant à ces “garanties de qualité” que sont certaines “griffes” ou certains magasins, le petit-bourgeois, toujours exposé à en savoir trop ou trop peu, à la façon des héros de jeux télévisés que leur érudition mal placée rend ridicules aux yeux des “esprits cultivés”, est ainsi voué à thésauriser sans fin des savoirs disparates et souvent déclassés qui sont aux savoirs légitimes ce que la collection de petits objets de peu de prix (timbres, objets techniques en miniature, etc.) auxquels il consacre son temps et sa minutie classificatoire est à la collection de tableaux et d’objets de luxe des grands bourgeois, une culture en petit. Mais surtout, victime par défaut des effets du titre scolaire, l’autodidacte ignore le droit d’ignorer que confèrent les brevets de savoir et il serait sans doute vain de chercher ailleurs que dans la manière dont il s’affirme ou se trahit ce qui fait la différence entre l’éclectisme forcé de cette culture acquise au hasard des rencontres et des lectures, et l’éclectisme sélectif des esthètes qui aiment à chercher dans le mélange des genres et la subversion des hiérarchies une occasion de manifester la toute-puissance de leur disposition esthétique.” (…)  le prétendant prétentieux (…) a toutes les chances de voir ses connaissances et ses techniques dévaluées comme trop étroitement subordonnées à des fins pratiques, trop “intéressées” trop marquées, dans leurs modalités, par la presse et l’empressement de leur acquisition, au profit de connaissances plus “fondamentales” et aussi plus “gratuites” ; et on n’en finirait pas de recenser les marchés, depuis les grands concours jusqu’aux rédactions des magazines, aux entretiens de recrutement ou aux réunions mondaines, où les productions culturelles de l’habitus petit bourgeois sont subtilement discréditées parce qu’elles rappellent l’acquisition en des matières où, plus que partout ailleurs, il s’agit d’avoir sans avoir jamais acquis et qu’elles trahissent trop clairement, par le sérieux même avec lequel elles sont offertes, les dispositions éthiques qui sont à leur principe, et qui sont l’antithèse à peu près parfaite du rapport légitime à la culture. Les petits-bourgeois ne savent pas jouer comme un jeu le jeu de la culture : ils prennent la culture trop au sérieux pour se permettre le bluff ou l’imposture ou, simplement, la distance et la désinvolture qui témoignent d’une véritable familiarité ; trop au sérieux pour échapper à l’anxiété permanente de l’ignorance ou de la bévue et pour esquiver les épreuves en leur opposant ou l’indifférence de ceux qui ne sont pas dans la course ou le détachement affranchi de ceux qui se sentent autorisés à avouer ou même à revendiquer leurs lacunes. Identifiant la culture au savoir, ils pensent que l’homme cultivé est celui qui possède un immense trésor de savoirs et ils ne peuvent pas le croire  lorsqu’il professe, par une de ses boutades de cardinal qui peut prendre avec le dogme des libertés interdites au simple curé de campagnr que, ramenée à sa plus simple et sa plus sublime expression, elle se réduit à un rapport à la culture (« La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié »). Faisant de la culture une question de vie ou de mort, de vrai ou de faux, ils ne peuvent soupçonner l’assurance irresponsable, la désinvolture insolente, voie la malhonnêteté cachée que suppose la moindre page d’un essai inspiré sur la philosophie, l’art ou la littérature. Hommes de l’acquis, ils ne peuvent entretenir avec la culture la relation de familiarité autorisant les libertés et les audaces de ceux qui lui sont liés par la naissance, c’est-à-dire par nature et par essence. Pierre Bourdieu (La Distinction, 1979, pp. 378-381)
Les dominants, du fait même de leur position, sont en accord profond avec le monde social tel qu’il est. Celui-ci est ce qu’il doit être puisqu’ils y exercent la domination qu’ils sont convaincus de mériter. Rares en effet sont les dominants qui, le préjugé naturaliste aidant, n’ont pas la conviction d’être pétris dans une pâte un peu spéciale, d’être porteurs de propriétés hors du commun, de dons, de charismes qui les mettent au-dessus du grand nombre, de façon distincte, distinctive et distinguée. Ils transforment ainsi leur essence sociale, c’est-à-dire l’identité que leur confèrent les verdicts plus ou moins arbitraires et hasardeux des institutions, en essence naturelle et personnelle, irréductible et ineffable. En étant comme ils sont, ils sont «comme il faut». Ils sont le devoir-être incarné. Ils constituent ce qu’il est convenu d’appeler des élites, des aristocraties, d’autant plus assurés de leur excellence que pour exceller continûment il leur suffit de rester eux-mêmes, sans ostentation et sans emphase. L’observation des différents champs (et en particulier du champ des classes sociales) montre que les stratégies des agents dominants (et singulièrement de la fraction dominante de la classe dominante, la grande bourgeoisie) se caractérisent par la mesure, la sobriété, la discrétion. Quand on est réellement en position de force, surtout quand on l’est de longue date, on n’a pas besoin de faire étalage de sa puissance. Les dominants notoires sont suffisamment reconnus et autorisés, ils disposent d’un capital symbolique suffisant pour ne pas avoir à faire et refaire sans arrêt la preuve qu’ils sont bien ce qu’ils sont réputés être et que l’institution dit qu’ils sont. De sorte que la façon la plus distinctive de manifester la supériorité éclatante des moyens dont on dispose, c’est précisément de ne pas chercher à attirer l’attention, de ne pas se donner en spectacle. D’où le caractère habituellement réservé, pondéré et détendu des comportements des dominants que leur habitus détourne spontanément des pratiques les plus voyantes et de la recherche de l’effet par lesquelles les prétendants trahissent leurs prétentions et les parvenus leurs origines modestes. L’insistance pesante, la pose qui veut en imposer, l’enflure, la surenchère tapageuse, la provocation, l’agitation bruyante, l’éclat retentissant, sont des traits révélateurs de l’angoisse et de la tension engendrées par une légitimité insuffisante ou douteuse, chez ceux que leur position dominée -ou leur accession trop récente à une position dominante- condamne à «se faire remarquer», à «en rajouter» pour «être distingués» sans jamais être sûrs d’y parvenir tout à fait. L’agent dominant, au contraire, se sent sûr de lui, pleinement justifié d’être ce qu’il est. Cette certitude de soi-même est la racine commune de toutes ces propriétés emblématiques (discrétion, retenue, flegme, litote, aisance, élégance, etc.) caractérisant un art de vivre qui se reconnaîtrait sans doute dans ce que Valéry disait de l’art classique : «la perfection ne s’atteint que par le dédain de tous les moyens qui permettent de renchérir». Alain Accordo
To avoid being mistaken as a sellout, I chose my friends carefully. The more politically active black students. The foreign students. The Chicanos. The Marxist professors and structural feminists and punk-rock performance poets. We smoked cigarettes and wore leather jackets. At night, in the dorms, we discussed neocolonialism, Franz Fanon, Eurocentrism, and patriarchy. (…) I watched Marcus as he spoke, lean and dark and straight-backed, his long legs braced apart, comfortable in a white T-shirt and blue denim overalls. Marcus was the most conscious of brothers. He could tell you about his grandfather the Garveyite; about his mother in St. Louis who had raised her kids alone while working as a nurse; about his older sister who had been a founding member of the local Panther party; about his friends in the joint. His lineage was pure, his loyalties clear, and for that reason he always made me feel a little off-balance, like a younger brother who, no matter what he does, will always be one step behind. Barry Obama
Only Malcolm X’s autobiography seemed to offer something different. His repeated acts of self-creation spoke to me; the blunt poetry of his words, his unadorned insistence on respect, promised a new and uncompromising order, martial in its discipline, forged through sheer force of will. All the other stuff, the talk of blue-eyed devils and apocalypse, was incidental to that program, I decided, religious baggage that Malcolm himself seemed to have safely abandoned toward the end of his life. And yet, even as I imagined myself following Malcolm’s call, one line in the book stayed me. He spoke of a wish he’d once had, the wish that the white blood that tan through him, there by an act of violence, might somehow be expunged. I knew that, for Malcolm, that wish would never be incidental. I knew as well that traveling down the road to self-respect my own white blood would never recede into mere abstraction. I was left to wonder what else I would be severing if and when I left my mother and my grandparents at some uncharted border. Barack Hussein Obama (Dreams of my father)
Même si ce livre repose principalement sur des journaux intimes ou sur des histoires orales de ma famille, les dialogues sont forcément approximatifs. Pour éviter les longueurs, certains personnages sont des condensés de personnes que j’ai connues et certains événements sont sans contexte chronologique précis. A l’exception de ma famille et certains personnages publics, les noms des protagonistes ont été changés par souci de respecter leur vie privée. Barack Hussein Obama jr. (préface des Rêves de mon père, 1995)
Je connais, je les ai vus, le désespoir et le désordre qui sont le quotidien des laissés-pour-compte, avec leurs conséquences désastreuses sur les enfants de Djakarta ou de Nairobi, comparables en bien des points à celles qui affectent les enfants du South Side de Chicago. Je sais combien est ténue pour eux la frontière entre humiliation et la fureur dévastatrice, je sais avec quelle facilité ils glissent dans la violence et le désespoir. Barack Hussein Obama jr. (préface de Rêves de mon père, l’histoire d’un héritage en noir et blanc, 2004)
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Why did Obama make the conscious decision to take on his formal African name? His father was also Barack, and also Barry: he chose the nickname when he came to America from Kenya on a scholarship in 1959. His was a typical immigrant transition. Just as a Dutch woman named Hanneke might become Johanna, or a German named Matthias becomes Matt, the elder Barack wanted to fit in. America was a melting pot, and it was expected then that you melt—or at least smooth some of your more foreign edges. But Obama, after years of trying to fit in himself, decided to reverse that process. The choice is part of his almost lifelong quest for identity and belonging—to figure out who he is, and how he fits into the larger American tapestry. Part black, part white, raised in Hawaii and Indonesia, with family of different religious and spiritual backgrounds—seen by others in ways he didn’t see himself—the young Barry was looking for solid ground. At Occidental, he was feeling as if he was at a « dead end, » he tells NEWSWEEK, « that somehow I needed to connect with something bigger than myself. » The name Barack tied him more firmly to his black African father, who had left him and his white mother at a young age and later returned home to Kenya. But that wasn’t the primary motivation. Obama wrote a whole book about his quest for identity, called « Dreams From My Father, » and in it he never directly deals with the reasons he reverted to his birth name, or the impression it made on his relatives. The book is a deeply personal narrative that takes some liberties with the facts for the sake of a coherent tale. (Some of the characters, he points out in the introduction, are composites.) Old friends contacted by NEWSWEEK who were present during the time he changed his name recall or intuit a mix of reasons—both personal and social. By Obama’s own account, he was, like most kids at that stage of life, a bit of a poseur—trying to be cool. So that could have played a part. He was also trying to reinvent himself.  It’s clear that he was trying to fit in somehow, but not in the way of his father’s generation. He wanted to be taken seriously, perhaps to rebel against the compromises blacks and others were expected to make in a white-dominated society. But more generally, he was also looking for a community that would accept him as he was, inside and out. (…) He could be part of a black world where his pastor and spiritual mentor, the Rev. Jeremiah Wright Jr., expressed paranoid fantasies about white conspiracies to spread drugs or HIV, because he understood in his gut the history of racism that stoked those fears. He could, for a time, shrug off Wright’s more incendiary views, in part because he knew that whites, in their private worlds, often expressed or shrugged off bigotry themselves, partly because of fears that might seem irrational to African-Americans. Obama’s own grandmother, as he pointed out in his Philadelphia speech last week, « on more than one occasion uttered racial or ethnic stereotypes that made me cringe. » (…) Keith Kakugawa was a close friend of Obama’s at the Punahou School (…) says that Obama, being a dark-skinned kid growing up in a white household, sensed that something was amiss. « He felt that he was not getting a part of who he was, the history, » says Kakugawa, who is also of mixed race. He recalls Obama’s reading black authors —James Baldwin, Ralph Ellison, Langston Hughes—looking for clues. Keith didn’t know at first that Obama’s given name was Barack. « We were in the library and there was a Malcolm X book, » Kakugawa tells NEWSWEEK. « He grabbed it and looked at it and he’s checking it out, and I said, ‘Hold on, man. What you gonna do? Change your name to something Muslim?’ He said, ‘Well, my name is Barack Obama.’ And I said, ‘No it isn’t.’ And we got in an argument about that in the library and they had to tell us, ‘Shhhh’. » (…) Barry Obama met Eric Moore fresh on arrival from Hawaii at Occidental College in Los Angeles. (…) Their kinship was strengthened in conversations like the one they had about a trip Moore took during the summer of 1980. He visited Kenya—the homeland of Obama’s father and other relatives—as part of a program that sent teens abroad to do volunteer work. Moore told Obama about his experiences, and explained how the trip was one of the most powerful events of his life. « It helped me find my own identity, » Moore says. « I think for an African-American to go back to Africa is a powerful experience. It’s like going to Israel if you’re Jewish. » (…)  « What kind of name is Barry Obama—for a brother? » Moore asked with a grin. « Actually, my name’s Barack Obama, » he replied. « That’s a very strong name, » Moore told him. Obama responded that he didn’t want to have to explain his name. « Barry » was just a way of simplifying things—a small compromise to smooth the way in society. Moore knew then that Obama had been called Barry for a very long time, but he made a point to call him Barack anyway. He did this because he liked the name, he says, but also because he respected anything African. « It was a time when we were very conscious and he actually appreciated that I called him Barack, » Moore says. A handful of people, mostly close friends, would use Barack and Barry interchangeably. (…) Wahid Hamid, a good friend at Oxy who attended Obama’s wedding years later, says that even before he became Barack, most friends simply called him « Obama. » « It wasn’t surprising to me that he decided to embrace that identity because ‘Barry’ could be perceived as trying to run away from something and trying to fit in, rather than embracing his own identity and, in many ways, kind of opening himself to who he is. » For Wahid, an immigrant from Pakistan also trying to find his way in America (he is now a corporate executive in New York), the name Barack was perfectly natural and « somewhat refreshing. » (…) Obama wanted a clean slate. « Going to New York was really a significant break. It’s when I left a lot of stuff behind, » he says. « I think there was a lot of stuff going on in me. By the end of that year at Occidental, I think I was starting to work it through, and I think part of the attraction of transferring was, it’s hard to remake yourself around people who have known you for a long time. » It was when he got to New York that, as he recalls it, he began to ask people to call him Barack: « It was not some assertion of my African roots … not a racial assertion. It was much more of an assertion that I was coming of age. An assertion of being comfortable with the fact that I was different and that I didn’t need to try to fit in in a certain way. » (…) He stopped drinking and partying, leading what he calls « a hermetic existence » for two years. « When I look back on it, it was a pretty grim and humorless time that I went through, » he recalls. « I literally went to class, came home, read books, took long walks, wrote. (…)  Obama kept detailed journals in New York. It was good practice. « Writing journals during those two years gave me not only the raw material for the book, but also taught me to shape a narrative in ways that would work, » he says. When he later became a community organizer in Chicago, part of his job was storytelling. « His job largely consisted of interviewing community members and creating a narrative out of their experiences, the problems the community faced, » says his boss at that time, Gerald Kellman. Eventually, even Chicago would seem too small a stage. He told Kellman « he did not feel there would be large-scale change brought about by organizing. » Large-scale change was what Obama was aiming for. (…) The absence of his father taught Obama the importance of stories. These tales helped him make sense of who he was. (At least two acquaintances in his postgraduation years thought he was on a track to become a writer.) Stories made the murkier aspects of life coherent, or at least gave him confidence—that he could author his own life story, and thus become a master of the tale and not a victim. As a teenager, he had been skeptical of some family yarns, thinking they had been burnished a little too bright. He was at an age then when kids distinguish between fairy tales and truth, when they often become disillusioned with their parents. Newsweek
L’Amérique est toujours le tueur numéro 1 dans le monde. . . Nous sommes profondément impliqués dans l’importation de la drogue, l’exportation d’armes et la formation de tueurs professionnels. . . Nous avons bombardé le Cambodge, l’Irak et le Nicaragua, tuant les femmes et les enfants tout en essayant de monter l’opinion publique contre Castro et Khaddafi. . . Nous avons mis Mandela en prison et soutenu la ségrégation pendant 27 ans. Nous croyons en la suprématie blanche et l’infériorité noire et y croyons davantage qu’en Dieu. … Nous avons soutenu le sionisme sans scrupule tout en ignorant les Palestiniens et stigmatisé quiconque le dénonçait comme anti-sémite. . . Nous ne nous inquiétons en rien de la vie humaine si la fin justifie les moyens. . . Nous avons lancé le virus du SIDA. . . Nous ne pouvons maintenir notre niveau de vie qu’en nous assurant que les personnes du tiers monde vivent dans la pauvreté la plus abjecte. Rev. Jeremiah Wright ( janvier 2006)
Au lieu de dire : “que Dieu bénisse l’Amérique”, il faut dire : “que dieu maudisse l’Amérique […], que Dieu damne l’Amérique. Rev. Jeremiah Wright
I think the President’s speech yesterday was the reason we Americans elected him. It was grand. It was positive. Hopeful…But what I liked about the President’s speech in Cairo was that it showed a complete humility…The question now is whether the President we elected and spoke for us so grandly yesterday can carry out the great vision he gave us and to the world. Chris Matthews
I mean in a way Obama’s standing above the country, above – above the world, he’s sort of God.(…) : « He’s going to bring all different sides together…Obama is trying to sort of tamper everything down. He doesn’t even use the word terror. He uses extremism. He’s all about let us reason together…He’s the teacher. He is going to say, ‘now, children, stop fighting and quarreling with each other.’ And he has a kind of a moral authority that he – he can – he can do that. Evan Thomas
He told the story in brilliant, painful detail in his first book, Dreams from My Father, which may be the best-written memoir ever produced by an American politician. Joe Klein (Time, October 23, 2006)
Given what I do for a living, I suppose it’s only natural that I have a high degree of respect for those who write well. Good writing very often signals a strong intellect and in many cases a deep vision. It also shows its author to be a person of some discipline, in that even those who are born with a great deal of talent in this area still usually have to work hard and make sacrifices to develop their abilities. All of which is making me giddy at the prospect of Barack Obama’s coming presidency. Like many politicians Barack Obama is also an author. What makes him different is he’s also a good writer. Most books by today’s policies are glossy, self-serving, sometimes ghost-written puffery, which are designed to be sold as throwaway literature. Obama has written a couple of these books, and the best that can be said about them is that they’re a cut above the usual tripe politicians slap between two covers. Earlier, however, way back in 1995, Barack Obama penned another book, Dreams from My Father: A Story of Race and Inheritance, which is easily the most honest, daring, and ambitious volume put out by a major US politician in the last 50 years. Rob Woodard (The Guardian)
Much has been made of Mr. Obama’s eloquence — his ability to use words in his speeches to persuade and uplift and inspire. But his appreciation of the magic of language and his ardent love of reading have not only endowed him with a rare ability to communicate his ideas to millions of Americans while contextualizing complex ideas about race and religion, they have also shaped his sense of who he is and his apprehension of the world. Mr. Obama’s first book, “Dreams From My Father” (which surely stands as the most evocative, lyrical and candid autobiography written by a future president), suggests that throughout his life he has turned to books as a way of acquiring insights and information from others — as a means of breaking out of the bubble of self-hood and, more recently, the bubble of power and fame. He recalls that he read James Baldwin, Ralph Ellison, Langston Hughes, Richard Wright and W. E. B. Du Bois when he was an adolescent in an effort to come to terms with his racial identity and that later, during an ascetic phase in college, he immersed himself in the works of thinkers like Nietzsche and St. Augustine in a spiritual-intellectual search to figure out what he truly believed. Michiko Kakutani (The New York Times)
I was interested really in him because of his book, « Song of Solomon. » It was quite extraordinary. I mean, he’s a real writer type. (…) Yeah, well, we said a few little things about « Song of Solomon, » and I sort of acknowledged that he was a writer, also, in my high esteem. (…) He’s very different. I mean, his ability to reflect on this extraordinary mesh of experiences that he has had, some familiar and some not, and to really meditate on that the way he does and to set up scenes in a narrative structure type of conversation, all of these things that you don’t often see, obviously, in the routine political memoir biography. But I think this was when he was much younger, like in his 30s or something. So that was impressive to me. But it’s unique. It’s his. There are no other ones like that. Toni Morrison
That’s a good book. Dreams of My Father, is that what it’s called? I read it with great interest, in part because it’d been written by this guy who was running for president, but I found it well done and very persuasive and memorable too. Philip Roth
Apart from other unprecedented aspects of his rise, it is a geographical truth that no politician in American history has traveled farther than Barack Obama to be within reach of the White House. He was born and spent most of his formative years on Oahu, in distance the most removed population center on the planet, some 2,390 miles from California, farther from a major landmass than anywhere but Easter Island. In the westward impulse of American settlement, his birthplace was the last frontier, an outpost with its own time zone, the 50th of the United States, admitted to the union only two years before Obama came along. Those who come from islands are inevitably shaped by the experience. For Obama, the experience was all contradiction and contrast. As the son of a white woman and a black man, he grew up as a multiracial kid, a « hapa, » « half-and-half » in the local lexicon, in one of the most multiracial places in the world, with no majority group. There were native Hawaiians, Japanese, Filipinos, Samoans, Okinawans, Chinese and Portuguese, along with Anglos, commonly known as haole (pronounced howl-lee), and a smaller population of blacks, traditionally centered at the U.S. military installations. But diversity does not automatically translate into social comfort: Hawaii has its own difficult history of racial and cultural stratification, and young Obama struggled to find his place even in that many-hued milieu. He had to leave the island to find himself as a black man, eventually rooting in Chicago, the antipode of remote Honolulu, deep in the fold of the mainland, and there setting out on the path that led toward politics. Yet life circles back in strange ways, and in essence it is the promise of the place he left behind — the notion if not the reality of Hawaii, what some call the spirit of aloha, the transracial if not post-racial message — that has made his rise possible. Hawaii and Chicago are the two main threads weaving through the cloth of Barack Obama’s life. Each involves more than geography. Hawaii is about the forces that shaped him, and Chicago is about how he reshaped himself. Chicago is about the critical choices he made as an adult: how he learned to survive in the rough-and-tumble of law and politics, how he figured out the secrets of power in a world defined by it, and how he resolved his inner conflicts and refined the subtle, coolly ambitious persona now on view in the presidential election. Hawaii comes first. It is what lies beneath, what makes Chicago possible and understandable. (…) « Dreams From My Father » is as imprecise as it is insightful about Obama’s early life. Obama offers unusually perceptive and subtle observations of himself and the people around him. Yet, as he readily acknowledged, he rearranged the chronology for his literary purposes and presented a cast of characters made up of composites and pseudonyms. This was to protect people’s privacy, he said. Only a select few were not granted that protection, for the obvious reason that he could not blur their identities — his relatives. (…) Keith and Tony Peterson (…) wondered why Obama focused so much on a friend he called Ray, who in fact was Keith Kukagawa. Kukagawa was black and Japanese, and the Petersons did not even think of him as black. Yet in the book, Obama used him as the voice of black anger and angst, the provocateur of hip, vulgar, get-real dialogues. (…) Sixteen years later, Barry was no more, replaced by Barack, who had not only left the island but had gone to two Ivy League schools, Columbia undergrad and Harvard Law, and written a book about his life. He was into his Chicago phase, reshaping himself for his political future … David Maraniss
It has recently been discovered by Washington Post editor and Obama biographer David Maraniss that Obama’s memoir likely went much farther than just the character « compression » and chronology rearrangement that Obama admitted to in his memoir’s introduction. Maraniss reveals in his new book that, much like Frey’s memoir, Dreams contains fabrications of material aspects of Obama’s life narrative. (…) Ultimately, what Maraniss did discover is that Obama’s actual upbringing was simply too comfortable and boring to lend itself to a compelling memoir. So he did what Frey did and turned an otherwise mundane life story into a more meaningful and interesting one. Mendy Finkel
Not only did he grow up in Indonesia and Hawaii, but he also grew up amid diversity in both places, which brought him into casual, daily contact with Africans, Asians, Natives and Caucasians, people of all kinds of ethnic variations and political and social differences. What he did not experience in his early life is mainland, American-style racism. Growing up in places that were diverse, he never had to confront his identity as a black man until his college years. There are no slaves in the Obama family tree, and he missed most of the tumultuous civil rights struggle because of his youth and the physical distance from the mainland. There is an amusing section on the future president’s more than casual acquaintance with marijuana as a high school student in Hawaii. I won’t ruin the fun, but if you get the e-book, search for « Choom Gang, » « Total Absorption » (the opposite of not inhaling) and « Roof Hits. » Enough said. Even when Barry, which is how he was known, finally made it to the mainland as a college freshman, he chose elite Occidental College in Los Angeles, a diverse environment in a sheltered section of the city that gave him virtually no taste of the typical experience of blacks in America. In fact, one of his Oxy college friends said that Barry, who was starting to refer to himself as Barack in part to reconnect to his black roots, decided to transfer after his sophomore year to Columbia in New York so that he could « discover blackness in America. » What hits home in Maraniss’ book is how race was, for Barack Obama, primarily an intellectual journey of study and self-discovery. He had to discover his blackness. This sets him apart from the dominant African American experience, and it accounts for some of the reluctance on the part of veteran civil rights advocates like Jesse Jackson to embrace his candidacy early on. Dave Cieslewicz 
It almost seemed too good to be true. When President Barack Obama’s 1995 memoir, « Dreams From My Father, » was re-published soon after the young politican catapulted onto the national stage with a charismatic speech at the 2004 Democratic National Convention, his amazing life story captured the hearts and minds of millions of Americans. But like many memoirs, which tend to be self-serving, it now appears that Obama shaped the book less as a factual history of his life than as a great story. A new biography, « Barack Obama: The Story, » by David Maraniss, raises questions about the accuracy of the president’s account and delivers fresh revelations about his pot-smoking in high school and college and his girlfriends in New York City. In his memoir, Obama describes how his grandfather, Hussein Onyango, was imprisoned and tortured by British troops during the fight for Kenyan independence. But that did not happen, according to five associates of Onyango interviewed by Maraniss. Another heroic tale from the memoir about Obama’s Indonesian stepfather, Soewarno Martodihardjo, being killed by Dutch soldiers during Indonesia’s fight for independence also is inaccurate, according to Maraniss. The president explains in his memoir that some of the characters in his book have been combined or compressed. Maraniss provides more details about the extent of that alteration. One of Obama’s « African American » classmates was based on Caroline Boss, a white student whose Swiss grandmother was named Regina, according to Maraniss, a Washington Post editor and author who has won a Pulitzer Prize. The president also described breaking up with a white girlfriend due to a « racial chasm that unavoidably separated him from the woman, » writes Maraniss. But Obama’s next girlfriend in Chicago, an anthropologist, also was white. The young Obama’s lack of playing time on the high school basketball team was due more to his ability than the coach’s preference for white players, Maraniss writes. And Obama’s mother likely left his father — not the other way around — after domestic abuse, note reviews of the book in the Los Angeles Times and Buzzfeed. The Huffington Post
In his 1995 memoir, [Mr. Obama] mentioned smoking “reefer” in “the dorm room of some brother” and talked about “getting high.” Before Occidental, he indulged in marijuana, alcohol and sometimes cocaine as a high school student in Hawaii, according to the book. He made “some bad decisions” as a teenager involving drugs and drinking, Senator Obama, now a presidential candidate, told high school students in New Hampshire last November. Mr. Obama’s admissions are rare for a politician (his book, “Dreams From My Father,” was written before he ran for office.) They briefly became a campaign issue in December when an adviser to Senator Hillary Rodham Clinton, Mr. Obama’s chief Democratic rival, suggested that his history with drugs would make him vulnerable to Republican attacks if he became his party’s nominee. Mr. Obama, of Illinois, has never quantified his illicit drug use or provided many details. He wrote about his two years at Occidental, a predominantly white liberal arts college, as a gradual but profound awakening from a slumber of indifference that gave rise to his activism there and his fears that drugs could lead him to addiction or apathy, as they had for many other black men. Mr. Obama’s account of his younger self and drugs, though, significantly differs from the recollections of others who do not recall his drug use. That could suggest he was so private about his usage that few people were aware of it, that the memories of those who knew him decades ago are fuzzy or rosier out of a desire to protect him, or that he added some writerly touches in his memoir to make the challenges he overcame seem more dramatic. In more than three dozen interviews, friends, classmates and mentors from his high school and Occidental recalled Mr. Obama as being grounded, motivated and poised, someone who did not appear to be grappling with any drug problems and seemed to dabble only with marijuana. Serge F. Kovaleski
Maraniss’s Barack Obama: The Story punctures two sets of falsehoods: The family tales Obama passed on, unknowing; and the stories Obama made up. The 672-page book closes before Obama enters law school, and Maraniss has promised another volume, but by its conclusion I counted 38 instances in which the biographer convincingly disputes significant elements of Obama’s own story of his life and his family history. The two strands of falsehood run together, in that they often serve the same narrative goal: To tell a familiar, simple, and ultimately optimistic story about race and identity in the 20th Century. The false notes in Obama’s family lore include his mother’s claimed experience of racism in Kansas, and incidents of colonial brutality toward his Kenyan grandfather and Indonesian step-grandfather. Obama’s deliberate distortions more clearly serve a single narrative: Race. Obama presents himself through the book as “blacker and more disaffected” than he really was, Maraniss writes, and the narrative “accentuates characters drawn from black acquaintances who played lesser roles his real life but could be used to advance a line of thought, while leaving out or distorting the actions of friends who happened to be white.” (…) Maraniss’s deep and entertaining biography will serve as a corrective both to Obama’s mythmaking and his enemies’. Maraniss finds that Obama’s young life was basically conventional, his personal struggles prosaic and later exaggerated. He finds that race, central to Obama’s later thought and included in the subtitle of his memoir, wasn’t a central factor in his Hawaii youth or the existential struggles of his young adulthood. And he concludes that attempts, which Obama encouraged in his memoir, to view him through the prism of race “can lead to a misinterpretation” of the sense of “outsiderness” that Maraniss puts at the core of Obama’s identity and ambition. (…) In Dreams, for instance, Obama writes of a friend named “Regina,” a symbol of the authentic African-American experience that Obama hungers for (and which he would later find in Michelle Robinson). Maraniss discovers, however, that Regina was based on a student leader at Occidental College, Caroline Boss, who was white. Regina was the name of her working-class Swiss grandmother, who also seems to make a cameo in Dreams. Maraniss also notices that Obama also entirely cut two white roommates, in Los Angeles and New York, from the narrative, and projected a racial incident onto a New York girlfriend that he later told Maraniss had happened in Chicago. (…) Across the ocean, the family story that Hussein Onyango, Obama’s paternal grandfather, had been whipped and tortured by the British is “unlikely”: “five people who had close connections to Hussein Onyango said they doubted the story or were certain that it did not happen,” Maraniss writes. The memory that the father of his Indonesian stepfather, Soewarno Martodihardjo, was killed by Dutch soldiers in the fight for independence is “a concocted myth in almost all respects.” In fact, Martodihardjo “fell off a chair at his home while trying to hang drapes, presumably suffering a heart attack.” (…) Maraniss corrects a central element of Obama’s own biography, debunking a story that Obama’s mother may well have invented: That she and her son were abandoned in Hawaii in 1963. “It was his mother who left Hawaii first, a year earlier than his father,” Maraniss writes, confirming a story that had first surfaced in the conservative blogosphere. He suggests that “spousal abuse” prompted her flight back to Seattle. Obama’s own fairy-tales, meanwhile, run toward Amercan racial cliché. “Ray,” who is in the book “a symbol of young blackness,” is based on a character whose complex racial identity — half Japanese, part native American, and part black — was more like Obama’s, and who wasn’t a close friend. “In the memoir Barry and Ray, could be heard complaining about how rich white haole girls would never date them,” Maraniss writes, referring to Hawaii’s upper class, and to a composite character whose blackness is. “In fact, neither had much trouble in that regard.” Ben Smith
The errant Obama biography in the Acton & Dystel booklet does not contradict the authenticity of Obama’s birth certificate. Moreover, several contemporaneous accounts of Obama’s background describe Obama as having been born in Hawaii. The biography does, however, fit a pattern in which Obama–or the people representing and supporting him–manipulate his public persona. David Maraniss’s forthcoming biography of Obama has reportedly confirmed, for example, that a girlfriend Obama described in Dreams from My Father was, in fact, an amalgam of several separate individuals. In addition, Obama and his handlers have a history of redefining his identity when expedient. In March 2008, for example, he famously declared: “I can no more disown [Jeremiah Wright] than I can disown the black community. I can no more disown him than I can my white grandmother.”  Several weeks later, Obama left Wright’s church–and, according to Edward Klein’s new biography, The Amateur: Barack Obama in the White House, allegedly attempted to persuade Wright not to “do any more public speaking until after the November [2008] election” (51). Obama has been known frequently to fictionalize aspects of his own life. During his 2008 campaign, for instance, Obama claimed that his dying mother had fought with insurance companies over coverage for her cancer treatments.  That turned out to be untrue, but Obama has repeated the story–which even the Washington Post called “misleading”–in a campaign video for the 2012 election. The Acton & Dystel biography could also reflect how Obama was seen by his associates, or transitions in his own identity. He is said, for instance, to have cultivated an “international” identity until well into his adulthood, according to Maraniss. Regardless of the reason for Obama’s odd biography, the Acton & Dystel booklet raises new questions as part of ongoing efforts to understand Barack Obama–who, despite four years in office remains a mystery to many Americans, thanks to the mainstream media. Joel B. Pollak
Obama a toujours eu une sensibilité particulière pour une pathologie inquiétante chez les riches élites libérales blanches qui cherchent souvent, de façon condescendante, à promouvoir des aspirants candidats minoritaires dans des positions de pouvoir et d’influence en raison de leur profil, plutôt que de leur bilan. D’où le retour du Barry Dunham issu des meileures prépas pour le nom autrement plus exotique de Barack Obama, un « autre » assez authentique tout fraîchement sorti de l’église du révérend Wright, mais aussi le chouchou de l’Ivy League. (…) Obama s’est brillamment faufilé dans le créneau yuppie presque tout comme nous, multiculturel, Ivy league, prep-school, affirmative action. Je vous laisse décider si la gauche caviar pratique un tel paternalisme raciste en raison de ses sentiments de culpabilité, de son aversion intrinsèque aux  classes populaires et moyennes fans des courses auto et de Sarah Palin, ou comme une sorte d’exemption médiévale, l’énorme panneau « Obama for President » sur la pelouse du professeur de Palo Alto permettant de ne jamais avoir à mettre ses enfants dans les écoles touchées par le busing des quartiers hispaniques d’East Palo Alto. Mais ce qui est absolument incontestable, c’est que le bilan antérieur d’Obama dans ses premières années de fac, comme rédacteur en chef de la Harvard Law Review, professeur de droit de Chicago, parlementaire de l’Illinois et sénateur fut aussi quelconque que furent éblouissants ses efforts pour obtenir ces postes. (…) Obama, à qui on a tout passé, du révérend Wright à Tony Rezko, est avec raison surpris: qui est-ce qui change les règles à présent ? Pourquoi devrait il soudainement être tenu responsable d’une manière dont il ne l’a jamais été auparavant ? Il s’est engagé à être un président transformationnel au-dessus de la politique, pas une personne, soumis aux aléas des scandales de Washington. (…) c’est nous qui sommes à l’origne de la règle  Obama qui veut que ce soit les symboles (et non la performance) et l’amnistie (et non la responsabilisation) qui comptent. Alors pourquoi rompre le contrat avec lui et commencer maintenant à exiger des réalisations concrètes et honnêtes quand le prompteur avait toujours été suffisant ? En 2008, nous sommes-nous inquiétés du contenu de « l’audace de l’espoir » ou demandés comment quelqu’un qui n’avait pas manqué un service à Trinity Church (« Oui, chaque semaine. Au service de 11 h « ) avaient on ne sait pas comment pu manquer les séries de harangues racistes, antisémites et antiaméricaines du révérend Wright ? Que nous voulions maintenant connaître le rôle du Président à Benghazi, ou dans les scandales du fisc, de l’agence de presse AP et de la Fox ne faisait tout simplement pas partie de l’offre plus intelligent président de l’histoire- comme si l’Amérique avait jamais demandé « mais qu’est-ce que c’est que cette histoire d’ espoir et de changement ? » Victor Davis Hanson
The Obama memoir is revealed not really to be a memoir at all. Most of his intimate friends and past dalliances that we read about in Dreams From My Father were, we learn, just made up (“composites”); the problem, we also discover, with the president’s autobiography is not what is actually false, but whether anything much at all is really true in it. If a writer will fabricate the details about his own mother’s terminal illness and quest for insurance, then he will probably fudge on anything. For months the president fought the Birthers who insist that he was born in Kenya, only to have it revealed that he himself for over a decade wrote just that fact in his own literary biography. Is Barack Obama then a birther? Has any major public figure (57 states, Austrian language, corpse-men, Maldives for Falklands, private sector “doing fine,” etc.) been a more underwhelming advertisement for the quality of a Harvard education or a Chicago Law School part-time billet? Has any presidential candidate or president set a partisan crowd to laughing by rubbing his chin with his middle finger as he derides an opponent, or made a joke about killing potential suitors of his daughters with deadly Predator drones, or recited a double entendre “go-down” joke about a sex act? Victor Davis Hanson
NBC Nightly News anchorman Brian Williams frequently fabricated a dramatic story that he was under enemy attack while reporting from Iraq. NBC is now investigating whether Williams also embellished events in New Orleans during his reporting on Hurricane Katrina. (…) Former CBS anchorman Dan Rather tried to pass off fake memos as authentic evidence about former President George W. Bush’s supposedly checkered National Guard record. CNN news host Fareed Zakaria, who recently interviewed President Obama, was caught using the written work of others as if it were his own. He joins a distinguished array of accused plagiarists, from historian Doris Kearns Goodwin to columnist Maureen Dowd. Usually, plagiarism is excused. Research assistants are blamed or clerical slips are cited — and little happens. In lieu of admitting deliberate dishonesty, our celebrities when caught prefer using the wishy-washy prefix “mis-” to downplay a supposed accident — as in misremembering, misstating, or misconstruing. Politicians are often the worst offenders. Vice President Joe Biden withdrew from the presidential race of 1988 once it was revealed that he had been caught plagiarizing in law school. In that campaign, he gave a speech lifted from British Labor party candidate Neil Kinnock. Hillary Clinton fantasized when she melodramatically claimed she had been under sniper fire when landing in Bosnia. Her husband, former president Bill Clinton, was more overt in lying under oath in the Monica Lewinsky debacle. Former senator John Walsh (D., Mont.) was caught plagiarizing elements of his master’s thesis. President Obama has explained that some of the characters in his autobiography, Dreams from My Father, were “composites” or “compressed,” which suggests that in some instances what he described did not exactly happen. What are the consequences of lying about or exaggerating one’s past or stealing the written work of others? It depends. Punishment is calibrated by the stature of the perpetrator. If the offender is powerful, then misremembering, misstating, and misconstruing are considered minor and aberrant transgressions. If not, the sins are called lying and plagiarizing, and deemed a window into a bad soul. Thus a career can be derailed. Young, upcoming lying reporters like onetime New York Times fabulist Jayson Blair and The New Republic’s past stable of fantasy writers — Stephen Glass, Scott Beauchamp, and Ruth Shalit — had their work finally disowned by their publications. Former Washington Post reporter Janet Cooke got her Pulitzer Prize revoked for fabricating a story. Obscure senator Walsh was forced out of his re-election race. Biden, on the other hand, became vice president. It did not matter much that the Obama biography by Pulitzer Prize–winning author David Maraniss contradicted many of the details from Obama’s autobiography. Hillary Clinton may well follow her husband’s trajectory and become president. The Reverend Al Sharpton helped perpetuate the Tawana Brawley hoax; he is now a frequent guest at the White House. Why do so many of our elites cut corners and embellish their past or steal the work of others? For them, such deception may be a small gamble worth taking, with mild consequences if caught. Plagiarism is a shortcut to publishing without all the work of creating new ideas or doing laborious research. Padding a resume or mixing truth with half-truths and composites creates more dramatic personal histories that enhance careers. Our culture itself has redefined the truth into a relative idea without fault. Some academics suggested that Brian Williams may have lied because of “memory distortion” rather than a character defect. Contemporary postmodern thought sees the “truth” as a construct. The social aim of these fantasy narratives is what counts. If they serve progressive race, class, and gender issues, then why follow the quaint rules of evidence that were established by an ossified and reactionary establishment? (…) Our lies become accepted as true, but only depending on how powerful and influential we are — or how supposedly noble the cause for which we lie. Victor Davis Hanson
Ce qui rendait Obama unique, c’est qu’il était le politicien charismatique par excellence – le plus total inconnu à jamais accéder à la présidence aux Etats-Unis. Personne ne savait qui il était, il sortait de nulle part, il avait cette figure incroyable qui l’a catapulté au-dessus de la mêlée, il a annihilé Hillary, pris le contrôle du parti Démocrate et est devenu président. C’est vraiment sans précédent : un jeune inconnu sans histoire, dossiers, associés bien connus, auto-créé. Il y avait une bonne volonté énorme, même moi j’étais aux anges le jour de l’élection, quoique j’aie voté contre lui et me sois opposé à son élection. C’était rédempteur pour un pays qui a commencé dans le péché de l’esclavage de voir le jour, je ne croyais pas personnellement le voir jamais de mon vivant, quand un président noir serait élu. Certes, il n’était pas mon candidat. J’aurais préféré que le premier président noir soit quelqu’un d’idéologiquement plus à mon goût, comme par exemple Colin Powell (que j’ai encouragé à se présenter en 2000) ou Condoleezza Rice. Mais j’étais vraiment fier d’être Américain à la prestation de serment. Je reste fier de ce succès historique. (…) il s’avère qu’il est de gauche, non du centre-droit à la manière de Bill Clinton. L’analogie que je donne est qu’en Amérique nous jouons le jeu entre les lignes des 40 yards, en Europe vous jouez tout le terrain d’une ligne de but à l’autre. Vous avez les partis communistes, vous avez les partis fascistes, nous, on n’a pas ça, on a des partis très centristes. Alors qu’ Obama veut nous pousser aux 30 yards, ce qui pour l’Amérique est vraiment loin. Juste après son élection, il s’est adressé au Congrès et a promis en gros de refaire les piliers de la société américaine — éducation, énergie et soins de santé. Tout ceci déplacerait l’Amérique vers un Etat de type social-démocrate européen, ce qui est en dehors de la norme pour l’Amérique. (…) Obama a mal interprété son mandat. Il a été élu six semaines après un effondrement financier comme il n’y en avait jamais eu en 60 ans ; après huit ans d’une présidence qui avait fatigué le pays; au milieu de deux guerres qui ont fait que le pays s’est opposé au gouvernement républicain qui nous avait lancé dans ces guerres; et contre un adversaire complètement inepte, John McCain. Et pourtant, Obama n’a gagné que par 7 points. Mais il a cru que c’était un grand mandat général et qu’il pourrait mettre en application son ordre du jour social-démocrate. (…) sa vision du monde me semble si naïve que je ne suis même pas sûr qu’il est capable de développer une doctrine. Il a la vision d’un monde régulé par des normes internationales auto-suffisantes, où la paix est gardée par un certain genre de consensus international vague, quelque chose appelé la communauté internationale, qui pour moi est une fiction, via des agences internationales évidemment insatisfaisantes et sans valeur. Je n’éleverais pas ce genre de pensée au niveau d’ une doctrine parce que j’ai trop de respect pour le mot de doctrine. (…) Peut-être que quand il aboutira à rien sur l’Iran, rien sur la Corée du Nord, quand il n’obtiendra rien des Russes en échange de ce qu’il a fait aux Polonais et aux Tchèques, rien dans les négociations de paix au Moyen-Orient – peut-être qu’à ce moment-là, il commencera à se demander si le monde fonctionne vraiment selon des normes internationales, le consensus et la douceur et la lumière ou s’il repose sur la base de la puissance américaine et occidentale qui, au bout du compte, garantit la paix. (…) Henry Kissinger a dit une fois que la paix peut être réalisée seulement de deux manières : l’hégémonie ou l’équilibre des forces. Ca, c’est du vrai réalisme. Ce que l’administration Obama prétend être du réalisme est du non-sens naïf. Charles Krauthammer (oct. 2009)
Qu’est-ce que cela fait d’avoir un nouveau président des Etats-Unis qui sait lire ? Du bien. Cela fait du bien d’apprendre qu’il a toujours un livre à portée de la main. On a tellement flatté ses qualités d’orateur et ses dons de communicant qu’on a oublié l’essentiel de ce qui fait la richesse de son verbe : son côté lecteur compulsif. A croire que lorsqu’il sera las de lire des livres, il dirigera l’Amérique pour se détendre. Michiko Kakutani, la redoutée critique du New York Times, d’ordinaire si dure avec la majorité des écrivains, est tout miel avec ce non-écrivain auteur de trois livres : deux textes autobiographiques et un discours sur la race en Amérique. Elle vient de dresser l’inventaire de sa « bibliothèque idéale », autrement dit les livres qui ont fait ce qu’il est devenu, si l’on croise ce qu’il en dit dans ses Mémoires, ce qu’il en confesse dans les interviews et ce qu’on en sait. Adolescent, il lut avidement les grands auteurs noirs James Baldwin, Langston Hugues, Ralph Ellison, Richard Wright, W.E.B. Du Bois avant de s’immerger dans Nietzsche et Saint-Augustin en marge de ses études de droit, puis d’avaler la biographie de Martin Luther King en plusieurs volumes par Taylor Branch. Autant de livres dans lesquels il a piqué idées, pistes et intuitions susceptibles de nourrir sa vision du monde. Ce qui ne l’a pas empêché de se nourrir en permanence des tragédies de Shakespeare, de Moby Dick, des écrits de Lincoln, des essais du transcendantaliste Ralph Waldo Emerson, du Chant de Salomon de la nobélisée Toni Morrison, du Carnet d’or de Doris Lessing, des poèmes d’un autre nobélisé Derek Walcott, des mémoires de Gandhi, des textes du théologien protestant Reinhold Niebuhr qui exercèrent une forte influence sur Martin Luther King, et, plus récemment de Gilead (2004) le roman à succès de Marylinne Robinson ou de Team of rivals que l’historienne Doris Kearns Goodwin a consacré au génie politique d’Abraham Lincoln, « la » référence du nouveau président. Pardon, on allait oublier, le principal, le livre des livres : la Bible, of course. Pierre Assouline
Dans sa biographie du président, le journaliste David Maraniss décrit lui aussi un jeune homme qui se cherche, et qui, lorsqu’il devient politicien, cisèle sa biographie, Dreams from my Father, pour la rendre plus signifiante politiquement et romanesque littérairement qu’elle ne l’est en réalité. Non, son gran-père kenyan Hussein Onyango Obama n’a pas été torturé et emprisonné par les Britanniques; non, le père de son beau-père indonésien n’a pas été tué dans la lutte contre le colonisateur hollandais; non, il ne semble pas avoir sérieusement consommé de drogues lorsqu’il était au lycée puis à Occidental College avant de trouver la rédemption; non, l’assurance santé de sa mère n’a pas refusé de lui payer le traitement de base de son cancer. Tous ces détails ne sont pas des inventions ou des mensonges: ce sont des embellissements, souvent repris de mythes familiaux, qui donnent du sens à son parcours. Justin Vaïsse
Pourquoi cette apparence anticipée de triomphe pour le candidat dont le bilan des votes au Sénat est le plus à gauche de tout le parti Démocrate? L´électorat américain a-t-il vraiment basculé? Comment expliquer la marge énorme de différence entre les instituts de sondage à 3% et ceux à 12%? L´explication, me semble-t-il, réside dans la détermination sans faille du «peuple médiatique»; comme Mitterrand parlait du «peuple de gauche», les uns, français, habitaient la Gauche, les autres, américains, habitent les media, comme les souris le fromage. Le peuple médiatique, l´élite politico-intellectuelle, le «paysage audiovisuel», comme on dit avec complaisance, ont décidé que rien n´empêcherait l´apothéose de leur candidat. Tout ce qui pouvait nuire à Obama serait donc omis et caché; tout ce qui pouvait nuire à McCain serait monté en épingle et martelé à la tambourinade. On censurerait ce qui gênerait l´un, on amplifierait ce qui affaiblirait l´autre. Le bombardement serait intense, les haut-parleurs répandraient sans répit le faux, le biaisé, le trompeur et l´insidieux. C´est ainsi que toute assertion émise par Obama serait tenue pour parole d´Evangile. Le terroriste mal blanchi Bill Ayers? – «Un type qui vit dans ma rue», avait menti impudemment Obama, qui lui devait le lancement de sa carrière politique, et le côtoyait à la direction d´une fondation importante. Il semble même qu´Ayers ait été, si l´on ose oser, le nègre du best-seller autobiographique (!) d´Obama. Qu´importe! Nulle enquête, nulle révélation, nulle curiosité. «Je ne l´ai jamais entendu parler ainsi » -, mentait Obama, parlant de son pasteur de vingt ans, Jeremiah Wright, fasciste noir, raciste à rebours, mégalomane délirant des théories conspirationnistes – en vingt ans de prêches et de sermons. Circulez, vous dis-je, y´a rien à voir – et les media, pieusement, de n´aller rien chercher. ACORN, organisation d´activistes d´extrême-gauche, aujourd´hui accusée d´une énorme fraude électorale, dont Obama fut l´avocat – et qui se mobilise pour lui, et avec laquelle il travaillait à Chicago? Oh, ils ne font pas partie de la campagne Obama, expliquent benoîtement les media. Et, ajoute-t-on, sans crainte du ridicule, «la fraude aux inscriptions électorales ne se traduit pas forcément en votes frauduleux». Laurent Murawiec
Je ne me souviens pas d’un tel niveau d’examen pour le président Barack Obama quand il faisait campagne pour la présidence. En fait, je me souviens du contraire. Je me souviens qu’on disait ‘O-o-oh, nous ne voulons pas parler de ça. On ne va pas parler de cette relation. Frank Marshall Davis? On ne va pas parler de ça. Bernardine Dohrn, Bill Ayers ? Il ne le connaissait pas vraiment. Tout ce que disait Jeremiah Wright, oh non, ce n’est pas un gros problème. Va à Occidental college, ne brille pas vraiment par ses résultats, se retrouve on ne sait pas trop comment à Columbia. Oh, je ne sais pas. Ses notes sont sous scellé. Pourquoi vous ne vous intéressez pas aux raisons pourquoi ses notes sont sous scellé ? Ben Carson
Conservateur, Ben Carson l’est jusqu’à la caricature lorsqu’il s’agit notamment d’homosexualité, qu’il associe à la bestialité, ou de la réforme de santé de M. Obama, qualifiée de pire fléau pour les Etats-Unis depuis l’esclavage. Mais c’est précisément ses positions éloignées du consensus qui lui valent de figurer à la hauteur des candidats déjà déclarés à l’investiture, comme les sénateurs Rand Paul (Kentucky) et Ted Cruz (Texas) dans les sondages mesurant les intentions de vote. Un rang flatteur compte tenu de la modestie de ses lettres de créances politiques, même si le rôle d’iconoclaste ne garantit pas contre les chausse-trappes d’une campagne. Bien au contraire. Le Monde
These pictures of Ben Carson’s Maryland mansion reveal a further insight into the eccentric mind of the embattled Republican presidential candidate. A marble engraving on a wall proclaims: ‘By humility and the fear of the Lord are riches and honor and life – poverbs 22:4′. Unfortunately, Proverbs is misspelt. Above that, is a portrait of Carson in his surgeon’s coat. Over in the hallway, is another striking portrait of Carson… with Jesus. Carson is again, wearing a surgeon’s coat over scrubs, and Jesus has an arm on his shoulder. And in the family room, is a spectacular shrine to the 64-year-old – with almost every inch of the wall covered in his awards, plaques and diplomas. (…) There are numerous honorary doctorate degrees – ranging from Yale to Morgan State University – as well as cases filled with certificates, photographs and trophies. Carson’s Presidential Medal of Freedom, awarded in 2008, takes pride of place close to the front door as well as pictures with then-president George W. Bush and his wife in his makeshift shrine. Also on display are pictures from the movie about Carson’s life – Gifted Hands: The Ben Carson Story. The film, based on his autobiography, aired on network TNT in February 2009, with Oscar-winning actor Cuba Gooding Jr. playing Carson. Magazine articles about Carson, who found fame after becoming the first surgeon to successfully separate twins joined at the head in 1987, also feature on his wall. Carson and his wife, who have three sons, bought the 48-acre property in Upperco, Baltimore County, in 2001 and lived there with Carson’s mother Sonya before moving to Florida. The palatial property, boasts eight bedrooms and 12 bathrooms. It’s decorated in the Georgian style but with Corinthian columns featuring gold-leaf capitals. These photographs, taken in 2014, are a far cry from Carson’s oft-repeated life story – beginning with a childhood living in poverty in Detroit, where his mother Sonya single-handedly raised her sons by working several jobs after their father left. (…) But in recent days, questions surrounding the accuracy of Carson’s autobiography – Gifted Hands – have dominated his presidential campaign. It tells the story of Carson’s rise from a childhood in inner-city Detroit to becoming the youngest chief of pediatric neurosurgery at Johns Hopkins Hospital in Baltimore at 33. As Carson is relatively new to politics, much of his career and published works are being scrutinized for the first time. The Daily Mail

La polémique qui monte autour de Ben Carson finira-t-elle, comme tous les scandales, par révéler sur ce qui avec Obama avait fini par passer pour normal ?

Anti-avortement, opposé à l’homosexualité et à l’aberration du mariage dit « pour tous », climatosceptique, fervent défenseur du port d’armes, fils de pasteur adventiste qui respecte le sabbat juif et met en doute l’évolution, virulent critique du président Obama et d’Obamacare, commentateur-vedette de Fox news, objet d’une série télé sur sa vie, dérapeur occasionnel (pyramides d’Egypte silos à grains, armement juif qui aurait pu éviter le génocide nazi), approximations ou enjolivements de son autobiographie (offre informelle d’entrée à West Point transfigurée en offre de bourse, violence sur un membre de sa famille transformé en camarade de classe), relation non assumée avec une firme de compléments alimentaires, demeure qualifiée de palatiale avec salle de trophées, tableaux et multiplication des livres célébrant sa réussite personnelle, vendeur de mèche sur l’évident favoritisme des médias pour le président actuel lors des élections précédentes  …

Inventions biographiques (emprisonnement et torture inexistants de son grand-père kenyan par les Britanniques, assassinat imaginaire du père de son beau-père indonésien par les colons hollandais, exagération de son expérience du racisme ou de la drogue, passage sous silence ou colorisation de ses amis blancs, racialisation – entre deux relations avec des étudiantes blanches – d’une rupture sentimentale avec une autre copine blanche ou de son évincement de l’équipe de basket-ball de son lycée, rupture de sa mère avec un père violent présentée comme abandon dudit père, refus de traitement du cancer de sa mère), amitiés sulfureuses (ancien membre d’un mouvement terroriste, pasteur complotiste et raciste, association accusée de fraude éléctorale maassive,  ex-porte-parole antisémite de l´OLP, financier véreux aux multiples condamnations), dizaines de millions de fonds de campagne d´origine douteuse et invérifiée, utilisation des services de l´Etat pour enquêter sur les finances personnelles d’opposants …

A l’heure où, entre cérémonie de naturalisation en niqab et refus accepté de serrer la main des femmes, triomphent le multiculturalisme et le politiquement correct dans un Occident toujours plus désarmé face un islam toujours plus hégémonique …

Et où, entre les barbaries de l’Etat islamique et les attaques au couteau ou à la voiture bélier des Palestiniens et du Moyen-Orient à l’Europe, on mesure chaque jour un peu plus les effets de la vacance du pouvoir à la tête de ce qui reste du Monde prétendu libre …

Pendant qu’avec sa percée dans les sondages, l’intérêt des médias pour le passé et les moindres déclarations du candidat républicain Ben Carson n’est pas loin de tourner à l’acharnement …

Comment ne pas voir l’étrange deux poids deux mesures quand on se souvient de l’incroyable traitement de faveur dont avait bénéficié…

Tant en 2008 que 2012 et entre ses amitiés troubles et ses mensonges répétés un certain candidat Obama …

Noir lui aussi mais trainant un nombre incroyable de casseroles  ?

Mais comment ne pas deviner également derrière la véritable dénonciation que faisait il y a deux jours, photos et faute d’orthographe à l’appui, le Daily Mail de la résidence et de la salle de trophées de l’ancien neuro-chirurgien adulé …

Autre chose, au-delà des évidents a priori idéologiques, que le racisme de classe face à quelqu’un qui n’ayant pas hérité du « cool » que confère la naissance dans le milieu enchanté de l’université et de l’expatriation …

Avait toutes les chances de ressembler à ces parvenus dont parlait Bourdieu …

Qui entre leur « avidité accumulatrice » des marques de reconnaissance, leur « érudition mal placée » de « héros de jeux télévisés » et leurs côté  « tape-à-l’oeil » et « m’as-tu vu » de prétentieux incultes qui en font toujours trop  …

N’ont pas compris que l’essence de la vraie culture, c’est « tout ce qui reste quand on a tout oublié » …

« Rappelant » ainsi, faute de goût et péché impardonnables, « l’acquisition en des matières où, plus que partout ailleurs, il s’agit d’avoir sans avoir jamais acquis » ?

Inside Ben Carson’s eccentric Maryland mansion – complete with a shrine to himself, gold leaf columns and a portrait WITH Jesus
Pictures of Carson’s 48-acre mansion in Upperco, Maryland, reveal insight into the mind of retired neurosurgeon
Carson bought the eight-bedroom, 12-bathroom, property in Baltimore County, with his wife Lacena in 2001
The family room features a massive wall dedicated to Carson’s career with countless awards, pictures and diplomas
Khaleda Rahman

The Daily Mail

9 November 2015

He’s a celebrated neurosurgeon who denies evolution. He is also a devout Christian facing claims he has lied about certain aspects of his life story.

And these pictures of Ben Carson’s Maryland mansion reveal a further insight into the eccentric mind of the embattled Republican presidential candidate.

A marble engraving on a wall proclaims: ‘By humility and the fear of the Lord are riches and honor and life – poverbs 22:4′. Unfortunately, Proverbs is misspelt.

Above that, is a portrait of Carson in his surgeon’s coat. Over in the hallway, is another striking portrait of Carson… with Jesus. Carson is again, wearing a surgeon’s coat over scrubs, and Jesus has an arm on his shoulder.

And in the family room, is a spectacular shrine to the 64-year-old – with almost every inch of the wall covered in his awards, plaques and diplomas

‘It took me around 12 hours to put all these up,’ his wife Lacena ‘Candy’ Carson told Baltimore Magazine in 2009.

‘I had to lay them all on the floor first to get the proportions just right.’

She added: ‘I wanted it to be art – not just a bunch of plaques on the walls – and I still have so many to put up that are still in storage.’

There are numerous honorary doctorate degrees – ranging from Yale to Morgan State University – as well as cases filled with certificates, photographs and trophies.

Carson’s Presidential Medal of Freedom, awarded in 2008, takes pride of place close to the front door as well as pictures with then-president George W. Bush and his wife in his makeshift shrine.

Also on display are pictures from the movie about Carson’s life – Gifted Hands: The Ben Carson Story.

The film, based on his autobiography, aired on network TNT in February 2009, with Oscar-winning actor Cuba Gooding Jr. playing Carson.

Magazine articles about Carson, who found fame after becoming the first surgeon to successfully separate twins joined at the head in 1987, also feature on his wall.

Carson and his wife, who have three sons, bought the 48-acre property in Upperco, Baltimore County, in 2001 and lived there with Carson’s mother Sonya before moving to Florida.

The palatial property, boasts eight bedrooms and 12 bathrooms. It’s decorated in the Georgian style but with Corinthian columns featuring gold-leaf capitals.

These photographs, taken in 2014, are a far cry from Carson’s oft-repeated life story – beginning with a childhood living in poverty in Detroit, where his mother Sonya single-handedly raised her sons by working several jobs after their father left.

‘There’s no question I loved the idea of space,’ Carson said, of the luxurious home, in 2009.

‘Having grown up in places that were not very spacious with lots of people around, I like the idea of having your own space, and the idea of being so secluded really appealed to us.’

But in recent days, questions surrounding the accuracy of Carson’s autobiography – Gifted Hands – have dominated his presidential campaign.

It tells the story of Carson’s rise from a childhood in inner-city Detroit to becoming the youngest chief of pediatric neurosurgery at Johns Hopkins Hospital in Baltimore at 33.

As Carson is relatively new to politics, much of his career and published works are being scrutinized for the first time.

Voir  aussi:

Un Ben Carson différent

Richard Hétu

7 novembre 2015

Depuis le début de sa campagne présidentielle, Ben Carson a impressionné plusieurs électeurs par son ton calme et son sourire quasi permanent. Lors des débats, certains observateurs lui ont même trouvé un air plutôt somnolent.

Le neurochirurgien à la retraite a cependant montré un autre aspect de sa personnalité hier soir lors d’une conférence de presse houleuse en Floride. Il a adopté un ton combatif et parfois sarcastique pour attaquer CNN et Politico, qui ont mis en doute son récit de moments charnières de sa jeunesse. Le premier de ces moments concerne une attaque au couteau qui a failli tuer un de ses amis (il avait alors 14 ans) et l’autre son acceptation à l’académie militaire West Point (il avait alors 17 ans).

«Attendez une minute, ne mentez pas! Je n’ai jamais dit que j’avais reçu une bourse complète», a-t-il notamment déclaré en interrompant un journaliste qui l’interrogeait sur l’épisode de West Point, à propos duquel il a pourtant écrit ceci dans son livre, Gifted Hands :

«J’ai été présenté au général Westmoreland et j’ai dîné avec lui et les gagnants de la Médaille du Congrès. Plus tard, on m’a offert une bourse complète (pour étudier) à West Point.»

Qualifiant le reportage de Politico de «mensonge éhonté» et celui de CNN de «ramassis de balivernes», Carson s’est décrit comme la victime d’«une chasse aux sorcières» menée par des médias.

«Je ne me souviens pas d’un tel niveau d’examen pour le président Barack Obama quand il faisait campagne pour la présidence. En fait, je me souviens du contraire. Je me souviens qu’on disait ‘O-o-oh, nous ne voulons pas parler de ça’», a-t-il déclaré sur un ton sarcastique en mentionnant le nom de Bill Ayers, l’ancien membre du Weather Underground qu’Obama a connu à Chicago.

Il a de plus prédit que l’archarnement des médias finira par l’aider.

Quoi qu’il en soit, le Wall Street Journal s’est joint hier à CNN et à Politico pour mettre en doute un autre épisode de la jeunesse de Carson. Dans Gifted Hands, celui-ci raconte avoir suivi un cours de psychologie à l’Université Yale appelé Perceptions 301 dans lequel le professeur a mené une expérience sur l’honnêteté de 150 étudiants. Il a écrit qu’il avait été le seul à réussir l’expérience, ce qui, a-t-il précisé, avait incité le Yale Daily News à le photographier.

Selon cet article du Wall Street Journal, Yale n’offrait pas de cours de psychologie connu sous ce nom et ce numéro pendant les années de Carson à cette université. Le Yale Daily News n’a par ailleurs publié aucune photo de Carson à l’époque où il était étudiant.

Le Journal souligne que plusieurs des histoires de Carson sont difficiles à confirmer ou à infirmer. Le quotidien mentionne notamment le récit que le candidat a fait récemment d’un holdup perpétré dans les années 1980 dans un restaurant Popeye de Baltimore au cours duquel le voleur lui a enfoncé un revolver dans les côtes. Carson lui aurait dit : «Je pense que tu veux le gars derrière le comptoir.» La police de Baltimore a été incapable de confirmer qu’un holdup a eu lieu dans un restaurant Popeye à la même époque.

Il est trop tôt pour dire si la prédiction de Carson se réalisera. Mais certains de ses adversaires ont commencé à mentionner les controverses autour de certains épisodes de sa jeunesse. «Il devra répondre aux questions» sur son passé, a déclaré Chris Christie sur MSNBC hier. Donald Trump a pour sa part déclaré sur Twitter que la bio de Carson pourrait être «une fabrication totale».

Voir également:
The Fix

Ben Carson rants at media, and it seems to be serving him well

November 8 2015
Whatever happens to the presidential candidacy of former neurosurgeon Ben Carson, the news conference he held in South Florida this weekend will live on. It was as if the sleepy-eyed motivational speaker known to millions of people had been swapped out for a ringer – a flame-breathing, uncompromising scourge of media bias. »There is a desperation on behalf of some to try to find a way to tarnish me, » he said. « My prediction is that all of you guys trying to pile on is going to help me. When I go out to these book signings and meet these thousands of people, they say, ‘Don’t let the media get you down.' »Pushed and pushed, Carson channeled the conservative id. Why, he asked, was he being subjected to the kind of scrutiny the current president never was? »I do not remember this level of scrutiny for one President Barack Obama when he was running, » Carson said. « In fact, I remember just the opposite. I remember people saying, oh, we won’t really talk about that relationship. Frank Marshall Davis? We don’t want to talk about that. Bernardine Dohrn, Bill Ayers? He didn’t really know him. All the things that Jeremiah Wright was saying. Goes to Occidental College, doesn’t do all that well, somehow ends up at Columbia University. Oh, I don’t know. His records are sealed. Why are you guys not interested in whether his records are sealed? »On Twitter, liberal critics of Carson thought they saw a man in full meltdown, like Lonesome Rhodes after the public caught him on a live mike. The Carson campaign saw something else: dollar signs. According to Carson spokesman Doug Watts, the campaign raised $3.5 million during its toughest week of coverage. Tellingly, a full $500,000 of that came from telemarketing on Friday, the day of the news  conference, when CNN, Politico and Wall Street Journal all carried stories about claims made by Carson relating to his life story.Also, tellingly, the only Republican rival to join in the pile-on has been Donald Trump, who appears constitutionally incapable of doing otherwise. Jeb Bush, who has fallen far beyond Carson in poll numbers, told Fox News that he trusts him. To say otherwise would be to anger the conservative base, which had been waiting for a rant such as Carson’s.The fury of party activists shouldn’t overwhelm investigative journalism. Like Columbia Journalism Review’s David Uberti, I thought Politico’s Kyle Cheney had the grist of a good story, deeply reported, muddied by the Web site’s initial headline. It was not news that Carson had never applied to West Point. Yet during the weekend, conservative readers wrote in to ask me how a reporter could be so unfair to Carson. A sample:

The statement may be correct in a very technical way, but most people who hear that a student gets a full ride with all tuition, room and board paid for would call that a scholarship.

Your readers will recall the lack of serious scrutiny by the Post of President Obama’s claims in his book and his extreme equivocation on multiple contradictory statements made relative to his relationship with Jeremiah Wright. Why should readers be urged to consider the President’s statements in their « context » but the same accommodation not be extended to Dr. Carson?

I do think it rich to see the press suddenly so interested in the academic records of potential presidential candidates. Especially subtle recollected details of events 35+ years ago. I’m sure I’ve never misremembered anything in my past. After all, as another candidate so eloquently put it, « What difference does it make? »

The last two e-mails were representative, because, on the right, it is accepted as truth that the media failed to vet Obama and smoothed his path to the White House. It doesn’t matter that ABC News broke the Jeremiah Wright story or that Politico broke the Bill Ayers story. Because those stories were not piled on Obama — or because he was able to break free of them — they are proof that the media went easy and allowed him to become president.

This take on the press is basically immutable. In 2012, Breitbart News published a series on a young Obama titled “The Vetting,” predicated on the idea that « the complicit mainstream media had refused to examine President Obama’s ideological past. » When the stories failed to blow up the president’s reelection, a process called « BenSmithing » was blamed, named for the editor of Buzzfeed. BenSmithing, according to the New York Times, meant « writing an article that supposedly tackles a Democratic Party scandal, but is actually intended to dismiss the issue. » Why was Smith a fitting namesake? Well, before Buzzfeed, he was the Politico reporter who first wrote about Obama’s political debts to Ayers. The assumption that the media vets Democrats only as a way to clear them runs as deep as the assumption that it vets Republicans to destroy them.

Carson, more than almost any Republican politician, is suited to make this argument. He is not really comparable to Herman Cain, a popular but minor tea party figure who become a primary phenom and blamed bias for the scrutiny that ended his campaign. Carson is an icon whose memoir has passed through the hands of home-schoolers and even public school students for decades.

More people have read « Gifted Hands » than perhaps will ever read « Dreams from My Father, »Obama’s memoir. Obama was known to Democratic voters roughly 2½ years before he started running for president. Carson and his biography have been known since the late 1980s. Cover a Carson mega-rally, and you’ll find people who know a young person who benefited from a Carson-endowed scholarship, or were even operated on by the man himself.

The reporters now vetting Carson may know this, but it hasn’t stopped them from falling into a trap. In Florida, after Carson asked why reporters had demanded his records but not those of Obama, one reporter could be heard quizzically asking why Obama’s biography would ever be questioned. He had never tried to hide his mediocre early school tales.

« He wrote them in the book, » the reporter said.

That was exactly Carson’s point. One candidate’s book was a shield; another candidate’s, a Republican one, had suddenly become an oppo file. If that’s his defense, millions of conservatives are ready to endorse it.

David Weigel is a national political correspondent covering the 2016 election and ideological movements.
Voir encore:
National review
November 8, 2015
 It’s been less than two weeks since CNBC’s train wreck of a debate exposed just how much of a double standard the mainstream media can have against GOP presidential candidates.
Now a new example comes in the attack on Ben Carson for saying in his autobiography that he was offered a full scholarship to West Point. In a news conference on Friday, Carson said the offer from Army officials was informal and he never in fact applied to the military academy, which is how he described it in his book Gifted Hands, first published in 1990:
I was offered a full scholarship to West Point. I didn’t refuse the scholarship outright, but I let them know a military career wasn’t where I saw myself going. . . . As overjoyed as I felt to be offered such a scholarship, I wasn’t really tempted. . . . I wanted to be a doctor. . . . Each college required a ten-dollar non-returnable entrance fee sent with the application. I had exactly ten, so I could apply to only one.
Carson has also been questioned by CNN about why several people who knew him growing up don’t recall that he had exhibited anger or violence. Carson noted that most of the people the media has talked to knew him in high school, and that his last “violent episode” occurred in the ninth grade, before he had a religious conversion. Carson said that he did try to stab someone, “a relative who does not want to be subjected to the media.”
But Carson’s news conference was most memorable for his willingness to push back against the media:
I do not remember this level of scrutiny for one President Barack Obama when he was running. In fact I remember just the opposite. I remember people saying, ‘Oh, we won’t really talk about that. We won’t talk about that relationship. Well, Frank Marshall Davis, well, we don’t want to talk about that. Bernardine Dohrn, Bill Ayers, well he don’t really know him. All the things that Jeremiah Wright was saying, oh, not a big problem.
A reporter responded to Carson’s complaint that there was a “desperation on behalf of some” to find some kind of scandal surrounding him by saying, “Our job is to ask questions.” Carson paused and said: “There is a fair way to do this and a very unfair way to do this. . . . My job is to call you out when you are unfair.” At another point he said: “You are not going to find with me, somebody who will sit back and let you be completely unfair without letting the American people know what is going on. The American people are waking up to these games.”

Carson’s comments about the media, and his complaints about Barack Obama, were — no surprise — barely reported. But they deserve an airing. By those standards, Barack Obama was clearly the beneficiary of enormous media forbearance while he ran for president. The real bias in the profession isn’t in how a story is covered, but in which stories the media chooses to focus on and which they ignore or actively suppress. When Bob Schieffer retired as host of CBS’s Face the Nation last June, he admitted to Howard Kurtz of Fox News: “Maybe we were not skeptical enough. It was a campaign.” He added that in his view it is the role of the opponents to “make the campaign” question the records of candidates. I wouldn’t want to tell that to Woodward and Bernstein about their coverage of Watergate during the 1972 election. Just before the 2008 election, Mark Halperin, co-author of the best-selling campaign book Game Change and now a Bloomberg TV host, was asked at a conference if the media had been too soft on Obama. He answered yes and went on to say that through the subtle choice of which stories to cover and where to deploy investigative resources, the national media had handed Obama “hundreds of millions in free publicity.” As I described in 2011: Halperin attributed the positive coverage in part to the historic nature of Obama’s candidacy. But he also noted that only a few hands had gone up in the crowded room when the audience had been asked how many had voted for George W. Bush. “I find it curious that far more time and media energy has been spent on Sarah Palin’s time in Wasilla, Alaska’s, city government in the last eight weeks than in looking at Barack Obama’s dozen years in Chicago politics and government over the last 18 months of his candidacy,” he noted dryly. And Ms. Palin was only running for vice president. . . . He called on reporters to look at their 2008 coverage of candidates after the election, in hopes that in the future they will “do a better job treating people equally.” As Ben Carson might say: fat chance of that happening.
It’s worth revisiting just how much the media gave Obama a pass in 2008. Take the infamous videos of the Reverend Jeremiah Wright, Obama’s Chicago pastor. Brian Ross’s ABC News report on Wright didn’t air until March 13, 2008, after more than 40 states had voted in the Democratic nomination contest and Obama needed only 225 delegates to wrap up the race against Hillary Clinton. Ironically, the videos of Wright’s speeches had been hiding in plain sight, easily obtainable in the gift store of Wright’s church. “After the videos hit, Obama narrowly limped home to the nomination as Hillary outperformed him badly, 302 to 171 in delegates in the final three months,” noted media critic Dan Curry earlier this year on his blog, Reverse Spin. If the Wright videos had hit prior to the Iowa caucuses, he says they “would undoubtedly have been devastating and fatal to a largely undefined Barack Obama.” Ironically, the Wright videos had in fact emerged earlier, in February 2007, when Rolling Stone ran a piece called “The Radical Roots of Barack Obama” right before Obama announced his bid for the presidency. The story so rattled the Obama team that they pulled Wright from the speaking roster less than 24 hours before the campaign announcement. But as former CBS News reporter Bernie Goldberg noted, the follow-up coverage on the Wright story was scant and notably apologetic. The story should have prompted full explorations of the Obama-Wright connections. Instead, there was media malpractice. The media malpractice extended to many other areas of Obama’s life. In October 2007, the New York Times ran an article headlined “Obama’s Account of New York Years Often Differs from What Others Say.”  It reported that Obama resisted any attempts to reconcile his account in his 1995 memoir Dreams from My Father with the recollections and records of those who knew him. The Times reported: Yet he declined repeated requests to talk about his New York years, release his Columbia transcript, or identify even a single fellow student, co-worker, roommate, or friend from those years. A campaign spokesman, Ben LaBolt, had this explanation for the candidate’s silence: “He doesn’t remember the names of a lot of people in his life.” Obama was also not willing to part with many of the names of people he knew and did remember, even those of whom he would have had records. His campaign declined to release a list of the approximately 30 clients for whom he worked personally while he was a lawyer with a law firm with close ties to the Daley machine in Chicago. His campaign also concealed and obfuscated relevant facts about Obama’s ties to the radical group ACORN — in the 1990s, he had served as a top trainer and lawyer for ACORN. Let’s stop pretending that there isn’t a glaring double standard in how presidential candidates are treated if they depart from the mainstream media’s ideological premises. Jack Cashill, the author of Deconstructing Obama, noted this weekend that Carson was right to point out the media’s lack of interest in Frank Marshall Davis, a well-known Communist who was Obama’s mentor in Hawaii. Davis wasn’t someone whose membership in the Communist party was a youthful indiscretion. He was a member of the party during the Stalin era until he was well into his 40s, and in 1956, Davis even took the Fifth Amendment in front of the Senate Internal Security Subcommittee. Obama spent 2,500 words in Dreams from My Father describing Davis’s influence on his life, but, before the 2008 election, no mainstream media outlet examined the connection. But Obama was clearly worried that Marshall’s past might haunt Obama in the run-up to this presidential campaign. His publisher said he “personally approved” the audio version of his memoir when it was released in 2005. That version removed all 22 of the book’s references to his mentor “Frank.”In 2012, David Maraniss of the Washington Post published a biography of Obama that belatedly discussed Davis as well as the many discrepancies in Obama’s account of his life. In his review of the Maraniss book, Buzzfeed’s Ben Smith wrote, “I counted 38 instances in which the biographer convincingly disputes significant elements of Obama’s own story of his life and his family history.” But reporters investigated very few of those discrepancies before the 2008 election. No one is suggesting that Ben Carson be given a pass on statements he made in his autobiography. Those are fair game. Carson has also at times unfairly lashed out at reporters — he criticized NRO’s Jim Geraghty for investigating Carson’s speeches and appearance for Mannatech. We should call out Carson for these unfair assaults. But let’s stop pretending that there isn’t a glaring double standard in how presidential candidates are treated if they depart from the mainstream media’s ideological premises. As Ben Carson put it in his news conference last Friday: “There is a fair way to do this and a very unfair way to do this.” — John Fund is National Review Online’s national-affairs correspondent.

Voir de plus:

Primaires républicaines
Accusé de mensonges, Ben Carson remet les points sur les iParis match
07 novembre 2015

Ben Carson, candidat à l’investiture républicaine pour la présidentielle américaine, accusé d’avoir menti sur sa jeunesse violente et sur une offre reçue par une prestigieuse école militaire, a maintenu ses propos et dénoncé une «chasse aux sorcières» contre lui.

Attaques fondées ou non ? L’avenir le dira. Toujours est-il que Ben Carson, le principal adversaire de Donal Trump en vue des primaires républicaines, selon les sondages * a été la cible d’accusations graves de la part de deux médias américains réputés sérieux : Politico et CNN. Le premier a affirmé vendredi que le neurochirurgien noir à la retraite avait prétendu avoir été reçu à l ‘une des plus prestigieuses écoles militaires des Etats-Unis –avant de choisir la filière médicale. L’histoire dit qu’il aurait obtenu son admission, assortie d’une bourse d’étude, après avoir dîné en mai 1969, à Detroit, avec le général William Westmoreland, devenu célèbre lors de la guerre du Vietnam. Or, l’institution n’a gardé aucune trace d’une acceptation dans ses rangs de Carson, ni même d’une candidature de celui-ci, a indiqué à Politico Theresa Brinkerhoff, porte-parole de l’académie militaire. Le site politique américain va plus loin : le général Westmoreland ne pouvait se trouver à Detroit au moment indiqué par Carson….

L’équipe de campagne du candidat a rejeté en bloc ses accusations. «Il n’a jamais déclaré avoir été admis ni même avoir candidaté» à West Point, a rétorqué Doug Watts, porte-parole de Carson, dans un communiqué publié par le site Daily Caller. Il a seulement dit, et le confirme, s’être vu proposer, à l’âge de 17 ans, une bourse d’étude par l’Académie de West Point. Suite à quoi Politico a quelque peu précisé ses propos : «Ben Carson a dit qu’il avait reçu une bourse d’études complète de West Point», ce qui «implique clairement», selon le site, une admission.

Des victimes imaginaires ?

Quant à CNN, elle a remis en cause le même jour les récits que le Dr Carson a fait, à plusieurs reprises, concernant les accès de colères auxquels il aurait dû faire face étant jeune. Dans plusieurs livres et discours, il a raconté plusieurs anecdotes qui ont surpris l’opinion, le chirurgien à la «voix douce», pour reprendre les mots de la chaîne américaine, étant réputé pour son flegme. Le petit Carson, qui a grandi dans un quartier défavorisé de Detroit, aurait notamment frappé un camarade de classe avec un cadenas ; mais aussi blessé avec une pierre un garçon ; ou encore menacé sa mère avec un marteau… De son côté, il affirme avoir été victime de «colères pathologiques», avant d’être «sauvé» par la religion. A l’âge de 14 ans, il aurait tenté de poignarder un garçon de son âge. Mais la lame de son couteau se serait cassée sur la boucle métallique de la ceinture de sa victime miraculée: une intervention divine, selon lui, qui l’a remis sur le droit chemin.

Problème : «neuf amis, camarades et voisins ayant grandi avec Carson ont déclaré à CNN n’avoir aucun souvenir de la colère ou de la violence que le candidat décrit.» En réponse à ces attaques, le médecin s’est dit outré de ce «tissu de mensonges qui veut faire croire qu’(il) men(t) sur (sa) propre vie.» «C’est lamentable, je pense que les médias tentent de détourner l’attention des sujets de débat importants de ce pays», a-t-il conclu lors d’une conférence de presse. Une fois n’est pas coutume, il a même perdu un peu de son calme olympien, interrompant un journaliste pour lui dire d’«arrête(r) de mentir», et dénonçant une «chasse aux sorcières».

* Ce samedi, la compilation réalisée par le site spécialisé RealClearPolitics le place même à la première place des intentions de vote (24,8%, contre 24,6% pour Trump).

Voir de même:

Monde
Ben Carson dans la tourmente sur son CV
ETATS-UNIS La vie du leader républicain des sondages est passée au microscope…
Philippe Berry
20 minutes

06.11.2015

C’est l’histoire d’un jeune Afro-Américain au tempérament violent, élevé dans la pauvreté par une mère célibataire, transformé par une intervention divine pour devenir un neurochirurgien brillant. La vie de Ben Carson semble tout droit sortie d’un film hollywoodien. Elle a même été portée à l’écran en 2009. Le problème pour le candidat républicain, qui fait la course en tête dans les sondages aux côtés de Donald Trump, c’est qu’il y a de gros doutes sur un épisode central de sa vie qu’il a mis en avant à de nombreuses reprises.

«Une offre informelle»
Dans son autobiographie, il raconte avoir reçu «une offre de bourse complète» pour rentrer à la prestigieuse académie militaire de West Point après ses excellentes notes au lycée. Mais il affirme l’avoir refusée pour choisir la médecine. Sauf qu’une enquête du site Politico montre qu’il n’y a aucune trace de cet épisode. Accusé d’avoir inventé l’histoire, Carson a tenté de s’expliquer dans une interview au New York Times: «Je ne me souviens plus des détails, mais on m’a dit qu’avec mes notes, je pourrais facilement obtenir une bourse pour West Point. C’était une offre informelle.»

Dans sa biographie, il écrit: «J’étais si fier. On m’a présenté le général Westmoreland, l’un des héros du Vietnam. J’ai dîné avec lui et ensuite, on m’a offert une bourse complète pour West Point». Sauf qu’il n’y a aucune trace de cet épisode du côté de l’administration de l’académie, et que ce soir-là, le général jouait au tennis à Washington.

Entrer à West Point est un processus compliqué. Il faut notamment être parrainé. Et il n’y a pas de bourse à proprement parler, l’éducation est gratuite en échange des années de service dans l’armée. Le seul qui pourrait confirmer sa version est le général, mais il est décédé.

Donald Trump au taquet
Il n’a pas fallu longtemps à Trump, qui se trouve au coude-à-coude avec Carson, pour réagir sur Twitter : « Ce n’est pas bon. Wow, l’un des nombreux mensonges de Ben Carson ! Grosse affaire. »

Ce n’est pas la première fois qu’un homme politique est accusé d’avoir enjolivé ou inventé une histoire. Mais pour Carson, qui fait de sa morale son argument principal, l’affaire prend de l’ampleur. CNN a enquêté sur son passé soi-disant violent et n’a trouvé personne pour confirmer des épisodes marquants. Carson affirme notamment qu’il a attaqué un ami avec un couteau, sa mère avec un marteau et qu’il a cassé le nez et les lunettes d’un camarade avec un caillou.

Acculé, Ben Carson a choisi d’attaquer les médias. Sur CNN (avant les révélations de Politico), il a dénoncé « des mensonges » et des « attaques pathétiques ». « Vous n’avez pas autant enquêté sur le passé de Barack Obama », accuse-t-il. Il aura l’occasion de s’expliquer mardi prochain, lors du prochain débat républicain.

Voir encore:

Présidentielle américaine : Ben Carson, l’improbable candidat républicain
À 64 ans, le plus improbable des candidats aux primaires se retrouve en tête des sondages avec 25 % des voix, au coude-à-coude avec Donald Trump. Portrait.
Hélène Vissière
Le Point
0/11/2015

Cet homme est une mine d’or pour les médias. Il y a d’abord ses perles. Obamacare, la réforme de la santé, est « la pire chose qui soit arrivée dans cette nation depuis l’esclavage ». Si les Juifs avaient été armés en Allemagne, ils auraient pu tenir tête aux nazis et éviter l’Holocauste. La preuve que l’homosexualité est un choix, c’est que « beaucoup d’hétéros qui sont emprisonnés ressortent de prison gays ». Pour défendre le port d’arme, il est allé jusqu’à clamer : « Sans aucun doute, la violence absurde est affreuse, mais je n’ai jamais vu un corps criblé de balles qui soit plus dévastateur que de supprimer le droit d’être armé. » Et tout récemment, il a expliqué que les pyramides ont été construites par Joseph, le fils de Jacob, pour servir de silo et stocker le grain. Ce qui a enchanté la twittosphère qui a multiplié les parodies : « Le Taj Mahal a été construit à l’origine pour être un terrain de handball », se moque un tweet.

Tu changes la radio ? Coup de couteau !
Apparemment, les étranges déclarations de Ben Carson, le neurochirurgien noir à la retraite, ne choquent pas l’électorat républicain. En effet, à 64 ans, le plus improbable des candidats aux primaires se retrouve en tête des sondages avec près de 25 % des voix, au coude-à-coude avec Donald Trump. Il est aussi celui qui a collecté le plus de fonds au dernier trimestre. Il est particulièrement populaire auprès de l’aile conservatrice religieuse du parti, qui adore sa biographie exemplaire. Ben Carson est issu d’une famille très pauvre de Détroit. Sa mère illettrée s’est mariée à 13 ans, mais divorce lorsqu’elle découvre que son mari, un pasteur baptiste qui deviendra ouvrier chez Cadillac, a déjà une autre famille. Le petit Ben raconte dans un de ses livres qu’il a un tempérament violent. Il a essayé de frapper sa mère avec un marteau, et, à 15 ans, a tenté de poignarder un ami parce qu’il avait changé la station de radio, mais la lame a heureusement heurté sa boucle de ceinture. Ben Carson se met alors à lire la Bible, découvre Dieu et, comme il l’écrit, « n’a plus jamais eu un problème de comportement ».

Élève brillant, il intègre Yale puis l’Université de médecine du Michigan et devient à 33 ans directeur du Centre de neurochirurgie pédiatrique à l’hôpital John Hopkins dans le Maryland. Il est célèbre notamment pour avoir séparé des jumeaux reliés par le crâne. Il en profite pour écrire six livres qui racontent son succès, faire des conférences et il a même fait l’objet d’une série télé sur sa vie. À part cette belle histoire de rédemption, ses partisans aiment beaucoup ses manières calmes et posées, à l’inverse du bravache Trump, autre outsider trublion qui insulte tout le monde. Ils apprécient aussi le fait que Carson ne soit pas un politicien de carrière. Et s’il n’a aucune expérience politique, ce n’est pas un handicap, comme il le dit dans un tweet merveilleux : « Les gens qui ont construit l’arche de Noé étaient des amateurs et ceux qui ont construit le Titanic étaient des professionnels. » Contrairement à Donald Trump, il est très pratiquant. Ce père de famille de trois enfants est adventiste du Septième Jour, une dénomination protestante qui célèbre le Sabbat et encourage ses fidèles à manger végétarien.

Chat sur Facebook
Ben Carson mène une campagne peu conventionnelle. Il interrompt ses meetings électoraux pendant plusieurs jours pour aller faire la promotion de son nouveau livre. Au lieu de s’entraîner avec un ou deux conseillers pour le débat télévisé, il a fait un questions-réponses avec un groupe d’électeurs. Il tchatte sur Facebook et se rend dans des temples et des cliniques plutôt que dans des cafés comme les autres candidats. Et il vient de lancer une pub radio avec un rappeur qui entremêle sa chanson d’extraits de discours. Il espère ainsi toucher une partie de l’électorat noir, en majorité démocrate.

Son ascension dans les sondages laisse analystes et médias dubitatifs. Même Donald Trump, qui a toujours réponse à tout, a avoué récemment « je ne sais pas ce qui se passe » lorsque Carson lui est passé devant dans l’Iowa. Le magnat de l’immobilier multiplie les piques en l’accusant de manquer de vigueur. Et c’est vrai qu’en débat, Carson est totalement soporifique. Outre ses gaffes incessantes, il semble aussi assez ignorant. Il a confondu le budget et le plafond de la dette. Sur Facebook, il affirme que comme lui « chaque signataire de la Déclaration d’indépendance n’avait aucune expérience d’élu », ce qui est faux. Benjamin Franklin, Thomas Jefferson et John Adams ont occupé des fonctions électives. Il rejette l’idée que l’activité industrielle provoque le réchauffement climatique et a déclaré en bon scientifique qu’il « va toujours y avoir soit un refroidissement soit un réchauffement ». Sans parler de ses positions fluctuantes sur les impôts, l’avortement…

Des liens étranges avec une société

Longtemps les médias l’ont un peu ignoré, jugeant l’individu trop bizarre. Mais sa remontée spectaculaire dans les sondages a changé la donne. Ces jours-ci, plusieurs articles ont montré qu’il avait tendance à enjoliver sa biographie. Il n’a cessé par exemple de répéter qu’au lycée, après une rencontre avec le général Westmoreland, il avait reçu une offre de bourse pour West Point, la prestigieuse école militaire, mais qu’il l’avait refusée car il voulait être médecin. En fait, après une enquête du journal Politico, il a reconnu qu’il n’avait pas reçu d’offre et n’a même pas postulé. Le même jour, le Wall Street Journal a mis en doute d’autres anecdotes comme celle où Carson prétend que pendant des émeutes raciales au lycée, il a protégé des étudiants blancs. Quant à CNN, elle n’a trouvé personne parmi ses copains qui se souviennent de son comportement violent et Carson a reconnu qu’il avait changé le nom de l’ami qu’il avait poignardé.

Les médias ont aussi mis au jour ses relations étroites avec Mannatech, une firme de compléments alimentaires. Il a fait des conférences à plusieurs de leurs manifestations, est apparu dans des vidéos promotionnelles, a figuré sur leur site internet et a dit que l’entreprise avait fourni de l’argent à son hôpital… Mais lors d’un des débats télévisés, il a clamé haut et fort qu’il n’avait aucun lien avec eux. Ce week-end, le chirurgien habituellement imperturbable s’est rebiffé et a attaqué violemment les journalistes, qui, selon lui, essaient de le traîner dans la boue parce qu’il constitue une menace « au mouvement progressiste laïque dans ce pays ». Est-ce que ces révélations successives vont nuire à sa popularité ? Pas sûr, car ses partisans sont farouchement loyaux et méprisent les médias. Mais s’il a des chances de remporter l’Iowa, le premier État des primaires dominé par la droite évangélique, en revanche, il aura plus de mal à s’imposer ailleurs, surtout si l’avalanche de révélations se poursuit.

Voir de plus:

Pour le candidat républicain Ben Carson, la Shoah aurait pu être évitée si les juifs avaient eu des armes
Repéré par Claire Levenson

Slate
09.10.2015
Le candidat à l’investiture républicaine multiplie les déclarations sur le droit de posséder des armes après la fusillade dans l’Oregon.

Après la fusillade qui a fait neuf morts le 1er octobre à Roseburg dans l’Oregon, le candidat aux primaires républicaines Ben Carson a fait plusieurs déclarations incendiaires. Quelques jours après la tuerie, il avait écrit sur Facebook:

«Il n’y a aucun doute que cette violence est terrible, mais je n’ai jamais vu un corps criblé de balles qui soit plus dévastateur que le fait de nous retirer le droit à porter des armes.»

Carson, un neurochirurgien à la retraite pour l’heure crédité de 17% des intentions de vote –ce qui le place en deuxième position après Donald Trump– a aussi dit que s’il se retrouvait face à un tireur, il ne se laisserait pas faire:

«Je ne le laisserais pas me tirer dessus. Je dirais: “Eh les gars, il faut tous qu’on l’attaque.” Peut-être qu’il peut me tirer dessus, mais il ne peut pas tous nous avoir.»

Point Godwin
Ces déclarations ont beaucoup choqué, ce qui n’a pas empêché le candidat républicain d’en rajouter hier sur CNN, où il a expliqué que si les juifs avaient eu des armes, la Shoah n’aurait pas eu lieu. Pendant l’interview, le journaliste Wolf Blitzer a cité un extrait du livre que vient de publier Carson («A More Perfect Union»):

«Les citoyens allemands ont été désarmés par leur gouvernement à la fin des années 1930, et au milieu des années 1940, le régime de Hitler avait massacré six millions de juifs et de nombreuses autres personnes considérées comme inférieures… En confisquant les armes et en diffusant de la propagande mensongère, les nazis ont pu mettre à exécution leur intentions meurtrières en rencontrant assez peu de résistance.»
Le journaliste a demandé à Carson de clarifier son propos, et celui-ci a déclaré:

«Je pense que la probabilité qu’Hitler atteigne ses buts aurait été fortement diminuée si les gens avaient été armés. Je vous dis qu’il y a bien une raison pour laquelle les dictateurs confisquent d’abord les armes.»

Dire que le port des armes aurait pu empêcher le totalitarisme nazi est une vieille tradition de l’ultradroite américaine, et par extension, tous ceux qui défendent le contrôle des armes sont associés à des nazis. Après la tuerie de l’école élémentaire de Sandy Hook en 2012, le site conservateur Drudge Report avait illustré un article sur les décrets présidentiels d’Obama sur le contrôle des armes à feu avec une image d’Hitler et de Staline.

La même année, le président de la NRA David Keene avait comparé le gouverneneur de New York Andrew Cuomo à Hitler parce qu’il voulait faire passer des réformes sur les armes à feu.

«Les gens qui connaissent l’histoire, pas juste en Allemagne mais ailleurs, regardent l’histoire et disent qu’on ne peut pas laisser ce genre de choses arriver ici», avait-il dit.

Les historiens contestent ces théories. Comme l’expliquait l’Anti-Defamation League, une association de lutte contre l’antisémitisme: «un petit nombre d’armes aux mains des juifs allemands qui étaient restés en Allemagne en 1938 (environ 214.000) n’aurait absolument pas pu arrêter le pouvoir totalitaire de l’Etat nazi».

Ce qui n’empêche pas la droite dure américaine de constamment présenter le port d’armes comme le seul rempart contre la tyrannie et le totalitarisme.

Voir de même:

Ben Carson, de la success-story à la course à l’investiture républicaine
Gilles Paris (Washington, correspondant)
Le Monde
04.05.2015

Avant le 7 février 2013, Ben Carson était une illustration presque consensuelle du rêve américain. Né en 1951 à Detroit (Michigan) au sein d’une famille modeste, cet Afro-Américain avait poursuivi une carrière météorite jusqu’à devenir l’un des neurochirurgiens vedettes du pays, rattaché au très huppé John Hopkins Hospital de Baltimore (Maryland). Cette trajectoire empreinte de religiosité (il est le fils d’un pasteur de l’Eglise adventiste du septième jour, une chapelle du protestantisme constituée aux Etats-Unis) avait d’ailleurs nourri plusieurs best-sellers et une pluie de décorations et de récompenses, dont la Presidential Medal of Freedom, la plus haute distinction pour les civils, accordée en 2008 par le président George W. Bush.

Principal orateur d’un rendez-vous annuel de Washington, le National Prayer Breakfast, M. Carson avait exécuté ce 7 février 2013, en moins d’une demi-heure, la politique du président démocrate Barack Obama, assis à la tribune à moins de deux mètres de lui. Une attaque en règle qui lui avait valu les louanges de la presse conservatrice et alimenté les interrogations sur d’éventuelles ambitions politiques, d’autant qu’il avait annoncé un mois plus tard sa décision de mettre un terme à sa carrière professionnelle. L’annonce de sa candidature à l’investiture républicaine, qui devait être formalisée dans sa ville natale lundi 4 mai, constitue l’épilogue attendu de cette offensive.

Soutien du Tea Party
Franc-tireur, Ben Carson se lance dans la course à la présidentielle de 2016 sans expérience ni soutien en dehors des cercles très conservateurs et souvent proches des Tea Party, que ses livres et ses interventions médiatiques ont fédérés. Sa démarche à cet égard est très proche de celle d’un autre Afro-Américain, Herman Cain, brillant homme d’affaires issu, lui aussi, d’une famille modeste et qui avait professé pendant les premiers mois des primaires républicaines un mélange de libéralisme économique et de conservatisme social avant que son amateurisme et surtout d’embarrassantes accusations de harcèlement sexuel mettent un terme à ses ambitions.

Conservateur, Ben Carson l’est jusqu’à la caricature lorsqu’il s’agit notamment d’homosexualité, qu’il associe à la bestialité, ou de la réforme de santé de M. Obama, qualifiée de pire fléau pour les Etats-Unis depuis l’esclavage. Mais c’est précisément ses positions éloignées du consensus qui lui valent de figurer à la hauteur des candidats déjà déclarés à l’investiture, comme les sénateurs Rand Paul (Kentucky) et Ted Cruz (Texas) dans les sondages mesurant les intentions de vote. Un rang flatteur compte tenu de la modestie de ses lettres de créances politiques, même si le rôle d’iconoclaste ne garantit pas contre les chausse-trappes d’une campagne. Bien au contraire.

Voir enfin:

Ben Carson : l’Obama républicain ?

Guillaume Lagane
Le Figaro
17/09/2015

FIGAROVOX/OPINION – Ben Carson peut-il devenir le candidat du parti républicain aux élections de 2016 ? La question se pose au moment où cet ancien chirurgien rivalise, dans les sondages, avec le favori du moment, le milliardaire Donald Trump. L’analyse de Guillaume Lagane.

Guillaume Lagane est maître de conférence à Sciences-Po Paris.

Ben Carson a des atouts. Né dans la pauvreté à Detroit, il est entré à Yale avant d’embrasser une carrière médicale qui l’a mené à la célébrité: il est le premier à séparer des jumeaux reliés par la tête en 1987, une success story typique du rêve américain. Seul noir dans la compétition pour l’investiture républicaine, il peut, sans risque d’être taxé de racisme, critiquer le président Obama dont la réforme de la santé est, dit-il, «la pire chose depuis l’esclavage».

Très conservateur, marié et père de trois enfants, il plaît à la frange Tea Party de la droite américaine. Ses convictions sont ancrées dans sa foi religieuse, celle des adventistes du septième jour. Violent dans sa jeunesse, Carson a calmé son tempérament par une lecture assidue du Livre des Proverbes. L’austérité de cette église protestante, dont les membres ne travaillent pas le samedi et prônent une alimentation équilibrée (William Kellog, fabriquant de céréales au petit déjeuner, était adventiste), plaisent à la frange évangélique du parti, un peu dubitative devant la vie amoureuse agitée de Donald Trump.

Le parti républicain est contraint de naviguer entre une ligne de fermeté en matière d’immigration (mexicaine pour l’essentiel) et soutien au libéralisme économique malgré les critiques contre le libre-échange, qui favoriserait la Chine.

En même temps, la candidature de Carson est encore fragile. Il a en effet en face de lui un formidable concurrent en la personne de Donald Trump, très connu, très riche et dont les propos populistes, sur l’immigration ou le déclin de l’Amérique, plaisent beaucoup à la base du parti républicain. Carson pourrait séduire les élites du parti, effrayées par la perspective d’une candidature Trump, qui ferait fuir les électeurs centristes. Mais, dans cette portion de l’électorat, il doit faire face à des adversaires coriaces, au premier chef Jeb Bush, plus modéré, mieux formé du fait de son passé de gouverneur, et soutenu par les vastes réseaux du clan familial.

Les primaires sont une compétition sans pitié, où la roche tarpéienne n’est jamais loin du Capitole. En 2012, un autre Noir, Herman Cain, avait connu un moment de gloire. Tout aussi conservateur, il s’appuyait sur sa réussite professionnelle après avoir dirigé une chaîne de pizzerias, la Pizza du Parrain (dont la devise était: «la pizza que vous ne pouvez pas refuser»). Mais ses errements en politique étrangère – il évoquait l’Ouz béki béki stan – et la révélation de ses infidélités conjugales l’avaient ensuite ramené dans les profondeurs du classement.

Reste que, pour le parti républicain, le choix d’un candidat est de plus en plus complexe. D’un côté, la base du parti est de plus en plus radicalisée et semble parfois tentée par l’abstention ou le vote pour un tiers parti (en 1992, la défaite de George Bush tenait beaucoup à la candidature de l’indépendant Ross Perot). Or, il est impossible de gagner sans mobiliser le cœur de cet électorat républicain. De l’autre, la victoire à l’élection présidentielle suppose de plaire à une portion plus modérée et centriste de l’électorat, en particulier les minorités ethniques, de plus en plus nombreuses (en 2042, les blancs seront minoritaires aux Etats-Unis).

Le parti est donc contraint de naviguer entre une ligne de fermeté en matière d’immigration (mexicaine pour l’essentiel) et soutien au libéralisme économique malgré les critiques contre le libre-échange, qui favoriserait la Chine. Une stratégie d’équilibre subtile, qui n’est pas sans rappeler celle de Nicolas Sarkozy, entre radicalisation de l’électorat et propositions réalistes, à la tête… des Républicains français.

Voir enfin:

Ben Carson : le deuxième président noir des Etats-Unis ?Jonathan Mann
Le Figaro

11/11/2015
FIGAROVOX/ANALYSE – Le journaliste de CNN, Jonathan Mann a suivi le dernier débat de la primaire du parti républicain. Il compare l’ascension de Ben Carson à celle de Barack Obama.


Jonathan Mann , journaliste et présentateur de «Political Mann» sur CNN International


L’histoire se répète et parfois très rapidement. Il a fallu plus de 200 ans aux États-Unis pour élire son premier président afro-américain. Des millions d’électeurs pensent désormais élire, sans grande explication, un autre afro-américain pour lui succéder.

Le candidat républicain Ben Carson, un neurochirurgien retraité sans aucune expérience politique, est en tête des récents sondages, un conservateur chrétien qui prêche le bien-fondé d’un gouvernement de taille réduite, de l’autonomie et de la foi.

«J’adore voir les gens venir vers moi pour me dire, ‘mais vous n’avez jamais occupé une fonction publique, vous ne savez pas ce qu’il faut faire’,» murmure Carson. «Mais permettez-moi de vous dire quelque chose. L’Arche a été construite par des amateurs. Le Titanic par des experts.»

À mesure que les navires progressent, Carson a le vent en poupe.

Il est passé du milieu de la myriade des candidats républicains pour se situer à la deuxième place à quelques encablures du milliardaire Donald Trump. Dans plus d’un sondage, la différence entre les deux candidats relève d’une marge d’erreur statistique, ce qui signifie que les résultats sont extrêmement serrés. Mais les chiffres de Trump sont stables alors que ceux de Carson ont augmenté.

La comparaison la plus intéressante est à faire avec Barack Obama. Pour ce qui est de leurs instincts politiques, ils se situent aux antipodes l’un de l’autre – mais il existe un parallèle frappant au sujet de leur passé.

Obama, 54 ans, et Carson, 64 ans, ont été élevés par des mères volontaires après que leurs pères les ont abandonnés.

Dans l’autobiographie de Carson, l’un des huit livres qu’il a écrit, nous apprenons que sa mère faisait partie d’une famille de 25 enfants et qu’elle s’était mariée à l’âge de 13 ans. Elle a eu deux enfants avant de découvrir que son mari était bigame, puis elle éleva seule ses fils.

Carson décrit sa mère comme une femme presque analphabète, mais il a étudié d’arrache-pied pour s’inscrire à la prestigieuse Université de Yale et devint un célèbre neurochirurgien pédiatrique. Parmi ses patients, on peut citer des frères siamois attachés par la tête. Carson fut le premier neurochirurgien à avoir séparé avec succès des frères siamois.

Carson sera parmi les candidats lors du prochain débat républicain. Nous sommes mardi soir aux États-Unis, il est très tôt mercredi matin en Europe, et ce débat vaut la peine d’être regardé uniquement pour Carson. Il parle d’une voix douce et choisit ses mots avec attention, mais il dit des choses étonnantes.

Il a nommé le nouveau régime d’assurance-maladie américain, connu sous le nom Obamacare, «la pire chose qui soit arrivée dans ce pays depuis l’esclavage.»

Carson insiste pour dire qu’il veut que tous les Américains aient accès aux soins de santé, mais sans l’intervention de l’État, qui, selon lui, donne au gouvernement le pouvoir de vie ou de mort sur ses citoyens.

Quelle que soit la politique qu’il a à l’esprit, la comparaison avec l’esclavage était incroyable venant d’un Afro-Américain, en particulier de la part de quelqu’un qui a rarement évoqué la notion de race au cours de sa campagne.

Cela peut s’avérer être l’une des grandes surprises de la candidature de Carson. Contrairement à la campagne électorale d’Obama il y a huit ans, personne ne semble prêter beaucoup d’attention à la couleur de sa peau.

Obama a fait de l’idée, jusque-là impensable et selon laquelle un homme noir occuperait la Maison Blanche, un fait banal et familier.

Ron Brownstein, analyste politique sur CNN, déclare que Carson a également des qualités plus intéressantes, pour les chrétiens évangéliques qui constituent un bloc d’électeurs très influents dans le parti républicain: il parle souvent de religion de manière très ouverte.

«Il tire davantage profit de sa foi que de sa race. Cela dit, une question ouverte demeure à savoir si Carson se verra imposer des limites chez les électeurs républicains blancs, en particulier dans le Sud, s’il demeure une option viable à une étape avancée dans le processus électoral.»

Entre-temps, le médecin est toujours dans la course et le pronostic est prometteur.

Voir par ailleurs:

UNE LECTURE DE BOURDIEU
Alain Accordo

Initiation à la sociologie
L’illusionisme social
CHAPITRE 6

Les stratégies

Le terme de «stratégie» exprime habituellement (conformément à son origine militaire) l’idée d’un plan réfléchi, d’un calcul rationnel mettant explicitement en rapport des objectifs définis et des moyens précis pour atteindre ces objectifs.

Si l’on s’en tenait à cette définition usuelle de la stratégie, il faudrait logiquement en déduire que toutes les stratégies par lesquelles un agent cherche à accroître son capital, en s’appropriant les profits spécifiques que produit l’activité d’un champ, sont des calculs délibérés et totalement conscients. En fait, d’un point de vue psychosociologique, il faut donner une autre acception au terme de stratégie. Non pas que les agents sociaux ne fassent jamais de calculs, de plans explicites et mûrement réfléchis. Mais cela ne constitue qu’une partie, et pas la plus grande, de nos pratiques. Comme nous l’avons déjà dit, grâce à notre habitus, à notre système complexe et transposable de prédispositions durables, nous possédons tout un potentiel de pratiques adaptées d’avance à un grand nombre de situations capables de nous assurer un rendement satisfaisant de nos investissements en capital dans tel ou tel champ. En somme, l’habitus est un opérateur de calcul inconscient qui nous permet de nous orienter correctement dans l’espace social sans avoir besoin d’y réfléchir. Les actions pédagogiques multiples auxquelles nous sommes soumis nous permettent d’acquérir les compétences indispensables pour tenir convenablement notre place dans le jeu social (1). Mais à la différence des rôles de théâtre, les rôles sociaux ne sont pas appris par cœur dans les moindres détails. Ce sont des rôles largement improvisés à partir du canevas constitué par la rencontre entre notre habitus et la situation concrète dans laquelle nous nous trouvons. Il suffit d’avoir bien intériorisé les règles du jeu, la logique du champ, pour jouer correctement et ramasser les gains correspondant à nos mises, c’est-à-dire à nos investissements. On peut dire à cet égard que tout agent possède un certain niveau de maîtrise de la pratique dans laquelle il est engagé. Mais il doit être bien clair que cette maîtrise est d’abord essentiellement une maîtrise pratique de la pratique, c’est-à-dire une aptitude à adopter les stratégies conformes (à la logique du champ, à la position occupée dans le système) sans le secours de la pensée réfléchie et explicite. Il y a ainsi une foule innombrable de choses que nous savons faire parce que nous avons appris à les faire, et au sujet desquelles nous n’avons jamais eu à nous interroger. Pourquoi faire ceci plutôt que cela, pourquoi le faire ainsi et pas autrement, comment pourrait-on faire autrement, pourquoi faire cela plutôt que rien du tout, etc. ? Ces questions ne nous ont jamais effleurés. Et on le comprend bien. S’il fallait en effet réfléchir au moindre de nos actes, à la moindre parole, à la moindre réaction, nous serions bien embarrassés et bien limités dans nos comportements. Tant que nos pratiques spontanées sont adaptées noui n’avons pas de raison majeure d’y réfléchir. En revanche lorsqu’une situation nouvelle exige une réponse qui n’est pas déjà inscrite dam notre habitus, nous sommes bien obligés de réfléchir au problème qui se pose. C’est alors que nous quittons le plan du vécu, celui de la maîtrise pratique de la pratique, pour nous situer au plan du conçu, celui de la maîtrise symbolique de la pratique. Maîtriser symboliquement la pratique c’est devenir capable d’engendrer des pratiques non spontanées qui obéissent à des règles explicites, à des raisonnements formels. Ce sont les insuffisances, les lacunes, les échecs de la maîtrise pratique de la pratique qui suscitent le passage à la maîtrise symbolique et rationalisée. Autrement dit c’est là où les stratégies inconscientes et automatiques d’ l’habitus sont mises en échec qu’il faut leur substituer des stratégies; conscientes et délibérées. Ainsi toutes nos pratiques peuvent se distribuer à des degrés divers entre deux pôles opposés : à une extrémité les pratiques qui nous donnent le sentiment d’agir de façon totalement libre parce qu’elles sont en fait commandées par une logique qui nous échappe, celle de l’habitus, à l’autre extrémité les pratiques consciemment et expressément réglées, codifiées par des règles grammaticales, techniques, morales, juridiques, etc. D’un côté des pratiques qui vont de soi, tellement évidentes qu’on n’a pas besoin de les expliquer ou de les justifier. De l’autre des pratiques que seule la raison et la règle peuvent imposer. Par exemple pour un enfant élevé dans une cité ouvrière la pratique langagière spontanée consiste à parler le français comme on le parle dans son milieu, dans sa bande, dans sa famille. Cela ne lui pose aucun problème tant qu’il s’agit de communiquer avec ses parents ou ses copains. Mais à l’école ses stratégies de communication automatiques sont mises en échec par la nécessité de parler et écrire une langue académique qui est pour lui presque l’équivalent d’une langue étrangère. Et comme son habitus linguistique est incapable de lui faire maîtriser spontanément cette langue scolaire, l’enfant est obligé de fournir des efforts considérables et parfois insurmontables pour maîtriser une nouvelle stratégie conforme aux impératifs de la logique scolaire.

Cet exemple nous permet d’ailleurs de souligner au passage à quel point la rencontre avec des situations nouvelles, des milieux nouveaux, des mœurs nouvelles, des univers sociaux différents est propice à la prise de conscience par les agents du caractère arbitraire du système de croyances et de mœurs dont ils avaient jusque-là la maîtrise pratique. Tant que je n’ai pas rencontré de pratiques différentes des miennes je peux m’imaginer que mes pratiques sont nécessaires, c’est-à-dire qu’elles sont «naturelles» et ne peuvent pas être autres que ce qu’elles sont. Je peux continuer à croire que ma façon de parler ou de manger, de me réjouir ou de m’attrister, de travailler ou de me divertir, d’aimer ou d’envisager le temps et l’espace, que tout cela est évident, normal, inévitable. Jusqu’au jour où, me trouvant dans des conditions objectives nouvelles, mon habitus continue à fournir des réponses spontanées manifestement désaccordées par rapport aux conditions nouvelles. Il est temps alors de réfléchir et de remplacer, si possible, la stratégie automatique par la stratégie rationnelle, qui finira peut-être par tomber elle-même, à la longue, au rang de stratégie automatique, puisque, comme nous l’avons vu un peu plus haut, l’habitus ne cesse de subir et d’intégrer les effets pédagogiques de l’expérience.

Ce n’est donc pas par hasard que les agents obtiennent les résultats qu’ils obtiennent. Qu’il s’agisse de métier, de salaire, d’établissement scolaire, de diplôme, de résidence, de vacances, de mariage, d’activités culturelles ou sportives, etc., tout se passe comme si la maîtrise pratique des agents leur permettait de connaître intuitivement les probabilités objectives d’appropriation de telle ou telle variété de capital. La maîtrise pratique du champ se traduit chez l’agent par des attentes, des espérances subjectives en concordance avec la position occupée (et avec la trajectoire suivie jusque-là). Les aspirations sont spontanément ajustées au capital possédé, de telle sorte que les agents n’obtiennent rien qu’ils n’aient raisonnablement voulu et ne veulent raisonnablement que ce qu’ils peuvent obtenir. Il peut paraître surprenant de voir à quel point les agents savent se limiter et s’accommoder de ce que les conditions objectives les autorisent à revendiquer et de ce qu’elles leur refusent. Le vieil adage légué par les anciens («cordonnier, ne regarde pas plus haut que la chaussure») semble être la règle de l’immense majorité des agents. Sans avoir le sentiment de se contraindre, de s’imposer un renoncement, chacun est conduit à adopter la stratégie compatible avec sa position dans le champ. Cela ne signifie pas que les agents s’abstiennent de nourrir des aspirations ou de formuler des revendications ; cela signifie seulement que ces aspirations et ces revendications sont dans l’ensemble «convenables», «raisonnables», non exorbitantes par rapport à la position occupée, et que sans effort particulier les agents évitent d’avoir «les yeux plus gros que le ventre», ou de vouloir «péter plus haut que leur derrière», ou de «vouloir décrocher la lune», conformément au «bon sens», c’est-à-dire au sens pratique qui leur a été inculqué.

Si les agents s’accommodent aussi facilement des limitations de leur condition, c’est évidemment parce que ces limitations sont inscrites dans leur habitus et que celui-ci ne leur dicte en conséquence que des choix socialement acceptables. Les agents vivent ces choix comme l’expression même de leur volonté personnelle, et ils n’ont absolument pas conscience que tout choix est en même temps une censure, un refoulement, la négation de toutes les autres possibilités. Le choix est vécu positivement comme une réalisation effective, un accomplissement, et non pas négativement comme une impossibilité de faire autrement, comme une mutilation. Bref, chacun a appris à faire de nécessité vertu. Semblables au renard de la fable qui ne pouvant atteindre les raisins d’une treille trop haute décrète que ces raisins après tout «sont verts et bons pour des goujats», transformant ainsi son échec en marque de dédain et de supériorité, nous excellons habituellement à tourner à notre avantage et à percevoir comme des vertus les nécessités qui nous sont imposées par la position objective que nous occupons. On peut, de ce point de vue, dire que les goûts sont le produit de l’intériorisation de la nécessité. Plus exactement ils sont le produit incorporé et naturalisé de conditions sociales d’existence qui se définissent par leur distance à la nécessité (et tout d’abord à la forme la plus contraignante de la nécessité : la nécessité économique). La distance à la nécessité et donc le degré de liberté dans le choix sont évidemment plus grands pour les agents pourvus d’un capital important que pour ceux qui en sont dépourvus. On aime forcément la viande de porc et les haricots secs quand on ne peut pas s’offrir du bifteck et des haricots verts frais. Pascal faisait à juste raison remarquer que personne n’est malheureux de n’être pas roi, sauf un roi dépossédé de son pouvoir parce que justement la condition normale d’un roi est de continuer à régner. De même personne n’est malheureux de n’avoir qu’une seule bouche alors que tout le monde se lamenterait de n’avoir qu’un œil. Faire de nécessité vertu c’est avoir appris à refuser nous-mêmes ce que la société nous refuse, à assumer sans réticence le destin social le plus probable qui nous est réservé et à nous réconcilier avec l’inévitable, comme un spectateur de music-hall qui croit sincèrement avoir lui-même choisi dans le paquet que lui présente le prestidigitateur la «carte forcée» que celui-ci l’a en réalité obligé à prendre. Qu’il s’agisse d’épouser un ouvrier spécialisé ou un P.D.G., de préparer un D.U.T. d’électronique ou une agrégation de médecine, d’habiter une cité-dortoir ou un quartier résidentiel, de boire du gros rouge ou des grands crus à tous les repas, chacun a le sentiment qu’il fait ce qu’il doit, qu’il a ce qui lui est dû. En d’autres termes l’ordre établi n’est pas seulement un ordre établi à l’extérieur de nous-mêmes. C’est aussi et surtout un ordre établi en nous-mêmes, et qui se reproduira d’autant mieux à l’extérieur qu’il est plus profondément enraciné à l’intérieur.

Et pourtant, malgré ces pesanteurs du système, malgré cette inertie de l’habitus, la réalité bouge, et finit par changer. Il importe à cet égard de préciser qu’il n’y a pas à opposer mécaniquement la stabilité et le mouvement des structures sociales parce qu’en fait, c’est la même logique qui entraîne la reproduction des structures et leur transformation. L’accumulation des différentes espèces de capital modifie le rapport des forces sociales, en modifiant les conditions objectives d’existence. Par exemple au XIXe siècle, l’accumulation capitaliste a entraîné la prolétarisation des masses paysannes, la massification industrielle urbaine, l’accroissement du niveau moyen d’instruction des travailleurs, etc. D’où inévitablement l’apparition d’un nouvel habitus de classe : l’habitus ouvrier avec ses aspirations, ses revendications spécifiques ; habitus qui lui-même a continué à évoluer avec les transformations du système industriel capitaliste. Ces transformations ont aussi entraîné le développement de couches et de catégories nouvelles de travailleurs (par exemple les «cols blancs», les employés, etc.), elles-mêmes porteuses de revendications, de besoins. Si les revendications et les besoins qui apparaissent à mesure que le capital s’accumule étaient normalement satisfaits, chacun y trouverait son compte et la stabilité serait assurée. Mais la logique de l’appropriation du capital par les dominants qui tend vers la monopolisation fait que des aspirations légitimes ne sont pas satisfaites. On ne peut pas à la fois tendre à monopoliser le capital et le répartir équitablement en fonction des besoins réels. D’où des frustrations, du malaise, du mécontentement, des luttes pour modifier les choses. Et ainsi, d’une génération à l’autre, l’habitus se transforme en intégrant des dimensions nouvelles et des aspirations contradictoires à la fois au changement et au maintien de l’ordre existant. Par exemple, les couches moyennes sont partagées entre le désir de faire tomber les barrières qui les séparent de la bourgeoisie dominante et la crainte de voir tomber les barrières qui les séparent des classes populaires. Dans les classes populaires elles-mêmes on est loin de voir régner uniformément, tant s’en faut, des aspirations révolutionnaires. Les militants révolutionnaires savent combien il est difficile de mobiliser les travailleurs les plus exploités, les plus démunis. En effet, le comble de la dépossession c’est d’être aussi dépossédé de la capacité de réfléchir à la dépossession dont on est victime et de ne pas pouvoir prendre conscience qu’il est possible de se battre pour mettre fin à cette dépossession.

Ainsi donc la reproduction des structures sociales n’exclut pas mais au contraire implique une certaine dose de changement inévitable. Il n’y a pas reproduction stricte, étroite, des structures (au sens où on l’entend quand on parle de la copie fidèle d’un original), mais reproduction élargie, qui à terme engendre des rapports nouveaux. (Que l’on songe par exemple à la façon dont les rapports économiques capitalistes se sont lentement constitués au sein même de la société féodale qui s’est pourtant «reproduite» pendant des siècles tout en se transformant progressivement).

Il n’est donc pas contradictoire avec l’affirmation que les choses peuvent changer, de dire qu’elles ne changent pas vite et que la cause de cette lenteur c’est, entre autres causes, l’inertie des habitus qui conduit les agents à se comporter pour une large part en reproducteurs sociaux (et cela est vrai même pour les agents qui au plan politique adoptent des positions révolutionnaires).

Pour être tout à fait rigoureux, il faudrait préciser que la disposition à faire de nécessité vertu, à se censurer et à renoncer à ce à quoi on n’a pas droit, est elle-même une disposition qui s’acquiert et se renforce avec les enseignements de l’expérience.

Les nouveaux entrants dans un champ, c’est-à-dire le plus souvent les agents les plus jeunes, n’ont pas encore entièrement intériorisé la logique de fonctionnement du champ. N’étant pas, par définition, pourvus d’un important capital spécifique, ils peuvent se permettre toutes les ambitions. Celles-ci ne coûtent rien, et tous les espoirs sont permis quand on n’a rien à perdre et tout à gagner. C’est pourquoi les nouveaux entrants se comportent généralement en prétendants à la domination dans le champ. (Nous verrons un peu plus loin que tous les prétendants n’adoptent pas les mêmes stratégies d’accès aux positions de pouvoir.) En fait toutes les prétentions (aspirations préexistant aux moyens de se satisfaire) ne seront pas satisfaites. Bien des prétendants comprendront, plus ou moins rapidement, qu’ils ont visé trop haut, qu’ils n’avaient pas «les pieds sur terre», et qu’il faut savoir «mesurer ses forces». La répétition de ces désillusions, l’accumulation de ces échecs, grands et petits, dans un champ, dans un autre, puis dans un autre encore, exercent une action pédagogique considérable sur les agents qui intériorisent ainsi, un peu mieux à chaque déception, sous forme d’un habitus toujours mieux structuré, ce fameux «sens des réalités», ce sens du placement (au double sens de place dans le jeu et d’investissement rentable) qui fait que chacun se réconcilie avec sa condition et finit par «faire son deuil» de tout ce que sa condition lui interdit d’espérer. Mais à la différence du deuil qu’on prend à la mort d’un être cher, le deuil de nos espérances n’engendre pas le chagrin parce que le désenchantement vient progressivement et que d’ailleurs on ne peut pas pleurer la mort d’espérances qui n’ont pas eu le temps de vivre puisque, à mesure que nous avançons en âge et en expérience, notre habitus censure toujours plus étroitement nos aspirations et nos goûts. On peut dire que le vieillissement social se mesure à cette aptitude à assumer sa condition objective, à se satisfaire de n’être que ce qu’on est, à en être content et même à s’en faire une gloire. Il est vrai que tout au long de ce processus de vieillissement social, les agents sont soutenus et réconfortés par toutes les variantes (morales, philosophiques, religieuses, politiques) du discours idéologique dominant sur le thème majeur de «après tout, chacun a ce qu’il mérite».

Fondamentalement, les stratégies mises en œuvre par les agents dans les luttes qui les unissent ou les opposent sont commandées par la position qu’ils occupent dans le champ, c’est-à-dire dans la structure de répartition du capital spécifique de ce champ. La position occupée commande les stratégies de l’agent par l’intermédiaire de son habitus qui lui fournit à tout moment une évaluation pratique des chances de profit objectivement inscrites dans la position. En toutes circonstances l’habitus répond aux sollicitations de la situation en engendrant les besoins, les vœux, les aspirations, et donc les pratiques qui correspondent à la position occupée (2).

On peut ainsi distinguer schématiquement trois grands modèles de stratégies correspondant d’une part aux positions ordonnées autour du pôle dominant, d’autre part à celles qui s’ordonnent autour du pôle dominé, enfin à celles qui se situent dans les zones intermédiaires de l’espace social.
a) Les stratégies dominantes :

d’une façon générale les agents en position dominante dans un champ tendent à adopter des stratégies défensives, favorables au statu quo et de nature à reproduire les rapports de force établis. Les dominants ont une propension au conservatisme d’autant plus forte que leur position est plus puissante et mieux assurée. On ne scie pas une branche sur laquelle on est assis ; on ne peut éprouver sérieusement le besoin de modifier en profondeur la logique d’un champ qui fonctionne à votre profit, à moins, bien sûr, que le changement, devenu nécessaire et irrépressible, ne s’intègre lui-même à une stratégie de reproduction et de conservation plus réaliste qui fait des concessions pour mieux conserver (on «lâche du lest», on «fait la part du feu», on «recule pour mieux sauter»).

Les dominants, du fait même de leur position, sont en accord profond avec le monde social tel qu’il est. Celui-ci est ce qu’il doit être puisqu’ils y exercent la domination qu’ils sont convaincus de mériter. Rares en effet sont les dominants qui, le préjugé naturaliste aidant, n’ont pas la conviction d’être pétris dans une pâte un peu spéciale, d’être porteurs de propriétés hors du commun, de dons, de charismes qui les mettent au-dessus du grand nombre, de façon distincte, distinctive et distinguée. Ils transforment ainsi leur essence sociale, c’est-à-dire l’identité que leur confèrent les verdicts plus ou moins arbitraires et hasardeux des institutions, en essence naturelle et personnelle, irréductible et ineffable. En étant comme ils sont, ils sont «comme il faut». Ils sont le devoir-être incarné. Ils constituent ce qu’il est convenu d’appeler des élites, des aristocraties, d’autant plus assurés de leur excellence que pour exceller continûment il leur suffit de rester eux-mêmes, sans ostentation et sans emphase.

L’observation des différents champs (et en particulier du champ des classes sociales) montre que les stratégies des agents dominants (et singulièrement de la fraction dominante de la classe dominante, la grande bourgeoisie) se caractérisent par la mesure, la sobriété, la discrétion. Quand on est réellement en position de force, surtout quand on l’est de longue date, on n’a pas besoin de faire étalage de sa puissance. Les dominants notoires sont suffisamment reconnus et autorisés, ils disposent d’un capital symbolique suffisant pour ne pas avoir à faire et refaire sans arrêt la preuve qu’ils sont bien ce qu’ils sont réputés être et que l’institution dit qu’ils sont. De sorte que la façon la plus distinctive de manifester la supériorité éclatante des moyens dont on dispose, c’est précisément de ne pas chercher à attirer l’attention, de ne pas se donner en spectacle. D’où le caractère habituellement réservé, pondéré et détendu des comportements des dominants que leur habitus détourne spontanément des pratiques les plus voyantes et de la recherche de l’effet par lesquelles les prétendants trahissent leurs prétentions et les parvenus leurs origines modestes. L’insistance pesante, la pose qui veut en imposer, l’enflure, la surenchère tapageuse, la provocation, l’agitation bruyante, l’éclat retentissant, sont des traits révélateurs de l’angoisse et de la tension engendrées par une légitimité insuffisante ou douteuse, chez ceux que leur position dominée -ou leur accession trop récente à une position dominante- condamne à «se faire remarquer», à «en rajouter» pour «être distingués» sans jamais être sûrs d’y parvenir tout à fait. L’agent dominant, au contraire, se sent sûr de lui, pleinement justifié d’être ce qu’il est. Cette certitude de soi-même est la racine commune de toutes ces propriétés emblématiques (discrétion, retenue, flegme, litote, aisance, élégance, etc.) caractérisant un art de vivre qui se reconnaîtrait sans doute dans ce que Valéry disait de l’art classique : «la perfection ne s’atteint que par le dédain de tous les moyens qui permettent de renchérir».

Cette tranquille assurance est aussi à l’origine du discours d’orthodoxie, discours de rappel à l’ordre que le m’as-tu-vuïsme insolent et dérangeant des nouveaux entrants finit par arracher aux dominants. Le discours d’orthodoxie consiste, en substance, à réactiver le nécessaire respect des règles du jeu, dont il importe de rafraîchir le souvenir chez ceux qui auraient tendance à les perdre de vue, en particulier chez les nouveaux venus qui manifestent des velléités de remise en cause de l’ordre établi dans le champ. Ce qui n’empêche nullement les dominants d’un champ de prendre eux-mêmes des libertés avec la règle du jeu. Là encore il s’agit d’une propriété de position intériorisée sous forme d’une disposition de l’habitus à agir en prenant avec le strict respect du code, de l’étiquette, des convenances, les distances que seul le virtuose accompli peut se permettre de prendre. Le dominant étant par essence un maître, un expert, un champion, reconnu comme tel, sa virtuosité même le met à l’abri de la tension, de la crispation pouvant aller jusqu’à l’inhibition totale qu’engendrent le souci d’être approuvé, la crainte du ridicule et l’angoisse du conformisme. Du coup la marque de la virtuosité du dominant devient sa capacité de jouer le jeu en jouant avec la règle du jeu, comme on peut le voir à l’évidence dans les comportements de condescendance, entre autres. Un grand bourgeois maîtrisant parfaitement le code des «bonnes manières» peut, à l’occasion, se permettre des familiarités de parole ou de geste avec son personnel domestique. Le domestique ne peut, lui, se permettre de se laisser-aller. Le même comportement qui serait une faute dans sa position devient chez son patron un témoignage de l’aisance propre à quelqu’un qui maîtrise tellement bien les règles, qui les a si bien incorporées et dont la supériorité est tellement reconnue, qu’il n’a plus besoin de se «surveiller», de se contraindre et de se censurer, comme un académicien célèbre qui s’autorise à utiliser des locutions populaires ou des expressions triviales dans la conversation avec le détachement tranquille de celui qui sait que personne n’ira le soupçonner de manquer de compétences linguistiques légitimes. Au contraire, les transgressions de la règle par les dominants ont toute chance de leur valoir un profit symbolique supplémentaire. On dira d’eux que «non seulement ils sont forts, mais en plus ils sont tellement simples», et ils réaliseront ainsi, sans même le rechercher expressément, le paradoxe de se mettre au niveau de leurs interlocuteurs devenus pour un instant leurs pairs, sans amoindrir si peu que ce soit la supériorité statutaire de leur position, une telle stratégie permettant de jouer gagnant à la fois sur le tableau de la distinction et sur celui de la légitimité. Les dominants peuvent se permettre des accommodements avec les grands principes dictés par un sens du compromis qui est un trait de leur habitus. Familiarisés avec tous les aspects du commandement, de la gestion, ils savent d’expérience que le bon gouvernement d’un champ implique de savoir négocier et faire le cas échéant les concessions ou les entorses qui s’imposent, avec souplesse et réalisme, pour mieux préserver l’essentiel, à savoir leur domination. Tous les dominants s’accorderaient avec le grand-bourgeois Buddenbrook pour reconnaître la nécessité d’admettre des «tolérances»(3), qui, au regard d’une stricte orthodoxie, ne seraient pas «tout à fait irréprochables». Du coup ils offrent à des prétendants dominés, condamnés par position à être impeccables, la possibilité de développer, sur le thème du nécessaire «retour aux sources», des stratégies de dénonciation et de moralisation qui consistent à retourner le discours d’orthodoxie contre les dominants en les accusant de «trahir» la pureté de l’idéal originel et de tomber dans la compromission. Les prétendants s’efforcent ainsi à la fois de discréditer les dominants et de s’ériger eux-mêmes en défenseurs intransigeants de l’intégrité d’un jeu dans lequel, à la morale de l’intérêt qui est celle des dominants, ils peuvent opposer leur propre intérêt à et pour la morale.

De ce que le jeu avec la règle du jeu est un trait typique des pratiques de dominants il faut toutefois se garder de conclure que les dominants ne sont pas sincèrement convaincus du bien-fondé de la règle, du sérieux du jeu et de ses enjeux. Les marques de désinvolture, les concessions et les transgressions, ne sont pas forcément des signes de tiédeur dans l’adhésion mais plutôt une façon qui se veut plus «intelligente» et détendue d’appliquer les règles, dans leur esprit plutôt que dans leur lettre. Cette distance au rôle n’interdit nullement aux dominants de se percevoir comme exemplaires et de «donner l’exemple» qui conditionne et entretient la reconnaissance. Faisant là encore de nécessité vertu, leur habitus les incline à s’imposer eux-mêmes ce que leur assigne leur essence sociale. La devise de l’aristocratie d’Ancien Régime, «noblesse oblige», est celle de toutes les noblesses, de toutes les élites, obligées par leur position même de se montrer «à la hauteur» en toutes circonstances, et de se faire un devoir de ce qu’à la limite personne d’autre ne les croirait tenues de faire.

Bien évidemment tous les agents des classes supérieures ne disposent pas des mêmes moyens de domination et nous avons déjà vu que, selon la structure de répartition des différents capitaux, c’est-à-dire plus précisément selon le rapport entre capital économique et capital culturel, on peut distinguer pour le moins une fraction dominante, plus riche en capital économique qu’en capital culturel et une fraction dominée, plus riche en capital culturel qu’en capital économique, constituée essentiellement par les diverses catégories intellectuelles et artistiques. Il s’agit là d’une des oppositions les plus importantes du monde social. En effet ces deux grandes fractions de la classe dominante détiennent, l’une l’essentiel du pouvoir temporel, l’autre l’essentiel du pouvoir symbolique, et cette division du travail de domination a pour effet de les faire fonctionner dans un rapport de frères-ennemis, à la fois solidaires et concurrents, complémentaires et antagonistes, cette opposition s’incarnant sous sa forme peut-être la plus exemplaire dans les personnages du patron d’entreprise et du professeur (ou encore de l’artiste d’avant-garde).

Selon les circonstances, les dominés de la classe dominante adoptent des stratégies qui, schématiquement, sont tantôt commandées davantage par leur intérêt générique, à savoir par leur appartenance aux dominants, tantôt commandées davantage par leurs intérêts spécifiques, à savoir les intérêts liés à leur position de dominés. En tant que dominants, ils font cause commune avec les autres et assurent efficacement leur part du travail de domination, non pas d’ailleurs au nom de l’intérêt de la seule classe dominante, mais généralement au nom de valeurs qu’ils perçoivent et promeuvent comme universelles. Dans la mesure où ils sont dominés et souvent mal traités par les autres dominants, ils peuvent être conduits à sympathiser diversement avec certaines fractions des classes dominées, à l’intention desquelles ils déploient des stratégies de séduction et d’alliance qui leur permettent de s’appuyer sur une base sociale solide dans leur lutte contre les autres dominants, en particulier sur le plan des luttes politiques où les intellectuels les plus dominés ont toutes chances de se transformer en représentants, porte-parole et délégués des classes populaires ou de la petite-bourgeoisie dont la confiance et le soutien leur permettent d’obtenir pleinement la reconnaissance qui leur est mesurée, voire refusée, par les autres dominants.

Mais si ces stratégies d’alliance ont souvent pour origine l’antagonisme entre fractions dominantes et fractions dominées des classes dominantes, elles peuvent avoir aussi pour origine la concurrence que se livrent inévitablement entre elles les différentes catégories d’agents du monde intellectuel et artistique. En effet, dans tous les champs et sous-champs de la vie culturelle, intellectuelle, artistique, politique, ces catégories sont engagées dans une concurrence acharnée pour le monopole du pouvoir symbolique qui en est l’enjeu spécifique par excellence. Comme on peut s’en douter, on trouve à l’intérieur de ces fractions dominées, une inégale répartition du capital spécifique, avec des agents en position dominante et des agents en position dominée.

Les dominants sont ceux qui ont réussi à imposer (contre leurs prédécesseurs) une nouvelle définition légitime dans tel ou tel domaine des pratiques intellectuelles et artistiques (nouvelle théorie, nouveau dogme, nouvelle méthode, nouveau style, etc.). Bref, ce sont les partisans et les défenseurs d’une orthodoxie (religieuse, politique, esthétique, juridique, morale, etc.) par rapport à laquelle toute innovation risque d’apparaître comme une hérésie dangereuse. Tout nouvel entrant dans un champ intellectuel ou artistique a donc le «choix» entre deux types de stratégie opposés : ou bien il adopte une stratégie de succession qui consiste à se soumettre à l’orthodoxie, à intérioriser les modèles dominants, et à faire patiemment l’apprentissage de la domination sous le patronage des dominants. Dominants et candidats respectueux à la succession trouvent également leur compte dans cet échange de reconnaissance, les uns en s’assurant l’obéissance et la fidélité des aspirants à la domination, les autres en s’assurant la caution et la protection des titulaires et la garantie que, le moment venu, la passation des pouvoirs s’effectuera à leur profit (toutes les «élites» fonctionnent de cette façon-là, en recrutant leurs membres, par sélection et cooptation, parmi des héritiers dûment façonnés et prédisposés). Ou bien alors le nouvel entrant, à défaut d’être un héritier, se comporte en hérétique et s’engage dans une stratégie de subversion. Un agent subversif est un agent qui, en règle générale, «n’a rien à perdre» à tenter d’imposer d’un seul coup son autorité, sans attendre la reconnaissance octroyée par les dominants. Il s’agit en l’occurrence de réaliser sans délai une accumulation de capital initial qui demande habituellement plus de temps (les formations aristocratiques sont toujours plus longues que les autres). Ces «jeunes loups» pressés, qui «pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître», se livrent en fait à de véritables coups de force symboliques qui, lorsqu’ils réussissent, les propulsent dans les sphères dominantes au détriment de certains dominants et de leurs successeurs désignés. Les stratégies de subversion ne vont évidemment pas sans perturber plus ou moins profondément l’ordre établi dans le champ, dans la mesure où elles impliquent une rupture plus ou moins radicale avec les définitions légitimes, les règles canoniques, les modèles académiques, les taxinomies officielles et autres expressions de l’orthodoxie régnante. Aussi sont-elles généralement combattues avec vigueur par les dominants et dénoncées par eux comme d’intolérables menaces pour le champ tout entier. En réalité, comme nous l’avons vu précédemment, la logique de fonctionnement d’un champ est indissociablement consensuelle et conflictuelle. Il y a inévitablement dans la population du champ une proportion variable d’agents, dominés de préférence, animés d’une volonté de subversion dont l’expérience montre qu’elle va rarement jusqu’à la consommation intégrale de la rupture. L’objectif essentiel des stratégies de subversion c’est la hiérarchie existante et non pas les principes mêmes qui sont au fondement de la hiérarchie. Dans les champs fonctionnant au capital symbolique plus encore que dans les autres, il convient de se méfier des apparences. Il est plus facile qu’ailleurs d’y faire figure de révolutionnaire, mais les stratégies de subversion y sont plutôt des révolutions de palais, ou mieux, des sacrilèges rituels, c’est-à-dire des pratiques qui donnent l’apparence d’attenter aux valeurs dominantes mais qui, loin de désacraliser le jeu et ses enjeux, contribuent en définitive à renforcer leur caractère sacré et à alimenter la foi dans les valeurs fondamentales du champ. On pourrait, parmi bien d’autres illustrations, évoquer l’histoire du champ artistique où les rapports entre générations d’artistes vont traditionnellement sur le mode de l’anathème, de l’excommunication et de l’exclusion réciproque, sans que le fonctionnement du champ en soit affecté, bien au contraire, car les concurrents les plus féroces participent, par leur concurrence même, à la concélébration fétichiste des valeurs transcendantes de l’Art éternel et universel.

Le propre des pratiques culturelles et artistiques étant d’être des pratiques symboliques c’est-à-dire de consister essentiellement en une production — et une consommation — de sens (au moyen de mots, signes, images, formes, et autres signifiants dont on peut manipuler la signification à l’infini), on conçoit qu’elles se prêtent mieux que toutes autres aux surenchères distinctives de la part des agents en compétition, engagés dans une escalade dont le principe consiste à affirmer sa différence en niant ou en annulant symboliquement la différence précédemment imposée par d’autres concurrents. Mais la même logique qui pousse certains agents à adopter une stratégie de contre-pied, les expose inévitablement à être eux-mêmes, à terme, pris à contre-pied. D’où la prolifération des chapelles, écoles, sectes, obédiences, courants, tendances, cénacles, artistiques,religieux, philosophiques, politiques, etc., qui, à partir d’une même source d’inspiration originelle, en arrivent à s’opposer sur des différences de plus en plus ténues et d’autant plus âprement défendues qu’elles risquent d’être plus insignifiantes, vues objectivement. (Que l’on songe par exemple à l’extraordinaire morcellement des écoles psychanalytiques nées des divergences d’interprétation des mêmes théories freudiennes, au foisonnement des églises chrétiennes réformées, à l’extrême diversité des courants marxistes, aux multiples manières de concevoir et de pratiquer le libéralisme, le socialisme, l’idéalisme philosophique, le réalisme esthétique, etc., pour s’en tenir à quelques exemples spectaculaires.)

Ce sont ces stratégies de contre-pied qui, de négation en négation de la négation, sont à l’origine de convergences, de rencontres, de collusions symboliques qui, de prime abord, peuvent paraître assez étranges, comme celles de certains artistes ou intellectuels d’avant-garde qui, à force de vouloir s’éloigner de ce qu’ils perçoivent et définissent comme une mentalité «bourgeoise», un goût «pompier», un style «académique», etc., sont conduits à adopter une démarche populiste, c’est-à-dire à aller chercher leur inspiration et leurs modèles du côté des classes populaires auxquelles ils empruntent des pratiques qui jusque-là étaient plutôt perçues comme vulgaires ou grossières, et donc plutôt stigmatisantes au regard des normes légitimes. Mais ils les transfigurent, les ennoblissent en les combinant avec des formes plus raffinées, plus élaborées, plus savantes, à la façon par exemple dont les musiciens de cour du XVIIe siècle (comme Lulli) ont emprunté à la culture paysanne cette danse sautillante et sans prétention qu’était le menuet pour en faire une structure musicale nouvelle, sans rapport avec la danse paysanne, en l’intégrant dans la forme savante de la suite (XVIIe) puis de la sonate (XVIIIe), ou encore à la façon dont les écrivains (comme Honoré d’Urfé et Mlle de Scudéry) ont introduit dans la littérature romanesque de la même époque, des bergers et des bergères qui échangent des propos amoureux et dialoguent avec distinction dans la langue des beaux esprits des salons parisiens. De nos jours, le populisme des intellectuels et des artistes est tout aussi réel, et il se manifeste dans toutes sortes de stratégies de récupération, de restauration et de réhabilitation des propriétés appartenant (ou ayant appartenu) au «petit peuple» des villes et des campagnes : habitations, mobilier rustique, vêtements, musiques et danses «folkloriques», recettes culinaires, cérémonies et rituels, façons de parler dialectales, etc. Il s’agit là d’un bricolage symbolique, c’est-à-dire de la production pour les besoins de la concurrence interne dans des champs où les classes populaires n’accèdent guère, d’un objet nouveau à partir de l’assemblage de bouts et de morceaux détachés d’une culture populaire et qui n’ont plus aucun rapport avec leur ensemble d’origine, (cf. par exemple l’«invention» de l’Occitan et de l’Occitanie par les théoriciens régionalistes militants, à partir de dialectes et de territoires qui ont certes existé historiquement mais qui n’ont jamais eu cette unité culturelle ni politique).

On ne saurait terminer l’examen des stratégies dominantes sans dire un mot des stratégies d’alliance matrimoniale, qui jouent un rôle particulièrement important parmi les stratégies de reproduction : elles servent en effet à assurer la reproduction biologique du groupe sans mettre en péril sa reproduction sociale (sa position) par des mésalliances. Elles visent donc à unir les membres d’un groupe dominant aux membres d’un groupe au moins équivalent sous tous les rapports pertinents.

Naguère encore les mariages étaient arrangés par les familles. Aujourd’hui certes on tient compte davantage des inclinations et des sentiments personnels, mais le risque de mésalliance reste minime, d’abord pour la raison fondamentale que les jeunes gens et les jeunes filles de la bonne bourgeoisie ont un habitus dûment façonné et fortement structuré par leur socialisation spécifique, ensuite parce que toutes les précautions sont prises pour rendre hautement improbables des rencontres imprévues en dehors du milieu de la bonne société (cf. par exemple l’institution des rallyes). Si on y ajoute que les familles bourgeoises sont en général nombreuses, ramifiées, avec une parentèle étendue, on ne s’étonne pas que les stratégies matrimoniales présentent une très forte homogamie, avec une proportion élevée de redoublements d’alliance et de mariages consanguins. Ainsi se sont constituées et se maintiennent des lignées, des dynasties qui font de la bourgeoisie de vieille souche, la noblesse de l’époque contemporaine.

b) Les stratégies dominées :

s’agissant des agents les plus dominés du champ des classes sociales, c’est-à-dire des classes populaires, le faible volume des capitaux qu’ils détiennent, en tous domaines, et leurs conditions objectives d’existence caractérisées par le poids plus ou moins contraignant de la nécessité (et d’abord de la nécessité économique), entraînent que leurs pratiques ont pour principe le choix du nécessaire. En d’autres termes, leur habitus les incline à opérer de façon systématique des choix, à exprimer des goûts, des opinions, qui sont en conformité avec la modestie de leur condition. Les gens «simples», les «petites gens», comme on les appelle, ont des stratégies à la mesure de leurs moyens. Grâce à leur intuition pratique de ce qui leur est accessible et inaccessible et à leur évaluation spontanée des chances de profit qui sont les leurs, ils sont généralement à l’abri des tentations démesurées, des ambitions exorbitantes et ils parviennent à s’accommoder de leur situation, satisfaits d’être ce qu’ils sont. D’autant plus satisfaits que pour l’immense majorité des agents des classes populaires, l’expérience de la misère et de l’insécurité n’est jamais très éloignée dans le temps ni dans l’espace social. Ils ont souvent connu eux-mêmes le dénuement, la détresse matérielle, ou alors ce sont leurs parents, leurs proches, leurs amis. Leur mémoire personnelle (et collective) est pleine de souvenirs de la condition terrible des sous-prolétaires dont leur famille a réussi un jour à sortir et où ils redoutent toujours d’avoir à replonger. Au fond, pour eux, la réussite sociale consiste non pas tant à se promouvoir vers des positions supérieures qu’à éviter de retomber dans une condition inférieure, au-dessous du «seuil de pauvreté», celle du «quart-monde», par rapport à laquelle gagner honnêtement sa vie, avoir «une bonne place», manger à sa faim, «avoir la santé», constituent d’inappréciables privilèges.

C’est ce qui explique le réalisme des stratégies populaires, gouvernées plus que toutes autres par le principe de conformité (conformité aux attentes du groupe et à la position occupée). Sans avoir le plus souvent le sentiment douloureux d’être frustrés, de s’automutiler, les agents des classes populaires s’interdisent spontanément ce qui leur serait de toute façon refusé socialement. Ils ne cherchent pas à «décrocher la lune» dans quelque domaine que ce soit. Il y a d’ailleurs peu de domaines de la vie sociale auxquels les classes populaires aient pleinement accès objectivement et où par conséquent elles pourraient avoir subjectivement un réel désir d’accéder. Dans nombre de champs sociaux, les classes populaires sont soit totalement absentes, soit présentes par procuration, comme on peut le voir avec une évidence particulière dans les champs fonctionnant principalement au capital symbolique ( dans ses différentes variétés intellectuelles, artistiques et politiques). Rien n’est plus symptomatique de cette exclusion à la fois objective et subjective que le maigre bilan —quand ce n’est pas dans bien des cas le fiasco complet— en matière de participation du public populaire, de toutes les entreprises culturelles pieusement intentionnées qui s’efforcent (par expositions, représentations, formations, etc.) de faire accéder «le peuple» aux pratiques et aux consommations culturelles les plus légitimes.

Si les stratégies populaires sont aussi «raisonnables», c’est que l’habitus populaire a profondément intériorisé la logique des rapports de domination qui,nous l’avons vu, implique l’adhésion des dominés à l’ordre établi et s’inscrit chez eux sous forme d’une disposition à l’acceptation, à l’obéissance et au respect des distances sociales. Les classes supérieures ont d’ailleurs toujours tiré le meilleur parti (pour elles) de cette disposition fondamentale des classes populaires à se laisser maneuvrer, entretenue par des contreparties éventuelles, réactivée par des miettes de profit matériel et /ou symbolique. Et de l’Antiquité à nos jours, on a souvent vu dans l’histoire se produire un phénomène de mobilisation des fractions les plus démunies, les plus misérables des classes populaires, en faveur des puissants, des riches, des maîtres (4). Ce qui peut s’expliquer aisément : le sous-prolétariat agricole ou industriel est constitué d’agents qui se trouvent non seulement dans un extrême dénuement matériel mais aussi dans une extrême pauvreté idéologique. Privés des instruments symboliques qui leur permettraient de théoriser leur expérience, et d’analyser la réalité, ils connaissent le comble de la dépossession qui est de ne même pas pouvoir comprendre qu’ils sont dépossédés. Cet état d’aliénation leur interdit de se constituer en groupe-pour-soi ayant une identité commune et corollairement une solidarité et une cohésion. Atomes sociaux isolés, ils dérivent dans l’espace social, prêts à céder à l’attraction du plus minime des profits immédiats que les démagogues de toute envergure ne manquent pas de leur faire miroiter. Dans leurs luttes internes pour s’emparer des leviers du pouvoir, les fractions concurrentes des classes dominantes se sont souvent servi de ces cohortes de nécessiteux marginalisés par la faillite, la misère, la solitude, le chômage, l’analphabétisme, pour en faire une masse de manoeuvre utile à la réalisation de leurs ambitions» En particulier les classes dominantes s’efforcent de dresser le sous-prolétariat contre les fractions les plus avancées idéologiquement des classes populaires et les plus contestataires. Cette opération de division des dominés n’a cessé de faire la preuve de son efficacité depuis les patriciats de l’Antiquité gréco-latine jusqu’aux bourgeoisies latino-américaines, en passant par la bourgeoisie bonapartiste du XIXe siècle ou la bourgeoisie nazie du XXe.

Au demeurant, l’existence dans les classes populaires de fractions éclairées, progressistes, parvenues à la conscience de leur identité et à la définition d’une stratégie de lutte autonome, prouve que ces classes ne forment pas un ensemble amorphe, indifférencié, uniformément et passivement soumis à la domination des classes supérieures. Mais il faut bien constater que la fraction parvenue à une vision critique de l’ordre social est loin de constituer une majorité et qu’elle a bien du mal à mobiliser l’ensemble des dominés sur des mots d’ordre spécifiques. Cela s’est produit à certains moments de l’Histoire, dans des périodes révolutionnaires, ou d’intense lutte sociale, et ces grandes mobilisations populaires, parfois en alliance avec d’autres forces, ont imposé des rapports de forces et par voie de conséquence des changements importants dans l’organisation sociale. En France, 1789 fut l’un de ces temps forts, avec 1848, La Commune, 1936, etc. On comprend aisément qu’aux yeux des dominants, l’existence chez les dominés de fractions capables de contester rationnellement et durablement l’ordre établi, constitue un danger qu’il faut se garder de négliger et qu’il convient de combattre le cas échéant par tous les moyens.

Un des grands enjeux des luttes sociales (en particulier des luttes idéologico-politiques) c’est, aujourd’hui comme hier, de réussir à enrôler la grande masse des classes populaires sous la bannière du maintien de l’ordre social ou au contraire sous celle du changement. Mais les structures de l’habitus étant ce qu’elles sont, il semblerait que les classes populaires forment encore aujourd’hui un public dans l’ensemble plus disposé à entendre les variantes modernistes du discours traditionnel d’euphémisation et de célébration de l’ordre établi qu’un discours de dénonciation et de subversion.

En résumé, l’analyse des stratégies des agents des classes populaires conduirait à un tableau assez nuancé selon la position et la trajectoire des agents dans la structure de répartition des capitaux à l’intérieur de ces classes sociales. Il est sûr, par exemple, que la probabilité de voir ces agents adopter une démarche critique et explicitement politisée augmente en fonction du volume du capital culturel détenu, bien qu’il n’y ait pas de lien automatique (nous y reviendrons dans le prochain chapitre). Mais si l’on devait s’en tenir aux propriétés les plus répandues dans les classes populaires, il faudrait souligner la propension à faire de nécessité vertu, à s’accommoder de son destin social, entretenue par les immanquables et incessants rappels à l’ordre que les groupes populaires adressent à ceux de leurs membres qui, à l’occasion, se laissent aller à transgresser les interdits et à manifester des prétentions, à «faire des chichis», à «prendre la grosse tête», etc., ces sanctions et mises en demeure diverses contribuant efficacement à l’homogénéisation de l’univers social populaire et à l’ effet de clôture qui en découle.
c) Les statégies moyennes :

quand on entreprend l’examen des stratégies des classes moyennes, il est bon d’avoir à l’esprit que celles-ci aussi comportent des fractions différentes et qu’en toute rigueur, il conviendrait de distinguer entre les dispositions caractéristiques de la petite-bourgeoisie traditionnelle et celles de la petite-bourgeoisie d’exécution ou celles de la petite-bourgeoisie nouvelle. Mais sans entrer dans l’examen détaillé de leurs différences, il est possible de montrer ce que les stratégies de ces différentes fractions ont en commun et qu’elles doivent à une raison fondamentale : elles sont commandées par un habitus qui, dans tous les cas, est celui d’agents occupant des positions intermédiaires, échelonnées dans une zone moyenne, une espèce d’entre-deux social entre le pôle dominant et le pôle dominé de la structure des classes sociales. Cette situation objective commune a, entre autres conséquences importantes, celle d’obliger les agents des classes moyennes à se définir en permanence par le double rapport aux classes supérieures et aux classes inférieures (c’est-à-dire populaires). La logique de la distinction leur impose de maintenir et si possible d’accroître la distance qui les sépare de celles-ci, et de diminuer en même temps la distance qui les sépare de celles-là. Le petit-bourgeois est, par essence sociale, un prétendant, doublement tendu, d’une part par sa crainte d’être rejoint, de se voir dévaloriser par la divulgation de ses propriétés (la hantise du nombre) et d’être englouti dans le flot nombreux et obscur des «masses populaires», d’autre part par son ambition d’acquérir des propriétés plus rares, plus distinctives, de s’élever vers des positions supérieures et d’accéder à la bourgeoisie.

Il s’ensuit que les stratégies des classes moyennes présentent fréquemment un aspect subversif, une tonalité contestataire. Contestation qui peut revêtir les formes les plus diverses, y compris les plus radicales en apparence, mais qui relève en général plutôt de l’opposition dans le système que de l’opposition au système. Ce qui, au demeurant, est logique : le prétendant au titre ne peut pas vouloir sérieusement contester l’existence du titre ; il ne peut que vouloir se mettre à la place du titulaire ou partager le titre avec lui. Au-delà de ses intérêts spécifiques le prétendant a un intérêt générique puissant en commun avec les occupants des positions supérieures : l’intérêt au maintien de l’ordre établi, des hiérarchies existantes, à l’intérieur desquelles il aspire à se promouvoir davantage, en empruntant d’ailleurs aux bourgeois dominants certains traits de leur style de vie et en contribuant ainsi à diffuser ces modèles dominants dans tout le corps social.

Il n’en demeure pas moins que la distance entre les classes moyennes et les classes supérieures est considérable. Les capitaux détenus par les unes sont sans commune mesure avec les capitaux accumulés par les autres. Les membres des différentes fractions de la petite-bourgeoisie ne sont ni immensément riches ni supérieurement instruits, ils n’occupent pas des postes de responsabilité très élevés, ils n’ont pas des héritages économiques et culturels impressionnants. En conséquence, leurs prétentions à accéder à des positions supérieures se heurtent à des obstacles nombreux et parfois insurmontables. Aussi sont-ils constamment obligés d’en rabattre et de se contenter d’une apparence plus ou moins illusoire de supériorité. Ils deviennent des praticiens du faux-semblant et du vraisemblable, des consommateurs de simili, avides des signes extérieurs et des symboles apparents d’une domination temporelle et spirituelle à laquelle ils n’ont pas réellement les moyens matériels et culturels d’accéder pleinement. D’où la fréquence des stratégies de bluff caractéristiques des classes moyennes, toujours préoccupées de se mettre en scène pour donner la représentation la plus valorisante possible de leurs propriétés (5). S’il y a un univers social qui évoque l’illusion théâtrale, c’est bien celui des classes moyennes, dans lequel les agents ne sont pas vraiment ce qu’ils donnent l’apparence d’être, cette comédie sincère, ce mentir-vrai, exprimant le décalage entre l’importance sociale que ces agents se donnent à eux-mêmes (ou, si l’on préfère, leurs prétentions) et l’importance qui leur est reconnue effectivement par les institutions et les autorités légitimes. Et comme la reconnaissance sociale s’exprime, entre autres signes, par des appellations contrôlées, des labels et des titres officiels, on comprend pourquoi les agents des classes moyennes, dans leurs efforts pour se mettre en scène et en valeur, accordent tant d’importance aux appellations qui servent à désigner leurs positions et leurs fonctions, par exemple leurs catégories socio-professionnelles (6). Il est connu, en effet, que selon l’intitulé employé pour la désigner, une pratique peut gagner ou perdre en prestige social et donc rapporter une plus-value symbolique différente.

Certes, tous les agents sociaux sont obligés, plus ou moins, de faire de la mise en scène. Mais la propension à en faire est moins nette dans les classes supérieures et dans les classes populaires que dans les classes moyennes ; dans les classes populaires parce qu’on y est «modeste» (en moyens d’existence et en prétentions) et qu’on accepte plus facilement d’être ce que l’on est visiblement, d’où le franc-parler, le franc-manger, le style «à la bonne franquette» ; et dans les classes supérieures, parce que disposant des moyens réels d’assurer une légitime supériorité on peut se permettre de cultiver une aristocratique «simplicité». Les agents des classes moyennes au contraire sont constamment poussés à «en faire trop» de peur de ne pas en faire assez, et à tomber dans la surenchère. Il est significatif à cet égard que les métiers de la communication, de la relation, de la présentation et de la représentation, attirent particulièrement aujourd’hui les membres de la petite-bourgeoisie que leur habitus prédispose à recourir à toutes les technologies du faire-voir et du faire-savoir, pour produire et reproduire un produit qui n’est rien d’autre que leur propre style de vie érigé en modèle, et pour promouvoir le besoin de ce style de vie.(7)

Ce besoin de paraître exprime à sa façon, spectaculaire, une volonté d’ascension sociale qui s’actualise de manière moins évidente mais tout aussi caractéristique dans les stratégies de fécondité des classes moyennes. A la différence des classes populaires et de la bourgeoisie dominante, les petits-bourgeois ont peu d’enfants (moins de deux par ménage, en moyenne). La limitation des naissances, qui est la forme la plus élémentaire et la plus spontanée du numerus clausus, traduit bien la tension et les prétentions inscrites dans l’habitus de ces agents que leurs ambitions mêmes, leur désir de promotion, obligent à concentrer les moyens dont ils disposent et leurs investissements éducatifs sur le minimum de têtes.

En résumé on pourrait dire que les stratégies des classes moyennes ont pour dénominateur commun leur situation en porte-à-faux dans la structure des classes sociales. Ni dominants, ni dominés, mi-dominants, mi-dominés, les petits-bourgeois, portés par des dispositions contradictoires à la fois à accepter et à contester l’ordre existant, sont conduits à jouer, dans la reproduction de celui-ci, un rôle ambivalent, en ce sens qu’ils contribuent efficacement par leur travail d’encadrement, de formation et de manipulation symbolique à intégrer l’ensemble des dominés et à les soumettre à la domination des classes supérieures, et qu’en même temps, encouragés par la légitimité que leur confère la reconnaissance de leur supériorité par les classes populaires, ils entretiennent avec les classes supérieures une relation à la fois fascinée et agressive, où les meilleurs sentiments sont toujours mêlés de ressentiment, dans la logique du dépit amoureux.

A la fin de ce chapitre consacré aux stratégies , il est bon d’insister encore une fois sur la nécessité d’écarter toute interprétation intellectualiste et volontariste de ce concept qui tendrait à faire des investissements des agents le produit d’un calcul explicite et délibéré mettant consciemment en relation des moyens et des fins. S’il faut constamment réitérer cette mise en garde c’est parce que le langage courant à lui seul entretient un contresens permanent sur la nature exacte de nos stratégies en les décrivant dans des termes connotant l’intentionnalité, en parlant de «buts», de «visées», etc. Si nos investissement sont stratégiques, c’est bien parce qu’ils sont finalisés, mais leur finalité est le plus souvent objective, sans intention expresse. Cet apparent paradoxe s’explique, nous l’avons vu , par la nature même de l’habitus, structure interne de subjectivité qui, parce qu’elle se constitue par intériorisation des structures objectives externes, est capable d’engendrer spontanément des pratiques pertinentes et adaptées, raisonnables sans être raisonnées, c’est-à-dire obéissant à une rationalité implicite, inscrite dans l’habitus même. Ce qui explique pourquoi les agents, même les plus enclins à l’auto-analyse, sont si souvent embarrassés par la question de savoir pour-quoi ils font ce qu’ils font. En s’inspirant de la formule célèbre de Pascal, on pourrait dire que l’habitus a des raisons que la raison ignore.

(1) A cet égard, l’habitus peut se définir comme un système de compétences, au double sens du terme (savoir-faire et aussi droit socialement reconnu à exercer ce savoir-faire).

(2) Nous avons vu plus haut que la réponse de Fhabitus peut – à cause de son mouvement inertiel – prendre du retard sur l’évolution du champ et par conséquent ne plus être adaptée à la situation. Ainsi par exemple les membres des groupes en déclin social peuvent être conduits par la nostalgie de leur puissance passée à adopter ce qu’on pourrait appeler la stratégie d’Alceste, Le Misanthrope de Molière, qui, au milieu d’une noblesse devenue courtisane, totalement soumise au bon plaisir du roi, s’obstine à vouloir se comporter en «homme d’honneur», c’est-à-dire conformément à la morale de l’ancienne noblesse, ce qui finit par le rendre inadapté à la vie de cour et par là-même insupportable à son entourage.

(3) «II y a dans la vie moderne des affaires, des choses qu’on est convenu d’appeler des tolérances…Une tolérance, comprends-tu, c’est une manoeuvre qui n’est pas tout à fait irréprochable, qui ne se conforme pas tout à fait à la loi écrite et qu’un esprit profane juge déloyale, mais qui cependant, par un accord tacite, est admise couramment dans le monde des affaires. La ligne de démarcation entre tolérance et délit est très difficile à tracer…N’importe…» Thomas MANN, Les Buddenbrook, Points, Fayard, p.457.

(4) On voit aussi se produire constamment des flambées de violence meurtrière contre les maîtres (révoltes d’esclaves, jacqueries paysannes, émeutes,etc.) Celles-ci ne contredisent pas vraiment l’affirmation de la tendance à la soumission. En effet ces violences explosives ne s’inscrivent pas dans une stratégie de conquête du pouvoir, elles ne contestent pas la domination dans son principe même. Ce sont des réactions sans projet et sans lendemain à un excès d’oppression.

(5) La société américaine offre à cet égard un terrain d’observation privilégié à cause du développement des classes moyennes aux Etats-Unis. Mais cet aspect important de l’american way of life a été depuis longtemps importé et adopté dans les sociétés européennes occidentales. Et cette diffusion culturelle doit justement beaucoup à la volonté de distinction d’une petite-bourgeoisie nouvelle soucieuse d’optimiser son look et de donner l’image la plus favorable d’elle même.

(6) II peut paraître insignifiant et même dérisoire à première vue de s’intituler «kinésithérapeute» plutôt que «masseur», «artisan d’art» plutôt que «potier», «artiste capillaire» ou «visagiste» plutôt que «coiffeur», mais dans la logique de la distinction symbolique cela cesse d’être indifférent ou ridicule, tout comme il est préférable de s adonner à des activités désignées par des termes anglo-américains (mailing, marketing, body-building, etc., quand ce n’est pas «brioching»!) plutôt que par des termes banalement français.

(7) Pour être tout à fait précis, il faudrait nuancer le propos en fonction des différentes fractions de la petite-bourgeoisie. On trouvera un tableau plus détaillé de leurs styles de vie en annexe, à la fin de l’ouvrage.

Voir encore:

Cérémonie de naturalisation en niqab au Canada : les ravages du relativisme culturel

Le Figaro

09/11/2015

FIGAROVOX/TRIBUNE – Zunera Ishaq est devenue canadienne à visage couvert, prêtant le serment de citoyenneté en niqab. Alban Ketelbuters estime que l’Occident assiste à la montée en puissance d’un islam conquérant dans la sphère publique sans condamnation des progressistes et des féministes.


Alban Ketelbuters est doctorant en Histoire & civilisations à l’Ecole des hautes études en sciences sociales; et doctorant en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).


Si le niqab était promu par des intégristes catholiques, l’immense majorité des progressistes et des féministes l’auraient condamné. Beaucoup de ceux qui se montrent intraitables avec la violence machiste orchestrée par des mâles blancs de culture chrétienne, qui font le plus souvent l’objet d’une condamnation immédiate et unanime, se font beaucoup plus discrets, nuancés et compréhensifs quand il s’agit d’hommes et de femmes non blancs de culture islamique. Dans une société qui dénonce à l’envi la «culture du viol», un étendard pornographique aussi archaïque et avilissant que le niqab, vecteur d’une idéologie fasciste, qui met en scène de manière aussi caricaturale l’infériorité du sexe féminin, ne mériterait aucun débat universitaire ou politique digne de ce nom.

Le relativisme culturel s’est tellement propagé en Amérique du Nord que l’on peut désormais prêter serment le visage dissimulé. Une telle exaltation de l’obscurantisme religieux ne revient-elle pas à gifler ces millions de femmes qui, dans les pays du Moyen et du Proche-Orient, du Maghreb, d’Afrique et d’Asie luttent au péril de leurs vies pour s’en affranchir? Pire, elle alimente l’amalgame qui consiste à ne plus distinguer, chez les musulmans, les démocrates laïques des intégristes réactionnaires.

Alors qu’un islam politique, impérialiste et totalitaire ne cesse de croître à l’échelle du monde, beaucoup de progressistes et de féministes ont rendu le climat social encore plus malsain à travers des prises de position contre-nature vis-à-vis des principes et des idéaux dont ils se réclament. Quand celles et ceux qui sont supposés défendre l’idée de progrès, la justice sociale, l’égalité (entre les peuples, entre les sexes), l’instruction, la culture et l’émancipation du plus grand nombre s’accommodent volontiers du sectarisme religieux, défendent le voilement des cheveux, du corps et du visage d’une partie de la population, procèdent à une dénonciation à géométrie variable du patriarcat et renoncent à promouvoir la laïcité, il est légitime et nécessaire de s’interroger sur la crédibilité et la nature de cette «gauche».

Quand des progressistes n’osent pas dénoncer le niqab en tant qu’il véhicule une idéologie sectaire d’extrême droite, ou quand des féministes qui traquent la moindre plaisanterie machiste et dénoncent quotidiennement (et à juste titre) les résidus patriarcaux à l’œuvre dans la société, mais sont incapables du moindre examen probant vis-à-vis d’une telle aberration démocratique, il ne faut pas s’étonner que le progressisme et le féminisme soient l’objet d’un désamour grandissant et de critiques virulentes.

Comme l’a écrit Fethi Benslama dans sa Déclaration d’insoumission à l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas (Flammarion, 2005), «si la logique du patriarcat gouverne l’Islam à l’instar d’autres civilisations, elle revêt néanmoins, dans son système, des caractéristiques qui la rendent plus virulente, plus cruelle, plus difficile à ébranler […] L’inégalité instituée, le ravalement légitimé des femmes par la loi théologique sont des faits patents». Et le psychanalyste d’ajouter que «l’islamisme radical a trouvé à travers le voile le moyen retors de faire revenir la honte du corps féminin dans l’espace public».

Pourquoi vouloir débusquer la moindre inégalité et se taire face à la plus spectaculaire d’entre elles? Pourquoi livrer les citoyens de culture ou de confession musulmane, vivant en conformité avec les mœurs des pays qui les ont accueillis, aux intégristes les plus réactionnaires faisant primer les lois de la «chari’a» sur toute autre considération? Pourquoi se taire sur le fanatisme islamique alors qu’il n’a jamais été aussi présent, aussi conquérant et aussi meurtrier à l’échelle du monde? Pourquoi des féministes célèbrent-elles chaque année la mémoire des disparues de la tuerie de l’École polytechnique de Montréal, et se taisent sur le despotisme ordinaire qui est à l’œuvre à travers le voile islamique? Faudra-t-il que des islamistes promènent leurs femmes en laisse pour qu’elles réagissent?

Ne pas dénoncer cette idéologie d’extrême droite qui travaille en profondeur les démocraties occidentales, comme s’y refuse pour des raisons obscures une large part de la gauche intellectuelle et politique, est une véritable trahison. Car aujourd’hui, force est de constater que nombre de progressistes et de féministes ne combattent plus l’intégrisme religieux. Ils ne font que l’accompagner, voire l’encourager.

Voir de plus:

Le footballeur néerlandais, Nacer Barazite, dans l’œil du cyclone pour avoir refusé de serrer la main à une journaliste sportive

Oumma

10 novembre 2015

Encensé, il y a une semaine, pour son excellente prestation sous le maillot du FC Utrecht qui en a fait « le joueur du match » incontesté, Nacer Barazite, le footballeur néerlandais d’origine marocaine, est aujourd’hui immolé pour une poignée de main qui a définitivement éclipsé ses deux buts victorieux.

Une poignée de main refusée à une journaliste de Fox TV, Hélène Hendricks, laquelle s’était précipitée vers le héros de la rencontre pour recueillir ses impressions sur la pelouse de ses exploits, au nom de croyances religieuses qui étaient connues de tous et qui avaient fait l’objet d’un communiqué de presse, en début de saison, portant le sceau officiel de la direction de son club afin de parer à toute polémique passionnelle.

Mais patatras ! Après été couvert de fleurs, Nacer Barazite essuie à présent une salve de critiques assassines, fusant notamment de la part d’un ancien responsable de football des Pays-Bas qui a été le premier à tirer à boulets rouges sur son refus de tendre la main à une femme. « Barazite peut s’en aller et rejoindre l’Etat islamique », a vitupéré ce dernier, en perdant son sang-froid et tout sens de la mesure…

Comble de l’ironie dans cette violente tempête extra-sportive, la journaliste, présentée comme la malheureuse victime du dogmatisme islamiste ou encore intégriste, ne s’est pas le moins du monde offusquée du comportement de Nacer Barazite à son égard, l’essentiel étant ailleurs, en l’occurrence à la célébration du meilleur buteur du moment.

All That’s Left Is the Bitterness
Noah Rothman

Commentary magazine

Nov. 10, 2015

Last night, the promise of Barack Obama’s presidency was fully exhausted
The president had strived in the wake of his party’s second consecutive midterm drubbing to portray himself as an indefatigable warrior who would not succumb to the same lame duck syndrome that afflicted his two-term predecessors. Disillusioned with the delineation of powers, Obama sought to demonstrate his force of will by expending as much executive authority as he could get away with – even if that meant running afoul of the Constitution he swore to uphold and protect. The climax of Obama’s caudillo act came when he signed a series of “executive actions” – one dare not call them executive orders, for that implies their legitimacy – pertaining to the status of several classes of illegal immigrants. Obama declared his intention to interpret broadly his discretionary authority to enforce existing immigration law and simply insisted that some of those laws were to be ignored. On Monday night, a three-judge panel on the Fifth Circuit Court of Appeals upheld an injunction on those actions. The president, for all his accumulated powers that would surely make the Founders cringe, had been checked by a co-equal branch; his “executive actions” will remain blunted if and until the Supreme Court weighs in on the matter.

Perhaps there remain a handful of holdouts that still believe Obama’s potential might eventually be realized, but most Americans have come to terms with the president’s unmet expectations. Conservatives, even those who were temporarily swayed by the passions of 2008, long ago accepted that the president was no competent steward of American affairs. Progressives who once saw Obama as their savior have now embraced the flesh-and-blood expression of angst that is Bernie Sanders, in part as a vehicle to register their dissatisfaction with Obama and his anointed heir. Only a waning and unwittingly humorous cast of true believers still hope that the president might fulfill their expectancies, but they are only kidding themselves. The court’s thwarting of Obama’s will is a fine example of how his most ballyhooed legacy achievements are being methodically torn down around him. These so-called accomplishments were hard-won, and they left in their wakes substantial acrimony and division. The status quo ante is gone; it will not return. Rather than leave behind him a set of progressive accomplishment and a nation appreciably more left-of-center than he found it, Barack Obama might end up leaving behind him only the bitterness he roused.

If Obama had hoped to move the cultural needle to the left by cementing the impression for Hispanics that Democrats were the party that would save illegal residents from mandated deportation – itself a bizarre misreading of the priorities of voters of Latin American descent – his efforts have failed. Similarly, Obama probably wanted to be remembered as the president who realized the perennial progressive dream of instilling in Americans the belief that access to health care is both a right and a public good. Increasingly, John Roberts’ Supreme Court, which went to absurd lengths to preserve the Affordable Care Act, looks prescient. Had they taken any of the two opportunities they had to dismantle the law, they might have made martyred it. Instead, this structure is collapsing under its own weight.

On Monday, the largest health care co-op in the country, Health Republic of New York, failed. State regulators shuttered the low-cost insurance provider that had insured over 200,000 New Yorkers due to the likelihood that it would soon become financially insolvent. The state informed those who will lose their health care that they have a handful of weeks to now seek coverage on New York’s state health insurance exchange, but few are entirely certain that the state can handle the task. “[O]ther health insurers have no way to identify whether Health Republic’s customers met their 2015 deductible, or how far they are toward the out-of-pocket maximums put in place by the Affordable Care Act,” Politicoreported.

This is a problem repeating itself all over the country. Health Republic is just the latest co-op to fold; over half of those insurance cooperatives established under Affordable Care Act have gone under. “Most co-ops that grew the fastest are now ruined — namely, six of the eight that exceeded the enrollment projections in their loan applications,” the Wall Street Journal editorial board observed.  “The reason is that they bought customers with discounted premiums below the cost of medical claims.” As the immutable laws of economics take their revenge on the nation’s unsuspecting health insurance consumers, human interest stories focused on the plight of the newly uninsured are filling up the nation’s newspapers. “I am an advocate for the health care law,” the disillusioned 33-year-old Liz Jackson told the New York Times after Republic Health collapsed. “And if I can’t navigate this, who can?”

As National Review’s Rich Lowry observed, premiums are skyrocketing, enrollments are well below projections, and the already unsustainable burdens imposed on Medicare and Medicaid are growing. As the law fails in its primary charge, insuring those who could not afford insurance in the ancien régime, Americans will increasingly be left to conclude that experiments in massive, socialized insurance models cannot work in the United States. When Obama boards Marine One for the final time, he will leave behind him a country bitterly divided over a failing law for which he sacrificed hundreds of Democratic officeholder and national comity. With his signature legislative achievement in tatters, he might also leave behind him a broadly popular mandate for a free market-based alternative health care reform.

This isn’t the only trust that Obama has sacrificed. The president might have had no more pressing mandate when he took office than to extricate the United States from Iraq. The Middle East he inherited was one of such relative passivity when compared with the present state of affairs that Obama was able to fulfill that mission with alacrity.  “We are leaving behind a sovereign, stable and self-reliant Iraq,” Obama averred as the last American troops returned home. Before his final term was out, American soldiers are again returning to Iraqi (and now Syrian) battlefields. What’s more striking is that, as war-weary as the American public is, most have again warmed to the notion that American security and national interests can no longer be guaranteed from afar.

In October of 2014, as the Islamic State rampaged across the region, only 39 percent of respondents in a Pew Research Center survey supported sending U.S. ground troops to combat the threat. By October of 2015, 47 percent favored backed a renewed presence on the ground in Iraq. By March, a Quinnipiac University poll found that 62 percent of respondents — including a majority of both Democrats and Republicans, men and women, and all age groups – supported essentially re-invading Iraq. What had Obama accomplished by prematurely withdrawing from the region save for squandering the support of America’s regional allies and augmenting their sense of alienation and mistrust in the United States?

The most plentiful commodity that the next president will inherit from Barack Obama will be the rancor he fostered in order to secure a handful of fleeting and unsustainable notches on his belt. Perhaps no other president in living memory entered office with such grand expectations or has failed so spectacularly to meet them.


Primaires américaines: Entre peloton d’exécution circulaire et demolition derby, les primaires républicaines préparent-elles le terrain pour Hillary Clinton ? (Will the GOP demolition derby put a sandersized Clinton back in the White House while the world spins to pieces ?)

16 octobre, 2015
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circularfiringsquad
ReservoirDogs
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flowers-datalab-troop-withdrawalThe U.S. wants to dominate the world, China only wants to keep America from dominating its neighborhood.  America is punching above its weight. So for every $100 the U.S. spends, China may only need to spend $1 to make it even. China’s ambitions are much more modest compared with its national strength, so China is punching below its weight—and could punch higher given the right circumstances.  Although America is much more powerful than China, it costs much more to build aircraft carrier groups and operate them than [for us] to make deterrent [weapons] to keep them away. -*Eric Li (Chinese Stanford- and Berkeley-educated political scientist and venture capitalist)
It is one thing for the experts to be aware that Russia supposedly has these weapons, and another thing for them to see for the first time that they do really exist, that our defense industry is making them, that they are of high quality and that we have well-trained people who can put them to effective use. They have seen, too, now that Russia is ready to use them if this is in the interests of our country and our people. Vladimir Poutine
The operation in Syria — still relatively limited — has become, in effect, a testing ground for an increasingly confrontational and defiant Russia under Mr. Putin. In fact, as Mr. Putin himself suggested on Sunday, the operation could be intended to send a message to the United States and the West about the restoration of the country’s military prowess and global reach after decades of post-Soviet decay. Russia’s swift and largely bloodless takeover of Crimea in 2014 was effectively a stealth operation, while its involvement in eastern Ukraine, though substantial, was conducted in secrecy and obfuscated by official denials of direct Russian involvement. The bombings in Syria, by contrast, are being conducted openly and are being documented with great fanfare by the Ministry of Defense in Moscow, which distributes targeting video in the way the Pentagon did during the Persian Gulf war in 1991. Russia is not only bringing some of its most advanced hardware to the fight, it has also deployed large field kitchens and even dancers and singers to entertain the troops — all signs that Moscow is settling in for the long haul, American analysts said. (…) Russia’s state television network boasted on Monday that from the Caspian, they could reach the Persian Gulf, the Arabian Peninsula and the “entire Mediterranean Sea.” It went on to note that trials of the missiles were underway aboard two ships in the Black Sea, which is bordered by three NATO allies: Turkey, Bulgaria and Romania. American officials say Russia has closely coordinated with its allies to plan its current fight. Maj. Gen. Qassim Suleimani, the head of Iran’s paramilitary Quds Force, went to Moscow in late July in an apparent effort to coordinate on the Russian offensive in Syria, and he is also spearheading the Iranian effort to assist Iraqi militias. “The broad outlines were decided months ago,” said Lt. Gen. Richard P. Zahner, formerly the Army’s top intelligence officer in Europe and in Iraq. NYT
There are 209 land features still unoccupied in the South China Sea and we could seize them all. And we could build on them in 18 months. Senior Chinese military official
Xi Jinping “will keep pushing” in the South China Sea. They think Obama is distracted and doesn’t want another crisis. Bishop
For the past 175 years, China was weak and couldn’t do much about foreign invasions and encroachments. But now it can. Beijing’s new anti-ship missiles alone, boldly rolled out in last month’s Tiananmen Square military parade marking the 1945 defeat of Japan (for which the U.S. got but slight credit), are testament to that. But in the Chinese view, Beijing has already practically won the battle for the South China Sea without firing a shot. Its swift moves to swallow up islands and reefs over the past year looked like an exercise right out of Sun Tzu’s The Art of War, which has been closely studied by Chinese emperors and communist leaders alike, for centuries. “Ultimate excellence lies not in winning every battle,”  the legendary strategist is credited with saying, “but in defeating the enemy without ever fighting.” People shouldn’t underestimate the risks. It’s not just the government making it up. The South China Sea is an intractable issue. It’s not just the party line.” Another factor in Beijing’s military buildup is the immense profits being earned by China’s state-run arms industries, he says, most with incestuous connections to the Communist Party and People’s Liberation Army elite. NYT
Quand bien même le coupable serait Daesh, la porosité entre les services turcs et les islamo-nazis est telle qu’on est en droit de penser qu’Erdogan, s’il ne les a pas instrumentalisés, a au mieux fermé les yeux. Dans cette affaire, le président turc a un mobile : son régime est aux abois. Il a beau museler la presse et monter des opérations de police contre ses opposants, rien n’y fait, le pouvoir se délite, attaqué de toutes parts. Un déclin confirmé par la percée électorale récente du HDP, parti pro-kurde. Plus Erdogan s’enferre, plus il persiste. N’ayant pas obtenu la majorité absolue aux élections générales du mois de juin, il a refusé de former un gouvernement de coalition, préférant organiser un nouveau scrutin qui, selon les derniers sondages, s’annonçait très mal pour lui. L’attentat est tombé à pic pour hystériser les nationalistes de tous bords et, si besoin, annuler les élections. Il y aura toujours assez de gobe-mouches. Les Occidentaux, par exemple. Quand Vladimir Poutine fait assassiner, selon toutes probabilités, son principal opposant Boris Nemtsov à deux pas du Kremlin, nous ne sommes pas coupables : rien ne nous lie à la Russie. Mais, quand Erdogan organise un carnage tout près de son palais présidentiel, nous sommes complices, puisque nous soutenons son régime répressif et vermoulu : c’est même notre allié ! Il y a quelque chose de comique à voir nos gouvernants, Fabius en tête, prendre des airs dégoûtés devant Poutine alors que nous avons, avec Erdogan, un homme de la même engeance, en plus fourbe, dans notre propre camp. Le 28 juillet, un communiqué hallucinant de l’Otan apportait le soutien de ses pays membres au pouvoir turc pour son prétendu juste combat contre les rebelles kurdes. À croire que la menace de Daesh est d’une même nature que le danger que font peser les Kurdes sur la Turquie, où ils représentent entre 16 et 20 % de la population. Fort de ce blanc-seing, le régime islamo-conservateur d’Erdogan en a profité pour s’attaquer aux positions des rebelles kurdes en Syrie ou dans le nord de l’Irak plutôt qu’à celles de ses frères sunnites de Daesh, dont il est, depuis le début du conflit, l’allié objectif et sournois. Si nous ne disons rien, c’est qu’il a acheté notre silence : en échange de notre assentiment, il « fixe » au moins 2 millions de réfugiés qui ont fui les barbares de l’État islamique. Nous autres, Occidentaux, ne sommes pas seulement lâches, ridicules et pathétiques. Pris en otages par le pouvoir turc, nous atteignons aussi le comble de l’abjection en soutenant activement la politique génocidaire d’Erdogan, qui entend bien réserver aux Kurdes le traitement que ses sinistres prédécesseurs du parti des Jeunes Turcs firent subir aux Arméniens en 1915 : l’éradication quasi totale. Pour commettre son crime contre l’humanité, Erdogan bénéficie du soutien sans faille du Prix Nobel de la paix Barack Obama, son « idiot utile », et des pays membres de l’Otan. Sans parler de ses supplétifs que sont les hordes de Daech, devenues des as du meurtre de masse de Kurdes. Franz-Olivier Giesbert
The Democratic presidential nomination … ended late on Oct. 13 with Bernie Sanders’s incredible dismissal of Hillary Clinton’s email quagmire. (…) In normal political competition, you don’t blow off your opponent’s main vulnerability, in Hillary’s case, her credibility.(…) On foreign policy, it is now the party of U.S. isolationism. (…) That this is true was made clear two days before the debate in Barack Obama’s “60 Minutes” interview Sunday. Pressed by Steve Kroft on whether he would intervene as U.S. influence in the Middle East was being displaced by Russia and Iran, Mr. Obama repeatedly demurred. (…) When Mr. Kroft asked if the world was a safer place, Mr. Obama answered: “America is a safer place.” The idea that the world can spin to pieces if the American landmass remains nominally safe was the view of the isolationist wing of the Republicans in 1940. Now the Democrats own it. (…) Most evident from Mr. Sanders and the leftward-running Mrs. Clinton in this debate is how completely the Democratic Party’s politics have devolved into nonstop moralistic ranting about the domestic economy. It is bleeding into demagoguery. (…) Barack Obama, Elizabeth Warren, Bernie Sanders and of course Hillary Clinton have committed the party to a course of individual legal retribution long demanded by the party’s left. Mrs. Clinton: “My plan would have the potential of actually sending the executives to jail.” (…) These candidates’ nonstop holier-than-thou-ism is in fact a feint. Its purpose is to conceal the reality of seven years of economic under-performance during the Obama presidency. The labor-force participation rate, at 62.4, is where it was in 1977. The Bureau of Labor Statistics’ own vocabulary describes the real world out there: discouraged workers, employed part time, not currently looking for work. (…) With chutzpah one has to admire, the party that in two terms weakened, if not wrecked, the economy, now presents itself as its savior. (…) But can Hillary win? Of course. See, “Republicans, circular firing squad, 2015-16.” Daniel Henninger
In the past, the GOP establishment wing always handsomely funded their candidate. It was always the conservatives who were underfunded. (…) in the 2016 election cycle (…) we are about to witness something we have never before seen: A full-on, well-funded-on-both-sides, nuclear war inside the GOP pitting the establishment (mostly former Florida Gov. Jeb Bush) versus the Tea Party (Cruz, Ben Carson and others) versus the neo-cons (Florida Sen. Marco Rubio) versus the libertarians (Kentucky Sen. Rand Paul) versus the hybrid (Wisconsin Gov. Scott Walker, who has both establishment and Tea Party support). And all of them are going to have millions and millions of super-PAC dollars to spend. (…) It means that campaign consultants will have plenty of money to do what they do best: going negative! (…) Without serious primary opposition and as long as she doesn’t self-implode, she ought to be the Democratic nominee in 2016. If the GOP destroys itself in this circular firing squad analogy, she is going to profit. The Republican nominee will be carrying huge negatives out of the primaries. He will be exhausted, overexposed and perhaps broke for a while. Clinton will be sitting there with that Cheshire cat smile — and $2.5 billion in the bank. (…) The shame of this all is that a Republican can win in 2016. But the path to victory is not through negativity. It is through a breakthrough, inspirational, frankly revolutionary message. So far, no candidate is trying this approach. The Hill

Russie qui a transformé la Syrie en terrain d’expérimentation pour ses nouvelles armes, Chine qui se construit un véritable réseau d’ilôts fortifiés dans une mer revendiquée par pas moins de six Etats différents, Turquie qui pour des raisons électoralistes ferme les yeux sur le massacre de sa minorité kurde et fait chanter l’Europe sur les centaines de milliers de migrants qu’elle déverse sur elle, Iran récompensé à coups de milliards de dollars pour mettre le Moyen-Orient à feu et à sang et menacer de l’arme nucléaire qu’il construit la région et le monde, président américain de plus en plus affaibli et irresponsable passant son temps à trouvr des excuses aux violations de plus en nombreuses d’Etats-voyous comme l’Iran, candidats démocrates de plus en plus démagogiques et isolationnistes, candidats républicains aussi pléthoriques qu’acharnés à l’autodestruction …

Attention: un accident industriel peut en préparer un autre !

A l’heure où, de l’Iran à l’Etat islamique et à la Turquie et de la Russie à la Chine et à la Corée du nord, tout ce que la planète compte d’Etats voyous ou faillis multiplient les menaces dans les 15 mois qui leur restent …

Et où,  après avoir abandonné l’Irak tant aux djihadistes qu’à l’Iran et avec les conséquences catastrophiques que l’on sait sur la Libye et la Syrie et à présent l’Europe et Israël, le prétendu chef du Monde libre s’inquiète enfin de l’Afghanistan

Pendant qu’aux Etats-Unis mêmes, le premier débat des primaires démocrates voit la victoire facile d’une Hillary Clinton de plus en plus déportée vers une démagogie de gauche toujours plus radicale et isolationniste …

Retour avec une tribune libre du printemps dernier de l’ancien membre du Congrès républicain John LeBoutillier …

Sur le croisement entre un peloton d’exécution circulaire (digne de la fin du fameux premier film de Quentin Tarantino) et un demolition derby …

Qu’est effectivement devenue, emportée par des possibilités de financement complètement folles, la primaire républicaine …

Où le candidat qui survivrait à un tel traitement …

Pourrait être tellement affaibli que la candidate démocrate …

Avec les conséquences que l’on imagine pour le reste du monde …

N’en ferait alors plus qu’une bouchée ?

The coming GOP demolition-derby circular firing squad

Former Rep. John LeBoutillier (R-N.Y.), contributor
The Hll

The Coming GOP demolition-derby circular firing squad:

1. With the announcement two weeks ago that four super-PACS — headed by the mysterious Robert Mercer from Long Island, N.Y. — had donated a stunning $31 million to Sen. Ted Cruz’s (R-Texas) presidential campaign, a new era of GOP primary battles was launched.

2. In the past, the GOP establishment wing always handsomely funded their candidate.

3. It was always the conservatives who were underfunded.4. And thus the primary outcome was preordained: After the initial dustup-up in Iowa and perhaps South Carolina, the establishment money wore the conservative(s) down and ultimately prevailed in a war of attrition.

5. That is not going to happen in the 2016 election cycle.

6. No, we are about to witness something we have never before seen: A full-on, well-funded-on-both-sides, nuclear war inside the GOP pitting the establishment (mostly former Florida Gov. Jeb Bush) versus the Tea Party (Cruz, Ben Carson and others) versus the neo-cons (Florida Sen. Marco Rubio) versus the libertarians (Kentucky Sen. Rand Paul) versus the hybrid (Wisconsin Gov. Scott Walker, who has both establishment and Tea Party support).

7. And all of them are going to have millions and millions of super-PAC dollars to spend.

8. Do you know what that means?

9. It means that campaign consultants will have plenty of money to do what they do best: going negative!

10. And that means by late this summer — when the televised GOP debates begin — the negative ads are also going to commence. The targets are predictable.

11. Walker is today the unquestioned leader in the race. He is ahead in both Iowa and New Hampshire. He draws support from both the establishment and the Tea Party. So he is going to be in the cross hairs of both the Bush team and the Tea Party group of Cruz, Carson, former Sen. Rick Santorum (Pa.) and anyone else who lays claim to that vote.

12. Expect both sides to go after Walker — big time — and try to reduce his support.

13. By the way, watching that carefully will be Ohio Gov. Jon Kasich, who is poised to join the race but knows that Walker has to deteriorate in order for there to be room for another Midwestern GOP governor in this crowded field.

14. Walker is being backed by the Koch brothers and their network of supporters and donors — a very, very considerable asset for the Wisconsin governor.

15. Rubio, who did very well in his announcement speech and subsequent TV appearances, has yet to score with GOP primary voters in polls in Iowa or New Hampshire — or nationally, for that matter. Could it be that a very young-looking Latino pol who talks about his immigrant heritage and was in favor of a pathway to citizenship (i.e., « amnesty » as the GOP base refers to it) before doing a 180 degree switcheroo is the wrong fit for the GOP primary voter (older, overwhelmingly white, against amnesty and not particularly sympathetic to the classic immigrant success story)? Time will indeed tell.

16. So each faction — armed to the teeth with millions of dollars — will go on the attack in hopes of reducing their opponents and thus capturing those precious voters in a multi-candidate field.

17. Bush and Cruz go after Walker; Paul goes after Sen. Lindsey Graham (S.C.); everybody goes after Bush; Santorum, Carson and Cruz go after each other; Rubio goes after Bush.

18. The problem is the dirty little secret of negative campaigning: Yes, those negative ads do work. But they also redound to the detriment of the candidate doing the negative attacking. In other words, when you go negative, your own negative ratings go up.

19. That is the price you pay for trying to destroy your opponent, instead of focusing on a positive, uplifting, inspirational message.

20. This thing is going to be a total mess.

21. Two other things to consider:

The late entrant. Could there be a candidate who we are not yet talking about who could wait a bit and watch this circular firing squad destroy itself, and then come into the race unbloodied and clean and « above the fray »?

Hillary Clinton. Without serious primary opposition and as long as she doesn’t self-implode, she ought to be the Democratic nominee in 2016. If the GOP destroys itself in this circular firing squad analogy, she is going to profit. The Republican nominee will be carrying huge negatives out of the primaries. He will be exhausted, overexposed and perhaps broke for a while. Clinton will be sitting there with that Cheshire cat smile — and $2.5 billion in the bank.

22. The shame of this all is that a Republican can win in 2016. But the path to victory is not through negativity. It is through a breakthrough, inspirational, frankly revolutionary message. So far, no candidate is trying this approach.

LeBoutillier is a former Republican congressman from New York and is the co-host of « Political Insiders » on Fox News Channel, Sunday nights at 7:30 p.m. Eastern. He will be writing weekly pieces in the Contributors section on the « State of the 2016 Race. »

Voir aussi:

GOP circular firing squad to put Hillary in the Oval Office

Daniel Henninger
The Australian
October 16, 2015

Democratic presidential candidates from left, former Virginia Sen. Jim Webb, Sen. Bernie Sanders, of Vermont, Hillary Rodham Clinton, former Maryland Gov. Martin O’Malley, and former Rhode Island Gov. Lincoln Chafee for the Democratic presidential debate. Source: AP

The Democratic presidential nomination was fun while it lasted.

It ended late on October 13 with Bernie Sanders’s incredible dismissal of Hillary Clinton’s email quagmire.

The smile that illuminated Hillary’s face as Bernie folded actually looked genuine. She accepted Bernie’s political pardon with a handshake and an effusive, “Thank you, Bernie, thank you”.

In normal political competition, you don’t blow off your opponent’s main vulnerability, in Hillary’s case, her credibility.

Notwithstanding an official FBI investigation, that problem looks to be behind her now, at least with unsettled Democrats.

From wherever Joe Biden was sitting on Wednesday, the hill to the presidency just got steeper, because Democratic donors from New York to Hollywood were concluding that she’s going to be all right.

A residual minority of progressives will stick with Sanders through the primaries, but an American politician preaching “revolution” won’t win a presidential nomination.

These staged debates do poorly at revealing who could be a competent US president. See “Debates, 2007-08”. But they are useful at surfacing the ideas that define either party. Here is what we learned about the Democrats.

On foreign policy, it is now the party of US isolationism.

That this is true was made clear two days before the debate in Barack Obama’s 60 Minutes interview on Sunday.

Pressed by Steve Kroft on whether he would intervene as US influence in the Middle East was being displaced by Russia and Iran, Obama repeatedly demurred.

When Kroft asked if the world was a safer place, Obama answered: “America is a safer place.”

The idea that the world can spin to pieces if the American landmass remains nominally safe was the view of the isolationist wing of the Republicans in 1940. Now the Democrats own it. Or as Sanders made clear in the debate: Hell no, he won’t go in a world of “quagmires”.

Martin O’Malley and Lincoln Chafee mainly outbid each other’s commitments to going nowhere. Chafee did mention Vietnam, which Sanders knows is the origin of Obama’s withdrawal of his party from a lead role in the world’s affairs.

The essential statement came from Clinton, on Libya in 2011: “Our response, which I think was smart power at its best, is that the United States will not lead this”.

Former senator Jim Webb stood on the stage as the unwelcome ghost of Democrats past — senators like Patrick Moynihan, Joe Lieberman, Sam Nunn, John Glenn, David Boren, Henry Jackson and Mike Mansfield. That’s all gone.

The price for making isolation America’s foreign policy again may be paid in the next 15 months.

By the way, with the explicit opposition to the Trans-Pacific Partnership by Clinton and Sanders, the party is abandoning a free-trade commitment dating back to Franklin Delano Roosevelt and the Reciprocal Tariff Act of 1934. This is not your father’s Democratic Party.

Most evident from Sanders and the leftward-running Clinton in this debate is how completely the Democratic Party’s politics have devolved into non-stop moralistic ranting about the domestic economy. It is bleeding into demagoguery.

Obama, Elizabeth Warren, Sanders and of course Clinton have committed the party to a course of individual legal retribution long demanded by the party’s Left. Clinton: “My plan would have the potential of actually sending the executives to jail”.

These candidates’ non-stop holier-than-thou-ism is in fact a feint. Its purpose is to conceal the reality of seven years of economic underperformance during the Obama presidency.

The labour force participation rate, at 62.4 per cent, is where it was in 1977. The Bureau of Labour Statistics’ own vocabulary describes the real world out there: discouraged workers, employed part time, not currently looking for work.

With chutzpah one has to admire, the party that in two terms weakened, if not wrecked, the economy, now presents itself as its saviour.

What is striking about the candidates’ economic proposals is how disconnected they are from a private sector economy.

The Democrats have disappeared into a sealed world of public sector economics, running the spectrum from prescriptive mandates, like the $US15 ($20) minimum hourly wage (a $US10 minimum-wage commitment destroyed Wal-Mart’s earnings this week), to wishful thinking, like Sanders’s “tuition-free” public-college education. In Clinton’s version, college would be “debt-free”.

CNN’s uncurious Anderson Cooper didn’t ask the senator how it could be “free”, But Sanders answered it himself: “I pay for my program, by the way, through a tax on Wall Street speculation”.

It is so fantastic.

The Democrats, not least Obama and Clinton, seem to have discovered El Dorado itself in “Wall Street”, a city of infinite gold dust to finance their economic pyramids in perpetuity.

Sanders may not become the nominee, but the Vermont socialist represents the logical ending point of the modern Democratic Party’s belief system: It’s all free!

But can Hillary win? Of course.

See, “Republicans, circular firing squad, 2015-16.”

THE WALL STREET JOURNAL

Voir également:

Why Beijing Isn’t Backing Down on South China Sea
Jeff Stein

Newsweek

10/10/15

Late last month in Shanghai, a top Chinese businessman gave me and three other visiting journalists as clear a distillation as any of Beijing’s attitude toward the United States. “The U.S. wants to dominate the world, China only wants to keep America from dominating its neighborhood,” said Eric Li, a prominent Stanford- and Berkeley-educated political scientist and venture capitalist.

Li’s comment was offered less as an argument than a statement of fact, one we heard again and again, in various forms, from a wide variety of Chinese sources—ranging from senior military, foreign affairs and business officials down to provincial bosses and journalism students—during our 10-day visit. All of which would have been merely an interesting, if worrisome, collection of anecdotes to bring home had not both Beijing and Washington ratcheted up their bellicose statements in the past few days over who has rights to what in the South China Sea.

The most recent rhetorical artillery exchanges began in September when Admiral Harry Harris, head of the U.S. Pacific Command, told the Senate Armed Services Committee he favored sending U.S. warships and aircraft to the South China Sea in a challenge to Beijing’s territorial claims to artificial islands in the region. Then this week, anonymous “defense officials” doubled down on U.S. intentions, saying the Obama administration was considering “freedom of navigation operations,” which, according to Reuters, would “have American ships and aircraft venture within 12 nautical miles of at least some artificial islands built by Beijing.” And the Navy “will do so,“ said a spokesman, Commander William Marks, “at a time of our choosing.”

Such swagger drew a heated rebuke from China, further raising the potential of a Sino-American military clash in the South China Sea, swatches of which are also claimed by the Philippines, Vietnam, Taiwan, Brunei and Malaysia. Beijing and Tokyo are also butting heads over competing territorial claims in the East China Sea. « We will never allow any country to violate China’s territorial waters and airspace in the Spratly Islands, in the name of protecting freedom of navigation and overflight, » Foreign Ministry spokeswoman Hua Chunying said in response to a question about possible U.S. patrols. « We urge the related parties not to take any provocative actions, and genuinely take a responsible stance on regional peace and stability.”

Such exchanges appear to be moving China and the U.S. toward a much feared, yet long expected, military confrontation. Just as unsettling, both sides seem confident they can prevail. The conversations we had in Beijing and Shanghai late last month suggested that China is confident, perhaps overly so, that it can triumph in a standoff with the world’s leading, nuclear-armed superpower, at least as long as it’s confined to its own neighborhood.

“There are 209 land features still unoccupied in the South China Sea and we could seize them all,” a senior Chinese military official said bluntly, on a not-for-attribution basis so that she could “speak frankly.” “And we could build on them in 18 months.”

To her and other Chinese officials, Washington’s deployment of F-22 stealth fighters and the nuclear supercarrier USS Ronald Reagan to Japan over the summer revealed aggressive American designs on the region—but nothing China couldn’t handle.

“America is punching above its weight,” offered Li, the venture capitalist, referring to the financial strains of maintaining and deploying U.S. forces around the globe while its national debt and domestic entitlements soar. “So for every $100 the U.S. spends, China may only need to spend $1 to make it even.

“China’s ambitions are much more modest compared with its national strength,” he continued, “so China is punching below its weight”—and could punch higher given the right circumstances. “Although America is much more powerful than China, it costs much more to build aircraft carrier groups and operate them than [for us] to make deterrent [weapons] to keep them away.”

When Chinese officials look at the map, they smile. They see American forces deployed far beyond their own shores—a geopolitical weakness. “The South China Sea has been Chinese for 900 years, since ancient times,” a senior official at China’s oldest foreign policy think tank said during a background briefing in Shanghai. It’s a sentiment shared from the top of the government down to ordinary citizens, it seems, stoked relentlessly by President Xi Jinping and China’s state-controlled media.

For the past 175 years, China was weak and couldn’t do much about foreign invasions and encroachments. But now it can. Beijing’s new anti-ship missiles alone, boldly rolled out in last month’s Tiananmen Square military parade marking the 1945 defeat of Japan (for which the U.S. got but slight credit), are testament to that.

But in the Chinese view, Beijing has already practically won the battle for the South China Sea without firing a shot. Its swift moves to swallow up islands and reefs over the past year looked like an exercise right out of Sun Tzu’s The Art of War, which has been closely studied by Chinese emperors and communist leaders alike, for centuries. “Ultimate excellence lies not in winning every battle,”  the legendary strategist is credited with saying, “but in defeating the enemy without ever fighting.”

Bill Bishop, a leading China expert and publisher of the influential Sinocism newsletter, who recently left Beijing after several years there, is deeply worried about China’s rising nationalism and muscle-flexing. « People shouldn’t underestimate the risks, » he said in a Newsweek interview. « It’s not just the government making it up. The South China Sea is an intractable issue. It’s not just the party line.” Another factor in Beijing’s military buildup is the immense profits being earned by China’s state-run arms industries, he says, most with incestuous connections to the Communist Party and People’s Liberation Army elite.

Fluent in Chinese and a former CEO of Red Mushroom Studios, a Beijing-based developer and operator of online games, Bishop predicts Xi Jinping “will keep pushing” in the South China Sea. “They think Obama is distracted and doesn’t want another crisis, » he said. If Obama does propel the Navy into harm’s way, as he seemed on the verge of doing this week, « It’s going to be interesting. »

Or hair-raising. Such was the case in 2010, when a Chinese fishing trawler intentionally rammed two Japan Coast Guard vessels in disputed territories in the East China Sea. On the brink of a wider conflict, both sides calmed down and negotiated protocols to avoid further clashes. Likewise, Xi and Obama worked out arrangements at their Washington summit to avoid clashes between U.S. and Chinese military aircraft over the South China Sea. But that may have just been a delaying tactic. Back in the East China Sea, China is worrying Japan again with the creation of a Coast Guard fleet, construction of big new surveillance ships and reported plans to build two bases close to the disputed Senkaku Islands.

« Nobody wants a conflict,” Bishop said, “but it doesn’t seem like this is going to be a happy place for a long time.”

A rare note of caution on the Chinese side was sounded by the Shanghai think tank official, who is the author of several books on modern Sino-U.S. relations. « My advice to the Chinese government is not to make it worse,” he told the visiting reporters. “Wait for time for it to be solved.”

A short-term triumph over the United States (or Japan, or Vietnam or the Philippines), he suggested, could turn into a long-term setback for China.

« Some would say,” he said, leaning forward with a slight smile, “we picked up the seeds but lost the watermelon. »

Voir encore:

Middle East
Russian Military Uses Syria as Proving Ground, and West Takes Notice
Steven Lee Myers and Eric Scmitt
NYT
Oct. 14, 2015

Russian soldiers with their plane, a Sukhoi Su-34 strike fighter, which NATO calls a Fullback, this month in Latakia, Syria. Credit Russian Defence Ministry Press Service, via European Pressphoto Agency

WASHINGTON — Two weeks of air and missile strikes in Syria have given Western intelligence and military officials a deeper appreciation of the transformation that Russia’s military has undergone under President Vladimir V. Putin, showcasing its ability to conduct operations beyond its borders and providing a public demonstration of new weaponry, tactics and strategy.

The strikes have involved aircraft never before tested in combat, including the Sukhoi Su-34 strike fighter, which NATO calls the Fullback, and a ship-based cruise missile fired more than 900 miles from the Caspian Sea, which, according to some analysts, surpasses the American equivalent in technological capability.

Russia’s jets have struck in support of Syrian ground troops advancing from areas under the control of the Syrian government, and might soon back an Iranian-led offensive that appeared to be forming in the northern province of Aleppo on Wednesday. That coordination reflects what American officials described as months of meticulous planning behind Russia’s first military campaign outside former Soviet borders since the dissolution of the Soviet Union.

Taken together, the operations reflect what officials and analysts described as a little-noticed — and still incomplete — modernization that has been underway in Russia for several years, despite strains on the country’s budget. And that, as with Russia’s intervention in neighboring Ukraine, has raised alarms in the West.

In a report this month for the European Council on Foreign Relations, Gustav Gressel argued that Mr. Putin had overseen the most rapid transformation of the country’s armed forces since the 1930s. “Russia is now a military power that could overwhelm any of its neighbors, if they were isolated from Western support,” wrote Mr. Gressel, a former officer of the Austrian military.

Russia’s fighter jets are, for now at least, conducting nearly as many strikes in a typical day against rebel troops opposing the government of President Bashar al-Assad as the American-led coalition targeting the Islamic State has been carrying out each month this year.

The operation in Syria — still relatively limited — has become, in effect, a testing ground for an increasingly confrontational and defiant Russia under Mr. Putin. In fact, as Mr. Putin himself suggested on Sunday, the operation could be intended to send a message to the United States and the West about the restoration of the country’s military prowess and global reach after decades of post-Soviet decay.

“It is one thing for the experts to be aware that Russia supposedly has these weapons, and another thing for them to see for the first time that they do really exist, that our defense industry is making them, that they are of high quality and that we have well-trained people who can put them to effective use,” Mr. Putin said in an interview broadcast on state television. “They have seen, too, now that Russia is ready to use them if this is in the interests of our country and our people.”

Russia’s swift and largely bloodless takeover of Crimea in 2014 was effectively a stealth operation, while its involvement in eastern Ukraine, though substantial, was conducted in secrecy and obfuscated by official denials of direct Russian involvement. The bombings in Syria, by contrast, are being conducted openly and are being documented with great fanfare by the Ministry of Defense in Moscow, which distributes targeting video in the way the Pentagon did during the Persian Gulf war in 1991.

That has also given officials and analysts far greater insight into a military that for nearly a quarter-century after the collapse of the Soviet Union was seen as a decaying, insignificant force, one so hobbled by aging systems and so consumed by corruption that it posed little real threat beyond its borders.

“We’re learning more than we have in the last 10 years,” said Micah Zenko, a senior fellow at the Council on Foreign Relations, noting the use of the new strike fighters and the new cruise missile, known as the Kalibr. “As it was described to me, we are going to school on what the Russian military is capable of today.”

The capabilities on display in Syria — and before that in Ukraine — are the fruits of Russia’s short, victorious war in Georgia in 2008. Although Russia crushed the American-trained forces of Georgia’s government, driving them from areas surrounding the breakaway region of South Ossetia, Russia’s ground and air forces performed poorly.

The Russians lost three fighter jets and a bomber on the first day of the war that August, and seven over all, according to an analysis conducted after the conflict. Russian ground forces suffered from poor coordination and communication, as well as episodes of so-called friendly fire.

In the war’s aftermath, Mr. Putin, then serving as prime minister, began a military modernization program that focused not only on high-profile procurement of new weapons — new aircraft, warships and missiles — but also on a less-noticed overhaul of training and organization that included a reduction in the bloated officer corps and the development of a professional corps of noncommissioned officers.

Russian military spending bottomed out in the mid-1990s but has risen steadily under Mr. Putin and, despite the falling price of oil and international sanctions imposed after the annexation of Crimea, it has surged to its highest level in a quarter-century, reaching $81 billion, or 4.2 percent of the country’s gross domestic product, a common measure of military expenditure.

The Russian advancements go beyond new weaponry, reflecting an increase in professionalism and readiness. Russia set up its main operations at an air base near Latakia in northwestern Syria in a matter of three weeks, dispatching more than four dozen combat planes and helicopters, scores of tanks and armored vehicles, rocket and artillery systems, air defenses and portable housing for as many as 2,000 troops. It was Moscow’s largest deployment to the Middle East since the Soviet Union deployed in Egypt in the 1970s.

“What continues to impress me is their ability to move a lot of stuff real far, real fast,” Lt. Gen. Ben Hodges, the commander of United States Army forces in Europe, said in an interview.

Since its air campaign started on Sept. 30, Russia has quickly ramped up its airstrikes from a handful each day to nearly 90 on some days, using more than a half-dozen types of guided and unguided munitions, including fragmentary bombs and bunker busters for hardened targets, American analysts said.

Russia is not only bringing some of its most advanced hardware to the fight, it has also deployed large field kitchens and even dancers and singers to entertain the troops — all signs that Moscow is settling in for the long haul, American analysts said.

“They brought the whole package,” said Jeffrey White, a former Middle East analyst with the Defense Intelligence Agency now at the Washington Institute for Near East Policy. “It showed me they could deploy a decent-sized expeditionary force.”

For now, Russia’s focus in Syria is mainly an air campaign with some 600 marines on the ground to protect the air base in Latakia. Mr. Putin has excluded the idea of sending in a larger ground force to assist the Syrians.

Michael Kofman, an analyst with the CNA Corporation, a nonprofit research institute, and a fellow at the Kennan Institute in Washington who studies the Russian military, said that the operations over Syria showed that Russia has caught up to the capabilities the United States has used in combat since the 1990s. That nonetheless represented significant progress given how far behind the Russians had fallen.

“Conducting night strikes, with damage assessments by drones, is a tangible leap for Russia into a mix of 1990s and even current Western combat ability,” he said.

The Russian Air Force suffered a series of training accidents over the spring and summer — losing at least five aircraft in a matter of months — which Mr. Kofman described as “teething pains” as pilots increased operating tempo under Mr. Putin’s orders. Even so, Russia’s aviation is “often painted in the West as some sort of Potemkin village, which is not the case.”

He and others said that the biggest surprise so far has been the missile technology on display. The cruise missiles fired from Russian frigates and destroyers in the Caspian Sea were first tested only in 2012. With a range said to reach 900 miles, they had not been used in combat before, and despite the loss of four cruise missiles that crashed in Iran in one salvo, they represent a technological leap that could prove worrisome for military commanders in NATO. He noted that the advances in missile technologies improved the precision and firepower even of aging Soviet-era ships or aircraft.

“This is an amazingly capable new weapon,” he added.

Russia’s state television network boasted on Monday that from the Caspian, they could reach the Persian Gulf, the Arabian Peninsula and the “entire Mediterranean Sea.” It went on to note that trials of the missiles were underway aboard two ships in the Black Sea, which is bordered by three NATO allies: Turkey, Bulgaria and Romania.

The Moskva, a guided-missile cruiser that is the flagship of Russia’s Black Sea Fleet, based in the newly annexed Crimea, has also deployed with other ships off the coast of Syria, providing air defenses for the aircraft and troops Russia has deployed. Those missiles effectively protect the skies over Syrian territory under control of the government from aerial incursions, and all but block the establishment of a no-fly zone in Syria, as many have called for.

American officials say Russia has closely coordinated with its allies to plan its current fight. Maj. Gen. Qassim Suleimani, the head of Iran’s paramilitary Quds Force, went to Moscow in late July in an apparent effort to coordinate on the Russian offensive in Syria, and he is also spearheading the Iranian effort to assist Iraqi militias. “The broad outlines were decided months ago,” said Lt. Gen. Richard P. Zahner, formerly the Army’s top intelligence officer in Europe and in Iraq.

American officials, while impressed with how quickly Russia dispatched its combat planes and helicopters to Syria, said air power had been used to only a fraction of its potential, with indiscriminate fire common and precision-guided munitions used sparingly. It is clear the Russians are already harvesting lessons from the campaign to apply to their other military operations, said David A. Deptula, a retired three-star Air Force general who planned the American air campaigns in 2001 in Afghanistan and in the gulf war.

“Essentially,” he said, “Russia is using their incursion into Syria as an operational proving ground.”

Voir de plus:

Iranian Ballistic Missile Tests Could Violate Nuke Deal
Experts: ‘Clear violation’ of international agreements
Adam Kredo
Free Beacon
October 12, 2015

Iran’s recent test firing of a ballistic missile does not violate the recent nuclear deal, Obama administration officials said on Monday. However, nuclear experts disagree and are calling on the administration to hold Iran accountable for violating international agreements barring such action.

Iran announced over the weekend that it had successfully test-fired a domestically produced long-range surface-to-surface ballistic missile.

Iran maintained that the test does not violate the nuclear deal, though U.S. experts quibbled with this analysis.

Asked to address the reports on Monday, John Kirby, a spokesman for the State Department, said that the administration is “aware of reports that Iran is conducting a new round of missile tests.”

“We will take appropriate actions at the United Nations if these tests violate any existing UN Security Council resolutions,” Kirby said in the statement. “Separately, we remain confident in our ability to defend ourselves and our allies in the region. And we will continue to work closely with our regional partners to boost their capabilities to defend themselves against any threats by Iran.”

However, Secretary of State John Kerry has stated in the past that such tests would not violate the accord. The State Department maintains that this is still its position.

Kerry informed Sen. Marco Rubio (R., Fla.) in recent correspondence obtained by the Free Beacon that a ballistic missile test would not violate the accord.

“It would not be a violation of the JCPOA [Joint Comprehensive Plan of Action] if Iran tested a conventional ballistic missile,” Kerry wrote to Rubio.

Ballistic missile testing is not addressed in the nuclear accord, but rather by newly implemented U.N. Security Council resolutions.

“Since the Security Council has called upon Iran not to undertake any activity related to ballistic missiles designed to be capable of delivering nuclear weapons, including launches using such ballistic missile technology, any such activity would be inconsistent with the UNSCR and a serious matter for the Security Council to review,” Kerry wrote to Rubio.

Iran has also maintained that its ongoing ballistic missile work does not violate the JCPOA. Iranian official have said that it will continue to violate U.N. resolutions barring such work.

“To follow our defense programs, we don’t seek permission from anyone,” the Iranian diplomat Abbas Araqchi was quoted as saying over the weekend by Iran’s IRNA news agency.

U.S. nuclear experts took issue with Iran’s interpretation and said that the recent missile test is an opportunity for the Obama administration to put its foot down.

Mark Dubowitz, executive director of the Foundation for Defense of Democracies, described the situation as a “test case” for the Obama administration.

“This is a clear violation of Annex B paragraph 3 of UNSCR 2231 (2015) and a test case for the Obama administration to make it clear to Iran that a violation of UNSCR 2231 will be considered a violation of the JCPOA despite Iranian regime protestations to the contrary,” Dubowitz said.

Iran is prohibited under this resolution from testing missiles and “any activity related to ballistic missiles designed to be capable of delivering nuclear weapons.”

The test came several days after Iran’s parliament issued a report declaring that Tehran would violate the JCPOA’s restrictions on weapons. A translation of the report performed by the Foundation for Defense of Democracies noted that the parliament was rejecting U.N. resolutions that are “apparently the JCPOA’s only legal backing.”

Other experts said the test marks a clear violation of the deal, one that the administration should immediately address.

“If the missile launch is not a violation of the Iran deal, then it shows just how comically bad the Iran deal actually was: it’d be a nuclear deal that doesn’t stop Iran from developing missiles to deliver nuclear weapons,” said Omri Ceren, managing director at the Israel Project, an organization opposed to the terms of the final deal.

“But even if the launch doesn’t violate the agreement, it’s a blatant violation of the United Nations Security Council resolution that gave the agreement force under international law,” Ceren explained. “So either it violates the deal, or it violates the resolution that gives the deal force, and either way the Iranians are playing the Obama administration for chumps.”

Voir enfin:

 Honte à nous, complices d’Erdogan !
L’État turc profite d’un attentat commis avec la complicité ou non de ses services secrets pour l’attribuer aussitôt à ses adversaires.
Franz-Olivier Giesbert
15/10/2015

Désolé d’interrompre le débat-fleuve à propos de la France pays de « race blanche » qui passionne nos chers confrères, mais il se passe, en dehors de nos frontières, des infamies que nous ne pouvons plus continuer à recouvrir d’un mouchoir blanc.

L’incendie du Reichstag est devenu une spécialité turque : l’État profite d’un attentat commis ou non avec la complicité de ses services secrets pour l’attribuer aussitôt à ses adversaires, qu’il peut alors réprimer sans pitié. Adolf Hitler avait ouvert la voie en 1933. Recep Tayyip Erdogan, le président turc, la suit sans vergogne.

Le pouvoir turc a apparemment signé son crime en accusant tout de suite le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) d’être à l’origine de l’attentat le plus meurtrier de l’histoire du pays, perpétré à Ankara samedi dernier. Que ce soit le mouvement kurde de résistance armée qui ait décidé de tuer des manifestants pacifistes et pro-kurdes est totalement invraisemblable. Mais Erdogan, père Ubu affairiste, rongé par ses obsessions comme par des poux, n’a jamais été à une carabistouille près.

Quand bien même le coupable serait Daesh, la porosité entre les services turcs et les islamo-nazis est telle qu’on est en droit de penser qu’Erdogan, s’il ne les a pas instrumentalisés, a au mieux fermé les yeux. Dans cette affaire, le président turc a un mobile : son régime est aux abois. Il a beau museler la presse et monter des opérations de police contre ses opposants, rien n’y fait, le pouvoir se délite, attaqué de toutes parts. Un déclin confirmé par la percée électorale récente du HDP, parti pro-kurde.

Plus Erdogan s’enferre, plus il persiste. N’ayant pas obtenu la majorité absolue aux élections générales du mois de juin, il a refusé de former un gouvernement de coalition, préférant organiser un nouveau scrutin qui, selon les derniers sondages, s’annonçait très mal pour lui. L’attentat est tombé à pic pour hystériser les nationalistes de tous bords et, si besoin, annuler les élections.

Il y aura toujours assez de gobe-mouches. Les Occidentaux, par exemple. Quand Vladimir Poutine fait assassiner, selon toutes probabilités, son principal opposant Boris Nemtsov à deux pas du Kremlin, nous ne sommes pas coupables : rien ne nous lie à la Russie. Mais, quand Erdogan organise un carnage tout près de son palais présidentiel, nous sommes complices, puisque nous soutenons son régime répressif et vermoulu : c’est même notre allié !

Il y a quelque chose de comique à voir nos gouvernants, Fabius en tête, prendre des airs dégoûtés devant Poutine alors que nous avons, avec Erdogan, un homme de la même engeance, en plus fourbe, dans notre propre camp. Le 28 juillet, un communiqué hallucinant de l’Otan apportait le soutien de ses pays membres au pouvoir turc pour son prétendu juste combat contre les rebelles kurdes. À croire que la menace de Daesh est d’une même nature que le danger que font peser les Kurdes sur la Turquie, où ils représentent entre 16 et 20 % de la population.

Fort de ce blanc-seing, le régime islamo-conservateur d’Erdogan en a profité pour s’attaquer aux positions des rebelles kurdes en Syrie ou dans le nord de l’Irak plutôt qu’à celles de ses frères sunnites de Daesh, dont il est, depuis le début du conflit, l’allié objectif et sournois. Si nous ne disons rien, c’est qu’il a acheté notre silence : en échange de notre assentiment, il « fixe » au moins 2 millions de réfugiés qui ont fui les barbares de l’État islamique.

Nous autres, Occidentaux, ne sommes pas seulement lâches, ridicules et pathétiques. Pris en otages par le pouvoir turc, nous atteignons aussi le comble de l’abjection en soutenant activement la politique génocidaire d’Erdogan, qui entend bien réserver aux Kurdes le traitement que ses sinistres prédécesseurs du parti des Jeunes Turcs firent subir aux Arméniens en 1915 : l’éradication quasi totale.

Pour commettre son crime contre l’humanité, Erdogan bénéficie du soutien sans faille du Prix Nobel de la paix Barack Obama, son « idiot utile », et des pays membres de l’Otan. Sans parler de ses supplétifs que sont les hordes de Daech, devenues des as du meurtre de masse de Kurdes.

Ce qu’on appelait depuis le XIIe siècle le Kurdistan est aujourd’hui partagé entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie, ou ce qu’il en reste. Un peuple d’à peu près 35 millions de personnes, avec sa propre langue et une forte identité culturelle qui transcende les religions, musulmane, chrétienne ou yézidie, cohabitant pour l’heure face aux deux ennemis communs : l’État islamique et le pouvoir turc.

Ce peuple joue sa vie. Plus nous nous en lavons les mains, plus elles deviennent sales..


France: On a trop souvent joué avec le Front national (Déjà vu: French socialists gearing up for reverse vote for the Crook-not the Fascist election strategy)

11 mars, 2015
https://i2.wp.com/s.tf1.fr/mmdia/i/32/7/carpentras-manifestation-place-de-la-bastille-le-14-mai-1990-10808327hsses.jpg
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Les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes. Winston Churchill
Never have liberal ideas been so firmly entrenched within America’s core elite institutions. Never have those institutions been so weak and uninfluential. Walter Russell Mead
Moi, je revendique la stigmatisation de Marine Le Pen. Manuel Valls
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
On peut avoir une très mauvaise séquence électorale. On peut perdre 35 départements. Jean-Christophe Cambadélis (premier secrétaire du PS)
Il ne faut «pas seulement une politique du logement et de l’habitat» mais une «politique du peuplement». Une «politique du peuplement pour lutter contre la ghettoïsation, la ségrégation. Manuel Valls
Le fascisme, contre lequel pensent lutter toutes ces légions d’anges sans mémoire et sans sexe, est un mythe, non une réalité. S’ils savaient reconnaître le fascisme dans la réalité, ils seraient tous fièrement islamophobes, à l’instar de Wilders, et de Churchill, qui savait de quoi il parlait. Radu Stoenescu
Nous nous demandons si nous n’avons pas fait l’objet d’une récupération politique. Jean Hassoun (président de la communauté juive d’Avignon)
En se joignant à la manifestation parisienne, le président de la République défendait l’idée que si la France devait « se ressaisir », c’était à l’État de donner l’impulsion. Par ce geste, il montrait également qu’il avait pris note des critiques formulées depuis l’annonce de la profanation, par voie de presse, à l’encontre de son gouvernement. En effet, pour nombre de journalistes, la profanation était symptomatique d’une France en crise. François Mitterrand a été réélu le 8 mai 1988 à la présidence de la République mais son parti est en déroute. « Le bilan des années Mitterrand aurait pu être positif s’il n’était entaché par une grave carence morale et […] un développement considérable de la corruption. » Le gouvernement et les parlementaires socialistes ont souffert d’un discrédit profond dans l’opinion, conséquence de l’enchaînement ininterrompu des « affaires »  Parmi celles-ci, citons les procédés illégaux de financement… . La série d’élections en 1988-1989 est un bon indicateur de la crise qu’ils traversent. Aux municipales et cantonales, on relève une augmentation de l’abstention et une réorientation du corps électoral vers le FN ou les Verts. Les élections européennes ne font que confirmer cette tendance. Quant à la droite, elle peine à se positionner sur l’échiquier politique français. Les éditoriaux du Figaro illustrent bien de quelle façon les proportions de l’événement Carpentras, rapportées à la morosité politique ambiante, ont été redimensionnées : « N’insistons pas sur le machiavélisme d’un pouvoir socialiste qui ne songe, depuis des années, qu’à gonfler les voiles de l’extrême droite. Plaignons-le, il aura des comptes à rendre à l’histoire » (Franz-Olivier Giesbert) . Le 14, Xavier Marchetti poursuit dans la même veine : « Il faut aussi faire la part de la pernicieuse dégradation de la vie politique. Elle entraîne moquerie et rejet »  (Xavier Marchetti). D’aucuns rétorqueront que Le Figaro, journal de droite, en a profité pour tirer à bout portant sur les socialistes. Mais leurs confrères de Libération ont aussi relié l’événement au climat général. Ils parlent d’« authentique désarroi » et citent Jacques Chirac qui voit dans cette profanation la manifestation d’une « crise dont nous sommes tous responsables » (Marc Kravetz). Au moment où les formations traditionnelles étaient en proie au malaise, sans réponse face aux problèmes de l’immigration À l’automne 1989, l’affaire du foulard islamique relance…  et de l’insécurité, le FN récoltait des voix. Qui veut comprendre la facilité avec laquelle s’est mise en place la rhétorique de culpabilisation du FN autour de la profanation de Carpentras doit la mettre en relation avec la visibilité croissante du parti dans le paysage politique français. Que l’acte ait eu lieu en Provence, terre d’élection du Front National, qu’il ait été commis, apparemment, dans la nuit du mercredi au jeudi Les premières conclusions de l’enquête ont débouché… [17] , juste après le passage de Jean-Marie Le Pen à L’Heure de vérité : ces données forment un faisceau d’indices qui désignent le parti d’extrême droite comme coupable pour la classe politique. (…) En septembre 1990, un article du sociologue Paul Yonnet dans la revue Le Débat relance la polémique : l’ancrage historique de l’événement aurait eu pour but d’assurer « la culpabilité récurrente de Le Pen »  Paul Yonnet, « La machine Carpentras », Le Débat, septembre-octobre… . Ce rebondissement vient étayer la thèse selon laquelle cette profanation est devenue presque instantanément un « récit médiatique » construit et imposé. Dès son exposition sur la scène publique, l’acte a échappé à ses protagonistes. Les médias et les pouvoirs publics se sont approprié l’information pour la reconstruire selon leurs interprétations, interdisant de la regarder comme une empreinte immédiate du réel. La profanation n’est pas la première du genre mais en mai 1990 à Carpentras le cadavre d’un homme juif a été exhumé et empalé (il s’agissait en fait d’un simulacre, comme le révélera l’enquête par la suite). Ce fait a joué de tout son poids dans la réception de la profanation. Il a constitué le motif sur lequel les instances de médiation ont pu unanimement greffer une trame aux tissages politique, historique et mémoriel. La conjonction de plusieurs éléments contextuels, désarticulation du corps social et climat politique délétère, ascension électorale du Front National, réactivation concomitante de la mémoire de la Shoah et de la mémoire de Vichy, permet seule de dénouer les fils du récit médiatique de la profanation de Carpentras. Émergeant dans une France profondément désorientée, l’acte perpétré a cristallisé les angoisses et les hantises du moment, en libérant les consciences et la parole. La manifestation du 14 mai 1990 a bien montré la valeur curative que l’on a prêtée à l’événement : expurger les maux de la société et la gangrène de la mémoire. Floriane Schneider
N’insistons pas sur le machiavélisme d’un pouvoir socialiste qui ne songe, depuis des années, qu’à gonfler les voiles de l’extrême droite. Plaignons-le, il aura des comptes à rendre à l’histoire. Franz-Olivier Giesbert
The Left in France has been using the rhetoric of “anti-racism” to give itself a moral agenda and place the mainstream Right on the defensive. Up to now, moreover, this tactic has been successful. At Carpentras, the Minister of the Interior (who has responsibilities comparable to our Attorney General) virtually accused Le Pen of being responsible for the outrage. Then, as if such blatant politicization of a criminal affair were not sufficient, the Interior Ministry proceeded thoroughly to botch the Carpentras investigation. Not only was evidence lost, but it developed that the desecration, undoubtedly disgusting, was not quite so gross in its physical details as the Minister (and his government colleagues) had at first let on. Whether they themselves had been deceived by misleading reports, or whether they were unable to resist an opportunity to make a public show of moral indignation, will probably never be known. What is known is that there is no extremist group in France, particularly on the far Right, that remains closed to the police, and if any such group had been implicated the fact would have emerged quickly. As Salomon Malka, a radio journalist, was forced to conclude, “We feel we’ve been cuckolded. I hope it’s not worse than that. But the crime certainly was manipulated for political ends. »  Beyond the calculations of domestic politics, public displays of “anti-anti-Semitism” in France, as the historian Annie Kriegel has noted, serve another purpose: “covering” a government foreign policy that is not well disposed toward Israel, and indeed has not been well disposed ever since the Six-Day War of 1967. (If anything, Mitterrand has been rather more sympathetic, at least at the level of gestures, than his predecessors.) Thus, just after Carpentras, the French government sent its human-rights man, Bernard Kouchner, to Israel to complain about its treatment of Arabs. Finally, and perhaps most importantly, the intellectuals in France (broadly speaking), despite their ritual “anti-anti-Semitism,” have permitted a public discourse to develop in which anti-Semitism nevertheless is a factor. Today, “certain things” can be said in France about the Jews that could not have been said twenty, let alone thirty or forty, years ago; and though these “certain things” are ritually denounced, they are seldom rebutted. What has happened in the intellectual world is that sentimental indignation often has taken the place of serious combat. The shifting attitudes of the French Left to Israel play an important role here. It was Liberation, the same paper that ran the headline “Outrage” after Carpentras, that in 1976 greeted Israel’s lifesaving raid on Entebbe with the headline, “Israel, Champion Terrorist.” The paper would almost certainly not do this today—after repeated demonstrations of the way Israel’s enemies behave, the French media have acquired a certain respect for that country’s security requirements. Yet the often virulently anti-Israel view which prevailed on the Left between the end of the Six-Day War and the withdrawal from Lebanon did make it easier to raise other “questions” about the Jewish people, past and present, and the poison of that earlier view still lingers in the air. No wonder, then, that French intellectuals, whose delicate consciences only yesterday were hurt by Israel’s insistence on defending itself, today often lack the lucidity needed to mount an effective argument in behalf of Israel in particular, and the Jewish people in general, and instead wander perplexedly about in what the historian François Furet has justly called the “desert of antiracism.” So there is an atmosphere in France—a tone, if you will—which, although hardly responsible for events like Carpentras, is very much part of the explanatory context in which such events take place. Richard Kaplan
À une époque où la gauche, aux États-Unis (les démocrates) comme en France, commence à manquer de boucs émissaires pour expliquer ses échecs (…)  cette intransigeance tribale se traduit par l’impossibilité de rallier les troupes pour gouverner. En France, le PS a dû utiliser l’article 49.3 pour adopter des réformes économiques tièdes. Aux États-Unis, réticent à négocier avec les républicains, le président Obama utilise maintenant son véto pour faire avancer ses dossiers. On peut déjà prédire que l’héritage de François Hollande ne jouera pas en faveur du candidat du PS au prochain scrutin présidentiel. Même chose aux États-Unis. Les observateurs qui se disent assurés que la démocrate Hillary Clinton est la prochaine présidente sous-estiment le boulet que représentera pour elle aux élections les huit années peu productives de l’administration Obama. Daniel Girard
Il y a d’abord l’immense frisson qui secoue la France. Frisson d’horreur, tant la profanation de Carpentras est odieuse, frisson de révolte face à l’antisémitisme. Le 14 mai, à Paris, une foule innombrable s’écoule de la République à la Bastille, et c’est la nation qu’elle incarne. Ce jour-là, pour la première fois depuis la Libération, un président de la République participe à une manifestation de rue: François Mitterrand accompagne le cortège quelques minutes. Tout l’éventail politique est au premier rang, en une ribambelle d’écharpes tricolores, et Jean-Marie Le Pen est rendu « responsable non pas des actes de Carpentras, mais de tout ce qui a été inspiré par la haine raciste depuis des années », comme le formule alors Pierre Joxe. Les piétinements de l’enquête ouvrent après l’été le chapitre du doute. Le sociologue Paul Yonnet le détaille, en septembre 1990, dans un article de la revue Le Débat intitulé « La machine Carpentras, histoire et sociologie d’un syndrome d’épuration ». Débordés par les progrès du lepénisme, les politiques auraient érigé Carpentras en drame national pour terrasser le Front national par un discrédit définitif. Et rétablir auprès de l’opinion une estime ruinée par la récente loi d’amnistie du financement politique. Dès la mi-juillet, Jean Hassoun, président de la communauté juive d’Avignon, avait confié cet état d’âme: « Nous nous demandons si nous n’avons pas fait l’objet d’une récupération politique. » Le malaise s’aggrave quand les pistes locales semblent emporter l’adhésion des enquêteurs. Messes noires qui auraient dégénéré, délinquance morbide de la jeunesse dorée de Carpentras, elles composent le troisième chapitre. Il va traîner en longueur, sans apporter aucun dénouement. (…) En s’enlisant, l’affaire Carpentras est en effet devenue une arme pour le Front National, un boomerang qu’il veut voir revenir à la face de l’ « establishment » politique. Dès le 10 mai 1991, un an après la profanation, Jean-Marie Le Pen porte une lettre à François Mitterrand, lui demandant de « réparer publiquement l’injustice dont le FN a été victime ». Et, le 11 novembre 1995, 7 000 militants d’extrême droite viennent à Carpentras réclamer des « excuses nationales ». « Carpentras, mensonge d’Etat », est alors en passe de devenir un argument majeur et récurrent de la rhétorique lepéniste. Les aveux brusques et tardifs du skinhead avignonnais, Yannick Garnier, imposent un épilogue qui est aussi un retour à la case départ. Politiquement, l’affaire, après avoir servi les intérêts du FN, se retourne contre lui. Les lepénistes hurlent déjà à la manipulation en affirmant que « les coupables sont presque parfaits », mais les faits, cette fois-ci, sont bien établis. (…) Trois types de profanations peuvent être distingués. Le premier est le vandalisme banal: en juin dernier, trois cimetières militaires de la Première Guerre mondiale ont été dévastés dans le Nord-Pas-de-Calais, et, le 26 juillet, cinq enfants âgés de dix à douze ans ont abîmé une centaine de tombes à Mulhouse. Le second type est la cérémonie satanique, comme, au début de juin, à Toulon, où les coupables ont été arrêtés. D’effroyables mises en scène accompagnent souvent ces actes, qui visent surtout les cimetières chrétiens, au nom de l’Antéchrist. A Toulon, un crucifix fut planté à l’envers dans le coeur du cadavre exhumé. Il y a enfin les profanations antisémites. Nombreuses, elles sont souvent gardées le plus secrètes possible par les autorités juives, pour éviter les « épidémies ». Dans le mois qui suivit Carpentras, 101 actes antisémites furent recensés, contre six par mois d’habitude. Christophe Barbier
Carpentras, c’était une manipulation. Hubert Védrine
[Yves Bertrand, le patron des RG] explique que au départ, les gens du CRIF (…) ne voulaient pas en faire une grande manifestation et que c’est Mitterrand lui-même qui a imposé la grande manifestation publique, qui a imposé l’itinéraire classique de gauche c’est-à-dire République-Bastille-Nation. Pour bien mettre ce combat dans les combats de la gauche et qui a ainsi manipulé tout le monde. Tout ça, pour empêcher évidemment une alliance entre  la droite – Chirac pour parler vite – et le Front national évidemment parce que si le Front national devenait une espèce de monstre nazi, évidemment on pouvait plus s’allier à lui. Et c’est la grande stratégie de Mitterrand sur quinze ans qui a permis à la gauche de rester au pouvoir pendant toutes ces années. Eric Zemmour
L’affaire avait provoqué une vive émotion au sein de la classe politique. Jacques Chirac avait condamné « avec force cet acte inqualifiable » et exprimé sa solidarité avec la communauté juive de France. Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, s’était aussitôt rendu sur les lieux et avait rappelé que l’auteur de ce genre de fait encourait vingt ans de prison. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait même parlé de « barbares » . Quant au ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, il avait exhorté les autorités françaises à se montrer « plus dures » face aux actes antisémites. On sait désormais que l’incendie qui, dans la nuit du 21 au 22 août, a ravagé le centre social juif de la rue Popincourt, dans le 11e arrondissement de Paris, n’est pas un acte antisémite. Son auteur, Raphaël Ben Moha, est un juif séfarade de 52 ans, originaire de Casablanca, au Maroc, qui aurait agi par vengeance. Comme dans l’affaire de la fausse agression antisémite du RER D, il y a deux mois, les poli