Hillbilly elegy: Attention, une relégation sociale peut en cacher une autre ! (It’s the culture, stupid !)

17 septembre, 2017

Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Alexis de Tocqueville
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises.  Bourdieu
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
La focalisation sur le « problème des banlieues » fait oublier un fait majeur : 61 % de la population française vit aujourd’hui hors des grandes agglomérations. Les classes populaires se concentrent dorénavant dans les espaces périphériques : villes petites et moyennes, certains espaces périurbains et la France rurale. En outre, les banlieues sensibles ne sont nullement « abandonnées » par l’État. Comme l’a établi le sociologue Dominique Lorrain, les investissements publics dans le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) sont mille fois supérieurs à ceux consentis en faveur d’un quartier modeste de la périphérie de Verdun (Meuse), qui n’a jamais attiré l’attention des médias. Pourtant, le revenu moyen par habitant de ce quartier de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun. Bien sûr, c’est un exemple extrême. Il reste que, à l’échelle de la France, 85 % des ménages pauvres (qui gagnent moins de 993 € par mois, soit moins de 60 % du salaire médian, NDLR) ne vivent pas dans les quartiers « sensibles ». Si l’on retient le critère du PIB, la Seine-Saint-Denis est plus aisée que la Meuse ou l’Ariège. Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne. (…)  En se désindustrialisant, les grandes villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, symbolisée par la figure du fameux « bobo », partisan de l’ouverture dans tous les domaines. Confrontées à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires, pour leur part, cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. En outre, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales pour accéder à la propriété et acquérir un pavillon. On assiste ainsi à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se concentrent à la fois cadres et catégories populaires issues de l’immigration récente. Ce phénomène n’est pas limité à Paris. Il se constate dans toutes les agglomérations de France (Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Grenoble), hormis Marseille. (…) On a du mal à formuler certains faits en France. Dans le vocabulaire de la politique de la ville, « classes moyennes » signifie en réalité « population d’origine européenne ». Or les HLM ne font plus coexister ces deux populations. L’immigration récente, pour l’essentiel familiale, s’est concentrée dans les quartiers de logements sociaux des grandes agglomérations, notamment les moins valorisés. Les derniers rapports de l’observatoire national des zones urbaines sensibles (ZUS) montrent qu’aujourd’hui 52 % des habitants des ZUS sont immigrés, chiffre qui atteint 64 % en Île-de-France. Cette spécialisation tend à se renforcer. La fin de la mixité dans les HLM n’est pas imputable aux bailleurs sociaux, qui font souvent beaucoup d’efforts. Mais on ne peut pas forcer des personnes qui ne le souhaitent pas à vivre ensemble. L’étalement urbain se poursuit parce que les habitants veulent se séparer, même si ça les fragilise économiquement. Par ailleurs, dans les territoires où se côtoient populations d’origine européenne et populations d’immigration extra-européenne, la fin du modèle assimilationniste suscite beaucoup d’inquiétudes. L’autre ne devient plus soi. Une société multiculturelle émerge. Minorités et majorités sont désormais relatives. (…)  ces personnes habitent là où on produit les deux tiers du PIB du pays et où se crée l’essentiel des emplois, c’est-à-dire dans les métropoles. Une petite bourgeoisie issue de l’immigration maghrébine et africaine est ainsi apparue. Dans les ZUS, il existe une vraie mobilité géographique et sociale : les gens arrivent et partent. Ces quartiers servent de sas entre le Nord et le Sud. Ce constat ruine l’image misérabiliste d’une banlieue ghetto où seraient parqués des habitants condamnés à la pauvreté. À bien des égards, la politique de la ville est donc un grand succès. Les seuls phénomènes actuels d’ascension sociale dans les milieux populaires se constatent dans les catégories immigrées des métropoles. Cadres ou immigrés, tous les habitants des grandes agglomérations tirent bénéfice d’y vivre – chacun à leur échelle. En Grande-Bretagne, en 2013, le secrétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts, s’est même déclaré favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’est effondré et est inférieur à celui des enfants d’immigrés. (…) Le problème social et politique majeur de la France, c’est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, on a fait venir les paysans dans les grandes villes pour travailler en usine. Aujourd’hui, on les fait repartir à la « campagne ». C’est un retour en arrière de deux siècles. Le projet économique du pays, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. (…) L’absence d’intégration économique des catégories modestes explique le paradoxe français : un pays qui redistribue beaucoup de ses richesses mais dont une majorité d’habitants considèrent à juste titre qu’ils sont de plus en plus fragiles et déclassés. (…) Les catégories populaires qui vivent dans ces territoires sont d’autant plus attachées à leur environnement local qu’elles sont, en quelque sorte, assignées à résidence. Elles réagissent en portant une grande attention à ce que j’appelle le «village» : sa maison, son quartier, son territoire, son identité culturelle, qui représentent un capital social. La contre-société s’affirme aussi dans le domaine des valeurs. La France périphérique est attachée à l’ordre républicain, réservée envers les réformes de société et critique sur l’assistanat. L’accusation de «populisme» ne l’émeut guère. Elle ne supporte plus aucune forme de tutorat – ni politique, ni intellectuel – de la part de ceux qui se croient «éclairés». (…) Il devient très difficile de fédérer et de satisfaire tous les électorats à la fois. Dans un monde parfait, il faudrait pouvoir combiner le libéralisme économique et culturel dans les agglomérations et le protectionnisme, le refus du multiculturalisme et l’attachement aux valeurs traditionnelles dans la France périphérique. Mais c’est utopique. C’est pourquoi ces deux France décrivent les nouvelles fractures politiques, présentes et à venir. Christophe Guilluy
Parler de relégation sociale n’a pas grand sens quand on est à dix minutes du métro et au coeur d’un marché de l’emploi gigantesque. Christophe Guilluy
J’ai suivi cette campagne avec un sentiment de malaise franchement (…) qui s’est peu à peu transformé en honte.  (…) Malaise parce que la deuxième France, dont vous parlez, la France qui est périphérique, qui hésite entre Marine Le Pen et rien,  je me suis rendu compte que je ne la comprenais pas, que je ne la voyais pas, que j’avais perdu le contact. Et ça, quand on veut écrire des romans, je trouve que c’est une faute professionnelle assez lourde.  (….) Parce que je ne la vois plus, je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant. (…) Et pourtant, je viens de cette France. (…) Elle habite pas dans les mêmes quartiers que moi. Elle habite pas à Paris. A Paris, Le Pen n’existe pas. Elle habite dans des zones périphériques décrites par Christophe Guilluy. Des zones mal connues. (…) Mais le fait est que j’ai perdu le contact. (…) Non, je la comprends pas suffisamment, je veux dire, je pourrais pas écrire dessus. C’est ça qui me gêne, c’est pour ça que suis mal à l’aise. (…) Non, je suis pas dans la même situation. Moi, je ne crois pas au vote idéologique, je crois au vote de classe. Bien que le mot est démodé. Il y a une classe qui vote Le Pen, une classe qui vote Macron, une classe qui vote Fillon. Facilement identifiables et on le voit tout de suite. Et que je le veuille ou non, je fais partie de la France qui vote Macron. Parce que je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon. Et parce que je suis pas un hériter, donc je suis pas la classe qui vote Fillon. (…) Ce qui est apparu et qui est très surprenant – alors, ça, c’est vraiment un phénomène imprévu – c’est un véritable parti confessionnel, précisément catholique. Dans tout ce que j’ai suivi – et, je vous dis, j’ai tout suivi  – Jean-Frédéric Poisson était quand même le plus étonnant. (…) Une espèce d’impavidité et une défense des valeurs catholiques qui est inhabituelle pour un parti politique. (….) Ca m’a interloqué parce que je croyais le catholicisme mourant. (…) [Macron] L’axe de sa  campagne, j’ai l’impression que c’est une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme. Michel Houellebecq
Marine Le Pen aurait pu être la porte-parole du parti de l’inquiétude, elle aurait pu faire venir sur le plateau l’humeur de cette partie du pays qui voit sa disparition programmée et s’en désole. Elle aurait pu évoquer le séparatisme islamiste et l’immense tâche qui nous attend consistant à convaincre des dizaines, peut-être des centaines, de milliers de jeunes Français de l’excellence de leur pays, de ses arts, ses armes et ses lois. Or, du début à la fin, elle a paru retourner à son adversaire le procès en légitimité dont elle est sans cesse l’objet. Incapable de lui concéder le moindre point, autant que de lui opposer une véritable vision, elle a ânonné des mots-clefs comme « UOIF » et « banquier », croyant sans doute que cela suffirait à faire pleuvoir les votes, ce qui laisse penser qu’elle tient ses électeurs en piètre estime. Les insinuations sur l’argent de son adversaire, sa façon de dire à demi-mot au téléspectateur « si vous êtes dans la mouise, c’est parce que lui et ses amis se goinfrent », m’ont rappelé les heures sombres de l’affaire Fillon, quand des journalistes répétaient en boucle le même appel au ressentiment. L’autre France, celle qui n’a pas envie de l’avenir mondialisé et multiculti qu’on lui promet, mérite mieux que ce populisme ras des pâquerettes. (…) On n’est pas obligé, cependant, de hurler avec les bisounours. Quoi que répètent fiévreusement ceux qui adorent voler au secours des victoires, un faux pas, même de taille, ne suffit pas à faire de Marine Le Pen quelqu’un d’infréquentable. À la différence de l’intégralité de mes confrères qui se frottent les mains sur l’air de « je vous l’avais bien dit ! », je ne suis pas sûre qu’elle ait « montré son vrai visage ». L’ayant interviewée à plusieurs reprises, nous avons eu avec elles des engueulades homériques : jamais je ne l’ai vue, dans ces circonstances, faire preuve de la mauvaise foi fielleuse qu’elle a opposée à son adversaire – et je ne lui avais jamais vu, même sur un plateau, ce masque sarcastique. Avait-elle en quelque sorte intégré sa propre illégitimité, a-t-elle été mal conseillée par son cher Florian Philippot ou était-elle décidément très mal préparée à la fonction qu’elle briguait ? Toujours est-il qu’elle a raté son rendez-vous avec le peuple français. (…) Il faudra bien résoudre un jour ce petit problème de logique : il existe chez nous un parti que les tribunaux ne peuvent pas interdire, qui a le droit de se présenter aux élections, mais les électeurs n’ont pas le droit de voter pour lui et ses dirigeants n’ont pas le droit de gagner. Ce qui, on en conviendra, est assez pratique pour ceux qui l’affrontent en duel. On me dit qu’il respecte le cadre de la République, mais pas ses fameuses valeurs. Sauf que, pardon, qui est arbitre des valeurs, Le Monde, les Inrocks, Jacques Attali ? N’est-ce pas une façon bien commode d’exclure de la compétition ceux qui vous déplaisent ? Je ne me résous pas à vivre dans un monde où il y a une seule politique possible, un seul vote raisonnable et un seul point de vue acceptable. (…) Post Scriptum : je viens d’entendre un bout de la chronique de François Morel, l’un des papes du comico-conformisme sur France Inter. Il comparait – ou assimilait je ne sais – Marine Le Pen à une primate: Taubira, c’était dégueulasse; mais pour une Le Pen, c’est normal. Digne conclusion de la quinzaine de la haine (et de l’antifascisme nigaud) que nous a offerte la radio publique. Elisabeth Lévy
The paradox of France is that it is desperate for reform — and desperate not to be reformed. It wants the benefits of a job-producing competitive economy but fears relinquishing a job-protecting uncompetitive one. A Macron presidency will have to devote its intellectual and rhetorical energies to explaining that it can be one or the other, but not both. I don’t want to close this column without allowing for the awful chance that Le Pen might win. That would be a moral tragedy for France and a probable disaster for Europe. But it would also be a reminder that chronic economic stagnation inevitably begets nationalist furies. In the United States, a complacent left acquits itself too easily of its role in paving the way to the Trump presidency. Many of Le Pen’s supporters might be bigots, but their case against the self-satisfaction, self-dealing, moral preening and economic incompetence of the French ruling classes is nearly impeccable. Bret Stephens
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. Nous ne savons pas qui sont Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins. […] Nous ne savons pas ce que peut bien dire James Dobson dans son émission de radio écoutée par des millions d’auditeurs. Nous ne savons rien de Reba et Travis. […] Nous sommes très peu nombreux à savoir ce qu’il se passe à Branson dans le Missouri, même si cette ville reçoit quelque sept millions de touristes par an; pas plus que nous ne pouvons nommer ne serait-ce que cinq pilotes de stock-car. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
America is coming apart. For most of our nation’s history, whatever the inequality in wealth between the richest and poorest citizens, we maintained a cultural equality known nowhere else in the world—for whites, anyway. (…) But t’s not true anymore, and it has been progressively less true since the 1960s. People are starting to notice the great divide. The tea party sees the aloofness in a political elite that thinks it knows best and orders the rest of America to fall in line. The Occupy movement sees it in an economic elite that lives in mansions and flies on private jets. Each is right about an aspect of the problem, but that problem is more pervasive than either political or economic inequality. What we now face is a problem of cultural inequality. When Americans used to brag about « the American way of life »—a phrase still in common use in 1960—they were talking about a civic culture that swept an extremely large proportion of Americans of all classes into its embrace. It was a culture encompassing shared experiences of daily life and shared assumptions about central American values involving marriage, honesty, hard work and religiosity. Over the past 50 years, that common civic culture has unraveled. We have developed a new upper class with advanced educations, often obtained at elite schools, sharing tastes and preferences that set them apart from mainstream America. At the same time, we have developed a new lower class, characterized not by poverty but by withdrawal from America’s core cultural institutions. (…) Why have these new lower and upper classes emerged? For explaining the formation of the new lower class, the easy explanations from the left don’t withstand scrutiny. It’s not that white working class males can no longer make a « family wage » that enables them to marry. The average male employed in a working-class occupation earned as much in 2010 as he did in 1960. It’s not that a bad job market led discouraged men to drop out of the labor force. Labor-force dropout increased just as fast during the boom years of the 1980s, 1990s and 2000s as it did during bad years. (…) As I’ve argued in much of my previous work, I think that the reforms of the 1960s jump-started the deterioration. Changes in social policy during the 1960s made it economically more feasible to have a child without having a husband if you were a woman or to get along without a job if you were a man; safer to commit crimes without suffering consequences; and easier to let the government deal with problems in your community that you and your neighbors formerly had to take care of. But, for practical purposes, understanding why the new lower class got started isn’t especially important. Once the deterioration was under way, a self-reinforcing loop took hold as traditionally powerful social norms broke down. Because the process has become self-reinforcing, repealing the reforms of the 1960s (something that’s not going to happen) would change the trends slowly at best. Meanwhile, the formation of the new upper class has been driven by forces that are nobody’s fault and resist manipulation. The economic value of brains in the marketplace will continue to increase no matter what, and the most successful of each generation will tend to marry each other no matter what. As a result, the most successful Americans will continue to trend toward consolidation and isolation as a class. Changes in marginal tax rates on the wealthy won’t make a difference. Increasing scholarships for working-class children won’t make a difference. The only thing that can make a difference is the recognition among Americans of all classes that a problem of cultural inequality exists and that something has to be done about it. That « something » has nothing to do with new government programs or regulations. Public policy has certainly affected the culture, unfortunately, but unintended consequences have been as grimly inevitable for conservative social engineering as for liberal social engineering. The « something » that I have in mind has to be defined in terms of individual American families acting in their own interests and the interests of their children. Doing that in Fishtown requires support from outside. There remains a core of civic virtue and involvement in working-class America that could make headway against its problems if the people who are trying to do the right things get the reinforcement they need—not in the form of government assistance, but in validation of the values and standards they continue to uphold. The best thing that the new upper class can do to provide that reinforcement is to drop its condescending « nonjudgmentalism. » Married, educated people who work hard and conscientiously raise their kids shouldn’t hesitate to voice their disapproval of those who defy these norms. When it comes to marriage and the work ethic, the new upper class must start preaching what it practices. Charles Murray
Murray, the W.H. Brady Scholar at the American Enterprise Institute, contends that before the 1960s, Americans of all classes participated in a traditional common culture of civic and social engagement that valued marriage, industriousness, honesty and religiosity — credited as « American exceptionalism » by Alexis de Tocqueville in his 19th century classic « Democracy in America. » Today, that culture persists among highly educated elites, winners in globalization’s economic redistribution, but those vigorous virtues are dissolving among globalization’s losers, the 21st century working class. Increased demographic segregation means that the elites who run the nation know little about the ominous cultural breakdown creeping up the socioeconomic ladder. Murray describes a new, highly educated upper class of the most successful 5% of professionals and managers who direct the nation’s major institutions. Most reside in high-income, socially homogeneous « super ZIP Codes » near urban power centers. Exclusivity is self-reinforcing: Elites socialize primarily with and marry one another (« homogamy »), ensuring their children’s future dominance based on genetic intelligence, other inherited talents and a high-achievement culture nourished by access to elite educational institutions. To emphasize that the new cultural divide is largely based on class, not race/ethnicity, Murray confines core sections of « Coming Apart » to comparing socio-cultural differences among middle-aged whites (age 30-49) in two communities: upper-middle-class Belmont, Mass., and working-class Fishtown, Pa. (Murray builds somewhat « fictionalized » versions of these communities through statistically adjusted models that control for age, race, income and occupation to heighten the contrasts between them.) Belmont represents perhaps 20% of the total U.S. population; Fishtown, about 30%. Murray reveals alarming levels of social isolation and disengagement among Fishtown’s working-class whites. By the early 2000s, only 48% were married, down from 84% in 1960; children living in households with both biological parents fell from 96% to 37%; the number of disabled quintupled from 2% to 10%; arrest rates for violent crime quadrupled from 125 to 592 per 100,000 people; and the percent attending church only once a year nearly doubled from 35% to 59%. In 2008, almost 12% of prime-age males with a high school diploma were « not in the labor force » — quadruple the percentage from the all-time low of 3% in 1968. The well-educated, upper-middle-class whites in Murray’s Belmont model fare far better: 83% are married; 84% of children reside in two-biological-parent homes; less than 1% are on disability, though nearly 40% attend church only once a year. Nearly all adult males are in the workforce. The primary problem with « Coming Apart » is that Murray’s focus on a cultural divide among whites obscures something else: The destruction of values, economic sectors and entire occupational classes by automation and outsourcing. And don’t forget the massive movements of cheap legal and illegal immigrant labor: This factor sets up a classic conflict, the ethnically split labor market, in which you find unionized working-class whites pitted against minority newcomers who are willing to work for less (sometimes « off the books » and under abysmal conditions). Frederick Lynch
Experts have warned for years now that our rates of geographic mobility have fallen to troubling lows. Given that some areas have unemployment rates around 2 percent and others many times that, this lack of movement may mean joblessness for those who could otherwise work. But from the community’s perspective, mobility can be a problem. The economist Matthew Kahn has shown that in Appalachia, for instance, the highly skilled are much likelier to leave not just their hometowns but also the region as a whole. This is the classic “brain drain” problem: Those who are able to leave very often do. The brain drain also encourages a uniquely modern form of cultural detachment. Eventually, the young people who’ve moved out marry — typically to partners with similar economic prospects. They raise children in increasingly segregated neighborhoods, giving rise to something the conservative scholar Charles Murray calls “super ZIPs.” These super ZIPs are veritable bastions of opportunity and optimism, places where divorce and joblessness are rare. As one of my college professors recently told me about higher education, “The sociological role we play is to suck talent out of small towns and redistribute it to big cities.” There have always been regional and class inequalities in our society, but the data tells us that we’re living through a unique period of segregation. This has consequences beyond the purely material. Jesse Sussell and James A. Thomson of the RAND Corporation argue that this geographic sorting has heightened the polarization that now animates politics. This polarization reflects itself not just in our voting patterns, but also in our political culture: Not long before the election, a friend forwarded me a conspiracy theory about Bill and Hillary Clinton’s involvement in a pedophilia ring and asked me whether it was true. It’s easy to dismiss these questions as the ramblings of “fake news” consumers. But the more difficult truth is that people naturally trust the people they know — their friend sharing a story on Facebook — more than strangers who work for faraway institutions. And when we’re surrounded by polarized, ideologically homogeneous crowds, whether online or off, it becomes easier to believe bizarre things about them. This problem runs in both directions: I’ve heard ugly words uttered about “flyover country” and some of its inhabitants from well-educated, generally well-meaning people. I’ve long worried whether I’ve become a part of this problem. For two years, I’d lived in Silicon Valley, surrounded by other highly educated transplants with seemingly perfect lives. It’s jarring to live in a world where every person feels his life will only get better when you came from a world where many rightfully believe that things have become worse. And I’ve suspected that this optimism blinds many in Silicon Valley to the real struggles in other parts of the country. So I decided to move home, to Ohio. (…) we often frame civic responsibility in terms of government taxes and transfer payments, so that our society’s least fortunate families are able to provide basic necessities. But this focus can miss something important: that what many communities need most is not just financial support, but talent and energy and committed citizens to build viable businesses and other civic institutions. Of course, not every town can or should be saved. Many people should leave struggling places in search of economic opportunity, and many of them won’t be able to return. Some people will move back to their hometowns; others, like me, will move back to their home state. The calculation will undoubtedly differ for each person, as it should. But those of us who are lucky enough to choose where we live would do well to ask ourselves, as part of that calculation, whether the choices we make for ourselves are necessarily the best for our home communities — and for the country. J. D. Vance
“ Hillbilly Elegy ” is a very important book and it also resonated with me in a very personal way because I also experienced the problems of rural poverty. I grew up in a small town in Western Pennsylvania. My father was a coal miner. He worked in these coal mines of Western Pennsylvania and occasionally he worked in steel mills in Western Pennsylvania. He died at the age of 39, with a lung disease. Left my mother with six kids and I was the oldest at 12 years of age. My father had a 10th grade education, my mother had a 10th grade education. My mother who lived to the ripe old age of 94, raised us by cleaning house occasionally. Initially we were on relief. We call it welfare now. She got off welfare and supported us by cleaning house; and what I distinctly remember about growing up in rural poverty is hunger. (…) Now, given my family background, black person, black family in rural poverty; as one of my colleagues at Harvard told me, the odds that I would end up at Harvard as a University professor and capital U on University, are very nearly zero. Like J.D. I’m an outlier. An outlier in — Malcolm Gladwell says in his book “ Outlier, The Study of Success. ” We are both outliers; but it’s interesting that J.D. never talks about holding himself up by his own bootstraps, and that’s something that I reject. I don’t refer to myself that way, because both J.D. and I, were in the right places at the right times, and we had significant individuals who were there to rescue us from poverty and enabled us to escape. We are the outliers being at the right place at the right time, and when I think about your question, that’s one thing I think about; how lucky I was. I had some significant individuals who helped me escape poverty. (…) ointing out some differences that I have with J.D. It’s really kind of a matter of emphasis. Not that we differ, it’s just a matter of emphasis. First of all, we both agree that too many liberal social scientists focus on social structure and ignore cultural conditions. You know, they talk about poverty, joblessness and discrimination, but they also don’t talk about some of the cultural conditions, that grow out of these situations, in response to these situations. Too many conservatives focus on cultural forces and ignore structural factors. Now J.D. has made the same point in “ Hillbilly Elegy ” and you also have made the same point in some subsequent interviews talking about the book. Now where we disagree and this relates back to your question, Camille, is in the interpretation of these cultural factors. J.D. places a lot of emphasis on agency. That people even in the most impoverished circumstances have choices that can either improve or exacerbate their situation, their predicaments. And I also think that a gency is important and should not be ignored, even in situations where individuals confront overwhelming structural impediments. But what J.D., and I’d like to hear your response to this J.D., wha t you don’t make explicit or emphasize enough from my point of view, is that agency is also constrained by these structural factors, even among people who you know, make positive choices to improve their lives, there are still constraints and I maintain th at the part of your book where you talking about agency, really cries out for a deeper interrogation. A deeper interrogation of how personal a gency is expanded or inhibited by the circumstance that the poor or working classes confront, including you know, their interactions and families, social networks , and institutions, in these distressed communities. In other words, what I’m trying to suggest is that personal agency is recursively associated with the structural forces within which it operates. And here you know, it’s sort of insightful to talk about intermediaries and insightful to talk about people who aid, who help you in making choices, and you do that well in the book. But here’s the point, given the American belief system on poverty and welfare in which Americans as you point out Camille, place far greater emphasis on personal shortcomings as opposed to structural barriers and especially when you’re talking about the behavior of African Americans. I believe that explanations that focus — don’t get me wrong, you don’t even talk about African Americans in the sense, I’m talking about people out there in the general public. Given this focus on personal shortcomings as opposed to structural barriers in a common for outcomes, I believe that explanations that focus on agency are likely to overshadow explanations that focus on structural impediments. Some people read a book, but they’re not that sophisticated, the take away will be those personal factors and you know, I would have liked to have seen you sort of try to put things in context you know. Talk about the constraints that people have. Now this relates to the second point I want to make. In addition, to feeling that they have little control over themselves, that is lack of agency. You point out that the individuals in these hillbilly communities tend to blame themselves — I’m sorry, blame everyone but themselves, and the term you used to explain this phenomenon is cognitive dissonance, when our beliefs are not consistent with our behaviors. And I agree, and many people often do tend to blame others and not themselves, but I think that when we talk about cognitive dissonance, we also have to recognize that individuals in these communities do indeed have some complaints, some justifiable complaints, including complaints about industries that have pulled off stakes and relocated to cheaper labor areas overseas and in the process, have devastated communities like Middletown, Ohio. Including complaints about automation replacing the jobs of cashiers and parking lot attendants. Including the complaints that government and corporate actions have undermined unions and therefore led to a decrease in the wages or workers in Middletown. (…) And let me also point out, here’s where we really do agree. We both agree that there are cultural practices within families and so on and in communities that reinforce problems created by the structural barriers. (…) Practiced behaviors that perpetuate poverty and disadvantage. So, this we agree. Too often liberals ignore the role of these cultural forces in perpetuating or reinforcing conditions associated with poverty or concentrated (inaudible). (…) even in extreme property, my mother kept telling me, you’re going to college. And my Aunt Janice also reinforced — my Aunt Janice was the first person in my extended family who got a college education, and I used to go to New York to visit her during the summer months, and I said you know, I want to be like Aunt Janice, you know? (…) you really see this when you look at neighborhoods. Neighborhoods in which an overwhelming majority of the population are poor, but employed are entirely different from neighborhoods in which people are poor but jobless. Jobless neighborhoods trigger all kinds of problems. Crime, drug addiction, gang behavior, violence. And one of the things that I had focused on when I wrote my book, When Work Disappears is what happens to intercity neighborhoods that experience increasing levels of joblessness. And we did some research in Chicago and it was really you know, sad, talking to some of the mothers who were just fearful about allowing their children to go outside because the neighborhood was so incredibly dangerous. And I remember talking with one woman and she says — who was obese and she says you know, I went to the doctor he said that I should go out and exercise. Can you imagine jogging in this neighborhood? Because the joblessness had created problems among young people who were trying to make ends meet and they’re involved in crime and drugs and so on. So, I would say that if you want to focus on improving neighborhoods, the first thing that I would do would try to increase or enhance employment opportunities. (…) I don’t know if the conditions have changed that much, since I wrote The Truly Disadvantaged. The one big difference is that I think there’s increasing technology and automation that has created problems for a lot of low skilled workers. You know, I mentioned automation replacing jobs that cashiers held, and parking lot attendants held. So, you have a combination not only of the relocation of industries overseas, that I talked about in The Truly Disadvantaged; but now you have increasing automation and technology replacing jobs, and this worries me because I think that people who have poor education are going to be in difficult situations increasingly down the road. You look at intercity schools, not only schools in intercities, but in many other neighborhoods, and kids are not being properly educated. So, they’re not being prepared for the changes that are occurring in the economy. I remember one social scientist saying that it’s as if — talking about the black population. It’s as if racism and racial discrimination put black people in their place only to watch increasing technology and automation destroy that place. So, the one significant difference from the time I wrote The Truly Disadvantaged in 1987, is the growing problems created by increasing technology for the poor.(…) it seems that poor whites right now are more pessimistic than any group, and the question is why. I was sort of impressed with your analysis of the white working class in the age of Trump. You know, you pointed out that when Barack Obama became president there were a lot of people in your community who were really struggling and who believe that the modern American meritocracy did not seem to apply to them. These people were not doing well, and then you have this black president who’s a successful product of meritocracy who has raised the hope of African Americans and he represented every positive thing that these working-class folks that you write about did not possess or lacked. And Trump emerged as candidate who sort of spoke to these people. What is interesting is that if you look at the Pew Research polls, recent Pew Research polls, I think you pointed this out in your book, the working-class whites right now are more pessimistic than any other group about their economic future and their children’s future. Now is that pessimism justified? I think they’re overly pessimistic. I still maintain that to be black, poor and jobless is worse than being white, poor and jobless, okay? But, for some reason, the white poor is more pessimistic. Now I think with respect to the black poor and working class has kind of an Obama effect you know. I think that may wear off and then blacks will become even more equally as pessimistic as whites in a few years. (this reminds me of your points J.D., reminds me of a paper that Robert Sampson, a colleague at Harvard and I wrote in 1995 entitled Toward a Theory of Race, Crime and Urban Inequality. A paper that has become a classic actually in the field of criminology because it’s generated dozens of research studies. Our basic thesis we were addressing you know, race and violent crime, is that racial disparities and violent crime are attributable in large part to the persistent structural disadvantages that are disproportionately concentrated in African American urban communities. Nonetheless, we argue that the ultimate cause of crime were similar for both whites and blacks, and we pose a central question. In American cities, it is possible to reproduce in white communities the structural circumstances under which many blacks live. You know, the whites haven’t fully experienced the structural reality that blacks have experienced does not negate the power of our theory because we argue had whites been exposed to the same structural conditions as blacks then white communities would behave – – the crime rate would be in the predicted direction. And then we had an epiphany. What about the rural white communities that you talk about. Where you’re not only talking about joblessness, you’re not only talking about poverty, but you’re also talking about family structure. So, here in Appalachia, you could reproduce some of the conditions that exist in intercity neighborhoods and therefore it would be good to test our theory in these areas because we’d be looking at the family structure. The rates of single parent families. We’d be looking at joblessness, we’d be loo king at poverty. So, we need to move beyond the urban areas and see if we can look at communities that come close to approximating or even worse in some cases, and some intercity neighborhoods. (…) Mark Lilla and a number of other post-election analysts observed that as you point out that the Democrats should not make the same mistake that they made in the last election, namely an attempt to mobilize people of color, women, immigrants and the LGBT community with identity politics. They tended to ignore the problems of poor white Americans. I was watching the Democratic convention with my wife on a cruise to Alaska, and one concern I had was there did not seem to be any representatives on the stage representing poor white America. I could just see some of these poor whites saying they don’t care about us. They’ve got all these blacks, they’ve got immigrants, they’ve got (inaudible), but you don’t have any of us on the stage. Maybe I’m overstating the point, but I was concerned about that. Now one notable exception, critics like Mark Lilla point out was Bernie Sanders. Bernie Sanders had a progressive and unifying populous economic message in the Democratic primaries. A message that resonated with a significant segment of the white lower-class population. Lower class, working class populations. Bernie Sanders was not the Democratic nominee and Donald Trump was able to, as we all know, capture notable support from these populations with a divisive not unifying populous message. I agree with Mark Lilla that we don’t want to make the same mistake again. We’ve go to reach out to all groups. We’ve got to start to focus on coalition politics. We have to develop a sense of interdependence where groups come to recognize that they can’t accomplish goals without the support of other groups. We have to frame issues differently. We can’t go the same route. We can’t give up on the white working class. (…) Addressing the question of increase in economic segregation. People don’t realize that racial segregation is on the decline, while economic segregation is a segregation of families by income is on the increase. William Julius Wilson
I’m a bit of a fan boy of William Julius Wilson as I wrote Hillbilly Elegy, so it was real exciting to be able to get him to sign this book.  (…) Culture (…) is a really, really, difficult and amorphous concept to define, and one of the things that I was trying to do with “ Hillbilly Elegy ” is try to in some ways draw the discussion away from this structure versus personal responsibility narrative and convince us to look at culture as a third and I think very important variable. I often think that the way that conservatives, and I’m a conservative, talk about culture is in some ways an excuse to end the conversation instead of starting a much more important conversation. It’s look at their bad culture, look at their deficient culture, we can’t do anything to help them; instead of trying to understand culture as this much bigger social and institutional force that really is important that some cases can come from problems related to poverty and some cases can come from a host of different factors that are difficult to understand. So, here’s what I mean by that. One of the most important I think cultural problems that I talk about is the prevalence of family and stability and family trauma in some of the communities that I write about; and I take it as a given that that trauma and that instability is really bad, that it has really negative downstream effects on whether children are able to get an education, whether their able to enter the workforce, whether they’re  able to raise and maintain successful families themselves. I think it’s tempting to sort of look at the problems of family instability and families like mine and say there’s a structural problem if only people had access to better economic opportunities, they wouldn’t have this problem. I think that’s partially true, but also consequently partially false. I think there’s a tendency on the right to look at that and say these parents need to take better care of their families and of their children, and unless they do it, there’s nothing that we can do. And I think again, that is maybe partially true, but it’s also very significantly false. What I’m trying to point to in this concept of culture, is we know that when children grow up in very unstable families that it has important cognitive effects, we know that it has important psychological effects, and unless we understand the problem of family instability and trauma, not just as a structural problem, or problem with personal responsibility, but as a long-term problem, in some cases inherited from multiple generations back, then we’re not going to be able to appreciate what’s really going on in some of these families and why family instability and trauma is so durable and so difficult to actually solve. So, I tend to think of culture as in some ways, this way to sum all of the things that are neither structural nor individual. What is it that’s going on in people’s environments good and bad that make it difficult for them to climb out of poverty. What are the things that they inherit. It’s not just from their own families, but from multiple generations back. Behaviors, expectations, environmental attitudes that make it really hard for them to succeed and do well. That’s the concept of culture that I think is most important, and also frankly that I think is missing a little bit from our political conversation when we talk about these questions of poverty, we’re really comfortable talking about personal responsibility, we’re really comfortable talking about structural problems. We don’t often talk about culture in this way that I’m trying to talk about it, in “ Hillbilly Elegy. ” (…) the second point that I wanted to make (…) is this question of Agency and whether I overemphasize the role of Agency. I think that for me, this is a really tough line to tow because I’m sort of writing about these problems you know, having in my personal memory, I’m not that far removed from a lot of them. I know that myself, one of the biggest problems that I faced was that I really did start to give up on myself early in high school, and I think that’s a really significant problem. At the same time, I understand and recognize the problem that Bill mentions which is that we have this tendency to sort of overemphasize Personal Agency and to proverbially blame the victim for a lot of these problems. So, what I was trying to do with this discussion of Personal Agency in the book, and I may have failed, but this is the effort, this is what I’m really trying to accomplish. Is that the first instance, I do think that it’s important for kids like me in circumstances like mine, to pick up the book and to have at least some reinforcement of the Agency that they have. I do think that’s a significant problem from the prospective of kids who grew up in communities like mine. The second thing that I’m trying to do, is talk about Personal Agency, not jus t from the prospective of individual poor people, but from the entire community that surrounds them. So, one of the things that I talk about is as religious communities in these areas, do they have the, as I say in the book, toughness to build Churches that encourage more social engagement as opposed to more social disaffection. I think that’s a question of Personal Agency, not from the perspective of the impoverished kid, but from a religious leader and community leaders that exist in their neighborhood. So, I think that sense of Personal Agency is really important. One of the worries that I have, is that when we talk about the problems of impoverished kids and this is especially true amongst sort of my generation, so this is — I’m a tail end of t he millennials here, is that we tend to think about helping people, 10 million people at a time a very superficial level, and one of the calls to action that I make in the book with this — by pointing out to Personal Agency is the idea that it can be really impactful to make a difference in 10 lives at a very deep level at the community level. And I think that sometimes is missing from these conversations. And then, the final point that I’ll make is that there’s a difference between recognizing the importance of Personal Agency and I think ignoring the role of structural factors in some of these problems, right? So, the example that I used to highlight this in the book is this question of addiction. So, there’s some interesting research that suggests that people who believe inherently that their addiction is a disease, show slightly less proclivity to actually fight that addiction and overcome that addiction. So, that creates sort of a catch 22, because we know there are biological components to addiction. We know that there are these sorts of structural non-personal decision-making drivers of addiction, and yet, if you totally buy in to the non-individual choice explanation for addiction, you show less of a proclivity to fight it. So, I think that there is this really tough under current to some of our discussions on these issues, where as a society we want to simultaneously recognize the barriers that people face, but also encourage them not to play a terrible hand in a terrible way, and that’s what I’m trying to do with this discussion of Personal Agency. The final point that I’ll make on that, is that the person who towed that line better than anyone I’ve ever known was my Grandma, my Ma’ma who I think is in some ways the hero of the book. She always told me. Look J.D., like is unfair for us, but don’t be like those people who think the deck is hopelessly stacked against them. I think that’s a sentiment that you hear far too infrequently among America’s elites. This simultaneous recognition that life is unfair for a lot of poor Americans, but that we still have to emphasize the role of individual agency in spite of that unfairness and I think that’s again a difficult balancing act. I may not have struck that balancing act perfectly in the book, but that was the intention. (…) the first thing is definitely you know, going back to my grandma. I think if anybody had a reason for pessimism and cynicism about the future, it was her. It’s sort of difficult to imagine a woman who had lived a more difficult life and yet ma’ma had this constant optimism about the future, in the sense that we had to do better because that was just the way that America worked. I mean I think that she was this woman who had this deep and abiding faith in the American dream in a way that is obviously disappearing And in fact, as I wrote about in the book, was I started to see disappearing even you know, when I was a young kid in my early 20’s. So, I think that my grandma was a huge part of that. I also think that the Marine Corp was a really huge part of that, and this is sort of a transformational experience that I write about in the book. The military is this really remarkable institution. It brings people from diverse backgrounds together, gets them on the same team. Gets them marching proverbially and literally towards the same goal, and for a kid who had grown up in a community that was starting to lose faith in that American dream, I think that the military was a really useful way to, as I say in the book, teach a certain amount of willfulness as opposed to despair and hopelessness. So, I think that was a really critical piece of it. (…) On the other hand, one thing I really worried about and one thing that I increasingly worried about as I actually did research for the book, is this idea of faith and religion, not just as something that people believe in, but as an actual positive institutional and social role player in their lives. And one of the things you do see, that this is something that Charles Murray’s written about, is that you see the institutions of faith declining in some of these lower income communities faster than you do in middle and upper income communities. I don’t think you have to be a person of faith to think that that’s worrisome. I think you can just read a paper by Jonathan Gruber that talks about all of these really positive social impacts of being a regular participatory Church member. So, you know, I think I was lucky in that sense, but a lot of folks, and when I look at the community right now, it worries me a little bit that you don’t see these robust social institutions in the same way that you certainly did 30, 40 years ago, and even when I was growing up in Middletown. The last point that I’ll make about that, is that (…) these trends often take half a century or more to really reveal themselves and I do sometimes see signs of resilience in some of these communities that I sort of didn’t fully anticipate and didn’t expect when the book was published. So, one of the things I’ve started to realize for example is when we talk about the decline of institutional faith, even though I continue to worry about that, one of the institutions that’s actually picked up the slack are groups like Alcoholics Anonymous and Narcotics Anonymous. They almost have this faith effect. It brings people together. There’s even a sort of liturgical element to some of these meetings that I find really, really fascinating and interesting. So, people try to find and replace community when it’s lost but you know, clearly, they haven’t at least as of yet, replaced it even remotely to the degree that it has been lost which is why I think you see some of the issues that we do. (…) on this question of identity politics, I think that what worries me is that a lot — it’s not a recognition that there are disadvantaged non-white groups that need some help or there needs to be some closing of the gap you know. When I talk to folks back home, very conservative people, they’re actually pretty open-minded if you talk about the problems that exist in the black ghetto because of problems of concentrated poverty and the fact that the black ghetto was in some ways created by housing policy. It was the choice of black Americans. It was in some ways created by housing policy. I find actually a lot of openness when I talk to friends and family about that. What I find no openness about is when somebody who they don’t know, and who they think judges them, points at them and says you need to apologize for your white privilege. So, I think that in some ways making these questions of disadvantage zero sum, is really toxic, but I think that’s one way that the Democrats really lost the white working class in the 2016 election. The second piece that occurs to me, and this applies across the political spectrum, is that what we’re trying to do in the United States, it’s very easy to be cynical about American politics, but we’re rying to build a multi-racial, multi-ethnic, multi-religious nation, not just a conglomeration, an actual nation of people from all of these different tribes and unify them around a common creed. I think that’s really delicate. It’s basically never been done success fully over a long period in human history and I think it requires a certain amount of rhetorical finesse that we don’t see from many of our politicians on either side these days and that really, really worries me. (…) my general worry with the college education in the book at large is sort of two things. So, the first is that, I think we’ve constructed a society effectively in which a college education is now the only pathway to the middle class, and I think that’s a real failure on our part. It’s not something you see in every country, and I don’t think it necessarily has to be the case here. There are other ways to get post-secondary education and I absolutely think that we have to make that easier, and I really see this as sort of the defining policy challenge of the next 10 years is to create more of those pathways; because the second born on this is that college is a really, really culturally terrifying place for a lot of working class people. We can try to make it less culturally terrifying, we can try to make for the elites of our universities a little bit more welcoming to folks like me, and this is something that I wrote about in the book, really feeling like a true outsider at Yale for the first time, in an educational institution. I think that we also have to acknowledge that part of the reason that people feel like cultural outsiders is for reasons that aren’t necessarily going to be easy to fix, and if we don’t create more pathways for these folks, we shouldn’t be surprised that a lot of them aren’t going to take the one pathway that’s there, that effectively runs through a culturally alien institution.  (…) in certain areas, especially in Ohio, Kentucky, West Virginia and so forth. I think the biggest under reported problem for the baby boomers is the fact that they are taking care of children that they didn’t necessarily anticipate taking care of because of the opioid crisis. This is the biggest dr iver of elder poverty in the State of Ohio, is that you have entire families that have been transplanted from one generation to the next. They were planning for retirement based on one social security income, and now all of a sudden, they have two, three additional mouths to feed. I think my concern for the baby boom generation is especially those folks of course because it’s not just bad for them, it’s bad for these children who are all of a sudden thrown into poverty because of the opioid addition of that middle generation of the parents, of the kids and the sons and daughters of the grandkids. And then the very last question, culture, I think of as a way to understand the sum of the environmental impacts that you can’t necessarily define as structural rights, so the effects of family instability and trauma that exists in people, the effects of social capital and social networks in people’s lives, You know, all of these things I think add up to a broad set of variables that can either promote upward mobility or inhibit upward mobility; and again I think we very often talk about job opportunities and educational opportunities, we very often talk about individual responsibility and Personal Agency. We very rarely I think talk about those middle layers and those institutional factors that in a lot of ways are the real drivers of this problem. (…) on the inequality and concentration wealth, the top thing, I’ll say this one area where I actually think conservative senator Mike Leaf from Utah has had some really, really, interesting ideas. One of the tax reform proposals Senator Leaf has advocated for is actually setting the capital taxation rate at the same rate as the ordinary income rate. Because that’s what’s really driving this difference, right. It’s not ordinary income earners. It’s not salaried professionals. Those Richard Reeve says that’s a problem. It’s primarily actually that folks in the global economy, especially the ultra-elite, folks in the global economy have achieved some sort of economic lift off from the rest of the country and I think that in light of that, it doesn’t make a ton of sense that we continue to have the taxation policy that we do. Frankly, that’s one of the reasons why I am sort of so conflicted about President Trump because I think in some ways instinctively at least the President recognizes this, but we’ll see what actually happens with tax reform over the next few months. The question about job competition is absolutely correct. You can’t just have a better educated workforce but hold the number of workers constant. At the same time, I do think there’s a bit of a chicken and egg problem here right because you know, while the skills gap is overplayed and while it violates all of these rules of Econ 101, one of the things you hear pretty consistently from folks who would l ike to expand, would like to hire more, would like to produce more, is that there are real labor force constraints, especially in what might be called non-cognitive skills, right; and this is a thing that you hear a lot. In my home state if you really want to hire more, and you really want to produce more, and sell more, then the problem is the opioid epidemic has effectively thinned the pool of people who were even able to work. So, I do think that productivity is really important, but I also think that we tend to think of these things in too mathematical and sort of hyper-rational ways, but part of the reason productivity is held back, is because we have real problems in the labor market, and if you fix one, you could help another, and they may create a virtuous cycle. J.D. Vance
It is immoral because it perpetuates a lie: that the white working class that finds itself attracted to Trump has been victimized by outside forces. It hasn’t. The white middle class may like the idea of Trump as a giant pulsing humanoid middle finger held up in the face of the Cathedral, they may sing hymns to Trump the destroyer and whisper darkly about “globalists” and — odious, stupid term — “the Establishment,” but nobody did this to them. They failed themselves. If you spend time in hardscrabble, white upstate New York, or eastern Kentucky, or my own native West Texas, and you take an honest look at the welfare dependency, the drug and alcohol addiction, the family anarchy — which is to say, the whelping of human children with all the respect and wisdom of a stray dog — you will come to an awful realization. It wasn’t Beijing. It wasn’t even Washington, as bad as Washington can be. It wasn’t immigrants from Mexico, excessive and problematic as our current immigration levels are. It wasn’t any of that. Nothing happened to them. There wasn’t some awful disaster. There wasn’t a war or a famine or a plague or a foreign occupation. Even the economic changes of the past few decades do very little to explain the dysfunction and negligence — and the incomprehensible malice — of poor white America. So the gypsum business in Garbutt ain’t what it used to be. There is more to life in the 21st century than wallboard and cheap sentimentality about how the Man closed the factories down. The truth about these dysfunctional, downscale communities is that they deserve to die. Economically, they are negative assets. Morally, they are indefensible. Forget all your cheap theatrical Bruce Springsteen crap. Forget your sanctimony about struggling Rust Belt factory towns and your conspiracy theories about the wily Orientals stealing our jobs. Forget your goddamned gypsum, and, if he has a problem with that, forget Ed Burke, too. The white American underclass is in thrall to a vicious, selfish culture whose main products are misery and used heroin needles. Donald Trump’s speeches make them feel good. So does OxyContin. What they need isn’t analgesics, literal or political. They need real opportunity, which means that they need real change, which means that they need U-Haul. Williamson
This book is about (…) what goes on in the lives of real people when the industrial economy goes south. It’s about reacting to bad circumstances in the worst way possible. It’s about a culture that increasingly encourages social decay instead of counteracting it. The problems that I saw at the tile warehouse run far deeper than macroeconomic trends and policy. too many young men immune to hard work. Good jobs impossible to fill for any length of time. And a young man [one of Vance’s co-workers] with every reason to work — a wife-to-be to support and a baby on the way — carelessly tossing aside a good job with excellent health insurance. More troublingly, when it was all over, he thought something had been done to him. There is a lack of agency here — a feeling that you have little control over your life and a willingness to blame everyone but yourself. This is distinct from the larger economic landscape of modern America. (…) People talk about hard work all the time in places like Middletown [where Vance grew up]. You can walk through a town where 30 percent of the young men work fewer than twenty hours a week and find not a single person aware of his own laziness. (…) I learned little else about what masculinity required of me other than drinking beer and screaming at a woman when she screamed at you. In the end, the only lesson that took was that you can’t depend on people. “I learned that men will disappear at the drop of a hat,” Lindsay [his half-sister] once said. “They don’t care about their kids; they don’t provide; they just disappear, and it’s not that hard to make them go.” (…) Dad’s church offered something desperately needed by people like me. For alcoholics, it gave them a community of support and a sense that they weren’t fighting addiction alone. For expectant mothers, it offered a free home with job training and parenting classes. When someone needed a job, church friends could either provide one or make introductions. When Dad faced financial troubles, his church banded together and purchased a used car for the family. In the broken world I saw around me — and for the people struggling in that world — religion offered tangible assistance to keep the faithful on track. (…) Why didn’t our neighbor leave that abusive man? Why did she spend her money on drugs? Why couldn’t she see that her behavior was destroying her daughter? Why were all of these things happening not just to our neighbor but to my mom? It would be years before I learned that no single book, or expert, or field could fully explain the problems of hillbillies in modern America. Our elegy is a sociological one, yes, but it is also about psychology and community and culture and faith. During my junior year of high school, our neighbor Pattie called her landlord to report a leaky roof. The landlord arrived and found Pattie topless, stoned, and unconscious on her living room couch. Upstairs the bathtub was overflowing — hence, the leaking roof. Pattie had apparently drawn herself a bath, taken a few prescription painkillers, and passed out. The top floor of her home and many of her family’s possessions were ruined. This is the reality of our community. It’s about a naked druggie destroying what little of value exists in her life. It’s about children who lose their toys and clothes to a mother’s addiction. This was my world: a world of truly irrational behavior. We spend our way into the poorhouse. We buy giant TVs and iPads. Our children wear nice clothes thanks to high-interest credit cards and payday loans. We purchase homes we don’t need, refinance them for more spending money, and declare bankruptcy, often leaving them full of garbage in our wake. Thrift is inimical to our being. We spend to pretend that we’re upper class. And when the dust clears — when bankruptcy hits or a family member bails us out of our stupidity — there’s nothing left over. Nothing for the kids’ college tuition, no investment to grow our wealth, no rainy-day fund if someone loses her job. We know we shouldn’t spend like this. Sometimes we beat ourselves up over it, but we do it anyway. (…) Our homes are a chaotic mess. We scream and yell at each other like we’re spectators at a football game. At least one member of the family uses drugs — sometimes the father, sometimes both. At especially stressful times, we’ll hit and punch each other, all in front of the rest of the family, including young children; much of the time, the neighbors hear what’s happening. A bad day is when the neighbors call the police to stop the drama. Our kids go to foster care but never stay for long. We apologize to our kids. The kids believe we’re really sorry, and we are. But then we act just as mean a few days later. (…) I once ran into an old acquaintance at a Middletown bar who told me that he had recently quit his job because he was sick of waking up early I later saw him complaining on Facebook about the “Obama economy” and how it had affected his life. I don’t doubt that the Obama economy has affected many, but this man is assuredly not among them. His status in life is directly attributable to the choices he’s made, and his life will improve only through better decisions. But for him to make better choices, he needs to live in an environment that forces him to ask tough questions about himself. There is a cultural movement in the white working class to blame problems on society or the government, and that movement gains adherents by the day. (…) The wealthy and the powerful aren’t just wealthy and powerful; they follow a different set of norms and mores. … It was at this meal, on the first of five grueling days of [law school job] interviews, that I began to understand that I was seeing the inner workings of a system that lay hidden to most of my kind. … That week of interviews showed me that successful people are playing an entirely different game. (…) I believe we hillbillies are the toughest goddamned people on this earth. … But are we tough enough to do what needs to be done to help a kid like Brian? Are we tough enough to build a church that forces kids like me to engage with the world rather than withdraw from it? Are we tough enough to look ourselves in the mirror and admit that our conduct harms our children? Public policy can help, but there is no government that can fix these problems for us. These problems were not created by governments or corporations or anyone else. We created them, and only we can fix them. (…) I believe we hillbillies are the toughest god—-ed people on this earth. But are we tough enough to look ourselves in the mirror and admit that our conduct harms our children? Public policy can help, but there is no government that can fix these problems for us. . . . I don’t know what the answer is precisely, but I know it starts when we stop blaming Obama or Bush or faceless companies and ask ourselves what we can do to make things better.” J.D. Vance
This is the heart of Hillbilly Elegy: how hillbilly white culture fails its children, and how the greatest disadvantages it imparts to its youth are the life of violence and chaos in which they are raised, and the closely related problem of a lack of moral agency. Young Vance was on a road to ruin until certain people — including the US Marine Corps — showed him that his choices mattered, and that he had a lot more control over his fate than he thought. Vance talks about how, in his youth, there was a lot of hardscrabble poverty among his people, but nothing like today, dominated by the devastation of drug addiction. Everything we are accustomed to hearing about black inner city social dysfunction is fully present among these white hillbillies, as Vance documents in great detail. He writes that “hillbillies learn from an early age to deal with uncomfortable truths by avoiding them, or by pretending better truths exist. This tendency might make for psychological resilience, but it also makes it hard for Appalachians to look at themselves honestly.” (…) Vance talks about the hillbilly habit of stigmatizing people who leave the hollers as “too big for your britches” — meaning that you got above yourself. It doesn’t matter that they may have left to find work, and that they’re living a fairly poor life not too far away, in Ohio. The point is, they left, and that is a hard sin to forgive. What, we weren’t good enough for you?  This is the white-people version of “acting white,” if you follow me: the same stigma and shame that poor black people deploy against other poor black people who want to better themselves with education and so on. (…) Vance plainly loves his people, and because he loves them, he tells hard truths about them. He talks about how cultural fatalism destroys initiative. When hillbillies run up against adversity, they tend to assume that they can’t do anything about it. To the hillbilly mind, people who “make it” are either born to wealth, or were born with uncanny talent, winning the genetic lottery. The connection between self-discipline and hard work, and success, is invisible to them. (…) Vance was born into a world of chaos. It takes concentration to follow the trail of family connections. Women give birth out of wedlock, having children by different men. Marriages rarely last, and informal partnerings are more common. Vance has half-siblings by his mom’s different husbands (she has had five to date). In his generation, Vance says, grandparents are often having to raise their grandchildren, because those grandparents, however impoverished and messy their own lives may be, offer a more stable alternative than the incredible instability of the kids’ parents (or more likely, parent). (…) This is what happens in inner-city black culture, as has been exhaustively documented. But these are rural and small-town white people. This dysfunction is not color-based, but cultural. I could not do justice here to describe the violence, emotional and physical, that characterizes everyday life in Vance’s childhood culture, and the instability in people’s outer lives and inner lives. To read in such detail what life is like as a child formed by communities like that is to gain a sense of why it is so difficult to escape from the malign gravity of that way of life. You can’t imagine that life could be any different. Religion among the hillbillies is not much help. Vance says that hillbillies love to talk about Jesus, but they don’t go to church, and Christianity doesn’t seem to have much effect at all on their behavior. Vance’s biological father is an exception. He belonged to a strict fundamentalist church, one that helped him beat his alcoholism and gave him the severe structure he needed to keep his life from going off track. (…) Vance says the best thing about life in his dad’s house was how boring it was. It was predictable. It was a respite from the constant chaos. On the other hand, the religion most hillbillies espouse is a rusticated form of Moralistic Therapeutic Deism. God seems to exist only as a guarantor of ultimate order, and ultimate justice; Jesus is there to assuage one’s pain. Except for those who commit to churchgoing — and believe it or not, this is one of the least churched parts of the US — Christianity is a ghost. (…) One of the most important contributions Vance makes to our understanding of American poverty is how little public policy can affect the cultural habits that keep people poor. He talks about education policy, saying that the elite discussion of how to help schools focuses entirely on reforming institutions. “As a teacher at my old high school told me recently, ‘They want us to be shepherds to these kids. But no one wants to talk about the fact that many of them are raised by wolves.” (…) Vance says his people lie to themselves about the reality of their condition, and their own personal responsibility for their degradation. He says that not all working-class white hillbillies are like this. There are those who work hard, stay faithful, and are self-reliant — people like Mamaw and Papaw. Their kids stand a good chance of making it; in fact, Vance says friends of his who grew up like this are doing pretty well for themselves. Unfortunately, most of the people in Vance’s neighborhood were like his mom: “consumerist, isolated, angry, distrustful.” (…) As I said earlier, the two things that saved Vance were going to live full time with his Mamaw (therefore getting out of the insanity of his mom’s home), and later, going into the US Marine Corps. I’ve already written at too much length about Vance’s story, so I won’t belabor this much longer. Suffice it to say that as imperfect as she was, Mamaw gave young Vance the stability he needed to start succeeding in school. And she wouldn’t let him slack off on his studies. She taught him the value of hard work, and of moral agency. The Marine Corps remade J.D. Vance. It pulverized his inner hillbilly fatalism, and gave him a sense that he had control over his life, and that his choices mattered.  (…) Anyway, Vance talks about how the contemporary hillbilly mindset renders them unfit for participation in life outside their own ghetto. They don’t trust anybody, and are willing to believe outlandish conspiracy theories, particularly if those theories absolve them from responsibility. Hence the enormous popularity of Donald Trump among the white working class. Here’s a guy who will believe and say anything, and who blames Mexicans, Chinese, and Muslims for America’s problems. The elites hate him, so he’s made the right enemies, as far as the white working class is concerned. And his “Make America Great Again” slogan speaks to the deep patriotism that Vance says is virtually a religion among hillbillies. (…) The sense of inner order and discipline Vance learned in the Marine Corps allowed his natural intelligence to blossom. The poor hillbilly kid with the druggie mom ends up at Yale Law School. He says he felt like an outsider there, but it was a serious education in more than the law (…) What he’s talking about is social capital, and how critically important it is to success. Poor white kids don’t have it (neither do poor black or Hispanic kids). You’re never going to teach a kid from the trailer park or the housing project the secrets of the upper middle class, but you can give them what kids like me had: a basic understanding of work, discipline, confidence, good manners, and an eagerness to learn. A big part of the problem for his people, says Vance, is the shocking degree of family instability among the American poor. “Chaos begets chaos. Instability begets instability. Welcome to family life for the American hillbilly.” (…) The worst problems of his culture, the things that held kids like him back, are not things a government program can fix. For example, as a child, his culture taught him that doing well in school made you a “sissy.” Vance says the home is the source of the worst of these problems. There simply is not a policy fix for families and family systems that have collapsed. (…) Voting for Trump is not going to fix these problems. For the black community, protesting against police brutality on the streets is not going to fix their most pressing problems. It’s not that the problems Trump points to aren’t real, and it’s not that police brutality, especially towards minorities, isn’t a problem. It’s that these serve as distractions from the core realities that keep poor white and black people down. A missionary to inner-city Dallas once told me that the greatest obstacle the black and Latino kids he helped out had was their rock-solid conviction that nothing could change for them, and that people who succeeded got that way because they were born white, or rich, or just got lucky. Until these things are honestly and effectively addressed by families, communities, and their institutions, nothing will change. (…) If white lives matter — and they do, because all lives matter — then sentimentality and more government programs aren’t going to rescue these poor people. Vance puts it more delicately than Williamson, but getting a U-Haul and getting away from other poor people — or at least finding some way to get their kids out of there, to a place where people aren’t so fatalistic, lazy, and paranoid — is their best hope. And that is surely true no matter what your race. Rod Dreher
I believe, and so does J.D., that government really does have a meaningful role to play in ameliorating the problems of the poor. But there will never be a government program capable of compensating for the loss of stable family structures, the loss of community, the loss of a sense of moral agency, and the loss of a sense of meaning in the lives of the poor. The solution, insofar as there is a “solution,” is not an either-or (that is, either culture or government), but a both-and. (…) The loss of industrial jobs plays a big role in the catastrophe. J.D. Vance acknowledges that plainly in his book. But it’s not the whole story. The wounds are partly self-inflicted. The working class, he argues, has lost its sense of agency and taste for hard work. In one illuminating anecdote, he writes about his summer job at the local tile factory, lugging 60-pound pallets around. It paid $13 an hour with good benefits and opportunities for advancement. A full-time employee could earn a salary well above the poverty line. That should have made the gig an easy sell. Yet the factory’s owner had trouble filling jobs. During Vance’s summer stint, three people left, including a man he calls Bob, a 19-year-old with a pregnant girlfriend. Bob was chronically late to work, when he showed up at all. He frequently took 45-minute bathroom breaks. Still, when he got fired, he raged against the managers who did it, refusing to acknowledge the impact of his own bad choices. “He thought something had been done to him,” Vance writes. “There is a lack of agency here — a feeling that you have little control over your life and a willingness to blame everyone but yourself.” (…)  JDV openly credits his Mamaw and the Marine Corps with making him the man he is today. He does not claim he got there entirely on his own, by bootstrapping it. The American conservative
A harrowing portrait of the plight of the white working class J. D. Vance’s new book Hillbilly Elegy: A Memoir of a Family and a Culture in Crisis couldn’t have been better timed. For the past year, as Donald Trump has defied political gravity to seize the Republican nomination and transform American politics, those who are repelled by Trump have been accused of insensitivity to the concerns of the white working class. For Trump skeptics, this charge seems to come from left field, and I use that term advisedly. By declaring that a particular class and race has been “ignored” or “neglected,” the Right (or better “right”) has taken a momentous step in the Left’s direction. With the ease of a thrown switch, people once considered conservative have embraced the kind of interest-group politics they only yesterday rejected as a matter of principle. It was the Democrats who urged specific payoffs, er, policies to aid this or that constituency. Conservatives wanted government to withdraw from the redistribution and favor-conferring business to the greatest possible degree. If this was imperfectly achieved, it was still the goal — because it was just. Using government to benefit some groups comes at the expense of all. While not inevitably corrupt, the whole transactional nature of the business does easily tend toward corruption. Conservatives and Republicans understood, or seemed to, that in many cases, when government confers a benefit on one party, say sugar producers, in the form of a tariff on imported sugar, there’s a problem of concentrated benefits (sugar producers get a windfall) and dispersed costs (everyone pays more for sugar, but only a bit more, so they never complain). In the realm of race, sex, and class, the pandering to groups goes beyond bad economics and government waste — and even beyond the injustice of fleecing those who work to support those who choose not to — and into the dangerous territory of pitting Americans against one another. Democrats have mastered the art of sowing discord to reap votes. Powered by Now they have company in the Trumpites. Like Democrats who encourage their target constituencies to nurse grievances against “greedy” corporations, banks, Republicans, and government for their problems, Trump now encourages his voters to blame Mexicans, the Chinese, a “rigged system,” or stupid leaders for theirs. The problems of the white working class should concern every public-spirited American not because they’ve been forgotten or taken for granted — even those terms strike a false note for me — but because they are fellow Americans. How would one adjust public policy to benefit the white working class and not blacks, Hispanics, and others? How would that work? And who would shamelessly support policies based on tribal or regional loyalties and not the general welfare? As someone who has written — perhaps to the point of dull repetition — about the necessity for Republicans to focus less on entrepreneurs (as important as they are) and more on wage earners; as someone who has stressed the need for family-focused tax reform; as someone who has advocated education innovations that would reach beyond the traditional college customers and make education and training easier to obtain for struggling Americans; as someone who trumpeted the Reformicon proposals developed by a group of conservative intellectuals affiliated with the American Enterprise Institute and the Ethics and Public Policy Center; and finally, as someone who has shouted herself hoarse about the key role that family disintegration plays in many of our most pressing national problems, I cannot quite believe that I stand accused of indifference to the white working class. I said that Hillbilly Elegy could not have been better timed, and yes, that’s in part because it paints a picture of Americans who are certainly a key Trump constituency. Though the name Donald Trump is never mentioned, there is no doubt in the reader’s mind that the people who populate this book would be enthusiastic Trumpites. But the book is far deeper than an explanation of the Trump phenomenon (which it doesn’t, by the way, claim to be). It’s a harrowing portrait of much that has gone wrong in America over the past two generations. It’s Charles Murray’s “Fishtown” told in the first person. The community into which Vance was born — working-class whites from Kentucky (though transplanted to Ohio) — is more given over to drug abuse, welfare dependency, indifference to work, and utter hopelessness than statistics can fully convey. Vance’s mother was an addict who discarded husbands and boyfriends like Dixie cups, dragging her two children through endless screaming matches, bone-chilling threats, thrown plates and worse violence, and dizzying disorder. Every lapse was followed by abject apologies — and then the pattern repeated. His father gave him up for adoption (though that story is complicated), and social services would have removed him from his family entirely if he had not lied to a judge to avoid being parted from his grandmother, who provided the only stable presence in his life. Vance writes of his family and friends: “Nearly every person you will read about is deeply flawed. Some have tried to murder other people, and a few were successful. Some have abused their children, physically or emotionally.” His grandmother, the most vivid character in his tale (and, despite everything, a heroine) is as foul-mouthed as Tony Soprano and nearly as dangerous. She was the sort of woman who threatened to shoot strangers who placed a foot on her porch and meant it. Vance was battered and bruised by this rough start, but a combination of intellectual gifts — after a stint in the Marines he sailed through Ohio State in two years and then graduated from Yale Law — and the steady love of his grandparents helped him to leapfrog into America’s elite. This book is a memoir but also contains the sharp and unsentimental insights of a born sociologist. As André Malraux said to Whittaker Chambers under very different circumstances in 1952: “You have not come back from Hell with empty hands.” The troubles Vance depicts among the white working class, or at least that portion he calls “hillbillies,” are quite familiar to those who’ve followed the pathologies of the black poor, or Native Americans living on reservations. Disorganized family lives, multiple romantic partners, domestic violence and abuse, loose attachment to work, and drug and alcohol abuse. Children suffer from “Mountain Dew” mouth — severe tooth decay and loss because parents give their children, sometimes even infants with bottles, sugary sodas and fail to teach proper dental hygiene. “People talk about hard work all the time in places like Middletown [Ohio],” Vance writes. “You can walk through a town where 30 percent of the young men work fewer than 20 hours a week and find not a single person aware of his own laziness.” He worked in a floor-tile warehouse and witnessed the sort of shirking that is commonplace. One guy, I’ll call him Bob, joined the tile warehouse just a few months before I did. Bob was 19 with a pregnant girlfriend. The manager kindly offered the girlfriend a clerical position answering phones. Both of them were terrible workers. The girlfriend missed about every third day of work and never gave advance notice. Though warned to change her habits repeatedly, the girlfriend lasted no more than a few months. Bob missed work about once a week, and he was chronically late. On top of that, he often took three or four daily bathroom breaks, each over half an hour. . . . Eventually, Bob . . . was fired. When it happened, he lashed out at his manager: ‘How could you do this to me? Don’t you know I’ve a pregnant girlfriend?’ And he was not alone. . . . A young man with every reason to work . . . carelessly tossing aside a good job with excellent health insurance. More troublingly, when it was all over, he thought something had been done to him. The addiction, domestic violence, poverty, and ill health that plague these communities might be salved to some degree by active and vibrant churches. But as Vance notes, the attachment to church, like the attachment to work, is severely frayed. People say they are Christians. They even tell pollsters they attend church weekly. But “in the middle of the Bible belt, active church attendance is actually quite low.” After years of alcoholism, Vance’s biological father did join a serious church, and while Vance was skeptical about the church’s theology, he notes that membership did transform his father from a wastrel into a responsible father and husband to his new family. Teenaged Vance did a stint as a check-out clerk at a supermarket and kept his social-scientist eye peeled: I also learned how people gamed the welfare system. They’d buy two dozen packs of soda with food stamps and then sell them at a discount for cash. They’d ring up their orders separately, buying food with the food stamps, and beer, wine, and cigarettes with cash. They’d regularly go through the checkout line speaking on their cell phones. I could never understand why our lives felt like a struggle while those living off of government largesse enjoyed trinkets that I only dreamed about. . . . Perhaps if the schools were better, they would offer children from struggling families the leg up they so desperately need? Vance is unconvinced. The schools he attended were adequate, if not good, he recalls. But there were many times in his early life when his home was so chaotic — when he was kept awake all night by terrifying fights between his mother and her latest live-in boyfriend, for example — that he could not concentrate in school at all. For a while, he and his older sister lived by themselves while his mother underwent a stint in rehab. They concealed this embarrassing situation as best they could. But they were children. Alone. A teacher at his Ohio high school summed up the expectations imposed on teachers this way: “They want us to be shepherds to these kids. But no one wants to talk about the fact that many of them are raised by wolves.” Hillbilly Elegy is an honest look at the dysfunction that afflicts too many working-class Americans. But despite the foregoing, it isn’t an indictment. Vance loves his family and admires some of its strengths. Among these are fierce patriotism, loyalty, and toughness. But even regarding patriotism (his grandmother’s “two gods” were Jesus Christ and the United States of America), this former Marine strikes a melancholy note. His family and community have lost their heroes. We loved the military but had no George S. Patton figure in the modern army. . . . The space program, long a source of pride, had gone the way of the dodo, and with it the celebrity astronauts. Nothing united us with the core fabric of American society. Conspiracy theories abound in Appalachia. People do not believe anything the press reports: “We can’t trust the evening news. We can’t trust our politicians. Our universities, the gateway to a better life, are rigged against us. We can’t get jobs.” Conspiracy theories abound in Appalachia. Sound familiar? The white working class has followed the black underclass and Native Americans not just into family disintegration, addiction, and other pathologies, but also perhaps into the most important self-sabotage of all, the crippling delusion that they cannot improve their lot by their own effort. This is where the rise of Trump becomes both understandable and deeply destructive. He ratifies every conspiracy theory in circulation and adds news ones. He encourages the tribal grievances of the white working class and promises that salvation will come — not through their own agency and sensible government reforms — but only through his head-knocking leadership. He calls this greatness, but it’s the exact reverse. A great people does not turn to a strongman. The American character has been corrupted by multiple generations of government dependency and the loss of bourgeois virtues like self-control, delayed gratification, family stability, thrift, and industriousness. Vance has risen out of chaos to the heights of stability, success, and happiness. He is fundamentally optimistic about the chances for the nation to do the same. Whether his optimism is justified or not is unknowable, but his brilliant book is a signal flashing danger. Mona Charen
To further quell their culpability and show that the American Dream still functions as advertised, conservatives are fond of trotting out success stories — people who prove that pulling one’s self up by one’s bootstraps is still a possibility and, by extension, that those who don’t succeed must own their shortcomings. Lately, the right has found nobody more useful, both during the presidential election and after, than their modern-day Horatio Alger spokesperson, J. D. Vance, whose bestselling book “Hillbilly Elegy” chronicled his journey from Appalachia to the hallowed halls of the Ivy League, while championing the hard work necessary to overcome the pitfalls of poverty. Traditionally this would’ve been a Fox News kind of book — the network featured an excerpt on their site that focused on Vance’s introduction to “elite culture” during his time at Yale — but Vance’s glorified self-help tome was also forwarded by networks and pundits desperate to understand the Donald Trump phenomenon, and the author was essentially transformed into Privileged America’s Sherpa into the ravages of Post-Recession U.S.A. Trumpeted as a glimpse into an America elites have neglected for years, I first read “Hillbilly Elegy” with hope. I’d been told this might be the book that finally shed light on problems that’d been killing my family for generations. I’d watched my grandparents and parents, all of them factory workers, suffer backbreaking labor and then be virtually forgotten by the political establishment until the GOP needed their vote and stoked their social and racial anxieties to turn them into political pawns. In the beginning, I felt a kinship to Vance. His dysfunctional childhood looked a lot like my own. There was substance abuse. Knockdown, drag-out fights. A feeling that people just couldn’t get ahead no matter what they did. And then the narrative took a turn. Due to references he downplays, not to mention his middle-class grandmother’s shielding and encouragement, Vance was able to lift himself out of the despair of impoverishment and escaped to Yale and eventually Silicon Valley, where he was able to look back on his upbringing with a new perspective. (…) The thesis at the heart of “Hillbilly Elegy” is that anybody who isn’t able to escape the working class is essentially at fault. Sure, there’s a culture of fatalism and “learned helplessness,” but the onus falls on the individual. (…) Oh, the working class and their aversion to difficulty. If only they, like Vance, could take the challenge head on and rise above their circumstances. If only they, like Vance, weren’t so worried about material things like iPhones or the “giant TVs and iPads” the author says his people buy for themselves instead of saving for the future. This generalization is not the only problematic oversimplification in Vance’s book — he totally discounts the role racism played in the white working class’s opposition to President Obama and says, instead, it was because Obama dressed well, was a good father, and because Michelle Obama advocated eating healthy food — but it would be hard to understate what role Vance has played in reinvigorating the conservative bootstraps narrative for a new generation and, thus, emboldening Republican ideology. To Vance’s credit, he has been critical of Donald Trump, calling the working class’s support of the billionaire a result of a “false sense of purpose,” but Vance’s portrait of poor Americans is alarmingly in lockstep with the philosophy of Republicans who are shamefully using Trump’s presidency to forward their own agenda of economic warfare. (…) The message is loud and clear: Help is on the way, but only to those who “deserve” it. And how does one deserve it? By working hard. And the only metric to show that one has worked sufficiently hard enough is to look at their income, at how successful they are, because, in Vance’s and the Republican’s America, the only one to blame if you’re not wealthy is yourself. Never mind how legislation like this healthcare bill, cuts in education funding, continued decreases in after-school and school lunch programs, not to mention a lack of access to mental health care or career counseling, disadvantages the poor. Jared Yates Sexton (Assistant Professor of Creative Writing)
Hillbilly Elégie, qui vient de paraître aux éditions Globe traduit de l’anglais (américain) (…) est l’un des best-sellers de l’année aux Etats-Unis et son adaptation cinématographique est déjà en cours de tournage sous la direction de Ron Howard. Rien que ça ! Ensuite, c’est un livre hors du commun, qui a été salué avec un bel ensemble par la presse intellectuelle américaine, tant du côté conservateur que du côté libéral. On a beaucoup écrit qu’il constituait, en effet, l’une des clefs de cet événement tellement improbable : l’élection à la présidence des Etats-Unis « du Donald ». Ce n’est pourtant pas un essai politique. Il a été écrit avant que « le Donald » ne soit désigné comme candidat par les primaires républicaines. Et cependant, oui, il donne les clefs d’un facteur décisif ayant entraîné la victoire de Trump : le basculement de son côté de ces petits blancs, électeurs des Etats ravagés par le démantèlement des vieilles industries : Michigan, Pennsylvanie, Wisconsin, Ohio, ce qui reste de la Rust Belt, la ceinture de rouille. Rappelons que Trump a bénéficié massivement du « vote blanc ». Il est majoritaire dans cet électorat, même chez les femmes, alors qu’il affrontait, lui, le macho sans vergogne, la première candidate à la présidence de l’histoire des Etats-Unis. Mais ce qui est révélateur, c’est que Trump a obtenu ses meilleurs scores, chez les blancs qui n’ont pas fait d’études universitaires : 72 %, pour les hommes et 62 % chez les femmes. (…) Hillbilly Elégie est impressionnant parce que c’est un livre d’une rare honnêteté intellectuelle, alors qu’il est écrit depuis l’autre côté de la rive : son auteur, J.D. Vance s’est extrait de son milieu d’origine. Il a cessé d’être un hillbilly – autrement dit un crétin des collines, un plouc, un péquenaud – le vrai sens du mot hillbilly. Par un heureux concours de circonstances (son dressage chez les Marines) et grâce à une volonté de fer et une puissance de travail très américaines, il a intégré l’une des universités les plus prestigieuses du pays, Yale, et il est diplômé dans l’un des départements les plus prestigieux de cette université, son Ecole de droit. Né dans la classe ouvrière, il donc a rejoint les rangs de la grande bourgeoisie en devenant un avocat d’affaires renommé. (…) C’est un livre âpre, lucide, sans complaisance, écrit par un homme qui est, certes, passé de l’autre côté de la barrière des classes, mais qui garde une grande tendresse pour sa « communauté » d’origine. Et il se conclut par une série de recommandations sur la meilleure manière de remédier à la misère, tant matérielle que morale, où les siens se sont enfoncés. A travers son témoignage personnel, il nous livre une véritable enquête sur cette réalité sociale peu connue : le déclin de l’ancienne classe ouvrière blanche américaine. Son livre est d’un grand intérêt pour quiconque s’intéresse aux Etats-Unis ; mais il comporte aussi des leçons pour tous les pays anciennement industrialisés qui ont vu, comme le nôtre, fermer les usines et se désertifier certains territoires. Et d’abord son nom, Vance : il le porte par hasard. C’est celui de son géniteur, un chrétien évangéliste du Sud, alcoolique repenti, avec qui il n’a jamais eu le moindre contact avant son adolescence. Sa mère, en effet, est allée, durant toute sa vie d’homme en homme et de drogue en drogue. Comme beaucoup d’enfants de ce milieu, il a été traumatisé par la succession de ses « beaux-pères » de six mois ou d’un an. En quête d’un modèle masculin auquel s’identifier, il est passé de l’un à l’autre. Et l’instabilité à la fois géographique et affective de sa jeunesse en a fait un être angoissé. Première leçon de Hillbilly Elégie : être né dans une famille stable dont les membres adultes ne se hurlent pas après tous les soirs en se jetant à la figure tout ce qui leur tombe sous la main est un atout formidable pour réussir dans la vie…. La vraie famille de J.D., c’étaient ses grands-parents, d’authentiques hillbillies, eux, venus de leur Kentucky natal dans les années 1950 pour travailler dans l’Ohio voisin, où il y avait des mines et des aciéries. Mais Papaw et Mamaw (c’est comme ça qu’on dit Papy et Mamie chez les hillbillies) n’ont jamais oublié leur Kentucky natal, cette région des Appalaches connue pour la beauté de ses paysages… et l’arriération de ses habitants. Délivrance, le film de John Boorman, se passe, on s’en souvient, dans une région des Appalaches et donne de ses habitants une image assez peu flatteuse. Papaw et Mamaw, qui ne voyageaient jamais sans une arme à feu dans leur voiture, ont emporté dans leur Ohio d’adoption leur culture « hillbilly » des collines du Kentucky. Une culture que partageaient beaucoup de familles ouvrières originaires des Appalaches et qui imprègnent encore aujourd’hui les mentalités de leurs descendants. Papaw, ouvrier dans la grande aciérie locale et mécanicien apprécié, était un partisan du Parti démocrate, « le parti qui – je cite – défendait les travailleurs ». On était démocrate parce qu’on était ouvrier. Et c’est précisément cela qui a changé. Brice Couturier
En juin 2016, en pleine campagne présidentielle américaine, paraissait Hillbilly Elegy, un récit autobiographique signé d’un illustre inconnu. Il y racontait son enfance dans la « Rust Belt », cette large région industrielle du nord-est des Etats-Unis, touchée de plein fouet par les crises successives. Quelques semaines plus tard, un long entretien publié sur le site The American Conservative propulsait J.D. Vance au rang de phénomène : l’auteur y défendait la candidature de Trump, qui avait, selon lui, « le mérite d’essayer » de s’adresser aux Blancs les plus pauvres, d’en appeler à leur « fierté » et de vilipender cette « élite » honnie, incarnée par Barack Obama et par Hillary Clinton. Le discours frontal et brutal de la droite, la condescendance embarrassée de la gauche… Dans ce récit à la première personne, publié cette semaine en France (éditions Globe), l’écrivain pointait du doigt ce qui amènerait Donald Trump au pouvoir. (…) Hillbilly Elegy est une plongée dans ses racines, son enfance, son ascension sociale. Vance est né et a grandi entre le Kentucky et l’Ohio, dans cette région des Appalaches dont on entend régulièrement parler tantôt comme le siège de la pire épidémie d’addiction aux opiacés qu’ait connue le pays ces dernières années, tantôt comme cette zone dévastée par le chômage lié à la fermeture des mines de charbon. Vance, lui, s’en est tiré : après un passage dans les Marines, il a quitté son patelin pour partir étudier, d’abord à l’université d’Etat de l’Ohio, puis à la très réputée Yale, dans le Connecticut. A force de volonté, et avec le soutien d’une grand-mère exceptionnelle qui a pallié jusqu’à sa mort les manquements de ses parents (un père « qu’[il] connaissai [t] à peine » et une mère qu’il aurait « préféré ne pas connaître », écrit-il), Vance a réussi ce que peu parviennent à accomplir : il a changé de classe sociale. Il est, écrit-il, un « émigré culturel », qui affirme cependant être resté, au fond de lui, un « hillbilly », un Américain « qui [se] reconnaî [t] dans les millions de Blancs d’origine irlando-écossaise de la classe ouvrière américaine qui n’ont pas de diplôme universitaire ». Se réappropriant au passage ce terme popularisé pendant la grande dépression pour qualifier les migrants économiques venus de la campagne, et devenu depuis franchement péjoratif. Hillbilly Elegy se lit comme un document sur la pauvreté blanche en Amérique. Vance y décrit de l’intérieur une communauté qui vit d’aides alimentaires tout en se plaignant d’un Etat incompétent, passe « plus de temps à parler de travail qu’à travailler réellement », apprend à ses enfants « la valeur de la loyauté, de l’honneur, ainsi qu’à être dur au mal », mais persiste à confondre, chez ses petits, « intelligence et savoir », faisant passer pour idiots des gamins éduqués de manière inefficace. Parce qu’il parle des siens, le jeune homme dresse un constat très rude, dénonce la « fainéantise » de ses anciens semblables tout en appelant le monde politique à « juger moins et [à] comprendre plus ». En mars dernier, dans un éditorial du New York Times intitulé « Pourquoi je rentre chez moi », Vance annonçait sa décision de quitter la Californie pour retourner dans les Appalaches, où il a créé une association de lutte contre la conduite addictive aux opiacés et a participé, au cours des derniers mois, à de nombreux meetings du Parti républicain.M le magazine du Monde

Attention: une relégation sociale peut en cacher une autre ! (It’s the culture, stupid !)

« Amers, accros des armes et de la religion » (Obama), « pitoyables « Hillary Clinton), « sans-dents » (Hollande), « fainéants » (Macron) …

Quatre mois après l’élection volée que l’on sait …

Qui a vu suite à l’assassinat médiatico-politique du candidat de l’alternance …

Et au fourvoiement et auto-sabordement – jusqu’à en oublier son texte – de la candidate des victimes de l’immigration sauvage et de l’insécurité culturelle …

L’élection par défaut d’un candidat qui au-delà de sa réelle volonté de réformer une France jusqu’ici irréformable …

Ne prend même plus la peine, à l’instar de ses prédécesseurs américains ou français, de cacher son mépris pour les « gens qui ne sont rien » et autres « illettrés » ou « fainéants »  …

Et en ces temps où après la passion que l’on sait pour les immigrés et en gommant du coup toute la dimension délictuelle, nos belles âmes n’ont que le mot « migrant » à la bouche …

Comment ne pas voir …

Alors que sort la traduction française du livre de « l’auteur américain qui avait vu venir Trump » (Hillbilly elegy, J.D. Vance) …

Et après la revanche de ces véritables « immigrés de l’intérieur » …

Qui aux Etats-Unis ont largement contribué à la victoire de Trump

Celle qui pourrait bien venir

De tous ceux qui au-delà des cas extrêmes de familles déstructurées, de fatalisme social et d’addictions aux opiacés de la Rust belt américaine dont parle Vance …

Mais à l’instar des vraies victimes de la mondialisation de la « France périphérique » évoqués par le géographe Christophe Guilly …

Ne se résignent pas, face au rouleau compresseur de la prétendue « modernité » et du « progrès », à la disparition programmée de leur culture nationale ?

J.D. Vance, l’auteur américain qui avait vu venir Trump

Publié pendant la campagne présidentielle, « Hillbilly Elegy » est devenu un best-seller. J.D. Vance, 33 ans, y raconte cette Amérique blanche et pauvre dont il est issu. Et qui a porté Trump au pouvoir.

M le magazine du Monde

Clémentine Goldszal

04.09.2017

En juin 2016, en pleine campagne présidentielle américaine, paraissait Hillbilly Elegy, un récit autobiographique signé d’un illustre inconnu. Il y racontait son enfance dans la « Rust Belt », cette large région industrielle du nord-est des Etats-Unis, touchée de plein fouet par les crises successives. Quelques semaines plus tard, un long entretien publié sur le site The American Conservative propulsait J.D. Vance au rang de phénomène : l’auteur y défendait la candidature de Trump, qui avait, selon lui, « le mérite d’essayer » de s’adresser aux Blancs les plus pauvres, d’en appeler à leur « fierté » et de vilipender cette « élite » honnie, incarnée par Barack Obama et par Hillary Clinton.

Le discours frontal et brutal de la droite, la condescendance embarrassée de la gauche… Dans ce récit à la première personne, publié cette semaine en France (éditions Globe), l’écrivain pointait du doigt ce qui amènerait Donald Trump au pouvoir. En août 2016, Hillbilly Elegy entrait dans la liste des meilleures ventes du New York Times (il y figure encore aujourd’hui). Cinq mois plus tard, au lendemain de l’élection, les ventes faisaient un nouveau bond. Sous le choc, les progressistes américains cherchaient à comprendreceux qui avaient porté Trump au pouvoir : traditionnellement démocrates, les Etats de la Rust Belt avaient cette fois-ci largement soutenu le candidat républicain.

L’histoire d’une ascension sociale

J.D. Vance a 33 ans, le visage rond, la raie sur le côté, les yeux bleus. Il s’exprime bien, et son livre est remarquablement écrit. Pas de la grande littérature, mais un ton sans détour, qui lui permet d’exprimer avec une grande clarté sa pensée complexe. Il est marié – à une jeune femme rencontrée durant ses études de droit à Yale – et, à la sortie de son livre, vivait encore à San Francisco, où il gagnait très bien sa vie dans la finance.

Hillbilly Elegy est une plongée dans ses racines, son enfance, son ascension sociale. Vance est né et a grandi entre le Kentucky et l’Ohio, dans cette région des Appalaches dont on entend régulièrement parler tantôt comme le siège de la pire épidémie d’addiction aux opiacés qu’ait connue le pays ces dernières années, tantôt comme cette zone dévastée par le chômage lié à la fermeture des mines de charbon.

J.D. Vance parle de « la classe ouvrière américaine oubliée »

Vance, lui, s’en est tiré : après un passage dans les Marines, il a quitté son patelin pour partir étudier, d’abord à l’université d’Etat de l’Ohio, puis à la très réputée Yale, dans le Connecticut. A force de volonté, et avec le soutien d’une grand-mère exceptionnelle qui a pallié jusqu’à sa mort les manquements de ses parents (un père « qu’[il] connaissai [t] à peine » et une mère qu’il aurait « préféré ne pas connaître », écrit-il), Vance a réussi ce que peu parviennent à accomplir : il a changé de classe sociale.

Il est, écrit-il, un « émigré culturel », qui affirme cependant être resté, au fond de lui, un « hillbilly », un Américain « qui [se] reconnaî [t] dans les millions de Blancs d’origine irlando-écossaise de la classe ouvrière américaine qui n’ont pas de diplôme universitaire ». Se réappropriant au passage ce terme popularisé pendant la grande dépression pour qualifier les migrants économiques venus de la campagne, et devenu depuis franchement péjoratif.

Hillbilly Elegy se lit comme un document sur la pauvreté blanche en Amérique. Vance y décrit de l’intérieur une communauté qui vit d’aides alimentaires tout en se plaignant d’un Etat incompétent, passe « plus de temps à parler de travail qu’à travailler réellement », apprend à ses enfants « la valeur de la loyauté, de l’honneur, ainsi qu’à être dur au mal », mais persiste à confondre, chez ses petits, « intelligence et savoir », faisant passer pour idiots des gamins éduqués de manière inefficace. Parce qu’il parle des siens, le jeune homme dresse un constat très rude, dénonce la « fainéantise » de ses anciens semblables tout en appelant le monde politique à « juger moins et [à] comprendre plus ».

Une parole conservatrice audible

En mars dernier, dans un éditorial du New York Times intitulé « Pourquoi je rentre chez moi », Vance annonçait sa décision de quitter la Californie pour retourner dans les Appalaches, où il a créé une association de lutte contre la conduite addictive aux opiacés et a participé, au cours des derniers mois, à de nombreux meetings du Parti républicain.

Depuis le printemps, les ténors du parti ont d’ailleurs multiplié les appels du pied pour le convaincre de se présenter aux élections sénatoriales, qui se tiendront en novembre. Son nom est devenu familier des lecteurs de la presse quotidienne, son visage apparaît souvent à la télévision (il est devenu éditorialiste pour CNN, en janvier, et signe régulièrement dans les colonnes du New York Times). Plus d’un million d’exemplaires de son livre ont déjà été écoulés, et les droits ont été vendus à plus d’une dizaine de pays.

Les médias semblent avoir trouvé en J.D. Vance une parole conservatrice audible, reçue comme l’émanation articulée de la rage confusément exprimée par les Blancs les plus pauvres d’Amérique. En mai dernier, Bill Gates recommandait même sur son blog la lecture d’Hillbilly Elegy, affirmant y avoir trouvé « des informations nouvelles sur les facteurs culturels et familiaux qui contribuent à la pauvreté ».

 Voir aussi:

La grande colère des petits Blancs américains

Brice Coutourier
France Culture
15/09/2017

Voir de même:

Why I’m Moving Home

COLUMBUS, Ohio — In recent months, I’ve frequently found myself in places hit hard by manufacturing job losses, speaking to people affected in various ways. Sometimes, the conversation turns to the conflict people feel between the love of their home and the desire to leave in search of better work.

It’s a conflict I know well: I left my home state, Ohio, for the Marine Corps when I was 19. And while I’ve returned home for months or even years at a time, job opportunities often pull me away.

Experts have warned for years now that our rates of geographic mobility have fallen to troubling lows. Given that some areas have unemployment rates around 2 percent and others many times that, this lack of movement may mean joblessness for those who could otherwise work.

But from the community’s perspective, mobility can be a problem. The economist Matthew Kahn has shown that in Appalachia, for instance, the highly skilled are much likelier to leave not just their hometowns but also the region as a whole. This is the classic “brain drain” problem: Those who are able to leave very often do.

The brain drain also encourages a uniquely modern form of cultural detachment. Eventually, the young people who’ve moved out marry — typically to partners with similar economic prospects. They raise children in increasingly segregated neighborhoods, giving rise to something the conservative scholar Charles Murray calls “super ZIPs.” These super ZIPs are veritable bastions of opportunity and optimism, places where divorce and joblessness are rare.

As one of my college professors recently told me about higher education, “The sociological role we play is to suck talent out of small towns and redistribute it to big cities.” There have always been regional and class inequalities in our society, but the data tells us that we’re living through a unique period of segregation.

This has consequences beyond the purely material. Jesse Sussell and James A. Thomson of the RAND Corporation argue that this geographic sorting has heightened the polarization that now animates politics. This polarization reflects itself not just in our voting patterns, but also in our political culture: Not long before the election, a friend forwarded me a conspiracy theory about Bill and Hillary Clinton’s involvement in a pedophilia ring and asked me whether it was true.

It’s easy to dismiss these questions as the ramblings of “fake news” consumers. But the more difficult truth is that people naturally trust the people they know — their friend sharing a story on Facebook — more than strangers who work for faraway institutions. And when we’re surrounded by polarized, ideologically homogeneous crowds, whether online or off, it becomes easier to believe bizarre things about them. This problem runs in both directions: I’ve heard ugly words uttered about “flyover country” and some of its inhabitants from well-educated, generally well-meaning people.

I’ve long worried whether I’ve become a part of this problem. For two years, I’d lived in Silicon Valley, surrounded by other highly educated transplants with seemingly perfect lives. It’s jarring to live in a world where every person feels his life will only get better when you came from a world where many rightfully believe that things have become worse. And I’ve suspected that this optimism blinds many in Silicon Valley to the real struggles in other parts of the country. So I decided to move home, to Ohio.

It wasn’t an easy choice. I scaled back my commitments to a job I love because of the relocation. My wife and I worry about the quality of local public schools, and whether she (a San Diego native) could stand the unpredictable weather.

But there were practical reasons to move: I’m founding an organization to combat Ohio’s opioid epidemic. We chose Columbus because I travel a lot, and I need to be centrally located in the state and close to an airport. And the truth is that not every motivation is rational: Part of me loves Ohio simply because it’s home.

I recently asked a friend, Ami Vitori Kimener, how she thought about her own return home. A Georgetown graduate, Ami left a successful career in Washington to start new businesses in Middletown, Ohio. Middletown is in some ways a classic Midwestern city: Once thriving, it was hit hard by the decline of the region’s manufacturing base in recent decades. But the town is showing early signs of revitalization, thanks in part to the efforts of those like Ami.

Talking with Ami, I realized that we often frame civic responsibility in terms of government taxes and transfer payments, so that our society’s least fortunate families are able to provide basic necessities. But this focus can miss something important: that what many communities need most is not just financial support, but talent and energy and committed citizens to build viable businesses and other civic institutions.

Of course, not every town can or should be saved. Many people should leave struggling places in search of economic opportunity, and many of them won’t be able to return. Some people will move back to their hometowns; others, like me, will move back to their home state. The calculation will undoubtedly differ for each person, as it should. But those of us who are lucky enough to choose where we live would do well to ask ourselves, as part of that calculation, whether the choices we make for ourselves are necessarily the best for our home communities — and for the country.

 Voir encore:

Hillbilly America: Do White Lives Matter?

Yesterday I read J.D. Vance’s new book Hillbilly Elegy: A Memoir of a Family and a Culture In Crisis. Well, “read” is not quite the word. I devoured the thing in a single gulp. If you want to understand America in 2016, Hillbilly Elegy is a must-read. I will be thinking about this book for a long, long time. Here are my impressions.

The book is an autobiographical account by a lawyer (Yale Law School graduate) and sometime conservative writer who grew up in a poor and chaotic Appalachian household. He’s a hillbilly, in other words, and is not ashamed of the term. Vance reflects on his childhood, and how he escaped the miserable fate (broken families, drugs, etc) of so many white working class and poor people around whom he grew up. And he draws conclusions from it, conclusions that may be hard for some people to take. But Vance has earned the right to make those judgments. This was his life. He speaks with authority that has been extremely hard won.

Forgive the rambling nature of this post. I’m still trying to process this extraordinary book.

Vance’s people come from Kentucky and southern Ohio, a deeply depressed region filled with hard-bitten but proud Scots-Irish folks. He begins by talking about how, as a young man, he got a job working in a warehouse, doing hard work for extra money. He writes about how even though the work was physically demanding, the pay wasn’t bad, and it came with benefits. Yet the warehouse struggled to keep people employed. Vance says his book is about macroeconomic trends — outsourcing jobs overseas — but not only that:

But this book is about something else: what goes on in the lives of real people when the industrial economy goes south. It’s about reacting to bad circumstances in the worst way possible. It’s about a culture that increasingly encourages social decay instead of counteracting it. The problems that I saw at the tile warehouse run far deeper than macroeconomic trends and policy. too many young men immune to hard work. Good jobs impossible to fill for any length of time. And a young man [one of Vance’s co-workers] with every reason to work — a wife-to-be to support and a baby on the way — carelessly tossing aside a good job with excellent health insurance. More troublingly, when it was all over, he thought something had been done to him. There is a lack of agency here — a feeling that you have little control over your life and a willingness to blame everyone but yourself. This is distinct from the larger economic landscape of modern America.

This is the heart of Hillbilly Elegy: how hillbilly white culture fails its children, and how the greatest disadvantages it imparts to its youth are the life of violence and chaos in which they are raised, and the closely related problem of a lack of moral agency. Young Vance was on a road to ruin until certain people — including the US Marine Corps — showed him that his choices mattered, and that he had a lot more control over his fate than he thought.

Vance talks about how, in his youth, there was a lot of hardscrabble poverty among his people, but nothing like today, dominated by the devastation of drug addiction. Everything we are accustomed to hearing about black inner city social dysfunction is fully present among these white hillbillies, as Vance documents in great detail. He writes that “hillbillies learn from an early age to deal with uncomfortable truths by avoiding them, or by pretending better truths exist. This tendency might make for psychological resilience, but it also makes it hard for Appalachians to look at themselves honestly.”

This was one of many points at which Vance’s experience converged somewhat with mine. My people are not hillbillies per se, but I come from working-class Southern country white people. Many of the cultural traits Vance describes are present in a more diluted way in my own family. That fierce pride, a pride that would rather see everything go to hell than admit error. This, I think, has something to do with why Southern Protestant Christianity has traditionally been more Stoic than Christian. Real Christianity has as its heart humility. That’s not a characteristic Scots-Irish people hold dear.

Vance talks about the hillbilly habit of stigmatizing people who leave the hollers as “too big for your britches” — meaning that you got above yourself. It doesn’t matter that they may have left to find work, and that they’re living a fairly poor life not too far away, in Ohio. The point is, they left, and that is a hard sin to forgive. What, we weren’t good enough for you?

This is the white-people version of “acting white,” if you follow me: the same stigma and shame that poor black people deploy against other poor black people who want to better themselves with education and so on.

The most important figure in Vance’s life is his Mamaw (pron. “MAM-maw”), Bonnie Vance, a kind of hillbilly Catherine the Great. She was a phenomenally tough woman. She knew how to use a gun, she had a staggeringly foul mouth, she smoked menthols and stood ready to fight at the drop of a hat. And she saved Vance’s life.

Vance plainly loves his people, and because he loves them, he tells hard truths about them. He talks about how cultural fatalism destroys initiative. When hillbillies run up against adversity, they tend to assume that they can’t do anything about it. To the hillbilly mind, people who “make it” are either born to wealth, or were born with uncanny talent, winning the genetic lottery. The connection between self-discipline and hard work, and success, is invisible to them. Vance:

People talk about hard work all the time in places like Middletown [where Vance grew up]. You can walk through a town where 30 percent of the young men work fewer than twenty hours a week and find not a single person aware of his own laziness.

Vance was born into a world of chaos. It takes concentration to follow the trail of family connections. Women give birth out of wedlock, having children by different men. Marriages rarely last, and informal partnerings are more common. Vance has half-siblings by his mom’s different husbands (she has had five to date). In his generation, Vance says, grandparents are often having to raise their grandchildren, because those grandparents, however impoverished and messy their own lives may be, offer a more stable alternative than the incredible instability of the kids’ parents (or more likely, parent).

Vance scarcely knew his biological father until he was a bit older, and lived with his mom and her rotating cast of boyfriends and husbands. Here’s Vance on models of manhood:

I learned little else about what masculinity required of me other than drinking beer and screaming at a woman when she screamed at you. In the end, the only lesson that took was that you can’t depend on people. “I learned that men will disappear at the drop of a hat,” Lindsay [his half-sister] once said. “They don’t care about their kids; they don’t provide; they just disappear, and it’s not that hard to make them go.”

This is what happens in inner-city black culture, as has been exhaustively documented. But these are rural and small-town white people. This dysfunction is not color-based, but cultural.

I could not do justice here to describe the violence, emotional and physical, that characterizes everyday life in Vance’s childhood culture, and the instability in people’s outer lives and inner lives. To read in such detail what life is like as a child formed by communities like that is to gain a sense of why it is so difficult to escape from the malign gravity of that way of life. You can’t imagine that life could be any different.

Religion among the hillbillies is not much help. Vance says that hillbillies love to talk about Jesus, but they don’t go to church, and Christianity doesn’t seem to have much effect at all on their behavior. Vance’s biological father is an exception. He belonged to a strict fundamentalist church, one that helped him beat his alcoholism and gave him the severe structure he needed to keep his life from going off track. Vance:

Dad’s church offered something desperately needed by people like me. For alcoholics, it gave them a community of support and a sense that they weren’t fighting addiction alone. For expectant mothers, it offered a free home with job training and parenting classes. When someone needed a job, church friends could either provide one or make introductions. When Dad faced financial troubles, his church banded together and purchased a used car for the family. In the broken world I saw around me — and for the people struggling in that world — religion offered tangible assistance to keep the faithful on track.

Vance says the best thing about life in his dad’s house was how boring it was. It was predictable. It was a respite from the constant chaos.

On the other hand, the religion most hillbillies espouse is a rusticated form of Moralistic Therapeutic Deism. God seems to exist only as a guarantor of ultimate order, and ultimate justice; Jesus is there to assuage one’s pain. Except for those who commit to churchgoing — and believe it or not, this is one of the least churched parts of the US — Christianity is a ghost.

About Vance’s father’s fundamentalism, I got more details about what this blog’s reader Turmarion, who lives in Appalachia, keeps telling me about that region’s fundamentalism. Even though I live in the rural Deep South, this form of Christianity is alien to me. When he went to live with his dad for a time as an adolescent (if I have my chronology correct), Vance was exposed for the first time to church. He appreciated very much the structure, but noticed that the spirituality on offer was fear-based and paranoid. “[T]he deeper I immersed myself in evangelical theology, the more I felt compelled to mistrust many sectors of society. Evolution and the Big Bang became ideologies to confront, not theories to understand … In my new church … I heard more about the gay lobby and the war on Christmas than about any particular character trait that a Christian should aspire to have.”

This was yet another reminder of why so many Evangelicals react strongly against the Benedict Option. As I often say, I have no experience of this extreme siege mentality in Christianity. In fact, my experience is entirely the opposite. I believe that some Christians coming out of fundamentalism may react so strongly against their miserable, unhappy background that they don’t appreciate the extent to which there really are people and forces out to “get” them. When you have lived almost all your Christian life among highly assimilated Christians who generally don’t pay attention to these things, their complacency can drive you crazy. But Vance helps me to understand how someone who grew up in its opposite would find even the slightest hint of siege Christianity to be anathema.

One of the most important contributions Vance makes to our understanding of American poverty is how little public policy can affect the cultural habits that keep people poor. He talks about education policy, saying that the elite discussion of how to help schools focuses entirely on reforming institutions. “As a teacher at my old high school told me recently, ‘They want us to be shepherds to these kids. But no one wants to talk about the fact that many of them are raised by wolves.”

He continues:

Why didn’t our neighbor leave that abusive man? Why did she spend her money on drugs? Why couldn’t she see that her behavior was destroying her daughter? Why were all of these things happening not just to our neighbor but to my mom? It would be years before I learned that no single book, or expert, or field could fully explain the problems of hillbillies in modern America. Our elegy is a sociological one, yes, but it is also about psychology and community and culture and faith. During my junior year of high school, our neighbor Pattie called her landlord to report a leaky roof. The landlord arrived and found Pattie topless, stoned, and unconscious on her living room couch. Upstairs the bathtub was overflowing — hence, the leaking roof. Pattie had apparently drawn herself a bath, taken a few prescription painkillers, and passed out. The top floor of her home and many of her family’s possessions were ruined. This is the reality of our community. It’s about a naked druggie destroying what little of value exists in her life. It’s about children who lose their toys and clothes to a mother’s addiction.

This was my world: a world of truly irrational behavior. We spend our way into the poorhouse. We buy giant TVs and iPads. Our children wear nice clothes thanks to high-interest credit cards and payday loans. We purchase homes we don’t need, refinance them for more spending money, and declare bankruptcy, often leaving them full of garbage in our wake. Thrift is inimical to our being. We spend to pretend that we’re upper class. And when the dust clears — when bankruptcy hits or a family member bails us out of our stupidity — there’s nothing left over. Nothing for the kids’ college tuition, no investment to grow our wealth, no rainy-day fund if someone loses her job. We know we shouldn’t spend like this. Sometimes we beat ourselves up over it, but we do it anyway.

More:

Our homes are a chaotic mess. We scream and yell at each other like we’re spectators at a football game. At least one member of the family uses drugs — sometimes the father, sometimes both. At especially stressful times, we’ll hit and punch each other, all in front of the rest of the family, including young children; much of the time, the neighbors hear what’s happening. A bad day is when the neighbors call the police to stop the drama. Our kids go to foster care but never stay for long. We apologize to our kids. The kids believe we’re really sorry, and we are. But then we act just as mean a few days later.

And on and on. Vance says his people lie to themselves about the reality of their condition, and their own personal responsibility for their degradation. He says that not all working-class white hillbillies are like this. There are those who work hard, stay faithful, and are self-reliant — people like Mamaw and Papaw. Their kids stand a good chance of making it; in fact, Vance says friends of his who grew up like this are doing pretty well for themselves. Unfortunately, most of the people in Vance’s neighborhood were like his mom: “consumerist, isolated, angry, distrustful.”

As I said earlier, the two things that saved Vance were going to live full time with his Mamaw (therefore getting out of the insanity of his mom’s home), and later, going into the US Marine Corps. I’ve already written at too much length about Vance’s story, so I won’t belabor this much longer. Suffice it to say that as imperfect as she was, Mamaw gave young Vance the stability he needed to start succeeding in school. And she wouldn’t let him slack off on his studies. She taught him the value of hard work, and of moral agency.

The Marine Corps remade J.D. Vance. It pulverized his inner hillbilly fatalism, and gave him a sense that he had control over his life, and that his choices mattered. This was news to him. Reading this was a revelation to me. I was raised by parents who grew up poor, but who taught my sister and me from the very start that we were responsible for ourselves. Hard work, self-respect, and self-discipline were at the core of my dad’s ethic, for sure. There was no more despicable person in my dad’s way of seeing the world than the sumbitch who won’t work. I doubt that I’ve ever known a man more willing to do hard physical labor than my father was. Knowing what he came from, and knowing how any progress he made came from the sweat of his brow and self-discipline on spending, he had no tolerance for people who were lazy and blamed everybody else for their problems. This is true whether they were poor, middle class, or rich (but especially if they were rich).

Anyway, Vance talks about how the contemporary hillbilly mindset renders them unfit for participation in life outside their own ghetto. They don’t trust anybody, and are willing to believe outlandish conspiracy theories, particularly if those theories absolve them from responsibility.

I once ran into an old acquaintance at a Middletown bar who told me that he had recently quit his job because he was sick of waking up early I later saw him complaining on Facebook about the “Obama economy” and how it had affected his life. I don’t doubt that the Obama economy has affected many, but this man is assuredly not among them. His status in life is directly attributable to the choices he’s made, and his life will improve only through better decisions. But for him to make better choices, he needs to live in an environment that forces him to ask tough questions about himself. There is a cultural movement in the white working class to blame problems on society or the government, and that movement gains adherents by the day.

Hence the enormous popularity of Donald Trump among the white working class. Here’s a guy who will believe and say anything, and who blames Mexicans, Chinese, and Muslims for America’s problems. The elites hate him, so he’s made the right enemies, as far as the white working class is concerned. And his “Make America Great Again” slogan speaks to the deep patriotism that Vance says is virtually a religion among hillbillies.

Trump doesn’t come up in Vance’s narrative, but in truth, he’s all over it. Vance is telling his personal story, not analyzing US politics and culture broadly. It’s also true, however, that the GOP elites set themselves up for their current disaster, by listening to theories that absolved themselves of any responsibility for problems in this country from immigration and free trade (Trump is not all wrong about this).

The sense of inner order and discipline Vance learned in the Marine Corps allowed his natural intelligence to blossom. The poor hillbilly kid with the druggie mom ends up at Yale Law School. He says he felt like an outsider there, but it was a serious education in more than the law:

The wealthy and the powerful aren’t just wealthy and powerful; they follow a different set of norms and mores. … It was at this meal, on the first of five grueling days of [law school job] interviews, that I began to understand that I was seeing the inner workings of a system that lay hidden to most of my kind. … That week of interviews showed me that successful people are playing an entirely different game.

What he’s talking about is social capital, and how critically important it is to success. Poor white kids don’t have it (neither do poor black or Hispanic kids). You’re never going to teach a kid from the trailer park or the housing project the secrets of the upper middle class, but you can give them what kids like me had: a basic understanding of work, discipline, confidence, good manners, and an eagerness to learn. A big part of the problem for his people, says Vance, is the shocking degree of family instability among the American poor. “Chaos begets chaos. Instability begets instability. Welcome to family life for the American hillbilly.”

Vance is admirably humble about how the only reason he got out was because key people along the way helped him climb out of the hole his culture dug for him. When Vance talks about how to fix these problems, he strikes a strong skeptical note. The worst problems of his culture, the things that held kids like him back, are not things a government program can fix. For example, as a child, his culture taught him that doing well in school made you a “sissy.” Vance says the home is the source of the worst of these problems. There simply is not a policy fix for families and family systems that have collapsed.

I believe we hillbillies are the toughest goddamned people on this earth. … But are we tough enough to do what needs to be done to help a kid like Brian? Are we tough enough to build a church that forces kids like me to engage with the world rather than withdraw from it? Are we tough enough to look ourselves in the mirror and admit that our conduct harms our children? Public policy can help, but there is no government that can fix these problems for us. These problems were not created by governments or corporations or anyone else. We created them, and only we can fix them.

Voting for Trump is not going to fix these problems. For the black community, protesting against police brutality on the streets is not going to fix their most pressing problems. It’s not that the problems Trump points to aren’t real, and it’s not that police brutality, especially towards minorities, isn’t a problem. It’s that these serve as distractions from the core realities that keep poor white and black people down. A missionary to inner-city Dallas once told me that the greatest obstacle the black and Latino kids he helped out had was their rock-solid conviction that nothing could change for them, and that people who succeeded got that way because they were born white, or rich, or just got lucky.

Until these things are honestly and effectively addressed by families, communities, and their institutions, nothing will change.

Is there a black J.D. Vance? I wonder. I mean, I know there are African-Americans who have done what he has done. But are there any who will write about it? Clarence Thomas did, in his autobiography. Who else? Anybody know?

Vance’s book sends me back to Kevin D. Williamson’s stunning National Review piece on “The White Ghetto” — Appalachia, he means. This is the world J.D. Vance came out of, though he saw more good in it that Williams does in his journalistic tour. It also brings to mind Williamson’s highly controversial piece earlier this year (behind subscription paywall; David French excerpts the hottest part here) in which he said:

It is immoral because it perpetuates a lie: that the white working class that finds itself attracted to Trump has been victimized by outside forces. It hasn’t. The white middle class may like the idea of Trump as a giant pulsing humanoid middle finger held up in the face of the Cathedral, they may sing hymns to Trump the destroyer and whisper darkly about “globalists” and — odious, stupid term — “the Establishment,” but nobody did this to them. They failed themselves.

If you spend time in hardscrabble, white upstate New York, or eastern Kentucky, or my own native West Texas, and you take an honest look at the welfare dependency, the drug and alcohol addiction, the family anarchy — which is to say, the whelping of human children with all the respect and wisdom of a stray dog — you will come to an awful realization. It wasn’t Beijing. It wasn’t even Washington, as bad as Washington can be. It wasn’t immigrants from Mexico, excessive and problematic as our current immigration levels are. It wasn’t any of that. Nothing happened to them. There wasn’t some awful disaster. There wasn’t a war or a famine or a plague or a foreign occupation. Even the economic changes of the past few decades do very little to explain the dysfunction and negligence — and the incomprehensible malice — of poor white America. So the gypsum business in Garbutt ain’t what it used to be. There is more to life in the 21st century than wallboard and cheap sentimentality about how the Man closed the factories down. The truth about these dysfunctional, downscale communities is that they deserve to die.

Economically, they are negative assets. Morally, they are indefensible. Forget all your cheap theatrical Bruce Springsteen crap. Forget your sanctimony about struggling Rust Belt factory towns and your conspiracy theories about the wily Orientals stealing our jobs. Forget your goddamned gypsum, and, if he has a problem with that, forget Ed Burke, too. The white American underclass is in thrall to a vicious, selfish culture whose main products are misery and used heroin needles. Donald Trump’s speeches make them feel good. So does OxyContin. What they need isn’t analgesics, literal or political. They need real opportunity, which means that they need real change, which means that they need U-Haul.

I criticized Williamson at the time for his harshness. I still wouldn’t have put it the way he did, but reading Vance gives me reason to reconsider my earlier judgment. Vance writes from a much more loving and appreciative place than Williamson did (though I believe Williamson came from a similar rough background), but he affirms many of the same truths. If white lives matter — and they do, because all lives matter — then sentimentality and more government programs aren’t going to rescue these poor people. Vance puts it more delicately than Williamson, but getting a U-Haul and getting away from other poor people — or at least finding some way to get their kids out of there, to a place where people aren’t so fatalistic, lazy, and paranoid — is their best hope. And that is surely true no matter what your race.

The book is called Hillbilly Elegy, and I can’t recommend it to you strongly enough. It offers no easy answers. But it does tell the truth. I thank reader Surly Temple for giving it to me.

UPDATE: Hello Browser readers. Glad to see traffic from one of my favorite websites. If you found this piece interesting, I strongly encourage you to take a look at the subsequent interview I did with J.D. Vance about the book. I posted it last Friday, and it has gone viral. This past weekend was a record-setting one for TAC; Vance’s interview was so popular it crashed our server. Take a look at the piece and you’ll understand why. This extraordinary young writer is tapping into something very, very deep in American life right now. I’ve been getting plenty of e-mails from liberals saying how much they appreciated the piece, because Vance tells difficult truths that both liberals and conservatives need to hear.

Voir aussi:

Why Liberals Love ‘Hillbilly Elegy’

My friend Matt Sitman tweets:

Yes, but the more interesting question, at least to me, is why so many liberals like it — or at least why they are writing to me in droves saying how the interview J.D. Vance did with me deeply resonated with them, and inspired them to buy the book. (By the way, that interview was published two weeks ago today, and it’s still drawing so much web traffic to this site that our servers are struggling to handle it.) I’ll give you a sample below of the kind of correspondence I’m getting (with a couple of tweaks to protect privacy). There’s lots of it just like these below:

Mr. Dreher, this article was fantastic.

I grew up in rural Alabama, proudly declared myself “politically somewhere to the right of Attila the Hun”, and enlisted when I was 17. I had a difficult time getting out at 23 years old, several states away from my family, with a grownup’s bills to pay but an MOS that didn’t match the career I was suited for or needed as a civilian. I spent the next several years desperately poor but “self-sufficient” – as far as I knew, anyway.

In reality, of course, I had zero understanding of how taxes work. I saw about a 28% bite taken out of my paycheck, and didn’t understand that FICA/SS didn’t ultimately go to anybody but me, myself, and I, and that I wasn’t actually paying any income tax. I also had heard of but didn’t really understand or care about things like “every federal tax dollar that leaves SC has three federal tax dollars pass by it coming in.”

Truth be told, I wasn’t just unaware, I actively disbelieved that I wasn’t “self sufficient” at all, and I naively thought that I was paying for the “welfare” that the tiny, tiny portion of the population “poorer than me” was getting. I was also completely unaware that I was “desperately poor” at all. I was making $6/hr and I thought I was middle class! I knew people who made $10/hr, and I thought they were on the low end of upper class!
Eventually I made a real career for myself, started my own business, and spent less time scratching and kicking and fighting just to stay alive. The more time and resources I had, the more I learned about how the world, and politics, worked, and the more progressive I became. I am not, today, someone who would normally read articles from a site called “American Conservative”.

But I read yours, and I’m glad I did. What you and J.D. Vance had to say in that article are exactly what I want to hear from the conservative wing of American politics. Speaking candidly, I’m unlikely to be a “conservative” again – I’m a progressive, and likely to stay that way. But what you and Vance said was thoughtful, and reasonable, and – like I try to very publicly be myself, having “been there and done that” – understanding of the realities of the working poor. It’s the real and sensible ballast that even the best of real and sensible balloons (if you’ll permit the analogy between conservative and progressive, and we can both agree to handwave away the fact that the current DNC is neither as real or as sensible as it should be) needs.

That’s probably way too much to slog through, but seriously: thank you.

Another one:

I thoroughly enjoyed this article! The conversation is not one that I have witnessed anyone else having. It is so easy to dismiss people as racist without ever considering from where their views and positions are derived. I am certainly going to read Hillbilly Elegy and look forward to reading more of your articles, By the way I am black, liberal, I most often vote Democrat and I don’t like Trump (for Reasons too high in number to state). I enjoy intelligent conversation and debate and have learned to carefully listen to and understand those who I may disagree with, so I might be educated fully on the issue not just entrenched in my beliefs.

Thank you for a refreshing read in a sea partisan sludge.

Another one, this from a reader who mistakenly believed that J.D. Vance’s experiences were mine. Still, his letter is fascinating:

I wandered in on this article today… and couldn’t stop reading. I’m Californian, a progressive and a Sanders supporter, a former Nader supporter, a former UAW organizer, currently a medical
devices engineer in [state], and have a Ph.D. in engineering. I grew up in a town 5 miles north of the Mexican border in south San Diego, and grew up among Mexican immigrants, many of whom were undocumented… they were my neighbors, my friends, my elders. I myself am an immigrant, came here as a kid with my parents, who were liberals who wanted something better than that right-wing dictatorship in [another country].

But I did grow up around the poverty line. My parents fought hard to stay out of welfare, to stay together, and to teach us the value of work. At 43, I have always worked since I was 14, and have always associated these traits with working-class liberal values… and was quite surprised many election cycles ago to hear silver-spooned class enemies in the GOP pick that up. What did these bastards know about real work? But it also pains me to see the elites, especially the East Coast elites, take over the Democratic Party.

I’m sorry to hear about your experiences at Yale Law. And I’m glad that I didn’t go to a private school, or a school in the East Coast. After moving to [my current state] 3 years ago I’ve found that liberals “out east” (east of the Sierra Nevadas) seem to come from privilege, are more dogmatic, disconnected from the working class, and can be super competitive and vindictive. I even remember starting out as an undergrad and scholarship kid at UC San Diego, how I felt the sting of class. I felt disconnected culturally from the liberals. It wasn’t until friends from high school began shipping back from Desert Storm all crazy and screwed up that I found common cause with these liberals.

As with the folks of Appalachia (I was a member of the Southern Baptist Church… it was a big military town), the defense of our neighborhoods was also paramount to us. What south San Diegans were seeing during the 90s was an entire generation deployed to guard oil fields in Iraq while the princelings of Kuwait lived it up in night clubs, and folks in Sacramento setting up laws that attack immigrants as a cheap shot to get elected. Everything was fine at the border until these demagogues (Republicans in this case) started showing up in our town in staged photo-ops.

Trump does have that appeal of at least pretending to listen to the
broken and forgotten. But just as we were about to forget the vengeance we swore against those who hurt our town, Trump comes by and reopens all the wounds, reminding us that while we might hold some conservative values, Republicans will always see us as sub-human.

I do think dialog and empathy are something of a short supply in
American politics today. The neoliberal policies and unfair trade pacts supported by both parties have been crushing our respective beloved hometowns. And we have a lot more in common than what these entrenched political entities say that we do. I’ve read “Rivethead” and “Deer Hunting with Jesus” and felt this familiarity. I will look for your book.

And here’s another one:

I just wanted to write and tell you that I was fascinated by your interview with the author JD Vance, and I speak as a socialist, agnostic, gay white male who’s never voted Republican in all his years! As a lifelong resident of the suburbs of Houston, Texas, it’s long occurred to me how insulated I am from the struggles of poor and working-class folks today; however my family started out poor, with my parents divorcing when I was six. Luckily our mother was strong enough to help us make it out of the hole by excelling in her profession as a nurse. I remember her telling me that in the days when my sister and I were very young, for Christmas she’d spend $20 on each of us at the dollar store, and she always hoped that we enjoyed our presents. That made me love my mom so much more, and I realized how lucky we’d been to have her, given how things might have turned out. In Houston as you probably know there is a staggering number of people of every imaginable type, and my school years were spent among kids from every walk of life, of every ethnicity and persuasion you can imagine. As an outsider myself, being gay and openly agnostic in an environment where neither was considered acceptable (high school was in the late 90s), I can identify with the feeling of seeming hopelessness, isolation, and fear for the future that Mr Vance describes, though certainly on a different level and for different reasons. I also feel a greater understanding now of the appeal of Trump to certain strata within our society…along with a renewed sense of how dangerous he really is to all of us (not to mention the rest of the world)! I would like to feel as hopeful for the future as Mr Vance seems to, but I’m afraid that until November (though hopefully not after!) I’ll be suffering a case of non-stop indigestion. Maybe we could all use a touch of that hillbilly idealism in our lives.

Anyway, that’s enough rambling out of me. Cheers for an excellent interview, and congratulations for gaining a new reader of the blue persuasion!

I could go on and on. I’m getting so many e-mails like these above that I can’t begin to respond to them all. I’m passing every one of them on to J.D. Vance, though. Interestingly, if I’ve received a single e-mail from a conservative about the interview, I can’t remember it.

I’m genuinely surprised and grateful for all these generous e-mails, and I’m sure J.D. is too. What I find so hopeful about it is that someone has finally found a voice with which to talk substantively about an important economic and cultural issue, but without antagonizing the other side. JDV identifies as a conservative, but his story challenges right-wing free-market pieties. And I’ve gotten plenty of e-mails from liberals who either come from poverty or who work with poor people for a living, who praise JDV’s points about the poor needing to understand that whatever structural problems they face, they retain moral agency.

What do you think, readers? Do you think the runaway success of Hillbilly Elegy, and the powerfully positive response from liberals to a book about class written by a conservative, bodes well for the possibility of constructive engagement around issues of class and poverty? To be sure, I’ve received a handful of letters from angry liberal readers who reject the idea that there’s anything wrong with poor and working class white people that government action can’t solve. I believe, and so does J.D., that government really does have a meaningful role to play in ameliorating the problems of the poor. But there will never be a government program capable of compensating for the loss of stable family structures, the loss of community, the loss of a sense of moral agency, and the loss of a sense of meaning in the lives of the poor. The solution, insofar as there is a “solution,” is not an either-or (that is, either culture or government), but a both-and. From a Washington Post review of the book:

The wounds are partly self-inflicted. The working class, he argues, has lost its sense of agency and taste for hard work. In one illuminating anecdote, he writes about his summer job at the local tile factory, lugging 60-pound pallets around. It paid $13 an hour with good benefits and opportunities for advancement. A full-time employee could earn a salary well above the poverty line.

That should have made the gig an easy sell. Yet the factory’s owner had trouble filling jobs. During Vance’s summer stint, three people left, including a man he calls Bob, a 19-year-old with a pregnant girlfriend. Bob was chronically late to work, when he showed up at all. He frequently took 45-minute bathroom breaks. Still, when he got fired, he raged against the managers who did it, refusing to acknowledge the impact of his own bad choices.

“He thought something had been done to him,” Vance writes. “There is a lack of agency here — a feeling that you have little control over your life and a willingness to blame everyone but yourself.”

Perhaps Vance’s key to success is a simple one: that he just powered through his difficulties instead of giving up or blaming someone else.

“I believe we hillbillies are the toughest god—-ed people on this earth,” he concludes. “But are we tough enough to look ourselves in the mirror and admit that our conduct harms our children? Public policy can help, but there is no government that can fix these problems for us. . . . I don’t know what the answer is precisely, but I know it starts when we stop blaming Obama or Bush or faceless companies and ask ourselves what we can do to make things better.”

The loss of industrial jobs plays a big role in the catastrophe. J.D. Vance acknowledges that plainly in his book. But it’s not the whole story. Anybody who comes to Hillbilly Elegy thinking that it’s going to tell a story that affirms the pre-conceived beliefs of mainstream conservatives or liberals is going to be surprised and challenged — in a good way.

By the way, the viral nature of the TAC interview with J.D. Vance has pushed Hillbilly Elegy onto the bestseller list (more details of which will be available shortly). It’s No. 4 on Amazon’s own list as of this morning. They can barely keep enough in stock. It really is that good, folks. All this success could not have happened to a nicer man. Credit for this spark goes to reader Surly Temple, who gave me my copy of Hillbilly Elegy.

UPDATE: A reader writes to point out:

The Washington Post review you quote states, Perhaps Vance’s key to success is a simple one: that he just powered through his difficulties instead of giving up or blaming someone else.” I think that misses the point of the book. J.D. fully acknowledges the importance of his Mamaw, Marine Corps drill instructors, and wife in changing his outcomes.

My takeaway from the book is that we can help these communities and people, but not from a distance. It takes unconditional, sacrificial love.

He’s right about that, and I shouldn’t have posted that WaPo review without commenting. JDV openly credits his Mamaw and the Marine Corps with making him the man he is today. He does not claim he got there entirely on his own, by bootstrapping it.

Voir également:

RACE, CLASS, AND CULTURE: A CONVERSATION WITH WILLIAM JULIUS WILSON AND J.D. VANCE
THE BROOKINGS INSTITUTION
Washington, D.C.
Tuesday, September 5, 2017

MS. BUSETTE: Thanks Richard. I’m indebted to Richard who had the foresight to invite Bill and J.D. for this conversation well before I arrived at Brookings (…) Today we’re going to be covering some very timely and sensitive topics. Topics that explore who we are as Americans and why we are still struggling with entrenched poverty increasing in equality and the tragic waste of significant human potential; some 30 years after Bill Wilson first published his watershed book, “ The Truly Disadvantaged. ” As we begin this conversation, I want our audience to understand the personal experiences you both bring to your perspectives on poor Americans. Bill and J.D., I’d like each of you to share with us a personal experience from your childhood that had a profound impact on you and your perspectives on poverty, and Bill I’m going to ask you to go first.

MR. WILSON: Thank you. So, in answer to that challenging question, I should point out first of all that “ Hillbilly Elegy ” is a very important book and it also resonated with me in a very personal way because I also experienced the problems of rural poverty. I grew up in a small town in Western Pennsylvania. My father was a coal miner. He worked in these coal mines of Western Pennsylvania and oc casionally he worked in steel mills in Western Pennsylvania. He died at the age of 39, with a lung disease. Left my mother with six kids and I was the oldest at 12 years of age. My father had a 10 th grade education, my mother had a 10 th grade education. My mother who lived to the ripe old age of 94, raised us by cleaning house occasionally. Initially we were on r elief. We call it w elfare now. She got off w elfare and supported us by cleaning house; and what I distinctly remember about growing up in ru ral poverty is hunger. You know, I reviewed a book in the New York Times, Kathy Edin and Luke Shaefer’s book, “ Two Dollars a Day, Living on Almost Nothing in America. ” That book really captured my experiences, and I distinctly remember the times when we went hungry because my mother did not have any money and it was during the winter time and sometimes she had to use her own creativity in coming up with food because she couldn’t draw from the garden.

Now, given my family background, black person, black family in rural poverty; as one of my colleagues at Harvard told me, the odds that I would end up at Harvard as a University p rofessor and capital U on University, are very nearly zero. Like J.D. I’m an outlier. An outlier in — Malcolm Gladwell says in his book “ Outlier, The Study of Success. ” We are both outliers; but it’s interesting that J.D. never talks about holding himself up by his own bootstraps, and that’s something that I reject. I don’t refer to myself that way, because both J.D. and I, were in the right places at the right times, and we had significant individuals who were there to rescue us from poverty and enabled us to escape. We are the outliers being at the right place at the right time, and when I think about your question, that’s one thing I think about; how lucky I was. I had some significant individuals who helped me escape poverty.

MS. BUSETTE: Thank you Bill. J.D.?

MR. VANCE: Well first, thanks Camille, thanks Richard for hosting this. It’s really wonderful to be here and I’m a bit of a fan boy of William Julius Wilson as I wrote Hillbilly Elegy, so it was real exciting to be able to get him to sign this book. I think that the story that stands out to me is, and there’s a bit of a background here which is that you know, I was six or seven years old, and I remember my mom who was trying to get some sort of certification to become a nurse; and eventually after a couple of years, I remember being old enough that she sort of had to test how to draw blood on me, and that was sort of something I volunteered for because I thought it was really cool, because I was a weird kid; and I remember that eventually she made it and she was able to work as a nurse for a couple of years, and this just so happened to overlap with a period w here she was married to a truck driver. A guy who hadn’t graduated from high school, but was able to drive a truck and so you think about those two incomes together, there was this period where I felt like we had genuinely made it where we had this financial stability that was pretty remarkable given the history of my family. And I think the way that it fell apart so quickly and the way that even in the midst of that financial security, life was so chaotic and so unstable and eventually when that very precarious middle – class lifestyle fell apart economically, all of the instability that existed in our home sort of came crashing down upon us; and so, it felt like after this two-year period, we were in an even worse situation than we were going into it. I think you know, one of the things that taught me, and one of the ways I think it influenced the way that I think about poverty and inequality and upward mobility, is that the problems that a lot of poor families face aren’t purely income related. That some of the lessons that you learn, some of the things that you acquire when you are really struggling, they follow you even when you’re not struggling in a purely material sense. And then when a material sense returns, it can make all of those non-material things that much worse off, and I think that way of understanding these problems has really influenced the way that I think about a lot of the problems that I write about in the book.

MS. BUSETTE: Great, thank you very much. Thank you both very much. You know I want to talk a little bit about the place of poverty in the American narrative. And that narrative is complicated. In a recent survey conducted by The American Enterprise Institute and the Los Angeles Times, white Americans linked poverty with laziness and lack of ambition, and when we think of the welfare reform debates from the 1990’s, there were ungenerous terms used to describe the poor. The National Opinion Research Center also released a survey that shows that over the last two d ecades, there has never been such a bigger divide between white Republicans and white Democrats when it comes to the views of the intelligence and work ethic of African Americans. More generally, Americans think of poverty as an individual failure, and i ts opposite financial success is the result of hard work and smarts. I want each of you to reflect on these narratives of poverty and give us your perspective. Bill, I’m going to start with you.

MR. WILSON: Okay, that’s a very challenging question and I ‘m going to try to answer it by also pointing out some differences that I have with J.D. It’s really kind of a matter of emphasis. Not that we differ, it’s just a matter of emphasis. First of all, we both agree that too many liberal social scientists focus on social structure and ignore cultural conditions. You know, they talk about poverty, joblessness and discrimination, but they also don’t talk about some of the cultural conditions, that grow out of these situations, in response to these situations. Too many conservatives focus on cultural forces and ignore structural factors. Now J.D. has made the same point in “ Hillbilly Elegy ” and you also have made the same point in some subsequent interviews talking about the book. Now where we disagree and this relates back to your question, Camille, is in the interpretation of these cultural factors. J.D. places a lot of emphasis on agency. That people even in the most impoverished circumstances have choices that can either improve or exacerbate their situation, their predicaments. And I also think that a gency is important and should not be ignored, even in situations where individuals confront overwhelming structural impediments. But what J.D., and I’d like to hear your response to this J.D., wha t you don’t make explicit or emphasize enough from my point of view, is that agency is also constrained by these structural factors, even among people who you know, make positive choices to improve their lives, there are still constraints and I maintain th at the part of your book where you talking about agency, really cries out for a deeper interrogation. A deeper interrogation of how personal a gency is expanded or inhibited by the circumstance that the poor or working classes confront, including you know, their interactions and families, social networks , and institutions, in these distressed communities. In other words, what I’m trying to suggest is that personal agency is recursively associated with the structural forces within which it operates. And here you know, it’s sort of insightful to talk about intermediaries and insightful to talk about people who aid, who help you in making choices, and you do that well in the book. But here’s the point, given the American belief system on poverty and welfare in which Americans as you point out Camille, place far greater emphasis on personal shortcomings as opposed to structural barriers and especially when you’re talking about the behavior of African Americans. I believe that explanations that focus — don’t get me wrong, you don’t even talk about African Americans in the sense, I’m talking about people out there in the general public. Given this focus on personal shortcomings as opposed to structural barriers in a common for outcomes, I believe that explanations that focus on agency are likely to overshadow explanations that focus on structural impediments. Some people read a book, but they’re not that sophisticated, the take away will be those personal factors and you know, I would have liked to have seen you sort of try to put things in context you know. Talk about the constraints that people have. Now this relates to the second point I want to make. In addition, to feeling that they have little control over themselves, that is lack of agency. You point out that the individuals in these hillbilly communities tend to blame themselves — I’m sorry, blame everyone but themselves, and the term you used to explain this phenomenon is cognitive dissonance, when our beliefs are not consistent with our behaviors. And I agree, and many people often do tend to blame others and not themselves, but I think that when we talk about cognitive dissonance, we also have to recognize that individuals in these communities do indeed have some complaints, some justifiable complaints, including complaints about industries that have pulled off stakes and relocated to cheaper labor areas overseas and in the process, have devastated communities like Middletown, Ohio. Including complaints about automation replacing the jobs of cashiers and parking lot attendants. Including the complaints that government and corporate actions have undermined unions and therefore led to a decrease in the wages or workers in Middletown. You know, I just , I’m sorry, I’m going on too far, I’ll let you respond.

MS. BUSETTE: That was interesting. Now, here’s your chance.

MR. VANCE: Sure. So, I’ll make two broad points. One hopefully more responsive to your initial question, second more responsive to Bill’s concerns. So, first this point about culture, which is a really, really, difficult and amorphous concept to define, and one of the things that I was trying to do with “ Hillbilly Elegy ” is try to in some ways draw the discussion away from this structure versus personal responsibility narrative and convince us to look at culture as a third and I think very important variable. I often think that the way that conservatives, and I’m a conservative, talk about culture is in some ways an excuse to end the conversation instead of starti ng a much more important conversation. It’s look at their bad culture, look at their deficient culture, we can’t do anything to help them; instead of trying to understand culture as this much bigger social and institutional force that really is important that some cases can come from problems related to poverty and some cases can come from a host of different factors that are difficult to understand. So, here’s what I mean by that. One of the most important I think cultural problems that I talk about is the prevalence of family and stability and family trauma in some of the communities that I write about; and I take it as a given that that trauma and that instability is really bad, that it has really negative downstream effects on whether children are able to get an education, whether their able to enter the workforce, whether their able to raise and maintain successful families themselves. I think it’s tempting to sort of look at the problems of family instability and families like mine and say the re’s a structural problem if only people had access to better economic opportunities, they wouldn’t have this problem. I think that’s partially true, but also consequently partially false. I think there’s a tendency on the right to look at that and say these parents need to take better care of their families and of their children, and unless they do it, there’s nothing that we can do. And I think again, that is maybe partially true, but it’s also very significantly false. What I’m trying to point to in this concept of culture, is we know that when children grow up in very unstable families that it has important cognitive effects, we know that it has important psychological effects, and unless we understand the problem of family instability and trauma, not just as a structural problem, or problem with personal responsibility, but as a long – term problem, in some cases inherited from multiple generations back, then we’re not going to be able to appreciate what’s really going on in some of these families a nd why family instability and trauma is so durable and so difficult to actually solve. So, I tend to think of culture as in some ways, this way to sum all of the things that are neither structural nor individual. What is it that’s going on in people’s environments good and bad that make it difficult for them to climb out of poverty. What are the things that they inherit. It’s not just from their own families, but from multiple generations back. Behaviors, expectations, environmental attitudes that mak e is really hard for them to succeed and do well. That’s the concept of culture that I think is most important, and also frankly that I think is missing a little bit from our political conversation when we talk about these questions of poverty, we’re real ly comfortable talking about personal responsibility, we’re really comfortable talking about structural problems. We don’t often talk about culture in this way that I’m trying to talk about it, in “ Hillbilly Elegy. ”

MR. WILSON: Can I just —

MR. VANCE : Sure.

MR. WILSON: No, go ahead J.D.

MR. VANCE: (laughing)

MR. WILSON: No, no, I agree. It’s a matter of emphasis, that’s all I’m saying.

MR. VANCE: So this, yeah.

MR. WILSON: And let me also point out, here’s where we really do agree. We both agree that there are cultural practices within families and so on and in communities that reinforce problems created by the structural barriers.

MR. VANCE: Absolutely.

MR. WILSON: Reinforce. Practiced behaviors that perpetuate poverty and disadvantage. So, this we agree. Too often liberals ignore the role of these cultural forces in perpetuating or reinforcing conditions associated with poverty or concentrated (inaudible).

MS. BUSETTE: So —

MR. VANCE: Absolutely. So, the second point that I wanted to make, and I’ll try to be brief is this question of Agency and whether I overemphasize the role of Agency. I think that for me, this is a really tough line to tow because I’m sort of writing about these problems you know, having in my personal memory, I’m not that far removed from a lot of them. I know that myself, one of the biggest problems that I faced was that I really did start to give up on myself early in high school, and I think that’s a really significant problem. At the same time, I understand and recognize the problem that Bill mentions which is that we have this tendency to sort of overemphasize Personal Agency and to proverbially blame the victim for a lot of these problems. So, what I was trying to do with this discussion of Personal Agency in the book, and I may have failed, but this is the effort, this is what I’m really trying to accomplish. Is that the first instance, I do think that it’s important for kids like me in circumstances like mine, to pick up the book and to have at least some reinforcement of the Agency that they have. I do think that’s a significant problem from the prospective of kids who grew up in communities like mine. The second thing that I’m trying to do, is talk about Personal Agency, not jus t from the prospective of individual poor people, but from the entire community that surrounds them. So, one of the things that I talk about is as religious communities in these areas, do they have the, as I say in the book, toughness to build Churches that encourage more social engagement as opposed to more social disaffection. I think that’s a question of Personal Agency, not from the perspective of the impoverished kid, but from a religious leader and community leaders that exist in their neighborho od. So, I think that sense of Personal Agency is really important. One of the worries that I have, is that when we talk about the problems of impoverished kids and this is especially true amongst sort of my generation, so this is — I’m a tail end of t he millennials here, is that we tend to think about helping people, 10 million people at a time a very superficial level, and one of the calls to action that I make in the book with this — by pointing out to Personal Agency is the idea that it can be real ly impactful to make a difference in 10 lives at a very deep level at the community level. And I think that sometimes is missing from these conversations. And then, the final point that I’ll make is that there’s a difference between recognizing the impo rtance of Personal Agency and I think ignoring the role of structural factors in some of these problems, right? So, the example that I used to highlight this in the book is this question of addiction. So, there’s some interesting research that suggests t hat people who believe inherently that their addiction is a disease, show slightly less proclivity to actually fight that addiction and overcome that addiction. So, that creates sort of a catch 22, because we know there are biological components to add iction. We know that there are these sorts of structural non – personal decision – making drivers of addiction, and yet, if you totally buy in to the non – individual choice explanation for addiction, you show less of a proclivity to fight it. So, I think that there is this really tough under current to some of our discussions on these issues, where as a society we want to simultaneously recognize the barriers that people face, but also encourage them not to play a terrible hand in a terrible way, and that’s wh at I’m trying to do with this discussion of Personal Agency. The final point that I’ll make on that, is that the person who towed that line better than anyone I’ve ever known was my Grandma, my Ma’ma who I think is in some ways the hero of the book. She always told me. Look J.D., like is unfair for us, but don’t be like those people who think the deck is hopelessly stacked against them. I think that’s a sentiment that you hear far too infrequently among America’s elites. This simultaneous recogniti on that life is unfair for a lot of poor Americans, but that we still have to emphasize the role of individual agency in spite of that unfairness and I think that’s again a difficult balancing act. I may not have struck that balancing act perfectly in the book, but that was the intention.

MS. BUSETTE: Thank you.

MR. WILSON: Camille, do you mind if I follow – up because I mean this is an interesting conversation and you just raised a point there about optimism which I think is very, very important. Because you know, one point that resonated with me in your book is that you pointed out, I think it was 2010 – 2011, by the way, I read your book twice you know so (laughter) that’s how I remembered it, and I enjoyed it both times. I’m going to say —

MR. VANCE: That’s good.

MR. WILSON: — it’s a great book. You pointed out that in 2010 or 2011, you were overwhelmingly hopeful about the future, and that for the first time in your life, you felt like an outsider in Middletown, Ohio. And what made you feel like an alien as you put it, was your optimism. And I think that that’s the key. People who have some hope for the future behave differently. And I think that if there were some way to generate hope and optimism among people in Appalachia, or among the Appalachian transplants, you would see a change in their behavior, and this argument applies not only to those in distress rural communities, but also distressed urban communities. And I think immediately of the Harlem Children Zone. The kids who are lucky enough to be a part of — I assume all of you know about the Harlem Children’s Zone. The kids who are lucky enough to be a part of the Harlem Children’s Zone, are kids who develop in the process a hopeful feeling. A feeling that they have a future, and therefore they’re not going to do anything to jeopardize that future. You became optimistic. What factors led you to develop that optimism?

MR. VANCE: Yeah, that’s a good question. I might ask you the same question when I’m done answering —

MR. WILSON: Right.

MR. VANCE: — but you know, the first thing is definitely you know, going back to my grandma. I think if anybody had a reason for pessimism and cynicism about the future, it was her. It’s sort of difficult to imagine a woman who had lived a more difficult life and yet ma’ma had this constant optimism about the future, in the sense that we had to do better because that was just the way that America worked. I mean I think that she was this woman who had this deep and abiding faith in the American dream in a way that is obviously disappearing And in fact, as I wrote about in the book, was I started to see disappearing even you know, when I was a young kid in my early 20’s. So, I think that my grandma was a huge part of that. I also think that the Marine Corp was a really huge part of that, and this is sort of a transformational experience that I write about in the book. The military is this really remarkable institution. It brings people from diverse backgrounds together, gets them on the same team. Gets them marching proverbially and literally towards the same goal, and for a kid who had grown up in a community that was starting to lose faith in that American dream, I think that the military was a really useful way to, as I say in the book, teach a certain amount of willfulness as opposed to despair and hopelessness. So, I think that was a really critical piece of it. You know, at some level, in some cases I think it’s impossible to reconstruct that in the past. I knew that I was a really hopeless and in some cases detached kid early in high school. I knew that by 2010, I was feeling really optimistic about the future and I do sometimes wonder how easy it is to reconstruct what took me from point A to point B, but those two factors are my best guess.

MS. BUSETTE: Did you want to answer his question.

MR. WILSON: You know, even in extreme property, my mother kept telling me, you’re going to college. And my Aunt Janice also reinforced — my Aunt Janice was the first person in my extended family who got a college education, and I used to go to New York to visit her during the summer months, and I said you know, I want to be like Aunt Janice, you know?

MR. VANCE: Sure.

MR. WILSON: Key people in our lives —

MR. VANCE: Absolutely.

MR. WILSON: We are the outliers J.D.

MR. VANCE: Yep.

MR. WILSON: And Malcom Gladwell since.

MS. BUSETTE: Thank you both for that interchange. I think that was incredibly interesting and very illuminating. I want to go back to something you mentioned J.D., which is this question of culture. You know Bill, I know that the term cultural poverty has a very divisive history and still conjures up very vitriolic debates today. But Bill, you have over an extraordinary career, created meaningful distinctions about poverty and within that jargon of poverty and you’ve also situated jobless poverty in particular within changes in the economy. Could you tell us what the experiential differences are between jobless poverty and the employed poor?

MR. WILSON: Well you really see this when you look at neighborhoods. Neighborhoods in which an overwhelming majority of the population are poor, but employed is entirely different from neighborhoods in which people are poor but jobless. Jobless neighborhoods trigger all kinds of problems. Crime, drug addiction, gang behavior, violence. And one of the things that I had focused on when I wrote my book, When Work Disappears is what happens to intercity neighborhoods that experience increasing le vels of joblessness. And we did some research in Chicago and it was really you know, sad, talking to some of the mothers who were just fearful about allowing their children to go outside because the neighborhood was so incredibly dangerous. And I remember talking with one woman and she says — who was obese and she says you know, I went to the doctor he said that I should go out and exercise. Can you imagine jogging in this neighborhood? Because the joblessness had created problems among young people who were trying to make ends meet and they’re involved in crime and drugs and so on. So, I would say that if you want to focus on improving neighborhoods, the first thing that I would do would try to increase or enhance employment opportunities.

MS. BUSETTE: Great, thank you.

MR. WILSON: I have another story. This just reminds me. I was talking with a mother, young mother. Actually, she’s young now from my point of view, middle 30’s and her son had just been shot in the neighborhood, killed. Str ay bullet from a gang fight. She said her son was not a member of the gang, that’s one of the reasons why she was so fearful, so concerned about keeping her children indoors. She said you know Mr. Wilson, no one cared that my son died. His death was not reported in any of the newspapers. It wasn’t reported on the radio, TV. No one cared Mr. Wilson that my son died. And I just keep thinking about these families who live in these dangerous jobless neighborhoods and what they have to endure.

MS. BUSETTE: Thank you. One of the things that comes out clearly from your work Bill, and from your book J.D., is the erosion of social networks and social capital. J.D., your book is really an extended love letter to your grandparents who raised you. Can you tell us a little bit about how the social connections that they had were important to their resilience they showed as parents, as your parents?

MR. VANCE: Sure. So, my grandparents lived in, I think grew up in a little town that had much more robust communities than the town that I grew up in. And so, a lot of the relationships they developed, my grandfather was a 35-year union welder, at Armco. Later, A.K. Steel. My grandmother was a little bit more socially isolated than my grandfather but still had built up a network of friends over that time, and you know, going back to Bill’s point about having diverse networks of people who actually give you a sense of what’s possible and what’s out there, that was really, really, powerful for me, right. So, you know, of my grandparents three kids, one obviously is my mom, but my uncle and aunt were doing pretty well when I was a young kid, and so that gave me this sense of what’s out there, what’s possible. That’s really powerful. My grandfather had a number of friends most of whom were working class like him, but some of whom you know, owned the local businesses or owned local stores or mechanic shops, things like that. So that also gave me the sense of what was possible. And I think ultimately though I went to the Marine Corps and then off to college. I also think the obvious implication is that some of those social networks and connections would have had really powerful economic benefits if I had eventually tried to rely on them. I think that what was so wonderful about my grandparent’s social networks is that they were intact enough for me to still have relied upon them. On the other hand, one thing I really worried about and one thing that I increasingly worried about as I actually did research for the book, is this idea of faith and religion, not just as something that people believe in, but as an actual positive institutional and social role player in their lives. And one of the things you do see, that this is something that Charles Murray’s written about, is that you see the institutions of faith declining in some of these lower income communities faster than you do in middle and upper income communities. I don’t think you have to be a person of faith to think that that’s worrisome. I think you can just read a paper by Jonathan Gruber that talks about all of these really positive social impacts of being a regular participatory Church member. So, you know, I think I was lucky in that sense, but a lot of folks, and when I look at the community right now, it worries me a little bit that you don’t see these robust social institutions in the same way that you certainly did 30, 40 years ago, and even when I was growing up in Middletown. The last point that I’ll make about that, is that (…) these trends often take half a century or more to really reveal themselves and I do sometimes see signs of resilience in some of these communities that I sort of didn’t fully anticipate and didn’t expect when the book was published. So, one of the things I’ve started to realize for example is when we talk about the decline of institutional faith, even though I continue to worry about that, one of the institutions that’s actually picked up the slack are groups like Alcoholics Anonymous and Narcotics Anonymous. They almost have this faith effect. It brings people together. There’s even a sort of liturgical element to some of these meetings that I find really, really fascinating and interesting. So, people try to find and replace community when it’s lost but you know, clearly, they haven’t at least as of yet, replaced it even remotely to the degree that it has been lost which is why I think you see some of the issues that we do.

MS. BUSETTE: Alright, thank you. Bill, I know you have something to say on that —

MR. WILSON: Sure.

MS. BUSETTE: — but I wanted to kind of position the question in a slightly different way than I did for J.D. The economy certainly became significantly since you first penned The Truly Disadvantaged. And what, from your perspective, what effects have those changes had on social organization and poverty?

MR. WILSON: Well, I don’t know if the conditions have changed that much, since I wrote The Truly Disadvantaged. The one big difference is that I think there’s increasing technology and automation that has created problems for a lot of low skilled workers. You know, I mentioned automation replacing jobs that cashiers held, and parking lot attendants held. So, you have a combination not only of the relocation of industries overseas, that I talked about in The Truly Disadvantaged; but now you have increasing automation and technology replacing jobs, and this worries me because I think that people who have poor education are going to be in difficult situations increasingly down the road. You look at intercity schools, not only schools in intercities, but in many other neighborhoods, and kids are not being properly educated. So, they’re not being prepared for the changes that are occurring in the economy. I remember one social scientist saying that it’s as if — talking about the black population. It’s as if racism and racial discrimination put black people in their place only to watch increasing technology and automation destroy that place. So, the one significant difference from the time I wrote The Truly Disadvantaged in 1987, is the growing problems created by increasing technology for the poor.

MR. VANCE: Bill, could I ask a question —

MR. WILSON: Sure.

MR. VANCE: — because this is something I was you know, looking through your book on my Kendall earlier today, and I kept on coming back to this question, and I’m curious what you think. Which is if the civil rights movement had happened in the early 20th century as opposed to the mid-20th century, do you think that black Americans would be more caught up than they are right now? In other words, do you think that it happened, the civil rights advancements happened at a time when technology was just really starting to hammer the economies that they relied on, and if it happened in an area where there weren’t quite the same premiums on human capital, that maybe they could have caught up a little bit better than they have over the past 50 years?

MR. WILSON: So what you’re saying is that if civil rights movement had happened at this time?

MR. VANCE: Sorry, the early 20th century?

MR. WILSON: Oh, the early 20th century

MR. VANCE: Yeah, that’s right.

MR. WILSON: Right.

MR. VANCE: So, if it had happened when we were just transitioning from the proverbial farm to the factory, do you think it would have had a significant difference?

MR. WILSON: I’m not sure.

MR. VANCE: Right, what else can you say.

MR. WILSON: What do you think?

MR. VANCE: — reading The Truly Disadvantaged today, I was thinking maybe the answer is yes, because part of what happened, with the civil rights movement is that the economy was rapidly changing just to some of these legal structures were you know, as black Americans were freed from some of these legal structures. And I do wonder if the economy — it was in some ways as these legal changes were happening in a very positive way, the economy hit black Americans super hard, and I wonder if those legal structures would have fallen at a time when the economy wasn’t changing so rapidly. Maybe things would be a little bit different today?

MR. WILSON: This reminds me of the point that Bayard Rustin raised in the early 1960’s. He said, you know, it’s great to outlaw discrimination and prejudice, but it’s also important to recognize that if you have a referee in the ring, and you say there will be no discrimination, but one fighter has had all of the training and the other fighter has not, which fighter is going to come out ahead? And so, he says much more emphasis has now got to be placed on dealing with these basic economic problems and he told Martin Luther King, Jr. he said look, he says what good is it to be allowed to eat in a restaurant if you can’t afford a hamburger; so, we’re going to have to address some of these fundamental economic problems —

MR. VANCE: Sure.

MR. WILSON: — that are devastating the community. So that reinforces your point too.

MS. BUSETTE: That is a perfect segue to a set of questions that I want to ask you both. It’s about the question of Race in America. We know that racism and discrimination have a long history in the U.S., and that the effects of that history are still experienced by individuals on a daily basis today. When those experiences are aggregated, we can see large mobility, wealth and income gaps between white Americans and African Americans. We are also hearing, and reading and seeing about the culture of the sphere, the opioid epidemic and the disability culture in rural and Rust belt America. So, I’m going to ask a sensitive question. Are there differences between being black, jobless and poor, and being white jobless and poor? And if so, what are they and why? Bill, I’m going to give you the honor of tackling that first (laughter).

MR. WILSON: You know, that’s a very interesting question because I was just — you know J.D. you wrote in your book about the problems of poor whites and it seems that poor whites right now are more pessimistic than any group, and the question is why. I was sort of impressed with your analysis of the white working class and the age of Trump. You know, you pointed out that when Barack Obama became president there were a lot of people in your community who were really struggling and who believe that the modern American meritocracy did not seem to apply to them. These people were not doing well, and then you have this black president who’s a successful product of meritocracy who has raised the hope of African Americans and he represented every positive thing that these working-class folks that you write about did not possess or lacked. And Trump emerged as candidate who sort of spoke to these people. What is interesting is that if you look at the Pew Research Polls, recent Pew Research polls, I think you pointed this out in your book, the working – class whites right now are more pessimistic than any other group about their economic future and their children’s future. Now is that pessimism justified? I think they’re overly pessimistic. I still maintain that to be black, poor and jobless is worse than being white, poor and jobless, okay? But, for some reason, the white poor is more pessimistic. Now I think with respect to the black poor and working class has kind of an Obama effect you kn ow. I think that may wear off and then blacks will become even more equally as pessimistic as whites in a few years.

MR. VANCE: I’d really like for you to run those numbers right now, and see if the rates among pessimism among working class blacks are changed or inverted relative to where they were a couple of years ago. You know, people ask me what I see as the similarities between working class blacks and working-class whites, and what the differences are, and whenever they ask me what the differences are I always say, talk to Bill Wilson, he’s a lot smarter about this stuff than I am. But the thing that jumps out to me most when I think about the differences, is that housing policy, especially housing policy back in the 50’s and 60’s affects modern day black Americans much more than it does modern day white Americans. Especially the working and non-working poor. What I mean by that is that I think that you know, partially because of research that Bill has done and partially for research that a lot of other folks have done. Concentrated poverty is really bad. It’s worse than just being poor. To be sort of socially isolated in these islands of all the other poor people and I think that’s a much more common experience among black Americans because of the residuals effects of housing policy in the 50’s and 60’s, so I think that to me, if I was going to pick one single factor, that was driving the continued difference, I would probably say housing policy. The sort of question of how to you know, is it better or worse to be working-class or sort of poor, jobless and white, versus poor, jobless and black. I think all things being equal certainly poor jobless and black is sort of worse off if you look at wealth numbers, if you look at income numbers, that’s still the case. I do worry a little bit that we don’t have the vocabulary to really talk about the full measure of disadvantage in the country right now. What I mean by that is that we’re pretty comfortable talking about class, we’re pretty comfortable talking about gender, we’re reasonably comfortable talking about race, but when we talk about things like single parent families, family trauma, concentrated poverty. All of these things that would go into what I would call the disadvantage bucket or the privileged bucket, it’s not those three factors, it’s probably two dozen or three dozen factors. We’re really bad about talking about everything except for race, class and gender. And I think that’s one way that the conversation has really broken down, especially in the past few years.

MS. BUSETTE: Alright, thank you.

MR. WILSON: So, this reminds me of your points J.D., reminds me of a paper that Robert Sampson, a colleague at Harvard and I wrote in 1995 entitled Toward a Theory of Race, Crime and Urban Inequality. A paper that has become a classic actually in the field of criminology because it’s generated dozens of research studies. Our basic thesis we were addressing you know, race and violent crime, is that racial disparities and violent crime are attributable in large part to the persistent structural disadvantages that are disproportionately concentrated in African American urban communities. Nonetheless, we argue that the ultimate cause of crime were similar for both whites and blacks, and we pose a central question. In American cities, it is possible to reproduce in white communities the structural circumstances under which many blacks live. You know, the whites haven’t fully experienced the structural reality that blacks have experienced does not negate the power of our theory because we argue had whites been exposed to the same structural conditions as blacks then white communities would behave – – the crime rate would be in the predicted direction. And then we had an epiphany. What about the rural white communities that you talk about. Where you’re not only talking about joblessness, you’re not only talking about poverty, but you’re also talking about family structure. So, here in Appalachia, you could reproduce some of the conditions that exist in intercity neighborhoods and therefore it would be good to test our theory in these areas because we’d be looking at the family structure. The rates of single parent families. We’d be looking at joblessness, we’d be loo king at poverty. So, we need to move beyond the urban areas and see if we can look at communities that come close to approximating or even worse in some cases, and some intercity neighborhoods. This reminds me, I was reading an interview, excellent interview. Remember I wrote to you that first time I read this interview, it was before I even read Hillbilly Elegy and I went and read the book after reading this interview; or maybe it was in Hillbilly Elegy where you refer to the research of the economist Raj Chetty who did some path breaking research on concentrated poverty, single parent families and mobility.

MR. VANCE: Yep.

MR. WILSON: And the reports in the newspapers focused on concentrated poverty and then talk about rates of single parent families which he also emphasized, you see.

MR. VANCE: Yep.

MR. WILSON: But if you want to capture both, it might be good to focus on rural areas like the ones you wrote about, and see if some of the same factors are reproduced that I read about in The Truly Disadvantaged.

MS. BUSETTE: Oh there’s no second book for you (laughter). So, my colleague Richard Reeves has recently published a piece that demonstrated that there’s a century economic mobility gap between black and white men. So, in a sense, the historically lower rates of upward mobility have delayed the economic ascent of black men by a century. Should we be concerned?

MR. WILSON: Could you repeat that?

MS. BUSETTE: Yeah. The historically lower rates of upward mobility have delayed for black men, have delayed the economic ascent of black men by a century compared to white men. So, the question is, should we be concerned, and do we need differentiated sets of policies to address black economic mobility and on the other hand, white economic mobility?

J.D., I’m going to give that to you first (laughter).

MR. WILSON: You should have sent these questions to us ahead of time (laughter) —

MS. BUSETTE: No, no.

MR. WILSON: — so we could have thought —

MS. BUSETTE: That’s the fun (laughter). Yeah, no fun in that.

MR. VANCE: Well, I think you asked two questions. The first was should we be concerned. My answer to that is yes, and I’ll let Bill take the second question (laughter). So, you know, this question of should we have differentiated policies. I think it depends on what we mean by differentiated right. So, to take Bill’s — something he said earlier, this question of technological change and the way that it’s impacting these communities, I think that requires us to fundamentally rethink the way that we approach higher education. That’s been my persistent frustration, thinking about policy over the past couple of years. Is we have this rapidly changing economy. We haven’t changed our institutions or even our institutional thinking to match up to that rapidly changing economy. But if you’re focused on sort of correcting those gaps or if you’re just basically focused on giving help to the people who need it, then you’re going to have a differentiated application of help because black Americans need it, you know, maybe on average more than white Americans. If we talk about sort of the negative effects for example of concentrated poverty, this is something that I really worry about, and back to Raj Chetty, a different paper that he published show that there are these really interesting positive effects of the Moving to Opportunity Study. But my guess is that concentrated poverty equally hurts black and white Americans, it’s just that black Americans experience it more. So, there’s going to be a differentiated effect if you try to rectify that problem, but not because you say we’re going to try to help black people more than white people, just because you’re going to say, I want to help the problem of concentrated poverty and because they’re suffering from it more. That effect will at least be differentiated. But I don’t know, I haven’t thought about sort of whether you should go into it sort of before the fact and try to apply these things differently. My guess is that that’s probably politically not a great idea, and may not be necessary from a moral perspective either, but I’m curious as to what Bill thinks.

MR. WILSON: I agree. Certainly, in this day and age it’s not a good idea. But, if you ask me, what am I most concerned about right now in addressing problems of poverty and so on. I’m concerned about jobs. Although I wouldn’t phrase it this way, I wouldn’t say that we need public sector jobs for black males, I would say we need public sector jobs for people who live in concentrated poverty and that would apply to white males, not only males, but females as well. As well as blacks. But which group would benefit disproportionately from a public sector’s jobs program. It would be black males, because black males have these high prison records; and therefore because of their prison records, many of them find it extremely difficult because of the incarceration rates, many of them find it extremely difficult to find jobs in the private sector. Therefore, at least as a temporary as opposed to a permanent solution, I would like to see public sector job creation for those who have difficulty finding employment in the private sector. When I speak of public sector jobs, I mean the type of jobs provided by the WPA during the Great Depression. Jobs that would improve the infrastructure in our communities, including the under-funded National Park Service, state and local park districts. I just feel that public sector jobs are very, very important particularly for black adults who have been stigmatized by prison records and who thus find it virtually impossible to find jobs in the private sector. Now, saying that. I’m on to no illusion that these programs and a program like public sector job program would garner widespread support in the current political climate, but I feel that we have to start thinking seriously, about what should be done when we have a more favorable political climate, and when people from both parties are willing to consider seriously policies that could make a difference.

MS. BUSETTE: We have time for one more question, and I’m going to start, J.D., with you. So, in a paper by Richard Reeves and another colleague of mine, Eleanor Krouse, that was released today, the evidence is that rural areas with the best rates of upward mobility are the ones with the highest rates of out migration, especially among young people. Should we just accept that some communities are essentially dying, and focus our efforts on helping people move on to other places with more opportunity, or should we be trying to turnaround these blighted areas?

MR. VANCE: That is a really tough one. So, I’m going to try to judicially split the baby here and I’ll probably fail but — (laughter). When I think about should we try to fix these blighted areas, I think that it depends on how we define area, right? Because my concern with some of these out-migration arguments is that we say, if you can’t find a good job in West Virginia, you should move to San Francisco, California, and they’re two concerns with that. The first is that try to convince somebody that they could afford a place in San Francisco, California when it’s a two-bedroom apartment costs you $4,500 a month. So, I think that again, going back to housing policy, that really makes this out migration pretty difficult. The second thing is that you really do — I think we have to understand there’s a difference between out migration from let’s say Eastern Kentucky to Southwestern Ohio verses Eastern Kentucky to San Diego, California, because the former allows you to preserve some important social contacts and social connections. It is cheaper to move there, it’s less culturally intimidating to move there. I mean I cannot imagine what my grandparents would have said if you would have told them in the 1940’s that they had to move to modern day San Francisco. It really would have been, you need to move to an entirely different country. Maybe an entirely different planet. And I think that’s important. So, the way that I think about this problem is that we have to accept that while out migration has to be a part of the solution, we can’t just say every single person in Breathitt County Kentucky has to leave, and Breathitt County Kentucky gets to close up shop. But if we can regionally develop big cities like Lexington, like Pittsburgh, like Columbus, Ohio, that obviously has downstream effects and that allows you to have out migration to places that isn’t so culturally foreign and enables people to maintain those social connections even as they move to areas with higher employment; and oh, by the way, still play a positive role in the communities back home. I think that’s the way that I approach that particular problem.

MS. BUSETTE: Alright, thank you.

MR. WILSON: You know my colleague at Harvard, Robert Sampson and former student Patrick Sharkey who is at NYU have argued for durable investments in disadvantaged neighborhoods to counter the persistent disinvestments in such neighborhoods, and I was wondering if you use that argument and focus on Appalachia for example, what would investments look like? And I’m going to put this question to you J.D., if you’re talking about investments in these communities, would it include such things as hospitals, clinics, road construction, shopping centers, daycare centers, these kinds of things. Would that be helpful? Would those things be helpful?

MR. VANCE: Yes, so I think it would definitely be helpful. One of the concerns I have with what we’ve seen with regional economic development is that it very often happens through the avenue of let me provide you tax credit so that you can open up new retail, right? I don’t think that’s especially durable economic development, right. I mean, I think we have to think of local economies as sort of a pyramid. You need real industries, manufacturing, then you have retail on top of it, but you can’t really rebuild some of these economic centers with just retail. There is actually an interesting bill that’s moving through Congress right now, that would in some ways place long-term capital investment at parity with short-term capital investment like tax credits. That would allow things like Venture Capital investment and much bigger longer – term patient capital to invest in some of these areas and create you know, more durable jobs in more durable sectors. But I also think, and my thinking honestly has probably changed in the past few years, though maybe change isn’t the right word, as I start to think about this a little bit more seriously. When I look at you know, some of the work David Autor has done about the China Shock and the way that it’s impacted some of these areas. I do think that we’ve been so caught up in thinking about long term well-being as purely as a function of consumption, that we haven’t thought about the fact that if you pay three cents less for a widget at Walmart, but half of your community just lost its job, your purchasing power is slightly greater, but your community has lost something really significant. I think that’s been missing from our conversations about economics in jobs, especially on the right, but I really think across the spectrum we focus too little on bringing good durable, high paying work into some of these areas. And consequently, if you look at just a policy across the board, we’ve congratulated ourselves, because purchasing power, even among the low income has gone up, not recognizing the purchasing power that comes from a government transfer is a lot different from purchasing power that comes from a good job.

MS. BUSETTE: Great. Thank you both very much. We are now going to take questions from the audience. So, (inaudible) from Brookings. So, I’d like everybody to be able to say who they are and the organization they’re coming from, and then ask your question please. Thank you. And I’ll take a couple of these. I’ll take yours first and then we’ll take a few more.

SPEAKER: First thing I want to do is thank both of you for such a thoughtful conversation. I mean Camille asked you really tough provocative questions, so it was a great conversation. I think I want to add to the provocative question list here. We haven’t talked much about our politics going forward and how they may play out in terms of things that you both might be in favor of. Bill, you say you’re for a public jobs program, but obviously that’s politically going to be extremely difficult to convince much of the public including many of the so-called white working class that J.D. has been studying. They don’t like government programs. They don’t like handouts. They want I think, as I read it, the literature, including your book, they want real jobs, not government jobs. In fact, they really dislike a lot that they see in first line government workers. With that background and thinking about you know, where does our politics go from here, I happened to have read this weekend, a new small essay by Mark Lilla who is arguing quite controversially that the Democratic party needs to put less emphasis on identity politics. That means staying away presumably from racial divides and culture and all of that. And, do you have any thoughts about generally how we bring the country back together again politically and specifically this notion that maybe the Democratic party is losing the white working-class by putting too much emphasis on immigrants, minorities, women etcetera?

MS. BUSETTE: I’ll let you Gabby — I’ll let you gather your thoughts there.

MR. WILSON: I’ll take a shot —

MS. BUSETTE: Wow, a brave man.

MR. VANCE: I hope that there’s vodka in this (laughter).

MR. WILSON: So you know, I blurbed Mark Lilla’s book.

SPEAKER: Oh, did you? That’s right, I remember.

MR. WILSON: I blurbed it. What’s the title of the book ?

SPEAKER: The Once in a Future Liberal.

SPEAKER: That’s right.

MR. WILSON: The Once in a Future Liberal. Yeah, I blurbed the book. You know, Mark Lilla and a number of other post-election analysts observed that as you point out that the Democrats should not make the same mistake that they made in the last election, namely an attempt to mobilize people of color, women, immigrants and the LGBT community with identity politics. They tended to ignore the problems of poor white Americans. I was watching the Democratic convention with my wife on a cruise to Alaska, and one concern I had was there did not seem to be any representatives on the stage representing poor white America. I could just see some of these poor whites saying they don’t care about us. They’ve got all these blacks, they’ve got immigrants, they’ve got (inaudible), but you don’t have any of us on the stage. Maybe I’m overstating the point, but I was concerned about that. Now one notable exception, critics like Mark Lilla point out was Bernie Sanders. Bernie Sanders had a progressive and unifying populous economic message in the Democratic primaries. A message that resonated with a significant segment of the white lower-class population. Lower class, working class populations. Bernie Sanders was not the Democratic nominee and Donald Trump was able to, as we all know, capture notable support from these populations with a divisive not unifying populous message. I agree with Mark Lilla that we don’t want to make the same mistake again. We’ve go to reach out to all groups. We’ve got to start to focus on coalition politics. We have to develop a sense of interdependence where groups come to recognize that they can’t accomplish goals without the support of other groups. We have to frame issues differently. We can’t go the same route. We can’t give up on the white working class.

MS. BUSETTE: Okay, J.D., did you want to tackle that or —

MR. VANCE: Yeah, sure I’ll —

MS. BUSETTE: — shall we go for other questions?

MR. VANCE: — I can briefly answer. I mean as a Republican who is deeply worried about the American right, this gives me a great chance to rift on the other side. So, just a couple of thoughts as you ask the question and as Bill was responding. The first is that on this question of identity politics, I think that what worries me is that a lot — it’s not a recognition that there are disadvantaged non-white groups that need some help or there needs to be some closing of the gap you know. When I talk to folks back home, very conservative people, they’re actually pretty open-minded if you talk about the problems that exist in the black ghetto because of problems of concentrated poverty and the fact that the black ghetto was in some ways created by housing policy. It was the choice of black Americans. It was in some ways created by housing policy. I find actually a lot of openness when I talk to friends and family about that. What I find no openness about is when somebody who they don’t know, and who they think judges them, points at them and says you need to apologize for your white privilege. So, I think that in some ways making these questions of disadvantage zero sum, is really toxic, but I think that’s one way that the Democrats really lost the white working class in the 2016 election. The second piece that occurs to me, and this applies across the political spectrum, is that what we’re trying to do in the United States, it’s very easy to be cynical about American politics, but we’re rying to build a multi-racial, multi-ethnic, multi-religious nation, not just a conglomeration, an actual nation of people from all of these different tribes and unify them around a common creed. I think that’s really delicate. It’s basically never been done success fully over a long period in human history and I think it requires a certain amount of rhetorical finesse that we don’t see from many of our politicians on either side these days and that really, really worries me.

MS. BUSETTE: Okay, thank you both. I ‘m going to take three other questions and then we can answer them. So, this gentleman here, young lady here with her hand up, and then I’ll take yeah, the person right in the back there. Okay, yeah, on this side first.

SPEAKER: Thank you very much. I’ve known Bill Wilson for years, I’ve known J.D. over the telephone (overlapping conversations) all over town.

MR. VANCE: A fellow Middletonian.

SPEAKER: Yes, I tried to catch you at the book fair on Saturday. The line, for those of you who weren ‘t there, stretched all the way out of the DC Convention Center and down (inaudible) Avenue. I’ve never seen anything like it since the Beatles came to town (laughter). But anyway, yes, I’m a fellow middie, and from class of 65, so I went there before you were born. We just had our 50th anniversary reunion here a couple of years ago. I’m delighted by your book. Folks ask me if I ever thought of writing a memoir, and I said my life was too dull, my (inaudible) was too quiet. When I grew up we were an all-American city. You may have read that in your history books. Back in the 50’s we were one of the all-American cities in America. A few years ago, Forbes chose Middletown as one of 10 fastest dying cities in America. This tells you what’s happened over time. So, I have a lot of things I’d love to inject, but I’m just going to ask one question. As you know I’ve talked before about when I came out of Middletown High in 65 I was able to work at the steel mill at Armco, and make enough money to pay my tuition at Ohio University, go Bobcats. For tuition in 1965 at Ohio U was $770. With room and board $1,240. It wasn’t hard for me, the son of a mother who was a cook and a father who was a factory worker to move up to the middle class, thanks to Ohio’s excellent higher education system. Years later of course you went to the Marines to get a scholarship to go to Ohio State —

MR. VANCE: True.

SPEAKER: — and so it was possible, but it certainly is tougher now to go from working class Middletown, we don’t have the steel mill jobs in the summer anymore. The five paper mills that we used to have are all gone. All the industries up and down I – 75, all the way to Detroit, General Motors, Frigidaire, GM, Delco Battery, Huffy Bicycle, National Cash Register, and I could go on and on and on, but what Bill Wilson writes about in the you know they’ve gone overseas or other types of chains have gone on. We were talking about automation back in the 50’s, and the 60’s and of course we see what has happened, and it’s still happening. But my question really is we haven’t talked much about those front row kids like yourself there who had a chance to go to college and found a way there. That route has gotten tougher. Do you think we need to do something to make it easier to get higher education? Some schooling beyond high school?

MS. BUSETTE: Okay great, thank you. This woman here with the red sweater. Please, thank you.

MS. RISER : Thank you gentleman, it’s extremely challenging —

MS. BUSETTE: Can you say your name please.

MS. RISER: I will say my name. It’s Mindy Riser and I have worked and continued to with a number of NGO’s across the world concerned with social justice. My question is about a segment of the American population, you haven’t talked about, and that is the aging baby boomers who come in all colors, shapes and sizes. Some of these folks will have social security, which isn’t very much, some will not at all. We’ve talked about the challenges of jobs. What is going to happen to these people, some of whom will not get jobs and will rely on diminishing social security and that is not exactly assured anymore either. So, I’d like you to address that part of the population whose future does not look all that bright.

MS. BUSETTE: Great, thank you. And then we have one way in the back there. She has her hand up. Thank you

MS. LEO: Hi, my name is Chin Leo and I’m a correspondent from China’s Nu Hahn News Agency. Actually, I have two questions for J.D. One is that you mentioned about (inaudible) which could be the third important element from the personal structural agencies to have those poverties. So, I just wanted to maybe categorize say more about this (inaudible) so what it could include. Because when I just read about your book, first I thought it maybe something related to the peace treaty of American, like those people who used to work in the hill. The mountain or the farmers, but it turns out, maybe there is something more or different from that, so can you just say more about it. And second question is about the globalization. I think both of the speakers just mentioned that the process of globalization just, the country being so large to the poverty or just make it a faster pace, for those working class in America no matter white or black to become obvious problem. So, do you think what could be the solution for this or is it really necessary just like President Trump said that anti-globalization could be one of the solutions or a necessary one. Thank you.

MS. BUSETTE: Thank you. So, we have a question on ways to make it easier to get a higher education, what about job opportunities for aging baby boomers and then a special set just for you, where you can you know, if you’d like to, maybe go into a little more about what you meant by culture, and then for both of you if you want to discussion globalization and its effect on poverty in the U.S.

MR. WILSON: Well I just — to answer your question very quickly, forget the political climate, but I’d like to see us increase the Pell Grants to make it possible for folks who don’t have much income, increase the Pell Grants.

MS. BUSETTE: Okay great. J.D., do you want to address any of these?

MR. VANCE: Yes, so my general worry with the college education in the book at large is sort of two things. So, the first is that, I think we’ve constructed a society effectively in which a college education is now the only pathway to the middle class, and I think that’s a real failure on our part. It’s not something you see in every country, and I don’t think it necessarily has to be the case here. There are other ways to get post-secondary education and I absolutely think that we have to make that easier, and I really see this as sort of the defining policy challenge of the next 10 years is to create more of those pathways; because the second born on this is that college is a really, really culturally terrifying place for a lot of working class people. We can try to make it less culturally terrifying, we can try to make for the elites of our universities a little bit more welcoming to folks like me, and this is something that I wrote about in the book, really feeling like a true outsider at Yale for the first time, in an educational institution. I think that we also have to acknowledge that part of the reason that people feel like cultural outsiders is for reasons that aren’t necessarily going to be easy to fix, and if we don’t create more pathways for these folks, we shouldn’t be surprised that a lot of them aren’t going to take the one pathway that’s there, that effectively runs through a culturally alien institution.

MS. BUSETTE: Thank you. Other questions.

MR. WILSON: Yeah, we have to —

MR. VANCE: Oh yeah sorry. There’s a couple of others so yeah, on the baby boomer question I’ll try to be very quick but I don’t necessarily have a fantastic answer to this, but let me add one thought that I had while you were asking that question, which is that in certain areas, especially in Ohio, Kentucky, West Virginia and so forth. I think the biggest under reported problem for the baby boomers is the fact that they are taking care of children that they didn’t necessarily anticipate taking care of because of the opioid crisis. This is the biggest dr iver of elder poverty in the State of Ohio, is that you have entire families that have been transplanted from one generation to the next. They were planning for retirement based on one social security income, and now all of a sudden, they have two, three additional mouths to feed. I think my concern for the baby boom generation is especially those folks of course because it’s not just bad for them, it’s bad for these children who are all of a sudden thrown into poverty because of the opioid addition of that middle generation of the parents, of the kids and the sons and daughters of the grandkids. And then the very last question, culture, I think of as a way to understand the sum of the environmental impacts that you can’t necessarily define as structural rights, so the effects of family instability and trauma that exists in people, the effects of social capital and social networks in people’s lives, You know, all of these things I think add up to a broad set of variables that can either promote upward mobility or inhibit upward mobility; and again I think we very often talk about job opportunities and educational opportunities, we very often talk about individual responsibility and Personal Agency. We very rarely I think talk about those middle layers and those institutional factors that in a lot of ways are the real drivers of this problem.

MR. WILSON: I just want to add just one point. I think that this is too radical to seriously consider right now, but at some point, I think we’re going to hav e to think about it, and that is to give cash assistance to reduce the tax rate for those who are experiencing compounded deprivation. At some point, we’re going to be faced with a problem. We’re going to have to rescue people and some economists are talking about the negative income tax and so on, but it’s something that we’re going to have to be thinking about.

MS. BUSETTE: Great. Thank you. I’m going to take three more. This gentleman here, this lady here. Ignacio?

MR. AARON: I’m Henry Aaron Brookings. My question is for J.D. Vance, I’ve heard in your comments what strikes me as a genuine and heartfelt sympathy for the economic and social circumstances, not only of blue whites in Appalachia, but also for the concentrated poverty in urban areas. You have a genuine sympathy for both. You also stated that you come to this concern as a conservative and as a Republican. Now, in looking at the current political environment, which is I think where we need to start rather that our aspirations for a different environment, we would really like it in the future. Starting from the current economic environment, I note that we’ve spent all of 2017 on a political debate which now seems, from my standpoint mercifully to be coming to an end about doing away with The Affordable Care Act. We are about to have a month long high stakes debate about the child health insurance program which President Trump’s budget proposes significantly to cut. We are confronting the possibility of a major fight over the national debt cap which at least some elements in Congress would like to use as a pressure tool to reduce the size and scope of the federal government. We are debating whether to reform entitlement programs and notably disability insurance, which if one looks at a map of where disability benefits are most received, looks like the map for your book actually. Kentucky, Arkansas, Alabama, Mississippi, Ohio, Pennsylvania. My question is, as a conservative Republican, how do you reconcile the concern you’ve expressed with the apparent agenda from those with whom you identify politically.

MS. BUSETTE: Okay, so we’re going to take two more questions (laughter) in this round. This lady right here and then Ignacio.

MS. DANIELS: Hello, my name is Samara Robard Daniels, I actually married into an Appalachian family myself, so I’ve had a close look at the situation myself. I’m wondering if you had to sort of envision of not being a political leader, but maybe a more philosophical substantive role model, what qualities aside from the typical like you know, honesty and so forth. I mean what would be the sort of gestalt of that leader that would perhaps you know, mobilize. I mean that can happen, but because of the technological age, we don’t have that sort of, you know, more renaissance minded philosophical temperament is not sort of percolating and I’m wondering if you had to envision it, what would be a role model, and similarly for you, what do you see? What would be the gestalt of that leader?

MS. BUSET TE: Alright, thank you. Ignacio?

MR. PESO: Hello, thank you the three of you for the discussion, it was very fascinating.

MS. BUSETTE: Can you say your name?

MR. PESO: My name is Ignacio Peso and my question actually starts with an article I read in the New York Times a few days ago. Maybe it was two days ago. It’s about like the role of private firms also. It was a comparison between the job conditions and years ago, with a lady from Kodak who was able to rise and get an opportune job, get an education, and then in the end the same private firm rising to her position, and right now janitor in Apple, right. I think in this conversation we talk a lot about like the power of stories and how they convey mobilities and talk about like more structural aspects. I was wondering, what is your opinion about like how — what’s the role of private firms in this discussion, and what sort of policies can you envision regarding that. Thank you.

MS. BUSETTE: Okay, thank you. So, we have a question about reconciling your concerns with concentrated poverty with the served agenda of the GOP. A question around what do role models who are sort of embodying you know an un-way out sort of; and when we think about the poverty debate what do those people look like. And then what’s the role of private firms in economic mobility for poor and low-income Americans.

MR. WILSON: Could you repeat the second question?

MS. BUSETTE: What does a leader look like who could possibly lead us towards a set of solutions when we think about poverty in the US ?

MR. VANCE: I guess I’ll start because the question about I think the GOP is directed specifically at me. The first thing that I’ll say about that is that I agree with many of the conservative critiques that are levied sort of against some Democratic policy. I very rarely, at least if we’re defining Republican policies or what comes out of Congress, I very rarely agree with Republican Congress about how to answer those critiques. The way that I broadly look at this philosophically is that there is a distinction and an important one between libertarianism and conservatism. So, I will partially try to answer your question about outsourcing. I think that for example on this question of labor unions, I think that the sort of classic libertarian answer to this question which is really dominant on the right for the past 30 years, is that effectively for a whole host of reasons, labor unions are anti-competitive, they’re bad for non – members and they’re bad for actual firms. Consequently, for cartel reasons, they’re sort of bad from a public policies perspective. I think a better conservative answer to the fact that we’ve gone from 35 percent private labor participation to 6 percent private labor participation, is to recognize that labor unions can be economically destructive to recognize that labor unions as Burke would say, could also be incredibly important social institutions that play a positive role in communities, and so the question is not how do we destroy labor unions, but it’s how do we reform labor unions so they actually work in the 21st century and I think that would answer partially your question about outsourcing. There’s a really fascinating article by Oren Cass of the Manhattan Institute of Conservative Think Tank about how we might reform labor unions so that they actually accomplish something economically important, so that they can rebuild themselves and increase private participation, but I think that’s a conservative idea. Has it come from a Republican Congress? No, it has not. Have I been a constant critic of Republican domestic policy for the past five years, because I think we’re not thinking about these issues; absolutely. The flip side of it, is that I think that much of what I see on the left is or at least sometimes thinks that these cultural problems that I write about and care about, are invisible and don’t actually exist. Now, does that mean that sort of very thoughtful left of center think tank fellows don’t care about these problems? Does that mean that Bill Wilson doesn’t think about these problems? No, but I certainly think that the Democratic party in some ways thinks that these questions of culture and long-term multi-generational environmental effects are sort of inv isible to a lot of their policy making. So, I agree with the conservative critique there and I think the conservatives have to offer some alternative vision which we have failed to do, for not just the past five years, but maybe for a little bit longer than that. So, you know my view of my role in this ecosystem is to try to take us from criticizing a lot of what’s been done in the past that’s wrong, and a lot of those criticisms I agree with, to actually doing something that’s different. But I do think, the last point I’ll make about this, the fundamental hell that we have to get over. The fundamental problem that conservatives have to accept is that sometimes you have to spend money to solve social problems. Not always does that mean that government is always the answer. Certainly, it doesn’t, but I think this sort of baseline constant refusal to accept that sometimes you have to spend money is at the core of our real problem, and if we can get past that, I actually think there might be some good ideas coming out of the right and hopefully I can be a part of that.

MR. WILSON: Let me address the question about the ideal leader. The leader (inaudible) move us forward. For me, a role model would be one who would use the bully pulpit to reinforce and promote the principle of equality of life chances. The philosopher James Fiscan coined the notion principle of equality of live chances, and according to this principle if we can predict with a high degree of accuracy, where individuals end up in the competition for preferred positions, merely by knowing, their race, class, gender and family background, then the conditions under which their motivations and talents have developed must be utterly unfair. Supporters of this principle believe that a person should not be able to enter a hospital ward of healthy newborn babies and predict with considerable accuracy where they will end up in life, simply by knowing their race, class, gender, family background, or the ecological areas where their parents reside. I repeat, for me, a rural ideal role model would be one who would use the bully pulpit to reinforce and promote the principle of equality of live chances.

MS. BUSETTE: Great. Thank you both. We’re going to take a few more questions. The gentleman in the back. The gentleman with the glasses and next to him the gentleman with the orange shirt.

MR. RAWLINS: Quincy Rawlins with the Institute for Educational Leadership here in Washington D.C. You’ve addressed this tangentially, but I wonder, it seems that this may be overly simplistic, by the flip side of extreme poverty seems to be extreme concentration of wealth. Not only in this country but obviously across the world, and I wonder if we can address any of the problems that you guys have talked about without directly addressing the concentration of wealth, and the fact that many corporations and super rich in this country are not paying their fair share of taxes in my view.

MS. BUSETTE: So, we have the gentleman in the glasses and the suit here, next to the gentleman with the orange T – shirt.

MR. COLLENBERG: Hi, Richard Collenberg with the Century Foundation. You both have talked about the effects of concentrated poverty, and I’m wondering what you would advocate in terms of public policy, and I’ll throw out one idea that Bill and I have talked about a little bit. You know, in 1968, 50 years ago, we saw the passage of the Fair Housing Act and since then, racial segregation has declined to a similarity index of 79 to 59. So, a hundred would be pure segregation, zero would be perfectly integrated. Meanwhile we’ve seen an increase in economic segregation, and I’m wondering what you all would think about an Economic Fair Housing Act that would go after the issue of concentrated poverty by addressing the discrimination that goes on in terms of exclusionary zoning, where certain neighborhoods are basically off limits for working class people because of apartment buildings or townhouses aren’t allowed to be built there.

MS. BUSETTE: Thank you.

MR. ASHANAGA: Michael Ashanaga Trans Union. Mr. Vance, you’ve put forward several different roads out of poverty. You know, better education, cultural change, job training, cheaper colleges I guess. But the problem is I see that that does not create jobs. That just creates competition for jobs, so at the end of the day, even if everyone is well educated, wouldn’t there still be a lot of poverty?

MS. BUSETTE: Okay, so we have our question on the concentration of wealth in the U.S., a question about an economic fair housing kind of policy to address concentrated poverty, and then finally, whether the policy prescriptions around creating a better and more educated — more skilled and education workforce actually addresses the true cause of poverty.

MR. WILSON: Let me just say that addressing the problem of concentration of wealth and inequality, that is a major problem that we have to confront. I would say yes, we have to deal with that problem. That has to be high on our agenda, on the public agenda. That’s all I want to say about that, because we could go on and on talking about that. Addressing the question of increase in economic segregation. People don’t realize that racial segregation is on the decline, while economic segregation is a segregation of families by income is on the increase. So yes, I would support your proposal of dealing with exclusivity zoning. Say a little bit more about that. I mean, you just probably said I’ll bet piece on that so we (laughter).

MR. COLLENBERG: Well the basic notion is that you know, here we had some success through a legal policy The Fair Housing Act where we’ve seen this decline in racial segregation, and yet what replaced kind of the old racial zoning from the 1920’s has been economic zoning, and so, it seems to me, that just as it should be shameful to exclude people from entire neighborhoods based on race, it ought to be as concerning to us in our culture and in our policy to have laws that in essence are excluding people based on class. In Montgomery County Maryland where I live, there is an alternative to that policy. It’s called Inclusionary Zoning, where the notion was that if people are good enough to, you know, take care of resident’s kids, if they’re able to teach the children, if they’re able to take care of the lawns, they ought to be good enough to live in these communities as well.

MR. WILSON: That’s why I wanted to give you the floor Rick (laughter).

MS. BUSETTE: Thank you very much. So, J.D., did you want to address any of these questions around concentrated poverty, the Economic Fair Housing kind of Act —

MR. VANCE: Sure.

MS. BUSETTE: — and creating a better skilled and you know, more education workforce, but whether or not that addresses the true cause of poverty in the US.

MR. VANCE: So, on the inequality and concentration wealth, the top thing, I’ll say this one area where I actually think conservative senator Mike Leaf from Utah has had some really, really, interesting ideas. One of the tax reform proposals Senator Leaf has advocated for is actually setting the capital taxation rate at the same rate as the ordinary income rate. Because that’s what’s really driving this difference, right. It’s not ordinary income earners. It’s not salaried professionals. Those Richard Reeve says that’s a problem. It’s primarily actually that folks in the global economy, especially the ultra-elite, folks in the global economy have achieved some sort of economic lift off from the rest of the country and I think that in light of that, it doesn’t make a ton of sense that we continue to have the taxation policy that we do. Frankly, that’s one of the reasons why I am sort of so conflicted about President Trump because I think in some ways instinctively at least the President recognizes this, but we’ll see what actually happens with tax reform over the next few months. The question about job competition is absolutely correct. You can’t just have a better educated workforce but hold the number of workers constant. At the same time, I do think there’s a bit of a chicken and egg problem here right because you know, while the skills gap is overplayed and while it violates all of these rules of Econ 101, one of the things you hear pretty consistently from folks who would l ike to expand, would like to hire more, would like to produce more, is that there are real labor force constraints, especially in what might be called non-cognitive skills, right; and this is a thing that you hear a lot. In my home state if you really want to hire more, and you really want to produce more, and sell more, then the problem is the opioid epidemic has effectively thinned the pool of people who were even able to work. So, I do think that productivity is really important, but I also think that we tend to think of these things in too mathematical and sort of hyper-rational ways, but part of the reason productivity is held back, is because we have real problems in the labor market, and if you fix one, you could help another, and they may create a virtuous cycle.

MS. BUSETTE: Thank you both …

Voir encore:

What Hillbilly Elegy Reveals About Trump and America

Mona Charen

July 28, 2016

A harrowing portrait of the plight of the white working class J. D. Vance’s new book Hillbilly Elegy: A Memoir of a Family and a Culture in Crisis couldn’t have been better timed. For the past year, as Donald Trump has defied political gravity to seize the Republican nomination and transform American politics, those who are repelled by Trump have been accused of insensitivity to the concerns of the white working class. For Trump skeptics, this charge seems to come from left field, and I use that term advisedly. By declaring that a particular class and race has been “ignored” or “neglected,” the Right (or better “right”) has taken a momentous step in the Left’s direction. With the ease of a thrown switch, people once considered conservative have embraced the kind of interest-group politics they only yesterday rejected as a matter of principle. It was the Democrats who urged specific payoffs, er, policies to aid this or that constituency. Conservatives wanted government to withdraw from the redistribution and favor-conferring business to the greatest possible degree. If this was imperfectly achieved, it was still the goal — because it was just. Using government to benefit some groups comes at the expense of all. While not inevitably corrupt, the whole transactional nature of the business does easily tend toward corruption.

Conservatives and Republicans understood, or seemed to, that in many cases, when government confers a benefit on one party, say sugar producers, in the form of a tariff on imported sugar, there’s a problem of concentrated benefits (sugar producers get a windfall) and dispersed costs (everyone pays more for sugar, but only a bit more, so they never complain). In the realm of race, sex, and class, the pandering to groups goes beyond bad economics and government waste — and even beyond the injustice of fleecing those who work to support those who choose not to — and into the dangerous territory of pitting Americans against one another. Democrats have mastered the art of sowing discord to reap votes. Powered by Now they have company in the Trumpites.

Like Democrats who encourage their target constituencies to nurse grievances against “greedy” corporations, banks, Republicans, and government for their problems, Trump now encourages his voters to blame Mexicans, the Chinese, a “rigged system,” or stupid leaders for theirs. The problems of the white working class should concern every public-spirited American not because they’ve been forgotten or taken for granted — even those terms strike a false note for me — but because they are fellow Americans. How would one adjust public policy to benefit the white working class and not blacks, Hispanics, and others? How would that work? And who would shamelessly support policies based on tribal or regional loyalties and not the general welfare?

As someone who has written — perhaps to the point of dull repetition — about the necessity for Republicans to focus less on entrepreneurs (as important as they are) and more on wage earners; as someone who has stressed the need for family-focused tax reform; as someone who has advocated education innovations that would reach beyond the traditional college customers and make education and training easier to obtain for struggling Americans; as someone who trumpeted the Reformicon proposals developed by a group of conservative intellectuals affiliated with the American Enterprise Institute and the Ethics and Public Policy Center; and finally, as someone who has shouted herself hoarse about the key role that family disintegration plays in many of our most pressing national problems, I cannot quite believe that I stand accused of indifference to the white working class.

I said that Hillbilly Elegy could not have been better timed, and yes, that’s in part because it paints a picture of Americans who are certainly a key Trump constituency. Though the name Donald Trump is never mentioned, there is no doubt in the reader’s mind that the people who populate this book would be enthusiastic Trumpites. But the book is far deeper than an explanation of the Trump phenomenon (which it doesn’t, by the way, claim to be). It’s a harrowing portrait of much that has gone wrong in America over the past two generations. It’s Charles Murray’s “Fishtown” told in the first person. The community into which Vance was born — working-class whites from Kentucky (though transplanted to Ohio) — is more given over to drug abuse, welfare dependency, indifference to work, and utter hopelessness than statistics can fully convey. Vance’s mother was an addict who discarded husbands and boyfriends like Dixie cups, dragging her two children through endless screaming matches, bone-chilling threats, thrown plates and worse violence, and dizzying disorder. Every lapse was followed by abject apologies — and then the pattern repeated. His father gave him up for adoption (though that story is complicated), and social services would have removed him from his family entirely if he had not lied to a judge to avoid being parted from his grandmother, who provided the only stable presence in his life.

Vance writes of his family and friends: “Nearly every person you will read about is deeply flawed. Some have tried to murder other people, and a few were successful. Some have abused their children, physically or emotionally.” His grandmother, the most vivid character in his tale (and, despite everything, a heroine) is as foul-mouthed as Tony Soprano and nearly as dangerous. She was the sort of woman who threatened to shoot strangers who placed a foot on her porch and meant it. Vance was battered and bruised by this rough start, but a combination of intellectual gifts — after a stint in the Marines he sailed through Ohio State in two years and then graduated from Yale Law — and the steady love of his grandparents helped him to leapfrog into America’s elite.

This book is a memoir but also contains the sharp and unsentimental insights of a born sociologist. As André Malraux said to Whittaker Chambers under very different circumstances in 1952: “You have not come back from Hell with empty hands.” The troubles Vance depicts among the white working class, or at least that portion he calls “hillbillies,” are quite familiar to those who’ve followed the pathologies of the black poor, or Native Americans living on reservations. Disorganized family lives, multiple romantic partners, domestic violence and abuse, loose attachment to work, and drug and alcohol abuse. Children suffer from “Mountain Dew” mouth — severe tooth decay and loss because parents give their children, sometimes even infants with bottles, sugary sodas and fail to teach proper dental hygiene.

“People talk about hard work all the time in places like Middletown [Ohio],” Vance writes. “You can walk through a town where 30 percent of the young men work fewer than 20 hours a week and find not a single person aware of his own laziness.” He worked in a floor-tile warehouse and witnessed the sort of shirking that is commonplace. One guy, I’ll call him Bob, joined the tile warehouse just a few months before I did. Bob was 19 with a pregnant girlfriend. The manager kindly offered the girlfriend a clerical position answering phones. Both of them were terrible workers. The girlfriend missed about every third day of work and never gave advance notice. Though warned to change her habits repeatedly, the girlfriend lasted no more than a few months. Bob missed work about once a week, and he was chronically late. On top of that, he often took three or four daily bathroom breaks, each over half an hour. . . . Eventually, Bob . . . was fired. When it happened, he lashed out at his manager: ‘How could you do this to me? Don’t you know I’ve a pregnant girlfriend?’ And he was not alone. . . . A young man with every reason to work . . . carelessly tossing aside a good job with excellent health insurance. More troublingly, when it was all over, he thought something had been done to him. The addiction, domestic violence, poverty, and ill health that plague these communities might be salved to some degree by active and vibrant churches.

But as Vance notes, the attachment to church, like the attachment to work, is severely frayed. People say they are Christians. They even tell pollsters they attend church weekly. But “in the middle of the Bible belt, active church attendance is actually quite low.” After years of alcoholism, Vance’s biological father did join a serious church, and while Vance was skeptical about the church’s theology, he notes that membership did transform his father from a wastrel into a responsible father and husband to his new family. Teenaged Vance did a stint as a check-out clerk at a supermarket and kept his social-scientist eye peeled: I also learned how people gamed the welfare system. They’d buy two dozen packs of soda with food stamps and then sell them at a discount for cash. They’d ring up their orders separately, buying food with the food stamps, and beer, wine, and cigarettes with cash. They’d regularly go through the checkout line speaking on their cell phones. I could never understand why our lives felt like a struggle while those living off of government largesse enjoyed trinkets that I only dreamed about. . . . Perhaps if the schools were better, they would offer children from struggling families the leg up they so desperately need?

Vance is unconvinced. The schools he attended were adequate, if not good, he recalls. But there were many times in his early life when his home was so chaotic — when he was kept awake all night by terrifying fights between his mother and her latest live-in boyfriend, for example — that he could not concentrate in school at all. For a while, he and his older sister lived by themselves while his mother underwent a stint in rehab. They concealed this embarrassing situation as best they could. But they were children. Alone. A teacher at his Ohio high school summed up the expectations imposed on teachers this way: “They want us to be shepherds to these kids. But no one wants to talk about the fact that many of them are raised by wolves.”

Hillbilly Elegy is an honest look at the dysfunction that afflicts too many working-class Americans. But despite the foregoing, it isn’t an indictment. Vance loves his family and admires some of its strengths. Among these are fierce patriotism, loyalty, and toughness. But even regarding patriotism (his grandmother’s “two gods” were Jesus Christ and the United States of America), this former Marine strikes a melancholy note. His family and community have lost their heroes. We loved the military but had no George S. Patton figure in the modern army. . . . The space program, long a source of pride, had gone the way of the dodo, and with it the celebrity astronauts. Nothing united us with the core fabric of American society. Conspiracy theories abound in Appalachia. People do not believe anything the press reports: “We can’t trust the evening news. We can’t trust our politicians. Our universities, the gateway to a better life, are rigged against us. We can’t get jobs.”

Conspiracy theories abound in Appalachia. Sound familiar? The white working class has followed the black underclass and Native Americans not just into family disintegration, addiction, and other pathologies, but also perhaps into the most important self-sabotage of all, the crippling delusion that they cannot improve their lot by their own effort. This is where the rise of Trump becomes both understandable and deeply destructive. He ratifies every conspiracy theory in circulation and adds new ones. He encourages the tribal grievances of the white working class and promises that salvation will come — not through their own agency and sensible government reforms — but only through his head-knocking leadership. He calls this greatness, but it’s the exact reverse. A great people does not turn to a strongman.

The American character has been corrupted by multiple generations of government dependency and the loss of bourgeois virtues like self-control, delayed gratification, family stability, thrift, and industriousness. Vance has risen out of chaos to the heights of stability, success, and happiness. He is fundamentally optimistic about the chances for the nation to do the same. Whether his optimism is justified or not is unknowable, but his brilliant book is a signal flashing danger.

— Mona Charen is a senior fellow at the Ethics and Public Policy Center.

Voir enfin:

Hillbilly sellout: The politics of J. D. Vance’s “Hillbilly Elegy” are already being used to gut the working poor

Conservatives and the media treated Vance’s memoir like « Poor People for Dummies. » Watch his damaging rhetoric work

When Republican Representative Jason Chaffetz took to the airwaves Tuesday to defend his party’s flailing Affordable Care Act replacement plan, he told CNN, “Americans have choices … so, maybe, rather than getting that new iPhone that they just love, and they want to go spend hundreds of dollars on that, maybe they should invest in their own healthcare.” Pushback was swift as many were quick to point out the Congressman was equating a $700 phone to healthcare costs that can often spiral into six figures, but some were equally shocked by the callousness of his remarks.

Was Chaffetz insinuating that the poor would rather spend money on frivolous things than their own self-care?

To people like myself, who grew up poor, this criticism is certainly nothing new. In conversations with Republicans about the challenges facing my working-class family, I’ve gotten used to being asked how many TVs my parents own, or what kind of cars they drive. At the heart of those questions is a lurking assumption that Chaffetz brought into the light: Maybe the poor deserve their lot in life.

This philosophy, while absurd on its face, effectively cripples any momentum toward helping suffering populations and is an old favorite of the Republican Party. It’s the same reasoning that led Ronald Reagan to decry “welfare queens” and Fox News to continually criticize people on assistance for buying shrimp, soft drinks, “junk food,” and crab legs. It gives those disinclined to part with their own money an excuse not to feel guilty about their own greed.

To further quell their culpability and show that the American Dream still functions as advertised, conservatives are fond of trotting out success stories — people who prove that pulling one’s self up by one’s bootstraps is still a possibility and, by extension, that those who don’t succeed must own their shortcomings. Lately, the right has found nobody more useful, both during the presidential election and after, than their modern-day Horatio Alger spokesperson, J. D. Vance, whose bestselling book “Hillbilly Elegy” chronicled his journey from Appalachia to the hallowed halls of the Ivy League, while championing the hard work necessary to overcome the pitfalls of poverty.
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Traditionally this would’ve been a Fox News kind of book — the network featured an excerpt on their site that focused on Vance’s introduction to “elite culture” during his time at Yale — but Vance’s glorified self-help tome was also forwarded by networks and pundits desperate to understand the Donald Trump phenomenon, and the author was essentially transformed into Privileged America’s Sherpa into the ravages of Post-Recession U.S.A.

Trumpeted as a glimpse into an America elites have neglected for years, I first read “Hillbilly Elegy” with hope. I’d been told this might be the book that finally shed light on problems that’d been killing my family for generations. I’d watched my grandparents and parents, all of them factory workers, suffer backbreaking labor and then be virtually forgotten by the political establishment until the GOP needed their vote and stoked their social and racial anxieties to turn them into political pawns.

In the beginning, I felt a kinship to Vance. His dysfunctional childhood looked a lot like my own. There was substance abuse. Knockdown, drag-out fights. A feeling that people just couldn’t get ahead no matter what they did.

And then the narrative took a turn.

Due to references he downplays, not to mention his middle-class grandmother’s shielding and encouragement, Vance was able to lift himself out of the despair of impoverishment and escaped to Yale and eventually Silicon Valley, where he was able to look back on his upbringing with a new perspective.

“Whenever people ask me what I’d most like to change about the white working class,” he writes, “I say, ‘the feeling that our choices don’t matter.’”

The thesis at the heart of “Hillbilly Elegy” is that anybody who isn’t able to escape the working class is essentially at fault. Sure, there’s a culture of fatalism and “learned helplessness,” but the onus falls on the individual.

As Vance writes: “I’ve seen far too many people awash in genuine desire to change only to lose their mettle when they realized just how difficult change actually is.”

Oh, the working class and their aversion to difficulty.

If only they, like Vance, could take the challenge head on and rise above their circumstances. If only they, like Vance, weren’t so worried about material things like iPhones or the “giant TVs and iPads” the author says his people buy for themselves instead of saving for the future.

This generalization is not the only problematic oversimplification in Vance’s book — he totally discounts the role racism played in the white working class’s opposition to President Obama and says, instead, it was because Obama dressed well, was a good father, and because Michelle Obama advocated eating healthy food — but it would be hard to understate what role Vance has played in reinvigorating the conservative bootstraps narrative for a new generation and, thus, emboldening Republican ideology.

To Vance’s credit, he has been critical of Donald Trump, calling the working class’s support of the billionaire a result of a “false sense of purpose,” but Vance’s portrait of poor Americans is alarmingly in lockstep with the philosophy of Republicans who are shamefully using Trump’s presidency to forward their own agenda of economic warfare. Certainly Jason Chaffetz’s comments are fueled by the same low opinion of the poor as Vance’s, as is Speaker of the House Paul Ryan’s legislative agenda, which is focused on disabling the social safety net.

Though Vance’s name doesn’t appear in the Republican ACA replacement bill, the philosophy at the heart of it is certainly in tune. While the proposed bill would cost millions of Americans their access to care — Vance himself tweeted a link Tuesday to a Forbes article that stated as much while lauding the legislation — it makes sure to benefit the wealthy, gives a tax break to insurance CEOs and moves the focus of health care in America to an age-based model instead of income.

The message is loud and clear: Help is on the way, but only to those who “deserve” it.

And how does one deserve it?

By working hard. And the only metric to show that one has worked sufficiently hard enough is to look at their income, at how successful they are, because, in Vance’s and the Republican’s America, the only one to blame if you’re not wealthy is yourself. Never mind how legislation like this healthcare bill, cuts in education funding, continued decreases in after-school and school lunch programs, not to mention a lack of access to mental health care or career counseling, disadvantages the poor.

Of the problems facing working-class America, Vance writes in “Hillbilly Elegy,” “There is no government that can fix these problems for us.”

And, at least partially, one has to agree.

There is no government that can fix these problems, or at least, no government we have now.

Jared Yates Sexton is an Assistant Professor of Creative Writing. His campaign book « The People Are Going To Rise Like The Waters Upon Your Shore » is out now from Counterpoint Press.

Voir enfin:

J.D. Vance, the False Prophet of Blue America

The bestselling author of « Hillbilly Elegy » has emerged as the liberal media’s favorite white trash–splainer. But he is offering all the wrong lessons.

J.D. Vance is the man of the hour, maybe the year. His memoir Hillbilly Elegy is a New York Times bestseller, acclaimed for its colorful and at times moving account of life in a dysfunctional clan of eastern Kentucky natives. It has received positive reviews across the board, with the Times calling it “a compassionate, discerning sociological analysis of the white underclass.” In the rise of Donald Trump, it has become a kind of Rosetta Stone for blue America to interpret that most mysterious of species: the economically precarious white voter.

Vance’s influence has been everywhere this campaign season, shaping our conception of what motivates these voters. And it is already playing a role in how liberals are responding to Donald Trump’s victory in the presidential election, which was accomplished in part by a defection of downscale whites from the Democratic Party. Appalachia overwhelmingly voted for Trump, and Vance has since emerged as one of the media’s favorite Trump explainers. The problem is that he is a flawed guide to this world, and there is a danger that Democrats are learning all the wrong lessons from the election.

Elegy is little more than a list of myths about welfare queens repackaged as a primer on the white working class. Vance’s central argument is that hillbillies themselves are to blame for their troubles. “Our religion has changed,” he laments, to a version “heavy on emotional rhetoric” and “light on the kind of social support” that he needed as a child. He also faults “a peculiar crisis of masculinity.” This brave new world, in sore need of that old time religion and manly men, is apparently to blame for everything from his mother’s drug addiction to the region’s economic crisis.

“We spend our way to the poorhouse,” he writes. “We buy giant TVs and iPads. Our children wear nice clothes thanks to high-interest credit cards and payday loans. We purchase homes we don’t need, refinance them for more spending money, and declare bankruptcy, often leaving them full of garbage in our wake. Thrift is inimical to our being.”

And he isn’t interested in government solutions. All hillbillies need to do is work hard, maybe do a stint in the military, and they can end up at Yale Law School like he did. “Public policy can help,” he writes, “but there is no government that can fix these problems for us … it starts when we stop blaming Obama or Bush or faceless companies and ask ourselves what we can do to make things better.”

Set aside the anti-government bromides that could have been ripped from a random page of National Review, where Vance is a regular contributor. There is a more sinister thesis at work here, one that dovetails with many liberal views of Appalachia and its problems. Vance assures readers that an emphasis on Appalachia’s economic insecurity is “incomplete” without a critical examination of its culture. His great takeaway from life in America’s underclass is: Pull up those bootstraps. Don’t question elites. Don’t ask if they erred by granting people mortgages and lines of credit they couldn’t afford to repay. Don’t call it what it is—corporate deception—or admit that it plunged this country into one of the worst economic crises it’s ever experienced.

No wonder Peter Thiel, the almost comically evil Silicon Valley libertarian, endorsed the book. (Vance also works for Thiel’s Mithril Capital Management.) The question is why so many liberals are doing the same.


In many ways, I should appreciate Elegy. I grew up poor on the border of southwest Virginia and east Tennessee. My parents are the sort of god-fearing hard workers that conservatives like Vance fetishize. I attended an out-of-state Christian college thanks to scholarships, and had to raise money to even buy a plane ticket to attend grad school. My rare genetic disease didn’t get diagnosed until I was 21 because I lacked consistent access to health care. I’m one of the few members of my high school class who earned a bachelor’s degree, one of the fewer still who earned a master’s degree, and one of maybe three or four who left the area for good.

But unlike Vance, I look at my home and see a region abandoned by the government elected to serve it. My public high school didn’t have enough textbooks and half our science lab equipment didn’t work. Some of my classmates did not have enough to eat; others wore the same clothes every day. Sometimes this happened because their addict parents spent money on drugs. But the state was no help here either. Its solution to our opioid epidemic has been incarceration, not rehabilitation. Addicts with additional psychiatric conditions are particularly vulnerable. There aren’t enough beds in psychiatric hospitals to serve the region—the same reason Virginia State Sen. Creigh Deeds (D) nearly died at the hands of his mentally ill son in 2013.

And then there is welfare. In Elegy, Vance complains about hillbillies who he believes purchased cellphones with welfare funds. But data makes it clear that our current welfare system is too limited to lift depressed regions out of poverty.

Kathryn Edin and H. Luke Shaefer reported earlier this year that the number of families surviving on $2 a day grew by 130 percent between 1996 and 2011. Blacks and Latinos are still disproportionately more likely to live under the poverty line, but predominately white Appalachia hasn’t been spared the scourge either. And while Obamacare has significantly reduced the number of uninsured Americans, its premiums are still often expensive and are set to rise. Organizations like Remote Access Medical (RAM) have been forced to make up the difference: Back home, people start lining up at 4 a.m. for a chance to access RAM’s free healthcare clinics. From 2007 to 2011, the lifespans of eastern Kentucky women declined by 13 months even as they rose for women in the rest of the country.

According to the Economic Innovation Group, my home congressional district—Virginia’s Ninth—is one of the poorest in the country. Fifty-one percent of adults are unemployed; 19 percent lack a high school diploma. EIG estimates that fully half of its 722,810 residents are in economic distress.

As I noted in Scalawag earlier this year, the Ninth is not an outlier for the region. On EIG’s interactive map, central Appalachia is a sea of distress. If you are born where I grew up, you have to travel hundreds of miles to find a prosperous America. How do you get off the dole when there’s not enough work to go around? Frequently, you don’t. Until you lose your benefits entirely: The Temporary Assistance for Needy Families program (TANF), passed by Bill Clinton and supported by Hillary Clinton, boots parents off welfare if they’re out of work.


At various points in this election cycle, liberal journalists have sounded quite a bit like Vance. “‘Economic anxiety’ as a campaign issue has always been a red herring,” Kevin Drum declared in Mother Jones. “If you want to get to the root of this white anxiety, you have to go to its roots. It’s cultural, not economic.”

At Vox, Dylan Matthews argued that while Trump voters deserved to be taken seriously, most were actually fairly well-off, with a median household income of $72,000. The influence of economic anxiety, he concluded, had been exaggerated.

Neither Drum or Matthews accounted for regional disparities in white poverty rates, and they failed to anticipate how those disparities would impact the election. Trump supporters were wealthier than Clinton supporters overall, but Trump’s victories in battleground states like Wisconsin, Michigan, and Ohio correlated to high foreclosure rates. In Pennsylvania, Wisconsin, and Michigan, Trump outperformed Mitt Romney with the white working class and flipped certain strategic counties red.

But Matthews was right in at least one sense: Trump Country has always been bigger than Appalachia and the white working class itself. You just wouldn’t know this from reading the news.

In March, Trump won nearly 70 percent of the Republican primary vote in Virginia’s Buchanan County. At the time, it was his widest margin of victory, and no one seemed surprised that this deeply conservative and impoverished pocket in southwest Virginia’s coal country handed him such decisive success. And no one seemed to realize Buchanan County had once been a Democratic stronghold.

A glossy Wall Street Journal package labeled it “The Place That Wants Donald Trump The Most” and promised readers that understanding Buchanan County was key to understanding the “source” of Trump’s popularity. The Financial Times profiled a local young man who fled this dystopia for the University of Virginia; it titled the piece “The Boy Who Escaped Trump Country.” And then there was Bloomberg View: “Coal County is Desperate for Donald Trump.” (The same piece said the county seat, Grundy, “looks as if it fell into a crevice and got stuck.”)

And then Staten Island went to the polls. A full 82 percent of Staten Island Republicans voted to give Trump the party’s nomination, wresting the title of Trumpiest County away from Buchanan. The two locations have little in common aside from Trump. Staten Island, population 472,621, is New York City’s wealthiest borough. Its median household income is $70,295, a figure not far off from the figure Matthews cites as the median income of the average Trump supporter. Buchanan County, population 23,597, has a median household income of $27,328 and the highest unemployment rate in Virginia. Staten Island, then, tracks closer to the Trumpist norm, but it received a fraction of the coverage.

No one wrote escape narratives about Staten Island. Few plumbed the psyches of suburban Trumpists. And no one examined why Democratic Buchanan County had become Republican. Instead, the media class fixated on the spectacle of white trash Appalachia, with Vance as its representative-in-exile.


“A preoccupation with penalizing poor whites reveals an uneasy tension between what Americans are taught to think the country promises—the dream of upward mobility—and the less appealing truth that class barriers almost invariably make that dream unobtainable,” Nancy Isenberg wrote in the preface to her book White Trash. If the system worked for you, you’re not likely to blame it for the plight of poor whites. Far easier instead to believe that poor whites are poor because they deserve to be.

But now we see the consequences of this class blindness. The media and the establishment figures who run the Democratic Party both had a responsibility to properly identify and indict the system’s failures. They abdicated that responsibility. Donald Trump took it up—if not always in the form of policy, then in his burn-it-all-down posture.

No analysis of Trumpism is complete without a reckoning of its white supremacy and misogyny. Appalachia is, like so many other places, a deeply racist and sexist place. It is not a coincidence that Trumpist bastions, from Buchanan County to Staten Island, are predominately white, or that Trump rode a tide of xenophobia to power. Economic hardship isn’t unique to white members of the working class, either. Blacks, Latinos, and Natives occupy a far more precarious economic position overall. White supremacy is indeed the overarching theme of Trumpism.

But that doesn’t mean we should repeat the establishment failures of this election cycle and minimize the influence of economic precarity. Trump is a racist and a sexist, but his victory is not due only to racism or sexism any more than it is due only to classism: He still won white women and a number of counties that had voted for Obama twice. This is not a simple story, and it never really has been.

We don’t need to normalize Trumpism or empathize with white supremacy to reach these voters. They weren’t destined to vote for Trump; many were Democratic voters. They aren’t destined to stay loyal to him in the future. To win them back, we must address their material concerns, and we can do that without coddling their prejudices. After all, America’s most famous progressive populist—Bernie Sanders—won many of the counties Clinton lost to Trump.

There’s danger ahead if Democrats don’t act quickly. The Traditionalist Worker’s Party has already announced plans for an outreach push in greater Appalachia. The American Nazi Party promoted “free health care for the white working class” in literature it distributed in Missoula, Montana, last Friday. If Democrats have any hope of establishing themselves as the populist alternative to Trump, they can’t allow American Nazis to fall to their left on health care for any population.

By electing Trump, my community has condemned itself to further suffering. The lines for RAM will get longer. Our schools will get poorer and our children hungrier. It will be one catastrophic tragedy out of the many a Trump presidency will generate. So yes, be angry with the white working class’s political choices. I certainly am; home will never feel like home again.

But don’t emulate Vance in your rage. Give the white working class the progressive populism it needs to survive, and invest in the areas the Democratic Party has neglected. Remember that bootstraps are for people with boots. And elegies are no use to the living.

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Tombeau des Patriarches: Vous avez dit orwellien ? (Between truthful lies and respectable murder, what first casualty of war ?)

12 juillet, 2017
firstmonument
https://i1.wp.com/s1.lprs1.fr/images/2017/03/23/6790170_361d2da0-0fd7-11e7-9596-a5ef1fbae542-1.jpghttps://i0.wp.com/www.francesoir.fr/sites/francesoir/files/images/36446d584304ecac68fc1702bb62d35214a98a6a_field_image_rdv_dossier.jpghttps://i0.wp.com/s1.lprs1.fr/images/2017/04/24/6885261_a92068b2-28f0-11e7-9cf1-79a722e2680f-1.jpghttps://i1.wp.com/www.contre-info.com/wp-content/uploads/2017/07/sondage.jpg https://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2017/05/1er-tour-2017-2.jpgMalheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impuretés. Jésus
Le tombeau, ce n’est jamais que le premier monument humain à s’élever autour de la victime émissaire, la première couche des significations, la plus élémentaire, la plus fondamentale, la première couche des significations, la plus élémentaire, la plus fondamentale. Pas de culture sans tombeau, pas de tombeau sans culture. A la limite, le tombeau est le premier et seul symbole culturel. René Girard
On ne veut pas savoir que l’humanité entière est fondée sur l’escamotage mythique de sa propre violence, toujours projetée sur de nouvelles victimes. Toutes les cultures, toutes les religions, s’édifient autour de ce fondement qu’elles dissimulent, de la même façon que le tombeau s’édifie autour du mort qu’il dissimule. Le meurtre appelle le tombeau et le tombeau n’est que le prolongement et la perpétuation du meurtre. La religion- tombeau n’est rien d’autre que le devenir invisible de son propre fondement, de son unique raison d’être. Autrement dit, l’homme tue pour ne pas savoir qu’il tue. (…) Les hommes tuent pour mentir aux autres et se mentir à eux-mêmes au sujet de la violence et de la mort. René Girard
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
La première victime d’une guerre, c’est toujours la vérité. Eschyle
Comme une réponse, les trois slogans inscrits sur la façade blanche du ministère de la Vérité lui revinrent à l’esprit. La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. 1984 (George Orwell)
La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit. George Orwell (1984)
Les intellectuels sont portés au totalitarisme bien plus que les gens ordinaires. George Orwell
Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. George Orwell
Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. George Orwell
Une autre décision délirante de l’Unesco. Cette fois-ci, ils ont estimé que le tombeau des Patriarches à Hébron est un site palestinien, ce qui veut dire non juif, et que c’est un site en danger. Pas un site juif ? Qui est enterré là ? Abraham, Isaac et Jacob. Sarah, Rebecca, et Léa. Nos pères et nos mères (bibliques). Benjamin Netanyahou
Au nom du gouvernement du Canada, nous souhaitons présenter nos excuses à Omar Khadr pour tout rôle que les représentants canadiens pourraient avoir joué relativement à l’épreuve qu’il a subie à l’étranger ainsi que tout tort en résultant. Ralph Goodale et Chrystia Freeland
Ça n’a rien à voir avec ce que Khadr a fait, ou non. Lorsque le gouvernement viole les droits d’un Canadien, nous finissons tous par payer. La Charte protège tous les Canadiens, chacun d’entre nous, même quand c’est inconfortable. Justin Trudeau
Même si je vais devoir quitter mon poste, je ne compromettrai pas le salaire d’un martyr (Shahid) où d’un prisonnier, car je suis le président de l’ensemble du peuple palestinien, y compris les prisonniers, les martyrs, les blessés, les expulsés et les déracinés. Mahmoud Abbas
Je sais votre engagement constant en faveur de la non-violence. Emmanuel Macron
Voulez-vous devenir une vedette dans la presse algérienne arabophone? C’est facile. Prêchez la haine des Juifs […]. Je suis un rescapé de l’école algérienne. On m’y a enseigné à détester les Juifs. Hitler y était un héros. Des professeurs en faisaient l’éloge. Après le Coran, Mein Kampf et Les Protocoles des sages de Sion sont les livres les plus lus dans le monde musulman.  Karim Akouche
Après le mois sacré, les imams sont épuisés et doivent se reposer. Ils n’ont que le mois de juillet ou d’août pour le faire. Ce moment est très mal choisi pour la marche. Fathallah Abdessalam (conseiller islamique de prison belge)
65 % des Français estiment ainsi qu’« il y a trop d’étrangers en France », soit un niveau identique à 2016 et pratiquement constant depuis 2014. Sur ce point au moins, le clivage entre droites et gauches conserve toute sa pertinence : si 95 % des sympathisants du Front national partagent cette opinion, ils sont presque aussi nombreux chez ceux du parti Les Républicains (83 %, + 7 points en un an) ; à l’inverse, ce jugement est minoritaire chez les partisans de La France insoumise (30 %), du PS (46 %) et d’En marche ! (46 %). De même, les clivages sociaux restent un discriminant très net : 77 % des ouvriers jugent qu’il y a trop d’étrangers en France, contre 66 % des employés, 57 % des professions intermédiaires et 46 % des cadres. Dans des proportions quasiment identiques, 60 % des Français déclarent que, « aujourd’hui, on ne se sent plus chez soi comme avant ». Enfin, 61 % des personnes interrogées estiment que, « d’une manière générale, les immigrés ne font pas d’efforts pour s’intégrer en France », même si une majorité (54 %) admet que cette intégration est difficile pour un immigré. L’évolution du regard porté sur l’islam est tout aussi négative. Seulement 40 % des Français considèrent que la manière dont la religion musulmane est pratiquée en France est compatible avec les valeurs de la société française. Ce jugement était encore plus minoritaire en 2013 et 2014 (26 % et 37 %), mais, de manière contre-intuitive, il avait fortement progressé (47 %) au lendemain des attentats djihadistes de Paris en janvier 2015. Depuis, il s’est donc à nouveau dégradé. Le Monde
“Comme des millions de gens à travers le globe ces dernières années, les deux auteurs ont attaqué le colonialisme et le système capitaliste et impérialiste. Comme beaucoup d’entre nous, ils dénoncent une idéologie toujours très en vogue : le racisme, sous ses formes les plus courantes mais aussi les plus décomplexées”, expliquaient-ils, en exigeant l’abandon des poursuites engagées à la suite d’une plainte de l’Agrif. (…) Renaud, Saïdou et Saïd Bouamama ont choisi d’assumer leur “devoir d’insolence” afin d’interpeller et de faire entendre des opinions qui ont peu droit de cité au sein des grands canaux de diffusion médiatique.” Pétition signée par Danièle Obono (porte-parole de JL Mélenchon)
Faisons du défi migratoire une réussite pour la France. Anne Hidalgo
Aucun principe de droit international n’oblige les Français déjà surendettés, à hauteur de plus de 2000 milliards, à financer par leurs impôts et leurs cotisations sociales des soins gratuits pour tous les immigrés illégaux présents sur notre sol… en 2016, l’octroi du statut de demandeur d’asile est devenu un moyen couramment utilisé par des autorités dépassées pour vider les camps de migrants, à Paris bien sûr, mais aussi par exemple, à Calais, dans la fameuse «jungle» qui, avant son démantèlement, comptait environ 14 000 «habitants». Ces derniers, essentiellement des migrants économiques, ont été qualifiés de réfugiés politiques dans l’unique but de pouvoir les transférer vers d’autres centres, dénommés CAO ou CADA en province. De telles méthodes relèvent d’une stratégie digne du mythe de Sisyphe: plus ils sont vidés, plus ils se remplissent à nouveau… Pierre Lellouche
Madame Hidalgo prétend vouloir améliorer l’intégration des nouveaux migrants. Ses amis n’ont pas réussi en deux décennies à intégrer des populations culturellement et socialement plus aisément intégrables. À aucun moment Anne Hidalgo n’a eu le mauvais goût d’évoquer la question de l’islam. Madame Hidalgo n’aurait pas songé à demander aux riches monarques du golfe, à commencer par celui du Qatar, à qui elle tresse régulièrement des couronnes, de faire preuve de générosité à l’égard de leurs frères de langue, de culture et de religion. Madame le maire n’est pas très franche. Dans sa proposition, elle feint de séparer les réfugiés éligibles au droit d’asile et les migrants économiques soumis au droit commun. Elle fait semblant de ne pas savoir que ces derniers pour leur immense majorité ne sont pas raccompagnés et que dès lors qu’ils sont déboutés , ils se fondent dans la clandestinité la plus publique du monde. (…) À la vérité, c’est bien parce que les responsables français démissionnaires n’ont pas eu la volonté et l’intelligence de faire respecter les lois de la république souveraine sur le contrôle des flux migratoires , et ont maintenu illégalement sur le sol national des personnes non désirées, que la France ne peut plus se permettre d’accueillir des gens qui mériteraient parfois davantage de l’être. Qui veut faire l’ange fait la bête. Mais le premier Français, n’aura pas démérité non plus à ce concours de la soumission auquel il semble aussi avoir soumissionné. C’est ainsi que cette semaine encore, le président algérien a, de nouveau, réclamé avec insistance de la France qu’elle se soumette et fasse repentance . Cela tourne à la manie. La maladie chronique macronienne du ressentiment ressassé de l’Algérie faillie. À comparer avec l’ouverture d’esprit marocaine. En effet, Monsieur Bouteflika a des circonstances atténuantes. Son homologue français lui aura tendu la verge pour fouetter la France. On se souvient de ses propos sur cette colonisation française coupable de crimes contre l’humanité. Je n’ai pas noté que Monsieur Macron, le 5 juillet dernier, ait cru devoir commémorer le massacre d’Oran de 1962 et le classer dans la même catégorie juridique de droit pénal international. Il est vrai que ce ne sont que 2000 Français qui furent sauvagement assassinés après pourtant que l’indépendance ait été accordée. (…) Au demeurant, Monsieur Macron a depuis récidivé: accueillant cette semaine son homologue palestinien Abbou Abbas, il a trouvé subtil de déclarer: «l’absence d’horizon politique nourrit le désespoir et l’extrémisme» . Ce qui est la manière ordinaire un peu surfaite d’excuser le terrorisme. À dire le vrai, le président français, paraît-il moderne, n’a cessé de trouver de fausses causes sociales éculées à ce terrorisme islamiste qui massacre les Français depuis deux années. Gilles-William Goldnadel
L’indifférence apparente des Français à la situation peut sembler étrange, s’assimiler à du déni, à la volonté de ne pas voir. Elle peut aussi se comprendre comme une stratégie de survie analogue à ce qui se passe depuis de nombreuses années en Israël. Les terroristes et leurs alliés wahabites, salafistes ou frères musulmans espéraient non seulement semer la mort mais tétaniser les populations, tarir les foules dans les salles de spectacle, les restaurants, nous contraindre à vivre comme dans ces pays obscurantistes dont ils se réclament. Or c’est l’inverse : les Français continuent à vivre presque comme d’habitude, ils sortent, vont au café, partent en vacances, acceptent de se soumettre à des procédures de sécurité renforcées. (…) Depuis les attentats de 1995, chacun de nous devient malgré soi une sorte d’agent de sécurité : entrer dans une rame de métro nous contraint à regard circulaire pour détecter un suspect éventuel. Un colis abandonné nous effraie. Dans une salle de cinéma ou de musique, nous calculons la distance qui nous sépare de la sortie en cas d’attaques surprises. Nous nous mettons à la place d’un djihadiste éventuel pour déjouer ses plans. (…) Pour comprendre ce scandaleux silence [concernant le meurtre de Sarah Halimi], il faut partir d’un constat fait par un certain nombre de nos têtes pensantes de gauche et d’extrême gauche : l’antisémitisme, ça suffit. C’est une vieille rengaine qu’on ne veut plus entendre. Il faut s’attaquer maintenant au vrai racisme, l’islamophobie qui touche nos amis musulmans. Bref, comme le disent beaucoup, le musulman en 2017 est le Juif des années 30, 40. On oublie au passage que l’antisémitisme ne s’est jamais adressé à la religion juive en tant que telle mais au peuple juif coupable d’exister et qu’enfin dans les années 40 il n’y avait pas d’extrémistes juifs qui lançaient des bombes dans les gares ou les lieux de culte, allaient égorger les prêtres dans leurs églises. Juste une remarque statistique : depuis Ilan Halimi, kidnappé et torturé par le Gang des Barbares jusqu’à Mohammed Mehra, l’Hyper casher de Vincennes et Sarah Halimi, pas moins de dix Français juifs ont été tués ces dernières années parce que juifs par des extrémistes de l’islam. Cela n’empêche pas les radicaux du Coran de se plaindre de l’islamophobie officielle de l’Etat français. Ce serait à hurler de rire si ça n’était pas tragique ! Dans la doxa officielle de la gauche, seule l’extrême droite souffre d’antisémitisme. Que le monde arabo musulman soit, pour une large part, rongé par la haine des Juifs, ces inférieurs devenus des égaux, est impensable pour eux. (…) Soutenir les Indigènes de la République en 2017, ce Ku Klux Klan islamiste, antisémite et fascisant est pour le moins problématique. Beaucoup à gauche pensent que les anciens dominés ou colonisés ne peuvent être racistes puisqu’ils ont été eux-mêmes opprimés. C’est d’une naïveté confondante. Il y a même ce que j’avais appelé il y a dix ans “un racisme de l’antiracisme” où les nouvelles discriminations à l’égard des Juifs, des Blancs, des Européens s’expriment au nom d’un antiracisme farouche. Le suprématisme noir ou arabe n’est pas moins odieux que le suprématisme blanc dont ils ne sont que le simple décalque. Les déclarations de Madame Obono relèvent d’une stratégie de la provocation que le Front de gauche partage avec le Front national, ce qui est normal puisque ce sont des frères ennemis mais jumeaux. Lancer une polémique, c’est chercher la réprobation pour se poser en victimes. Multiplier les transgressions va constituer la ligne politique de ceux qui s’appellent “Les insoumis”, nom assez cocasse quand on connaît l’ancien notable socialiste, le paria pépère qui est à leur tête et dont le patrimoine déclaré se monte à 1 135 000 euros, somme coquette pour un ennemi des riches. Pascal Bruckner
Le sujet n’a pas été abordé pendant la campagne présidentielle, pas davantage que les enjeux, plus larges, du «commun», de ce que c’est aujourd’hui qu’être Français, des frontières du pays, de notre «identité nationale». Et que cette occultation n’a pas fait disparaître cet enjeu fondamental pour nos concitoyens, contrairement à ce qu’ont voulu croire certains observateurs ou certains responsables politiques. (…) il y a la crainte d’aborder des enjeux tels que l’immigration ou la place de la religion dans la société par exemple. Crainte de «faire le jeu du FN» dans le langage politique de ces 20 dernières années suivant un syllogisme impeccable: le FN est le seul parti qui parle de l’immigration dans le débat public, le FN explique que «l’immigration est une menace pour l’identité nationale», donc parler de l’immigration, c’est dire que «l’immigration est une menace pour l’identité nationale»! La seule forme acceptable d’aborder le sujet étant de «lutter contre le FN» en expliquant que «l’immigration est une chance pour la France» et non une menace. Ce qui interdit tout débat raisonnable et raisonné sur le sujet. Enfin, les partis et responsables politiques qui avaient prévu d’aborder la question ont été éliminés ou dans l’incapacité concrète de le faire: songeons ici à Manuel Valls et François Fillon. Et notons que le FN lui-même n’a pas joué son rôle pendant la campagne, en mettant de côté cette thématique de campagne pour se concentrer sur le souverainisme économique, notamment avec la proposition de sortie de l’euro. Tout ceci a déséquilibré le jeu politique et la campagne, et n’a pas réussi au FN d’ailleurs qui s’est coupé d’une partie de son électorat potentiel. (…) L’opinion majoritairement négative de l’islam de la part de nos compatriotes vient de l’accumulation de plusieurs éléments. Le premier, ce sont les attentats depuis le début 2015, à la fois sur le sol national et de manière plus générale. Les terroristes qui tuent au nom de l’islam comme la guerre en Syrie et en Irak ou les actions des groupes djihadistes en Afrique font de l’ensemble de l’islam une religion plus inquiétante que les autres. Même si nos compatriotes font la part des choses et distinguent bien malgré ce climat islamisme et islam. On n’a pas constaté une multiplication des actes antimusulmans depuis 2015 et les musulmans tués dans des attaques terroristes depuis cette date l’ont été par les islamistes. Un deuxième élément, qui date d’avant les attentats et s’enracine plus profondément dans la société, tient à la visibilité plus marquée de l’islam dans le paysage social et politique français, comme ailleurs en Europe. En raison essentiellement de la radicalisation religieuse (pratiques alimentaires et vestimentaires, prières, fêtes, ramadan…) d’une partie des musulmans qui vivent dans les sociétés européennes – l’enquête réalisée par l’Institut Montaigne l’avait bien montré. Enfin, troisième élément de crispation, de nombreuses controverses de nature très différentes mais toutes concernant la pratique visible de l’islam ont défrayé la chronique ces dernières années, faisant l’objet de manipulations politiques tant de la part de ceux qui veulent mettre en accusation l’islam, que d’islamistes ou de partisans de l’islam politique qui les transforment en combat pour leur cause. On peut citer la question des menus dans les cantines, celle du fait religieux en entreprise, le port du voile ou celui du burkini, la question des prières de rue, celle de la présence de partis islamistes lors des élections, les controverses sur le harcèlement et les agressions sexuelles de femmes lors d’événements ou dans des quartiers où sont concentrées des populations musulmanes, etc. (…) Aujourd’hui, cette défiance s’étend à de multiples sujets, notamment aux enjeux sur l’identité commune et à l’immigration. Et, de ce point de vue, l’occultation de ces enjeux à laquelle on a pu assister pendant ces derniers mois, pendant la campagne dont cela aurait dû être un des points essentiels, est une très mauvaise nouvelle. Cela va encore renforcer cette défiance aux yeux de nos concitoyens car non seulement les responsables politiques ne peuvent ou ne veulent plus agir sur l’économie mais en plus ils tournent la tête dès lors qu’il s’agit d’immigration ou de définition d’une identité commune pour le pays et ses citoyens. Laurent Bouvet
Une partie du pays a eu le sentiment que la campagne avait été détournée de son sens et accaparée, à dessein, par les «affaires» que l’on sait, la presse étant devenue en la matière moins un contre-pouvoir qu’un anti-pouvoir, selon le mot de Marcel Gauchet. Cette nouvelle force politique pêche par sa représentativité dérisoire, doublée d’un illusoire renouvellement sociologique, quand 75 % des candidats d’En marche appartiennent à la catégorie «cadres et professions intellectuelles supérieures». Le seul véritable renouvellement est générationnel, avec l’arrivée au pouvoir d’une tranche d’âge plus jeune évinçant les derniers tenants du «baby boom». Pour une «disparue», la lutte de classe se porte bien. Pour autant, elle a rarement été aussi occultée. Car cette victoire, c’est d’abord celle de l’entre-soi d’une bourgeoisie qui ne s’assume pas comme telle et se réfugie dans la posture morale (le fameux chantage au fascisme devenu, comme le dit Christophe Guilluy, une «arme de classe» contre les milieux populaires). Fracture sociale, fracture territoriale, fracture culturelle, désarroi identitaire, les questions qui nourrissent l’angoisse française ont été laissées de côté pour les mêmes raisons que l’antisémitisme, dit «nouveau», demeure indicible. C’est là qu’il faut voir l’une des causes de la dépression collective du pays, quand la majorité sent son destin confisqué par une oligarchie de naissance, de diplôme et d’argent. Une sorte de haut clergé médiatique, universitaire, technocratique et culturellement hors sol. Toutefois, le plus frappant demeure à mes yeux la façon dont le gauchisme culturel s’est fait l’allié d’une bourgeoisie financière qui a prôné l’homme sans racines, le nomade réduit à sa fonction de producteur et de consommateur. Un capitalisme financier mondialisé qui a besoin de frontières ouvertes mais dont ni lui ni les siens, toutefois, retranchés dans leur entre-soi, ne vivront les conséquences. (…) Dans un autre ordre d’idées, peut-on déconnecter la constante progression du taux d’abstention et l’évolution de notre société vers une forme d’anomie, de repli sur soi et d’individualisme triste? Comme si l’exaltation ressassée du «vivre-ensemble» disait précisément le contraire. Cette évolution, elle non plus, n’est pas sans lien à ce retournement du clivage de classe qui voit une partie de la gauche morale s’engouffrer dans un ethos méprisant à l’endroit des classes populaires, qu’elle relègue dans le domaine de la «beauferie» méchante des «Dupont Lajoie». Certains analystes ont déjà lumineusement montré (je pense à Julliard, Le Goff, Michéa, Guilluy, Bouvet et quelques autres), comment le mouvement social avait été progressivement abandonné par une gauche focalisée sur la transformation des mœurs. (…) Par le refus de la guerre qu’on nous fait dès lors que nous avons décidé qu’il n’y avait plus de guerre («Vous n’aurez pas ma haine» ) en oubliant, selon le mot de Julien Freund, que «c’est l’ennemi qui vous désigne». En privilégiant cette doxa habitée par le souci grégaire du «progrès» et le permanent désir d’«être de gauche», ce souci dont Charles Péguy disait qu’on ne mesurera jamais assez combien il nous a fait commettre de lâchetés. (…) Le magistère médiatico-universitaire de cette bourgeoisie morale (Jean-Claude Michéa parlait récemment dans la Revue des deux mondes, (avril 2017) d’une «représentation néocoloniale des classes populaires […] par les élites universitaires postmodernes», affadit les joutes intellectuelles. Chacun sait qu’il lui faudra rester dans les limites étroites de la doxa dite de l’«ouverture à l’Autre». De là une censure intérieure qui empêche nos doutes d’affleurer à la conscience et qui relègue les faits derrière les croyances. «Une grande quantité d’intelligence peut être investie dans l’ignorance lorsque le besoin d’illusion est profond», notait jadis l’écrivain américain Saul Bellow. (…) La chape de plomb qui pèse sur l’expression publique détourne le sens des mots pour nous faire entrer dans un univers orwellien où le blanc c’est le noir et la vérité le mensonge. (…) il s’agit aussi, et en partie, d’un antijudaïsme d’importation. Que l’on songe simplement au Maghreb, où il constitue un fond culturel ancien et antérieur à l’histoire coloniale. L’anthropologie culturelle permet le décryptage du soubassement symbolique de toute culture, la mise en lumière d’un imaginaire qui sous-tend une représentation du monde. (…) Mais, pour la doxa d’un antiracisme dévoyé, l’analyse culturelle ne serait qu’un racisme déguisé.En juillet 2016, Abdelghani Merah (le frère de Mohamed) confiait à la journaliste Isabelle Kersimon que lorsque le corps de Mohamed fut rendu à la famille, les voisins étaient venus en visite de deuil féliciter ses parents, regrettant seulement, disaient-ils, que Mohamed «n’ait pas tué plus d’enfants juifs»(sic). Cet antisémitisme est au mieux entouré de mythologies, au pire nié. Il serait, par exemple, corrélé à un faible niveau d’études alors qu’il demeure souvent élevé en dépit d’un haut niveau scolaire. On en fait, à tort, l’apanage de l’islamisme seul. Or, la Tunisie de Ben Ali, longtemps présentée comme un modèle d’«ouverture à l’autre», cultivait discrètement son antisémitisme sous couvert d’antisionisme (cfNotre ami Ben Ali, de Beau et Turquoi, Editions La Découverte). Et que dire de la Syrie de Bachar el-Assad, à la fois violemment anti-islamiste et antisémite, à l’image d’ailleurs du régime des généraux algériens? Ou, en France, de l’attitude pour le moins ambiguë des Indigènes de la République sur le sujet comme celle de ces autres groupuscules qui, sans lien direct à l’islamisme, racialisent le débat social et redonnent vie au racisme sous couvert de «déconstruction postcoloniale»? (…) Les universitaires et intellectuels signataires font dans l’indigénisme comme leurs prédécesseurs faisaient jadis dans l’ouvriérisme. Même mimétisme, même renoncement à la raison, même morgue au secours d’une logorrhée intellectuelle prétentieuse (c’est le parti de l’intelligence, à l’opposé des simplismes et des clichés de la «fachosphère»). Un discours qui fait fi de toute réalité, à l’instar du discours ouvriériste du PCF des années 1950, expliquant posément la «paupérisation de la classe ouvrière». De cette «parole raciste qui revendique l’apartheid», comme l’écrit le Comité laïcité république à propos de Houria Bouteldja, les auteurs de cette tribune en défense parlent sans ciller à son propos de «son attachement au Maghreb […] relié aux Juifs qui y vivaient, dont l’absence désormais créait un vide impossible à combler».Une absence, ajoutent-ils, qui rend l’auteur «inconsolable». Cette forme postcoloniale de la bêtise, entée par la culpabilité compassionnelle, donne raison à George Orwell, qui estimait que les intellectuels étaient ceux qui, demain, offriraient la plus faible résistance au totalitarisme, trop occupés à admirer la force qui les écrasera. Et à préférer leur vision du monde à la réalité qui désenchante. Nous y sommes. (…) L’islam radical use du droit pour imposer le silence. Cela, on le savait déjà. Mais mon procès a mis en évidence une autre force d’intimidation, celle de cette «gauche morale» qui voit dans tout contradicteur un ennemi contre lequel aucun procédé ne saurait être jugé indigne. Pas même l’appel au licenciement, comme dans mon cas. Un ordre moral qui traque les mauvaises pensées et les sentiments indignes, qui joue sur la mauvaise conscience et la culpabilité pour clouer au pilori. Et exigera (comme la Licra à mon endroit) repentance et «excuses publiques», à l’instar d’une cérémonie d’exorcisme comme dans une «chasse aux sorcières» du XVIIe siècle. (…)  En se montrant incapable de voir le danger qui vise les Juifs, une partie de l’opinion française se refuse à voir le danger qui la menace en propre. Georges Bensoussan

Attention: un tombeau peut en cacher un autre !

Président palestinien au mandat expiré depuis huit ans et financier revendiqué du terrorisme salué par son homologue français pour son « engagement en faveur de la non-violence »; terroriste notoire se voyant gratifié pour cause de détention d’excuses officielles et d’une dizaine de millions de dollars de compensation financière; pétition de la première lycéenne venue contre le racisme de Victor Hugo; associations humanitaires apportant leur soutien explicite à l’un des pires trafics d’êtres humains de l’histoire; ministres de la République française soutenant, entre deux frasques ou démissions pour affaires de corruption, le droit à « niquer » la France ou célébrant, via l’écriture anonyme de romans érotiques l’encanaillement des bourgeoises dans les  » banlieues chaudes »occultation du thème de l’immigration et du terrorisme islamique tout au long d’une campagne ayant abouti, via un véritable hold up et l’élimination ou la stigmatisation des principaux candidats de l’opposition à l’élection d’un président n’ayant recueilli que 17% des inscrits au premier tour, alors que le sujet est censé être une importante préoccupation des Français et qu’on en est à la 34e évacuation en deux ans de quelque 2 800 migrants clandestins en plein Paris, installation dans la quasi-indifférence générale depuis plus d’un an de quasi-favelas de gitans le long d’une route nationale à la sortie de Paris; dénonciation ou censure de ceux qui osent nommer, sur fond d’israélisation toujours plus grande, le nouvel antisémitisme d’origine musulmane ou d’extrême-gauche, marche d’imams européens contre le terrorisme peinant, pour cause de fatigue post-ramadan et malgré pourtant un bilan récent de quelque centaines de victimes, à réunir les participants; peuple américain contraint, après les huit années de l’accident industriel Obama, de se choisir un président américain issu du monde de l’immobilier et de la télé-réalité (monde du catch compris où le bougre a littéralement risqué sa peau sans répétitions !); informations sur la véritable cabale des services secrets comme des médias contre ledit président américain disponibles que sur le seul site d’un des plus grands complotistes de l’histoire

A l’heure où un  tombeau de 4 000 ans entouré d’une enceinte de 2 000 ans …

Se voit magiquement transmué après l’an dernier un Temple lui aussi bimillénaire …

En propriété d’une religion d’à peine 1 100 ans …

Comment ne pas repenser

Vieille comme le monde dans ce nouveau tombeau du politiquement correct …

A cette propension humaine dont parlaient Eschyle comme Orwell ou Girard …

A toujours ensevelir comme première victime de la violence et de la guerre…

La simple vérité ?

Georges Bensoussan : «Nous entrons dans un univers orwellien où la vérité c’est le mensonge»

Alexandre Devecchio
Le Figaro

07/07/2017

ENTRETIEN – L’auteur des Territoires perdus de la République (Fayard) et d’Une France soumise (Albin Michel) revisite la campagne présidentielle. Fracture sociale, fracture territoriale, fracture culturelle, désarroi identitaire : pour l’historien, les questions qui nourrissent l’angoisse française ont été laissées de côté.

En 2002, Georges Bensoussan publiait Les Territoires perdus de la République, un recueil de témoignages d’enseignants de banlieue qui faisait apparaître l’antisémitisme, la francophobie et le calvaire des femmes dans les quartiers dits sensibles.«Un livre qui faisait exploser le mur du déni de la réalité française», se souvient Alain Finkielkraut, l’un des rares défenseurs de l’ouvrage à l’époque.

Une France soumise, paru cette année, montrait que ces quinze dernières années tout s’était aggravé. L’élection présidentielle devait répondre à ce malaise. Mais, pour Georges Bensoussan, il n’en a rien été. Un voile a été jeté sur les questions qui fâchent. Un symbole de cet aveuglement? Le meurtre de Sarah Halimi, défenestrée durant la campagne aux cris d’«Allah Akbar» sans qu’aucun grand média ne s’en fasse l’écho. Une chape de plomb médiatique, intellectuelle et politique qui, selon l’historien, évoque de plus en plus l’univers du célèbre roman de George Orwell, 1984.
Selon un sondage du JDD paru cette semaine, le recul de l’islam radical est l’attente prioritaire des Français (61 %), loin devant les retraites (43 %), l’école (36 %), l’emploi (36 %) ou le pouvoir d’achat (30 %). D’après une autre étude, 65 % des sondés considèrent qu’«il y a trop d’étrangers en France» et 74 % que l’islam souhaite «imposer son mode de fonctionnement aux autres».

LE FIGARO. – Des résultats en décalage avec les priorités affichées par le nouveau pouvoir: moralisation de la vie politique, loi travail, construction européenne… Les grands enjeux de notre époque ont- ils été abordés durant la campagne présidentielle?

Georges BENSOUSSAN. – Une partie du pays a eu le sentiment que la campagne avait été détournée de son sens et accaparée, à dessein, par les «affaires» que l’on sait, la presse étant devenue en la matière moins un contre-pouvoir qu’un anti-pouvoir, selon le mot de Marcel Gauchet. Cette nouvelle force politique pêche par sa représentativité dérisoire, doublée d’un illusoire renouvellement sociologique, quand 75 % des candidats d’En marche appartiennent à la catégorie «cadres et professions intellectuelles supérieures». Le seul véritable renouvellement est générationnel, avec l’arrivée au pouvoir d’une tranche d’âge plus jeune évinçant les derniers tenants du «baby boom».

Fracture sociale, fracture territoriale, fracture culturelle, désarroi identitaire, les questions qui nourissent l’angoisse française ont été laissées de côté
Pour une «disparue», la lutte de classe se porte bien. Pour autant, elle a rarement été aussi occultée. Car cette victoire, c’est d’abord celle de l’entre-soi d’une bourgeoisie qui ne s’assume pas comme telle et se réfugie dans la posture morale (le fameux chantage au fascisme devenu, comme le dit Christophe Guilluy, une «arme de classe» contre les milieux populaires). Fracture sociale, fracture territoriale, fracture culturelle, désarroi identitaire, les questions qui nourrissent l’angoisse française ont été laissées de côté pour les mêmes raisons que l’antisémitisme, dit «nouveau», demeure indicible.
C’est là qu’il faut voir l’une des causes de la dépression collective du pays, quand la majorité sent son destin confisqué par une oligarchie de naissance, de diplôme et d’argent. Une sorte de haut clergé médiatique, universitaire, technocratique et culturellement hors sol.
Toutefois, le plus frappant demeure à mes yeux la façon dont le gauchisme culturel s’est fait l’allié d’une bourgeoisie financière qui a prôné l’homme sans racines, le nomade réduit à sa fonction de producteur et de consommateur. Un capitalisme financier mondialisé qui a besoin de frontières ouvertes mais dont ni lui ni les siens, toutefois, retranchés dans leur entre-soi, ne vivront les conséquences.

Ce gauchisme culturel est moins l’«idiot utile» de l’islamisme que celui de ce capitalisme déshumanisé qui, en faisant de l’intégration démocratique à la nation un impensé, empêche d’analyser l’affrontement qui agite souterrainement notre société. De surcroît, l’avenir de la nation France n’est pas sans lien à la démographie des mondes voisins quand la machine à assimiler, comme c’est le cas aujourd’hui, fonctionne moins bien.

Dans un autre ordre d’idées, peut-on déconnecter la constante progression du taux d’abstention et l’évolution de notre société vers une forme d’anomie, de repli sur soi et d’individualisme triste? Comme si l’exaltation ressassée du «vivre-ensemble» disait précisément le contraire. Cette évolution, elle non plus, n’est pas sans lien à ce retournement du clivage de classe qui voit une partie de la gauche morale s’engouffrer dans un ethos méprisant à l’endroit des classes populaires, qu’elle relègue dans le domaine de la «beauferie» méchante des «Dupont Lajoie».Certains analystes ont déjà lumineusement montré (je pense à Julliard, Le Goff, Michéa, Guilluy, Bouvet et quelques autres), comment le mouvement social avait été progressivement abandonné par une gauche focalisée sur la transformation des mœurs.

La France que vous décrivez semble au bord de l’explosion. Dès lors, comment expliquez-vous le déni persistant d’une partie des élites?

Par le refus de la guerre qu’on nous fait dès lors que nous avons décidé qu’il n’y avait plus de guerre («Vous n’aurez pas ma haine» ) en oubliant, selon le mot de Julien Freund, que «c’est l’ennemi qui vous désigne». En privilégiant cette doxa habitée par le souci grégaire du «progrès» et le permanent désir d’«être de gauche», ce souci dont Charles Péguy disait qu’on ne mesurera jamais assez combien il nous a fait commettre de lâchetés. Enfin, en éprouvant, c’est normal, toutes les difficultés du monde à reconnaître qu’on s’est trompé, parfois même tout au long d’une vie. Comment oublier à cet égard les communistes effondrés de 1956?
Quant à ceux qui jouent un rôle actif dans le maquillage de la réalité, ils ont, eux, prioritairement le souci de maintenir une position sociale privilégiée. La perpétuation de la doxa est inséparable de cet ordre social dont ils sont les bénéficiaires et qui leur vaut reconnaissance, considération et avantages matériels.
Le magistère médiatico-universitaire de cette bourgeoisie morale (Jean-Claude Michéa parlait récemment dans la Revue des deux mondes, (avril 2017) d’une «représentation néocoloniale des classes populaires […] par les élites universitaires postmodernes», affadit les joutes intellectuelles. Chacun sait qu’il lui faudra rester dans les limites étroites de la doxa dite de l’«ouverture à l’Autre». De là une censure intérieure qui empêche nos doutes d’affleurer à la conscience et qui relègue les faits derrière les croyances. «Une grande quantité d’intelligence peut être investie dans l’ignorance lorsque le besoin d’illusion est profond», notait jadis l’écrivain américain Saul Bellow.

Avec 16 autres intellectuels, dont Alain Finkielkraut, Jacques Julliard, Elisabeth Badinter, Michel Onfray ou encore Marcel Gauchet, vous avez signé une tribune pour que la vérité soit dite sur le meurtre de Sarah Halimi. Cette affaire est-elle un symptôme de ce déni que vous dénoncez?

La chape de plomb qui pèse sur l’expression publique détourne le sens des mots pour nous faire entrer dans un univers orwellien où le blanc c’est le noir et la vérité le mensonge. Nous avons signé cette tribune pour tenter de sortir cette affaire du silence qui l’entourait, comme celui qui avait accueilli, en 2002, la publication des Territoires perdus de la République.

C’était il y a quinze ans et vous alertiez déjà sur la montée d’un antisémitisme dit «nouveau»…

Faut-il parler d’un «antisémitisme nouveau»? Je ne le crois pas. Non seulement parce que les premiers signes en avaient été détectés dès la fin des années 1980. Mais plus encore parce qu’il s’agit aussi, et en partie, d’un antijudaïsme d’importation. Que l’on songe simplement au Maghreb, où il constitue un fond culturel ancien et antérieur à l’histoire coloniale. L’anthropologie culturelle permet le décryptage du soubassement symbolique de toute culture, la mise en lumière d’un imaginaire qui sous-tend une représentation du monde.

Mais, pour la doxa d’un antiracisme dévoyé, l’analyse culturelle ne serait qu’un racisme déguisé. En septembre 2016, le dramaturge algérien Karim Akouche déclarait: «Voulez-vous devenir une vedette dans la presse algérienne arabophone? C’est facile. Prêchez la haine des Juifs […]. Je suis un rescapé de l’école algérienne. On m’y a enseigné à détester les Juifs. Hitler y était un héros. Des professeurs en faisaient l’éloge. Après le Coran, Mein Kampf et Les Protocoles des sages de Sion sont les livres les plus lus dans le monde musulman.» En juillet 2016, Abdelghani Merah (le frère de Mohamed) confiait à la journaliste Isabelle Kersimon que lorsque le corps de Mohamed fut rendu à la famille, les voisins étaient venus en visite de deuil féliciter ses parents, regrettant seulement, disaient-ils, que Mohamed «n’ait pas tué plus d’enfants juifs»(sic).

Cet antisémitisme est au mieux entouré de mythologies, au pire nié. Il serait, par exemple, corrélé à un faible niveau d’études alors qu’il demeure souvent élevé en dépit d’un haut niveau scolaire. On en fait, à tort, l’apanage de l’islamisme seul. Or, la Tunisie de Ben Ali, longtemps présentée comme un modèle d’«ouverture à l’autre», cultivait discrètement son antisémitisme sous couvert d’antisionisme (cfNotre ami Ben Ali, de Beau et Turquoi, Editions La Découverte). Et que dire de la Syrie de Bachar el-Assad, à la fois violemment anti-islamiste et antisémite, à l’image d’ailleurs du régime des généraux algériens? Ou, en France, de l’attitude pour le moins ambiguë des Indigènes de la République sur le sujet comme celle de ces autres groupuscules qui, sans lien direct à l’islamisme, racialisent le débat social et redonnent vie au racisme sous couvert de «déconstruction postcoloniale»?

Justement, le 19 juin dernier, un collectif d’intellectuels a publié dans Le Monde un texte de soutien à Houria Bouteldja, la chef de file des Indigènes de la République.

Que penser de l’évolution sociétale d’une partie des élites françaises quand le même quotidien donne la parole aux détracteurs de Kamel Daoud, aux apologistes d’Houria Bouteldja et offre une tribune à Marwan Muhammad, du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qualifié par ailleurs de «porte-parole combatif des musulmans»?

Les universitaires et intellectuels signataires font dans l’indigénisme comme leurs prédécesseurs faisaient jadis dans l’ouvriérisme. Même mimétisme, même renoncement à la raison, même morgue au secours d’une logorrhée intellectuelle prétentieuse (c’est le parti de l’intelligence, à l’opposé des simplismes et des clichés de la «fachosphère»). Un discours qui fait fi de toute réalité, à l’instar du discours ouvriériste du PCF des années 1950, expliquant posément la «paupérisation de la classe ouvrière». De cette «parole raciste qui revendique l’apartheid», comme l’écrit le Comité laïcité république à propos de Houria Bouteldja, les auteurs de cette tribune en défense parlent sans ciller à son propos de «son attachement au Maghreb […] relié aux Juifs qui y vivaient, dont l’absence désormais créait un vide impossible à combler».Une absence, ajoutent-ils, qui rend l’auteur «inconsolable». Cette forme postcoloniale de la bêtise, entée par la culpabilité compassionnelle, donne raison à George Orwell, qui estimait que les intellectuels étaient ceux qui, demain, offriraient la plus faible résistance au totalitarisme, trop occupés à admirer la force qui les écrasera. Et à préférer leur vision du monde à la réalité qui désenchante. Nous y sommes.

Vous vous êtes retrouvé sur le banc des accusés pour avoir dénoncé l’antisémitisme des banlieues dans l’émission «Répliques» sur France Culture. Il a suffi d’un signalement du CCIF pour que le parquet décide de vous poursuivre cinq mois après les faits. Contre toute attente, SOS-Racisme, la LDH, le Mrap mais aussi la Licra s’étaient associés aux poursuites.

En dépit de la relaxe prononcée le 7 mars dernier, et brillamment prononcée même, le mal est fait: ce procès n’aurait jamais dû se tenir. Car, pour le CCIF, l’objectif est atteint: intimider et faire taire. Après mon affaire, comme après celle de tant d’autres, on peut parier que la volonté de parler ira s’atténuant.

A-t-on remarqué d’ailleurs que, depuis l’attentat de Charlie Hebdo, on n’a plus vu une seule caricature du Prophète dans la presse occidentale?

L’islam radical use du droit pour imposer le silence. Cela, on le savait déjà. Mais mon procès a mis en évidence une autre force d’intimidation, celle de cette «gauche morale» qui voit dans tout contradicteur un ennemi contre lequel aucun procédé ne saurait être jugé indigne. Pas même l’appel au licenciement, comme dans mon cas. Un ordre moral qui traque les mauvaises pensées et les sentiments indignes, qui joue sur la mauvaise conscience et la culpabilité pour clouer au pilori. Et exigera (comme la Licra à mon endroit) repentance et «excuses publiques», à l’instar d’une cérémonie d’exorcisme comme dans une «chasse aux sorcières» du XVIIe siècle.

Comment entendre la disproportion entre l’avalanche de condamnations qui m’a submergé et les mots que j’avais employés au micro de France Culture?

J’étais entré de plain-pied, je crois, dans le domaine d’un non-dit massif, celui d’un antisémitisme qui, en filigrane, pose la question de l’intégration et de l’assimilation. Voire, en arrière-plan, celle du rejet de la France. En se montrant incapable de voir le danger qui vise les Juifs, une partie de l’opinion française se refuse à voir le danger qui la menace en propre.

Une France soumise. Les voix du refus,collectif dirigé par Georges Bensoussan. Albin Michel, 672 p., 24,90 €. Préface d’Elisabeth Badinter

Voir aussi:

http://www.valeursactuelles.com/societe/pour-la-doxa-officielle-le-seul-antisemitisme-est-dextreme-droite-86190

“Pour la doxa officielle, le seul antisémitisme est d’extrême-droite”
Interview. Terrorisme, communautarisme, délires antiracistes : le philosophe et essayiste Pascal Bruckner décrypte les dernières polémiques et ce qu’elles disent de la société française.

Mickaël Fonton
Valeurs actuellles

10 juillet 2017

Le 19 juin dernier, une agression terroriste se produisait sur les Champs-Elysées. L’opinion s’en est trouvée agitée quelques heures, puis la vie a repris son cours. Alors qu’approche la commémoration de l’attentat du 14 juillet à Nice, croyez-vous que les Français aient pris la mesure exacte de la menace qui pèse sur le pays ?
L’indifférence apparente des Français à la situation peut sembler étrange, s’assimiler à du déni, à la volonté de ne pas voir. Elle peut aussi se comprendre comme une stratégie de survie analogue à ce qui se passe depuis de nombreuses années en Israël. Les terroristes et leurs alliés wahabites, salafistes ou frères musulmans espéraient non seulement semer la mort mais tétaniser les populations, tarir les foules dans les salles de spectacle, les restaurants, nous contraindre à vivre comme dans ces pays obscurantistes dont ils se réclament. Or c’est l’inverse : les Français continuent à vivre presque comme d’habitude, ils sortent, vont au café, partent en vacances, acceptent de se soumettre à des procédures de sécurité renforcées.

La présence de policiers armés les rassure. Mais la peur reste latente. Depuis les attentats de 1995, chacun de nous devient malgré soi une sorte d’agent de sécurité : entrer dans une rame de métro nous contraint à regard circulaire pour détecter un suspect éventuel. Un colis abandonné nous effraie. Dans une salle de cinéma ou de musique, nous calculons la distance qui nous sépare de la sortie en cas d’attaques surprises. Nous nous mettons à la place d’un djihadiste éventuel pour déjouer ses plans. Nous sommes devenus malgré nous la victime et le tueur. Nous sommes bien en guerre civile larvée mais avec un sang- froid étonnant dont ne font preuve ni les Nord-américains ni les Britanniques.
Sur le même sujet
Arte diffusera finalement le documentaire sur l’antisémitisme musulman

Comment expliquez-vous le silence médiatique qui a entouré le meurtre de Sarah Halimi ? Indifférence, lassitude, volonté de ne pas “faire le jeu” de tel ou tel parti à l’approche de la présidentielle ?
Pour comprendre ce scandaleux silence, il faut partir d’un constat fait par un certain nombre de nos têtes pensantes de gauche et d’extrême gauche : l’antisémitisme, ça suffit. C’est une vieille rengaine qu’on ne veut plus entendre. Il faut s’attaquer maintenant au vrai racisme, l’islamophobie qui touche nos amis musulmans. Bref, comme le disent beaucoup, le musulman en 2017 est le Juif des années 30, 40. On oublie au passage que l’antisémitisme ne s’est jamais adressé à la religion juive en tant que telle mais au peuple juif coupable d’exister et qu’enfin dans les années 40 il n’y avait pas d’extrémistes juifs qui lançaient des bombes dans les gares ou les lieux de culte, allaient égorger les prêtres dans leurs églises.

Juste une remarque statistique : depuis Ilan Halimi, kidnappé et torturé par le Gang des Barbares jusqu’à Mohammed Mehra, l’Hyper casher de Vincennes et Sarah Halimi, pas moins de dix Français juifs ont été tués ces dernières années parce que juifs par des extrémistes de l’islam. Cela n’empêche pas les radicaux du Coran de se plaindre de l’islamophobie officielle de l’Etat français. Ce serait à hurler de rire si ça n’était pas tragique ! Dans la doxa officielle de la gauche, seule l’extrême droite souffre d’antisémitisme. Que le monde arabo musulman soit, pour une large part, rongé par la haine des Juifs, ces inférieurs devenus des égaux, est impensable pour eux.

Que vous inspire la polémique autour de Danièle Obono, députée de la France insoumise qui réitère son soutien à des personnes qui insultent la France ?
Soutenir les Indigènes de la République en 2017, ce Ku Klux Klan islamiste, antisémite et fascisant est pour le moins problématique. Beaucoup à gauche pensent que les anciens dominés ou colonisés ne peuvent être racistes puisqu’ils ont été eux-mêmes opprimés. C’est d’une naïveté confondante. Il y a même ce que j’avais appelé il y a dix ans “un racisme de l’antiracisme” où les nouvelles discriminations à l’égard des Juifs, des Blancs, des Européens s’expriment au nom d’un antiracisme farouche. Le suprématisme noir ou arabe n’est pas moins odieux que le suprématisme blanc dont ils ne sont que le simple décalque. Les déclarations de Madame Obono relèvent d’une stratégie de la provocation que le Front de gauche partage avec le Front national, ce qui est normal puisque ce sont des frères ennemis mais jumeaux. Lancer une polémique, c’est chercher la réprobation pour se poser en victimes. Multiplier les transgressions va constituer la ligne politique de ceux qui s’appellent “Les insoumis”, nom assez cocasse quand on connaît l’ancien notable socialiste, le paria pépère qui est à leur tête et dont le patrimoine déclaré se monte à 1 135 000 euros, somme coquette pour un ennemi des riches.

Gilles-William Goldnadel : « Anne Hidalgo et les migrants, la grande hypocrisie »

  • Gilles William Goldnadel
  • Le Figaro
  • 10/07/2017

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Dans sa chronique, l’avocat Gilles-William Goldnadel dénonce la mauvaise gestion d’Anne Hidalgo de l’afflux de migrants vers la capitale. Pour elle, en proposant une loi sur le sujet, la maire de Paris montre sa volonté de rejeter la responsabilité de cette catastrophe humaine et sécuritaire sur l’État.


Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l’association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.


Je soumets cette question: y aurait-il une manière de concours de soumission entre la première magistrate de Paris et le premier magistrat de France? À celui ou celle qui aurait la soumission la plus soumise?

Ainsi, cette semaine, Madame Hidalgo a-t-elle proposé une loi sur les migrants qu’on ne lui demandait pas et pour laquelle on ne lui connaît aucune compétence particulière.

C’est le moins que l’on puisse écrire. En réalité, un esprit chagrin soupçonnerait l’édile municipal, dépassé par des événements migratoires dans sa ville qu’elle aura pourtant accueillis extatiquement, de vouloir faire porter le chapeau aux autres villes et à l’État.

Les responsables socialistes comme elle ont bien raison de ne pas être complexés. Personne ne leur a demandé raison d’une irresponsabilité qui aura accouché d’une catastrophe démographique et sécuritaire dont on ne perçoit pas encore toute la gravité. Dans un monde normal, ils devraient raser les murs, mais dans le monde virtuel ils peuvent se permettre de construire sur la comète des ponts suspendus. L’idéologie esthétique qui les porte et supporte considère la réalité comme une obscénité.

Et les arguments les plus gênants comme des grossièretés. C’est ainsi, que faire remarquer que toutes les belles âmes, les artistes généreux (pardon pour le pléonasme), les citoyens aériens du monde, prêts à accueillir l’humanité entière sans accueillir un seul enfant dans mille mètres au carré, relève d’une insupportable vulgarité.

Madame Hidalgo s’exclame: «faisons du défi migratoire une réussite pour la France» sur le même ton assuré que ses amis chantaient il y a 20 ans: «L’immigration, une chance pour la France». Décidément, ils ne manquent pas d’air.

Madame Hidalgo prétend vouloir améliorer l’intégration des nouveaux migrants. Ses amis n’ont pas réussi en deux décennies à intégrer des populations culturellement et socialement plus aisément intégrables. À aucun moment Anne Hidalgo n’a eu le mauvais goût d’évoquer la question de l’islam.

Madame Hidalgo n’aurait pas songé à demander aux riches monarques du golfe, à commencer par celui du Qatar, à qui elle tresse régulièrement des couronnes, de faire preuve de générosité à l’égard de leurs frères de langue, de culture et de religion.

Madame le maire n’est pas très franche. Dans sa proposition, elle feint de séparer les réfugiés éligibles au droit d’asile et les migrants économiques soumis au droit commun. Elle fait semblant de ne pas savoir que ces derniers pour leur immense majorité ne sont pas raccompagnés et que dès lors qu’ils sont déboutés , ils se fondent dans la clandestinité la plus publique du monde.

Comme l’écrit Pierre Lellouche dans Une guerre sans fin (Cerf) que je recommande: «Aucun principe de droit international n’oblige les Français déjà surendettés, à hauteur de plus de 2000 milliards, à financer par leurs impôts et leurs cotisations sociales des soins gratuits pour tous les immigrés illégaux présents sur notre sol… en 2016, l’octroi du statut de demandeur d’asile est devenu un moyen couramment utilisé par des autorités dépassées pour vider les camps de migrants, à Paris bien sûr, mais aussi par exemple, à Calais, dans la fameuse «jungle» qui, avant son démantèlement, comptait environ 14 000 «habitants». Ces derniers, essentiellement des migrants économiques, ont été qualifiés de réfugiés politiques dans l’unique but de pouvoir les transférer vers d’autres centres, dénommés CAO ou CADA en province. De telles méthodes relèvent d’une stratégie digne du mythe de Sisyphe: plus ils sont vidés, plus ils se remplissent à nouveau…»

Surtout, Madame Hidalgo n’est pas très courageuse: elle n’ose pas dire le fond de sa pensée: Que l’on ne saurait sans déchoir dire «Non» à l’Autre , «ici c’est chez moi, ce n’est pas chez toi».

J’ai moi-même posé la question, au micro de RMC, à son adjoint chargé du logement, le communiste Iann Brossat: «Oui ou non, faut-il expulser les déboutés du droit d’asile? Réponse du collaborateur: «non bien sûr».

Madame Hidalgo n’a pas le courage de dire le fond de sa pensée soumise .

À la vérité, c’est bien parce que les responsables français démissionnaires n’ont pas eu la volonté et l’intelligence de faire respecter les lois de la république souveraine sur le contrôle des flux migratoires , et ont maintenu illégalement sur le sol national des personnes non désirées, que la France ne peut plus se permettre d’accueillir des gens qui mériteraient parfois davantage de l’être. Qui veut faire l’ange fait la bête.

Mais le premier Français, n’aura pas démérité non plus à ce concours de la soumission auquel il semble aussi avoir soumissionné.

C’est ainsi que cette semaine encore, le président algérien a, de nouveau, réclamé avec insistance de la France qu’elle se soumette et fasse repentance .

Cela tourne à la manie. La maladie chronique macronienne du ressentiment ressassé de l’Algérie faillie. À comparer avec l’ouverture d’esprit marocaine.

En effet, Monsieur Bouteflika a des circonstances atténuantes. Son homologue français lui aura tendu la verge pour fouetter la France. On se souvient de ses propos sur cette colonisation française coupable de crimes contre l’humanité.

Je n’ai pas noté que Monsieur Macron, le 5 juillet dernier, ait cru devoir commémorer le massacre d’Oran de 1962 et le classer dans la même catégorie juridique de droit pénal international. Il est vrai que ce ne sont que 2000 Français qui furent sauvagement assassinés après pourtant que l’indépendance ait été accordée.

On serait injuste de penser que cette saillie un peu obscène n’aurait que des raisons bassement électoralistes. Je crains malheureusement que Jupiter ne soit sincère. Enfant de ce siècle névrotiquement culpabilisant , il a dans ses bagages tout un tas d’ustensiles usagés qui auront servi à tourmenter les Français depuis 30 ans et à inoculer dans les quartiers le bacille mortel de la détestation pathologique de l’autochtone.

Au demeurant, Monsieur Macron a depuis récidivé: accueillant cette semaine son homologue palestinien Abbou Abbas, il a trouvé subtil de déclarer: «l’absence d’horizon politique nourrit le désespoir et l’extrémisme» . Ce qui est la manière ordinaire un peu surfaite d’excuser le terrorisme.

À dire le vrai, le président français, paraît-il moderne, n’a cessé de trouver de fausses causes sociales éculées à ce terrorisme islamiste qui massacre les Français depuis deux années.

Pour vaincre l’islamisme radical, il préfère à présent soumettre le thermomètre.

C’est à se demander si la pensée complexe de Jupiter n’est pas un peu simpliste.

1er juillet 2017 

Le journaliste James O’Keffe (photo) réalise depuis plusieurs années des vidéos en caméra cachée. Il y filme les commentaires, voire les aveux, de personnalités politiques sur les scandales du moment. Proche de Breibart et du président Trump, il vient de réaliser trois vidéos sur le traitement par CNN des possibles ingérences russes dans la campagne présidentielle états-unienne.

La première partie, diffusée le 26 juin 2017, montre un producteur-en-chef de CNN, John Bonifield, responsable de séquences non-politiques, affirmer que les accusations de collusion entre la Russie et l’équipe Trump ne sont que « des conneries » diffusées « pour l’audience ».

La seconde partie, diffusée le 28 juin, montre le présentateur de CNN Anthony Van Jones (ancien collaborateur de Barack Obama licencié de la Maison-Blanche pour avoir publiquement mis en cause la version officielle des attentats du 11-Septembre) affirmant que cette histoire d’ingérence russe est une nullité.

La troisième partie, diffusée le 30 juin, montre le producteur associé de CNN, Jimmy Carr, déclarer que le président Donald Trump est un malade mental et que ses électeurs sont stupides comme de la merde.

CNN a accusé le Project Veritas de James O’Keefe d’avoir sorti ces déclarations de leur contexte plus général. Ses collaborateurs ont tenté de minimiser leurs propos enregistrés. Cependant, la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, a souligné le caractère scandaleux de ces déclarations et appelé tous les États-uniens à voir ces vidéos et à en juger par eux-mêmes.

L’enquête de CNN sur la possible ingérence russe est devenue l’obsession de la chaîne. Elle l’a abordée plus de 1 500 fois au cours des deux derniers mois. Personne n’a à ce jour le moindre début de commencement de preuve pour étayer l’accusation de la chaîne d’information contre Moscou.

Voir également:

10 juillet 2017

La majorité républicaine de la Commission sénatoriale de la Sécurité de la patrie et des Affaires gouvernementales dénonce les conséquences désastreuses des fuites actuelles de l’Administration.

Ce phénomène, qui était très rare sous les présidences George Bush Jr. et Barack Obama, s’est soudain développé contre la présidence Donald Trump causant des dommages irréversibles à la Sécurité nationale.

Au cours des 126 premiers jours de la présidence Trump, 125 informations classifiées ont été illégalement transmises à 18 organes de presse (principalement CNN). Soit environ une par jour, c’est-à-dire 7 fois plus que durant la période équivalente des 4 précédents mandats. La majorité de ces fuites concernait l’enquête sur de possibles ingérences russes durant la campagne électorale présidentielle.

Le président de la Commission, Ron Johnson (Rep, Wisconsin) (photo) a saisi l’Attorney General, Jeff Sessions.

L’existence de ces fuites répétées laisse penser à un complot au sein de la haute administration dont 98% des fonctionnaires ont voté Clinton contre Trump.

Voir de plus:

10 juillet 2017

L’ex-directeur du FBI, James Comey, dont le témoignage devant le Congrès devait permettre de confondre le président Trump pour haute trahison au profit de la Russie, est désormais lui-même mis en cause.

James Comey avait indiqué par deux fois lors de son audition qu’il remettait au Congrès ses notes personnelles sur ses relations avec le président. Or, selon les parlementaires qui ont pu consulter ces neuf documents, ceux-ci contiennent des informations classifiées.

Dès lors se pose la question de savoir comment l’ex-directeur du FBI a pu violer son habilitation secret-défense et faire figurer des secrets d’État dans des notes personnelles, ou si ces notes sont des documents officiels qu’il aurait volés.

Comey’s private memos on Trump conversations contained classified material”, John Solomon, The Hill, July 9, 2017.

Voir encore:

En s’arrogeant le titre de « 4ème Pouvoir », la presse états-unienne s’est placée à égalité avec les trois Pouvoirs démocratiques, bien qu’elle soit dénuée de légitimité populaire. Elle mène une vaste campagne, à la fois chez elle et à l’étranger, pour dénigrer le président Trump et provoquer sa destitution ; une campagne qui a débuté le soir de son élection, c’est-à-dire bien avant son arrivée à la Maison-Blanche. Elle remporte un vif succès parmi l’électorat démocrate et dans les États alliés, dont la population est persuadée que le président des États-Unis est dérangé. Mais les électeurs de Donald Trump tiennent bon et il parvient efficacement à lutter contre la pauvreté.

Damas (Syrie)

4 juillet 2017

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La campagne de presse internationale visant à déstabiliser le président Trump se poursuit. La machine à médire, mise en place par David Brock durant la période de transition [1], souligne autant qu’elle le peut le caractère emporté et souvent grossier des Tweets présidentiels. L’Entente des médias, mise en place par la mystérieuse ONG First Draft [2], répète à l’envie que la Justice enquête sur les liens entre l’équipe de campagne du président et les sombres complots attribués au Kremlin.

Une étude du professeur Thomas E. Patterson de l’Harvard Kennedy School a montré que la presse US, britannique et allemande, a cité trois fois plus Donald Trump que les présidents précédents. Et que, au cours des 100 premiers jours de sa présidence, 80% des articles lui étaient clairement défavorables [3].

Durant la campagne du FBI [4] visant à contraindre le président Nixon à la démission, la presse états-unienne s’était attribuée le qualificatif de « 4ème Pouvoir », signifiant par là que leurs propriétaires avaient plus de légitimité que le Peuple. Loin de céder à la pression, Donald Trump, conscient du danger que représente l’alliance des médias et des 98% de hauts fonctionnaires qui ont voté contre lui, déclara « la guerre à la presse », lors de son discours du 22 janvier 2017, une semaine après son intronisation. Tandis que son conseiller spécial, Steve Bannon, déclarait au New York Times que, de fait, la presse était devenue « le nouveau parti d’opposition ».

Quoi qu’il en soit, les électeurs du président ne lui ont pas retiré leur confiance.

Rappelons ici comment cette affaire a débuté. C’était durant la période de transition, c’est-à-dire avant l’investiture de Donald Trump. Une ONG, Propaganda or Not ?, lança l’idée que la Russie avait imaginé des canulars durant la campagne présidentielle de manière à couler Hillary Clinton et à faire élire Donald Trump. À l’époque, nous avions souligné les liens de cette mystérieuse ONG avec Madeleine Albright et Zbigniew Brzeziński [5]. L’accusation, longuement reprise par le Washington Post, dénonçait une liste d’agents du Kremlin, dont le Réseau Voltaire. Cependant à ce jour, rien, absolument rien, n’est venu étayer cette thèse du complot russe.

Chacun a pu constater que les arguments utilisés contre Donald Trump ne sont pas uniquement ceux que l’on manie habituellement dans le combat politique, mais qu’ils ressortent clairement de la propagande de guerre [6].

La palme de la mauvaise foi revient à CNN qui traite cette affaire de manière obsessionnelle. La chaîne a été contrainte de présenter ses excuses à la suite d’un reportage accusant un des proches de Trump, le banquier Anthony Scaramucci, d’être indirectement payé par Moscou. Cette imputation étant inventée et Scaramucci étant suffisamment riche pour poursuivre la chaîne en justice, CNN présenta ses excuses et les trois journalistes de sa cellule d’enquête « démissionnèrent ».
Puis, le Project Veritas du journaliste James O’Keefe publia trois séquences vidéos tournées en caméra cachée [7]. Dans la première, l’on voit un superviseur de la chaîne rire dans un ascenseur en déclarant que ces accusations de collusion du président avec la Russie ne sont que « des conneries » diffusées « pour l’audience ». Dans la seconde, un présentateur vedette et ancien conseiller d’Obama affirme que ce sont des « nullités ». Tandis que dans la troisième, un producteur déclare que Donald Trump est un malade mental et que ses électeurs sont « stupides comme de la merde » (sic).
En réponse, le président posta une vidéo-montage réalisée à partir d’images, non pas extraites d’un western, mais datant de ses responsabilités à la Fédération états-unienne de catch, la WWE. On peut le voir mimer casser la figure de son ami Vince McMahon (l’époux de sa Secrétaire aux petites entreprises) dont le visage a été recouvert du logo de CNN. Le tout se termine avec un logo altéré de CNN en Fraud News Network, c’est-à-dire le Réseau escroc d’information.

Outre que cet événement montre qu’aux États-Unis le président n’a pas l’exclusivité de la grossièreté, il atteste que CNN —qui a abordé la question de l’ingérence russe plus de 1 500 fois en deux mois— ne fait pas de journalisme et se moque de la vérité. On le savait depuis longtemps pour ses sujets de politique internationale, on le découvre pour ceux de politique intérieure.

Bien que ce soit beaucoup moins significatif, une nouvelle polémique oppose les présentateurs de l’émission matinale de MSNBC, Morning Joe, au président. Ceux-ci le critiquent vertement depuis des mois. Il se trouve que Joe Scarborough est un ancien avocat et parlementaire de Floride qui lutte contre le droit à l’avortement et pour la dissolution des ministères « inutiles » que sont ceux du Commerce, de l’Éducation, de l’Énergie et du Logement. Au contraire, sa partenaire (au sens propre et figuré) Mika Brzeziński est une simple lectrice de prompteur qui soutenait Bernie Sanders. Dans un Tweet, le président les a insulté en parlant de « Joe le psychopathe » et de « Mika au petit quotient intellectuel ». Personne ne doute que ces qualificatifs ne sont pas loin de la vérité, mais les formuler de cette manière vise uniquement à blesser l’amour-propre des journalistes. Quoi qu’il en soit, les deux présentateurs rédigèrent une tribune libre dans le Washington Post pour mettre en doute la santé mentale du président.

Mika Brzeziński est la fille de Zbigniew Brzeziński, un des tireurs de ficelles de Propaganda or not ?, décédé il y a un mois.

La grossièreté des Tweets présidentiels n’a rien à voir avec de la folie. Dwight Eisenhower et surtout Richard Nixon étaient bien plus obscènes que lui, ils n’en furent pas moins de grands présidents.

De même leur caractère impulsif ne signifie pas que le président le soit. En réalité, sur chaque sujet, Donald Trump réagit immédiatement par des Tweets agressifs. Puis, il lance des idées dans tous les sens, n’hésitant pas à se contredire d’une déclaration à l’autre, et observe attentivement les réactions qu’elles suscitent. Enfin, s’étant forgé une opinion personnelle, il rencontre la partie opposée et trouve généralement un accord avec elle.

Donald Trump n’a certes pas la bonne éducation puritaine de Barack Obama ou d’Hillary Clinton, mais la rudesse du Nouveau Monde. Tout au long de sa campagne électorale, il n’a cessé de se présenter comme le nettoyeur des innombrables malhonnêtetés que cette bonne éducation permet de masquer à Washington. Il se trouve que c’est lui et non pas Madame Clinton que les États-uniens ont porté à la Maison-Blanche.

Bien sûr, on peut prendre au sérieux les déclarations polémiques du président, en trouver une choquante et ignorer celles qui disent le contraire. On ne doit pas confondre le style Trump avec sa politique. On doit au contraire examiner précisément ses décisions et leurs conséquences.

Par exemple, on a pris son décret visant à ne pas laisser entrer aux États-Unis des étrangers dont le secrétariat d’État n’a pas la possibilité de vérifier l’identité.

On a observé que la population des sept pays dont il limitait l’accès des ressortissants aux États-Unis est majoritairement musulmane. On a relié ce constat avec des déclarations du président lors de sa campagne électorale. Enfin, on a construit le mythe d’un Trump raciste. On a mis en scène des procès pour faire annuler le « décret islamophobe », jusqu’à ce que la Cour suprême confirme sa légalité. On a alors tourné la page en affirmant que la Cour s’était prononcée sur une seconde mouture du décret comportant divers assouplissements. C’est exact, sauf que ces assouplissement figuraient déjà dans la première mouture sous une autre rédaction.

Arrivant à la Maison-Blanche, Donald Trump n’a pas privé les États-uniens de leur assurance santé, ni déclaré la Troisième Guerre mondiale. Au contraire, il a ouvert de nombreux secteurs économiques qui avaient été étouffés au bénéfice de multinationales. En outre, on assiste à un reflux des groupes terroristes en Irak, en Syrie et au Liban, et à une baisse palpable de la tension dans l’ensemble du Moyen-Orient élargi, sauf au Yémen.

Jusqu’où ira cet affrontement entre la Maison-Blanche et les médias, entre Donald Trump et certaines puissances d’argent ?

[1] « Le dispositif Clinton pour discréditer Donald Trump », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 28 février 2017.

[2] « Le nouvel Ordre Médiatique Mondial », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 mars 2017.

[3] « News Coverage of Donald Trump’s First 100 Days », Thomas E. Patterson, Harvard Kennedy School, May 18, 2017.

[4] On apprit trente ans plus tard que la mystérieuse « Gorge profonde » qui alimenta le scandale du Watergate n’était autre que W. Mark Felt, l’ancien adjoint de J. Edgard Hoover et lui-même numéro 2 du Bureau fédéral.

[5] « La campagne de l’Otan contre la liberté d’expression », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 décembre 2016.

[6] « Contre Donald Trump : la propagande de guerre », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 février 2017.

[7] « Project Veritas dévoile une campagne de mensonges de CNN », Réseau Voltaire, 1er juillet 2017.

Voir enfin:

The Definitive History Of That Time Donald Trump Took A Stone Cold Stunner

A decade ago, Trump literally tussled with a wrestling champ. The people who were there are still shocked he did it.

Photo illustration: Damon Dahlen/HuffPost; Photos: Getty/Reuters

Stone Cold Steve Austin was waiting calmly in the bowels of Detroit’s Ford Field when a frantic Vince McMahon turned the corner.

WrestleMania 23’s signature event was just minutes away. Austin and McMahon would soon bound into the stadium, where they’d be greeted by fireworks, their respective theme songs and 80,000 people pumped for “The Battle of the Billionaires,” a match between two wrestlers fighting on behalf of McMahon and real estate mogul Donald Trump.

McMahon, the founder and most prominent face of World Wrestling Entertainment, had spent months before the April 1, 2007, event putting the storyline in place. Trump, then known primarily as the bombastic host of “The Apprentice,” had appeared on a handful of WWE broadcasts to sell the idea that his two-decade friendship with McMahon had collapsed into a bitter “feud.” They had spent hours rehearsing a match with many moving parts: two professional wrestlers in the ring, two camera-thirsty characters outside it, and in the middle, former champ Stone Cold serving as the referee.

The selling point of The Battle of the Billionaires was the wager that Trump and McMahon had placed on its outcome a month earlier during “Monday Night Raw,” WWE’s signature prime time show. Both Trump and McMahon took great pride in their precious coifs, and so the winner of the match, they decided, would shave the loser’s head bald right there in the middle of the ring.

But now, at the last possible moment, McMahon wanted to add another wrinkle.

“Hey, Steve,” McMahon said, just out of Trump’s earshot. “I’m gonna see if I can get Donald to take the Stone Cold stunner.”

Austin’s signature move, a headlock takedown fueled by Stone Cold’s habit of chugging cheap American beer in the ring, was already part of the plan for the match. But Trump wasn’t the intended target.

Austin and McMahon approached Trump and pitched the idea.

“I briefly explained how the stunner works,” Austin said. “I’m gonna kick him in the stomach ― not very hard ― then I’m gonna put his head on my shoulder, and we’re gonna drop down. That’s the move. No rehearsal, [decided] right in the dressing room, 15 minutes before we’re gonna go out in front of 80,000 people.”

Trump’s handler was appalled, Austin said. Trump wasn’t a performer or even a natural athlete. Now, the baddest dude in wrestling, a former Division I college football defensive end with tree trunks for biceps, wanted to drop him with his signature move? With no time to even rehearse it? That seemed … dangerous.

“He tried to talk Donald out of it a million ways,” Austin said.

But Trump, without hesitation, agreed to do it.

The man who became the 45th president of the United States in January has a history with Vince McMahon and WWE that dates back more than two decades, to when his Trump Plaza hotel in Atlantic City hosted WrestleManias IV and V in 1988 and 1989. The relationship has continued into Trump’s presidency. On Tuesday, the Senate confirmed the nomination of Linda McMahon ― Vince’s wife, who helped co-found WWE and served as its president and chief executive for 12 years ― to head the Small Business Administration.

After Trump launched his presidential campaign with an escalator entrance straight out of the wrestling playbook, journalists began pointing to his two-decade WWE career to help explain his political appeal. WWE, in one telling, was where Trump first discovered populism. According to another theory, wrestling was where he learned to be a heel ― a villainous performer loved by just enough people to rise to the top, despite antics that make many people hate him.

To those who were present, though, The Battle of the Billionaires is more an outrageous moment in wrestling history than an explanation of anything that happened next. No one in the ring that night thought Trump would one day be president. But now that he is, they look back and laugh about the time the future commander-in-chief ended up on the wrong side of a Stone Cold stunner.

Jamie McCarthy/WireImage via Getty Images
Donald Trump, Stone Cold Steve Austin and Vince McMahon spent months promoting The Battle of the Billionaires.

‘To Get To The Crescendo, You’ve Got To Go On A Journey’

Professional wrestling is, at its core, a soap opera and a reality TV spectacle, and its best storylines follow the contours of both: A hero squares off with a heel as the masses hang on their fates.

The Battle of the Billionaires was the same tale, played out on wrestling’s biggest stage. WrestleMania is WWE’s annual mega-event. It commands the company’s largest pay-per-view audiences and biggest crowds. At WrestleMania, WWE’s stars compete in high-stakes matches ― including the WWE Championship ― and wrap up loose ends on stories developed during weekly broadcasts of “Monday Night Raw” and special events over the previous year. Even before Trump, WrestleMania had played host to a number of celebrity interlopers, including boxer Mike Tyson and NFL linebacker Lawrence Taylor.

Building a story ― and, for Trump, a character ― fit for that stage required months of work that started with Trump’s initial appearance on “Monday Night Raw” in January 2007. He would show up on “Raw” at least two more times over the next two months, with each appearance raising the stakes of his feud with McMahon and setting up their battle at WrestleMania on April 1.

“The Battle of the Billionaires, and all the hyperbole, was the crescendo,” said Jim Ross, the longtime voice of WWE television commentary. “But to get to the crescendo, you’ve got to go on a journey and tell an episodic story. That’s what we did with Donald.”

Creating a feud between Trump and McMahon, and getting wrestling fans to take Trump’s side, wasn’t actually a huge challenge. McMahon “was the big-shot boss lording over everybody,” said Jerry “The King” Lawler, a former wrestler and Ross’ sidekick in commentary. It was a role McMahon had long embraced: He was the dictator wrestling fans loved to hate.

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Bobby Lashley, Trump’s wrestler in the match, was a rising star who’d go on to challenge for the WWE championship after The Battle of the Billionaires.

Trump was never going to pull off the sort of character that McMahon’s most popular foes had developed. He wasn’t Austin’s beer-chugging, south Texas everyman. And vain and cocky as he might be, he never possessed the sexy swagger that made Shawn Michaels one of the greatest in-ring performers in pro wrestling history.

But rain money on people’s heads, and they’ll probably love you no matter who you are. So that’s what Trump did.

Trump’s first appearance on “Monday Night Raw” came during an episode that centered on McMahon, who was throwing himself the sort of self-celebratory event that even The Donald might find overly brash. As McMahon showered the crowd with insults and they serenaded him with boos, Trump’s face appeared on the jumbotron and money began to fall from the sky.

“Look up at the ceiling, Vince,” Trump said as fans grasped at the falling cash. “Now that’s the way you show appreciation. Learn from it.”

In true Trump fashion, the money wasn’t actually his. It was McMahon’s. But the fans didn’t know that.

The folks with slightly fatter wallets than they’d had moments before loved the contrast between the two rich guys. One was the pompous tyrant. The other might have been even wealthier and just as prone to outlandish behavior, but Trump was positioned as the magnanimous billionaire, the one who understood what they wanted.

“That went over pretty well, as you can imagine, dropping money from the sky,” said Scott Beekman, a wrestling historian and author. “Trump was the good guy, and he got over because of how hated McMahon was. Vince McMahon played a fantastic evil boss and was absolutely hated by everyone. So anyone who stood up to McMahon at that point was going to get over well.”

The wrestlers that each billionaire chose to fight for them also bolstered the narrative. Umaga, McMahon’s representative, was an emerging heel who had gone undefeated for most of 2006. “A 400-pound carnivore,” as Ross described him on TV, he was a mountainous Samoan whose face bore war paint and who barely spoke except to scream at the crowd.

Trump’s guy, on the other hand, was Bobby Lashley, a former Army sergeant who might have been cut straight from a granite slab. Lashley was the good-looking, classically trained college wrestler, the reigning champion of ECW (a lower-level WWE property). Even his cue-ball head seemed to have muscles.

Another selling point for the match: the wrestler who won would likely emerge as a top contender to challenge for the WWE title.

Then McMahon added another twist ― as if the match needed it. He enlisted Austin, a multi-time champion who had retired in 2003, as a guest referee.

“It sounded like an easy gig, sounded like a fun gig,” Austin said. “It didn’t take a whole lot of convincing. The scope of Donald Trump … would bring a lot of eyeballs. A chance to do business with a high-profile guy like that sounded like a real fun deal.”

The minute Austin signed up, Trump should have known that despite his “good guy” posture, he, too, was in trouble. When Stone Cold entered the ring at “Raw” to promote the match, he introduced himself to The Donald with a stern warning.

“You piss me off,” Austin said, “I’ll open up an $8 billion can of whoop ass and serve it to ya, and that’s all I got to say about that.”

‘We Thought We Were Shittin’ The Bed’

The opening lines of the O’Jays’ 1973 hit “For the Love of Money” ― also the theme song for Trump’s “Celebrity Apprentice” ― rang out of Ford Field’s loudspeakers a few minutes after Trump and Austin’s impromptu meeting backstage. It was time for Trump to make his way to the ring.

“Money, money, money, money, money,” the speakers blared. Trump emerged. The crowd erupted, and cash, even more than had fallen during his previous appearances, cascaded from the ceiling like victory confetti.

“There was a ton of money that had been dropped during Donald Trump’s entrance,” said Haz Ali, who, under the name Armando Estrada, served as Umaga’s handler. “There was about $20, $25,000 that they’d dropped. … Every denomination ― 1s, 5s, 10s, 20s.”

Lashley appeared next, bounding into the ring without the help of the stairs the others had needed.

For months, McMahon and Trump had sold the story of this match. Now, as Umaga and Lashley stood face to face in the ring, it was time to deliver.

The match started fairly routinely, perhaps even a bit slowly.

“I’m seeing it the same as anyone else who’s watching it,” said Ross, the commentator, who regularly skipped rehearsals to ensure matches would surprise him. “The entire arena was emotionally invested in the storyline. Once they got hooked in it months earlier, now they want the payout.”

On the TV broadcast, it’s obvious that the crowd was hanging on every twist, eager to see which of the two billionaires would lose his hair and how Austin ― famous for intervening in matches and now at the dead center of this one ― might shape it.

But Ford Field, an NFL stadium, is massive compared to the arenas that had hosted previous WrestleManias. Even with 80,000 people packed in, it was difficult to read the crowd from inside the ring.

“Me and Vince keep looking back and forth at each other like, ‘Man, this match is not successful because the crowd is not reacting,’” Austin recalled. “We thought we were shittin’ the bed.”

Trump, for all his usual braggadocio, wasn’t helping.

From outside the ring, McMahon ― a professional performer if there ever was one ― was selling even the most minor details of the match. He was haranguing Austin, instructing Umaga and engaging the crowd all at once. Trump was stiff. His repeated cries of “Kick his ass, Bobby!” and “Come on, Bobby!” came across as stale and unconvincing.

“It’s very robotic, it’s very forced, and there’s no genuine emotion behind it,” said Ali, who had been power-slammed by Lashley early in the match and was watching from the dressing room. “He was just doing it to do it. Hearing him say, ‘Come on, Bobby!’ over and over again ― it didn’t seem like he cared whether Bobby won or lost. That’s the perspective of a former wrestler and entertainer.”

‘He Punched Me As Hard As He Could’

The match turned when Vince’s son, Shane McMahon, entered the fray. Shane and Umaga ganged up on Austin, knocking the guest ref from the ring. Then they turned their attention to Lashley, slamming his head with a metal trash can as he lay on the ground opposite Trump ― whose golden mane, it seemed, might soon be lying on the floor next to his wrestler.

But just as Umaga prepared to finish Lashley off, Austin rebounded, dragging Shane McMahon from the ring and slamming him into a set of metal stairs. Trump ― who moments before had offered only a wooden “What’s going on here?” ― sprang into action.

Out of nowhere, Trump clotheslined Vince McMahon to the ground and then sat on top of him, wailing away at his skull.

“[Ross] and I were sitting right there about four feet from where Vince landed,” Lawler said. “The back of Vince’s head hit the corner of the ring so hard that I thought he was gonna be knocked out for a week.”

Professional wrestling is fake. Trump’s punches weren’t.

Hours before the match, WWE officials had roped the participants into one final walk-through. Vince McMahon was busy handling the production preparations and didn’t attend. So when it came time to rehearse Trump’s attack on WWE’s top man, Ali stood in for McMahon.

Ali gave Trump instructions on how to hit him on the head to avoid actual injury. Because it was just a rehearsal, he figured Trump would go easy. He figured wrong.

“He proceeds to punch me in the top of the head as if he was hammering a nail in the wall. He punched me as hard as he could,” Ali said. “His knuckle caught me on the top of my head, and the next thing I know, I’ve got an egg-sized welt on the top of my head. He hit me as hard as he could, one, two, three. I was like, ‘Holy shit, this guy.’”

“He actually hit Vince, too,” Ali said. “Which made it even funnier. That’s how Vince would want it.”

Back in the ring, Austin ducked under a punch from Umaga and then made him the match’s first victim of a Stone Cold stunner. Umaga stumbled toward the center of the ring, where Lashley floored him with a move called a running spear. Lashley pinned Umaga, Austin counted him out, Trump declared victory, and McMahon began to cry as he ran his fingers through hair that would soon be gone.

“I don’t think Donald’s hair was ever truly in jeopardy,” Lawler said.

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Even as he was shaving McMahon’s head, Trump knew that he’d soon join the list of the match’s losers.

‘It May Be One Of The Uglier Stone Cold Stunners In History’

Moments after the match ended, before he raised Trump and Lashley’s arms in victory, Austin handed out his second stunner of the night to Shane McMahon. Vince McMahon tried to escape the same fate. But Lashley chased him down, threw him over his shoulder and hauled McMahon back to the ring, where he, too, faced the stunner.

Trump’s reaction in this moment was a little disappointing. He offered only the most rigid of celebrations, his feet nailed to the floor as his knees flexed and his arms flailed in excitement. It’s as if he knew his joy would be short-lived. He, too, would end up the one thing he never wants to be: a loser.

“Woo!” Trump yelled, before clapping in McMahon’s face while Austin and Lashley strapped their boss into a barber’s chair. “How ya doin’, man, how ya doin’?” he asked, taunting McMahon with a pair of clippers. Then he and Lashley shaved the WWE chairman bald.

As a suitably humiliated McMahon left the ring, Austin launched his typical celebration, raising his outstretched hands in a call for beers that someone ringside was supposed to toss his way. Trump is a famous teetotaler, but Austin shoved a beer can into his hand anyway.

“I didn’t know that Donald Trump didn’t drink,” Austin said. “I didn’t know that back then.”

It didn’t matter. For veteran wrestling fans, the beers were a sign that Stone Cold had a final treat to deliver.

“I threw beer to everybody I got in the ring with,” he said. “Here’s the bait, and it’s the hook as well. Long as I get him holding those beers, everybody knows that anybody who … takes one of my beers is gonna get stunned.”

As McMahon trudged away, Austin climbed to the top rope, saluted the crowd and dumped the full contents of a can into his mouth. Then he hopped down ― and blew the roof off Ford Field.

He turned, kicked Trump in the stomach and stunned him to the floor.

“Austin stunned The Donald!” Ross screamed.

Trump failed to fully execute the move. He didn’t quite get his chin all the way to Austin’s shoulder; then he halfway pulled out of the move before falling to his knees and lying flat on his back.

“It may be one of the uglier Stone Cold stunners in history,” Ross said.

“He’s not a natural-born athlete,” Austin said. “I just remember the stunner didn’t come off as smooth as it would have had he been one of the guys. But we never rehearsed it. He didn’t even know what it was. Vince botched half the ones I gave him [and] Vince is a great athlete. So that’s no knock on Donald Trump.”

And despite Trump’s less-than-stellar wrestling and acting in the ring, those who were close to the action at WrestleMania 23 were impressed by his willingness to even take the stunner.

“We put him in some very unique positions that a lot of people ― big-name actors in Hollywood ― wouldn’t do because they didn’t want to risk looking bad,” Ross said. “He had the balls to do it.”

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Trump didn’t sell the Stone Cold stunner all that well, but at least, commentator Jim Ross said, “he had the balls to do it.”

‘You Could Argue That Nothing In Wrestling Has Any Meaning’

For almost a decade, the stunning of Donald Trump remained a relic of WWE lore, a moment rehashed occasionally by diehard wrestling fans but forgotten otherwise.

WWE’s ratings tumbled later in 2007, amid congressional scrutiny of steroid use and wrestler deaths. That June, wrestler Chris Benoit murdered his wife and son and then killed himself. He was 40 years old.

Edward Smith Fatu, the wrestler known as Umaga, died from a heart attack in 2009. He was 36.

Lashley, who did not respond to interview requests, left WWE in 2008 after a failed pursuit of the WWE title and an injury that sidelined him for months. He is now a mixed martial arts fighter and the champion of Total Nonstop Action Wrestling.

In 2009, Trump returned to “Monday Night Raw” with a proposal to buy it from McMahon, promising fans that he would run the first Trump-owned episode without commercials. WWE and the USA Network, which broadcast “Raw,” even sent out a press release announcing the sale. When WWE’s stock price plummeted, it was forced to admit that the whole thing was a publicity ploy. The faux sale raised questions about whether everyone involved had violated federal law, but the Securities and Exchange Commission apparently had better things to investigate.

Trump was inducted into the WWE Hall of Fame in 2013, over a chorus of boos from the fans at Madison Square Garden. The Battle of the Billionaires was, at the time, WWE’s highest-grossing pay-per-view broadcast, drawing 1.2 million pay-per-view buys and $24.3 million in global revenue, according to WWE’s estimates. It’s also the most notorious of Trump’s interactions with the company. But that’s about all the significance it really holds.

“You could argue that nothing in wrestling has any meaning,” said Beekman, the historian. The feud between Trump and McMahon “was an angle, and it was a successful angle, and then they moved on to the next one.”

Vince and Linda McMahon together donated $7.5 million to super PACs that backed Trump’s winning presidential campaign. Linda McMahon had earlier spent nearly $100 million on two failed efforts, in 2010 and 2012, to get herself elected to the U.S. Senate. In December, Trump nominated her to head the Small Business Administration, a Cabinet-level job potentially at odds with the methods she and her husband had used to build WWE into a wrestling empire ― but one to which she was easily confirmed. (Neither the McMahons nor the president chose to comment on the president’s WWE career.)

Linda McMahon once took a Stone Cold stunner, too, so Steve Austin is responsible for stunning at least two top Trump administration officials. But he has doled out thousands of those in his career, and until he was reminded, he didn’t even remember what year he had laid Trump out.

“I’ve stunned a couple members of the Cabinet,” Austin said. “But I don’t think about it like that. It was so long ago. I don’t know Donald Trump. We did business together, we shook hands, and I appreciated him taking that. But I don’t sit here in my house, rubbing my hands together thinking, ‘Aw, man, I was the only guy that ever stunned a United States president.’”

“Yeah, it’s pretty cool,” Stone Cold said. “But it was part of what I did. To me, hey, man, it’s just another day at the office.”


Affaire Fillon: On l’a bien niqué (As corruption allegations spread to another member of Macron’s team, shady suit donor and Sarkozy close friend confirms how he delivered the final blow to Fillon with the help of the media)

28 juin, 2017
https://s1-ssl.dmcdn.net/MmRw/320x240-cbP.jpgAu fond, je n’ai jamais cru en Fillon. (…) C’est Sarko que j’aime. C’est un bandit mais je l’aime. Il est comme moi : un affectif, un métèque. D’ailleurs, je ne l’ai jamais trahi, je lui racontais tout de mes discussions avec Fillon. (…) J’ai appuyé sur la gâchette. (…) À la fin, il m’a dit “T’as vu Robert : On l’a bien niqué.”  Robert Bourgi
Ce n’est qu’au prix de beaucoup d’hypocrisie que l’on se voile la face sur la collusion entre certains juges et les médias. Les premiers livrent aux seconds des informations couvertes par le secret professionnel, ils reçoivent en contrepartie un soutien tactique de leur action par une promotion médiatique compréhensive de leur démarche. Il ne s’agit rien de moins que d’une instrumentalisation réciproque avec les dangers que cela comporte, chacun pouvant finalement être dupe de l’autre, et le citoyen des deux. Jean-Claude Magendie
L’habit ne fait pas le moine. Que @francoisfillon soit transparent sur ses frais, ses collaborateurs et Force Républicaine ! Rachida Dati (09.07.2014)
Si Fillon donne sa circo à NKM, ce sera la guerre, et, faites gaffe, j’ai des munitions, je vais lui pourrir sa campagne. Rachida Dati (18.01.2017)
Ceux qui ne respectent pas les lois de la République ne devraient pas pouvoir se présenter devant les électeurs. Il ne sert à rien de parler d’autorité quand on n’est pas soi-même irréprochable. Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ? François Fillon (28.08.2016)
De nous, les Français attendent transparence et intégrité : pour rétablir ordre et confiance, l’exemple doit venir d’en haut. François Fillon (18.09.2016)
Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le MoDem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes, et d’autre part illégal. Le MoDem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire à cette exigence. Corinne Lepage (2004)
Est-il normal qu’un parlementaire embauche un membre de sa famille ? C’est parfaitement légal en France, parfaitement illégal au niveau européen et c’est du reste la raison pour laquelle Marine Le Pen a rencontré des difficultés pour l’emploi de son compagnon Monsieur Alliot. C’est légal, est-ce éthique ? Le sujet dépasse bien évidemment François Fillon puisqu’il concernerait le cinquième des membres du Parlement. Pour autant, il semble bien que les Français n’acceptent plus cette forme de népotisme. Mais il est évident que François Fillon n’est pas dans un cas particulier même s’il était quelque peu choquant de l’entendre dire que le parlementaire faisait ce qu’il voulait de l’enveloppe qui lui était remise dans la mesure où il s’agit quand même de fonds publics. Il n’est probablement pas contestable que Pénélope Fillon ait soutenu son mari dans sa carrière politique. Pour autant, était-ce un travail d’attaché parlementaire et ce travail a-t-il été différent lorsque elle était rémunérée et lorsqu’elle ne l’était pas. Deux autres questions se posent : quel type de travail a-t-il été fait durant la période où Madame Fillon a été employée par le suppléant de son mari ; quel a été le travail fait pour la revue des deux mondes en dehors des deux notes de lecture dont il a été fait état. C’est à toutes ces questions qu’il faudra répondre très rapidement pour évacuer ou non la question juridique. Il n’en reste pas moins que les affirmations de Madame Fillon elle-même, les contradictions entre les déclarations de François Fillon et celles de ses soutiens dont Bernard Accoyer sur la présence de Madame Fillon au Parlement, les pressions qui auraient été exercées sur Christine Kelly qui doit être entendue aujourd’hui par les enquêteurs laissent une impression désagréable. Au-delà, c’est tout un mode de fonctionnement du monde politique qui est interpellé. Corinne Lepage (27.01.2017)
Je vois les incroyables conséquences de toutes ces affaires. La première, c’est que, évidemment, lorsque vous vous présentez avec un programme très dur devant les gens, en leur demandant des sacrifices et des efforts et qu’il se découvre que pour vous-même, vous n’avez pas les mêmes règles, les mêmes disciplines ou les mêmes exigences, ça rend extrêmement difficile ce programme. Ça, c’est la première chose. (…) Et puis, deuxième chose, il y a une idée que je combattrai sans cesse avec indignation, cette idée qu’on essaie de faire passer, c’est que tout le monde fait la même chose. Et je veux dire que ce n’est pas vrai ! Je veux dire qu’il y a en France des élus qui respectent les règles, des gens qui trouvent normal d’avoir la discipline élémentaire d’être simplement dans une démarche de bonne foi, et je trouve scandaleux et même infâme qu’on essaie de faire croire que tout le monde ferait la même chose. François Bayrou (26.02.2017)
J’ai accompagné François Fillon au Trocadéro car je pensais qu’il abandonnait. François Baroin
François pensait que c’était un bon moyen d’accompagner Fillon vers la sortie. Il estimait que plus on taperait sur Fillon, plus on le braquerait, c’est pour ça qu’il était là au Trocadéro ! Proche de François Baroin
En dépit d’une présentation arrangée et orientée à dessein, il n’est fait état de strictement aucune forme d’illégalité dans cet article. Par conséquent, il n’y a rien à commenter. Seule la loi doit primer, l’État de droit, rien que l’État de droit, pas un pseudo ordre moral. Proche de Richard Ferrand
Muriel Penicaud n’a pas contesté l’irrégularité (…) Maintenant il y a une enquête. Cette enquête doit permettre d’y voir clair. Je vous invite à attendre les résultats de l’enquête avant de montrer du doigt tel ou tel qui serait en responsabilité.  Et je vous invite même à ne pas chercher à affaiblir tel ou tel (…) parce que vous avez raison, nous sommes dans un moment important pour la ministre du Travail. Christophe Castaner (porte-parole du gouvernement Philippe)
Garrido et Corbière vivent-ils indûment dans un HLM ? Les accusations portées à l’encontre du couple sont inexactes mais la défense de Raquel Garrido l’est également. Car de fait, ils vivent bien dans un HLM, depuis peu, même si ce n’était pas le cas au départ. (…) Le nouvel appartement, dans l’extrême est parisien, est un F4 d’un peu plus de 80 mètres carrés dans lequel le couple vit désormais avec trois enfants. Lors de l’emménagement en 2003, l’appartement est un logement «à loyer libre». Au début des années 2000, le parc immobilier des bailleurs sociaux parisiens compte environ 50 000 de ces logements particuliers. Pour y entrer, aucun plafond de ressource, ni de plafonnement des loyers similaire aux seuils en vigueur pour les HLM. Du coup, ces appartements sont en dessous des prix du marché, mais au-dessus des loyers HLM. Actuellement, le couple paye 1 230 euros (955 hors charges) pour 84 mètres carrés. En décembre 2007, Jean-Paul Bolufer, le directeur de cabinet de Christine Boutin (alors ministre du Logement), est épinglé pour son appartement, dans le Ve arrondissement de Paris, de 190 mètres carrés pour 1 200 euros par mois, soit à peine 6,30 euros du mètre carré. Il s’agit évidemment… d’un logement à loyer libre, loué par la même RIVP. Plusieurs élus sont dans la même situation. La municipalité socialiste de Paris demande alors aux ministres et parlementaires concernés de rendre leurs logements sociaux et annonce sa volonté de «reconventionner» ces logements, c’est-à-dire de les reverser au parc HLM. L’objectif : «créer» du logement social à moindres frais et «moraliser» le parc social. Ce que Raquel Garrido ne précise pas, c’est que l’immeuble où se situe l’appartement du couple fait partie de ceux qui ont été reconventionnés, nous indique une source de la RIVP. Plus précisément, le logement est depuis 2016 un prêt locatif à usage social (PLUS), le plus commun des HLM. Il s’agit de la catégorie intermédiaire, entre les PLAI (prêt locatif aidé d’intégration), correspondant aux logements dits «très sociaux», et les PLS (prêt locatif social), sorte de HLM «de luxe». (…) Ce qui signifie que si le couple de porte-parole n’a pas intégré de logement social en 2003, il vit bien dans un HLM depuis environ un an, contrairement à ce qu’a affirmé Raquel Garrido. (…) le couple jouit aujourd’hui d’un loyer très en deçà des prix du marché, sans pour autant que leur situation n’apparaisse choquante à la RIVP. Celle-ci a en effet la possibilité de faire jouer l’article 17-2 de la loi du 6 juillet 1989 pour augmenter un loyer, si celui-ci est manifestement sous-estimé au regard des prix du marché. C’est l’extrêmité à laquelle la régie est arrivée concernant Jean-Pierre Chevènement : alors sénateur, il occupait un de leurs logements sociaux, un «bel appartement de 120 mètres carrés dans le quartier du Panthéon, pour 1 519 euros mensuels, un loyer qui s’élèverait dans le privé à 3 500 euros», comme nous l’écrivions en 2011. Compte tenu de son patrimoine immobilier par ailleurs important, la RIVP avait fait jouer l’article 17-2 et révisé son loyer à la hausse. Le fait que Garrido et Corbière ne soient pas visés par une telle démarche de la RIVP montre donc que leur situation, pour être avantageuse, n’est en rien comparable à celle de l’ancien maire de Belfort. Libération
C’est compliqué de trouver en deux semaines, mais oui, je vais habiter dans ma circonscription. Est-ce que ça aura lieu dans trois, quatre ou cinq mois, je ne peux pas vous dire. Je ne sais pas si ce sera à Bagnolet ou à Montreuil, je ne sais pas si je vais acheter ou louer, et je je dois aussi négocier avec mes trois enfants… Mais je tiendrai parole. Alexis Corbière
Ce fut une très fructueuse opération pour chacun, une sorte de hold-up républicain dont le gras butin permit de rétribuer généreusement chacun des complices. (…) Ensuite, il ne faut pas perdre de vue que la majorité macronienne, hors abstention, votes blancs et nuls, suffrages d’opposition et désormais votes modémistes est en réalité très faible dans le pays. Le soufflé En marche ne s’est pas pour le moment transformé en meringue solide et ce n’est pas la relation ambiguë qu’entretiennent Macron et son Premier ministre, Philippe, qui facilitera ce travail de densification. (…) Le divorce Macron-Bayrou n’est donc pas la fin d’un marché de dupes mais la manifestation d’une rapide clarification. Le problème est qu’on ne sait pas ce qu’elle clarifie vraiment, le macronisme étant l’expression d’un pouvoir personnel purement opportuniste, prêt à s’adapter sans souci de formes à toutes les circonstances, s’appuyant sur des élus ayant tous trahi leurs formations d’origine. Quand la réalité est volatile, l’extrême souplesse est un atout qui peut tourner à la confusion. Dans cette sarabande, Bayrou, désormais à nouveau dans l’opposition, va pouvoir retrouver son goût inné pour cette dernière. Ivan Rioufol
L’affaire Richard Ferrand, sortie par Le Canard Enchaîné dans son édition du 24 mai, aurait pu être révélée par l’AFP. Des journalistes de l’Agence étaient en effet en possession des informations, mais la rédaction en chef France n’a pas jugé le sujet digne d’intérêt. Qu’un possible scoop sur une affaire politico-financière impliquant le numéro deux du nouveau parti au pouvoir ne soit pas jugé intéressant, voilà qui est troublant. Surtout après les affaires Fillon et Le Roux qui ont émaillé la campagne présidentielle, et alors que le nouveau président Emmanuel Macron affirme vouloir moraliser la vie politique. Généralement, un média met les bouchées doubles pour enquêter sur ce type d’informations quand elles se présentent. Pas à l’AFP, où les courriels de journalistes adressés à la rédaction-en-chef France soit sont restés sans réponse, soit ont reçu une réponse peu encourageante. Faute d’avoir pu donner l’affaire Ferrand en premier, ces mêmes journalistes de l’AFP ont eu la possibilité de sortir un nouveau scoop deux jours après l’article du Canard : le témoignage exclusif de l’avocat qui était au coeur de la vente de l’immeuble litigieux des Mutuelles de Bretagne en 2010-11. Mais avant même qu’une dépêche ait été écrite, la rédaction en chef France a refusé le sujet. C’était pourtant la première fois qu’une source impliquée dans le dossier confirmait les informations du Canard et pointait la possibilité d’une infraction pénale de M. Ferrand. L’AFP se contentera, quelques jours plus tard, de mentionner d’une phrase le témoignage de l’avocat interviewé par Le Parisien. Ce même témoignage qui conduira à l’ouverture d’une enquête par le parquet de Brest…. Ce n’est pas tout : avant l’affaire Ferrand, le 17 mai, juste après la nomination du nouveau gouvernement, une dépêche annonce que François Bayrou, nouveau garde des Sceaux, devra lui-même faire face à des juges, dès le 19 mai, après son renvoi en correctionnelle pour diffamation. Mais la dépêche n’a pas été diffusée, la rédaction en chef France trouvant son intérêt « trop limité ». Deux jours plus tard, l’info sera en bonne place dans les médias nationaux. L’AFP décidera alors de la reprendre ! Interrogée jeudi par les syndicats lors de la réunion mensuelle des délégués du personnel, la direction de l’information de l’AFP s’est montrée incapable de justifier de manière argumentée les choix de sa rédaction en chef. Tout cela fait beaucoup d’infos sensibles étouffées en quelques jours. Pour ceux qui ont travaillé sur le dossier, il y a de quoi être écoeuré et découragé. L’Agence France Presse, l’une des trois grandes agences d’informations mondiales, dont le statut rappelle l’indépendance, a-t-elle peur de diffuser des informations sensibles quand celles-ci risquent de nuire au nouveau pouvoir politique élu ? Le SNJ-CGT appelle la direction et la rédaction en chef de l’AFP à s’expliquer sur le traitement incompréhensible de l’affaire Ferrand. SNJ-CGT AFP
Richard Ferrand est à nouveau visé par des révélations du Canard enchaîné. Contrairement à ce qu’il affirmait quand François Fillon était sous le feu des critiques, le député et nouveau patron de la République en marche à l’Assemblée nationale estime qu’il ne doit pas subir le tempo du tribunal médiatique… Il n’envisage donc aucune démission. L’hebdomadaire satirique évoque pourtant cette semaine les faveurs accordées par l’ancien socialiste à sa compagne, Sandrine Doucen. En 2000, elle est embauchée aux Mutuelles de Bretagne, dont il est alors le patron. Elle devient, à 25 ans et encore étudiante en droit, directrice du personnel. Elle complète aussi ses revenus par un “petit job” au château de Trévarez, un domaine qui appartient au département du Finistère. Il est géré par un comité d’animation, lui-même présidé par le conseiller général… Ferrand. En 2004, elle quitte son emploi aux mutuelles de Bretagne, ayant terminé ses études pour devenir avocat. Elle a, pendant ce laps de temps, touché 80 000 euros. “Financée par les mutualistes et les contribuables locaux”… Valeurs actuelles
Je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar al-Assad était un préalable à tout. Car personne ne m’a présenté son successeur légitime ! Mes lignes sont claires. Un : la lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux, nos ennemis. […] Nous avons besoin de la coopération de tous pour les éradiquer, en particulier de la Russie. Deux : la stabilité de la Syrie, car je ne veux pas d’un État failli. L’utilisation d’armes chimiques donnera lieu à des répliques, y compris de la France seule. Emmanuel Macron
Un jour, je parlerai, mais c’est trop tôt. J’ai envie de savoir d’où c’est venu et comment ça s’est passé. François Fillon
François Fillon (…) reste taraudé par cette unique question : qui a déclenché, voire orchestré les affaires qui ont ruiné son image, puis ses chances? Pour lui, c’est certain, quelqu’un « a guidé la main » de ses accusateurs… Dans sa tête tournent et retournent trois hypothèses : « Le pouvoir ; quelqu’un de mon camp ; un autre personnage extérieur à la politique [dont il ne veut pas dire le nom]. (…) Tout a commencé par un tête à tête dans un restaurant parisien. François Fillon et Anne Méaux, dirigeante de l’agence de communication Image 7, dînent au calme pour préparer la primaire. Anne Méaux, qui s’apprête à superviser la com de la campagne, dit avoir « posé la question franchement » : « François, est-ce qu’il y a des choses que je dois savoir? » L’interrogation est abrupte, bien dans le style de cette femme d’affaires coriace et avisée, experte en gestion de crise, toujours l’air mal réveillé et le portable jamais très loin de l’oreille, dont la réputation est de parler cash à ses clients, les grands patrons comme les politiques. Ce qu’elle demande ce soir-là, c’est si François Fillon a des casseroles. Comme un dernier check avant le décollage. Elle n’a pas oublié la réponse : « Sans la moindre hésitation, il m’a dit : ‘Non Anne, il n’y a rien.’ » Avec le recul de la défaite et l’avalanche des révélations qui ont piégé son champion, Anne Méaux reste persuadée qu’il était sincère : « Fillon est quelqu’un d’honnête. » (…) « François a voulu gagner du temps, il misait sur le fait que l’affaire n’allait pas prendre », raconte un membre de l’équipe, persuadé qu’il aurait fallu au contraire s’excuser au plus vite, voire promettre de rembourser pour tenter de tuer l’affaire dans l’œuf… Anne Méaux, en déplacement, assure n’avoir appris les accusations contre Penelope Fillon que ce soir-là. De retour le lendemain, elle va s’investir à fond dans la gestion de crise de la campagne. (…) Elle assure avoir été interloquée en entendant le candidat promettre qu’il renoncerait en cas de mise en examen. « C’était une improvisation totale, dit-elle. En sortant, je lui demandé pourquoi il avait dit cela. Il m’a simplement répondu : ‘Mais Anne, parce que je ne serai jamais mis en examen.’ » À sa décharge, la plupart des avocats discrètement consultés pronostiquaient alors que Fillon était à l’abri de toute poursuite… Au QG aussi, dans le bureau du directeur de campagne, le staff est stupéfait. Seul Stefanini, devant sa télé, trouve l’improvisation géniale. « Plus personne n’osera le mettre en examen maintenant! » prédit-il à chaud. Mais le « Penelopegate » est désormais un feuilleton judiciaire. « C’est vite devenu une campagne impossible », se souvient Thierry Solère. Les sondages plongent. À chaque déplacement, le candidat est attendu par des militants de gauche armés de casseroles. « J’ai vu François avoir peur physiquement », raconte un élu. « On a multiplié des visites sécurisées, se rappelle un membre de l’équipe. En février, l’agenda s’est vidé. » Au fil des semaines, les avocats du couple Fillon, Antonin Lévy et Pierre Cornut-Gentille, comprennent que l’affaire ne sera pas classée. Le 17 février dans Le Figaro, le candidat martèle qu’il ira « jusqu’à la victoire » quoi qu’il arrive, signe qu’il n’exclut plus une mise en examen. Plus qu’un revirement, une volte-face. Le bateau tangue. La campagne s’enfonce. « Il fallait déminer un truc par jour, y compris mille choses fausses, peste Anne Méaux. On m’a appelée pour savoir si j’avais prêté 50.000 euros à Fillon! » Le candidat, lui, semble sur un chemin de croix. « François tenait bon, mais il était anéanti par ce qu’il faisait vivre à sa famille, se remémore la conseillère. Je l’ai vu avoir envie de tout arrêter à plusieurs reprises, pour que leur cauchemar à eux s’arrête. Dans ces moments de doute, il disait : si je lâche, je suis lâche. » D’où l’idée de recaler la stratégie de com : « On a insisté sur son courage, cela pouvait devenir une force. » (…) « Tous les éléments de l’affaire judiciaire étaient sur la table, on s’était expliqué sur tout, martèle Anne Méaux. On allait pouvoir reparler du programme, le plus dur était derrière nous. Mais le dimanche suivant, il y a eu les costumes… » Elle refuse d’entrer dans les détails de cette matinée, où elle fut interrogée sur le chèque de 13.000 euros signé le 20 février par un « ami donateur » pour offrir deux costumes sur mesure à François Fillon. A-t-elle cru, sur le moment, à une nouvelle « fake news »? Probable. Elle appelle aussitôt Fillon qui, contre toute attente, confirme l’épisode et lui révèle le nom du donateur : Robert Bourgi, l’intrigant avocat des réseaux franco-africains. (…) avec la révélation sur les costumes, elle s’est mise à douter à son tour de la suite – même si elle dit avoir cru jusqu’au bout à un miracle dans les urnes. « Son score de 20%, c’est quand même mieux que celui de Chirac en 2002, plaide-t-elle à présent. C’était jouable. » « Aujourd’hui encore, je ne sais pas ce qu’il fallait faire », confie François Fillon. Le perdant de mai a regardé les législatives de juin « de l’extérieur, en spectateur ». Il assure avoir « tourné la page ». Il continue de jongler à l’infini avec ses « trois hypothèses » et espère bien connaître un jour le nom de celui qui, en lançant le « Penelopegate », l’a empêché de devenir président. JDD
Ce fut le coup de grâce, comme le pensent les proches du candidat déchu. « Les costumes nous ont tués », dit sa communicante Anne Méaux quelques jours après le premier tour de l’élection présidentielle. Sans eux, la campagne eut sans doute été différente ; Fillon commençait à surmonter le « Penelopegate » quand, le 11 mars, Le Journal du dimanche a révélé l’existence de ces mystérieux cadeaux à plus de 40 000 euros. « Qui a payé les costumes de François Fillon ? » titrait alors le journal sans révéler l’identité du bienfaiteur. Il a fallu quatre jours à peine pour que Robert Bourgi, 72 ans, « Bob » pour les intimes, entre en scène. Son nom est sorti dans la presse, toujours associé aux mêmes termes – « Françafrique », « porteur de valises », « intermédiaire sulfureux » – tel un secret d’initiés, sans que l’on sache qui est réellement cet homme. Personne n’a cherché à comprendre quels liens réels l’unissent à François Fillon. Comment ce sphinx enrichi sous le soleil des Bongo, ce « bourricot », comme il s’appelle lui-même, roi de la diplomatie parallèle adoubé par Sarkozy, a-t-il pu approcher de si près le candidat de la droite ? (…) Fillon prend le large, Bob se sent méprisé. Alors il dégaine. Et il l’avoue aujourd’hui sans gêne, lové dans son cashmere bleu ciel : « J’ai appuyé sur la gâchette. » Samedi 11 mars 2017, Anne Méaux appelle François Fillon sur son portable. « Est-ce qu’il y a quelqu’un qui t’a offert des costumes ? Un mec un peu bizarre, paraît-il… » Le JDD, sous la plume de Laurent Valdiguié, s’apprête à sortir l’affaire le lendemain, sans révéler le nom de l’avocat, à sa demande. « Merde… Bourgi », lâche Fillon. Sa communicante est effondrée, le « Penelopegate » n’était donc qu’un zakouski. (…) deux costumes ont été payés par chèque pour un montant de 13 000 euros. Étrange… D’habitude, il règle en liquide. Le nom de Bourgi circule dans les rédactions – de nombreux journalistes connaissent ses largesses. L’avocat leur susurrait d’ailleurs depuis quelques semaines : « Quand même, ce Fillon, il est gourmand, il a des goûts de luxe… » Un premier Tweet évoque son nom avant que Le Monde confirme. (…) Puis, après avoir annoncé sa décision de rendre les costumes, Fillon le traite sur BFM d’« homme âgé qui n’a plus aucune espèce de responsabilité ». « Tu m’as traité de vieux ? Là, tu as franchi la ligne jaune, gronde Bob au téléphone. Tu n’aurais pas dû, tu as fait pleurer ma petite Clémence. Je ne te le pardonnerai jamais. » Le supplice chinois n’en finit pas, alors que le premier tour de la présidentielle approche. Sur RTL et Mediapart, Bourgi cogne encore, prétendant que Fillon n’a pas rendu les costumes. (…) Quelques jours après la défaite de François Fillon au pre mier tour, Robert Bourgi va déjeuner rue de Miromesnil, dans les bureaux de Nicolas Sarkozy. (…) Bourgi le salue puis tombe dans les bras de Sarkozy. Ils ont mille choses à se dire ; la droite est à terre, la gauche en miettes, un jeune de 39 ans va entrer à l’Élysée, voilà de quoi réfléchir à l’avenir. (…) À la fin, il m’a dit “T’as vu Robert : On l’a bien niqué.” » Bob a ri puis il est reparti, le cœur un peu lourd. Si Fillon l’avait écouté, pense-t-il ; s’il l’avait surtout bien traité, l’histoire aurait peut-être été différente. Sur le chemin, une nouvelle fois, Bourgi a essayé d’appeler l’ami auquel il voulait du bien. Sophie des Déserts

Vous avez dit collusion ?

Alors qu’avec la démission de déjà quatre ministres en trois jours dont celui de la Justice

Et la reprise, une fois l’élection passée, du feuilleton des affaires concernant une nouvelle ministre

Que – l’on croit rêver – le porte-parole vient d’enjoindre la presse de ménager

Pendant que du côté de l’opposition républicaine et entre deux passages au camp de l’adversaire, le dézingage a repris de plus belle contre leur ancien candidat …

Et que l’on apprend, sur fond d’obamisation rampante d’une présidence de plus en plus versaillaise et désormais pro-russe

Comment l’AFP étouffe les informations gênantes pour le nouveau pouvoir …

Que leurs homologues américains inventent …

Comment ne pas voir…

Avec le peu d’intérêt qu’a soulevé le long portrait, pourtant particulièrement révélateur, que vient de consacrer Vanity Fair  à Robert Bourgi  …

La confirmation, via l’assassinat politique du seul véritable adversaire de l’actuel président  puis le classique barrrage au FN, du hold up électoral que l’on vient de vivre …

Où, dépité du rôle de conseiller Afrique espéré après l’échec à la primaire de son ami Sarkozy puis la soudaine prise de distance de son vainqueur Fillon …

L’ancien et sulfureux avocat de la Françafrique avait …

Avec l’affaire des costumes et la complicité active des médias et des juges comme de ses prétendus amis

Porté le coup de grâce au candidat de la droite et du centre …

Qui sûr de son bon droit avait certes bien imprudemment lancé les hostilités

Mais commençait justement à surmonter le « Penelopegate » ?

My tailor is rich
Robert Bourgi a offert au candidat des Républicains les fameux costumes qui ont précipité sa chute. Puis il est retourné en coulisses. Qui est cet étrange bienfaiteur ? À quel jeu joue-t-il ? A-t-il agi dans l’ombre de son vieil ami Nicolas Sarkozy ?
Sophie des Déserts l’a écouté et mené l’enquête pour démêler l’écheveau de sa vérité.
Sophie des Déserts
Vanity Fair
Juillet 2017

L’ami Fillon ne répond plus. Ces premiers jours de mai, il a encore tenté de le joindre mais rien, toujours cette messagerie pénible au bout du fil et le muguet fané dans son bureau parisien de l’avenue Pierre-I er -de-Serbie. « François est aux abonnés absents, se désole Robert Bourgi en cet après-midi pluvieux. Il a disparu, personne ne sait où il est. » La voix se traîne, onctueuse dans un parfum d’encens « rapporté de La Mecque », précise-t-il, soucieux des détails. Café serré, verbe délié, il suggère le tutoiement. L’air est un peu lourd dans cette pièce sans lumière chargée d’un demi-siècle de souvenirs : statues, bibelots, grigris d’Afrique et peintures d’Orient, photos des enfants et des présidents sur la cheminée – Jacques Chirac en bras de chemise vintage avec Bernadette, Nicolas Sarkozy tout sourire. Bourgi s’enfonce dans son fauteuil, poupon repu prêt à faire la sieste. Ses doigts caressent le tissu de sa veste. « C’est du Arnys, note-t-il, lèvres joueuses. Tout… même mes chaussettes. » Bourgi répète à l’envi le nom de l’enseigne luxueuse désormais célèbre jusque dans les campagnes françaises, la griffe des fameux costumes qu’il a offerts à François Fillon.

Ce fut le coup de grâce, comme le pensent les proches du candidat déchu. « Les costumes nous ont tués », dit sa communicante Anne Méaux quelques jours après le premier tour de l’élection présidentielle. Sans eux, la campagne eut sans doute été différente ; Fillon commençait à surmonter le « Penelopegate » quand, le 11 mars, Le Journal du dimanche a révélé l’existence de ces mystérieux cadeaux à plus de 40 000 euros. « Qui a payé les costumes de François Fillon ? » titrait alors le journal sans révéler l’identité du bienfaiteur. Il a fallu quatre jours à peine pour que Robert Bourgi, 72 ans, « Bob » pour les intimes, entre en scène. Son nom est sorti dans la presse, toujours associé aux mêmes termes – « Françafrique », « porteur de valises », « intermédiaire sulfureux » – tel un secret d’initiés, sans que l’on sache qui est réellement cet homme. Personne n’a cherché à comprendre quels liens réels l’unissent à François Fillon. Comment ce sphinx enrichi sous le soleil des Bongo, ce « bourricot », comme il s’appelle lui-même, roi de la diplomatie parallèle adoubé par Sarkozy, a-t-il pu approcher de si près le candidat de la droite ?

« Toi, tu ne connais pas Robert Bourgi », m’a-t-il dit d’un rire gourmand lors de notre première rencontre. Il y en aura cinq autres, dans ce bureau où son épouse avocate, Catherine, passait quelquefois une tête timide avant de se faire rabrouer. Il faut écouter longuement Bourgi pour comprendre, digérer toutes ces anecdotes romanesques qu’il balance sans filet, tenter de les recouper et aussi interroger ceux, nombreux, qui ont croisé sa route sinueuse – diplomates, journalistes, politiques. L’un d’entre eux m’a soufflé un soir : « Méfiez-vous, Robert Bourgi, c’est de la nitroglycérine. »

Il a charmé Fillon au volant d’une Aston Martin. Ce printemps 2008, Bob fait chanter le moteur V12 biturbo de son bolide dans la cour de Matignon. Le premier ministre vient l’accueillir : « Décidément, tu ne te refuses rien… » Berluti aux pieds, Bourgi soulève le capot, s’incline fièrement. Qu’il est heureux de ce déjeuner de retrouvailles. « Sacré François », il n’a pas tellement changé depuis leur rencontre en 1980 : toujours ce petit côté province, un peu envieux, un peu raide. Bourgi retrouve le « beau garçon timide » qu’il était, jeune attaché parlementaire au côté de son député, Joël Le Theule, l’élu de la Sarthe devenu ministre de la défense. À l’époque, Bourgi aussi se tenait bien sage dans l’ombre de Jacques Foccart. « Le Doyen », comme il l’appelait, grand manitou de la Françafrique, l’introduisait alors dans les cercles du pouvoir, par fidélité à son père, Mahmoud Bourgi, un riche commerçant libanais chiite installé au Sénégal qui fut l’un de ses correspondants.

Robert, né Hassan avant d’être francisé par les bonnes sœurs de Dakar comme son frère jumeau, décédé si vite, a fait des études de droit, une thèse remarquée sur « De Gaulle et l’Afrique noire ». En ce début des années 1980, Foccart le présentait alors aux dirigeants français et africains, dont Omar Bongo, le président de ce Gabon rempli de pétrole et d’uranium, si stratégique pour la France et si prodigue pour le RPR (le Rassemblement pour la République, dissous dans l’UMP en 2002, lui-même rebaptisé Les Républicains en 2015). C’était le bon vieux temps. Bourgi se pose depuis toujours en héritier du Doyen. Tant pis si son maître ne lui a donné aucun rôle officiel (hormis un poste de conseiller en 1986 au ministère de la coopération), ni même quelques lignes dans ses Mémoires. Tant pis si Bourgi, devenu avocat en 1992, a finalement surtout servi les potentats africains, Omar Bongo, bien sûr, son généreux « Papa » qui l’a couvert d’or durant trente ans, mais aussi Denis Sassou-Nguesso (président du Congo), Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire)… Dieu sait qu’il a fallu œuvrer pour les contenter tous, gérer les commissions, les fonds secrets, les opposants, les journalistes, les maîtresses, les enfants cachés… Mais enfin, de là à prétendre servir la France, en fils autoproclamé de Foccart ! Bourgi ne craint rien puisque le vieux gaulliste n’a pas eu de descendance. Et puis quand Parkinson a rongé le Doyen, quand il n’y avait plus personne, Bob, lui, était là. Il débarquait avec son grand rire et ses boîtes de caviar Beluga. Les dernières confidences, les vrais, jure-t-il, ont été pour lui.

Devant Fillon, en ce printemps 2008, Bourgi se souvient : « Foccart t’aimait beaucoup, il disait que tu irais loin… Il avait donc raison. Moi- même, je suis impressionné par ta vaste connaissance du monde, de l’Orient, de l’Afrique. » Il sait y faire. C’est son métier, depuis trois décennies, en français, en arabe, en wolof, sur les deux rives de la Méditerranée, Bob murmure à l’oreille des puissants.

Sa question revient toujours : « Alors, comment ça va avec Sarko ? » demande Bourgi quand il voit Fillon. Le premier ministre souffre, il l’avoue ; il se plaint du mépris du président de la République, de son ingérence, de Guéant qui occupe l’espace médiatique. Bob compatit, propose de plaider sa cause. Il est proche de « Nicolas ». Fillon le sait sans imaginer à quel point. Bourgi a rallié Sarkozy dès 2005, après avoir tant « aimé », selon ses propres termes, son meilleur ennemi, Dominique de Villepin. À l’époque, cela s’est fait sans bruit. Bourgi racontera plus tard s’être senti méprisé par le premier ministre de Chirac, qui l’écartait à l’ap – proche de la présidentielle. Blessure, coup de poignard, comme un étrange avant-goût de l’histoire Fillon… Difficile de savoir ce qui s’est vraiment passé dans ces années. Avec Bob, la vérité est souvent complexe. « En réalité, Robert Bourgi a changé de cheval quand il a réalisé que Villepin, malmené à Matignon après le CPE [contrat première embauche], était grillé, affirme Michel de Bonnecorse, ancien conseiller Afrique de Chi – rac. Alors, il est parti avec armes et bagages chez Sarkozy. » Sa proximité avec les chefs d’État africains fut alors aussi précieuse que sa connaissance intime de Villepin.

« Sarko a compris qu’il valait mieux avoir Bob avec lui, pas seulement parce qu’il a une bonne capacité de nuisance et quelques facilités à rapporter des valises de billets… » glisse un proche des deux hommes. Deux ans avant la présidentielle de 2007, Bourgi a intégré le premier cercle des donateurs de Nicolas Sarkozy et fêté son investiture par l’UMP au côté de la fille d’Omar Bongo et de son ministre des finances. Il est à l’Élysée, au premier rang, le jour de la passation de pouvoir. Et quelques mois plus tard, « Nicolas » lui remet la légion d’honneur. Gloire à Bourgi, devant un parterre de hauts dignitaires africains, sa femme Catherine, leurs grands enfants et la petite dernière, Clémence, née d’un amour foudroyant dont il parle à tous avec émotion. « Cher Robert, tu sais que la passion tourmente, le taquine Sarkozy en louant son infatigable combat pour les relations franco-africaines. Cette distinction, porte-la. Porte-la pour moi et pour la France. » Bourgi ne s’en prive pas, la médaille marque tous ses costumes. Les hommes du quai d’Orsay et de la DGSE peuvent bien continuer d’écrire sur lui des notes appelant à la prudence, il s’en moque.

« Robert Bourgi s’est véritablement épanoui en Sarkozie, rappelle le journaliste Antoine Glaser, co- auteur de l’excellent Sarko en Afrique (Plon, 2008). Soudain, il ne passait plus par les petites portes, il agissait désormais au grand jour. » Tout lui est permis : garer sa Maserati dans la cour de l’Élysée, couvrir de parfums et de chocolats les secrétaires, narguer la cellule diplomatique, manœuvrer avec Claude Guéant au Bristol, imposer une rencontre avec Gbagbo et même demander la tête du secrétaire d’État à la coopération, Jean-Marie Bockel. Requête d’Omar Bongo, plaide Bourgi en mars 2008. Apparemment, le vieux président gabonais n’en pouvait plus d’entendre un sous-ministre promettre la fin « de la Françafrique moribonde ». Sarkozy renvoie Bockel. Le soir même, dans un palace, Bourgi sable le champagne avec le nouveau secrétaire d’État, Alain Joyandet, qu’il passe à Bongo par téléphone. Cadeau pour « Papa » qui, du temps de sa splendeur, faisait défiler les politiques français dans sa suite du Meurice, avec quelques petites offrandes. Bourgi suggère aussi à Joyandet d’aller s’incliner à Libreville, au bras de Claude Guéant ; lui précède le convoi, comme il le fait toujours, dans un avion privé avec une journaliste de Canal +. Alain Joyandet ne conteste pas cet épisode. Claude Guéant peine à retenir un sourire en se remémorant ce moment. « Bourgi a de la ressource et de l’orgueil aussi, derrière son côté bateleur, analyse-t-il, mine radieuse dans ses bureaux de l’avenue George-V. On ne peut pas toujours se contenter des canaux officiels, vous savez… Il m’a toujours été très utile, par ses analyses, sa connaissance charnelle de l’Afrique. »

L’affaire Bockel a été gérée en dehors de Matignon. Une fois encore, Fillon a regardé passer les trains. Bob s’en désole lors de leurs déjeuners : « Je sais, Nicolas te traite injustement. Il veut toute la lumière. Moi, je sens que tu as endossé le costume du premier ministre, tu prends de l’épaisseur. » À mesure que le quin quennat avance, les mots de Bourgi deviennent plus doux encore. Son influence fléchit avec la mort de Bongo, le départ de Guéant à Beauvau, l’arrivée de Juppé au quai d’Orsay. Bourgi a besoin d’appui pour rester dans le jeu. Fillon le voit de plus en plus souvent. À Matignon, certains conseillers s’en inquiètent. L’un d’eux se souvient lui avoir demandé : « Comment peux-tu être copain avec cette canaille de Bourgi ? » Le premier ministre s’est agacé : « Pourquoi dis-tu ça ? C’est mon ami, il est sympa, c’est un type fiable et une mine de renseignements. »

Une vieille connaissance de Sablé-sur-Sarthe, le journaliste Pierre Péan avec qui Fillon discute régulièrement, l’utilise d’ailleurs comme informateur. Grâce à Bourgi, il a révélé l’affairisme de Kouchner et ses fameux rapports sur le système de santé gabonais grassement payés par Bongo (Le Monde selon K., Fayard 2009). Bob le nourrit pour un autre ouvrage au titre prometteur : La République des mallettes. Blagues coquines au Fouquet’s S eptembre 2011, Bourgi a frappé. Seul, avant même la sortie du livre. Il lâche la bombe dans Le JDD – déjà – avec cette citation en « une » : « J’ai vu Chirac et Villepin compter les billets. » L’interview est signée Laurent Valdiguié, le journaliste qui lancera l’affaire des costumes. Bob se fait plaisir et raconte tout, comme dans un « SAS » : les noms de code utilisés pour communiquer (« Mamadou » pour Villepin, « Chambrier » pour lui) ; les djembés dans lesquels circulaient les billets de Blaise Compaoré avant la campagne de 2002 ; les valises de cash expédiées par Mobutu, Bongo, Wade…

Le système a pris fin avec Sarkozy, insiste l’avocat. Selon lui, une dizaine de millions de dollars auraient ainsi été remis à Villepin, sans compter les cadeaux, masques africains, manuscrits, buste napoléonien… Bourgi n’a pas de preuve, les faits sont prescrits, Mobutu et Bongo, morts. Wade menace de porter plainte. Mais il ne le fait pas, Villepin non plus, étrangement (seul Jean-Marie Le Pen, cité ultérieurement dans la liste des bénéficiaires, a attaqué Bourgi en diffamation et gagné). Pourquoi ? L’ancien premier ministre de Chirac a fini par me répondre, entre deux avions, indigné que ce silence judiciaire puisse être interprété comme un aveu. Il ne veut pas être cité, surtout ne pas rallumer les vieilles histoires, mais il a toujours pensé que « Robert » avait été téléguidé par le camp Sarkozy pour tuer sa candidature à la présidentielle de 2012. On rap – porte cette hypothèse à Bourgi mi-mai, devant quelques chouquettes. « Tout ça n’est pas entièrement faux… » soupire-t-il. Puis, après quelques bouffées de cigare : « À l’époque, j’ai quand même fait la “une” du Monde, souviens-toi du titre : “Les déclarations qui ont fait trembler la République”. »

Après ça, Robert Bourgi a décidé d’écrire ses Mémoires. Il a du temps, la Hollandie l’a écarté du pouvoir ; ses tentatives d’approche du nouveau président par quelques déjeuners – avec le secrétaire d’État chargé de la francophonie, Jean-Marie Le Guen, notamment – sont restées vaines. En 2013, Bourgi réunit alors ses souvenirs et quelques documents soigneusement cachés en Corse, la terre de sa femme, et à Beyrouth. Devant la vierge en bois du XVIII e siècle, cadeau de Foccart, le Coran à portée de main, il se confesse à Laurent Valdiguié. Un contrat d’éditeur est signé chez Robert Laffont, plus de 400 pages alléchantes dans lesquelles il raconte les petits arrangements de la classe politique, en incluant quelques amis sarkozystes. Il dit alors qu’il veut se laver, apaiser sa conscience. Son épouse est heureuse : elle le croit rangé des voitures. Qu’elle est douce, la vie loin du pouvoir.

François Fillon aussi souffle, il répond vite quand Bob l’appelle. Les deux amis vont déjeuner dans leurs luxueuses cantines, au Flandrin, au George-V, au Ritz ou au Fouquet’s, « sur la terrasse, pour regarder passer les filles », précise Bourgi. Fillon n’embraie pas sur ses blagues coquines, Villepin et Sarko étaient plus drôles. Mais au fil du temps, tout de même, le Sarthois se déride. Il aime la bouffe, les bons vins, surtout le Saint-Julien. Il sait apprécier les jolies choses. Les vestes forestières de Robert lui ont tapé dans l’œil. « Tiens, remarque Fillon. Ça vient de chez Arnys », belle maison mais devenue si chère. Depuis le rachat de la marque par Bernard Arnault, le président de LVMH, on ne lui fait plus de prix, il n’a plus les moyens. Son manoir de Beaucé lui coûte en entretien. Heureusement, il a quelques amis généreux qui l’invitent en vacances, Marc Ladreit de Lacharrière dans son chalet au ski, le patron de Ferrari à Capri. Il aura besoin de mécènes : Fillon se prépare pour l’Élysée. Il s’y voit, persuadé que Sarkozy va bientôt sombrer dans les affaires judiciaires. Comme toujours, la conversation glisse sur l’ancien président. « Que dit, que fait Nicolas ? » demande Fillon. Les spéculations durent des heures.

Bob jubile, il est encore au cœur des batailles de la droite, il va pouvoir raconter ça aux chefs d’États africains, redorer son blason, prouver son inoxydable influence et la monnayer. L’avocat souffle à Fillon ce qu’il veut entendre. Vraiment, oui, il a l’étoffe d’un président. Maintenant, il faut aller chercher des voix en Afrique, il l’aidera. Puis il faut se lâcher un peu, accepter les selfies avec les gens. « Vas-y, souris, va serrer des pinces, pousse-t-il Fillon au cours d’un de leurs dé jeuners. Pareil, avec les journalistes, mettre de l’huile. » Bourgi propose de lui en présenter, il les fréquente depuis si longtemps. L’avocat se targue même d’être le témoin du dernier mariage de l’ancien patron du Canard enchaîné, Claude Angeli. « Enfin, tout Paris connaît Bourgi, tonne-t-il. Je suis à ton service. » Les preuves de l’amitié sont là. Bourgi prend son téléphone, appelle quelques journalistes influents : « Fillon gagne à être connu, tu sais… Viens donc déjeuner avec nous au Véfour. » Évidemment, comme toujours, c’est lui qui régale, en cash. Le Libanais a le geste large.

À Noël 2014, un samedi matin, il re – joint « François » au Fouquet’s – le moral est faible, sa mère va mal. Bourgi le prend dans ses bras et file en Maserati chez Arnys. « Une tenue anglaise pour M. Fillon », commande-t-il au vendeur qu’il connaît bien. Allez, 5 180 euros, c’est pour lui peu de chose, il a bien offert quelques cravates Hermès à Guéant et des bottes cavalières de la même marque à une ancienne ministre. C’est ainsi en Afrique, on « cadotte », dans un mélange de calcul et de générosité sincère. L’ami François, touché, le remercie chaleureusement. « Il était si triste ce jour-là, se souvient l’avocat. J’ai voulu lui montrer mon affection. Sarko, il a tout ! Fillon, c’est facile de lui faire plaisir. » Fin août 2015, la Bentley de Bourgi file vers la Sarthe. Son chauffeur l’a déjà conduit plusieurs fois au grand hôtel de Solesmes pour déjeuner avec Fillon. Une bonne bouteille entre hommes et il repartait, sans se montrer. « Secret de deux, secret de Dieu ; Secret de trois, secret de tous », lui a appris Foccart. Une fois, une seule, il est venu accompagné de Macky Sall, le président du Sénégal qui eut droit, après les agapes, à une visite privée de l’abbaye de Solesmes.

Mais ce 26 août 2015, Bourgi apparaît en public au grand meeting de rentrée de Fillon, au milieu des militants. Il prétend que Sarkozy l’a appelé aussitôt, ivre de rage. « Je conserve mon estime et mon affection à Nicolas, indique-t-il alors, docte, au JDD. Mais ses dernières déclarations sur l’islam et l’immigration ne passent pas. »

Supplice chinois et menaces de mort

Quel jeu joue Robert Bourgi ? Ce 23 janvier 2016, il s’envole pour Bordeaux. Alain Juppé, alors favori des sondages, signe son dernier livre à la librairie Mollat. L’avocat en achète une pile pour Clémence, sa fille chérie qui brille dans une hypokhâgne de la ville. Il l’envoie au feu demander des autographes : « Je crois que vous connaissez mon père », ose-t-elle. La scène m’a été confirmée par des proches du maire de Bordeaux. Bourgi attend au fond de la salle. Il le sait : Alain Juppé ne l’apprécie guère ; il lui en veut d’avoir sali son nom, raconté partout qu’il l’avait emmené en tournée au Gabon et au Sénégal après sa condamnation en 2004. Depuis, c’est terminé. Ministre des affaires étrangères, il l’a même écarté d’un voyage officiel, pour la prestation de serment du président ivoirien Alassane Ouattara à Yamoussoukro. Là, tout de même, il le salue. Aussitôt Bourgi manifeste son envie de le revoir. « Écrivez-moi à mon QG », élude poliment Juppé. Bob a pris sa plume, s’excusant des « turpitudes du passé ». C’est sa grande formule, celle qu’il a aussi servie à Chirac et Villepin pour se faire pardonner après les révélations des mallettes. L’ancien professeur de droit écrit dans une belle langue nourrie de références à Saint-Exupéry et Malraux. Mais Juppé ne répond pas. « Pourquoi un tel mépris ? » s’interroge-t-il aujourd’hui encore.

Fillon, lui, tergiverse sur tout et ne décolle pas dans les sondages. Pas terrible pour les affaires, de miser sur le mauvais cheval… Finalement, en avril 2016, sur le site du Figaro, Bourgi « affirme haut et fort que [son] candidat s’appelle Nicolas Sar-kozy ». Un matin, on l’interroge sur ses revirements successifs. Il gémit, l’œil colère derrière les lunettes. « Oh mais elle m’embête, celle-là ! » Puis, soudain les mots jaillissent d’un trait, du fond du coffre. « Au fond, je n’ai jamais cru en Fillon. Tu comprends ma grande ? Tu me suis ? C’est Sarko que j’aime. C’est un bandit mais je l’aime. Il est comme moi : un affectif, un métèque. D’ailleurs, je ne l’ai jamais trahi, je lui racontais tout de mes discussions avec Fillon. » On écarquille les yeux, avant de se remémorer les propos de Claude Guéant entendus quelques jours plus tôt. « Bourgi est un fidèle, disait-il. Le lien avec Nicolas n’a jamais été rompu.»

Au lendemain de sa victoire à la primaire, Fillon reçoit un nouveau coup de fil de la maison Arnys : « Vous avez reçu en cadeau deux costumes. » Un vendeur passe à son appartement parisien lui présenter des liasses de tissus afin qu’il choisisse. Ses mensurations sont déjà enregistrées à la boutique. Le candidat des Républicains découvre alors le petit mot de félicitations de Bourgi. Fillon le remercie, d’un simple smiley. Mais Bob, lui, veut voir Fillon, trinquer autour d’un bon cassoulet, parler enfin sérieusement de son rôle de conseiller, de ce think tank sur l’Afrique qu’ils ont déjà évoqué. Il pense pouvoir revenir dans la course, effacer ces petits mois d’infidélité au nom de tous les bons moments passés ensemble. « Désolé. Suis sous l’eau », textote Fillon. L’Élysée est désormais à sa portée. Il ne peut plus jouer avec le feu, ignorer les mises en garde contre Bourgi, les messages envoyés par des diplomates à son directeur de campagne, Patrick Stefanini. Le député Bernard Debré se souvient d’une discussion particulièrement franche en dé cembre 2016 : « Je l’ai dit à François : “Si tu veux que je m’occupe de l’Afrique, je ne veux pas de Bourgi dans les pattes. Ce type est dangereux.” »

Fillon prend le large, Bob se sent méprisé. Alors il dégaine. Et il l’avoue aujourd’hui sans gêne, lové dans son cashmere bleu ciel : « J’ai appuyé sur la gâchette. » Samedi 11 mars 2017, Anne Méaux appelle François Fillon sur son portable. « Est-ce qu’il y a quelqu’un qui t’a offert des costumes ? Un mec un peu bizarre, paraît-il… » Le JDD, sous la plume de Laurent Valdiguié, s’apprête à sortir l’affaire le lendemain, sans révéler le nom de l’avocat, à sa demande. « Merde… Bourgi », lâche Fillon. Sa communicante est effondrée, le « Penelopegate » n’était donc qu’un zakouski. Fillon tente aussitôt de joindre Bob sur son portable. Attablé en famille au Bristol, il laisse sonner. Puis, après trois appels, finit par décrocher. « Fillon est paniqué, se souvient-il. Il me dit “Robert, ça va sortir demain. Ne dis rien, les journalistes vont te piéger. Laisse moins monter au créneau.” » L’avocat répond qu’il ne pourra ni nier, ni mentir : deux costumes ont été payés par chèque pour un montant de 13 000 euros. Étrange… D’habitude, il règle en liquide. Le nom de Bourgi circule dans les rédactions – de nombreux journalistes connaissent ses largesses. L’avocat leur susurrait d’ailleurs depuis quelques semaines : « Quand même, ce Fillon, il est gourmand, il a des goûts de luxe… » Un premier Tweet évoque son nom avant que Le Monde confirme. Bourgi fuit les caméras et s’envole pour le Liban de ses parents. Devant la télé d’un palace de Beyrouth, il mesure le respect que Fillon lui porte. « Un ami », entend-il dans sa bouche, sur France 2. Coup de fil immédiat de Bourgi le remerciant. Puis, après avoir annoncé sa décision de rendre les costumes, Fillon le traite sur BFM d’« homme âgé qui n’a plus aucune espèce de responsabilité ». « Tu m’as traité de vieux ? Là, tu as franchi la ligne jaune, gronde Bob au téléphone. Tu n’aurais pas dû, tu as fait pleurer ma petite Clémence. Je ne te le pardonnerai jamais. » Le supplice chinois n’en finit pas, alors que le premier tour de la présidentielle approche. Sur RTL et Mediapart, Bourgi cogne encore, prétendant que Fillon n’a pas rendu les costumes. L’avocat triomphe sur les ondes mais dans la rue, un retraité l’accuse de mener la droite au naufrage. Des menaces de mort lui parviennent au bureau. Son épouse le supplie de se calmer. « J’ai bien tenté, murmure-t-elle un matin, entre deux portes. Il était déchaîné. » Quelques jours après la défaite de François Fillon au pre mier tour, Robert Bourgi va déjeuner rue de Miromesnil, dans les bureaux de Nicolas Sarkozy. Comme toujours, il a des bal lotins de La Maison du chocolat dans les mains, et un petit flacon d’Habit rouge de Guerlain au fond de sa poche pour se parfumer en route. Comme toujours, il arrive en avance pour voir qui le précède. Ce jour-là, c’est Tony Estanguet qui porte la candidature de Paris aux prochains Jeux olympiques. Bourgi le salue puis tombe dans les bras de Sarkozy. Ils ont mille choses à se dire ; la droite est à terre, la gauche en miettes, un jeune de 39 ans va entrer à l’Élysée, voilà de quoi réfléchir à l’avenir. Bob annonce qu’il a finalement renoncé à publier ses Mémoires : « Trop dangereux, dit-il. Ce sera pour les Archives nationales après ma mort. » Sarkozy, qui a eu le privi- lège de lire quelques passages, salue la décision de son ami et le félicite pour ses récentes prestations à la radio. Le ton est chaleureux, la table excellente. Bourgi se régale : « Sarko n’a touché ni au vin ni à la tarte au citron, se souvient-il. Mais il était en grande forme. À la fin, il m’a dit “T’as vu Robert : On l’a bien niqué.” » Bob a ri puis il est reparti, le cœur un peu lourd. Si Fillon l’avait écouté, pense-t-il ; s’il l’avait surtout bien traité, l’histoire aurait peut-être été différente. Sur le chemin, une nouvelle fois, Bourgi a essayé d’appeler l’ami auquel il voulait du bien.

Voir aussi:

Penelopegate : dans les coulisses de la campagne de François Fillon

JDD

17 juin 2017

CONFIDENCES – « J’ai envie de savoir d’où c’est venu », indique François Fillon, qui continue à chercher la main qui aurait guidé ses accusateurs. Dimanche, le JDD raconte, de l’intérieur, toutes les coulisses de la campagne du candidat LR.

Depuis le 23 avril, il se tait. Muré dans son échec. « Un jour, je parlerai, mais c’est trop tôt », glisse François Fillon au JDD, la voix comme encore cassée par sa défaite. Puis il se reprend. « J’ai envie de savoir d’où c’est venu et comment ça s’est passé. » Il reste taraudé par cette unique question : qui a déclenché, voire orchestré les affaires qui ont ruiné son image, puis ses chances? Pour lui, c’est certain, quelqu’un « a guidé la main » de ses accusateurs… Dans sa tête tournent et retournent trois hypothèses : « Le pouvoir ; quelqu’un de mon camp ; un autre personnage extérieur à la politique [dont il ne veut pas dire le nom]. »

La façon dont lui a répondu aux soupçons et conduit sa campagne pendant la tourmente? « Honnêtement, je ne suis pas là-dessus, répond-il. Je suis tourné vers l’avenir. Et puis seul le résultat compte : si j’avais gagné, on aurait dit que j’avais tout bien géré ; comme j’ai perdu, on dit qu’on a tout fait mal. » Si c’était à refaire? « C’est tellement difficile de répondre à cette question », souffle-t-il. Et pourtant…

« François nous a menti, à tous, tout le temps »

Tout a commencé par un tête à tête dans un restaurant parisien. François Fillon et Anne Méaux, dirigeante de l’agence de communication Image 7, dînent au calme pour préparer la primaire. Anne Méaux, qui s’apprête à superviser la com de la campagne, dit avoir « posé la question franchement » : « François, est-ce qu’il y a des choses que je dois savoir? » L’interrogation est abrupte, bien dans le style de cette femme d’affaires coriace et avisée, experte en gestion de crise, toujours l’air mal réveillé et le portable jamais très loin de l’oreille, dont la réputation est de parler cash à ses clients, les grands patrons comme les politiques. Ce qu’elle demande ce soir-là, c’est si François Fillon a des casseroles. Comme un dernier check avant le décollage. Elle n’a pas oublié la réponse : « Sans la moindre hésitation, il m’a dit : ‘Non Anne, il n’y a rien.' »

Avec le recul de la défaite et l’avalanche des révélations qui ont piégé son champion, Anne Méaux reste persuadée qu’il était sincère : « Fillon est quelqu’un d’honnête. » Sincère peut-être, mais surtout secret, insondable. Y compris pour ses proches. « Il nous a menti, à tous, tout le temps », tranche le député Thierry Solère, qui fut le porte-parole du candidat. Une formule sèche qui résume la douloureuse épreuve que fut, pour ceux qui y ont participé, cette campagne au bord de la crise de nerfs.

Le diable a semé son premier détail un mardi. Ce 24 janvier, alors que les rotatives du Canard enchaîné impriment l’épisode 1 de ce qui va devenir le « Penelopegate », au QG de François Fillon, un immeuble froid et vitré de la rue de Vaugirard, on tire les rois. La droite ne le sait pas encore, mais elle vit ses dernières minutes de paix. Dans la galette, la fève est un chat noir. « C’était un très mauvais présage, se souvient Thierry Solère. On a ri un peu jaune, et juste après on a découvert Le Canard. » Dans l’ascenseur qui le conduit ensuite au 5e étage du QG, pour une réunion d’urgence dans le bureau du candidat, son téléphone crépite, mais il laisse sonner.

Le visage de François Fillon est sombre. « Encore un peu plus que d’habitude, se rappelle un participant. Impossible de savoir depuis quand il était au courant. » Sa garde rapprochée ignorait tout de l’affaire. Tout le monde est sonné. « Le Canard m’avait interrogé sur mes revenus et j’avais répondu, mais pas sur ma femme ; moi aussi, j’ai tout découvert ce soir-là », assure Fillon. Rien n’avait donc été anticipé pour préparer une réaction. D’autant que, lorsque ceux qui vont devoir mener la campagne avec lui le questionnent – « Y a-t-il d’autres sujets dont nous devrions parler? » – l’ancien Premier ministre oppose le même laconisme.

Cette réunion de crise est la première d’une longue série. François Fillon déteste ces moments bruyants où chacun s’exprime dans un mélange de fièvre et de confusion. « François a horreur de prendre une décision à chaud et en public », se désole un de ses anciens compagnons. Le candidat doit pourtant trancher : faut-il contre-attaquer, annoncer une plainte contre Le Canard enchaîné? « D’entrée, il a écarté cette idée, en disant qu’il ne voulait pas mêler la justice à la campagne », se souvient Thierry Solère. Dans la pièce, cette décision surprend tout le monde. Le porte-parole rédige un bref communiqué. « François a voulu gagner du temps, il misait sur le fait que l’affaire n’allait pas prendre », raconte un membre de l’équipe, persuadé qu’il aurait fallu au contraire s’excuser au plus vite, voire promettre de rembourser pour tenter de tuer l’affaire dans l’œuf… Anne Méaux, en déplacement, assure n’avoir appris les accusations contre Penelope Fillon que ce soir-là. De retour le lendemain, elle va s’investir à fond dans la gestion de crise de la campagne.

Anne Méaux : « Je ne suis peut-être pas Einstein, mais moi aussi, j’ai vu tout de suite que cet argument était désastreux »

Elle qui s’était juré de ne plus faire de politique (« Je n’aime pas ce milieu », dit-elle) a replongé pendant la primaire parce qu’elle « aimait les idées de Fillon ». Quand le scandale éclate, elle forme avec Patrick Stefanini, le directeur de campagne, un drôle de tandem autour du candidat : elle, ancienne collaboratrice de Giscard, militante d’extrême droite dans sa jeunesse, au parler rude mais qui vouvoie Fillon ; lui, ancien préfet chiraquien austère et discret, qui tutoie le candidat mais ne s’énerve jamais en public. Deux droites, deux mondes, deux styles. Tout les oppose mais ils ont gagné ensemble la primaire. Sur le front judiciaire, ce duo yin et yang va voler en éclats…

Le matin de la parution du Canard, François Fillon est en déplacement à Bordeaux. Pour sa défense, il dénonce la « misogynie » de l’article accusateur. « C’est du Méaux!, croit savoir un proche de Stefanini. Au QG, on est tombé des nues. » La conseillère enrage : « Je n’y suis strictement pour rien. Je ne suis peut-être pas Einstein, mais moi aussi, j’ai vu tout de suite que cet argument était désastreux. » Les premières tensions apparaissent et l’affaire s’emballe.

Deuxième réunion de crise, le jeudi 26 janvier dans le bureau de François Fillon. Ordre du jour : préparer son interview au 20 Heures de TF1, où il doit s’expliquer devant les Français. Thierry Solère, Patrick Stefanini, Sébastien Lecornu, directeur adjoint de la campagne planchent en attendant le candidat. Bruno Retailleau, chef des fillonistes au Sénat, les rejoint. Dans un silence lugubre, il leur annonce qu’outre sa femme, « François a également fait travailler deux de ses enfants ». « La présidence du Sénat a eu l’idée de regarder et on a découvert les deux contrats », explique Retailleau. Tous les présents se dévisagent, bouche bée. Lecornu, jeune président du conseil départemental de l’Eure (il est né en 1986) et proche de Bruno Le Maire, brise la glace : « Si ce soir François ne prend pas les devants et n’évoque pas lui-même le salaire de ses enfants, ce sera un mensonge par omission, puis un parjure, puis un feuilleton, puis la mort. »

L’hypothèse de la défaite, celle du chat noir, fait surface. À cet instant, François Fillon pousse la porte du bureau. « Il faisait la moue, relatera Lecornu. Il nous a écoutés silencieusement, puis il est parti à la télé sans que l’on sache ce qu’il avait décidé. » Anne Méaux est avec le candidat à TF1. « Bien sûr qu’il fallait anticiper, concède-t-elle. Ceux qui me connaissent savent bien que je suis pour la transparence, pour tout dire tout de suite. » À l’antenne, face à Gilles Bouleau, Fillon évoque de lui-même ses enfants. Mais en prétendant qu’il les a fait travailler pour lui au Sénat parce qu’ils étaient avocats – en réalité, ils étaient encore étudiants. Pour Anne Méaux, « François a été excellent ce soir-là… à une phrase près. » Elle assure avoir été interloquée en entendant le candidat promettre qu’il renoncerait en cas de mise en examen. « C’était une improvisation totale, dit-elle. En sortant, je lui demandé pourquoi il avait dit cela. Il m’a simplement répondu : ‘Mais Anne, parce que je ne serai jamais mis en examen.' » À sa décharge, la plupart des avocats discrètement consultés pronostiquaient alors que Fillon était à l’abri de toute poursuite…

« J’ai vu François avoir peur physiquement »

Au QG aussi, dans le bureau du directeur de campagne, le staff est stupéfait. Seul Stefanini, devant sa télé, trouve l’improvisation géniale. « Plus personne n’osera le mettre en examen maintenant! » prédit-il à chaud. Mais le « Penelopegate » est désormais un feuilleton judiciaire. « C’est vite devenu une campagne impossible », se souvient Thierry Solère. Les sondages plongent. À chaque déplacement, le candidat est attendu par des militants de gauche armés de casseroles. « J’ai vu François avoir peur physiquement », raconte un élu. « On a multiplié des visites sécurisées, se rappelle un membre de l’équipe. En février, l’agenda s’est vidé. »

Avec l’affaire, un nouveau personnage a fait son apparition : Penelope Fillon. Anne Méaux est chargée de l’assister, de la soutenir. Elle la décrit comme « une femme admirable, un peu timide, qui déteste les mondanités ». Les Français découvrent cette Galloise effacée aux cheveux courts lors du meeting parisien du 29 janvier, bouquet de fleurs dans les mains mais aux lèvres, un sourire fané. Si l’image est soigneusement calculée, la bande-son reste muette. « Bien sûr, il aurait fallu qu’elle prenne la parole plus tôt, admet Anne Méaux. C’était prévu au lendemain du meeting, cependant quand les avocats ont appris que les Fillon étaient convoqués, ils ont préféré qu’elle réserve ses explications à la police. » Ensuite, le candidat s’est envolé pour faire campagne à La Réunion. « Penelope ne voulait pas s’exprimer en son absence, c’est ce qui fait qu’on a trop traîné », précise Anne Méaux. Début février, France 2 déniche une ancienne interview, où Penelope Fillon expliquait n’avoir jamais travaillé pour son mari. Encore un jour sombre…

Je l’ai vu avoir envie de tout arrêter à plusieurs reprises, pour que leur cauchemar à eux s’arrête

Au fil des semaines, les avocats du couple Fillon, Antonin Lévy et Pierre Cornut-Gentille, comprennent que l’affaire ne sera pas classée. Le 17 février dans Le Figaro, le candidat martèle qu’il ira « jusqu’à la victoire » quoi qu’il arrive, signe qu’il n’exclut plus une mise en examen. Plus qu’un revirement, une volte-face. Le bateau tangue. La campagne s’enfonce. « Il fallait déminer un truc par jour, y compris mille choses fausses, peste Anne Méaux. On m’a appelée pour savoir si j’avais prêté 50.000 euros à Fillon! » Le candidat, lui, semble sur un chemin de croix. « François tenait bon, mais il était anéanti par ce qu’il faisait vivre à sa famille, se remémore la conseillère. Je l’ai vu avoir envie de tout arrêter à plusieurs reprises, pour que leur cauchemar à eux s’arrête. Dans ces moments de doute, il disait : si je lâche, je suis lâche. » D’où l’idée de recaler la stratégie de com : « On a insisté sur son courage, cela pouvait devenir une force. » Sans mesurer que parmi les chefs de la droite, ce courage commence à être perçu comme de l’entêtement.

Mardi 28 février, sur le coup de midi, le juge Serge Tournaire envoie un mail à Antonin Lévy. « À 16 heures dans mon bureau », ordonne le magistrat. L’avocat est à Washington, il prend le premier vol pour Paris. Son confrère Pierre Cornut-Gentille fonce au pôle financier, où il apprend de la bouche du magistrat que l’avis de mise en examen est parti. Nouvelle réunion de crise au QG dans la soirée. Comment rendre la nouvelle publique sans donner l’impression de subir ? Anne Méaux, jusque-là favorable aux conférences de presse (« des face-à-face physiques », dit-elle), prône « une banalisation de l’annonce », le lendemain matin, au Salon de l’agriculture, où le candidat est attendu. Fillon choisit l’option inverse : il annule sa visite et convoque les journalistes le lendemain, après avoir vu les ténors de la droite.

« Tu crois que je devrais renoncer? »

À l’issue de la réunion, Patrick Stefanini quitte un François Fillon « touché ». Pour le directeur de campagne, l’hypothèse du retrait prend du poids. « Je vais réfléchir, en parler avec ma femme », lui dit le candidat en partant. Cette nuit-là, l’ancien Premier ministre est décidé de ne rien lâcher à personne, y compris aux fidèles qui attendront en vain, le lendemain matin, à l’entrée du Salon porte de Versailles. « Il y avait trop de risque de fuites », justifie Anne Méaux, critiquant d’une formule crue bien à elle ces « politiques qui parlent sous eux ».

Le 1er mars à 8h10 tombe le communiqué qui annonce l’annulation de sa visite porte de Versailles, sans autre précision. Au même moment, Fillon appelle Stefanini depuis sa voiture. « Tu crois que je devrais renoncer? » interroge-t-il pour la première fois. « Oui », répond sobrement Stefanini. Le candidat ne dévoile rien de ses intentions. Quelque chose vient de se briser entre eux. « Ce matin-là, Anne Méaux et Bruno Retailleau ont pris le contrôle, décode un proche de Stefanini. Ils se sont installés au secrétariat et ils ont classé dans l’ordre ceux qui pourraient rentrer dans le bureau de Fillon. » Quand Bruno Le Maire arrive au QG, il n’est pas au courant de la mise en examen. « Retailleau refusait qu’on lui dise! Stefanini a pris sur lui de lui annoncer », raconte un témoin de la scène. Xavier Bertrand est introduit dans le bureau du candidat. « En ne demandant pas à Fillon de partir ce matin-là, Bertrand a eu un rôle déterminant », expliquera Stefanini à ses proches. Dans l’équipe, tout le monde se renvoie la faute. Seuls Gérard Larcher et Bernard Accoyer, le président du Sénat en exercice et l’ex-président de l’Assemblée, plaident droit dans les yeux pour l’abandon (même s’ils s’en défendront après-coup). « À partir de là, on a vu défiler les fillonistes de deuxième zone, se souvient un témoin. Ils étaient mobilisés pour regonfler Fillon à bloc. » Solère, partisan du retrait, affirme avoir été empêché de voir celui dont il était censé être le porte-parole.

Ébranlé, le candidat s’accroche encore. « Jusqu’au meeting du Trocadéro [le dimanche suivant], toutes les options sont restées ouvertes », confie Anne Méaux. Solère démissionne. Lecornu s’en va. Les juppéistes jettent l’éponge. Stefanini renonce à son tour. Quand le JDD.fr dévoile sa lettre de démission, le QG est le théâtre d’une scène surréaliste : pendant que Fillon est en ligne avec l’AFP pour affirmer que Stefanini reste à son côté, le même Stefanini indique sur une autre ligne à un autre journaliste de l’agence qu’il s’en va. Une équipe B va entrer en piste. « Dès la fin de matinée, on a vu arriver au QG des gens de Sens commun », se souvient un des démissionnaires.

C’est cette deuxième équipe qui organise le meeting du Trocadéro. Ce dimanche matin, 5 mars, Penelope Fillon parle pour la première fois, dans le JDD. « Oui, j’ai vraiment travaillé pour mon mari », jure l’épouse du candidat. L’entretien, décidé le vendredi soir, n’annonce en rien un retrait. Au contraire, il prouve que le clan a formé le carré, quand les juppéistes et les sarkozystes n’en finissent pas de se diviser. Plus la droite est fracturée, plus Fillon croit en ses chances. « Tous les éléments de l’affaire judiciaire étaient sur la table, on s’était expliqué sur tout, martèle Anne Méaux. On allait pouvoir reparler du programme, le plus dur était derrière nous. Mais le dimanche suivant, il y a eu les costumes… » Elle refuse d’entrer dans les détails de cette matinée, où elle fut interrogée sur le chèque de 13.000 euros signé le 20 février par un « ami donateur » pour offrir deux costumes sur mesure à François Fillon. A-t-elle cru, sur le moment, à une nouvelle « fake news »? Probable. Elle appelle aussitôt Fillon qui, contre toute attente, confirme l’épisode et lui révèle le nom du donateur : Robert Bourgi, l’intrigant avocat des réseaux franco-africains. « Dans cette histoire, j’aurai tout appris au fur et à mesure », analyse Anne Méaux, spectatrice aux premières loges du mystère Fillon – une énigme personnelle et psychologique bien plus que judiciaire.

« Avec les costumes de Bourgi, Anne a été vraiment soufflée, certifie un ami de la communicante. Fillon l’a bien senti, à tel point qu’il lui a demandé si elle aussi, elle allait le lâcher. » Anne Méaux ne confirme pas ce propos. « Ce n’est pas mon genre de lâcher les gens », avance-t-elle pour toute réponse. Cependant, avec la révélation sur les costumes, elle s’est mise à douter à son tour de la suite – même si elle dit avoir cru jusqu’au bout à un miracle dans les urnes. « Son score de 20%, c’est quand même mieux que celui de Chirac en 2002, plaide-t-elle à présent. C’était jouable. » Nombreux sont ceux, dans l’entourage du candidat, qui pensent au contraire que cette obstination était une folie.

« Aujourd’hui encore, je ne sais pas ce qu’il fallait faire », confie François Fillon. Le perdant de mai a regardé les législatives de juin « de l’extérieur, en spectateur ». Il assure avoir « tourné la page ». Il continue de jongler à l’infini avec ses « trois hypothèses » et espère bien connaître un jour le nom de celui qui, en lançant le « Penelopegate », l’a empêché de devenir président. Comme si d’autres responsabilités primaient sur la sienne dans son échec. Comme si ce n’était pas lui, tout simplement, le chat noir de la droite.

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Richard Ferrand à nouveau épinglé par «le Canard enchaîné»

POLEMIQUE « En dépit d’une présentation arrangée et orientée à dessein, il n’est fait état de strictement aucune forme d’illégalité dans cet article », a réagi l’entourage du député…

20 Minutes avec AFP

 27/06/17

Les ennuis continuent pour Richard Ferrand. Le Canard enchaîné a de nouveau épinglé, dans son édition à paraître mercredi, le député de La République en marche (LREM) qu’il présente comme un « militant du mutualisme familial » en énumérant plusieurs faveurs que l’élu aurait accordées à sa compagne.

Sandrine Doucen a été dès 2000, embauchée aux Mutuelles de Bretagne, dirigées à l’époque par celui qui est devenu samedi le patron des députés de La République en marche, affirme l’hebdomadaire.

De nombreuses « faveurs » accordées à sa compagne

Alors âgée de 25 ans et étudiante en droit, Sandrine Doucen aurait été embauchée en tant que directrice du personnel. La même année, elle a complété ses revenus par un « petit job » au château de Trévarez, un domaine appartenant au département du Finistère et géré par un comité d’animation présidé par le conseiller général Ferrand, poursuit l’hebdomadaire.

Sandrine Doucen continuera d’être salariée par les Mutuelles de Bretagne jusqu’à sa prestation de serment d’avocat en septembre 2004, soutient Le Canard enchaîné, pour qui la « bienheureuse étudiante aura bénéficié d’une sorte de bourse de 80.000 euros, financée par les mutualistes et les contribuables locaux ».

« Il n’y a rien à commenter », défend l’entourage de Ferrand

« En dépit d’une présentation arrangée et orientée à dessein, il n’est fait état de strictement aucune forme d’illégalité dans cet article », a-t-on réagi mardi dans l’entourage de Richard Ferrand. « Par conséquent, il n’y a rien à commenter. Seule la loi doit primer, l’État de droit, rien que l’État de droit, pas un pseudo ordre moral », a ajouté l’entourage de ce proche d’Emmanuel Macron. Sollicité par l’AFP, Richard Ferrand n’était pas joignable dans l’immédiat.

Fin mai, Le Canard enchaîné avait déjà révélé qu’en 2011, les Mutuelles de Bretagne, dont Richard Ferrand était le directeur général, avaient choisi de louer un local à une société immobilière appartenant à sa compagne. Cette opération lui aurait permis de se doter « sans bourse délier, d’un patrimoine immobilier d’une valeur actuelle nette de 500.000 euros », selon l’hebdomadaire. Visé par une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Brest dans le cadre de cette affaire, Richard Ferrand n’est resté qu’un mois à la tête de son ministère de la Cohésion des territoires. Samedi, il a été élu président du groupe des députés LREM à l’Assemblée nationale.

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Macron à Las Vegas : révélations sur les arrangements de Muriel Pénicaud

La ministre du Travail, ex-directrice générale de Business France, est inquiétée par une enquête préliminaire pour favoritisme au sujet de la French Tech Night, une fête chapeautée par le cabinet d’Emmanuel Macron, alors ministre, à Las Vegas, en janvier 2016. «Libération» révèle des dysfonctionnements en cascade dans l’organisation de cette soirée, qui ont été en partie cachés.

Ismaël Halissat

Libération

27 juin 2017

Muriel Pénicaud joue gros ce mercredi. Dans la matinée, la ministre du Travail présente en Conseil des ministres son projet de loi d’habilitation pour réformer le code du travail par ordonnances. Et livre, l’après-midi, le résultat des premières concertations avec les partenaires sociaux, des discussions qui avaient été émaillées par plusieurs fuites de documents dans la presse révélant les pistes de l’exécutif.

Quasiment inconnue du grand public avant d’être nommée, Muriel Pénicaud a dirigé pendant trois ans Business France, un établissement public chargé de la promotion des entreprises françaises à l’international. La ministre du Travail a déjà passé un premier remaniement gouvernemental sans encombre alors que quatre de ses collègues ont été contraints de céder leur place, pour cause de possibles démêlés avec la justice. Elle pourrait pourtant rapidement être rattrapée par l’enquête préliminaire ouverte en mars par le parquet de Paris qui vise Business France pour délit de favoritisme, complicité et recel.

L’organisme est suspecté de s’être affranchi de la procédure d’appel d’offres en confiant à l’agence de communi­cation Havas, sans aucun cadre juridique, une grande partie des prestations relatives à ­l’organisation d’une soirée à la gloire des start-up françaises (et du ­ministre de l’Economie, ­Emmanuel Macron), à Las Vegas en janvier 2016. Le tout pour 382 000 euros (avant renégociation). Or plusieurs documents ­exclusifs que s’est procurés Libé­ration mettent à mal la communication de l’exécutif concernant la ­gestion de l’affaire par Muriel Pénicaud et l’implication du cabinet du ministre Macron dans l’organisation de l’événement.

Grand-messe

Las Vegas, 6 janvier 2016. Dans la salle de réception du luxueux hôtel The Linq, Muriel Pénicaud, alors ­directrice générale de Business France, applaudit Emmanuel Macron. Au premier rang, à ses côtés, le patron du Medef, Pierre Gattaz, est tout sourire. Cette soirée baptisée French Tech Night se tient dans le cadre du Consumer Electronics Show (CES), un salon américain consacré à l’innovation technologique.

Plusieurs centaines d’entrepreneurs et de journalistes sont venus écouter le ministre de l’Economie avant d’échanger autour d’un fastueux banquet. Dix collaborateurs d’Havas, chargés par Business France de la quasi-totalité des prestations, sont présents pour assurer le bon déroulement du show. A trois mois du lancement de son parti et à dix mois de sa candidature à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron fait vibrer la salle. Barbe de trois jours, chemise ouverte, et pin’s à la veste, le ministre est ovationné par un parterre ravi. Les comptes rendus des journalistes sont dithy­rambiques et les premiers sous-entendus d’une possible ambition présidentielle sont distillés.

L’opération de communication est une parfaite réussite. Et pourtant, tout s’est préparé dans une urgence exceptionnelle pour l’organisation de ce genre de grand-messe, qui a obligé Business France à une sortie de route. ­Consulté par Libération, un rapport confidentiel rendu six mois après la soirée par le cabinet d’audit d’EY (ex-Ernst & Young) conclut que si Business France s’était plié à une procédure d’appel d’offres (obligatoire à partir de 207 000 euros), «il n’aurait pas été possible d’organiser la soirée dans le délai imparti. La procédure formalisée nécessite un délai de 52 à 77 jours. […] La sélection des prestataires n’aurait été effective que début janvier». Soit exactement au moment où la soirée devait se tenir. Bien trop tard. Le rapport d’EY permet d’établir une première ­chronologie des événements. En septembre 2015, une note rédigée à l’issue d’une réunion organisée par Business France évoque le CES. A cette époque, les responsabilités de chacun des ­acteurs ne sont pas encore établies. C’est seulement en novembre que Business France prend directement en charge l’organisation de cet événement, qui avait été organisé l’année précédente par le Medef.

Comment et pourquoi Havas a-t-il récupéré le contrat de la French Tech Night ? Les rapports consultés par Libération ne le disent pas. Les échanges de mails de Fabienne ­Bothy-Chesneau, qui pilote l’organisation en tant que directrice exécutive en charge de la communication et de la promotion à Business France, permettent simplement de trouver la trace d’une première réunion avec Havas le 3 décembre. Puis d’une seconde le 16 décembre, destinée à «présenter le dispositif qui sera mis en place par Havas». Le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF), demandé fin 2016 par Michel Sapin sur l’organisation de la French Tech Night et dont plusieurs passages ont déjà été révélés par le Canard enchaîné, relève que «les prestations ont été effectuées sans bon de commande, ni devis validé, ni contrat signé, ni constatation du service fait». Les fonctionnaires insistent : «Les différentes étapes de la commande publique ont été largement ignorées ou contournées.» Dans l’urgence, le rôle d’Havas, au départ limité aux relations presse et à la communication, va ­rapidement s’étendre à la partie événementielle.

Hôtel «trop kitsch»

Quel rôle a joué le cabinet d’Emmanuel Macron dans cette succession de dysfonctionnements ? Dans le protocole transactionnel entre l’agence de communication et Business France, postérieur à l’événement, l’implication de l’entourage du ministre est subtilement reconnue. Ce document justifie le choix de confier des prestations à Havas «en considération de l’ampleur donnée à l’événement notamment par le cabinet du ministre des Finances (environ 500 personnes conviées) et de la date qui approchait». Des échanges de mails retranscrits dans l’audit d’EY ne laissent par ailleurs aucun doute sur l’implication du cabinet du ministre de l’Economie. Une attitude qui agace d’ailleurs Fabienne Bothy-Chesneau qui tente, d’après l’audit d’EY, «d’éviter que les autres parties prenantes dictent au prestataire Havas des choix non arbitrés» par son service. Dans un mail du 16 décembre, la directrice de la communication de Business France essaie de recadrer Christophe Pelletier, qui dirige l’équipe d’Havas missionnée pour organiser l’événement : «C’est Business France qui décide et nous sommes aimables et associons la mission French Tech [rattachée au ministère de l’Economie, ndlr] ainsi que le cab. Pas l’inverse.»

Le cabinet d’Emmanuel Macron s’immisce jusque dans le choix de l’hôtel : dans un mail du 3 décembre, le conseiller économique de l’ambassade de France aux Etats-Unis informe ­Bothy-Chesneau que le cabinet d’Emmanuel Macron préfère l’établissement The Linq, finalement retenu, au détriment d’un autre qu’il juge «trop kitsch». «Nous comprenons que la définition exacte des besoins a pu être en partie déterminée par des personnes extérieures à Business France, en particulier le cabinet du ministre de l’Economie», tranche même l’audit d’EY. Pourtant lorsque l’affaire est rendue publique en mars, en pleine campagne présidentielle, Muriel Pénicaud dégaine un communiqué pour couvrir Macron : «Le ministre et son cabinet n’interviennent pas dans les procédures d’appel d’offres, et donc dans la relation contractuelle entre Business France et Havas.»

Perquisitions

Côté judiciaire, l’enquête débute tout juste et les éventuelles implications pénales ne sont pas encore établies, selon une source ­proche du dossier. L’audit d’EY commandé par Muriel Pénicaud ­retient principalement la responsabilité de Fabienne Bothy-Chesneau, en première ligne à Business France pour l’organisation de l’événement et qui a quitté l’organisme en février 2016. Contactée par Libération, elle n’a pas souhaité livrer sa version des faits. Concernant le prestataire, l’IGF relève «qu’Havas n’a jamais manifesté d’inquiétude ou de réticence liées au non-respect de ces ­règles au long du processus de ­commande». «L’agence était déjà engagée avec Business France dans le cadre d’un autre ­appel d’offres, c’est pour ça que l’on a répondu à cette demande sans s’interroger sur le cadre légal», répond-on chez Havas. Le 20 juin, les policiers de l’office anticorruption (Oclciff) ont mené des perquisitions au siège du groupe Havas et dans les locaux de Business France dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte en mars.

Muriel Pénicaud pourrait-elle être poursuivie en tant que directrice générale de Business France ? Plusieurs cadres de l’établissement public interrogés par Libération estiment que l’actuelle ministre du Travail a difficilement pu passer à côté du pilotage d’un événement aussi important. D’ailleurs, à la lumière des documents consultés par Libération, son implication est manifeste à plusieurs titres. D’abord, elle a validé un premier versement de Business France, pourtant réalisé de façon irrégulière, en décembre 2015. A peine un mois avant la soirée, l’agence doit régler à toute vitesse un acompte de 30 000 euros à l’hôtel où se tient la réception. Mais l’établissement n’accepte pas de virement et les cartes de ­Business France ne peuvent pas dépasser un plafond de paiement de 7 000 euros. La carte bleue personnelle du directeur financier de Business France est alors utilisée pour régler l’acompte. Pénicaud valide ce contournement des règles. Le service achat de l’agence découvrira le contrat avec l’hôtel seulement une semaine après. Un deuxième versement d’un montant équivalent est également approuvé en janvier par la directrice générale, peu de temps après la réception.

«Pas d’autre choix»

Mais le plus compromettant sur le plan politique pour l’actuelle ministre est ailleurs. La semaine dernière, Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, usait de beaucoup d’énergie pour la couvrir en affirmant ne pas être «inquiet» des conséquences de cette affaire : «Muriel Pénicaud a provoqué immédiatement un audit, puis une inspection générale.» Les documents consultés par Libération permettent de remettre en cause cette version de l’histoire vendue par l’exécutif. Muriel Pénicaud, qui refusé de répondre à nos questions en invoquant un agenda trop chargé, a, en réalité, donné l’impression de vouloir enterrer l’affaire.

Début février 2016, la responsable du service des achats reçoit ­une demande de refacturation ­d’Havas de 248 925 dollars (environ 220 000 euros) et alerte la directrice générale. «A ce moment-là, ­Pénicaud n’avait pas vraiment d’autre choix que de déclencher un audit», commente un haut fonctionnaire de Bercy. Par la suite, la désormais ­ministre du Travail n’informera pas avant la fin de l’année 2016 les instances internes de contrôle et les ministères de tutelle : Bercy et le Quai d’Orsay. Pourtant en juin, le comité d’audit de l’organisme s’était réuni. «La direction de Business France a fait le choix de ne pas l’informer lors de cette réunion de l’audit externe qui avait été demandé à EY, qui à cette date était presque finalisé», note l’IGF.

Daté du 28 juillet, le rapport alarmiste d’EY va dormir dans le placard de Muriel Pénicaud pendant encore quelques mois. Et le 5 décembre 2016, la directrice soumet à un nouveau comité d’audit, qui a la charge de préparer le conseil d’administration qui doit se tenir dix jours plus tard, un simple résumé du rapport d’EY ainsi qu’un protocole transactionnel déjà signé par Havas. Ce qui est contraire aux règles habituelles. Le contrôleur économique et financier de Business France, qui siège au comité d’audit, découvre à cette occasion la situation et refuse alors de signer la transaction, puis alerte les ministères de tutelle. C’est Michel Sapin, succédant au ministère de l’Economie à Emmanuel Macron après sa démission, qui saisit alors l’IGF pour établir un rapport. Et regrette dans sa lettre de mission cette absence d’information de la future ministre.

L’affaire en dates

Novembre 2015. Business France prend en charge l’organisation de la soirée French Tech Night prévue à Las Vegas en janvier

Décembre 2015. La quasi-totalité des prestations est confiée à Havas, sans procédure d’appel d’offres. Le cabinet de Macron participe activement à l’organisation. Un premier paiement irrégulier est validé dans l’urgence par Muriel Pénicaud.

6 janvier 2016. Malgré ces conditions d’organisation, la soirée a lieu.

Février 2016. Après une alerte interne, Pénicaud commande un audit.

Juillet 2016. L’audit alarmiste est remis à Pénicaud mais elle ne prévient ni les organes internes de contrôle ni ses ministères de tutelle.

5 décembre 2016. Pénicaud tente de faire passer le protocole transactionnel avec Havas lors d’un comité, fournissant une simple synthèse de la situation. Le contrôleur économique et financier avertit alors les ministères de tutelle.

21 décembre 2016. Michel Sapin, nouveau ministre de l’Economie, saisit l’IGF.

28 février 2017. Le rapport de l’IGF reprend largement les observations de l’audit et son auteur fait un signalement au parquet pour une suspicion de délit de favoritisme.

8 mars 2017. Le Canard enchaîné publie des extraits du rapport de l’IGF.

13 mars 2017. Ouverture d’une enquête préliminaire pour favoritisme, complicité et recel.

20 juin 2017. Perquisition au siège d’Havas et de Business France.

Voir encore:

Quand l’AFP étouffe des informations gênantes pour le nouveau pouvoir

COMMUNIQUÉ DU SNJ-CGT DE L’AFP

L’affaire Richard Ferrand, sortie par Le Canard Enchaîné dans son édition du 24 mai, aurait pu être révélée par l’AFP. Des journalistes de l’Agence étaient en effet en possession des informations, mais la rédaction en chef France n’a pas jugé le sujet digne d’intérêt.

Qu’un possible scoop sur une affaire politico-financière impliquant le numéro deux du nouveau parti au pouvoir ne soit pas jugé intéressant, voilà qui est troublant. Surtout après les affaires Fillon et Le Roux qui ont émaillé la campagne présidentielle, et alors que le nouveau président Emmanuel Macron affirme vouloir moraliser la vie politique.

Généralement, un média met les bouchées doubles pour enquêter sur ce type d’informations quand elles se présentent. Pas à l’AFP, où les courriels de journalistes adressés à la rédaction-en-chef France soit sont restés sans réponse, soit ont reçu une réponse peu encourageante.

Faute d’avoir pu donner l’affaire Ferrand en premier, ces mêmes journalistes de l’AFP ont eu la possibilité de sortir un nouveau scoop deux jours après l’article du Canard : le témoignage exclusif de l’avocat qui était au coeur de la vente de l’immeuble litigieux des Mutuelles de Bretagne en 2010-11. Mais avant même qu’une dépêche ait été écrite, la rédaction en chef France a refusé le sujet. C’était pourtant la première fois qu’une source impliquée dans le dossier confirmait les informations du Canard et pointait la possibilité d’une infraction pénale de M. Ferrand.

L’AFP se contentera, quelques jours plus tard, de mentionner d’une phrase le témoignage de l’avocat interviewé par Le Parisien. Ce même témoignage qui conduira à l’ouverture d’une enquête par le parquet de Brest….

INTÉRÊT « TROP LIMITÉ »

Ce n’est pas tout : avant l’affaire Ferrand, le 17 mai, juste après la nomination du nouveau gouvernement, une dépêche annonce que François Bayrou, nouveau garde des Sceaux, devra lui-même faire face à des juges, dès le 19 mai, après son renvoi en correctionnelle pour diffamation. Mais la dépêche n’a pas été diffusée, la rédaction en chef France trouvant son intérêt « trop limité ». Deux jours plus tard, l’info sera en bonne place dans les médias nationaux. L’AFP décidera alors de la reprendre !

Interrogée jeudi par les syndicats lors de la réunion mensuelle des délégués du personnel, la direction de l’information de l’AFP s’est montrée incapable de justifier de manière argumentée les choix de sa rédaction en chef.

Tout cela fait beaucoup d’infos sensibles étouffées en quelques jours. Pour ceux qui ont travaillé sur le dossier, il y a de quoi être écoeuré et découragé. L’Agence France Presse, l’une des trois grandes agences d’informations mondiales, dont le statut rappelle l’indépendance, a-t-elle peur de diffuser des informations sensibles quand celles-ci risquent de nuire au nouveau pouvoir politique élu ?

Le SNJ-CGT appelle la direction et la rédaction en chef de l’AFP à s’expliquer sur le traitement incompréhensible de l’affaire Ferrand.

Le SNJ-CGT rappelle que l’AFP est et doit rester indépendante, que ses journalistes doivent pouvoir enquêter librement et publier toute information même si elle est gênante pour tout type de pouvoir, en particulier le pouvoir politique.

Le SNJ-CGT, Paris le 20 juin 2017

Voir de plus:

Bayrou, ou le moralisme pour les Nuls

Ce n’est plus de la tartufferie, mais de la guignolade. Il est hilarant d’observer les donneurs de leçons de morale, François Bayrou en tête, recevoir en boomerang les conseils qu’ils entendaient prescrire aux autres. La démission, ce mercredi, du ministre de la Justice, porteur de la loi rebaptisée entre temps « rétablissement de la confiance dans l’action publique », vient après celle de Marielle de Sarnez, ministre des Affaires européennes, et de Sylvie Goulard, ministre des Armées, qui avait pris courageusement les devants dès mardi. Ces trois ministres issus du MoDem ont à répondre de soupçons sur le financement d’assistants parlementaires européens. Jusqu’alors, seul le FN était accusé de telles pratiques. Dès 2014, Corinne Lepage avait pourtant dévoilé les arrangements douteux tolérés par le parti présidé par Bayrou. Pour sa part, Richard Ferrand, qui s’était illustré dans ses attaques féroces contre la moralité du candidat François Fillon, a été exfiltré par le chef de l’Etat lui-même pour être placé à la tête des députés de La République en marche. Sarnez devrait semblablement prendre la tête du groupe MoDem (42 élus) à l’Assemblée. Cet épisode croquignolesque, qui entache le sérieux du macronisme, a une allure de fable sur la sagesse. Le moralisme pour les Nuls est le degré zéro de la politique quand celle-ci n’a rien d’autre à dire.

Le camp du Bien, qui avait repris des joues ces derniers temps au contact de la Macronie, mérite toutes les moqueries de l’arroseur arrosé. Les Intouchables, qui s’auto-promeuvent exemplaires depuis des décennies, font partie des impostures qui fleurissent dans cette république des faux gentils. J’en avais dénoncé les tares en 2004 dans un essai, qui mériterait depuis le rajout de nombreux autres chapitres. Mardi, dans Le Figaro, l’universitaire Anne-Marie Le Pourhiet s’étonnait à son tour que ce projet de loi prétendument audacieux de Bayrou n’avait pas jugé utile, par exemple, « d’imposer la publication des noms, des fonctions, et des montants des donateurs français et étrangers aux partis comme aux candidats, afin que les citoyens sachent envers qui nos gouvernants sont redevables ». J’avais moi-même déploré en mai, ici, que Macron ne dise rien de son réseau d’amis banquiers, responsables du Cac 40, créateurs de start-up, hommes d’influence qui ont financé sa campagne jusqu’à 15 millions d’euros. En fait, comme le démontre Le Pourhiet, la moralisation de la vie politique n’est qu’un vulgaire « plan « com » populiste ». Une bulle, parmi d’autres bulles qui forment la constellation cheap de la Macronie. Celle-ci vient d’éclater. A qui le tour ?

Voir enfin:

Désintox
Les porte-parole de La France insoumise occupent-ils indûment un HLM ?
Valentin Graff

Libération

19 mai 2017

Régulièrement accusés d’occuper un logement social sans y être éligibles, Alexis Corbière et Raquel Garrido se sont défendus… quitte à déformer la vérité. Désintox fait le point, une bonne fois pour toutes.

Les porte-parole de La France insoumise occupent-ils indûment un HLM ?
INTOX. Avec la campagne des législatives, les vieux dossiers sont de sortie. Le couple de porte-parole de La France insoumise, Alexis Corbière (candidat à Montreuil) et Raquel Garrido, se voit de nouveau reprocher d’occuper un logement social de Paris. Une affaire qui traîne depuis des années.

«On fait croire qu’on défend les pauvres mais on a pris leur logement social. On gagne plus de 4 000 euros par mois mais on vous emmerde : c’est légal. Votez pour Corbière et Garrido, des Insoumis sans moralité !» dénonce un tweet largement partagé et illustré d’une photographie de Paris Match montrant le couple dans son appartement. Une coalition hétéroclite, composée d’internautes proches de l’extrême droite et du mouvement En marche, accompagnés d’un sénateur UDI, relaie la réquisition à l’aide du mot-clé #rendsl’appart. Certains évoquent, en guise de circonstance aggravante, un «HLM de luxe».

Confrontée à ces accusations, Raquel Garrido a pris la peine de répondre à ses détracteurs, niant que le couple gagne 4 000 euros mensuels et habite un HLM.

L’accusation est ancienne. Son origine remonte à un article du Monde publié en juin 2011 : on y apprenait qu’Alexis Corbière, alors premier adjoint de la maire PS du XIIe arrondissement de Paris, louait un logement de la régie immobilière de la ville de Paris (RIVP), l’un des quatre bailleurs sociaux de la capitale. En novembre de la même année, le site d’extrême droite Riposte laïque s’émeut de la nouvelle.

Fin 2012, lors d’une prestation remarquée de Corbière face à un militant du Bloc identitaire sur la chaîne Numéro 23, la fachosphère fait son œuvre et déniche l’information : Pierre Sautarel, l’animateur du site réactionnaire Fdesouche, moque «Alexis Corbière, l’ami du peuple qui vit dans un HLM alors qu’il est au-dessus du seuil». Il est imité par Damien Rieu, alors militant de Génération identitaire, qui prendra la tête de la communication de la ville de Beaucaire conquise par le FN en 2014.

Fin 2013, Mediapart révèle que cinq adjoints à la mairie de Paris sont dans la même situation. Anne Hidalgo, alors candidate à la succession de Bertrand Delanoë, annonce qu’elle demandera aux conseillers de Paris de renoncer à leurs logements sociaux. Cela vaut à Alexis Corbière d’être à nouveau cité dans un article du Monde, avec à la clé de nouveaux tweets indignés.

En 2014, suite à une altercation, le député PS Alexis Bachelay demande à Raquel Garrido, compagne d’Alexis Corbière, de «laisser [son] logement social à quelqu’un qui en a vraiment  besoin». L’avocate rétorque simplement : «Que savez-vous de mes revenus ?», laissant penser que ceux-ci pourraient lui permettre de prétendre légitimement à un logement social.

DÉSINTOX. Alors, Garrido et Corbière vivent-ils indûment dans un HLM ? Les accusations portées à l’encontre du couple sont inexactes mais la défense de Raquel Garrido l’est également. Car de fait, ils vivent bien dans un HLM, depuis peu, même si ce n’était pas le cas au départ. Explications.

Raquel Garrido, contactée par Désintox, explique la chronologie des faits : en 2000, Alexis Corbière et elle entrent dans le parc locatif de la RIVP. En 2003, après une deuxième naissance dans la famille, ils échangent leur appartement au sein de la RIVP et emménagent dans leur logement actuel, dans le XIIe arrondissement de Paris, où Alexis Corbière est à l’époque adjoint à la mairie. C’est la ville de Paris qui attribue ces logements, étant l’unique réservataire des logements à «loyer libre», contrairement aux HLM répartis à parts égales entre la commune, la préfecture et le 1% logement.

Le nouvel appartement, dans l’extrême est parisien, est un F4 d’un peu plus de 80 mètres carrés dans lequel le couple vit désormais avec trois enfants. Lors de l’emménagement en 2003, l’appartement est un logement «à loyer libre». Au début des années 2000, le parc immobilier des bailleurs sociaux parisiens compte environ 50 000 de ces logements particuliers. Pour y entrer, aucun plafond de ressource, ni de plafonnement des loyers similaire aux seuils en vigueur pour les HLM. Du coup, ces appartements sont en dessous des prix du marché, mais au-dessus des loyers HLM. Actuellement, le couple paye 1 230 euros (955 hors charges) pour 84 mètres carrés.

En décembre 2007, Jean-Paul Bolufer, le directeur de cabinet de Christine Boutin (alors ministre du Logement), est épinglé pour son appartement, dans le Ve arrondissement de Paris, de 190 mètres carrés pour 1 200 euros par mois, soit à peine 6,30 euros du mètre carré. Il s’agit évidemment… d’un logement à loyer libre, loué par la même RIVP. Plusieurs élus sont dans la même situation. La municipalité socialiste de Paris demande alors aux ministres et parlementaires concernés de rendre leurs logements sociaux et annonce sa volonté de «reconventionner» ces logements, c’est-à-dire de les reverser au parc HLM. L’objectif : «créer» du logement social à moindres frais et «moraliser» le parc social.

Ce que Raquel Garrido ne précise pas, c’est que l’immeuble où se situe l’appartement du couple fait partie de ceux qui ont été reconventionnés, nous indique une source de la RIVP. Plus précisément, le logement est depuis 2016 un prêt locatif à usage social (PLUS), le plus commun des HLM. Il s’agit de la catégorie intermédiaire, entre les PLAI (prêt locatif aidé d’intégration), correspondant aux logements dits «très sociaux», et les PLS (prêt locatif social), sorte de HLM «de luxe». Ce logement n’est donc pas «de luxe», contrairement à ce que dénonçaient plusieurs internautes.

Raquel Garrido et Alexis Corbière vivent bien dans un HLM depuis un an
Ce qui signifie que si le couple de porte-parole n’a pas intégré de logement social en 2003, il vit bien dans un HLM depuis environ un an, contrairement à ce qu’a affirmé Raquel Garrido.

Corbière et Garrido occupent-ils leur HLM indûment ? En aucun cas, d’un point de vue légal. Les deux porte-parole ont investi l’appartement à un moment où il n’y avait pas de conditions de ressources. Auraient-ils dû le quitter en 2016 lors du «reconventionnement» ? En aucun cas non plus.

Reste une question : le couple, en vivant dans un HLM, prend-il la place de personnes en ayant plus besoin ? Rien n’indique que leurs revenus excèdent le plafond de ressources correspondant au nouveau statut de leur logement, fixé à 64 417 euros annuels pour un foyer de 5 personnes en 2017. Raquel Garrido affirme que ce n’est pas le cas. Alexis Corbière n’est plus élu depuis 2014 et a repris un poste à plein temps dans un lycée professionnel, tandis que Raquel Garrido est avocate depuis 2011 avec «des bonnes et des mauvaises années». Elle assure n’avoir jamais été rémunérée pour ses activités politiques.

Quoi qu’il en soit, les occupants, quels que soient leurs revenus, ne pourront être délogés. Deux cas de figure se posent en cas de reconventionnement : si les occupants du logement ont des revenus inférieurs au plafond de ressources correspondant au nouveau régime HLM de l’immeuble, leur loyer peut être revu à la baisse. Dans le cas contraire, avec des revenus supérieurs au plafond, ils peuvent demeurer sur place avec loyer inchangé.

En théorie, et à condition que leurs revenus soient inférieurs au plafond, le couple pourrait donc même bénéficier… d’une révision à la baisse de son loyer. Pour cela, Garrido et Corbière devraient d’abord changer de bail, une formalité administrative qu’il leur revient d’effectuer ou non. Ils restent en attendant liés par le bail d’origine, une situation qui peut être prolongée indéfiniment. A ce jour, Raquel Garrido explique n’avoir encore effectué aucune démarche de changement de bail.

Seule certitude : le couple jouit aujourd’hui d’un loyer très en deçà des prix du marché, sans pour autant que leur situation n’apparaisse choquante à la RIVP. Celle-ci a en effet la possibilité de faire jouer l’article 17-2 de la loi du 6 juillet 1989 pour augmenter un loyer, si celui-ci est manifestement sous-estimé au regard des prix du marché. C’est l’extrêmité à laquelle la régie est arrivée concernant Jean-Pierre Chevènement : alors sénateur, il occupait un de leurs logements sociaux, un «bel appartement de 120 mètres carrés dans le quartier du Panthéon, pour 1 519 euros mensuels, un loyer qui s’élèverait dans le privé à 3 500 euros», comme nous l’écrivions en 2011. Compte tenu de son patrimoine immobilier par ailleurs important, la RIVP avait fait jouer l’article 17-2 et révisé son loyer à la hausse. Le fait que Garrido et Corbière ne soient pas visés par une telle démarche de la RIVP montre donc que leur situation, pour être avantageuse, n’est en rien comparable à celle de l’ancien maire de Belfort


Législatives: Après le hold up, le syndrome de Stockholm électoral ! (After a legislative election with a record abstention rate, France’s clingers and deplorables are still waiting for their Trump)

20 juin, 2017
Stockholm syndrome coming soon osmonster
TrumpRevolution
Les voleurs nous protègent contre la police. Otages du Crédit Suédois de Stockholm (le 23 août 1973)
La ministre des Armées Sylvie Goulard fait savoir ce mardi 20 juin qu’elle renonce à figurer dans le nouveau gouvernement qu’Emmanuel Macron a chargé Edouard Philippe de former. Elle est citée dans l’affaire des soupçons d’emplois fictifs au MoDem, tout comme ses collègues François Bayrou et Marielle de Sarnez. (…) Cette annonce intervient au lendemain du départ d’un autre ministre, Richard Ferrand. Lui aussi a des démêlés avec la justice : une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Brest sur l’opération immobilière qui a profité à sa compagne lorsqu’il était patron des Mutuelles de Bretagne. Le désormais ex-ministre de la Cohésion des territoires va briguer la présidence du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale. (…) Le président de la République a-t-il entrepris, dans le cadre de ce remaniement, de vider son gouvernement de tous les ministres touchés par des affaires ? L’annonce publique de Sylvie Goulard, inhabituelle dans son genre puisqu’elle avait été démissionnée lundi avec tout le gouvernement, met en tout cas ses collègues François Bayrou et Marielle de Sarnez dans une situation délicate : comment les maintenir à leurs postes de ministres alors qu’ils sont dans la même situation qu’elle ? Marianne
Une ministre qui démissionne, une alliée entendue par la justice, des perquisitions en cours : le climat des affaires vient assombrir l’après législatives des vainqueurs de dimanche. (…) Exfiltré lundi du gouvernement, Richard Ferrand va briguer la présidence du groupe LREM à l’Assemblée nationale. Une façon pour Emmanuel Macron d’éloigner du gouvernement son ministre de la Cohésion des territoires alors qu’il est visé par une enquête préliminaire pour une opération immobilière. (…) Le parti de François Bayrou est soupçonné d’avoir utilisé pour ses propres activités en France plusieurs assistants de députés européens, payés par Bruxelles. (…) la ministre des Armées Sylvie Goulard a annoncé dans la matinée qu’elle quittait le navire. (…) Ex-députée européenne Modem, son nom est cité dans l’enquête sur les assistants parlementaires européens. (…) Au même moment, Corinne Lepage, ancienne eurodéputée du Modem, était entendue comme témoin pour la même affaire. En 2014, dans son livre les Mains propres, l’ex-ministre écrivait : «Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le Modem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes et d’autre part illégal. Le Modem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire cette exigence. Ainsi, durant cinq ans, la secrétaire particulière de François Bayrou a été payée… par l’enveloppe d’assistance parlementaire de Marielle de Sarnez, sur fonds européen». Passé plutôt inaperçu à la sortie du livre, l’extrait a largement circulé sur les réseaux sociaux pendant la campagne présidentielle. C’est pour une autre enquête que des perquisitions ont été menées, également ce mardi matin, au siège du groupe publicitaire Havas et de l’agence nationale Business France. Les enquêteurs se penchent ici sur l’organisation d’un déplacement en janvier 2016 à Las Vegas d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie. Il y a rencontré des patrons français. Une opération «montée dans l’urgence, à la demande expresse du cabinet du ministre, […] confiée au géant Havas par Business France sans qu’aucun appel d’offres ait été lancé», avait avancé le Canard enchaîné en mars cette année. Une enquête préliminaire pour favoritisme, complicité et recel de favoritisme a été ouverte par le parquet de Paris. Signalons en passant que Business France était, à l’époque, dirigé par l’actuelle ministre du Travail Muriel Pénicaud. Libération
En réalité, la bulle macroniste des origines n’est jamais très loin. Cette fois, elle fait enfler une majorité absolue de députés La République en marche (359 sièges avec le Modem) qui ne repose que sur un socle électoral restreint. Ne pas se fier à l’effet d’optique : la France reste fracturée comme jamais. Et bien des nerfs sont à vif chez ceux qui refusent d’avaler l’élixir euphorisant du Docteur Macron, aux effets secondaires addictifs. En fait, une crise de l’intelligence politique se dissimule derrière la crise de la démocratie. Si une majorité d’électeurs ne votent plus, en dépit de la pléthore de candidats à ces législatives, c’est que ceux-ci n’ont rien à dire d’intéressant. J’ai entendu distraitement François Baroin (LR), hier soir, réciter d’un ton morne et las un vague programme dont la fiscalité semblait être le seul point de discorde avec la majorité. Alors que la crise identitaire est largement plus préoccupante que le PIB, le sirop du Docteur Macron a réussi à faire croire, y compris à la droite somnolente et au FN, que l’économique était au coeur de tout. Manuel Valls, seul socialiste à avoir mis les problèmes identitaires (communautarisme, islam radical, etc.) au centre de ses préoccupations, est à cause de cela la cible de violences verbales de la part de l’islamo-gauchisme. Hier soir, sa courte victoire dans l’Essonne (139 voix) a été contestée par Farida Amrani, candidate de la France insoumise. Julien Dray (PS) a dénoncé hier « une violente campagne communautariste aux relents antisémites menée contre Valls ». Alors qu’une nouvelle vague d’immigration se presse aux portes de l’Europe et que l’islam politique ne cesse d’attiser la guerre civile (ce lundi matin, la mosquée londonienne de Finsbury Park a été la cible d’un attentat contre des musulmans), la classe politique française discute du sexe des anges, comme à Byzance la veille de sa chute. Macron a-t-il quelque chose à dire sur ces sujets ? Ivan Rioufol
Les 51% d’abstention du premier tour sont un événement considérable. Il s’agit du premier revers politique d’importance pour Emmanuel Macron depuis son élection. À partir du 11 juin, il est beaucoup plus difficile de parler d’élan populaire en faveur du nouveau pouvoir, puisque les candidats LREM et leurs alliés ont, de fait, recueilli 1,3 million de voix de moins que leur leader au premier tour de la présidentielle. À ce niveau, on peut parler de refus de participer, d’insubordination civique. Il ne s’agit pas à ce stade de dire que cette abstention est une protestation, et pas davantage un consentement. Elle traduit cependant l’inadéquation bien perçue par les citoyens de notre mécanique électorale. Non seulement le résultat de la présidentielle conditionne celui des législatives depuis l’instauration du quinquennat mais cette fois-ci, exactement comme en 2002, les choses étaient réglées dès le soir du premier tour. Jacques Chirac, du haut de ses 19,9% de suffrages exprimés, n’avaient pas eu à faire la moindre concession politique à ses concurrents pour triompher au second tour, puis pour obtenir, avec 365 députés élus, une majorité très large pour l’UMP nouvellement créée. Emmanuel Macron aura fait beaucoup plus d’efforts, avec la constitution d’un gouvernement alliant ministres de gauche, du centre, et de la droite. L’absence de possibilité d’une majorité alternative face à lui, du fait de la quadripartition de l’opposition, aura convaincu la moitié des électeurs de l’inutilité de se déplacer. Sans le savoir, ni forcément le vouloir, ces abstentionnistes ont creusé une mine profonde sous l’édifice du nouveau pouvoir. (…) Après le vote de classe du premier tour, nous observons en effet une abstention de classe. Ce qui permet d’ailleurs à certains de dire que les différences sociologiques entre les différents électorats se sont estompées lors des législatives. Certes, mais précisément parce que ce scrutin s’est déroulé non seulement hors sol, car la dimension locale a particulièrement peu compté dans le vote, mais surtout hors peuple. Ainsi, 66% des ouvriers et 61% des employés se sont abstenus, au lieu de 45% des cadres. La jeunesse, si présente dans l’image projetée par le mouvement En Marche!, est en fait restée sur le bord du chemin: 64% des moins de 35 ans se sont abstenus (et encore ce chiffre est minoré par l’importance de la non-inscription parmi eux), au lieu de 35% des plus de 60 ans. Dès lors, les commentaires sur la relative homogénéisation sociologique du vote entre les différents électorats aux législatives sont sans objet. Si l’on s’en tient aux suffrages exprimés, il en manquait plus de treize millions le 12 juin par rapport au 23 avril. Ce qui s’est traduit par un corps électoral effectif totalement distordu par rapport au corps électoral théorique. Donc, oui, les législatives confirment et amplifient l’enseignement de la présidentielle. Entre les Macron-compatibles et les autres, il n’y a pas qu’une différence d’opinions, mais aussi un profond fossé social. (…) On savait que la promotion de la parité et de la diversité pouvait parfaitement s’accommoder d’une aggravation des inégalités sociales, voire en être le paravent. L’offre électorale de ces élections aura été une illustration éloquente de ce phénomène, décrit et expliqué par le chercheur américain Walter Benn Michaels. Nous touchons également à la notion de «société civile». On utilise parfois ce mot comme synonyme d’un «pays réel» qui serait masqué par l’État et le personnel politique. En fait, dans le cadre d’un système représentatif, c’est la politique, et donc les partis, qui permettent parfois la promotion d’élus issus des catégories populaires. Sinon on retombe sans s’en apercevoir, et sans parfois le vouloir, dans un recrutement élitaire. Une entreprise ne se résume pas à sa direction, ni le monde des indépendants aux fondateurs de start-ups. Il est piquant de voir le côté 19e siècle de la situation. On a une participation qui rappelle les grandes heures du suffrage censitaire, et une assemblée qui évoque un peu, mutatis mutandis, les assemblées de notables. Il ne manque même pas les Saint-Simoniens. (…) Il convient de s’affranchir des termes porteurs de connotations politiques ou morales, et d’essayer de trouver une manière correcte de nommer le réel. C’est pourquoi l’opposition «peuple» – «élites» ne convient pas, le premier terme étant trop englobant, et le second trop restrictif. Même la notion de «bloc bourgeois» n’est pas simple, car elle tend à assimiler des millions de Français qui le soutiennent à une condition sociale qui n’est pas la leur. À l’inverse, selon moi, le «bloc élitaire» désigne tous ceux qui appartiennent aux élites sociales, ceux bien plus nombreux qui aspirent à en être, et enfin les personnes qui considèrent que l’obéissance aux élites est aussi légitime que naturelle. C’est donc, j’en suis conscient, à la fois une situation objective et une inclination subjective. C’est d’ailleurs pour cela que l’on parle de «blocs» sociaux. Non parce qu’ils sont composés d’une substance homogène, mais parce qu’ils constituent l’agrégation de milieux différents, et cependant solidaires. Un bloc social a vocation à exercer le pouvoir à son profit et au nom de l’intérêt général. En tant que tel, il n’est cependant qu’une construction historique, et peut se désagréger. L’extraordinaire réussite de Macron est d’être devenu l’incarnation de ce bloc élitaire, dont la constitution sur les ruines du clivage gauche-droite avait cependant débuté des années avant l’annonce de sa candidature. (…) La réunification des élites de gauche et de droite, sur un fond de convergence idéologique et d’homogénéité sociale, est pour le moment une réussite éclatante. On sent même, dans certains milieux aisés, une forme d’euphorie. On se croirait le 14 juillet 1790. C’est la Fête de la Fédération de la bourgeoisie contemporaine. La force propulsive d’En Marche! lui permet d’être au second tour aussi bien aux législatives qu’à la présidentielle, et ensuite son triomphe est mécanique. L’existence du bloc élitaire renvoie cependant à un problème, celui de l’affaiblissement des forces dites de gouvernement. C’est bien parce que Nicolas Sarkozy d’abord, François Hollande ensuite, ont échoué à réformer le pays autant qu’ils le souhaitaient, les deux acceptant à peu près le cadre de l’Union européenne et les exigences des marchés financiers, qu’il y a eu la dynamique En Marche! Autrement dit, l’épopée macronienne se fonde d’abord sur la volonté de donner aux réformes de structure de notre société une base politique et sociale suffisante. Si l’on considère le score du premier tour de la présidentielle et des législatives en nombre de voix, rapporté à l’ensemble du corps électoral, ce projet n’est pas encore totalement achevé. C’est là où l’on redécouvre, derrière les discours sur la société civile, l’importance du pouvoir de l’État. Le contrôle de celui-ci, exercé par des personnalités qui en maîtrisent parfaitement les rouages, tranche la question. (…) Face au bloc élitaire, qui agrège dans sa représentation politique le parti du Président mais aussi le Modem, les UMP dits «constructifs» et les PS dits «compatibles», le bloc populaire demeure virtuel. Face à la politique prônée par Emmanuel Macron et Édouard Philippe, il n’y a pas un «Front du refus», mais un «archipel du refus». C’est là un déséquilibre stratégique majeur. On en voit les effets au second tour des législatives, où dans chaque circonscription, le candidat qui affronte celui de LREM est issu le plus souvent d’une des quatre forces d’opposition, sans alliance possible, et avec en conséquence de très mauvais reports de voix. Cette situation est durable. Elle constitue une chance historique pour l’achèvement des réformes libérales annoncées. Dans la mesure où l’opposition au nouveau pouvoir prendra nécessairement une forme aussi sociale que politique, la position de la France Insoumise est assez favorable, tandis que le Front national sera handicapé par ses ambiguïtés idéologiques sur le libéralisme économique. La situation de l’UMP est certes moins grave que celle du PS, mais leur espérance commune d’une reconstitution du clivage gauche-droite pourrait bien être durablement déçue. Cet ordre politique n’a pas seulement été affaibli, il a été remplacé. Jérome Sainte-Marie
57,36 % d’abstention pour le second tour des élections législatives. Un record. Une catastrophe démocratique. 18 millions de Français ont voté ; 28 se sont abstenus. Les non-votants ont gagné quoi? Le droit pendant cinq ans de n’être pas représentés, de se taire et de n’avoir pas de porte-parole. S’agit-il là d’un consentement par défaut, (selon le principe du «qui ne dit mot consent»), ou d’une «grève générale civique» – selon l’expression de Jean-Luc Mélenchon? Un peu des deux. Mais surtout, un abstentionniste, au sens propre, est celui qui ne veut pas tenir la République et se retient de participer à ses procédures. Lui qui se sent socialement dans le fossé, il se met sur le bas-côté de la république. À côté de la République En Marche il y a l’immense parti de la République en panne. À côté des Français mobiles, les Français immobiles. Entre les citoyens à l’aise ici et ailleurs, les citoyens mal-à-l’aise là où ils sont. Les premiers s’expatrient souvent, les seconds ne peuvent pas déménager. Ces républicains de l’extérieur, trop exclus pour ne pas s’exclure de la République, devraient être le premier défi d’Emmanuel Macron. Son immense victoire législative repose sur un socle électoral très étroit. Là est le paradoxe de cette majorité sans partage: peu d’électeurs, beaucoup de députés. Trop peu d’électeurs pour trop de députés. Il faut dire que depuis des mois, les médias ont escamoté les demandes politiques des Français au profit de la dénonciation morale de la «classe politique». L’affaire Pénélope, les costumes, les assistants parlementaires, l’argent public. Un tribunal médiatique examinait jusqu’à l’écœurement le comportement personnel des politiques dans une sorte de surdité vis-à-vis des aspirations réelles des Français. Les solutions pour «moraliser» les politiques semblaient avoir plus importance que celles contre le chômage. Le besoin de renouvellement et de changer de tête a fini par s’imposer au détriment de l’examen scrupuleux des vrais problèmes. C’est comme si, dans un hôpital, on s’interrogeait sur les conflits d’intérêts des médecins sans rien dire des traitements contre les maladies. L’abstention est un désaveu qui touche tout à la fois les politiques et les médias. Ils vivent ensemble depuis trop longtemps, dans une sorte d’endogamie belliqueuse, au point de ne plus porter les préoccupations des Français qui, en retour, les prennent en grippe. Au mépris du peuple répond la haine contre ceux d’en haut – les politiques et les journalistes. Les Français n’y croient plus, se sentent exclus de la République. A-t-elle encore besoin d’eux? Non, pensent ceux qui ne votent plus. Elle fonctionne trop en vase clos. Et ce sentiment d’une oligarchie hors-sol, hors-peuple, qui ne règle rien et parle avant tout à elle-même d’elle-même pour mieux constater sa faillite morale, corrode tout. Tout et surtout l’indispensable adhésion de tous à la République, la fragile confiance dans «la chose commune». La couche d’ozone démocratique qui protège la France contre ses ressentiments infinis et une potentielle guerre civile se fragilise de plus en plus. N’oublions jamais que les institutions de notre pays ne sont rien sans la certitude qu’elles nous représentent tous. Les procédures sont formelles si elles n’expriment pas une confiance partagée. La démocratie des esprits précède celle du Parlement. La nation est un «plébiscite de tous les jours» disait Renan. Une abstention majoritaire est aussi une abstention vis-à-vis de la nation conçue comme une croyance invisible mais vitale. Chaque bulletin de vote, en réalité, en comporte deux. Le premier adhère à la République et fait d’une fiction politique une évidence partagée. Le second est pour un candidat en particulier. C’est pour ne plus vouloir adhérer à la République, la valider, que les Français ne votent plus pour un candidat. Ne faut-il pas, toute affaire cessante, réfléchir à ce désaveu massif? Faut-il rendre le vote obligatoire, introduire une dose de proportionnelle, reconnaître le vote blanc, considérer qu’une élection ne pourra pas être valide que si elle se fait avec un certain pourcentage des électeurs inscrits? Faut-il avoir, tirés au sort, des députés qui seraient «des représentants des Français abstentionnistes»? Je ne sais. Cette réflexion est urgente. Si elle est mise sous les tapis dorés du palais Bourbon, à l’amertume s’ajoutera la haine et à la haine le rejet du sentiment d’être ensemble responsable d’une même nation. Il ne faudrait pas qu’un abstentionnisme de sécession républicaine renforce la partition des cœurs, des territoires et des esprits qui est déjà à l’œuvre chez beaucoup de nos concitoyens. Si l’on ajoute à cela le terrorisme franco-français, «les territoires perdus de la république», la montée des conflictualités intercommunautaires, la déshérence de la «France périphérique», les crises identitaires, les immenses malaises culturels, il nous faut soigner le corps électoral, panser ses blessures pour lui redonner une nouvelle vigueur démocratique d’adhésion nationale. Le corps électoral est squelettique. Il souffre d’anorexie démocratique. Un régime de grosseur est indispensable. Les députés fraîchement élus ont si peu d’électeurs qu’ils devraient tous, avec modestie et honte presque, considérer les 4/5 eme des Français qui n’ont pas voté pour eux. Comment être député de tous les Français, quand seulement 22 % d’entre eux ont donné une majorité à chacun? S’ils sont députés de plein droit, comment assumer cette charge sans arrogance, sans dédain pour les sans-votes qui sont des sans-dents de la République. Les députés macronistes devraient lutter contre une double tentation. Premièrement: être député de leurs seuls électeurs en oubliant le camp adverse et surtout les abstentionnistes. Que faire de cet électorat en déshérence, de ces Français orphelins d’une solution politique? Que faire des abstentionnistes qui considèrent (si on entend leurs motivations) que les élections «ne changeront rien à rien» et qu’ils ne retrouvent pas leurs motivations dans les programmes électoraux? Cette république, disent-ils, n’est pas la leur. Les politiques parlent mais n’écoutent pas. Ils promettent sans tenir promesse. Ils veulent nous faire croire qu’ils peuvent lutter contre les cancers sociaux de notre société (les ravages du chômage, de la pauvreté et de la désintégration sociale) mais n’y parviennent pas. Quant aux ministres, ils se servent et ne servent pas. Alors, de renoncements en résignations, les électeurs finissent par décrocher de la société, de tout espoir possible et aussi de la politique. At last, les abstentionnistes intériorisent l’impuissance des politiques. S’ils ne se lèvent pas pour nous, pourquoi se déplacer pour eux. S’ils n’y peuvent rien, nous ne pouvons rien pour eux. L’abstention à ceci d’inquiétante que toutes les offres sont rejetées, toutes mise à distance, toutes jugées inutiles et vaines. Elle met en évidence un divorce entre le peuple désabusé et la politique. Un abstentionniste est un abstinent de l’ivresse démocratique. Il fait une cure de désintoxication politique. Dès lors, le nouveau président devrait être jugé, comme le précédent, sur «l’inversion de la courbe du chômage» mais aussi sur «l’inversion de la courbe de l’abstention». Comment réformer en profondeur, affronter les défis immenses de la France, faire face aux défis du terrorisme sans répondre aux demandes informulées de la France abstentionniste pour en réduire l’importance? Seconde tentation: celle de Terra Nova. Ce think-tank avait, autrefois, théorisé le remplacement du «peuple de gauche», celui des ouvriers et de la classe moyenne, par un ensemble de minorités qui, ensemble, en tiendraient lieu. D’une certaine façon, le vote Macron réalise cette substitution. Car l’abstention pour les législatives déforme considérablement la sociologie du corps électoral. Il surreprésente les classes favorisées, éduquées, urbaines, intégrées au détriment de la «France périphérique». 2/3 des plus de 65 ans votent quand 2/3 des moins de 35 ans s’abstiennent. Abstention massive des ouvriers et des employés (plus de 65%) alors qu’elle est de 45 % pour les cadres. Abstention massive en Seine-Saint-Denis. Ceux qui votent ont des places à défendre, des avoirs à protéger. Ils sont insérés quand ceux qui s’abstiennent ont des places à obtenir, des droits à faire prévaloir et qu’ils sont en marge du système. La tentation du macronisme est d’oublier la France périphérique (60% de la population) et de tout miser sur la France centrale, la France active, urbaine et dynamique. Le paradoxe de cette tentation est qu’elle est favorisée par ceux-là mêmes qui en sont les victimes. Les abstentionnistes sont doublement victimes: victimes de la mondialisation qui se fait à leur détriment ; victimes de leur propre absence d’implication électorale qui rend leur souffrance presque inaudible. Ils souffrent plus que les autres, souffrent en silence et ne prennent pas le pouvoir par les urnes alors même qu’ils sont majoritaires. Qualifions ce paradoxe de «syndrome de Stockholm électoral»: ils sont pris en otage par la France centrale qui tend à les oublier et plutôt que de renverser la table dans les urnes, ils ont intériorisé cette position d’otage et en viennent, par leur abstention, à défendre le système qui les oppresse. Le succès politique du parti macroniste repose sur cet immense parti des abstentionnistes. Le premier entre en foule au palais Bourbon. Le second ne sonne plus à la porte du Parlement. Le premier est au centre de la vie politique. Le second en reste loin. Mais le triomphe du premier est la conséquence d’une sorte de vote censitaire favorisé, sans le savoir, par les abstentionnistes. Il n’y aurait pas de députés macronistes sans les abstentionnistes. Cependant, loin d’un cynisme politique qui viserait à maintenir cette situation pour profiter de toutes ses ambiguïtés, si rien n’est fait, en profondeur, pour changer la donne et réconcilier les élites et le peuple, alors, la boutade de Chesterton n’en sera pas une: «rien n’échoue comme le succès». Car qui sait ce que pourraient voter des abstentionnistes humiliés? Il faut se méfier des géants endormis par dégoût. Quand ils se réveillent, il est possible qu’ils soient insensibles à la raison. Le ressentiment populaire cultivé sciemment par le système contre le peuple peut enfanter des monstres. Là sont les défis d’Emmanuel Macron pour les années à venir. Damien Le Guay

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Attention: un syndrome de Stockholm peut en cacher un autre !

A l’heure où après un nouvel et hélas aussi tragique que vain avertissement

Nos amis britanniques après leurs homologues canadiens semblent repartis pour un tour …

A noyer dans les flots de bonnes paroles, bougies et ours en peluche …

La colère qui monte entre deux attaques terroristes …

Contre le déni du réel et le parti pris tout stockholmien pour nos propres bourreaux …

Qui sert actuellement de politique à un Monde libre dévoré par ses propres enfants

Pendant que pour les mêmes victimes quasiment quotidiennes mais israéliennes, aucune Tour Eiffel ne s’éteindra jamais …

Et qu’à l’occasion d’un énième attentat déjoué en France, l’on découvre un fiché S qui vient tranquillement de se voir renouveler son permis de port d’arme …

Comment …

Au lendemain, après l’élection sans candidats que l’on sait, d’une véritable élection sans peuple …

Où les législatives ressemblent de plus en plus furieusement à des européennes

(28 millions contre 18 millions qui ont voté, plus de 57% dont 66% des ouvriers et 61% des employés,  64% des moins de 35 ans se sont abstenus sans compter la non-inscription, plus de treize millions d’électeurs de moins entre le 12 juin et le 23 avril)

Où ceux-là mêmes (pas moins de cinq ministres, dont le ministre de la Justice lui-même !) qui doivent leur élection à la prétendue moralisation de la politique sont au centre des mêmes affaires qu’ils avaient dénoncées chez leurs adversaires …

Où si avec la réunification des élites de gauche et de droite, le pays pourrait enfin avoir la base politique et sociale suffisante pour enfin achever les réformes d’un marché du travail où les travailleurs sont si bien protégés qu’aucun travailleur ne peut y entrer …

L’on retrouve en fait derrière le paravent de la parité et de la diversité, le plus élitiste des recrutements politiques …

Et à l’instar de la stratégie obamienne reprise par le think tank socialiste Terra Nova, le remplacement du peuple de gauche traditionnel des ouvriers et de la classe moyenne par l’arc en ciel des minorités du jour (minorités ethniques et sexuelles) …

Ne pas repenser …

A 2002 et à ses  19,9%  de Chirac se transmutant magiquement face à l’épouvantail Le Pen en score africain de 82% …

Comme aux dix ans d’immobilisme dont on paie encore aujourd’hui le prix …

Mais surtout à l’image de la situation américaine qui nous sert bien souvent de modèle inconscient …

A ce « monstre » qu’est en train de préparer à leur pays la morgue des bobos du nouveau Dr. Frankenstein français …

Ou plus précisément après les défections successives de Sarkozy et du FN …

Et sur fond de péril grandissant de la menace islamique …

A ce Trump français qu’attend depuis si longtemps une France de plus en plus marginalisée ?

L’abstention massive ou le syndrome de Stockolm démocratique
Damien Le Guay
19/06/2017

FIGAROVOX/TRIBUNE – Avec un taux d’abstention à 57,4%, le second tour des législatives sonne comme un avertissement pour l’ensemble des dirigeants politiques. Damien le Guay décrypte l’ampleur de ce phénomène et prévient les dangers d’un tel rejet.

57,36 % d’abstention pour le second tour des élections législatives. Un record. Une catastrophe démocratique. 18 millions de Français ont voté ; 28 se sont abstenus. Les non-votants ont gagné quoi? Le droit pendant cinq ans de n’être pas représentés, de se taire et de n’avoir pas de porte-parole. S’agit-il là d’un consentement par défaut, (selon le principe du «qui ne dit mot consent»), ou d’une «grève générale civique» – selon l’expression de Jean-Luc Mélenchon? Un peu des deux. Mais surtout, un abstentionniste, au sens propre, est celui qui ne veut pas tenir la République et se retient de participer à ses procédures. Lui qui se sent socialement dans le fossé, il se met sur le bas-côté de la république. À côté de la République En Marche il y a un l’immense parti de la République en panne. À côté des Français mobiles, les Français immobiles. Entre les citoyens à l’aise ici et ailleurs, les citoyens mal-à-l’aise là où ils sont. Les premiers s’expatrient souvent, les seconds ne peuvent pas déménager. Ces républicains de l’extérieur, trop exclus pour ne pas s’exclure de la République, devraient être le premier défi d’Emmanuel Macron. Son immense victoire législative repose sur un socle électoral très étroit. Là est le paradoxe de cette majorité sans partage: peu d’électeurs, beaucoup de députés. Trop peu d’électeurs pour trop de députés.

Il faut dire que depuis des mois, les médias ont escamoté les demandes politiques des Français au profit de la dénonciation morale de la «classe politique». L’affaire Pénélope, les costumes, les assistants parlementaires, l’argent public. Un tribunal médiatique examinait jusqu’à l’écœurement le comportement personnel des politiques dans une sorte de surdité vis-à-vis des aspirations réelles des Français. Les solutions pour «moraliser» les politiques semblaient avoir plus importantes que celles contre le chômage. Le besoin de renouvellement et de changer de tête a fini par s’imposer au détriment de l’examen scrupuleux des vrais problèmes. C’est comme si, dans un hôpital, on s’interrogeait sur les conflits d’intérêts des médecins sans rien dire des traitements contre les maladies. L’abstention est un désaveu qui touche tout à la fois les politiques et les médias. Ils vivent ensemble depuis trop longtemps, dans une sorte d’endogamie belliqueuse, au point de ne plus porter les préoccupations des Français qui, en retour, les prennent en grippe. Au mépris du peuple répond la haine contre ceux d’en haut – les politiques et les journalistes. Les Français n’y croient plus, se sentent exclus de la République. A-t-elle encore besoin d’eux? Non, pensent ceux qui ne votent plus. Elle fonctionne trop en vase clos. Et ce sentiment d’une oligarchie hors-sol, hors-peuple, qui ne règle rien et parle avant tout à elle-même d’elle-même pour mieux constater sa faillite morale, corrode tout. Tout et surtout l’indispensable adhésion de tous à la République, la fragile confiance dans «la chose commune». La couche d’ozone démocratique qui protège la France contre ses ressentiments infinis et une potentielle guerre civile se fragilise de plus en plus. N’oublions jamais que les institutions de notre pays ne sont rien sans la certitude qu’elles nous représentent tous. Les procédures sont formelles si elles n’expriment pas une confiance partagée. La démocratie des esprits précède celle du Parlement. La nation est un «plébiscite de tous les jours» disait Renan. Une abstention majoritaire est aussi une abstention vis-à-vis de la nation conçue comme une croyance invisible mais vitale. Chaque bulletin de vote, en réalité, en comporte deux. Le premier adhère à la République et fait d’une fiction politique une évidence partagée. Le second est pour un candidat en particulier. C’est pour ne plus vouloir adhérer à la République, la valider, que les Français ne votent plus pour un candidat.

Ne faut-il pas, toute affaire cessante, réfléchir à ce désaveu massif? Faut-il rendre le vote obligatoire, introduire une dose de proportionnelle, reconnaître le vote blanc, considérer qu’une élection ne pourra pas être valide que si elle se fait avec un certain pourcentage des électeurs inscrits? Faut-il avoir, tirés au sort, des députés qui seraient «des représentants des Français abstentionnistes»? Je ne sais. Cette réflexion est urgente. Si elle est mise sous les tapis dorés du palais Bourbon, à l’amertume s’ajoutera la haine et à la haine le rejet du sentiment d’être ensemble responsable d’une même nation. Il ne faudrait pas qu’un abstentionnisme de sécession républicaine renforce la partition des cœurs, des territoires et des esprits qui est déjà à l’œuvre chez beaucoup de nos concitoyens. Si l’on ajoute à cela le terrorisme franco-français, «les territoires perdus de la république», la montée des conflictualités intercommunautaires, la déshérence de la «France périphérique», les crises identitaires, les immenses malaises culturelles, il nous faut soigner le corps électoral, panser ses blessures pour lui redonner une nouvelle vigueur démocratique d’adhésion nationale. Le corps électoral est squelettique. Il souffre d’anorexie démocratique. Un régime de grosseur est indispensable.

Les députés fraîchement élus ont si peu d’électeurs qu’ils devraient tous, avec modestie et honte presque, considérer les 4/5 eme des Français qui n’ont pas voté pour eux. Comment être député de tous les Français, quand seulement 22 % d’entre eux ont donné une majorité à chacun? S’ils sont députés de plein droit, comment assumer cette charge sans arrogance, sans dédain pour les sans-votes qui sont des sans-dents de la République. Les députés macronistes devraient lutter contre une double tentation.

Premièrement: être député de leurs seuls électeurs en oubliant le camp adverse et surtout les abstentionnistes. Que faire de cet électorat en déshérence, de ces Français orphelins d’une solution politique? Que faire des abstentionnistes qui considèrent (si on entend leurs motivations) que les élections «ne changeront rien à rien» et qu’ils ne retrouvent pas leurs motivations dans les programmes électoraux? Cette république, disent-ils, n’est pas la leur. Les politiques parlent mais n’écoutent pas. Ils promettent sans tenir promesse. Ils veulent nous faire croire qu’ils peuvent lutter contre les cancers sociaux de notre société (les ravages du chômage, de la pauvreté et de la désintégration sociale) mais n’y parviennent pas. Quant aux ministres, ils se servent et ne servent pas. Alors, de renoncements en résignations, les électeurs finissent par décrocher de la société, de tout espoir possible et aussi de la politique. At last, les abstentionnistes intériorisent l’impuissance des politiques. S’ils ne se lèvent pas pour nous, pourquoi se déplacer pour eux. S’ils n’y peuvent rien, nous ne pouvons rien pour eux. L’abstention à ceci d’inquiétante que toutes les offres sont rejetées, toutes mise à distance, toutes jugées inutiles et vaines. Elle met en évidence un divorce entre le peuple désabusé et la politique. Un abstentionniste est un abstinent de l’ivresse démocratique. Il fait une cure de désintoxication politique. Dès lors, le nouveau président devrait être jugé, comme le précédent, sur «l’inversion de la courbe du chômage» mais aussi sur «l’inversion de la courbe de l’abstention». Comment réformer en profondeur, affronter les défis immenses de la France, faire face aux défis du terrorisme sans répondre aux demandes informulées de la France abstentionniste pour en réduire l’importance?

Seconde tentation: celle de Terra Nova. Ce think-tank avait, autrefois, théorisé le remplacement du «peuple de gauche», celui des ouvriers et de la classe moyenne, par un ensemble de minorités qui, ensemble, en tiendraient lieu. D’une certaine façon, le vote Macron réalise cette substitution. Car l’abstention pour les législatifs déforme considérablement la sociologie du corps électoral. Il surreprésente les classes favorisées, éduquées, urbaines, intégrées au détriment de la «France périphérique». 2/3 des plus de 65 ans votent quand 2/3 des moins de 35 ans s’abstiennent. Abstention massive des ouvriers et des employés (plus de 65%) alors qu’elle est de 45 % pour les cadres. Abstention massive en Seine-Saint-Denis. Ceux qui votent ont des places à défendre, des avoirs à protéger. Ils sont insérés quand ceux qui s’abstiennent ont des places à obtenir, des droits à faire prévaloir et qu’ils sont en marge du système. La tentation du macronisme est d’oublier la France périphérique (60% de la population) et de tout miser sur la France centrale, la France active, urbaine et dynamique.

Le paradoxe de cette tentation est qu’elle est favorisée par ceux-là mêmes qui en sont les victimes. Les abstentionnistes sont doublement victimes: victimes de la mondialisation qui se fait à leur détriment ; victimes de leur propre absence d’implication électorale qui rend leur souffrance presque inaudible. Ils souffrent plus que les autres, souffrent en silence et ne prennent pas le pouvoir par les urnes alors même qu’ils sont majoritaires. Qualifions ce paradoxe de «syndrome de Stockholm électoral»: ils sont pris en otage par la France centrale qui tend à les oublier et plutôt que de renverser la table dans les urnes, ils ont intériorisé cette position d’otage et en viennent, par leur abstention, à défendre le système qui les oppresse.

Le succès politique du parti macroniste repose sur cet immense parti des abstentionnistes. Le premier entre en foule au palais Bourbon. Le second ne sonne plus à la porte du Parlement. Le premier est au centre de la vie politique. Le second en reste loin. Mais le triomphe du premier est la conséquence d’une sorte de vote censitaire favorisé, sans le savoir, par les abstentionnistes. Il n’y aurait pas de députés macronistes sans les abstentionnistes. Cependant, loin d’un cynisme politique qui viserait à maintenir cette situation pour profiter de toutes ses ambiguïtés, si rien n’est fait, en profondeur, pour changer la donne et réconcilier les élites et le peuple, alors, la boutade de Chesterton n’en sera pas une: «rien n’échoue comme le succès». Car qui sait ce que pourraient voter des abstentionnistes humiliés? Il faut se méfier des géants endormis par dégoût. Quand ils se réveillent, il est possible qu’ils soient insensibles à la raison. Le ressentiment populaire cultivé sciemment par le système contre le peuple peut enfanter des monstres. Là sont les défis d’Emmanuel Macron pour les années à venir.

Voir aussi:

Jérôme Sainte-Marie : Une élection sans le peuple ?
Alexandre Devecchio
16/06/2017

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Témoignage des fractures du pays, le premier tour des législatives se caractérise par le plus haut taux d’abstention sous la Vème République. Le décryptage de ces élections de Jérôme Sainte-Marie

Diplômé de Sciences Po Paris et d’une licence d’histoire, Jérôme Sainte-Marie a travaillé au Service d’Information du Gouvernement et à l’Institut Louis Harris. Il a ensuite dirigé BVA Opinion de 1998 à 2008 puis CSA Opinion de 2010 à 2013. Il a fondé en parallèle l’institut iSAMA en 2008. Il dirige actuellement Pollingvox, une société d’études et de conseil spécialisée dans les enjeux d’opinion, fondée en 2013. Il a publié Le nouvel ordre démocratique (éd. du Moment, 2015).

FIGAROVOX. – Le deuxième tour des élections législatives devrait permettre à En Marche d’obtenir une majorité très large. Cependant, l’événement marquant du premier tour a été la très faible participation. Que cela vous inspire-

Jérôme SAINTE-MARIE. – Les 51% d’abstention du premier tour sont un événement considérable. Il s’agit du premier revers politique d’importance pour Emmanuel Macron depuis son élection. À partir du 11 juin, il est beaucoup plus difficile de parler d’élan populaire en faveur du nouveau pouvoir, puisque les candidats LREM et leurs alliés ont, de fait, recueilli 1,3 million de voix de moins que leur leader au premier tour de la présidentielle. À ce niveau, on peut parler de refus de participer, d’insubordination civique. Il ne s’agit pas à ce stade de dire que cette abstention est une protestation, et pas davantage un consentement. Elle traduit cependant l’inadéquation bien perçue par les citoyens de notre mécanique électorale. Non seulement le résultat de la présidentielle conditionne celui des législatives depuis l’instauration du quinquennat mais cette fois-ci, exactement comme en 2002, les choses étaient réglées dès le soir du premier tour. Jacques Chirac, du haut de ses 19,9% de suffrages exprimés, n’avaient pas eu à faire la moindre concession politique à ses concurrents pour triompher au second tour, puis pour obtenir, avec 365 députés élus, une majorité très large pour l’UMP nouvellement créée. Emmanuel Macron aura fait beaucoup plus d’efforts, avec la constitution d’un gouvernement alliant ministres de gauche, du centre, et de la droite. L’absence de possibilité d’une majorité alternative face à lui, du fait de la quadripartition de l’opposition, aura convaincu la moitié des électeurs de l’inutilité de se déplacer. Sans le savoir, ni forcément le vouloir, ces abstentionnistes ont creusé une mine profonde sous l’édifice du nouveau pouvoir.

Est-ce l’expression d’un fossé qui se creuse entre deux France?

Après le vote de classe du premier tour, nous observons en effet une abstention de classe. Ce qui permet d’ailleurs à certains de dire que les différences sociologiques entre les différents électorats se sont estompées lors des législatives. Certes, mais précisément parce que ce scrutin s’est déroulé non seulement hors sol, car la dimension locale a particulièrement peu compté dans le vote, mais surtout hors peuple. Ainsi, 66% des ouvriers et 61% des employés se sont abstenus, au lieu de 45% des cadres. La jeunesse, si présente dans l’image projetée par le mouvement En Marche!, est en fait restée sur le bord du chemin: 64% des moins de 35 ans se sont abstenus (et encore ce chiffre est minoré par l’importance de la non-inscription parmi eux), au lieu de 35% des plus de 60 ans. Dès lors, les commentaires sur la relative homogénéisation sociologique du vote entre les différents électorats aux législatives sont sans objet. Si l’on s’en tient aux suffrages exprimés, il en manquait plus de treize millions le 12 juin par rapport au 23 avril. Ce qui s’est traduit par un corps électoral effectif totalement distordu par rapport au corps électoral théorique. Donc, oui, les législatives confirment et amplifient l’enseignement de la présidentielle. Entre les Macron-compatibles et les autres, il n’y a pas qu’une différence d’opinions, mais aussi un profond fossé social.

Une note du CEVIPOF montre que la composition de la prochaine Assemblée pourrait être plus homogène socialement que jamais. Parmi les candidats LREM, il n’y aurait que 0,2 % d’ouvrier et 0,9% d’employés. Le renouveau se fait-il par le haut?

Ce travail de Luc Rouban est d’autant plus spectaculaire qu’il montre qu’au même moment la représentation des femmes et des actifs issus du privé s’améliore. On savait que la promotion de la parité et de la diversité pouvait parfaitement s’accommoder d’une aggravation des inégalités sociales, voire en être le paravent. L’offre électorale de ces élections aura été une illustration éloquente de ce phénomène, décrit et expliqué par le chercheur américain Walter Benn Michaels. Nous touchons également à la notion de «société civile». On utilise parfois ce mot comme synonyme d’un «pays réel» qui serait masqué par l’État et le personnel politique. En fait, dans le cadre d’un système représentatif, c’est la politique, et donc les partis, qui permettent parfois la promotion d’élus issus des catégories populaires. Sinon on retombe sans s’en apercevoir, et sans parfois le vouloir, dans un recrutement élitaire. Une entreprise ne se résume pas à sa direction, ni le monde des indépendants aux fondateurs de start-ups. Il est piquant de voir le côté 19e siècle de la situation. On a une participation qui rappelle les grandes heures du suffrage censitaire, et une assemblée qui évoque un peu, mutatis mutandis, les assemblées de notables. Il ne manque même pas les Saint-Simoniens.

On savait que la promotion de la parité et de la diversité pouvait parfaitement s’accommoder d’une aggravation des inégalités sociales, voire en être le paravent.
Après le premier tour de la présidentielle, vous évoquiez la constitution d’un bloc élitaire? De quoi s’agit-il?

Il convient de s’affranchir des termes porteurs de connotations politiques ou morales, et d’essayer de trouver une manière correcte de nommer le réel. C’est pourquoi l’opposition «peuple» – «élites» ne convient pas, le premier terme étant trop englobant, et le second trop restrictif. Même la notion de «bloc bourgeois» n’est pas simple, car elle tend à assimiler des millions de Français qui le soutiennent à une condition sociale qui n’est pas la leur. À l’inverse, selon moi, le «bloc élitaire» désigne tous ceux qui appartiennent aux élites sociales, ceux bien plus nombreux qui aspirent à en être, et enfin les personnes qui considèrent que l’obéissance aux élites est aussi légitime que naturelle. C’est donc, j’en suis conscient, à la fois une situation objective et une inclination subjective. C’est d’ailleurs pour cela que l’on parle de «blocs» sociaux. Non parce qu’ils sont composés d’une substance homogène, mais parce qu’ils constituent l’agrégation de milieux différents, et cependant solidaires. Un bloc social a vocation à exercer le pouvoir à son profit et au nom de l’intérêt général. En tant que tel, il n’est cependant qu’une construction historique, et peut se désagréger. L’extraordinaire réussite de Macron est d’être devenu l’incarnation de ce bloc élitaire, dont la constitution sur les ruines du clivage gauche-droite avait cependant débuté des années avant l’annonce de sa candidature.

Macron peut-il gouverner uniquement avec ce bloc élitaire?

La réunification des élites de gauche et de droite, sur un fond de convergence idéologique et d’homogénéité sociale, est pour le moment une réussite éclatante. On sent même, dans certains milieux aisés, une forme d’euphorie. On se croirait le 14 juillet 1790. C’est la Fête de la Fédération de la bourgeoisie contemporaine. La force propulsive d’En Marche! lui permet d’être au second tour aussi bien aux législatives qu’à la présidentielle, et ensuite son triomphe est mécanique. L’existence du bloc élitaire renvoie cependant à un problème, celui de l’affaiblissement des forces dites de gouvernement. C’est bien parce que Nicolas Sarkozy d’abord, François Hollande ensuite, ont échoué à réformer le pays autant qu’ils le souhaitaient, les deux acceptant à peu près le cadre de l’Union européenne et les exigences des marchés financiers, qu’il y a eu la dynamique En Marche! Autrement dit, l’épopée macronienne se fonde d’abord sur la volonté de donner aux réformes de structure de notre société une base politique et sociale suffisante. Si l’on considère le score du premier tour de la présidentielle et des législatives en nombre de voix, rapporté à l’ensemble du corps électoral, ce projet n’est pas encore totalement achevé. C’est là où l’on redécouvre, derrière les discours sur la société civile, l’importance du pouvoir de l’État. Le contrôle de celui-ci, exercé par des personnalités qui en maîtrisent parfaitement les rouages, tranche la question.

Face au bloc élitaire, vous évoquez un bloc populaire. Celui-ci est-il représenté actuellement? L’abstention massive traduit-elle la sécession de ce bloc?

Face à la politique prônée par Emmanuel Macron et Édouard Philippe, il n’y a pas un « Front du refus», mais un « archipel du refus ».
Face au bloc élitaire, qui agrège dans sa représentation politique le parti du Président mais aussi le Modem, les UMP dits «constructifs» et les PS dits «compatibles», le bloc populaire demeure virtuel. Face à la politique prônée par Emmanuel Macron et Édouard Philippe, il n’y a pas un «Front du refus», mais un «archipel du refus». C’est là un déséquilibre stratégique majeur. On en voit les effets au second tour des législatives, où dans chaque circonscription, le candidat qui affronte celui de LREM est issu le plus souvent d’une des quatre forces d’opposition, sans alliance possible, et avec en conséquence de très mauvais reports de voix. Cette situation est durable. Elle constitue une chance historique pour l’achèvement des réformes libérales annoncées. Dans la mesure où l’opposition au nouveau pouvoir prendra nécessairement une forme aussi sociale que politique, la position de la France Insoumise est assez favorable, tandis que le Front national sera handicapé par ses ambiguïtés idéologiques sur le libéralisme économique. La situation de l’UMP est certes moins grave que celle du PS, mais leur espérance commune d’une reconstitution du clivage gauche-droite pourrait bien être durablement déçue. Cet ordre politique n’a pas seulement été affaibli, il a été remplacé.

Voir également:

Abstention : les politiques n’ont rien à dire

Inutile de revenir sur la crise de la démocratie, déjà abordée ici la semaine dernière. Comme il fallait le craindre, elle s‘est aggravée à l’issue du second tour des législatives, boudé par 57% d’abstentionnistes. Les macronistes se rassurent en estimant que beaucoup de ceux qui ne sont pas allés voter ont donné, passivement, un blanc-seing au chef de l’Etat. Ces dévots ont raison de dire que la dangerosité de Macron n’a pas été jugée telle pour susciter un barrage contre lui. En fait, Macron pourrait être le nom d’un sirop incolore, inodore et sans saveur, mais avec des effets lénifiants. Même le vieux leader de 68, Daniel Cohn-Bendit, a avoué dimanche soir sur France 2 : « Je suis l’incarnation du « En même temps » (NDLA : expression fétiche du président) ». Macron, c’est non seulement un tranquillisant, mais la source d’eau tiède d’un consensus mou dans lequel l’ex-soixante-huitard vient calmer ses rhumatismes et ses nostalgies. Faire une cure de Macron revient à dire tout et son contraire : cela repose mais reste incompréhensible. En réalité, la bulle macroniste des origines n’est jamais très loin. Cette fois, elle fait enfler une majorité absolue de députés La République en marche (359 sièges avec le Modem) qui ne repose que sur un socle électoral restreint. Ne pas se fier à l’effet d’optique : la France reste fracturée comme jamais. Et bien des nerfs sont à vif chez ceux qui refusent d’avaler l’élixir euphorisant du Docteur Macron, aux effets secondaires addictifs.

En fait, une crise de l’intelligence politique se dissimule derrière la crise de la démocratie. Si une majorité d’électeurs ne votent plus, en dépit de la pléthore de candidats à ces législatives, c’est que ceux-ci n’ont rien à dire d’intéressant. J’ai entendu distraitement François Baroin (LR), hier soir, réciter d’un ton morne et las un vague programme dont la fiscalité semblait être le seul point de discorde avec la majorité. Alors que la crise identitaire est largement plus préoccupante que le PIB, le sirop du Docteur Macron a réussi à faire croire, y compris à la droite somnolente et au FN, que l’économique était au coeur de tout. Manuel Valls, seul socialiste à avoir mis les problèmes identitaires (communautarisme, islam radical, etc.) au centre de ses préoccupations, est à cause de cela la cible de violences verbales de la part de l’islamo-gauchisme. Hier soir, sa courte victoire dans l’Essonne (139 voix) a été contestée par Farida Amrani, candidate de la France insoumise. Julien Dray (PS) a dénoncé hier « une violente campagne communautariste aux relents antisémites menée contre Valls ». Alors qu’une nouvelle vague d’immigration se presse aux portes de l’Europe et que l’islam politique ne cesse d’attiser la guerre civile (ce lundi matin, la mosquée londonienne de Finsbury Park a été la cible d’un attentat contre des musulmans), la classe politique française discute du sexe des anges, comme à Byzance la veille de sa chute. Macron a-t-il quelque chose à dire sur ces sujets ?

Voir encore:

Affaire MoDem : Sylvie Goulard renonce au gouvernement… avant Bayrou et Sarnez ?

La ministre des Armées Sylvie Goulard fait savoir ce mardi 20 juin qu’elle renonce à figurer dans le nouveau gouvernement qu’Emmanuel Macron a chargé Edouard Philippe de former. Elle est citée dans l’affaire des soupçons d’emplois fictifs au MoDem, tout comme ses collègues François Bayrou et Marielle de Sarnez.

Un petit mois et puis d’en va. La ministre des Armées Sylvie Goulard a annoncé ce mardi 20 juin dans un communiqué avoir « demandé au président de la République, en accord avec le Premier ministre, de ne plus faire partie du gouvernement ». Un départ qu’elle explique par les soupçons d’emplois fictifs au MoDem, son ancien parti. « Dans l’hypothèse où l’enquête préliminaire visant le MoDem conduirait à vérifier les conditions d’emploi de mes assistants au Parlement européen, je souhaite être en mesure de démontrer librement ma bonne foi et tout le travail que j’y ai accompli », écrit Sylvie Goulard. Emmanuel Macron « a accepté » la démission de Sylvie Goulard et « respecte son choix », a indiqué de son côté l’Elysée à l’AFP.

Cette annonce intervient au lendemain du départ d’un autre ministre, Richard Ferrand. Lui aussi a des démêlés avec la justice : une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Brest sur l’opération immobilière qui a profité à sa compagne lorsqu’il était patron des Mutuelles de Bretagne. Le désormais ex-ministre de la Cohésion des territoires va briguer la présidence du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale.

Bayrou et de Sarnez également touchés par l’affaire MoDem

C’est donc un remaniement d’ampleur qui s’annonce, alors que le Premier ministre Edouard Philippe a remis lundi à Emmanuel Macron la démission de son gouvernement, une tradition après les élections législatives. Aussitôt reconduit dans ses fonctions, Edouard Philippe doit annoncer la composition de sa nouvelle équipe mercredi « avant 18h00 », selon l’Elysée.

Le président de la République a-t-il entrepris, dans le cadre de ce remaniement, de vider son gouvernement de tous les ministres touchés par des affaires ? L’annonce publique de Sylvie Goulard, inhabituelle dans son genre puisqu’elle avait été démissionnée lundi avec tout le gouvernement, met en tout cas ses collègues François Bayrou et Marielle de Sarnez dans une situation délicate : comment les maintenir à leurs postes de ministres alors qu’ils sont dans la même situation qu’elle ?

Pour l’instant, le garde des Sceaux ne semble pas décidé à céder : François Bayrou affirme en effet au Monde que la décision de Sylvie Goulard est liée à des raisons « strictement personnelles »… Quant à Marielle de Sarnez, contactée par Marianne, elle n’exclut rien. « Dans ma tête, ça reste ouvert : soit le gouvernement, soit le Parlement », en clair prendre la présidence du groupe MoDem à l’Assemblée nationale, explique la ministre des Affaires européennes, qui affirme que l’annonce de Sylvie Goulard « ne change absolument rien ».

Voir enfin:

Une ministre qui démissionne, une alliée entendue par la justice, des perquisitions en cours : le climat des affaires vient assombrir l’après législatives des vainqueurs de dimanche.

Seulement quelques petits réglages après les législatives, vraiment ? L’exécutif annonçait un «remaniement technique» pour cette semaine, mais l’opération est en train de devenir un exercice de funambule entre les différentes affaires qui s’accumulent autour des proches d’Emmanuel Macron.

Exfiltré lundi du gouvernement, Richard Ferrand va briguer la présidence du groupe LREM à l’Assemblée nationale. Une façon pour Emmanuel Macron d’éloigner du gouvernement son ministre de la Cohésion des territoires alors qu’il est visé par une enquête préliminaire pour une opération immobilière. Ce mardi, Ferrand a assuré sur RTL qu’il ne se réfugierait pas derrière son immunité parlementaire. «Si le procureur veut m’entendre, il m’entendra», a-t-il déclaré.

Affaire du MoDem

Ce mardi matin, le Premier ministre Edouard Philippe a expliqué à la télévision qu’il n’y avait «aucun» problème à ce que François Bayrou, ministre de la Justice, reste au gouvernement malgré l’enquête sur les assistants parlementaires européens qui vise le MoDem. Le parti de François Bayrou est soupçonné d’avoir utilisé pour ses propres activités en France plusieurs assistants de députés européens, payés par Bruxelles.

Comme pour le contredire, la ministre des Armées Sylvie Goulard a annoncé dans la matinée qu’elle quittait le navire. «Le président de la République a entrepris de restaurer la confiance dans l’action publique, de réformer la France et de relancer l’Europe. Cette entreprise de redressement doit l’emporter sur toute considération personnelle. C’est pourquoi j’ai demandé au président de la République, en accord avec le Premier ministre, de ne plus faire partie du gouvernement», écrit-elle. Ex-députée européenne Modem, son nom est cité dans l’enquête sur les assistants parlementaires européens.

Une ministre sur le départ

Contacté par le Monde, le ministre de la Justice, François Bayrou, a fait savoir que la décision de Sylvie Goulard était liée à des raisons «strictement personnelles» et ne remettait pas en cause la participation du Modem au futur gouvernement. Mais pour le député LREM (ex-PS) Stéphane Travert, en démissionnant, Sylvie Goulard a fait le bon choix.

Au même moment, Corinne Lepage, ancienne eurodéputée du Modem, était entendue comme témoin pour la même affaire. En 2014, dans son livre les Mains propres, l’ex-ministre écrivait : «Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le Modem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes et d’autre part illégal. Le Modem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire cette exigence. Ainsi, durant cinq ans, la secrétaire particulière de François Bayrou a été payée… par l’enveloppe d’assistance parlementaire de Marielle de Sarnez, sur fonds européen». Passé plutôt inaperçu à la sortie du livre, l’extrait a largement circulé sur les réseaux sociaux pendant la campagne présidentielle.

Las Vegas

C’est pour une autre enquête que des perquisitions ont été menées, également ce mardi matin, au siège du groupe publicitaire Havas et de l’agence nationale Business France. Les enquêteurs se penchent ici sur l’organisation d’un déplacement en janvier 2016 à Las Vegas d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie. Il y a rencontré des patrons français. Une opération «montée dans l’urgence, à la demande expresse du cabinet du ministre, […] confiée au géant Havas par Business France sans qu’aucun appel d’offres ait été lancé», avait avancé le Canard enchaîné en mars cette année. Une enquête préliminaire pour favoritisme, complicité et recel de favoritisme a été ouverte par le parquet de Paris. Signalons en passant que Business France était, à l’époque, dirigé par l’actuelle ministre du Travail Muriel Pénicaud.


Présidentielle 2017: Pour une droite enfin de droite (Au moment où elle quitte momentanément la vie publique, la plus jeune députée de la Ve République livre son manifeste politique et prend date pour l’avenir)

17 mai, 2017
Le nouveau président de la République Emmauel Macron a paradé sur les Champs-Élysées à bord d'une command car de l'armée, dimanche.Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. Orwell
Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. Ghislain de Diesbach
 La droite mourut d’un crime majoritairement commis par la gauche (hormis les communistes, bien sûr, mais à partir de juin 1941). Eric Zemmour
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Je veux mener la politique qui n’a jamais été menée ces trente dernières années. Emmanuel Macron
Securing national borders seems pretty orthodox. In an age of anti-Western terrorism, placing temporary holds on would-be immigrants from war-torn zones until they can be vetted is hardly radical. Expecting “sanctuary cities” to follow federal laws rather than embrace the nullification strategies of the secessionist Old Confederacy is a return to the laws of the Constitution. Using the term “radical Islamic terror” in place of “workplace violence” or “man-caused disasters” is sensible, not subversive. Insisting that NATO members meet their long-ignored defense-spending obligations is not provocative but overdue. Assuming that both the European Union and the United Nations are imploding is empirical, not unhinged. Questioning the secret side agreements of the Iran deal or failed Russian reset is facing reality. Making the Environmental Protection Agency follow laws rather than make laws is the way it always was supposed to be. Unapologetically siding with Israel, the only free and democratic country in the Middle East, used to be standard U.S. policy until Obama was elected. (…) Expecting the media to report the news rather than massage it to fit progressive agendas makes sense. In the past, proclaiming Obama a “sort of god” or the smartest man ever to enter the presidency was not normal journalistic practice. (…) Half the country is having a hard time adjusting to Trumpism, confusing Trump’s often unorthodox and grating style with his otherwise practical and mostly centrist agenda. In sum, Trump seems a revolutionary, but that is only because he is loudly undoing a revolution. Victor Davis Hanson
The globalised model (…) primarily based on an international division of labour, creates substantial wealth but does nothing to bond society as a whole. The job market has become deeply polarised and mainly concentrated in big cities, squeezing out the middle classes. For the first time in history, working people no longer live in the places where jobs and wealth are created. Those groups, which have lost out due to globalisation, no longer identify with traditional political parties. The rift between the global market’s winners and losers has replaced the old right-left split. This social and political divide coincides with a visible faultline between global centres plugged into the world economy and deprived outlying areas. All over the developed world the populist vote is gathering strength outside the big cities, in small and middling towns, and the countryside. In France these “peripheral” territories are driving the FN dynamic. In the US, the peripheral states put Trump in power, much as Brexit prevailed thanks to peripheral areas of the UK. In Austria support for Norbert Hofer, the far-right candidate in the recent presidential contest, comes from similar places. They are home to the majority of the working classes, disconnected and increasingly sedentary. Such territorial dynamics gather momentum as more mobile groups – the higher social classes, immigrants and minorities – concentrate in the cities. In this way the new social geography renews the old divide between sedentary and nomadic. But social issues are not the only determinant of the populist vote. Identity is essential too, linked as it is to the emergence of a multicultural society, which feeds anxiety in working-class environments. At a time of fluctuating majorities and minorities, amid demographic instability, the fear of tipping into a minority is creating considerable cultural insecurity in developed countries. Unlike the upper classes, who can afford to raise invisible barriers between themselves and the “other” (immigrants or minorities), the working classes want a powerful state apparatus to protect them, socially and culturally. So the populist surge is re-activating a real class vote. Christophe Guilluy
Faire le jeu de Le Pen, qui l’a fait mieux et avec une science plus consommée que le mortifère Mitterrand en son temps ? Il y a d’ailleurs eu quelque chose de profondément déplaisant à voir la fille de celui-ci venir sur un plateau déclarer avec candeur qu’elle allait voter Chirac en se bouchant le nez, sans qu’aucun serf médiatique ose lui rappeler que s’il y a bien quelqu’un qui a savamment peloté à son profit pendant quatorze ans la boule puante qui vient de nous exploser au nez c’est son père. De même, par la bouche mielleuse de ses représentants, la gauche sublime et fracassée, mais toujours aussi magnifique, ne s’est-elle pas privée de reprocher tartuffiennement à la droite de ne pas manifester à ses côtés dans la rue. Et personne n’a osé lui répondre que d’abord c’était sa rue, gloubiboulguisée à son image et ressemblance, et transformée en espaces de création, en zones franches pour le libre tapage des teufeurs sacrés de la scène techno ; et, surtout, que c’était son Le Pen. On leur laisse tout ça. Qui d’autre en a l’usage ?Pour comprendre dans ses tréfonds l’extase anti-lepéniste de ces derniers jours, il suffit de se souvenir, a contrario, de l’enthousiasme très modéré qu’avait suscité chez ces mêmes anti-lepénistes, à la fin de 1998, la brutale scission du Front national. L’éditorialiste Serge July, sous le coup de cette surprise, qui aurait dû être considérée, et à bon droit cette fois, pour divine, mais qui ne le fut pas du tout, alla jusqu’à écrire avec mélancolie : « Jean-Marie Le Pen est devenu bizarrement indispensable au bon fonctionnement de la démocratie française. »Il fallait comprendre que la modernité emballée en avait besoin pour rendre ses surenchères de toute façon plus aimables que lui ; et que s’il n’existait plus, il fallait le réinventer. Eh bien ça y est. Le malheur des temps l’a ressuscité in extremis. Philippe Muray (2002)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Si le candidat d’En marche! ne prend pas en charge les réalités populaires et les aspirations que dévoile cette élection, sa victoire sera une victoire à la Pyrrhus. La dynamique populiste est enclenchée et ne cessera de monter si on ne traite pas toutes les questions économiques, sociales et culturelles qui sont en jeu. La présidentielle de 2017 et la victoire d’Emmanuel Macron n’offrent qu’un sursis à ce monde d’en haut, mais, si le chef de l’État n’apporte aucune réponse aux catégories populaires, à cette France d’en bas qui se sent exclue de la mondialisation, il est probable que la bascule s’opère alors en 2022 avec le parti le plus à même de représenter cette dynamique-là. Le modèle actuel n’est pas socialement durable. Si la France d’en haut ne parvient toujours pas à être exemplaire et à parler à celle d’en bas, ses jours sont comptés. (…) À l’issue de mes travaux, j’ai distingué une fracture française qui se situe entre les grandes métropoles mondialisées et le reste, la « France périphérique ». Celle- ci n’est donc pas exclusivement rurale et englobe également des petites et moyennes villes. Elle concerne ainsi tous les territoires qui se trouvent à l’écart des grands pôles urbains, pôles qui créent le plus d’emplois et se trouvent insérés dans la mondialisation. Cette fracture s’observe d’ailleurs aussi bien en France que dans les autres pays européens ou aux États Unis: la logique est partout la même et provient d’une disparition des classes moyennes « le plus grand plan social de l’histoire. Ces classes sont devenues de nouvelles classes populaires, qui ont le sentiment d’être invisibles et de ne pas être économiquement intégrées. Comme partout dans les pays développés, les ressorts de la dynamique populiste reposent d’une part sur la destruction de la classe moyenne traditionnelle et sa mise à l’écart des métropoles mondialisées,et d’autre part sur l’émergence d’une société multiculturelle. Si une partie de la France populaire est réceptive au discours de Marine Le Pen, celle-ci ne rallie qu’une partie du monde d’en bas. Il est toutefois effectivement frappant de constater que son vote est surreprésenté dans cette France périphérique et sous-représenté dans la France des grandes métropoles. Le constat est inverse pour Emmanuel Macron, incarnation de la nouvelle bourgeoisie. Par ses propos sur la « société ouverte » , le néolibéralisme, le libre-échangisme, le candidat d’En marche! a été le candidat des grandes métropoles.. Partout en France, comme aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, les richesses et la création se concentrent dans les métropoles. Et partout dans le monde, ce modèle crée sa contestation populiste. Celle-ci émane des catégories qui constituaient hier le socle de la classe moyenne – ouvriers, employés, paysans – , et des  mêmes territoires. Catégories qui ont été les grandes perdantes du processus d’adaptation des économies occidentales aux normes de l’économie-monde. La mondialisation repose, en effet, sur une division internationale du travail qui condamne sur le temps long la classe moyenne occidentale. L’émergence d’une classe moyenne chinoise ou indienne s’est ainsi réalisée au détriment des ouvriers ou employés américains, français ou britanniques. Ce terrible constat explique que nous vivons depuis trente ans un processus de la sortie de la classe moyenne” qui vit désormais sur des territoires éloignés des zones d’emploi dynamiques. Et le vote Trump est porté par l’Amérique périphérique, le Brexit par la Grande-Bretagne périphérique, le vote Le Pen par la France périphérique (…) On observe déjà une division entre l’Est, qui a principalement voté pour Marine Le Pen, et l’Ouest, qui a davantage voté Macron. Mais cette géographie sociale provient de l’héritage industriel, où les industries étaient présentes essentiellement dans l’Est, et le rural et le tertiaire dans l’Ouest. Il est plus instructif de zoomer sur chaque territoire. Que ce soit dans des régions où Marine Le Pen est en tête ou d’autres dans lesquelles Macron l’emporte, une même logique s’opère. Ainsi, à l’issue du premier tour, en Bretagne, où Macron a obtenu plus de voix, celles-ci ont été gagnées dans les grandes villes bretonnes, comme Rennes. Dans cette dernière, Marine Le Pen a fait moins de 6%, mais a dépassé les 20% dans certaines zones rurales bretonnes. De la même manière, à l’Est, la candidate du FN fait un score moins bon dans des grandes villes comme Nancy, alors qu’elle triomphe dans les petites villes de la région. On le constate, la dynamique France périphérique-métropole marche à l’intérieur de chaque région. Il y a donc une sociologie assez similaire. Le premier tour révèle donc l’ »implosion des partis traditionnels. (…) Si les affaires ont évidemment joué, la difficulté de la droite a été ,dès le départ, d’arriver à convaincre cet électorat de la France périphérique, désormais arrimé au Front national. Il ne se sent pas représenté par la droite traditionnelle, perçue comme trop libérale. L’entrée en campagne de François Fillon sur le mode de réduction des dépenses publiques et d’adaptation aux normes de l’ économie mondialisée a eu un effet destructeur. Son échec réside dans son incapacité à se connecter avec cet électorat populaire et dans le fait que son discours s’est en partie adressé à une classe moyenne en voie de disparition. (…) ]Pour le vote Fillon] Une minorité, à la marge, parce qu’elle est totalement dans une logique anti- système, a voté FN. Mais le reste des électeurs de cette France insoumise s’est plus largement reporté sur Emmanuel Macron ou réfugié dans l’abstention, pour une raison simple : les voix de Jean-Luc Mélenchon proviennent davantage de l’ électorat populaire des banlieues des grandes villes que des véritables périphéries. Cela reste un vote plutôt des grandes métropoles, avec beaucoup d’ électeurs de la fonction publique et de la gauche classique. Christophe Guilluy
Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. (…) [Macron] Il y a au moins une chose qu’on ne peut pas lui reprocher : il n’avance pas masqué ! Il ne cherche pas à faire semblant de tenir un discours « de gauche ». Il dit : « pour s’en sortir, il faut encore plus de libéralisme » ce qui est assez cohérent intellectuellement et assez représentatif de ce qu’est devenue la gauche. Christophe Guilluy
Le clivage sépare ceux qui bénéficient de la mondialisation de ceux qui en pâtissent. Il est à la fois géographique et social. Que ce soit aux États-Unis, en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas ou en Autriche, les territoires s’adaptent toujours de la même façon au modèle économique mondialisé : les métropoles deviennent de nouvelles citadelles, un monde fermé auquel on ne peut accéder sans ticket d’entrée. Impossible pour les classes populaires d’y acheter leur logement, compliqué d’y louer, à moins d’habiter dans des quartiers de logements sociaux. On nous explique que la révolution numérique efface les différences entre New York et le Cantal, ce n’est pas vrai. Les catégories supérieures se replient de plus en plus dans les territoires gagnants de la mondialisation, alors que la classe moyenne disparaît. (…) Nous assistons à un clivage à l’intérieur même des classes populaires. Le FN reste en tête avec un score de 37 % chez les ouvriers et Jean-Luc Mélenchon engrange effectivement des voix, notamment au sein des catégories populaires de banlieue. Ce sont les mêmes qui avaient voté Hollande en 2012. À l’inverse, les catégories populaires de la France périphérique ont plutôt voté FN. La question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques. (…) il y a une dimension ethnoculturelle très nette. Ce fonctionnement est en place depuis plus de quinze ans, rien de très neuf. Nous ne sommes plus sur un clivage strictement social. Prenez une cité d’Hénin-Baumont par exemple, le « petit Blanc » va voter FN et le « petit beur » va voter Mélenchon… Alors même que les deux partagent une réalité géographique et sociale, leur vote diverge ! Cela signifie bien que la question culturelle et identitaire s’est invitée au cœur des stratégies électorales des partis politiques ! Les partis dits républicains prétendent le contraire la main sur le cœur, mais c’est bien évidemment faux. Au moins sur la question de l’émergence de la société multiculturelle, les partis américains ont moins de pudeur sur le sujet. (…) C’est ce fait de ne pas pouvoir partager un capital culturel ou historique commun que j’appelle l’insécurité culturelle. Ce phénomène est assez universel, par exemple, la petite bourgeoisie magrébine quitte les quartiers où se concentre l’immigration africaine. En réalité, personne ne souhaite être minoritaire, car cela signifie dépendre de la bienveillance de la majorité. (…) On constate une féminisation de cet électorat  [FN], même s’il reste majoritairement masculin, et une progression dans des catégories jusqu’ici peu séduites par le FN. C’est le cas des employés, dont 32 % ont voté en faveur de Marine Le Pen, ou des salariés de la fonction publique, qui sont 27 % à avoir porté leurs voix en faveur de la représentante du FN. Sur le plan géographique, le vote progresse dans des régions que l’on disait traditionnellement plus hermétiques à ce vote, comme la Bretagne avec plus de 15 % en faveur du FN. Cela peut sembler inattendu, mais c’est en réalité très logique. (…) Il faut regarder sur le temps long : le Brexit puise ses racines dans la politique menée par Margaret Thatcher dans les années 80. De la même manière, l’élection de Donald Trump n’aurait pu se produire sans la financiarisation de l’économie sous Bill Clinton… En France, la désaffiliation politique des classes populaires germe à la fin des années 70, lors du démarrage de la désindustrialisation. Cette désaffiliation augmente en même temps que la classe moyenne disparaît catégorie après catégorie. Cela a commencé avec les ouvriers, puis les paysans, maintenant les employés… Des bataillons entiers sortent progressivement de la classe moyenne, basculent dans le chômage ou la précarisation de leur emploi. Il y a dans l’esprit des gens l’idée que les classes populaires, c’est une France finissante vouée à disparaître un jour ou l’autre. Sauf que les gens ne disparaissent pas physiquement ! Prenez les 15 premières métropoles de France. Elles représentent 40 % de la population. Si l’on remonte les recensements, les mêmes métropoles en 1968 représentaient… 40 % de la population ! Cela peut sembler contre-intuitif, mais leur poids démographique n’a pas bougé, car, contrairement à ce que l’on imagine, la croissance des territoires a suivi celle des métropoles. (…) Ce qui est frappant, c’est qu’il y a un potentiel majoritaire avec des gens qui se croient minoritaires. En somme, c’est un conflit de classe, sans conscience de classe. Nous ne sommes pas la Grèce : il y a encore beaucoup de gens qui ont beaucoup à perdre. Les retraités et les fonctionnaires, qui sont protégés de la mondialisation, n’ont aucune raison de renverser la table. Il y a aussi, à la marge, le vote des minorités qui va se porter vers le parti le moins anti-immigrés. On voit bien que le Front national est bloqué par sa sociologie : les catégories populaires ne lui suffiront pas. Mais les coups de boutoir seront de plus en plus violents. On peut très bien imaginer demain voir un FN atteindre les 30-35 % au premier tour. Cela signifiera que les digues sont en train de céder. Pour l’instant, la difficulté que rencontre Emmanuel Macron est la suivante : comment tenir un discours optimiste sur la mondialisation, tout en captant les voix des perdants de cette mondialisation, ceux dont le niveau de vie a diminué ces vingt dernières années ? Pas facile. (…) Tout d’abord, le clivage gauche-droite ne structure plus complètement l’opinion. La preuve : le candidat de droite comme le candidat de gauche ont été éjectés dès le premier tour. Ceux qui ont franchi l’obstacle, ce sont des candidats qui se revendiquent « ni de droite ni de gauche ». Ce vieux clivage n’est encore pertinent que pour les retraités et les fonctionnaires. Les autres électeurs se déterminent désormais par des thématiques, comme la mondialisation ou l’immigration. Cela n’en fait pas spécifiquement des gens de gauche ou de droite. Si le pays avait vraiment « basculé à droite », l’État providence serait par exemple remis en question par l’opinion. Or, c’est tout le contraire. L’attachement aux services publics se vérifie, tout particulièrement dans la France périphérique, où la fermeture d’un bureau de poste peut devenir un casus belli. Même chose sur la question de la laïcité : il existe des électeurs de droite comme de gauche qui y sont attachés. Le clivage gauche-droite était le clivage du XIXe et du XXe siècle. Ce qui détermine le vote aujourd’hui, c’est le rapport à la mondialisation, à l’économie et le niveau de désaffiliation aux partis. (…) Les résultats du second tour devraient dessiner une carte « chimiquement pure » de cette France périphérique, qui ne nous dira pas ce qui est urbain ou rural, mais qui nous éclairera sur la proximité ou non du marché de l’emploi. Deux grands pôles sont en train de se mettre en place. La question des clivages de classe, clivages culturels, clivages géographiques va enfin être posée. (…) On meurt de l’absence de conflits et de débats ! Si on veut éviter les violences réelles, il faut que cette conflictualité se traduise en débats à l’Assemblée nationale. Il serait tout à fait sain que les députés s’affrontent autour de thèmes qui parlent à l’opinion. Le pire moment est celui que nous vivons : il n’existe aucune connexion entre le monde d’en haut et celui d’en bas. Cela conduit à l’assèchement de la pensée. Malheureusement, pour l’heure, la France « d’en haut » est encore dans ce mode de fonctionnement, très pratique pour ne jamais mettre les vraies questions sur la table. Cette posture applique la règle suivante : « Ceux qui votent pour le FN sont fascistes. Les classes populaires votent FN, donc, elles sont fascistes. Et comme on ne parle pas aux fascistes, on ne parle pas aux classes populaires. » Fermez le ban ! Si on assiste réellement à l’émergence de ces deux blocs, les gens « d’en bas » considéreraient enfin que l’Assemblée nationale travaille pour eux. Ils auraient envie d’élire des majorités qui vont les représenter, disposer de ministres qui défendent leurs intérêts… Cette recomposition, les partis politiques n’ont pas voulu l’entreprendre, alors que le corps électoral l’attendait depuis des années. Christophe Guilluy
J’avais l’impression qu’il [Nicolas Sarkozy] avait déjà cette géographie sociale bien en tête. Comme s’il savait que cette France populaire, qui l’avait élu en 2007, allait être une nouvelle fois l’enjeu de cette présidentielle. (…) Je ne pense pas que le qualificatif de droitisation soit pertinent. Pour cette France-là, on est arrivé à la fin de la bipolarisation droite-gauche. Par exemple, en matière d’immigration, tout le monde pense grosso modo la même chose, à gauche comme à droite. Quand on regarde comment se comportent les Français – là où ils vont vivre, là où ils souhaitent scolariser leurs enfants -, on s’aperçoit que tout le monde évolue dans une même logique. Ce qui change, c’est le discours de justification de ses actes… Par ailleurs, cette France populaire reste très attachée à l’Etat providence, aux services publics, à la laïcité, aux thématiques traditionnelles de la gauche. (…) Ce qui définit cette classe qui se sent menacée de déclassement, c’est son incapacité à ériger des frontières symboliques avec un monde qu’elle juge menaçant. Le bobo de Belleville, qui habite en plein cœur d’un quartier très métissé, peut résider dans un immeuble de lofts, socialement homogène, et contourner la carte scolaire. Les prolétaires de la Picardie, eux, n’ont pas les moyens d’ériger ce type de frontière invisible. C’est pour ça que cette classe populaire exprime aujourd’hui une demande d’Etat fort et de protectionnisme. La question sociale est centrale pour elle, à la condition qu’elle se combine avec une question d’ordre culturel. (…) Sur ces questions culturelles et identitaires, la gauche tient un discours peu clair. Car elle a la trouille de dire les choses. Je pense qu’on vit désormais dans une société multiculturelle sans oser le dire. Pour la première fois dans notre histoire, dans certains espaces, se pose la question d’appartenir à une majorité ou à une minorité relative. C’est ce que révèle l’épisode sur la viande halal : au-delà la question de l’étiquetage, le sentiment diffus de pouvoir devenir, sans le savoir, minoritaire, est très présent. (…) C’est compliqué pour [François Hollande] car il ne faut pas désespérer «Boboland», c’est-à-dire ces classes intellectuelles et supérieures qui vivent en centre-ville, profitent des bienfaits de la mondialisation et votent en majorité pour la gauche. Je dis cela sans mépris. C’est une réalité sociologique importante pour la gauche. Il est difficile de tenir un discours pour cette France des centres-ville et celle rejetée à la périphérie. Un exemple : le protectionnisme européen. François Hollande avait la possibilité de reprendre à son compte les thèses qu’Arnaud Montebourg avait développées pendant la primaire. Mais aujourd’hui depuis le discours de Villepinte de Nicolas Sarkozy, je pense que c’est trop tard. Christophe Guilluy
On brode beaucoup sur la non intégration des jeunes de banlieue. En réalité, ils sont totalement intégrés culturellement. Leur culture, comme le rap, sert de référence à toute la jeunesse. Ils sont bien sûr confrontés à de nombreux problèmes mais sont dans une logique d’intégration culturelle à la société monde. Les jeunes ruraux, dont les loisirs se résument souvent à la bagnole, le foot et l’alcool, vivent dans une marginalité culturelle. En feignant de croire que l’immigration ne participe pas à la déstructuration des plus modestes (Français ou immigrés), la gauche accentue la fracture qui la sépare des catégories populaires. Fracture d’autant plus forte qu’une partie de la gauche continue d’associer cette France précarisée qui demande à être protégée de la mondialisation et de l’immigration à la « France raciste ». Dans le même temps, presque malgré elle, la gauche est de plus en plus plébiscitée par une « autre France », celle des grands centres urbains les plus actifs, les plus riches et les mieux intégrés à l’économie-monde ; sur ces territoires où se retrouvent les extrêmes de l’éventail social (du bobo à l’immigré), la mondialisation est une bénédiction. Christophe Guilluy
En 2012, la participation frôle les 80 %, ce qui est important. Si elle est de 4 points inférieure à celle de 2007, elle est très supérieure à ce que les instituts de sondage prévoyaient : un effondrement proche de 10 points ! A mon sens, on doit y voir la très forte mobilisation de la gauche dans son rejet du sarkozysme. L’autre manifestation de cette colère à l’égard du président sortant s’est traduite par une plus faible participation des villes où Nicolas Sarkozy avait fait le plein en 2007. Typiquement, le retraité qui a voté pour le candidat UMP, il y a cinq ans, s’est abstenu au premier tour cette fois-ci. Ce qui laisse une certaine marge de progression pour le convaincre de se déplacer au second tour. En revanche, François Hollande semble ne disposer que de peu de réserve parmi les abstentionnistes du premier tour. (…)  Si l’on met l’accent sur sa deuxième place, on pourrait conclure à un échec par rapport aux présidents sortants tous arrivés en tête. Seulement, en 2002, Jacques Chirac, dont le bilan est jugé comme inexistant, a certes respecté la règle en s’offrant la première marche du podium, mais en ne captant que moins de 20% des voix. Aussi dire que la stratégie Buisson, ou plutôt Buisson-Guaino a échoué, est-il, à mon sens une erreur d’analyse. Christophe Guilluy
Il serait temps de comprendre que les millions de Français qui votent pour le FN ne veulent pas moins mais plus de République. Ils ont tort ? Admettons. Mais était-ce républicain de construire une Europe dans laquelle les décisions échappent largement aux élus du peuple ? Était-ce républicain d’inventer, au nom d’une conception mécanique de l’égalité, le collège unique dont la grande œuvre aura été de tirer les bons élèves vers le bas plutôt que les mauvais vers le haut ? Était-ce républicain de tergiverser pendant vingt ans avant d’interdire les signes religieux à l’école ? Était-ce républicain d’encourager l’idéologie de la repentance qui légitime la détestation de la France ? Était-ce républicain de prôner l’ouverture à tous les vents de la mondialisation, qu’elle fût économique ou culturelle ? Était-ce républicain de décréter que dans les écoles de Strasbourg on servirait “de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson le vendredi par respect pour la laïcité” — impayable logique du maire socialiste de la ville ? Était-ce républicain de minimiser l’antisémitisme et le sexisme qui sévissaient et sévissent encore dans les “territoires perdus de la République” au motif que ceux qui les propageaient étaient victimes de l’exclusion sociale ? Était-ce républicain de traiter de salauds, de cons ou de fachos les électeurs qui, lassés d’être les cocus de la mondialisation, se sont tournés vers le FN ? Ou étaient-ils, durant toutes ces années, tous ces Républicains sourcilleux qui affichent aujourd’hui leurs âmes pures et leurs mains blanches ? Peut-être serait-il naïf ou imprudent de décerner à Marine Le Pen un brevet de vertu républicaine. En attendant, si la République semble aujourd’hui si mal en point, elle n’en est pas, loin s’en faut, la première responsable. Elisabeth Lévy
Marine Le Pen aurait pu être la porte-parole du parti de l’inquiétude, elle aurait pu faire venir sur le plateau l’humeur de cette partie du pays qui voit sa disparition programmée et s’en désole. Elle aurait pu évoquer le séparatisme islamiste et l’immense tâche qui nous attend consistant à convaincre des dizaines, peut-être des centaines, de milliers de jeunes Français de l’excellence de leur pays, de ses arts, ses armes et ses lois. Or, du début à la fin, elle a paru retourner à son adversaire le procès en légitimité dont elle est sans cesse l’objet. Incapable de lui concéder le moindre point, autant que de lui opposer une véritable vision, elle a ânonné des mots-clefs comme « UOIF » et « banquier », croyant sans doute que cela suffirait à faire pleuvoir les votes, ce qui laisse penser qu’elle tient ses électeurs en piètre estime. Les insinuations sur l’argent de son adversaire, sa façon de dire à demi-mot au téléspectateur « si vous êtes dans la mouise, c’est parce que lui et ses amis se goinfrent », m’ont rappelé les heures sombres de l’affaire Fillon, quand des journalistes répétaient en boucle le même appel au ressentiment. L’autre France, celle qui n’a pas envie de l’avenir mondialisé et multiculti qu’on lui promet, mérite mieux que ce populisme ras des pâquerettes. (…) On n’est pas obligé, cependant, de hurler avec les bisounours. Quoi que répètent fiévreusement ceux qui adorent voler au secours des victoires, un faux pas, même de taille, ne suffit pas à faire de Marine Le Pen quelqu’un d’infréquentable. À la différence de l’intégralité de mes confrères qui se frottent les mains sur l’air de « je vous l’avais bien dit ! », je ne suis pas sûre qu’elle ait « montré son vrai visage ». L’ayant interviewée à plusieurs reprises, nous avons eu avec elles des engueulades homériques : jamais je ne l’ai vue, dans ces circonstances, faire preuve de la mauvaise foi fielleuse qu’elle a opposée à son adversaire – et je ne lui avais jamais vu, même sur un plateau, ce masque sarcastique. Avait-elle en quelque sorte intégré sa propre illégitimité, a-t-elle été mal conseillée par son cher Florian Philippot ou était-elle décidément très mal préparée à la fonction qu’elle briguait ? Toujours est-il qu’elle a raté son rendez-vous avec le peuple français. (…) Il faudra bien résoudre un jour ce petit problème de logique : il existe chez nous un parti que les tribunaux ne peuvent pas interdire, qui a le droit de se présenter aux élections, mais les électeurs n’ont pas le droit de voter pour lui et ses dirigeants n’ont pas le droit de gagner. Ce qui, on en conviendra, est assez pratique pour ceux qui l’affrontent en duel. On me dit qu’il respecte le cadre de la République, mais pas ses fameuses valeurs. Sauf que, pardon, qui est arbitre des valeurs, Le Monde, les Inrocks, Jacques Attali ? N’est-ce pas une façon bien commode d’exclure de la compétition ceux qui vous déplaisent ? Je ne me résous pas à vivre dans un monde où il y a une seule politique possible, un seul vote raisonnable et un seul point de vue acceptable. (…) Post Scriptum : je viens d’entendre un bout de la chronique de François Morel, l’un des papes du comico-conformisme sur France Inter. Il comparait – ou assimilait je ne sais – Marine Le Pen à une primate: Taubira, c’était dégueulasse; mais pour une Le Pen, c’est normal. Digne conclusion de la quinzaine de la haine (et de l’antifascisme nigaud) que nous a offerte la radio publique. Elisabeth Lévy
J’ai suivi cette campagne avec un sentiment de malaise franchement (…) qui s’est peu à peu transformé en honte.  (…) Malaise parce que la deuxième France, dont vous parlez, la France qui est périphérique, qui hésite entre Marine Le Pen et rien,  je me suis rendu compte que je ne la comprenais pas, que je ne la voyais pas, que j’avais perdu le contact. Et ça, quand on veut écrire des romans, je trouve que c’est une faute professionnelle assez lourde.  (….) Parce que je ne la vois plus, je fais partie de l’élite mondialisée, maintenant. (…) Et pourtant, je viens de cette France. (…) Elle habite pas dans les mêmes quartiers que moi. Elle habite pas à Paris. A Paris, Le Pen n’existe pas. Elle habite dans des zones périphériques décrites par Christophe Guilluy. Des zones mal connues. (…) Mais le fait est que j’ai perdu le contact. (…) Non, je la comprends pas suffisamment, je veux dire, je pourrais pas écrire dessus. C’est ça qui me gêne, c’est pour ça que suis mal à l’aise. (…) Non, je suis pas dans la même situation. Moi, je ne crois pas au vote idéologique, je crois au vote de classe. Bien que le mot est démodé. Il y a une classe qui vote Le Pen, une classe qui vote Macron, une classe qui vote Fillon. Facilement identifiables et on le voit tout de suite. Et que je le veuille ou non, je fais partie de la France qui vote Macron. Parce que je suis trop riche pour voter Le Pen ou Mélenchon. Et parce que je suis pas un hériter, donc je suis pas la classe qui vote Fillon. (…) Ce qui est apparu et qui est très surprenant – alors, ça, c’est vraiment un phénomène imprévu – c’est un véritable parti confessionnel, précisément catholique. Dans tout ce que j’ai suivi – et, je vous dis, j’ai tout suivi  – Jean-Frédéric Poisson était quand même le plus étonnant. (…) Une espèce d’impavidité et une défense des valeurs catholiques qui est inhabituelle pour un parti politique. (….) Ca m’a interloqué parce que je croyais le catholicisme mourant. (…) [Macron] L’axe de sa  campagne, j’ai l’impression que c’est une espèce de thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme. Michel Houellebecq
Leçon numéro 1. Le sacrifice de François Fillon, unique objet du premier tour, est complètement raté. Certes, sa candidature a été tuée, mais les électeurs ne sont pas en phase avec les sacrificateurs. Or, l’immolation est faite pour construire du consensus, pour détendre tout le monde, et le bourreau est supposé être l’artisan de la justice. Dans le cas de Fillon, l’exécution a exaspéré la méfiance à l’égard des gouvernants, de la justice, des médias, et de ses adversaires politiques. Au lieu de les libérer, le sacrifice a exaspéré les tensions. Leçon numéro 2. Le sacrifice de Marine Le Pen, objet unique du second tour, est non moins raté. Certes, elle ne gagnera très probablement pas, car une partie des électeurs est encore en faveur de l’ancienne liturgie dans laquelle un Front Républicain fait barrage au Mal, mais le doute a gagné les partisans du Bien – doute qui s’exprime dans l’abstention ou tout simplement dans le peu de conviction avec laquelle la « diabolisation » s’exprime – et les partisans du Mal deviennent de plus en plus décontractés, de moins en moins concernés par l’injonction morale, l’admonestation solennelle, l’argument d’autorité « antifa ». Leçon numéro 3. Donc, la victoire de Macron apparaîtra comme le résultat d’un double sacrifice raté. On le regardera comme une sorte d’importun, voire d’imposteur, qui n’aura pas réussi à transformer sa victoire sur les autres en victoire pour tout le pays. Il ne sera pas élu, il sera placé premier. Et nul doute que tout le monde réclamera la vidéo car le match a été scandaleusement arbitré. Leçon numéro 4. Nous avions bien compris, et toute la campagne l’a montré : le monde de Macron, c’est le hub France, avec ce raffinement de cruauté qu’il est en plus drogué à la dépense publique. Le hub France, c’est l’aéroport de Roissy. Au premier étage, une entrée réservée et discrète : dans des fauteuils cools, des dirigeants zens s’envoient un whisky japonais pas pingre en discutant avec leur private banker sur Internet. Au rez-de-chaussée, des cadres moyens sirotent de la bière et grignotent des cacahouètes dans un confort relatif, en gérant leur crédit revolving sur leur application bancaire de masse. Au sous-sol, les bagagistes payés au lance-pierre n’ont d’autre choix que le fondamentalisme (anti-immigré ou musulman) ou le vote Mélenchon. Faute de leur avoir enseigné La Fontaine et leur avoir donné des perspectives décentes, difficile de leur en vouloir, même s’il faut les dominer. Personne ne veut de ce monde-là. Nous allons voter pour. Le masochisme est officiellement devenu une catégorie de la pensée citoyenne. Ça faisait longtemps que ça couvait, ont noté les meilleurs observateurs. Leçon numéro 5. Il y a plus : sur le plan de la politique économique, Macron, c’est la double peine : le socialisme en grand et le libéralisme en roue libre. L’Etat local hypertrophié entièrement au service de la mondialisation, c’est-à-dire de la séparation des pauvres et des riches à l’échelle planétaire, comme elle déjà eu lieu à l’échelle urbaine, et entre les villes et les campagnes. Des entraves étatiques partout, obsédantes, au service de la libération des forces du marché, c’est-à-dire de la cupidité décomplexée. Le pire de la bourgeoisie, le pire de la bureaucratie. Le Français contemporain doit s’habituer à avoir deux maîtres : l’inquisition de la cupidité et l’inquisition administrative. Comme tout le monde ne peut pas avoir un parcours d’inspecteur des finances, élite pointue qui peut avoir une carrière de double inquisiteur, très peu gagneront dans ce monde. Gageons que sur les 250 000 marcheurs que revendique le mouvement d’Emmanuel Macron, à peine mille verront leur avenir s’éclaircir. Aux yeux des Français, Macron peut passer en six mois pour un uber gandin au centre d’une cour de gastéropodes liberticides, valets de l’esprit ploutocratique. Leçon numéro 6. Ce n’est pas parce qu’il est devenu à peu près normal que le FN est devenu intelligent. Sa fonction était de transformer la colère et la méchanceté irréfléchies en proposition politique pour lutter contre leurs racines même : l’ignorance, l’oisiveté démunie, le sentiment d’avoir été abandonnés par les dirigeants de la communauté nationale, la fierté blessée, l’humiliation de l’expulsé, l’angoisse du déracinement, la morsure du mépris. Le FN a beau dire qu’avec la bénédiction de Nicolas Dupont-Aignan, il a opéré la jonction des républicains et des patriotes, il y a des trous dans la raquette républicaine et des trous dans la raquette patriotique. Des trous dans la raquette républicaine, car son programme est marqué par une sorte de naïveté restauratrice – c’était mieux avant, retournons-y -, par la préférence pour une pédagogie punitive, et par l’absence de stratégie globale tant sur le plan européen que sur le plan économique, qui sont à pleurer. Sa conception de la République est celle d’un colonel d’infanterie en 1950. Respectable, mais l’expérience du monde réel et l’imagination véritablement constructive sont ailleurs. Et des trous dans la raquette patriotique, car, quand bien même le mot de souverainisme met d’accord les patriotes et les nationalistes, la ligne de fracture en ces deux sensibilités persiste, et reste lourde de malentendus, de querelles, de conflits. J’appelle patriotique le sentiment que la patrie doit être respectée et aimée comme l’espace qui nous vient du temps, si je puis dire, et dans lequel la communauté s’organise solidairement pour continuer son histoire ; j’appelle nationaliste ce sentiment d’exaltation qui nous vient des batailles, de la culture de la guerre, et qui nous porte à préférer la France à tout, y compris à la réflexion et à la sympathie. La difficulté qu’a le FN à se débarrasser des hibernatus maurrassiens qui se nourrissent à sa racine belliqueuse est le signe malheureux de son incapacité à distinguer les deux, et à en tirer les conséquences politiques. Il va falloir choisir entre la psychologie de la guerre et celle de la paix, quand on parle de la France. Marin de Viry
On a le sentiment d’un monde parisiano-parisien qui joue un jeu légèrement autiste. Celui de se rassurer. Celui des postures… Un monde qui regarde la France depuis son piédestal, la tête dans les nuages, dans la ouate rassurante de l’entre-soi du VIe arrondissement, et qui refuse d’être à l’écoute du peuple, qui est, soit dit en passant, souvent son public… et qui donnera vraisemblablement dimanche un score supérieur à 40% à la candidate du FN. En faisant pourtant un effort simple cette élite aurait certainement pu approcher et interroger les origines du mal, les racines du vote extrémiste – dans un contexte de crise économique interminable, de promesses non tenues de redressement de la courbe du chômage, et de pays sous tension, gangréné par la montée des fondamentalismes, le terrorisme qui est un cancer de ce siècle, et des violences quotidiennes. Mais pour comprendre ça, cette caste aurait peut-être dû faire l’effort de sortir la tête de sa poubelle dorée. Cette élite qui cherche encore à faire l’opinion, qui a le monopole de la parole public, qui possède les médias, quand elle n’est pas possédée par eux… Ce week-end, dans le cadre de la manifestation traditionnelle du 1er mai, en fin de cortège, les forces de l’ordre ont été l’objet d’attaques violentes de la part de casseurs et des membres des « Black Blocs », prétendument antifascistes. Frappé par un cocktail Molotov, un CRS d’une quarantaine d’années s’est transformé en torche humaine. L’image a fait le tour du monde, et notamment la Une du New-York Times. Elle semble avoir un peu moins passionné la presse française. L’homme est dans un état grave, brûlé au troisième degré. Où étaient, ces derniers jours, les pétitionnaires qui réclamaient encore il y a peu « justice pour Théo », et propageaient de manière irresponsable l’idée d’une police en guerre totale contre les jeunes-des-quartiers© ? Où étaient-ils pour dénoncer cette image – qui aura certainement plus d’impact que la plupart des discours, des débats, et des mises en garde pontifiantes sur le vote de dimanche ? Et ce n’est là qu’un exemple. Et dans la France macronienne hors-sol qui s’annonce, le ressentiment qui nourrit le vote extrême ne peut que prospérer. Dans la France de Macron, que l’on entrevoit dans son programme et ses discours, son effervescence de mots vides et de phrases creuses ; son charabia managérial ; La France « Start-up nation » ; la France de l’ubérisation ; la France qui fait (quoi ?) ; la France qui ose (quoi ?) ; quelle place pour l’autre France ? Celle que l’on a appelé « périphérique », qui souffre, qui est déclassée et se sent trahie ? Contre la montée en puissance de ce ressentiment, la farandole antifasciste, les cocktails dinatoires au théâtre du Rond-Point et les imprécations médiatiques n’auront aucun impact. Et ne feront même que renforcer ce sentiment d’humiliation. Continuons sur ce ton et nous aurons vraiment le Front national au pouvoir en 2022. Et, comme le rajoutait en plaisantant un ami, certainement Hans Gruber en 2027… François-Xavier Ajavon
Ce qui m’a frappé dans les débats des dernières années, c’est la difficulté avec lesquels ils sont parvenus à émerger. Car les plus importants d’entre eux portent précisément sur les sujets dont le «Parti des médias» – pour reprendre l’expression créée par Marcel Gauchet – tente d’empêcher l’évocation… Il y a comme ça, à chaque époque, des problèmes vitaux qui forment comme un angle mort du débat public. Ce sont précisément ceux qui vont décider de l’avenir. (…) Aujourd’hui, l’histoire est à nouveau en phase d’accélération brutale et le défi qui nous est lancé par l’islamisme politique, entré en phase de conquête du monde, est redoutable. Mais le Parti des médias, aveuglé par ses bons sentiments, préfère nous abreuver de petites nouvelles insignifiantes, d’une part, de ses grandes indignations, de l’autre. (…) chaque fois que le discours lénifiant sur le «vivre-ensemble» est contredit par des faits, ceux-ci font l’objet d’un remontage. Combien d’attentats islamistes ont été requalifiés en «actes commis par un déséquilibré»? Ou alors, on organise à la hâte une diversion. (…) Sur tous les plans, on se rapproche de la vérité en marchant en crabe. Ça ne facilite pas le règlement des problèmes. (…) Ayant vécu une partie de mon adolescence au Liban, repris des études à Oxford à 42 ans, enseigné trois ans en Pologne, beaucoup bourlingué en Europe, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, j’avais fait mienne l’idée d’Attali selon laquelle les nations étaient en train de devenir des hôtels où l’on pose provisoirement ses valises, en prenant pour critère le rapport qualité/prix. En s’attaquant aux Juifs, comme l’ont fait Merah et Coulibaly, à un symbole de l’esprit de ma génération, comme Charlie, les infiltrés du djihad, cette cinquième colonne islamiste, m’ont «rendu la France», comme disait Aragon. Poète communiste, il a tourné patriote lors de l’occupation, après avoir longtemps conspué le drapeau et la Marseillaise. (…) L’hégémonie intellectuelle est toujours détenue par «presse qui pense», même si elle a de moins en moins de lecteurs: Télérama, Les Inrocks, Le Nouvel Obs, Libé, etc. C’est elle qui donne le ton, décerne des brevets et censure ce qu’ils appellent les «dérapages». Ces contestataires professionnels sont étonnés et furieux d’être à leur tour contestés. C’est que l’espèce de bouillie intellectuelle, ce néo-marxisme rudimentaire à base de slogans creux qui leur sert de pensée s’est fracassé sur la réalité sociale. Souvent demeurés intellectuellement dans les années 1960/70 (Derrida, Foucault, etc.), ils s’acharnent à «transgresser», à «renverser des tabous», alors qu’il n’y a plus, en face, que le vide. Ils rejouent éternellement la scène originelle de 68, alors qu’on a radicalement changé d’époque. C’est pourquoi les gens qui pensent juste ont opéré, depuis le début de notre XXI° siècle, ce retour à Camus, à Arendt, à Orwell – qui n’étaient certes pas des penseurs «réactionnaires». «Empêcher que le monde ne se défasse», comme disait Camus. Et ne pas pousser la tolérance à l’absurde, en prétendant tolérer la barbarie. Ne pas justifier l’inacceptable au nom du relativisme des valeurs. (…) lorsque je me retrouve devant mon ordinateur, avec un article à écrire, je pense: comment Christopher Hitchens tournerait-il ça? Orwellien lui aussi, «Hitch» savait comme personne mettre le doigt sur l’hypocrisie, la mauvaise foi, le double standard moral. Et c’était un esprit absolument libre. Un véritable voltairien de la fin du XX° siècle. Il n’a aucun équivalent en français, mais quelques héritiers en Angleterre, comme Nick Cohen. (…) Les dirigeants de l’UE ont refusé à l’Europe toute identité, toute substance, toute limite géographique: ils ont créé une coquille vide, un ensemble flou dans lesquels les citoyens ne reconnaissent pas. Comment s’étonner que ceux-ci se réfugient dans leurs États-nations. Au moins, pensent-ils, on en contrôle les dirigeants en les remplaçant lorsqu’ils prennent de mauvaises décisions. Et on peut en défendre les frontières, ce que l’UE refuse de faire, face à une crise migratoire qui va s’aggraver. (…) il y a aussi quelque chose de positif dans ce que les élites baptisent «populisme»: les simples gens ont parfois une vision plus juste que des dirigeants vivant hors-sol, dans l’ignorance des vrais problèmes de la population. Brice Couturier
J’admire la campagne qu’Emmanuel Macron a menée. Il a défendu les valeurs libérales. (…) Il s’adresse aux espoirs des gens et non à leurs peurs. Barack Hussein Obama
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. Emmanuel Macron
Notre culture, ça ne peut plus être une assignation à résidence. Il n’y aurait pas la culture des uns et la culture des autres, il n’y aurait pas cette formidable richesse française, qui est là, dont on devrait nier une partie, il n’y a d’ailleurs pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple. Et je ne veux pas sortir du champ de cette culture, certains auteurs ou certains musiciens ou certains artistes, sous prétexte qu’ils viendraient d’ailleurs. Emmanuel Macron
Le débat de l’entre-deux-tours a précipité la décision de Marion Maréchal-Le Pen de prendre du champ. Elle l’a jugé « catastrophique » et ruineux pour l’image présidentiable de Marine Le Pen. Elle se met en réserve du parti, en attente d’une occasion pour prendre sa part dans les recompositions politiques qui toucheront le FN, lui aussi. (…) Selon nos informations, non seulement la jeune femme et bientôt ex-députée se place en réserve de la politique, mais elle se tient de surcroît prête à jouer un rôle dans la grande recomposition politique à l’œuvre aujourd’hui, qui immanquablement touchera le FN. Aucun calendrier n’est fixé et ses intentions de rejoindre le monde de l’entreprise réelles – plusieurs grands groupes l’auraient d’ailleurs approchée. Mais depuis plusieurs mois déjà, des signaux lui sont envoyés par des élus LR qui rêvent de la création d’un grand parti clairement positionné à droite dans lequel la petite-fille de Jean-Marie Le Pen aurait toute sa place. Il semblerait que la jeune femme ne soit pas totalement indifférente à ces sollicitations. D’autant qu’à la différence de bien d’autres personnalités du FN, elle a su se tenir à l’écart des affaires financières du parti, la mettant à l’abri des éclaboussures inévitables consécutives aux poursuites judiciaires. « Elle est la seule à n’avoir pas souscrit aux crédits obligatoires du micro-parti Jeanne lors des élections régionales », rappelle fort à propos une élue de la région PACA. (…) Mais personne n’ignorait ses désaccords stratégiques avec le vice-président Florian Philippot et la direction de campagne emmenée par David Rachline, maire de Fréjus. Pour elle, le dogme de la sortie de l’euro devait être dépassé, et de ce point de vue, l’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan lui était apparue comme une chance historique de rassemblement d’une partie de la droite autour du FN. « Dommage que cette alliance ne soit pas allée plus loin qu’une place de vedette américaine offerte à Dupont-Aignan lors du meeting de Villepinte », aurait-elle confié à ses proches.  (…) Personne n’imaginait une position aussi radicale, même si certains la redoutaient. Car chacun connaît l’étendue de la popularité de la plus jeune députée de France. Bien plus qu’un long et épuisant combat d’opposition interne en vue du prochain congrès prévu pour l’hiver prochain, Marion Maréchal a choisi le clash et l’effet de sidération. Ne restait qu’à l’habiller de raisons personnelles, réelles, pour éviter l’affrontement public. Mais le message est clair, son onde de choc n’est pas près de se dissoudre, les échanges que nous avons eus avec quelques élus importants ne laissent place à aucun doute. Marianne
Pour sûr, la politique a pris un coup de vieux. L’élection d’Emmanuel Macron, 39 ans, 66,10 % des voix, est aussi la victoire de son mouvement, En marche !, qui ringardise les partis. (…) Toutefois, sa « révolution démocratique » n’est qu’un mot creux ; un trompe-l’œil. L’immuable idéologie conformiste, technicienne et élitiste, reste son soutien. (…) C’est le « casse du siècle » que le cerveau d’En marche ! a commis sous les vivats de la gauche. L’Élysée n’a pu étouffer ses applaudissements, dimanche soir. Lundi, lors de la célébration de la capitulation allemande, François Hollande a affiché son paternalisme avec celui qui l’accompagnait dans ses premiers pas présidentiels. Catherine Barbaroux, membre du PS dès les années 1970, a pris la présidence d’En marche ! Croiser les sourires de la plupart des socialistes de cœur confirme le tour de passe-passe : la gauche éreintée a réussi l’exploit de se maintenir au pouvoir en rajeunissant la façade et en criant à la menace fasciste. Non content d’avoir participé à la suspicion sans preuve contre François Fillon et à l’immature hystérie contre Le Pen, le stratège inspiré espère l’explosion des Républicains en faisant miroiter des places aux gourmands. Faut-il le rappeler aux étourdis et aux dormeurs ? Le 7 mai 2017, la France a confirmé le choix, dissimulé par le flou, d’une rupture dans son modèle de civilisation. Le projet de Macron pour la France, approuvé par 20,4 millions d’électeurs, porte en lui la disparition de la nation assimilatrice, une et indivisible, au profit d’un « Hexagone » vu comme un « open space » où les minorités seront protégées par des discriminations positives et où la quête de visibilité de l’islam politique sera laissée en paix. 92 % des Français musulmans ont voté Macron, contre 62 % des catholiques. Celui qui chante La Marseillaise la main sur le cœur, comme aux États-Unis, a été félicité par Barack Obama et le Canadien Justin Trudeau, symboles de la cause postnationale, c’est-à-dire des sociétés ouvertes à la mondialisation et au multiculturalisme. Or ces deux causes sont au cœur de la crise identitaire, oubliée au profit de diversions sur la moralité de Fillon ou de Le Pen. Il y a de la farce démocratique dans ce hold-up électoral où les enjeux existentiels n’auront jamais été abordés par le vainqueur. Est-ce pour les avoir évoqués que Manuel Valls subit les humiliations des Macron’s boys ? La foule qui a applaudi l’élu, dimanche au pied de la pyramide du Louvre, partage probablement sa lassitude de l’État- nation, appelé à se diluer dans un monde où l’étranger ne se différencie plus du citoyen. Cette vision est celle de la pensée dominante, qui a grimé en affreux ceux qui parlaient de souveraineté et de limites. Cependant, 60 % des électeurs de Macron ont fait un choix par défaut pour s’opposer à Le Pen, qui a tout de même recueilli 10,5 millions de voix. De surcroît, 16,1 millions ont choisi l’abstention et le vote blanc ou nul, tournant le dos aux ordres d’abattre l’ennemi intérieur. Le socle électoral du président est donc fragile. Certes, sa victoire l’autorise à tout. Pour autant, il n’a pas reçu de blanc-seing pour disloquer un peu plus la France malade, au nom d’un optimisme insouciant. Des Français seront là pour le lui rappeler. Reste que Marine Le Pen n’a pas été à la hauteur de sa mission, qui était de représenter les oubliés de la mondialisation et les inquiets du libéralisme libertarien. (..) Sa confrontation télévisée du 3 mai, jugée vulgaire et désastreuse, est une des causes de son effondrement. L’immigration n’y a même pas été abordée. La diabolisation du FN a pu aussi effrayer plus d’un esprit perméable aux prêches du moralisme. Cependant, c’est bien sa stratégie d’ouverture à la gauche extrême qui a été incomprise. (…) La décision de Marion Maréchal-Le Pen, 27 ans, de se retirer du FN, mercredi, pour rejoindre la vie réelle, n’est pas motivée par son seul désir de se consacrer à sa petite fille. C’est un univers borné de branquignols adeptes de « fake news » (fausses nouvelles) et d’idées économiquement mal ficelées que l’élue a aussi choisi de quitter. (…) Si En marche ! a su fédérer la classe privilégiée des mondialistes (diplômés, urbains, riches), mise au service du seul pouvoir personnel de son leader narcissique, il reste à mobiliser ceux qui, en face, pourraient se reconnaître dans un conservatisme libéral et social. L’introuvable union des droites pourrait enfin voir là son issue. Ceux qui espéraient voir les Français en colère rejeter la tyrannie du politiquement correct, qui oblige à marcher les yeux grands fermés, ont perdu en beauté. La victoire de Macron conforte courtisans et médias. Tous ont défendu sa vision du monde, angélique mais fausse, au prix d’une infantilisation des peurs contre un « populisme » forcément nauséabond. Malheur aux vaincus ! Ivan Rioufol
Ce n’est pas seulement en revenant à un chômage minimum qu’on résoudra le malaise français. Il y a aussi des questions culturelles (« d’identité », de « vivre-ensemble », de « collectif », appelons-les comme on veut) qui se posent avec acuité. Malheureusement, elles sont souvent écartées d’un revers de la main dans le débat public, ce qui interdit à la fois d’y réfléchir et d’y répondre. (…) L’une des clés d’analyse, mais surement pas la seule, est qu’une partie de la population occidentale – pas seulement française ! – a l’impression que sa vie lui échappe, qu’elle ne contrôle plus rien, qu’elle subit ; et qu’à l’inverse, une autre partie profite pleinement et de manière injuste du monde et de ses opportunités. D’une certaine manière, la colère contre les inégalités (d’un Occupy Wall Street, Podemos et France Insoumise) rejoint le malaise identitaire (exprimé par Donald Trump ou le Front national) : l’un et l’autre expriment une demande d’unité, de cohésion identitaire et/ou sociale. Le test de l’ »insécurité sociale » est simple: voir si on appelle extrême la tradition. Sans jugement de valeur. Dire que la société doit s’ordonner librement autour/pour des personnes françaises, nées d’un père et d’une mère également considérés et mariés, et justement rémunérées pour le travail que doit leur ménager fraternellement la société est en général la définition du centrisme. C’est aujourd’hui ce qui est qualifié d’extrême, laissant au « nouveau centre » la source de l’insécurité sociale. Lorsqu’on en reviendra à dire que MLP est centre-droit et Mélanchon centre-gauche on comprendra sans doute mieux la pensée de la multitude déstabilisée face à celle de l’élite déracinée.. Cette impression d’abandon est cruciale et motive une demande de reconnaissance multiple : les citoyens concernés veulent « simplement » qu’on admette que leur mode de vie est aussi valable que les autres, que leur attachement à certaines traditions n’est pas méprisable, que leur vision du travail, notamment industriel, n’est pas une ineptie. Or, tout un discours politique décrit un sens unique du progrès intellectuel et moral, et désigne comme des arriérés voire des coupables ceux qui, pour une raison ou une autre, y résistent. Erwan Le Noan
Aujourd’hui le clivage droite/gauche n’est plus idéologique, mais philosophique et moral. (…) Quoiqu’ils en disent, les programmes respectifs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ne sont pas si éloignés que cela. L’époque où la droite et la gauche proposaient deux types de sociétés diamétralement opposées est révolue. Pour des raisons de fond, qu’on analysera pas ici, mais aussi pour des motifs plus conjoncturels: les caisses de l’Etat sont vides, les marges de manœuvre fort étroites, nombre de décisions ne se prennent plus à Paris mais à Bruxelles, et la mondialisation est passée par là. Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a plus de droite ni de gauche? La réponse est clairement non. S’il est vrai que le libéralisme social de la droite (classique) et le socialisme libéral de la gauche (réformiste) se rejoignent aujourd’hui sur l’essentiel, on voit bien, à travers la personnalité et le style de leurs deux candidats, qu’il y a derrière deux visions du monde, de l’homme et de la société. Qui renvoient à des valeurs bien distinctes. Hervé Bentégeat
Le problème, c’est que cette droite, bien que majoritaire, continue d’être paralysée par la malédiction politico-morale pesant sur la prétendue « extrême droite ». Le fait que le programme de cette dernière ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du RPR des années 80, que ses valeurs et ses références soient empruntées pour l’essentiel au général De Gaulle, que son leader, née 24 ans après la Libération, soit peu suspecte d’avoir collaboré avec les nazis, le fait enfin que bon nombre de ses cadres soient issus de la mouvance chevènementiste, n’y change rien. On ne dîne pas avec le diable, même avec une grande cuillère, et même quand ce n’est pas le diable : ce qui fait qu’en définitive, on ne mange pas très souvent. Le coup de génie de Mitterrand, plus machiavélique que jamais, qui permit au Front National de prendre son essor tout en prononçant un anathème perpétuel contre toute tentative d’alliance avec lui, a fragilisé la position de la droite depuis un quart de siècle- et ouvert régulièrement les portes du pouvoir à une gauche minoritaire. Mitterrand, qui croyait aux forces de l’esprit, en rigole encore. Le piège a fonctionné bien au-delà de ses espérances – avec la complicité résignée d’une droite dite républicaine qui n’a pas voulu prendre le risque de l’alliance et n’a en outre jamais osé retourner l’argument moral contre la gauche socialiste. En n’ayant pas eu l’audace de dénoncer l’alliance du PS avec le parti qui déclarait jadis que « Staline est l’homme que nous aimons le plus », la droite perdait automatiquement le droit de juger les autres. Frédéric Rouvillois
Ce concept de « droitisation » est le plus sûr indice de la confusion mentale qui s’est emparée de certains esprits. Si la « droitisation » consiste à prendre en compte la souffrance sociale des Français les plus exposés et les plus vulnérables, c’est que les anciennes catégories politiques n’ont plus guère de sens… et que le PS est devenu – ce qui me paraît une évidence – l’expression des nouvelles classes dominantes. (…) Est-ce Nicolas Sarkozy qui se « droitise » en plaçant la maîtrise des flux migratoires au cœur de la question sociale ou la gauche qui se renie en substituant à la question sociale le combat sociétal en faveur d’un communautarisme multiculturel ? L’impensé du candidat socialiste sur l’immigration est tout sauf accidentel : il témoigne d’une contradiction à ce jour non résolue. L’idéologie du « transfrontiérisme » n’est pas celle des Français. Près de deux Français sur trois et près d’un sympathisant de gauche sur deux approuvent la proposition de Nicolas Sarkozy de réduire de moitié l’immigration légale. Le projet que porte Nicolas Sarkozy s’adresse à tout l’électorat populaire. Il est clairement le candidat d’une Europe des frontières. C’est en cela qu’il est le candidat du peuple qui souffre de l’absence de frontières et de ses conséquences en chaîne : libre-échangisme sans limites, concurrence déloyale, dumping social, délocalisation de l’emploi, déferlante migratoire. Les frontières, c’est la préoccupation des Français les plus vulnérables. Les frontières, c’est ce qui protège les plus pauvres. Les privilégiés, eux, ne comptent pas sur l’Etat pour construire des frontières. Ils n’ont eu besoin de personne pour se les acheter. Frontières spatiales et sécuritaires : ils habitent les beaux quartiers. Frontières scolaires : leurs enfants fréquentent les meilleurs établissements. Frontières sociales : leur position les met à l’abri de tous les désordres de la mondialisation et en situation d’en recueillir tous les bénéfices. Patrick Buisson
Le mépris dans lequel les tient la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable prolophobie dont elles n’ont parfois même pas conscience. (…) Les impensés de la gauche sur la sécurité et l’immigration témoignent d’un déni persévérant de celle-ci face à l’expression de certaines souffrances sociales. (…) Avant d’être une posture politique, le front républicain est d’abord un réflexe de classe et de caste. Patrick Buisson
En 2007, Sarkozy, c’était Bonaparte au pont d’Arcole ! Il s’est emparé de thèmes, comme l’identité nationale, que Chirac avait totalement abandonnés. Il a désenclavé la droite en agrégeant un vote populaire au vote de droite traditionnel. Comme de Gaulle en 1958 ! Le problème, c’est qu’il manquait d’hommes pour appliquer la révolution culturelle qu’il incarnait, car la droite chiraquisée s’est soumise à l’hégémonie intellectuelle de la gauche depuis des décennies, au point de perdre ses repères. Alors que l’extrême gauche infiltrait le PS et le PCF tout en maintenant une expression politique autonome grâce à ses partis et ses associations, la droite n’a pas formé ses cadres ! On ne peut pas exiger d’un homme qu’il fasse en cinq ans ce que deux ou trois générations n’ont pas pu ou n’ont pas su faire avant lui !  Patrick Buisson
On assiste à ce que j’appelle, la révolution conservatrice. C’est le mot de Napoléon à ses ministres : ‘N’ayez pas peur du peuple, il est encore plus conservateur que vous’. C’est en cela que Juppé, qui s’est fait le porte-parole de la modernité, tient un discours absolument ringard. Il ne se rend pas compte que cette révolution conservatrice est partout à l’œuvre dans la société occidentale. Fillon a fait une campagne qui, a sa manière – moins triviale, moins brutale que celle de Sarkozy -, était une campagne de transgression des tabous. Maurice Druon avait l’habitude de dire qu’en France, il y a deux partis de gauche dont l’un s’appelle la droite. C’est cette anomalie française qui est en train de prendre fin. Fillon assume une droite conservatrice. Juppé sera très probablement battu dimanche soir. Il représentait cette tradition de cette droite qui ne s’assume pas. Cette hypothèque qui pesait sur la droite est en train de sauter et c’est en cela que, dans l’histoire des idées, c’est un moment historique. Patrick Buisson (24.11.2016)
Le vote Macron est un simple désir d’appartenance sociale. Faire partie des vainqueurs. Patrick Buisson
À peine élu, notre nouveau président de la République court un mortel danger (…) les cataractes de compliments, les kilomètres de dithyrambes, les récits hagiographiques qui, depuis quelques jours, se déversent sans pitié et à flots continus sur l’infortuné chef de l’État. Ce dernier, insouciant, n’a pas l’air, pour l’instant, de prendre conscience de l’étendue de la pandémie. Il devrait pourtant se méfier, car le mal est sournois. Au début, la douche est délicieusement tiède et chatouille très agréablement l’épiderme. L’intéressé n’est, sans doute, pas tout à fait dupe du traitement flatteur qui lui est infligé. Mais, même s’il cultive une certaine méfiance envers les flagorneurs et les tient en piètre estime, il ne peut probablement pas s’empêcher de penser que ces portraits flatteurs, tout excessifs qu’ils soient, sont, après tout, en partie fondés. Ainsi va la nature humaine… Car Emmanuel Macron, n’en doutez pas, est le nouveau Richelieu de la politique, le Mozart de la finance, le Pic de la Mirandole de la culture. Il est aussi Jupiter, Chronos (grand maître des horloges en langage commun), nouveau Bonaparte, réincarnation de Clausewitz. Il marche sur les eaux du renouveau, ouvre la mer Rouge de la recomposition politique. Il met à jour la République d’Aristote en ajoutant aux trois catégories de gouvernement du philosophe grec (royauté, aristocratie, république) un objet politique novateur : le macronisme en marche. Il déroute le pèlerinage de Compostelle vers le Faubourg-Saint-Honoré. Il entame un bref service militaire juché sur un command car et les chaînes d’information continue se pâment d’admiration au spectacle de ce moderne Alexandre. L’histoire ne dit pas si, tel le roi de France après le sacre de Reims, il guérit les écrouelles, mais c’est éminemment probable. Le président Macron devrait être vigilant : on peut être asphyxié par un excès d’encens. Et après le miel vient le fiel. Il ne faut jamais perdre de vue que la roche Tarpéienne n’est pas bien éloignée du Capitole. Les sept collines de Rome sont pleines d’embûches : il convient de faire très attention où l’on met les pieds. Surtout, la vieille règle médiatique des trois « l » se vérifie souvent : d’abord on lèche, ensuite on lâche, enfin on lynche. Cela s’appelle des « séquences ». François Hollande en sait quelque chose… Pierre Beylau
Obama blanc Qui se souvient de la façon dont a été accueillie, par certains médias français, l’élection du nouveau président américain il y a maintenant plus de huit ans ?
Que n’a-t-on entendu sur la révolution douce en marche que le premier président noir allait sans aucun doute faire déferler sur une Amérique sclérosée.
Huit ans plus tard, quel résultat ? Donald TRUMP à la maison blanche ! Que nos médias bienveillants se souviennent et se méfient de ce qu’ils écrivent sur notre tout jeune et fringant président français. Ils pourraient déchanter. Mais nous avons la mémoire courte, alors… aw35
Le nouveau président, après avoir mis KO debout le Parti socialiste, est en train de faire éclater la droite. Nul n’ignore que la nomination d’Edouard Philippe, que l’on présente en un saisissant oxymore comme un «héritier spirituel d’Alain Juppé», vient habilement redonner au camp du centre-droit désavoué par les électeurs des primaires, de nouvelles perspectives. Sans surprise, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Jean-Louis Borloo ont affiché depuis quelques jours leur volonté de saisir la perche tendue par Emmanuel Macron, et Bruno Lemaire a franchi le Rubicon en héritant d’un portefeuille-clef avec Bercy, mais qui mouille habilement la droite dans la responsabilité de la lutte contre le chômage. En réalité, ce centre-droit est cohérent: rien, absolument rien, ne le distingue du centre-gauche que Macron a miraculeusement sorti du bourbier dans lequel le désastreux quinquennat de François Hollande l’avait enlisé. Un même libéralisme économique doctrinaire et rigide, soumis aux injonctions de Bruxelles, un même refus de remettre en question le dévoiement d’une construction européenne qui est allée dans le mur, une même volonté de progressisme sociétal, un même manque d’imagination et de volonté pour réduire la fracture sociale. Cette situation serait pain bénit pour le Front national, si le débat du 3 mai n’avait fait éclater la grande supercherie en faisant la démonstration de l’incompétence et de la vulgarité de Marine Le Pen. Si l’on ajoute le retrait de Marion Maréchal Le Pen – dont on peut souhaiter qu’il lui permettra de prendre du champ face à une histoire politique et familiale dont elle semble prisonnière – on assiste peut-être au début du déclin de ce parti qui depuis plus de trente ans a d’abord servi à distiller de l’amertume, à déconsidérer l’amour de la patrie et à stériliser toute tentative de refuser la logique impérialiste de la grande marchandisation. Le FN aura beau revendiquer la justesse de son analyse sur «l’UMPS», il n’est pas certain qu’il soit en état de profiter de cette situation aux prochaines législatives. Paradoxalement, le gouvernement nommé par Emmanuel Macron et Edouard Philippe pourrait au contraire permettre à la droite de procéder à une saine clarification. Le scénario optimiste pour celle-ci serait que le traditionnel attelage entre ce qu’on appelait le RPR et l’UDF montre son caractère bancal et oblige à une recomposition en profondeur. A côté de ce centre-droit logiquement rallié (si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain) à la majorité présidentielle, une droite au discours résolument patriote, décidée à refonder l’Europe sur le respect des nations, faisant de la réduction de la fracture sociale une priorité, conservatrice sur les valeurs qui fondent notre société (amour de la France, défense de la famille, refondation de l’école) a un boulevard théorique devant elle: entre, d’un côté, le sentiment des électeurs de droite d’avoir été volés de «leur élection» avec l’explosion en plein vol de la fusée Fillon, d’avoir été trahis par ses élites, et, de l’autre, la décrédibilisation du Front National, la marge de manœuvre est réelle. C’est ce qu’a bien compris par exemple Laurent Wauquiez. Mais c’est là où le bât blesse. A part ce dernier, dont la sincérité politique manque de crédibilité, aucune grande voix à droite ne vient porter un projet de rupture. Celle de François Fillon est devenue inaudible, et, comme je l’avais écrit ici au sortir des primaires, avant les affaires, son discours était trop imprécis par rapport à sa conception de l’Europe, et trop peu volontariste sur la question sociale, pour avoir pu parfaitement incarner cette aspiration à un changement en profondeur. Toujours est-il que celui que les électeurs des primaires avaient plébiscité est aujourd’hui discrédité. Il faut bien le reconnaître: depuis la disparition de Philippe Séguin, plus personne n’incarne cette droite gaulliste, patriote et sociale. Pour se recomposer, la droite doit avoir de vrais leaders. Elle en manque cruellement. Le scénario catastrophe pour elle serait d’être aspirée dans le sillage de la nouvelle donne imposée par Macron. Soit elle échouera avec lui, et elle sera d’autant plus affaiblie qu’elle hérite de la responsabilité de l’économie dans le gouvernement Philippe ; et alors, la route sera réellement ouverte aux extrêmes de droite et de gauche. Soit le président réussira et il se pourrait qu’il en recueille toute la gloire. Dans les deux cas, ce pourrait être une recomposition manquée et une décomposition plus ou moins complète. (…) Réussir pour la France signifierait rien moins que de restaurer le sens du politique, le souci du bien commun, l’amour du pays, la protection des plus fragiles ; reprendre sur de nouvelles bases la construction européenne, au service des nations ; avoir le courage de réformer l’Etat en reconstruisant et en préservant les plus pauvres. François Huguenin
Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. Le philosophe François-Xavier Bellamy dit que l’avantage de la culture, c’est que c’est le seul bien qui se partage indéfiniment sans jamais léser personne. Si on s’attache à la transmission et à la vivification de la France, nation littéraire, nation philosophique, nation historique, à partir de là, on peut défendre ce ciment social et sauver le pays des fractures qui l’attendent. (…) La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun.(…) Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation. (…) je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français. (…) Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux. (…) Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur. (…) Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée. (…) un profil comme Laurent Wauquiez change la donne. Mais il faut voir ce qu’il fera de ce pouvoir ! Si c’est pour avoir un nouveau Sarkozy, ce n’est pas utile… Laurent Wauquiez est-il sincère ? Je ne sonde pas les cœurs et les reins. Est-il capable de mettre en place des alliances intéressantes ? Seul l’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que, dans le paysage politique actuel à droite, il fait partie de ceux dont les déclarations laissent penser qu’on aurait des choses à se dire et à faire ensemble, je ne vais pas dire le contraire. Néanmoins, pour être honnête, je ne suis pas certaine que Laurent Wauquiez mènerait spontanément cette politique au conseil régional s’il n’y avait pas un groupe FN aussi fort, devenu incontournable électoralement. La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner. [la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN]  ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues… [Les figures de cette droite “hors les murs”, Buisson, Villiers, Zemmour] J’écoute ce qu’ils disent, je les lis. Ils sont assez complémentaires. Philippe de Villiers mène un combat culturel, Éric Zemmour un combat journalistique et Patrick Buisson un combat idéologique. Chacun à sa manière, ils ont fait bouger des lignes et réussissent à s’adresser à un lectorat transversal qui va du FN aux Républicains en passant par Dupont-Aignan. Ils incarnent cette droite intellectuelle à laquelle la gauche au pouvoir a permis de réémerger, mais c’est trop peu, ils sont trop peu nombreux, et il reste encore beaucoup à faire. Notamment par le biais d’Internet : l’enjeu de la génération patriote qui vient va être de mettre ses compétences au service d’une cause. (…) Lorsqu’on me demande à quelle droite j’appartiens, je réponds, en reprenant la classification de René Rémond, que je suis à la confluence de la droite légitimiste et de la droite bonapartiste. Mais, pour prendre une catégorie plus récente, j’appartiens à la “droite Buisson”. J’ai été très marquée, récemment, par son livre la Cause du peuple, dans lequel j’ai vu, exposés de manière claire, les fondements de cette droite nationale, identitaire, sociale, qui est la mienne. (…) [François Fillon] J’ai lu l’intégralité de son projet. On m’avait dit qu’il était formidable et je l’ai trouvé très décevant sur le fond. Je reconnais un certain talent à François Fillon parce qu’il a réussi, notamment à l’issue de la primaire, à se fabriquer de manière totalement artificielle la réputation d’un homme souverainiste, de droite, conservateur, alerte sur la question identitaire, alors que, quand on regardait dans le détail, c’était extrêmement léger, très peu ambitieux. De toute façon, sa campagne était impossible, il a été inaudible à cause des affaires… [Et sa posture de rebelle, de survivant, antisystème et anti-médias] Il l’a adoptée extrêmement tardivement… Si le but était de jouer comme Trump, c’était un peu petit bras. Je l’ai trouvé bon dans l’Émission politique, sur France 2. Il n’est pas un mauvais orateur. Mais j’ai senti qu’il avait des réserves, qu’il n’osait pas y aller. Il a par exemple supprimé la référence au Qatar et à l’Arabie saoudite dans un discours sur l’islamisme. Cet homme a manqué de courage dans sa campagne. [clivage entre “mondialistes” et “patriotes”]  Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation. (…) Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes. (…) Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale. (…) Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste. (…) … C’est un bon communicant… Je suis frappée par sa capacité à mettre à profit la formule du cardinal de Retz, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Il l’a théorisée, intellectualisée, et surfe sur une ambiguïté générale. Macron est l’incarnation de ce concept, c’est assez fort. Il est progressiste, mais j’ai envie de lui répondre par Orwell : « Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. » Moi, je ne trouve pas plus humain de mettre en place un modèle économique qui fait fabriquer nos produits par des esclaves à l’autre bout du monde, d’avoir un Whirlpool en Pologne plutôt qu’en France, de créer des mouvements de population qui rendent tout le monde malheureux et génèrent des situations tendues et conflictuelles, que les droits de l’enfant d’avoir un référent père et mère soient niés, que les femmes louent leur ventre et vendent leur bébé. Cette vision de la société me fait peur. (…) je pense que Marine a bien perçu que la génération qui va subir tous les manquements et toutes les lâchetés de la classe politique, a de quoi être raide… C’est ma génération qui va payer les fractures territoriale et sociale ; qui va subir à grande échelle les cassures entraînées par le multiculturalisme ; qui va devoir combattre le fléau de l’islam politique et radical qui gangrène les banlieues ; qui va encore probablement connaître des dizaines de morts lors d’attentats ; qui va subir la casse sociale, le chômage de masse ; qui va payer les abus de la génération 68, qui a joué la cigale tout l’été et nous laisse des déficits incommensurables, des privilèges de classe intenables et irréformables… Quand on sait cela, il y a de quoi avoir une certaine raideur et une certaine exigence, car c’est ma génération qui va devoir se retrousser les manches et relever ces défis immenses. J’appartiens peut-être à une génération un peu dure, mais la vie est dure. Le chômage nous touche particulièrement, les jeunes sont les plus confrontés à l’insécurité du quotidien, à la cohabitation multiculturelle, aux difficultés de logement. Ma génération est désenchantée, elle sait que les lendemains ne chanteront pas et a compris qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents. Nous sommes raides, mais l’angoisse est importante. Marion Maréchal-Le Pen

Attention: une jeunesse peut en cacher une autre !

A l’heure où avec le plus jeune président de la Ve république …

A la fois, à 20 ou 25 ans près, Blair ou Clinton français …

Voire Obama blanc et maitre du brouillage des cartes et du mélange des genres …

Nos médias tentent avec les déluges de louanges que l’on sait de nous faire oublier …

La véritable confiscation de vote, entre coup d’Etat légal et fatwa prétendument républicaine, que nous venons de subir …

Comment ne pas voir …

Avec la plus jeune et probablement la plus lucide de nos députés …

Au moment où elle se met momentanément et peut-être bientôt littéralement en retrait de sa famille politique …

Face à ces élites qui refusent à tous les frontières résidentielles, sociales ou scolaires qu’ils ont subtilement rétablies pour eux-mêmes …

Et qui imposent aux Français les problèmes dont leur argent et leurs privilèges leur permettent de se préserver …

Que la seule solution pour redonner espoir à ces 60% de Français que la nouvelle élection laisse de côté …

Ne peut passer comme la candidature Fillon ne l’avait hélas qu’esquissé …

Que par l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires ?

Geoffroy Lejeune
Valeurs actuelles

17 mai 2017

Testament. À 27 ans, elle quitte la politique pour des « raisons personnelles ». Pourtant, en seulement cinq ans de mandat, elle est parvenue à incarner une ligne singulière à droite et au sein du Front national. Pour Valeurs actuelles, la plus jeune députée de la Ve République livre en exclusivité son manifeste politique. Et prend date pour l’avenir.

Vous quittez la vie politique à seulement 27 ans, après cinq années de mandat. Depuis votre arrivée à l’Assemblée, en 2012, la notoriété a-t-elle été un poids ?
La notoriété a toujours fait partie de ma vie. J’ai grandi à l’ombre de celle de mon grand-père, de celle de mon père, plus tard de celle de ma tante : elle fait partie de mon quotidien. J’ai toujours été la “petite-fille de”, où que j’aille, quoi que je fasse, je n’ai jamais pu y échapper. Je n’ai jamais connu l’anonymat. Mais même si c’était assez pesant, cela s’est avéré positif et m’a permis de ne pas être grisée par la notoriété le jour où j’y ai été confrontée. J’ai donc un rapport assez détaché à cela, dépassionné. Pour moi, la notoriété est un outil dans le cadre de mon travail, pas une fin en soi. Cette exposition naturelle m’a permis aussi de ne pas chercher la médiatisation, d’avoir une communication raisonnée, maîtrisée, de ne pas chercher le bruit médiatique, de choisir pendant cinq ans certaines émissions, certains formats, de ne parler que lorsque j’avais quelque chose à dire, de ne pas être uniquement dans le slogan médiatique, mais dans une vraie construction politique.

Lorsqu’on est arrêté dans la rue, à 22 ans, qu’on ne peut plus être anonyme, cela joue-t-il psychologiquement ?
Oui, bien sûr. Ce qui est dur, c’est d’essayer de continuer à avoir une vie normale. Pour des raisons de sécurité, je n’y suis pas réellement parvenue : je suis passée d’une vie où je prenais les transports en commun, où je vivais comme tout le monde, à une vie plus cachée. Mais certains domaines m’ont permis de me préserver, de m’en extraire. Mes amis les plus proches ne viennent pas du milieu politique, ils sont des Français de tous profils, ils sont cadres dans l’événementiel, commerciaux, avocats, et en continuant à vivre avec ces gens-là je ne me suis pas déconnectée de la réalité. J’ai gardé ces amis, et leur vie simple. Je ne suis jamais sortie dans des endroits huppés, je ne vais pas dans les grands restaurants, j’ai des loisirs et des vacances simples, je n’ai jamais vécu grand train. Mon environnement social immédiat, c’est la classe moyenne.

Qu’avez-vous perdu en faisant de la politique ?
Je n’ai pas trop perdu, parce que j’y ai pris garde, mais je pense qu’en politique, on a tendance à perdre les amis capables de nous critiquer. Il y a un phénomène de cour qui s’installe assez naturellement, le côté “vu à la télé” biaise complètement les rapports humains, d’autant plus quand il y a des jeux de pouvoir dans les partis. On perd aussi beaucoup de sa liberté privée. On voit souvent la politique comme un milieu de profiteurs, mais c’est aussi un milieu sacrificiel à bien des égards, car il y a une grande porosité entre la vie publique et la vie privée, il est très difficile de garder un équilibre. Et puis il y a la contrainte des partis politiques, qui est frustrante. On peut critiquer le système des partis, légitimement à certains égards, mais ils sont incontournables dans le cadre institutionnel actuel. Malheureusement les initiatives isolées de la société civile, que l’on peut admirer par ailleurs, fonctionnent peu sur le plan électoral. Pour être efficace, il faut donc se plier à une discipline de parti, ce n’est pas toujours évident.

Vous avez le sentiment d’avoir perdu en liberté durant cinq ans ?
Forcément, c’est logique, surtout quand on a face à soi des gens qui passent leur temps à essayer de nous diviser, politiquement et humainement. J’ai toujours eu le souci de ne pas me dédire tout en ne faisant pas les choux gras des médias.

Cette contrainte vous a-t-elle oppressée ?
J’en ai été parfois un peu frustrée, oui, surtout à 27 ans. J’avais peur de devenir comme certains responsables politiques qui sont des moulins à slogans, ne servent que des éléments de langage. Ce n’est pas mon modèle.

Qu’avez-vous appris durant votre mandat ?
J’ai acquis des expertises et des compétences. La politique demande une grande capacité d’adaptation.

Au moment de votre élection, vous étiez particulièrement scrutée. On épiait la jeune fille blonde, certains ironisaient au sujet de “Barbie fait de la politique”, et vous vous êtes finalement révélée travailleuse, presque bonne élève…
Mon jeune âge a été indéniablement un handicap en termes de crédibilité. Lorsque je suis arrivée à l’Assemblée, j’ai suivi un parcours administratif et, au moment de créer mon adresse mail, on m’a demandé de quel député j’étais l’assistante ! De même, lors de mes premières réunions avec des responsables syndicaux agricoles, ils ne me regardaient pas, moi, mais mon assistant de 45 ans, qui était un homme. Ce n’est pas méchant, mais ce monde a du mal à avoir une interlocutrice de mon âge. Ma jeunesse a donc été davantage un handicap que ma féminité, qui, dans le jeu politique actuel, est un atout. Nous vivons encore dans le pays de la galanterie ! Je peux dire des choses fortes qui seront plus audibles que dans la bouche d’un homme ; l’agressivité à mon égard peut être assez vite mal perçue, et cela force aussi mes adversaires politiques à aller sur le fond en évitant les postures.

Vous prenez à rebrousse-poil les discours de femmes politiques qui se plaignent du sexisme…
J’ai toujours refusé de jouer les victimes. À une certaine époque, les gens s’enorgueillissaient d’être des héros, aujourd’hui ils se félicitent d’être des victimes ! Je trouve délétère cette victimisation permanente eu égard à son sexe, à son handicap, à son origine. Je n’ai jamais voulu jouer de ma féminité comme d’un handicap, je n’ai jamais été victime de misogynie, je le dis franchement, au contraire, cette féminité a été un atout. J’ai toujours trouvé cela très paradoxal que les femmes, surtout à gauche, disons-le, s’enferment dans cet élan victimaire pour pouvoir justifier certaines erreurs ou certaines carences.

François Fillon s’adressait à la droite traditionnelle, Marine Le Pen a séduit les classes populaires. Tous deux ont perdu cette élection présidentielle. Est-il possible de réconcilier ces deux électorats ?
Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. Le philosophe François-Xavier Bellamy dit que l’avantage de la culture, c’est que c’est le seul bien qui se partage indéfiniment sans jamais léser personne. Si on s’attache à la transmission et à la vivification de la France, nation littéraire, nation philosophique, nation historique, à partir de là, on peut défendre ce ciment social et sauver le pays des fractures qui l’attendent.

La question identitaire unifierait donc toutes les droites ?
La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun.

Mais le programme très libéral de Fillon était un repoussoir pour les classes populaires, et la sortie de l’euro de Marine Le Pen effraie la droite…
Voilà pourquoi je parle de passerelles. Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation.

Vous revendiquez-vous conservatrice ?
Oui, car je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français.

Croyez-vous à la persistance du clivage gauche-droite ?
Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux.

L’union des droites reste-t-elle un de vos objectifs ?
Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur.

Et au regard du logiciel du FN, qui se situe à gauche sur de nombreux sujets, notamment en économie ?
Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée.

Vous avez à de nombreuses reprises cité des personnalités de droite comme Henri Guaino, Jacques Myard, Pierre Lellouche, Alain Marsaud, Éric Ciotti, en disant que pourriez travailler avec eux. Si, demain, Laurent Wauquiez dirige Les Républicains, cela changera-t-il la donne ?
Oui, un profil comme Laurent Wauquiez change la donne. Mais il faut voir ce qu’il fera de ce pouvoir ! Si c’est pour avoir un nouveau Sarkozy, ce n’est pas utile… Laurent Wauquiez est-il sincère ? Je ne sonde pas les cœurs et les reins. Est-il capable de mettre en place des alliances intéressantes ? Seul l’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que, dans le paysage politique actuel à droite, il fait partie de ceux dont les déclarations laissent penser qu’on aurait des choses à se dire et à faire ensemble, je ne vais pas dire le contraire. Néanmoins, pour être honnête, je ne suis pas certaine que Laurent Wauquiez mènerait spontanément cette politique au conseil régional s’il n’y avait pas un groupe FN aussi fort, devenu incontournable électoralement. La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner.

Pourquoi la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN, a-t-elle échoué politiquement ?
Elle ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues…

Les figures de cette droite “hors les murs”, Buisson, Villiers, Zemmour, vous ont-elles influencée ?
J’écoute ce qu’ils disent, je les lis. Ils sont assez complémentaires. Philippe de Villiers mène un combat culturel, Éric Zemmour un combat journalistique et Patrick Buisson un combat idéologique. Chacun à sa manière, ils ont fait bouger des lignes et réussissent à s’adresser à un lectorat transversal qui va du FN aux Républicains en passant par Dupont-Aignan. Ils incarnent cette droite intellectuelle à laquelle la gauche au pouvoir a permis de réémerger, mais c’est trop peu, ils sont trop peu nombreux, et il reste encore beaucoup à faire. Notamment par le biais d’Internet : l’enjeu de la génération patriote qui vient va être de mettre ses compétences au service d’une cause.

À quelle droite appartenez-vous ?
Lorsqu’on me demande à quelle droite j’appartiens, je réponds, en reprenant la classification de René Rémond, que je suis à la confluence de la droite légitimiste et de la droite bonapartiste. Mais, pour prendre une catégorie plus récente, j’appartiens à la “droite Buisson”. J’ai été très marquée, récemment, par son livre la Cause du peuple, dans lequel j’ai vu, exposés de manière claire, les fondements de cette droite nationale, identitaire, sociale, qui est la mienne.

Vous ne vous dites pas bonapartiste ?
Il y a un côté très révolutionnaire chez Napoléon. J’ai une fascination pour ce personnage exceptionnel, pour ce génie militaire, qui a structuré de manière très efficace notre État nation, mais je trouve cette fascination un peu morbide : au service de ses ambitions personnelles, il a quand même été capable de sacrifier à une échelle industrielle des Français, et sa démarche fait peu de cas de la vie humaine, il a également réhabilité certains responsables à l’origine du massacre des Vendéens.

Qu’avez-vous pensé de la campagne de François Fillon ?
J’ai lu l’intégralité de son projet. On m’avait dit qu’il était formidable et je l’ai trouvé très décevant sur le fond. Je reconnais un certain talent à François Fillon parce qu’il a réussi, notamment à l’issue de la primaire, à se fabriquer de manière totalement artificielle la réputation d’un homme souverainiste, de droite, conservateur, alerte sur la question identitaire, alors que, quand on regardait dans le détail, c’était extrêmement léger, très peu ambitieux. De toute façon, sa campagne était impossible, il a été inaudible à cause des affaires…

Et sa posture de rebelle, de survivant, antisystème et anti-médias ?
Il l’a adoptée extrêmement tardivement… Si le but était de jouer comme Trump, c’était un peu petit bras. Je l’ai trouvé bon dans l’Émission politique, sur France 2. Il n’est pas un mauvais orateur. Mais j’ai senti qu’il avait des réserves, qu’il n’osait pas y aller. Il a par exemple supprimé la référence au Qatar et à l’Arabie saoudite dans un discours sur l’islamisme. Cet homme a manqué de courage dans sa campagne.

Croyez-vous réellement au clivage entre “mondialistes” et “patriotes” ?
Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation.

À vos yeux, Macron est l’incarnation de ces élites ?
Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes.

Macron est un héritier des soixante-huitards ?
Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale.

Et sur le plan économique ?
Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste.

Trouvez-vous une qualité à Macron ?
… C’est un bon communicant… Je suis frappée par sa capacité à mettre à profit la formule du cardinal de Retz, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Il l’a théorisée, intellectualisée, et surfe sur une ambiguïté générale. Macron est l’incarnation de ce concept, c’est assez fort. Il est progressiste, mais j’ai envie de lui répondre par Orwell : « Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains. » Moi, je ne trouve pas plus humain de mettre en place un modèle économique qui fait fabriquer nos produits par des esclaves à l’autre bout du monde, d’avoir un Whirlpool en Pologne plutôt qu’en France, de créer des mouvements de population qui rendent tout le monde malheureux et génèrent des situations tendues et conflictuelles, que les droits de l’enfant d’avoir un référent père et mère soient niés, que les femmes louent leur ventre et vendent leur bébé. Cette vision de la société me fait peur.

Marine Le Pen vous a affublée, il y a quelques semaines, du qualificatif « raide », comme votre génération, disait-elle…
Oui, je pense que Marine a bien perçu que la génération qui va subir tous les manquements et toutes les lâchetés de la classe politique, a de quoi être raide… C’est ma génération qui va payer les fractures territoriale et sociale ; qui va subir à grande échelle les cassures entraînées par le multiculturalisme ; qui va devoir combattre le fléau de l’islam politique et radical qui gangrène les banlieues ; qui va encore probablement connaître des dizaines de morts lors d’attentats ; qui va subir la casse sociale, le chômage de masse ; qui va payer les abus de la génération 68, qui a joué la cigale tout l’été et nous laisse des déficits incommensurables, des privilèges de classe intenables et irréformables… Quand on sait cela, il y a de quoi avoir une certaine raideur et une certaine exigence, car c’est ma génération qui va devoir se retrousser les manches et relever ces défis immenses. J’appartiens peut-être à une génération un peu dure, mais la vie est dure. Le chômage nous touche particulièrement, les jeunes sont les plus confrontés à l’insécurité du quotidien, à la cohabitation multiculturelle, aux difficultés de logement. Ma génération est désenchantée, elle sait que les lendemains ne chanteront pas et a compris qu’elle vivra moins bien que celle de ses parents. Nous sommes raides, mais l’angoisse est importante.

Avez-vous, par moments, été frustrée dans votre activité de député ?
Forcément, car le fonctionnement actuel des institutions ne permet pas à un député non inscrit d’être entendu. J’ai fait une fois voter un amendement très technique, pas politique, en commission, qui a été annulé deux heures plus tard à la suite d’une nouvelle réunion expresse de la même commission : voilà un exemple qui illustre à quel point l’intérêt général a complètement déserté cette Assemblée. J’ajoute que l’Assemblée nationale est en grande partie une chambre d’enregistrement des directives du Parlement européen, qu’on vit un simulacre de débat en commission, en sachant pertinemment que la France n’a pas de marge de manœuvre. Ensuite, les disciplines de parti sont tellement présentes qu’il n’y a aucun suspense sur les votes, on a beau argumenter, débattre, cela ne sert à rien. Ce fonctionnement est assez médiocre et très frustrant sur le plan intellectuel. Cela a d’ailleurs tué la qualité du débat car chacun récite sans emphase ses arguments. J’avais discuté avec un fonctionnaire présent depuis longtemps qui m’expliquait avoir vécu l’effondrement progressif du niveau des députés de législature en législature…

Continuerez-vous, une fois retirée, à intervenir dans le débat public ?
A priori non, ce n’est pas prévu.

Excluez-vous de mener un combat parallèle, sur le plan culturel par exemple ?
Non, je ne l’exclus pas. Si ma reconversion professionnelle me le permet, j’essaierai de le faire. Mais en tout cas, je ne ferai pas que cela.

Que retenez-vous du fonctionnement des médias, auxquels vous avez eu beaucoup affaire ?
Ce fonctionnement ne me convient pas du tout puisqu’il privilégie la superficialité, l’instantanéité et l’agitation du moment. J’ai constaté que certains journalistes, qui reprochent beaucoup de choses aux politiques, sont en réalité le strict reflet de leur médiocrité. À mesure que les politiques devenaient des petits technos formatés sortis de Sciences Po et de l’Ena, les journalistes devenaient des petits clones formatés sortis des écoles de journalisme. J’ai assez peu d’estime pour la profession, où je n’ai trouvé presque aucune culture historique, politique, où j’ai entendu du slogan et des éléments de langage, où beaucoup reprennent la dépêche AFP du matin, recopient ce qu’a écrit le collègue. Mais cet univers est le reflet du fonctionnement actuel de la société. J’avais lu une analyse scientifique expliquant que le fonctionnement cérébral des générations qui viennent était radicalement différent de celui de la génération de nos grands-parents. Les connexions neuronales se façonnent en fonction des stimuli extérieurs et de notre environnement : nos grands-parents, qui étaient soumis à moins d’informations, développaient leur mémoire et leur concentration, et ont beaucoup de mal avec la saturation de l’information et le zapping. La génération qui vient, elle, a une capacité à passer très vite d’une information à une autre mais de moins en moins de capacité de concentration et de mémoire. Cela pose un vrai problème de société : au lieu de contrer ce phénomène général, l’école l’accompagne, au lieu d’être un sanctuaire qui force le cerveau à développer ses capacités, elle s’aligne et baisse le niveau d’exigence. Et les médias s’adaptent à cela, au temps de cerveau disponible. Cela pose également un problème démocratique : on ne peut pas être un citoyen éclairé si on n’a pas un minimum de mémoire, de capacité d’analyse et de concentration. Disons-le aussi, le fonctionnement de certains médias, notamment leur financement, pour ceux qui vivent non pas de leurs lecteurs mais d’aides directes ou indirectes, ne les aide pas à se confronter à la réalité, les empêche de sortir de leur monde dogmatique, sectaire, idéologique.

Trouvez-vous les journalistes conformistes ?
Beaucoup sont bien-pensants, mais, pire : ils sont ultra-prévisibles. Certains journalistes commentent davantage qu’ils n’informent. On peut aujourd’hui faire de la politique à très haut niveau en répétant trois slogans à la radio le matin ; si on veut être paresseux, cet univers permet de l’être. Les formats sont toujours les mêmes, quand on va dans une émission, on sait exactement ce qu’on va entendre parce qu’ils répètent tous la même chose. J’ai vu un vrai manque de travail et une vraie paresse intellectuelle, et, très rarement, j’ai rencontré des journalistes pertinents dans leur approche, originaux. Dans certaines émissions, l’invité a parfois même moins d’importance que le journaliste qui est devenu le propre objet de l’émission.

Quels écrivains vous ont marquée, construite intellectuellement et politiquement ?
J’aime beaucoup Simone Weil, j’ai lu sa Note sur la suppression générale des partis politiques. Je suis marquée par les analyses d’Alain de Benoist, sans être d’accord avec lui sur tout, mais il a une capacité à démocratiser les sujets éminemment complexes notamment dans son livre sur la théorie du genre, les Démons du bien. Plus jeune, j’ai été marquée par les livres de Jean Sévillia, Historiquement correct, Moralement correct, le Terrorisme intellectuel, qui remettent en cause tous les paradigmes dans lesquels on évolue, cela m’avait fait énormément de bien. J’ai beaucoup aimé aussi les Fleurs d’Ulysse, de Jacques Trémolet de Villers, ainsi que son récent livre sur Jeanne d’Arc. J’apprécie la critique du libéralisme de Michéa, qui en pointe les dérives. J’ai aimé également le livre de Frédéric Rouvillois, Être (ou ne pas être) républicain. Les Déshérités de François-Xavier Bellamy est aussi un livre qui a compté pour moi politiquement.

Quelles sont vos références majeures parmi les classiques ?
Je suis une fervente lectrice de Péguy et Barrès, qui parlent mieux que quiconque de la France, même si ce n’est pas très politiquement correct. J’ai lu l’Anthologie de la poésie française de Pompidou, je l’ai toujours à côté de moi. J’ai lu Balzac, il y a longtemps, j’ai adoré Rousseau — sur le plan littéraire, moins sur le plan politique —, je vais lire le “petit Lavisse”, j’ai découvert au moment des commémorations de la Première Guerre mondiale Orages d’acier d’Ernst Jünger et les Croix de bois de Roland Dorgelès, qui retracent la ferveur patriotique de ces millions d’hommes dans l’horreur… J’ai en mémoire, aussi, un texte magnifique de Pic de La Mirandole sur la différence entre la nature animale et la nature humaine, De la dignité de l’homme. Au sujet de l’homme, il écrit : « À lui, il est donné d’avoir ce qu’il désire et d’être ce qu’il veut. »

Voir aussi:

Macron menacé par les coups d’encensoir
Attention danger : le malheureux nouveau président est assiégé par les flagorneurs, asphyxié par l’encens, assommé par les cascades de flatteries !
Pierre Beylau

Le Point

16/05/2017

À peine élu, notre nouveau président de la République court un mortel danger. La menace ne vient nullement des revanchards d’un Parti socialiste démembré, d’une droite en état de sidération, d’un Front national dont la boussole indique obstinément le Sud.

Non, le risque existentiel, vital, fourbe est tapi ailleurs : dans les cataractes de compliments, les kilomètres de dithyrambes, les récits hagiographiques qui, depuis quelques jours, se déversent sans pitié et à flots continus sur l’infortuné chef de l’État. Ce dernier, insouciant, n’a pas l’air, pour l’instant, de prendre conscience de l’étendue de la pandémie.

Il devrait pourtant se méfier, car le mal est sournois. Au début, la douche est délicieusement tiède et chatouille très agréablement l’épiderme. L’intéressé n’est, sans doute, pas tout à fait dupe du traitement flatteur qui lui est infligé. Mais, même s’il cultive une certaine méfiance envers les flagorneurs et les tient en piètre estime, il ne peut probablement pas s’empêcher de penser que ces portraits flatteurs, tout excessifs qu’ils soient, sont, après tout, en partie fondés. Ainsi va la nature humaine…

On lèche, on lâche, on lynche
Car Emmanuel Macron, n’en doutez pas, est le nouveau Richelieu de la politique, le Mozart de la finance, le Pic de la Mirandole de la culture. Il est aussi Jupiter, Chronos (grand maître des horloges en langage commun), nouveau Bonaparte, réincarnation de Clausewitz. Il marche sur les eaux du renouveau, ouvre la mer Rouge de la recomposition politique. Il met à jour la République d’Aristote en ajoutant aux trois catégories de gouvernement du philosophe grec (royauté, aristocratie, république) un objet politique novateur : le macronisme en marche. Il déroute le pèlerinage de Compostelle vers le Faubourg-Saint-Honoré.

Il entame un bref service militaire juché sur un command car et les chaînes d’information continue se pâment d’admiration au spectacle de ce moderne Alexandre. L’histoire ne dit pas si, tel le roi de France après le sacre de Reims, il guérit les écrouelles, mais c’est éminemment probable.

Le président Macron devrait être vigilant : on peut être asphyxié par un excès d’encens. Et après le miel vient le fiel. Il ne faut jamais perdre de vue que la roche Tarpéienne n’est pas bien éloignée du Capitole. Les sept collines de Rome sont pleines d’embûches : il convient de faire très attention où l’on met les pieds. Surtout, la vieille règle médiatique des trois « l » se vérifie souvent : d’abord on lèche, ensuite on lâche, enfin on lynche. Cela s’appelle des « séquences ». François Hollande en sait quelque chose…

Voir également:

Gouvernement Macron : « La droite conservatrice a un boulevard devant elle, mais pas de leader »

François Huguenin
Le Figaro
17/05/2017

FIGAROVOX/ANALYSE – Pour François Huguenin, le nouveau gouvernement Edouard Philippe prouve que la droite doit être recomposée pour constituer une force politique cohérente.


François Huguenin, historien des idées et essayiste est l’auteur d’une Histoire intellectuelle des droites (éd. Tempus, 2013) et dernièrement Les grandes figures catholiques de France (éd. Perrin, 2016).


On s’y attendait. L’unanimité avec laquelle les ténors de la droite ont entonné le soir du premier tour l’hymne du ralliement au futur président, sans aucune des réserves qui auraient pu l’accompagner et éviter qu’il soit interprété comme une ruée sur la gamelle, préparait une drôle de pagaille. La nomination d’un Premier ministre de droite est signée de la griffe Macron: entre une formidable habileté tactique qui jour après jour apparaît inédite dans la vie politique française depuis François Mitterrand, et un souci du rassemblement dont on ne saurait décréter a priori sans mauvaise foi qu’il est seulement calculateur.

En tous les cas, le nouveau président, après avoir mis KO debout le Parti socialiste, est en train de faire éclater la droite. Nul n’ignore que la nomination d’Edouard Philippe, que l’on présente en un saisissant oxymore comme un «héritier spirituel d’Alain Juppé», vient habilement redonner au camp du centre-droit désavoué par les électeurs des primaires, de nouvelles perspectives. Sans surprise, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Jean-Louis Borloo ont affiché depuis quelques jours leur volonté de saisir la perche tendue par Emmanuel Macron, et Bruno Lemaire a franchi le Rubicon en héritant d’un portefeuille-clef avec Bercy, mais qui mouille habilement la droite dans la responsabilité de la lutte contre le chômage. En réalité, ce centre-droit est cohérent: rien, absolument rien, ne le distingue du centre-gauche que Macron a miraculeusement sorti du bourbier dans lequel le désastreux quinquennat de François Hollande l’avait enlisé. Un même libéralisme économique doctrinaire et rigide, soumis aux injonctions de Bruxelles, un même refus de remettre en question le dévoiement d’une construction européenne qui est allée dans le mur, une même volonté de progressisme sociétal, un même manque d’imagination et de volonté pour réduire la fracture sociale.

Cette situation serait pain bénit pour le Front national, si le débat du 3 mai n’avait fait éclater la grande supercherie en faisant la démonstration de l’incompétence et de la vulgarité de Marine Le Pen. Si l’on ajoute le retrait de Marion Maréchal Le Pen – dont on peut souhaiter qu’il lui permettra de prendre du champ face à une histoire politique et familiale dont elle semble prisonnière – on assiste peut-être au début du déclin de ce parti qui depuis plus de trente ans a d’abord servi à distiller de l’amertume, à déconsidérer l’amour de la patrie et à stériliser toute tentative de refuser la logique impérialiste de la grande marchandisation. Le FN aura beau revendiquer la justesse de son analyse sur «l’UMPS», il n’est pas certain qu’il soit en état de profiter de cette situation aux prochaines législatives. Paradoxalement, le gouvernement nommé par Emmanuel Macron et Edouard Philippe pourrait au contraire permettre à la droite de procéder à une saine clarification.

Le scénario optimiste pour celle-ci serait que le traditionnel attelage entre ce qu’on appelait le RPR et l’UDF montre son caractère bancal et oblige à une recomposition en profondeur. A côté de ce centre-droit logiquement rallié (si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain) à la majorité présidentielle, une droite au discours résolument patriote, décidée à refonder l’Europe sur le respect des nations, faisant de la réduction de la fracture sociale une priorité, conservatrice sur les valeurs qui fondent notre société (amour de la France, défense de la famille, refondation de l’école) a un boulevard théorique devant elle: entre, d’un côté, le sentiment des électeurs de droite d’avoir été volés de «leur élection» avec l’explosion en plein vol de la fusée Fillon, d’avoir été trahis par ses élites, et, de l’autre, la décrédibilisation du Front National, la marge de manœuvre est réelle. C’est ce qu’a bien compris par exemple Laurent Wauquiez.

Mais c’est là où le bât blesse. A part ce dernier, dont la sincérité politique manque de crédibilité, aucune grande voix à droite ne vient porter un projet de rupture. Celle de François Fillon est devenue inaudible, et, comme je l’avais écrit ici au sortir des primaires, avant les affaires, son discours était trop imprécis par rapport à sa conception de l’Europe, et trop peu volontariste sur la question sociale, pour avoir pu parfaitement incarner cette aspiration à un changement en profondeur. Toujours est-il que celui que les électeurs des primaires avaient plébiscité est aujourd’hui discrédité. Il faut bien le reconnaître: depuis la disparition de Philippe Séguin, plus personne n’incarne cette droite gaulliste, patriote et sociale. Pour se recomposer, la droite doit avoir de vrais leaders. Elle en manque cruellement. Le scénario catastrophe pour elle serait d’être aspirée dans le sillage de la nouvelle donne imposée par Macron. Soit elle échouera avec lui, et elle sera d’autant plus affaiblie qu’elle hérite de la responsabilité de l’économie dans le gouvernement Philippe ; et alors, la route sera réellement ouverte aux extrêmes de droite et de gauche. Soit le président réussira et il se pourrait qu’il en recueille toute la gloire. Dans les deux cas, ce pourrait être une recomposition manquée et une décomposition plus ou moins complète.

Mais pour la France, on ne peut que souhaiter qu’Emmanuel Macron réussisse. Il n’est d’ailleurs pas complètement absurde de penser que cet homme qui a conquis le pouvoir à la hussarde, ne se satisfasse pas d’un quinquennat médiocre et qu’il ait compris que sa seule vraie réussite sera celle du pays – contrairement à ses trois prédécesseurs qui ont été (surtout Chirac et Hollande) des hommes des partis et n’ont pas été à la hauteur de leurs promesses. Celui qui a été à l’école de Paul Ricœur et qui semble avoir compris que la France est le composé hautement instable d’une tradition monarchique et d’une tradition républicaine, a de toute évidence une vision de la politique. Il est même possible d’imaginer, avec une bonne dose d’optimisme, je le concède, que l’homme qui semble avoir si facilement endossé le costume présidentiel ne se sentira pas tenu par les soutiens qui ont facilité sa prise du pouvoir, car un monarque n’est jamais lié par les promesses du dauphin. Mais réussir pour la France impliquerait de dépasser le système des partis dans une Ve République orpheline de de Gaulle, et non pas de revenir aux combines anarchiques de la IVe. Sans majorité stable, ce sera impossible. Réussir pour la France signifierait rien moins que de restaurer le sens du politique, le souci du bien commun, l’amour du pays, la protection des plus fragiles ; reprendre sur de nouvelles bases la construction européenne, au service des nations ; avoir le courage de réformer l’Etat en reconstruisant et en préservant les plus pauvres. L’ancien banquier le voudra-t-il? En aura-t-il le désir et la volonté? On peut légitimement émettre des doutes à ce sujet, mais on ne peut pas décider a priori que c’est impossible. Il est certain qu’il a la main, alors que la droite, promise au pouvoir il y a six mois, semble profondément désemparée, comme privée de toute énergie vitale, de toute capacité d’invention, et surtout de convictions fortes. C’est le plus inquiétant pour elle. Mais ce qui compte est bien, plus que jamais, la situation de la France.

Voir encore:

Front national : Marion s’en va, Marine resteVirginie Le Guay
Paris Match
17/05/2017

La petite-fille de Jean-Marie Le Pen part pour mieux revenir. Le temps de la remise en ordre de la maison lepéniste.

Marine Le Pen n’a pas su ­choisir. Marion le fait à sa place. Usée par les atermoiements incessants de sa tante tout au long de ces ­derniers mois. Horrifiée même du spectacle donné, lors du débat d’entre-deux-tours, par une candidate agressive, perdue dans ses dossiers et confuse dans ses propos. Une entreprise de ­démolition qui a fini par la démolir elle-même. Incompréhensible. Comme un acte suicidaire. La goutte d’eau de trop en tout cas pour la parlementaire qui hésitait depuis ­plusieurs mois sur la conduite à tenir. Partir ou rester ? Le score final (33,9 %), bien en deçà des espérances affichées, a achevé de la convaincre. Il était urgent de prendre l’air. A charge pour sa tante de faire un ménage qui n’a que trop tardé.

 Elle part donc. Officiellement pour mieux s’occuper de son enfant, Olympe, 3 ans en septembre prochain, qu’elle a eue avec Matthieu Decosse dont elle est aujourd’hui séparée. « Ma fille me manque », déplore souvent cette jeune mère qui depuis plusieurs mois la partage avec son ex-mari. « Je veux la voir grandir. » Marion Maréchal-Le Pen, âgée de 27 ans, a trop souffert elle-même des intrusions incessantes de la politique dans le clan familial. Difficile aussi d’oublier les vexations répétées de Marine Le Pen pendant la campagne. « Elle est trop raide », a laissé ­échapper, un jour, la patronne du FN à l’encontre de sa nièce. Ou encore : « Si je suis élue, elle n’aura pas sa place dans mon gouvernement. Je ne lui dois rien. » Pas très motivant comme perspectives de carrière…Convaincue que la ligne trop souverainiste de Florian Philippot n’était pas la bonne, Marion Maréchal-Le Pen, qui défendait un positionnement libéral et identitaire, a longtemps serré les dents. « Elle a joué corporate », résume son père Samuel Maréchal. Evincée des grands meetings et des réunions stratégiques par un vice-président omnipotent qui ne voulait entendre aucune voix dissonante, elle a multiplié en solo les réunions de soutien. Et surtout réfléchi à son avenir.

Elle veut démontrer qu’il y a une vie en dehors de la politique.

Entrée en politique il y a cinq ans à l’instigation de Jean-Marie Le Pen, qui de son propre aveu, a beaucoup fait pour la convaincre, elle s’est fait élire en 2012 dans la 3e circonscription du Vaucluse, choisie tout spécialement pour elle par son autoritaire aïeul. Ses premiers pas à l’Assemblée nationale furent hésitants. On la vit pleurer devant les caméras. La suite démontra sa capacité de travail et de progrès. Sur les plateaux télé, sa blondeur et sa fermeté firent des étincelles. Son compère, le rusé Gilbert Collard, député du Gard, n’eut, très vite, plus besoin de la prendre sous son aile. La « petite », qui lors du congrès du Front national de 2014 arrivait en tête du vote des militants pour le comité central – devant Louis Aliot, Steeve Briois et Florian Philippot – était devenue grande. Aujourd’hui, elle décide de partir dans le privé, le temps d’acquérir­ une expérience professionnelle. Et de démontrer qu’il y a une vie en dehors de la politique. Même et surtout lorsqu’on s’appelle Le Pen.

« Reviens quand tu veux. Tu es ici chez toi », lui a assuré sa tante

A en croire sa garde rapprochée, Marion Maréchal-Le Pen ne travaillera pas avec son père – toujours marié, mais séparé de Cécile Houphouët-Boigny, ­l’arrière-petite-fille de l’ex-président ivoirien Félix Houphouët-Boigny – comme le bruit en a couru. Elle aurait reçu de nombreuses propositions entre lesquelles elle hésite encore. En attendant, bien qu’elle ne soit pas candidate à sa succession dans le Vaucluse, elle fera campagne pour les législatives. « Marion soutiendra tous les candidats frontistes qui le lui demanderont. »

Comme une mini-­tournée d’adieu pour la fille aînée de Yann Le Pen, qui, forte des nombreux messages de soutien reçus sur sa boîte mail, n’exclut pas de revenir au FN dans quelques années. Elle s’en est ouverte « franchement » lors d’un entretien récent avec Marine Le Pen, qui s’est montrée « compréhensive » avec sa nièce. Epuisée elle-même par un emploi du temps infernal, la présidente du mouvement d’extrême droite l’a assurée de sa solidarité : « Reviens quand tu veux. Tu es ici chez toi. » L’une et l’autre ont décidé d’ignorer la réaction épidermique de Jean-Marie Le Pen, qui a qualifié le départ de sa petite-fille de « désertion ». « Aucune importance », a tranché Marion Maréchal, qui pourrait abandonner le patronyme maternel dans sa nouvelle vie. « L’avantage de commencer jeune, c’est qu’on a du temps devant soi. On peut choisir de desserrer l’étau », reconnaît Samuel Maréchal, très fier de la prise d’indépendance de sa fille qui devrait commencer sa nouvelle vie professionnelle en septembre.

Voir par ailleurs:

Rift between global market’s winners and losers has replaced the old left-right split

The Observer

All over Europe and the US, the populist dynamic is surfing on two basic trends: the demise of the traditional middle classes and the emergence of a multicultural society. The populist fever that has seized France, the UK and the US is consequently here to stay, reflecting a profound shift in western society and heralding political re-alignment along new social, territorial and cultural faultlines.

One of the forces driving the populist dynamic is the gradual sapping of the social categories which used to form the basis of the middle classes. In France, Britain, the Netherlands, Austria and the US the same people – blue- and white-collar workers, intermediate occupations and farmers – are joining the populist revolt. Moreover, this movement started long ago. Support for Trump is rooted in the rise of financial capitalism which started during the Clinton era. Brexit goes back to the rollback of industry initiated by Thatcher. In France, the (far-right) Front National (FN) began gaining momentum when heavy industry went into decline in the 1980s.

So does this mean that the globalised model is not working? Not at all, but it is absurd to look at the global economy in binary terms, for or against. For or against neoliberalism. The truth is that this model, primarily based on an international division of labour, creates substantial wealth but does nothing to bond society as a whole. The job market has become deeply polarised and mainly concentrated in big cities, squeezing out the middle classes. For the first time in history, working people no longer live in the places where jobs and wealth are created.

Those groups, which have lost out due to globalisation, no longer identify with traditional political parties. The rift between the global market’s winners and losers has replaced the old right-left split. This social and political divide coincides with a visible faultline between global centres plugged into the world economy and deprived outlying areas.

All over the developed world the populist vote is gathering strength outside the big cities, in small and middling towns, and the countryside. In France these “peripheral” territories are driving the FN dynamic. In the US, the peripheral states put Trump in power, much as Brexit prevailed thanks to peripheral areas of the UK. In Austria support for Norbert Hofer, the far-right candidate in the recent presidential contest, comes from similar places. They are home to the majority of the working classes, disconnected and increasingly sedentary. Such territorial dynamics gather momentum as more mobile groups – the higher social classes, immigrants and minorities – concentrate in the cities. In this way the new social geography renews the old divide between sedentary and nomadic.

But social issues are not the only determinant of the populist vote. Identity is essential too, linked as it is to the emergence of a multicultural society, which feeds anxiety in working-class environments. At a time of fluctuating majorities and minorities, amid demographic instability, the fear of tipping into a minority is creating considerable cultural insecurity in developed countries. Unlike the upper classes, who can afford to raise invisible barriers between themselves and the “other” (immigrants or minorities), the working classes want a powerful state apparatus to protect them, socially and culturally. So the populist surge is re-activating a real class vote.

Christophe Guilluy is the author of Le crépuscule de la France d’en haut (The Twilight of Elite France)

Voir enfin:

The French fracture

A social thinker illuminates his country’s populist divides.

The property market in any sophis­ticated city reflects deep aspirations and fears. If you had a feel for its ups and downs – if you understood, say, why young parents were picking this neighbourhood and drunks wound up relegated to that one – you could make a killing in property, but you also might be able to pronounce on how society was evolving more generally. In 2016, a real-estate developer even sought – and won – the presidency of the United States.

In France, a property expert has done something almost as improbable. Christophe Guilluy calls himself a geographer. But he has spent decades, as a housing consultant in various rapidly changing neighbourhoods north of Paris, studying gentrification, among other things. And he has crafted a convincing narrative tying together France’s various social problems – immigration tensions, inequality, deindustrialisation, economic decline, ethnic conflict and the rise of populist parties. Such an analysis had previously eluded the Parisian caste of philosophers, political scientists, literary journalists, government-funded researchers and party ideologues.

Guilluy is none of these. Yet in a French political system that is as polarised as the American, both the outgoing Socialist president, François Hollande, and his Gaullist predecessor Nicolas Sarkozy sought his counsel. Marine Le Pen, whose Front National dismisses both major parties as part of a corrupt establishment, is equally enthusiastic about his work.

Guilluy has published three books, as yet untranslated, since 2010, with the newest, Le crépuscule de la France d’en haut (roughly: “Twilight of the French Elite”), ­arriving in bookshops last autumn. The volumes focus closely on French circumstances, institutions and laws, so they might not be translated any time soon. But they give the best ground-level look available at the economic, residential and democratic consequences of globalisation in France. They also give an explanation for the rise of the Front National that goes beyond the usual imputation of stupidity or bigotry to its voters.

Guilluy’s work thus tells us something important about British voters’ decision to withdraw from the European Union and the astonishing rise of Donald Trump – two phenomena that have drawn on similar grievances.

***

At the heart of Guilluy’s inquiry is globalisation. Internationalising the division of labour has brought significant economic efficiencies. But it has also brought inequalities unseen for a century, demographic upheaval and cultural disruption. Now we face the question of what – if anything – we should do about it.

A process that Guilluy calls métropolisation has cut French society in two. In 16 dynamic urban areas (Paris, Lyons, Marseilles, Aix-en-Provence, Toulouse, Lille, Bordeaux, Nice, Nantes, Strasbourg, Grenoble, Rennes, Rouen, Toulon, Douai-Lens and Montpellier), the world’s resources have proved a profitable complement to those found in France. These urban areas are home to all the country’s leading educational and financial institutions, as well as almost all its corporations and the many well-paying jobs that go with them. Here, too, are the individuals – the entrepreneurs and engineers and CEOs, the fashion designers and models, the film directors and chefs and other “symbolic analysts”, as Robert Reich once called them – who shape the country’s tastes, form its opinions and renew its prestige.

Cheap labour, tariff-free consumer goods and new markets of billions of people have made globalisation a windfall for such ­prosperous places. But globalisation has had no such galvanising effect on the rest of France. Cities that were lively for hundreds of years – Tarbes, Agen, Albi, Béziers – are now, to use Guilluy’s word, “desertified”, haunted by the empty shopfronts and blighted downtowns that Rust Belt Americans know well.

Guilluy doubts that any place exists in France’s new economy for working people as we’ve previously understood them. Paris offers the most striking case. As it has prospered, the City of Light has stratified, resembling, in this regard, London or American cities such as New York and San Francisco. It’s a place for millionaires, immigrants, tourists and the young, with no room for the median Frenchman. Paris now drives out the people once thought of as synonymous with the city.

Yet economic opportunities for those unable to prosper in Paris are lacking elsewhere in France. Journalists and politicians assume that the stratification of France’s flourishing metropoles results from a glitch in the workings of globalisation. Somehow, the rich parts of France have failed to impart their magical formula to the poor ones. Fixing the problem, at least for certain politicians and policy experts, involves coming up with a clever short cut: perhaps, say, if Romorantin had free wifi, its citizens would soon find themselves wealthy, too. Guilluy disagrees. For him, there is no reason to expect that Paris (and France’s other dynamic spots) will generate a new middle class, or to assume that broad-based ­prosperity will develop elsewhere in the country (which happens to be where the majority of the population live). If he is right, we can understand why every major Western country has seen the rise of political movements taking aim at the present system.

***

In our day, the urban property market is a pitiless sorting machine. Rich people and up-and-comers buy the private housing stock in desirable cities and thereby bid up its cost. Guilluy notes that one estate agent on the Île Saint-Louis in Paris now sells “lofts” of three square metres, or about 30 square feet, for €50,000 (£42,000). The situation resembles that in London, where, according to Le Monde, the average monthly rent (£2,580) now exceeds the average monthly salary (£2,300).

The laid-off, the less educated, the mistrained – all must rebuild their lives in what Guilluy calls (in the title of his second book) la France périphérique. This is the key term in Guilluy’s sociological vocabulary, and is much misunderstood in France, so it is worth clarifying: it is neither a synonym for the boondocks nor a measure of distance from the city centre. (Most of France’s small cities, in fact, are in la France périphérique.) Rather, the term measures distance from the functioning parts of the global economy. France’s best-performing urban nodes have arguably never been richer or better stocked with cultural and retail amenities. But too few such places exist to carry a national economy. When France’s was a national economy, its median workers were well compensated and well protected from illness, age and other vicissitudes. In a knowledge economy, these workers have largely been exiled from the places where the economy still functions. They have been replaced by immigrants.

After the mid-20th century, the French state built a vast stock – about five million units – of public housing, which now ­accounts for a sixth of the country’s households. Much of it is hideous-looking, but it’s all more or less affordable. Its purpose has changed, however. It is now used primarily for billeting not native French workers, as once was the case, but immigrants and their descendants, millions of whom arrived from North Africa, starting in the 1960s, with yet another wave of newcomers from sub-Saharan Africa and the Middle East arriving today. In the rough northern suburb of Aubervilliers, for instance, three-quarters of the young people are of immigrant background. Again, Paris’s future seems visible in contemporary London. Between 2001 and 2011, the population of white Londoners fell by 600,000, even as the city grew by one million: from 58 per cent white British at the turn of the century, London is currently 45 per cent white.

While rich Parisians may not miss the presence of the middle class, they do need people to serve tables, trim shrubbery, watch babies and change bedpans. Immi­grants – not native French workers – do most of these jobs. Why this should be so is an economic controversy. Perhaps migrants will do certain tasks that French people will not – at least not on the prevailing wage. Perhaps employers don’t relish paying €10 an hour to a native Frenchman who, ten years earlier, was making €20 in his old position and has resentments to match. Perhaps the current situation is an example of the economic law named after the 18th-/19th-century French economist Jean-Baptiste Say: a huge supply of menial labour from the developing world has created its own demand.

This is not Guilluy’s subject, though. He aims only to show that, even if French people were willing to do the work that gets offered in these prosperous urban centres, there would be no way for them to do it, ­because there is no longer any place for them to live. As a new bourgeoisie has taken over the private housing stock, poor foreigners have taken over the public – which thus serves the metropolitan rich as a kind of taxpayer-subsidised servants’ quarters. Public-housing inhabitants are almost never ethnically French; the prevailing culture there nowadays is often heavily, intimidatingly Muslim.

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At the opening of his new book, Guilluy describes 21st-century France as “an ‘American’ society like any other, unequal and multicultural”. It’s a controversial premise – that inequality and racial diversity are linked as part of the same (American-type) system and that they progress or decline together. Though this premise has been confirmed in much of the West for half a century, the assertion will shock many Americans, conditioned to place “inequality” (bad) and “diversity” (good) at opposite poles of a Manichaean moral order. This disconnect is a key reason American political discussions have turned so illogical and rancorous. Certain arguments – for instance, that raising the incomes of American workers requires limiting immigration – can be cast as either sensible or superstitious, legitimate or illegitimate, good or evil, depending on whether the person making them is deemed to be doing so on the grounds of economics or identity.

At a practical level, considerations of economics and ethnicity are getting harder to disentangle. Guilluy has spent years in and out of buildings in northern Paris (his sisters live in public housing), and he is sensitive to the way this works in France. A public-housing development is a community, yes, and one can wish that it be more diverse. But it is also an economic resource that, more and more, is getting fought over tribally. An ethnic Frenchman moving into a heavily North African housing project finds himself threatening a piece of property that members of “the community” think of as theirs. Guilluy speaks of a “battle of the eyes” fought in the lobbies of apartment buildings across France every day, in which one person or the other – the ethnic Frenchman or the immigrant’s son – will drop his gaze to the floor first.

Most places where migrant and native French cultures mix, Guilluy expects, will evolve as did the northern Paris suburbs where he works. Twenty years ago, these neighbourhoods remained a hub of Parisian Jewish life; nowadays, they’re heavily Arab. The young men living in them feel a burning solidarity with their Muslim brethren in the Middle East and often a loathing for Israel. Jews have faced steady intimidation in northern Paris since at least 2002, when the aftermath of the 9/11 attacks overlapped with the Palestinian “second intifada”.

Violence is rising. July 2014 saw a wave of attacks on Jewish businesses and synagogues in the suburb of Sarcelles. Jews have evacuated some municipalities north of Paris where, until recently, they were an integral part: Saint-Denis, La Courneuve, Aubervilliers, Stains, Pierrefitte-sur-Seine, Trappes, Aulnay-sous-Bois and Le Blanc-Mesnil. Many Jews still live safely and well in France, of course, but they cluster together in a smaller number of secure neighbourhoods, several of them on Paris’s western edge. Departures of French Jews to Israel run to about 7,000 a year, according to the Jewish Agency of France. The leavers are disproportionately young.

Guilluy has written much about how little contact the abstract doctrines of “diversity” and “multiculturalism” make with this morally complex world. In the neighbourhoods, well-meaning people of all backgrounds “need to manage, day in, day out, a thousand and one ethnocultural questions while trying not to get caught up in hatred and violence”. Last winter, he told the magazine Causeur:

“Unlike our parents in the 1960s, we live in a multicultural society, a society in which ‘the other’ doesn’t become ‘somebody like yourself’. And when ‘the other’ doesn’t become ‘somebody like yourself’, you constantly need to ask yourself how many of the other there are – whether in your neighbourhood or your apartment building. Because nobody wants to be a minority.”

Thus, when 70 per cent of Frenchmen tell pollsters, as they have for years now, that “too many foreigners” live in France, they are not necessarily being racist; but they are not necessarily not being racist, either. It’s a complicated sentiment, and identifying “good” and “bad” strands of it – the better to draw them apart – is getting harder to do.

France’s most dangerous political battles play out against this backdrop. The central fact is the 70 per cent that we just spoke of: they oppose immigration and are worried, we can safely assume, about the prospects for a multi-ethnic society. Their wishes are consistent, their passions high; and a demo­cracy is supposed to translate the wishes and passions of the people into government action. Yet that hasn’t happened in France.

Guilluy breaks down public opinion on immigration by class. Top executives (at 54 per cent) are content with the current number of migrants in France. But only 38 per cent of mid-level professionals, 27 per cent of labourers and 23 per cent of clerical workers feel similarly. As for the ­migrants themselves (whose views are seldom taken into account in French immi­gration discussions), living in Paris instead of Bamako is a windfall even under the worst of circumstances.

In certain respects, migrants actually have it better than natives, Guilluy stresses. He is not referring to affirmative action. Inhabitants of government-designated “sensitive urban zones” (ZUSs) do receive special benefits these days. But because the French cherish equality of citizenship as a political ideal, racial preferences in hiring and education took much longer to be imposed than in other countries. They’ve been operational for little more than a decade. A more important advantage, as the geographer Guilluy sees it, is that immigrants living in the urban slums, despite appearances, remain “in the arena”. They are near public transportation, schools, and a real job market that might have hundreds of thousands of vacancies. At a time when rural France is  getting more sedentary, the ZUSs are the places in France that enjoy the most residential mobility: it’s better in the banlieue.

In France, the Parti Socialiste (PS), like the Democratic Party in the US or Labour in Britain, has remade itself based on a recognition of this new demographic and political reality. François Hollande built his 2012 presidential victory on a strategy outlined in October 2011 by Bruno Jeanbart and the late Olivier Ferrand of the socialist think tank Terra Nova. Largely because of cultural questions, the authors warned, the working class no longer voted for the left. The consultants suggested a replacement coalition of ethnic minorities, people with advanced degrees (usually prospering in new-economy jobs), women, youths and non-Catholics – a French version of the Obama bloc. It did not make up, in itself, an electoral majority, but it possessed sufficient cultural power to attract one.

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Guilluy came to the attention of many French readers at the turn of the millennium, through the pages of the leftist Paris daily Libération, where he promoted the American journalist David Brooks’s book Bobos in Paradise. Guilluy was fascinated by the figure of the “bobo”, an acronym combining “bourgeois” and “bohemian”, which described the new sort of upper-middle-class person who had emerged in the late-1990s tech-bubble economy. The word may have faded from the memory of English-language readers, but it stuck in France. You can find bobo in any good French dictionary, alongside bébédada and tutu.

For Brooks, “Bobo” was a term of endearment. Our nouveaux riches differed from those of yesteryear in being more sensitive and cultured, the kind of folk who shopped at Restoration Hardware for the vintage 1950s Christmas lights that reminded them of their childhoods. For Guilluy, as for most French intellectuals, “bobo” is a slur. These nouveaux riches differed from their predecessors in being more predatory and less troubled by conscience. They chased the working-class population from neighbourhoods it had spent years building up – and then expected the country to thank them.

In France, as in America, the bobos were both cause and effect of a huge cultural shift. The nation’s cultural institutions – from its universities to its television studios to its comedy clubs to (this being France) its government – remain where they were. But the sociology of the community that surrounds them has been transformed. The culture industry now sits in territory that is 100 per cent occupied by the beneficiaries of globalisation. No equivalent exists any more of Madame Vauquer’s boarding house in Balzac’s Père Goriot, where the upwardly mobile Rastignac had to rub shoulders with those who had few prospects of advancement. In most parts of Paris, working-class Frenchmen are just gone, priced out of even the football stadiums that were a bastion of French proledom until the country’s World Cup victory in 1998. The national culture has changed.

So has French politics. Since the age of ­social democracy, we have assumed that contentious political issues inevitably pit “the rich” against “the poor” and that the fortunes of one group must be wrested from the other. But the metropolitan bourgeoisie no longer live cheek-by-jowl with native French people of lesser means and different values. In Paris and other cities of Guilluy’s fortunate France, one often encounters an appearance of civility, even consensus, where once there was class conflict. But this is an illusion: one side has been driven from the field.

The old bourgeoisie hasn’t been supplanted; it has been supplemented by a second bourgeoisie that occupies the previously non-bourgeois housing stock. For every old-economy banker in an inherited high-ceilinged Second Empire apartment off the Champs-Élysées, there is a new-economy television anchor or hi-tech patent attorney living in some exorbitantly remodelled mews house in the Marais. A New Yorker might see these two bourgeoisies as analogous to residents of the Upper East and Upper West sides. They have arrived through different routes, and they might once have held different political opinions, but they don’t now. Guilluy notes that the conservative former French prime minister Alain Juppé, now the mayor of Bordeaux, and Gérard Collomb, the Socialist running Lyons, pursue identical policies. As Paris has become not just the richest city in France but the richest city in the history of France, its residents have come to describe their politics as “on the left” – a judgement that tomorrow’s historians might dispute. Most often, Parisians mean what Guilluy calls la gauche hashtag, or what we might call the “glass-ceiling left”, preoccupied with redistribution among, not from, elites: “We may have done nothing for the poor, but we did appoint the first disabled lesbian parking commissioner.”

Upwardly mobile urbanites, observes Guilluy, call Paris “the land of possibilities”, the “ideapolis”. One is reminded of Richard Florida and other extollers of the “Creative Class”. The good fortune of Creative Class members appears (to them) to have nothing to do with any kind of capitalist struggle. Never have conditions been more favourable for deluding a class of fortunate people into thinking that they owe their privilege to being nicer, or smarter, or more honest, than everyone else. Why would they think otherwise? They never meet anyone who disagrees with them. The immigrants with whom the creatives share the city are dazzlingly different, exotic, even frightening, but on the central question of our time – whether the global economic system is working or failing – they see eye to eye. “Our immigrants, our strength”, was the ­title of a New York Times op-ed signed by the Mayor of London, Sadiq Khan, the mayor of New York, Bill de Blasio, and the mayor of Paris, Anne Hidalgo, after September’s terrorist bomb blasts in New York. This estrangement is why electoral results around the world last year – from Brexit to the election of Donald Trump – proved so difficult to anticipate. Those outside the city gates in la France périphérique are invisible, their wishes incomprehensible. It’s as if they didn’t exist. But they do.

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People used to think of the economy as congruent with society – it was the earning-and-spending ­aspect of the nation just living its life. All citizens inhabited the same economic system (which isn’t to say that all took an equal share from it). As Guilluy describes it, the new economy is more like a private utility: it provides money and goods the way, say, a power company provides electricity. If you’ve always had electricity in your house, what’s the worry? But it’s quite possible to get cut off.

For those cut off from France’s new-economy citadels, the misfortunes are serious. They’re stuck economically. Three years after finishing their studies, three-quarters of French university graduates are living on their own; by contrast, three-quarters of their contemporaries without university degrees still live with their parents. And they’re dying early. In January 2016, the national statistical institute Insee announced that life expectancy had fallen for both sexes in France for the first time since the Second World War, and it’s the native French working class that is likely driving the decline. The French outsiders are failing not just in income and longevity but also in family formation, mental health and education. Their political alienation is striking. Less than 2 per cent of legislators in France’s National Assembly today come from the working class, as opposed to 20 per cent just after the Second World War.

Unlike their parents in Cold War France, the excluded have lost faith in efforts to distribute society’s goods more equitably. Political plans still abound to fight the “system”, ranging from the 2017 Socialist presidential candidate Benoît Hamon’s proposals for a guaranteed minimum income to those of his rival Emmanuel Macron, the former economics minister, to make labour markets more flexible. But these programmes are seen by their intended beneficiaries as further proof of a rigged system. The welfare state is now distrusted by those whom it is meant to help. France’s expenditure on the heavily immigrant banlieue is already vast, in this view; to provide yet more public housing would be to widen the invitation to unwanted immigrants. To build any large public-works project is to do the same. To invest in education, in turn, is to offer more advantages to the rich, who are best positioned to benefit from it. In a society as divided as Guilluy describes, traditional politics can find no purchase.

With its opposition to free trade, open immigration and the European Union, the Front National has established itself as the main voice of the anti-globalisers. At regional elections in 2015, it took 55 per cent of workers’ votes. The Socialists, Républicains, Greens and the hard left took 18 per cent among them. In an effort to ward off the Front National, the traditional parties now collude as often as they compete. In the second round of those regional elections, the Socialists withdrew in favour of their Républicains rivals, seeking to create a barrage républicain against the FN. The banding together of establishment parties to defend the system against anti-system parties is happening all over the world. Germany has a “grand coalition” of its two largest parties, and Spain may have one soon. In the US, the Trump and the Sanders candidacies both gained much of their support from voters worried that the two main parties were offering essentially the same package.

Guilluy has tried to clarify French politics with an original theory of political correctness. The dominance of metropolitan elites has made it hard even to describe the most important conflicts in France, except in terms that conform to their way of viewing the world. In the last decade of the 20th century, Western statesmen sang the praises of the free market. In our own time, they defend the “open society” – a wider concept that embraces not just the free market but also the welcoming and promotion of people of different races, religions and sexualities. The result, in terms of policy, is a number of what Guilluy calls “top-down social movements”. He doesn’t specify them, but they would surely include the Hollande government’s legalisation of gay marriage, which in 2013 and 2014 brought millions of protesters opposing the measure on to the streets of Paris – one of the largest demonstrations in the country since the Second World War.

French elites have convinced themselves that their social supremacy rests not on their economic might but on their common decency. Doing so allows them to “present the losers of globalisation as embittered people who have problems with diversity”, says Guilluy. It’s not our privilege that the French “deplorables” resent, the elites claim; it’s the colour of some of our employees’ skin. French elites have a thesaurus full of colourful vocabulary for those who resist the open society: repli (“reaction”), crispation identitaire (“ethnic tension”) and populisme (an accusation equivalent to fascism which somehow does not require an equivalent level of proof). One need not say anything racist or hateful to be denounced as a member of “white, xenophobic France” or even as a “fascist”. To express mere discontent with the political system is dangerous enough. It is to faire le jeu de (“to play the game of”) the Front National.

***

In France, political correctness is more than a ridiculous set of opinions; it’s also – and primarily – a tool of government coercion. Not only does it tilt any political discussion in favour of one set of arguments; it also gives the ruling class a doubt-expelling myth that provides a constant boost to morale and esprit de corps, much as class systems did in the days before democracy. People tend to snicker when the question of political correctness is raised: its practitioners because no one wants to be thought politically correct; and its targets because no one wants to admit to being coerced. But it determines the current polarity in French politics. Where you stand depends largely on whether you believe that anti-racism is a sincere response to a genuine upsurge of public hatred or an ­opportunistic posture for elites seeking to justify their rule.

Guilluy is ambivalent on the question. He sees deep historical and economic processes at work behind the evolution of France’s residential spaces. “There has been no plan to ‘expel the poor’, no conspiracy,” he writes. “Just a strict application of market principles.” But he is moving towards a more politically engaged view: that the rhetoric of an “open society” is “a smokescreen meant to hide the emergence of a closed society, walled off for the benefit of the upper classes”.

It would be wrong, though, to see Guilluy as the partisan of any political project, let alone “playing the game” of one. Ideologically and intellectually, he is difficult to place. Sometimes he sounds like Paul Mason, author of the 2015 book PostCapitalism. That is, he looks at the destruction of working-class sources of power (from trade unions to industrial jobs) not as unfortunate collateral damage of the past thirty years of economic policy but as the overarching goal of it. He is more interested in how people act (where they move, the jobs they take, the way they form families) than in the opinions they spout. In a French context, he would be seen as among those in left-wing circles on whom certain civilisational truths once considered “conservative” have dawned. These include the novelist Michel Houellebecq, the philosopher Michel Onfray and the political philosopher Jean-Claude Michéa, who has been heavily influenced by the American historian Christopher Lasch. Guilluy, too, acknow­ledges Lasch’s influence, and one hears it when he writes, in La France périphérique, of family and community as constituting “the capital of the poor”.

Guilluy’s work is the most successful attempt to tow French political sociology out of the rut that it has been mired in since the Cold War and to direct it towards the pressing matters of our day. The “American” society that Guilluy describes – unequal and multicultural – can appear quite stable, but signs abound that it is in crisis. For one thing, it requires for its own replication a growing economy.

Since Tocqueville, we have understood that our democratic societies are emulative. Nobody wants to be thought a bigot if the membership board of the country club takes pride in its multiculturalism. But as the prospect of rising in the world is hampered or extinguished, the inducements to ideological conformism weaken. Dissent appears. Political correctness grows more draconian. Finally the ruling class reaches a dangerous stage, in which it begins to lose not only its
legitimacy, but also a sense of what its legitimacy rested on in the first place. l

Christopher Caldwell is a senior editor at the Weekly Standard. This article was first published in the quarterly magazine City Journal


Présidentielle 2007: Qui nous délivrera des comités Théodule ? (Jean-Paul Delevoye, proche d’Emmanuel Macron, mis en cause pour sa tentative de modernisation du CESE)

14 mai, 2017
Le siège du Conseil économique social et environnemental (Cese) au palais d’Iena à Paris.
From the looks of Emmanuel Macron’s sweeping victory in the French presidential election, France seems to be recovering its self-confidence. But appearances can deceive: Macron will inherit a deeply divided country that remains mired in dysfunction and despair. (…) France’s malaise is not fake news; it is old news. (…) During the recent election, puzzlement gave way to shock. In the first round, Marine Le Pen of the far-right National Front and Jean-Luc Mélenchon, a far-left ex-Trotskyist, each won around 20% of the vote. In fact, of the 78% of voters who turned out for the first round, almost half cast their ballots for anti-establishment candidates who openly oppose institutions such as the European Union and NATO. (…) According to the World Values Survey, only 36% of French people have confidence in the market economy – a response that stands in stark contrast to other large economies, such as China (74%), Germany (65%), and even Russia (43%). (…) Tirole deplores the fact that in French high schools, and even in elite grandes écoles, students’ first exposure to economics often comes late, if it comes at all. (…) the French state is so bloated, overweening, and wasteful that public spending is equivalent to 56% of GDP. Government outlays allocated with the best intentions routinely end up fueling an engine of rent extraction. For evidence of this, one need look no further than the explosion of public-sector jobs and the ever-expanding bureaucracy that extends from the Parisian center into every small village. To pay for this exorbitant public spending, successive governments have racked up debt and levied a complex array of taxes and quasi-taxes (so-called social contributions) on companies, while sparing households. And, in addition to being squeezed by taxation, companies have to navigate a dense thicket of labor regulations. This has severely undermined France’s competitiveness, while causing chronic, shockingly high unemployment. As of March, the unemployment rate had edged back up to 10.1%, surpassing the eurozone average, which comprises much weaker economies such as Italy and Greece.  Moreover, owing largely to its dysfunctional labor market, France has failed to integrate properly its large community of predominantly Muslim immigrants. This has created a vicious cycle in which economic and social marginalization give rise to Islamist radicalization, homegrown terrorism, and atavistic identity politics that play into the hands of far-right nationalists such as Le Pen. (…) According to Tirole and Verdier-Molinié, a narrow, entitled oligarchy presides over this bleak landscape. It is composed almost entirely of alumni of the École nationale d’administration – France’s top civil-service school – and other grandes écoles, who shuttle freely between public-service roles and high-paid management or supervisory board positions in state-controlled companies. For Tirole, this perverse incentive structure explains why the French state is still playing the role of owner, producer, and planner, when it should be acting as a more hands-off market referee. But Tirole reserves his strongest criticism for incumbents who use subsidies and regulations to rig the system in their favor. In the labor market, this comes at the expense of new entrants, who are typically younger, or those returning to the labor force after being unemployed. And in the education sector – which Tirole describes as an “insiders’ racket” – it comes at the expense of underprivileged children. Not surprisingly, a 2016 OECD study found that the correlation between educational outcomes and family background is stronger in France than in almost any other developed country (giving the lie to France’s self-image as a bastion of equality and meritocracy). (…) For example, the printed version of the French labor code currently weighs 1.5 kilograms (3.3 pounds), three times more than it weighed in 1985. And France now has 400,000 business regulations, 11,500 laws, and 360 taxes – 192 of which yield less than €150 million ($163 million) in annual revenues – not to mention 470 tax loopholes and exemptions and 37 different pension regimes. The list goes on. Verdier-Molinié’s litany may sound wearisome, but her book’s clear structure, analytical coherence, and eye-popping subject matter are enough to keep almost any reader engaged. (…) The social geographer Christophe Guilluy has been doing groundbreaking work to map those costs in detail. (…) Guillluy juxtaposes France’s prosperous big cities, which have been fully integrated into the global economy, with the “peripheral France” of his book’s title – rural areas, small towns, suburbs, and the banlieues (the housing estates surrounding urban cores which are now host to many immigrant communities). In the eyes of metropolitan sophisticates – or “bobos” – these “peripherals” are not unlike the Donald Trump supporters whom Hillary Clinton labeled “deplorables” during the 2016 US presidential campaign. Guilluy shows how this deep fracture in French society has benefited populist parties such as the National Front, but he is careful not to over-emphasize electoral politics. Rather, he depicts a large cohort of society that has turned inward, away from a threatening and alien wider world. (…) Macron will need more than his innate intelligence and determination; he will also need abundant political capital and a solid parliamentary majority after the National Assembly election in June. Given the strong support for anti-establishment candidates in the first round of the presidential election, he shouldn’t count on getting either. Brigitte Granville
L’essentiel pour moi, ce n’est pas ce que peuvent penser le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité Hippolyte, c’est ce que veut le pays. Général de Gaulle (1963)
Le renouvellement de notre vie publique s’imposera à tous dès demain. La moralisation de notre vie publique, la reconnaissance du pluralisme seront dès le premier jour le socle de mon action. Emmanuel Macron (2017)
Il a monté les marches quatre à quatre, à une vitesse incroyable. Ça rappelle Jacques Chaban-Delmas. Franck Ferrand (France 2)
C’est l’investiture la plus romanesque de la Ve République. On est véritablement dans le roman, et même, osons le mot, dans l’épopée. France 2
Ce visage, ce masque d’Emmanuel Macron, cette gravité qui arrive. (… ) c’est le protecteur de la Nation qui se présente à nous. Laurent Delahousse
Des personnes se sont réfugiées dans ses bras. Autrefois, les rois touchaient les écrouelles le lendemain du sacre, il y a un peu de ça. Intervenant (France 2)
Les aciéries font des métaux spéciaux. Il est d’un autre métal. Eric Fottorino (ancien patron du Monde)
L’image de Gérard Collomb bouleversé, ça me fait penser à Mitterrand embrassant Mendès-France. Serge Moati
C’est la marque d’Emmanuel Macron. Tout en rendant hommage à tous les présidents qui l’ont précédé (…) lui, il veut trancher. C’est le personnage Macron qui parle, sa jeunesse, son énergie, sa volonté de rendre les choses différentes. Ruth Elkrief
On voit que l’alignement des planètes continue pour Emmanuel Macron : aujourd’hui il fait beau, et en plus la passation d’Emmanuel Macron tombe un dimanche. C’est génial, ça permet une audience maximale, tous les Français peuvent être devant leur télé et assister aux premiers pas d’Emmanuel Macron. Et puis ça va permettre peut-être à plus de badauds d’être sur les Champs-Élysées ». Ludovic Vigogne (l’Opinion)
On est vraiment dans l’invention d’une politique, la redéfinition d’une fonction en direct, c’est très inédit. BFMTV
On retiendra quand même cette image spectaculaire d’Emmanuel Macron sur cet engin militaire. BFMTV
Français Bayrou en avait fait la condition de son ralliement, Emmanuel Macron en a fait l’un des six chantiers de son quinquennat. Il en a esquissé quelques principaux points dans son programme, auxquels il pourrait encore ajouter des mesures. Conséquence directe des révélations sur la société de conseil de François Fillon (2F Conseil), le nouveau président de la République compte interdire aux parlementaires d’exercer une activité de conseil « parallèlement à leur mandat ». Actuellement, il est interdit aux élus de débuter une activité de conseil durant leur mandat, mais pas de la conserver s’ils l’exerçaient avant leur élection. François Fillon avait ouvert sa société de conseil onze jours avant le début de son mandat, en 2012. Emmanuel Macron a aussi déclaré à Transparency International qu’il encadrerait strictement les pratiques de lobbying en « imposant un horaire et un lieu précis pour les réunions qui relèvent de ces pratiques au Parlement ». Ayant fondé sa candidature sur l’idée de renouvellement de la classe politique, Emmanuel Macron entend interdire aux parlementaires de briguer plus de trois mandats consécutifs. Il a également promis une mesure inédite : la modulation du financement des partis en fonction du renouvellement des candidats. Enfin, et c’était là aussi une exigence de François Bayrou, Emmanuel Macron s’est engagé à instaurer une dose de proportionnelle pour les élections législatives. Cette proposition ne figurait toutefois pas explicitement dans son programme et le nouveau chef de l’Etat n’a pas précisé combien de députés seraient élus selon ce mode de scrutin. (…) Ses propositions les plus fortes concernent l’exigence vis-à-vis des parlementaires, après une campagne marquée par les affaires de M. Fillon et Mme Le Pen. Pour répondre aux enjeux soulevés ces derniers mois, Emmanuel Macron prévoit d’interdire les emplois familiaux pour les élus et les ministres. Un casier judiciaire vierge de niveau B2 (hors condamnations mineures et contraventions) sera également nécessaire pour pouvoir devenir parlementaire. Par ailleurs, le candidat élu souhaite revenir sur ce qui est perçu comme des avantages financiers donnés aux élus : leur indemnité de mandat et leur retraite. (…) Le nouveau président veut soumettre l’ensemble de l’indemnité parlementaire des députés à l’impôt (y compris l’IRFM), les obliger à justifier de leurs frais en fournissant les factures et supprimer le régime spécial de retraite. Ce dernier point ne pourra cependant sûrement être mis en place qu’avec la réforme générale des régimes de retraite envisagée par Emmanuel Macron, et qui n’est pas prévue dans l’immédiat. Reste ensuite à savoir si le nouveau chef de l’Etat aura la majorité pour voter ce texte… et si les parlementaires accepteront de voter des mesures qui les concernent directement. Le Monde
Des assistants parlementaires servent en réalité le parti politique et non le parlementaire… Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le Modem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes et d’autre part illégal. Le Modem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire cette exigence. Ainsi, durant cinq ans, la secrétaire particulière de François Bayrou a été payée… par l’enveloppe d’assistance parlementaire de Marielle de Sarnez, sur fonds européen. Corinne Lepage
De plus en plus dans la lumière, Pauline Doussau de Bazignan cultive pourtant une nature discrète. La quadragénaire essaie en effet, autant que faire se peut, de rester en dehors des affaires de son mari et de la politique. « Avec Pauline, nous avons essayé beaucoup de formules possibles pour conjuguer vie publique et vie privée. Le pire aura été de mélanger les deux », a écrit le candidat à la primaire dans son livre A nos enfants. Une conclusion sans doute liée aux révélations de Mediapart. En 2013, le site d’investigation a en effet révélé que depuis six ans, l’épouse de Bruno Le Maire était rémunérée aux frais de l’Hémicycle pour un poste à temps plein et ce, alors qu’au cours d’une interview accordée à Paris Match, elle se décrivait elle-même comme étant « petite-fille d’agriculteurs, artiste-peintre et mère ». Et si Pauline Doussau de Bazignan ne mentionnait pas son poste à l’Assemblée, son mari ne le faisait pas non plus. En réalité, madame Le Maire était en charge du site Internet de son mari, ce qui consistait notamment à rédiger des posts de blog, ce qu’elle pouvait faire depuis chez elle, a par la suite précisé Mediapart. De là à en oublier qu’elle était rémunérée pour cela ? C’était une « erreur de parcours », a par la suite reconnu celui que son épouse surnomme « coquito ». Depuis, ils ne travaillent plus ensemble. Planet.fr
Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le MoDem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes, et d’autre part illégal. Le MoDem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire à cette exigence. Corinne Lepage (2004)
Les révélations sur les emplois présumés fictifs d’assistants parlementaires (François Fillon, Bruno Le Roux…), les promesses d’exemplarité, semblent libérer la parole de certains ex-collaborateurs. C’est le cas d’un Nantais qui assure avoir occupé, il y a vingt ans, deux emplois fictifs au profit du parti de… François Bayrou. (…) « Quand j’ai vu que François Bayrou se posait en monsieur Propre, en caution morale et père vertueux de la politique, mon sang n’a fait qu’un tour. » Pierre, appelons-le ainsi, la quarantaine, assure avoir occupé des emplois fictifs auprès de deux élus centristes, un député breton actuellement retraité de la politique, et un sénateur devenu juge constitutionnel. « Je ne les ai vus que trois fois en un an. J’ai perçu un salaire, des fiches de paie pour une activité que je n’exerçais pas. Je travaillais en fait pour le magazine Démocratie Moderne du parti Force Démocrate présidé par François Bayrou », révèle-t-il, contrats de travail et un bulletin de salaire à l’appui. La consigne à sa prise de poste, selon lui ? « Si l’on vous demande ce que vous faites au parti, ne dites pas que vous y travaillez. Répondez que vous êtes un militant. » Le Télégramme
Nicolas Grégoire a bien été en contact avec un journaliste de Libé peu après la publication de son premier article. Et il est vrai que nous n’avons rien fait sur le sujet. Par manque de temps, à cause de l’actu folle, parce que cette histoire datée n’est pas apparue aux yeux du journaliste comme une priorité, parce qu’enfin (ce n’est peut-être pas la meilleure raison mais le rapport à la source importe aussi dans ce métier) le ton des échanges (entre parano et accusations diverses) a conduit le journaliste de Libé à y mettre un terme. Il est difficile de dire que Libé a eu ou pas raison. Nous sommes sans cesse contraints à des choix. Peut-être qu’une histoire liée à l’UDF il y a vingt ans semblait moins prioritaire que de se consacrer aux affaires actuelles (Le FN par exemple). L’histoire (si elle se vérifie) aurait sûrement donné des éléments de contexte intéressant sur des pratiques dénoncées pour Fillon mais répandues au delà de ce cas précis. Bref, nous ne l’avons pas fait. Pourquoi les autres média ont visiblement fait le même choix? Peut-être pour les mêmes raisons. Mais il y a une chose qu’on peut dire, c’est que le deuxième article de Nicolas Grégoire, dénonçant la censure médiatique, la presse aux ordres de Bayrou, donc en fait Macron (quelle originalité!) n’a plus rien de journalistique. Le choix de Libé (peut-être mauvais) a été un choix éditorial, d’un seul journaliste qui n’aurait eu aucun mal à écrire sur le sujet s’il en avait eu le temps et l’envie. La question du traitement de l’affaire n’a été évoquée à aucun moment par la direction. Parler de censure est faux, tout simplement. Cédric Mathiot (Libération)
François Fillon a bénéficié, comme tant d’autres, d’un mode de fonctionnement inéquitable, incroyablement opaque, lui permettant d’employer des proches comme attachés parlementaires sans avoir de comptes à rendre ou presque sur leur salaire (plafonné à la moitié de l’enveloppe globale) et la nature de leur travail. Parce qu’il est devenu, du jour au lendemain, le favori de la présidentielle et qu’il a axé sa campagne sur la probité, de telles pratiques ont choqué, à juste titre. Mais il a payé pour tous les autres. Ceux qui avaient piqué dans la caisse, qui avaient nié leur évasion fiscale les yeux dans les yeux ou qui, simplement, s’étaient autoproclamés exemplaires alors qu’ils claquaient 10 000 euros par mois pour se faire shampouiner aux frais du contribuable. Dans une France qui totalise plus de six millions de chômeurs, près de neuf millions de pauvres et soixante-six millions de désenchantés, les petits arrangements comme les grosses arnaques ne passent plus. «Au début de l’année 2016, un député sur six employait parmi ses collaborateurs un membre de sa famille», rappelle pourtant René Dosière. Au-delà de cette dimension «morale», François Fillon a aussi essuyé les plâtres d’un projet sans doute mal ficelé, jugé par une partie de l’opinion trop libéral, trop imprécis et préjudiciable à la Sécurité sociale. En charge du dossier, le Parquet national financier a finalement ouvert une information judiciaire, de crainte que l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi ne prescrive les faits reprochés à François Fillon. Preuve que les éléments n’étaient sans doute pas si solides, en dépit du déchaînement médiatique qu’ils ont suscité. Trois juges d’instruction ont ainsi hérité de l’affaire, dont l’intraitable Serge Tournaire, réputé pour son intransigeance et sa ténacité, décrit par ses contempteurs comme «un type techniquement très compétent, avec une épouvantable mentalité d’inquisiteur». Nicolas Sarkozy peut en attester: c’est lui qui a décidé de le mettre en examen, dans le cadre du financement de sa campagne de 2012, contre l’avis de ses collègues Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loir. C’est encore lui qui a récemment tranché, dans l’affaire Bygmalion, pour son renvoi en correctionnelle, là aussi malgré le désaccord de Van Ruymbeke. On murmure que l’ambiance ne serait pas à la franche camaraderie entre les deux juges. Et là, patatras, le candidat des Républicains se voit convoqué le 15 mars prochain en vue d’une mise en examen. Soit deux jours avant la date limite des dépôts de candidature pour la présidentielle. C’est fou ce que la justice française a fait comme progrès en termes de vélocité ces dernières semaines. Enfin, pas pour tout le monde. Personne n’a eu l’idée de venir enquiquiner François Bayrou, dont la secrétaire particulière a, pendant cinq ans, «été payée par l’enveloppe d’assistance parlementaire de Marielle de Sarnez, sur fonds européens», révélait en 2015 Corinne Lepage dans son livre Les mains propres. En revanche, le Parlement européen semble très enclin à lever l’immunité de Marine Le Pen pour une ridicule histoire de tweets: l’eurodéputée frontiste avait eu l’outrecuidance de poster des visuels de crimes barbares de l’État islamique. Un dénouement qui surgit décidément à point nommé, pour une enquête ouverte en France en …2015. Faute de pouvoir la coincer sur les emplois présumés fictifs de ses assistants parlementaires, on fait avec ce qu’on a sous le coude.  Personne n’a eu la curiosité d’enquêter sur la fortune d’Emmanuel Macron qui, comme le résume le blog d’Olivier Berruyer les-crises.fr, a omis de déclarer son ISF à plusieurs reprises, a engrangé plus de 3,3 millions d’euros de revenus en six ans, et dispose de 266 000 euros de liquidités. De même, quand l’ouvrage Dans l’enfer de Bercy, des journalistes Marion L’Hour et Frédéric Says, mentionne qu’à son départ de Bercy en août dernier, il avait utilisé «à lui seul 80 % de l’enveloppe annuelle des frais de représentation accordée à son ministère» beaucoup se demandent en vain si cet argent n’a pas servi à mettre sur pied son mouvement. Mais le vibrionnant énarque «en marche» est le candidat des médias et des milieux financiers. Pas touche. De telles inégalités de traitement laissent perplexe voire amer. «La justice est en train d’aller dans le mur», redoute Bernard Debré, fervent soutien de l’ex-premier ministre, qui parle, lui, d’un «assassinat politique» et d’un «État de droit violé». Comment ne pas lui donner raison, au vu de cette subite avalanche de procédures, d’accusations, de harcèlements, qui semblent n’avoir pour objectif que de confisquer le libre arbitre des votants, de jeter le trouble pour saborder tout discernement dans une course à l’Élysée de plus en plus abracadabrantesque, dont on voudrait nous imposer l’issue. Eloïse Lenesley
François Fillon est le candidat conservateur plébiscité par les électeurs de son parti pour une élection présidentielle qu’il a toutes les chances de remporter. Le complexe médiatico-idéologique ne pouvait pas laisser passer cela. Ce qui est nouveau, c’est la qualification juridique retenue pour justifier l’intervention du juge pénal dans une pratique banale. Est-ce à dire que désormais tout élu, fonctionnaire, collaborateur public ou membre d’un conseil ou comité Théodule quelconque qui ne travaille pas en proportion exacte de ce qu’un procureur estime nécessaire à sa rétribution devrait en passer par la case prison au motif qu’il s’agirait d’un « détournement de fonds » ? Ça promet du monde dans nos établissements pénitentiaires déjà surchargés. (…) il faudrait d’abord faire une perquisition de grande envergure au Conseil économique, social et environnemental où il est de notoriété publique qu’une l’indemnité mensuelle brute de 3800 euros est versée à 233 conseillers dilettantes qui ont l’habitude de quitter les quelques très rares réunions auxquelles ils sont convoqués aussitôt après avoir badgé. Chacun sait d’ailleurs que les membres des organisations « représentatives » qui y siègent reversent une part de leur indemnité à leur syndicat d’origine. Les nominations de « personnalités qualifiées » (dites PQ) y sont depuis toujours utilisées par le gouvernement en place pour servir des prébendes à des amis de toutes sortes, souvent dépourvus de toute qualification. La Cour des comptes a d’ailleurs constaté que le personnel administratif de ladite institution jouit aussi, par voie de conséquence, d’un temps de travail très limité. Anne-Marie Le Pourhiet
Les Conseils économiques et sociaux sont inutiles et coûteux, pourquoi l’Etat continue-t-il de les financer ? (…) Le Conseil économique et social fête son cinquantième anniversaire, puisqu’il a été institué dans sa forme actuelle par la Constitution de la Ve République du 4 octobre 1958. En juillet dernier, il est rebaptisé Conseil économique, social et environnemental. Il a de nombreux clones : les Conseils économiques et sociaux régionaux, et le Conseil économique et social européen. Le Conseil économique, social et environnemental est une assemblée « consultative » auprès des pouvoirs publics, consultée moins de cinq fois par an, dont les avis n’obligent personne. Les conseillers économiques et sociaux perçoivent de copieux émoluments pour une activité presque inexistante. Ils produisent, à un rythme modéré, des rapports sans écho. L’absentéisme sévit. En 2008, le Conseil aura coûté 36,3 millions d’euros aux contribuables. Pourquoi l’État continue-t-il à le financer ? Son véritable rôle est de fournir des sinécures à la classe politique. Il constitue un moyen commode de récompenser des militants, de recaser d’anciens ministres, de consoler des candidats malheureux aux élections, d’émousser la pugnacité de certains opposants… Et il participe au financement des syndicats : près du tiers des sièges sont occupés par des syndicalistes – ils ne représentent pourtant, à l’échelle nationale, que 8,2 % des salariés – dont les indemnités échappent à l’impôt et sont reversées au Syndicat auquel ils appartiennent. Contribuables associés
Le véritable rôle du Conseil économique, social et environnemental – et  de  ses  clones  régionaux  et  européen  –  est  de  fournir  des  sinécures  à  la  classe  politique.  Aussi,  après  avoir  fait  le  bonheur  de  la  IV e  République,  a-t-il été pérennisé par la constitution de la V e  République. mais voilà, c’est le contribuable qui paie. C’est  pourquoi  nous  proposons,  non  pas  de  réformer  cette  institution  –  elle  aggrave  la  surproduction  de  rapports  administratifs  –,  mais  de  la  supprimer  purement  et  simplement.  Ses  défenseurs  font  valoir  qu’elle  sert de lubrifiant à la machine politique française. Mais, alors que la dette  publique ne cesse de s’accroître, il n’est pas acceptable que les politiques  continuent à bénéficier de telles faveurs. Comment demander aux Français de «  travailler plus pour gagner  plus  », tout en continuant à distribuer à des privilégiés des emplois  quasi-fictifs  au  Conseil  économique,  social  et  environnemental,  dans les Conseils économiques et sociaux régionaux et au Conseil  économique et social européen  ? Il  incombe  aux  responsables  politiques  de  montrer  l’exemple  à  l’ensemble de la société française, en renonçant à ces facilités. Eric Letty
On fustige la manie des commissions et des comités théodules de chaque gouvernement, et chacun ironise volontiers et se plaît à dénoncer  la permanence de cette pratique. ().  De 40 à  45 millions par an pour le National et 30 Millions pour les comités régionaux. Les conseillers touchent près de 4 000 euros brut par mois, sans compter les a côtés,  pour quelques séances du comité. Le CESE a été consulté deux fois en 2009, 2 fois en 2010. Leur suppression ne pose aucun problème. Si une enquête spécifique, une étude utile, une analyse particulière, doit être commandée pourquoi ne pas créer un groupe ad hoc, une commission spécifique, « un jury populaire » de gens concernés, avec cette mission limitée dans le temps; cette commission ne durant que le temps de la mission. Pour un autre problème, il peut y avoir un autre groupe de personnes concernées. Pourquoi avoir un (CESE) organisme permanent avec toujours les mêmes représentants de la société civile. Ce ne sont pas toujours les mêmes personnes, les mêmes organismes,les mêmes associations, supposées représentatives qui sont compétentes pour tout. (…) Mais l’actualité  de ce Comité Economique, Social, et Environnemental  confirme, si besoin était, le scandale permanent de l’existence de cet organisme. (…) Depuis la réforme constitutionnelle de 2008, les citoyens peuvent saisir par voie de pétition le CESE pour avis, à condition de rassembler  500 000 signataires. C’est un chiffre extravagant lorsque l’on sait que les pétitions rassemblant plus de 20 000 signatures sont rarissimes. Mais la pétition contre « le mariage pour tous »  a réussi  à en rassembler  700 000 ; c’est un tour de force incroyable, et donc le CESE a été saisi pour avis.  Avant même d’en informer son conseil, le Président du CESE, Jean-Paul Delevoye sollicite un éclairage de Matignon non seulement sur un point technique de la Constitution mais aussi sur la capacité d’action du Cese. (…)  Trois jours après, le gouvernement fait savoir par un rapport que la demande est irrecevable, et une semaine plus tard, le conseil du Comité entérine une irrecevabilité sur le fond de l’affaire. (…) il est inconcevable  que sur des questions liées à ce nouveau droit de pétition au CESE, celui ci consulte le pouvoir exécutif au lieu du Conseil constitutionnel.  Le CESE s’est ainsi révélé  comme dépendant d’une note du premier ministre.  Ainsi même le Président du CESE devient un courtisan car il clair que le comité n’a d’utilité que s’il exprime une opinion indépendante des pouvoirs publics! Si le CESE demande au pouvoir exécutif ce qu’il doit annoncer, on ne comprend pas bien l’intérêt d’une telle institution, qui constitutionnellement a été créée pour donner des avis éclairés aux pouvoirs politiques. Bernard Unguen
A quelques jours du second tour de la présidentielle, le 25 avril 2012, le conseiller sondages de Nicolas Sarkozy, Jean-Baptiste de Froment, 34 ans, normalien, était nommé maître des requêtes au Conseil d’Etat. Au tour extérieur. Quelques jours plus tard, Camille Pascal, agrégé d’histoire et plume de l’ancien chef de l’Etat, était nommé à un grade plus élevé, celui de conseiller d’Etat. Le Conseil, installé au Palais-Royal, est un corps administratif prestigieux qui attire les meilleurs de l’ENA. Et comme d’autres grands corps, il sert à consoler ou à caser les amis du pouvoir, généralement ceux du président de la République. Sous François Mitterrand, la nomination de Paule Dayan, fille de son ami Georges, avait provoqué des hoquets, bien qu’elle fût magistrate. La liste est longue de ceux dont les nominations au Conseil ont fait jaser: Erik Orsenna, Régis Debray, Michel Barnier, Christine Albanel, Jean-Jacques de Peretti, Arno Klarsfeld, Hugues Gall, les journalistes Philippe Boucher et Guy Thomas… En France, un président de la République peut récompenser, promouvoir comme bon lui semble. Cela fait partie des usages de notre république monarchique. Planques, sinécures, prébendes, placards dorés, fromages, le pouvoir nomme, comme autrefois le roi distribuait les charges. François Hollande n’est pas insensible à cette prérogative. « Il y attache un soin particulier », avoue un proche. Olivier Schrameck, Jack Lang mais aussi nombre d’anonymes en ont bénéficié. Les ministres ne sont pas en reste. Christine Lagarde a fait nommer au poste de contrôleur général économique et financier son ex-conseillère parlementaire, dotée du seul diplôme d’infirmière. Laurent Wauquiez a recasé au même poste son ex-chef de cabinet. Jean-Louis Borloo et Brice Hortefeux ont placé des proches à l’inspection générale de l’Administration du développement durable. Manuel Valls a promu des préfets… Certes, privatisations obligent, le périmètre de l’Etat s’est réduit, et les planques sont moins prestigieuses. Mais elles subsistent. La plus connue est le Conseil économique, social et environnemental. Très prisés également, les postes d’ambassadeur auprès de l’OCDE ou de l’Unesco. Certaines affectations tiennent du burlesque. L’ancien ministre Gilles de Robien a le titre d’ambassadeur « chargé de promouvoir la cohésion sociale ». L’ancien sénateur Louis de Broissia, celui d’ambassadeur « pour l’audiovisuel extérieur », ce qui leur permet de voyager dans le monde entier aux frais de l’Etat. Ghislaine Ottenheimer
Remercié sans ménagement fin 2015 de la présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Jean-Paul Delevoye, l’ex-ministre chiraquien devenu depuis « Monsieur législatives » du candidat Macron, voit sa gestion durement critiquée par un audit indépendant sur les risques psycho-sociaux au Conseil. Un document à charge contre sa gestion sociale qu’il avait soigneusement enterré et que LPLD.fr révèle aujourd’hui en exclusivité et in extenso. (…) « Crise de modernisation » « augmentation du stress et des facteurs anxiogènes », « dévalorisation des agents », « confusion des missions et des moyens »… C’est bien un rapport d’audit très à charge qu’avait rédigé en 2014 le cabinet d’expertise Technologia* au sujet du management de l’ancien Président du CESE (et de ses équipes) vis-à-vis des agents du Conseil. Avec, au passage et à en croire les enquêteurs, une suspicion de conflit d’intérêts pour ce dernier. On comprend beaucoup mieux, désormais, à la lecture de ce document de 103 pages que nous publions en exclusivité, pourquoi l’ex-président du CESE a tout fait pour empêcher sa publication. LPLD

Sinécures à 4000 euros par mois, retraites dorées pour recaser amis, anciens ministres ou collaborateurs et syndicalistes méritants,  « experts  culturels  »  à la Georgette  Lemaire,  Danièle  Delorme,  Marie-France  Pisier  ou Brigitte  Fossey, accusations d’  » augmentation du stress et des facteurs anxiogènes », « dévalorisation des agents », « confusion des missions et des moyens », refus de recevoir la pétition de la Manif pour tous …

Attention: un emploi fictif peut en cacher bien d’autres !

Alors qu’après la ô combien salutaire élimination que l’on sait du drôle de paroissien pilleur de troncs

Et l’éviction non moins salvatrice de la chamionne parasite de la haine de l’autre et ses questions qui fâchent

La patrie tout entière se réjouit

De la véritable nuit du quatre août et moralisation de la vie publique que nous promet notre nouvel élu …

Comment ne pas néanmoins s’inquiéter …

Alors qu’entre comités fantômes, commissions inutiles, missions obscures, gestion douteuse, jeu  de doublons …

Et l’enthousiasme commissioniste du gouvernement même de l’ancien ministre des finances …

La Cour des comptes ne dénombre pas moins, rapport après rapport, de 1244 agences d’Etat

De l’accueil quelque peu mitigé qu’avait eu lors de son passage à la tête du Conseil économique, social et environnemental

L’autre opération mains propres du Monsieur Propre d’Emmanuel Macron ?

Le rapport enterré qui accable un proche d’Emmanuel Macron
valeursactuelles.com
3 mai 2017

CESE. Jean-Paul Delevoye, proche d’Emmanuel Macron et président du Conseil économique, social et environnemental de 2010 à 2015, est mis en cause par un rapport dont la publication avait été reportée sine die.
C’est un rapport qui avait été soigneusement enterré. Commandé par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) au cabinet Technologia, il devait évaluer l’état de l’institution après cinq années de présidence de Jean-Paul Delevoye, devenu depuis président de la commission nationale d’investiture du mouvement En Marche !. Mais le contenu en avait été jugé tellement explosif que la direction avait préféré l’enterrer.

Des conditions de travail “anxiogènes” pour plus de la moitié des salariés
Après plusieurs années passées dans l’oubli, le site Internet L’œil pour le dire a retrouvé sa trace et en a publié le contenu mercredi. Le portrait qu’il brosse des années Delevoye est accablant : “climat délétère” marqué par la “désillusion” et la “démotivation”, organisation “aux rouages bloqués”, “mépris des agents”, les qualificatifs peu élogieux ne manquent pas. Les salariés dénoncent notamment une ambiance “tendue” (pour 62 % d’entre eux), “conflictuelle” (58 %), “anxiogène” (53 %) ou encore “malveillante” (30 %).

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Débat 2017 : ce que Marine Le Pen réserve à Emmanuel Macron
Si cela ne suffisait pas, Technologia dénonce également la double casquette de Delevoye, à la fois Président du CESE et maire de la ville de Bapaume (jusque début 2014). Le rapport relève ainsi une “confusion des missions et des moyens due à la détention en parallèle d’un mandat électif”, en clair la possible utilisation des moyens du Conseil pour servir les intérêts électoraux. “On a l’impression qu’il est juste venu pour se servir et pas pour servir cette assemblée”, dénonce un salarié cité dans le rapport.

Des critiques qui pourraient coûter cher à Emmanuel Macron
A elles seules, ces critiques pourraient déjà coûter cher au président de n’importe quelle organisation. Adressées à un proche d’Emmanuel Macron, elles font encore plus mal : Delevoye, élu à divers échelons politiques depuis 1980, était déjà loin d’être l’incarnation du renouvellement en politique. Il semble désormais ne plus incarner non plus la probité voulue par son candidat à la présidentielle.

Voir aussi:

Un rapport accablant – et enterré- plombe Jean-Paul Delevoye, l’ex-président du CESE devenu lieutenant d’Emmanuel Macron

  • Cédrik Viala
  • LPLD.fr

Remercié sans ménagement fin 2015 de la présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Jean-Paul Delevoye, l’ex-ministre chiraquien devenu depuis « Monsieur législatives » du candidat Macron, voit sa gestion durement critiquée par un audit indépendant sur les risques psycho-sociaux au Conseil. Un document à charge contre sa gestion sociale qu’il avait soigneusement enterré et que LPLD.fr révèle aujourd’hui en exclusivité et in extenso.  L’équipe LPLD

Rapport Technologia surnommé à juste titre pendant 3 ans le « Rapport Fantôme »

EXCLUSIF : Un rapport accablant – et enterré- plombe Jean-Paul Delevoye, l’ex-président du CESE devenu lieutenant d’Emmanuel Macron

« Crise de modernisation » « augmentation du stress et des facteurs anxiogènes », « dévalorisation des agents », « confusion des missions et des moyens »… C’est bien un rapport d’audit très à charge qu’avait rédigé en 2014 le cabinet d’expertise Technologia* au sujet du management de l’ancien Président du CESE (et de ses équipes) vis-à-vis des agents du Conseil. Avec, au passage et à en croire les enquêteurs, une suspicion de conflit d’intérêts pour ce dernier. On comprend beaucoup mieux, désormais, à la lecture de ce document de 103 pages que nous publions en exclusivité, pourquoi l’ex-président du CESE a tout fait pour empêcher sa publication.

« Le CESE en situation de crise »

Rappel du dossier… Suite à une réforme interne lancée par l’équipe Delevoye après son élection en 2010, le climat social se tend très sérieusement au sein du personnel du CESE (150 agents, fonctionnaires pour la plupart).

Multiplication des arrêts de travail et des cas de burn out, tentative de suicide avérée par la médecine du travail, plainte en justice pour harcèlement, distributions de tracts syndicaux à l’intérieur et à l’extérieur de la maison – une première dans l’histoire du Conseil- mobilisation des partenaires sociaux…, sous la pression, le Comité d’hygiène et de sécurité au travail (CHSCT) est contraint de diligenter une enquête qui sera confiée au cabinet Technologia, proche du syndicat Force ouvrière.

Quatre de ses experts sont ainsi à pied d’œuvre au Palais d’Iéna entre 2013 et 2014. Rédigé sur 103 pages, leur constat est, au total, sans appel pour la politique « ressources humaines » menée par la présidence du Conseil.  « La mise en place des chantiers et la méthode employée ont été très mal reçues par les agents » constatent (p 4) d’entrée de jeu les auteurs du rapport « il apparait rapidement que le CESE se trouve dans une situation de crise de modernisation gestionnaire qui perturbe et contraint le jeu des identités professionnelles ».

Ce qui signifie en langage moins codé que, selon un spécialiste des risques psycho-sociaux, « le climat social était devenu explosif et que les risques de dérapages étaient réels ».

D’ailleurs, rappellent les rapporteurs, cette situation a eu d’autant plus d’impact qu’elle a été très largement médiatisée à l’époque (p 5) : « une plainte pour harcèlement fait l’objet d’un contentieux judiciaire et a été relayée par la presse, ce qui a écorné l’image d’ordinaire consensuelle de l’Institution ».  (Voir la revue de presse ci-dessous)

Bien qu’à priori « non opposés à la mise en place du changement » les experts   observent (p 12) que « les agents ont été rapidement déçus par la nouvelle mandature car ils ont considéré que le changement avait été mal orchestré, au sens où le changement a été érigé en principe de gouvernance sans concertation préalable et en méconnaissant la culture du travail du CESE ».

Constat très lourd sur le fond étayé par un témoignage percutant (p 12) : « C’est très frustrant car j’ai connu l’Institution qui était respectée, on sentait que c’était vraiment la 3 ème assemblée ; on ressent maintenant du mépris et on est amené à ne plus avoir de respect pour les gens qui nous dirigent ».  Un autre (p 13) d’enchainer : « le changement a été ressenti comme brutal et déployé en méconnaissant les pratiques et les savoir-faire des métiers du CESE ».

« Des conséquences très négatives sur le climat interne »

Guère étonnant dans ces conditions qu’une majorité des agents interrogés (51%) «…pas satisfaits » des chantiers de l’équipe (p 15) «  ressentent un climat délétère » ainsi que «  désillusion, démotivation » (p 20) et une ambiance de travail qui «  s’est considérablement dégradées au cours des derniers mois, aussi bien vis-à-vis de la Direction qu’entre les agents » (p 22). Avec, au passage, des remarques acerbes (p 23) : « il y a du mépris des agents ne serait-ce que pour leur dire merci ; on est plutôt dans l’humiliation que dans la reconnaissance » ou « mais ça a été une violence inouïe : on en souffre encore aujourd’hui ; ça a impacté sur nos relations humaines ; sur notre vie de famille ».

Concernant la question ultra-sensible du degré d’exposition à l’épuisement professionnel, le cabinet Technologia estime (p 27) que « 27,5% des répondants sont exposés de manière élevée ou très élevée à l’épuisement professionnel ». Un taux, paraît-il, jamais atteint dans le secteur public…

Pas étonnant, selon les experts, que la relation de confiance se soit brisée entre la présidence du CESE et une partie importante de ses personnels. « C’est, de fait, un sentiment de gâchis qui prédomine, car les agents considèrent qu’ils ont tout pour être heureux mais que la politique de gestion et de pilotage insufflée par la Direction Générale (NDLR : le Secrétariat général au CESE) a conduit à une augmentation du stress et à créer des facteurs anxiogènes » (p 30). « Perte de confiance », « générateur de stress », « sentiment de dévalorisation », les qualificatifs sont forts (p 31). Témoignage parmi d’autres : « je trouve que le CESE ne joue plus son rôle d’assemblée plénières ; je trouve que le travail est bâclé désormais ; aujourd’hui c’est un musée comme on le voit avec le défilé » (p36).

Le tableau qualifiant l’ambiance sociale au sein de l’Institution (p 40) est d’ailleurs sans appel : tendue : 62%, conflictuelle 58%, anxiogène 53%, malveillance (sic !) 19% ; froide 8%. « Avec de tels chiffres n’importe quel patron est poussé à la démission d’une manière ou d’une autre car la situation est in-te-na-ble » estime en privé un responsable de Technologia…

« Confusion des missions et des moyens »

Certes, la présidence du CESE prendra après coup un certain nombre de mesures pour tenter d’arrondir les angles. Mais, le rapport, outre les graves problèmes de management, met l’accent sur l’autre casquette de Jean-Paul Delevoye également maire de Bapaume, ville de 15 000 habitants dans le Pas de Calais.

Or, sur ce point, les enquêteurs de Technologia signalent non sans une certaine ostentation (p 50) un « certain malaise quant à une confusion des missions et des moyens due à la détention en parallèle d’un mandat électif par le Président a également été relevé ».

Autrement dit une suspicion de conflits d’intérêts corroborée, selon les experts, par des témoignages internes. Dans un contexte où la moralisation de la vie publique est tout particulièrement au centre de la campagne des présidentielles, de telles révélations pourraient, par exemple, intéresser un Parquet National Financier très pointilleux sur ce genre d’affaire.

Quoiqu’il en soit, après un premier classement sans suite d’une première plainte, une nouvelle enquête pénale serait diligentée par le juge parisien Aline BATOZ.

« Demande stricte de non transmission du rapport »

Alors que le président du CESE s’était engagé officiellement à le rendre public en juin 2014, ce document – que la presse française a recherché avec insistance- n’est, paradoxalement, jamais sorti des coffres forts (cf ; revue de presse ci-dessous).  D’où son surnom de … « rapport fantôme » d’une valeur de 30 000 euros ! Un comble au Conseil économique où la principale activité consiste à publier des… rapports !

A en croire le cabinet d’expertise, c’est à la demande expresse de Jean-Paul Delevoye lui-même que l’audit a été enterré. Comme le révèle une note non-datée (ci-dessous)** de Technologia, le président du CESE, après présentation orale de l’audit par le directeur général du cabinet, le 12 mars 2014, lui a intimé l’ordre de ne pas communiquer le document sous quelle que forme que ce soit.

« Lors de cette réunion du 12 mars, le Président du Conseil nous a pour sa part confirmé sa demande stricte de non transmission du rapport sous un format papier ou électronique, peut-on y lire dans la note. Nous avons bien entendu respecté cette demande de notre client. Le rapport n’a donc jamais été remis au donneur d’ordre de la mission. Le Président nous ayant garanti que le non-respect sur ce point (NDLR : il s’agissait d’un marché public avec appel d’offre et obligation de résultat), de l’appel d’offre que nous avions remporté ne nous serait pas reproché ultérieurement ». Consigne de silence respectée à la lettre par ce cabinet en dépit de l’urgence de la situation et des attentes des personnels.

Evidemment, on comprend mieux, après lecture du rapport Technologia pourquoi Jean-Paul Delevoye n’avait probablement aucune envie de voir ce document mis sur la place publique comme certaines voix l’ont pourtant réclamé à l’époque.

Ce n’est sans doute pas tant pour « protéger les agents » comme il l’expliquait alors que pour se protéger lui-même. En tout cas aujourd’hui, même avec trois années de retard, LPLD s’enorgueillie en publiant ce rapport confidentiel qui permettra d’aider Jean-Paul Delevoye (que notre rédaction a tenté de joindre à plusieurs reprises sans succès), à tenir une de ses promesses de transparence contre vents et marées.

Par Cédrik Viala avec la rédaction de LPLD.fr

*www.technologia.fr

**Note exclusive Technologia

Ces « organismes » d’Etat qui ne servent à rien

DECRYPTAGE François Hollande a invité ce week-end ses ministres à faire le ménage parmi les 680 comités de réflexion qu’ils financent. Un nettoyage qui ne devrait pas rapporter grand chose.

Challenges

17.07.2012

Lors de son intervention télévisée du 14 juillet, François Hollande a pressé ses ministres de « voir tout ce qu’on peut économiser ». Le chef de l’Etat les a notamment invité à « dégager un certain nombre d’organismes qui ne servent absolument à rien ». Autrement dit, une bonne partie des 680 comités et commissions, que certains appellent depuis l’époque du général de Gaulle « comité Théodule », et qui gravitent autour des ministères. « Dans les années 1960, Théodule était un prénom drôle de la France rurale, affublé à celui qui ne sert à rien », rappelle René Dosière, le député PS auteur de L’Argent de l’Etat (Seuil, 2012).

Ces instances administratives se composent de fonctionnaires, d’universitaires, ou d’anciens élus, parfois rémunérés mais le plus souvent uniquement défrayés. Elles disposent d’un pouvoir soit « consultatif », soit « délibératif ». En 2010, 237 de ces 680 organismes ont déclaré des coûts de fonctionnement dans le cadre du projet de loi de Finances rectificatives. En les additionnant on peut avoir une première évaluation du coût pour l’Etat de leur maintien : plus de 24 millions d’euros. Mais ce chiffre n’inclut pas l’indemnisation de frais annexes, tels les déplacements ou encore la mise à disposition de fonctionnaires et de locaux.

Un rythme de 50 suppressions par an

Les coupes claires ont débuté en 2009, quand le gouvernement de l’époque a décidé la suppression de 225 groupes. Les années suivantes, l’Etat a continué de tailler dans le gras avec 51 dissolutions en 2010 et 48 l’an passé. Ces suppressions ont ainsi par exemple concerné « l’Observatoire national du comportement canin » ou encore le « Haut conseil de l’éducation », un doublon avec « le Conseil supérieur de l’éducation ».

A en croire le PLF 2012, certains de ces comités n’ont semblent-ils jamais ou rarement siégé. C’est le cas par exemple du « Comité d’orientation et d’évaluation de l’académie nationale du renseignement », créé en 2010 et qui n’a aucune réunion à son actif, ou encore la « Commission consultative des recherches archéologiques à l’étranger » qui s’est réunie une fois en un an, tout comme la « Commission nationale de la coopération décentralisée », le « Comité national pour l’érection et la conservation du mémorial de la déportation du Struthof », ou encore le « Conseil national du paysage ».

Trois commissions au-dessus du million d’euros et les AAI

Celles qui semblent n’avoir d’existence que sur le papier, dépensent évidemment peu, mais d’autres affichent des coûts de fonctionnement conséquents. Trois commissions se situent au-dessus du million d’euros : la « Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations intervenues du fait des législations antisémites en vigueur pendant l’Occupation » (2 millions d’euros), « le Conseil d’orientation des retraites » et ses 39 membres (1,2 millions d’euros), et « l’Assemblée des Français de l’étranger » (3,4 millions d’euros). Mais les économies générées par leur éventuelle suppression restent négligeables au regard des budgets des ministères concernés. Dans l’hémicycle, on estime d’ailleurs que le sujet ne mérite pas qu’on s’y attarde. « Le coût est extrêmement faible. C’est proche de zéro », fait valoir Charles de Courson, le député centriste interrogé par Challenges.

Reste qu’à l’heure de l’effort juste, cette kyrielle de comités n’est pas la seule à dénoter. L’Assemblée nationale s’était également penchée en janvier 2011 sur la quarantaine d’AAI, les Autorités administratives indépendantes qui restent « liées budgétairement à un ministère ». En octobre 2010, les députés René Dosière et Christian Vanneste préconisaient d’ailleurs la fusion du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) et de l’ARCEP ou encore celle du CSA et l’Hadopi; autant d’autorités dans la liste des AAI qui « coûtent chères », affirme René Dosière.

Certains élus s’indignent ouvertement du coût pour l’Etat de ces AAI. Déjà, en janvier 2011, un rapport parlementaire portant sur les conflits d’intérêts, et notamment sur ces autorités de contrôle, pointait les biens immobiliers mis à disposition : « 24m² par agent », selon les calculs du député UMP Lionel Tardy. L’élu de Haute-Savoie prévoit d’ailleurs de déposer un projet de loi à la rentrée sur le sujet.

Et la nouvelle « commission Jospin » ?

Certains rétorqueront qu’au moment même où François Hollande invite ses ministres à supprimer des comités qui ne servent à rien, il crée une commission sur « la moralisation de la vie politique », présidée par Lionel Jospin et à laquelle participeront des membres de l’opposition comme Roselyne Bachelot. « Mais là c’est différent, le délai de cette commission est limité et le sujet est tout à fait d’actualité », souligne René Dosière.

Voir aussi:

Ces agences d’Etat inutiles et aux missions obscures
Caroline Piquet
Le Figaro

01/05/2014

Manuel Valls a promis de réduire les coûts de fonctionnement des agences de l’État qui représentent chaque année 50 milliards d’euros. Voici l’inventaire de ces comités fantômes auxquels le gouvernement pourrait s’attaquer.

Les agences de l’Etat sont dans le collimateur du gouvernement. Afin de réduire de 18 milliards d’euros les dépenses de l’Etat d’ici 2017, le premier ministre s’est engagé à réduire le coût de fonctionnement de cette kyrielle de comités dont l’efficacité est souvent remise en question. Pour ce faire, Bercy – qui n’a toujours pas préciser sa feuille de route – pourra s’appuyer sur plusieurs rapports qui ont déjà suggéré des pistes d’économies pour réduire le train de vie de ces commissions. Mais il ne suffira pas de réduire les effectifs, baisser les salaires ou modifier leur mode de financement pour alléger les dépenses de ces comités, qui s’élèvent à 50 milliards d’euros par an. Comme le préconisait un rapport alarmant de l’inspection générale des finances en 2012, le gouvernement devra aussi faire le ménage parmi les 1244 agences de l’Etat* et s’attaquer à ces comités inutiles, fantômes, dont les missions restent parfois énigmatiques. En voici quelques exemples.

• Ces agences aux missions obscures
Un certain nombre d’agences présentent des missions aux contours très flous. L’inspection générale des Finances avait notamment pris pour exemple l’Agence de développement de la culture Kanak et l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur. Mais la liste est beaucoup plus longue. Que fait exactement le Centre technique du livre de l’enseignement supérieur (CTLES)? Et le Service Culture, éditions, ressources pour l’Éducation nationale (SCEREN)? Les missions qui incombent à l’opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture restent également très opaques.

• Ces comités fantômes
À en croire une annexe du Projet de loi de finances 2014, certains comités, placés directement sous la houlette du gouvernement, siègent rarement, pour ne pas dire jamais. C’est notamment le cas du Comité national des secteurs d’activités d’importance vitale, qui est composé de 26 membres et qui n’avait aucune réunion à son agenda en 2012. Idem pour le Comité stratégique de la sécurité des systèmes d’information dont les coûts de fonctionnement s’élèvent à 24.600 euros en 2012. «Mais ces comités sont composés de fonctionnaires et dépensent peu d’argent», nuance René Dosière, député apparenté PS et spécialiste de la gestion des dépenses publiques.

• Ces agences jugées «inutiles»
C’est ainsi que la Cour de comptes avait qualifié l’agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) dans son rapport annuel en 2009. La juridiction financière avait alors écrit qu’il s’agissait d’«une agence de financement aux ambitions limitées, privée de ses moyens» et qu’elle était «désormais inutile». En conclusion, elle recommandait sa suppression en intégrant ses activités à la DGITM (La direction générale des Infrastructures des Transports et de la Mer). Toujours en exercice, cette agence a voté son budget 2014 en février 2014. Comme les années précédentes, l’AFITF prévoit de dépenser 1,8 milliard d’euros sur l’année et affiche une dette de 108 millions d’euros.

• Ces agences à la gestion douteuse
La Sovafim est sûrement l’un des meilleurs exemples d’agences dont la gestion soulève de nombreuses questions. Chargé de vendre des terrains et des bâtiments de Réseaux ferrés de