Cannes/74e: On s’agenouille tous pour la People’s Republic of Brooklyn ! (BLMization of world cinema: Guess which Hollywood friend of notorious antisemites Farrakhan and Sharpton the Cannes film festival just happened to pick for its president poster boy ?)

9 juillet, 2021

 

Do the Right Thing' — remixed

Spike Lee Do the right Thing – Analysis of the riot scene – Au cas ou ça t'aiderais
Spike Lee Do the right Thing – Analysis of the riot scene – Au cas ou ça t'aiderais

The DGA Fails to Do the Right Thing | by Argun Ulgen | The Outtake | Medium

Martin Luther King, Jr. quote: It is always the right time to do the right ...Malcolm X quote: I don't even call it violence when it's in self... Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York TimesOpinion | The Civil Rights Act of 2020 - The New York TimesViolent protests in Los Angeles tear through Jewish neighborhood – The ForwardPuisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race.  Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
The greatest miracle Christianity has achieved in America is that the black man in white Christian hands has not grown violent. It is a miracle that 22 million black people have not risen up against their oppressors–in which they would have been justified by all moral criteria, and even by the democratic tradition! It is a miracle that a nation of black people has so fervently continued to believe in a turn-the-other-cheek and heaven-for-you-after-you-die philosophy! It is a miracle that the American Black people have remained a peaceful people, while catching all the centuries of hell that they have caught, here in white man’s heaven! The miracle is that the white man’s puppet Negro ‘leaders,’ his preachers and the educated Negroes laden with degrees, and others who have been allowed to wax fat off their black poor brothers, have been able to hold the black masses quiet until now. Malcom X (épigraphe du film Do the right thing)
Ils sont toujours à la recherche de leur golden boy blanc. Spike Lee
Je suis allé voir le ministre Farrakhan pour avoir leur bénédiction, sa bénédiction. Spike Lee
Tu as brûlé ma photo dans Do the Right Thing! Frank Sinatra
Parce que l’impatience est immense de retrouver enfin le décor cannois : le bord de mer, les palmiers et l’écran noir qui accueillera en page blanche les films de la Sélection officielle, parce que ce regard curieux qu’il va poser sur le travail de ses collègues cinéastes qui viennent apporter des nouvelles du monde, de leur monde et forcément un peu du nôtre, parce que ce regard personnel qu’il nous offre depuis son tout premier film : tourné dans la chaleur de l’été 1985 en noir et blanc – déjà –, il bousculait le cinéma – déjà – en imposant un style précurseur, pétri de culture urbaine et populaire, parce que ce regard tendre qu’il incarne en Mars Blackmon, le B-Boy de Nola Darling n’en fait qu’à sa tête, stéréotype de représentation de la communauté afro-américaine que le film dynamite, parce que ce regard malicieux qui, malgré questionnements renouvelés et révoltes incessantes depuis près de quatre décennies, ne néglige jamais le divertissement, … Spike Lee, citoyen de la « People’s Republic of Brooklyn, New York », est sur l’affiche de cette édition collector… forcément ! Who else ? Depuis la « People’s Republic of the World of Cinéma, Cannes. L’équipe du Festival de Cannes
Sal, how come you ain’t got no brothers up on the wall here? (…)  you own this, but rarely do I see any Italian Americans eating in here. All I’ve ever seen is black folks. So since we spend much money here, we do have some say. (…) Put some brothers up on this Wall of Fame. We want Malcolm X, Angela Davis, Michael Jordan tomorrow. (…) Boycott Sal’s. Boycott Sal’s. Buggin out (personnage de Do the right thing)
What did I tell ya ’bout dat noise? (…) What da fuck! Are you deaf? (…) Turn that JUNGLE MUSIC off. We ain’t in Africa. (…) It’s about turning that shit off and getting the fuck outta my pizzeria. (…) What ever happened to nice music with words you can understand? Sal (propriétaire de la pizzeria dans Do the right thing)
Mon frère a été à l’avant-garde de nos batailles encore et toujours. Depuis très longtemps jusqu’à cette révolution actuelle dans laquelle se trouve le monde, Rev. [Al Sharpton] a parlé de Black Lives Matter dès le début, également à une époque où ce n’était pas la chose la plus populaire ou la plus branchée. Spike Lee
Tout d’un coup une maladie surgit de nulle part et pour laquelle personne n’a de remède, et elle cible spécifiquement les gays et les minorités (les latinos et les noirs). La maladie mystérieuse, ouais, à peu près aussi mystérieuse que le génocide. […] Je suis convaincu que le sida est une maladie conçue par le gouvernement. Spike Lee (Rolling Stone, 1992)
Je voulais sérieusement prendre une arme et tirer sur des blancs. La seule façon de résoudre les problèmes est un bain de sang. Spike Lee (après un voyage en Afrique du sud)
Abattez-le avec un calibre .44 Bulldog. Spike Lee (au sujet de Charlton Heston, alors acteur et président de la NRA)
Je ne vois jamais d’hommes noirs avec de belles femmes blanches. Ils sont laids, moches, des chiens. Et vous voyez toujours des hommes blancs avec de belles femmes noires. Chaque fois que vous voyez un couple interracial, les gens les regardent fixement. (…) Je n’ai pas besoin d’ennuis. Comme je n’y vais pas, je n’aime pas cette merde. Je ne trouve pas les femmes blanches attirantes, c’est tout. Et il y a beaucoup trop de belles femmes noires. (…) Les noirs ne peuvent pas être racistes. Spike Lee (1991)
I give interracial couples a look. Daggers. They get uncomfortable when they see me on the street. Hand in hand and arm in arm. I just hope they’re on in it for the sex mythology. Spike Lee
It’s not too far-fetched. I don’t put anything past the United States government. I don’t find it too far-fetched that they tried to displace all the black people out of New Orleans. Spike Lee
My first experience [with doing nude scenes] was Do the Right Thing. And I had a big problem with it, mainly because I was afraid of what my family would think — that’s what was really bothering me. It wasn’t really about taking off my clothes. But I also didn’t feel good about it because the atmosphere wasn’t correct. And when Spike Lee puts ice cubes on my nipples, the reason you don’t see my head is because I’m crying. I was like, I don’t want to do this. Rosie Perez
[Spike Lee] n’a pas été suivi, je n’ai vu personne d’autre monter au créneau, et ce sont plutôt des libéraux blancs qui reprochent au film de n’être pas très correct. J’utilise le mot nigga parce que je n’ai qu’une idée en tête: être au plus près de la vérité des personnages d’Elmore Leonard, c’est ainsi qu’ils s’expriment : “Comment ça va, nigga ?” J’ai grandi dans un environnement où on parlait comme ça. Je ne vois pas pourquoi je n’écrirais pas les choses telles qu’elles sont. Je devrais prendre des pincettes pour écrire un personnage noir ? Je suis bien placé pour écrire des personnages de jeune femme ou de vieux gangster mais pas des personnages noirs ? C’est délirant. Quentin Tarantino (1998)
Je ne pense pas que le mot est insultant placé dans le contexte du film. Les artistes noirs pensent qu’ils sont les seuls autorisés à utiliser ce mot. Jackie Brown est un superbe film rendant hommage aux films de la Blaxploitation. C’est un bon film, chose que Spike n’a pas fait depuis quelques années. (…) Y avait-il un autre mot pour appeler les personnes noires dans le langage courant à cette époque ? Si vous devez faire un film d’époque, alors vous devez utiliser le langage qui était présent. Et c’était ce langage qui était présent à cette époque. J’ai grandi dans le Sud, j’ai entendu Nigger toute ma vie. Je ne suis pas perturbé par ça. Samuel L. Jackson
Je ne peux pas en parler, parce que je n’irai pas le voir. Je ne veux pas le voir. […] Je pense que ça serait manquer de respect à mes ancêtres. C’est tout ce que j’ai à dire. Je ne peux pas manquer de respect à mes ancêtres.  L’esclavage américain n’était pas un western spaghetti de Sergio Leone. C’était un holocauste. Mes ancêtres étaient esclaves. Je leur ferai honneur. Spike Lee
 Clint Eastwood a fait deux films sur Iwo Jima qui dépassaient les quatre heures au total et pas un acteur noir n’est vu à l’écran. (…) Dans sa version d’Iwo Jima, les soldats noirs n’existaient pas. Si vous, les journalistes, en aviez, vous lui demanderiez pourquoi. Il n’y a aucun moyen que je sache pourquoi il a fait ça… Mais je sais que ça lui a été signalé et qu’il aurait pu le changer. Ce n’est pas comme s’il ne savait pas. Spike Lee
Est-ce qu’il déjà étudié l’histoire ? (…) Il s’est plaint quand j’ai fait Bird [le biopic de 1988 de Charlie Parker]. Pourquoi un Blanc ferait-il ça ? J’étais le seul gars qui l’a fait, c’est pour ça. Il aurait pu aller de l’avant et y arriver. Au lieu de cela, il faisait autre chose. Quant à Flags of Our Fathers, oui, il y avait un petit détachement de troupes noires sur Iwo Jima dans le cadre d’une compagnie de munitions, mais ils n’ont pas hissé le drapeau. L’histoire est Flags of Nos pères, la célèbre photo de lever de drapeau, et ils n’ont pas fait ça. Si je mettais un acteur afro-américain là-dedans, les gens diraient : « Ce type a perdu la tête. » Je veux dire, ce n’est pas exact. (…) Qu’est-ce que tu vas faire, tu vas raconter une putain d’histoire à ce sujet ? Faire ressembler ça à une publicité pour un joueur de l’égalité des chances ? Je ne suis pas dans ce jeu. Je « Je le joue comme je l’ai lu historiquement, et c’est comme ça. Quand je fais une image et qu’elle est à 90% noire, comme Bird, j’utilise 90% de noirs. (…) Je ne vais pas faire de Nelson Mandela un Blanc. Clint Eastwood
EVERYBODY REPOST THIS George W. Zimmerman 159 Edgewater Circle Sanford, Florida 32773 — MARCUS D.HIGGINS (@MACCAPONE) ⁠Spike Lee (March 23, 2012)
Pas ma tasse de thé. Un tel point de vue sur les Noirs n’est vraiment pas tolérable. Spike Lee (au sujet de Green book)
I grew up here in Fort Greene. I grew up here in New York. It’s changed. And why does it take an influx of white New Yorkers in the south Bronx, in Harlem, in Bed Stuy, in Crown Heights for the facilities to get better? The garbage wasn’t picked up every motherfuckin’ day when I was living in 165 Washington Park. P.S 20 was not good. P.S 11. Rothschild 294. The police weren’t around. When you see white mothers pushing their babies in strollers, three o’clock in the morning on 125th Street, that must tell you something. (…) Then comes the motherfuckin’ Christopher Columbus Syndrome. You can’t discover this! We been here. You just can’t come and bogart. There were brothers playing motherfuckin’ African drums in Mount Morris Park for 40 years and now they can’t do it anymore because the new inhabitants said the drums are loud. My father’s a great jazz musician. He bought a house in nineteen-motherfuckin’-sixty-eight, and the motherfuckin’ people moved in last year and called the cops on my father. He’s not — he doesn’t even play electric bass! It’s acoustic! We bought the motherfuckin’ house in nineteen-sixty-motherfuckin’-eight and now you call the cops? In 2013? Get the fuck outta here! Nah. You can’t do that. You can’t just come in the neighborhood and start bogarting and say, like you’re motherfuckin’ Columbus and kill off the Native Americans. Or what they do in Brazil, what they did to the indigenous people. You have to come with respect. There’s a code. There’s people. You can’t just – here’s another thing: When Michael Jackson died they wanted to have a party for him in motherfuckin’ Fort Greene Park and all of a sudden the white people in Fort Greene said, « Wait a minute! We can’t have black people having a party for Michael Jackson to celebrate his life. Who’s coming to the neighborhood? They’re gonna leave lots of garbage. » Garbage? Have you seen Fort Greene Park in the morning? It’s like the motherfuckin’ Westminster Dog Show. There’s 20,000 dogs running around. Whoa. So we had to move it to Prospect Park! I mean, they just move in the neighborhood. You just can’t come in the neighborhood. I’m for democracy and letting everybody live but you gotta have some respect. You can’t just come in when people have a culture that’s been laid down for generations and you come in and now shit gotta change because you’re here? Get the fuck outta here. Can’t do that! (…) And then! So you’re talking about the people’s property change? But what about the people who are renting? They can’t afford it anymore! You can’t afford it. People want live in Fort Greene. People wanna live in Clinton Hill. The Lower East Side, they move to Williamsburg, they can’t even afford fuckin’, motherfuckin’ Williamsburg now because of motherfuckin’ hipsters. What do they call Bushwick now? What’s the word? (…) That’s another thing: Motherfuckin’… These real estate motherfuckers are changing names! Stuyvestant Heights? 110th to 125th, there’s another name for Harlem. What is it? What? What is it? No, no, not Morningside Heights. There’s a new one. (…) What the fuck is that? How you changin’ names? And we had the crystal ball, motherfuckin’ Do the Right Thing with John Savage’s character, when he rolled his bike over Buggin’ Out’s sneaker. I wrote that script in 1988. He was the first one. How you walking around Brooklyn with a Larry Bird jersey on? You can’t do that. Not in Bed Stuy. So, look, you might say, « Well, there’s more police protection. The public schools are better. » Why are the public schools better? First of all, everybody can’t afford — even if you have money it’s still hard to get your kids into private school. Everybody wants to go to Saint Ann’s — you can’t get into Saint Ann’s. You can’t get into Friends. What’s the other one? In Brooklyn Heights. Packer. If you can’t get your child into there … It’s crazy. There’s a business now where people — you pay — people don’t even have kids yet and they’re taking this course about how to get your kid into private school. I’m not lying! So if you can’t get your kid into private school and you’re white here, and you can’t afford it, what’s the next best thing? All right, now we’re gonna go to public schools. So, why did it take this great influx of white people to get the schools better? Why’s there more police protection in Bed Stuy and Harlem now? Why’s the garbage getting picked up more regularly? We been here! (…) My one sole point though is wealth creation in the African-American community, something that we’ve traditionally been locked out – you bought a house in the ghetto and in three generations the house was worth nothing in the ghetto. So, for those homeowners that did stick in in Bed Stuy – my parents moved in it was an all Jewish neighbourhood there, so I’ve seen it through everything – so for those people that did stick in, now we have an opportunity for wealth creation that we’ve been locked out of. So now while it may not help the renters, and everything you said was absolutely true, what about that one aspect of wealth creation for people that have paid those taxes, that have fought to keep the crime down on their blocks, and all the other things they did to maintain… because the white folks are not moving back because it’s the ghetto, they’re moving back because they are beautiful blocks full of beautiful brownstones that have been well maintained by people of colour.] (…) The people you talked about are not a great number. Number one, a lot of these people have not kept their taxes so they can’t afford to keep the house. Number two, when these real estate guys come around and open a suitcase with a bunch of money they’re gonna sell it. I mean these people you’re talking about are elderly. And they get the money, their money goes a lot further down south. Black people by droves in New York City, it’s called reverse migration. They’re moving to Atlanta, they’re moving to North Carolina. They got a house, they got a lawn, they got a backyard, they have less taxes… New York City’s a hard place and so if you’ve worked all your life and you’re retired, they’re selling their houses and I don’t blame them. I can’t say to them, ‘you can’t sell your house’. They’re like, ‘Fuck you, Spike’. You have to do some research, and look at the numbers. The black American population of New York City is going down. There’s reverse migration. (…) what we need, we need affordable housing for everybody. People can’t afford, I mean, here’s the thing… the further away from Manhattan. Brooklyn Heights is the most expensive neighbourhood. Then you got Park Slopes, Fort Greene, Cobble Hill, Clinton Hill and then, you know, it works like this… the rents get cheaper the further away you go from Brooklyn. And the reality is, after the sand on Coney Island, it’s the motherfucking Atlantic ocean. So, where you gonna go? Where you gonna go? Puerto Ricans say the same thing. A lot of people said ‘well, we’re gonna move to Bucks County. Or move back to Puerto Rico’. People can’t afford to live here anymore. And if people can’t afford to live then it’s going to be the [words unclear] like you. There used to be a time you could… when $2 and $1, you could get by. You can’t do it anymore. So, if New York City is not affordable then the great art that we have is not going to be here, because people can’t afford it. So, I know what you’re saying, but I don’t see a lot of good coming from gentrification for the people living in those neighbourhoods. We got a new neighbourhood in the South Bronx now, what do we call it? What? SoBro. It’s a scam! It’s shenanigans, trickery, people being bamboozled, leather string, run a-muck. What they call Bushwick now? Spike Lee
Ce monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’ [Trump], le gars au Brésil [Bolsanoro] et Poutine sont des gangsters. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. (…) Quand on voit le frère Eric Gardner, le roi George Floyd, tué, lynché, je pense à Radio Raheem [personnage noir de Do the right thing tué par la police]. On pourrait croire et espérer que plus de 30 putains d’années après, les noirs ne soient plus chassées comme des animaux. Alors je suis content d’être ici. ⁠Spike Lee (président du festival de Cannes)
[Spike Lee qui appelle au boycott des Oscars et à des quotas] « Non, je trouve ça, c’est dans l’autre sens raciste, raciste pour les blancs. (…) On peut jamais savoir si c’est vraiment le cas, mais peut-être les acteurs noirs méritaient pas d’être dans la dernière ligne droite (…) Pourquoi classer les gens? On vit dans des pays où maintenant, quand même, on est plus ou moins accepté. Mais il y aura toujours des problématiques un petit peu: lui, il est moins beau, lui, il est est trop noir, lui, il est trop blanc… Il y aura toujours, toujours, quelqu’un qu’on va dire: ‘Oh, vous êtes trop’… Alors, on va classer tout ça pour faire des milliers de petites minorités partout? ». Charlotte Rampling (23.01.2016)
Je regrette que mes propos aient été mal interprétés cette semaine dna sl’interview avec Europe 1. Je voulais simplement dire que dans un monde idéal, on donnerait les mêmes chances de considération à toutes les prestations. Charlotte Rampling
La diversité est, dans notre industrie, un enjeu important auquel il faut trouver des réponses. Charlotte Rampling
There are particular individuals who are especially outraged by the lack of African-American Oscar nominees this year, such as director Spike Lee, who promises to boycott the supposedly racist ceremony. Actor Will Smith will too, insisting that his own failure to be nominated did not contribute to his pique — although his pique is symbolic of the crisis in the black community, while apparently black-on-black crime, illegitimacy, and gun violence are not so much. Yet by Spike Lee’s own standards and his own past, he should find nothing wrong with racial bias. Lee should boycott his own films for his long record of racist and reprehensible public statements designed to inflame and divide. It was the demagogic Lee, after all, who disclosed — inaccurately, as it turned out — the home address of the Zimmerman family in a sick effort to stir up violence during the Trayvon Martin debacle. And it was Lee who offered a number of incoherent but clearly racist comments about the supposed gentrification of his neighborhood (“You can’t just come in the neighborhood and start bogarting and say, like, you’re [expletive] Columbus and kill off the Native Americans”). Lee’s solution to apartheid in South Africa was direct and murderous. After visiting the country in the Nineties, he said: “I seriously wanted to pick up a gun and shoot whites. The only way to resolve matters is by bloodshed.” He has ridiculed interracial marriages in the tradition of Bull Connor’s old South. Announced Oscar host Chris Rock was said at one time also to be considering boycotting the awards. But why should Rock mind racialization? He too has a history of sloppy racist outbursts that contradict his comic persona. He claimed that police never shoot “white kids” — although the number of unarmed suspects shot annually by police roughly reflects the racial percentages of those who are arrested or detained by police. On the Fourth of July, Rock announced: “Happy white people’s independence day.” The logical corollary is to suggest that commemoration of Martin Luther King’s birthday should be confined to the black community. Speaking of the field of Oscar nominees this year, Rock, in an accidentally self-revealing comment, described the ceremony as “The White BET Awards. Victor Davis Hanson
Le nouveau film de Spike Lee, Chiraq, suscite la polémique à Chicago, où le tournage vient de débuter. En cause: le titre. Cette expression, contraction de «Chicago» et d’«Iraq», a été inventée par des rappeurs locaux en référence à une zone du sud de la ville où la violence par armes à feu prolifère. Plusieurs hommes politiques ont déjà dénoncé ce titre qui risque, selon eux, d’offrir une vision négative de la ville des vents. Le maire de Chicago Rahm Emanuel (Parti démocrate) a contesté le mois dernier le titre, indiquant que la ville devrait avoir son mot à dire après la réduction fiscale de 3 millions de dollars accordée au long métrage. Les Chicagoans, confrontés chaque jour à la violence, voient eux aussi d’un mauvais œil le tournage, rapporte le New York Times. Janelle Rush, une étudiante de 24 ans citée par le quotidien américain, n’apprécie pas le titre, mais pense «qu’il serait judicieux de montrer les quartiers de la ville que les médias ne montrent pas». Elle espère cependant «que [ce film] pourra renverser la tendance et présenter [Chicago] sous un aspect positif. Pour révéler qu’il y a autre chose que la violence par armes à feu». Le Figaro
Le monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’ [Trump], son gars au Brésil [Bolsanoro] et Poutine sont des gangsters. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. (…) Quand vous voyez le frère Eric Gardner, quand vous voyez le roi George Floyd, assassiné, lynché, je pense à Radio Raheem. On pourrait penser et espérer qu’une trentaine d’années plus tard, les Noirs cesseraient d’être pourchassés comme des animaux. Alors je suis content d’être ici. Spike Lee
This year’s poster features jury president Spike Lee looking out ironically through his large black glasses, framed by two palm trees. It’s not only the first time a black filmmaker presides over the jury, it’s also the first time a jury head appears on the official festival poster. Jury member Mati Diop also made history in 2019 when she became the first woman of color to have a film in competition at the festival with her feature Atlantics. This year’s jury, which awards the the festival’s highest honor the Palm D’or, also includes more women than men. At the opening day press conference, Diop and her fellow jurors emphasized the importance of greater equity and inclusion in legacy institutions like Cannes. When asked about her fellow jurors, American actor Maggie Gyllenhaal said, « I’m so curious to see what happens with this new formulation. » Cannes President Lescure says Spike Lee’s presence over the festivities in such a moment — amidst a pandemic and worldwide calls for racial justice — is particularly meaningful. « Because of his filmography, because of his talent because of his political and social actions, because of who he is, » says Lescure. « It seemed to us he was the right man, in the right place, at the right moment. » NPR
Imaginez un cinéaste blanc qui admirerait un leader raciste du Ku Klux Klan, critiquerait ses confrères pour avoir embauché trop d’acteurs de couleur et traiterait les noirs de « négros ». Imaginez le scandale, la presse en furie, les condamnations unanimes. Imaginez un peu. Mais voilà, Spike Lee a le bon goût d’être de gauche, afro-américain et militant « antiraciste ». A peine avait-il posé ses bagages sur la Croisette que le président du jury du 74e Festival de Cannes n’a pu s’empêcher de prêcher sa propagande progressiste face aux caméras. « Le monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’, son gars au Brésil et Poutine sont des gangsters, a-t-il ainsi déclaré en conférence de presse, au premier jour de l’événement, ce mardi 6 juillet. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. » Evidemment, le couplet sur les violences policières n’a pas manqué. « Quand vous voyez le roi George Floyd, tué, lynché, vous pourriez croire et espérer que plus de 30 putains d’années après, les personnes noires ne soient plus chassées comme des animaux », a poursuivi le premier réalisateur noir à présider le jury cannois, comme si le délinquant multirécidiviste, drogué et violent, étouffé au cours de son arrestation, était un modèle de vertu pour l’humanité. « Spike Lee a placé d’emblée le Festival sous le signe de la lutte, dénonçant les discriminations raciales et de genre », résume l’AFP, reprise par les médias français énamourés. Libération encense aussi sa « stature de guérillero ». C’est un « infatigable militant », renchérit Le Monde. Un militant haineux, serait-on tenté de préciser. Car le talentueux cinéaste de 64 ans a beau porter des lunettes (et un costume) roses sur le tapis rouge, il voit toujours le monde en noir et blanc. Jugez plutôt : dans son film Get on the Bus (1996), où le méchant de l’histoire est un chauffeur juif, Spike Lee célèbre la Million Man March, une manifestation afro-américaine organisée un an auparavant à Washington par Louis Farrakhan, le leader raciste, antisémite, négationniste, homophobe et complotiste de la Nation de l’islam (NOI), une organisation suprémaciste, noire et musulmane. Prêcheur de haine influent, Farrakhan a traité les blancs de « diables aux yeux bleus », Hitler de « très grand homme » et les juifs de « sangsues », accusés d’avoir fomenté le trafic d’esclaves et de diriger le gouvernement, l’économie, Hollywood et les médias. En 2014, celui qui considère le judaïsme comme un « mensonge trompeur » fustige encore ces « juifs sataniques qui contrôlent tout ». Un joli palmarès qui n’a pas refréné Spike Lee de l’étreindre tout sourire à l’avant-première de son film Chi-Raq, à Chicago, l’année suivante. « Je suis allé voir le ministre Farrakhan pour avoir leur bénédiction, sa bénédiction », déclarait aussi dans une interview au Los Angeles Times, en 1992, le réalisateur, au sujet de la Nation de l’islam et de son film Malcolm X (1992), biopic à la gloire du célèbre prédicateur antisémite (les juifs sont des « youpins », « les juifs dirigent le pays ») et raciste virulent (« l’homme blanc est le diable »), délinquant repenti et converti à l’islam en prison, ex-porte-parole de la NOI et mentor de… Louis Farrakhan. Le cinéaste a même fait appel aux miliciens de l’organisation haineuse, adeptes de la violence et de l’intimidation, pour sécuriser les plateaux de ses films, parmi lesquels Do The Right Thing (1989), Jungle Fever (1991) et Malcolm X (1992). « Ils sont plus efficaces que la police », a-t-il expliqué. « La police et les noirs ne se sont jamais entendus, et la communauté a simplement un grand respect pour la Nation de l’islam. » Dans son brûlot Do The Right Thing apparaît aussi sur un mur de briques la phrase « Tawana a dit la vérité », référence directe et engagée à Tawana Brawley, une adolescente noire de 15 ans qui dit avoir été enlevée, violée et sodomisée par six hommes blancs, deux ans plus tôt. La jeune fille, retrouvée dans un sac poubelle, ses vêtements brûlés et déchirés, le corps recouvert d’excréments et d’insultes (« KKK », « négresse », « salope »), est défendue par le pasteur noir Al Sharpton, qui monte des manifestations, dénonce un crime raciste et calomnie sans preuves les suspects, y compris policiers. Sauf que tout est faux. L’agression a été inventée. Un an plus tard, à l’issue d’une enquête accablante, un grand jury conclut au canular. (…) A propos de son « ami » Al Sharpton, le réalisateur n’a d’ailleurs pas de mots assez forts pour vanter son action radicale. « Mon frère a été à l’avant-garde de nos batailles encore et toujours. Depuis très longtemps jusqu’à cette révolution actuelle dans laquelle se trouve le monde, Rev. a parlé de Black Lives Matter dès le début, également à une époque où ce n’était pas la chose la plus populaire ou la plus branchée, louange-t-il, en 2020. J’ai hâte, debout à ses côtés, de voir, d’être témoin de cette nouvelle énergie, de ce jour nouveau sur le point d’advenir dans ces États-Unis d’Amérique. »  Pape « antiraciste » adoubé par l’ancien président Barack Obama et désormais par Joe Biden dont il est aussi un conseiller officieux, le Parti démocrate et la gauche institutionnelle, Al Sharpton est pourtant un prêcheur haineux, racialiste et antisémite, qui fut à l’origine d’un des plus graves incidents antisémites dans toute l’histoire des Etats-Unis. En 1991, après qu’un conducteur hassidique d’une ambulance tue par accident un garçon noir de 7 ans, le pompier pyromane encourage de violentes émeutes dans le quartier des Crown Heights, à Brooklyn. Les juifs sont des « marchands de diamants » avec « du sang de bébés innocents sur les mains », tempête-t-il. « Mort aux juifs ! », scandent aussi des factieux noirs, qui brûlent un drapeau israélien. Un étudiant rabbinique est même tué par une bande qui le poignarde et lui fracture le crâne. « Si les Juifs veulent le faire, dites-leur d’épingler leurs kippa et de venir chez moi », provoque Al Sharpton. Bilan : 152 policiers et 43 civils blessés. Menaces, chantage, extorsion… L’escroc multiplie depuis les fausses accusations de racisme. Lui aussi était à Washington en 1995 à la marche de son « ami » Farrakhan, exaltée par Spike Lee, dont les films Mo’s Better Blues (1990) et Bamboozled (2000) figurent des juifs racistes et manipulateurs. A l’époque, le réalisateur relaie également une théorie conspirationniste délirante, populaire au sein de la communauté noire et propagée par ses pires militants extrémistes, selon laquelle le gouvernement américain a créé le virus du sida. (…) Plus violent encore, il lâche au Guardian après avoir visité l’Afrique du Sud sous l’Apartheid : « Je voulais sérieusement prendre une arme et tirer sur des blancs. La seule façon de résoudre les problèmes est un bain de sang. » Des années plus tard, il appellera même au meurtre de Charlton Heston, alors patron de la NRA, exhortant quelqu’un à « tirer avec un calibre .44 Bulldog » sur l’acteur oscarisé, un mois après la tuerie sanglante de Columbine, en mai 1999. (…) Fidèle à la pensée racialiste, exprimée par des intellectuels noirs radicaux depuis les années 60, Spike Lee sombre carrément dans le séparatisme en avouant son mépris pour les couples mixtes. (…) Lui-même a juré de ne jamais entretenir de relation avec des femmes blanches (…) Dans le même entretien à Playboy, il ajoutait : « Les noirs ne peuvent pas être racistes. » Ironie de l’histoire, son père, le musicien de jazz Bill Lee, a épousé une femme blanche et juive… Ajoutons à son CV gratiné que le réalisateur de BlacKkKlansman (2018) a pris la défense de criminels noirs, diffusé une fausse adresse de George Zimmerman, accusé (puis acquitté) du meurtre de Trayvon Martin en 2012 – alors que le New Black Panther Party, une organisation noire extrémiste, offrait une rançon pour sa capture « mort ou vif » – obligeant un couple âgé à fuir son domicile pour se réfugier à l’hôtel, mais aussi dénigré des noirs conservateurs « qui pensent comme des blancs » ou comparé « l’enculé » et « suprémaciste blanc » Donald Trump et ses électeurs républicains à Adolf Hitler et aux nazis. C’est donc en toute logique que le militant d’extrême gauche et pro-Obama apportait son soutien au candidat démocrate et « socialiste » auto-proclamé Bernie Sanders à la présidentielle de 2016. Depuis lors, Spike Lee le multimillionnaire continue à condamner le « racisme systémique » des Etats-Unis depuis son luxueux manoir new-yorkais du quartier huppé et très blanc de l’Upper East Side, à Manhattan. Amaury Brelet

Vous avez dit Blacklivesmatterisation ?

En ces temps étranges …

Où après des mois d’émeutes et de pillage au nom de l’antiracisme

Salués, entre deux génuflexions, par le bénéficiaire du hold up électoral de novembre dernier …

Un homme qui avait le malheur d’être à la fois blanc et policier se prend, suite à une interpellation qui tourne mal, 22 ans et demi de prison pour expurger le tout …

Pendant qu’enhardis par le pro-palestinisme et le pro-iranisme renouvelés de la nouvelle administration américaine, reprennent dans nos rues les bons vieux pogroms du passé …

Et où, entre deux altercations intercommunautaires, déboulonnages ou stages de rééducation idéologique, nos génuflexeurs du football se défoulent sur les Asiatiques …

Quelle meilleure illustration de la Blacklivesmatterisation du monde que nous vivons …

Que cet ô combien courageux choix des organisateurs du 74e Festival de Cannes

Comme à la fois premier président noir du jury et première tête d’affiche …

Du « citoyen de la People’s Republic of Brooklyn, New York » …

Et accessoirement…

Entre deux films appelant à l’émeute et au pillage …

Pour imposer par la violence au monde blanc, via un pauvre restaurateur italo-américain comme dans son plus célèbre film Do the right thing, à la fois les décibels de sa musique

Et, sur le mur de photos de héros italo-américains de celui-ci (comme DiMaggio, Marciano, Como, Sinatra, Pavarotti, Minnelli, Cuomo, Pacino ou Stallone), les photos de ses propres héros improbablement réunis comme MLK et Malcom X …

Meilleur ami des notoires antisémites Louis Farrakhan et Al Sharpton ?

Spike Lee, président du jury du Festival de Cannes et militant haineux racialiste
Le réalisateur afro-américain de « Malcolm X », adulé par la presse pour sa propagande « antiraciste » professée sur la Croisette, traîne pourtant derrière lui un passif sulfureux.
Amaury Brelet
7 juillet 2021

Imaginez un cinéaste blanc qui admirerait un leader raciste du Ku Klux Klan, critiquerait ses confrères pour avoir embauché trop d’acteurs de couleur et traiterait les noirs de « négros ». Imaginez le scandale, la presse en furie, les condamnations unanimes. Imaginez un peu. Mais voilà, Spike Lee a le bon goût d’être de gauche, afro-américain et militant « antiraciste ». A peine avait-il posé ses bagages sur la Croisette que le président du jury du 74e Festival de Cannes n’a pu s’empêcher de prêcher sa propagande progressiste face aux caméras. « Le monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’, son gars au Brésil et Poutine sont des gangsters, a-t-il ainsi déclaré en conférence de presse, au premier jour de l’événement, ce mardi 6 juillet. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. »

Evidemment, le couplet sur les violences policières n’a pas manqué. « Quand vous voyez le roi George Floyd, tué, lynché, vous pourriez croire et espérer que plus de 30 putains d’années après, les personnes noires ne soient plus chassées comme des animaux », a poursuivi le premier réalisateur noir à présider le jury cannois, comme si le délinquant multirécidiviste, drogué et violent, étouffé au cours de son arrestation, était un modèle de vertu pour l’humanité. « Spike Lee a placé d’emblée le Festival sous le signe de la lutte, dénonçant les discriminations raciales et de genre », résume l’AFP, reprise par les médias français énamourés. Libération encense aussi sa « stature de guérillero ». C’est un « infatigable militant », renchérit Le Monde. Un militant haineux, serait-on tenté de préciser. Car le talentueux cinéaste de 64 ans a beau porter des lunettes (et un costume) roses sur le tapis rouge, il voit toujours le monde en noir et blanc.

Un admirateur du « Hitler noir » Farrakhan

Jugez plutôt : dans son film Get on the Bus (1996), où le méchant de l’histoire est un chauffeur juif, Spike Lee célèbre la Million Man March, une manifestation afro-américaine organisée un an auparavant à Washington par Louis Farrakhan, le leader raciste, antisémite, négationniste, homophobe et complotiste de la Nation de l’islam (NOI), une organisation suprémaciste, noire et musulmane. Prêcheur de haine influent, Farrakhan a traité les blancs de « diables aux yeux bleus », Hitler de « très grand homme » et les juifs de « sangsues », accusés d’avoir fomenté le trafic d’esclaves et de diriger le gouvernement, l’économie, Hollywood et les médias. En 2014, celui qui considère le judaïsme comme un « mensonge trompeur » fustige encore ces « juifs sataniques qui contrôlent tout ». Un joli palmarès qui n’a pas refréné Spike Lee de l’étreindre tout sourire à l’avant-première de son film Chi-Raq, à Chicago, l’année suivante.

« Je suis allé voir le ministre Farrakhan pour avoir leur bénédiction, sa bénédiction », déclarait aussi dans une interview au Los Angeles Times, en 1992, le réalisateur, au sujet de la Nation de l’islam et de son film Malcolm X (1992), biopic à la gloire du célèbre prédicateur antisémite (les juifs sont des « youpins », « les juifs dirigent le pays ») et raciste virulent (« l’homme blanc est le diable »), délinquant repenti et converti à l’islam en prison, ex-porte-parole de la NOI et mentor de… Louis Farrakhan. Le cinéaste a même fait appel aux miliciens de l’organisation haineuse, adeptes de la violence et de l’intimidation, pour sécuriser les plateaux de ses films, parmi lesquels Do The Right Thing (1989), Jungle Fever (1991) et Malcolm X (1992). « Ils sont plus efficaces que la police », a-t-il expliqué. « La police et les noirs ne se sont jamais entendus, et la communauté a simplement un grand respect pour la Nation de l’islam. »

Spike Lee, Al Sharpton et les juifs

Dans son brûlot Do The Right Thing apparaît aussi sur un mur de briques la phrase « Tawana a dit la vérité », référence directe et engagée à Tawana Brawley, une adolescente noire de 15 ans qui dit avoir été enlevée, violée et sodomisée par six hommes blancs, deux ans plus tôt. La jeune fille, retrouvée dans un sac poubelle, ses vêtements brûlés et déchirés, le corps recouvert d’excréments et d’insultes (« KKK », « négresse », « salope »), est défendue par le pasteur noir Al Sharpton, qui monte des manifestations, dénonce un crime raciste et calomnie sans preuves les suspects, y compris policiers. Sauf que tout est faux. L’agression a été inventée. Un an plus tard, à l’issue d’une enquête accablante, un grand jury conclut au canular. Quand le film Sex, Lies and Videotape de Steven Soderbergh bat le sien pour la Palme d’Or en 1989, Spike Lee se victimise et blâme… le racisme : « Ils sont toujours à la recherche de leur golden boy blanc. »

A propos de son « ami » Al Sharpton, le réalisateur n’a d’ailleurs pas de mots assez forts pour vanter son action radicale. « Mon frère a été à l’avant-garde de nos batailles encore et toujours. Depuis très longtemps jusqu’à cette révolution actuelle dans laquelle se trouve le monde, Rev. a parlé de Black Lives Matter dès le début, également à une époque où ce n’était pas la chose la plus populaire ou la plus branchée, louange-t-il, en 2020. J’ai hâte, debout à ses côtés, de voir, d’être témoin de cette nouvelle énergie, de ce jour nouveau sur le point d’advenir dans ces États-Unis d’Amérique. » Pape « antiraciste » adoubé par l’ancien président Barack Obama et désormais par Joe Biden dont il est aussi un conseiller officieux, le Parti démocrate et la gauche institutionnelle, Al Sharpton est pourtant un prêcheur haineux, racialiste et antisémite, qui fut à l’origine d’un des plus graves incidents antisémites dans toute l’histoire des Etats-Unis.

En 1991, après qu’un conducteur hassidique d’une ambulance tue par accident un garçon noir de 7 ans, le pompier pyromane encourage de violentes émeutes dans le quartier des Crown Heights, à Brooklyn. Les juifs sont des « marchands de diamants » avec « du sang de bébés innocents sur les mains », tempête-t-il. « Mort aux juifs ! », scandent aussi des factieux noirs, qui brûlent un drapeau israélien. Un étudiant rabbinique est même tué par une bande qui le poignarde et lui fracture le crâne. « Si les Juifs veulent le faire, dites-leur d’épingler leurs kippa et de venir chez moi », provoque Al Sharpton. Bilan : 152 policiers et 43 civils blessés. Menaces, chantage, extorsion… L’escroc multiplie depuis les fausses accusations de racisme. Lui aussi était à Washington en 1995 à la marche de son « ami » Farrakhan, exaltée par Spike Lee, dont les films Mo’s Better Blues (1990) et Bamboozled (2000) figurent des juifs racistes et manipulateurs.

« Les nègres d’Hollywood »

A l’époque, le réalisateur relaie également une théorie conspirationniste délirante, populaire au sein de la communauté noire et propagée par ses pires militants extrémistes, selon laquelle le gouvernement américain a créé le virus du sida. « Tout d’un coup une maladie surgit de nulle part et pour laquelle personne n’a de remède, et elle cible spécifiquement les gays et les minorités (les latinos et les noirs). La maladie mystérieuse, ouais, à peu près aussi mystérieuse que le génocide. […] Je suis convaincu que le sida est une maladie conçue par le gouvernement », assure-t-il ainsi dans une interview au magazine Rolling Stone, en 1992. Plus violent encore, il lâche au Guardian après avoir visité l’Afrique du Sud sous l’Apartheid : « Je voulais sérieusement prendre une arme et tirer sur des blancs. La seule façon de résoudre les problèmes est un bain de sang. » Des années plus tard, il appellera même au meurtre de Charlton Heston, alors patron de la NRA, exhortant quelqu’un à « tirer avec un calibre .44 Bulldog » sur l’acteur oscarisé, un mois après la tuerie sanglante de Columbine, en mai 1999.

En donneur de leçons obnubilé, le militant « antiraciste » n’hésite pas non plus à dénoncer publiquement ses confrères de cinéma, comme l’actrice noire Whoopi Goldberg qui ose porter des lentilles de contact bleues (!), « les nègres d’Hollywood » traîtres à la cause comme Eddie Murphy et Cuba Gooding Jr., ou les réalisateurs Woody Allen et Clint Eastwood et leurs films un peu trop blancs (« Ce type devrait la fermer », a répondu l’interprète de l’inspecteur Harry). En 1991, déjà, il confiait avoir en horreur Le Lys des champs, un classique des années 60 illustrant la relation entre un homme à tout faire noir nommé Homer Smith, incarné par le comédien Sidney Poitier, et un couvent de religieuses blanches allemandes. « J’ai détesté ce film », expliquait-il. « J’avais envie de lancer une pierre dans l’écran de télé. […] Mais nous devons beaucoup à Sidney Poitier, car pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui, il a fallu faire ces films. Et Sidney devait faire ce qu’il avait à faire. Il était le nègre parfait » (sic).

Aux frontières du séparatisme

Fidèle à la pensée racialiste, exprimée par des intellectuels noirs radicaux depuis les années 60, Spike Lee sombre carrément dans le séparatisme en avouant son mépris pour les couples mixtes. « Je ne vois jamais d’hommes noirs avec de belles femmes blanches. Ils sont laids, moches, des chiens. Et vous voyez toujours des hommes blancs avec de belles femmes noires. Chaque fois que vous voyez un couple interracial, les gens les regardent fixement », disait-il en 1991. Lui-même a juré de ne jamais entretenir de relation avec des femmes blanches : « Je n’ai pas besoin d’ennuis. Comme je n’y vais pas, je n’aime pas cette merde. Je ne trouve pas les femmes blanches attirantes, c’est tout. Et il y a beaucoup trop de belles femmes noires. » Dans le même entretien à Playboy, il ajoutait : « Les noirs ne peuvent pas être racistes. » Ironie de l’histoire, son père, le musicien de jazz Bill Lee, a épousé une femme blanche et juive…

Ajoutons à son CV gratiné que le réalisateur de BlacKkKlansman (2018) a pris la défense de criminels noirs, diffusé une fausse adresse de George Zimmerman, accusé (puis acquitté) du meurtre de Trayvon Martin en 2012 – alors que le New Black Panther Party, une organisation noire extrémiste, offrait une rançon pour sa capture « mort ou vif » – obligeant un couple âgé à fuir son domicile pour se réfugier à l’hôtel, mais aussi dénigré des noirs conservateurs « qui pensent comme des blancs » ou comparé « l’enculé » et « suprémaciste blanc » Donald Trump et ses électeurs républicains à Adolf Hitler et aux nazis. C’est donc en toute logique que le militant d’extrême gauche et pro-Obama apportait son soutien au candidat démocrate et « socialiste » auto-proclamé Bernie Sanders à la présidentielle de 2016. Depuis lors, Spike Lee le multimillionnaire continue à condamner le « racisme systémique » des Etats-Unis depuis son luxueux manoir new-yorkais du quartier huppé et très blanc de l’Upper East Side, à Manhattan.

Voir aussi:

1.
Spike Lee was inspired to write Do the Right Thing by what is now known as the Howard Beach incident. On December 20, 1986, a mob of twelve angry white men chased down and beat three black men who had just left a pizzeria in the predominantly Italian-American community. During the pursuit, the mob forced one of their victims, Michael Griffith, to run onto the Belt Parkway, where he was hit by a car and killed. In the behind-the-scenes footage of Do the Right Thing on this edition, Lee recalls the protest led by Reverend Al Sharpton and the call for all African-Americans to boycott white-owned pizzerias, an act that inspired the scene in which Buggin Out instigates a boycott of Sal’s.
Michael Griffith

Séries/Le Serpent: Moi, ce qui m’intéressait, c’est le ringard qui fait tomber le roi du cool (No sympathy for the devil: Eschewing the easy glorification of the self-promoting hip king, the BBC/Netflix’s miniseries thankfully chooses to honor the dogged determination of the Dutch junior diplomat who helped capture him)

18 mai, 2021

Dutch junior diplomat Herman Knippenberg (with Nadine and Rémy Gires, 1970s)Charles Sobraj (with Marie-Andrée Leclerc, 1986)
Charles Sobhraj - Ma ThailandeMarie-Andrée Leclerc, pensive, en entrevue à son retour au Québec.The Serpent vs. the True Story of Serial Killer Charles Sobhraj

And I laid traps for troubadours / Who get killed before they reached Bombay. Mick Jagger (Sympathy for the devil, 1968)
I thought it was a really odd thing, because it was only one song, after all. It wasn’t like it was a whole album, with lots of occult signs on the back. People seemed to embrace the image so readily, [and] it has carried all the way over into heavy metal bands today. Mick Jagger
I don’t have no sympathy for the devil. I like the beat of the song but I never identify with the lyric. Jagger and Richards don’t really know the full extent of what they’re talking about. If they knew what they were getting into when they sing that song they would not be doing it. The devil is not Santa Claus. He’s for real. Carlos Santana
Before, we were just innocent kids out for a good time. [Then], they’re saying, ‘They’re evil, they’re evil.’ Oh, I’m evil, really? So that makes you start thinking about evil… What is evil?… There are black magicians who think we are acting as unknown agents of Lucifer and others who think we are Lucifer. Everybody’s Lucifer. Keith Richards
‘Sympathy’ is quite an uplifting song. It’s just a matter of looking the Devil in the face. He’s there all the time. I’ve had very close contact with Lucifer – I’ve met him several times. Evil – people tend to bury it and hope it sorts itself out and doesn’t rear its ugly head. ‘Sympathy For The Devil’ is just as appropriate now, with 9/11. There it is again, big time. When that song was written, it was a time of turmoil. It was the first sort of international chaos since World War II. And confusion is not the ally of peace and love. You want to think the world is perfect. Everybody gets sucked into that. And as America has found out to its dismay, you can’t hide. You might as well accept the fact that evil is there and deal with it any way you can. Sympathy for the Devil is a song that says, Don’t forget him. If you confront him, then he’s out of a job. Keith Richards (2002)
The line, « And I laid traps for troubadours who get killed before they reach Bombay » possibly refers to the notorious Thuggee cult, who worshiped Kali, the Hindu goddess of death. They would waylay travelers on the roads of India, then kill the entire group in order to make off with their valuables. This seems to be the closest well known historical incident to fit the lyrics. Also, the Thuggee would have been well known in England, since the British Army put a stop to the cult during the colonial period. Another interpretation is that the line refers to the hippies who traveled the « Hippie trail, » a passage through Turkey, Afghanistan, India and a few other countries that was popular in the counterculture community. Many of these travellers were killed and ripped off by drug peddlers in Afghanistan and Pakistan. Those shady deals could be the « traps ». Songfacts
Travelling in a fried-out Kombi, on a hippie trail, head full of zombie. Men at work (Down under, 1981)
Fried out Kombi – a broken-down van. The lyrics are often translated as « Combie, » but the correct spelling is Kombi. It came from the VW Kombivan which was very popular in the ’60s and early ’70s, especially with surfers and hippies. Head full of Zombie – Zombie was a particularly strong batch of marijuana which was floating around Australia for a long time. People called it « Zombie Grass. » Songfacts
The opening couplet borders, on first listen, on the incomprehensible – but it sets the tone if you decode the language. « Travelling in a fried-out Kombi, » it begins, « on a hippy trail, head full of zombie. » Huh? « Kombi » might be an unfamiliar word, but the Kombinationskraftwagen – aka the trusty old VW camper van – is a familiar symbol of easy-going hippiedom. The « hippy trail » is the path trod by many a dropout in the 1960s and 70s, taking free-wheeling Aussies and others on variants of the route between Istanbul and Kathmandu. And « zombie »? David Dale at the Sydney Morning Herald says this is a « drug reference » – zombie apparently being a potent strain of marijuana (on occasion laced with angel dust). So two lines in, and we’re on a trip, other stops including Brussels and some kind of « den in Bombay » where, for whatever reason, the narrator is left « with a slack jaw and not much to say ». BBC
J’étais venu à Delhi avec une vague théorie de Charles comme enfant du colonialisme se vengeant de la contre-culture. Au lieu de cela, j’ai été ébloui par un brillant psychopathe. Richard Neville
Le fait que de jeunes occidentaux non avertis voyageaient brusquement en Asie en grand nombre et avaient une culture hippie de faire confiance à tout le monde lui fournissait une cible telement facile. L’utilisation culturelle de la marijuana rendait tout le monde un peu trop détendu. Julie Clarke
La légende lui prête mille forfaits, mais, à supposer qu’il les ait commis, ils datent de plus de vingt ans, et sont donc prescrits. Me Jacques Vergès
C’est une très vieille idée, j’aurais pu le rencontrer dans les années 70 quand j’allais là-bas, à Goa. J’étais même tombé sur un Belge qui est l’un des rares à avoir roulé Sobhraj. Au moment où je laissais tomber, Sobhraj m’a appelé. [Je veux faire une fiction]  mais pas un film provocateur: je me mets à la place des Salomon, qui ont du mal à admettre que Sobhraj puisse gagner de l’argent avec le récit de ses crimes. Mais c’est l’époque qui est ainsi faite. (…) Sobhraj a quand même une vie peu commune, il est à la fois attirant et repoussant. Intelligent. Manipulateur. C’est un joueur d’échecs. Yves Rénier
La hippie trail est une expression anglo-saxonne (littéralement la piste hippie) utilisée pour décrire le trajet parcouru par les hippies dans les années 1960 et 1970, de l’Europe vers l’Asie et inversement. Ce type de voyage a connu un renouveau au début du XXIe siècle avec les néo-hippies. Le but de ces pérégrinations pouvait être l’envie de découvrir et d’adopter le mode de vie et les philosophies asiatiques, mais le voyage (trip) était aussi motivé par le simple refus de la vie sédentaire. Volontairement entrepris avec des moyens limités, il se terminait parfois dans l’extrême pauvreté. Le 5 août 1970, le Times titrait « Des hippies mendient comme des chiens en Afghanistan ». La frontière de l’Afghanistan marque alors l’entrée dans une zone où le haschisch est en vente libre et où des jeunes Occidentaux sombrent dans la consommation de drogues dures, même si ce cliché est loin d’être une généralité. Certains poursuivent leur exploration ethnographique jusqu’à « La Mecque » des routards, Katmandou, au Népal, particulièrement sa Freak Street (littéralement « rue des marginaux ») où convergent plusieurs milliers d’enfants fleurs (flower children) à partir de 1966. Pour les moins fortunés ou les moins débrouillards, le voyage peut avoir pour but les Baléares, le Maroc ou même Amsterdam. Dans les années 2000 et 2010, en raison de l’augmentation du tarif des vols à bas prix (dits low-cost), de nouveaux trajets sont parcourus par des routards néo-hippies, comme le Banana Pancake Trail (en) en Asie, le Gringo Trail (en) en Amérique du Sud, ou l’Afrique du Nord et le Proche-Orient (Maroc, Tunisie, Liban, Turquie, etc.). Wikipedia
Le Serpent (The Serpent) est une mini-série policière britannique en huit parties d’environ 56 minutes chacune, créée par Richard Warlow et Toby Finlay et diffusée du 1er janvier au 14 février 2021 sur BBC One, puis mise en ligne le 2 avril 2021 sur Netflix. Elle est basée sur l’histoire du tueur en série français, Charles Sobhraj, qui a assassiné de jeunes touristes entre 1975 et 1976 dans le sud-est asiatique. Au milieu des années 1970, à Bangkok, la série suit l’histoire du tueur en série Charles Sobhraj et de sa complice Marie-Andrée Leclerc.  Sous les faux noms d’Alain et Monique Gautier, le couple se fait passer pour des diamantaires et revend des pierres précieuses volées à des touristes. Ils droguent, volent et tuent de jeunes hippies routards, leur subtilisant leur passeport et leur argent. Herman Knippenberg, un diplomate néerlandais, commence à enquêter sur les meurtres de touristes néerlandais et découvre des indices menant à Sobhraj. Wikipedia
Le personnage, c’est typiquement le type de profil qu’on va retrouver chez les gourous de secte par exemple. Il a une sorte de don oratoire qui facilite le contact avec les gens. C’est aussi une histoire de couple, ce type d’emprise : il faut ce gourou avec cette capacité d’approcher l’autre, mais ça ne marcherait pas avec n’importe qui. Ce sont souvent des gens vulnérables. Comme dans les sectes. Parce que ce sont des gens qui sont en quête d’identité, de rencontres… Et la facilité pour lui, c’est de prendre des backpackers. Ça existe toujours aujourd’hui d’ailleurs. J’ai eu l’occasion d’en rencontrer il n’y a pas longtemps en voyage au Cambodge, et ce qu’il ressort à chaque fois dans le discours, c’est une quête de sens et d’identité. C’est ce qu’on retrouve chez les adeptes de sectes, quel que soit l’âge ou le niveau social. C’est à un moment donné, un besoin de comprendre la vie, pourquoi, qui on est… Et je pense que ce type de personnage arrive à les manipuler à travers cette quête. Après, le personnage ne les garde pas longtemps, juste assez pour les droguer et les dépouiller. (…) Je ne sais pas vraiment comment ça se passait dans les années 1970 mais quand on voyage, on est toujours un peu en garde. Là, vous rencontrez quelqu’un qui vous rappelle chez vous et qui en joue dans la série. Ça permet une sorte de jeu d’identification entre la victime et l’agresseur. (…) ce n’est pas la mise à mort qui lui plaît. C’est ce que l’on nomme dans le métier un « meurtre utilitaire ». C’est ce qui va permettre de couvrir un autre crime, en l’occurrence celui de les voler et de les dépouiller. Michel Fourniret, par exemple, avait fini par faire ça. Au début, c’était un violeur et il a fini par commettre des meurtres utilitaires : ce qu’il voulait, c’était violer et pas tuer ; mais on tue pour ne pas risquer d’avoir des plaintes et d’être recherché. Mais il y a cette facilité de se dire que ces gens sont à 20 000 km de chez eux. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable, pas d’internet. On ne connaissait pas toujours son itinéraire et on donnait des nouvelles une fois par mois. Aujourd’hui, ça serait moins facile. Ce qui ressort dans la série, c’est qu’il y a une vraie haine de ce que représentent ces jeunes-là. Ces jeunes, finalement, qu’il aurait aimé être. Il est né d’une bonne famille mais il aurait aimé naître occidental, avoir l’apparence d’un occidental pour être accepté. (…) cet argument, c’est son mobile. Son mobile conscient en tous cas pour passer à l’acte. Pour les voler et les tuer. De toute manière, il y a un côté très psychopathe chez lui dans le sens où la vie de l’autre n’a pas de valeur à ses yeux. Donc pourquoi pas les supprimer ? Les laisser en vie, ça lui fait prendre des risques. (…) Mais il y a aussi la provocation] qu’on retrouve chez les psychopathes qui sont tueurs en série. C’est un sentiment de toute-puissance. Aux Etats-Unis, plus souvent que chez nous, beaucoup se sont amusés à jouer avec la police. Ce que fait Fourniret encore aujourd’hui avec Estelle Mouzin, c’est un besoin de contrôler l’autre. C’est avec ça qu’ils jouissent. [Jusqu’à aller se jeter dans la gueule du loup] ce qu’ont fait plusieurs tueurs en série, persuadés de ne pas être pris et d’être plus forts. C’est pour montrer cette toute-puissance que certains ont acquise vis-à-vis de la police, de l’Etat et de la société. Etant sûrs d’être imprenables. Sobhraj, en plus, s’était évadé plusieurs fois donc il est possible qu’il se soit dit : « Même si je me fais arrêter, j’arriverais peut-être à nouveau à m’évader… » C’est une hypothèse. Seul un entretien avec lui pourrait permettre d’éclairer ses motivations. Mais je pense en tous cas que c’est guidé par ce sentiment de toute puissance et d’être inarrêtable. Emma Oliveira (psychocriminologue)
Au Québec, Le Serpent fait surtout jaser pour l’accent québécois invraisemblable de son actrice principale, la Britannique Jenna Coleman. Mis à part cet irritant majeur, la série britannique de huit épisodes mérite qu’on s’y intéresse.  Si le doublage ne vous incommode pas, c’est pour une fois l’option la plus sage; la version française biffe le faux accent de Jenna Coleman. Reste que «Monique» de Lévis parle alors avec un accent français mais compréhensible. À vous de voir. Richard Therrien
Là où ça se gâche, c’est dans le jeu de l’actrice choisie pour camper cette modeste secrétaire de Lévis. Jenna Coleman parle un français atroce, à la limite du compréhensible. C’est vraiment gênant et dérangeant. D’autant plus que les comédiens qui l’entourent s’expriment parfaitement dans notre langue. Au deuxième épisode, une voisine de Marie-Andrée « Monique » Leclerc à Bangkok lui confie même, en fumant une 73e cigarette, qu’elle est « beaucoup trop sophistiquée pour être une Québécoise ». Ça non plus, ça ne passe pas super bien, mettons. Hugo Dumas
Nadine Gires and her husband Remi played a vital role in helping Herman Knippenberg build a case against Charles Sobhraj. Sobhraj had been living in an apartment block in Bangkok, Thailand where he befriended his neighbours, Nadine and Remi. At the time, Sobhraj was posing as a gem dealer and his accomplice, Marie-Andrée Leclerc (Jenna Coleman) as his wife Monique.The real Nadine and Remi were unaware of Sobhraj’s murderous streak until Dominique Renelleau (Fabien Frankel) and Yannick Masy (not featured in the series) told Nadine and Remi they were being held against their will by Sobhraj and feared for their lives. Speaking to the Mirror, the real Nadine Gires reflected: « I remember meeting the Dutch couple [Two of Sobhraj’s victims Henk Bintanja, 29, and his fiancée Cornelia Hemker, 25] briefly. « I walked into Sobhraj’s apartment and he was standing over them trying to convince them to buy sapphires and rubies. He said, ‘Sorry, I am talking business with these people, can you come back later?’ “Days later I heard noises – people moaning – and asked Charles, ‘What’s that?’ He said, ‘The Dutch are sick’. « Then before Christmas, we saw photos of the burned bodies in the Bangkok Post newspaper and Yannick told me, ‘It’s the Dutch couple. He killed them’. » As seen in The Serpent, Dominque shared he had been drugged by Alain. He also admitted several young travellers had also been drugged by the Frenchman and Monique. He also revealed his suspicions, believing the other travellers had been killed. Dominique had witnessed lifeless bodies being dragged from the apartment building, matched the passports found in Sobhraj’s safe to deceased travellers found by the police, and noticed many items in the apartment belonged to missing travellers. Alongside her husband Remi, they helped Dominique escape by purchasing him an aeroplane ticket and helping him re-construct his own passport. In The Serpent, it is suggested Nadine could not go to the Thai police with the information she had as Alain was working closely with a corrupt officer who could offer him protection. Whether this is true remains unknown today. The real Nadine did visit several embassies in the area and when dutch junior diplomat, Herman Knippenberg heard reports of a woman claiming there was a killer in the area, he tracked Nadine down. At the time, Herman had been investigating the murder of dutch tourists, Henk Bintanja, 29, and his fiancée Cornelia Hemker, 25. The Daily Mail
Premièrement, l’enquête d’Herman a débuté quelques mois après les meurtres, et c’était important pour moi d’adopter son point de vue plutôt que celui de Charles Sobhraj. Beaucoup de séries récentes ont approché la figure du serial killer de l’intérieur, mais j’étais plus intéressé par l’histoire de cet homme ‘banal’ confronté au mal absolu. Et pour la relier au parcours criminel de Charles, il fallait éclater la chronologie narrative. La seconde raison, c’est que je n’avais pas envie de reléguer les victimes au second plan, comme c’est le cas d’ordinaire, mais de les approcher en tant que personnes sensibles et complexes, dont les rêves ont été brisés. (…) La jeunesse des années 1970 était travaillée par une quête spirituelle, qui passait par les drogues ou le voyage. Nous souhaitions que les spectateurs se laissent traverser par la temporalité de la série et l’esprit de l’époque, pour ensuite se raccrocher aux figure mises en scène, et non l’inverse. (…)Charles est un menteur et un meurtrier. On n’a jamais voulu le rencontrer, lui parler, ou nouer un lien quelconque avec lui. D’ailleurs, on ne saura jamais si ce qu’il a raconté à Richard Neville pour son livre était vrai ! On a décidé de l’appréhender de la même manière que les gens s’en approchaient à l’époque – Dominique, Nadine, Marie-Andrée – et d’user des différentes perspectives que ça induisait pour le cerner, sans tomber dans le piège de la fascination. Richard Warlow
La vraie vie est exaspérante, car elle ne se comporte pas comme les histoires. C’est une situation de «la réalité-plus étrange que la fiction-à-la-puissance-100. Je devais faire ce que vous faites toujours lorsque vous faites des recherches sur des histoires, c’est-à-dire faire des amalgames, allumer un feu sous certaines choses et aussi – et je n’ai jamais vécu cela auparavant – atténuer une partie de l’étrangeté. Sobhraj s’est montré très doué pour construire un faux récit sur les personnes qu’il aurait tuées. Et ce faux récit dit à peu près «Ce sont des drogués, des salauds criminels, et vous ne devriez pas vous en soucier.» Je pense que c’est la raison pour laquelle beaucoup de familles étaient si réticentes à s’impliquer dans le film. Il était extrêmement important que nous passions du temps avec eux et que nous voyions cela, plutôt que de les laisser dans l’anonymat et de renforcer ce qui était déjà un faux récit à leur sujet. (…) Quand Herman a appris que Sobhraj avait été arrêté au Népal en 2003, il prenait un cocktail, car c’était le premier jour de sa retraite. Du point de vue du dramaturge, c’est le genre de chose que si j’écrivais, je me détesterais pour cela. C’est trop beau pour être vrai. Mais vraiment, ce qui a été l’histoire de sa vie l’a appelé le jour où il avait tout abandonné. Herman était la raison pour laquelle je voulais faire le film. Vous avez deux hommes diamétralement opposés qui sont nés à quelques mois d’intervalle, qui ne se sont jamais rencontrés, mais qui ont eu cet effet révolutionnaire sur la vie de l’autre. L’un était ce roi lézard mercuriel des années 70 et l’autre était un ringard, pour utiliser la langue vernaculaire de l’époque. Moi, ce qui m’intéressait, c’est le ringard qui fait tomber le roi du cool. Il existe une version de cette émission où vous ne faites que regarder Charles tirer des merdes incroyablement diaboliques – maintes et maintes fois pendant des heures. Je n’ai jamais voulu raconter cette histoire. Je cherchais toujours à voir le processus qui a mené à son arrestation. (…) Il essaie constamment de se monétiser lui-même et son histoire, et nous étions catégoriques sur le fait que nous ne le paierions jamais. Et l’autre chose c’est que c’est un menteur compulsif, donc tout ce qu’il avait à nous dire n’aurait pas été vrai. Richard Warlow
J’ai essayé de retrouver toutes les personnes qui figurent dans l’histoire, ou leurs proches survivants s’ils n’étaient plus en vie. Construire cette recherche pour qu’elle soit aussi vaste que possible afin que nous puissions nous en inspirer – afin que nous puissions dessiner ces petits détails fins dans l’histoire qui deviennent vraiment importants pour être sûrs de les raconter de la manière la plus véridique et la plus exacte. (…) Nous avons choisi de ne pas lui parler. Julie et son mari, Richard, ont passé des heures et des heures et des heures en prison à interviewer Sobhraj et à l’enregistrer. Julie nous a donné accès à ces cassettes, ce qui nous a permis d’entendre le récit de Sobhraj sur cette période sans avoir à dialoguer directement avec lui. Sinon, tout ce qu’on aurait pu tirer de contacts directs avec quelqu’un comme Sobhraj, ça aurait été de voir comment il nous aurait menti et comment il aurait essayé de nous berner. Nous avons pu écouter ces bandes d’un point de vue plus objectif. Paul Testar
Set in 1970s Bangkok, the series, which first aired on the BBC earlier this year, follows Dutch diplomat Herman Knippenberg (Billy Howle) as he investigates the disappearance of a pair of Dutch backpackers. His pursuit leads him to Sobhraj (Tahar Rahim) and his accomplices, including Marie-Andrée Leclerc (Jenna Coleman) and Ajay Chowdhury (Amesh Edireweera), who have been drugging, robbing and killing tourists on the so-called Hippie Trail. “Real life is infuriating, because it doesn’t behave in the way stories do,” says writer and producer Richard Warlow, who began working on the series in 2013 alongside director Tom Shankland. He calls it a “fact-is-stranger-than-fiction-to-the-power-of-about-100 situation”: “[I had] to do what you always do when you’re researching stories, which is do some conflations, light a fire under certain things and also — and I’ve never experienced this before — pedal back on some of the strangeness.” Coproducer Paul Testar, who joined the development process in 2014, was tasked with accumulating research to support the storytelling. He worked closely with Knippenberg, who gave the team access to his extensive files on Sobhraj, as well as with Sobhraj’s former neighbor Nadine Gires; his captive employee Dominique Renelleau (whose escape from Sobhraj is documented in the series); and Interpol’s Lt. Col. Sompol Suthimai. Knippenberg provided Leclerc’s diary, and journalist Julie Clarke, who cowrote “On the Trail of the Serpent” with her late husband, Richard Neville, gave the production hours of taped interviews with Sobhraj. “I tried to track down every single person who features in the story, or their surviving relatives if they’re no longer alive,” says Testar. “Building that research to be as huge as possible so we could draw from it — so we could draw these tiny, fine details in the story that become really important and be truthful about them and make sure we’re telling it accurately.” A few of the people involved were made into composite characters for dramatic effect, one completely fictional character was added, and timelines were condensed at points. (The show’s dialogue is imagined too.) But Testar says 80% to 90% of the series is accurate. “I don’t think any of it is historically untrue. It was more a case of leaving stuff out.”  (…) Neville and Clarke’s interviews with Sobhraj, conducted while the killer was in prison in India, were essential to the writing of “The Serpent,” especially since the production team didn’t want to involve Sobhraj directly. (Neville and Clarke’s book was originally released in 1979, which means the interviews took place shortly after the events of the series.) “We chose not to speak to him,” Testar says. “Julie and her husband, Richard, spent hours and hours and hours in prison interviewing Sobhraj and taping them. Julie gave us access to those tapes, which meant we could hear Sobhraj’s account of that period without having to engage with him directly. It felt like the only use of engaging with Sobhraj directly was to see how he’d lie to you and to see how he’d try to pull the wool over you. We were able to listen to those tapes from a more objective standpoint.” “He is constantly trying to monetize himself and his story, and we were adamant that we would never pay him,” Warlow adds. “And the other thing is, he’s a compulsive liar, so whatever he had to tell us wouldn’t have been true.” (…) Not all the victims included in “The Serpent” show up under their real names, because of requests from surviving family members. Dutch students Henricus “Henk” Bintanja and his fiancée, Cornelia “Cocky” Hemker, went missing in 1976 after staying at Sobhraj’s Kanit House apartment in Bangkok, spurring Knippenberg’s investigation, but they appear in the show as Helena Dekker and Willem Bloem. Similarly, Sobhraj’s first wife and daughter have fictional names in “The Serpent” to protect their identities. (…) In reality, Gires helped three of Sobhraj’s captives flee Bangkok, not just Renelleau. “There were two other people in that apartment at the same time,” Testar says. “We were never able to contact them or track them down. There was a feeling that dramatically, they had the same thing happening to them as to Dominique, [and] it was better to give all of it to Dominique to get under his skin as a character.” Chowdhury’s fate is left open-ended, which is factual. In the sixth episode, Sobhraj drives Chowdhury to a deserted strip of land and abandons him, although it’s unclear whether that actually happened. Chowdhury was last seen in 1976. (…) Captured in New Delhi after he drugged the members of a student tour group, Sobhraj eventually went to prison in India, serving time from 1976 to 1997. After his release, he returned to Paris and lived as something of a celebrity. He gave several prominent interviews, including to an ABC news team, and at one point, director William Friedkin signed on to direct a movie about Sobhraj starring Benicio del Toro. Then, for some reason, Sobhraj returned to Nepal, where there was an outstanding warrant for his arrest in the killings of Laurent Carrière and Connie Jo Bronzich (played by Benjamin Braz and Dasha Nekrasova, respectively). (…) Sobhraj claimed that he returned to negotiate an arms deal between the Taliban and the CIA, but it’s been speculated that his hubris was so great that he thought the warrant had expired along with the one in Thailand. It’s also possible that he craved the spotlight at any cost. Whatever the reason, Sobhraj was arrested in Kathmandu on the day of Knippenberg’s retirement — a detail left out of the final episode. “When Herman got the news that Sobhraj had been arrested in Nepal in 2003, he was having a [cocktail], because it was the first day of his retirement,” Warlow says. “From a dramatist[’s] point of view, that’s the sort of thing that if I wrote that I’d hate myself for it. It’s so on the nose. But really, what’s been the story of his life came calling for him on the day he’d given it all up.” He adds, “Herman was the reason I wanted to do this. You’ve got two diametrically opposed men who were born within months of each other, who never met each other, but had this revolutionary effect on each other’s life. One was this mercurial ‘70s lizard king and the other one was a square, to use the vernacular of the time. I was very interested in the square bringing down the hip king. There’s a version of this show where you’re just watching Charles pulling incredibly evil s— time and again for hours. I never wanted to tell that story. I was always looking to see the process by which he was caught. The LA Times
Vous avez dit revanche du ringard ?
Minisérie de près de 8 heures, format quasi-documentaire, travail massif de documentation, entretiens avec les témoins et familles des victimes, écoute de dizaines d’heures d’enregistrement de l’époque du tueur dans sa prison mais refus de lui parler directement, remarquable reconstitution à la fois des espaces et de l’époque …
Quelle mesure du temps parcouru …
Quand après bientôt 50 ans …
Quatre biographies, trois documentaires et un film indien
Et d’innombrables projets dont un d’Oliver Stone avec peut-être Robert de Niro …
Ou même de l’acteur-producteur français Yves Rénier (pour, dit-on, pas moins de 15 millions de dollars) …
La  télévision, avec la BBC et Netflix, s’attaque à nouveau à son tour …
Face sombre, entre le maléfique Charles Manson et le funeste festival d’Altamont, des années « peace and love » …
A l’histoire à la fois vraie et terrifiante …
Du tristement célèbre tueur de routards français d’origine indo-vietnamienne Charles Sobhraj
Qui après une série d’évasions de prison toutes aussi rocambolesques les unes que les autres …
Et avoir mené grand train dans sa prison indienne …
Avant sa réincarcération surprise au Népal où il est toujours …
Avait pendant six ans défrayé la chronique à Paris …
Protégé des demandes d’extradition des familles de ses victimes par l’avocat de l’anti-impérialisme et lui aussi enfant perdu de la colonisation, le sulfureux Jacques Vergès
Multipliant les interviews et les séances photos grassement payées …
Mais cette fois les producteurs ont résolument refusé la glorification facile du maitre de la manipulation et de l’auto-promotion…
Et choisi au contraire au risque même à force de flashbacks et de flash forwards …
Sans compter, seule ombre au tableau, une actrice principale, censément québécoise, au look peut-être un peu trop glamour et au français plus qu’approximatif
De désorienter voire de perdre en route même le plus motivé des spectateurs …
D’honorer, outre les victimes souvent oubliées dans ce genre de reconstitution, la formidable détermination du jeune attaché d’ambassade néerlandais

Qui seul contre tous et d’abord contre ses propres supérieurs …

Et au nom des familles d’un dizaines de jeunes victimes …

Pris entre le désintérêt des ambassades et consulats de leurs propres pays …

Et tant la corruption que la peur d’effrayer les touristes de la part des polices comme des autorités locales …

Avait finalement réussi à faire tomber le criminel roi du cool …

Qui passé des chèques falsifiés et des voitures volées au trafic de drogues et de pierres précieuses …

Et profitant de cette véritable manne de jeunes candidats aux paradis artificiels que l’Occident déversait alors sur l’Asie…

Armés alors sans téléphones portables ni internet de leurs seuls chèques de voyage et idéologie zen …

Sur la fameuse « route des hippies » entre Bangkok, Goa et Katmandou …

Avant de basculer entre deux évasions et cavales …

Avec l’aide d’une compagne canadienne sous emprise et d’un homme de main indien …

Mais aussi à la manière d’un chef de secte à la Charles Manson

De certaines mêmes de ses proies …

Dans la torture et l’assassinat les plus sordides, entre deux vols de passeports et d’identités, pour couvrir ses traces …

The true story behind Netflix’s newest crime drama was too bizarre for TV
Emily Zemler
The Los Angeles Times
April 2, 2021

Netflix’s true crime drama “The Serpent,” premiering Friday, may seem unbelievable — but the creators actually had to temper the bizarre real-life history of con man and serial killer Charles Sobhraj. Set in 1970s Bangkok, the series, which first aired on the BBC earlier this year, follows Dutch diplomat Herman Knippenberg (Billy Howle) as he investigates the disappearance of a pair of Dutch backpackers. His pursuit leads him to Sobhraj (Tahar Rahim) and his accomplices, including Marie-Andrée Leclerc (Jenna Coleman) and Ajay Chowdhury (Amesh Edireweera), who have been drugging, robbing and killing tourists on the so-called Hippie Trail.

“Real life is infuriating, because it doesn’t behave in the way stories do,” says writer and producer Richard Warlow, who began working on the series in 2013 alongside director Tom Shankland. He calls it a “fact-is-stranger-than-fiction-to-the-power-of-about-100 situation”: “[I had] to do what you always do when you’re researching stories, which is do some conflations, light a fire under certain things and also — and I’ve never experienced this before — pedal back on some of the strangeness.”

Coproducer Paul Testar, who joined the development process in 2014, was tasked with accumulating research to support the storytelling. He worked closely with Knippenberg, who gave the team access to his extensive files on Sobhraj, as well as with Sobhraj’s former neighbor Nadine Gires; his captive employee Dominique Renelleau (whose escape from Sobhraj is documented in the series); and Interpol’s Lt. Col. Sompol Suthimai. Knippenberg provided Leclerc’s diary, and journalist Julie Clarke, who cowrote “On the Trail of the Serpent” with her late husband, Richard Neville, gave the production hours of taped interviews with Sobhraj.

“I tried to track down every single person who features in the story, or their surviving relatives if they’re no longer alive,” says Testar. “Building that research to be as huge as possible so we could draw from it — so we could draw these tiny, fine details in the story that become really important and be truthful about them and make sure we’re telling it accurately.”

A few of the people involved were made into composite characters for dramatic effect, one completely fictional character was added, and timelines were condensed at points. (The show’s dialogue is imagined too.) But Testar says 80% to 90% of the series is accurate. “I don’t think any of it is historically untrue. It was more a case of leaving stuff out.”

Here Warlow and Testar discuss what’s fact and what’s fiction in “The Serpent.”

The series is based on interviews with Sobhraj — just not by the producers

Neville and Clarke’s interviews with Sobhraj, conducted while the killer was in prison in India, were essential to the writing of “The Serpent,” especially since the production team didn’t want to involve Sobhraj directly. (Neville and Clarke’s book was originally released in 1979, which means the interviews took place shortly after the events of the series.)

“We chose not to speak to him,” Testar says. “Julie and her husband, Richard, spent hours and hours and hours in prison interviewing Sobhraj and taping them. Julie gave us access to those tapes, which meant we could hear Sobhraj’s account of that period without having to engage with him directly. It felt like the only use of engaging with Sobhraj directly was to see how he’d lie to you and to see how he’d try to pull the wool over you. We were able to listen to those tapes from a more objective standpoint.”

“He is constantly trying to monetize himself and his story, and we were adamant that we would never pay him,” Warlow adds. “And the other thing is, he’s a compulsive liar, so whatever he had to tell us wouldn’t have been true.”

Charles Sobhraj was a killer, by his own admission

Sobhraj, born in 1944 to a Vietnamese mother and Indian father, was a scam artist and a killer. He drugged and robbed tourists for money and their passports, which he refashioned to use himself. The first known killing, which Sobhraj committed alongside Chowdhury, took place in 1975. The victim was Teresa Knowlton, played in the Netflix series by Alice Englert. There were several other homicides around that time attributed to Sobhraj and Chowdhury, although “The Serpent” doesn’t portray all the deaths. The total number of Sobhraj’s victims remains unknown.

“He’s been convicted of two murders, and he’s the chief suspect in many others in Thailand,” Testar says. “Arrest warrants were issued for those murders, but he successfully managed to avoid returning to Thailand, so they expired. Much of what’s known about the murders is from the mouth of Sobhraj himself, from interviews he gave to Richard Neville. As with everything with Sobhraj, it’s difficult to verify where the truth ends and where the lies begin.”

“Some people say over 20, some people say 12,” Warlow adds. “It’s one of those mysteries.”

Not all the victims included in “The Serpent” show up under their real names, because of requests from surviving family members. Dutch students Henricus “Henk” Bintanja and his fiancée, Cornelia “Cocky” Hemker, went missing in 1976 after staying at Sobhraj’s Kanit House apartment in Bangkok, spurring Knippenberg’s investigation, but they appear in the show as Helena Dekker and Willem Bloem. Similarly, Sobhraj’s first wife and daughter have fictional names in “The Serpent” to protect their identities.

“Sobhraj has been very good about building a false narrative about the people he’s alleged to have killed,” Warlow says. “And that false narrative pretty much goes ‘They’re druggies, criminal scumbags, and you shouldn’t care about them.’ I think that’s why a lot of the families were so reluctant to get involved with the drama. It was crucially important that we spend time with them and see this, rather than let them be anonymous and reinforce what has been a false narrative already about them.”

He adds, “The only character who is entirely fictional is in the first episode, the British hippie backpacker Celia. That’s because Teresa Knowlton was a very important character in the sequence of events and her uncle York Knowlton has been very supportive of us with the show. I was very keen from the outset to see what Teresa was like, so we gave her a friend to spend time with while she was in Thailand.”

Some of the victims escaped Sobhraj’s clutches

The third episode of “The Serpent” depicts Sobhraj’s relationship with the young Frenchman Renelleau (Fabien Frankel). Sobhraj cons Renelleau into working for him by taking away his passport and drugging him to make Renelleau believe he has dysentery. Renelleau begins to suspect foul play when visitors to Kanit House start getting sick and disappearing, and he confides in Gires (Mathilde Warnier) and her husband, Remi (Grégoire Isvarine), who help him escape.

In reality, Gires helped three of Sobhraj’s captives flee Bangkok, not just Renelleau. “There were two other people in that apartment at the same time,” Testar says. “We were never able to contact them or track them down. There was a feeling that dramatically, they had the same thing happening to them as to Dominique, [and] it was better to give all of it to Dominique to get under his skin as a character.”

Chowdhury’s fate is left open-ended, which is factual. In the sixth episode, Sobhraj drives Chowdhury to a deserted strip of land and abandons him, although it’s unclear whether that actually happened. Chowdhury was last seen in 1976.

“We don’t know what happened to him,” Testar says. “There’s this rumor that’s been put out that Sobhraj had Ajay killed, which I think is absolutely not true. It’s a useful fact and it plays into the mythology of the story, but another associate of Sobhraj from Bangkok, a German guy, disproved it. After Sobhraj and Leclerc had been arrested in India, several months after he was in prison, this guy had a visit at his home in Germany and phone calls from Ajay. It would be pretty difficult for him to have been killed by Sobhraj when Sobhraj was already in prison. What happened to him is a complete mystery.”

Yes, Sobhraj really did keep a pet monkey

Many of the small details in “The Serpent” are based on interviews with Gires and Renelleau, who both lived in Kanit House. Viewers in the U.K. were horrified when a monkey is poisoned in Episode 3, for instance, but the creators based that on real events: Sobhraj and Leclerc’s pet monkey, Coco, got his hands on the medicine Sobhraj was using to debilitate Renelleau and dropped dead.

“The events that take place are so outlandish and then you find out that it actually happened,” Warlow says. “I got so many people saying to me ‘What, the monkey? Really? He drank the poison? Really?’ And yes, that was 100% as it happened.”

“That was something Dominique told us,” Testar adds. “He was so sad that he’d accidentally poisoned it. It sounded like a horrible life for the monkey. There was something we decided not to include, because it would just be too terrible, but apparently, the monkey was not house trained, so he wore diapers. That’s one of those extraordinary details that feels like ‘That’s too far. People won’t believe that.’”

Sobhraj got a life sentence after years of fame

Captured in New Delhi after he drugged the members of a student tour group, Sobhraj eventually went to prison in India, serving time from 1976 to 1997. After his release, he returned to Paris and lived as something of a celebrity. He gave several prominent interviews, including to an ABC news team, and at one point, director William Friedkin signed on to direct a movie about Sobhraj starring Benicio del Toro. Then, for some reason, Sobhraj returned to Nepal, where there was an outstanding warrant for his arrest in the killings of Laurent Carrière and Connie Jo Bronzich (played by Benjamin Braz and Dasha Nekrasova, respectively).

“I wouldn’t say he gave himself up, but he publicized his arrival,” Testar says. “He made it very clear that he was there. He went to the casinos and was photographed. But why is one of the great mysteries of the story, and it’s one we don’t try to explain.”

Sobhraj claimed that he returned to negotiate an arms deal between the Taliban and the CIA, but it’s been speculated that his hubris was so great that he thought the warrant had expired along with the one in Thailand. It’s also possible that he craved the spotlight at any cost. Whatever the reason, Sobhraj was arrested in Kathmandu on the day of Knippenberg’s retirement — a detail left out of the final episode.

“When Herman got the news that Sobhraj had been arrested in Nepal in 2003, he was having a [cocktail], because it was the first day of his retirement,” Warlow says. “From a dramatist[’s] point of view, that’s the sort of thing that if I wrote that I’d hate myself for it. It’s so on the nose. But really, what’s been the story of his life came calling for him on the day he’d given it all up.”

He adds, “Herman was the reason I wanted to do this. You’ve got two diametrically opposed men who were born within months of each other, who never met each other, but had this revolutionary effect on each other’s life. One was this mercurial ‘70s lizard king and the other one was a square, to use the vernacular of the time. I was very interested in the square bringing down the hip king. There’s a version of this show where you’re just watching Charles pulling incredibly evil s— time and again for hours. I never wanted to tell that story. I was always looking to see the process by which he was caught.”

Voir aussi:

The chilling return of the hippie serpent
The man alleged to have murdered 14 backpackers is selling the movie rights
Rian Malan
The Independent
07 June 1997

This is a tale of two men, 14 unsolved murders and a lawsuit which might shed light on a string of crimes that defined, along with the killings at Altamont and Charlie Manson’s psychopathic rampages, the dark side of the hippie era. One of the actors, Charles Sobhraj, 53, is coming to London this week to consult solicitors with regard to potential libel proceedings. The other, the counter-culture guru Richard Neville, has just left Britain for Australia to rejoin his worried wife at their remote mountain home, and yes, to avoid running into Sobhraj on the media party circuit of which he is determined to become a habitue.

Sobhraj is « The Serpent, » the supernaturally charming con man who remains the chief suspect in a series of sensational 1970s murders. Imprisoned in India since 1977, Sobhraj resurfaced eight weeks ago in Paris, where he has been regaling the press, negotiating deals, and ducking questions arising from Neville’s 1979 biography, The Life and Crimes of Charles Sobhraj, which names him as the perpetrator of at least seven killings.

The Serpent has never been convicted of murder, and all that stands between him and the literary respectability he seems to crave is a confession allegedly made to Neville in Delhi two decades ago. Since his release, Sobhraj has cast doubt on the Australian’s credibility. Now Neville has revealed that he was carrying a recorder at the critical moments, and that what he claims are the tapes have turned up in his garden shed, miraculously still audible after 20 years of exposure to « hail, rain and bushfires ». Their contents, if authentic, make uneasy listening for the accused serial killer.

The son of a Vietnamese shopgirl and an Indian businessman, Sobhraj was born in Saigon and raised in France by a mother described as neglectful and abusive. An incorrigible juvenile delinquent, he claimed to see crime as retribution for the suffering imperialists were inflicting on his war-torn homeland, a line that won the heart of his first wife, a Sorbonne student. They married and set off for India in 1970, a charmed young couple on what turned out to be a long crime spree.

At the time, throngs of long-hairs were moving down the hippie trail that led from India to Kathmandu and the Buddhist paradises of South-East Asia, searching for cheap drugs and enlightenment. A man of acute intellect, addicted to danger, martial arts and French existential philosophy, Sobhraj seems to have felt a sort of aesthetic disgust for these spoiled white youngsters and began to prey on their gullibility. Using strategies gleaned from manuals of psychology, he would befriend hippies, entertain them for a day or two, and then drug them and steal their travellers’ cheques and passports. By his own account, he carried out at least 100 such bushwhackings in the early Seventies before moving on to greater things.

In 1975, Sobhraj was living in a mansion by Bangkok’s red light district, posing as a gem dealer. He and his Canadian girlfriend, Marie-Andre Le Clerc, maintained a perpetual open house, often entertaining young Europeans and Americans from a nearby backpacker’s hotel. Everyone who met the slender, intense Eurasian agreed that his capacity for friendship was his deadliest weapon. In October 1975, he used it on Teresa Knowlton, 21, a « wild » young American who had trekked east to study Buddhism. Mesmerised, Knowlton accepted an invitation to visit a resort outside the city. Her bikini-clad corpse was found in the surf the next morning. She had been drugged and drowned. Two days later, Sobhraj’s girlfriend cashed her travellers’ cheques. The authorities failed to put two and two together.

A few weeks later, a second visitor to Sobhraj’s house – a young Turkish dopehead – turned up in an alley, murdered and burned almost beyond recognition. Shortly thereafter, a Dutch couple met a similar fate. At this point, the Thai police developed an interest in Sobhraj, and he and Marie-Andre fled to Nepal, where two more hippies were murdered during their stay. By January 1976, the death toll was approaching double figures, and Sobhraj was on the run from police in at least three countries.

As « the most wanted man in Asia », Sobhraj had to move fast, and change identity often. For that, he needed passports – plenty of them, especially after a hippie turned the tables on him and stole those he had. Desperate now, he befriended an entire busload of tourists and slipped them all Mickey Finns at Delhi’s Vikram Hotel, passing the drugs off as anti-dysentery medication. The victims were supposed to pass out quietly. Instead, they started vomiting in the foyer and making accusations. Sobhraj was arrested and thrown into Tihar, India’s toughest maximum security prison, which is where he met Richard Neville in 1977.

At the time, Neville was best known as a defendant in the celebrated Oz obscenity trial, which involved, inter alia, the publication of a cartoon of Rupert Bear with an erection in Neville’s underground magazine. The trial became a cause celebre for London’s hippies and elevated Neville to the pantheon of counter-culture heroes. Acquitted in triumph, he wandered off to New York, and thence India, with a contract in his pocket to do a Sobhraj book. He cut his hair to allay the suspicions of the Indian police, but he remained an apostle of dope, free love and the alternative lifestyle –  » not very different », as he quipped in a Hampstead cafe the other day, « from the people Sobhraj murdered ».

It was possibly for this reason – « I clearly wasn’t an authority figure » – that Sobhraj came to confide in him. In the early weeks of their acquaintance, talk was devoted to tales of Sobhraj’s swashbuckling jewellery heists and ingenious confidence tricks, followed by daring escapes from maximum security prisons. On the subject of murder, however, Sobhraj was infuriatingly vague. By now, he’d been acquitted of murder in India, but Thailand had requested his extradition on five murder warrants, and investigations were proceeding in Nepal and elsewhere. And then, according to Neville, one day, out of the blue, Sobhraj turned to the young Australian and said: « I have taken a decision to tell you how I cleaned Teresa. » He proceeded to describe in « chilling detail » how the young American had met her end.

In the ensuing weeks, he says, there were more confessions, regarding six additional cases. As Neville reads it, Sobhraj felt he had little to lose. Sentenced to 10 years for the mass drugging at the Vikram Hotel, he was safe for the moment from extradition to Thailand, and besides, « he probably felt he could break out whenever he pleased ».

The Life and Crimes of Charles Sobhraj was published in 1979, and life moved on. In Tihar prison, The Serpent devoted himself to meditation and the writing of his memoirs. Neville returned to Australia, married his co-author Julie Clark, fathered two daughters and became an « alternative futures consultant ».

Two months ago, he received a call from a journalist. « Sobhraj is out of jail, » she said, « and he’s impugning your integrity. » The Serpent was refusing to confess to any crimes other than the few he’d been convicted of, and insisted that he had no knowledge of Teresa Knowlton, the American washed up dead on a Thai beach in 1975. « I never killed her, » Sobhraj said. « I never met her. » If true, this made Neville a liar.

ENRAGED, Neville went down to the garden shed, where he located his tapes in a dusty suitcase. And there it was: a voice he claims is Sobhraj’s, talking about how he’d invited Teresa to accompany him to a beach outside Bangkok, giving her drugged coffee.The tape runs: « She said: ‘Did you give me something, because I feel very funny?’ I said: ‘I’m sorry, Teresa, I must tell you that I think I have to do something bad to you.’ She said: ‘Are you going to beat me up?’ And I said: ‘No, something better’. » When she lost consciousness, Teresa was stripped, put into a bikini, and « taken for a swim » by an accomplice. On the tape, « Sobhraj » chuckles: « I hope this stuff won’t hang me one day. »

Two decades later, Charles Sobhraj answered his phone on a balcony overlooking the Champs-Elysee. « I’m at a party, » he informed the caller. Asked about the Neville tapes, he insisted that nothing on them could be construed as a murder confession. « I’m going to affect that fellow, » he said. « That’s why I’m coming to London – because Neville has to be dealt with under Anglo-Saxon law. My lawyers say we have a very good case. »

He preferred to talk about his forthcoming biography, a prison memoir in the style of Jean Genet. The first seven months of his imprisonment were spent in leg-irons. « I did meditation, » he says, « and the result was, I realised I had to control the environment. » He gathered evidence of corruption by a senior prison official and used it to blackmail the man into granting special privileges – luxury food, cellphones, and an office in which to conduct sexual liaisons with his many groupies. « I ran that prison, » Sobhraj boasts. Independent sources confirm that he was nicknamed « Sir Charles » by disgruntled warders, who staged a violent protest over the way he was lording it over them.

Such setbacks notwithstanding, Sobhraj was still in a position, when extradition to Thailand became an ominous possibility, to pull off what Neville considers the greatest feat of his criminal career. He threw a party for his warders, drugged the food, and walked to freedom. After a few weeks, he allowed himself to be recaptured. The upshot was an extension of sentence exactly long enough to allow Thailand’s statute of limitations to expire. And so it was that when India released him, there were no more charges for him to face. « This is a story about getting away with murder, » says Neville. « He’s found a way out. That’s life, I suppose. »

Two months on, things are looking good for the ex-convict. Film directors are falling over themselves to secure movie rights to his story, among them Yves Renier and Oliver Stone. Robert de Niro has been mooted for the lead. The manuscript of his memoirs is in agents’ hands. Offers are being considered.

Voir également:

The ‘bikini-killer’ linked to murders throughout AsiaCharles Sobhraj has a reputation as Asia’s premier serial killer. Yet, until Thursday, he had never been convicted for murder, even though he has been accused of more than 20 killings in India, Thailand, Nepal, Turkey and Iran.
BBC news
12 August, 2004

His knack for deceptive disguises, coupled with his tendency to target young women earned him the nickname, « The Serpent, » or the « Bikini Killer. »

Sobhraj, 60, is also believed to have escaped from prisons in Afghanistan, Greece, Iran and India.

So extraordinary has been his life of crime that after being released from jail in India – where he served a 20 year sentence for poisoning a busload of French tourists – the film and book rights were reportedly sold to a French actor-producer for $15m.

The deal strengthened perceptions among his critics that he has never been properly brought to book for his crimes.

Terrifying prediction

Throughout his criminal career, Sobhraj either escaped from jail or bribed the authorities to treat him preferentially while in prison.

Charles Sobhraj was born in Japanese occupied Saigon in April 1944 to an unwed Vietnamese shop girl and an India merchant who denied paternity. His birthplace made him eligible for French citizenship.

India deported Sobhraj in 1997 after he had spent 21 years in jail
Rejection by his father was an act which caused considerable resentment and bitterness in the young Sobhraj: « I will make you regret that you have missed your father’s duty, » he confided in his diary.

It was a prediction that would become terrifyingly true.

The subject of at least two in-depth biographies as one of the world’s most notorious alleged serial killers, alongside Jeffrey Dahmer and Harold Shipman, Sobhraj is said to have begun his life of crime by travelling around Asia in 1963.

Audacious escape

His tactic, say his critics, was always the same. To take advantage of the nascent global drug culture to befriend young French or English-speaking tourists and then to murder them.

Between 1972 to 1982, Sobhraj has been implicated in more than 20 killings in which the victims were drugged, strangled, beaten or burned.

His capacity for violence, critics say, is matched only by his ability to escape from prison.

In 1971, he escaped from jail in India by feigning appendicitis and making his getaway from hospital.

He was re-arrested in 1976, but 10 years later made an even more audacious escape: this time by throwing a birthday party in which guards and prisoners alike were invited.

Grapes and biscuits handed around the guests were secretly injected with sleeping pills, knocking out everyone except Sobhraj and four other escapees.

Indian newspapers reported that they were so haughty about their getaway that they even photographed themselves walking through the prison gates onto the Delhi streets.

(As long as I can talk to people, I can manipulate them Charles Sobhraj speaking in Richard Neville’s biography)

As a fugitive, Sobhraj is reported to have behaved more like a holidaying student than a desperate prisoner prepared to stop at nothing to evade justice. He openly drank in bars and showed off an Italian made pistol to fellow drinkers.

Needless to say, it was not long before he was re-arrested. But, it is alleged, there was a method in his madness.

Critics say that he deliberately escaped towards the end of his 10 year jail term in order to be re-captured and face new charges for his escape.

That way he could avoid extradition to Thailand where he was wanted for five murders and would almost certainly be given the death penalty.

By the time of his release in 1997, the 20 year time-frame for him to be tried in Bangkok had lapsed.

But the authorities caught up with him again several years later.

In 2003, he was arrested in a Kathmandu casino for allegedly travelling on a false passport and for murders of an a Canadian man and an American woman which he allegedly carried out 28 years ago.

As in the other cases registered against him, Sobhraj denied the charges.

But this time, police said they had a « suitcase full » of evidence against him.

And the judge agreed, despite Sobhraj’s appeal that he had been convicted without proof or witnesses.

Voir de même:

Le Serpent sur Netflix : le tueur incarné par Tahar Rahim décrypté par une psychocriminologue
Emilie Semiramoth
Allo ciné
15 avr. 2021

Psychocriminologue et co-autrice avec Florent Gatherias du livre « Psychologues du crime » aux éditions Fayard, Emma Oliveira nous dresse le profil de Charles Sobhraj tel qu’il est interprété par Tahar Rahim dans Le Serpent.

Lancée le 2 avril dernier sur Netflix, la mini-série Le Serpent avec Tahar Rahim dans le rôle principal ne cesse d’exercer une forme de fascination auprès du public. Tirée d’une histoire vraie, cette histoire pourrait sembler invraisemblable tant il est facile pour Charles Sobhraj – un escroc devenu tueur en série – d’appâter et de piéger ses victimes.

Pour mieux comprendre les mécanismes psychologiques de ce personnage complexe, AlloCiné s’est entretenu avec Emma Oliveira, psychocriminologue, qui a vu l’intégralité de la sérIe.

AlloCiné : Ce qui est surprenant au premier abord, c’est la facilité avec laquelle Charles Sobhraj parvient à piéger ses victimes. Quel profil dressez-vous du personnage tel qu’il est représenté dans la série ?

Emma Oliveira : Le personnage, c’est typiquement le type de profil qu’on va retrouver chez les gourous de secte par exemple. Il a une sorte de don oratoire qui facilite le contact avec les gens. C’est aussi une histoire de couple ce type d’emprise : il faut ce gourou avec cette capacité d’approcher l’autre, mais ça ne marcherait pas avec n’importe qui. Ce sont souvent des gens vulnérables. Comme dans les sectes. Parce que ce sont des gens qui sont en quête d’identité, de rencontres…

Et la facilité pour lui c’est de prendre des backpackers. Ça existe toujours aujourd’hui d’ailleurs. J’ai eu l’occasion d’en rencontrer il n’y a pas longtemps en voyage au Cambodge, et ce qu’il ressort à chaque fois dans le discours, c’est une quête de sens et d’identité.

C’est ce qu’on retrouve chez les adeptes de sectes, quel que soit l’âge ou le niveau social. C’est à un moment donné, un besoin de comprendre la vie, pourquoi, qui on est… Et je pense que ce type de personnage arrive à les manipuler à travers cette quête. Après, le personnage ne les garde pas longtemps, juste assez pour les droguer et les dépouiller.

Pourtant on se dit qu’au contraire il incarne tout ce qu’ils auraient dû fuir… Un négociant en pierres, qui organise des fêtes…?

Ça les rattache à ce qu’ils connaissent. Pour eux, c’est à la limite plus facile de faire confiance à un occidental. Je ne sais pas vraiment comment ça se passait dans les années 1970 mais quand on voyage, on est toujours un peu en garde. Là, vous rencontrez quelqu’un qui vous rappelle chez vous et qui en joue dans la série. Ça permet une sorte de jeu d’identification entre la victime et l’agresseur.

Dans la série, on ne le voit pas comme un tueur en série « classique » dans le sens où il ne prend pas de plaisir à ôter la vie. Quelle est votre analyse ?

En effet, ce n’est pas la mise à mort qui lui plaît. C’est ce que l’on nomme dans le métier un « meurtre utilitaire ». C’est ce qui va permettre de couvrir un autre crime, en l’occurrence celui de les voler et de les dépouiller.

Michel Fourniret, par exemple, avait fini par faire ça. Au début, c’était un violeur et il a fini par commettre des meurtres utilitaires : ce qu’il voulait, c’était violer et pas tuer ; mais on tue pour ne pas risquer d’avoir des plaintes et d’être recherché.

Mais il y a cette facilité de se dire que ces gens sont à 20 000 km de chez eux. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable, pas d’internet. On ne connaissait pas toujours son itinéraire et on donnait des nouvelles une fois par mois. Aujourd’hui, ça serait moins facile.

Ce qui ressort dans la série, c’est qu’il y a une vraie haine de ce que représentent ces jeunes-là. Ces jeunes, finalement, qu’il aurait aimé être. Il est né d’une bonne famille mais il aurait aimé naître occidental, avoir l’apparence d’un occidental pour être accepté.

Il dit souvent qu’il est rejeté par la société à cause de son métissage…

Oui, cet argument, c’est son mobile. Son mobile conscient en tous cas pour passer à l’acte. Pour les voler et les tuer. De toute manière, il y a un côté très psychopathe chez lui dans le sens où la vie de l’autre n’a pas de valeur à ses yeux. Donc pourquoi pas les supprimer ? Les laisser en vie, ça lui fait prendre des risques.

Son comportement reste difficile à comprendre notamment lorsqu’il donne une interview après être sorti de prison et ensuite lorsqu’il retourne au Népal. C’est une forme de provocation ?

C’est ce qu’on retrouve chez les psychopathes qui sont tueurs en série. C’est un sentiment de toute-puissance. Aux Etats-Unis plus souvent que chez nous, beaucoup se sont amusés à jouer avec la police. Ce que fait Fourniret encore aujourd’hui avec Estelle Mouzin, c’est un besoin de contrôler l’autre. C’est avec ça qu’ils jouissent.

Jusqu’à aller se jeter dans la gueule du loup ?

Oui, c’est ce qu’ont fait plusieurs tueurs en série, persuadés de ne pas être pris et d’être plus forts. C’est pour montrer cette toute-puissance que certains ont acquise vis-à-vis de la police, de l’Etat et de la société. Etant sûrs d’être imprenables. Sobhraj, en plus, s’était évadé plusieurs fois donc il est possible qu’il se soit dit : « Même si je me fais arrêter, j’arriverais peut-être à nouveau à m’évader… » C’est une hypothèse. Seul un entretien avec lui pourrait permettre d’éclairer ses motivations. Mais je pense en tous cas que c’est guidé par ce sentiment de toute puissance et d’être inarrêtable.

Propos recueillis par Emilie Semiramoth, le 15 avril 2021.

Voir de plus:

Entre Me Vergès et le commissaire Moulin.Yves Rénier compte tourner un film sur la vie du «Serpent».
Franck Johannes
Libération
8 avril 1997

Les autorités françaises ne sont visiblement pas ravies de voir débarquer Sobhraj ce matin en France, surtout lorsque celui qui l’attend à l’aéroport est Me Jacques Vergès. L’avocat a expliqué que son client «était français et que, lorsqu’il était en prison en Inde, c’est bien le consulat de France qui s’occupait de lui. Donc, il bénéficiait d’une présomption de nationalité française». Charles Sobhraj a cependant dû batailler ferme pour obtenir un laissez-passer, et il devra ensuite demander un certificat de nationalité. Sûr de débarquer en homme libre, «le Serpent» pourrait cependant entrer par la petite porte, laissent entendre les autorités judiciaires. Me Vergès affirme que, s’il était placé dans un centre de rétention, il ne manquerait pas de protester contre cette «atteinte à la liberté». «La légende lui prête mille forfaits, sourit Me Vergès, mais, à supposer qu’il les ait commis, ils datent de plus de vingt ans, et sont donc prescrits.» Sous bénéfice «d’ultimes vérifications», Sobhraj n’est pas poursuivi en France. André Berthol, député RPR de Moselle, le regrette et assure avoir tout fait pour «faire échec à ce retour triomphant. La prescription efface les crimes, pas la douleur des familles». Le député était très proche de la famille Salomon, dont le fils Luc a traversé en Inde la route de Sobhraj. Le jeune homme de 28 ans est mort «d’empoisonnement» en 1976 après avoir partagé, selon des témoins, un poulet au curry avec Sobhraj, acquitté pour ce crime.

Quelqu’un d’autre, un peu gêné par tout ce tapage, attend Sobhraj depuis un moment: Yves Rénier, l’indispensable commissaire Moulin, qui se verrait bien faire un film sur la vie du Serpent. «C’est une très vieille idée, explique le réalisateur, j’aurais pu le rencontrer dans les années 70 quand j’allais là-bas, à Goa. J’étais même tombé sur un Belge qui est l’un des rares à avoir roulé Sobhraj.» Rénier est allé à deux reprises interroger le détenu à Delhi et n’espérait plus le voir en France. «Au moment où je laissais tomber, Sobhraj m’a appelé.» Rénier entend faire une fiction, mais «pas un film provocateur: je me mets à la place des Salomon, qui ont du mal à admettre que Sobhraj puisse gagner de l’argent avec le récit de ses crimes. Mais c’est l’époque qui est ainsi faite.» André Berthol qui aimerait bien changer l’époque, a travaillé à une proposition de loi pour confisquer ce type de revenus pour les victimes. «Sobhraj a quand même une vie peu commune, souligne Yves Rénier, il est à la fois attirant et repoussant. Intelligent. Manipulateur. C’est un joueur d’échecs».

Voir encore:

Charles Sobhraj, le tueur de touristes
Ce Français de 68 ans, actuellement emprisonné au Népal, a été accusé d’avoir détroussé, et parfois tué, des routards en Asie, dans les années 1970. Portrait d’un homme qui a (presque) toujours su soigner son image et passer entre les mailles du filet.
Jacques Expert et Philippe Broussard
L’Express
16/08/2012

D’abord, un surnom : « le Serpent ». Une appellation reptilienne qui dit à la fois l’art de la fuite et de la séduction, de l’esquive et du poison. Oui, c’est un peu tout cela, Charles Gurmukh Sobhraj : un visage fin, des lunettes de sage, une capacité glaçante à tromper son monde, en particulier les gardiens de prison. Ceux de New Delhi (Inde), où il passa autrefois plus de deux décennies, se souviennent qu’il fut leur prisonnier vedette. Ceux de Katmandou (Népal), où il purge actuellement une peine de vingt années de réclusion, savent qu’avec lui l’histoire n’est jamais vraiment terminée…

« Tant que je peux parler aux gens, je peux les manipuler »

Pour la reconstituer, il faut se méfier d’un écueil : la légende. Dans les archives, les faits, les dates, les noms varient d’une source à l’autre. Avec une certitude, tout de même : c’est à Saigon, l’actuelle Hô Chi Minh-Ville (Vietnam), que tout a commencé. Sobhraj y est né en avril 1944, d’un père indien et d’une mère vietnamienne. Trois ans plus tard, à la séparation du couple, l’enfant reste un temps avec son père à Saigon. Mais celui-ci s’en occupe si peu que sa mère, remariée avec un militaire français, décide de le faire venir en France, pays dont il aura par la suite la nationalité. Mais ce rapprochement n’empêche pas le jeune Charles de connaître une adolescence chaotique de petit délinquant. Premiers larcins, premières condamnations. Dans les années suivantes, il épouse une Française prénommée Chantal et cherche, semble-t-il, à mener une vie « normale ». Las, il multiplie les combines (vol, falsification de chèques…) et décide bientôt de s’exiler en Inde avec sa femme. Intelligent, rusé, parlant plusieurs langues, il se lance dans le trafic de voitures volées. Il lui arrive aussi de s’attaquer à des hippies en quête de paradis artificiels et de liberté. Sa méthode ? Séduire, droguer, détrousser.

En 1971, il monte un « casse » plus ambitieux. En se présentant comme un directeur de casino, il approche une danseuse du ventre dont la chambre d’hôtel, à New Delhi, est située au-dessus d’une bijouterie. Accompagné d’un complice, Sobhraj la séquestre puis perce un trou dans le plancher afin de s’emparer de diamants. Les deux hommes seront arrêtés, peu après, à Bombay. Mais le Français ne restera pas longtemps en détention : après avoir drogué les gardiens, il s’évade et fuit à l’étranger (Afghanistan, Grèce…). Un parcours jalonné d’autres arrestations, et d’autres évasions.

Alors que Chantal finit par le quitter, le voilà en Inde, où il rencontre, en 1975, une jeune Canadienne, Marie-Andrée Leclerc. Ensemble, ils sillonnent l’Asie, s’adonnant au trafic d’héroïne et de pierres précieuses. C’est aussi cette année-là, en Thaïlande, que leur destin bascule. Sobhraj, qui se trouve alors à Pattaya avec Marie-Andrée et un ami indien, se lie avec une touriste américaine de 18 ans dont le corps sans vie sera retrouvé sur la plage, revêtu d’un bikini. A la même époque, d’autres routards sont assassinés en Thaïlande, selon un scénario parfois identique. La presse affuble le mystérieux tueur du surnom de « Bikini Killer ». Pour effacer les traces de ces crimes, il lui arrive de brûler les cadavres.

Pour franchir le frontières, Sobhraj et ses amis utilisent des passeports dérobés à des touristes. Ils retournent à Katmandou, sans savoir que la justice népalaise a enquêté, elle aussi, sur le meurtre d’un couple en décembre 1975. Arrêtés et assignés à résidence, les suspects parviennent à s’échapper. Vers l’Inde, cette fois, où trois autres personnes apparaissent dans leur sillage : un Français, une Anglaise, une Australienne. Le groupe ainsi constitué écume cette région du monde, détroussant d’autres routards. En juillet 1976, ils sont finalement interpellés à New Delhi, après avoir tenté d’empoisonner à la strychnine (?) un groupe d’étudiants français. Etrangement, Sobhraj ne sera jugé que pour tentative de vol et s’en tirera avec douze ans de prison. L’autre Français de la bande est relaxé, l’Anglaise et l’Australienne sont condamnées à six ans de détention. Marie-Andrée, elle, écope de six ans. Par la suite, elle pourra rentrer au Canada, où elle mourra d’un cancer. Sobhraj est à son aise à Tihar, la prison centrale de New Delhi. Il soudoie ses geôliers afin d’obtenir de l’alcool, des livres, parfois même des femmes… Soucieux de son image, il reçoit des journalistes. Certains, sous le charme, le qualifieront de « séduisant ». A son biographe Richard Neville, il confie : « Tant que je peux parler aux gens, je peux les manipuler. » A propos des crimes dont il est accusé, la même explication revient souvent : les victimes étaient des rivaux dans le trafic d’héroïne.

Le Serpent sait que cet épisode indien ne durera qu’un temps. Un autre pays le réclame : la Thaïlande, où il encourt la peine de mort pour l’affaire de Pattaya, en 1975. En connaisseur du droit indien, il orchestre alors une étonnante évasion en 1986 : lors de sa fête d’anniversaire, il offre aux surveillants des bonbons – ou des pâtisseries ou du raisin, les versions divergent – bourrés de somnifères, et s’éclipse déguisé en policier ! Cette cavale sera de courte durée, il s’en doute, il le souhaite. Arrêté à Goa, il est condamné à dix ans de prison supplémentaires. Sa manoeuvre a réussi : entre-temps, la demande d’extradition de la Thaïlande a expiré. Lorsqu’il est libéré, le 17 février 1997, après vingt et un ans passés à Tihar, c’est du côté de Paris, et non de Bangkok, que son sort fait débat : la France, son « pays », rechigne à l’accueillir.

Il a enrôlé un avocat sulfureux, Me Jacques Vergès

En attendant d’être fixé sur son sort, Charles Sobhraj conteste la façon dont la presse le dépeint. Interrogé par Le Monde, il lance : « Ceux qui me décrivent comme le criminel le plus diabolique du siècle ne savent pas de quoi ils parlent. Est-ce que j’ai la tête d’un tueur ? » Au total, il est tout de même soupçonné d’avoir commis au moins une douzaine de meurtres en Asie…

En avril 1997, c’est en star du crime, narguant la justice et les familles des victimes, que le Serpent débarque à Paris. Prévoyant, il a enrôlé un avocat sulfureux, Me Jacques Vergès, ainsi qu’un agent chargé de négocier ses interviews et les droits d’adaptation à l’écran de sa vie. Six ans plus tard, en 2003, il commet tout de même une erreur : retourner au Népal. Reconnu par un journaliste, il est arrêté dans le casino d’un hôtel de Katmandou. Pourquoi avoir pris un tel risque ? Certains médias assurent qu’il avait divers projets, commerciaux et humanitaires, dans ce pays. D’autres évoquent un voyage lié au tournage d’un film. Toujours est-il que Sobhraj doit répondre du double assassinat commis dans ce pays en décembre 1975. Il a beau clamer son innocence, le verdict tombe : vingt ans.

A bientôt 70 ans, le Serpent n’est plus le saute-frontières d’autrefois, mais il continue de séduire. En 2008, il a épousé en prison la fille de son avocate, une « jeunesse » de 22 ans. Aux dernières nouvelles, un film à gros budget reste à l’étude en Inde…

Jacques Expert et Philippe Broussard
Voir aussi:

Charles Sobhraj, serial killer ou beau parleur ?
Parmi les serial killers de légende, on trouve un Français, Charles Sobhraj. Incarcéré au Népal, il affirme être innocent. Portrait d’un séducteur.
De notre correspondante à New Delhi, Vanessa Dougnac
Le Point
15/01/2012

L’hésitation est possible. Sans la masse des uniformes bleus des forces de l’ordre, il serait difficile de considérer que ce chemin boueux, à l’écart d’une artère bondée de Katmandou, mène à l’entrée de la prison centrale du Népal. La vétusté carcérale du sous-continent indien n’a certes plus rien à prouver. « Nom du prisonnier ? » demandent les policiers en formant un barrage devant le guichet des visiteurs. « Charles Sobhraj », le nom du détenu convoité, provoque quelques secondes de silence. « Permission spéciale, prisonnier VIP ! » lance un policier. « Très célèbre », renchérit un autre.

La « célébrité » du Français Charles Sobhraj, il est vrai, a traversé les décennies et les continents. Elle est née en Asie sur les routes des hippies pour échouer jusqu’à ce matin d’hiver dans une prison humide de Katmandou. Entre-temps, l’homme est devenu une légende. Surnommé « Le Serpent » pour ses époustouflants talents d’esquive, Charles Sobhraj est perçu comme l’un des grands assassins de l’histoire récente. D’entrée de jeu, l’encyclopédie en ligne Wikipedia le présente en « serial killer ». Les articles de presse, les films documentaires ou les livres qui retracent sa vie évoquent, non sans une surenchère morbide, un tueur en série machiavélique. Car la légende le sacre en auteur impuni d’au moins douze meurtres commis dans les années soixante-dix : des touristes occidentaux auraient été drogués et détroussés de sa main avant d’être assassinés et même, dans un cas, brûlé vivant à l’essence.

Première incarcération à 19 ans

Tel un scénario de roman noir, la vie de Charles Sobhraj est hors du commun. Sa jeunesse est celle d’un enfant né à Saigon en 1944 de père indien et de mère vietnamienne. Négligé par son père, le garçon vagabonde dans un Saigon violenté par la guerre. Sa mère, qui l’a abandonné pour vivre en France avec un nouvel époux militaire, revient le chercher en 1953, et tente de lui prodiguer une éducation stricte à Paris. Trop tard. À 19 ans, Sobhraj, condamné pour vol de voiture, tâte déjà de la prison à Poissy.

L’histoire reprend quand il s’installe à Bombay en 1970 avec sa femme, Chantal Compagnon, qui donne naissance à leur fille. Sobhraj semble se plaire en Asie. Il multiplie périples, contrebande et trafic de pierres précieuses. Bientôt, il excelle dans sa future spécialité : le vol d’argent et de passeports auprès des touristes étrangers. Son mode opératoire sera immuable. Il se lie d’amitié avec de jeunes routards occidentaux et des hippies en quête d’un nirvana aux parfums de drogue. Il leur prodigue des conseils, leur fait miroiter de « bons plans ». Il est sympathique et inspire la confiance. Les conversations se poursuivent autour d’un verre. L’occasion, pour Sobhraj, de droguer discrètement ses proies. Il les raccompagne alors dans leur chambre et passe leurs affaires au peigne fin.

Bikini Killer

L’escroc s’enhardit au point d’oser un cambriolage assez périlleux. Se présentant en directeur de casino, il séduit une danseuse américaine qui séjourne à l’hôtel Ashoka de Delhi. Il se fait inviter dans sa chambre, qui se situe au-dessus d’une bijouterie…, et perce un trou dans le sol. La police est vite à ses trousses et le « gentleman cambrioleur » doit abandonner son butin. Il est arrêté et s’évade en simulant une crise d’appendicite. Puis il cumule de nouveaux voyages, de la Turquie au Pakistan, de nouvelles arrestations, et de nouvelles évasions, à Kaboul en 1973 et en Grèce en 1975. Entre-temps, face au cycle infernal des délits, sa femme le quitte pour rentrer en France.

C’est alors que s’ouvrirait le chapitre de la violence. De retour en Inde, le bandit séducteur se serait mué en un redoutable tueur en série. Il s’entoure de disciples : Marie-Andrée Leclerc, sa maîtresse canadienne, et l’Indien Ajay Chowdhury, son homme de main. Le trio s’installe à Bangkok. Tout en se lançant dans le trafic d’héroïne, Sobhraj continue celui de pierres précieuses et détrousse les touristes. Mais à la fin de l’année 1975, des cadavres surgissent au rythme effréné des vols.

La liste est lugubre : l’Américaine Teresa Knowlton, à peine majeure, retrouvée morte et brûlée à Pattaya, et la jeune Jennie Bollivar, noyée et abandonnée en maillot sur la plage. Un couple de Hollandais, la Française Anne-Marie Parry, le Turc Vitali Hakim, puis son amie française retrouvée, elle aussi, noyée en simple maillot. Les cadavres de la plage de Pattaya vaudront à Sobhraj le surnom de « Bikini Killer ». Les passeports de plusieurs disparus seront retrouvés dans le coffre-fort de la maison de Bangkok. Fin décembre, le trio se serait rendu à Katmandou et aurait rencontré un couple dont les corps sont plus tard découverts calcinés. Après un bref retour en Thaïlande, la trace de Sobhraj est mentionnée de Goa à Hong Kong, dans de brutales péripéties qui alternent soupçons d’assassinats, cavales, nouveaux acolytes et vols de touristes drogués. L’un d’entre eux, le Français Luc Solomon succombe aux sédatifs. En juillet 1976, quand une vingtaine de touristes français sont pris de crises diarrhéiques dans le hall d’un hôtel de Delhi, Sobhraj est maîtrisé et arrêté. Il avait eu la main trop lourde sur le dosage des poisons.

Manipulation

Les tribunaux indiens ne jugeront pas Sobhraj coupable de meurtre. Pour vols et évasions, il va néanmoins purger 21 années dans la prison de Tihar, à New Delhi. Son charisme et ses combines ont raison de ses gardiens qui l’appellent « Monsieur Charles ». Il gagne même l’amitié des autres prisonniers. « Tant que je peux parler aux gens, je peux les manipuler », a-t-il déclaré à l’époque à son biographe Richard Neville. Et son audace n’est pas ébranlée. En 1986, sachant qu’il est sur le point d’être libéré et extradé vers la Thaïlande où se profile la peine de mort, Sobhraj élabore un subterfuge. Le jour de son anniversaire, il offre des sucreries et des raisins empoisonnés à toute son unité carcérale. Les six gardiens endormis, il s’évade par la grande porte. Tout en prenant tranquillement des photos afin d’éterniser les procédures du procès auquel il s’expose. Il est arrêté deux semaines plus tard en train de dîner, sans se cacher, dans un bar de Goa. Il obtient donc une prolongation de peine en Inde et évite l’extradition à Bangkok. Quand il achève sa condamnation en 1997, le mandat d’arrêt a expiré. Sobhraj est libre. Il part vivre en France où il négocie sa notoriété, ses interviews et même, se flatte-t-il, des scénarios à Hollywood.

Mais son passé va le rattraper. En 2003, il commet une erreur : il revient, en toute légalité, au Népal. Dans les rues de Katmandou, un journaliste le reconnaît et s’offusque de sa présence. Sommées d’agir, les autorités l’arrêtent dans un casino pour le double meurtre de 1975. Rejetant un ultime appel, la Cour suprême de Katmandou confirmera en 2010 la condamnation à perpétuité de Sobhraj, reconnu coupable de l’assassinat au couteau en 1975 de l’Américaine Connie Jo Bronzich. « Sobhraj se voit en un super-héros criminel, a déclaré Ganesh K. C., l’officier de police qui l’a appréhendé. Je crois que c’est un psychopathe. Il ne tue pas pour l’argent, mais pour sa seule satisfaction. Il veut montrer son talent au monde entier. » Quant à l’intéressé, il nie avoir déjà mis les pieds au Népal avant son arrestation. « Je suis innocent, dit-il, je n’ai absolument rien à voir avec cette affaire. » Sa volumineuse pétition de 449 pages demandant une révision du jugement a été rejetée en décembre. Sobhraj en reste donc à une peine maximale de vingt années de prison avec un minimum de treize années, sachant qu’il en a déjà accompli huit.

Charmeur

Aujourd’hui, Charles Sobhraj a 67 ans. Du fond de sa cellule, son éternelle casquette vissée sur la tête, il n’a rien perdu de son aura. Fidèle à son grand talent, Le Serpent continue à aimanter des femmes intelligentes. Et pas des moindres : celle qui le défend – gratuitement – en France, Isabelle Coutant-Peyre, avocate connue pour ses clients radicaux ; à Katmandou, Sobhraj a hypnotisé d’amour une énième conquête : la Népalaise Nihita Biswas, 22 ans, sa traductrice. Les deux tourtereaux se sont mariés le 9 octobre 2008 lors d’une cérémonie hindoue organisée dans la prison. Dans la foulée, Sobhraj a rallié à sa cause la mère de sa jeune épouse, l’avocate Shakuntala Thapa, issue d’une vieille famille aristocratique népalaise.

Toutes le dépeignent en termes affectueux. Isabelle Coutant-Peyre le voit comme « un romantique, un aventurier, un type qui a trempé dans de sales milieux, mais qui n’a rien d’un tueur en série. » Shakuntala Thapa, sa combative avocate népalaise, parle d’un « homme généreux et amical ». Nihita retient « sa grande gentillesse, son aura, sa force et sa patience ». Toutes sont convaincues de son innocence. « Je ne pense pas qu’un homme puisse changer, explique la jolie Nihita. Celui qui est mon mari aujourd’hui ne peut pas avoir commis des crimes hier. » L’an dernier, Nihita est allée jusqu’à participer au Big Brother indien, une émission de télé-réalité, lors duquel elle a farouchement défendu son mariage. Avec une intensité qu’elle continue à revendiquer : « Notre amour est de plus en plus fort. »

« Je suis certain d’être acquitté »

Plusieurs entretiens téléphoniques avec Sobhraj, faute de permission de visite, révèlent un homme courtois et agréable. Le Serpent n’a pas changé de peau. L’homme est posé, la conversation facile. Il discute de ses projets de livre, de son cas judiciaire et de sa famille. Glisse quelques « secrets », dont « il ne faut pas parler ». Distille les informations. Alterne le personnel et le professionnel. Surtout, il montre une véritable énergie pour organiser et maîtriser sa situation. Dans sa cellule, il passe des heures à écrire et à travailler sur ses ressorts judiciaires. Sobhraj semble habité par l’évidence que le dernier acte de sa vie ne peut se jouer dans une sordide prison népalaise. « Je suis certain, nous écrit-il, que je serai acquitté. »

Et de fait, les pièces présentées au procès accumulent les irrégularités dans la procédure et les délais. « Des photocopies, et non des documents originaux, ont servi de preuves », souligne Me Shakuntala Thapa, qui dénonce « la corruption du système népalais ». Me Isabelle Coutant-Peyre s’insurge face à un « dossier entièrement falsifié au moyen de fausses fiches d’hôtel et de témoignages inventés ». D’après l’avocate, « on fait payer à Sobhraj sa réputation ». Au-delà, elle accuse les autorités françaises de « discriminer » son client : « La France attend simplement qu’il meure dans les geôles népalaises. » Et du côté de l’ambassade de France à Katmandou, le sort de Sobhraj semble susciter l’agacement. « C’est du réchauffé, cette histoire ! » juge le service consulaire averti de notre enquête, avant de grommeler qu’il a « déjà assez à faire avec les problèmes des touristes français ».

Vantardise

Pourtant, Sobhraj fera peut-être encore parler de lui. Car Isabelle Coutant-Peyre a saisi le Comité des droits de l’homme des Nations unies et a déposé une plainte contre l’État du Népal. Le 27 juillet 2010, le Comité a fait droit à cette plainte en relevant un procès inéquitable et des violations de droits à l’égard de Sobhraj. L’affaire pourrait avoir des suites, bien que le Népal ne semble pas vraiment disposé à « réparer ses torts ».

S’il est innocent, Sobhraj aura activement creusé sa propre tombe. Non sans vantardise, il a toujours joué l’ambiguïté sur ses exploits criminels. Et puis, bien qu’il le réfute, il y a eu le fameux témoignage de Richard Neville, auteur de La vie et les crimes de Charles Sobhraj, publié en 1979. L’écrivain fait état des « aveux » de Sobhraj qui lui aurait narré les meurtres, détails sordides à l’appui. Bien sûr, la « légende Sobhraj » a pu aussi s’emballer et exagérer ses méfaits en lui mettant sur le dos tous les cadavres de toxicomanes de l’Asie des années hippies. Car le portrait du Serpent dépasse la réalité. Décrit par la presse anglophone des années quatre-vingt comme un « expert en karaté aux petits yeux perçants » ou un « félin glacial aux yeux énormes »… Dans les livres ou les articles consacrés à sa vie, les dates, les victimes, les noms, les lieux, les détails ne sont jamais les mêmes. Le roi de la manipulation et du mensonge a su brouiller les pistes et fabriquer sa légende, mais il s’y est perdu lui-même.

Voir également:

Sobhraj in India
Charles Sobhraj hated India, but the country got to him in the end
Ahead of the movie ‘Main Aur Charles’, which revisits the criminal’s jailbreak from Tihar in the 1980s, a look at his escapades.
Nandini Ramnath
Scroll.in
Oct 27, 2015

An international man of mystery of Indian extraction is a rarity. But if India has not rushed to embrace Charles Sobhraj as one of its own, it is with good reason. The half-Sindhi and half-Vietnamese criminal despised his Indian heritage, and used the country as one massive crime scene. India was where his father had relatives and maintained one of two households, where Charles Sobhraj first arrived to spend time with an extended family he had never met before, where he committed fraud, robbery and murder, and where he was arrested and sentenced for lengthy periods.

Sobhraj’s exploits include several audacious jailbreaks, one of which is the basis of the upcoming movie Main Aur Charles. Written and directed by Prawaal Raman, the October 30 release stars Randeep Hooda as the man who walked out of Tihar Jail in 1986 and then engineered his re-arrest to buy himself more jail time. Sobhraj wanted to remain in an Indian prison to avoid being extradited to Thailand, where he faced a possible death rap for a series of brutal murders committed in the mid-1970s, and he manipulated the Indian judicial system with the same ease with which he twisted the confidence of countless family members, victims and girlfriends over the course of two decades.

Sobhraj is now 71, and has been serving time in a Nepalese prison since 2003 for murders committed there during the ’70s.

In 1975, after escaping from a Greek prison,  Sobhraj boarded a plane to India for only his second extended trip to the country. But his feelings about the subcontinent, as reported by Richard Neville and Julie Clarke in the book Charles Sobhraj,  weren’t exactly positive: “How he hated India, except as a land of easy pickings, and although its blood flowed through his veins, he rarely acknowledged it.”

Charles Sobhraj is based on extensive interviews conducted with the frequent felon in Tihar Jail in 1977, when he was on trial for a failed attempt to rob a French tour group. Although Sobhraj later disowned the book – he is a man who likes to be in charge of his mythos – Neville and Clarke had no doubt about his culpability. “I had come to Delhi with some vague theory of Charles as a child of colonialism revenging himself on the counter-culture,” Neville, a prominent figure of the Australian counter-culture himself and the co-editor of the magazine Oz, writes in the epilogue. “Instead, I was dazzled by a brilliant psychopath.”

Raman clarified that Main Aur Charles is not a biopic but “an account of a chargesheet”. The movie is set in the ’70s and ’80s, and also stars Richa Chadha as a lawyer who is drawn by Sobhraj’s animal magnetism. “The movie is about a jail break and the subsequent police investigation,” said Raman, who has previously directed Gayab and 404. “The basic idea is to do justice to the determination of people involved in the case. It is a fictionalised account, which is why I didn’t need to seek permission to make the film.”

Sobhraj first came to notice in the ’70s after a series of murders of American and European tourists in Bangkok that were pinned on him and his collaborators. Even while Neville and Clarke were interviewing Sobhraj in Delhi in 1977, American journalist Thomas Thompson was researching Serpentine, an exhaustive account of the crook’s life and crimes. Serpentine ends with Sobhraj’s conviction by the Supreme Court of India on August 8, 1978, on charges of culpable homicide and robbery. The subject outlived the author: Thompson died from a liver disease in 1982, which his family believes he contracted during his research on Serpentine.

Sobhraj also inspired the mini-series Shadow of the Cobra, starring Art Malik and made in 1989 for Australian television. Sobhraj might have appeared in the movies himself if he hadn’t been occupied with drugging tourists and relieving them of their possessions and passports. Thompson describes a moment from 1971, when Sobhraj was in Mumbai’s Colaba tourist district, casing out various hospitality establishments.

“Once Charles had been asked by a director to be an extra in a crowd scene that required foreign faces, and although he did not have the time at that moment, the idea of becoming a film star someday was tucked in one corner of his head,” Thompson writes.

There are traces of Sobhraj in the half-Indian and half-Chinese character played by Danny Denzongpa in Mahesh Bhatt’s 1979 Lahu Ke Do Rang. (If a movie on Sobhraj had been made in those years, Denzongpa would have a shoo-in for the role). Two decades later, Sriram Raghavan was among the filmmakers keen on bringing aspects of Sobhraj’s life to the screen, and he started preliminary research on the subject.

“He is a fascinating character with an Indian connection,” Raghavan said. “The screenplay never got written, and I don’t know how I would have tackled the subject.” Elements of the smuggler’s persona crept into Saif Ali Khan’s character in Raghavan’s 2004 thriller Ek Hasina Thi, especially Sobhraj’s widely acknowledged charm, which allowed him to “befriend a cabbie as easily as a big shot”, the filmmaker added.

In the early 2000s, the Mumbai production company SBI Impresario, set up by Sorab Irani, set out to make a biopic based on Sobhraj’s memoir, The Aftermath. The movie was called Bottomline. Jackie Shroff was to have played the criminal, who had been spending time in London after serving out his prison sentence in India, and British author Farrukh Dhondy was to have written the screenplay.

In a blog published in 2013, Sorab Irani’s daughter, filmmaker Oorvazi Irani, details their colourful encounter with the criminal in 2002, adding that “the film is “still under production and not yet made”. In 2007, Dhondy published a novel based on Sobhraj’s crimes, titled The Bikini Murders.

Saigon to France to India

As anyone who has followed his story well knows, Sobhraj’s life is difficult to summarise in a single movie. He was born on April 6, 1944, during World War II in Saigon, in the territory then known as French Indochina. He was christened Gurmukh, a name his Vietnamese mother Song found hard to pronounce. He was the illegitimate son of a short-lived union between Song, variously described as a shop assistant and bar hostess, and Hotchand Bhawnani Sobhraj, also variously described as a humble tailor (by Thompson) and a moneylender and successful owner of two tailoring shops (by Neville and Clarke).

“The little boy was called Gurmukh, an Indian name that Mr Sobhraj had come up with, although the child had no official identity,” Thompson writes. “Wartime records had been poorly kept, and aside from an entry in a hospital record, the baby did not exist in the eyes of the transitional government.”

Unwanted by his father, Sobhraj was taken to France by Song when she married a French soldier. His official name was Hotchand Bhawnani Gurmukh Sobhraj, and his new moniker emerged in the country that eventually granted him citizenship, perhaps because the precocious boy delighted in mimicking the actor and filmmaker Charles Chaplin. In 1959, when he was 15, his name was entered in church records as Charles Gurmukh Sobhraj.

Before he could become a French citizen, Sobhraj had to face his Indian heritage. On his mother’s request, Hotchand sent Charles to his family home near Pune for a few months in 1961. The idea was to spend enough time in India to qualify for citizenship, but Sobhraj hated his relatives, the food, and the climate, and he eventually escaped to Saigon as a stowaway on a ship. He was sent back to India by his father in 1962, but was not allowed to disembark because he did not have the proper papers.

Sent back to his mother in Marseilles and granted a temporary visa, Sobhraj embarked on a series of petty crimes that nearly got him kicked out of his adopted homeland. He was finally declared a French citizen by 1970 through his mother since she was a natural-born citizen of a former French colony. However, Sobhraj’s destiny lay in the country he had so strenuously rejected. According to Thompson, the French consul official who granted Sobhraj his citizenship declared, “This man, someday he will meet his fate in India.”

That year, Sobhraj travelled again to India with his wife, Chantal. She gave birth to their daughter, Madhu, in a hospital in Mumbai. Sobhraj “moved easily into Bombay’s international colony”, Thompson writes. Among his friends were the associate director of the Alliance Francaise, who offered the silken-tongued émigré and his family an apartment at a discounted rate.

Sobhraj described himself as a businessman, but his trade was selling used and stolen cars to the city’s elite who, for all their wealth, have never shied away from a good bargain. “Charles’ popularity among the Bombay affluent was confirmed when he demonstrated his ability to procure shiny and apparently new Alfa Romeos, BMWs, Maseratis and Mercedes,” Neville and Clarke write. Sobhraj’s poor opinion about Indians was cemented during this phase, according to the authors. “They were so passive and dishonest at the same time… Charles was proud and ambitious and the only thing he liked about Bombay was the Taj Mahal Hotel, that symbol of wealthy, aristocracy and power,” they write.

Crime Scene India

Between 1971 and 1978, according to his confession and Thompson’s investigation, Sobhraj committed a series of crimes in various countries, including a failed attempt to rob an emporium at Hotel Ashok in Delhi in 1971. Upon being caught, he faked an appendix problem (an appendectomy was performed on him nevertheless) and, with Chantal’s help, managed to escape from the hospital. Serpentine documents Sobhraj’s frantic cross-border movements over the next few years – he fetched up in Kabul, Istanbul, and Athens, and slipped out of prisons upon arrest. By mid-1975, Sobhraj was back in India, posing as Alain Gautier, a photographer with the Paris-Match magazine, and winning the confidence of tourists whom he would later rob.

Sobhraj’s modus operandi included seducing women who became pliant and loyal accomplices. “He was a women’s fantasy of one moment of adventure – and danger,” his half-brother Andre told Thompson. Among Sobhraj’s most devoted lovers was Marie-Andree Leclerc, a Canadian who was accused of helping him commit several dastardly crimes, including at least five murders in Bangkok in 1975. She was around when he unsuccessfully drugged several French tourists at Hotel Vikram in Delhi in July 1976. They were arrested and lodged at Tihar, from where he staged his sensational jailbreak.

Sobhraj thrived on the permissive mores of the ’70s, and many of his victims were hippies and backpackers who were unable to see beyond his smooth sales pitch, said Julie Clarke, the co-author of Charles Sobhraj, in an email interview. “The fact that young unsophisticated Westerners were suddenly travelling in Asia in great numbers, and had a hippie culture of trusting everyone, provided such an easy target for him,” Clarke said. “The cultural use of marijuana had everyone a bit too relaxed.”

Perhaps it is not so surprising after all that Indian filmmakers have balked from bringing Sobhraj’s misadventures to the screen, even though the ’70s saw a spate of anti-hero movies across languages. The Hindi film industry in particular delighted in packing the screen with gamblers, spies, thieves, con-men, smugglers, molls and drug dealers. Yet, the morality of the characters remained black and white: heroes were misguided or pretending to be so, heroines lost their waywardness once they fell in love, and villains remained unrepentant and got their comeuppance.

Sobhraj doesn’t quite fit into this neat matrix. However, present-day popular cinema, which is more interested in psychological realism, is perhaps the best placed to examine his complex personality.

“My view is that he is a classic psychopath; we are looking at a mental illness,” Julie Clarke said. “He is not a hero in any sense. He fascinates those who are gullible (which is a human condition as most of us don’t come across psychopaths in the normal course of life.)”

Real versus reel

Raman’s Main Aur Charles will contrast the outlaw’s actions with those of the upright police officers who go after him. Nandu Madhav plays Madhukar Zende, the Mumbai police officer who arrested Sobhraj in Goa after his jailbreak. Zende had been staking out various establishments in Goa, and he famously walked up to Sobhraj at a restaurant in Porvorim, grabbed his arm and said, “Hello Charles, how are you?”

One of the key characters in this episode is Amod Kanth, who was Deputy Commissioner of Police in Delhi when Sobhraj made his escape. Kanth, who has retired from the police force and runs the non-governmental organisation Prayas, is portrayed by Adil Hussain in Main Aur Charles.

Kanth has been a part of several high-profile investigations, including the assassination of former prime minister Rajiv Gandhi, the Jessica Lall murder, and the BMW hit and run killing. “In the canvas of my experience, Sobhraj stands out as a character, and not in a good sense,” Kanth said. “He was in my custody for over a month, and I interrogated him. I would never allow him to sit on a chair and made him sit on the floor.”

Sobhraj’s mesmerising hold over men and women has been well documented. “He always parades his masculinity as if he were afraid it would go away,” a former girlfriend told Thompson. But Kanth remains unimpressed. “His character is slimy, and there is nothing charismatic about him, whatever his admirers might feel,” Kanth said. “He is a restless and fundamentally devious character.”

Which makes him ripe screenplay fodder. Prawaal Raman emphasised that while Main Aur Charles does not glorify Sobhraj, the filmmaker is not sitting in judgment on him either. “When there is a fight between good and evil, the battle is more interesting than who wins,” Raman said. “The movie is about an enigmatic man, a very focused cop, and their basic confrontation. I have taken a bird’s eye view.”

Voir de même:

La nébuleuse affaire Marie-Andrée Leclerc
La Québécoise Marie-Andrée Leclerc a été déclarée coupable du meurtre et du vol de touristes en Asie avec son compagnon de voyage Charles Sobhraj.
Radio-Canada
Apr 13 2021| Mis à jour le 13 avril 2021

La récente minisérie The Serpent raconte l’histoire du tueur en série français Charles Sobhraj et de sa compagne, la Québécoise Marie-Andrée Leclerc. Était-elle victime ou meurtrière? Retour en archives sur une affaire tout aussi scabreuse qu’énigmatique.

À la fin des années 70, l’affaire Marie-Andrée Leclerc a fait couler beaucoup d’encre. Comment une secrétaire médicale de Lévis est-elle devenue la femme la plus recherchée d’Asie?

Pendant un périple d’un an, de 1975 à 1976, la Québécoise aurait participé aux meurtres de plusieurs touristes européens et nord-américains en Asie.

En août 1976, elle est arrêtée et incarcérée à la prison de Tihar, en Inde. Elle devra y demeurer plusieurs années en attente de son procès. Ses conditions de détention lui attirent une certaine sympathie.

Marie-Andrée Leclerc nie être une meurtrière et prétend plutôt avoir été sous l’emprise de Charles Sobhraj, un criminel indo-vietnamien avec qui elle voyageait.

Six ans plus tard, elle sera inculpée et condamnée à la prison à perpétuité avec son complice.

Elle aurait aidé Charles Sobhraj à droguer des voyageurs naïfs pour leur dérober argent et passeports, puis s’en débarrasser.

Ce reportage du journaliste Yves Désautels au Téléjournal du 24 juillet 1983 est présenté lors de son retour au pays.

Partie pour un voyage en Inde qui ne devait durer que quelques mois, la voici huit ans plus tard, épuisée, devant se déplacer en chaise roulante, meurtrie physiquement et moralement, mais visiblement heureuse d’être de retour au pays.

Une citation de :Yves Désautels

La jeune femme étant atteinte d’un cancer, la Cour suprême indienne l’autorise à revenir temporairement au Canada afin de se faire soigner.

Son retour lui donne l’occasion de publier un livre sur son histoire qui compte cependant plusieurs zones d’ombres.

Le témoignage de Marie-Andrée Leclerc

Moins d’un an plus tard, le 20 avril 1984, Marie-Andrée Leclerc meurt à Québec des suites d’un cancer de l’utérus.

Le reportage du journaliste Jacques Plante au Téléjournal montre quelques extraits d’une entrevue qu’elle a accordée à Radio-Canada lors de la publication de son livre.

On y découvre une femme charmante, toute délicate et en apparence sereine. Cela pourrait expliquer pourquoi plusieurs Québécois l’ont crue innocente jusqu’au dernier moment.

La Lévisienne prétendra jusqu’à sa mort qu’elle ne savait rien des activités meurtrières de Charles Sobhraj, disant plutôt avoir été sa victime. Il lui aurait dérobé tout son argent et aurait fait en sorte que son passeport soit inutilisable. Elle était à sa merci, écrit-elle dans son livre.

Elle affirmera également ne pas avoir été amoureuse de son compagnon, qui se disait négociant en pierres précieuses.

Pourtant, elle va le rejoindre en Asie quelques mois à peine après l’avoir rencontré en 1975 lors d’un premier voyage en Inde. Son journal intime, obtenu par les autorités thaïlandaises, exprime également le contraire.

L’enquête de la journaliste Huguette Laprise

Outre le livre Je reviens…, publié aux Éditions Stanké en 1983, L’Affaire Marie-Andrée Leclerc d’Huguette Laprise permet un certain éclairage sur cette histoire.

Envoyée spéciale du quotidien La Presse, la journaliste s’est rendue à trois reprises en Asie pour couvrir l’affaire Marie-Andrée Leclerc. Elle met en doute l’innocence complète de la Québécoise.

À l’émission Le Point Médias du 5 novembre 1993, la journaliste Madeleine Poulin s’entretient longuement avec Huguette Laprise.

Elle explique être allée à la rencontre de Marie-André Leclerc en Inde à la suite du mandat d’arrestation international d’Interpol.

« Je suis vraiment partie avec cette idée d’aller aider une Québécoise qui est mal prise », raconte-t-elle.

Mais au cours de son enquête, la journaliste découvre un dossier très chargé et documenté. Les faits et les témoignages qu’elle recueille au Népal, à Hong Kong et en Thaïlande sont accablants.

On ne peut pas être dans un appartement et qu’il y ait des gens qui sont enchaînés dans notre appartement sans les voir!

Une citation de :La journaliste Huguette Laprise

Lorsque la journaliste la visite en prison, Marie-Andrée Leclerc parle comme une petite fille naïve, se disant en bien mauvaise posture et appelant à l’aide.

Huguette Laprise croise également Charles Sobhraj au palais de justice. Un personnage qu’elle décrit comme antipathique qui a tout d’un psychopathe et auquel Marie-Andrée Leclerc semble encore très attachée.

Marie-Andrée Leclerc était très certainement sous le charme de Charles Sobhraj, mais sous son emprise, sans voir tout ce qu’il tramait? Tous les éléments d’information colligés par la journaliste Huguette Laprise vont dans le sens contraire.

« Après toutes ces années-là, ce que je peux dire, c’est que cette fille a eu un destin très très triste, abominable », conclut la journaliste de La Presse.

Voir de plus:

23 avril 2021C’est petit, le Québec, quand même. Au milieu des années 60, le comédien Marcel Lebœuf, originaire de Lévis, se faisait garder par Marie-Andrée Leclerc. Oui, oui. La Marie-Andrée Leclerc, alias la belle Monique, que le monde entier a redécouverte depuis la mise en ligne de la minisérie Le Serpent sur Netflix, au début du mois.

La famille Lebœuf vivait alors rue Fraser, tandis que les Leclerc vivaient à côté, rue Déziel, près du Collège de Lévis.

« Elle m’a gardé de 8 à 11 ans. Elle avait alors 17 ou 18 ans. Je la trouvais donc belle. Je pense que j’étais amoureux d’elle », se souvient Marcel Lebœuf.

Encore mieux, maintenant : la fille de Marcel Lebœuf, l’actrice Laurence Lebœuf, a passé deux auditions, en décembre 2018, pour décrocher le rôle de Marie-Andrée Leclerc dans Le Serpent. C’est le genre d’histoire qui ne s’invente pas.

À Montréal, Laurence Lebœuf a enregistré trois scènes, dont celle où l’empoisonneuse Marie-Andrée/Monique entre dans la chambre des deux touristes néerlandais drogués. La vidéo a ensuite été transmise à la société Mammoth Screen, qui a produit Le Serpent pour la BBC et Netflix.

Les producteurs l’ont rappelée pour un deuxième bout d’essai, mais Laurence Lebœuf n’a pas obtenu le rôle, qui a été attribué à Jenna Coleman (Doctor Who), incapable de parler français, comme la minisérie nous le prouve pendant huit épisodes d’une heure. Ce qui est affreusement gênant pour une émission avec un tel budget et un souci maniaque du détail historique.

« C’est frustrant de voir qu’ils ont pris une Britannique pour jouer une Québécoise. Je ne peux pas y croire. Pour nous autres, ça fait mal, ça me fait un pincement pour notre représentation à la télé. Je suis certaine que la barrière de la langue a empêché Jenna Coleman d’être à son meilleur. »

— Laurence Lebœuf

« Même si ce n’est pas moi qui l’ai obtenu, j’aurais vu une Evelyne Brochu ou une Sophie Desmarais dans ce rôle », raconte Laurence Lebœuf, après une journée de tournage de la télésérie Transplant de CTV, à Montréal.

Encore pire, selon Laurence Lebœuf, et je partage son avis à 100 % : la scène où Marie-Andrée Leclerc appelle sa mère, Marie-Paule, à Lévis, à la fin de la série. Les deux Québécoises pure laine se parlent alors dans un français incompréhensible même pour des téléspectateurs francophones. Il faut ajouter les sous-titres pour décoder leur échange. « Avec les budgets qu’ils ont, c’est tellement frustrant de voir ça », soupire Laurence Lebœuf.

Comme Laurence Lebœuf avait déjà passé des auditions pour d’autres séries de la BBC, elle se trouvait dans le circuit pour briguer des rôles prestigieux comme celui de Marie-Andrée Leclerc, cette secrétaire médicale de Lévis qui a fait les manchettes, au milieu des années 70, après avoir accompagné le psychopathe Charles Sobhraj dans une cavale meurtrière en Thaïlande, au Népal et en Inde.

Catherine St-Laurent, qui campe Noélie St-Hilaire dans District 31, a également soumis une vidéo d’audition pour jouer Marie-Andrée Leclerc dans Le Serpent. Elle non plus n’a pas été retenue.

Avec le succès qu’elles remportent dans des téléséries internationales (Mary Kills People, Hannibal, Letterkenny ou Revenge), pourquoi aucune actrice d’ici n’a été considérée pour Le Serpent ? La société de production de la minisérie, Mammoth Screen, dont le siège est à Londres, n’a pas répondu à ma demande d’entrevue.

Vérification faite, ni Karine Vanasse ni Caroline Dhavernas, ni Magalie Lépine-Blondeau, toutes des actrices bilingues qui ont brillé à l’étranger, n’ont été appelées pour Le Serpent.

Cette histoire de langue n’est pas un détail anecdotique ni du chauvinisme mal placé. C’est un enjeu de crédibilité pour une série qui n’a pourtant pas lésiné sur les moyens pour reconstruire les années 70 en Asie du Sud-Est et à Paris.

En entrevue avec le magazine Entertainment Weekly, l’actrice Jenna Coleman a révélé avoir appris ses répliques de façon phonétique, avec l’aide d’un coach vocal. La comédienne n’a eu que « trois ou quatre semaines pour maîtriser » notre langue. C’est un échec cuisant, n’ayons pas peur des mots. « Sais toune étchèque kwuizan », dirait sans doute Monique dans Le Serpent.

Quarante-cinq ans plus tard, l’histoire abracadabrante de Marie-Andrée Leclerc, digne d’un polar de John le Carré, fascine toujours autant. Comment la secrétaire du réputé chirurgien orthopédiste Georges-Albert Daigle de Lévis, une jeune femme de 29 ans très pieuse, a-t-elle pu succomber au charme d’un tueur en série comme Charles Sobhraj ?

En 1983, le journaliste de la station radiophonique CJRP de Québec Jean-Luc Vachon a publié un livre intitulé Marie-Andrée Leclerc – Victime, aventurière ou meurtrière ?

Avec l’aide du père capucin Alain Picard, établi à Varanasi, c’est lui qui a ramené Marie-Andrée Leclerc de New Delhi à l’aéroport de Québec, en juillet 1983. Emprisonnée en Inde, Marie-Andrée Leclerc avait alors obtenu une permission spéciale pour rentrer au pays et soigner un cancer.

Les comptes rendus de l’époque parlent à la fois d’un cancer de l’utérus et d’un cancer des ovaires. Il semble que la maladie était généralisée quand la Lévisienne a été vue par un médecin québécois.

En se rendant interviewer Marie-Andrée Leclerc en Inde, le reporter Jean-Luc Vachon, 42 ans, a contracté la malaria et en est mort en décembre 1983. Marie-Andrée Leclerc a succombé à son cancer cinq mois plus tard, en avril 1984, à l’âge de 36 ans.

« Pour mon père, je crois que Marie-Andrée a d’abord été une aventurière, puis une victime. Mais une victime qui collaborait », avance la fille de Jean-Luc Vachon, Isabelle Vachon.

Si les allers-retours dans le temps ne vous effraient pas – il y en a des dizaines et des dizaines par épisode –, The Serpent vous charmera avec ses aventures exotiques dangereuses. Tout le contraire de l’accent de Jenna Coleman, qui repousse et effraie, tel le cobra indien le plus venimeux de la planète. Envoyez des secours, ça presse.

Voir encore:

Le Serpent: si on oublie l’accent [VIDÉO]
Richard Therrien
Le Soleil
13 avril 2021

CHRONIQUE / Au Québec, Le Serpent fait surtout jaser pour l’accent québécois invraisemblable de son actrice principale, la Britannique Jenna Coleman. Mis à part cet irritant majeur, la série britannique de huit épisodes mérite qu’on s’y intéresse.

Deuxième titre le plus regardé sur Netflix au Canada mardi, Le Serpent s’inspire librement de l’histoire du tueur en série Charles Sobhraj et de celle qu’on présente comme sa complice, la Lévisienne Marie-Andrée Leclerc. Bien réelle, l’affaire hautement sordide remonte aux années 70 et avait été suivie comme un feuilleton dans les journaux.

Ce Serpent, qui porte bien son surnom, c’est un psychopathe qui se fait appeler Alain, accessoirement marchand de pierres précieuses français, qui charme ses victimes en leur faisant miroiter beaucoup d’argent, avant de les droguer, de les faire disparaître de manière atroce et de voler leur identité.

Secrétaire médicale, Marie-Andrée Leclerc a fait sa connaissance lors d’un voyage en Inde en 1975. Elle est soudainement envoûtée par ce «Alain». Dès lors, ils entretiennent une correspondance enflammée.

«Je me languis de tes caresses et de tout ce que les prochaines semaines nous réservent», lui écrit-elle dans une de ses lettres roses, avant de tout quitter pour lui. Elle accepte même de changer son prénom pour Monique dans cette vie empruntée que ce playboy veut lui offrir, une alternative rêvée à son existence banale.

Elle découvre rapidement les véritables intentions de son gourou, qui utilise toujours le même stratagème diabolique. Et elle choisit de rester malgré tout. «Marie-Andrée hurle pour que tout s’arrête mais Monique, elle, n’a pas le choix», se dit-elle à elle-même.

En parallèle, on suit l’enquête d’un diplomate hollandais en Thaïlande, Herman Knippenberg (Billy Howle), sur la disparition d’un jeune couple de touristes dans des circonstances vraiment étranges. Prise au sérieux par personne, la disparition de hippies ne suscite que rires et moqueries, jusqu’à ce que Knippenberg mette la main sur un journal intime, qui confirme ses soupçons. Le personnage est à peu près le seul vraiment attachant et sa quête pour trouver le coupable y est pour beaucoup dans l’intérêt de cette série.

Cette histoire est un film en soi. Il n’y a qu’à relire les journaux de l’époque pour comprendre à quel point le sort de Marie-Andrée Leclerc, condamnée ou défendue de part et d’autre, a fasciné la population.

Il faut souligner la qualité de la reconstitution d’époque, looks inclus, tout comme la trame musicale, qui nous sert Gainsbourg, Aznavour et Dutronc. Tahar Rahim, proclamé meilleur acteur aux César en 2010 pour son rôle dans le film Un prophète, excelle dans le rôle du Serpent. Chacune de ses apparitions donne froid dans le dos.

Bien que le suspense ne manque pas, la série abuse des sauts dans le temps, sans qu’on en sente réellement la nécessité. «Trois mois plus tard, quatre mois plus tôt…», tout ça devient parfois étourdissant.

À défaut d’engager une actrice québécoise – il n’en manque pourtant pas –, il aurait été tout simple de faire doubler les propos en français de l’actrice britannique dans un québécois potable. Mais chez Netflix, ces considérations sont secondaires; ils ont dû se dire: qui, à part les Québécois, feront la différence? On engage de vrais Français, de vrais Britanniques, de vrais Thaïlandais… mais une vraie Québécoise?

Si le doublage ne vous incommode pas, c’est pour une fois l’option la plus sage; la version française biffe le faux accent de Jenna Coleman. Reste que «Monique» de Lévis parle alors avec un accent français mais compréhensible. À vous de voir.

Revenue à Québec parce qu’elle souffrait d’un cancer incurable, Marie-Andrée Leclerc est décédée à 38 ans en 1984. Encore aujourd’hui, la véritable nature de son implication dans les meurtres de Sobhraj fait débat. Quant au Serpent, il est toujours en vie et purge une sentence à vie dans une prison népalaiseReal life Herman Knippenberg details how accurate The Serpent is to true events

Voir aussi:

Billy Howle plays the Dutch diplomat in the BBC drama
Francesca Shillcock
Hello !
February 07, 2021

The Serpent has been shocking fans in recent weeks not only due to its realistic performances but the tragic true story behind it – and now, a real life contributor to the story has opened up about the accuracies in the showHerman Knippenberg was a Dutch diplomat tasked with investigating the string of murders that were occurring across Thailand, Nepal and India in the 1970s at the hands of heinous criminal Charles Sobhraj.In the BBC drama, Herman is played by Billy Howle (MotherFatherSon, On Chesil Beach) and it seems the real Herman was impressed by his performance.

Appearing on Loose Women this week, the former diplomat, now 76, told the panel how true the life the show is. « I think that Billy Howle did a fantastic job. It was so real at times, some of the scenes I saw. »

He added: « I was gripped myself and had to make up my mind whether indeed it was as Billy Howle played it or as I had experienced it, it came dangerously close. »

Herman Knippenberg appeared on Loose Women this week

Herman, who now lives in New Zealand with his wife Vanessa after divorcing his wife Angela (portrayed in the show by Ellie Bamber), also detailed his state of mind and determination while investigating the serious crimes across Asia.

« It was absolutely imperative to stop the killings. As I have said to friends before, even if it was not in the parameters of my work, if I could make the difference I felt in that moment I could and I would. »

He continued: « It would give me the chance to extend a warning to travellers, they have to be careful because in paradise there may be the serpent lurking somewhere, » Herman told the ITV programme. It’s absolutely necessary when someone goes to other countries they are careful about meeting people. »

Voir également:

The Serpent: What happened to Herman Knippenberg? Where is Herman now?

THE SERPENT is the new true-crime series on BBC One and the BBC iPlayer. Billy Howle portrays Herman Knippenberg but what happened to Herman and where is he now?
Molli Mitchell
The Express
Jan 27, 2021

The Serpent on BBC is based on the harrowing crimes of French serial killer, Charles Sobhraj (played by Tahar Rahim). Dutch junior diplomat Herman Knippenberg (Billy Howle), found himself in a cat and mouse chase with Sobhraj, building a case against the killer throughout the 1970s with his wife Angela Knippenberg (Ellie Bamber). What happened to Herman Knippenberg and where is Herman now?

What happened to Herman Knippenberg?

Herman Knippenberg is former Dutch diplomat, who was based at the Dutch Embassy in Bangkok, Thailand in the 1970s.
The position of the third secretary at the embassy in Thailand in 1975 had been Knippenberg’s first major foreign posting at the time.
He had begun looking into the disappearance of two Dutch travellers, Henk Bintanja, 29 and Cornelia Hemker, 25, in 1976.  He soon discovered the pair were not only dead but had been murdered. Bintanja and Hemker had also been misidentified as two missing Australian backpackers.
Knippenberg, who was 31-years-old at the time, began his search for their killer, leading himself down a dark path of murder and deceit. He believed the deaths of his two Dutch came at the hands of a serial killer and he began to look into several other missing tourist cases.
Alongside his wife Angela, and the help of Belgian diplomat, Paul Siemons (Tim McInnerny), they began to delve deeper a series of murders across the Hippie Trail in the late 1970s, leading them to one man: Charles Sobhraj.
During his research, the diplomat turned detective, was led to Nadine (Mathilde Warnier) and Remi Gires (Grégoire Isvarine), the neighbours of Sobhraj who suspected he may have been a killer.
Nadine bravely went undercover for Knippenberg, collecting evidence which helped him build his case against Sobhraj.
Billy Howle who portrays the real Herman Knippenberg in The Serpent spoke to Express.co.uk and other press about taking on the role. He also revealed he spoke with Knippenberg whilst preparing for the role.
Howle said: « It’s a sort of moral question: what drives a man to do such heinous things as Charles Sobhraj has done? And interestingly, when I spoke to the real Herman, he said, ‘Who cares?’ And that was quite amazing for me to hear, and I kind of understood straight away what he meant.
« Well really no, it’s not about trying to understand what drives him  [Sobhraj] to do that, it’s about stopping it. And you know in a sense, how dare another human being do that to innocent people?
“So it’s a sort of moral outrage that drives this fastidious investigation that he takes upon himself.
« It’s so unlikely, really, a person in this position doing the job that he was doing, for this to land on his desk, I think it is the moral outrage at the reality of this, the gravity of it, that drives him forward to want to stop it.”
Sobhraj is believed to have killed over a dozen travellers on the Hippie Trail through Nepal, Thailand and India.
His known victims were Teresa Knowlton, Vitali Hakim, Stephanie Parry, Cornelia Hemker and Henricus Bitanja, Laurent Carriere, Connie Bronzick, Allen Jacobs and Jean-Luc Solomon.
Today, Charles Sobhraj, 76, is serving out a life sentence in Kathmandu prison, Nepal.

Where is Herman Knippenberg now?

Herman and Angela Knippenberg have divorced and have both remarried.
Herman, 76, lives in Wellington, New Zealand with his wife Vanessa today.
He retired in 2003, after three decades in the foreign service. Speaking with The Telegraph, Herman shared he enjoys his peaceful life of country walks, watching movies and reading.
Actor Howle noted he felt it was « enlightening » speaking to the real life Herman as he could gain more of an insight into his life in the foreign services.

Voir  par ailleurs:

The Serpent and his sidekick: New BBC series tells story of ‘bikini killer’ Charles Sobhraj starring Jenna Coleman as ‘brainwashed’ lover who helped him murder at least a dozen tourists on the 1970s hippie trail in Asia

  • Charles Sobhraj murdered at least a dozen Westerners on the 1970s hippie trail 
  • Would drug victims to rob them and trick them into trusting him with scams
  • Gained nickname bikini killer after body of first victim was found in tidal pool 
  • Marie-Andrée was Sobhraj’s girlfriend who ignored him murdering Westerners  

He was the killer who drugged and killed at least a dozen Westerners on the Hippie Trail in Asia in the 1970s.

Now, a new series revisits the crimes of serial killer Charles Sobhraj, who gained the nickname The Serpent because of his skills at deception and evasion, and will premiere tonight on BBC One.

The eight-part drama will detail his killing spree in 1975, and how his accomplice Marie-Andrée Leclerc, played by Jenna Coleman, stood by him despite full knowledge of his crimes and promiscuity.

She’s admitted it was disturbing to play girlfriend who had ‘no empathy’, and would help the killer drug and rob unsuspecting tourists to finance their lifestyle.

Here, Femail revisits the hideous crimes of ‘the bikini killer’ Sobhraj, who was eventually hunted down and sentenced to life in prison.

WHO IS CHARLES SOBRAJ?

Born to an Indian father, Hatchand Sobhraj and Vietnamese mother Tran Loan Phung, Sobhraj grew up in Saigon before his parents divorced and his father cut of all contact with the family.

He was later adopted by his mother’s new boyfriend, a French Army lieutenant stationed in French Indochina, who is thought to have neglected him in favour of his own children with Sobhraj’s mother.

As a teenager he spit his time between Indochina and France, beginning to commit petty crimes such stealing cars and robbing housewives at gunpoint. He served his first prison sentence for burglary in Paris in 1963.

In prison he met volunteer Felix d’Escogne, a wealthy young man who he would eventually move in with use to help accumulate riches through a series of burglaries and scams in high society Paris.

New role: Jenna is currently starring in BBC drama The Serpent, where she plays the 'brainwashed lover' of 'bikini killer' Charles Sobhraj, played by Tahar Rahim

Jenna Coleman has revealed her discomfort at playing the partner of bikini killer Charles Sobhraj, who had ‘no empathy’ as he carried out his horrific crime spree. Pictured, Coleman and Tahar Rahim as Marie-Andrée Leclerc and Sobraj

Jenna Coleman stars in new 1970’s BBC drama ‘The Serpent’

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After his release from prison, Sobhraj met his first love, Chantal Compagnon, a young Parisian woman from a conservative family who he too would later make complicit in his crimes.

He proposed to Compagnon but was arrested later the same day for attempting to evade police while driving a stolen vehicle. He spent eight months in prison while pregnant Chantal remained loyal to him.

From 1970 the pair travelled the world with fake documents by robbing tourists  they met on their travels and using their profits to feed Sobhraj’s gambling habit.

In 1973 he escaped prison after an unsuccessful armed robbery by fleeing to Kabul where he first started fleecing tourists on the Hippie Trail, but was soon arrested again and fled again to Iran.

Compagnon returned to Paris to escape a life of crime after being jailed in Afghanistan and giving birth to her daughter behind bars. Eventually being forced to move to the US to escape Sobhraj.

He spent the next two years on the run, using as many as ten stolen passports,  committing crime with his half brother Andre across Eastern Europe and the Middle East, before his brother was arrested and he fled once again.

WHEN DID HE MEET MARIE-ANDREE LECLERC? 

In the Spring of 1975, Sobhraj met Marie-Andrée Leclerc, a medical secretary travelling India when he acted as her guide of the country.

Sobhraj had been financing his lifestyle by posing as either a salesman or drug dealer to impress tourists, who he then drugged, robbed and often murdered.

At this point the killer was joined by Ajay Chowdhury, a young indian man who would help him scam tourists by helping them out of situations he had caused, for example providing shelter to victims he had poisoned.

Jailed: Charles Sobhraj (pictured in 2014 with Nepalese police) preyed on Western tourists visiting Asia and was known as The Serpent and The Bikini Killer

Jailed: Charles Sobhraj (pictured in 2014 with Nepalese police) preyed on Western tourists visiting Asia and was known as The Serpent and The Bikini Killer

While he claimed that murders were often accidental drug overdoses, it was later alleged by investigators that his motive for murder was silencing victims who threatened to expose him.

Three months later Leclerc flew to Bangkok to meet him after months of him seducing her with love letters – turning  blind eye to his philandering with local women.

According to The Sun, He once remarked on his gift for coercing women: ‘If you use it to make people do wrong it’s an abuse.

‘However, if you use that power to make people do right, it’s OK. Who’s to say what’s right and wrong?’

Besotted, Leclerc became intwined in Sobhraj’s vicious crime spree, and would help him drug tourists to steal their passports and money

Jenna found it disturbing to portray Marie-Andrée Leclerc, the partner of Sobhraj (Tahar Rahim) who stood by him despite full knowledge of his crimes and promiscuity.

‘It was not an easy piece to play because how can you portray someone who has no empathy?’ Coleman told the Radio Times.

WHO DID HE MURDER? 

According to Serpentine by Jennie Bollivar, the first murder took place in 1975, when he drowned a 21-year-old woman from Seattle called Teresa Knowlton.

Her body was found a tidal pool in the Gulf of Thailand a flowered bikini, inspiring the killers nickname ‘the bikini killer’.

Before her death was discovered, Marie willingly posed as Knowlton to cash in the travellers cheques she was carrying worth thousands of dollars.

His next victim was Vitali Hakim, whose burnt body was found on the road to the Pattaya resort, followed by Henk Bintanja and his fiancée Cornelia Hemker,  who had been poisoned by Sobhraj and then nursed back to health.

While they were staying with him, a visit from Hakim’s French girlfriend, Charmayne Carrou threatened to expose him, and so he strangled the pair and burned their bodies.

He murdered at least two others in Thailand before fleeing to Kolkata, where he killed student Avoni Jacob simply to obtain his passport. He later murdered Jean-Luc Solomon by poisoning him.

Sobhraj, who is now aged 76 and serving his life sentence in Nepal, had already spent 20 years in prison for a string of crimes, including murder and robbery

Sobhraj, who is now aged 76 and serving his life sentence in Nepal, had already spent 20 years in prison for a string of crimes, including murder and robbery

HOW HE WAS CAUGHT? 

 In 1976, Sobhraj attempted to drug a group of 60 French students on holiday in New Delhi in an attempt to rob them of passports and cash by giving them sleeping pills disguised as antibiotics.

But this time it backfired when the poison began working a lot faster than he expected.  When the first few students began falling where they stood, the others became alarmed and called the police.

Despite being given a 12-year jail term he lived a life of luxury thanks to bribing prisoners and guards, and has claimed he was able to have female guests to have sex while behind bars.

In The Life And Crimes Of Charles Sobhraj, authors Richard Neville and Julie Clarke claims he said: ‘I had a lot of female visitors, mainly journalists and MA students. Only intellectuals’.

True drama ‘The Serpent’ details crimes of killer Charles Sobhraj

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He was released from prison in 1997, when the 20-year arrest warrant issued by the Thai authorities had elapsed.

Dutch diplomat Herman Knippenberg helped exposed Sobhraj as a multiple killer, after the initial attempts to bring him to justice.

His hunt for the killer started in 1975 with a brief to help Thai police investigate the deaths of the two Dutch students who had been invited to Thailand after meeting Sobhraj in Hong Kong.

He launched his own investigation and gained permission to enter Sobhraj’s home, after the suspect had left for Malaysia.

There he found victims’ blood-stained documents and passports, as well as poisons and syringes.

A sighting of Sobhraj in Kathmandu in 2003 led to his arrest for the murders of two Canadians there in 1975, and at his trial the prosecution relied on evidence accumulated by Knippenberg.

Coleman undertook extensive research ahead of the role, reading Marie-Andrée's diaries of the periods before and after the murders

Coleman undertook extensive research ahead of the role, reading Marie-Andrée’s diaries of the periods before and after the murders

The former Dutch diplomat Herman Knippenberg who exposed Sobhraj will be played by British actor Billy Howell (pictured)

The former Dutch diplomat Herman Knippenberg who exposed Sobhraj will be played by British actor Billy Howell (pictured)

WHERE IS HE NOW?  

A Nepali court sentenced the notorious criminal to life imprisonment in connection with the killing of an American backpacker in 1975.

Sobhraj, who is now aged 76 and serving his sentence in Nepal, had already spent 20 years in prison for a string of crimes, including murder and robbery.

‘I am shocked,’ said Sobhraj as he walked out of the courtroom in handcuffs.

‘I have been found guilty without witnesses and evidence. Not a single witness was called,’ said Sobhraj. ‘We are going to appeal.’

His fame rose once again inside prison and he has since married 24-year-old Nihita Biswas, the daughter of his Nepali lawyer famous for his appearance on India’s equivalent to Big Brother.

Marie-Andrée Leclerc was accused of complicity in the murders, namely those of Jean-Luc Salomon and Avoni Jacob.

In 1980, she and Sobhraj were convicted of the murder of Avoni Jacob, though she has always denied involvement in the killings and was later released on the condition she remained in India.

She returned to Canada to die of cancer in 1984.

‘The Serpent’: TV Review

Tahar Rahim and Jenna Coleman star in this eight-part Netflix miniseries about serial killer Charles Sobhraj, who murdered at least a dozen people in Thailand, India and Nepal in the ’70s.
The Hollywood Reporter
April 1, 2021

For the second season of FX’s American Crime Story franchise, Tom Rob Smith used a reverse-chronological structure to trace Andrew Cunanan’s Talented Mr. Ripley-style journey from con artist with identity issues to road-tripping murderer. It was a framing device that didn’t always feel organic, but it yielded unexpected emotional rewards as the series progressed, aided tremendously by Darren Criss’ lacerating performance.

It’s impossible to know if writer Richard Warlow took inspiration from The Assassination of Gianni Versace; maybe it’s a complete coincidence that he approached the menacing tale of ’70s serial killer Charles Sobhraj as a Talented Mr. Ripley-esque saga about an identity-conflicted con man, complete with a fractured timeline. In this case, Warlow’s eight-part Netflix/BBC One drama The Serpent ends up being an infuriating blueprint for how bad storytelling choices, bad accents and an opaque central performance can thwart even the most inherently gripping of yarns.

Nicknamed the Serpent for his slithery evasiveness and the Bikini Killer because several of his victims were found in skimpy swimwear, Sobhraj (Tahar Rahim) killed at least a dozen people in Thailand, India and Nepal over a few years in the mid-’70s. Most of his victims were tourists on the so-called hippie trail and his other crimes included bank robbery, cheque fraud and passport manipulation. Using Bangkok as his central hub, Sobhraj swapped names and identifications, and he worked with cohorts, including lovely Quebecois Marie-Andree Leclerc (Jenna Coleman) and the amoral Ajay (Amesh Edireweera). With crimes straddling international jurisdictions and involving nationals from disparate countries, Sobhraj seemed uncatchable until he drew the attention of low-level Dutch diplomat Herman Knippenberg (Billy Howle) and his wife Angela (Ellie Bamber), who spent years seeking justice.

The thing that’s baffling about Warlow’s approach to the story is that the process of finding and catching Sobhraj was already immeasurably twisty. The thing Herman was trying to accomplish was already outside of his job purview and required that he work against the interests of corrupt law enforcement agencies, disinterested embassy figures each with a different agenda and victims and witnesses so prone to drug-addled meandering that it was hard to know when somebody had been murdered and when they’d just fallen off the grid in a narcotic haze. Throw in Sobhraj’s document-forging and gift for manipulation, and you could have played this game of cat-and-mouse out over four hours in deliriously entertaining fashion, complete with trippy costumes, a killer soundtrack and an eclectic cast, with no embellishment required.

The Serpent is a structural nightmare, pinballing from country to country and forward and backward in time. It isn’t incomprehensible. No, Warlow and director Tom Shankland insist on noting every shift in time and location with imagery and clattering sound effects from a retro travel destination board. The back-and-forth structure throws any sort of character development for Sobhraj and his crew out the window (ditto any sense of how their crimes evolved) and drains Herman’s burgeoning investigative skills of any suspenseful progression. I don’t doubt that distinguishing between locations in Southeast Asian countries would be somewhat difficult if they weren’t properly introduced initially, but doing it every single time and with the same sound effect had me flinching before the end of the first hour. And that was before we got introduced to scenes in Paris with both the onscreen “PARIS” chyron and then establishing shots of both the Eiffel Tower and Arc de Triomphe.

Tahar Rahim on Embodying « Evil » as Serial Killer Charles Sobhraj in Netflix’s ‘The Serpent’

There’s a looping and overlapping aspect to many of the murders as they’re depicted here — different stages of being conned, drugged and killed — and the time jumping actually reinforces a monotony to the crimes: a lot of vomiting and smothering and body dumping tied to interchangeable beardos and longhairs. Even if we eventually get to know some of the victims, we become bored with them and their fates first, and there’s no chance that was the intention. Here’s where a series at roughly half the length would have been an improvement. The sequences of writhing, sweaty tourists go from harrowing to Hostel-style foreign torture porn, and then lose meaning.

I’m not sure The Serpent needed to be couched as primarily Sobhraj’s story either. After it’s established that he’s driven by an inferiority complex that stems from being mixed race (Indian and Vietnamese) in countries that marginalize him as “brown,” Sobhraj’s psychological depths are never plumbed and Rahim’s performance is maddeningly enigmatic — sometimes effectively so, but sometimes completely lacking in the magnetic charisma other characters keep referencing and in the sociopathic humor the script hints at. There’s no question that villains whose motivations we don’t understand can be unnerving, but eight hours of not understanding left me with a “Maybe try harder?” feeling.

Rahim is surrounded by a cast of strange selections. There are moments Shankland’s camera captures Coleman silently conveying Marie-Andree’s uncertainty in ways that are effective, but any time she spoke in accented English or French I lost the ability to understand why you’d cast a British actress with no Gallic credentials in the part. Howle and Bamber are much better, and the series comes to life in the more linear middle installments. Bamber, a standout in the Shankland-directed Les Miserables miniseries, captures Angela’s frustrated contributions to the case well and, unlike Howle, her accent never makes her sound like Tom Hardy’s Bane.

After the opening episodes over-fixate on Rahim and Coleman’s characters, a good ensemble eventually develops. Mathilde Warnier as Sobhraj’s increasingly distrustful French neighbor, Tim McInnerny as a boozy Belgian diplomat and Damon Herriman as a boozy Australian diplomat became my favorites.

Shankland gets good value out of the international locations the production was able to use before COVID hit, and while I know that a lot of masked British stages were subbed in later, the look blends well. Those middle episodes where Herman forms an unlikely Scooby gang of amateur gumshoes even feature some unnerving set pieces.

Throw in those aforementioned groovy threads and a really great assortment of period needle drops and the show is constantly reminding you of how many positive attributes it would have if it could just sit still and tell its story more clearly. Or maybe it’s better for The Serpent that I’m harping on formal flaws instead of how rarely it seems to understand Sobhraj and his sidekicks, or how superficial is its empathy for their victims.

Cast: Tahar Rahim, Jenna Coleman, Billy Howle, Ellie Bamber, Amesh Edireweera, Mathilde Warnier, Tim McInnerny

Writer: Richard Warlow

Director: Tom Shankland

Premieres Friday, April 2, on Netflix.

Voir enfin:

20 Things You Didn’t Know About ‘Sympathy For The Devil’
Mark Beaumont
NME
26th November 2012

In 1968, Mick Jagger came out to his friends, parents and adoring public as an antichrist. He did it with style, declaring his Beelzebub a demon “of wealth and taste” before recounting his famous misdeeds throughout history – leading the Nazi blitzkrieg, sparking the Russian revolution, shooting JFK and getting Jesus crucified – before a backing choir of “woo-woo”ers who seemed to think all this was a right old lark. But how much do you really know about ‘Sympathy For The Devil’? Here are the song’s darkest secrets.

1. If you’re looking for any signs of a ‘Curse Of Sympathy For The Devil’, which anything in popular culture even slightly occultist is required to have, start with the Guns’N’Roses cover for the Interview With A Vampire film in 1994. Slash was so upset that Axl invited a new rhythm guitarist Paul Huge to play on the song that he quit the band, leaving G’N’R to begin a slow, 20-year slide into Shitsville.2. You might also point to the story that, during the five days of recording the song in early June 1968, a film lamp allegedly started a fire which destroyed much of the band’s equipment, but didn’t harm the tapes.

3. The song’s working title was ‘The Devil Is My Name’, which would have rather undermined the mystery of the whole thing, we suspect.

4. Jagger claims to have taken the inspiration for the idea of a song from Satan’s perspective from Baudelaire. “But I could be wrong. Sometimes when I look at my Baudelaire books, I can’t see it in there. But it was an idea I got from French writing. And I just took a couple of lines and expanded on it.”

5. Although, many of the song’s lines have direct correlations with The Master And Margarita by Russian novelist Mikhail Bulgakov, a book about Beelzebub visiting 1930s Moscow, fresh from Christ’s crucifixion. The book, which Jagger received from Marianne Faithful, includes a scene in which Satan performs a magic show, further evidence that David Blaine is the Evil That Walks Among Us.

6. At the original recording at London’s Olympic Studios, the chant of “woo-woo” started in the control room, kicked off by producer Jimmy Miller and a group including Anita Pallenburg, Marianne Faithful and a coterie of “elite film crow who’d turn up at the studio to sing along to whatever the Stones were recording that day. Producer Jimmy Miller put a mike in the control room to record them, but their takes were scrapped and re-recorded by Jagger, Richards and Miller in LA.

7. The line “who killed the Kennedys” originally went “who killed Kennedy”, but was changed when Robert Kennedy was shot and killed while the recording was underway.

8. Accepted Stones myth suggests that the band were playing ‘Sympathy For The Devil’ at the Altamont festival at the time when crazed fan Meredith Hunter was killed. Not true; it was ‘Under My Thumb’. Bad luck, scary supernatural theorists! Nonetheless, because of the public outrage at the (wrong) story, the Stones didn’t play ‘Sympathy’ live for the next seven years.

9. The Stones certainly got their fair share of controversy out of the song, though, as religious groups pointed to this track, plus the fact that their previous album was called ‘Their Satanic Majesties Request’, as proof that the band were devil worshippers. This tickled the band no end. “”Before, we were just innocent kids out for a good time,” said Richards, “[then] they’re saying, ‘They’re evil, they’re evil.’ Oh, I’m evil, really? So that makes you start thinking about evil… What is evil?… There are black magicians who think we are acting as unknown agents of Lucifer and others who think we are Lucifer. Everybody’s Lucifer.”

10. Jagger believed that the controversy around the track might have kick-started heavy metal’s Satan-bothering bent. “I thought it was a really odd thing, because it was only one song, after all. It wasn’t like it was a whole album, with lots of occult signs on the back. People seemed to embrace the image so readily, [and] it has carried all the way over into heavy metal bands today.”

11. The recording of the song was filmed by French new wave film icon Jean-Luc Godard, who was so taken by the track that he retitled the film about 1960s American sub-culture – originally called One Plus One – to Sympathy For The Devil for its 1968 producer’s cut. Perhaps Satan told him to do it?

12. The first time Charlie Watts heard the song was when Jagger turned up on his doorstep and played it, solo and acoustic, at his front door at sunset. Considering the lyrical content, Watts was a brave man indeed to let him back into the house.

13. Ahead of the likes of Brian Ferry, U2, Pearl Jam, Jane’s Addiction, Ozzy Osbourne and ‘Weird Al’ Yonkovic, the first act to cover the song was the incongruously fluffy Sandie Shaw. ‘Succubus On A String’, anybody?

14. The song started life as a folk tune in the style of Bob Dylan and was tried in six different rhythms before they settled on a dancey bongo samba. “It was all night doing it one way,” said Watts, “then another full night trying it another way, and we just could not get it right. It would never fit a regular rhythm.” Jagger attributes the power of the song to its samba rhythm which, he said, has “an undercurrent of being primitive – because it is a primitive African, South American, Afro-whatever-you-call-that rhythm. So to white people, it has a very sinister thing about it.”

15. Only two takes of ‘Sympathy’ were recorded, the first one, according to Richards, “a disaster” and the second one “perfect”. Jagger took a method acting approach to the song, taking on the role of Satan while singing. “It’s like acting in a movie,” he said, “you try to act out the scene as believably as possible, whether you believe it or not. That’s called GOOD ACTING.”

16. Jagger has claimed the song is more about the evils of mankind than the supernatural devil figure, but that doesn’t quite tie in with the appearance on TV show Rock’n’Roll Circus in 1968 when Jagger sang it topless, covered in fake devil tattoos.

17. The “troubadours who got killed before they reach Bombay” line has caused much debate amongst fans trying to work out who it could refer to, the best conclusion being hippies travelling the ‘Hippy Trail’ to India by road, many of whom would be killed or robbed by drug smugglers in Afghanistan and Pakistan. Two words – Air India.

18. Karen in Will And Grace demanded to walk down the aisle to ‘Sympathy For The Devil’ at her fourth wedding. With hilarious consequences.

19. In 1988, Slovenian industrial rockers Laibach recorded an entire album of covers of the song. Have you heard it? Then the number for the Samaritans is 08457 909090.

20. In 1998, Intel Vice President Steve McGeady quoted a verse from ‘Sympathy’ in court as part of the antitrust trial of Microsoft, allegedly referring to Microsoft as the devil. The lines he quoted were “So if you meet me have some courtesy/Have some sympathy, and some taste/Use all your well-learned politesse/Or I’ll lay your soul to waste”. Whether he did this standing on the desk, sticking his arse out, pursing his lips and clapping was unrecorded by court stenographers.


When they see us: Dans notre société tout homme qui ne parle pas bien risque d’être condamné à mort (Just in time: Guess why a Netflix series by Obama close friend on the 30-year old Central Park Five wilding case amplifying the theme that Trump is a longtime racist just happened to come out a year and a half away from election time ?)

8 décembre, 2019

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J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale :“Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Albert Camus (préface américaine à L’Etranger, 1955)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus (discours de Suède, 1957)
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard (Critiques dans un souterrain, 1976)
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
What they’re trying to do is what the KGB under Lavrentiy Beria said to Stalin, the dictator — I’m not comparing our country to the Soviet Union — I just want to make sure it never becomes anything like that. Beria, once the Soviet deputy premier and interior minister, famously would reassure Stalin, « Show me the man and I’ll find you the crime. » And that’s what some of the Democrats are doing. They have Trump in their sights. They want to figure out a way of impeaching him and they’re searching for a crime. First, they came up with abuse of power — not a crime — it’s not in the Constitution. So now they’re saying ‘bribery,’ but they’re making it up. There is no case for bribery based on, even if all the allegations against the president were to be proved, which they haven’t been. Alan Dershowitz
I see him as the quintessential bully. Too much power truly does warp a person, even a very brilliant person who was once an authentic idealist. Like some of today’s bullies and Machiavellian politicians, he and his family benefited from the democratic society that he later scorned and tried to overpower. We can look back and use the clarity about the past to raise a warning about the present. You can experience viscerally what we lost when we let corrupt people move unchecked. What is our core national character?  Are we going to make heroes out of bullies and prioritize the achievements of power, or are we going to assert that heroism means having empathy for people’s struggles? Edward Norton
C’est une période au cours de laquelle les choses changeaient. On associe souvent New York à une ville libérale, progressive et cosmopolite. Mais dans les années 50, il y avait énormément d’anti-démocratie, de racisme, ce qui a eu un important impact sur le reste du siècle, jusqu’à aujourd’hui. Et je crois que choisir cette période m’a permis d’évoquer ce qui se passe aujourd’hui sans en parler directement. Edward Norton
In an op-ed from Tuesday’s Wall Street Journal, former New York City prosecutor Linda Fairstein responded to the recent Netflix series on the Central Park Five, and accused its producer, Ava DuVernay, of fabricating words attributed to her character, played by Felicity Huffman, to portray her as a racist who was determined to convict the teens in the face of an alleged lack of evidence against them. Fairstein began the article, titled « Netflix’s False Story of the Central Park Five, » by declaring that the series, When They See Us, is « so full of distortions and falsehoods as to be an outright fabrication, » and complained that it is « an utterly false narrative involving an evil mastermind (me) and the falsely accused (the five). » She added that it « attempts to portray me as an overzealous prosecutor and a bigot, the police as incompetent or worse, and the five suspects innocent of all charges against them. None of this is true. Fairstein listed a number of pieces of misinformation from the series and argued that there was plenty of evidence to reasonably convict them at the time, as she stood by charges that they attacked several other people in the park that same night. Among several pieces of misinformation she claimed were included in the series was that it « portrays the suspects as being held without food, deprived of their parents’ company and advice, and not even allowed to use the bathroom, » and argued that if such accusations were true, they would have come out in the pre-trial hearings or inthe lawsuit that was filed years after their release from prison. Fairstein — who was supervisor over the sex crimes unit — argued that the series exaggerates how closely involved she was in handling the case and recalled that she « did not run the investigation, and never made any of the comments the screenwriter attributes to me. » She also directly contradicted a couple of scenes involving the questioning of an underage member of the group: The film claims that when Mr. Salaam’s mother arrived and told police that her son was only 15 — meaning they could not question him without a parent in the room — I tried to stop her, demanding to see a birth certificate. The truth is that Mr. Salaam himself claimed to be 16 and even had a forged bus pass to « prove » it. When I heard his mother say he was 15, I immediately halted his questioning. This is all supported by sworn testimony. The former prosecutor also argued that there was additional evidence of their guilt: There is, for example, the African American woman who testified at the trial — and again at the 2002 reinvestigation — that when Korey Wise called her brother, he told her that he had held the jogger down and felt her breasts while others attacked her. There were blood stains and dirt on clothing of some of the five. She soon added that more than a dozen other witnesses « named some or all of the five » in helping attack other victims. It is noteworthy that, while the Netflix series depicts the five teens as innocent bystanders who merely witnessed other assailants attacking and beating up other victims in the park, the film, The Central Park Five, by Ken Burns, accepted that they were « beating up other people » in the park even while that film was devoted to defending the teens regarding the attack on the jogger, Trisha Meili. Fairstein also recalled that Salaam « testified that he had gone into the park carrying a 14-inch metal pipe — the same type of weapon that was used to bludgeon both a male school teacher and Ms. Meili. » The former prosecutor also argued that the fact that DNA testing on the semen found at the scene did not match any of the five teens did not mean that they could not have been part of the attack on her, as they were charged as « accomplices » to the person who eventually confessed to raping her, serial rapist Matias Reyes. She further recalled that « two of them admitted to climbing on top of her and siimulating intercourse, » adding that « Semen was found on the inside of their clothing, corroborating those confessions. » Fairstein concluded her article: That Ms. DuVernay ignored so much of the truth about the gang of 30 and about the suffering of their victims — and that her film includes so many falsehoods — is nonetheless an outrage. Ms. DuVernay does not define me, and her film does not speak the truth. Newsbusters
The NYPD police officer who made the first arrests in the Central Park Five investigation has condemned Netflix’s drama When They See Us as ‘lies’ and said it puts the lives of cops and prosecutors at risk. Eric Reynolds, who as a plainclothes officer arrested Raymond Santana and Kevin Richardson, tells DailyMailTV that the four-part television adaptation is so filled with errors that it is ‘malicious recreation’. He described the miniseries, produced by Robert De Niro and Oprah Winfrey and directed by Ava DuVernay, as ‘total nonsense’ that left him ‘flabbergasted’ (…) He spoke out after an outcry in the wake of the series led to prosecutors Linda Fairstein and Elizabeth Lederer losing publishing contracts, board seats and lecturing roles. Reynolds, 59, rejected criticism of the investigation, prosecution and conviction of the five for the rape of 28-year-old jogger, Patricia Meili – and particularly took issue with the portrayal of the black men as victims of a racist system. As an African American, he said, the allegations of racism cut particularly deep. (…) And he said that even the brief appearance he makes in the series, which has been watched by 23 million Netflix accounts worldwide, is pure ‘fiction,’ portraying events which simply did not happen; he was shown as a uniformed officer when he in fact wore plain clothes. He believes the series is inflammatory by depicting members of the five looking badly beaten when they were arrested. Reynolds told DailyMailTV, ‘Please, someone, show me the pictures of them. Show me the injuries, show me the black eyes, show me the swollen faces because every single one of them that came out of that precinct had none of that.’ He has shared his own recollections of the night of April 19, 1989 when more than 30 young men embarked on a violent spree of terror, and Meili was found raped and close to death in Central Park. Raymond Santana, then 14, Kevin Richardson, 14, Korey Wise, 16, Antron McCray, 15 and Yusef Salaam, 15 all confessed and were convicted of participating in multiple crimes on April 19. But the one that is remembered is Meili’s rape. In 2002 their convictions were sensationally vacated in their entirety when Matias Reyes, a serial rapist already in prison, confessed to the crime and claimed to have acted alone. The five sued New York City, said their confessions were coerced and won a $41 million payout. Supporters said they had been exonerated and the Central Park Five became synonymous with an unimaginable miscarriage of justice. When They See Us opens on the night of the ‘wilding’, where a mass of young men rushed through Central Park, casting the five very squarely as innocents caught up in events and on the fringes of any violence. Reynolds said, ‘When I saw the opening scenes it was like watching a musical. I was flabbergasted. That absolutely was not what occurred.’ The Central Park Five had their convictions vacated after serial rapist Matias Reyes admitted raping jogger Patricia Meili. His DNA matched evidence found at the scene In one scene a man, most likely a depiction of teacher John Loughlin, is shown being felled by a single punch while three of the five look on. Reynolds said, ‘It did not happen that way. They were beating him with a pipe. They beat him so savagely that both of his eyes were shut and he had a cracked skull.’ Testimony from one who was there stated that Yusef Salaam was wielding that pipe and ‘going to work on him.’ The cop who found Loughlin told Reynolds that he ‘looked like his head was dunked in a bucket of blood.’ In another scene the boys are part of a crowd halfheartedly harassing a couple on a tandem bike. Again Reynolds watched in outrage at what he said is a ‘total fiction.’ He explained, ‘The group lay in wait. They stretched out across the roadway and held hands to knock them off their bike. It was a couple on the tandem and the woman said she was scared for her life. ‘Her boyfriend just told her, ‘Put your head down and pedal as hard as you can.’ And they rode through them as they were grabbing at her clothes and by the grace of God they got away.’ Pointing to the couple attacked on their tandem he said it was the violence, not the ethnicity, of its perpetrators that mattered to police officers. He said, ‘I don’t understand how that’s a race issue if you’re in the middle of a park riding on a bike in the middle of the night and a group of males, whether they’re black, white or whatever, you know are standing on the road with the express purpose of knocking you off the bike. (…) He recalled, ‘We were getting numerous radio runs of a large crowd of black and Hispanic kids assaulting and robbing people. We had people going into the station house and cops out in the field who had gotten flagged down by civilians saying, ‘There’s a crowd of kids there. They’ve tried to assault us and thrown rocks. (…)  Reynolds recalled, ‘There were 30 of them on the move. There’s only two of us so, you know, clearly we’re not going to get all of them. Long story short we got five of them.’ Two were Raymond Santana – who had, Reynolds said, been leading the pack – and Kevin Richardson who started crying in the back of the squad car. Reynolds said, ‘He [Richardson] started crying and saying that he ‘knew who did the murder’. He said it was Antron McCray and he would tell us where he lived.’ The officers assumed he was talking about Loughlin who was beaten unconscious. (…) Reynolds’ partner asked Santana and Stephen Lopez, a member of the group he was arrested alongside, what they were doing out making trouble and why weren’t they with their girlfriends instead. According to Reynolds, ‘Santana said, ‘I already got mine,’ and they kind of laughed. I just assumed it was an in-joke. It only became significant after we learned what had happened to the jogger.’ (…) While the boys were waiting, at around 1.30am, the call came in that a female jogger had been found in the park, raped and beaten to within an inch of her life. The detectives responding to the crime had been told that Reynolds had arrested five out of a group of about 30 kids ‘wilding’ in the park. Now they instructed Reynolds not to let them go. He recalled, ‘They said, ‘Look, we don’t think these kids have anything to do with it but they were up there at the same time that she was attacked. They might have seen something so we’re going to come down and debrief them.’ Reynolds was in the room for all of those interviews. He said, ‘Their parents are there, they’re getting their rights read. We ask them what happened in the park? According to Reynolds they did not ask the kids about the rape directly. The first two kids told almost identical stories. They said they’d been in the park with a bunch of kids who were beating people up but they didn’t touch anybody Reynolds wrote them up and let them go home. Then, he said, ‘The third kid is Kevin Richardson. He’s there with his mother. We read him his rights. We ask him what happened. He said the exact same thing the other kids said – everyone else was beating people up but I didn’t touch anyone.’ Then one of the detectives noticed he had a scratch on his face. They asked him how he’d got it and at first he blamed Reynolds’s partner for the injury. When told the officer was next door and would be asked if that was true Richardson changed his story. Reynolds said, ‘He said, « Okay, it was the female jogger. » And I’ll be honest with you I almost fell off my seat because I was not expecting him to say that. ‘And then he starts to go into the story of the attack on the jogger. No coercion. We didn’t even think he was involved. He starts to give it up right there in front of us.’ Ultimately police questioned 37 boys and, contrary to Netflix’s dramatic depiction, there was nothing random or rushed in the five who were ultimately charged. They became the Central Park Five, he said, not because cops were anxious to pin the crime on someone but because they implicated themselves and each other when interviewed. In DuVernay’s drama particular attention is given to Korey Wise’s story. He is shown accompanying his friend Salaam to the station, an act of loyalty that sees him embroiled in the case when he wasn’t even on the cops’ radar. Reynolds is exasperated by this. He said: ‘Korey Wise was named by other participants in the wilding that day. We went specifically to look for him. ‘When detectives asked a couple of people in front of their building if they had seen him they said they saw him earlier and he said, « Y’all better stay away from me because the cops are after me. »‘ When they asked him why, Reynolds said, the people in front of the building stated that Wise had told them: ‘You see that woman in Central Park last night? That was us.’ (…) Reynolds points to a wealth of physical evidence that was never refuted at trial: hair and blood ‘consistent’ with the jogger’s was found on the boys’ sneakers and clothing, along with semen in the boys’ underwear. The fact that none of them claimed to be able to finish the act of penetrative sex is the reason, Reynolds said, that their semen was only found on the inside of their underwear and clothing rather than on Meili. (…) Reynolds explained, ‘Reyes comes forward to say he did it by himself and he can prove it because he knows something we don’t know. And he’s correct. ‘She had a fanny pack with her Walkman in it and he took it and he threw it away. (…) ‘But then Armstrong found that a detective had taken some notes of an interview with Korey Wise. And Korey said that there was a guy named ‘Rudy,’ who he said took her fanny pack and her Walkman.’ Reynolds believes that Rudy was Reyes and his name muddled up by Wise who has hearing difficulties. He said, ‘He told that to us on April 20, 1989, the day after. So how in the world does Korey Wise know about her fanny pack and Walkman in 1989 when Reyes says he knows about it because he was the only person there?’ (…) The report stated, ‘the most likely scenario for the events of April 19, 1989 was that the defendants came up on the jogger and subjected her to the same kind of attack, albeit with sexual overtones, that they inflicted upon other victims in the park that night. ‘Perhaps attracted to the scene by the jogger’s screams, Reyes either joined in the attack as it was ending or waited until the defendants have moved on to their next victims before descending upon her himself, raping her and inflicting upon her the brutal injuries that almost caused her death.’ Reynolds’s view is supported by both the medical opinion of Meili’s two Urgent Care Physicians at Metropolitan Hospital and the Armstrong Report. Dr Robert Kurtz is on record as saying Meili had injuries consistent with a sharp, clean blade or object while Reyes’ confession only mentioned a blunt object. Dr Kurtz noted that Reyes, ‘never said he had used a knife, or broken glass, or broken bottle or something like that that would have been able to inflict a clean laceration.  Dr Jane Mauer, a surgeon who helped reconstruct Meili’s face recalled seeing hand print bruising on her thighs Dr Mauer said, ‘You could see the four fingers and the thumb indented in her skin to hold her legs apart.’ It led her to doubt that this could be the work of one man. Moreover the Armstrong Report concluded Reyes could not be considered a reliable witness. It revealed a fellow inmate in prison with Reyes said Reyes told him ‘the attack on the jogger was already in progress when he joined, attracted to the scene by the jogger’s screams.’ Reynolds does not believe that the five should still be in prison. He said, ‘They did their time. They paid the price for what they did. You know, that’s it.’ When Bill de Blasio was elected New York City mayor in 2014 he ordered the $41 million settlement to go through for the five men. All legal action finished in 2016 when the men were awarded a further $3.9 million from New York State But despite the case now being closed, Reynolds feel the Netflix mini-series is unfairly punishing people who prosecuted the five. In the wake of the drama’s release Linda Fairstein, who supervised the prosecution, and lead prosecutor Elizabeth Lederer have both fallen victim to an angry public backlash. Fairstein, who now writes crime fiction, was dropped by her publisher. Lederer, who continues to work in the District Attorney’s office, resigned from teaching law as an adjunct at Columbia University in New York. Reynolds said, ‘It’s like mob justice. People are doing everything they can to destroy these women’s lives and they’ve done nothing wrong. They don’t even know that they’re not basing their opinions and their fury on what actually happened. (…) Reynolds believes the show falsely depicts a racist criminal justice system. He is keen to point out that growing up in Eighties New York, criminals posed the threat to public safety, not police officers. (…) He said, ‘This has got people so divided and so at each other’s throats it’s sad. Let me tell you there’s a lot of people who believe that they are guilty but they’re not going to say anything because they don’t want to get shouted down. They don’t want to be called racist.’ Daily Mail
More than three decades have passed since Jane Jacobs and Robert Caro tore down Moses’s once pristine public image, but his physical legacy remains standing. Our New York is Moses’s New York. He built 13 bridges, 416 miles of parkways, 658 playgrounds, and 150,000 housing units, spending $150 billion in today’s dollars. If you are riding the waves at Jones Beach or watching the Mets at Shea Stadium or listening to « La Traviata » at Lincoln Center or using the Triborough Bridge to get to the airport, then you are in the New York that Moses built. If we are to realize Mayor Bloomberg’s plans for a city of 9 million people with newer, greener infrastructure, then New York will again need to embrace construction and change. We will need again builders like Moses, who can put the needs of the city ahead of the opposition of a neighborhood. Yet Moses’s flaws, which were emphasized so eloquently by Jacobs and Mr. Caro, have led many to see nothing but evil in Moses and his works. Moses’s supposed villainy has established its place in the iconography of the preservationists who stand against growth. The opening of a three-part exhibition on Moses — at the Queens Museum of Art on January 28, at the Wallach Art Gallery of Columbia University on January 31, and at the Museum of the City of New York on February 1 — gives us a chance to reappraise his achievements. We should avoid the excesses of Moses’s early hagiography or his later vilification. The successes and failures of this master builder teach us that great cities need great builders, but that we must check their more Pharaonic excesses. The lessons of Moses’s life are taught by his projects. His best work, such as the parks and pools that had large benefits and modest costs, happened early in his career. When he was starting as Governor Smith’s park tsar, Moses could get public funding for his projects only if they were popular. The need to build support didn’t stop Moses from taking risks. Indeed, Smith accused Moses of wanting to « give the people a fur coat when what they need is red flannel underwear, » but Moses’s bold vision was just what the public wanted. Society was getting richer, and those parks and pools helped New York succeed as a place of consumption and as a center of production. Most of Moses’s bridges and expressways are also major successes. New York is a city of islands. The city’s waterways were ideal in the ages of sail and steam, but they became a major headache in the age of the car. Despite his lack of a driver’s license, Moses understood that New York needed to adapt to the automobile. His bridges made it easier for cars to cross between the city’s islands. His parkways made it more pleasant to drive into New York. Boston’s Big Dig should remind us that it is hard to retrofit a pre-car city for the automobile. By comparison, Moses’s achievements look cheap and effective. Some say Moses was wrong to build for the car. Some say the city should have bet exclusively on public transportation that would better serve the poor. But those critics ignore the millions of people who fled the older cities that weren’t car friendly. Every one of the 10 largest cities in the country in 1950 — except for Los Angeles and, miraculously, New York — lost at least one-fifth of its population between 1950 and today. Moses’s bridges and highways helped to keep some drivers living and working in New York. Those middle-class drivers helped New York to survive and grow, while every other large, cold city in the second half of the 20th century shrank. Not all of Moses’s transportation projects were winners. To build the Cross Bronx Expressway, Moses took thousands of apartments using the power of eminent domain. Neighborhoods were shattered as the highway smashed through a once-vibrant area. I cannot tell whether the benefits to the millions who have used the expressway outweigh the costs to the thousands who were evicted, but I am sure that the process was deeply flawed. To any friend of liberty, Robert Moses’s use of eminent domain represents big government at its most terrifying. At the stroke of a pen, entire communities can be wiped out because someone in government thinks that this removal is in the public interest. Without eminent domain, however, large-scale projects will either flounder or cost as much as the Big Dig. Mayor Bloomberg’s dream of a renewed New York will need eminent domain. But I hope that eminent domain in the post-Bloomberg era will become much fairer than it was during the era of Robert Moses. The state should develop better legal infrastructure to oversee takings. Perhaps there should be a state-level commission, independent of local government, with both elected and appointed members, that can subject each use of eminent domain to cost-benefit analysis and determine just compensation for the evicted. The right response to Moses’s excesses is not to renounce eminent domain, but to strengthen the process so that it can play its needed role. Mr. Caro criticizes Moses for catering to the prosperous by destroying low-income housing to build roads, housing, and amenities for the rich like Lincoln Center. This criticism may be apt, but the problem lies not in the man but in his situation. Moses was an appointed official whose career depended on the approval of elites, not the votes of the poor. While elected officials have an unfortunate tendency toward shortsighted populism, appointed officials have a tendency to cater to the well-connected. One of the most bizarre responses to the unelected power of Moses was to create the unelected power of the Landmarks Preservation Commission, which seems almost designed to empower the most eloquent of squeaky wheels. A better response would have been to seek pro-growth solutions that combine the involvement of appointed and elected officials. Moses’s greatest failures were his housing projects. More than 40 years ago, Jacobs attacked Moses for replacing well-functioning neighborhoods with Le Corbusier-inspired towers. She was prescient. Moses spent millions and evicted tens of thousands to create buildings that became centers of crime, poverty, and despair. A simple but stark lesson emerged from Moses’s travails as housing tsar: The government is not good at the housing business. New York is filled with apartment buildings that provide decent housing and a comfortable social environment for their residents. Almost none of them were built by the government. New York has an affordable-housing problem, but it is the result of government intervention in the housing market that has limited housing supply. Rent control and an increasingly anti-growth regulatory environment have ensured that new supply has not kept up with the demand to live in reinvigorated New York. We need people with the vision of Robert Moses building homes in New York, but they should come from a private sector that is less fettered by government constraints. Moses was at his best when he had to make sure his projects would fund themselves or would really appeal to the people of New York. When Moses acquired vast federal funding, he also acquired the freedom to pursue his own vision, and that vision wasn’t always in the interests of the city. Mr. Bloomberg’s plan for New York in 2030 needs its own Moses-like master builders, but the city will be best served if those builders are funded by and accountable to the city. Those builders must not be beholden to every neighborhood group or cadre of unelected elites. While Moses’s successes would have been impossible under such conditions, his failures could have been checked if he had faced a greater degree of citywide oversight. Edward Glaeser
La violence le long de la ligne de tramway bordée de chênes Uptown a troublé ce qui avait été jusque là une journée de festivités plutôt paisible dans laquelle des centaines de milliers de personnes avaient fait la fête dans les rues en ce dernier jour du carnaval. NYT (sur les six victimes du Mardi gras de la Nouvelle–Orléans hier soir)
A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. (…) Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise. Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %. (…) En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ». Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ». L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. » (…) un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. » A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. » (…) Mohammed Shafiq estime qu’ »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ». Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. » Le Monde
Cologne résonne pourtant avec ce qui a pu être constaté en Egypte. On pense au film de Mohamed Diab Les Femmes du bus 678 (2011), et la façon dont des femmes subissent des attouchements. On pense à une enquête de l’écrivain et ancien journaliste du Monde Robert Solé qui décrivait les viols collectifs à répétition en Egypte (« Culture & idées » du 27 avril 2013). Des dizaines voire des centaines d’hommes se jettent sur une ou plusieurs femmes pour arracher leurs vêtements, les toucher, les pénétrer avec leurs doigts. Cette folie collective porte le nom de « taharosh ». Elle a souvent lieu lors de fêtes religieuses. Cela ressemble à ce qui s’est passé lors du soulèvement place Tahrir, au Caire, en 2011. Et cela ressemble à Cologne. Le Monde
We see more blind violence where people are attacked, ambushed and beaten up. This is terrorising our community. Jan Bøhler (Norwegian Labour Party)
Over the last month (…) Oslo’s city centre has witnessed an eruption of unprovoked attacks on random victims—most of them ethnic Norwegian men—by what police have described as youth gangs, each consisting of five to 10 young immigrants. The attacks typically take place on weekends. On Saturday, October 19, as many as 20 such attacks were recorded, with victims suffered varying degrees of injuries. One of the incidents involved a group of young men, originally from the Middle East, detained for attacking a man in his twenties in the affluent west end. According to police, the victim had been kicked repeatedly in the head while lying on the ground, in what appeared to be a random, unprovoked beating. Another victim that weekend was the uncle of Justice Minister Jøran Kallmyr, who suffered several broken ribs after being mobbed at the Romsås subway station. The following weekend in Oslo, Kurds and Turks clashed over recent developments in Turkey, and ended up looting a branch of the Body Shop on Karl Johan gate, as well as destroying several cars. Car fires also have been on the rise, though the problem has been around for years. (Even in 2013, cars were set alight in Oslo at the rate of about one per week, mostly in the city’s poorer east end.) Overall, crime rates are still low by the standards of other cities, but the recent rise in youth crime suggests that may be changing. “We see more blind violence where people are attacked, ambushed and beaten up,” said Labour Party politician Jan Bøhler to the media last month. “This is terrorising our community.” While such observations are widely shared, Bøhler is notable for being one of the few politicians on the left who’s raised his voice about rising crime among young immigrants. Oslo is the fastest growing capital city in Europe, despite the fact the country now is registering fewer births than at any time since the government started keeping track in the 19th century. About 14% of the country’s population is now composed of immigrants, with Poles, Lithuanians and Swedes topping the European migration sources; and Somalian, Pakistan, Iraq and Syria supplying the greatest number of non-OECD arrivals. Many of the immigrants congregate in Oslo, where, according to Statistics Norway, about a third of all residents are immigrants or born to immigrants. (As recently as 2004, the figure was just 22%.) In several areas, such as Stovner, Alna and Søndre Nordstrand, the figure is over 50%. According to a 2015 Statistics Norway report, “most persons with an immigrant background living in Oslo come from Pakistan (22,000), while 13-14,000 are from Poland, Sweden and Somalia. There are large differences between the districts: Persons with a background from Pakistan and Sri Lanka are most represented in [the far eastern suburbs of] Oslo.” By one 2012 estimate, 70 percent of Oslo’s first- and second-generation immigrants will have roots outside Europe by 2040, and about half of the city’s residents will be immigrants. Until now, Norway had seemed to cope well with the influx of immigrants from war-torn Muslim countries, in part because the intake levels generally were kept at a level that permitted newcomers to be integrated without overwhelming local resources. Indeed, there has been a broad consensus in Norwegian politics to keep immigration rates lower than those of comparable countries such as Sweden and Germany. Nevertheless, concerns have been rising in recent years, even if the ruling class was hesitant to discuss the issue. The country’s libertarian Progress Party (Fremskrittspartiet) has repeatedly asked the country’s statistical agency to report on the statistical relationship between crime and country of origin. In the past, Statistics Norway refused, saying that such a task was “beyond its capacity.” But this year, for the first time, such a report was published. And the numbers were clear: Immigrants from certain backgrounds—particularly Palestinians, Iraqis and Afghanis—were many times more likely to commit violent crimes than other Norwegians (including other immigrant groups). In 65 out of 80 crime categories, non-Norwegians were over-represented. The largest discrepancy was in regard to domestic violence: Immigrants from non-Western countries were found to be eight times more likely to be charged for such crimes. Rape and murder were also heavily skewed toward these immigrant groups. Worryingly, the figures showed that second-generation immigrants were more likely to be criminals than their parents. For a long time, the expression svenske tilstander—“Swedish conditions”—has been used to describe large Swedish cities such as Malmö, Gothenburg and Stockholm, which feature areas plagued by bombings, gang-related gun violence, robbery and rape. In the past, Norwegians used the expression somewhat disparagingly, insisting that such issues would never arise in Norway (while also suggesting that the situation in Sweden was itself exaggerated by those with an anti-immigration agenda). But gradually, “Swedish conditions” have seemed less distant. Heidi Vibeke Pedersen, a Labour politician representing the immigrant-heavy area of Holmlia, recently wrote a Facebook post about her own experience, which was subsequently reprinted in VG, Norway’s biggest tabloid, under the headline “We have a problem in Oslo” (…) Pedersen’s article alluded to the fact that, in the quest to maintain their own cultures, some Muslims in Norway prefer to segregate instead of integrate. The newspaper Aftenposten recently uncovered the existence of Islamic schools presenting as cultural centres. And Islamsk Råd, the Islamic Council of Norway, now has proposed a separate branch of the Barnevernet—the government-run social services responsible for children—to deal with Muslim children. The article was shared by many. But Pedersen’s use of such terms as “Norwegian-Norwegian” (or norsk-norske) didn’t sit well with progressives and community advocates. Hasti Hamidi, a writer and Socialist Party politician, and Umar Ashraf, a Holmlia resident, wrote in VG that Pedersen’s use of the term “must mean that the author’s understanding of Norwegian-ness is synonymous with white skin.” Camara Lundestad Joof, a well known anti-racist activist and writer at the Dagbladet newspaper, accused Pedersen of branding local teenagers as terrorists. Using her own hard-done-by brother as an example, she explained how, in her opinion, Norwegian society has failed non-white young people. Had he been treated better, she argues, he and others like him would fare better. (One problem with this argument is that Norway is one of the least racist countries in the world.) Of course, this tension between racial sensitivity and blunt talk on crime has existed for generations in many Western societies. But it’s a relatively new topic in Norway, which is only now embracing certain hyper-progressive academic trends. (Oslo Metropolitan University, for instance, has recently produced an expert in so-called Whiteness Studies.) In fact, some influential Norwegians apparently would prefer that Statistics Norway had never released its report on crime and immigration in the first place. This includes Oslo’s vice mayor, Kamzy Gunaratnam, who told Dagbladet, “Damn, I’m angry! I’m not interested in these numbers…We don’t have a need to set people up against each other. These are our children, our people.” But burying the truth is never a good long-term strategy for anyone, including members of immigrant communities. The more persuasive view is that these issues should be addressed candidly, while they are still manageable. Unlike many other European countries, Norway doesn’t yet have an influential far-right party. But that may change if voters see that mainstream politicians are too polite to address a problem that ordinary people all over Oslo are talking about. Quillette
Les jeunes grandissent aujourd’hui dans un environnement où les menaces et la violence sont monnaie courante, où les adultes ont parfois peur d’intervenir et où on leur dit que la police est raciste. Notre quartier est de plus en plus divisé. Nous avons des régions qui sont principalement ‘norvégiennes-norvégiennes’, et d’autres à forte majorité immigrée. Ce n’est pas cela, la diversité. Heidi Vibeke Pedersen (élue travailliste norvégienne)
Depuis plusieurs semaines, le centre-ville d’Oslo est le théâtre d’agressions gratuites, qui prennent pour cible des hommes norvégiens « de souche ». Le mode opératoire est désormais connu des policiers, qui évoquent des gangs de jeunes immigrés, dont le nombre varie entre 5 et 10 habituellement. Une vingtaine de ces attaques, d’une rare violence, ont été recensées durant le seul samedi 19 octobre. Un jeune du quartier riche de la ville avait notamment été passé à tabac, prenant plusieurs cours de pied au visage. Au même moment, l’oncle du ministre de la Justice, le jeune Jøran Kallmyr, s’est fait casser plusieurs côtes. Le week-end suivant, plusieurs voitures ont été brûlées dans des échauffourées entre communautés turque et kurde. Mais en Norvège, rares sont les politiciens à se prononcer sur la hausse de la criminalité chez les jeunes immigrés… Valeurs actuelles
The random, apparently motiveless rampage in Central Park last week that the suspects in the case called wilding was an especially ferocious version of group delinquency that is common but usually not so vicious, law-enforcement officials and psychologists said this week. A 28-year-old investment banker, who was raped and savagely beaten, remains in a coma at Metropolitan Hospital as a result of the gang violence, and at least eight other people were assaulted by members of a group that the police now say numbered between 32 and 41. Eight youths have been arraigned on charges of rape, assault and attempted murder in the case, while five charges of assault, one involving a 13-year-old suspect, have been filed in the beating of a male jogger in his 40’s, who was seriously wounded in the head with a metal pipe. He was released from St. Luke’s-Roosevelt Hospital Center over the weekend. Also, a 15-year-old has been charged with being one of 17 youths who beat and robbed a male jogger who has been identified only as wearing an Army jacket. A grand jury is expected to take up all of the cases on Thursday.  »’Wilding seems to be a new term, but it’s hardly a new activity, » said Peter Reinharz, chief prosecutor for the Family Court Division of the city’s Law Department.  »In terms of group attacks, the No. 1 crime that we’ve seen among juveniles in Family Court, at least prior to the crack invasion, is robbery 2 – that is, aided robberies, the wolf-pack robberies.  »Prior to that, » he said,  »the No. 1 crime was jostling, which is pickpocketing. But for some reason, I guess it became a little bit easier to knock the old lady over and just grab the bag rather than to reach into the pocket and hope you came out with something. So things have gotten a lot rougher in the city with respect to wolf packs. » Last year, Mr. Reinharz said, 622 wolf-pack cases were referred to Family Court, along with 139 attempted robberies of that type. In 1987, there were 608 such cases and 144 attempted wolf-pack robberies. The police quoted some of the youths questioned in the case, all of whom live in Harlem near the park, as saying that the rampage grew out of a plan to attack joggers and bicyclists in the park for fun.  »It certainly got out of control, » Mr. Reinharz said of the episode,  »but I don’t know if it was out of control for these types of kids. I think that kids like this, given what I would call their predatory nature, are people who, given the chance, would do something like this again. There really isn’t any way to control them – at least we haven’t found it in the juvenile justice system. Although Chief of Detectives Robert Colangelo said last week that the eight separate assaults on nine people seemed unrelated to money, drugs, alcohol or race, police officials said yesterday that they were investigating to what extent racial factors may have played a role in the youths’ choice of victims.  »The question of whether this was a series of bias-related incidents is being looked at very closely, » said Deputy Police Commissioner Alice T. McGillion. Police officials said that the evidence of bias consisted of testimony from victims, as well as a statement from one suspect in the rape attack, 15-year-old Yusef Salaam, who is said to have told detectives that one member of the group had suggested that they  »get a white girl. » Another 15-year-old, Jermain Robinson, who is charged with robbery of the male jogger in the Army jacket, is also said to have told detectives that youths who chased and threw stones at a white couple on a tandem bicycle had shouted racial epithets. All of those involved in the Central Park attacks are said to be black. The victims were a black man, who was briefly harassed until one youth shouted that he knew the man, two Hispanic people, – and six whites. Police investigators also said that while the other suspects had made no explicit references to racial factors, their acknowledgement that the chief target of their forays were joggers and bicyclists in the park was an indication that a racial motive was at work because, the police suggested, the majority of those who tend to use that part of the park at night tend to be white. For many psychologists, the idea of attacking people who seem to personify a level of unattainable affluence is a common pattern among particpants in wolf-pack attacks.  »From what I have been able to gether about the Central Park case, there seem to be some socioeconomic factors involved, » said Dr. Leah Blumberg Lapidus, a specialist in adolescent behavior in Columbia University’s department of clinical psychology.  »The media, especially television, is constantly advertising these various things that are necessary to define yourself, and the joggers may represent a level of socioeconomic attainment that the media has convinced everybody is necessary to have in order to be an acceptable person, » she said.  »So, to that extent, such people become a target. » On the other hand, Dr. Lapidus said, that did not explain why some of the victims were black or Hispanic. Law-enforcement officials said the the scale of the Central Park episode was reminiscent of an incident in July 1983, when gangs of youths ran amok at a Diana Ross concert in Central Park, beating and robbing scores of people. Two years later, in April 1985, a March of Dimes walkathon in which 26,000 people marched through Manhattan broke up in turmoil after packs of youths attacked and harassed dozens of people in and around Central Park, snatching chains, purses and other property. Police officials, who said Friday that none of the suspects in the park case had a criminal record, said yesterday that they had discovered that that one, 17-year-old Michael Brisco, had been on three years’ probation since December after a wolf-pack-style robbery last year. Officials said he and two others, 12 and 15 years old, had assaulted and robbed a 14-year-old on Nov. 10 on East 90th Street near Second Avenue. Authorities reported over the weekend that they were investigating the possibility that some of the participants in the park attacks had been involved in three separate robbery sprees four days earlier in East Harlem, one of which involved a stabbing. Professor Lapidus and another psychologist, Dr. Ann M. Jernberg, who is director of the Theraplay Institute of Chicago and Wilmette, Ill., both said that what they found set the park rampage apart from others were the intensity of the violence and the apparent failure of almost all of the nine accused youths to show any remorse. Police and prosecutors said they laughed and joked while in police custody, and that only one expressed any sorrow.  »This lack of awareness of the consequences of what they’ve done – almost as if they’re benumbed – is a little more extreme than what we’ve seen, » Dr. Lapidus said. For Dr. Jernberg, who traces the origin of many forms of antisocial behavior to early childhood problems in the family,  »the mob psychology that these kids were obviously caught up in protects them against remorse. » ‘You get together a group of adolescents and you’ve got the worst possible combination for trouble, » Dr. Jernberg said in a telephone interview from Chicago.  »The idea of collective violence, the risks involved, is terribly exciting, very dramatic, and sometimes all kids this age need is to see a violent movie or hear a song to encourage them. » For Mr. Reinharz, the randomness of such attacks – which he believes are largely underreported because  »people expect this kind of activity in the city » – is a component of what he called the  »predatory instincts » of youths who carry out wolf-pack behavior. NYT
En quatre épisodes, Dans leur regard reconstitue par la fiction l’affaire des “cinq de Central Park”, symbole de la violence et de l’arbitraire de la justice américaine envers les Noir.e.s. Au printemps 1989, cinq adolescents (quatre Afro-Américains et un Hispanique) ont été injustement accusés du viol et de la tentative de meurtre d’une joggeuse à Central Park. Condamnés par deux jurys successifs, ils ont passé entre six et treize ans derrière les barreaux avant que le véritable coupable ne se dénonce. Exonérés de toutes les charges en 2002, ils n’ont obtenu réparation de la part de l’Etat de New York qu’en 2014. Les Inrockuptibles
Pour ceux qui ne connaitraient pas l’affaire, elle a secoué New York et les États-Unis à la fin des années 80, et ses dernières répercussions ont eu lieu en 2014. Dans la nuit du 19 avril 1989, la joggeuse Trisha Melli est sauvagement attaquée, violée et laissée pour morte dans Central Park. La même nuit, une bande d’ados afro-américains et latinos (dont Raymond Santana et Kevin Richardson), sortis pour terrifier les promeneurs du parc, est raflée par la police et emmenée au poste. Le lendemain, trois autres jeunes (Antron McCray, Yusef Salaam, et Korey Wise) sont à leurs tours arrêtés, interrogés par les inspecteurs et poussés à avouer ce crime qu’ils n’ont jamais commis.  Les cinq garçons seront jugés coupables et jetés en prison en 1990. Il faudra attendre 2002 pour que le véritable criminel (ironie du sort, il était blanc) vienne se dénoncer et soit arrêté. La libération de Korey Wise et l’acquittement des cinq garçons suivront plus ou moins rapidement. Enfin, en 2014, ils recevront une compensation financière d’environ 40 millions de dollars. (…) Comment dépeindre, 30 ans après les faits, un New York pré-Giuliani gangréné par la drogue et les violences interraciales ? (…) Comment la presse a-t-elle a pu les jeter en pâture et les rendre coupables avant même le procès ? (…) Mais l’injustice de l’histoire de ce garçon commence bien avant le procès : au départ, il n’aurait même pas dû être arrêté. Celui qui n’était pas sur la liste de noms donnés par Raymond Santana au moment de son arrestation, celui qui s’est retrouvé au poste dans l’unique but de ne pas laisser son ami seul, est finalement celui qui a purgé la plus longue peine et a connu les conditions d’incarcération les plus difficiles – conditions auxquelles un jeune de 16 ans n’est absolument pas préparé. Le choix d’Ava DuVernay d’offrir à Korey Wise un épisode entier n’a alors rien d’étonnant. Si le calvaire du jeune garçon est de moins en moins supportable à regarder à mesure que l’épisode se déroule, c’est sans doute grâce au talent de son interprète. (…) Dans leur regard est puissante, l’injustice de son histoire et la souffrance de ses personnages font facilement passer de la rage aux larmes. En 1989, l’affaire avait pris une proportion nationale. L’attaque raciale et contre les minorités avait été mise en avant par les défenseurs des « Cinq de Central Park ». Mais Ava DuVernay se plaît à rappeler autre chose : contre eux, il y avait un milliardaire de l’immobilier (dont les bureaux bordaient le parc) maintenant président des États-Unis. Donald Trump avait payé plus de 80 000 dollars pour des pages entières dans des journaux, appelant notamment au rétablissement de la peine de mort dans l’État. Outre Donald Trump, la procureur Linda Fairstein, campée par Felicity Huffman, est également pointée du doigt. Les accusations de la réalisatrice vont même plus loin : elle serait responsable de l’arrestation et surtout de l’acharnement de la police et de la cour sur les cinq adolescents et leur famille. Aujourd’hui, l’ex-procureur reconvertie en autrice est à son tour lynchée sur la place publique (et notamment la tweetosphère). Il faut dire que devant les conditions des interrogatoires des cinq garçons, la violence verbale et physique dont ils ont (ou auraient, pour Fairstein) fait les frais, et l’instrumentalisation politique de leur incarcération, l’opportunisme de la procureur se confond facilement avec un racisme aveugle. Aujourd’hui encore, la femme dément la vision des interrogatoires que propose DuVernay et reproche à la réalisatrice d’avoir non seulement omis une grande partie des méfaits du gang cette nuit du 19 avril 1989, mais aussi de ne s’être penchée que sur l’innocence des cinq garçons. S’il fallait faire un reproche à la série émouvante et militante, on pourrait pointer du doigt sa mise en scène très classique. Comme le but n’est pas d’esthétiser, mais de redonner leur place, leur parole et leur dignité à des personnes à jamais meurtries, la réalisation use d’effets dramatiques (musique, ralentis…) pour augmenter l’empathie du spectateur. C’est un peu facile et attendu, mais rien d’étonnant de la part de la réalisatrice de Selma. Ecran large
“The fact that wilin’ became wilding, became wolf pack, became these boys are animals… I remember for the first time realizing that the news might not be true, that the news is something that you have to really think about and question. Ava DuVernay
When Donald Trump took out that full-page ad, and put them in all of New York City’s newspapers, calling for our execution, he placed a bounty on our head. Yusuf Salaam
I look at Donald Trump, and I understand him as a representation of a symptom of America. We were convicted because of the colour of our skin. People thought the worst of us. And this is all because of prominent New Yorkers – especially Donald Trump. Yusuf Salaam
Though the Central Park attacks were certainly the backdrop to Trump’s ad, his language did not presume the guilt of the defendants, whom he scarcely mentioned, and he did not call specifically for the execution of anyone. In fact, Trump demanded capital punishment only for murderers, and by the time his ad appeared, Trisha Meili was expected to survive. Moreover, Trump was hardly alone, in New York City, in expressing horror and anguish about the attack—neither the New York Times nor the Daily News objected to running the ad, after all. New York City in 1989 was under violent assault from predatory criminals. There were nine times as many murders then as now; robbery and muggings were more than ten times as frequent as they are today. Rape and felony assault were well over double today’s rates. Pack-style violence like what happened that night in Central Park was all too common. Gangs “ran amok” at a 1983 Diana Ross concert in the Park, according to the Times, “beating and robbing scores of people.” In 1985, a March of Dimes walkathon was broken up around Central Park when “packs of youth attacked and harassed dozens of people,” stealing jewelry and pocketbooks. David Dinkins, running against Ed Koch in the 1989 Democratic primary for mayor, called for “anti-wilding” legislation in the wake of the Central Park Jogger attack. He won the general election against Rudy Giuliani in part for his promise to be tough on crime. Trump’s ad, though cast as a brutal call for revenge, is actually a demand for public safety, and a return to the “feeling of security New York’s finest once gave to the citizens of this City.” Written in 1989, it is a prescient call for Broken Windows policing, which from 1994 on resulted in the sharpest and most enduring decrease in crime that any city has seen in American history. The policies that Trump called for saved the lives of tens of thousands of people—most of them black and Latino—who would otherwise have fallen victim to New York’s spiraling violence. The latest outbreak of passions regarding this case, and the novel twist of making Trump a central player in it, raise other questions. Given that there have been no new developments, except for the city payouts, in the Central Park case since Burns’s 2012 documentary, why was a new movie called for, anyway? The Netflix series, arguably, exists only to make Trump a target for his behavior in a long-ago New York episode—just in time for the 2020 campaign. Ana DuVernay, director of the docudrama, is a close friend of Barack and Michelle Obama. Like DuVernay, the Obamas have multiyear, multimillion-dollar development deals with Netflix. Amplifying the theme that Trump is a longtime racist is likely to be part of the eventual Democratic candidate’s campaign strategy. When They See Us may be a valuable tool for that purpose; it certainly has little value for truthfulness. Seth Barron
Before their arrest, the teens crested through their city with youthful ebullience. They were “just baby boys.” But in the days following the rape of Trisha Meili, the teens—ages 14 to 16—transmogrified into a “wolf pack.” They became “savage.” Meili, who became known as the “Central Park jogger,” was often characterized as their “prey.” The flurry of media attention reached a galling crescendo when Donald J. Trump, then a local real-estate mogul, purchased full-page ads in four New York publications calling for the return of the death penalty so that the boys could be executed. The boys eventually became known as the “Central Park Five,” a pithy moniker picked up by local and national media outlets that served as much to undercut their humanity as it did to free up copy space. “If they had their way,” Salaam told CNN in 2012, 10 years after a man named Matias Reyes confessed to the crime and two years before the Central Park Five received a $41 million settlement from the City of New York, “we would have been hanging from one of those lovely trees here in Central Park.” In rendering their journeys, DuVernay pays careful attention to the terrifying power of language, especially the animalistic rhetoric with which prosecutors and journalists referred to the teens. (Trump is referenced often, particularly in the second installment; he is depicted as the most powerful of the boys’ zealous detractors, not the sole purveyor of racial animus.) In its early installments, When They See Us implicates New York media, and the ensuing frenzy of the public, in spurring along the boys’ wrongful verdicts. The series re-creates the glee with which people seized upon words such as wildin’, common slang for any range of boisterous behavior, as evidence of the boys’ inherent criminality. The series enters a broader landscape of artistic reckoning with the Central Park Five case, as well as with the country’s history of weaponizing language against black and brown people. Most immediately, a new project from the artist and journalist Alexandra Bell appears in this year’s Whitney Biennial. No Humans Involved—After Sylvia Wynter takes its name from a seminal 1994 essay by the scholar and poet. In it, Wynter wrote at length about “NHI,” the unofficial acronym that Los Angeles law enforcement used to classify cases involving black men. Referencing a term coined by the sociologist Helen Fein, Wynter wrote that the acronym, and its attendant category of “nonhuman,” rendered black men (and by extension, all black people) targets for systemic violence: For the social effects to which this acronym, and its placing outside the “sanctified universe of obligation,” of the category of young Black males to which it refers, leads, whilst not overtly genocidal, are clearly having genocidal effects with the incarceration and elimination of young Black males by ostensibly normal and everyday means. Bell’s Wynter-inspired series is composed of photo prints she made using an exacting process of lithography and screen-printing. No Humans Involved zeroes in on the New York Daily News coverage of the Central Park Five case. The paper published some of the most egregious reporting on the case—details of the minors’ addresses and family histories, and inflammatory headlines such as “WOLF PACK’S PREY”—well before the case was even (wrongfully) adjudicated. The Daily News also published Trump’s full-page ad. By redacting and highlighting specific text and images from 10 days of the publication’s 1989 issues, Bell underscores the devastating effects of the outlet’s glaring bias against the young black and brown boys. “I really want people to look at [my series] and question the role that the Daily News played in the way we viewed these particular people,” she told The New Yorker recently. “And maybe even in some ways the outcome ultimately of the case.” (…) DuVernay’s project enters a wildly different political landscape. The man who wielded his money and influence to call for the teens’ execution now occupies the White House. From his perch, he refers to Mexicans as “rapists” and black men as “thugs”; the language of dehumanization has again shed its politesse. It’s understandable, then, if also sometimes frustrating, that When They See Us sometimes abandons subtlety in its references to Trump. The president’s lengthy, bombastic oeuvre of bigotry creates both a moral terror and an artistic quandary. Still, When They See Us pulls back the language of biased prosecution and journalistic malfeasance to revelatory effect. At the end—despite the cloud of animus that surrounds them—Yusef, Antron, Kevin, Korey, and Raymond get to be human. The Atlantic
In an interview with The Hollywood Reporter, DuVernay said that when the case was first publicized, she was shocked at how the media’s misinterpretation of slang in the Central Park Five case led to the further dehumanization of the boys. One scene in Episode Two shows how, after some of the boys told detectives that they were “wilin’ out” in Central Park on the same night the rape occurred, the media interpreted the phrase to mean “wilding,” when it just means having fun or hanging out. The screen cuts to tabloids and newspapers with the words “WILDING” splashed across them as an indictment. Audio clips play newscasters interpreting « wilin’ out » as a description of violent acts committed by “wolf packs” of young people. To translate « wilin’ out » as « wilding » cements a vision of these innocent boys as « wild, » as savage, as animal, as other, a vision that’s rooted in the institutional dehumanization of Black people. (…) Unfortunately, even though the Central Park Five were convicted in 1990, this is still an issue today. In addition to facing barriers in employment, housing, healthcare, and education, Black people are often punished simply for a way of speaking. Black language is thought to be deviant, something that is undesirable or indicative of unintelligence, criminality, or depravity (until, of course, it’s appropriated by non-Black pop stars). When neither court recorders, jurors, lawyers, or judges possess a grasp of this valid form of language, it can lead to injustices that take years to correct — if they ever are meaningfully addressed. The men of the Central Park Five case lost years of their lives because of linguistic discrimination. How many are still suffering? Bustle

Attention: une instrumentalisation peut en cacher une autre !

A l’heure où, entre chasse aux sorcières et procès de Moscou, un parti d’opposition américain n’ayant jamais accepté le choix populaire poursuit sa fuite en avant suicidaire pour se débarrasser de Trump …

Et où une vidéo de surveillance montre deux jeunes noirs cagoulés dévalisant avec force violence deux jeunes touristes étrangères à leur sortie du métro de Brooklyn …

Pendant que de Cologne à Stockholm ou même  Oslo, l’Europe découvre à son tour l’autre face de la diversité

Comment ne pas voir …

Ecrite par une proche de la famille Obama eux-mêmes sous contrat de la plateforme et sortie à un an et demi d’une élection présidentielle cruciale …

Et suvie de près, Alec Baldwin dans le rôle du méchant promoteur compris, par un autre film anti-Trump

La minisérie de Netflix sur les Cinq de Central Park « sortis pour terrifier les promeneurs du parc » (sic) .. …

Comme la continuation, sous prétexte d’une tribune alors publiée appelant au retour de la paix civile y compris par la peine de mort, de l’actuel hallali sur l’actuel occupant de la maison Blanche ?

Et au moment où faisant l’impasse sur nombre des conditions de l’affaire comme notamment le climat de véritable sauvagerie de bandes de jeunes noirs descendant, avant la reprise de contrôle par Giuliani, en meutes dépouiller et molester les passants du célèbre parc de New York …

La réalisatrice elle-même et certains des commentateurs présentent les évnèments comme un effet de la discrimination linguistique …

Ne pas repenser au premier Camus qui avant de remettre lui-même en cause le « thème du poète maudit » qui ne pouvait s’affirmer que « contre la société de son temps, quelle qu’elle soit » …

Expliquait aussi doctement que faussement que « dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort » ?

Ava DuVernay’s new Netflix docuseries When They See Us depicts the heartbreaking story of the 1990 Central Park Five case in which a group of young Black and Latinx boys were convicted of a crime that they did not commit. Antron McCray, Kevin Richardson, Yusef Salaam, Raymond Santana, and Korey Wise, falsely confessed to the rape of a female jogger, which led to them being imprisoned for six to 13 years. The series explores the ways the Central Park Five were villainized in the media and in public opinion — and particularly for their use of African American English (AAVE) and Black slang.

In an interview with The Hollywood Reporter, DuVernay said that when the case was first publicized, she was shocked at how the media’s misinterpretation of slang in the Central Park Five case led to the further dehumanization of the boys. One scene in Episode Two shows how, after some of the boys told detectives that they were “wilin’ out” in Central Park on the same night the rape occurred, the media interpreted the phrase to mean “wilding,” when it just means having fun or hanging out. The screen cuts to tabloids and newspapers with the words “WILDING” splashed across them as an indictment. Audio clips play newscasters interpreting « wilin’ out » as a description of violent acts committed by “wolf packs” of young people. To translate « wilin’ out » as « wilding » cements a vision of these innocent boys as « wild, » as savage, as animal, as other, a vision that’s rooted in the institutional dehumanization of Black people.

“The fact that wilin’ became wilding, became wolf pack, became these boys are animals… I remember for the first time realizing that the news might not be true, that the news is something that you have to really think about and question,” DuVernay told The Hollywood Reporter. Unfortunately, even though the Central Park Five were convicted in 1990, this is still an issue today. In addition to facing barriers in employment, housing, healthcare, and education, Black people are often punished simply for a way of speaking.

It’s important to stress that not every Black person speaks AAVE and not every speaker of AAVE is Black. Nonetheless, it is a Black dialect with its own unique structure, rules, and syntax — all vital components of every language. Although many linguists now recognize the validity of AAVE, its association with a marginalized racial group can have devastating consequences.

University of Pennsylvania linguist Taylor Jones, along with New York University sociologist Jessica Kalbfeld, Ryan Hancock of Philadelphia Lawyers for Social Equity and Robin Clark, recently authored a study showing that Philadelphia court reporters frequently misinterpret AAVE. Philadelphia court reporters are required to score 95% accuracy when transcribing court proceedings, but none were able to score 95% when tested on AAVE. The study also found that most of the court recorders held negative beliefs about both AAVE and Black people, impacting their ability to correctly interpret what they heard.

Taylor tells Bustle that his team’s research illuminates how “the toxic mix of misunderstanding the language, negative attitudes about the language, negative attitudes about slang, and not understanding facial expressions,” can lead to unfair legal consequences for Black people. Think of what happened when Warren Demesme, then 22, was denied a lawyer because, during an interrogation by New Orleans police, he said, “just give me a lawyer, dawg.” This was misinterpreted to mean that he wanted a canine attorney and his request was denied, in a bewildering misapplication of justice. Anyone familiar with hip-hop slang or pop culture at large would know that “dawg” is shorthand for “dude” or “man.” While this kind of willfully obtuse reading of AAVE ultimately is rare, the more common forms of misinterpretation are more insidious.

That’s one reason, of many, that the Central Park Five case is so haunting.

Taylor points out that due to extensive racial segregation in the U.S., many non-Black folks truly don’t understand the most basic expressions of AAVE. He says although their study was intentionally careful about omitting slang terms — which he says are “ever-changing and shifting » — the participants were not able to accurately translate AAVE language structures into standard English. “We assume that we understand way more than we do and we assume that we’re communicating more effectively than we are,” Taylor says, meaning that sometimes AAVE speakers also don’t realize that they aren’t being heard.

Many speakers of AAVE — and this includes non-Black people, too — have found that to avoid the the possibility of their dialect being misinterpreted, they must code-switch, or use different tone and diction in different social settings. As a Black woman, I’ve had to code-switch in all aspects of my life. I even had to code-switch around my own family, as my great-grandmother felt that Black American language and slang was « undignified. » However, the ability to code-switch is a kind of privilege of its own, because as Taylor’s study points out, dialect is also correlated with socio-economic status. And while many people are vulnerable to discrimination within the criminal justice system, lower-income people with less education are disproportionately impacted. And in moments of intense emotion — such as an interrogation — anyone’s ability to code-switch can be impacted. This lack of access to code-switching can be devastating.

A 2016 paper by Stanford University researchers John R. Rickford and Sharese King argues that linguistic discrimination led to the acquittal of George Zimmerman, the man who killed 17-year-old Trayvon Martin. Martin’s close friend Rachel Jeantel was the prosecution’s main witness, but because she spoke Carribbean-inflected AAVE, Rickford and King say her “crucial testimony was dismissed as incomprehensible and not credible.” On Megyn Kelly’s show America Live, attorney Jonna Spilbor said that Jeantel, then 19, seemed “brutally ignorant.” On Fox News, Sean Hannity said that she had a “credibility problem.” In their paper, Rickford and King state that “the disregard for her speech in court and the media is familiar to vernacular speakers.”

These cases are infuriating, because they’re unfair. It’s shocking to think of how many people might be wrongfully punished simply because they use a dialect that’s different to what’s considered standard. That’s one reason, of many, that the Central Park Five case is so haunting; these men spent years in prison because of institutionalized racism around the way they spoke.

Black language is thought to be deviant, something that is undesirable or indicative of unintelligence, criminality, or depravity (until, of course, it’s appropriated by non-Black pop stars). When neither court recorders, jurors, lawyers, or judges possess a grasp of this valid form of language, it can lead to injustices that take years to correct — if they ever are meaningfully addressed. The men of the Central Park Five case lost years of their lives because of linguistic discrimination. How many are still suffering?

Voir aussi:

Is Trump the Real Target of a Netflix Series?

A new film about the Central Park Jogger case seems conveniently timed.

Seth Barron
City journal

June 13, 2019

A Netflix docudrama about the 1989 Central Park “wilding” case has enflamed passions about the purported injustice done to the five teenagers who went to prison for it. Though they confessed that they had sexually assaulted Trisha Meili and beaten half-a-dozen other people in the park that night, their convictions were vacated 12 years later when a convicted murderer—whose DNA matched semen found on the victim—owned up to the rape. In 2014, Mayor Bill de Blasio settled a civil suit brought by the “Central Park Five,” and the city paid out more than $40 million in damages—even though Linda Fairstein, head of the Manhattan District Attorney’s Sex Crimes Unit in 1989, and others have long maintained that significant evidence exists that the young men participated in the attack on Meili and committed other acts of violence in the park that night.

When They See Us, the new film about the case, has sparked fury among activists and retaliation against both Fairstein and Elizabeth Lederer, the prosecutor in the case. Fairstein, also a bestselling novelist, has been dumped by her publisher, Dutton, and Lederer has quit her professorship at Columbia University. Jumaane Williams, the New York City public advocate, has called for both women to be disbarred and wants all their previous cases opened for review by Manhattan DA Cy Vance.

Somehow, amid the current rage about the Central Park case, President Trump has become a part of the story—at least, the story that activists are telling. That’s because, on May 1, 1989, ten days after news of the assaults broke, Trump took out a full-page ad in four New York City dailies calling for a tough-on-crime approach to policing in a city then suffering an average of more than five murders a day. “Bring back the death penalty. Bring back our police!” the ad blared in bold type. Trump spoke of the “complete breakdown of life as we knew it,” and lamented that “New York families—White, Black, Hispanic, and Asian—have had to give up the pleasure of a leisurely stroll in the Park at dusk.” Trump affirmed his “hate” for “muggers and murderers,” who, he said, “should be forced to suffer and, when they kill, they should be executed for their crimes.”

In Netflix’s dramatized version of the story, Trump’s role in the prosecution of the teens is pivotal. “That devil wants to kill my son,” says the mother of one of the defendants. “You gonna take an ad out about killing my son?” The media have amplified this theme of Trump as a central figure in the purported hysteria surrounding the case. Receiving a “courage award” from the ACLU last week, Yusuf Salaam, one of the participants in the 1989 Central Park wilding, tearfully said, “when Donald Trump took out that full-page ad, and put them in all of New York City’s newspapers, calling for our execution, he placed a bounty on our head.”

Ken Burns, whose documentary about the Central Park case was highly regarded but lacked the cultural impact of When They See Us, now gives Trump more significance than he did in his 2012 film. “There was an orange-haired real estate developer in New York. . . . And he believed that these children should be executed.” Time reports that “President Trump played a key role in the Central Park Five case.” The BBC tells us that Trump’s ad fed into “the atmosphere of high crime rates and poor race relations in the city at the time.” The New Yorker says that “one of Trump’s first political acts” was to demand the teens’ execution. CNN White House correspondent April Ryan tweeted, “The injustice against the Central Park Five and @realDonaldTrump inability to apologize after wrongfully asking for the death penalty is horrific.”

Though the Central Park attacks were certainly the backdrop to Trump’s ad, his language did not presume the guilt of the defendants, whom he scarcely mentioned, and he did not call specifically for the execution of anyone. In fact, Trump demanded capital punishment only for murderers, and by the time his ad appeared, Trisha Meili was expected to survive. Moreover, Trump was hardly alone, in New York City, in expressing horror and anguish about the attack—neither the New York Times nor the Daily News objected to running the ad, after all. New York City in 1989 was under violent assault from predatory criminals. There were nine times as many murders then as now; robbery and muggings were more than ten times as frequent as they are today. Rape and felony assault were well over double today’s rates.

Pack-style violence like what happened that night in Central Park was all too common. Gangs “ran amok” at a 1983 Diana Ross concert in the Park, according to the Times, “beating and robbing scores of people.” In 1985, a March of Dimes walkathon was broken up around Central Park when “packs of youth attacked and harassed dozens of people,” stealing jewelry and pocketbooks. David Dinkins, running against Ed Koch in the 1989 Democratic primary for mayor, called for “anti-wilding” legislation in the wake of the Central Park Jogger attack. He won the general election against Rudy Giuliani in part for his promise to be tough on crime.

Trump’s ad, though cast as a brutal call for revenge, is actually a demand for public safety, and a return to the “feeling of security New York’s finest once gave to the citizens of this City.” Written in 1989, it is a prescient call for Broken Windows policing, which from 1994 on resulted in the sharpest and most enduring decrease in crime that any city has seen in American history. The policies that Trump called for saved the lives of tens of thousands of people—most of them black and Latino—who would otherwise have fallen victim to New York’s spiraling violence.

The latest outbreak of passions regarding this case, and the novel twist of making Trump a central player in it, raise other questions. Given that there have been no new developments, except for the city payouts, in the Central Park case since Burns’s 2012 documentary, why was a new movie called for, anyway? The Netflix series, arguably, exists only to make Trump a target for his behavior in a long-ago New York episode—just in time for the 2020 campaign. Ana DuVernay, director of the docudrama, is a close friend of Barack and Michelle Obama. Like DuVernay, the Obamas have multiyear, multimillion-dollar development deals with Netflix. Amplifying the theme that Trump is a longtime racist is likely to be part of the eventual Democratic candidate’s campaign strategy. When They See Us may be a valuable tool for that purpose; it certainly has little value for truthfulness.

Voir également:

David E. Pitt
The New York Times
April 25, 1989

The random, apparently motiveless rampage in Central Park last week that the suspects in the case called wilding was an especially ferocious version of group delinquency that is common but usually not so vicious, law-enforcement officials and psychologists said this week.

A 28-year-old investment banker, who was raped and savagely beaten, remains in a coma at Metropolitan Hospital as a result of the gang violence, and at least eight other people were assaulted by members of a group that the police now say numbered between 32 and 41.

Eight youths have been arraigned on charges of rape, assault and attempted murder in the case, while five charges of assault, one involving a 13-year-old suspect, have been filed in the beating of a male jogger in his 40’s, who was seriously wounded in the head with a metal pipe. He was released from St. Luke’s-Roosevelt Hospital Center over the weekend. Also, a 15-year-old has been charged with being one of 17 youths who beat and robbed a male jogger who has been identified only as wearing an Army jacket. A grand jury is expected to take up all of the cases on Thursday.

‘Things Have Gotten a Lot Rougher’

 »’Wilding seems to be a new term, but it’s hardly a new activity, » said Peter Reinharz, chief prosecutor for the Family Court Division of the city’s Law Department.  »In terms of group attacks, the No. 1 crime that we’ve seen among juveniles in Family Court, at least prior to the crack invasion, is robbery 2 – that is, aided robberies, the wolf-pack robberies.

 »Prior to that, » he said,  »the No. 1 crime was jostling, which is pickpocketing. But for some reason, I guess it became a little bit easier to knock the old lady over and just grab the bag rather than to reach into the pocket and hope you came out with something. So things have gotten a lot rougher in the city with respect to wolf packs. »

Last year, Mr. Reinharz said, 622 wolf-pack cases were referred to Family Court, along with 139 attempted robberies of that type. In 1987, there were 608 such cases and 144 attempted wolf-pack robberies.

The police quoted some of the youths questioned in the case, all of whom live in Harlem near the park, as saying that the rampage grew out of a plan to attack joggers and bicyclists in the park for fun.

 »It certainly got out of control, » Mr. Reinharz said of the episode,  »but I don’t know if it was out of control for these types of kids. I think that kids like this, given what I would call their predatory nature, are people who, given the chance, would do something like this again. There really isn’t any way to control them – at least we haven’t found it in the juvenile justice system.

Racial Epithets, But Victims Mixed

Although Chief of Detectives Robert Colangelo said last week that the eight separate assaults on nine people seemed unrelated to money, drugs, alcohol or race, police officials said yesterday that they were investigating to what extent racial factors may have played a role in the youths’ choice of victims.

 »The question of whether this was a series of bias-related incidents is being looked at very closely, » said Deputy Police Commissioner Alice T. McGillion.

Police officials said that the evidence of bias consisted of testimony from victims, as well as a statement from one suspect in the rape attack, 15-year-old Yusef Salaam, who is said to have told detectives that one member of the group had suggested that they  »get a white girl. »

Another 15-year-old, Jermain Robinson, who is charged with robbery of the male jogger in the Army jacket, is also said to have told detectives that youths who chased and threw stones at a white couple on a tandem bicycle had shouted racial epithets.

All of those involved in the Central Park attacks are said to be black. The victims were a black man, who was briefly harassed until one youth shouted that he knew the man, two Hispanic people, – and six whites.

Police investigators also said that while the other suspects had made no explicit references to racial factors, their acknowledgement that the chief target of their forays were joggers and bicyclists in the park was an indication that a racial motive was at work because, the police suggested, the majority of those who tend to use that part of the park at night tend to be white.

For many psychologists, the idea of attacking people who seem to personify a level of unattainable affluence is a common pattern among particpants in wolf-pack attacks.

 »From what I have been able to gether about the Central Park case, there seem to be some socioeconomic factors involved, » said Dr. Leah Blumberg Lapidus, a specialist in adolescent behavior in Columbia University’s department of clinical psychology.

 »The media, especially television, is constantly advertising these various things that are necessary to define yourself, and the joggers may represent a level of socioeconomic attainment that the media has convinced everybody is necessary to have in order to be an acceptable person, » she said.  »So, to that extent, such people become a target. »

On the other hand, Dr. Lapidus said, that did not explain why some of the victims were black or Hispanic.

Law-enforcement officials said the the scale of the Central Park episode was reminiscent of an incident in July 1983, when gangs of youths ran amok at a Diana Ross concert in Central Park, beating and robbing scores of people.

Two years later, in April 1985, a March of Dimes walkathon in which 26,000 people marched through Manhattan broke up in turmoil after packs of youths attacked and harassed dozens of people in and around Central Park, snatching chains, purses and other property.

Police officials, who said Friday that none of the suspects in the park case had a criminal record, said yesterday that they had discovered that that one, 17-year-old Michael Brisco, had been on three years’ probation since December after a wolf-pack-style robbery last year. Officials said he and two others, 12 and 15 years old, had assaulted and robbed a 14-year-old on Nov. 10 on East 90th Street near Second Avenue.

Authorities reported over the weekend that they were investigating the possibility that some of the participants in the park attacks had been involved in three separate robbery sprees four days earlier in East Harlem, one of which involved a stabbing.

Unusual in Intensity

Professor Lapidus and another psychologist, Dr. Ann M. Jernberg, who is director of the Theraplay Institute of Chicago and Wilmette, Ill., both said that what they found set the park rampage apart from others were the intensity of the violence and the apparent failure of almost all of the nine accused youths to show any remorse. Police and prosecutors said they laughed and joked while in police custody,and that only one expressed any sorrow.

 »This lack of awareness of the consequences of what they’ve done – almost as if they’re benumbed – is a little more extreme than what we’ve seen, » Dr. Lapidus said. For Dr. Jernberg, who traces the origin of many forms of antisocial behavior to early childhood problems in the family,  »the mob psychology that these kids were obviously caught up in protects them against remorse. »

 »You get together a group of adolescents and you’ve got the worst possible combination for trouble, » Dr. Jernberg said in a telephone interview from Chicago.  »The idea of collective violence, the risks involved, is terribly exciting, very dramatic, and sometimes all kids this age need is to see a violent movie or hear a song to encourage them. »

Attacks Thought Underreported

For Mr. Reinharz, the randomness of such attacks – which he believes are largely underreported because  »people expect this kind of activity in the city » – is a component of what he called the  »predatory instincts » of youths who carry out wolf-pack behavior.

 »These tend to be situations where these kids get together and there really isn’t any specific plan, » he said,  »I’m not a psychologist, so I don’t profess to understand them – but it seems to me that that one of the common threads you see among the most violent of these kids is that they really don’t have a game plan with respect to the day, let alone their lives.

 »They get up in the morning, or they get up in the afternoon many of them certainly only have only limited contact with school – and they just live for the moment. »

Slight Improvement Seen

Physicians at Metropolitan Hospital caring for the Wall Street banker said yesterday that she was still comatose and in critical condition, and that the prospects for her survival remained uncertain.

There have been a few improvements, including a reduction of brain swelling, according to Dr. Robert S. Kurtz, assistant chief of surgery and director of the surgical intensive care unit, and Dr. Kent Duffy, chief of neurosurgery.

Besides brain injuries, the woman also sustained fractures of the skull, of the bone around the left eye and the bone crossing the left temple.

 »We are worried about brain damage caused by lack of oxygen during the four to five hours she lay in the in the park, » Dr. Kurtz said.  »We won’t be able to assess that until the swelling is down. That is our deep and underlying concern. But the statistics are against her. »

Voir de plus:

EXCLUSIVE: ‘When They See Us is LIES.’ NYPD cop who arrested two of the Central Park Five says they DID attack jogger and forensic evidence proves it – and showing police and prosecutors as racist is putting lives at risk

  • On April 19, 1989, more than 30 young men terrorized New York’s Central Park, teacher James Loughlin was beaten and jogger Patricia Meili was raped
  • Raymond Santana, then 14, Kevin Richardson, 14, Korey Wise, 16, Antron McCray, 15 and Yusef Salaam, 15 all confessed and were convicted of participating in multiple crimes. They were known as the Central Park Five.
  • In 2002 their convictions were vacated after serial rapist Matias Reyes said he was Meili’s lone attacker. His DNA matched evidence found at the scene
  • The five sued New York City, said their confessions were coerced and won a $41 million payout
  • Their arrest, incarceration and exoneration is the subject of Netflix miniseries When They See Us, directed by Ava DuVernay and produced by Oprah Winfrey
  • But Eric Reynolds, lead police officer in the Central Park Five case tells DailyMailTV the series is filled with ‘malicious’ lies
  • Reynolds believes the Central Park Five did attack Meili and said, ‘That notion that there was none, no physical evidence, that tied them to the crime is an absolute lie.
  • Despite Reyes confession for rape, Reynolds said, ‘There was blood, semen, there was grass stains on Kevin Richardson’s underwear.’
  • He said inaccuracies in the show could cause people to threaten the lives of Central Park Five prosecutors Linda Fairstein and Elizabeth Lederer
  • Reynolds said: ‘It’s a malicious recreation, which has nothing to do with the facts other than they ended up arrested and going to jail’

The NYPD police officer who made the first arrests in the Central Park Five investigation has condemned Netflix‘s drama When They See Us as ‘lies’ and said it puts the lives of cops and prosecutors at risk.

Eric Reynolds, who as a plainclothes officer arrested Raymond Santana and Kevin Richardson, tells DailyMailTV that the four-part television adaptation is so filled with errors that it is ‘malicious recreation’.

He described the miniseries, produced by Robert De Niro and Oprah Winfrey and directed by Ava DuVernay, as ‘total nonsense’ that left him ‘flabbergasted’.

Reynolds retired in 2001 after a 20-year career where he rose to Detective Third Grade and earned department recognition multiple times for his police work.

He spoke out after an outcry in the wake of the series led to prosecutors Linda Fairstein and Elizabeth Lederer losing publishing contracts, board seats and lecturing roles.

Reynolds, 59, rejected criticism of the investigation, prosecution and conviction of the five for the rape of 28-year-old jogger, Patricia Meili – and particularly took issue with the portrayal of the black men as victims of a racist system.

As an African American, he said, the allegations of racism cut particularly deep.

Asked if he has been accused of being a race-traitor he said, ‘Oh yes and worse.’ Yet all he wanted to do as an officer was, he said, ‘serve his community.’

And he said that even the brief appearance he makes in the series, which has been watched by 23 million Netflix accounts worldwide, is pure ‘fiction,’ portraying events which simply did not happen; he was shown as a uniformed officer when he in fact wore plain clothes.

He believes the series is inflammatory by depicting members of the five looking badly beaten when they were arrested.

Reynolds told DailyMailTV, ‘Please, someone, show me the pictures of them. Show me the injuries, show me the black eyes, show me the swollen faces because every single one of them that came out of that precinct had none of that.’

He has shared his own recollections of the night of April 19, 1989 when more than 30 young men embarked on a violent spree of terror, and Meili was found raped and close to death in Central Park.

Raymond Santana, then 14, Kevin Richardson, 14, Korey Wise, 16, Antron McCray, 15 and Yusef Salaam, 15 all confessed and were convicted of participating in multiple crimes on April 19. But the one that is remembered is Meili’s rape.

In 2002 their convictions were sensationally vacated in their entirety when Matias Reyes, a serial rapist already in prison, confessed to the crime and claimed to have acted alone. The five sued New York City, said their confessions were coerced and won a $41 million payout.

Supporters said they had been exonerated and the Central Park Five became synonymous with an unimaginable miscarriage of justice.

When They See Us opens on the night of the ‘wilding’, where a mass of young men rushed through Central Park, casting the five very squarely as innocents caught up in events and on the fringes of any violence.

Reynolds said, ‘When I saw the opening scenes it was like watching a musical. I was flabbergasted. That absolutely was not what occurred.’

The Central Park Five had their convictions vacated after serial rapist Matias Reyes admitted raping jogger Patricia Meili. His DNA matched evidence found at the scene

In one scene a man, most likely a depiction of teacher John Loughlin, is shown being felled by a single punch while three of the five look on.

Reynolds said, ‘It did not happen that way. They were beating him with a pipe. They beat him so savagely that both of his eyes were shut and he had a cracked skull.’

Testimony from one who was there stated that Yusef Salaam was wielding that pipe and ‘going to work on him.’

The cop who found Loughlin told Reynolds that he ‘looked like his head was dunked in a bucket of blood.’

In another scene the boys are part of a crowd halfheartedly harassing a couple on a tandem bike. Again Reynolds watched in outrage at what he said is a ‘total fiction.’

He explained, ‘The group lay in wait. They stretched out across the roadway and held hands to knock them off their bike. It was a couple on the tandem and the woman said she was scared for her life.

‘Her boyfriend just told her, ‘Put your head down and pedal as hard as you can.’ And they rode through them as they were grabbing at her clothes and by the grace of God they got away.’

Pointing to the couple attacked on their tandem he said it was the violence, not the ethnicity, of its perpetrators that mattered to police officers.

He said, ‘I don’t understand how that’s a race issue if you’re in the middle of a park riding on a bike in the middle of the night and a group of males, whether they’re black, white or whatever, you know are standing on the road with the express purpose of knocking you off the bike.

‘As a woman I think you’re going to be scared out of your mind.’

As an example of one of the worst ‘lies’ in the drama Reynolds pointed to the scenes where Fairstein, played by Felicity Huffman, arrives at the precinct to take charge of the rape investigation.

She is shown repeatedly referring to the boys in the park as ‘animals’ and delivering orders to detectives with the words, « I need the whole group. Every young black male who was in the park. You go into the projects and stop every motherf**** you see. »‘

According to Reynolds, ‘It is so preposterous that it’s laughable. The sad thing is people believe it and are incensed by this.

‘As detectives we work on evidence. We don’t go rounding people up and Linda Fairstein wasn’t even there the first day. It just never happened.’

Reynolds was a plainclothes officer in the Anti-Crime Unit on patrol with his partner on the night of April 19, 1989.

He recalled, ‘We were getting numerous radio runs of a large crowd of black and Hispanic kids assaulting and robbing people. We had people going into the station house and cops out in the field who had gotten flagged down by civilians saying, ‘There’s a crowd of kids there. They’ve tried to assault us and thrown rocks.’

Reynolds and his partner were just one of many units looking for the group reportedly moving through the vast dark interior of Central Park.

And the reports were getting more serious. Reynolds said, ‘We find out about John Loughlin who had been beaten savagely and we figured because there were so many cops in the park they must have left.’

The cops were barely out of the park when they saw them. Reynolds recalled, ‘There were 30 of them on the move. There’s only two of us so, you know, clearly we’re not going to get all of them. Long story short we got five of them.’

Two were Raymond Santana – who had, Reynolds said, been leading the pack – and Kevin Richardson who started crying in the back of the squad car.

Reynolds said, ‘He [Richardson] started crying and saying that he ‘knew who did the murder’. He said it was Antron McCray and he would tell us where he lived.’

The officers assumed he was talking about Loughlin who was beaten unconscious.

Back at the precinct Reynolds began processing the arrests, reaching out to their parents and writing up appearance tickets for the boys who, as juveniles, would have to return to family court at a later date.

Reynolds’ partner asked Santana and Stephen Lopez, a member of the group he was arrested alongside, what they were doing out making trouble and why weren’t they with their girlfriends instead.

According to Reynolds, ‘Santana said, ‘I already got mine,’ and they kind of laughed. I just assumed it was an in-joke. It only became significant after we learned what had happened to the jogger.’

Reynolds couldn’t release any of them or complete the mounds of paperwork required by their juvenile status until their parents had shown up.

Reynolds, played by ‘Power’ actor Ty Jones, makes a brief appearance in the mini-series’ first episode – but Reynolds says the show makers got this wrong as well.

Reynolds is seen angrily remonstrating with Santana’s father Raymond Santana Sr, played by John Leguizamo, for turning up late. Reynolds says that never happened.

Instead, Reynolds explained, he sent a squad car to bring Santana’s grandmother to the station as various family members who said they would come failed to show.

He also noted, as a plainclothes officer, he never wore his uniform when in the police precinct. Jones wears a uniform in the scene.

While the boys were waiting, at around 1.30am, the call came in that a female jogger had been found in the park, raped and beaten to within an inch of her life.

The detectives responding to the crime had been told that Reynolds had arrested five out of a group of about 30 kids ‘wilding’ in the park. Now they instructed Reynolds not to let them go.

He recalled, ‘They said, ‘Look, we don’t think these kids have anything to do with it but they were up there at the same time that she was attacked. They might have seen something so we’re going to come down and debrief them.’

Reynolds was in the room for all of those interviews. He said, ‘Their parents are there, they’re getting their rights read. We ask them what happened in the park?’

According to Reynolds they did not ask the kids about the rape directly. The first two kids told almost identical stories. They said they’d been in the park with a bunch of kids who were beating people up but they didn’t touch anybody.

Reynolds wrote them up and let them go home.

Then, he said, ‘The third kid is Kevin Richardson. He’s there with his mother. We read him his rights. We ask him what happened. He said the exact same thing the other kids said – everyone else was beating people up but I didn’t touch anyone.’

Then one of the detectives noticed he had a scratch on his face. They asked him how he’d got it and at first he blamed Reynolds’s partner for the injury.

When told the officer was next door and would be asked if that was true Richardson changed his story.

Reynolds said, ‘He said, « Okay, it was the female jogger. » And I’ll be honest with you I almost fell off my seat because I was not expecting him to say that.

‘And then he starts to go into the story of the attack on the jogger. No coercion. We didn’t even think he was involved. He starts to give it up right there in front of us.’

Ultimately police questioned 37 boys and, contrary to Netflix’s dramatic depiction, there was nothing random or rushed in the five who were ultimately charged.

They became the Central Park Five, he said, not because cops were anxious to pin the crime on someone but because they implicated themselves and each other when interviewed.

In DuVernay’s drama particular attention is given to Korey Wise’s story. He is shown accompanying his friend Salaam to the station, an act of loyalty that sees him embroiled in the case when he wasn’t even on the cops’ radar.

Reynolds is exasperated by this. He said: ‘Korey Wise was named by other participants in the wilding that day. We went specifically to look for him.

‘When detectives asked a couple of people in front of their building if they had seen him they said they saw him earlier and he said, « Y’all better stay away from me because the cops are after me. »‘

When they asked him why, Reynolds said, the people in front of the building stated that Wise had told them: ‘You see that woman in Central Park last night? That was us.’

This account was committed to written statements.

Reynolds also pointed to the fact that the first thing Wise did when he got home late on April 19 was wash the clothes he’d been wearing.

When they went to pick up Antron McCray – whom Reynolds had earlier let go – the detective asked him to go and get the clothes he had been wearing the night before.

Reynolds said, ‘He comes back out and he’s got on a sweat suit. The front of it is completely covered with mud from head to toe. What could he possibly be doing that he’s completely flat in mud?’

NYPD mug shots taken of the Central Park Five on April 23, 1989. Top Row (L-R): Yusef Salaam, Raymond Santana. Lower Row (L-R) Kevin Richardson, Korey Wise, Antron McCray

Reynolds said the officers who discovered the jogger told him she was ‘covered from head to toe in mud.’

Several weeks after his police confession to participating in the attack on Meili, McCray repeated this admission, while minimizing his own role, to the pre-trial psychologist appointed by his own team.

Meanwhile, while Wise was being held on Riker’s Island awaiting trial, a female friend came forward with information she thought would exonerate him but in fact only bolstered the case against him.

Reynolds said, ‘He called this young lady and she was surprised to hear his voice. She was like, ‘Korey, what did you do? They’re saying that you raped this woman.’

‘He says, ‘I didn’t rape her. I only held her legs while Kevin Richardson f***** her.’

If true, that scenario would make Wise every bit as guilty of rape as Richardson under New York law.

The crime, the trial and the convictions of the four black and one Hispanic teen were the focus of public outrage and racial conflict at the time.

Donald Trump took out newspaper advertisements demanding the death penalty for the Central Park Five in 1989

Donald Trump, then a real estate mogul in New York, took out newspaper advertisements calling for the return of the death penalty.

But Reynolds insisted, ‘Look, this idea that there’s outside pressure for us to wrap it up and get some suspects is totally false.

‘Nobody was looking at the newspaper and saying, ‘Donald Trump’s mad, we’d better do something.’ And the jury weren’t asking to see the newspaper, they were asking to see the evidence.’

Reynolds points to a wealth of physical evidence that was never refuted at trial: hair and blood ‘consistent’ with the jogger’s was found on the boys’ sneakers and clothing, along with semen in the boys’ underwear.

The fact that none of them claimed to be able to finish the act of penetrative sex is the reason, Reynolds said, that their semen was only found on the inside of their underwear and clothing rather than on Meili.

But isn’t Reynolds in danger of sounding like somebody who just can’t accept that he was involved in a terrible miscarriage of justice?

After all, weren’t the five exonerated thanks to Reyes’ confession – one backed up by the presence of his DNA on the victim and clear proof that he had penetrated her?

Reynolds rejected this notion. He does not equate the vacation of the five’s sentences with their exoneration. And he does not believe that Reyes’ clear guilt is proof of the others’ innocence.

Reynolds said, ‘They were not cleared. The convictions were vacated. They were given the opportunity to have another trial but there was no reason to retry because they had already done their time.

‘The reason they were granted that is because Matias Reyes came forward with the fictitious claim that he had attacked her alone.

Reynolds explained, ‘Reyes comes forward to say he did it by himself and he can prove it because he knows something we don’t know. And he’s correct.

‘She had a fanny pack with her Walkman in it and he took it and he threw it away.

‘She didn’t have it on her in the hospital. She was in a coma for 50 something days. She couldn’t tell us that she’d had one and it had been stolen, right?

‘But then Armstrong found that a detective had taken some notes of an interview with Korey Wise. And Korey said that there was a guy named ‘Rudy,’ who he said took her fanny pack and her Walkman.’

Reynolds believes that Rudy was Reyes and his name muddled up by Wise who has hearing difficulties.

He said, ‘He told that to us on April 20, 1989, the day after. So how in the world does Korey Wise know about her fanny pack and Walkman in 1989 when Reyes says he knows about it because he was the only person there?’

The Armstrong report noted, ‘At the time of this interview the police had no way of knowing that the jogger had a Walkman or that she carried it in a pouch.’

It said that, based on the evidence including Reyes confession, ‘it was more likely than not that the defendants participated in an attack upon the jogger.’

The report stated, ‘the most likely scenario for the events of April 19, 1989 was that the defendants came up on the jogger and subjected her to the same kind of attack, albeit with sexual overtones, that they inflicted upon other victims in the park that night.

‘Perhaps attracted to the scene by the jogger’s screams, Reyes either joined in the attack as it was ending or waited until the defendants have moved on to their next victims before descending upon her himself, raping her and inflicting upon her the brutal injuries that almost caused her death.’

Reynolds’s view is supported by both the medical opinion of Meili’s two Urgent Care Physicians at Metropolitan Hospital and the Armstrong Report.

Dr Robert Kurtz is on record as saying Meili had injuries consistent with a sharp, clean blade or object while Reyes’ confession only mentioned a blunt object.

Dr Kurtz noted that Reyes, ‘never said he had used a knife, or broken glass, or broken bottle or something like that that would have been able to inflict a clean laceration.’

Dr Jane Mauer, a surgeon who helped reconstruct Meili’s face recalled seeing hand print bruising on her thighs.

Dr Mauer said, ‘You could see the four fingers and the thumb indented in her skin to hold her legs apart.’

It led her to doubt that this could be the work of one man.

Moreover the Armstrong Report concluded Reyes could not be considered a reliable witness.

It revealed a fellow inmate in prison with Reyes said Reyes told him ‘the attack on the jogger was already in progress when he joined, attracted to the scene by the jogger’s screams.’

Reynolds does not believe that the five should still be in prison. He said, ‘They did their time. They paid the price for what they did. You know, that’s it.’

When Bill de Blasio was elected New York City mayor in 2014 he ordered the $41 million settlement to go through for the five men.

All legal action finished in 2016 when the men were awarded a further $3.9 million from New York State.

But despite the case now being closed, Reynolds feel the Netflix mini-series is unfairly punishing people who prosecuted the five.

In the wake of the drama’s release Linda Fairstein, who supervised the prosecution, and lead prosecutor Elizabeth Lederer have both fallen victim to an angry public backlash.

Fairstein, who now writes crime fiction, was dropped by her publisher. Lederer, who continues to work in the District Attorney’s office, resigned from teaching law as an adjunct at Columbia University in New York.

Reynolds said, ‘It’s like mob justice. People are doing everything they can to destroy these women’s lives and they’ve done nothing wrong. They don’t even know that they’re not basing their opinions and their fury on what actually happened.

‘If they knew what actually happened they would be ashamed of themselves.’

But, he said, ‘Don’t come back for revenge and destroy two people who were only doing their job and did nothing wrong. Linda Fairstein and Elizabeth Lederer did absolutely nothing wrong.’

Reynolds believes the show falsely depicts a racist criminal justice system.

He is keen to point out that growing up in Eighties New York, criminals posed the threat to public safety, not police officers.

He said, ‘I grew up in the projects, my mother used to go to school at night. She got her high school diploma the same year I got mine. She went to college at night also.

‘I would have to go every night and meet [my mother] at the bus-stop and bring her upstairs because it just wasn’t safe. And who was she going to get victimized by? It wasn’t the cops.’

Reynolds said of When They See Us, ‘We can’t even call it a sanitized version. It’s a malicious recreation, which has nothing to do with the facts other than they ended up arrested and going to jail.

‘I think that’s the only thing in it that stays true to what actually occurred.’

He said, ‘This has got people so divided and so at each other’s throats it’s sad. Let me tell you there’s a lot of people who believe that they are guilty but they’re not going to say anything because they don’t want to get shouted down. They don’t want to be called racist.’

But Reynolds, who was there and part of it all, believes facing that backlash is the lesser of two evils and remaining silent in the face of what he sees as injustice isn’t an option.

For Reynolds, his reason for speaking up is clear and unimpeachable, ‘The truth matters.’

Voir encore:

In an op-ed from Tuesday’s Wall Street Journal, former New York City prosecutor Linda Fairstein responded to the recent Netflix series on the Central Park Five, and accused its producer, Ava DuVernay, of fabricating words attributed to her character, played by Felicity Huffman, to portray her as a racist who was determined to convict the teens in the face of an alleged lack of evidence against them.

Fairstein began the article, titled « Netflix’s False Story of the Central Park Five, » by declaring that the series, When They See Us, is « so full of distortions and falsehoods as to be an outright fabrication, » and complained that it is « an utterly false narrative involving an evil mastermind (me) and the falsely accused (the five). »

She added that it « attempts to portray me as an overzealous prosecutor and a bigot, the police as incompetent or worse, and the five suspects innocent of all charges against them. None of this is true. »

Fairstein listed a number of pieces of misinformation from the series and argued that there was plenty of evidence to reasonably convict them at the time, as she stood by charges that they attacked several other people in the park that same night.

Among several pieces of misinformation she claimed were included in the series was that it « portrays the suspects as being held without food, deprived of their parents’ company and advice, and not even allowed to use the bathroom, » and argued that if such accusations were true, they would have come out in the pre-trial hearings or inthe lawsuit that was filed years after their release from prison.

Fairstein — who was supervisor over the sex crimes unit — argued that the series exaggerates how closely involved she was in handling the case and recalled that she « did not run the investigation, and never made any of the comments the screenwriter attributes to me. » She also directly contradicted a couple of scenes involving the questioning of an underage member of the group:

The film claims that when Mr. Salaam’s mother arrived and told police that her son was only 15 — meaning they could not question him without a parent in the room — I tried to stop her, demanding to see a birth certificate. The truth is that Mr. Salaam himself claimed to be 16 and even had a forged bus pass to « prove » it. When I heard his mother say he was 15, I immediately halted his questioning. This is all supported by sworn testimony.

The former prosecutor also argued that there was additional evidence of their guilt:

There is, for example, the African American woman who testified at the trial — and again at the 2002 reinvestigation — that when Korey Wise called her brother, he told her that he had held the jogger down and felt her breasts while others attacked her. There were blood stains and dirt on clothing of some of the five.

She soon added that more than a dozen other witnesses « named some or all of the five » in helping attack other victims.

It is noteworthy that, while the Netflix series depicts the five teens as innocent bystanders who merely witnessed other assailants attacking and beating up other victims in the park, the film, The Central Park Five, by Ken Burns, accepted that they were « beating up other people » in the park even while that film was devoted to defending the teens regarding the attack on the jogger, Trisha Meili.

Fairstein also recalled that Salaam « testified that he had gone into the park carrying a 14-inch metal pipe — the same type of weapon that was used to bludgeon both a male school teacher and Ms. Meili. »

The former prosecutor also argued that the fact that DNA testing on the semen found at the scene did not match any of the five teens did not mean that they could not have been part of the attack on her, as they were charged as « accomplices » to the person who eventually confessed to raping her, serial rapist Matias Reyes.

She further recalled that « two of them admitted to climbing on top of her and siimulating intercourse, » adding that « Semen was found on the inside of their clothing, corroborating those confessions. »

Fairstein concluded her article:

That Ms. DuVernay ignored so much of the truth about the gang of 30 and about the suffering of their victims — and that her film includes so many falsehoods — is nonetheless an outrage. Ms. DuVernay does not define me, and her film does not speak the truth.

Voir par ailleurs:

Dans leur regard Saison 1 : pourquoi Netflix frappe fort avec sa nouvelle série puissante, révoltante et politique

Camille Vignes
Ecran large
15 juin 2019

Après le biopic un peu académique Selma, et après le four Un raccourci dans le tempsAva DuVernay revient avec une nouvelle oeuvre engagée et sans concession, sur Netflix cette fois. Dans leur regard retrace la sordide histoire de cinq jeunes de Harlem, arrêtés en 1989, accusés à tort du viol d’une joggeuse et incarcérés. Et c’est certainement l’une des séries les plus bouleversantes de l’année, s’attaquant au racisme institutionnel et systémique aux Etats-Unis.

« CENTRAL PARK FIVE »

D’Escape at Dannemora(série de Brett Johnson et Michael Tolkin, réalisée par Ben Stiller) à The Act(de Nick Antosca et Michelle Dean), en passant par Dirty John (d’Alexandra Cunningham) ou American Crime Story : The People v OJ Simpson, c’est une mutation qui anime la télévision américaine depuis quelques années, laissant fleurir de plus en plus de séries romancées retraçant des faits divers glaçants. Que ce soit pour pointer du doigt un système corrompu ou pour en montrer l’efficacité, un nombre croissant de showrunners s’attaque à des affaires criminelles pour rappeler leur importance dans l’histoire judiciaire américaine.

Loin de la froideur et de la rigidité induite par le format du documentaire classique, comme The Central Park Five(Ken BurnsSarah Burns et David McMahon), et ne lésinant pas sur les effets de pathos, la minisérie Netflix Dans leur regard (When They See Us en VO – « Quand ils nous voient ») d’Ava DuVernay se détache du lot. La cinéaste (qui a coécrit et réalisé les quatre épisodes) se penche sur l’histoire tristement connue des « Cinq de Central Park ». 

Pour ceux qui ne connaitraient pas l’affaire, elle a secoué New York et les États-Unis à la fin des années 80, et ses dernières répercussions ont eu lieu en 2014. Dans la nuit du 19 avril 1989, la joggeuse Trisha Melli est sauvagement attaquée, violée et laissée pour morte dans Central Park. La même nuit, une bande d’ados afro-américains et latinos (dont Raymond Santana et Kevin Richardson), sortis pour terrifier les promeneurs du parc, est raflée par la police et emmenée au poste. Le lendemain, trois autres jeunes (Antron McCray, Yusef Salaam, et Korey Wise) sont à leurs tours arrêtés, interrogés par les inspecteurs et poussés à avouer ce crime qu’ils n’ont jamais commis. 

Les cinq garçons seront jugés coupables et jetés en prison en 1990. Il faudra attendre 2002 pour que le véritable criminel (ironie du sort, il était blanc) vienne se dénoncer et soit arrêté. La libération de Korey Wise et l’acquittement des cinq garçons suivront plus ou moins rapidement. Enfin, en 2014, ils recevront une compensation financière d’environ 40 millions de dollars. 

DÉCOUPE CHIRURGICALE

Comment traiter une affaire aussi difficile et injuste ? Comment dépeindre, 30 ans après les faits, un New York pré-Giuliani gangréné par la drogue et les violences interraciales ?

Deux questions simples, terriblement actuelles et tellement innocentes comparées à celles que n’importe quelle personne ayant vu la série a dû se poser. Comment est-il possible de traiter cinq jeunes de la sorte ? Comment une procureur et un système peuvent-ils être assez cruels pour ignorer l’amas d’éléments prouvant leur innocence ? Comment la presse a-t-elle a pu les jeter en pâture et les rendre coupables avant même le procès ?

Divisé en quatre longues parties (64, 71, 73 et 88 minutes), le récit d’Ava DuVernay est extrêmement bien construit. Chacun des chapitres s’attarde sur un élément clef de l’histoire globale des cinq accusés, sans jamais dépasser le propos ni tomber dans la simplicité ou le cliché d’une série policière ou du récit d’un procès. Ce découpage permet non seulement de remettre en question différents aspects du système judiciaire américain, mais surtout de faire monter crescendo le sentiment de révolte et d’injustice du spectateur. 

Le premier chapitre montre comment les cinq jeunes ont été piégés et forcés de mentir pour avouer un crime qu’ils n’ont pas commis, pointant du doigt les méthodes plus que douteuses de la police et de la procureur Linda Fairstein (Felicity Huffman). Ils auraient contourné la loi et mené la plupart des interrogatoires sans la présence des parents (alors que les jeunes étaient âgés de 14 à 16 ans).

Le deuxième chapitre est centré sur le déroulement du procès, expliquant rapidement pourquoi il a été divisé en deux, mettant sous le feu des projecteurs le racisme systémique américain, et laissant tomber comme une sentence de mort la décision du jury en fin de course.

Après la narration linéaire des deux premiers chapitres, les deux suivants s’aventurent dans des chemins différents, s’attardant plus sur les destins des accusés. Le troisième épisode montre ainsi l’adaptation en milieu carcéral des quatre plus jeunes (Raymond Santana, Kevin Richardson, Antron McCray et Yusef Salaam) et surtout leur difficile tentative de réhabilitation dans le monde à leur sortie de prison, de nombreuses années après (6 à 13 ans).

Quant au dernier chapitre, il tourne autour de Korey Wise et de l’enfer qu’il a vécu en prison, entre passages à tabac et isolement volontaire. Âgé de 16 ans au moment des faits et jugé comme un adulte, il passe de prison en prison, demandant son transfert régulièrement pour se rapprocher de sa mère – sans réussite. 

WISE DECISION

Ce dernier chapitre est tout particulièrement poignant. S’il fallait faire une gradation, l’histoire de Korey Wise reste d’ailleurs peut-être la plus déchirante. Parce qu’il avait 16 ans au moment des faits, il a été jugé et jeté dans une prison pour adulte, alors que tous les autres ont été placés en détention pour mineurs. 

Mais l’injustice de l’histoire de ce garçon commence bien avant le procès : au départ, il n’aurait même pas dû être arrêté. Celui qui n’était pas sur la liste de noms donnés par Raymond Santana au moment de son arrestation, celui qui s’est retrouvé au poste dans l’unique but de ne pas laisser son ami seul, est finalement celui qui a purgé la plus longue peine et a connu les conditions d’incarcération les plus difficiles – conditions auxquelles un jeune de 16 ans n’est absolument pas préparé. Le choix d’Ava DuVernay d’offrir à Korey Wise un épisode entier n’a alors rien d’étonnant.

Si le calvaire du jeune garçon est de moins en moins supportable à regarder à mesure que l’épisode se déroule, c’est sans doute grâce au talent de son interprèteJharrel Jerome (vu dans MoonlightMr. Mercedesou encore Mon premier combat) se glisse dans la peau de Korey avec brio. C’est le seul à jouer le Korey Wise adolescent et adulte, alors que les quatre autres personnages ont chacun deux interprètes. C’est certainement l’acteur le plus marquant et puissant, même si Kevin RichardsonCaleel HarrisEthan Herisse, Marquis Rodriguez, Michael Kenneth WilliamsJovan AdepoChris Chalk et Justin Cunningham font aussi un excellent travail.

Et justement, deux de ses scènes sont particulièrement déchirantes et méritent d’être citées (bien qu’elles ne soient absolument pas les seules à révéler l’acteur). La première a lieu pendant le procès de Korey, alors qu’il est appelé à la barre, et qu’on le harcèle pour qu’il lise sa déposition, alors qu’il a bien dit et répété ne pas en être capable : il y a une telle détresse dans le regard de l’acteur, une telle incompréhension, que l’on ne peut qu’être révolté avec lui. 

La seconde arrive quand il est en prison, à des centaines de kilomètres de New York. Alors qu’il passe la plupart de son temps dans une cellule isolée pour ne pas se faire battre à mort par les autres détenus, il implore sa mère de venir le voir plus souvent lors d’une de ses trop rares visites. La scène est un véritable crève-coeur, un moment de désespoir brut.  

QUAND FICTION ET RÉALITÉ S’EMMÊLENT

Dans leur regard est puissante, l’injustice de son histoire et la souffrance de ses personnages font facilement passer de la rage aux larmes. En 1989, l’affaire avait pris une proportion nationale. L’attaque raciale et contre les minorités avait été mise en avant par les défenseurs des « Cinq de Central Park ».

Mais Ava DuVernay se plaît à rappeler autre chose : contre eux, il y avait un milliardaire de l’immobilier (dont les bureaux bordaient le parc) maintenant président des États-Unis. Donald Trump avait payé plus de 80 000 dollars pour des pages entières dans des journaux, appelant notamment au rétablissement de la peine de mort dans l’État.

Outre Donald Trump, la procureur Linda Fairstein, campée par Felicity Huffman, est également pointée du doigt. Les accusations de la réalisatrice vont même plus loin : elle serait responsable de l’arrestation et surtout de l’acharnement de la police et de la cour sur les cinq adolescents et leur famille. Aujourd’hui, l‘ex-procureur reconvertie en autrice est à son tour lynchée sur la place publique (et notamment la tweetosphère).

Il faut dire que devant les conditions des interrogatoires des cinq garçons, la violence verbale et physique dont ils ont (ou auraient, pour Fairstein) fait les frais, et l’instrumentalisation politique de leur incarcération, l’opportunisme de la procureur se confond facilement avec un racisme aveugle. Aujourd’hui encore, la femme dément la vision des interrogatoires que propose DuVernay et reproche à la réalisatrice d’avoir non seulement omis une grande partie des méfaits du gang cette nuit du 19 avril 1989, mais aussi de ne s’être penchée que sur l’innocence des cinq garçons. 

S’il fallait faire un reproche à la série émouvante et militante, on pourrait pointer du doigt sa mise en scène très classique. Comme le but n’est pas d’esthétiser, mais de redonner leur place, leur parole et leur dignité à des personnes à jamais meurtries, la réalisation use d’effets dramatiques (musique, ralentis…) pour augmenter l’empathie du spectateur. C’est un peu facile et attendu, mais rien d’étonnant de la part de la réalisatrice de Selma.

Dans tous les cas, Dans leur regard reste un uppercut porté par des acteurs formidables, et une série passionnante et déchirante, particulièrement importante.

Dans leur regard est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 31 mai.

Résumé

L’adaptation de faits réels en fiction se soumet toujours à un point de vue (auteur, réalisateur…), et Dans leur regard n’y échappe pas. C’est pourtant une série forte, qui imprègne le spectateur et le suivra plusieurs heures après l’avoir finie. Et quand bien même le personnage incarné par Felicity Huffman n’est pas un témoignage de vérité, la série rappelle que le racisme institutionnel accuse encore aujourd’hui sans savoir. Elle éveille les consciences et met la lumière sur un système judiciaire américain à deux vitesses, qui existe toujours. 

Voir encore:

Dans leur regard: que vaut la mini-série de Netflix réalisée par Ava DuVernay?

 Constance Jamet

Le Figaro

CRITIQUE – Avec cette mini-série qui provoque une véritable onde de choc outre-Atlantique, Ava DuVernay, la réalisatrice de Selma, poursuit sa trilogie sur le racisme dans le système judiciaire américain.

C’est une des plus édifiantes erreurs judiciaires de l’histoire contemporaine américaine. En 1989, cinq adolescents originaires de Harlem sont condamnés à tort pour le viol barbare d’une joggeuse blanche dans Central Park. Embarqués par des policiers sur les dents, les garçons, quatre Afro-Américains et un Hispanique, se promenaient ce soir-là dans le parc de New York. Ils livrent des confessions forcées au bout de 42 heures d’interrogatoire musclé sans sommeil, sans nourriture, sans avocat. Malgré l’absence de preuves matérielles (leurs ADN ne correspondent pas à celui trouvé sur la victime) et leurs protestations, ils passeront entre six et quatorze ans en prison. Et ne seront innocentés qu’après les aveux du vrai coupable… en 2002.

Ce fait divers qui avait inspiré Donald Trump, alors simple magnat, à demander le rétablissement de la peine de mort, a divisé les États-Unis mais reste peu connu en France. Il est à redécouvrir dans le puissant réquisitoire Dans leur regard (When they see us), remarquable mini-série de quatre épisodes signée pour Netflix par Ava DuVernay. La réalisatrice engagée de Selma poursuit sa réflexion implacable sur le racisme latent du système judiciaire américain, inadapté à protéger les plus faibles. Comme avec son film Middle of Nowhere et son documentaire 13, nommé aux Oscars, qui liait esclavage et incarcération de masse, la cinéaste déconstruit les préjugés à l’égard des minorités.

Procès ubuesque

Face à l’engrenage, le quinté d’ados est d’une naïveté enfantine douloureuse. Ignorant jusqu’à la définition du mot viol. Considérés d’office comme de la mauvaise graine. Des boucs émissaires de l’insécurité qui gangrenait alors la Grosse pomme. Perdus, leurs parents les poussent à dire ce que les enquêteurs veulent entendre.

Lycéenne au moment des faits, Ava DuVernay s’est laissé convaincre de reconstituer l’affaire après avoir été contactée sur Twitter par l’un des membres de cette tragédie. Épaté par la rigueur de la réalisatrice sur Selma, Raymond Santana rêvait du même traitement pour raconter leur histoire. La réalisatrice a passé quatre ans de sa vie à discuter avec Santana, ses compagnons d’infortune et leurs familles.

Dans leur regard ne retrace pas uniquement le procès ubuesque. La fiction plonge dans l’enfer carcéral, les marques que ces années passées derrière les barreaux ont laissées. Corruption des gardiens, passage à tabac des autres détenus, isolement, réinsertion impossible… La série montre comment le système pousse à la récidive. Comme dans le fabuleux et éprouvant Chernobyl, le sens méticuleux des détails le dispute à l’humanité des personnages. Mention spéciale à Jharrel Jerome. Découvert dans Moonlight, il interprète Korey Wise, l’un des cinq innocents, à tous les âges. Fiction la plus regardée sur Netflix aux États-Unis depuis son lancement fin mai, Dans leur regard a déjà un impact qui la dépasse. Face à cette onde de choc, l’ex-procureur en charge du dossier a été lâché par son éditeur. De même, l’avocate générale de l’époque a démissionné de l’université de Columbia où elle enseignait. Et cette réparation tardive n’est sans doute pas terminée…

Voir enfin:

Fearful Norwegians Wonder: Are ‘Swedish Conditions’ Coming to the Streets of Oslo?

Quillette
November 21, 2019

Oslo is an unremarkable place compared to other European capitals, lacking the picturesque charm of smaller Norwegian cities such as Bergen, Trondheim and Stavanger. But it’s pleasant and pretty enough. Tourists find it easy to get around, with lots to explore. The Oslo Opera House, which opened in 2008, is spectacular. And in summer, you can swim in the Oslofjord and enjoy expensive utepils (“outside beer”) on the seafront or on Karl Johans gate, the city’s broad main street. Like the rest of Norway, Oslo traditionally has been a safe place, even by the standards of other wealthy countries. It’s also remained more demographically homogenous than most of its neighbours, being geographically isolated from migration patterns that have affected the rest of Europe.

Over the last month, however, Oslo’s city centre has witnessed an eruption of unprovoked attacks on random victims—most of them ethnic Norwegian men—by what police have described as youth gangs, each consisting of five to 10 young immigrants. The attacks typically take place on weekends. On Saturday, October 19, as many as 20 such attacks were recorded, with victims suffered varying degrees of injuries.

One of the incidents involved a group of young men, originally from the Middle East, detained for attacking a man in his twenties in the affluent west end. According to police, the victim had been kicked repeatedly in the head while lying on the ground, in what appeared to be a random, unprovoked beating. Another victim that weekend was the uncle of Justice Minister Jøran Kallmyr, who suffered several broken ribs after being mobbed at the Romsås subway station.

The following weekend in Oslo, Kurds and Turks clashed over recent developments in Turkey, and ended up looting a branch of the Body Shop on Karl Johan gate, as well as destroying several cars. Car fires also have been on the rise, though the problem has been around for years. (Even in 2013, cars were set alight in Oslo at the rate of about one per week, mostly in the city’s poorer east end.) Overall, crime rates are still low by the standards of other cities, but the recent rise in youth crime suggests that may be changing. “We see more blind violence where people are attacked, ambushed and beaten up,” said Labour Party politician Jan Bøhler to the media last month. “This is terrorising our community.” While such observations are widely shared, Bøhler is notable for being one of the few politicians on the left who’s raised his voice about rising crime among young immigrants.

Oslo is the fastest growing capital city in Europe, despite the fact the country now is registering fewer births than at any time since the government started keeping track in the 19th century. About 14% of the country’s population is now composed of immigrants, with Poles, Lithuanians and Swedes topping the European migration sources; and Somalian, Pakistan, Iraq and Syria supplying the greatest number of non-OECD arrivals. Many of the immigrants congregate in Oslo, where, according to Statistics Norway, about a third of all residents are immigrants or born to immigrants. (As recently as 2004, the figure was just 22%.) In several areas, such as Stovner, Alna and Søndre Nordstrand, the figure is over 50%.

According to a 2015 Statistics Norway report, “most persons with an immigrant background living in Oslo come from Pakistan (22,000), while 13-14,000 are from Poland, Sweden and Somalia. There are large differences between the districts: Persons with a background from Pakistan and Sri Lanka are most represented in [the far eastern suburbs of] Oslo.” By one 2012 estimate, 70 percent of Oslo’s first- and second-generation immigrants will have roots outside Europe by 2040, and about half of the city’s residents will be immigrants.

Until now, Norway had seemed to cope well with the influx of immigrants from war-torn Muslim countries, in part because the intake levels generally were kept at a level that permitted newcomers to be integrated without overwhelming local resources. Indeed, there has been a broad consensus in Norwegian politics to keep immigration rates lower than those of comparable countries such as Sweden and Germany. Nevertheless, concerns have been rising in recent years, even if the ruling class was hesitant to discuss the issue. The country’s libertarian Progress Party (Fremskrittspartiet) has repeatedly asked the country’s statistical agency to report on the statistical relationship between crime and country of origin. In the past, Statistics Norway refused, saying that such a task was “beyond its capacity.”

A map of the Oslo area published by Statistics Norway, showing immigrant concentrations, from under 20% (yellow) to over 40% (brown).

But this year, for the first time, such a report was published. And the numbers were clear: Immigrants from certain backgrounds—particularly Palestinians, Iraqis and Afghanis—were many times more likely to commit violent crimes than other Norwegians (including other immigrant groups). In 65 out of 80 crime categories, non-Norwegians were over-represented. The largest discrepancy was in regard to domestic violence: Immigrants from non-Western countries were found to be eight times more likely to be charged for such crimes. Rape and murder were also heavily skewed toward these immigrant groups. Worryingly, the figures showed that second-generation immigrants were more likely to be criminals than their parents.

For a long time, the expression svenske tilstander—“Swedish conditions”—has been used to describe large Swedish cities such as Malmö, Gothenburg and Stockholm, which feature areas plagued by bombings, gang-related gun violence, robbery and rape. In the past, Norwegians used the expression somewhat disparagingly, insisting that such issues would never arise in Norway (while also suggesting that the situation in Sweden was itself exaggerated by those with an anti-immigration agenda). But gradually, “Swedish conditions” have seemed less distant.

Heidi Vibeke Pedersen, a Labour politician representing the immigrant-heavy area of Holmlia, recently wrote a Facebook post about her own experience, which was subsequently reprinted in VG, Norway’s biggest tabloid, under the headline “We have a problem in Oslo”:

Yesterday, my 15-year-old daughter went past [the suburb of] Bøler on a bus half an hour before another 15-year-old was robbed and beaten. Now I need to make a risk assessment: Is it too dangerous for her to go alone to the youth club…Young people now grow up in an environment where threats and violence are common, where adults might be afraid to interfere, and where they are told that the police are racist…Our part of the city is becoming more and more divided. We have areas that are mainly “Norwegian-Norwegian,” and others that have large immigrant populations. This isn’t diversity.

Pedersen’s article alluded to the fact that, in the quest to maintain their own cultures, some Muslims in Norway prefer to segregate instead of integrate. The newspaper Aftenposten recently uncovered the existence of Islamic schools presenting as cultural centres. And Islamsk Råd, the Islamic Council of Norway, now has proposed a separate branch of the Barnevernet—the government-run social services responsible for children—to deal with Muslim children.

The article was shared by many. But Pedersen’s use of such terms as “Norwegian-Norwegian” (or norsk-norske) didn’t sit well with progressives and community advocates. Hasti Hamidi, a writer and Socialist Party politician, and Umar Ashraf, a Holmlia resident, wrote in VG that Pedersen’s use of the term “must mean that the author’s understanding of Norwegian-ness is synonymous with white skin.”

Camara Lundestad Joof, a well known anti-racist activist and writer at the Dagbladet newspaper, accused Pedersen of branding local teenagers as terrorists. Using her own hard-done-by brother as an example, she explained how, in her opinion, Norwegian society has failed non-white young people. Had he been treated better, she argues, he and others like him would fare better. (One problem with this argument is that Norway is one of the least racist countries in the world.)

Of course, this tension between racial sensitivity and blunt talk on crime has existed for generations in many Western societies. But it’s a relatively new topic in Norway, which is only now embracing certain hyper-progressive academic trends. (Oslo Metropolitan University, for instance, has recently produced an expert in so-called Whiteness Studies.)

In fact, some influential Norwegians apparently would prefer that Statistics Norway had never released its report on crime and immigration in the first place. This includes Oslo’s vice mayor, Kamzy Gunaratnam, who told Dagbladet, “Damn, I’m angry! I’m not interested in these numbers…We don’t have a need to set people up against each other. These are our children, our people.”

But burying the truth is never a good long-term strategy for anyone, including members of immigrant communities. The more persuasive view is that these issues should be addressed candidly, while they are still manageable. Unlike many other European countries, Norway doesn’t yet have an influential far-right party. But that may change if voters see that mainstream politicians are too polite to address a problem that ordinary people all over Oslo are talking about.

Kathrine Jebsen Moore grew up in Norway. She now lives with her husband and four children in Edinburgh.


Historiquement correct: Souvenons-nous des croisades ! (Blame it on the Scotts: guess who actually taught Islam to hate the crusades ?)

24 novembre, 2019
Image result for Rodney Stark Bearing false witness book cover"Image result for Walter Scott The Talisman"
Image result for ridley scott kingdom of heaven film poster Saladin"Ispread_of_religions600l nous faut entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les Croisades sont beaucoup plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. René Girard
Those of us who come from various European lineages are not blameless. Indeed, in the First Crusade, when the Christian soldiers took Jerusalem, they first burned a synagogue with three hundred Jews in it, and proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount. The contemporaneous descriptions of the event describe soldiers walking on the Temple Mount, a holy place to Christians, with blood running up to their knees I can tell you that that story is still being told today in the Middle East, and we are still paying for it. Bill Clinton
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’Inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Dès le second siècle de l’Hégire, les Arabes deviennent les précepteurs de l’Europe. Voltaire
Sans Charles Martel (…), la France était une province mahométane. Voltaire
Chanoines, moines, curés même, si on vous imposait la loi de ne manger ni boire depuis quatre heures du matin jusqu’à dix heures du soir, pendant le mois de juillet, lorsque le carême arriverait dans ce temps ; si on vous défendait de jouer à aucun jeu de hasard sous peine de damnation ; si le vin vous était interdit sous la même peine ; s’il vous fallait faire un pèlerinage dans des déserts brûlants ; s’il vous était enjoint de donner au moins deux et demi pour cent de votre revenu aux pauvres ; si, accoutumés à jouir de dix-huit femmes, on vous en retranchait tout d’un coup quatorze ; en bonne foi, oseriez-vous appeler cette religion sensuelle ? (…) Il faut combattre sans cesse. Quand on a détruit une erreur, il se trouve toujours quelqu’un qui la ressuscite. Voltaire (dictionnaire philosophique 1764)
Sa religion est sage, sévère, chaste et humaine : sage puisqu’elle ne tombe pas dans la démence de donner à Dieu des associés, et qu’elle n’a point de mystère ; sévère puisqu’elle défend les jeux de hasard, le vin et les liqueurs fortes, et qu’elle ordonne la prière cinq fois par jour ; chaste, puisqu’elle réduit à quatre femmes ce nombre prodigieux d’épouses qui partageaient le lit de tous les princes de l’Orient ; humaine, puisqu’elle nous ordonne l’aumône, bien plus rigoureusement que le voyage de La Mecque. Ajoutez à tous ces caractères de vérité, la tolérance. Voltaire
Il n’y a point de religion dans laquelle on n’ait recommandé l’aumône. La mahométane est la seule qui en ait fait un précepte légal, positif, indispensable. L’Alcoran [le Coran] ordonne de donner deux et demi pour cent de son revenu, soit en argent, soit en denrées. La prohibition de tous les jeux de hasard est peut-être la seule loi dont on ne peut trouver d’exemple dans aucune religion. Toutes ces lois qui, à la polygamie près, sont si austères, et sa doctrine qui est si simple, attirèrent bientôt à la religion, le respect et la confiance. Le dogme surtout de l’unité d’un Dieu présenté sans mystère, et proportionné à l’intelligence humaine, rangea sous sa loi une foule de nations et, jusqu’à des nègres dans l’Afrique, et à des insulaires dans l’Océan indien. Le peu que je viens de dire dément bien tout ce que nos historiens, nos déclamateurs et nos préjugés nous disent : mais la vérité doit les combattre. Voltaire
Le plus grand changement que l’opinion ait produit sur notre globe fut l’établissement de la religion de Mahomet. Ses musulmans, en moins d’un siècle, conquirent un empire plus vaste que l’empire romain. Cette révolution, si grande pour nous, n’est, à la vérité, que comme un atome qui a changé de place dans l’immensité des choses, et dans le nombre innombrable de mondes qui remplissent l’espace; mais c’est au moins un événement qu’on doit regarder comme une des roues de la machine de l’univers, et comme un effet nécessaire des lois éternelles et immuables: car peut-il arriver quelque chose qui n’ait été déterminé par le Maître de toutes choses? Rien n’est que ce qui doit être. Voltaire
Ce fut certainement un très grand homme, et qui forma de grands hommes. Il fallait qu’il fût martyr ou conquérant, il n’y avait pas de milieu. Il vainquit toujours, et toutes ses victoires furent remportées par le petit nombre sur le grand. Conquérant, législateur, monarque et pontife, il joua le plus grand rôle qu’on puisse jouer sur la terre aux yeux du commun des hommes. Voltaire
J’ai dit qu’on reconnut Mahomet pour un grand homme; rien n’est plus impie, dites-vous. Je vous répondrai que ce n’est pas ma faute si ce petit homme a changé la face d’une partie du monde, s’il a gagné des batailles contre des armées dix fois plus nombreuses que les siennes, s’il a fait trembler l’empire romain, s’il a donné les premiers coups à ce colosse que ses successeurs ont écrasé, et s’il a été législateur de l’Asie, de l’Afrique, et d’une partie de l’Europe. Voltaire
Votre Majesté sait quel esprit m’animait en composant cet ouvrage ; l’amour du genre humain et l’horreur du fanatisme, deux vertus qui sont faites pour être toujours auprès de votre trône, ont conduit ma plume. J’ai toujours pensé que la tragédie ne doit pas être un simple spectacle qui touche le cœur sans le corriger. Qu’importent au genre humain les passions et les malheurs d’un héros de l’antiquité, s’ils ne servent pas à nous instruire ? On avoue que la comédie du Tartuffe, ce chef-d’œuvre qu’aucune nation n’a égalé, a fait beaucoup de bien aux hommes, en montrant l’hypocrisie dans toute sa laideur ; ne peut-on pas essayer d’attaquer, dans une tragédie, cette espèce d’imposture qui met en œuvre à la fois l’hypocrisie des uns et la fureur des autres ? Ne peut-on pas remonter jusqu’à ces anciens scélérats, fondateurs illustres de la superstition et du fanatisme, qui, les premiers, ont pris le couteau sur l’autel pour faire des victimes de ceux qui refusaient d’être leurs disciples ? Ceux qui diront que les temps de ces crimes sont passés ; qu’on ne verra plus de Barcochebas [Shimon bar Kokhba], de Mahomet, de Jean de Leyde, etc. ; que les flammes des guerres de religion sont éteintes, font, ce me semble, trop d’honneur à la nature humaine. Le même poison subsiste encore, quoique moins développé ; cette peste, qui semble étouffée, reproduit de temps en temps des germes capables d’infecter la terre. N’a-t-on pas vu de nos jours les prophètes des Cévennes tuer, au nom de Dieu, ceux de leur secte qui n’étaient pas assez soumis ? Voltaire (préface au Fanatisme ou Mahomet, le Prophète, 1742)
C’est un des plus grands événements de l’Histoire: les Sarrasins victorieux, le monde était mahométan. Chateaubriand
Il faut rendre justice au culte de Mahomet qui n’a imposé que deux grands devoirs à l’homme : la prière et la charité. (…) Les deux plus hautes vérités de toute religion. Lamartine (1833)
Cette bataille n’a pas l’importance qu’on lui attribue. Elle n’est pas comparable à la victoire remportée sur Attila. Elle marque la fin d’un raid, mais n’arrête rien en réalité. Si Charles avait été vaincu, il n’en serait résulté qu’un pillage plus considérable. (…) Sans l’Islam, l’Empire franc n’aurait sans doute jamais existé, et Charlemagne sans Mahomet serait inconcevable. Henri Pirenne (historien belge, 1922)
Monsieur Dubois demanda à Madame Nozière quel était le jour le plus funeste de l’Histoire de France. Madame Nozière ne le savait pas. C’est, lui dit Monsieur Dubois, le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la science, l’art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie franque. Anatole France (1922)
Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l’influence judaïque (et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide !), il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme. Hitler (1942)
Bien des voix se sont élevées pour tenter de ramener la bataille à sa juste place. En vain, car, érigé en symbole, l’événement est passé à la postérité et avec lui son héros Charles Martel. Il appartient à ce fonds idéologique commun qui fonde la nation française, la civilisation chrétienne, l’identité européenne sur la mise en scène du choc des civilisations et l’exclusion de l’Autre. Françoise Micheau et Philippe Sénac (historiens mediévistes)
Recent scholars have suggested Poitiers, so poorly recorded in contemporary sources, was a mere raid and thus a construct of western mythmaking or that a Muslim victory might have been preferable to continued Frankish dominance. What is clear is that Poitiers marked a general continuance of the successful defense of Europe, (from the Muslims). Flush from the victory at Tours, Charles Martel went on to clear southern France from Islamic attackers for decades, unify the warring kingdoms into the foundations of the Carolingian Empire, and ensure ready and reliable troops from local estates. Victor Davis Hanson
Je n’ai jamais entendu un Arabe s’excuser d’être allé jusqu’à Poitiers. Stéphane Denis (2001)
Aujourd’hui les bicots ont dépassé Poitiers. Tunisiano (groupe Sniper, 2003)
I was stunned that the president could say something so at once banal and offensive. Here we are now two days away from an act shocking barbarism, the burning alive of a prisoner of war, and Obama’s message is that we should remember the crusades and the inquisition. I mean, for him to say that all of us have sinned, all religions have been transgressed, is, you know, is adolescent stuff. Everyone knows that. What’s important is what’s happening now. Christianity no longer goes on crusades and it gave up the inquisition a while ago. The Book of Joshua is knee deep in blood. That story is over too. The story of today, of our generation, is the fact that the overwhelming volume of the violence and the barbarism that we are seeing in the world from Nigeria to Paris all the way to Pakistan and even to the Philippines, the island of Mindanao in the Philippines is coming from one source. And that’s from inside Islam. It is not the prevalent idea of Islam, but it is coming from Islam, as many Islamic leaders including the president of Egypt and many others have admitted. And there needs to be a change in Islam. It is not a coincidence that all of these attacks on other religions are happening, all over the world, in a dozen countries, two dozen countries, all in the name of one religion. It’s not a coincidence. And for the president to be lecturing us and to say we shouldn’t get on our high horse and to not remember our own path is ridiculous. The present issue is Muslim radicalism and how to attack it. (…) From Obama’s first speech at West Point in December 2009, ironically announcing the surge in Afghanistan, you could tell that his heart has never been in this fight, never. Charles Krauthammer
Il est important que nous démontrions que nous croyants sommes un facteur de paix pour les sociétés humaines et que nous puissions ainsi répondre à ceux qui nous accusent injustement de fomenter la haine et d’être la cause de la violence. Dans le monde précaire d’aujourd’hui, le dialogue entre les religions n’est pas un signe de faiblesse. Elle trouve sa propre raison d’être dans le dialogue de Dieu avec l’humanité. Il s’agit de changer les attitudes historiques. Une scène de la Chanson de Roland me vient à l’esprit comme un symbole, quand les chrétiens battent les musulmans et les mettent tous en ligne devant les fonts baptismaux, et un avec une épée. Et les musulmans devaient choisir entre le baptême ou l’épée. C’est ce que les chrétiens ont fait. C’était une mentalité que nous ne pouvons plus accepter, ni comprendre, ni faire fonctionner. Prenons soin des groupes fondamentalistes, chacun a le sien. En Argentine, il y a un petit coin fondamentaliste. Et essayons avec la fraternité d’aller de l’avant. Le fondamentalisme est un fléau et toutes les religions ont une sorte de cousin germain fondamentaliste, qui est regroupé. Pape François
La Chanson de Roland n’est pas le reportage détaillé d’un journaliste mais un poème épique rédigé au 11ème siècle et qui traite, 3 siècles après les faits, de l’histoire de Roland de Ronceveaux, un guerrier franc parti combattre l’envahisseur musulman en Espagne aux côtés de Charlemagne. Il s’agissait alors de ralentir l’invasion islamique qui menaçait la Chrétienté d’Occident et la France. Dans ce contexte, on ne peut qu’être stupéfait par la dénonciation bergoglienne des « conversions forcées » de mahométans par les Francs partis porter secours aux Espagnols, les seuls véritablement obligés de se convertir à l’époque. L’intention de l’occupant du Vatican est particulièrement perverse et vise à établir un parallèle surréel entre la campagne de Charlemagne et les massacres de masse perpétrés par les musulmans contre les Chrétiens au 21ème siècle. Les victimes chrétiennes, selon Bergoglio, deviennent les coupables, dans l’Espagne du 8ème siècle tout comme dans l’Europe et l’Orient du 21ème siècle. Cette nouvelle provocation du chef de l’Eglise Catholique s’ajoute à une longue série de propos incendiaires en faveur l’immigration de masse et de l’islam en Europe. Déclarations qui l’ont très largement marginalisé, y compris au sein des derniers pans de la population qui se dit catholique et pratiquante. Caricature du curé gauchiste octogénaire, Bergoglio ne choque plus tant qu’il ne lasse une Europe déjà saturée de sermons iréniques sur l’islam alors que le terrorisme musulman prend toujours plus d’ampleur. Breizato
Le 18 novembre dernier, le pape François a reçu en audience les participants à la réunion organisée par l’Istituto para el Dialogo Interreligioso de la Argentina (IDI), et il a notamment salué trois des dirigeants de cet organisme, le Père Guillermo Marco, le responsable musulman Omar Abboud et le rabbin Daniel Goldman, tous trois vice-présidents de l’IDI. Le Souverain Pontife a prononcé une allocution (…) Il ne s’agit pas là d’une improvisation du pape François, comme il en commet tant notamment en avion, mais d’un texte écrit et publié. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que le Saint-Père prend quelques libertés avec la vérité historique et le texte même de la Chanson de Roland, pour appuyer ses affirmations. La Chanson de Roland s’inspire en partie d’un événement historique, l’expédition de Charlemagne en Espagne de 778, le siège avorté de Saragosse, la retraite de l’armée des Francs menacée d’une intervention de l’émir de Cordoue, la prise et le pillage, au passage, de Pampelune, puis le revers de son arrière-garde prise en embuscade, essentiellement par des Basques, à Roncevaux. Il n’est pas inutile de rappeler que cette expédition en Espagne fut décidée à la demande de plusieurs gouverneurs musulmans d’Espagne, en rébellion contre l’émir de Cordoue, et que l’Espagne fut conquise par les musulmans sans que les autochtones les y invitent… La Chanson de Roland n’est évidemment pas une chronique historique racontant des événements, mais un poème épique, une chanson de geste, dont le plus ancien et plus complet manuscrit, rédigé en anglo-normand remonte au tout début du XIIe siècle, quatre siècles après les faits qu’il est supposé raconter… Le souvenir du pape François évoquant la victoire des Francs sur les musulmans, est donc confus, car l’expédition ne fut pas une victoire. Le texte même de cette chanson de geste, ne corrobore pas le souvenir que le Saint-Père en a et qu’il évoque. L’affaire fictive du baptême de force des musulmans supposés vaincus après la prise de Saragosse – qui n’eut pas lieu – n’a rien d’historique mais est une pure imagination du poète. On trouve aux vers 3666 à 3674 cette invention littéraire : Le roi [Charlemagne] croit en Dieu, il veut faire son service ; et ses évêques bénissent les eaux. On mène les païens jusqu’au baptistère ; s’il en est un qui résiste à Charles, le roi le fait pendre, ou brûler ou tuer par le fer [l’ancien français ocire veut dire tuer, massacrer, assassiner pas nécessairement par le fer : il n’est pas question d’un chrétien tenant une épée dans le texte original]. Bien plus de cent mille sont baptisés vrais chrétiens, mais non la reine. Elle sera menée en douce France, captive : le roi veut qu’elle se convertisse par amour. Comment dès lors affirmer que « c’est ce que les chrétiens firent » ? Riposte catholique
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir. Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore. Daniel Pipes
They are not expressions of an outburst in the West of the [Israeli-Palestinian] conflict in the Middle East. It is truly modern, aimed against American imperialism, capitalism, etc. In other words, they occupy the same space that the proletarian left had thirty years ago, that Action Directe had twenty years ago. . . . It partakes henceforth of the internal history of the West. (…) It can feel like a time-warp, a return to the European left of the 1970s and early 1980s. Europe’s radical-mosque practitioners can appear, mutatis mutandis, like a Muslim version of the hard-core intellectuals and laborers behind the aggrieved but proud Scottish National party in its salad days. (…) In the last three centuries, Europe has given birth and nourishment to most of mankind’s most radical causes. It shouldn’t be that surprising to imagine that Europe could nurture Islamic militancy on its own soil. (…) In Europe as elsewhere, Westernization is the key to the growth and virulence of hard-core Islamic radicalism. The most frightening, certainly the most effective, adherents of bin Ladenism are those who are culturally and intellectually most like us. The process of Westernization liberates a Muslim from the customary sanctions and loyalties that normally corralled the dark side of the human soul. (…) It would be a delightful irony if the more progressive political and religious debates among the Middle East’s Muslims saved their brethren in the intellectually backward lands of the European Union. Reuel Marc Gerecht
Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. It is a war against a particular idea of the West – a bourgeois society addicted to money, creature comforts, sex, animal lusts, self-interest, and security – which is neither new nor unique to Islamist extremism. This idea has historical roots that long precede any form of ‘U.S. imperialism’ . (…) Blood, soil, and the spirit of the Volk were what German romantics in the late 18th and early 19th centuries invoked against the universalist claims of the French Enlightenment, the French Revolution, and Napoleon’s invading armies. This notion of national soul was taken over by the Slavophiles in 19th-century Russia, who used it to attack the « Westernizers, » that is, Russian advocates of liberal reforms. It came up again and again, in the 1930s, when European fascists and National Socialists sought to smash « Americanism, » Anglo-Saxon liberalism, and « rootless cosmopolitanism » (meaning Jews). Aurel Kolnai, the great Hungarian scholar, wrote a book in the 1930s about fascist ideology in Austria and Germany. He called it War Against the West. Communism, too, especially under Stalin, although a bastard child of the Enlightenment and the French Revolution, was the sworn enemy of Western liberalism and « rootless cosmopolitanism. » Many Islamic radicals borrowed their anti-Western concepts from Russia and Germany. The founders of the Ba’ath Party in Syria were keen readers of prewar German race theories. Jalal Al-e Ahmad, an influential Iranian intellectual in the 1960s, coined the phrase « Westoxification » to describe the poisonous influence of Western civilization on other cultures. He, too, was an admirer of German ideas on blood and soil. Clearly, the idea of the West as a malign force is not some Eastern or Middle Eastern idea, but has deep roots in European soil. Defining it in historical terms is not a simple matter. Occidentalism was part of the counter-Enlightenment, to be sure, but also of the reaction against industrialization. Some Marxists have been attracted to it, but so, of course, have their enemies on the far right. Occidentalism is a revolt against rationalism (the cold, mechanical West, the machine civilization) and secularism, but also against individualism. European colonialism provoked Occidentalism, and so does global capitalism today. But one can speak of Occidentalism only when the revolt against the West becomes a form of pure destruction, when the West is depicted as less than human, when rebellion means murder. Wherever it occurs, Occidentalism is fed by a sense of humiliation, of defeat. Isaiah Berlin once described the German revolt against Napoleon as « the original exemplar of the reaction of many a backward, exploited, or at any rate patronized society, which, resentful of the apparent inferiority of its status, reacted by turning to real or imaginary triumphs and glories in its past, or enviable attributes of its own national or cultural character. » The same thing might be said about Japan in the 1930s, after almost a century of feeling snubbed and patronized by the West, whose achievements it so fervently tried to emulate. It has been true of the Russians, who have often slipped into the role of inferior upstarts, stuck in the outer reaches of Asia and Europe. But nothing matches the sense of failure and humiliation that afflicts the Arab world, a once glorious civilization left behind in every respect by the post-Enlightenment West. Humiliation can easily turn into a cult of the pure and the authentic. Among the most resented attributes of the hated Occident are its claims to universalism. Christianity is a universalist faith, but so is the Enlightenment belief in reason. Napoleon was a universalist who believed in a common civil code for all his conquered subjects. The conviction that the United States represents universal values and has the God-given duty to spread democracy in the benighted world belongs to the same universalist tradition. Some of these values may indeed be universal. One would like to think that all people could benefit from democracy or the use of reason. The Code Napoleon brought many benefits. But when universal solutions are imposed by force, or when people feel threatened or humiliated or unable to compete with the powers that promote such solutions, that is when we see the dangerous retreat into dreams of purity. Not all dreams of local authenticity and cultural uniqueness are noxious, or even wrong. As Isaiah Berlin also pointed out, the crooked timber of humanity cannot be forcibly straightened along universal standards with impunity. The experiments on the human soul by Communism showed how bloody universalist dreams can be. And the poetic romanticism of 19th-century German idealists was often a welcome antidote to the dogmatic rationalism that came with the Enlightenment. It is when purity or authenticity, of faith or race, leads to purges of the supposedly inauthentic, of the allegedly impure, that mass murder begins. The fact that anti-Americanism, anti-Zionism, anti-Semitism, and a general hostility to the West often overlap is surely no coincidence. Even in Japan, where Jews play no part in national life, one of the participants at the 1942 Kyoto conference suggested that the war against the West was a war against the « poisonous materialist civilization » built on Jewish financial capitalist power. At the same time, European anti-Semites, not only in Nazi Germany, were blaming the Jews for Bolshevism. Both Bolshevism and capitalism are universalist systems in the sense that they do not recognize national, racial, or cultural borders. Since Jews are traditionally regarded by the defenders of purity as the congenital outsiders, the archetypal « rootless cosmopolitans, » it is no wonder that they are also seen as the main carriers of the universalist virus. To be sure, Jews had sound reasons to be attracted to such notions as equality before the law, secular politics, and internationalism, whether of a socialist or capitalist stamp. Exclusivity, whether racial, religious, or nationalist, is never good for minorities. Only in the Middle East have Jews brought their own form of exclusivity and nationalism. But Zionism came from the West. And so Israel, in the eyes of its enemies, is the colonial outpost of « Westoxification. » Its material success only added to the Arab sense of historic humiliation. The idea, however, that Jews are a people without a soul, mimics with no creative powers, is much older than the founding of the State of Israel. It was one of the most common anti-Semitic slurs employed by Richard Wagner. He was neither the first to do so, nor very original in this respect. Karl Marx, himself the grandson of a rabbi, called the Jews greedy parasites, whose souls were made of money. The same kind of thing was often said by 19th-century Europeans about the British. The great Prussian novelist Theodor Fontane, who rather admired England, nonetheless opined that « the cult of the Gold Calf is the disease of the English people. » He was convinced that English society would be destroyed by « this yellow fever of gold, this sellout of all souls to the devil of Mammon. » And much the same is said today about the Americans. Calculation — the accounting of money, interests, scientific evidence, and so on — is regarded as soulless. Authenticity lies in poetry, intuition, and blind faith. The Occidentalist view of the West is of a bourgeois society, addicted to creature comforts, animal lusts, self-interest, and security. It is by definition a society of cowards, who prize life above death. As a Taliban fighter once put it during the war in Afghanistan, the Americans would never win, because they love Pepsi-Cola, whereas the holy warriors love death. This was also the language of Spanish fascists during the civil war, and of Nazi ideologues, and Japanese kamikaze pilots. The hero is one who acts without calculating his interests. He jumps into action without regard for his own safety, ever ready to sacrifice himself for the cause. And the Occidentalist hero, whether he is a Nazi or an Islamist, is just as ready to destroy those who sully the purity of his race or creed. It is indeed his duty to do so. When the West is seen as the threat to authenticity, then it is the duty of all holy warriors to destroy anything to do with the « Zionist Crusaders, » whether it is a U.S. battleship, a British embassy, a Jewish cemetery, a chunk of lower Manhattan, or a disco in Bali. The symbolic value of these attacks is at least as important as the damage inflicted. What, then, is new about the Islamist holy war against the West? Perhaps it is the totality of its vision. Islamism, as an antidote to Westoxification, is an odd mixture of the universal and the pure: universal because all people can, and in the eyes of the believers should, become orthodox Muslims; pure because those who refuse the call are not simply lost souls but savages who must be removed from this earth. Hitler tried to exterminate the Jews, among others, but did not view the entire West with hostility. In fact, he wanted to forge an alliance with the British and other « Aryan » nations, and felt betrayed when they did not see things his way. Stalinists and Maoists murdered class enemies and were opposed to capitalism. But they never saw the Western world as less than human and thus to be physically eradicated. Japanese militarists went to war against Western empires but did not regard everything about Western civilization as barbarous. The Islamist contribution to the long history of Occidentalism is a religious vision of purity in which the idolatrous West simply has to be destroyed. The worship of false gods is the worst religious sin in Islam as well as in ancient Judaism. The West, as conceived by Islamists, worships the false gods of money, sex, and other animal lusts. In this barbarous world the thoughts and laws and desires of Man have replaced the kingdom of God. The word for this state of affairs is jahiliyya, which can mean idolatry, religious ignorance, or barbarism. Applied to the pre-Islamic Arabs, it means ignorance: People worshiped other gods because they did not know better. But the new jahiliyya, in the sense of barbarism, is everywhere, from Las Vegas and Wall Street to the palaces of Riyadh. To an Islamist, anything that is not pure, that does not belong to the kingdom of God, is by definition barbarous and must be destroyed. Just as the main enemies of Russian Slavophiles were Russian Westernizers, the most immediate targets of Islamists are the liberals, reformists, and secular rulers in their own societies. They are the savage stains that have to be cleansed with blood. But the source of the barbarism that has seduced Saudi princes and Algerian intellectuals as much as the whores and pimps of New York (and in a sense all infidels are whores and pimps) is the West. And that is why holy war has been declared against the West. Ian Buruma
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux …Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (Les Illusions de l’identité, 1992)
Sir Ridley Scott, the Oscar-nominated director, was savaged by senior British academics last night over his forthcoming film which they say « distorts » the history of the Crusades to portray Arabs in a favourable light. The £75 million film, which stars Orlando Bloom, Jeremy Irons and Liam Neeson, is described by the makers as being « historically accurate » and designed to be « a fascinating history lesson ». Academics, however – including Professor Jonathan Riley-Smith, Britain’s leading authority on the Crusades – attacked the plot of Kingdom of Heaven, describing it as « rubbish », « ridiculous », « complete fiction » and « dangerous to Arab relations ». The film, which began shooting last week in Spain, is set in the time of King Baldwin IV (1161-1185), leading up to the Battle of Hattin in 1187 when Saladin conquered Jerusalem for the Muslims. The script depicts Baldwin’s brother-in-law, Guy de Lusignan, who succeeds him as King of Jerusalem, as « the arch-villain ». A further group, « the Brotherhood of Muslims, Jews and Christians », is introduced, promoting an image of cross-faith kinship. « They were working together, » the film’s spokesman said. « It was a strong bond until the Knights Templar cause friction between them. » The Knights Templar, the warrior monks, are portrayed as « the baddies » while Saladin, the Muslim leader, is a « a hero of the piece », Sir Ridley’s spokesman said. « At the end of our picture, our heroes defend the Muslims, which was historically correct. » Prof Riley-Smith, who is Dixie Professor of Ecclesiastical History at Cambridge University, said the plot was « complete and utter nonsense ». He said that it relied on the romanticised view of the Crusades propagated by Sir Walter Scott in his book The Talisman, published in 1825 and now discredited by academics. (..) Dr Philips said that by venerating Saladin, who was largely ignored by Arab history until he was reinvented by romantic historians in the 19th century, Sir Ridley was following both Saddam Hussein and Hafez Assad, the former Syrian dictator. Both leaders commissioned huge portraits and statues of Saladin, who was actually a Kurd, to bolster Arab Muslim pride. Prof Riley-Smith added that Sir Ridley’s efforts were misguided and pandered to Islamic fundamentalism. « It’s Osama bin Laden’s version of history. It will fuel the Islamic fundamentalists. » (…) Sir Ridley’s spokesman said that the film portrays the Arabs in a positive light. « It’s trying to be fair and we hope that the Muslim world sees the rectification of history. The Telegraph
[Ridley Scott’s Kingdom of heaven]  is not historically accurate at all. They refer to The Talisman, which depicts the Muslims as sophisticated and civilised, and the Crusaders are all brutes and barbarians. It has nothing to do with reality. Guy of Lusignan lost the Battle of Hattin against Saladin, yes, but he wasn’t any badder or better than anyone else. There was never a confraternity of Muslims, Jews and Christians. That is utter nonsense. It’s Osama bin Laden’s version of history. It will fuel the Islamic fundamentalists. Jonathan Riley-Smith
It does not do any good to distort history, even if you believe you are distorting it in a good way. Cruelty was not on one side but on all. Amin Maalouf
I recently refused to take part in a television series, produced by an intelligent and well-educated Egyptian woman, for whom a continuing Western crusade was an article of faith. Having less to do with historical reality than with reactions to imperialism, the nationalist and Islamist interpretations of crusade history help many people, moderates as well as extremists, to place the exploitation they believe they have suffered in a historical context and to satisfy their feelings of both superiority and humiliation. Jonathan Riley-Smith
For Christians . . . sacred violence cannot be proposed on any grounds save that of love, . . . [and] in an age dominated by the theology of merit this explains why participation in crusades was believed to be meritorious, why the expeditions were seen as penitential acts that could gain indulgences, and why death in battle was regarded as martyrdom. . . . As manifestations of Christian love, the crusades were as much the products of the renewed spirituality of the central Middle Ages, with its concern for living the vita apostolica and expressing Christian ideals in active works of charity, as were the new hospitals, the pastoral work of the Augustinians and Premonstratensians and the service of the friars. The charity of St. Francis may now appeal to us more than that of the crusaders, but both sprang from the same roots. Jonathan Riley-Smith
Within a month of the attacks of September 11, 2001, former president Bill Clinton gave a speech to the students of Georgetown University. As the world tried to make sense of the senseless, Clinton offered his own explanation: “Those of us who come from various European lineages are not blameless,” he declared. “Indeed, in the First Crusade, when the Christian soldiers took Jerusalem, they first burned a synagogue with three hundred Jews in it, and proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount. The contemporaneous descriptions of the event describe soldiers walking on the Temple Mount, a holy place to Christians, with blood running up to their knees. “I can tell you that that story is still being told today in the Middle East, and we are still paying for it,” he concluded, and there is good reason to believe he was right. Osama bin Laden and other Islamists regularly refer to Americans as “Crusaders.” Indeed, bin Laden directed his fatwa authorizing the September 11 attacks against the “Crusaders and Jews.” (…) Most people in the West do not believe that they have been prosecuting a continuous Crusade against Islam since the Middle Ages. But most do believe that the Crusades started the problems that plague and endanger us today. Westerners in general (and Catholics in particular) find the Crusades a deeply embarrassing episode in their history. As the Ridley Scott movie Kingdom of Heaven graphically proclaimed, the Crusades were unprovoked campaigns of intolerance preached by deranged churchmen and fought by religious zealots against a sophisticated and peaceful Muslim world. According to the Hollywood version, the blind violence of the Crusades gave birth to jihad, as the Muslims fought to defend themselves and their world. And for what? The city of Jerusalem, which was both “nothing and everything,” a place filled with religion that “drives men mad.” (…) It is generally thought that Christians attacked Muslims without provocation to seize their lands and forcibly convert them. The Crusaders were Europe’s lacklands and ne’er-do-wells, who marched against the infidels out of blind zealotry and a desire for booty and land. As such, the Crusades betrayed Christianity itself. They transformed “turn the other cheek” into “kill them all; God will know his own.” Every word of this is wrong. Historians of the Crusades have long known that it is wrong, but they find it extraordinarily difficult to be heard across a chasm of entrenched preconceptions. For on the other side is, as Riley-Smith puts it “nearly everyone else, from leading churchmen and scholars in other fields to the general public.” There is the great Sir Steven Runciman, whose three-volume History of the Crusades is still a brisk seller for Cambridge University Press a half century after its release. It was Runciman who called the Crusades “a long act of intolerance in the name of God, which is a sin against the Holy Ghost.” The pity of it is that Runciman and the other popular writers simply write better stories than the professional historians. (…) One of the most profound misconceptions about the Crusades is that they represented a perversion of a religion whose founder preached meekness, love of enemies, and nonresistance. Riley-Smith reminds his reader that on the matter of violence Christ was not as clear as pacifists like to think. He praised the faith of the Roman centurion but did not condemn his profession. At the Last Supper he told his disciples, “Let him who has no sword sell his cloak and buy one. For I tell you that this Scripture must be fulfilled in me, And he was reckoned with transgressors.” St. Paul said of secular authorities, “He does not bear the sword in vain; he is the servant of God to execute his wrath on the wrongdoer.” Several centuries later, St. Augustine articulated a Christian approach to just war, one in which legitimate authorities could use violence to halt or avert a greater evil. It must be a defensive war, in reaction to an act of aggression. For Christians, therefore, violence was ethically neutral, since it could be employed either for evil or against it. As Riley-Smith notes, the concept that violence is intrinsically evil belongs solely to the modern world. It is not Christian. All the Crusades met the criteria of just wars. They came about in reaction attacks against Christians or their Church. The First Crusade was called in 1095 in response to the recent Turkish conquest of Christian Asia Minor, as well as the much earlier Arab conquest of the Christian-held Holy Land. The second was called in response to the Muslim conquest of Edessa in 1144. The third was called in response to the Muslim conquest of Jerusalem and most other Christian lands in the Levant in 1187. In each case, the faithful went to war to defend Christians, to punish the attackers, and to right terrible wrongs. As Riley-Smith has written elsewhere, crusading was seen as an act of love—specifically the love of God and the love of neighbor. By pushing back Muslim aggression and restoring Eastern Christianity, the Crusaders were—at great peril to themselves—imitating the Good Samaritan. Or, as Innocent II told the Knights Templar, “You carry out in deeds the words of the gospel, ‘Greater love has no man than this, that a man lay down his life for his friends.’” But the Crusades were not just wars. They were holy wars, and that is what made them different from what came before. They were made holy not by their target but by the Crusaders’ sacrifice. The Crusade was a pilgrimage and thereby an act of penance. When Urban II called the First Crusade in 1095, he created a model that would be followed for centuries. Crusaders who undertook that burden with right intention and after confessing their sins would receive a plenary indulgence. The indulgence was a recognition that they undertook these sacrifices for Christ, who was crucified again in the tribulations of his people. And the sacrifices were extraordinary. As Riley-Smith writes in this book and his earlier The First ­Crusaders, the cost of crusading was staggering. Without financial assistance, only the wealthy could afford to embark on a Crusade. Many noble families impoverished themselves by crusading. Historians have long known that the image of the Crusader as an adventurer seeking his fortune is exactly backward. The vast majority of Crusaders returned home as soon as they had fulfilled their vow. What little booty they could acquire was more than spent on the journey itself. One is hard pressed to name a single returning Crusader who broke even, let alone made a profit on the journey. And those who returned were the lucky ones. As Riley-Smith explains, recent studies show that around one-third of knights and nobility died on crusade. The death rates for lower classes were even higher. One can never understand the Crusades without understanding their penitential character. It was the indulgence that led thousands of men to take on a burden that would certainly cost them dearly. The secular nobility of medieval Europe was a warrior aristocracy. They made their living by the sword. We know from their wills and charters that they were deeply aware of their own sinfulness and anxious over the state of their souls. A Crusade provided a way for them to serve God and to do penance for their sins. It allowed them to use their weapons as a means of their salvation rather than of their damnation. (…) The Crusader sewed a cloth cross to his garment to signify his penitential burden and his hope. Take away penitence and the Crusades cannot be explained. Yet in the seventeenth and eighteenth centuries Protestants and then Enlightenment thinkers rejected the idea of temporal penalties due to sin—along with indulgences, purgatory, and the papacy. How then did they explain the Crusades? Why else would thousands of men march thousands of miles deep into enemy territory, if not for something precious? The first explanation was that they were fooled by the Antichrist: The Catholic Church had convinced the simple that their salvation lay in fighting its battles. Later, with the advent of liberalism, critics assumed that the Crusaders must have had economic motives. They were seeking wealth and simply used religion as a cover for their worldly desires. In the nineteenth century, the memory of the Crusades became hopelessly entangled with contemporary European imperialism. Riley-Smith tells the fascinating story of Archbishop Charles-Martial Allemand-Lavigerie of Algiers, the founder of the missionary orders of the White Fathers and White Sisters, who worked diligently to establish a new military order resembling the Knights Templar, Teutonic Knights, and the Knights Hospitaller of the Middle Ages. His new order was to be sent to Africa, where it would protect missionaries, fight against the slave trade, and support the progress of French civilization in the continent. Drawing on money from antislavery societies, Lavigerie purchased lands on the edge of the Saharan Desert to use as a mother house for a new order, L’Institut Religieux et Militaire des Frères Armés du Sahara. The order attracted hundreds of men from all social classes, and in 1891 the first brothers received their white habits emblazoned with red crosses. The dust cover of Riley-Smith’s book is itself a wonderful picture of these brothers at their African home. With palm trees behind them, they look proudly into the camera, each wearing a cross and some holding rifles. The Institut des Fréres Armés lasted scarcely more than a year before it was scrapped and its founder died, but other attempts to found a military order were made in the nineteenth century, even in Protestant England. All wove together the contrasting threads of Romanticism, imperialism, and the medieval Crusades. President Clinton is not alone in thinking that the Muslim world is still brooding over the crimes of the Crusaders. It is commonly thought—even by Muslims—that the effects and memory of that trauma have been with the Islamic world since it was first inflicted in the eleventh century. As Riley-Smith explains, however, the Muslim memory of the Crusades is of very recent vintage. Carole Hillenbrand first uncovered this fact in her groundbreaking book The Crusades: Islamic Perspectives. The truth is that medieval Muslims came to realize that the Crusades were religious but had little interest in them. When, in 1291, Muslim armies removed the last vestiges of the Crusader Kingdom from Palestine, the Crusades largely dropped out of Muslim memory. In Europe, however, the Crusades were a well-remembered formative episode. Europeans, who had bound the Crusades to imperialism, brought the story to the Middle East during the nineteenth century and reintroduced it to the Muslims. Stripping the Crusades of their original purpose, they portrayed the Crusades as Europe’s first colonial venture—the first attempt of the West to bring civilization to the backward Muslim East. Riley-Smith describes the profound effect that Sir Walter Scott’s novel The Talisman had on European and therefore Middle Eastern opinion of the Crusades. Crusaders such as Richard the Lionhearted were portrayed as boorish, brutal, and childish, while Muslims, particularly Saladin, were tolerant and enlightened gentlemen of the nineteenth century. With the collapse of Ottoman power and the rise of Arab nationalism at the end of the nineteenth century, Muslims bound together these two strands of Crusade narrative and created a new memory in which the Crusades were only the first part of Europe’s assault on Islam—an assault that continued through the modern imperialism of European powers. Europeans reintroduced Saladin, who had been nearly forgotten in the Middle East, and Arab nationalists then cleansed him of his Kurdish ethnicity to create a new anti-Western hero. We saw the result during the run-up to the Iraq War, when Saddam Hussein portrayed himself as a new Saladin who would expel the new Crusaders. Arab nationalists made good use of the new story of the Crusades during their struggles for independence. Their enemies, the Islamists, then took over the same tool. Osama bin Laden is only the most recent Islamist to adopt this useful myth to characterize the actions of the West as a continual Crusade against Islam. That is the Crusades’ only connection with modern Islamist terrorism. And yet, so ingrained is this notion that the Crusades began the modern European assault on Islam that many moderate Muslims still believe it. In the Middle East, as in the West, we are left with the gaping chasm between myth and reality. Crusade historians sometimes try to yell across it but usually just talk to each other, while the leading churchmen, the scholars in other fields, and the general public hold to a caricature of the Crusades created by a pox of modern ideologies. Thomas F. Madden (Saint Louis University)
In 2001, former president Bill Clinton delivered a speech at Georgetown University in which he discussed the West’s response to the recent terrorist attacks of September 11. The speech contained a short but significant reference to the crusades. Mr. Clinton observed that “when the Christian soldiers took Jerusalem [in 1099], they . . . proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount.” He cited the “contemporaneous descriptions of the event” as describing “soldiers walking on the Temple Mount . . . with blood running up to their knees.” This story, Mr. Clinton said emphatically, was “still being told today in the Middle East and we are still paying for it.” This view of the crusades is not unusual. It pervades textbooks as well as popular literature. One otherwise generally reliable Western civilization textbook claims that “the Crusades fused three characteristic medieval impulses: piety, pugnacity, and greed. All three were essential.”1 The film Kingdom of Heaven (2005) depicts crusaders as boorish bigots, the best of whom were torn between remorse for their excesses and lust to continue them. Even the historical supplements for role-playing games—drawing on supposedly more reliable sources—contain statements such as “The soldiers of the First Crusade appeared basically without warning, storming into the Holy Land with the avowed—literally—task of slaughtering unbelievers”; “The Crusades were an early sort of imperialism”; and “Confrontation with Islam gave birth to a period of religious fanaticism that spawned the terrible Inquisition and the religious wars that ravaged Europe during the Elizabethan era.” The most famous semipopular historian of the crusades, Sir Steven Runciman, ended his three volumes of magnificent prose with the judgment that the crusades were “nothing more than a long act of intolerance in the name of God, which is the sin against the Holy Ghost.” The verdict seems unanimous. From presidential speeches to role-playing games, the crusades are depicted as a deplorably violent episode in which thuggish Westerners trundled off, unprovoked, to murder and pillage peace-loving, sophisticated Muslims, laying down patterns of outrageous oppression that would be repeated throughout subsequent history. In many corners of the Western world today, this view is too commonplace and apparently obvious even to be challenged. But unanimity is not a guarantee of accuracy. What everyone “knows” about the crusades may not, in fact, be true. (…)  In a.d. 632, Egypt, Palestine, Syria, Asia Minor, North Africa, Spain, France, Italy, and the islands of Sicily, Sardinia, and Corsica were all Christian territories. Inside the boundaries of the Roman Empire, which was still fully functional in the eastern Mediterranean, orthodox Christianity was the official, and overwhelmingly majority, religion. Outside those boundaries were other large Christian communities—not necessarily orthodox and Catholic, but still Christian. Most of the Christian population of Persia, for example, was Nestorian. Certainly there were many Christian communities in Arabia. By a.d. 732, a century later, Christians had lost Egypt, Palestine, Syria, North Africa, Spain, most of Asia Minor, and southern France. Italy and her associated islands were under threat, and the islands would come under Muslim rule in the next century. The Christian communities of Arabia were entirely destroyed in or shortly after 633, when Jews and Christians alike were expelled from the peninsula. Those in Persia were under severe pressure. Two-thirds of the formerly Roman Christian world was now ruled by Muslims. (…) The attacks continued, punctuated from time to time by Christian attempts to push back. Charlemagne blocked the Muslim advance in far western Europe in about a.d. 800, but Islamic forces simply shifted their focus and began to island-hop across from North Africa toward Italy and the French coast, attacking the Italian mainland by 837. A confused struggle for control of southern and central Italy continued for the rest of the ninth century and into the tenth. In the hundred years between 850 and 950, Benedictine monks were driven out of ancient monasteries, the Papal States were overrun, and Muslim pirate bases were established along the coast of northern Italy and southern France, from which attacks on the deep inland were launched. Desperate to protect victimized Christians, popes became involved in the tenth and early eleventh centuries in directing the defense of the territory around them. The surviving central secular authority in the Christian world at this time was the East Roman, or Byzantine, Empire. Having lost so much territory in the seventh and eighth centuries to sudden amputation by the Muslims, the Byzantines took a long time to gain the strength to fight back. By the mid-ninth century, they mounted a counterattack on Egypt, the first time since 645 that they had dared to come so far south. Between the 940s and the 970s, the Byzantines made great progress in recovering lost territories. Emperor John Tzimiskes retook much of Syria and part of Palestine, getting as far as Nazareth, but his armies became overextended and he had to end his campaigns by 975 without managing to retake Jerusalem itself. Sharp Muslim counterattacks followed, and the Byzantines barely managed to retain Aleppo and Antioch. The struggle continued unabated into the eleventh century. In 1009, a mentally deranged Muslim ruler destroyed the Church of the Holy Sepulchre in Jerusalem and mounted major persecutions of Christians and Jews. He was soon deposed, and by 1038 the Byzantines had negotiated the right to try to rebuild the structure, but other events were also making life difficult for Christians in the area, especially the displacement of Arab Muslim rulers by Seljuk Turks, who from 1055 on began to take control in the Middle East. This destabilized the territory and introduced new rulers (the Turks) who were not familiar even with the patchwork modus vivendi that had existed between most Arab Muslim rulers and their Christian subjects. Pilgrimages became increasingly difficult and dangerous, and western pilgrims began banding together and carrying weapons to protect themselves as they tried to make their way to Christianity’s holiest sites in Palestine: notable armed pilgrimages occurred in 1064–65 and 1087–91. (…) Desperate, the Byzantines sent appeals for help westward, directing these appeals primarily at the person they saw as the chief western authority: the pope, who, as we have seen, had already been directing Christian resistance to Muslim attacks. In the early 1070s, the pope was Gregory VII, and he immediately began plans to lead an expedition to the Byzantines’ aid. He became enmeshed in conflict with the German emperors, however (what historians call “the Investiture Controversy”), and was ultimately unable to offer meaningful help. Still, the Byzantines persisted in their appeals, and finally, in 1095, Pope Urban II realized Gregory VII’s desire, in what turned into the First Crusade. (…) Far from being unprovoked, then, the crusades actually represent the first great western Christian counterattack against Muslim attacks which had taken place continually from the inception of Islam until the eleventh century, and which continued on thereafter, mostly unabated. Three of Christianity’s five primary episcopal sees (Jerusalem, Antioch, and Alexandria) had been captured in the seventh century; both of the others (Rome and Constantinople) had been attacked in the centuries before the crusades. The latter would be captured in 1453, leaving only one of the five (Rome) in Christian hands by 1500. Rome was again threatened in the sixteenth century. This is not the absence of provocation; rather, it is a deadly and persistent threat, and one which had to be answered by forceful defense if Christendom were to survive. The crusades were simply one tool in the defensive options exercised by Christians. To put the question in perspective, one need only consider how many times Christian forces have attacked either Mecca or Medina. (…) One version of Pope Urban II’s speech at Clermont in 1095 urging French warriors to embark on what would become known as the First Crusade does note that they might “make spoil of [the enemy’s] treasures,” but this was no more than an observation on the usual way of financing war in ancient and medieval society. And Fulcher of Chartres did write in the early twelfth century that those who had been poor in the West had become rich in the East as a result of their efforts on the First Crusade, obviously suggesting that others might do likewise. But Fulcher’s statement has to be read in its context, which was a chronic and eventually fatal shortage of manpower for the defense of the crusader states. Fulcher was not being entirely deceitful when he pointed out that one might become rich as a result of crusading. But he was not being entirely straightforward either, because for most participants, crusading was ruinously expensive. (…) One of the chief reasons for the foundering of the Fourth Crusade, and its diversion to Constantinople, was the fact that it ran out of money before it had gotten properly started, and was so indebted to the Venetians that it found itself unable to keep control of its own destiny. Louis IX’s Seventh Crusade in the mid-thirteenth century cost more than six times the annual revenue of the crown. The popes resorted to ever more desperate ploys to raise money to finance crusades, from instituting the first income tax in the early thirteenth century to making a series of adjustments in the way that indulgences were handled that eventually led to the abuses condemned by Martin Luther. Even by the thirteenth century, most crusade planners assumed that it would be impossible to attract enough volunteers to make a crusade possible, and crusading became the province of kings and popes, losing its original popular character. (…) In short: very few people became rich by crusading, and their numbers were dwarfed by those who were bankrupted. Most medieval people were quite well aware of this, and did not consider crusading a way to improve their financial situations. (…) certainly there were cynics and hypocrites in the Middle Ages—beneath the obvious differences of technology and material culture, medieval people were just as human as we are, and subject to the same failings. However (…) the casualty rates on the crusades were usually very high, and many if not most crusaders left expecting not to return. At least one military historian has estimated the casualty rate for the First Crusade at an appalling 75 percent, for example. (…) It is hard to imagine a more conclusive way of proving one’s dedication to a cause than sacrificing one’s life for it, and very large numbers of crusaders did just that. But this assertion is also revealed to be false when we consider the way in which the crusades were preached. Crusaders were not drafted. Participation was voluntary, and participants had to be persuaded to go. The primary means of persuasion was the crusade sermon, and one might expect to find these sermons representing crusading as profoundly appealing. (…) In fact, the opposite is true: crusade sermons were replete with warnings that crusading brought deprivation, suffering, and often death. That this was the reality of crusading was well known anyway. (…) It worked because crusading was appealing precisely because it was a known and significant hardship, and because undertaking a crusade with the right motives was understood as an acceptable penance for sin. Far from being a materialistic enterprise, crusading was impractical in worldly terms, but valuable for one’s soul. There is no space here to explore the doctrine of penance as it developed in the late antique and medieval worlds, but suffice it to say that the willing acceptance of difficulty and suffering was viewed as a useful way to purify one’s soul (and still is, in Catholic doctrine today). Crusading was the near-supreme example of such difficult suffering, and so was an ideal and very thorough-going penance. (…) As difficult as it may be for modern people to believe, the evidence strongly suggests that most crusaders were motivated by a desire to please God, expiate their sins, and put their lives at the service of their “neighbors,” understood in the Christian sense. (…) Muslims had been attacking Christians for more than 450 years before Pope Urban declared the First Crusade. They needed no incentive to continue doing so. (…) Up until quite recently, Muslims remembered the crusades as an instance in which they had beaten back a puny western Christian attack. (…) Most of the Arabic-language historical writing on the crusades before the mid-nineteenth century was produced by Arab Christians, not Muslims, and most of that was positive. There was no Arabic word for “crusades” until that period, either, and even then the coiners of the term were, again, Arab Christians. It had not seemed important to Muslims to distinguish the crusades from other conflicts between Christianity and Islam. Nor had there been an immediate reaction to the crusades among Muslims. As Carole Hillenbrand has noted, “The Muslim response to the coming of the Crusades was initially one of apathy, compromise and preoccupation with internal problems.” By the 1130s, a Muslim counter-crusade did begin, under the leadership of the ferocious Zengi of Mosul. But it had taken some decades for the Muslim world to become concerned about Jerusalem, which is usually held in higher esteem by Muslims when it is not held by them than when it is. Action against the crusaders was often subsequently pursued as a means of uniting the Muslim world behind various aspiring conquerors, until 1291, when the Christians were expelled from the Syrian mainland. And—surprisingly to Westerners—it was not Saladin who was revered by Muslims as the great anti-Christian leader. That place of honor usually went to the more bloodthirsty, and more successful, Zengi and Baibars, or to the more public-spirited Nur al-Din. The first Muslim crusade history did not appear until 1899. By that time, the Muslim world was rediscovering the crusades—but it was rediscovering them with a twist learned from Westerners. In the modern period, there were two main European schools of thought about the crusades. One school, epitomized by people like Voltaire, Gibbon, and Sir Walter Scott, and in the twentieth century Sir Steven Runciman, saw the crusaders as crude, greedy, aggressive barbarians who attacked civilized, peace-loving Muslims to improve their own lot. The other school, more romantic and epitomized by lesser-known figures such as the French writer Joseph-François Michaud, saw the crusades as a glorious episode in a long-standing struggle in which Christian chivalry had driven back Muslim hordes. In addition, Western imperialists began to view the crusaders as predecessors, adapting their activities in a secularized way that the original crusaders would not have recognized or found very congenial. At the same time, nationalism began to take root in the Muslim world. Arab nationalists borrowed the idea of a long-standing European campaign against them from the former European school of thought—missing the fact that this was a serious mischaracterization of the crusades—and using this distorted understanding as a way to generate support for their own agendas. This remained the case until the mid-twentieth century, when, in Riley-Smith’s words, “a renewed and militant Pan-Islamism” applied the more narrow goals of the Arab nationalists to a worldwide revival of what was then called Islamic fundamentalism and is now sometimes referred to, a bit clumsily, as jihadism. This led rather seamlessly to the rise of Osama bin Laden and al-Qaeda, offering a view of the crusades so bizarre as to allow bin Laden to consider all Jews to be crusaders and the crusades to be a permanent and continuous feature of the West’s response to Islam. Bin Laden’s conception of history is a feverish fantasy. He is no more accurate in his view about the crusades than he is about the supposed perfect Islamic unity which he thinks Islam enjoyed before the baleful influence of Christianity intruded. But the irony is that he, and those millions of Muslims who accept his message, received that message originally from their perceived enemies: the West. So it was not the crusades that taught Islam to attack and hate Christians. Far from it. Those activities had preceded the crusades by a very long time, and stretch back to the inception of Islam. Rather, it was the West which taught Islam to hate the crusades. The irony is rich. (….) Let us return to President Clinton’s Georgetown speech. How much of his reference to the First Crusade was accurate? It is true that many Muslims who had surrendered and taken refuge under the banners of several of the crusader lords—an act which should have granted them quarter—were massacred by out-of-control troops. This was apparently an act of indiscipline, and the crusader lords in question are generally reported as having been extremely angry about it, since they knew it reflected badly on them. To imply—or plainly state—that this was an act desired by the entire crusader force, or that it was integral to crusading, is misleading at best. In any case, John France has put it well: “This notorious event should not be exaggerated. . . . However horrible the massacre . . . it was not far beyond what common practice of the day meted out to any place which resisted.” And given space, one could append a long and bloody list, stretching back to the seventh century, of similar actions where Muslims were the aggressors and Christians the victims. Such a list would not, however, have served Mr. Clinton’s purposes. Mr. Clinton was probably using Raymond of Aguilers when he referred to “blood running up to [the] knees” of crusaders. But the physics of such a claim are impossible, as should be apparent. Raymond was plainly both bragging and also invoking the imagery of the Old Testament and the Book of Revelation. He was not offering a factual account, and probably did not intend the statement to be taken as such. As for whether or not we are “still paying for it,” (…)This is the most serious misstatement of the whole passage. What we are paying for is not the First Crusade, but western distortions of the crusades in the nineteenth century which were taught to, and taken up by, an insufficiently critical Muslim world. The problems with Mr. Clinton’s remarks indicate the pitfalls that await those who would attempt to explicate ancient or medieval texts without adequate historical awareness, and they illustrate very well what happens when one sets out to pick through the historical record for bits—distorted or merely selectively presented—which support one’s current political agenda. This sort of abuse of history has been distressingly familiar where the crusades are concerned. But nothing is served by distorting the past for our own purposes. Or rather: a great many things may be served . . . but not the truth. Distortions and misrepresentations of the crusades will not help us understand the challenge posed to the West by a militant and resurgent Islam, and failure to understand that challenge could prove deadly. Indeed, it already has. It may take a very long time to set the record straight about the crusades. It is long past time to begin the task. Paul F. Crawford
L’historiquement correct, c’est le politiquement correct appliqué à l’histoire : ce n’est pas une lecture scientifique du passé, une tentative de le restituer tel qu’il a été, c’est une interprétation idéologique et politique du monde d’hier, visant à lui faire dire quelque chose pour les hommes d’aujourd’hui, avec les mots et les concepts d’aujourd’hui. L’historiquement correct ne cherche pas à comprendre le passé pour éclairer le présent : il part du présent pour juger le passé. Dans cet état d’esprit, l’histoire devient un écran où se projettent toutes les passions contemporaines. A l’école, à la télévision ou au café du Commerce, l’historiquement correct règne en maître, proposant une histoire tronquée, falsifiée, manipulée. Et c’est ainsi que l’on voit tous les jours traquer l’obscurantisme, l’impérialisme, le colonialisme, le racisme, l’antisémitisme, le fascisme ou le sexisme à travers les siècles, même si ces mots n’ont pas de sens hors d’un contexte précis : l’historiquement correct s’en moque, car son but n’est pas la connaissance mais la propagande. L’historiquement correct pratique l’anachronisme (les événements d’hier sont évalués selon les critères de notre époque) et porte des jugements manichéens, le Bien et le Mal étant définis selon les valeurs qui ont cours aujourd’hui. Jean Sévillia
Des croisades impérialistes. Une Inquisition sanguinaire. Une Église misogyne. Qui plus est, obscurantiste. Antimoderne. Une papauté avide de pouvoirs. Un Vatican richissime. Un Pie XII antisémite, etc. Ainsi présentée, l’histoire de l’Église catholique peut apparaître comme une succession de scandales, une litanie obsédante égrenée sur fond de l’air du temps glacial. Un faux procès qui lui serait intenté et entacherait, à la longue, sa réputation ? C’est justement pour répondre à ces supposées accusations et passer ces clichés au crible de l’analyse historique que trois livres, dont deux traductions de l’allemand et de l’anglais (États-Unis), sont sortis comme un tir groupé. Que faut-il penser de cette démarche ? Que révèle cette polémique de notre époque et de son rapport au christianisme ? Jean Sévillia, journaliste au Figaro, qui s’attache depuis des décennies à traquer dans ses livres les « contrevérités » historiques ou idéologiques, a réuni dans l’Église en procès la réponse des historiens (Tallandier) 15 historiens – parmi lesquels Martin Aurell, Jean-Christian Petitfils, Olivier Chaline, Christophe Dickès ou François Huguenin – pour répondre avec une volonté de nuance et de pondération à ce réquisitoire contre l’Église. Le maître d’oeuvre classifie ces poncifs : si l’« anachronisme » qui consiste à juger le passé avec ses propres critères est la mère de toutes les erreurs, il faut compter aussi avec le « manichéisme », qui fait fi de la complexité, le « mensonge par omission », qui ne présente qu’un pan de vérité, ou bien la fameuse « indignation sélective ». Rodney Stark, un universitaire américain, ferraille lui aussi contre les « préjugés anticatholiques » dans Faux témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques (Salvator). Ce protestant revendiqué affirme n’avoir « pas écrit ce livre pour défendre l’Église, mais pour défendre l’Histoire ». Pour lui, les aspects négatifs de son histoire ne justifient pas les « exagérations extrêmes, les fausses accusations et les fraudes évidentes ». Il répond de la même façon à une liste à la Prévert d’assertions discutables. Creusant pareillement la métaphore judiciaire, Manfred Lütz se veut lui aussi l’avocat d’un « christianisme en procès ». Dans un ouvrage (le Christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, Éditions Emmanuel) qui s’est vendu à 100.000 exemplaires outre-Rhin, il a vulgarisé les travaux d’un historien, le professeur Arnold Angenendt. Il part de l’idée que les connaissances universitaires existent déjà et qu’il suffit de les diffuser au grand public. Pour lui, ces fake news qui circulent sur le christianisme sont tout sauf anodines : elles l’ont « totalement discrédité et ébranlé jusqu’aux entrailles ». Ce sentiment qu’on ferait un mauvais procès à l’Église et aux chrétiens n’est pas nouveau : il existe même depuis les débuts du christianisme ! Plus récemment, en 2001, l’historien René Rémond, figure respectée de l’Université française, qui se qualifiait lui-même de « catholique d’ouverture », s’était ému dans un livre au large écho (le Christianisme en accusation, DDB) de la constatation d’une « culture du mépris » (moqueries, sarcasmes, condescendance…) à l’égard du catholicisme d’une nature différente du vieil anticléricalisme d’antan. Le regretté « sage de la République » avait remis le couvert en 2005 dans un second ouvrage (le Nouvel Antichristianisme, DDB). En ce début du siècle, il visait notamment un Michel Onfray qui, depuis, a tourné son talent de polémiste vers d’autres combats. En presque 20 ans, que s’est-il donc passé ? Denis Pelletier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, vient de publier une synthèse historique (les Catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin Michel) qui aide à comprendre ces glissements et ces évolutions. Par rapport à une époque où, selon l’expression de Danièle Hervieu-Léger, on stigmatisait la « ringardise catholique », il nous confie avoir constaté un « regain d’intérêt » pour cette religion qui, de nouveau, « intéresse et intrigue, émeut et scandalise ». Plusieurs événements ont favorisé ce changement de perception. D’abord, le retour visible des catholiques en politique (plutôt la frange conservatrice) avec la Manif pour tous en 2012-2013 ; ensuite, les attentats islamistes avec l’émoi provoqué par l’assassinat du père Hamel, prêtre de la paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016 ; enfin, la crise des migrants avec la mobilisation de réseaux catholiques « qu’on pensait avoir disparu du paysage ». Mais, précise l’universitaire, cet engagement de minorités et cet intérêt grandissant ne doivent pas masquer une « méconnaissance » massive de la majorité à l’égard d’un catholicisme qui, selon lui, serait presque entièrement sorti de la culture ambiante. Ce vide de la connaissance se creusant sans cesse pourrait expliquer la perméabilité de l’opinion à toutes sortes d’idées approximatives qui traînent sur le christianisme. D’autant plus que, selon Denis Pelletier, l’opinion se montre ambivalente. D’un côté, beaucoup de non-pratiquants (mais pas seulement eux) restent attachés à un catholicisme « patrimonial », comme en témoigne l’intense émotion soulevée par l’incendie de Notre-Dame de Paris ; d’un autre côté, l’opinion fait preuve d’exigence à l’égard de l’Église, jusqu’à se montrer d’autant plus sévère lorsque surviennent des scandales comme ceux des prêtres pédophiles. En France, l’anticléricalisme, toujours prêt à se réveiller, côtoierait de façon indéfectible et paradoxale l’attachement au catholicisme. Loin d’être nés du hasard, les préjugés d’aujourd’hui héritent en partie de conflits passés, parfois ravivés. Comme la Révolution française, si dramatique dans sa dimension religieuse, qui a structuré la France contemporaine. Ou comme les guerres de Religion, qui ont opposé catholiques et protestants. Par exemple, lorsque l’Espagne apparut comme la principale puissance catholique, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas décrivirent dans leur propagande les Espagnols comme des barbares fanatiques et assoiffés de sang. Avec l’image très noire qui nous est parvenue de l’Inquisition espagnole, il est resté des traces sensibles de cette ancienne confrontation. C’est la raison pour laquelle on nourrit des préjugés souvent avec bonne foi. Le protestant Rodney Stark reconnaît ainsi avoir découvert avec « stupéfaction » que l’Inquisition, selon lui, avait contenu en Espagne et en Italie la « fureur meurtrière » des bûchers de sorcières qui embrasèrent toute l’Europe des XVIe et XVIIe siècles. (…) Cette vulgate anticléricale, selon ce professeur à la Sorbonne [Dumézil] , nous l’avons héritée de Voltaire et des Lumières. Ce qui est moins connu, précise-t-il, c’est qu’au Moyen Âge les stéréotypes du « mauvais clerc » (glouton, salace, avide, sodomite…) ont été colportés par les clercs eux-mêmes dans le but moral de réformer le clergé. Mais avec les polémiques apparues au moment de la Réforme protestante, ces caricatures à usage interne se sont retournées contre l’Église elle-même. Ainsi, les clercs eux-mêmes ont créé l’anticléricalisme, créature incontrôlable qui leur a échappé. Longtemps, l’institution, pour ses adversaires, se montra coriace et, forte de ses bataillons de prêtres et de laïcs, prête à se défendre. Le « grand effondrement » de ces dernières décennies dans un pays comme la France l’a laissée dans un état de faiblesse pouvant expliquer à son égard une virulence d’autant plus intrépide qu’en face la capacité de réplique avait fléchi. Cependant, depuis le traumatisme des attentats islamistes, révélateur, peut-être, sur le moment, d’un désarroi existentiel, on observe dans la sphère publique une atténuation dans le sarcasme, qui avait pu frôler, en certaines circonstances, l’ignominieux. L’Église, si elle l’a jamais été, n’est plus une forteresse. Les chrétiens sont à découvert. Cette vulnérabilité explique pourquoi ces auteurs qui dénoncent les poncifs refusent de substituer une légende dorée à une légende noire – approche d’une autre époque. Dans l’intention en tout cas, ils réfutent l’idée d’entrer dans une démarche apologétique, souhaitent rétablir les faits, rien que les faits. Même si l’on peut discuter leur vision des événements, ils n’ont pas la tentation de construire une histoire parallèle. Ces historiens n’exonèrent pas, le cas échéant, les prélats de leurs responsabilités. Ce qui apparaît en filigrane, dans leur lecture de l’histoire de l’Église, c’est un permanent combat intérieur, révélateur aussi de notre temps. Pour preuve : le livre dirigé par Jean Sévillia se clôt sur un texte de Bernard Lecomte qui montre la résistance opposée par la curie romaine à la volonté de Joseph Ratzinger, comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis comme pape Benoît XVI, de lutter vraiment – c’est-à-dire en refusant d’enterrer les affaires – contre la pédophilie dans l’Église. (…)  En Occident, on croit connaître le christianisme alors qu’il est peut-être le plus méconnu. Il ne bénéficie pas – ou assez peu – de l’attrait de l’exotisme qui porte de nos jours les religions ou sagesses orientales. Mais ce qui compte pour les historiens de toute obédience, n’est-ce pas de porter un simple témoignage au nom de l’honnêteté intellectuelle, sans souci d’efficacité immédiate ? Par ailleurs, répondre aux idées fausses est une chose nécessaire, mais rendre compte de tout ce qui a pu être accompli de bien et de beau depuis deux millénaires, malgré les horreurs de chaque époque, en est une autre, non moins vitale. Il ne faudrait pas l’oublier. Jean-Marc Bastière

C’est la faute aux Scott, imbécile !

Anitsémitisme, persécution des païens tolérants, sombre Moyen-Age, croisades en quête de terres, butin et convertis, monstres de l’Inquisition, hérésies scientifiques, bénédiction de l’esclavage, saint autoritarisme, archaïsme économique …

Moyen-Orient berceau du judaïsme et du christianisme, présence multi-millénaire et cumulée juive et chrétienne, 450 ans d’invasions et d’occupation musulmanes y compris jusqu’à Poitiers et au sac de Rome, décennies de provocations, incinération du Saint-Sépulcre, harcèlement et violences contre un marché pourtant longtemps lucratif de pèlerins chrétiens, « guerres justes » et croisades à la fois pénitentielles et défensives aux coûts humains et matériels prohibitifs, flux financiers massifs mais presque exclusivement dans le sens Europe-Levant, massacres occasionnels mais tout à fait dans les moeurs du temps, absence de tout projet d’attaque ou d’invasion de La Mecque ou Médine …

A l’heure où après un Clinton ou un Obama …

Et tant d’autres de leurs devanciers

Le pape nous ressort d’un poème épique, nouvelle petite merveille d’équivalence morale, les conversions forcées imaginaires de musulmans par des chrétiens pour mieux faire le parallèle avec les actuels égorgements de nos amis islamistes …

Pendant que massacre après massacre en Syrie, Irak ou Iran, l’islam montre son vrai visage …

Petite remise des pendules à l’heure ….

Avec la traduction française de l’ouvrage du sociologue des religions américains Rodney Stark …

Et sa recension des dernières recherches des historiens les plus reconnus …

Sur les préjugés antichrétiens en général et anticatholiques en particulier …

Et notamment comme le rappelle Paul F. Crawford …

Sur l’incroyable ironie dont l’Histoire a le secret …

Qui veut que comme souvent ça pourrait bien être l’Occident lui-même …

Via par exemple les Scott (Walter le romancier du 19e et son émule Ridley le cinéaste du 21e) …

Et leurs innombrables fans que nous sommes …

Qui ont appris à nos actuels Ben Laden à haïr les croisades !

Histoire de l’Église : pour en finir avec les clichés

La Croix

07/11/2019

Des croisades impérialistes. Une Inquisition sanguinaire. Une Église misogyne. Qui plus est, obscurantiste. Antimoderne. Une papauté avide de pouvoirs. Un Vatican richissime. Un Pie XII antisémite, etc. Ainsi présentée, l’histoire de l’Église catholique peut apparaître comme une succession de scandales, une litanie obsédante égrenée sur fond de l’air du temps glacial. Un faux procès qui lui serait intenté et entacherait, à la longue, sa réputation ? C’est justement pour répondre à ces supposées accusations et passer ces clichés au crible de l’analyse historique que trois livres, dont deux traductions de l’allemand et de l’anglais (États-Unis), sont sortis comme un tir groupé. Que faut-il penser de cette démarche ? Que révèle cette polémique de notre époque et de son rapport au christianisme ?

Jean Sévillia, journaliste au Figaro,qui s’attache depuis des décennies à traquer dans ses livres les « contrevérités » historiques ou idéologiques, a réuni dans l’Église en procès. La réponse des historiens (Tallandier) 15 historiens – parmi lesquels Martin Aurell, Jean-Christian Petitfils, Olivier Chaline, Christophe Dickès ou François Huguenin – pour répondre avec une volonté de nuance et de pondération à ce réquisitoire contre l’Église. Le maître d’oeuvre classifie ces poncifs : si l’« anachronisme » qui consiste à juger le passé avec ses propres critères est la mère de toutes les erreurs, il faut compter aussi avec le « manichéisme », qui fait fi de la complexité, le « mensonge par omission », qui ne présente qu’un pan de vérité, ou bien la fameuse « indignation sélective ».

Rodney Stark, un universitaire américain, ferraille lui aussi contre les « préjugés anticatholiques » dans Faux témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques (Salvator). Ce protestant revendiqué affirme n’avoir « pas écrit ce livre pour défendre l’Église, mais pour défendre l’Histoire ». Pour lui, les aspects négatifs de son histoire ne justifient pas les « exagérations extrêmes, les fausses accusations et les fraudes évidentes ». Il répond de la même façon à une liste à la Prévert d’assertions discutables.

De l’anticléricalisme au mépris

Creusant pareillement la métaphore judiciaire, Manfred Lütz se veut lui aussi l’avocat d’un « christianisme en procès ». Dans un ouvrage (le Christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, Éditions Emmanuel) qui s’est vendu à 100.000 exemplaires outre-Rhin, il a vulgarisé les travaux d’un historien, le professeur Arnold Angenendt. Il part de l’idée que les connaissances universitaires existent déjà et qu’il suffit de les diffuser au grand public. Pour lui, ces fake news qui circulent sur le christianisme sont tout sauf anodines : elles l’ont « totalement discrédité et ébranlé jusqu’aux entrailles ».

Ce sentiment qu’on ferait un mauvais procès à l’Église et aux chrétiens n’est pas nouveau : il existe même depuis les débuts du christianisme ! Plus récemment, en 2001, l’historien René Rémond, figure respectée de l’Université française, qui se qualifiait lui-même de « catholique d’ouverture », s’était ému dans un livre au large écho (le Christianisme en accusation, DDB) de la constatation d’une « culture du mépris » (moqueries, sarcasmes, condescendance…) à l’égard du catholicisme d’une nature différente du vieil anticléricalisme d’antan. Le regretté « sage de la République » avait remis le couvert en 2005 dans un second ouvrage (le Nouvel Antichristianisme, DDB). En ce début du siècle, il visait notamment un Michel Onfray qui, depuis, a tourné son talent de polémiste vers d’autres combats.

En presque 20 ans, que s’est-il donc passé ? Denis Pelletier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, vient de publier une synthèse historique (les Catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin Michel) qui aide à comprendre ces glissements et ces évolutions. Par rapport à une époque où, selon l’expression de Danièle Hervieu-Léger, on stigmatisait la « ringardise catholique », il nous confie avoir constaté un « regain d’intérêt » pour cette religion qui, de nouveau, « intéresse et intrigue, émeut et scandalise ».

Plusieurs événements ont favorisé ce changement de perception. D’abord, le retour visible des catholiques en politique (plutôt la frange conservatrice) avec la Manif pour tous en 2012-2013 ; ensuite, les attentats islamistes avec l’émoi provoqué par l’assassinat du père Hamel, prêtre de la paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016 ; enfin, la crise des migrants avec la mobilisation de réseaux catholiques « qu’on pensait avoir disparu du paysage ». Mais, précise l’universitaire, cet engagement de minorités et cet intérêt grandissant ne doivent pas masquer une « méconnaissance » massive de la majorité à l’égard d’un catholicisme qui, selon lui, serait presque entièrement sorti de la culture ambiante.

Des préjugés hérités du passé

Ce vide de la connaissance se creusant sans cesse pourrait expliquer la perméabilité de l’opinion à toutes sortes d’idées approximatives qui traînent sur le christianisme. D’autant plus que, selon Denis Pelletier, l’opinion se montre ambivalente. D’un côté, beaucoup de non-pratiquants (mais pas seulement eux) restent attachés à un catholicisme « patrimonial », comme en témoigne l’intense émotion soulevée par l’incendie de Notre-Dame de Paris ; d’un autre côté, l’opinion fait preuve d’exigence à l’égard de l’Église, jusqu’à se montrer d’autant plus sévère lorsque surviennent des scandales comme ceux des prêtres pédophiles. En France, l’anticléricalisme, toujours prêt à se réveiller, côtoierait de façon indéfectible et paradoxale l’attachement au catholicisme.

Loin d’être nés du hasard, les préjugés d’aujourd’hui héritent en partie de conflits passés, parfois ravivés. Comme la Révolution française, si dramatique dans sa dimension religieuse, qui a structuré la France contemporaine. Ou comme les guerres de Religion, qui ont opposé catholiques et protestants. Par exemple, lorsque l’Espagne apparut comme la principale puissance catholique, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas décrivirent dans leur propagande les Espagnols comme des barbares fanatiques et assoiffés de sang. Avec l’image très noire qui nous est parvenue de l’Inquisition espagnole, il est resté des traces sensibles de cette ancienne confrontation.

C’est la raison pour laquelle on nourrit des préjugés souvent avec bonne foi. Le protestant Rodney Stark reconnaît ainsi avoir découvert avec « stupéfaction » que l’Inquisition, selon lui, avait contenu en Espagne et en Italie la « fureur meurtrière » des bûchers de sorcières qui embrasèrent toute l’Europe des XVIe et XVIIe siècles. Dans le Baptême de Clovis : 24 décembre 505 ?, le médiéviste Bruno Dumézil (voir encadré p. 32) trouve « plutôt pas mal » cette démarche de lutter contre les idées fausses, en tout cas d’apporter de la « nuance ». Le sens de la nuance, que Verlaine applique à l’art poétique, est aussi le maître mot des historiens.

Cette vulgate anticléricale, selon ce professeur à la Sorbonne, nous l’avons héritée de Voltaire et des Lumières. Ce qui est moins connu, précise-t-il, c’est qu’au Moyen Âge les stéréotypes du « mauvais clerc » (glouton, salace, avide, sodomite…) ont été colportés par les clercs eux-mêmes dans le but moral de réformer le clergé. Mais avec les polémiques apparues au moment de la Réforme protestante, ces caricatures à usage interne se sont retournées contre l’Église elle-même. Ainsi, les clercs eux-mêmes ont créé l’anticléricalisme, créature incontrôlable qui leur a échappé. Longtemps, l’institution, pour ses adversaires, se montra coriace et, forte de ses bataillons de prêtres et de laïcs, prête à se défendre. Le « grand effondrement » de ces dernières décennies dans un pays comme la France l’a laissée dans un état de faiblesse pouvant expliquer à son égard une virulence d’autant plus intrépide qu’en face la capacité de réplique avait fléchi.

L’Église n’est plus une forteresse

Cependant, depuis le traumatisme des attentats islamistes, révélateur, peut-être, sur le moment, d’un désarroi existentiel, on observe dans la sphère publique une atténuation dans le sarcasme, qui avait pu frôler, en certaines circonstances, l’ignominieux. L’Église, si elle l’a jamais été, n’est plus une forteresse. Les chrétiens sont à découvert. Cette vulnérabilité explique pourquoi ces auteurs qui dénoncent les poncifs refusent de substituer une légende dorée à une légende noire – approche d’une autre époque. Dans l’intention en tout cas, ils réfutent l’idée d’entrer dans une démarche apologétique, souhaitent rétablir les faits, rien que les faits. Même si l’on peut discuter leur vision des événements, ils n’ont pas la tentation de construire une histoire parallèle.

Ces historiens n’exonèrent pas, le cas échéant, les prélats de leurs responsabilités. Ce qui apparaît en filigrane, dans leur lecture de l’histoire de l’Église, c’est un permanent combat intérieur, révélateur aussi de notre temps. Pour preuve : le livre dirigé par Jean Sévillia se clôt sur un texte de Bernard Lecomte qui montre la résistance opposée par la curie romaine à la volonté de Joseph Ratzinger, comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis comme pape Benoît XVI, de lutter vraiment – c’est-à-dire en refusant d’enterrer les affaires – contre la pédophilie dans l’Église.

N’est-ce pas une tâche de Sisyphe, jamais achevée, de combattre des poncifs qui ont la vie dure ? Il est plus difficile, on le sait, de corriger des préjugés que de combler une ignorance. En Occident, on croit connaître le christianisme alors qu’il est peut-être le plus méconnu. Il ne bénéficie pas – ou assez peu – de l’attrait de l’exotisme qui porte de nos jours les religions ou sagesses orientales. Mais ce qui compte pour les historiens de toute obédience, n’est-ce pas de porter un simple témoignage au nom de l’honnêteté intellectuelle, sans souci d’efficacité immédiate ? Par ailleurs, répondre aux idées fausses est une chose nécessaire, mais rendre compte de tout ce qui a pu être accompli de bien et de beau depuis deux millénaires, malgré les horreurs de chaque époque, en est une autre, non moins vitale. Il ne faudrait pas l’oublier.

À lire
L’Église en procès. La réponse des historiens
, sous la direction de Jean Sévillia, Tallandier.
Faux témoignages. Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, de Rodney Stark, Salvator.
Le Christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, de Manfred Lütz, Éditions Emmanuel

Voir aussi:

Protestants et anticatholiques des “Lumières”, responsables des légendes noires contre l’Eglise

Salon beige

On lit souvent que l’Inquisition fut l’un des chapitres les plus terribles et sanglants de l’histoire occidentale ; que Pie XII, dit « le pape d’Hitler », était antisémite ; que l’obscurantisme a freiné la science jusqu’à l’arrivée des Lumières ; et que les croisades furent le premier exemple de l’avidité occidentale. Ces affirmations sont sans fondements historiques.

Dans cet ouvrage, Faux témoignages, Pour en finir avec les préjugés anticatholiques, l’éminent professeur de sociologie des religions Rodney Stark démontre que certaines idées fermement établies sont en réalité des mythes. Il s’attaque aux légendes noires de l’histoire de l’Église et explique de quelles façons elles se sont substituées à la réalité des faits. Son travail est d’autant plus méritoire qu’il est lui-même protestant. Et il écrit justement à propos de ces légendes :

Tout a débuté avec les guerres déclenchées en Europe à la suite de la Réforme qui a opposé protestants et catholiques et fait des millions de morts. A la même époque, l’Espagne apparaissait comme la principale puissance catholique. Par réaction, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont alors déclenché d’intenses campagnes de propagande qui décrivaient les Espagnols comme de fanatiques barbares assoiffés de sang. Jeffrey Burton Russel, éminent historien du Moyen Age, écrit :

D’innombrables livres et pamphlets furent édités par les presses du Nord accusant l’empire espagnol de dépravation inhumaine et d’horribles atrocités. […] L’Espagne était décrite comme un lieu de ténèbres, d’ignorance et de mal.

[…] Mais les protestants en colère n’étaient pas les seuls à inventer ces histoires ou à y acquiescer. De nombreux mensonges analysés dans les chapitres qui vont suivre étaient soutenus par des auteurs antireligieux, notamment à l’époque des “Lumières”.

Voir également:

Why is this non-Catholic scholar debunking “centuries of anti-Catholic history”?

An interview with Dr. Rodney Stark, sociologist and author of « Bearing False Witness »

The Catholic world report

Dr. Rodney Stark has written nearly 40 books on a wide range of topics, incuding a number of recent books on the history of Christianity, monotheism, Christianity in China, and the roots of modernity. After beginning as a newspaper reporter and spending time in the Army, Stark received his Ph.D. from the University of California, Berkeley, where he held appointments as a research sociologist at the Survey Research Center and at the Center for the Study of Law and Society. He later was Professor of Sociology and of Comparative Religion at the University of Washington; he has been at Baylor University since 2004. Stark is past president of the Society for the Scientific Study of Religion and of the Association for the Sociology of Religion, and he has won a number of national and international awards for distinguished scholarship. Raised as a Lutheran, he has identified himself as an agnostic but has, more recently, called himself an “independent Christian”.

His most recent book isBearing False Witness: Debunking Centuries of Anti-Catholic History (Templeton Press, 2016), which addresses ten prevalent myths about Church history. Dr. Stark recently responded by e-mail to some questions from Carl E. Olson, editor ofCatholic World Report.

CWR: You begin the book by first noting your upbringing as an American Protestant and then discussing “distinguished bigots”. What is a “distinguished bigot”? And how have such people influenced the way in which the Catholic Church is understood and perceived by many Americans today?

Dr. Rodney Stark: By distinguished bigots I mean prominent scholars and intellectuals who clearly are antagonistic to the Catholic Church and who promulgate false historical claims.

CWR: How did you go about identifying and selecting the ten anti-Catholic myths that you rebut in the book? To what degree are these myths part of a general (if sometimes vague) Protestant culture, and to what degree are they encouraged and spread by a more secular, elite culture?

Dr. Stark: For the most part I encountered these anti-Catholic myths as I wrote about various historical periods and events, and discovered that these well-known ‘facts” were false and therefore was forced to deal with them in those studies. These myths are not limited to some generalized Protestant culture—many Catholics, including well-known ones, have repeated them too. These myths have too often, and for too long, been granted truthful validity by historians in general. Of course secularists—especially ex-Catholics such as Karen Armstrong—love these myths.

CWR: The first chapter is on “sins of anti-Semitism,” perhaps the most divisive and controversial of the topics you address. How have your own views on this issue changed, and why? Why do you think there continues to be a wide-spread belief or impression that the Catholic Church in inherently anti-Semitic?

Dr. Stark: When I began as a scholar, “everybody” including leading Catholics knew the Church was a primary source of anti-Semitism. It was only later as I worked with materials on medieval attacks on Jews that I discovered the effective role of the Church in opposing and suppressing such attacks—this truth being told by medieval Jewish chroniclers and thereby most certainly true. Why do so many ‘intellectuals,’ many of them ex-Catholics, continue to accept the notion that Pope Pius XII was “Hitler’s Pope,” when that is so obviously a vicious lie? It can only be hatred of the Church. Keep in mind that it is prominent Jews who defend the pope.

CWR: Why have various historians, such as Gibbons, presented the ancient pagans as either benevolent or mostly tolerant toward Christianity? What was the actual relationship between Christianity and paganism in the first centuries of the Church’s existence?

Dr. Stark: In those days, the safe way to attack religion was to let readers assume it was only an attack on Catholicism, so that’s what Gibbon and his contemporaries did. Perhaps surprisingly, once the pagans were no longer able to persecute Christians, they were pretty much ignored by the Church and by emperors and only slowly disappeared

CWR: How did the mythology of the “Dark Ages” develop? What are some of the main problems with that mythology?

Dr. Stark: Voltaire and his associates made up the fiction of the Dark Ages so that they could claim to have burst forth with the Enlightenment. As every competent historian (and even the encyclopedias) now acknowledges, there were no Dark Ages. To the contrary, it was during these centuries that Europe took the great cultural and technological leap forward that put it so far ahead of the rest of the world.

CWR: What relationship is there between the mythology of the “Dark Ages” and the myth of “secular Enlightenment”? How rational and scientific, in fact, was the Enlightenment?

Dr. Stark: The “philosophes” of the so-called “Enlightenment played no role in the rise of science—the great scientific progress of the time was achieved by highly religious men, many of them Catholic clergy.

CWR: The Crusades and the Inquisitions continue be presented as epochs and events that involved Christian barbarism and the murder of millions. Why are those myths so widespread and popular, especially after scholars have spent decades correcting and clarifying what really did (or did not) happen?

Dr. Stark: I am competent to reveal that the Crusades were legitimate defensive wars and that the Inquisition was not bloody. I am not competent to explain why the pile of fine research supporting these corrections have had no impact on the chattering classes. I suspect that these myths are too precious for the anti-religious to surrender.

CWR: In addressing “Protestant Modernity” you flatly stated that Max Weber’s thesis that Protestantism birthed capitalism and modernity is “nonsense”. What are the main problems with Weber’s thesis?

Dr. Stark: The problem is simply that capitalism was fully developed and thriving in Europe many centuries before the Reformation.

CWR:
 You emphatically state that as a scholar with a Protestant background working at a Baptist university you did not write your book as “a defense of the Church” but “in defense of history.” Why is that significant? And, finally, do you think most Americans actually give more credence to history than to the Church?

Dr. Stark: I think the distinguished bigots will have a hard time accusing me of being a Catholic toady, trying to cover up the sins of the Church. The only axe I have to grind is that history ought to be honestly reported. As to your final point: I don’t think ‘most Americans’ will ever know that this book was written. I can only hope that I will influence intellectuals and textbook writers—maybe.

Related CWR articles:

“The Story of the West: Who, Why, and How” (June 2014): A review of Rodney Stark’s book, How the West Won: The Neglected Story of the Triumph of Modernity | Gregory J. Sullivan

“A Curious Mix of Sophistication, Sin, and Piety” (May 2011): An interview with sociologist Rodney Stark about the Crusades | Mark Sullivan

Voir de même:

An agnostic demolishes anti-Catholic myths

Michael Duggan

Bearing False Witness
by Rodney Stark
Templeton Press, £19

The Age of Reason began in the 2nd century AD. How about that for a claim? Rodney Stark is not a man to equivocate. In his judgment, the Catholic Church has been routinely traduced by “distinguished bigots” – historians who have twisted or ignored the evidence and polluted popular understanding. Hence Stark’s determination to put back by a millennium-and-a-half the dating of the Age of Reason, which really began, he argues, with certain Church Fathers and their decision to conduct theology; that is, formal reasoning about God. Tertullian, Clement of Alexandria, Augustine: they all insisted on the power of reason and its place in God’s plan.

St Augustine went into raptures about the “sagacity” with which “the movements and connections of the stars have been discovered”. Man’s rational nature was an “unspeakable boon” conferred on us by God.

Hence also Stark’s fury about the term “Dark Ages”. It is remarkable how politicians and journalists wanting to convey disgust these days, whether for the actions of ISIS or for rules about wearing high heels at work, are liable to call such a thing “medieval” or “a return to the Dark Ages”.

And this darkness was, of course, the doing of the Catholic Church. Edward Gibbon said so. So did Voltaire. Daniel Boorstin, librarian of the United States Congress, wrote that the Church “built a grand barrier against the progress of knowledge”.

Rubbish, says Stark. The Dark Ages are nothing but a hoax invented by intellectuals to glorify themselves and vilify the Church. The period from 300 to 1300 was, in fact, one of the great innovative eras of mankind.

Technology was developed and put into use on a scale no civilisation had previously known: water mills, the three-field system, the horse collar, selective plant breeding, chimneys and much more. These things transformed productivity, increased the population, and widened horizons all over supposedly benighted Europe. But high-minded men of letters saw fit not to notice such things.

What else? Human dissection for scientific purposes began in medieval universities and without serious objections from the Church. Stark reels off clergymen-scientists who preceded Copernicus and who, among other things, fought and won the battle for empiricism in science.

There was moral progress too. The irony of ISIS comparisons, given that group’s recourse to abduction and enslavement, is that most of Europe had waved goodbye to slavery by 1300. Though not cited by Stark, Hugh Thomas, the great modern historian of the Atlantic slave trade, attributed the later resurgence of slavery to the memory of antiquity: “If Athens had slaves to build the Parthenon, and Rome to maintain the aqueducts, why should modern Europeans hesitate to have slaves to build its new world in America?” As for the treatment by some historians of the Church’s record on slavery, Stark accuses them of lying in plain sight.

And so, in Bearing False Witness, Rodney Stark takes aim at one “myth” after another about Catholicism. The Spanish Inquisition? A “pack of lies”, originally spread by English and Dutch propagandists. The Inquisition “made little use of the stake, seldom tortured anyone and maintained unusually decent prisons”.

The Crusades? Stark begins by saying, in effect, “the others started it”, and goes from there. He is particularly hot in attacking the idea that the Crusaders were driven by dreams of land and loot. Stark’s style is brusque and clear. He is like a man carefully setting up skittles before firing down bowling balls of fact and argument to send them scattering (though in a couple of cases he is, in reality, rebalancing rather than overturning the debate).

All of which means that Bearing False Witness is stirring, compelling, often convincing stuff. Some bits are especially fascinating, as when Stark makes the case for monasteries as the first true capitalist firms. One hopes that, as can happen when the pursuit of truth gets wrapped up in controversy, Stark is not carting more away from the evidence than he should. It would be fascinating to read a riposte.

And, of course, the greatest obstacle nowadays to perceiving the Catholic Church as a force for good is not the myth of the suppressed Gospels, or the myth of the Protestant work ethic, or whatever else. It is the anything but mythical abuse scandals.

Finally, a word on Professor Stark himself. He is co-director of the Institute for Studies of Religion at Baylor, the world’s largest Baptist university, once a hotbed of militant anti-Catholicism. He grew up an American Protestant, “raised on the glories of the Reformation”. More recently, he has described himself as incapable of religious faith, an agnostic.

One thing Stark is not, therefore, is a Catholic: “I did not write this book in defence of the Church,” he states, looking possible critics straight in the eye. “I wrote it in defence of history.”

Voir de plus:

Lies, myths and patent frauds

Michael Duggan
Catholic Herald

‘Europe is a lot more religious than it appears to be’: sociologist Rodney Stark (Baylor University)

They all laughed at Columbus when he said the world was round,
They all laughed when Edison recorded sound.
Ira Gershwin

Professor Rodney Stark grew up in Jamestown, North Dakota, in the 1930s and 1940s. He was, in his own words, “an American Protestant with intellectual pretensions”.

Every October 12 – Columbus Day – he would look on at “throngs of Knights of Columbus members, accompanied by priests, marching in celebration of the arrival of the ‘Great Navigator’ in the New World”. The young Stark found the spectacle absurd. He knew that Columbus had acted in the teeth of unyielding opposition from Roman Catholic prelates who cited biblical proof that the world was flat. Any attempt to reach Asia by sailing west would mean ships falling off the edge of the world, they said.

Years later he found out that the whole story was a lie. Stark recounts all of this – and explains the real story of the opposition to Columbus – in the introduction to his latest book Bearing False Witness: Debunking Centuries of Anti-Catholic History (reviewed in the Catholic Herald on June 3).

So how did he get his first direct experience of Catholicism? “I was about 16 when I first attended a Catholic service. I went with a girl I was dating. I found nothing remarkable about it.” Stark was raised as a Lutheran and was used to “highly liturgical services. So I did not find Catholic ritual strange. We stood when Catholics knelt.” He adds: “I don’t know that this had any influence on my historical views.”

The historical view that Stark sets out in Bearing False Witness is that a line of “distinguished bigots”, stretching from Gibbon to the present day, have created a common culture in which widely held assumptions about the Catholic Church are based on “extreme exaggerations, false accusations and patent frauds”.

Stark insists that he is not a whitewasher and that he is “simply reporting the prevailing view among qualified experts”. He also reminds his readers that he is not a Catholic. Though never an atheist, he was for some time primarily a “cultural Christian” or, as he has described it elsewhere, “an admirer but not a believer”. And now? “I have not been an agnostic for years. I wrote myself to faith.”

The process of writing himself to faith includes books such as The Triumph of Christianity, which records “how the Jesus Movement became the world’s largest religion”; The Victory of Reason, explaining how Christianity led to freedom, capitalism and Western success; and God’s Battalions, an incisive defence of the Crusades.

As a fledgling historian in the 1960s, though, Stark was still wedded to notions of the baneful role of the Church in history. In his first year of graduate school at Berkeley, he was asked to prepare a brief of research he had been doing on anti-Semitism to be distributed to bishops attending the Second Vatican Council. According to Cardinal Augustin Bea, this summary was influential in the production of Nostra Aetate, the Council’s statement on the Jews.

Stark glowed with pride. But over the years, as he carried out more work on ancient and medieval history, he became aware of “the extent to which the Catholic Church had stood as a consistent barrier against anti-Semitic violence”. A long analysis of all known outbursts of anti-Semitic violence in both Europe and the Islamic world from 500 to 1600 forced him to reconsider the entire link between Christianity and anti-Semitism. This was to become the theme of the first chapter of Bearing False Witness.

Turning to the current state of the Catholic Church, Stark is typically unequivocal. Shame among Catholics about scandals involving paedophile priests is (in America at least) “limited to a few intellectuals. Otherwise there should have been substantial declines in membership or in Mass attendance. And that hasn’t happened. There has been no decline in membership or mass attendance in the United States.

“The commitment of ordinary Catholics seems unaffected. In Latin America, rates of mass attendance have doubled and redoubled during the past 25 years. Catholic membership in the nations of sub-Saharan Africa is very far above that even claimed by the Catholic Almanac and continues to grow rapidly.”

But what about Europe? “Europe is a lot more religious than it is said to be or even than it appears to be. I have written a lot about this, most recently in The Triumph of Faith.” Stark has suggested in other interviews that the lack of attendance at church in Europe is down to “ineffective churches rather than lack of faith, since religious belief remains high all across the continent”.

This is typically trenchant stuff from someone who has spent decades understanding the past and present of Christianity. So what then does Prof Stark see as the future for the Catholic Church? “Continued strength.”

Bearing False Witness: Debunking Centuries of Anti-Catholic History

by Rodney Stark.
Templeton Press, 2016.
Hardcover, 280 pages, $28.

Rodney Stark, while doing research into the history of religion, discovered that the popular history of Catholicism is rife with errors, errors that have been repeatedly exposed as such by serious historians. However, the people who read pop history do not typically read serious historians, and so only a work of pop history can correct the errors in other works of pop history. Thus this book.

Each of the book’s ten chapters addresses a subject concerning which the Catholic Church has been held to have behaved badly. Each chapter begins with a number of examples of writers condemning the Church for some fault, which is useful in showing that Stark is not going after straw men. Nor does he claim that the Church, or those that claim to act in the Church’s name, are uniformly blameless. Rather, his debunk of the more extreme claims has a historiographical purpose: to show that the accusations against theChurch are themselves driven by an anti-Catholic animus rather than scholarly research or factual accuracy.

Stark, a professor of history at Baptist-affiliated Baylor University, first takes up the topic of Jews and the Catholic Church. Stark notes that while Christians sometimes attacked or killed Jews between 500 and 1400, the Church hierarchy consistently defended the Jews. For instance, during the First Crusade, some crusaders decided that, before they went all the way to the Middle East to fight “God’s enemies,” they should “take care” of those enemies who were living next door in Europe (i.e. Jews). And so a certain Emich of Leiningen set out to kill Jews in the Rhineland. Their first stop was Speyer, but:

The bishop of Speyer took the local Jews under his protection, and Emich’s forces could only lay their hands on a dozen Jews who had somehow failed to heed the bishop’s alarm. All twelve were killed. Then Emich led his forces to Worms. Here, too, the bishop took the local Jews into his palace for protection. But this time Emich would have none of that, and his forces broke down the bishop’s gate and killed about five hundred Jews. The same pattern was repeated the following week Mainz. Just as before, the bishop attempted to shield the Jews, but he was attacked and forced to flee for his life.

In the Second Crusade, St. Bernard of Clairvaux rode to the Rhine Valley—apparently the worst place in Medieval Europe to be a Jew—and, as told by a Jewish chronicler Ephraim, said, “Anyone who attacks a Jew and tries to kill him is as though he attacks Jesus himself.”

During the Black Death, rumors arose that Jews were poisoning wells and causing the plague deaths. But, “Pope Clement VI, who directed the clergy to protect the Jews, denounced all claims about poisoned wells, and ordered that those who spread the rumor, as well as anyone who harmed Jews, be excommunicated.” In short, attacks on Jews in the Middle Ages almost always arose from “the mob,” and were resisted by the Church hierarchy.

And so through today. Stark goes on to thoroughly debunk the idea that Pope Pius XII was “Hitler’s Pope,” citing the hundreds of thousands of Jews saved by the Church during World War II, some of them sheltered from Nazis in the Vatican itself. In fact, in the years after the war, a number of prominent Jews, such as Golda Meir, praised Pius for his efforts.

Stark is somewhat less objective when it comes to the so-called “lost gospels.” These gospels are, to a great extent, “Gnostic” in character. The trait that characterizes gnosticism, in general, is that it is neither works nor faith that bring salvation, but knowledge. More specifically, it is usually secret knowledge, available only to spiritual adepts, that saves. And even more specifically, that knowledge is often held to be the knowledge that the physical world is a prison, trapping the adept in his or her body and blocking the adept from realizing the soul’s true nature, as a resident of a better, divine realm. Gnostic texts often set out an elaborate metaphysics of this imprisonment, involving multiple levels of divine beings. In particular, one divine being, the demiurge, had fallen from the Pleroma, the divine realm, essentially gone mad, and created a prison—the physical world—in which he could entrap other spiritual beings and garner their worship. Gnostics often identified this crazed divinity with … Jehovah, the Hebrew God.

This may seem mad or it may seem insightful, but Stark adopts an odd way to describe these beliefs: “[For Gnostics] God is the epitome of evil and the gleeful cause of human suffering.” But no gnostic would likely say that about “God” with a capital G: they always seemed to hold that the god who created the physical world was a distinctly lesser divine being, and that “God,” the ultimate divinity, is good and uniting with him is the true goal of Gnostic practice.

Over the nextfew pages, Stark demonstrates that he understands this quite well, and yet he (or perhaps an editor) continues to call the gnostic demiurge “God” with a capital G. It is as though someone took the fact that orthodox Christians believe that there is a fallen divine being, namely Satan, who epitomizes evil, and claimed that therefore Christians believe that God is evil! Gnostic beliefs seem nutty to Stark, and that is understandable: they have so seemed to many others, including the Church fathers. But the way these beliefs are presented is arguably misleading.

Stark’s next chapter debunks the notion that there were massive “forced conversions” to Christianity in late antiquity. His own work (The Rise of Christianity and The Triumph of Christianity) has shown that the main factors prompting conversions were social and doctrinal: “socially, Christianity generated an intense congregational life” and “doctrinally, in contrast to paganism’s belief in limited, unreliable, and often immoral gods, Christianity presented an image of God as moral, concerned, dependable, and omnipotent.” He demonstrates that the Christian emperors continued to employ large numbers of pagans as consuls and prefects. He quotes the Code of Justinian, from as late as the sixth century, declaring: “We especially command those persons who are truly Christians, or who are said to be so, that they should not abuse the authority of religion and dare to lay violent hands on Jews and pagans, who are living quietly and attempting nothing disorderly or contrary to law.” Of course, this means that there were Christians doing these things, but their acts were not official policy.

In another chapter, Stark shows how the belief in a “Dark Age” is essentially dead among serious historians. He quotes Warren Hollister: “To my mind, anyone who believes that the era that witnessed the building of the Chartres Cathedral and the invention of parliament and the university was ‘dark’ must be mentally retarded.…” And he demonstrates that, contrary to the myth promoted by “Enlightenment” thinkers, almost all of the major figures in the scientific revolution were religious, many of them very devout. Isaac Newton, for instance, devoted more time to biblical scholarship than to science or mathematics. The idea of a “Dark Age” was a piece of Enlightenment propaganda.

Stark relates how recent historical research has revealed the Crusades as largely a response to Muslim aggression in the Middle East. Most of the crusaders were motivated by a religious belief that they were on a mission from God, not by a desire to grab wealth from the Muslims. In fact, crusading was expensive and the Crusader states established in the Middle East had to be constantly subsidized by a flow of silver from Europe. The crusaders certainly committed what wetoday would regard as atrocities, but they were the standard for war at that time, and similar acts were committed by Muslim armies.

Stark next turns his attention to the Spanish Inquisition, today a symbol of oppression and persecution. But as Stark makes clear, by the standards of the day, the Spanish Inquisition was actually fairly innocuous. Torture, for instance, was a standard way of getting confessions at the time, and while the Inquisition employed it, it did so within strict guidelines secular courts often lacked. In fact, the Inquisition’s reputation was so much better than that of the secular courts that defendants would try to get their trials moved to an Inquisition venue.

Stark spends some time blowing apart the myth that having faith means rejecting reason. He quotes various Catholic thinkers, such as Quintus Tertullian: “Reason is a thing of God, inasmuch as there is nothing which God the Maker of all has not provided, disposed, ordained by reason—nothing which he has not willed should be handled and understood by reason.” Or, from Clement of Alexandria, we have: “Do not think we say these things [Christian doctrines] are only to be received by faith, but also that they are to be asserted by reason. For indeed it is not safe to commit these things to bare faith without reason, since assuredly truth cannot be without reason.”

The idea that faith is the opposite of reason is a fairly recent idea, and would have stunned most Christians from the time of Christ through the Middle Ages. It is based on a (willful?) misunderstanding of what was meant by “faith.” So, for instance, when Bertrand Russell writes, “We may define ‘faith’ as a firm belief in something for which there is no evidence,” we should recognize this as another piece of propaganda and not a reasoned philosophical position. In fact, “faith,” properly understood, is every bit as necessary to science as it is to Christianity. We might see Michael Polanyi on this point, or consider this passage:

“I’ve found that a big difference between new coders and experienced coders is faith: faith that things are going wrong for a logical and discoverable reason, faith that problems are fixable, faith that there is a way to accomplish the goal. The path from ‘not working’ to ‘working’ might not be obvious, but with patience you can usually find it.” (Emphasis mine.)

Indeed, this is something I continually have to convey to my own computer science students: they must first believe that our whole enterprise is rational, and will make sense given time, before they will be able to commit to making the effort necessary to overcome all the obstacles to understanding they will face along the way. (Believe that they may know?) In any case, as Alfred North Whitehead has noted, science did not develop in Christian civilization by accident: the faith that creation is fundamentally reasonable was the basis for the whole scientific enterprise.

Stark runs into some problems when he attempts to address more technical aspects of the history of science. For instance, he writes, “To make his system work, Copernicus had to postulate that there were loops in the orbits of the heavenly bodies … However, these loops lacked any observational support; had they existed, a heavenly body should have been observed looping.” What are we to make of this? Copernicus introduced epicycles (Stark’s “loops”) precisely to get his system to fit with the observational data! The “observational support” was that, with the loops, Copernicus could predict where planets would appear reasonably well, but without them he could not. Stark writes that “a heavenly body should have been observed looping,” when in fact, for Copernicus, that is exactly what we are observing all the time.

Thanks to Kepler’s discovery of elliptical orbits, we now have a simpler system for explaining these apparent loops, but the point is that Copernicus introduced epicycles as the only way he could envision to explain the actual observations.

Furthermore, Stark seems to think that “loops” had to be introduced into the planets’ circular orbits to get the orbital period correct: “it would not do for the earth to circle the sun in only three hundred days.” But one can always change the diameter or speed of a circular orbit in one’s model and thus get the orbital period correct. The real problem with positing circular orbits instead of the actual elliptical ones has to do with the relationship of different segments of a planet’s orbit, as can be seen with a visual aid:

In the portions of a planet’s orbit where the ellipse is flatter than a circle, the planet will appear to move too fast for it to have a circular orbit. And in the portion of its elliptical orbit where the ellipse is more curved than a circle, the planet will appear to move too slowly.

So the problem is not that circular orbits show planets having years of too short (or too long) a duration—that problem could be trivially corrected. Instead, the problem is that if we mistakenly assume circular orbits, we are left with having to introduce “loops” to explain why some portions of a planet’s orbit proceed faster than other portions.

Stark next addresses the history of the Catholic Church vis-à-vis slavery. He notes that while slavery was hardly questioned in antiquity, the Catholic Church gradually eliminated it in Western Europe during the Middle Ages. When Aquinas condemned slavery as “contrary to natural law,” this soon became the official Church position. Recent controversies concerning Catholic colleges like Georgetown, which did own and sell slaves, make this a pertinent point, as well as the fact that slavery continues across wide parts of the non-Christian world.

Some Church officials, even some popes, continued to own slaves. (But some popes also engaged in fornication and had children out of wedlock, despite official Church opposition to sex outside of marriage: this shows that popes do not always follow Church doctrine, not that Church doctrine permits fornication.) And the Spanish and Portuguese imperialists often continued to enslave people, despite Church opposition. But when Spain colonized the Canary Islands in the early 1400s and started enslaving the islanders, the action prompted Pope Eugene IV to declare that “these people are to be totally and perpetually free and are to be let go without exaction or reception of any money.”

In the 1500s, Pope Paul II asserted that “the same Indians and all other peoples—even though they be outside the faith … should not be deprived of their liberty or their other possessions … and are not to be reduced to slavery.…” The Inquisition took up the matter in the 1600s, and asked:

Whether it is permitted to buy, sell, or make contracts in their respect Blacks and other natives who have harmed no one and have been made captives by force or deceit?

And it declared, “Answer: no.”

In fact, the papacy denounced slavery in 1462, 1537, 1639, 1741, 1815, and 1839.

Stark’s second-to-last chapter shows that the supposed close link between the Church and authoritarianism is actually rather flimsy; for instance, while the Church supported Franco in the Spanish Civil War, it did so because the Republicans were busily murdering Catholic clergy. Stark’s final chapter denies the link between the rise of capitalism and the Protestant Reformation, arguing that all of the necessary ingredients were already present in Scholastic economics, the large-scale enterprises run by monasteries, and the entrepreneurial Italian city-states.

Stark’s overall thesis, that popular history is frequently anti-Catholic in ways that serious historians today recognize as without factual basis, is certainly correct. And he is correct in suggesting that rectifying this bias is important: far too often, the Catholic argument against, say, abortion “rights” is dismissed with a “well, what does one expect from such a pro-slavery, anti-science, anti-Semitic, authoritarian institution?” But the importance of the project makes it unfortunate that Stark has been sloppy in his research in several sections of this work.


Gene Callahan is a Lecturer in Computer Science and Economics at St. Joseph’s College and a Research Fellow at the Collingwood and British Idealism Centre at Cardiff University, Wales. He is the author of Economics for Real People and Oakeshott on Rome and America.

Voir aussi:

A Baptist Scholar Debunks Anti-Catholic Historical Hogwash

In snappy prose, Bearing False Witness looks at the West’s Christian roots.It’s not exactly beach reading, but for those of a certain mind, Rodney Stark’s Bearing False Witness could prove a page turner. The subtitle — academics invariably include subtitles — makes plain that this is no potboiler: Debunking Centuries of Anti-Catholic History. And true to academic form the book includes more than 20 pages of footnotes and citations. Stark, however, has written a wise and rollicking work of intellectual history that should be read by Catholics, non-Catholics, and, really, anyone who wants to comment on the Catholic Church’s proper place in some 2,000 years of history.

Stark is coordinator of the Institute for Studies of Religion at Baylor University, the world’s largest Baptist University, and the author of several books: The Rise of Christianity; For the Glory of God: How Monotheism Led to Reformations, Science, Witch-Hunts, and the End of Slavery; and One True God: Historical Consequences of Monotheism. In short, he’s a distinguished scholar with impeccable academic credentials, and he is working at the top of his game in Bearing False Witness. Of equal importance, he’s not a Roman Catholic. This is no polemic or tract. Stark’s overriding interest is the historical evidence and the most up-to-date scholarship, and he marshals that evidence and scholarship with a great and subdued power.

It all makes for a snappy and instructive read, because the professor actually writes in English, not academic jargon. He never minces words. He’ll tell you what’s historical hogwash and why, and who promoted anti-Catholic history — and who is promoting it today.

It also says something about Bearing False Witness that Stark does not spare himself scrutiny. Right from the start of the book, from the first chapter on “The Sins of Anti-Semitism,” he lets readers know when his past views were out sync with the historical record. He covers it all. In addition to the alleged anti-Semitism early on up to Pope Pius XII’s fabled complicity with Adolf Hitler and the Nazis, he gives us chapters on the Crusaders and the Inquisition and the Dark Ages.

That is, the so-called Dark Ages, for Stark is at his best in showing how an era or age came by its name and how the vast historical evidence belies the easy — or intentionally hostile — handle. Enter the Dark Ages, which is said to have “fallen” over Europe following the fifth-century collapse of Rome and lasted to at least 1300, a benighted millennium hostile to progress and knowledge, thanks to orthodox Christendom. Even the most educated will be forgiven for accepting this view, which writers from Petrarch to Voltaire, Rousseau to Gibbon advanced for their own purposes. Yet, as Stark points out, “serious scholars” have known for decades that this organizing scheme for Western history is a “complete fraud” and, as Warren Hollister wrote, “an indestructible fossil of self-congratulatory Renaissance humanism.”

The Romans may have called the conquering Goths “barbarians,” but their chieftain (Alaric) had been a Roman commander, and many of the soldiers had served in the Roman army. It’s also the case that the “barbarian North” had been under the rule of Rome. While intellectuals have not been able to appreciate the technological, commercial, and moral progress that took place in the small communities of medieval Europe, that doesn’t mean the advances did not take place. On the contrary, revolutions in agriculture, weaponry, nonhuman power (water and wind power), transportation, manufacturing, education (the first universities in Paris and Bologna), and morals (the fall of slavery) occurred. Scholars have concluded that the flowering of science that followed during the Scientific Revolution in the 16th century was “an evolution, not a revolution.” As Stark writes: “Just as Copernicus simply took the next implicit step in the cosmology of his day, so too the flowering of science in that era was the culmination of the gradual progress that had been made over previous centuries.”

All this progress didn’t happen in spite of the Catholic Church or get started only in the fourth century or the 17th century. According to Stark, the rise of the West began late in the second century because of an “extraordinary faith in reason and progress” that originated in Christianity, which held that human reason could unlock God’s creation.

Bearing False Witness deserves a wide audience. It’s full of spunk and verve, wisdom and scholarship.

Voir également:

Catherine Pepinster sees points scored off historical sceptics

Catherine Pepinster

Churchtimes

16 June 2017

Bearing False Witness: Debunking centuries of anti-Catholic history

Rodney Stark

SPCK £14.99

(978-1-911096-62-7)

Church Times

UNTIL a visit to Louisiana a couple of years ago, I had always assumed that slaves were completely brutalised. But, on a tour of a New Orleans 19th-century home, I discovered that the lady of the house had worked closely alongside her slaves in the kitchen. Then I found out that slaves were forbidden to learn to read, and so their mistress had to read them the recipes. It might have not have been violent, but it was a deeply disturbing form of enslavement. Later, a friend told how the nuns at one of Louisiana’s most exclusive Roman Catholic convent schools, who had schooled the daughters of elite white families at that time, had also secretly taught the slave girls who accompanied them to read.

In reading Rodney Stark’s account of anti-Catholic history — a volume that debunks hundreds of years of prejudice, myth, and false allegations — I could set these stories in context. I now know that RC Louisiana’s treatment of slaves was rather different from the rest of North America’s; for it came under France’s Code Noir, influenced by papal teaching that insisted that Africans and Indians should be afforded the same dignity as anyone else.

Stark, an American sociologist as well as popular historian, guides the reader through some of the most controversial accusations that the Catholic Church has faced: its treatment of Jews, its hostility to learning during the so-called Dark Ages, its part in the Crusades, and the Spanish Inquisition. With each chapter comes a useful list of historians who have explored the issue in more detail and are Stark’s key sources.

Protestants, as well as Voltaire and other Enlightenment intellectuals, are identified as the accusers-in-chief, claiming that the Roman Church suppressed truth and destroyed lives. The Crusades? Voltaire and others say they were caused by Catholic bigotry and cruelty; contemporary historians say that they were a response to Christians’ being robbed and enslaved by Muslims. The Dark Ages? Again, Voltaire and co., and also Bertrand Russell, say it was a time of barbarism and the stifling of learning thanks to the Catholic Church. Not so, says Stark, citing more historians: it was the age of building great cathedrals, developing universities and beautiful prose.

As an apologist, Stark seems on shakier ground over his defence of church treatment of Jews and of Galileo. After all, Pope John Paul II saw fit to apologise for the grievous harm that the Church did to them.

This is a story of a Church more sinned against than sinning. But Stark’s most significant conclusion is that papal authority has never been as strong as both its detractors and its most devoted adherents believe. Popes might denounce slavery and torture, but some powerful Roman Catholic monarchs ignored their teaching and carried out atrocities.

The story today is rather different. The RC Church still has its detractors, but in this ecumenical age, they tend to be ardent secularists rather than other Christians. The heirs of Voltaire, one might say.

Catherine Pepinster, a former editor of The Tablet, is UK Development Officer of the Anglican Centre in Rome, and the author of a forthcoming book on the British and the papacy.

Voir de même:

Inventing the Crusades
Thomas F. Madden
First things
June 2009

The Crusades, Christianity, and Islam 
by Jonathan Riley-Smith
columbia university press, 136 pages, $24.50

Within a month of the attacks of September 11, 2001, former president Bill Clinton gave a speech to the students of Georgetown University. As the world tried to make sense of the senseless, Clinton offered his own explanation: “Those of us who come from various European lineages are not blameless,” he declared. “Indeed, in the First Crusade, when the Christian soldiers took Jerusalem, they first burned a synagogue with three hundred Jews in it, and proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount. The contemporaneous descriptions of the event describe soldiers walking on the Temple Mount, a holy place to Christians, with blood running up to their knees.

“I can tell you that that story is still being told today in the Middle East, and we are still paying for it,” he concluded, and there is good reason to believe he was right. Osama bin Laden and other Islamists regularly refer to Americans as “Crusaders.” Indeed, bin Laden directed his fatwa authorizing the September 11 attacks against the “Crusaders and Jews.” He later preached that “for the first time the Crusaders have managed to achieve their historic ambitions and dreams against our Islamic umma, gaining control over Islamic holy places and Holy Sanctuaries. . . . Their defeat in Iraq will mean defeat in all their wars and a beginning of the receding of their Zionist–Crusader tide against us.”

Most people in the West do not believe that they have been prosecuting a continuous Crusade against Islam since the Middle Ages. But most do believe that the Crusades started the problems that plague and endanger us today. Westerners in general (and Catholics in particular) find the Crusades a deeply embarrassing episode in their history. As the Ridley Scott movie Kingdom of Heaven graphically proclaimed, the Crusades were unprovoked campaigns of intolerance preached by deranged churchmen and fought by religious zealots against a sophisticated and peaceful Muslim world. According to the Hollywood version, the blind violence of the Crusades gave birth to jihad, as the Muslims fought to defend themselves and their world. And for what? The city of Jerusalem, which was both “nothing and everything,” a place filled with religion that “drives men mad.”

On September 11, 2001, there were only a few professional historians of the Crusades in America. I was the one who was not retired. As a result, my phone began ringing and didn’t stop for years. In the hundreds of interviews I have given since that terrible day, the most common question has been, “How did the Crusades lead to the terrorist attacks against the West today?” I always answered: “They did not. The Crusades were a medieval phenomenon with no connection to modern Islamist terrorism.”

That answer has never gone over well. It seems counterintuitive. If the West sent Crusaders to attack Muslims throughout the Middle Ages, haven’t they a right to be upset? If the Crusades spawned anti-Western jihads, isn’t it reasonable to see them as the root cause of the current jihads? The answer is no, but to understand it requires more than the scant minutes journalists are usually willing to spare. It requires a grasp not only of the Crusades but of the ways those wars have been exploited and distorted for modern agendas.

That answer is now contained in a book, The Crusades, Christianity, and Islam, written by the most distinguished historian of the Crusades, the Cambridge University scholar Jonathan Riley-Smith. A transcription of the Bampton Lectures he delivered in October 2007 at Columbia University, it is a thin book, brimming with insights, approachable by anyone interested in the subject.

It is generally thought that Christians attacked Muslims without provocation to seize their lands and forcibly convert them. The Crusaders were Europe’s lacklands and ne’er-do-wells, who marched against the infidels out of blind zealotry and a desire for booty and land. As such, the Crusades betrayed Christianity itself. They transformed “turn the other cheek” into “kill them all; God will know his own.”

Every word of this is wrong. Historians of the Crusades have long known that it is wrong, but they find it extraordinarily difficult to be heard across a chasm of entrenched preconceptions. For on the other side is, as Riley-Smith puts it “nearly everyone else, from leading churchmen and scholars in other fields to the general public.” There is the great Sir Steven Runciman, whose three-volume History of the Crusades is still a brisk seller for Cambridge University Press a half century after its release. It was Runciman who called the Crusades “a long act of intolerance in the name of God, which is a sin against the Holy Ghost.” The pity of it is that Runciman and the other popular writers simply write better stories than the professional historians.

So we continue to write our scholarly books and articles, learning more and more about the Crusades but scarcely able to be heard. And when we are heard, we are dismissed as daft. I once asked Riley-Smith if he believed popular perceptions of the Crusades would ever be changed by modern scholarship. “I’ve just about given up hope,” he answered. In his new book he notes that in the last thirty years historians have begun to reject “the long-held belief that it [the Crusade movement] was defined solely by its theaters of operation in the Levant and its hostility toward Islam—with the consequence that in their eyes the Muslims move slightly off center stage—and many of them have begun to face up to the ideas and motivation of the Crusaders. The more they do so the more they find themselves contra mundum or, at least, contra mundum Christianum.”

One of the most profound misconceptions about the Crusades is that they represented a perversion of a religion whose founder preached meekness, love of enemies, and nonresistance. Riley-Smith reminds his reader that on the matter of violence Christ was not as clear as pacifists like to think. He praised the faith of the Roman centurion but did not condemn his profession. At the Last Supper he told his disciples, “Let him who has no sword sell his cloak and buy one. For I tell you that this Scripture must be fulfilled in me, And he was reckoned with transgressors.

St. Paul said of secular authorities, “He does not bear the sword in vain; he is the servant of God to execute his wrath on the wrongdoer.” Several centuries later, St. Augustine articulated a Christian approach to just war, one in which legitimate authorities could use violence to halt or avert a greater evil. It must be a defensive war, in reaction to an act of aggression. For Christians, therefore, violence was ethically neutral, since it could be employed either for evil or against it. As Riley-Smith notes, the concept that violence is intrinsically evil belongs solely to the modern world. It is not Christian.

All the Crusades met the criteria of just wars. They came about in reaction attacks against Christians or their Church. The First Crusade was called in 1095 in response to the recent Turkish conquest of Christian Asia Minor, as well as the much earlier Arab conquest of the Christian-held Holy Land. The second was called in response to the Muslim conquest of Edessa in 1144. The third was called in response to the Muslim conquest of Jerusalem and most other Christian lands in the Levant in 1187.

In each case, the faithful went to war to defend Christians, to punish the attackers, and to right terrible wrongs. As Riley-Smith has written elsewhere, crusading was seen as an act of love—specifically the love of God and the love of neighbor. By pushing back Muslim aggression and restoring Eastern Christianity, the Crusaders were—at great peril to themselves—imitating the Good Samaritan. Or, as Innocent II told the Knights Templar, “You carry out in deeds the words of the gospel, ‘Greater love has no man than this, that a man lay down his life for his friends.’”

But the Crusades were not just wars. They were holy wars, and that is what made them different from what came before. They were made holy not by their target but by the Crusaders’ sacrifice. The Crusade was a pilgrimage and thereby an act of penance. When Urban II called the First Crusade in 1095, he created a model that would be followed for centuries. Crusaders who undertook that burden with right intention and after confessing their sins would receive a plenary indulgence. The indulgence was a recognition that they undertook these sacrifices for Christ, who was crucified again in the tribulations of his people.

And the sacrifices were extraordinary. As Riley-Smith writes in this book and his earlier The First ­Crusaders, the cost of crusading was staggering. Without financial assistance, only the wealthy could afford to embark on a Crusade. Many noble families impoverished themselves by crusading.

Historians have long known that the image of the Crusader as an adventurer seeking his fortune is exactly backward. The vast majority of Crusaders returned home as soon as they had fulfilled their vow. What little booty they could acquire was more than spent on the journey itself. One is hard pressed to name a single returning Crusader who broke even, let alone made a profit on the journey. And those who returned were the lucky ones. As Riley-Smith explains, recent studies show that around one-third of knights and nobility died on crusade. The death rates for lower classes were even higher.

One can never understand the Crusades without understanding their penitential character. It was the indulgence that led thousands of men to take on a burden that would certainly cost them dearly. The secular nobility of medieval Europe was a warrior aristocracy. They made their living by the sword. We know from their wills and charters that they were deeply aware of their own sinfulness and anxious over the state of their souls. A Crusade provided a way for them to serve God and to do penance for their sins. It allowed them to use their weapons as a means of their salvation rather than of their damnation.

Of course it was difficult, but that is what penance is supposed to be. As Urban and later Crusade preachers reminded them, Christ Himself had said, “If any man would come after me, let him deny himself and take up his cross and follow me.” As one Crusade preacher wrote, “Those who take the cross deny, that is to say renounce, themselves by exposing themselves to mortal danger, leaving behind their loved ones, using up their goods, carrying their cross, so that afterward they may be carried to heaven by the cross.” The Crusader sewed a cloth cross to his garment to signify his penitential burden and his hope.

Take away penitence and the Crusades cannot be explained. Yet in the seventeenth and eighteenth centuries Protestants and then Enlightenment thinkers rejected the idea of temporal penalties due to sin—along with indulgences, purgatory, and the papacy. How then did they explain the Crusades? Why else would thousands of men march thousands of miles deep into enemy territory, if not for something precious? The first explanation was that they were fooled by the Antichrist: The Catholic Church had convinced the simple that their salvation lay in fighting its battles. Later, with the advent of liberalism, critics assumed that the Crusaders must have had economic motives. They were seeking wealth and simply used religion as a cover for their worldly desires.

In the nineteenth century, the memory of the Crusades became hopelessly entangled with contemporary European imperialism. Riley-Smith tells the fascinating story of Archbishop Charles-Martial Allemand-Lavigerie of Algiers, the founder of the missionary orders of the White Fathers and White Sisters, who worked diligently to establish a new military order resembling the Knights Templar, Teutonic Knights, and the Knights Hospitaller of the Middle Ages. His new order was to be sent to Africa, where it would protect missionaries, fight against the slave trade, and support the progress of French civilization in the continent.

Drawing on money from antislavery societies, Lavigerie purchased lands on the edge of the Saharan Desert to use as a mother house for a new order, L’Institut Religieux et Militaire des Frères Armés du Sahara. The order attracted hundreds of men from all social classes, and in 1891 the first brothers received their white habits emblazoned with red crosses. The dust cover of Riley-Smith’s book is itself a wonderful picture of these brothers at their African home. With palm trees behind them, they look proudly into the camera, each wearing a cross and some holding rifles.

The Institut des Fréres Armés lasted scarcely more than a year before it was scrapped and its founder died, but other attempts to found a military order were made in the nineteenth century, even in Protestant England. All wove together the contrasting threads of Romanticism, imperialism, and the medieval Crusades.

President Clinton is not alone in thinking that the Muslim world is still brooding over the crimes of the Crusaders. It is commonly thought—even by Muslims—that the effects and memory of that trauma have been with the Islamic world since it was first inflicted in the eleventh century. As Riley-Smith explains, however, the Muslim memory of the Crusades is of very recent vintage. Carole Hillenbrand first uncovered this fact in her groundbreaking book The Crusades: Islamic Perspectives. The truth is that medieval Muslims came to realize that the Crusades were religious but had little interest in them. When, in 1291, Muslim armies removed the last vestiges of the Crusader Kingdom from Palestine, the Crusades largely dropped out of Muslim memory.

In Europe, however, the Crusades were a well-remembered formative episode. Europeans, who had bound the Crusades to imperialism, brought the story to the Middle East during the nineteenth century and reintroduced it to the Muslims. Stripping the Crusades of their original purpose, they portrayed the Crusades as Europe’s first colonial venture—the first attempt of the West to bring civilization to the backward Muslim East.

Riley-Smith describes the profound effect that Sir Walter Scott’s novel The Talisman had on European and therefore Middle Eastern opinion of the Crusades. Crusaders such as Richard the Lionhearted were portrayed as boorish, brutal, and childish, while Muslims, particularly Saladin, were tolerant and enlightened gentlemen of the nineteenth century. With the collapse of Ottoman power and the rise of Arab nationalism at the end of the nineteenth century, Muslims bound together these two strands of Crusade narrative and created a new memory in which the Crusades were only the first part of Europe’s assault on Islam—an assault that continued through the modern imperialism of European powers. Europeans reintroduced Saladin, who had been nearly forgotten in the Middle East, and Arab nationalists then cleansed him of his Kurdish ethnicity to create a new anti-Western hero. We saw the result during the run-up to the Iraq War, when Saddam Hussein portrayed himself as a new Saladin who would expel the new Crusaders.

Arab nationalists made good use of the new story of the Crusades during their struggles for independence. Their enemies, the Islamists, then took over the same tool. Osama bin Laden is only the most recent Islamist to adopt this useful myth to characterize the actions of the West as a continual Crusade against Islam.

That is the Crusades’ only connection with modern Islamist terrorism. And yet, so ingrained is this notion that the Crusades began the modern European assault on Islam that many moderate Muslims still believe it. Riley-Smith recounts : “I recently refused to take part in a television series, produced by an intelligent and well-educated Egyptian woman, for whom a continuing Western crusade was an article of faith. Having less to do with historical reality than with reactions to imperialism, the nationalist and Islamist interpretations of crusade history help many people, moderates as well as extremists, to place the exploitation they believe they have suffered in a historical context and to satisfy their feelings of both superiority and humiliation.”

In the Middle East, as in the West, we are left with the gaping chasm between myth and reality. Crusade historians sometimes try to yell across it but usually just talk to each other, while the leading churchmen, the scholars in other fields, and the general public hold to a caricature of the Crusades created by a pox of modern ideologies. If that chasm is ever to be bridged, it will be with well-written and powerful books such as this.

Thomas F. Madden is chair of the department of history at Saint Louis University. He is author of The New Concise History of the Crusades and, most recently, Empires of Trust: How Rome Built—and America Is Building—a New World.

Four Myths about the Crusades

This article first appeared in the print Spring 2011 edition of the Intercollegiate Review.


In 2001, former president Bill Clinton delivered a speech at Georgetown University in which he discussed the West’s response to the recent terrorist attacks of September 11. The speech contained a short but significant reference to the crusades. Mr. Clinton observed that “when the Christian soldiers took Jerusalem [in 1099], they . . . proceeded to kill every woman and child who was Muslim on the Temple Mount.” He cited the “contemporaneous descriptions of the event” as describing “soldiers walking on the Temple Mount . . . with blood running up to their knees.” This story, Mr. Clinton said emphatically, was “still being told today in the Middle East and we are still paying for it.”

This view of the crusades is not unusual. It pervades textbooks as well as popular literature. One otherwise generally reliable Western civilization textbook claims that “the Crusades fused three characteristic medieval impulses: piety, pugnacity, and greed. All three were essential.”1 The film Kingdom of Heaven (2005) depicts crusaders as boorish bigots, the best of whom were torn between remorse for their excesses and lust to continue them. Even the historical supplements for role-playing games—drawing on supposedly more reliable sources—contain statements such as “The soldiers of the First Crusade appeared basically without warning, storming into the Holy Land with the avowed—literally—task of slaughtering unbelievers”;2 “The Crusades were an early sort of imperialism”;3 and “Confrontation with Islam gave birth to a period of religious fanaticism that spawned the terrible Inquisition and the religious wars that ravaged Europe during the Elizabethan era.”4 The most famous semipopular historian of the crusades, Sir Steven Runciman, ended his three volumes of magnificent prose with the judgment that the crusades were “nothing more than a long act of intolerance in the name of God, which is the sin against the Holy Ghost.”5

The verdict seems unanimous. From presidential speeches to role-playing games, the crusades are depicted as a deplorably violent episode in which thuggish Westerners trundled off, unprovoked, to murder and pillage peace-loving, sophisticated Muslims, laying down patterns of outrageous oppression that would be repeated throughout subsequent history. In many corners of the Western world today, this view is too commonplace and apparently obvious even to be challenged.

But unanimity is not a guarantee of accuracy. What everyone “knows” about the crusades may not, in fact, be true. From the many popular notions about the crusades, let us pick four and see if they bear close examination.

Myth #1: The crusades represented an unprovoked attack by Western Christians on the Muslim world.

Nothing could be further from the truth, and even a cursory chronological review makes that clear. In a.d. 632, Egypt, Palestine, Syria, Asia Minor, North Africa, Spain, France, Italy, and the islands of Sicily, Sardinia, and Corsica were all Christian territories. Inside the boundaries of the Roman Empire, which was still fully functional in the eastern Mediterranean, orthodox Christianity was the official, and overwhelmingly majority, religion. Outside those boundaries were other large Christian communities—not necessarily orthodox and Catholic, but still Christian. Most of the Christian population of Persia, for example, was Nestorian. Certainly there were many Christian communities in Arabia.

By a.d. 732, a century later, Christians had lost Egypt, Palestine, Syria, North Africa, Spain, most of Asia Minor, and southern France. Italy and her associated islands were under threat, and the islands would come under Muslim rule in the next century. The Christian communities of Arabia were entirely destroyed in or shortly after 633, when Jews and Christians alike were expelled from the peninsula.6 Those in Persia were under severe pressure. Two-thirds of the formerly Roman Christian world was now ruled by Muslims.

What had happened? Most people actually know the answer, if pressed—though for some reason they do not usually connect the answer with the crusades. The answer is the rise of Islam. Every one of the listed regions was taken, within the space of a hundred years, from Christian control by violence, in the course of military campaigns deliberately designed to expand Muslim territory at the expense of Islam’s neighbors. Nor did this conclude Islam’s program of conquest. The attacks continued, punctuated from time to time by Christian attempts to push back. Charlemagne blocked the Muslim advance in far western Europe in about a.d. 800, but Islamic forces simply shifted their focus and began to island-hop across from North Africa toward Italy and the French coast, attacking the Italian mainland by 837. A confused struggle for control of southern and central Italy continued for the rest of the ninth century and into the tenth. In the hundred years between 850 and 950, Benedictine monks were driven out of ancient monasteries, the Papal States were overrun, and Muslim pirate bases were established along the coast of northern Italy and southern France, from which attacks on the deep inland were launched. Desperate to protect victimized Christians, popes became involved in the tenth and early eleventh centuries in directing the defense of the territory around them.

The surviving central secular authority in the Christian world at this time was the East Roman, or Byzantine, Empire. Having lost so much territory in the seventh and eighth centuries to sudden amputation by the Muslims, the Byzantines took a long time to gain the strength to fight back. By the mid-ninth century, they mounted a counterattack on Egypt, the first time since 645 that they had dared to come so far south. Between the 940s and the 970s, the Byzantines made great progress in recovering lost territories. Emperor John Tzimiskes retook much of Syria and part of Palestine, getting as far as Nazareth, but his armies became overextended and he had to end his campaigns by 975 without managing to retake Jerusalem itself. Sharp Muslim counterattacks followed, and the Byzantines barely managed to retain Aleppo and Antioch.

The struggle continued unabated into the eleventh century. In 1009, a mentally deranged Muslim ruler destroyed the Church of the Holy Sepulchre in Jerusalem and mounted major persecutions of Christians and Jews. He was soon deposed, and by 1038 the Byzantines had negotiated the right to try to rebuild the structure, but other events were also making life difficult for Christians in the area, especially the displacement of Arab Muslim rulers by Seljuk Turks, who from 1055 on began to take control in the Middle East. This destabilized the territory and introduced new rulers (the Turks) who were not familiar even with the patchwork modus vivendi that had existed between most Arab Muslim rulers and their Christian subjects. Pilgrimages became increasingly difficult and dangerous, and western pilgrims began banding together and carrying weapons to protect themselves as they tried to make their way to Christianity’s holiest sites in Palestine: notable armed pilgrimages occurred in 1064–65 and 1087–91.

In the western and central Mediterranean, the balance of power was tipping toward the Christians and away from the Muslims. In 1034, the Pisans sacked a Muslim base in North Africa, finally extending their counterattacks across the Mediterranean. They also mounted counterattacks against Sicily in 1062–63. In 1087, a large-scale allied Italian force sacked Mahdia, in present-day Tunisia, in a campaign jointly sponsored by Pope Victor III and the countess of Tuscany. Clearly the Italian Christians were gaining the upper hand.

But while Christian power in the western and central Mediterranean was growing, it was in trouble in the east. The rise of the Muslim Turks had shifted the weight of military power against the Byzantines, who lost considerable ground again in the 1060s. Attempting to head off further incursions in far-eastern Asia Minor in 1071, the Byzantines suffered a devastating defeat at Turkish hands in the battle of Manzikert. As a result of the battle, the Christians lost control of almost all of Asia Minor, with its agricultural resources and military recruiting grounds, and a Muslim sultan set up a capital in Nicaea, site of the creation of the Nicene Creed in a.d. 325 and a scant 125 miles from Constantinople.

Desperate, the Byzantines sent appeals for help westward, directing these appeals primarily at the person they saw as the chief western authority: the pope, who, as we have seen, had already been directing Christian resistance to Muslim attacks. In the early 1070s, the pope was Gregory VII, and he immediately began plans to lead an expedition to the Byzantines’ aid. He became enmeshed in conflict with the German emperors, however (what historians call “the Investiture Controversy”), and was ultimately unable to offer meaningful help. Still, the Byzantines persisted in their appeals, and finally, in 1095, Pope Urban II realized Gregory VII’s desire, in what turned into the First Crusade. Whether a crusade was what either Urban or the Byzantines had in mind is a matter of some controversy. But the seamless progression of events which lead to that crusade is not.

Far from being unprovoked, then, the crusades actually represent the first great western Christian counterattack against Muslim attacks which had taken place continually from the inception of Islam until the eleventh century, and which continued on thereafter, mostly unabated. Three of Christianity’s five primary episcopal sees (Jerusalem, Antioch, and Alexandria) had been captured in the seventh century; both of the others (Rome and Constantinople) had been attacked in the centuries before the crusades. The latter would be captured in 1453, leaving only one of the five (Rome) in Christian hands by 1500. Rome was again threatened in the sixteenth century. This is not the absence of provocation; rather, it is a deadly and persistent threat, and one which had to be answered by forceful defense if Christendom were to survive. The crusades were simply one tool in the defensive options exercised by Christians.

To put the question in perspective, one need only consider how many times Christian forces have attacked either Mecca or Medina. The answer, of course, is never.7

Myth #2: Western Christians went on crusade because their greed led them to plunder Muslims in order to get rich.

Again, not true. One version of Pope Urban II’s speech at Clermont in 1095 urging French warriors to embark on what would become known as the First Crusade does note that they might “make spoil of [the enemy’s] treasures,”8 but this was no more than an observation on the usual way of financing war in ancient and medieval society. And Fulcher of Chartres did write in the early twelfth century that those who had been poor in the West had become rich in the East as a result of their efforts on the First Crusade, obviously suggesting that others might do likewise.9 But Fulcher’s statement has to be read in its context, which was a chronic and eventually fatal shortage of manpower for the defense of the crusader states. Fulcher was not being entirely deceitful when he pointed out that one might become rich as a result of crusading. But he was not being entirely straightforward either, because for most participants, crusading was ruinously expensive.

As Fred Cazel has noted, “Few crusaders had sufficient cash both to pay their obligations at home and to support themselves decently on a crusade.”10 From the very beginning, financial considerations played a major role in crusade planning. The early crusaders sold off so many of their possessions to finance their expeditions that they caused widespread inflation. Although later crusaders took this into account and began saving money long before they set out, the expense was still nearly prohibitive. Despite the fact that money did not yet play a major role in western European economies in the eleventh century, there was “a heavy and persistent flow of money” from west to east as a result of the crusades, and the financial demands of crusading caused “profound economic and monetary changes in both western Europe and the Levant.”11

One of the chief reasons for the foundering of the Fourth Crusade, and its diversion to Constantinople, was the fact that it ran out of money before it had gotten properly started, and was so indebted to the Venetians that it found itself unable to keep control of its own destiny. Louis IX’s Seventh Crusade in the mid-thirteenth century cost more than six times the annual revenue of the crown.

The popes resorted to ever more desperate ploys to raise money to finance crusades, from instituting the first income tax in the early thirteenth century to making a series of adjustments in the way that indulgences were handled that eventually led to the abuses condemned by Martin Luther. Even by the thirteenth century, most crusade planners assumed that it would be impossible to attract enough volunteers to make a crusade possible, and crusading became the province of kings and popes, losing its original popular character. When the Hospitaller Master Fulk of Villaret wrote a crusade memo to Pope Clement V in about 1305, he noted that “it would be a good idea if the lord pope took steps enabling him to assemble a great treasure, without which such a passage [crusade] would be impossible.”12 A few years later, Marino Sanudo estimated that it would cost five million florins over two years to effect the conquest of Egypt. Although he did not say so, and may not have realized it, the sums necessary simply made the goal impossible to achieve. By this time, most responsible officials in the West had come to the same conclusion, which explains why fewer and fewer crusades were launched from the fourteenth century on.

In short: very few people became rich by crusading, and their numbers were dwarfed by those who were bankrupted. Most medieval people were quite well aware of this, and did not consider crusading a way to improve their financial situations.13

Myth #3: Crusaders were a cynical lot who did not really believe their own religious propaganda; rather, they had ulterior, materialistic motives.

This has been a very popular argument, at least from Voltaire on. It seems credible and even compelling to modern people, steeped as they are in materialist worldviews. And certainly there were cynics and hypocrites in the Middle Ages—beneath the obvious differences of technology and material culture, medieval people were just as human as we are, and subject to the same failings.

However, like the first two myths, this statement is generally untrue, and demonstrably so. For one thing, the casualty rates on the crusades were usually very high, and many if not most crusaders left expecting not to return. At least one military historian has estimated the casualty rate for the First Crusade at an appalling 75 percent, for example.14 The statement of the thirteenth-century crusader Robert of Crésèques, that he had “come from across the sea in order to die for God in the Holy Land”15—which was quickly followed by his death in battle against overwhelming odds—may have been unusual in its force and swift fulfillment, but it was not an atypical attitude. It is hard to imagine a more conclusive way of proving one’s dedication to a cause than sacrificing one’s life for it, and very large numbers of crusaders did just that.

But this assertion is also revealed to be false when we consider the way in which the crusades were preached. Crusaders were not drafted. Participation was voluntary, and participants had to be persuaded to go. The primary means of persuasion was the crusade sermon, and one might expect to find these sermons representing crusading as profoundly appealing.

This is, generally speaking, not the case. In fact, the opposite is true: crusade sermons were replete with warnings that crusading brought deprivation, suffering, and often death. That this was the reality of crusading was well known anyway. As Jonathan Riley-Smith has noted, crusade preachers “had to persuade their listeners to commit themselves to enterprises that would disrupt their lives, possibly impoverish and even kill or maim them, and inconvenience their families, the support of which they would . . . need if they were to fulfill their promises.”16

So why did the preaching work? It worked because crusading was appealing precisely because it was a known and significant hardship, and because undertaking a crusade with the right motives was understood as an acceptable penance for sin. Far from being a materialistic enterprise, crusading was impractical in worldly terms, but valuable for one’s soul. There is no space here to explore the doctrine of penance as it developed in the late antique and medieval worlds, but suffice it to say that the willing acceptance of difficulty and suffering was viewed as a useful way to purify one’s soul (and still is, in Catholic doctrine today). Crusading was the near-supreme example of such difficult suffering, and so was an ideal and very thorough-going penance.

Related to the concept of penance is the concept of crusading as an act of selfless love, of “laying down one’s life for one’s friends.”17 From the very beginning, Christian charity was advanced as a reason for crusading, and this did not change throughout the period. Jonathan Riley-Smith discussed this aspect of crusading in a seminal article well-known to crusade historians but inadequately recognized in the wider scholarly world, let alone by the general public. “For Christians . . . sacred violence,” noted Riley-Smith,

cannot be proposed on any grounds save that of love, . . . [and] in an age dominated by the theology of merit this explains why participation in crusades was believed to be meritorious, why the expeditions were seen as penitential acts that could gain indulgences, and why death in battle was regarded as martyrdom. . . . As manifestations of Christian love, the crusades were as much the products of the renewed spirituality of the central Middle Ages, with its concern for living the vita apostolica and expressing Christian ideals in active works of charity, as were the new hospitals, the pastoral work of the Augustinians and Premonstratensians and the service of the friars. The charity of St. Francis may now appeal to us more than that of the crusaders, but both sprang from the same roots.18

As difficult as it may be for modern people to believe, the evidence strongly suggests that most crusaders were motivated by a desire to please God, expiate their sins, and put their lives at the service of their “neighbors,” understood in the Christian sense.

Myth #4: The crusades taught Muslims to hate and attack Christians.

Part of the answer to this myth may be found above, under Myth #1. Muslims had been attacking Christians for more than 450 years before Pope Urban declared the First Crusade. They needed no incentive to continue doing so. But there is a more complicated answer here, as well.

Up until quite recently, Muslims remembered the crusades as an instance in which they had beaten back a puny western Christian attack. An illuminating vignette is found in one of Lawrence of Arabia’s letters, describing a confrontation during post–World War I negotiations between the Frenchman Stéphen Pichon and Faisal al-Hashemi (later Faisal I of Iraq). Pichon presented a case for French interest in Syria going back to the crusades, which Faisal dismissed with a cutting remark: “But, pardon me, which of us won the crusades?”19

This was generally representative of the Muslim attitude toward the crusades before about World War I—that is, when Muslims bothered to remember them at all, which was not often. Most of the Arabic-language historical writing on the crusades before the mid-nineteenth century was produced by Arab Christians, not Muslims, and most of that was positive.20 There was no Arabic word for “crusades” until that period, either, and even then the coiners of the term were, again, Arab Christians. It had not seemed important to Muslims to distinguish the crusades from other conflicts between Christianity and Islam.21

Nor had there been an immediate reaction to the crusades among Muslims. As Carole Hillenbrand has noted, “The Muslim response to the coming of the Crusades was initially one of apathy, compromise and preoccupation with internal problems.”22 By the 1130s, a Muslim counter-crusade did begin, under the leadership of the ferocious Zengi of Mosul. But it had taken some decades for the Muslim world to become concerned about Jerusalem, which is usually held in higher esteem by Muslims when it is not held by them than when it is. Action against the crusaders was often subsequently pursued as a means of uniting the Muslim world behind various aspiring conquerors, until 1291, when the Christians were expelled from the Syrian mainland. And—surprisingly to Westerners—it was not Saladin who was revered by Muslims as the great anti-Christian leader. That place of honor usually went to the more bloodthirsty, and more successful, Zengi and Baibars, or to the more public-spirited Nur al-Din.

The first Muslim crusade history did not appear until 1899. By that time, the Muslim world was rediscovering the crusades—but it was rediscovering them with a twist learned from Westerners. In the modern period, there were two main European schools of thought about the crusades. One school, epitomized by people like Voltaire, Gibbon, and Sir Walter Scott, and in the twentieth century Sir Steven Runciman, saw the crusaders as crude, greedy, aggressive barbarians who attacked civilized, peace-loving Muslims to improve their own lot. The other school, more romantic and epitomized by lesser-known figures such as the French writer Joseph-François Michaud, saw the crusades as a glorious episode in a long-standing struggle in which Christian chivalry had driven back Muslim hordes. In addition, Western imperialists began to view the crusaders as predecessors, adapting their activities in a secularized way that the original crusaders would not have recognized or found very congenial.

At the same time, nationalism began to take root in the Muslim world. Arab nationalists borrowed the idea of a long-standing European campaign against them from the former European school of thought—missing the fact that this was a serious mischaracterization of the crusades—and using this distorted understanding as a way to generate support for their own agendas. This remained the case until the mid-twentieth century, when, in Riley-Smith’s words, “a renewed and militant Pan-Islamism” applied the more narrow goals of the Arab nationalists to a worldwide revival of what was then called Islamic fundamentalism and is now sometimes referred to, a bit clumsily, as jihadism.23 This led rather seamlessly to the rise of Osama bin Laden and al-Qaeda, offering a view of the crusades so bizarre as to allow bin Laden to consider all Jews to be crusaders and the crusades to be a permanent and continuous feature of the West’s response to Islam.

Bin Laden’s conception of history is a feverish fantasy. He is no more accurate in his view about the crusades than he is about the supposed perfect Islamic unity which he thinks Islam enjoyed before the baleful influence of Christianity intruded. But the irony is that he, and those millions of Muslims who accept his message, received that message originally from their perceived enemies: the West.

So it was not the crusades that taught Islam to attack and hate Christians. Far from it. Those activities had preceded the crusades by a very long time, and stretch back to the inception of Islam. Rather, it was the West which taught Islam to hate the crusades. The irony is rich.

Back to the Present

Let us return to President Clinton’s Georgetown speech. How much of his reference to the First Crusade was accurate?

It is true that many Muslims who had surrendered and taken refuge under the banners of several of the crusader lords—an act which should have granted them quarter—were massacred by out-of-control troops. This was apparently an act of indiscipline, and the crusader lords in question are generally reported as having been extremely angry about it, since they knew it reflected badly on them.24 To imply—or plainly state—that this was an act desired by the entire crusader force, or that it was integral to crusading, is misleading at best. In any case, John France has put it well: “This notorious event should not be exaggerated. . . . However horrible the massacre . . . it was not far beyond what common practice of the day meted out to any place which resisted.”25 And given space, one could append a long and bloody list, stretching back to the seventh century, of similar actions where Muslims were the aggressors and Christians the victims. Such a list would not, however, have served Mr. Clinton’s purposes.

Mr. Clinton was probably using Raymond of Aguilers when he referred to “blood running up to [the] knees” of crusaders.26 But the physics of such a claim are impossible, as should be apparent. Raymond was plainly both bragging and also invoking the imagery of the Old Testament and the Book of Revelation.27 He was not offering a factual account, and probably did not intend the statement to be taken as such.

As for whether or not we are “still paying for it,” see Myth #4, above. This is the most serious misstatement of the whole passage. What we are paying for is not the First Crusade, but western distortions of the crusades in the nineteenth century which were taught to, and taken up by, an insufficiently critical Muslim world.

The problems with Mr. Clinton’s remarks indicate the pitfalls that await those who would attempt to explicate ancient or medieval texts without adequate historical awareness, and they illustrate very well what happens when one sets out to pick through the historical record for bits—distorted or merely selectively presented—which support one’s current political agenda. This sort of abuse of history has been distressingly familiar where the crusades are concerned.

But nothing is served by distorting the past for our own purposes. Or rather: a great many things may be served . . . but not the truth. Distortions and misrepresentations of the crusades will not help us understand the challenge posed to the West by a militant and resurgent Islam, and failure to understand that challenge could prove deadly. Indeed, it already has. It may take a very long time to set the record straight about the crusades. It is long past time to begin the task.

Notes

  1. Warren Hollister, J. Sears McGee, and Gale Stokes, The West Transformed: A History of Western Civilization, vol. 1 (New York: Cengage/Wadsworth, 2000), 311.
  2. R. Scott Peoples, Crusade of Kings (Rockville, MD: Wildside, 2009), 7.
  3. Ibid.
  4. The Crusades: Campaign Sourcebook, ed. Allen Varney (Lake Geneva, WI: TSR, 1994), 2.
  5. Sir Steven Runciman, A History of the Crusades: Vol. III, The Kingdom of Acre and the Later Crusades (Cambridge: Cambridge University Press, 1954), 480.
  6. Francesco Gabrieli, The Arabs: A Compact History, trans. Salvator Attanasio (New York: Hawthorn Books, 1963), 47.
  7. Reynald of Châtillon’s abortive expedition into the Red Sea, in 1182–83, cannot be counted, as it was plainly a geopolitical move designed to threaten Saladin’s claim to be the protector of all Islam, and just as plainly had no hope of reaching either city.
  8. “The Version of Baldric of Dol,” in The First Crusade: The Chronicle of Fulcher of Chartres and other source materials, 2nd ed., ed. Edward Peters (Philadelphia: University of Pennsylvania Press, 1998), 32.
  9. Ibid., 220–21.
  10. Fred Cazel, “Financing the Crusades,” in A History of the Crusades, ed. Kenneth Setton, vol. 6 (Madison, WI: University of Wisconsin Press, 1989), 117.
  11. John Porteous, “Crusade Coinage with Greek or Latin Inscriptions,” in A History of the Crusades, 354.
  12. “A memorandum by Fulk of Villaret, master of the Hospitallers, on the crusade to regain the Holy Land, c. 1305,” in Documents on the Later Crusades, 1274–1580, ed. and trans. Norman Housley (New York: St. Martin’s Press, 1996), 42.
  13. Norman Housley, “Costing the Crusade: Budgeting for Crusading Activity in the Fourteenth Century,” in The Experience of Crusading, ed. Marcus Bull and Norman Housley, vol. 1 (Cambridge: Cambridge University Press, 2003), 59.
  14. John France, Victory in the East: A Military History of the First Crusade (Cambridge: Cambridge University Press, 1994), 142. Not all historians agree; Jonathan Riley-Smith thinks it was probably lower, though he does not indicate just how much lower. See Riley-Smith, “Casualties and Knights on the First Crusade,” Crusades 1 (2002), 17–19, suggesting casualties of perhaps 34 percent, higher than those of the Wehrmacht in World War II, which were themselves very high at about 30 percent. By comparison, American losses in World War II in the three major service branches ranged between about 1.5 percent and 3.66 percent.
  15. The ‘Templar of Tyre’: Part III of the ‘Deeds of the Cypriots,’ trans. Paul F. Crawford (Burlington, VT: Ashgate, 2003), §351, 54.
  16. Jonathan Riley-Smith, The Crusades, Christianity, and Islam (New York: Columbia University Press, 2008), 36.
  17. John 15:13.
  18. Jonathan Riley-Smith, “Crusading as an Act of Love,” History 65 (1980), 191–92.
  19. Letter from T. E. Lawrence to Robert Graves, 28 June 1927, in Robert Graves and B. H. Liddell-Hart, T. E. Lawrence to His Biographers (Garden City, NY: Doubleday, 1938), 52, note.
  20. Riley-Smith, The Crusades, Christianity, and Islam, 71.
  21. Jonathan Riley-Smith, “Islam and the Crusades in History,” Crusades 2 (2003), 161.
  22. Carole Hillenbrand, The Crusades: Islamic Perspectives, (New York: Routledge, 2000), 20.
  23. Riley-Smith, Crusading, Christianity, and Islam, 73.
  24. There is some disagreement in the primary sources on the question of who was responsible for the deaths of these refugees; the crusaders knew that a large Egyptian army was on its way to attack them, and there does seem to have been a military decision a day or two later that they simply could not risk leaving potential enemies alive. On the question of the massacre, see Benjamin Kedar, “The Jerusalem Massacre of July 1099 in the Western Historiography of the Crusades,” Crusades 3 (2004), 15–75.
  25. France, Victory in the East, 355–56.
  26. Raymond of Aguilers, in August C. Krey, The First Crusade: The Accounts of Eye-witnesses and Participants (Princeton: Princeton University Press, 1921), 262.
  27. Revelation 14:20.

Le pape François et la Chanson de Roland

Le Pape François compare la Chanson de Roland au djihadisme et la juge « inacceptable » en raison de sa célébration de la Reconquista

BREIZATAO – ETREBROADEL (19/11/2019) Lors d’une audience accordée à l’Institut pour le Dialogue Interreligieux d’Argentine, l’actuel Pape Jorge Bergoglio s’en est violemment pris aux chevaliers de Charlemagne qui ont prêté main forte aux Espagnols pour stopper l’assaut islamique contre l’Europe chrétienne.

Presse du Vatican (source) :

Dans le monde précaire d’aujourd’hui, le dialogue entre les religions n’est pas un signe de faiblesse. Elle trouve sa propre raison d’être dans le dialogue de Dieu avec l’humanité. Il s’agit de changer les attitudes historiques. Une scène de la Chanson de Roland me vient à l’esprit comme un symbole, quand les chrétiens battent les musulmans et les mettent tous en ligne devant les fonts baptismaux, et un avec une épée. Et les musulmans devaient choisir entre le baptême ou l’épée. C’est ce que les chrétiens ont fait. C’était une mentalité que nous ne pouvons plus accepter, ni comprendre, ni faire fonctionner. Prenons soin des groupes fondamentalistes, chacun a le sien. En Argentine, il y a un petit coin fondamentaliste. Et essayons avec la fraternité d’aller de l’avant. Le fondamentalisme est un fléau et toutes les religions ont une sorte de cousin germain fondamentaliste, qui est regroupé.

La Chanson de Roland n’est pas le reportage détaillé d’un journaliste mais un poème épique rédigé au 11ème siècle et qui traite, 3 siècles après les faits, de l’histoire de Roland de Ronceveaux, un guerrier franc parti combattre l’envahisseur musulman en Espagne aux côtés de Charlemagne.

Il s’agissait alors de ralentir l’invasion islamique qui menaçait la Chrétienté d’Occident et la France.

Dans ce contexte, on ne peut qu’être stupéfait par la dénonciation bergoglienne des « conversions forcées » de mahométans par les Francs partis porter secours aux Espagnols, les seuls véritablement obligés de se convertir à l’époque.

L’intention de l’occupant du Vatican est particulièrement perverse et vise à établir un parallèle surréel entre la campagne de Charlemagne et les massacres de masse perpétrés par les musulmans contre les Chrétiens au 21ème siècle.

Les victimes chrétiennes, selon Bergoglio, deviennent les coupables, dans l’Espagne du 8ème siècle tout comme dans l’Europe et l’Orient du 21ème siècle.

Cette nouvelle provocation du chef de l’Eglise Catholique s’ajoute à une longue série de propos incendiaires en faveur l’immigration de masse et de l’islam en Europe. Déclarations qui l’ont très largement marginalisé, y compris au sein des derniers pans de la population qui se dit catholique et pratiquante.

Caricature du curé gauchiste octogénaire, Bergoglio ne choque plus tant qu’il ne lasse une Europe déjà saturée de sermons iréniques sur l’islam alors que le terrorisme musulman prend toujours plus d’ampleur.

Pour rester sur une note positive, on écoutera ou réécoutera la Chanson de Roland qui, n’en déplaise au Pape de l’islam, exalte l’esprit de résistance face à l’invasion du fanatisme islamique.

A Kinder, Gentler Inquisition
A new revisionist study of the Spanish tribunal asserts that it wasn’t as bad as previously thought. Read the First Chapter

Richard L. Kagan

April 19, 1998

THE SPANISH INQUISITION
A Historical Revision.
By Henry Kamen.
Illustrated. 369 pp. New Haven:
Yale University Press. $35.

At the start of this century Henry Charles Lea, a Philadelphia businessman turned historian, published his monumental  »History of the Inquisition in Spain. » The Spanish Inquisition had been studied before, primarily by Protestant scholars for whom it had become the archsymbol of religious intolerance and ecclesiastical power. William H. Prescott, the great Boston historian, likened it to an  »eye that never slumbered, » a malevolent Argus assisted by legions of spies on the lookout for deviance. His disciple, J. L. Motley, thought similarly, and so did Lea, although the Philadelphian was determined to document the Inquisition’s methods and modes of operation. Lea described it as  »an engine of immense power, constantly applied for the furtherance of obscurantism, the repression of thought, the exclusion of foreign ideas and the obstruction of progress. » For him the Inquisition also exemplified  »theocratic absolutism » at its worst, a power that had so weakened Spain that it was helpless in the face of Yankee might to defend what little remained of its vast overseas empire during the Spanish-American War of 1898.

Starting in the 1920’s, Jewish scholars took up where Lea left off. Although the Inquisition was created exclusively for the purpose of dealing with the problem of Judaizing among Spain’s large population of conversos (Jews converted to Christianity), for centuries it had been associated primarily with the persecution of Protestants. Nineteenth-century historians, including the Spanish scholar Amador de los Rios, helped changed this perception. So too did Yitzhak Baer’s  »History of the Jews in Christian Spain, » Cecil Roth’s  »History of the Marranos » and, after World War II, the work of Haim Beinart, an Israeli scholar, who for the first time published trial transcripts of cases involving conversos.

Throughout it all, the Inquisition remained the Spanish antecedent of the K.G.B. Among the first books to challenge this view was  »The Spanish Inquisition » (1965), a pioneering study in which Henry Kamen, a young British graduate student, argued that the Inquisition was not nearly as cruel or as powerful as commonly believed, let alone an institution capable of precipitating Spain’s decline. That book, though controversial, was partly responsible for a surge of quantitative studies, starting in the 70’s, that attempted to classify and measure the extent of the Inquisition’s activities from 1480, the year its first tribunal began work in Seville, until 1834, when it was abolished. These studies indicated that following an initial burst of activity against conversos suspected of relapsing into Judaism and a mid-16th-century pursuit of Protestants, the Inquisition served principally as a forum Spaniards occasionally used to humiliate and punish people they did not like: blasphemers, bigamists, foreigners and, in Aragon, homosexuals and horse smugglers.

This new scholarship also confirmed Kamen’s contention that the Inquisition had relatively little impact on Spanish intellectual life. In fact, during its last two centuries, other than persecuting hundreds of Portuguese conversos who emigrated to Spain in the 17th century, the Inquisition busied itself mainly with cases designed to protect its authority and to exempt its notorious henchmen, the familiares — laymen who served as the institution’s supporters and occasional spies — from the jurisdiction of civil courts. Kamen incorporated these findings in a revised version of his original study published as  »Inquisition and Society in Spain in the 16th and 17th Centuries » (1985).

In  »The Spanish Inquistion: A Historical Revision, » to my mind the best general book on the Spanish Inquisition both for its range and its depth of information, Kamen restates his original argument, supporting it with additional evidence derived from many new monographic studies by other scholars. He reaffirms his contention that an all-powerful, torture-mad Inquisition is largely a 19th-century myth. In its place he portrays a poor, understaffed institution whose scattered tribunals had only a limited reach and whose methods were more humane than those of most secular courts. Death by fire, he asserts, was the exception, not the rule. He further argues that, beyond a few well-publicized autos de fe staged in 1559, the Inquisition was not the principal reason the Reformation did not take hold in Spain. Kamen believes the failure of Lutheran ideas in Spain had less to do with the Inquisition than with the populace’s indifference to Protestantism. As for the Inquisition’s much-vaunted role as Big Brother and its responsibility for intellectual decline, Kamen rejects this hypothesis out of hand, arguing that it was ineffective as a censor and that it failed even to prevent the importation of items listed on its own Index of Prohibited Books. The Inquisition, more interested in religion than science, did little to prevent the circulation of works by Copernicus, Galileo and Kepler.

Kamen also dismisses the notion that the Inquisition enjoyed widespread popular support. People grudgingly accepted it, he avers, as an institution they employed to torment their enemies. Similarly, the monarchy, despite complaints that the Inquisitors regularly interfered with the administration of royal justice, supported it as a useful means of getting political opponents out of the way, as it did in 1590 when Philip II turned to this tribunal and its tradition of secret proceedings to silence Lucrecia de Leon, a prophetess in Madrid who had criticized the King and his policies.

More controversial is Kamen’s interpretation of its handling of converted Jews, especially during the 1480’s, when, as a  »crisis instrument » created especially to deal with apostasy among conversos, the Inquisition was, by Kamen’s own admission, out of control.  »There is, » he writes,  »no systematic evidence that conversos as a group were secret Jews, » although the evidence for that assertion is ambiguous. Nor does he believe these conversos were persecuted solely out of racial enmity. He admits conversos suffered from a rising tide of anti-Semitism during the 1480’s that eventually led to the expulsion of Spain’s much diminished Jewish community in 1492. The conversos’ troubles, he asserts, were partly self-inflicted: the result of claims to be a  »nation » apart, neither Christian nor Jewish, a reluctance to assimilate (a similar attitude, he claims, contributed to the expulsion of the remnants of Spain’s Muslims in 1609), and also from personal enmities among the converso community, a situation that led to thousands of unwarranted denunciations and trials. Despite this fury, Kamen believes that most conversos escaped unharmed and led a  »relatively undisturbed » life by the close of the 16th century.

One weakness of this argument, and indeed of the whole book, is that Kamen, anxious to counter the 19th-century conception of the Inquisition as a monster that ultimately consumed Spain, fails to get inside the belly of the beast and to assess what it actually meant to individuals living with it. Little is said, for example, about the Inquisitors themselves, and what they sought to achieve beyond a confession of a guilt. Recent studies suggest that they were not faceless bureaucrats but law graduates with varying interests and career aims. Some were even capable of fraternizing with the people they investigated. Nor does Kamen lead the reader through an actual trial. Had he done so, a reader might conclude that the institution he portrays as relatively benign in hindsight was also capable of inspiring fear and desperate attempts at escape, and thus more deserving of its earlier reputation. More too might have been said about the lawyers who intervened in the trials and manipulated its procedures, along with the ploys, like bribes and pleas of insanity, that defendants used to bring the inquisitorial machinery to a halt.

In the end, Kamen’s Inquisition is the Inquisition seen from afar, and, despite his attempted revision, his survey is essentially one whose agenda was set long ago by Prescott, Lea and the others that he set out to refute. To make sense of it, a new, more nuanced evaluation is necessary, one that not only gives the Inquisition more of a human face but also examines it from the perspective of its times. Also necessary are studies that actually use its archives — for all its infamy, it kept excellent records — to reconstruct the world of the individuals, converso or otherwise, who became entangled in its net. Otherwise, it is likely that the Spanish Inquisition will forever remain, as Lea conceived it,  »an engine of immense power. »

Richard L. Kagan is a professor of history and the director of the Program in Iberian and Latin American Studies at Johns Hopkins University. His  »Urban Images of the Hispanic World » will be published later this year.

Historiquement correct
Pour en finir avec le passé unique
André Larané
Hérodote

2014-06-16

Nous avons lu : Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique (Perrin, mars 2003, 452 pages, 21,50 euros), par Jean Sévillia, rédacteur en chef adjoint au Figaro Magazine.
Historiquement correct (Perrin) est un pamphlet dédié aux hommes politiques qui traitent de l’Histoire à tort et à travers.

L’auteur, Jean Sévillia, ne cache pas son aversion pour la gauche. Il a la dent dure contre les politiciens qui conjuguent leur ignorance de l’Histoire et leur parti-pris idéologique.

Faut-il des noms ? Ils sont connus de tous les lecteurs de la presse française et l’auteur de Historiquement correct ne se fait pas faute de les rappeler, citations à l’appui.

En journaliste plus qu’en historien, il montre comment on peut déformer l’Histoire pour la mettre à son service ou cacher des vérités troublantes.

Il rappelle le racisme de Voltaire, les crimes commis contre les Vendéens, l’idéologie colonialiste des dirigeants de la IIIe République, la contribution des leaders de gauche au régime de Vichy.

Historiquement correct comporte 18 chapitres qui chacun se rapporte à une phase de l’Histoire. Cela va de la féodalité à la guerre d’Algérie en passant par les Croisades, l’Inquisition espagnole, la Terreur, la Commune, la Résistance et la Collaboration… Autant de sujets polémiques sur lesquels se déchirent les néophytes et les idéologues mais sur lesquels s’accordent la plupart des historiens, attentifs aux faits et aux sources de première main.

Ainsi, à propos de la féodalité et du Moyen Âge, l’auteur a beau jeu de rappeler qu’elle ne mérite pas les clichés méprisants du XVIIIe siècle. Les médiévistes contemporains, de Régine Pernoud à Jacques Le Goff en passant par Jacques Heers, ont fait litière de ces préjugés et montré comment, sous l’égide du clergé catholique, les peuples de l’Occident ont jeté les bases de la démocratie, de la laïcité, de l’émancipation des femmes etc.

À propos des croisades, Jean Sévillia signale qu’elles furent avant tout une manifestation de foi populaire et une réaction de défense des Européens dans une époque très critique de leur Histoire. Les excès et les massacres qu’on peut leur attribuer ne sortent hélas pas de l’ordinaire de l’époque (et sont plutôt moins choquants que les horreurs du début du XXe siècle).

Pire que le Goulag ( *), l’ Inquisition ! Contre l’imagerie traditionnelle colportée par les protestants anglais et les philosophes français qui fait de l’Inquisition espagnole l’horreur absolue, on rappelle que ses victimes se comptent au nombre de quelques milliers en l’espace de trois siècles.

Venons-en au XVIIIe siècle français. «Voilà un aspect des Lumières qui est aujourd’hui soigneusement caché : le racisme», dit fort justement l’auteur de Historiquement correct. Voltaire, le grand Voltaire, écrit dans Essai sur les moeurs et l’esprit des moeurs : «Il n’est permis qu’à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les albinos, les Hottentots, les Lapons, les Chinois, les Amériques ne soient des races entièrement différents».

En écrivant cela, le pourfendeur du clergé prend le contrepied de l’enseignement religieux qui, depuis Saint Paul, n’a de cesse de souligner l’unicité de la condition humaine. Malheureusement, aux XIXe et XXe siècles, le triste enseignement de Voltaire sera mieux suivi que celui de Saint Paul. Faut-il insister ? Le Siècle des Lumières fut aussi le grand siècle de la traite atlantique et les «philosophes» ne furent pas les derniers à placer leurs économies dans le trafic d’esclaves.

Jean Sévillia a beau jeu de rappeler les crimes commis pendant la Révolution française, sous la Terreur, au nom de la Liberté, mais curieusement ne s’appesantit pas sur Napoléon Bonaparte, dont les actions ont peu de rapport avec la légende. De même, il ne manque pas de rappeler les exactions des Communards de 1871 mais néglige la responsabilité d’ Adolphe Thiers dans cette tragédie.

Plus près de nous, Historiquement correct témoigne de la grande confusion idéologique qui a conduit en France les républicains de gauche à se faire les apologues de la colonisation à la fin du XIXe siècle et à défendre la présence française en Algérie après la seconde guerre mondiale.

De la même façon, peut-on ignorer la contribution de plusieurs dirigeants socialistes ou communistes au gouvernement du maréchal Pétain (Doriot, Déat, Laval, Belin…), tandis que des officiers catholiques et parfois monarchistes s’engageaient dès les débuts de l’occupation allemande dans la Résistance ( d’Estienne d’Orves, Leclerc de Hauteclocque, de Gaulle…) ?

Et quel est l’extrémiste qui confie les lignes suivantes à son journal intime, en juillet 1940 ? «J’espère que l’Allemand vaincra ; car il ne faut pas que le général de Gaulle l’emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive, c’est-à-dire à une guerre qui aura des milliards et aussi des Judas Macchabées. » C’est le philosophe Alain, radical et pacifiste, grande conscience de la IIIe République… (pages 367-368).

Discussions en perspective
Le ton de l’essai est vif. Les thèmes abordés sont aussi passionnants les uns que les autres et bien documentés. De quoi nourrir de passionnants débats entre amis. Mais ne prenons pas au pied de la lettre toutes les analyses de Historiquement correct.

Jean Sévillia se montre trop indulgent pour certains personnages (Thiers, Bonaparte…) et lui-même ne se gêne pas pour occulter des faits qui heurtent ses convictions. L’Histoire n’est ni à droite ni à gauche. Elle est tissée de compromis imposés par les circonstances.

Contre l’historiquement correct

René Schleiter
Polemia
4 mai 2003

« Quelle époque peut mieux que la nôtre comprendre l’inquisition médiévale à condition que nous transposions le délit d’opinion du domaine religieux au domaine politique ? » (Régine Pernoud).

Pour qui aime l’histoire, ce livre remplit bien son office. L’auteur, Jean Sévillia, est journaliste et critique littéraire. Rédacteur en chef adjoint au très conformiste Figaro Magazine, il sait de quoi il parle quand il rappelle que « le débat public fait constamment référence à l’histoire » et que « les hommes de presse, les polémistes, les gardiens sévères de la bienséance intellectuelle et, en tout cas, les policiers de la pensée cadrent leurs propos par rapport à des représentations du passé qui sont fausses… ». Il fustige les manuels scolaires en réhabilitant le fait historique et en le dépouillant de toute idéologie marxisante. Ne pouvant être exhaustif il limite son étude à « dix-huit points chauds » de l’histoire française et européenne.

Il entre tout de go dans l’histoire avec la Féodalité dont il désamorce un certain nombre de légendes telles que celle du droit de cuissage et surtout rétablit des concepts fondateurs comme celui, élémentaire mais primordial, de l’instauration de la royauté et de la nation par les Capétiens. Il bat en brèche cette vieille antienne chantée encore aujourd’hui aux jeunes Français lors de la Journée d’appel à la préparation de la défense : « La France commence en 1789 ».

Les Croisades : que de choses ont été écrites à leur sujet ! Aujourd’hui, il est de bon ton chez les humanistes de les considérer comme « une agression perpétrée par les Occidentaux violents et cupides à l’encontre d’un Islam tolérant et raffiné », alors que, si l’on en croit Sévillia, les Croisades sont tout bonnement une riposte à l’expansion militaire de l’Islam et une réplique à l’implantation des Arabes et des Turcs en des régions berceaux du christianisme. Cette considération partisane, pense-t-il, ne fait qu’alimenter la culpabilisation de l’Occident vis-à-vis de l’Orient dans le contexte colonialiste.

Un long chapitre est consacré aux rois catholiques d’Espagne et à l’Inquisition. On cite souvent Torquemada comme le modèle de l’intolérance et de la cruauté ; l’auteur, quant à lui, soutient que l’Inquisition au XVe siècle évolue dans un contexte très particulier propre à l’Espagne : « Torquemada n’est pas le fruit du catholicisme mais le produit d’une histoire nationale ». Toujours selon lui, et contrairement à une croyance bien ancrée, l’antisémitisme qui règne en Espagne au temps d’Isabelle la Catholique n’est nullement du fait de la reine mais des masses populaires qui reprochent aux juifs (air connu !) d’être « puissants, arrogants et accapareurs des meilleures places ». Leur expulsion en 1492 aurait une tout autre raison que celle, simpliste, qui est généralement présentée.

Revenant en France, Sévillia prend la défense de l’Ancien Régime contre les instructions de l’Education nationale. Il trouve comme une forme de paradoxe que, durant leur scolarité, les Français ont fort peu l’occasion d’entendre parler du Grand Siècle en cours d’histoire et, quand on leur en parle, c’est toujours sous le couvert de l’absolutisme et de l’obscurantisme. Pourtant, dans l’esprit de ces mêmes Français, l’Ancien Régime est bien vivant : ils adorent aller au théâtre voir jouer Molière, ils sont fous de la musique baroque, ils envahissent les monuments lors des Journées du patrimoine, etc. Comment comprendre, se demande l’auteur, que ces chefs-d’œoeuvre sont le fruit de l’intelligence et de la sensibilité d’une société qui aurait été hébétée par la servitude résultant de l’absolutisme ? Il a toute une série de réponses, fort séduisantes et convaincantes, sur la réalité de cet absolutisme dont le terme même a été forgé par la Révolution.

Sévillia dénonce la vision angélique que nos républicains modernes ont de la Révolution et de la Terreur en considérant la décennie 1790 comme un passage de l’absolutisme à la liberté, la Terreur ne constituant qu’un accident de parcours. Lui, il voit les choses différemment : « Conduite au nom du peuple, la Révolution s’est effectuée sans le consentement du peuple et souvent même contre le peuple ».

Une révolution en chassant une autre, l’historien traverse à pas de géant le XIXe siècle, alors qu’il aurait eu beaucoup à dire sur le Ier Empire et Napoléon fort délaissés par l’Education nationale, et aboutit à la Commune de 1871 dont il place avec clarté les origines dans la nostalgie de 1792 et les souvenirs de 1830 et 1848. Sa question : « Qui est responsable de cette tache sanglante dans l’histoire de France ? Est-ce le républicain Thiers, qui laisse ses troupes mener sans discernement la répression, ou bien sont-ce les communards, dont l’utopie était porteuse d’une violence que plus personne n’ose rappeler ? ».

Tout naturellement, la Commune, phase préparatoire de la IIIe République, amène l’auteur à s’intéresser à la question ouvrière au cours de l’industrialisation du XIXe siècle. Une fois encore, il dénonce un postulat républicain largement répandu dans les manuels scolaires en démontrant par les faits l’absurdité d’une idée bien installée selon laquelle seuls les socialistes ou les révolutionnaires auraient pris en charge le monde ouvrier. Rien n’est plus faux, dit-il : il suffit de faire l’inventaire des lois et des œoeuvres sociales ou de charité pour se convaincre qu’elles furent prises ou créées le plus souvent par des politiques ou des entrepreneurs catholiques.

Pour rester dans ce siècle avant de basculer dans le deuxième millénaire, l’abolition de l’esclavage, grande victoire de la IIe République, n’échappe pas à la loupe de Sévillia. À l’issue d’un long rappel historique, il conclut sur ce sujet par cette phrase laconique : « Qu’un magazine d’histoire, dénonçant un “tabou français”, publie les vrais chiffres de la traite des Noirs, c’est une démarche très légitime. Cependant, il ne serait pas moins intéressant de connaître les vrais chiffres de la traite des Noirs par les musulmans ».

Parmi les plus « chauds » sujets choisis par l’auteur apparaît l’Affaire Dreyfus. Il nous en livre une exégèse toute personnelle et fort intéressante. Selon lui, l’antisémitisme n’explique pas seul l’Affaire Dreyfus. Il va même jusqu’à écrire que « si l’accusé de 1894 n’avait pas été juif, il y aurait quand même eu une Affaire Dreyfus ». En effet, il fait intervenir dans cette alchimie d’autres éléments, notamment le radicalisme naissant, l’antimilitarisme de gauche et l’anticléricalisme, sujets interactifs qu’il développe.

« Ce n’est pas Hitler qui a engendré le nationalisme allemand ». Au risque de passer pour un iconoclaste, Sévillia dénonce trois raisons à ce nationalisme exacerbé : les énormes pénalités du Traité de Versailles, la stratégie exclusivement défensive conçue par l’état-major français en 1929 et le pacifisme des quarante-deux cabinets ministériels (!) en vingt et un ans.

L’entre-deux-guerres aura été la période du fascisme florissant, avec l’Italie et l’Allemagne et, par voie de conséquence, de l’antifascisme. Ce dernier naît en France de toutes pièces le 6 février 1934 quand la République entre en crise et que l’imaginaire politique de la gauche craint « le danger fasciste contre lequel doivent s’allier les forces de progrès ». Sévillia insiste bien sur le fait que le fascisme français des années 1930 représenté par les ligues et quelques petits partis sans aucune envergure est un mythe que la gauche utilise pour mieux combattre ses adversaires.

L’auteur traite les années 1940-1945 d’une façon inhabituelle mais intéressante. Ne voulant pas se plier à la règle qui veut qu’ « aujourd’hui tout concourt à appréhender prioritairement l’étude de la seconde guerre mondiale par le récit des malheurs juifs », il préfère considérer que « sur le plan historique, cette tragédie est survenue à l’occasion d’un conflit mondial dont les enjeux n’engageaient pas que les juifs ». Après un rappel des événements survenus entre le 10 mai et le 10 juillet 1940, Sévillia analyse la période des quatre années suivantes selon un découpage thématique : Vichy n’est pas un bloc ; La tragédie juive : qui est responsable ? ; De Gaulle : de la révolte à la victoire ; Contre les Allemands, des hommes de tous les camps ; Vérités et légendes de la résistance ; Résistants de droite et collaborateurs de gauche.

Pour ce qui concerne la tragédie juive, l’auteur est mesuré dans ses observations : « S’il n’y a pas une faute collective de la France comme l’a affirmé Jacques Chirac le 16 juillet 1995, ses racines plongent jusqu’à la IIIe République ». « Les Français ne sont pas les antisémites que décrit une certaine légende noire », ce qui apporte un démenti à tout ce qui peut être dit sur cette tragédie dans les manuels scolaires et, plus généralement, dans les médias.

Quant à la Résistance et à la Collaboration, Sévillia réduit à néant le manichéisme habituel d’une gauche résistante et d’une droite collaborationniste en s’appuyant là encore sur des faits et en donnant des exemples de personnalités attachées à l’un ou l’autre camp.

Vers la fin de son livre, l’auteur s’intéresse, d’ailleurs avec une certaine sympathie, à la personnalité du pape Pie XII dont l’attitude pendant la guerre est très controversée. Pour les uns, il n’aurait été que le complice tacite du régime national-socialiste en restant silencieux face au martyre juif dont il aurait eu connaissance ; pour d’autres, il aurait été à la fois favorable aux Alliés et secourable aux juifs en organisant le sauvetage de certains d’entre eux. Sévillia, lui, se dit appartenir au camp de ses défenseurs et s’appuie pour cela sur les archives du Vatican que le pape Paul VI fit ouvrir en 1963 pour faire justice des accusations lancées contre Pie XII. On pourra regretter que l’auteur n’ait pas poussé plus avant sa recherche sur la véritable attitude du pape puisque, écrit-il, « Pendant la guerre, ni Roosevelt, ni Churchill ni le général de Gaulle n’ont publiquement accusé l’Allemagne nazie d’exterminer les juifs ».

Jean Sévillia a atteint son objectif. Puisse son livre être lu ! Fort d’une documentation sérieuse, il a la vivacité et la concision d’une oeœuvre journalistique, la précision et la clarté du travail de l’historien.

Cependant, on peut reprocher à Jean Sévillia, bien qu’il s’en défende, de ne pas s’être suffisamment extrait de la Pensée unique et du Politiquement Correct (environnement oblige !). Alors qu’en sa qualité de journaliste, il ne peut l’ignorer, il omet – et en cela il demeure « Historiquement Correct » – de citer tout l’arsenal répressif qui a été mis en place pour protéger une certaine histoire officielle et interdire certains écrits. Ainsi il a passé sous silence les annulations administratives de thèses et de mémoires universitaires, comme à Nantes ou à Lyon, et bien sûr la loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990, loi dite « sur la liberté de la presse » qui entrave dans les faits la liberté de recherche historique.
Jean Sévillia, « Historiquement Correct/Pour en finir avec le passé unique », Perrin, 2003, 456 pages, 21,50 euros.

Politique

L’histoire falsifiée

Fabrice Madouas

Valeurs actuelles

22 Décembre 2011

Colonisation, rapports entre l’islam et l’Occident, rôle de l’Église dans les progrès de la civilisation… L’idéologie s’est emparée de l’enseignement de l’histoire. Il est temps de rétablir quelques vérités. Entretien avec Jean Sévillia.

Assurément, les Français ont le goût de l’histoire, écrivait, en mai 2009, l’historien Jean-Pierre Rioux, dans son rapport sur les sites susceptibles d’accueillir un musée de l’Histoire de France. Pour preuve, ajoutait-il, le succès du documentaire sur la Seconde Guerre mondiale, Apocalypse, sur France 2 : 17 millions de téléspectateurs !

Oui, les Français aiment l’histoire, mais, comme ils aiment aussi se quereller, ils adorent se déchirer sur le passé. Le sachant, les plus avisés de nos monarques, républicains compris, ont toujours cherché à refermer nos querelles. « J’assume tout, de Clovis au Comité de salut public », disait Bonaparte.

Pourtant, depuis plusieurs années, la passion paraît l’emporter sur la sagesse. Des feux mal éteints se sont rallumés à l’occasion de l’adoption, sous la pression de communautés diverses, de plusieurs lois mémorielles – on pense notamment à la loi Taubira faisant de la traite négrière transatlantique un crime contre l’humanité, plus de cent cinquante ans après l’abolition de l’esclavage. En 2005, le gouvernement français se tint à l’écart des commémorations de la victoire d’Austerlitz, en raison de la campagne lancée par un écrivain guadeloupéen qualifiant l’Empereur de « despote misogyne, homophobe, antisémite, raciste, fasciste, antirépublicain »…

« Si la manipulation de l’histoire a toujours existé, le phénomène a pris un tour aigu et particulier au cours des dernières décennies, résume Jean Sévillia dans son livre, Historiquement incorrect (Fayard). Le regard contemporain se focalise sur certains épisodes au prix d’indignations sélectives qui ins truisent un procès permanent contre le passé occidental et contre celui de la France. »

Le problème est d’autant plus aigu que l’institution censée transmettre la connaissance de notre passé aux futurs citoyens français, d’où qu’ils viennent, ne le fait plus : l’École a renoncé au récit national, qui fut enseigné par des générations d’instituteurs à des générations d’élèves jusqu’à la fin des années 1950. L’historien Dimitri Casali a raison de souligner que nos “grands hommes” (Saint Louis, François Ier, Louis XIV, Napoléon…) disparaissent progressivement des manuels scolaires.

Sans doute ne peut-on plus raconter l’histoire comme le faisaient les instituteurs de la IIIe République, mais on peut retenir qu’ils surent intégrer à la nation française les hommes les plus divers. Une leçon à méditer pour rassembler et préserver l’unité du pays.

Toutes les époques sont-elles concernées par la falsification historique ? Toutes les époques sont concernées, mais les raisons de ces maquillages varient selon les dominantes idéologiques. Pour faire court, l’histoire est instrumentalisée, en Occident, depuis les Lumières : encyclopédistes et philosophes tressent une légende noire de l’Église, dont ils combattent le pouvoir. Au XIXe siècle, le roman national, tel que l’enseigne l’école jusqu’aux années 1950, s’inscrit dans une veine républicaine qui glorifie la Révolution et caricature l’“Ancien Régime”. L’après-guerre est dominée, jusqu’à la fin des années 1960, par l’histoire marxiste, ce qui s’explique par l’hégémonie culturelle du Parti communiste.

Et par l’influence de l’école des Annales ? À ceci près que Lucien Febvre et Marc Bloch, les fondateurs des Annales, étaient des hommes d’une très grande science, de grands historiens dont les travaux n’ont pas toujours été assimilés par ceux qui les diffusaient ensuite dans les établissements scolaires. Les Annales se sont démarxisées au fil du temps, et bon nombre d’historiens issus de cette école (Georges Duby, Emmanuel Le Roy Ladurie, François Furet, Jacques Le Goff…) sont revenus à une vision classique de l’histoire, parfois à la biographie, voire à l’“histoire-bataille”. Quoi qu’il en soit, le marxisme s’effondre dans les années 1980. Un autre paradigme lui est substitué – les droits de l’homme – , et c’est encore à l’aune de ce paradigme qu’on interprète le passé. C’est cela, l’“historiquement correct” : passer l’histoire au crible de l’idéologie du moment. Ce faisant, on commet un anachronisme préjudiciable à la connaissance historique.

Comment définiriez-vous l’idéologie dominante que vous évoquez ? Elle relègue la nation dans les limbes de l’histoire, condamne les frontières, rejette tout enracinement géographique et spirituel. Elle fait l’apologie du nomadisme. Elle élève l’individu au rang de valeur sacrée et proclame son libre arbitre comme ultime référence. Est considéré comme juste celui qui respecte les droits de l’homme, comme injuste – donc immédiatement condamné – celui qui les viole. Alors que l’histoire est un domaine éminemment complexe, on cède à la facilité manichéenne (les bons et les méchants) et l’on procède à des réductions abusives en braquant le projecteur sur certains événements, au risque d’en laisser d’autres dans l’obscurité. Anachronisme, manichéisme, réductionnisme : ce sont les trois procédés de la falsification historique, qui sont beaucoup plus subtils que ce qui se faisait en Union soviétique…

Un exemple ? La Première Guerre mondiale. On ne perçoit plus ce conflit qu’à travers la vie des combattants de base. Ce qu’ils ont vécu fut atroce, mais on insiste tant sur cet aspect qu’on oublie la dimension géopolitique de la guerre. Comme nous sommes attachés par-dessus tout à nos droits individuels, comme nous sommes dans un moment de concorde européenne, nous ne comprenons plus ce qui les animait, ni qu’ils aient largement consenti à ce sacrifice. Nous ne comprenons plus l’expression “faire son devoir”.

Plusieurs controverses ont éclaté sur des sujets de recherche historique, par exemple sur l’esclavage, après la parution d’un livre de l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, les Traites négrières. Essai d’histoire globale (Gallimard). Est-ce aussi l’effet de l’historiquement correct ? Absolument. En 2004, cet historien – dont l’ouvrage a reçu plusieurs prix – démontre que l’esclavage n’a pas été seulement le fait des Occidentaux. En 2005, il déclare, au détour d’un entretien à la presse, que « les traites négrières ne sont pas des génocides ». La condition des esclaves était certes atroce, mais l’intérêt des négriers n’était pas de les laisser mourir puisqu’ils tiraient profit de leur vente. Aussitôt, diverses associations lancent une procédure judiciaire et nourrissent une campagne si violente qu’elle provoque la réaction de nombreux historiens : un millier d’entre eux signeront un appel rappelant que l’histoire n’est ni une religion ni une morale, qu’elle ne doit pas s’écrire sous la dictée de la mémoire et qu’elle ne saurait être un objet juridique. C’est à cette occasion qu’est née l’association Liberté pour l’histoire, à l’époque présidée par René Rémond.

De nombreux historiens considèrent que le Parlement n’a pas à s’emparer de ces questions. Qu’en pensezvous ? Les lois mémorielles entretiennent une concurrence victimaire, indexée sur la tragédie que fut la Shoah. Elles ont aussi nourri des revendications d’ordre politique, de sorte qu’on peut craindre une instrumentalisation de l’histoire. Il est tout à fait légitime d’entretenir la mémoire des tragédies, de toutes les tragédies, mais la mémoire n’est pas toute l’histoire.

Autre polémique, celle qu’a provoquée le livre de Sylvain Gouguenheim, Aristote au mont Saint-Michel (Seuil), en 2008… Agrégé d’histoire et docteur ès lettres, Sylvain Gouguenheim enseigne l’histoire médiévale à l’École normale supérieure de Lyon. Il souligne dans son livre que l’Occident médiéval n’a jamais été coupé de ses sources helléniques pour au moins trois raisons. Tout d’abord, il a toujours subsisté des îlots de culture grecque en Europe. Ensuite, les liens n’ont jamais été rompus entre le monde latin et l’Empire romain d’Orient. Enfin, c’est le plus souvent par des Arabes chrétiens que les penseurs de l’Antiquité grecque ont été traduits dans les régions passées sous la domination de l’islam. Conclusion : si la civilisation musulmane a contribué à la transmission du savoir antique, cette contribution n’a pas été exclusive ; elle a même été moindre que celle de la filière chrétienne. Ce livre a rapidement déclenché la mise en route d’une machine à exclure visant non seu lement à discréditer son auteur comme historien, mais à l’interdire professionnellement !

Pourquoi ? Parce qu’il est couramment admis que l’Occident n’aurait eu connaissance des textes antiques que par le truchement du monde islamique. L’essor de la culture occidentale ne pourrait donc pas s’expliquer sans l’intermédiation musulmane. Quiconque n’épouse pas cette thèse – enseignée dans les collèges – est voué aux gémonies. Il était naguère impossible de critiquer le communisme, il est aujourd’hui presque interdit d’évoquer l’islam. Il est quand même symptomatique que deux journaux français seulement – Valeurs actuelles et le Figaro Magazine – , aient parlé du livre de Christopher Caldwell, Une révolution sous nos yeux, qui explique que les populations musulmanes sont en train de redessiner l’avenir de l’Europe… Le système médiatique français reste politiquement très homogène.

Les programmes d’histoire n’échappent pas à la polémique. L’Éducation nationale est-elle à l’abri de la falsification historique ? Je suis navré de le dire, mais l’Éducation nationale est au coeur de ce système. Les commissions des programmes sont constituées d’enseignants qui, pour beaucoup, sont inspirés par le “pédagogisme” ambiant, donc en accord avec l’idéologie dominante. Le retour à la chronologie est infime, l’histoire est toujours enseignée de façon thématique aux enfants. Qu’un agrégé d’histoire fasse du comparatisme entre les sociétés ou à travers les siècles est très intéressant, mais cela n’est guère adapté à des enfants qui n’ont ni les connaissances ni les repères chronologiques nécessaires. Le problème est d’autant plus important que le système scolaire français est très concentré.

Mais l’école de la République, celle d’Ernest Lavisse, diffusait elle aussi un message idéologique… L’histoire républicaine était nationale. Parfois caricaturalement, mais cette approche avait au moins la vertu de donner aux enfants, qu’ils soient bretons ou provençaux, un patrimoine commun, presque un héritage spirituel. “Nos ancêtres les Gaulois”… Les choses étaient scientifiquement contestables, mais elles avaient un sens. L’histoire, telle qu’on l’enseigne aujourd’hui, sort de ce cadre national, car le credo politique actuel est de mettre à bas les nations. D’où le bannissement des grands hommes de notre histoire.

Comment expliquez-vous que la France doute à ce point d’elle-même ? La nation française est une construction de l’État. Or, l’État a été dépossédé – démocratiquement, c’est vrai – des attributs de sa puissance. Au profit de quoi, de qui ? On ne sait pas très bien : de Bruxelles ? De Francfort ? La crise de la nation est évidemment liée à celle de l’État.,

Les choses peuvent-elles évoluer ? Bien sûr. Les générations passent, les idéologies aussi. Mais ne me demandez pas de prédire l’avenir : nous avons assez à faire avec le passé !  Propos recueillis par Fabrice Madouas

Historiquement incorrect, de Jean Sévillia, Fayard, 372 pages, 20 €Voir égalment:

Voir également:

Rencontres

Entretien avec René Girard

L’entretien avec René Girard réalisé à Paris le mardi 30 octobre 2001, fait ici l’objet d’un compte-rendu qui se borne volontairement à quelques points. Si bref soit-il, puisse-t-il diriger l’attention vers le livre à l’occasion duquel il a été réalisé, Celui par qui le scandale arrive, édité cet automne chez Desclée de Brouwer. Kephas se propose de poursuivre régulièrement la réflexion sur une pensée qui a vigoureusement replacé le christianisme au centre de la compréhension de l’homme, à l’heure où philosophie installée et sciences anthropologiques feignaient de n’avoir plus l’usage de cette vieillerie…

Pierre Gardeil *

Janvier–Mars 2002

Pierre Gardeil

René Girard, votre dernier livre se dévore avec un tel bonheur que je viens, en trois jours, de le lire deux fois ! Et j’ai beaucoup de plaisir à y revenir ici avec vous.

Permettez-moi, pour commencer, d’applaudir à votre éloge du cardinal Ratzinger, qui est, dites-vous, pour certains Américains, un personnage épouvantable ! Et vous poursuivez : « Vous rendez-vous compte, le courage qu’il faut à des hommes comme lui pour s’opposer à tout le monde, pour se rendre impopulaire en rappelant aux théologiens catholiques qu’il y a certaines limites qu’il ne faut pas dépasser sans cesser de se dire légitimement catholique ? Il ne peut rien imposer à personne puisque personne ne peut être contraint de rester dans l’Église contre son gré. Il ne fait que répéter ce que l’Église a toujours dit. Il dit aussi son inquiétude relative à ce qui se voit partout. »

On est surpris que cette conduite responsable suscite aux USA tant de haine !

René Girard

Ce n’est pas réservé aux USA, vous le savez. J’ai été frappé par un petit événement ayant suivi la publication de Dominus Jésus. M’appelait de Paris une dame fort résolue, représentant je ne sais quel magazine français, dont je n’ai pas clairement compris s’il était ou non catholique… Elle me demandait « ma réaction » à ce texte, ajoutant (par avance) que la réaction de tous ceux qu’elle avait consultés avant moi était très négative. Je lui dis alors : « S’ils sont tous contre lui, c’est qu’il doit avoir raison ! » J’ai naturellement fait l’éloge du cardinal Ratzinger. Il a dû paraître dans ce magazine, du moins je l’espère.

P.G.

Il a paru, et il faisait tache ! Au milieu des rabbins, des pasteurs, des prêtres (il y avait même un vice-recteur d’Université Catholique), et à côté d’une autorité musulmane appelant le cardinal à la « tolérance », votre approbation tranquille et ferme ouvrait un paragraphe de respiration !

Allons maintenant au centre de votre livre. Quand vous évoquez le processus d’escalade de la violence parmi nous, vous parlez des violences familiales et scolaires, et du terrorisme sans limites ni frontières. Vous concluez : « Il semble qu’on se dirige vers un rendez-vous planétaire de toute l’humanité avec sa propre violence. » Cela était-il écrit avant le 11 septembre ?

R.G.

Oui, et j’aurais dû en dire les circonstances. Dumouchel m’avait demandé ce texte à propos de la commémoration d’un meurtre à l’Université de Montréal, où un type avait tiré sur les étudiants, à peu près comme un autre vient de le faire ces jours-ci à Tours… Le rendez-vous est bien planétaire, en effet. Rien ne fut plus attendu que la globalisation, l’unité de la planète : que de célébrations, que d’expositions internationales ! Eh bien ! cette unité réalisée suscite plus d’angoisse que d’orgueil. L’effacement des différences n’est pas la réconciliation universelle espérée… Naïveté (ou aveuglement) de l’humanisme.

P.G.

Ce constat ne fut-il pas à l’origine du succès de « l’absurde » ?

R.G.

Certes, mais c’est une vue trop courte. Méditez plutôt cette phrase prodigieuse d’Anaximandre, que je cite dans mon livre : « D’où toutes les choses ont leur naissance, vers là aussi elles doivent sombrer, selon la nécessité, car elles doivent expier et être jugées pour leur injustice, selon l’ordre du temps. » S’il y a quelque rationalité au mythe du retour éternel, la voilà.

P.G.

Crise mimétique1 de l’indifférenciation, sa résolution par la violence, installation de différences sacralisées… dès longtemps vous nous avez appris cette chair de l’histoire, au plus loin des études formelles, qui font leurs délices de l’inépuisable analyse des différences… mais qui cherchent en vain à se tenir à l’écart du « réel ».

R.G.

Ou du « référent », comme dit notre préciosité avec ses pincettes linguistiques ! Se borner aux jeux de langage est tellement exigé aujourd’hui… mais les gens sentent bien que c’est la fin. Le réel nous revient dans la figure.

L’innocence des mythes ne peut plus être supposée. On s’en rend compte, et c’est pourquoi – ultime attaque contre notre « ethnocentrisme » – on déclare qu’il faut renoncer à l’analyse quand on n’est pas partie prenante de la société analysée…

P.G.

Vous avez un fameux chapitre sur l’ethnocentrisme, « Les bons sauvages et les autres ». Personne n’a pu oublier la leçon pieusement transmise depuis qu’il y a de l’Instruction Publique en notre pays, à savoir que les peuples vivant sous les douces lois de nature sont bons, purs et heureux. Il est drôle qu’on la doive, avant Rousseau, à Montaigne, généralement plus perspicace. Mais la diffusion pédagogique de ses vues trop rapides sur les cannibales (en l’occurrence les Tupinambas), étrangement indulgenciés, est bien l’œuvre de notre « humanisme ».

R.G.

Oui, à condition, encore une fois, de ne pas en borner l’aire à notre Éducation Nationale. Aux États-Unis, certains musées d’ethnologie amérindienne minimisent, et parfois éliminent, toute violence religieuse et guerrière dans les cultures des native Americans. Pour en revenir aux Tupinambas, il se trouve qu’on est très bien renseigné sur eux. Alfred Métraux a fait le point sur la question, dès 1928, s’appuyant sur plusieurs témoignages distincts de contemporains de Montaigne : capturés par cette peuplade farouche, ils avaient pu s’en sortir, et nous décrivent par le menu les mœurs terribles de ces peuples, qui faisaient des prisonniers afin de se procurer de futures victimes sacrificielles, mises à mort et dévorées après acclimatation à la tribu des vainqueurs ! Métraux ironisait sur le fait que cette tribu fût justement à l’origine du mythe du « bon sauvage » ! Son texte, si contraire à la vague primitiviste qui allait suivre, fut repris plusieurs fois; L’anthropologie rituelle des Tupinambas se trouve aujourd’hui dans Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud (Gallimard 1967).

P.G.

Le christianisme comme révélation de la méchanceté du « religieux » : on vous doit cette magnifique clarification, et comme il est légitime d’opposer « le Bon Dieu » aux faux dieux, qui sont, équivalemment, des « mauvais » dieux. L’opposition, toutefois, n’est pas absolument radicale…

R.G.

En effet. D’une part, on a pu trouver chez de vieux auteurs (imparfaitement christianisés !) la justification de l’offrande du Christ à la messe au titre d’une « efficacité » comparable à celle des sacrifices païens qui obtiennent quelques bons résultats, quand c’est, au cœur du salut, l’efficace de l’amour du Fils qui est à l’œuvre… et vous savez que la Rédemption elle-même a pu être interprétée dans des langages discutables.

D’autre part, on rencontre, dans certains rites païens, une espèce d’excuse présentée à la victime, comme si, sachant qu’elle n’était pas vraiment coupable, on lui reprochait seulement son imprudence…

P.G.

C’est le commencement d’un passage du mythique au tragique…

R.G.

Oui. Toute la part esthétique de la religion, cette espèce d’amoindrissement du sacrifice que constitue la cérémonie (par rapport au lynchage), nous ne devons pas la négliger. On pourrait peut-être en dessiner le parcours dans une histoire de la danse, qui montrerait qu’elle va des choses les plus sauvages aux figures les plus sereines… En tous cas, l’apaisement obtenu par un rite sacrificiel de plus en plus symbolique, on aurait tort d’en faire fi trop vite, et d’en détruire sans précaution les usages sous prétexte de « lumières », dans un monde qui cherche fiévreusement des « repères ».

P.G.

C’est, dans la fausse religion, le soupir de la vraie opprimée !

R.G.

En quelque sorte. Mais, dans un sens réciproque, et puisque vous parlez de tragique, savez-vous qu’à Byzance, on jouait Oedipe-Roi comme la Passion du Christ ? Je trouve cela bouleversant; cette lecture naïve illustre, avec une grande force, le regard que le christianisme porte légitimement sur la culture.

P.G.

Vous écrivez (p. 180) : « La vérité mimétique reste inacceptable pour la plupart des hommes, parce qu’elle implique le Christ. Le chrétien ne peut pas s’empêcher de réfléchir sur le monde tel qu’il est, et d’en voir la fragilité extrême. Je pense que la foi religieuse est la seule manière de vivre avec cette fragilité. » Et vous citez Pascal…

R.G.

Oui, je m’intéresse de plus en plus à Pascal. Cette œuvre est si puissante ! Mais, pour appliquer ce que vous dites à ce que nous vivons, n’est-il pas clair qu’on met bien à tort sur le dos de « différences » (traditionnelles, ancestrales, culturelles, religieuses…) des phénomènes enracinés au contraire dans la perte de ces traditions ? L’incapacité – par trop de retard pris – à participer à la concurrence avec l’Occident, dont on rêve, qui fait le tourment unique, et dont on a, par imitation, adopté les valeurs, devient le désir brûlant de briser ce qu’on ne peut atteindre. Peut-être Pascal n’a-t-il pas vu pleinement cet entraînement mimétique; mais comment ne pas admirer la mise en cause du désir qu’il opère à travers la notion de « divertissement » ?

P.G.

Le regard critique sur le désir blesse au cœur la modernité, qui s’est bâtie sur une fausse désacralisation, puisqu’on la faisait jouer au service de ce désir même, supposé autonome et innocent, idolâtré.

Mais rassurez-nous : ce désir, qui fait corps avec notre être, il n’est pas coupable de naissance ? Nous ne fûmes pas créés par erreur ?

R.G.

Certes pas ! J’adhère profondément à l’idée chrétienne que notre âme est une passion du divin. Simplement, quand nous le rencontrons, ce désir, il a déjà manqué son objet, il est dévoyé. Gare aux conséquences !

P.G.

Le monde est sous l’empire de Satan, lequel – on peut en apporter la précision après les lignes que vous lui consacrez ? – est métaphysiquement bon dans la conception chrétienne traditionnelle. Identifié au mécanisme mimético-sacrificiel, il serait injustifiable en tant que nécessité ontologique… ou créature mauvaise.

Si le mal est une absence d’être, moralement cette absence est le fruit d’un choix, toujours contemporain de celui qui le fait. Comme nous-mêmes, Satan est né pour l’amour… Mystère du choix de la haine (« Ils m’ont haï sans raison », dit Jésus, et encore : « Après avoir vu nos œuvres, ils nous ont haïs, le Père et moi »)… mais ce mystère fait l’objet dans la Genèse d’une description psychologique irrécusable; le premier mot du Tentateur est bien mimétique en effet : « Si vous mangez… vous serez comme ».

R.G.

Je ne prétends pas avoir vidé la question dans ce que j’ai publié à ce propos. Je voulais laisser plus explicitement le sujet ouvert; des considérations très matérielles d’édition ont fait sauter une note qui exprimaient davantage cette ouverture… Il semble en effet inconcevable qu’on puisse être jaloux du bien. Et cependant… Vous connaissez cette histoire de monarchie sacrée au Soudan : renversant les anciennes façons, le nouveau roi et son épouse avaient instauré le régime le plus raisonnable qu’il soit possible d’imaginer, et produisant le plus de bien commun. Une telle envie en était résultée que les voisins s’étaient réunis pour le détruire… Sans aucunement idéaliser notre propre histoire, c’est peut-être la fable du destin de l’Occident…

P.G.

Oui. Vous écrivez p. 120 : « Nous condamnons l’Inquisition au nom de valeurs chrétiennes. Nous ne pouvons pas la condamner au nom du Mahâbhârata, qui est constitué d’une série de meurtres alternés, à peu près dans le style de l’Iliade ! »

R.G.

C’est justement ce qui justifie « la repentance », que certains catholiques ont bien tort de reprocher au pape. Certes, les non-chrétiens, qui oublient régulièrement de se repentir, n’ont pas moins de choses à se reprocher (souvent, bien davantage : quand je pense que l’on continue à monter en épingle les abus de l’Inquisition, après ce que l’incroyance a fait au XXe siècle !) Mais grâce à la Révélation, les chrétiens auraient dû avancer, et faire avancer le monde plus vite. Nous avons « les paroles de la vie éternelle ». Or, c’est toujours le petit nombre qui a compris, et vécu de l’esprit du Christ. Seulement, aujourd’hui, je ne vois pas d’autre lieu que l’Église pour faire barrière à cette terrible désagrégation de tout, qu’on appelle parfois l’apocalypse. Est-ce pour cela que cette Église devient comme un ultime bouc émissaire, et qu’on emploie tant d’efforts pour discréditer ou empêcher sa parole, alors qu’elle n’a plus de pouvoir que spirituel ? Et parfois de son sein même… On a l’impression d’une force diabolique d’auto-destruction… Je dis le mot, on ne l’écrira pas.

P.G.

D’accord, on ne l’écrira pas… Mais pourquoi ? N’est-ce pas le mot par excellence qui cherche à se faire oublier ? C’est ça, le diabolique, que le mot n’y soit pas. Mettons-le, si vous le voulez bien.

R.G.

Vous avez raison, mettons-le.

Propos recueillis par Pierre Gardeil

* Professeur de philosophie, puis directeur du lycée Saint-Jean à Lectoure. A publié dans de nombreuses revues (Nouvelle Revue théologique, Études, Itinéraires…) et, chez Ad Solem, quatre ouvrages : Quinze regards sur le Corps livré; Alors le Bon Dieu, c’est fini ?; La Monnaie du pape, éloge des indulgences; Mon Livre de lectures.


  1. La récurrence du terme « mimétique » peut surprendre celui qui n’est pas familier de la pensée de R.G.
    Toute son œuvre en donne la clef… D’un mot, ici : Le désir est spontanément jaloux, il ne porte pas sur l’objet, mais sur l’autre (désirant lui-même ou possesseur, et par là désignant le désirable). D’où rivalité. Quand le conflit des désirs produit un orage social, le groupe refait son unité par la désignation (arbitraire) d’un coupable dont l’injuste sacrifice ramènera, pour un temps, la tranquillité, et installera dans le groupe des différences sacralisées censées émaner de la puissance surnaturelle dont l’exclusion constitue la fausse transcendance. Celle-ci nous menace de son retour violent si nous ne respectons pas les barrières et interdits qui paraissent son « ordre ». À cette fausse religion du mensonge et de la haine, le christianisme est venu opposer le Dieu de la vérité et de l’amour… Désir mauvais : « Mangez ce fruit… vous serez comme ». Désir suprêmement bon : « Mangez ce corps… vous serez un ». De l’être-comme à l’être-un, tel est le processus de la conversion chrétienne, impossible si le Christ ne la fonde.

Voir de même:

Rene Girard on Dostoevsky’s Legend of the Grand Inquisitor

When we consider the seventy years in the twentieth century his country was in the hands of its revolutionaries trying to build a Communist utopia, we cannot fail to discern in the nineteenth-century Russian novelistFeodor Dostoevsky a prophetic dimension — and one in which we may behold an image of our own culture’s controversies even after the fall of communism. The crisis he explored in nineteenth-century Russia’s belated and vexed encounter with Europe foreshadows the critical confrontations of our own time, as we face the decline of traditional religious, political, and epistemological authority while lost in a fog of competing claims about scientific determinism, groundless freedom, and the latest fashionable ideology.

If we cannot imagine Dostoevsky’s adaptation of our culture wars to the debates he stages in the living rooms, taverns, and seminaries of his novels, we haven’t grasped the implications of his work — as René Girard suggests in the concluding essay he has a’ached to Resurrection from the Underground, his twenty-year-old study of Dostoevsky’s work, now deftly translated into English.

The narrator of the Russian novelist’s Notes from the Underground neatly summarizes the far from completely secularized pandemonium in which we can recognize our own nihilistic climate: “Without books and literature, we are entangled and lost — we don’t know what to join, what to keep up with; what to love, what to hate; what to respect, what to despise.”

The famous passage in Dostoevsky’s The Brothers Karamazov — where Ivan Karamazov tells the legend of Jesus Christ returning to the world, only to encounter the Grand Inquisitor — is perhaps the best example ofthe novelist’s own relentless probing into modern culture’s muddled relation to its religious inheritance, the repudiation of which in the name of purely human dominion he views as blindly self-destructive.

But only in Girard’s retrospective comments twenty years after he wrote the book do these elements in Resurrection from the Underground come clear. Here is a reading selection from “Resurrection from the Underground” where Girard deals with the Legend of the Grand Inquisitor:

Dostoevsky begins to explain the freedom that comes from Christ in The Brothers Karamazov. He finally makes his way to this freedom with the aid of Christ and he celebrates it in the famous Legend of the Grand Inquisitor. It is put in the mouth of Ivan Karamazov as he seeks to explain to his brother Alyosha why he, Ivan, must “return his ticket” to a world which is not governed by a just and loving God — if there is a God.

The scene is in Seville in the end of the fifteenth century. Christ appears in a street and a crowd gathers about him, but the Grand Inquisitor comes along the way. He observes the mob and has Christ arrested. That night he goes to pay a visit to the prisoner in his dungeon and shows him, in a long discourse, the folly of his “idea.”

Thou wanted to found thy reign on that freedom that human beings hate and from which they always flee into some idolatry, even if they celebrate it with words. It would be be’er to make humans less free and thou hast made them more free, which only leads them to multiply their idols and conflicts between idols. Thou hast commi’ed humanity to violence, misery, and disorder.

The Inquisitor predicts that a new Tower of Babel will be raised up, more dreadful than the former one and dedicated, like it, to destruction. The grand Promethean enterprise, fruit of Christian freedom, will end in “cannibalism.”

The Grand Inquisitor is not unaware of anything that the underground, Stavrogin, and Kirillov (characters in The Possessed) have taught Dostoevsky. The vulgar rationalists find no trace of Christ, neither in the individual soul nor in history, but the Inquisitor asserts that the divine incarnation has made everything worse. The fifteen centuries gone by and the four centuries to come, whose course he prophesies, support his account.

The Inquisitor does not confuse the message of Christ with the psychological cancer to which it leads, by contrast to Nie-sche and Freud. He therefore doesn’t accuse Christ of having underestimated human nature, but of having overestimated it, of not having understood that the impossible morality of love necessarily leads to a world of masochism and humiliation.The Grand Inquisitor doesn’t seek to make an end of idolatry by an act of metaphysical force, like Kirillov; he wants rather to heal evil with evil, to tie humans to immutable idols and, in particular, to an idolatrous conception of Christ. D. H. Lawrence, in a famous article, accused Dostoevsky of “perversity” because he placed in the mouth of a wicked inquisitor what he, Lawrence, regarded as the truth concerning human beings and the world.

The error of Christ, in the eyes of the Inquisitor, is all the less excusable because “he had adequate warnings.” In the course of the temptations in the wilderness the devil, the “profound spirit of self-destruction and nothingness,” revealed to the redeemer and placed at his disposal the three means capable of insuring the stability, well-being, and happiness of humanity. Christ disdained them, but the Inquisitor and his ilk have taken them up and work — always in the name of Christ but in a spirit contrary to his — for the advent of an earthly kingdom more in keeping with the limitations of human nature.

Agreeing with Dostoevsky, Simone Weil saw in the inquisition the archetype of all totalitarian solutions. The end of the Middle Ages is an essential moment in Christian history; the heir, having reached the age of an adult, lays claim to his heritage. His guardians are not wrong to mistrust his maturity, but they are wrong to want to prolong indefinitely their tutelage. The Legend resumes the problem of evil at the precise point where Demons abandoned it. The underground appeared in this novel as the failure and reversal of Christianity. The wisdom of the redeemer, and especially his redemptive power, are notably absent. Rather than hide his own anxiety from himself, Dostoevsky expresses it and gives it an extraordinary fullness. He never combats nihilism by fleeing from it.

Christianity disappointed Dostoevsky. Christ himself has surely not responded to his expectation. There is, in the first place, the misery that he has not abolished, then the suffering, and also the daily bread that he has not given to all human beings. He has not “changed life.” That is the first reproach, and the second is yet more serious. Christianity does not bring certitude; why does God not send a proof of his existence, a sign, to those who would believe in him, but don’t a&ain this belief? And finally and above all, there is that pride which no effort, no prostration of oneself is able to reduce, that pride which goes as far, sometimes, as envying Christ himself.

When he defines his own grievances against Christianity, Dostoevsky encounters the Gospel, he encounters the three “temptations in the wilderness”:

Then Jesus was led by the Spirit out into the wilderness to be tempted by the devil. He fasted for forty days and forty nights, after which he was very hungry~ and the tempter came and said to him, “If thou art the Son of God, tell these stones to turn into loaves.” But he replied, “Scripture says:

Man does not live on bread alone but on every word that comes from the mouth of God.”

The devil then took him to the holy city and made him stand on the parapet of the Temple. “If thou art the Son of God,” he said, “throw thyself down; for Scripture says:

He will put thee in his angels’ charge, and they will support thee on their hands in case thou hurtest thy foot against a stone.”

Jesus said to him, “Scripture also says:

Thou must not put the Lord your God to the test.”

Next, taking him to a very high mountain, the devil showed him all the kingdoms of the world and their splendor. “I will give thee all these,” he said, “if thou fallest at my feet and worship me.” Then Jesus replied, “Be off, Satan! For Scripture says:

Thou shalt worship the Lord thy God, and serve him alone.”

Then the devil left him, and angels appeared and looked after him. MaÆhew 4:1-11 The translation of Gospel passages follows the Jerusalem Bible except for the use of

the archaic pronouns “thou,” “thy,” “thee.” Dostoevsky evidently made the language of the Inquisitor archaic, and this pronoun usage helps to convey that.

These are indeed the major temptations of Dostoevsky: social Messianism, doubt, and pride. The last one is especially worthy of meditation. Everything that the proud desire leads them, after all, to prostrate themselves before the Other, Satan. The only moments of his life when Feodor Mikhailovich did not succumb to one or the other of the temptations were those when he succumbed to all three at once. So it is therefore to himself in particular that this message is addressed; the Legend is the proof that he finally understands its call. The presence in the Gospel of Ma&hew of a text so adapted to his needs affords him great comfort. There it is, the sign he was seeking, as he tells us in brilliant and veiled fashion by the mouth of his Inquisitor:

And could one say anything more penetrating than what was said to thee in the three questions or, to speak in the language of the Scriptures, the “temptations” that thou rejected? If ever there had been on earth an authentic and resounding miracle, it occurred the day of the three temptations. The very formulation of these three questions constitutes a miracle. Let us suppose that they had disappeared from the Scriptures, that it had been necessary to compose them, to imagine them anew in order to replace them there, and that one had gathered for this all the sages of the earth, persons of state, prelates, scholars, philosophers, poets, saying to them: imagine and compose three questions which not only correspond to the importance of that event, but express in three sentences all the history of future humanity — dost thou believe that this summit gathering of human wisdom could imagine anything as strong and profound as the three questions put to thee by the powerful Spirit? These three questions prove, all by themselves, that one has met here the eternal and absolute Spirit and not a transitory human mind. For they summarize and predict simultaneously all the later history of humanity. These are the three forms in which all the insoluble contradictions of human nature are crystalized. One could not understand it then, for the future was veiled, but now, after fifteen centuries have elapsed, we see that everything had been foreseen in these three questions and has been realized to the point that it is impossible to add anything to them or to remove a single word from them.

The Legend is basically only the repetition and expansion of the Gospel scene evoked by the Grand Inquisitor. This is what must be understood when one wonders, a li&le naively, about the silence that Alyosha maintains in face of the arguments of this new tempter. There is no “refuting” of the Legend since, from a Christian point of view, it is the devil, it is the Grand Inquisitor, it is Ivan who is right. The world is delivered over to evil. In St. Luke the devil asserts that every earthly power has been delivered to him “and I give it to whom I will.” Christ does not “refute” this assertion. Never does he speak in his own name; he takes refuge behind the citations of Scripture. Like Alyosha, he refuses to debate.

The Grand Inquisitor believes he can praise Satan, but it is of the Gospel that he speaks, it is the Gospel that has preserved its freshness after fifteen, after nineteen centuries of Christianity. And it is not only in the instance of the temptations, but at each moment the Legend echoes the Gospel sayings:

Do not suppose that I have come to bring peace to the earth: it is not peace I have come to bring but a sword. For I have come to set a man against his father, a daughter against her mother.

Matthew 10:34-35a

The central idea of the Legend, that of the risk entailed by the increase of freedom for humans, orof the grace conferred by Christ, a risk the Grand Inquisitor refuses to run — this very idea figures in passages of the Gospel which evoke irresistibly Dostoevsky’s concept of underground metaphysics.

When an unclean spirit goes out of a man it wanders through waterless country looking for a place to rest, and cannot find one. Then it says, “I will return to the house I came from.” But on arrival, finding it unoccupied, swept, and tidied, it then goes off and collects seven other spirits more evil than itself, and they go in and set up house there, so that the man ends up by being worse than he was before. That is what will happen to this evil generation.

Matthew 12:43-45

Behind the dark pessimism of the Grand Inquisitor is the outline of an eschatological vision of history that responds to the question Demons left in suspense. Because he foresaw the rebellion of man, Christ foresaw also the sufferings and ruptures that his coming would cause. The proud assurance of the orator allows us to discern a new paradox, that of the divine Providence which effortlessly outwits the calculations of rebellion. The reappearance of Satan does not nullify his prior defeat. Everything must finally converge toward the good, even idolatry.

If the world flees Christ, he will be able to make this flight serve his redemptive plan. In division and contradiction he will accomplish what he wanted to accomplish in union and joy. In seeking to divinize itself without Christ, humankind places itself on the cross. It is the freedom of Christ, perverted but still vital, that produces the underground. There is not a fragment of human nature that is not kneaded and pressed in the conflict between the Other and the Self. Satan, divided against himself, expels Satan. The idols destroy the idols. Humankind exhausts, li&le by li&le, all illusions, including inferior notions of God swept away by atheism. It is caught in a vortex more and more rapid as its always more frantic and mendacious universe strikingly reveals the absence and need of God. The prodigious series of historical catastrophes, the improbable cascade of empires and kingdoms, of social, philosophical, and political systems that we call Western civilization, the circle always greater which covers over an abyss at whose heart history collapses ever more speedily — all this accomplishes the plan of divine redemption. It is not the plan that Christ would have chosen for human beings if he had not respected their freedom, but the one they have chosen for themselves in rejecting him.

Dostoevsky’s art is literally prophetic. He is not prophetic in the sense of predicting the future, but in a truly biblical sense, for he untiringly denounces the fall of the people of God back into idolatry. He reveals the exile, the rupture, and the suffering that results from this idolatry. In a world where the love of Christ and the love of the neighbor form one love, the true touchstone is our relation to others. It is the Other whom one must love as oneself if one does not desire to idolize and hate the Other in the depths of the underground. It is no longer the golden calf, it is this Other who poses the risk of seducing humans in a world commiÆed to the Spirit, for beÆer or for worse.

Between the two forms of idolatry. the one aÆacked in the Old Testament and the other unmasked in the New, there are the same differences and the same analogical relation as between the rigidity of the law and universal Christian freedom. All the biblical words that describe the first idolatry describe analogously the second. This is certainly why the prophetic literature of the Old Testament has remained fresh and alive.

The Christianity that the Inquisitor describes is like the negative of a photograph — it shows everything in a reversed manner, just like the words of Satan in the account of the temptations. It has nothing to do with the metaphysical milk toast that a certain bourgeois piety holds up as a mirror to itself. Christ wanted to make humans into super-humans, but by means opposed to those of Promethean thought. So the arguments of the Grand Inquisitor are turned against him when one understands them as they are intended. It is just this that the pure Alyosha observes to his brother Ivan, the author and narrator of the Legend. “Everything that you say serves not to blame, but to praise Christ.”

Christ has been voluntarily deprived of all prestige and all power. He refuses to exercise the least pressure; he desires to be loved for himself. To reiterate, it is here the Inquisitor who speaks. What Christian would want to “refute” such statements? The Inquisitor sees all, knows all, understands all. He understands even the mute appeal of love but is incapable of responding to it. What to do in this case but to reaffirm the presence of this love? Such is the sense of the kiss that Christ gives, wordlessly, to the wretched old man. Alyosha, too, kisses his brother at the conclusion of his story and Ivan accuses him, laughingly, of plagiary.

The diabolical choice of the Inquisitor is nothing else than a reflection of the diabolical choice made by Ivan Karamazov. The four brothers are accomplices in the murder of their father, but the guiltiest of all is Ivan, for he is the one who inspires the act of murder. The bastard Smerdyakov is the double of Ivan, whom he admires and hates passionately. To kill the father in place of Ivan is to put into practice the audacious statements of this master of rebellion; it is to anticipate his most secret desires; it is to go even further on the road he himself designated. But a diabolical double is soon substituted beside Ivan for this double who is still human.

The hallucination of the double synthesizes, as we have seen, quite a series of subjective and objective phenomena belonging to underground existence. This hallucination, at once true and false, is notperceived until the phenomenon of doubling reaches a certain degree of intensity and gravity.

The hallucination of the devil that Ivan experiences may be explicated, at the phenomenal level, by a new aggravation of psychopathological troubles produced by pride; it embodies, on the religious level, the metaphysical overcoming of underground psychology. The more one approaches madness, the more one equally approaches the truth, and if one does not fall into the former, one must end up necessarily in the laÆer.

What is the traditional conception of the devil? This character is the father of lies; he is thus simultaneously true and false, illusory and real, fantastic and everyday. Outside of us when we believe him to be in us, he is in us when we believe him outside of us. Although he leads an existence useless and parasitic, he is morally and resolutely “Manichean.” He offers us a grimacing caricature of what is worst in us. He is at once both seducer and adversary. He does not cease to thwart the desires that he suggests and if, by chance, he satisfies them it is in order to deceive us.

It is superfluous to emphasize the relations between this devil and the Dostoevskyan double. The individuality of the devil, like that of the double, is not a point of departure, but an outcome. Just as the double is the origin of all doublings or divisions, the devil is the locus and the origin of all possessions and other demoniacal manifestations. The objective reading of the underground leads to demonology. And there is no reason to by astonished by that, for we are really always in this “kingdom of Satan” which is not able to maintain itself, for “it is divided against itself.”

Between the double and the devil there is not a relation of identity but a relation of analogy. One moves from the first to the second in the way in which one moves from the portrait to the caricature; the caricaturist relies on characteristic features and suppresses those that are not. The devil, parodist par excellence, is himself the fruit of parody. For an artist imitates himself, he simplifies, schematizes, makes himself starker in his own essence, in order finally to render ever more striking the meanings with which his work is permeated.

There is no break in continuity, no metaphysical leap between the double and the devil. One moves imperceptibly from one to the other, just as one passed imperceptibly from romantic doublings to the personified double. The process is essentially aesthetic. For Dostoevsky there is, as for most great artists, what could be called an “operational formalism,” from which, however, a formalist theory of art should not be deduced. Perhaps the distinction between form and content, which is always dialectical, is not truly legitimate except from the standpoint of the creative process. It is proper to define the artist by his quest for form, because by form as intermediary he accomplishes the penetration of reality, the knowledge of the world and himself. The form here literally precedes the meaning, and this is why it is bestowed as “pure” form.

In Dostoevsky the devil is thus called forth by an irresistible tendency to bring forth the structure of some fundamental obsessions which constitute the primary subject-maÆer of the work. The idea of the devil does not introduce any new element, but it organizes the old ones in a more coherent and meaningful manner. In fact, this idea is revealed as the only one capable of unifying all the phenomena observed. There is not a gratuitous intervention of the supernatural in the natural world. The devil is not represented to us as the cause of the phenomena. For example, he repeats all the ideas of Ivan, who recognizes in him a “projection” of his sick brain but who ends up, like Luther, by throwing an inkwell at his head.

Ivan’s devil is even more interesting to the extent that Dostoevsky’s realism is so scrupulous. Never, before The Brothers Karamazov, had the theme of the devil contaminated that of the double. Even in the “romantic” period we do not find in Dostoevsky those purely literary and decorative comparisons and connections to which the German writers devote themselves so readily. On the other hand, he had already thought about giving a satanic double to the persona of Stavrogin, but this double is already that of Ivan. It is particularly with Demons(more familiarly known as The Possessed in its first translation), one may recall, that the entire underground psychology appears to Dostoevsky as an inverted image of the Christian structure of reality, as precisely its double. If Dostoevsky temporarily withdrew from his idea, it was not because the novelist within him still held in check a fanaticism to which he gave free rein in The Brothers Karamazov. It is rather because he feared misunderstanding from the public. The interior demand and motivation were not yet mature enough to surmount this obstacle.

With The Brothers Karamazov all things are accomplished. The devil is totally objectified, expelled, exorcised; he must therefore figure in the work as the devil as such. Pure evil is disengaged, and its nothingness is revealed. It no longer causes fear, for separated from the being that it haunts, it seems even derisory and ridiculous, nothing more than a bad nightmare.

This impotence of the devil is not a gratuitous idea, but a truth inscribed on all the pages of the work. If the Inquisitor is able to express only what is good, this is because he goes further in evil than all his predecessors. There is almost no longer any difference between his reality and that of the elect. Indeed, it is with full knowledge that he chooses evil. Almost everything he says is true, but his conclusions are radically false. The last words he states are the pure and simple inversion of the words that end the New Testament in the Apocalypse: for the marana tha of the early Christians — “Come, O Lord” —he substitutes a diabolic “Don’t come back, don’t ever come back, ever!”

This evil that is at once the strongest and the feeblest is evil seized at its root, that is, evil revealedas pure choice. The pinnacle of diabolic lucidity is also extreme blindness. The Dostoevsky of The Brothers Karamazov is just as ambiguous as the romantic Dostoevsky, but the terms of ambiguity are no longer the same. In The Insulted and Injured the rhetoric of altruism, nobility, and devotion covers over pride, masochism, and hate. In The Brothers Karamazov it is pride that comes into the foreground. But the frenzied discourses of this pride allow us to catch a glimpse of a good that has nothing otherwise in common with romantic rhetoric.

Dostoevsky lets evil speak to bring it to the point where it refutes and condemns itself. The Inquisitor discloses his scorn for humanity and his appetite for domination that drives him to prostrate himself before Satan. But this self-refutation, the self-destruction of evil must not be uÆerly explicit for otherwise it would lose all its aesthetic and spiritual value. It would lose, in other words, its value as temptation. This art of which the Legend is the model could indeed be defined as the art of temptation. All the characters of the novel, or almost all, are tempters of Alyosha: his father, his brothers, and also Grushenka, the seductress, who gives money to the wicked monk Rakitin so that he will lead Alyosha to her. Father Zossima himself becomes, after his death, the object of a new temptation as the rapid decomposition of his corpse shocks the naive faith of the monastic community.

But the most terrible tempter is certainly Ivan when he presents the suffering of innocent children as a motif of metaphysical revolt. Alyosha is stunned and upset, but the tempter, once again, is powerless, for without knowing it he works even for the victory of the good, since he incites his brother to concern himself with the unfortunate liÆle Ilyusha and his friends. The same reasons that distance the rebel from Christ impel those open to love toward him. Alyosha well knows that the pain he experiences at the thought of the suffering children comes from Christ himself.

Between the temptations of Christ and the temptations of Alyosha there is an analogy that underlines the parallelism of the two kisses given to the two tempters. The Legend is presented as a series ofconcentric circles around the Gospel archetype: circle of the Legend, circle of Alyosha, and finally the circle of the readers themselves. The aft of the tempter-novelist consists in revealing, behind all human situations, the choices that they imply. The novelist is not the devil but his advocate, advocatus diaboli. He preaches the false in order to lead us to what is true. The task of the reader consists in recognizing, with Alyosha, that everything he has just read “is not for the blame but the praise of Christ.”

The Slavophil and reactionary friends of Dostoevsky did not recognize anything at all. No one, it seems, was really ready for an art so simple and so great. They expected of a Christian novelist some reassuring formulas, some simplistic distinctions between good and bad people, in a word, “religious” art in the ideological sense. The art of the later Dostoevsky is terribly ambiguous from the point of view of the sterile oppositions with which the world is filled because it is terribly clear from the spiritual point of view. Constantine Pobedonos9ev, the procurator of the Holy Synod, was the first to demand this “refutation,” whose absence continues to chagrin or elate so many contemporary critics. There is no need to be astonished if Dostoevsky himself ratifies, in a way, this superficial reading of his work by promising the demanded refutation. It is not the author but the reader who defines the objective meaning of the work. If the reader does not perceive that the strongest negation affirms, how would the writer know that this affirmation is really present in his text? If the reader does not perceive that rebellion and adoration finally converge, how would the writer know that this convergence is effectively realized? How could he analyze the art which he is in the process of living? How would he divine that it is the reader, not he, who is wrong? He knows the spirit in which he has wriÆen his work, but the results escape him, if one says to him that the effect sought is not visible, he can only bow. This is why Dostoevsky promises to refute the irrefutable without ever following through, and this for good reason.

The pages devoted to the death of Father Zossima are beautiful, but they do not have the force of genius found in the invectives of Ivan. The critics who try to bend Dostoevsky in the direction of atheism insist on the laborious character that Dostoevsky’s positive expression of the good always had. The observation is fair, but the conclusions usually drawn from it are not. Those who demand of Dostoevsky a “positive” art see in this art solely the adequate expression of Christian faith. But these are always people who conceive a lame idea either of art or of Christianity. The art of extreme negation is perhaps, to the contrary the only Christian art adapted to our time, the only art worthy of it. This art does not require listening to sermons, for our era cannot tolerate them. It lays aside traditional metaphysics, with which nobody, or almost nobody, can comply. Nor does it base itself on reassuring lies, but on consciousness of universal idolatry.

Direct assertion and affirmation is ineffective in contemporary art, for it necessarily invokes intolerable cha&er about Christian values. The Legend of the Grand Inquisitor escapes from shameful nihilism and the disgusting insipidity of values. The art that emerges in its entirety from the miserable and splendid existence of the writer seeks affirmation beyond negations. Dostoevsky does not claim to escape from the underground. To the contrary, he plunges into it so profoundly that his light comes to him from the other side. “It is not as a child that I believe in Christ and confess him. It is through the crucible of doubt that my Hosanna has passed.”

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L’auteur

Ancien élève de l’ENS (1984), docteur en philosophie (1994) habilité à diriger des recherches (2004) et docteur en science politique (2012), Christian Ferrié enseigne en classes préparatoires aux grandes écoles à Strasbourg. Il a consacré l’essentiel de son travail à la philosophie de langue allemande : deux livres sur l’herméneutique heideggerienne (1998 et 1999), des articles de philosophie politique sur Carl Schmitt et Hannah Arendt (2006-2010), deux ouvrages sur la politique kantienne à publier chez Payot (2015). Parallèlement à ces travaux, il a entrepris un travail de recherche sur l’anthropologie politique de Pierre Clastres qui l’a amené à rédiger un livre (à paraître) : Le mouvement inconscient du politique (essai d’ethno-psychanalyse à partir de Clastres). Dans ce contexte, il a déjà publié une contribution dans le Cahier Clastres (2011), lequel Cahier fait suite au colloque à l’Unesco qui avait été consacré en novembre 2009 à Pierre Clastres : « La dynamique inconsciente du mouvement politique », p.323-339 in Pierre Clastres, sous la dir. de M. Abensour et A. Kupiec, 2011, Sens&Tonka.


À Hélène Clastres

« Des Cannibales » : le titre de l’essai de Montaigne peut paraître paradoxal. L’intention est évidente : cette réflexion sur la barbarie humaine entend rejeter comme unilatérale la condamnation morale et religieuse des pratiques anthropophagiques du Nouveau Monde que les voyageurs et les chroniqueurs ont révélées, en ce XVIe siècle finissant, à une France déchirée par les guerres de religion [1]. Le procédé est tout aussi clair : il s’agit de relativiser le cannibalisme pratiqué en Amérique en le réinsérant dans l’ensemble culturel où il prend sens, tout en éclairant les pratiques de cette nation prétendument barbare par des comparaisons valorisantes à l’Antiquité. Pourtant, le titre de l’essai a ceci d’étrange qu’il semble réduire la nation en question à sa coutume anthropophagique : « cette nation » alliée des Français qui habitait la contrée où le vice-amiral Villegagnon a fondé la France Antarctique – c’est celle dont les relations de Thevet (1557 et 1575) et de Léry (1578) nous entretiennent – n’a pas chez Montaigne de nom propre ; leur cannibalisme en ferait essentiellement des cannibales. Le paradoxe est d’autant plus grand que Montaigne refuse la démarcation sémantique entre les mauvais Cannibales et les bons Amériques, celle même mise en place par la délimitation cartographique du Pays des Cannibales entreprise par Thevet en 1557 à partir du cap de Saint-Augustin [2] : par opposition aux Sauvages des Amériques, lesquels font de manière barbare mourir leurs ennemis pris en guerre en les mangeant (il s’agit des Tamoio de la région autour de Rio de Janeiro), André Thevet dénomme et dénonce ces « Canibales » qui mangent « ordinairement chair humaine » (il s’agit cette fois des Tupi de la région située entre Bahia et le Maranhão [3]). Mais la distance prise par Montaigne avec le cosmographe du Roi suffit à lever le paradoxe apparent du titre.

S’il le fallait, la lecture ethnologique de l’essai de Montaigne à laquelle nous invite sa description, ethnographique avant la lettre, des coutumes de ces « Cannibales » avère ce point. On peut même dire que cet essai annonce la « révolution copernicienne » que Pierre Clastres célèbre dans un article, Copernic et les Sauvages (1969), qui ne porte pas par hasard une citation des Essais de Montaigne en exergue [4]. La conversion du regard qui permet de briser le cercle herméneutique de l’ethnocentrisme – suivant en cela le chemin tracé par l’œuvre de Lévi-Strauss, laquelle a su prendre au sérieux la pensée sauvage –, cette conversion donc trouverait son inspiration dans le voyage de Montaigne au pays des Cannibales : si Jean de Léry écrit bien le bréviaire de l’ethnologue [5], c’est la fraîcheur du regard de Montaigne qui en assure le succès au XVIe siècle [6] et depuis lors. Il s’agirait de proposer une lecture ingénue de son essai, et ce en faisant abstraction de la mise en scène subtile et raffinée des références philosophiques et poétiques qui encadre la présentation par Montaigne des mœurs de cette nation cannibale du Brésil. Cela me semble justifié d’un double point de vue. Dégager les éléments ethnographiques du témoignage de Montaigne en faveur de l’humanité de ces Cannibales du Nouveau Monde ne serait-ce pas rendre justice aux Cannibales de Montaigne tout autant qu’à Montaigne lui-même ?

Les Cannibales sans Montaigne

Les Cannibales qui circulent en France à l’époque de Montaigne et dont parlent les chroniqueurs français du XVIe siècle sont des Tupi-Guarani. Avant la Conquista, ces tribus constituent une population de plusieurs millions : ce qui est un fait tout à fait exceptionnel pour une société primitive ou sauvage [7]. Les tribus tupi-guarani qui vivaient dans la forêt amazonienne et sur le littoral ont une place tout à fait singulière aussi bien d’un point de vue ethnographique que dans une perspective historico-politique : ce sont les Tamoio ou Tupinamba qui servent de modèle à la figure du Cannibale tout autant que du Bon Sauvage ; ce sont des groupes guarani qui, d’une part, frayent aux Espagnols la voie vers l’or inca et, d’autre part, vont être rassemblés dans les missions jésuites des XVIe et XVIIe siècles. L’association entre Tupi et Guarani dans le vocable Tupi-Guarani provient d’une très grande homogénéité culturelle entre ces tribus, remarquable tant au plan de la vie socio-économique qu’au niveau des pratiques rituelles, des croyances religieuses et de la structure des mythes [8]. Les différences culturelles entre ces tribus tupi et guarani sont donc relativement négligeables, en particulier par rapport au cannibalisme, dont le rituel a été observé principalement à partir des Tupi côtiers. Il existe cependant une différence : chez les Tupi, seul le meurtrier changeait de nom alors que, chez les Guarani, tous ceux qui avaient mangé un morceau du corps ou l’avaient touché (les enfants étaient invités à broyer son crâne à la hache et à tremper leurs mains dans son sang) devaient changer de nom [9]. C’est l’occupation du territoire qui semble ainsi constituer la plus grande différence entre Tupi et Guarani : les Guarani à l’intérieur du Paraguay et les Tupi sur la côte brésilienne [10]. Avant la Conquête, les Tupi et les Guarani partagent donc culture et langue, mais ils ne forment aucunement une seule et même nation. Il n’y avait pas plus d’unité politique entre les Tupi qu’entre les Guarani : en effet, les tribus tupi ou guarani se trouvaient bien plutôt dans un état de guerre permanente entre elles comme, par ailleurs, avec les tribus dont elles essayaient de conquérir le territoire suite à leurs propres migrations. C’est en fait le contexte de leur exo-cannibalisme guerrier. Leur pratique pourtant bien particulière de cannibalisme – la capture des hommes et non des femmes est une des « curieuses inversions » notées par Hélène Clastres [11] –, cette anthropophagie rituelle pourtant atypique est paradoxalement devenue avec le temps un classique du genre [12], et ce par l’entremise décisive de Montaigne.

Il y a encore un autre paradoxe, noté par Métraux [13] : le mythe du Bon Sauvage a été forgé en Europe, au sein du milieu calviniste, à partir de la figure idéalisée du Tupinamba anthropophage [14]. C’est que le contexte européen des guerres de religion qui préside à la réception théologico-politique des Tupi-Guarani est au moins aussi important que les stratégies d’alliance des Européens avec les tribus indiennes : les Français avec les Tupinamba, les Portugais avec les Tupininquin [15] et les Espagnols avec les Guarani. En fonction même de ces alliances, les Européens ont une image positive de leurs alliés tupi-guarani avec lesquels ils entretiennent un très bon contact : dans ces conditions, ils peuvent apprécier le commerce avec ces tribus, le soutien militaire des hommes contre leurs ennemis et la beauté des femmes dont ils font des épouses ou des maîtresses (ce qui, en outre, leur assure l’alliance militaire des chefs de famille) [16]. Tout autant de raisons de relativiser leur cannibalisme.

Ces données ethnographiques nous permettent d’aborder en connaissance de cause ethnologique l’essai de Montaigne, lequel pointe tout particulièrement les pratiques guerrières des Cannibales. Mais il est un autre point d’intérêt dont il est également question dans l’essai : c’est l’existence de prophètes chez les Tupinamba. Pour achever cette présentation liminaire des sociétés tupi-guarani, il faut évoquer le phénomène tout à fait singulier des migrations prophétiques, que Nimuendaju (1914) et Métraux (1927) ont étudiées avant que Lowie (1948) et Clastres (1974) n’en fournissent une interprétation. Ce sont ces mouvements prophétiques qui intéressent en premier lieu Pierre Clastres chez les Tupi-Guarani, et non pas leur anthropophagie rituelle. Lire Montaigne à la lumière de Clastres peut, dans ces conditions, paraître aussi téméraire que paradoxal. Risquons ingénument un tel décryptage.

Une lecture ingénue : Des Cannibales de Montaigne

Il s’agit d’éclairer l’évocation ethnographique des mœurs tupi par l’essai de Montaigne en partant du principe que la fiction littéraire construite par Montaigne rencontre la réalité ethnographique. Si l’on fait abstraction des multiples références à l’Ancien monde (et tout particulièrement à la littérature de l’Antiquité) dont Montaigne agrémente la démonstration de l’essai, on peut reconnaître deux moments d’intérêt d’un point de vue ethnographique : le compte rendu par Montaigne du témoignage d’un de ses domestiques quant aux mœurs de cette nation du Nouveau Monde qui pratique notamment le cannibalisme ; le dialogue direct avec trois d’entre eux, lequel porte sur la question du pouvoir socio-politique.

Avant même d’en faire état en deux temps, Montaigne présente le « veritable tesmoignage » d’un homme « simple et grossier », lequel avait « demeuré dix ou douze ans en cet autre monde », à l’endroit même de la France Antarctique de Villegagnon, comme étant d’autant plus authentique et fidèle qu’il a été confirmé par d’autres voyageurs que cet homme simple lui a présentés [17]. Il convient de collecter les informations que ce témoignage ingénu nous apporte, et ce afin de les recouper avec les connaissances ethnographiques qui sont par ailleurs disponibles. Dans un premier temps, les mœurs de cette nation sont présentées d’une double manière. Tout d’abord, il s’agit pour Montaigne de déconstruire l’ethnocentrisme du jugement de ces nations par l’Ancien monde : contredisant leur disqualification comme « barbare et sauvage », il défend cette nation, proche de la nature, contre l’anti-modèle de notre société, artificielle. Mais surtout, il lui faut ensuite faire état de leurs mœurs, et ce afin d’en avérer la simplicité. En fait, tout n’est pas aussi simple qu’il y paraît au premier abord.

Au plan de la civilisation matérielle, leurs « bastimens » sont considérables : une « grangée » de « cent pas de longueur » peut contenir deux à trois cent âmes et constituer un village [18]. Il convient d’apporter une précision ethnographique, laquelle montre un déplacement dans la description de Montaigne. La communauté primitive constitue un groupe local qui réside souvent dans une seule maison (maloca). Mais, chez les Tupi-Guarani, le village est constitué de plusieurs maloca [19] qui abritent en moyenne quatre cents personnes [20]. Par suite, le village étant capable d’abriter mille à trois mille habitants ne ressemble plus à une communauté primitive classique. C’est donc comme si Montaigne projetait sur les villages tupinamba « le modèle primitif habituel » dont ils s’étaient pourtant écartés [21]. C’est le premier déplacement qu’on peut noter, lequel converge avec un second déplacement. Ayant avancé l’idée qu’il n’existe aucune distinction politique parmi cette nation, « nul nom de magistrat, ny de superiorité politique » [22], Montaigne attribue à « quelqu’un des vieillards » la fonction de prêcher toute la grangée le matin [23], alors que ce rôle est traditionnellement dévolu au chef de tribu [24]. Ayant précisé que les gens de cette nation « croyent les ames eternelles », Montaigne affirme que ces prêches quotidiens iraient dans le même sens que les exhortations à la vertu des « prestres et prophetes », dont la « science éthique » se limiterait à deux articles : la résolution à la guerre, où il faut montrer son courage contre les ennemis, et l’affection ou l’amitié envers les femmes [25]. Suivant Léry, Montaigne fait état des grandes fêtes et assemblées solennelles de plusieurs villages qui ont lieu les rares fois où ces Caraïbes, qui demeurent dans les montagnes, en descendent pour se présenter au peuple [26] : leur tâche est de prédire à cette occasion l’issue de la guerre et leur destin de disparaître ou d’être mis à mort s’ils s’avèrent être des « faux prophètes [27] ».

Après un intermède cultivé sur la divination chez les Scythes, la transition est faite pour passer à la question de leurs « guerres contre les nations au delà de leurs montagnes » : armés d’arcs et d’épées de bois, ils vont nus au combat, combat qu’ils mènent sans jamais s’enfuir ni se laisser effrayer ; les guerriers victorieux ramènent comme trophées la tête de l’ennemi vaincu ainsi que des prisonniers, lesquels seront mis à mort et mangés au bout d’un certain temps. Montaigne rend fidèlement compte du rituel qui préside au repas anthropophagique, et ce malgré quelques imprécisions (indiquées entre parenthèses) et quelques inexactitudes de détail [que je m’autorise à corriger] : pendant leur séjour, qui peut effectivement être assez long (jusqu’à quelques années), les prisonniers sont bien traités (même si, lors de leur arrivée dans le village ennemi, ils sont insultés par des femmes et qu’ils le seront à nouveau de temps à autre à l’occasion de fêtes) ; lors de son exécution, le prisonnier est maintenu par une corde attachée [non par les bras, mais] au torse, laquelle corde est tenue par deux autres hommes [et non par le maître et son ami] pendant que son maître [seul] l’assomme d’un coup d’épée-massue ; ensuite, son corps mort est rôti [boucané en fait], puis mangé en commun après une répartition des lots (laquelle a été décidée en amont de la cérémonie) ; tout ce rituel (d’une durée de trois à cinq jours) a pour signification non de satisfaire la faim, mais de « representer une extreme vengeance [28] ». S’il suit fidèlement les chroniqueurs qui, tel Léry, insistent tout particulièrement sur ce dernier point, Montaigne a pour insigne mérite d’avoir parfaitement mis en scène le lien qui unit guerre et cannibalisme [29]. Cette compréhension (pré)ethnologique de la signification de l’anthropophagie guerrière permet à Montaigne de récuser sa condamnation ethnocentriste et, qui plus est, de fustiger le châtiment barbare qui peut être infligé aux cannibales du Nouveau Monde : être livrés à des chiens pour être dévorés vivants [30]. Après cette relativisation de la barbarie cannibale, il est longuement question du sens de leur pratique guerrière et de la signification que revêt dans ce contexte la vengeance anthropophagique.

Montaigne démarque leur manière de faire la guerre, « toute noble et genereuse », d’une guerre de « conqueste de nouvelles terres » et de pillage des « biens des vaincus » : « l’acquest du victorieux c’est la gloire, et l’avantage d’estre demeuré maistre en valeur et en vertu ». Pour étayer cette hypothèse sur le but de la guerre, il rend compte du traitement apparemment ambivalent des prisonniers : si, d’une part, ils sont laissés en liberté et peuvent jouir de toutes les commodités (dont une épouse), c’est pour leur rendre la vie d’autant plus chère et, ainsi, les attacher à la vie qu’on va leur prendre ; d’autre part, les prisonniers sont périodiquement entretenus de leur mort future, des tourments qu’ils vont souffrir et du « festin qui se fera à leurs despens », et ce afin de leur arracher la requête de n’être pas tués et mangés. On leur rend donc la vie agréable tout en leur peignant leur propre mort dans le seul objectif d’abattre leur vaillance :

Tout cela se fait pour cette seule fin d’arracher de leur bouche quelque parole molle ou rabaissée, ou de leur donner envie de s’en fuyr, pour gaigner cet avantage de les avoir espouvantez, et d’avoir faict force à leur constance. Car aussi, à le bien prendre, c’est en ce seul point que consiste la vraye victoire [31].

La véritable victoire et, donc, la vengeance suprême contre l’ennemi, ce serait de parvenir à affaiblir la fermeté d’âme et le courage du guerrier vaincu : c’est peine perdue, car « de vray, ils ne cessent jusques au dernier souspir de les braver et deffier de parole et de contenance ». C’est le sens de cette « chanson faicte par un prisonnier » que Montaigne évoque après avoir établi, à travers une incursion savante dans le monde gréco-romain, le sens de la noble guerre : acquérir l’honneur de la vertu guerrière, laquelle consisterait moins à battre qu’à combattre [32]. Le but de cette généreuse guerre ne serait donc ni la conquête territoriale, ni le pillage des biens, ni même la victoire : ce serait uniquement le gain de gloire. C’est comme si l’analyse de Montaigne rencontrait une forme primitive de guerre que les Tupi-Guarani, en fait, ne pratiquaient plus au moment de la Conquista. Car, pendant la période pré-colombienne, les tribus tupi-guarani ont mené de véritables guerres de conquête [33] qui, par exemple, ont permis aux Tupinamba de repousser les anciens occupants de la côte brésilienne dans les forêts : ceux qu’ils appellent les Tapuya [34]. Rien ne permet d’affirmer que, si la Conquista n’avait pas eu lieu, les Tupinamba s’en seraient tenus aux frontières entre provinces que les Européens ont pu constater au moment de leur arrivée : la séparation de la côte brésilienne en provinces est, en quelque sorte, un cliché de l’état du rapport de forces entre les tribus au moment de la Conquête. C’est donc comme si Montaigne avait projeté la pratique primitive de la guerre sur les Tupi-Guarani tout autant, d’ailleurs, que sur les Grecs et les Romains. Mais ce déplacement a permis à Montaigne d’entrevoir l’idéal-type de la guerre primitive, idéal-type que Pierre Clastres a forgé en s’appuyant sur les paroles des guerriers chulupi du Chaco [35] : le moteur de la guerre en sa forme primitive, c’est la quête insatiable de gloire [36]. C’est un des passages les plus captivants de l’œuvre de Clastres : le guerrier est condamné à mort par sa propre tribu qui le pousse à rechercher la gloire [37], et ce afin d’empêcher la logique mortifère de la guerre de l’emporter sur la logique de vie de la société primitive [38]. La vérité de la guerre primitive, ce serait la mort du guerrier en quête de gloire.

Il faut « revenir à nostre histoire » pour bien comprendre que le guerrier vaincu, fait prisonnier, ne perd pas pour autant son honneur. Afin d’attester leur « contenance gaye », Montaigne fait état de la constance des prisonniers, lesquels défient leurs maîtres, accusés de lâcheté et pressés de les exécuter, et vocifèrent même tout leur mépris « jusques au dernier souspir [39] ». Il évoque les gravures qui « peignent le prisonnier crachant au visage de ceux qui le tuent » en l’assommant, et ce juste après avoir restitué la chanson faite par le prisonnier, mais sans préciser la corrélation entre les deux événements. Il y en a pourtant une : cette « chanson guerrière » (comme Montaigne la dénomme par la suite) est, en effet, le discours que le prisonnier fait pendant le rituel de son exécution, et ce juste avant de mourir [40] ; pour que le rituel soit accompli, il est même tenu de le faire de façon à simuler le combat à mort qui, en quelque sorte, autorise sa mise à mort finale et le repas anthropophagique [41]. Sans transition autre que d’en faire un « tesmoignage de la vertu du mary » et de sa « reputation de vaillance », il est ensuite question de la polygynie, laquelle n’est plus chez les Tupi-Guarani l’apanage du chef ou du chaman, mais est partagée par les guerriers valeureux. Le prestige d’avoir capturé des ennemis se double ainsi du droit prestigieux d’avoir plusieurs femmes : à l’instar de leur groupe familial, ces dernières recherchent elles-mêmes les guerriers les meilleurs et donc les plus prestigieux [42]. Montaigne noterait donc, à juste titre, l’accord des femmes avec le dispositif polygamique de la société : « soigneuse de l’honneur de leurs maris […], elles cherchent et mettent leur sollicitude à avoir le plus de compaignes qu’elles peuvent [43] ». C’est pour montrer que ces femmes ne sont pas servilement dominées et abêties par « l’impression de l’authorité de leur ancienne coutume » (polygénique) qu’est invoquée une chanson amoureuse dont Montaigne restitue le premier couplet et refrain.

Il s’agirait d’illustrer une concorde raffinée entre des femmes qui seraient reliées entre elles par une corde de coton. Je risque une hypothèse, anti-poétique au possible : ce ne serait pas un homme amoureux, mais une femme qui s’adresserait à une couleuvre pour la prier d’arrêter son mouvement, et ce afin qu’elle puisse servir de modèle au cordon filé par sa sœur ; ce qui permettrait à cette femme de l’offrir à son amie ; cette corde pourrait être celle qui est mise autour du cou du prisonnier pendant toute la durée de son séjour ou bien le cordon qui servirait à sa mise à mort. Les Tupi ne tissaient pas, mais filaient et tressaient le coton pour en faire des cordons qui servaient à fabriquer les hamacs, lieux des accouplements, tout autant que la corde maintenant le prisonnier lors de sa mise à mort, la mussurana. C’est un terme tupi qui, à l’origine, désigne un serpent cannibale : insensible au venin des serpents venimeux, ce serpent non venimeux se laisse mordre par la vipère, puis l’enlace de ses volutes avant de s’emparer tout d’abord de sa tête et ensuite de l’engloutir complètement ; de même que « le mussurana-serpent attache avec son propre corps la victime au moment de la tuer », de même la corde-mussurana attache le prisonnier à mettre à mort [44]. Il n’y aurait « rien de barbarie dans cette imagination » mienne : une femme offre à une autre un riche cordon filé par sa sœur sur le modèle d’un serpent inoffensif pour l’être humain ; on peut même s’imaginer que cette autre femme est l’épouse transitoire du prisonnier ennemi. Il faut bien, en effet, que la mussurana soit filée par des femmes avant d’être nouée par des hommes : le prisonnier est alors immobilisé comme le serpent venimeux [45] ; l’épouse du captif sacrifié versait des larmes, puis consommait son époux [46] en suivant le modèle du serpent-mussurana. C’est une hypothèse qui ne peut être vérifiée, faute de disposer de la chanson tupi à laquelle Montaigne se réfère pour en affirmer le caractère anacréontique. Mais on peut en supputer plusieurs traits qui se tresseraient ici en une sorte de cordon directeur d’une interprétation polyphonique de la chanson : la métaphore filée par Montaigne, peut-être, parviendrait à relier la symbolique de la couleuvre à l’ouvrage artisanal et à la création poétique, et ce avec une discrétion anacréontique dont André Tournon a révélé la signification raffinée au possible [47]. Comme si la mélodie tupi, « retirant aux terminaisons Grecques », parvenait de la sorte à faire entendre sa composition symboliquement raffinée en contrepoint du chant poétiquement cultivé par Anacréon.

Discrètement, Montaigne passe du témoignage indirect sur les mœurs de cette nation du Nouveau Monde au dialogue direct avec trois d’entre eux sur la question du pouvoir socio-politique : c’est la rencontre mise en scène à Rouen. Il y a deux scènes dialoguées, lesquelles voient Montaigne passer du statut de spectateur à celui d’interlocuteur. C’est bien connu. L’ensemble est placé tout entier sous le signe de La Boétie, et ce d’entrée de jeu puisque Montaigne les juge « bien miserables de s’estre laissez piper au desir de la nouvelleté [48] ». Il faut s’imaginer la première scène : le jeune roi Charles IX leur parle « long temps » ; pourtant, ce n’est pas le long dialogue royal avec eux qui retient l’attention de Montaigne, mais bien les impressions négatives qu’ils ont de la France monarchique. Faussement inattentif, Montaigne a bien noté les réponses interrogatives qu’ils ont faites aux questions posées par « quelqu’un » d’inconnu qui pourrait figurer le fantôme de La Boétie. Car ce sont manifestement les subversives questions de la servitude volontaire face à la division socio-politique qui caractérise l’Ancien monde depuis la malencontre. Ainsi, Montaigne fait apparaître La Boétie en arrière-plan de ces « gens tout neufs » qu’évoque Le Contr’Un :

… si d’avanture il naissoit aujourdhuy quelques gens tout neufs, ni accoustumés a la subjection, ni affriandés a la liberté, et qu’ils ne sceussent que c’est ni de l’un ni de l’autre ni à grand peine des noms, si on leur présentoit ou d’estre serfs, ou vivre francs selon les loix desquelles ils ne s’accorderoient : il ne faut faire doute qu’ils n’aimassent trop mieulx obéir a la raison seulement, que servir a un homme [49]

Suivant l’allusion de son ami La Boétie, Montaigne ne peut qu’écouter ce que ces gens ont à dire de notre monde de servitude comme de leur monde de liberté. Le versant critique de la rencontre, la vision que les Tupi-Guarani donnent de l’ancien monde, précède dans l’essai le versant positif, l’exposition de leur pratique du pouvoir. C’est la seconde scène du dialogue qui voit Montaigne sortir de l’ombre pour devenir l’interlocuteur principal : à son tour, il parla « à l’un d’eux fort long temps », et ce grâce à la traduction d’un « truchement » qui fut cependant d’une trop grande bêtise pour suivre Montaigne. Tout semble donc défavorable à la compréhension mutuelle entre Montaigne et ce « Capitaine » que les matelots appelaient « Roy » : le truchement normand ayant séjourné au Brésil, cela vaut, par extension, de la difficile rencontre entre l’ancien et le nouveau monde sous les conditions de la Conquête. Malgré tout, l’écoute et l’entente semblent possibles : un dialogue authentique peut avoir lieu… du moins dans l’essai de Montaigne. Toute la mise en scène du dialogue direct de Montaigne avec le Capitaine vise ainsi à nous persuader de l’authenticité d’une fiction qui, en substance, rejoint la réalité. Pour répondre aux questions de Montaigne, le Capitaine avance trois éléments : « marcher le premier à la guerre » est l’avantage que lui apporte sa « superiorité » de chef ; en tant que chef de guerre il est suivi de quatre à cinq mille hommes (selon l’estimation de Montaigne) ; « hors la guerre, toute son autorité estoit expirée » à l’exception du fait qu’on lui fraye des sentiers où il peut passer à l’aise pour accéder aux villages [50]. Cette toute dernière précision pourrait être le fait d’une confusion entre chef et chaman [51]. Mais pour le reste, Montaigne rencontre bien la réalité ethnographique de la chefferie amérindienne, et ce à la faveur de quelques déplacements qu’il nous faut prendre soin d’analyser. Pour ce faire, laissons la clarification ethnologique prendre la relève du décryptage ingénu de ce que l’essai de Montaigne révèle d’évocation ethnographique.

Un éclairage ethnologique : la chefferie tupi

L’éclairage ethnologique n’a pas pour objectif d’infliger une rectification positiviste à la description ethnographique de Montaigne, mais bien d’en attester la justesse en cernant la réalité rencontrée par son essai. Tout atteste, en premier lieu, que l’interlocuteur de Montaigne est un chef de guerre : un capitaine donc (comme Montaigne l’avait bien compris), et peut-être bien un fils de roi plutôt qu’un roi (les matelots revenus du Brésil anticiperaient peut-être son statut à venir). Marcher le premier à la guerre : ce caractère a été relevé par Claude Lévi-Strauss, qui l’évoque dans Tristes tropiques (1955), en écho à sa thèse complémentaire sur les Nambikwara (1948) : la référence explicite à Montaigne conforte le constat ethnographique que « le chef marche en avant », en général et non seulement à la guerre [52]. Il y a là, de la part de Lévi-Strauss, une étrange indistinction entre le chef et le chef de guerre. Ce qui enlève en fait tout son mordant à la réponse faite à Montaigne : pour le chef de guerre, il s’agit de risquer sa vie en s’exposant en premier et, par le courage ainsi donné en exemple, d’inciter les autres à le suivre, alors que les mauvaises décisions du chef risquent tout au plus de provoquer une scission du groupe. Lorsqu’il donne l’exemple des Nambikwara étudiés par Lévi-Strauss (1944), Lowie (1948) néglige bizarrement de remarquer cette confusion entre chef et chef de guerre, et ce alors même qu’il entend avérer l’opposition entre l’influence d’un titular chief sans pouvoir de commandement et l’autorité du war leader :

… les Nambikwara illustrent la montée en puissance d’une chefferie relativement stable, comme celle décrite de manière suggestive par Lévi-Strauss […]. Ici émerge un chef titulaire avec une véritable influence, bien qu’encore dépourvu de pouvoir (not a ruler). Par contraste, le chef de guerre a une autorité éphémère mais absolue, comme cela a déjà été remarqué pour de nombreux groupes d’Amérique du Sud [53].

En règle générale, le chef de guerre n’est pas le chef tout court : le stratège et le chef n’ont pas les mêmes attributs et attributions. Selon Lowie, le chef en titre (titular chief), qui assume la direction du groupe en temps de paix (civil leadership), peut être défini, négativement, par son absence d’autorité coercitive et de pouvoir de commander les autres : positivement, il est un pacificateur caractérisé par sa générosité (obligation de munificence) et par ses dons oratoires [54]. C’est le point de départ de Pierre Clastres dans son texte inaugural sur la philosophie de la chefferie indienne (1962), texte qui fait tout logiquement référence à Lowie et Lévi-Strauss [55]. Selon Clastres, la chefferie indienne est instituée dans l’intention sociologique de figurer « l’impuissance de l’institution » d’un chef condamné à être contrôlé et contesté, si besoin est, par la société :

…le chef ne dispose d’aucune autorité, d’aucun moyen de coercition, d’aucun moyen de donner un ordre. Le chef n’est pas un commandant, les gens de la tribu n’ont aucun devoir d’obéissance. L’espace de la chefferie n’est pas le lieu du pouvoir, et la figure (bien mal nommée) du « chef » sauvage ne préfigure en rien celle d’un futur despote [56].

Clastres note que la guerre perturbe cette situation dans la mesure où le chef de guerre doit, lors d’une expédition guerrière, « exercer un minimum d’autorité », et ce en relation avec sa « compétence technique de guerrier [57] ». Pourtant, le chef de guerre ne commande pas à proprement parler. Ce qui reste vrai pour les Tupi côtiers, et ce alors même que des milliers de combattants étaient engagés sur le champ de bataille [58] : suivant Léry, Métraux précise ainsi qu’après avoir suivi le chef qui menait toujours la colonne, les Tupinamba combattaient sans obéir à aucun commandement [59] ; les plus vaillants à la pointe, ils marchaient au combat sans tenir « ni rang ni ordre », pendant que les femmes assuraient l’approvisionnement [60]. Selon Léry, même la mobilisation initiale des troupes n’était pas le fait du chef, mais bien plutôt une œuvre collective résultant de la décision prise par le Conseil des Anciens [61] : c’est la tribu qui décide de la guerre et c’est elle qui mène le combat. En temps de guerre, le chef de guerre dispose donc d’une force de commandement tout à fait relative et, « hors la guerre », il perd tout pouvoir : en temps de paix, il ne jouit en effet que du prestige d’un guerrier ayant tué et mis à mort beaucoup d’ennemis, prestige qui se marque et se remarque par l’accumulation des tatouages et des noms. Mais prestige n’est pas pouvoir : le chef de guerre ne peut pas faire le chef au sens où nous l’entendons, sauf à renverser le rapport de forces entre la tribu et le chef : s’appuyant sur l’exemple de Geronimo, qui s’y essaie, Clastres avance l’hypothèse que « ça ne marche jamais [62] ». Jusqu’à présent, tout paraît congruent à l’essai de Montaigne.

Il y a pourtant un élément dissonant, qui renvoie à l’état bien particulier de la société tupi à l’époque de la Conquête. Parmi les sociétés primitives, les Tupi-Guarani constituent en effet un cas tout à fait exceptionnel : c’est l’exemple singulier d’une montée en puissance des chefs (de guerre) au sein de la société sauvage, dont le célèbre Quoniambec est une illustration exemplaire. Tout en récusant le déterminisme démographique, Clastres a montré l’articulation entre la croissance démographique et la lente émergence du pouvoir politique par l’intermédiaire sociologique de la concentration de la population dans des unités socio-politiques de plusieurs milliers d’habitants :

…les Tupi-Guarani paraissent, à l’époque où l’Europe les découvre, s’écarter sensiblement du modèle primitif habituel […]. Sur ce fond d’expansion démographique et de concentration de la population se détache – fait également inhabituel dans l’Amérique des Sauvages, sinon dans celle des Empires – l’évidente tendance des chefferies à acquérir un pouvoir inconnu ailleurs [63].

En corrélation avec l’expansion démographique [64], l’expansion territoriale et politique, permise par des guerres de conquête [65], assure ainsi l’autorité de certains chefs sur plusieurs villages et même sur une province entière. La tendance centripète à l’unification [66], qui s’était tout d’abord déployée au niveau d’un village rassemblant plusieurs communautés, conduisait en effet les sociétés tupi-guarani à reproduire le même schéma au plan fédéral du rassemblement de plusieurs villages sous l’autorité d’un chef de province [67]. Lorsque les Européens arrivent, le système social était bien loin d’avoir, à ce niveau provincial, trouvé un état d’équilibre. Car cette dynamique politique créatrice de sortes de « royautés » (les guillemets de Clastres indiquent que le terme révèle la perception des chroniqueurs) constituait un processus conflictuel : « à s’étendre en effet, le champ d’application d’une autorité centrale suscite des conflits aigus avec les petits pouvoirs locaux » (par exemple, entre le « Roy » Quoniambec et ses « roytelets ») ; et ce comme si les chefferies locales résistaient à un processus historique qui, à terme, aurait abouti à l’exercice d’une « hégémonie politique » sur plusieurs communautés ou tribus voisines [68]. Constatant qu’il y a « une différence radicale, une différence de nature » (et non pas simplement de degré) entre le chef d’une centaine de guerriers et les grands leaders tupi-guarani menant au combat plusieurs milliers de guerriers [69], Clastres peut en conclure que « les chefs tupi-guarani n’étaient certes pas des despotes, mais ils n’étaient plus tout à fait des chefs sans pouvoir [70] ».

Cet état socio-politique tout à fait singulier des sociétés tupi-guarani permet de mettre en perspective plusieurs faits ethnographiques évoqués par Montaigne. Tout d’abord, l’existence de villages multi-communautaires éloigne les Tupi-Guarani de l’horizon d’une communauté primitive dont le village se limiterait à la dimension d’une grange (maloca). Ensuite, la polygynie n’est plus limitée aux chefs et chamanes, comme c’est en général le cas dans les communautés primitives. Chez les Tupi, elle s’étend aux guerriers valeureux : Montaigne note ce point juste après avoir rendu compte de la bravoure des prisonniers mis à mort, et ce comme s’il entrevoyait une corrélation entre leur glorieuse capture et la polygynie. C’est devenu un fait social chez les Tupi-Guarani : la société accorde désormais le droit d’avoir plusieurs épouses au guerrier prestigieux qui acquiert ce prestige (noms et tatouages) en faisant prisonnier des ennemis et en les exécutant. La guerre à l’origine du prestige entraîne donc la polygynie, et ce avec l’accord de la société : les femmes recherchent les meilleurs guerriers et un clan familial a tout intérêt à donner ses femmes à des hommes de prestige. Le lignage des chefs de guerre tend par suite à devenir socialement plus important que les autres : le grand guerrier a beaucoup de femmes, donc plus de richesses que les autres, plus d’esclaves (plus de prisonniers de guerre), plus d’enfants, une famille plus importante et plus puissante, plus de gendres, etc. Il a donc davantage d’influence sur son groupe local et, éventuellement, sur d’autres groupes locaux. Ce système de la conjonction guerre-polygynie-pouvoir conduit à une différenciation socio-politique. Clastres signale ainsi qu’au sein d’autres sociétés amérindiennes déjà fortement engagées dans un processus de stratification sociale, la polygynie cesse d’être le privilège du chef pour devenir un attribut des guerriers, lesquels réduisent en esclavage les tribus voisines et s’approprient leurs femmes comme épouses secondaires [71].

La montée en puissance des chefferies et la constitution d’armées imposantes seraient le signe qu’à l’époque de la Conquête, les Tupi étaient confrontés à un processus de transformation profonde de leur société [72] que Clastres finit par mettre en rapport avec l’intensification de leur pratique guerrière et la mutation corollaire du sens même de la guerre : le cas des Tupi l’amène ainsi à envisager « la guerre de conquête dans les sociétés primitives comme amorce possible d’un changement de la structure politique [73] ». Ce qu’il appelle par ailleurs l’emballement de la machine guerrière transformerait la guerre primitive en une guerre de conquête : c’est ce qu’avèreraient la conquête précolombienne de la côte brésilienne par les Tupi [74] tout autant que les guerres incessantes entre tribus à l’époque coloniale. Dans La Terre sans mal (1975), Hélène Clastres rappelle, à la suite de Métraux, qu’avant l’arrivée des Blancs, les Tupi-Guarani sont devenues des « sociétés de conquérants » qui mènent des « guerres de conquête [75] », de sorte que des provinces intertribales se sont constituées sur le fondement d’une répartition politique nouvelle entre tribus amies et ennemies : chez les Tupi, le chef de province a autorité sur les chefs de villages alliés qui, assistés désormais d’un Conseil des Anciens, ont autorité sur les chefs des maisons collectives. Ce qui est donc en gestation, c’est l’« évolution politique » et sociale vers une organisation pyramidale de sociétés qui sont devenues conquérantes en corrélation avec leur explosion démographique.

C’est un phénomène décisif qui marque une sorte de perversion de la fonction politique de la guerre primitive. En effet, les guerres de conquête n’obéissent plus à la logique centrifuge de séparation entre les communautés primitives, mais à la logique inverse de l’unification centripète d’un territoire sous la domination d’une tribu et de ses chefs. Habituellement, les communautés se divisent en cas d’expansion [76], et ce grâce à la scission qui peut, au bout de quelques générations, mener à la guerre en raison d’un renversement d’alliances : les anciens beaux-frères deviennent des ennemis. Scission interne et guerre émanent donc de la même force centrifuge. Clastres reconstruit ainsi l’idéal-type de la guerre qui correspond à l’état de la communauté primitive : la guerre de scission [77], c’est la politique extérieure de la communauté primitive [78]. La fonction politique des guerres de scission, c’est d’empêcher la fusion entre les communautés primitives [79] : il s’agit de maintenir l’Autre à l’extérieur du territoire [80], et ce de manière à prévenir la concentration sociale dans des structures multi-communautaires et l’émergence corollaire de chefferies puissantes. De ce point de vue, le glissement fonctionnel d’un raid guerrier qui devient aussi une entreprise de pillage paraît constituer une perversion économique de la guerre, mais il s’agit encore et toujours pour le guerrier de montrer sa bravoure et d’acquérir de la gloire, et non pas de conquérir des territoires ou de s’approprier des biens [81]. La capture des femmes est un des buts inhérents à la guerre de ce type : « on attaque les ennemis pour s’emparer de leurs femmes », et ce de manière à éviter tout échange [82]. Mais, chez les Tupi-Guarani, il y a un phénomène tout à fait singulier : le but avancé n’est plus la prise des femmes, mais bien plutôt la capture des hommes dont on fait, pendant un temps, des beaux-frères avant de les mettre à mort et de les dévorer [83]. L’inféodation de la guerre à la logique de l’anthropophagie rituelle est un signe que quelque chose de bien particulier s’est passé, dont le prophétisme tupi-guarani pourrait bien s’avérer être le symptôme principal. J’ai déjà évoqué ce point : c’est ce phénomène des migrations prophétiques qui explique l’intérêt de Clastres pour les Tupi-Guarani, et non pas le cannibalisme. Sans dénier la dimension religieuse de ces mouvements que Métraux a mise en avant, Hélène et Pierre Clastres en proposent une lecture socio-politique [84] qui en dégage la « signification politique en son essence » :

…ce prophétisme […] traduisait, sur le plan religieux, une crise profonde de la société, et cette crise elle-même était certainement liée à la lente, mais sûre, émergence de puissantes chefferies. En d’autres termes, la société tupi-guarani en tant que société primitive, en tant que société sans État, voyait surgir de son sein cette chose absolument nouvelle : un pouvoir politique séparé qui, comme tel, menaçait de disloquer l’antique ordre social et de transformer radicalement les relations entre les hommes. On ne saurait comprendre l’apparition des karai, des prophètes, sans l’articuler à cette autre apparition, celle des grands mburuvicha, des chefs. Et la facilité, la ferveur avec laquelle les Indiens répondaient à l’appel des premiers révèlent bien la profondeur du désarroi où les plongeait l’inquiétante figure des chefs : les prophètes ne prêchaient nullement dans le désert [85].

Le prophétisme est le symptôme, de forme et d’apparence religieuse, de la maladie d’un corps social qui souffre de la lente institution d’un pouvoir politique séparé [86]. Mais, en déclarant la mort de la société, devenue mauvaise, ces karai mettent le corps social dans un état critique d’auto-destruction déclarée : le « désir de rupture avec le mal » provoque une « subversion totale de l’ordre ancien » (établi parmi les humains) qui détruit, entre autres, la loi fondamentale de la société humaine (la prohibition de l’inceste) et cette volonté de subversion « allait jusqu’au désir de mort, jusqu’au suicide collectif [87] ». Il s’agit donc de détruire la société mauvaise en mettant fin à tout ce qui caractérise la société en général (la parenté, le travail, etc.) : ainsi, la destruction des lignages devenus inégaux passe par l’abolition de la parenté, la destruction du pouvoir croissant des chefs passe par l’abandon du village comme lieu de la concentration de pouvoir et de population, la destruction de l’accumulation passe par l’abolition du travail, etc. Contrairement à ce qu’a cru Montaigne à la suite de Thevet et de Léry, les karai qui circulent impunément entre les tribus en guerre ne sont pas de même statut que les chamans (ou page), ces guérisseurs affiliés aux villages qui pouvaient prédire l’issue de la guerre [88] : car ces prophètes préconisent non la guerre et l’affection des femmes, mais l’abolition de l’interdit de l’inceste [89]. Or, la circulation des prophètes entre les tribus ennemies indique le mouvement d’abolition de la guerre qu’accomplit effectivement la migration prophétique, et ce comme si la destruction de l’inégalité naissante devait passer par l’abolition de la guerre à l’origine de l’inégalité. Par sa transversalité de nomade traversant tous les groupes, amis ou ennemis, ce transcommunautaire est un ferment d’union qui tendait à supprimer la différence entre les communautés et à abolir la guerre entre les groupes ennemis. En abolissant la guerre comme machine principale pour permettre la dispersion et pour éviter la division sociale, le prophète se révèle, paradoxalement, être un artisan de l’Un et de l’unification [90]. Ce n’est pas le seul effet collatéral de la migration prophétique : l’obéissance aux injonctions subversives des prophètes reviendrait à mettre fin à l’exo-cannibalisme guerrier, même si les karai – à ce qu’il semble – ne le disent pas plus qu’ils ne reconnaissent explicitement dans l’anthropophagie rituelle une composante de la société mauvaise qu’il s’agit de fuir.

Le coup de massue final : interprétations clastriennes du cannibalisme tupi

Il serait temps, à la lumière de ces analyses clastriennes, de risquer une interprétation de l’exo-cannibalisme guerrier des Tupi-Guarani. Comme l’a reconnu Montaigne à la suite des chroniqueurs, la vengeance est le motif manifeste et revendiqué de ce cannibalisme raffiné à l’extrême. Tout semble indiquer que les Tupinamba redoublent de cruauté pour perfectionner la vengeance. Thevet et Léry avancent qu’ils engraissaient les prisonniers à sacrifier [91]. Suivant ce même Léry, Montaigne leur rétorque qu’il s’agit bien plutôt d’affaiblir leur courage [92]. Mais n’y aurait-il pas une forme assez cruelle de perversion à intégrer tout d’abord les captifs à la communauté et à les bien traiter pour mieux leur faire ressentir leur mauvais sort ?

Avant même d’entrer dans le village des vainqueurs, le guerrier vaincu est rasé par son maître, de sorte qu’il ait, au moins extérieurement, l’air d’être un Tupinamba (sourcils rasés, front tonsuré et épilé, paré de des plus beaux ornements de plumes) [93]. L’intégration apparente du captif dans la communauté de ses ennemis semble accomplie par le fait d’un double don qui lui est fait : tous les objets ayant appartenu à un guerrier défunt, dont le prisonnier doit au préalable renouveler la tombe, lui sont donnés ainsi qu’une épouse qui va véritablement le choyer [94]. L’ennemi devient un beau-frère, et ce conformément au double sens du terme tupi tovaja dont Hélène Clastres fait état dans un article décisif sur le cannibalisme tupi au titre significatif : Les beaux-frères ennemis (1972) [95]. Mais l’intégration, provisoire, reste tout à fait ambivalente. Si le captif est bien traité en général et s’il jouit d’une liberté certaine, le fait est que certains signes trahissent son statut de prisonnier, symbolisé par la petite corde attachée à son cou : il lui faut travailler pour son maître, il doit pénétrer dans la maloca par la porte, il est maltraité et subit des humiliations pendant certaines fêtes, etc. [96] Ce traitement ne fait que reproduire l’accueil ambivalent qui lui est fait à son arrivée dans le village : d’une part, le prisonnier entravé est exposé aux coups et autres insultes des femmes ; par contre, de l’autre côté, masculin, il y a ensuite un « dialogue de reconnaissance » entre maîtres et esclaves, qui précède d’ailleurs l’attribution des lots de chair [97]. C’est donc une intégration feinte, dont la fonction est ambiguë : tout en maintenant la distance et en marquant la différence, il s’agit de lui faire – pendant un certain temps, indéfini – une place qu’il a perdue dans sa propre communauté (s’il s’avisait de s’enfuir pour y chercher refuge, il y serait mis à mort par les siens à cause de sa lâcheté [98]) ; il est cependant destiné à être sacrifié, comme il le lui est rappelé à l’occasion de fêtes pendant lesquelles chacun désigne sur son corps les morceaux convoités [99].

Les cérémonies qui président à l’exécution rituelle du captif durent plusieurs jours [100]. Ce rituel commence par mettre fin à l’intégration du captif dans la communauté de ses ennemis en accomplissant un rite de ségrégation [101] qui revient à une véritable dés-intégration : ce processus de s’achèvera par l’incorporation du corps de l’ennemi rituellement sacrifié. Hélène Clastres repère deux grands actes qui ont pour fonction de rendre le prisonnier à sa réalité d’ennemi : le meurtre final, mais également le simulacre de sa capture [102], symbolique, qui initie le rituel préliminaireà son exécution. C’est une sorte de répétition du combat qui a présidé à la capture du prisonnier : après avoir été fictivement délivré, il est maîtrisé par les guerriers parés pour le combat ; il est ensuite encordé par la mussurana ; dès le premier jour et pendant les nuits suivantes, des femmes entonnent des chansons hostiles aux ennemis et dépeignent au prisonnier le sort qui l’attend ; celui-ci séjournera et devra passer ses dernières nuits non plus dans la maison commune, mais dans une hutte individuelle qui, à cette occasion, a été construite sur la place centrale ; à plusieurs reprises, le captif a l’occasion d’assouvir sa propre hostilité par des paroles de vengeance et également par des actes, puisque son épouse le pourvoit en projectiles de divers types qu’il peut jeter sur l’assemblée ; toujours sous la surveillance de vieilles femmes qui chantent, il passe la dernière nuit avec son épouse, qui le quitte en pleurant le matin de son exécution ; lors de la cérémonie d’exécution, le meurtrier apparaît de manière solennelle et échange avec le prisonnier des paroles de vengeance ; entravé par la mussurana tenue par deux guerriers, le captif peut et doit essayer de se défendre et même de s’emparer de l’épée-massue qui va finalement l’assommer ; après qu’il a été tué, sa veuve prononce son éloge comme c’est coutumier pour tout défunt ; le corps est ensuite préparé pour être intégralement consommé par l’ensemble de la communauté, à l’exception du meurtrier qui doit vomir et jeûner, entre autres règles de précautions à prendre pour se protéger contre la vengeance de l’esprit du mort. Tout est ainsi fait pour simuler la lutte à mort avec un guerrier ennemi sur le champ de bataille : « ce n’est pas une victime passive qu’on veut immoler, c’est un ennemi […] qu’on veut tuer au combat [103] ». En effet, il s’agit de tuer un ennemi courageux et de le manger à la suite du combat, comme c’est le cas sur le champ de bataille : car les Tupinamba avaient pour coutume de manger sur place les ennemis tués [104] et également de ramener des morceaux de chair boucanés afin de partager leur repas anthropophagique avec l’ensemble de la communauté [105]. Aucune cérémonie n’est nécessaire en ce cas, car le guerrier ennemi a été tué dans les règles de l’art martial, conformément à ce que les Européens appellent le droit de guerre. Dans le cas, en revanche, où le prisonnier de guerre est mis à mort, un rituel est nécessaire afin de faire passer le meurtre pour un acte de guerre et également de protéger le meurtrier contre la vengeance de l’esprit du mort [106].

Manifestement, l’ensemble du rituel obéit à une logique de répétition, laquelle vise à remettre les protagonistes dans les conditions d’une guerre où l’on ne fait pas de quartier : simulation du combat sur le champ de bataille, puis de la lutte à mort ; dissimulation donc du meurtre rituel qui est présenté comme une mort au combat ; répétition du repas anthropophagique sur le champ de bataille ; simulation d’un rite funéraire qui rend hommage au défunt. Mais cette ritualisation du meurtre sacrificiel donne lieu à une étrange inversion : l’épouse semble pleurer son époux défunt comme s’il s’agissait d’un guerrier tué au combat par l’ennemi et, donc, comme si le prisonnier exécuté était l’époux antérieurement perdu à la guerre. L’un pourrait bien être en effet le substitut de l’autre, et ce dans des conditions que la culture tupi permettrait de déterminer : les veuves des guerriers tués à la guerre ne pouvaient se remarier qu’à condition que l’époux soit au préalable vengé ; on leur faisait épouser un ennemi captif pour compenser la perte de leur défunt mari [107] ; pendant tout le temps du séjour, l’épouse pouvait jouir de ce mari de substitution qu’elle aimait et choyait comme son propre mari (au point même de pouvoir l’aider à fuir) [108] ; la vengeance était accomplie lors de l’exécution, laquelle donnait à l’épouse l’occasion de prendre définitivement congé de son époux mort au combat et mangé par l’ennemi ; ce qui l’autorisait à prendre un nouveau mari dans la communauté sans que l’esprit du mari tué et dorénavant vengé puisse lui en faire reproche. Dans le cas où s’il s’agissait de la veuve d’un guerrier tué à la guerre, il y avait donc là, probablement, une forme de substitution symbolique, laquelle aurait pu assumer une fonction thérapeutique pour la veuve éplorée : le guerrier ennemi prendrait la place du guerrier occis afin de « réparer » sa propre faute et d’ainsi « payer sa dette » par son sacrifice ritualisé [109] ; la répétition aurait une vertu réparatrice pour la veuve qui pourrait revivre activement le traumatisme subi et le dépasser. Ce serait l’idéal-type d’un processus de compensation réparatrice du deuil subi par la veuve et par l’ensemble de la communauté : avant d’entrer dans le village, le captif renouvelle la tombe du mari défunt ; on lui donne les effets personnels de ce guerrier ainsi que sa femme ; il se substitue à l’époux pendant tout le temps de son séjour ; il est pleuré comme l’époux tué sur le champ de bataille ; comme ce mari l’avait été par l’ennemi sur le champ de bataille, le captif sacrifié est mangé par l’épouse. Par contraste avec l’attachement manifesté par l’épouse du prisonnier, la fonction assumée par les (vieilles) femmes tout au long de sa captivité, et ce depuis l’accueil initial du guerrier vaincu jusqu’à son exécution finale en passant par les fêtes intermédiaires, consiste au contraire à marquer l’indépassable hostilité du groupe envers l’ennemi. Cette dernière ambivalence participe du système d’ambivalences qui caractérise le rapport du groupe à l’ennemi captif. La distribution des rôles entre hommes et femmes n’est en effet qu’un aspect d’un dispositif parfaitement réglé qui, comme l’explique Hélène Clastres, implique « une étonnante mise en scène où les rôles ne sont pas seuls distribués par avance, mais réglés également les dialogues, danses et chœurs de femmes, décors, mouvements dans l’espace [110]… ».

Il faut noter ce point décisif. L’ensemble du rituel anthropophagique et, en particulier, la participation active du captif à sacrifier présuppose l’accord culturel entre tous les protagonistes qui sont « gens de même langue et de mêmes mœurs ». L’unité de culture et de langue entre les groupes ennemis est la condition pour que cette mise à mort ritualisée assure une mort honorable à un guerrier valeureux. Tout le rituel perdrait tout sens si le prisonnier s’avérait incapable de jouer le jeu. Thevet rapporte ainsi le cas d’un Portugais que son maître fit mourir à coups de flèches après lui avoir déclaré son mépris : « tu ne mérites pas que l’on te fasse mourir honorablement comme les autres et en bonne compagnie [111] ». L’apparition d’Européens qui ne montrent aucun courage à mourir ne peut que perturber ainsi le fonctionnement même du rituel anthropophagique. Ce qui montre a contrario que la pratique de l’anthropophagie rituelle des Tupi-Guarani serait dépourvue de toute valeur symbolique en dehors de ce cadre culturel qui lui donne tout son sens : il s’agit de mettre à mort et de manger non pas un être humain en général, mais à vrai dire des ennemis bien identifiés qui ont au préalable eux-mêmes mis à mort et mangé des membres de la communauté. Montaigne pourrait bien avoir montré une admirable intuition de la symbolique culturelle qui préside à cet échange de bons procédés entre ennemis anthropophages :

J’ay une chanson faite par un prisonnier, où il y a ce traict : qu’ils viennent hardiment trétous et s’assemblent pour disner de lui : car ils mangeront quant et quant leurs peres et leurs ayeux, qui ont servy d’aliment et de nourriture à son corps. Ces muscles, dit-il, cette cher et ces veines, ce sont les vostres, pauvres fols que vous estes ; vous ne recognoissez pas que la substance des membres de vos ancestres s’y tient encore : savourez les bien, vous y trouverez le goust de votre chair [112].

Montaigne semble savourer la provocation littéraire d’un prisonnier au menu dont la chanson prendrait un malin plaisir à évoquer la saveur culinaire du corps des ennemis. Par ce savoureux assaisonnement, l’essayiste paraît forcer le trait des paroles de captif restituées par les chroniqueurs Thevet [113] et Léry [114]. Certes, mais cette invention littéraire manifeste un sens raffiné de l’altérité culturelle de ces nations du Nouveau Monde. Car c’est un fait ethnologique : les Tupi-Guarani se mangent entre eux. Comme le cannibalisme s’insérait dans le contexte culturel de rites funéraires, Florestan Fernandes (1952) a suggéré en ce sens que les Indiens cherchaient moins à s’incorporer les qualités du guerrier mis à mort qu’à s’approprier la substance du parent qu’il avait dévoré et qu’il s’agissait de venger en lui rendant un dernier hommage [115]. S’appuyant sur la suggestion de Montaigne, Hélène Clastres peut avancer une hypothèse étonnante : apparent, l’exo-cannibalisme tupi pourrait dissimuler une forme d’« endo-cannibalisme étrangement contourné » qui amènerait, « en mangeant les ennemis, à manger en réalité les parents et alliés dont ceux-là s’étaient nourris [116] ». L’anthropophagie rituelle permettrait à la communauté de réincorporer ses propres membres désintégrés par la consommation cannibale des ennemis. Risquons une ultime hypothèse pour comprendre la logique paradoxale de ce contournement raffiné de l’endo-cannibalisme…

Ce que dissimule l’exo-cannibalisme guerrier, ce serait la parenté entre les tribus tupi-guarani en guerre fratricide. Car ce que cultive la guerre, c’est la scission entre ces nations qui ne furent, à l’origine, qu’une seule et même tribu. Les Tupi partagent cette logique de la guerre de scission avec toutes les sociétés primitives. Mais, dans leur cas, il s’agirait de maintenir la séparation entre les tribus de manière d’autant plus brutale qu’un processus d’intégration confédératrice est en cours : le moyen violent d’entretenir la scission polémique entre les tribus tupi, ce serait de cultiver la vengeance à l’extrême en laissant s’emballer la machine de guerre. Il y aurait là comme une sorte de politique inconsciente, laquelle aurait pour stratégie d’empêcher violemment la fusion entre les tribus tupi-guarani en entretenant le cycle de la vindicte. Reste que cette stratégie polémique provoque une intensification de la pratique guerrière qui a des effets ambivalents. Certes, la séparation est bien marquée par ces guerres fratricides et perpétuelles : au plan conscient, il s’agit de se venger et non pas d’exterminer la tribu ennemi. Mais l’emballement de la machine de guerre transforme la nature même de la guerre : la logique de la vengeance pousse à la conquête de territoires ennemis et à l’absorption des tribus ennemies. Comme si la stratégie de la guerre de conquête rejoignait en fin de compte la logique de l’anthropophagie rituelle : s’incorporer l’ennemi en l’intégrant comme un alter ego. Il y aurait là comme une énigme qui relèverait du destin d’une pulsion inconsciente.

Notes

[1Les Essais, livre I, chapitre xxxi, « Des Cannibales »,éd. Pierre Villey (1924/1930), rééd. ss la dir. de V.-L. Saulnier (1965), PUF-Quadrige, 1992, p. 202-214 : « il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » (p. 205).

[2Ce qui permettrait de mettre en place une distinction de principe entre cannibalisme et androphagie ou anthropophagie : voir Frank Lestringant, Le Cannibale. Grandeur et décadence, Perrin, 1994, chapitre 4, p. 90-96 (démarcation géographique par Thevet entre le Brésil et le pays des Cannibales) vs p. 100 (le refus sémantique de Montaigne d’entériner cette distinction). Lestringant montre que cette distinction est pourtant celle, présupposée par le siècle de Montaigne, entre le cannibalisme d’horreur, qui répond à la satisfaction de la nécessité naturelle de se nourrir, et le cannibalisme d’honneur ou de fureur, lequel s’inscrit dans la logique de la vengeance et de la passion (voir en particulier la mise en place de cette opposition au chapitre 7). Voir, à ce propos, l’entretien de Pierre Clastres avec le journal Veja, « Cannibales et anthropophages » (31 janvier 1973), p. 123-128, in Pierre Clastres, Sens&Tonka, sous la direction de Miguel Abensour et Anne Kupiec, 2011. Clastres y distingue en principe l’anthropophagie pratiquée dans les sociétés primitives, qu’elle prenne une forme endo-cannibale (chez certains Guayaki) ou exo-cannibale (chez les Tupi-Guarani), du cannibalisme comme moyen exceptionnel de survie (comme lors de l’accident d’un avion qui s’est écrasé dans les Andes le 13 octobre 1972, événement qui amène les survivants à se nourrir de la chair des corps des victimes de la catastrophe aérienne).

[3Les Singularitez de la France Antarctique (1557), chap. xl vs chap. lxi : p. 232 (réédition par F. Lestringant dans Le Brésil d’André Thevet, 1997, éd. Chandeigne).

[4P. Clastres, « Copernic et les sauvages » (1969) in La société contre l’État (chapitre 1), p. 23 et p. 7. Soit la citation de Montaigne qui se trouve de facto au début de La société contre l’État : « On disoit à Socrates que quelqu’un ne s’estoit aucunement amendé en son voyage : Je croy bien, dit-il, il s’estoit emporté avecques soy » (Essais, I, xxxix, p. 239).

[5C. Lévi-Strauss, Tristes tropiques (1955), Plon, Terre humaine/poche, 1972, p. 87.

[6« Entretien avec Claude Lévi-Strauss Sur Jean de Léry », in Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la Terre du Brésil (1578), texte établi, présenté et annoté par Frank Lestringant à partir de la seconde édition (1580), Librairie Générale Française, 1994, Livre de poche, p. 11.

[7P. Clastres, « Éléments de démographie amérindienne » (1973) in La société contre l’État (chapitre 4), p. 69-70.

[8P. Clastres, « Mythes et rites des Indiens d’Amérique du Sud », in Recherches…,p. 61.

[9A. Métraux, « The Guarani », p. 88 in tome III du Handbook of South American Indians (1948) ; Métraux fait référence à Montoya (1892, p. 51).

[10P. Clastres, « Mythes et rites des Indiens d’Amérique du Sud » : III. Le monde tupi-guarani, in Recherches… : « Ces populations occupaient un très vaste territoire : au Sud, les Guarani s’étendaient du fleuve Paraguay à l’Ouest jusqu’au littoral atlantique à l’Est ; quant au Tupi, ils peuplaient ce même littoral jusqu’à l’embouchure de l’Amazone au Nord et s’enfonçaient dans l’arrière-pays sur une profondeur imprécise. C’est au nombre de plusieurs millions que se comptaient les Indiens […]. Fait notable chez ces Indiens : leur densité démographique était nettement plus élevée que celle des populations voisines et les communautés pouvaient rassembler jusqu’à deux mille individus ou plus » (p. 92-93).

[11H. Clastres, « Les beaux-frères ennemis. À propos du cannibalisme tupinamba », in Destins du cannibalisme, Nouvelle Revue de Psychanalyse, n° 6, automne 1972, Gallimard, p. 81.

[12Ce rituel, entre-temps bien connu, a en effet donné lieu à maintes descriptions : Staden (II, 28 ; cf. I, 21-25 – préliminaires -, 36 et 43), Thevet (chap. xi des Singularités), Léry (chap. xv de l’Histoire), etc. La description la plus complète et précise reste celle de Métraux qui, dans sa thèse complémentaire de 1928, compare et synthétise les témoignages des chroniqueurs (Léry, Thevet, Staden, Cardim, Souza, Yves d’Évreux, Claude d’Abbeville, etc.) : voir le chapitre II (p. 45-78) de son ouvrage sur les Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud, Gallimard, 1967.

[13Voir la présentation liminaire par Métraux (1967) de son chapitre sur « L’anthropologie rituelle des Tupinamba », p. 45.

[14Frank Lestringant, Le Huguenot et le Sauvage, Droz [1990], 2004 (3e éd. revue et augmentée), p. 409. Dans cet ouvrage, F. Lestringant retrace l’histoire qui unit le Huguenot et le Sauvage dans l’imaginaire européen : leur identification est fonction de la dénonciation de la « tyrannie » espagnole, laquelle consisterait à faire la guerre aux Indiens en rentrant à l’intérieur du pays, et ce contrairement au modèle portugais et français qui préconise de faire du commerce avec eux en restant sur le littoral (p. 392). L’exo-cannibalisme rituel des Tupi n’est pas pour autant nié : en effet, il est bien plutôt comparé, à son avantage, au cannibalisme des nations chrétiennes d’Europe qui s’entredévorent lors d’une boucherie anthropophage (p. 372-375). L’image idéalisée (p. 409) de l’ » Indien imaginaire » (p. 373), menacé d’évanescence par abstraction, s’accomplit pour part par une sorte de « tupinambisation » discrète (des Indiens d’Amérique du Nord) qu’on peut observer dans « Des coches » de Montaigne, chapitre vi du livre III publié en 1588 (p. 381). Dans Le Cannibale (1994), F. Lestringant présente de manière remarquablement synthétique l’arrière-plan théologique de la querelle du cannibalisme, à savoir la polémique entre catholiques et protestants à propos de l’interprétation de la Cène de transsubstantiation ou de consubstantiation, c’est-à-dire de la signification littérale ou symbolique de l’eucharistie (voir la seconde partie de l’ouvrage et, en particulier, les chapitres 6-7).

[15Voir la topographie des tribus de la côte brésilienne sur la carte proposé en ligne http://pt.wikipedia.org/wiki/Ficheiro:Map_of_indigenous_peoples_of_Brazil_(16th_C.).jpg. L’article de Wikipedia en anglais sur les Indigenous peoples of Brazil reprend peu ou prou la description par Métraux de l’occupation de la côte brésilienne par les Tupinamba (pris au sens général de Tupi côtiers) : Alfred Métraux, « The Tupinamba », p. 96 in tome III du Handbook of South American Indians (1948), éd. par Julian H. Steward, Bulletin 143 du Bureau of American Ethnology.

[16A. Métraux, « The Guarani », p. 69-94, ibid., p. 77. Cette remarque vaut tout autant pour les colonisateurs du littoral (en relation avec les Tupi) que pour les Conquistadores de l’intérieur du Brésil (en relation avec les Guarani).

[17Montaigne, « Des Cannibales », p. 205 vs p. 203.

[18Ibid., p. 207-208.

[19Les gravures de Hans Staden montrent à chaque fois quatre maloca : voir liv. II, chap. 4 et liv. I, chap. 22-23, 29-30 & 34.

[20P. Clastres, « Éléments de démographie amérindienne » (1973) in La société contre l’État (chapitre 4), p. 76.

[21P. Clastres,chapitre éponyme (1974) de La société contre l’État,p. 182.

[22Montaigne, « Des Cannibales », p. 206.

[23Ibid., p. 207-208.

[24P. Clastres,« Le devoir de parole » (1973) in La société contre l’État (chapitre 7), p. 133-136.

[25Montaigne, « Des Cannibales », p. 206.

[26Léry, Histoire d’un voyage faict en la Terre du Brésil (1578), p. 396-409 (2de éd. de 1580 publié par Lestringant en 1994 dans le Livre de poche).

[27Il y a là une confusion entre prêtres et prophètes : voir la mise au point très synthétique de Pierre Clastres sur la différence entre les paje, des chamans auxquels est dévolue la fonction ordinaire de guérir, et les karai, ces prophètes tupi-guarani qui initient des mouvements tout à fait exceptionnels (dont Montaigne ne parle pas plus que Thevet ou Léry) : « Mythes et rites des Indiens d’Amérique du Sud » : III. Le monde tupi-guarani, in Recherches…, p. 94. Voir également Hélène Clastres, La terre sans mal, Seuil, 1975, p. 48-55.

[28Montaigne, « Des Cannibales », p. 209.

[29Alfred Métraux présente toujours le cannibalisme en corrélation avec la guerre : voir notamment « Warfare, cannibalism, and human trophies », p. 383-409 in tome V du Handbook of South American Indians (1948).

[30Françoise Mari, « Les Indiens entre Sodome et les Scythes », in Histoire, économie et société, 1986, 5e année, n° 1, p. 20. D’après Fernandez de Oviedo (1535) – dont la traduction française par Poleur en 1555 semble être une des sources de Montaigne –, Pedrarias Davila aurait, en 1528, fait dévorer par ses chiens des Indiens pour les châtier d’avoir eux-mêmes dévoré quatre Espagnols de la région de la ville de León (Historia general y natural de las Indias, liv. xlii, chap. xi, p. 419, éd. Juan Pérez de Tudela Bueso, Madrid, B.A.E., 1959).

[31Montaigne, « Des Cannibales », p. 210.

[32Ibid., p. 211-212.

[33Hélène Clastres, La Terre sans mal, Seuil, 1975, p. 70.

[34Alfred Métraux, « The Tupinamba », p. 97 in tome III du Handbook of South American Indians (1948).

[35C’est l’étude de terrain de la culture guerrière des Chulupi par Clastres (juin-octobre 1966 et juin-septembre 1968) qui donne toute sa consistance ethnographique à la description clastrienne du « Malheur du guerrier sauvage » (1977), rééditéedans les Recherches… (p. 209-248) : « je dois à ces Indiens – d’une lucidité surprenante quant au statut du guerrier dans leur propre communauté – d’avoir entr’aperçu les traits qui composent, pleine d’orgueil, la figure du Guerrier ; d’avoir su repérer les lignes du mouvement nécessaire que décrit la vie guerrière ; enfin d’avoir compris (car ils me le dirent : ils le savaient) quelle est la destinée du guerrier sauvage » (p. 216-217).

[36« …il lui faut à chaque instant recommencer, car chaque exploit accompli est à la fois source de prestige et mise en question de ce prestige. Le guerrier est par essence condamné à la fuite en avant. La gloire conquise ne se suffit jamais à soi-même, elle demande à être sans cesse prouvée, et tout exploit réalisé en appelle aussitôt un autre » (p. 229 in Recherches…).

[37« …il se trouve piégé sans remède dans sa propre vocation, prisonnier de son désir de gloire qui le conduit tout droit à la mort. Il y a échange entre la société et le guerrier : le prestige contre l’exploit. Mais dans ce face à face, c’est la société qui, maîtresse des règles du jeu, a le dernier mot : car l’ultime échange, c’est celui de la gloire éternelle contre l’éternité de la mort. D’avance, le guerrier est condamné à mort par la société » (p. 239 in Recherches…).

[38Ibid., p. 240-242. Certaines formulations de Clastres, à mon sens, autorisent à cet endroit à décrypter l’œuvre de la pulsion de mort : voir C. Ferrié, « La dynamique inconsciente du mouvement politique », in Pierre Clastres, 2011, p. 326-327.

[39Montaigne, « Des Cannibales », p. 210.

[40Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la Terre du Brésil (1578), chap. xv, p. 356 (éd. par F. Lestringant en 1994). Voir également Hans Staden (II, chap. 28, p. 210 ; cf. I, chap. 43, p. 143). Hans Staden, Wahrhaftige Historia und beschreibung eyner Landschaft der Wilden Nacketen, Grimmigen Menschfresser-Leuthen in der neuen Welt America gelegen (Marburg, 1557). Cette Histoire véritable et description d’un pays de Sauvages nus, féroces anthropophages, situé dans le Nouveau Monde Amérique est actuellement traduite en français dans plusieurs éditions, souvent sous le titre raccourci et un peu trompeur de Nus, féroces, anthropophages : c’est, par exemple, celle de Henri Ternaux Compans chez Métaillé (1979), à laquelle se réfère la pagination française que je donne.

[41Hélène Clastres, « Les beaux-frères ennemis. À propos du cannibalisme tupinamba » in Destins du cannibalisme (1972), p. 79-80.

[42Alfred Métraux, « The Tupinamba », p. 112 vs p. 116 in tome III du Handbook of South American Indians (1948).

[43Montaigne, « Des Cannibales », p. 213.

[44E. Luja, « Les serpents venimeux du Brésil », Bulletin de la Société nationale des Naturalistes Luxembourgeois, 1947, n° 52, p. 8-13 ; v. p. 12-13 (http://snl.lu/publications/bulletin/SNL_1947_052_008_013.pdf).

[45Dans la version de Cardim (Tratados da terra, p. 184-186), un des Anciens fait avec la corde deux nœuds très compliqués dès le premier jour du rituel anthropophagique (p. 55) ; le quatrième jour, les cordes enroulées sont portées par une troupe de nymphes pendant qu’une maîtresse de cérémonie entonne une chanson reprise par les autres femmes : les hommes attachent alors la corde au cou du prisonnier et cette femme lui est attachée par le bras (p. 58), en particulier pendant sa dernière nuit (p. 59). Voir Alfred Métraux, « L’anthropologie rituelle des Tupinamba », chapitre II de Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud (1967), p. 55-59.

[46Ibid., p. 65.

[47L’analyse extrêmement fine d’André Tournon éclaire le jugement poétique que Montaigne porte sur la valeur anacréontique de la Chanson de la couleuvre. C’est cette interprétation très suggestive qui m’a incité à rechercher du côté de la culture tupi une sorte d’Anacréon à jamais disparu, le poète inconnu en somme, ou bien plutôt une Sapho et ses sœurs, ces poétesses à jamais méconnues qui auraient filé la chanson polyphonique entendue par Montaigne. Inspirée par une note d’Hélène Clastres (1972) sur le terme mussurana, lequel désigne la corde de coton tout autant qu’un serpent ophiophage, en quelque sorte cannibale (p. 77), mon interprétation de la partition tupi cherche à découvrir un accord mineur qui ferait écho à l’accord majeur de la partition grecque. Non pas qu’il faille, pour l’entendre, s’imaginer un instrument qui soit capable de jouer cette impossible mesure : au lieu de désencorder les fils du cordon directeur de la mélodie, cet instrument imaginaire, forcément désaccordé, ne pourrait produire qu’une dissonance. Accordé à cette improbable possibilité, l’humanisme décentré de Montaigne permettrait, au contraire, de prêter une oreille attentive à la tonalité propre de chacune de ces deux musicalités qu’un gouffre océanique sépare à tout jamais. Et Montaigne d’en percevoir la consonance… comme s’il y avait une sorte d’accord secret, d’une discrétion anacréontique presque imperceptible, entre deux registres culturels dont on ne sait plus, entre la poésie grecque d’un Anacréon reconnu et celle de la chanson tupi d’une Sapho inconnue, lequel donnerait le ton !

[48Montaigne, « Des Cannibales », p. 213.

[49La Boétie, Le discours de la servitude volontaire, ss la dir. de Miguel Abensour, Payot, 1976, p. 146 (Petite Bibliothèque Payot, 1993/2002). C’est à l’initiative de Miguel Abensour que nous devons la redécouverte de ce texte inaugural de La Boétie tout autant que sa relecture par Pierre Clastres (p. 247-267) et Claude Lefort (p. 269-335). Pierre Clastres cite ce passage du Discours de La Boétie dans « Liberté, Malencontre, Innommable » (1976), p. 264et p. 124, rééd. in Recherches d’anthropologie politique (1980).

[50Montaigne, « Des Cannibales », p. 214.

[51Dans Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud (1967), Alfred Métraux cite un texte de Nobrega qui irait en ce sens : « Quand un chaman de renom leur rendait visite, les Indiens, en signe de respect, nettoyaient devant lui le sentier qu’il allait fouler » (p. 18).

[52Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques (1955), p. 367 et La vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara (Société des Américanistes, Paris, 1948) : « le chef marche en avant » (p. 86), comme l’avait remarqué Montaigne (note 1). C’est dans la section sur le Commandement (et non pas sur Guerre et commerce) que Lévi-Strauss restitue cette formule usuelle, laquelle ne vaut pas spécifiquement pour la guerre, mais en général pour toutes les décisions du chef (se mettre en route, s’arrêter, etc.).

[53Robert Harry Lowie, Some Aspects of Political Organization among the American Aborigines (Huxley Memorial Lecture for 1948, ed. in The Journal of the Royal Anthropological Institute, 78, n° 1-2, 1948), p. 262-290 in Lowie’s selected Papers, édité par Cora Du Bois, University of California Press, 1960, p. 280.

[54Ibid., p. 270-277.

[55P. Clastres, « Échange et pouvoir : philosophie de la chefferie indienne » (1962) in La société contre l’État (chapitre 2), p. 27-28.

[56Chapitre éponyme (1974) de La société contre l’État, p. 175.

[57Ibid., p. 177.

[58« Éléments de démographie amérindienne » (1973) in La société contre l’État (chapitre 4), p. 77.

[59A. Métraux, « The Tupinamba » in tome III du Handbook of South American Indians (1948), p. 119.

[60Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la Terre du Brésil (1578), p. 343.

[61Ibid., p. 337-338.

[62Chapitre éponyme (1974) de La société contre l’État, p. 176-180.

[63P. Clastres, chapitre éponyme de La société contre l’État (1974), p. 181-182.

[64« Éléments de démographie amérindienne » (1973) in La société contre l’État (chapitre 4), p. 70.

[65« Entretien avec Clastres »,p. 25-26 (Cahier Clastres, 2011). Confer « Éléments de démographie amérindienne » (1973) in La société contre l’État (chapitre 4), p. 77-78.

[66« Archéologie de la violence : la guerre dans les sociétés primitives »(1977) :« Tel est le cas, absolument exemplaire, des Tupi-Guarani d’Amérique du Sud, dont la société était travaillée, au moment de la découverte du Nouveau Monde, par des forces centripètes, par une logique de l’unification » (note 1 p. 205 in Recherches…).

[67Pierre Clastres explique ainsi que « la tendance à constituer des ensembles sociaux plus vastes que dans le reste du continent » s’accompagne d’une « tendance à construire un modèle de l’autorité qui dépassait largement le cadre du seul village » au point de former, par exemple « chez les Tupinamba de véritables fédérations groupant dix à vingt villages. Les Tupi, et particulièrement ceux de la côte brésilienne, révèlent donc une tendance très nette vers la constitution de systèmes politiques larges, à chefferies puissantes » (p. 64-66) : voir « Indépendance et exogamie » (1963) in La société contre l’État (chapitre 3).

[68Ibid., p. 65-66.

[69« Éléments de démographie amérindienne » (1973) in La société contre l’État (chapitre 4), p. 86.

[70Ibid., p. 182.

[71P. Clastres, « Échange et pouvoir : philosophie de la chefferie indienne » (1962), in La société contre l’État (chapitre 2), p. 31.

[72P. Clastres,chapitre éponyme de La société contre l’État (1974), p. 182-183.

[73Note éditoriale de Libre, adjointe à la fin du « Malheur du guerrier sauvage » (1977)in Recherches…,p. 247.

[74Alfred Métraux, La civilisation matérielle des Tupi-Guarani (1928), p. 290-293 et p. 310-311. Voir également « The Tupinamba », in tome III du Handbook of South American Indians (1948), p. 97-98. Au moment de la Conquête, les Tupinamba avaient conquis depuis peu de temps le littoral (de l’Amazone au Rio del Plata), d’où ils avaient chassé les Tapuya, lesquels s’étaient réfugiés dans les forêts d’où ils menaient des guerres contre leurs envahisseurs.

[75H. Clastres, La terre sans mal (1975), p. 68-71.

[76P. Clastres, « Archéologie de la violence : la guerre dans les sociétés primitives » (1977) : « En Amérique du Sud, lorsque la taille démographique d’un groupe dépasse le seuil jugé optimum par la société, une partie des gens s’en va fonder plus loin un autre village » (note 1 p. 204 in Recherches…).

[77« Entretien avec Clastres »,p. 25 in Pierre Clastres (2011).

[78« Archéologie de la violence : la guerre dans les sociétés primitives »(1977) in Recherches…, p. 195.

[79Ibid., p. 201-204.

[80Ibid., p. 190-193.

[81« Malheur du guerrier sauvage » (1977) in Recherches…, p. 226.

[82« Archéologie de la violence : la guerre dans les sociétés primitives »(1977) in Recherches…, p. 199.

[83H. Clastres, « Les beaux-frères ennemis. À propos du cannibalisme tupinamba » in Destins du cannibalisme (1972), p. 81.

[84H. Clastres, La terre sans mal (1975), p. 72.

[85P. Clastres, Le Grand Parler, Seuil, 1974, p. 9.

[86P. Clastres, « Mythes et rites des Indiens d’Amérique du Sud » : III. Le monde tupi-guarani, in Recherches…, p. 94 vs p. 97-98.

[87Ibid., p. 98-99.

[88Ibid., p. 94-95.

[89M. Nobrega, Informação das terras do Brasil (1549) : « Lhes diz […] as filhas que as dêm a quem quizerem » (p. 92-93 in Revista do Instituto Historico Geographico Brasileiro, t. VI, n° 21, 1844).

[90L’expression « artisan de l’Un et de l’unification » apparaît pratiquement dans toutes les versions des notes d’auditeurs du Cours de 1976-77 qu’Hélène Clastres m’a généreusement permis de consulter. Cette formulation précise la fin elliptique du chapitre éponyme (1974) de La société contre l’État (p. 185-186).

[91André Thevet, Singularitez (1557), chap. xli, p. 160 (1997) et Jean de Léry, Histoire (1578), chapitre xv, p. 354-355.

[92Montaigne, « Des Cannibales », p. 210-211.

[93A. Métraux, « L’anthropologie rituelle des Tupinamba » in Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud (1967), p. 47.

[94Ibid., p. 48-49.

[95H. Clastres, « Les beaux-frères ennemis. A propos du cannibalisme tupinamba » in Destins du cannibalisme (1972), p. 73 et p. 77.

[96Ibid., p. 75 ; cf. A. Métraux (1967), p. 50.

[97Ibid., p. 73-74 ; cf. A. Métraux (1967), p. 48-49.

[98Ibid., p. 76-77 ; cf. A. Métraux (1967), p. 52.

[99Ibid., p. 75 ; cf. A. Métraux (1967), p. 50.

[100A. Métraux (1967), p. 53-66 (Cérémonies préliminaires à l’exécution du prisonnier). Pour la description du rituel, je suis Métraux en puisant, en outre, quelques détails dans sa thèse complémentaire de 1928 (p. 137-157) et en m’inspirant très largement de l’analyse d’Hélène Clastres (1972).

[101F. Fernandes, « la guerre et le sacrifice humain chez les Tupinamba », in Journal de la société des Américanistes, tome 41 n°1, 1952, p. 139.

[102H. Clastres, « Les beaux-frères ennemis. À propos du cannibalisme tupinamba » (1972), p. 77.

[103Ibid., p. 80.

[104Ibid., p. 82 ; cf. A. Métraux (1967), p. 46.

[105André Thevet, Singularitez (1557), chap. xli, p. 158 (1997).

[106A. Métraux (1967), p. 73-78.

[107Thevet, Cosmographie (1575) : « …si les freres, enfans, ou autres de la parenté dudit deffunct, de qui le sepulchre a esté renouvellé, ont esté occis en guerre, leurs femmes ne peuvent se joindre en secondes nopces, que premierement leur mary occis n’ait esté vengé par le massacre d’un de leurs ennemis. Si tost donc que un prisonnier est ainsi equippé, quelquefois on luy donne les femmes de celuy qui aura esté occis, à fin qu’il s’en serve : Et elles les ayant pour associez, disent qu’elles sont recompensees de la deffaite de leurs premiers maris » (p. 194). Voir également l’Histoire… de deux voyages (inédit) : « à cette occasion baille on aux vefves le prisonnier pour recompenser la perte de leur defunct mary, jusques à ce que le jour soit venu de le tuer, et manger en vengeance de leur mary […]. Et cela leur oste de detresse et ennuy… » (p. 283). Les deux citations font référence au choix de textes d’André Thevet édité par S. Lussagnet : Les Français en Amérique. Le Brésil et les Brésiliens, PUF, Paris, 1953 ; cité par Métraux (1967), p. 49 et déjà en appendice de sa thèse complémentaire (1928), p. 247. Florestan Fernandes cite ces mêmes textes dans la conclusion de sa thèse de 1952 (A função social da guerra na sociedade tupinamba), laquelle conclusion a été traduite en français par S. Lussagnet : « la guerre et le sacrifice humain chez les Tupinamba », p. 202 in Journal de la société des Américanistes, tome 41 n° 1, 1952.

[108A. Métraux (1967), p. 51.

[109C’est le sens du concept tupi-guarani de vengeance : il s’agit de payer une dette. Dans le Tesoro de la lengua guarani (1639, Madrid), Antonio Ruíz de Montoya traduit ainsi le terme tepi tout d’abord par paga (paye, salaire), puis par vengança (p. 382).

[110Ibid., p. 72.

[111André Thevet, Singularitez (1557), chap. xli, p. 166 (1997).

[112Montaigne, « Des Cannibales », p. 212.

[113André Thevet, Les Singularitez de la France Antarctique (1557), chapitre xl : « Les Margageas nos amis sont gens de bien, forts et puissants en guerre, ils ont pris et mangé grand nombre de nos ennemis, aussi me mangeront-ils [nos ennemis les Tupinamba] quelque jour, quand il leur plaira ; mais de moi, j’ai tué et mangé des parents et amis de celui qui me tient prisonnier… » (p. 161).

[114Jean de Léry, Histoire d’un voyage faict en la Terre du Brésil (1578), chapitre xiv : « avec la contenance de mesme, se tournant de costé et d’autre, il dira à l’un, J’ay mangé de ton pere, à l’autre, J’ay assommé et boucané tes freres : bref, adjoustera-il, J’ai en general tant mangé d’hommes et de femmes, voire des enfants de vous autres » (p. 356) et « N’es-tu pas de la nation nommée Margajas, qui nous est ennemie ? et n’as-tu pas toy-même tué et mangé de nos parents et amis ? Lui plus asseuré que jamais respond en son langage (car les Margajas et les Toupinenquins s’entendent) : Ouy, je suis tres fort et en ay assommé et mangé plusieurs » (p. 357).

[115A. Métraux, « L’anthropologie rituelle des Tupinamba » in Religions et magies indiennes d’Amérique du Sud (1967), p. 70. Parlant de « pures spéculations qu’aucun document ne vient étayer », Métraux reste en 1967 réservé à l’endroit de ce travail de doctorat de Florestan Fernandes (A função social da guerra na sociedade tupinamba, São Paulo, 1952), dont il a fait traduire la conclusion par S. Lussagnet, et ce avant même sa publication au Brésil en 1952, et qu’il a même fait publier par la Société des Américanistes : « La guerre et le sacrifice humain chez les Tupinamba », p. 139-220 in Journal de la société des Américanistes, tome 41 n° 1, 1952. Mettant en avant les rites funéraires de séparation (p. 156), Fernandes interprète la guerre primitive pratiquée par les Tupinamba comme un phénomène purement religieux (p. 185) dont l’enjeu est la récupération mystique des « énergies » du parent mort (p. 192-195).

[116H. Clastres, « Les beaux-frères ennemis. À propos du cannibalisme tupinamba » (1972), p. 82.


Pour citer l’article:

Christian FERRIÉ, « Les cannibales de Montaigne à la lumière ethnologique de Clastres » in Rouen 1562. Montaigne et les Cannibales, Actes du colloque organisé à l’Université de Rouen en octobre 2012 par Jean-Claude Arnould (CÉRÉdI) et Emmanuel Faye (ÉRIAC).
(c) Publications numériques du CÉRÉdI, « Actes de colloques et journées d’étude (ISSN 1775-4054) », n° 8, 2013.

URL: http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?les-cannibales-de-montaigne-a-la.html

Pour en finir avec la repentance coloniale
Le passé colonial revisité
Hérodote

Daniel Lefeuvre (1951-2013), professeur à l’Université Paris-8 (Saint-Denis), bouscule les idées reçues, les mystifications et les erreurs qui polluent notre réflexion sur le passé colonial de la France.
Depuis le début du XXIe siècle monte en France un débat autour du passé colonial avec une question très actuelle : les jeunes Français issus des anciennes colonies (Antilles, Afrique du nord, Afrique noire) doivent-ils se considérer comme des victimes de ce passé ?

Daniel Lefeuvre y a répondu avec un essai court mais solidement argumenté : Pour en finir avec la repentance coloniale.

Il démonte avec les bons vieux outils de l’historien (analyse critique des sources et des chiffres, contexte, comparaisons historiques…), les contrevérités, les trucages et les billevesées des anticolonialistes de salon qu’il appelle les « Repentants ».

Le résultat a de quoi surprendre :
– La conquête de l’Algérie et des autres colonies ? Des guerres ni plus ni moins cruelles que les guerres européennes,
– Le bilan économique de la colonisation ? Une perte nette pour la métropole et un transfert de richesses au profit des colonies très supérieur à l’actuelle aide au développement,
– Les immigrants des anciennes colonies dans la société française ? Une intégration beaucoup plus aisée que ne le fut celle des immigrants d’origine européenne (Italiens, Polonais…) !

La démonstration de Daniel Lefeuvre nous invite à réfléchir sur notre passé et sur… les motivations plus ou moins conscientes des « Repentants » dans leur volonté de victimiser les enfants de l’immigration.

Anachronisme
Le premier péché des Repentants, selon l’historien, est l’anachronisme : il consiste à juger les événements du passé selon notre propre grille de valeurs, indépendamment du contexte. « Comment ne pas s’inquiéter des dangers dont cette conception de l’Histoire est porteuse ? » note Daniel Lefeuvre.

« Falsifier l’histoire, c’est tromper les citoyens, c’est fausser leur jugement », dit-il en prenant pour exemple la conquête de l’Algérie, dans laquelle certains, dont le président algérien Bouteflika, voient rien moins que le prélude des chambres à gaz !

Daniel Lefeuvre rappelle la triviale réalité : après la prise d’Alger en 1830, les Français se cantonnent sur le littoral et concluent des traités avec les chefs de l’intérieur. Mais la guerre sainte lancée par Abd el-Kader en 1839 les entraîne dans une longue et difficile conquête.

L’historien en évoque les aspects sombres. Il rappelle ce que furent très précisément les « enfumades ». Il réévalue aussi les pertes des deux côtés en écornant au passage certaines évaluations fantaisistes.

Plus important encore, il rappelle, preuves à l’appui, que les horreurs de la guerre d’Algérie (comme des autres guerres coloniales) n’avaient hélas rien d’exceptionnel. Le mépris de l’ennemi était au moins aussi grand dans les troupes républicaines qui combattaient les Vendéens en 1793 ou dans les armées de Napoléon engagées en Espagne en 1808…

Les guerres coloniales n’anticipent en rien la Shoah. Elles reflètent les moeurs de leur époque et c’est déjà bien assez.

Exploitation
Je ne m’attarderai pas sur les chapitres que Daniel Lefeuvre consacre à l’économie coloniale.

Malgré la propagande distillée par les partis colonistes de la fin du XIXe siècle à l’Exposition coloniale de 1931, les colonies se révèlent un gouffre économique, commercial et financier et il n’y a guère que quelques affairistes liés aux lobbies coloniaux pour en tirer profit.

A la suite de l’historien Jacques Marseille (Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce), Daniel Lefeuvre montre que les colonies n’ont rien apporté à l’économie française et ont plutôt bridé son dynamisme. Tout juste ont-elles permis l’enrichissement de quelques sociétés et affairistes protégés par le gouvernement.

La principale exportationde l’Algérie était le vin, concurrent des vins métropolitains, déjà en surproduction. L’Afrique noire n’arrivait à exporter tant bien que mal qu’un peu de coton et de denrées tropicales, à des coûts bien plus élevés que sur les marchés mondiaux. Même le phosphate du Maroc coûtait plus cher à la France que celui disponible ailleurs.

Retenons le mot d’un économiste belge du XIXe siècle, Gustave de Molinari : « De toutes les entreprises de l’État, la colonisation est celle qui coûte le plus cher et qui rapporte le moins ».

Stigmatisation
Daniel Lefeuvre réévalue la perception des indigènes par les colons. Que n’a-t-on écrit là-dessus ces dernières années, en redécouvrant les « zoos humains » d’il y a 100 ans, ces cirques où l’on venait se repaître de la vue des « sauvages » !

« Sauvages ? » Parlons-en. Ce qualificatif revient fréquemment au XIXe siècle dans la bouche et sous la plume des bourgeois qui évoquent les paysans de notre douce France. Les poncifs que l’on appliquait à l’époque coloniale aux habitants des colonies s’appliquaient aussi aux plus pauvres des Français.

Daniel Lefeuvre cite à ce propos l’oeuvre magistrale d’Eugen Weber : La fin des terroirs (1976). On peut y lire : « Un spécialiste de folklore musical, parcourant le pays de l’ouest de la Vendée jusqu’aux Pyrénées, compare la population locale à des enfants et des sauvages qui,  heureusement,  comme tous les peuples primitifs, montrent un goût prononcé du rythme »… Après cette lecture, il ne reste plus aux Vendéens et aux Pyrénéens (dont votre serviteur) qu’à rallier le clan des « indigènes de la République » !

À ceux qui aujourd’hui stigmatisent le comportement discriminatoire de la République à l’égard des immigrés et enfants d’immigrés, Daniel Lefeuvre offre un aperçu de l’accueil reçu en d’autres temps par les immigrants européens (Belges, Polonais, Italiens).

En août 1893, à Aigues-Mortes, la population fait la chasse aux immigrants italiens aux cris de : « Mort aux Christos ! » (Mort aux chrétiens !). Les malheureux sont roués de coups. On relève huit morts. La chronique rapporte ça et là d’autres incidents violents et souvent mortels…

Si l’on s’attarde sur les immigrants européens qui, au tournant du XXe siècle, se sont magnifiquement intégrés à la société française, on ne voit pas, et pour cause, ceux, en nombre équivalent, qui n’y ont pas réussi par le simple fait que, découragés par l’hostilité ambiante, ils sont rentrés au bercail.

Félicitons-nous que la situation actuelle n’ait rien de comparable à celle-là. A rebours des idées convenues, Daniel Lefeuvre considère que les immigrés originaires des anciennes colonies sont somme toute mieux accueillis et mieux intégrés que ne le furent les immigrés européens, prétendûment si proches des « Français de souche ».

L’historien craint en conclusion qu’à trop minimiser le processus d’intégration des Français originaires des anciennes colonies, on ne « persuade ces populations que la République s’est définitivement fermée à elles et qu’il leur faut donc chercher ailleurs les voies de leur réussite ».

La repentance pourrait en définitive réussir là où les colonistes et les racistes d’antan ont échoué, en enfermant les Français originaires des Antilles, d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire dans un statut de victimes innocentes et de grands enfants irresponsables et en les convainquant qu’il leur est impossible d’en sortir par leur effort personnel !

Paralysés par le complexe victimaire, ils pourraient alors se détourner de la compétition sociale (« À quoi bon travailler à l’école, acquérir des diplômes et devenir un bon professionnel puisque je serai toujours marqué au fer rouge de la colonisation et de l’esclavage ? »). Ce renoncement marquerait le triomphe des bourgeois « repentants », tartuffes modernes, en facilitant à leurs rejetons la conquête des postes de commandement.

André Larané
Les cinq péchés capitaux des faux historiens
Daniel Lefeuvre recense cinq fautes méthodologiques majeures chez les « Repentants » et les prétendus historiens qui torturent le passé pour l’asservir à leurs présupposés idéologiques :

– l’absence de recul critique dans la reprise de citations isolées : le propos d’un excentrique ne reflète pas nécessairement l’état d’esprit de l’opinion publique,
– l’anachronisme : on assimile les faits de guerre pendant la conquête de l’Algérie à des crimes nazis sans voir qu’ils sont tout simplement de même nature que d’autres faits de guerre commis à la même époque et en d’autres lieux, y compris en Europe,
– la généralisation abusive : sur la base de quatre « enfumades » identifiées, on imagine que ce type d’action était banal pendant la conquête de l’Algérie,
– l’absence de comparaison : on déplore la condition déplorable des immigrés algériens en France après la Seconde Guerre mondiale sans voir qu’elle était en tous points semblable à celle des autres immigrants et de beaucoup de Français pauvres,
– la censure : on fait sciemment silence sur tous les faits qui pourraient contredire la thèse dominante ; ainsi attribue-t-on à la conquête la diminution de la population algérienne entre 1830 et 1870 sans parler de la crise frumentaire très grave qui a sévi en Algérie et au Maroc en 1865-1868.

Voir enfin:

The Spanish Inquisition
A Historical Revision
By Henry Kamen
Yale University Press

CHAPTER ONE

A SOCIETY OF BELIEVERS AND UNBELIEVERS
Asked if he believed in God, he said Yes, and asked what it meant to believe in God, he answered that it meant eating well, drinking well and getting up at ten o’clock in the morning.A textile worker of Reus (Catalonia), 1632
In the west: Portugal, a small but expanding society of under a million people, their energies directed to the sea and the first fruits of trade and colonisation in Asia. In the south, al-Andalus: a society of half a million farmers and silk-producers, Muslim in religion, proud remnants of a once dominant culture. To the centre and north: a Christian Spain of some six million souls, divided politically into the crown of Castile (with two-thirds of the territory of the peninsula and three-quarters of the population) and the crown of Aragon (made up of the realms of Valencia, Aragon and Catalonia). In the fifteenth century the Iberian peninsula remained on the fringe of Europe, a subcontinent that had been overrun by the Romans and the Arabs, offering to the curious visitor an exotic symbiosis of images: Romanesque churches and the splendid Gothic cathedral in Burgos, mediaeval synagogues in Toledo, the cool silence of the great mosque in Cordoba and the majesty of the Alhambra in Granada.

In mediaeval times it was a society of uneasy coexistence (convivencia), increasingly threatened by the advancing Christian reconquest of lands that had been Muslim since the Moorish invasions of the eighth century. For long periods, close contact between communities had led to a mutual tolerance among the three faiths of the peninsula: Christians, Muslims and Jews. Even when Christians went to war against the Moors, it was (a thirteenth-century writer argued) `neither because of the law [of Mohammed) nor because of the sect that they hold to’, but because of conflict over land. Christians lived under Muslim rule (as Mozarabes) and Muslims under Christian rule (as Mudejares). The different communities, occupying separate territories and therefore able to maintain distinct cultures, accepted the need to live together. Military alliances were made regardless of religion. St Ferdinand, king of Castile from 1230 to 1252, called himself `king of the three religions’, a singular claim in an increasingly intolerant age: it was the very period that saw the birth in Europe of the mediaeval papal Inquisition (c. 1232).

There had always been serious conflicts in mediaeval Spain, at both social and personal levels, between Mudejar and Christian villages, between Christian and Jewish neighbours. But the existence of a multi-cultural framework produced an extraordinary degree of mutual respect. This degree of coexistence was a unique feature of peninsular society, repeated perhaps only in the Hungarian territories of the Ottoman empire. Communities lived side by side and shared many aspects of language, culture, food and dress, consciously borrowing each other’s outlook and ideas. Where cultural groups were a minority they accepted fully that there was a persistent dark side to the picture. Their capacity to endure centuries of sporadic repression and to survive into early modern times under conditions of gross inequality, was based on a long apprenticeship.

The notion of a crusade was largely absent from the earlier periods of the Reconquest, and the communities of Spain survived in a relatively open society. At the height of the Reconquest it was possible for a Catalan philosopher, Ramon Llull (d. 1315), to compose a dialogue in Arabic in which the three characters were a Christian, a Muslim and a Jew. Political links between Christians and Muslims in the mediaeval epoch are exemplified by the most famous military hero of the time, the Cid (Arabic sayyid, lord). Celebrated in the Poem of the Cid written about 1140, his real name was Rodrigo Diaz de Vivar, a Castilian noble who in about 1081 transferred his services from the Christians to the Muslim ruler of Saragossa and, after several campaigns, ended his career as independent ruler of the Muslim city of Valencia, which he captured in 1094. Despite his identification with the Muslims, he came to be looked upon by Christians as their ideal warrior. In the later Reconquest, echoes of coexistence remained but the reality of conflict was more aggressive. The Christians cultivated the myth of the apostle St James (Santiago), whose body was alleged to have been discovered at Compostela; thereafter Santiago `Matamoros’ (the Moor-slayer) became a national patron saint. In al-Andalus, the invasion of militant Muslims from north Africa — the Almoravids in the late eleventh century; the Almohads in the late twelfth — embittered the struggle against Christians.

The tide, however, was turning against Islam. In 1212 a combined Christian force met the Almohads at Las Navas de Tolosa and shattered their power in the peninsula, By the mid-thirteenth century the Muslims retained only the kingdom of Granada. After its capture by the Christians (1085), Toledo immediately became the intellectual capital of Castile because of the transmission of Muslim and Jewish learning. The School of Translators of Toledo in the twelfth and thirteenth centuries rendered into Latin the great semitic treatises on philosophy, medicine, mathematics and alchemy. The works of Avicenna (Ibn Sina), al-Ghazali, Averroes (Ibn Rushd) and Maimonides filtered through to Christian scholars. Mudejar art spread into Castile. No attempt was made to convert minorities forcibly. But by the fourteenth century `it was no longer possible for Christians, Moors and Jews to live under the same roof, because the Christian now felt himself strong enough to break down the traditional custom of Spain whereby the Christian population made war and tilled the soil, the Moor built the houses, and the Jew presided over the enterprise as a fiscal agent and skilful technician’. This schematic picture is not far from the truth. Mudejares tended to be peasants or menial urban labourers; Jews for the most part kept to the big towns and to small trades; the Christian majority, while tolerating their religions, treated both minorities with disdain.

Mudejares were possibly the least affected by religious tension. They were numerically insignificant in Castile, and in the crown of Aragon lived separately in their own communities, so that friction was minimal. Jews, however, lived mostly in urban centres and were more vulnerable to outbreaks of violence. Civil war in both Castile and Aragon in the 1460s divided the country into numberless local areas of conflict and threatened to provoke anarchy. The accession of Ferdinand and Isabella to the throne in 1474 did not immediately bring peace, but gradually the powerful warlike nobles and prelates fell into line. Their belligerent spirit was redirected into wars of conquest in Granada and Naples. Of the two realms of Spain, Aragon had been the one with an imperial history, but Castile with its superior resources in men and money rapidly took over the leadership. The militant Reconquest spirit was reborn, after nearly two centuries of dormancy. It still retained much of its old chivalric spirit: in the Granada wars, the deeds of Rodrigo Ponce de Leon, Marquis of Cadiz, seemed to recall those of the Cid. But the age of chivalry was passing. The wars in Italy provoked bitter criticism of the barbarities of the Spanish soldiery, and in Granada the brutal enslavement of the entire population of Malaga after its capture in 1487 gave hint of a new savagery among the Christians.

Apparent continuity with the old Reconquest is therefore deceptive. Military idealism continued to be fed by chivalric novels, notably the Amadis de Gaula (1508), but beneath the superficial gloss of chivalry there burnt an ideological intolerance typified by the great conquests of Cardinal Cisneros in Africa (Mers-el-Kebir, 1505 and Oran, 1509), and Hernan Cortes in Tenochtitlan (1521). It is also significant that the new rulers of Spain were willing to pursue an intolerant policy regardless of its economic consequences. In regard to both the Jews and the Mudejares, Isabella was warned that pressure would produce economic disruption, but she was steeled in her resolve by Cisneros and the rigorists. Ferdinand, responding to protests by Barcelona, maintained that spiritual ideals were more important than material considerations about the economy. Though affirmation of religious motives cannot be accepted at face value, it appears that a `crusading’ spirit had replaced the possibility of convivencia, and exclusivism was beginning to triumph.

The communities of Christians, Jews and Muslims never lived together on equal terms; so-called convivencia was always a relationship between unequals. Within that inequality, the minorities played their roles while attempting to avoid conflicts. In fifteenth-century Murcia, the Muslims were an indispensable fund of labour in both town and country, and as such were protected by municipal laws. The Jews, for their part, made an essential contribution as artisans and small producers, in leather, jewellery and textiles. They were also important in tax administration and in medicine. In theory, both minorities were restricted to specified areas of the towns they lived in. In practice, the laws on separation were seldom enforced. In Valladolid at the same period, the Muslims increased in number and importance, chose their residence freely, owned houses, lands and vineyards. Though unequal in rights, the Valladolid Muslims were not marginalized. The tolerability of coexistence paved the way to mass conversion in 1502.

In community celebrations, all three faiths participated. In Murcia, Muslim musicians and jugglers were an integral part of Christian religious celebrations. In times of crisis the faiths necessarily collaborated. In 1470 in the town of Ucles, `a year of great drought, there were many processions of Christians as well as of Muslims and Jews, to pray for water …’ In such a community, there were some who saw no harm in participating with other faiths. `Hernan Sanchez Castro’, who was denounced for it twenty years later in Ucles, `set out from the church together with other Christians in the procession, and when they reached the square where the Jews were with the Torah he joined the procession of the Jews with their Torah and left the processions of the Christians’. Co-acceptance of the communities extended to acts of charity. Diego Gonzalez remembered that in Huete in the 1470s, when he was a poor orphan, as a Christian he received alms from `both Jews and Muslims, for we used to beg for alms from all of them, and received help from them as we did from the Christians’. The kindness he received from Jews, indeed, encouraged him to pick up a smattering of Hebrew from them. It also led him to assert that `the Jew can find salvation in his own faith just as the Christian can in his’ . There was, of course, always another side to the coexistence. It was in Ucles in 1491 that a number of Jewish citizens voluntarily gave testimony against Christians of Jewish origin. And Diego Gonzalez, twenty years later when he had become a priest, was arrested for his pro-Jewish tendencies and burnt as a heretic.

We can be certain of one thing. Spain was not, as often imagined, a society dominated exclusively by zealots. In the Mediterranean the confrontation of cultures was more constant than in northern Europe, but the certainty of faith was no stronger. Jews had the advantage of community solidarity, but under pressure from other cultures they also suffered the disadvantage of internal dissent over belief. The three faiths had coexisted long enough for many people to accept the validity of all three. `Who knows which is the better religion’, a Christian of Castile asked in 1501, `ours or those of the Muslims and the Jews?’

Though there were confusions of belief in the peninsula, there seems in late mediaeval times to have been no formal heresy, not even among Christians. But this did not imply that Spain was a society of convinced believers. In the mid-sixteenth century a friar lamented the ignorance and unbelief he had found throughout Castile, `not only in small hamlets and villages but even in cities and populous towns’. `Out of three hundred residents’, he affirmed, `you will find barely thirty who know what any ordinary Christian is obliged to know’. Religious practice among Christians was a free mixture of community traditions, superstitious folklore and imprecise dogmatic beliefs. Some writers went so far as to categorize popular religious practices as diabolic magic. It was a situation that Church leaders did very little to remedy. Everyday religion among Christians continued to embrace an immense range of cultural and devotional options. There are many parallels to the cases of the Catalan peasant who asserted in 1539 that `there is no heaven, purgatory or hell; at the end we all have to end up in the same place, the bad will go to the same place as the good and the good will go to the same place as the bad’; or of the other who stated in 1593 that `he does not believe in heaven or hell, and God feeds the Muslims and heretics just the same as he feeds the Christians’. When Christian warriors battled against Muslims, they shouted their convictions passionately. At home, or in the inn, or working in the fields, their opinions were often different. The bulk of surviving documentation gives us some key to this dual outlook, only, however, among Christians. In Soria in 1487, at a time when the final conquest of Granada was well under way, a resident commented that `the king is off to drive the Muslims out, when they haven’t done him any harm’. The Muslim can be saved in his faith just as the Christian can in his’, another is reported to have said. The inquisitors in 1490 in Cuenca were informed of a Christian who claimed chat `the good Jew and the good Muslim can, if they act correctly, go to heaven just like the good Christian’. There is little or nothing to tell us how Jews and Muslims thought, but every probability that they also accepted the need to make compromises with the other faiths of the peninsula.

Christians who wished to turn their backs on their own society often did so quite simply by embracing Islam. From the later Middle Ages to the eighteenth century, there were random cases of Spanish Christians who changed their faith in this way. The Moorish kingdom of Granada had a small community of renegade Christians. In Christian Spain it was not uncommon to find many of pro-Muslim sentiment. In 1486 the Inquisition of Saragossa tried a Christian `for saying that he was a Muslim, and for praying in the mosque like a Muslim’. Long after the epoch of convivencia had passed, many Spaniards retained at the back of their minds a feeling that their differences were not divisive. In the Granada countryside in the 1620s, a Christian woman of Muslim origin felt that `the Muslim can be saved in his faith as the Jew can in his’, a peasant felt that `everyone can find salvation in his own faith’, and another affirmed that `Jews who observe their law can be saved’. The attitude was frequent enough to be commonplace, and could be found in every corner of Spain.

The remarkable absence of formal `heresy’ in late mediaeval Spain may in part have been a consequence of its multiple cultures. The three faiths, even while respecting each other, attempted to maintain in some measure the purity of their own ideology. In times of crisis, as with the rabbis in 1492 or the Muslim alfaquis in 1609, they clung desperately to the uniqueness of their own truth. Christianity, for its part, remained so untarnished by formal heresy that the papal Inquisition, active in France, Germany and Italy, was never deemed necessary in mediaeval Castile and made only a token appearance in Aragon. In the penumbra of the three great faiths there were, it is true, a number of those who, whether through the indifferentism born of tolerance or the cynicism born of persecution, had no active belief in organized religion. But the virtual absence of organized heresy meant that though defections to other faiths were severely punished in Christian law, no systematic machinery was brought into existence to deal with non-believers or with those forced converts who had shaky belief. For decades, society continued to tolerate them, and the policy of burning practised elsewhere in Europe was little known in Spain.

All this was changed by the successful new Reconquest of Ferdinand and Isabella. It appears that the rulers, seeking to stabilize their power in both Castile and Aragon, where civil wars had created disorder in the 1470s, accepted an alliance with social forces that prepared the way for the elimination of a plural, open society. The crown accepted this policy because it seemed to ensure stability, but the new developments failed to bring about social unity, and the machinery of the Inquisition served only to intensify and deepen the shadow of conflict over Spain.

Voir par ailleurs:

Église et État : “Il ne faut pas caricaturer les Lumières !”
Interview Cyprien Mycinski

La Croix

07/11/2019

Dans un livre qui fera date, l’Église dans l’État, l’historienne de la France religieuse à l’époque janséniste change notre regard sur un siècle passionné de religion, mais où l’Église cède beaucoup de pouvoir.

D’un point de vue religieux, la France du XVIIIe siècle vit sous le régime du « gallicanisme ». Qu’est-ce que ce terme signifie ?

Il faut commencer par rappeler que, à l’époque, le mot n’existe pas : le néologisme a été forgé après la Révolution française. Au XVIIIe siècle, on parle des « libertés de l’Église gallicane ». Et cela renvoie à une formule de compromis : l’Église de France est reconnue comme pleinement catholique et soumise au pape sur le plan spirituel, tout en étant intégrée à l’État et soumise au roi sur le plan temporel. En ce sens, l’Église est dans l’État. Cela ne signifie pourtant pas que le roi est le chef de l’Église de France comme le roi d’Angleterre est à la tête de l’Église d’Angleterre. L’Église de France, elle, n’a jamais rompu avec le pape. C’est pour cette raison que le « gallicanisme » est très différent de l’anglicanisme. Ce compromis est néanmoins instable et très délicat à gérer. C’est tellement vrai que personne n’a essayé d’en donner une théorie. On s’en tient à quelques maximes qui vont donner lieu à des querelles d’interprétation récurrentes. L’idéal revendiqué par tous est celui d’un équilibre entre les deux souverainetés, chacune dans leur domaine. Mais dans les faits, c’est à des conflits répétés sur la délimitation de leurs territoires respectifs que l’on va assister tout au long du XVIIIe siècle.

L’Église de France, elle, n’a jamais rompu avec le pape. C’est pour cette raison que le « gallicanisme » est très différent de l’anglicanisme.

Pourquoi l’Église a-t-elle accepté cette absorption par l’État royal ?

Elle s’est faite très lentement. C’est sans doute ce qui explique que l’Église de France n’a pas vraiment mesuré ce qu’impliquait son absorption progressive par l’État. En 1561, très peu de temps avant que n’éclatent les guerres de Religion, une assemblée périodique du clergé français est constituée pour régler les rapports financiers entre l’Église et le roi. De fait, cette institution accepte de se soumettre au souverain. Mais, du côté de l’Église, elle est vue comme un moyen de peser sur le pouvoir royal, notamment dans la négociation de la contribution de l’Église au financement de l’État ou dans la lutte contre le protestantisme puis le jansénisme. En 1682, sous l’égide de Bossuet, l’Église gallicane accepte de se soumettre encore davantage. L’assemblée du clergé vote à cette date la déclaration des quatre articles par laquelle l’autorité du pape sur le clergé français est exclusivement réduite au domaine spirituel tandis que l’autorité du roi, elle, est posée comme « absolue ».

Faut-il alors considérer qu’au XVIIIe siècle l’Église est entièrement soumise au roi ?

En vérité, le roi « absolu » n’est pas si absolu que cela… Louis XV hésite beaucoup à imposer quoi que ce soit au clergé français. Il craint que celui-ci puisse devenir une force d’opposition. Il renonce par exemple à soumettre l’Église de France à une véritable imposition et accepte de maintenir le système du « don gratuit » par lequel l’Église définit elle-même ce qu’elle verse au budget de l’État. Finalement, le siècle entier se passe en controverses durant lesquelles on s’écharpe pour savoir jusqu’où doit s’exercer l’autorité de l’État sur l’Église ou, a contrario, quelles sont les « libertés » de l’Église de France dans l’État royal. Ces multiples controverses touchent à des problèmes précis qui peuvent nous paraître bizarres, comme la validité de la bulle Unigenitus concernant la répression des jansénistes ou le droit pour les clercs de refuser les sacrements à un individu. Parfois, elles portent sur des questions beaucoup plus lourdes, comme la propriété des biens du clergé ou encore le mariage des protestants… Mais, à chaque fois, l’enjeu est le même : s’affrontent ceux qui souhaitent que soit renforcée l’autorité de l’État sur l’Église et ceux qui veulent au contraire défendre une certaine autonomie de l’Église.

En vérité, les penseurs des Lumières ne sont pas aussi hostiles à la religion qu’on le dit.

Sur le plan religieux, on a l’habitude de voir le XVIIIe siècle comme un temps d’opposition entre les philosophes des Lumières et l’Église. À vous écouter, c’est donc un autre sujet qui aurait passionné et divisé les hommes de ce temps…

Il ne faut pas voir le siècle des Lumières de manière caricaturale ! On le présente trop facilement comme un siècle où s’affrontent de manière simpliste la raison des philosophes et le dogme de l’Église. En vérité, les penseurs des Lumières ne sont pas aussi hostiles à la religion qu’on le dit, et – surtout – le face-à-face de la raison et de la religion n’occupe pas les esprits autant que la question des relations qu’entretiennent les deux « souverainetés », c’est-à-dire l’autorité temporelle et l’autorité spirituelle. Lors de chaque controverse, des dizaines de plumitifs mais aussi les plus grands auteurs du temps prennent position. Montesquieu a été embarqué dans les discussions sur l’Unigenitus, Voltaire s’est exprimé sur la propriété des biens ecclésiastiques et Rousseau sur le mariage des protestants. La pensée des philosophes des Lumières s’est donc en partie forgée à l’occasion de ces disputes qui étaient pour eux loin d’être anodines.

Dans quelle mesure les idées des Lumières se sont-elles nourries de ces affrontements ?

L’histoire de ces controverses permet de lire à nouveaux frais l’héritage de la pensée du XVIIIe siècle. On a souvent tendance à considérer que les idées des Lumières sont nées dans les grands esprits des grands philosophes. En vérité, je me suis rendu compte que c’est à l’épreuve de questions très concrètes que ces idées ont commencé à se formuler. La tolérance, par exemple, se construit dans la polémique engagée à propos du mariage des protestants. Louis XIV avait décrété qu’il n’y avait plus de protestants en France et, dès lors, on ne pouvait officiellement enregistrer les mariages protestants. En conséquence, les enfants nés de ces couples étaient des bâtards, ce qui était un lourd handicap à cette époque. Tout au long du siècle, on se demanda donc comment traiter les protestants, s’il fallait les forcer à la conversion ou au contraire reconnaître les mariages clandestins qui les unissaient. C’est notamment dans ce contexte que l’idée de tolérance s’est construite. Elle n’est pas sortie tout armée d’un esprit brillant. Finalement, ce que ces controverses nous rappellent, c’est que l’intelligence est d’abord collective, qu’elle a besoin du débat.

Pour les hommes du XVIIIe siècle, que l’Église puisse être séparée de l’État est une idée qui n’est tout simplement pas pensable. 

Quelles conséquences ont eues ces controverses sur le regard porté sur l’Église ?

Tout au long du siècle, chaque fois que l’Église défend ses « libertés », on sent monter la peur de la voir se constituer en corps étranger à l’intérieur de l’État. Un certain anticléricalisme se renforce donc jusqu’à la Révolution. Ce qu’il est important de comprendre – et cela a été insuffisamment pointé par les historiens jusqu’à présent -, c’est que cet anticléricalisme des Lumières n’est donc pas seulement « philosophique » mais aussi « politique ». Bien sûr, certains philosophes s’attaquent aux « superstitions » que répand l’Église, mais on a aussi très peur qu’elle soit suffisamment puissante pour s’opposer à la politique de l’État royal et ainsi constituer un État dans l’État. On peut trouver là une des origines de la Constitution civile du clergé de 1790… Cette grande réforme révolutionnaire avait pour but de fusionner définitivement l’Église et l’État pour éviter que celle-là puisse avoir une quelconque autonomie vis-à-vis de celui-ci. Mais, cette fois, l’absorption de l’Église dans l’État alla trop loin et le pape – ainsi qu’une partie du clergé français – s’y opposa. En définitive, c’est sans doute l’échec de cette fusion organique qui conduira à penser la séparation de l’Église et de l’État que nous connaissons.

Les controverses que vous évoquez peuvent apparaître très lointaines, presque exotiques… Pourquoi vous y être intéressée ?

Commençons par une raison qui relève de mon travail d’historienne : j’ai écrit il y a 20 ans un livre sur le jansénisme À l’occasion de ce travail, un autre problème m’est apparu : celui, particulièrement embrouillé, du « gallicanisme ». J’ai donc essayé de le résoudre. Néanmoins, au-delà de cette explication personnelle, je crois aussi que l’histoire de ces controverses du XVIIIe siècle peut nous intéresser sur bien des points. D’abord, elle nous rappelle d’où nous venons. La séparation de l’Église et de l’État nous est une évidence, et nous avons même peine à imaginer qu’une société puisse s’organiser autrement. Pour les hommes du XVIIIe siècle, c’est l’inverse qui est vrai : que l’Église puisse être séparée de l’État est une idée qui n’est tout simplement pas pensable. L’histoire nous rappelle donc la relativité de nos conceptions de la politique, de la société… Mais ces controverses ont aussi une certaine actualité : le problème de savoir ce qui relève du spirituel et ce qui relève du temporel continue de nous occuper. Je remarque d’ailleurs que c’est toujours à propos de ce qui peut sembler des détails – comme le voile islamique – que nous nous affrontons sur cette question. En définitive, ces controverses du XVIIIe siècle ne sont peut-être pas si éloignées de nous que nous pourrions le croire…

Catherine Maire est historienne à l’EHESS, chargée de recherche au CNRS, grande spécialiste de l’histoire religieuse et intellectuelle de la France, en particulier du jansénisme. Elle vient de publier l’Église dans l’État. Politique et religion dans la France des Lumières (Gallimard).

Voir enfin:

Minorités religieuses

Histoire : “Les prisonniers étaient considérés comme des martyrs de la foi”

Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, plusieurs minorités religieuses interdites ont fait l’objet d’enfermement en France, en Angleterre ou en Espagne. Natalia Muchnik, directrice d’études à l’EHESS, a comparé leur sort. Un travail novateur.

Les minorités religieuses ont été enfermées dans plusieurs pays d’Europe. Pourtant, en vous lisant, on est surpris de constater que cet enfermement ne s’accompagnait pas forcément d’une interdiction de pratiquer.

Le but était avant tout d’écarter les personnes concernées du reste de la société. Les conditions d’incarcération étaient non seulement très hétérogènes selon les ressources financières des détenus, mais surtout très différentes de celles des prisons contemporaines. Ceux qui étaient enfermés pour cause de foi ont ainsi pu développer des pratiques religieuses parfois distinctes de celles du dehors, et ce notamment parce qu’ils se trouvaient rassemblés en un même lieu alors qu’ils étaient d’ordinaire plus dispersés. La religion a dès lors pu servir d’appui aux prisonniers, pour tenir et faire groupe face aux autres détenus. Un phénomène que l’on peut observer dans les prisons contemporaines, où l’intensification du religieux est fréquente.

Vous avez étudié quatre minorités : les protestants français aux XVIIe et XVIIIe siècles, les récusants et crypto-catholiques dans l’Angleterre protestante à partir du milieu du XVIe siècle, les morisques musulmans et les marranes juifs dans l’Espagne inquisitoriale. Pourquoi ces quatre minorités ?

Ces populations n’ont pas été les seules à connaître les prisons en raison de leur foi. Mais elles présentent l’intérêt, dans une perspective comparatiste, de vivre dans des monarchies socioculturellement et politiquement proches (la France, l’Angleterre et l’Espagne). Les quatre minorités ont aussi des fondements cultuels relativement analogues et, soumises à une forte répression, entretiennent un rapport similaire à la clandestinité et un lien fort avec leurs diasporas respectives. En outre, nous disposons à leur sujet d’abondantes sources.

Le statut de détenu ne définissait pas tant une présence effective dans les geôles, un enfermement, donc, qu’une condition, celle de ne pas être juridiquement libre.

Vous démontrez que les prisons étaient très connectées à l’environnement social. Comment comprendre cette porosité des geôles ?

Cette porosité était en effet dans l’ensemble bien plus importante qu’elle ne l’est aujourd’hui. À l’époque, le statut de détenu ne définissait pas tant une présence effective dans les geôles, un enfermement, donc, qu’une condition, celle de ne pas être juridiquement libre : on pouvait être prisonnier sans être concrètement enfermé, ou du moins pas tout le temps. Au Moyen Âge déjà, on différenciait la « prison close » et la « prison ouverte », qui incluait des assignations à résidence. Il faut à ce titre souligner qu’il n’y avait pas, sauf exceptions, de bâtiments construits pour être des prisons jusqu’au XVIIIe siècle : on réutilisait les édifices existants, voire on louait des maisons particulières. Il faut distinguer, d’un côté, une porosité « conjoncturelle », pour les détenus les plus aisés ou certaines figures – comme les prêtres en Angleterre -, qui pouvaient obtenir des autorisations ponctuelles pour sortir plusieurs jours avec ou sans gardien, d’ordinaire contre rémunération et au bon vouloir des geôliers, qui étaient les maîtres en leurs royaumes. D’autre part, une porosité structurelle est inhérente aux dispositifs de l’enfermement dans l’Europe moderne. Ainsi le cas des prisons inquisitoriales en Espagne : alors que, dans les « prisons secrètes », les accusés reclus durant leur procès sont en principe isolés, dans les « prisons de la pénitence », les condamnés sortent pour travailler ou mendier durant la journée et rentrent le soir. En Angleterre, au XVIIIe siècle surtout, les détenus pour dettes en particulier pouvaient vivre à proximité des geôles tout en étant inscrits dans les registres de la prison, souvent surpeuplée.

Les détenus correspondaient-ils à un groupe social particulier ?

Non, le spectre social était beaucoup plus large que celui des détenus d’aujourd’hui, incluant des riches comme des pauvres, des anonymes comme des écrivains célèbres. De même, les femmes étaient proportionnellement plus nombreuses qu’aujourd’hui. Cela est particulièrement vrai pour les minorités étudiées. Il y avait ainsi une plus grande familiarité avec le monde de la prison, d’autant que les geôles étaient souvent au coeur des villes.

Et les enfants ?

Il était rare qu’on enferme les enfants avant l’adolescence. Ils étaient généralement envoyés dans des structures éducatives spécialisées ou dans des monastères, pour y être instruits et conformés à la religion dominante.

Ce n’est pas l’Église, mais l’autorité civile qui exécute à mort les condamnés lors des autodafés inquisitoriaux en Espagne. 

L’Église catholique semble privilégier la prison comme peine. Pourquoi ?

Parce que l’Église ne peut en principe pas faire couler le sang. Contrairement à ce qu’on pense parfois, par exemple, ce n’est pas l’Église, mais l’autorité civile qui exécute à mort les condamnés lors des autodafés inquisitoriaux en Espagne. En Angleterre, c’était le pouvoir royal qui enfermait les catholiques, en particulier lorsqu’ils faisaient du prosélytisme et/ou ne reconnaissaient pas le souverain comme chef de l’Église, au profit de l’autorité pontificale.

Peut-on parler de formation de communautés religieuses dans les prisons ?

Cela dépend des effectifs, évidemment, et des conditions de détention. Mais le prosélytisme à l’intérieur des geôles est attesté dans les quatre cas. Dans certains établissements londoniens, ou dans le sud-est de la France, par exemple à la tour de Constance, où furent recluses des femmes protestantes, de petites communautés liturgiques se sont formées, même si elles ne disposaient pas nécessairement des instruments du culte. À Londres, des messes ont même été célébrées dans les geôles, accueillant aussi des fidèles de l’extérieur. On cite souvent le cas où l’on avait mis à la disposition d’un prêtre une cellule réservée à la messe.

Les détenus étaient perçus comme des modèles de ferveur, de dévouement pour la foi et le signe de l’élection divine du groupe dans son entier. 

Les prisonniers avaient donc une influence pour les coreligionnaires du dehors ?

Oui, ils pouvaient jouer non seulement un rôle cultuel, on vient de le voir, mais aussi symbolique pour les communautés du dehors et, plus largement, pour leurs diasporas respectives. En effet, les détenus étaient considérés comme des martyrs de la foi et nombre de leurs correspondances étaient alors imprimées. Chez les chrétiens, on les rapprochait des premiers chrétiens ou encore de saint Paul en captivité. Ils étaient perçus comme des modèles de ferveur, de dévouement pour la foi et le signe de l’élection divine du groupe dans son entier. Cette dimension martyrologique se retrouve même chez les marranes, en terre ibérique, et suscitait une circulation de reliques, comme celle des restes des prêtres exécutés en Angleterre, par exemple.

Quel rôle joue cet héritage aujourd’hui pour les communautés étudiées, selon vous ?

En ce qui concerne les catholiques anglais, certains des collèges créés par les exilés en Europe, où cette culture du martyre était mise en valeur, subsistent. D’ailleurs, des prêtres enfermés et exécutés ont rapidement été béatifiés. En Angleterre, il y a des éléments rituels qui ne sont pas propres au milieu de la prison, mais à la situation de clandestinité. Le rosaire, par exemple, a pris une grande importance au moment de la clandestinité. C’était effectivement plus facile à dissimuler. On pourrait également citer le cas des protestants de France, où la mémoire des persécutions, celle des camisards emprisonnés, de l’expérience du Désert dans les Cévennes, est encore particulièrement vive et innerve l’histoire et l’identité communautaires.

À lire
Les Prisons de la foi. L’enfermement des minorités (XVIe-XVIIIe siècle), de Natalia Muchnik, Puf.

Pope cites French epic poem to “prove” Christianity is as violent as Islam

Jihad watch

“Pope Francis trotted out a scene from the 11th-century French epic poem La Chanson de Roland this week to prove Christians have tried to convert Muslims by the sword, just as Muslims have done to Christians.”

The Pope’s moral equivalence is obscene at best. He also stated: “Beware of the fundamentalist groups: everyone has his own.”

True, but no religion but Islam has a history of aggression and an imperative — supported by religious texts — to conquer the world and subjugate unbelievers as inferiors, while murdering those who leave the faith.

Nowhere in Christian tenets is there a command to conquer by the sword; however, this is prescribed in Islamic texts and law, and has been steadily followed in varying degrees for 1,400 years.

Christians also defended themselves against expansionary Islamic marauders from the 7th century onward, as the latter rampaged through the Middle East and Africa, murdering far more Christians than Christians killed Muslims in all the Crusades combined.

And they’re still doing it. Christians are facing genocide at the hands of Muslims in the Middle East and Africa; most of the world ignores this, including the Pope, who instead insists that “it’s not fair to identify Islam with violence.”

The Pope has been a powerful promoter of Islam, going so far as advance theological reforms in Catholic schools to promote a “common mission of peace” with Islam. He largely ignores the gross human rights violations against Christians, women, minorities and apostates that are justified by normative Islam. He has not called on the leaders of Islamic states and mainstream Islamic leaders to condemn the Islamic texts that sanction such abuses. Instead, he has stated that “Christianity and Islam have more in common than people think…and the two religions defend common values that are necessary for the future of civilization.”

“Hours before Pope Francis called for the abolition of capital punishment” last Friday, he warmly embraced the Grand Sheikh of al-Azhar, Ahmed el-Tayeb — the revered Islamic scholar and cleric who has endorsed jihad suicide attacks against Jews and wants converts to Christianity to be killed. Pope Francis and el-Tayeb early this year published “A Document On Human Fraternity for World Peace and Living Together.”

Then last month, Pope Francis installed new cardinals who “share his vision for social justice, rights of immigrants and dialogue with Islam.”

Regarding La Chanson de Roland, “the French themselves to cry foul, reproaching the pontiff both for besmirching one of their most beloved pieces of epic literature and for using a fictional narrative to illustrate a point about how Christians supposedly behave.”

Voir enfin:

Sir Ridley Scott, the Oscar-nominated director, was savaged by senior British academics last night over his forthcoming film which they say « distorts » the history of the Crusades to portray Arabs in a favourable light.

The £75 million film, which stars Orlando Bloom, Jeremy Irons and Liam Neeson, is described by the makers as being « historically accurate » and designed to be « a fascinating history lesson ».

Academics, however – including Professor Jonathan Riley-Smith, Britain’s leading authority on the Crusades – attacked the plot of Kingdom of Heaven, describing it as « rubbish », « ridiculous », « complete fiction » and « dangerous to Arab relations ».

The film, which began shooting last week in Spain, is set in the time of King Baldwin IV (1161-1185), leading up to the Battle of Hattin in 1187 when Saladin conquered Jerusalem for the Muslims.

The script depicts Baldwin’s brother-in-law, Guy de Lusignan, who succeeds him as King of Jerusalem, as « the arch-villain ». A further group, « the Brotherhood of Muslims, Jews and Christians », is introduced, promoting an image of cross-faith kinship.

« They were working together, » the film’s spokesman said. « It was a strong bond until the Knights Templar cause friction between them. »

The Knights Templar, the warrior monks, are portrayed as « the baddies » while Saladin, the Muslim leader, is a « a hero of the piece », Sir Ridley’s spokesman said. « At the end of our picture, our heroes defend the Muslims, which was historically correct. »

Prof Riley-Smith, who is Dixie Professor of Ecclesiastical History at Cambridge University, said the plot was « complete and utter nonsense ». He said that it relied on the romanticised view of the Crusades propagated by Sir Walter Scott in his book The Talisman, published in 1825 and now discredited by academics.

« It sounds absolute balls. It’s rubbish. It’s not historically accurate at all. They refer to The Talisman, which depicts the Muslims as sophisticated and civilised, and the Crusaders are all brutes and barbarians. It has nothing to do with reality. »

Prof Riley-Smith added: « Guy of Lusignan lost the Battle of Hattin against Saladin, yes, but he wasn’t any badder or better than anyone else. There was never a confraternity of Muslims, Jews and Christians. That is utter nonsense. »

Dr Jonathan Philips, a lecturer in history at London University and author of The Fourth Crusade and the Sack of Constantinople, agreed that the film relied on an outdated portrayal of the Crusades and could not be described as « a history lesson ».

He said: « The Templars as ‘baddies’ is only sustainable from the Muslim perspective, and ‘baddies’ is the wrong way to show it anyway. They are the biggest threat to the Muslims and many end up being killed because their sworn vocation is to defend the Holy Land. »

Dr Philips said that by venerating Saladin, who was largely ignored by Arab history until he was reinvented by romantic historians in the 19th century, Sir Ridley was following both Saddam Hussein and Hafez Assad, the former Syrian dictator. Both leaders commissioned huge portraits and statues of Saladin, who was actually a Kurd, to bolster Arab Muslim pride.

Prof Riley-Smith added that Sir Ridley’s efforts were misguided and pandered to Islamic fundamentalism. « It’s Osama bin Laden’s version of history. It will fuel the Islamic fundamentalists. »

Amin Maalouf, the French historian and author of The Crusades Through Arab Eyes, said: « It does not do any good to distort history, even if you believe you are distorting it in a good way. Cruelty was not on one side but on all. »

Sir Ridley’s spokesman said that the film portrays the Arabs in a positive light. « It’s trying to be fair and we hope that the Muslim world sees the rectification of history. »

The production team is using Loarre Castle in northern Spain and have built a replica of Jerusalem in Ouarzazate, in the Moroccan desert. Sir Ridley, 65, who was knighted in July last year, grew up in South Shields and rose to fame as director of Alien, starring Sigourney Weaver.

He followed with classics such as Blade Runner, Thelma and Louise, which won him an Oscar nomination in 1992, and in 2002 Black Hawk Down, told the story of the US military’s disastrous raid on Mogadishu. In 2001 his film Gladiator won five Oscars, but Sir Ridley lost out to Steven Soderbergh for Best Director.


Green Book: Comment torpiller la chance de cinq oscars (Behind its African-American art of coded communication, the Green Book subversively promoted an image of affluent African-Americans that white Americans rarely saw and which eventually had a democratizing effect on the country)

26 janvier, 2019

Image result for The Green book Victor hugo Green cover"Colored waiting room" à Durham, Caroline du Nord, en mai 1940.Le pianiste et compositeur Don Shirley à New York, en 1960.

Image result for Green Book film posterOn April 4, 1967, exactly one year before his assassination, the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. stepped up to the lectern at the Riverside Church in Manhattan. The United States had been in active combat in Vietnam for two years and tens of thousands of people had been killed, including some 10,000 American troops. The political establishment — from left to right — backed the war, and more than 400,000 American service members were in Vietnam, their lives on the line. Many of King’s strongest allies urged him to remain silent about the war or at least to soft-pedal any criticism. They knew that if he told the whole truth about the unjust and disastrous war he would be falsely labeled a Communist, suffer retaliation and severe backlash, alienate supporters and threaten the fragile progress of the civil rights movement. King rejected all the well-meaning advice and said, “I come to this magnificent house of worship tonight because my conscience leaves me no other choice.” Quoting a statement by the Clergy and Laymen Concerned About Vietnam, he said, “A time comes when silence is betrayal” and added, “that time has come for us in relation to Vietnam.” It was a lonely, moral stance. And it cost him. But it set an example of what is required of us if we are to honor our deepest values in times of crisis, even when silence would better serve our personal interests or the communities and causes we hold most dear. It’s what I think about when I go over the excuses and rationalizations that have kept me largely silent on one of the great moral challenges of our time: the crisis in Israel-Palestine. I have not been alone. Until very recently, the entire Congress has remained mostly silent on the human rights nightmare that has unfolded in the occupied territories. Our elected representatives, who operate in a political environment where Israel’s political lobby holds well-documented power, have consistently minimized and deflected criticism of the State of Israel, even as it has grown more emboldened in its occupation of Palestinian territory and adopted some practices reminiscent of apartheid in South Africa and Jim Crow segregation in the United States. Many civil rights activists and organizations have remained silent as well, not because they lack concern or sympathy for the Palestinian people, but because they fear loss of funding from foundations, and false charges of anti-Semitism. They worry, as I once did, that their important social justice work will be compromised or discredited by smear campaigns. Similarly, many students are fearful of expressing support for Palestinian rights because of the McCarthyite tactics of secret organizations like Canary Mission, which blacklists those who publicly dare to support boycotts against Israel, jeopardizing their employment prospects and future careers. Reading King’s speech at Riverside more than 50 years later, I am left with little doubt that his teachings and message require us to speak out passionately against the human rights crisis in Israel-Palestine, despite the risks and despite the complexity of the issues. King argued, when speaking of Vietnam, that even “when the issues at hand seem as perplexing as they often do in the case of this dreadful conflict,” we must not be mesmerized by uncertainty. “We must speak with all the humility that is appropriate to our limited vision, but we must speak.” And so, if we are to honor King’s message and not merely the man, we must condemn Israel’s actions: unrelenting violations of international law, continued occupation of the West Bank, East Jerusalem, and Gaza, home demolitions and land confiscations. We must cry out at the treatment of Palestinians at checkpoints, the routine searches of their homes and restrictions on their movements, and the severely limited access to decent housing, schools, food, hospitals and water that many of them face. We must not tolerate Israel’s refusal even to discuss the right of Palestinian refugees to return to their homes, as prescribed by United Nations resolutions, and we ought to question the U.S. government funds that have supported multiple hostilities and thousands of civilian casualties in Gaza, as well as the $38 billion the U.S. government has pledged in military support to Israel. And finally, we must, with as much courage and conviction as we can muster, speak out against the system of legal discrimination that exists inside Israel, a system complete with, according to Adalah, the Legal Center for Arab Minority Rights in Israel, more than 50 laws that discriminate against Palestinians — such as the new nation-state law that says explicitly that only Jewish Israelis have the right of self-determination in Israel, ignoring the rights of the Arab minority that makes up 21 percent of the population. Of course, there will be those who say that we can’t know for sure what King would do or think regarding Israel-Palestine today. That is true. The evidence regarding King’s views on Israel is complicated and contradictory. Although the Student Nonviolent Coordinating Committee denounced Israel’s actions against Palestinians, King found himself conflicted. Like many black leaders of the time, he recognized European Jewry as a persecuted, oppressed and homeless people striving to build a nation of their own, and he wanted to show solidarity with the Jewish community, which had been a critically important ally in the civil rights movement. Ultimately, King canceled a pilgrimage to Israel in 1967 after Israel captured the West Bank. During a phone call about the visit with his advisers, he said, “I just think that if I go, the Arab world, and of course Africa and Asia for that matter, would interpret this as endorsing everything that Israel has done, and I do have questions of doubt.” He continued to support Israel’s right to exist but also said on national television that it would be necessary for Israel to return parts of its conquered territory to achieve true peace and security and to avoid exacerbating the conflict. There was no way King could publicly reconcile his commitment to nonviolence and justice for all people, everywhere, with what had transpired after the 1967 war. Today, we can only speculate about where King would stand. Yet I find myself in agreement with the historian Robin D.G. Kelley, who concluded that, if King had the opportunity to study the current situation in the same way he had studied Vietnam, “his unequivocal opposition to violence, colonialism, racism and militarism would have made him an incisive critic of Israel’s current policies.” Indeed, King’s views may have evolved alongside many other spiritually grounded thinkers, like Rabbi Brian Walt, who has spoken publicly about the reasons that he abandoned his faith in what he viewed as political Zionism. (…) During more than 20 visits to the West Bank and Gaza, he saw horrific human rights abuses, including Palestinian homes being bulldozed while people cried — children’s toys strewn over one demolished site — and saw Palestinian lands being confiscated to make way for new illegal settlements subsidized by the Israeli government. He was forced to reckon with the reality that these demolitions, settlements and acts of violent dispossession were not rogue moves, but fully supported and enabled by the Israeli military. For him, the turning point was witnessing legalized discrimination against Palestinians — including streets for Jews only — which, he said, was worse in some ways than what he had witnessed as a boy in South Africa. (…) Jewish Voice for Peace, for example, aims to educate the American public about “the forced displacement of approximately 750,000 Palestinians that began with Israel’s establishment and that continues to this day.” (…) In view of these developments, it seems the days when critiques of Zionism and the actions of the State of Israel can be written off as anti-Semitism are coming to an end. There seems to be increased understanding that criticism of the policies and practices of the Israeli government is not, in itself, anti-Semitic. (…) the Rev. Dr. William J. Barber II (…) declared in a riveting speech last year that we cannot talk about justice without addressing the displacement of native peoples, the systemic racism of colonialism and the injustice of government repression. In the same breath he said: “I want to say, as clearly as I know how, that the humanity and the dignity of any person or people cannot in any way diminish the humanity and dignity of another person or another people. To hold fast to the image of God in every person is to insist that the Palestinian child is as precious as the Jewish child.” Guided by this kind of moral clarity, faith groups are taking action. In 2016, the pension board of the United Methodist Church excluded from its multibillion-dollar pension fund Israeli banks whose loans for settlement construction violate international law. Similarly, the United Church of Christ the year before passed a resolution calling for divestments and boycotts of companies that profit from Israel’s occupation of Palestinian territories. Even in Congress, change is on the horizon. For the first time, two sitting members, Representatives Ilhan Omar, Democrat of Minnesota, and Rashida Tlaib, Democrat of Michigan, publicly support the Boycott, Divestment and Sanctions movement. In 2017, Representative Betty McCollum, Democrat of Minnesota, introduced a resolution to ensure that no U.S. military aid went to support Israel’s juvenile military detention system. Israel regularly prosecutes Palestinian children detainees in the occupied territories in military court. None of this is to say that the tide has turned entirely or that retaliation has ceased against those who express strong support for Palestinian rights. To the contrary, just as King received fierce, overwhelming criticism for his speech condemning the Vietnam War — 168 major newspapers, including The Times, denounced the address the following day — those who speak publicly in support of the liberation of the Palestinian people still risk condemnation and backlash. Bahia Amawi, an American speech pathologist of Palestinian descent, was recently terminated for refusing to sign a contract that contains an anti-boycott pledge stating that she does not, and will not, participate in boycotting the State of Israel. In November, Marc Lamont Hill was fired from CNN for giving a speech in support of Palestinian rights that was grossly misinterpreted as expressing support for violence. Canary Mission continues to pose a serious threat to student activists. And just over a week ago, the Birmingham Civil Rights Institute in Alabama, apparently under pressure mainly from segments of the Jewish community and others, rescinded an honor it bestowed upon the civil rights icon Angela Davis, who has been a vocal critic of Israel’s treatment of Palestinians and supports B.D.S. But that attack backfired. Within 48 hours, academics and activists had mobilized in response. The mayor of Birmingham, Randall Woodfin, as well as the Birmingham School Board and the City Council, expressed outrage at the institute’s decision. The council unanimously passed a resolution in Davis’ honor, and an alternative event is being organized to celebrate her decades-long commitment to liberation for all. I cannot say for certain that King would applaud Birmingham for its zealous defense of Angela Davis’s solidarity with Palestinian people. But I do. In this new year, I aim to speak with greater courage and conviction about injustices beyond our borders, particularly those that are funded by our government, and stand in solidarity with struggles for democracy and freedom. My conscience leaves me no other choice. Michelle Alexander
“I think it’s a trope that has certainly been seen in Hollywood films for decades. Think about the white teacher in the inner city school. The Michelle Pfeiffer one [in Dangerous Minds]. The Principal. Music of the Heart, where Meryl Streep was a music teacher. Wildcats. I think these stories probably read well in a pitch meeting: ‘Goldie Hawn coaching an inner city football team.’“They make it look like Japan would not have made it out of the feudal period without Tom Cruise.” And the west wouldn’t have been tamed and we’d have no civilization if Kevin Costner didn’t ride into town. Laurence Lerman
Belle becomes empowered to challenge the white characters that view themselves as her savior on their veiled racism, which marks a welcome departure from one of Hollywood’s most enduring cinematic tropes: the white savior. When it comes to race-relations dramas—and slavery narratives, in particular—the white savior has become one of Hollywood’s most reliably offensive clichés. The black servants of The Help needed a perky, progressive Emma Stone to shed light on their plight; the football bruiser in The Blind Side couldn’t have done it without fiery Sandra Bullock; the black athletes in Cool Runnings and The Air Up There needed the guidance of their white coach; and in 12 Years A Slave, Solomon Northup, played by Chiwetel Ejiofor, is liberated at the eleventh hour by a Jesus-looking Brad Pitt (in a classic Deus Ex Machina). The issue, according to Lerman, is more complex given the nature of Hollywood and the various power structures at play. While there are plenty of important stories to tell featuring people of color, there are only a small number of people of color in Hollywood with the clout to get a film green-lit—especially since we’re living in an age where international box office trumps domestic. This troubling disparity often results in a white star needing to be featured in a film with a predominantly minority cast to secure the necessary financing—as was the case with Pitt’s appearance in 12 Years A Slave, a film produced by his company, Plan B. And who can forget the controversy over the outrageous Italian movie posters for 12 Years A Slave, which prominently featured the film’s white movie stars—Pitt and Michael Fassbender—in favor of the movie’s real star, Chiwetel Ejiofor. Without ruining the film for you, part of what makes Belle so refreshing is that its portrayal of black characters, namely Belle, is one of dignity. They aren’t the typical uneducated blacks you see in films that need to be shown the light by a white knight, for they’re blessed with more intellect and class than many of their white subjugators, who soon come to realize that Belle, through her grace and wisdom, is their savior. “Her family thought they were giving her great love, but until she’s able to take that freedom for herself and find self-love and feel comfortable in her own skin, that’s when she’s ready to challenge them,” says Mbatha-Raw. “It just felt like a story that needed to be told.” The Daily Beast
“Driving Miss Daisy” (…) “The Upside” (…)  “Green Book” (…) symbolize a style of American storytelling in which the wheels of interracial friendship are greased by employment, in which prolonged exposure to the black half of the duo enhances the humanity of his white, frequently racist counterpart. All the optimism of racial progress — from desegregation to integration to equality to something like true companionship — is stipulated by terms of service. Thirty years separate “Driving Miss Daisy” from these two new films, but how much time has passed, really? The bond in all three is conditionally transactional, possible only if it’s mediated by money. “The Upside” has the rich, quadriplegic author Phillip Lacasse (Cranston) hire an ex-con named Dell Scott (Hart) to be his “life auxiliary.” “Green Book” reverses the races so that some white muscle (Mortensen) drives the black pianist Don Shirley (Ali) to gigs throughout the Deep South in the 1960s. It’s “The Upside Down.” These pay-for-playmate transactions are a modern pastime, different from an entire history of popular culture that simply required black actors to serve white stars without even the illusion of friendship. It was really only possible in a post-integration America, possible after Sidney Poitier made black stardom loosely feasible for the white studios, possible after the moral and legal adjustments won during the civil rights movements, possible after the political recriminations of the black power and blaxploitation eras let black people regularly frolic among themselves for the first time since the invention of the Hollywood movie. Possible, basically, only in the 1980s, after the movements had more or less subsided and capitalism and jokey white paternalism ran wild. On television in this era, rich white sitcom families vacuumed up little black boys, on “Diff’rent Strokes,” on “Webster.” On “