Affaire Weinstein: Attention, une histoire peut en cacher une autre (A new manifestation of a much older story)

23 octobre, 2017

Alfred Hitchcock and Tippi Hedren, arrive at the festival theatre in Cannes, France, for the screening of The Birds in 1963

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Thémistocle offrait un sacrifice devant la trière amirale, quand on amena trois prisonniers de guerre d’une grande beauté, magnifiquement vêtus et couverts de bijoux. C’étaient, disait-on, les fils de Sandacè, la sœur du Grand Roi, et d’Artayctès. Le devin Euphrantidès les aperçut […], il saisit la main de Thémistocle et lui ordonna de consacrer les jeunes gens et de les immoler tous à Dionysos Mangeur de chair crue, en donnant à entendre le vœu de cette divinité. Un tel sacrifice, disait-il, assurerait aux Grecs le salut et la victoire. Thémistocle en fut stupéfait, comme par une prophétie grande et terrible ; mais la multitude, comme souvent dans les graves dangers et les situations difficiles, espérait son salut de l’irrationnel plus que des voies raisonnables : invoquant le dieu d’une seule voix, elle poussa les prisonniers devant l’autel, et força Thémistocle à accomplir le sacrifice, comme le devin l’avait ordonné. Plutarque
Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain; tu ne désireras point la maison de ton prochain, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. Deutéronome 5: 21
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnait lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Il y avait vraiment des gens qui s’agitaient devant des courts-bouillons de grenouilles et de scorpions, mais nous savons que leurs manigances n’empêcheraient pas les avions de voler (…) C’est bien pourquoi, même lorsqu’elles étaient condamnées, même lorsqu’elles étaient techniquement coupables, les sorcières étaient des boucs émissaires. René Girard
Il arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer, bien que nous souffrions jusqu’à mourir d’avoir à les leur disputer ; le contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple douloureux et préventif dans cette prédilection des hommes pour les femmes qui, avant de les connaître, ont commis des fautes, pour ces femmes qu’ils sentent enlisées dans le danger et qu’il leur faut, pendant toute la durée de leur amour, reconquérir ; un exemple postérieur au contraire, et nullement dramatique celui-là, dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goût pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il lui faut la protéger chaque jour. Le contraire des hommes qui exigent qu’une femme renonce au théâtre, bien que, d’ailleurs, ce soit parce qu’elle avait été au théâtre qu’ils l’ont aimée. Proust
Vous nous avez fait faire tout ce chemin pour nous montrer quoi: un triangle à la française ? Eglinton (Ulysse, James Joyce)
Elle était belle comme la femme d’un autre. Paul Morand
En 1974, un accident de la circulation impliquant le président Giscard d’Estaing, qui conduisait lui-même une voiture aux côtés d’une conquête, au petit matin dans une rue de Paris avait fait les titres de la presse satirique. (…) Mitterrand, entre deux dossiers, consacrait beaucoup de temps à son harem. Chirac nommait ses favorites au gouvernement. Ses disparitions nocturnes entraînaient l’inévitable question de Bernadette : « Savez-vous où est mon mari ce soir? » C’est ainsi: en France, sexe, amour et politique sont indissociables. Sexus Politicus
From the day the McMartin Pre-School molestation story broke on KABC-TV, on Feb. 2, 1984, the media have been major players in the story, influencing events as well as chronicling them, both by the stories they have published and broadcast and by the stories they haven’t. That is the conclusion of a three-month Times investigation completed and, except for a few relatively minor changes, written before the jury verdicts were announced Thursday. (…) Media feeding frenzies have become almost commonplace in recent years, as Gary Hart, Oliver North, Vice President Dan Quayle and Speaker of the House Jim Wright, among many others, could readily attest. But in McMartin, the media seemed especially zealous–in large part because of the monstrous, bizarre and seemingly incredible nature of the original accusations. More than most big stories, McMartin at times exposed basic flaws in the way the contemporary news organizations function. Pack journalism. Laziness. Superficiality. Cozy relationships with prosecutors. A competitive zeal that sends reporters off in a frantic search to be first with the latest shocking allegation, responsible journalism be damned. A tradition that often discourages reporters from raising key questions if they aren’t first brought up by the principals in a story. In the early months of the case in particular, reporters and editors often abandoned two of their most cherished and widely trumpeted traditions–fairness and skepticism. As most reporters now sheepishly admit–and as the record clearly shows–the media frequently plunged into hysteria, sensationalism and what one editor calls « a lynch mob syndrome. » On so volatile an issue in an election year, defense attorneys maintain, that helped make it all but inevitable that the case would be prosecuted on a scale greater than the actual evidence warranted. There were stories about child prostitution and massive child pornography rings, stories about children being exchanged between preschools for sexual purposes, stories about a connection between alleged molestation at McMartin and a murder eight years earlier. None of these charges was ultimately proved, but the media largely acted in a pack, as it so often does on big events, and reporters’ stories, in print and on the air, fed on one another, creating an echo chamber of horrors. The LA Times
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Ca fait partie de ce puritanisme général qui nous envahit. Frédéric Mitterrand
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre. Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)

J’étais chaque fois avec des gens de mon âge ou de cinq ans de moins. (…) Que vienne me jeter la première pierre celui qui n’a pas commis ce genre d’erreur. Parmi tous les gens qui nous regardent ce soir, quel est celui qui n’aurait pas commis ce genre d’erreur au moins une seule fois ? (…) « Ce n’est ni un roman, ni des Mémoires. J’ai préféré laissé les choses dans le vague. C’est un récit, mais au fond, pour moi, c’est un tract : une manière de raconter une vie qui ressemble à la mienne, mais aussi à celles de beaucoup d’autres gens.
 Frédéric Mitterrand
La rumeur, Frédéric Mitterrand, c’est qu’on dit ‘Frédéric Mitterrand, il aime les petits garçons. On dit, il est pédophile’. Franz-Olivier Giesbert
C’est pas vrai. Quand les gens disent les garçons, on imagine alors les petits garçons. Ça fait partie de ce puritanisme général qui nous envahit qui fait que l’on veut toujours noircir le tableau, ça n’a aucun rapport. (…) Evidemment, je cours le risque de ce genre d’amalgame. Je le cours d’autant plus facilement ce risque-là puisqu’il ne me concerne pas. (…) Il faudrait que les gens lisent le livre et ils se rendraient compte qu’en vérité c’est très clair. Frédéric Mitterrand (émission « Culture et dépendances », le 6 avril 2005)
DSK, dont tous les médias connaissent le goût pour une sexualité débridée, risquait des ennuis dans un pays qui ne plaisante pas avec la morale, en général, et le harcèlement sexuel en particulier. (…) Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). (…) Or, à la différence de ce qui se passe en France, aux Etats-Unis -où se trouve le siège du FMI – le moindre « comportement inapproprié » peut coûter son poste au titulaire d’un mandat public. Les Américains ne plaisantent pas avec ce genre de chose même si cela nous fait ricaner. Si dans six mois, il y a un scandale (selon les normes US), les médias français vont-ils encore écrire: on le redoutait, mais on ne vous a rien dit ? Notre crédibilité n’en sortirait pas renforcée. (…) Pour bien connaître DSK, je sais qu’il est en séduction permanente, même s’il n’a jamais eu de gestes déplacés. Et que cela choque et a choqué, surtout hors des frontières hexagonales. Tous les journalistes qui ont couvert ses activités publiques –y compris à Marianne- le savent et les anecdotes sont nombreuses. Mais être «pressant» n’est pas un délit pénal, que cela soit clair. En revanche, aux Etats-Unis, c’est tout comme. C’est tout ce que je voulais dire : une fois à la tête du FMI, il faudra que DSK ravale son côté « French Lover » lourdingue. Jean Quatremer (correspondant de Libération à Bruxelles, juillet 2007)
On le baptise « cinq minutes douche comprise », parfois trois, parfois dix, l’expression est presque entrée dans le langage courant. « Lorsqu’il avait un rendez-vous avec une femme, c’était à la minute près. Nous le déposions, il nous donnait un horaire en sortant de la voiture et il revenait à l’horaire exact, il ne fallait surtout pas être en retard », raconte son ancien chauffeur. Des femmes qu’il chevauche, sans plus de préliminaires, parce que le temps presse, parce que la quantité a pris l’ascendant sur la qualité. « Je me souviens d’un voyage à La Réunion, au début de son septennat. Une femme l’aborde et lui demande une dédicace sur l’un de ses livres qu’elle tient à la main. Le président s’approche et lui dit, avec un culot incroyable : “Montez dans ma chambre si vous voulez ?” Et la femme de suivre Jacques Chirac, tout sourire », se souvient l’un de ses gardes du corps à la mairie de Paris. Les anecdotes se succèdent, les témoignages plus ou moins vrais le voient courir, à l’heure du laitier, dans un couloir sombre d’un immeuble du quartier Montparnasse pour rejoindre une femme qui le guette derrière la porte. Un autre jour, on l’aperçoit rue de la Convention dans les bras d’une autre, à qui il rend visite chaque semaine. Il utilise aussi régulièrement une garçonnière dans l’immeuble du 241, boulevard Saint-Germain (dont le premier étage abrite le siège départemental du RPR) pour satisfaire ses plaisirs avec une collaboratrice du RPR ou une jeune ambitieuse qui cherche la chaleur fugace du pouvoir. Il y a les régulières, les coups de cœur, les « amuse-bouches » qui réussissent à franchir les cordons de sécurité pour approcher le président, d’autres qui partagent le même avion que le président et qui attendent, nues, dans son espace privé, brûlantes de désir. Elles sont députées, ministres, conseillères, bourgeoises provinciales, des inconnues qu’on lui apporte sur un plateau, et puis il y a celles avec qui il aura une histoire parallèle, tout cela vécu simultanément, réclamant de grandes qualités d’organisation. […] La nuit où la princesse Diana trouve la mort dans un terrible accident de la circulation sous le pont de l’Alma, le président de la République est introuvable. Nous sommes le 31 août 1997. Toute la République est debout. En désespoir de cause, Jean-Pierre Chevènement, le ministre de l’Intérieur, tente un appel à Bernadette Chirac qui, désappointée, lui répond qu’elle ne sait pas où est son mari. Ce soir-là, on le dit dans les bras d’une autre femme. Jean-Claude Laumond, son inséparable chauffeur, est réveillé alors qu’il dort dans sa voiture au pied de l’immeuble où se trouve le président. Arnaud Ardoin
He told me this is how things work in Hollywood and all of the actresses that have made it have made it this way. He told me first I would have sex with him, then he would take me to parties and show me who I would sleep with after that. I didn’t think anyone would believe me. I was nobody. Why would they? Heather Kerr
J’ai honte de n’avoir rien dit à ce moment-là […] J’imagine que c’était parce que ça ne m’étais pas arrêtée à moi et donc je pensais que ce n’était pas à moi de le dire. (…) J’ai rencontré Weinstein quand j’étais déjà âgée, mais il s’intéressait plutôt aux jeunes femmes parce qu’elles sont plus vulnérables. Jane Fonda
C’était plus que les rumeurs habituelles, les ragots. (…) Je savais qu’il avait fait plusieurs de ces choses. (…) J’en savais suffisamment pour réagir plus que ce que j’ai fait. (…) ‘aimerais avoir agi de façon responsable après ce que j’ai entendu. Pour faire ce que j’aurais dû faire, il aurait fallu que je ne travaille pas avec lui. Quentin Tarantino
Let us now consider the peculiar politics of Harvey Weinstein, the disgraced movie producer. Today Weinstein is in the headlines for an astonishing array of alleged sexual harassment and assaults, but once upon a time he was renowned for something quite different: his generous patronage of liberal politicians and progressive causes. This leading impresario of awful was an enthusiastic supporter of Barack Obama and Hillary Clinton. He was a strong critic of racism, sexism and censorship. He hosted sumptuous parties to raise money for the fight against Aids. In 2004 he was a prominent supporter of a women’s group called “Mothers Opposing Bush”. And in the aftermath of the terrorist attack against the French magazine Charlie Hebdo, he stood up boldly for freedom of the press. Taking to the pages of Variety, Weinstein announced that “No one can ever defeat the ability of great artists to show us our world.” To call this man a hypocrite is to state the obvious. This champion of women is now accused of sexual harassment on an epic scale. This defender of the press was excellent at manipulating it and on one memorable occasion is said to have physically roughed up a reporter asking tough questions. (…) What explains Weinstein’s identification with progressive causes? Perhaps it was all about cozying up to power, the thrill of being a friend of Bill Clinton. Perhaps it was all about moral absolution, in the same way that lists of corporations-that-care always turn out to be led by outfits like Walmart, Goldman Sachs and Exxon-Mobil. In the world of the wealthy, liberalism is something you do to offset your rapacious behavior in other spheres. It’s no coincidence that, in Weinstein’s desperate first response to the accusations against him, he thought to promise war against the National Rifle Association and to support scholarships for women. But it’s also something deeper than that. Most people on the left think of themselves as resisters of authority, but for certain of their leaders, modern-day liberalism is a way of rationalizing and exercising class power. Specifically, the power of what some like to call the “creative class”, by which they mean well-heeled executives in industries like Wall Street, Silicon Valley and Hollywood. Worshiping these very special people is the doctrine that has allowed Democrats to pull even with Republicans in fundraising and that has buoyed the party’s fortunes in every wealthy suburb in America. That this strain of liberalism also attracts hypocrites like Harvey Weinstein, with his superlative fundraising powers and his reverence for “great artists”, should probably not surprise us. Remember, too, that Weinstein is the man who once wrote an essay demanding leniency for Roman Polanski, partially on the grounds that he too was a “great artist”.  Harvey Weinstein seemed to fit right in. This is a form of liberalism that routinely blends self-righteousness with upper-class entitlement. That makes its great pronouncements from Martha’s Vineyard and the Hamptons. (…) Countless people who should have known better are proclaiming their surprise at Harvey Weinstein’s alleged abuses. But in truth, their blindness is even more sweeping than that. They are lost these days in a hall of moral mirrors, weeping tears of admiration for their own virtue and good taste. Thomas Frank
Hollywood a du mal à expliquer comment l’une de ses personnalités les plus célèbres a pu s’en sortir en toute impunité en agissant de la sorte depuis si longtemps. (…) Est-ce l’équivalent à Hollywood du « mur du silence » en matière policière, ou bien y a-t-il quelque chose de plus clinique à l’œuvre ? Une réponse possible se trouve dans les résultats de récentes études en psychologie. Selon des scientifiques aux États-Unis et en Israël, il existe certains traits de personnalité, les « trois composantes obscures » du narcissisme, de la psychopathie et du machiavélisme, qui sont le plus souvent associées à un comportement sexuellement violent. Une découverte intéressante dans les résultats de cette recherche, publiée en 2016 dans le journal Personality and Individual Differences (La personnalité et les différences individuelles), c’est que les traits de personnalité associés à un penchant au harcèlement peuvent être des « adaptations psychologiques spécialisées » qui permettent aux individus d’exploiter des « niches » dans la société. En d’autres termes, certains prédateurs sexuels pourraient faire carrière dans certains secteurs d’activité spécifiques qui leur permettent d’exploiter les autres. Les chercheurs ont également constaté que la disposition qui motive la réussite d’une personne peut également comprendre certains traits de personnalité qui expliquent sa tendance à exploiter les autres. Les traits nécessaires pour remporter les Academy Awards, par exemple, peuvent être semblables aux traits d’une personne qui recherche un grand nombre de partenaires sexuels et des relations qui nécessitent peu d’engagement.En ce sens, cette étude suggère que nous ne devrions pas être surpris de retrouver un parallèle semblable dans bien d’autres aspects de la société. Ce n’est pas seulement à Hollywood que les caractéristiques qui font d’une personne une star peuvent faire de la même personne un agresseur. (…) Lorsque les agresseurs sont démasqués, ils cherchent souvent à rejeter leur responsabilité. Prétendre souffrir d’un trouble tel que « l’addiction sexuelle » ou suivre un programme de réadaptation dans une clinique de réadaptation pour un « traitement », comme Weinstein vient apparemment de le faire, correspond à une réponse machiavélique classique. Si les allégations se confirment, Weinstein serait un exemple extrême d’agresseur aux « trois composantes obscures ». Mais cette combinaison de traits de caractère n’est pas si rare. En fait, de puissants prédateurs pourraient bien rôder en ce moment même autour de la machine à café. Selon une enquête de 1994 menée sur les employés du gouvernement fédéral des États-Unis, citée dans l’étude sur les « trois composantes obscures », 44 % des femmes et 19 % des hommes parmi les employés ont déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail au cours deux années précédentes. Comme nous le rappellent les auteurs de l’étude de 2016, le harcèlement sexuel ne consiste pas toujours à essayer d’obtenir des faveurs sexuelles. Mais ce sont plutôt des motivations psychologiques, notamment le besoin d’accroître le sentiment d’estime de soi, l’attrait, ou la masculinité, qui peuvent conduire à des conduites d’abus de pouvoir de la part des prédateurs, lors de rapports visant à dominer ou à rabaisser les autres. Ce qui peut être particulièrement utile pour comprendre l’affaire Weinstein, quelle qu’en soit l’issue, c’est que Hollywood est bel et bien une bulle d’énergie narcissique. Les psychologues pourraient soutenir que cette caractéristique explique l’aveuglement dont certains ont fait preuve envers les soupçons de comportement pervers de l’un de leurs collègues. Le harcèlement sexuel est la priorité immédiate dans l’affaire Weinstein, comme il se doit, étant donné la gravité des soupçons de crimes et la détresse infligée aux victimes. Mais pour les psychologues qui cherchent à comprendre l’apparente connexion entre le succès et les maltraitances, l’apparente chute Weinstein n’est que la partie émergée d’un iceberg d’analyse.
L’exploitation est omniprésente dans le cinéma, c’est pourquoi nous devons lui refuser notre soutienCes projets au budget faramineux donnent à certains un pouvoir immense, utilisé pour briser des jeunes femmes. On devrait refuser d’exposer nos esprits à ce genre de choses. Si vous voulez des histoires à visage humain, lisez un livre. Ann Althouse
Combien de secteurs disposent d’un terme précis pour désigner l’échange de faveurs sexuelles contre un emploi ? interroge John Podhoretz. Est-ce un hasard si la pratique est tellement répandue dans le milieu du cinéma qu’elle a donné lieu à la locution ‘casting couch’, [un équivalent de notre ‘promotion canapé’] ? Dans combien de secteurs organise-t-on des réunions dans des chambres d’hôtel en dehors des heures de bureau ? Et lors de ces rendez-vous, dans combien de secteurs un patron dit-il à une jeune femme qu’elle ne doit pas hésiter à se dénuder devant lui, car l’emploi qu’elle brigue exigera d’elle qu’elle soit nue face à des millions de personnes ? John Podhoretz
The commentariat’s reaction to the Weinstein revelations has been desperately confused, and for once, the confusion is constructive, because there are strange ideological and moral convergences. The most extreme argument has it that he’s really not a unique monster, that every working woman in America has encountered a Weinstein, and that the problem derives from a culture of “toxic masculinity.” This attitude is an outgrowth of the now-fashionable view that there have been no real gains for women and minorities over the past half-century, that the gains are illusory or tokenish, and that something more revolutionary is required to level the playing field. As a matter of fact in the Weinstein case, this view is false. Women have indeed encountered boors and creeps in their workplaces. But a wolf-whistler is not a rapist. Someone who leers at a woman isn’t the same as someone who masturbates in front of her. Coping with grotesque and inappropriate co-workers and bosses is something every human being, regardless of gender, has had to deal with, and will have to deal with until we are all replaced by robots. It’s worse for women, to be sure. Still, no one should have to go through such experiences. But we all have and we all do. It’s one of the many unpleasant aspects of being human. Still, the extreme view of “toxic masculinity” contains a deeper truth that is anything but revolutionary. It takes us right back to Hobbes. His central insight—indeed, the insight of civilization itself—is that every man is a potential Weinstein. This clear-eyed, even cold-eyed view of man’s nature is the central conviction of philosophical conservatism. Without limits, without having impressed upon us a fear of the legal sanction of punishment or the social sanction of shame and ostracism, we are in danger of seeking our earthly rewards in the state of nature. The revolutionary and the conservative also seem to agree there’s something viscerally disturbing about sex crimes that sets them apart. But here is where the consensus between us breaks down. Logically, if the problem is that we live in a toxic culture that facilitates these crimes, then the men who commit them are, at root, cogs in an inherently unjust system. The fault ultimately is the system’s, not theirs. Harvey Weinstein is an exceptionally clever man who spent decades standing above and outside the system, manipulating it and gaming it for his own ends. He’s no cog. Tina Brown once ran Weinstein’s magazine and book-publishing line. She wrote that “strange contracts pre-dating us would suddenly surface, book deals with no deadline attached authored by attractive or nearly famous women, one I recall was by the stewardess on a private plane.” Which means he didn’t get into book publishing, or magazine publishing, to oversee the production of books and articles. He did it because he needed entities through which he would pass through payoffs both to women he had harassed and molested and to journalists whose silence he bought through options and advances. His primary interest wasn’t in the creation of culture. It was the creation of conditions under which he could hunt. Which may explain his choice of the entertainment industry in the first place. In how many industries is there a specific term for demanding sexual favors in exchange for employment? There’s a “casting couch”; there’s no “insurance-adjustor couch.” In how many industries do people conduct meetings in hotel rooms at off hours anyway? And in how many industries could that meeting in a hotel room end up with the dominant player telling a young woman she should feel comfortable getting naked in front of him because the job for which she is applying will require her to get naked in front of millions? Weinstein is entirely responsible for his own actions, but his predatory existence was certainly made easier by the general collapse of most formal boundaries between the genders. Young women were told to meet him in private at night in fancy suites. Half a century earlier, no young woman would have been permitted to travel alone in a hotel elevator to a man’s room. The world in which that was the norm imposed unacceptable limitations on the freedoms of women. But it did place serious impediments in the paths of predators whose despicable joy in life is living entirely without religious, spiritual, cultural, or moral impediment. Hobbes was the great philosopher of limits. We Americans don’t accept his view of things; we tend to think better of people than he did. We tend to believe in the greater good, which he resolutely did not. We believe in self-government, which he certainly did not. But what our more optimistic outlook finds extraordinarily difficult to reckon with is behavior that challenges this complacency about human nature. We try to find larger explanations for it that place it in a more comprehensible context: It’s toxic masculinity! It’s the residue of the 1960s! It’s the people who enabled it! The truth is that, on occasion—and this is one such occasion—we are forced to come face to face with the worst of what any of us could be. And no one explanation suffices save Hamlet’s: “Use every man after his desert, and who should ’scape whipping?” John Podhoretz
Exiling one mogul won’t bury this question: If people realize the system is exploitative and inhuman, will they still watch movies? For his misbehavior, film mogul Harvey Weinstein has been expelled from the Academy of Motion Picture Arts and Sciences. This is a pretty big deal, considering that director Roman Polanski, who pleaded guilty to rape charges involving a 13-year-old girl, is still a member. Hollywood has stood by Polanski for decades, even as other rape accusations surfaced. Whoopi Goldberg famously remarked eight years ago that his crime, in which he drugged and anally raped the girl, wasn’t “rape-rape.” Yet Hollywood has turned, with blinding speed, on Weinstein. He has been cast out in a way that previous Hollywood figures have not.  Why is this? I think it’s because Weinstein wasn’t as unusual as they’d like us to believe. I think it’s because Hollywood has figured out that the world is different now, and that the tame entertainment press and Hollywood publicists can’t control stories anymore. I think it’s because they hope that if they’re hard enough on Weinstein, the story will go away and the public won’t realize that he was part of an ecosystem of exploitation, part of business as usual, not a departure from it. They aren’t turning on Weinstein because they suddenly found out what he was like. They always knew. They’re turning on Weinstein because America found out what he was like, and they’re hoping to distract people before they draw the correct conclusion about what Hollywood in general is like. I don’t think it will work. Harvey Weinstein is a very large man, but he is not large enough to carry away all of Hollywood’s sins. (…) Hollywood is the way it is because the nature of the work — a lot of judgment calls, without much in the way of transparency or objective standards — means that people who want to abuse their power can do so. Having a mogul on your side, or sometimes even a talent agent or assistant producer, can make a career; having one of them mad at you can sink it. Weinstein seems to be an exceptionally unpleasant man, prone to bullying and abusing both men and women, in sexual and non-sexual ways. Even his sexual assaults seem more about humiliating his victims than about achieving straightforward sexual gratification. Weinstein’s actions seem more de Sade than Don Juan. But they were facilitated by scores or hundreds of accomplices: assistants, producers, actors and actresses, talent agents — kept under his influence with development deals and options and the like. And they did this because while Weinstein might have been an exceptional jerk, his behavior wasn’t so unusual for the industry. Hollywood folks hope you won’t draw that conclusion, but as further accusations involving other Hollywood figures come out, the conclusion will be hard to avoid. And that raises Hollywood’s biggest worry: Once people realize that the system that produces movies is exploitative and inhuman, will they still watch movies? Or are motion pictures the ”blood diamonds” of the entertainment world? As Ann Althouse wrote on her blog, “Because movies are shot through with human exploitation, we should withhold our patronage. These big expensive projects create immense power that is used to grind up young women, and we should not want to expose our mind to this material. If you need stories about human beings, read.”People reading instead of going to movies? That’s scarier to Hollywood than the worst of Harvey Weinstein’s deeds. No wonder they moved fast. Glenn Harlan Reynolds
Il n’a fallu que quelques jours aux puissants du cinéma américain pour mettre au ban le célèbre producteur, accusé de harcèlement sexuel et de viol. Est-ce pour mieux détourner l’attention de la vraie nature d’Hollywood ? Les transgressions du producteur Harvey Weinstein lui ont coûté sa place à l’Académie des Oscars. Ce n’est pas rien, quand on pense qu’elle compte encore parmi ses membres le réalisateur Roman Polanski, qui a plaidé coupable [de détournement de mineur] dans l’affaire du viol d’une adolescente de 13 ans. Alors même que d’autres accusations de viol ont fait surface, Hollywood soutient Polanski depuis des dizaines d’années. En 2009, Whoopi Goldberg a même déclaré à propos du crime – Polanski avait drogué et sodomisé la jeune fille – que ce n’était pas “vraiment” un viol. Pourtant, Hollywood s’est retourné contre Weinstein à une vitesse ahurissante. Il subit un ostracisme auquel ont échappé d’autres personnalités de son milieu. Pourquoi ? À mon avis, c’est parce que le cas de Weinstein n’est pas aussi inhabituel qu’on veut nous le laisser croire. Hollywood a dû comprendre que le monde avait changé et que les médias people et les attachés de presse dociles ne pouvaient plus étouffer ces histoires. De mon point de vue, ils espèrent qu’en se montrant intransigeants avec Weinstein l’affaire se dissipera. Ils veulent éviter que le grand public se rende compte que cet homme fait partie d’un système d’exploitation bien ancré et qu’il ne relève pas de l’exception. Ces individus n’ostracisent pas Weinstein parce qu’ils ont soudain découvert sa vraie nature. Ils l’ont toujours connue. Ils se retournent contre lui parce que le grand public a découvert sa vraie nature. Ils espèrent détourner l’attention de l’opinion avant qu’elle ne découvre le véritable visage d’Hollywood. À mon avis, cela ne fonctionnera pas. Harvey Weinstein est très fort, mais il ne l’est pas assez pour endosser tous les péchés d’Hollywood.“Combien de secteurs disposent d’un terme précis pour désigner l’échange de faveurs sexuelles contre un emploi ? interroge John Podhoretz. Est-ce un hasard si la pratique est tellement répandue dans le milieu du cinéma qu’elle a donné lieu à la locution ‘casting couch’, [un équivalent de notre ‘promotion canapé’] ? Dans combien de secteurs organise-t-on des réunions dans des chambres d’hôtel en dehors des heures de bureau ? Et lors de ces rendez-vous, dans combien de secteurs un patron dit-il à une jeune femme qu’elle ne doit pas hésiter à se dénuder devant lui, car l’emploi qu’elle brigue exigera d’elle qu’elle soit nue face à des millions de personnes ?” Le milieu hollywoodien est ce qu’il est car la nature du travail – les jugements personnels, peu de transparence, peu de normes objectives – permet à ceux qui le veulent d’abuser de leur position dominante. Avoir un magnat dans son camp, voire un agent ou un producteur adjoint, peut propulser une carrière – mais l’inverse est aussi vrai. Weinstein semble être un homme extrêmement désagréable, un habitué du harcèlement et des agressions à l’encontre des femmes comme des hommes, que ces actes soient sexuels ou non. (…) Mais ses comportements ont été facilités par des dizaines voire des centaines de complices : des assistants, des producteurs, des acteurs, des actrices et des agents qui sont restés sous son influence car ils en tiraient divers contrats et projets. Et tous l’ont fait car, bien que Weinstein soit peut-être un connard fini, ses agissements n’étaient pas exceptionnels dans le secteur. Les puissants d’Hollywood espèrent que vous ne tirerez pas cette conclusion, mais elle sera difficilement évitable face aux multiples accusations contre d’autres figures du cinéma américain. En découle la plus grande inquiétude du milieu : si les gens comprennent que le système qui produit des films est abusif, continueront-ils à en regarder ? Les films sont-ils les “diamants du sang” du monde du divertissement ? Glenn Harlan Reynolds
Aurais-je cédé à l’air du temps, et passé du côté de la délation et du déballage, moi qui, comme tant d’autres, ai pris mon clavier et tracé ces mots sur ma page Facebook, #MoiAussi, en donnant les âges auxquels ça m’est arrivé : 8, 24 et 35 ans. Faudrait-il trier le bon grain de l’ivraie, et séparer celles qui comme moi, ont utilisé le hashtag #MeToo, n’ont dénoncé personne et n’ont pas même exposé les faits, et celles qui ont choisi, au contraire, d’utiliser à plein la force humoristique de #balancetonporc, raconté sans détour ce qui leur était arrivé, et parfois même (très rarement, il faut le souligner) nommé celui qui les avait agressées ? Pour moi, la réponse est claire : entre la sobriété et la provocation, la retenue et le récit, c’est une simple question de style, peut-être d’âge ou de sensibilité – peu importe, au fond. Le fait important, c’est justement la rencontre évidente, amicale, solidaire de ces façons d’agir différentes. Ce que nous disons, ce que nous faisons en ce moment, est pour l’essentiel identique. Nous témoignons. Il n’y a pas moins de pudeur chez les unes que chez les autres, pas plus de vulgarité chez les autres que chez les unes. J’ai choisi #MoiAussi, mais plus j’y pense, plus j’apprécie le chic de #balancetonporc : pour toutes celles qui, parmi nous, ont reçu la vulgarité extrême au plus intime de leur corps, et qui en ont intériorisé la honte, y compris à leur esprit défendant, la respiration est plus libre depuis que ce remarquable retour à l’envoyeur a été balancé comme un direct du droit. Par le simple fait de dire que nous avons subi, nous faisons advenir quelque chose de neuf. La honte, peu à peu, change de camp. Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant. Nous le savions déjà par nos discussions entre amies, mais quelque chose est absolument différent quand se dit au grand jour toute la gamme des choses subies, qui va des mots obscènes et des mains aux fesses aux agressions sexuelles, aux viols et aux menaces de mort. Ce qui change, depuis quelques jours, c’est justement que cette parole, longtemps privée, change de statut. Qu’elle devienne publique. Qu’elle soit posée là, dans l’espace commun, et qu’elle place chacune et chacun devant ses responsabilités. Prendre la mesure d’un héritage. Affronter la complexité du présent. Dessiner l’espoir du futur. Prendre la mesure d’un héritage. Aucune nostalgie du passé n’est décente. Car il y a toujours eu un envers sombre à la galanterie aristocratique célébrée depuis tant d’années par M. Finkielkraut. Cet envers se nommait la division des femmes en deux, celles qu’on respecte et celles qu’on méprise. Celles qu’on épouse et celles qu’on baise. Celles qui sont l’honneur de la famille et celles qui sont perdues de réputation. Ce grand partage n’était pas un accident, mais un véritable principe organisateur de la société, dans un monde fondé sur la complémentarité hiérarchique des sexes et qui désignait les femmes comme les responsables et les coupables de la sexualité des hommes. Séparation des femmes par classes. Quand le viol des « femmes de qualité » était férocement réprimé, le gibier à portée de main se nommait domestiques, lavandières, filles de ferme, employées, ouvrières, secrétaires. Séparation plus secrète des forts et des faibles dans le secret des familles, des institutions religieuses et des pensionnats, où l’on comprend que l’envers du décor, c’était le continent noir de la violence sexuelle sur certains des plus jeunes, des plus fragiles, petites filles mais aussi petits garçons. Division enfin des femmes par état matrimonial, dignes épouses et mères de familles d’un côté, filles perdues et filles-mères, catins et prostituées de l’autre. Ce principe de division a été dénoncé, et avec quel courage, par celles qui savent mieux que quiconque que naguère encore, leur métier les plaçait du côté de celles qu’on n’épouse pas. Nous ne devrons jamais oublier ce que nous devons aux actrices. Affronter la complexité du présent. Le point central, qui échappe manifestement à ceux qui s’indignent, est que dans ces témoignages, la volonté de faire tomber des têtes est très peu présente. Il ne s’agit pas principalement de traîner en justice, pas même de désigner des individus à la vindicte. Et, même si tout a démarré par l’affaire Weinstein, il faut savoir écouter au-delà. Réécouter, par exemple, le témoignage de Florence Darel à l’émission « Quotidien », exemplaire de dignité et de pudeur. Elle ne venait pas lyncher un homme déjà à terre, elle venait parce qu’une chaîne de solidarité se tisse anneau par anneau, et que seul le fait d’ajouter un témoignage personnel à un autre peut renverser le principe de l’omerta. Je redoute, bien sûr, que des injustices soient commises. Mais affronter ce risque ne peut pas être une raison de renoncer. Dessiner l’espoir du futur. J’ai entendu Laure Adler le dire magnifiquement un matin à la radio, mais aussi Anne Nivat à la télévision. Ce qui se passe aujourd’hui est une question de société, de culture, de civilisation. Pour celles qui parlent, c’est la fin d’une longue épreuve, dont on sent rétrospectivement à quel point elle était lourde. Mais en aucun cas ce qui domine n’est une plainte victimaire : c’est un geste de fierté, de foi en l’avenir et un pari sur l’intelligence collective. (…) Et c’est notre chance que cela ait été dit en premier par les actrices, ces incarnations de la séduction, dont nous admirons les silhouettes, dont nous aimons qu’elles montrent leurs jambes et leurs décolletés. Les comédiennes n’acceptent plus comme une fatalité de risquer les pelotages et les violences. Elles ne sont pas du gibier pour libidineux de petite ou de grande catégorie. Leurs témoignages sont comme ceux de milliers d’anonymes, et comme le mien aussi : l’appel à une nouvelle civilité sexuelle. Irène Théry
Où étaient ceux qui s’extasient lorsque des centaines de femmes étaient agressées sexuellement à Cologne ? Silence gêné. Où étaient-ils lorsque Libération publiait récemment une tribune appelant à ne pas dénoncer le harcèlement de rue au risque de faire des constats racistes ? Silence gêné. Où étaient-ils lorsque Marlène Schiappa niait tout simplement l’existence d’un harcèlement de rue à La Chapelle après la publication de témoignages très précis ? Où étaient-ils ensuite lorsque Caroline de Haas accusait finalement les trottoirs trop étroits plutôt que les hommes qui les occupent ? Silence gêné, encore et toujours. Qui peut honnêtement découvrir aujourd’hui qu’Hollywood est l’empire du vice et que le refus systématique de toute limite finit par produire des monstres ? Hollywood savait et le monde entier s’en doutait : comment s’étonner de l’absence de vertu dans un monde qui met un point d’honneur à la moquer, à repousser sans cesse les limites de la décence, à tourner tout sacré en ridicule, toute normalité en modèle dépassé, toute célébration de la fidélité en retour de l’ordre moral et qui qualifie de progressiste tout abandon des règles qui organisent l’humanité depuis la nuit des temps ? L’opulence, le refus de la contrainte et l’obsession d’une libération sexuelle toujours plus totale finissent par créer des “porcs”, quelle surprise…  Mais l’hypocrisie ne s’arrête pas là. Récemment, des dizaines de spécialistes étaient réunis à Rome pour un congrès international interdisciplinaire sur les dangers sexuels guettant des enfants hyperconnectés. Certains ont alors évoqué les conséquences désastreuses d’une exposition toujours plus précoce et fréquente à des films pornographiques et violents : modification du cerveau, délitement des liens affectifs ou tout simplement sociaux, corrélation entre violence et sexualité… Rares sont ceux qui ont relevé : quel crédit apporter à l’indignation des mondes médiatique et politique qui détournent ainsi le regard dans des domaines où ils pourraient agir concrètement ? Charlotte d’Ornellas
Ils n’ont rien dit pendant des années, se sont tus pendant des décennies par peur de perdre leur job. Ils, ce sont les hommes d’Hollywood qui retrouvent la mémoire depuis que le producteur le plus puissant de Hollywood, Harvey Weinstein, est accusé de viols et d’agressions sexuelles par de nombreuses actrices. Le réalisateur britannique Michael Caton-Jones a témoigné à son tour dans BuzzFeed. Le cinéaste devait diriger le film «B. Monkey» pour les studios Miramax. Il avait choisi Sophie Okonedo pour tenir le rôle principal féminin. Une actrice métisse britannique qui avait joué dans le film précédent du metteur en scène, «Le Chacal». Mais Harvey Weinstein ne voulait pas en entendre parler. «Harvey me dit : « penses-tu qu’elle est baisable ? »», décrit Michael Caton-Jones, qui lui répond qu’elle est «la meilleure actrice pour le rôle». Le désaccord pousse Harvey Weinstein à débarquer le récalcitrant du poste de réalisateur en l’annonçant dans le journal professionnel «Variety». Michael Caton-Jones va tenter de donner sa propre version des faits aux journalistes, mais ceux-ci ont préféré en rire. «B. Monkey» sera bien produit et mis en scène, par Michael Radford, avec l’actrice Asia Argento dans le rôle titre. Dans les colonnes du «New Yorker», la comédienne italienne accuse Harvey Weinstein de l’avoir violée en 1997… lors de la production de «B Monkey». «Comme j’avais ce film qui arrivait, je ne voulais pas me fâcher avec lui», expliquait-elle. Asia Argento était persuadée que le prédateur pouvait ruiner sa carrière si elle ne cédait pas à ses avances sexuelles. Ce que raconte Michael Caton-Jones prouve que tout un système était admis et su à Hollywood. Paris Match
 #Moiaussi, ou #metoo : c’est le hashtag qui fédère en ce moment les femmes dont la parole se libère enfin. Des femmes de tous âges, de toutes origines et de tous milieux sociaux témoignent avoir été victimes d’agressions sexuelles ou de harcèlement, de la part d’hommes de leur entourage ou d’inconnus. Chaque témoignage est glaçant, mais ce qui est pire que tout, c’est leur nombre, leur déferlement ininterrompu. Toutes les femmes, ou presque, ont connu cela. Le bâillon est tombé, et les récits pleuvent. Et j’ai l’espoir que ce soit le grand soir de la cause féministe, le séisme qui ébranlera enfin le vieux monde misogyne. La première agression, ou le « malentendu »J’ai treize ans. (…) le soir, nous nous retrouvons dans sa chambre. Sa mère est sortie. Nous sommes seuls. Que dire, si ce n’est que je ne contrôle plus rien ? Que les choses vont plus loin que ce que je voulais ? Je dis non, je lui dis « je préfèrerais garder mes vêtements », il réinsiste. (…) Il n’y a aucune violence, juste ma passivité, ma froideur pétrifiée qu’il ne comprend pas. Je n’ai pas hurlé « lâche-moi », j’ai juste attendu. Je crois qu’il ne sait même pas que je n’étais pas d’accord.  (…) La troisième agression (…) j’ai été agressée par un ancien ministre Ce n’est pas la « pire », mais celle qui m’a intellectuellement le plus ébranlée. Parce que les deux premières fois, je me disais que c’était peut-être ma faute. Je n’avais pas su dire non. Je n’avais qu’à prendre une veste. Mais cette fois-là, j’ai compris que ça pouvait arriver à n’importe quelle femme, dans n’importe quelle circonstance, que personne n’était à l’abri. Il faut que je vous détaille le contexte, pour que vous compreniez à quel point c’était inouï, à quel point cela révèle le sentiment d’impunité des prédateurs, et tout particulièrement, des prédateurs puissants. (…) Je repasse en boucle ce qui vient de se passer. Je suis fille d’un ministre en exercice, dans la rangée VIP d’un des lieux les plus huppés de la capitale, en pleine lumière. L’homme assis à côté de moi a occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, est unanimement respecté, et accompagné de son épouse. Et il m’a agressée pendant tout un premier acte, malgré ma résistance vigoureuse. Je mesure soudain ce que cela signifie, et j’ai le vertige. Si cela m’arrive ici, maintenant, à moi, par lui, c’est que cela peut arriver à n’importe quelle femme, partout. Que personne n’est à l’abri. Ariane Fornia
Peu de voyageurs visitent Salvation mountain, si loin de tout, mais il y a un groupe de trois baroudeurs en survêtement douteux, deux jeunes et un vieux, qui me racontent être sur les routes depuis un an, et vouloir se poser quelques jours à Slab City. Ils me proposent un joint, une pipe de crack, ou de coucher avec l’un des trois (ou avec tous, c’est selon). Je décline avec ma politesse désormais habituelle et songe que si ça dégénère, j’irai me réfugier auprès du soldat de Jésus avec ses trois molosses. Mais ils acceptent mon refus avec une résignation gracieuse. Depuis que je suis seule en Californie, on m’a proposé toutes les drogues et tout le kamasutra. Je réponds non merci comme s’il s’agissait d’une tasse de thé. (…)  A mon retour au Joshua Tree Inn, je trouve près du feu de jardin deux couples qui étaient à la soirée karaoké, et qui me hèlent « eh Ziggy Stardust, viens t’asseoir avec nous » ! I Ils ont mon âge, l’âge où on a merdé sa vingtaine, ne sait pas trop où on en est de sa vie et part pour des virées dans le désert avant d’atteindre une trentaine sans gloire. On se dit qu’à nos âges, nos parents avaient des carrières, des plans de vie ambitieux, qu’ils étaient lancés. Nous avons fait des études passionnantes et sans issue et nous sommes des jeunes gens intelligents, cultivés et complètement inutiles à une société qui a de moins en moins besoin de main d’œuvre humaine. Nous ne croyons en rien, si ce n’est peut-être à l’amour. Ariane Fornia
Elles, ce qu’elles voulaient, c’était réussir (…) ou certainement faire un casting plus facilement parce qu’elles n’avaient pas fait d’études de cinéma. Mickaël Chemloul (ancien chauffeur français de Harvey Weinstein)
Je dois dire que j’ai été choquée par les faits les plus graves qui sont rapportés – à savoir que certaines d’entre elles accusent Harvey Weinstein de les avoir violées. Des facettes d’Harvey, j’en connais beaucoup, vu que j’ai travaillé avec lui à plusieurs reprises. Au tout début, quand je l’ai connu, il avait créé Miramax avec son frère et distribuait des films européens et étrangers importants aux Etats-Unis. C’est lui qui, par exemple, a fait connaître là-bas Krzysztof Kieslowski, Jane Campion, lui qui a distribué Les Amants du Pont-Neuf, de Leos Carax, sans toucher à son montage, contrairement à la réputation qui lui était faite. Il était, à cette époque, le seul distributeur américain que je connaissais qui avait un tel enthousiasme pour le cinéma d’auteur, le seul qui s’en donnait les moyens, car il y croyait. A l’époque, je ne me suis jamais sentie en danger avec lui, car je pense que j’étais déjà armée. La seule fois où j’ai entendu une insinuation sexuelle verbale de sa part, je ne l’ai pas prise au sérieux, j’ai répondu immédiatement par un revers de balle hors jeu. (…) Je me souviens qu’une actrice m’en a fait part un jour. (…) Comme toutes les filles, j’ai fait mes classes, j’ai appris à me détourner, à me rebeller, à m’insurger face à l’impunité masculine. Finalement, ces batailles-là m’ont permis de me positionner et souvent, la rage n’était pas loin. Ce sont des blessures, certes, mais c’est aussi une chance d’avoir pu me structurer rapidement par l’expérience de ces épreuves, qui ne sont évidemment pas souhaitables. Mais parfois, malheureusement, tout le monde n’a pas cette repartie, et certaines situations peuvent devenir beaucoup plus destructrices. Au cinéma, l’exercice du pouvoir est très particulier. Le producteur a un pouvoir, le metteur en scène a un pouvoir, l’acteur a un pouvoir. S’approcher de ces pouvoirs-là, c’est un peu comme des trous noirs dans l’espace, ils dégagent une énergie qu’il faut savoir décrypter, sentir, on peut tourner en orbite, mais gare à ne pas se laisser happer  Tout cela pour dire que quand j’ai travaillé avec Harvey Weinstein, je sentais qui j’avais en face. Le genre de type avec lequel je n’irai jamais m’amuser. J’ai déjeuné avec lui une fois en tête-à-tête dans sa suite, je n’ai pas senti de danger, mais je n’ai pas compris pourquoi il tenait à me voir. (…) Chaque situation est différente, ce serait dangereux de généraliser. Mais face à la corpulence d’Harvey, face à son énergie, sa voix, son débit, face aux mots qu’il utilise, à ses croyances, en s’approchant d’un tel pouvoir, il faut savoir où on met les pieds et éveiller son intelligence à ne pas se faire piéger. (…) C’est un homme que j’ai connu dans différentes situations. Une fois, je l’ai vu pleurer parce qu’il se sentait honteux, mais je l’ai vu aussi généreux, et également menteur. C’est un être complexe et tout aussi bizarrement attachant. Mais je savais aussi très bien quelle bête il y avait en lui. (…) Il y a peut-être des actrices qui sont plus influençables et moins préparées aux situations avec les gens de pouvoir, surtout quand on débute. Mais ce genre d’argument ne m’a jamais convaincu, peut-être parce que j’ai appris tôt à être responsable. Je n’ai jamais mis la parole de mon agent avant la mienne. J’écoute, mais je n’obéis pas. Sinon, c’est comme s’approcher d’un volcan. Si tu veux t’approcher du volcan, tu peux le faire, mais tu te brûleras, immanquablement. (…) Je précise que ça m’est arrivé de ne pas être prise dans des films parce que je n’avais pas répondu aux coups de genou sous la table, parce que je n’ai pas appelé le numéro de portable qu’on m’avait donné après avoir répété. J’ai raté quelques films comme ça. (…) C’est un métier dangereux. C’est pourquoi l’intuition est primordiale, ce n’est pas la tête qui doit opérer, c’est l’intuition. Et se poser les vraies questions qui authentifient votre parcours. (…) Le cinéma américain d’aujourd’hui est un cinéma du désir de puissance et de pouvoir, et, malheureusement, qui fait des petits un peu partout dans le monde. Le cinéma américain et son esprit dominent le monde. Juliette Binoche
I think working with actors is a little bit how a chef would work with a potato or a piece of meat. You have to kind of have a look at the potato or the piece of meat and see what kind of possibilities are in the ingredient. I know I’m using the wrong metaphor. I think my job is to see what potato is there and from there, just work under their conditions. I don’t think I have forced anybody. Bjork I may have forced here and there. For the good of the film, I just need to give them what they need. Lars von Trier
It was embarrassing and insulting—there were a lot of reasons why I didn’t want to tell the story. I didn’t want it to be taken advantage of, twisted, turned and made into an even uglier situation than it was. It wasn’t until years later that I told Donald the story. (…) He is absolutely true and honest in this book. Tippi Hedren
People have said, ‘Was he in love with you?’ No, he wasn’t. When you love someone, you treat them well. I think he was an extremely sad character. We are dealing with a brain here that was an unusual genius, and evil, and deviant, almost to the point of dangerous, because of the effect that he could have on people that were totally unsuspecting. It was horrifying. A horrible situation in which to be. There were women who would have gone along with it, but I wasn’t one of those. Actually viewing the film, I have to say that when I first heard [actor Toby Jones’s] voice as Alfred Hitchcock, my body just froze. I had not talked about this issue with Alfred Hitchcock to anyone. Because all those years ago, it was still the studio kind of situation. Studios were the power. And I was at the end of that, and there was absolutely nothing I could do legally whatsoever. There were no laws about this kind of a situation. If this had happened today, I would be a very rich woman.”He ruined my career but he didn’t ruin my life. If this had happened today I would be a very rich woman. Tippi Hedren
He was a misogynist. That man was physically so unattractive. I think to have a mind that thought of himself as an attractive, romantic man and then to wake up in the morning and look at that face and that body was tough. I think he had a whole lot of problems. (…) Well, I don’t know that I’ve gotten any revenge on him. Maybe this movie is a bit. But I’m not the first one this happened to. Other actresses never made any overt statements about it. What he did with his life is astounding. There is no one in this world that did films like he did. Nobody. (…) I have a strong Lutheran background, and my parents instilled in me strong morals. This was something I could never have done. I was not interested in him that way at all. I was fortunate enough to work with him, and as far as I was concerned, he ruined everything. (…) I said, I’ve got to get out of the contract. He said, I’ll ruin your career. And he did. He wouldn’t let me out of the contract. I’d be a really big star if he hadn’t stopped my career. There were so many people who wanted me for their films. All he said was, “She isn’t available.” That’s a mean, mean man. (…) That couple was an enigma to all of Hollywood. At one point, she came to me during “Marnie” and said, “I’m so sorry you have to go through all of this,” and I looked at her and said, “Alma, you could stop it.” Her eyes just glazed over, and she turned and left. (…) He ruined my career, but he didn’t ruin my life. That time of my life was over. I still admire the man for who he was. Teppi Hedren
In an hour and a half, there wasn’t enough time. There were times when it was absolutely delightful and wonderful. Hitchcock had a charm about him. He was very funny at times. He was incredibly brilliant in his field. I learned so much from that man about motion pictures, and how you make a motion picture. So there are things that weren’t able to be in the film to say, ‘Why would she stick around for all of this?’ It wasn’t a constant barrage of harassment. If it had been constantly the way we have had to do it in this film, I would have been long gone. (…) I hadn’t had any acting experience, except in commercials. To break down a script, to delve into how you become another character, the relationship of different characters in the film, was something that I didn’t know how to do. And to have as brilliant a genius as Alfred Hitchcock as my drama coach . . . It was something that I had never experienced before. I don’t know what to call it. I certainly gave no indication that I would ever be interested in any kind of a relationship with him. People have said, ‘Was he in love with you?’ No, he wasn’t. When you love someone, you treat them well. I think we’re dealing with a mind here that is incomprehensible, and I certainly am not capable of discerning what was going through his mind or why. I think he was an extremely sad character. As I said, we are dealing with a brain here that is unusual, genius, and evil, deviant almost to the point of dangerous because of the effect that he can have on people that are totally unsuspecting. (…) As far as seeing (The Girl), I was apprehensive. I have to say that when I first heard Toby’s voice as Alfred Hitchcock, my body just froze. It was hard to go through all of those years that had been eclipsed into an hour and a half. (…) I hope that young women who do see this film know that they do not have to acquiesce to anything that they do not feel is morally right, or that they are dissatisfied with, or simply wanting to get out of that situation, that you can have a strength, and you deserve it. (…) There was absolutely nothing I could do legally, whatsoever. There were no laws about this kind of a situation. If this had happened today, I would be a very rich woman. But I can look at myself in the mirror, and I can be proud. I feel strong. I lived through it beautifully. He ruined my career, but he didn’t ruin my life. Tippi Hedren
Cohn said to me, ‘I don’t think this is going to be a good movie, but Alfred Hitchcock’s a good director, so I’ll let you do it.’ I was happy to get away from Columbia for a while, because he was such a tyrant. (…) I didn’t find him controlling whatsoever. I found him a joy. (…) on how to interpret the character, he gave us complete freedom and trust. (…) I feel bad about all the stuff people are saying about him now, that he was a weird character. I did not find him to be weird at all. I never saw him make a pass at anybody or act strange to anybody. And wouldn’t you think if he was that way, I would’ve seen it or at least seen him with somebody? I think it’s unfortunate when someone’s no longer around and can’t defend themselves. Kim Novak
Alfred Hitchcock was a brilliant and wildly successful filmmaker but he also used his power for terrible things, according to actress Tippi Hedren and the new HBO film, The Girl. Hitchcock sexually harassed Tippi, one of his supposedly favorite actresses (she starred in two of his films) for years. The new film, starring Sienna Miller, shows this disturbing relationship between the famous actress and director. The film will hopefully show women how lucky they are today in terms of laws prohibiting sexual harassment and may act as a wake up call to others. The acknowledgement of sexual harassment is barely 40 years old. The first historical use of the term wasn’t until 1973 when MIT reports first addressed the gender issue and specific procedures were instated as ways to both protecting the victims and handling it. Tippi began working with Alfred in the early 1960s. (…) The Girl is based on the book Spellbound by Beauty,” by Donald Spoto. Screenwriter Gwyneth Hughes interviewed several people familiar with the Hitchcock-Hedren dynamic, including costume supervisor Rita Riggs, actress Diane Baker, and Hitchcock’s first assistant director Jim Brown. The film shows Hitchcock aggressively forcing a kiss on Hedren in the back seat of a car during the filming of The Birds, and later demanding that she “make yourself available to me sexually.” The film also suggests that Hitchcock punished her for rejecting his advances. (…) In one scene, he sends a prop bird crashing through phone booth glass without warning her. Another sequence shows him forcing her to work with live birds for five days for the film’s attic scene. Hedren suffered multiple cuts, including to her face, in both cases, according to the film. (…) But The Birds launched Tippi’s career as an actress and the “It Girl” of the moment. However, it didn’t last long. After she finished shooting Marnie with Hitchcock in 1963, she wanted to get out of her contract with Hitchcock but he wouldn’t let her. Back then there were no laws to protect her. He threatened her and said he would ruin her career, and according to Hedren he did. He told directors like Francis Truffaut that she wasn’t available for work. Her career did stall after those two very successful films. Hedren believes she is one of many actresses harassed by the cinematic legend. After Psycho, she said, actress Vera Miles refused to ever work with the director again. Hedren also said Suzanne Pleshette told her during The Birds filming, “It isn’t always like this.” But on the bright side, Sienna Miller thinks a lot has changed for women in film today. (…) But have things really improved for women? New research shows that women are starting to let sexual harassment roll off their back, or at the very least don’t let it affect them as much as men do. Men who are exposed to sexual harassment are more likely to find jokes and inappropriate touching “distressing,” while women just find it “bothersome.” Researcher Isis Settles, an associate professor of psychology at Michigan state says that the finding “suggests that sexual harassment is such a widespread problem that women have figured out ways to deal with it so it doesn’t interfere with their psychological well-being. The Grindstone
It’s no secret to those who take an interest in Hitchcock film lore that his leading ladies didn’t always think very highly of him; rumors have churned for years that he was mentally abusive to those who refused his advances and took his frustrations out the only way he could: by punishing the beautiful stars of his movies with extra-long hours on set and cruel stunts. And while some directors show tough love to their actors in order to get the very best performance out of them–I’m talking to you, Stanley Kubrick–actress Tippi Hedren insists that Hitchcock was deliberately evil to her and anyone else who went against him. Now, Hedren–who starred in « The Birds » and is also Melanie Griffith’s mother–is speaking out about the odd practices of the iconic director against the backdrop of a newly-finished HBO movie, « The Girl », which tells the behind-the-scenes stories of some of his most famous films. (…) Although she says there were good times in those days–such as being under his tutelage–sometimes the bad outweighed the good, especially when he used his long arm of influence to keep her from getting another job once she refused to work with him after their second film together. Back then, women had about as many rights in Hollywood as they did anywhere else; which is to say, not many. Webpronews
She was once his muse but when young Tippi Hedren refused legendary director Alfred Hitchcock’s sexual advances he ruined her career. Veteran actress Hedren, 82, says she would have been a rich woman if sexual harassment laws existed in 1963 when ‘The Birds’ was filmed. Her comments came as production of a television drama about her relationship with the ‘Psycho’ director is wrapping up. She claims he ruined her career when she refused to bow to his advances, but said he failed ruin her life. (…) Tippi Hedren spoke about the rampant sexual harassment as she joined the cast of ‘The Girl’, a collaboration between BBC and American network HBO which looks into the relationship she had with Hitchcock while making ‘The Birds’. At the time of filming Tippi, born Natalie Kay Hedren, was 34 years old, more than 30 years younger than Hitchcock, and engaged to be married to her second husband. The knowledge of this this did not stop his advances, something which becomes clear in ‘The Girl’. The film, based on the book ‘Spellbound by Beauty’ by Donald Spoto, portrays the director as a predator who demands sexual favours of his leading lady. (…) In one scene Hitchcock aggressively forces a kiss on Hedren in the back seat of a car during the filming and later orders her to make herself ‘available sexually’. The film also suggests that Hitchcock punished her for rejecting his advances. In one scene, the director sends a prop bird crashing through phone booth glass without warning Tippi. Another sequence shows her forcing her to work with live birds for five days for the film’s attic scene. Hedren had been told mechanical birds would be used, only to find live birds were let loose – again with no prior warning. Hedren, now aged 82, said there were times of delight working for Hitchcock while filming ‘The Birds’ and her only other film for him, ‘Marnie’. But once she rejected his advances, and refused to make another film with him, he effectively ended her career by stopping her working for two years. (…) He signed her to a personal contract which he upheld when she refused to work for him. For two years she sat a home unable to work despite offers from other Hollywood studios. While she was able to resume her career she never became a major star although she went on to make 50 films and has had guest appearances on TV shows including CSI: Crime Scene Investigators. The Daily Mail
Il était nécessaire que tout le début soit volontairement un peu long, tout ce qui concerne le vol de l’argent et la fuite de Janet Leigh, afin d’aiguiller le public sur la question : est-ce que la fille se fera prendre ou non ? […] On tourne et on retourne le public, on le maintient aussi loin que possible de ce qui va réellement se dérouler. Je vous parie tout ce que vous voudrez que dans une production ordinaire, on aurait donné à Janet Leigh l’autre rôle, celui de la soeur qui enquête, car il n’est pas d’usage de tuer la vedette au premier tiers du film. Moi, j’ai fait exprès de tuer la star, car ainsi le meurtre était encore plus inattendu. Alfred Hitchcock
La construction de ce film est très intéressante, et c’est mon expérience la plus passionnante de jeu avec le public. Avec Psycho, je faisais de la direction de spectateurs…  Alfred Hitchcock
Le film est sorti dans l’atmosphère de conformité sombre et étouffante des années 1950. […] Le couteau de Norman Bates était la force primale venue déchirer la tiédeur répressive des années 1950, aussi sûrement qu’Elvis. Owen Gleiberman (Entertainment Weekly)
It was actually the first time in the history of movies that it wasn’t safe to be in the movie theatre, and when I walked out into Times Square at noon I felt I had been raped. Peter Bogdanovich
Les femmes occupaient le haut de l’affiche au cours des années 1920 et 1930. Cela s’est évaporé au cours des années 1940, ce qui nous a menés aux années 1950 où les femmes étaient reléguées au second plan. Et c’est ce que le cinéma fait, au fond : il tue les femmes. Peter Bogdanovich
Hitchcock s’est battu pour tourner ce meurtre séparément du reste du film, ce qui veut dire d’une certaine manière que dorénavant, le meurtre allait devenir un élément acceptable au sein d’un divertissement. Il y avait déjà de la violence dans le cinéma américain, mais rien ressemblant à Psycho ; rien d’aussi intime, rien d’aussi soigneusement conçu, rien d’aussi sans remords. Bret Easton Ellis
C’est, je crois, la première expression moderne du corps féminin agressé. Et à certains égards c’en est l’expression la plus pure, parce que c’est dévastateur. Karyn Kusama
Hitchcock considérait le monde comme une machine morale très imparfaite. Il avait ce sens presque biblique de la fatalité et du châtiment qui s’abat sur ceux qui s’adonnent au péché avec désinvolture. Guillermo del Toro
Director Karyn Kusama describes the shower scene as “the first expression of the female body under assault.” (…) and the rest of “78/52”  offers piercing insight into “Psycho’s” extraordinary firstness. Before “Psycho,” horror was something out there (a monster, a haunted house, a force of otherworldly power coming at you). The film’s spectacular joke is that it played with all that 19th-century horror imagery (the Victorian house on the hill, the demon at large), only the monster was now us. It was in our heads. Death could arrive instantly, anywhere, even in the bathroom, with blood spilling into the water like inky raindrops and your soul spiraling down the drain. Hitchcock (…) took a leap into the pitch-black void, doing his own variation on Clouzot’s “Diabolique” (1955), another slimy nightmare about a corpse that won’t stay dead. (…) Then, of course, there’s the hole he peers through in the wall: The analysis presented of the painting he removes is a testament to how Hitchcock draped each scene with hidden symbolic layers — more than anyone could take in. (No one even mentions that almost every line in the first 40 minutes of “Psycho” can be read as a double entendre; that’s what gives the film its subliminal “dirty” dread.) (…) The scene lasts less than one minute but took seven days to film. These were clearly 45 seconds that shook the world. Philippe’s many interviewees (including film directors Peter Bogdanovich and Guillermo Del Toro, and Leigh’s daughter Jamie Lee Curtis) make a very good case that if you want to understand attitudes to sex, mothers and politics in early 1960s America, this is the only place to begin. Hitchcock’s decision to kill off a major Hollywood star a third of the way through a film in which she is seemingly the lead character was startling enough. It’s the manner of the death – the queasy, voyeuristic intensity of the scene – that still takes you by surprise, however many times you watch it. (…) There’s an interview with Leigh’s body double, Marli Renfro, who talks in very matter-of-fact way about how she was looked over by Hitchcock and Leigh and then given the job. However, close to 60 years after the film was made, many are still clearly startled by its raw power. The Independent
Il ferma la chambre à clef et après l’avoir fermée il me jeta sur le bord du lit en me frappant sur la poitrine avec une main, me mit un genou entre les cuisses pour que je ne puisse pas les serrer et me releva les vêtements, qu’il eut beaucoup de mal à m’enlever, me mit une main à la gorge et un mouchoir dans la bouche pour que je ne crie pas et il me lâcha les mains qu’il me tenait avant avec l’autre main, ayant d’abord mis les deux genoux entre mes jambes et appuyant son membre sur mon sexe il commença à pousser et le mit dedans, je lui griffai le visage et lui tirai les cheveux et avant qu’il le mette encore dedans je lui écrasai le membre en lui arrachant un morceau de chair. Artemisia Gentileschi
Loin de l’élégante douceur serpentine de Raphaël, la figure de Suzanne expose son malheureux corps à l’avidité des  regards. De fait,  notre héroïne est une femme désirable avec cette chevelure ondulée et dénouée, ces courbes toutes de rondeurs épanouies  jusqu’à ces plis encadrant l’abdomen qui soulignent la suavité des chairs. Alors que Lorenzo Lotto (1) avait choisi la représentation d’un modèle archaïque (femme au fond peu voluptueuse parce que réduite à la thématique symbolique), et qu’Alessandro Allori nous montrait sans guère de retenue la concrétisation d’évidents fantasme nés du récit (2, fig.3), Gentileschi   associe les données : tout en peignant le traumatisme d’une femme harcelée dans sa féminité, elle assume pleinement  l’érotisme inhérent au personnage. Le mouvement de ses bras indique non seulement  qu’elle a renoncé à préserver ce qui lui reste de pudeur mais aussi qu’elle cherche  à ne pas entendre les chuchotements sinistres de ses agresseurs. Ainsi, toute la partie centrale qui décrit le  corps comme objet de convoitise  nous renvoie à la séquence supérieure qui énonce l’esprit, tourmenté par cette parole annonciatrice de l’acte. (…) Harcèlement, violence, lâcheté, loi du silence : ce sont bien les termes du viol que l’on retrouve ici et ils résonnent avec des accents prémonitoires car, lorsqu’elle peint Suzanne et les vieillards  dans l’atelier romain de son père Orazio,  Artemisia Gentileschi  alors âgée de dix-sept ans, n’a pas encore été la proie des  outrages  d’Agostino Tassi et du lamentable procès qui suivit. Les actes qui nous sont parvenus témoignent de l’humiliante et sordide procédure qui devait prouver son statut de victime. Eternelle histoire  du sexe faible, coupable de l’innocence. Depuis, et c’est justice, cette figure est progressivement devenue une icône de la sensibilité féministe, et certains observateurs n’ont d’ailleurs pas toujours su éviter une lecture trop littérale de son œuvre en mettant en exergue la fréquence du thème vengeur de Judith tranchant la tête d’Holopherne. Delapeinture
Few artistic themes have offered so satisfying an opportunity for legitimized voyeurism as Susanna and the Elders. The subject was taken up with relish by artists from the sixteenth through the eighteenth centuries as an opportunity to display the female nude…with the added advantage that the nude’s erotic appeal could be heightened by the presence of two lecherous old men, whose inclusion was both iconographically justified and pornographically effective. Mary Garrard
The story is overdetermined as a Hitchcock motif, containing, as it does, so many of his signature themes. There is a long tradition in Western visual art of reading this biblical narrative as a rape scene, and this painting joins the number of classical rape paintings that adorn the back wall of Norman’s office, all of which signal the history of anti-woman violence, and that this hideous history is being made in the present. David Greven
We know from the subsequent actions that his vision has excited not only his lust but also his guilt and impulse toward punishment, triggering the murder of Marion, punishing her for a sexual titillation entirely due to Norman’s own voyeurism (like the plot of the Elders against Susanna). Thus guilt and violence of the sort depicted in the painting serve as a screen to block and transform the image of desire, a visual filter that darkens and perverts the sexual impulse. Gunning
In the original 1960 trailer for Psycho, Alfred Hitchcock notifies us that the parlor of the Bates Motel was Norman Bates’ (Anthony Perkins) « favorite spot, » then suggests that we visit the parlor with him. Once there, he points to a painting on the wall and says « This picture has great significance, because… » before lowering his eyes and changing the subject, leaving his audience to wonder what, if any, the great significance may be. The image is a copy of the 1731 painting Susanna and the Elders by Willem van Mieris (…), and the placement of the object itself is significant to the narrative of Psycho since it covers the hole through which Norman spies on Marion Crane (Janet Leigh). At the same time, the story of Susanna and its depictions in art have intertextual ramifications that extend in many directions, connecting this painting, and the other paintings in the parlor, with the characters and events in the film. For centuries, paintings of Susanna and the Elders have subtly played on the sympathies of viewers, inducing them to identify both with Susanna and with the Elders. By placing this painting so prominently in this scene, Psycho picks up this complicated identification of the spectator as it manipulates its own audience into identifying with both Norman and Marion. In the paintings and in the film, viewers find themselves identifying with both victim and perpetrator in acts of gendered violence.  (…) Thwarted rape is, in fact, the central event of the Susanna story, though it has often been euphemized as an « attempted seduction, » and many painters preferred to depict a moment of voyeurism rather than a physical attack. (…) The numerous versions of Susanna painted in Europe in the sixteenth and seventeenth centuries can be divided into two basic categories: those in which the elders spy on Susanna as she is unaware of their presence, and those that depict some moment after the elders have approached her. Those in the latter category can then be arranged along a scale of degrees of violence: there are many in which the elders are merely talking to Susanna as she listens, others in which they are rushing toward her and reaching out for her, and still others in which they are grabbing at her, pulling away her clothing and assaulting her quite forcefully. The Susanna painting on Norman’s wall would occupy a position toward the more violent end of this spectrum, serving as a subtle warning to the audience that Norman’s voyeurism will have a violent end (…) The violence in Norman’s Susanna prefigures his impending violence against Marion, while Susanna’s nudity prefigures Marion’s own. (…) The paintings in the parlor scene in Psycho reconnect Venus and Susanna, positioning Marion Crane as the third vertex in a triangle. Like Venus, Marion holds her arm diagonally across her chest; like Susanna, Marion is spied on and then attacked as she washes herself. Like both, she is desirable, which the psychiatrist at the end gives as the explanation for the crime perpetrated against her. In European paintings of the early modern period, both Venus and Susanna are almost always depicted as blondes, which underlines their visual symmetry to Marion and many other Hitchcock heroines/victims. (…) The Bible is ambiguous as to whether or not there was any physical contact between the elders and Susanna before she cried for help, thwarting any attempt they may have made to rape her by force rather than by coercion. There is no ambiguity, however, about the fact that they carry out the threat they made to her, accusing her of adultery and testifying to it at her trial, willing to see her executed for this imaginary crime once she had spurned their advances. Marion has refused Norman’s request that she remain in the parlor « just a little while longer, just for talk, » and a moment later he spies on her and then, like the elders, unleashes violence against her. Psycho echoes both the voyeurism and the misogynistic violence referred to in the Susanna story, but Norman’s use of it as the screen that hides his peephole makes the voyeurism connection especially sly, as Tom Gunning points out: « The congruence between the painting’s subject and the use Norman Bates puts it is so exact that it strikes one as a Hitchcockian joke » (…) The Bible plainly states that Susanna’s beauty is the cause of the elders’ crime: « Every day the two elders used to see her, going in and walking about, and they began to lust for her. They suppressed their consciences and turned away their eyes from looking to Heaven or remembering their duty to administer justice » (…). This scene in Psycho tells a similar story, using the Susanna painting as a metonymy: Marion is beautiful, Norman wishes to see more of her, so he peers illicitly through the wall; as a result, he is so inflamed with desire that he acts recklessly and violently against the woman he desires. As Gunning observes, the art serves both to hide the act of voyeurism and to twist it into something more sinister. That a work of art could inspire and motivate a man’s desire is an idea with a long history. Lynda Nead summarizes several accounts of men lusting after art: There are a number of myths, which are frequently recirculated, concerning the stimulating effects on male viewers of nude female statues and paintings. In his Natural History Pliny describes an assault on Praxiteles’ statue of Aphrodite of Cnidos. It seems that a young man had become so infatuated with the statue that he hid himself one night in the shrine and masturbated on the statue…In another permutation of this fantasy of male arousal there is the case from sixteenth-century Italy, of Aretino, who so admired the exceptional realism of a painted nude Venus by Sansorino that he claimed « it will fill the thoughts of all who look at it with lust. » Over two centuries later, there is the example of the bibliophile Henry George Quin, who crept into the Uffizi in Florence when no one was there, in order to admire the Medici Venus and who confessed to having « fervently kissed several parts of her divine body. » (…) as the Susanna paintings in the parlor have warned us, the prying eyes of men will seek out beautiful women wherever they go — they do not really have any safe and private spaces. Hitchcock pulls the entire audience into this sense of insecurity, thrusting them into a vulnerability parallel to Marion’s at the same moment that he leaves them no choice but to now identify with Norman. (…) In the novel by Robert Bloch on which Psycho is based, the character of Marion is named Mary, and her death happens in one sentence. Toles examines how Hitchcock’s film adaptation gives this event center stage: « Is Marion’s shabby, useless death a proper occasion for a virtuoso set piece? Surely an abbreviated, less conspicuously artful presentation would honor the victim more, if the meaning(in human terms) of what transpired figured at all in the artist’s calculations » (128). Even if Psycho has no moral as such, a young woman’s sudden death still means something, and the film distracts us from this by showing us a dazzling work of art. (…) In a similar way, Tintoretto’s breathtaking Susanna draws us in with its luminosity and makes us forget what the story was about. As Garrard observes: « Even when a painter attempted to convey some rhetorical distress on Susanna’s part… he was apt to offset it with a graceful pose whose chief effect was the display of a beautiful nude » (…). Garrard argues that the pleasure agenda of the male artists and their male patrons overwhelmed the meaning of the Susanna story, and the female painter Artemisia Gentileschi was the only one to identify with Susanna rather than the elders. (…) Much as Hitchcock elected to cast the charming, handsome young Perkins as Norman, Renaissance painters tended to paint the elders as venerable old men, who seem fairly respectable even as they perpetrate their crime against Susanna. Tintoretto’s elders bear a strong resemblance to St. Peter and other esteemed older religious figures who appear in his other canvases. Just as the viewer’s shared voyeurism with them made the painting more alluring and the elders more relatable, the elders’ appearance as nice, grandfatherly figures makes it difficult to judge them too harshly. In van Mieris’ painting, the elders are temporarily disfigured by wanton expressions, and their postures are more openly transgressive than they are in many other Susanna canvases. But the painting’s presence in the film carries with it all of the cultural freight of its history, and these ramifications remain on the screen as a result. The audience’s identification with Norman parallels the earlier identification viewers had with the Elders. Even if the viewer’s sympathies are split between the male violator and the female victim, these two stories form a part of the larger tradition of the perpetrators of violence against women being seen as somewhat sympathetic. (…)  Whether or not the full cultural impact of the Susanna story was familiar to the audience or the filmmakers of Psycho, it makes the film that much richer and more complex. As Wood writes: « [Hitchcock] himself — if his interviews are to be trusted — has not really faced up to what he was doing when he made the film. This, needless to say, must not affect one’s estimate of the film itself…Hitchcock (again, if his interviews are to be trusted) is a much greater artist than he knows » (…). Again, Hitchcock cast Anthony Perkins to make it that much easier — and more perilous — for the viewer to sympathize with Norman, as well as with Marion. This dual identification with both the victim and the perpetrator is emphasized by the Susanna paintings, linking Norman to the elders, which in turn links him to an expansive artistic and literary tradition that extends across many centuries and cultures. Hitchcock may not have known the full extent of the multilayered connections he was making by including these images, yet they hang on the walls of the Bates Motel, indicating that Norman’s crime is a new manifestation of a much older story. Katrina Powers

Attention: une histoire peut en cacher une autre !

A l’heure où entre libération salutaire de la parole et risque de basculement dans la vengeance purificatrice et souvent sélective

L’actualité des dernières semaines nous fait (re)découvrir révélation après révélation …

Le secret de polichinelle du sexisme de cette industrie incroyable où les entretiens d’embauche peuvent se faire après les heures de bureau et dans les chambres d’hôtel …

Mais en fait loupe grossissante de tous ces lieux où s’accumulent des pouvoirs désormais mondialisés …

Pendant que nos gouvernants et leurs amis prônant alors la pédophilie n’ont rien d’autre à faire que de nous préparer une énième commémoration d’un mai 68 dont c’est en bonne partie l’héritage …

Comment – hasard du calendrier ? – ne pas être surpris …

Par cet incroyable panagérique – un documentaire de 90 mn sur Arte hier soir – à la gloire de la fameuse scène de la douche de l’oeuvre maitressse d’Alfred Hitchcock …

Qui à l’aide de fascinantes interviews de réalisateurs et techniciens dissèque une scène qui prit 78 plans et 52 plans de coupe d’où le titre du film – et une semaine à réaliser …

Mais fait quasiment l’impasse sur la réputation sulfureuse du maitre du suspense …

Et notamment sa tumultueuse relation pourtant explicitement rappelée par un téléfilm de HBO il y a cinq ans …

Evec une Tippi Hedren dont il était obsédé et dont suite au refus de ses avances il ruinera la carrière ?

Et comment ne pas y voir …

Entre l’ancienne playmate et doublure de la scène en question qui raconte tranquillement comment pour obtenir le poste elle a dû se déshabiller devant Hitchcock et ses collaborateurs …

Le célèbre réalisateur et historien du cinéma Peter Boganovitch qui dit s’être senti violer à la première projection mais se félicite d’un « cinéma tueur de femmes » …

Ou le romancier Bret Easton Ellis qui y salue l’accession du meurtre au statut de spectacle respectable …

Et la cinéaste qui y voit « la première et la plus pure expression moderne du corps féminin agressé » …

Et avant la scène dite « culte » où la promesse affriolante d’une douche purificatrice suite à sa décision de rendre l’argent volé …

Se transforme sous nos yeux à la fois terrifiés et titillés face à la vulnérabilité totale de sa nudité …

En la plus terrifiante des punitions pour une femme doublement voleuse (d’argent et de mari) …

La « manifestation nouvelle », comme le rappelle l’universitaire américaine Katrina Power, « d’une histoire bien plus ancienne » …

A savoir derrière la référence qui y est faite (y compris explicitement par Hitchcock lui-même dans l’une des bandes-annonces) à l’un des tableaux qui décore le salon du héros criminel …

Celle de l’épisode biblique (mais non retenu par la tradition hébraïque ou protestante) de Suzanne et de ses vieillards concupiscents prêts pour avoir refusé leurs avances à la faire condamner à mort …

Qui, après des générations entières de peintres et à l’instar d’Hitchcock et de son héros criminel comme de leurs innombrables émules, a servi à dissimuler et justifier tant de voyeurisme et de mysogynie …

Mais cette fois à la dimension proprement exponentielle et planétaire de l’accumulation de pouvoir et de capital que permettent désormais la mondialisation et le dispositif tant filmique que médiatique …

(ce n’est plus avec le juge du coin mais avec potentiellement la planète entière des spectateurs que nos hypermimétiques Bill Gates du sexe peuvent désormais ravir leurs femmes-trophées)

Exception faite toutefois de l’oeuvre de la seule femme à avoir peint la scène …

A savoir la célèbre peintre caravagiste et première peintre femme à part entière Artemisia Gentileschi

Qui, dès 1610 et à dix-sept ans à peine mais apparemment déjà consciente de l’expérience qui allait plus tard être la sienne d’un viol (par un ami de son père) et d’un procès humiliant, en tira sa première et magistrale oeuvre…

Et  contre les facilités lascives des autres peintres fut la seule à avoir saisi et représenté …

Harcèlement, violence, lâcheté et loi du silence compris, toute la vérité proprement criminelle de cette tentative de viol ?

Marion, Venus, and Susanna in the Mirror:
The Paintings in the Parlor of The Bates Motel

Americana: The Journal of American Popular Culture (1900-present), Fall 2016, Volume 15, Issue 2
Katrina Powers
University of Chicago

In the original 1960 trailer for Psycho, Alfred Hitchcock notifies us that the parlor of the Bates Motel was Norman Bates’ (Anthony Perkins) « favorite spot, » then suggests that we visit the parlor with him. Once there, he points to a painting on the wall and says « This picture has great significance, because… » before lowering his eyes and changing the subject, leaving his audience to wonder what, if any, the great significance may be. The image is a copy of the 1731 painting Susanna and the Elders by Willem van Mieris (see Figure 1), and the placement of the object itself is significant to the narrative of Psycho since it covers the hole through which Norman spies on Marion Crane (Janet Leigh). At the same time, the story of Susanna and its depictions in art have intertextual ramifications that extend in many directions, connecting this painting, and the other paintings in the parlor, with the characters and events in the film. For centuries, paintings of Susanna and the Elders have subtly played on the sympathies of viewers, inducing them to identify both with Susanna and with the Elders. By placing this painting so prominently in this scene, Psychopicks up this complicated identification of the spectator as it manipulates its own audience into identifying with both Norman and Marion. In the paintings and in the film, viewers find themselves identifying with both victim and perpetrator in acts of gendered violence.

After Marion arrives at the Bates Motel, Norman brings her some sandwiches and milk then invites her into the parlor behind the motel’s office. Norman steps into the dimly lit parlor carrying the tray, which he sets down before switching on a lamp. In the doorway, Marion casts mildly surprised glances at the stuffed birds mounted high on the walls. The paintings in the parlor do not capture her or the camera’s prolonged attention, but they remain in the background in this scene and others. While Norman and Marion are talking, the camera cuts from him to her and back, never showing both of them in the same frame. Behind Norman, we see an owl perched menacingly in the corner. Beneath the owl and somewhat overshadowed by it hangs a small framed painting, which we never see close up and which has received much less critical attention than the Susanna painting has (see Figure 1). William Rothman does not attempt to identify this painting, but observes that « the nude in the painting on the wall is Marion’s stand-in in this frame [which] will be confirmed when Marion strikes that figure’s exact pose » (283). After she has finished eating, Marion holds her left arm diagonally across her chest, as we can see the woman in the painting is doing. While Rothman notes this figure’s pose but does not offer any interpretation of it, Neil Hurley sees the woman’s crossed arm as a pudicagesture: « On the wall is a picture of a nude woman modestly wrapping her arms around her body in a protective gesture; Marion is seen with one arm similarly gripping her other arm in a subconscious posture of self-defense » (240). Marion may be feeling defensive, but the woman in the picture is making this gesture for other reasons.

The picture behind Norman, next to the Susanna, is a copy of Titian’s Venus with aMirror, now in the National Gallery in Washington, D.C. (see Figure 2). In Titian’s painting, Cupid holds up a mirror as Venus poses, smiling with satisfaction at her reflection. Another Cupid figure reaches out to Venus from behind the mirror to lay a crown of flowers on her head. Venus is wrapped in a sumptuous red velvet cape bordered with fur and extravagant gold and silver embroidery, which covers the lower half of her body but appears to have fallen off of her right shoulder, leaving her torso bare. She holds her left hand up to her chest, perhaps to admire the gold bracelet and ring that adorn it, and check to see how well they go with her pearl earrings and the gold and pearl decorations she wears in her blonde hair. Venus’s crossed arm is neither shielding her nudity nor defending her, but is striking perhaps one of many poses as she contemplates her own loveliness. Her posture is reminiscent of the Medici Venus and the Capitoline Venus, both copies of Praxiteles’ ancient Venus Pudica statue, in which Venus uses her hands to cover her nudity from the eyes of an unknown observer. Thus the painting not only connects Marion to an idealized vision of feminine beauty, but also alludes to the relationship between Venus and Cupid, an ambiguously sexual mother-son relationship parallel to the one Norman is describing to a disquieted Marion. Later, we will see a small statue of cupid in the foyer of the Bates house.

When the parlor conversation begins, we see Norman from the front, more or less from Marion’s point of view. After Norman has finished his speech about private traps, Marion glances toward the house — in the direction of the Venus, but without seeming to see it — and says: « If anyone ever talked to me the way I heard… » For the first time, we see Norman in profile as he listens. He is leaning forward, blocking the Susanna with his torso, so that we can only see the Venus in front of him as he expresses his frustration with his mother. He says he would like to leave her forever, or at least defy her, then pauses and leans back, revealing the Susanna behind him. « But I know I can’t, » he concludes. Marion asks him why he doesn’t go away, and he inquires whether he should seek a private island, like her. « No, » Marion replies, setting down her sandwich and folding her left arm across her chest, « Not like me. »

Even as the audience reflects on Marion’s secret, her journey, and her possible repentance, Norman sees her as a reflection of the ideal of feminine beauty that hangs on his wall. George Toles has commented on  « the omnipresence of mirrors and reflections in Psycho. Beginning with Marion’s decision to steal forty thousand dollars, which she arrives at while looking at herself in the mirror, almost every interior scene prominently features a mirror that doubles as a character’s image, but that no one turns to face » (134). In the painting, Venus is looking at herself in a mirror. As Norman looks at Marion, he sees his images of Venus and Susanna reflected in her, or projected onto her.  Norman has been looking at these paintings for years, during the solitary hours he has presumably spent in the parlor, arranging his stuffed birds and peeping on previous guests. As Hitchcock told us in the trailer, it is his favorite spot. He’s not looking at the painting of Venus in this shot, but he is looking at Marion, casting his gaze — freighted with the remembered image of this painting — in her direction. Perhaps unconsciously reacting to his gaze, heavy with the reflections of these symbolic images, Marion crosses her arms, hugging herself protectively. Later, in the shower, she will strike a pudica pose reminiscent of many Venuses and Susannas as she folds her left arm across her chest, trying to shield herself from her attacker and also, conveniently, shielding her breasts from the viewer.

Titian’s image of Venus is reflected again in the painting hanging on the wall next to it, which the viewer of the film sees only when Norman leans back with his resigned, « But I can’t. » This painting depicts the story of Susanna and the Elders, as many critics have concurred. The story of Susanna, found in Chapter 13 of the Book of Daniel in the Catholic Bible and as Susanna in the Apocrypha, tells of a beautiful, married woman who was in the habit of walking in her garden, as two elders of the community would watch her in secret. One hot day, she decided to take a bath, and sent her maids inside to get oil and ointment. Seeing that she was alone, the two elders came out of their hiding places and threatened to blackmail her if she did not give in to their sexual demands. Susanna cried out for help, and her servants came running, only to hear the elders claim that they had caught her committing adultery with a young man, who had escaped. Susanna was convicted of this crime and sentenced to death by stoning, but young Daniel stood up at her trial and proved that the elders were lying. Her death sentence was then transferred to them.

Many scholars of Psycho have pointed out some of the important allusions that the painting makes. Donald Spoto, for example, underlines the connection between voyeurism, desire, and violence in both the painting and the film: « And so that we have no doubt about his intention, Hitchcock makes everything clear: Norman removes from the wall a replica of ‘Susanna and the Elders’…Norman, in other words, removes the artifact of deadly voyeurism and replaces it with the act itself. So much for ‘mere’ spying » (322). That this « artifact of deadly voyeurism » has been hanging in the parlor of the Bates Motel for some time suggests that it indicates some predisposition in Norman, as the uninitiated viewer will not fully understand until the end of the film. But there are further connections, as Erik Lunde and Douglas Noverr observe: « Indeed, a close reading of the Biblical story from the thirteenth chapter of the Book of Daniel reveals several themes elucidated in Psycho: voyeurism, wrongful accusation, corrupted innocence, power misused, secrets, lust and death » (101). Citing this passage from Lunde and Noverr, Michael Walker argues: « I would focus, rather, on the significance of the painting for Norman. The voyeurism theme is certainly relevant, but in the original story Susanna resists their sexual assault…it would be more accurate to describe the painting as depicting a rape fantasy, a fantasy which is unfulfilled; hence its particular relevance for Norman » (327). Thwarted rape is, in fact, the central event of the Susanna story, though it has often been euphemized as an « attempted seduction, » and many painters preferred to depict a moment of voyeurism rather than a physical attack.

In the Bible, the elders try to extort sex from Susanna by threatening a false accusation that will lead to death for her and dishonor for her family. Therefore, as Jennifer Glancy has shown, « their very real threat of force defines their action as attempted rape, not attempted seduction » (289). The Bible does not mention any physical contact taking place between the elders and Susanna. This part of the story states the following: « When the maids had gone out, the two elders got up and ran to her. They said, ‘Look, the garden doors are shut, and no one can see us. We are burning with desire for you; so give us your consent, and lie with us' » (Susanna 19-21). The passage only gives the words spoken between the elders and Susanna, so it is left to the reader to imagine whether or not some degree of contact occurred at the same time.

The numerous versions of Susanna painted in Europe in the sixteenth and seventeenth centuries can be divided into two basic categories: those in which the elders spy on Susanna as she is unaware of their presence, and those that depict some moment after the elders have approached her. Those in the latter category can then be arranged along a scale of degrees of violence: there are many in which the elders are merely talking to Susanna as she listens, others in which they are rushing toward her and reaching out for her, and still others in which they are grabbing at her, pulling away her clothing and assaulting her quite forcefully. The Susanna painting on Norman’s wall would occupy a position toward the more violent end of this spectrum, serving as a subtle warning to the audience that Norman’s voyeurism will have a violent end (see Figure 3).

Italian Renaissance paintings of the story tend to be tranquil and pastoral, often showing the elders spying on an oblivious Susanna. As the Baroque style became widespread in the seventeenth century, the theme of Susanna and the Elders remained popular but took a turn toward the dramatic and tenebrist, with wild elders emerging from deep shadows to grapple with a Susanna who struggles against them, her body and garments twisting attractively as they do in the version on Norman Bates’s wall. Roland-François Lack identified this Susanna as a 1731 canvas by Willem van Mieris, formerly housed in a museum in Perpignan but stolen in 1972 (n.p.).

The violence in Norman’s Susanna prefigures his impending violence against Marion, while Susanna’s nudity prefigures Marion’s own. However, the Bible indicates that the elders approached Susanna as soon as she had announced her intentions to take a bath to her two maids, and thus would not have had time to disrobe or actually begin bathing. Of course, the mere mention of a bath opened a window of opportunity that Renaissance artists would exploit as fully as possible, or as Tom Gunning puts it, « the theme also provided a religious alibi for painting the nude in the sixteenth through eighteenth centuries » (28). Ellen Spolsky concludes that the bath never happens in the Bible, but that it is « the painterly parallel of Susanna’s own desire to bathe in the heat of the day, and the Elders’ wish-fulfillment slander. The story spoke clearly to them [i.e. the painters] of the enjoyment of a woman’s body, of the lust of the eyes, and they represented it as they saw it in the mind’s eye » (115). The idea that Susanna actually took a bath and that the elders spied on her as she was bathing has become the version of the story most people know, or what Alice Bach terms the doxa. As Bach explains: « By doxa I mean one’s idea of a narrative plot point or character or place from some remembered version of it, such as thinking that Delilah cut off Samson’s hair…Often the doxic version becomes cultural baggage for the reader, setting up assumptions that blind one to what appears in the actual text » (4). The doxic version of the Susanna story is the one depicted in many paintings, that she was nude and in the bath as the elders spied on her or approached her.

While the Biblical text does not clearly justify painting a nude Susanna, the early modern art market did. Mary Garrard explains a further dimension of appeal that the story offered:

Few artistic themes have offered so satisfying an opportunity for legitimized voyeurism as Susanna and the Elders. The subject was taken up with relish by artists from the sixteenth through the eighteenth centuries as an opportunity to display the female nude…with the added advantage that the nude’s erotic appeal could be heightened by the presence of two lecherous old men, whose inclusion was both iconographically justified and pornographically effective. (149-150)
Many popular paintings depict Susanna as bathing in a lush garden while the elders are hidden among the foliage, creating a tranquil, pastoral scene in which the viewer of the painting may identify with the elders and their desire to sneak a peek at the lovely Susanna. An especially famous version of the scene by Tintoretto, now in Vienna, is emblematic of these erotically charged Renaissance Susannas (see Figure 4). Garrard notes that « Tintoretto…offers a representative depiction of the theme in his emphasis upon Susanna’s voluptuous body and upon the Elders’ ingenuity in getting a closer look at it » (150). The notion that the (presumed heterosexual male) viewer of the paintings is expected to see himself in the elders and thus feel some kind of empathy for them, although they are the villains of the story, is one that will resonate especially deeply in Psycho.

In Tintoretto’s image, Susanna sits poolside, one leg languorously dangling in the water as she smiles into a mirror. She is surrounded by jewelry, combs, perfume, and luxurious fabrics, and her blonde hair is pulled into an ornate, pearl-festooned arrangement. Spolsky points out the significance of these items: « In the paintings by Tintoretto…for example, the presence of conventional references to Venus (mirrors, jewels, peacocks, cupids), suggests that the beauty of the woman be read as mitigation of the Elders’ crime » (102). Tintoretto’s Vienna Susanna bears an especially strong resemblance to Venus in the Venus with a Mirror painted by Tintoretto’s fellow Venetian, Titian, a copy of which hangs adjacent to Norman’s Susanna. Indeed, in Tintoretto’s painting, Susanna’s mirror is propped against the hedge that one of the elders is hiding behind. As he pokes his head surreptitiously around the corner, he echoes the figure of Cupid in Titian’s painting, holding the mirror up so Venus can admire herself.

As mentioned, many painted Susannas of the sixteenth and seventeenth centuries seek to delight the heterosexual male viewer by inviting him to see himself in the elders’ position as voyeur, simultaneously making this intrusion seem less heinous by presenting Susanna as passive, or even willing. Giving attributes and postures of Venus to Susanna enhances this effect. Garrard observes that Rembrandt’s 1647 version of the story, in Berlin, is more sympathetic to Susanna’s plight, « Yet even Rembrandt implants in the pose of Susanna, whose arms reach to cover her breasts and genitals, the memory of the Medici Venus, a classical model that was virtually synonymous with female sexuality » (153). If Susanna is « virtually synonymous with female sexuality, » then how can anyone expect the elders not to spy on her? The paintings in the parlor scene in Psycho reconnect Venus and Susanna, positioning Marion Crane as the third vertex in a triangle. Like Venus, Marion holds her arm diagonally across her chest; like Susanna, Marion is spied on and then attacked as she washes herself. Like both, she is desirable, which the psychiatrist at the end gives as the explanation for the crime perpetrated against her. In European paintings of the early modern period, both Venus and Susanna are almost always depicted as blondes, which underlines their visual symmetry to Marion and many other Hitchcock heroines/victims.

The connection between Venus and Susanna is reinforced by the doubling of these two figures in two other paintings in the parlor. There appears to be a second Susanna hanging on the parlor wall opposite the Venus with a Mirror and the van Mieris Susanna. I have not been able to identify this extremely tenebrist version, though it bears a resemblance to Susannas by Anthony van Dyck and Mattia Preti. We first see this painting after Marion leaves, when Norman goes to the office to check the alias with which she signed the register, then steps back into the parlor (see Figure 5). We see the second Venus only when Arbogast (Martin Balsam) briefly inspects the parlor alone: it hangs next to the door that leads to the office (see Figure 6). This painting is only seen fleetingly, but the composition evokes the central part of Botticelli’s Primavera, depicting Venus and the Three Graces. Interestingly, this painting remains the only one we ever see in the frame with Arbogast; the private detective is not subjected to a visual association with the elders, as Norman repeatedly is.

While Norman and Marion are talking, we first see Norman in profile as he leans forward in his chair, and we see only Venus. When he leans back, revealing the Susanna image, this action suggests a progression from the Venus (serene, static, admiring herself in the mirror) and the Susanna (turbulently assaulted, still able to assume an attractive contrapposto in her distress). Female beauty can exist at peace so long as it remains unseen by unpredictable masculine energies, but once that happens, violence seems to be a natural part of the sequence. Raymond Durgnat cites Hitchcock as having a similar attitude toward the disruptive powers of feminine beauty: « As Hitchcock once said, ‘A beautiful woman is a force for evil.’ She may not be evil in herself, but male sexual desire is, and she can’t help provoking it. She’s the innocent cause of evil in others » (80). At the end of the film, the psychiatrist says, « He killed her because he desired her. » This connection between feminine beauty and male violence against it underlies the entire tradition of Susanna paintings.

When Norman first enters the parlor, however, the camera follows him as he crosses in front of the Susanna first, then bends down to set down his tray and turn on the lamp. As he bends, the Venus becomes visible behind him. He first goes quickly from Susanna to Venus, but then we see the paintings in the reverse order, more slowly, as he is sitting and conversing with Marion. After she retires for the night, the camera focuses on the Susanna for one moment, before Norman removes it to watch Marion undressing. As David Greven observes:

The story is overdetermined as a Hitchcock motif, containing, as it does, so many of his signature themes. There is a long tradition in Western visual art of reading this biblical narrative as a rape scene, and this painting joins the number of classical rape paintings that adorn the back wall of Norman’s office, all of which signal the history of anti-woman violence, and that this hideous history is being made in the present. (97)
The Bible is ambiguous as to whether or not there was any physical contact between the elders and Susanna before she cried for help, thwarting any attempt they may have made to rape her by force rather than by coercion. There is no ambiguity, however, about the fact that they carry out the threat they made to her, accusing her of adultery and testifying to it at her trial, willing to see her executed for this imaginary crime once she had spurned their advances. Marion has refused Norman’s request that she remain in the parlor « just a little while longer, just for talk, » and a moment later he spies on her and then, like the elders, unleashes violence against her.

Psycho echoes both the voyeurism and the misogynistic violence referred to in the Susanna story, but Norman’s use of it as the screen that hides his peephole makes the voyeurism connection especially sly, as Tom Gunning points out: « The congruence between the painting’s subject and the use Norman Bates puts it is so exact that it strikes one as a Hitchcockian joke » (28). Joseph Stefano’s screenplay calls for the parlor to be decorated with « paintings…nudes, primarily, and many with a vaguely religious overtone » (n.p.), but does not specify Susanna. When Norman removes a picture from the wall, the screenplay only says « a picture » (n.p.). Art director Robert Clatworthy recalled that Hitchcock was « far more finicky about odd unsettling details of decor — such as the kitschy sculpture of hands folded in prayer in Mother’s room — than with the structures themselves. Crucial for Hitchcock, too, were the sets for Norman’s parlor behind the motel office, the bathroom, and Mother’s room » (Rebello 95). It seems likely, then, that the inclusion of only images of Susanna and Venus — doubled ones at that, echoing the many other doubles in the film — rather than any other vaguely religious nudes that might have been chosen was indeed Hitchcock’s joke, and not anyone else’s.

Gunning analyzes the relationship between Norman’s voyeurism and his violence against Marion:

We know from the subsequent actions that his vision has excited not only his lust but also his guilt and impulse toward punishment, triggering the murder of Marion, punishing her for a sexual titillation entirely due to Norman’s own voyeurism (like the plot of the Elders against Susanna). Thus guilt and violence of the sort depicted in the painting serve as a screen to block and transform the image of desire, a visual filter that darkens and perverts the sexual impulse. (29-30)
The Bible plainly states that Susanna’s beauty is the cause of the elders’ crime: « Every day the two elders used to see her, going in and walking about, and they began to lust for her. They suppressed their consciences and turned away their eyes from looking to Heaven or remembering their duty to administer justice » (Susanna 8-9). This scene in Psycho tells a similar story, using the Susanna painting as a metonymy: Marion is beautiful, Norman wishes to see more of her, so he peers illicitly through the wall; as a result, he is so inflamed with desire that he acts recklessly and violently against the woman he desires. As Gunning observes, the art serves both to hide the act of voyeurism and to twist it into something more sinister.

That a work of art could inspire and motivate a man’s desire is an idea with a long history. Lynda Nead summarizes several accounts of men lusting after art:

There are a number of myths, which are frequently recirculated, concerning the stimulating effects on male viewers of nude female statues and paintings. In his Natural History Pliny describes an assault on Praxiteles’ statue of Aphrodite of Cnidos. It seems that a young man had become so infatuated with the statue that he hid himself one night in the shrine and masturbated on the statue…In another permutation of this fantasy of male arousal there is the case from sixteenth-century Italy, of Aretino, who so admired the exceptional realism of a painted nude Venus by Sansorino that he claimed « it will fill the thoughts of all who look at it with lust. » Over two centuries later, there is the example of the bibliophile Henry George Quin, who crept into the Uffizi in Florence when no one was there, in order to admire the Medici Venus and who confessed to having « fervently kissed several parts of her divine body. » (87)
As Nead observes, in the Pliny and Quin examples, the covert aspect of the man’s access to the art enhances his excitement: « The excitement is produced, partly at least, by the transgression of and deviation from norms of public viewing and by the relocation of the work of art within the realm of the forbidden » (88). Norman uses his van Mieris Susanna to shield his realm of the forbidden, but also draws strength from it to perform forbidden actions: after he spies on Marion, we see him in profile and can only see the edge of the painting’s frame as he rehangs it on the wall. Then he looks at the image for a moment before glancing ominously toward the house. Norman has transferred his illicit desire for the Venuses and the Susannas onto the real person Marion Crane; the painting has given him courage to peep in the first place, and now the combination of the painting and his real life voyeurism have inspired him to do violence against her.

The trope of a work of art depicting violence against women being seen as an inspirational precedent is quite ancient. In Terence’s comedy The Eunuch, Chaerea disguises himself as a eunuch in order to gain access to prohibited spaces and be close to Pamphila, the girl he desires. Later, he recounts to his friend Antipho how seeing a painting strengthened his resolve to assault the girl:

Presently they made preparations for her bath. I urged them to hurry. While things were being got ready, the girl sat in the room, looking up at a painting; it depicted the story of how Jupiter sent a shower of gold into Danae’s bosom. I began to look at it myself, and the fact that he had played a similar game long ago made me all the more excited: a god had turned himself into human shape, made his way by stealth to another man’s roof, and come through the skylight to play a trick on a woman…Was I, a mere mortal,  not to do the same? I did just that — and gladly. (379-381)
The story Terence evokes is that of Zeus and Danaë, in which the latter’s father locks her in a tower to protect her virginity, but Zeus visits her in the form of a rain of gold. Whether or not Danaë is a willing participant in this union is unclear, though Renaissance paintings tend to depict her as quite receptive to the arrival of the rain. Danaë, Susanna, Bathsheba, Venus, Lucretia, Diana, and Actaeon, along with a few other stories from antiquity, were considered in the Renaissance to offer legitimate pretexts for painting female nudes. In Chaerea’s account, delivered to his friend after the fact, he does not describe the painting, so the audience can only wonder if Danaë showed any resistance in the image. It is clear, however, that Pamphila did resist: a woman in the household later complains that « the villain ripped her whole dress and tore her hair » (387) and « the girl is crying and doesn’t dare say what happened when you ask her » (387). This description reveals that Chaerea has perpetrated a violent rape, although by his own account he merely « play[ed] a trick on a woman » (379). The play in general characterizes him as an immature rascal who learns responsibility by marrying his victim, rather than as a vicious criminal who merits punishment.

Like Chaerea, Norman’s lust is excited by a painting, and it encourages him in his transgressions. Like Susanna, Danaë, and Pamphila, Marion thinks that she is shielded by the walls of her private space, but a woman’s private space is subject to intrusion by men who see their desire for her as a justification for their invasion of her privacy. Terence’s audience has little chance to identify with Pamphila, who has no lines in the play. In Psycho, at the time that Norman spies on Marion through his Susanna-defended peephole, we have just met him as a character while Marion has been, for forty-five minutes, the heroine of the film.

At the moment of her death, Marion extends a hand in search of support before collapsing in the shower. Toles analyzes the shocking effect on the audience of the loss of her as a main character: « Marion’s gesture to save herself answers our felt need [that she survive], then instantly turns that need against us. Part of Hitchcock’s complex achievement in the film is gradually to deprive us of our sense of what ‘secure space’ looks like or feels like » (120-121). The audience thought that they were safe in identifying with Marion, just as Marion thought she was safe in Cabin One. But as the Susanna paintings in the parlor have warned us, the prying eyes of men will seek out beautiful women wherever they go — they do not really have any safe and private spaces. Hitchcock pulls the entire audience into this sense of insecurity, thrusting them into a vulnerability parallel to Marion’s at the same moment that he leaves them no choice but to now identify with Norman.

This switch of audience identification from Marion to Norman has been much discussed. Robin Wood describes the spectator’s sense of disorientation at the moment of her death: « so engrossed are we in Marion, so secure in her potential salvation, that we can scarcely believe it is happening; when it is over, and she is dead, we are left shocked, with nothing to cling to, the apparent center of the film entirely dissolved » (146). As Philip Skerry points out, throughout the Bates Motel scene, between Marion’s arrival and her murder, the camera gradually switches to Norman’s point of view (173), preparing the audience to identify with him after her abrupt departure from the story.  As Norman spies on Marion getting undressed, Skerry continues, « Hitchcock kindly allows the audience to spy with him » (175). Hitchcock, like the Renaissance painters of Susanna, depicts a scene of voyeurism and invites the viewer to join in, assuming the voyeur’s point of view — and expects viewers to react to this « kindness » with gratitude.

Joseph Smith notes that the peeping scene « serves as an effective link between the two halves of the film…it’s our first opportunity to observe Norman alone, and thus to begin identifying with him. Yet like our identification with Marion, the connection we feel with Norman is troubling. As Norman watches Marion undress, we watch too, and thus we share his guilt » (67). Smith continues, « Hitchcock accentuates the culpability of viewers — or at least of those viewers who are male — by cutting away just as Marion is about to remove her brassiere » (68). The assumption that the heterosexual male viewer sees himself in the voyeur is a central feature of the majority of paintings of Susanna and the Elders, particularly those that depict a voyeuristic scene before the elders approach Susanna. By placing the two Susannas in the parlor, Hitchcock has added a layer of assistance to help his viewer see himself in Norman.

Even in the original Biblical tale of Susanna, as Amy-Jill Levine argues, the text forces readers to identify with the elders. The character of Susanna, she writes, is « compromised by the elders’ desires. For the story to function, their desire must be comprehensible to the reader, and thus Susanna must be a figure of desire to us as well. And once we see her as desirable, we are trapped: either we are guilty of lust, or she is guilty of seduction » (313). This victim-blaming aspect of the original story — that Susanna’s beauty was the cause of her misfortune — was exploited to its fullest potential by painters in the early modern period, luring the viewer of the painter in to the perspective of the elders. Spolsky observes that one of the elders often holds up a shushing finger, « extended toward the viewer, as if to say ‘Don’t disturb her’ — and at the same time, ‘Don’t be so quick to judge us — wouldn’t you also be enchanted by her?' » (102). This same shared culpability is exploited in Norman’s peeping scene in Psycho and implemented to steer the viewer toward identifying with him. Much as Norman sees the elders in his painting as a mirror of himself, the viewers of Psycho now see themselves reflected in Norman.

Hitchcock takes this point to an extreme close-up during the scene in which Norman spies on Marion, just after removing the van Mieris Susanna from the wall. As he peers into Marion’s brightly lit room, a beam of light from the peephole illuminates his face. We see a close-up of his eye from the side, the light shining into it as he watches her. First, we see Marion tossing aside her blouse, standing in the black bra and half-slip we saw her wearing in her room in Phoenix, just after deciding to steal the money. We see her as if through the peephole, but the camera cuts away just as she reaches to remove her bra: now we see only Norman’s eye for a moment, before cutting back to his view as she wraps a robe around herself. Here the film pushes the limits of what can be tolerated by a mainstream audience. Psycho cannot show Marion naked, but it makes clear that Norman has seen her so, and it invites its audience to envy him. Skerry analyzes this important moment:

Norman has seen Marion naked; he has seen what no audience for a commercial film had seen up through 1960. This extraordinary situation of having a character not only see what an audience cannot in the diegesis of the film, but also see what an audience could not in the extra-diegetic world of cinema in general, is unique in Hitchcock’s oeuvre. In this subscene, Norman is the principal viewer, but what he sees cannot be shown to us. (119)
During this scene, the camera cuts back and forth between a Norman’s-eye view of Marion, and views of Norman’s eye itself. This intercutting allows the audience not only to identify with Norman but also to fill in the gap of what he is seeing that cannot be shown. In the Susanna paintings where she is unaware of the elders’ presence, the painters included the elders so that the audience could identify with them and take pleasure in knowing that they were seeing something they were not allowed to see. In Psycho, Norman actually sees what the audience cannot be allowed to see. Instead, we gaze upon his single, fascinated eye for this one moment.

In the scene in which Norman spies on Marion as she undresses, Psycho uses the montage technique to splice out her contextually inevitable nudity, substituting a brief shot of Norman’s eye in such a way that the audience imagines what he sees. In the murder scene, Hitchcock further assaults Hollywood’s Production Code, using montage to suggest images of both violence and nudity without actually showing either. Hitchcock’s masterful use of editing makes this possible, as Skerry observes:

This kind of scene construction and editing [i.e. in which violence is suggested but not shown] had evolved over the years, and directors had utilized these techniques to circumvent the Code by suggesting violence and by transferring the action to the mind of the spectator. Eisenstein had perfected this technique in his theory and practice of montage: shot A + shot B (both on the screen) = shot C (in the mind of the audience). (7)
Sergei Eisenstei’s theorization of montage technique was not concerned with avoiding showing violence. Eisenstein and other early Soviet filmmakers had set out to understand how the art of the cinema worked, and they had reached the conclusion that film editing was the one quality that was unique to cinema. Eisenstein observed that the proponents of montage had « discovered a certain property in the toy [i.e. film editing] which kept them astonished for a number of years. This property consisted in the fact that two pieces of film of any kind, placed together, inevitably combine into a new concept, a new quality, arising out of that juxtaposition » (4, emphasis in original). He gives examples of combinations of words, images, or ideas that create associations or new concepts when they are combined, arguing that this idea is not new in the cinema nor unique to it. For instance, if we see a grave and a woman weeping, we assume that she is the widow of the man buried there (4-5). In montage, Eisenstein continues, « Piece A (derived from the elements of the theme being developed) and piece B (derived from the same source) in juxtaposition give birth to the image in which the thematic matter is most clearly embodied. » Expressed in the imperative, for the sake of stating a more exact working formula, this proposition would read: « Representation A and representation B must be so selected from all the possible features within the theme that is being developed, must be so sought for, that their juxtaposition — that is, the juxtaposition of those very elements and not of alternative ones — shall evoke in the perception and feelings of the spectator the most complete image of the theme itself » (11, emphasis in original).

In Eisenstein’s breakdown of the idea, the « image of the theme itself » or image C, the abstract concept that the filmmaker wishes to get across to his audience, is best created in the mind of the spectator. This way, spectators can tailor their own « image of the theme itself » according to their own perceptions and experiences. In Eisenstein’s famous Odessa steps montage in Battleship Potemkin, the juxtaposition of (A) mercilessly firing troops and (B) suffering people are meant to create an image (C) of the injustices of capitalist imperialism. Shot (C) is the goal of the film, but it does not exist in it anywhere. Rather, viewers construct it in their minds.

In the shower scene in Psycho, Skerry explains that the carefully crafted juxtaposition of very short pieces of film create a terrifying montage: « Hitchcock prided himself on not actually showing the knife stabbing Marion. He claims that the violence occurs inside the viewer’s mind (shot C, in the Eisensteinian sense). He also claims that the nudity is equally suggestive, never explicitly shown » (11). Unlike the class struggle in Battleship Potemkin, the knife entering Marion’s torso is not too abstract to film, as the hundreds of slasher films released since Psycho have demonstrated. The Production Code prohibited it, however, and Hitchcock’s pride in not showing it might stem in part from his use of montage to cleverly sidestep the Code’s restrictions. In his interview with Skerry, screenwriter Joseph Stefano says: « I asked [Hitchcock], ‘How will you get that across? The knife goes like this, and then we cut to a fake wound?’ And he said, ‘Oh no, no. We don’t need any of that. This is a murder that is taking place in the audience’s mind, and it should be just a flash' » (56). In addition to any concerns he may have had about the Code, Hitchcock appears to have also felt pride that, by leaving the stabbing unseen, he was forcing the viewers to create a more terrifying vision in their minds.

Hitchcock’s shower scene went against the precepts of the « Hollywood montage » (Dmytryk 135) that was prevalent in classical studio films. The Hollywood style evolved to favor editing that reduced the story to its essence in a way that flowed smoothly for the viewer. Ken Dancyger explains that early directors « discovered that it isn’t necessary to show everything. Real time can be violated and replaced with dramatic time » (350). Dancyger gives an example of how dramatic time can be employed in a film to avoid wearying the audience with a scene of a character traveling. Instead, she will be shown departing, then « the editor then cuts to a street sign or some other indication of the new location » (359). This type of montage sought to present seamlessly a narrative that allowed the viewer to suppose what happened during unseen intervals. Instead of shot (C) being an abstract or unshowable concept as in the artistic Soviet montage, in the Hollywood montage shot (C) consists of narrative details with which the viewers need not concern themselves. As Skerry tells us: « Hitchcock once said that cinema was life with the boring parts left out » (143). The process of splicing together shots filmed at different times and in different places is unique to film, but the idea of streamlining a narrative to boil it down to its most compelling elements is far older than cinema.

As I discussed earlier, the Bible’s description of the story of Susanna does not directly refer to Susanna disrobing or getting into the bath. It merely states that (A) the elders were watching her and that (B) Susanna decided to take a bath. To borrow Eisenstein’s terminology, the juxtaposition of these two details « evoke[d] in the perception and feelings » (11) of many Renaissance painters the alluring image (C) of a seductive, Venuslike Susanna bathing as the elders watched her. While the Biblical story leaves out the details to keep the story moving, in the Hollywood sense of narrative economy, the image of a bathing Susanna is shot (C) in the Eisensteinian sense. Similarly, the violent paintings in which the elders assault her show a scene that is neither described nor contradicted in the Bible; they were assembled in the painters’ minds based on detail (A) the elders went up to her and (B) they demanded that she satisfy their desires. Given these facts, the extrapolation that (C) they ripped off her clothes and physically assaulted her will naturally emerge as the « image of the theme itself » (Eisenstein 11) in the minds of many readers.

These details, so lavishly embellished by so many generations of painters, are missing from the Biblical account in such a way that they are neither explicitly there nor impossible to imagine. They do not appear to be narrative lacunae to the reader of the Book of Daniel or the Apocrypha’s Susanna; the narrative flows smoothly and briskly, squeezing a great deal of drama and tension into a compact tale. A precise description of the movements of Susanna and the elders at every moment would transform this gripping whirlwind into a tedious slog. The story’s original creators eliminated details in the interest of dramatic time — creating a smooth, Hollywood montage of the essentials of the story. But painters reinterpreted the elision of detail — creating a vast lacuna of detail in their minds, inserting a shot (C) that stretched the likelihood of what (A) and (B) appeared to suggest. The universal association born of juxtaposition that Eisenstein described became either a pastoral voyeurism fantasy or a rape fantasy.

In the novel by Robert Bloch on which Psycho is based, the character of Marion is named Mary, and her death happens in one sentence. Toles examines how Hitchcock’s film adaptation gives this event center stage: « Is Marion’s shabby, useless death a proper occasion for a virtuoso set piece? Surely an abbreviated, less conspicuously artful presentation would honor the victim more, if the meaning(in human terms) of what transpired figured at all in the artist’s calculations » (128). Even if Psycho has no moral as such, a young woman’s sudden death still means something, and the film distracts us from this by showing us a dazzling work of art.

In a similar way, Tintoretto’s breathtaking Susanna draws us in with its luminosity and makes us forget what the story was about. As Garrard observes: « Even when a painter attempted to convey some rhetorical distress on Susanna’s part… he was apt to offset it with a graceful pose whose chief effect was the display of a beautiful nude » (150). Garrard argues that the pleasure agenda of the male artists and their male patrons overwhelmed the meaning of the Susanna story, and the female painter Artemisia Gentileschi was the only one to identify with Susanna rather than the elders. In Psycho, the audience has identified with Marion up until she is murdered, but her murder in the center of the film forces them to begin to identify with Norman.

As I discussed above, Psycho’s audience already began to identify with Norman during the voyeurism scene. The success of this is demonstrated by how many male film scholars express envy of Norman’s ability to watch as Marion removes her underwear. After Marion dies, the viewers of the film do not know to whom they should cling. In his interview with Skerry, screenwriter Stefano says: « After the shower scene we’ve lost the person that we were with, that we identified with, that we cared about. Remember, we didn’t want that cop to arrest her. We wanted her to get away with the money. W’’re all such felons at heart » (55). Stefano believes that the audience’s desire to identify with the protagonist is stronger than any desire they are likely to have to identify with justice and the law. Stefano says he told Hitchcock, « At that time [i.e. after Marion’s death], the movie is over unless we get the audience to care about Norman » (55). Several new characters, notably Marion’s sister Lila Crane (Vera Miles), are introduced in the second half of the film, and Marion’s boyfriend Sam Loomis (John Gavin) reappears. Though Sam and Lila could have the potential to become our new protagonists as they investigate Marion’s disappearance, the audience has already latched on to Norman.

Seeking to make the audience care about Norman, Stefano reports that it was his idea to include Norman’s lengthy cleaning up sequence after the murder, recalling times in his childhood when he was forced to clean up after his alcoholic father (55). In Spoto’s account of viewing the film, Stefano’s technique is effective: « Just as we have conflicting feelings about Marion…so we have divided feelings about Norman. He does such a first-rate cleanup of Mother’s messy murder, doesn’t he, and with him we’re ever so relieved when Marion’s car, which was momentarily stuck in the swamp, finally sinks with a septic gurgle » (320). Watching the premiere of the film with his wife, Stefano says that he heard the audience gasp when Marion’s car stopped sinking. He turned to his wife and whispered: « You know, I got them! They love Norman now. They don’t care if he buries her in a swamp » (63).

At this point, as far as the viewer knows, poor Norman is concealing the crime perpetrated by his « ill » but « harmless » mother. Norman’s efforts to protect his mother, Wood writes, make it easier for the viewers to shift their identification to him: « Norman is an intensely sympathetic character, sensitive, vulnerable, trapped by his devotion to his mother — a devotion, a self-sacrifice, which our society tends to regard as highly laudable…He is a likable human being in an intolerable situation » (146). While the viewer may have disapproved of Norman’s peeping and wished he had respected Marion’s privacy, this infraction is not enough to erase all of the sympathy we feel for his helpless sweetness and his efforts to do the best he can with his awful lot in life. He is himself very attractive, to the extent that a viewer who is attracted to men may find their judgment clouded as the narrative continues to unfold. If the heterosexual man can’t blame Norman for being a voyeur, the heterosexual woman really wants him to be as kind and gentle as he seems to be. In any case, we have no choice but to hold on to him, as Skerry explains:

We know from many of Hitchcock’s comments about the film that he enjoyed « tricking » the audience into identifying with Marion so that when she dies, we are left hanging, in a sense… Thus, if we accept the notion of identification, which was first discussed in Aristotle’s Poetics in the analysis of catharsis, then we can conclude that the killing of Marion creates for the viewer what Ortega y Gasset calls « existential shipwreck. » (176)
After a shipwreck, Ortega y Gasset writes, survivors look for something to cling to and will grab at any piece of driftwood they can find (Skerry 176). In Psycho, Skerry continues, this driftwood to which the viewer must cling is « the seemingly innocent, naïve, charming, boyish, and attractive character of Norman. In the cinematic world of the late 1950s, Norman would be the perfect romantic protagonist…It is probably Hitchcock’s greatest casting decision to propose Anthony Perkins for Norman » (176). In Bloch’s novel, Norman is middle-aged, overweight, and an alcoholic. Hitchcock proposed Perkins for the role, baiting the trap into which the viewer falls by making them like this attractive young man who appears to be awkward but perhaps noble. As Hitchcock himself says in the trailer, « This young man — you had to feel sorry for him. » Perkins’s sweet face is hard to resist, especially for first-time viewers who are concerned for him and what his mother appears to be putting him through.

The actor invested careful thought in the role. Stephen Rebello describes how Perkins « developed a powerful affinity not only for the surface behavior of Norman Bates but also for the inner workings. ‘It was my idea to have Norman nervously chewing candy in the film,’ Perkins enthused about the character who was to become a national folk antihero. ‘He would not plot malice against anyone. He has no evil or negative intentions. He has no malice of any kind' » (118-119).

Rebello’s description of Bates as « a national folk antihero » is intriguing. Even among experienced viewers who know who he is, know what he has done, Bates remains a compelling figure. Hitchcock and Perkins so carefully crafted him to be likable that we still like him after we learn the truth, as Smith suggests in his personal anecdote of seeing Psycho III in a theater in 1986: « During the scene in which Norman finally climbs into bed with an attractive woman, one young male viewer called out cheerily, ‘Go for it, Norman!’ That viewers could still feel this way years after knowing the truth about Bates is ample testament to Perkins’s nuanced, sympathetic portrait » (55). Without a doubt, this is true. But it also testament to the dual consciousness produced in the viewer by the original film, evoked by the image of Susanna and the Elders: one feels for poor, innocent Susanna. But one also feels for the elders, whose actions are not quite pardonable, but may be understandable.

Much as Hitchcock elected to cast the charming, handsome young Perkins as Norman, Renaissance painters tended to paint the elders as venerable old men, who seem fairly respectable even as they perpetrate their crime against Susanna. Tintoretto’s elders bear a strong resemblance to St. Peter and other esteemed older religious figures who appear in his other canvases. Just as the viewer’s shared voyeurism with them made the painting more alluring and the elders more relatable, the elders’ appearance as nice, grandfatherly figures makes it difficult to judge them too harshly. In van Mieris’ painting, the elders are temporarily disfigured by wanton expressions, and their postures are more openly transgressive than they are in many other Susanna canvases. But the painting’s presence in the film carries with it all of the cultural freight of its history, and these ramifications remain on the screen as a result. The audience’s identification with Norman parallels the earlier identification viewers had with the Elders. Even if the viewer’s sympathies are split between the male violator and the female victim, these two stories form a part of the larger tradition of the perpetrators of violence against women being seen as somewhat sympathetic.

After Norman peeps on Marion and replaces the van Mieris Susanna on the wall, the audience does not see this painting again. The second Susanna, however, continues to haunt Norman from a distance in later scenes: it is seen through the door when Norman is talking to Arbogast in the office (see Figure 7), and again when he hangs up the phone after talking to Sheriff Chambers (John McIntire) while sitting in the parlor (see Figure 8). In these scenes, it is on the wall opposite the other Susanna, perpendicular to the wall separating the parlor from the office. Near the end of the film, it moves and now hangs next to the door when Sam Loomis confronts Norman in the office (see Figure 9).

Previously, when Arbogast was snooping in the vacant parlor, this same space was occupied by the second Venus; thus, the progression from the ideal of female beauty to the act of violence against it is repeated as the second Susanna takes the place of the second Venus. The second Venus is only seen when Arbogast is in the parlor. Arbogast is never shown in the frame with either of the Susannas; as far as we know, he is not a pervert, and thus he is free from association with the elders. The second Susanna changes position, as though it were insistently inserting itself into the frame with Norman, hounding him, hanging over his shoulder like a guilty conscience.

Like Chaerea in The Eunuch, Norman Bates sees a painting of a woman’s privacy being violated and is inspired to violate a real woman’s privacy. Like the elders, his desire for a woman converts into an act of violence against her. Whether or not the full cultural impact of the Susanna story was familiar to the audience or the filmmakers of Psycho, it makes the film that much richer and more complex. As Wood writes: « [Hitchcock] himself — if his interviews are to be trusted — has not really faced up to what he was doing when he made the film. This, needless to say, must not affect one’s estimate of the film itself…Hitchcock (again, if his interviews are to be trusted) is a much greater artist than he knows » (151). Again, Hitchcock cast Anthony Perkins to make it that much easier — and more perilous — for the viewer to sympathize with Norman, as well as with Marion. This dual identification with both the victim and the perpetrator is emphasized by the Susanna paintings, linking Norman to the elders, which in turn links him to an expansive artistic and literary tradition that extends across many centuries and cultures. Hitchcock may not have known the full extent of the multilayered connections he was making by including these images, yet they hang on the walls of the Bates Motel, indicating that Norman’s crime is a new manifestation of a much older story.

Works Cited

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Walker, Michael. Hitchcock’s Motifs. Amsterdam UP, 2005.

Wood, Robin. Hitchcock’s Films Revisited. Columbia UP, 1989.

Voir aussi:

SUZANNE ET LES VIEILLARDS D’ARTEMISIA GENTILESCHI
delapeinture

avril 23, 2009

1610, coll. Schonborn, Pommersfelden.

Voici une œuvre qui conduit le drame à l’essentiel. Artemisia Gentileschi, au demeurant bien jeune, assimile avec retenue le double héritage des leçons véristes du Caravage et de la peinture claire des Carrache. Rigueur et sobriété, construction et vérité.

Dans ce tableau marqué par une puissante diagonale,  Suzanne occupe les deux-tiers de l’ensemble, laissant aux vieillards le dernier tiers supérieur. Cette division horizontale se double d’une illusion de champ avec le rebord de pierre sur lequel la baigneuse est assise. Celui-ci déborde du simple rôle de repoussoir visant à  accuser la profondeur et structure les principaux plans du récit .La lecture, sans faire l’objet d’anacoluthe,  pourrait ainsi se lire de bas en haut, chacune des séquences correspondant à un tiers de la composition, avec la figure de  Suzanne comme élément central, laquelle opère un raccourci espace-temps.

Première séquence : Suzanne sortant du bain avec  ce mouvement   ascensionnel créé par le chevauchement des jambes et la torsion de l’ensemble du bassin qui valide la lecture d’un épisode autonome. Mais les muscles, tendus par un effort désordonné, trahissent  une vive émotion et le linge blanc qui s’enroule encore mollement  semble  prêt à glisser le long de la cuisse (fig.1).

Seconde séquence : la violente intrusion des vieillards a jeté l’effroi chez Suzanne, effroi qui s’inscrit dans la gestuelle par le biais d’un contrapposto  si brutal  qu’il désarticule le modèle (fig.2).

Cette séquence centrale  constitue bien la quintessence visuelle de l’épisode : loin de l’élégante douceur serpentine de Raphaël, la figure de Suzanne expose son malheureux corps à l’avidité des  regards. De fait,  notre héroïne est une femme désirable avec cette chevelure ondulée et dénouée, ces courbes toutes de rondeurs épanouies  jusqu’à ces plis encadrant l’abdomen qui soulignent la suavité des chairs. Alors que Lorenzo Lotto (1) avait choisi la représentation d’un modèle archaïque (femme au fond peu voluptueuse parce que réduite à la thématique symbolique), et qu’Alessandro Allori nous montrait sans guère de retenue la concrétisation d’évidents fantasme nés du récit (2, fig.3), Gentileschi   associe les données : tout en peignant le traumatisme d’une femme harcelée dans sa féminité, elle assume pleinement  l’érotisme inhérent au personnage. Le mouvement de ses bras indique non seulement  qu’elle a renoncé à préserver ce qui lui reste de pudeur mais aussi qu’elle cherche  à ne pas entendre les chuchotements sinistres de ses agresseurs. Ainsi, toute la partie centrale qui décrit le  corps comme objet de convoitise  nous renvoie à la séquence supérieure qui énonce l’esprit, tourmenté par cette parole annonciatrice de l’acte.

Troisième séquence: le chantage des vieillards  menaçant de faire comparaitre de faux témoins en cas de résistance (fig.4). Sordide complot à l’encontre des plus démunis. C’est ici le temps où la parole  devient ce glaive invisible  qui lui meurtrit le cou au point de faire ployer la tête, et Suzanne, dans sa déchéance, rejoint symétriquement  la figure d’Adam  de la Sixtine. Les mains dessinent un parallélogramme dont le côté supérieur manifeste l’agression et le coté  inférieur  exprime ce mélange de  refus et de défense. Mais il existe une autre figure géométrique et si l’on prête attention à ce quadrilatère élargi par la main gauche du protagoniste qui se penche sur son acolyte, on peut trouver les clefs du drame : en premier lieu, l’expression  de l’acte sexuel avec cette main qui s’emboite à distance avec celle de Suzanne (fig.5 et 6), ensuite le point central constitué par l’index qui de façon péremptoire appelle au silence. Pour accentuer l’idée d’intrusion, Gentileschi prend d’ailleurs soin de placer la tête du comploteur dans la partie supérieure de ce quadrilatère.

Tout entière soumise à la trame du récit, l’économie formelle des moyens se retrouve dans la sobre utilisation des couleurs, porteuses de significations symboliques. Surface dominée par des tonalités froides où   les chairs blêmes, comme surexposées à une lumière trop crue, se détachent sur le fond grisâtre de la pierre, analogie muette de la solitude et de l’épreuve (3). Opposition classique du rouge et du blanc. Et le ciel, d’un bleu délavé, suggère timidement  une  promesse de salut.

Harcèlement, violence, lâcheté, loi du silence : ce sont bien les termes du viol que l’on retrouve ici et ils résonnent avec des accents prémonitoires car, lorsqu’elle peint Suzanne et les vieillards  dans l’atelier romain de son père Orazio,  Artemisia Gentileschi  alors âgée de dix-sept ans, n’a pas encore été la proie des  outrages  d’Agostino Tassi et du lamentable procès qui suivit. Les actes qui nous sont parvenus témoignent de l’humiliante et sordide procédure qui devait prouver son statut de victime. Eternelle histoire  du sexe faible, coupable de l’innocence. Depuis, et c’est justice, cette figure est progressivement devenue une icône de la sensibilité féministe, et certains observateurs n’ont d’ailleurs pas toujours su éviter une lecture trop littérale de son œuvre en mettant en exergue la fréquence du thème vengeur de Judith tranchant la tête d’Holopherne.

Mais je voudrais simplement finir  par un silence, ce vrai silence qui demeure celui de la compassion pour Artemisia et de l’admiration pour cette peinture de  vérité.

Notes

1. 1517, Florence, Offices.
2. 1561, Dijon, Musée Magnin,
3. Les rinceaux qui apparaissent  derrière Suzanne peuvent aussi évoquer la palme des martyrs.

Voir également:

30 octobre 2016

Suzanne et les vieillards, 1610, collection SchönbornPommersfelden

La première œuvre attribuée à Artemisia, qu’elle signe dès l’âge de dix-sept ans (sûrement aidée par son père, déterminé à faire connaître ses dons artistiques précoces), est sa Suzanne et les vieillards, réalisée en 1610, et aujourd’hui conservée dans la collection Schönborn à Pommersfelden. La toile laisse entrevoir comment, sous la conduite paternelle, Artemisia, en plus d’assimiler le réalisme du Caravage, n’est pas indifférente au langage de l’école bolonaise, qui s’inscrit dans le mouvement d’Annibale Carracci.

Elle reprend et modifie plusieurs fois les œuvres de son père, auxquelles elle donne une touche d’une âpreté réaliste que celui-ci n’avait pas. Elle leur confère une atmosphère dramatique, si prisée par les Napolitains, en accentuant le clair-obscur à la manière du Caravage, contribuant ainsi à l’évolution de ce style d’une façon déterminante.

À dix-neuf ans, alors que l’accès à l’enseignement des Beaux-Arts, exclusivement masculin, lui est interdit, son père lui donne un précepteur privé, le peintre Agostino Tassi. Un scandale marque alors sa vie. Artemisia est violée par Tassi employé à cette époque avec Orazio Gentileschi à la réalisation des fresques des voûtes du « pavillon des Roses » dans le palais Pallavicini Rospigliosi de Rome.

Celui-ci promet d’abord de l’épouser pour sauver sa réputation, mais il ne tient pas sa promesse et le père d’Artemisia porte l’affaire devant le tribunal papal. L’instruction, qui dure sept mois, permet de découvrir que Tassi avait formé le projet d’assassiner son épouse, avait commis un inceste avec sa belle-sœur, et voulu voler certaines peintures d’Orazio Gentileschi. Pendant le procès, Artemisia est soumise à un humiliant examen gynécologique et « soumise à la question » pour vérifier la véracité de ses accusations. Elle résiste à la torture et maintient ses accusations. Tassi est condamné à un an de prison et à l’exil des États pontificaux.

Judith décapitant Holopherne, musée Capodimonte, Naples, 1612-14.

Les actes du procès, dont a été conservée l’exhaustivité des documents et témoignages, frappent par la crudité de la relation des faits énoncés par Artemisia et par le caractère inquisitorial des méthodes du tribunal. Leur lecture à la lumière des thèses féministes de la seconde moitié du xxe siècle a eu une grande influence sur l’analyse de la personnalité d’Artemisia Gentileschi.

  • Témoignage d’Artemisia lors du procès, quand bien même cet événement donna lieu à de nombreuses rumeurs1 :

La toile, conservée au musée Galerie des Offices (Galleria degli Uffizi), qui représente Judith décapitant Holopherne (ca.1612-16142), impressionnante par la violence de la scène, a été interprétée comme un désir de revanche par rapport à la violence subie.

Un mois après la conclusion du procès, Orazio arrange pour Artemisia un mariage avec Pietro Antonio Stiattesi, modeste peintre florentin, qui permet à Artemisia, violentée, abusée et dénigrée, de retrouver un statut honorable.

La Vierge à l’Enfant de la Galerie Spada date des débuts romains.

Peu après, le couple s’installe à Florence, où ils ont quatre enfants, dont seule la fille, Prudenzia, vécut suffisamment longtemps pour suivre sa mère lors de son retour à Rome puis à Naples.

Voir de même:

Une peinture au rayon X par Kathleen Gilje

Liminaire

Artemisia Gentileschi est née en 1593. Artemisia Gentileschi est la fille aînée d’Orazio Gentileschi, un des plus grands peintres de la Rome baroque, proche du Caravage. Artemisia Gentileschi a sans doute appris la peinture dès son plus jeune âge dans l’atelier de son père. En 1610, elle a 17 ans, elle signe sa première œuvre autonome, une Suzanne et les vieillards. « Son père l’a sans doute peinte avec elle mais a laissé sa fille signer pour lancer sa carrière », estime Francesco Salinas, co-commissaire de l’exposition Artemisia, 1593-1654, Pouvoir, gloire et passions d’une femme peintre, au Musée Maillol, à Paris en 2012.

Suzanne et les vieillards, peinture d’Artemisia Gentileschi
Artemisia Gentileschi a perdu sa mère jeune. Pour parfaire ses connaissances en perspective, son père engage un ami qui devient son associé, Agostino Tassi. Cet homme séduit la jeune fille puis la viole. Pour continuer à la voir, Agostino Tassi lui promet le mariage. Mais il est déjà marié. Il tente de faire assassiner sa femme mais n’y parvient pas. Le père d’Artemisia porte plainte contre Agostino Tassi plusieurs mois après. À cette époque les filles sont considérées comme « possessions » des pères, c’était donc à lui de porter plainte, puisque c’était lui qui subissait un préjudice. Le procès qui suit a longtemps été plus connu que les œuvres d’Artemisia. Pour prouver l’innocence de la victime la jeune fille est mise au supplice, procédure courante à l’époque. Doigts enserrés dans des entrelacs, torture qui aurait pu être dramatiques et la priver de la pratique de son art. Agostino Tassi est condamné à l’exil des états pontificaux au terme d’un long procès. [1] Ses protecteurs parviennent cependant à révoquer sa sentence et le peintre continuera à commettre vols, fraudes et à séduire d’autres jeunes femmes.

On associe souvent la thématique de l’œuvre d’Artemisia ainsi que son intérêt quasi exclusif pour les figures féminines à son parcours et à sa vie privée. Ce qui explique les nombreuses héroïnes qui peuplent les toiles de la peintre, parmi lesquelles Judith, Cléopâtre, Bethsabée, Suzanne ou bien encore Yaël. Son père lui avait appris les fondements de l’art de Caravage dans lequel elle avait puisé de manière très personnelle, la violence et la cruauté de sa peinture.

Suzanne et les vieillards, peinture d’Artemisia Gentileschi au rayon X
« Le sujet de son premier tableau est tiré de la Bible, Suzanne et les vieillards (1610, Pommersfelden, Schloss Weissenstein). Sa composition triangulaire traduit l’horreur de Suzanne face à la proposition des vieillards lubriques. Malgré la signature bien visible d’Artemisia, certains se sont demandé si une si jeune peintre pouvait réussir à ce point un tableau et l’ont attribué à son père. Peut-être a-t-il conseillé sa fille et ajouté un coup de pinceau ça et là, mais la figure féminine ne ressemble définitivement pas aux siennes. Le thème a souvent servi, paradoxalement, à peindre des nus féminins lascifs ; peu de peintres ont voulu représenter la surprise et l’indignation de Suzanne devant des propositions aussi inattendues que dégradantes. On a aussi rapproché le tableau de l’histoire personnelle d’Artemisia, ce qui est un procédé réducteur qui fait oublier l’apport réel de l’artiste. » [2]

C’est à cette époque qu’Artemisia peint ses œuvres les plus reconnues, notamment Judith décapitant Holofernes. L’histoire d’Holofernes, général Assyrien menant les troupes qui envahissent et détruisent Béthulie, la patrie de Judith. Cette dernière décide de gérer la situation en venant à lui, flirtant avec lui afin qu’il baisse sa garde et ensuite le gaver de nourriture et de vins. Après qu’il se soit endormi, Judith et sa servante prennent son épée et le décapite. Problème réglé. Le sujet était très populaire à l’époque.

« La Judith d’Artemisia ne correspond pas à ce type, écrit Pascale Beaudet, historienne et critique d’art. Elle est jeune, digne, concentrée et se fait assister par sa servante, qui elle aussi est jeune, ce qui est un changement par rapport à la tradition picturale. L’autre apport majeur d’Artemisia est la collaboration active qui unit la servante et la maîtresse, sans parler du côté spectaculaire de l’égorgement, qu’elle rend réaliste en s’inspirant du travail du Caravage. »

Artemisia Gentileschi est considéré comme une icône de l’art féministe, à la fois à cause de ses déboires personnels et des thèmes de ses œuvres. En 1998, l’artiste contemporaine et restauratrice d’art Kathleen Gilje lui rend hommage au Musée national des femmes artistes de Washington en exposant une copie méticuleuse de la peinture Suzanne et les vieillards d’Artemisia Gentileschi exposée à côté d’une radiographie de la peinture, montrant une toute autre version de la peinture.

Suzanne et les vieillards au rayon X, par Kathleen Gilje
Cette version au rayon X est bien évidemment une invention, une interprétation artistique de Kathleen Gilje qui souligne ainsi à quel point l’histoire personnelle d’Artemisia Gentileschi reflète celle du sujet de sa peinture tant le personnage qu’elle représente et l’artiste elle-même ont été soumis à la concupiscence des hommes plus âgés.

[1] Actes d’un procès pour viol en 1612, suivis des lettres de Artemisia Gentileschi, éditions des femmes, 1983

[2] Artemisia Gentileschi, artiste peintre et femme libre, Pascale Beaudet

Voir de plus:

The Girl Shows Alfred Hitchcock’s Blatant Sexual Harassment Of His Muse Tippi Hedren

  • Meredith Lepore
  • The Grindstone
  • Sep 10 2012

Alfred Hitchcock was a brilliant and wildly successful filmmaker but he also used his power for terrible things, according to actress Tippi Hedren and the new HBO film, The Girl. Hitchcock sexually harassed Tippi, one of his supposedly favorite actresses (she starred in two of his films) for years. The new film, starring Sienna Miller, shows this disturbing relationship between the famous actress and director. The film will hopefully show women how lucky they are today in terms of laws prohibiting sexual harassment and may act as a wake up call to others.

The acknowledgement of sexual harassment is barely 40 years old. The first historical use of the term wasn’t until 1973 when MIT reports first addressed the gender issue and specific procedures were instated as ways to both protecting the victims and handling it. Tippi began working with Alfred in the early 1960s.

“People have said, ‘Was he in love with you?’ No, he wasn’t. When you love someone, you treat them well,” Hedren said of Hitchcock. “I think he was an extremely sad character. We are dealing with a brain here that was an unusual genius, and evil, and deviant, almost to the point of dangerous, because of the effect that he could have on people that were totally unsuspecting.”

The Girl is based on the book Spellbound by Beauty,” by Donald Spoto. Screenwriter Gwyneth Hughes interviewed several people familiar with the Hitchcock-Hedren dynamic, including costume supervisor Rita Riggs, actress Diane Baker, and Hitchcock’s first assistant director Jim Brown. The film shows Hitchcock aggressively forcing a kiss on Hedren in the back seat of a car during the filming of The Birds, and later demanding that she “make yourself available to me sexually.” The film also suggests that Hitchcock punished her for rejecting his advances. “It was horrifying. A horrible situation in which to be,” she says and shudders. “There were women who would have gone along with it, but I wasn’t one of those.”

In one scene, he sends a prop bird crashing through phone booth glass without warning her. Another sequence shows him forcing her to work with live birds for five days for the film’s attic scene. Hedren suffered multiple cuts, including to her face, in both cases, according to the film. Hedren said: “Actually viewing the film, I have to say that when I first heard [actor Toby Jones’s] voice as Alfred Hitchcock, my body just froze. I had not talked about this issue with Alfred Hitchcock to anyone. Because all those years ago, it was still the studio kind of situation. Studios were the power. And I was at the end of that, and there was absolutely nothing I could do legally whatsoever. There were no laws about this kind of a situation. If this had happened today, I would be a very rich women.”

But The Birds launched Tippi’s career as an actress and the “It Girl” of the moment. However, it didn’t last long. After she finished shooting Marnie with Hitchcock in 1963, she wanted to get out of her contract with Hitchcock but he wouldn’t let her. Back then there were no laws to protect her. He threatened her and said he would ruin her career, and according to Hedren he did. He told directors like Francis Truffaut that she wasn’t available for work. Her career did stall after those two very successful films.

Hedren believes she is one of many actresses harassed by the cinematic legend. After Psycho, she said, actress Vera Miles refused to ever work with the director again. Hedren also said Suzanne Pleshette told her during The Birds filming, “It isn’t always like this.”

“He ruined my career but he didn’t ruin my life,” she said. “If this had happened today I would be a very rich woman.” But on the bright side, Sienna Miller thinks a lot has changed for women in film today. “I hope that young women who do see this film know that they do not have to acquiesce to anything that they do not feel is morally right or that they are dissatisfied with or simply wanting to get out of that situation, that you can have a strength, and you deserve it. I can look at myself in the mirror, and I can be proud. I feel strong. And I lived through it beautifully. He ruined my career, but he didn’t ruin my life,” said Hedren.

But have things really improved for women? New research shows that women are starting to let sexual harassment roll off their back, or at the very least don’t let it affect them as much as men do. Men who are exposed to sexual harassment are more likely to find jokes and inappropriate touching “distressing,” while women just find it “bothersome.” Researcher Isis Settles, an associate professor of psychology at Michigan state says that the finding “suggests that sexual harassment is such a widespread problem that women have figured out ways to deal with it so it doesn’t interfere with their psychological well-being.

Voir encore:

Hitchcock star Tippi Hedren says director was ‘evil’, and she’d be rich if sexual harassment laws applied in the 1960s

She was once his muse but when young Tippi Hedren refused legendary director Alfred Hitchcock’s sexual advances he ruined her career.

Veteran actress Hedren, 82, says she would have been a rich woman if sexual harassment laws existed in 1963 when ‘The Birds’ was filmed.

Her comments came as production of a television drama about her relationship with the ‘Psycho’ director is wrapping up.

She claims he ruined her career when she refused to bow to his advances, but said he failed ruin her life.

‘I think he was an extremely sad character.

‘We are dealing with a brain here that was an unusual genius, and evil, and deviant, almost to the point of dangerous, because of the effect that he could have on people that were totally unsuspecting.’

Tippi Hedren spoke about the rampant sexual harassment as she joined the cast of ‘The Girl’, a collaboration between BBC and American network HBO which looks into the relationship she had with Hitchcock while making ‘The Birds’.

At the time of filming Tippi, born Natalie Kay Hedren, was 34 years old, more than 30 years younger than Hitchcock, and engaged to be married to her second husband.

The knowledge of this this did not stop his advances, something which becomes clear in ‘The Girl’.

The film, based on the book ‘Spellbound by Beauty’ by Donald Spoto, portrays the director as a predator who demands sexual favours of his leading lady.

The 90 minute television drama has an impressive cast with Sienna Miller as Tippy Hedren, Toby Jones as Alfred Hitchcock, Imelda Staunton as Hitchcock’s wife, Alma, and Penelope Wilton as his loyal assistant, Peggy Robertson.

In one scene Hitchcock aggressively forces a kiss on Hedren in the back seat of a car during the filming and later orders her to make herself ‘available sexually’.

Filming with his birds: Hitchcock and Tippi Hedren on set where, the actress claims, he sexually harassed her

The film also suggests that Hitchcock punished her for rejecting his advances.

In one scene, the director sends a prop bird crashing through phone booth glass without warning Tippi.

Actress Tippi Hedren, pictured in 2007, says she would have sued Hitchcock if sexual harassment laws existed in the sixties

Another sequence shows her forcing her to work with live birds for five days for the film’s attic scene. Hedren had been told mechanical birds would be used, only to find live birds were let loose – again with no prior warning.

Hedren, now aged 82, said there were times of delight working for Hitchcock while filming ‘The Birds’ and her only other film for him, ‘Marnie’.

But once she rejected his advances, and refused to make another film with him, he effectively ended her career by stopping her working for two years.

‘He ruined my career but he didn’t ruin my life,’ she said.

‘If this had happened today I would be a very rich woman,’ she added, alluding to the protection afforded by sexual harassment laws today.

Given the unwanted advances she could have possibly sued Hitchcock who died aged 80 in 1980.

Hedren, mother of actress Melanie Griffith, was working as a successful model when she was chosen by Hitchcock to star in ‘The Birds’.

The director had been looking for another blonde actress to replace Grace Kelly who had starred in three of his previous films.

He signed her to a personal contract which he upheld when she refused to work for him.

For two years she sat a home unable to work despite offers from other Hollywood studios.

While she was able to resume her career she never became a major star although she went on to make 50 films and has had guest appearances on TV shows including CSI: Crime Scene Investigators.

Voir aussi:

Hitchcock and Hedren now an HBO movie
He started her career. And he ended it.
Rob Salem
The Star.com

Oct. 19, 2012

He started her career. And he ended it.

Director Alfred Hitchcock’s relationship with actress Tippi Hedren was, to say the least, complicated. He discovered her. He put her in pictures. And then he put her through sheer living hell.

It is fairly well known that Hitchcock had a particular obsession with icy blondes, and none more so than former model Hedren, whom he nurtured and transformed from mannequin into actress, and starred in two of his films, The Birds and Marnie.

But when Hedren rejected his clumsy sexual advances, he cut her off completely, tying her up in an exclusive contract that prohibited her from working for anyone else.

The story is told in some detail in The Girl, a fascinating new HBO movie that debuts on HBO Canada Saturday night.

Hedren is the first to tell you that it isn’t the whole story.

“In an hour and a half, there wasn’t enough time,” says the now 82-year-old actress.

“There were times when it was absolutely delightful and wonderful,” she insists. “Hitchcock had a charm about him. He was very funny at times. He was incredibly brilliant in his field. I learned so much from that man about motion pictures, and how you make a motion picture.

“So there are things that weren’t able to be in the film to say, ‘Why would she stick around for all of this?’ It wasn’t a constant barrage of harassment. If it had been constantly the way we have had to do it in this film, I would have been long gone.”

At first, she says, Hitchcock was a benevolent mentor. “I hadn’t had any acting experience, except in commercials. To break down a script, to delve into how you become another character, the relationship of different characters in the film, was something that I didn’t know how to do. And to have as brilliant a genius as Alfred Hitchcock as my drama coach . . .”

Then things got ugly.

“It was something that I had never experienced before,” Hedren says. “I don’t know what to call it. I certainly gave no indication that I would ever be interested in any kind of a relationship with him.

“People have said, ‘Was he in love with you?’ No, he wasn’t. When you love someone, you treat them well. I think we’re dealing with a mind here that is incomprehensible, and I certainly am not capable of discerning what was going through his mind or why.

“I think he was an extremely sad character. As I said, we are dealing with a brain here that is unusual, genius, and evil, deviant almost to the point of dangerous because of the effect that he can have on people that are totally unsuspecting.”

That part of the story the movie gets right, Hedren confirms. “I do want to say how pleased I am with this film, with Sienna (Miller)’s portrayal, with Julian (Jarrold)’s direction and, of course, Toby (Jones), with his brilliant character depiction of Alfred Hitchcock. They were all brilliant; just wonderful.

For The Girl’s lead actress Sienna Miller, playing a real-life role is never easy – she previously portrayed Warhol muse Edie Sedgwick in the 2006 biopic Factory Girl. Hedren presented a much greater challenge.

“I think it’s always difficult when you’re trying to imitate somebody else as dramatic and brilliant as Tippi,” Miller allows. “I definitely tried to capture an essence in the film. It wasn’t supposed to be an exact replica.

“It was difficult during certain scenes, but not nearly as difficult as it was for Tippi. The bird attack scenes took five long days for her. It was about five hours for me. So while I definitely suffered a little bit, it was nowhere near the real thing.”

The filming of the attack sequence in The Birds is perhaps the most notorious part of the Hitchcock/Hedren saga. The scene was only supposed to involve stuffed and mechanical birds, or so Hitchcock had assured her. Instead, she did her best to protect herself as the crew hurled real, living and probably very angry birds at her head.

Though their beaks had been bound, one of the birds gashed her cheek, narrowly missing her eye. She broke down on set and they shot around her for a week to give her time to recover.

But the emotional scars remain.

“As far as seeing (The Girl), I was apprehensive,” Hedren confesses. “I have to say that when I first heard Toby’s voice as Alfred Hitchcock, my body just froze. It was hard to go through all of those years that had been eclipsed into an hour and a half.”

But go through it she did, when HBO held a private screening for Hedren and her invited guests. “At the end of it, nobody moved,” she says. “Nobody said anything until my daughter, Melanie Griffith, jumped up and said, ‘Now I have to go back into therapy.’”

Hedren is hoping that The Girl will resonate with other victims of sexual harassment.

“I hope that young women who do see this film know that they do not have to acquiesce to anything that they do not feel is morally right, or that they are dissatisfied with, or simply wanting to get out of that situation, that you can have a strength, and you deserve it.”

For Hedren, it wasn’t that simple. It was the waning days of the old studio system, and actors were treated, as Hitchcock himself is often quoted, like cattle.

“There was absolutely nothing I could do legally, whatsoever,” adds Hedren. “There were no laws about this kind of a situation. If this had happened today, I would be a very rich woman.

“But I can look at myself in the mirror, and I can be proud. I feel strong. I lived through it beautifully.

“He ruined my career, but he didn’t ruin my life.”

Voir de plus:

The new HBO movie “The Girl” depicts your relationship with Alfred Hitchcock, who, after giving you your first movie role in “The Birds,” plants an unwanted kiss on you, tries to blackmail you for sex and stalks you. Why would he do these things? 

He was a misogynist. That man was physically so unattractive. I think to have a mind that thought of himself as an attractive, romantic man and then to wake up in the morning and look at that face and that body was tough. I think he had a whole lot of problems.

The film made me ponder the expression “Revenge is a dish best served cold.” Is there any satisfaction in exacting revenge on a man who has been dead 32 years? 

Well, I don’t know that I’ve gotten any revenge on him. Maybe this movie is a bit. But I’m not the first one this happened to. Other actresses never made any overt statements about it. What he did with his life is astounding. There is no one in this world that did films like he did. Nobody.

The worst abuse happened after you rebuffed his advances. Actors have been known to sleep with less powerful directors for advancement in show business. Did you ever consider it? 

I have a strong Lutheran background, and my parents instilled in me strong morals. This was something I could never have done. I was not interested in him that way at all. I was fortunate enough to work with him, and as far as I was concerned, he ruined everything.

There is a scene in “The Girl” — as well as in the Donald Spoto book it’s based on — in which Hitchcock informs you that you are to be sexually available to him any time, any place. How do you even respond to that? 

I said, I’ve got to get out of the contract. He said, I’ll ruin your career. And he did. He wouldn’t let me out of the contract. I’d be a really big star if he hadn’t stopped my career. There were so many people who wanted me for their films. All he said was, “She isn’t available.” That’s a mean, mean man.

You’ve said that his wife, Alma, knew of his obsession with you. 

That couple was an enigma to all of Hollywood. At one point, she came to me during “Marnie” and said, “I’m so sorry you have to go through all of this,” and I looked at her and said, “Alma, you could stop it.” Her eyes just glazed over, and she turned and left.

How did you react to the news of his death? 
Relief.

Of course, you must not have gone to his funeral. 
I did.

Why? I would assume the only reason you’d want to see his grave is to spit on it. 
You don’t get it. He ruined my career, but he didn’t ruin my life. That time of my life was over. I still admire the man for who he was.

Years later, you bought a huge piece of land in California, where you still live, acquired a number of big cats and spent a decade making a movie with them called “Roar.” During the filming, a lion scratched your daughter, Melanie Griffith, and she needed plastic surgery. The cinematographer was scalped, and your former husband was mauled. Were you naïve about the dangers? 

We had not a clue what we were doing. We really didn’t. We had wanted to use Hollywood acting animals, but because instinct dictates a cat will fight a cat they didn’t know, all of the cat trainers said: “I don’t want my cat hurt, and I don’t want to get hurt. Get your own animals to do the movie.” We were in a learning process.

There’s a photo of you and a teenage Melanie, whose head is six inches away from Neil, your first live-in lion. 
He was not a live-in lion. Sometimes I get so annoyed with you writers.

The caption from your book reads, “Melanie and I with Neil, our first live-in lion.” 
O.K., I missed that one. O.K.

Does Melanie ever say at Christmas, “Mom, thank God I wasn’t eaten by the lions”? 
Oh, we all say that. Thank God we made it. Thank God nobody was killed. We all say that.

Harvey Weinstein ne peut laver tous les péchés d’Hollywood

Glenn Harlan Reynolds

USA Today

Il n’a fallu que quelques jours aux puissants du cinéma américain pour mettre au ban le célèbre producteur, accusé de harcèlement sexuel et de viol. Est-ce pour mieux détourner l’attention de la vraie nature d’Hollywood ?

Les transgressions du producteur Harvey Weinstein lui ont coûté sa place à l’Académie des Oscars. Ce n’est pas rien, quand on pense qu’elle compte encore parmi ses membres le réalisateur Roman Polanski, qui a plaidé coupable [de détournement de mineur] dans l’affaire du viol d’une adolescente de 13 ans.

Alors même que d’autres accusations de viol ont fait surface, Hollywood soutient Polanski depuis des dizaines d’années. En 2009, Whoopi Goldberg a même déclaré à propos du crime – Polanski avait drogué et sodomisé la…

Les transgressions du producteur Harvey Weinstein lui ont coûté sa place à l’Académie des Oscars. Ce n’est pas rien, quand on pense qu’elle compte encore parmi ses membres le réalisateur Roman Polanski, qui a plaidé coupable [de détournement de mineur] dans l’affaire du viol d’une adolescente de 13 ans.

Alors même que d’autres accusations de viol ont fait surface, Hollywood soutient Polanski depuis des dizaines d’années. En 2009, Whoopi Goldberg a même déclaré à propos du crime – Polanski avait drogué et sodomisé la jeune fille – que ce n’était pas “vraiment” un viol.

Pourtant, Hollywood s’est retourné contre Weinstein à une vitesse ahurissante. Il subit un ostracisme auquel ont échappé d’autres personnalités de son milieu.

Pourquoi ? À mon avis, c’est parce que le cas de Weinstein n’est pas aussi inhabituel qu’on veut nous le laisser croire. Hollywood a dû comprendre que le monde avait changé et que les médias people et les attachés de presse dociles ne pouvaient plus étouffer ces histoires. De mon point de vue, ils espèrent qu’en se montrant intransigeants avec Weinstein l’affaire se dissipera. Ils veulent éviter que le grand public se rende compte que cet homme fait partie d’un système d’exploitation bien ancré et qu’il ne relève pas de l’exception.

Des réunions dans des chambres d’hôtel

Ces individus n’ostracisent pas Weinstein parce qu’ils ont soudain découvert sa vraie nature. Ils l’ont toujours connue. Ils se retournent contre lui parce que le grand public a découvert sa vraie nature. Ils espèrent détourner l’attention de l’opinion avant qu’elle ne découvre le véritable visage d’Hollywood.

À mon avis, cela ne fonctionnera pas.

Harvey Weinstein est très fort, mais il ne l’est pas assez pour endosser tous les péchés d’Hollywood.“Combien de secteurs disposent d’un terme précis pour désigner l’échange de faveurs sexuelles contre un emploi ? interroge John Podhoretz. Est-ce un hasard si la pratique est tellement répandue dans le milieu du cinéma qu’elle a donné lieu à la locution ‘casting couch’, [un équivalent de notre ‘promotion canapé’] ? Dans combien de secteurs organise-t-on des réunions dans des chambres d’hôtel en dehors des heures de bureau ? Et lors de ces rendez-vous, dans combien de secteurs un patron dit-il à une jeune femme qu’elle ne doit pas hésiter à se dénuder devant lui, car l’emploi qu’elle brigue exigera d’elle qu’elle soit nue face à des millions de personnes ?”

Plus Sade que Don Juan

Le milieu hollywoodien est ce qu’il est car la nature du travail – les jugements personnels, peu de transparence, peu de normes objectives – permet à ceux qui le veulent d’abuser de leur position dominante. Avoir un magnat dans son camp, voire un agent ou un producteur adjoint, peut propulser une carrière – mais l’inverse est aussi vrai.

Weinstein semble être un homme extrêmement désagréable, un habitué du harcèlement et des agressions à l’encontre des femmes comme des hommes, que ces actes soient sexuels ou non. Même les agressions sexuelles dont il est accusé semblent viser l’humiliation des victimes plus que la simple satisfaction sexuelle. Weinstein s’apparente plus à Sade qu’à Don Juan.

Mais ses comportements ont été facilités par des dizaines voire des centaines de complices : des assistants, des producteurs, des acteurs, des actrices et des agents qui sont restés sous son influence car ils en tiraient divers contrats et projets. Et tous l’ont fait car, bien que Weinstein soit peut-être un connard fini, ses agissements n’étaient pas exceptionnels dans le secteur.

Les puissants d’Hollywood espèrent que vous ne tirerez pas cette conclusion, mais elle sera difficilement évitable face aux multiples accusations contre d’autres figures du cinéma américain. En découle la plus grande inquiétude du milieu : si les gens comprennent que le système qui produit des films est abusif, continueront-ils à en regarder ? Les films sont-ils les “diamants du sang” du monde du divertissement ?

“L’exploitation est omniprésente dans le cinéma, c’est pourquoi nous devons lui refuser notre soutien, écrit Ann Althouse sur son blog. Ces projets au budget faramineux donnent à certains un pouvoir immense, utilisé pour briser des jeunes femmes. On devrait refuser d’exposer nos esprits à ce genre de choses. Si vous voulez des histoires à visage humain, lisez un livre.”

Et si les gens pratiquaient la lecture au lieu d’aller au cinéma ? Rien n’inquiète plus les puissants d’Hollywood. Pas étonnant qu’ils aient réagi au quart de tour.

Voir aussi:
Popular Culture

Nasty, Brutish, and Fat

Of Hobbes and Harvey Weinstein

The reason Weinstein’s three decades of monstrous personal and professional conduct are so appalling and fascinating in equal measure is that he was clearly functioning outside the “social compact” Hobbes said was necessary to save men from a perpetual state of war they would wage against one another in the state of nature. For that is what Weinstein was doing, in his own way: waging Hobbesian war against the women he abused and finding orgasmic pleasure in his victories.

And Weinstein did so while cleverly pretending to leadership within the social compact and disingenuously advocating for its improvement both through political change and artistic accomplishment. Hobbes said the life of man in the state of nature was nasty, brutish, and short, but he did not say the warrior could not be strategic. Rochefoucauld’s immortal declaration that hypocrisy is the tribute vice pays to virtue is entirely wrong in this case. Weinstein paid off feminists and liberals to extend his zone of protection and seduction, not to help support the virtues he was subverting with his own vices.

Hobbes said that in the state of nature there was “no arts; no letters; no society.” But if the man in the state of nature, the nihilistic warrior, coexists with people who live within the social compact, would it not be a brilliant strategy to use the arts, letters, and society as cover, and a means of infiltrating and suborning the social compact? Harvey Weinstein is a brutal thug, a man of no grace, more akin to a mafioso than a maker of culture. And yet as a movie producer he gravitated toward respectable, quality, middlebrow, elevated and elevating fare. People wanted to work with him because of the kinds of movies he made. I think we can see that was the whole point of the exercise: It was exciting to be called into his presence because you knew you would do better, more socially responsible, more praiseworthy work under his aegis than you would with another producer.

And then, garbed only in a bathrobe, Weinstein would strike.

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Weinstein was universally known to be a terrible person long before the horrifying tales of his sexual predation, depredation, and assault were finally revealed. And—this is important—known to be a uniquely terrible person. His specific acts of repugnant public thuggishness were detailed in dozens of articles and blog items over the decades, and were notable precisely because they were and are not common currency in business or anywhere else. It was said of him after the latest revelations that he had mysterious abilities to suppress negative stories about himself, and perhaps he did; even so, it was a matter of common knowledge that he was the most disgusting person in the movie business, and that’s saying a lot. And that’s before we get to sex.

To take one example, Ken Auletta related a story in the New Yorker in 2001 about the director Julie Taymor and her husband, the composer Eliot Goldenthal. She had helmed a movie about Frida Kahlo produced by Weinstein. There was a preview screening at the Lincoln Square theater in Manhattan. The audience liked it, but some of its responses indicated that the plotline was confusing. Weinstein, whose hunger to edit the work of others had long since earned him the name “Harvey Scissorhands,” wanted to recut it to clarify the picture. Taymor didn’t, citing the audience’s favorable reaction. Then this happened:

He saw Taymor’s agent…and yelled at him, “Get the fuck out of here!” To Goldenthal, who wrote the score for Frida, Weinstein said, “I don’t like the look on your face.” Then, according to several witnesses, he moved very close to Goldenthal and said, “Why don’t you defend her so I can beat the shit out of you?” Goldenthal quickly escorted Taymor away. When asked about this incident, Weinstein insisted that he did not threaten Goldenthal, yet he concedes, “I am not saying I was remotely hospitable. I did not behave well. I was not physically menacing to anybody. But I was rude and impolite.” One member of Taymor’s team described Weinstein’s conduct as actually bordering on “criminal assault.”

Weinstein told the late David Carr in 2002 that his conduct in such cases had merely been the result of excess glucose in his system, that he was changing his diet, and he was getting better. That glucose problem was his blanket explanation for all the bad stories about him, like this one:

“You know what? It’s good that I’m the fucking sheriff of this fucking lawless piece-of-shit town.” Weinstein said that to Andrew Goldman, then a reporter for the New York Observer, when he took him out of a party in a headlock last November after there was a tussle for Goldman’s tape recorder and someone got knocked in the head.

Goldman’s then-girlfriend, Rebecca Traister, asked Weinstein about a controversial movie he had produced. Traister provided the predicate for this anecdote in a recent piece: “Weinstein didn’t like my question about O, there was an altercation…[and] he called me a c—.”

Auletta also related how Weinstein physically threatened the studio executive Stacey Snider. She went to Disney executive Jeffrey Katzenberg and told him the story. Katzenberg, “one of his closest friends in the business,” told Weinstein he had to apologize. He did, kind of. Afterward, Katzenberg told Auletta, “I love Harvey.”

These anecdotes are 15 years old. And there were anecdotes published about Weinstein’s behavior dating back another 15 years. What they revealed then is no different from what they reveal now: Weinstein is an out-and-out psychopath. And apparently this was fine in his profession…as long as he was successful and important, and the stories involved only violence and intimidation.

Flash-forward to October 2017. Katzenberg—the man who loved Harvey—publicly released an email he had sent to Weinstein after he was done for: “You have done terrible things to a number of women over a period of years. I cannot in any way say this is OK with me…There appear to be two Harvey Weinsteins…one that I have known well, appreciated, and admired and another that I have not known at all.”

So which Weinstein, pray tell, was the one from whom Katzenberg had had to protect Stacey Snider? The one he knew or the one he didn’t know? Because they are, of course, the same person. We know that sexual violence is more about power than sex—about the ultimate domination and humiliation. In these anecdotes and others about Weinstein, we see that his great passions in life were dominating and humiliating. Even if the rumors hadn’t been swirling around his sexual misconduct for decades, could anyone actually have been surprised he sought to secure his victory over the social compact in the most visceral way possible outside of murder?

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The commentariat’s reaction to the Weinstein revelations has been desperately confused, and for once, the confusion is constructive, because there are strange ideological and moral convergences.

The most extreme argument has it that he’s really not a unique monster, that every working woman in America has encountered a Weinstein, and that the problem derives from a culture of “toxic masculinity.” This attitude is an outgrowth of the now-fashionable view that there have been no real gains for women and minorities over the past half-century, that the gains are illusory or tokenish, and that something more revolutionary is required to level the playing field.

As a matter of fact in the Weinstein case, this view is false. Women have indeed encountered boors and creeps in their workplaces. But a wolf-whistler is not a rapist. Someone who leers at a woman isn’t the same as someone who masturbates in front of her. Coping with grotesque and inappropriate co-workers and bosses is something every human being, regardless of gender, has had to deal with, and will have to deal with until we are all replaced by robots. It’s worse for women, to be sure. Still, no one should have to go through such experiences. But we all have and we all do. It’s one of the many unpleasant aspects of being human.

Still, the extreme view of “toxic masculinity” contains a deeper truth that is anything but revolutionary. It takes us right back to Hobbes. His central insight—indeed, the insight of civilization itself—is that every man is a potential Weinstein. This clear-eyed, even cold-eyed view of man’s nature is the central conviction of philosophical conservatism. Without limits, without having impressed upon us a fear of the legal sanction of punishment or the social sanction of shame and ostracism, we are in danger of seeking our earthly rewards in the state of nature.

The revolutionary and the conservative also seem to agree there’s something viscerally disturbing about sex crimes that sets them apart. But here is where the consensus between us breaks down. Logically, if the problem is that we live in a toxic culture that facilitates these crimes, then the men who commit them are, at root, cogs in an inherently unjust system. The fault ultimately is the system’s, not theirs.

Harvey Weinstein is an exceptionally clever man who spent decades standing above and outside the system, manipulating it and gaming it for his own ends. He’s no cog. Tina Brown once ran Weinstein’s magazine and book-publishing line. She wrote that “strange contracts pre-dating us would suddenly surface, book deals with no deadline attached authored by attractive or nearly famous women, one I recall was by the stewardess on a private plane.” Which means he didn’t get into book publishing, or magazine publishing, to oversee the production of books and articles. He did it because he needed entities through which he would pass through payoffs both to women he had harassed and molested and to journalists whose silence he bought through options and advances. His primary interest wasn’t in the creation of culture. It was the creation of conditions under which he could hunt.

Which may explain his choice of the entertainment industry in the first place. In how many industries is there a specific term for demanding sexual favors in exchange for employment? There’s a “casting couch”; there’s no “insurance-adjustor couch.” In how many industries do people conduct meetings in hotel rooms at off hours anyway? And in how many industries could that meeting in a hotel room end up with the dominant player telling a young woman she should feel comfortable getting naked in front of him because the job for which she is applying will require her to get naked in front of millions?

Weinstein is entirely responsible for his own actions, but his predatory existence was certainly made easier by the general collapse of most formal boundaries between the genders. Young women were told to meet him in private at night in fancy suites. Half a century earlier, no young woman would have been permitted to travel alone in a hotel elevator to a man’s room. The world in which that was the norm imposed unacceptable limitations on the freedoms of women. But it did place serious impediments in the paths of predators whose despicable joy in life is living entirely without religious, spiritual, cultural, or moral impediment.

Hobbes was the great philosopher of limits. We Americans don’t accept his view of things; we tend to think better of people than he did. We tend to believe in the greater good, which he resolutely did not. We believe in self-government, which he certainly did not. But what our more optimistic outlook finds extraordinarily difficult to reckon with is behavior that challenges this complacency about human nature. We try to find larger explanations for it that place it in a more comprehensible context: It’s toxic masculinity! It’s the residue of the 1960s! It’s the people who enabled it! The truth is that, on occasion—and this is one such occasion—we are forced to come face to face with the worst of what any of us could be. And no one explanation suffices save Hamlet’s: “Use every man after his desert, and who should ’scape whipping?”

Voir aussi:

What Harvey Weinstein tells us about the liberal world

Harvey Weinstein seemed to fit right in. This is a form of liberalism that routinely blends self-righteousness with upper-class entitlement

The Guardian

21 October 2017

Let us now consider the peculiar politics of Harvey Weinstein, the disgraced movie producer. Today Weinstein is in the headlines for an astonishing array of alleged sexual harassment and assaults, but once upon a time he was renowned for something quite different: his generous patronage of liberal politicians and progressive causes.

This leading impresario of awful was an enthusiastic supporter of Barack Obama and Hillary Clinton. He was a strong critic of racism, sexism and censorship. He hosted sumptuous parties to raise money for the fight against Aids.

In 2004 he was a prominent supporter of a women’s group called “Mothers Opposing Bush”. And in the aftermath of the terrorist attack against the French magazine Charlie Hebdo, he stood up boldly for freedom of the press. Taking to the pages of Variety, Weinstein announced that “No one can ever defeat the ability of great artists to show us our world.”

To call this man a hypocrite is to state the obvious. This champion of women is now accused of sexual harassment on an epic scale. This defender of the press was excellent at manipulating it and on one memorable occasion is said to have physically roughed up a reporter asking tough questions.

Perhaps Weinstein’s liberalism was a put-on all along. It certainly wasn’t consistent or thorough. He strongly disapproved of Bernie Sanders, for example. And on election night in November 2008, Weinstein could be found celebrating Barack Obama’s impending victory on the peculiar grounds that “stock market averages will go up around the world.”

The mogul’s liberalism could also be starkly militaristic. On the release of his work of bold war propaganda, Seal Team Six, he opined to CNN as follows:

“Colin Powell, the best military genius of our time, supports the president – supports President Obama. And the military love him. I made this movie. I know the military. They respect this man for what he’s done. He’s killed more terrorists in his short watch than George Bush did in eight years. He’s the true hawk.”

In Weinstein’s world, politics often correlated with conspicuous displays of luxury goods – it was something you did on Martha’s Vineyard, or on the Riviera, or in the Hamptons, toasting the candidate or raising money for the good cause. Here is a glimpse of a Weinstein event for Aids research held in Cannes in 2000, as described by Roger Ebert:

“The private auction and the fashion show were followed by dinner and a public auction masterminded by Miramax chief Harvey Weinstein, who this year not only offered a massage by Heidi Klum, but persuaded [actors Kenneth] Branagh and [James] Caan to take off their shirts and act as subjects for a demonstration of her skills. The massage went for $ 33,000. ‘Karl Marx is dead,’ observed the director James Gray.”

There are sleazebags in every party, as Donald Trump frequently reminds us. But even so, Harvey Weinstein was unusual: a militant and vocal backer of a faith he appears to have violated in the starkest way.

What explains Weinstein’s identification with progressive causes? Perhaps it was all about cozying up to power, the thrill of being a friend of Bill Clinton.

Perhaps it was all about moral absolution, in the same way that lists of corporations-that-care always turn out to be led by outfits like Walmart, Goldman Sachs and Exxon-Mobil. In the world of the wealthy, liberalism is something you do to offset your rapacious behavior in other spheres. It’s no coincidence that, in Weinstein’s desperate first response to the accusations against him, he thought to promise war against the National Rifle Association and to support scholarships for women.

But it’s also something deeper than that. Most people on the left think of themselves as resisters of authority, but for certain of their leaders, modern-day liberalism is a way of rationalizing and exercising class power. Specifically, the power of what some like to call the “creative class”, by which they mean well-heeled executives in industries like Wall Street, Silicon Valley and Hollywood.

Worshiping these very special people is the doctrine that has allowed Democrats to pull even with Republicans in fundraising and that has buoyed the party’s fortunes in every wealthy suburb in America.

That this strain of liberalism also attracts hypocrites like Harvey Weinstein, with his superlative fundraising powers and his reverence for “great artists”, should probably not surprise us. Remember, too, that Weinstein is the man who once wrote an essay demanding leniency for Roman Polanski, partially on the grounds that he too was a “great artist”.

Harvey Weinstein seemed to fit right in. This is a form of liberalism that routinely blends self-righteousness with upper-class entitlement. That makes its great pronouncements from Martha’s Vineyard and the Hamptons. That routinely understands the relationship between the common people and showbiz celebrities to be one of trust and intimacy.

Countless people who should have known better are proclaiming their surprise at Harvey Weinstein’s alleged abuses. But in truth, their blindness is even more sweeping than that. They are lost these days in a hall of moral mirrors, weeping tears of admiration for their own virtue and good taste.

  • Thomas Frank is a Guardian columnist

Voir également:

« The movie industry I’ve known for the past 30 years… is reconstituting itself in my mind this week like pieces of a broken mirror being glued back in place… »

Anne Althouse

October 14, 2017

« … the cracks now forever visible, » writes Dana Stevens (at Slate), who’s been writing about movies for something like a decade, yet claims she « truly didn’t » know « any of the more sordid Weinstein rumors. » (Did she know any of the less sordid rumors? She does « guiltily question » whether she should have picked up some clues and could have dug into them.)

In this metaphorical reglued broken mirror in her mind, Stevens sees:

Gwyneth Paltrow holding her Oscar for Shakespeare in Love, standing beaming next to the man whose hotel suite she had to escape from a few years earlier after he invited her to the bedroom for a massage…. Or Mira Sorvino getting her Oscar for Mighty Aphrodite and then mysteriously—or perhaps not so mysteriously anymore—fading from the screen. Or Rosanna Arquette never going on to the career she deserved….

But the linked column doesn’t go where I would take it. When I saw the headline at Slate — « The Harvey Weinstein Scandal Is Changing How I Look at the Movies » — I thought it going to say what I’ve been saying: Because movies are shot through with human exploitation, we should withhold our patronage. These big expensive projects create immense power that is used to grind up young women, and we should not want to expose our mind to this material. If you need stories about human beings, read. A writer of books works alone (mostly) and uses words to create images of beautiful women and other human beings who do and say interesting, meaningful things. No actors needed.

But Stevens has no plan to redirect her consumption of stories. Well, her job is movie critic, so she can’t just say no, can she?

Voir encore:

HARVEY WEINSTEIN: THE LEFT’S CULTURE RAPE MONSTER

The Left’s culture war protects its own monsters.

Daniel Greenfield

Daniel Greenfield, a Shillman Journalism Fellow at the Freedom Center, is an investigative journalist and writer focusing on the radical left and Islamic terrorism.

In the spring of his final year as a movie mogul, Harvey Weinstein was doing what he always did. Or rather what he always did in public view: as opposed to what he has been accused of doing in hotel rooms and deserted office storage rooms. He was fighting a ratings war over a movie with adult content.

The movie was 3 Generations. It had been made two years earlier to cash in on the transgender boom. Back then it was called About Ray. But the reviews were bad and the movie was pulled a few days before it was supposed to be released. What do you do with a bad politically correct movie that you paid $6 million for? You start a culture war. And that’s exactly what Harvey Weinstein did.

He enlisted GLAAD, the gay rights group, to lobby for a PG-13 rating for the newly renamed movie.

« The Weinstein Company dared to tell culture-changing LGBTQ stories that Hollywood too often shies away from,” GLAAD president Sarah Kate Ellis shilled.

It didn’t hurt that Harvey was a donor to GLAAD and the Human Rights Campaign. Weinstein had even presented his pal, Bill Clinton, with a GLAAD award at its awards show.

Harvey’s gambit didn’t pay off financially. The reviews for 3 Generations were just as bad this time around. And it took in $60,000. Or 1 percent of what Harvey had paid for it. But Harvey had known two years ago that the movie wouldn’t make money. The 3 Generations campaign wasn’t about the movie, but about Harvey Weinstein’s brand as a courageous mogul on the political cutting edge of the industry.

Harvey Weinstein wasn’t really in the movie business. He was in the culture business.

Some of his movies were meant for general audiences. But mostly he sold the illusion of culture to a prosperous leftist elite. Sometimes that meant traditional highbrow British Oscar bait like The King’s Speech or Shakespeare in Love. But much of the time it meant pandering to their politics.

And thus, 3 Generations, for the transgender category, The Hunting Ground, for the campus rape category, Fruitvale Station, for police brutality, Wind River, for Native American oppression, and, if you reach back far enough, Fahrenheit 9/11 for the anti-war category and Miral, for the anti-Israel category.

And countless others.

Harvey Weinstein didn’t get all his Oscars and his clout in the industry because he had good taste. Or even a good idea of what would work. The 3 Generations debacle is a reminder of that. The New York Times pulled the trigger on the story that brought him down, after blocking a similar story in his heyday, because his company was faltering and no longer all that valuable to the finances of the big lefty paper.

Even at his peak, he was never all that big when compared to the big boys of the industry. His estimated net worth is under $300 million. What made him think he could grab Gwyneth Paltrow, the goddaughter of Steven Spielberg, an industry titan with a net worth of $3 billion, and get away with it?

All that clout which brought in Oscars, fawning media profiles and the frightened compliance of the women he abused, didn’t come from his cash, it came from his role as a culture warrior of the left.

When Harvey Weinstein wanted to bully the MPAA and promote a bad movie, he had the heads of the biggest gay rights groups at his beck and call. When he wanted to push Miral, an anti-Israel movie that was just as bad, he got it screened at the UN General Assembly Hall. When he wanted to promote, The Hunting Ground, a discredited documentary, Planned Parenthood was eager to step up.

Why was everyone from the United Nations to GLAAD so eager to accommodate Harvey?

Money was an obvious factor. Harvey donated enthusiastically to left-wing groups like Planned Parenthood and GLAAD. Just this year, he helped endow a chair in Gloria Steinem’s name.

But money wasn’t enough. Hollywood’s bigwigs routinely write big checks for trendy causes.

Harvey Weinstein got his clout as a culture warrior. An alphabet soup of lefty groups, right up to the UN, was eager to give him what he wanted because they saw him as championing their agenda.

He rolled out movies that pushed the left’s social and political agendas like no other company did. And in return, he got the same “rape pass” that Ted Kennedy, Bill Clinton and other top lefties did.

It wasn’t mere money that intimidated his victims. Harvey’s millions alone didn’t buy him the right to assault and then silence women, some of whom became famous and powerful in their own right, in an industry that is the subject of constant media attention and scrutiny. It was his connections on the left.

Harvey Weinstein shoveled large amounts of money into the media and lefty groups. But more than mere cash, he had their loyalty because he fought the cultural battles that they wanted him to fight.

And they provided him with exactly the stories he wanted. And none of the stories he didn’t want.

The media is hunting through Hollywood to find out who knew about Harvey. And everyone knew and said nothing. They said nothing because the media would have destroyed them. Look back at the old stories about Harvey’s conflicts with the MPAA, with Jewish groups over Miral, and so many others, and it’s easy to spot the heavy hand of Harvey in every article. The media let him write the story.

It let him write the story because he was telling their stories in theaters across the country.

What no one in Hollywood or the media can say is that the women whom he abused were collateral damage in a culture war. Harvey ran an assembly line on which movies about the left’s latest social agenda were rolled out. If you wanted campus rapes, police brutality, transgender, gay rights, anti-Israel or anything from the Left “R” Us emporium, he made it happen. And the price was ignoring the screams coming from his hotel rooms and the office storage rooms that he allegedly brought women to.

The left paid that price. It paid it, until Harvey wasn’t good for it anymore. And then it came to collect.

Harvey Weinstein didn’t assault women ‘despite’ his leftist politics as the media alleges in its fumbling efforts to connect him to toxic masculinity. He assaulted women because of his leftist politics. It was his politics that made him feel safe assaulting women. And it was his politics that made them feel unsafe about turning him in. How do you take on a man who has Planned Parenthood in his back pocket?

And it was his cultural transgressiveness that won him a pass. The cultural pioneers of the left who break all sorts of sexual boundaries are expected to occasionally transgress boundaries like consent. That’s true across the entertainment industry. And it was true across the counterculture in general.

How many rapes were there at Occupy Wall Street camps and how much sexual harassment was there in the Bernie Sanders campaign? That’s how leftist political and culture wars have always worked.

Harvey Weinstein’s willingness to push cultural boundaries insulated him from accusations of abuse by, on the one hand, making him appear too virtuously leftist to do such a thing, and on the other hand, giving him a pass for being too transgressive to be bound by the conventions of bourgeois morality.

And Harvey’s shabby defenses have called on both arguments, trying to wrap himself in the cause of gun control, signaling his usefulness to the left, and invoking the culture of the 70s, to create complicity.

Harvey is still hoping that the left’s culture war can be invoked to protect its fallen monster.

Following its “Tragedy + Trump = Story” formula, the media has run numerous stories trying to tie Harvey to Trump. It’s revealing, not only for the partisan cynicism of trying to associate the actions of a top Obama and Hillary donor with Trump, but because it shows why the media covered for Harvey.

Even now, it’s still incapable of acknowledging that a leftist can sexually abuse and rape. Its political tribalism is so strong that it needs to associate Harvey with Trump to be able to condemn him.

And that, more than anything else, shows why the media covered for Harvey Weinstein.

The women whom Harvey allegedly abused knew that the media’s rule is that there are no enemies to the left. And Harvey had worked hard to always stay to the left of everyone else. Including his victims.

Voir de plus:

Affaire Weinstein: « J’ai honte de n’avoir rien dit », regrette Jane Fonda

L’Express avec AFP

Dans une interview à la télévision américaine, l’actrice révèle avoir été au courant des pratiques du puissant réalisateur depuis un an.

« Grâce à Dieu on en parle! ». Jane Fonda est aujourd’hui soulagée de voir la parole des victimes se libérer à propos du producteur américain Harvey Weinstein, accusé par des actrices de harcèlement, d’agressions sexuelles et de viols. Des accusations dont la comédienne révèle avoir été au courant.

Dans une interview enregistrée jeudi et qui sera diffusée dans l’émission Hardtalk de BBC World news lundi, l’actrice a expliqué avoir découvert les accusations portées contre Harvey Weinstein il y a un an, mais ne pas avoir voulu en parler pour ne pas dévoiler l’identité d’une des accusatrices, une décision qu’elle regrette aujourd’hui. « J’aurais dû être plus courageuse et je pense qu’à partir de maintenant je le serai quand j’entendrai de telles histoires », a-t-elle déclaré.

Selon elle, si les victimes présumées n’ont pas souhaité parler plus tôt c’est parce que le producteur est « puissant » et que les jeunes femmes étaient « vulnérables » et « inquiètes que si elles parlaient ou faisaient quelque chose, leur carrière serait détruite », a estimé l’actrice, qui fut une figure de la contestation aux Etats-Unis dans les années 1960 et 1970.

« C’est une épidémie »

La star, qui aura 80 ans en décembre, avait confié à un magazine britannique avoir été violée enfant. Elle a raconté à la BBC avoir subi des avances d’un réalisateur français quand elle avait 21 ans, celui-ci lui disant qu’il avait besoin de savoir « quels types d’orgasmes » elle avait, pour un rôle.

Jane Fonda a aussi évoqué les scandales sexuels qui ont visé l’acteur américain Bill Cosby, l’ex-président du Fonds monétaire international, le Français Dominique Strauss-Kahn, et le président américain Donald Trump. « Nous avons maintenant un président dont nous savons qu’il a fait la même chose », a-t-elle affirmé. Pendant la campagne présidentielle, une vidéo de Donald Trump avait fuité dans laquelle le magnat de l’immobilier se vantait de pouvoir attraper les femmes par le sexe parce qu’il est célèbre.

Pour Jane Fonda, qui a raflé deux fois l’Oscar de la meilleure actrice, ces violences faites aux femmes sont « très très répandues », et pas seulement à Hollywood. « C’est une épidémie, assure-t-elle. J’espère que c’est un tournant », qui stoppera les agresseurs ».

« Il s’intéressait plutôt aux jeunes femmes »

Quelques heures plus tôt, Jane Fonda avait accordé une autre interview, à CNN cette fois-ci. L’actrice y évoquait déjà les accusations visant Harvey Weinstein et le fait qu’elle ait gardé le silence, alors qu’elle était au courant des pratiques du réalisateur. « J’ai honte de n’avoir rien dit à ce moment-là […] J’imagine que c’était parce que ça ne m’étais pas arrêtée à moi et donc je pensais que ce n’était pas à moi de le dire« .

« J’ai rencontré Weinstein quand j’étais déjà âgée, mais il s’intéressait plutôt aux jeunes femmes parce qu’elles sont plus vulnérables », raconte par ailleurs la star.

 Voir encore:

There’s No Virtue in Joining an Angry Mob

Harvey Weinstein’s actions were egregious. But high-minded outrage poses dangers of its own.

Paula Marantz Cohen

The Wall Street Journal

Oct. 19, 2017
The condemnations of Harvey Weinstein’s egregious behavior have become a deluge. We’ve seen this before—an ever-increasing tirade against a once-respected figure. It is as though we’ve learned the habit of outrage and feel obliged to be even more dramatically horrified than we were the last time this kind of news was revealed.
Woody Allen, admittedly a dubious judge, has been lambasted for warning against a witch hunt. But Mr. Weinstein can be guilty and still be the object of what looks like a hypocritical hunger for blood. Where were all these people who now say they were aware of his behavior a year, a decade, a quarter-century ago? Too afraid to speak up then but empowered to do so now when there is a chorus to back them up. It’s more like a lynch mob than a witch hunt. A lynch mob is still a lynch mob, even when its target is guilty.
The problem here goes beyond Harvey Weinstein. It is a symptom of a kind of responsiveness that has permeated this country on many levels and on many fronts. When the media becomes judge and jury, groupthink sets in and the mob expresses its indignation. No one is allowed to doubt or to express sympathy.
In the case of Mr. Weinstein, a man once lauded for his artistic taste and enjoyed for his crude but refreshing New Yorker manners is now the most egregiously horrible individual who ever lived, reduced overnight from a mogul into a monster—though at the same time we are told that everyone really knew what he was all along. Meanwhile, the media continues to relay one prurient detail after another, feeding the public’s maw for gossip, while allowing us to indulge in high-minded outrage.
There is something deeply worrisome about this kind of flattening process, both for what it says about those who never spoke up until now and for what it says about our inability to grasp the complexity of the human condition. We wonder about trolling on the internet, but our press encourages this in its tabloid-style piling on of reporting—in its inability to contextualize or restrain itself in the face of the public appetite for more of the same.
The Weinstein case has its correlative in the political arena. On both sides of the political spectrum, we seem driven by a need for dramatic outrage that masquerades as virtue. Once a case has been made in the public sphere, on whichever side, the case gets made again and again in increasingly simplistic terms. Any attempt to see around or outside the established scenario means that you are a bad person. The deadening, coercive nature of this kind of thinking is disturbing.
I am upset by what is happening in our country today. I don’t like the mean-spirited way our president behaves and expresses himself. I don’t like the way much of the press, both on the right and the left, seems intent on smug, simplistic reporting. I don’t like the way gestures, such as showing exuberance or seeming disrespect on the football field, have been blown up to mean something more or other than they should.
I don’t like the way some college students have become self-righteous know-it-alls, claiming to be traumatized by words and texts. And I don’t like the way many teachers have been made to feel they must toe a party line and walk on eggshells. This is not the way to nurture democracy, fairness and human compassion.
Get Harvey Weinstein out of the newspapers and into the courts. If convicted, punish him as the law requires, but remember that he, like all of us, is a human being. We have forgotten this about anyone who has been labeled our opposition, and this has made us a meaner and ultimately more dangerous country.
Ms. Cohen is a professor of English at Drexel University, where she is dean of the Pennoni Honors College.
Voir de même:

#Moiaussi : pour que la honte change de camp-

Ariane Fornia

18 octobre 2017

#Moiaussi, ou #metoo : c’est le hashtag qui fédère en ce moment les femmes dont la parole se libère enfin. Des femmes de tous âges, de toutes origines et de tous milieux sociaux témoignent avoir été victimes d’agressions sexuelles ou de harcèlement, de la part d’hommes de leur entourage ou d’inconnus. Chaque témoignage est glaçant, mais ce qui est pire que tout, c’est leur nombre, leur déferlement ininterrompu. Toutes les femmes, ou presque, ont connu cela. Le bâillon est tombé, et les récits pleuvent.

Et j’ai l’espoir que ce soit le grand soir de la cause féministe, le séisme qui ébranlera enfin le vieux monde misogyne.

Ceci n’est pas une confession

Cela fait plusieurs jours que j’hésite. Mais moi aussi, #moiaussi, j’ai besoin de vous raconter.
Pas sur Twitter, pas en 140 caractères. Je vous raconterai ici, dans cet espace qui m’appartient, où j’ai le temps de vous livrer à mon rythme ce récit et cette réflexion.
J’ai failli écrire « cette confession ». Mais non : la confession, c’est l’aveu du coupable. Et moi, je ne suis coupable de rien.

La première agression, ou le « malentendu »

J’ai treize ans. En vacances, je suis sortie avec un garçon bien sous tous rapports, gentil et intelligent. Sexuellement, nous ne sommes pas allés plus loin que ce qu’on appelait à mon époque une « pelle ». Ce stade-là me convient très bien.
Une fois rentrée chez moi à la fin du séjour, j’insiste pour aller lui rendre visite. Ce n’est pas le grand amour, mais je l’aime bien, et la ville dans laquelle il habite me tente beaucoup. Il m’a promis qu’on ferait du tourisme, qu’on irait à un concert. Ma mère hésite, puis appelle sa mère à lui, une femme très bien. « Aucun problème, je serai à la maison, elle peut venir. »
La journée se passe à merveille. Et puis le soir, nous nous retrouvons dans sa chambre. Sa mère est sortie. Nous sommes seuls. Que dire, si ce n’est que je ne contrôle plus rien ? Que les choses vont plus loin que ce que je voulais ? Je dis non, je lui dis « je préfèrerais garder mes vêtements », il réinsiste. Je me tortille, je me détourne, je me lève, je dis « ça te dirait qu’on aille regarder un film dans le salon ? », je passe du lit au canapé. Il m’y suit. Il n’y a aucune violence, juste ma passivité, ma froideur pétrifiée qu’il ne comprend pas. Je n’ai pas hurlé « lâche-moi », j’ai juste attendu. Je crois qu’il ne sait même pas que je n’étais pas d’accord. Je l’ai revu par hasard des années plus tard. J’étais glacée, lui très chaleureux. Charmant.

La deuxième agression, ou l’enfer du métro

J’ai dix-neuf ans, je suis à la fac à Paris. C’est le mois de septembre et l’été dure, il fait chaud, je suis en jean et chemisier blanc, un joli chemisier avec un col en dentelle, façon héroïne romantique. Je n’ai pas de veste. Je rentre de cours dans le métro bondé, quelqu’un me bouscule involontairement. Un mouvement brusque pour me rattraper, et mon chemisier craque. Deux boutons, pile sur la poitrine. Je porte un soutien-gorge, mais j’ai toujours eu beaucoup de poitrine, et ma mésaventure vestimentaire ne peut échapper à personne, tout le monde voit que je suis à moitié dépoitraillée. Je suis cramoisie. Je n’ai rien pour me couvrir.
Et ça commence. Un homme de cinquante ans, en tenue de cadre, passe sa langue sur ses lèvres en me regardant lubriquement. J’essaie de croiser mes bras, de me tourner vers le bord du wagon. Un homme d’une trentaine d’années vient se coller contre moi. Au début, je crois qu’il veut me cacher aux regards. Puis je sens quelque chose de tout dur contre ma cuisse. Son sexe en érection. Je suis paralysée, je ne bouge pas. J’attends que les stations passent, j’ai les larmes aux yeux. Je ne réagis pas, je ne repousse pas ce salaud, sans doute parce qu’au fond de moi je me dis que c’est ma faute. Parce que quand ton chemisier craque, c’est bien fait pour toi, tu mérites qu’on te colle une bite contre la cuisse. Evidemment.

La troisième agression, ou comment j’ai été agressée par un ancien ministre

Ce n’est pas la « pire », mais celle qui m’a intellectuellement le plus ébranlée. Parce que les deux premières fois, je me disais que c’était peut-être ma faute. Je n’avais pas su dire non. Je n’avais qu’à prendre une veste.

Mais cette fois-là, j’ai compris que ça pouvait arriver à n’importe quelle femme, dans n’importe quelle circonstance, que personne n’était à l’abri.

Il faut que je vous détaille le contexte, pour que vous compreniez à quel point c’était inouï, à quel point cela révèle le sentiment d’impunité des prédateurs, et tout particulièrement, des prédateurs puissants.

J’avais vingt-ans. A cette époque, mon père était ministre. Il était très exposé médiatiquement, et je souffrais beaucoup de cette attention extrême, de ce climat polémique qui rôdait tout le temps autour de lui, de ma famille, et j’aurais mille fois préféré l’anonymat. Mais le seul privilège de ministre qui me consolait, le seul dont lequel j’étais heureuse de bénéficier, c’était l’opéra. Le merveilleux opéra de Paris invitait régulièrement les ministres à assister aux représentations, et mon père, qui connaît mon amour pour l’art lyrique, me faisait souvent bénéficier de la deuxième invitation. L’y accompagner était une joie immense. Ce soir-là, nous allions voir un Wagner à l’opéra Bastille (était-ce Parsifal ? était-ce le Ring ?), et j’étais aux anges. Mais mon père a eu une urgence à gérer, et n’a pu me rejoindre qu’à l’entracte. Du coup, les sièges étaient rebattus, et quelqu’un s’est assis à ma droite, là où mon père aurait dû être.

Je ne sais pas si vous connaissez l’opéra Bastille. Dans cette immense et magnifique salle, une rangée est considérée comme la « rangée VIP ». C’est la catégorie Optima, la première rangée du premier balcon, en plein milieu de la salle (et non pas devant la scène), avec personne devant vous sur plusieurs mètres. C’est la rangée la plus exposée, où on voit aussi bien qu’on est vu. Les ministres, les hautes personnalités, les stars, sont toujours placés là, et c’était un immense bonheur pour moi de pouvoir en bénéficier. J’insiste là-dessus pour expliquer que ce ne sont pas des places discrètes, où on serait caché dans l’ombre. Ce sont des places où tout le monde sait qui vous êtes et voit ce que vous faites.

Un vieux monsieur à l’air éminemment respectable s’assoit donc à ma droite. Son épouse est à sa droite à lui. J’insiste. Son épouse est là. La représentation commence. Et au bout de dix minutes, le vieux monsieur a sa main sur ma cuisse. Je me dis qu’il doit être très âgé, perturbé. Je le repousse gentiment. Il recommence. Rebelote. Une troisième fois. Il commence à remonter ma jupe. Il glisse sa main à l’intérieur de ma cuisse, remonte vers mon entrejambe. J’enlève sa main plus fermement et je pousse un cri d’indignation étouffé, bouche fermée. Tout le monde me regarde. Il arrête. Dix minutes plus tard, il recommence. Je lui plante mes ongles dans la main. C’est un combat silencieux, grotesque, en plein opéra Bastille. Wagner sur scène, le vieux pervers contre la gamine en pantomime dans la salle.

A l’entracte, mon père arrive. Je le vois soucieux, je ne veux pas le stresser davantage. J’ai peur qu’il aille casser la gueule du type en plein opéra et qu’on ne puisse pas finir la représentation. C’est bête, mais je me tais aussi par respect pour sa femme assise à côté de lui – je ne veux pas l’exposer à cette humiliation. Je ne dis rien à mon père. Mais je change de place, et je demande à son officier de sécurité : « Pouvez-vous me dire qui est cet homme ? » Cinq minutes plus tard, il me donne la réponse, je cherche sur Google, je vérifie. C’est bien lui. Et je suis estomaquée.

 C’est un ancien ministre de Mitterrand, membre de plusieurs gouvernements, qui a occupé des fonctions régaliennes, qui est une grande figure de gauche, décoré de l’Ordre national du mérite et de plusieurs autres Ordres européens. Une statue vivante. La représentation recommence, je suis tranquille, mais je n’arrive pas à me concentrer sur la mort des Dieux et les vocalises de la cantatrice.
Je repasse en boucle ce qui vient de se passer. Je suis fille d’un ministre en exercice, dans la rangée VIP d’un des lieux les plus huppés de la capitale, en pleine lumière. L’homme assis à côté de moi a occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, est unanimement respecté, et accompagné de son épouse. Et il m’a agressée pendant tout un premier acte, malgré ma résistance vigoureuse.

Je mesure soudain ce que cela signifie, et j’ai le vertige. Si cela m’arrive ici, maintenant, à moi, par lui, c’est que cela peut arriver à n’importe quelle femme, partout. Que personne n’est à l’abri.

Dans la voiture en rentrant, je raconte à mon père et à son officier de sécurité. Passé le moment de fureur, nous décidons de ne rien faire. Je ne supporte plus sa surexposition médiatique, qui m’affecte aussi par ricochet. Je sais que si je « balance mon porc », pour reprendre l’autre hashtag en vigueur actuellement, tous les regards seront braqués sur moi. Je ne dis rien.
Mais cela fait huit ans que j’ai envie de lui mettre une droite, et que parfois la nuit, je rêve que je l’ai fait, en pleine représentation, devant sa femme, devant tout le monde. En être réduite à rêver de tabasser un vieux, si ça ne l’est pas de l’impuissance.
Vous allez peut-être me dire « donne son nom ». Un reste de peur me retient, mais je crois avoir donné beaucoup d’indices. Et s’il se reconnaît et qu’il lui prend l’envie saugrenue de m’attaquer en diffamation, qu’il sache que mon père et son officier de sécurité d’alors pourront témoigner contre lui. Qu’il sache que je le méprise profondément, et que je plains sa femme.

La quatrième, la cinquième et la centième fois : une femme qui voyage

Je suis une voyageuse, une journaliste, une blogueuse voyage professionnelle. Je voyage souvent seule, loin de chez moi. C’est ma passion et mon métier. La plupart du temps, les gens sont bienveillants et chaleureux. Je fais de belles rencontres, sans arrière-pensée, avec des femmes et des hommes amicaux.

Mais parfois, cela dérape. Je racontais dans mon dernier article sur la Californie comment tout le monde m’avait proposé du sexe, tout le temps. Je l’ai raconté avec humour. C’est devenu mon mode de défense. La politesse et l’humour. Je souris, je dis « non merci » comme si on m’avait proposé une tasse de thé, je fais une blague, parce que je suis petite, une femme, qui n’a jamais fait d’art martial et qui préfère la stratégie d’évitement au conflit frontal. J’ai peur de me faire casser la gueule, violer, tuer. Donc je plaisante. Je suis mignonne, inoffensive. A un homme qui me demande de but en blanc, dans les rues de Nancy, si je veux un « bukkake » (terme japonais qui signifie l’éjaculation simultanée de plusieurs hommes sur une femme placée au centre de leur cercle), je réponds « non merci, je viens déjà de manger des sushis ». Il rigole, il me laisse tranquille. Et moi, je normalise ça. Je ne fais plus attention, je m’habitue.

Aujourd’hui, en voyant déferler les #moiaussi, je me dis que je ne veux plus accepter. Je ne veux plus normaliser. A chaque agression, j’ai été passive, je n’ai pas voulu déranger, j’ai pris la honte sur moi au lieu de la renvoyer sur celui qui méritait de la ressentir. Mais je ne suis pas coupable. Nous ne sommes pas coupables, et rien ne justifie le harcèlement.

Peu à peu, le monde commence à comprendre que, si tous les hommes ne sont évidemment pas des agresseurs, toutes les femmes ou presque ont un jour été agressées par un homme. Que c’est grave, et qu’il faut réagir.
Je ne me suis pas mise à haïr les hommes, j’en connais des tas de bien. Je ne crains pas les inconnus, j’ai fait des dizaines de rencontres paisibles et chaleureuses. J’aime les gens. Je n’ai pas une nature méfiante. Mais j’aspire à un monde amical et sain, où la confiance et l’amitié sont permises par le respect mutuel. Où personne ne vous touche, ne commente votre corps, ne vous scrute, sans votre consentement. Et je crois que cette semaine, nous avons fait un pas dans la bonne direction. Continuons le combat.

Voir de plus:

Juliette Binoche : « La femme est facilement moquée, ridiculisée, on a besoin de la diminuer »

L’actrice a collaboré plusieurs fois avec Harvey Weinstein, accusé de harcèlement sexuel et de viols. Elle témoigne dans un entretien exclusif au « Monde ».

Propos recueillis par Franck Nouchi (Médiateur du Monde)

Le Monde

Plusieurs des films qui ont contribué à la consécration internationale de Juliette Binoche étaient produits par Harvey Weinstein. Ainsi, Le Patient anglais, un film d’Anthony Minghella pour lequel l’actrice française a obtenu, en 1997, l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Ou encore Le Chocolat, de Lasse Hallström, qui a valu à Juliette Binoche d’être nommée, en 2001, à l’Oscar de la meilleure actrice. Pour Le Monde, elle a accepté de sortir du silence qu’elle s’impose depuis que l’affaire Weinstein a éclaté.

Vous qui connaissez bien Harvey Weinstein, avez-vous été surprise à la lecture des enquêtes récentes qui l’accusent d’être un prédateur sexuel ?

Etant par monts et par vaux, je n’ai pas lu grand-chose, si ce n’est, un peu, ce que certaines actrices ont déclaré. Et je dois dire que j’ai été choquée par les faits les plus graves qui sont rapportés – à savoir que certaines d’entre elles accusent Harvey Weinstein de les avoir violées.

Des facettes d’Harvey, j’en connais beaucoup, vu que j’ai travaillé avec lui à plusieurs reprises. Au tout début, quand je l’ai connu, il avait créé Miramax avec son frère et distribuait des films européens et étrangers importants aux Etats-Unis. C’est lui qui, par exemple, a fait connaître là-bas Krzysztof Kieslowski, Jane Campion, lui qui a distribué Les Amants du Pont-Neuf, de Leos Carax, sans toucher à son montage, contrairement à la réputation qui lui était faite.

Il était, à cette époque, le seul distributeur américain que je connaissais qui avait un tel enthousiasme pour le cinéma d’auteur, le seul qui s’en donnait les moyens, car il y croyait. A l’époque, je ne me suis jamais sentie en danger avec lui, car je pense que j’étais déjà armée. La seule fois où j’ai entendu une insinuation sexuelle verbale de sa part, je ne l’ai pas prise au sérieux, j’ai répondu immédiatement par un revers de balle hors jeu.

Vous en parlait-on comme d’un harceleur ?

Je me souviens qu’une actrice m’en a fait part un jour.

Mais il ne vous a pas harcelée…

Personnellement, non. Mais je pense que j’ai eu assez tôt un sens du danger face aux circonstances que j’ai pu croiser dès l’enfance ou à mes débuts d’actrice. A 18 ans, un metteur en scène, pour me parler d’un nouveau projet, m’avait invitée à dîner. A la fin du repas, il m’a sauté dessus pour m’embrasser. Je l’ai repoussé immédiatement en lui disant : « Mais je suis amoureuse, j’ai un amoureux ! » Une autre fois à 21 ans, j’ai été invitée chez un producteur une heure avant un dîner organisé pour la fin d’un tournage, il s’est jeté sur moi sauvagement, j’ai dû le repousser pareillement.

Instinctivement, je souhaitais être respectée dans mes sentiments et dans mon corps. Mon histoire personnelle m’y incitait. A l’âge de 7 ans (j’ai raconté cet épisode dans le magazine Elle), un maître s’est permis des attouchements sexuels, à la suite de quoi j’ai commencé à mettre des pantalons pour me protéger. Une copine m’a parlé de ce qu’il lui arrivait également et j’ai pu en parler à ma mère. Et puis ça s’est arrêté.

Comme toutes les filles, j’ai fait mes classes, j’ai appris à me détourner, à me rebeller, à m’insurger face à l’impunité masculine. Finalement, ces batailles-là m’ont permis de me positionner et souvent, la rage n’était pas loin. Ce sont des blessures, certes, mais c’est aussi une chance d’avoir pu me structurer rapidement par l’expérience de ces épreuves, qui ne sont évidemment pas souhaitables. Mais parfois, malheureusement, tout le monde n’a pas cette repartie, et certaines situations peuvent devenir beaucoup plus destructrices.

Au cinéma, l’exercice du pouvoir est très particulier. Le producteur a un pouvoir, le metteur en scène a un pouvoir, l’acteur a un pouvoir. S’approcher de ces pouvoirs-là, c’est un peu comme des trous noirs dans l’espace, ils dégagent une énergie qu’il faut savoir décrypter, sentir, on peut tourner en orbite, mais gare à ne pas se laisser happer !

Tout cela pour dire que quand j’ai travaillé avec Harvey Weinstein, je sentais qui j’avais en face. Le genre de type avec lequel je n’irai jamais m’amuser. J’ai déjeuné avec lui une fois en tête-à-tête dans sa suite, je n’ai pas senti de danger, mais je n’ai pas compris pourquoi il tenait à me voir.

Vous aviez instauré entre lui et vous une sorte de rapport de force ?

D’une façon naturelle, oui, sans préméditation.

Ce que vous dites semble signifier que les actrices qui aujourd’hui l’accusent s’exposent à ce qu’on leur dise : « Vous n’avez pas été suffisamment clairvoyantes… »

Chaque situation est différente, ce serait dangereux de généraliser. Mais face à la corpulence d’Harvey, face à son énergie, sa voix, son débit, face aux mots qu’il utilise, à ses croyances, en s’approchant d’un tel pouvoir, il faut savoir où on met les pieds et éveiller son intelligence à ne pas se faire piéger. Si tu veux faire ce métier, c’est que quelque chose en toi te pousse à le faire, qui va au-delà de toi-même, au-delà du désir de ton besoin de pouvoir. Et c’est là que tu dois te poser la question essentielle : pourquoi suis-je là ? Qu’est-ce que je cherche ? Qu’est-ce que je veux ?

J’ai connu un acteur qui m’appelait au milieu de la nuit, venait sans prévenir chez moi, bref, il essayait de m’avoir. Une fois je l’ai foutu à la porte. Une autre fois, devant le maquilleur et coiffeur, je lui ai demandé pourquoi il m’avait appelé en pleine nuit. Il a fini par arrêter.

J’ai été élevée par une mère qui avait un sens de la force individuelle. Au fond de moi, j’aime être femme, mais je me sens aussi bien homme que femme. La force n’a pas de sexe. La force a pour force son individualité.

En vous écoutant, on se dit que le métier d’actrice n’est pas à mettre entre toutes les mains…

Mais absolument ! L’acteur doit voir, observer, jauger, renifler, esquiver, se protéger, mais au moment essentiel de son métier, c’est-à-dire devant la caméra ou sur une scène, se donner corps et âme ! Encore une fois, si l’on va y chercher un petit pouvoir personnel, on fait fausse route. Mais il existe un autre pouvoir, celui qui est au-delà de sa volonté et de ses propres désirs, mais qui passe par une descente en soi, et c’est cet autre pouvoir qui est passionnant, car il conduit à l’œuvre et à ce qui s’œuvre en soi.

Comment cela s’apprend-il ?

Par l’épreuve ! On passe par l’épreuve pour faire ses preuves ! Et on se débrouille dans l’épreuve. On parle, on lit. On cherche. On se confronte. On tombe. On change d’attitude. On est perdu. On s’éveille à l’épreuve. L’humour compte beaucoup. Et puis lâcher, lâcher les attentes, les peurs, les espérances de conquête, de satisfaction. Il y a une mise à mort intérieure dans l’épreuve. Un retournement. On n’est pas là pour se servir.

Mais on ne dénonce pas ?

Il y a longtemps, dans un entretien au magazine Première, j’avais donné le nom du réalisateur qui avait essayé de m’embrasser et que j’avais repoussé à 18 ans. A la suite de quoi, il m’avait écrit une lettre me demandant de dénoncer ce que j’avais déclaré dans ce magazine. Ce que je n’ai évidemment pas fait. Le producteur qui s’est jeté sur moi, je n’ai jamais donné son nom dans la presse. J’avais le choix entre taire son nom ou, au contraire, le poursuivre en entamant une procédure. Mais je ne pense pas qu’il faille se servir de la presse pour instruire un procès.

La perception du féminin est une force mystérieuse qui peut faire peur, et qui peut conduire les hommes au désir de la contrôler, de l’objectiver, de s’en emparer. Sans parler de la jalousie que peut susciter la femme, car elle peut enfanter. Mais on parle très peu de cet aspect-là. La femme est facilement moquée, imitée, ridiculisée, on a besoin de la diminuer.

Emma Thompson parle d’une crise de la masculinité…

En effet, parce que notre côté masculin ne descend pas facilement de son orgueil, il veut garder bonne figure, se protéger de la peur avec la vanité pour bouclier, garder son désir de puissance absolue pour se tenir droit. Donald Trump en est la plus récente stature symbolique, enfermé dans sa croyance la plus primaire. Il n’a pas conscience de son indécence. C’est une attitude que l’on peut trouver chez les femmes bien sûr, car les femmes comme les hommes doivent transformer leur désir de pouvoir, de possession et de jouissance.

Laisser tomber le masque de l’orgueil, c’est plonger dans ce que l’on ressent, chercher ce qu’il y a derrière, laisser ses émotions s’exprimer, en acceptant qu’elles ne sont pas forcément jolies, sans s’identifier à elles, elles nous indiquent où nous en sommes, car elles passent, les émotions, elles ne sont pas un but, mais une aide et, à un moment donné, elles nous quittent d’elles-mêmes, on n’a plus besoin d’elles, elles ne nous font plus peur, mais parfois, elles s’attachent rudement, car comme on peut être changé en un éclair, dans un élan fulgurant, il faut aussi parfois un temps infini pour que le fond de l’être soit épuisé par ses pulsions primaires pour vivre enfin une autre perception de nous-mêmes.

Cela fait des millénaires que le masculin essaye de dominer le féminin, des millénaires que le féminin n’est pas à sa juste place, il attend patiemment que le masculin se rende, abdique ses croyances de supériorité physique, créatrice ou intellectuelle. Le pouvoir n’est pas là où l’on croit. Le féminin et le masculin ne sont pas égaux, ils se complètent. Mais cela va sans dire que les hommes et les femmes doivent avoir les mêmes droits.

Pour en revenir à Harvey Weinstein, pensez-vous que si l’on s’en prend à lui aujourd’hui, c’est aussi parce qu’il est plus facile de s’en prendre à un homme dont le pouvoir est déclinant ?

C’est possible. Je l’ai croisé à Cannes au printemps dernier, et je l’ai senti en décalage. C’est un homme que j’ai connu dans différentes situations. Une fois, je l’ai vu pleurer parce qu’il se sentait honteux, mais je l’ai vu aussi généreux, et également menteur. C’est un être complexe et tout aussi bizarrement attachant. Mais je savais aussi très bien quelle bête il y avait en lui.

Certaines actrices disent s’être rendues dans sa chambre d’hôtel. Un refus, expliquait leur entourage, risquait de compromettre leur carrière…

Il y a peut-être des actrices qui sont plus influençables et moins préparées aux situations avec les gens de pouvoir, surtout quand on débute. Mais ce genre d’argument ne m’a jamais convaincu, peut-être parce que j’ai appris tôt à être responsable. Je n’ai jamais mis la parole de mon agent avant la mienne. J’écoute, mais je n’obéis pas. Sinon, c’est comme s’approcher d’un volcan. Si tu veux t’approcher du volcan, tu peux le faire, mais tu te brûleras, immanquablement.

Et y a-t-il beaucoup de volcans dans le cinéma ?

Il y en a. Je précise que ça m’est arrivé de ne pas être prise dans des films parce que je n’avais pas répondu aux coups de genou sous la table, parce que je n’ai pas appelé le numéro de portable qu’on m’avait donné après avoir répété. J’ai raté quelques films comme ça.

Toutes les actrices n’ont pas votre expérience, votre capacité à résister…

C’est un métier dangereux. C’est pourquoi l’intuition est primordiale, ce n’est pas la tête qui doit opérer, c’est l’intuition. Et se poser les vraies questions qui authentifient votre parcours.

Depuis plusieurs jours, des milliers de femmes s’expriment sur Twitter par le biais du hashtag #balancetonporc. Que pensez-vous de cette prise de parole aussi massive que subite ?

Si cela peut aider à changer les consciences, pourquoi pas ? Aujourd’hui, de nombreuses personnes profitent de ce moment pour s’ouvrir, se délivrer d’un non-dit, peut-être que cela finira par réveiller les consciences !

Dans cette affaire Weinstein, ce sont des femmes qui prennent la parole. Très peu d’hommes le font. Selon vous, existe-t-il une forme de complicité masculine ?

Tout d’abord, je pense que certains hommes ont été soumis à des situations similaires, soit avec des hommes ou même avec des femmes… Mais il est vrai que sur les plateaux de tournage, américains en particulier, c’est la force masculine qui domine. Aux Etats-Unis, à de très rares exceptions près, le pouvoir du final cut appartient aux producteurs.

En Europe, et tout particulièrement en France, la loi protège l’auteur, le final cut est un droit du metteur en scène, et de ce fait, la relation entre le metteur en scène et l’actrice est beaucoup plus forte qu’aux Etats-Unis. J’en ai parlé un jour avec Martin Scorsese : « Mais pourquoi ne consacres-tu pas un film à un personnage de femme ? » J’ai posé la même question à Steven Spielberg qui m’a assuré en avoir tourné un dans les années 1960. Personne ne s’en souvient.

Le cinéma américain d’aujourd’hui est un cinéma du désir de puissance et de pouvoir, et, malheureusement, qui fait des petits un peu partout dans le monde. Le cinéma américain et son esprit dominent le monde.

Diriez-vous que le cinéma américain est misogyne ?

Non, je dirais qu’il est dans la crainte du féminin, ce qui est un peu différent. Tant que le masculin n’aura pas le courage de vivre ses émotions entièrement, sans penser que c’est un truc de bonne femme, tant qu’il n’aura pas connaissance de sa vulnérabilité, de sa précarité, de sa délicatesse, on sera toujours dans le même système enfermant et enfermé. Le masculin doit sortir de son côté animal pour aller vers son humanité. C’est une écoute différente, une vision autre. Le chemin, c’est le féminin, c’est une force qui doit descendre en lui. Il doit se laisser gagner, comme une bête après avoir trop couru. Il a le choix. C’est en perdant qu’il gagne.

Voir aussi:

« Balance ton porc »: le grand Délathon a commencé!

Il faudra peut-être se souvenir de ce jour d’octobre 2017 où le mot « dénonciation » est devenu synonyme de « parole libérée ». On a encore du mal à trouver le terme qui qualifiera une époque où la délation est devenue un acte de courage, la surveillance un devoir moral et le déballage un brevet de correction. « Balance ton porc », le dernier gadget idéologique à la mode, n’est certes pas le premier épisode du grand Délathon. Comme le savait très bien Debord, la dénonciation est devenue dans les années 80 le sport favori des journalistes de gauche et il faudra un jour compter les victimes innocentes de la calomnie médiatique. Mais avec le secours de la technologie, elle est devenue une industrie. Et quand cette industrie se met au service de la meilleure cause du monde, celle des Femmes, elle devient un pouvoir redoutable. On se rappelle le déchaînement suscité en novembre 2013 contre les avocats de la liberté de prostitution (entre adultes). Ces salauds, qui défendaient une opinion certes contestable mais légitime, furent noyés sous un torrent de boue grâce au site confectionné à ce seul effet par un militant…libertaire ! Cependant, cet appel au lynchage numérique n’avait pas suscité le même enthousiasme que BTP (pour Balance ton porc), ni attiré la même bienveillance publique (encore que notre chère Najat l’approuvait grandement).

Weinstein et les vierges outragées

Peut-être faut-il préciser que je suis fermement opposée à toute contrainte, à toute violence exercée sur une femme ou sur un homme pour obtenir des faveurs sexuelles. Un homme, ça s’empêche. Et ceux qui ne s’empêchent pas doivent être sanctionnés ou matés. Pourtant, quand des actrices célèbres et primées expliquent qu’elles se sont tues sur les agissements d’Harvey Weinstein, pour ne pas mettre leur carrière en danger, j’ai du mal à les plaindre. Et quand elles ne parlent que pour se joindre à un lynchage déjà presque fini, j’ai du mal à admirer leur courage. Le tout Hollywood qui mangeait dans la main du producteur quand il était puissant, nous fait le chœur des vierges outragées maintenant qu’il ne peut plus ni lui nuire, ni lui servir et que cracher sur lui fait de chacun un héros.

L’inflation galopante du mal

Que des hommes, tentent, dans la vie professionnelle de profiter de leur pouvoir pour coucher, en particulier dans le milieu du cinéma, comme le dit mon ami Marc Cohen, cela existe sans doute depuis Plaute et Aristophane. Des patrons lourdingues et des chefs harceleurs, il y en a certainement dans tous les milieux – des hommes qui tentent leur chance aussi et heureusement. L’ennui, c’est qu’à la faveur de chaque scandale, on nous raconte la même légende : toutes les femmes sont harcelées, puisque le harcèlement est la norme. Depuis que l’affaire Weinstein a éclaté, on assiste, sur les bandeaux des chaînes info, à une inflation galopante du mal : au début, c’étaient 38 % des femmes qui avaient subi du harcèlement dans leur travail. Une semaine plus tard, on en est à 90 % (à peu près autant que la réussite au bac). Balance ton porc, cela signifie que chaque femme en a au moins un et que si tu ne le balances pas, tu es complice.

Des témoignages ne font pas une vérité

Seulement, pour que toutes les femmes soient harcelées, il faut étendre très largement la définition du harcèlement. « Fixer, c’est harceler »« Insister, c’est harceler », proclameune campagne dont les Transports publics bordelais sont très fiers. Dans le flot de témoignages recueillis sous le hashtag #Balancetonporc, on a vu apparaître des noms connus, celui-ci m’a fait une blague lourde, celui-là a essayé de m’embrasser et tel autre a louché sur mon décolleté. Certes, il y a aussi des histoires terribles de femmes obligées de supporter des gros porcs. Reste que des témoignages, aussi poignants soient-ils, ne constituent pas une vérité. Pour arriver à celle-ci, la Justice doit entendre l’autre partie. Et la plupart des journaux ne publieraient pas non plus ces récits sans solliciter le harceleur présumé (même si c’est exactement ce que France Inter a fait dans l’affaire Baupin, diffusant des témoignages à charge sans même faire réagir l’avocat du présumé coupable).

Être une femme, c’est pas si difficile

Autant l’avouer : je n’ai pas de porc à balancer. Il est arrivé que des hommes de pouvoir, qui étaient parfois mes supérieurs, me fassent des avances, et il est arrivé que je les refuse – sans autre conséquence que, une fois, des menaces qui n’ont pas été mises à exécution, leur auteur ayant compris le ridicule de la situation. Non seulement je n’ai pas été traumatisée mais je suis encore amie avec certains de ces « harceleurs ». Et je n’ai pas été traumatisée non plus par le grand Noir qui, dimanche matin, dans le métro, m’a lancé : vous êtes superbe ! Je lui dirais même volontiers qu’il a fait ma journée. Alors peut-être que j’ai de la chance. Mais, alors que le harcèlement est un délit pénal et qu’il est unanimement condamné par la société, on ne me fera pas croire que l’existence des femmes en France est un calvaire.

Le Maire harcelé

Avec Balance ton porc, le féminisme victimaire, habile à se saisir des agissements d’un seul pour dénoncer tous azimuts, a encore franchi une étape. Non seulement la délation est célébrée, mais ceux qui osent émettre un soupçon de réserve se voient sommés de faire leur autocritique. Invité sur France Info, Bruno Lemaire a déclaré qu’il ne connaissait pas de politique harceleur, mais que, s’il en connaissait un il ne le dénoncerait pas car, a-t-il répété, « la dénonciation n’a jamais fait et ne fera jamais partie de mon identité politique ». Eh bien, croyez-le si vous voulez, mais trois heures plus tard, le même publiait une autocritique écrite et filmée sur son compte Twitter : « Je me suis exprimé ce matin sur le problème du harcèlement sexuel subi par les femmes en France et je me suis mal exprimé. Je le regrette », déclare-t-il en introduction avec la mine d’un garçonnet pris en train de mater les magazines pornos de son père, avant de dérouler une longue explication dont il ressort qu’on ne trouvera pas soldat plus zélé que lui, désormais, dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

Si j’étais un homme…

Que l’on puisse exiger d’un adulte qu’il renie publiquement des convictions exprimées le matin même et qu’il approuve un appel à la délation pour se conformer à l’hystérie collective du moment devrait tous nous terrifier. Le plus grave est bien que cette scène digne de Milan Kundera n’ait pas suscité de réaction. Alors peut-être que le stalinisme nous revient sous forme de farce, mais je ne suis pas certaine que celle-là nous fera rire longtemps. Pour tout dire, si j’étais un homme, je ne rirais pas du tout. Et comme j’ai d’excellents amis hommes j’ai peur pour eux.

En effet, si nous sommes toutes victimes, tous les hommes sont coupables ou susceptibles de l’être. Il convient donc de les placer sous surveillance. Reste à savoir comment on évitera que des femmes se vengent d’avoir été trompées, quittées, privées de la promotion ou du week-end à la mer qu’elles exigeaient en accusant leur amant ou leur voisin de bureau. J’ai interrogé deux de mes amis qui ont des vies amoureuses disons compliquées. Leur réponse, identique, donne une idée de l’époque dans laquelle nous vivons : « Je garde tous les SMS ». C’est beau, l’amour au temps du féminisme.

Voir de même:

Harcèlement sexuel : « Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant »
Dans une tribune au « Monde », la sociologue Irène Théry estime que le hashtag #balancetonporc est le signe que la honte a changé de camp.

Irène Théry (Sociologue, directrice d’études à l’EHESS)

Le Monde

21.10.2017

Tribune. « Balance ton porc : le grand délathon a commencé », a écrit la journaliste Elisabeth Lévy dans Causeur. Et elle est si sûre de son jugement historique qu’elle prédit que, un jour, on se souviendra de ce mois d’octobre 2017 comme de « l’époque où la délation est devenue un acte de courage, la surveillance un droit moral, et le déballage un devoir de correction ».

Et Alain Finkielkraut d’en rajouter à « L’Emission politique » : avec ce hashtag dont la vulgarité et la brutalité passent l’imagination, c’est, selon lui, la fin de la plus élémentaire présomption d’innocence, tous les hommes brutalement transformés en porcs, cependant que sonne le glas d’une époque révolue, celle de la mixité heureuse et du respect des manières, cœur de la civilisation des mœurs, fierté d’une certaine identité française.

Je n’en reviens pas. Je me demande si nous vivons dans le même monde.

Aurais-je cédé à l’air du temps, et passé du côté de la délation et du déballage, moi qui, comme tant d’autres, ai pris mon clavier et tracé ces mots sur ma page Facebook, #MoiAussi, en donnant les âges auxquels ça m’est arrivé : 8, 24 et 35 ans. Faudrait-il trier le bon grain de l’ivraie, et séparer celles qui comme moi, ont utilisé le hashtag #MeToo, n’ont dénoncé personne et n’ont pas même exposé les faits, et celles qui ont choisi, au contraire, d’utiliser à plein la force humoristique de #balancetonporc, raconté sans détour ce qui leur était arrivé, et parfois même (très rarement, il faut le souligner) nommé celui qui les avait agressées ?

Pour moi, la réponse est claire : entre la sobriété et la provocation, la retenue et le récit, c’est une simple question de style, peut-être d’âge ou de sensibilité – peu importe, au fond. Le fait important, c’est justement la rencontre évidente, amicale, solidaire de ces façons d’agir différentes. Ce que nous disons, ce que nous faisons en ce moment, est pour l’essentiel identique. Nous témoignons. Il n’y a pas moins de pudeur chez les unes que chez les autres, pas plus de vulgarité chez les autres que chez les unes.

J’ai choisi #MoiAussi, mais plus j’y pense, plus j’apprécie le chic de #balancetonporc : pour toutes celles qui, parmi nous, ont reçu la vulgarité extrême au plus intime de leur corps, et qui en ont intériorisé la honte, y compris à leur esprit défendant, la respiration est plus libre depuis que ce remarquable retour à l’envoyeur a été balancé comme un direct du droit. Par le simple fait de dire que nous avons subi, nous faisons advenir quelque chose de neuf. La honte, peu à peu, change de camp.

La parole, longtemps privée, change de statut
Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant. Nous le savions déjà par nos discussions entre amies, mais quelque chose est absolument différent quand se dit au grand jour toute la gamme des choses subies, qui va des mots obscènes et des mains aux fesses aux agressions sexuelles, aux viols et aux menaces de mort. Ce qui change, depuis quelques jours, c’est justement que cette parole, longtemps privée, change de statut. Qu’elle devienne publique. Qu’elle soit posée là, dans l’espace commun, et qu’elle place chacune et chacun devant ses responsabilités. Prendre la mesure d’un héritage. Affronter la complexité du présent. Dessiner l’espoir du futur.

Prendre la mesure d’un héritage. Aucune nostalgie du passé n’est décente. Car il y a toujours eu un envers sombre à la galanterie aristocratique célébrée depuis tant d’années par M. Finkielkraut. Cet envers se nommait la division des femmes en deux, celles qu’on respecte et celles qu’on méprise. Celles qu’on épouse et celles qu’on baise. Celles qui sont l’honneur de la famille et celles qui sont perdues de réputation. Ce grand partage n’était pas un accident, mais un véritable principe organisateur de la société, dans un monde fondé sur la complémentarité hiérarchique des sexes et qui désignait les femmes comme les responsables et les coupables de la sexualité des hommes.

Séparation des femmes par classes. Quand le viol des « femmes de qualité » était férocement réprimé, le gibier à portée de main se nommait domestiques, lavandières, filles de ferme, employées, ouvrières, secrétaires. Séparation plus secrète des forts et des faibles dans le secret des familles, des institutions religieuses et des pensionnats, où l’on comprend que l’envers du décor, c’était le continent noir de la violence sexuelle sur certains des plus jeunes, des plus fragiles, petites filles mais aussi petits garçons.

Division enfin des femmes par état matrimonial, dignes épouses et mères de familles d’un côté, filles perdues et filles-mères, catins et prostituées de l’autre. Ce principe de division a été dénoncé, et avec quel courage, par celles qui savent mieux que quiconque que naguère encore, leur métier les plaçait du côté de celles qu’on n’épouse pas. Nous ne devrons jamais oublier ce que nous devons aux actrices.

Distinguer la séduction et l’agression
Affronter la complexité du présent. Le point central, qui échappe manifestement à ceux qui s’indignent, est que dans ces témoignages, la volonté de faire tomber des têtes est très peu présente. Il ne s’agit pas principalement de traîner en justice, pas même de désigner des individus à la vindicte. Et, même si tout a démarré par l’affaire Weinstein, il faut savoir écouter au-delà.

Réécouter, par exemple, le témoignage de Florence Darel à l’émission « Quotidien », exemplaire de dignité et de pudeur. Elle ne venait pas lyncher un homme déjà à terre, elle venait parce qu’une chaîne de solidarité se tisse anneau par anneau, et que seul le fait d’ajouter un témoignage personnel à un autre peut renverser le principe de l’omerta. Je redoute, bien sûr, que des injustices soient commises. Mais affronter ce risque ne peut pas être une raison de renoncer.

Lire aussi :   « Le sexe et les corps sont encore une conquête à faire »

Dessiner l’espoir du futur. J’ai entendu Laure Adler le dire magnifiquement un matin à la radio, mais aussi Anne Nivat à la télévision. Ce qui se passe aujourd’hui est une question de société, de culture, de civilisation. Pour celles qui parlent, c’est la fin d’une longue épreuve, dont on sent rétrospectivement à quel point elle était lourde. Mais en aucun cas ce qui domine n’est une plainte victimaire : c’est un geste de fierté, de foi en l’avenir et un pari sur l’intelligence collective.

Ce pari sur l’intelligence dit une chose simple : ce qui se passe aujourd’hui n’est en rien une mise en cause du charme, du plaisir ou de la séduction. Il faut en finir avec ces amalgames : tout le monde sait parfaitement distinguer la séduction et l’agression. Tout le monde. Que l’on tente de séduire, ou qu’on se laisse séduire, on sait quand l’autre consent, et on sait quand on consent soi-même. La séduction, c’est justement l’art de lever un à un les possibles malentendus.

Et c’est notre chance que cela ait été dit en premier par les actrices, ces incarnations de la séduction, dont nous admirons les silhouettes, dont nous aimons qu’elles montrent leurs jambes et leurs décolletés. Les comédiennes n’acceptent plus comme une fatalité de risquer les pelotages et les violences. Elles ne sont pas du gibier pour libidineux de petite ou de grande catégorie. Leurs témoignages sont comme ceux de milliers d’anonymes, et comme le mien aussi : l’appel à une nouvelle civilité sexuelle.

Voir également:

La psychologie des superstars prédateurs sexuels

Project Syndicate
LONDRES – Le scandale d’agression sexuelle de Harvey Weinstein n’est pas près de s’arrêter. C’est tout le contraire : la police au Royaume-Uni enquête en ce moment sur plusieurs allégations qui impliquent le producteur oscarisé. Bien que Weinstein ait « explicitement nié » les allégations de rapports sexuels non consensuels et qu’aucune arrestation n’ait eu lieu, plus de deux douzaines de femmes, notamment les actrices Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow et Rose McGowan, l’ont publiquement accusé de harcèlement. Les allégations s’étendent sur près de 30 ans.
Hollywood a du mal à expliquer comment l’une de ses personnalités les plus célèbres a pu s’en sortir en toute impunité en agissant de la sorte depuis si longtemps. Woody Allen a fourni un indice important. Bien qu’ayant collaboré avec Weinstein sur plusieurs films, il affirme que personne n’a jamais attiré son attention sur des allégations de mauvais traitements. « Et personne ne souhaitait le faire, parce qu’on ne s’intéresse pas à cela, a déclaré Allen à la BBC. « Ce qui vous intéresse, c’est de réaliser votre film. » D’autres personnes qui ont collaboré avec Weinstein au fil des ans ont fait des déclarations similaires.Est-ce l’équivalent à Hollywood du « mur du silence » en matière policière, ou bien y a-t-il quelque chose de plus clinique à l’œuvre ?Une réponse possible se trouve dans les résultats de récentes études en psychologie. Selon des scientifiques aux États-Unis et en Israël, il existe certains traits de personnalité, les « trois composantes obscures » du narcissisme, de la psychopathie et du machiavélisme, qui sont le plus souvent associées à un comportement sexuellement violent.Une découverte intéressante dans les résultats de cette recherche, publiée en 2016 dans le journal Personality and Individual Differences(La personnalité et les différences individuelles), c’est que les traits de personnalité associés à un penchant au harcèlement peuvent être des « adaptations psychologiques spécialisées » qui permettent aux individus d’exploiter des « niches » dans la société. En d’autres termes, certains prédateurs sexuels pourraient faire carrière dans certains secteurs d’activité spécifiques qui leur permettent d’exploiter les autres.Les chercheurs ont également constaté que la disposition qui motive la réussite d’une personne peut également comprendre certains traits de personnalité qui expliquent sa tendance à exploiter les autres. Les traits nécessaires pour remporter les Academy Awards, par exemple, peuvent être semblables aux traits d’une personne qui recherche un grand nombre de partenaires sexuels et des relations qui nécessitent peu d’engagement.

En ce sens, cette étude suggère que nous ne devrions pas être surpris de retrouver un parallèle semblable dans bien d’autres aspects de la société. Ce n’est pas seulement à Hollywood que les caractéristiques qui font d’une personne une star peuvent faire de la même personne un agresseur.

L’étude sur les « trois composantes obscures » a été publiée bien avant les allégations contre Weinstein, mais elle demeure la plus vaste enquête sur la personnalité des harceleurs sexuels. Les chercheurs (basés à Oakland University, à l’Université de Géorgie aux États-Unis et au Sapir Academic College en Israël), ont interrogé plus de 2 500 hommes et femmes en Israël. Les sujets susceptibles d’exploiter les autres ont fait preuve d’un certain nombre de caractéristiques, notamment d’insensibilité, d’un côté désagréable, de duplicité, d’égocentrisme, de manque d’honnêteté ou d’humilité et d’un intérêt excessif pour les talents et les objectifs d’une personne.

Ce dernier trait (également connu sous le nom de narcissisme), est un élément clé des trois composantes obscures. Les narcissiques ont tendance à être convaincus de leur propre magnificence et croient que les autres personnes devraient être flattées d’être dans leur entourage, même si cela implique des avances sexuelles.

Les machiavéliques, quant à eux, pensent que la meilleure façon d’interagir avec les autres est de leur dire ce qu’ils veulent entendre. Leur défaut de manipulation peut les conduire à un cycle de tromperie ininterrompue face à leurs collègues et amis, ce qui peut expliquer pourquoi une personnalité machiavélique peut se livrer à du harcèlement sexuel ou rechercher des rencontres sexuelles à court terme. Ils croient qu’ils sont tout simplement trop rusés pour se faire prendre.

Lorsque les agresseurs sont démasqués, ils cherchent souvent à rejeter leur responsabilité. Prétendre souffrir d’un trouble tel que « l’addiction sexuelle » ou suivre un programme de réadaptation dans une clinique de réadaptation pour un « traitement », comme Weinstein vient apparemment de le faire, correspond à une réponse machiavélique classique.

Si les allégations se confirment, Weinstein serait un exemple extrême d’agresseur aux « trois composantes obscures ». Mais cette combinaison de traits de caractère n’est pas si rare. En fait, de puissants prédateurs pourraient bien rôder en ce moment même autour de la machine à café. Selon une enquête de 1994 menée sur les employés du gouvernement fédéral des États-Unis, citée dans l’étude sur les « trois composantes obscures », 44 % des femmes et 19 % des hommes parmi les employés ont déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail au cours deux années précédentes.

Comme nous le rappellent les auteurs de l’étude de 2016, le harcèlement sexuel ne consiste pas toujours à essayer d’obtenir des faveurs sexuelles. Mais ce sont plutôt des motivations psychologiques, notamment le besoin d’accroître le sentiment d’estime de soi, l’attrait, ou la masculinité, qui peuvent conduire à des conduites d’abus de pouvoir de la part des prédateurs, lors de rapports visant à dominer ou à rabaisser les autres.

Ce qui peut être particulièrement utile pour comprendre l’affaire Weinstein, quelle qu’en soit l’issue, c’est que Hollywood est bel et bien une bulle d’énergie narcissique. Les psychologues pourraient soutenir que cette caractéristique explique l’aveuglement dont certains ont fait preuve envers les soupçons de comportement pervers de l’un de leurs collègues.

Le harcèlement sexuel est la priorité immédiate dans l’affaire Weinstein, comme il se doit, étant donné la gravité des soupçons de crimes et la détresse infligée aux victimes. Mais pour les psychologues qui cherchent à comprendre l’apparente connexion entre le succès et les maltraitances, l’apparente chute Weinstein n’est que la partie émergée d’un iceberg d’analyse.

Voir encore:
Jacques Chirac, le crépuscule : l’homme à femmes
Paris Match

Dans « “Président, la nuit vient de tomber.” Le mystère Jacques Chirac » (éd. du Cherche-Midi), le journaliste Arnaud Ardoin a confessé Daniel Le Conte, son confident. Nouveaux extraits du livre-événement.

L’homme à femmes

On le baptise « cinq minutes douche comprise », parfois trois, parfois dix, l’expression est presque entrée dans le langage courant. « Lorsqu’il avait un rendez-vous avec une femme, c’était à la minute près. Nous le déposions, il nous donnait un horaire en sortant de la voiture et il revenait à l’horaire exact, il ne fallait surtout pas être en retard », raconte son ancien chauffeur. Des femmes qu’il chevauche, sans plus de préliminaires, parce que le temps presse, parce que la quantité a pris l’ascendant sur la qualité. « Je me souviens d’un voyage à La Réunion, au début de son septennat. Une femme l’aborde et lui demande une dédicace sur l’un de ses livres qu’elle tient à la main. Le président s’approche et lui dit, avec un culot incroyable : “Montez dans ma chambre si vous voulez ?” Et la femme de suivre Jacques Chirac, tout sourire », se souvient l’un de ses gardes du corps à la mairie de Paris.

« Elles sont députées, ministres, conseillères, bourgeoises provinciales »

Les anecdotes se succèdent, les témoignages plus ou moins vrais le voient courir, à l’heure du laitier, dans un couloir sombre d’un immeuble du quartier Montparnasse pour rejoindre une femme qui le guette derrière la porte. Un autre jour, on l’aperçoit rue de la Convention dans les bras d’une autre, à qui il rend visite chaque semaine. Il utilise aussi régulièrement une garçonnière dans l’immeuble du 241, boulevard Saint-Germain (dont le premier étage abrite le siège départemental du RPR) pour satisfaire ses plaisirs avec une collaboratrice du RPR ou une jeune ambitieuse qui cherche la chaleur fugace du pouvoir. Il y a les régulières, les coups de cœur, les « amuse-bouches » qui réussissent à franchir les cordons de sécurité pour approcher le président, d’autres qui partagent le même avion que le président et qui attendent, nues, dans son espace privé, brûlantes de désir.

Elles sont députées, ministres, conseillères, bourgeoises provinciales, des inconnues qu’on lui apporte sur un plateau, et puis il y a celles avec qui il aura une histoire parallèle, tout cela vécu simultanément, réclamant de grandes qualités d’organisation. […] La nuit où la princesse Diana trouve la mort dans un terrible accident de la circulation sous le pont de l’Alma, le président de la République est introuvable. Nous sommes le 31 août 1997. Toute la République est debout. En désespoir de cause, Jean-Pierre Chevènement, le ministre de l’Intérieur, tente un appel à Bernadette Chirac qui, désappointée, lui répond qu’elle ne sait pas où est son mari. Ce soir-là, on le dit dans les bras d’une autre femme. Jean-Claude Laumond, son inséparable chauffeur, est réveillé alors qu’il dort dans sa voiture au pied de l’immeuble où se trouve le président.

La revanche de Bernadette, la bienveillance de Claude

Depuis que sa force physique l’a quitté, la flamme de la rébellion s’est éteinte et les femmes ont repris le pouvoir, mais l’avaient-elles réellement perdu ? La seule différence, c’est qu’il ne peut plus « filer » comme avant. Impossible de se cacher, son espace de liberté s’est rétréci comme une peau de chagrin. C’est étouffant, lui qui aime tant les grands espaces et la liberté. Bernadette passe au bureau en coup de vent, se lamente beaucoup : « La vieillesse est un naufrage », reprenant une formule de Chateaubriand, immortalisée dans les Mémoires du général de Gaulle. Le président est assis dans son fauteuil, sage, silencieux, les yeux dans le vague. La télévision bourdonne doucement. Daniel est à ses côtés comme chaque matin. Il reprend consciencieusement ses rituels matinaux : revue de presse pour faire faire un peu de gymnastique au cerveau du président, pour l’obliger à se souvenir, ou en tout cas à conserver quelques bribes. Sans cet inlassable travail, le Grand aurait rompu les amarres depuis bien longtemps. C’est une certitude.

« A 81 ans, Bernadette vit sa vie »

Pendant que son mari reste toute la journée assis sur son fauteuil, Bernadette en profite pour courir les défilés de mode, partager des soirées chics avec son ami Karl Lagerfeld, participer jusqu’à pas d’heure à des soirées paillettes, comme si elle voulait, à grandes enjambées, vivre tout ce qu’elle n’avait pas pu faire lorsqu’elle était jeune mariée, prisonnière de sa vie de mère de famille, accrochée à son Jacques qui courait les filles. La voilà enfin libre.

A 81 ans, Bernadette vit sa vie. A quelques mètres du bureau de son père, une autre femme veille : Claude, sa fille, et bien plus encore, une vestale infatigable qui le protège, de lui-même, des journalistes qu’elle fuit comme la peste. Elle est son pilier, à la pierre rugueuse, exigeante, lunatique. Ces derniers temps, elle doit gérer mille petites choses qui au bout du compte ressemblent à un lourd fardeau : les études chaotiques de Martin, le petit- ls adoré, qui vient de trouver un emploi chez Christie’s, ses relations avec sa mère, en dents de scie, et mille autres petits tracas, pas toujours gratifiants, qui se percutent, s’entrechoquent, sans véritablement réussir à s’emboîter les uns dans les autres… Fatiguée, surmenée, parfois dépassée par les événements, elle fait front, comme un soldat consciencieux et mutique qu’elle a toujours été, c’est dans sa nature.

L’Elysée réfléchit à une commémoration de Mai 68

Jean-Dominique Merchet
L’Opinion
18 Octobre 2017

La présidence de la République ne veut pas se laisser enfermer dans une lecture « maussade » de l’héritage de 1968

L’Élysée commence à réfléchir à une commémoration de Mai 68, dont on célébrera le cinquantenaire l’an prochain, avec l’idée de sortir du « discours maussade » sur ces événements qui ont contribué à la modernisation de la société française, dans un sens plus libéral. Des personnalités comme Daniel Cohn-Bendit, proche du chef de l’État, seront vraisemblablement associées à la réflexion puis aux manifestations.

Pour Emmanuel Macron, Mai 68 appartient à un passé qu’il n’a pas connu, puisqu’il est né neuf ans plus tard. L’Élysée souhaite donner une dimension internationale à « 68 », car ce fut l’année du Printemps de Prague et de sa répression, des grandes manifestations aux États-Unis, du massacre à l’Université de Mexico, des mouvements étudiants dans toute l’Europe…

L’année 2018 marquera également le 60e anniversaire de la Constitution de 1958 et le Président entend le marquer d’un grand événement (et d’un discours), ainsi que le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée par les Nations Unies en 1948. L’année prochaine marquera enfin la fin du cycle des commémorations du centenaire de la Première guerre mondiale, avec une importance particulière pour le 11 novembre, qui se prêtera sans doute à la célébration de l’entente franco-allemande et de la construction européenne. Dès le mois prochain, l’accent sera mis sur Georges Clemenceau, cent ans après l’arrivée du Tigre à la présidence du conseil, le 16 novembre 1917.

Restera pour Emmanuel Macron à réfléchir au grand discours mémoriel sur l’Algérie – colonisation et guerre – que François Hollande n’a jamais prononcé. Mais c’est là un terrain bien plus miné que Mai 68.

Voir par ailleurs:

“Psychose” : autopsie d’un chef-d’œuvre sur Arte

Soixante-dix-huit plans et sept jours de tournage, un admirable travail collectif, un film dans le film, selon Hitchcock. La fameuse scène de la douche est magistralement décryptée dans “78/52 Les derniers secrets de Psychose”, d’Alexandre O. Philippe. A voir dimanche 22 octobre 22h35, sur Arte.

« Il fallait que ce soit fait sur un mode impressionniste. Nous avons donc procédé par petites touches : la tête, les pieds, une main, des parties du buste… » Ainsi s’exprimait Alfred Hitchcock, en 1964, sur la chaîne CBS, à propos de la scène culte de Psychose (1) (1960) : le meurtre, sous la douche, de Marion Crane (Janet Leigh) par Norman Bates (Anthony Perkins). A la lecture du scénario de Joseph Stefano, inspiré du livre de Robert Bloch, la séquence avait tapé dans l’œil du cinéaste. Incroyablement fragmentée, elle comporte soixante-dix-huit plans et cinquante-deux coupes. D’où le titre du documentaire – remarqua­ble – que lui consacre Alexandre O. Philippe, diffusé sur Arte cette semaine.

Tournée en décembre 1959, pendant sept jours – durée considérable pour quelques minutes de film –, cette scène est l’aboutissement d’un admirable travail collectif. Hitchcock, qui l’envisage comme un film dans le film, fait appel au graphiste Saul Bass pour élaborer un story-board. Le montage de George Tomasini prend quelques libertés avec le déroulé initial et transgresse les règles classiques de la grammaire cinématographique. Il enchaîne vues subjectives, raccords à 360 degrés autour de l’héroïne, coupes agressives (« jump cuts »), voire plans flous, pour provoquer la désorientation du spectateur. Et multiplie les rimes visuelles ­vertigineuses : le fond des WC (image ­taboue à l’époque), l’évacuation de la douche, l’œil de Janet Leigh.

Ce qui devait être une douche purificatrice prend la tournure d’une terrifiante punition

Au début du film, Marion Crane dérobe 40 000 dollars, s’enfuit de Phoenix en voiture et s’arrête pour la nuit au Bates Motel. Lorsque la scène commence, elle a décidé de faire machine arrière et de rendre l’argent : elle se lave avec un sourire satisfait (photo 1). Ce qui devait être une douche purificatrice prend alors la tournure d’une terrifiante punition. « Hitchcock considérait le monde comme une machine morale très imparfaite. Il avait ce sens presque biblique de la fatalité et du châtiment qui s’abat sur ceux qui s’adonnent au péché avec désinvolture », explique le cinéaste Guillermo del Toro, interrogé par Alexandre O. Philippe.

Le meurtrier (photo 2) est joué par une doublure d’Anthony Perkins, dont le visage est rendu invisible par un épais maquillage noir. Au moment du tournage, Perkins était à New York pour les répétitions d’un spectacle à Broadway. En septembre dernier, lors de la présentation de 78/52 au Festival européen du film fantastique de Strasbourg, le documentariste précisait : « Hitchcock trouvait la silhouette d’Anthony Perkins trop identifiable, il voulait que ce soit “quelqu’un d’autre” qui soit l’assassin. »

Dans la salle de bains, la vulnérabilité de Janet Leigh est totale (photo 3). Toute la séquence repose sur l’illusion cinématographique et le hors-champ. Le spectateur croit voir un meurtre – le public new-yorkais fut horrifié lors de la première, en juin 1960 –, mais, en réalité, le couteau ne touche jamais la chair. A l’exception d’un plan (photo 4). Pour tourner celui-ci, Hitchcock pose la pointe du couteau sur le ventre de Marli Renfro, la doublure de Janet Leigh – la vision d’un nombril féminin était osée pour l’époque. Il retire ensuite la lame, puis monte la séquence à l’envers, pour donner l’impression d’une pénétration.

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Histoire: Plus inconnu que le soldat inconnu… le déserteur ! (Dos Passos was right: Book reveals how gangs of AWOL GIs terrorized WWII Paris with a reign of mob-style violence)

23 février, 2017
Glass's study of the very different stories and men grouped together under the label, Deserters

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Cela met en lumière ce que cela signifie pour un homme de conviction et de foi de se retrouver dans une situation infernale… et, au milieu de ce cauchemar, cet homme est en mesure d’approfondir sa spiritualité et d’accomplir quelque chose de plus grand. Mel Gibson
Oscars Poll: 60 percent of Americans can’t name one best picture nominee (…) For most of the best picture nominees, Clinton voters were more likely to have seen the various films when compared to Trump voters. The big exception was Hacksaw Ridge, which Trump voters were considerately more likely (27%) than Clinton voters (18%). The Hollywood Reporter
Après les vives polémiques provoquées par La Passion du Christ (2004) puis Apocalypto (2006) (…) Mel Gibson a choisi de mettre en scène Desmond Doss, objecteur de conscience américain, qui tint à aller au front comme infirmier pendant la Seconde Guerre mondiale, sans jamais porter d’arme. Les images sanglantes, christiques, cruelles de son film font écho à celles de ses réalisations précédentes. (…) Dans chacun de ses films, Mel Gibson, fervent catholique, explore une figure isolée, prête à soulever les foules, mais aussi à subir les exactions de ses pourfendeurs. Le paroxysme de ce postulat –  la cruauté humaine envers ses semblables – est atteint avec La passion du Christ, où la foule déchaînée s’acharne sans relâche pour faire crucifier Jésus. Le film suscitera une immense controverse autour du réalisateur, accusé de véhiculer un message profondément antisémite, les Juifs étant représentés comme un peuple cruel et déicide. Cette foule haineuse, on la retrouve aussi dans Braveheart (1995) avant le sacrifice de William Wallace, torturé puis tué dans d’atroces souffrances. Dans Tu ne tueras point, le choix de Desmond Doss de ne pas porter d’armes déplaît fortement aux autres soldats qui le prennent pour un lâche, le torturent psychologiquement puis le passent lâchement à tabac en pleine nuit. (…) Tu ne tueras point, met en scène la figure ô combien christique de Desmond Doss, adventiste du septième jour, objecteur de conscience qui sauva 75 de ses camarades pendant la bataille d’Okinawa. Le tout, renforcé par des plans sans ambiguïté : Wallace les bras en croix avant la torture, ou Desmond, filmé allongé sur son brancard, en contre-plongée, les bras ouverts, comme appelé par les cieux. Télérama
“Don’t think I’m sticking up for the Germans,” puts in the lanky young captain in the upper berth, “but…” “To hell with the Germans,” says the broad-shouldered dark lieutenant. “It’s what our boys have been doing that worries me.” The lieutenant has been talking about the traffic in Army property, the leaking of gasoline into the black market in France and Belgium even while the fighting was going on, the way the Army kicks the civilians around, the looting. “Lust, liquor and loot are the soldier’s pay,” interrupts a red-faced major. (…) A tour of the beaten-up cities of Europe six months after victory is a mighty sobering experience for anyone. Europeans. Friend and foe alike, look you accusingly in the face and tell you how bitterly they are disappointed in you as an American. They cite the evolution of the word “liberation.” Before the Normandy landings it meant to be freed from the tyranny of the Nazis. Now it stands in the minds of the civilians for one thing, looting. (…) Never has American prestige in Europe been lower. People never tire of telling you of the ignorance and rowdy-ism of American troops, of out misunderstanding of European conditions. They say that the theft and sale of Army supplies by our troops is the basis of their black market. They blame us for the corruption and disorganization of UNRRA. (…) The Russians came first. The Viennese tell you of the savagery of the Russian armies. They came like the ancient Mongol hordes out of the steppes, with the flimsiest supply. The people in the working-class districts had felt that when the Russians came that they at least would be spared. But not at all. In the working-class districts the tropes were allowed to rape and murder and loot at will. When victims complained, the Russians answered, “You are too well off to be workers. You are bourgeoisie.” When Americans looted they took cameras and valuables but when the Russians looted they took everything. And they raped and killed. From the eastern frontiers a tide of refugees is seeping across Europe bringing a nightmare tale of helpless populations trampled underfoot. When the British and American came the Viennese felt that at last they were in the hands of civilized people. (…) We have swept away Hitlerism, but a great many Europeans feel that the cure has been worse than the disease. John Dos Passos (Life, le 7 janvier 1946)
lls sont venus, ils ont vaincu, ils ont violé… Sale nouvelle, les beaux GI débarqués en 1944 en France se sont comportés comme des barbares. Libération (mars 2006)
Oui, les libérateurs pratiquaient un racisme institutionnalisé et ils condamnèrent à mort des soldats noirs, accusés à tort de viols. En son temps, l’écrivain Louis Guilloux, qui fut l’interprète officiel des Américains en 1944 en Bretagne, assista à certains de ces procès en cour martiale. Durablement marqué, il relata son expérience dans OK, Joe !, un récit sobre, tranchant, qui a la puissance d’un brûlot. Loin du mélo. Télérama (décembre 2009)
Sur fond d’histoire d’amour impossible, Les Amants de l’ombre nous transportent dans une période méconnue de la Seconde Guerre mondiale où l’armée américaine, présentée comme libératrice, n’hésitait pas à condamner à mort des soldats noirs accusés à tort de viol. Métro (dec. 2009)
Soviet and German treatment of deserters, a story of pitiless savagery, is not mentioned here. Glass is concerned only with the British and Americans in the second world war, whose official attitudes to the problem were tortuous. In the first world war, the British shot 304 men for desertion or cowardice, only gradually accepting the notion of « shell-shock ». In the United States, by contrast, President Woodrow Wilson commuted all such death sentences. In the second world war, the British government stood up to generals who wanted to bring back the firing squad (the Labour government in 1930 had abolished the death penalty for desertion). Cunningly, the War Office suggested that restoration might suggest to the enemy that morale in the armed forces was failing. President Roosevelt, on the other hand, was persuaded in 1943 to suspend « limitations of punishment ». In the event, the Americans shot only one deserter, the luckless Private Eddie Slovik, executed in France in January 1945. He was an ex-con who had never even been near the front. Slovik quit when his unit was ordered into action, calculating that a familiar penitentiary cell would be more comfortable than being shot at in a rainy foxhole. His fate was truly unfair, set against the bigger picture. According to Glass, « nearly 50,000 American and 100,000 British soldiers deserted from the armed forces » during the war. Some 80% of these were front-line troops. Almost all « took a powder » (as they said then) in the European theatres of war; there were practically no desertions from US forces in the Pacific, perhaps because there was nowhere to go. By the end of the conflict, London, Paris and Naples, to name only a few European cities, swarmed with heavily-armed Awol servicemen, many of them recruited into gangs robbing and selling army supplies. Units were diverted from combat to guard supply trains, which were being hijacked all over liberated Europe. Paris, where the police fought nightly gun battles with American bandits, seemed to be a new Chicago. The Guardian
Thousands of American soldiers were convicted of desertion during the war, and 49 were sentenced to death. (Most were given years of hard labor.) Only one soldier was actually executed, an unlucky private from Detroit named Eddie Slovik. This was early 1945, at the moment of the Battle of the Bulge. Mr. Glass observes: “It was not the moment for the supreme Allied commander, Gen. Dwight Eisenhower, to be seen to condone desertion.” There were far more desertions in Europe than in the Pacific theater. In the Pacific, there was nowhere to disappear to. “In Europe, the total that fled from the front rarely exceeded 1 percent of manpower,” Mr. Glass writes. “However, it reached alarming proportions among the 10 percent of the men in uniform who actually saw combat.” (…) Too few men did too much of the fighting during World War II, the author writes. Many of them simply cracked at the seams. Poor leadership was often a factor. “High desertion rates in any company, battalion or division pointed to failures of command and logistics for which blame pointed to leaders as much as to the men who deserted,” he says. Mr. Glass adds, “Some soldiers deserted when all the other members of their units had been killed and their own deaths appeared inevitable.” The essential unfairness of so few men seeing the bulk of the combat was undergirded by other facts. Many men never shipped out. Mr. Glass cites a statistic that psychiatrists allowed about 1.75 million men to avoid service for “reasons other than physical.”This special treatment led to bitterness. Mr. Glass quotes a general who wrote, “When, in 1943, it was found that 14 members of the Rice University football team had been rejected for military service, the public was somewhat surprised.”Mr. Glass provides information about desertions in other American wars. During the Civil War, more than 300,000 troops went AWOL from the Union and Confederate armies. He writes, “Mark Twain famously deserted from both sides.” The NYT
In the weeks following liberation from the Nazis, Paris was hit by wave of crime and violence that saw the city compared to Prohibition New York or Chicago. And the cause was the same: American Gangsters. While the Allies fought against Hitler’s forces in Europe, law enforcers fought against the criminals who threatened that victory. Men who had abandoned the ‘greater good’ in favour of self-interest, black-market profits and the lure of the cafes and brothels of Paris: deserters. Highly organised, armed to the teeth and merciless, these deserters used their US uniforms as another tool of their trade along with the vast arrays of stolen weapons, forged passes and hijacked vehicles they had at their disposal. Between June 1944 and April 1945 the US army’s Criminal Investigation Branch (CBI) handled a total of 7,912 cases. Forty per cent involved misappropriation of US supplies. Greater yet was the proportion of crimes of violence – rape, murder, manslaughter and assault which accounted for 44 per cent of the force’s workload. The remaining 12 per cent were crimes such as robbery, housebreaking and riot.Many were afraid. They had reached a point beyond which they could not endure and chosen disgrace over the grave. Some recounted waking, as if from a dream, to find their bodies had led them away from the battelfield. (…)  Others, like Weiss, fought until their faith in their immediate commanders disappeared. Was it a form of madness or a dawning lucidity that led them to desert? Glass does not claim to be able to answer that question to which Weiss himself had devoted his latter years to addressing to no avail. Others still deserted to make money, stealing and selling the military supplies that their comrades at the front needed to survive. Opportunists and crooks, certainly, but not cowards – the life they chose was every bit as violent and bloody as battle. 50,000 American and 100,000 British soldiers deserted during World War II. Yet according to Glass the astounding fact is not that so many men deserted, but that so few did. Only one was executed for it, Eddie Slovik. He was, until that point, by his own assessment the unluckiest man alive.He never fought a battle. He never went on the run as most deserters did. He simply made it clear that he preferred prison to battle.  Of the 49 Americans sentenced to death for desertion during the Second World War he was the only one whose appeal for commutation was rejected. His greatest sin, as Glass tells it, was his timing. His appeal came in January 1945 just as the German counter-offensive, the Battle of the Bulge, was at its peak. Allied forces were near breaking point. It was not, Supreme Allied Commander, General Dwight Eisenhower decided, time to risk seeming to condone desertion. (…) Led by an ex-paratrooper sergeant, raids were planned like military operations. Whitehead himself admitted, ‘we stole trucks, sold whatever they carried, and used the trucks to rob warehouses of the goods in them.’ They used combat tactics, hijacked goods destined for front-line troops. Their crimes even spread into Belgium. They attacked civilians and military targets indiscriminately. His gangland activities gave Whitehead ‘a bigger thrill than battle.’ Quoting from the former soldier’s memoir Glass recounts his boasts: ‘We robbed every café in Paris, in all sectors except our own, while the gendarmes went crazy.’ They robbed crates of cognac and champagne, hijacked jeeps and raided private houses whose bed sheets and radios were ‘easy to fence.’ They stole petrol, cigarettes, liquor and weapons. Within six months Whitehead reckoned his share of the plunder at $100,000. Little wonder that when Victory in Europe was announced on 7 May 1945, Whitehead admitted, ‘That day and night everyone in Paris and the rest of Europe was celebrating, but I just stayed in my apartment thinking about it all.’ (…) Ultimately Whitehead was captured and court martialled. He was dishonourably discharged and spent time in the Delta Disciplinary Training Barracks in the south of France and in federal penitentiaries in New Jersey. Many years later he had that ‘dishonourable discharge,’ turned into a General one on rather disingenuous legal grounds.
En Allemagne, on dresse depuis 1986 des monuments aux déserteurs allemands de la seconde guerre mondiale. En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, personne, jusqu’il y a peu, ne voulait aborder cette thématique historique des déserteurs des armées de la coalition anti-hitlérienne. Charles Glass, ancien correspondant d’ABC pour le Moyen Orient, otage de milices chiites au Liban pendant 67 jours en 1987, vient d’innover en la matière: il a brisé ce tabou de l’histoire contemporaine, en racontant par le menu l’histoire des 50.000 militaires américains et des 100.000 militaires britanniques qui ont déserté leurs unités sur les théâtres d’opération d’Europe et d’Afrique du Nord. Le chiffre de 150.000 hommes est énorme: cela signifie qu’un soldat sur cent a abandonné illégalement son unité. Chez les Américains, constate Glass, les déserteurs ne peuvent pas être considérés comme des lâches ou des tire-au-flanc; il s’agit souvent de soldats qui se sont avérés des combattants exemplaires et courageux, voir des idéalistes qui ont prouvé leur valeur au front. Ils ont flanché pour les motifs que l’on classe dans la catégorie “SNAFU” (“Situation Normal, All Fucked Up”). Il peut s’agir de beaucoup de choses: ces soldats déserteurs avaient été traités bestialement par leurs supérieurs hiérarchiques incompétents, leur ravitaillement n’arrivait pas à temps, les conditions hygiéniques étaient déplorables; aussi le fait que c’était toujours les mêmes unités qui devaient verser leur sang, alors que personne, dans la hiérarchie militaire, n’estimait nécessaire de les relever et d’envoyer des unités fraîches en première ligne. Dans une telle situation, on peut comprendre la lassitude des déserteurs surtout que certaines divisions d’infanterie en France et en Italie ont perdu jusqu’à 75% de leurs effectifs. Pour beaucoup de GI’s appartenant à ces unités lourdement éprouvées, il apparaissait normal de déserter ou de refuser d’obéir aux ordres, même face à l’ennemi. (…) Au cours de l’automne 1944, dans l’US Army en Europe, il y avait chaque mois près de 8500 déserteurs ou de cas d’absentéisme de longue durée, également passibles de lourdes sanctions. La situation était similaire chez les Britanniques: depuis l’offensive de Rommel en Afrique du Nord, le nombre de déserteurs dans les unités envoyées dans cette région a augmenté dans des proportions telles que toutes les prisons militaires du Proche Orient étaient pleines à craquer et que le commandant-en-chef Claude Auchinleck envisageait de rétablir la peine de mort pour désertion, ce qui n’a toutefois pas été accepté pour des motifs de politique intérieure (ndt: ou parce que les Chypriotes grecs et turcs ou les Juifs de Palestine avaient été enrôlés de force et en masse dans la 8ème Armée, contre leur volonté?). Les autorités britanniques ont dès lors été forcées d’entourer tous les camps militaires britanniques d’une triple rangée de barbelés pour réduire le nombre de “fuites”. Le cauchemar du commandement allié et des décideurs politiques de la coalition anti-hitlérienne n’était pas tellement les déserteurs proprement dits, qui plongeaient tout simplement dans la clandestinité et attendaient la fin de la guerre, mais plutôt ceux d’entre eux qui se liguaient en bandes et se donnaient pour activité principale de piller la logistique des alliés et de vendre leur butin au marché noir. La constitution de pareilles bandes a commencé dès le débarquement des troupes anglo-saxonnes en Italie, où les gangs de déserteurs amorcèrent une coopération fructueuse avec la mafia locale. Parmi elles, le “Lane Gang”, dirigé par un simple soldat de 23 ans, Werner Schmeidel, s’est taillé une solide réputation. Ce “gang” a réussi à s’emparer d’une cassette militaire contenant 133.000 dollars en argent liquide. A l’automne 1944, ces attaques perpétrées par les “gangs” a enrayé l’offensive du Général Patton en direction de l’Allemagne: des déserteurs américains et des bandes criminelles françaises avaient attaqué et pillé les véhicules de la logistique amenant vivres et carburants. La situation la plus dramatique s’observait alors dans le Paris “libéré”, où régnait l’anarchie la plus totale: entre août 1944 et avril 1945, la “Criminal Investigation Branch” de l’armée américaine a ouvert 7912 dossiers concernant des délits importants, dont 3098 cas de pillage de biens militaires américains et 3481 cas de viol ou de meurtre (ou d’assassinat). La plupart de ces dossiers concernaient des soldats américains déserteurs. La situation était analogue en Grande-Bretagne où 40.000 soldats britanniques étaient entrés dans la clandestinité et étaient responsables de 90% des délits commis dans le pays. Pour combattre ce fléau, la justice militaire américaine s’est montrée beaucoup plus sévère que son homologue britannique: de juin 1944 à l’automne 1945, 70 soldats américains ont été exécutés pour avoir commis des délits très graves pendant leur période de désertion. La masse énorme des déserteurs “normaux” était internée dans d’immenses camps comme le “Loire Disciplinary Training Center” où séjournait 4500 condamnés. Ceux-ci y étaient systématiquement humiliés et maltraités. Des cas de décès ont été signalés et attestés car des gardiens ont à leur tour été traduits devant des juridictions militaires. En Angleterre, la chasse aux déserteurs s’est terminée en pantalonnade: ainsi, la police militaire britannique a organisé une gigantesque razzia le 14 décembre 1945, baptisée “Operation Dragnet”. Résultat? Quatre arrestations! Alors qu’à Londres seulement, quelque 20.000 déserteurs devaient se cacher. Au début de l’année 1945, l’armée américaine se rend compte que la plupart des déserteurs condamnés avaient été de bons soldats qui, vu le stress auquel ils avaient été soumis pendant de trop longues périodes en zones de combat, auraient dû être envoyés en clinique plutôt qu’en détention. Les psychologues entrent alors en scène, ce qui conduit à une révision de la plupart des jugements qui avaient condamné les soldats à des peines entre 15 ans et la perpétuité. En Grande-Bretagne, il a fallu attendre plus longtemps la réhabilitation des déserteurs malgré la pression de l’opinion publique. Finalement, Churchill a cédé et annoncé une amnistie officielle en février 1953. Wolfgang Kaufmann 

C’est Dos Passos qui avait raison !

Combattants exemplaires et courageux, voire idéalistes qui craquent, bandes de charognards sans scrupule pillant la logistique de vivres et de carburants des Alliés et les revendant au marché noir, violeurs notamment noirs ou assassins …

A la veille d’une cérémonie des Oscars …

Où face à des films nombriliste (La la land) ou très marqués minorités (Hidden figures, Fences) voire minorités/homosexualité (Moonlight) ou étranger (Lion) ou la chronique sociale d’une communauté de marins prolétaires (Manchester by the sea), la science fiction classique (Arrival/Premier contact) ou le néo-western (Hell or high water/Comancheria) …

Emerge notamment du côté des électeurs républicains, avec quand même six nominations, par le réalisateur controversé de la Passion du Christ …

L’étrange ovni (souligné par ailleurs par son titre français tiré tout droit du décalogue) du film de guerre religieux  (Hacksaw ridge/Tu ne tueras point) …

Avec cette histoire vraie mais ô combien christique du seul objecteur de conscience américain à recevoir la médaille d’honneur …

Ce guerrier sans armes qui tout en s’en tenant à sa volonté de ne pas porter d’armes parvint à sauver des dizaines de soldats (ennemis compris !) …

Retour, avec le livre du journaliste-historien Charles Glass d’il y a quatre ans …

Sur ces oubliés des oubliés de notre dernière grande guerre …

A savoir les déserteurs !

Une étude sur les déserteurs des armées alliées pendant la deuxième guerre mondiale
Wolfgang Kaufmann

Snerfies

16 janvier 2014

En Allemagne, on dresse depuis 1986 des monuments aux déserteurs allemands de la seconde guerre mondiale. En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, personne, jusqu’il y a peu, ne voulait aborder cette thématique historique des déserteurs des armées de la coalition anti-hitlérienne. Charles Glass, ancien correspondant d’ABC pour le Moyen Orient, otage de milices chiites au Liban pendant 67 jours en 1987, vient d’innover en la matière: il a brisé ce tabou de l’histoire contemporaine, en racontant par le menu l’histoire des 50.000 militaires américains et des 100.000 militaires britanniques qui ont déserté leurs unités sur les théâtres d’opération d’Europe et d’Afrique du Nord. Le chiffre de 150.000 hommes est énorme: cela signifie qu’un soldat sur cent a abandonné illégalement son unité.

Chez les Américains, constate Glass, les déserteurs ne peuvent pas être considérés comme des lâches ou des tire-au-flanc; il s’agit souvent de soldats qui se sont avérés des combattants exemplaires et courageux, voir des idéalistes qui ont prouvé leur valeur au front. Ils ont flanché pour les motifs que l’on classe dans la catégorie “SNAFU” (“Situation Normal, All Fucked Up”). Il peut s’agir de beaucoup de choses: ces soldats déserteurs avaient été traités bestialement par leurs supérieurs hiérarchiques incompétents, leur ravitaillement n’arrivait pas à temps, les conditions hygiéniques étaient déplorables; aussi le fait que c’était toujours les mêmes unités qui devaient verser leur sang, alors que personne, dans la hiérarchie militaire, n’estimait nécessaire de les relever et d’envoyer des unités fraîches en première ligne.

Dans une telle situation, on peut comprendre la lassitude des déserteurs surtout que certaines divisions d’infanterie en France et en Italie ont perdu jusqu’à 75% de leurs effectifs. Pour beaucoup de GI’s appartenant à ces unités lourdement éprouvées, il apparaissait normal de déserter ou de refuser d’obéir aux ordres, même face à l’ennemi. Parmi les militaires qui ont réfusé d’obéir, il y avait le Lieutenant Albert C. Homcy, de la 36ème division d’infanterie, qui n’a pas agi pour son bien propre mais pour celui de ses subordonnés. Il a comparu devant le conseil de guerre le 19 octobre 1944 à Docelles, qui l’a condamné à 50 ans de travaux forcés parce qu’il avait refusé d’obéir à un ordre qui lui demandait d’armer et d’envoyer à l’assaut contre les blindés allemands des cuisiniers, des boulangers et des ordonnances sans formation militaire aucune.

Au cours de l’automne 1944, dans l’US Army en Europe, il y avait chaque mois près de 8500 déserteurs ou de cas d’absentéisme de longue durée, également passibles de lourdes sanctions. La situation était similaire chez les Britanniques: depuis l’offensive de Rommel en Afrique du Nord, le nombre de déserteurs dans les unités envoyées dans cette région a augmenté dans des proportions telles que toutes les prisons militaires du Proche Orient étaient pleines à craquer et que le commandant-en-chef Claude Auchinleck envisageait de rétablir la peine de mort pour désertion, ce qui n’a toutefois pas été accepté pour des motifs de politique intérieure (ndt: ou parce que les Chypriotes grecs et turcs ou les Juifs de Palestine avaient été enrôlés de force et en masse dans la 8ème Armée, contre leur volonté?). Les autorités britanniques ont dès lors été forcées d’entourer tous les camps militaires britanniques d’une triple rangée de barbelés pour réduire le nombre de “fuites”.

Le cauchemar du commandement allié et des décideurs politiques de la coalition anti-hitlérienne n’était pas tellement les déserteurs proprement dits, qui plongeaient tout simplement dans la clandestinité et attendaient la fin de la guerre, mais plutôt ceux d’entre eux qui se liguaient en bandes et se donnaient pour activité principale de piller la logistique des alliés et de vendre leur butin au marché noir. La constitution de pareilles bandes a commencé dès le débarquement des troupes anglo-saxonnes en Italie, où les gangs de déserteurs amorcèrent une coopération fructueuse avec la mafia locale. Parmi elles, le “Lane Gang”, dirigé par un simple soldat de 23 ans, Werner Schmeidel, s’est taillé une solide réputation. Ce “gang” a réussi à s’emparer d’une cassette militaire contenant 133.000 dollars en argent liquide. A l’automne 1944, ces attaques perpétrées par les “gangs” a enrayé l’offensive du Général Patton en direction de l’Allemagne: des déserteurs américains et des bandes criminelles françaises avaient attaqué et pillé les véhicules de la logistique amenant vivres et carburants.

La situation la plus dramatique s’observait alors dans le Paris “libéré”, où régnait l’anarchie la plus totale: entre août 1944 et avril 1945, la “Criminal Investigation Branch” de l’armée américaine a ouvert 7912 dossiers concernant des délits importants, dont 3098 cas de pillage de biens militaires américains et 3481 cas de viol ou de meurtre (ou d’assassinat). La plupart de ces dossiers concernaient des soldats américains déserteurs. La situation était analogue en Grande-Bretagne où 40.000 soldats britanniques étaient entrés dans la clandestinité et étaient responsables de 90% des délits commis dans le pays. Pour combattre ce fléau, la justice militaire américaine s’est montrée beaucoup plus sévère que son homologue britannique: de juin 1944 à l’automne 1945, 70 soldats américains ont été exécutés pour avoir commis des délits très graves pendant leur période de désertion. La masse énorme des déserteurs “normaux” était internée dans d’immenses camps comme le “Loire Disciplinary Training Center” où séjournait 4500 condamnés. Ceux-ci y étaient systématiquement humiliés et maltraités. Des cas de décès ont été signalés et attestés car des gardiens ont à leur tour été traduits devant des juridictions militaires. En Angleterre, la chasse aux déserteurs s’est terminée en pantalonnade: ainsi, la police militaire britannique a organisé une gigantesque razzia le 14 décembre 1945, baptisée “Operation Dragnet”. Résultat? Quatre arrestations! Alors qu’à Londres seulement, quelque 20.000 déserteurs devaient se cacher.

Au début de l’année 1945, l’armée américaine se rend compte que la plupart des déserteurs condamnés avaient été de bons soldats qui, vu le stress auquel ils avaient été soumis pendant de trop longues périodes en zones de combat, auraient dû être envoyés en clinique plutôt qu’en détention. Les psychologues entrent alors en scène, ce qui conduit à une révision de la plupart des jugements qui avaient condamné les soldats à des peines entre 15 ans et la perpétuité.

En Grande-Bretagne, il a fallu attendre plus longtemps la réhabilitation des déserteurs malgré la pression de l’opinion publique. Finalement, Churchill a cédé et annoncé une amnistie officielle en février 1953.

Wolfgang KAUFMANN.

(article paru dans “Junge Freiheit”, n°49/2013; http://www.jungefreiheit.de ).

Charles GLASS, The Deserters. A hidden history of World War II, Penguin Press, New York, 2013, 380 pages, ill., 20,40 euro.

The untold truth about WWII deserters the US Army tried to hide: New book reveals how gangs of AWOL GIs terrorized WWII Paris with a reign of mob-style violence

In the weeks following liberation from the Nazis, Paris was hit by wave of crime and violence that saw the city compared to Prohibition New York or Chicago.

And the cause was the same: American Gangsters.

While the Allies fought against Hitler’s forces in Europe, law enforcers fought against the criminals who threatened that victory. Men who had abandoned the ‘greater good’ in favour of self-interest, black-market profits and the lure of the cafes and brothels of Paris: deserters.

Glass’s study of the very different stories and men grouped together under the label, Deserters

Highly organised, armed to the teeth and merciless, these deserters used their US uniforms as another tool of their trade along with the vast arrays of stolen weapons, forged passes and hijacked vehicles they had at their disposal.

Between June 1944 and April 1945 the US army’s Criminal Investigation Branch (CBI) handled a total of 7,912 cases. Forty per cent involved misappropriation of US supplies.

Greater yet was the proportion of crimes of violence – rape, murder, manslaughter and assault which accounted for 44 per cent of the force’s workload. The remaining 12 per cent were crimes such as robbery, housebreaking and riot.

Former Chief Middle East correspondent for ABC News, the book’s author Charles Glass had long harboured an interest in the subject. But it was only truly ignited by a chance meeting with Steve Weiss – decorated combat veteran of the US 36th Infantry Division and former deserter.

Glass was giving a talk to publicise his previous book, ‘Americans in Paris: Life and Death under Nazi Occupation’ when the American started asking questions. It was clear, Glass recounts, that the questioner’s knowledge of the French Resistance was more intimate than his own.

Tested beyond endurance: This official US Army photograph taken in Pozzuoli near Naples in August 1944, captured Private First Class Steve Weiss boarding a British landing craft. He is climbing the gangplank on the right-hand side of the photograph. The Deserters, A Hidden History of World War II by Charles Glass

Hero or Coward? Steve Weiss receives the Croix de Guerre in July 1946 yet 2 years earlier the US army jailed him as a deserter

They met for coffee and Weiss asked Glass what he was working on. Glass recalls: ‘I told him it was a book on American and British deserters in the Second World War and asked if he knew anything about it.

‘He answered, « I was a deserter. »‘

This once idealistic boy from Brooklyn who enlisted at 17, had fought on the beachhead at Anzio and through the perilous Ardennes forest, he was one of the very few regular American soldiers to fight with the Resistance in 1944. And he had deserted.

His story was, Glass realised, both secret and emblematic of a group of men, wreathed together under a banner of shame that branded them cowards. Yet the truth was far more complex.

Many were afraid. They had reached a point beyond which they could not endure and chosen disgrace over the grave. Some recounted waking, as if from a dream, to find their bodies had led them away from the battelfield.

Others, like Weiss, fought until their faith in their immediate commanders disappeared. Was it a form of madness or a dawning lucidity that led them to desert? Glass does not claim to be able to answer that question to which Weiss himself had devoted his latter years to addressing to no avail

Others still deserted to make money, stealing and selling the military supplies that their comrades at the front needed to survive. Opportunists and crooks, certainly, but not cowards – the life they chose was every bit as violent and bloody as battle.

50,000 American and 100,000 British soldiers deserted during World War II. Yet according to Glass the astounding fact is not that so many men deserted, but that so few did.

Only one was executed for it, Eddie Slovik. He was, until that point, by his own assessment the unluckiest man alive.

The Unluckiest Man: Eddie Slovik, left, was the only American executed for desertion as his trial fell at a time when General Dwight Eisenhower, right, decided he could not risk appearing lenient on the crime

He never fought a battle. He never went on the run as most deserters did. He simply made it clear that he preferred prison to battle.

Of the 49 Americans sentenced to death for desertion during the Second World War he was the only one whose appeal for commutation was rejected. His greatest sin, as Glass tells it, was his timing.

His appeal came in January 1945 just as the German counter-offensive, the Battle of the Bulge, was at its peak. Allied forces were near breaking point. It was not, Supreme Allied Commander, General Dwight Eisenhower decided, time to risk seeming to condone desertion.

Slovik was shot for his crime on the morning of 31 January 1945.

He was dispatched in the remote French village of Sainte-Marie-aux-Mines and the truth concealed even from his wife, Antoinette.

She was informed that her husband had died in the European Theatre of Operations.

His identity was ultimately revealed in 1954 and twenty years later Martin Sheen played him in the television film, The Execution of Private Slovik.

In it Sheen recites the words Slovik spoke before the firing squad shot him.

‘They’re not shooting me for deserting the United States Army,’ he said.

‘They just need to make an example out of somebody and I’m it because I’m an ex-con.

‘I used to steal things when I was a kid, and that’s what they are shooting me for.

‘They’re shooting me for the bread and chewing gum I stole when I was 12 years old.’

Private Alfred T Whitehead’s was a very different story.

He was a farm boy from Tennessee who rushed to join up to escape a life of brutalising poverty and violence at the hands of his stepfather.

He ended up a gangster tearing through Paris.

Whitehead fought at Normandy and claims to have stormed the beaches on the D-Day landings.

He considered himself a battle-hardened professional soldier and bit by bit the small reserve of mercy that had survived his childhood evaporated in the heat of war.

He had been in continuous combat with them from D-Day to 30th December 1944. He had earned the Silver Star, two Bronze Stars, Combat Infantry Badge and Distinguished Unit Citation.

When he was invalided out to Paris with appendicitis and assumed that he would rejoin his unit, the 2nd Division, on his recovery.

Instead he was sent to the 94th Reinforcement Battalion, a replacement depot in Fontainebleau.

When a young lieutenant presented Whitehead with a First World War vintage rifle for guard duty, he told the officer to take the ‘peashooter’ and ‘shove it up his ass.’

Loyalties Lost: Before deserting Alfred T Whitehead was decorated for bravery he has identified himself as the third soldier on the right, visible in profile, at the front of this D-Day landing craft approaching Normandy 6 June 1944

He demanded the weapons he was used to – a .45 pistol, a Thompson sub-machine gun and a trench knife.

His actual desertion was unspectacular. Whitehead was looking for a drink. The American Service Club refused him entrance because he didn’t have a pass and so he wandered on ‘in search of a bed in a brothel.’

He found one. By morning he was officially AWOL. The next day a waitress in a café took pity on him and added fried eggs and potatoes to his order of soup and bread. When Military Police came in and started asking questions she gave Whitehead the key to her room in a cheap hotel and told him to wait for her there.

From decorated soldier he moved seamlessly into life as a criminal in the Paris underworld.

A chance meeting led to him taking his place as a member of one of the many gangs of ex-soldiers terrorizing Paris.

Led by an ex-paratrooper sergeant, raids were planned like military operations. Whitehead himself admitted, ‘we stole trucks, sold whatever they carried, and used the trucks to rob warehouses of the goods in them.’

They used combat tactics, hijacked goods destined for front-line troops.

Their crimes even spread into Belgium. They attacked civilians and military targets indiscriminately.

His gangland activities gave Whitehead ‘a bigger thrill than battle.’ Quoting from the former soldier’s memoir Glass recounts his boasts: ‘We robbed every café in Paris, in all sectors except our own, while the gendarmes went crazy.’

They robbed crates of cognac and champagne, hijacked jeeps and raided private houses whose bed sheets and radios were ‘easy to fence.’ They stole petrol, cigarettes, liquor and weapons.
Within six months Whitehead reckoned his share of the plunder at $100,000.

Little wonder that when Victory in Europe was announced on 7 May 1945, Whitehead admitted, ‘That day and night everyone in Paris and the rest of Europe was celebrating, but I just stayed in my apartment thinking about it all.’

Because Private Whitehead’s desertion did not end his war – it was a part of it. As it was a part of many soldiers’ wars that has long gone unrecorded.

Ultimately Whitehead was captured and court martialled. He was dishonourably discharged and spent time in the Delta Disciplinary Training Barracks in the south of France and in federal penitentiaries in New Jersey.

Many years later he had that ‘dishonourable discharge,’ turned into a General one on rather disingenuous legal grounds.

In peacetime appearances mattered more to Whitehead than they ever had in war.

Back then, he admitted: ‘I never knew what tomorrow would hold, so I took every day as it came. War does strange things to people, especially their morality.’

Those ‘strange things’ rather than the false extremes of courage and cowardice are the truths set out in this account of the War and its deserters.

The Deserters: A Hidden History of world War II by Charles Glass is published by The Penguin Press, 13 June, Price $27.95. Available on Amazon by clicking here.

Voir également:

Deserter: The Last Untold Story of the Second World War by Charles Glass: review
Nearly 150,000 Allied soldiers deserted during the Second World War – some through fear and some for love. Nicholas Shakespeare uncovers their story, reviewing Deserter by Charles Glass.
The Telegraph
09 Apr 2013

In 1953, Winston Churchill gave an amnesty for wartime deserters as part of the celebrations for the coronation. According to Charles Glass, nearly 100,000 British and 50,000 American soldiers had deserted the armed forces during the Second World War, but only one was executed for this (theoretically) capital offence: a 25-year-old US infantryman who preferred to go to prison than into battle, and was condemned “to death by musketry” in January 1945. His story was finally told, a year after Churchill’s amnesty, in William Bradford Huie’s The Execution of Private Slovik, which remains, according to Glass, “almost the only full-length discussion of the subject”.

Who were the other deserters, why did they desert – and what happened to them? The absence of readily available material is a blood-red rag to a bullish reporter like Glass. Following his masterful study into the activities of his compatriots in Nazi-occupied France, Americans in Paris (2009), Glass has unearthed a shameful and inconvenient cluster of tragedies, which history – unreliably narrated by the victors – has whitened over.

At the opposite end to Pte Slovik was Pte Wayne Powers, an army truck driver from Missouri who absconded for love and was one of a few convicted deserters to get off scot-free. Buried in Glass’s introduction, and casually discarded, is the account of Powers’s elopement with a dark-haired French girl in November 1944. Hiding in her family house near the Belgian border, the couple had five children. For the next 14 years, Powers stayed a wanted man but undetected – until 1958, when a car crashed into the house, and a policeman, taking down details, noticed a face peering through the curtains. Court-martialed, Powers was released after 60,000 letters appealed for clemency; but his haunted gaze in the window is what lingers, and unites him with each deserter: an ever-present fear of capture, “an overshadowing presence that darkened my consciousness”, in the words of John Bain, a 23-year-old British soldier finally run to ground in Leeds.

Neither the conscientious objector Slovik nor the love-struck Powers were emblematic of the vast majority who deserted from the ranks. John Bain, the only British example explored by Glass, is a more satisfying representative. A boxer-poet like Byron, Bain is known today by the cover name that he adopted when on the run, Vernon Scannell (“a name picked from a passport in a brothel”). He had wandered away from his post in Wadi Akarit, trance-like, in “a kind of disgust”, after seeing his friends loot the corpses of their own men. His punishment was consistent both with US Gen George Patton’s remedy for malingerers – in Sicily, Patton famously slapped a shell-shocked soldier – and with US Brig Gen Elliot Cooke’s suspicion of “psychiatricks”.

Bain was imprisoned in Mustafa Barracks near Alexandria, snarled at by officers (“You’re all cowards. You’re all yellow”) and brutalised by guards, not one of whom had been within range “of any missile more dangerous than a flying cork” writes Glass. Captured in Leeds after going awol a third time, Bain told his interrogators that he wished to write poetry. Only then was his condition recognised. “We’ll send him to a psychiatrist. He’s clearly mad.”

Bain, who would go on to write some of the best poetry of the war, observed that “the dramatically heroic role is for the few”. He had left the battlefield to preserve his humanity, his time in the Army “totally destructive of the human qualities I most valued, the qualities of imagination, sensitivity and intelligence”.

With his own skill and sensitivity, Glass recreates the inhuman scenes that pummel the other soldiers he examines. Almost all of them were brave men like Bain. They knew what it was to be bombed by your own side. Slog through minefields littered with bloated, blackened bodies. Sit in foxholes knee-deep in your own excrement. Listen to the rising screams of the wounded. Struggle to obey orders that were impossible to carry out.

All too frequently, as in William Wharton’s memorable novel A Midnight Clear, your own commanders posed the greatest danger. Bain’s captain deserted from the Mareth Line in 1943, only to bob up as a major. Conversely, in the US 36th Division, which boasted the highest number of deserters, Lt Albert Homcy, already singled out for “exceptionally meritorious conduct” in Italy, was sentenced to 50 years of hard labour after he refused to lead untrained men to certain death.

Glass displays an unusual degree of empathy and kinship with these men. It causes him to focus on those he senses to have been misjudged or misdiagnosed, and whose condition cried out for treatment rather than punishment. There is a deficit in his book of more flagrant, less nuanced absconders. With a slight air of duty and disdain, one feels, he tracks the fate of Sgt Al Whitehead from Tennessee, who deserted for reasons of avarice and goes “to live it up” in Paris, where he became part of a GI gang that stole Allied supplies and shot at military policemen. Glass leaves us thirsty for details about these gangsters (also observed in Naples, with exemplary dry comedy, by Norman Lewis) and their British equivalents in Egypt.

Given the author’s knowledge of Paris – “home to deserters from most of the armies of Europe” – the absence of any French, German or Italian examples is also a curious omission. Deserter is unashamedly an Anglo-American story. In its selection of hitherto suppressed voices, it is refreshing and stimulating – history told from the loser’s perspective. But if I have a quibble, it is that the author concentrates too much on too few.

Even so Glass’s principal guide, on whom the narrative depends, is a compelling choice to lead the author’s project of rehabilitation. Pte Steve Weiss, who after the war became (of all things) a psychiatrist, is perhaps not your typical deserter, but if anyone deserves a sympathetic hearing, it is Weiss. Enlisting against his father’s wishes at 18, and determined to play a meaningful part in the war, Weiss joined the French Resistance after being separated from the 36th Division near Valence; for his courage, he would earn the Légion d’honneur. Eventually reunited with his company, he was treated like just another round of ammunition. After one earth tremor too many, he stumbled off into a forest during an artillery barrage. Discovered in a shell-shocked state by American troops, having slept for six days, Weiss was tried before a court-martial that lasted a mere five hours, including one hour for lunch, and condemned to hard labour for life.

His father complained: “This is the thanks he received for giving his all to his country.” Later interviewed by a military psychiatrist in the Loire Disciplinary Training Camp, Weiss was told: “You don’t belong here. You belong in a hospital.” It is altogether fitting that when Glass accompanies 86-year-old Weiss back to Bruyères to look for the courtroom in which the US Army delivered its ludicrous sentence, they cannot find it.

Deserter: The Last Untold Story of the Second World War

by Charles Glass

400pp, Harperpress, t £23 (PLUS £1.35 p&p) Buy now from Telegraph Books (RRP £25, ebook £12.50)

Voir encore:

Deserter: The Untold Story of WWII by Charles Glass – review

The shocking stories of three young men who fled the battlefield leave Neal Ascherson wondering why more soldiers don’t go awol
Neal Ascherson
The Guardian
28 March 2013

Desertion in war is not a mystery. It can have contributory motives – « family problems » at home, hatred of some officer or moral reluctance to kill are among them. But the central motive is the obvious one: to get away from people who are trying to blow your head off or stick a bayonet through you. Common sense, in other words. So the enigma is not why soldiers desert. It is why most of them don’t, even in battle and even in the face of imminent defeat (remember the stubborn Wehrmacht in the second world war). They do not run away, but stand and fight. Why?

That is the most interesting thing in Charles Glass‘s new book. He takes three young men – boys, really – who were drafted into the infantry in the last European war, who fought, deserted, and yet often fought again. Steve Weiss was from a Jewish family in Brooklyn; his father had been wounded and gassed in the first world war. Alfred Whitehead came from the bleakest rural poverty in Tennessee. John Bain was English (and after the war became famous as the poet Vernon Scannell); he was desperate to get away from his sadistic father, another veteran of the trenches.

All three quit their posts for solid and obvious reasons. Two of them deserted several times over. They saw heartbreaking horrors, or were tempted by women, booze and loot in a liberated city, or were shattered by prolonged artillery barrages, or realised – suddenly, and with cold clarity – that they would almost certainly be killed in the next few days.

The common sense of desertion was plain to almost anyone who had actually been under fire. Again and again, Glass’s book tells how these men on the run were fed, sheltered, comforted and transported by soldiers close to the front line. But the further away from the guns they got, entering the reposeful regions of pen-pushing « rear echelons », the more wary, disapproving and uncomprehending their compatriots became. Ultimately they would end up in the hands of the military police, and then in some nightmare « stockade » or military prison where shrieking, muscle-bound monsters who had never been within miles of a mortar « stonk » devoted themselves to breaking their spirit.

Soviet and German treatment of deserters, a story of pitiless savagery, is not mentioned here. Glass is concerned only with the British and Americans in the second world war, whose official attitudes to the problem were tortuous.

In the first world war, the British shot 304 men for desertion or cowardice, only gradually accepting the notion of « shell-shock ». In the United States, by contrast, President Woodrow Wilson commuted all such death sentences. In the second world war, the British government stood up to generals who wanted to bring back the firing squad (the Labour government in 1930 had abolished the death penalty for desertion). Cunningly, the War Office suggested that restoration might suggest to the enemy that morale in the armed forces was failing. President Roosevelt, on the other hand, was persuaded in 1943 to suspend « limitations of punishment ». In the event, the Americans shot only one deserter, the luckless Private Eddie Slovik, executed in France in January 1945. He was an ex-con who had never even been near the front. Slovik quit when his unit was ordered into action, calculating that a familiar penitentiary cell would be more comfortable than being shot at in a rainy foxhole.

His fate was truly unfair, set against the bigger picture. According to Glass, « nearly 50,000 American and 100,000 British soldiers deserted from the armed forces » during the war. Some 80% of these were front-line troops. Almost all « took a powder » (as they said then) in the European theatres of war; there were practically no desertions from US forces in the Pacific, perhaps because there was nowhere to go. By the end of the conflict, London, Paris and Naples, to name only a few European cities, swarmed with heavily-armed Awol servicemen, many of them recruited into gangs robbing and selling army supplies. Units were diverted from combat to guard supply trains, which were being hijacked all over liberated Europe. Paris, where the police fought nightly gun battles with American bandits, seemed to be a new Chicago.

But none of Glass’s three subjects left the front as soon as fighting began. They tried to do their duty for as long as they could. Steve Weiss first encountered battle in Italy, posted to the 36th infantry division near Naples after the Salerno and Anzio landings. He was 18 years old. At Anzio he saw for the first time deserters in a stockade yelling abuse at the army, found that a friend had collapsed with « battle fatigue », and was bombed from the air.

Soon he was fighting his way up Italy with « Charlie Company », facing artillery and snipers by day and night. Once, exhausted, rain-drenched and on his own, he broke down in tears of fatigue and terror and cried out for his mother. Next day he was street-fighting in the ruins of Grosseto. What kept him going? Not ideals about the war. He had seen Naples, now run by the Mafia boss Vito Genovese in cahoots with the Americans, and the notion that Roosevelt’s « Four Freedoms » could matter to starving Italians was a joke. What kept him and the other two going was comradeship: trust in a friend, or in some older and more experienced member of the squad. For Weiss in Italy, it was Corporal Bob Reigle, and later in France, a Captain Binoche in the resistance. For the truculent Alfred Whitehead, who survived Omaha Beach and the murderous battles of the Normandy « Bocage », it was his fellow-Tennessean Paul « Timmiehaw » Turner; staying drunk helped too. For John Bain, with the 51st Highland Division in North Africa and Normandy, it was his foul-mouthed, loyal pal Hughie from Glasgow.

The war was crazy, the army was brainless and callous, but there were these men who would never let you down, and for whose sake you bore the unbearable. When Weiss rejoined his company in the Vosges and found how many comrades were dead, when « Timmiehaw » was killed by a mine near St-Lo and Hughie by a mortar barrage near Caen, the psychic exhaustion all three young men had been suppressing finally kicked in.

Whitehead left to become a gangster in liberated Paris. Weiss and a few mates ran away from the winter battles in the Vosges hills; he did time in a military prison and eventually became a psychiatrist in California. Bain had already deserted once before, in Tunisia, and served a sentence in the appalling Mustafa Barracks « glasshouse » near Alexandria. Badly wounded in Normandy, he deserted again after the war was over because he couldn’t wait to be demobbed, and vanished into London to become poet and boxer Scannell.

Not much of this book, it should be said, is about deserting. Most of it consists of the three men’s own narratives of « their war », published or unpublished, and – because they are the stories of individual human beings who eventually cracked under the strain of hardly imaginable fear and misery – they are wonderful, unforgettable acts of witness, something salvaged from a time already sinking into the black mud of the past. I’ll certainly remember Bain watching his mates rifling the pockets of their own dead, Weiss witnessing the botched hanging of black soldiers for rape, Whitehead hijacking an American supply truck in the middle of the Paris traffic.

Memorable, too, is the astonishing Psychology for the Fighting Man, a work of startling empathy and humanity, produced in 1943 and distributed to American forces. Glass posts extracts at the outset of each chapter. « Giving up is nature’s way of protecting the organism against too much pain. » Or « There are a few men in every army who know no fear – just a few. But these men are not normal. » Statements of the obvious? Maybe. But in the madness of war, the right to state the obvious becomes worth fighting for.

Neal Ascherson’s Black Sea is published by Vintage.

Voir de plus:

Stories about cowardice can be as gripping as those about courage. One tells us about who we’d like to be; the other tells us about who we fear we are.

Nearly 50,000 American and 100,000 British soldiers deserted from the armed forces during World War II. (The British were in the war much longer.) Some fell into the arms of French or Italian women. Some became black-market pirates. Many more simply broke under the strain of battle.

These men’s stories have rarely been told. During the war, newspapers largely abstained from writing about desertions. The topic was bad for morale and could be exploited by the enemy. In more recent decades the subject has been essentially taboo, as if to broach it would dent the halo around the Greatest Generation.

Gen. George S. Patton wanted to shoot the men, whom he considered “cowards.” Other commanders were more humane. “They recognized that the mind — subject to the daily threat of death, the concussion of aerial bombardment and high-velocity artillery, the fear of land mines and booby traps, malnutrition, appalling hygiene and lack of sleep — suffered wounds as real as the body’s,” Mr. Glass writes. “Providing shattered men with counseling, hot food, clean clothes and rest was more likely to restore them to duty than threatening them with a firing squad.”

Thousands of American soldiers were convicted of desertion during the war, and 49 were sentenced to death. (Most were given years of hard labor.) Only one soldier was actually executed, an unlucky private from Detroit named Eddie Slovik. This was early 1945, at the moment of the Battle of the Bulge. Mr. Glass observes: “It was not the moment for the supreme Allied commander, Gen. Dwight Eisenhower, to be seen to condone desertion.”

There were far more desertions in Europe than in the Pacific theater. In the Pacific, there was nowhere to disappear to. “In Europe, the total that fled from the front rarely exceeded 1 percent of manpower,” Mr. Glass writes. “However, it reached alarming proportions among the 10 percent of the men in uniform who actually saw combat.”

It is among this book’s central contentions that “few deserters were cowards.” Mr. Glass also observes, “Those who showed the greatest sympathy to deserters were other front-line soldiers.”

Too few men did too much of the fighting during World War II, the author writes. Many of them simply cracked at the seams. Poor leadership was often a factor. “High desertion rates in any company, battalion or division pointed to failures of command and logistics for which blame pointed to leaders as much as to the men who deserted,” he says.

Mr. Glass adds, “Some soldiers deserted when all the other members of their units had been killed and their own deaths appeared inevitable.”

The essential unfairness of so few men seeing the bulk of the combat was undergirded by other facts. Many men never shipped out. Mr. Glass cites a statistic that psychiatrists allowed about 1.75 million men to avoid service for “reasons other than physical.”This special treatment led to bitterness. Mr. Glass quotes a general who wrote, “When, in 1943, it was found that 14 members of the Rice University football team had been rejected for military service, the public was somewhat surprised.”Mr. Glass provides information about desertions in other American wars. During the Civil War, more than 300,000 troops went AWOL from the Union and Confederate armies. He writes, “Mark Twain famously deserted from both sides.” Nearly all of the information I have provided about “The Deserters” thus far comes from its excellent introduction. The rest of the book is not nearly so provocative or rending.

Mr. Glass abandons his textured overview of his topic to focus almost exclusively on three individual soldiers, men who respectively abandoned their posts in France, Italy and Africa.

One was a young man from Brooklyn who fought valiantly with the 36th Infantry Division in Italy and France before coming unglued. Another is the English poet Vernon Scannell, who suffered in Mustafa Barracks, the grim prison camp in Egypt. The third was a Tennessee farm boy who fought bravely with the 2nd Infantry Division before deserting and becoming a criminal in post-liberation Paris.

These men’s stories are not uninteresting, but Mr. Glass tells them at numbing length in bare, reportorial prose that rarely picks up much resonance. On the rare occasions the author reaches for figurative language, he takes a pratfall: “Combat exhaustion was etched into each face as sharp as a bullet hole.”The lives and times of Mr. Glass’s three soldiers slide by slowly, as if you were scanning microfilm. We lose sight of this book’s larger topic for many pages at a time. The men’s stories provide limited points of view. From the author we long for more synthesis and sweep and argument and psychological depth.

Terminology changes. Before we had post-traumatic stress disorder we had battle fatigue, and before that, in World War I, there was shell shock. In her lovely book “Soldier’s Heart: Reading Literature Through Peace and War at West Point” (2007), Elizabeth D. Samet reminds us that “soldier’s heart” was another and quite resonant term for much the same thing.

At its best, “The Deserters” has much to say about soldier’s hearts. It underscores the truth of the following observation, made by a World War II infantry captain named Charles B. MacDonald: “It is always an enriching experience to write about the American soldier in adversity no less than in glittering triumph.”

THE DESERTERS

A Hidden History of World War II

By Charles Glass

Illustrated. 380 pages. The Penguin Press. $27.95.

Voir encore:
“Tu ne tueras point“ : violence, religion et sacrifice chez Mel Gibson

Dans son dernier film, le réalisateur poursuit une œuvre où les héros se débattent dans une vallée de sang et de larmes. Pour tenter de saisir la spiritualité du Christ.

En 1995, dans Braveheart, Mel Gibson se mettait en scène sous les traits et les peintures de guerre de William Wallace. Soumis à la torture à la fin du film, le héros du peuple écossais rendait l’âme en hurlant : « Liberté ! » Pouvait-on se douter que ce dénouement aussi sanglant qu’exalté placerait toute la carrière du réalisateur – jusqu’à Tu ne tueras point aujourd’hui – sous le signe du sacrifice ?

Le lien avec La Passion du Christ (2004) et Apocalypto (2006) semble évident, le premier sur la crucifixion de Jésus, le second sur les sacrifices humains au crépuscule de la civilisation maya. Les deux sont des hécatombes. Pas de sacrifice, chez Gibson, sans tripes ni hémoglobine. Si cette vision a été critiquée pour son simplisme, elle n’en témoigne pas moins d’une conviction de réalisateur : montrer dans le détail la réalité charnelle de la passion du Christ aide à en saisir la dimension spirituelle. Gibson semble friand de ce paradoxe catholique voulant que le salut puisse passer par le spectacle ou le récit de la déchéance. Ce qu’il illustrera d’ailleurs jusque dans sa vie privée par ses frasques et sa traversée du désert après 2006 : problèmes d’alcool, violence, propos antisémites…

L’histoire de Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge en VO) ne dépareille pas dans ce tableau : pendant la Seconde Guerre mondiale, un objecteur de conscience qui s’est engagé comme infirmier dans l’armée américaine, se retrouve propulsé dans la boucherie de la bataille d’Okinawa. Le champ de bataille que le héros Desmond Doss foule du pied est littéralement tapissé de corps déchiquetés. À un moment du film, un blessé se cache dans la terre pour échapper à la vigilance de ses ennemis, offrant la vision saisissante d’une terre humanisée et, inversement, d’une humanité rabaissée à sa seule condition terrestre. Mais à ces corps rampants répond à la fin du film un plan sur le corps suspendu de Doss, sur fond de nuages radieux. Le héros de Gibson est un saint, c’est-à-dire un trait d’union entre la terre et le ciel. Une idée qui pourra être diversement prise au sérieux, mais dont l’évidence esthétique ne peut que frapper ici.

Gibson semble friand de ce paradoxe catholique voulant que le salut puisse passer par le spectacle ou le récit de la déchéance.

De Braveheart à Tu ne tueras point, l’idée de sacrifice permet à Mel Gibson de faire le pont entre plusieurs idées contradictoires. Le rapport entre la force et la justice, par exemple : tous les héros gibsonniens, victimes d’une injustice initiale, s’interrogent en retour sur l’usage de leur puissance. L’Écossais, après avoir fédéré la rébellion, donne sa mort en exemple. L’Amérindien capturé par des guerriers mayas devient un héros parce qu’il doit sauver sa famille. Et bien sûr Jésus, pourtant le plus puissant de tous, laisse s’abattre sur lui une violence inouïe. Au-delà même de la question de la foi, ces personnages se distinguent par leur capacité à tracer leur propre chemin dans des vallées de sang et de larmes.

Rien d’étonnant, dans ce contexte, à ce que Gibson s’intéresse cette fois-ci à un objecteur de conscience. La représentation de la violence dans le film pose évidemment un certain nombre de problèmes, qui sont intéressants dans la mesure où ils répondent aux questions que se pose Doss sur la guerre. La position de ce dernier est compliquée : adventiste, il ne veut pas toucher à une arme mais veut bien aller au combat. Il y a très vite un écart entre la radicalité de sa position et la casuistique qu’elle finit par impliquer. Ne pourrait-on pas considérer qu’en se battant au côté des soldats, il contribue tout de même à tuer ?

Il y a une ambiguïté équivalente dans la manière dont Gibson représente le déchaînement de la puissance de feu des Américains. C’est comme si le sacrifice de Doss (faire la guerre, mais avant tout pour sauver ses camarades blessés) était augmenté et sublimé par la vision de l’enfer même qu’il est censé avoir refusé. Toujours ce rapport contourné de Gibson à la force, que l’on retrouve chez un autre des personnages du film : le père de Desmond Doss, un pacifiste paradoxalement violent et tourmenté par la vision des boyaux de ses amis morts au combat lors de la Première Guerre mondiale.

Au-delà même de la question de la foi, les personnages de Mel Gibson se distinguent par leur capacité à tracer leur propre chemin dans des vallées de sang et de larmes.

Le sacrifice est enfin, pour Mel Gibson, une sorte de pivot entre les religions païennes et la religion chrétienne, qu’il aime mettre en regard. Apocalypto racontait la fin de la civilisation maya et la manière dont un sacrifice héroïque pouvait prendre le pas sur les sacrifices humains. En toute logique, la fin ouvrait sur l’arrivée des colons chrétiens. Dans Tu ne tueras point, la confrontation avec l’altérité religieuse, tournant à nouveau autour du sacrifice, vient de l’affrontement avec les Japonais, qui ont des kamikazes en guise de héros. La scène de hara kiri d’un général japonais, typiquement gibsonnienne, est une sorte de version négative du sacrifice de Doss.

Tu ne tueras point est à bien des égards un film naïf – ne serait-ce que dans son portrait d’un héroïsme conciliant gaiement la guerre à l’objection de conscience –, mais il l’est de manière audacieuse. La simplicité est un trait de personnalité de Doss, qui est présenté de la même manière étrange que les personnages d’Apocalypto, sans abuser des ficelles canoniques de l’identification. Ce côté très entier du personnage est à l’image d’un film qui va jusqu’au bout de son système : au bord du ridicule sans jamais y basculer totalement, portant la violence jusqu’au grotesque et l’héroïsme jusqu’à la sainteté.

Passé par plusieurs années de purgatoire à Hollywood, essentiellement en raison de ses dérapages personnels, Mel Gibson a-t-il choisi à dessein ce sujet ? Difficile de ne pas se poser la question, tant c’est au cœur des visions infernales et des pulsions bellicistes que le cinéaste semble vouloir ménager pour ses héros – et pour lui-même ? – un horizon pacifique.

Voir enfin:
THOU SHALL NOT KILL
He was devoutly Christian, a member of the Seventh-day Adventist Church, and was unusually, unfashionably (even for America, even for the 1940s) tenacious in his beliefs. Unable to reconcile his adherence to the commandment “Thou shalt not kill” with a role as a soldier, but nonetheless patriotic, he was classed as a conscientious objector and joined the army as a medic. Unlike many other medics, he also refused to carry any form of knife or gun, determined that, no matter what situation he found himself in, he would not take the life of another human being. Instead, Doss’s heroism took another form: he is remembered today for the number of lives he saved.
Original estimates places the number of lives saved at 100: Doss (both modest and rigorously honest) later insisted that “it couldn’t have been more than 50”, and the 75 figure was agreed as a compromise.
In some ways, Doss himself – a man who combined staunch religious faith with patriotism and outstanding bravery – feels like the perfect movie subject for both the traditional American heartlands and for Gibson himself, who is Catholic and often described as an ultra-conservative. But Doss’s story is also a very human one, with a much wider importance and appeal.
Whether or not the film will really restore Gibson to awards-ceremony respectability and acclaim remains to be seen – but it looks as if one of America’s most unlikely heroes may have finally received a fitting cinematic tribute.
Desmond Doss was born in Lynchburg, Virginia, son of William Thomas Doss, a carpenter, and Bertha E. (Oliver) Doss. Enlisting voluntarily in April 1942, Doss refused to kill an enemy soldier or carry a weapon (pistol) into combat because of his personal beliefs as a Seventh-day Adventist. He consequently became a medic, and while serving in the Pacific theatre of World War II, he saved the lives of numerous comrades, while at the same time adhering to his religious convictions. Doss was wounded three times during the war, and shortly before leaving the Army, he was diagnosed with tuberculosis, which cost him a lung. Discharged from the Army in 1946, he spent five years undergoing medical treatment for his injuries and illness….

First date: Vous avez dit culte de la personnalité ? (Spot the error: Obama hasn’t even left office, but in supposedly racist America the hagiography has definitely begun)

26 septembre, 2016
soutsidewithyou
obamaplaquekisssugarshack

barryobamaindonesianfilmU.S. President Barack Obama speaks during the dedication of the Smithsonian’s National Museum of African American History and Culture in Washington, U.S., September 24, 2016. REUTERS/Joshua Roberts

C’est ça, l’Ouest, monsieur le sénateur:  quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’il faut publier. Maxwell Scott  (journaliste dans ‘L’Homme qui tua Liberty Valance’, John Ford, 1962)
We real cool. We Left school. We Lurk late. We Strike straight. We Sing sin. We Thin gin. We Jazz June. We Die soon. Gwendolyn Brooks (1959)
Murders in the U.S. jumped by 10.8% in 2015, according to figures released Monday by the Federal Bureau of Investigation—a sharp increase that could fuel concerns that the nation’s two-decade trend of falling crime rates may be ending. The figures had been expected to show an increase, after preliminary data released earlier this year indicated violent crime and murders were rising. But the double-digit increase in murders dwarfed any in the past 20 years, eclipsing the 3.7% increase in 2005, the year in which the biggest increase occurred before now. In 2014, the FBI recorded violent crime narrowly falling, by 0.2%. In 2015, the number of violent crimes rose 3.9% though the number of property crimes dropped 2.6%, the FBI said. Richard Rosenfeld, a criminologist at the University of Missouri-St.Louis, said a key driver of the murder spike may be an increasing distrust of police in major cities where controversial officer shootings have led to protests. “This rise is concentrated in certain large cities where police-community tensions have been notable,’’ said Mr. Rosenfeld, citing Cleveland, Baltimore, and St. Louis as examples. The rise in killings is not spread evenly around America, he noted, but is rather centered on big cities with large African-American populations. (…) Mr. Rosenfeld said the FBI data suggests the increase in murder may be caused by some version of the “Ferguson effect’’—a term often used by law-enforcement officials to describe what they see as the negative effects of the recent anti-police protests. The killing by a police officer of an unarmed black 18-year-old in Ferguson, Mo., in 2014 led to protests there and around the country. Some law-enforcement officials, including FBI Director James Comey, have argued that since then, some officers may be more reluctant to get out of their patrol cars and engage in the kind of difficult work that reduces street crime, out of fear they may be videotaped and criticized publicly. Mr. Rosenfeld suggested a different dynamic may be at play, though stemming from the same tensions. Members of minority and poor communities may be more reluctant to talk to police and help them solve crimes in cities where officers are viewed as untrustworthy and threatening, he said, particularly where there have been recent controversial killings by police officers. (…) John Pfaff, a professor at Fordham Law School, said the numbers are concerning but that it is too early to draw any definite conclusions from the data, noting that the murder rate in 2015 was still lower than in 2009. “It’s not a giant rollback of things. 2015 is the third-safest year for violent crime since 1970,’’ Mr. Pfaff said. “The last time we saw a jump like this was 1989 to 1990, and that was a much more broad increase in crime.’’ WSJ
Tout ce qu’on sait, c’est qu’on en sait  très peu sur Barack Obama et que ce qu’on sait est très différent de ce qui est allégué. Tous les présidents ont leurs mythographies, mais ils ont également un bilan et des experts  qui peuvent  distinguer les faits  de la fiction. Dans le cas d’Obama, on ne nous a nous jamais donné tous les faits et il y avait peu de gens dans la presse intéressés à les trouver. Comme le dit Maxwell Scott dans L’homme qui a tué Liberty Valance, ‘quand la légende devient fait, c’est la légende qu’il faut imprimer’.  Victor Davis Hanson
Apart from other unprecedented aspects of his rise, it is a geographical truth that no politician in American history has traveled farther than Barack Obama to be within reach of the White House. He was born and spent most of his formative years on Oahu, in distance the most removed population center on the planet, some 2,390 miles from California, farther from a major landmass than anywhere but Easter Island. In the westward impulse of American settlement, his birthplace was the last frontier, an outpost with its own time zone, the 50th of the United States, admitted to the union only two years before Obama came along. Those who come from islands are inevitably shaped by the experience. For Obama, the experience was all contradiction and contrast. As the son of a white woman and a black man, he grew up as a multiracial kid, a « hapa, » « half-and-half » in the local lexicon, in one of the most multiracial places in the world, with no majority group. There were native Hawaiians, Japanese, Filipinos, Samoans, Okinawans, Chinese and Portuguese, along with Anglos, commonly known as haole (pronounced howl-lee), and a smaller population of blacks, traditionally centered at the U.S. military installations. But diversity does not automatically translate into social comfort: Hawaii has its own difficult history of racial and cultural stratification, and young Obama struggled to find his place even in that many-hued milieu. He had to leave the island to find himself as a black man, eventually rooting in Chicago, the antipode of remote Honolulu, deep in the fold of the mainland, and there setting out on the path that led toward politics. Yet life circles back in strange ways, and in essence it is the promise of the place he left behind — the notion if not the reality of Hawaii, what some call the spirit of aloha, the transracial if not post-racial message — that has made his rise possible. Hawaii and Chicago are the two main threads weaving through the cloth of Barack Obama’s life. Each involves more than geography. Hawaii is about the forces that shaped him, and Chicago is about how he reshaped himself. Chicago is about the critical choices he made as an adult: how he learned to survive in the rough-and-tumble of law and politics, how he figured out the secrets of power in a world defined by it, and how he resolved his inner conflicts and refined the subtle, coolly ambitious persona now on view in the presidential election. Hawaii comes first. It is what lies beneath, what makes Chicago possible and understandable. (…) « Dreams From My Father » is as imprecise as it is insightful about Obama’s early life. Obama offers unusually perceptive and subtle observations of himself and the people around him. Yet, as he readily acknowledged, he rearranged the chronology for his literary purposes and presented a cast of characters made up of composites and pseudonyms. This was to protect people’s privacy, he said. Only a select few were not granted that protection, for the obvious reason that he could not blur their identities — his relatives. (…) Keith and Tony Peterson (…) wondered why Obama focused so much on a friend he called Ray, who in fact was Keith Kukagawa. Kukagawa was black and Japanese, and the Petersons did not even think of him as black. Yet in the book, Obama used him as the voice of black anger and angst, the provocateur of hip, vulgar, get-real dialogues. (…) Sixteen years later, Barry was no more, replaced by Barack, who had not only left the island but had gone to two Ivy League schools, Columbia undergrad and Harvard Law, and written a book about his life. He was into his Chicago phase, reshaping himself for his political future … David Maraniss
Nous ne sommes pas un fardeau pour l’Amérique, une tache sur l’Amérique, un objet de honte ou de pitié pour l’Amérique. Nous sommes l’Amérique ! Barack Hussein Obama
Ce n’est pas un musée du crime ou de la culpabilité, c’est un lieu qui raconte le voyage d’un peuple et l’histoire d’une nation. Il n’y a pas de réponses simples à des questions complexes». Lonnie Bunch
Abraham Lincoln was long dead when John Ford polished the presidential halo in the 1939 film “Young Mr. Lincoln.” Mr. Obama hasn’t even left office, but the cinematic hagiography has begun. The NYT
As this primary season has gone along, a strange sensation has come over me: I miss Barack Obama. Now, obviously I disagree with a lot of Obama’s policy decisions. I’ve been disappointed by aspects of his presidency. I hope the next presidency is a philosophic departure. But over the course of this campaign it feels as if there’s been a decline in behavioral standards across the board. Many of the traits of character and leadership that Obama possesses, and that maybe we have taken too much for granted, have suddenly gone missing or are in short supply. The first and most important of these is basic integrity. The Obama administration has been remarkably scandal-free. Think of the way Iran-contra or the Lewinsky scandals swallowed years from Reagan and Clinton. (…) Second, a sense of basic humanity. Donald Trump has spent much of this campaign vowing to block Muslim immigration. You can only say that if you treat Muslim Americans as an abstraction. President Obama, meanwhile, went to a mosque, looked into people’s eyes and gave a wonderful speech reasserting their place as Americans. He’s exuded this basic care and respect for the dignity of others time and time again. (…)  Third, a soundness in his decision-making process. (…) Take health care. (…) President Obama may have been too cautious, especially in the Middle East, but at least he’s able to grasp the reality of the situation. Fourth, grace under pressure. (…) I happen to think overconfidence is one of Obama’s great flaws. But a president has to maintain equipoise under enormous pressure. Obama has done that, especially amid the financial crisis. (…) Fifth, a resilient sense of optimism. To hear Sanders or Trump, Cruz and Ben Carson campaign is to wallow in the pornography of pessimism, to conclude that this country is on the verge of complete collapse. That’s simply not true. We have problems, but they are less serious than those faced by just about any other nation on earth. People are motivated to make wise choices more by hope and opportunity than by fear, cynicism, hatred and despair. Unlike many current candidates, Obama has not appealed to those passions. No, Obama has not been temperamentally perfect. Too often he’s been disdainful, aloof, resentful and insular. But there is a tone of ugliness creeping across the world, as democracies retreat, as tribalism mounts, as suspiciousness and authoritarianism take center stage. Obama radiates an ethos of integrity, humanity, good manners and elegance that I’m beginning to miss, and that I suspect we will all miss a bit, regardless of who replaces him. David Brooks
Le rituel du soir de Barack Obama n’est un secret pour personne : le président des États-Unis est un couche-tard. Ces quelques heures de solitude, entre la fin du dîner et l’heure de dormir, vers 1 heure du matin, sont celles où il réfléchit et se retrouve seul avec lui-même. De menus détails sur sa vie qui sont connus du public depuis plusieurs années.  Alors pourquoi les raconter à nouveau ? pourrait-on demander au New York Times, et son enquête intitulée « Obama après la tombée de la nuit ». Parce que les lecteurs apprécient visiblement ces quelques images de l’intimité d’un président qui quittera bientôt la Maison Blanche. Deux jours après sa publication, l’article est toujours dans le top 10 des plus lus sur le site. Barack Obama a toujours été un pro du storytelling. Tout, dans l’image qu’il donne de lui-même, est précisément contrôlé, y compris les moments de décontraction. Pete Souza, le photographe officiel de la Maison Blanche, en est le meilleur témoin et le meilleur outil. Le professionnel met en avant l’image d’un président plus décontracté, en marge du protocole officiel, proche des enfants, jouant allongé par terre avec un bébé tenu à bout de bras ou autorisant un jeune garçon à lui toucher les cheveux « pour savoir s’ils sont comme les siens ». Dans cet article, c’est encore une fois l’image d’un homme décontracté, mais aussi plus sage et solitaire qu’à l’ordinaire, qui est travaillée. Et d’abord par l’introduction qui compare les habitudes nocturnes de Barack Obama à celle de ses prédécesseurs. « Le président George W. Bush, un lève-tôt, était au lit à dix heures. Le président Bill Clinton se couchait tard comme M. Obama, mais il consacrait du temps à de longues conversations à bâtons rompus avec ses amis et ses alliés politiques. » Là où Bill Clinton appréciait la compagnie jusqu’à tard dans la nuit, Barack Obama choisit la solitude réflexive. Pour enfoncer le clou, l’article cite alors l’historien Doris Kearns Goodwin : « C’est quelqu’un qui est bien seul avec lui-même. » (…) L’huile qui fait tourner les rouages d’un storytelling réussi, ce sont les anecdotes, inoffensives ou amusantes. Ici, on découvre celle des sept amandes que Barack Obama mange le soir. Les amandes montrent que le président a une hygiène de vie impeccable, qu’il n’a besoin de boissons excitantes ou sucrées pour tenir le coup. Et en même temps, le chiffre précis a quelque chose d’insolite, qui donne l’image de quelqu’un d’un peu crispé, qui veut tout contrôler. Mais pas trop. (…) Le portrait de Barack Obama, une fois la nuit tombée, soigne également l’image d’un bourreau de travail, perfectionniste et attaché aux détails. (…) Dans le même temps, il faut entretenir l’image de « Mister Cool » et continuer à travailler sur celle du père de famille. Barack Obama ne fait pas que travailler dans son bureau. Il se tient au courant des résultats sportifs sur ESPN et joue à Words With Friends, un dérivé du Scrabble sur iPad. Le « rituel du coucher » n’a plus vraiment de raison d’être maintenant que ses filles Malia et Sasha ont 18 et 15 ans, mais il reste la « movie night », la soirée cinéma de la famille, tous les vendredis soirs dans le « Family Theater », une salle de projection privée de 40 places. Avec le petit détail qui change tout : Barack et Michelle apprécient les séries ultra-populaires Breaking Bad ou Game of Thrones. Le procédé est efficace, et l’impression générale qui se dégage est celle d’un homme réfléchi, calme, solitaire. Le Monde
George W. Bush avait signé en 2003 la loi créant le Musée national de l’Histoire et de la Culture Afro-Américaines, mais c’est au premier président noir du pays qu’est revenu le privilège de l’inaugurer ce samedi. Outre Barack et Michelle Obama, George W. et Laura Bush les élus du Congrès et les juges de la Cour suprême, quelque 20.000 personnes se sont rassemblées en milieu de journée sur le Mall de Washington, la grande esplanade faisant face au Capitole, au nombre desquelles tout ce que le pays compte de célébrités noires. Oprah Winfrey, qui a donné 20 millions de dollars, a eu droit à une place d’honneur. (…) Au-dessus de lui, le bâtiment de six étages, dessiné par l’architecte britannique d’origine tanzanienne David Adjaye, se dresse comme une couronne africaine de bronze face au Washington Monument (l’obélisque érigé en hommage au premier président des Etats-Unis), à l’endroit même où, il y a deux siècles, se tenait un marché aux esclaves. Son matériau, inspirée des textiles d’Afrique de l’Ouest, laisse passer la lumière et rougeoie au soleil couchant, créant une impression massive de l’extérieur et aérienne de l’intérieur. Il a fallu treize ans et 540 millions de dollars pour bâtir le dix-neuvième musée de la Smithsonian Institution et y rassembler plus de 35.000 témoignages de l’histoire des Afro-Américains, dont aucun aspect n’est occulté: ni la traite des esclaves, ni la ségrégation, ni la lutte pour les droits civiques, ni les réussites contemporaines, du sport au hip-hop et à la politique. La présidence de Barack Obama y est documentée dans l’un des 27 espaces d’exposition, non loin de la Cadillac de Chuck Berry ou des chaussures de piste de Jessie Owens. Mais le visiteur est d’abord invité à passer devant les chaînes, les fouets, les huttes misérables des esclaves, les photos de dos lacérés ou de lynchages (3437 Noirs pendus entre 1882 et 1851), ou encore le cercueil d’Emmett Till, tué à l’âge de 14 ans dans le Mississippi pour avoir sifflé une femme blanche en 1955. «Ce n’est pas un musée du crime ou de la culpabilité, insiste son directeur, Lonnie Bunch, c’est un lieu qui raconte le voyage d’un peuple et l’histoire d’une nation. Il n’y a pas de réponses simples à des questions complexes». Au moment où les marches de la communauté noire se répandent dans le pays pour protester contre les violences policières, Barack Obama a invité Donald Trump à visiter le Musée de l’Histoire et de la Culture Afro-Américaine. Le candidat républicain à sa succession a déclaré que les Noirs vivaient aujourd’hui «dans les pires conditions qu’ils aient jamais connues». Dans une interview vendredi à la chaîne ABC, le président a répliqué: «Je crois qu’un enfant de 8 ans est au courant que l’esclavage n’était pas très bon pour les Noirs et que l’ère Jim Crow (les lois ségrégationnistes, Ndlr) n’était pas très bonne pour les Noirs». Au moment où les marches de la communauté noire se répandent dans le pays pour protester contre les violences policières, Barack Obama a invité Donald Trump à visiter le Musée de l’Histoire et de la Culture Afro-Américaine. Le candidat républicain à sa succession a déclaré que les Noirs vivaient aujourd’hui «dans les pires conditions qu’ils aient jamais connues». Dans une interview vendredi à la chaîne ABC, le président a répliqué: «Je crois qu’un enfant de 8 ans est au courant que l’esclavage n’était pas très bon pour les Noirs et que l’ère Jim Crow (les lois ségrégationnistes, Ndlr) n’était pas très bonne pour les Noirs». Le Figaro
A young Jack Kennedy leads his shipwrecked crew to safety on a deserted island, dragging an injured sailor as he swims. A middle-aged FDR is struck down by polio, then fights to recover his ability to walk in order to step back onto the political stage. An up-and-coming Abraham Lincoln, new to the legal profession, stops a lynch mob from killing two young men suspected of murder, then successfully defends them in court. A young Barack Obama, interning at a corporate law firm, convinces his supervisor to go on a date. They kiss. One of these things is not like the others. The vast majority of presidential movies focus on presidents being presidents, sitting at the head of state, living arguably the most consequential moments of their lives. A man with the power and responsibility of the highest office in the country is instantly interesting, whether that’s JFK with the Cuban missile crisis, Lincoln on the eve of the Civil War, Nixon authorizing break-ins at the Watergate, or that famous speech President Bill Pullman gives toward the end of Independence Day. It’s easy for a president to get turned into a figure of high drama, a hero or villain of our national narrative.But when a film dips into a president’s pre-presidential years, there’s more than just a good story going on. In fact, only a handful of presidential films have ignored a president’s years in the Oval Office entirely: PT-109 (the JFK war movie), Sunrise at Campobello (FDR’s recovery drama), Young Mr. Lincoln (on Lincoln’s… yes, younger years), and now Southside With You, the new movie about Barack and Michelle Obama’s first date in Chicago in 1991.  Iwan Morgan, editor of Presidents in the Movies and professor of U.S. Studies and American History at University College London, explained over email that both JFK’s and FDR’s early biopics “deal with pre-presidential triumph over adversity to emphasize their suitability to lead in office, rather than celebrating their leadership in office.” Morgan added that John Ford, director of Young Mr. Lincoln, “focuses on the pre-heroic Lincoln to explore his formative influences and preparation for greatness.” The whole point of making a presidential prequel is to show the pattern of the POTUS-to-be. So what does Southside with You show us? The film follows the Obamas through a fictionalized version of their famous first date, whose end is already memorialized by a plaque in front of a Hyde Park Baskin-Robbins — inscribed with this quote from a 2007 O, The Oprah Magazine interview with Barack: “On our first date, I treated her to the finest ice cream Baskin-Robbins had to offer, our dinner table doubling as the curb. I kissed her, and it tasted like chocolate.”However sweet the ending, the day didn’t begin as a date, at least in Southside’s telling. Barack is a broke summer associate at a corporate law firm; Michelle, his supervisor. He knows she thinks dating within the office is a bad look (and it is), so he asks her out to a community activist meeting at the Gardens — a housing project on Chicago’s South Side — and he fudges the timing a little so they’ll have an opportunity to hang beforehand. They take a trip to the Art Institute of Chicago, where Barack recites the Gwendolyn Brooks poem “We Real Cool” from memory in front of an Ernie Barnes painting, then meander around a public park, trading political opinions and biographical details. (…) Within the context of the rom-com, this makes for sweet (if somewhat boring) viewing. A first date is all about potential, but we know how this particular love story ends. The Obamas are paragons of the modern married couple; Barack’s promise as a potential partner paid off. But (…) in spite of itself, this plays right to the most persistent criticisms of the Obama presidency, and to the greatest fears of his supporters: that Obama never moved beyond his perceived potential from the 2008 election, and was never able to deliver much more than a solid speech. Dargis called the film a “cinematic hagiography” in the Times, but to borrow another Christian term of art, it’s closer to a piece of apologetics. Instead of a miracle story of a hero’s precocious powers, it presents an argument against his critics, a character study by way of excuse. In Southside, the young Obama doesn’t demonstrate his future leadership ability as much as his ability to convince you of his future leadership ability. Which is, ironically, what many of his strongest critics say about his presidency. That it was — and remained, throughout his eight years in office — about possibility. Southside tells us that, if it wasn’t for the system, Obama could have accomplished more, and despite it all, did an admirable job of keeping his head up. It urges us to believe what we already know: that he’s a cool guy in private, even if he keeps calling for drone strikes and deporting more people  — that’s just playing to the white couple at the movie theater, the conservative crowd. It argues, ice cream cone in hand, that Obama would have made a truly great president, if he had just been given the chance. Sam Dean
The writer and director Richard Tanne’s first feature, “Southside with You,” which will be released next Friday, is an opening act of superb audacity, a self-imposed challenge so mighty that it might seem, on paper, to be a stunt. It’s a drama about Barack Obama and Michelle Robinson’s first date, in Chicago, in the summer of 1989. It stars Parker Sawyers as the twenty-eight-year-old Barack, a Harvard Law student and summer associate at a Chicago law firm, and Tika Sumpter (who also co-produced the film) as the twenty-five-year-old Michelle, a Harvard Law graduate and a second-year associate at the same firm. The results don’t resemble a stunt; far from it. “Southside with You,” running a brisk hour and twenty minutes, is a fully realized, intricately imagined, warmhearted, sharp-witted, and perceptive drama, one that sticks close to its protagonists while resonating quietly but grandly with the sweep of a historical epic. Tanne tells the story of the First Couple’s first date with a tightly constrained time frame—one day’s and evening’s worth of action—that begins with the protagonists preparing for their rendezvous and ends with them back at their homes. In between, Tanne pulls off a near-miracle, conveying these historic figures’ depth and complexity of character without making them grandiose. The dialogue is freewheeling and intimate, ranging through subjects far from the matters at hand, suggesting enormous intellect and enormous promise without seeming cut-and-pasted from speeches or memoirs. The film exudes Tanne’s own sense of calm excitement, nearly a documentarian’s serendipitous thrill at being present to catch on-camera a secret miracle of mighty historical import. Movies about public figures—ones whose appearance, diction, and gestures are deeply ingrained in the minds of most likely viewers—must confront the Scylla of impersonation and the Charybdis of unfaithfulness. Tanne’s extraordinary actors thread that strait nimbly, delivering performances that exist on their own but feel true to the characters, that spin with dialectical delight and embody the ardors, ambitions, and uncertainties that even the most able and aware young adults must face. (…) Tanne achieves something that few other directors—whether of independent or Hollywood or art-house films—ever do: he creates characters with an ample sense of memory, who fully inhabit their life prior to their time onscreen, and who have a wide range of cultural references and surging ideas that leap spontaneously into their conversation. A scene in which Michelle and Barack visit an exhibit of Afrocentric art—he discusses the importance of the painter Ernie Barnes to the sitcom “Good Times,” and together they recall Gwendolyn Brooks’s poem “We Real Cool”—has an effortless grace that reflects an unusual cinematic depth of lived experience. The centerpiece of the film is a splendid bit of romantic and principled performance art on the part of Barack. He plans the non-date date around a community meeting in a mainly black neighborhood that Michelle—who did pro-bono work at Harvard and who admits to frustration with her trademark-law work at the firm—is eager to attend. There, Barack, who had been active with the organization before heading to Harvard, is received like a prodigal son. The subject of the meeting is the legislature’s refusal to build a much-needed community center; frustration among the attendees mounts, until Barack addresses them and offers some brilliant practical suggestions to overcome the opposition. At the meeting, he displays, above all, his gifts for public speaking and, even more, for empathy. He reveals, to the community group but also to Michelle, a preternatural genius at grasping interests and motives, at seeking common cause, and at recognizing—and acting upon—the human factor. There, Barack also displays a personal philosophy of practical politics that’s tied to his larger reflections on American history and political theory. The intellectual passion that Tanne builds into the scene, and that Sawyers delivers with nuanced fervor, is all the more striking and exquisite for its subtle positioning as a device of romantic seduction. Michelle’s sense of principled responsibility and groundedness, her worldly maturity and practical insight, is matched by Barack’s ardent but callow, mighty but still-unfocussed energies. The movie’s ring of authenticity carried me through from start to finish without inviting my speculations as to the historical veracity of the events. Curiosity eventually kicked in, though; most accounts of the first date suggest that its general contours involved Michelle’s reluctance to date a colleague who was also a subordinate, the visit to the Art Institute, a walk, a drink, and a viewing of the recently released film “Do the Right Thing.” The community meeting is usually described as occurring at another occasion, yet it fits into the first date with a verisimilitude as well as an emotional impact that justify the dramatization. As for their viewing of Spike Lee’s movie, the scene that Tanne derives from it is a minor masterwork of ironic psychology and mother wit. It’s too good to spoil; suffice it to say that the scene is set against the backdrop of controversy that greeted Lee’s film at the time of its release, with some critics—white critics—fearing that the climactic act of violence (meaning not the police killing of Radio Raheem but Mookie’s throwing a garbage can through the window of Sal’s Pizzeria and leading his neighbors to ransack the venue) would incite riots. “Southside with You” is the sort of movie that, say, Richard Linklater’s three “Before” movies aren’t—an intimate story that has a reach far greater than its scale, that has stakes and substance extending beyond the couple’s immediate fortunes. There’s a noble historical precedent for Tanne’s film. If the modern cinema was inspired by Roberto Rossellini’s “Voyage to Italy,” from 1954—which taught a handful of ambitious young French critics that all they needed to make a movie was two actors and a car, that they could make a low-budget and small-scale production that would be rich in cinematic ideas and romantic passion alike—then “Southside with You” is an exemplary work of cinematic modernity. Rossellini, a cinematic philosopher, ranges far through history and politics to ground a couple’s intimate disasters in the deep currents of modern life. Tanne does this, too, and goes one step further; his inspiration is reminiscent of the advice that the nineteen-year-old critic Jean-Luc Godard gave to his cinematic elders, “unhappy filmmakers of France who lack scenarios.” Godard advised them to make films about “the tax system,” about the writer and Nazi collaborator Philippe Henriot, about the Resistance activist Danielle Casanova. Tanne picks a great subject of contemporary history and politics—indeed, one of the very greatest—and approaches it without the pomp and bombast of ostensibly important, message-mongering Oscarizables. He realizes Barack Obama and Michelle Robinson onscreen with the same meticulous, thoughtful, inventive imagination that other directors might bring to figures of legend, people they know, or their own lives. “Southside with You” is a virtuosic realization of history on the wing, of the lives of others incarnated as firsthand experience. To tell this story is a nearly impossible challenge, and Tanne meets it at its high level. The New Yorker
Like “Before Sunrise,” a film which invites comparison, “Southside with You” is a two-hander that’s top-heavy with dialogue, walking and a knowing sense of location. Unlike that film, however, we already know the ending before the lights go down in the theater. So, writer/director Richard Tanne replaces the suspenseful pull of “will they or won’t they?” with an equally compelling and understated character study that humanizes his larger-than-life public figures. Tanne reminds us that, before ascending to the most powerful office in the world, Barack and Michelle were just two regular people who started out somewhere much smaller. This down-to-earth approach works surprisingly well because “Southside with You” never loses sight of the primary tenet of a great romantic comedy: All you need is two people whom the audience wants to see get together—then you put them together. So many entries in this genre fail miserably because the filmmakers feel compelled to overcomplicate matters with useless subplots and extraneous characters; they mistake cacophony for complexity. “Southside with You” builds its emotional richness by coasting on the charisma of its two leads as they carefully navigate each other’s personality quirks and life stories. We may be ahead of them in terms of knowing the outcome, but we’re simultaneously learning the details. “Southside with You” is at once a love song to the city of Chicago and its denizens, an unmistakably Black romance and a gentle, universal comedy. It is unapologetic about all three of these elements, and interweaves them in such a subtle fashion that they become more pronounced only upon later reflection. The Chicago affection manifests itself not only in a scene where, in front of a small group of community activists welcoming back their favorite son, Barack demonstrates a rough version of the speechmaking ability that will later become his trademark, but also when Barack takes Michelle to an art gallery. He points out that the Ernie Barnes paintings they’re viewing were used on the Chicago-set sitcom “Good Times.” Then the duo recite Chicago native Gwendolyn Brooks’ poem about the pool players at the Golden Shovel, « We Real Cool. » Even the beloved founder of this site, Roger Ebert, gets a shout-out for championing “Do the Right Thing, » the movie Barack and Michelle attend in the closing hours of their date. Though its depiction of romance is recognizable to anyone who has ever gone on a successful first date, “Southside with You” also takes time to address the concerns Michelle has with dating her co-worker, especially since she’s his superior and the only Black woman in the office. The optics of this pairing worries her in ways that hint at the corporate sexism that existed back in 1989, and continues in some fashion today. Her concern is that her superiors might think she threw herself at the only other Black employee which, based on my own personal workplace experience, I found completely relatable. This plotline has traction, culminating in a fictional though very effective climactic scene between Barack, Michelle and their boss. It’s a bit overdramatic, but the payoff is a lovely ice cream-based reconciliation that may do for Baskin-Robbins what Beyoncé’s “Formation” did for Red Lobster. Odie Henderson
Such hagiography of our chief executives is not unheard of, but it’s also less common than you might think. The complicated portraits of presidents painted by Oliver Stone in Nixon (1995) and W. (2008)—sympathetic, to a point, but unsparing and occasionally unfair—are far more interesting than the offering to Obama’s cult of personality that Southside With You represents. John Ford’s Young Mr. Lincoln (1939) and Steven Spielberg’s Lincoln (2012) are perhaps the two most impressive examples of pure homage to the presidency. Young Mr. Lincoln in particular is a deft piece of filmmaking—as the booklet that comes with the Criterion Collection’s edition of the film notes, the legendary Soviet director Sergei Eisenstein once wrote that if he could lay claim to any American film, it would have been this one—which culminates in as powerful a sequence as any in film history. Honest Abe (Henry Fonda) has defended two brothers from a wrongful murder charge—first saving them from a lynch mob and then proving their innocence in court—and seen the grateful family off. A friend asks if he wants to come back to town. “No, I think I might go on a piece. Maybe to the top of that hill,” Lincoln replies, striding off into the sunset. As he crests the ridge and as the Battle Hymn of the Republic plays, the sky cracks and rain pours forth. He pushes on, into the rain, the lightning, the thunder. It’s a storm Lincoln will have to face alone, a storm similar to the one the nation faced when the film was produced in 1939. It’s not a subtle image, particularly, but it does hold up through the decades, a simple and powerful picture of a man with the weight of a nation on his shoulders. In its own way, the closing moments of Southside With You are also affecting. Barack Obama sits in a chair, smoking a cigarette, a book on his lap. He smiles, thinking of himself and his date. The storm clouds gather again—mass murder in Syria; a destabilized Middle East; a resurgent China and Russia—but you wouldn’t know it from the placid look on the future chief executive’s face. He is detached, concerned with his own affairs, his own place in the world. If that’s the impression Tanne was going for, well, to quote another president: Mission Accomplished. Free Beacon
In a highly effective move, the will they/won’t they drama of Southside with You climaxes with an incident that very much did happen in real life—kinda. Hitting the movies to check out Spike Lee’s controversial new joint Do The Right Thing, the pair find themselves face to face with Michelle’s nightmare: a senior white partner from their law firm, who’s also come to check out the movie. Like Southside’s brief mention of Obama’s white girlfriend at Columbia, the name of the real partner is changed onscreen. “Avery” and his wife Laura were really lawyer Newton Minow and his wife Jo, who ran into the future Mr. and Mrs. Obama at the movies. (…) Unfortunately, the film uses him for its own dramatic purposes: to play up the racial and cultural frictions that theoretically gave Barack and Michelle common ground as two of the only African-Americans at the office, and to justify Movie Michelle’s fears that the older white men of Sidley Austin might lose respect for her as an attorney in her own right if she started dating Barack. Those racially-charged frustrations, portrayed purposefully onscreen by Sumpter, have not been expressed much by the real Michelle and Barack in interviews about their romance. Daily Beast
Pas un soupçon d’intérêt historique (ou autre), tant cette romance cui-cui/cucul baigne dans l’eau de rose. Voici
Après avoir longtemps hésité, Michelle Robinson, associée dans un cabinet juridique, accepte finalement une invitation à sortir de Barack Obama, le stagiaire prometteur engagé pour l’été. Comme la jeune femme ne souhaite pas que leur soirée ressemble à un rendez-vous amoureux traditionnel, il décide d’emmener sa supérieure se promener dans différents endroits du Chicago de la fin des années 1980. Il espère profiter de ces moments informels pour apprendre à mieux la connaître. Durant leur balade, ils visitent l’institut d’art de la ville, où ils évoquent ensemble leur amour pour la poésie de Gwendolyn Brooks ou pour la peinture d’Ernie Barnes. Télérama
Un jour de 1989, une avocate, Michelle, se fait inviter par un stagiaire prénommé Barack… On espère que le premier rendez-vous du futur président des Etats-Unis avec son épouse a été moins ennuyeux et moins pompeux que celui de leurs personnages sur l’écran. On en est même sûr. Sinon, ils se seraient quittés le soir même pour ne plus jamais se revoir…  Pierre Murat
La machine hagiographique hollywoodienne n’a pas attendu le terme du second mandat de Barack Obama pour embaumer le 44e président des Etats-Unis dans sa propre légende. Pour cela, First Date n’emprunte pas les voies traditionnelles du biopic (biographie filmée), mais d’une comédie romantique se déroulant sur une seule journée : celle de 1989 où la future « First Lady » Michelle, alors jeune avocate à Chicago, tombe amoureuse du stagiaire de sa firme, l’humble, pondéré, clairvoyant, attentionné, plébiscité et prometteur Barack. Constitué d’une longue conversation entre les deux personnages, au gré des endroits qu’ils visitent, le film insiste sur leur élégance simple, leur aisance naturelle et la perfection de leur pedigree. Comme dans beaucoup de fictions américaines, la séduction se passe un peu comme un entretien d’embauche, où il s’agit moins de décocher les flèches de Cupidon que de cocher les cases d’un CV imaginaire rempli de bienséance et de respectabilité. Les dialogues en profitent pour énumérer les états de service, éléments biographiques et souvenirs officiels des personnages, en somme tout ce qu’il faut savoir des locataires de la Maison Blanche, à la façon d’une notice Wikipédia. Le tout est enrobé par la mise en scène dans un environnement lisse, soyeux, confortable, soigneusement aseptisé par les lumières douces et les couleurs pastel d’un climat ensoleillé. Les scènes se suivent sans remous : l’une au musée pour nous montrer que Barack est cultivé, l’autre dans sa paroisse de quartier pour prouver sa dévotion à la communauté et ses talents d’orateur, une autre encore au cinéma, devant Do the Right Thing, de Spike Lee, pour marquer son acuité de conscience. (…) Les armes émollientes de la comédie romantique contribuent à déréaliser ces figures politiques, pour en faire de petites marionnettes telles qu’en rêverait une parfaite midinette. Ce qui en dit long sur la manière dont on considère l’électeur démocrate dans les officines du cinéma indépendant. Le Monde
Déjà ? Cinq mois avant leur départ de la Maison Blanche, Michelle et Barack Obama sont les héros d’un biopic qui retrace leur rencontre et leur histoire d’amour. (…) Un autre film, Barry, sur les années new-yorkaises du futur président, alors étudiant à l’université Columbia, sera présenté à la mi-septembre au Festival de Toronto (Ontario, Canada). Sans attendre que l’Amérique tourne la page avec l’élection présidentielle du 8 novembre, la légende cinématographique des Obama se construit déjà. L’histoire de la rencontre entre Barack et Michelle à Chicago (Illinois) est connue. Elle a été racontée par les intéressés eux-mêmes. C’était l’été 1989, en pleine canicule. Michelle Robinson, 25 ans, était avocate associée au cabinet juridique Sidley Austin, un début de carrière brillant pour cette fille d’employé municipal du « South Side », le quartier noir de la ville. Le stagiaire qui venait de lui être assigné pour l’été portait ce drôle de nom, Barack Obama. A 28 ans, il arrivait comme elle de la prestigieuse faculté de droit de Harvard. Michelle était assez sceptique – et caustique – sur les hommes. Dans un cabinet uniformément blanc, elle n’allait pas compromettre sa position en sortant avec le premier stagiaire venu. Barack a dû déployer tout son charme et quelques ruses pour la conquérir. (…) Dans le film, le récit est fidèle à la réalité, à quelques raccourcis près : c’est plus tard, et non le premier jour, que Barack a emmené sa « boss » à la réunion communautaire où il lui a fait la démonstration de ses talents politiques. Mais c’est effectivement devant le glacier Baskin-Robbins de Hyde Park qu’a été échangé ce jour-là le premier baiser (« Je l’ai embrassée et ça avait un goût de chocolat », a-t-il raconté à l’animatrice Oprah Winfrey). Depuis 2012, dans la cité de l’Illinois, une plaque commémore le « first kiss » au coin de Dorchester Avenue et de la 53e Rue. Du jamais vu dans la classe politique. (…) Pour les Noirs, qui ont peu de role models (« figures modèles ») dans les représentations cinématographiques, la vision d’un couple uni et d’une famille « ordinaire » est une bénédiction. Tika Sumpter arrive à peine à l’épaule de « Barack », alors que la First Lady mesure 1,80 m. Mais le film est un hommage à un couple qui a réussi à faire entrer toute la gamme du « cool » à la Maison Blanche. (…) Avec le Barry de Vikram Gandhi, ce sont les années pré-Michelle que les spectateurs vont pouvoir découvrir. 1981, une année torturée. Barack (Devon Terrell), qui se fait encore appeler Barry, est à la recherche d’une famille et d’une identité. Sa girlfriend de l’époque est une Blanche, Genevieve Cook (jouée par Anya Taylor-Joy), la fille d’un diplomate australien. Leur relation est compliquée par les incompréhensions raciales… Aujourd’hui, le président américain a encore cinq mois devant lui ; la date de passation de pouvoir est fixée au 20 janvier par la Constitution. Il y aura un dernier sommet du G20 en Asie, un dernier discours aux Nations unies (ONU), une dernière dinde graciée pour Thanksgiving. Mais la nostalgie a déjà envahi l’Amérique. Obama n’a jamais été aussi populaire. Depuis février, il dépasse les 50 % d’opinions favorables, ce qui ne lui était plus arrivé depuis l’hiver 2013. Le Monde magazine

Cherchez l’erreur !

Plaque commémorant le « first kiss » présidentiel,  sortie de pas moins – sans compter une comédie sur son enfance indonésienne – de deux films de Hollywood six mois avant la fin du deuxième mandat du président, articles du New York Times célébrant le coucher présidentiel ou se lamentant de son départ, sondages pour une fin de 2e mandat stratosphériques …

A l’heure où, si l’on en croit nos petits écrans et nos unes de journaux, certaines rues américaines, victimes du racisme policier sont à feu et à sang …

Et que comme pour l’élimination de Ben Laden, c’est au messie noir de la Maison Blanche que revient le mérite de l’ouverture du musée des horreurs du racisme américain dont le président Bush avait signé l’ordre de construction en 2003 …

Comment ne pas être émerveillé …

Entre les panégyriques de Hollywood et les dithyrambes du New Yort Times ou de Youtube …

Alors que suite à l’indécision ou aux décisions catastrophiques voire à l’aveuglement du soi-disant chef du Monde libre face à la menace islamiste …

Le Moyen-Orient comme certaines de nos rues à l’occasion sont elles réellement à feu et à sang …

De l’incroyable capacité de storytelling du premier président américain noir et plus rapide prix Nobel de l’histoire

Comme de la non moins incroyable capacité d‘aveuglement volontaire de ceux qui sont censés nous informer ?

« First Date » : quand Michelle rencontre Barack

Mathieu Macheret

Le Monde

30.08.2016

L’avis du « Monde » – on peut éviter

La machine hagiographique hollywoodienne n’a pas attendu le terme du second mandat de Barack Obama pour embaumer le 44e président des Etats-Unis dans sa propre légende. Pour cela, First Date n’emprunte pas les voies traditionnelles du biopic (biographie filmée), mais d’une comédie romantique se déroulant sur une seule journée : celle de 1989 où la future « First Lady » Michelle, alors jeune avocate à Chicago, tombe amoureuse du stagiaire de sa firme, l’humble, pondéré, clairvoyant, attentionné, plébiscité et prometteur Barack.

Comme dans beaucoup de fictions américaines, la séduction se passe un peu comme un entretien d’embauche

Constitué d’une longue conversation entre les deux personnages, au gré des endroits qu’ils visitent, le film insiste sur leur élégance simple, leur aisance naturelle et la perfection de leur pedigree. Comme dans beaucoup de fictions américaines, la séduction se passe un peu comme un entretien d’embauche, où il s’agit moins de décocher les flèches de Cupidon que de cocher les cases d’un CV imaginaire rempli de bienséance et de respectabilité. Les dialogues en profitent pour énumérer les états de service, éléments biographiques et souvenirs officiels des personnages, en somme tout ce qu’il faut savoir des locataires de la Maison Blanche, à la façon d’une notice Wikipédia.

Un environnement aseptisé

Le tout est enrobé par la mise en scène dans un environnement lisse, soyeux, confortable, soigneusement aseptisé par les lumières douces et les couleurs pastel d’un climat ensoleillé. Les scènes se suivent sans remous : l’une au musée pour nous montrer que Barack est cultivé, l’autre dans sa paroisse de quartier pour prouver sa dévotion à la communauté et ses talents d’orateur, une autre encore au cinéma, devant Do the Right Thing, de Spike Lee, pour marquer son acuité de conscience.

En fait, tout se passe comme si c’était moins Michelle qu’il devait séduire, que le spectateur. Les armes émollientes de la comédie romantique contribuent à déréaliser ces figures politiques, pour en faire de petites marionnettes telles qu’en rêverait une parfaite midinette. Ce qui en dit long sur la manière dont on considère l’électeur démocrate dans les officines du cinéma indépendant.

Film américain de Richard Tanne avec Parker Sawyers, Tika Sumpter, Vanessa Bell Calloway, Phillip Edward Van Lear (1 h 21).

Voir également:

Les Obama, vrais héros de cinéma

Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)

M le magazine du Monde

26.08.2016

« First Date » relate la rencontre, en 1989, entre Michelle Robinson, avocate à Chicago, et son stagiaire Barack Obama.

Déjà ? Cinq mois avant leur départ de la Maison Blanche, Michelle et Barack Obama sont les héros d’un biopic qui retrace leur rencontre et leur histoire d’amour. Sorti le 26 août aux Etats-Unis, Southside with You est attendu sur les écrans français le 31 août sous le titre de First Date (« premier rendez-vous »).

Un autre film, Barry, sur les années new-yorkaises du futur président, alors étudiant à l’université Columbia, sera présenté à la mi-septembre au Festival de Toronto (Ontario, Canada). Sans attendre que l’Amérique tourne la page avec l’élection présidentielle du 8 novembre, la légende cinématographique des Obama se construit déjà.

L’histoire de la rencontre entre Barack et Michelle à Chicago (Illinois) est connue. Elle a été racontée par les intéressés eux-mêmes. C’était l’été 1989, en pleine canicule. Michelle Robinson, 25 ans, était avocate associée au cabinet juridique Sidley Austin, un début de carrière brillant pour cette fille d’employé municipal du « South Side », le quartier noir de la ville. Le stagiaire qui venait de lui être assigné pour l’été portait ce drôle de nom, Barack Obama.

Comment séduire la sceptique Michelle

A 28 ans, il arrivait comme elle de la prestigieuse faculté de droit de Harvard. Michelle était assez sceptique – et caustique – sur les hommes. Dans un cabinet uniformément blanc, elle n’allait pas compromettre sa position en sortant avec le premier stagiaire venu. Barack a dû déployer tout son charme et quelques ruses pour la conquérir.

« Ce n’est pas un rendez-vous amoureux », ne cessait de répéter Michelle à propos de leur premier après-midi ensemble (visite à l’Art Institute de Chicago et film de Spike Lee). Dans le film, le récit est fidèle à la réalité, à quelques raccourcis près : c’est plus tard, et non le premier jour, que Barack a emmené sa « boss » à la réunion communautaire où il lui a fait la démonstration de ses talents politiques.

Mais c’est effectivement devant le glacier Baskin-Robbins de Hyde Park qu’a été échangé ce jour-là le premier baiser (« Je l’ai embrassée et ça avait un goût de chocolat », a-t-il raconté à l’animatrice Oprah Winfrey). Depuis 2012, dans la cité de l’Illinois, une plaque commémore le « first kiss » au coin de Dorchester Avenue et de la 53e Rue.

Une famille modèle pour la communauté noire

Du jamais vu dans la classe politique. Il est vrai que, dans l’univers très « House of Cards » de Washington, les Obama détonnent. Après sept ans d’exercice du pouvoir, ils ont réussi à échapper aux scandales et ils continuent à afficher une image de complicité. Pour les Noirs, qui ont peu de role models (« figures modèles ») dans les représentations cinématographiques, la vision d’un couple uni et d’une famille « ordinaire » est une bénédiction.

Réalisé par Richard Tanne en dix-sept jours, avec un budget modeste, et produit par le chanteur et compositeur John Legend, un ami des Obama, Southside with You a emballé le Festival de Sundance (Utah) au début de l’année. Pourtant, les deux acteurs – Parker Sawyers, un quasi-inconnu, dans le rôle du futur président et Tika Sumpter (ex- « Gossip Girl »), dans celui de la brillante avocate – n’ont pas le swag (la classe) de Barack et Michelle Obama.

Ni même l’allure. Tika Sumpter arrive à peine à l’épaule de « Barack », alors que la First Lady mesure 1,80 m. Mais le film est un hommage à un couple qui a réussi à faire entrer toute la gamme du « cool » à la Maison Blanche. « On sait où ils sont arrivés, commente John Legend. C’est génial de voir où ils ont commencé. »

Regain d’amour pour le président sortant

Avec le Barry de Vikram Gandhi, ce sont les années pré-Michelle que les spectateurs vont pouvoir découvrir. 1981, une année torturée. Barack (Devon Terrell), qui se fait encore appeler Barry, est à la recherche d’une famille et d’une identité. Sa girlfriend de l’époque est une Blanche, Genevieve Cook (jouée par Anya Taylor-Joy), la fille d’un diplomate australien. Leur relation est compliquée par les incompréhensions raciales…

Aujourd’hui, le président américain a encore cinq mois devant lui ; la date de passation de pouvoir est fixée au 20 janvier par la Constitution. Il y aura un dernier sommet du G20 en Asie, un dernier discours aux Nations unies (ONU), une dernière dinde graciée pour Thanksgiving. Mais la nostalgie a déjà envahi l’Amérique. Obama n’a jamais été aussi populaire.

Depuis février, il dépasse les 50 % d’opinions favorables, ce qui ne lui était plus arrivé depuis l’hiver 2013. « Obama me manque », écrivait au début des primaires le chroniqueur républicain David Brooks dans le New York Times.

L’intéressé en joue lui-même. Lors du dernier dîner des correspondants à la Maison Blanche, début mai, il a été introduit sur la chanson phare de la comédie musicale Pitch Perfect : « Je vous manquerai quand je serai parti. »

Voir encore:

Movies

Review: In an Obama Biopic, the Audacity of Hagiography?

Southside With You

  • Directed by Richard Tanne
  • Biography, Drama, Romance
  • PG-13
  • 1h 24m

“Something else is pulling at me,” the gangly young man with the jug ears says. “I wonder if I can write books or hold a position of influence in civil rights,” he adds. “Politics?” the pretty young woman asks. He shrugs. “Maybe.”

At that point in the romantic idyll “Southside With You,” these two conversationalists are well into one of those intimate walk-and-talks future lovers sometimes share, the kind in which day turns into night and night sometimes turns into the next day (and the day after that). As they amble through one Chicago neighborhood after another — pausing here, driving there — they also meander down their memory lanes. He’s from Hawaii and Indonesia. She’s from Chicago, the South Side. He’s going to Harvard Law. She’s been there, done that, and is now practicing law. You see where this is going.

Sweet, slight and thuddingly sincere, “Southside With You” is a fictional re-creation of Barack and Michelle Obama’s first date. It’s a curious conceit for a movie less because as dates go this one is pretty low key but because the writer-director Richard Tanne mistakes faithfulness for truthfulness. He’s obviously interested in the Obamas, but he’s so cautious and worshipful that there’s nothing here to discover, only characters to admire. Every so often, you catch a glimpse of two people seeing each other as if for the first time; mostly, though, the movie just sets a course for the White House. “You definitely have a knack for making speeches,” Michelle says. Yes he does (can).

The story opens with Michelle (Tika Sumpter) talking about Barack (Parker Sawyers) to her parents (“Barack o-what-a?” says dad), while he tells his grandmother about Michelle. She’s his adviser at the firm where he’s a summer associate. Barack digs her; Michelle thinks their dating would be inappropriate. Still, he perseveres with gentle confidence, chipping away at her defenses with searching disquisitions, a park-bench lunch and a visit to an art show, where this stealth-seducer recites lines from Gwendolyn Brooks’s short poem “We Real Cool,” an ominous, disconcerting pre-mortem of some young men shooting pool that closes with the words “We die soon.”

Like Michelle and Barack’s journey through Chicago, the poem raises a cluster of ideas — literary, political, philosophical — about Barack, suggesting where he’s at and where he’s going. Mr. Tanne has clearly made a close study of his real-life inspirations, yet his movie is soon hostage to the couple’s history. His characters feel on loan and, despite his actors, eventually make for dull company because too many lines and details serve the great-man-to-be story rather than the romance. At the art show, when Barack explains that the painter Ernie Barnes did the canvases featured in the sitcom “Good Times,” it isn’t just a guy trying to impress a date; it’s a setup for another big moment.

Ms. Sumpter’s enunciation has a near-metonymic precision suggestive of Mrs. Obama’s, while Mr. Sawyers’s gestural looseness, playful smile and lanky saunter will be familiar. Mr. Sawyers has the better, more satisfying role, partly because of who he plays, though also because Barack is more complex and vulnerable. He is the one with the thorny father issues who is trying to win over the girl (the audience, the nation). He’s hard to resist even if, by the time he takes Michelle to a community meeting in a housing project — where the aspirations of the family in “Good Times” meet their real-world counterpart — his words sound like footnotes in a political biography.

Mr. Obama wrote one such book, “The Audacity of Hope,” in which he describes this first date in a scene that’s echoed in the movie. “I asked if I could kiss her,” Mr. Obama writes, before cutting loose his smooth operator: “It tasted of chocolate.” It’s no surprise that Mr. Obama is a better writer than Mr. Tanne and has a stronger sense of drama. But it’s too bad that while Mr. Obama’s story about his date has tension, a moral and politics, Mr. Tanne’s has plaster saints. Abraham Lincoln was long dead when John Ford polished the presidential halo in the 1939 film “Young Mr. Lincoln.” Mr. Obama hasn’t even left office, but the cinematic hagiography has begun.

“Southside With You” is rated PG-13 (Parents strongly cautioned) for cigarette smoking. Running time: 1 hour 24 minutes.

Voir aussi:

‘Southside With You’ Review

Hagiographic retelling of Obama’s first date likely to disappoint those uninitiated into his cult of personality

Free Beacon
September 2, 2016

The pivotal moment in Southside With You amounts to a center-left cinematic version of John Galt’s Speech.

Barack Obama (Parker Sawyers) strides to the pulpit of a rundown inner-city church and launches into a clunky but heartfelt riff on the nature of American society—that we can only make progress when we come together and work for the greater good. Though mercifully shorter than John Galt’s stem-winder near the end of Atlas Shrugged, Obama’s speech is also staged poorly: The camera lingers on our hero, static, shot slightly from below to give him a majestic visage. When we cut away, it’s often to Michelle (Tika Sumpter), who is seen smiling in the audience, overcome by the great man’s words, Dagny Taggart gazing at the man who would jumpstart the motor of the world.

“You definitely have a knack for making speeches,” she says, a cringe-inducing summation of Obama’s political talents.

Like Galt’s rambling ode to the Makers-Not-Takers Class, Obama’s vision of a world that works best when compromise is prized bears little relation to the world we’ve seen for the last few years.

The rest of the film is less annoyingly, but rarely more artfully, put together. It’s a lot of shot/reverse shot and slow walk-and-talks, with Barack and Michelle’s faces all-too-often draped in shadows. Oddly, the movie often works better when Michelle and Barack are not on screen together, as in the early going when the two of them discuss the evening’s events with their respective families.

There’s an interesting film to be made about Obama’s relation to his father, but director Richard Tanne doesn’t make much use of this fertile territory. He’s more interested in resurrecting the idea of hope and change, as embodied by the young couple in love, than he is in examining why the former has been lost and the latter has failed. As the New York Times’ Manohla Dargis—no indignant reactionary offended by this mediocre offering’s praise to the heavens, she—put it, “Mr. Obama hasn’t even left office, but the cinematic hagiography has begun.”

Such hagiography of our chief executives is not unheard of, but it’s also less common than you might think. The complicated portraits of presidents painted by Oliver Stone in Nixon (1995) and W. (2008)—sympathetic, to a point, but unsparing and occasionally unfair—are far more interesting than the offering to Obama’s cult of personality that Southside With You represents.

John Ford’s Young Mr. Lincoln (1939) and Steven Spielberg’s Lincoln (2012) are perhaps the two most impressive examples of pure homage to the presidency. Young Mr. Lincoln in particular is a deft piece of filmmaking—as the booklet that comes with the Criterion Collection’s edition of the film notes, the legendary Soviet director Sergei Eisenstein once wrote that if he could lay claim to any American film, it would have been this one—which culminates in as powerful a sequence as any in film history.

Honest Abe (Henry Fonda) has defended two brothers from a wrongful murder charge—first saving them from a lynch mob and then proving their innocence in court—and seen the grateful family off. A friend asks if he wants to come back to town. “No, I think I might go on a piece. Maybe to the top of that hill,” Lincoln replies, striding off into the sunset. As he crests the ridge and as the Battle Hymn of the Republic plays, the sky cracks and rain pours forth. He pushes on, into the rain, the lightning, the thunder. It’s a storm Lincoln will have to face alone, a storm similar to the one the nation faced when the film was produced in 1939.

It’s not a subtle image, particularly, but it does hold up through the decades, a simple and powerful picture of a man with the weight of a nation on his shoulders. In its own way, the closing moments of Southside With You are also affecting. Barack Obama sits in a chair, smoking a cigarette, a book on his lap. He smiles, thinking of himself and his date. The storm clouds gather again—mass murder in Syria; a destabilized Middle East; a resurgent China and Russia—but you wouldn’t know it from the placid look on the future chief executive’s face. He is detached, concerned with his own affairs, his own place in the world.

If that’s the impression Tanne was going for, well, to quote another president: Mission Accomplished.

Voir encore:

Barack Obama: The Rom-Com President

What ‘Southside With You’ says about President Obama’s legacy

Sam Dean

MEL

Aug 31 2016

A young Jack Kennedy leads his shipwrecked crew to safety on a deserted island, dragging an injured sailor as he swims. A middle-aged FDR is struck down by polio, then fights to recover his ability to walk in order to step back onto the political stage. An up-and-coming Abraham Lincoln, new to the legal profession, stops a lynch mob from killing two young men suspected of murder, then successfully defends them in court. A young Barack Obama, interning at a corporate law firm, convinces his supervisor to go on a date. They kiss.

One of these things is not like the others.

The vast majority of presidential movies focus on presidents being presidents, sitting at the head of state, living arguably the most consequential moments of their lives. A man with the power and responsibility of the highest office in the country is instantly interesting, whether that’s JFK with the Cuban missile crisis, Lincoln on the eve of the Civil War, Nixon authorizing break-ins at the Watergate, or that famous speech President Bill Pullman gives toward the end of Independence Day. It’s easy for a president to get turned into a figure of high drama, a hero or villain of our national narrative.

But when a film dips into a president’s pre-presidential years, there’s more than just a good story going on. In fact, only a handful of presidential films have ignored a president’s years in the Oval Office entirely: PT-109 (the JFK war movie), Sunrise at Campobello (FDR’s recovery drama), Young Mr. Lincoln (on Lincoln’s… yes, younger years), and now Southside With You, the new movie about Barack and Michelle Obama’s first date in Chicago in 1991.

Iwan Morgan, editor of Presidents in the Movies and professor of U.S. Studies and American History at University College London, explained over email that both JFK’s and FDR’s early biopics “deal with pre-presidential triumph over adversity to emphasize their suitability to lead in office, rather than celebrating their leadership in office.” Morgan added that John Ford, director of Young Mr. Lincoln, “focuses on the pre-heroic Lincoln to explore his formative influences and preparation for greatness.” The whole point of making a presidential prequel is to show the pattern of the POTUS-to-be.

So what does Southside with You show us? The film follows the Obamas through a fictionalized version of their famous first date, whose end is already memorialized by a plaque in front of a Hyde Park Baskin-Robbins — inscribed with this quote from a 2007 O, The Oprah Magazine interview with Barack: “On our first date, I treated her to the finest ice cream Baskin-Robbins had to offer, our dinner table doubling as the curb. I kissed her, and it tasted like chocolate.”

However sweet the ending, the day didn’t begin as a date, at least in Southside’s telling. Barack is a broke summer associate at a corporate law firm; Michelle, his supervisor. He knows she thinks dating within the office is a bad look (and it is), so he asks her out to a community activist meeting at the Gardens — a housing project on Chicago’s South Side — and he fudges the timing a little so they’ll have an opportunity to hang beforehand. They take a trip to the Art Institute of Chicago, where Barack recites the Gwendolyn Brooks poem “We Real Cool” from memory in front of an Ernie Barnes painting, then meander around a public park, trading political opinions and biographical details.

Barack (Parker Sawyers) and Michelle (Tika Sumpter) mostly speak in expository monologues; their back-and-forth has all the zip and timing of an exchange between animatronics in the Hall of Presidents. It’s less like Before Sunset, the movie’s obvious walk-and-talk precedent, and more like an extended video-game cut scene — even something about the cinematography feels expectant, like something is always about to happen, but never does.

The future POTUS and FLOTUS head to a bar, where Michelle finally agrees to call their day together a “date,” and then they go see Spike Lee’s Do the Right Thing (another movie that takes place in one day, though the similarities end right about there). Walking out, the couple runs into a higher-up from the law firm and his wife.

This presents a double danger: First, Michelle’s main reason for not wanting to date within the office (and especially not wanting to date the only other black person in the office) was to avoid office gossip, and the undermining that comes with being anything less than professional; second, they ask the young black couple if they could explain the famous final scene of Do The Right Thing, in which the main character, Mookie (played by Spike Lee), throws a trash can through the window of the pizzeria where he works.

Mookie threw the trash can to save the life of the pizzeria owner and divert the crowd’s anger toward the restaurant itself, Barack explains, clearly catering to the older white couple. But once they walk away, he assures Michelle that he was just playing to his audience—Mookie threw the trash can because he was angry. Then: the ice cream, and the kiss.

Within the context of the rom-com, this makes for sweet (if somewhat boring) viewing. A first date is all about potential, but we know how this particular love story ends. The Obamas are paragons of the modern married couple; Barack’s promise as a potential partner paid off. But, as Manohla Dargis pointed out in her review in The New York Times, it’s clear throughout Southside that Michelle is meant to be a stand-in for the audience, for the Obama voter, for the nation at large — Barack didn’t just want Michelle, he wanted you.

So what about his promise as a president? Besides getting Michelle to go on a date with him in the first place, two moments where young Barack seemingly takes action are at the meeting in the Gardens and, belatedly, after Do the Right Thing. In the first, he gives a speech about not being discouraged by a fractious and adversarial political system, counseling patience. In the second, he gives a palatable answer to an older, conservative white audience, saving his real charm (and real insight) for Michelle. Now that’s politics.

Perhaps this would all be more touching if we knew that these tactics had made for a rip-roaring two terms as president. Instead, and in spite of itself, this plays right to the most persistent criticisms of the Obama presidency, and to the greatest fears of his supporters: that Obama never moved beyond his perceived potential from the 2008 election, and was never able to deliver much more than a solid speech.

Dargis called the film a “cinematic hagiography” in the Times, but to borrow another Christian term of art, it’s closer to a piece of apologetics. Instead of a miracle story of a hero’s precocious powers, it presents an argument against his critics, a character study by way of excuse. In Southside, the young Obama doesn’t demonstrate his future leadership ability as much as his ability to convince you of his future leadership ability. Which is, ironically, what many of his strongest critics say about his presidency. That it was — and remained, throughout his eight years in office — about possibility.

Southside tells us that, if it wasn’t for the system, Obama could have accomplished more, and despite it all, did an admirable job of keeping his head up. It urges us to believe what we already know: that he’s a cool guy in private, even if he keeps calling for drone strikes and deporting more people  — that’s just playing to the white couple at the movie theater, the conservative crowd. It argues, ice cream cone in hand, that Obama would have made a truly great president, if he had just been given the chance.

Voir de même:

Roger Ebert
August 26, 2016 

As Michelle Robinson (Tika Sumpter) gets dressed in her home on the South Side of Chicago, her mother (Vanessa Bell Calloway) playfully teases her about the amount of effort Michelle is putting into her appearance. “I thought this wasn’t a date,” she chides. Michelle insists it isn’t. “You know I like to look nice when I go out,” she says. When her father joins his wife in ribbing their daughter, Michelle digs in her heels about this being a “non-date”. But it’s clear the lady doth protest too much. In her mind, there’s no way she’s falling for the smooth-talking co-worker who invited her to a community event. She’s seen this type of brother before, and she thinks she’s immune to his brand of charm.

Soon, the brother in question, Barack Obama (Parker Sawyers), picks up Miss Robinson. Our first glimpse of him, backed by Janet Jackson’s deliriously catchy 1989 hit “Miss You Much, » is a master class of not allowing one’s meager means to interfere with one’s confidence level. Barack smokes with the preternaturally efficient coolness of Bette Davis, yet drives a car built for Fred Flintstone. The large hole in the passenger side floor of his raggedy vehicle will not diminish his swagger nor derail his plan. Using the community event as a jumping-off point, he intends to gently push this non-date into the date category.

So begins the romantic comedy « Southside with You, » a mostly-true account of the first date between our current President and the First Lady.Southside with you

Like “Before Sunrise,” a film which invites comparison, “Southside with You” is a two-hander that’s top-heavy with dialogue, walking and a knowing sense of location. Unlike that film, however, we already know the ending before the lights go down in the theater. So, writer/director Richard Tanne replaces the suspenseful pull of “will they or won’t they?” with an equally compelling and understated character study that humanizes his larger-than-life public figures. Tanne reminds us that, before ascending to the most powerful office in the world, Barack and Michelle were just two regular people who started out somewhere much smaller.

This down-to-earth approach works surprisingly well because “Southside with You” never loses sight of the primary tenet of a great romantic comedy: All you need is two people whom the audience wants to see get together—then you put them together. So many entries in this genre fail miserably because the filmmakers feel compelled to overcomplicate matters with useless subplots and extraneous characters; they mistake cacophony for complexity. “Southside with You” builds its emotional richness by coasting on the charisma of its two leads as they carefully navigate each other’s personality quirks and life stories. We may be ahead of them in terms of knowing the outcome, but we’re simultaneously learning the details.

“Southside with You” is at once a love song to the city of Chicago and its denizens, an unmistakably Black romance and a gentle, universal comedy. It is unapologetic about all three of these elements, and interweaves them in such a subtle fashion that they become more pronounced only upon later reflection. The Chicago affection manifests itself not only in a scene where, in front of a small group of community activists welcoming back their favorite son, Barack demonstrates a rough version of the speechmaking ability that will later become his trademark, but also when Barack takes Michelle to an art gallery. He points out that the Ernie Barnes paintings they’re viewing were used on the Chicago-set sitcom “Good Times.” Then the duo recite Chicago native Gwendolyn Brooks’ poem about the pool players at the Golden Shovel, « We Real Cool. » Even the beloved founder of this site, Roger Ebert, gets a shout-out for championing “Do the Right Thing, » the movie Barack and Michelle attend in the closing hours of their date.

Though its depiction of romance is recognizable to anyone who has ever gone on a successful first date, “Southside with You” also takes time to address the concerns Michelle has with dating her co-worker, especially since she’s his superior and the only Black woman in the office. The optics of this pairing worries her in ways that hint at the corporate sexism that existed back in 1989, and continues in some fashion today. Her concern is that her superiors might think she threw herself at the only other Black employee which, based on my own personal workplace experience, I found completely relatable. This plotline has traction, culminating in a fictional though very effective climactic scene between Barack, Michelle and their boss. It’s a bit overdramatic, but the payoff is a lovely ice cream-based reconciliation that may do for Baskin-Robbins what Beyoncé’s “Formation” did for Red Lobster.

Heady topics aside, “Southside with You” is often hilarious and never loses its old-fashioned sweetness. Sumpter’s take on Michelle is a tad more on-point than Sawyers’ Barack, but he compensates by exuding the same bemused self-assurance as his real-life counterpart. The two leads are both excellent, but this is really Michelle’s show. Sumpter relishes throwing those “you think you’re cute” looks that poke sharp, though loving holes in all forms of braggadocio, and Sawyers fills them with surprising vulnerability. The two manage to create a beautiful tribute to enduring love in just under 90 minutes, making “Southside with You” an irresistibly romantic and rousing success.

Voir aussi:

Movies
Tika Sumpter on Playing the Future First Lady, Michelle Obama

Robert Ito

The New York Times

Aug. 18, 2016

WEST HOLLYWOOD, Calif. — Tika Sumpter knew the screenplay was something special. It was, at its core, a romance, with two charming leads slowly falling for each other over the course of a single Chicago day. They speak passionately — at some points, angrily — about moral courage and racial politics and the struggles of staying true to oneself. They take sides on “Good Times” versus “The Brady Bunch,” ice cream versus pie. They quote the poet Gwendolyn Brooks (“We Real Cool”) from memory, while sizing up Ernie Barnes’s painting “Sugar Shack.” They watch “Do the Right Thing.”

It didn’t hurt that the two characters were Barack Obama and Michelle Robinson, in a fictionalized account of their first date, in 1989, when Spike Lee’s film was in theaters and Janet Jackson’s “Miss You Much” was in the air.

“I loved that it was an origin story about the two most famous people in the world right now, and about how they fell in love,” Ms. Sumpter said. “You don’t see a lot of black leads in love stories, and you definitely don’t see a lot of walk and talks with black people.”

In “Southside With You,” which opens Aug. 26, Ms. Sumpter plays the first lady-to-be at 25, a corporate lawyer who is also an adviser to a young man named Barack Obama (Parker Sawyers), an up-and-coming, Harvard-educated summer associate. The film received rave reviews when it had its premiere at Sundance, where it was one of the festival’s breakouts, in large part because of Ms. Sumpter’s performance. But “Southside With You” may not have been made if Ms. Sumpter hadn’t also pitched in as one of three producers.

As much as Ms. Sumpter coveted the meaty role of Michelle Robinson, once she secured the part, reality set in. “At first it was overwhelming,” she admitted. “I’ve never been to Harvard, I’ve never been to Princeton. I didn’t even finish school because I couldn’t afford it. But once I stripped away that ‘Michelle Obama,’ I was able to take it back to that girl from the South Side.”

The actress was here at the London Hotel on a recent morning, holding forth on the challenges of playing the young Ms. Robinson. Dressed in a black sundress and high heels, Ms. Sumpter, 36, would occasionally and animatedly slip into Mrs. Obama’s distinctive speech patterns to describe a scene or illustrate a point. “You feel like she’s talking just to you,” she said. “And she enunciates everything, to show that she really means what she says.”

Born Euphemia LatiQue Sumpter in Queens, the actress was the fourth child of six. Her mother was a corrections officer at Rikers Island; her father died when she was 13. “My mom said I was quiet and observant,” she said. “I always wanted to impress her, so I’d always clean the house.” In school, she was on the cheerleading squad, ran for student council, befriended skinheads and “the preppy girls,” spoke up for the bullied. “I was that girl in high school,” she said.

Ms. Sumpter caught the acting bug in grade school while watching episodes of “The Cosby Show” and “A Different World.” “I was like, I want to be in that box,” she said. “I don’t know how I’m going to get in there, but I want to do that.” At 16, after her family moved to Long Island, she would take the train into Manhattan, paying for acting classes with money she earned working the concession stand at a local movie theater. “I’d go to open calls and be totally wrong for everything,” she remembered. “My hair would not be right.”
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At 20, she booked a commercial for Curve perfume. “They probably still sell it at Rite Aid,” she said with a laugh. It was her first gig, and it was filmed in Times Square, and she couldn’t have been happier.

In 2005, Ms. Sumpter secured a regular role on “One Life to Live.” She’s been working steadily ever since, on television (“Gossip Girl,” “The Haves and the Have Nots”) and films (“Get On Up,” “Ride Along 2”).

In 2015, she saw an early synopsis of “Southside With You” by Richard Tanne. “I was like, please write this script,” she said. “I would call him every few weeks, ‘Are you writing it, are you writing it?’”

Even if she didn’t get the part, she told him, she wanted to be a producer on the film, to ensure that it got made. Before long, the first-time producer was doing everything from finding financing and locating extras to pitching studios and helping cast Barack.

“I don’t think she necessarily expected to be the lead producer alongside me,” said Mr. Tanne, who also directed the film. “But I was a first-time filmmaker, and people wanted to maybe impose their own vision on the film. She kind of naturally sprung into action to safeguard what the movie needed to be.”

The details of that storied first date — the stop at the art museum, their first kiss over a cone of Baskin-Robbins — have been recounted in biographies and articles about the first family. Mrs. Obama told David Mendell, author of “Obama: From Promise to Power,” that “I had dated a lot of brothers who had this kind of reputation coming in, so I figured he was one of those smooth brothers who could talk straight and impress people.”

In the film, Ms. Sumpter goes from wary to icy to “maybe this guy isn’t so bad” and back again, as Michelle is initially repelled by some of Barack’s moves (his insistence that this “not a date” actually is) before warming to others (his deep knowledge of African-American art, his gift for lighting up a crowd). “We talked about the levels of guard she might have up at any given time,” Mr. Tanne remembered. “We had three levels, almost like a DEFCON system.”

To prepare the actress worked with a vocal coach to master Mrs. Obama’s speech patterns, and watched videos to see how she walked and carried herself. “Once we started rehearsing,” said Mr. Sawyers, “I was like, oh, that’s it! She nailed it.”

In one scene, Michelle talks about the racism she encountered at Princeton and Harvard — some subtle, some less so — and how, even at her current firm, she has to navigate between “Planet Black and Planet White.” Ms. Sumpter admitted that there were parallels in her own field. “You see the differences in the way certain movies are treated,” she said. “But once you come to terms with that, you have to go, O.K., I’m not going to allow that to hold me back. Which is what I love about Michelle. She never allowed the color of her skin and all the things she was up against to keep her from breaking through.”

A lot of that confidence came from Mrs. Obama’s family, just as it did for Ms. Sumpter, who is expecting her own daughter this fall. “Because of my mom, I never felt less than,” she said, looking back on her early days trying to make it in the business. “I never came into this world thinking, I’m a brown-skinned girl going to Hollywood. I was always like, I’m talented and I’m beautiful and I’m smart. Why wouldn’t you want me?”

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Roger Ebert
August 26, 2016 

As Michelle Robinson (Tika Sumpter) gets dressed in her home on the South Side of Chicago, her mother (Vanessa Bell Calloway) playfully teases her about the amount of effort Michelle is putting into her appearance. “I thought this wasn’t a date,” she chides. Michelle insists it isn’t. “You know I like to look nice when I go out,” she says. When her father joins his wife in ribbing their daughter, Michelle digs in her heels about this being a “non-date”. But it’s clear the lady doth protest too much. In her mind, there’s no way she’s falling for the smooth-talking co-worker who invited her to a community event. She’s seen this type of brother before, and she thinks she’s immune to his brand of charm.

Soon, the brother in question, Barack Obama (Parker Sawyers), picks up Miss Robinson. Our first glimpse of him, backed by Janet Jackson’s deliriously catchy 1989 hit “Miss You Much, » is a master class of not allowing one’s meager means to interfere with one’s confidence level. Barack smokes with the preternaturally efficient coolness of Bette Davis, yet drives a car built for Fred Flintstone. The large hole in the passenger side floor of his raggedy vehicle will not diminish his swagger nor derail his plan. Using the community event as a jumping-off point, he intends to gently push this non-date into the date category.

So begins the romantic comedy « Southside with You, » a mostly-true account of the first date between our current President and the First Lady. Like “Before Sunrise,” a film which invites comparison, “Southside with You” is a two-hander that’s top-heavy with dialogue, walking and a knowing sense of location. Unlike that film, however, we already know the ending before the lights go down in the theater. So, writer/director Richard Tanne replaces the suspenseful pull of “will they or won’t they?” with an equally compelling and understated character study that humanizes his larger-than-life public figures. Tanne reminds us that, before ascending to the most powerful office in the world, Barack and Michelle were just two regular people who started out somewhere much smaller.

This down-to-earth approach works surprisingly well because “Southside with You” never loses sight of the primary tenet of a great romantic comedy: All you need is two people whom the audience wants to see get together—then you put them together. So many entries in this genre fail miserably because the filmmakers feel compelled to overcomplicate matters with useless subplots and extraneous characters; they mistake cacophony for complexity. “Southside with You” builds its emotional richness by coasting on the charisma of its two leads as they carefully navigate each other’s personality quirks and life stories. We may be ahead of them in terms of knowing the outcome, but we’re simultaneously learning the details.

“Southside with You” is at once a love song to the city of Chicago and its denizens, an unmistakably Black romance and a gentle, universal comedy. It is unapologetic about all three of these elements, and interweaves them in such a subtle fashion that they become more pronounced only upon later reflection. The Chicago affection manifests itself not only in a scene where, in front of a small group of community activists welcoming back their favorite son, Barack demonstrates a rough version of the speechmaking ability that will later become his trademark, but also when Barack takes Michelle to an art gallery. He points out that the Ernie Barnes paintings they’re viewing were used on the Chicago-set sitcom “Good Times.” Then the duo recite Chicago native Gwendolyn Brooks’ poem about the pool players at the Golden Shovel, « We Real Cool. » Even the beloved founder of this site, Roger Ebert, gets a shout-out for championing “Do the Right Thing, » the movie Barack and Michelle attend in the closing hours of their date.

Though its depiction of romance is recognizable to anyone who has ever gone on a successful first date, “Southside with You” also takes time to address the concerns Michelle has with dating her co-worker, especially since she’s his superior and the only Black woman in the office. The optics of this pairing worries her in ways that hint at the corporate sexism that existed back in 1989, and continues in some fashion today. Her concern is that her superiors might think she threw herself at the only other Black employee which, based on my own personal workplace experience, I found completely relatable. This plotline has traction, culminating in a fictional though very effective climactic scene between Barack, Michelle and their boss. It’s a bit overdramatic, but the payoff is a lovely ice cream-based reconciliation that may do for Baskin-Robbins what Beyoncé’s “Formation” did for Red Lobster.

Heady topics aside, “Southside with You” is often hilarious and never loses its old-fashioned sweetness. Sumpter’s take on Michelle is a tad more on-point than Sawyers’ Barack, but he compensates by exuding the same bemused self-assurance as his real-life counterpart. The two leads are both excellent, but this is really Michelle’s show. Sumpter relishes throwing those “you think you’re cute” looks that poke sharp, though loving holes in all forms of braggadocio, and Sawyers fills them with surprising vulnerability. The two manage to create a beautiful tribute to enduring love in just under 90 minutes, making “Southside with You” an irresistibly romantic and rousing success.

Voir par ailleurs:

Barack Obama, le « storytelling » jusqu’au bout de la nuit

Le Monde

05.07.2016

Le rituel du soir de Barack Obama n’est un secret pour personne : le président des États-Unis est un couche-tard. Ces quelques heures de solitude, entre la fin du dîner et l’heure de dormir, vers 1 heure du matin, sont celles où il réfléchit et se retrouve seul avec lui-même. De menus détails sur sa vie qui sont connus du public depuis plusieurs années.

Alors pourquoi les raconter à nouveau ? pourrait-on demander au New York Times, et son enquête intitulée « Obama après la tombée de la nuit ». Parce que les lecteurs apprécient visiblement ces quelques images de l’intimité d’un président qui quittera bientôt la Maison Blanche. Deux jours après sa publication, l’article est toujours dans le top 10 des plus lus sur le site.

Barack Obama a toujours été un pro du storytelling. Tout, dans l’image qu’il donne de lui-même, est précisément contrôlé, y compris les moments de décontraction. Pete Souza, le photographe officiel de la Maison Blanche, en est le meilleur témoin et le meilleur outil. Le professionnel met en avant l’image d’un président plus décontracté, en marge du protocole officiel, proche des enfants, jouant allongé par terre avec un bébé tenu à bout de bras ou autorisant un jeune garçon à lui toucher les cheveux « pour savoir s’ils sont comme les siens ».

Dans cet article, c’est encore une fois l’image d’un homme décontracté, mais aussi plus sage et solitaire qu’à l’ordinaire, qui est travaillée. Et d’abord par l’introduction qui compare les habitudes nocturnes de Barack Obama à celle de ses prédécesseurs.

« Le président George W. Bush, un lève-tôt, était au lit à dix heures. Le président Bill Clinton se couchait tard comme M. Obama, mais il consacrait du temps à de longues conversations à bâtons rompus avec ses amis et ses alliés politiques. »

Là où Bill Clinton appréciait la compagnie jusqu’à tard dans la nuit, Barack Obama choisit la solitude réflexive. Pour enfoncer le clou, l’article cite alors l’historien Doris Kearns Goodwin : « C’est quelqu’un qui est bien seul avec lui-même. »

« Il y a quelque chose de spécial, la nuit. C’est plus étroit, la nuit. Cela lui laisse le temps de penser. »

« C’est plus étroit, la nuit »

L’huile qui fait tourner les rouages d’un storytelling réussi, ce sont les anecdotes, inoffensives ou amusantes. Ici, on découvre celle des sept amandes que Barack Obama mange le soir. Les amandes montrent que le président a une hygiène de vie impeccable, qu’il n’a besoin de boissons excitantes ou sucrées pour tenir le coup. Et en même temps, le chiffre précis a quelque chose d’insolite, qui donne l’image de quelqu’un d’un peu crispé, qui veut tout contrôler. Mais pas trop. « C’était devenu une blague entre Michelle et moi », raconte Sam Kass, le chef cuisinier personnel de la famille entre 2009 et 2014. « Ni six, ni huit, toujours sept amandes. »

Le portrait de Barack Obama, une fois la nuit tombée, soigne également l’image d’un bourreau de travail, perfectionniste et attaché aux détails. Cody Keenan, qui supervise l’écriture des discours à la Maison Blanche, raconte qu’il est parfois rappelé le soir pour revenir travailler. Les nuits les plus longues sont celles où Obama a décidé de retravailler ses discours. Cody Keenan comprend :

Une image de « Mister Cool »

Dans le même temps, il faut entretenir l’image de « Mister Cool » et continuer à travailler sur celle du père de famille. Barack Obama ne fait pas que travailler dans son bureau. Il se tient au courant des résultats sportifs sur ESPN et joue à Words With Friends, un dérivé du Scrabble sur iPad.

Le « rituel du coucher » n’a plus vraiment de raison d’être maintenant que ses filles Malia et Sasha ont 18 et 15 ans, mais il reste la « movie night », la soirée cinéma de la famille, tous les vendredis soirs dans le « Family Theater », une salle de projection privée de 40 places. Avec le petit détail qui change tout : Barack et Michelle apprécient les séries ultra-populaires Breaking Bad ou Game of Thrones.

Le procédé est efficace, et l’impression générale qui se dégage est celle d’un homme réfléchi, calme, solitaire. Dans les commentaires qui accompagnent l’article, les lecteurs se livrent à leurs propres analyses : seul un grand solitaire comme Barack peut incarner la fonction présidentielle, car « sa motivation dans la vie va au-delà du besoin narcissique d’obtenir des confirmations de sa grandeur ».

« J’ai bien plus confiance en quelqu’un qui a cette discipline et cette concentration que pour les extravertis qui candidatent habituellement à ces postes », dit un autre, sans donner de noms.

Voir enfin:

I Miss Barack Obama

As this primary season has gone along, a strange sensation has come over me: I miss Barack Obama. Now, obviously I disagree with a lot of Obama’s policy decisions. I’ve been disappointed by aspects of his presidency. I hope the next presidency is a philosophic departure.

But over the course of this campaign it feels as if there’s been a decline in behavioral standards across the board. Many of the traits of character and leadership that Obama possesses, and that maybe we have taken too much for granted, have suddenly gone missing or are in short supply.

The first and most important of these is basic integrity. The Obama administration has been remarkably scandal-free. Think of the way Iran-contra or the Lewinsky scandals swallowed years from Reagan and Clinton.

We’ve had very little of that from Obama. He and his staff have generally behaved with basic rectitude. Hillary Clinton is constantly having to hold these defensive press conferences when she’s trying to explain away some vaguely shady shortcut she’s taken, or decision she has made, but Obama has not had to do that.

He and his wife have not only displayed superior integrity themselves, they have mostly attracted and hired people with high personal standards. There are all sorts of unsightly characters floating around politics, including in the Clinton camp and in Gov. Chris Christie’s administration. This sort has been blocked from team Obama.

Second, a sense of basic humanity. Donald Trump has spent much of this campaign vowing to block Muslim immigration. You can only say that if you treat Muslim Americans as an abstraction. President Obama, meanwhile, went to a mosque, looked into people’s eyes and gave a wonderful speech reasserting their place as Americans.

He’s exuded this basic care and respect for the dignity of others time and time again. Let’s put it this way: Imagine if Barack and Michelle Obama joined the board of a charity you’re involved in. You’d be happy to have such people in your community. Could you say that comfortably about Ted Cruz? The quality of a president’s humanity flows out in the unexpected but important moments.

Third, a soundness in his decision-making process. Over the years I have spoken to many members of this administration who were disappointed that the president didn’t take their advice. But those disappointed staffers almost always felt that their views had been considered in depth.

Obama’s basic approach is to promote his values as much as he can within the limits of the situation. Bernie Sanders, by contrast, has been so blinded by his values that the reality of the situation does not seem to penetrate his mind.

Take health care. Passing Obamacare was a mighty lift that led to two gigantic midterm election defeats. As Megan McArdle pointed out in her Bloomberg View column, Obamacare took coverage away from only a small minority of Americans. Sanderscare would take employer coverage away from tens of millions of satisfied customers, destroy the health insurance business and levy massive new tax hikes. This is epic social disruption.

To think you could pass Sanderscare through a polarized Washington and in a country deeply suspicious of government is to live in intellectual fairyland. President Obama may have been too cautious, especially in the Middle East, but at least he’s able to grasp the reality of the situation.

Fourth, grace under pressure. I happen to find it charming that Marco Rubio gets nervous on the big occasions — that he grabs for the bottle of water, breaks out in a sweat and went robotic in the last debate. It shows Rubio is a normal person. And I happen to think overconfidence is one of Obama’s great flaws. But a president has to maintain equipoise under enormous pressure. Obama has done that, especially amid the financial crisis. After Saturday night, this is now an open question about Rubio.

Fifth, a resilient sense of optimism. To hear Sanders or Trump, Cruz and Ben Carson campaign is to wallow in the pornography of pessimism, to conclude that this country is on the verge of complete collapse. That’s simply not true. We have problems, but they are less serious than those faced by just about any other nation on earth.

People are motivated to make wise choices more by hope and opportunity than by fear, cynicism, hatred and despair. Unlike many current candidates, Obama has not appealed to those passions.

No, Obama has not been temperamentally perfect. Too often he’s been disdainful, aloof, resentful and insular. But there is a tone of ugliness creeping across the world, as democracies retreat, as tribalism mounts, as suspiciousness and authoritarianism take center stage.

Obama radiates an ethos of integrity, humanity, good manners and elegance that I’m beginning to miss, and that I suspect we will all miss a bit, regardless of who replaces him.

Voir aussi:

The Authentic Joy of “Southside with You”

The writer and director Richard Tanne’s first feature, “Southside with You,” which will be released next Friday, is an opening act of superb audacity, a self-imposed challenge so mighty that it might seem, on paper, to be a stunt. It’s a drama about Barack Obama and Michelle Robinson’s first date, in Chicago, in the summer of 1989. It stars Parker Sawyers as the twenty-eight-year-old Barack, a Harvard Law student and summer associate at a Chicago law firm, and Tika Sumpter (who also co-produced the film) as the twenty-five-year-old Michelle, a Harvard Law graduate and a second-year associate at the same firm. The results don’t resemble a stunt; far from it. “Southside with You,” running a brisk hour and twenty minutes, is a fully realized, intricately imagined, warmhearted, sharp-witted, and perceptive drama, one that sticks close to its protagonists while resonating quietly but grandly with the sweep of a historical epic.

Tanne tells the story of the First Couple’s first date with a tightly constrained time frame—one day’s and evening’s worth of action—that begins with the protagonists preparing for their rendezvous and ends with them back at their homes. In between, Tanne pulls off a near-miracle, conveying these historic figures’ depth and complexity of character without making them grandiose. The dialogue is freewheeling and intimate, ranging through subjects far from the matters at hand, suggesting enormous intellect and enormous promise without seeming cut-and-pasted from speeches or memoirs. The film exudes Tanne’s own sense of calm excitement, nearly a documentarian’s serendipitous thrill at being present to catch on-camera a secret miracle of mighty historical import.

Movies about public figures—ones whose appearance, diction, and gestures are deeply ingrained in the minds of most likely viewers—must confront the Scylla of impersonation and the Charybdis of unfaithfulness. Tanne’s extraordinary actors thread that strait nimbly, delivering performances that exist on their own but feel true to the characters, that spin with dialectical delight and embody the ardors, ambitions, and uncertainties that even the most able and aware young adults must face.

The movie’s first dramatic uncertainty is whether Michelle and Barack’s meeting is even a date. Talking to her parents before his arrival, she denies that it is; talking with him on the street soon after he picks her up in his beat-up car, she not only denies that it is but also demands that it not be one. Michelle explains that, as a black woman with mainly white male co-workers, the perception arising from her dating a black summer associate—especially one whose nominal adviser she is—would be perceived negatively by higher-ups at the firm. But Barack, smooth-talking, brashly funny, and calmly determined, makes no bones about his intentions, even as he apparently defers to her insistence.

The easygoing yet rapid-fire dialogue—and the actors’ controlled yet passionate delivery of it, as they get to know each other, size each other up, and make each other aware of their motives and doubts—evokes the pregnant power of the occasion. Yet the couple’s depth of character emerges all the more vividly through Tanne’s alert directorial impressionism, a sensitivity to the actors’ probing glances that provides a sort of visual matrix for the actors’ inner life. It comes through in small but memorable touches, as when young Barack, smoking a cigarette in his rattling car, sprays some air freshener before pulling up to Michelle’s house. When she gets in, she sniffs the chemical blend; as the car pulls away, she glances down at a hole in the floor of the car, through which she sees the asphalt below. That flickering subjectivity suffuses and sustains the action, lends images to the characters, states of mind and moods to their ideas.

Tanne achieves something that few other directors—whether of independent or Hollywood or art-house films—ever do: he creates characters with an ample sense of memory, who fully inhabit their life prior to their time onscreen, and who have a wide range of cultural references and surging ideas that leap spontaneously into their conversation. A scene in which Michelle and Barack visit an exhibit of Afrocentric art—he discusses the importance of the painter Ernie Barnes to the sitcom “Good Times,” and together they recall Gwendolyn Brooks’s poem “We Real Cool”—has an effortless grace that reflects an unusual cinematic depth of lived experience.

The centerpiece of the film is a splendid bit of romantic and principled performance art on the part of Barack. He plans the non-date date around a community meeting in a mainly black neighborhood that Michelle—who did pro-bono work at Harvard and who admits to frustration with her trademark-law work at the firm—is eager to attend. There, Barack, who had been active with the organization before heading to Harvard, is received like a prodigal son. The subject of the meeting is the legislature’s refusal to build a much-needed community center; frustration among the attendees mounts, until Barack addresses them and offers some brilliant practical suggestions to overcome the opposition. At the meeting, he displays, above all, his gifts for public speaking and, even more, for empathy. He reveals, to the community group but also to Michelle, a preternatural genius at grasping interests and motives, at seeking common cause, and at recognizing—and acting upon—the human factor. There, Barack also displays a personal philosophy of practical politics that’s tied to his larger reflections on American history and political theory. The intellectual passion that Tanne builds into the scene, and that Sawyers delivers with nuanced fervor, is all the more striking and exquisite for its subtle positioning as a device of romantic seduction.

 

Michelle’s sense of principled responsibility and groundedness, her worldly maturity and practical insight, is matched by Barack’s ardent but callow, mighty but still-unfocussed energies. The movie’s ring of authenticity carried me through from start to finish without inviting my speculations as to the historical veracity of the events. Curiosity eventually kicked in, though; most accounts of the first date suggest that its general contours involved Michelle’s reluctance to date a colleague who was also a subordinate, the visit to the Art Institute, a walk, a drink, and a viewing of the recently released film “Do the Right Thing.” The community meeting is usually described as occurring at another occasion, yet it fits into the first date with a verisimilitude as well as an emotional impact that justify the dramatization.

As for their viewing of Spike Lee’s movie, the scene that Tanne derives from it is a minor masterwork of ironic psychology and mother wit. It’s too good to spoil; suffice it to say that the scene is set against the backdrop of controversy that greeted Lee’s film at the time of its release, with some critics—white critics—fearing that the climactic act of violence (meaning not the police killing of Radio Raheem but Mookie’s throwing a garbage can through the window of Sal’s Pizzeria and leading his neighbors to ransack the venue) would incite riots.

“Southside with You” is the sort of movie that, say, Richard Linklater’s three “Before” movies aren’t—an intimate story that has a reach far greater than its scale, that has stakes and substance extending beyond the couple’s immediate fortunes. There’s a noble historical precedent for Tanne’s film. If the modern cinema was inspired by Roberto Rossellini’s “Voyage to Italy,” from 1954—which taught a handful of ambitious young French critics that all they needed to make a movie was two actors and a car, that they could make a low-budget and small-scale production that would be rich in cinematic ideas and romantic passion alike—then “Southside with You” is an exemplary work of cinematic modernity. Rossellini, a cinematic philosopher, ranges far through history and politics to ground a couple’s intimate disasters in the deep currents of modern life.

Tanne does this, too, and goes one step further; his inspiration is reminiscent of the advice that the nineteen-year-old critic Jean-Luc Godard gave to his cinematic elders, “unhappy filmmakers of France who lack scenarios.” Godard advised them to make films about “the tax system,” about the writer and Nazi collaborator Philippe Henriot, about the Resistance activist Danielle Casanova. Tanne picks a great subject of contemporary history and politics—indeed, one of the very greatest—and approaches it without the pomp and bombast of ostensibly important, message-mongering Oscarizables. He realizes Barack Obama and Michelle Robinson onscreen with the same meticulous, thoughtful, inventive imagination that other directors might bring to figures of legend, people they know, or their own lives. “Southside with You” is a virtuosic realization of history on the wing, of the lives of others incarnated as firsthand experience. To tell this story is a nearly impossible challenge, and Tanne meets it at its high level.

Voir enfin:

Politics
Obama After Dark: The Precious Hours Alone

Michael D. Shear

The New York Times

July 2, 2016

WASHINGTON — “Are you up?”

The emails arrive late, often after 1 a.m., tapped out on a secure BlackBerry from an email address known only to a few. The weary recipients know that once again, the boss has not yet gone to bed.

The late-night interruptions from President Obama might be sharply worded questions about memos he has read. Sometimes they are taunts because the recipient’s sports team just lost.

Last month it was a 12:30 a.m. email to Benjamin J. Rhodes, the deputy national security adviser, and Denis R. McDonough, the White House chief of staff, telling them he had finished reworking a speechwriter’s draft of presidential remarks for later that morning. Mr. Obama had spent three hours scrawling in longhand on a yellow legal pad an angry condemnation of Donald J. Trump’s response to the attack in Orlando, Fla., and told his aides they could pick up his rewrite at the White House usher’s office when they came in for work.

Mr. Obama calls himself a “night guy,” and as president, he has come to consider the long, solitary hours after dark as essential as his time in the Oval Office. Almost every night that he is in the White House, Mr. Obama has dinner at 6:30 with his wife and daughters and then withdraws to the Treaty Room, his private office down the hall from his bedroom on the second floor of the White House residence.

There, his closest aides say, he spends four or five hours largely by himself.

He works on speeches. He reads the stack of briefing papers delivered at 8 p.m. by the staff secretary. He reads 10 letters from Americans chosen each day by his staff. “How can we allow private citizens to buy automatic weapons? They are weapons of war,” Liz O’Connor, a Connecticut middle school teacher, wrote in a letter Mr. Obama read on the night of June 13.

The president also watches ESPN, reads novels or plays Words With Friends on his iPad.

Michelle Obama occasionally pops in, but she goes to bed before the president, who is up so late he barely gets five hours of sleep a night. For Mr. Obama, the time alone has become more important.

“Everybody carves out their time to get their thoughts together. There is no doubt that window is his window,” said Rahm Emanuel, Mr. Obama’s first chief of staff. “You can’t block out a half-hour and try to do it during the day. It’s too much incoming. That’s the place where it can all be put aside and you can focus.”

President George W. Bush, an early riser, was in bed by 10. President Bill Clinton was up late like Mr. Obama, but he spent the time in lengthy, freewheeling phone conversations with friends and political allies, forcing aides to scan the White House phone logs in the mornings to keep track of whom the president might have called the night before.

“A lot of times, for some of our presidential leaders, the energy they need comes from contact with other people,” said the historian Doris Kearns Goodwin, who has had dinner with Mr. Obama several times in the past seven and a half years. “He seems to be somebody who is at home with himself.”
‘Insane Amount of Paper’

When Mr. Obama first arrived at the White House, his after-dinner routine started around 7:15 p.m. in the game room, on the third floor of the residence. There, on an old Brunswick pool table, Mr. Obama and Sam Kass, then the Obama family’s personal chef, would spend 45 minutes playing eight-ball.

Mr. Kass saw pool as a chance for Mr. Obama to decompress after intense days in the Oval Office, and the two kept a running score. “He’s a bit ahead,” said Mr. Kass, who left the White House at the end of 2014.

In those days, the president followed the billiards game with bedtime routines with his daughters. These days, now that both are teenagers, Mr. Obama heads directly to the Treaty Room, named for the many historical documents that have been signed in it, including the peace protocol that ended the Spanish-American War in 1898.

“The sports channel is on,” Mr. Emanuel said, recalling the ubiquitous images on the room’s large flat-screen television. “Sports in the background, with the volume down.”

By 8 p.m., the usher’s office delivers the president’s leather-bound daily briefing book — a large binder accompanied by a tall stack of folders with memos and documents from across the government, all demanding the president’s attention. “An insane amount of paper,” Mr. Kass said.

Mr. Obama often reads through it in a leather swivel chair at his tablelike desk, under a portrait of President Ulysses S. Grant. Windows on each side of Grant look out on the brightly lit Washington Monument and the Jefferson Memorial.

Other nights, the president settles in on the sofa under the 1976 “Butterfly” by Susan Rothenberg, a 6-foot-by-7-foot canvas of burnt sienna and black slashes that evokes a galloping horse.

“He is thoroughly predictable in having gone through every piece of paper that he gets,” said Tom Donilon, Mr. Obama’s national security adviser from 2010 to 2013. “You’ll come in in the morning, it will be there: questions, notes, decisions.”
Photo
Mr. Obama often works on speeches late into the night, like the one he gave in Selma, Ala., on the 50th anniversary of “Bloody Sunday.” Here, people listened to his speech last year. Credit Doug Mills/The New York Times
Seven Almonds

To stay awake, the president does not turn to caffeine. He rarely drinks coffee or tea, and more often has a bottle of water next to him than a soda. His friends say his only snack at night is seven lightly salted almonds.

“Michelle and I would always joke: Not six. Not eight,” Mr. Kass said. “Always seven almonds.”

The demands of the president’s day job sometimes intrude. A photo taken in 2011 shows Mr. Obama in the Treaty Room with Mr. McDonough, at that time the deputy national security adviser, and John O. Brennan, then Mr. Obama’s counterterrorism chief and now the director of the C.I.A., after placing a call to Prime Minister Naoto Kan of Japan shortly after Japan was hit by a devastating magnitude 9.0 earthquake. “The call was made near midnight,” the photo caption says.

But most often, Mr. Obama’s time in the Treaty Room is his own.

“I’ll probably read briefing papers or do paperwork or write stuff until about 11:30 p.m., and then I usually have about a half-hour to read before I go to bed, about midnight, 12:30 a.m., sometimes a little later,” Mr. Obama told Jon Meacham, the editor in chief of Newsweek, in 2009.

In 2014, Mr. Obama told Kelly Ripa and Michael Strahan of ABC’s “Live With Kelly and Michael” that he stayed up even later — “until like 2 o’clock at night, reading briefings and doing work” — and added that he woke up “at a pretty reasonable hour, usually around 7.”
‘Can You Come Back?’

Mr. Obama’s longest nights — the ones that stretch well into the early morning — usually involve speeches.

One night last June, Cody Keenan, the president’s chief speechwriter, had just returned home from work at 9 p.m. and ordered pizza when he heard from the president: “Can you come back tonight?”

Mr. Keenan met the president in the usher’s office on the first floor of the residence, where the two worked until nearly 11 p.m. on the president’s eulogy for nine African-Americans fatally shot during Bible study at the Emanuel African Methodist Episcopal Church in Charleston, S.C.

Three months earlier, Mr. Keenan had had to return to the White House when the president summoned him — at midnight — to go over changes to a speech Mr. Obama was to deliver in Selma, Ala., on the 50th anniversary of “Bloody Sunday,” when protesters were brutally beaten by the police on the Edmund Pettus Bridge.

“There’s something about the night,” Mr. Keenan said, reflecting on his boss’s use of the time. “It’s smaller. It lets you think.”

In 2009, Jon Favreau, Mr. Keenan’s predecessor, gave the president a draft of his Nobel Prize acceptance speech the night before they were scheduled to leave for the ceremony in Oslo. Mr. Obama stayed up until 4 a.m. revising the speech, and handed Mr. Favreau 11 handwritten pages later that morning.

On the plane to Norway, Mr. Obama, Mr. Favreau and two other aides pulled another near-all-nighter as they continued to work on the speech. Once Mr. Obama had delivered it, he called the exhausted Mr. Favreau at his hotel.

“He said, ‘Hey, I think that turned out O.K.,’” Mr. Favreau recalled. “I said, ‘Yes.’ And he said, ‘Let’s never do that again.’”
Some Time for Play

Not everything that goes on in the Treaty Room is work.

In addition to playing Words With Friends, a Scrabble-like online game, on his iPad, Mr. Obama turns up the sound on the television for big sports games.

“If he’s watching a game, he will send a message. ‘Duke should have won that game,’ or whatever,” said Reggie Love, a former Duke basketball player who was Mr. Obama’s personal aide for the first three years of his presidency.

The president also uses the time to catch up on the news, skimming The New York Times, The Washington Post and The Wall Street Journal on his iPad or watching cable. Mr. Love recalls getting an email after 1 a.m. after Mr. Obama saw a television report about students whose “bucket list” included meeting the president. Why had he not met them, the president asked Mr. Love.

“‘Someone decided it wasn’t a good idea,’ I said,” Mr. Love recalled. “He said, ‘Well, I’m the president and I think it’s a good idea.’”

Mr. Obama and his wife are also fans of cable dramas like “Boardwalk Empire,” “Game of Thrones” and “Breaking Bad.” On Friday nights — movie night at the White House — Mr. Obama and his family are often in the Family Theater, a 40-seat screening room on the first floor of the East Wing, watching first-run films they have chosen and had delivered from the Motion Picture Association of America.

There is time, too, for fantasy about what life would be like outside the White House. Mr. Emanuel, who is now the mayor of Chicago but remains close to the president, said he and Mr. Obama once imagined moving to Hawaii to open a T-shirt shack that sold only one size (medium) and one color (white). Their dream was that they would no longer have to make decisions.

During difficult White House meetings when no good decision seemed possible, Mr. Emanuel would sometimes turn to Mr. Obama and say, “White.” Mr. Obama would in turn say, “Medium.”

Now Mr. Obama, who has six months left of solitary late nights in the Treaty Room, seems to be looking toward the end. Once he is out of the White House, he said in March at an Easter prayer breakfast in the State Dining Room, “I am going to take three, four months where I just sleep.”

Barack Obama inaugure le Musée afro-américain de Washington
Philippe Gélie
Le Figaro
24/09/2016

VIDÉO – Le président conseille à Donald Trump de « visiter » le nouvel édifice, qui raconte l’esclavage et la discrimination mais aussi les succès des Noirs américains.

De notre correspondant à Washington

George W. Bush avait signé en 2003 la loi créant le Musée national de l’Histoire et de la Culture Afro-Américaines, mais c’est au premier président noir du pays qu’est revenu le privilège de l’inaugurer ce samedi.

Outre Barack et Michelle Obama, George W. et Laura Bush les élus du Congrès et les juges de la Cour suprême, quelque 20.000 personnes se sont rassemblées en milieu de journée sur le Mall de Washington, la grande esplanade faisant face au Capitole, au nombre desquelles tout ce que le pays compte de célébrités noires. Oprah Winfrey, qui a donné 20 millions de dollars, a eu droit à une place d’honneur.

Dans un discours où son émotion a affleuré, le président Obama a célébré «une part essentielle de l’histoire américaine, parfois laissée de côté. Une grande nation ne se cache pas la vérité. La vérité nous renforce, nous fortifie. Comprendre d’où nous venons est un acte de patriotisme.» Parlant au nom des Afro-Américains, il a ajouté: «Nous ne sommes pas un fardeau pour l’Amérique, une tache sur l’Amérique, un objet de honte ou de pitié pour l’Amérique. Nous sommes l’Amérique!»

Au-dessus de lui, le bâtiment de six étages, dessiné par l’architecte britannique d’origine tanzanienne David Adjaye, se dresse comme une couronne africaine de bronze face au Washington Monument (l’obélisque érigé en hommage au premier président des Etats-Unis), à l’endroit même où, il y a deux siècles, se tenait un marché aux esclaves. Son matériau, inspirée des textiles d’Afrique de l’Ouest, laisse passer la lumière et rougeoie au soleil couchant, créant une impression massive de l’extérieur et aérienne de l’intérieur.

Obama a invité Trump

Il a fallu treize ans et 540 millions de dollars pour bâtir le dix-neuvième musée de la Smithsonian Institution et y rassembler plus de 35.000 témoignages de l’histoire des Afro-Américains, dont aucun aspect n’est occulté: ni la traite des esclaves, ni la ségrégation, ni la lutte pour les droits civiques, ni les réussites contemporaines, du sport au hip-hop et à la politique. La présidence de Barack Obama y est documentée dans l’un des 27 espaces d’exposition, non loin de la Cadillac de Chuck Berry ou des chaussures de piste de Jessie Owens.

Mais le visiteur est d’abord invité à passer devant les chaînes, les fouets, les huttes misérables des esclaves, les photos de dos lacérés ou de lynchages (3437 Noirs pendus entre 1882 et 1851), ou encore le cercueil d’Emmett Till, tué à l’âge de 14 ans dans le Mississippi pour avoir sifflé une femme blanche en 1955. «Ce n’est pas un musée du crime ou de la culpabilité, insiste son directeur, Lonnie Bunch, c’est un lieu qui raconte le voyage d’un peuple et l’histoire d’une nation. Il n’y a pas de réponses simples à des questions complexes».

Au moment où les marches de la communauté noire se répandent dans le pays pour protester contre les violences policières, Barack Obama a invité Donald Trump à visiter le Musée de l’Histoire et de la Culture Afro-Américaine. Le candidat républicain à sa succession a déclaré que les Noirs vivaient aujourd’hui «dans les pires conditions qu’ils aient jamais connues». Dans une interview vendredi à la chaîne ABC, le président a répliqué: «Je crois qu’un enfant de 8 ans est au courant que l’esclavage n’était pas très bon pour les Noirs et que l’ère Jim Crow (les lois ségrégationnistes, Ndlr) n’était pas très bonne pour les Noirs».

Voir enfin:

U.S. Murders Increased 10.8% in 2015
The figures, released by the FBI, could stoke worries that the trend of falling crime rates may be ending
Devlin Barrett
The Wall Street Journal

Sept. 26, 2016

WASHINGTON—Murders in the U.S. jumped by 10.8% in 2015, according to figures released Monday by the Federal Bureau of Investigation—a sharp increase that could fuel concerns that the nation’s two-decade trend of falling crime rates may be ending.

The figures had been expected to show an increase, after preliminary data released earlier this year indicated violent crime and murders were rising. But the double-digit increase in murders dwarfed any in the past 20 years, eclipsing the 3.7% increase in 2005, the year in which the biggest increase occurred before now.

In 2014, the FBI recorded violent crime narrowly falling, by 0.2%. In 2015, the number of violent crimes rose 3.9% though the number of property crimes dropped 2.6%, the FBI said.

Richard Rosenfeld, a criminologist at the University of Missouri-St.Louis, said a key driver of the murder spike may be an increasing distrust of police in major cities where controversial officer shootings have led to protests.

“This rise is concentrated in certain large cities where police-community tensions have been notable,’’ said Mr. Rosenfeld, citing Cleveland, Baltimore, and St. Louis as examples. The rise in killings is not spread evenly around America, he noted, but is rather centered on big cities with large African-American populations.

In all, there were 15,696 instances of murder and non-negligence manslaughter in the U.S. last year, the FBI said.

Early figures for 2016 indicate murders may still be rising. While Baltimore and Washington, D.C., are seeing their murder numbers fall back down so far this year, Chicago has seen a tremendous spike, to 316 homicides in the first half of 2016 compared with 211 in the first half of 2015. Chicago Mayor Rahm Emanuel delivered an emotional speech on crime last Thursday, and Chicago police officials have announced an increase of nearly 1,000 officers over two years.

A report by the Major Cities Chiefs Association found that for the first half of this year, murders rose in 29 of the nation’s biggest cities while they fell in 22 others.

Mr. Rosenfeld said the FBI data suggests the increase in murder may be caused by some version of the “Ferguson effect’’—a term often used by law-enforcement officials to describe what they see as the negative effects of the recent anti-police protests.

The killing by a police officer of an unarmed black 18-year-old in Ferguson, Mo., in 2014 led to protests there and around the country. Some law-enforcement officials, including FBI Director James Comey, have argued that since then, some officers may be more reluctant to get out of their patrol cars and engage in the kind of difficult work that reduces street crime, out of fear they may be videotaped and criticized publicly.

Mr. Rosenfeld suggested a different dynamic may be at play, though stemming from the same tensions. Members of minority and poor communities may be more reluctant to talk to police and help them solve crimes in cities where officers are viewed as untrustworthy and threatening, he said, particularly where there have been recent controversial killings by police officers.

The crime rise in such a short period of time eliminates possible causes like economic struggles or changing demographics, Mr. Rosenfeld said.

“What has happened in the course of the last year or two is attention to police-community relations and controversies over police use of deadly force, especially involving unarmed African-Americans,” he said.

Beyond that, the new figures show a growing racial disparity in who gets killed in America.

Nationally, the murder of black Americans outpaces that of whites—7,039 African-Americans were killed last year, compared with 5,854 whites, according to the data. The races of the remaining victims is unknown because not all police departments report it. That is in a nation where 13% of Americans identify solely as African-American and 77% identify solely as white.

In 2014, 698 more blacks were killed than whites, according to the FBI. In 2015, 1,185 more blacks were killed than whites, according to the data.

The number and percentage of killings involving guns also increased. In 2014, 67.9% of murders were committed with guns, compared to 71.5% in 2015, the FBI said. Guns have long been used in about two-thirds of the killings in America, data show.

Attorney General Loretta Lynch, in a speech Monday, said the report shows “we still have so much work to do. But the report also reminds us of the progress that we are making. It shows that in many communities, crime has remained stable or even decreased from historic lows reported in 2014.”

The new figures are certain to fuel the ongoing debate about what causes crime to rise and what should be done to reverse that.

John Pfaff, a professor at Fordham Law School, said the numbers are concerning but that it is too early to draw any definite conclusions from the data, noting that the murder rate in 2015 was still lower than in 2009.

“It’s not a giant rollback of things. 2015 is the third-safest year for violent crime since 1970,’’ Mr. Pfaff said. “The last time we saw a jump like this was 1989 to 1990, and that was a much more broad increase in crime.’’

Still, the new figures could further dampen efforts in Congress to pass laws cutting prison sentences for nonviolent offenders or others. Mr. Pfaff cautioned that the political impact of the data could be disproportionate to their actual significance.

“The politics of crime are very asymmetric,” he said. “We overreact to bad news and underreact to good news.’’

FBI Director James Comey, in releasing the figures, called for “more transparency and accountability in law enforcement.”

Mr. Comey said the FBI has been working to get better crime statistics, and to get them quicker, because the agency has been criticized for the length of time it has taken to process crime figures it receives from states.


Meurtre d’Ilan Halimi/10e: Arrêtez de nous embêter avec ce fait divers (Tortured and assassinated in France because he was Jewish: Ten years on, France still can’t seem to come to grips with its antisemitism)

13 février, 2016

GaucheFinkieilan – Spotlightquotes
Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Jésus (Matthieu 18: 6)
Ilan Jacques Halimi, torturé et assassiné en France parce qu’il était juif à l’âge de 23 ans. Pierre tombale d’Ilan Halimi à Jérusalem
S’il faut un village pour élever un gamin, il faut aussi un village pour en abuser un. Avocat arménien du film Spolight)
When you’re a poor kid from a poor family, religion counts for a lot. And when a priest pays attention to you it’s a big deal. He asks you to collect the hymnals or take out the trash, you feel special. It’s like God asking for help. And maybe it’s a little weird when he tells you a dirty joke but now you got a secret together so you go along. Then he shows you a porno mag, and you go along. And you go along, and you go along, until one day he asks you to jerk him off or give him a blow job. And so you go along with that too. Because you feel trapped. Because he has groomed you. How do you say no to God, right?  Phil Saviano (activiste dans Spotlight)
Tout le monde sait grosso modo ce qu’est un «bouc émissaire»: c’est une personne sur laquelle on fait retomber les torts des autres. Le bouc émissaire (synonyme approximatif: souffre-douleur) est un individu innocent sur lequel va s’acharner un groupe social pour s’exonérer de sa propre faute ou masquer son échec. Souvent faible ou dans l’incapacité de se rebeller, la victime endosse sans protester la responsabilité collective qu’on lui impute, acceptant comme on dit de «porter le chapeau». Il y dans l’Histoire des boucs émissaires célèbres. Dreyfus par exemple a joué ce rôle dans l’Affaire à laquelle il a été mêlé de force: on a fait rejaillir sur sa seule personne toute la haine qu’on éprouvait pour le peuple juif: c’était le «coupable idéal»… Ainsi le bouc émissaire est une «victime expiatoire», une personne qui paye pour toutes les autres: l’injustice étant à la base de cette élection/désignation, on ne souhaite à personne d’être pris pour le bouc émissaire d’un groupe social, quel qu’il soit (peuple, ethnie, entreprise, école, équipe, famille, secte). René Girard
Le peuple juif, ballotté d’expulsion en expulsion, est bien placé, certes, pour mettre les mythes en question et repérer plus vite que tant d’autres peuples les phénomènes victimaires dont il est souvent la victime. Il fait preuve d’une perspicacité exceptionnelle au sujet des foules persécutrices et de leur tendance à se polariser contre les étrangers, les isolés, les infirmes, les éclopés de toutes sortes. Cet avantage chèrement payé ne diminue en rien l’universalité de la vérité publique, il ne nous permet pas de tenir cette vérité pour relative. René Girard
Le judaïque et le chrétien passent pour trop obsédés (…) par les persécutions pour ne pas entretenir avec elles un rapport trouble qui suggère leur culpabilité. Pour appréhender le malentendu dans son énormité, il faut le transposer dans une affaire de victime injustement condamnée, une affaire si bien éclaircie désormais qu’elle exclut tout malentendu. À l’époque où le capitaine Dreyfus, condamné pour un crime qu’il n’avait pas commis, purgeait sa peine à l’autre bout du monde, d’un côté il y avait les « antidreyfusards » extrêmement nombreux et parfaitement sereins et satisfaits car ils tenaient leur victime collective et se félicitaient de la voir justement châtiée. De l’autre côté il y avait les défenseurs de Dreyfus, très peu nombreux d’abord et qui passèrent longtemps pour des traîtres patentés ou, au mieux, pour des mécontents professionnels, de véritables obsédés, toujours occupés à remâcher toutes sortes de griefs et de soupçons dont personne autour d’eux ne voyait le bien-fondé. On cherchait dans la morbidité personnelle ou dans les préjugés politiques la raison du comportement dreyfusard. En réalité, l’antidreyfusisme était un véritable mythe, une accusation fausse universellement confondue avec la vérité, entretenue par une contagion mimétique si surexcitée par le préjugé antisémite qu’aucun fait pendant des années ne parvint à l’ébranler. Ceux qui célèbrent l’« innocence » des mythes, leur joie de vivre, leur bonne santé et qui opposent tout cela au soupçon maladif de la Bible et des Évangiles commettent la même erreur, je pense, que ceux qui optaient hier pour l’antidreyfusisme contre le dreyfusisme. C’est bien ce que proclamait à l’époque un écrivain nommé Charles Péguy. Si les dreyfusards n’avaient pas combattu pour imposer leur point de vue, s’ils n’avaient pas souffert, au moins certains d’entre eux, pour la vérité, s’ils avaient admis, comme on le fait de nos jours, que le fait même de croire en une vérité absolue est le vrai péché contre l’esprit, Dreyfus n’aurait jamais été réhabilité, le mensonge aurait triomphé. Si on admire les mythes qui ne voient de victimes nulle part, et si on condamne la Bible et les Évangiles parce qu’au contraire ils en voient partout, on renouvelle l’illusion de ceux qui, à l’époque héroïque de l’Affaire, refusaient d’envisager la possibilité d’une erreur judiciaire. Les dreyfusards ont fait triompher à grand-peine une vérité aussi absolue, intransigeante et dogmatique que celle de Joseph dans son opposition à la violence mythologique. René Girard
Pour comprendre la question du bouc émissaire, il faut la comparer avec celle des boucs émissaires modernes. Ceux-ci sont très faciles à identifier, parce que notre société tout entière les a reconnus. Je pense, en particulier, à l’affaire Dreyfus. Dans ce dernier exemple, on a affaire à un véritable mythe, au sens où je l’entends, parce qu’il y a une victime innocente qui est condamnée par tout le monde, et d’une certaine manière transformée en personnage mythique. Le colonel Picquart et les premiers individus qui se sont élevés contre cette condamnation ont dû souffrir comme Dreyfus lui-même, être en quelque sorte martyrs, parce qu’ils se sont opposés non seulement à toutes les autorités, mais à une opinion publique qui était refermée mimétiquement sur elle-même. La vérité a néanmoins triomphé. Si dans cinq mille ans on retrouve les textes de l’affaire Dreyfus en vrac, les savants les étudieront ; si, ne sachant plus le français, ils se mettent à travailler statistiquement sur ces textes, ils y trouveront cent mille choses, toutes différentes, et en tireront des conclusions déconstructrices et très modernes, constatant qu’il y a des milliers d’interprétations de l’affaire Dreyfus et jugeant qu’elles se valent toutes, qu’elles ne sont ni vraies ni fausses. Ce ne sera pas vrai : en réalité, il n’y a que deux interprétations qui comptent, celle qui déclare la victime innocente et celle qui la dit coupable. La première est absolument vraie, et on ne peut pas la relativiser. La seconde est absolument fausse, et on ne peut pas relativiser sa fausseté. C’est ce qu’il faut dire aux étudiants à qui on apprend, aujourd’hui, que la vérité n’existe pas. René Girard
L’affaire des abus sexuels commis à Rotherham sur au moins 1 400 enfants est particulièrement choquante par son ampleur, mais aussi du fait de l’inaction des autorités. En cause : leur peur d’être accusées de racisme et leur tendance à dissimuler leurs défaillances. (…) Selon l’ancienne inspectrice des affaires sociales, au moins 1 400 enfants ont été victimes d’exploitation sexuelle entre 1997 et 2013. Nombre d’entre eux ont subi des viols à répétition de la part des membres de bandes dont les agissements étaient connus ou auraient dû l’être. Les enfants qui résistaient étaient battus. Ceux qui osaient parler était traités avec mépris par les adultes censés les protéger. (…) Personne à la mairie, dit-on, n’a osé dénoncer les bandes majoritairement asiatiques qui ont commis ces violences, de crainte d’être accusé de racisme. Force est de reconnaître que le racisme, même inconscient (tout comme le sexisme et l’homophobie), est aujourd’hui montré du doigt dans les services publics. Au point que beaucoup préfèrent fermer les yeux sur des viols d’enfants plutôt que de prendre le risque de subir ce type d’accusations. The Spectator
Spotlight is a fantastic film about the importance of “outsiders”, institutional corruption, thorough investigative journalism, and the dire consequences of inaction. Spotlight begins with the Boston Globe receiving a new Editor In Chief, Marty Baron, an awkward outsider (he’s Jewish, and not from Boston) who is viewed with suspicion by the staff. Marty tasks the Spotlight team to investigate a case of a Catholic priest who is allegedly a serial molester. The story snowballs gradually from there. Almost immediately the Spotlight team is hit with resistance within the Globe about their investigative methods and sources. The Catholic Church, an incredibly powerful institution in the city of Boston, uses all its might to dissuade Spotlight from continuing their research, but they steadfastly continue to investigate these allegations. The Catholic Church itself is portrayed in the film as a powerful, resourceful, and dangerous institution.  The Church has control and/or influence with nearly every major institution in the city of Boston. The “small-town” inclusiveness of the city only further allows the Church to abuse and misuse its power, while vigorously opposing or discrediting anyone who attempts to speak out. The Church even indirectly benefits from the shame of the victims and the parish pressuring them to keep silent. Mitchell Garabedian, an Armenian lawyer (another vital outsider standing against the Church) representing dozens of alleged victims, posits, “The Church thinks in centuries Mr. Rezendes, do you really think your paper has the resources to take this on?” As the Spotlight team traverses across the city of Boston in search of the truth, a church is often looming in the background, as if watching their every move. This is the behemoth the Spotlight team must defeat. (…) Their triumph reveals the corruption and gross negligence of not only the Catholic Church, but other powerful Boston institutions. Their efforts come at a high personal price as the investigation is emotionally draining on the reporters, all of whom were raised catholic. Each have their faith shattered by the investigation and are haunted by the results. Keaton’s reaction, in particular, toward the end of the film is utterly devastating. Its conclusion is as satisfying as it is tragic. It took two outsiders, one an Armenian lawyer, and the other a Jewish editor to get the ball rolling for the Spotlight team. Garabedian in particular is critical to their success and he illuminates the issue with a scathing indictment of Boston’s corruption, “If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one.” (…) The final numbers revealed at the end will undoubtedly horrify you and leave you feeling depressed and angry. Why was this allowed to go on so long? Why did it take so long to uncover it? For Spotlight the answer is simple, no one wanted to look.  Steve Baqqi
The movie makes the case that it takes an outsider—like Baron, a Jewish editor new to a Catholic town, or the Armenian attorney (Stanley Tucci) making sure these cases actually go to trial—to enact change in a city as insular as Boston. A.A. Dowd
Spotlight (…) tells the story behind the story—how the paper uncovered the Catholic Church’s cover-up of a scandal that was hiding in plain sight, indeed, in the Globe’s own archives. Most films about journalism are cringe-worthy. Not this one. The film vividly documents what reporters do at their best. A story usually begins with a question. Something doesn’t make sense. Reporters begin with a premise and then gather facts that support or contradict their hypothesis. The best journalists follow those facts without “fear or favor,” as the New York Times, my former employer, likes to put it. Spotlight’s reporters slowly build their case with each new lurid revelation. Nothing comes easily. The film also lays bare the Catholic Church’s hold on Boston politics and the city’s deeply ingrained anti-Semitism and its xenophobic disdain for “outsiders.” It reveals the political and financial pressures imposed on the Globe and its investigative team by the Church and its powerful friends in a heavily Catholic city as the Globe’s Spotlight team starts to uncover the truth about decades of horrifying abuse, and the inadequacy of their own beliefs and assumptions. The Globe’s four-person team soon discovers, for instance, that its initial theory that pedophile priests are an anomaly—a few “rotten apples,” as the Church’s representatives and supporters repeatedly assure them—is wrong. Clips from the paper’s own “morgue,” where earlier stories yellowing with age are stored, show that the Globe had run a few modest stories years earlier about a priest accused of molesting several children. But the paper failed to follow up. The editors assumed, or wanted to believe, that this abuse was an isolated incident. Subsequent tips to reporters and editors were ignored. Spotlight’s reporters find that crucial documents have disappeared from court house files. This is Boston, after all, and Cardinal Bernard Law, then the head of the diocese, has friends everywhere. The team discovers that child abuse at the hands of God’s self-appointed disciples is no secret. In fact, it is widely known among Boston’s politicians, prosecutors, and other powerful parishioners who knew or suspected the prevalence of sexual crimes committed by priests against children but chose not to speak out. Their fear of spiritual and social excommunication allowed the abuse to fester. It takes a village to raise a child, observes Mitchell Garabedian, an irascible lawyer skillfully played by Stanley Tucci, who represents many of Boston’s child victims. And it takes the silence of a village to perpetuate such abuse. The film bravely acknowledges that the Globe itself was among those powerful institutions that did all too little for far too long. The Globe, having been purchased by the New York Times in 1993, beset by layoffs and declining subscribers and revenue, was focused on other news before it finally confronted the horrifying truth that it had declined to pursue for decades, while the number of shattered lives mounted. The decision to pursue the inquiry was made by the Globe’s chief editor, Martin Baron, who was a newcomer to Boston and who now heads the Washington Post. Brilliantly depicted by Liev Schreiber, Baron is a Florida native and not one of those Irish-American journalists who have most recently staffed the paper. Socially awkward, intellectually aloof, unmarried, uninterested in tickets to Red Sox games, Baron lacks the “people skills” that are crucial to advancement in most professional bureaucracies. He was the first Jew to head the paper. “So the new editor of the Boston Globe is an unmarried man of the Jewish faith who hates baseball?” Jim Sullivan, a lawyer who has represented priests, asks Walter “Robby” Robinson, editor of the Spotlight series, who is portrayed by Michael Keaton, an actor’s actor.(…) Baron’s outsider status, his Jewishness, is a natural target. Baron is not one of us, says Peter Conley (Paul Guilfoyle), who does the Church’s bidding. He reminds Robby over a drink at the Fairmont Hotel’s Oak Bar that people need the church, now more than ever. While neither the Church nor Cardinal Law (Len Cariou) who heads it in Boston is perfect, Conley acknowledges, why would the Globe risk destroying the faith of thousands of readers over a “few bad apples”? But neither Robby, who is deeply grounded in Boston, nor Baron, who has no familial stake in the community, is cowed. Conley tries driving a wedge between them. Baron is an outsider just “trying to make his mark,” he warns Robby. “He’ll be here for a few years and move on. Just like he did in New York and Miami,” he says. “Where you gonna go?” Baron is not the film’s only outsider. The most passionate member of the Spotlight team, Michael Rezendes (Mark Ruffalo), may hail from east Boston, but his family is Portuguese. Garabedian, the lawyer who has represented 86 local victims and one of Mark’s sources—is an Armenian. In a bar, they talk obliquely about how city insiders pressure outsiders to conform.(…) For decades, the victims’ stories cried out for public exposure. The Globe’s Spotlight team provided it. This understated, remarkable film documents that achievement. Tablet
J’ai trouvé fascinant de voir comment ce type, Marty Baron, qui vient de Miami, propose dès son premier jour au Boston Globe d’enquêter sur une possible tentative de l’Église catholique d’étouffer un scandale. C’était très audacieux de sa part. En outre, l’affaire Spotlight permettait de rendre un hommage appuyé à la tradition des grands reportages de la presse écrite. Ce qui m’inquiète énormément, c’est qu’il reste très peu de journalistes d’investigation aujourd’hui par rapport à il y a une quinzaine d’années. Grâce à ce film, je me suis dit qu’on allait pouvoir montrer l’impact du travail de fond de journalistes d’investigation aguerris. Qu’y a-t-il de plus important que le sort de nos enfants ? J’ai grandi dans le catholicisme, si bien que je connais bien l’institution, et que j’ai du respect et de l’admiration pour elle. Dans ce film, il ne s’agit pas d’éreinter l’Église, mais de se poser la question de savoir comment un tel phénomène peut se produire. L’Église s’est rendue coupable – et continue de le faire dans une certaine mesure – de violence institutionnelle, non seulement en comptant des violeurs d’enfants dans ses rangs, mais en étouffant leurs crimes. Comment ces actes épouvantables ont-ils pu être perpétrés pendant des décennies sans que quiconque ne proteste ? Tom McCarthy
That moment was probably the one moment where we took something that was not [precisely true] and we felt like we had the right to include it. To me, this is where the movie gets really compelling, because it certainly isn’t black and white. I think it raises the specter of just good reporters going after a bad institution, into more of a question of societal deference and complicity toward institutional or individual power. Intellectually, Josh and I really started to engage on a whole new level when we started to tap into that. Tom McCarthy (scénariste et réalisateur)
Robby, to my mind, is a hero. The whole, Why didn’t the paper get this earlier? — we sort of put that on Robby in the movie, because Robby is a symbol for us, the Everyman. In a lot of ways, he is our way in to the movie, and we wanted to turn it back on the viewer. Because to me, this is a collective failure, and it’s a question for all of us: Why didn’t we get this earlier? It’s noble in how he takes the blame for it, how he falls on his sword. I think we found that incredibly heroic, because that also was the interaction we had with him. Josh Singer (co-scénariste)
We’re reporters and we stumble around the dark a lot. We start out pretty damn ignorant, and we don’t even know how to ask the right questions until we sort of dig around for awhile. And the film shows that. The film shows that it’s sort of a two steps forward one step back approach. And by doing it that way, by having us uncover [our initial oversight], Tom makes it possible for a pretty large audience to confront something that they might otherwise avert their eyes to. Walter Robinson
The act is a terrible act, and the consequence is a terrible consequence, and there are a lot of folk who have suffered a great deal of pain and anguish. And that’s a source of profound pain and anguish for me and should be for the whole church. Any time that I made a decision, it was based upon a judgment that with the treatment that had been afforded and with the ongoing treatment and counseling that would be provided, that this person would not be [a] harm to others. I think we’ve come to appreciate and understand that whatever the assessment might be, the nature of some activity is such that it’s best that the person not be in a parish assignment. Cardinal Bernard Law (Nov 2, 2001)
Spotlight ignores the simple fact that years ago, Church officials acted time after time on the advice of trained « expert » psychologists from around the country when dealing with abusive priests. Secular psychologists played a major role in the entire Catholic Church abuse scandal, as these doctors repeatedly insisted to Church leaders that abusive priests were fit to return to ministry after receiving « treatment » under their care. Indeed, one of the leading psychologists in the country recommended to the Archdiocese of Boston in both 1989 and 1990 that – despite the notorious John Geoghan’s two-decade record of abuse – it was both « reasonable and therapeutic » to return Geoghan to active pastoral ministry including work « with children. » And it is not as if the Boston Globe could plead ignorance to the fact that the Church had for years been sending abusive priests to therapy and then returning them to ministry on the advice of prominent and credentialed doctors. As we reported earlier this year, back in 1992 – a full decade before the Globe unleashed its reporters against the Church – the Globe itself was enthusiastically promoting in its pages the psychological treatment of sex offenders, including priests – as « highly effective » and « dramatic. » The Globe knew that the Church’s practice of sending abusive priests off to treatment was not just some diabolical attempt to deflect responsibility and cover-up wrongdoing, but a genuine attempt to treat aberrant priests that was based on the best secular scientific advice of the day. Yet a mere ten years later, in 2002, the Globe acted in mock horror that the Church had employed such treatments. It bludgeoned the Church for doing in 1992 exactly what the Globe itself said it should be doing. The hypocrisy of the Globe is simply off the charts. And the issue of the Church’s use of these psychologists was not a surprise to the Globe when it actually interviewed Cardinal Bernard Law in November 2001, only two months before the Globe’s historic coverage: Reflecting on the most difficult issue of his tenure in Boston, Law said he is pained over the harm caused to Catholic youngsters and their families by clergy sexual misconduct, but that he always tried to prevent such abuse. The Media report
One of the film’s most important twists — one that even eluded the Globe — fell into the filmmakers’ laps by accident. [The following contains SPOILERS.] In Spotlight, which the pair co-wrote and McCarthy directed, the dramatic weight of the film is epitomized by a line from the crusading attorney played by Stanley Tucci: “If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one.” The film asks the difficult question: Was everyone, including the media, too deferential to the Church while crimes were happening in their backyards? Late in the film, Robinson pressures one of his sources, a lawyer named Eric MacLeish (Billy Crudup), for information, and the slick attorney throws it back in his face: “I already sent you a list of names… years ago!” he says to Robinson and Pfeiffer. “I had 20 priests in Boston alone, but I couldn’t go after them without the press, so I sent you guys a list of names… and you buried it!” Except that exchange never actually happened. Nor did the scene where Pfeiffer searches the archives and brings the clipping of the December 1993 story to Robinson, proving MacLeish correct: it ran on B42 and didn’t include any of the priests’ names. And a later scene, where Robinson admits to his colleagues that he had been the Metro editor back in ‘93, accepting his role in not catching the story sooner, didn’t happen either. In reality, these sequences played out during the screenwriting process — when MacLeish told Singer and McCarthy. Though they already knew the main beats of the story they wanted to tell, they met with the Boston attorney — who’d represented numerous plaintiffs in complaints against the Church in the early 1990s — if only to help with casting. But not long into their chat, MacLeish dropped the bomb. “It was a little bit like the moment that’s in the movie: You had 20 priests’ [names] in Boston?” says Singer. “My reaction was quite similar to Rachel and Michael’s in that scene: That can’t possibly be true. Tom and I sort of looked at each other but didn’t say anything. But to double-check, I went back to the archives, and this article popped up, buried on page B42 [on the Metro section]. I was flabbergasted. I called Tom as soon as I got the article and said, ‘What do we do?’” They emailed Robinson the story, not knowing what to expect. Robinson responded quickly. “He owned up to it,” says Singer. “He had just taken over Metro and didn’t remember the story but, ‘This was on my watch and clearly we should’ve followed up on it.’ When we went to write the scene in the movie, we based it a lot on what Robby said there.” In the film, Keaton accepts his share of responsibility and asks his team, “Why didn’t we get it sooner?” And in real life, Robinson doesn’t dodge. “It happened on my watch and I’ll go to confession on it,” says Robinson, who recently returned to the Globe as an editor at large. “Like any journalist who’s been around this long, I’ve made my share of mistakes. But I have no memory of it. And if we’d found it in 2001, I don’t know if I would’ve had a memory of it then either. Looking at it from this vantage point 22 years later, I just have to scratch my head and wonder what happened. Should it have been played more prominently? In hindsight, based upon on what we later learned, yes, obviously.” For Singer and McCarthy, the revelation was a dramatic gift, even if they had to utilize some artistic license. “That moment was probably the one moment where we took something that was not [precisely true] and we felt like we had the right to include it,” says McCarthy. “To me, this is where the movie gets really compelling, because it certainly isn’t black and white. I think it raises the specter of just good reporters going after a bad institution, into more of a question of societal deference and complicity toward institutional or individual power. Intellectually, Josh and I really started to engage on a whole new level when we started to tap into that.” Because McCarthy and Singer had concluded from their research that the Globe was probably guilty of sins of omission, if not commission, when it came to its coverage of the Church in the early 1990s. (…) But if there was some editorial restraint, it was reflected by public opinion. “For the most part, [stories about clergy sex abuse were greeted with] disbelief,” says James Franklin, the Globe’s former religion reporter who wrote the December 1993 story that MacLeish cites in the film. “It was regarded as something extraordinary, as something obscene. There was always a suspicion that guys like me, guys like us, were sniping unfairly.” Matchan encountered the same resistance. “After I finished that magazine story, I thought, there’s so much more to say about this. I wanted to write a book about it,” she says. “So I contacted an agent, and she loved the idea. And I wrote a book proposal, she sent it out to a lot of publishing houses, and she got back these letters that just said, ‘This is a great proposal but nobody would ever read a book about sexual abuse by the clergy.’ That was the thinking in those days.” “Every archdiocese is in a city with a major paper — everybody missed this,” says Robinson. “Who can imagine that such an iconic institution could be responsible for causing such a devastating impact on the lives of thousands of children and covering it up? It’s almost beyond belief.” Even with the 1993 hiccups, it’s essential to note that the Boston Globe was the first to crack a scandal that reached far beyond Boston. As has been revealed in subsequent investigations around the world, Boston was not unique, and the Church has been forced to shell out billions in settlements to the victims of clergy sex abuse in other states and countries. “Robby, to my mind, is a hero,” says Singer. “The whole, Why didn’t the paper get this earlier? — we sort of put that on Robby in the movie, because Robby is a symbol for us, the Everyman. In a lot of ways, he is our way in to the movie, and we wanted to turn it back on the viewer. Because to me, this is a collective failure, and it’s a question for all of us: Why didn’t we get this earlier? It’s noble in how he takes the blame for it, how he falls on his sword. I think we found that incredibly heroic, because that also was the interaction we had with him.”  Robinson has been front and center in the film’s promotion, in part because the film captures his profession at its best, at a time in 2015 when most newspapers and media outlets are slashing staff and eliminating investigative reporting. “We’re reporters and we stumble around the dark a lot,” he says. “We start out pretty damn ignorant, and we don’t even know how to ask the right questions until we sort of dig around for awhile. And the film shows that. The film shows that it’s sort of a two steps forward one step back approach. And by doing it that way, by having us uncover [our initial oversight], Tom makes it possible for a pretty large audience to confront something that they might otherwise avert their eyes to.” Entertainment weekly
The monolithic power of the Catholic Church (until 2002) over civic, religious, and spiritual affairs in the city of Boston is chilling. It extended even into the Boston Globe where employees (many of whom were Catholic) simply knew you don’t take on the Catholic Church. They are even trained to believe that when the Catholic Church dismisses claims, they can’t possibly be true. It took an outside editor from New York to press the issue. (…) The kicker is that all the evidence was hiding in plain sight. Much is made of the fact that B.C. High (a Catholic Jesuit boys high school that some of the reporters themselves attended, maintained an infamous priest-coach molester on staff) is directly across the street from the Boston Globe building. Ironically, both the Catholic Church in Boston and the Boston Globe were at the height of their influence at the beginning of the new millennium, while a third character–the internet–is just becoming a serious player. (…) Very self-effacingly — and I would say unnecessarily and misplaced — the film blames The Globe itself in a big way for not reporting the story years earlier when lawyers and victims provided plenty of damning information that went ignored. Whatever culpability The Globe bears, they more than made up for it by compiling overwhelming, carefully-researched evidence that wouldn’t be just another isolated story that would get buried. “The Church” and Cardinal Law are distant, cold, uncaring shadows. The abusing priests are sick and distorted men — almost excused. The names Geoghan, Shanley and Talbot (among others) will conjure up ugly memories for all who lived at the heart of this nightmare or on its peripheries. (…) The faces and voices of the victims are given three-dimensional reality and the major focus. Even the heroic, crusading lawyer, Mitchell Garabedian — who insisted on bringing victims’ cases to the courts to expose the Church’s wrongdoing — is modestly underplayed. (…) Part of the initial incredulity of sectors of the public and the average Catholic in the pew to the Globe’s scoop was due to the Globe’s notorious anti-Catholicism since its very inception in 1872 (not unlike most of the old Boston WASP establishment). And many just didn’t believe that so many heinous crimes of this nature could have been so well hidden for so long. If it were true, surely we would have known? Surely we would have heard some rumors and gossip? Whoever did know something was silenced with hush money, or gave up when crushed by the power of the Church’s legal and “moral authority” arsenal and sway. But it didn’t take long for the undeniable, verifiable veracity of the charges to grip the city and the world. (…) There is precious little aftermath in the film, as it wraps up on the day the first big story is released (there were a total of 600 stories run relentlessly about the scandal for at least a year afterward in the Globe). A few words of Epilogue are given, and then we are left with a gaping wound of sadness. (…) Cardinal Law (…) in reality (…) was a magnetic, charismatic personality who had actually been a media favorite when he first came to Boston. (…) The one priest molester we see being interviewed begins to say that he was raped, but the thought was not continued. (The rest of that statistic is that it was discovered that some priests who molested children were molested by priests themselves when they were children. They grew up, become priests and continued the cycle.) (…) It’s just raw evil on display. Perhaps this is the best way for this particular film to handle this grave matter. Sexual abuse destroys hope. No soothing, reassuring sugar-coating or “Hollywood ending” in this film.(…) God is pretty much absent from the film. The one tragically poignant mention of God is from a male victim, now an adult, who says: “You don’t say no to God” (meaning when a priest propositioned him at twelve years old, the only right answer was “yes”). Again, perhaps this was the best way to handle “God” in this story that had nothing to do with a good God, and everything to do with bad men. The Church, although divinely instituted by Christ and guided by the Holy Spirit, is still human and sinful because of the free will of her members — even those who hold the authority. Thankfully, the sacraments and everything we need still operates through these men, regardless of their personal holiness. (…) “Spotlight” is an important film to see, even if you kept up and delved into these dark waters — as I did — when they first hit the shore. The restrained even-handedness of the storytelling is remarkable and will prevent it from being a “controversial” film. There’s a lot of dialogue in the film, but it’s never tedious. The narrative and the horror is in the information itself each time more is unearthed. Why should you see this film? To honor the victims, first of all, and second of all to understand how corruption — of any sort — works, in order to be vigilant and oppose it. NEVER AGAIN. Has ANY good come of all this sorrow? The suffering of the children, teens and their families has not been totally in vain. There is now a much greater awareness of the sexual abuse of minors all over the world, and new laws have been created to protect young people where there were none. (…) This problem is centuries old It’s not celibacy that is the problem, but a culture of secrecy brought about by a culture of absolute power absolute power corrupts absolutely (…) pedophiles automatically gravitate to wherever they have trusted access to children (seminaries, schools, sports teams, law enforcement, etc.) (…) anyone who reported behavior was threatened (get kicked out of seminary themselves, lose a job/position)silence=loyalty silence/playing the game=perks, advancement (…) it was keeping up appearances (bishops knew they could quash “problems,” abusers knew they would never get in trouble and would always be shielded: the perfect set-up) (…) toward the middle of the 20th century, psychiatrists and psychologists got involved (assessments, “treatment”) and kept giving the green light to put the priest back in ministry (bishops blindly “obeyed”) it wasn’t known that pedophilia is not “curable” (but it’s also not rocket science to see that a man abusing over and over and over and over again needs to be stopped, removed permanently) (…) the clergy sex abuse problems will continue unless there is courageous breaking with mentalities, cultures, habits, patterns, and cycles the presence of women in all (non-ordained) positions at all levels and places of Church life will help mitigate undisciplined male power (and male lack of empathy and sympathy) (…) child safety is everyone’s job, not just those in positions of authority. (…) Men do NOT want to be Superman or the Lone Ranger. They do NOT want to break ranks. Men are HORRIBLE at whistle-blowing. They are all about BAND OF BROTHERS. And this can be a good thing! Men are stronger together. They have each other’s backs. They can provide for and protect hearth and home better TOGETHER. The problem lies when they BAND TOGETHER FOR EVIL. To hide each other’s sins. To give each other a pass for their sins. Look the other way. Code of silence. Complete corruption. Whole cities run on this notion. But it doesn’t have to be that way. MEN NEED TO BAND TOGETHER FOR THE GOOD. Positive peer pressure. And call each other out when they need calling out. And always, always BAND TOGETHER FOR THE GOOD, NOT EVIL. Sr. Helena Burns
“If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one,” is how one character here summarises the issues. This high-minded, well-intentioned movie, co-written and directed by Tom McCarthy, is about the Boston Globe’s investigative reporting team Spotlight, and its Pulitzer-winning campaign in 2001 to uncover widespread, systemic child abuse by Catholic priests in Massachusetts. The film shows that in the close-knit, clubbably loyal and very Catholic city of Boston, no one had any great interest in breaking the queasy, shame-ridden silence that made the church’s culture of abuse possible, and even tentatively suggests that the Globe itself was one of the Boston institutions affected. The paper had evidence of abuse 10 years before the campaign began, but somehow contrived to downplay and bury the story, and it took a new editor, both non-Boston and Jewish, to get things started. (…) What is interesting about this movie is that it reminds you that the “bad apple” theory of child abuse by priests was widely accepted until relatively recently. The team are stunned at the realisation that what they are working on is not like, say, a corruption case where there are more public officials on the take than they at first thought. It is a mass psychological dysfunction hidden in plain sight, which has stretched back decades or even centuries and will, unchecked, do precisely the same in the future. What McCarthy is saying in Spotlight is that threats never needed to be made. A word here, a drink there, a frown and a look on the golf course or at the charity ball, this was all that was needed to enforce a silence surrounding a transgression that most of the community could hardly believe existed anyway. It’s certainly a relevant issue in our unhappy, post-Yewtree times. The Guardian
L’étonnante enquête des quatre journalistes enquêteurs révèle ainsi l’incroyable développement tentaculaire d’un complot systémique sidérant. Boston est l’une des villes flambeaux du catholicisme, une institution puissante et totalement implanter dans l’ensemble de la ville et plus largement dans l’ensemble des États-Unis — comme le révèle le générique final du film listant les nombreuses villes américaines concernées par ce même scandale. Les méandres de cette affaire scandaleuse s’étendent donc à travers toutes les différentes sphères de la société de Boston, du système judiciaire au système éducatif. Et c’est aux journalistes de Spotlight de suivre ce jeu de pistes complexe pour dénouer l’effroyable vérité de l’affaire, résumée en ces mots par l’éditeur en chef du Boston Globe : « If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one » (« s’il faut un village pour élever un enfant, il faut un village pour en maltraiter un »). L’accaparante complexité de l’affaire s’impose naturellement comme le sujet principal du film et éclipse toutes autres pistes narratives possibles : la vie privée des protagonistes, leur parcours émotionnel,  le doute conspirationniste, la crise du journalisme face à Internet et les nouvelles technologies 2.0, ou bien même l’impact historique et médiatique du 11 septembre… (…) Les cinéastes offrent ainsi au spectateur une compréhension plus juste et précise des tenants et aboutissants d’un complot effroyable, à l’échelle d’une société toute entière — et pas seulement à l’échelle américaine puisque de nombreuses villes en France et dans le monde sont citées à la fin du film. (…) Et même si de nombreux enjeux sont effleurés à travers le film — qu’ils soient moraux, sociaux, émotionnels, ou même spirituels —, une seule chose compte au final : l’implacable exposition de la vérité. Bulles de culture
Tout est vrai. L’enquête, publiée en 2001 par des journalistes du Boston Globe. Et le scandale qu’elle révéla. Durant des décennies, l’Eglise catholique locale a étouffé les abus sexuels perpétrés par des prêtres sur des enfants, et a systématiquement soustrait les coupables à la justice. Un phénomène à grande échelle : au moins un millier de victimes, rien que dans la région. Et une politique du silence qui s’étend bien ­au-delà du Massachusetts… « Spotlight » est le nom de l’équipe de journalistes qui, au bout de longs mois d’efforts, en dépit de toutes les pressions, a révélé la vérité. Ce qui lui a valu le prix Pulitzer. Le film est dopé à la même adrénaline, à la même ténacité citoyenne que son modèle évident, Les Hommes du Président, d’Alan J. Pakula, déjà basé sur un scoop historique, la révélation du scandale du Watergate par le Washington Post. Tout y est : l’effervescence en salle de rédaction, les impasses et les coups de théâtre, les résistances, les informateurs-clés. Manches retroussées, téléphone collé à l’oreille, les comédiens multiplient les morceaux de bravoure, les scènes électrisantes. Ils rivalisent d’aisance et de charisme en incarnant des figures diverses et passionnantes : Michael Keaton, vétéran de l’info, aux prises avec son propre milieu de grands bourgeois catholiques ; Liev Schreiber, rédac chef taiseux et déterminé ; Rachel McAdams, l’enquêtrice dont l’écoute et la délicatesse permettent toutes les confidences. Sans oublier Marc Ruffalo : en limier pugnace et impertinent, à la fois concentré et intense, il trouve l’un de ses plus beaux rôles. Subtils, ambigus — humains, en quelque sorte —, ces personnages ne sont pas des preux chevaliers au service du quatrième pouvoir. Ce sont des bosseurs. Le réalisateur Tom McCarthy (The Visitor, The Station Agent) a choisi, avant tout, de filmer leur travail, dans son aspect le plus quotidien et le plus endurant : une formidable mécanique de petits détails, de bouts de papier, de porte-à-porte et de méthodes différentes — l’un force les barrages, l’autre cultive ses relations. Cet hommage réaliste et vibrant à tous les chasseurs de vérité vient d’obtenir six nominations aux Oscars. Télérama
« Nous avions un projet d’attentat contre le Bataclan parce que les propriétaires sont juifs. » Cette phrase, glaçante au regard de la prise d’otages et du carnage qui aurait fait ce vendredi « une centaine de morts », selon des sources policières, a été prononcée dans les bureaux de la DCRI, en février 2011. Les services français interrogeaient alors des membres de « Jaish al-Islam », l’Armée de l’islam, soupçonnés de l’attentat qui a coûté la vie à une étudiante française au Caire en février 2009. Ils planifiaient un attentat en France et avaient donc pris pour cible la célèbre salle de spectacle parisienne. En 2007 et en 2008, le Bataclan avait déjà été sous la menace de groupes plus ou moins radicaux. En cause : la tenue régulière de conférences ou de galas d’organisations juives, notamment le « Magav », une unité de garde-frontières dépendant de la police d’Israël. En décembre 2008, alors qu’une opération de l’armée israélienne a lieu dans la bande de Gaza, les menaces autour du Bataclan se font plus précises. Sur le Web, une vidéo montrant un groupe d’une dizaine de jeunes, le visage masqué par des keffiehs, qui menacent les responsables du Bataclan à propos de l’organisation du gala annuel du Magav. À l’époque, Le Parisien y consacre un article sans que cette poignée de militants soit véritablement identifiée. Dans la foulée, ce meeting annuel sera reporté. (…) la presse israélienne rappelait que le groupe de rock Eagles of Death qui se produisait ce vendredi 13 au soir avait effectué une tournée en Israël. Le groupe avait alors dû faire face à plusieurs appels au boycott, ce qui ne les avait pas empêchés de s’y produire. Le Point
LES PRÉJUGÉS ANTISÉMITES SONT LARGEMENT RÉPANDUS AU SEIN DE LA POPULATION MUSULMANE, PLUS QUE CHEZ L’ENSEMBLE DES FRANÇAIS 51% des musulmans se déclarent d’accord avec au moins 5 des 8 stéréotypes testés 90% considèrent que les juifs sont très soudés entre eux » 74% que « les juifs ont beaucoup de pouvoir » 66% qu’« ils sont plus riches que la moyenne des Français » 67% qu’« ils sont trop présents dans les médias » 62% qu’« ils sont plus attachés à Israël qu’à la France » 26% qu’« ils sont plus intelligents que la moyenne » 29% qu’« ils ne sont pas vraiment des Français comme les autres » Sondage IPSOS-JDD
You are our first ambassadors. Be the ones who lead others, even the reticent, those who might not want to see the film,” Arcady told a crowd at the Paris preview for 24 Days. “Even those who say, ‘Oh la la, Ilan Halimi, that’s a fait divers [a petty news item], stop bothering us with that.’ And seeing the film you will understand that it is not a petty news item. And those who still think that today, they are the ones who really needed to be persuaded to come see the film. Alexandre Arcady
Dix ans plus tard, nous continuons à éprouver un remords collectif, celui d’avoir hésité à désigner par son nom la haine antisémite . (…) Derrière ce crime il y avait l’antisémitisme et la haine de l’autre. Le supplice d’Ilan Halimi annonçait à sa manière une série de gestes assassins : il annonçait les tueries de Mohamed Merah en 2012, la fusillade du musée juif de Bruxelles en 201 ou encore le drame de l’Hyper Cacher l’an dernier. Bernard Cazeneuve (ministre de l’Intérieur)
Malheureusement, les faits m’ont donné raison. Quand on aborde de façon critique la politique du gouvernement israélien ou encore les prises de position des intellectuels et institutions communautaires en France sur la question du conflit israélo-palestinien, on se met forcément un peu en danger. Il y a deux risques. Le premier est d’être accusé d’antisémitisme plus ou moins assumé. Cela a été le cas. J’ai été attaqué de façon scandaleuse par un journaliste, Frédéric Haziza, et par Julien Dray, dont on peut par ailleurs s’étonner qu’il soit encore élu au conseil régional d’Île-de-France au vu de l’ensemble de son œuvre et par rapport au désir de moralité qui semble gouverner dans les hautes sphères. Ceci étant, après cette polémique odieuse m’accusant de nier la dimension antisémite du meurtre d’Ilan Halimi, une pétition a été lancée et a recueilli plusieurs milliers de signatures sur le thème « Stop à la chasse aux sorcières ». Lorsque je regarde la liste des signataires et leur réputation morale, je suis réconforté. Le second risque, c’est le black-out. Les médias dans leur grande majorité n’ont pas voulu parler du livre et de ses thèses. La tentation chez beaucoup de mes collègues chercheurs et de nombreux journalistes consiste à considérer que ça divise l’opinion ou qu’il n’y a que des coups à prendre et qu’il est donc plus prudent de ne pas aborder ce sujet. Mais, en attendant, le débat continue, et parfois, de façon plus malsaine. D’ailleurs, je suis pris entre deux écueils, les ultras pro-israéliens m’accusent d’antisémitisme. Et lorsque, dans des débats un peu chauds, je m’élève contre l’utilisation du terme « entité sioniste » pour parler de l’État d’Israël, que je refuse la vision d’une presse contrôlée par les juifs ou que je dénonce Dieudonné, d’autres m’accusent d’être payé par les juifs. Il y a donc là un enjeu essentiel pour notre débat démocratique. Combattre l’antisémitisme mais refuser le chantage consistant à faire un amalgame entre critique politique du gouvernement israélien et antisémitisme. (…) Le discours des institutions juives ou des intellectuels communautaires, pour ne pas dire communautaristes, répète en boucle que l’antisémitisme est très fort en France, qu’il y a une « montée » de ce phénomène, et que la menace antisémite est plus importante et virulente que les autres formes de racisme. Il faudrait alors plus se mobiliser contre cette forme de racisme. Et, en annexe, ne pas critiquer le gouvernement israélien car cela alimenterait l’antisémitisme. Pour une grande partie de la population qui vit de nombreuses discriminations au quotidien, les Noirs et les Arabes, ce discours est vécu de façon assez douloureuse. Ils ont l’impression qu’on sous-estime les discriminations dont ils sont victimes et que certains doivent être plus protégés que d’autres. Il y a alors danger. Les études et les faits montrent que l’antisémitisme, même s’il n’a pas disparu, est nettement moins fort qu’il y a une ou deux générations en France. En même temps, chaque année au dîner du Crif, le président parle d’une montée de l’antisémitisme. En fait, le grand revirement est que l’antisémitisme est moins fort mais le soutien à Israël dans la population française l’est également. (…) La défense inconditionnelle de l’État d’Israël des institutions juives, quelle que soit son action ou sa politique, très rapidement reliée à la lutte contre l’antisémitisme contribue à faire peur aux juifs français. Cela vient poser une barrière entre juifs et non-juifs autour de cet enjeu du soutien à Israël. Cela est très dangereux. On voit, par exemple, sur quelles bases le Crif a décidé de ne plus inviter le Parti communiste à son dîner annuel. Que l’on me montre la moindre déclaration d’un dirigeant communiste qui verse dans l’antisémitisme. Par contre, on reproche aux communistes leur solidarité avec la cause palestinienne. Le Crif privilégie ainsi son soutien à Israël au détriment du combat contre l’antisémitisme. Tout en se disant en faveur d’un règlement pacifique, les institutions et les intellectuels communautaires pilonnent systématiquement ceux qui sont tout autant pour la paix mais qui estiment que le blocage de la situation provient plus de l’occupant que de l’occupé. Les institutions juives mettent en avant la lutte contre l’antisémitisme pour tétaniser toute expression politique contraire ou critique à l’égard du gouvernement israélien. Elle est directement taxée soit d’antisémitisme, soit de le nourrir en important le conflit du Proche-Orient. Cet argument est pour le moins paradoxal puisque ce sont les mêmes qui, sans cesse, appellent les juifs de France à démontrer une solidarité infaillible au gouvernement israélien. Ils sont donc très largement responsables de ce faux lien. (…) Il y a eu Mohamed Merah qui a tué des enfants parce qu’ils étaient juifs. Nous ne sommes pas à l’abri d’un tel acte terroriste qui, par définition, est incontrôlable et on ne peut pas nier l’existence d’un tel risque. Il y a eu aussi l’affaire Ilan Halimi, même si plus complexe, qui a une dimension antisémite mais qui ne peut pas se résumer uniquement à un acte antisémite. Mais, il n’y a pas de recrudescence d’agressions ou d’injures. Les actes antisémites, bien sûr toujours trop nombreux, représentent un nombre faible face à l’ensemble des actes violents répertoriés, dans la rue, à l’école, en milieu hospitalier, etc. Je donne à ce sujet des chiffres très précis. Nous vivons dans une société violente. Et puis, surtout, il y a beaucoup d’agressions racistes qui touchent d’autres catégories de populations. Les actes antimusulmans ou anti-Noirs sont très nombreux alors qu’ils ne semblent pas faire autant l’objet d’une vigoureuse dénonciation des médias ou des pouvoirs publics. Cela est largement ressenti. Les médias et les élus de la République font très souvent du « deux poids, deux mesures », aggravent un mal qu’ils disent vouloir combattre. (…) Je cite plusieurs exemples d’agressions d’autres communautés, pas seulement arabes, de faits graves pas ou peu médiatisés. Cela au final se retourne contre les juifs français car cela crée un sentiment d’être traité différemment. Il ne faut pas ignorer l’existence d’une nouvelle forme d’antisémitisme en banlieue aujourd’hui. Cela est dû plus à une forme de jalousie sociétale qu’à une haine raciale. Il y a le sentiment que l’on en fait plus pour les uns que pour les autres. Par ailleurs, le Crif joue à la fois un rôle de repoussoir et de modèle. Beaucoup de musulmans y voient la bonne méthode pour se faire entendre des pouvoirs publics et veulent faire pareil. Le risque est de se retrouver communauté contre communauté. Faire ce constat, ce n’est pas vouloir dresser les uns contre les autres. Je réclame au contraire l’égalité de traitement. La République doit considérer tous ses enfants de la même façon. Quels que soient l’histoire et les drames vécus précédemment, il n’y a pas de raison que certains soient plus protégés que les autres. Je remarque toutefois que l’on parle beaucoup plus des dégradations de mosquée, des agressions et des injures islamophobes. Une prise de conscience est en train de s’opérer dans les médias certainement liée à la pression populaire et aux réseaux sociaux. Pascal Boniface (mai 2004)
L’antisémitisme, répandu parmi les jeunes musulmans en Europe, possède des caractéristiques spécifiques qui le distinguent de la haine des Juifs présente au sein de la population générale, dans les sociétés qui les environnent. Pourtant, il existe aussi des points communs. De nombreuses affirmations passe-partout, concernant l’origine de l’antisémitisme musulman en Europe, sont sans fondement. Il n’existe, notamment, aucune preuve que cette attitude haineuse soit fortement influencée par la discrimination que les jeunes musulmans subissent dans les sociétés occidentales. (…) J’ai mené 117 entretiens auprès de jeunes musulmans, dont la moyenne d’âge était de 19 ans, à Paris, Berlin et Londres. La majorité a fait part de certains sentiments antisémites, avec plus ou moins de virulence. Ils expriment ouvertement leurs points de vue négatifs envers les Juifs. C’est souvent dit avec agressivité et parfois, ces prises de positions incluent des intentions de commettre des actes antisémites. (…) Beaucoup de jeunes auprès desquels j’ai enquêté, ont exprimé des stéréotypes antisémites « traditionnels ». Les théories de la Conspiration et les stéréotypes qui associent les Juifs à l’argent sont les plus fréquents. Les Juifs sont souvent réputés comme riches et avares. Ils ont aussi fréquemment perçus comme formant une même entité ayant, parce que Juifs, un intérêt commun malfaisant. Ces stéréotypes archétypaux renforcent une image négative et potentiellement menaçante « des Juifs », dans la mentalité de ces jeunes. (…) Habituellement, ils ne différencient absolument pas les Juifs des Israéliens. Ils utilisent leur perception du conflit au Moyen-Orient comme une justification de leur attitude globalement hostile envers les Juifs, y compris, bien sûr, envers les Juifs allemands, français et britanniques. Ils proclament souvent que les Juifs ont volé les terres des Arabes Palestiniens ou, alternativement, des Musulmans. C’est une assertion essentielle, pour eux, qui leur suffit à délégitimer l’Etat d’Israël, en tant que tel. L’expression « Les Juifs tuent des enfants » est aussi fréquemment entendue. C’est un argument qui sert de clé de voûte pour renforcer leur opinion qu’Israël est fondamentalement malfaisant. Puisqu’ils ne font aucune distinction entre les Israéliens et les Juifs en général, cela devient une preuve supplémentaire du « caractère foncièrement cruel » des Juifs. Et c’est aussi ce qui les rend particulièrement émotifs. (…) L’hypothèse d’une hostilité générale, et même éternelle entre les Musulmans (ou Arabes) et les Juifs est très répandue. C’est souvent exprimé dans des déclarations telles que : « Les Musulmans et les Juifs sont ennemis », ou, par conséquent : « Les Arabes détestent les Juifs ». Cela rend très difficile, pour des jeunes qui s’identifient fortement comme Musulmans ou Arabes, de prendre leurs distances à l’encontre d’une telle vision. (…) Nous savons que l’antisémitisme n’est jamais rationnel. Pourtant, certains jeunes musulmans n’essaient même pas de justifier leur attitude. Pour eux, si quelqu’un est Juif, c’est une raison suffisante pour qu’il suscite leur répugnance. Des déclarations formulées par les enquêtés, il ressort que les attitudes négatives envers les Juifs sont la norme au sein de leur environnement social. Il est effrayant de constater qu’un grand nombre d’entre eux expriment le désir d’attaquer physiquement les Juifs, lorsqu’ils en rencontrent dans leurs quartiers. (…) Certains d’entre eux racontent les actes antisémites commis dans leur environnement, et dont les auteurs n’ont jamais été pris. Plusieurs interviewés approuvent ces agressions. Parfaitement au courant du fait que d’autres, issus de leur milieu d’origine sociale, religieuse et ethnique, s’en prennent à des Juifs, ne font pas l’objet d’arrestation et n’ont pas clairement été condamnés, ne fait que renforcer la normalisation de la violence contre les Juifs dans leurs cercles de relations ». (…) Les différences entre les enquêtés des trois pays, concernant leurs points de vue antisémites, restent, de façon surprenante, extrêmement ténues. On perçoit quelques divergences dans leur argumentation. Les Musulmans allemands mentionnent que les Juifs contrôlent les médias et les manipulent dans l’unique but de dissimuler les supposées « atrocités » d’Israël. En France, les interviewés disent souvent que les Juifs jouent un rôle prédominant dans les médias nationaux et la télévision. Au Royaume-Uni, ils mentionnent principalement l’influence des Juifs dans les programmations américaines, aussi bien que dans l’industrie cinématographique qui provient des Etats-Unis. (…) Des non-Musulmans emploient, également, le mot “Juif” de façon péjorative, en Allemagne et en France. En Grande-Bretagne, ce phénomène est, généralement, moins perceptible, parmi les sondés musulmans, notamment. Certains jeunes musulmans affirment que c’est faux de prétendre que les Juifs auraient une vie meilleure en France que les Musulmans. Il est possible que cela découle du fait que les Juifs de France sont souvent plus visibles que ceux d’Allemagne et de Grande-Bretagne et, en outre, que de nombreux Juifs de France sont aussi des immigrés d’Afrique du Nord, ce qui alimentee un certain sentiment de concurrence à leur égard. (…) En Allemagne, certains individus interrogés emploient souvent des arguments particuliers qu’ils ont empruntés à la société dans son ensemble, tels que les remboursements et restitutions compensatrices, supposées trop élevées, versées à Israël, du fait de la Shoah. Un autre argument fréquemment proposé, auquel ils croient, est que les Juifs, à la lumière de la Shoah, « devraient être des gens bien meilleurs que les autres, alors qu’Israël incarnerait exactement l’inverse. (…) Pourtant, il existe, aussi, heureusement, de jeunes musulmans qui prennent leurs distances avec l’antisémitisme. Cela arrive, même s’ils ont d’abord été largement influencés par des points de vue antisémites, de la part de leurs amis, de leur famille et des médias. Cela prouve, une fois encore, qu’on ne devrait pas généraliser , dès qu’il s’agit de telle ou telle population ». (…) L’antisémitisme peut encore être renforcé [chez eux] en se référant à une attitude générale négative, portée par la communauté musulmane envers les Juifs. Les références au Coran ou aux Hadiths peuvent être utilisées avec, pour implication que D.ieu lui-même serait d’accord avec ce point de vue. Pourtant, on ne doit pas se laisser induire en erreur par la conclusion de sens commun, que l’antisémitisme musulman est le produit exclusif de la haine d’Israël, ou de l’antisémitisme occidental « classique », ou encore des enseignements de l’Islam, ou de leur identité musulmane. La réalité est bien plus complexe. Günther Jikeli
Juif et donc riche. C’est ainsi que les bourreaux d’Ilan Halimi ont justifié les vingt-quatre jours de torture qu’ils ont fait subir au jeune homme. Dix ans après la découverte de son corps, il reste pour sept Français sur dix le « symbole de ce à quoi peuvent conduire les préjugés sur les juifs », nous apprend une étude de l’Ifop* pour SOS Racisme et l’Union des étudiants juifs (UEJF) que nous dévoilons en exclusivité. Cette « affaire », dont 61 % des sondés disent qu’elle les a « beaucoup » touchés, n’a pourtant pas permis d’anéantir les stéréotypes dont elle a été l’emblème. L’étude démontre en effet qu’au-delà d’Internet où des torrents de haine antijuive se déversent, les préjugés antisémites ont la dent dure. 32 % estiment que les juifs se servent dans « leur propre intérêt » de leur statut de victime du nazisme, de même que de nombreux sondés admettent pour vraie l’idée de juifs plus riches que la moyenne (31 %), avec par exemple trop de pouvoir dans les médias (25 %). Le Parisien
*Le 13 février 2006, Ilan Halimi est retrouvé nu, bâillonné et menotté le long d’une voie ferrée de la banlieue parisienne. Vivant. Ou plutôt agonisant. Il mourra dans l’ambulance qui l’emmène vers l’hôpital. Cheveux tondus, traces de brûlures, plaies par arme blanche… son corps témoigne des sévices qu’il a subis pendant près de trois semaines dans la cave d’une barre HLM de la cité de Pierre-Plate où il a été séquestré par ceux qui seront surnommés le « gang des barbares » au cours de leur procès. Vingt-sept personnes seront poursuivies. A leur tête : Youssouf Fofana, le « cerveau » de la bande. C’est lui qui recrute les « geôliers » et « l’appât ». Lui aussi qui cible Ilan Halimi, qu’il choisit parce qu’il est « juif donc riche », selon ses préjugés antisémites, espérant extorquer une rançon à sa famille. Condamné en 2009 à la perpétuité avec vingt-deux ans de sûreté, Fofana a ajouté trois ans à sa peine en 2014, pour avoir agressé des surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe. Emma, elle, a été condamnée à neuf ans de prison. Elle est celle qui, le 21 janvier 2006, a attiré sa victime dans la cave qui lui servira de geôle et de lieu de torture. En janvier 2012, elle a retrouvé la liberté après six années passées en prison. Le Monde
Nous n’oublions rien de ceux qui ont commis l’irréparable, de ceux qui ont encouragé et ceux qui se sont tus. Porte-parole du collectif Haverim
Le discours des institutions juives ou des intellectuels communautaires, pour ne pas dire communautaristes, répète en boucle que l’antisémitisme est très fort en France, qu’il y a une « montée » de ce phénomène, et que la menace antisémite est plus importante et virulente que les autres formes de racisme. Il faudrait alors plus se mobiliser contre cette forme de racisme. Et, en annexe, ne pas critiquer le gouvernement israélien car cela alimenterait l’antisémitisme. Pour une grande partie de la population qui vit de nombreuses discriminations au quotidien, les Noirs et les Arabes, ce discours est vécu de façon assez douloureuse. Ils ont l’impression qu’on sous-estime les discriminations dont ils sont victimes et que certains doivent être plus protégés que d’autres. Il y a alors danger. Les études et les faits montrent que l’antisémitisme, même s’il n’a pas disparu, est nettement moins fort qu’il y a une ou deux générations en France. En même temps, chaque année au dîner du Crif, le président parle d’une montée de l’antisémitisme. En fait, le grand revirement est que l’antisémitisme est moins fort mais le soutien à Israël dans la population française l’est également. Pascal Boniface
J’ai, à titre personnel, un inconfort philosophique avec la place [que ce débat] a pris, parce que je pense qu’on ne traite pas le mal en l’expulsant de la communauté nationale. Le mal est partout. Déchoir de la nationalité est une solution dans un certain cas, et je vais y revenir, mais à la fin des fins, la responsabilité des gouvernants est de prévenir et de punir implacablement le mal et les actes terroristes. C’est cela notre devoir dans la communauté national. Emmanuel Macron
Je comprends et je respecte profondément les réflexions et les réactions sur ce sujet. Il faut répondre à trois exigences  : la protection des Français, le respect de l’engagement pris par le président de la République – l’autorité de l’Etat en dépend – et la cohésion nationale. C’est une mesure symboliquement importante  : elle donne un sens à ce que c’est que d’appartenir à la communauté nationale. (…) Je suis ministre de la République, donc pleinement solidaire de la politique gouvernementale. Emmanuel Macron
En interrogeant la pertinence du débat autour de la déchéance de nationalité, Emmanuel Macron acte le débat qui l’oppose à Manuel Valls sur l’identité de la gauche au pouvoir, et le refus de l’avènement d’une « gauche Finkielkraut ». Peut-on « recadrer » celui qui dit que « le mal est partout »? La réalité s’impose, et même un Premier ministre de la Ve République n’y peut rien. Quoi qu’il prétende. Quoi qu’il décrète. En cela, la sortie d’Emmanuel Macron en plein débat sur le projet de révision constitutionnelle fait date. Elle ne relève pas seulement de la petite polémique politique comme les aiment les commentateurs old school, les grands lecteurs du temps court, formés au culte de la petite phrase, mais bien au-delà en ce que d’un coup, elle synthétise le grand débat de la gauche contemporaine. (…) Le message est adressé à Manuel Valls, et à travers lui à une certaine idée de la gauche en mutation. Emmanuel Macron refuse la finkielkrautisation de la gauche, ou pire encore, sa zemmourisation. Il lance un appel à la raison, à la compréhension, à la refondation autour des valeurs qui fondent la gauche. Macron refuse l’avènement de la gauche Finkielkraut qui s’affichait en Une du Point la semaine passée. (…) Du point de vue de l’ancien élève de Paul Ricoeur, cela signifie qu’il faut comprendre pourquoi le mal nait. Aller aux racines. Comprendre non pour excuser, mais pour combattre. Là encore, l’invitation à incliner en faveur de l’action, toujours féconde, plutôt qu’à la réaction, toujours stérile, est patente. (..) il faut bien se garder de réduire l’affrontement Macron/Valls à la seule dimension de leurs personnes. Derrière ce choc, se profile l’affrontement des deux gauches modernes appelées à incarner l’avenir. L’enjeu n’est pas anodin. Ou bien la gauche se contente de s’adapter à l’air du temps que commande l’apparent succès des valeurs réactionnaires, portées par les bardes du déclinisme, et alors Manuel Valls est fondé à s’en aller écouter le discours d’Alain Finkielkraut lors de sa cérémonie de réception à l’Académie française, le tout en saluant ce « grand philosophe ». Si l’on en demeure là, cette défaite de la pensée de gauche lui promettrait, en cas de déroute en 2017, une longue cure d’opposition. Ou bien la gauche, nécessairement convertie à l’économie libérale, s’efforce de demeurer fidèle à l’héritage de Jaurès, Blum, Mendès France et Mitterrand, et elle continue de vouloir penser le monde, et toutes les formes de Mal qui le hantent, pour mieux le transformer. « Finkielkrautétiser » la gauche, ce serait acter que la guerre culturelle a été perdue. Macron questionne parce qu’il pense que c’est ainsi que la gauche en politique trouvera les réponses en elle, sans céder à la droitisation de l’époque. Cela peut heurter. Bousculer. Déranger. Confronter le temps politique du temps court au temps long. « En ce qui concerne les choses humaines, ne pas s’indigner mais comprendre. » Macron est un spinoziste en politique. Et c’est une démarche qui à la mérite d’être authentiquement de gauche. Et moderne. Et refondatrice pour un socialisme qui parait avoir arrêté de penser le monde depuis vingt ans. (…) Comme Macron le disait lui-même, dans le 1, en juillet dernier: « L’exigence du quotidien qui va avec la politique, c’est d’accepter le geste imparfait », et d’ajouter: « On bascule dans le temps politique en acceptant l’imperfection du moment ». Accepter l’imperfection, la comprendre, y compris pour comprendre le Mal et mieux le combattre. Macron est un bien-pensant, et il est moderne, il est donc la preuve que la gauche Finkielkraut n’a pas encore gagné. Bruno Roger-Petit
A large part of the Jewish community is convinced that the anti-Semitic dimension of Ilan Halimi’s murder has not been mentioned enough, while another large part of public opinion thinks this affair has been overexposed because of its anti-Semitic dimension and many parents ask themselves: ‘Would they have talked about this if the victim had been my son?’ Pascal Boniface (2014)
In January 2006, just weeks after riots had set aflame the troubled banlieues and housing projects throughout the country, a single horrific killing exposed an icy violence that was in its way even more shocking. Ilan Halimi, 23, was kidnapped by the self-styled “Gang of Barbarians” and tortured to death because he was Jewish and they thought his family or other Jews would pay for his freedom. And when 24 Days director Arcady describes Ilan Halimi as the first person murdered for being Jewish in France since the Second World War, it is lost on no one that he was not the last. During Mohamed Merah’s al Qaeda-inspired killing spree in 2012, the motorcycle-riding gunman slaughtered three children and a rabbi outside a Jewish school in Toulouse. Ruth Halimi (…) pleads with cops who keep insisting her son’s kidnapping is purely financially motivated and ignore the anti-Semitic undertones. “Why are you afraid of the truth?!” she cries, convinced the intent is more sinister and her son’s fate is sealed. The detectives are shown telling her that refusal to pay ultimately will protect her son because he’ll be valued as a bargaining chip. Hot on the heels of the November 2005 banlieue riots, tensions remained high. And a spectacularly embarrassing false alarm not long before that had clouded the authorities’ judgment. In the summer of 2004, a young woman told police she had been attacked by six young black and Arab men on a suburban Paris commuter train. She claimed the muggers tore her clothes and markered swastikas onto her bare stomach, cut a lock of her hair, and toppled her baby’s stroller. In a nation still riven with guilt over its WWII persecution of Jews, the incident sparked a swift political response from then-President Jacques Chirac. But days later the young woman recanted, eventually explaining she was just vying for her parents’ attention. In the event, the Gang of Barbarians eluded the 400 police officers assigned to the case until it was too late. Two dozen men and women would be convicted for their varying degrees of involvement. The gang’s 25-year-old ringleader, Youssouf Fofana, the French-born son of Ivorian immigrants, was captured on the run in Abidjan 10 days after he had stabbed Halimi, doused him with a flammable substance, set him alight, and left him for dead. The new film’s theatrical release goes some way toward repairing what many saw as an injustice. Both the 2009 trial and a 2010 appeal were held behind closed doors because some of the accused were minors at the time of the events. Halimi’s family and anti-racism groups had pled for public trials, citing their educational value. But one observer suggests the renewed media interest in Halimi’s case could itself spur resentment. In a new book on what he sees as France’s unhealthy tendency to internalize the Israeli-Palestinian conflict, Pascal Boniface argues that anti-Semitism has in fact declined radically in France over recent decades. The director of France’s Institute of International and Strategic Relations suggests Jewish community leaders and the media risk a sort of public fatigue by interpreting anti-Semitic acts out of that context and out of proportion to crimes against other groups. He spotlights the Halimi case as an example of anti-Semitism overexposed to a counterproductive degree. The Daily Beast
“Don’t you see?” I plead with the police. “They contacted a rabbi because he’s a Jew. Don’t you recognize that this is an anti-Semitic act?” But the authorities will have none of it. (…) Ilan’s situation, we later learn, has taken a turn for the worse. The concierge of the building notifies the kidnappers that they will have to vacate the apartment. He has orders to paint it for the next tenant. Fofana returns to France from the Ivory Coast especially to transport Ilan somewhere else. Covered in a blanket, he is carried on the kidnappers’ shoulders to a nearby cellar. It is colder in there than in the flat. He is under the watch of ten guards between the ages of 17 and 23, most of them converts to Islam. They were promised the whole thing would take three days and they’d make some quick money. “I wanted to buy myself new clothes,” said one gang member during his interrogation. Now, they are annoyed. Ten days have passed and they are still stuck with Ilan, who bears the brunt of their frustration. They kick him and burn him with cigarettes, each one inventing a different kind of torture. “Even an animal isn’t treated that way,” the police later say. By now the police know that the man in charge is using a different Internet café each time. Four hundred men are mobilized to catch the perpetrator. To me, it is abundantly clear that this is an anti-Semitic act and that I should shout out the truth and alert the press. But I do what the police tell me. Around this time the local police stop a black man on the streets of Paris whose name is Youssouf Fofana. They have no idea about the kidnapping because it is all being handled secretly. They return his papers to him. How he must have laughed! How powerful he must have felt! (…) The owner of a cyber café alerts the police: the black man in the hood and gloves they are looking for has come back. The police recruit a nearby squad without giving them too many details other than that they must immediately go and arrest a black man at 9 Rue Poirier de Narcay. They have no idea how dangerous he is or how much is at stake. The six policemen rush off together, discretion—the most important factor in this operation—thrown to the wind. They are searching for Number 9 but there’s no address on the shop, only on a nearby building. Fofana, sitting at the window, has ample time to notice them and flee. By the time they realize their mistake Fofana is long gone. They chase him but it’s too late. Why wasn’t the situation explained to them properly? Why couldn’t road blocks have been set up to prevent Fofana’s escape? Why wasn’t his picture put in the newspapers? And why didn’t the police compare his image to the one that was already in their files for the past 13 years, for a host of infractions? (…) On February 13, at five o’clock in the morning, Ilan was first shaven, like six million other Jews, and flung into the forest by his torturers. He managed to take the mask off his eyes, and as Fofana later reported, look them straight in the eye. I am a human being, his eyes told them. He received a few knife stabs for that. Then, like many of the six million before him he was set on fire and burned alive, having been sprayed with a flammable substance. Then his tormentors left. When he was found guilty Fofana declared, “I killed a Jew, and for that I will go to Paradise.” It was raining that morning; Ilan managed to roll down on the leaves towards the highway. A black woman, a secretary like me, saw him lying by the side of the road, stopped her car and called the police. She accompanied him in the ambulance and did not leave his side. He was still alive in the ambulance but died on the way to the hospital. (…) “I have boxes and boxes of transcripts from the trial. When I started reading them I felt like throwing myself out the window. They enumerate in painstaking detail what they did to my child just to amuse themselves. When Fofana was asked in prison if he had a message for me he said, ‘Tell her that her son fought well.’ It was probably meant as a compliment in his twisted mind.” (…) “words are sometimes worse than weapons,” (…) “The popular French comedian, Dieudonné [which means ‘gift of God’], whose supposed humor drips with anti-Semitism and is enjoyed by millions of Frenchmen, has said things like, ‘The Germans should have finished the job in 1945.’ It’s words like these that incite violence and inspire incidents like Toulouse.” (…) I didn’t want him to lie in the same soil on which he was murdered. I wanted him to be buried in Israel immediately, but my children said they needed him close by so they could visit him every day. I also knew that one day Fofana will be released from prison, and I don’t want him to be able to come and spit on my son’s grave.” Ruth Halimi

Attention: un lynchage peut en cacher un autre !

Alors qu’il aura fallu dix ans et pas moins de trois tueries de masse, pour que le gouvernement français reconnaisse enfin son long aveuglement …

Sur la nature antisémite du sauvage assassinat du jeune juif Ilan Halimi par une bande de jeunes de la banlieue de Bagneux se faisant appeler « gang des barbares » sous la direction d’un franco-ivoirien mais avec la complicité plus ou moins active de tout un voisinage

Et qu’après avoir pendant des années, sans parler de la désinformation constante et systématique comme des emballements périodiques de nos médias, laissé crier dans nos rues mort aux juifs ou appels au boycott ou à la stigmatisation d’Israël …

Nos belles âmes continuent à nier l’évidente montée, pourtant confirmée par une récente étude, de l’antisémitisme et notamment de l’antisémitisme des populations d’origine musulmane en France …

Comment ne pas voir, de la part des mêmes beaux esprits, la nouvelle dénonciation de la prétendue finkielkrautisation de la société comme un énième lynchage d’un membre, lui aussi, de ce peuple qui depuis 3 000 ans prétend empêcher le monde de tourner en rond ?

Et ne pas être frappé à la lueur des analyses du regretté René Girard

Comme du vibrant « hommage aux chasseurs de vérité« , à l’initiative là aussi de deux « outsiders » (un rédacteur en chef juif et un avocat arménien), sorti tout récemment sur nos écrans, face à la longue complicité des autorités catholiques américaines mais aussi de toute une ville, psys laïcs compris, sur les abus sexuels de ses prêtres contre des centaines d’enfants …

Par la dimension ô combien collective que semblent invariablement prendre ce genre d’affaires …

Et par cette longue omerta et ces sempiternelles accusations de trahison ou d’obsession du complot qu’avaient eux aussi dû surmonter il y a plus d’une siècle …

Surtout quand ils étaient eux-mêmes juifs, protestants ou d’origine étrangère (Zola) les défenseurs de la vérité…

D’un certain capitaine Dreyfus ?

Dix ans après son assassinat, Bernard Cazeneuve rend hommage à Ilan Halimi
Le Monde.fr avec AFP

Lucie Soullier

13.02.2016

Ilan Halimi. Ce nom résonne depuis dix ans comme le symbole de l’horreur de l’antisémitisme en France. Mort parce que juif. Assassiné parce que juif. Torturé parce que juif. Une douleur inscrite jusque sur sa tombe, à Jérusalem :

« Ilan Jacques Halimi, torturé et assassiné en France parce qu’il était juif à l’âge de 23 ans. »
Bernard Cazeneuve, le ministre de l’intérieur, s’est rendu samedi 13 février à Bagneux pour lui rendre hommage lors d’une cérémonie qui a rassemblé le grand rabbin de France Haïm Korsia, le président du Consistoire central israélite de France, Joël Mergui, ainsi que de nombreux élus. Une cérémonie pour ne pas oublier ce que le jeune homme a enduré dans cette cité des Hauts-de-Seine, vingt-quatre jours durant.

« Dix ans plus tard, nous continuons à éprouver un remords collectif, celui d’avoir hésité à désigner par son nom la haine antisémite », a déclaré le ministre dans un auditorium de la ville après s’être recueilli dans le parc attenant, devant une stèle à la mémoire du jeune homme. Le drame, a estimé M. Cazeneuve devant environ 150 personnes, « annonçait à sa manière une série de gestes assassins » : les tueries de Mohamed Merah en 2012, la fusillade du musée juif de Bruxelles en 2014, le drame de l’Hyper Cacher l’an dernier. Mais aussi « la diffusion rampante » de l’antisémitisme, du racisme, du « mépris » et de la « haine de l’autre ». Et, « à sa manière, les attentats » de novembre.

« Gang des barbares »
Le 13 février 2006, Ilan Halimi est retrouvé nu, bâillonné et menotté le long d’une voie ferrée de la banlieue parisienne. Vivant. Ou plutôt agonisant. Il mourra dans l’ambulance qui l’emmène vers l’hôpital.

Cheveux tondus, traces de brûlures, plaies par arme blanche… son corps témoigne des sévices qu’il a subis pendant près de trois semaines dans la cave d’une barre HLM de la cité de Pierre-Plate où il a été séquestré par ceux qui seront surnommés le « gang des barbares » au cours de leur procès. Vingt-sept personnes seront poursuivies.

Lire le récit des geôliers lors du procès de 2006

A leur tête : Youssouf Fofana, le « cerveau » de la bande. C’est lui qui recrute les « geôliers » et « l’appât ». Lui aussi qui cible Ilan Halimi, qu’il choisit parce qu’il est « juif donc riche », selon ses préjugés antisémites, espérant extorquer une rançon à sa famille. Condamné en 2009 à la perpétuité avec vingt-deux ans de sûreté, Fofana a ajouté trois ans à sa peine en 2014, pour avoir agressé des surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe.

Emma, elle, a été condamnée à neuf ans de prison. Elle est celle qui, le 21 janvier 2006, a attiré sa victime dans la cave qui lui servira de geôle et de lieu de torture. En janvier 2012, elle a retrouvé la liberté après six années passées en prison. Elle n’avait alors que 23 ans. Le même âge qu’Ilan Halimi, lorsqu’elle l’a guidé à sa mort.

Hommages
Dix ans après, dans le jardin qui porte son nom, dans le 12e arrondissement de Paris où le jeune homme résidait, des centaines de personnes se sont rassemblées jeudi 11 février, à l’appel du collectif Haverim. En présence des sœurs de la victime, des textes « selon ses goûts » ont été lus, extraits de Si c’est un homme, de Primo Levi, La vie est belle, de Roberto Benigni, ou encore L’être ou pas, de Jean-Claude Grumberg.

Le porte-parole du collectif tenait à ce que ce rassemblement soit un « hymne à la vie ». Mais il voulait également rappeler que, dix ans après, personne n’a oublié.

« Nous n’oublions rien de ceux qui ont commis l’irréparable, de ceux qui ont encouragé et ceux qui se sont tus. »

Voir de même:

Déchéance de nationalité: Macron défie Valls et la « gauche Finkielkraut »
Bruno Roger-Petit
Challenges

10-02-2016

En interrogeant la pertinence du débat autour de la déchéance de nationalité, Emmanuel Macron acte le débat qui l’oppose à Manuel Valls sur l’identité de la gauche au pouvoir, et le refus de l’avènement d’une « gauche Finkielkraut ».

Peut-on « recadrer » celui qui dit que « le mal est partout »? La réalité s’impose, et même un Premier ministre de la Ve République n’y peut rien. Quoi qu’il prétende. Quoi qu’il décrète. En cela, la sortie d’Emmanuel Macron en plein débat sur le projet de révision constitutionnelle fait date. Elle ne relève pas seulement de la petite polémique politique comme les aiment les commentateurs old school, les grands lecteurs du temps court, formés au culte de la petite phrase, mais bien au-delà en ce que d’un coup, elle synthétise le grand débat de la gauche contemporaine.

Il faut donc lire et relire ce que dit Emmanuel Macron du grand débat du moment autour de la question de la déchéance de nationalité appliquée aux auteurs de crimes et délits terroristes portant atteinte aux intérêts de la Nation. Le ministre de l’Economie n’est pas dans la posture de l’instant. Ni dans le buzz. Ni dans la polémique destinée à nourrir une actualité réduite aux soubresauts des réseaux sociaux.

Donc, devant la Fondation France-Israël, Emmanuel Macron a livré le fond de sa pensée: « J’ai, à titre personnel, un inconfort philosophique avec la place [que ce débat] a pris, parce que je pense qu’on ne traite pas le mal en l’expulsant de la communauté nationale. Le mal est partout. Déchoir de la nationalité est une solution dans un certain cas, et je vais y revenir, mais à la fin des fins, la responsabilité des gouvernants est de prévenir et de punir implacablement le mal et les actes terroristes. C’est cela notre devoir dans la communauté nationale ».

Le message est adressé à Manuel Valls, et à travers lui à une certaine idée de la gauche en mutation. Emmanuel Macron refuse la finkielkrautisation de la gauche, ou pire encore, sa zemmourisation. Il lance un appel à la raison, à la compréhension, à la refondation autour des valeurs qui fondent la gauche. Macron refuse l’avènement de la gauche Finkielkraut qui s’affichait en Une du Point la semaine passée.

En premier lieu, Macron affirme que la gauche de gouvernement, confrontée au terrorisme, ne peut apporter pour seul réponse qu’un exorcisme vain. « On ne traite pas le mal en l’expulsant de la communauté nationale », dit-il. Comment ne pas reconnaitre qu’il s’agit là d’une évidence? Expulser les terroristes qui font la guerre à la France et aux Français est une décision symbolique, apparemment réparatrice, mais elle ne prévient pas l’apparition du mal. La décision peut procurer une forme d’apaisement de l’opinion, un temps, mais elle n’est pas la réponse ultime au Mal. C’est un exorcisme politique, teinté de juridisme, dont la portée symbolique emporte sa propre limite. Implicitement, Emmanuel Macron indique que le Mal nait du Mal, et qu’il convient de l’intégrer dans la représentation que l’on est amené à se faire, au pouvoir, de ce qu’est l’état de la société d’aujourd’hui.

Ne pas être otage de l’air du temps
Le ministre appelle la gauche à ne pas être réaction, mais action. Ne pas être otage de l’air du temps, qui commande, à travers les figures médiatiques de l’époque, les Finkielkraut et les Zemmour, au rejet qui engendre le rejet, qui lui-même engendre encore le rejet. L’exorcisme que représente la déchéance de nationalité est sans doute nécessaire, en certains cas, mais il ne saurait être suffisant. Pour Macron, la déchéance de nationalité est un moyen, mais en doit être en aucun cas une fin.

Il faut inverser la charge de la preuve. C’est Emmanuel Macron qui recadre ce que devrait être l’action de la gauche de gouvernement, et c’est en ce sens que les vallsistes, qui promettent au ministre de l’Economie un sort peu enviable, se trompent en pensant le recadrer en jouant les Capitan de comédie dans la salle des quatre colonnes de l’Assemblée nationale. On ne recadre pas celui qui cadre la Vérité.

« A la fin des fins, la responsabilité des gouvernants est de prévenir et de punir implacablement le mal et les actes terroristes », affirme Macron, second temps de son appel à en revenir aux valeurs de la gauche. Puisque l’exorcisme est insuffisant, il faut agir afin d’enrayer, contenir, anéantir le Mal avant même qu’il n’apparaisse.

Du point de vue de l’ancien élève de Paul Ricoeur, cela signifie qu’il faut comprendre pourquoi le mal nait. Aller aux racines. Comprendre non pour excuser, mais pour combattre. Là encore, l’invitation à incliner en faveur de l’action, toujours féconde, plutôt qu’à la réaction, toujours stérile, est patente.

En creux, une fois de plus, Macron s’oppose à Manuel Valls. Son appréhension des choses du Mal s’oppose à celle du Premier ministre qui disait il y a encore quelques semaines, au sujet des terroristes qui s’en prennent à la France et qui sont pour certains, ses enfants: « Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille, car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser. » Macron affirme l’exact contraire, surtout quand il énonce que le Mal est partout.

Le Mal, ce n’est pas seulement les terroristes, ce peut être aussi ceux qui, sous prétexte de le combattre, peuvent l’instrumentaliser dans le dessein de servir leur cause, tout aussi malsaine et nuisible. Comprendre, c’est aussi combattre signifie Macron, afin de mieux « prévenir et punir implacablement le mal et les actes terroristes ». Là où Valls se contente de punir, action, Macron ajoute qu’il faut prévenir, soient Action et réaction.

De ce qui précède, deux leçons peuvent être tirées.

L’affrontement de 2 gauches modernes
D’abord, Emmanuel Macron est bien plus à gauche que ce que le conformisme médiatique ambiant entretient. Sans aucun doute faut-il reconsidérer ce que le microcosme a édicté sur son compte à son sujet.

En outre, il faut bien se garder de réduire l’affrontement Macron/Valls à la seule dimension de leurs personnes. Derrière ce choc, se profile l’affrontement des deux gauches modernes appelées à incarner l’avenir. L’enjeu n’est pas anodin. Ou bien la gauche se contente de s’adapter à l’air du temps que commande l’apparent succès des valeurs réactionnaires, portées par les bardes du déclinisme, et alors Manuel Valls est fondé à s’en aller écouter le discours d’Alain Finkielkraut lors de sa cérémonie de réception à l’Académie française, le tout en saluant ce « grand philosophe ». Si l’on en demeure là, cette défaite de la pensée de gauche lui promettrait, en cas de déroute en 2017, une longue cure d’opposition.

Ou bien la gauche, nécessairement convertie à l’économie libérale, s’efforce de demeurer fidèle à l’héritage de Jaurès, Blum, Mendès France et Mitterrand, et elle continue de vouloir penser le monde, et toutes les formes de Mal qui le hantent, pour mieux le transformer.

« Finkielkrautétiser » la gauche, ce serait acter que la guerre culturelle a été perdue.

Macron questionne parce qu’il pense que c’est ainsi que la gauche en politique trouvera les réponses en elle, sans céder à la droitisation de l’époque. Cela peut heurter. Bousculer. Déranger. Confronter le temps politique du temps court au temps long.

« En ce qui concerne les choses humaines, ne pas s’indigner mais comprendre. » Macron est un spinoziste en politique. Et c’est une démarche qui à la mérite d’être authentiquement de gauche. Et moderne. Et refondatrice pour un socialisme qui parait avoir arrêté de penser le monde depuis vingt ans. Commentant le propos de Macron, un proche de Manuel Valls aurait promis de  « couper les couilles de ce petit con ». Est-ce bien digne de l’expression d’une pensée conforme à l’héritage socialiste?

Comme Macron le disait lui-même, dans le 1, en juillet dernier: « L’exigence du quotidien qui va avec la politique, c’est d’accepter le geste imparfait », et d’ajouter: « On bascule dans le temps politique en acceptant l’imperfection du moment ». Accepter l’imperfection, la comprendre, y compris pour comprendre le Mal et mieux le combattre. Macron est un bien-pensant, et il est moderne, il est donc la preuve que la gauche Finkielkraut n’a pas encore gagné.
Horror Story
04.28.14 11:45 AM ET
A Horror Story of True-Life Anti-Semitism in France
In 24 Days, opening this week in Paris, filmmaker Alexandre Arcady sets out to expose the motives and the meaning behind a savage crime.
It was a ghastly tragedy that rattled a nation and became a byword for anti-Semitism in France. In January 2006, just weeks after riots had set aflame the troubled banlieues and housing projects throughout the country, a single horrific killing exposed an icy violence that was in its way even more shocking. Ilan Halimi, 23, was kidnapped by the self-styled “Gang of Barbarians” and tortured to death because he was Jewish and they thought his family or other Jews would pay for his freedom.
Now eight years on, the story is coming to cinemas in France. Alexandre Arcady’s 24 Days: The Truth About the Ilan Halimi Affair opens Wednesday, the first of two French feature films on the case due out in 2014. And in a nation where Europe’s largest Jewish community is still reeling from the recent fight to censor a notorious comedian spewing anti-Semitic hate, it is bound to touch a nerve.
Indeed, in the wake of the controversy over the dubious humorist Dieudonné M’bala M’bala, which saw his stage shows banned in several French cities in January, the Jewish community has expressed concern that anti-Semitic acts, which were down 31 percent in France last year, could rise.

And when 24 Days director Arcady describes Ilan Halimi as the first person murdered for being Jewish in France since the Second World War, it is lost on no one that he was not the last. During Mohamed Merah’s al Qaeda-inspired killing spree in 2012, the motorcycle-riding gunman slaughtered three children and a rabbi outside a Jewish school in Toulouse.
The beginning of the end for Ilan Halimi came on a Friday night in January 2006. He had left his mother’s Paris home after a Shabbat meal to meet a girl at a café. A femme fatale in the truest sense, “Emma”—recruited as bait for Halimi—had first flirted with the affable mobile-phone salesman that very day in the shop where he worked on the Boulevard Voltaire.
She would lure him to a Paris suburb where the gang waited in ambush. They beat him, bound him and stashed him away in an apartment building in the projects. Halimi was held for 24 days, his eyes and face plastered in duct tape, first in a vacant flat, then in a basement boiler room with the building superintendent’s complicity.
When Halimi’s jailers tired of helping their captive relieve himself, they stopped feeding him. He was found barely alive in the woods near a commuter train line, still tied up, naked, and badly burned. He died before the ambulance reached the hospital.
Arcady’s 24 Days tells the story from the perspective of Halimi’s mother, Ruth, based on her 2009 memoir. Savage violence goes largely unseen in the film. Instead, audiences sink into the family’s nightmare: the oppressive barrage of rambling, invective-laced phone calls demanding ransom—more than 600 calls over the course of Halimi’s captivity.
Despite a last act every French viewer will know in advance, the film moves along like a thriller. It catalogues a massive but doomed police investigation through its agonizing near-misses and mistaken hunches.

Ruth Halimi (Zabou Breitman) pleads with cops who keep insisting her son’s kidnapping is purely financially motivated and ignore the anti-Semitic undertones. “Why are you afraid of the truth?!” she cries, convinced the intent is more sinister and her son’s fate is sealed. The detectives are shown telling her that refusal to pay ultimately will protect her son because he’ll be valued as a bargaining chip. Inside a Paris preview screening, a loud “Ha!” could be heard from a pair of audience members at the detectives’ onscreen naiveté.
In fairness, Arcady has put this misapprehension in context. Hot on the heels of the November 2005 banlieue riots, tensions remained high. And a spectacularly embarrassing false alarm not long before that had clouded the authorities’ judgment.
In the summer of 2004, a young woman told police she had been attacked by six young black and Arab men on a suburban Paris commuter train. She claimed the muggers tore her clothes and markered swastikas onto her bare stomach, cut a lock of her hair, and toppled her baby’s stroller. In a nation still riven with guilt over its WWII persecution of Jews, the incident sparked a swift political response from then-President Jacques Chirac. But days later the young woman recanted, eventually explaining she was just vying for her parents’ attention. (That case, too, became the subject of a feature film in 2009, The Girl on the Train, with Emilie Dequenne and Catherine Deneuve.)
In fact, the extent to which Halimi’s motley assailants acted out of anti-Semitism would remain a point of contention long after his body was found.
In the event, the Gang of Barbarians eluded the 400 police officers assigned to the case until it was too late. Two dozen men and women would be convicted for their varying degrees of involvement. The gang’s 25-year-old ringleader, Youssouf Fofana, the French-born son of Ivorian immigrants, was captured on the run in Abidjan 10 days after he had stabbed Halimi, doused him with a flammable substance, set him alight, and left him for dead.

In 2009, Fofana was convicted of murder, acts of torture and barbarity, with anti-Semitism an aggravating circumstance. He is serving life in prison with no possibility for parole for 22 years. (He has since been sentenced to several additional years for new crimes including attacking prison personnel and posting videos to YouTube spewing anti-Semitic hate and praising al Qaeda from his cell.)

The comedian Dieudonné was recently acquitted of disseminating a video in which he is shown deriding a “Jewish lobby” and calling for Fofana’s release from prison. A Paris court ruled it could not be proven that Dieudonné personally released the video in April 2010. It did not pronounce on the video’s content.
Prime Minister Manuel Valls, while still interior minister last October, visited the set of 24 Days during a scene filmed near the Sainte-Geneviève-des-Bois train station, where Halimi was found. In February, fresh from his very public showdown with Dieudonné, Valls told the Representative Council of Jewish Institutions in France at a dinner in Toulouse that he had seen the finished film. “If we do not stop these words that kill and that tear apart our society, there will be other Ilan Halimis,” he warned. President François Hollande held a private screening of 24 Days this month at the Elysée Palace.
The new film’s theatrical release goes some way toward repairing what many saw as an injustice. Both the 2009 trial and a 2010 appeal were held behind closed doors because some of the accused were minors at the time of the events. Halimi’s family and anti-racism groups had pled for public trials, citing their educational value.

A second film by director Richard Berry based on Morgan Sportès’s prizewinning novel Tout, Tout de Suite focuses on the assailants and is expected in September.
But one observer suggests the renewed media interest in Halimi’s case could itself spur resentment. In a new book on what he sees as France’s unhealthy tendency to internalize the Israeli-Palestinian conflict, Pascal Boniface argues that anti-Semitism has in fact declined radically in France over recent decades. The director of France’s Institute of International and Strategic Relations suggests Jewish community leaders and the media risk a sort of public fatigue by interpreting anti-Semitic acts out of that context and out of proportion to crimes against other groups. He spotlights the Halimi case as an example of anti-Semitism overexposed to a counterproductive degree.
“We can wager in advance that the films’ release will benefit from media hype,” writes Boniface. “Will they find an audience beyond their community circles? That’s less sure. … A large part of the Jewish community is convinced that the anti-Semitic dimension of Ilan Halimi’s murder has not been mentioned enough, while another large part of public opinion thinks this affair has been overexposed because of its anti-Semitic dimension and many [non-Jewish] parents ask themselves: ‘Would they have talked about this if the victim had been my son?’”
One French journalist, Frédéric Haziza, author of a new book that deems Dieudonné a fascist guru, struck out at Boniface’s take on the Halimi case, calling him a “sorcerer’s apprentice of hate” and an anti-Semitism denier. In turn, a wide palette of French notables responded in Boniface’s defense with a petition rejecting a “climate of McCarthyism” that has collected more than 5,000 signatures. Suffice it to say, eight years after the Halimi atrocity, the case still inflames opinion.
“You are our first ambassadors. Be the ones who lead others, even the reticent, those who might not want to see the film,” Arcady told a crowd at the Paris preview for 24 Days. “Even those who say, ‘Oh la la, Ilan Halimi, that’s a fait divers [a petty news item], stop bothering us with that.’ And seeing the film you will understand that it is not a petty news item. And those who still think that today, they are the ones who really needed to be persuaded to come see the film.”
It opens in France on Wednesday.

Voir aussi:

The Shocking Murder of Ilan Halimi
In 2006 a young Parisian Jew was kidnapped and brutally murdered because he was Jewish. French authorities initially refused to believe it was a hate crime.
by Deborah Freund
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This article originally appeared in Ami Magazine.

Little did Ilan Halimi know that day that the customer walking into the cellphone store where he worked as a salesman would be the agent of his death. The young woman looked around at the merchandise, asked questions and engaged him in friendly conversation. They hit it off so well that before leaving, she asked Ilan for his phone number.

The next evening Ilan received a call from his new acquaintance, inviting him out for a drink. Only 23 years old, Ilan had no suspicions. He was ambushed by a gang of thugs, held prisoner in an apartment in the Bagneux neighborhood of Paris for 24 days and tortured until they finally abandoned him in a forest. When Ilan was found, he had burns over 80% of his body. He was the first French Jew murdered after WWII simply because he was Jewish.

His mother, Ruth Halimi, agreed to meet me in the recently-dubbed Ilan Halimi Gardens, a pocket-sized oasis of green on a busy street in the 12th arrondissement.

A small woman, she has dark eyes set in a determined, pale face. “This is where Ilan used to play as a child,” she says. “I come here often.”

Her voice is melodious, the kind of voice associated more with a mother singing a lullaby than with an outspoken firebrand courageously confronting the French people about the poison brewing in their midst.

“I’m a woman who naturally shies away from crowds and doesn’t like being in limelight. But the Almighty said no, I have a different plan for you, and He gave me an extra measure of courage to be able to speak out in public. I’ve spoken in Washington, Brussels, Paris and Israel, with a strength I didn’t know I possessed.”

I ask her to tell me about her son.

“Ilan was my only son. He had a smile that lit up his face. The house became alive the minute he stepped into it. Ilan loved people deeply. He was curious and outgoing. He was such a star at his bar mitzvah…

“Ilan’s father and I parted when Ilan was two years old,” she continues. “As a consequence, he always tried to be the man of the house. I raised him and my two daughters single-handedly, with little financial means but with love in abundance. I often wonder if that’s why he was so trustful of people. Ilan profoundly believed that people are good, and he was killed for it.

“Helping other people came naturally to him. His first job was in a real estate office. One day a poor Muslim woman came in looking for an apartment. She was having great difficulty finding one. Ilan did some research and found her a flat. Two days later she returned in despair. When the French landlord had seen her Muslim name on the lease he had refused to sign it. Ilan picked up the phone and gave him a piece of his mind, accusing him of racism. The man signed the contract. When Ilan was murdered…”

Her voice trails, her energy sapped. “I found an envelope in my mailbox containing a 100 euro note. It was from the Muslim woman. ‘Madame,’ it said. ‘How can I even begin to express my feelings of horror at what happened to your son?’”

“Please,” I steel myself before asking. “Can you walk me through what happened?”

January 20, 2006
It’s a regular Friday, and I’m on my way home from work. Passing by a store I see a pair of shoes in a style that I know Ilan would like, with a buckle. I stop to purchase them. They are final sale, neither exchangeable nor refundable. I then do some shopping for our Shabbat meal. Even though I am not Orthodox, the Shabbat meal is something I will not give up for any price. It’s the only time of the week we get to all sit peacefully around a beautifully set table. When I reach our building I glance up to see if Ilan is at the window. He usually looks out for me and runs down the stairs to help me bring up the packages. Ilan sings the Kiddush. My children were bought up in the Jewish tradition and know all the Jewish prayers. After we wash, Ilan cuts the challah and distributes it. We wish each other Shabbat Shalom. Dinner is over by 9:00 p.m.

A while later I hear Ilan answering the telephone in his room. I will later learn that that was the fateful call from his new acquaintance inviting him out. I see him putting on his windbreaker. I don’t like it when he goes out on Shabbat and he knows it. “Don’t be angry, Maman,” he says, an apologetic smile playing on his lips. As if having a premonition that this would be the last time I would ever see him, I try to keep him from leaving. “You didn’t try on your new shoes,” I remind him. He gives me a hug. “Tomorrow,” he says, and clatters down the stairs.

The shoes are still lying untouched in their box.

January 21
The nightmare starts the following day when we realize that Ilan hasn’t come home. None of his friends have heard from him either. I’m reading a story to Noa, my granddaughter, when I hear my daughters’ piercing screams in the next room. They’re looking at a photo of Ilan on the computer screen that has just been sent by email. My son’s face is covered with black tape, and there’s a pistol pointed at his temple. “We are holding Ilan,” the email reads. “We are demanding 450,000 euros for his release.”

“You have 20 minutes to bring the money. If you contact the police, we will kill him.”
A phone call ensues. A young man speaking French with a heavy African accent says, “You have 20 minutes to bring the money. If you contact the police, we will kill him.” My two daughters, each holding one of my hands, drag me down the stairs to the police station. Didier, Ilan’s father, is already there, having received the same phone call.

The police try to figure out why Ilan was targeted. None of us can pay the sum of 450,000 euros. I’m a secretary. Ilan earns 1,200 euro a month. His father doesn’t have any money either. Our profile certainly doesn’t mark us as a target for kidnappers. The police search our house and confiscate Ilan’s computer. Again and again they imply that Ilan was involved in drugs. Again and again I vigorously deny it. I know my son. They are sullying his name. Must I fight the police as well as his abductors?

“Don’t give in to them,” the police warn us. “If you play by their rules, they will only increase their demands.” It is important, they explain, to keep up a steady dialogue with the kidnappers to give the authorities time to unravel his whereabouts. For Ilan’s own safety, they insist, his disappearance must be kept secret.

January 22
The next morning there’s another phone call, a request for 100,000 euros followed by a string of curses and insults. It sounds like the ranting of a lunatic. The police decide that I’m too emotional and cannot be counted on to control myself over the phone. From now on Didier, Ilan’s father, will be the only one answering their calls. But Didier doesn’t have much self-control either, so every word he utters to the madman will henceforth be directed by two professional negotiators and a criminal psychologist. “You have to be strong,” she says to him. “Do not lose your temper.” I feel powerless. I’ve raised three children on my own. Why am I now so helpless? What am I doing in the hands of these men?

January 23
A new email: “Tomorrow at 11:00 a.m. you are to assemble ten people, each of whom has a valid ID and a laptop computer with WiFi.” They want to do a money transfer over the Internet, and they need ten people because the maximum amount that can be transferred is 10,000 euro per person. The police realize that there will be no movie-style exchange of an attaché case filled with money for the hostage’s release. They instruct us to email them back that we simply don’t have that much money. We do as they say. We have no choice but to trust their decision.

January 24
A profile of the kidnapper gradually emerges: He is an African man calling from the Ivory Coast who speaks a primitive French slang. The police are convinced that they are dealing with an experienced, organized band. They have no idea that the kidnapper is really a 26-year-old male of African descent who was born in France. Indeed, Youssouf Fofana, a petty criminal with an extensive record, has already served time for armed robbery, theft and resisting arrest. In fact, his face has often been featured on wanted posters. Who could fathom that it was only a single madman vacationing in the Ivory Coast in anticipation of the expected ransom, while his makeshift gang guarded their prisoner?

We sit around the phone, not daring to move, afraid to miss a call. We are getting 40 phone calls a day—680 in total. Each day we are subjected to abusive diatribes and threats, but never a clear proposition.

Five other men have previously been approached, the investigators inform us, by different youngsters. None of them took the bait, except for one whose screams caught the attention of a neighbor who alerted the police. He was found on the front steps of a building with 86 bruises on his body.

Each of the five men was Jewish.

“Can’t you see what’s really going on?” I beg the police. “Ilan has been kidnapped because he’s a Jew.
A new phone call, this time with only a repetition of Arabic chants. A Muslim police officer confirms that these are recitations from the Koran.

The next call is in French: “We want a down payment of 50,000 euros.” Didier repeats what the psychologist whispers to him: “I don’t have the money.”

“Then get it from the Jewish community,” the man answers before the receiver is slammed down.

“Can’t you see what’s really going on?” I beg the police. “Ilan has been kidnapped because he’s a Jew. It’s the typical anti-Semitic approach: Jews are rich and clannish. They’ll cough up the money because they stick to each other.”

A new knot has formed in my stomach. If my son has been kidnapped because he’s a Jew, he will never be released so easily.

“Promise me that you will bring him home!” I beg the two policemen sleeping in my living room. “Madame,” they assure me, “we are doing everything in our power.” I know they are. But the last kidnapping in France was in 1978, when the Baron Empain was abducted and eventually liberated by his captors. Unlike countries where kidnappings are frequent, the French have little experience with such matters. “Don’t worry,” they tell me. “Kidnappers kidnap to get someone thing out of it, not to kill their victims.”

Today Didier got two dozen more phone calls demanding the ransom. The man on the line is clearly nervous. The police suspect that Ilan is dead and want to see a photo as proof that he’s still alive. They also hope to catch the kidnapper posting the picture in a cyber café, where there are security cameras. The photo finally arrives: it’s Ilan, with a long cut on his cheek. The page is adorned with colorful balloons; they are having fun. It is zero degrees outside. We later learn that Ilan was lying on the floor of an unheated apartment during this time, “tied like a mummy,” as one of the gang members described it, his face completely covered with tape except for a hole to insert a straw. He is barely kept nourished; just enough so he won’t die. They are also keeping him silent, hitting him when he groans. He’s being held in an 11-story building, in an apartment that has been vacant since January 16. The concierge has received 1,500 euros for his silence. In exchange, the gang may use the empty flat until it is rented out. None of the neighbors report their comings and goings. No one hears anything.

It isn’t far from where I live.

January 25
More phone calls. Fofana insists on a money transfer. The police do not give in. Didier is instructed to stop answering the phone. “We want to force the kidnappers to alter their demands.” Fourteen phone calls go unanswered. Violent insults are left on the answering machine. We stand there listening, helpless. The psychologist congratulates Didier each time he doesn’t pick up the receiver. She uses her skills to manipulate the kidnappers, but also to manage Didier as she sees fit.

My daughters, Deborah and Eve, resolve to spread the word about Ilan’s kidnapping in the hope that media attention will somehow help. The police think differently. They are firm: We are to tell people that Ilan is fine and merely on vacation. I am to return to work. Everything must seem as normal as possible. I do as I am instructed. I go back to work and discuss the weather. I put on a pleasant face, as I am told that Ilan’s life depends on it. I think of other people who have disappeared, their photos on the walls of every post office and in every window. Why can’t the same be done for Ilan ? Why am I obeying the police rather than following the dictates of my heart?

January 28
This time Fofana’s tone is urgent: “I want to release Ilan,” he says. “Let’s negotiate an agreement.” An email follows: “I cannot control my people anymore. They are going to harm him. You must respond quickly.”

Again the police order Didier not to answer the phone. They are convinced that our silence will force Fofana to agree to an exchange. The result is an entire night of incessant phone messages on his machine, warning him that they’re going to dump Ilan in the forest. The police refuse to budge.

Shabbat arrives. Without Ilan. Every night I have the same dream, of heavy stone doors being closed in my face. All I have left is prayer. I pray that the young woman who lured Ilan to his captors will have a change of heart and lead the police to him. I pray to have news of my son. I am petrified that they will act on their threat but the phone has stopped ringing. The two policemen in my house have become like family. They eat with us, accompany me to the supermarket. For long hours I speak to them about Ilan. How happy I was when he was born after two daughters.

January 29
Rabbi Thierry Zinni in Paris receives three messages from the kidnappers. We do not know each other but he is Jewish; that is enough for them. “A Jew has been kidnapped,” the message says, and directs him to where he will find a video tape. The rabbi takes it seriously and immediately contacts the police.

“They contacted a rabbi because he’s a Jew. Don’t you recognize that this is an anti-Semitic act?”
Ilan’s voice is on the tape; it is very feeble. From the photos I know that his eyes and face are taped. “I am Jewish,” he says. “Please, please help me. Maman,” he breaks into a sob. “Help me! Do not abandon me.” To hear my son beg for his life is beyond suffering. Then I hear a thump and Ilan groans; he has been hit.

“Don’t you see?” I plead with the police. “They contacted a rabbi because he’s a Jew. Don’t you recognize that this is an anti-Semitic act?” But the authorities will have none of it.

January 30
Ilan’s situation, we later learn, has taken a turn for the worse. The concierge of the building notifies the kidnappers that they will have to vacate the apartment. He has orders to paint it for the next tenant. Fofana returns to France from the Ivory Coast especially to transport Ilan somewhere else. Covered in a blanket, he is carried on the kidnappers’ shoulders to a nearby cellar. It is colder in there than in the flat. He is under the watch of ten guards between the ages of 17 and 23, most of them converts to Islam. They were promised the whole thing would take three days and they’d make some quick money. “I wanted to buy myself new clothes,” said one gang member during his interrogation. Now, they are annoyed. Ten days have passed and they are still stuck with Ilan, who bears the brunt of their frustration. They kick him and burn him with cigarettes, each one inventing a different kind of torture. “Even an animal isn’t treated that way,” the police later say.

By now the police know that the man in charge is using a different Internet café each time. Four hundred men are mobilized to catch the perpetrator. To me, it is abundantly clear that this is an anti-Semitic act and that I should shout out the truth and alert the press. But I do what the police tell me.

Around this time the local police stop a black man on the streets of Paris whose name is Youssouf Fofana. They have no idea about the kidnapping because it is all being handled secretly. They return his papers to him. How he must have laughed! How powerful he must have felt!

February 2
The owner of a cyber café alerts the police: the black man in the hood and gloves they are looking for has come back. The police recruit a nearby squad without giving them too many details other than that they must immediately go and arrest a black man at 9 Rue Poirier de Narcay. They have no idea how dangerous he is or how much is at stake. The six policemen rush off together, discretion—the most important factor in this operation—thrown to the wind. They are searching for Number 9 but there’s no address on the shop, only on a nearby building. Fofana, sitting at the window, has ample time to notice them and flee. By the time they realize their mistake Fofana is long gone. They chase him but it’s too late. Why wasn’t the situation explained to them properly? Why couldn’t road blocks have been set up to prevent Fofana’s escape? Why wasn’t his picture put in the newspapers? And why didn’t the police compare his image to the one that was already in their files for the past 13 years, for a host of infractions?

These are questions with which I torment myself daily.

February 6
After three days without any communication the emails begin again. The police decide to pay the ransom. One hundred thousand euros are photographed and put into an attaché case that is given to Didier. The whole area where the meeting will take place is under surveillance. But the encounter doesn’t take place as planned; the kidnappers fail to show up. Instead, they call Didier and give him another address in Chatelet, a 30-minute ride away. When he arrives there, with the police discreetly observing the proceedings, he receives a new directive: “Send 5,000 euros via Union Transfer now and take a train to Brussels.” This time he has had enough and hangs up the phone.

Seventeen days have now passed without any results. We are totally drained and at our wits’ end. A new stream of phone calls is directed to the police. They don’t answer.

Then the phone calls stop.

February 13
That night I feel a strong force hurl my bed against the wall and I wake up. “Something happened to Ilan! I’m sure of it!” I tell the policemen in my living room. Of course, they think it’s only the ranting of a hysterical woman. It was five a.m. They say that a mother knows. I checked it out later. On February 13, at five o’clock in the morning, Ilan was first shaven, like six million other Jews, and flung into the forest by his torturers. He managed to take the mask off his eyes, and as Fofana later reported, look them straight in the eye. I am a human being, his eyes told them. He received a few knife stabs for that. Then, like many of the six million before him he was set on fire and burned alive, having been sprayed with a flammable substance. Then his tormentors left.

When he was found guilty Fofana declared, “I killed a Jew, and for that I will go to Paradise.”
It was raining that morning; Ilan managed to roll down on the leaves towards the highway. A black woman, a secretary like me, saw him lying by the side of the road, stopped her car and called the police. She accompanied him in the ambulance and did not leave his side. He was still alive in the ambulance but died on the way to the hospital. I console myself that my son died hearing a soothing voice.

When he was found guilty Fofana declared, “I killed a Jew, and for that I will go to Paradise.” The police publicly admit to the press that it was an anti-Semitic crime.
“Why did you write your book, 24 Days, which chronicles Ilan’s kidnapping?” I want to know. “How did you have the courage to immerse yourself in what must have been such unbearable pain?”

“I couldn’t allow his murder to evaporate, to simply disappear like yesterday’s news,” she explains. “The idea was intolerable. I had to leave a permanent testament to my son.

Ilan’s funeral

“Of course it was very difficult,” she continues. “I have boxes and boxes of transcripts from the trial. When I started reading them I felt like throwing myself out the window. They enumerate in painstaking detail what they did to my child just to amuse themselves. When Fofana was asked in prison if he had a message for me he said, ‘Tell her that her son fought well.’ It was probably meant as a compliment in his twisted mind.”

“The murder of Ilan Halimi has been publicly declared an act of anti-Semitism. When you speak in public, what is your message to the French people?” I ask.

“I tell them that words are sometimes worse than weapons,” she replies. “The popular French comedian, Dieudonné [which means ‘gift of God’], whose supposed humor drips with anti-Semitism and is enjoyed by millions of Frenchmen, has said things like, ‘The Germans should have finished the job in 1945.’ It’s words like these that incite violence and inspire incidents like Toulouse.”

“Have you ever considered leaving France?” I inquire.

“Yes. My youngest daughter made aliyah and is happy in Israel. She is urging me to join her. But at the moment, with the pension I have, I cannot afford it. I also have grandchildren here to whom I am very attached. But I do not plan on remaining here forever. One day when my daughter in Israel marries and has a family, I too shall leave.”

“Why did you have Ilan’s remains reinterred in Israel?”

“Because I didn’t want him to lie in the same soil on which he was murdered. I wanted him to be buried in Israel immediately, but my children said they needed him close by so they could visit him every day. I also knew that one day Fofana will be released from prison, and I don’t want him to be able to come and spit on my son’s grave.”

This article originally appeared in Ami Magazine.

Voir encore:

Emmanuel Macron : « Il y a du mal à l’intérieur de notre société »
Propos recueillis par Arnaud Leparmentier, Cédric Pietralunga et Thomas Wieder

Le Monde

06.01.2016

Dans un entretien au Monde, le ministre de l’économie Emmanuel Macron explique qu’il faut « donner plus de place à ceux qui sont en dehors du système et de sortir de l’entre-soi ».

Après le 13 novembre, vous avez dit, ce que Manuel Valls n’a pas apprécié, que la France avait « une part de responsabilité » dans le « terreau » qui a enfanté le terrorisme…

Quand j’ai dit ça, ce n’était ni pour justifier ni pour excuser, mais parce que je pense qu’il faut tenir un discours adulte à nos concitoyens. Il y a bien sûr une menace terroriste extérieure, mais il y a des terroristes français et donc du mal à l’intérieur de notre société. Notre responsabilité, c’est de protéger et de punir de manière implacable, d’avoir une politique sécuritaire très forte, mais c’est aussi de prévenir et regarder cette réalité en face.

Ce «  néototalitarisme terroriste  » qui prospère aux confins de l’islamisme religieux, pourquoi pénètre-t-il nos sociétés  ? Une forme d’anomie s’est installée au cœur de celle-ci, une anomie qui procède d’une perte de repères chez des individus qui n’ont plus de perspectives familiales, professionnelles… Attention, je ne dis pas que c’est parce qu’on n’a pas de diplôme qu’on devient djihadiste   : il y a bien sûr une part de trajectoire individuelle. Mais il y a aussi une part de responsabilité collective et, après ce que nous avons vécu en  2015, nous devons aussi répondre à ce désespoir-là. Pour moi, la clé de la recomposition politique est là, dans le fait de donner plus de place à ceux qui sont en dehors du système et de sortir de l’entre-soi.

Faut-il une forme d’unité nationale ?

Ce que nos concitoyens veulent, c’est un discours de vérité et des politiques courageuses. Il ne faut pas penser qu’on peut atteindre cela par des combinaisons. Si c’est la condition pour mener des politiques neuves et répondre aux difficultés de notre pays, cela peut se concevoir. Mais si c’est une finalité en soi, ce sera un nouvel artifice. Nous n’avons pas un système parlementaire qui conduise à des grandes coalitions comme en Allemagne mais un système présidentiel qui fait que les grandes coalitions se conduisent au moment de l’échéance présidentielle.

François Hollande doit-il construire une grande coalition pour 2017 sur le thème de la France unie ?

Ce n’est pas mon rôle de le dire. Beaucoup l’ont tenté. Même Nicolas Sarkozy en 2007 à travers certaines nominations. Est-ce que cela a eu un impact ? La France est un peuple politique beaucoup plus intelligent que les élites ne le pensent. L’unité nationale doit venir d’un choix populaire, d’une mobilisation des énergies davantage que d’une combinaison d’appareils.

Quelle est votre position sur la déchéance de nationalité ?

Je comprends et je respecte profondément les réflexions et les réactions sur ce sujet. Il faut répondre à trois exigences  : la protection des Français, le respect de l’engagement pris par le président de la République – l’autorité de l’Etat en dépend – et la cohésion nationale. C’est une mesure symboliquement importante  : elle donne un sens à ce que c’est que d’appartenir à la communauté nationale.

Vous voteriez cette mesure ?

Je suis ministre de la République, donc pleinement solidaire de la politique gouvernementale.

Voir de plus:

Entretien avec Pascal Boniface

Entretien réalisé par 
Pierre Chaillan
L’Humanité
16 Mai, 2014

Spécialiste de géopolitique, président de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface lance un véritable débat arguant que « La République doit considérer tous ses enfants de la même façon »

En publiant 
 »la France malade du conflit israélo-palestinien », Pascal Boniface affirme ses craintes de voir s’ériger des barrières séparant différentes communautés dans notre pays rejoignent sa compréhension de l’Europe et du monde.

Dans la France malade du conflit israélo-palestinien (1), vous vous interrogez sur le fait de revenir sur cette question. Pourquoi?

Pascal Boniface. Malheureusement, les faits m’ont donné raison. Quand on aborde de façon critique la politique du gouvernement israélien ou encore les prises de position des intellectuels et institutions communautaires en France sur la question du conflit israélo-palestinien, on se met forcément un peu en danger. Il y a deux risques. Le premier est d’être accusé d’antisémitisme plus ou moins assumé. Cela a été le cas. J’ai été attaqué de façon scandaleuse par un journaliste, Frédéric Haziza, et par Julien Dray, dont on peut par ailleurs s’étonner qu’il soit encore élu au conseil régional d’Île-de-France au vu de l’ensemble de son œuvre et par rapport au désir de moralité qui semble gouverner dans les hautes sphères. Ceci étant, après cette polémique odieuse m’accusant de nier la dimension antisémite du meurtre d’Ilan Halimi, une pétition a été lancée et a recueilli plusieurs milliers de signatures sur le thème « Stop à la chasse aux sorcières » (2). Lorsque je regarde la liste des signataires et leur réputation morale, je suis réconforté. Le second risque, c’est le black-out. Les médias dans leur grande majorité n’ont pas voulu parler du livre et de ses thèses. La tentation chez beaucoup de mes collègues chercheurs et de nombreux journalistes consiste à considérer que ça divise l’opinion ou qu’il n’y a que des coups à prendre et qu’il est donc plus prudent de ne pas aborder ce sujet. Mais, en attendant, le débat continue, et parfois, de façon plus malsaine. D’ailleurs, je suis pris entre deux écueils, les ultras pro-israéliens m’accusent d’antisémitisme. Et lorsque, dans des débats un peu chauds, je m’élève contre l’utilisation du terme « entité sioniste » pour parler de l’État d’Israël, que je refuse la vision d’une presse contrôlée par les juifs ou que je dénonce Dieudonné, d’autres m’accusent d’être payé par les juifs. Il y a donc là un enjeu essentiel pour notre débat démocratique. Combattre l’antisémitisme mais refuser le chantage consistant à faire un amalgame entre critique politique du gouvernement israélien et antisémitisme.

Est-ce au point de tirer la sonnette d’alarme sur l’état de la société française ?

Pascal Boniface. Oui. Il y a un décalage extrêmement fort entre les élites politiques et médiatiques très prudentes et l’opinion de la rue vindicative sur la question. La prudence et 
la pusillanimité des uns, pour ne pas dire l’absence de courage, conduisent d’une certaine manière à l’extrémisme des autres. La société française perd des deux côtés. Il faut vraiment aborder cette question, en parler très ouvertement et franchement. Plus on en discutera de manière sereine et de façon ouverte et plus on évitera les dérives.

Vous mettez en garde contre le communautarisme. À quoi faites-vous allusion ?

Pascal Boniface. Le discours des institutions juives ou des intellectuels communautaires, pour ne pas dire communautaristes, répète en boucle que l’antisémitisme est très fort en France, qu’il y a une « montée » de ce phénomène, et que la menace antisémite est plus importante et virulente que les autres formes de racisme. Il faudrait alors plus se mobiliser contre cette forme de racisme. Et, en annexe, ne pas critiquer le gouvernement israélien car cela alimenterait l’antisémitisme. Pour une grande partie de la population qui vit de nombreuses discriminations au quotidien, les Noirs et les Arabes, ce discours est vécu de façon assez douloureuse. Ils ont l’impression qu’on sous-estime les discriminations dont ils sont victimes et que certains doivent être plus protégés que d’autres. Il y a alors danger. Les études et les faits montrent que l’antisémitisme, même s’il n’a pas disparu, est nettement moins fort qu’il y a une ou deux générations en France. En même temps, chaque année au dîner du Crif, le président parle d’une montée de l’antisémitisme. En fait, le grand revirement est que l’antisémitisme est moins fort mais le soutien à Israël dans la population française l’est également.

Vous regrettez une instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme à des fins géopolitiques. Comment cela se traduit-il ?

Pascal Boniface. La défense inconditionnelle de l’État d’Israël des institutions juives, quelle que soit son action ou sa politique, très rapidement reliée à la lutte contre l’antisémitisme contribue à faire peur aux juifs français. Cela vient poser une barrière entre juifs et non-juifs autour de cet enjeu du soutien à Israël. Cela est très dangereux. On voit, par exemple, sur quelles bases le Crif a décidé de ne plus inviter le Parti communiste à son dîner annuel. Que l’on me montre la moindre déclaration d’un dirigeant communiste qui verse dans l’antisémitisme. Par contre, on reproche aux communistes leur solidarité avec la cause palestinienne. Le Crif privilégie ainsi son soutien à Israël au détriment du combat contre l’antisémitisme. Tout en se disant en faveur d’un règlement pacifique, les institutions et les intellectuels communautaires pilonnent systématiquement ceux qui sont tout autant pour la paix mais qui estiment que le blocage de la situation provient plus de l’occupant que de l’occupé. Les institutions juives mettent en avant la lutte contre l’antisémitisme pour tétaniser toute expression politique contraire ou critique à l’égard du gouvernement israélien. Elle est directement taxée soit d’antisémitisme, soit de le nourrir en important le conflit du Proche-Orient. Cet argument est pour le moins paradoxal puisque ce sont les mêmes qui, sans cesse, appellent les juifs de France à démontrer une solidarité infaillible au gouvernement israélien. Ils sont donc très largement responsables de ce faux lien.

Pourtant n’assiste-t-on pas à une recrudescence des actes antisémites les plus violents ?

Pascal Boniface. Il y a eu Mohamed Merah qui a tué des enfants parce qu’ils étaient juifs. Nous ne sommes pas à l’abri d’un tel acte terroriste qui, par définition, est incontrôlable et on ne peut pas nier l’existence d’un tel risque. Il y a eu aussi l’affaire Ilan Halimi, même si plus complexe, qui a une dimension antisémite mais qui ne peut pas se résumer uniquement à un acte antisémite. Mais, il n’y a pas de recrudescence d’agressions ou d’injures. Les actes antisémites, bien sûr toujours trop nombreux, représentent un nombre faible face à l’ensemble des actes violents répertoriés, dans la rue, à l’école, en milieu hospitalier, etc. Je donne à ce sujet des chiffres très précis. Nous vivons dans une société violente. Et puis, surtout, il y a beaucoup d’agressions racistes qui touchent d’autres catégories de populations. Les actes antimusulmans ou anti-Noirs sont très nombreux alors qu’ils ne semblent pas faire autant l’objet d’une vigoureuse dénonciation des médias ou des pouvoirs publics. Cela est largement ressenti. Les médias et les élus de la République font très souvent du « deux poids, deux mesures », aggravent un mal qu’ils disent vouloir combattre.

Faut-il y voir un péril pour la République ?

Pascal Boniface. Je cite plusieurs exemples d’agressions d’autres communautés, pas seulement arabes, de faits graves pas ou peu médiatisés. Cela au final se retourne contre les juifs français car cela crée un sentiment d’être traité différemment. Il ne faut pas ignorer l’existence d’une nouvelle forme d’antisémitisme en banlieue aujourd’hui. Cela est dû plus à une forme de jalousie sociétale qu’à une haine raciale. Il y a le sentiment que l’on en fait plus pour les uns que pour les autres. Par ailleurs, le Crif joue à la fois un rôle de repoussoir et de modèle. Beaucoup de musulmans y voient la bonne méthode pour se faire entendre des pouvoirs publics et veulent faire pareil. Le risque est de se retrouver communauté contre communauté. Faire ce constat, ce n’est pas vouloir dresser les uns contre les autres. Je réclame au contraire l’égalité de traitement. La République doit considérer tous ses enfants de la même façon. Quels que soient l’histoire et les drames vécus précédemment, il n’y a pas de raison que certains soient plus protégés que les autres. Je remarque toutefois que l’on parle beaucoup plus des dégradations de mosquée, des agressions et des injures islamophobes. Une prise de conscience est en train de s’opérer dans les médias certainement liée à la pression populaire et aux réseaux sociaux.

Vous présidez l’Iris et êtes de ce fait attentif à l’actualité du monde. À quelques jours des élections européennes et au regard de l’actualité ukrainienne, quel est l’enjeu stratégique pour l’UE ?

Pascal Boniface. Les élections vont être probablement marquées par un fort taux d’abstention 
et par des débats qui portent plus sur la politique intérieure de chaque pays que sur l’Europe. Il y a cet effet de ciseau entre un Parlement européen qui est de plus en plus important en termes de pouvoir et de détermination de politiques européennes et des citoyens français qui croient de moins en moins en l’Europe et dans sa capacité 
à impulser une direction. L’exemple de l’Ukraine montre qu’il y a encore un appétit d’Europe en dehors des frontières de l’Union européenne et une fatigue à l’intérieur. Pourquoi ? Parce que les choses sont mal présentées. Est-ce l’UE qui impose des règles d’austérité injustes ? Le système de santé est malmené en Grèce afin de faire des économies demandées par l’UE. Mais c’est bien le gouvernement grec qui décide de ne pas imposer l’Église orthodoxe ou les armateurs et de faire peser l’effort sur les citoyens. La décision est nationale. Sur la crise ukrainienne, l’Europe a réussi une médiation extrêmement positive entre le gouvernement 
et l’opposition ukrainienne en parvenant à l’accord du 21 février. Cet accord n’a pas ensuite été respecté et l’Europe n’en a pas tenu compte. S’il avait été mis 
en œuvre, il aurait pourtant évité la crise survenue. L’Europe n’a pas suffisamment confiance dans ses capacités d’acteur global et n’a pas conscience du poids qu’elle représente.

Jusqu’à se retrouver maintenant à la remorque de la position américaine ?

Pascal Boniface. Oui, clairement. Elle n’a pas suivi les États-Unis sur la nature des sanctions mais l’impulsion première a été donnée par les Américains et s’est appuyée sur leurs plus fidèles alliés en Europe. En réalité, le tournant a été manqué 
il y a deux décennies lorsque la fin du monde bipolaire n’a pas été gérée de façon satisfaisante. Gorbatchev a fait des efforts extraordinaires pour construire un monde nouveau en permettant aux Nations unies de jouer pleinement leur rôle. 
De leur côté, les Américains ont parlé eux d’un nouvel ordre mondial en se félicitant d’avoir gagné la guerre froide. Ils ont privilégié la tentative 
de la construction d’un monde unipolaire sur la possibilité de construire un monde basé sur la sécurité collective bâtie sur l’effort de tous. Du coup, on n’a toujours pas reconstruit un nouvel ordre mondial.

Votre grille de lecture de la société et du monde semble suivre une même logique ?

Pascal Boniface. Vous avez parfaitement raison. Il y a une matrice commune : respecter les autres, prendre le point de vue de l’autre en considération et surtout éviter d’humilier les autres car c’est une source première de violence et de rejet. Il s’agit de respecter les individus à l’échelle de la société ou les peuples au niveau mondial. L’information circule tellement aujourd’hui que l’on ne peut pas baser une relation sur le mépris et la négation de l’autre. C’est non seulement moralement indéfendable, mais c’est politiquement dangereux.

Des questions stratégiques à la géopolitique du sport. 
Pascal Boniface a écrit une cinquantaine d’ouvrages, alternant essais et livres pédagogiques sur les questions stratégiques, traitant de la politique extérieure de la France, des questions nucléaires, de la sécurité européenne, 
du conflit du Proche-Orient et de ses répercussions sur la société française et sur les rapports de forces internationaux, ainsi que du rôle du sport dans les questions internationales. Son dernier ouvrage, Géopolitique du sport, vient 
de paraître aux éditions Armand Colin.

1) Éditios Salvador. 222 pages. 19,5 euros

(2)

Voir par ailleurs:

Perceptions et attentes de la population juive : le rapport à l’autre et aux minorités
31 Janvier 2016

Le dispositif d’enquête dont les principaux enseignements sont présentés ci-après a été conduit par l’Institut Ipsos à la demande de la Fondation du Judaïsme Français. Ce dispositif d’études s’articule autour de trois volets.
Document associé :

[COMPLEMENT] Afin de mieux appréhender les résultats d’une étude approfondie et comportant de nombreux volets, nous mettons à votre disposition l’analyse de l’ensemble des données par Chantal Bordes (CNRS), Dominique Schnapper (EHESS), Brice Teinturier (IPSOS), Etienne Mercier (IPSOS).

Note de synthèse longuepdf 1.15 MB
Le premier volet concerne l’ensemble de la population française : nous avons interrogé 1005 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas). L’enquête a été réalisée par internet du 15 au 24 juillet 2014.

Le second concerne les personnes se considérant comme juives : après avoir réalisé 45 entretiens qualitatifs d’environ 2h auprès de juifs (45) dont des responsables communautaires (15) en région parisienne, à Toulouse et Strasbourg, Ipsos a réalisé une étude quantitative auprès de 313 personnes.
Il n’existe pas de définition satisfaisante de qui est juif et qui ne l’est pas. Il n’existe pas non plus de statistiques permettant d’appliquer des quotas. La méthode utilisée a été celle de l’autodéfinition par les personnes elles-mêmes. Est juif celui ou celle qui se considère comme tel. A partir de plusieurs dizaines de milliers de panélistes interrogés, on a ainsi pu extraire un échantillon de 313 personnes se déclarant comme juif ou juive, auquel le questionnaire a été administré du 24 février au 8 juin 2015. Cette méthode a l’avantage de limiter les biais que l’on rencontre lors de recrutement « dans la rue » ou à proximité de lieux de culte

Le troisième concerne les personnes se considérant comme musulmanes. Pour les mêmes raisons, il a été procédé exactement de la même façon que pour les répondants juifs. Un échantillon de 500 personnes se déclarant musulman/musulmane extrait de notre Acces Panel a ainsi été interrogé du 24 février au 9 mars 2015.

LES FRANÇAIS PESSIMISTES EN CE QUI CONCERNE LE FUTUR DU PAYS ET LEUR PROPRE AVENIR

Pour comprendre la force de la crise de confiance généralisée, il convient de garder à l’esprit qu’elle s’est aussi individualisée. De ce point de vue, il n’y a pas un pessimisme collectif et un optimisme individuel mais un pessimisme collectif massif qui se double d’un pessimisme individuel important.

79% sont aujourd’hui persuadés que la France est en déclin
61% déclarent qu’en pensant à leur avenir, celui-ci leur apparaît « bouché »

UNE CRISE DE CONFIANCE GÉNÉRALISÉE QUI S’EXPRIME PAR DES CRITIQUES FORTES À L’ÉGARD DE « L’AUTRE »

Ce pessimisme s’accompagne d’une relation de défiance à l’égard d’autrui (les immigrés, les chômeurs).

66% des Français estiment que « Dans la vie, on ne peut pas faire confiance à la plupart des gens »
54% des Français considèrent que « L’immigration n’est pas une source d’enrichissement pour la France »,
53% qu’on « en fait plus pour aider les immigrés que les Français »
39% affirment que ce n’est pas « la pauvreté qui est la principale cause d’insécurité, c’est l’immigration ».
49% que « les chômeurs ne font pas de réels efforts pour trouver du travail »
30% estiment qu’« une réaction raciste peut se justifier ».

UN REPLI SUR SOI, LE SENTIMENT FRÉQUENT D’ASSISTER À UN CHOC DES RELIGIONS ET D’ÊTRE DEVENUS MINORITAIRES

Ces opinions s’inscrivent dans un climat de forte défiance vis-à-vis des religions et de leur capacité à coexister entre elles.

53% estiment que « l’intégrisme religieux est un phénomène développé en France »
44% estiment qu’« en France les différentes religions coexistent plutôt bien entre elles »
23% disent avoir même assisté à des comportements agressifs ou à des violences liées à la religion et que les victimes de ces agressions étaient majoritairement de leur propre confession
Les Français estiment en moyenne que 31% de la population globale est musulmane et considèrent même que les catholiques sont aujourd’hui minoritaires (seulement 49% de la population d’ensemble).
Les mesures en faveur des minorités religieuses sont presque toutes rejetées, surtout quand elles touchent à l’école, symbole fort de la laïcité : 63% sont opposés à « la mise en place de menus spécifiques dans les cantines scolaires pour les élèves de confession juive et musulmane », 71% sont défavorables à « la mise en place de dérogations permettant aux élèves de s’absenter les jours de fêtes religieuses non prévus dans le calendrier » et 74% sont contre « la possibilité pour des mères portant le voile d’accompagner leurs enfants lors des sorties scolaires ».
En revanche, 53% sont favorables « à la construction de mosquées pour que les personnes de confession musulmane puissent exercer leur culte plus facilement ».

DES MÉCANISMES TRÈS VARIABLES DE TOLÉRANCE ET D’INTOLÉRANCE : LES JUIFS SONT TRÈS MAJORITAIREMENT PERÇUS COMME BIEN INTÉGRÉS, CONTRAIREMENT AUX ROMS, AUX MUSULMANS ET AUX MAGHRÉBINS

Si l’on sait que les périodes de crise favorisent les sentiments d’hostilité à l’égard des minorités, des étrangers, en un mot des « autres », les réactions à l’égard des différents groupes montrent que les sentiments d’hostilité ne portent pas en priorité sur les juifs mais sur les Roms, les musulmans et les Maghrébins :

80% des Français considèrent que la grande majorité des Roms est mal intégrée
Seuls 29% des Français estiment que la majorité des personnes de confession musulmane est bien intégrée, 44% pensent qu’une moitié est bien intégrée, l’autre non et 27% considèrent que la majorité d’entre eux est mal intégrée).
89% des Français qui pensent que les musulmans sont mal intégrés estiment que « c’est parce qu’ils se sont repliés sur eux-mêmes et qu’ils refusent de s’ouvrir sur la société » contre 11% qui estiment que « c’est la société qui a poussé ces personnes à se replier sur elles-mêmes en les rejetant »)

LES PRÉJUGÉS ANTISÉMITES SONT FORTEMENT RÉPANDUS AU SEIN DE LA POPULATION FRANÇAISE ET TRANSCENDENT TOUS LES CRITÈRES SOCIODÉMOGRAPHIQUES ET POLITIQUES

Indéniablement, la diffusion des stéréotypes antisémites est forte au sein de la population française.

91% considèrent que « les juifs sont très soudés entre eux »
56% que « les juifs ont beaucoup de pouvoir »
56% qu’« ils sont plus riches que la moyenne des Français »
53% qu’« ils sont plus attachés à Israël qu’à la France »
41% qu’ «ils sont trop présents dans les médias »
25% qu’ «ils sont plus intelligents que la moyenne »
24% qu’ «ils ne sont pas vraiment des Français comme les autres »
13% qu’  « il y a un peu trop de juifs en France »
Au total, c’est plus du tiers de la population (36%) qui se dit d’accord avec au moins 5 des 8 stéréotypes testés.

Les ouvriers sont légèrement plus nombreux à être dans la catégorie de ceux qui se disent d’accord avec au moins 5 stéréotypes (42%), mais les professions intermédiaires (28%) et les cadres (32%) sont également très présents. De même, si les titulaires d’un diplôme inférieur au bac sont plus nombreux que les autres à se dire d’accord avec au moins 5 des stéréotypes testés (46%), c’est aussi le cas de 32% des bacheliers, de 23% des titulaires d’une licence/maîtrise et de 35% des diplômés d’une grande école ou d’un doctorat.

LES PRÉJUGÉS ANTISÉMITES SONT LARGEMENT RÉPANDUS AU SEIN DE LA POPULATION MUSULMANE, PLUS QUE CHEZ L’ENSEMBLE DES FRANÇAIS

51% des musulmans se déclarent d’accord avec au moins 5 des 8 stéréotypes testés

90% considèrent que les juifs sont très soudés entre eux »
74% que « les juifs ont beaucoup de pouvoir »
66% qu’« ils sont plus riches que la moyenne des Français »
67% qu’« ils sont trop présents dans les médias »
62% qu’« ils sont plus attachés à Israël qu’à la France »
26% qu’« ils sont plus intelligents que la moyenne »
29% qu’« ils ne sont pas vraiment des Français comme les autres »

UN ANTISÉMITISME PERÇU PAR LES JUIFS COMME ÉTANT EN FORTE PROGRESSION ET QUI EST DEVENU LEUR PRINCIPALE PRÉOCCUPATION…

La perception de leur situation en tant que juif a profondément évolué au cours des dernières années : la crainte de la montée de l’antisémitisme a laissé la place chez bon nombre d’entre eux à une angoisse réactivée régulièrement par les actes terroristes et les tueries qui se sont succédé.

92% des juifs estiment que l’antisémitisme a augmenté (dont 67% disent « beaucoup »)
Ils considèrent que l’antisémitisme progresse d’abord et avant tout chez les musulmans (91% dont 61% estiment qu’il s’est « beaucoup » renforcé ces 5 dernières années) mais ont aussi le sentiment que la situation se détériore au sein de la population française dans son ensemble (77% pensent qu’il a augmenté au global).
L’antisémitisme (67%), le terrorisme (50%), et l’intégrisme religieux sont les principales craintes des juifs, loin devant le chômage (23%), ou le pouvoir d’achat (27%) à rebours de la population française dont ce sont les principales préoccupations.

…AUQUEL S’AJOUTE UN SENTIMENT D’INSÉCURITÉ VÉCU « PERSONNELLEMENT »

L’idée que les juifs ne sont plus en sécurité sur le territoire français s’est largement diffusée, y compris auprès des responsables communautaires. Dans le même temps, les juifs ont le sentiment d’assister à une libération de la parole antisémite concomitante à un sentiment d’insécurité vécu personnellement.

45% disent avoir subi personnellement des remarques ou des insultes antisémites au cours de l’année parce qu’ils étaient juifs et 71% ont un ou plusieurs proches qui en aurait aussi été victime.
31% disent avoir un proche qui a été agressé physiquement au cours de l’année parce qu’il était juif
76% des juifs interrogés considèrent qu’il est difficile d’être juif aujourd’hui en France.
Plus de 6 juifs sur 10 éprouvent des craintes importantes pour leur sécurité (69%) et pour la possibilité d’exercer leur religion sereinement (63%)
45%  ont tendance à faire attention à ne pas montrer qu’ils sont juifs

DES CONDAMNATIONS JUGÉES INSUFFISANTES, UNE ATTENTE TRÈS FORTE DE PRISE DE PAROLE DE LA PART DES POLITIQUES

Dans ce contexte, les juifs interviewés se montrent de moins en moins rassurés par la solidité des remparts traditionnels à l’antisémitisme (la République, les intellectuels, les représentants communautaire juifs et musulmans, la société dans son ensemble).

Face à l’ensemble des actes terroristes et des exactions commises à l’encontre de juifs, il semble qu’il y ait au sein de la conscience des interviewés un premier « crime originel », celui d’Ilan Halimi. La très grande majorité des juifs considèrent que la plupart des acteurs de la société ont insuffisamment réagi :

Les musulmans et le Front National d’abord (respectivement 83% et 80% des interviewés considèrent qu’ils ne l’ont pas fait assez) mais aussi la gauche française et notamment EELV (77%), le Front de Gauche (77%) et le PS (62%).
L’UMP est moins critiquée même si plus d’un juif sur deux considère que sa réaction n’a pas été à la hauteur (53%). Au-delà, c’est aussi l’ensemble de la société française qui est critiquée pour l’insuffisance de sa réaction (69%).
Le gouvernement et le président de la République d’une part, les médias de l’autre, sont les seuls acteurs à être considérés par une courte majorité de juifs comme ayant suffisamment réagi (respectivement 54% et 52%).
Les réactions du gouvernement et du Président de la République sont presque toujours perçues comme celles qui ont été les plus fortes. C’est plus spécifiquement le cas pour la tuerie de l’hyper-casher (87% des juifs estiment que les réactions ont été suffisantes), celle de Toulouse (71%) et, comme l’a montré l’enquête qualitative, les propos tenus par Dieudonné et Alain Soral. La parole politique, lorsqu’elle est prise, est donc repérée et s’avère fondamentale…

… tout comme l’absence de condamnation forte lors d’évènements antisémites. C’est notamment le cas lors de la tuerie du musée juif de Bruxelles, où 51% seulement des juifs considèrent que l’exécutif a « suffisamment réagi », et plus encore lors des manifestations anti-israéliennes de juillet 2014 dans les rue de Paris durant lesquelles des commerces tenus par des juifs ont été vandalisés et des manifestants ont crié « Mort aux juifs ! » : 36% seulement des juifs estiment que le Gouvernement a alors suffisamment réagi.

DES RÉFLEXIONS TRÈS AVANCÉES SUR UN POSSIBLE DÉPART HORS DE FRANCE POUR UN JUIF SUR QUATRE

Face à un niveau d’angoisse et d’anxiété très élevé chez beaucoup de juifs, le départ devient plus qu’une tentation. Pour près d’un quart des juifs, c’est désormais une option.

61% estiment que les juifs sont plus en sécurité en Israël qu’en France (contre 37% qui disent en France).
54% des juifs envisagent un départ vers Israël ou vers un autre pays.
26% disent qu’il s’agit d’une option qu’ils étudient sérieusement.
Pour ceux qui « envisagent » ce départ, c’est d’abord à cause de « l’accumulation des attentats et des meurtres dont ont été victimes un certain nombre de juifs » (67%). Mais aussi en raison de « la progression de l’islamisme radical au sein d’une partie de la population musulmane » (56%), de « l’absence de réaction de la société française face à l’antisémitisme » (31%) et de la persistance des stéréotypes antisémites (29%) devant la libération de la parole antisémite (24%).

[Mise à jour du 3/02/2016] Nous avons supprimé le logo « EHESS » (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), c’est en effet comme conseillère scientifique et spécialiste de ces questions, que Dominique Schnapper (Directrice d’études à l’EHESS) est intervenue sur cette étude.

Voir de même:

Dix ans après la mort d’Ilan Halimi, un sondage que nous révélons montre que les préjugés antijuifs demeurent.

Le Parisien

12 février 2016

Les préjugés restent tenaces

Juif et donc riche. C’est ainsi que les bourreaux d’Ilan Halimi ont justifié les vingt-quatre jours de torture qu’ils ont fait subir au jeune homme. Dix ans après la découverte de son corps, il reste pour sept Français sur dix le « symbole de ce à quoi peuvent conduire les préjugés sur les juifs », nous apprend une étude de l’Ifop* pour SOS Racisme et l’Union des étudiants juifs (UEJF) que nous dévoilons en exclusivité. Cette « affaire », dont 61 % des sondés disent qu’elle les a « beaucoup » touchés, n’a pourtant pas permis d’anéantir les stéréotypes dont elle a été l’emblème. L’étude démontre en effet qu’au-delà d’Internet où des torrents de haine antijuive se déversent, les préjugés antisémites ont la dent dure.

32 % estiment que les juifs se servent dans « leur propre intérêt » de leur statut de victime du nazisme, de même que de nombreux sondés admettent pour vraie l’idée de juifs plus riches que la moyenne (31 %), avec par exemple trop de pouvoir dans les médias (25 %). « Le préjugé devient un véritable problème quand il engendre une violence envers l’autre ou un rejet de celui-ci, commente Dominique Sopo, le président de SOS Racisme. Ce qui est inquiétant est que notre sondage révèle que contrairement aux idées reçues les préjugés antisémites ne concernent pas que les jeunes. Ils prennent même de l’ampleur chez les plus de 25 ans. » « Nous sommes dans la situation paradoxale où les Français disent ressentir de l’empathie pour les juifs alors que 40 % des actes racistes concernent ce 1 % de la population, rappelle Sacha Reingewirtz, le président de l’UEJF. L’affaire Ilan Halimi montre que le travail de pédagogie, d’enseignement et de transmission doit être amplifié. Déconstruire les préjugés sur les Juifs, les musulmans, les homos… est la seule manière de pouvoir coexister. » * Etude menée en ligne du 3 au 5 février auprès de 1 468 personnes

Voir aussi:

Spotlight (2015)
Steve Baqqi

Epsilon reviews

December 28, 2015

The sexual abuse scandal in the Boston Catholic Church rocked much of the world when it was revealed by The Boston Globe in 2002. Spotlight dramatizes how the investigative team exposed this scandal. The term “spotlight” refers to the team of reporters at the Boston Globe who investigates an issue or topic in depth for months, thereby shining a “spotlight” on the previously unknown. This Spotlight team was awarded a Pulitzer Prize for their efforts depicted in the film. Spotlight is a fantastic film about the importance of “outsiders”, institutional corruption, thorough investigative journalism, and the dire consequences of inaction.

Spotlight begins with the Boston Globe receiving a new Editor In Chief, Marty Baron, an awkward outsider (he’s Jewish, and not from Boston) who is viewed with suspicion by the staff. Marty tasks the Spotlight team to investigate a case of a Catholic priest who is allegedly a serial molester. The story snowballs gradually from there. Almost immediately the Spotlight team is hit with resistance within the Globe about their investigative methods and sources. The Catholic Church, an incredibly powerful institution in the city of Boston, uses all its might to dissuade Spotlight from continuing their research, but they steadfastly continue to investigate these allegations.

The Catholic Church itself is portrayed in the film as a powerful, resourceful, and dangerous institution.  The Church has control and/or influence with nearly every major institution in the city of Boston. The “small-town” inclusiveness of the city only further allows the Church to abuse and misuse its power, while vigorously opposing or discrediting anyone who attempts to speak out. The Church even indirectly benefits from the shame of the victims and the parish pressuring them to keep silent. Mitchell Garabedian, an Armenian Lawyer (another vital outsider standing against the Church) representing dozens of alleged victims, posits, “The Church thinks in centuries Mr. Rezendes, do you really think your paper has the resources to take this on?” As the Spotlight team traverses across the city of Boston in search of the truth, a church is often looming in the background, as if watching their every move. This is the behemoth the Spotlight team must defeat.

Spotlight is directed and edited with an unpretentious simplicity that allows us to focus on the team and their investigative efforts. This simplicity is what gives the film’s raw look into the massive corruption a lasting impact. Furthermore, the film’s muted palette, and haunting ambient theme, gives a serious and somber backdrop to its grave subject matter. The Spotlight team of Mike Rezendes (Mark Ruffalo), Walter ‘Robby’ Robinson (Michael Keaton), Sacha Pfeiffer (Rachel McAdams), and Matt Carroll (Brian d’Arcy James) are hardworking, driven reporters. Their investigative reporting is never dull as they uncover an astonishing amount of facts and disturbing details. Their triumph reveals the corruption and gross negligence of not only the Catholic Church, but other powerful Boston institutions. Their efforts come at a high personal price as the investigation is emotionally draining on the reporters, all of whom were raised catholic. Each have their faith shattered by the investigation and are haunted by the results. Keaton’s reaction, in particular, toward the end of the film is utterly devastating. Its conclusion is as satisfying as it is tragic.

It took two outsiders, one an Armenian lawyer, and the other a Jewish editor to get the ball rolling for the Spotlight team. Garabedian in particular is critical to their success and he illuminates the issue with a scathing indictment of Boston’s corruption, “If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one.” Black Mass could learn a lot from Spotlight in how to depict institutional corruption in Boston. The final numbers revealed at the end will undoubtedly horrify you and leave you feeling depressed and angry. Why was this allowed to go on so long? Why did it take so long to uncover it? For Spotlight the answer is simple, no one wanted to look.

TLDR: A deeply depressing and unsettling film about marrow deep corruption in the city of Boston and the investigation that brought the Catholic Church’s sexual abuse scandal to light-4/5 Stars

Voir encore:

Spotlight

Jesse Cataldo

Slant

November 2, 2015

Boston may be a major American city, but as described in Tom McCarthy’s Spotlight, it’s still a small town at heart. With a populace that skews nearly 50 percent Catholic, the conventions of this metaphorical village are organized under the jurisdiction of the church, which provides the clearest point of connection for immigrants old and new. Such insularity fosters tight-knit communities and deep ancestral roots, but it has its downsides, specifically regarding the exclusion of outsiders, as one Armenian character notes to another of Portuguese extraction. Even more insidiously, this environment encourages a private approach to community housekeeping, assuring that problems will be handled internally, and secrets will remain underground.

Based on the events leading up to the 2001 sex abuse scandal that rocked the Roman Catholic Church, Spotlight patiently charts the gradual development from rumors and whispers to a full-blown revelation of years of astonishing exploitation. As the film imagines, it’s the singular character of the town, particularly its reliance on the moral authority of religious officials, that allowed dozens of pedophiles to remain at work, with the diocese shuffling them around the city once their crimes came to light, lying to parishioners, and offering scads of hush money. The task of revealing this rotten system falls to The Boston Globe, itself already in crisis, what with the arrival of Marty Baron (Liev Schrieber) as executive editor, appearing to herald greater control by the paper’s parent corporation with a salvo of buyouts and layoffs.

A Jewish transplant from Florida, backed by the big-city pedigree of The New York Times, Baron is a classic interloper, a singularly focused workaholic unburdened by the constraints of social niceties, who doesn’t play golf or know the catechism. This makes him the perfect person to spearhead the exposé, which seems to strike at the heart of everything the city holds dear.

His motives are contrasted against the more sensitive demands of Walter Robinson (Michael Keaton), whose award-winning Spotlight team, charged with the production of lengthy investigative pieces, handles the burden of the journalistic work. A native son with a strong local pedigree, Robinson has to weigh the needs of his community against the ethical demands of a journalist, while making similar decisions for his reporters, namely the dangerously obsessive Michael Rezendes (Mark Ruffalo) and the blandly proficient Sacha Pfeiffer (Rachel McAdams), each of whom seems poised to suffer serious emotional damage from the production and fallout of the articles.

Spotlight entertains such weighty concerns while also spinning a masterfully paced potboiler. A familiar tale of scrappy underdogs taking on a secretive institution, it complicates that dynamic by having its protagonists operating under the auspices of a monolithic corporation, which many Bostonites are concerned intends to strip away the distinctiveness of their hometown paper, all while nosily digging into local matters and airing dirty laundry.

It devotes too much time delivering information to establish a convincing visual foundation for its account.
This is a complex film about moving past clannish parochial designations, one which ends up assigning the burden of guilt upon an entire populace for looking the other way, none of them quite aware of the scale of the problem they were avoiding. In tackling this mass culpability, the film also confronts the degradation of individuality which also occurs as communities stretch past their traditional limits and out into the ethereal fabric of the internet, as city papers become assets of global conglomerates, and local flavor turns into a surface characteristic rather than an essential quality of a place.

But the biggest downside to this approach is that, burdened with the telling of this expansive story, the film devotes too much time delivering information to establish a convincing visual foundation for its account, aside from a few ominous shots of church structures literally looming over everything. Full of reserved tracking shots and walk-and-talk exposition dumps, Spotlight seems submissively constructed around the contours of its voluminous dialogue, a feat of informational cinema that’s equally thrilling and overwhelming.

McCarthy has yet to emerge as a director with any noticeable style. With Spotlight, he pulls off his biggest and most consistently conceived production yet, but the lack of a personal imprint leaves the film feeling a bit too much like a modern companion to All the President’s Men, though one that doesn’t match that film’s sharp stylistic sense or its aura of era-defining importance. Achieving the latter would be a tall task, but Pakula’s classic managed to match its timely narrative with an equally virtuosic lens for telling its story. By modeling its structure so closely after the format of its predecessor, Spotlight only draws closer attention to its lack of scope and ambition.

For a film so concerned with portraying the special character of a city, its unique workings, rites, and rituals, Spotlight never conveys much local color beyond some respectably rendered accents, and a specifically intense level of Catholic influence, what with the church inextricably ingrained in the very fabric of the town. In this atmosphere, the individual characters, specifically the reporters embroiled in the investigation, feel less like fully conceived humans than personifications of different narrative concerns, each tasked with a specific type of reaction to the mounting chain of shocking disclosures.

In a final postscript that plays like a bit of caustic black humor, the film lists off a compilation of communities that experienced their own molestation scandals in the wake of Boston’s reckoning, information which occupies several title cards and encompasses untold thousands of horrible incidents. This one city, as it turns out, wasn’t so unique after all.

Voir de même:

Catholic Movie Reviews: Spotlight
Sr. Helena Burns, FSP
R
MPAA Rating

Life Teen Rating
Is It Cool?: Excellence in Filmmaking
“Spotlight” is the recounting of the “Spotlight” team of intrepid investigative reporters at the Boston Globe who broke the Catholic Church’s clergy sex abuse story in January 2002 — mainly concerning the Archdiocese of Boston.

This is a story that had to be told, and the filmmakers have done a capable and responsible job.

For starters, this is not a Church-bashing film even though it easily could have been. It’s an accurate, stark, almost understated presentation. It’s rated “R” simply and appropriately for subject matter. Just enough of the horrific details of cases are disclosed in the film, the rest is hinted at discreetly.

NOT ENTERTAINMENT
“Spotlight” is not a pseudo-documentary, nor is it juicy, sensational, exploitative entertainment. It is what I would call an “information film.” The acting, too, is muted: none of the big name actors shine. The excellent cast seem to be humbly striving only to serve the story.

Is it hard to watch? Yes, of course. The tone is somber, dreary and somewhat suffocating — as it should be. The monolithic power of the Catholic Church (until 2002) over civic, religious, and spiritual affairs in the city of Boston is chilling. It extended even into the Boston Globe where employees (many of whom were Catholic) simply knew you don’t take on the Catholic Church. They are even trained to believe that when the Catholic Church dismisses claims, they can’t possibly be true. It took an outside editor from New York to press the issue.

What’s it Saying?: Message of the Movie
MAGNITUDE
The timeline unfolds without much fanfare. Little by little, the magnitude of the number of priests, victims, and the span of years and cover-ups becomes clearer. Since we, the audience, presumably know the sordid story and outcome, there are few surprises and no real highs, lows or even serious crisis points.

The kicker is that all the evidence was hiding in plain sight. Much is made of the fact that B.C. High (a Catholic Jesuit boys high school that some of the reporters themselves attended, maintained an infamous priest-coach molester on staff) is directly across the street from the Boston Globe building.

Ironically, both the Catholic Church in Boston and the Boston Globe were at the height of their influence at the beginning of the new millennium, while a third character–the internet–is just becoming a serious player.

WHO’S TO BLAME?
Very self-effacingly — and I would say unnecessarily and misplaced — the film blames The Globe itself in a big way for not reporting the story years earlier when lawyers and victims provided plenty of damning information that went ignored. Whatever culpability The Globe bears, they more than made up for it by compiling overwhelming, carefully-researched evidence that wouldn’t be just another isolated story that would get buried. “The Church” and Cardinal Law are distant, cold, uncaring shadows. The abusing priests are sick and distorted men — almost excused. The names Geoghan, Shanley and Talbot (among others) will conjure up ugly memories for all who lived at the heart of this nightmare or on its peripheries.

FOCUS ON THE VICTIMS
The faces and voices of the victims are given three-dimensional reality and the major focus. Even the heroic, crusading lawyer, Mitchell Garabedian — who insisted on bringing victims’ cases to the courts to expose the Church’s wrongdoing — is modestly underplayed.

DENIAL
Part of the initial incredulity of sectors of the public and the average Catholic in the pew to the Globe’s scoop was due to the Globe’s notorious anti-Catholicism since its very inception in 1872 (not unlike most of the old Boston WASP establishment). And many just didn’t believe that so many heinous crimes of this nature could have been so well hidden for so long. If it were true, surely we would have known? Surely we would have heard some rumors and gossip? Whoever did know something was silenced with hush money, or gave up when crushed by the power of the Church’s legal and “moral authority” arsenal and sway. But it didn’t take long for the undeniable, verifiable veracity of the charges to grip the city and the world.

NO AFTERMATH
There is precious little aftermath in the film, as it wraps up on the day the first big story is released (there were a total of 600 stories run relentlessly about the scandal for at least a year afterward in the Globe). A few words of Epilogue are given, and then we are left with a gaping wound of sadness.

THREE FLAWS
As I see it, three minor drawbacks to the film are:

1) They got Cardinal Law a bit wrong. They made him a much older man (he was only 68 in 2001) with a hint of an Irish accent (Wha?). They made him a rather flat — although bold — stereotypical bureaucratic figure, when in reality he was a magnetic, charismatic personality who had actually been a media favorite when he first came to Boston.

2) The feeble, brief explanations given for the (unfettered) abuse were screaming to be explored and were even contradictory.

“Celibacy is the issue. It creates a culture of secrecy.” Really?? So if one attempts to practice (priestly) celibacy they have a good chance of being/becoming a depraved, predatory pedophile? And how are celibacy and secrecy related? This makes no sense. And sadly, most sex abusers of children? Married men.
Another reason given is that some of the priests were “psycho-sexually stunted at the level of a 12-year-old” — which may be very true, but that does not make one an automatic repeat child molester. The one priest molester we see being interviewed begins to say that he was raped, but the thought was not continued. (The rest of that statistic is that it was discovered that some priests who molested children were molested by priests themselves when they were children. They grew up, become priests and continued the cycle.)

3) I would like to have seen some rage in the film. Some of the rage that I felt and still feel in the pit of my stomach. Perhaps the filmmakers are leaving that up to us, the audience.

The Good, The Bad, The Ugly: Morality in the Movie
NO HOPE
There does not seem to be any hope put forth in this film. Not about healing for victims or reform for the Church. But maybe that was not a part of the film’s scope. Maybe there is no way to find the silver lining here. There is also hardly any insight into the root causes of this terrible state of affairs. It’s just raw evil on display. Perhaps this is the best way for this particular film to handle this grave matter. Sexual abuse destroys hope. No soothing, reassuring sugar-coating or “Hollywood ending” in this film.

THERE IS HOPE
But of course, there is hope. Although sexual abuse (and spiritual-sexual abuse) takes a deep, deep toll, and a certain proportion of the victims tragically committed suicide, emotional healing is always a possibility.

NO GOD
There is hardly any mention of God in this film. No angry questioning of “Why did God allow this?!” or “Where was God?!” or “How could purported men of God do this?” or “This has destroyed my faith in God!” There is only mention of “devout Catholics” and those who “go to church” or “don’t go to church.” There didn’t even need to be a distinction made between a good God and bad men who represent God (and are doing a terrible job at it) because God is pretty much absent from the film. The one tragically poignant mention of God is from a male victim, now an adult, who says: “You don’t say no to God” (meaning when a priest propositioned him at twelve years old, the only right answer was “yes”). Again, perhaps this was the best way to handle “God” in this story that had nothing to do with a good God, and everything to do with bad men.

The Church, although divinely instituted by Christ and guided by the Holy Spirit, is still human and sinful because of the free will of her members — even those who hold the authority. Thankfully, the sacraments and everything we need still operates through these men, regardless of their personal holiness.

SEE THIS IMPORTANT FILM
“Spotlight” is an important film to see, even if you kept up and delved into these dark waters — as I did — when they first hit the shore. The restrained even-handedness of the storytelling is remarkable and will prevent it from being a “controversial” film. There’s a lot of dialogue in the film, but it’s never tedious. The narrative and the horror is in the information itself each time more is unearthed.

Why should you see this film? To honor the victims, first of all, and second of all to understand how corruption — of any sort — works, in order to be vigilant and oppose it. NEVER AGAIN.

Has ANY good come of all this sorrow? The suffering of the children, teens and their families has not been totally in vain. There is now a much greater awareness of the sexual abuse of minors all over the world, and new laws have been created to protect young people where there were none.

OTHER STUFF:

SO WHAT ARE THE REAL ROOTS / REASONS / CAUSES FOR THIS HORRIFYING TRAVESTY?

This problem is centuries old
It’s not celibacy that is the problem, but a culture of secrecy brought about by a culture of absolute power
absolute power corrupts absolutely
abuse of power is not an inevitability, it’s a choice
unbridled male chauvinistic power is insensitive to women, children and the vulnerable
pedophiles automatically gravitate to wherever they have trusted access to children (seminaries, schools, sports teams, law enforcement, etc.)
seminaries did not do good screening of candidates
anyone who reported behavior was threatened (get kicked out of seminary themselves, lose a job/position)silence=loyalty
silence/playing the game=perks, advancement
it was a numbers game (to have lots of priests)
it was keeping up appearances (bishops knew they could quash “problems,” abusers knew they would never get in trouble and would always be shielded: the perfect set-up)
it was keeping up appearances (“not on my watch”)
toward the middle of the 20th century, psychiatrists and psychologists got involved (assessments, “treatment”) and kept giving the green light to put the priest back in ministry (bishops blindly “obeyed”)
it wasn’t known that pedophilia is not “curable” (but it’s also not rocket science to see that a man abusing over and over and over and over again needs to be stopped, removed permanently)
gross blindness and ignorant cluelessness what sexual abuse does to a child/teen
careerism, clericalism, wrong priorities
evil and sin
SOLUTIONS?

the clergy sex abuse problems will continue unless there is courageous breaking with mentalities, cultures, habits, patterns, and cycles
the presence of women in all (non-ordained) positions at all levels and places of Church life will help mitigate undisciplined male power (and male lack of empathy and sympathy)
following preventative and protective protocols for child safety immediately and unilaterally
child safety is everyone’s job, not just those in positions of authority
stringent screening/dismissals at seminary level
thorough training in human sexuality for seminarians (including THEOLOGY OF THE BODY)
a deep prayer life, spiritual direction in seminary
priestly spirituality
normal, healthy relationships with laypeople, families, women of God
priestly fraternity, camaraderie, seminary follow-up, oversight by and relationship with bishop
bishop accountability (Pope Francis is putting this in place)
availability: doing ministry where needed (while maintaining healthful lifestyle, self-care and avoiding burnout)
pouring oneself out as a spiritual father (love and zeal for the Bride [the Church] and the world) conquers loneliness

That’s Right. I Said It: Reviewer Comments
When the shocking news broke, it was the only time in my life — since my conversion at 15 — that I wanted to leave the Catholic Church and run screaming to the hills. A close friend even accused me: “You’re a nun–you knew!” But I didn’t. Nobody knew. Or very, very few people knew. I agonized for months over it. I couldn’t understand. I thought priests and bishops were the good guys! I thought they wanted to protect and help people! I just couldn’t figure it out. And then — through my study of Theology of the Body — I got a powerful insight: Men do NOT want to be Superman or the Lone Ranger. They do NOT want to break ranks. Men are HORRIBLE at whistle-blowing. They are all about BAND OF BROTHERS. And this can be a good thing! Men are stronger together. They have each other’s backs. They can provide for and protect hearth and home better TOGETHER. The problem lies when they BAND TOGETHER FOR EVIL. To hide each other’s sins. To give each other a pass for their sins. Look the other way. Code of silence. Complete corruption. Whole cities run on this notion. But it doesn’t have to be that way. MEN NEED TO BAND TOGETHER FOR THE GOOD. Positive peer pressure. And call each other out when they need calling out. So, guys? Join some good guy thing to do charitable works together, pray together or just hang out together. Do your secret handshakes. Knock yourselves out. Live by the “10 Commandments of Chivalry“ (except the “have no mercy on the infidel” part). And always, always BAND TOGETHER FOR THE GOOD, NOT EVIL.

Voir également:

Spotlight (2015), au cœur d’un complot
Emilio M.

Bulles de culture

2016-01-24

Spotlight de Tom McCarthy nous plonge dans les méandres d’un effroyable complot, autant véridique qu’inadmissible. Pour mener l’enquête, un casting de marque, avec en tête Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams et Liev Schrieber. Un hommage efficace à l’un des derniers fleurons du journalisme d’investigation d’une époque révolue. Spotlight est un coup de cœur de Bulles de Culture !

Synopsis :
Été 2001. À peine nommé rédacteur en chef du Boston Globe, Marty Baron (Liev Schreiber) missionne les journalistes d’investigation de l’équipe Spotlight, dirigée par Walter “Robby” Robinson (Michael Keaton), pour enquêter sur un curé accusé de pédophilie. L’affaire est grave puisque le prêtre aurait violé des dizaines de jeunes paroissiens en l’espace de trente ans…

Dans les règles du genre

Spotlight est un pur film de journalisme d’investigation, dans la lignée directe du cultissime Les hommes du Président d’Alan J. Pakula. Tout comme son prédécesseur, Spotlight reconstitue avec fidélité une enquête journalistique bien réelle mettant à jour un complot d’une ampleur effroyable.

Pour y parvenir, le film respecte les codes du genre et privilégie l’authenticité. L’image du chef opérateur Masanobu Takayanagi — qui s’est prêté au même style d’exercice sur le film True Story (2015) Rupert Goold — favorise une simplicité esthétique naturaliste.

Une sobriété qui va de pair avec la mise en scène discrète de Tom McCarthy et qui apporte en plus une fluidité esthétique dans son découpage et ses mouvements de caméra invisible, le tout au service de la narration. Un effort bien nécessaire du fait de la complexité de l’intrigue et des nombreuses pistes qu’elle explore.

Il en va de même pour la musique de Spotlight, composé par l’incontournable Howard Shore. Omniprésente tout au long du film, la partition du célèbre compositeur est éminemment cinématographique, tout en restant subtile et discrète. La musique renforce ainsi la fluidité de la narration et apporte avec élégance une cohésion supplémentaire au récit.

L’imposant casting hollywoodien apporte enfin la dernière touche d’authenticité au film, avec Michael Keaton et Mark Ruffalo en tête. Les deux acteurs ont en effet collaboré étroitement avec les deux journalistes qu’ils interprètent dans le film, Walter Robinson et Michael Rezendes — qui seront d’ailleurs les premiers bluffés par la prestation des acteurs, troublante de réalisme.

Tous ses efforts mis en œuvre au service des différents aspects du film servent au final un seul but bien précis : rapporter avec véracité et clarté le développement effarant d’une enquête historique sans précédent.

Une enquête fascinante

Lorsque l’équipe de Spotlight débute son enquête, un seul prêtre pédophile est concerné. Et ce qui interpelle les journalistes du Boston Globe, c’est le fait que le prêtre en question ait pu récidiver impunément en changeant de paroisse au fil des ans. Mais à mesure que l’enquête avance, l’affaire va rapidement prendre des proportions hallucinantes pour finir par mettre à jour pas moins de 87 prêtres pédophiles rien que dans la région de Boston.

L’étonnante enquête des quatre journalistes enquêteurs révèle ainsi l’incroyable développement tentaculaire d’un complot systémique sidérant. Boston est l’une des villes flambeaux du catholicisme, une institution puissante et totalement implanter dans l’ensemble de la ville et plus largement dans l’ensemble des États-Unis — comme le révèle le générique final du film listant les nombreuses villes américaines concernées par ce même scandale.

Les méandres de cette affaire scandaleuse s’étendent donc à travers toutes les différentes sphères de la société de Boston, du système judiciaire au système éducatif. Et c’est aux journalistes de Spotlight de suivre ce jeu de pistes complexe pour dénouer l’effroyable vérité de l’affaire, résumée en ces mots par l’éditeur en chef du Boston Globe : « If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one » (« s’il faut un village pour élever un enfant, il faut un village pour en maltraiter un »).

L’implacable exposition de la vérité

L’accaparante complexité de l’affaire s’impose naturellement comme le sujet principal du film et éclipse toutes autres pistes narratives possibles : la vie privée des protagonistes, leur parcours émotionnel,  le doute conspirationniste, la crise du journalisme face à Internet et les nouvelles technologies 2.0, ou bien même l’impact historique et médiatique du 11 septembre… Tant de thèmes pertinents et parallèles au récit qui ne sont qu’effleurés par le scénario, entièrement focalisé sur l’enquête.

On pourrait regretter ce manque de profondeur, mais Tom McCarthy et son co-scénariste Josh Singer (À la maison blanche, Le cinquième pouvoir) sont bien conscients des limites du format long-métrage. En gardant l’investigation journalistique comme fil narratif exclusif de Spotlight, ils permettent le récit limpide de cette enquête obsédante et tentaculaire.

Les cinéastes offrent ainsi au spectateur une compréhension plus juste et précise des tenants et aboutissants d’un complot effroyable, à l’échelle d’une société toute entière — et pas seulement à l’échelle américaine puisque de nombreuses villes en France et dans le monde sont citées à la fin du film.

Spotlight s’évertue à coller à la réalité de l’enquête et des faits avec une sobre éloquence cinématographique. Une efficacité mise au service de la narration qui submerge le spectateur dans les différentes sphères sociales de Boston, mais sans jamais se perdre dans l’enquête qui avance avec limpidité du début à la fin.

Et même si de nombreux enjeux sont effleurés à travers le film — qu’ils soient moraux, sociaux, émotionnels, ou même spirituels —, une seule chose compte au final : l’implacable exposition de la vérité.

Voir encore:

Fact Checker: More Ways That ‘Spotlight’ Got It Wrong [w/ Addendum, 12/5/15]
TheMediaReport.com

November 30, 2015
Shining the light on ‘Spotlight’
In addition to the instances we have already reported, here are some other ways that the Hollywood movie Spotlight has misled the public about the sex abuse scandal in Boston:

1. A key scene in the film features the Globe’s Walter Robinson threatening Boston Church-suing lawyer Roderick MacLeish to cooperate with the paper’s investigation. MacLeish wrote in a Facebook post that in truth the event « never occurred » and, in fact, he « welcomed » the meeting with Robinson.

2. Another scene features the Globe’s Sacha Pfeiffer claiming that abuse victims « have to sign confidentiality agreements to get monetary settlements, » implying that the Church forced these agreements upon victims. In truth, as we have reported before, it was the other way around. Embarrassed by what had happened to them, it was the victims who sought secrecy from the Church.

3. In another scene, Robinson asks MacLeish if he ever followed up with the cases he settled to ensure that abusive priests were taken out of ministry. MacLeish’s uncomfortable silence to Robinson’s question implies that he didn’t. In fact, it was MacLeish himself who told the Globe back in December 1993 that the Archdiocese had removed 20 accused priests from active ministry. (In addition, MacLeish at the time « credited the Catholic Archdiocese of Boston with taking prompt action on the accusations. »)

4. The film portrays Globe staffer Steve Kurkjian as being dismissive of the Globe’s pursuit of the Church abuse story. In fact, Kurkjian did some of the reporting on the Spotlight Team investigation. So reckless is this portrayal that even the Globe’s own Kevin Cullen has now written, « Kurkjian, a journalistic icon, is owed an apology. »

5. The film portrays a meeting in 2001 about abuse at Boston College High School between Globe staffers and administrators as being confrontational in nature. In truth, not only did the meeting not take place until 2002, it was indeed cordial. Even the Globe itself at the time praised the high school’s swift and transparent handling of its crisis in an opinion article.

6. The film features a scene with the Globe’s Spotlight Team acting astonished when learning about a report issued to bishops in 1985 that had foreseen the scope of the abuse crisis. In truth, the paper already wrote about the report back in 1990 and 1991, and the report itself was the subject of a front-page article in the Globe in July 1992.

[ADDENDUM, 12/5/15:]

7. Hollywood entertainment magazine Entertainment Weekly exposes at least three more fictitious scenes! Check it out:

« Late in the film, [Globe columnist Walter] Robinson pressures one of his sources, a lawyer named Eric MacLeish (Billy Crudup), for information, and the slick attorney throws it back in his face: ‘I already sent you a list of names … years ago!’ he says to Robinson and [the Globe’s Sacha] Pfeiffer. ‘I had 20 priests in Boston alone, but I couldn’t go after them without the press, so I sent you guys a list of names … and you buried it!’

« Except that exchange never actually happened. Nor did the scene where Pfeiffer searches the archives and brings the clipping of the December 1993 story to Robinson, proving MacLeish correct: it ran on B42 and didn’t include any of the priests’ names. And a later scene, where Robinson admits to his colleagues that he had been the Metro editor back in ’93, accepting his role in not catching the story sooner, didn’t happen either. »

Voir également:

Movies

Spotlight players confront the clue that became the movie’s key twist
Co-writers Josh Singer and Tom McCarthy stumbled upon the overlooked ’93 ‘Globe’ report

Jeff Labrecque

EW

November 23 2015

Josh Singer and Tom McCarthy weren’t necessarily digging for a scoop while researching the 2002 Boston Globe exposé of the Catholic Church sex-abuse scandal for the screenplay that would become Spotlight. After all, they were already standing on the shoulders of giants – the Globe’s Spotlight team of investigative journalists had won the Pulitzer Prize for their series of articles that revealed how the Boston archdiocese, led by Cardinal Bernard Law, had shielded predator priests for more than three decades, shuffling them to different parishes when they molested children and shelling out millions to victims in confidential settlements.

Not only had the Globe published an official book documenting the Spotlight team’s findings, Betrayal, but all their articles, including the more than 600 stories published in 2002 — leading to Law’s resignation — were available online. Plus, the screenwriters had access to many of the Globe’s key people, including those depicted in the film: Walter “Robby” Robinson (Michael Keaton), Mike Rezendes (Mark Ruffalo), Sacha Pfeiffer (Rachel McAdams), Matt Carroll (Brian d’Arcy James), Ben Bradlee Jr. (John Slattery), and Marty Baron (Liev Schreiber).

But one of the film’s most important twists — one that even eluded the Globe — fell into the filmmakers’ laps by accident. [The following contains SPOILERS.] In Spotlight, which the pair co-wrote and McCarthy directed, the dramatic weight of the film is epitomized by a line from the crusading attorney played by Stanley Tucci: “If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one.” The film asks the difficult question: Was everyone, including the media, too deferential to the Church while crimes were happening in their backyards?

Late in the film, Robinson pressures one of his sources, a lawyer named Eric MacLeish (Billy Crudup), for information, and the slick attorney throws it back in his face: “I already sent you a list of names… years ago!” he says to Robinson and Pfeiffer. “I had 20 priests in Boston alone, but I couldn’t go after them without the press, so I sent you guys a list of names… and you buried it!”

Except that exchange never actually happened. Nor did the scene where Pfeiffer searches the archives and brings the clipping of the December 1993 story to Robinson, proving MacLeish correct: it ran on B42 and didn’t include any of the priests’ names. And a later scene, where Robinson admits to his colleagues that he had been the Metro editor back in ‘93, accepting his role in not catching the story sooner, didn’t happen either.

In reality, these sequences played out during the screenwriting process — when MacLeish told Singer and McCarthy. Though they already knew the main beats of the story they wanted to tell, they met with the Boston attorney — who’d represented numerous plaintiffs in complaints against the Church in the early 1990s — if only to help with casting. But not long into their chat, MacLeish dropped the bomb. “It was a little bit like the moment that’s in the movie: You had 20 priests’ [names] in Boston?” says Singer. “My reaction was quite similar to Rachel and Michael’s in that scene: That can’t possibly be true. Tom and I sort of looked at each other but didn’t say anything. But to double-check, I went back to the archives, and this article popped up, buried on page B42 [on the Metro section]. I was flabbergasted. I called Tom as soon as I got the article and said, ‘What do we do?’”

They emailed Robinson the story, not knowing what to expect. Robinson responded quickly. “He owned up to it,” says Singer. “He had just taken over Metro and didn’t remember the story but, ‘This was on my watch and clearly we should’ve followed up on it.’ When we went to write the scene in the movie, we based it a lot on what Robby said there.”

In the film, Keaton accepts his share of responsibility and asks his team, “Why didn’t we get it sooner?” And in real life, Robinson doesn’t dodge. “It happened on my watch and I’ll go to confession on it,” says Robinson, who recently returned to the Globe as an editor at large. “Like any journalist who’s been around this long, I’ve made my share of mistakes. But I have no memory of it. And if we’d found it in 2001, I don’t know if I would’ve had a memory of it then either. Looking at it from this vantage point 22 years later, I just have to scratch my head and wonder what happened. Should it have been played more prominently? In hindsight, based upon on what we later learned, yes, obviously.”

For Singer and McCarthy, the revelation was a dramatic gift, even if they had to utilize some artistic license. “That moment was probably the one moment where we took something that was not [precisely true] and we felt like we had the right to include it,” says McCarthy. “To me, this is where the movie gets really compelling, because it certainly isn’t black and white. I think it raises the specter of just good reporters going after a bad institution, into more of a question of societal deference and complicity toward institutional or individual power. Intellectually, Josh and I really started to engage on a whole new level when we started to tap into that.”

Because McCarthy and Singer had concluded from their research that the Globe was probably guilty of sins of omission, if not commission, when it came to its coverage of the Church in the early 1990s. The December 1993 story plays a pivotal role in the film, but the filmmakers were already paddling in that general direction. In fact, before MacLeish spilled his secret, the film was more focused on an August 1993 article than ran in the Globe’s Sunday magazine.

Back then, Boston was riveted by the case against Rev. James Porter, who was ultimately sentenced to 18-20 years for abusing dozens of children in multiple parishes. Though Porter had worked in the Fall River archdiocese, south of Boston, Cardinal Law became a loud critic of the media’s coverage, and in particular, what was being printed by the Globe. In May 1993, Law lashed out, saying, “The papers like to focus on the faults of a few. … We deplore that. The good and dedicated people who serve the church deserve better than what they have been getting day in and day out in the media. … We call down God’s power on our business leaders, and political leaders and community leaders. By all means we call down God’s power on the media, particularly the Globe.” In a coincidence that even Hollywood wouldn’t dare make up, one of the Globe’s top editors broke his leg and almost died the very next week.

But even if Law didn’t have a direct channel to God, he was the most powerful Catholic in the United States, with access to the White House and absolute credibility with his constituency of Roman Catholics – who made up 53 percent of the Globe’s readership and were not eager to believe that its Church may be responsible for protecting degenerate clerics. Ande Zellman edited the Sunday magazine story, written by Linda Matchan, and the reaction to their story at the Globe was immediate — as Schreiber’s Marty Baron would say, “from the top-down.”

“It certainly created a lot of waves internally,” Zellman says. “I think there was a level of institutional courtesy towards the Church. The coverage after that was scarce.”

But if there was some editorial restraint, it was reflected by public opinion. “For the most part, [stories about clergy sex abuse were greeted with] disbelief,” says James Franklin, the Globe’s former religion reporter who wrote the December 1993 story that MacLeish cites in the film. “It was regarded as something extraordinary, as something obscene. There was always a suspicion that guys like me, guys like us, were sniping unfairly.”

Matchan encountered the same resistance. “After I finished that magazine story, I thought, there’s so much more to say about this. I wanted to write a book about it,” she says. “So I contacted an agent, and she loved the idea. And I wrote a book proposal, she sent it out to a lot of publishing houses, and she got back these letters that just said, ‘This is a great proposal but nobody would ever read a book about sexual abuse by the clergy.’ That was the thinking in those days.”

“Every archdiocese is in a city with a major paper — everybody missed this,” says Robinson. “Who can imagine that such an iconic institution could be responsible for causing such a devastating impact on the lives of thousands of children and covering it up? It’s almost beyond belief.”

Even with the 1993 hiccups, it’s essential to note that the Boston Globe was the first to crack a scandal that reached far beyond Boston. As has been revealed in subsequent investigations around the world, Boston was not unique, and the Church has been forced to shell out billions in settlements to the victims of clergy sex abuse in other states and countries. “Robby, to my mind, is a hero,” says Singer. “The whole, Why didn’t the paper get this earlier? — we sort of put that on Robby in the movie, because Robby is a symbol for us, the Everyman. In a lot of ways, he is our way in to the movie, and we wanted to turn it back on the viewer. Because to me, this is a collective failure, and it’s a question for all of us: Why didn’t we get this earlier? It’s noble in how he takes the blame for it, how he falls on his sword. I think we found that incredibly heroic, because that also was the interaction we had with him.”

Robinson has been front and center in the film’s promotion, in part because the film captures his profession at its best, at a time in 2015 when most newspapers and media outlets are slashing staff and eliminating investigative reporting. “We’re reporters and we stumble around the dark a lot,” he says. “We start out pretty damn ignorant, and we don’t even know how to ask the right questions until we sort of dig around for awhile. And the film shows that. The film shows that it’s sort of a two steps forward one step back approach. And by doing it that way, by having us uncover [our initial oversight], Tom makes it possible for a pretty large audience to confront something that they might otherwise avert their eyes to.”

Voir de plus:

‘Spotlight’ Neglects to Mention the Boston Globe’s Own Long History of Rank Hypocrisy on the Issue of the Sexual Abuse of Minors
TheMediaReport.com

November 30, 2015
Shining the light on ‘Spotlight’
While the Hollywood movie Spotlight portrays editors and writers at the Boston Globe wringing their hands over the potential story of abuse by Catholic priests, the film conveniently neglects to mention the Globe’s own long history of looking the other way when it comes to the issue of sex abuse of minors in other institutions.

In fact, the Globe even has a long history of supporting advocates of child sex.

The Globe’s long history which Spotlight forgot

To take but just a few of the many examples, and as we have chronicled here, the Globe has previously:

given a high-profile platform to the co-founder of the North American Man/Boy Love Association (NAMBLA), which promotes sex with children;
routinely celebrated entertainment celebrities who have committed child abuse crimes, including Roman Polanski, Peter Yarrow, and Paula Poundstone;
once endorsed a Congressman for reelection even after he admitted to repeatedly plying booze and having sex with a high-school-aged page;
repeatedly touted a « sexologist » who spoke favorably of incest between fathers and daughters;
repeatedly ignored or mitigated rampant sex abuse and cover-ups in Boston Public Schools (1, 2, 3, 4);
and more.

Between its incessant hypocrisy and its long history of anti-Catholicism, one could fill a book. And indeed that book is Sins of the Press: The Untold Story of The Boston Globe’s Reporting on Sex Abuse in the Catholic Church by TheMediaReport.com’s own Dave Pierre.

Sins of the Press chronicles many more instances of the Globe’s hypocrisy when it comes to the sexual abuse of children.

Voir de même:

‘Cardinal Law Knew of Abuse and Did Nothing’? Actually, Cardinal Law Did Exactly As He Was Told To Do By Psychologists
November 30, 2015 By TheMediaReport.com
Shining the light on ‘Spotlight’
A mantra running throughout the movie Spotlight is that Cardinal Law and the Catholic Church « did nothing » when confronted with knowledge of abusive priests.

However, as is frequently the case with Hollywood, the truth is an entirely different matter.

Hollywood vs. the truth

Spotlight ignores the simple fact that years ago, Church officials acted time after time on the advice of trained « expert » psychologists from around the country when dealing with abusive priests. Secular psychologists played a major role in the entire Catholic Church abuse scandal, as these doctors repeatedly insisted to Church leaders that abusive priests were fit to return to ministry after receiving « treatment » under their care.

Indeed, one of the leading psychologists in the country recommended to the Archdiocese of Boston in both 1989 and 1990 that – despite the notorious John Geoghan’s two-decade record of abuse – it was both « reasonable and therapeutic » to return Geoghan to active pastoral ministry including work « with children. »

And it is not as if the Boston Globe could plead ignorance to the fact that the Church had for years been sending abusive priests to therapy and then returning them to ministry on the advice of prominent and credentialed doctors. As we reported earlier this year, back in 1992 – a full decade before the Globe unleashed its reporters against the Church – the Globe itself was enthusiastically promoting in its pages the psychological treatment of sex offenders, including priests – as « highly effective » and « dramatic. »

The Globe knew that the Church’s practice of sending abusive priests off to treatment was not just some diabolical attempt to deflect responsibility and cover-up wrongdoing, but a genuine attempt to treat aberrant priests that was based on the best secular scientific advice of the day.

The Globe’s feigned outrage

Yet a mere ten years later, in 2002, the Globe acted in mock horror that the Church had employed such treatments. It bludgeoned the Church for doing in 1992 exactly what the Globe itself said it should be doing. The hypocrisy of the Globe is simply off the charts.

And the issue of the Church’s use of these psychologists was not a surprise to the Globe when it actually interviewed Cardinal Bernard Law in November 2001, only two months before the Globe’s historic coverage:

Reflecting on the most difficult issue of his tenure in Boston, Law said he is pained over the harm caused to Catholic youngsters and their families by clergy sexual misconduct, but that he always tried to prevent such abuse.

« The act is a terrible act, and the consequence is a terrible consequence, and there are a lot of folk who have suffered a great deal of pain and anguish. And that’s a source of profound pain and anguish for me and should be for the whole church, » he said.

« Any time that I made a decision, it was based upon a judgment that with the treatment that had been afforded and with the ongoing treatment and counseling that would be provided, that this person would not be [a] harm to others. »

Law said the current policy, which bars child-abusers from ever having a job that involves contact with children, is good, but that he wished he knew when he started that pedophilia is essentially incurable.

« I think we’ve come to appreciate and understand that whatever the assessment might be, the nature of some activity is such that it’s best that the person not be in a parish assignment, » he said.

Not that we’re surprised, but the fact that the Church relied on the best psychologists of the day in deciding what to do with abusive priests was completely left out of Spotlight. Instead, the film repeatedly falsely claims that Cardinal Law « did nothing » or « did shit. »

But now you know the truth.

Voir encore:

Spotlight review – Catholic church child abuse film decently tells an awful story
3 / 5 stars
Mark Ruffalo, Michael Keaton and Rachel McAdams star as Boston Globe reporters investigating accusations against priests in Tom McCarthy’s worthy, well-intentioned journalism drama

‘Never hits the heights of passion but capably and decently tells an important story’ … Michael Keaton and Mark Ruffalo in Spotlight
Peter Bradshaw

The Guardian

3 September 2015

“If it takes a village to raise a child, it takes a village to abuse one,” is how one character here summarises the issues. This high-minded, well-intentioned movie, co-written and directed by Tom McCarthy, is about the Boston Globe’s investigative reporting team Spotlight, and its Pulitzer-winning campaign in 2001 to uncover widespread, systemic child abuse by Catholic priests in Massachusetts.

The film shows that in the close-knit, clubbably loyal and very Catholic city of Boston, no one had any great interest in breaking the queasy, shame-ridden silence that made the church’s culture of abuse possible, and even tentatively suggests that the Globe itself was one of the Boston institutions affected. The paper had evidence of abuse 10 years before the campaign began, but somehow contrived to downplay and bury the story, and it took a new editor, both non-Boston and Jewish, to get things started.

Spotlight has a few inevitable journo cliches: male reporters are dishevelled mavericks who don’t need to keep the same hours as everyone else, doing a fair bit of shouting and desk-thumping. There is much cheeky machismo on the subjects of poker and sports, and they somehow never need to do the boring grind of sitting down and writing stuff on computers. But this is a movie that is honourably concerned to avoid sensationalism and to avoid the bad taste involved in implying that journalists, and not the child abuse survivors, are the really important people here. So there is something cautious, even occasionally plodding, in its dramatic pace.

We keep hearing about how the church is going to come after reporters who dare to challenge its authority – but this never really happens, and there is none of the paranoia of a picture like Alan J Pakula’s All the President’s Men (1976) or Michael Mann’s The Insider (1999). Yet McCarthy keeps the narrative motor running, and there are some very good scenes, chiefly the extraordinary moment when Rachel McAdams’s reporter doorsteps a smilingly hospitable retired priest and asks him, flat-out, if he has ever molested a child. The resulting scene had me on the edge of my seat.

Mark Ruffalo is chief reporter Michael Rezendes; McAdams is his colleague Sacha Pfeiffer. Michael Keaton plays the careworn and distracted Spotlight editor Robby Robinson – an interesting comparison with his performance as the journalist nearing breakdown in Ron Howard’s The Paper (1994) – and John Slattery plays the section chief Ben Bradlee Jr, son of the great man himself, although Watergate is not mentioned. Liev Schreiber plays the new broom editor Marty Baron who quietly insists on the investigation from day one.

Soon, the team discover that the smoothie lawyer Eric MacLeish (Billy Crudup) who has been handling victim cases until now has effectively been part of the cover-up, managing a system whereby cases are settled privately and complainants silently bought off with cash payments, of which MacLeigh takes his cut. Rezendes approaches another lawyer, testy advocate Mitch Garabedian (Stanley Tucci), who has been doggedly working for a serious action to be contested in open court.

There are smoking-gun documents proving that church high-ups knew all about the problem and covered it up, Mitch says, but these documents are legally sealed and the Spotlight team must find a way of putting them on the record. Their problems are made even worse when 9/11 comes along, putting every other story in the shade and allowing the Catholic cardinal to make morale-boosting public statements calling for calm and courage.

What is interesting about this movie is that it reminds you that the “bad apple” theory of child abuse by priests was widely accepted until relatively recently. The team are stunned at the realisation that what they are working on is not like, say, a corruption case where there are more public officials on the take than they at first thought. It is a mass psychological dysfunction hidden in plain sight, which has stretched back decades or even centuries and will, unchecked, do precisely the same in the future.

What McCarthy is saying in Spotlight is that threats never needed to be made. A word here, a drink there, a frown and a look on the golf course or at the charity ball, this was all that was needed to enforce a silence surrounding a transgression that most of the community could hardly believe existed anyway. It’s certainly a relevant issue in our unhappy, post-Yewtree times. Spotlight never hits the heights of passion, but capably and decently tells an important story.

Voir aussi:

Film
‘Spotlight’ Shows a Community at Its Worst, and Journalism at Its Best
The vivid new feature film starring Michael Keaton dramatizes the Boston Globe’s real-life uncovering of sex abuse by Catholic priests

Judith Miller

Tablet

November 5, 2015

Spotlight is powerful docudrama about how the Boston Globe’s investigative team, known as “spotlight,” exposed priests in the Boston Catholic diocese who had sexually abused Boston children for decades. Written by Thomas McCarthy and Josh Singer, directed by McCarthy, and exquisitely acted, the film tells the story behind the story—how the paper uncovered the Catholic Church’s cover-up of a scandal that was hiding in plain sight, indeed, in the Globe’s own archives.

Most films about journalism are cringe-worthy. Not this one. The film vividly documents what reporters do at their best. A story usually begins with a question. Something doesn’t make sense. Reporters begin with a premise and then gather facts that support or contradict their hypothesis. The best journalists follow those facts without “fear or favor,” as the New York Times, my former employer, likes to put it. Spotlight’s reporters slowly build their case with each new lurid revelation. Nothing comes easily.

The film also lays bare the Catholic Church’s hold on Boston politics and the city’s deeply ingrained anti-Semitism and its xenophobic disdain for “outsiders.” It reveals the political and financial pressures imposed on the Globe and its investigative team by the Church and its powerful friends in a heavily Catholic city as the Globe’s Spotlight team starts to uncover the truth about decades of horrifying abuse, and the inadequacy of their own beliefs and assumptions.

The Globe’s four-person team soon discovers, for instance, that its initial theory that pedophile priests are an anomaly—a few “rotten apples,” as the Church’s representatives and supporters repeatedly assure them—is wrong. Clips from the paper’s own “morgue,” where earlier stories yellowing with age are stored, show that the Globe had run a few modest stories years earlier about a priest accused of molesting several children. But the paper failed to follow up. The editors assumed, or wanted to believe, that this abuse was an isolated incident. Subsequent tips to reporters and editors were ignored. Spotlight’s reporters find that crucial documents have disappeared from court house files. This is Boston, after all, and Cardinal Bernard Law, then the head of the diocese, has friends everywhere.

The team discovers that child abuse at the hands of God’s self-appointed disciples is no secret. In fact, it is widely known among Boston’s politicians, prosecutors, and other powerful parishioners who knew or suspected the prevalence of sexual crimes committed by priests against children but chose not to speak out. Their fear of spiritual and social excommunication allowed the abuse to fester. It takes a village to raise a child, observes Mitchell Garabedian, an irascible lawyer skillfully played by Stanley Tucci, who represents many of Boston’s child victims. And it takes the silence of a village to perpetuate such abuse.

The film bravely acknowledges that the Globe itself was among those powerful institutions that did all too little for far too long. The Globe, having been purchased by the New York Times in 1993, beset by layoffs and declining subscribers and revenue, was focused on other news before it finally confronted the horrifying truth that it had declined to pursue for decades, while the number of shattered lives mounted.

***

The decision to pursue the inquiry was made by the Globe’s chief editor, Martin Baron, who was a newcomer to Boston and who now heads the Washington Post. Brilliantly depicted by Liev Schreiber, Baron is a Florida native and not one of those Irish-American journalists who have most recently staffed the paper. Socially awkward, intellectually aloof, unmarried, uninterested in tickets to Red Sox games, Baron lacks the “people skills” that are crucial to advancement in most professional bureaucracies. He was the first Jew to head the paper. “So the new editor of the Boston Globe is an unmarried man of the Jewish faith who hates baseball?” Jim Sullivan, a lawyer who has represented priests, asks Walter “Robby” Robinson, editor of the Spotlight series, who is portrayed by Michael Keaton, an actor’s actor.

When Baron suggests using the Freedom of Information Act to unseal documents related to the victims’ law suits, Richard Gilman, the paper’s understated, Brooks Brothers-clad publisher, is alarmed. “You want to sue the Catholic Church?” he asks. Baron persists, even when Gilman reminds him that the Church “will fight us hard on this” and that 52 percent of the Globe’s subscribers are Catholic.

When it becomes clear that Robby intends to publish Spotlight’s shocking findings, prominent Bostonians and friends try to persuade him and other senior Globe editors to kill the series. Baron’s outsider status, his Jewishness, is a natural target. Baron is not one of us, says Peter Conley (Paul Guilfoyle), who does the Church’s bidding. He reminds Robby over a drink at the Fairmont Hotel’s Oak Bar that people need the church, now more than ever. While neither the Church nor Cardinal Law (Len Cariou) who heads it in Boston is perfect, Conley acknowledges, why would the Globe risk destroying the faith of thousands of readers over a “few bad apples”? But neither Robby, who is deeply grounded in Boston, nor Baron, who has no familial stake in the community, is cowed. Conley tries driving a wedge between them. Baron is an outsider just “trying to make his mark,” he warns Robby. “He’ll be here for a few years and move on. Just like he did in New York and Miami,” he says. “Where you gonna go?”

Baron is not the film’s only outsider. The most passionate member of the Spotlight team, Michael Rezendes (Mark Ruffalo), may hail from east Boston, but his family is Portuguese. Garabedian, the lawyer who has represented 86 local victims and one of Mark’s sources—is an Armenian. In a bar, they talk obliquely about how city insiders pressure outsiders to conform. Over time, Rezendes understands that Garabedian’s gruffness and hostility are partly the result of having watched the Church hide its priests’ crimes with the connivance of the city’s leading institutions for far too long. Garabedian knows what it means to battle Boston’s powerbrokers. He initially doubts that Rezendes will pursue the story.

As the Globe reporters slowly, methodically uncover the depressing scale of the abuse, pressure not to publish grows. As the team finds dozens of cases that have been quietly settled between victims and the Church, the Spotlight reporters jettison their premise that the Vatican was simply trying to deal compassionately with a few fallen priests. The story expands. So does the team, from four to eight reporters. Baron wants them to expose not only the horrific sexual crimes of the priests, most of whom have been moved to other parishes where they continue molesting children, or to treatment centers on “sick leave,” but the Catholic Church’s role in effectively condoning the abuses.

Proving the Church’s complicity, however, turns out to be even more complex and time-consuming. For a while, a far more all-consuming story—the Sept. 11 attacks on New York and Washington in which many Bostonians died—demand the team’s attention.

***

Spotlight is a process movie. In less-gifted hands, it would risk being dull, or worse, a romanticized version of journalism’s ostensible nobility. But this movie is unlike Truth, the newly released film about the bungled CBS broadcast shortly before the 2004 presidential election aiming to show that former President George W. Bush got preferential treatment to enter the National Guard to avoid the draft and was AWOL during much of his service. Starring Robert Redford as Dan Rather, and Cate Blanchett as Mary Mapes, his talented, long-time producer, the film is based on Mapes’ book and portrays her and three others who were fired by CBS, and Dan Rather, who was prematurely retired as CBS’s anchor, as martyrs to the truth and the victims of evil corporate forces in search of White House favors. But the memos upon which Mapes and her team relied could not be authenticated, and the source who produced them changed his account of how he had obtained them after the broadcast aired, which is every reporter’s and producer’s worst nightmare. But the film downplays the team’s mistakes. Not surprisingly, CBS—which took cinematic heat in 1999 for The Insider, a powerful film about the network’s suppression of a whistle-blower’s claims about tobacco and cancer until the information had been reported elsewhere—has blasted Truth as fiction and declined to run ads for the film on its network.

Under Tom McCarthy’s wise direction, Spotlight suffers from no such hype or false notes. There is no stirring, melodramatic sound track, no confrontations or emotional “gotcha” confessions by priests, no actual scenes of sexual molestation. There are no meetings in dark, underground garages as in All the President’s Men, the highly praised 1976 film about Bob Woodward’s and Carl Bernstein’s dogged exposure of the Watergate scandal in the Washington Post that toppled President Richard Nixon. Spotlight faithfully portrays the painstaking work of investigative reporters who corroborate tips, hunches, and weigh the accounts of often flawed or self-serving sources.

Some of the script’s most powerful moments are the victims’ accounts of their sexual and psychological torment. At first, the reporters question why victims of such abuse call themselves “survivors.” One such victim-turned-advocate, a twitchy, prematurely aging activist named Phil Saviano (played by Neal Huff), explains to the reporters that priests often target vulnerable kids from poor backgrounds. Sexual abuse by priests, he says, robs children not just of their innocence, but their faith. “When you’re a poor kid from a poor family, religion counts for a lot,” he tells Robby and his reporter Sacha Pfeiffer, (Rachel McAdams). “And when a priest pays attention to you it’s a big deal. He asks you to collect the hymnals or take out the trash, you feel special. It’s like God asking for help. And maybe it’s a little weird when he tells you a dirty joke but now you got a secret together so you go along. Then he shows you a porno mag, and you go along. And you go along, and you go along, until one day he asks you to jerk him off or give him a blow job. And so you go along with that too. Because you feel trapped. Because he has groomed you. How do you say no to God, right?”

Spotlight’s understated hero, investigative chief “Robby” Robinson, is a lapsed Catholic. So are many of the team’s other reporters. Some are afraid to tell their families the target of their investigation. Doors are often slammed shut on them. Their calls to sources start early and end late; some of their marriages dissolve. They battle editors over whether and when to publish what they know. Waiting too long risks being beaten on the story; publishing too soon risks reducing their impact by enabling the Church to pick apart or discredit the specific examples of abuse the team has identified and documented. What Baron wants to describe, and Robby senses he is right, is not just a pattern of pedophilia among the faith’s spiritual guardians, but the Church’s role in hiding its priests’ crimes and therefore in perpetuating the damage. He seeks to indict the Church as a criminal system. But his determination to hold out for the bigger story with greater impact infuriates Michael Rezendes, who argues for disclosing what the team knows as soon as the information is confirmed and thus stop the abuse. Robby’s and Marty Baron’s wiser instincts prevail, but this is not an easy call.

Spotlight’s exhaustive investigation ultimately disclosed allegations of sexual abuse of children, male and female alike, by some 249 priests and brothers within the Boston Archdiocese alone. The reporters identified more than 1,000 survivors. In late 2002, Cardinal Law resigned his post in Boston. He was reassigned to the Basilica di Santa Maria Maggiore in Rome, among the Church’s most prestigious posts.

For decades, the victims’ stories cried out for public exposure. The Globe’s Spotlight team provided it. This understated, remarkable film documents that achievement.

Voir enfin:

13 janvier 2015 – Discours
Discours du Premier ministre à l’Assemblée nationale en hommage aux victimes des attentats
« Il y a quelque chose qui nous a tous renforcé, après ces évènements, et après les marches de cette fin de semaine. Je crois que nous le sentons tous, c’est plus que jamais la fierté d’être français. Ne l’oublions jamais ! »

Monsieur le Président,
Mesdames, messieurs les ministres,
Madame, Messieurs les présidents de groupe,
Mesdames, messieurs les députés.

Monsieur le Président, vous l’avez dit, ainsi que chacun des orateurs, avec force et sobriété, en trois jours, oui en trois jours 17 vies ont été emportées par la barbarie.

Les terroristes ont tué, assassiné des journalistes, des policiers, des Français juifs, des salariés. Les terroristes ont tué des personnes connues ou des anonymes, dans leur diversité d’origine, d’opinion et de croyance. Et c’est toute la communauté nationale que l’on a touchée. Oui, c’est la France qu’on a touché au cœur.

Les soutiens, la solidarité, venus du monde entier, de la presse, partout, des citoyens qui ont manifesté dans de nombreuses capitales, des chefs d’Etat et de gouvernements, tous ces soutiens ne s’y sont pas trompés ; c’est bien l’esprit de la France, sa lumière, son message universel que l’on a voulu abattre. Mais la France est debout. Elle est là, elle est toujours présente.

A la suite des obsèques de ce matin à Jérusalem, de la cérémonie éprouvante, belle, patriotique, à la Préfecture de Police de Paris, en présence du chef de l’Etat, à quelques heures ou de jours d’obsèques pour chacune des victimes, dans l’intimité familiale, je veux, comme chacun d’entre vous, rendre, à nouveau, l’hommage de la Nation à toutes les victimes. Et la Marseillaise, tout à l’heure, qui a éclaté, dans cet hémicycle, était aussi une magnifique réponse, un magnifique message aux blessés, aux familles qui sont dans une peine immense, inconsolable, à leurs proches, à leurs confrères, je veux dire à mon tour une nouvelle fois notre compassion et notre soutien.

Le Président de la République l’a dit ce matin avec des mots forts, personnels : « la France se tient et se tiendra à leurs côtés ».

Dans l’épreuve, vous l’avez rappelé, notre peuple s’est rassemblé, dès mercredi. Il a marché partout dans la dignité, la fraternité, pour crier son attachement à la liberté, et pour dire un « non » implacable au terrorisme, à l’intolérance, à l’antisémitisme, au racisme. Et aussi au fond, à toute forme de résignation et d’indifférence.

Ces rassemblements, vous le soulignez monsieur le président de l’Assemblée, sont la plus belle des réponses. Dimanche, avec les chefs d’Etat et de gouvernement étrangers, avec l’ancien président de la République, avec les anciens Premiers ministres, avec les responsables politiques et les forces vives de ce pays, avec le peuple français, nous avons dit – et avec quelle force – notre unité. Et Paris était la capitale universelle de la liberté et de la tolérance.

Le peuple Français, une fois encore, a été à la hauteur de son histoire. Mais, c’est aussi, pour nous tous sur ces bancs, vous l’avez dit, un message de très grande responsabilité. Etre à la hauteur de la situation est une exigence immense. Nous devons aux Français d’être vigilants quant aux mots que nous employons et à l’image que nous donnons. Bien sûr la démocratie, que l’on a voulu abattre, ce sont les débats, les confrontations. Ils sont nécessaires, indispensables à sa vitalité, et ils reprendront, c’est normal.

Loin de moi l’idée de déposer, après ces événements, la moindre chape de plomb sur notre débat démocratique, et vous ne le permettrez pas, de toute façon. Mais, mais nous devons être capables, collectivement, de garder les yeux rivés sur l’intérêt général, et d’être à la hauteur, dans une situation qui est déjà difficile, sur le plan économique, parce que notre pays aussi est fracturé depuis longtemps, parce qu’il y a eu des événements graves, on les oublie aujourd’hui, même s’ils n’avaient pas de lien entre eux, qui ont frappé les esprits à la fin de l’année, à Joué-Lès-Tours, à Dijon et à Nantes. Nous devons être à la hauteur de l’attente, de l’exigence du message des Français.

Je veux, Mesdames et Messieurs les députés, en notre nom à tous, saluer – et le mot est faible – le très grand professionnalisme, l’abnégation, la bravoure de toutes nos forces de l’ordre – policiers, gendarmes, unités d’élite.

En trois jours, les forces de sécurité, souvent au péril de leur vie, ont mené un travail remarquable d’investigation, sous l’autorité du parquet antiterroriste, traquant les individus recherchés, travaillant sur les filières, interrogeant les entourages, afin de mettre hors d’état de nuire, le plus vite possible, ces trois terroristes.

Monsieur le ministre de l’Intérieur, cher Bernard CAZENEUVE, je veux vous remercier aussi. Vous avez non seulement trouvé les mots justes, mais j’ai pu le voir à chaque heure, vous étiez concentré sur cet objectif.

Autour du Président de la République, avec vous aussi madame la garde des Sceaux, nous avons été pleinement mobilisés pour faire face à ces moments si difficiles pour la patrie. Et pour prendre les décisions graves qui s’imposaient.

Mesdames, Messieurs les députés, à aucun moment nous ne devons baisser la garde. Et je veux dire, avec gravité, à la représentation nationale et à travers vous à nos concitoyens, que non seulement la menace globale est toujours présente, mais que, liés aux actes de la semaine dernière, des risques sérieux et très élevés demeurent : ceux liés à d’éventuels complices, ou encore ceux émanant de réseaux, de donneurs d’ordres du terrorisme international, de cyberattaques. Les menaces perpétrées à l’encontre de la France en sont malheureusement la preuve.

Je vous dois cette vérité, et nous devons cette vérité aux Français. Pour y faire face, partout sur le territoire, des militaires, des gendarmes, des policiers sont mobilisés. Les renforts de soldats affectés, en tout, près de 10. 000 – et je vous en remercie monsieur le ministre de la Défense -, et c’est sans précédent, permettent un niveau d’engagement massif, plus de 122 000 personnels assurent la protection permanente des points sensibles et de l’espace public. Les renforts militaires serviront et servent en priorité à la protection des écoles confessionnelles juives, des synagogues, et de mosquées.

Madame, Messieurs les présidents, après le temps de l’émotion et du recueillement – et il n’est pas fini – vient le temps de la lucidité et de l’action.

Sommes-nous en guerre ? La question a, en réalité peu d’importance, car les terroristes djihadistes en nous frappant trois jours consécutifs y ont apporté, une nouvelle fois, la plus cruelle des réponses.

Avec détermination, avec sang–froid, la République va apporter la plus forte des réponses au terrorisme, la fermeté implacable dans le respect de ce que nous sommes, un Etat de droit.

Le gouvernement vient devant vous avec la volonté d’écouter et d’examiner toutes les réponses possibles, techniques, règlementaires, législatives, budgétaires, monsieur le président JACOB. A une situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles. Mais je le dis aussi avec la même force : jamais des mesures d’exception qui dérogeraient aux principes du droit et des valeurs.

La meilleure des réponses au terrorisme qui veut précisément briser ce que nous sommes, c’est-à-dire une grande démocratie, c’est le droit, c’est la démocratie, c’est la liberté et c’est le peuple français.

A cette menace terroriste, la République apporte et apportera des réponses sur son sol national. Elle en apportera aussi là où les groupes terroristes s’organisent pour nous attaquer, pour nous menacer, nos intérêts comme nos concitoyens.

C’est pour cela que le Président de la République a décidé d’engager nos forces au Mali, un 11 janvier. Le 11 janvier 2013, jour où d’ailleurs tombait notre premier soldat dans ce conflit, Damien BOITEUX. Et d’ailleurs la même nuit, monsieur le ministre de la Défense, trois membres de nos services tombaient en Somalie.

Le président de la République a décidé cet engagement pour venir en aide à un pays ami, le Mali, menacé de désintégration par des groupes terroristes ; le Mali, pays musulman.

Le président de la République a décidé de renforcer notre présence aux côtés de nos alliés africains avec l’opération Barkhane. C’est un gros effort qu’assume la France, au nom notamment de l’Europe et de ses intérêts stratégiques. Un effort coûteux. La solidarité de l’Europe elle doit être dans la rue, elle doit être aussi dans les budgets à nos côtés. Un effort impérieux. Et quelle belle image de voir dimanche dernier, coude à coude le chef de l’Etat, des chefs de gouvernement, le président de la République et le Président malien, Ibrahim Boubacar KEÏTA. Là aussi c’était la meilleure des réponses pour dire que nous ne menons pas une guerre de religion, mais que nous menons, oui, un combat pour la tolérance, la laïcité, la démocratie, la liberté et les Etats souverains, ce que les peuples doivent se choisir.

Oui, nous nous battons ensemble et nous continuons de nous battre sans relâche.

C’est cette même volonté, curieuse concordance liée au calendrier, que nous exprimerons tout à l’heure en votant le prolongement de l’engagement de nos forces en Irak. C’est là aussi notre riposte claire et ferme, je m’exprimerai ici même dans un instant, le ministre des Affaires étrangères le fera au Sénat. C’est là aussi notre riposte contre le terrorisme, et nous devons avoir pour nos soldats engagés, sur les théâtres d’opération extérieurs, à des milliers de kilomètres d’ici, un profond respect et une grande gratitude.

La menace est aussi intérieure. Je l’ai également rappelé souvent à cette tribune.

Et face à la tragédie qui vient de se dérouler, s’interroger est toujours légitime et nécessaire. Nous devons apporter des réponses aux victimes, à leurs familles, aux parlementaires, aux Français. Il faut le faire avec détermination, sérénité, sans jamais céder à la précipitation. Et je ferai mienne la formule du président LEROUX : « il n’y a pas de leçon à donner, il n’y a que des leçons à tirer ».

Le Parlement a déjà voté deux lois anti terroristes encore il y a quelques semaines à une très large majorité, les décrets d’application sont en cours de publication. Le Parlement s’est déjà saisi des questions relatives aux filières djihadistes.

Ici-même, à l’Assemblée nationale, le 3 décembre dernier, vous avez créé une commission d’enquête sur la surveillance des filières et des individus djihadistes. Le président, Monsieur Éric CIOTTI, travaille étroitement avec le rapporteur, Monsieur Patrick MENNUCCI.

Au Sénat, depuis le mois d’octobre, il existe une commission d’enquête sur l’organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes en France et en Europe. Plusieurs membres du gouvernement ont déjà été auditionnés. Les travaux doivent se poursuivre et je sais que le ministre de l’Intérieur est particulièrement attentif à ces travaux. Il a d’ailleurs déjà rencontré hier les groupes et les parlementaires qui travaillent sur ces questions.

Le gouvernement, monsieur le président de l’Assemblée nationale, Madame, Messieurs les présidents de groupe, est à la disposition du Parlement. Sur tous ces sujets, ou sur d’autres que nous avons déjà examinés, et je pense à la question épineuse particulièrement complexe, mais qu’il faut traiter encore avec plus de détermination, qui est celle des trafics d’armes dans nos quartiers.

Je tiens à saluer, là aussi, le travail de nos services de renseignement : DGSI, DGSE, Service du renseignement territorial. A saluer aussi la justice antiterroriste. La tâche de ces femmes, de ces hommes est par essence discrète et immensément délicate. Ils font face à un défi sans précèdent, à un phénomène protéiforme, mouvant qui se dissimule aussi ; et parce qu’ils savent travailler ensemble ils obtiennent des résultats.

A cinq reprises, en deux ans, ils ont permis de neutraliser des groupes terroristes susceptibles de passer à l’acte.

En France, comme dans l’ensemble des pays européens, les personnes qui se reconnaissent dans le djihadisme international ont fortement augmenté en 2014. Dès l’examen de la loi antiterroriste, en décembre 2012, j’ai dit qu’il y avait en France des dizaines de MERAH potentiels. Le temps a confirmé, dramatiquement et implacablement, ce diagnostic.

Sans renforcement très significatif des moyens humains et matériels, les services de renseignement intérieur pourraient se trouver débordés. On dépasse désormais 1 250 individus pour les seules filières irako-syriennes. Sans jamais négliger les autres théâtres d’opération, les autres menaces, celles des autres groupes terroristes au Sahel, au Yémen, dans la corne de l’Afrique, et dans la zone afghano-pakistanaise.

Nous affecterons donc les moyens nécessaires pour tenir compte de cette nouvelle donne. En matière de sécurité, les moyens humains sont en effet essentiels. Nous l’avons mis en pratique depuis 2012. En 2013, sur la base des enseignements des tueries de Montauban et de Toulouse et des propositions formulées par la mission URVOAS-VERCHERE, une profonde réforme de nos services de renseignement a été accomplie avec la transformation de la Direction centrale du Renseignement intérieur en Direction générale de la Sécurité intérieure. La création de 432 emplois à la DGSI a été programmée. Ils doivent permettre de renforcer les compétences et de diversifier les recrutements : informaticiens, analystes, chercheurs ou interprètes. 130 sont déjà pourvus. Nous avons aussi amélioré la coopération entre les services intérieurs et extérieurs et également renforcé, même s’il faut encore faire davantage, nos échanges avec les services étrangers, à la suite de l’initiative que j’ai pu prendre il y a deux ans avec les ministres européens et notamment avec la ministre belge, Joëlle MILQUET puisque son pays est également confronté à ce problème là. Initiative que Bernard CAZENEUVE a prolongée encore avec la réunion de nombreux ministres de l’Intérieur Place Beauvau. Mais il faut aller plus loin, et j’ai demandé au ministre de l’Intérieur de m’adresser dans les huit jours des propositions de renforcement. Elles devront notamment concerner Internet et les réseaux sociaux qui sont plus que jamais utilisés pour l’embrigadement, la mise en contact, et l’acquisition de techniques permettant de passer à l’acte.

Nous sommes aussi l’une des dernières démocraties occidentales à ne pas disposer d’une cadre légal cohérent pour l’action des services de renseignement. Ce qui pose un double problème. Un travail important a été fourni par la mission d’information sur l’évaluation du cadre juridique des services de renseignement, présidée par Jean-Jacques URVOAS en 2013. Un prochain projet de loi quasiment prêt visera à donner aux services tous les moyens juridiques pour accomplir leurs missions, tout en respectant les grands principes républicains de protection des libertés publiques et individuelles, ce texte de loi qui sera sans aucun doute enrichi par vos travaux doit être, c’est ma conviction, adopté le plus rapidement possible.

Au cours de l’année, nous lancerons également la surveillance des déplacements aériens des personnes suspectes d’activités criminelles. C’est le système PNR. La plateforme de contrôle française sera opérationnelle dès septembre 2015. Il reste à mettre en place un dispositif similaire au niveau européen. J’appelle de manière solennelle ici dans cette enceinte le Parlement européen à prendre enfin toute la mesure de ces enjeux, et de voter, comme nous le lui demandons depuis deux ans avec l’ensemble des gouvernements, à adopter ce dispositif qui est indispensable : nous ne pouvons plus perdre de temps !

Mesdames et Messieurs, les phénomènes de radicalisation sont présents sur l’ensemble du territoire. Il faut donc agir partout. Le plan d’action adopté en avril dernier a permis de renouveler l’approche administrative et préventive. La plateforme de signalement est particulièrement sollicitée par les familles. Elle a permis d’éviter de nombreux départs.

Les préfets, en lien avec les collectivités territoriales qui doivent être associées à ces démarches, mettent progressivement en place des dispositifs de suivi et de réinsertion des personnes radicalisées. Là encore, j’ai demandé au ministre de l’Intérieur en lien avec d’autres membres du gouvernement concerné par ces sujets de m’indiquer les moyens nécessaires pour amplifier ces actions.

Les phénomènes de radicalisation se développent, nous le savons, vous l’avez dit, en prison. Ce n’est pas nouveau ! L’administration pénitentiaire renforce d’ailleurs l’action de ses services de renseignement en lien étroit avec le ministère de l’Intérieur. Il faut, là aussi, accroître nos efforts. Dans nos prisons, des imans, comme des aumôniers de tous les cultes interviennent. C’est normal ! Mais il faut un cadre clair à cette d’intervention. Il nous faut aussi parvenir à une réelle professionnalisation. Enfin, avant la fin de l’année, sur la base de l’expérience menée depuis cet automne à la prison de Fresnes, la surveillance des détenus considérés comme radicalisés sera organisée dans des quartiers spécifiques créés au sein d’établissements pénitentiaires.

Une formation de haut niveau sera dispensée aussi aux services de la protection judiciaire de la jeunesse. Comprendre le parcours de radicalisation d’un jeune est toujours complexe. Nous savons la facilité avec laquelle certains jeunes délinquants de droit commun basculent dans des processus de radicalisation et le passage de la délinquance de droit commun à la radicalisation et au terrorisme est un phénomène que nous avons décrit à maintes reprises ici dans les travaux de l’Assemblée nationale. Mais nous devons savoir prendre les mesures adaptées qui s’imposent. Il faut, certes, accompagner, aider, suivre de nombreux mineurs menacés par cette radicalisation. Il faut aussi prendre acte de la nécessité de créer, au sein de la direction de la PJJ, une unité de renseignement, à l’instar de ce qui est fait dans l’administration pénitentiaire. Pour tous ces axes de travail, mais aussi pour répondre aux besoins du parquet anti-terroriste, j’ai demandé à la Garde des Sceaux de me faire des propositions également dans les jours qui viennent.

Mesdames et Messieurs, la lutte contre le terrorisme demande une vigilance de chaque instant. Nous devons pouvoir connaître en permanence l’ensemble des terroristes condamnés, connaitre leur lieu de vie, contrôler leur présence ou leur absence.

J’ai demandé aux ministres de l’Intérieur et de la Justice d’étudier les conditions juridiques de mise en place d’un nouveau fichier. Il obligera les personnes condamnées à des faits de terrorisme ou ayant intégré des groupes de combat terroristes à déclarer leur domicile et à se soumettre à des obligations de contrôle. De telles dispositions existent déjà pour d’autres formes de délinquance à risque élevé de récidive. Nous devons l’appliquer en matière d’engagement terroriste, toujours sous le contrôle strict du juge.

Mesdames et Messieurs, toutes ces propositions – et il y en aura d’autres, je n’en doute pas et n’en doutez pas – avant leur mise en œuvre et application, feront l’objet d’une consultation ou d’une présentation au Parlement au-delà bien sûr des textes législatifs.

Mesdames et Messieurs les députés, les épreuves tragiques que nous venons de traverser nous marquent, marquent notre pays et marquent notre conscience. Mais nous devons être capables de poser rapidement à chaque fois un diagnostic lucide aussi sur l’état de notre société, sur ses urgences. Ce sont des débats que nous aurons l’occasion évidemment de mener.

Je vais en dire quelques mots, en m’excusant de prendre plus de temps que nécessaire à ce qui était prévu.

Le premier sujet qu’il faut aborder clairement, c’est la lutte contre l’antisémitisme.

L’histoire nous l’a montré, le réveil de l’antisémitisme, c’est le symptôme d’une crise de la démocratie, d’une crise de la République. C’est pour cela qu’il faut y répondre avec force. Après Ilan HALIMI, en 2006, après les crimes de Toulouse, les actes antisémites connaissent en France une progression insupportable. Il y a les paroles, les insultes, les gestes, les attaques ignobles, comme à Créteil il y a quelques semaines qui, je l’ai rappelé ici dans cet hémicycle, n’ont pas soulevé l’indignation qui était attendue par nos compatriotes juifs dans le pays. Il y a cette inquiétude immense, cette peur que nous avons les uns et les autres sentie, palpée samedi dans la foule devant cet HYPER CACHER porte de Vincennes ou à la synagogue de la Victoire dimanche soir. Comment accepter qu’en France, terre d’émancipation des juifs, il y a deux siècles, mais qui fut aussi, il y a 70 ans, l’une des terres de son martyre, comment peut-on accepter que l’on puisse entendre dans nos rues crier « mort aux juifs » ? Comment peut-on accepter les actes que je viens de rappeler ? Comment peut-on accepter que des Français soient assassinés par ce qu’ils sont juifs ? Comment peut-on accepter que des compatriotes ou qu’un citoyen tunisien, que son père avait envoyé en France pour qu’il soit protégé alors qu’il va acheter son pain pour le Shabbat, meurt parce qu’il est juif ? Ce n’est pas acceptable et à la communauté nationale qui peut-être n’a pas suffisamment réagi, à nos compatriotes français juifs, je leur dis que cette fois-ci, nous ne pouvons pas l’accepter, que nous devons là aussi nous rebeller et en posant le vrai diagnostic. Il y a un antisémitisme que l’on dit historique remontant du fond des siècles mais il y a surtout ce nouvel antisémitisme qui est né dans nos quartiers, sur fond d’Internet, de paraboles, de misère, sur fond des détestations de l’Etat d’Israël, et qui prône la haine du juif et de tous les juifs. Il faut le dire, il faut poser les mots pour combattre cet antisémitisme inacceptable !

Et comme j’ai eu l’occasion de le dire, comme la ministre Ségolène ROYAL l’a dit ce matin à Jérusalem, comme Claude LANZMANN l’a écrit dans une magnifique tribune dans Le Monde, oui, disons-le à la face du monde : sans les juifs de France, la France ne serait plus la France. Et ce message, c’est à nous tous de le clamer haut et fort. Nous ne l’avons pas dit ! Nous ne nous sommes pas assez indignés ! Et comment accepter que, dans certains établissements, collèges ou lycées, on ne puisse pas enseigner ce qu’est la Shoah ? Comment on peut accepter qu’un gamin de 7 ou 8 ans dise à son enseignant quand il lui pose la question « quel est ton ennemi ? » et qu’il lui répond « c’est le juif » ? Quand on s’attaque aux juifs de France, on s’attaque à la France et on s’attaque à la conscience universelle, ne l’oublions jamais !

Et quelle terrible coïncidence, quel affront que de voir un récidiviste de la haine tenir son spectacle dans des salles bondées au moment même où, samedi soir, la Nation, Porte de Vincennes, se recueillait. Ne laissons jamais passer ces faits et que la justice soit implacable à l’égard de ces prédicateurs de la haine ! Je le dis avec force ici à la tribune de l’Assemblée nationale !

Et allons jusqu’au bout du débat. Allons jusqu’au bout du débat, Mesdames et Messieurs les députés, quand quelqu’un s’interroge, un jeune, un citoyen ou un jeune, et qu’il vient me dire à moi ou à la ministre de l’Education nationale « mais je ne comprends pas, cet humoriste, lui, vous voulez le faire taire et les journalistes de Charlie Hebdo, vous les montez au pinacle » mais il y a une différence fondamentale et c’est cette bataille que nous devons gagner, celle de la pédagogie auprès de notre jeunesse, il y a une différence fondamentale entre la liberté d’impertinence – le blasphème n’est pas dans notre droit, il ne le sera jamais – il y a une différence fondamentale entre cette liberté et l’antisémitisme, le racisme, l’apologie du terrorisme, le négationnisme qui sont des délits, qui sont de crimes et que la justice devra sans doute punir avec encore plus de sévérité.

L’autre urgence, c’est de protéger nos compatriotes musulmans. Ils sont, eux aussi, inquiets. Des actes antimusulmans inadmissibles, intolérables, se sont à nouveau produits ces derniers jours. Là aussi, s’attaquer à une mosquée, à une église, à un lieu de culte, profaner un cimetière, c’est une offense à nos valeurs. Et le préfet LATRON a en charge à la demande du ministre de l’Intérieur en lien avec tous les préfets de faire en sorte que la protection de tous les lieux de culte soit assurée. L’Islam est la deuxième religion de France. Elle a toute sa place en France. Et notre défi, pas en France, mais dans le monde, c’est de faire cette démonstration : la République, la laïcité, l’égalité hommes / femmes sont compatibles avec toutes les religions sur le sol national qui acceptent les principes et les valeurs de la République. Mais cette République doit faire preuve de la plus grande fermeté, de la plus grande intransigeance, face à ceux qui tentent, au nom de l’Islam, d’imposer une chape de plomb sur des quartiers, de faire régner leur ordre sur fond de trafics et sur fond de radicalisme religieux, un ordre dans lequel l’homme domine la femme, où la foi, oui madame la présidente POMPILI, vous avez eu raison de le rappeler, l’emporterait sur la raison.

J’avais ici, devant cette Assemblée, il y a quelques mois, évoqué les insuffisances et les échecs de trente ans de politique d’intégration. Mais, en effet, quand de vrais ghettos urbains se forment, où l’on n’est plus qu’entre soi, où l’on ne prône que le repli, que la mise en congé de la société, où l’Etat n’est plus présent, comment aller vers la République, saisir cette main fraternelle qu’elle tend ?

Et surtout, comment tirer un trait catégorique sur cette frontière trop souvent ténue qui fait que l’on peut basculer – pas d’angélisme, regardons les faits en face – dans nos quartiers, de l’Islam tolérant, universel, bienveillant vers le conservatisme, vers l’obscurantisme, l’islamisme, et pire la tentation du djihad et du passage à l’acte.

Ce débat, il n’est pas entre l’Islam et la société. C’est bien un débat au sein même de l’Islam, que l’islam de France doit mener en son sein, en s’appuyant sur les responsables religieux, sur les intellectuels, sur les Musulmans qui nous disent depuis plusieurs jours qu’ils ont peur. Je l’ai déjà rappelé, comme vous tous j’ai des amis français, de confession et de culture musulmane. L’un de mes plus proches amis m’a dit l’autre jour, il avait les yeux plein de larmes et de tristesse, qu’il avait honte d’être musulman. Eh bien moi je ne veux plus que dans notre pays il y ait des Juifs qui puissent avoir peur. Et je ne veux pas qu’il y ait des Musulmans qui aient honte parce que la République elle est fraternelle, elle est généreuse, elle est là pour accueillir chacun.

Enfin, enfin, la réponse aux urgences de notre société elle doit forte, sans hésitations : la République et ses valeurs. Et ce sont mes derniers mots.

Les valeurs ce sont en premier lieu la laïcité qui est gage d’unité et de tolérance.

La laïcité, elle s’apprend bien sûr à l’école, qui en est un des bastions. C’est là, peu importe les croyances, les origines, que tous les enfants de la République ont accès à l’éducation, au savoir, à la connaissance.

J’étais, ce matin avec la ministre de l’Education nationale, Najat VALLAUD-BELKACEM, devant les recteurs de France. Et je leur ai adressé un message de mobilisation totale. Un message d’exigence. Un message qui doit répercuter à tous les niveaux de l’éducation nationale, autour du seul enjeu qui importe : la laïcité ! La laïcité ! La laïcité, parce que c’est le cœur de la République et donc de l’école.

La République n’est pas possible sans l’école, et l’école n’est pas possible sans la République. Et on a laissé passer trop de choses, je le disais il y a un instant, dans l’école.

La laïcité, oui la laïcité, la possibilité de croire, de ne pas croire. L’éducation a des valeurs fondamentales, doit plus que jamais – c’est aussi cette réponse – être le combat de la France face à l’attaque que nous avons connue. Et arborons fièrement ce principe puisqu’on nous attaque à cause de la laïcité, à cause des lois que nous avons votées ici interdisant les signes religieux à l’école prohibant le voile intégral, revendiquons les, parce que c’est ça qui doit qui doit nous aider à être encore davantage plus forts.

Cette France qui s’est retrouvée dans l’épreuve, ce moment où le monde entier est venu à elle, car le monde sait lui aussi la grandeur de la France et ce qu’elle incarne d’universel.

La France c’est l’esprit des lumières. La France c’est l’élément démocratique, la France c’est la République chevillée au corps. La France c’est une liberté farouche. La France c’est la conquête de l’égalité. La France c’est une soif de fraternité. Et la France c’est aussi ce mélange si singulier de dignité, d’insolence, et d’élégance. Rester fidèle à l’esprit du 11 janvier 2015 c’est donc être habité par ses valeurs.

Rester fidèle à l’esprit du 11 janvier 2015 c’est apporter les réponses aux questions que se posent les Français. Rester fidèle à l’esprit du 11 janvier 2015 c’est comprendre que le monde a changé, qu’il y aura un avant et un après. Et au nom même de nos valeurs, apporter la riposte avec toute la détermination nécessaire : fermeté, unité, sont les termes qui ont été encore utilisés par le président de la République ce matin.

Nous allons entretenir, je l’espère, comme un feu ardent, cet état d’esprit et nous appuyer sur la force de son message d’unité. Et en revendiquant fièrement ce que nous sommes. En le faisant, en nous rappelant sans cesse de nos héros, ceux qui sont tombés, ces 17, la semaine dernière.

En nous souvenant toujours de ces héros que sont les forces de l’ordre.

Avec beaucoup d’émotion nous l’avons encore ressenti ce matin, vous étiez nombreux sur tous les bancs, dans la cour de la préfecture de police de Paris. C’est ça aussi la France. Il y avait trois couleurs. Trois couleurs de ces trois policiers, ces deux policiers nationaux et cette policière municipale. Elle représentait, ils représentaient la diversité des parcours et des origines. Trois couleurs différentes. Trois parcours, mais trois Français. Trois serviteurs de l’Etat. Et devant les cercueils, aux côtés de leurs familles, il n’y avait que trois couleurs, celles du drapeau national. C’est au fond ça le plus beau message.

Je vous avais dit, ici, au mois d’avril ma fierté, comme chacun d’entre vous, d’être français. Il y a quelque chose qui nous a tous renforcé, après ces événements, et après les marches de cette fin de semaine.

Je crois que nous le sentons tous, c’est plus que jamais la fierté d’être français. Ne l’oublions jamais !


René Girard: L’Angleterre victorienne vaut donc les sociétés archaïques (Only in America: René is, like Tocqueville, a great French thinker who could yet nowhere exist but in the United States)

5 novembre, 2015
GirardPassion

Nul n’est prophète en son pays. Jésus

Écris donc les choses que tu as vues, et celles qui sont, et celles qui doivent arriver après elles. Jean (Apocalypse 1: 19)
Que signifie donc ce qui est écrit: La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle? Jésus (Luc 20: 17)
Soyez fils de votre Père qui est dans les cieux (qui) fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et (…) pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Matthieu 5: 45)
Il n’y a pas en littérature de beaux sujets d’art et (…) Yvetot donc vaut Constantinople. Gustave Flaubert
I’ve said this for years: The best analogy for what René represents in anthropology and sociology is Heinrich Schliemann, who took Homer under his arm and discovered Troy. René had the same blind faith that the literary text held the literal truth. Like Schliemann, his major discovery was excoriated for using the wrong methods. Academic disciplines are more committed to methodology than truth. Robert Pogue Harrison (Stanford)
René would never have experienced such a career in France. Such a free work could indeed only appear in America. That is why René is, like Tocqueville, a great French thinker and a great French moralist who could yet nowhere exist but in the United States. René ‘discovered America’ in every sense of the word: He made the United States his second country, he made there fundamental discoveries, he is a pure ‘product’ of the Franco-American relationship, he finally revealed the face of an universal – and not an imperial – America. Benoît Chantre
Il était mondialement reconnu mais ne le fut jamais vraiment en France – même s’il était membre de l’Académie Française. Il était trop archaïque pour les modernes, trop littéraire pour les philosophes, pas assez à la mode pour l’intelligentsia dominante et même trop chrétien pour un grand nombre – y compris certaines instances catholiques. S’il est reconnu (l’est et le sera de plus en plus), il l’a été contre l’époque, contre les pensées dominantes, contre les institutions en place, contre les médias. En France, il fut un marginal, un intellectuel qualifié «d’original» pour mieux le laisser en dehors de l’université quand, en elle, le règne des structures et du marxisme écrasait tout le reste. Pour avoir fait toute sa carrière universitaire aux Etats-Unis, à Stanford en particulier ; pour ne s’être rangé sous le drapeau d’aucunes des modes intellectuelles germanopratines, qu’elle soit structuraliste, sartrienne, foucaldienne, maoïste, deleuzienne ou autres ; Pour s’être intéressé, trente ans avant Régis Debray, au «fait religieux» quand il était encore classé dans l’enfer de la superstition ; pour avoir osé se dire «chrétien» – crime de lèse modernité – ce qui, aux yeux de nos maîtres à penser (et donc à excommunier), lui retirait toute légitimité scientifique ; pour n’avoir pas, ou peu, de relais en France (même s’il était devenu, sur le tard, membre de l’Académie française) alors qu’il est traduit en plus de vingt-cinq langues ; Pour toutes ces raisons et bien d’autres, René Girard fut à part dans le paysage intellectuel hexagonal. Damien Le Guay
Nous qui faisions les malins avec notre tradition, nous qui moquions la ringardise de nos pères, découvrions en lisant Girard que ce vieux livre poussiéreux, la Bible, était encore à lire. Qu’elle nous comprenait infiniment mieux que nous ne la comprenions. Ce que Girard nous a donné à lire, ce n’est rien moins que le monde commun des classiques de la France catholique, de l’Europe chrétienne, celui dont nous avions hérité mais que nous laissions lui aussi prendre la poussière dans un coin du bazar mondialisé. Nous pouvions grâce à lui nous plonger dans les livres de nos pères et y trouver une merveilleuse intelligence du monde. Avec lui, nous nous découvrions tout uniment fils de nos pères, français et catholiques. Car ce que nous apprend René Girard, c’est que nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, que nous avons pour vivre et exister besoin du désir des autres, que nous ne sommes pas ces être libres et sans attaches que les catastrophes du XXe siècle auraient fait de nous. « C’est un garçon sans importance collective, c’est tout juste un individu. » Cette phrase de Céline qui m’a longtemps trotté dans la tête adolescent était tout un programme. Elle plaisait beaucoup à Sartre qui l’a mise en exergue de La Nausée. Elle donnait à la foule des pékins moyens dans mon genre une image très avantageuse d’eux-mêmes, au moment de l’effondrement des grands récits. Nous n’appartenions à rien ni à personne. Nous étions seulement nous-mêmes, libres et incréés. La lecture attentive de Girard balaye ces prétentions infantiles, qui pourtant structurent encore la psyché de l’Occident. Non, nous ne sommes pas à nous-mêmes nos propres pères. Non, nous ne sommes pas libres et possesseurs de nos désirs. Comme le dit l’Eglise depuis toujours, nous naissons esclaves de nos péchés, de notre désir dit Girard, et seul le Dieu de nos pères peut nous en libérer.  Prouver cette vérité constitue toute l’ambition intellectuelle de Girard, une vérité bien particulière puisqu’elle appartient à la fois à l’ordre de la science et à celui de la spiritualité. (…) Or, pour avoir raison aujourd’hui, pour gagner la compétition médiatique, il faut s’affirmer victime de la violence du monde, de l’Etat, du groupe. « Le monde moderne est plein de vertus chrétiennes devenues folles » disait Chesterton, un auteur selon le goût de René Girard. À quelques heureuses exceptions près, l’université s’est pendant longtemps gardée de se pencher sérieusement sur l’œuvre d’un penseur que son catholicisme de mieux en mieux assumé rendait de plus en plus hérétique. Cependant, à court de concept opératoire pour penser le réel, la sociologie a aujourd’hui recours jusqu’à la nausée (qui lui vient facilement) au concept du bouc émissaire pour expliquer à peu près tout et son contraire : la façon dont on traite la religion musulmane et la condition féminine en Occident par exemple. Typiquement, le girardien sans christianisme, cet oxymoron  qui prolifère aujourd’hui, s’efforce de découvrir la violence, les boucs émissaires et le ressentiment partout, sauf là où cela ferait vraiment une différence, la seule différence qui tienne, c’est-à-dire en lui-même. C’est ainsi que les bien-pensants passent leur temps à dénoncer le racisme dégoutant du bas-peuple de France sans paraître voir le racisme de classe dont ils font preuve à cette occasion.  Ce girardisme sans christianisme est le pire des contresens d’un monde qui pourtant n’en est pas avare : le monde post-moderne est plein de concepts girardiens devenus fous. Emmanuel Dubois de Prisque
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui a inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard
Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la “victime inconnue”, comme on dirait aujourd’hui le “soldat inconnu”. Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
Je crois que les intellectuels sont même fréquemment moins clairvoyants que la foule car leur désir de se distinguer les pousse à se précipiter vers l’absurdité à la mode alors que l’individu moyen devine le plus souvent, mais pas toujours, que la mode déteste le bon sens. (…)  dans notre univers médiatique, chacun se choisit un rôle dans une pièce de théâtre écrite par quelqu’un d’autre. Cette pièce tient l’affiche pendant un certain temps et tous les jours chacun la rejoue consciencieusement dans la presse, à la télévision et dans les conversations mondaines. Et puis, un beau jour, en très peu de temps, on passe à autre chose de tout aussi stéréotypé, car mimétique toujours. Le répertoire change souvent, en somme, mais il y a toujours un répertoire. (…) Il y a une dissidence qui est pur esprit de contradiction, un désir mimétique redoublé et inversé, mais il y a aussi une dissidence réelle, héroïque et proprement géniale, devant laquelle il convient de s’incliner. Pensez à la «dissidence» d’Antigone dans la pièce de Sophocle, par exemple! Je ne prétends pas expliquer Soljénitsyne par le désir mimétique. (…) Notre univers mental nous paraît constitué essentiellement de valeurs positives auxquelles nous adhérons librement, parce qu’elles sont justes, raisonnables, vraies. L’envers de tout cela au sein des cultures les plus diverses repose sur l’expulsion de certaines victimes et l’exécration des «valeurs» qui leur sont associées. Les valeurs positives sont l’envers de cette exécration. Dans la mesure où cette exécration «structure» notre vision du monde, elle joue donc elle aussi un rôle très important. (…) Il est bien évident que nos descendants, en regardant notre époque, y repèreront un même type d’uniformité, de conformisme et d’aveuglement que nous découvrons dans les époques passées. Bien des choses qui nous paraissent aujourd’hui comme des évidences indubitables leur paraîtront proches de la superstition collective. A mes yeux, la «conversion» consiste justement à prendre conscience de cela. A s’arracher à ces adhérences inconscientes. C’est d’ailleurs un premier pas vers la modestie… René Girard
Dans tout l’Occident, d’ailleurs, la confusion systématique entre le message chrétien et l’institution cléricale persiste en dépit de tout ce qui devrait la faire cesser. Depuis le XVIIe siècle, l’Eglise catholique a perdu non seulement tout ce qu’il lui restait de pouvoir temporel mais la plupart de ses fidèles, et aussi son clergé, qui, en dehors d’exceptions remarquables, est au-dessous de zéro, aux Etats-Unis notamment, pourri de contestations puériles, ivre de conformisme antireligieux. Les anticatholiques militants ne semblent rien voir de tout cela. Ils sont plus croyants, au fond, que leurs adversaires et ils voient plus loin qu’eux, peut-être. Ils voient que l’effondrement de toutes les utopies antichrétiennes, plus la montée de l’islam, plus tous les bouleversements à venir, va forcément, dans un avenir proche, transformer de fond en comble notre vision du christianisme. (…) Ce qui est sûr, c’est qu’en exilant le religieux dans une espèce de ghetto, comme notre conception de la laïcité tend à le faire, on s’interdit de comprendre. On appauvrit tout à la fois la religion et la recherche non religieuse. René Girard
Je suis personnellement convaincu que les écrivains occidentaux majeurs, qu’ils soient ou non chrétiens, des tragiques grecs à Dante, de Shakespeare à Cervantès ou Pascal et jusqu’aux grands romanciers et poètes de notre époque, sont plus pertinents pour comprendre le drame de la modernité que tous nos philosophes et tous nos savants. René Girard
On n’arrive plus à faire la différence entre le terrorisme révolutionnaire et le fou qui tire dans la foule. L’humanité se prépare à entrer dans l’insensé complet. C’est peut-être nécessaire. Le terrorisme oblige l’homme occidental à mesurer le chemin parcouru depuis deux mille ans. Certaines formes de violence nous apparaissent aujourd’hui intolérables. On n’accepterait plus Samson secouant les piliers du Temple et périr en tuant tout le monde avec lui. Notre contradiction fondamentale, c’est que nous sommes les bénéficiaires du christianisme dans notre rapport à la violence et que nous l’avons abandonné sans comprendre que nous étions ses tributaires. René Girard
People are against my theory, because it is at the same time an avant-garde and a Christian theory. The avant-garde people are anti-Christian, and many of the Christians are anti-avant-garde. Even the Christians have been very distrustful of me. René Girard
Theories are expendable. They should be criticized. When people tell me my work is too systematic, I say, ‘I make it as systematic as possible for you to be able to prove it wrong. René Girard
Pour restituer à la crucifixion sa puissance de scandale, il suffit de la filmer telle quelle, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Mel Gibson a-t-il réalisé ce programme jusqu’au bout? Pas complètement sans doute, mais il en a fait suffisamment pour épouvanter tous les conformismes. (…) Les récits de la Passion contiennent plus de détails concrets que toutes les œuvres savantes de l’époque. Ils représentent un premier pas en avant vers le toujours plus de réalisme qui définit le dynamisme essentiel de notre culture dans ses époques de grande vitalité. Le premier moteur du réalisme, c’est le désir de nourrir la méditation religieuse qui est essentiellement une méditation sur la Passion du Christ. En enseignant le mépris du réalisme et du réel lui-même, l’esthétique moderne a complètement faussé l’interprétation de l’art occidental. Elle a inventé, entre l’esthétique d’un côté, le technique et le scientifique de l’autre, une séparation qui n’a commencé à exister qu’avec le modernisme, lequel n’est peut-être qu’une appellation flatteuse de notre décadence. La volonté de faire vrai, de peindre les choses comme si on y était a toujours triomphé auparavant et, pendant des siècles, elle a produit des chefs-d’oeuvre dont Gibson dit qu’il s’est inspiré. Il mentionne lui-même, me dit-on, le Caravage. Il faut songer aussi à certains Christ romans, aux crucifixions espagnoles, à un Jérôme Bosch, à tous les Christ aux outrages… (…) Pour comprendre ce qu’a voulu faire Mel Gibson, il me semble qu’il faut se libérer de tous les snobismes modernistes et postmodernistes et envisager le cinéma comme un prolongement et un dépassement du grand réalisme littéraire et pictural. (…)  Dans la tragédie grecqu