Capitale de Noël: La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient (Decumanus maximus: Guess what could be Strasbourg’s oldest street from its Roman military camp days and who infamously got the blame for the advancing Black death while their money, properties and fine women were equally and happily divided among a motley crew of local guilds of artisans, workmen and heavily indebted local nobles ?)

1 janvier, 2023

La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle. Psaume 118: 22
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
Le Père Noël a été sacrifié en holocauste. A la vérité le mensonge ne peut réveiller le sentiment religieux chez l’enfant et n’est en aucune façon une méthode d’éducation. Cathédrale de Dijon (communique de presse aux journaux, le 24 décembre 1951)
Comme ces rites qu’on avait cru noyés dans l’oubli et qui finissent par refaire surface, on pourrait dire que le temps de Noël, après des siècles d’endoctrinement chrétien, vit aujourd’hui le retour des saturnales. André Burguière
Il est généralement admis par les historiens des religions et par les folkloristes que l’origine lointaine du Père Noël se trouve dans cet Abbé de Liesse, Abbas Stultorum, Abbé de la Malgouverné qui traduit exactement l’anglais Lord of Misrule, tous personnages qui sont, pour une durée déterminée, rois de Noël et en qui on reconnaît les héritiers du roi des Saturnales de l’époque romaine » : dans l’Europe du Moyen-âge il était en effet de coutume à noël que les jeunes élisent leur « abbé », présidant à toutes sortes de comportements transgressifs mais provisoirement tolérés (filiation manifeste du roi des Saturnales romaines), et Lévi-Strauss voit dans cette élection réelle une généalogie du personnage mythique, devenu vieillard bienveillant (« l’héritier, en même temps que l’antithèse » (…) Grâce à l’autodafé de Dijon, voici donc le héros reconstitué avec tous ses caractères, et ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette singulière affaire qu’en voulant mettre fin au Père Noël, les ecclésiastiques dijonnais n’aient fait que restaurer dans sa plénitude, après une éclipse de quelques millénaires, une figure rituelle dont ils se sont ainsi chargés, sous prétexte de la détruire, de prouver eux-mêmes la pérennité. (…) La croyance où nous gardons nos enfants que leurs jouets viennent de l’au-delà apporte un alibi au secret mouvement qui nous incite, en fait, à les offrir à l’au-delà sous prétexte de les donner aux enfants […] Les cadeaux de Noël restent un sacrifice véritable à la douceur de vivre, laquelle consiste d’abord à ne pas mourir. (…) Les cadeaux seraient donc une prière adressée aux petits enfants – incarnation traditionnelle des morts, pour qu’ils consentent, en croyant au Père Noël, « à nous aider à croire en la vie ». Claude Lévi-Strauss
Le Christkindelsmärik, ou « marché de l’enfant Jésus », est le nom donné en langue alsacienne au traditionnel marché de Noël qui se tient depuis 1570 à Strasbourg, en Alsace, et a été longtemps le seul en France. Il débute le premier samedi de l’Avent pour s’achever le 24 décembre au soir. Le Christkindelsmärik attire chaque année deux millions de visiteurs venus du monde entier. Le Christkindelsmärik de Strasbourg est l’un des plus anciens marchés de Noël, lesquels étaient une spécificité du monde germanique. Le plus célèbre était celui de Nuremberg, mais ceux de Francfort, Dresde et Berlin étaient aussi très réputés. Au Moyen Âge, un marché était organisé à Strasbourg en prévision de la fête de saint Nicolas le 6 décembre. C’est en effet à ce saint, évêque de Myre en Turquie au IVe siècle, que l’on attribuait le rôle de dispensateur de cadeaux aux enfants. Pour permettre aux parents de se procurer friandises et jouets, un marché, appelé en alsacien « Klausemärik », était alors installé quelques jours avant cette date. La Réforme protestante fut adoptée par la ville de Strasbourg en 1525 et, en 1570, dans la cathédrale alors affectée au culte protestant, le pasteur Johannes Flinner s’éleva en chaire contre l’usage de remettre des cadeaux aux enfants le jour de la Saint-Nicolas. Cette pratique, jugée « papiste », donnait à un saint le rôle valorisant de donateur. Le pasteur Flinner préconisa de confier symboliquement cette mission au Christ, sous la forme de l’enfant Jésus. Impressionné par ce sermon, le Conseil des XXI de Strasbourg décida le 4 décembre 1570 de supprimer la Saint-Nicolas, mais d’autoriser les commerçants à tenir leur marché trois jours avant cette date. On y trouvait des marchands de poupées et d’autres jouets, des ciriers (ou marchands de bougies et cierges en cire), des marchands de pain d’épices et de sucreries, mais ce marché était aussi une véritable foire annuelle, qui attirait à Strasbourg des marchands venus de loin. Les premiers efforts pour faire venir des touristes à Noël sont peu concluants : Germain Muller, dans son cabaret satirique strasbourgeois, présente même un sketch mettant en scène deux Parisiennes venues à Strasbourg pour fêter Noël le soir du 24 décembre et échouant sur le quai d’une gare quasi déserte, où le porteur leur explique que le marché de Noël est fermé, les illuminations éteintes et que les Strasbourgeois sont rentrés fêter Noël en famille. (…) la ville de Strasbourg s’autoproclame en 1992 « Capitale de Noël » et lance une importante campagne de promotion de l’événement, centrée sur l’attractivité du marché de Noël. Celui-ci est agrandi sur la place Broglie même et d’autres cabanes sont installées sur la place de la Cathédrale, place d’Austerlitz, jusqu’à onze lieux dans la ville. Trois cents commerçants et artisans, installés dans des chalets en bois d’un même modèle imposé par la municipalité contribuent à la renommée du marché et profitent de ses retombées économiques. Un nouveau rôle est attribué au Christkindelsmärik est d’être à la fois l’attraction majeure et le prétexte à une manifestation touristique qui prend chaque année davantage d’ampleur. (…) Dès 1996, des voix s’élèvent à Strasbourg pour dénoncer le développement exponentiel de ce marché et le « déferlement touristique » qu’il engendre. Des marchés inspirés par celui de Strasbourg s’implantent dans d’autres régions de France et la manifestation s’est exportée sous son label à Tokyo et Moscou. Un partenariat est en cours pour l’organisation d’un marché de Noël sur le modèle strasbourgeois à New York, et le sapin du Madison Square Garden a été décoré en 2014 par Antoinette Pflimlin, qui fut la décoratrice attitrée de celui de la place Kléber pendant vingt ans. Ces décentralisations du marché de Noël ont pour but d’attirer chaque année plus de touristes étrangers à Strasbourg. En décembre 2014, la ville de Strasbourg met à la disposition des touristes et des strasbourgeois un réseau Wi-Fi gratuit, disponible sur cinq places de Strasbourg. Wikipedia
À Strasbourg, ils sont plus de deux millions venus du monde entier à venir s’imprégner de cette ambiance si particulière à la fois conviviale, chaleureuse et magique. Le marché de Noël de Strasbourg est le plus vieux de France. Il a été créé en 1570 et relancé avec force par les acteurs alsaciens du tourisme en 1992 quand la ville de Strasbourg s’autoproclame capitale de Noël. Désormais, il s’exporte partout dans le monde. Le marché de Noël de Strasbourg-Mulhouse-Colmar va prendre place au cœur de Manhattan à New York, du 6 au 22 décembre prochain. Les années précédentes, il s’était installé à Tokyo (Japon), Moscou (Russie), Beijing (Chine), Taipei (Taïwan) ou encore Séoul (Corée du Sud). Le Progrès
A 19H10, l’immense sapin qui orne la place Kléber, dans le coeur historique de la ville, s’est illuminé sous les acclamations de la foule, mais dès 14H00, les rues de la « capitale de Noël » s’étaient animées avec l’ouverture de ce marché, le plus célèbre de France (…) où quelque 2 millions de visiteurs sont attendus. (…) Avec un budget qui devrait atteindre 4,5 à 5 millions d’euros pour ce marché, dont près d’un million pour la sécurité, Strasbourg attend environ 250 millions d’euros de retombées économiques. L’0bs
The suspicion arose that the Jews had poisoned the brooks and wells, and even the air, in order to annihilate the Christians of every country at one blow.  Heinrich Graetz (History of the Jews, 1894)They burnt the Jews on a wooden platform in their cemetery. There were about two thousand of them. (…) Everything (all debt) that was owed to the Jews was cancelled… The council…took the cash that the Jews possessed and divided it among the working-men proportionately. The money was indeed the thing that killed the Jews. If they had been poor and if the feudal lords had not been in debt, they would not have been burnt. Jakob Twinger von Konigshofen
The Rue des Juifs (Jew street) is the heart of the old Jewish quarter and one of Strasbourg’s oldest streets. Over 1,600 years old, it was the Roman east-west road. On the end of the street furthest from the Cathedral, number 30, between rue des Pucelles and rue de la Faisan, was the site of the twelfth century synagogue; the community’s bakery was at number 17, the Mikvah at the corner of rue des Charpentiers, the butcher shop at 22 rue des Charpentiers and the cemetery at the Place de la Republique. Number 15 was constructed in 1290 and is the only remaining building from this periods that was inhabited by a Jewish family. Beginning in 1587, this section of the rue des Juifs was known as Zum Judenbad (to the Jewish bath). In the heart of the Jewish quarter, at 20, rue des Charpentiers is a thirteenth century Mikvah. Discovered during excavations in the neighborhood, it is not yet completely restored and in a fragile state. On the other side of the River Ill at 23 Quai Saint Nicholas is the Musee Alsacien. Here you will find two rooms devoted to Alsacien Jewish objects along with a model shtiebel. Jewish library
Mais nos propres enfants aussi sont frappés par la peste. Juif de Strasbourg
Quand on a tué le fils de Dieu, on peut bien empoisonner un de ses enfants à soi, pour faire croire à son innocence : tout le monde sait combien les Juifs sont rusés. Herrmann (boucher de la Pfalz)
Dès l’aube, un vacarme indescriptible remplissait les rues de Strasbourg : c’était le bruit des troupes en marche, avançant au rythme de chants sauvages, accompagnés des cris de femmes déchaînées. Lorsqu’elle eut brisé les barrières qui fermaient l’entrée du quartier juif, la foule se précipita dans le ghetto. Hommes et femmes, enfants et vieillards furent égorgés sans pitié. Dans les maisons incendiées, des familles entières disparurent sans laisser trace. Compagnon tanneur
The Strasbourg massacre occurred on February 14, 1349, when several hundred Jews were publicly burnt to death, and the rest of them expelled from the city as part of the Black Death persecutions. This event was heavily linked to a revolt by the guilds five days previously, the consequences of which were the displacement of the master tradesmen, a reduction of the power of the patrician bourgeoisie, who had until then been ruling almost exclusively, and an increase in the power of the groups that were involved in the revolt. The aristocratic families of Zorn and Müllenheim, which had been displaced from the council and their offices in 1332, recovered most of their power. The guilds, which until then had no means of political participation, could occupy the most important position in the city, that of the Ammanmeister. The revolt had occurred because a large part of the population on the one hand believed the power of the master tradesmen was too great, particularly that of the then-Ammanmeister Peter Swarber, and on the other hand, there was a desire to put an end to the policy of protecting Jews under Peter Swarber. (…) The Jews especially had a vital role to play in this: people depended on their credit for large-scale investments, their supra-regional role as bankers ensured a positive balance of trade for Strasbourg, and they filled the city coffers through the taxes they paid. (…)  The new rulers of the city did not care about either the contract of protection with the Jews nor the financial losses for the city which resulted from the pogrom. The two deposed officials were left with the task of leading the Jews to the place of their execution, pretending to lead them out of Strasbourg. At this place, a wooden house had been built in which the Jews were burnt alive. Those Jews who were willing to get baptized as well as children and any women considered attractive were spared from the burning alive. The massacre is said to have lasted six days. (…) After getting rid of the Jews, the murderers distributed the properties among themselves, which suggests another motive for the murders. By killing the Jews, the debtors had the opportunity to restore themselves, which they used consistently. Many of those who promoted the overthrow were in debt of the Jews, and this shows the connection between the overthrow of the master tradesmen and the pogrom. Apart from Strasbourg nobles and citizens, Bishop Berthold von Buchegg was also indebted to the Jews, as were several of the landed gentry, even some sovereign princes such as the Margrave of Baden and the Count of Württemberg. The cash of the Jews was divided among the artisans by decision of the council, maybe as a sort of « reward » for their support in overthrowing the master tradesmen. This had probably been promised to the craftsmen in advance, and the prospect of a share of the Jews’ fortune may have motivated them even more to murder. After the distribution of the loot among the citizenry had been decided, they had to ensure that this would not be reclaimed by anyone. (…) Strasbourg made an alliance on 5 June 1349 with the bishop and the Alsatian rural nobility: the city would offer aid in times of war and promised to give back all bonds, and received the assurance that the bishop and nobles would support Strasbourg against anyone wanting to hold it to account for the murder of the Jews and confiscation of their assets. (…) With these measures, Strasbourg managed to retain complete control of the Jewish assets. In a deed of 12 July 1349, Charles IV also gave up his claims. Wikipedia
Sous les pavés, le sang
Devinez …
Sous ces pavés encore tout illuminés et enguirlandés du célèbre marché de Noël de Strasbourg
Alors que sur les pavés des villes ukrainiennes pleuvent les bombes des génocidaires de Moscou
Quelle pourrait être la plus ancienne rue de Strasbourg
Depuis son temps du camp militaire romain où, avec son chiffre au X barré, elle portait le nom de la rue est-ouest séparant les tentes de la 10e cohorte et de la 9ème cohorte … ?
Et quel sang d’un certain massacre de la Saint Valentin d’il y a 680 ans …
Quand alors que menaçait la pandémie de peste qui balayait l’Europe …
Et contre l’avis du Pape mais avec le pardon commode de l’Empereur  lui-même …
Une certaine communauté dont le petit enfant, sous la forme de Saint Nicolas ou grimé en Père Noël, a tant fait pour l’actuelle prospérité de la ville …
A fini sur le bûcher d’une populace terrifiée …
Pendant qu’également répartis entre eux, leurs argent, propriétés et belles femmes firent le bonheur d’une masse hétéroclite de guildes d’artisans, d’ouvriers et de nobles lourdement endettés ?
LE MASSACRE DE LA SAINT-VALENTIN
février 1349Lazare LANDAU
Extrait de l’Almanach du KKL Strasbourg 5718-1958

La vie des juifs dans l’Europe médiévale, si riche en aspects exaltants, est jalonnée aussi par des épisodes sanglants qui illustrent abondamment l’épithète de « barbare », si souvent accolée à la société médiévale d’Occident. Le massacre des juifs de Strasbourg, connu sous le nom de « massacre de la Saint-Valentin », apparaît comme le type de ces flambées de haine dont les manifestations ont ensanglanté le calvaire d’Israël au long des siècles passés.

Les premières décades du 14e siècle avaient été marquées dans le Saint Empire Germanique par des guerres et des troubles continuels, conséquences des luttes d’influence entre les nombreux princes allemands. Aux approches de l’an 1340, des bandes de brigands s’étaient formées en de nombreux pays relevant de l’Empire : elles pratiquaient sans risque leur sinistre industrie à la faveur de la disparition quasi-complète d’une autorité publique capable de faire régner l’ordre.

L’Alsace n’était pas épargnée par le fléau. Des groupes de brigands s’étaient constitués qui, sous la direction d’un certain Armleder, rançonnaient les habitants et mettaient le pays à feu et à sang. Les principaux seigneurs d’Alsace se décidèrent à une rigoureuse réaction collective. A cette fin, l’évêque de Strasbourg conclut alliance avec le Landgrave d’Alsace et les villes de la Décapole. Les coalisés prêtèrent le serment de sévir sans faiblesse contre les bandes d’Armleder et contre tous ceux qui s’étaient joints à lui dans l’intention de participer au massacre des Juifs entrepris par ses tueurs.

Les massacres de juifs étaient un phénomène assez fréquent dans le Saint-Empire pour laisser en paix la conscience publique. Celui qui commença vers 1347 revêtit pourtant une ampleur et une importance particulières. A son origine se trouvait l’apparition d’un fléau horrible, la peste noire, qui s’étant déclarée pour la première mois en Europe au cours de cette année, faisait d’effrayants ravages. Or, les Juifs étaient moins frappés par le fléau que les chrétiens. Cet apparent privilège était dû très probablement à leur pratique d’une morale sévère qui interdisait certains excès et à l’observance de lois alimentaires qui s’avérèrent en l’occurrence une sauvegarde précieuse contre la maladie.

Le bas-peuple pourtant ne l’entendit pas ainsi. Il donnait à la peste une interprétation lourde de menaces pour les Juifs. D’une part on disait que la peste noire était un châtiment envoyé par le Ciel pour punir les princes coupables d’avoir arrêté l’oeuvre d’extermination entreprise par Armleder ; d’autre part, on accusait formellement les juifs d’avoir provoqué le fléau en empoisonnant tous les points d’eau : sources, fontaines, citernes. La populace, ulcérée par les ravages du mal, cherchait un bouc-émissaire : les Juifs, comme il va de soi, étaient tout désignés pour ce rôle. Pour s’attaquer aux Juifs en toute quiétude, il fallait détenir des preuves de leur culpabilité : on en trouva sans peine. Des juifs torturés à Wintzenheim avouèrent tout ce que les tortionnaires voulaient. Désormais, on pouvait passer aux actes : les Juifs le savaient et vivaient dans l’angoisse. A Strasbourg, à l’approche du mois d’Adar – au début de l’année 1349 – aucun Juif ne se risquait plus dans la rue. Le Stettmeister de Strasbourg, désireux de protéger ses Juifs contre les violences de la populace, ordonna la fermeture du quartier juif. Des pays de l’Empire, comme des régions voisines, des nouvelles alarmantes atteignirent les juifs d’Alsace. Des massacres atroces endeuillaient jour après jour des communautés de Suisse, de Rhénanie et de Haute-Alsace. Les seigneurs alsaciens, inquiétés par ce mouvement dont ils n’avaient pas le contrôle, se réunirent en congrès à Benfeld pour aviser aux moyens les plus propices à rétablir l’ordre. Mais ils se contentèrent d’appeler la populace au calme, sans se faire illusion sur la valeur de cette manifestation. Brusquement, la situation atteignit un degré d’extrême gravité en Basse-Alsace.

Du jour au lendemain, la situation des juifs était devenue intenable à Strasbourg. Non pas, certes, du fait du gouvernement strasbourgeois : Sturm et Kuntz de Winterthur, les deux Stettmeister, jouissaient de, même que l’Ammeister (chef de corporations de métiers) Pierre Schwarber, de la réputation d’hommes justes et honnêtes dont les Juifs n’avaient rien à craindre. Mais les corporations des métiers – très puissantes ici – et la populace, travaillées par des agitateurs fanatiques, nourrissaient des sentiments très différents de ceux des gouvernants. Dès le 9 février, les députés des corporations demandaient à l’Ammeister – magistrat comparable au maire de l’époque moderne – l’arrestation de tous les Juifs et leur mise en jugement. Pierre SCHWARBER, non seulement repoussa cette requête, mais encore il prononça un discours empreint de grave noblesse pour apaiser la populace déchaînée. Les députés furieux répondirent par des insultes au discours de l’Ammeister : « Ne le savait-on depuis longtemps vendu aux Juifs ? » Pierre Schwarber n’était pas homme à tolérer les écarts de langage des trublions : sur-le-champ, il les fit arrêter tous.

Un seul député du groupe parvint à prendre la fuite et son action fut décisive. Sans tarder, il ameuta les corporations qui, toutes, répondirent à son appel en se réunissant, avec la noblesse, place de la Cathédrale. On délibéra sur la conduite à tenir envers les juifs. Bouchers et tanneurs étaient les adversaires les plus acharnés des Juifs parce qu’ils avaient contracté envers eux des dettes considérables : ils espéraient liquider en même temps créances et créanciers. Les deux Stettmeister vinrent assister à la réunion, place de la Cathédrale. Ils y furent très mal accueillis. Alors qu’ils appelaient la foule au calme, ils furent grossièrement insultés et accusés à leur tour de corruption.

Le massacre des Juifs de Strasbourg

Le 10 février marque une étape décisive dans l’évolution de l’émeute strasbourgeoise. Ce jour, en effet, les émeutiers se rendirent maîtres du gouvernement de la petite république. Ils s’empressèrent de proclamer la déchéance des magistrats qui passaient pour être favorables aux juifs : Sturm, Kuntz de Winterthur et surtout de l’Ammeister Pierre Schwarber, la bête noire de la populace. Les insurgés nommèrent Ammeister le boucher Betschold, connu pour être l’ennemi juré des Juifs. A cette nouvelle, de nombreux juifs quittèrent Strasbourg à la hâte, cependant que d’autres cherchaient, dans la ville même, un refuge chez des Chrétiens.

Au cours des jours suivants, les émeutiers s’efforcèrent de donner une apparence légale à la situation créée par leur coup de force. Le 13 février ils installèrent un nouveau sénat peuplé de leurs créatures. Pierre Schwarber, l’Ammeister intègre, fut durement frappé par les vainqueurs. Condamné au bannissement perpétuel, à la confiscation de tous ses biens, il se voyait en outre déchu de la qualité de bourgeois de Strasbourg. Pendant que les assemblées nouvelles prenaient ces mesures, la multitude déchaînée grondait dans les rues : une catastrophe paraissait désormais inévitable.

Elle se produisit, totale, le 14 février, jour de la Saint-Valentin. Les chroniques de Clossner et de Kœnigshoffen rapportent, sur cette journée, le témoignage, émouvant dans sa simplicité, d’un compagnon tanneur qui assista impuissant aux scènes atroces qui ensanglantèrent alors la ville.

« Dès l’aube, un vacarme indescriptible remplissait les rues de Strasbourg : c’était le bruit des troupes en marche, avançant au rythme de chants sauvages, accompagnés des cris de femmes déchaînées. Lorsqu’elle eut brisé les barrières qui fermaient l’entrée du quartier juif, la foule se précipita dans le ghetto. Hommes et femmes, enfants et vieillards furent égorgés sans pitié. Dans les maisons incendiées, des familles entières disparurent sans laisser trace. »

Le témoin auquel nous avons fait allusion plus haut, rapporte un dialogue touchant entre un chef de famille juif et l’un des assassins. Comme le prétexte du massacre résidait dans la prétendue responsabilité des juifs dans la propagation de la peste noire, le juif s’écria : « Mais nos propres enfants aussi sont frappés par la peste ». A quoi le gros Herrmann, le boucher de la Pfalz, répliqua : « Quand on a tué le fils de Dieu, on peut bien empoisonner un de ses enfants à soi, pour faire croire à son innocence : tout le monde sait combien les Juifs sont rusés ».

Malgré l’ampleur du massacre, des juifs assez nombreux – on parle de plusieurs milliers – avaient survécu. Ils furent tous rassemblés et traînés au cimetière juif. Là s’élevait un grand bûcher auquel on mit le feu. La foule s’acharna avec prédilection sur les petits enfants juifs : ils recevaient le baptême avant d’être jetés au bûcher. Les chroniqueurs relèvent avec admiration la noble attitude des femmes juives : elles arrachaient leurs enfants aux mains des baptiseurs pour les jeter sur le bûcher où elles les suivaient aussitôt.

Sur cette vision dantesque s’achève le récit de notre tanneur. Il témoigne durement contre l’état d’esprit du petit peuple strasbourgeois, prompt aux entraînements irréfléchis et aux atrocités barbares accomplies joyeusement derrière le fallacieux prétexte de la culpabilité juive dans les grands fléaux qui, périodiquement, frappaient l’Occident médiéval. Le courage tranquille des juifs, l’héroïsme des mères, méritent une admiration qui ne soit pas de pure convention. Si le souvenir du massacre de la Saint-Valentin doit demeurer vivace parmi nous, c’est que si nos ancêtres ont su avec simplicité mourir pour une idée, il vaut sans doute aussi la peine de vivre pour elle.

Voir aussi:

Dr. Yvette Alt Miller
Aish

On Valentine’s Day 1349 thousands of Jews were burned to death, accused of poisoning wells.

Most people associate February 14 with love and romance. Yet hundreds of years ago Valentine’s Day saw a horrific mass murder when 2,000 Jews were burned alive in the French city of Strasbourg.

The year was 1349 and the Bubonic Plague, known as the Black Death, was sweeping across Europe, wiping out whole communities. Between 1347 and 1352, it killed millions of people. Historian Ole J. Benedictow estimates that 60% of Europeans died from the disease. One Italian writer recorded what the plague did to the city of Florence, where he lived: “All the citizens did little else except to carry dead bodies to be buried… At every church they dug deep pits down to the water-table; and thus those who were poor who died during the night were bundled up quickly and thrown into the pit.”

Bubonic Plague is caused by a bacterium called Yersinia pestis and is most commonly spread by fleas that live on rodents like rats and mice. The disease still exists, and sickens thousands of people each year, including a handful of people in the United States and other developed countries. Caught early, Bubonic Plague is treatable with modern medicines. In the Middle Ages, of course, no medical treatment existed to mitigate the Plague’s devastating effects. It’s estimated that about 80% of people who contracted the Plague in Medieval Europe died.

The first major European outbreak of Plague occurred in Messina, Italy, in 1347, and it spread rapidly from there. Historians estimate that the largest wave of Bubonic Plague – the pandemic that was dubbed The Black Death – originated in Central Asia. As it began sweeping through European communities, terrified people cast about for someone to blame. Jews were a natural choice. As the Black Death advanced, Christians turned on the Jews in their midst, accusing them of spreading the Plague by poisoning Christian people’s wells.

Jews, often forced into overcrowded and fenced-in Jewish quarters, suffered from the Black Death at rates comparable to their Christian neighbors. Yet even though it was apparent that Jews were sickening and dying as well, many Christians leapt to accuse Jews of deliberately spreading the disease to harm Christians. Historian Heinrich Graetz described the fevered atmosphere of hate and accusations leveled at European Jews: “…the suspicion arose that the Jews had poisoned the brooks and wells, and even the air, in order to annihilate the Christians of every country at one blow”. (Detailed in Graetz’s History of the Jews, 1894).

Jewish communities found themselves under attack. Of the approximately 363 Jewish communities in Europe at the time, Jews were attacked in fully half of them by mobs blaming them for spreading the Plague.

These attacks were horrifically violent. In Cologne, Jews were locked into a synagogue which was then set on fire. In Mainz, the entire town’s sizeable Jewish community was murdered in just one day. Jews were massacred and tortured across Europe, in Spain, Italy, France, the Low Countries, and the Germanic Lands. Emperor Charles IV, the Holy Roman Emperor, decreed that the property of Jews murdered for supposedly spreading the Plague could be seized by their Christian neighbors with impunity. With this financial incentive to kill Jews, the attacks only intensified.

In 1349, a group of feudal lords in the Alsace region of what is, today, France, attempted to make the attacks on Jews official. They assembled in the French town of Benfeld, and formally blamed Jews for the Black Death. They also adopted a series of steps to target Jews, singling Jews out for murder and calling for them to be expelled from towns. This “Benfeld Decree” had an immediate effect as Jews in thirty communities across Alsace were attacked. Only the city of Strasbourg, which had a large Jewish community, resisted, protecting their city’s Jews.

The atmosphere in Strasbourg in early 1349 was tense. The Black Death had not yet reached the city, though anxious citizens awaited the first case of victims to sicken and die any day. Strasbourg’s Bishop Berthold III railed against Jews, but the city’s elected officials held firm. Mayor Kunze of Wintertur, Strasbourg’s sheriff, Gosse Sturm, and a local lay leader named Peter Swaber all vociferously defended and protected Strasbourg’s Jews.

On February 10, 1349, the restless citizens finally had enough. A mob rose up and overthrew Strasbourg’s city government, installing an unstable government “of the people” instead. This hateful group that was now in charge was a strange amalgam: led by the local guilds of butchers and tailors, it was financially backed by local nobles who hated the Jews and hoped to seize their property. One of this new mob’s first acts was to arrest the city’s Jews on the charge of poisoning Christian wells in order to spread the Black Death.

The Black Death

Friday, February 13, 1349 was a black day for Strasbourg’s Jews. Normally, they would have spent the day preparing for Shabbat, baking challah, cleaning their homes and preparing festive meals. Instead, under heavy armed guard, women, children and men were dragged from their homes, imprisoned, and charged with murder. Any Jew who was willing to convert to Christianity would be spared, they were told. As the terrified Jews awaited their fate, the city’s new governors were building a huge wooden platform that could hold thousands of people inside the Jewish cemetery. For the Jews, the next day was Shabbat. For Strasbourg’s Christian citizens, the next day was February 14, St. Valentine’s Day. They designated this saint’s day as the date on which they would execute Strasbourg’s entire Jewish population.

In the morning of Valentine’s Day, a large crowd assembled to watch. A local priest named Jakob Twinger von Konigshofen recorded the grisly massacre: “they burnt the Jews on a wooden platform in their cemetery,” he wrote. “There were about two thousand of them.” Some young children were yanked away from their parents’ arms, and saved so that they could be baptized and raised as Christians. For most Jews, however, no such aid arrived. As the enormous wooden structure went up in flames, around 2,000 thousand Jews were slowly burned alive.

Their murder took hours. Afterwards, eager townspeople combed through the smoldering ashes, not searching for survivors, but looking for valuables. von Konigshofen recorded the financial motive for this enormous massacre: “…everything (all debt) that was owed to the Jews was cancelled… The council…took the cash that the Jews possessed and divided it among the working-men proportionately. The money was indeed the thing that killed the Jews. If they had been poor and if the feudal lords had not been in debt, they would not have been burnt.”

Strasbourg’s mob government and citizens faced no criticism. A few months later, Emperor Charles IV officially pardoned the citizens of Strasbourg for killing their town’s Jews and for stealing their money.

With the passage of so much time, many have seemed to forget the cataclysm of violence that led to the torture and murder of so many Jews during the Black Death. Yet we owe it to the victims to remember.
Voir aussi:
Strasbourg massacre
Wikipedia
The Strasbourg massacre occurred on February 14, 1349, when several hundred Jews were publicly burnt to death, and the rest of them expelled from the city as part of the Black Death persecutions.

Starting in the spring of 1348, pogroms against Jews had occurred in European cities, starting in Toulon. By November of that year they spread via Savoy to German-speaking territories. In January 1349, burnings of Jews took place in Basel and Freiburg, and on 14 February the Jewish community in Strasbourg was destroyed.

This event was heavily linked to a revolt by the guilds five days previously, the consequences of which were the displacement of the master tradesmen, a reduction of the power of the patrician bourgeoisie, who had until then been ruling almost exclusively, and an increase in the power of the groups that were involved in the revolt. The aristocratic families of Zorn and Müllenheim, which had been displaced from the council and their offices in 1332, recovered most of their power. The guilds, which until then had no means of political participation, could occupy the most important position in the city, that of the Ammanmeister. The revolt had occurred because a large part of the population on the one hand believed the power of the master tradesmen was too great, particularly that of the then-Ammanmeister Peter Swarber, and on the other hand, there was a desire to put an end to the policy of protecting Jews under Peter Swarber.

Causes

Anti-Semitism in the population

The causes of the increased anti-semitism are easy to make out. Its development found fertile territory in the religious and social resentments against Jews that had grown deeper over the centuries (with allegations such as host desecration, blood libel, and deicide).

Through their role as money-lenders, one of the few roles available to Jews, who were forbidden by local and often canon law, to own land or to be farmers, the Jews took an important position in the city’s economy. However, this brought serious problems. The chroniclers report that the Jews were criticised for their business practices: they were said to be so arrogant that they were unwilling to grant anyone else precedence, and those who dealt with them, could hardly come to an agreement with them. This supposed ruthlessness of the Jews did not, however, derive from any particular hard-heartedness, but was rather due to the huge levies and taxes that they were made to pay, mostly in exchange for protection. Formally, the Jews still belonged to the King’s chamber, but he had long since ceded these rights to the city (the confirmation of the relevant rights of the city by Charles IV occurred in 1347). Strasbourg therefore took in the most part of the Jews’ taxes, but in exchange had to take over their protection (the exact amount of the taxes was determined by written agreements). In order to satisfy the city’s demands, the Jews therefore had to do business accordingly, but in doing so further increased the population’s, and certainly the debtors’, anti-Semitism.

With the threat of Black Death, there were also accusations of well poisoning, and some who now openly called for the burning of Jews.

The government’s policy of protecting Jews

Unlike the majority of the population, the council and the master tradesmen remained committed to the policy of protecting the Jews and attempted to calm the people and prevent a pogrom. The Catholic clergy had been advised by two papal bulls of Pope Clement VI the previous year (July and September 1348) to preach against anyone accusing the Jews of poisoning wells as « seduced by that liar, the Devil. »

Tactical measures

At first the council tried to rebut the claims of well poisoning by initiating court proceedings against a number of Jews and torturing them. As expected, they did not confess to the crimes. Despite this, they were still killed on the breaking wheel. Furthermore, the Jewish quarter was sealed off and guarded by armed persons, in order to protect the Jews from the population and possible over-reactions. The master tradesmen wanted to maintain the legal process with respect to the Jews; in their situation in which they themselves increasingly came under attack, this was a matter of self-preservation and holding on to power. A pogrom could easily escalate and turn into an uncontrollable revolt of the people. How seriously this threat of revolt was taken is shown by a letter from the city council of Cologne on 12 January 1349 to the leaders of Strasbourg, which warned that such riots by the common people had led to much evil and devastation in other towns. Furthermore, this unrest could give the opponents the possibility of taking power themselves. The bourgeoisie had after all come to occupy the leading political positions in a similar way, when they had used the dispute between the Zorn and Müllenheim noble families to their advantage.

The duty to protect the Jews

As the de facto master over the Jews, the city had a duty to protect them, especially since they paid significant amounts of money in exchange for this. Peter Swarber also pointed to this: the city had collected the money and had given in return a guarantee for their security—with a letter and a seal. The city must fulfill this duty towards the Jews. He, therefore could not and would not agree to an extermination of the Jews, a stance in which he was undoubtedly strengthened by the fear of the adverse effects on the economic development of the city. A weakening of the city would also mean a weakening of the patrician bourgeoisie, which was reliant on stable political conditions and a healthy city economy for their long-distance trade. The Jews especially had a vital role to play in this: people depended on their credit for large-scale investments, their supra-regional role as bankers ensured a positive balance of trade for Strasbourg, and they filled the city coffers through the taxes they paid. There were reasons enough, therefore, to remain attached to the policy of protecting the Jews.
Overthrow

The motivations of the master tradesmen were concealed from the people of Strasbourg. Instead, they thought another reason far more likely: there were rumours that the master tradesmen had allowed themselves to be bribed by the Jews, which was why they were protecting them so determinedly against the will of the majority. It was therefore seen as important to first remove the masters from power, which would allow the majority to push through the will of the people.
Rebellion of the artisans

The chronicles have delivered a detailed overview of the process of the displacement of the masters. On Monday 9 February, the artisans gathered in front of the cathedral and, in front of the crowd, informed the masters that they would not allow them to remain in office anymore, as they had too much power. This action appears to have been organised beforehand among the guilds, since they had their guild banners with them and also appeared organised by guilds. The masters attempted to persuade the artisans to break up the assembled crowd—without success—but made no moves to comply with the rebels’ demands. The artisans, after an exhaustive debate which involved not only the guilds’ representatives but also the most eminent of the knights and citizens, decided to make a new attempt. It now became finally clear to the masters that they had no support any more, and so they gave up their posts. One craftsman became Ammanmeister, namely « Betscholt der metziger. » The guilds had thereby attained their goal: the last obstacle to their demand of destroying the Jews was pushed aside, and they now had increased possibilities of participating in town politics. This had previously been denied to them, although in 1332 they had helped the bourgeois patricians to get a position of power.
Organisers of the coup

The noble families of Zorn and Müllenheim, who had been forced from power at that time, tried to regain their old position of power, but in order to do this they had to cooperate with the guilds. In the chronicles, this cooperation comes across again and again: the noble families brought their weapons at the same time as the craftsmen when the latter assembled before the cathedral, they were involved with the debates during the rebellion, and it was noblemen who put the demands to the masters, in the name of the artisans. The nobles cooperated not only with the guilds, but also with the Bishop of Strasbourg. This is proved by a meeting which took place one day before the rebellion and which concerned the « Jewish issue. » This meeting can only have revolved around the method of getting rid of the Jews; the fact that they had to go had already been decided a month previously. On that occasion, the Strasbourg bishop, representatives of the cities of Strasbourg, Freiburg and Basel, and Alsatian local rulers met in Benfeld, in order to plan their actions towards the Jews. Peter Swarber was in fact aware of this agreement by the bishop and Alsatian nobles, which is why he warned: if the bishop and the nobles were successful against him in the « Jewish issue », they would not rest until they were also successful in other cases. But he was not able to dissuade from the anti-Jewish stance.
Result of the coup

Through the coup, the old noble families regained a great deal of their former power, the guilds regained their political participation, and many expected an anti-Semitic policy from the new political leadership (whereas between 1332 and 1349 not one nobleman had held the office of a master, now two of four town masters were nobles). The demand to reduce the power of the masters was also granted. The old masters were punished (the town masters were banned from election to the council for 10 years, the hated Peter Swarber was banished, his assets confiscated), the council was dissolved and reconstituted in the next three days, and the pogrom began a day later.
The pogrom

The new rulers of the city did not care about either the contract of protection with the Jews nor the financial losses for the city which resulted from the pogrom. The two deposed officials were left with the task of leading the Jews to the place of their execution, pretending to lead them out of Strasbourg. At this place, a wooden house had been built in which the Jews were burnt alive. Those Jews who were willing to get baptized as well as children and any women considered attractive were spared from the burning alive. The massacre is said to have lasted six days.
Result

After getting rid of the Jews, the murderers distributed the properties among themselves, which suggests another motive for the murders. By killing the Jews, the debtors had the opportunity to restore themselves, which they used consistently. Many of those who promoted the overthrow were in debt of the Jews, and this shows the connection between the overthrow of the master tradesmen and the pogrom. Apart from Strasbourg nobles and citizens, Bishop Berthold von Buchegg was also indebted to the Jews, as were several of the landed gentry, even some sovereign princes such as the Margrave of Baden and the Count of Württemberg. The cash of the Jews was divided among the artisans by decision of the council, maybe as a sort of « reward » for their support in overthrowing the master tradesmen. This had probably been promised to the craftsmen in advance, and the prospect of a share of the Jews’ fortune may have motivated them even more to murder.
Securing Jewish property

After the distribution of the loot among the citizenry had been decided, they had to ensure that this would not be reclaimed by anyone. For King Charles IV started to play politics with the Strasbourg Jewish legacy, by granting large-scale debt repayments for Jews. It is possible that the few Strasbourg Jews who were still alive also wanted to redeem their rights to the property. Counter-measures were therefore decided. Strasbourg made an alliance on 5 June 1349 with the bishop and the Alsatian rural nobility: the city would offer aid in times of war and promised to give back all bonds, and received the assurance that the bishop and nobles would support Strasbourg against anyone wanting to hold it to account for the murder of the Jews and confiscation of their assets. The Strasbourg council demanded that its allies should also take action against the Jews. In fact, it even tried to force those towns and nobles who did not do so to take action via the Landfrieden. With these measures, Strasbourg managed to retain complete control of the Jewish assets. In a deed of 12 July 1349, Charles IV also gave up his claims.
Political dimension of the massacre in the Empire

In the Late Middles Ages, Strasbourg was the most important city on the Upper Rhine. Since it had rid itself of rule by the bishop in 1262, the city was autonomous and effectively enjoyed Imperial immediacy. Thus, the throne disputes between the House of Luxembourg (with Charles IV) and the House of Wittelsbach (with Louis IV (until 1347) and Günther von Schwarzburg) also played out on the level of city politics, inasmuch as both sides tried to form alliances. The bourgeois-patrician leadership was on the Wittelsbachs’ side until Louis’ death, after which they supported Charles IV, the city’s nobility on the other hand now supported Günther von Schwarzburg.

The contrasts of both groups are also reflected in the throne dispute. Through this, the Schutzjuden (« protected Jews ») became a politically misused power instrument. The disputes brought huge costs, which and these were partly offset by selling of the royal rights concerning the Jews. Thus curious situation came about in Strasbourg that the kingdom’s Jewish right had been given by the rivals to different individuals (Charles IV sold it on 12 December 1347 to the Count of Öttingen, Günther sold it on 2 January 1349 to the Counts of Katzenelnbogen). Therefore there was now legal uncertainty, as it was not clear who was responsible for protecting the Jews.
Voir par ailleurs:

Le marché de Noël de Strasbourg est ouvert, Castaner affiche sa « sérénité »

L’OBS/AFP

Strasbourg (AFP) – Un an après l’attentat sanglant qui avait endeuillé le célèbre marché de Noël de Strasbourg le 11 décembre 2018, Christophe Castaner a affiché vendredi sa « sérénité », déambulant dans les allées le jour même de l’ouverture, tandis que les touristes commençaient à admirer décorations et illuminations.

« Le message que nous voulons passer (est) celui de la sérénité et du sentiment que nos forces seront totalement engagées aux côtés des élus pour que l’événement international qu’est le marché de Noël se passe bien », a souligné le ministre de l’Intérieur.

Même s’il n’existe « aucune inquiétude particulière pour Strasbourg », le « risque terroriste est permanent en France et reste à un niveau élevé », a encore observé Christophe Castaner.

Puis il a repris cette déambulation de plus d’une heure parmi les 300 chalets du marché, dégustant un vin chaud et se prêtant de bonne grâce au jeu des selfies, mais remerciant aussi les nombreux membres des forces de l’ordre rencontrés pour leur « présence rassurante et leur engagement ». Parmi elles, des sections d’intervention antiterroristes ou les soldats de l’opération Sentinelle.

Selon le ministre, ce sont « près de 760 personnes, hommes, femmes, de la police, de la gendarmerie, de la Sécurité civile, des sapeurs-pompiers, de la police municipale, de l’armée qui seront mobilisées pour garantir » la sécurité du marché de Noël jusqu’au 30 décembre.

A 19H10, l’immense sapin qui orne la place Kléber, dans le coeur historique de la ville, s’est illuminé sous les acclamations de la foule, mais dès 14H00, les rues de la « capitale de Noël » s’étaient animées avec l’ouverture de ce marché, le plus célèbre de France.

« Il est bon ? » demande une vendeuse dans son chalet à Fabienne et sa fille Solène, venues de Nice, qui dégustent dès l’ouverture des chalets leur premier verre de jus de pomme chaud dans le quartier touristique de la Petite France. « C’est vraiment très joli et en plus dans plusieurs quartiers différents, c’est très sympa », se réjouit Fabienne, ravie de l’ambiance bon enfant.

Ce marché, « c’est l’émerveillement des petits et des grands et même des personnes âgées », résume Christiane pendant que son compagnon Dany prend en photo le sapin de la place Kléber.

« L’attentat, on y pense mais cela ne nous arrête pas, il faut sortir quand même, se serrer les coudes, ne pas extérioriser la peur, sinon ils auront gagné », ajoute cette retraitée strasbourgeoise.

– Vin chaud –

Sous les odeurs de vin chaud affleure pourtant le souvenir du soir où Cherif Chekatt avait semé la terreur dans les ruelles du centre, à l’heure où le marché de Noël s’apprêtait à fermer.

Armé d’un pistolet et d’un couteau, il avait tué cinq hommes et blessé une dizaine de personnes avant d’être tué par une patrouille de police après deux jours de cavale.

Le 11 décembre, une journée d’hommage sera organisée en souvenir des victimes de l’attentat, moment d’émotion à mi-course du marché de Noël. Vendredi soir, le maire de Strasbourg Roland Ries leur a dédié cette 450e édition de la manifestation, où quelque 2 millions de visiteurs sont attendus.

Cette année, les mesures de sécurité ont encore été renforcées, qu’il s’agisse des effectifs des forces de l’ordre ou du filtrage des visiteurs sur les ponts qui conduisent au centre historique.

La crainte du terrorisme ne semble pourtant pas avoir découragé les visiteurs, pour la plupart convaincus que les attentats peuvent se dérouler « n’importe où ».

« Les tendances sont bonnes, on a une montée en charge des réservations qui est très encourageante pour l’ensemble de la saison des marchés de Noël, mais on a toujours une inquiétude à cause de la grève SNCF du 5 décembre », explique Pierre Siegel, du Groupement des hôteliers, restaurateurs et débitants de boissons du Bas-Rhin.

« Vous voir aussi nombreux ce soir, ça montre qu’on est forts et qu’on ne lâchera rien ! », a lancé vendredi soir à la foule la marraine des illuminations de cette édition, la chanteuse Chimène Badi, avant d' »allumer » une à une les rues de la ville à l’aide d’une baguette magique.

Avec un budget qui devrait atteindre 4,5 à 5 millions d’euros pour ce marché, dont près d’un million pour la sécurité, Strasbourg attend environ 250 millions d’euros de retombées économiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Nobel de littérature: Yvetot valait donc bien Constantinople (Retour sur la première femme écrivain française nobélisée qui au nom de la justesse et de la justice n’a pas hésité à se faire la Madone du RER et l’écrivaine cégétiste qui écrit des livres de dactylo dans les supermarchés)

8 octobre, 2022

 (Image: News18)French author Annie Ernaux awarded Nobel Prize in Literature 2022; a look at her life and career (Image: News18) (Image: News18)

Soyez fils de votre Père qui est dans les cieux (qui) fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et (…) pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Matthieu 5: 45)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre,  il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul (Galates 3: 28)
Il n’y a pas en littérature de beaux sujets d’art, et qu’Yvetot donc vaut Constantinople ; et qu’en conséquence l’on peut écrire n’importe quoi aussi bien que quoi que ce soit. L’artiste doit tout élever ; il est comme une pompe, il a en lui un grand tuyau qui descend aux entrailles des choses, dans les couches profondes. Il aspire et fait jaillir au soleil en gerbes géantes ce qui était plat sous terre et qu’on ne voyait pas. Gustave Flaubert (lettre à Louise Colet, 25 juin 1853
C’est peut-être dans la Bible qu’on trouverait des procédés littéraires nouveaux et l’art de laisser les choses à leur place. Marcel Schwob (lettre à Jules Renard, 1891)
Il va de soi que ce mélange des styles ne dénote aucune intention esthétique. Au contraire, il caractérise dès l’origine les écrits judéo-chrétiens ; il fut encore souligné par l’incarnation de Dieu dans un homme du dernier rang, par son existence terrestre parmi les humbles, par sa Passion ignominieuse au jugement du monde, et, par suite de la vaste diffusion et du puissant effet de ces écrits à une époque postérieure, agit naturellement de façon décisive sur la représentation du tragique et du sublime. (…) tout se joue entre des gens communs issus du peuple; une telle action, pour les Anciens, aurait fait la matière d’une farce ou d’une comédie. Et pourquoi n’avons-nous rien de tel ici? Pourquoi ce texte éveille-t-il en nous une profonde et grave sympathie? Parce qu’il représente quelque chose que ni la poésie antique ni l’historiographie antique n’ont jamais représenté: la naissance d’un mouvement spirituel dans les profondeurs du peuple, au sein des circonstances quotidiennes de l’existence du temps. Un nouveau cœur et un nouvel esprit naissent sous nos yeux. Ce que nous disons ici ne s’applique pas seulement au reniement de Pierre, mais à tous les faits que nous rapportent les livres du Nouveau Testament; dans chacun d’entre eux il s’agit toujours de la même question, toujours du même conflit, auquel tout homme se trouve forcément confronté et qui par là est un conflit toujours inachevé et infini. Il met en mouvement le monde entier des hommes, tandis que les enchevêtrements de destin et de passion que connaît l’antiquité gréco-romaine ne concernent directement qu’un seul individu, celui qui s’y trouve impliqué; c’est seulement en vertu d’une relation très générale, parce que nous sommes aussi des hommes, c’est-à-dire soumis au destin et aux passions, que nous ressentons de la terreur et de la pitié. Pierre, en revanche, ainsi que les autres personnages du Nouveau Testament sont plongés dans un mouvement général qui surgit des profondeurs, qui ne concerne d’abord qu’eux-mêmes et qui ne passe que très progressivement (les Actes des Apôtres illustrent le commencement de ce processus) au premier plan de l’histoire, mais qui dès le début est un mouvement sans limite qui aspire à toucher directement chaque homme et absorbe en lui tous les conflits purement personnels. Ainsi apparaît un monde d’une part tout à fait réel, quotidien, reconnaissable sous le rapport du temps, du lieu et des circonstances, et d’autre part ébranlé dans ses fondations, qui se transforme et se renouvelle sous nos yeux. Erich Auerbach (1946)
La naissance dans l’étable de Bethléem, la vie parmi les pêcheurs, des publicains et d’autres personnes du commun, la Passion avec touts ses épisodes réalistes et indignes ne convenaient ni au style de l’éloquence sublime ni à celui de la tragédie ou de la grande épopée; un tel arrière-plan, un tel environnement ne convenait guère, d’après les conceptions de l’esthétique augustéenne, qu’à l’un des genres littéraires les plus bas; mais le style bas de l’Ecriture sainte inclut le sublime. Erich Auerbach
Dans la littérature moderne, toute personne, quels que soient son caractère et sa position sociale, tout événement, qu’il appartienne à la légende, à la haute politique ou à la vie domestique, peut être représenté comme une réalité sérieuse, problématique et tragique, et le plus souvent se trouve effectivement représenté sous cette forme. Mais ceci est complètement impossible dans l’Antiquité. Il existe certes, dans la poésie pastorale ou amoureuse, quelques formes intermédiaires, mais dans l’ensemble la règle de la séparation des styles maintient son empire et demeure inviolée : tout ce qui est vulgairement réaliste, le quotidien tout entier, ne supporte qu’une représentation comique ; on n’en doit pas approfondir les problèmes virtuels. Un tel principe fixe d’étroites limites au réalisme, et on peut dire, en prenant le mot réalisme en un sens plutôt strict, qu’il ôtait à la littérature toute possibilité de prendre au sérieux les métiers et les états de la vie quotidienne – commerçants, artisans, paysans, esclaves –, le décor de la vie quotidienne – maison, atelier, boutique, champ –, les circonstances de la vie quotidienne – mariage, naissance d’un enfant, travail, nourriture –, bref de prendre au sérieux le peuple et la vie du peuple. (…) Au contraire, [le mélange des styles] caractérise dès l’origine les écrits judéo-chrétiens (…) Une figure tragique d’une telle origine, un héros si faible mais qui puise sa force dans sa faiblesse même, un tel va et vient du pendule, est incompatible avec le style élevé de la littérature classique gréco-romaine. (…) Du même coup, les conventions stylistiques de l’Antiquité disparaissent car il est impossible de représenter autrement qu’avec le plus grand sérieux l’attitude de chacun des individus qui se voient impliqués dans le mouvement ; tel pêcheur parmi les autres, ou tel publicain, ou tel jeune homme riche, telle Samaritaine ou telle femme adultère, chacun et chacune pris dans sa vie de tous les jours, se trouvent confrontés directement à la personne de Jésus, et l’attitude de chacune de ces personnes à ce moment précis est nécessairement une chose tragique. La règle stylistique de l’Antiquité, pour laquelle la représentation réaliste, la description de la vie quotidienne ne pouvaient relever que de la comédie (ou au mieux de l’idylle) est par conséquent incompatible avec la représentation de forces historiques dès que celle-ci s’efforce de rendre les choses concrètement. Car alors, elle est contrainte de descendre dans les profondeurs de la vie quotidienne du peuple, elle est dans l’obligation de prendre au sérieux ce qu’elle y rencontre, tandis qu’à l’inverse, la règle stylistique ne peut subsister que là où on renonce à rendre concrètement les forces historiques, où on n’éprouve même pas le besoin d’en tenir compte. Il va de soi que dans les écrits évangéliques cette prise de conscience de forces historiques revêt un caractère parfaitement « non scientifique » ; elle se réduit à des faits concrets et ne les dépasse pas à l’aide de concepts qui systématiseraient des expériences. (…) Néanmoins, quelle que soit la nature du mouvement que les récits évangéliques ont introduit dans l’historiographie, l’essentiel réside en ceci : que les couches profondes qui restaient immobiles aux yeux des observateurs antiques commencent à entrer en mouvement. Erich Auerbach
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui a inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard 
D’une manière générale, mon souhait est d’écrire littérairement dans la langue de tous. C’est un choix qu’on pourrait qualifier de politique, puisque c’est une façon de détruire les hiérarchies, d’accorder la même importance de signification aux paroles, aux gestes des gens, quelle que soit leur place dans la société. Annie Ernaux (conférence à Yvetot, 2012)
Il y a beaucoup de livres qui ont pour moi valeur de littérature, bien qu’ils ne soient pas classés dans la littérature, des textes de Michel Foucault, de Bourdieu, par exemple. C’est le bouleversement, la sensation d’ouverture, d’élargissement, qui fait pour moi la littérature. Annie Ernaux
J’aimerais m’attarder sur cette notion d’intime qui, en un peu plus d’une décennie, est venue au premier plan, a fourni une classification littéraire  – « écrits intimes » – , a fait l’objet de débats dits de société à la télé et dans les magazines, se confond plus ou moins avec le sexuel (auquel il a été longtemps associé, faire sa toilette intime). On peut imaginer que l’émergence de cette notion a quelque chose à voir avec une modification de la perception de soi et du monde, qu’elle en est le signe. Toujours est-il que l’intime est, pour le moment, une catégorie de pensée à travers laquelle on voit, aborde et regroupe des textes. Cette façon de penser, de classer, m’est étrangère. L’intime est encore toujours du social, parce qu’un moi pur, où les autres, les lois, l’histoire, ne seraient pas présents est inconcevable. Quand j’écris, tout est chose, matière devant moi, extériorité, que ce soit mes sentiments, mon corps, mes pensées ou le comportement des gens dans le RER. Dans L’Événement, le sexe traversé par la sonde, les eaux et le sang, tout ce qu’on range dans l’intime, est là, de façon nue, mais qui renvoie à la loi d’alors, aux discours, au monde social en général. Existe-t-il un intime à partir du moment où le lecteur, la lectrice, ont le sentiment qu’ils se lisent eux-mêmes dans un texte ? (…) Je me considère très peu comme un être singulier, au sens d’absolument singulier, mais comme une somme d’expérience, de déterminations aussi, sociales, historiques, sexuelles, de langages, et continuellement en dialogue avec le monde (passé et présent), le tout formant, oui, forcément, une subjectivité unique. Mais je me sers de ma subjectivité pour retrouver, dévoiler les mécanismes ou des phénomènes plus généraux, collectifs. Annie Ernaux
Lire dans les années 1970 Les Héritiers, La Reproduction, plus tard La Distinction, c’était – c’est toujours – ressentir un choc ontologique violent. J’emploie à dessein ce terme d’ontologique : l’être qu’on croyait être n’est plus le même, la vision qu’on avait de soi et des autres dans la société se déchire, notre place, nos goûts, rien n’est plus naturel, allant de soi dans le fonctionnement des choses apparemment les plus ordinaires de la vie. Et, pour peu qu’on soit issu soi-même des couches sociales dominées, l’accord intellectuel qu’on donne aux analyses rigoureuses de Bourdieu se double du sentiment de l’évidence vécue, de la véracité de la théorie en quelque sorte garantie par l’expérience : on ne peut, par exemple, refuser la réalité de la violence symbolique lorsque, soi et ses proches, on l’a subie. Il m’est arrivé de comparer l’effet de ma première lecture de Bourdieu à celle du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, quinze ans auparavant : l’irruption d’une prise de conscience sans retour, ici sur la condition des femmes, là sur la structure du monde social. Irruption douloureuse mais suivie d’une joie, d’une force particulières, d’un sentiment de délivrance, de solitude brisée. Cela me reste un mystère et une tristesse que l’œuvre de Bourdieu, synonyme pour moi de libération et de « raisons d’agir » dans le monde, ait pu être perçue comme une soumission aux déterminismes sociaux. Il m’a toujours semblé au contraire que, mettant au jour les mécanismes cachés de la reproduction sociale, en objectivant les croyances et processus de domination intériorisés par les individus à leur insu, la sociologie critique de Bourdieu défatalise l’existence. En analysant les conditions de production des œuvres littéraires et artistiques, les champs de luttes dans lesquelles elles surgissent, Bourdieu ne détruit pas l’art, ne le réduit pas, il le désacralise simplement, il en fait ce qui est beaucoup mieux qu’une religion, une activité humaine complexe. Et les textes de Bourdieu ont été pour moi un encouragement à persévérer dans mon entreprise d’écriture, à dire, entre autres, ce qu’il nommait le refoulé social. Le refus opposé, avec une extrême violence parfois, à la sociologie de Pierre Bourdieu vient, me semble-t-il, de sa méthode et du langage qui lui est lié. Venu de la philosophie, Bourdieu a rompu avec le maniement abstrait des concepts qui la fonde, le beau, le bien, la liberté, la société, et donné à ceux-ci des contenus étudiés concrètement, scientifiquement. Il a dévoilé ce que signifiaient dans la réalité le beau quand on est agriculteur ou professeur, la liberté si l’on habite la cité des 3 000, expliqué pourquoi les individus s’excluent eux-mêmes de ce qui, de façon occulte, les exclut de toute façon. Comme dans la philosophie et, le meilleur des cas, la littérature, c’est encore et toujours de la condition humaine qu’il s’agit, mais non d’un homme en général, des individus tels qu’ils sont inscrits dans le monde social. Et si un discours abstrait, au-dessus des choses, ou prophétique, ne dérange personne, il n’en est pas de même dès lors qu’on donne le pourcentage écrasant d’enfants issus de milieux dominants intellectuellement ou économiquement dans les grandes écoles, qu’on révèle de manière rigoureuse les stratégies du pouvoir, ici et maintenant aussi bien chez les universitaires (Homo academicus) que dans les médias. Question de langage ; substituer, par exemple, à « milieux, gens, modestes » et « couches supérieures » les termes de « dominés » et « dominants », c’est changer tout : à la place d’une expression euphémisée et quasi naturelle des hiérarchies, c’est faire apparaître la réalité objective des rapports sociaux. Le travail de Bourdieu, acharné comme Pascal à détruire les apparences, à rendre manifeste le jeu, l’illusion, l’imaginaire social, ne pouvait que rencontrer des résistances dans la mesure où il contient des ferments de subversion, où il débouche sur une transformation du monde, dont l’ouvrage qu’il a dirigé avec son équipe de chercheurs, le plus connu, montre la misère. Si, avec la mort de Sartre, j’ai pu avoir le sentiment que quelque chose était achevé, intégré, que ses idées ne seraient plus actives, qu’il basculait, en somme, dans l’histoire, il n’en va pas de même avec Pierre Bourdieu. Si nous sommes tant à éprouver le chagrin de sa perte – j’ose, ce que je fais rarement, dire « nous », en raison de l’onde fraternelle qui s’est propagée spontanément à l’annonce de sa mort – nous sommes aussi nombreux à penser que l’influence de ses découvertes et de ses concepts, de ses ouvrages, ne va cesser de s’étendre. Comme ce fut le cas pour Jean-Jacques Rousseau, à propos de qui je ne sais lequel de ses contemporains s’insurgeait de ce que son écriture rendît le pauvre fier. Annie Ernaux
Il y a cette différence d’âge et de statut social, cette « pauvreté » du jeune homme qui est attirante : je veux être celle qui peut donner plein de choses. Chacun sait que donner, c’est prendre. Le côté économique compte beaucoup et je voulais même l’accentuer en listant tout ce que j’ai fait pour, non pas l’attacher, mais rétablir un ordre. (…) C’est un aspect de la domination qui est dû à mon âge, car je n’avais pas d’argent non plus. Cette domination-là lui facilite la vie mais je considère aussi les avantages. Lorsqu’il ne travaille pas, il me donne son temps : je le rétribue pour ça.  (…) Ce qui était le plus marquant était cette sensation de revivre, de me replonger dans une jeunesse, de retrouver une forme de spontanéité, de jeu. Le fait que cela se passe dans une ville où j’avais été jeune était d’autant plus troublant. Par exemple, revenir au restaurant universitaire que j’avais fréquenté tant d’années et dont la disposition intérieure n’avait pas changé fut particulièrement déroutant. Il y a là une sensation fantastique. (…) Ce qu’il m’a apporté, sans lui, je ne l’aurais pas. Ce qui était très difficile était ce sentiment de répétition tel qu’il ressemble à la mort. Être condamnée à répéter quelque chose qui, à mon sens, ne conduisait nulle part. Je me suis aperçue, en écrivant L’Événement, où je racontais comment j’avais expulsé cette grossesse non voulue, que, de la même façon, j’étais en train de le supprimer de mon existence. (…) Au même âge, je ne l’aurais même pas regardé. Il faisait un peu plouc. Il représentait ma propre plouquerie. C’est un aveu qui va sans doute me valoir des volées de bois vert. Cette image de moi qui est en lui satisfait quelque chose. D’autant que je ne peux pas dire que je suis restée comme ça. Là, on est en pleine domination économique et culturelle. (…) [La différence d’âge dans le couple] C’est toujours pareil. Il y a eu des livres de femmes sur ce sujet, comme celui de Camille Laurens. On a donné à ces femmes, qu’on appelle les cougars, le nom d’un fauve, d’un prédateur. Peut-être qu’il y a de ça mais pourquoi ne dit-on pas que les hommes sont des prédateurs ? Quand j’ai commencé ce texte, il y a plus de vingt ans, je ne voyais pas le scandale d’écrire cela. [Les Cahiers de L’Herne] Je ne me le représente pas comme quelque chose qui ferait de moi un classique. Ce qui me plaît dans la conception de ces Cahiers, c’est qu’ils ouvrent beaucoup de portes sur mon travail. Il y a des recherches très pointues, mais aussi des témoignages d’écrivains et d’écrivaines et d’autres personnes qui me connaissent d’un peu plus près. Souvent, on prend les Cahiers de L’Herne comme quelque chose d’académique mais là, cela échappe à l’académique. C’est très divers. J’en suis l’objet mais, pour un lecteur, il y a dans ce qu’il lit quelque chose qui dépasse l’objet. Cela peut, presque, se lire comme une fiction. (…) le réel n’est pas accessible en vivant seulement, contrairement à la parole. Je mets dans le travail d’écriture quelque chose qui va au-delà de la vie ordinaire. C’est ça l’écriture. C’est devenu ça. Sans preuves écrites, je n’avance qu’à tâtons. (…) Plus jeune, je pratiquais deux écritures : celle pour obtenir mes examens et celle des lettres adressées à mes parents, que je simplifiais pour ne pas montrer une supériorité – alors que j’étais une sale gamine qui faisait exprès d’employer des mots compliqués pour embêter mon père. Par contre, je savais que ma mère les enregistrait. Je jouais le rôle de l’institutrice. Ensuite, quand j’écris d’Angleterre, j’ai 19 ans et je suis consciente de ce que font mes parents pour moi et donc je ne leur inflige pas une sorte de supériorité que je ressens d’ailleurs beaucoup moins à cette époque qu’à l’adolescence. (…) Au départ, c’est une écriture très violente. Mes premiers textes Venger sa race, Les Armoires vides, etc. sont violents… C’est écrivant sur quelqu’un de proche, comme mon père, que j’ai adopté une écriture qui n’est pas une écriture dominante, qui surplombe. À l’époque, je ne formulais pas les choses comme cela mais on aurait pu dire que c’était une voie étroite entre le populisme et le misérabilisme. C’était justement cette écriture du réel, factuelle – que j’ai malencontreusement qualifiée d’écriture plate –, qui ne donne pas prise aux jugements du lecteur que je présumais toujours comme bourgeois. J’étais très arc-boutée sur cette position et j’ai donc écrit La Place dans cette optique. Cette écriture-là, je l’ai faite mienne, avec quand même des changements importants. Si vous prenez Le Jeune Homme et que vous le comparez à La Place, ou même Passion simple vous voyez bien qu’il y a une évolution. (…) C’est une écriture objective. Objectiver non seulement le matériel mais aussi ce qui est plus difficile : les choses mentales, abstraites comme les sentiments. (…) C’est presque devenu naturel chez moi. Pour moi, la fiction a lieu dans la construction du livre, c’est-à-dire que l’organisation d’un livre donne un sens en soi. Je n’ai pas besoin de la fiction. Écrire ne se confond pas avec imaginer, ni avec un laisser-aller : pour moi, écrire, c’est retrouver. (…) Il y avait cette idée que je faisais de l’autobiographie toute simple, et donc que c’était facile. C’est ce côté-là qui m’était reproché. (…) Passion simple, ça a été un grand moment de réception contrastée. On m’a aussi reproché mon écriture plate, ou, souvent, la crudité de mes propos, notamment dans le journal que j’ai publié sur ma mère, Je ne suis pas sortie de ma nuit. On se demandait comment on pouvait oser parler de sa mère ainsi, mais je ne parlais pas de ma mère, je parlais d’une maladie. (…) Je me souviens d’un écrivain avec lequel j’entretenais des rapports très amicaux. Il m’a demandé comment je pouvais parler d’hypermarchés dans un livre. Je lui ai répondu que c’était la réalité. Même si nous avons évolué sur ce que l’on peut montrer ou pas, l’argent reste sale. Quant à l’hypermarché, il ne devance jamais la société. Il crée tout, même des désirs, et il ne va voir que son intérêt. Faire des rayons garçon/fille, cela s’appelle de la segmentation, et cela fait gagner plus d’argent. Si, au moment du ramadan, ils proposent des produits adaptés, ce n’est pas parce qu’ils veulent une mixité sociale : c’est parce qu’ils gagnent de l’argent avec ça. (…) En général, rien ne me fait peur en écriture. (…) Je me souviens m’être dit, au moment où j’envisageais Les Années, « il manque du danger là-dedans ». Alors, ce qui était dangereux, c’était la forme. [Pour L’Usage de la photo] je n’y ai même pas pensé. J’avais oublié comment ce bouquin avait été stigmatisé. Pour plein de raisons : parce que je ne l’ai pas écrit toute seule, parce qu’allier le cancer et l’érotisme, cela paraît difficile… (…) [Parler de la boulimie] C’est rare, mais pour moi, en effet, c’est très important. La boulimie est une horreur et les filles qui en sont affligées en ont honte. Cela fait davantage honte que l’anorexie car la boulimie, c’est la matérialité : on mange beaucoup, on exècre beaucoup… C’est horrible ! L’évoquer, à cette distance-là, n’était pas très courageux, mais je voulais montrer cette addiction animale à la nourriture : on se jette sur du chocolat jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus – pour moi, avec le commerce de mes parents, c’était inépuisable. Dans L’Événement, j’ai écrit « Il n’y a pas de vérités inférieures. » Effectivement, là, je ne cache rien, et il fallait que j’aille au bout. Les gens qui ont vu le film – où la réalisatrice ne cache rien non plus – ont été surpris de voir comment cela se passait autrefois. (…) Toutes ces réflexions à propos de Proust, c’est parce que je faisais un cours sur lui. Et je voulais, au fond, ne pas avoir un regard universitaire sur lui. Je relisais ses écrits et je me suis arrêtée sur ce fameux geste de Gilberte dont Proust ne dit rien. J’ai parlé à des spécialistes et ils en sont à se demander quel était ce fameux geste. Je suis une fan de Proust mais en même temps, il y a une dimension sociale qui m’est insupportable. La façon dont il parle de Françoise… Il y a des phrases terribles où il compare tout de même sa façon de regarder le monde à celle d’un chien. Une sorte de vie inférieure. Il y a là quelque chose de profondément douloureux pour moi car, si beaucoup de lecteurs considèrent que Françoise n’a rien à voir avec leur vie, pour moi, profondément, Françoise, c’est tous mes ascendants. (…) Au début des années 1980, il y a eu un retour de la littérature au réel. Les textes de Pierre Bergounioux, Pierre Michon, Leslie Kaplan ou François Bon incarnaient ce mouvement. Mon premier livre, Les Armoires vides, date de 1974. Là, effectivement, j’étais un peu précurseur. On a considéré ce livre comme un ovni. Dans les années 1970, la littérature des femmes était pourtant très florissante. J’ai poursuivi dans cette voie et La Place a eu le prix Renaudot. Ce livre a tout de suite été remarqué par l’Éducation nationale. Il y a même eu un sujet de Capes qui portait sur La Place ! J’étais devenue un classique, dès la sortie du livre. (…) Je pense qu’écrire relève de la politique, mais il ne contient pas une politique. Les livres ne sont jamais des manifestes. Dans Les Années, certains ont tiqué et ont pointé du doigt le regard de gauche. Je ne voyais pas comment j’aurais pu tenir une sorte de balance… De toute façon, Les Années, c’est une mémoire collective, mais depuis une mémoire individuelle. Je ne suis pas allé puiser dans Internet ou dans les mémoires écrits. C’est à travers tout ce que ma mémoire retient, notamment ce que mes parents m’ont dit sur la guerre de 14, les corps de ferme. Mais je n’ai jamais cherché l’objectivité dans ce genre de livre. (…) J’ai été fortement marquée par l’éducation reçue dans un pensionnat et par ma mère qui était une vraie catholique. Je fais mon salut en écrivant. Il s’agit de sauver dans tous les sens : sauver son âme mais aussi garder, protéger de la disparition. Pourquoi suis-je venue au monde ? Il y avait quelque chose à faire et ce que je pouvais faire de mieux, c’était écrire. Assez tôt, j’ai eu cette conviction. À 20 ans. Avant, je n’avais pas le sens de vouloir sauver le monde. (…) [Etre régulièrement citée pour le prix Nobel] Ce n’est pas un cadeau. Je n’aime pas du tout ce système de prix. C’est malsain. Chaque année, je vois bien à quel point cela obsède les écrivains qui attendent. Il y a toujours une hiérarchisation en France. Il faut toujours un gagnant. Le prix Goncourt est souvent très difficile à gérer avec cette peur du livre d’après… Même moi, après La Place, j’ai souvent été perturbée. Le prix Marguerite-Yourcenar, c’est autre chose, c’était un prix pour l’ensemble. Quant au Nobel, c’est faire partie d’une brochette… Ça n’a pas beaucoup de sens au regard du temps. Je me souviens d’une Suédoise, Sigrid Undset, qui a eu le Nobel dans les années 1920. Quand je l’ai découverte, c’était ses livres qui comptaient. C’est cela qui fait que l’on reste, ce n’est pas le titre, mais la valeur des textes. Annie Ernaux
[Se réconcilier ?] Eh bien non, c’est pas possible. Je me dis que voilà, la coupure est à l’intérieur de moi. Ce sont deux mondes irréductibles. La lutte des classes est en moi. J’ai un mode de vie, une façon physique d’apparaître qui est celle de la classe dominante, je vais pas me le cacher. Mais je sais quelle était ma vision de petite fille, d’adolescente, et ce n’est pas réconciliable. Ma mémoire est dans un monde et ma vie est dans un autre et ça, c’est insupportable. Voyez, ce matin je sors de chez moi pour prendre le RER, et je vois qu’une grosse maison se construit. Il faisait très froid. Je vois un garçon avec une brouette. Immédiatement, je n’ai pas besoin de penser, me revient que travailler de ses mains c’est dur, c’est très, très dur. J’ai vu mon père travailler de ses mains, et pourtant je viens là, à Gallimard. Il n’y a pas de réconciliation, sinon sur un plan politique. Mais intérieurement, ce n’est pas possible. (…) Je vais pas dire que je me sens traître, mais j’ai tout de suite conscience qu’il y a des mondes ennemis, des classes sociales, qu’il y a de la liberté d’un côté et de l’aliénation de l’autre. Oui, j’ose employer ce terme marxiste, et on va pas me la faire « Mais non, il est très heureux cet homme qui fait des choses de ses mains. » Et en continuant sur le chemin du RER, je me disais : mais pourquoi je pense toujours comme ça ? Ça sert à quoi d’avoir vu ce garçon, d’avoir pensé à ça ? Ça ne m’empêche pas de vous rencontrer, de parler, d’avoir l’usage de la parole, de proférer des choses révoltées. Mais il faut que ça aille au delà. (…) Le dimanche ça dépasse le lieu, l’ennui, l’attente. C’est un trou, le dimanche, c’est métaphysique, le dimanche, c’est un leitmotiv de ce que j’écris. J’aimais beaucoup le mot dimanche quand j’étais petite fille et en même temps, ça a été très lié à des jours sombres, d’avoir l’impression de saisir le cœur du temps de la vie. J’ai commencé d’écrire un dimanche plusieurs fois. C’est là où on devrait se poser toutes les questions possibles, car le travail s’arrête. Tout peut arriver le dimanche. Pendant longtemps il n’y a pas eu de loisirs. Aujourd’hui, les gens fuient. Noël approche et ils vont se précipiter dans les magasins pour éviter cet ennui du dimanche. Quand on fait la révolution, c’est pour qu’il y ait un dimanche, le grand dimanche, non ? (…) [L’argent qui anime les combats ?] Pas seulement. J’ai bien aimé le film de Guédiguian, « Les Neiges du Kilimandjaro ». Il a posé en des termes qui ne sont pas forcément les miens, avec une bonté qui est peut-être excessive (moi j’aurais préféré plus de dureté), cette question de la coupure entre ces jeunes dont les parents sont des petites gens, qui vraiment ont du mal à s’en sortir, et ceux qui sont des héritiers, qui possèdent la culture et les réseaux sociaux. [Qui porte politiquement les attentes, les désirs de ces petites gens ?] Personne, ou alors il faudrait dire, hélas, Marine Le Pen, mais on va pas dire ça… Le Front de Gauche, si, bien sûr, c’est lui seul. Je vais voter Front de Gauche, Mélenchon, car il reprend une parole, communiste mais pas seulement, qu’on n’entendait plus. (…) Quelle conscience avais-je de m’élever en étant bonne élève, en étant la meilleure à l’école ? D’où me venait cette certitude ? Il y avait des injonctions plutôt que des certitudes : « Si tu travailles bien en classe, tu seras mieux que tes parents, tu ne serviras pas au bistrot. » Comme j’étais dans une école privée, il y avait aussi un autre discours : c’est le bon dieu qui m’avait donné l’intelligence, il fallait que j’en fasse quelque chose. C’était un discours valorisant dans le fond. Quand j’ai commencé à enseigner, on avait un discours de l’inné, des dons. Certains sont faits pour réussir et d’autres, non. J’ai participé de cette croyance. Aujourd’hui, je pense que l’école est un instrument de promotion personnelle pour les classes intellectuelles supérieures, pas pour les autres. (…) [dans mes classes les filles ou garçons qui me ressemblaient ?] Je ne faisais rien de particulier, seulement leur donner le plus de confiance possible en eux. Ça se marquait à l’oral, la maîtrise de l’oral, c’est un marqueur d’origine sociale, la facilité de langage. J’ai eu la chance de commencer par des classes qu’on n’appelait pas encore « de relégation », des classes d’aide comptable, de secrétariat. C’était un lycée classique-moderne-technique, dans une petite ville de 7 000 habitants, en Haute-Savoie, avec des élèves très difficiles, des classes de quarante. Et ça a vraiment été un grand choc. Le français pour eux n’était pas aussi important que la compta ou apprendre à taper. Et là, j’ai compris que la culture que je leur transmettais ne s’imposait pas à tous. Et puis et puis il y avait ces sixièmes, où certains parlaient en patois savoyard. Il y avait beaucoup d’enfants d’ouvriers. J’ai vu le décalage immense avec les lycées de centre-ville de Lyon où j’avais fait mes stages. Il y a eu un retournement, moi aussi j’avais été une élève qui ne savait pas s’exprimer, ne comprenait pas les mots que les maîtresses utilisaient. J’ai écrit « Les Armoires vides » en étant professeur. Enseigner m’a vraiment donné envie d’écrire.(…) [Pas eu d’amies quand j’étais étiez jeune ?] . Non… [Pour l’avortement] Il faut se remettre dans les années d’avant Simone Veil, d’avant 68. C’était quelque chose de terriblement honteux, criminel. Ce n’est pas seulement mon cas personnel : la plupart du temps, les filles qui avaient recours, elles ne pouvaient pas l’ébruiter. (…) mais tout de même (…) cette amie du collège qui est en photo dans le livre, nous nous nous sommes revues presque cinquante ans après, et c’est seulement à ce moment que nous avons tout dit de la honte. Et elle, elle avait encore plus honte, c’est seulement là qu’on parle, cinquante ans après. On aurait pu, mais on ne pouvait pas, c’est ça la question. Les dominants ils ont une complicité, ils ont les mêmes intérêts. Tandis que quand on est dominé, comme nous l’étions, sans sentiment de classe politique, on le cachait et on le taisait. Elle était fille de paysan, moi d’épicier. On n’avait pas cette conscience de classe plus active que possédaient mes cousines filles d’ouvriers. Elles étaient plus agressives, plus revendicatives. (…) [A mes parents qui m’ont mise dans une institution privée où je me suis retrouvée totalement isolée et différente des autres] Je leur en ai voulu après être sortie de ce pensionnat. Je voulais en sortir, je ne voulais surtout pas faire ma classe de philo dans cet établissement religieux. Quand je suis arrivée au lycée de Rouen, la souffrance sociale que je vivais à Saint-Michel a continué, et s’est même aggravée, c’est ça qui était terrible. Rouen, c’était un lycée bourgeois dans une ville bourgeoise. Les professeurs étaient infiniment supérieurs à ceux de mon établissement précédent, en français, en histoire-géo n’en parlons pas, en physique. Vraiment, il régnait un état d’esprit tellement plus ouvert. De l’autre côté, il y avait dans cette classe de philo une majorité de filles de la grande bourgeoisie de Rouen, trois filles de médecins, la fille du préfet. C’était impalpable, mais ça contredisait l’idéal égalitaire de l’école laïque publique. Elles ne disaient pas bonjour, elles formaient des petits groupes, je n’en étais pas. A Rouen, j’ai eu une amie durant deux, trois ans, fille de représentant. Et là vous touchez quelque chose d’assez intime : elle ne m’a jamais invitée chez elle. Après, j’y ai pensé. Elle devait avoir une forme de honte, comme moi, mais moi, je l’ai invitée chez moi. Vous savez, c’est un sentiment de honte le sentiment de classe, de mon temps c’était très diffus, on éprouvait ça de façon solitaire, personnelle. (…) A l’âge où j’ai envie d’aller avec les garçons, il est évident que je ne veux pas aller avec un ouvrier. Je fais mon petit barème intérieur, je dois dire c’est assez stupide, je me fonde sur des critères nuls : la façon de s’habiller, de parler, pour m’apercevoir que ce sont des cruches. C’est vrai, je capte leurs codes, j’essaye de savoir si ça vaut le coup. [Ce qui n’était pas possible avec les amies, ce rapprochement, devient possible avec la sexualité] Jusqu’à un certain point. A une époque où on se marie, venant d’où je viens, il ne peut pas être question que j’épouse quelqu’un de bourgeois. Et pourtant, je le ferai quand même. (…) Ma mère, la perdre, c’est vraiment perdre quelque chose d’immense, son corps. C’est perdre une forme de double de soi, celle qui était en tant que femme avant moi, et ça se joue sur tous les plans, un plan charnel, le plan de la loi – ma mère était la loi : ce qu’il faut faire et pas faire, elle était comme Dieu. Elle est morte, Dieu est mort aussi. Mon père, lui, représente ma classe sociale, la classe dont je suis issue. C’est quelqu’un qui portait le monde paysan, le monde auquel ma mère voulait échapper, et elle a tout fait pour y échapper. Mon père non, et il avait aussi une culture ouvrière. Très certainement il était animé par une haine de classe à l’égard de la bourgeoisie. La honte qui le nourrissait, je la raconte. Un voyage-pèlerinage à Lourdes, une scène dans un restaurant où les gens riches du groupe sont bien servis car ils prennent le menu à la carte, et nous, personne ne prête attention à nous car nous sommes au menu. Il ressortait ça souvent, avec des mots d’une extrême violence sur les « bonnes femmes couvertes de bijoux ». Etre orpheline de son père, c’est être dépositaire de cette haine de classe, encore plus. (…) Je revis souvent des situations où je me sens exclue, alors que je ne le suis pas. C’est parce que je ne suis pas à ma place, je ne me sens pas à ma place, d’une façon ou d’une autre. Et maintenant, ça ne m’intéresse pas, je n’en souffre plus car ça ne m’intéresse pas d’appartenir à ce monde. Je n’ai jamais voulu en faire partie, sauf au moment où j’ai voulu y accéder. Mais à peine entrée, je n’ai eu de cesse de vouloir en sortir. [« Le luxe c’est de pouvoir vivre une passion. »] J’écris ça à la fin de « Passion simple ». Au moment où je vis cette passion et où je l’écris, je suis également très engagée contre la guerre du Golfe. Mais oui, à un moment la vie amoureuse prend le dessus, dans l’écriture, mais pas dans la vie réelle. La passion amoureuse et la révolte politique, cela va de pair. (…) La sexualité, l’usage de la sexualité, l’acte sexuel a une sorte de vertu pour moi de dégrisement, de vision froide, comme si on atteignait le cœur des choses, que ni le bien ni le mal n’existent. C’est cette expérience-là, et pour moi presque toujours, c’était le désir d’écrire après, de façon violente. L’acte sexuel permet d’accéder à la connaissance, que ça soit du bien ou du mal, peu importe. (…) Il n’y a pas que l’écriture qui sauve… J’ai fait partie de cette génération en 68 qui pensait : il faut faire table rase. Justement non, je crois qu’il faut transmettre. Par un mode de vie qui serait différent, qui ne soit pas dans l’urgence ni l’effacement permanent de ce qui vient de se passer, dans la consommation. Où les gens trouvent-ils le temps de réfléchir, de faire des liens ? On ne peut pas échapper à la politique et il faut y réfléchir. Cette période que nous vivons, avant la présidentielle, ça me paraît nul comme période, et je crois que la majorité des gens le savent. Ça ne va rien changer, on s’étourdit avec ça, c’est une imposture. Entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, je ne vois pas assez de différences. (…) Très souvent, vous voyez, on se demande pourquoi est-ce qu’on vit comme ça. Pourquoi est-ce qu’on se laisse complétement avoir par les dimanches où on va tous se précipiter dans les magasins, on va profiter des bons de réduction, des promotions. Comment casser ça, comment trouver plus de plaisir à faire la révolution qu’à aller acheter dans les magasins le dimanche ? Annie Ernaux (2016)
Les tours jumelles de Manhattan s’effondrant l’une après l’autre. On ne parvenait pas à sortir de la sidération, on en jouissait via les portables avec le maximum de gens. D’un seul coup, la représentation du monde basculait cul par dessus tête, quelques individus juste armés de cutters, avaient rasé en moins de deux heures les symboles de la puissance américaine. Le prodige de l’exploit émerveillait. Annie Ernaux (2011)
Je considère que c’est un très grand honneur qu’on me fait et, pour moi, en même temps, une grande responsabilité, une responsabilité qu’on me donne en me donnant le prix Nobel (…) c’est-à-dire de témoigner (…) d’une forme de justesse, de justice, par rapport au monde. Annie Ernaux
Quand je rentre à Paris, une fois par an, je vois trop de blancs. Annie Ernaux (2021)
Une fois de plus, on a frôlé l’affaire d’Etat, l’embrasement de la France comme naguère avec le burkini au motif qu’une entreprise française, Decathlon, a envisagé de commercialiser le hijab de course destiné aux filles et femmes musulmanes. Des bords de la droite et de l’extrême droite, du Modem, du Parti socialiste et de membres du gouvernement – des femmes notamment – ce fut à qui dénoncerait le plus fort ce funeste dessein. Le responsable de la communication de l’entreprise eut beau arguer que cette pièce de vêtement était destinée «à rendre le sport accessible pour toutes les femmes dans le monde», il y a eu consensus pour signifier tacitement que, en France, il en allait tout autrement, le port du voile contrevenant aux valeurs de la République. Des mails haineux et des menaces physiques à l’égard des vendeurs ont entraîné le retrait du projet par Decathlon et la réaction soulagée de Muriel Pénicaud, comme si la France venait d’échapper à un grand péril : «Heureusement qu’ils ont reculé.» A noter que personne ne s’est élevé contre la violence déployée à l’égard des employés de Decathlon, faute de pouvoir s’en prendre à celles qui portent le hijab. Si quelques voix ont souligné la liberté d’une entreprise privée de vendre ce qu’elle veut, d’autres rappelé que c’est l’Etat qui est laïque et non pas les individus, lesquels ont le droit d’arborer les signes d’une pratique religieuse (la loi de 1905 n’a pas obligé les prêtres à enlever leur soutane ni les religieuses leur voile), il n’a pas été fait mention de cette violence infligée, une nouvelle fois, à une partie des femmes qui vivent, travaillent, étudient sur le sol français, qui sont une composante de notre société. Violence, parce que sous couvert de défendre la liberté et l’égalité, dans les faits on tente de limiter le droit des femmes qui portent le hijab, ici, à faire du sport, là à chanter dans un télé-crochet (Mennel), à militer (Maryam Pougetoux), à accompagner des enfants en sortie scolaire (et se souvient-on de ce projet d’une sénatrice socialiste d’interdire le voile, dans leur domicile, aux assistantes maternelles ?), naguère à fréquenter les plages et se baigner. Bref, c’est de la vie collective qu’on cherche à les écarter. Violence, parce que dans cet épisode qui les concerne, elles, au premier chef, nul, dans les médias, à ma connaissance, ne s’est avisé de leur donner la parole (1). Qu’avaient-elles à dire sur cette possibilité de pratiquer le sport conformément à leur croyance ? Qu’éprouvaient-elles à entendre les propos stigmatisants proférés tous azimuts ? Tout se passe comme s’il n’y avait personne sous le «voile», pas d’être humain capable de réfléchir, de sentir, et de s’exprimer. La femme comme individu disparaît. On la réduit purement et simplement à un objet chargé, outre de sa signification musulmane – mais n’en doutons pas, à cause d’elle – d’un tombereau de symboles, soumission, archaïsme, étendard politique de l’islamisme, voire du jihad. En se référant à Simone de Beauvoir, on peut dire que sous le voile la femme n’est plus son corps, qu’il a disparu entièrement sous autre chose qu’elle (2). Plus que d’autres épisodes, celui du Decathlon me laisse une impression boueuse, parce que j’ai entendu trop de femmes politiques s’insurger contre le hijab et pas assez défendre la liberté de le porter. Parce que, de plus en plus, lorsque je croise une femme en hijab dans le bus ou à l’hypermarché, je peux, me mettant à sa place, penser que j’ai, dans la France d’aujourd’hui, le visage de son exclusion. Je pose la question, celle-là même que l’on met en avant pour faire valoir la liberté d’un choix existentiel : pourquoi refuser d’accorder aux individus un droit qui ne retire rien aux autres ? Comment nous, femmes féministes, qui avons réclamé le droit à disposer de notre corps, qui avons lutté et qui luttons toujours pour décider librement de notre vie pouvons-nous dénier le droit à d’autres femmes de choisir la leur ? Où est la sororité qui a permis, par exemple, la fulgurante expansion du mouvement #MeToo ? L’empathie, la solidarité cessent dès qu’il s’agit des musulmanes en hijab : elles sont le continent noir du féminisme. Ou plutôt d’un certain féminisme qui fait la guerre à d’autres femmes au nom d’une laïcité devenue le mantra d’un dogme qui dispense de toute autre considération. Si l’idée de me couvrir d’un voile – et plus encore celle que mes petites-filles le fassent – m’est profondément et intimement inimaginable, il me faut accepter que l’inverse, ne pas vouloir sortir sans hijab, puisse être vécu de la même manière absolue, intransigeante, quoi qu’il m’en coûte au regard de ce qu’est pour moi la liberté et une vie libre de femme. Qui suis-je pour obliger d’autres femmes à se libérer sans délai de la domination masculine ? Examiner loyalement son trajet personnel sous l’angle de la soumission et de la révolte à l’égard de celle-ci rabat l’orgueil et entame les certitudes. Je ne suis pas née féministe, je le suis devenue. N’y a-t-il pas de quoi échanger entre nous sur les images de notre identité sexuelle, sur le contrôle du corps féminin, l’injonction de le dévoiler ou le cacher, l’impératif impossible de rester toujours jeune ? Briser l’ignorance réciproque. Se parler comme le font ces adolescentes, l’une voilée et l’autre pas, que l’on voit marchant et riant ensemble dans les rues et les centres commerciaux. J’entends déjà les rires condescendants sur ma naïveté, les arguments définitifs qu’on m’assènera. Ni rire, ni pleurer, ni haïr mais comprendre, je reste fidèle au principe de Spinoza. Vouloir comprendre le sens de la pratique du hijab, ici et maintenant, c’est ne pas le séparer de la situation dominée des immigrés en France, ni par ailleurs des bouleversements, des mutations, de l’anomie même, des sociétés occidentales actuelles. C’est reconnaître dans celle qui choisit de le porter la revendication visible d’une identité, la fierté des humiliés. Annie Ernaux
Cette phrase, je n’ai pas besoin de la chercher loin. Elle surgit. Dans toute sa netteté, sa violence. Lapidaire. Irréfragable. Elle a été écrite il y a soixante ans dans mon journal intime. « J’écrirai pour venger ma race. » Elle faisait écho au cri de Rimbaud : « Je suis de race inférieure de toute éternité. » J’avais 22 ans. J’étais étudiante en lettres dans une faculté de province, parmi des filles et des garçons pour beaucoup issus de la bourgeoisie locale. Je pensais orgueilleusement et naïvement qu’écrire des livres, devenir écrivain, au bout d’une lignée de paysans sans terre, d’ouvriers et de petits commerçants, de gens méprisés pour leurs manières, leur accent, leur inculture, suffirait à réparer l’injustice sociale de la naissance. Qu’une victoire individuelle effaçait des siècles de domination et de pauvreté, dans une illusion que l’Ecole avait déjà entretenue en moi avec ma réussite scolaire. (…) La cherté des livres, la suspicion dont ils faisaient l’objet dans mon école religieuse me les rendaient encore plus désirables. Don Quichotte, Voyages de Gulliver, Jane Eyre, contes de Grimm et d’Andersen, David Copperfield, Autant en emporte le vent, plus tard Les Misérables, Les Raisins de la colère, La Nausée, L’Etranger : c’est le hasard, plus que des prescriptions venues de l’Ecole, qui déterminait mes lectures. (…) Ce sont des situations de la vie où être une femme pesait de tout son poids de différence avec être un homme dans une société où les rôles étaient définis selon les sexes, la contraception interdite et l’interruption de grossesse un crime. En couple avec deux enfants, un métier d’enseignante, et la charge de l’intendance familiale, je m’éloignais de plus en plus chaque jour de l’écriture et de ma promesse de venger ma race. Je ne pouvais lire « la parabole de la loi » dans Le Procès, de Kafka, sans y voir la figuration de mon destin : mourir sans avoir franchi la porte qui n’était faite que pour moi, le livre que seule je pourrais écrire. Mais c’était sans compter sur le hasard privé et historique. La mort d’un père qui décède trois jours après mon arrivée chez lui en vacances, un poste de professeur dans des classes dont les élèves sont issus de milieux populaires semblables au mien, des mouvements mondiaux de contestation : autant d’éléments qui me ramenaient par des voies imprévues et sensibles au monde de mes origines, à ma « race », et qui donnaient à mon désir d’écrire un caractère d’urgence secrète et absolue. Il ne s’agissait pas, cette fois, de me livrer à cet illusoire « écrire sur rien » de mes 20 ans, mais de plonger dans l’indicible d’une mémoire refoulée et de mettre au jour la façon d’exister des miens. Ecrire afin de comprendre les raisons en moi et hors de moi qui m’avaient éloignée de mes origines. Aucun choix d’écriture ne va de soi. Mais ceux qui, immigrés, ne parlent plus la langue de leurs parents, et ceux qui, transfuges de classe sociale, n’ont plus tout à fait la même, se pensent et s’expriment avec d’autres mots, tous sont mis devant des obstacles supplémentaires. Un dilemme. Ils ressentent, en effet, la difficulté, voire l’impossibilité d’écrire dans la langue acquise, dominante, qu’ils ont appris à maîtriser et qu’ils admirent dans ses œuvres littéraires, tout ce qui a trait à leur monde d’origine, ce monde premier fait de sensations, de mots qui disent la vie quotidienne, le travail, la place occupée dans la société. Il y a d’un côté la langue dans laquelle ils ont appris à nommer les choses, avec sa brutalité, avec ses silences, celui, par exemple, du face-à-face entre une mère et un fils, dans le très beau texte d’Albert Camus Entre oui et non. De l’autre, les modèles des œuvres admirées, intériorisées, celles qui ont ouvert l’univers premier et auxquelles ils se sentent redevables de leur élévation, qu’ils considèrent même souvent comme leur vraie patrie. Dans la mienne figuraient Flaubert, Proust, Virginia Woolf : au moment de reprendre l’écriture, ils ne m’étaient d’aucun secours. Il me fallait rompre avec le « bien-écrire », la belle phrase, celle-là même que j’enseignais à mes élèves, pour extirper, exhiber et comprendre la déchirure qui me traversait. Spontanément, c’est le fracas d’une langue charriant colère et dérision, voire grossièreté, qui m’est venu, une langue de l’excès, insurgée, souvent utilisée par les humiliés et les offensés, comme la seule façon de répondre à la mémoire des mépris, de la honte et de la honte de la honte. (…) Venger ma race et venger mon sexe ne feraient qu’un désormais.  (…) j’ai adopté, à partir de mon quatrième livre, une écriture neutre, objective, « plate » en ce sens qu’elle ne comportait ni métaphores ni signes d’émotion. La violence n’était plus exhibée, elle venait des faits eux-mêmes et non de l’écriture. Trouver les mots qui contiennent à la fois la réalité et la sensation procurée par la réalité allait devenir, jusqu’à aujourd’hui, mon souci constant en écrivant, quel que soit l’objet. Continuer à dire « je » m’était nécessaire. (…) Il est bon de rappeler que le « je », jusque-là privilège des nobles racontant des hauts faits d’armes dans des Mémoires, est en France une conquête démocratique du XVIIIe siècle, l’affirmation de l’égalité des individus et du droit à être sujet de leur histoire, ainsi que le revendique Jean-Jacques Rousseau dans ce premier préambule des Confessions : « Et qu’on n’objecte pas que n’étant qu’un homme du peuple je n’ai rien à dire qui mérite l’attention des lecteurs. (…) Dans quelque obscurité que j’aie pu vivre, si j’ai pensé plus et mieux que les rois, l’histoire de mon âme est plus intéressante que celle des leurs. » (…) Ecrivant dans un pays démocratique, je continue de m’interroger, cependant, sur la place occupée par les femmes, y compris dans le champ littéraire. Leur légitimité à produire des œuvres n’est pas encore acquise. Il y a en France et partout dans le monde des intellectuels masculins, pour qui les livres écrits par les femmes n’existent tout simplement pas, ils ne les citent jamais. La reconnaissance de mon travail par l’Académie suédoise constitue un signal de justice et d’espérance pour toutes les écrivaines. Dans la mise au jour de l’indicible social, cette intériorisation des rapports de domination de classe et/ou de race, de sexe également, qui est ressentie seulement par ceux qui en sont l’objet, il y a la possibilité d’une émancipation individuelle mais également collective. Déchiffrer le monde réel en le dépouillant des visions et des valeurs dont la langue, toute langue, est porteuse, c’est en déranger l’ordre institué, en bouleverser les hiérarchies. (…) Dans le monde actuel, où la multiplicité des sources d’information, la rapidité du remplacement des images par d’autres accoutument à une forme d’indifférence, se concentrer sur son art est une tentation. Mais, dans le même temps, il y a en Europe – masquée encore par la violence d’une guerre impérialiste menée par le dictateur à la tête de la Russie – la montée d’une idéologie de repli et de fermeture, qui se répand et gagne continûment du terrain dans des pays jusqu’ici démocratiques. Fondée sur l’exclusion des étrangers et des immigrés, l’abandon des économiquement faibles, sur la surveillance du corps des femmes, elle m’impose, à moi, comme à tous ceux pour qui la valeur d’un être humain est la même, toujours et partout, un devoir de vigilance. Quant au poids du sauvetage de la planète, détruite en grande partie par l’appétit des puissances économiques, il ne saurait peser, comme il est à craindre, sur ceux qui sont déjà démunis. Le silence, dans certains moments de l’Histoire, n’est pas de mise. (..) Si je me retourne sur la promesse faite à 20 ans de venger ma race, je ne saurais dire si je l’ai réalisée. C’est d’elle, de mes ascendants, hommes et femmes durs à des tâches qui les ont fait mourir tôt, que j’ai reçu assez de force et de colère pour avoir le désir et l’ambition de lui faire une place dans la littérature, dans cet ensemble de voix multiples qui, très tôt, m’a accompagnée en me donnant accès à d’autres mondes et d’autres pensées, y compris celle de m’insurger contre elle et de vouloir la modifier. Pour inscrire ma voix de femme et de transfuge social dans ce qui se présente toujours comme un lieu d’émancipation, la littérature. Annie Ernaux
Et qu’on n’objecte pas que n’étant qu’un homme du peuple je n’ai rien à dire qui mérite l’attention des lecteurs. (…) Dans quelque obscurité que j’aie pu vivre, si j’ai pensé plus et mieux que les rois, l’histoire de mon âme est plus intéressante que celle des leurs. Rousseau (Confessions)
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir. (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Albert Camus (préface américaine à L’Etranger, 1955)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus (discours de Suède, 1957)
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. (…) Le besoin de se justifier hante toute la littérature moderne du «procès». Mais il y a plusieurs niveaux de conscience. Ce qu’on appelle le «mythe» du procès peut être abordé sous des angles radicalement différents. Dans L’Etranger, la seule question est de savoir si les personnages sont innocents ou coupables. Le criminel est innocent et les juges coupables. Dans la littérature traditionnelle, le criminel est généralement coupable et les juges innocents. La différence n’est pas aussi importante qu’il le semble. Dans les deux cas, le Bien et le Mal sont des concepts figés, immuables : on conteste le verdict des juges, mais pas les valeurs sur lesquelles il repose. La Chute va plus loin. Clamence s’efforce de démontrer qu’il est du côté du bien et les autres du côté du mal, mais les échelles de valeurs auxquelles il se réfère s’effondrent une à une. Le vrai problème n’est plus de savoir «qui est innocent et qui est coupable?», mais « pourquoi faut-il continuer à juger et à être jugé? ». C’est là une question plus intéressante, celle-là même qui préoccupait Dostoïevski. Avec La Chute, Camus élève la littérature du procès au niveau de son génial prédécesseur. Le Camus des premières oeuvres ne savait pas à quel point le jugement est un mal insidieux et difficile à éviter. Il se croyait en-dehors du jugement parce qu’il condamnait ceux qui condamnent. En utilisant la terminologie de Gabriel Marcel, on pourrait dire que Camus considérait le Mal comme quelque chose d’extérieur à lui, comme un «problème» qui ne concernait que les juges, alors que Clamence sait bien qu’il est lui aussi concerné. Le Mal, c’est le «mystère» d’une passion qui en condamnant les autres se condamne elle-même sans le savoir. C’est la passion d’Oedipe, autre héros de la littérature du procès, qui profère les malédictions qui le mènent à sa propre perte. (…) L’étranger n’est pas en dehors de la société mais en dedans, bien qu’il l’ignore. C’est cette ignorance qui limite la portée de L’Etranger tant au point de vue esthétique qu’au point de vue de la pensée. L’homme qui ressent le besoin d’écrire un roman-procès n’ appartient pas à la Méditerranée, mais aux brumes d’Amsterdam. Le monde dans lequel nous vivons est un monde de jugement perpétuel. C’est sans doute le vestige de notre tradition judéo-chrétienne. Nous ne sommes pas de robustes païens, ni des juifs, puisque nous n’avons pas de Loi. Mais nous ne sommes pas non plus de vrais chrétiens puisque nous continuons à juger. Qui sommes-nous? Un chrétien ne peut s’empêcher de penser que la réponse est là, à portée de la main : «Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu juges contre toi-même : puisque tu agis de même, toi qui juges». Camus s’était-il aperçu que tous les thèmes de La Chute sont contenus dans les Epîtres de saint Paul ? (…) Meursault était coupable d’avoir jugé, mais il ne le sut jamais. Seul Clamence s’en rendit compte. On peut voir dans ces deux héros deux aspects d’un même personnage dont le destin décrit une ligne qui n’est pas sans rappeler celle des grands personnages de Dostoïevski. (…) Pour faire de Meursault un martyr, il faut lui faire commettre un acte vraiment répréhensible, mais pour lui conserver la sympathie du lecteur, il faut préserver son innocence (…) On nous conduit insensiblement à l’incroyable conclusion que le héros est condamné à mort non pour le crime dont il est accusé et dont il est réellement coupable, mais à cause de son innocence que ce crime n’a pas entachée, et qui doit rester visible aux yeux de tous comme si elle était l’attribut d’une divinité. René Girard (Critiques dans un souterrain, 1968/1976)
Il semble que la célébration de Mme Ernaux soit devenue obligatoire en France. Son dernier livre, Mémoire de fille, est unanimement salué par une critique béate. Le public suit. Les éditions Gallimard ont rassemblé son œuvre en un gros volume sous le titre: Ecrire la vie. La Pléiade est pour bientôt, le Nobel imminent, l’Académie s’impatiente, et ma fille l’étudie au lycée. Une suggestion à François Hollande: ouvrir le Panthéon aux vivants, spécialement pour Mme Ernaux. Seul Maxime Gorki a connu une gloire comparable, dans l’URSS des années 30. Il est permis de se méfier d’une telle sanctification collective. Récapitulons: en un demi-siècle, Annie Ernaux a successivement écrit sur son père, sa mère, son amant, son avortement, la maladie de sa mère, son deuil, son hypermarché. Cette fois c’est sur son dépucelage raté durant l’été 1958, en colonie de vacances, quand elle s’appelait Annie Duchesne. L’événement est raconté à cinquante ans de distance avec un sérieux inouï. Ce qui est étonnant avec Mme Ernaux, c’est à quel point ses livres, qui ne cessent de revenir sur ses origines modestes, ne le sont pas. C’est l’histoire d’un écrivain qui s’est installé au sommet de la société en passant sa vie à ressasser son injustice sociale. Ce dolorisme des origines révèle en réalité une misère de l’embourgeoisement. C’est comme si elle refusait d’admettre qu’elle s’en est très bien sortie ; 2016 n’effacera jamais 1958. Statufiée, Annie Ernaux prend son lecteur pour un abruti Mme Ernaux invente la plainte qui frime, la lamentation sûre d’elle. C’est regrettable, car il y a des bribes à sauver dans ce galimatias autosatisfait: «C’était un été sans particularité météorologique» sonne très modianesque ; et cet autoportrait «au total une jolie fille mal coiffée» évoque Sagan. Mais Sagan n’aurait jamais ajouté: «Je la sais dans la solitude intrépide de son intelligence.» A chaque fois que Mme Ernaux trouve quelque chose de beau, elle le gâte par une explication de texte laborieuse. Autre exemple: «Elle attend de vivre une histoire d’amour» est une phrase charmante, qui contient tout, y compris la déception à venir. Pourquoi ajouter: «il faut continuer, définir le terrain – social, familial et sexuel» comme si l’on devait se farcir un commentaire composé du bac français? A force d’être statufiée, Annie Ernaux prend son lecteur pour un abruti. Elle annihile son talent en le noyant sous sa propre exégèse fascinée. On regrette l’écrivain qu’elle a failli être, le livre qu’elle a failli écrire, la légèreté qu’elle se refuse depuis cet été 1958. Frédéric Beigbeder (2016)
Dans une tribune parue la semaine dernière dans Libération, la romancière Annie Ernaux revient sur la polémique autour du hijab de running et sur « l’embrasement de la France » qui s’ensuivit, selon ses propres mots. Pour Annie Ernaux, la violence, ce n’est pas de forcer certaines femmes à porter le hijab, ce n’est pas non plus de vouloir en affubler certaines fillettes, mais c’est de refuser la commercialisation d’un vêtement qui les enferme dans une identité. « Il n’a pas été fait mention de cette violence infligée, une nouvelle fois, à une partie des femmes qui vivent, travaillent, étudient sur le sol français, qui sont une composante de notre société », écrit-elle, affirmant ensuite que « c’est de la vie collective qu’on cherche à les écarter », et ne voyant pas combien l’emploi même des expressions « étudient sur le sol français » et « composante de notre société » met d’emblée ces femmes à part et fait d’elles des citoyennes de seconde zone. Comme lors de la polémique sur le burkini, il ne viendrait jamais à l’esprit de ces défenseurs du voile de se demander comment faisaient ces mêmes femmes avant que ces articles soient commercialisés, voire qu’ils existent. Si on les écoutait, on finirait par croire que jusqu’ici aucune Française de confession musulmane n’a jamais pu ni aller courir ni se baigner sur notre sol. « La loi de 1905 n’a pas obligé les prêtres à enlever leur soutane ni les religieuses leur voile », justifie Annie Ernaux, confondant allègrement citoyen lambda et représentant religieux. La romancière déplore ensuite « que dans cet épisode qui les concerne, elles, au premier chef, nul, dans les médias, à [sa] connaissance, ne s’est avisé de leur donner la parole », comme si les citoyennes de confession musulmane étaient toutes les mêmes et avaient nécessairement le même avis sur le hijab de running, le voile et la religion en général. C’est fou comme à chaque argument d’Annie Ernaux on sent à la fois une profonde connaissance du sujet mais également la volonté d’éviter tout cliché, comme lorsqu’elle fait le vœu que les adultes puissent « échanger » sur le sujet, « se parler, écrit-elle, comme le font ces adolescentes, l’une voilée et l’autre pas, que l’on voit marchant et riant ensemble dans les rues et les centres commerciaux » : c’est beau comme une pub des Inconnus pour Benetton. Mais Annie Ernaux ne pouvait pas s’arrêter là. Il fallait, comme tout bon article sur le sujet, rappeler à quel point la France est méchante et à quel point c’est elle qui cherche à instaurer un séparatisme et non pas ceux qui l’appellent de leurs vœux : « Parce que, de plus en plus, lorsque je croise une femme en hijab dans le bus ou à l’hypermarché, je peux, me mettant à sa place, penser que j’ai, dans la France d’aujourd’hui, le visage de son exclusion. » Par un de ces prodigieux renversements dont les défenseurs invétérés du voile ont le secret, ce seraient les contempteurs de ce fameux « bout de tissu » qui seraient responsables de la disparition de la femme sous son voile et de sa perte d’identité : « Tout se passe comme s’il n’y avait personne sous le « voile », pas d’être humain capable de réfléchir, de sentir, et de s’exprimer. La femme comme individu disparaît. On la réduit purement et simplement à un objet chargé, outre de sa signification musulmane – mais n’en doutons pas, à cause d’elle – d’un tombereau de symboles, soumission, archaïsme, étendard politique de l’islamisme, voire du jihad. »« Pourquoi refuser d’accorder aux individus un droit qui ne retire rien aux autres ? », s’interroge ensuite la romancière. C’est vrai qu’il n’y a, sur la planète, aucune femme qui se bat pour avoir le droit d’enlever son voile. « Qui suis-je pour obliger d’autres femmes à se libérer sans délai de la domination masculine ? », demande-t-elle pour finir. Peut-être une citoyenne française héritière de la laïcité à la française, d’une laïcité qui a toujours refusé, contrairement aux pays anglo-saxons, de se soumettre au marché et qui a préféré défendre son modèle républicain, notamment l’égalité entre les hommes et les femmes. Samuel Piquet
La liaison amoureuse qu’elle nous rapporte l’unit pendant deux ans en toute fin du XXe siècle à un étudiant qui était son cadet de trente ans et qui s’est épris d’elle de façon fervente ; de plus, ladite aventure va nous être narrée en juste 40 pages (dans la collection Blanche de Gallimard) avec force détails qui sont d’ailleurs de lecture plaisante. Pour rappel, Ernaux est issue de la classe populaire. Or, l’âge adulte étant largement venu et s’accompagnant d’une aisance acquise via d’importants droits d’auteur, l’autrice se retrouve parfaitement bourgeoise, jusqu’à faire visiter à son jeune amant désargenté belles villes et belles plages aux quatre coins de l’Europe ; reste qu’entre les deux amants subsiste ce gap de trente ans parfois lourd à porter. On serait tenté de dire que la présente fiction telle qu’elle fut vécue offre un caractère expérimental : qu’arrive-t-il lorsqu’une femme mûre se lie avec un « jeune » et se donne à voir à son bras en maints endroits — restaurants, plages ou autres — imitant les agissements de quantité de mâles adultes s’accompagnant de très jeunes femmes, parfois même de gamines ? Or, le bref roman que nous lisons est celui de la relation inverse, celui de la femme mûre au bras d’un jeune homme, qui ne peut guère que déclencher des « ça ne se fait pas » ou des « ça n’est pas permis ». Et la narratrice de noter : « Devant le couple que nous formions visiblement, les regards se faisaient impudents, frôlaient la sidération, comme devant un assemblage contre nature. Ou un mystère. Ce n’était pas nous qu’ils voyaient, c’était, confusément, l’inceste.» (p. 30). De fait, L’Œdipe façon Sophocle n’est pas loin, comme on peut voir. Le deal dont aime à parler la romancière entre A et elle-même tient du retournement de situation. Elle fut une jeune fille issue de la classe populaire avec des manières et un parler propres à cette classe. Par les études et par son talent d’artiste, elle s’en est sortie. Elle peut s’afficher désormais avec un jeunot mais il est clair que ce n’est guère accepté d’une femme adulte et dominante, sauf à susciter des regards envieux chez des femmes de même âge et de condition semblable. Nous pouvons dire qu’Ernaux est allée à l’école de Pierre Bourdieu, ce qu’elle a d’ailleurs fait, le lisant bien et beaucoup. À quelques endroits, elle relève des gestes et usages de son compagnon, gestes et conduites qu’elle connut elle-même en son jeune temps, chez elle ou chez ses pareilles. Ce que la romancière note avec une grande finesse qui confine par moments à la cruauté, faisant de son amant un « passé incorporé » : « Il était le porteur de la mémoire de mon premier monde. Agiter le sucre dans sa tasse de café pour qu’il fonde plus vite, couper ses spaghettis, détailler une pomme en petits morceaux piqués ensuite au bout du couteau, autant de gestes que je retrouvais en lui, de façon troublante. » (p. 21) Que nombre de fictions puissent ainsi proposer d’excellentes leçons de sociologie, la littérature le sait mieux aujourd’hui et le donne à voir. Annie Ernaux excelle dans cette veine, pour notre plus grand plaisir. Son Jeune homme, qui est un roman-essai très réussi dans sa brièveté même, nous le dit à chaque page et l’on s’en réjouit. Jacques Dubois
Annie Ernaux. 16ème écrivain français à être recomposé et 17ème femme à obtenir la plus haute distinction littéraire au monde. Annie Ernaux succède à l’écrivain tanzanien Abdelrazak Gurnah (2021) et à la poétesse américaine Louise Glück (2020). Elle est récompensée pour « le courage et l’acuité clinique avec laquelle elle découvre les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle ».  Julie Viers
La tribune signée par des intellectuels et des artistes est un exercice classique dans la vie intellectuelle (et politique). On ne les compte plus. Moi-même, j’en signe. Ça me rassure : je vérifie ainsi que je suis bien un intellectuel (et un artiste). Et que je continue à m’intéresser au monde. Certaines sont plus pertinentes que d’autres, certes. Vous vous souvenez certainement de cette tribune qui, à l’initiative d’Annie Ernaux, a permis de débusquer de son trou le nazi Richard Millet (alias M le maudit). Ce fut un lynchage organisé. L’abject individu en a d’ailleurs perdu son emploi. Bien fait pour lui. Pour une fois qu’une tribune est efficace, il y a de quoi se réjouir ! Et puis j’aime bien les comités d’épuration, ils aident à rendre la justice. La même Ernaux a d’ailleurs appelé depuis au boycott d’Israël. Pierre Jourde
J’en étais à peu près à un livre par jour. Je venais de découvrir Modiano quand j’ai lu La place d’Annie Ernaux. Je pense que c’est la première à m’avoir parlé des femmes comme si elle me parlait de moi. Elle avait une sincérité, une précision dans l’écriture, sans fioritures ni rien, qui m’allait droit au cœur. Je l’ai reçue comme une alter ego. J’avais déjà lu des femmes, Beauvoir, Woolf, Sylvia Plath qui m’attirait, Sarah Bernhardt aussi, Marceline Desbordes-Valmore que j’adorais, et même des récits de prostitution ou de drogue, mais jamais je n’avais accédé à la sensibilité féminine avec cette fluidité, cette véracité, cette intimité contemporaine. À cette époque, je commençais à avoir des amitiés féminines profondes. Je pense qu’Ernaux a contribué à ce que je connaisse mieux les femmes. Je n’ai pas cessé de la lire depuis, parce que j’ai toujours retrouvé en elle quelqu’un de mon temps, qui me parle avec ma langue, des sentiments d’une pudeur et d’une sensibilité que je partage. PS : Après m’être relu, j’ajouterais qu’elle m’a certainement aidé à me comprendre en tant qu’homme. Daniel
J’aime bien la génération de ces filles qui avaient 20 ans en 2000 et qui en ont 40 aujourd’hui – tout le long de ces années, j’ai ressenti un changement dans leurs réflexions, dans leur attitude vis-à-vis des garçons. Leur demande d’égalité est claire. Elles ont remis en question les coutumes des hommes. Je vous parle de choses simples, comme ne jamais se laisser inviter au restaurant mais payer sa part, par exemple, ou revendiquer le fait de voyager n’importe où sans avoir des comptes à rendre ni être importunées – comme diraient ces dames de la pétition, vous vous souvenez ? (Tribune du journal Le Monde du 9 janvier 2018, où un collectif de cent femmes affirmait le rejet d’un certain féminisme sous le titre : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », ndlr) » (…) Je n’aime pas le terme de liberté de parole, car s’il n’y avait que la parole de libérée, ça n’irait pas très loin, or la parole a souvent été libérée, notamment en littérature, et ça n’a rien changé pour les femmes. (…) Ma vie depuis le début a été ombrée par le fait que les filles n’avaient pas les mêmes droits que les garçons. Elles étaient soumises à des lois patriarcales qui envahissaient la société ; lors de mes 20 ans – pour faire bref –, c’était soit le mariage, soit l’avortement. En 1974 j’ai publié Les armoires vides, mon premier roman, et depuis, j’ai avancé sur les deux dimensions, sociales et féministes, la lutte pour la justice sociale et celle contre l’injustice faite aux femmes. Ce sont les deux lignes de mon écriture. Avec beaucoup plus de difficulté, ce sont aussi mes deux lignes de vie – mais enfin, je peux vous dire qu’en ce qui concerne ma vie, c’est nettement plus compliqué ! Parce que quand je relis mon journal intime, qui sera publié après ma mort, j’y vois une succession d’hommes, une succession de problèmes avec les hommes, plutôt. (…)Je suis une femme, et d’une manière générale, les femmes sont beaucoup moins reconnues, c’est indéniable. C’est partout pareil. Dans le domaine littéraire, c’est la même domination masculine qu’ailleurs. Il y a plus d’hommes critiques littéraires, plus de membres de jurys, plus d’éditeurs, plus de patrons ; des hommes avec des grandes gueules. Ils se permettent – ils se permettent… vous savez, j’ai eu ma part d’injures. Colette, Beauvoir ont eu leur lot d’insultes sexistes aussi. Dans les années 90, j’en ai eu même un sacré paquet, notamment pour Passion simple, La honte et Journal du dehors. (…) C’est complexe. Je n’ai jamais donné de gages à ce monde qui me regardait de haut. Je n’ai fait aucune concession. Il y a même des prix que j’ai refusés. Un texte comme La place a eu un grand retentissement, malgré certaines critiques qui trouvaient que c’était populo, une littérature 1930. Avec ce livre, j’ai eu le Renaudot, ça en a embêté plus d’un. Alors, lorsque j’ai sorti Passion simple, ils ont réglé leurs comptes. Un déchaînement. On m’a appelée Madame Ovarie. Il m’est tombé dessus un déluge de commentaires sarcastiques, j’étais l’écrivaine cégétiste qui écrit des livres de dactylo. J’ai eu droit au mépris social – et au mépris sexiste. Le retournement s’est fait avec Les années, mais c’était factice, le mépris est vite revenu, Regarde les lumières mon amour l’a rallumé : qu’essaie-t-elle de faire ? De la littérature dans les supermarchés, ces non-lieux où l’on croise n’importe qui ? On m’a appelée la Madone du RER, aussi. (…) Je ne suis pas en colère (…) Je tâche d’analyser ce qui m’arrive. Une analyse froide, enfin, froide, non, pas trop quand même. Je suis toujours dans la vie, et je suis toujours révoltée, le racisme, le sexisme, l’injustice, voilà, révoltée, c’est le mot. Je ne peux pas me taire. Dans un de mes carnets, il y a cette phrase : « J’écrirai pour venger ma race. » (…) Ça vient de Rimbaud. Il dit : « Je suis de race inférieure de toute éternité. » (3) Je me suis approprié ce mot, race, mais c’est évidemment d’origine sociale que je parle. Je parle de ceux dont je suis issue. (…) Il y a des films tirés de mes textes, mes livres sont étudiés à l’université. Quand on donne à lire La femme gelée, l’histoire d’un couple animé de théories idéales sur l’égalité des sexes rattrapé par les conventions sociales – même si ce livre a quarante ans, ça fait bouger les regards. Oui, je crois que ça sert. La parole a un énorme pouvoir. La parole tue. L’époque où j’étais une jeune fille reste dans ma mémoire comme l’époque des choses sans nom. Elles sont terribles, ces choses sans nom. [Le consentement et La familia grande] Non, je ne les ai pas lus, mais ces récits sont indispensables. Seulement, je n’écris pas… comment dire ? Pas comme ça. Peut-être que si j’avais eu ces mêmes choses à écrire… bien que, dans Mémoire de fille, j’écris, je décris. Je suis très heureuse de l’avoir fait avant #MeToo, pour moi la question était très exactement l’instant du consentement. J’interroge cet instant-là. Pour ma part, je consens à ce qui se passe cette nuit-là. Je consens à tout ce que cet homme me fait. Mais pourquoi ? Et qui était cette fille ? J’avais 70 ans quand j’ai écrit ce texte, et cette fille en avait 18. Je ne suis plus la même, je ne suis plus elle. L’époque n’est plus du tout la même non plus. Jamais à cette époque, ce qui s’est passé cette nuit-là n’aurait été appelé un viol. C’était la règle. Lui, il ne m’a posé aucune question, ça allait de soi. C’était brutal. « Déshabille-toi. » J’obéis. Pourquoi ? Il est plus âgé, c’est le responsable de la colonie de vacances. C’est la loi sauvage. Je suis nue. Son sexe est trop gros pour moi. Il force, ça ne rentre pas. Je crie. Alors, il le met dans ma bouche. Il a cette phrase terrible : « J’aimerais mieux que tu jouisses plutôt que tu gueules. » Dans Le deuxième sexe, Beauvoir dit que toute première nuit de noces est un viol. Pendant des années, mon corps en a subi les conséquences. Une aménorrhée. Ce manque de sang, pour ma mère, ce n’était pas normal. Je n’étais plus normale. Voilà. [Ce que j’aurais à dire aux hommes ?] Qu’ils ont tout à gagner à ce que les femmes soient leurs égales. [Et aux femmes] Ne laissez jamais rien passer. (…) Entre les hommes et les femmes, la lutte, c’est la vie. (…) Une famille, c’est un lieu de non-droit. (..) Les rêves n’existent pas au passé. [L’espoir dans tout cela] Cela s’appelle l’aurore. [Pour moi, la liberté] Ça ne va pas vous faire plaisir. (.) Ne plus faire qu’écrire. Ne pas avoir à répondre à toutes ces questions. Annie Ernaux

Yvetot valait donc bien Constantinople !

Retour …

Au lendemain d’un énième prix Nobel controversé

Avec cet entretien de Marie-Claire d’il y a un an …
Sur la première femme écrivain française nobélisée …
Qui reprenant après Flaubert et tant d’autres sans toujours le reconnaitre …
Comme l’avait si bien repéré Auerbach  » le style bas de l’Ecriture sainte qui inclut le sublime » …
N’a pas hésité pour aider les hommes à ce que les femmes soient leurs égales en apprenant aux femmes à ne plus rien laisser passer …
Mais au risque naturellement, comme nous en avait avertis le Christ, d’ajouter hors de l’amour évangélique de la division jusqu’au coeur de la famille …
 A se faire la « Madone du RER » et l’écrivaine cégétiste qui écrit des livres de dactylo » et de la « littérature dans les supermarchés » …
D’où au-delà de sa bien-pensance mélenchoniste
Un prix Nobel largement mérité …
Simonetta Greggio
Marie-Claire
06/10/2022
Depuis 1974, la prix Nobel de littérature 2022 construit une œuvre puissante où s’entrelacent les questions de l’intime, de la justice sociale et des droits des femmes. Et qui résonne aujourd’hui par-delà les frontières et le fossé des générations. Annie Ernaux faisait la « Une » de « Marie Claire », à l’occasion de la journée mondiale pour le droit des femmes en mars 2021. (Re)découvrez notre interview.
Pour nous, Annie Ernaux a accepté de rencontrer [à l’occasion de notre numéro spécial du 8 mars 2021, dont elle faisait l’une des 8 couvertures, ndlr] la romancière italienne Simonetta Greggio (1), qui a souhaité lui remettre la lettre d’un ami. Un billet dont les mots lui permettent de revenir sur son parcours et d’aborder, avec une précision et une acuité lumineuses, les problématiques auxquelles les femmes sont aujourd’hui confrontées.
La lettre à Annie Ernaux
« Chère amie, Tu m’as dit que tu allais rencontrer Annie Ernaux, et j’ai repensé à elle et à ce qu’elle a représenté pour moi. J’avais entre 15 et 17 ans, je dévorais le XVIIIe et le XIXe français, les Russes, les Espagnols, la littérature sud-américaine, les classiques anglais, les polars de Manchette, le théâtre américain et européen, la poésie, le nouveau roman qui m’avait souvent fait chier, sauf Duras, bref pas mal de choses, et ce XXe français que je connaissais mieux que scolairement.
J’en étais à peu près à un livre par jour. Je venais de découvrir Modiano quand j’ai lu La place d’Annie Ernaux. Je pense que c’est la première à m’avoir parlé des femmes comme si elle me parlait de moi. Elle avait une sincérité, une précision dans l’écriture, sans fioritures ni rien, qui m’allait droit au cœur. Je l’ai reçue comme une alter ego. J’avais déjà lu des femmes, Beauvoir, Woolf, Sylvia Plath qui m’attirait, Sarah Bernhardt aussi, Marceline Desbordes-Valmore que j’adorais, et même des récits de prostitution ou de drogue, mais jamais je n’avais accédé à la sensibilité féminine avec cette fluidité, cette véracité, cette intimité contemporaine.
À cette époque, je commençais à avoir des amitiés féminines profondes. Je pense qu’Ernaux a contribué à ce que je connaisse mieux les femmes. Je n’ai pas cessé de la lire depuis, parce que j’ai toujours retrouvé en elle quelqu’un de mon temps, qui me parle avec ma langue, des sentiments d’une pudeur et d’une sensibilité que je partage. J’y ai pensé cette nuit. Je voulais te dire ça avant de partir travailler ce matin. Je t’embrasse, Daniel.
PS : Après m’être relu, j’ajouterais qu’elle m’a certainement aidé à me comprendre en tant qu’homme. »
Les mots
Annie Ernaux : Ces mots me touchent ; qu’ils viennent d’un homme, aussi, me touche. Vous savez, c’est mon livre Passion simple (2), écrit à la première personne, qui m’a valu tous ces lecteurs. Presque autant de lecteurs que de lectrices, alors que d’autres livres, comme L’événement, par exemple, qui fait appel à cette expérience du corps féminin qu’est l’avortement clandestin, sont plus problématiques à lire pour les hommes.
Ceux qui s’y sont risqués en sont sortis ébranlés. Je me souviens d’un lecteur canadien me disant – je vous livre la réflexion parce qu’elle est dure –: « Je vous ai lue et je me suis dit, je suis né l’année de votre avortement, c’est terrible pour moi parce que j’ai pensé que j’aurais pu ne pas naître. » Je lui ai répondu qu’il y a des tas d’embryons qui ne naissent pas, et ce, le plus naturellement du monde.
Il était effaré par le texte car, au fond, les hommes ne savent pas, encore maintenant, comment se passe l’interruption de grossesse, ils l’ignorent totalement. Même si les femmes aujourd’hui parlent plus d’elles-mêmes, des règles, de la ménopause, il y a encore des silences, des tabous, et l’IVG en est clairement un. Les choses sont en train de changer très progressivement, depuis 2000 je dirais.
J’aime bien la génération de ces filles qui avaient 20 ans en 2000 et qui en ont 40 aujourd’hui – tout le long de ces années, j’ai ressenti un changement dans leurs réflexions, dans leur attitude vis-à-vis des garçons. Leur demande d’égalité est claire. Elles ont remis en question les coutumes des hommes. Je vous parle de choses simples, comme ne jamais se laisser inviter au restaurant mais payer sa part, par exemple, ou revendiquer le fait de voyager n’importe où sans avoir des comptes à rendre ni être importunées – comme diraient ces dames de la pétition, vous vous souvenez ? (Tribune du journal Le Monde du 9 janvier 2018, où un collectif de cent femmes affirmait le rejet d’un certain féminisme sous le titre : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », ndlr) »
Simonneta Greggio : Vous avez contribué à cette liberté, et pas seulement par la parole.
Annie Ernaux : Je n’aime pas le terme de liberté de parole, car s’il n’y avait que la parole de libérée, ça n’irait pas très loin, or la parole a souvent été libérée, notamment en littérature, et ça n’a rien changé pour les femmes.
Mais vous prenez part au débat, votre parole est engagée, votre écriture est un engagement. Lorsque vous écrivez, le faites-vous avec une pensée militante, active ?
Ma vie depuis le début a été ombrée par le fait que les filles n’avaient pas les mêmes droits que les garçons. Elles étaient soumises à des lois patriarcales qui envahissaient la société ; lors de mes 20 ans – pour faire bref –, c’était soit le mariage, soit l’avortement.
En 1974 j’ai publié Les armoires vides, mon premier roman, et depuis, j’ai avancé sur les deux dimensions, sociales et féministes, la lutte pour la justice sociale et celle contre l’injustice faite aux femmes. Ce sont les deux lignes de mon écriture. Avec beaucoup plus de difficulté, ce sont aussi mes deux lignes de vie – mais enfin, je peux vous dire qu’en ce qui concerne ma vie, c’est nettement plus compliqué !
[Annie rit. Il y a des rires qui sont une manière de s’excuser. Le sien, non. Son rire vivant, libre et malicieux, lui ressemble. Il augure, soutient d’une certaine manière ce qu’elle va dire. Il provoque, invite l’interlocuteur à participer à une ironie privée…, ndr] Parce que quand je relis mon journal intime, qui sera publié après ma mort, j’y vois une succession d’hommes [lorsqu’elle rit de nouveau, elle soupire], une succession de problèmes avec les hommes, plutôt.
Les hommes
Depuis votre roman Les années, vous êtes enfin connue.
Reconnue, vous voulez dire…
Reconnue, oui. En 2020, vous avez été finaliste du Booker Prize. Mais à part le Renaudot en 1984 pour La place, vous n’avez pas eu de grands prix. Au contraire, je me souviens d’articles ou d’émissions radio qui vous étaient hostiles. J’ai souvent pensé qu’un Modiano, un Le Clézio, n’ont jamais eu de soucis avec la reconnaissance.
Je suis une femme, et d’une manière générale, les femmes sont beaucoup moins reconnues, c’est indéniable. C’est partout pareil. Dans le domaine littéraire, c’est la même domination masculine qu’ailleurs.
Il y a plus d’hommes critiques littéraires, plus de membres de jurys, plus d’éditeurs, plus de patrons ; des hommes avec des grandes gueules. Ils se permettent – ils se permettent… vous savez, j’ai eu ma part d’injures. Colette, Beauvoir ont eu leur lot d’insultes sexistes aussi. Dans les années 90, j’en ai eu même un sacré paquet, notamment pour Passion simple, La honte et Journal du dehors.
Que vous a-t-on reproché ?
C’est complexe. Je n’ai jamais donné de gages à ce monde qui me regardait de haut. Je n’ai fait aucune concession. Il y a même des prix que j’ai refusés. Un texte comme La place a eu un grand retentissement, malgré certaines critiques qui trouvaient que c’était populo, une littérature 1930. Avec ce livre, j’ai eu le Renaudot, ça en a embêté plus d’un.
J’ai eu droit au mépris social et au mépris sexiste.
Alors, lorsque j’ai sorti Passion simple, ils ont réglé leurs comptes. Un déchaînement. On m’a appelée Madame Ovarie. Il m’est tombé dessus un déluge de commentaires sarcastiques, j’étais l’écrivaine cégétiste qui écrit des livres de dactylo.
J’ai eu droit au mépris social – et au mépris sexiste. Le retournement s’est fait avec Les années, mais c’était factice, le mépris est vite revenu, Regarde les lumières mon amour l’a rallumé : qu’essaie-t-elle de faire ? De la littérature dans les supermarchés, ces non-lieux où l’on croise n’importe qui ? On m’a appelée la Madone du RER, aussi.
Lire aussi :
Pourquoi les livres écrits par des femmes coûtent en moyenne 45% moins cher que ceux écrits par des hommes ?
Annie Ernaux photographiée par Charlotte Abramow pour Marie Claire
Les femmes
Au lieu de vous mettre en colère, on dirait que ça vous a donné encore plus d’énergie.
Je ne suis pas en colère, c’est vrai. Je tâche d’analyser ce qui m’arrive. Une analyse froide, enfin, froide, non, pas trop quand même. Je suis toujours dans la vie, et je suis toujours révoltée, le racisme, le sexisme, l’injustice, voilà, révoltée, c’est le mot.
Je ne peux pas me taire. Dans un de mes carnets, il y a cette phrase : « J’écrirai pour venger ma race. »
C’est quoi, votre race ?
Ça vient de Rimbaud. Il dit : « Je suis de race inférieure de toute éternité. » (3) Je me suis approprié ce mot, race, mais c’est évidemment d’origine sociale que je parle. Je parle de ceux dont je suis issue.
Vous croyez qu’écrire sert à quelque chose ? Que ça fait bouger quoi que ce soit ?
Il y a des films tirés de mes textes, mes livres sont étudiés à l’université. Quand on donne à lire La femme gelée, l’histoire d’un couple animé de théories idéales sur l’égalité des sexes rattrapé par les conventions sociales – même si ce livre a quarante ans, ça fait bouger les regards.
Oui, je crois que ça sert. La parole a un énorme pouvoir. La parole tue.
Vous avez contribué à mettre des mots sur les choses.
L’époque où j’étais une jeune fille reste dans ma mémoire comme l’époque des choses sans nom. Elles sont terribles, ces choses sans nom.
Vous avez lu Le consentement (4) ? Et La familia grande (5) ?
Non, je ne les ai pas lus, mais ces récits sont indispensables. Seulement, je n’écris pas… comment dire ? Pas comme ça. Peut-être que si j’avais eu ces mêmes choses à écrire… bien que, dans Mémoire de fille, j’écris, je décris.
Jamais à cette époque, ce qui s’est passé cette nuit-là n’aurait été appelé un viol.
Je suis très heureuse de l’avoir fait avant #MeToo, pour moi la question était très exactement l’instant du consentement. J’interroge cet instant-là. Pour ma part, je consens à ce qui se passe cette nuit-là. Je consens à tout ce que cet homme me fait. Mais pourquoi ? Et qui était cette fille ?
J’avais 70 ans quand j’ai écrit ce texte, et cette fille en avait 18. Je ne suis plus la même, je ne suis plus elle. L’époque n’est plus du tout la même non plus. Jamais à cette époque, ce qui s’est passé cette nuit-là n’aurait été appelé un viol. C’était la règle. Lui, il ne m’a posé aucune question, ça allait de soi.
Lire aussi :
#JusticePourJulie : les pompiers accusés de viols sur l’adolescente ne seront pas poursuivis pour « corruption de mineur »
C’était brutal. « Déshabille-toi. » J’obéis. Pourquoi ? Il est plus âgé, c’est le responsable de la colonie de vacances. C’est la loi sauvage. Je suis nue. Son sexe est trop gros pour moi. Il force, ça ne rentre pas. Je crie. Alors, il le met dans ma bouche. Il a cette phrase terrible : « J’aimerais mieux que tu jouisses plutôt que tu gueules. »
Il a cette phrase terrible : « J’aimerais mieux que tu jouisses plutôt que tu gueules ».
Dans Le deuxième sexe (6), Beauvoir dit que toute première nuit de noces est un viol. Pendant des années, mon corps en a subi les conséquences. Une aménorrhée. Ce manque de sang, pour ma mère, ce n’était pas normal. Je n’étais plus normale. Voilà.
Les choses
Auriez-vous aujourd’hui quelque chose à dire aux hommes ?
Qu’ils ont tout à gagner à ce que les femmes soient leurs égales.
Et aux femmes ?
Ne laissez jamais rien passer.
Que va-t-il arriver entre les hommes et les femmes ?
Entre les hommes et les femmes, la lutte, c’est la vie.
Qu’est-ce qu’une famille ?
Une famille, c’est un lieu de non-droit.
Lire aussi :
Faut-il faire la paix avec sa famille pour être heureux ?
Lesquels de vos rêves ont été exaucés ?
Les rêves n’existent pas au passé.
Est-ce qu’il y a un espoir dans tout cela, et comment s’appelle-t-il ?
Cela s’appelle l’aurore.
Quelle est aujourd’hui pour vous, Annie, la liberté ?
Ça ne va pas vous faire plaisir.
Nous ne sommes pas là pour ça.
Ne plus faire qu’écrire. Ne pas avoir à répondre à toutes ces questions.
Avant que je m’en aille, Annie Ernaux a écrit une lettre de réponse à mon ami Daniel. J’ai vu que ça se terminait par force, et tendresse. Le reste, c’est privé.
(1) auteure, notamment, de Elsa, mon amour, éd. Flammarion
(2) tous les ouvrages d’Annie Ernaux cités ici, éd. Gallimard
(3) Extrait du poème Mauvais sang.
(4) De Vanessa Springora, éd. Grasset.
(5) De Camille Kouchner, éd. du Seuil.
(6) Éd. Gallimard.
Cet entretien est initialement paru dans le n°823 de Marie Claire, daté d’avril 2021. Un numéro collector, avec huit interviews de femmes engagées (Leïla Bekhti, Juliette Binoche, Annie Ernaux, Odile Gautreau, Grace Ly, Aïssa Maïga, Elisa Rojas, et Lous and the Yakuza) et huit Unes, photographiées par Charlotte Abramow.
Voir aussi:

Annie Ernaux et la bête immonde
Daniel Horowitz
Juin 13, 2022

Annie Ernaux est une écrivaine française de grand talent, dont l’œuvre est essentiellement autobiographique. Elle vient d’un milieu modeste, où ses parents étaient exploitants d’un café-épicerie après avoir été ouvriers. A force de persévérance elle arrive à s’extraire de son milieu et devient agrégée de lettres. Elle gardera toute sa vie un sentiment de culpabilité par rapport à sa classe sociale, dont elle s’est éloignée par la force des choses.

Ernaux est lauréate de nombreux prix littéraires, dont le Renaudot en 1984 pour son ouvrage « La Place ». Elle figure parmi les grands écrivains français de notre temps.

Ernaux est récemment passée à la télévison sur France 5, où elle était le principal centre d’intérêt. Indépendamment de sa belle plume, on a pu découvrir la dérive morale et intellectuelle de cette femme de lettres par ailleurs si brillante. Ernaux est néoféministe, raciste, indigéniste, communiste, antisémite, décoloniale, neoécologique, propalestinienne, ennemie d’Israël et militante de la France Insoumise depuis 10 ans. Elle est d’ailleurs une inconditionnelle du leader de ce parti islamogauchiste, Jean-Luc Mélenchon, qui adore lui aussi fréquenter les antisémites de son parti ou d’ailleurs.

Ernaux a cosigné dans le quotidien « Le Monde » une tribune de soutien à Houria Bouteldja, antisémite notoire, et appelé au boycott d’une manifestation culturelle franco-Israélienne. Son amie Bouteldja juge que Miss Provence était indigne de participer à Miss France, parce qu’elle avait un père israélo-italien. Elle trouve d’ailleurs d’une manière générale qu’on « ne peut pas être Israélien innocemment » et suggère d’envoyer tous les sionistes au Goulag.

C’est cette scélérate proche des pires ennemis de Juifs que soutient Annie Ernaux, qui n’a même pas l’excuse de l’ignorance.

Voir également:

Annie Ernaux reçoit le prix Nobel de littérature 
Julie Viers
Toute la culture
06 octobre 2022

Après un succès critique et public, Annie Ernaux est la première écrivaine française à recevoir le prix Nobel de littérature.

Un Nobel pour Ernaux

Ce jeudi 6 octobre l’Académie royale des sciences suédoise a attribué le prix Nobel de littérature à Annie Ernaux. 16ème écrivain français à être recomposé et 17ème femme à obtenir la plus haute distinction littéraire au monde. Annie Ernaux succède à l’écrivain tanzanien Abdelrazak Gurnah (2021) et à la poétesse américaine Louise Glück (2020). Elle est récompensée pour « le courage et l’acuité clinique avec laquelle elle découvre les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle », a expliqué le jury Nobel. L’intéressée a réagi à la télévision suédoise en disant :

« Je considère que c’est un très grand honneur qu’on me fait et, pour moi, en même temps, une grande responsabilité, une responsabilité qu’on me donne en me donnant le prix Nobel […] c’est-à-dire de témoigner (…) d’une forme de justesse, de justice, par rapport au monde »

Né en 1940, Annie Ernaux connait aussi bien un succès critique que public. Elle a reçu le prix Renaudot en 1984 pour son roman La Place. Certains de ses ouvrages ont été adapté au cinéma comme L’Événement par Audrey Diwan en 2021. Les Années reste son plus grand succès, traduit en 2018 en anglais. Dans cette autobiographie à la troisième personne elle mêle,comme elle sait si bien le faire, l’individuel et le collectif.

Une oeuvre « entre la littérature, la sociologue et l’histoire »

C’est de cette manière que l’écrivaine caractérise son travail. À travers ses ouvrages à la fois autobiographiques et universels, Annie Ernaux tente l’élucider le réel, de mettre en avant une vérité sur l’existence dans une démarche presque sociologique. Cela se fait également à travers un style d’une grande netteté mais très plat, presque sec, clinique. Cette absence d’ornement est une forme d’exigence de sa part. C’est de cette manière qu’elle dépeint le monde contemporain sous toutes ses coutures. Dans sa biographie intitulée Annie Ernaux : le temps et la mémoire il est écrit qu’ « elle est attentive aussi bien aux grandes problématiques sociales – différence de classes, distinction socioculturelle, revendications féminines… – qu’aux catégories que l’art ou la pensée ont récemment portées à l’avant-scène – questions de la mémoire et du quotidien, de l’héritage et de la filiation. »

« Yvetot vaut Constantinople »

Dans une lettre à Louise Colet datant du 25 juin 1853, Gustave Flaubert écrit : « il n’y a pas en littérature de beaux sujets d’art, et […] Yvetot donc vaut Constantinople ». Tout se vaut, il n’y a pas de hiérarchisation possible à propos de ce qui fait art. Annie Ernaux a repris cette idée. À travers ses ouvrages elle place le non noble à côté du noble. L’avortement, le RER, les supermarchés sont placés sur le même pied d’égalité que les grands sujets comme le temps, la mémoire et l’oubli.

Native de Lillebonne en Seine-Maritime, elle a grandidans le café que tenaient ses parents à Yvetot. Très vite elle a pris conscience des hiérarchies sociales, des différents langages, des formes de domination mêmes les plus infimes. Grâce à ses études elle est devenue professeure agrégée de français. Mais le fait d’être une transfuge de classe a provoqué en elle de la honte, de la culpabilité, du regret que l’on retrouve dans ses romans. Ainsi dans Les armoires vides son héroïne autobiographique vit entre deux mondes antinomiques. D’une part son adolescence marquée par l’ignorance, la vulgarité des clients ivrognes. D’autre part les jeunes filles belles, libres et légères issues de la petite bourgeoisie qui fréquentent son école. L’académicien Anders Olsson a d’ailleurs souligné que « dans son œuvre, elle explore constamment l’expérience d’une vie marquée par de grandes disparités en matière de genre, de langue et de classe ».

Voir de même:

Annie Ernaux à l’école de Pierre Bourdieu : Le Jeune homme

Jacques Dubois

Annie Ernaux est décidément l’une des grandes romancières de notre temps, surtout lorsqu’elle prend des risques autobiographiques, ce qu’elle fit en plus d’une circonstance. C’est bien le cas avec Le Jeune homme que vient de publier Gallimard et qui suscitera sans doute plus d’une réaction de rejet chez certains lecteurs ou lectrices. C’est que la mise en scène d’elle-même au bras d’un très jeune homme, alors qu’elle est pleinement adulte, pourrait choquer.

Que l’on en juge : la liaison amoureuse qu’elle nous rapporte l’unit pendant deux ans en toute fin du XXe siècle à un étudiant qui était son cadet de trente ans et qui s’est épris d’elle de façon fervente ; de plus, ladite aventure va nous être narrée en juste 40 pages (dans la collection Blanche de Gallimard) avec force détails qui sont d’ailleurs de lecture plaisante.

Pour rappel, Ernaux est issue de la classe populaire. Or, l’âge adulte étant largement venu et s’accompagnant d’une aisance acquise via d’importants droits d’auteur, l’autrice se retrouve parfaitement bourgeoise, jusqu’à faire visiter à son jeune amant désargenté belles villes et belles plages aux quatre coins de l’Europe ; reste qu’entre les deux amants subsiste ce gap de trente ans parfois lourd à porter.

On serait tenté de dire que la présente fiction telle qu’elle fut vécue offre un caractère expérimental : qu’arrive-t-il lorsqu’une femme mûre se lie avec un « jeune » et se donne à voir à son bras en maints endroits — restaurants, plages ou autres — imitant les agissements de quantité de mâles adultes s’accompagnant de très jeunes femmes, parfois même de gamines ? Or, le bref roman que nous lisons est celui de la relation inverse, celui de la femme mûre au bras d’un jeune homme, qui ne peut guère que déclencher des « ça ne se fait pas » ou des « ça n’est pas permis ». Et la narratrice de noter : « Devant le couple que nous formions visiblement, les regards se faisaient impudents, frôlaient la sidération, comme devant un assemblage contre nature. Ou un mystère. Ce n’était pas nous qu’ils voyaient, c’était, confusément, l’inceste. » (p. 30). De fait, L’Œdipe façon Sophocle n’est pas loin, comme on peut voir.

Le deal dont aime à parler la romancière entre A et elle-même tient du retournement de situation. Elle fut une jeune fille issue de la classe populaire avec des manières et un parler propres à cette classe. Par les études et par son talent d’artiste, elle s’en est sortie. Elle peut s’afficher désormais avec un jeunot mais il est clair que ce n’est guère accepté d’une femme adulte et dominante, sauf à susciter des regards envieux chez des femmes de même âge et de condition semblable.

Nous pouvons dire qu’Ernaux est allée à l’école de Pierre Bourdieu, ce qu’elle a d’ailleurs fait, le lisant bien et beaucoup. À quelques endroits, elle relève des gestes et usages de son compagnon, gestes et conduites qu’elle connut elle-même en son jeune temps, chez elle ou chez ses pareilles. Ce que la romancière note avec une grande finesse qui confine par moments à la cruauté, faisant de son amant un « passé incorporé » : « Il était le porteur de la mémoire de mon premier monde. Agiter le sucre dans sa tasse de café pour qu’il fonde plus vite, couper ses spaghettis, détailler un pomme en petits morceaux piqués ensuite au bout du couteau, autant de gestes que je retrouvais en lui, de façon troublante. » (p. 21)

Que nombre de fictions puissent ainsi proposer d’excellentes leçons de sociologie, la littérature le sait mieux aujourd’hui et le donne à voir. Annie Ernaux excelle dans cette veine, pour notre plus grand plaisir. Son Jeune homme, qui est un roman-essai très réussi dans sa brièveté même, nous le dit à chaque page et l’on s’en réjouit.

Annie Ernaux, Le jeune homme, éditions Gallimard, mai 2022, 48 p., 8 € — Lire un extrait

Voir de plus:

Annie Ernaux s’interroge sur la polémique sur le hijab de course : les opposantes à cet accessoire n’ont-elles pas oublié la femme qui était derrière le voile ? N’ont-elles pas oublié la sororité ?

Annie Ernaux, Ecrivaine

Libération
13 mars 2019

Une fois de plus, on a frôlé l’affaire d’Etat, l’embrasement de la France comme naguère avec le burkini au motif qu’une entreprise française, Decathlon, a envisagé de commercialiser le hijab de course destiné aux filles et femmes musulmanes. Des bords de la droite et de l’extrême droite, du Modem, du Parti socialiste et de membres du gouvernement – des femmes notamment – ce fut à qui dénoncerait le plus fort ce funeste dessein. Le responsable de la communication de l’entreprise eut beau arguer que cette pièce de vêtement était destinée «à rendre le sport accessible pour toutes les femmes dans le monde», il y a eu consensus pour signifier tacitement que, en France, il en allait tout autrement, le port du voile contrevenant aux valeurs de la République. Des mails haineux et des menaces physiques à l’égard des vendeurs ont entraîné le retrait du projet par Decathlon et la réaction soulagée de Muriel Pénicaud, comme si la France venait d’échapper à un grand péril : «Heureusement qu’ils ont reculé.» A noter que personne ne s’est élevé contre la violence déployée à l’égard des employés de Decathlon, faute de pouvoir s’en prendre à celles qui portent le hijab.

Si quelques voix ont souligné la liberté d’une entreprise privée de vendre ce qu’elle veut, d’autres rappelé que c’est l’Etat qui est laïque et non pas les individus, lesquels ont le droit d’arborer les signes d’une pratique religieuse (la loi de 1905 n’a pas obligé les prêtres à enlever leur soutane ni les religieuses leur voile), il n’a pas été fait mention de cette violence infligée, une nouvelle fois, à une partie des femmes qui vivent, travaillent, étudient sur le sol français, qui sont une composante de notre société.

Violence, parce que sous couvert de défendre la liberté et l’égalité, dans les faits on tente de limiter le droit des femmes qui portent le hijab, ici, à faire du sport, là à chanter dans un télé-crochet (Mennel), à militer (Maryam Pougetoux), à accompagner des enfants en sortie scolaire (et se souvient-on de ce projet d’une sénatrice socialiste d’interdire le voile, dans leur domicile, aux assistantes maternelles ?), naguère à fréquenter les plages et se baigner. Bref, c’est de la vie collective qu’on cherche à les écarter.

Violence, parce que dans cet épisode qui les concerne, elles, au premier chef, nul, dans les médias, à ma connaissance, ne s’est avisé de leur donner la parole (1). Qu’avaient-elles à dire sur cette possibilité de pratiquer le sport conformément à leur croyance ? Qu’éprouvaient-elles à entendre les propos stigmatisants proférés tous azimuts ?

Tout se passe comme s’il n’y avait personne sous le «voile», pas d’être humain capable de réfléchir, de sentir, et de s’exprimer. La femme comme individu disparaît. On la réduit purement et simplement à un objet chargé, outre de sa signification musulmane – mais n’en doutons pas, à cause d’elle – d’un tombereau de symboles, soumission, archaïsme, étendard politique de l’islamisme, voire du jihad. En se référant à Simone de Beauvoir, on peut dire que sous le voile la femme n’est plus son corps, qu’il a disparu entièrement sous autre chose qu’elle (2).

Plus que d’autres épisodes, celui du Decathlon me laisse une impression boueuse, parce que j’ai entendu trop de femmes politiques s’insurger contre le hijab et pas assez défendre la liberté de le porter. Parce que, de plus en plus, lorsque je croise une femme en hijab dans le bus ou à l’hypermarché, je peux, me mettant à sa place, penser que j’ai, dans la France d’aujourd’hui, le visage de son exclusion. Je pose la question, celle-là même que l’on met en avant pour faire valoir la liberté d’un choix existentiel : pourquoi refuser d’accorder aux individus un droit qui ne retire rien aux autres ? Comment nous, femmes féministes, qui avons réclamé le droit à disposer de notre corps, qui avons lutté et qui luttons toujours pour décider librement de notre vie pouvons-nous dénier le droit à d’autres femmes de choisir la leur ? Où est la sororité qui a permis, par exemple, la fulgurante expansion du mouvement #MeToo ? L’empathie, la solidarité cessent dès qu’il s’agit des musulmanes en hijab : elles sont le continent noir du féminisme. Ou plutôt d’un certain féminisme qui fait la guerre à d’autres femmes au nom d’une laïcité devenue le mantra d’un dogme qui dispense de toute autre considération.

Si l’idée de me couvrir d’un voile – et plus encore celle que mes petites-filles le fassent – m’est profondément et intimement inimaginable, il me faut accepter que l’inverse, ne pas vouloir sortir sans hijab, puisse être vécu de la même manière absolue, intransigeante, quoi qu’il m’en coûte au regard de ce qu’est pour moi la liberté et une vie libre de femme. Qui suis-je pour obliger d’autres femmes à se libérer sans délai de la domination masculine ? Examiner loyalement son trajet personnel sous l’angle de la soumission et de la révolte à l’égard de celle-ci rabat l’orgueil et entame les certitudes. Je ne suis pas née féministe, je le suis devenue.

N’y a-t-il pas de quoi échanger entre nous sur les images de notre identité sexuelle, sur le contrôle du corps féminin, l’injonction de le dévoiler ou le cacher, l’impératif impossible de rester toujours jeune ? Briser l’ignorance réciproque. Se parler comme le font ces adolescentes, l’une voilée et l’autre pas, que l’on voit marchant et riant ensemble dans les rues et les centres commerciaux. J’entends déjà les rires condescendants sur ma naïveté, les arguments définitifs qu’on m’assènera. Ni rire, ni pleurer, ni haïr mais comprendre, je reste fidèle au principe de Spinoza. Vouloir comprendre le sens de la pratique du hijab, ici et maintenant, c’est ne pas le séparer de la situation dominée des immigrés en France, ni par ailleurs des bouleversements, des mutations, de l’anomie même, des sociétés occidentales actuelles. C’est reconnaître dans celle qui choisit de le porter la revendication visible d’une identité, la fierté des humiliés.

(1) Des femmes voilées ont écrit une tribune pour Libération.fr : Hijab de running : «Nous demandons à Decathlon de ne pas céder aux intimidations». (2) «La femme comme l’homme est son corps mais son corps est autre chose qu’elle», le Deuxième Sexe.

Voir encore:

Annie Ernaux : le néoféminisme, le voile et le renversement systématique

Samuel Piquet

Dans une tribune parue la semaine dernière dans Libération, la romancière Annie Ernaux revient sur la polémique autour du hijab de running et sur « l’embrasement de la France » qui s’ensuivit, selon ses propres mots. Pour Annie Ernaux, la violence, ce n’est pas de forcer certaines femmes à porter le hijab, ce n’est pas non plus de vouloir en affubler certaines fillettes, mais c’est de refuser la commercialisation d’un vêtement qui les enferme dans une identité. « Il n’a pas été fait mention de cette violence infligée, une nouvelle fois, à une partie des femmes qui vivent, travaillent, étudient sur le sol français, qui sont une composante de notre société », écrit-elle, affirmant ensuite que « c’est de la vie collective qu’on cherche à les écarter », et ne voyant pas combien l’emploi même des expressions « étudient sur le sol français » et « composante de notre société » met d’emblée ces femmes à part et fait d’elles des citoyennes de seconde zone.

Confondre citoyen lambda et représentant religieux

Comme lors de la polémique sur le burkini, il ne viendrait jamais à l’esprit de ces défenseurs du voile de se demander comment faisaient ces mêmes femmes avant que ces articles soient commercialisés, voire qu’ils existent. Si on les écoutait, on finirait par croire que jusqu’ici aucune Française de confession musulmane n’a jamais pu ni aller courir ni se baigner sur notre sol. « La loi de 1905 n’a pas obligé les prêtres à enlever leur soutane ni les religieuses leur voile », justifie Annie Ernaux, confondant allègrement citoyen lambda et représentant religieux.

La romancière déplore ensuite « que dans cet épisode qui les concerne, elles, au premier chef, nul, dans les médias, à [sa] connaissance, ne s’est avisé de leur donner la parole », comme si les citoyennes de confession musulmane étaient toutes les mêmes et avaient nécessairement le même avis sur le hijab de running, le voile et la religion en général. C’est fou comme à chaque argument d’Annie Ernaux on sent à la fois une profonde connaissance du sujet mais également la volonté d’éviter tout cliché, comme lorsqu’elle fait le vœu que les adultes puissent « échanger » sur le sujet, « se parler, écrit-elle, comme le font ces adolescentes, l’une voilée et l’autre pas, que l’on voit marchant et riant ensemble dans les rues et les centres commerciaux » : c’est beau comme une pub des Inconnus pour Benetton.

Mais Annie Ernaux ne pouvait pas s’arrêter là. Il fallait, comme tout bon article sur le sujet, rappeler à quel point la France est méchante et à quel point c’est elle qui cherche à instaurer un séparatisme et non pas ceux qui l’appellent de leurs vœux : « Parce que, de plus en plus, lorsque je croise une femme en hijab dans le bus ou à l’hypermarché, je peux, me mettant à sa place, penser que j’ai, dans la France d’aujourd’hui, le visage de son exclusion. » Par un de ces prodigieux renversements dont les défenseurs invétérés du voile ont le secret, ce seraient les contempteurs de ce fameux « bout de tissu » qui seraient responsables de la disparition de la femme sous son voile et de sa perte d’identité : « Tout se passe comme s’il n’y avait personne sous le « voile », pas d’être humain capable de réfléchir, de sentir, et de s’exprimer. La femme comme individu disparaît. On la réduit purement et simplement à un objet chargé, outre de sa signification musulmane – mais n’en doutons pas, à cause d’elle – d’un tombereau de symboles, soumission, archaïsme, étendard politique de l’islamisme, voire du jihad. »

« Pourquoi refuser d’accorder aux individus un droit qui ne retire rien aux autres ? », s’interroge ensuite la romancière. C’est vrai qu’il n’y a, sur la planète, aucune femme qui se bat pour avoir le droit d’enlever son voile. « Qui suis-je pour obliger d’autres femmes à se libérer sans délai de la domination masculine ? », demande-t-elle pour finir. Peut-être une citoyenne française héritière de la laïcité à la française, d’une laïcité qui a toujours refusé, contrairement aux pays anglo-saxons, de se soumettre au marché et qui a préféré défendre son modèle républicain, notamment l’égalité entre les hommes et les femmes.

Voir aussi:

Annie Ernaux : « Passion amoureuse et révolte politique, cela va de pair »

Honte sociale, lutte des classes, Mélenchon, sexe, écriture : à l’occasion de la parution de l’anthologie « Ecrire la vie », Rue89 a rencontré l’écrivain Annie Ernaux.

Blandine Grosjean

Elle est assise dans la pénombre d’un orage hivernal, au bureau de Gaston Gallimard, et de sa vie dont nous parlons, de sa colère immense d’être née de ces parents-là, de l’amour qui font tous ses livres depuis « Les Armoires vides », il semble que c’est la honte qui prend le dessus.

La honte sociale, elle s’en est vengée en écrivant : écrire ce n’était pas un désir, mais une volonté. Mais la honte d’avoir renié ses parents, de les avoir détestés d’être si vulgaires, sales, incultes et gauches avec leur amour, d’avoir quitté très tôt leur monde sans jamais appartenir à celui des autres (ceux qui avaient des salle de bains, des mères parfumées et un peu artificielles qui disaient « sensas »), elle ne s’en est pas défaite. Elle l’a fouillée avec une impudeur et une liberté totales.

Annie Ernaux est une écrivain engagée, une écrivain marxiste et féministe. Mais cela n’a aucun sens de la présenter ainsi, tant sa langue est sienne et intérieure. Les textes très intimes – sur l’avortement, l’aliénation amoureuse – qui ont suivi « Les Armoires vides » ou « La Place » ne l’ont jamais empêchée de cuver la révolte politique.

« Ecrire la vie » d’Annie Ernaux

« Ecrire la vie », que Gallimard publie dans la collection Quatro, regroupe l’œuvre littéraire d’Annie Ernaux, dans l’ordre de sa biographie, non de la publication de ses livres.

Il y a, pour ouvrir cette anthologie, une cinquantaine de pages où se superposent des extraits inédits de son journal et des photographies.

Avant de rentrer dans sa maison de banlieue qui ressemble aux villas de ces filles du Havre qu’elle haïssait, elle se plie docilement à la séance photo. Et remercie Audrey Cerdan (photographe de Rue89) de la traiter gentiment.

Rue89 : Vous vous voyez dans le métro avec le regard de l’enfant que vous étiez. Et vous n’aimez pas la femme élégante, cultivée que la fille d’épiciers d’Yvetot est devenue. Est-il donc impossible de se réconcilier ?

Annie Ernaux : Eh bien non, c’est pas possible. Je me dis que voilà, la coupure est à l’intérieur de moi. Ce sont deux mondes irréductibles. La lutte des classes est en moi. J’ai un mode de vie, une façon physique d’apparaître qui est celle de la classe dominante, je vais pas me le cacher. Mais je sais quelle était ma vision de petite fille, d’adolescente, et ce n’est pas réconciliable. Ma mémoire est dans un monde et ma vie est dans un autre et ça, c’est insupportable.

Voyez, ce matin je sors de chez moi pour prendre le RER, et je vois qu’une grosse maison se construit. Il faisait très froid. Je vois un garçon avec une brouette. Immédiatement, je n’ai pas besoin de penser, me revient que travailler de ses mains c’est dur, c’est très, très dur. J’ai vu mon père travailler de ses mains, et pourtant je viens là, à Gallimard. Il n’y a pas de réconciliation, sinon sur un plan politique. Mais intérieurement, ce n’est pas possible.

Vous sentez-vous « traître » à votre classe ?

Je vais pas dire que je me sens traître, mais j’ai tout de suite conscience qu’il y a des mondes ennemis, des classes sociales, qu’il y a de la liberté d’un côté et de l’aliénation de l’autre. Oui, j’ose employer ce terme marxiste, et on va pas me la faire « Mais non, il est très heureux cet homme qui fait des choses de ses mains. »

Et en continuant sur le chemin du RER, je me disais : mais pourquoi je pense toujours comme ça ? Ça sert à quoi d’avoir vu ce garçon, d’avoir pensé à ça ? Ça ne m’empêche pas de vous rencontrer, de parler, d’avoir l’usage de la parole, de proférer des choses révoltées. Mais il faut que ça aille au delà.

Est-ce qu’on s’échappe un jour du dimanche d’Yvetot, des dimanches d’une enfance ?

Le dimanche, c’est sans doute… Le dimanche ça dépasse le lieu, l’ennui, l’attente. C’est un trou le dimanche, c’est métaphysique le dimanche, c’est un leitmotiv de ce que j’écris. J’aimais beaucoup le mot dimanche quand j’étais petite fille et en même temps, ça a été très lié à des jours sombres, d’avoir l’impression de saisir le cœur du temps de la vie. J’ai commencé d’écrire un dimanche plusieurs fois.

C’est là où on devrait se poser toutes les questions possibles, car le travail s’arrête. Tout peut arriver le dimanche. Pendant longtemps il n’y a pas eu de loisirs. Aujourd’hui, les gens fuient. Noël approche et ils vont se précipiter dans les magasins pour éviter cet ennui du dimanche. Quand on fait la révolution, c’est pour qu’il y ait un dimanche, le grand dimanche, non ?

L’instruction, sortir de son milieu, acquérir les codes sociaux et physiques : la grande affaire de votre vie. Mais aujourd’hui, n’est-ce pas tout simplement l’argent qui anime les combats ?

Pas seulement. J’ai bien aimé le film de Guédiguian, « Les Neiges du Kilimandjaro ». Il a posé en des termes qui ne sont pas forcément les miens, avec une bonté qui est peut-être excessive (moi j’aurais préféré plus de dureté), cette question de la coupure entre ces jeunes dont les parents sont des petites gens, qui vraiment ont du mal à s’en sortir, et ceux qui sont des héritiers, qui possèdent la culture et les réseaux sociaux.

Qui, selon vous, porte politiquement les attentes, les désirs de ces petites gens ?

Personne, ou alors il faudrait dire, hélas, Marine Le Pen, mais on va pas dire ça… Le Front de Gauche, si, bien sûr, c’est lui seul. Je vais voter Front de Gauche, Mélenchon, car il reprend une parole, communiste mais pas seulement, qu’on n’entendait plus.

Vous dites que vous avez été une mauvaise enseignante. Qu’avez-vous transmis, si ce ne sont les lettres, socialement ? Le désir de s’élever, de s’en sortir ?

Dans votre question, je me pose moi une question. Quelle conscience avais-je de m’élever en étant bonne élève, en étant la meilleure à l’école ? D’où me venait cette certitude ? Il y avait des injonctions plutôt que des certitudes : « Si tu travailles bien en classe, tu seras mieux que tes parents, tu ne serviras pas au bistrot. »

Comme j’étais dans une école privée, il y avait aussi un autre discours : c’est le bon dieu qui m’avait donné l’intelligence, il fallait que j’en fasse quelque chose. C’était un discours valorisant dans le fond.

Quand j’ai commencé à enseigner, on avait un discours de l’inné, des dons. Certains sont faits pour réussir et d’autres, non. J’ai participé de cette croyance. Aujourd’hui, je pense que l’école est un instrument de promotion personnelle pour les classes intellectuelles supérieures, pas pour les autres.

Vous avez reconnu dans vos classes des filles ou des garçons qui vous ressemblaient ?

Absolument. Je ne faisais rien de particulier, seulement leur donner le plus de confiance possible en eux. Ça se marquait à l’oral, la maîtrise de l’oral c’est un marqueur d’origine sociale, la facilité de langage. J’ai eu la chance de commencer par des classes qu’on n’appelait pas encore « de relégation », des classes d’aide comptable, de secrétariat.

C’était un lycée classique-moderne-technique, dans une petite ville de 7 000 habitants, en Haute-Savoie, avec des élèves très difficiles, des classes de quarante. Et ça a vraiment été un grand choc. Le français pour eux n’était pas aussi important que la compta ou apprendre à taper. Et là, j’ai compris que la culture que je leur transmettais ne s’imposait pas à tous.

Et puis et puis il y avait ces sixièmes, où certains parlaient en patois savoyard. Il y avait beaucoup d’enfants d’ouvriers. J’ai vu le décalage immense avec les lycées de centre-ville de Lyon où j’avais fait mes stages. Il y a eu un retournement, moi aussi j’avais été une élève qui ne savait pas s’exprimer, ne comprenait pas les mots que les maîtresses utilisaient. J’ai écrit « Les Armoires vides » en étant professeur. Enseigner m’a vraiment donné envie d’écrire.

Dans votre vie, il y a quelque chose d’assez frappant pour moi, vous n’avez pas eu d’amies quand vous étiez jeunes.

Non…

Dans « L’Evénement », le récit de l’avortement, pas une amie, copine à qui vous confier. Vous passez trois mois de solitude totale.

Il faut se remettre dans les années d’avant Simone Veil, d’avant 68. C’était quelque chose de terriblement honteux, criminel. Ce n’est pas seulement mon cas personnel : la plupart du temps, les filles qui avaient recours, elles ne pouvaient pas l’ébruiter.

Dans tous vos textes et les parties de votre journal que vous publiez, il y a une première vraie copine du quartier dont vous vous éloignez dès l’adolescence, et ensuite, une ou deux filles qui partagent avec vous l’isolement, l’humiliation sociale.

Effectivement, mais tout de même, voyez, cette amie du collège qui est en photo dans le livre, nous nous nous sommes revues presque cinquante ans après, et c’est seulement à ce moment que nous avons tout dit de la honte. Et elle, elle avait encore plus honte, c’est seulement là qu’on parle, cinquante ans après. On aurait pu, mais on ne pouvait pas, c’est ça la question. Les dominants ils ont une complicité, ils ont les mêmes intérêts. Tandis que quand on est dominé, comme nous l’étions, sans sentiment de classe politique, on le cachait et on le taisait.

Elle était fille de paysan, moi d’épicier. On n’avait pas cette conscience de classe plus active que possédaient mes cousines filles d’ouvriers. Elles étaient plus agressives, plus revendicatives.

Vous en voulez à vos parents de vous avoir mise dans une institution privée où vous vous êtes retrouvée totalement isolée et différente des autres ?

Je leur en ai voulu après être sortie de ce pensionnat. Je voulais en sortir, je ne voulais surtout pas faire ma classe de philo dans cet établissement religieux.

Quand je suis arrivée au lycée de Rouen, la souffrance sociale que je vivais à Saint-Michel a continué, et s’est même aggravée, c’est ça qui était terrible. Rouen, c’était un lycée bourgeois dans une ville bourgeoise. Les professeurs étaient infiniment supérieurs à ceux de mon établissement précédent, en français, en histoire-géo n’en parlons pas, en physique. Vraiment, il régnait un état d’esprit tellement plus ouvert.

De l’autre côté, il y avait dans cette classe de philo une majorité de filles de la grande bourgeoisie de Rouen, trois filles de médecins, la fille du préfet. C’était impalpable, mais ça contredisait l’idéal égalitaire de l’école laïque publique. Elles ne disaient pas bonjour, elles formaient des petits groupes, je n’en étais pas.

A Rouen, j’ai eu une amie durant deux, trois ans, fille de représentant. Et là vous touchez quelque chose d’assez intime : elle ne m’a jamais invitée chez elle. Après, j’y ai pensé. Elle devait avoir une forme de honte, comme moi, mais moi je l’ai invitée chez moi.

Vous savez, c’est un sentiment de honte le sentiment de classe, de mon temps c’était très diffus, on éprouvait ça de façon solitaire, personnelle.

Très jeune, les garçons représentent une façon de conquérir cet autre monde, en tout cas de l’approcher et de s’emparer de ses codes.

Je ne pense pas que ça se soit passé comme ça. A l’âge où j’ai envie d’aller avec les garçons, il est évident que je ne veux pas aller avec un ouvrier. Je fais mon petit barème intérieur, je dois dire c’est assez stupide, je me fonde sur des critères nuls : la façon de s’habiller, de parler, pour m’apercevoir que ce sont de cruches. C’est vrai, je capte leurs codes, j’essaye de savoir si ça vaut le coup.

Ce qui n’était pas possible avec les amies, ce rapprochement, devient possible avec la sexualité ?

Jusqu’à un certain point. A une époque où on se marie, venant d’où je viens, il ne peut pas être question que j’épouse quelqu’un de bourgeois. Et pourtant, je le ferai quand même.

Devient-on orphelin de son père et de sa mère différemment ?

Ma mère, la perdre, c’est vraiment perdre quelque chose d’immense, son corps. C’est perdre une forme de double de soi, celle qui était en tant que femme avant moi, et ça se joue sur tous les plans, un plan charnel, le plan de la loi – ma mère était la loi : ce qu’il faut faire et pas faire, elle était comme Dieu. Elle est morte, Dieu est mort aussi.

Mon père, lui, représente ma classe sociale, la classe dont je suis issue. C’est quelqu’un qui portait le monde paysan, le monde auquel ma mère voulait échapper, et elle a tout fait pour y échapper. Mon père non, et il avait aussi une culture ouvrière. Très certainement il était animé par une haine de classe à l’égard de la bourgeoisie.

La honte qui le nourrissait, je la raconte. Un voyage-pèlerinage à Lourdes, une scène dans un restaurant où les gens riches du groupe sont bien servis car ils prennent le menu à la carte, et nous, personne ne prête attention à nous car nous sommes au menu. Il ressortait ça souvent, avec des mots d’une extrême violence sur les « bonnes femmes couvertes de bijoux ».

Etre orpheline de son père, c’est être dépositaire de cette haine de classe, encore plus.

Cela vous arrive de vous retrouver « au menu » dans un restaurant de Limoges ?

Je revis souvent des situations où je me sens exclue, alors que je ne le suis pas. C’est parce que je ne suis pas à ma place, je ne me sens pas à ma place, d’une façon ou d’une autre. Et maintenant, ça ne m’intéresse pas, je n’en souffre plus car ça ne m’intéresse pas d’appartenir à ce monde. Je n’ai jamais voulu en faire partie, sauf au moment où j’ai voulu y accéder. Mais à peine entrée, je n’ai eu de cesse de vouloir en sortir.

Vous dites : « Le luxe c’est de pouvoir vivre une passion. » Elle vous a éloignée d’une écriture politique, diriez-vous ?

J’écris ça à la fin de « Passion simple ». Au moment où je vis cette passion et où je l’écris, je suis également très engagée contre la guerre du Golfe. Mais oui, à un moment la vie amoureuse prend le dessus, dans l’écriture, mais pas dans la vie réelle. La passion amoureuse et la révolte politique, cela va de pair.

Et le sexe ?

La sexualité, l’usage de la sexualité, l’acte sexuel a une sorte de vertu pour moi de dégrisement, de vision froide, comme si on atteignait le cœur des choses, que ni le bien ni le mal n’existent. C’est cette expérience-là, et pour moi presque toujours c’était le désir d’écrire après, de façon violente.

L’acte sexuel permet d’accéder à la connaissance, que ça soit du bien ou du mal, peu importe.

Le dernier mot du livre est « sauver ». Sauver par l’écriture ?

Il n’y a pas que l’écriture qui sauve… J’ai fait partie de cette génération en 68 qui pensait : il faut faire table rase. Justement non, je crois qu’il faut transmettre. Par un mode de vie qui serait différent, qui ne soit pas dans l’urgence ni l’effacement permanent de ce qui vient de se passer, dans la consommation. Où les gens trouvent-ils le temps de réfléchir, de faire des liens ? On ne peut pas échapper à la politique et il faut y réfléchir.

Cette période que nous vivons, avant la présidentielle, ça me paraît nul comme période, et je crois que la majorité des gens le savent. Ça ne va rien changer, on s’étourdit avec ça, c’est une imposture. Entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, je ne vois pas assez de différences.

Vous voterez Hollande au second tour ?

Je ne sais pas encore.

Très souvent, vous voyez, on se demande pourquoi est-ce qu’on vit comme ça. Pourquoi est-ce qu’on se laisse complétement avoir par les dimanches où on va tous se précipiter dans les magasins, on va profiter des bons de réduction, des promotions. Comment casser ça, comment trouver plus de plaisir à faire la révolution qu’à aller acheter dans les magasins le dimanche ?

Voir également:

Bourdieu : le chagrin

Annie Ernaux
Le Monde

05.02.02.

La manière dont la mort de Pierre Bourdieu a été annoncée et commentée dans les médias, le 24 janvier, à la mi-journée, était instructive. Quelques minutes en fin de journal, insistance – comme s’il s’agissait de l’alliance incongrue, désormais impensable, de ces deux mots – sur « l’intellectuel engagé ». Par-dessus tout, le ton des journalistes révélait beaucoup : celui du respect éloigné, de l’hommage distant et convenu. A l’évidence, par-delà le ressentiment qu’ils avaient pu concevoir vis-à-vis de celui qui avait dénoncé les règles du jeu médiatique, Pierre Bourdieu n’était pas des leurs. Et le décalage apparaissait immense entre le discours entendu et la tristesse, qui, au même moment, envahissait des milliers de gens, des chercheurs et des étudiants, des enseignants, mais aussi des hommes et des femmes de tous horizons, pour qui la découverte des travaux de Pierre Bourdieu a constitué un tournant dans leur perception du monde et dans leur vie.

Lire dans les années 1970 Les Héritiers, La Reproduction, plus tard La Distinction, c’était – c’est toujours – ressentir un choc ontologique violent. J’emploie à dessein ce terme d’ontologique : l’être qu’on croyait être n’est plus le même, la vision qu’on avait de soi et des autres dans la société se déchire, notre place, nos goûts, rien n’est plus naturel, allant de soi dans le fonctionnement des choses apparemment les plus ordinaires de la vie.

Et, pour peu qu’on soit issu soi-même des couches sociales dominées, l’accord intellectuel qu’on donne aux analyses rigoureuses de Bourdieu se double du sentiment de l’évidence vécue, de la véracité de la théorie en quelque sorte garantie par l’expérience : on ne peut, par exemple, refuser la réalité de la violence symbolique lorsque, soi et ses proches, on l’a subie.

Il m’est arrivé de comparer l’effet de ma première lecture de Bourdieu à celle du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, quinze ans auparavant : l’irruption d’une prise de conscience sans retour, ici sur la condition des femmes, là sur la structure du monde social. Irruption douloureuse mais suivie d’une joie, d’une force particulières, d’un sentiment de délivrance, de solitude brisée.

Cela me reste un mystère et une tristesse que l’œuvre de Bourdieu, synonyme pour moi de libération et de « raisons d’agir » dans le monde, ait pu être perçue comme une soumission aux déterminismes sociaux. Il m’a toujours semblé au contraire que, mettant au jour les mécanismes cachés de la reproduction sociale, en objectivant les croyances et processus de domination intériorisés par les individus à leur insu, la sociologie critique de Bourdieu défatalise l’existence. En analysant les conditions de production des œuvres littéraires et artistiques, les champs de luttes dans lesquelles elles surgissent, Bourdieu ne détruit pas l’art, ne le réduit pas, il le désacralise simplement, il en fait ce qui est beaucoup mieux qu’une religion, une activité humaine complexe. Et les textes de Bourdieu ont été pour moi un encouragement à persévérer dans mon entreprise d’écriture, à dire, entre autres, ce qu’il nommait le refoulé social.

Le refus opposé, avec une extrême violence parfois, à la sociologie de Pierre Bourdieu vient, me semble-t-il, de sa méthode et du langage qui lui est lié. Venu de la philosophie, Bourdieu a rompu avec le maniement abstrait des concepts qui la fonde, le beau, le bien, la liberté, la société, et donné à ceux-ci des contenus étudiés concrètement, scientifiquement. Il a dévoilé ce que signifiaient dans la réalité le beau quand on est agriculteur ou professeur, la liberté si l’on habite la cité des 3 000, expliqué pourquoi les individus s’excluent eux-mêmes de ce qui, de façon occulte, les exclut de toute façon.

Comme dans la philosophie et, le meilleur des cas, la littérature, c’est encore et toujours de la con- dition humaine qu’il s’agit, mais non d’un homme en général, des individus tels qu’ils sont inscrits dans le monde social. Et si un discours abstrait, au-dessus des choses, ou prophétique, ne dérange personne, il n’en est pas de même dès lors qu’on donne le pourcentage écrasant d’enfants issus de milieux dominants intellectuellement ou économiquement dans les grandes écoles, qu’on révèle de manière rigoureuse les stratégies du pouvoir, ici et maintenant aussi bien chez les universitaires (Homo academicus) que dans les médias.

Question de langage ; substituer, par exemple, à « milieux, gens, modestes » et « couches supérieures » les termes de « dominés » et « dominants », c’est changer tout : à la place d’une expression euphémisée et quasi naturelle des hiérarchies, c’est faire apparaître la réalité objective des rapports sociaux.

Le travail de Bourdieu, acharné comme Pascal à détruire les apparences, à rendre manifeste le jeu, l’illusion, l’imaginaire social, ne pouvait que rencontrer des résistances dans la mesure où il contient des ferments de subversion, où il débouche sur une transformation du monde, dont l’ouvrage qu’il a dirigé avec son équipe de chercheurs, le plus connu, montre la misère.

Si, avec la mort de Sartre, j’ai pu avoir le sentiment que quelque chose était achevé, intégré, que ses idées ne seraient plus actives, qu’il basculait, en somme, dans l’histoire, il n’en va pas de même avec Pierre Bourdieu. Si nous sommes tant à éprouver le chagrin de sa perte – j’ose, ce que je fais rarement, dire « nous », en raison de l’onde fraternelle qui s’est propagée spontanément à l’annonce de sa mort – nous sommes aussi nombreux à penser que l’influence de ses découvertes et de ses concepts, de ses ouvrages, ne va cesser de s’étendre. Comme ce fut le cas pour Jean-Jacques Rousseau, à propos de qui je ne sais lequel de ses contemporains s’insurgeait de ce que son écriture rendît le pauvre fier.

Voir encore:

Annie Ernaux, l’écrivain officiel

Il semble que la célébration de Mme Ernaux soit devenue obligatoire en France. Son dernier livre, Mémoire de fille, est unanimement salué par une critique béate. Le public suit. Les éditions Gallimard ont rassemblé son œuvre en un gros volume sous le titre: Ecrire la vie. La Pléiade est pour bientôt, le Nobel imminent, l’Académie s’impatiente, et ma fille l’étudie au lycée. Une suggestion à François Hollande: ouvrir le Panthéon aux vivants, spécialement pour Mme Ernaux. Seul Maxime Gorki a connu une gloire comparable, dans l’URSS des années 30. Il est permis de se méfier d’une telle sanctification collective.

Récapitulons: en un demi-siècle, Annie Ernaux a successivement écrit sur son père, sa mère, son amant, son avortement, la maladie de sa mère, son deuil, son hypermarché. Cette fois c’est sur son dépucelage raté durant l’été 1958, en colonie de vacances, quand elle s’appelait Annie Duchesne. L’événement est raconté à cinquante ans de distance avec un sérieux inouï. Ce qui est étonnant avec Mme Ernaux, c’est à quel point ses livres, qui ne cessent de revenir sur ses origines modestes, ne le sont pas. C’est l’histoire d’un écrivain qui s’est installé au sommet de la société en passant sa vie à ressasser son injustice sociale. Ce dolorisme des origines révèle en réalité une misère de l’embourgeoisement. C’est comme si elle refusait d’admettre qu’elle s’en est très bien sortie ; 2016 n’effacera jamais 1958.

Statufiée, Annie Ernaux prend son lecteur pour un abruti

Mme Ernaux invente la plainte qui frime, la lamentation sûre d’elle. C’est regrettable, car il y a des bribes à sauver dans ce galimatias autosatisfait: «C’était un été sans particularité météorologique» sonne très modianesque ; et cet autoportrait «au total une jolie fille mal coiffée» évoque Sagan. Mais Sagan n’aurait jamais ajouté: «Je la sais dans la solitude intrépide de son intelligence.» A chaque fois que Mme Ernaux trouve quelque chose de beau, elle le gâte par une explication de texte laborieuse. Autre exemple: «Elle attend de vivre une histoire d’amour» est une phrase charmante, qui contient tout, y compris la déception à venir. Pourquoi ajouter: «il faut continuer, définir le terrain – social, familial et sexuel» comme si l’on devait se farcir un commentaire composé du bac français? A force d’être statufiée, Annie Ernaux prend son lecteur pour un abruti. Elle annihile son talent en le noyant sous sa propre exégèse fascinée. On regrette l’écrivain qu’elle a failli être, le livre qu’elle a failli écrire, la légèreté qu’elle se refuse depuis cet été 1958.

Mémoire de fille, d’Annie Ernaux, Gallimard, 151 p., 15 €.

 

 

 

 

 

 

 

Voir par ailleurs:

Petit florilège de citations d’Annie Ernaux

Le temps commercial violait de plus belle le temps calendaire. C’est déjà Noël, soupiraient les gens devant l’apparition en rafale au lendemain de la Toussaint des jouets et des chocolats dans les grandes surfaces, débilités par l’impossibilité d’échapper durant des semaines à l’enterrement de la fête majeur qui oblige de penser son être, sa solitude et son pouvoir d’achat par rapport à la société – comme si la vie entière aboutissait un soir de Noël.

La recherche du temps perdu passait par le Web. […] La mémoire était devenue inépuisable, mais la profondeur du temps […] avait disparu. On était dans un présent infini.

L’anomie gagnait. La déréalisation du langage grandissait, comme un signe de distinction intellectuelle. Compétitivité, précarité, employabilité, flexibilité faisaient rage.

L’enregistrement hétéroclite, continu, du monde, au fur et à mesure des jours, passait par la télévision. Une nouvelle mémoire naissait.

L’entreprise était la loi naturelle, la modernité, l’intelligence, elle sauverait le monde.

Le discours du plaisir gagnait tout. Il fallait jouir en lisant, écrivant, prenant son bain, déféquant. C’était la finalité des activités humaines.

On avait le temps de désirer les choses, la trousse en plastique, les chaussures à semelles de crêpe, la montre en or. Leur possession ne décevait pas.

La honte ne cessait pas de menacer les filles. Leur façon de s’habiller et de se maquiller, toujours guettée par le trop : court, long, décolleté, étroit, voyant, etc., la hauteur des talons, leurs fréquentations, leurs sorties et leurs rentrées à la maison, le fond de leur culotte chaque mois, tout d’elles était l’objet d’une surveillance généralisée de la société.

Le silence était le fond des choses et le vélo mesurait la vitesse de la vie.

Les garçons et les filles étaient partout séparés. Les garçons, êtres bruyants, sans larmes, toujours prêts à lancer quelque chose, cailloux, marrons, pétards, boules de neige dure, disaient des gros mots, lisaient Tarzan et Bibi Fricotin. Les filles, qui en avaient peur, étaient enjointes de ne pas les imiter, de préférer les jeux calmes, la ronde, la marelle, la bague d’or.

La profusion des choses cachait la rareté des idées et l’usure des croyances.

Les jeunesses du monde donnaient de leurs nouvelles avec violence. Elles trouvaient dans la guerre du Vietnam des raisons de se révolter et dans les Cent Fleurs de Mao celles de rêver. Il y avait un éveil de joie pure, qu’exprimaient les Beatles. Rien qu’à les entendre, on avait envie d’être heureux. Avec Antoine, Nino Ferrer et Dutronc, la loufoquerie gagnait. Les adultes installés faisaient mine de ne rien voir.

Nous étions débordés par le temps des choses. Un équilibre tenu longtemps entre leur attente et leur apparition, entre la privation et l’obtention, était rompu.

Le progrès était dans l’horizon des existences. Il signifiait le bien-être, la santé des enfants, le savoir, tout ce qui tournait le dos aux choses noires de la campagne et à la guerre. Il était dans le plastique et le Formica, les antibiotiques et les indemnités de la sécurité sociale, l’eau courante sur l’évier et le tout- à-l’égout, les colonies de vacances, la continuation des études et l’atome. Il faut être de son temps, disait-on à l’envi, comme une preuve d’intelligence et d’ouverture d’esprit.

Parce que les étés finissaient pas se ressembler et qu’il était de plus en plus lourd de n’avoir souci que de soi, que l’injonction de “se réaliser” tournait à vide à force de solitude et de discussions dans les mêmes cafés, que le sentiment d’être jeune se muait en celui d’une durée indéfinie et morne, qu’on constatait la supériorité sociale du couple sur le célibataire, on tombait amoureux avec plus de détermination que les autres fois et, un moment d’inattention au calendrier Ogino aidant, on se retrouvait mariés et bientôt parents.

Un petit homme glacé, à l’ambition impénétrable, au nom pour une fois facile à prononcer, Poutine, avait remplacé l’ivrogne Eltsine et promettait de « buter les Tchétchènes jusque dans les chiottes ». La Russie n’apportait plus d’espoir ni de peur, rien d’autre qu’une désolation perpétuelle. Elle s’était retirée de notre imaginaire — que les Américains occupaient malgré nous, comme un arbre gigantesque étalant ses branches à la surface de la terre. Ils nous énervaient de plus en plus avec leur discours moral, leurs actionnaires et leurs fonds de pension, leur pollution de la planète et leur dégoût de nos fromages. Pour signifier la pauvreté foncière de leur supériorité, fondée sur les armes et l’économie, un mot les définissait usuellement : « arrogance ». Des conquérants sans idéal sinon le pétrole et les dollars. Leurs valeurs et leurs principes — ne compter que sur soi — ne donnaient d’espérance à personne d’autre qu’eux et nous rêvions d’« un autre monde ».

De prime abord c’était quelque chose qui ne pouvait être cru — comme le montrerait ultérieurement un film où l’on voit George W. Bush sans réaction, tel un enfant perdu, quand on lui annonce la nouvelle à l’oreille —, ni pensé, ni ressenti, juste regardé sur l’écran de télévision, encore et encore, les tours jumelles de Manhattan s’effondrant l’une après l’autre, en cet après-midi de septembre — qui était le matin à New York mais resterait toujours pour nous l’après-midi — comme si à force de voir les images cela allait devenir réel. On ne parvenait pas à sortir de la sidération, on en jouissait via les portables avec le maximum de gens.
Les discours et les analyses affluaient. La pureté de l’événement se dissipait. On se rebiffait contre la proclamation du Monde, « Nous sommes tous Américains ». D’un seul coup, la représentation du monde basculait cul par-dessus tête, quelques individus fanatisés venus de pays obscurantistes, juste armés de cutters, avaient rasé en moins de deux heures les symboles de la puissance américaine. Le prodige de l’exploit émerveillait. On s’en voulait d’avoir cru les États-Unis invincibles, on se vengeait d’une illusion. On se souvenait d’un autre 11 septembre et de l’assassinat d’Allende. Quelque chose se payait. Il serait temps ensuite d’avoir de la compassion et de penser aux conséquences. Ce qui comptait, c’était de dire où, comment, par qui ou quoi on avait appris l’attaque des Twin Towers. Les très rares à ne pas en avoir été informés le jour même conserveraient l’impression d’un rendez-vous manqué avec le reste du monde.
Et chacun cherchait ce qu’il était en train de faire juste à ce moment où le premier avion avait touché la tour du World Trade Center, que des couples s’étaient jetés dans le vide en se tenant par la main. Il n’y avait aucun rapport entre les deux, sinon d’avoir été vivant en même temps que les trois mille êtres humains qui allaient mourir mais l’ignoraient le quart d’heure d’avant. En nous souvenant, j’étais chez le dentiste, sur la route, chez moi à lire, dans cet ahurissement de la contemporanéité on saisissait la séparation des gens sur la terre et notre lien dans une identique précarité. Et l’ignorance où l’on était en regardant un tableau de Van Gogh au musée d’Orsay de ce qui se passait à cette seconde à Manhattan était celle du moment de notre propre mort. Cependant, au milieu de l’écoulement insignifiant des jours, cette heure qui contenait à la fois les tours explosées du World Trade Center et un rendez-vous chez le dentiste ou le contrôle technique d’une voiture était sauvée.
Le 11 septembre refoulait toutes les dates qui nous avaient accompagnés jusqu’ici. De la même façon qu’on avait dit « après Auschwitz », on disait « après le 11 septembre », un jour unique. Ici commençait on ne savait pas quoi. Le temps aussi se mondialisait.
Plus tard, quand nous penserons à des faits que, après hésitation, on situera en 2001 — un orage à Paris le week-end du 15 août, une tuerie à la Caisse d’épargne de Cergy-Pontoise, le Loft, la parution de La Vie sexuelle de Catherine M. —, on sera surpris de devoir les placer avant le 11 septembre, frappés de constater que rien ne les distinguait de ceux qui avaient eu lieu après, en octobre ou novembre. Ils avaient repris leur flottement dans le passé et leur liberté par rapport à un événement dont il fallait bien admettre maintenant qu’on ne l’avait pas réellement vécu.
Sans avoir le temps de réfléchir on entrait dans la peur, une force obscure s’était infiltrée dans le monde, prête aux actes les plus atroces sur tous les points du globe, des enveloppes remplies d’une poudre blanche tuaient leurs destinataires, Le Monde titrait « La guerre qui vient ». Le président des États-Unis, George W. Bush, falot fils du précédent, élu de façon ridicule après d’interminables recomptages de voix, proclamait la guerre des civilisations, du Bien contre le Mal. Le terrorisme avait un nom, Al Qaida, une religion, l’islam, un pays, l’Afghanistan. Il ne fallait plus dormir, être en alerte jusqu’à la fin des temps. L’obligation d’endosser la peur des Américains refroidissait la solidarité et la compassion. On se gaussait de leur incapacité à attraper Ben Laden et le mollah Omar, évaporé à motocyclette.
La représentation du monde musulman se retournait. Cette nébuleuse d’hommes en robe et de femmes voilées comme des saintes vierges, de chameliers, danses du ventre, minarets et muezzin, passait de l’état d’objet lointain, pittoresque et arriéré, à celui de force moderne. Les gens peinaient à unir modernité et pèlerinage à La Mecque, fille en tchador et préparation d’une thèse à l’université de Téhéran. On ne pouvait plus oublier les musulmans. Un milliard deux cents millions.
(Le milliard trois cents millions de Chinois sans croyance autre qu’en l’économie qui turbinaient à la fabrication des choses bon marché à destination de l’Occident n’étaient que silence lointain.)
La religion revenait mais ce n’était pas la nôtre, celle à laquelle on ne croyait plus, qu’on n’avait pas voulu transmettre, qui restait au fond la seule légitime, la meilleure s’il fallait classer. Celle dont la dizaine de chapelet, les cantiques et le poisson le vendredi faisaient partie du musée de l’enfance, Je suis chrétien, voilà ma gloire.
La distinction entre les « Français de souche » — c’était tout dire, l’arbre, la terre — et ceux « issus de l’immigration » ne bougeait pas. Quand le président de la République dans une allocution évoquait « le peuple français » il allait de soi que c’était une entité — généreuse, au-dessus de tout soupçon xénophobe — charriant Victor Hugo, la prise de la Bastille, les paysans, les instituteurs et les curés, l’abbé Pierre et de Gaulle, Bernard Pivot, Astérix, la mère Denis et Coluche, les Marie et les Patrick. Il n’incluait pas Fatima, Ali et Boubacar, ceux qui se servaient dans le rayon halal des grandes surfaces et faisaient le ramadan. Encore moins les « jeunes des quartiers » dont la capuche rabattue sur la tête, la démarche nonchalante paraissaient les signes assurés de leur sournoiserie et de leur paresse, les prolégomènes sûrs d’un mauvais coup. De façon obscure, ils étaient les indigènes d’une colonie intérieure sur laquelle on n’avait plus de pouvoir.
« Le langage construisait avec constance la partition entre nous et eux, les circonscrivait en « communautés » dans les « quartiers », sur des « territoires de non-droit » livrés au trafic de drogue et aux « tournantes », les ensauvageait. Les Français sont inquiets, affirmaient les journalistes. D’après les sondages — qui dictaient les émotions — l’insécurité était le premier souci des gens. Elle avait la figure inavouée d’une population basanée de l’ombre et de hordes rapides à délester les honnêtes gens de leur portable. »

Annie Ernaux (Les Années, 2008)

Les parents d’un enfant mort ne savent pas ce que leur douleur fait à celui qui est vivant. Annie Ernaux (L’Autre fille, 2011)

Quelquefois, je me disais qu’il passait peut-être toute une journée sans penser une seconde à moi. Je le voyais se lever, prendre son café, parler, rire, comme si je n’existais pas. Ce décalage avec ma propre obsession me remplissait d’étonnement. Comment était-ce possible. Mais lui-même aurait été stupéfait d’apprendre qu’il ne quittait pas ma tête du matin au soir. Il n’y avait pas de raison de trouver plus juste mon attitude ou la sienne. En un sens, j’avais plus de chance que lui. Annie Ernaux (Passion simple, 1991)

J’allais vers eux avec mon petit bagage, les conversations des filles, des romans, des conseils de l’écho de la mode, des chansons, quelques poèmes de Musset et une overdose de rêves, Bovary ma grande soeur. » Annie Ernaux (La femme gelée, 1981)

Ecrire, c’est d’abord ne pas être vu. Annie Ernaux (L’Occupation, 2002)

COMPLEMENT:

JE SUIS UN NEGRE, DE RACE INFERIEURE DE TOUTE ETERNITE (Retour sur la sorte de discours de Stockholm anticipé de notre poète maudit préféré où rejouant dans un autoportrait au vitriol la carte de l’étrangeté et de l’extériorité absolue à l’égard de la civilisation occidentale, il crache allègrement dans la soupe – annonçant après lui nos Albert Camus et nos Annie Ernaux comme leurs émules du wokisme aujourd’hui)
J’ai de mes ancêtres gaulois l’œil bleu blanc, la cervelle étroite, et la maladresse dans la lutte. Je trouve mon habillement aussi barbare que le leur. Mais je ne beurre pas ma chevelure.
Les Gaulois étaient les écorcheurs de bêtes, les brûleurs d’herbes les plus ineptes de leur temps.
D’eux, j’ai : l’idolâtrie et l’amour du sacrilège ; — oh ! tous les vices, colère, luxure, — magnifique, la luxure ; — surtout mensonge et paresse.
J’ai horreur de tous les métiers. Maîtres et ouvriers, tous paysans, ignobles. La main à plume vaut la main à charrue. — Quel siècle à mains ! — Je n’aurai jamais ma main. Après, la domesticité mène trop loin. L’honnêteté de la mendicité me navre. Les criminels dégoûtent comme des châtrés : moi, je suis intact, et ça m’est égal.
Mais ! qui a fait ma langue perfide tellement qu’elle ait guidé et sauvegardé jusqu’ici ma paresse ? Sans me servir pour vivre même de mon corps, et plus oisif que le crapaud, j’ai vécu partout. Pas une famille d’Europe que je ne connaisse. — J’entends des familles comme la mienne, qui tiennent tout de la déclaration des Droits de l’Homme. — J’ai connu chaque fils de famille !
Si j’avais des antécédents à un point quelconque de l’histoire de France !
Mais non, rien.
Il m’est bien évident que j’ai toujours été de race inférieure. Je ne puis comprendre la révolte. Ma race ne se souleva jamais que pour piller : tels les loups à la bête qu’ils n’ont pas tuée.
Je me rappelle l’histoire de la France fille aînée de l’Église. J’aurais fait, manant, le voyage de terre sainte, j’ai dans la tête des routes dans les plaines souabes, des vues de Byzance, des remparts de Solyme ; le culte de Marie, l’attendrissement sur le crucifié s’éveillent en moi parmi les mille féeries profanes. — Je suis assis, lépreux, sur les pots cassés et les orties, au pied d’un mur rongé par le soleil. — Plus tard, reître, j’aurais bivaqué sous les nuits d’Allemagne.
Ah ! encore : je danse le sabbat dans une rouge clairière, avec des vieilles et des enfants.
Je ne me souviens pas plus loin que cette terre-ci et le christianisme. Je n’en finirais pas de me revoir dans ce passé. Mais toujours seul ; sans famille ; même, quelle langue parlais-je ? Je ne me vois jamais dans les conseils du Christ ; ni dans les conseils des Seigneurs, — représentants du Christ.
Qu’étais-je au siècle dernier : je ne me retrouve qu’aujourd’hui. Plus de vagabonds, plus de guerres vagues. La race inférieure a tout couvert — le peuple, comme on dit, la raison ; la nation et la science.
Oh ! la science ! On a tout repris. Pour le corps et pour l’âme, — le viatique, — on a la médecine et la philosophie, — les remèdes de bonnes femmes et les chansons populaires arrangées. Et les divertissements des princes et les jeux qu’ils interdisaient ! Géographie, cosmographie, mécanique, chimie !…
La science, la nouvelle noblesse ! Le progrès. Le monde marche ! Pourquoi ne tournerait-il pas ?
C’est la vision des nombres. Nous allons à l’Esprit. C’est très certain, c’est oracle, ce que je dis. Je comprends, et ne sachant m’expliquer sans paroles païennes, je voudrais me taire.
 
Le sang païen revient ! L’Esprit est proche, pourquoi Christ ne m’aide-t-il pas, en donnant à mon âme noblesse et liberté. Hélas ! l’Évangile a passé ! l’Évangile ! l’Évangile.
J’attends Dieu avec gourmandise. Je suis de race inférieure de toute éternité.
Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s’allument dans le soir. Ma journée est faite ; je quitte l’Europe. L’air marin brûlera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l’herbe, chasser, fumer surtout ; boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant, — comme faisaient ces chers ancêtres autour des feux.
Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l’œil furieux : sur mon masque, on me jugera d’une race forte. J’aurai de l’or : je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retour des pays chauds. Je serai mêlé aux affaires politiques. Sauvé.
Maintenant je suis maudit, j’ai horreur de la patrie. Le meilleur, c’est un sommeil bien ivre, sur la grève.

 

On ne part pas. — Reprenons les chemins d’ici, chargé de mon vice, le vice qui a poussé ses racines de souffrance à mon côté, dès l’âge de raison — qui monte au ciel, me bat, me renverse, me traîne.
La dernière innocence et la dernière timidité. C’est dit. Ne pas porter au monde mes dégoûts et mes trahisons.
Allons ! La marche, le fardeau, le désert, l’ennui et la colère.
À qui me louer ? Quelle bête faut-il adorer ? Quelle sainte image attaque-t-on ? Quels cœurs briserai-je ? Quel mensonge dois-je tenir ? — Dans quel sang marcher ?
Plutôt, se garder de la justice. — La vie dure, l’abrutissement simple, — soulever, le poing desséché, le couvercle du cercueil, s’asseoir, s’étouffer. Ainsi point de vieillesse, ni de dangers : la terreur n’est pas française.
— Ah ! je suis tellement délaissé que j’offre à n’importe quelle divine image des élans vers la perfection.
Ô mon abnégation, ô ma charité merveilleuse ! ici-bas, pourtant !
De profundis Domine, suis-je bête !
Encore tout enfant, j’admirais le forçat intraitable sur qui se referme toujours le bagne ; je visitais les auberges et les garnis qu’il aurait sacrés par son séjour ; je voyais avec son idée le ciel bleu et le travail fleuri de la campagne ; je flairais sa fatalité dans les villes. Il avait plus de force qu’un saint, plus de bon sens qu’un voyageur — et lui, lui seul ! pour témoin de sa gloire et de sa raison.
Sur les routes, par des nuits d’hiver, sans gîte, sans habits, sans pain, une voix étreignait mon cœur gelé : « Faiblesse ou force : te voilà, c’est la force. Tu ne sais ni où tu vas ni pourquoi tu vas, entre partout, réponds à tout. On ne te tuera pas plus que si tu étais cadavre. » Au matin j’avais le regard si perdu et la contenance si morte, que ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu.
Dans les villes la boue m’apparaissait soudainement rouge et noire, comme une glace quand la lampe circule dans la chambre voisine, comme un trésor dans la forêt ! Bonne chance, criais-je, et je voyais une mer de flammes et de fumées au ciel ; et, à gauche, à droite, toutes les richesses flambant comme un milliard de tonnerres.
Mais l’orgie et la camaraderie des femmes m’étaient interdites. Pas même un compagnon. Je me voyais devant une foule exaspérée, en face du peloton d’exécution, pleurant du malheur qu’ils n’aient pu comprendre, et pardonnant ! — Comme Jeanne d’Arc ! — « Prêtres, professeurs, maîtres, vous vous trompez en me livrant à la justice. Je n’ai jamais été de ce peuple-ci ; je n’ai jamais été chrétien ; je suis de la race qui chantait dans le supplice ; je ne comprends pas les lois ; je n’ai pas le sens moral, je suis une brute : vous vous trompez… »
Oui, j’ai les yeux fermés à votre lumière. Je suis une bête, un nègre. Mais je puis être sauvé. Vous êtes de faux nègres, vous maniaques, féroces, avares. Marchand, tu es nègre ; magistrat, tu es nègre ; général, tu es nègre ; empereur, vieille démangeaison, tu es nègre : tu as bu d’une liqueur non taxée, de la fabrique de Satan. — Ce peuple est inspiré par la fièvre et le cancer. Infirmes et vieillards sont tellement respectables qu’ils demandent à être bouillis. — Le plus malin est de quitter ce continent, où la folie rôde pour pourvoir d’otages ces misérables. J’entre au vrai royaume des enfants de Cham.
Connais-je encore la nature ? me connais-je ? — Plus de mots. J’ensevelis les morts dans mon ventre. Cris, tambour, danse, danse, danse, danse ! Je ne vois même pas l’heure où, les blancs débarquant, je tomberai au néant.
Faim, soif, cris, danse, danse, danse, danse !
Les blancs débarquent. Le canon ! Il faut se soumettre au baptême, s’habiller, travailler.
J’ai reçu au cœur le coup de la grâce. Ah ! je ne l’avais pas prévu !
Je n’ai point fait le mal. Les jours vont m’être légers, le repentir me sera épargné. Je n’aurai pas eu les tourments de l’âme presque morte au bien, où remonte la lumière sévère comme les cierges funéraires. Le sort du fils de famille, cercueil prématuré couvert de limpides larmes. Sans doute la débauche est bête, le vice est bête ; il faut jeter la pourriture à l’écart. Mais l’horloge ne sera pas arrivée à ne plus sonner que l’heure de la pure douleur ! Vais-je être enlevé comme un enfant, pour jouer au paradis dans l’oubli de tout le malheur !
Vite ! est-il d’autres vies ? — Le sommeil dans la richesse est impossible. La richesse a toujours été bien public. L’amour divin seul octroie les clefs de la science.
Je vois que la nature n’est qu’un spectacle de bonté. Adieu chimères, idéals, erreurs.
Le chant raisonnable des anges s’élève du navire sauveur : c’est l’amour divin. — Deux amours ! je puis mourir de l’amour terrestre, mourir de dévouement. J’ai laissé des âmes dont la peine s’accroîtra de mon départ ! Vous me choisissez parmi les naufragés, ceux qui restent sont-ils pas mes amis ?
Sauvez-les !
La raison est née. Le monde est bon. Je bénirai la vie. J’aimerai mes frères. Ce ne sont plus des promesses d’enfance. Ni l’espoir d’échapper à la vieillesse et à la mort. Dieu fait ma force, et je loue Dieu.
L’ennui n’est plus mon amour. Les rages, les débauches, la folie, dont je sais tous les élans et les désastres, — tout mon fardeau est déposé. Apprécions sans vertige l’étendu de mon innocence.
Je ne serais plus capable de demander le réconfort d’une bastonnade. Je ne me crois pas embarqué pour une noce avec Jésus-Christ pour beau-père.
Je ne suis pas prisonnier de ma raison. J’ai dit : Dieu. Je veux la liberté dans le salut : comment la poursuivre ? Les goûts frivoles m’ont quitté. Plus besoin de dévouement ni d’amour divin. Je ne regrette pas le siècle des cœurs sensibles. Chacun a sa raison, mépris et charité : je retiens ma place au sommet de cette angélique échelle de bon sens.
Quant au bonheur établi, domestique ou non… non, je ne peux pas. Je suis trop dissipé, trop faible. La vie fleurit par le travail, vieille vérité : moi, ma vie n’est pas assez pesante, elle s’envole et flotte loin au-dessus de l’action, ce cher point du monde.
Comme je deviens vieille fille, à manquer du courage d’aimer la mort !
Si Dieu m’accordait le calme céleste, aérien, la prière, — comme les anciens saints. — Les saints ! des forts ! les anachorètes, des artistes comme il n’en faut plus !
Farce continuelle ! Mon innocence me ferait pleurer. La vie est la farce à mener par tous.
Assez ! voici la punition. — En marche !
Ah ! les poumons brûlent, les tempes grondent ! la nuit roule dans mes yeux, par ce soleil ! le cœur… les membres…
Où va-t-on ? au combat ? je suis faible ! les autres avancent. Les outils, les armes… le temps !…
Feu ! feu sur moi ! Là ! ou je me rends. — Lâches ! — Je me tue ! Je me jette aux pieds des chevaux !
Ah !…
— Je m’y habituerai.
Ce serait la vie française, le sentier de l’honneur !
 
Mauvais sang, Une saison en enfer, avril-août 1873.
 
_________________________________________________________
 
Dans son réquisitoire contre lui-même, Rimbaud se voit comme le produit d’un double déterminisme, racial (les gaulois) et social (la classe qui est la sienne, celle des roturiers : maîtres et valets, tous […] ignobles — « ignobles » au sens étymologique de non-nobles ? — ).
Ce discours auto-accusateur est-il sincère ? Rimbaud, dans ce moment de crise où il rédige Une saison en enfer, se laisse-t-il envahir par la honte et la fatigue de soi ? Ou bien faut-il deviner là quelque ironie, le « damné » se complaisant à mimer la parole de l’Autre, du juge, du bourreau, par provocation, par bravade ?
Rimbaud se sent pris dans un engrenage lié à son origine sociale, à sa race et, plus généralement, à l’Histoire. Il semble concevoir celle-ci comme un processus fatal, mathématiquement agencé (C’est la vision des nombres), et progressant vers un but supérieur que, conformément à diverses traditions philosophiques ou théosophiques, Rimbaud nomme l’Esprit (Nous allons à l’Esprit. C’est très certain, c’est oracle, ce que je dis).
Le poète tente d’imaginer les vies qui auraient pu être les siennes à d’autres moments de l’Histoire. Il s’y retrouve toujours comme un membre de la race inférieure, parmi ceux que l’on a enrôlés dans les croisades mais qui n’ont été que superficiellement christianisés, ceux qui ont servi de mercenaires dans les guerres, ceux qui dansaient avec les sorcières (souvenirs de l’histoire de France, telle que la racontent Guizot, Augustin Thierry ou Michelet).
Il est frappant de constater que les notions de race et de classe sociale se confondent ici totalement, conformément à l’historiographie libérale de la première moitié du XIXe siècle qui décrivait la Révolution comme le dénouement d’une légitime lutte pluriséculaire des Gaulois (le peuple conquis, les serfs, les ancêtres du Tiers-état) contre les Francs (les conquérants, les nobles). Les élites contemporaines utilisaient volontiers ces catégories, en inversant les pôles, pour dévaloriser les « classes dangereuses » : les révoltés de Juillet (1830), de juin 48, de la Commune étaient les nouveaux gaulois, les barbares, des sauvages animés par un instinct de destruction, des ivrognes à la brutalité héréditaire (voir les prolétaires de Zola), sans projet politique qui soit compatible avec la civilisation. De même, Rimbaud se dit issu d’une race qui ne se souleva jamais que pour piller : tels les loups à la bête qu’ils n’ont pas tuée. Il déclare : Je ne puis comprendre la révolte. Dans cette nuit médiévale où il tente de se représenter, il s’imagine voué à une agressivité toute instinctive, à la rapine, à la jacquerie, en deçà de toute révolte rationnelle. On le sent : le procès qui est instruit dans ces lignes n’est pas seulement celui de l’individu Arthur Rimbaud, c’est celui du Peuple en général : La race inférieure a tout couvert — le peuple, comme on dit, la raison ; la nation et la science.
Est-ce Rimbaud qui parle dans ce « monologue du fils de famille » par quoi commence « Mauvais sang » ? Est-ce vraiment l’auteur des lettres « du Voyant », le sympathisant enthousiaste de la Commune, qui s’exprime ici ? Dans ce cas, il le fait dans des termes si péjoratifs pour lui-même que le lecteur hésite : provocation orgueilleuse ou sincère mortification ? Rimbaud assume-t-il par pure bravade et sans y adhérer aucunement l’image négative qu’on lui renvoie de lui ? Ou bien, au contraire, dans un moment de dépression, retourne-t-il contre lui-même le discours plein de mépris qu’il a vu tenir aux dominants contre ceux d’en bas ?
Rimbaud se représente, dirait-on, le moment actuel comme celui d’un achèvement de l’Histoire. Cette fin des temps est marquée par un retour du paganisme, ce qui n’est pas étonnant puisque la race inférieure a tout couvert et que cette race inférieure, nous l’avons vu dans la section 2, s’identifie pour lui avec les barbares gaulois mal christianisés. Le retour du sang païen est lui-même annonciateur de l’avènement de l’Esprit (à travers quelque apocalypse sociale ou métaphysique ?). En somme, le poète convoque les grands mythes pour exprimer de façon hyperbolique son impression de vivre, sur un plan personnel, une situation de crise profonde et irréversible.
Quel recours, dans ce péril extrême ?
Dieu, la religion ? Mais « l’Évangile a passé ». Le temps de l’Évangile est révolu, dans la vie personnelle de l’auteur comme dans l’histoire des hommes. Sans doute aimerait-il y croire : comme tout païen, il est encore en attente de la révélation (J’attends Dieu avec gourmandise) ; mais il n’y croit plus, ou il craint qu’il ne soit plus temps, pour lui, de s’amender.
Reste une autre voie de repentir, dans laquelle on croit reconnaître le destin classique des « fils de famille », des « fils du Peuple » : se mettre aveuglément au service des dominants. Hier, c’étaient les croisades, les guerres de mercenaires. Aujourd’hui, ce sont les expéditions coloniales de la République : quitter l’Europe, aller aux climats perdus, se mêler aux affaires politiques …
Mais comment prendre un tel parti lorsqu’on s’appelle Arthur Rimbaud et qu’on a horreur de la patrie ? Car dans ces dernières lignes, plus de doute pour le lecteur, c’est bien Rimbaud qui parle en son nom.
Faisant transition avec la section 3, le premier paragraphe commence par poser l’inutilité du départ et, de façon plus générale, l’impossibilité d’échapper à son destin, à son « vice ». De quel « vice » s’agit-il ? Le lecteur doit-il voir dans la phrase initiale du second paragraphe (La dernière innocence et la dernière timidité) une réponse à cette légitime question ? Sans doute, bien que la chose ne soit pas aussi clairement « dite » que le poète le déclare (C’est dit). Rimbaud semble s’avouer trop naïf (la dernière innocence), trop sensible (timidité), il avoue de la lâcheté (cf. le mot trahisons), des dégoûts, ce qui n’infirme pas nécessairement les gloses sexuelles plus précises (l’homosexualité, l’onanisme) que certains critiques ont avancées. Ce sentiment d’insuffisance et de faiblesse est confirmé a contrario dans la section 5 par l’obsession de la « force » qui s’y fait jour (Faiblesse ou force ? Te voilà, c’est la force !).
Le poète se résout donc à mener une vie obscure (Ne pas porter au monde mes dégoûts et mes trahisons), à accepter le type de vie que la société « française » réserve à ses esclaves : la marche, le fardeau, le désert, l’ennui et la colère. Il se « louera » à qui aura besoin de mercenaires, mettra sa charge intérieure de violence au service de n’importe quel mensonge — sans toutefois s’exposer à tomber sous les coups de la Justice, se laissera « abrutir » dans la vie dure que la société réserve aux « fils de famille », ce qui n’est rien d’autre au fond qu’une forme de mort précoce (point de vieillesse), d’où le thème du cercueil dans lequel le narrateur « s’étouffe » lui-même, suicide en douceur, car la terreur n’est pas française (voir la même métaphore dans la section 6 de « Mauvais sang » et dans « Enfance V »).
Enfin, dans un soupir, la tentation de la conversion et de la réhabilitation vient hanter à nouveau le narrateur, tentation absurde, aussitôt repoussée d’une pichenette : Suis-je bête !
De la section 4 à la section 5, il y a comme une rupture après laquelle le texte reprend un rythme de narration plus lent et rappelle les évocations d’enfance par quoi commencent généralement les autobiographies. La section 1 présentait une attaque de même style, avec son autoportrait et sa référence aux lointains ancêtres du narrateur.
Rimbaud avoue d’abord une fascination ancienne pour le brigand (souvenir de Jean Valjean et autres hors-la-loi romantiques ?), que la ville, c’est à dire la société moderne, avec ses injustices, engendre fatalement (je flairais sa fatalité dans les villes).
C’est la « force » du hors-la-loi que le jeune homme invoque lorsqu’il est aux prises avec la peur pendant ses vagabondages, sur les routes (§2) ou dans les villes (§3). C’est cette même « force » qui semble lui manquer pour nouer relation avec les femmes : Mais l’orgie et la camaraderie des femmes m’étaient interdites (§3).
Pour toutes ces raisons se sentant différent, exclu, coupable, le narrateur se voit en imagination traîné devant les tribunaux, insulté par la foule, et injustement condamné à mort, comme la pucelle d’Orléans.
Pour mieux démontrer son innocence, il allègue (comme dans la section 1) ses origines païennes : il est étranger à la morale et à la religion chrétiennes, il ne saurait être condamné au nom de valeurs qui ne sont pas les siennes. Cette étrangeté absolue, cette extériorité à l’égard de la civilisation occidentale, Rimbaud la résume par le mot « nègre » : Je suis une bête, un nègre.
Le « nègre », dans la vision du monde qui est celle de l’occident chrétien, étant l’immoralité, l’irréligion, le Mal incarnés, le damné retourne l’insulte contre ses accusateurs en les traitant à leur tour de « nègres », car ils sont aussi cruels et aussi barbares qu’eux. Mais ce sont des « nègres » qui s’ignorent et, surtout, ils n’ont pas l’excuse, qu’ont ces derniers, de ne pas avoir été christianisés. Pour cette raison, ils ne sont pas de vrais « nègres » et c’est ainsi, sans doute, qu’il faut comprendre l’insulte : Vous êtes de faux nègres.
Alors revient, comme un leitmotiv, la tentation de quitter l’Europe, ce continent inspiré par la fièvre et le cancer : Le plus malin est de quitter ce continent, où la folie rôde pour pourvoir d’otages ces misérables. J’entre au vrai royaume des enfants de Cham (Cham est, dans la Bible, l’ancêtre des noirs). Le narrateur ne se contente pas de se transporter en Afrique, il se fait « nègre » lui-même pour de bon : Plus de mots. J’ensevelis les morts dans mon ventre. Cris, tambour, danse, danse, danse, danse ! Et la hantise de la punition prend dès lors, pour Rimbaud, la forme de la prémonition anxieuse du débarquement des colonisateurs.
La section 6 est tout entière consacrée à ce qu’on pourrait appeler : le monologue du converti. La chose commence très ironiquement sous le déguisement du « nègre » qui voit débarquer les blancs et qui reçoit le coup de la grâce (détournement facétieux de la locution « le coup de grâce »). Physiquement anéanti, l’innocent indigène est dès lors spirituellement sauvé. En effet, il est vierge de tout péché, n’ayant eu jusqu’ici aucune idée du bien et du mal. Il va donc aller droit au paradis, comme les enfants morts sans baptême, ainsi que l’enseigne la religion. Vite !, il va savoir s’il existe d’autres vies après la mort. Et Rimbaud continue à réciter son catéchisme … catholique et socialiste : l’argent n’est rien (les premiers seront les derniers) ; la richesse appartient à tous ; seul compte l’amour divin ; il n’y a d’autre connaissance que celle qui nous vient de Dieu ; l’homme est bon naturellement … Puis, vient la métaphore du navire sauveur, dont le Hugo de Plein ciel a fait l’allégorie d’une double mystique, celle du Progrès social et celle du Salut chrétien (on retrouvera cette image presque identique dans « Adieu », à la fin de la Saison). Dans une surenchère de bonté, le dévot personnage s’étonne d’être seul élu, il voudrait que ses amis l’accompagnent sur l’arche. C’est le triomphe de la raison et de la fraternité. Rien à voir, nous assure le locuteur, avec la religion naïve de l’enfance ni avec ces conversions douteuses à l’article de la mort.
La naïveté de cette profession de foi rend l’ironie manifeste aux yeux du lecteur. Il va de soi que ce n’est pas Rimbaud qui parle ici, mais un masque, un personnage ridicule qu’il s’amuse à jouer pour en discréditer la philosophie.
La section 7 développe la critique de la précédente, parfois terme à terme, et l’on peut estimer qu’on y entend la vraie voix de l’auteur. Elle annonce d’abord une volonté de tourner la page : de rejeter l’ennui, les rages, les débauches, la folie qui sont les attributs habituels du poète maudit. Il y a donc bien, dans ce désir de table rase, une sorte d’innocence retrouvée, semble avouer Rimbaud. Mais une innocence qu’il faut débarrasser du vertige mystique de la section précédente. Refus, aussi, de tout sentiment de culpabilité (pas de bastonnade consentie de gaîté de cœur pour ses fautes passées), et de toute religiosité (Rimbaud n’aura pas Jésus-Christ pour beau-père, ce qui se produirait, explique ingénieusement Jean-Luc Steinmetz dans son édition — GF n°106, p.197 — si Rimbaud épousait la vie française, puisque la France est « fille aînée de l’Église »). Refus, encore, des vertus chrétiennes (dévouement, amour divin) et de l’humanisme rousseauiste (raison, cœurs sensibles). Tout cela au nom de la liberté, du droit d’avoir sa raison à soi et son propre bon sens. Refus, enfin, du bonheur établi et du travail, parce que c’est au-dessus de ses forces.
Mais, avec ce nouvel aveu de faiblesse (le « vice » natif évoqué section 4), la blessure ancienne semble se rouvrir : Comme je deviens vieille fille, à manquer du courage d’aimer la mort ! Et, conséquence de ce désarroi, voici à nouveau la tentation mystique : pourquoi Dieu ne me donne-t-il pas la force des héros, ceux qui aiment la mort, les saints, les artistes ? Enfin, une fois de plus, le passage s’achève sur une chute épigrammatique congédiant la pensée illusoire que le narrateur vient de laisser échapper.
Le dénouement de « Mauvais sang » prend la forme d’une brève scène dramatique que l’on pourrait intituler : le monologue du conscrit. Ne sachant comment trancher le dilemme qui le hante, Rimbaud semble laisser la vie décider pour lui. Et la vie, pour bien des jeunes français de son âge et de son temps, c’est le service militaire. Une nouvelle fois dans le chapitre, voici le thème du mercenaire, du « fils de famille » enrôlé pour quelque croisade dont il ne comprend pas les buts, et le fantasme d’une mort sans courage sur le champ de bataille.
Au moment de conclure, il faut répondre à cette question qui s’est, à plusieurs reprises, posée à nous depuis le début de notre lecture : qui est « Je » ? est-ce Rimbaud qui parle ici ? Il est courant de lire chez les critiques contemporains que « le locuteur de Mauvais sang ne saurait se confondre avec l’auteur » (Pierre Brunel, Une saison en enfer, édition critique, Corti, 1987, p.214). « Se confondre » ? Non certes ! Encore faut-il préciser quel sens on pense pouvoir donner à cette ambiguïté énonciative. Pour moi, à l’évidence, c’est Rimbaud qui parle dans « Mauvais sang », et qui se confie, et qui réfléchit. À un moment critique de sa vie, il envisage les solutions qui pourraient le tirer de l’impasse où il s’est fourvoyé. Elles sont deux, essentiellement : se ranger, se convertir. Se ranger, ce serait se réconcilier avec la vie française ; se convertir, revenir vers la religion de son enfance. Un autre que lui choisirait peut-être l’une de ces issues. Lui ne peut pas. Il essaie pourtant : son imagination lui permet de devenir par moments cet Autre. Tantôt, c’est la pantomime du fils du peuple docile et résigné se louant à ses maîtres, tantôt celle du doux chrétien louant son Dieu. Dans ce sens, en effet, des pans entiers de « Mauvais sang » ne représentent pas la pensée de Rimbaud mais plutôt le discours dominant de la société, celui que l’auteur cherche à éprouver en se demandant s’il pourrait, éventuellement, le faire sien. À d’autres moments, c’est au contraire la voix de Rimbaud que nous entendons, celle, du moins, qui nous est familière et que nous identifions, peut-être indûment, comme son vrai Moi : la voix de la critique et du refus. Le dialogue dramatisé entre les voix multiples de ce Moi divisé s’achève sur une résignation que l’on sent fragile : Je m’y habituerai, et un conditionnel qui sous-entend bien des hésitations : Ce serait la vie française, le sentier de l’honneur !
J’ECRIRAI POUR VENGER MA RACE ET MON SEXE (JE SUIS UN NEGRE, DE RACE INFERIEURE DE TOUTE ETERNITE (Retour sur le discours de Stockholm de notre dernière poètesse maudite en date, femme et « immigrée de l’intérieur » comme il se doit désormais, rejouant elle aussi après son préfigurateur « nègre de classe inférieure de toute éternité » Rimbaud et le Camus de l’Etranger – mais non celui de La Chute et de son propre discours de Stockholm – la carte de l’extériorité absolue à l’égard de la civilisation occidentale et crachant comme il se doit depuis, entre Black Lives Matter et wokisme, de cracher allègrement dans la soupe)
« Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. »
Albert Camus (discours de Suède, 1957)
« Et qu’on n’objecte pas que n’étant qu’un homme du peuple je n’ai rien à dire qui mérite l’attention des lecteurs. (…) Dans quelque obscurité que j’aie pu vivre, si j’ai pensé plus et mieux que les rois, l’histoire de mon âme est plus intéressante que celle des leurs. »
Rousseau (Confessions)
Annie Ernaux : « J’écrirai pour venger ma race », le discours de la Prix Nobel de littérature
L’écrivaine française recevra officiellement son prix Nobel de littérature à Stockholm le 10 décembre. « Le Monde » publie l’intégralité de son discours devant l’Académie suédoise.
Annie Ernaux
Le Monde
07 décembre 2022
Document. Par où commencer ? Cette question, je me la suis posée des dizaines de fois devant la page blanche. Comme s’il me fallait trouver la phrase, la seule, qui me permettra d’entrer dans l’écriture du livre et lèvera d’un seul coup tous les doutes. Une sorte de clé. Aujourd’hui, pour affronter une situation que, passé la stupeur de l’événement – « est-ce bien à moi que ça arrive ? » –, mon imagination me présente avec un effroi grandissant, c’est la même nécessité qui m’envahit. Trouver la phrase qui me donnera la liberté et la fermeté de parler sans trembler, à cette place où vous m’invitez ce soir.
Cette phrase, je n’ai pas besoin de la chercher loin. Elle surgit. Dans toute sa netteté, sa violence. Lapidaire. Irréfragable. Elle a été écrite il y a soixante ans dans mon journal intime. « J’écrirai pour venger ma race. » Elle faisait écho au cri de Rimbaud : « Je suis de race inférieure de toute éternité. » J’avais 22 ans. J’étais étudiante en lettres dans une faculté de province, parmi des filles et des garçons pour beaucoup issus de la bourgeoisie locale. Je pensais orgueilleusement et naïvement qu’écrire des livres, devenir écrivain, au bout d’une lignée de paysans sans terre, d’ouvriers et de petits commerçants, de gens méprisés pour leurs manières, leur accent, leur inculture, suffirait à réparer l’injustice sociale de la naissance. Qu’une victoire individuelle effaçait des siècles de domination et de pauvreté, dans une illusion que l’Ecole avait déjà entretenue en moi avec ma réussite scolaire. En quoi ma réalisation personnelle aurait-elle pu racheter quoi que ce soit des humiliations et des offenses subies ? Je ne me posais pas la question. J’avais quelques excuses.
Depuis que je savais lire, les livres étaient mes compagnons, la lecture mon occupation naturelle en dehors de l’école. Ce goût était entretenu par une mère, elle-même grande lectrice de romans entre deux clients de sa boutique, qui me préférait lisant plutôt que cousant et tricotant. La cherté des livres, la suspicion dont ils faisaient l’objet dans mon école religieuse me les rendaient encore plus désirables. Don Quichotte, Voyages de Gulliver, Jane Eyre, contes de Grimm et d’Andersen, David Copperfield, Autant en emporte le vent, plus tard Les Misérables, Les Raisins de la colère, La Nausée, L’Etranger : c’est le hasard, plus que des prescriptions venues de l’Ecole, qui déterminait mes lectures.
Je m’éloignais de plus en plus chaque jour de l’écriture
Le choix de faire des études de lettres avait été celui de rester dans la littérature, devenue la valeur supérieure à toutes les autres, un mode de vie même qui me faisait me projeter dans un roman de Flaubert ou de Virginia Woolf et de les vivre littéralement. Une sorte de continent que j’opposais inconsciemment à mon milieu social. Et je ne concevais l’écriture que comme la possibilité de transfigurer le réel.
Ce n’est pas le refus d’un premier roman par deux ou trois éditeurs – roman dont le seul mérite était la recherche d’une forme nouvelle – qui a rabattu mon désir et mon orgueil. Ce sont des situations de la vie où être une femme pesait de tout son poids de différence avec être un homme dans une société où les rôles étaient définis selon les sexes, la contraception interdite et l’interruption de grossesse un crime. En couple avec deux enfants, un métier d’enseignante, et la charge de l’intendance familiale, je m’éloignais de plus en plus chaque jour de l’écriture et de ma promesse de venger ma race. Je ne pouvais lire « la parabole de la loi » dans Le Procès, de Kafka, sans y voir la figuration de mon destin : mourir sans avoir franchi la porte qui n’était faite que pour moi, le livre que seule je pourrais écrire.
Mais c’était sans compter sur le hasard privé et historique. La mort d’un père qui décède trois jours après mon arrivée chez lui en vacances, un poste de professeur dans des classes dont les élèves sont issus de milieux populaires semblables au mien, des mouvements mondiaux de contestation : autant d’éléments qui me ramenaient par des voies imprévues et sensibles au monde de mes origines, à ma « race », et qui donnaient à mon désir d’écrire un caractère d’urgence secrète et absolue. Il ne s’agissait pas, cette fois, de me livrer à cet illusoire « écrire sur rien » de mes 20 ans, mais de plonger dans l’indicible d’une mémoire refoulée et de mettre au jour la façon d’exister des miens. Ecrire afin de comprendre les raisons en moi et hors de moi qui m’avaient éloignée de mes origines.
Il me fallait rompre avec le « bien-écrire »
Aucun choix d’écriture ne va de soi. Mais ceux qui, immigrés, ne parlent plus la langue de leurs parents, et ceux qui, transfuges de classe sociale, n’ont plus tout à fait la même, se pensent et s’expriment avec d’autres mots, tous sont mis devant des obstacles supplémentaires. Un dilemme. Ils ressentent, en effet, la difficulté, voire l’impossibilité d’écrire dans la langue acquise, dominante, qu’ils ont appris à maîtriser et qu’ils admirent dans ses œuvres littéraires, tout ce qui a trait à leur monde d’origine, ce monde premier fait de sensations, de mots qui disent la vie quotidienne, le travail, la place occupée dans la société. Il y a d’un côté la langue dans laquelle ils ont appris à nommer les choses, avec sa brutalité, avec ses silences, celui, par exemple, du face-à-face entre une mère et un fils, dans le très beau texte d’Albert Camus Entre oui et non. De l’autre, les modèles des œuvres admirées, intériorisées, celles qui ont ouvert l’univers premier et auxquelles ils se sentent redevables de leur élévation, qu’ils considèrent même souvent comme leur vraie patrie. Dans la mienne figuraient Flaubert, Proust, Virginia Woolf : au moment de reprendre l’écriture, ils ne m’étaient d’aucun secours. Il me fallait rompre avec le « bien-écrire », la belle phrase, celle-là même que j’enseignais à mes élèves, pour extirper, exhiber et comprendre la déchirure qui me traversait. Spontanément, c’est le fracas d’une langue charriant colère et dérision, voire grossièreté, qui m’est venu, une langue de l’excès, insurgée, souvent utilisée par les humiliés et les offensés, comme la seule façon de répondre à la mémoire des mépris, de la honte et de la honte de la honte.
Très vite aussi, il m’a paru évident – au point de ne pouvoir envisager d’autre point de départ – d’ancrer le récit de ma déchirure sociale dans la situation qui avait été la mienne lorsque j’étais étudiante, celle, révoltante, à laquelle l’Etat français condamnait toujours les femmes, le recours à l’avortement clandestin entre les mains d’une faiseuse d’anges. Et je voulais décrire tout ce qui est arrivé à mon corps de fille, la découverte du plaisir, les règles. Ainsi, dans ce premier livre, publié en 1974, sans que j’en sois alors consciente, se trouvait définie l’aire dans laquelle je placerais mon travail d’écriture, une aire à la fois sociale et féministe. Venger ma race et venger mon sexe ne feraient qu’un désormais.
Comment ne pas s’interroger sur la vie sans le faire aussi sur l’écriture ? Sans se demander si celle-ci conforte ou dérange les représentations admises, intériorisées sur les êtres et les choses ? Est-ce que l’écriture insurgée, par sa violence et sa dérision, ne reflétait pas une attitude de dominée ? Quand le lecteur était un privilégié culturel, il conservait la même position de surplomb et de condescendance par rapport au personnage du livre que dans la vie réelle. C’est donc, à l’origine, pour déjouer ce regard qui, porté sur mon père dont je voulais raconter la vie, aurait été insoutenable et, je le sentais, une trahison, que j’ai adopté, à partir de mon quatrième livre, une écriture neutre, objective, « plate » en ce sens qu’elle ne comportait ni métaphores ni signes d’émotion. La violence n’était plus exhibée, elle venait des faits eux-mêmes et non de l’écriture. Trouver les mots qui contiennent à la fois la réalité et la sensation procurée par la réalité allait devenir, jusqu’à aujourd’hui, mon souci constant en écrivant, quel que soit l’objet.
Le désir de me servir du « je »
Continuer à dire « je » m’était nécessaire. La première personne – celle par laquelle, dans la plupart des langues, nous existons, dès que nous savons parler, jusqu’à la mort – est souvent considérée, dans son usage littéraire, comme narcissique dès lors qu’elle réfère à l’auteur, qu’il ne s’agit pas d’un « je » présenté comme fictif. Il est bon de rappeler que le « je », jusque-là privilège des nobles racontant des hauts faits d’armes dans des Mémoires, est en France une conquête démocratique du XVIIIe siècle, l’affirmation de l’égalité des individus et du droit à être sujet de leur histoire, ainsi que le revendique Jean-Jacques Rousseau dans ce premier préambule des Confessions : « Et qu’on n’objecte pas que n’étant qu’un homme du peuple je n’ai rien à dire qui mérite l’attention des lecteurs. (…) Dans quelque obscurité que j’aie pu vivre, si j’ai pensé plus et mieux que les rois, l’histoire de mon âme est plus intéressante que celle des leurs. »
Ce n’est pas cet orgueil plébéien qui me motivait (encore que…), mais le désir de me servir du « je » – forme à la fois masculine et féminine – comme un outil exploratoire qui capte les sensations, celles que la mémoire a enfouies, celles que le monde autour ne cesse de nous donner, partout et tout le temps. Ce préalable de la sensation est devenu pour moi à la fois le guide et la garantie de l’authenticité de ma recherche. Mais à quelles fins ? Il ne s’agit pas pour moi de raconter l’histoire de ma vie ni de me délivrer de ses secrets, mais de déchiffrer une situation vécue, un événement, une relation amoureuse, et dévoiler ainsi quelque chose que seule l’écriture peut faire exister et passer, peut-être, dans d’autres consciences, d’autres mémoires. Qui pourrait dire que l’amour, la douleur et le deuil, la honte ne sont pas universels ? Victor Hugo a écrit : « Nul de nous n’a l’honneur d’avoir une vie qui soit à lui. » Mais toutes choses étant vécues inexorablement sur le mode individuel – « c’est à moi que ça arrive » –, elles ne peuvent être lues de la même façon que si le « je » du livre devient, d’une certaine façon, transparent et que celui du lecteur ou de la lectrice vienne l’occuper. Que ce « je » soit, en somme, transpersonnel, que le singulier atteigne l’universel.
C’est ainsi que j’ai conçu mon engagement dans l’écriture, lequel ne consiste pas à écrire « pour » une catégorie de lecteurs, mais « depuis » mon expérience de femme et d’immigrée de l’intérieur, depuis ma mémoire désormais de plus en plus longue des années traversées, depuis le présent, sans cesse pourvoyeur d’images et de paroles des autres. Cet engagement comme mise en gage de moi-même dans l’écriture est soutenu par la croyance, devenue certitude, qu’un livre peut contribuer à changer la vie personnelle, à briser la solitude des choses subies et enfouies, à se penser différemment. Quand l’indicible vient au jour, c’est politique.
Forme la plus violente et la plus archaïque
On le voit aujourd’hui avec la révolte de ces femmes qui ont trouvé les mots pour bouleverser le pouvoir masculin et se sont élevées, comme en Iran, contre sa forme la plus violente et la plus archaïque. Ecrivant dans un pays démocratique, je continue de m’interroger, cependant, sur la place occupée par les femmes, y compris dans le champ littéraire. Leur légitimité à produire des œuvres n’est pas encore acquise. Il y a en France et partout dans le monde des intellectuels masculins, pour qui les livres écrits par les femmes n’existent tout simplement pas, ils ne les citent jamais. La reconnaissance de mon travail par l’Académie suédoise constitue un signal de justice et d’espérance pour toutes les écrivaines.
Dans la mise au jour de l’indicible social, cette intériorisation des rapports de domination de classe et/ou de race, de sexe également, qui est ressentie seulement par ceux qui en sont l’objet, il y a la possibilité d’une émancipation individuelle mais également collective. Déchiffrer le monde réel en le dépouillant des visions et des valeurs dont la langue, toute langue, est porteuse, c’est en déranger l’ordre institué, en bouleverser les hiérarchies.
Lire le portrait : Article réservé à nos abonnés Annie Ernaux, une Nobel dont le « je » dit l’expérience commune
Mais je ne confonds pas cette action politique de l’écriture littéraire, soumise à sa réception par le lecteur ou la lectrice avec les prises de position que je me sens tenue de prendre par rapport aux événements, aux conflits et aux idées. J’ai grandi dans la génération de l’après-guerre mondiale, où il allait de soi que des écrivains et des intellectuels se positionnent par rapport à la politique de la France et s’impliquent dans les luttes sociales. Personne ne peut dire aujourd’hui si les choses auraient tourné autrement sans leur parole et leur engagement. Dans le monde actuel, où la multiplicité des sources d’information, la rapidité du remplacement des images par d’autres accoutument à une forme d’indifférence, se concentrer sur son art est une tentation. Mais, dans le même temps, il y a en Europe – masquée encore par la violence d’une guerre impérialiste menée par le dictateur à la tête de la Russie – la montée d’une idéologie de repli et de fermeture, qui se répand et gagne continûment du terrain dans des pays jusqu’ici démocratiques. Fondée sur l’exclusion des étrangers et des immigrés, l’abandon des économiquement faibles, sur la surveillance du corps des femmes, elle m’impose, à moi, comme à tous ceux pour qui la valeur d’un être humain est la même, toujours et partout, un devoir de vigilance. Quant au poids du sauvetage de la planète, détruite en grande partie par l’appétit des puissances économiques, il ne saurait peser, comme il est à craindre, sur ceux qui sont déjà démunis. Le silence, dans certains moments de l’Histoire, n’est pas de mise.
Une victoire collective
En m’accordant la plus haute distinction littéraire qui soit, c’est un travail d’écriture et une recherche personnelle menés dans la solitude et le doute qui se trouvent placés dans une grande lumière. Elle ne m’éblouit pas. Je ne regarde pas l’attribution qui m’a été faite du prix Nobel comme une victoire individuelle. Ce n’est ni orgueil ni modestie de penser qu’elle est, d’une certaine façon, une victoire collective. J’en partage la fierté avec ceux et celles qui, d’une façon ou d’une autre, souhaitent plus de liberté, d’égalité et de dignité pour tous les humains, quels que soient leur sexe et leur genre, leur peau et leur culture. Ceux et celles qui pensent aux générations à venir, à la sauvegarde d’une Terre que l’appétit de profit d’un petit nombre continue de rendre de moins en moins vivable pour l’ensemble des populations.
Si je me retourne sur la promesse faite à 20 ans de venger ma race, je ne saurais dire si je l’ai réalisée. C’est d’elle, de mes ascendants, hommes et femmes durs à des tâches qui les ont fait mourir tôt, que j’ai reçu assez de force et de colère pour avoir le désir et l’ambition de lui faire une place dans la littérature, dans cet ensemble de voix multiples qui, très tôt, m’a accompagnée en me donnant accès à d’autres mondes et d’autres pensées, y compris celle de m’insurger contre elle et de vouloir la modifier. Pour inscrire ma voix de femme et de transfuge social dans ce qui se présente toujours comme un lieu d’émancipation, la littérature.
Annie Ernaux

Mort de Jean-Luc Godard: Quels dangereux attraits de l’antisémitisme lettré ? (What paradoxical form of anti-semitism’s historical resurgence when groundbreaking filmmaking and challenging conventional wisdom turn into trivializing the nazification of Israel and Jews ?)

16 septembre, 2022

 

Si toutes les valeurs sont relatives, alors le cannibalisme est une affaire de goût. Leo Strauss
Toute idée fausse finit dans le sang, mais il s’agit toujours du sang des autres. C’est ce qui explique que certains de nos philosophes se sentent à l’aise pour dire n’importe quoi. Camus
Tout au long de sa phénoménale carrière publique, il n’aura cessé d’adopter des postures consternantes. «Homme de gauche», absolument de gauche, il aura épousé toutes les mauvaises causes de sa génération sans en manquer aucune, aura approuvé toutes les révolutions sanguinaires, de Cuba à la Chine. Toujours disposé à accabler ces fascistes d’Américains, Ronald Reagan et, bien sûr, George W. Bush (c’est sans risque), l’a-t-on en revanche entendu, ne serait-ce qu’un peu, dénoncer le fascisme de Mao Zedong ? Ou celui des islamistes ? (…) comment s’interdire de songer à cette génération entière d’intellectuels et d’artistes en Europe, en France surtout, autoproclamée de gauche – au point que le mot ne fait plus sens –, qui n’ont cessé d’adopter des postures morales tout en illustrant des causes absolument immorales ? Comment ne pas voir surgir des spectres : ceux qui hier, ont aimé Staline et Mao et, bientôt, vont pleurer Castro ? Ceux qui n’ont rien vu à Moscou, Pékin, La Havane, Téhéran, Sarajevo, et Billancourt ? Ceux qui, maintenant, devinent dans l’islamisme une rédemption de l’0ccident ? Cette grande armée des spectres, de l’erreur absolue, dieu merci, elle n’a jamais cessé de se tromper d’avenir. (…) par-delà ce cas singulier, on ne se méfie pas assez du grand écrivain et de la star dès qu’ils abusent de leur séduction pour propager des opinions politiques, seulement politiques, mais déguisées autrement. (…) On se garde de l’homme politique, l’élu démocratique, beaucoup trop puisqu’il avance à découvert. On ne se garde pas assez, en revanche, de l’artiste quand son talent le dissimule, surtout quand le talent est grand : des magiciens, grimés en moralistes, on ne se méfie jamais assez. Guy Sorman
On regrette l’indifférence d’un Balzac d’avant les journées de 1848, l’incompréhension apeurée d’un Flaubert en face de la Commune ; on les regrette pour eux : il y a là quelque chose qu’ils ont manqué pour toujours. Nous ne voulons rien manquer de notre temps. Sartre (1947)
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (1961)
Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas d’autre moyen que la mort. On peut toujours sortir d’une maison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué. Sartre (1973)
Ceux qui affirment la souveraineté de l’État israélien et sont en même temps convaincus que les Palestiniens ont droit à la souveraineté pour la même raison, et qui considèrent la question palestinienne comme fondamentale, doivent admettre que la politique de l’establishment israélien est littéralement insensée et vise de manière délibérée à éviter toute solution possible à ce problème. Il est par conséquent politiquement juste de dire qu’un état de guerre existe entre Israël et les Palestiniens. Dans cette guerre, la seule arme des Palestiniens est le terrorisme. C’est une arme terrible mais les opprimés n’en ont pas d’autre, et les Français qui ont approuvé le terrorisme du FLN contre des Français doivent également approuver l’action terroriste des Palestiniens. Ce peuple abandonné, trahi et exilé ne peut montrer son courage et la force de sa haine qu’en organisant des attaques mortelles. Naturellement, celles-ci devraient être considérées politiquement, en évaluant les résultats escomptés contre ceux réellement obtenus. Nous aurions également besoin de traiter la question fortement ambiguë des rapports entre les gouvernements arabes – dont aucun n’est socialiste ni n’a de tendances socialistes – et les feddayin, ce qui nous conduit à demander si les principaux ennemis des Palestiniens ne seraient pas ces dictatures féodales, dont plusieurs les ont soutenus verbalement tout en essayant en même temps de les massacrer, et si le premier effort des Palestiniens, que leur guerre voue nécessairement au socialisme, ne doit pas être de combattre au côté des peuples du Moyen-Orient contre ces États arabes qui les oppriment. Mais ces problèmes ne peuvent être traités dans un article. Pour ceux qui approuvent les attaques terroristes auxquelles l’establishment israélien et les dictatures arabes ont conduit les Palestiniens, il semble parfaitement indigne que la presse française et une partie de l’opinion jugent l’attaque de Munich un outrage intolérable, alors que l’on a souvent lu des rapports laconiques sans commentaires au sujet des frappes de Tel Aviv ayant coûté plusieurs vies humaines. Jean-Paul Sartre (La Cause du peuple, 15 octobre 1972)
Les Palestiniens n’ont pas d’autre choix, faute d’armes, de défenseurs, que le recours au terrorisme. […] L’acte de terreur commis à Munich, ai-je dit, se justifiait à deux niveaux : d’abord, parce que tous les athlètes israéliens aux Jeux olympiques étaient des soldats, et ensuite, parce qu’il s’agissait d’une action destinée à obtenir un échange de prisonniers. Quoiqu’il en soit, nous savons désormais que tous, Israéliens et Palestiniens, ont été tués par la police allemande. Jean-Paul Sartre
J’ai toujours soutenu la contre-terreur contre la terreur institutionnelle. Et j’ai toujours défini la terreur comme l’occupation, la saisie des terres, les arrestations arbitraires, ainsi de suite. Jean-Paul Sartre
Les attentats suicides des Palestiniens pour parvenir à faire exister un État palestinien ressemblent en fin de compte à ce que firent les Juifs en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’État d’Israël. Jean-Luc Godard (2006)
Ils se lanceront les bombes sur les autres ! Où est le problème ? Jean-Luc Godard (sur la bombe iranienne)
Le peuple juif rejoint la fiction tandis que le peuple palestinien rejoint le documentaire. (…) Alors, on dira que les Israéliens sont sur TF1, c’est la télé-réalité. Et les autres, dans un film de Frédéric Wiseman. Jean-Luc Godard
Un catholique, je sais ce que c’est : il va à la messe. Mais un juif, je ne sais pas ce que c’est ! Je ne comprends pas ! Jean-Luc Godard
Moses is my principal enemy…Moses, when he received the commandments, he saw images and translated them. Then he brought the texts, he didn’t show what he had seen. That’s why the Jewish people are accursed. Jean-Luc Godard (1981)
What I find interesting in the cinema is that, from the beginning, there is the idea of debt. The real producer is, all the same, the image of the Central European Jew. Jean-Luc Godard
Strange thing Hollywood — Jews invented it. Jean-Luc Godard
Lanzmann et moi étions les instruments de sa cure : celle d’un antisémite qui essaye de se soigner. J’étais prêt à jouer le jeu, mais il a changé de plan. Bernard-Henri Lévy
Jean-Luc Godard n’est pas le seul à filmer comme il respire, mais c’est lui qui respire le mieux. Il est rapide comme Rossellini, malicieux comme Sacha Guitry, musical comme Orson Welles, simple comme Pagnol, blessé comme Nicholas Ray, efficace comme Hitchcock, profond, profond, profond comme Ingmar Bergman et insolent comme personne. Les années qui passent nous confirment dans la certitude que À bout de souffle aura marqué dans l’histoire du cinéma un tournant décisif comme Citizen Kane en 1940. Godard a pulvérisé le système, il a fichu la pagaille dans le cinéma, ainsi que l’a fait Picasso dans la peinture, et comme lui il a rendu tout possible. François Truffaut (1967)
Godard jams his films full of political, literary, cinematic and historical references. But they don’t seem to be organized according to any system. In « Weekend, » characters wander in and out, expressing disorganized thoughts about Mozart, the Third World, the function of the cinema and things like that. On this level, « Weekend » is a great deal like an erudite cocktail party: Lots of well-informed people drift about repeating things they learned in college survey courses and nothing gets accomplished or decided, but at the end you have a feeling of unease – as if this world, and the things said in it, were a frail shield against some approaching cataclysm. That’s on one level. On another level, Godard makes the most purely cinematic movies yet achieved. He uses his camera and his images to create a world that has no existence outside this particular movie. (…) One single Godard film seems accidental. But if you see half a dozen, you begin to get a sense of his universe. You see themes introduced, developed, worked out, discarded and then later satirized. (…) Godard is a director of the very first rank; no other director in the 1960s has had more influence on the development of the feature-length film. Like Joyce in fiction or Beckett in theater, he is a pioneer whose present work is not acceptable to present audiences. But his influence on other directors is gradually creating and educating an audience that will, perhaps in the next generation, be able to look back at his films and see that this is where their cinema began. Roger Ebert
Il joue très bien l’intellectuel français, avec un certain flou. Quand je suis arrivé pour le tournage, il portait un pyjama — haut et bas — un peignoir et des pantoufles et fumait un gros cigare. J’avais le sentiment étrange que j’étais dirigé par Rufus T. Firefly. Woody Allen
I will never forgive Godard for his anti-Semitism. Anti-Semitism brings joy to no one… I realize that from now on, you can only despise Godard on a human level. ‘Filthy Jew’ is the only insult which I cannot take… If you know what these words evoke within me, what they revive of a past which is still agonizing, you would come over to embrace me. Your Jewish friend who owes so much of his Jewish happiness to you. Braunberger (letter to Truffaut in 1968)
Reality itself becomes a relative term when Godard, as de Baecque observes, justifies every act of Arab resistance, including terrorism, by saying that “Israel is a paradoxical form of Nazism’s historical resurgence.” In a 1970 short documentary filmed for German TV, Godard brandished a tract with the slogan “NazIsrael” emblazoned on it and told the cameraman, “Write us a check from German television, which is financed by Zionists and that idiotic Social Democrat, Willy Brandt, and that will let us buy weapons for the Palestinians to attack Zionists,” as de Baecque further recounted. Godard’s fictional films also contain disquieting anti-Semitic utterances, sometimes in the guise of pseudo-humor. In 1964’s “A Married Woman” (“Une Femme Mariée”), a character states: “Today, in Germany, I said to someone, ‘How about if tomorrow, we kill all the Jews and the hairdressers?’ He replied, ‘Why the hairdressers?’” In 1967’s “Two or Three Things I Know About Her” (“Deux ou Trois Choses Que je Sais D’elle”), the director brags that ParisMatch magazine “always affixes a star to my films, as it does to Jews.” The allusion to the Nazi law forcing Jews to wear yellow stars in Occupied France is symptomatic of a sensibility, usually found among Europe’s ultra-right-wing politicians, that produces crushingly unfunny jokes about such historical tragedy. Godard’s 2010 film, “Film Socialisme” (“Socialism Film”), which premiered in May at the Cannes Film Festival, features a typical pseudo-aphorism of this ilk: “Strange thing Hollywood — Jews invented it.” While Hollywood historians know that the early studio heads were for the most part Jewish, to conclude that this explains the industry’s “strangeness” is racist, to say the least.  (…) In a 2009 article in Le Monde, “Godard and the Jewish Question” by Jean-Luc Douin, Godard is quoted as making an off-camera comment during the filming of a 2006 documentary: “Palestinians’ suicide bombings in order to bring a Palestinian State into existence ultimately resemble what the Jews did by allowing themselves to be led like sheep to be slaughtered in gas chambers, sacrificing themselves to bring into existence the State of Israel.” Godard apparently believes that Jews committed mass suicide during the Holocaust in order for Israel to be created. The same article quotes him along these lines: “Basically, there were six million kamikazes” and “Hollywood was invented by Jewish gangsters.” (…) in a single 2009 article in the English-language Canadian magazine Cinemascope (…) Bill Krohn, a Hollywood correspondent for Cahiers du Cinema (…) accused Brody of ideological simplification, biographical reductivism, guilt by association, misinterpretation, having felt snubbed by Godard and, overall, perpetrating “a hatchet job disguised as a celebration of Godard’s genius.” (…) in one concrete instance he suggests that Godard’s exclamation of “filthy Jew,” taken by Braunberger as a deadly insult, was misunderstood. Krohn unpersuasively interprets it as affectionate banter between old friends and, even more absurdly, as an allusion to Jean Renoir’s classic 1937 film “La Grande Illusion.” (…)  Perhaps film producers make the distinction between an artist of undeniable talent and an individual of extremely dubious opinions. Responding to reporters from the London Sunday Times, Jean-Luc Gaillard, a longtime neighbor of Godard, noted, “He [Godard] is on a different level from the rest of us, somewhere between genius and completely round the bend.” In proudly Anglo-dominated Los Angeles, it seems that artists whose odious statements are made in languages other than English can get a free pass and, on occasion, even a hat tip. Because Godard’s statements have been in French, there has been barely any American opposition to the Academy’s nomination. When approached to comment for this story, even staunch opponents of anti-Semitism — such as Rabbi Marvin Hier, head of the Simon Wiesenthal Center and multiple Academy Award winner; noted University of California, Los Angeles, film historian Howard Suber, and writer-producer Lionel Chetwynd — said that they had no personal knowledge of Godard’s reputed anti-Semitism. Elsewhere — and especially in France, where Godard has worked for several decades — others may agree with Braunberger, who wrote to Truffaut in 1968: “I will never forgive Godard for his anti-Semitism ». Benjamin Ivry
J’ai peur d’être à un peu contre-courant en parlant de ce Monsieur, qui est le cinéaste qu’il était – bon moi ce n’était pas ma tasse de thé – mais c’est surtout l’homme qu’il était qui n’a pas été très bienveillant pour ma communauté, pour les Juifs en général et pour Israël en particulier. Et je trouve que les propos qu’il a tenus étaient absolument inadmissibles. C’était de l’antisémitisme. C’était du négationnisme. C’était du révisionnisme. Et je pense que j’ai été plus touché par la disparition de la reine Élizabeth que par Jean-Luc Godard, pardonnez-moi. Mais je ne peux pas admirer quelqu’un qui hait à ce point les Juifs. C’est pas possible. (…) C’était le cas avec Céline. On me somme de lire Céline, je ne le ferai jamais. C’est un peu comme si j’admirais (…) les peintures d’Hitler. (…) Je m’en fous, ça ne m’intéresse pas. Donc … Paix à son âme (….), mais ce n’est pas quelqu’un que j’apprécie, que j’aime. Le Mépris, (…) je l’aime parce que j’aime beaucoup la musique de Delerue (…) C’est tout ce que j’ai à dire sur lui. Le reste je ne peux pas en parler. Je n’ai pas aimé la façon dont il a traité le peuple juif et Israël. Je n’ai pas aimé cette façon de revoir l’Histoire. Qu’il ait ses idées, qu’il soit pro-palestinien, c’est très bien. Moi je suis pour d’une certaine façon aussi, mais pas ce qu’il en a dit. Pas dire qu’en réalité, ’les Juifs de la Shoah s’étaient fait tuer exprès comme des moutons, pour que trois ans après on reconnaisse Israël ; et quand je pense qu’il y en a qui adhèrent à ce genre de propos, pardonnez-moi, je trouve ça honteux. Gérard Darmon
L’antisionisme est l’hostilité à l’installation des juifs en Israël, dans cette terre appelée Palestine par les Romains, qui fut une province de l’Empire ottoman, puis territoire sous mandat britannique. Je n’arrive pas à croire que des antisionistes comme l’amuseur public Dieudonné (qui a fait de l’antisionisme un parti politique français) préfèrent voir les juifs rester dans les pays de la diaspora… Faut-il alors expédier les juifs à Madagascar ou en Argentine, comme l’avaient envisagé les nazis ? Il faudrait poser la question aux antisionistes virulents : y a-t-il un lieu sur terre où la présence des juifs ne vous gênerait pas ? En fait, le sionisme est d’abord une question intéressant les juifs, et il y en a qui, sans être anti-israéliens, n’approuvent pas les aspirations du sionisme. (…) Cette déclaration me semble inepte et inacceptable. En estimant que les juifs attachés à l’Europe se sont laissé faire sans résistance, il donne raison aux sionistes dans leur projet de créer un Etat juif, préférant cette cause à défendre, y compris militairement, aux vexations, aux spoliations et aux crimes dont ils ont été les victimes en Europe centrale et orientale, très tôt dans le XXe siècle. Mais il est absurde de dire que les juifs d’Europe se sont sacrifiés pour une cause – le sionisme – qui n’était justement pas la leur. (…) Cette anomalie de syntaxe montre Jean-Luc Godard en flagrant délit d’une élucubration inavouable dont il découvre le piège trop tard. Evitant de justesse de dire : «Ils lanceront les bombes sur les autres», il n’arrive pas à construire correctement : «Ils se lanceront des bombes les uns sur les autres», avant d’ajouter : «Où est le problème ?» (…) Il lui arrive d’être antisémite comme un juif peut l’être, dans des accès de critique contre ses congénères. Godard s’est dit lui-même le «juif du cinéma», alors qu’il déclarait le cinéma américain entre les mains de «voyous juifs». Godard dit aussi que, s’il sait qu’un catholique est quelqu’un qui va à la messe, il ignore ce qu’est un juif. Comme il ne va pas à la messe, il n’est donc pas catholique. Il me semble qu’à choisir, il se sentirait plutôt juif et, dans ce cas, en rébellion fréquente contre les siens. Je préfère le voir ainsi, comme je suis sûr qu’il eût été un dreyfusard. (…) Je pense à ceux de ma génération qui furent jeunes en 1968 : nous admirions les inventions géniales du cinéma de Godard, nous aimions ses héros suicidaires et romantiques. L’enthousiasme qu’a suscité son œuvre à juste titre a donné à Godard un ascendant considérable sur les esprits, et le pouvoir d’imposer sans discussion des idées, des points de vue très discutables. Il est arrivé un moment où les admirateurs de Godard sont devenus des dévots, ânonnant le catéchisme d’un nouveau conformisme. (…) Jean-Luc Godard est un monteur virtuose : des images, de la musique, des mots. Dans la convocation des citations, il est comme un phénomène du calcul mental. Pour Godard – en cela proche d’Aby Warburg, tel que lui rend hommage Georges Didi-Huberman dans son exposition «Atlas», au musée Reina Sofia, à Madrid -, le monde est un montage, sans cesse «à remonter». Les effets de sens du montage – surtout lorsque les emprunts et les citations ne sont ni identifiés ni restitués dans leur contexte original – peuvent être aussi bien lumineux, c’est-à-dire révélateurs de vérité, que ravageurs, c’est-à-dire producteurs d’illusions, de confusions et de mensonges. Il y a de tout cela dans l’œuvre considérable de Jean-Luc Godard et dans son influence sur le cours des idées. Alain Fleischer

Trésor national, prophète du 7e art, légende vivante, Helvète anarchiste », « plus con des Suisses pro-Chinois », « plus con des maoïstes suisses »…

Juxtaposition des images de Golda Meir et d’Hitler, assimilation de l’Etat d’Israël à un « cancer sur la carte du Moyen-Orient, défense du massacre des JO de Münich …

Retour au lendemain de la salutaire polémique lancée par l’acteur Gérard Darmon …

Alors que pleuvent les hommagesde par le monde …

Sur la part d’ombre d’un metteur en scène qui avait littéralement révolutionné le cinéma …

Mais aussi entre deux aphorismes géniaux ou carrément négationnistes, multiplié les polémiques et les provocations …

Et épousé, lui aussi à l’instar d’un Sartre ou d’un Grass, toutes les mauvaises causes de sa génération …

Sans en manquer aucune, maoïste ou palestinienne …

Mais aussi, plus grave encore, réussi à faire de l’antisémitisme …

Comme le cannibalisme selon le mot de Léo Strauss, une simple « affaire de goût » !

« Godard est parfois antisémite, comme un juif peut l’être »
Alain Fleischer revient sur les points polémiques de son livre :
Eric Loret
Libération
8 mars 2011

De Rome, son «lieu» d’écriture, Alain Fleischer a répondu par mail à une série de questions sur la démonstration que mène Réponse du muet au parlant, à paraître au Seuil le 17 mars.
Vous écrivez que «pour un antisioniste, les juifs n’ont de place nulle part, et qu’ils sont indésirables partout»…

L’antisionisme est l’hostilité à l’installation des juifs en Israël, dans cette terre appelée Palestine par les Romains, qui fut une province de l’Empire ottoman, puis territoire sous mandat britannique. Je n’arrive pas à croire que des antisionistes comme l’amuseur public Dieudonné (qui a fait de l’antisionisme un parti politique français) préfèrent voir les juifs rester dans les pays de la diaspora… Faut-il alors expédier les juifs à Madagascar ou en Argentine, comme l’avaient envisagé les nazis ? Il faudrait poser la question aux antisionistes virulents : y a-t-il un lieu sur terre où la présence des juifs ne vous gênerait pas ? En fait, le sionisme est d’abord une question intéressant les juifs, et il y en a qui, sans être anti-israéliens, n’approuvent pas les aspirations du sionisme.

Que pensez-vous de la déclaration que vous a faite Godard hors caméra sur les Juifs «se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’Etat d’Israël» ?

Cette déclaration me semble inepte et inacceptable. En estimant que les juifs attachés à l’Europe se sont laissé faire sans résistance, il donne raison aux sionistes dans leur projet de créer un Etat juif, préférant cette cause à défendre, y compris militairement, aux vexations, aux spoliations et aux crimes dont ils ont été les victimes en Europe centrale et orientale, très tôt dans le XXe siècle. Mais il est absurde de dire que les juifs d’Europe se sont sacrifiés pour une cause – le sionisme – qui n’était justement pas la leur.

Favorable à la bombe atomique iranienne, Godard déclare dans Morceaux de conversation avec Jean-Luc Godard : «Ils se lanceront les bombes sur les autres ! Où est le problème ?» Comment analysez-vous ce lapsus ?

Cette anomalie de syntaxe montre Jean-Luc Godard en flagrant délit d’une élucubration inavouable dont il découvre le piège trop tard. Evitant de justesse de dire : «Ils lanceront les bombes sur les autres», il n’arrive pas à construire correctement : «Ils se lanceront des bombes les uns sur les autres», avant d’ajouter : «Où est le problème ?»

Croyez-vous que Godard soit antisémite ?

Il lui arrive d’être antisémite comme un juif peut l’être, dans des accès de critique contre ses congénères. Godard s’est dit lui-même le «juif du cinéma», alors qu’il déclarait le cinéma américain entre les mains de «voyous juifs». Godard dit aussi que, s’il sait qu’un catholique est quelqu’un qui va à la messe, il ignore ce qu’est un juif. Comme il ne va pas à la messe, il n’est donc pas catholique. Il me semble qu’à choisir, il se sentirait plutôt juif et, dans ce cas, en rébellion fréquente contre les siens. Je préfère le voir ainsi, comme je suis sûr qu’il eût été un dreyfusard.
Vous craignez que des «spectateurs sous influence» ne soient empoisonnés par les paroles de Godard. A qui pensez-vous ?

Je pense à ceux de ma génération qui furent jeunes en 1968 : nous admirions les inventions géniales du cinéma de Godard, nous aimions ses héros suicidaires et romantiques. L’enthousiasme qu’a suscité son œuvre à juste titre a donné à Godard un ascendant considérable sur les esprits, et le pouvoir d’imposer sans discussion des idées, des points de vue très discutables. Il est arrivé un moment où les admirateurs de Godard sont devenus des dévots, ânonnant le catéchisme d’un nouveau conformisme.
Analysant son style, vous écrivez que Godard «signe par le montage d’emprunts à ceux dont il fait disparaître la signature». Liez-vous théoriquement les idées politiques de Godard et une influence mortifère qu’il aurait eue sur le cinéma ?

Jean-Luc Godard est un monteur virtuose : des images, de la musique, des mots. Dans la convocation des citations, il est comme un phénomène du calcul mental. Pour Godard – en cela proche d’Aby Warburg, tel que lui rend hommage Georges Didi-Huberman dans son exposition «Atlas», au musée Reina Sofia, à Madrid -, le monde est un montage, sans cesse «à remonter». Les effets de sens du montage – surtout lorsque les emprunts et les citations ne sont ni identifiés ni restitués dans leur contexte original – peuvent être aussi bien lumineux, c’est-à-dire révélateurs de vérité, que ravageurs, c’est-à-dire producteurs d’illusions, de confusions et de mensonges. Il y a de tout cela dans l’œuvre considérable de Jean-Luc Godard et dans son influence sur le cours des idées.

Voir aussi:

Godard et la question juive
Dans son nouveau livre, l’écrivain et cinéaste Alain Fleischer accuse Jean-Luc Godard d’avoir tenu des propos antisémites. Provocation ou dérapage ?
Jean-Luc Douin
Le Monde
10 novembre 2009

Filmé en 2006 par Alain Fleischer pour un film qui s’est appelé Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard, le cinéaste franco-suisse aurait tenu des propos très polémiques à l’encontre des juifs, en partie écartés au montage, dont certains sur les deux films de Claude Lanzmann Shoah et Tsahal.

Dans un roman intitulé Courts-circuits, récemment édité au Cherche Midi, Alain Fleischer raconte qu’en aparté, lors d’une pause, Jean-Luc Godard aurait lâché cette phrase monstrueuse à son ami et interlocuteur Jean Narboni, ex-rédacteur en chef des Cahiers du cinéma : « Les attentats-suicides des Palestiniens pour parvenir à faire exister un Etat palestinien ressemblent en fin de compte à ce que firent les juifs en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’Etat d’Israël. »

Jean-Luc Godard est coutumier de ce type de provocations. La première est survenue en 1974, lorsque, illustrant sa notion du montage comme vision comparative de l’histoire, il faisait chevaucher dans Ici et ailleurs une image de Golda Meir, premier ministre israélien, avec celle d’Adolf Hitler.

Prenant fait et cause pour la Palestine, l’auteur de Bande à part s’est maintes fois plu à rappeler, entre autres dans JLG/JLG en 1994, que, dans les camps nazis, les détenus au seuil de la mort étaient désignés sous le terme de « musulmans ». Ignorant délibérément la nature des crimes commis et subis par les uns et par les autres, il sous-entend que les victimes d’hier sont devenues les bourreaux d’aujourd’hui. Décrivant la Bible comme un « texte trop totalitaire », il a déjà lâché à propos de ces juifs qui, selon lui, auraient sauvé Israël en mourant dans les camps : « Au fond, il y a eu six millions de kamikazes. »

Dans Notre musique, film au départ duquel il voulait reprendre le schéma du Silence de la mer, de Vercors, en imaginant un officier israélien installé chez des Palestiniens, il déclare que « le peuple juif rejoint la fiction tandis que le peuple palestinien rejoint le documentaire ». Avec démonstration rhétorique, photographies à l’appui. Champ : les Israéliens marchent dans l’eau vers la Terre promise. Contrechamp : les Palestiniens marchent dans l’eau vers la noyade. Il s’en explique dans Morceaux de conversations… : « Les Israéliens sont arrivés sur un territoire qui est celui de leur fiction éternelle depuis les temps bibliques… » Jean Narboni lui fait remarquer que le mot « fiction » est choquant. « Alors, réplique-t-il, on dira que les Israéliens sont sur TF1, c’est la télé-réalité. Et les autres, dans un film de Frédéric Wiseman ».

Ces raccourcis suscitent doutes et consternation chez ses thuriféraires. Lorsque Jean Narboni lui rappelle que la juxtaposition des images de Golda Meir et d’Hitler avait même troublé Gilles Deleuze, sympathisant palestinien, lequel avait pourtant tenté de le défendre, Godard répond cinglant : « Pour moi, il n’y a rien à changer… sauf d’avocat ! »

« Juif du cinéma »

« Un catholique, je sais ce que c’est : il va à la messe, dit-il dans le film d’Alain Fleischer à Jean Narboni. Mais un juif, je ne sais pas ce que c’est ! Je ne comprends pas ! » Jean-Luc Godard s’est pourtant autoproclamé « juif du cinéma » pour signifier son destin de cinéaste persécuté. Il dit que, culpabilisé de n’avoir pas été alerté dans son enfance par l’Holocauste, choqué par les propos antisémites de son grand-père maternel qui faisait des plaisanteries sur son « médecin youpin », il n’a pas trouvé d’autre moyen de comprendre le juif qu’en se considérant « pareil ».

Dans Deux ou trois choses que je sais d’elle, lorsque son héroïne, prostituée occasionnelle, emmène un client dans un hôtel et que celui-ci lui fait remarquer que c’est un hôtel réservé aux juifs parce qu’il a une étoile, elle ne trouve pas ça drôle. Sensibilisé par la Shoah, Godard n’a de cesse de dénoncer la faute inexpiable du cinéma de n’avoir jamais filmé les camps. Le « ce qui ne peut pas être dit » de Wittgenstein devient à ses yeux un « il vaut mieux voir que s’entendre dire ». Clamant que « l’image, c’est comme une preuve dans un procès », une formule que d’aucuns trouvent à la limite du négationnisme.

Cette certitude que rien n’est infilmable, même la Shoah, l’oppose à Claude Lanzmann, qui, lui, s’insurge contre le caractère suspicieux qu’auraient des images du génocide. Persuadé de l’inadéquation de celles-ci, Lanzmann se range à l’avis d’Elie Wiesel, qui craint que le cinéma ne transforme un événement innommable en « phénomène de superficialité ». Débat qui, dans les colonnes du Monde, suscite la réaction du psychanalyste Gérard Wacjman résumant l’affrontement : « Saint Paul Godard contre Moïse Lanzmann ».

La question juive obsède Godard. Parfois à bon escient : le rappel des forfaits perpétrés dans les stades, comme le Heysel, rappelle le Vél’d’Hiv dans Soigne ta droite. Ou ce reproche adressé à Romain Goupil durant le tournage d’Allemagne neuf zéro : « Tu te dis anti-fasciste et quand tu filmes le stade des JO de Berlin, tu ne filmes qu’un stade, pas celui d’Hitler ! » Mais, en négatif, ses propos sur Hollywood « inventé par des gangsters juifs », et sur l’invention du cinéma par ces producteurs émigrés d’Europe centrale ayant compris que « faire un film, c’est produire une dette ». Son biographe américain, Richard Brody, raconte le projet d’un film où Godard débattrait avec Claude Lanzmann. Bernard-Henri Lévy étant médiateur. Ce dernier déclare : « Lanzmann et moi étions les instruments de sa cure : celle d’un antisémite qui essaye de se soigner. J’étais prêt à jouer le jeu, mais il a changé de plan. » Ici antisioniste, là carrément antisémite, Godard se heurte à quelque chose qu’il ne comprend pas, homme d’image affichant un problème avec la parole.

Voir également:

Décès du cinéaste Jean-Luc Godard, à l’origine de propos très polémiques
Le cinéaste avait – entre autres – déclenché une controverse aux États-Unis en 2010 pour ses positions passées sur Israël et les Juifs
Times of Israel
13 septembre 2022

Le réalisateur Jean-Luc Godard assiste à un débat au cinéma des Cinéastes à Paris, le 19 juin 2010. (Crédit : AFP / Miguel MEDINA)
Jean-Luc Godard, chantre de la Nouvelle Vague, militant franco-suisse engagé et controversé, est décédé ce 13 septembre en Suisse à l’âge de 91 ans. Il était notamment le réalisateur des films « À bout de souffle » (1960), du « Mépris » (1963) ou encore de « Pierrot le fou » (1965).

L’artiste, qui fuyait les honneurs, a pourtant obtenu de nombreux prix prestigieux, notamment au festival de Cannes, aux Césars, aux Oscars, au Festival de Berlin ou encore à la Mostra de Venise.

Pendant toute sa carrière, l’homme, marxiste avoué, a provoqué différentes polémiques et a eu à faire face à plusieurs reprises à des accusations d’antisémitisme.

Recevez gratuitement notre édition quotidienne par mail pour ne rien manquer du meilleur de l’info Inscription gratuite !

Habitué des polémiques, le cinéaste, depuis longtemps partisan pro-Palestinien, avait notamment déclenché une controverse aux États-Unis en 2010 pour ses positions sur Israël et les Juifs, juste avant de recevoir un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. « Est-ce un problème si [Godard] est antisémite ? », s’était notamment interrogé le Los Angeles Times.

Dans Courts-Circuits, un livre du cinéaste Alain Fleisher publié en 2009, l’auteur rapportait ces propos tenus par Godard à Jean Narboni, ex-rédacteur des Cahiers du Cinéma : « Les attentats-suicides des Palestiniens pour parvenir à faire exister un État palestinien ressemblent en fin de compte à ce que firent les Juifs en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’État d’Israël. »

Jean-Luc Godard était ainsi coutumier de ce type de provocations.La première était survenue en 1974, lorsque, illustrant sa notion du montage comme vision comparative de l’histoire, il faisait chevaucher dans son documentaire « Ici et ailleurs » une image de Golda Meir, Premier ministre israélien, avec celle d’Adolf Hitler. Réalisé avec sa dernière compagne Anne-Marie Miéville, ce film dans lequel il comparait les Juifs aux nazis a ainsi causé un vif scandale.

En 2018, il avait signé une pétition avec des dizaines d’autres professionnels de l’industrie cinématographique française en faveur du boycott culturel d’Israël, dans le cadre de la saison France-Israël organisée par l’Institut français. L’année suivante, il avait signé un appel de 400 personnes dans le journal Libération pour défendre leur position antisioniste et pour éviter une criminalisation de ce qu’ils disent être une « opinion », ou un « courant de pensée né parmi les Juifs européens au moment où le nationalisme juif prenait son essor, qui s’oppose à l’idéologie sioniste qui préconisait (et préconise toujours) l’installation des Juifs du monde en Palestine, aujourd’hui Israël ».

Connu pour son goût de la provocation, il s’était félicité, dans un entretien au Monde publié en 2014, que l’extrême droite soit arrivée en tête des élections européennes en France, estimant que le président François Hollande devrait nommer Marine Le Pen Premier ministre.

« J’espérais que le Front national arriverait en tête. Je trouve que Hollande devrait nommer – je l’avais dit à France Inter, mais ils l’ont supprimé – Marine Le Pen Premier ministre », avait déclaré le réalisateur.

Interrogé sur les raisons de cette prise de position, il avait répondu : « Pour que ça bouge un peu ». « Pour qu’on fasse semblant de bouger, si on ne bouge pas vraiment. Ce qui est mieux que de faire semblant de ne rien faire », avait-il ajouté en riant, précisait le journal.

« Je ne suis pas pour eux », avait-il néanmoins indiqué, interrogé sur les bons scores des eurosceptiques et de l’extrême droite dans plusieurs pays d’Europe.

« Il y a longtemps, Jean-Marie Le Pen avait demandé que je sois viré de France. Mais j’ai juste envie que ça bouge un peu… », avait poursuivi le cinéaste. « Les grands vainqueurs, ce sont les abstentionnistes. J’en fais partie depuis longtemps. »

Jean-Luc Godard avait déjà tenu des propos du même ordre peu avant ces élections, alors qu’il était interrogé sur France Inter, en plein Festival de Cannes. « Autant mettre Marine Le Pen à la présidence, on regarde pendant cinq ans ce qui se passe et puis on la vire », avait-il lancé.

Provocateur né, Godard était aussi une figure importante mais inclassable pour la gauche. « L’Helvète anarchiste », selon les termes des organisateurs du Festival de Cannes qu’il contribue à faire annuler en mai 1968, était à la même époque « le plus con des Suisses pro-Chinois » pour les situationnistes.

Il se lance à cette période dans un cinéma militant avec des films-tracts de 3 minutes, renie sa production passée. Voulant « faire politiquement du cinéma politique », il abandonne la notion d’auteur.

Il fâchera aussi le pape Jean-Paul II avec « Je vous salue, Marie » et sa Vierge nue à l’écran.

En 2018, le Festival de Cannes lui délivrait une Palme d’or « spéciale » pour « Le Livre d’image », un prix qu’il n’était bien entendu par venu chercher, pas plus que son prix du Jury en 2014 pour « Adieu au langage ».

Célèbre pour ses aphorismes et bons mots, l’homme-cinéma avait de son vivant suggéré son épitaphe : « Jean-Luc Godard, au contraire ».

L’AFP a participé à la rédaction de cet article.

 Voir de même:

Jean-Luc Godard, la disparition du prophète du 7e art
Odile Tremblay
14 septembre 2022

Une tête d’intellectuel, des yeux myopes, un cigare, une vision du cinéma radicale et ardente, une grande gueule qui tonnait. Jean-Luc Godard a symbolisé le 7e art durant tant de générations… Même ses films moins rassembleurs n’auront pu ternir son aura brillante comme sur une icône. Une légende vivante vient de s’écrouler avec la mort du cinéaste emblématique de la Nouvelle Vague, le 13 septembre, dans son repaire helvète.

L’influence qu’il exerça sur les cinéastes et les cinéphiles fut inouïe, dans les années 1960 à 1980 et bien au-delà. Celui pour qui un traveling était affaire de morale considérait le cinéma comme une métaphore du monde et devint son prophète. Immense référence, par son foisonnement, sa diversité, sa faculté de penser le 7e art (comme de l’enterrer).

Sympathique, Godard ? Pas tant que ça. Avec sa propension de jeunesse à la kleptomanie, sa goujaterie envers ses pairs, sa misogynie, les relations houleuses entretenues avec les femmes de sa vie : muses, actrices et collaboratrices, d’Anna Karina à Anne-Marie Miéville en passant par Anne Wiazemsky. Sa force de frappe était ailleurs. Il sut brasser la cage, imposer des langages, innover, vénérer le cinéma comme un fou en hypnotisant ses admirateurs, qui ont cru aux temps nouveaux tirés de la pellicule.

Cette Nouvelle Vague là, qui avait poussé les « jeunes Turcs », souvent issus de la critique aux Cahiers du cinéma, à sauter dans l’arène au cours des folles années 1960, il en dominait la mouvance. Cherchant à jeter par-dessus bord le cinéma de papa aux codes poussiéreux, en 1960, son merveilleux film À bout de souffle, libéré du récit classique, sur fond d’amour et de trahison, enflammait les esprits. Tout comme Pierrot le fou (1965), inoubliable fuite en avant et road movie sur une ligne de hanche. Ajoutons le délicieux Bande à part (1964), à l’assaut d’une jeunesse qui cassait tous les moules et qui tirait la langue aux institutions.

Le dieu Godard
Réalisateur, cinéaste, souvent monteur, à la roue et au moulin de ses films, penseur de cet art en mouvement. Son oeuvre immense, charnière, protéiforme, inégale, et les nouvelles structures narratives qu’il aura apportées au cinéma, en fait le chantre du 7e art de modernité.

Assez pour qu’on proteste contre sa légende. Godard jouait les étonnés après avoir forgé sa propre couronne. Un journaliste avait lancé en 2001 avant sa conférence de presse à Cannes : « Dans le nom “Godard”, il y a le mot “God”. » C’est dire le culte…

Il tourna longtemps à pleine vitesse un film par année, touchant des thèmes collés ou pas aux questions sociales. Vivre sa vie, sur une jeune prostituée, Le mépris, avec Bardot et d’après Moravia, qui aborde l’univers du cinéma. Toujours éclectique, versant dans l’anticipation (Alphaville) et la comédie musicale (Une femme est une femme), il aura tâté de nombreux registres.

Longtemps ses oeuvres furent commentées et parfois démolies par des hordes de cinéphiles passionnés. En mai 1968, Godard aura été parmi les plus belliqueux cinéastes à faire tomber le chic rendez-vous cannois, par solidarité avec le tumulte estudiantin. Pourtant, ce Suisse de bonne famille (né à Paris, ballotté entre ses deux patries lors de l’invasion allemande), plutôt de droite, n’avait viré à gauche qu’en 1967, à partir de son film La Chinoise, qui parle d’une jeunesse maoïste. Il allait ensuite militer avec le groupe révolutionnaire Dziga Vertov, en s’éloignant de sa base.

En 1980, son Sauve qui peut (la vie), portraits croisés saisissants, lui fit retrouver la faveur du public. En outre, Prénom Carmen, adaptation contemporaine de l’opéra de Bizet, couronnée du Lion d’Or de Venise en 1983. Mais son étoile vacillait. Godard, qui en avait soupé de sa statue, se tourna pourtant très vite vers l’analyse de ses propres oeuvres comme de celles des autres, de plus en plus mémorialiste. Il ne croyait plus qu’au cinéma d’hier.

Un « cousin de l’ONF »
Dès 1988, ses essais Histoire(s) du cinéma l’ont poussé à théoriser, et souvent brillamment. Par la suite, ses oeuvres-poèmes déstructurées, de Nouvelle Vague, avec Delon, en 1990, au Livre d’image, en 2018, en irritaient plusieurs. « Comment je fais mes films, nous expliquait-il à Cannes en 2001 : je prends des bouts de phrases, des bouts de romans, des bouts de peintures, des bouts de paysages. » Ses collages nous inspiraient parfois, pas toujours. Le grand public s’en détournait. Qu’à cela ne tienne…

Dans les festivals, longtemps on s’est jeté sur les conférences de presse de ce grand tribun, qui enchaînait les sentences chocs contre la télé, Hollywood et ses leurres tout en jetant l’anathème sur les autres cinéastes, égratignés par lui jusqu’au sang. Même son ancien compagnon de combat, François Truffaut, finit de guerre lasse par lui claquer sa porte, après chapelets d’injures.

Pourtant Godard, parfois fidèle, aimait rappeler son passage au Québec, ses amitiés avec Jean-Claude Labrecque, Pierre Perrault, Gilles Groulx. « J’étais un cousin de l’ONF », confiait-il à son biographe Antoine de Baecque. Venu en Abitibi en saut de puce en 1968, dissuadé par le froid, il revint 10 ans plus tard, à l’invitation de Serge Losique. Sa série de 14 conférences sur l’histoire du cinéma et sur son propre parcours, offertes au Conservatoire d’art cinématographique de Montréal, avait fait sensation. Ça ne s’oublie pas.

Godard était à Cannes un élément du paysage comme le sable et la baie, puis coupa le cordon au cours de la dernière décennie. Sa santé, sa misanthropie, tout ça… En 2014, c’est in absentia qu’il avait récolté sur la Croisette le prix du jury pour son poétique Adieu au langage, ex aequo avec Xavier Dolan (Mommy).

Accessibles ou non, ses films des derniers temps étaient sans compromis. Dans sa tentative permanente de réinventer le langage du cinéma, « JLG » se sera toujours mis en danger. Courageux jusqu’à l’hermétisme, taxant de vendus ceux qui osaient espérer le succès commercial. Reste que lui-même ne faisait plus recette.

Vieux lion amer ou visionnaire incompris, le voici retrouvant son titre de pape du cinéma après avoir tiré sa révérence. Le président français, Emmanuel Macron, l’a qualifié mardi de trésor national, en oubliant que le disparu se voulait avant tout suisse. Chacun veut le ravoir dans sa cour. Côté légende godardienne, c’est reparti pour un grand tour !

Voir de plus:

Tributes pour in for renowned pro-Palestine French director Jean-Luc Godard
Middle East monitor
September 14, 2022

Tributes have been pouring in for the renowned French-Swiss director and pro-Palestinian activist Jean-Luc Godard. The lifelong advocate for Palestinians who revolutionised post-war cinema in Europe, died yesterday by assisted dying, his lawyer has confirmed. He died at the age of 91.

President of France, Emmanuel Macron, led the tribute: « We’ve lost a national treasure, the eye of a genius. Jean-Luc Godard, the most iconoclastic of New Wave filmmakers, » said Macron in a tweet.

British actor and broadcaster Stephen Fry was among many in the world of art and entertainment to pay their tribute. « Adieu, Jean-Luc Godard, » said Fry on Twitter. « I watched Breathless for the umpteenth time again just two weeks ago. It still leaps off the screen like few movies. That scene between them in the hotel: how many other directors could have managed that in so small a space and made it so captivating? »

The British Film Institute called Godard a « giant of cinema who ripped up the rule book » who « tested the limits of the medium, » read the BFI’s statement. BFI chief executive Ben Roberts told Variety: « Jean-Luc Godard’s death is a huge loss to cinema. The godfather of the French New Wave and one of the most influential and innovative filmmakers of the last century, his work has resonated with generations of film-lovers around the world. The BFI will continue to champion his work to new audiences, and celebrate his career. A special edition of Sight and Sound paying tribute to Godard will be available from Oct. 3. »

The Cannes Film Festival released a retrospective of his career highlights on Twitter. « Since his first appearance at the Festival in ‘Cleo de 5 à 7’ in 1962, 21 films by Jean-Luc Godard have been screened in Cannes, » the festival wrote on social media.

Toronto International Film Festival chief Cameron Bailey tweeted: « Jean-Luc Godard might have despised posthumous praise but here we are. His staggering body of work over seven decades showed him to be a rare, true genius in cinema. It was playful and punishing. It challenged every viewer, and rewarded the persistent. »

Though tribute poured in from the world of art and entertainment not much attention was given to Godard’s life as a pro-Palestine activist and a staunch critic of Israel. Unsurprisingly his criticism of the Apartheid State saw him constantly being smeared as an anti-Semite.

In 2010, the Academy of Motion Picture Arts and Sciences announced plans to award Godard an honorary Oscar. Pro-Israel groups revolted. Calling on the Academy to rescind the Oscar, the right-wing Zionist Organisation of America called Godard a « virulent anti-Semite. » Such claims of anti-Semitism were a constant throughout Godard’s long life, according to Jewish Currents, which paid tribute to the late director in an article. Godard rejected the allegations by insisting that he was an « anti-Zionist » not an anti-Semite.

Godard was an outspoken pro-Palestinian activist and endorsed the boycott of Israel. He reportedly added his name to a petition which planned for a boycott of the France-Israel Season event by the Institut Francais. « Posing as an event for cultural exchange, » the petition read, « This effort is meant to boost Israeli reparation, tarnished by its increasingly hard-handed policies vis-a-vis the Palestinians. »

In addition to Godard, the petition was also signed by Eyal Sivan, an Israel-born director who in 2001 said Jews in France were paying the price for « the colonial and murderous situation that has prevailed for more than fifty years in Israel-Palestine. »

Voir par ailleurs:

Are They Giving an Oscar to an Anti-Semite?
Benjamin Ivry
The Forward
October 08, 2010

Hollywood’s Academy of Motion Picture Arts and Sciences intends to award an honorary Oscar to iconic French-Swiss filmmaker Jean-Luc Godard on November 13. But will the academy be honoring a notoriously vocal, albeit French-speaking, anti-Semite?

Admired for avant-garde films like “Breathless” (1960); “My Life to Live” (1962) and “Contempt” (1963), Godard is one of the last survivors of French cinema’s New Wave movement, after the death in January of director Éric Rohmer and the premature 1984 demise of Godard’s colleague and ex-friend, François Truffaut. The friendship between Godard and Truffaut dissolved by the end of the 1960s because of the former’s anti-Semitism, according to two new biographies: “Godard” by film historian Antoine de Baecque, published in Paris in March, and “Everything Is Cinema: The Working Life of Jean-Luc Godard” (2008) by Richard Brody.

Both biographers recount a series of incidents expressing Godard’s unhealthy obsession with Jews, which noted French historian and journalist Pierre Assouline, on his Le Monde blog, termed “anti-Semitic.” In 1968, Godard, in the presence of Truffaut, called producer Pierre Braunberger, an early supporter of New Wave filmmakers, “sale juif” (“filthy Jew”), after which Truffaut immediately broke from Godard.

Godard’s attitude toward Jews has also come under the microscope because of his contempt for the State of Israel, which he has often called “a cancer on the map of the Middle East” —including in a famous 1991 interview with the newspaper Libération. His 1976 documentary “Ici et Ailleurs” (“Here and Elsewhere”) contrasts the lives of a French and Palestinian family and features alternatingly flickering images of Golda Meir and Adolf Hitler, proposing them as comparable tyrants. As de Baecque underlines, in “Ici et Ailleurs” Godard also defends the 1972 Munich Olympics massacre, suggesting that “before every Olympics finale, an image of Palestinian [refugee] camps should be broadcast.”

When I interviewed Godard in 1991 at his home in the Swiss city of Rolle, I asked him to explain the cancer metaphor. Keeping one eye on a muted television showing tennis, Godard languidly described hospital X-rays of malignant tumors in what he clearly saw as an exact analogy to the Middle East. He discussed the subject more recently, in a 2007 documentary, “Morceaux de Conversations,” (“Fragments of Conversations With Jean-Luc Godard”) made by film historian Jean Narboni, an editor of the influential French film magazine Cahiers du Cinema. Godard tells Narboni that Israelis currently occupy a territory that belongs to “their eternal fiction, from biblical times onward.” When Narboni states that the term “fiction” is offensive, Godard flippantly replies that Israelis live on “reality TV,” whereas Palestinians exist “in a film by Frederick Wiseman,” the starkly tragic, albeit American Jewish, documentarian.

Reality itself becomes a relative term when Godard, as de Baecque observes, justifies every act of Arab resistance, including terrorism, by saying that “Israel is a paradoxical form of Nazism’s historical resurgence.” In a 1970 short documentary filmed for German TV, Godard brandished a tract with the slogan “NazIsrael” emblazoned on it and told the cameraman, “Write us a check from German television, which is financed by Zionists and that idiotic Social Democrat, Willy Brandt, and that will let us buy weapons for the Palestinians to attack Zionists,” as de Baecque further recounted.

Godard’s fictional films also contain disquieting anti-Semitic utterances, sometimes in the guise of pseudo-humor. In 1964’s “A Married Woman” (“Une Femme Mariée”), a character states: “Today, in Germany, I said to someone, ‘How about if tomorrow, we kill all the Jews and the hairdressers?’ He replied, ‘Why the hairdressers?’” In 1967’s “Two or Three Things I Know About Her” (“Deux ou Trois Choses Que je Sais D’elle”), the director brags that ParisMatch magazine “always affixes a star to my films, as it does to Jews.” The allusion to the Nazi law forcing Jews to wear yellow stars in Occupied France is symptomatic of a sensibility, usually found among Europe’s ultra-right-wing politicians, that produces crushingly unfunny jokes about such historical tragedy. Godard’s 2010 film, “Film Socialisme” (“Socialism Film”), which premiered in May at the Cannes Film Festival, features a typical pseudo-aphorism of this ilk: “Strange thing Hollywood — Jews invented it.”

While Hollywood historians know that the early studio heads were for the most part Jewish, to conclude that this explains the industry’s “strangeness” is racist, to say the least. Godard is entitled to criticize filmmaking, and he has poured scorn on much of Hollywood’s output — especially on Steven Spielberg — but his comments are clearly not confined to that arena. Even Godard’s friends and collaborators, like the French-Jewish filmmaker Jean-Pierre Gorin, can find themselves insulted. In 1973, Gorin contacted Godard to be paid for his collaborative work on 1972’s “Tout Va Bien” (“Everything’s Fine”), to which Godard responded, “Ah, it’s always the same: Jews call you when they hear a cash register opening.”

In a 2009 article in Le Monde, “Godard and the Jewish Question” by Jean-Luc Douin, Godard is quoted as making an off-camera comment during the filming of a 2006 documentary: “Palestinians’ suicide bombings in order to bring a Palestinian State into existence ultimately resemble what the Jews did by allowing themselves to be led like sheep to be slaughtered in gas chambers, sacrificing themselves to bring into existence the State of Israel.” Godard apparently believes that Jews committed mass suicide during the Holocaust in order for Israel to be created. The same article quotes him along these lines: “Basically, there were six million kamikazes” and “Hollywood was invented by Jewish gangsters.” At least Godard cannot accuse the American film industry of being ungrateful gangsters.

When the Forward submitted some of Godard’s anti-Semitic utterances to the academy, the following written response was issued: “The Academy is aware that Jean-Luc Godard has made statements in the past that some have construed as anti-Semitic. We are also aware of detailed rebuttals to that charge. Anti-Semitism is of course deplorable, but the Academy has not found the accusations against M. Godard persuasive.”

As “detailed rebuttals,” an Academy spokesperson cited a single 2009 article in the English-language Canadian magazine Cinemascope by Bill Krohn, a Hollywood correspondent for Cahiers du Cinema, to which Godard and many of the early New Wave directors contributed. Krohn accused Brody of ideological simplification, biographical reductivism, guilt by association, misinterpretation, having felt snubbed by Godard and, overall, perpetrating “a hatchet job disguised as a celebration of Godard’s genius.” Krohn’s critique is diffuse and short on specifics, but in one concrete instance he suggests that Godard’s exclamation of “filthy Jew,” taken by Braunberger as a deadly insult, was misunderstood. Krohn unpersuasively interprets it as affectionate banter between old friends and, even more absurdly, as an allusion to Jean Renoir’s classic 1937 film “La Grande Illusion.”

Assouline expressed astonishment that after Brody’s biography appeared, revealing “with precision Godard’s anti-Semitism,” Godard was rumored to be preparing an adaptation of Daniel Mendelsohn’s “The Lost: A Search for Six of Six Million,” tracing the fate of six Holocaust victims. Perhaps film producers make the distinction between an artist of undeniable talent and an individual of extremely dubious opinions. Responding to reporters from the London Sunday Times, Jean-Luc Gaillard, a longtime neighbor of Godard, noted, “He [Godard] is on a different level from the rest of us, somewhere between genius and completely round the bend.”

In proudly Anglo-dominated Los Angeles, it seems that artists whose odious statements are made in languages other than English can get a free pass and, on occasion, even a hat tip. Because Godard’s statements have been in French, there has been barely any American opposition to the Academy’s nomination. When approached to comment for this story, even staunch opponents of anti-Semitism — such as Rabbi Marvin Hier, head of the Simon Wiesenthal Center and multiple Academy Award winner; noted University of California, Los Angeles, film historian Howard Suber, and writer-producer Lionel Chetwynd — said that they had no personal knowledge of Godard’s reputed anti-Semitism.

Elsewhere — and especially in France, where Godard has worked for several decades — others may agree with Braunberger, who wrote to Truffaut in 1968: “I will never forgive Godard for his anti-Semitism. Anti-Semitism brings joy to no one… I realize that from now on, you can only despise Godard on a human level. ‘Filthy Jew’ is the only insult which I cannot take… If you know what these words evoke within me, what they revive of a past which is still agonizing, you would come over to embrace me. (signed) Your Jewish friend who owes so much of his Jewish happiness to you.”

Benjamin Ivry is a frequent contributor to the Forward.

Tom Tugend, who provided additional reporting, is a contributing editor at the Jewish Journal of Greater Los Angeles.

Voir par encore:

Jean-Luc Godard to get honorary Oscar, questions of anti-Semitism remain
Tom Tugend
Jewish Journal
October 6, 2010

Hollywood’s Academy of Motion Picture Arts and Sciences has announced that it will bestow an honorary Oscar on iconic Swiss-French filmmaker Jean-Luc Godard on Nov. 13.

The announcement has raised a new question and revived an old one.

First, will Godard show up to accept the award?

Second, is he an anti-Semite?

Both questions can be answered with a categorical “maybe yes or maybe no.”

Godard, who will mark his 80th birthday in December, is one of the originators, and among the last survivors, of the French New Wave cinema, which he helped kick-start in 1960 with “Breathless,” still his best-known work.

He and his cohorts, among them Francois Truffaut and Eric Rohmer, rebelled against the traditional French movie, and later against all things Hollywood.

The New Wave elevated the role of the director as the sole auteur of a movie and viewed film as a fluid audiovisual language, freed of the constraints of formal story lines, plot, narration and sequence.

As Godard put it, “I believe a film should have a beginning, a middle and an end, but not necessarily in that order.”

To a small coterie of cinephiles and most professional film critics, especially in Europe, Godard is considered the ultimate cinematic genius. To others, his films often seem insufferably opaque and incomprehensible.

In the 50 years since his film debut, Godard has proven his vigor and inventiveness in 70 features and is credited with strongly influencing such American directors as Martin Scorsese, Quentin Tarantino and Steven Soderbergh.

Godard’s long career has been marked by constant artistic disputes and charges of anti-Semitism and anti-Zionism, as noted in three biographies: “Godard: A Portrait of the Artist at 70” (2003) by American professor Colin MacCabe; “Everything Is Cinema: The Working Life of Jean-Luc Godard” (2008) by Richard Brody, an editor and writer for the New Yorker; and “Godard” by film historian Antoine de Baecque.

The last was published in March in French and is not easily available. Material used in this article was drawn from reviews and analyses of the book.

The early seeds of Godard’s alleged anti-Semitism and acknowledged anti-Zionism may have been planted in the home of his affluent Swiss-French Protestant family.

In a 1978 lecture in Montreal, he spoke of his family’s own political history as World War II “collaborators” who rooted for a German victory, and of his grandfather as “ferociously not even anti-Zionist, but he was anti-Jew; whereas I am anti-Zionist, he was anti-Semitic.”

Godard validated his anti-Israel credentials in 1970 by filming “Until Victory,” depicting the “Palestinian struggle for independence,” partially bankrolled by the Arab League.

The project was eventually aborted, but Godard used some of the footage in his 1976 documentary, “Ici et ailleurs” (“Here and Elsewhere”), contrasting the lives of two families — one French and one Palestinian.

In it, Godard inserted alternating blinking images of Golda Meir and Adolf Hitler, and suggested, in reference to the 1972 Munich Olympics massacre, that “before every Olympic finale, an image of a Palestinian [refugee] camp should be broadcast.”

Biographer Brody, like the other authors, is an ardent admirer of Godard the artist, but he notes that in the filmmaker’s later work, “Godard’s obsession with living history … has brought with it a troubling set of idées fixes, notably regarding Jews and the United States.”

Godard has been able to combine both targets in his attacks on Hollywood, and, of course, the Jews who run it.

He has always been obsessed by the Holocaust, and after the 1993 release of “Schindler’s List,”  the film and its director, Steven Spielberg, became Godard’s favorite whipping boys.

As in many of his attacks on Hollywood, it is at times difficult to discern whether Godard’s hostility is based on artistic differences or anti-Semitism, or a bit of each.

The leitmotif running through Godard’s own work is the superiority of “images” as against “texts” or narratives, or, as he puts it, “the great conflict between the seen and the said.”

He faults, for instance, Claude Lanzmann’s monumental nine-hour film, “Shoah,” for its use of personal narratives by survivors and others, and proposes that the Holocaust can only be truly represented by showing the home life of one of the concentration camp guards.

Who is to blame for the Jewish preference of text over image? It is Moses, Godard’s “greatest enemy,” who “saw the bush in flames and who came down from the mountain and didn’t say, ‘This is what I saw,’ but, ‘Here are the tablets of the law.’ ”

For the untutored layman, unfamiliar with the methods and passions of movie making, this and other Godard pronouncements can take on an Alice-in-Wonderland quality.

A key may be found in a recent London Sunday Times story, in which a reporter interviewed one of Godard’s oldest friends, a retired geology professor.

“He [Godard] is on a different level from the rest of us, somewhere between genius and completely round the bend,” the professor explained.

Artistic differences aside, there are disturbing instances of Godard’s anti-Semitism, particularly directed against some of his closest collaborators. According to the three biographers, at one point Godard called producer Pierre Braunberger, an early supporter of the New Wave filmmakers, a “sale Juif ” (filthy Jew).

In another case, when longtime collaborator Jean-Pierre Gorin requested some back pay, Godard noted, “Ah, it’s always the same, Jews call you when they hear a cash register opening.”

When this reporter submitted some of Godard’s anti-Semitic utterances to the Motion Picture Academy and requested comments, the request prompted the following written response:

“The Academy is aware that Jean-Luc Godard has made statements in the past that some have construed as anti-Semitic. We are also aware of detailed rebuttals to that charge. Anti-Semitism is of course deplorable, but the Academy has not found the accusations against M. Godard persuasive.

Voir de plus:

An Honorary Oscar Revives a Controversy
Michael Cieply
The NY Times
Nov. 1, 2010

LOS ANGELES — Late last week, the Academy of Motion Picture Arts and Sciences was still coming to terms with that most deeply confounding of European filmmakers, Jean-Luc Godard.

No one had yet signed on to present an honorary Oscar to Mr. Godard, who has said he will not be on hand anyway at the academy’s awards banquet in Hollywood a week from Saturday. But there was also the touchy question of how to deal with newly highlighted claims that Mr. Godard, a master of modern film, has long harbored anti-Jewish views that threaten to widen his distance from Hollywood, even as the film industry’s leading institution is trying to close the gap.

Over the last month, articles in the Jewish press — including a cover story titled “Is Jean-Luc Godard an Anti-Semite?” in The Jewish Journal — have revived a simmering debate over whether Mr. Godard, an avowed anti-Zionist and advocate for Palestinian rights, is also anti-Jewish. And this close examination of his posture toward Jews has put a shadow over plans by the academy to honor him at the Nov. 13 banquet, along with the actor Eli Wallach, the filmmaker Francis Ford Coppola and the film historian and preservationist Kevin Brownlow. (The separate Oscar telecast is scheduled for Feb. 27, on ABC.)

The academy is doing its best to sidestep the issue. For one thing, don’t look for the touchier aspects of Mr. Godard’s work in the five-minute tribute reel being assembled around New Wave masterpieces. Probably missing will be a much-discussed sequence in the 1976 documentary “Here and There,” about the lives of two families, one French and one Palestinian. In it, alternating images of Golda Meir and Adolf Hitler have suggested to some that Mr. Godard, the narrator and one of the directors of the film, sets them up as equivalents.

“I can imagine it might not be there,” Sidney Ganis, who is producing the ceremony, said on Friday. He also said he had a prospect in mind to present the award.

Mr. Godard, 79, has inspired directors as diverse as Martin Scorsese, Woody Allen and Quentin Tarantino with his technique, sophistication and exuberant use of pop culture in 70 feature films. That work, however, had never been honored by the academy until a decision this year to present Mr. Godard with an honorary governors award, given not at the main event in February but at a separate black-tie ceremony for entertainment industry insiders.

To date, there has been no surge of opposition to match the protests that greeted a decision to give Elia Kazan an honorary Oscar in 1999, despite his having named colleagues before the House Un-American Activities Committee investigating Communist influence in Hollywood during the red baiting era.

But Mr. Ganis and others in the academy have fielded queries from members who question the propriety of an award that is drawing attention not just to Mr. Godard’s well-known disregard for Hollywood but also to positions and statements in which he has mingled his mistrust of the mainstream movie world with a wariness of traits he associates with Jews.

In one of the more striking such statements, in a 1985 interview in Le Matin quoted in Richard Brody’s 2008 biography, Mr. Godard spoke of the film industry as being bound up in Jewish usury.

“What I find interesting in the cinema is that, from the beginning, there is the idea of debt,” he is quoted as saying. “The real producer is, all the same, the image of the Central European Jew.”

In cataloguing and assessing such pronouncements, Mr. Brody, who is generally admiring in the biography, titled “Everything Is Cinema: The Working Life of Jean-Luc Godard,” attributed what he called “the hardening and sharpening of Godard’s anti-Semitic attitudes” to factors that included his childhood in war-torn Europe, a turn toward pro-Palestinian radicalism in the 1960s and a complicated view of history in which Mr. Godard has blamed Moses for having corrupted society by bringing mere text, in the form of written law, down from the mountain, after having encountered an actual image, the burning bush.

Neither Mr. Godard nor his associates could be reached for comment on Monday, which was a holiday in France.

“If Hollywood wants to honor his work, great, I’m fine with it,” said Mike Medavoy, a film producer and academy member who was born in Shanghai after his parents fled the Holocaust.

But Mr. Medavoy added that he was less than charmed by what he characterized as Mr. Godard’s “narrow mind” when it comes to Jews and the film business. “I’m not fine with that,” he said.

Mr. Godard once complained that Steven Spielberg had misused the image of Auschwitz in the making of “Schindler’s List.” In 1995, Mr. Godard turned down an honorary award from the New York Film Critics’ Circle, in part, he said, because he had personally failed “to prevent Mr. Spielberg from reconstructing Auschwitz. »

Mr. Spielberg never responded publicly to that complaint, according to Marvin Levy, his spokesman. Mr. Levy said Mr. Spielberg had not decided whether to attend the awards ceremony but that his absence, in any case, would carry no message about Mr. Godard.

For whatever reason, the gap between Mr. Godard and the academy appears to have run deeper than the occasional snub of a director, like, say, Alfred Hitchcock, who never won a directing Oscar, but was finally given the academy’s Irving G. Thalberg Award, for a lifetime of producing, in 1968.

Researchers at the academy’s Margaret Herrick Library turned up no sign that any aspect of a Godard film had ever been so much as nominated for an Oscar, despite awards and festival recognition abroad.

The absence of recognition by the academy may have less to do with Mr. Godard’s well-known antagonism toward Hollywood than with the fact that many academy members were simply looking elsewhere when his career erupted in the 1960s as a leader of the French New Wave with films like “Breathless” and “Band of Outsiders.” The producer Walter Mirisch, for example, said, “During the time of his films, I was occupied with my own.” Mr. Mirisch, 88, served a number of terms as the academy’s president and won a best picture Oscar in 1968 for “In the Heat of the Night.”

In preparing for this year’s governors awards, the second in a planned annual series separate from the televised Oscar ceremony, Phil Alden Robinson, an academy vice president and a governor, proposed Mr. Godard for recognition that was supposed to close a gap with people like Mr. Mirisch.

“Godard speaks to a generation that’s only now getting voting weight in the academy,” said Mr. Robinson, who is both a writer and a director, and had an Oscar nomination in 1990 for his “Field of Dreams” script. “The older generation didn’t have the same regard for him.”

Inadvertently, however, Mr. Robinson pried open a debate that has raged around artists as august as the poet Ezra Pound and as popular as the actor and filmmaker Mel Gibson: Is the work somehow tainted by the attitudes of the man?

Daniel S. Mariaschin, an executive vice president at B’nai B’rith International, strongly denounced the academy’s decision to honor Mr. Godard.

“They have set up standards for art, but they take a pass on standards for decency and standards for morality,” Mr. Mariaschin said on Monday. “How could one possibly derive enjoyment or pleasure from this, knowing that the individual holds these views?”

Mr. Mariaschin said he was surprised to see, based on recent news reports, that Mr. Godard had not back-pedaled when challenged regarding his view of Jews. “He’s not even contrite,” Mr. Mariaschin said.

For Mr. Robinson, the art and the artist are separate. “D. W. Griffith got an honorary Oscar in 1936,” he said, “and the man was horribly racist.”

Besides, said Mr. Robinson, whose “Field of Dreams” was a fantasy about the disgraced members of the Chicago White Sox team that threw the World Series: “You’re talking to someone who believes Shoeless Joe Jackson should be in the Hall of Fame.”

Voir encore:

Jean-Luc Godard’s Oscar rekindles antisemitism row

An honorary award for the French director has enraged some in Hollywood who say his work reveals a lifelong hostility towards Jews
Paul Harris in New York
The Guardian
4 Nov 2010

It should have been a typical acting love-in of the type the beautiful and rich elite of Hollywood do so well. At a lavish dinner last night, the acclaimed French director Jean-Luc Godard was given an honorary Oscar alongside other established greats such as Francis Ford Coppola and the actor Eli Wallach.

There was the usual banquet, mutual backslapping and enough air-kissing to inflate a zeppelin – but that was where the parallels with orthodox movie award ceremonies ended. For not only did the recipient of the gong fail to show up, but he was, in absentia, the subject of fierce debate over whether or not his long commitment to highlighting the plight of Palestinians has crossed over into antisemitism. The question on many people’s lips was: is Godard anti-Zionist or is he anti-Jewish?

In Hollywood there is no greater sin. The debate dominated the build-up banquet, which is held earlier than the globally televised event due in February.

It was a battle fought across the newspapers of America in angry editorials, as well as in the salons and offices of Hollywood movers and shakers. Richard Cohen, a Washington Post columnist, penned an outraged post on the Daily Beast website where he compared Godard’s accolade to the award of an Oscar in 1926 to the director DW Griffith, who was accused of being a racist.

« Just as no one in the film industry could look a black person in the eye after giving an award to Griffith, so it should be just as hard to honour Godard and look history in the eye, » Cohen said.

That followed on from a lengthy piece in the Jewish Journal which put the director on its cover under the headline: « Is Jean-Luc Godard an antisemite? »

The article delved deep into the French director’s body of work and scores of his interviews to examine the question. The reclusive 79-year-old certainly has a long history of supporting the Palestinians, including filming Until Victory, which told the story of the Palestinian struggle against Israel. He once admitted that his grandfather had « ferociously » disliked Jews. « He was anti-Jew; whereas I am anti-Zionist, he was antisemitic, » the director once said.

But some critics say Godard’s work and some of his statements have crossed the line from being critical of Israel and its policies and into antisemitism. In one of his films (Here and There), the director alternates images of Adolf Hitler with Israeli leader Golda Meir. He has criticised films about the Holocaust such as Schindler’s List and Shoah, though often on apparently artistic grounds.

But some other reported statements are less easy to defend, including once calling a friend a « dirty Jew » and, after being asked for back pay by a colleague, saying: « It is always the same, Jews call you when they hear a cash register opening. » In a 1985 interview Godard spoke of the « image of the central European Jew » as being part of Hollywood’s problem with being caught up in debt.

The Jewish Journal went so far as to send a list of these and others of Godard’s supposedly antisemitic statements to the Academy of Motion Picture Arts and Sciences, the organisation behind the Oscars. The academy replied that it was aware of the allegations. « Antisemitism is of course deplorable, but the academy has not found the accusations against Godard persuasive, » it said. Some Jewish groups, such as B’nai B’rith International, have condemned the decision to honour Godard.

But the biggest surprise of the controversy might just be the award itself. Godard sprang to fame at the head of the French new wave with ground-breaking works such as Breathless.

Along with other auteurs such as François Truffaut, he rebelled against conventional French cinema and later against Hollywood. They believed that a film was the director’s intellectual vision and should break out of the constraints of straightforward plots and conventional cinematography.

Such attitudes never went down well with mainstream Hollywood, which regarded new wave films as impenetrable, unmarketable and difficult for audiences. None of Godard’s 70 feature films has ever been nominated for an Oscar, despite his international acclaim. That attitude has largely been returned by Godard, whose decision not to attend the ceremony last night means the academy will have to ship the gold statuette to his home in Switzerland.

He once said: « I believe a film should have a beginning, a middle and an end, but not necessarily in that order. » In the highly commercial and brutally cynical world of Hollywood, that sort of sentiment might be more of a reason for shock than any criticism of Israel.

Voir enfin:

On Jean-Luc Godard
Roger Ebert
April 30, 1969

The films of Jean-Luc Godard have fascinated and enraged moviegoers for a decade now. The simple fact is: This most brilliant of all modern directors is heartily disliked by a great many people who pay to see his movies.

No wonder. Godard is a perverse and difficult director who is deeply into his own universe. He couldn’t care less about a making a traditional movie with a story line. His films require active participation and imagination by the audience, and most movie audiences are lazy.

The film medium, above all others, encourages a passive response. All you have to do is sit back and let the images wash across your eyeballs and listen to the words. The movie does the rest. Occasionally a movie comes along, however, that requires some thought. A « 2001, » for example, or « Weekend » (1968) or even « Bullitt. »

Godard’s « Weekend » is not a narrative film like « Bullitt, » and it makes no attempt to tell a story. But neither is it a purely visual film like « 2001, » existing within its own self-contained rationale. Godard jams his films full of political, literary, cinematic and historical references. But they don’t seem to be organized according to any system. In « Weekend, » characters wander in and out, expressing disorganized thoughts about Mozart, the Third World, the function of the cinema and things like that.

On this level, « Weekend » is a great deal like an erudite cocktail party: Lots of well-informed people drift about repeating things they learned in college survey courses and nothing gets accomplished or decided, but at the end you have a feeling of unease – as if this world, and the things said in it, were a frail shield against some approaching cataclysm.

That’s on one level. On another level, Godard makes the most purely cinematic movies yet achieved. He uses his camera and his images to create a world that has no existence outside this particular movie. He doesn’t pretend his characters are real people, or his « plots » are real, or his dialog. In « Weekend, » Godard’s hero tells the heroine: « This is a lousy movie. All you meet are sick people. » At another point, a motorist asks the hero: « Are you real life or in a movie? »

This sort of thing irritates the hell out of some audiences, who think Godard is merely being clever. But it goes beyond that. No movie characters are real. No situations or dialog are real. Then isn’t it more real to admit that? « Weekend » is about some hypothetical time and country when the barbarism of modern life is routinely accepted. Related subject matter has been covered in many movies, often of the science-fiction genre. Isn’t it more real to abandon the attempt at a story and admit that you’re a director making this movie with these actors?
Advertisement
Well, maybe so and maybe not. Godard will never find a very large audience, I guess. His style and philosophy take some getting used to. You have to see all his films, or none of them. One single Godard film seems accidental. But if you see half a dozen, you begin to get a sense of his universe. You see themes introduced, developed, worked out, discarded and then later satirized.

« Weekend, » for example, steals an exact shot from « La Chinoise » – the one of the young girl dressed in peasant’s rags and pointing a gun at the head of her friend. These young people and their lives were first introduced in « Masculine Feminine, » the film that correctly predicted the French student uprising. « La Chinoise » showed us radical students who broke loose from ideology and experimented with direct action. Now, in « Weekend, » we see young people living in guerilla tribes in the countryside, and we begin to see where Godard’s investigation is taking him.

Godard is a director of the very first rank; no other director in the 1960s has had more influence on the development of the feature-length film. Like Joyce in fiction or Beckett in theater, he is a pioneer whose present work is not acceptable to present audiences. But his influence on other directors is gradually creating and educating an audience that will, perhaps in the next generation, be able to look back at his films and see that this is where their cinema began.

Roger Ebert was the film critic of the Chicago Sun-Times from 1967 until his death in 2013. In 1975, he won the Pulitzer Prize for distinguished criticism.


Antisémitisme: Quel nouveau Protocole des sages de Sion ? (Guess how many times the word ‘terrorism’ is mentioned in all these reports and petitions on Israel’s supposed apartheid ?)

25 août, 2021

Fichier:La difesa della razza; Protocolli dei Savi di Sion.jpg — WikipédiaFrance - L'enseignante à la pancarte antisémite reste en garde à vue - Le Matin
Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York Times
President Biden Welcomes WNBA Champions Seattle Storm To The White House

Jews busters ! Who you gonna blame ? (D’après un refrain très connu)
Il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Les grandes firmes multinationales et leurs conseils d’administrations internationaux, les grandes organisations internationales, OMC, FMI et Banque mondiale aux multiples subdivisions désignées par des sigles et des acronymes compliqués et souvent imprononçables, et toutes les réalités correspondantes, commissions et comités de technocrates non élus, peu connus du grand public, bref, tout ce gouvernement mondial qui s’est en quelques années institué et dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes, est une instance inaperçue et inconnue du plus grand nombre. Cette sorte de Big Brother invisible, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision et au cinéma, et ainsi de suite (…). A travers la maîtrise quasi absolue qu’ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu
Toutes les stratégies que les intellectuels et les artistes produisent contre les « bourgeois » tendent inévitablement, en dehors de toute intention expresse et en vertu même de la structure de l’espace dans lequel elles s’engendrent, à être à double effet et dirigées indistinctement contre toutes les formes de soumission aux intérêts matériels, populaires aussi bien que bourgeoises. Bourdieu
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
Le sionisme mondial et les puissances impérialistes tentent, à travers des plans bien établis et une stratégie intelligente, d’éliminer un État arabe après l’autre du cercle de la lutte contre le sionisme pour qu’en fin de compte, il ne reste plus que les Palestiniens à combattre. L’Égypte a été éliminée à travers les accords traîtres de Camp David. Ils essayent d’attirer d’autres pays arabes de la même manière. Le Mouvement de la Résistance Islamique appelle les nations arabes et islamiques à adopter une politique sérieuse et à persévérer dans leur action afin d’empêcher l’application du plan horrible de les éloigner du cercle de la lutte contre le sionisme. Aujourd’hui, c’est la Palestine, demain cela pourrait être un autre pays arabe. Le plan sioniste n’a pas de limites. Après la Palestine, les sionistes veulent accaparer la terre, du Nil à l’Euphrate. Quand ils auront digéré la région conquise, ils aspireront à d’autres conquêtes. Leur plan est contenu dans ‘Le Protocole des Sages de Sion’. Charte du Hamas (article 22)
Le retrait militaire soudain des États-Unis inquiète certainement les Irakiens car ils vivent et assistent à une montée de l’impunité des milices qui appellent constamment au retrait des troupes américaines. (…) «La position locale envers un retrait militaire américain a toujours été divisée en fonction de l’expérience géographique de telle ou telle communauté. Cependant, la plupart des communautés en Irak aujourd’hui considèrent qu’un retrait américain pourrait se traduire par un environnement plus violent malgré leur hostilité envers le rôle militaire de Washington dans le pays. Zeidon Alkinani
[Les contextes irakien et afghan] sont comparables en termes d’impact des agendas régionaux sur la politique intérieure. Le rôle que la direction pour le renseignement inter-services pakistanais a joué dans le soutien aux talibans est très similaire au rôle du Corps des gardiens de la révolution iranienne en Irak avec le Hachd el-Chaabi et d’autres milices redevables à l’Iran. (…) La principale question débattue par rapport à un éventuel retrait américain – s’il devait se produire – est l’augmentation du pouvoir des milices liées à l’Iran aux dépens des institutions de l’État. Randa Slim (Middle East Institute)
Le nouvel antisémitisme s’est répandu dans la société et l’incident avec Alain Finkielkraut en est une illustration mais qui n’est pas représentative des « gilets jaunes ». La technique d’invisibilisation et de délégitimisation des classes populaires remonte aux années quatre-vingt, quand la gauche a abandonné la question sociale. La vieille technique de l’antiracisme et de l’antifascisme est devenue une arme de classe : on se protège en délégitimant le diagnostic des gens d’en bas. Il y a autant de racistes, d’antisémites et d’homophobes dans le monde d’en haut sauf qu’ils sont beaucoup plus discrets. L’antisémitisme de gauche, appelé antisionisme, est culturellement très puissant. Ce n’est pas le monde d’en bas qui contourne la carte scolaire à Paris et qui déscolarise ses enfants des collèges à majorité d’immigrés. Ce sont des bons bobos parisiens de gauche. Christophe Guilluy
Leur conduite actuelle est la preuve de ce que nous avançons[L’hypothèse d’une fraude importante appliquée à quelques états clés le jour du scrutin aux Etats-Unis est-elle crédible ?]. Mon intime conviction me dit que oui. Il y a, à mes yeux, trop d’indices concordants pour permettre à la ‘meute médiatique’ occidentale, dont nous savons qui la contrôle, de me convaincre du contraire. (…) Vous savez bien qui contrôle la meute médiatique dans le monde et en France. Qui contrôle le Washington Post, le New York Times, chez nous BFMTV et tous les journaux qui viennent se grouper autour, qui sont ces gens… ? (…) C’est la communauté que vous connaissez bien. Dominique Delawarde
Ils ont beaucoup de ressentiment par rapport aux blancs, ils ont un mauvais fond, ils nous considèrent comme des bêtes, c’est écrit dans le Talmud et ils veulent absolument nous métisser avec des [mot bipé] inférieurs intrinsèquement.Il aurait mieux valu qu’ils n’existent pas. Manifestante anti vaccins
Le gouvernement israélien a démontré son intention de maintenir la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens à travers Israël et les territoires palestiniens occupés. Cette intention s’est accompagnée d’une oppression systématique des Palestiniens et d’actes inhumains commis à leur encontre. Lorsque ces trois éléments se produisent ensemble, ils constituent le crime d’apartheid. Human Rights Watch
On est dans un moment qui me fait penser à l’époque de l’affaire Dreyfus. Il y a eu quelques années où l’on a vu ça : les anti-républicains des deux rives, de droite et de gauche, unis contre les parlementaires, les journalistes et en fin de compte contre les juifs. Ça a duré quelques années et puis la France s’est ressaisie. Cette violence contre les journalistes, contre les policiers, contre la représentation nationale, a commencé dès les premiers actes de ce mouvement. La violence contre les juifs, les slogans antisémites sont comme le terme de ce mouvement, l’aboutissement de cette distillation. On commence par le référendum d’initiative citoyenne et on finit par l’antisémitisme. On commence avec Rousseau et on finit avec Doriot. Ce ne sont pas les marges ça, c’est le cœur du mouvement ! On ne peut pas dire que le mouvement des ‘gilets jaunes’ est intrinsèquement antisémite. Bien sûr que non. Mais ça veut dire en revanche qu’il serait temps que ceux qui restent des ‘gilets jaunes’ se manifestent fortement pour dire ‘pas en notre nom’. Bernard-Henri Lévy
Trump en a rêvé. Mais c’est Biden qui l’aura fait. Et les historiens n’ont pas fini de s’interroger sur ce qui a bien pu pousser le 46 e président des États-Unis à pareille forfaiture. Est-ce naïveté de politicien qui n’a le sens ni de l’Histoire ni du Tragique et a cru sur parole les talibans nous assurant, à Doha, de leurs intentions pacifiques ? Cynisme d’un président qui pense déjà à sa réélection et flatte les rednecks, blue-collar workers et autres deplorable qui, dans le Kansas ou l’Ohio, sont las des prétendues ‘guerres sans fin’ ? Bernard-Henri Lévy
Un régiment d’intellectuels et d’artistes vient, dans « Libération », de publier une tribune dénonçant l’« apartheid » que fait régner Israël sur le territoire de la « Palestine historique » – c’est-à-dire Israël plus les « territoires palestiniens ». En rappelant que « l’apartheid est un crime ». Il y a Edgar Morin dedans. Sa compétence n’est plus à démontrer. Alors là, je dis bravo. (…) Et en effet, ça crève les yeux, le crime se commet tous les jours, au su et au vu de tous. On en a la gorge serrée, croyez-moi. L’Afrique du Sud en 1960, le Mississipi en 1930, à côté de ça ? Bluettes, contes pour enfants. Jugez-en. Des familles palestiniennes et juives côte à côte sur les plages de Tel Aviv, c’est de l’apartheid. Juifs, druzes, coptes, maronites, catholiques, chiites, sunnites se croisant dans les rues de Jérusalem, c’est de l’apartheid. Les Palestiniens, même non israéliens, soignés dans les hôpitaux juifs, c’est de l’apartheid. Les jeunes filles musulmanes voilées dans les universités israéliennes, c’est de l’apartheid. Les députés arabes musulmans israéliens, c’est de l’apartheid. Les deux millions de citoyens arabes israéliens, c’est de l’apartheid. Les journaux arabes israéliens, c’est de l’apartheid. Les organisations d’aide aux Palestiniens qui ont leur siège en Israël, c’est de l’apartheid. Les milliers de Palestiniens qui viennent travailler en Israël, c’est de l’apartheid. Les Druzes et les Arabes dans l’armée israélienne, c’est de l’apartheid. La liberté de penser, d’écrire, de critiquer, de voter, c’est de l’apartheid. La liberté des femmes, c’est de l’apartheid. Les terroristes palestiniens arrêtés mais jamais exécutés, faute de peine de mort, c’est de l’apartheid. Cinq millions de juifs tentant de survivre au beau milieu de dizaines de millions d’Arabes qui veulent leur anéantissement, c’est de l’apartheid. Une partie des territoires de Cisjordanie est occupée par l’armée israélienne. Les sionistes vous diront que cela fait suite à plusieurs guerres, toutes déclarées, et toutes perdues par les états arabes, dans le but proclamé de détruire Israël.  Ne croyez pas les sionistes. Ils sont fourbes.  Vous les reconnaîtrez à leur nez crochu. L’occupation, c’est donc bien de l’apartheid.  Comme je le disais récemment au roi du Maroc, au premier secrétaire du parti communiste chinois, au premier ministre indien, au premier ministre turc, au premier ministre russe, l’occupation du Sahara occidental, du Tibet, du Cachemire, de l’Arménie, du Kurdistan, de la Tchétchénie, les gars, c’est de l’apartheid.  En revanche, autour d’Israël, pas d’apartheid. Pas une ombre, pas ça. D’accord, ce sont soit des dictatures militaires sanglantes, soit des théocraties cruelles, mais rien à voir avec de l’apartheid. Ils ont d’ailleurs trouvé une excellente solution pour remédier à l’apartheid. Une solution finale, en quelque sorte. Des Juifs, ils n’en ont plus. Comme ça, pas d’apartheid.  Si jamais, toutefois, un reliquat de juif tente de raser les murs au Caire ou à Bagdad, ses chances de survie sont proches du zéro absolu. Mais ça n’est pas de l’apartheid. Deux millions de musulmans citoyens en Israël, disions-nous, c’est de l’apartheid. En revanche, attention, soyons précis sur les notions, pas un Juif dans les rues de Ramallah ou de Naplouse, ça n’est pas du tout de l’apartheid. Et si on trouve des groupes de juifs en Cisjordanie, c’est illégal, ça s’appelle des colonies. D’ailleurs le sort des Coptes et en général des chrétiens dans les pays musulmans ça n’est pas de l’apartheid. Une chrétienne arrêtée, condamnée à mort au Pakistan pour avoir bu (et donc souillé) de l’eau réservée aux musulmans, ça n’est pas de l’apartheid. L’interdiction de toute religion autre que l’Islam en Arabie saoudite, ça n’est pas de l’apartheid. Voilà, je pense que les choses sont claires désormais sur ce qu’est l’apartheid. J’aime bien quand les intellectuels éclairent le monde. Pierre Jourde
Jusqu’ici, l’analogie avec l’apartheid avait plutôt valeur d’avertissement, notamment dans le débat public en Israël. Il s’agissait de mettre en garde la classe politique et l’opinion publique des conséquences liées au maintien du statu quo dans les territoires, susceptible à long terme de créer une situation à la sud-africaine si la majorité israélienne venait à se transformer en minorité du fait des tendances démographiques lourdes, exerçant dès lors son autorité dans les territoires occupés sur une majorité palestinienne exclue du suffrage universel. Aujourd’hui, l’identification d’Israël à l’apartheid prend un tout autre sens : elle n’est plus de l’ordre d’une projection future, mais considérée comme une réalité en action sur le terrain. L’apartheid n’est plus tant associé à l’exemple historique de l’Afrique du Sud qu’à la définition établie par le droit international en vertu de laquelle l’apartheid est la discrimination systématique d’un groupe ethnique par un autre. La seconde innovation dans l’application de la notion d’apartheid à Israël, c’est qu’elle ne s’applique plus seulement au régime exercé par l’autorité militaire dans les territoires occupés.  (…) Cette différence de nature entre Israël dans les lignes de 1967 et les territoires occupés par l’administration militaire israélienne est niée tant par les signataires du manifeste que par les défenseurs inconditionnels de la droite israélienne – drôle d’alliance, on en conviendra. Pour les uns et les autres, la ligne verte de 1967 n’existe plus et ne doit plus être ressuscitée. Les premiers en tirent gloire, les seconds en tirent la conclusion que l’apartheid n’est plus seulement institutionnalisé en Cisjordanie, voire à Jérusalem-est, mais bien de la Méditerranée au Jourdain. Le recours à l’apartheid n’est donc plus une pente glissante dangereuse dont il faut alerter à temps les citoyens israéliens pour que la situation grave en soi ne devienne pas désespérée ; l’apartheid est bien là, pas seulement hors-les murs en Cisjordanie, mais dans le sanctuaire même d’Israël, puisque la distinction entre les deux n’a plus cours. Enfin, il est une troisième innovation qui vaut changement de paradigme et constitue l’enjeu de cette nouvelle démarche : balayer l’option de deux Etats pour deux peuples afin qu’il ne reste plus que la solution d’un seul Etat. La référence à l’Afrique du Sud tend, en effet, à supplanter la référence au colonialisme, hégémonique autrefois dans le discours, même si les mots de «colons» et de «colonies» restent encore ça et là en usage. On comprend maintenant les raisons de ce grand remplacement : lorsqu’il y a colonialisme et colonisation, qui est aussi un système de domination exercé par un groupe ethnique sur un autre, il y a comme issue la décolonisation. Celle-ci consiste pour l’Etat colonisateur à se retirer définitivement du territoire contesté pour ne plus avoir à contrôler la population dominée jusque-là afin qu’elle puisse, à son tour, être libre et incarner à elle-même le suffrage universel. Israël, hors territoires occupés, n’est pas l’Afrique du Sud et l’analogie n’est rien moins qu’un amalgame qui balaie tout ce qui ne colle pas à leur démonstration. Ainsi, démographiquement parlant, 50 % de Juifs et 50 % de Palestiniens en Israël, Cisjordanie et Gaza, ne sauraient politiquement correspondre à la situation en Afrique du Sud où coexistent 90 % de Noirs et 10 % de Blancs. De plus, l’apartheid en Afrique du Sud était fondé sur une doctrine de la supériorité de la race blanche débouchant sur une séparation institutionnelle qui réservait aux Blancs tous les privilèges. La discrimination indéniable institutionnalisée sous des régimes divers en Cisjordanie et à Jérusalem-est procède d’une occupation militaire. Si elle résultait d’une discrimination raciale, comment expliquer alors qu’elle ne s’applique pas aux deux millions de Palestiniens détenteurs de la citoyenneté israélienne ? Cette distinction ne signifie guère que la condition arabe en Israël est équivalente sur le plan sociologique à la condition juive, mais la démocratie, foin de toute idéalisation lyrique, est précisément la constitution d’un espace politique dans lequel tous les acteurs sociaux et politiques peuvent s’organiser pour prendre leur part à la distribution de ressources symboliques et matérielles. A cet égard, l’année 2021 restera marquée par une révolution politique que nos signataires se sont bien gardés de mentionner, à savoir l’entrée dans une coalition de gouvernement d’un parti arabe (islamique de surcroît), outre l’alternance démocratique qui a permis la mise en place d’un gouvernement inédit qui réunit la gauche, le centre, la droite et ce parti arabe conservateur. Coalition typique d’un régime d’apartheid, n’est-ce pas ? Il est une autre différence entre Afrique du Sud et Palestine et que négligent nos auteurs : si en un siècle de lutte les Palestiniens ont bien obtenu un acquis, c’est bien leur droit à l’autodétermination, reconnu dans la résolution 181 de l’ONU (le fameux plan de partage de la Palestine en deux Etats), puis repris dans les accords de Camp David en 1978 et la Déclaration de principes d’Oslo en 1993. Ce droit à l’autodétermination, les Noirs d’Afrique du Sud ne l’ont pas réclamé et la communauté internationale ne l’a pas revendiqué à leur place ; il en va de même pour les catholiques d’Irlande du Nord et les musulmans bosniaques. Obsédés par le souci que le nom d’Israël ne soit plus qu’un vestige, les auteurs font passer à la trappe la revendication palestinienne d’un Etat de Palestine pour la diluer dans un ensemble binational. Certes, le droit à l’autodétermination peut ne pas prendre la forme d’un Etat-nation. Mais au nom de quelle autorité morale ou politique, et avec quel aplomb, s’autorise-t-on à ôter aux Israéliens et aux Palestiniens le droit de décider ce qu’ils entendent faire de leur droit à l’autodétermination qu’ils ont conquis de haute lutte ? Denis Charbit
It was a deliberate provocation by B’Tselem… to describe the Palestinians in the Holy Land as living under an apartheid regime. The Guardian
In the 200 or so pages of the report, HaMoked is mentioned 62 times, Adalah 77 times, Gisha 92 times and B’Tselem 151 times. But the record goes to Haaretz newspaper, which is cited a massive 190 times. In reality, Shakir did no fact checking or investigations of his own, and the concept of fairness does not even come into it. He pored over anti-Israel publications that pretend to be objectively critical and gathered anything that matched his preestablished hostility. The outcome was decided in advance. Ben Dror-Yemini
The 213-page report claims that, as the Israeli government constitutes a “single authority” exercising control “over the area between the Jordan River and the Mediterranean Sea” and seeks to maintain Jewish “domination” over Palestinians and its own Arab population, the term “apartheid” is an apt description. But that’s not what apartheid means at all. Put simply, apartheid is a policy or system of segregation or discrimination on the grounds of race. Or as the Merriam-Webster dictionary defines it: racial segregation specifically: a former policy of segregation and political, social, and economic discrimination against the nonwhite majority in the Republic of South Africa”. Now compare that description to Israel’s relationship with the Palestinians. Since the Oslo Accords were signed in the 1990s, most Palestinians are governed by the Palestinian Authority. This body was set up with international encouragement, and the Palestinians willingly agreed to adopt a system in which they gained partial autonomy while granting Israel overall security control. Given the many wars Israel had faced in the decades previously — and since — this arrangement made eminent sense as a stepping stone along the road to a more permanent solution. Nevertheless, the HRW report slams Israel — essentially for keeping its citizens safe. “The Israeli government has demonstrated an intent to maintain the domination of Jewish Israelis over Palestinians across Israel and the occupied Palestinian territory,” the report charges. “That intent has been coupled with systematic oppression of Palestinians and inhumane acts committed against them. When these three elements occur together, they amount to the crime of apartheid.” The lengthy report makes only passing reference to the ongoing threats faced by Israel, by focusing on Israel’s response to the numerous Gaza-based terror groups which periodically fire hundreds of rockets into Israeli territory. It completely overlooks the threat posed by Iranian-backed Hezbollah, located primarily in Lebanon and Syria. A quick search of the report for words like “terror” and “rocket” shows that HRW totally fails to describe Palestinian terrorist actions against Israel. In addition, the report totally fails to take into account the longstanding enmity between Hamas, the terror group which rules the coastal territory, and Fatah, which rules the Palestinian population of the West Bank, and what that means for peace negotiations with the Jewish state. Instead, the reports casts Israel as solely responsible for the lack of a resolution to the decades-old conflict, and characterizes its desire to keep the lid on violent Arab uprisings as “apartheid” — a stunning inversion of reality. Why, at the very least, are journalists not asking HRW how Israel’s basic security needs can be met? It is not the first time that the NGO takes a jab at Israel. The particular researcher who compiled the report, Omar Shakir, was forced to leave Israel in November 2019 after his work visa was not renewed due to his support of the controversial Boycott, Divestment and Sanctions (BDS) movement. Nevertheless, the vast majority of news reports have failed to document either of these important facts. For over a decade, Shakir has fought a campaign denying Israel’s right to exist and smearing the Jewish state with the kind of barbs more typically heard in the cesspit of online discussion. On various occasions, he has stated that Israel has “effectively turned Gaza into an open-air prison.” Moreover, Shakir was involved in compiling a discriminatory UN database of businesses operating across the 1949 Armistice line, aimed at bolstering BDS campaigns against Israel. Consequently, the report largely recycled existing materials from known anti-Israel organizations, without engaging in independent investigative work. As Israeli columnist Ben Dror-Yemini notes: In the 200 or so pages of the report, HaMoked is mentioned 62 times, Adalah 77 times, Gisha 92 times and B’Tselem 151 times. But the record goes to Haaretz newspaper, which is cited a massive 190 times. In reality, Shakir did no fact checking or investigations of his own, and the concept of fairness does not even come into it. He pored over anti-Israel publications that pretend to be objectively critical and gathered anything that matched his preestablished hostility. The outcome was decided in advance.” This is not the first time in recent memory that Israel has faced such claims. In January this year, Israeli organization B’Tselem made exactly the same case, as it took the dramatic step of publishing an op-ed in The Guardian, and sending press releases to numerous newspapers around the world, accusing Israel of “apartheid.” Just like today, news organizations worldwide gave prominent coverage to the report claiming that Israel is no longer a democracy but an “apartheid regime” devoted to cementing the supremacy of Jews over Palestinians. By uncritically portraying this group as a leading proponent of human rights, the media effectively facilitated the hijacking of the word “apartheid” by anti-Israeli activists whose goal is to foster doubt about Israel’s right to live in peace within secure borders. In January, even the usually stridently anti-Israel The Guardian was taken aback, with a subsequent editorial published, admitting “It was a deliberate provocation by B’Tselem… to describe the Palestinians in the Holy Land as living under an apartheid regime.” But a few months later, when exactly the same claim resurfaced, the Guardian, amongst others, just couldn’t resist helping spread the baseless libel. As ever, the failure of journalists to do their job and ask tough questions of Israel’s detractors means that the truth is the first casualty of HRW’s ongoing war against the Jewish State. Emmanuel Miller
Cherchez l’erreur  !
A l’heure où après s’être agenouillé pendant des mois devant les émeutiers de Black Lives Matter et des définanceurs de la police …
Qui avaient tant contribué à son élection volée
Le Génuflexeur en chef de la Maison blanche met à nouveau genou à terre devant une équipe de basket ball féminine américaine
Pendant qu’à Kaboul devant la barabarie talibane et peut-être à nouveau à Bagdad, il retire ses forces armées
Devinez …
Dans la nouvelle épidémie de rapports, pétitions, tribunes et même parfois contre-tribunes sur le prétendu ‘apartheid’ israélien …
Qui comme une énième resucée du tristement célèbre faux tsariste dit des Protocole des sages de Sion
Ou nouvelle version intellectuelle des slogans ou pancartes que nos médias dénoncent régulièrement de la part de nos gilets jaunes ou des anti-vaccins
Ou de nos chères têtes blondes des banlieues et quartiers dit sensibles
Vient, sur fond d’épidémie mondiale que l’on sait (surprise !), de repartir cet été …
Combien de fois est mentionné le mot ‘terrorisme » ?

« Apartheid », par Pierre Jourde

CHRONIQUE LIBRE. Écrivain, professeur d’université et critique littéraire, Pierre Jourde se pose ici quelques questions.

La tribune signée par des intellectuels et des artistes est un exercice classique dans la vie intellectuelle (et politique). On ne les compte plus.

Moi-même, j’en signe.

Ça me rassure : je vérifie ainsi que je suis bien un intellectuel (et un artiste).

Et que je continue à m’intéresser au monde.

Certaines sont plus pertinentes que d’autres, certes.

Vous vous souvenez certainement de cette tribune qui, à l’initiative d’Annie Ernaux, a permis de débusquer de son trou le nazi Richard Millet (alias M le maudit). Ce fut un lynchage organisé. L’abject individu en a d’ailleurs perdu son emploi.

Bien fait pour lui.

Pour une fois qu’une tribune est efficace, il y a de quoi se réjouir !

Et puis j’aime bien les comités d’épuration, ils aident à rendre la justice.

La même Ernaux a d’ailleurs appelé depuis au boycott d’Israël.

Ce qui me fournit une excellente transition.

Car, avec la même pertinence, un régiment d’intellectuels et d’artistes vient, dans « Libération », de publier une tribune dénonçant l’« apartheid » que fait régner Israël sur le territoire de la « Palestine historique » – c’est-à-dire Israël plus les « territoires palestiniens ». En rappelant que « l’apartheid est un crime ».

Il y a Edgar Morin dedans.

Sa compétence n’est plus à démontrer.

Alors là, je dis bravo.

Je suis d’autant plus heureux que je connais bien Israël, pour y avoir effectué plusieurs missions (conférences et inspection de centre de recherches) au cours desquels j’ai traversé les territoires palestiniens, le Néguev, et tout ça.

Et en effet, ça crève les yeux, le crime se commet tous les jours, au su et au vu de tous.

On en a la gorge serrée, croyez-moi.

L’Afrique du Sud en 1960, le Mississipi en 1930, à côté de ça ? Bluettes, contes pour enfants.

Jugez-en.

Des familles palestiniennes et juives côte à côte sur les plages de Tel Aviv, c’est de l’apartheid.

Juifs, druzes, coptes, maronites, catholiques, chiites, sunnites se croisant dans les rues de Jérusalem, c’est de l’apartheid.

Les Palestiniens, même non israéliens, soignés dans les hôpitaux juifs, c’est de l’apartheid.

Les jeunes filles musulmanes voilées dans les universités israéliennes, c’est de l’apartheid.

Les députés arabes musulmans israéliens, c’est de l’apartheid.

Les deux millions de citoyens arabes israéliens, c’est de l’apartheid.

Les journaux arabes israéliens, c’est de l’apartheid.

Les organisations d’aide aux Palestiniens qui ont leur siège en Israël, c’est de l’apartheid.

Les milliers de Palestiniens qui viennent travailler en Israël, c’est de l’apartheid.

Les Druzes et les Arabes dans l’armée israélienne, c’est de l’apartheid.

La liberté de penser, d’écrire, de critiquer, de voter, c’est de l’apartheid.

La liberté des femmes, c’est de l’apartheid.

Les terroristes palestiniens arrêtés mais jamais exécutés, faute de peine de mort, c’est de l’apartheid.

Cinq millions de juifs tentant de survivre au beau milieu de dizaines de millions d’Arabes qui veulent leur anéantissement, c’est de l’apartheid.

Une partie des territoires de Cisjordanie est occupée par l’armée israélienne.

Les sionistes vous diront que cela fait suite à plusieurs guerres, toutes déclarées, et toutes perdues par les états arabes, dans le but proclamé de détruire Israël.

Ne croyez pas les sionistes.

Ils sont fourbes.

Vous les reconnaîtrez à leur nez crochu.

L’occupation, c’est donc bien de l’apartheid.

Comme je le disais récemment au roi du Maroc, au premier secrétaire du parti communiste chinois, au premier ministre indien, au premier ministre turc, au premier ministre russe, l’occupation du Sahara occidental, du Tibet, du Cachemire, de l’Arménie, du Kurdistan, de la Tchétchénie, les gars, c’est de l’apartheid.

En revanche, autour d’Israël, pas d’apartheid. Pas une ombre, pas ça.

D’accord, ce sont soit des dictatures militaires sanglantes, soit des théocraties cruelles, mais rien à voir avec de l’apartheid.

Ils ont d’ailleurs trouvé une excellente solution pour remédier à l’apartheid. Une solution finale, en quelque sorte. Des Juifs, ils n’en ont plus. Comme ça, pas d’apartheid.

Si jamais, toutefois, un reliquat de juif tente de raser les murs au Caire ou à Bagdad, ses chances de survie sont proches du zéro absolu. Mais ça n’est pas de l’apartheid.

Deux millions de musulmans citoyens en Israël, disions-nous, c’est de l’apartheid. En revanche, attention, soyons précis sur les notions, pas un Juif dans les rues de Ramallah ou de Naplouse, ça n’est pas du tout de l’apartheid. Et si on trouve des groupes de juifs en Cisjordanie, c’est illégal, ça s’appelle des colonies.

D’ailleurs le sort des Coptes et en général des chrétiens dans les pays musulmans ça n’est pas de l’apartheid.

Une chrétienne arrêtée, condamnée à mort au Pakistan pour avoir bu (et donc souillé) de l’eau réservée aux musulmans, ça n’est pas de l’apartheid.

L’interdiction de toute religion autre que l’Islam en Arabie saoudite, ça n’est pas de l’apartheid.

Voilà, je pense que les choses sont claires désormais sur ce qu’est l’apartheid.

J’aime bien quand les intellectuels éclairent le monde.

Voir aussi:

Israël-apartheid : le contre-sens d’une analogie
Après la publication d’une tribune appelant à faire d’Israël un Etat-apartheid, le professeur de science politique Denis Charbit fait valoir le droit à distinguer l’Etat hébreu dans les frontières de 1967 et les territoires occupés par l’administration militaire israélienne.
Denis Charbit, professeur de science politique à l’Open University of Israël
Libération
1er août 2021

Plus de six cents universitaires et artistes ont publié un appel à la communauté internationale pour qu’avant la fin de l’année 2021, Israël soit décrété Etat-apartheid. L’accusation n’est pas récente dans la polémique autour du conflit, mais un tournant a été pris dans la foulée du rapport publié au mois de janvier par l’organisation israélienne des droits de l’homme dans les territoires occupés, B’Tselem, et dont on ne dira jamais assez la mission courageuse et salutaire qu’elle remplit, même si je ne la suis guère dans ce nouveau discours qu’ont repris à leur compte le rapport d’Human Rights Watch et le manifeste en question. Attaché à l’existence de mon pays, je ne peux prétendre avoir le point de vue de Sirius sur la question et il m’est difficile de dissimuler mon trouble devant des accusations de cet ordre. Mais las de ces polémiques qui tournent au dialogue de sourds et consistent, de part et d’autre, à se disputer le monopole de l’indignation et de l’anathème, au moins peut-on s’interroger sur la pertinence de la qualification d’apartheid et son utilité politique dans le contexte actuel.

Jusqu’ici, l’analogie avec l’apartheid avait plutôt valeur d’avertissement, notamment dans le débat public en Israël. Il s’agissait de mettre en garde la classe politique et l’opinion publique des conséquences liées au maintien du statu quo dans les territoires, susceptible à long terme de créer une situation à la sud-africaine si la majorité israélienne venait à se transformer en minorité du fait des tendances démographiques lourdes, exerçant dès lors son autorité dans les territoires occupés sur une majorité palestinienne exclue du suffrage universel. Aujourd’hui, l’identification d’Israël à l’apartheid prend un tout autre sens : elle n’est plus de l’ordre d’une projection future, mais considérée comme une réalité en action sur le terrain. L’apartheid n’est plus tant associé à l’exemple historique de l’Afrique du Sud qu’à la définition établie par le droit international en vertu de laquelle l’apartheid est la discrimination systématique d’un groupe ethnique par un autre.

Démocratie VS régime d’occupation

La seconde innovation dans l’application de la notion d’apartheid à Israël, c’est qu’elle ne s’applique plus seulement au régime exercé par l’autorité militaire dans les territoires occupés. La distinction spatiale est purement et simplement abolie. Qu’importe si Israël répond ou non aux critères nécessaires et suffisants d’une démocratie dans les frontières de 1967, les auteurs leur substituent un critère normatif et moralisateur : le label démocratique ne peut être attribué à un Etat qui en respecte les principes sur son territoire, mais y passe outre en territoire occupé.

Que la coexistence d’un régime démocratique et d’un régime d’occupation militaire soit problématique, que cette démocratie interne soit menacée par cette excroissance qui la mine, on en convient sans difficulté. Cependant, là où il y a suffrage universel, égalité devant la loi et indépendance de la justice, contrôle de l’exécutif, il y a démocratie, pas apartheid. Si l’on suit la logique des signataires, il faudrait considérer, par exemple, que la France de la IIIe et de IVe République n’était ni une démocratie ni une République, puisqu’elle était, hors de l’Hexagone, coloniale. Qu’importe le suffrage universel, les lois sur la liberté de la presse, l’école laïque, la réhabilitation de Dreyfus ou les mesures sociales du Front populaire, ce qui avait lieu hors Hexagone disqualifie de prétendre que la France a été, dans l’Hexagone, une démocratie.

Qu’en deçà de la «ligne verte», tous les citoyens israéliens, Juifs et Arabes, puissent désigner leurs représentants au Parlement et peser sur la composition de la coalition gouvernementale tandis que, de l’autre côté de la ligne verte, seuls les Juifs votent alors que les Palestiniens ne sont guère consultés pour déterminer s’ils consentent à la présence israélienne, ne peut objectivement être considéré comme du pareil au même. Les règles ne sont pas les mêmes lorsque les unes relèvent de la démocratie, et les autres d’un régime d’occupation. Constater cette différence de régime ne revient pas à légitimer l’occupation de même que le respect des règles du jeu démocratique observées en Israël ne signifie guère que ce qui s’y passe est de l’ordre de la perfection. Il suffit que le système puisse être perfectible.

Parti arabe au gouvernement

Cette différence de nature entre Israël dans les lignes de 1967 et les territoires occupés par l’administration militaire israélienne est niée tant par les signataires du manifeste que par les défenseurs inconditionnels de la droite israélienne – drôle d’alliance, on en conviendra. Pour les uns et les autres, la ligne verte de 1967 n’existe plus et ne doit plus être ressuscitée. Les premiers en tirent gloire, les seconds en tirent la conclusion que l’apartheid n’est plus seulement institutionnalisé en Cisjordanie, voire à Jérusalem-est, mais bien de la Méditerranée au Jourdain.

Le recours à l’apartheid n’est donc plus une pente glissante dangereuse dont il faut alerter à temps les citoyens israéliens pour que la situation grave en soi ne devienne pas désespérée ; l’apartheid est bien là, pas seulement hors-les murs en Cisjordanie, mais dans le sanctuaire même d’Israël, puisque la distinction entre les deux n’a plus cours.

Enfin, il est une troisième innovation qui vaut changement de paradigme et constitue l’enjeu de cette nouvelle démarche : balayer l’option de deux Etats pour deux peuples afin qu’il ne reste plus que la solution d’un seul Etat. La référence à l’Afrique du Sud tend, en effet, à supplanter la référence au colonialisme, hégémonique autrefois dans le discours, même si les mots de «colons» et de «colonies» restent encore ça et là en usage. On comprend maintenant les raisons de ce grand remplacement : lorsqu’il y a colonialisme et colonisation, qui est aussi un système de domination exercé par un groupe ethnique sur un autre, il y a comme issue la décolonisation. Celle-ci consiste pour l’Etat colonisateur à se retirer définitivement du territoire contesté pour ne plus avoir à contrôler la population dominée jusque-là afin qu’elle puisse, à son tour, être libre et incarner à elle-même le suffrage universel.

Démographiquement parlant, 50 % de Juifs et 50 % de Palestiniens en Israël, Cisjordanie et Gaza, ne sauraient politiquement correspondre à la situation en Afrique du Sud où coexistent 90 % de Noirs et 10 % de Blancs.

Israël, hors territoires occupés, n’est pas l’Afrique du Sud et l’analogie n’est rien moins qu’un amalgame qui balaie tout ce qui ne colle pas à leur démonstration. Ainsi, démographiquement parlant, 50 % de Juifs et 50 % de Palestiniens en Israël, Cisjordanie et Gaza, ne sauraient politiquement correspondre à la situation en Afrique du Sud où coexistent 90 % de Noirs et 10 % de Blancs.

De plus, l’apartheid en Afrique du Sud était fondé sur une doctrine de la supériorité de la race blanche débouchant sur une séparation institutionnelle qui réservait aux Blancs tous les privilèges. La discrimination indéniable institutionnalisée sous des régimes divers en Cisjordanie et à Jérusalem-est procède d’une occupation militaire. Si elle résultait d’une discrimination raciale, comment expliquer alors qu’elle ne s’applique pas aux deux millions de Palestiniens détenteurs de la citoyenneté israélienne ? Cette distinction ne signifie guère que la condition arabe en Israël est équivalente sur le plan sociologique à la condition juive, mais la démocratie, foin de toute idéalisation lyrique, est précisément la constitution d’un espace politique dans lequel tous les acteurs sociaux et politiques peuvent s’organiser pour prendre leur part à la distribution de ressources symboliques et matérielles. A cet égard, l’année 2021 restera marquée par une révolution politique que nos signataires se sont bien gardés de mentionner, à savoir l’entrée dans une coalition de gouvernement d’un parti arabe (islamique de surcroît), outre l’alternance démocratique qui a permis la mise en place d’un gouvernement inédit qui réunit la gauche, le centre, la droite et ce parti arabe conservateur. Coalition typique d’un régime d’apartheid, n’est-ce pas ?

Droit à l’autodétermination

Il est une autre différence entre Afrique du Sud et Palestine et que négligent nos auteurs : si en un siècle de lutte les Palestiniens ont bien obtenu un acquis, c’est bien leur droit à l’autodétermination, reconnu dans la résolution 181 de l’ONU (le fameux plan de partage de la Palestine en deux Etats), puis repris dans les accords de Camp David en 1978 et la Déclaration de principes d’Oslo en 1993. Ce droit à l’autodétermination, les Noirs d’Afrique du Sud ne l’ont pas réclamé et la communauté internationale ne l’a pas revendiqué à leur place ; il en va de même pour les catholiques d’Irlande du Nord et les musulmans bosniaques. Obsédés par le souci que le nom d’Israël ne soit plus qu’un vestige, les auteurs font passer à la trappe la revendication palestinienne d’un Etat de Palestine pour la diluer dans un ensemble binational. Certes, le droit à l’autodétermination peut ne pas prendre la forme d’un Etat-nation. Mais au nom de quelle autorité morale ou politique, et avec quel aplomb, s’autorise-t-on à ôter aux Israéliens et aux Palestiniens le droit de décider ce qu’ils entendent faire de leur droit à l’autodétermination qu’ils ont conquis de haute lutte ? C’est le veto israélien à la création d’un Etat palestinien qui est contestable, pas la revendication elle-même de le créer. Puisque les Israéliens disposent d’un Etat depuis 1948, ce n’est que justice que les Palestiniens puissent également s’en doter puisqu’ils le réclament.

Les signataires ne proposent pas un Etat binational, ils l’exigent. Mais ne voient-ils pas qu’il présente deux versions, celle, optimiste et irénique, qu’ils réclament, et celle qu’eux-mêmes dénoncent ? J’ai une foi raisonnable dans le genre humain pour penser qu’il vaut mieux partager le territoire que le pouvoir. Non que l’on doive s’interdire de mettre en place, une fois les deux Etats constitués, des mécanismes fédéraux ou confédéraux, des arrangements économiques, des dispositifs bilingues, des passerelles culturelles pour préfigurer l’avènement de cet Etat unitaire. Mais n’est-il pas étrange que professant un seul Etat, les auteurs, censés s’adresser aux deux peuples, emploient une rhétorique de l’imprécation envers Israël au lieu d’une pédagogie de la persuasion plus adéquate si l’on entend faire coexister deux populations qui s’estiment, pour l’heure, être des ennemies ? Cette réprobation de l’Etat d’Israël tel qu’il est n’a de chance d’être audible au sein de la population juive israélienne que si elle est précédée d’une reconnaissance de l’attachement des Juifs à cette terre, de la légitimité du choix des Juifs à l’autodétermination nationale, plutôt que de la concéder du bout des lèvres sans la mentionner explicitement.

C’est tout le projet de fraternité judéo-arabe qui s’en trouve vicié dans ses fondements mêmes et transpire l’imposture.

Ce n’est pas nécessairement un nouvel habit de l’antisémitisme que proposer aux Juifs d’Israël une autre forme d’autodétermination que celle de l’Etat-nation ; ce n’est pas être antisémite que de souhaiter un Etat unitaire de la Méditerranée au Jourdain ; mais intimement associé à cette rhétorique de l’imprécation, de la disqualification et de l’injonction pour mettre Israël au ban des Etats, niant tous ses acquis et où vivent aujourd’hui près d’un Juif sur deux dans le monde, qui ont payé cher le droit d’être des autochtones, c’est tout le projet de fraternité judéo-arabe qui s’en trouve vicié dans ses fondements mêmes et transpire l’imposture. C’est, une fois de plus, la rhétorique radicale qui suscite le soupçon sur les bonnes intentions qui, du reste, sont beaucoup plus sous-jacentes qu’explicites et n’apparaissent qu’en pointillé. Est-ce donc cela l’Andalousie du Proche-Orient auquel ce projet est censé aboutir ? Je préfère encore la franchise de la droite israélienne qui ne dissimule guère son refus de tout Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza et préconise l’annexion, voire celle du Hamas qui préconise encore la destruction d’Israël. Qu’on nous épargne enfin le fantasme d’une Palestine démocratique et laïque lorsque tant de Palestiniens et de Juifs tiennent les notions de démocratie, de pluralisme confessionnel, d’égalité et de liberté individuelle, au pire pour des importations étrangères et occidentales, au mieux pour des valeurs instrumentales.

Deux Etats côte à côte

Travaillant actuellement à l’édition scientifique en hébreu du Traité sur la tolérance de Voltaire, avec en tête la boutade du philosophe à propos des Juifs consignée dans son Dictionnaire philosophique – «et pourtant, il ne faut pas les brûler» –, je voudrais, dans cet esprit, m’adresser à ces signataires égarés et leur dire ceci, en commençant par Edgar Morin et Jacques Rancière, qui m’ont appris respectivement l’importance de la complexité dans l’appréhension d’une situation et la relativité du savoir universellement partagé. Auprès d’eux, je suis un parfait ignorant, mais l’élève peut oser dispenser une petite leçon aux maîtres qu’ils restent à mes yeux et dont je continuerai d’enseigner la pensée. Quand l’histoire d’un peuple est marquée par la Nakba [l’exode forcé de 1948, qui signifie «catastrophe» en arabe, ndlr], on ne vient pas dire aux Palestiniens de Cisjordanie, comme le suggèrent trop de mes concitoyens, qu’il y a vingt-deux Etats qui les attendent. Quand l’histoire du mien est marquée par la Shoah, on ne peut sommer les Juifs de liquider ce qu’ils ont créé à la sueur de leur front, dans le sang et les larmes, et qui n’est pas réductible à l’occupation. Un peu d’humilité est toujours une bonne attitude.

Camus disait que les solutions humaines valent toujours mieux que les solutions politiques. Le problème, c’est que les premières, pour être généreuses et idéales sont souvent impraticables, ou plus exactement, en dépit de leurs bonnes intentions, leur application engendre sur le terrain des effets pervers qu’on n’avait pas prévus initialement. Les solutions politiques sont grises, ternes, sans éclat, moins grandioses, mais plus accessibles. C’est pourquoi à la fiction d’une fausse commune, d’une URSS qu’on aurait rebaptisée URJP, l’Union des républiques juive et palestinienne, je préfère, faute d’avoir l’imagination des signataires, avoir deux Etats, côte à côte, qui auraient pour mission de penser d’égal à égal les conditions de leur coexistence et les moyens de transférer des parts de leur souveraineté exclusive à un mécanisme supranational. Cette démarche n’a-t-elle pas guidé l’émergence de l’Union européenne qui, sans être dépourvue de défauts, a chassé la guerre du continent ?

Ne touchez pas à la légitimité d’Israël

Alors, que faire ? C’est contre l’occupation et la colonisation qu’il faut rassembler les opinions publiques dans les territoires palestiniens, en Israël et dans le monde. Ni plus ni moins, mais ne touchez pas à la légitimité d’Israël. On ne convaincra pas les Israéliens de se retirer de Cisjordanie si on ne les rassure pas sur leur droit d’exister dans les frontières de 1967. Cela n’exclut guère de reprendre le dossier de la Nakba, de traiter de la question des réfugiés et de conférer aux Palestiniens d’Israël des garanties constitutionnelles à titre de minorité nationale. Cela implique également de réviser de fond en comble la condition des Palestiniens d’Israël pour tout ce qui a trait à la redistribution des terres. Longtemps, l’impératif sécuritaire a servi de justification ou de prétexte pour ne rien lâcher. Cette objection ne tient plus. A cet égard, distinguons soigneusement le rapport de B’Tselem et la pétition étudiée du rapport effectué par le Human Rights Watch. Le rapport américain est accablant, mais rigoureux et tout sauf militant. D’une part, l’organisation américaine rejette explicitement la notion d’Etat-apartheid qui n’a pas de fondement juridique. D’autre part, elle a l’intelligence et la prudence de ne pas recommander de solution et se montre sceptique sur la solution à un Etat, craignant à juste titre qu’elle ne soit exploitée dans un sens qui accentuerait et approfondirait les inégalités.

C’est contre l’occupation et la colonisation qu’il faut rassembler les opinions publiques dans les territoires palestiniens, en Israël et dans le monde.

Le rapport souligne enfin qu’à côté des droits individuels, politiques, civils, culturels et confessionnels des Palestiniens d’Israël, les pouvoirs publics ont creusé un énorme déficit concernant le partage des ressources et du sol notamment. Et cependant, malgré la réalité des griefs, près de deux millions de Palestiniens citoyens d’Israël disent comme un plébiscite de tous les jours qu’ils n’entendent nullement jeter les Juifs à la mer, que leur existence individuelle est indissociable après plus de soixante-dix ans du maintien d’Israël. Ils réclament plus d’intégration sociale, plus d’égalité, ou plus d’autonomie, la reconnaissance de leur souffrance, et pour leurs frères de Cisjordanie, la liberté. Je serai toujours à leurs côtés dans cette double lutte pour l’égalité et pour la liberté.

Ce sont les Palestiniens d’Israël qui ont été les premiers à revendiquer deux Etats pour deux peuples. Pourquoi ne seraient-ils pas entendus puisque la voix de la gauche sioniste est, à leurs yeux, discréditée ? Et que dire des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza qui réclament la dignité qu’un Etat de Palestine peut tout à fait conférer autant sinon plus que l’improbable et incertaine solution à un Etat ? La solution à deux Etats ne ferme pas la porte à un partenariat. Elle constitue un consensus minimum qui permettrait d’unir autour de cette revendication élémentaire toutes les bonnes volontés en Israël, en Palestine et dans le monde afin de rétablir aux Palestiniens la plénitude de leurs droits nationaux et de sauver Israël de la catastrophe morale qu’elle refuse de voir. La détresse est grande chez les Palestiniens et les Israéliens, même si assurément elle n’est pas du même ordre : l’une est retentissante, l’autre est niée. L’appui des signataires dans ces combats complémentaires ne sera pas de trop.

Dernier livre paru : Israël et ses paradoxes, Le Cavalier bleu, 2018.

Voir également:

A new report by Human Rights Watch (HRW) released on Tuesday accusing Israel of committing the crime of apartheid, as well as the persecution of Palestinians, is being given extensive media coverage with little to…

A new report by Human Rights Watch (HRW) released on Tuesday accusing Israel of committing the crime of apartheid, as well as the persecution of Palestinians, is being given extensive media coverage with little to no critical journalism.

Unfortunately, Human Rights Watch has an ill-deserved gravitas that serves to disguise its biased methodology. Consequently, pundits and journalists alike have taken the bait, swarming to cover the report without properly analyzing its contents and challenging its absurd claim – which hinges on subverting the term “apartheid” to have an entirely new meaning.

The 213-page report claims that, as the Israeli government constitutes a “single authority” exercising control “over the area between the Jordan River and the Mediterranean Sea” and seeks to maintain Jewish “domination” over Palestinians and its own Arab population, the term “apartheid” is an apt description.

But that’s not what apartheid means at all. Put simply, apartheid is a policy or system of segregation or discrimination on the grounds of race. Or as the Merriam-Webster dictionary defines it:

racial segregation
specificallya former policy of segregation and political, social, and economic discrimination against the nonwhite majority in the Republic of South Africa”

Now compare that description to Israel’s relationship with the Palestinians. Since the Oslo Accords were signed in the 1990s, most Palestinians are governed by the Palestinian Authority. This body was set up with international encouragement, and the Palestinians willingly agreed to adopt a system in which they gained partial autonomy while granting Israel overall security control. Given the many wars Israel had faced in the decades previously — and since — this arrangement made eminent sense as a stepping stone along the road to a more permanent solution.

Nevertheless, the HRW report slams Israel — essentially for keeping its citizens safe. “The Israeli government has demonstrated an intent to maintain the domination of Jewish Israelis over Palestinians across Israel and the occupied Palestinian territory,” the report charges. “That intent has been coupled with systematic oppression of Palestinians and inhumane acts committed against them. When these three elements occur together, they amount to the crime of apartheid.”

Glaring Omissions of Context Left Unchallenged

The lengthy report makes only passing reference to the ongoing threats faced by Israel, by focusing on Israel’s response to the numerous Gaza-based terror groups which periodically fire hundreds of rockets into Israeli territory. It completely overlooks the threat posed by Iranian-backed Hezbollah, located primarily in Lebanon and Syria.

A quick search of the report for words like “terror” and “rocket” shows that HRW totally fails to describe Palestinian terrorist actions against Israel.

In addition, the report totally fails to take into account the longstanding enmity between Hamas, the terror group which rules the coastal territory, and Fatah, which rules the Palestinian population of the West Bank, and what that means for peace negotiations with the Jewish state.

Instead, the reports casts Israel as solely responsible for the lack of a resolution to the decades-old conflict, and characterizes its desire to keep the lid on violent Arab uprisings as “apartheid” — a stunning inversion of reality. Why, at the very least, are journalists not asking HRW how Israel’s basic security needs can be met?

Shakir’s Personal Anti-Israel Vendetta

It is not the first time that the NGO takes a jab at Israel. The particular researcher who compiled the report, Omar Shakir, was forced to leave Israel in November 2019 after his work visa was not renewed due to his support of the controversial Boycott, Divestment and Sanctions (BDS) movement. Nevertheless, the vast majority of news reports have failed to document either of these important facts.

For over a decade, Shakir has fought a campaign denying Israel’s right to exist and smearing the Jewish state with the kind of barbs more typically heard in the cesspit of online discussion. On various occasions, he has stated that Israel has “effectively turned Gaza into an open-air prison.” Moreover, Shakir was involved in compiling a discriminatory UN database of businesses operating across the 1949 Armistice line, aimed at bolstering BDS campaigns against Israel.

Consequently, the report largely recycled existing materials from known anti-Israel organizations, without engaging in independent investigative work. As Israeli columnist Ben Dror-Yemini notes:
In the 200 or so pages of the report, HaMoked is mentioned 62 times, Adalah 77 times, Gisha 92 times and B’Tselem 151 times. But the record goes to Haaretz newspaper, which is cited a massive 190 times. In reality, Shakir did no fact checking or investigations of his own, and the concept of fairness does not even come into it. He pored over anti-Israel publications that pretend to be objectively critical and gathered anything that matched his preestablished hostility. The outcome was decided in advance.”

Deliberate Provocation — and Not For the First Time

This is not the first time in recent memory that Israel has faced such claims. In January this year, Israeli organization B’Tselem made exactly the same case, as it took the dramatic step of publishing an op-ed in The Guardian, and sending press releases to numerous newspapers around the world, accusing Israel of “apartheid.”

Just like today, news organizations worldwide gave prominent coverage to the report claiming that Israel is no longer a democracy but an “apartheid regime” devoted to cementing the supremacy of Jews over Palestinians. By uncritically portraying this group as a leading proponent of human rights, the media effectively facilitated the hijacking of the word “apartheid” by anti-Israeli activists whose goal is to foster doubt about Israel’s right to live in peace within secure borders.

In January, even the usually stridently anti-Israel The Guardian was taken aback, with a subsequent editorial published, admitting “It was a deliberate provocation by B’Tselem… to describe the Palestinians in the Holy Land as living under an apartheid regime.” But a few months later, when exactly the same claim resurfaced, the Guardian, amongst others, just couldn’t resist helping spread the baseless libel.

As ever, the failure of journalists to do their job and ask tough questions of Israel’s detractors means that the truth is the first casualty of HRW’s ongoing war against the Jewish State.

Voir de même:

Pour que 2021 soit l’année de la fin de l’apartheid en Israël
Plus de 1 000 artistes, intellectuels et universitaires de plus de 45 pays appellent à la reconnaissance internationale et au démantèlement du régime d’apartheid mis en place par Israël sur le territoire de la Palestine
par Un collectif de 1000 personnalités internationalement reconnues
Libération
27 juillet 2021

Gageons que, dans quelques années, quand les historiens voudront caractériser les événements marquants de l’année 2021 en ce qui concerne l’Etat d’Israël, ce qui l’emportera ne sera ni la vaccination éclair contre le Covid ni le départ du Premier ministre Benjamin Nétanyahou, mais bel et bien la reconnaissance mondiale de l’état d’apartheid dans tout l’espace de la «Palestine historique». Cela a commencé le 12 janvier par la publication du rapport de B’Tselem (Centre israélien d’information pour les droits de l’homme dans les territoires occupés) intitulé : «Un régime de suprématie juive s’étendant du Jourdain à la Méditerranée, c’est de l’apartheid». Trois mois plus tard, le 27 avril, le rapport de Human Rights Watch, ONG internationale de défense des droits humains mondialement respectée, enfonçait le clou sous le titre : «Un seuil franchi : les autorités israéliennes et les crimes d’apartheid et de persécution». Enfin, le 6 juillet, 600 universitaires, artistes et intellectuels venant de 45 pays rendaient publique une déclaration qui appelle au démantèlement du régime d’apartheid dans la Palestine historique.

L’apartheid est un crime, internationalement reconnu comme tel depuis que, le 30 novembre 1973, l’Assemblée générale des Nations unies adoptait la Convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid. Dans le statut de Rome de 2002 instituant la Cour pénale internationale, l’apartheid est caractérisé comme un crime contre l’humanité «commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous autres groupes raciaux et dans l’intention de maintenir ce régime».

La coïncidence avec la législation israélienne et les politiques de discrimination envers les Palestiniens est manifeste. Pourtant, pendant des décennies, il fut pratiquement impossible d’en faire état publiquement. Lorsque l’ancien président Carter, dans un livre sur Israël de 2006, osa faire figurer le mot dans son titre (Palestine : la paix, pas l’apartheid), il souleva des clameurs d’indignation. Dix ans après, quand une étude des Nations unies parvint aux mêmes conclusions («Le traitement par Israël du peuple palestinien et la question de l’apartheid», commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie occidentale [ESCWA], 2017), la réaction ne fut pas moins violente. Face à la colère des groupes de pression et des Etats pro-israéliens devant cette utilisation à leurs yeux inacceptable du «mot en A», le secrétaire général dut demander le retrait du rapport. La directrice exécutive de l’ESCWA, Rima Khalaf, préféra alors démissionner plutôt que de s’incliner.

Mais en cette année 2021, le verrou vient de sauter. Les sociétés civiles du monde entier ne le supportent plus. D’un continent à l’autre, d’une génération à l’autre, d’une nationalité à l’autre, les manifestations, les prises de position, les tribunes, les motions adoptées à de larges majorités convergent en un même flot de protestation. La reconnaissance du fait qu’Israël a bel et bien instauré un régime d’apartheid dans l’ensemble des territoires qu’il a soumis à sa juridiction, s’ajoutant à d’autres violations du droit international, mène à exiger que la communauté internationale sorte de la complaisance et engage les mesures concrètes qui découlent de ce constat.

Dans cet esprit, la déclaration du 6 juillet sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid dans la Palestine historique, après avoir résumé l’histoire des pratiques israéliennes de discrimination systématique envers les Palestiniens, continues depuis la Nakba, en insistant sur la signification de l’adoption par la Knesset de la loi fondamentale de 2018 qui réserve aux seuls habitants juifs la pleine citoyenneté de l’Etat et le «droit à l’autodétermination», ainsi que sur la responsabilité des puissances occidentales qui protègent et subventionnent ce régime, et rappelé les obligations découlant de la Convention internationale de 1973, énonce quatre grands principes d’action :

– nécessité de condamner en tant que crime au sens du droit international le régime d’apartheid imposé au peuple palestinien résidant en Israël-Palestine ou contraint à l’exil ;

– nécessité du démantèlement de ce régime et de l’établissement d’un ordre constitutionnel respectant le droit international et les conventions de défense des droits humains, qui garantirait l’égalité des droits et devoirs pour les habitants de cette terre indépendamment de toute différence raciale et ethnique, comme de toute appartenance religieuse ou identité sexuelle, et reconnaîtrait le droit au retour de tous les exilés depuis la création de l’Etat d’Israël ;

– nécessité pour les gouvernements complices de mettre fin à leur connivence avec le régime d’apartheid en poussant à son démantèlement et en soutenant une transition sensible au droit à l’autodétermination des deux peuples habitant actuellement la Palestine historique ;

– nécessité enfin d’une commission de paix, de réconciliation et de responsabilité chargée d’accompagner la transition vers une gouvernance respectueuse des droits humains et de la démocratie. En attendant qu’un tel processus soit enclenché, les signataires appellent la Cour pénale internationale à lancer une enquête sur les dirigeants et le personnel de sécurité à qui la perpétuation du crime d’apartheid peut être imputée.

La déclaration (lisible sur le site https://www.aurdip.org/declaration-sur-l-elimination-et.html) est signée à ce jour par plus de 1 000 personnalités internationalement reconnues, en particulier Rima Khalaf (ancienne directrice exécutive de l’ESCWA), les professeurs Richard Falk et Virginia Tilley (auteurs du rapport de l’ESCWA en 2017), les Prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel et Mairead Maguire, le Prix Nobel de chimie George Smith, Nurit Peled-Elhanan (Prix Sakharov 2001 et co-fondatrice du Tribunal Russell pour la Palestine), les juristes Monique Chemillier-Gendreau et John Dugard, les enseignants et chercheurs Bertrand Badie, Hagit Borer, Ivar Ekeland, Souad Joseph, Edgar Morin, Jacques Rancière, Roshdi Rashed et Gayatri Spivak, le biologiste Sir Iain Chalmers, le compositeur Brian Eno, le musicien Roger Waters, l’écrivaine Ahdaf Soueif, l’économiste Sir Richard Jolly (ex-assistant du secrétaire général des Nations-unies), l’ancienne vice-présidente du Parlement européen Luisa Morgantini, le vétéran sud-africain de la lutte anti-apartheid Ronnie Kasrils et la militante pacifiste et ancienne dirigeante des Verts canadiens Joan Russow. Cette liste ne cesse de s’accroître. Espérons qu’elle contribue à faire enfin bouger les choses dans le sens de la justice.

La version originale anglaise de ce texte a été élaborée par Robert Falk et Jonathan Rosenhead. Adaptation française par Etienne Balibar et Jean-Marc Lévy-Leblond.

Voir de plus:

DECLARATION OF THE CRIME OF APARTHEID: ISRAEL

7 Jul 2021
[PREFATORY NOTE: The Declaration on Apartheid below is an initiative initiated by the wellknown
Tunisian mathematician, Ahmed Abbes, and endorsed by scholars and artists worldwide. If impressed
please distribute widely as there is a campaign underway to reach 1,000 signatures.]
Declaration on the Suppression and Punishment of the Crime of Apartheid in Historic Palestine
6 juillet 2021
Over 700 scholars, artists and intellectuals from more than 45 countries have signed the following declaration calling for the dismantling of the apartheid regime set up on the territory of historic Palestine and the establishment of a democratic constitutional arrangement that grants all its inhabitants equal rights and duties. The signatories include many distinguished figures, including the Nobel Peace Prize laureates Adolfo Pérez Esquivel and Mairead Maguire, academics with legal expertise Monique Chemillier-Gendreau and Richard Falk, scholars Étienne Balibar, Hagit Borer, Ivar Ekeland, Suad Joseph, Jacques Rancière, Roshdi Rashed and Gayatri Spivak, health researcher Sir Iain Chalmers, composer Brian Eno, musician Roger Waters, author Ahdaf Soueif, economist and former Assistant Secretary-General of the UN Sir Richard Jolly, South African politician and veteran anti-apartheid leader Ronnie Kasrils and Canadian peace activist and former national leader of the Green Party of Canada Joan Russow.
Declaration on the Suppression and Punishment of the Crime of Apartheid in Historic Palestine
Whereas :
1- Israel has subjected the Palestinian people for 73 years to an ongoing catastrophe, known as the Nakba, a process that included massive displacement, ethnic cleansing, war crimes, and crimes against humanity ;
2- Israel has established an apartheid regime on the entire territory of historic Palestine and directed toward the whole of the deliberately fragmented Palestinian people ; Israel itself no longer seeks to hide its apartheid character, claiming Jewish supremacy and exclusive Jewish rights of self-determination in all of historic Palestine through the adoption in 2018 by the Knesset of a new Basic Law ;
3-The apartheid character of Israel has been confirmed and exhaustively documented by widely respected human rights organizations, Adalah, B’Tselem, Human Rights Watch, and in the UN ESCWA academic study that stresses the importance of defining Israeli apartheid as extending to people rather than limited to space, [“Israeli Practices towards the Palestinian People and the Question of Apartheid,” UN ESCWA, 2017] ;
4- Israel periodically unleashes massive violence with devastating impacts on Palestinian civilian society, particularly against the population of Gaza, which endures widespread devastation, collective trauma, and many deaths and casualties, aggravated by being kept under an inhuman and unlawful blockade for over 14 years, and throughout the humanitarian emergency brought about by the COVID pandemic ;
5- Western powers have facilitated and even subsidized for more than seven decades this Israeli system of colonization, ethnic cleansing, and apartheid, and continue to do so diplomatically, economically, and even militarily.
Considering :
i- The Universal Declaration of Human Rights which stipulates in its first article that ’all human beings are born free and equal in dignity and rights.’ And taking account that the inalienable right of self-determination is common Article 1 of the International Covenant on Civil and Political Rights and the International Covenant on Economic, Social, and Political Rights, and as such, a legal and ethical entitlement of all peoples.
ii- The International Convention on the Suppression and Punishment of the Crime of Apartheid which stipulates in Article I that ’apartheid is a crime against humanity and that inhuman acts resulting from the policies and practices of apartheid and similar policies and practices of racial segregation and discrimination, as defined in article II of the Convention, are crimes violating the principles of international law, in particular the purposes and principles of the Charter of the United Nations, and constituting a serious threat to international peace and security.’ The States Parties to this Convention undertake in accordance with Article IV :
_ “(a) To adopt any legislative or other measures necessary to suppress as well as to prevent any encouragement of the crime of apartheid and similar segregationist policies or their manifestations and to punish persons guilty of that crime ;
_ “(b) To adopt legislative, judicial and administrative measures to prosecute, bring to trial and punish in accordance with their jurisdiction persons responsible for, or accused of, the acts defined in article II of the present Convention, whether or not such persons reside in the territory of the State in which the acts are committed or are nationals of that State or of some other State or are stateless persons.”
The endorsers of this document :
A- Declare their categorical rejection of the apartheid regime set up on the territory of historic Palestine and imposed on the Palestinian people as a whole, including refugees and exiles wherever they might be in the world.
B- Call for the immediate dismantling of this apartheid regime and the establishment of a democratic constitutional arrangement that grants and implements on all the inhabitants of this land equal rights and duties, regardless of their racial, ethnic, and religious identities, or gender preferences, and which respects and enforces international law and human conventions, and in particular gives priority to the long deferred right of return of Palestinian refugees expelled from their towns and villages during the creation of the State of Israel, and subsequently.
C- Urge their governments to cease immediately their complicity with Israel’s apartheid regime, to join in the effort to call for the dismantling of apartheid structures and their replacement by an egalitarian democratic governance that treats everyone subject to its authority in accordance with their rights and with full respect for their humanity, and to make this transition in a manner sensitive to the right of self-determination enjoyed by both peoples presently inhabiting historic Palestine.
D- Call for the establishment of a National Commission of Peace, Reconciliation, and Accountability to accompany the transition from apartheid Israel to a governing process sensitive to human rights and democratic principles and practices. In the interim, until such a process is underway, issue a call for the International Criminal Court to launch a formal investigation of Israeli political leaders and security personnel guilty of perpetuating the crime of apartheid.
* Academics, artists and intellectuals can endorse this declaration by completing this form.
* Endorsed by 723 academics, artists and intellectuals on July 8, 2021 (click here for the full list), including
Ahmed Abbes, mathematician, Director of research in Paris, France
Sinan Antoon, New York University, United States
John Avery, Writer, Denmark
Bertrand Badie, Sciences Po Paris, France
Étienne Balibar, Anniversary Chair of Modern European Philosophy, Kingston University London, United Kingdom
Anthony Barnett, Writer, United Kingdom
Edmond Baudoin, Auteur de bandes dessinées, France
George Bisharat, UC Hastings College of the Law/Professor, musician, United States
Nicolas Boeglin, Professor of Public International Law, University of Costa Rica, Costa Rica
Hagit Borer, Professor, Queen Mary University of London, United Kingdom
Grazia Borrini-Feyerabend, Council of Elders of the ICCA Consortium, Switzerland
Daniel Boyarin, Taubman Professor of Talmudic Culture, UC Berkeley, United States
Anouar Brahem, Musician, Composer, Tunisia
Rony Brauman, Physician, writer, former president of Médecins Sans Frontières, France
Iain Chalmers, Editor, James Lind Library, United Kingdom
Hafidha Chekir, Emeritus Professor of Public Law, Al Manar University, Tunis ; Vice President of the International Federation for Human Rights, Tunisia
Monique Chemillier-Gendreau, Professeure émérite de droit public et de sciences politiques, Université Paris-Diderot, France
David Comedi, National University of Tucumán and National Research Council, Argentina
Laurent Cugny, Professeur, Sorbonne Université, France
Eric David, Emeritus Professor of International Law at the Université libre de Bruxelles, Belgium
Chandler Davis, Professor Emeritus of Mathematics, University of Toronto, Canada
Sonia Dayan-Herzbrun, Professeure émérite à l’Université de Paris, France
Herman De Ley, Emeritus Professor, Ghent University, Belgium
Ivar Ekeland, Professor emeritus of mathematics and former President, University of Paris-Dauphine, France
Brian Eno, Artist/Composer, United Kingdom
Adolfo Esquivel, Premio Nobel de la Paz 1980 (Nobel Peace Prize 1980), Argentina
Richard Falk, Professor of International Law, Emeritus, Princeton University, United States
Emmanuel Farjoun, Emeritus Professor, Hebrew University of Jerusalem, Israel
Jan Fermon, Avocat. Secrétaire général Association Internationale des Juristes Démocrates, Belgium
Domenico Gallo, Chamber President in Supreme Court of Cassazione, Italy
Irene Gendzier, Prof Emeritus in the Dept Political Science, Boston University, United States
Catherine Goldstein, Director of Research, Paris, France
Neve Gordon, Queen Mary University of London, United Kingdom
Penny Green, Queen Mary University of London, United Kingdom
Sondra Hale, Professor Emerita, University of California, Los Angeles, United States
Michael Harris, Professor of Mathematics, Columbia University, United States
Judith Herrin, King’s College London, United Kingdom
Christiane Hessel-Chabry, Présidente d’honneur de l’association EJE (Gaza), France
Shir Hever, Political Economist, Germany
Nicholas Humphrey, Emeritus Professor, London School of Economics, United Kingdom
Abdeen Jabara, Attorney, past president, American-Arab Anti-Discrimination Committee, United States
Richard Jolly, Emeritus Fellow, IDS, University of Sussex, United Kingdom
Suad Joseph, Distinguished Research Professor, University of California, Davis, United States
Mary Kaldor, London School of Economics and Political Science, United Kingdom
Ronnie Kasrils, Former government minister, South Africa
Assaf Kfoury, Computer Science Department, Boston University, United States
Rima Khalaf, Former Executive Secretary of UN ESCWA, Jordan
Daniel Kupferstein, Film director, France
Jean-Marc Lévy-Leblond, Emeritus professor, University of Nice, France
David Lloyd, University of California Riverside, United States
Brinton Lykes, Professor & Co-Director, Boston College Center for Human Rights & International Justice, United States
Moshé Machover, Mathematician, KCL, United Kingdom
Kate Macintosh, Architect, United Kingdom
Mairead Maguire, Nobel peace laureate, Ireland
Dick Marty, Dr. Jur. Dr. H.c., former Chair of the Committee of Human Rights of the Parliamentary Assembly of the Council of Europe, Switzerland
Georg Meggle, Philosopher, Prof. em. at University of Leipzig, Germany
Jan Oberg, DrHc, peace and future researcher, Transnational Foundation, Sweden
Joseph Oesterlé, Emeritus professor, Sorbonne University, France
Adi Ophir, Professor Emeritus, Tel Aviv University ; Visiting Professor, The Cogut Institute for the Humanities and the center for Middle East Studies, Brown Universities, United States
Karine Parrot, Professeure de droit à l’Université de Cergy-Pontoise, France
Ghislain Poissonnier, Magistrate, France
Susan Power, Head of Legal Research and Advocacy, Al-Haq, Palestine
Prabir Purkayastha, Editor, Newsclick.in, India
Jacques Rancière, Professeur émérite, Université Paris 8, France
Roshdi Rashed, CNRS/Université de Paris, France
Steven Rose, Emeritus Professor of Biology and Neurobiology at the Open University and Gresham College, London, United Kingdom
Hilary Rose, Professor Emerita Sociology University of Bradfor, United Kingdom
Jonathan Rosenhead, Emeritus Professor of Operational Research at the London School of Economics, United Kingdom
Andrew Ross, Professor of Social and Cultural Analysis, New York University, United States
Alice Rothchild, MD, retired, Assistant Professor of Obstetrics and Gynecology, Harvard Medical School, United States
Joan Russow, Researcher, Global Compliance Research Project, Canada
Richard Seaford, Emeritus Professor, University of Exeter, United Kingdom
Leila Shahid, Former Ambassador of Palestine, Palestine
Eyal Sivan, Filmmaker – Essayist, France
John Smith, Filmmaker, Emeritus Professor of Fine Art, University of East London, United Kingdom
Nirit Sommerfeld, Singer, actress, writer, Germany
Ahdaf Soueif, Writer, Egypt
Gayatri Spivak, Columbia University, United States
Jonathan Steele, Author and journalist, United Kingdom
Annick Suzor-Weiner, Professor emeritus, Université Paris-Saclay, France
Salim Tamari, Emeritus Professor of Sociology, Birzeit University, Palestine
Virginia Tilley, Southern Illinois University Carbondale, United States
Salim Vally, Professor, University of Johannesburg, South Africa
Roger Waters, Musician, United Kingdom
Robert Wintemute, Professor of Human Rights Law, King’s College London, United Kingdom
John Womack jr, Harvard University, United States
* Institutional affiliations are given only for identification purposes
* The full list of signatories is available here.
* Academics, artists and intellectuals can endorse this declaration by completing this form.
* Version française ; versión en español ; versione italiana ;
Voir encore:

Des politiques israéliennes abusives constituent des crimes d’apartheid et de persécution
Ces crimes contre l’humanité devraient déclencher des actions pour mettre fin à la répression envers les Palestiniens

(Jérusalem) – Les autorités israéliennes commettent les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport rendu public aujourd’hui. Cette conclusion se fonde sur une politique globale du gouvernement israélien qui vise à maintenir la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens, et sur de graves abus commis contre les Palestiniens vivant dans le territoire occupé, y compris Jérusalem-Est.

27 avril 2021A Threshold Crossed
Israeli Authorities and the Crimes of Apartheid and Persecution

Appendix I: Letter from Human Rights Watch to Israel Prime Minister
Le rapport de 213 pages, intitulé « A Threshold Crossed: Israeli Authorities and the Crimes of Apartheid and Persecution » (« Un seuil franchi : Les autorités israéliennes et les crimes d’apartheid et de persécution » – résumé en français), examine le traitement réservé aux Palestiniens par Israël. Le rapport présente la réalité actuelle d’une autorité unique, le gouvernement israélien, qui exerce le principal pouvoir sur la zone située entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée, peuplée de deux groupes de population de taille à peu près égale, et qui privilégie méthodiquement les Israéliens juifs tout en réprimant les Palestiniens, d’une manière particulièrement sévère dans le territoire occupé.

« Depuis des années, des voix éminentes ont averti du risque d’apartheid si la domination d’Israël sur les Palestiniens se poursuivait », a déclaré Kenneth Roth, le Directeur exécutif de Human Rights Watch. « Cette étude détaillée révèle que les autorités israéliennes ont déjà franchi ce seuil et commettent aujourd’hui les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution. »

Le constat d’apartheid et de persécution ne change rien au statut juridique du Territoire palestinien occupé, constitué de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, et de Gaza, ni à la réalité factuelle de l’occupation.

Initialement apparu en lien avec l’Afrique du Sud, l’apartheid est aujourd’hui un terme juridique universel. L’interdiction de la discrimination et de l’oppression institutionnelles particulièrement sévères, ou apartheid, constitue un principe fondamental du droit international. La Convention internationale de 1973 sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid et le Statut de Rome de 1998 de la Cour pénale internationale (CPI) définissent l’apartheid comme un crime contre l’humanité constitué de trois éléments principaux :

(1) Une intention de maintenir la domination d’un groupe racial sur un autre.

(2) Un contexte d’oppression systématique du groupe dominant sur le groupe marginalisé.

(3) Des actes inhumains.

27 avril 2021
Questions-Réponses : Un seuil franchi
Les autorités israéliennes et les crimes d’apartheid et de persécution

L’allusion à un groupe racial est comprise aujourd’hui comme concernant non seulement le traitement sur la base de traits génétiques mais aussi celui sur la base de l’ascendance et de l’origine nationale ou ethnique, tel que définies dans la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Human Rights Watch utilise cette définition élargie.

Le crime contre l’humanité de persécution, tel que défini dans le Statut de Rome et le droit international coutumier, consiste en une grave privation des droits fondamentaux d’un groupe racial, ethnique ou autre, exercée avec une intention discriminatoire.

Human Rights Watch a constaté que les éléments constitutifs de ces crimes se retrouvent dans le Territoire palestinien occupé, dans le cadre d’une politique gouvernementale israélienne unique. Cette politique consiste à maintenir la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens à travers Israël et dans le territoire occupé. Elle s’accompagne, dans le territoire occupé, d’une oppression systématique et d’actes inhumains à l’encontre des Palestiniens qui y vivent.

S’appuyant sur des années de recherches sur les droits humains, d’études de cas et l’examen de documents de planification du gouvernement, de déclarations de responsables israéliens et d’autres sources, Human Rights Watch a comparé les politiques et pratiques à l’égard des Palestiniens dans le territoire occupé et en Israël avec celles qui concernent les Israéliens juifs vivant dans les même zones. Human Rights Watch a écrit en juillet 2020 au gouvernement israélien, sollicitant son point de vue sur ces questions, mais n’a pas reçu de réponse à ce jour.

En Israël et dans le Territoire palestinien occupé, les autorités israéliennes ont cherché à maximiser les terres disponibles pour les communautés juives et à regrouper la plupart des Palestiniens dans des zones à forte densité de population. Les autorités ont adopté des politiques visant à atténuer ce qu’elles ont ouvertement décrit comme une « menace démographique » posée par les Palestiniens. À Jérusalem, par exemple, le plan du gouvernement pour la municipalité, tant dans l’ouest de la ville que dans la partie occupée dans l’est, a pour objectif de « maintenir une solide majorité juive dans la ville » et précise même les ratios démographiques que le gouvernement souhaite maintenir.

Pour maintenir cette domination, les autorités israéliennes exercent une discrimination systématique à l’encontre des Palestiniens. La discrimination institutionnelle à laquelle les citoyens palestiniens d’Israël sont confrontés inclut des lois qui permettent à des centaines de petites localités juives d’exclure de facto les Palestiniens, et des budgets qui n’allouent qu’une petite partie des ressources aux écoles palestiniennes comparées à celles destinées aux enfants israéliens juifs. Dans le territoire occupé, la gravité de la répression, marquée notamment par l’imposition d’un régime militaire draconien aux Palestiniens, alors que les Israéliens juifs vivant de manière ségréguée sur le même territoire se voient accordés leurs pleins droits en vertu de la loi civile israélienne, équivaut à l’oppression systématique requise pour constituer le crime d’apartheid.

Les autorités israéliennes se sont livrées à une série d’abus à l’encontre des Palestiniens. Beaucoup de ceux perpétrés dans le Territoire palestinien occupé constituent de graves violations des droits fondamentaux et des actes inhumains, autre élément requis pour constituer le crime d’apartheid : restrictions de mouvement draconiennes, qu’il s’agisse du bouclage de Gaza et d’un régime de permis ; confiscation de plus d’un tiers des terres de Cisjordanie ; conditions de vie difficiles dans certaines parties de la Cisjordanie qui ont conduit au transfert forcé de milliers de Palestiniens hors de leurs foyers ; refus du droit de résidence à des centaines de milliers de Palestiniens et à leurs proches ; et suspension des droits civils fondamentaux de millions de Palestiniens.

Nombre des abus commis dans le cadre de ces crimes, tels que le refus quasi catégorique des permis de construire aux Palestiniens et la démolition de milliers d’habitats sous prétexte qu’un permis n’avait pas été délivré, n’ont aucune justification sécuritaire. D’autres, comme le gel effectif par Israël du registre de la population qu’il contrôle dans le territoire occupé, lequel bloque concrètement le regroupement familial pour les Palestiniens qui y vivent et empêche les habitants de Gaza de vivre en Cisjordanie, utilise la sécurité comme un prétexte pour poursuivre de nouveaux objectifs démographiques. Même lorsque des motifs sécuritaires sont invoqués, ils ne justifient pas davantage l’apartheid et la persécution que ne le feraient le recours à la force excessive ou à la torture, a souligné Human Rights Watch.

« Refuser à des millions de Palestiniens leurs droits fondamentaux, sans justification sécuritaire légitime et uniquement parce qu’ils sont palestiniens et non juifs, n’est pas simplement une question d’occupation abusive », a déclaré Kenneth Roth. « Ces politiques, qui accordent aux Israéliens juifs les mêmes droits et privilèges où qu’ils vivent et discriminent les Palestiniens à des degrés divers où qu’ils vivent, reflètent une volonté de privilégier un peuple au détriment d’un autre. »

Les déclarations et les actions des autorités israéliennes de ces dernières années, notamment  l’adoption en 2018 d’une loi à valeur constitutionnelle établissant Israël comme « l’État-nation du peuple juif », l’ensemble croissant de lois privilégiant davantage encore les colons israéliens en Cisjordanie et ne s’appliquant pas aux Palestiniens vivant sur le même territoire ; et l’expansion massive ces dernières années des colonies et des infrastructures les reliant à Israël ont clairement montré l’intention des autorités de maintenir la domination des Israéliens juifs. La possibilité qu’un futur dirigeant israélien puisse conclure avec les Palestiniens un accord qui démantèle le système discriminatoire en vigueur n’annule pas la réalité actuelle.

Les autorités israéliennes devraient renoncer à toute forme de répression et de discrimination qui privilégie les Israéliens juifs aux dépens des Palestiniens, y compris la liberté de mouvement, l’attribution des terres et des ressources, l’accès à l’eau, à l’électricité et à d’autres services, et la délivrance de permis de construire.

Le Bureau du Procureur de la CPI devrait enquêter et poursuivre les personnes impliquées de manière crédible dans les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution. Les autres pays devraient également le faire, conformément à leur législation nationale en vertu du principe de compétence universelle et imposer des sanctions individuelles, y compris des interdictions de voyager et un gel des avoirs, aux fonctionnaires responsables de ces crimes.

Les conclusions relatives aux crimes contre l’humanité devraient inciter la communauté internationale à réévaluer la nature de son engagement en Israël et en Palestine, et à adopter une approche axée sur le respect des droits humains et l’établissement des responsabilités, au lieu d’être basée uniquement sur le « processus de paix », actuellement au point mort. Les États membres des Nations Unies devraient créer une commission d’enquête de l’ONU chargée d’enquêter sur la discrimination et la répression systématiques en Israël et en Palestine. Ils devraient aussi créer un poste d’Envoyé mondial de l’ONU pour les crimes de persécution et d’apartheid, avec pour mandat de mobiliser une action internationale en vue de mettre fin à la persécution et à l’apartheid partout dans le monde.

Les gouvernements devraient conditionner les ventes d’armes et l’assistance militaire et sécuritaire à Israël à des mesures concrètes et vérifiables de la part des autorités israéliennes en vue de mettre fin à la commission de ces crimes. Ils devraient en outre examiner les accords, programmes de coopération et toutes les formes existantes de commerce avec Israël pour identifier ceux qui contribuent directement à la commission des crimes, atténuer leurs incidences sur les droits humains et, lorsque cela n’est pas possible, mettre fin aux activités et aux modes de financement qui facilitent ces graves violations.

« Tandis qu’une grande partie de la communauté internationale considère l’occupation israélienne à l’œuvre depuis un demi-siècle comme une situation temporaire qu’un ‘‘processus de paix’’ vieux de plusieurs décennies résoudra bientôt, l’oppression des Palestiniens dans la région a franchi un seuil et un degré de permanence qui correspondent aux définitions des crimes d’apartheid et de persécution », a conclu Kenneth Roth. « Celles et ceux qui luttent pour la paix israélo-palestinienne, qu’elle prenne la forme d’une solution à un ou à deux États ou d’une confédération, devraient entre temps reconnaître cette réalité pour ce qu’elle est, et mettre en œuvre les instruments relatifs aux droits humains nécessaires pour y mettre fin. »

https://www.hrw.org/report/2021/04/27/threshold-crossed/israeli-authorities-and-crimes-apartheid-and-persecution⁠
Voir par ailleurs:

« Mais qui ? » : que signifie ce slogan antisémite écrit sur les pancartes de manifestants anti-passe sanitaire ?

FOCUS – Une jeune femme qui brandissait une telle pancarte lors de la manifestation anti-passe sanitaire à Metz samedi dernier a été interpellée ce lundi 9 août.

Ce lundi matin, une jeune femme a été interpellée pour avoir brandi une pancarte avec marqué «Mais qui?» en rouge lors de la manifestation contre le passe-sanitaire samedi 7 août dernier. La photo a rapidement fait le tour des réseaux sociaux, suscitant l’indignation de la classe politique et médiatique du fait de son caractère jugé antisémite.

En effet, il est possible de lire à la suite de slogan «Mais qui?» plusieurs noms de personnalités de la sphère politique et médiatique qualifiés de «traîtres» : «Fabius, Attali, Buzyn, Attal, Véran, BFM Drahi, Macron, Salomon, Sorhos, K. Schwab, BHL, Ferguson…» Que signifie réellement cette pancarte ? D’où vient ce slogan et pourquoi le qualifie-t-on d’antisémite ? Le Figaro fait le point.

D’où vient le slogan «Mais qui » ?

Ce slogan trouve vraisemblablement son origine dans une interview sur CNEWS du général à la retraite Dominique Delawarde – un des signataires de la tribune «des généraux». Le 18 juin dernier, l’ancien général était interrogé par Claude Posternak, membre du bureau politique de LREM, également invité de l’émission. Ce dernier lui demandait «qui», selon lui, contrôlait «la meute médiatique». Ce à quoi Dominique Delawarde avait répondu : «C’est la communauté que vous connaissez bien», sous-entendant la communauté juive.

Sur Twitter, la Licra, l’association SOS Racisme et l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) avaient dénoncé les propos de l’ancien militaire, qui aurait ainsi montré «son visage, raciste et antisémite».

Comment ce slogan est-il arrivé dans les cortèges anti-passe sanitaire ?

À la suite de cette polémique, de nombreux comptes sur les réseaux sociaux ont commencé à reprendre cette vidéo sous le hashtag «#qui». Des comptes radicaux ont ensuite commencé à publier de fausses infographies du paysage médiatique français mettant en scène les responsables «juifs» ou supposés juifs, comme l’a expliqué le journal Libération le 31 juillet dernier.

Conséquence dans la vie réelle, ces dernières semaines il a été possible d’observer quelques pancartes avec écrit «Qui?» dans les mains de certains manifestants anti-passe sanitaire.

Pourquoi ce slogan est-il jugé antisémite ?

Le 24 juillet dernier, après une manifestation qui a réuni plus de 160.000 personnes dans toute la France, des manifestants ont été aperçus brandissant cette pancarte. Certains ont été interrogés par une chaîne YouTube d’extrême droite au Trocadéro à Paris, comme le rapporte le journal Libération . Ceux-là prononcent alors des clichés antisémites en tout genre, dénonçant des «empoisonneurs de puits» ou encore un «appât du gain».

Devant la caméra, une jeune femme s’exprime : «Ils ont beaucoup de ressentiment par rapport aux blancs, ils ont un mauvais fond, ils nous considèrent comme des bêtes, c’est écrit dans le Talmud et ils veulent absolument nous métisser avec des [mot bipé] inférieurs intrinsèquement», poursuit la jeune femme. Et de scander : «Il aurait mieux valu qu’ils n’existent pas», relève le quotidien. Difficile de ne pas comprendre le sens de ces pancartes.

Réactions de la classe politique

Le ministre de l’Intérieur a tout de suite condamné la pancarte brandie à Metz, rappelant que l’antisémitisme est «un délit, en aucun cas une opinion». Il a affirmé que ces «propos ne resteront pas impunis».

L’ancien premier ministre Manuel Valls a rappelé qu’il fallait combattre «avec une fermeté implacable» l’antisémitisme, qui, selon lui, est souvent «annonciateur du pire». Nathalie Loiseau, eurodéputée LREM, a demandé que toute la classe politique dénonce «sans attendre et sans calcul» : «Ceux qui se tairont, s’il y en a, signeront leur indignité. Il n’y a rien à comprendre, seulement à combattre cette haine immonde.» «Il y a chez ces manifestants un antisémitisme assumé. Odieux. Insupportable», a-t-elle écrit sur Twitter.

D’autres personnalités ont répondu, dont Bernard-Henri Lévy qui appelle à ce que «ceux qui, sincèrement, défendent les libertés ouvrent les yeux. Qu’ils cessent de grossir les rangs de factieux qui, plutôt que le vaccin, administreraient bien à la France une double dose de populisme et de haine.»

La Licra a quant à elle annoncé saisir sa commission juridique afin d’examiner si des poursuites pénales sont envisageables.

Voir enfin:

The Guardian view on Israel and apartheid: prophecy or description?

It was a deliberate provocation by B’Tselem, Israel’s largest human rights group, to describe the Palestinians in the Holy Land as living under an apartheid regime. Many Israelis detest the idea that their country, one they see as a democracy that rose from a genocidal pyre, could be compared to the old racist Afrikaner regime. Yet figures such as Desmond Tutu and Jimmy Carter have done so.
There is a serious argument about injustices to be had. Palestinians – unlike Israeli Jews – live under a fragmented mosaic of laws, often discriminatory, and public authorities which seem indifferent to their plight. Apartheid is a crime against humanity. It is a charge that should not be lightly made, for else it can be shrugged off. Some might agree with the use of such incendiary language, but many will recoil. The crime of apartheid has been defined as “inhumane acts committed in the context of a regime of systematic oppression and domination by one racial group over any other racial group or groups with the intention of maintaining that regime”.
There are nearly 5 million Palestinians in the West Bank and Gaza, all without Israeli citizenship. In the West Bank, Palestinians are bereft of civil rights, while Israelis in the occupied territory enjoy the full support of the state. Hamas won Gaza’s election in 2006, but the blockade that Israel imposes means it is in charge. Egypt has sealed its border, but nothing and nobody can get in or out without Israeli permission. Meeting the needs of Gaza’s growing population, say relief agencies, is at the whim of Israel. About 300,000 Palestinians in the areas formally annexed in 1967 – East Jerusalem and surrounding villages – do not have full citizenship and equal rights. Last year, the Israeli NGO Yesh Din found that Israeli officials were culpable of the crime of apartheid in the West Bank. Such a finding can only be a tragedy for all, including this newspaper, who wish the state of Israel well.
B’Tselem argues that Palestinians are afforded various levels of rights depending on where they live, but always below Jewish people. The group says it is becoming impossible to insulate Israel from its prolonged occupation project, leading it to run an apartheid regime not just outside its sovereign territory but inside it. There are about 2 million Palestinian citizens of Israel, a minority under pressure not to antagonise the Jewish majority. Within Israel, discriminatory policies are not difficult to find. National security is invoked to justify often racist citizenship laws. Jewish-only communities have admission committees that can legally reject Palestinians on the grounds of “cultural incompatibility”. A web of land and planning laws squeeze Palestinians into a shrinking space. There are Israeli Arabs whose prominence in society belies the poverty of the majority.
Israel has a problem of historic discrimination. But under Benjamin Netanyahu’s government there has been the enactment of the nation state law that constitutionally enshrines Jewish supremacy and a plan to formally annex parts of the West Bank. Some prominent Jewish intellectuals, such as the writer Peter Beinart, have given up on the idea of a Jewish state. No government formed after the forthcoming election will support genuine Palestinian statehood or have a viable peace plan.
This begs B’Tselem’s heretical question: what if there is only, in reality, one regime between the Jordan River and the Mediterranean Sea, rather than one political power that controls the territory in which there are distinct regimes? A system of separate and unequal law and systemic discrimination against Palestinians has been justified because it was meant to be temporary. But decades have passed and the situation worsens. If this is a twilight for democracy and equality in the Holy Land, one can only hope that the night will be short.

Cannes/74e: On s’agenouille tous pour la People’s Republic of Brooklyn ! (BLMization of world cinema: Guess which Hollywood friend of notorious antisemites Farrakhan and Sharpton the Cannes film festival just happened to pick for its president poster boy ?)

9 juillet, 2021

 

Do the Right Thing' — remixed

Spike Lee Do the right Thing – Analysis of the riot scene – Au cas ou ça t'aiderais
Spike Lee Do the right Thing – Analysis of the riot scene – Au cas ou ça t'aiderais

The DGA Fails to Do the Right Thing | by Argun Ulgen | The Outtake | Medium

Martin Luther King, Jr. quote: It is always the right time to do the right ...Malcolm X quote: I don't even call it violence when it's in self... Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York TimesOpinion | The Civil Rights Act of 2020 - The New York TimesViolent protests in Los Angeles tear through Jewish neighborhood – The ForwardPuisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race.  Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
The greatest miracle Christianity has achieved in America is that the black man in white Christian hands has not grown violent. It is a miracle that 22 million black people have not risen up against their oppressors–in which they would have been justified by all moral criteria, and even by the democratic tradition! It is a miracle that a nation of black people has so fervently continued to believe in a turn-the-other-cheek and heaven-for-you-after-you-die philosophy! It is a miracle that the American Black people have remained a peaceful people, while catching all the centuries of hell that they have caught, here in white man’s heaven! The miracle is that the white man’s puppet Negro ‘leaders,’ his preachers and the educated Negroes laden with degrees, and others who have been allowed to wax fat off their black poor brothers, have been able to hold the black masses quiet until now. Malcom X (épigraphe du film Do the right thing)
Ils sont toujours à la recherche de leur golden boy blanc. Spike Lee
Je suis allé voir le ministre Farrakhan pour avoir leur bénédiction, sa bénédiction. Spike Lee
Tu as brûlé ma photo dans Do the Right Thing! Frank Sinatra
Parce que l’impatience est immense de retrouver enfin le décor cannois : le bord de mer, les palmiers et l’écran noir qui accueillera en page blanche les films de la Sélection officielle, parce que ce regard curieux qu’il va poser sur le travail de ses collègues cinéastes qui viennent apporter des nouvelles du monde, de leur monde et forcément un peu du nôtre, parce que ce regard personnel qu’il nous offre depuis son tout premier film : tourné dans la chaleur de l’été 1985 en noir et blanc – déjà –, il bousculait le cinéma – déjà – en imposant un style précurseur, pétri de culture urbaine et populaire, parce que ce regard tendre qu’il incarne en Mars Blackmon, le B-Boy de Nola Darling n’en fait qu’à sa tête, stéréotype de représentation de la communauté afro-américaine que le film dynamite, parce que ce regard malicieux qui, malgré questionnements renouvelés et révoltes incessantes depuis près de quatre décennies, ne néglige jamais le divertissement, … Spike Lee, citoyen de la « People’s Republic of Brooklyn, New York », est sur l’affiche de cette édition collector… forcément ! Who else ? Depuis la « People’s Republic of the World of Cinéma, Cannes. L’équipe du Festival de Cannes
Sal, how come you ain’t got no brothers up on the wall here? (…)  you own this, but rarely do I see any Italian Americans eating in here. All I’ve ever seen is black folks. So since we spend much money here, we do have some say. (…) Put some brothers up on this Wall of Fame. We want Malcolm X, Angela Davis, Michael Jordan tomorrow. (…) Boycott Sal’s. Boycott Sal’s. Buggin out (personnage de Do the right thing)
What did I tell ya ’bout dat noise? (…) What da fuck! Are you deaf? (…) Turn that JUNGLE MUSIC off. We ain’t in Africa. (…) It’s about turning that shit off and getting the fuck outta my pizzeria. (…) What ever happened to nice music with words you can understand? Sal (propriétaire de la pizzeria dans Do the right thing)
Mon frère a été à l’avant-garde de nos batailles encore et toujours. Depuis très longtemps jusqu’à cette révolution actuelle dans laquelle se trouve le monde, Rev. [Al Sharpton] a parlé de Black Lives Matter dès le début, également à une époque où ce n’était pas la chose la plus populaire ou la plus branchée. Spike Lee
Tout d’un coup une maladie surgit de nulle part et pour laquelle personne n’a de remède, et elle cible spécifiquement les gays et les minorités (les latinos et les noirs). La maladie mystérieuse, ouais, à peu près aussi mystérieuse que le génocide. […] Je suis convaincu que le sida est une maladie conçue par le gouvernement. Spike Lee (Rolling Stone, 1992)
Je voulais sérieusement prendre une arme et tirer sur des blancs. La seule façon de résoudre les problèmes est un bain de sang. Spike Lee (après un voyage en Afrique du sud)
Abattez-le avec un calibre .44 Bulldog. Spike Lee (au sujet de Charlton Heston, alors acteur et président de la NRA)
Je ne vois jamais d’hommes noirs avec de belles femmes blanches. Ils sont laids, moches, des chiens. Et vous voyez toujours des hommes blancs avec de belles femmes noires. Chaque fois que vous voyez un couple interracial, les gens les regardent fixement. (…) Je n’ai pas besoin d’ennuis. Comme je n’y vais pas, je n’aime pas cette merde. Je ne trouve pas les femmes blanches attirantes, c’est tout. Et il y a beaucoup trop de belles femmes noires. (…) Les noirs ne peuvent pas être racistes. Spike Lee (1991)
I give interracial couples a look. Daggers. They get uncomfortable when they see me on the street. Hand in hand and arm in arm. I just hope they’re on in it for the sex mythology. Spike Lee
It’s not too far-fetched. I don’t put anything past the United States government. I don’t find it too far-fetched that they tried to displace all the black people out of New Orleans. Spike Lee
My first experience [with doing nude scenes] was Do the Right Thing. And I had a big problem with it, mainly because I was afraid of what my family would think — that’s what was really bothering me. It wasn’t really about taking off my clothes. But I also didn’t feel good about it because the atmosphere wasn’t correct. And when Spike Lee puts ice cubes on my nipples, the reason you don’t see my head is because I’m crying. I was like, I don’t want to do this. Rosie Perez
[Spike Lee] n’a pas été suivi, je n’ai vu personne d’autre monter au créneau, et ce sont plutôt des libéraux blancs qui reprochent au film de n’être pas très correct. J’utilise le mot nigga parce que je n’ai qu’une idée en tête: être au plus près de la vérité des personnages d’Elmore Leonard, c’est ainsi qu’ils s’expriment : “Comment ça va, nigga ?” J’ai grandi dans un environnement où on parlait comme ça. Je ne vois pas pourquoi je n’écrirais pas les choses telles qu’elles sont. Je devrais prendre des pincettes pour écrire un personnage noir ? Je suis bien placé pour écrire des personnages de jeune femme ou de vieux gangster mais pas des personnages noirs ? C’est délirant. Quentin Tarantino (1998)
Je ne pense pas que le mot est insultant placé dans le contexte du film. Les artistes noirs pensent qu’ils sont les seuls autorisés à utiliser ce mot. Jackie Brown est un superbe film rendant hommage aux films de la Blaxploitation. C’est un bon film, chose que Spike n’a pas fait depuis quelques années. (…) Y avait-il un autre mot pour appeler les personnes noires dans le langage courant à cette époque ? Si vous devez faire un film d’époque, alors vous devez utiliser le langage qui était présent. Et c’était ce langage qui était présent à cette époque. J’ai grandi dans le Sud, j’ai entendu Nigger toute ma vie. Je ne suis pas perturbé par ça. Samuel L. Jackson
Je ne peux pas en parler, parce que je n’irai pas le voir. Je ne veux pas le voir. […] Je pense que ça serait manquer de respect à mes ancêtres. C’est tout ce que j’ai à dire. Je ne peux pas manquer de respect à mes ancêtres.  L’esclavage américain n’était pas un western spaghetti de Sergio Leone. C’était un holocauste. Mes ancêtres étaient esclaves. Je leur ferai honneur. Spike Lee
 Clint Eastwood a fait deux films sur Iwo Jima qui dépassaient les quatre heures au total et pas un acteur noir n’est vu à l’écran. (…) Dans sa version d’Iwo Jima, les soldats noirs n’existaient pas. Si vous, les journalistes, en aviez, vous lui demanderiez pourquoi. Il n’y a aucun moyen que je sache pourquoi il a fait ça… Mais je sais que ça lui a été signalé et qu’il aurait pu le changer. Ce n’est pas comme s’il ne savait pas. Spike Lee
Est-ce qu’il déjà étudié l’histoire ? (…) Il s’est plaint quand j’ai fait Bird [le biopic de 1988 de Charlie Parker]. Pourquoi un Blanc ferait-il ça ? J’étais le seul gars qui l’a fait, c’est pour ça. Il aurait pu aller de l’avant et y arriver. Au lieu de cela, il faisait autre chose. Quant à Flags of Our Fathers, oui, il y avait un petit détachement de troupes noires sur Iwo Jima dans le cadre d’une compagnie de munitions, mais ils n’ont pas hissé le drapeau. L’histoire est Flags of Nos pères, la célèbre photo de lever de drapeau, et ils n’ont pas fait ça. Si je mettais un acteur afro-américain là-dedans, les gens diraient : « Ce type a perdu la tête. » Je veux dire, ce n’est pas exact. (…) Qu’est-ce que tu vas faire, tu vas raconter une putain d’histoire à ce sujet ? Faire ressembler ça à une publicité pour un joueur de l’égalité des chances ? Je ne suis pas dans ce jeu. Je « Je le joue comme je l’ai lu historiquement, et c’est comme ça. Quand je fais une image et qu’elle est à 90% noire, comme Bird, j’utilise 90% de noirs. (…) Je ne vais pas faire de Nelson Mandela un Blanc. Clint Eastwood
EVERYBODY REPOST THIS George W. Zimmerman 159 Edgewater Circle Sanford, Florida 32773 — MARCUS D.HIGGINS (@MACCAPONE) ⁠Spike Lee (March 23, 2012)
Pas ma tasse de thé. Un tel point de vue sur les Noirs n’est vraiment pas tolérable. Spike Lee (au sujet de Green book)
I grew up here in Fort Greene. I grew up here in New York. It’s changed. And why does it take an influx of white New Yorkers in the south Bronx, in Harlem, in Bed Stuy, in Crown Heights for the facilities to get better? The garbage wasn’t picked up every motherfuckin’ day when I was living in 165 Washington Park. P.S 20 was not good. P.S 11. Rothschild 294. The police weren’t around. When you see white mothers pushing their babies in strollers, three o’clock in the morning on 125th Street, that must tell you something. (…) Then comes the motherfuckin’ Christopher Columbus Syndrome. You can’t discover this! We been here. You just can’t come and bogart. There were brothers playing motherfuckin’ African drums in Mount Morris Park for 40 years and now they can’t do it anymore because the new inhabitants said the drums are loud. My father’s a great jazz musician. He bought a house in nineteen-motherfuckin’-sixty-eight, and the motherfuckin’ people moved in last year and called the cops on my father. He’s not — he doesn’t even play electric bass! It’s acoustic! We bought the motherfuckin’ house in nineteen-sixty-motherfuckin’-eight and now you call the cops? In 2013? Get the fuck outta here! Nah. You can’t do that. You can’t just come in the neighborhood and start bogarting and say, like you’re motherfuckin’ Columbus and kill off the Native Americans. Or what they do in Brazil, what they did to the indigenous people. You have to come with respect. There’s a code. There’s people. You can’t just – here’s another thing: When Michael Jackson died they wanted to have a party for him in motherfuckin’ Fort Greene Park and all of a sudden the white people in Fort Greene said, « Wait a minute! We can’t have black people having a party for Michael Jackson to celebrate his life. Who’s coming to the neighborhood? They’re gonna leave lots of garbage. » Garbage? Have you seen Fort Greene Park in the morning? It’s like the motherfuckin’ Westminster Dog Show. There’s 20,000 dogs running around. Whoa. So we had to move it to Prospect Park! I mean, they just move in the neighborhood. You just can’t come in the neighborhood. I’m for democracy and letting everybody live but you gotta have some respect. You can’t just come in when people have a culture that’s been laid down for generations and you come in and now shit gotta change because you’re here? Get the fuck outta here. Can’t do that! (…) And then! So you’re talking about the people’s property change? But what about the people who are renting? They can’t afford it anymore! You can’t afford it. People want live in Fort Greene. People wanna live in Clinton Hill. The Lower East Side, they move to Williamsburg, they can’t even afford fuckin’, motherfuckin’ Williamsburg now because of motherfuckin’ hipsters. What do they call Bushwick now? What’s the word? (…) That’s another thing: Motherfuckin’… These real estate motherfuckers are changing names! Stuyvestant Heights? 110th to 125th, there’s another name for Harlem. What is it? What? What is it? No, no, not Morningside Heights. There’s a new one. (…) What the fuck is that? How you changin’ names? And we had the crystal ball, motherfuckin’ Do the Right Thing with John Savage’s character, when he rolled his bike over Buggin’ Out’s sneaker. I wrote that script in 1988. He was the first one. How you walking around Brooklyn with a Larry Bird jersey on? You can’t do that. Not in Bed Stuy. So, look, you might say, « Well, there’s more police protection. The public schools are better. » Why are the public schools better? First of all, everybody can’t afford — even if you have money it’s still hard to get your kids into private school. Everybody wants to go to Saint Ann’s — you can’t get into Saint Ann’s. You can’t get into Friends. What’s the other one? In Brooklyn Heights. Packer. If you can’t get your child into there … It’s crazy. There’s a business now where people — you pay — people don’t even have kids yet and they’re taking this course about how to get your kid into private school. I’m not lying! So if you can’t get your kid into private school and you’re white here, and you can’t afford it, what’s the next best thing? All right, now we’re gonna go to public schools. So, why did it take this great influx of white people to get the schools better? Why’s there more police protection in Bed Stuy and Harlem now? Why’s the garbage getting picked up more regularly? We been here! (…) My one sole point though is wealth creation in the African-American community, something that we’ve traditionally been locked out – you bought a house in the ghetto and in three generations the house was worth nothing in the ghetto. So, for those homeowners that did stick in in Bed Stuy – my parents moved in it was an all Jewish neighbourhood there, so I’ve seen it through everything – so for those people that did stick in, now we have an opportunity for wealth creation that we’ve been locked out of. So now while it may not help the renters, and everything you said was absolutely true, what about that one aspect of wealth creation for people that have paid those taxes, that have fought to keep the crime down on their blocks, and all the other things they did to maintain… because the white folks are not moving back because it’s the ghetto, they’re moving back because they are beautiful blocks full of beautiful brownstones that have been well maintained by people of colour.] (…) The people you talked about are not a great number. Number one, a lot of these people have not kept their taxes so they can’t afford to keep the house. Number two, when these real estate guys come around and open a suitcase with a bunch of money they’re gonna sell it. I mean these people you’re talking about are elderly. And they get the money, their money goes a lot further down south. Black people by droves in New York City, it’s called reverse migration. They’re moving to Atlanta, they’re moving to North Carolina. They got a house, they got a lawn, they got a backyard, they have less taxes… New York City’s a hard place and so if you’ve worked all your life and you’re retired, they’re selling their houses and I don’t blame them. I can’t say to them, ‘you can’t sell your house’. They’re like, ‘Fuck you, Spike’. You have to do some research, and look at the numbers. The black American population of New York City is going down. There’s reverse migration. (…) what we need, we need affordable housing for everybody. People can’t afford, I mean, here’s the thing… the further away from Manhattan. Brooklyn Heights is the most expensive neighbourhood. Then you got Park Slopes, Fort Greene, Cobble Hill, Clinton Hill and then, you know, it works like this… the rents get cheaper the further away you go from Brooklyn. And the reality is, after the sand on Coney Island, it’s the motherfucking Atlantic ocean. So, where you gonna go? Where you gonna go? Puerto Ricans say the same thing. A lot of people said ‘well, we’re gonna move to Bucks County. Or move back to Puerto Rico’. People can’t afford to live here anymore. And if people can’t afford to live then it’s going to be the [words unclear] like you. There used to be a time you could… when $2 and $1, you could get by. You can’t do it anymore. So, if New York City is not affordable then the great art that we have is not going to be here, because people can’t afford it. So, I know what you’re saying, but I don’t see a lot of good coming from gentrification for the people living in those neighbourhoods. We got a new neighbourhood in the South Bronx now, what do we call it? What? SoBro. It’s a scam! It’s shenanigans, trickery, people being bamboozled, leather string, run a-muck. What they call Bushwick now? Spike Lee
Ce monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’ [Trump], le gars au Brésil [Bolsanoro] et Poutine sont des gangsters. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. (…) Quand on voit le frère Eric Gardner, le roi George Floyd, tué, lynché, je pense à Radio Raheem [personnage noir de Do the right thing tué par la police]. On pourrait croire et espérer que plus de 30 putains d’années après, les noirs ne soient plus chassées comme des animaux. Alors je suis content d’être ici. ⁠Spike Lee (président du festival de Cannes)
[Spike Lee qui appelle au boycott des Oscars et à des quotas] « Non, je trouve ça, c’est dans l’autre sens raciste, raciste pour les blancs. (…) On peut jamais savoir si c’est vraiment le cas, mais peut-être les acteurs noirs méritaient pas d’être dans la dernière ligne droite (…) Pourquoi classer les gens? On vit dans des pays où maintenant, quand même, on est plus ou moins accepté. Mais il y aura toujours des problématiques un petit peu: lui, il est moins beau, lui, il est est trop noir, lui, il est trop blanc… Il y aura toujours, toujours, quelqu’un qu’on va dire: ‘Oh, vous êtes trop’… Alors, on va classer tout ça pour faire des milliers de petites minorités partout? ». Charlotte Rampling (23.01.2016)
Je regrette que mes propos aient été mal interprétés cette semaine dna sl’interview avec Europe 1. Je voulais simplement dire que dans un monde idéal, on donnerait les mêmes chances de considération à toutes les prestations. Charlotte Rampling
La diversité est, dans notre industrie, un enjeu important auquel il faut trouver des réponses. Charlotte Rampling
There are particular individuals who are especially outraged by the lack of African-American Oscar nominees this year, such as director Spike Lee, who promises to boycott the supposedly racist ceremony. Actor Will Smith will too, insisting that his own failure to be nominated did not contribute to his pique — although his pique is symbolic of the crisis in the black community, while apparently black-on-black crime, illegitimacy, and gun violence are not so much. Yet by Spike Lee’s own standards and his own past, he should find nothing wrong with racial bias. Lee should boycott his own films for his long record of racist and reprehensible public statements designed to inflame and divide. It was the demagogic Lee, after all, who disclosed — inaccurately, as it turned out — the home address of the Zimmerman family in a sick effort to stir up violence during the Trayvon Martin debacle. And it was Lee who offered a number of incoherent but clearly racist comments about the supposed gentrification of his neighborhood (“You can’t just come in the neighborhood and start bogarting and say, like, you’re [expletive] Columbus and kill off the Native Americans”). Lee’s solution to apartheid in South Africa was direct and murderous. After visiting the country in the Nineties, he said: “I seriously wanted to pick up a gun and shoot whites. The only way to resolve matters is by bloodshed.” He has ridiculed interracial marriages in the tradition of Bull Connor’s old South. Announced Oscar host Chris Rock was said at one time also to be considering boycotting the awards. But why should Rock mind racialization? He too has a history of sloppy racist outbursts that contradict his comic persona. He claimed that police never shoot “white kids” — although the number of unarmed suspects shot annually by police roughly reflects the racial percentages of those who are arrested or detained by police. On the Fourth of July, Rock announced: “Happy white people’s independence day.” The logical corollary is to suggest that commemoration of Martin Luther King’s birthday should be confined to the black community. Speaking of the field of Oscar nominees this year, Rock, in an accidentally self-revealing comment, described the ceremony as “The White BET Awards. Victor Davis Hanson
Le nouveau film de Spike Lee, Chiraq, suscite la polémique à Chicago, où le tournage vient de débuter. En cause: le titre. Cette expression, contraction de «Chicago» et d’«Iraq», a été inventée par des rappeurs locaux en référence à une zone du sud de la ville où la violence par armes à feu prolifère. Plusieurs hommes politiques ont déjà dénoncé ce titre qui risque, selon eux, d’offrir une vision négative de la ville des vents. Le maire de Chicago Rahm Emanuel (Parti démocrate) a contesté le mois dernier le titre, indiquant que la ville devrait avoir son mot à dire après la réduction fiscale de 3 millions de dollars accordée au long métrage. Les Chicagoans, confrontés chaque jour à la violence, voient eux aussi d’un mauvais œil le tournage, rapporte le New York Times. Janelle Rush, une étudiante de 24 ans citée par le quotidien américain, n’apprécie pas le titre, mais pense «qu’il serait judicieux de montrer les quartiers de la ville que les médias ne montrent pas». Elle espère cependant «que [ce film] pourra renverser la tendance et présenter [Chicago] sous un aspect positif. Pour révéler qu’il y a autre chose que la violence par armes à feu». Le Figaro
Le monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’ [Trump], son gars au Brésil [Bolsanoro] et Poutine sont des gangsters. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. (…) Quand vous voyez le frère Eric Gardner, quand vous voyez le roi George Floyd, assassiné, lynché, je pense à Radio Raheem. On pourrait penser et espérer qu’une trentaine d’années plus tard, les Noirs cesseraient d’être pourchassés comme des animaux. Alors je suis content d’être ici. Spike Lee
This year’s poster features jury president Spike Lee looking out ironically through his large black glasses, framed by two palm trees. It’s not only the first time a black filmmaker presides over the jury, it’s also the first time a jury head appears on the official festival poster. Jury member Mati Diop also made history in 2019 when she became the first woman of color to have a film in competition at the festival with her feature Atlantics. This year’s jury, which awards the the festival’s highest honor the Palm D’or, also includes more women than men. At the opening day press conference, Diop and her fellow jurors emphasized the importance of greater equity and inclusion in legacy institutions like Cannes. When asked about her fellow jurors, American actor Maggie Gyllenhaal said, « I’m so curious to see what happens with this new formulation. » Cannes President Lescure says Spike Lee’s presence over the festivities in such a moment — amidst a pandemic and worldwide calls for racial justice — is particularly meaningful. « Because of his filmography, because of his talent because of his political and social actions, because of who he is, » says Lescure. « It seemed to us he was the right man, in the right place, at the right moment. » NPR
Imaginez un cinéaste blanc qui admirerait un leader raciste du Ku Klux Klan, critiquerait ses confrères pour avoir embauché trop d’acteurs de couleur et traiterait les noirs de « négros ». Imaginez le scandale, la presse en furie, les condamnations unanimes. Imaginez un peu. Mais voilà, Spike Lee a le bon goût d’être de gauche, afro-américain et militant « antiraciste ». A peine avait-il posé ses bagages sur la Croisette que le président du jury du 74e Festival de Cannes n’a pu s’empêcher de prêcher sa propagande progressiste face aux caméras. « Le monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’, son gars au Brésil et Poutine sont des gangsters, a-t-il ainsi déclaré en conférence de presse, au premier jour de l’événement, ce mardi 6 juillet. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. » Evidemment, le couplet sur les violences policières n’a pas manqué. « Quand vous voyez le roi George Floyd, tué, lynché, vous pourriez croire et espérer que plus de 30 putains d’années après, les personnes noires ne soient plus chassées comme des animaux », a poursuivi le premier réalisateur noir à présider le jury cannois, comme si le délinquant multirécidiviste, drogué et violent, étouffé au cours de son arrestation, était un modèle de vertu pour l’humanité. « Spike Lee a placé d’emblée le Festival sous le signe de la lutte, dénonçant les discriminations raciales et de genre », résume l’AFP, reprise par les médias français énamourés. Libération encense aussi sa « stature de guérillero ». C’est un « infatigable militant », renchérit Le Monde. Un militant haineux, serait-on tenté de préciser. Car le talentueux cinéaste de 64 ans a beau porter des lunettes (et un costume) roses sur le tapis rouge, il voit toujours le monde en noir et blanc. Jugez plutôt : dans son film Get on the Bus (1996), où le méchant de l’histoire est un chauffeur juif, Spike Lee célèbre la Million Man March, une manifestation afro-américaine organisée un an auparavant à Washington par Louis Farrakhan, le leader raciste, antisémite, négationniste, homophobe et complotiste de la Nation de l’islam (NOI), une organisation suprémaciste, noire et musulmane. Prêcheur de haine influent, Farrakhan a traité les blancs de « diables aux yeux bleus », Hitler de « très grand homme » et les juifs de « sangsues », accusés d’avoir fomenté le trafic d’esclaves et de diriger le gouvernement, l’économie, Hollywood et les médias. En 2014, celui qui considère le judaïsme comme un « mensonge trompeur » fustige encore ces « juifs sataniques qui contrôlent tout ». Un joli palmarès qui n’a pas refréné Spike Lee de l’étreindre tout sourire à l’avant-première de son film Chi-Raq, à Chicago, l’année suivante. « Je suis allé voir le ministre Farrakhan pour avoir leur bénédiction, sa bénédiction », déclarait aussi dans une interview au Los Angeles Times, en 1992, le réalisateur, au sujet de la Nation de l’islam et de son film Malcolm X (1992), biopic à la gloire du célèbre prédicateur antisémite (les juifs sont des « youpins », « les juifs dirigent le pays ») et raciste virulent (« l’homme blanc est le diable »), délinquant repenti et converti à l’islam en prison, ex-porte-parole de la NOI et mentor de… Louis Farrakhan. Le cinéaste a même fait appel aux miliciens de l’organisation haineuse, adeptes de la violence et de l’intimidation, pour sécuriser les plateaux de ses films, parmi lesquels Do The Right Thing (1989), Jungle Fever (1991) et Malcolm X (1992). « Ils sont plus efficaces que la police », a-t-il expliqué. « La police et les noirs ne se sont jamais entendus, et la communauté a simplement un grand respect pour la Nation de l’islam. » Dans son brûlot Do The Right Thing apparaît aussi sur un mur de briques la phrase « Tawana a dit la vérité », référence directe et engagée à Tawana Brawley, une adolescente noire de 15 ans qui dit avoir été enlevée, violée et sodomisée par six hommes blancs, deux ans plus tôt. La jeune fille, retrouvée dans un sac poubelle, ses vêtements brûlés et déchirés, le corps recouvert d’excréments et d’insultes (« KKK », « négresse », « salope »), est défendue par le pasteur noir Al Sharpton, qui monte des manifestations, dénonce un crime raciste et calomnie sans preuves les suspects, y compris policiers. Sauf que tout est faux. L’agression a été inventée. Un an plus tard, à l’issue d’une enquête accablante, un grand jury conclut au canular. (…) A propos de son « ami » Al Sharpton, le réalisateur n’a d’ailleurs pas de mots assez forts pour vanter son action radicale. « Mon frère a été à l’avant-garde de nos batailles encore et toujours. Depuis très longtemps jusqu’à cette révolution actuelle dans laquelle se trouve le monde, Rev. a parlé de Black Lives Matter dès le début, également à une époque où ce n’était pas la chose la plus populaire ou la plus branchée, louange-t-il, en 2020. J’ai hâte, debout à ses côtés, de voir, d’être témoin de cette nouvelle énergie, de ce jour nouveau sur le point d’advenir dans ces États-Unis d’Amérique. »  Pape « antiraciste » adoubé par l’ancien président Barack Obama et désormais par Joe Biden dont il est aussi un conseiller officieux, le Parti démocrate et la gauche institutionnelle, Al Sharpton est pourtant un prêcheur haineux, racialiste et antisémite, qui fut à l’origine d’un des plus graves incidents antisémites dans toute l’histoire des Etats-Unis. En 1991, après qu’un conducteur hassidique d’une ambulance tue par accident un garçon noir de 7 ans, le pompier pyromane encourage de violentes émeutes dans le quartier des Crown Heights, à Brooklyn. Les juifs sont des « marchands de diamants » avec « du sang de bébés innocents sur les mains », tempête-t-il. « Mort aux juifs ! », scandent aussi des factieux noirs, qui brûlent un drapeau israélien. Un étudiant rabbinique est même tué par une bande qui le poignarde et lui fracture le crâne. « Si les Juifs veulent le faire, dites-leur d’épingler leurs kippa et de venir chez moi », provoque Al Sharpton. Bilan : 152 policiers et 43 civils blessés. Menaces, chantage, extorsion… L’escroc multiplie depuis les fausses accusations de racisme. Lui aussi était à Washington en 1995 à la marche de son « ami » Farrakhan, exaltée par Spike Lee, dont les films Mo’s Better Blues (1990) et Bamboozled (2000) figurent des juifs racistes et manipulateurs. A l’époque, le réalisateur relaie également une théorie conspirationniste délirante, populaire au sein de la communauté noire et propagée par ses pires militants extrémistes, selon laquelle le gouvernement américain a créé le virus du sida. (…) Plus violent encore, il lâche au Guardian après avoir visité l’Afrique du Sud sous l’Apartheid : « Je voulais sérieusement prendre une arme et tirer sur des blancs. La seule façon de résoudre les problèmes est un bain de sang. » Des années plus tard, il appellera même au meurtre de Charlton Heston, alors patron de la NRA, exhortant quelqu’un à « tirer avec un calibre .44 Bulldog » sur l’acteur oscarisé, un mois après la tuerie sanglante de Columbine, en mai 1999. (…) Fidèle à la pensée racialiste, exprimée par des intellectuels noirs radicaux depuis les années 60, Spike Lee sombre carrément dans le séparatisme en avouant son mépris pour les couples mixtes. (…) Lui-même a juré de ne jamais entretenir de relation avec des femmes blanches (…) Dans le même entretien à Playboy, il ajoutait : « Les noirs ne peuvent pas être racistes. » Ironie de l’histoire, son père, le musicien de jazz Bill Lee, a épousé une femme blanche et juive… Ajoutons à son CV gratiné que le réalisateur de BlacKkKlansman (2018) a pris la défense de criminels noirs, diffusé une fausse adresse de George Zimmerman, accusé (puis acquitté) du meurtre de Trayvon Martin en 2012 – alors que le New Black Panther Party, une organisation noire extrémiste, offrait une rançon pour sa capture « mort ou vif » – obligeant un couple âgé à fuir son domicile pour se réfugier à l’hôtel, mais aussi dénigré des noirs conservateurs « qui pensent comme des blancs » ou comparé « l’enculé » et « suprémaciste blanc » Donald Trump et ses électeurs républicains à Adolf Hitler et aux nazis. C’est donc en toute logique que le militant d’extrême gauche et pro-Obama apportait son soutien au candidat démocrate et « socialiste » auto-proclamé Bernie Sanders à la présidentielle de 2016. Depuis lors, Spike Lee le multimillionnaire continue à condamner le « racisme systémique » des Etats-Unis depuis son luxueux manoir new-yorkais du quartier huppé et très blanc de l’Upper East Side, à Manhattan. Amaury Brelet

Vous avez dit Blacklivesmatterisation ?

En ces temps étranges …

Où après des mois d’émeutes et de pillage au nom de l’antiracisme

Salués, entre deux génuflexions, par le bénéficiaire du hold up électoral de novembre dernier …

Un homme qui avait le malheur d’être à la fois blanc et policier se prend, suite à une interpellation qui tourne mal, 22 ans et demi de prison pour expurger le tout …

Pendant qu’enhardis par le pro-palestinisme et le pro-iranisme renouvelés de la nouvelle administration américaine, reprennent dans nos rues les bons vieux pogroms du passé …

Et où, entre deux altercations intercommunautaires, déboulonnages ou stages de rééducation idéologique, nos génuflexeurs du football se défoulent sur les Asiatiques …

Quelle meilleure illustration de la Blacklivesmatterisation du monde que nous vivons …

Que cet ô combien courageux choix des organisateurs du 74e Festival de Cannes

Comme à la fois premier président noir du jury et première tête d’affiche …

Du « citoyen de la People’s Republic of Brooklyn, New York » …

Et accessoirement…

Entre deux films appelant à l’émeute et au pillage …

Pour imposer par la violence au monde blanc, via un pauvre restaurateur italo-américain comme dans son plus célèbre film Do the right thing, à la fois les décibels de sa musique

Et, sur le mur de photos de héros italo-américains de celui-ci (comme DiMaggio, Marciano, Como, Sinatra, Pavarotti, Minnelli, Cuomo, Pacino ou Stallone), les photos de ses propres héros improbablement réunis comme MLK et Malcom X …

Meilleur ami des notoires antisémites Louis Farrakhan et Al Sharpton ?

Spike Lee, président du jury du Festival de Cannes et militant haineux racialiste
Le réalisateur afro-américain de « Malcolm X », adulé par la presse pour sa propagande « antiraciste » professée sur la Croisette, traîne pourtant derrière lui un passif sulfureux.
Amaury Brelet
7 juillet 2021

Imaginez un cinéaste blanc qui admirerait un leader raciste du Ku Klux Klan, critiquerait ses confrères pour avoir embauché trop d’acteurs de couleur et traiterait les noirs de « négros ». Imaginez le scandale, la presse en furie, les condamnations unanimes. Imaginez un peu. Mais voilà, Spike Lee a le bon goût d’être de gauche, afro-américain et militant « antiraciste ». A peine avait-il posé ses bagages sur la Croisette que le président du jury du 74e Festival de Cannes n’a pu s’empêcher de prêcher sa propagande progressiste face aux caméras. « Le monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’, son gars au Brésil et Poutine sont des gangsters, a-t-il ainsi déclaré en conférence de presse, au premier jour de l’événement, ce mardi 6 juillet. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. »

Evidemment, le couplet sur les violences policières n’a pas manqué. « Quand vous voyez le roi George Floyd, tué, lynché, vous pourriez croire et espérer que plus de 30 putains d’années après, les personnes noires ne soient plus chassées comme des animaux », a poursuivi le premier réalisateur noir à présider le jury cannois, comme si le délinquant multirécidiviste, drogué et violent, étouffé au cours de son arrestation, était un modèle de vertu pour l’humanité. « Spike Lee a placé d’emblée le Festival sous le signe de la lutte, dénonçant les discriminations raciales et de genre », résume l’AFP, reprise par les médias français énamourés. Libération encense aussi sa « stature de guérillero ». C’est un « infatigable militant », renchérit Le Monde. Un militant haineux, serait-on tenté de préciser. Car le talentueux cinéaste de 64 ans a beau porter des lunettes (et un costume) roses sur le tapis rouge, il voit toujours le monde en noir et blanc.

Un admirateur du « Hitler noir » Farrakhan

Jugez plutôt : dans son film Get on the Bus (1996), où le méchant de l’histoire est un chauffeur juif, Spike Lee célèbre la Million Man March, une manifestation afro-américaine organisée un an auparavant à Washington par Louis Farrakhan, le leader raciste, antisémite, négationniste, homophobe et complotiste de la Nation de l’islam (NOI), une organisation suprémaciste, noire et musulmane. Prêcheur de haine influent, Farrakhan a traité les blancs de « diables aux yeux bleus », Hitler de « très grand homme » et les juifs de « sangsues », accusés d’avoir fomenté le trafic d’esclaves et de diriger le gouvernement, l’économie, Hollywood et les médias. En 2014, celui qui considère le judaïsme comme un « mensonge trompeur » fustige encore ces « juifs sataniques qui contrôlent tout ». Un joli palmarès qui n’a pas refréné Spike Lee de l’étreindre tout sourire à l’avant-première de son film Chi-Raq, à Chicago, l’année suivante.

« Je suis allé voir le ministre Farrakhan pour avoir leur bénédiction, sa bénédiction », déclarait aussi dans une interview au Los Angeles Times, en 1992, le réalisateur, au sujet de la Nation de l’islam et de son film Malcolm X (1992), biopic à la gloire du célèbre prédicateur antisémite (les juifs sont des « youpins », « les juifs dirigent le pays ») et raciste virulent (« l’homme blanc est le diable »), délinquant repenti et converti à l’islam en prison, ex-porte-parole de la NOI et mentor de… Louis Farrakhan. Le cinéaste a même fait appel aux miliciens de l’organisation haineuse, adeptes de la violence et de l’intimidation, pour sécuriser les plateaux de ses films, parmi lesquels Do The Right Thing (1989), Jungle Fever (1991) et Malcolm X (1992). « Ils sont plus efficaces que la police », a-t-il expliqué. « La police et les noirs ne se sont jamais entendus, et la communauté a simplement un grand respect pour la Nation de l’islam. »

Spike Lee, Al Sharpton et les juifs

Dans son brûlot Do The Right Thing apparaît aussi sur un mur de briques la phrase « Tawana a dit la vérité », référence directe et engagée à Tawana Brawley, une adolescente noire de 15 ans qui dit avoir été enlevée, violée et sodomisée par six hommes blancs, deux ans plus tôt. La jeune fille, retrouvée dans un sac poubelle, ses vêtements brûlés et déchirés, le corps recouvert d’excréments et d’insultes (« KKK », « négresse », « salope »), est défendue par le pasteur noir Al Sharpton, qui monte des manifestations, dénonce un crime raciste et calomnie sans preuves les suspects, y compris policiers. Sauf que tout est faux. L’agression a été inventée. Un an plus tard, à l’issue d’une enquête accablante, un grand jury conclut au canular. Quand le film Sex, Lies and Videotape de Steven Soderbergh bat le sien pour la Palme d’Or en 1989, Spike Lee se victimise et blâme… le racisme : « Ils sont toujours à la recherche de leur golden boy blanc. »

A propos de son « ami » Al Sharpton, le réalisateur n’a d’ailleurs pas de mots assez forts pour vanter son action radicale. « Mon frère a été à l’avant-garde de nos batailles encore et toujours. Depuis très longtemps jusqu’à cette révolution actuelle dans laquelle se trouve le monde, Rev. a parlé de Black Lives Matter dès le début, également à une époque où ce n’était pas la chose la plus populaire ou la plus branchée, louange-t-il, en 2020. J’ai hâte, debout à ses côtés, de voir, d’être témoin de cette nouvelle énergie, de ce jour nouveau sur le point d’advenir dans ces États-Unis d’Amérique. » Pape « antiraciste » adoubé par l’ancien président Barack Obama et désormais par Joe Biden dont il est aussi un conseiller officieux, le Parti démocrate et la gauche institutionnelle, Al Sharpton est pourtant un prêcheur haineux, racialiste et antisémite, qui fut à l’origine d’un des plus graves incidents antisémites dans toute l’histoire des Etats-Unis.

En 1991, après qu’un conducteur hassidique d’une ambulance tue par accident un garçon noir de 7 ans, le pompier pyromane encourage de violentes émeutes dans le quartier des Crown Heights, à Brooklyn. Les juifs sont des « marchands de diamants » avec « du sang de bébés innocents sur les mains », tempête-t-il. « Mort aux juifs ! », scandent aussi des factieux noirs, qui brûlent un drapeau israélien. Un étudiant rabbinique est même tué par une bande qui le poignarde et lui fracture le crâne. « Si les Juifs veulent le faire, dites-leur d’épingler leurs kippa et de venir chez moi », provoque Al Sharpton. Bilan : 152 policiers et 43 civils blessés. Menaces, chantage, extorsion… L’escroc multiplie depuis les fausses accusations de racisme. Lui aussi était à Washington en 1995 à la marche de son « ami » Farrakhan, exaltée par Spike Lee, dont les films Mo’s Better Blues (1990) et Bamboozled (2000) figurent des juifs racistes et manipulateurs.

« Les nègres d’Hollywood »

A l’époque, le réalisateur relaie également une théorie conspirationniste délirante, populaire au sein de la communauté noire et propagée par ses pires militants extrémistes, selon laquelle le gouvernement américain a créé le virus du sida. « Tout d’un coup une maladie surgit de nulle part et pour laquelle personne n’a de remède, et elle cible spécifiquement les gays et les minorités (les latinos et les noirs). La maladie mystérieuse, ouais, à peu près aussi mystérieuse que le génocide. […] Je suis convaincu que le sida est une maladie conçue par le gouvernement », assure-t-il ainsi dans une interview au magazine Rolling Stone, en 1992. Plus violent encore, il lâche au Guardian après avoir visité l’Afrique du Sud sous l’Apartheid : « Je voulais sérieusement prendre une arme et tirer sur des blancs. La seule façon de résoudre les problèmes est un bain de sang. » Des années plus tard, il appellera même au meurtre de Charlton Heston, alors patron de la NRA, exhortant quelqu’un à « tirer avec un calibre .44 Bulldog » sur l’acteur oscarisé, un mois après la tuerie sanglante de Columbine, en mai 1999.

En donneur de leçons obnubilé, le militant « antiraciste » n’hésite pas non plus à dénoncer publiquement ses confrères de cinéma, comme l’actrice noire Whoopi Goldberg qui ose porter des lentilles de contact bleues (!), « les nègres d’Hollywood » traîtres à la cause comme Eddie Murphy et Cuba Gooding Jr., ou les réalisateurs Woody Allen et Clint Eastwood et leurs films un peu trop blancs (« Ce type devrait la fermer », a répondu l’interprète de l’inspecteur Harry). En 1991, déjà, il confiait avoir en horreur Le Lys des champs, un classique des années 60 illustrant la relation entre un homme à tout faire noir nommé Homer Smith, incarné par le comédien Sidney Poitier, et un couvent de religieuses blanches allemandes. « J’ai détesté ce film », expliquait-il. « J’avais envie de lancer une pierre dans l’écran de télé. […] Mais nous devons beaucoup à Sidney Poitier, car pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui, il a fallu faire ces films. Et Sidney devait faire ce qu’il avait à faire. Il était le nègre parfait » (sic).

Aux frontières du séparatisme

Fidèle à la pensée racialiste, exprimée par des intellectuels noirs radicaux depuis les années 60, Spike Lee sombre carrément dans le séparatisme en avouant son mépris pour les couples mixtes. « Je ne vois jamais d’hommes noirs avec de belles femmes blanches. Ils sont laids, moches, des chiens. Et vous voyez toujours des hommes blancs avec de belles femmes noires. Chaque fois que vous voyez un couple interracial, les gens les regardent fixement », disait-il en 1991. Lui-même a juré de ne jamais entretenir de relation avec des femmes blanches : « Je n’ai pas besoin d’ennuis. Comme je n’y vais pas, je n’aime pas cette merde. Je ne trouve pas les femmes blanches attirantes, c’est tout. Et il y a beaucoup trop de belles femmes noires. » Dans le même entretien à Playboy, il ajoutait : « Les noirs ne peuvent pas être racistes. » Ironie de l’histoire, son père, le musicien de jazz Bill Lee, a épousé une femme blanche et juive…

Ajoutons à son CV gratiné que le réalisateur de BlacKkKlansman (2018) a pris la défense de criminels noirs, diffusé une fausse adresse de George Zimmerman, accusé (puis acquitté) du meurtre de Trayvon Martin en 2012 – alors que le New Black Panther Party, une organisation noire extrémiste, offrait une rançon pour sa capture « mort ou vif » – obligeant un couple âgé à fuir son domicile pour se réfugier à l’hôtel, mais aussi dénigré des noirs conservateurs « qui pensent comme des blancs » ou comparé « l’enculé » et « suprémaciste blanc » Donald Trump et ses électeurs républicains à Adolf Hitler et aux nazis. C’est donc en toute logique que le militant d’extrême gauche et pro-Obama apportait son soutien au candidat démocrate et « socialiste » auto-proclamé Bernie Sanders à la présidentielle de 2016. Depuis lors, Spike Lee le multimillionnaire continue à condamner le « racisme systémique » des Etats-Unis depuis son luxueux manoir new-yorkais du quartier huppé et très blanc de l’Upper East Side, à Manhattan.

Voir aussi:

1.
Spike Lee was inspired to write Do the Right Thing by what is now known as the Howard Beach incident. On December 20, 1986, a mob of twelve angry white men chased down and beat three black men who had just left a pizzeria in the predominantly Italian-American community. During the pursuit, the mob forced one of their victims, Michael Griffith, to run onto the Belt Parkway, where he was hit by a car and killed. In the behind-the-scenes footage of Do the Right Thing on this edition, Lee recalls the protest led by Reverend Al Sharpton and the call for all African-Americans to boycott white-owned pizzerias, an act that inspired the scene in which Buggin Out instigates a boycott of Sal’s.
Michael Griffith

Racisme intercommunautaire: Pendant 800 ans, on vous a vendus comme du bétail (Beware: one systemic racism may hide another)

1 juin, 2021

Biden's old playbook won't end Israeli-Palestinian violence – Ya LibnanIl y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
ll ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les jeunes Arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes. Christiane Taubira
Pendant 800 ans, on vous a vendus comme du bétail. Employé algérien de restaurant (Cergy, France)
Tout le monde déteste les Versaillais ! À mort les fachos ! Manifestants communards (Paris)
On se serait cru 150 ans en arrière, c’est surréaliste. Monseigneur Denis Jachiet
On ne va pas s’allier avec le FN, c’est un parti de primates. Il est hors de question de discuter avec des primates. Claude Goasguen (UMP, Paris, 2011)
Ne laissez pas la grande primate de l’extrême goitre prendre le mouchoir … François Morel (France inter)
Moi, je revendique la stigmatisation de Marine Le Pen. Manuel Valls
La Palestine est l’Afrique du Sud de notre génération. Si nous n’intervenons pas avec audace et courage pour mettre fin au projet impérialiste qui s’appelle Israël, nous sommes condamnés. Patrisse Cullors (cofondatrice de Black Lives Matter, Harvard, 2015)
Le racisme anti-Noirs continue aujourd’hui au Maghreb. La couleur de peau est toujours associée à un statut inférieur. Des tribus pratiquaient l’esclavagisme dans tout le Maghreb et c’est resté dans l’imaginaire collectif. [Mais il y a peu de recherches sur la question] Certains craignent d’être accusés de faire le jeu de l’Occident. Mehdi Alioua (sociologue marocain)
Parmi les réactions suscitées par la diffusion de la vidéo de CNN montrant une vente aux enchères de migrants subsahariens en Libye, la dénonciation d’un racisme anti-Noirs persistant dans les pays du Maghreb figure en bonne place. Si les situations n’y sont pas comparables à la barbarie observée en Libye, les communautés noires continuent toutefois d’y être victimes de mépris, de discriminations, voire d’agressions. En Algérie, il existe une forte présence de migrants subsahariens qui y restent de quelques mois à quelques années, comme une pause sur leur route vers l’Europe. Selon les associations locales, ils seraient près de 100 000. Vivant dans les périphéries des grandes villes, privés de statut légal, ces habitants « fantômes » occupent souvent des emplois à la journée dans le secteur de la construction. En octobre 2015, l’histoire de Marie-Simone, une migrante camerounaise d’une trentaine d’années, avait fait la « une » de la presse. Victime d’un viol collectif à Oran (ouest), elle avait eu le plus grand mal à se faire soigner et à porter plainte. En mars 2016, à Ouargla (centre), c’est le meurtre d’un Algérien poignardé par un migrant nigérien qui avait dégénéré en une véritable chasse aux migrants. Et les exemples ne manquent pas. (…) Au Maroc, de nombreux témoignages font aussi état d’un racisme latent. Celui-ci va de faits divers extrêmement violents – en 2014, trois migrants ont été tués à Boukhalef, un quartier périphérique de Tanger – à un racisme diffus. « Dans la rue, certains nous appellent Ebola », racontait un Camerounais rencontré en septembre à Tétouan (nord). (…) En Mauritanie, plus au sud, le racisme ne vise pas les migrants de passage mais une partie des citoyens mauritaniens, rappelant la situation d’un pays où les Maures blancs concentrent la majorité des pouvoirs au détriment des Haratine, descendants d’esclaves, et des Négro-Africains. L’esclavage y a été interdit en 1981. Son interdiction a même été inscrite dans la Constitution en 2012, mais la pratique reste courante. Mais c’est certainement dans la Tunisie post-révolutionnaire que l’évolution est la plus sensible. « Pendant longtemps, le sujet des Tunisiens noirs, traités comme des citoyens de seconde zone, a été un tabou », rappelle Houda Mzioudet, chercheuse et spécialiste des minorités en Tunisie. (…) En 2016, l’agression de trois étudiants congolais en plein centre-ville de Tunis avait à son tour créé un vif émoi. Aujourd’hui, la Tunisie s’apprête à adopter une loi criminalisant la discrimination raciale. « Ce serait la première loi de ce type dans le monde arabe », souligne Houda Mzioudet. Le Monde
La France comprend trois foyers d’expression de l’antisémitisme très forts. Le premier, ce sont les proches du Front National et les électeurs de Marine Le Pen […] Le deuxième groupe, c’est parmi les Français musulmans […] Et puis le troisième groupe ce sont les proches du Front de gauche et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon 2012, où là aussi on trouve, à un degré moindre, et sur des ajustements ou, je dirais des agencements différents, l’expression d’un antisémitisme fort. (…) On a [dans ce groupe] une adhésion beaucoup plus forte que la moyenne à des préjugés qui relèvent de cet antisémitisme anticapitaliste et antiglobalisation. Cette idée que les juifs contrôlent l’économie. Qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite. Dominique Reynié
En octobre 2004, dans son rapport intitulé Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Jean-Christophe Rufin notait une diminution du rôle de l’extrême droite dans la responsabilité des violences antisémites et, en revanche, une augmentation de celui d’une frange de la jeunesse issue de l’immigration. (…) L’intérêt de la seconde enquête est de vérifier l’hypothèse d’un nouvel antisémitisme, avancée il y a presque quinze ans par Pierre-André Taguieff et reprise par Jean-Christophe Rufin dans son rapport de 2004. Il s’agit donc de savoir si les musulmans vivant en France sont plus ou moins susceptibles que la moyenne de la population nationale à partager des préjugés contre les Juifs, voire à développer une vision antisémite. (…) Enfin, pour comprendre ce regain des mauvaises pensées, il faut compter avec l’influence majeure d’un nouvel acteur, le Web, dont le rôle est rapidement devenu déterminant dans le domaine de l’information mais aussi de l’engagement politique, de la mobilisation militante et de la prise de parole en général et de type protestataire en particulier. La force du Web est décuplée par ses vertus apparentes et pour partie réelles: égalitarisme, spontanéisme, authenticité, immédiateté, universalité… Mais ce nouvel espace public est fortement porté par la possibilité singulière d’émettre des messages, des opinions, de les recevoir, de les partager, sans avoir nécessairement à décliner son identité, c’est-à-dire sans devoir engager sa responsabilité. Dans toute l’histoire de la liberté de la presse et de la liberté d’opinion, c’est une situation inédite. Ces outils offrent aux antisémites et aux racistes un statut d’extraterritorialité et, finalement, une impunité de fait, qui ne permet plus aux États de droit ni d’assurer la défense des valeurs humanistes ni de punir ceux qui se rendent coupables de les transgresser. (…) Il y a les opinions et il y a les agressions. En France, jamais nous n’avons réussi à descendre au-dessous de la barre de 400 actes antisémites par an depuis le début des années 2000, et l’année 2014 connaît une augmentation impressionnante (+ 91 %). Ainsi, de janvier à juillet 2014, comparativement à la même période en 2013, on a relevé 527 actes antisémites contre 276. La moitié des actes racistes sont des actes contre les Juifs, qui représentent probablement moins de 1 % de la population. Sur le Web, on note l’installation d’un antisémitisme déchaîné. Au cours de l’été 2014, lors des manifestations contre l’intervention israélienne dans la bande de Gaza, des slogans «Mort aux Juifs !» ont été entendus à Paris, place de la République; à Sarcelles, ces cris ont débouché sur la mise à sac de commerces au motif qu’ils appartenaient à des Juifs. Une synagogue a été attaquée. Il en va de même pour les actes atroces commis récemment: l’assassinat, en 2006, d’Ilan Halimi par le gang de Youssouf Fofana; celui, en 2012, de Jonathan Sandler et des enfants Gabriel Sandler, Arieh Sandler et Myriam Monsonego par Mohammed Merah, également meurtrier des malheureux Imad Ibn Ziaten, Mohamed Legouad et Abel Chennouf; puis, en 2014, la tuerie de Bruxelles perpétrée par Mehdi Nemmouche. Ne confondons pas ces drames avec des faits sans cause. Ils sont de notre époque et nous disent donc nécessairement de quoi elle est faite. (…) Parmi les informations que nous apporte cette enquête, l’un des points à retenir est certainement le fait que 16 % seulement des personnes interrogées se disent d’accord avec l’affirmation selon laquelle, en France, «il y a plus de problèmes d’antisémitisme que de problèmes de racisme». Autrement dit, 59 % des personnes estiment le contraire, ce qui s’oppose à l’évidence des données sur les agressions antisémites. En France, les actes antisémites constituent 50 % de tous les actes racistes, tandis que la communauté juive représente moins de 1 % de la population nationale. Il faut donc noter que, du point de vue du public, les agressions antisémites ne suscitent pas l’écho et la mémorisation auxquelles on pourrait s’attendre compte tenu de la nature des faits et de leur gravité (…) Selon notre enquête, de tous les partis politiques et des publics qu’ils fédèrent autour d’eux, les sympathisants du Front national et les électeurs de Marine Le Pen constituent l’univers politique et partisan où l’on trouve, et de très loin, le plus d’opinions antisémites et xénophobes. Les sympathisants du FN et ses électeurs ressemblent davantage au discours du fondateur du parti qu’au discours plus policé que sa nouvelle présidente s’efforce de mettre en scène. (…) Les musulmans répondants sont deux à trois fois plus nombreux que la moyenne à partager des préjugés contre les Juifs. La proportion est d’autant plus grande que la personne interrogée déclare un engagement plus grand dans la religion. Ainsi, lorsque 19 % de l’ensemble des personnes interrogées indiquent adhérer à l’idée selon laquelle «les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de la politique», le taux grimpe à 51 % pour l’ensemble des musulmans. Cette question permet d’illustrer les effets de la pratique religieuse sur l’adhésion aux items antisémites: en effet, l’adhésion à cet item est de 37 % chez les personnes qui déclarent une «origine musulmane», de 49 % chez les musulmans croyants» et de 63 % chez les «musulmans croyants et pratiquants». (…) l’idée selon laquelle le sionisme « est une organisation internationale qui vise à influencer le monde», si typique de la vision antisémite, suscite un niveau d’approbation très élevé parmi les musulmans interrogés (44 %), contre 16 % en moyenne de la population âgée de 16 ans et plus. On voit encore ici que la proportion croît avec le degré d’implication religieuse. L’existence d’un complot sioniste est de 30 % chez ceux qui déclarent une «origine musulmane», de 42 % chez les « musulmans croyants » et de 56% chez les «musulmans croyants et pratiquants ». (…) Les préjugés contre les Juifs sont plus répandus au sein de la mouvance du Front de gauche que dans l’ensemble de la société française, mais ils sont moins répandus que dans la mouvance du Front national. Dominique Reynié
Pourquoi la question n’est-elle presque jamais posée : ′′ Quels sont les droits du peuple palestinien ? ′′Et pourquoi semblons-nous prendre note de la violence en Israël et en Palestine uniquement lorsque des roquettes tombent sur Israël ? (…) le conflit d’aujourd’hui n’a pas commencé avec ces roquettes. Les familles palestiniennes dans le quartier de Jérusalem de Sheikh Jarrah vivent sous la menace d’expulsion depuis de nombreuses années, naviguant dans un système juridique conçu pour faciliter leur déplacement forcé. Et au cours des dernières semaines, les colons extrémistes ont intensifié leurs efforts pour les expulser. Et, tragiquement, ces expulsions ne sont qu’une partie d’un système plus large d’oppression politique et économique. Depuis des années, nous avons assisté à une aggravation de l’occupation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et à un blocus continu sur Gaza qui rend la vie de plus en plus intolérable. (…) nous avons vu le gouvernement de Benjamin Netanyahu travailler à marginaliser et diaboliser les citoyens palestiniens d’Israël, à mener des politiques de colonisation conçues pour exclure la possibilité d’une solution à deux États et adopter des lois qui engendrent les inégalités systémiques entre les citoyens juifs et palestiniens israéliens. (…) Israël reste la seule autorité souveraine au pays d’Israël et de Palestine, et plutôt que de se préparer à la paix et à la justice, il a enraciné son contrôle inégal et antidémocratique. Plus d’une décennie de sa règle de droite en Israël, M. Netanyahu a cultivé un nationalisme raciste de plus en plus intolérant et autoritaire. Dans son effort effréné pour rester au pouvoir et éviter les poursuites judiciaires pour corruption, M. Netanyahu a légitimé ces forces, dont Itamar Ben Gvir et son parti extrémiste du pouvoir juif, en les faisant entrer dans le gouvernement. (…) les mensonges racistes qui attaquent les Palestiniens dans les rues de Jérusalem soient maintenant représentés à la Knesset. Ces tendances dangereuses ne sont pas propres à Israël. Partout dans le monde, en Europe, en Asie, en Amérique du Sud et ici aux États-Unis, nous avons vu la montée de mouvements nationalistes autoritaires similaires. Ces mouvements exploitent la haine ethnique et raciale pour construire le pouvoir pour une minorité de corrompus plutôt que la prospérité, la justice et la paix pour le plus grand nombre. Ces quatre dernières années, ces mouvements avaient un ami à la Maison Blanche. En même temps, nous assistons à la montée d’une nouvelle génération d’activistes qui veulent construire des sociétés basées sur les besoins humains et l’égalité politique. Nous avons vu ces militants dans les rues américaines l’été dernier à la suite du meurtre de George Floyd. Nous les voyons en Israël. Nous les voyons dans les territoires palestiniens. Avec un nouveau président, les États-Unis ont maintenant la possibilité de développer une nouvelle approche du monde – fondée sur la justice et la démocratie. (…) Au Moyen-Orient, où nous fournissons une aide de près de 4 milliards de dollars par an à Israël, nous ne pouvons plus être des apologistes du gouvernement de droite de Netanyahu et son comportement antidémocratique et raciste. (…) Cette approche doit reconnaître qu’Israël a le droit absolu de vivre dans la paix et la sécurité, tout comme les Palestiniens.(…) Nous devons reconnaître que les droits palestiniens sont importants. Les vies palestiniennes comptent. Bernie Sanders
St Louis sent me here to save lives. That means we oppose our money going to fund militarised policing, occupation and systems of violent oppression and trauma. We are anti-war, we are anti-occupation, and we are anti-apartheid. Period. Congresswoman Cori Bush
The shift is dramatic; it’s tectonic. There is a non-white population, particularly among Democrats, who are very sensitive to the treatment of fellow non-whites. They see Israel as an aggressor. They don’t know Israel’s early history and odds-defying triumph over adversity. They know post-Intifada; they know the various wars, the asymmetrical bombing that have taken place, the innocent civilians that have been killed. We’ve seen a steady growth in support for Palestinians, but it’s never really been a high-intensity issue. It’s becoming that. It’s becoming a major wedge issue, particularly among Democrats, driven by non-white voters and younger voters, by progressives in general. John Zogby
This moment is different. And it may prove a transformational one in the Palestinian struggle for freedom. Before the world’s attention shifted toward pushing for a cease-fire, Palestinians in Gaza, the West Bank, Jerusalem, inside Israel and in the diaspora had all mobilized simultaneously in a way unseen for decades. They are all working toward the same goal: breaking free from the shackles of Israel’s system of oppression. Reacting to growing Israeli restrictions in Jerusalem and the impending expulsion of Palestinians from their homes in the Jerusalem neighborhood of Sheikh Jarrah, Palestinians across the land who identified with the experience of being dispossessed by Israel rose up, together. Even now, as bombs fall on Gaza, they continue to do so. Palestinians are protesting in huge numbers in cities and towns throughout the land; hundreds of thousands took part in a general strike. With this unified movement, Palestinians have shown Israel that they cannot be ignored. (…) The energy of this moment represents an opportunity to wed Palestinian aspirations with a growing global consensus. According to a 2018 poll by the University of Maryland, 64 percent of Americans would support equal rights in a single state if the two-state solution fails. That number climbs to 78 percent among Democrats. Among scholars and experts on the Middle East, one recent poll found, 66 percent say there is a one-state reality. There is also a growing shift in mainstream organizations that have been hesitant to call for greater change: The Carnegie Endowment for International Peace recently released a report calling for a break from the two-state approach. Many diplomats and analysts around the world I have spoken to in recent years understand that the two-state solution is dead. Israel has killed it. When I ask why they don’t call for equal rights for Palestinians to end what is increasingly obviously a de facto apartheid system, they point out the official Palestinian position remains for a separate state. (…) The Palestinians have moved on, and many people in America and around the world are ready to do so, too. Yousef Munayyer (Arab Center Washington DC)
This is unprecedented. For decades, Jews have been able to walk around safely in most major cities without fear, without even considering hiding their kippot or Star of David necklaces. Jews used to be most afraid of being attacked by blacks, but over time that has become much less of an issue with the exception of the recent uptick of attacks in Brooklyn. Antisemitism has always been there but it definitely lessened. ADL statistics has seen it go down steadily since the 90s. But this is different than even the ’60s. Now Jews have to worry about gangs who are targeting them because they are Jews. Why have these Arab gangs suddenly become so emboldened to form posses to attack Jews? Because of the first group. The fine distinctions that Leftist Israel haters try to make between anti-Zionism and antisemitism are completely invisible to Arabs. They hate Israel because, not despite the fact, it is filled with Jews. Antisemitism is the entire source of the conflict. Their parents and preachers don’t teach them to hate Zionists but Jews. They look at their Jewish allies as tools and as dhimmis, not as role models. The attackers find strength in numbers, they see that they have the Left on their side, they are riled up by thousands of lies about Israel by speaker after speaker and tweet after tweet, they get validation from members of Congress and other liars and bigots who say that Israel is guilty of genocide and apartheid and ethnic cleansing, they are primed to violence from lurid and often faked photos of dead kids, they are whipped up into a frenzy from the hypnotic anti-Israel and antisemitic chants. And they are in large cities with lots of identifiable Jews all around, who must pay for these crimes. It is a recipe for violence. The Arab gangs are engaged in what they know best: terrorism. After all, the point of terrorism isn’t the attacks themselves but the feat that the attacks create among the targets. These Arabs are importing terror from their Middle Eastern cousins, doing everything they can to frighten Jews. They feel, correctly, that they have reached a critical mass with fellow Arabs in their respective Western countries. Crucially, they are being given cover by the secular Left, publishing articles that justify terror and the idea that Palestinians are justified in doing anything they want to Jews because all’s fair in « resistance. » Arabs are sensitive to being shamed. They have not acted like this before in America because the idea of wanton violence against Jews was shameful. Now, and their Leftist allies give them intellectual cover – and they will never, ever shame them. The Leftist anti-Zionists could shame them into stopping their attacks. They could make it clear that they want nothing to do with the antisemites. They could stand up and say that they will not be allies with Jew-haters and will not march with bigots. They could demand that mosques and Muslim leaders clearly denounce the attacks (they certainly will not do that on their own.) But these people who claim to speak truth to power will never, ever call out violence by Arabs They refuse to do that, because they are all about solidarity and allyship and, let’s face it, they don’t want to say anything negative about people of color who want to attack Jews. The Leftist enablers also know that the Arabs would turn on them next if they say anything negative about their antisemitism. Instead, the « progressives » issue weak statements against antisemitism and then return to their « From the river to the sea » chants to incite the next round of attacks. The only solution is to shame the attackers. The only people who can do that are tacitly condoning the attacks. This is a nearly perfect storm that is bringing up an entirely new class of Jew-hatred to America. Elder of zion
Vous ne pouvez pas étudier l’Histoire sur Instagram. Il n’y a tout simplement pas assez d’espace (…) Et si le Canada tirait 4 000 roquettes sur l’Amérique ? Ou le Mexique ? (…) C’est une autre chose que j’ai entendue ces deux dernières semaines, des mots comme ‘occupants’ et ‘colonisateurs’ et ‘apartheid’, dont je ne pense pas que les gens comprennent l’histoire. Les Juifs sont présents dans cette région du monde depuis environ 1200 avant l’ère commune, bien avant que le premier musulman ou le premier Arabe n’ait foulé la terre. (…) Bella Hadid et ses amies s’enfuiraient en hurlant vers Tel Aviv si elles devaient vivre un jour à Gaza. Bill Maher
One of the frustrations I had while I was off is that I was watching this war go on in Israel … and it was frustrating to me because there was no one on liberal media to defend Israel, really. We’ve become this country now that we’re kind of one-sided on this issue. And I’d also like to say off the bat I don’t think kids understand, and when I say kids I mean the younger generations – you can’t learn history from Instagram! ‘There’s just not enough space. (…) Well, Gaza fired 4,000 rockets into Israel. What would you say Israel should have done instead of what they did?’ (…) But they purposely put the rockets in civilian places. That’s their strategy. (..) The Jews have been in that area of the world since about 1200 B.C., way before the first Muslim or Arab walked the Earth. … I mean, Jerusalem was their capital. So if it’s who got there first, it’s not even close. (…) The Jews were the ones who were occupied by everybody; the Romans took over at some point and then the Persians and the Byzantines and then the Ottomans. So yes, there was colonization going on there. Beginning in the 19th century, they started to return to Palestine, which was never an Arab country. There was never a country called Palestine that was a distinct Arab country. Doesn’t it behoove the people who rejected the half a loaf and continue to attack … Hamas’s charter says they just want to wipe out Israel. Their negotiation position is ‘You all die. The two-state solution has been on the table a number of times. There could be an Arab capital in East Jerusalem now if Yasser Arafat had accepted that in 2003. He did not.’I mean, they have rejected this and went to war time and time agai. And, you know, as far as Gaza goes, it’s amazing to me that the progressives think that they’re being progressive by taking that side of it, the Bella Hadids of the world, these influencers. I just want to say in February of this year, a Hamas court ruled that a unmarried woman cannot travel in Gaza without the permission of a male guardian. Really? That’s where the progressives are? Bella Hadid and her friends would run screaming to Tel Aviv if they had to live in Gaza for one day. Bill Maher
Il est extrêmement important de comprendre le Hamas, le Hezbollah, comme des mouvements sociaux progressistes, de gauche, et qui font partie d’une gauche globale; cela ne nous empêche pas d’être critiques à l’égard de certaines dimensions de ces deux mouvements. Judith Butler (Berkeley, 2006)
Ce devait arriver tôt ou tard. La révolution identitaire, née dans les campus aux États-Unis avant de gagner la sphère publique et de déchirer les Américains, vient de franchir un pas de plus: avec la guerre de Gaza, elle a forcé les portes de la géopolitique en transposant les postulats de la «cancel culture» dans le domaine des relations internationales. La convergence des luttes entre le «wokisme» et le Hamas a de quoi laisser perplexe. L’un représente tout ce que l’autre abhorre et réciproquement. Les partisans de la rectitude politique vivent à des années-lumière d’une organisation terroriste, fondamentaliste, qui vouerait à la damnation éternelle la théorie du genre, les confessions intersectionnelles, la subordination de la nature à la culture ou la liberté de choisir son sexe. Certains esprits, pourtant, n’ont pas ménagé leurs efforts pour découvrir une parenté entre les guerriers de la gauche morale et les combattants islamistes du Moyen-Orient. (…) L’islamisme radical et la culture «woke» appartiennent à deux planètes différentes, mais il est certains traits familiers que l’un reconnaîtrait aisément chez l’autre. La volonté de subordonner la loi aux impératifs de la religion, dans un cas, de la morale dans l’autre. Une manière de concevoir la justice — et de l’appliquer — hors des règles du droit. Le refus aussi de la délibération, de la confrontation des opinions, puisque le dogme religieux, pas plus que les certitudes morales, ne sauraient être un objet de discussion. Enfin, l’essentialisation de l’autre, ici les sionistes et les Juifs, là les dominants blancs enfermés dans leur déterminisme. La critique d’Israël est depuis longtemps un trait constitutif de la gauche progressiste aux États-Unis. À mesure que la politique identitaire imprégnait la vie publique, il était inévitable qu’elle finisse un jour par pénétrer dans l’enceinte du Capitole et qu’une vision alternative du conflit israélo-palestinien rompe le consensus longtemps très favorable à l’État hébreu. Et c’est le Parti démocrate, dont l’aile radicale ne cesse de gagner du terrain, qui allait lui servir de relais. Le dernier cycle des violences au Proche-Orient a permis de vérifier cet infléchissement historique. Telle représentante démocrate à la Chambre qualifiait Israël d’ «État-apartheid», une autre d’ «État terroriste», une troisième dénonçait l’«injustice systémique» qu’il inflige aux Palestiniens. Beaucoup moins prévisible était la redéfinition d’un conflit national bientôt centenaire dans les termes de la justice raciale: Gaza n’était qu’un avatar de la tuerie de Ferguson (un jeune Noir abattu en 2014 par un policier blanc) et de la mort de George Floyd. À Londres, des manifestants scandaient «Palestine can’t breathe» (les mots de Georges Floyd avant de mourir) et «Palestinian Lives Matter». Pour les activistes de Black Lives Matter et leurs soutiens démocrates, l’incrimination d’Israël, comme celle du racisme blanc en Amérique ou ailleurs, participe du même combat moral, de la même libération globale de la parole. Cette assimilation singulière a obtenu en quelques jours un écho extraordinaire, de Washington à Hollywood, ralliant des sportifs, des artistes, des vedettes de la mode, des influenceurs dont l’audience sur les réseaux sociaux est énorme. Et son pouvoir d’intimidation paraît d’autant plus redoutable qu’il est formaté dans le langage familier de la justice victimaire. (…) c’est un wilsonisme de l’indignation diversitaire que la démocratie américaine exporte un peu partout, dont l’État hébreu est l’une des principales cibles. (…) Les morts et les destructions à Gaza mobilisent des passions et des foules que d’autres tragédies d’une ampleur incomparable n’arrivent à remuer: ni la boucherie de la population syrienne par son président, ni les dizaines de milliers de victimes de la guerre au Yémen, ni la répression implacable des minorités musulmanes en Chine — laquelle n’a entraîné aucune attaque contre les quartiers chinois en Europe ou en Amérique. (…) Dans ce monde où chacun est assigné à son «identité originelle», les relations entre les communautés sont conçues en termes de rapports de domination, oppresseurs d’un côté, opprimés de l’autre, les premiers renvoyés à leur iniquité «systémique», les seconds à leur immuable condition victimaire. Nietzsche parlait de la loi du plus fort. La révolution identitaire consacre, elle, la raison du plus faible. La justice est du côté des faibles du fait de leur faiblesse. Et l’État d’Israël est condamnable du fait de sa puissance, comme l’est le «pouvoir blanc» en Amérique, coupable de sa supposée supériorité «systémique». La solidarité qu’éprouvent les militants de Black Lives Matter pour les Palestiniens procède de cette même dualité de la domination et de la sujétion. Et elle ne se laisse guère embarrasser par la réalité qui contrarie ses présomptions. Le Hamas a beau se réclamer de la charia, piétiner les droits des femmes, ou lancer 3500 roquettes visant des civils en Israël, il ne perd rien de l’immunité morale que lui confère son statut d’opprimé. Ici comme ailleurs, identitaires et racialistes se barricadent derrière le mur protecteur de l’ignorance volontaire, un «safe space» où l’on peut éviter de connaître ce que votre sensibilité vous intime de ne pas savoir. Curieuse époque. Les accords d’Abraham ont réconcilié l’État d’Israël avec nombre de pays arabes, au moment même où, en Occident, le gouvernement de la morale le voue à la proscription. Ran Halévi
On s’en souvient peut-être encore: interpellé par Donald Trump en débat lors des élections présidentielles américaines, qui lui demandait de condamner la mouvance «antifa», Joe Biden a répondu un peu étrangement en déclarant que ce qu’on appelle «antifa» ne serait pas une mouvance, encore moins une organisation, mais une idée. On a trouvé, au cours des dernières années, de nombreuses figures politiques pour répondre la même chose. Elles se drapent souvent dans la vertu en demandant comment on peut s’opposer à ceux qui s’opposent au fascisme. Ce n’était pourtant pas la première fois que Donald Trump s’inquiétait de la vigueur de cette mouvance, au point d’avoir laissé entendre qu’il la décréterait terroriste. (…) les «antifas» ont pris beaucoup de place ces dernières années, quand leurs milices se sont emparées des rues américaines, en radicalisant plusieurs émeutes au nom de la «justice raciale», au point de les pousser, à la manière d’un mouvement agitateur, jusqu’à l’émeute. (…) Mais si les «antifas» ne sont pas rassemblés autour d’une structure ferme centralisée, on aurait tort de les croire désorganisés. Au cœur de leur «antifascisme», on trouve une définition fantasmée du fascisme, qui n’a à peu près rien à voir avec le fascisme historique. Le fascisme se confond, à lire cette propagande, avec la démocratie libérale et le capitalisme, qui serviraient surtout à le masquer. De manière imagée, on dira que le fascisme est intrinsèquement lié, pour eux, à la structure même des sociétés occidentales. Partout, ils fantasment le racisme et le suprémacisme blanc. C’est ce qu’oublient souvent ceux qui parlent de cette mouvance avec complaisance. En reconnaissant aux «antifas» le droit de brandir l’étendard de l’antifascisme sans le leur contester, ils endossent la définition qu’ils en donnent, et leur accordent, quoique implicitement, une fonction légitime dans l’organisation de la cité. Ce qui distingue les «antifas», c’est un usage revendiqué de la violence. Leurs théoriciens parlent franchement: il s’agit de créer un environnement où les idées qu’ils réprouvent ne pourront plus s’exprimer. Il s’agit d’une violence sinon autorisée, à tout le moins tolérée par les pouvoirs publics, comme en témoigne Ngo, qui montre à quel point les activistes et émeutiers «antifas» sont rarement punis pour leurs actes, et sont même souvent relâchés lorsqu’ils sont pour un temps arrêtés. À Portland et à Seattle, ces dernières années, les «antifas» se sont emparés d’un morceau de territoire, décrétés ZAD libérée des États-Unis, et transformés en quelques jours en bidonvilles totalitaires. Les autorités municipales se montrèrent globalement tolérantes envers ceux qui occupaient des territoires de leurs villes. Les «antifas», jamais, ne risquent la dissolution. (…)Une étrange rumeur veut que les «antifas», derrière leurs cagoules, soient composés de jeunes gens issus de la bourgeoisie, qui iraient s’encanailler en jouant à la révolution. Le portrait est beaucoup plus complexe. Si on en trouve dans leurs rangs, ces derniers attirent surtout des jeunes esprits psychiquement troublés, socialement fragilisés, à la manière d’un lumpenprolétariat identitaire de la postmodernité. Ils trouvent dans l’engagement «antifa» une forme de rédemption révolutionnaire: dès lors qu’il enfile sa cagoule et défonce sa première vitrine, le jeune converti se sent promu dans l’avant-garde révolutionnaire. La mouvance «antifa» désinhibe les pulsions violentes refoulées par la civilisation, en plus de prétendre les ennoblir. Leurs théoriciens affichent leur dessein: il s’agit de terroriser leurs ennemis en les agressant, physiquement, s’il le faut, tout en présentant leurs actions comme des gestes d’autodéfense contre «l’extrême droite». En fait, ils se comportent comme une milice visant à créer un climat de terreur pour rendre impossible l’expression d’une dissidence contre l’idéologie diversitaire. (…) sans même en être conscients, ils servent l’air du temps, abattent ses ennemis, les molestent, un peu comme la SA de notre époque troublée. Mathieu Bock-Côté
La traite négrière ne fut pas l’apanage des Européens en Amérique ; les navigateurs arabes ont aussi contribué à l’effrayant commerce, laissant dans leur sillage de somptueux métissages musicaux, tarab de Zanzibar, chants nubiens d’Egypte ou fakirs errants indiens. Aussi beau que le blues, le jazz, la samba ou la salsa, nés également de l’esclavage, de l’autre côté de l’Atlantique. Télérama
Dangereuses et répétées, les élucubrations d’un Dieudonné, relatives aux rapports entre traite des Noirs et Shoah, suscitent un émoi justifié. Peut-être ne s’est-on pas suffisamment penché sur les raisons facilitant un tel détournement de l’histoire négrière. Pourquoi est-il apparemment si facile de dire n’importe quoi à propos de cet épisode si tragique de l’histoire de l’humanité ? La raison fondamentale réside dans le fait qu’il ne constitue toujours pas un véritable objet d’histoire. Aprement discutées à partir de la fin du XVIIIe siècle, à l’époque où abolitionnistes et négriers s’affrontaient, les traites négrières devinrent un enjeu politique avant même d’être érigées en objet historique. De cette époque demeure une tendance à ne les appréhender qu’à partir d’une approche morale. Le racisme, la colonisation, le tiers-mondisme, le fait que nombre de pays d’Afrique noire dérivent aujourd’hui aux marges lointaines du monde riche n’ont fait que renforcer l’approche moralisante. Au poncif raciste blanc – l’Occident civilisé face aux sauvages noirs – a succédé l’image tout aussi déformée de bourreaux uniquement blancs face à des Noirs uniquement victimes. Mais l’inversion ainsi opérée n’a nullement remis en cause la manière, essentiellement morale, d’appréhender les traites négrières. Dans l’affaire, les errements d’une certaine gauche tiers-mondiste ont été aussi préjudiciables que ceux de mouvements antérieurs, que certains qualifieraient aujourd’hui de « réactionnaires ». Analyser les traites du passé à travers le prisme d’une vision à la fois contemporaine et moralisante des rapports Nord-Sud est en effet tout aussi dangereux. Un piège dans lequel Yves Benot, qui nous a malheureusement quittés cette année, était tombé. Comparant certains de ses textes, on pourrait croire que les marchandises de la traite occidentale (en direction des Amériques) et celles de la traite orientale (en direction de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient) étaient assez comparables. Le jugement (c’en est un) auquel il aboutissait était pourtant complètement opposé. La traite occidentale était rangée dans la catégorie des échanges inégaux, et même complètement inégaux, la seconde ressortissait quasiment du type de l’échange équitable. Le danger d’une telle démarche est de comparer pour juger, et non pour comprendre, tâche du scientifique. Il est d’ouvrir la porte à une sorte de compétition dont l’objectif serait de déterminer quel trafic est le plus abominable, quelles souffrances sont les plus importantes, et, finalement, quels « responsables » sont à placer sur le banc des accusés. Avec l’affaire Dieudonné, nous sommes précisément dans la tentative d’établir une putative échelle de Richter des souffrances et des responsabilités, avec une sorte de « challenge » entre la tragédie négrière et celle de la Shoah. (…) Que faudrait-il faire pour éviter que des mensonges aussi grossiers que ceux de Dieudonné (car les juifs ne sont nullement « responsables » des traites négrières) puissent trouver un écho ? En premier lieu, il faudrait comprendre que ces traites ne renvoient pas seulement à une question de morale. Comprendre qu’il s’agit d’une histoire complexe, loin de tout manichéisme, constituerait également un grand progrès. (…) Ce qui permet de battre en brèche de nombreux clichés. Il en va ainsi de l’idée selon laquelle ces traites seraient entièrement solubles dans le fameux « trafic triangulaire » Afrique-Europe-Amériques. On sait maintenant que le premier port atlantique, en importance, fut Rio de Janeiro, et non Liverpool. Si les Portugais, les Anglais et les Français dominèrent la traite atlantique au XVIIIe siècle, ce fut le tour des Brésiliens au siècle suivant. Or, du Brésil à l’Afrique, et retour, il n’est aucun triangle. Au total, 11 millions d’Africains furent déportés vers les Amériques entre 1450 et 1867. Les traites orientales, elles, conduisirent à la déportation d’environ 17 millions de personnes (avec une marge d’erreur de plus ou moins 25 %) entre les années 650 et 1920. A quoi il faut ajouter les traites internes, destinées à alimenter en captifs les sociétés esclavagistes de l’Afrique noire précoloniale. On pense que 14 millions de personnes furent ainsi également déportées, toujours de 650 à 1920. Le fameux « trafic triangulaire » ne renvoie donc qu’à une partie de l’une des trois traites négrières de l’histoire. Complexité et nuances sont aussi de mise du côté des acteurs de ces traites, largement organisées sur le mode de l’échange, marchand ou tributaire. Au mythe d’esclaves razziés par les Européens doit se substituer l’idée d’un commerce entre négriers occidentaux, orientaux et noirs, chacun cherchant à trafiquer au mieux de ses intérêts. D’où l’inanité d’un autre poncif, celui de la « pacotille » relatif aux marchandises de traite. Ce terme est aujourd’hui synonyme de chose de faible valeur. Dans le passé, du côté occidental, il définissait un ensemble de produits, sans préjuger de leur valeur. Parmi ceux-ci, nombreux étaient relativement chers, comme les textiles. D’autres, apparemment insignifiants, comme les cauris, pouvaient jouer un rôle essentiel. Ces coquilles de gastéropodes furent massivement introduites en Afrique noire précoloniale où elles remplissaient un rôle d’équivalent monétaire. C’est aussi en fonction de leur valeur d’usage en Afrique noire que les marchandises de traite doivent être estimées. Dans l’affaire, les courtiers noirs n’étaient nullement des êtres naïfs acceptant de déporter des hommes contre des babioles, comme des racistes blancs du XIXe siècle ont pu souhaiter le faire croire. Jamais n’importe quelle marchandise ne pourra évidemment valoir la vie d’un seul homme. Mais se réduire à une perception morale des traites négrières, c’est se condamner à ne rien comprendre des logiques ayant permis leur essor. (…) Il est aussi important de saisir que les Occidentaux, Orientaux ou Africains d’aujourd’hui ne sont nullement responsables des crimes commis par quelques-uns de leurs ancêtres, et qu’il ne sert à rien de monter certaines communautés les unes contre les autres. Comme l’écrivait Edouard Glissant, à propos de l’esclavage, le travail de mémoire ne doit pas conduire au ressassement du passé. C’est à une mémoire-dépassement de ce passé qu’il faut œuvrer.  Olivier Pétré-Grenouilleau
Jusqu’ici – mais la vulgate perdure – les synthèses à propos de l’Afrique se limitaient ordinairement à une seule traite: la traite européenne atlantique entre l’Afrique et les Amériques, du XVe siècle à la première partie du XIXe siècle. En fait, jusqu’à la seconde moitié de ce siècle puisque l’abolition ne met pas fin à la traite qui se poursuit illégalement. Or, le trafic ne s’est borné ni à ces quatre siècles convenus ni à l’Atlantique. La traite des Africains noirs a été pratiquée dans l’Antiquité et au Moyen Age; elle s’est prolongée jusqu’au XXe siècle et se manifeste encore sous divers avatars en ce début de XXIe siècle; elle s’est étendue à l’océan indien et au-delà; elle a été le fait non seulement des Européens, mais des Arabes et des Africains eux-mêmes. Pourtant, le programme de « La Route de l’esclave », élaboré par l’UNESCO et qui visait à briser le silence historique et scientifique observé sur la traite, véhicule, pour des raisons idéologiques (sous la pression des représentants du monde et des états africains), les mêmes distorsions. En effet, l’emploi du singulier (« La Route ») exclut de la reconnaissance et de la construction mémorielle aussi bien la traite interne à l’Afrique, la plus occultée, que les routes transsaharienne et orientale et montre à quel point l’histoire des traites est aujourd’hui un enjeu politique, en raison principalement des réparations que seul le Nord, parmi les régions impliquées, se devrait de verser. Roger Botte
The academy is a different place today than it was only a year ago and was different a year ago than it was five years before. Terror and dread fill academic workers, professors, and staff alike, and it is everywhere. (…) These two sentiments, dread married to virtue, constitute to my mind the affective embodiment of progressive ideology prevalent among white liberals as developed in its most privileged space: academia. They are typical. They are two faces of the same coin: flip and you see dread, flip again and you see virtue. (…) Progressive liberals are blind to the fact that there is a regime take-over apace everywhere in academic institutions. A new ruling elite is taking over academic institutions by using its “minority status” to exercise a “soft” coup and is appealing to the minoritarianism of progressive ideology to legitimize its coup—or, if you like, to “manufacture consent.” I will call the adherents of this ideology the “progressoriat.” The reason that challenging any aspect of this dominant ideology is taboo is because it leaves you vulnerable to the charge that you are uncomfortable with the project of empowering minorities—not just the transfers of power from traditional elites to historically disadvantaged groups that has already begun to take place in the academy, but further transfers of power. The only acceptable response when confronted by any aspect of the ideology that has facilitated this coup is to enthusiastically endorse it—to celebrate it. If you’re not a minority, anything less risks being interpreted as dread at the prospect of your own imminent loss of status—or, if you are, as evidence that your soul has been “colonized” by white supremacists. As I said, virtue as the other side of dread. The position of the progressoriat in relation to this coup is akin to that of communist activists in relation to a communist takeover. At first they see it as representing what they always fought for; then with time they find themselves having to decide whether its first atrocity is to be criticized or understood as necessary; then, when the next atrocity takes place, they feel they must tolerate it because they didn’t object to the first atrocity and, before long, a time comes when any objection can only be made at a huge cost to themselves. The unfolding history of the new coup is being written every day across the domain of academic institutions in the US as the progressoriat watch muffled, hesitant objecting in private, and then, when someone makes their reservations public, finding themselves at risk of being suspended or losing their jobs. The new elite taking over academic institutions has at its disposal an arsenal of tools to perpetuate its rule. It not only postures as representative of others in the way communists did—the “intelligentsia” representing the worker or the peasant in the latter’s case and representing victim groups in the former’s. The new elite can also represent itself as victims, an opportunity even communists would have baulked at. Members of the new elite have no hesitation at weaponizing their feelings, silencing opponents by claiming they’ve offended them. And, of course, such claims are readily accepted by the progressoriat because of their acceptance that minorities are necessarily oppressed. In this way, the new power elite can present itself as being victims, as well as representing victims. In other words, it has the power to make itself The Cause. This is why the insistence on the ubiquity of unconscious bias is important: it allows the new elite to consolidate their status by continually self-referencing as victims. Bias being everywhere means that the new ruling class, in spite of having seized power, can continue to present themselves as being oppressed. By constantly claiming to be offended, triggering Pavlovian apologies and vows to “do better” from the progressoriat, who appear to have endless reservoirs of self-abnegation, the new elite establishes rituals that renew its rule and solicit ongoing consent to this rule. The ranks of this new ruling class are refreshed by immigrant academics who come to understand themselves in the way progressivism understands them: as minorities who can also act victim-like if they want—a precious endowment in the cultural academic market. Intersectionality awaits to welcome them and give them a warm hug. They can be treated on principle as black-adjacent. To do that, they quickly learn that they have to concede leadership to their black colleagues as having the greatest claim to victimhood. If they don’t play the victim card, they throw away valuable currency when it comes to shinning up the academy’s greasy pole. A colleague of mine commented that I was wasting precious victimhood resources by refusing to sign the statement by non black faculty: Muslim, Palestinian, woman, dadidadida. This is the cleverness of minoritarian rule: a coalition of minorities that, collectively, form a majority but that is nevertheless always able to invoke its minoritatian status to preserve its power. Power is presented as the absence of power to preserve actual power. The progressoriat are unable to talk about their impending demise because they have already used their own institutional power over decades to drive away conservatives. They turned their academic institution into a partisan echo chamber. Residing in an echo chamber only increases your moral certitude. Now they are being given a taste of their own brutal medicine. Meantime, the new elite is acting ruthlessly and impatiently and is only happy with declarations of complete submission. Any sign of hesitation on the part of a signatory—”Maybe we should talk about free speech too?”—is met with expressions of exasperation by the all-powerful members of the victim minority faculty. No hesitation or nuance is allowed: nothing but unequivocal loyalty oaths. The progressoriat can only repeat, “I believe in the cause. I believe. I believe. Believe me I believe.” If this echoes a Maoist take-over, that’s because it is. It passes the sniff test. Student activists sniffing a transfer of power are pushing it as far as they can, understanding it as part of a general generational take-over of elite institutions. Today’s students show little interest in free speech and appear more interested in moral point-scoring, especially graduate students. Polls show young academics pumped up more on moral steroids than intellectual ones. Why stop when you are winning? The situation is in flux which opens the door for moral entrepreneurs to up the ante. Some enterprising students at Georgetown Law complained to Slate magazine that the dean allowed the Federalist Society to host an event on a multi-racial working class by “three white men.” Moral entrepreneurship means that what it is to be racist is being redefined daily with someone’s demise—an ongoing post-fact articulation of the definition of “bias”—and why not declare conservatism racist while you’re at it? The new elite in academia is part of a more general phenomenon of the rise of the technocrats who have found a home in the Democratic Party so that academic institutions, who produce these technocrats, are now the direct and unmediated suppliers of a political class whose educated credentials are its claim to rule. Academia has not only become without rival the incubating center of ruling class entitlement—and acts as a result as an extended arm of the Democratic Party—but it has also refashioned itself after the party. Like the latter, the academy acts like a council of elders managing various ethnic tribes residing under its jurisdiction. Note the rush to get out a statement when a minority group has been under assault: a group of sex workers are shot by a sex addict and the President of Harvard rushes out a statement opposing anti-Asian racism (and blaming Trump) because the killer was white and the victims Asians. So did Biden. Technocrats of virtue responding to lobbies of virtue. The rise of the technocrat is itself reflective of the shift in US liberalism to diversity liberalism. Global capital disenfranchised the white working class by moving its investments overseas and replacing it with a diverse workforce recruited globally through lax enforcement of immigration rules. Technocratic managerialism armed with diversity liberalism is the way global capital rules. Because the white working class has lost power in the process it has to be continually depicted as having earned its demise. It has earned it by being morally compromised: in Hillary Clinton’s words, “the basket of deplorables.” Black elites coming to power as part of this shift feel comfortable exercising class dominance by deriding the white working class as racist. The continual invocation of the storming of the capitol as an expression of white supremacy is par for the course. In Bobos In Paradise: The New Upper Class and How They Got there (2000), David Brooks describes the displacement of the WASPs as the dominant ethnic group in the US with the introduction in the early 60s of “merit” as the primary criterion of admission to universities, especially the Ivies. The new criterion was introduced by WASPs themselves, thus paving the way to their own demise and conceding power to a new emergent group that found its own flourishing within “merit”: the high-performing Jew. This led, a generation later, according to Brooks, to the rise of the Bobos (the bourgeois bohemians) as the new cultural and economic elite. They were bourgeois because they had acquired great riches given the demand for educated labor in the new global economy they had helped create—but they were also bohemian because they imbibed the modernist progressivist values of their Ivy League professors. In other words, like their predecessors, they laid the groundwork for their own destruction by embracing the ideology that evolved into the identity politics of the 90s. The academic Bobos are now being displaced. Like the WASPs before them, they have written the script of their own demise—in their case, through a dedicated investment in the rise of the minority academic. The progressive ideology they subscribed to left them with no tools to resist their impending fall. What should we call the new elite? The Bobus—the bourgeois bureaucrats? They are bourgeois because they’ve benefitted from the rise in demand for their representative labor in the market of diversity liberalism; and bureaucratic because they have devised the rules enshrining various speech codes and policies that buttress their power. The bohemian questioning of conventional morality, and the drive for experimentation, have been replaced by the stern bureaucrat enforcing a new morality, with its demand for penance for past sins. When I protested to the faculty diversity trainer, a law professor from the West Coast, that the real minority at Georgetown Law are the conservative students who have been telling me about how isolated and beleaguered they feel, especially with the flood of emails from the administration when Trump was in office denouncing racism, without defining what it is or indeed giving a single account of a racist incident, she quipped, “They don’t have to be at Georgetown. They can go to Notre Dame! Lama Abu Odeh
Quand cet incident a eu lieu, mes étudiants voulaient en parler, certains ont demandé pourquoi cette enseignante avait été contrainte à la démission. Je leur ai dit que notre conversation était enregistrée, et qu’il fallait faire attention, que nous sommes dans une société où l’on doit prendre garde à ce que l’on dit, et que j’étais désolée de cet état de choses. Les professeurs ne sont pas protégés par la direction de l’université. Un incident comme celui de Georgetown est un message adressé à chaque professeur: voici ce qui peut vous arriver si vous dites ce qu’il ne faut pas. Et une fois que vous serez qualifié de raciste, personne ne vous soutiendra. Tout le monde dans les universités est terrifié. Toute votre existence professionnelle est entre leurs mains, votre carrière peut s’arrêter du jour au lendemain, vous pouvez tout perdre. Lama Abu-Odeh (professeur de droit à Georgetown)
C’est une nouvelle élite dirigeante qui s’empare des institutions universitaires en utilisant son statut de minorité contre laquelle les libéraux progressistes sont impuissants à lutter, même quand leurs principes fondamentaux sont foulés aux pieds. Un de mes collègues a fait remarquer que je gaspillais de précieuses ressources de victimisation en refusant de signer la déclaration des professeurs non noirs en tant que musulmane, palestinienne, femme, blablabla. C’est là toute l’ingéniosité du régime minoritaire: une coalition de minorités qui, collectivement, forment une majorité, mais qui est néanmoins toujours en mesure d’invoquer son statut de minorité pour préserver son pouvoir. Le pouvoir est présenté comme l’absence de pouvoir pour préserver le pouvoir réel. Lama Abu-Odeh (professeur de droit à Georgetown)
Ces nouveaux militants ne ressemblent pas aux activistes traditionnels, tel que je l’étais moi-même comme étudiant, quand je militais pour l’égalité des droits ou en faveur de la paix. Ce mouvement s’attaque à des individus. Ses mécanismes sont ceux des persécuteurs. Je ne vois rien de progressiste là-dedans. Les réseaux sociaux ont un effet accélérateur et ils renforcent une mentalité de meute: la foule est anonyme. Ils ne demandent pas non plus beaucoup d’énergie: ces prétendus activistes restent chez eux derrière leur écran. Parce qu’on a posté quelque chose sur internet, on a l’impression d’avoir agi dans la réalité. Mais c’est aussi redoutablement efficace: les gens sont contraints au silence. Un professeur qui perd son poste, et ce sont des centaines qui se taisent. Dans les universités, les gens ont peur, le pouvoir appartient à ceux qui crient le plus fort. Ce qui me trouble le plus, c’est que ce mouvement possède des caractéristiques quasi religieuses et absolutistes. Il n’y a pas de pardon ni de rédemption, juste la damnation. Paul reste Saul et Marie-Madeleine reste une prostituée pour l’éternité. Et le mouvement n’en est qu’à ses débuts. Daniel Kovalik (université de Pittsburgh)
Si on écoute comment des jeunes se parlent entre eux, même très jeunes, justement souvent ceux issus de l’immigration, ils s’interpellent sur le mode de l’assignation identitaire. « Le « rebeu » pour l’arabe, « le renoi » pour le noir, lorsque ce n’est pas « le negro », le « céfran » pour le Français, le « feuj » pour le juif, etc. On prend cela avec légèreté, un côté rigolade, telle la culture banale des quartiers, mais cela peut être très violent. En réalité, il y a là une tendance à renvoyer chacun à ses origines, à la couleur, à la nationalité ou à la religion des uns et des autres. Et cela n’est pas sans conséquence. Il suffit d’aller sur un Forum comme celui, féminin, dédié au mariage entre « arabe et noir » pour s’en rendre compte, voir les dégâts bien réels de ces assignations, qui expriment des fonctionnements communautaires et même communautaristes puissants, interdisant le mélange. (…) Il y a ainsi de nombreux témoignages qui s’enchaînent, avec des échanges qui révèlent très bien certaines fractures de notre société, qui à ne pas être mises en lumière se perpétuent sur notre territoire, avec des situations hors droit, discriminatoires qui peuvent être terribles, et devraient être dénoncées et combattues comme intolérables. « T’es arabe et tu sors avec une Noire ? T’as pété les plombs ! » titrait une courte enquête sur le sujet de l’Obs, qui développait : « Amine, franco-marocain, aime Sadio, franco-malienne. Dans leur cité, l’intolérance de leurs familles les oblige à cacher leur relation. » Les choses se précisent dans les témoignages : « « Les Arabes et les Noirs vivent ensemble dans les blocs, s’apprécient. Mais la limite, c’est l’amitié. Un mariage, c’est niet. Chacun à sa place. » Ou encore, sous un jour plus cru : « Certains anciens de chez nous pensent que leur communauté vaut mieux que l’autre. Genre un Noir est mieux qu’un Arabe ou l’inverse, qu’un Algérien est mieux qu’un Marocain. Ils transmettent ça à leurs enfants. Ça va au-delà d’une religion ou d’une couleur de peau. » On nous dit encore que les uns et les autres « ne sont pas disposés à accepter le métissage » et même que « Si elle ne ramène pas quelqu’un à la maison, j’ai peur que ses parents ne commencent à lui forcer la main. Toutes ses sœurs, même les deux petites, sont mariées. » Cela laissant supposer le risque d’un mariage forcé, en reflet d’une Mission à l’égalité de la Région Ile de France qui a pu à un moment alerter sur la recrudescence de ce type de pratique. Mesure-t-on bien ce que cela signifie de rupture avec un mode de vie, une liberté qui en France aujourd’hui est fondée sur l’autonomie de la personne ? La rupture avec le processus d’intégration que cela signifie ? Et ce que cela indique comme enjeu concernant la maîtrise des flux migratoires, afin de créer les conditions d’une intégration réussie de ceux qui arrivent sur notre sol ? Ce qui donc exige le respect de nos valeurs et principes républicains, hors de quoi nous ne pouvons aller que vers de graves difficultés. (…) Nous sommes dans une situation où la question du racisme et des discriminations est dominée par l’idéologie de groupuscules tels que les indigènes de la République et autres décoloniaux, qui s’auto-assignent au statut de racisés, militent pour un séparatisme selon les différences largement relayé par bien des élites médiatiques acquises au modèle anglo-saxon du multiculturalisme. Selon cette idéologie, le racisme ou les discriminations ne pourraient s’appliquer qu’au regard de rapports de domination hérités, reproduits, en droite ligne du colonialisme ou encore, de l’esclavage, et donc, impliquant la seule responsabilité des blancs. Cette vision fantasmatique, qui sert les dessins d’un véritable projet politique, élude la question de la lutte universelle contre tout sentiment raciste, d’où qu’il vienne. On n’est pas sérieux sur ce sujet, à mettre en accusation permanente l’Etat républicain d’un racisme systémique sous l’influence de l’affaire George Floyd, comme s’y était aussi égaré l’ancien Défenseur des droits Jacques Toubon, pendant que dans l’ombre de ces logiques communautaires des discriminations massives s’opèrent. La République n’a jamais toléré sous sa bannière ni l’esclavage ni la traite (Première abolition 1794, Première République, seconde abolition définitive 1848, Seconde République). Comme l’historien Marc Ferro le voyait dans son ouvrage majeur « le livre noir du colonialisme », qui nous a malheureusement récemment quitté, bien des altermondialistes qui n’hésitent pas à dénoncer la traite occidentale détournent le regard lorsqu’il est question de la même pratique dans l’histoire du monde arabo-musulman. Une certaine gauche ne s’en sort pas. N’oublions pas que derrière cela, il y a aussi une bonne dose de tension avec notre société, et des risques de radicalisation régulièrement soulignés par les enquêtes menées sur le sujet, indiquant que le communautarisme en est le terreau principal. Comment ne pourrait-il pas y avoir risque d’affrontement avec une partie de notre société, alors que des pratiques traditionnelles ou religieuses qui lui sont totalement contraires ne sont pas nommées, et donc, pas contrées, corrigées. Il faut ici sortir du déni, et cela devient de plus en plus urgent et vital. La loi « contre le séparatisme » rebaptisée « confortant le respect des principes républicains », prévoit bien l’interdiction des certificats de virginité délivrés par des professionnels de santé, ce qui est une bonne chose, précédant souvent des mariages arrangés voire forcés. Mais cela ne saurait suffire pour s’attaquer réellement à des systèmes organisés qui ne disent pas leur nom. Curieusement, certains articles sur l’événement, s’ils rendent compte du caractère raciste des faits, c’est sans donner l’information que l’individu qui a agressé le livreur parce qu’il était noir, s’est réclamé d’être algérien. Ce qui n’est pourtant pas banal et souligne un enjeu intercommunautaire qui ainsi risque de passer sous les radars. Le racisme n’est pas une opinion !», a réagi Marlène Schiappa, la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, et la Licra s’est mise sur le dossier, tout en dénonçant cet acte odieux. (…) Dans l’enquête de l’Obs sur ce refus du métissage entre « communautés », à travers le refus de l’union entre descendants d’immigrés souvent français nés sur le sol de France, comme entre personnes noires et arabes, un témoignage vient souligner un aspect laissé dans l’ombre de l’histoire : « Faut dire aussi que dans nos bleds, il y a certains préjugés. Au Maroc, l’Afrique noire renvoie parfois à des choses négatives. La pauvreté, la maladie et même, pour certains, l’esclavage. » Il se trouve précisément, que lors de l’agression du livreur, celui-ci aurait été pris à parti par l’auteur se présentant comme algérien, selon un témoin, comme suit : « Il l’a traité d’esclave. » et plus encore « pendant 800 ans on vous a vendus comme du bétail » Une référence récurrente. On oublie un peu vite que l’esclavage et la traite d’origine arabo-musulmane furent considérables sur une très longue période, et que cela peut rester très ancré dans des rapports des uns envers les autres, dont l’héritage a du mal de toute évidence à évoluer. Un aspect de l’histoire qui d’ailleurs est rayé de la connaissance commune, à la faveur d’une loi dite Taubira qui a qualifié de « crime contre l’humanité » la traite et l’esclavage d’origine occidentale (environ 11 millions d’êtres humains), mais rien sur les autres traites, que ce soit celle exercée entre tribus africaines (environ 14 millions) ou encore celle propre à la domination arabo-musulmane de l’Afrique pendant des siècles (environ 17 millions). Il est évident que tant que l’on occultera l’histoire pour de très mauvaises raisons politiques sinon au nom d’on ne sait quelle mauvaise conscience, certains comportements, certaines traditions d’un autre âge, perdureront. Faire un véritable travail de prévention passe ici par l’école, l’éducation. Ce qu’il faut, c’est lever les tabous dans ce domaine, en enseignant l’esclavage et la traite, comme un phénomène historique qui a traversé bien des sociétés, mais qui n’a pas été aboli partout, et que seuls les régimes démocratiques en protègent, en en interdisant le retour. Cela passe par en finir avec ce relativisme culturel qui s’appuie sur l’idée de la reconnaissance de la « diversité » comme sacrée, désignée comme nouvelle dimension fondamentale des droits humains, de façon abstraite, pour mettre toutes les sociétés sur le même plan. Guylain Chevrier

Attention: un racisme systémique peut en cacher un autre !

A l’heure où s’installent dans les espaces jusqu’ici feutrés et privilégiés des universités américaines …

Dignes des plus belles années du bolchévisme ou de la révolution culturelle chinoise …

Sous couvert d’une  ingénieuse coalition de minorités qui finissent, tout en invoquant constamment leur statut de minorité, par faire majorité …

Rien de moins qu’une police de la pensée et le plus pervers des terrorismes intellectuels…

Appuyés à l’occasion, entre antifas et Black Lives Matter, par leurs véritables sections d’assaut

Maintenant les professeurs, entre séances publiques d’auto-critique et crainte de perdre leur poste, dans une sorte de déni permanent …

Au seul motif, en une sorte de racisme inversé, de leur seule couleur de peau trop claire …

Marque indélébile et inexpiable de leur racisme systémique …

Et au lendemain d’une énième agression du Hamas contre les civils israéliens

Qui à nouveau a montré ce que peut produire sur le terrain et dans le monde réel …

Entre pluie de missiles, pogroms et montée de l’antisémitisme …

A Gaza ou Haifa comme à New York ou Paris …

Véritable « blacklivesmatterisation » de ce conflit comme de tous les autres …
La grille racialiste blancs oppresseurs/colorés opprimés reprise sans aucune discrimination par la nouvelle Administration Biden et ses laquais médiatiques

Faisant passer l’Etat d’Israël de la réconciliation historique avec le Monde arabe, que lui avaient valu les Accords d’Abraham de Trump,  à la plus vile condamnation en Occident

Quelle meilleure démonstration plus près de chez nous à Cergy …

Après en plein Paris hier à une procession catholique agressée par une bande d’antifas
De l’ineptie, qui s’impose progressivement partout, de cette nouvelle doxa du seul racisme systémique blanc …
Que ce rare accès de vérité, derrière la furie du moment, de cet employé de restaurant algérien revendiqué …
Rappelant, par le geste et la parole, à un livreur africain …
A la fois la réalité, ordinairement niée, des 800 ans d’esclavage que ses ancêtres arabes revendiqués avaient imposés aux ascendants de celui-ci …
Et dans les coups mêmes qu’il lui infligeait, tout le racisme lui aussi souvent nié
Que, loin des ouvrages savants et des caméras de télévision, cette histoire pouvait encore charrier …
Dans nombre des échanges entre les différentes communautés de ces quartiers dits « sensibles » ?
Les insultes racistes proférées à Cergy par un homme se décrivant comme algérien à l’encontre d’un livreur noir ont été largement reprises sur les réseaux sociaux.
Guylain Chevrier
Atlantico
1er juin 2021
Atlantico : Les insultes racistes proférées à Cergy par un homme se décrivant comme algérien à l’encontre d’un livreur noir qu’il a violemment agressé, ont été largement reprises sur les réseaux sociaux. Un cas révélateur d’une situation réelle mais qui semble peu évoquée dans les médias. Au-delà de cette affaire, le racisme intercommunautaire est-il important dans la société française ? Où et dans quelle mesure le trouve-t-on ?
Guylain Chevrier : Si on écoute comment des jeunes se parlent entre eux, même très jeunes, justement souvent ceux issus de l’immigration, ils s’interpellent sur le mode de l’assignation identitaire. « Le « rebeu » pour l’arabe, « le renoi » pour le noir, lorsque ce n’est pas « le negro », le « céfran » pour le Français, le « feuj » pour le juif, etc. On prend cela avec légèreté, un côté rigolade, telle la culture banale des quartiers, mais cela peut être très violent. En réalité, il y a là une tendance à renvoyer chacun à ses origines, à la couleur, à la nationalité ou à la religion des uns et des autres. Et cela n’est pas sans conséquence. Il suffit d’aller sur un Forum comme celui, féminin, dédié au mariage entre « arabe et noir » pour s’en rendre compte, voir les dégâts bien réels de ces assignations, qui expriment des fonctionnements communautaires et même communautaristes puissants, interdisant le mélange.
Extrait « Salem, je suis musulmane d’origine algérienne et sa fait 5 ans que je suis avec un musulman d’origine malienne. Notre histoire est très sincère et sérieuse, nous voulons faire notre vie ensemble mais le souci est que mon père n’accepte pas que je puisse me marier avec un noir, je compte faire le mariage religieux en prenant l’imam comme tuteur (c’est autoriser en cas de refus de la part du ‘vrai’ tuteur) mais sans la bénédiction de mon père c’est dur, il ne veut plus me parler ainsi que ma famille et je le vis mal… » Il y a ainsi de nombreux témoignages qui s’enchaînent, avec des échanges qui révèlent très bien certaines fractures de notre société, qui à ne pas être mises en lumière se perpétuent sur notre territoire, avec des situations hors droit, discriminatoires qui peuvent être terribles, et devraient être dénoncées et combattues comme intolérables.
« T’es arabe et tu sors avec une Noire ? T’as pété les plombs ! » titrait une courte enquête sur le sujet de l’Obs, qui développait : « Amine, franco-marocain, aime Sadio, franco-malienne. Dans leur cité, l’intolérance de leurs familles les oblige à cacher leur relation. » Les choses se précisent dans les témoignages : « « Les Arabes et les Noirs vivent ensemble dans les blocs, s’apprécient. Mais la limite, c’est l’amitié. Un mariage, c’est niet. Chacun à sa place. » Ou encore, sous un jour plus cru : « Certains anciens de chez nous pensent que leur communauté vaut mieux que l’autre. Genre un Noir est mieux qu’un Arabe ou l’inverse, qu’un Algérien est mieux qu’un Marocain. Ils transmettent ça à leurs enfants. Ça va au-delà d’une religion ou d’une couleur de peau. » On nous dit encore que les uns et les autres « ne sont pas disposés à accepter le métissage » et même que « Si elle ne ramène pas quelqu’un à la maison, j’ai peur que ses parents ne commencent à lui forcer la main. Toutes ses sœurs, même les deux petites, sont mariées. » Cela laissant supposer le risque d’un mariage forcé, en reflet d’une Mission à l’égalité de la Région Ile de France qui a pu à un moment alerter sur la recrudescence de ce type de pratique.
Mesure-t-on bien ce que cela signifie de rupture avec un mode de vie, une liberté qui en France aujourd’hui est fondée sur l’autonomie de la personne ? La rupture avec le processus d’intégration que cela signifie ? Et ce que cela indique comme enjeu concernant la maîtrise des flux migratoires, afin de créer les conditions d’une intégration réussie de ceux qui arrivent sur notre sol ? Ce qui donc exige le respect de nos valeurs et principes républicains, hors de quoi nous ne pouvons aller que vers de graves difficultés.
Ce sujet demeure-t-il encore tabou ? S’il est admis de faire des recherches sur le racisme dans la société française, n’est-il pas difficile d’évoquer des cas de racisme entre des communautés décrites par une certaine gauche comme des minorités dominées ?
Nous sommes dans une situation où la question du racisme et des discriminations est dominée par l’idéologie de groupuscules tels que les indigènes de la République et autres décoloniaux, qui s’autoassignent au statut de racisés, militent pour un séparatisme selon les différences largement relayé par bien des élites médiatiques acquises au modèle anglo-saxon du multiculturalisme. Selon cette idéologie, le racisme ou les discriminations ne pourraient s’appliquer qu’au regard de rapports de domination hérités, reproduits, en droite ligne du colonialisme ou encore, de l’esclavage, et donc, impliquant la seule responsabilité des blancs. Cette vision fantasmatique, qui sert les dessins d’un véritable projet politique, élude la question de la lutte universelle contre tout sentiment raciste, d’où qu’il vienne.
On n’est pas sérieux sur ce sujet, à mettre en accusation permanente l’Etat républicain d’un racisme systémique sous l’influence de l’affaire Georges Floyd, comme s’y était aussi égaré l’ancien Défenseur des droits Jacques Toubon, pendant que dans l’ombre de ces logiques communautaires des discriminations massives s’opèrent. La République n’a jamais toléré sous sa bannière ni l’esclavage ni la traite (Première abolition 1794, Première République, seconde abolition définitive 1848, Seconde République). Comme l’historien Marc Ferro le voyait dans son ouvrage majeur « le livre noir du colonialisme », qui nous a malheureusement récemment quitté, bien des altermondialistes qui n’hésitent pas à dénoncer la traite occidentale détournent le regard lorsqu’il est question de la même pratique dans l’histoire du monde arabo-musulman. Une certaine gauche ne s’en sort pas.
N’oublions pas que derrière cela, il y a aussi une bonne dose de tension avec notre société, et des risques de radicalisation régulièrement soulignés par les enquêtes menées sur le sujet, indiquant que le communautarisme en est le terreau principal. Comment ne pourrait-il pas y avoir risque d’affrontement avec une partie de notre société, alors que des pratiques traditionnelles ou religieuses qui lui sont totalement contraires ne sont pas nommées, et donc, pas contrées, corrigées. Il faut ici sortir du déni, et cela devient de plus en plus urgent et vital. La loi « contre le séparatisme » rebaptisée « confortant le respect des principes républicains », prévoit bien l’interdiction des certificats de virginité délivrés par des professionnels de santé, ce qui est une bonne chose, précédant souvent des mariages arrangés voire forcés. Mais cela ne saurait suffire pour s’attaquer réellement à des systèmes organisés qui ne disent pas leur nom.
Curieusement, certains articles sur l’événement, s’ils rendent compte du caractère raciste des faits, c’est sans donner l’information que l’individu qui a agressé le livreur parce qu’il était noir, s’est réclamé d’être algérien. Ce qui n’est pourtant pas banal et souligne un enjeu intercommunautaire qui ainsi risque de passer sous les radars. Le racisme n’est pas une opinion !», a réagi Marlène Schiappa, la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, et la Licra s’est mise sur le dossier, tout en dénonçant cet acte odieux.
Ce racisme est-il toujours lié à une réalité historique sur laquelle un travail de fond doit être fait ?
Dans l’enquête de l’Obs sur ce refus du métissage entre « communautés », à travers le refus de l’union entre descendants d’immigrés souvent français nés sur le sol de France, comme entre personnes noires et arabes, un témoignage vient souligner un aspect laissé dans l’ombre de l’histoire : « Faut dire aussi que dans nos bleds, il y a certains préjugés. Au Maroc, l’Afrique noire renvoie parfois à des choses négatives. La pauvreté, la maladie et même, pour certains, l’esclavage. » Il se trouve précisément, que lors de l’agression du livreur, celui-ci aurait été pris à parti par l’auteur se présentant comme algérien, selon un témoin, comme suit : « Il l’a traité d’esclave. » et plus encore « pendant 800 ans on vous a vendus comme du bétail » Une référence récurrente. On oublie un peu vite que l’esclavage et la traite d’origine arabo-musulmane furent considérables sur une très longue période, et que cela peut rester très ancré dans des rapports des uns envers les autres, dont l’héritage a du mal de toute évidence à évoluer. Un aspect de l’histoire qui d’ailleurs est rayé de la connaissance commune, à la faveur d’une loi dite Taubira qui a qualifié de « crime contre l’humanité » la traite et l’esclavage d’origine occidentale (environ 11 millions d’êtres humains), mais rien sur les autres traites, que ce soit celle exercée entre tribus africaines (environ 14 millions) ou encore celle propre à la domination arabo-musulmane de l’Afrique pendant des siècles (environ 17 millions). Il est évident que tant que l’on occultera l’histoire pour de très mauvaises raisons politiques sinon au nom d’on ne sait quelle mauvaise conscience, certains comportements, certaines traditions d’un autre âge, perdureront.
Faire un véritable travail de prévention passe ici par l’école, l’éducation. Ce qu’il faut, c’est lever les tabous dans ce domaine, en enseignant l’esclavage et la traite, comme un phénomène historique qui a traversé bien des sociétés, mais qui n’a pas été aboli partout, et que seuls les régimes démocratiques en protègent, en en interdisant le retour. Cela passe par en finir avec ce relativisme culturel qui s’appuie sur l’idée de la reconnaissance de la « diversité » comme sacrée, désignée comme nouvelle dimension fondamentale des droits humains, de façon abstraite, pour mettre toutes les sociétés sur le même plan. Ce dont il découle que considérer que telle société est moins développée qu’une autre en raison d’une forte fécondité liée à des croyances religieuses ou à la polygamie, pratiques appauvrissant la population, ce serait du racisme. C’est absurde. Ne pas vouloir le voir c’est laisser se reproduire certains aspects néfastes des cultures dont certaines traditions derrière le mot diversité qui cache des régressions que l’on ne prévient ainsi pas. C’est seulement lorsque l’on se considère comme des égaux que l’on peut se mélanger et donc, entre individus de droit et non, si on se considère d’abord comme relevant de telle ou telle prédestination identitaire. C’est même la meilleure arme contre le racisme. L’ONU elle-même qui défend bien plus les droits des minorités que l’égalité des droits a aussi ici ses responsabilités.
On doit mettre la conquête de l’égalité des droits et les responsabilités qu’elle engage, au titre des devoirs communs, au sommet de nos valeurs, comme acquis fondamental, bien universel devant l’histoire ! Voilà ce qui devrait pouvoir dessiner un destin commun à l’humanité par-delà les différences. Peut-être alors, pourrons-nous déjouer ces logiques préjudiciables pour la vie de bien des individus, ainsi que pour notre nation et plus généralement pour l’émancipation de tous, et espérer que le monde puisse devenir celui de citoyens libres et responsables.
« Si on écoute comment des jeunes se parlent entre eux, même très jeunes, justement souvent ceux issus de l’immigration, ils s’interpellent sur le mode de l’assignation identitaire. « Le « rebeu » pour l’arabe, « le renoi » pour le noir, lorsque ce n’est pas « le negro », le « céfran » pour le Français, le « feuj » pour le juif, etc. On prend cela avec légèreté, un côté rigolade, telle la culture banale des quartiers, mais cela peut être très violent. En réalité, il y a là une tendance à renvoyer chacun à ses origines, à la couleur, à la nationalité ou à la religion des uns et des autres. Et cela n’est pas sans conséquence. Il suffit d’aller sur un Forum comme celui, féminin, dédié au mariage entre « arabe et noir » pour s’en rendre compte, voir les dégâts bien réels de ces assignations, qui expriment des fonctionnements communautaires et même communautaristes puissants, interdisant le mélange. (…) Il y a ainsi de nombreux témoignages qui s’enchaînent, avec des échanges qui révèlent très bien certaines fractures de notre société, qui à ne pas être mises en lumière se perpétuent sur notre territoire, avec des situations hors droit, discriminatoires qui peuvent être terribles, et devraient être dénoncées et combattues comme intolérables. « T’es arabe et tu sors avec une Noire ? T’as pété les plombs ! » titrait une courte enquête sur le sujet de l’Obs, qui développait : « Amine, franco-marocain, aime Sadio, franco-malienne. Dans leur cité, l’intolérance de leurs familles les oblige à cacher leur relation. » Les choses se précisent dans les témoignages : « « Les Arabes et les Noirs vivent ensemble dans les blocs, s’apprécient. Mais la limite, c’est l’amitié. Un mariage, c’est niet. Chacun à sa place. » Ou encore, sous un jour plus cru : « Certains anciens de chez nous pensent que leur communauté vaut mieux que l’autre. Genre un Noir est mieux qu’un Arabe ou l’inverse, qu’un Algérien est mieux qu’un Marocain. Ils transmettent ça à leurs enfants. Ça va au-delà d’une religion ou d’une couleur de peau. » On nous dit encore que les uns et les autres « ne sont pas disposés à accepter le métissage » et même que « Si elle ne ramène pas quelqu’un à la maison, j’ai peur que ses parents ne commencent à lui forcer la main. Toutes ses sœurs, même les deux petites, sont mariées. » Cela laissant supposer le risque d’un mariage forcé, en reflet d’une Mission à l’égalité de la Région Ile de France qui a pu à un moment alerter sur la recrudescence de ce type de pratique. Mesure-t-on bien ce que cela signifie de rupture avec un mode de vie, une liberté qui en France aujourd’hui est fondée sur l’autonomie de la personne ? La rupture avec le processus d’intégration que cela signifie ? Et ce que cela indique comme enjeu concernant la maîtrise des flux migratoires, afin de créer les conditions d’une intégration réussie de ceux qui arrivent sur notre sol ? Ce qui donc exige le respect de nos valeurs et principes républicains, hors de quoi nous ne pouvons aller que vers de graves difficultés. (…) Nous sommes dans une situation où la question du racisme et des discriminations est dominée par l’idéologie de groupuscules tels que les indigènes de la République et autres décoloniaux, qui s’autoassignent au statut de racisés, militent pour un séparatisme selon les différences largement relayé par bien des élites médiatiques acquises au modèle anglo-saxon du multiculturalisme. Selon cette idéologie, le racisme ou les discriminations ne pourraient s’appliquer qu’au regard de rapports de domination hérités, reproduits, en droite ligne du colonialisme ou encore, de l’esclavage, et donc, impliquant la seule responsabilité des blancs. Cette vision fantasmatique, qui sert les dessins d’un véritable projet politique, élude la question de la lutte universelle contre tout sentiment raciste, d’où qu’il vienne. On n’est pas sérieux sur ce sujet, à mettre en accusation permanente l’Etat républicain d’un racisme systémique sous l’influence de l’affaire George Floyd, comme s’y était aussi égaré l’ancien Défenseur des droits Jacques Toubon, pendant que dans l’ombre de ces logiques communautaires des discriminations massives s’opèrent. La République n’a jamais toléré sous sa bannière ni l’esclavage ni la traite (Première abolition 1794, Première République, seconde abolition définitive 1848, Seconde République). Comme l’historien Marc Ferro le voyait dans son ouvrage majeur « le livre noir du colonialisme », qui nous a malheureusement récemment quitté, bien des altermondialistes qui n’hésitent pas à dénoncer la traite occidentale détournent le regard lorsqu’il est question de la même pratique dans l’histoire du monde arabo-musulman. Une certaine gauche ne s’en sort pas. N’oublions pas que derrière cela, il y a aussi une bonne dose de tension avec notre société, et des risques de radicalisation régulièrement soulignés par les enquêtes menées sur le sujet, indiquant que le communautarisme en est le terreau principal. Comment ne pourrait-il pas y avoir risque d’affrontement avec une partie de notre société, alors que des pratiques traditionnelles ou religieuses qui lui sont totalement contraires ne sont pas nommées, et donc, pas contrées, corrigées. Il faut ici sortir du déni, et cela devient de plus en plus urgent et vital. La loi « contre le séparatisme » rebaptisée « confortant le respect des principes républicains », prévoit bien l’interdiction des certificats de virginité délivrés par des professionnels de santé, ce qui est une bonne chose, précédant souvent des mariages arrangés voire forcés. Mais cela ne saurait suffire pour s’attaquer réellement à des systèmes organisés qui ne disent pas leur nom. Curieusement, certains articles sur l’événement, s’ils rendent compte du caractère raciste des faits, c’est sans donner l’information que l’individu qui a agressé le livreur parce qu’il était noir, s’est réclamé d’être algérien. Ce qui n’est pourtant pas banal et souligne un enjeu intercommunautaire qui ainsi risque de passer sous les radars. Le racisme n’est pas une opinion !», a réagi Marlène Schiappa, la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, et la Licra s’est mise sur le dossier, tout en dénonçant cet acte odieux. (…) Dans l’enquête de l’Obs sur ce refus du métissage entre « communautés », à travers le refus de l’union entre descendants d’immigrés souvent français nés sur le sol de France, comme entre personnes noires et arabes, un témoignage vient souligner un aspect laissé dans l’ombre de l’histoire : « Faut dire aussi que dans nos bleds, il y a certains préjugés. Au Maroc, l’Afrique noire renvoie parfois à des choses négatives. La pauvreté, la maladie et même, pour certains, l’esclavage. » Il se trouve précisément, que lors de l’agression du livreur, celui-ci aurait été pris à parti par l’auteur se présentant comme algérien, selon un témoin, comme suit : « Il l’a traité d’esclave. » et plus encore « pendant 800 ans on vous a vendus comme du bétail » Une référence récurrente. On oublie un peu vite que l’esclavage et la traite d’origine arabo-musulmane furent considérables sur une très longue période, et que cela peut rester très ancré dans des rapports des uns envers les autres, dont l’héritage a du mal de toute évidence à évoluer. Un aspect de l’histoire qui d’ailleurs est rayé de la connaissance commune, à la faveur d’une loi dite Taubira qui a qualifié de « crime contre l’humanité » la traite et l’esclavage d’origine occidentale (environ 11 millions d’êtres humains), mais rien sur les autres traites, que ce soit celle exercée entre tribus africaines (environ 14 millions) ou encore celle propre à la domination arabo-musulmane de l’Afrique pendant des siècles (environ 17 millions). Il est évident que tant que l’on occultera l’histoire pour de très mauvaises raisons politiques sinon au nom d’on ne sait quelle mauvaise conscience, certains comportements, certaines traditions d’un autre âge, perdureront. Faire un véritable travail de prévention passe ici par l’école, l’éducation. Ce qu’il faut, c’est lever les tabous dans ce domaine, en enseignant l’esclavage et la traite, comme un phénomène historique qui a traversé bien des sociétés, mais qui n’a pas été aboli partout, et que seuls les régimes démocratiques en protègent, en en interdisant le retour. Cela passe par en finir avec ce relativisme culturel qui s’appuie sur l’idée de la reconnaissance de la « diversité » comme sacrée, désignée comme nouvelle dimension fondamentale des droits humains, de façon abstraite, pour mettre toutes les sociétés sur le même plan. Ce dont il découle que considérer que telle société est moins développée qu’une autre en raison d’une forte fécondité liée à des croyances religieuses ou à la polygamie, pratiques appauvrissant la population, ce serait du racisme. C’est absurde. Ne pas vouloir le voir c’est laisser se reproduire certains aspects néfastes des cultures dont certaines traditions derrière le mot diversité qui cache des régressions que l’on ne prévient ainsi pas. C’est seulement lorsque l’on se considère comme des égaux que l’on peut se mélanger et donc, entre individus de droit et non, si on se considère d’abord comme relevant de telle ou telle prédestination identitaire. C’est même la meilleure arme contre le racisme. L’ONU elle-même qui défend bien plus les droits des minorités que l’égalité des droits a aussi ici ses responsabilités. On doit mettre la conquête de l’égalité des droits et les responsabilités qu’elle engage, au titre des devoirs communs, au sommet de nos valeurs, comme acquis fondamental, bien universel devant l’histoire ! Voilà ce qui devrait pouvoir dessiner un destin commun à l’humanité par-delà les différences. Peut-être alors, pourrons-nous déjouer ces logiques préjudiciables pour la vie de bien des individus, ainsi que pour notre nation et plus généralement pour l’émancipation de tous, et espérer que le monde puisse devenir celui de citoyens libres et responsables. »

<Voir aussi:

Georgetown, fac américaine livrée à la culture de l’annulation

ENQUÊTE – Le moindre «écart de langage» d’un professeur permet à certains militants de le clouer au pilori et de ruiner sa carrière. S’estimant persécutées, les minorités américaines prennent le pouvoir sur les campus. Les réseaux sociaux renforcent une mentalité de meute.
Adrien Jaulmes
Le Figaro
30/05/2021

À la fin de l’un de ses cours à la faculté de droit de l’université Georgetown, à Washington DC, au mois de février dernier, la professeur Sandra Sellers discute avec un collègue, David Batson. Pour cause de pandémie, le cours a eu lieu via le logiciel de vidéo- conférence Zoom et les deux professeurs sont restés connectés après que les étudiants sont déjà partis. «Tu sais quoi? dit Sellers à son collègue, j’ai horreur de dire ça, mais je finis par avoir cette angoisse chaque semestre, parce que beaucoup de mes étudiants avec les plus mauvaises notes sont des Noirs.» «Ça arrive presque tous les semestres, poursuit-elle. Et c’est toujours pareil, on va me dire: “Oh, allez! Vous savez, vous en avez aussi de très bons.” Mais il y en a aussi généralement qui sont tout simplement en bas du classement.» Batson ne répond pas, mais opine de la tête. Plus personne n’est connecté, mais le système continue à enregistrer leur conversation. L’accès à la vidéo est cependant limité, par mot de passe, aux étudiants de la faculté.

Deux semaines plus tard, début mars, un extrait filmé de leur dialogue est publié sur Twitter par un étudiant. Il déclenche un scandale qui se répand à toute vitesse sur le campus. L’association des étudiants noirs de la faculté de droit réagit en publiant sur Facebook un communiqué réclamant la sanction immédiate des deux professeurs. «Nous ne demandons rien de moins que le licenciement immédiat de Sandra Sellers. Pas de suspension. Pas d’enquête. L’université doit prendre des mesures rapides et définitives face à un racisme flagrant et éhonté. (…) Ces déclarations racistes révèlent non seulement les véritables convictions de Sellers sur les étudiants noirs, mais elles illustrent également les préjugés conscients et inconscients systématiquement présents dans la notation des étudiants en droit à Georgetown et dans les facultés de droit du pays. La différence, c’est que Sellers s’est fait prendre et que son racisme a été diffusé aux yeux du monde entier.»

Le doyen de la faculté de droit, Bill Treanor, réagit aussitôt. «Nous prenons cette situation avec le plus grand sérieux. J’ai regardé une vidéo de cette conversation et je trouve le contenu odieux, écrit-il dans un communiqué. J’ai informé le professeur Sellers que je mettais fin à son contrat avec la faculté de droit de Georgetown avec effet immédiat… Le professeur Batson a été placé en congé administratif en attendant l’enquête du Bureau de la diversité, de l’équité et de l’action positive, dont les résultats guideront nos prochaines étapes. Jusqu’à la fin de l’enquête, le professeur Batson ne participera plus au cours dans lequel l’incident s’est produit.»

«Les mots seuls ne suffiront pas, je le sais, à nous faire avancer, poursuit le doyen. Pourtant, je veux commencer par présenter des excuses aux étudiants, au corps enseignant, au personnel et aux anciens élèves qui ont été touchés par cet incident. J’attends plus de cette école de droit que ce que nous avons vu dans cette vidéo. Nous pouvons faire mieux et nous le ferons.»

Âgée de 62 ans, experte juridique spécialisée dans la médiation et la négociation de litiges en matière de propriété intellectuelle, Sandra Sellers fait acte de contrition. «Je suis profondément désolée pour mes remarques blessantes et déplacées, écrit-elle en annonçant son départ. Bien que la vidéo soit un extrait d’une discussion plus longue… cela ne diminue en rien l’insensibilité dont j’ai fait preuve. Je ne ferais jamais rien pour blesser intentionnellement mes étudiants ou la faculté de droit de Georgetown et j’aimerais pouvoir retirer mes paroles. Indépendamment de mon intention, j’ai causé un préjudice irréparable et j’en suis vraiment désolée. Pour cette raison, je démissionne immédiatement et volontairement de mon poste de professeur auxiliaire.»

L’Association des étudiants noirs exige aussi des «excuses publiques du professeur David Batson pour son incapacité à condamner de manière adéquate les déclarations de Sellers». Elle les obtient: «Je comprends que j’ai manqué l’occasion de répondre de manière plus directe au contenu inapproprié de ces remarques, écrit Batson. Je m’en excuse sincèrement. Cette expérience m’a donné, et j’espère à d’autres, une occasion inestimable de reconsidérer les actions à entreprendre lorsque nous sommes confrontés à des remarques sensibles.»

«Suprématie blanche sous-jacente»

Le doyen annonce une série de nouvelles mesures: la mise en place dès la rentrée d’une «formation à la non-discrimination» et l’«allocation d’une bourse aux membres du corps enseignant qui souhaitent travailler pendant l’été à l’élaboration de matériel pédagogique traitant de la justice raciale, des inégalités raciales, ainsi que des expériences et de l’action des groupes traditionnellement marginalisés». Mais, surtout, il annonce que les étudiants auront désormais la possibilité de signaler «de façon confidentielle auprès du Bureau de la diversité institutionnelle, de l’équité et de l’action positive» d’éventuels incidents racistes.

Comme de nombreux autres campus américains, l’université Georgetown a expérimenté l’un des effets de la fameuse «cancel culture», ou «culture de l’annulation». Sur les bords du Potomac, dans la vieille ville de Georgetown, cette institution fondée par les jésuites en 1789 est l’une des premières universités catholiques dans ce pays où les établissements les plus prestigieux sont protestants. Elle accueille 12.000 étudiants, venus y vivre une expérience «qui prépare la future génération des citoyens globaux à prendre la direction et faire une différence dans le monde de demain», selon la brochure de l’université.

Les choses n’en restent pas là. Dans les semaines qui suivent, un professeur noir appelle les autres professeurs «non-noirs» à prendre parti plus clairement dans cette affaire. Une déclaration est aussitôt rédigée, dans laquelle les signataires «reconnaissent leur responsabilité en tant que membres non noirs du corps enseignant à s’engager dans un travail constant d’examen et de révision de leurs propres préjugés». Ils «reconnaissent également les nombreux cas où la notion de suprématie blanche, sous-jacente aux idées de mérite, peut contaminer l’évaluation des performances» des étudiants. Presque tous les professeurs de la faculté de droit de Georgetown signent la déclaration.

Lama Abu-Odeh a refusé. Cette professeur de droit d’origine palestino-jordanienne fait partie des rares voix à s’être élevées contre le sort fait à sa collègue, et aussi contre le climat d’intimidation imposé par les associations de militants antiracistes. «Quand cet incident a eu lieu, mes étudiants voulaient en parler, certains ont demandé pourquoi cette enseignante avait été contrainte à la démission, explique-t-elle. Je leur ai dit que notre conversation était enregistrée, et qu’il fallait faire attention, que nous sommes dans une société où l’on doit prendre garde à ce que l’on dit, et que j’étais désolée de cet état de choses.»

«Les professeurs ne sont pas protégés par la direction de l’université, poursuit-elle. Un incident comme celui de Georgetown est un message adressé à chaque professeur: voici ce qui peut vous arriver si vous dites ce qu’il ne faut pas. Et une fois que vous serez qualifié de raciste, personne ne vous soutiendra. Tout le monde dans les universités est terrifié. Toute votre existence professionnelle est entre leurs mains, votre carrière peut s’arrêter du jour au lendemain, vous pouvez tout perdre.»

Lama Abu-Odeh a signé depuis dans la revue en ligne Quillette une lettre ouverte où elle dénonce une «révolution culturelle» en marche à l’université Georgetown. Elle décrypte l’incident comme une prise du pouvoir par «une nouvelle élite dirigeante qui s’empare des institutions universitaires en utilisant son statut de minorité» et contre laquelle les libéraux progressistes sont impuissants à lutter, même quand leurs principes fondamentaux sont foulés aux pieds. «Un de mes collègues a fait remarquer que je gaspillais de précieuses ressources de victimisation en refusant de signer la déclaration des professeurs non noirs en tant que musulmane, palestinienne, femme, blablabla, note-t-elle. C’est là toute l’ingéniosité du régime minoritaire: une coalition de minorités qui, collectivement, forment une majorité, mais qui est néanmoins toujours en mesure d’invoquer son statut de minorité pour préserver son pouvoir. Le pouvoir est présenté comme l’absence de pouvoir pour préserver le pouvoir réel.»

Daniel Kovalik, professeur de droit à l’université de Pittsburgh et militant de gauche traditionnel, se dit effaré par ce nouveau phénomène, auquel il a consacré un récent ouvrage, Cancel this Book (non traduit). «Ces nouveaux militants ne ressemblent pas aux activistes traditionnels, tel que je l’étais moi-même comme étudiant, quand je militais pour l’égalité des droits ou en faveur de la paix. Ce mouvement s’attaque à des individus. Ses mécanismes sont ceux des persécuteurs. Je ne vois rien de progressiste là-dedans», explique ce spécialiste des droits de l’homme. «Les réseaux sociaux ont un effet accélérateur, ajoute-t-il, et ils renforcent une mentalité de meute: la foule est anonyme. Ils ne demandent pas non plus beaucoup d’énergie: ces prétendus activistes restent chez eux derrière leur écran. Parce qu’on a posté quelque chose sur internet, on a l’impression d’avoir agi dans la réalité. Mais c’est aussi redoutablement efficace: les gens sont contraints au silence. Un professeur qui perd son poste, et ce sont des centaines qui se taisent. Dans les universités, les gens ont peur, le pouvoir appartient à ceux qui crient le plus fort.»

«Ce qui me trouble le plus, conclut Daniel Kovalik, c’est que ce mouvement possède des caractéristiques quasi religieuses et absolutistes. Il n’y a pas de pardon ni de rédemption, juste la damnation. Paul reste Saul et Marie-Madeleine reste une prostituée pour l’éternité. Et le mouvement n’en est qu’à ses débuts.»

Voir encore:

Georgetown’s Cultural Revolution
Lama Abu Odeh
Quillette
April 9, 2021

Sandra Sellers, an adjunct professor at Georgetown University’s Law Center, was forced to resign because she was caught on video saying to her colleague and co-teacher David Batson: “I hate to say this… I ended up having this, you know, angst every semester that a lot of my lower ones are blacks. Happens almost every semester. And it’s like, ‘Oh, come on!’ You know? Got some really good ones but there’s usually some that are just plain at the bottom. It drives me crazy. Of course there are the good ones… but come on…” Batson appeared in the video nodding embarrassedly.

The video was a class recording which is only accessible to students in the class and is password protected. The conversation took place after students had logged out and the professors, unaware that the recording of the class ran for 10 minutes after the end of class time, thought they were having a private conversation. A student (not enrolled in the class) posted the video on Twitter and it instantly got thousands of retweets. In response, the dean acted by first referring the culprit professors to the university’s Equity and Diversity Committee for investigation and then, after the Black Law Student Association of Georgetown (BLSA) issued a statement declaring what was said was racist and demanding that Sellers be fired, he terminated Professor Sellers’s contract. Batson was placed on administrative leave pending an investigation by the Diversity Committee, which will also investigate whether the professors’ alleged bias affected the grades they gave their students. He later resigned. The dean described the conversation between him and Sellers as “abhorrent.”

What was interesting was what ensued afterwards. The black faculty at Georgetown Law issued a statement denouncing what Sellers said, describing it as “grounded in white supremacist thought.” The statement argued that Sellers’s comments amounted to a stereotype about black students that inevitably had a negative effect on their performance and called for revisiting all the grades awarded by her. The statement insisted that her comments were not “unique” as the “legacy of white supremacy is insidious” and called on professors who “operate from unspoken white supremacist notions… to examine their own flawed thought patterns and correct them.” A black professor called for non-black faculty to issue a statement “not necessarily in support of the letter already written, but from the position of their privilege within racialized spaces like the classroom” and wondered “in what numbers would such a letter be supported and with what reservations?” Quickly and on cue, a statement by the non-black faculty was drafted in which the signatories “acknowledge[d] [their] responsibility as non-Black faculty members to engage in the constant work of examining and revising [their] own flawed premises.” They also “acknowledge[d] the many levels at which [they] must confront ongoing white supremacist notions underlying ideas of merit that may contaminate assessment and performance.” This sentiment was repeated four times in the statement, each time drafted slightly differently but making the same point. Close to every member of Georgetown Law’s non-black faculty (and others) signed the letter.

I, and a few others, withheld our signatures.

In the face of this overwhelming support by the non-black faculty, two white professors of the boomer generation with plenty of progressive credentials pushed back.

One agreed with the general framing of the incident as described in the statement by the black faculty but worried about the precedent of firing a professor for expressing her views to a colleague in what she had good reason to think was a private conversation, especially as this firing was in violation of Georgetown’s policies on secondary use of videos recording class content. Georgetown’s policy prohibits secondary use of these videos by anyone for any purpose whatsoever, with primary use being confined to students enrolled in the relevant class.

This was followed by another email in which this professor expressed exasperation at the twin statements on the grounds that they handed the political Right an easy target from a culture war perspective and suggested a more earnest effort was needed to address the question of poor performance by minorities at Georgetown Law. If they were performing badly, then surely the faculty needed to figure out ways to better serve them. He called for putting aside the narrow conception of merit which underpinned the poor evaluation of some students, linked as it is to filling vacancies at rich law firms, and suggested instead training students to acquire a range of skills for different types of employment.

The other professor who pushed back complained that the two statements relied overmuch on the notion of “unconscious bias” which presupposed the problem is linked to the shortcomings of particular individuals, when, in fact, “structural racism” is to blame. She expressed sorrow for the destruction of the career of Professor Sellers without due process and insisted that structural racism would not be cured by diversity training but required the thoughtful use of additional resources for “unprepared low performing students”. She went on to advocate that we redesign our courses so that they’re more reflective of the experiences of minority groups. While she began her email by describing the torment she went through on whether to “sign or not sign” the statement by the non-black faculty, the male professor expressed his opinion without, in his words, “sugar coating it,” and described the statement by non-black faculty as a form of “virtue signaling.”

Both of these statements were met by silence.

The silence to my mind is telling. It speaks of the lack of resources within progressive thinking that could be drawn upon to resist the trend that has bedeviled American academia over the past few years. The academy is a different place today than it was only a year ago and was different a year ago than it was five years before. Terror and dread fill academic workers, professors, and staff alike, and it is everywhere. Neither the call for distinguishing between unconscious bias and structural racism; nor for dismantling “merit” so that “minorities” succeed, seem able to do the work the authors of these emails want them to do. They fail to deliver responses of the kind, “Let’s just talk about this. Maybe the problem is overdetermined and is not reducible to ‘unconscious bias.’” What they beget instead is a combination of dread and virtuous self-congratulation. These two sentiments, dread married to virtue, constitute to my mind the affective embodiment of progressive ideology prevalent among white liberals as developed in its most privileged space: academia. They are typical. They are two faces of the same coin: flip and you see dread, flip again and you see virtue.

Both of the push-back statements by the rebel academics take it for granted that many of the assumptions made by those within the progressive camp, as represented by the two statements, are correct. One idea, which neither challenges, is that “minorities” are in a bad place in contemporary America simply in virtue of being minorities. Having agreed with this foundational premise, the two dissenters assume that debate is possible on how best to go about fixing the problem. But the problem is the ideology that frames the question in this way.

Progressive liberals are blind to the fact that there is a regime take-over apace everywhere in academic institutions. A new ruling elite is taking over academic institutions by using its “minority status” to exercise a “soft” coup and is appealing to the minoritarianism of progressive ideology to legitimize its coup—or, if you like, to “manufacture consent.” I will call the adherents of this ideology the “progressoriat.”

The reason that challenging any aspect of this dominant ideology is taboo is because it leaves you vulnerable to the charge that you are uncomfortable with the project of empowering minorities—not just the transfers of power from traditional elites to historically disadvantaged groups that has already begun to take place in the academy, but further transfers of power. The only acceptable response when confronted by any aspect of the ideology that has facilitated this coup is to enthusiastically endorse it—to celebrate it. If you’re not a minority, anything less risks being interpreted as dread at the prospect of your own imminent loss of status—or, if you are, as evidence that your soul has been “colonized” by white supremacists. As I said, virtue as the other side of dread.

The position of the progressoriat in relation to this coup is akin to that of communist activists in relation to a communist takeover. At first they see it as representing what they always fought for; then with time they find themselves having to decide whether its first atrocity is to be criticized or understood as necessary; then, when the next atrocity takes place, they feel they must tolerate it because they didn’t object to the first atrocity and, before long, a time comes when any objection can only be made at a huge cost to themselves. The unfolding history of the new coup is being written every day across the domain of academic institutions in the US as the progressoriat watch muffled, hesitant objecting in private, and then, when someone makes their reservations public, finding themselves at risk of being suspended or losing their jobs.

The new elite taking over academic institutions has at its disposal an arsenal of tools to perpetuate its rule. It not only postures as representative of others in the way communists did—the “intelligentsia” representing the worker or the peasant in the latter’s case and representing victim groups in the former’s. The new elite can also represent itself as victims, an opportunity even communists would have baulked at. Members of the new elite have no hesitation at weaponizing their feelings, silencing opponents by claiming they’ve offended them. And, of course, such claims are readily accepted by the progressoriat because of their acceptance that minorities are necessarily oppressed. In this way, the new power elite can present itself as being victims, as well as representing victims. In other words, it has the power to make itself The Cause. This is why the insistence on the ubiquity of unconscious bias is important: it allows the new elite to consolidate their status by continually self-referencing as victims. Bias being everywhere means that the new ruling class, in spite of having seized power, can continue to present themselves as being oppressed. By constantly claiming to be offended, triggering Pavlovian apologies and vows to “do better” from the progressoriat, who appear to have endless reservoirs of self-abnegation, the new elite establishes rituals that renew its rule and solicit ongoing consent to this rule.

The ranks of this new ruling class are refreshed by immigrant academics who come to understand themselves in the way progressivism understands them: as minorities who can also act victim-like if they want—a precious endowment in the cultural academic market. Intersectionality awaits to welcome them and give them a warm hug. They can be treated on principle as black-adjacent. To do that, they quickly learn that they have to concede leadership to their black colleagues as having the greatest claim to victimhood. If they don’t play the victim card, they throw away valuable currency when it comes to shinning up the academy’s greasy pole. A colleague of mine commented that I was wasting precious victimhood resources by refusing to sign the statement by non black faculty: Muslim, Palestinian, woman, dadidadida. This is the cleverness of minoritarian rule: a coalition of minorities that, collectively, form a majority but that is nevertheless always able to invoke its minoritatian status to preserve its power. Power is presented as the absence of power to preserve actual power.

The progressoriat are unable to talk about their impending demise because they have already used their own institutional power over decades to drive away conservatives. They turned their academic institution into a partisan echo chamber. Residing in an echo chamber only increases your moral certitude. Now they are being given a taste of their own brutal medicine. Meantime, the new elite is acting ruthlessly and impatiently and is only happy with declarations of complete submission. Any sign of hesitation on the part of a signatory—”Maybe we should talk about free speech too?”—is met with expressions of exasperation by the all-powerful members of the victim minority faculty. No hesitation or nuance is allowed: nothing but unequivocal loyalty oaths. The progressoriat can only repeat, “I believe in the cause. I believe. I believe. Believe me I believe.”

If this echoes a Maoist take-over, that’s because it is. It passes the sniff test.

Student activists sniffing a transfer of power are pushing it as far as they can, understanding it as part of a general generational take-over of elite institutions. Today’s students show little interest in free speech and appear more interested in moral point-scoring, especially graduate students. Polls show young academics pumped up more on moral steroids than intellectual ones. Why stop when you are winning? The situation is in flux which opens the door for moral entrepreneurs to up the ante. Some enterprising students at Georgetown Law complained to Slate magazine that the dean allowed the Federalist Society to host an event on a multi-racial working class by “three white men.” Moral entrepreneurship means that what it is to be racist is being redefined daily with someone’s demise—an ongoing post-fact articulation of the definition of “bias”—and why not declare conservatism racist while you’re at it?

The new elite in academia is part of a more general phenomenon of the rise of the technocrats who have found a home in the Democratic Party so that academic institutions, who produce these technocrats, are now the direct and unmediated suppliers of a political class whose educated credentials are its claim to rule. Academia has not only become without rival the incubating center of ruling class entitlement—and acts as a result as an extended arm of the Democratic Party—but it has also refashioned itself after the party. Like the latter, the academy acts like a council of elders managing various ethnic tribes residing under its jurisdiction. Note the rush to get out a statement when a minority group has been under assault: a group of sex workers are shot by a sex addict and the President of Harvard rushes out a statement opposing anti-Asian racism (and blaming Trump) because the killer was white and the victims Asians. So did Biden. Technocrats of virtue responding to lobbies of virtue.

The rise of the technocrat is itself reflective of the shift in US liberalism to diversity liberalism. Global capital disenfranchised the white working class by moving its investments overseas and replacing it with a diverse workforce recruited globally through lax enforcement of immigration rules. Technocratic managerialism armed with diversity liberalism is the way global capital rules. Because the white working class has lost power in the process it has to be continually depicted as having earned its demise. It has earned it by being morally compromised: in Hillary Clinton’s words, “the basket of deplorables.” Black elites coming to power as part of this shift feel comfortable exercising class dominance by deriding the white working class as racist. The continual invocation of the storming of the capitol as an expression of white supremacy is par for the course.

In Bobos In Paradise: The New Upper Class and How They Got there (2000), David Brooks describes the displacement of the WASPs as the dominant ethnic group in the US with the introduction in the early 60s of “merit” as the primary criterion of admission to universities, especially the Ivies. The new criterion was introduced by WASPs themselves, thus paving the way to their own demise and conceding power to a new emergent group that found its own flourishing within “merit”: the high-performing Jew. This led, a generation later, according to Brooks, to the rise of the Bobos (the bourgeois bohemians) as the new cultural and economic elite. They were bourgeois because they had acquired great riches given the demand for educated labor in the new global economy they had helped create—but they were also bohemian because they imbibed the modernist progressivist values of their Ivy League professors. In other words, like their predecessors, they laid the groundwork for their own destruction by embracing the ideology that evolved into the identity politics of the 90s.

The academic Bobos are now being displaced. Like the WASPs before them, they have written the script of their own demise—in their case, through a dedicated investment in the rise of the minority academic. The progressive ideology they subscribed to left them with no tools to resist their impending fall. What should we call the new elite? The Bobus—the bourgeois bureaucrats? They are bourgeois because they’ve benefitted from the rise in demand for their representative labor in the market of diversity liberalism; and bureaucratic because they have devised the rules enshrining various speech codes and policies that buttress their power. The bohemian questioning of conventional morality, and the drive for experimentation, have been replaced by the stern bureaucrat enforcing a new morality, with its demand for penance for past sins.

When I protested to the faculty diversity trainer, a law professor from the West Coast, that the real minority at Georgetown Law are the conservative students who have been telling me about how isolated and beleaguered they feel, especially with the flood of emails from the administration when Trump was in office denouncing racism, without defining what it is or indeed giving a single account of a racist incident, she quipped, “They don’t have to be at Georgetown. They can go to Notre Dame!”

Lama Abu Odeh is a law professor at Georgetown.

Voir de plus:

Ran Halévi: «“Palestinian Lives Matter”, quand les “woke” américains s’emparent du conflit au Moyen-Orient»

TRIBUNE – Pour les nouveaux militants de la gauche identitaire américaine, l’État d’Israël est condamnable du fait même de sa force, à l’instar du «privilège blanc» (sic) aux États-Unis. Désormais, «c’est un wilsonisme de l’indignation diversitaire que la démocratie américaine exporte un peu partout», analyse le directeur de recherche au CNRS.


Ran Halévi est directeur de recherche au CNRS et professeur au Centre de recherches politiques Raymond-Aron.


Ce devait arriver tôt ou tard. La révolution identitaire, née dans les campus aux États-Unis avant de gagner la sphère publique et de déchirer les Américains, vient de franchir un pas de plus: avec la guerre de Gaza, elle a forcé les portes de la géopolitique en transposant les postulats de la «cancel culture» dans le domaine des relations internationales.

La convergence des luttes entre le «wokisme» et le Hamas a de quoi laisser perplexe. L’un représente tout ce que l’autre abhorre et réciproquement. Les partisans de la rectitude politique vivent à des années-lumière d’une organisation terroriste, fondamentaliste, qui vouerait à la damnation éternelle la théorie du genre, les confessions intersectionnelles, la subordination de la nature à la culture ou la liberté de choisir son sexe. Certains esprits, pourtant, n’ont pas ménagé leurs efforts pour découvrir une parenté entre les guerriers de la gauche morale et les combattants islamistes du Moyen-Orient. Telle Judith Butler, icône intellectuelle de la radicalité critique, au cours d’un séminaire antiguerre tenu à Berkeley en 2006: «Il est extrêmement important de comprendre le Hamas, le Hezbollah, comme des mouvements sociaux progressistes, de gauche, et qui font partie d’une gauche globale; cela ne nous empêche pas d’être critiques à l’égard de certaines dimensions de ces deux mouvements.» On imagine l’hilarité qu’auraient provoquée ces pieuses paroles chez les intéressés à Gaza ou à Beyrouth.

L’islamisme radical et la culture «woke» appartiennent à deux planètes différentes, mais il est certains traits familiers que l’un reconnaîtrait aisément chez l’autre. La volonté de subordonner la loi aux impératifs de la religion, dans un cas, de la morale dans l’autre. Une manière de concevoir la justice — et de l’appliquer — hors des règles du droit. Le refus aussi de la délibération, de la confrontation des opinions, puisque le dogme religieux, pas plus que les certitudes morales, ne sauraient être un objet de discussion. Enfin, l’essentialisation de l’autre, ici les sionistes et les Juifs, là les dominants blancs enfermés dans leur déterminisme.

La critique d’Israël est depuis longtemps un trait constitutif de la gauche progressiste aux États-Unis. À mesure que la politique identitaire imprégnait la vie publique, il était inévitable qu’elle finisse un jour par pénétrer dans l’enceinte du Capitole et qu’une vision alternative du conflit israélo-palestinien rompe le consensus longtemps très favorable à l’État hébreu. Et c’est le Parti démocrate, dont l’aile radicale ne cesse de gagner du terrain, qui allait lui servir de relais. Le dernier cycle des violences au Proche-Orient a permis de vérifier cet infléchissement historique. Telle représentante démocrate à la Chambre qualifiait Israël d’ «État-apartheid», une autre d’ «État terroriste», une troisième dénonçait l’«injustice systémique» qu’il inflige aux Palestiniens.

Beaucoup moins prévisible était la redéfinition d’un conflit national bientôt centenaire dans les termes de la justice raciale: Gaza n’était qu’un avatar de la tuerie de Ferguson (un jeune Noir abattu en 2014 par un policier blanc) et de la mort de George Floyd. À Londres, des manifestants scandaient «Palestine can’t breathe» (les mots de Georges Floyd avant de mourir) et «Palestinian Lives Matter».

Pour les activistes de Black Lives Matter et leurs soutiens démocrates, l’incrimination d’Israël, comme celle du racisme blanc en Amérique ou ailleurs, participe du même combat moral, de la même libération globale de la parole. Cette assimilation singulière a obtenu en quelques jours un écho extraordinaire, de Washington à Hollywood, ralliant des sportifs, des artistes, des vedettes de la mode, des influenceurs dont l’audience sur les réseaux sociaux est énorme. Et son pouvoir d’intimidation paraît d’autant plus redoutable qu’il est formaté dans le langage familier de la justice victimaire. Autrefois, les néoconservateurs américains voulaient installer à coups de canon la démocratie dans le monde arabe. Ce «wilsonisme botté», selon le mot de Pierre Hassner, a fait long feu. Aujourd’hui, c’est un wilsonisme de l’indignation diversitaire que la démocratie américaine exporte un peu partout, dont l’État hébreu est l’une des principales cibles.

Voir encore:

Paris : une procession en mémoire des martyrs catholiques de la Commune attaquée par des antifas

À l’appel de cinq paroisses du XXe arrondissement et du diocèse de Paris, des fidèles s’étaient réunis samedi pour commémorer l’exécution de religieux lors de la Commune en mai 1871. Un homme a été hospitalisé.

Samedi boulevard du Ménilmontant, les quelque trois cents fidèles catholiques réunis pour honorer la mémoire de martyrs catholiques de la Commune ont été hués et violemment agressés. Le rassemblement, qui réunissait cinq paroisses de l’est parisien et plusieurs associations diocésaines, devait s’étaler sur 4 km jusqu’à la paroisse Notre-Dame des Otages, le lieu même où, il y a 150 ans, 49 «otages», parmi lesquels dix religieux, avaient été fusillés par les fédérés, athéistes militants et anticléricaux.

«L’objectif était purement religieux, il n’y avait aucune revendication politique dans notre démarche», explique Monseigneur Denis Jachiet, évêque auxiliaire de Paris. Des familles, des personnes âgées, de jeunes scouts et enfants de chœur, quelques poussettes avec des bébés, «une simple procession familiale et bon enfant», rapporte de son côté l’un des organisateurs au Figaro. Le point de départ avait été fixé au square de la Roquette, lieu de l’exécution de Mgr Georges Darboy, archevêque de Paris, le 24 mai 1871.

À peine la procession entamée, les fidèles commencent à se faire siffler et invectiver par des passants. «C’était d’abord des gens assis aux terrasses, des promeneurs, rien de trop méchant», rapporte l’organisateur. «On est de bonne composition, on a laissé passer». Mais devant le cimetière du Père Lachaise, la tension monte lorsque le cortège rencontre des «manifestants communards», munis de drapeaux rouges, qui tentent de couvrir le chant des fidèles par des slogans menaçants : «Tout le monde déteste les Versaillais ! À mort les fachos !». Des manifestants dont le rassemblement était prévu au même endroit, un peu plus tôt dans l’après-midi. «Une malheureuse conjecture», note Monseigneur Jachiet. L’atmosphère devient rapidement «oppressante», rapportent plusieurs participants au Figaro. «On se serait cru 150 ans en arrière, c’est surréaliste», raconte l’organisateur.

«Ils voulaient en découdre»

Tandis que la procession persévère, elle est de nouveau interrompue quelques centaines de mètres plus loin, lorsqu’un groupe d’une vingtaine de jeunes cagoulés arrive à son tour. «Ceux-là voulaient clairement en découdre, c’étaient des antifas», précise l’organisateur. «Ils nous ont arraché les bannières des mains, ont mis à terre le drapeau du Souvenir français qu’ils ont piétiné, asséné des coups de poing aux paroissiens», rapporte l’organisateur. «Ils nous jetaient des poubelles, des bouteilles, même des barrières grillagées», raconte l’une des manifestantes. Deux sexagénaires tombent au sol, un fidèle est sérieusement blessé au crâne. Il a été hospitalisé.

Les quelques agents de sécurité prévus par le diocèse et l’Ordre de Malte sont rapidement débordés. À l’avant du cortège, le seul policier envoyé par la préfecture appelle des renforts et tente de s’interposer entre les agresseurs et les fidèles, armé de sa bombe lacrymogène. «Il n’y a jamais de problèmes lors des processions catholiques, ce qui explique sans doute le faible effectif prévu par la préfecture», fait valoir Alexandra Kozak, paroissienne du quartier.

Les fidèles mettent un terme à la procession et se réfugient dans l’église la plus proche, Notre-Dame de la Croix. «On a attendu en priant, jusqu’à ce que la police nous exfiltre», raconte l’organisteur, qui évoque des enfants et mères de famille «sous le choc».

«Ce qui s’est passé est déplorable», a réagi Karine Dalle, responsable communication du diocèse de Paris auprès du Figaro. Conscient de toucher à un sujet «hautement sensible», et constatant que le programme de la journée avait été relayé sur des comptes et groupes Facebook d’extrême-gauche, le diocèse avait pourtant choisi de renforcer la sécurité de la marche. «Mais on ne s’attendait pas à une telle réaction, pour une procession purement religieuse», estime-t-elle, précisant qu’une plainte contre X va être déposée. Déjà quelques jours auparavant, la basilique de Montmartre, perçue pour certains comme une atteinte au souvenir des victimes de la Commune, avait fait l’objet d’une intrusion des partisans de cette page de l’histoire qui soulève encore les passions.

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a quant à lui réagi sur Twitter dans la soirée dimanche à ce qu’il a qualifié de «prise à partie par des individus violents», ajoutant que «la liberté de culte doit pouvoir s’exercer en toute sérénité» dans le pays.

Voir encore:

Mathieu Bock-Côté: «Aux États-Unis, qui sont vraiment les “antifas”»

CHRONIQUE – Le journaliste américain Andy Ngo témoigne, au péril de sa vie, d’une mouvance qui cultive l’art de l’activisme clandestin dans Unmasked. Inside Antifa’s Plan to Destroy Democracy.
Mathieu Bock-Côté
Le Figaro
05/03/2021

On s’en souvient peut-être encore: interpellé par Donald Trump en débat lors des élections présidentielles américaines, qui lui demandait de condamner la mouvance «antifa», Joe Biden a répondu un peu étrangement en déclarant que ce qu’on appelle «antifa» ne serait pas une mouvance, encore moins une organisation, mais une idée. On a trouvé, au cours des dernières années, de nombreuses figures politiques pour répondre la même chose. Elles se drapent souvent dans la vertu en demandant comment on peut s’opposer à ceux qui s’opposent au fascisme. Ce n’était pourtant pas la première fois que Donald Trump s’inquiétait de la vigueur de cette mouvance, au point d’avoir laissé entendre qu’il la décréterait terroriste.

C’est un fait: les «antifas» ont pris beaucoup de place ces dernières années, quand leurs milices se sont emparées des rues américaines, en radicalisant plusieurs émeutes au nom de la «justice raciale», au point de les pousser, à la manière d’un mouvement agitateur, jusqu’à l’émeute. Mais qui sont-ils? Il fallait, pour répondre sérieusement à cette question, un véritable travail d’enquête, qu’a mené le journaliste américain Andy Ngo. Il l’a fait au péril de sa vie, comme il en témoigne dans Unmasked. Inside Antifa’s Plan to Destroy Democracy (édité par Center Street). Il en revient avec un ouvrage passionnant à propos d’une mouvance qui cultive l’art de l’activisme clandestin. Mais si les «antifas» ne sont pas rassemblés autour d’une structure ferme centralisée, on aurait tort de les croire désorganisés.

Au cœur de leur «antifascisme», on trouve une définition fantasmée du fascisme, qui n’a à peu près rien à voir avec le fascisme historique. Le fascisme se confond, à lire cette propagande, avec la démocratie libérale et le capitalisme, qui serviraient surtout à le masquer. De manière imagée, on dira que le fascisme est intrinsèquement lié, pour eux, à la structure même des sociétés occidentales. Partout, ils fantasment le racisme et le suprémacisme blanc. C’est ce qu’oublient souvent ceux qui parlent de cette mouvance avec complaisance. En reconnaissant aux «antifas» le droit de brandir l’étendard de l’antifascisme sans le leur contester, ils endossent la définition qu’ils en donnent, et leur accordent, quoique implicitement, une fonction légitime dans l’organisation de la cité.

La mouvance « antifa » désinhibe les pulsions violentes refoulées par la civilisation, en plus de prétendre les ennoblir

Ce qui distingue les «antifas», c’est un usage revendiqué de la violence. Leurs théoriciens parlent franchement: il s’agit de créer un environnement où les idées qu’ils réprouvent ne pourront plus s’exprimer. Il s’agit d’une violence sinon autorisée, à tout le moins tolérée par les pouvoirs publics, comme en témoigne Ngo, qui montre à quel point les activistes et émeutiers «antifas» sont rarement punis pour leurs actes, et sont même souvent relâchés lorsqu’ils sont pour un temps arrêtés. À Portland et à Seattle, ces dernières années, les «antifas» se sont emparés d’un morceau de territoire, décrétés ZAD libérée des États-Unis, et transformés en quelques jours en bidonvilles totalitaires. Les autorités municipales se montrèrent globalement tolérantes envers ceux qui occupaient des territoires de leurs villes. Les «antifas», jamais, ne risquent la dissolution.

Ngo, au fil de son enquête, débusque les mythes entourant cette mouvance. Une étrange rumeur veut que les «antifas», derrière leurs cagoules, soient composés de jeunes gens issus de la bourgeoisie, qui iraient s’encanailler en jouant à la révolution. Le portrait est beaucoup plus complexe. Si on en trouve dans leurs rangs, ces derniers attirent surtout des jeunes esprits psychiquement troublés, socialement fragilisés, à la manière d’un lumpenprolétariat identitaire de la postmodernité. Ils trouvent dans l’engagement «antifa» une forme de rédemption révolutionnaire: dès lors qu’il enfile sa cagoule et défonce sa première vitrine, le jeune converti se sent promu dans l’avant-garde révolutionnaire. La mouvance «antifa» désinhibe les pulsions violentes refoulées par la civilisation, en plus de prétendre les ennoblir.

Leurs théoriciens affichent leur dessein: il s’agit de terroriser leurs ennemis en les agressant, physiquement, s’il le faut, tout en présentant leurs actions comme des gestes d’autodéfense contre «l’extrême droite». En fait, ils se comportent comme une milice visant à créer un climat de terreur pour rendre impossible l’expression d’une dissidence contre l’idéologie diversitaire. Andy Ngo veut voir dans les «antifas» une menace pour l’ordre établi, à la manière d’un courant révolutionnaire classique. C’est peut-être là qu’il erre. Ni demain ni après-demain, les voyous encagoulés ne s’empareront du pouvoir. Il faut renverser la perspective: sans même en être conscients, ils servent l’air du temps, abattent ses ennemis, les molestent, un peu comme la SA de notre époque troublée.

Voir enfin:

Au Maghreb, le racisme anti-Noirs persiste

Nourri par l’histoire et les difficultés sociales, aggravé parfois par les autorités, le rejet des populations noires reste prégnant en Afrique du Nord

Charlotte Bozonnet

Le Monde

23 novembre 2017

Parmi les réactions suscitées par la diffusion de la vidéo de CNN montrant une vente aux enchères de migrants subsahariens en Libye, la dénonciation d’un racisme anti-Noirs persistant dans les pays du Maghreb figure en bonne place. Si les situations n’y sont pas comparables à la barbarie observée en Libye, les communautés noires continuent toutefois d’y être victimes de mépris, de discriminations, voire d’agressions.

En Algérie, il existe une forte présence de migrants subsahariens qui y restent de quelques mois à quelques années, comme une pause sur leur route vers l’Europe. Selon les associations locales, ils seraient près de 100 000. Vivant dans les périphéries des grandes villes, privés de statut légal, ces habitants « fantômes » occupent souvent des emplois à la journée dans le secteur de la construction.

En octobre 2015, l’histoire de Marie-Simone, une migrante camerounaise d’une trentaine d’années, avait fait la « une » de la presse. Victime d’un viol collectif à Oran (ouest), elle avait eu le plus grand mal à se faire soigner et à porter plainte. En mars 2016, à Ouargla (centre), c’est le meurtre d’un Algérien poignardé par un migrant nigérien qui avait dégénéré en une véritable chasse aux migrants. Et les exemples ne manquent pas.

Les autorités algériennes sont récemment revenues sur la tolérance dont elles avaient fait preuve vis-à-vis de la migration subsaharienne depuis 2012 et le début des troubles au nord du Mali. En décembre 2016, 1 200 personnes ont été renvoyées du pays. D’autres rafles et expulsions ont depuis été menées dans les grandes villes du pays. Emmenés en bus jusqu’à Tamanrasset, à 2 000 km au sud d’Alger, ils ont ensuite été relâchés de l’autre côté de la frontière, côté nigérien, parfois en plein désert.

Au Maroc, de nombreux témoignages font aussi état d’un racisme latent. Celui-ci va de faits divers extrêmement violents – en 2014, trois migrants ont été tués à Boukhalef, un quartier périphérique de Tanger – à un racisme diffus. « Dans la rue, certains nous appellent Ebola », racontait un Camerounais rencontré en septembre à Tétouan (nord).

Tensions entre migrants subsahariens et jeunes Marocains, à Casablanca, le 24 novembre.

La partie nord du royaume est un territoire de passage pour les Subsahariens qui veulent tenter la traversée vers l’Europe : soit par la mer, soit en essayant de franchir les barrières qui séparent le continent africain des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Contraints de se cacher dans des conditions très dures, beaucoup sont victimes de bastonnades lorsqu’ils sont pris, puis envoyés dans des villes du sud du Maroc pour tenter de les éloigner.

En Mauritanie, plus au sud, le racisme ne vise pas les migrants de passage mais une partie des citoyens mauritaniens, rappelant la situation d’un pays où les Maures blancs concentrent la majorité des pouvoirs au détriment des Haratine, descendants d’esclaves, et des Négro-Africains. L’esclavage y a été interdit en 1981. Son interdiction a même été inscrite dans la Constitution en 2012, mais la pratique reste courante.

« Le racisme anti-Noirs continue aujourd’hui au Maghreb. La couleur de peau est toujours associée à un statut inférieur. Des tribus pratiquaient l’esclavagisme dans tout le Maghreb et c’est resté dans l’imaginaire collectif », souligne le sociologue marocain Mehdi Alioua, président du Groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants (Gadem). « L’esclavage, la chosification du corps est la forme la plus extrême du racisme », poursuit-il, en référence à la vidéo de CNN.

L’universitaire déplore toutefois le manque de recherches sur cette question. Le sujet du racisme anti-Noirs dans les pays nord-africains est peu documenté, par manque de moyens et certainement aussi à cause d’une forme d’autocensure. « Certains craignent d’être accusés de faire le jeu de l’Occident. La conséquence de cette absence de connaissances, c’est que, parfois, on sous-estime ce racisme, parfois, on le surestime », poursuit M. Alioua, qui précise toutefois que le débat avance : « A chaque fois qu’une campagne de sensibilisation est lancée, elle reçoit plutôt un bon écho au sein de la population, et ce dans tous les pays du Maghreb. »

Au Maroc, l’augmentation du nombre de migrants subsahariens ces dernières années a eu un effet ambivalent, provoquant tout à la fois plus de frustrations parmi la population – certains estimant, sur fond de difficultés économiques, que les migrants ont plus d’aides que les nationaux –, mais permettant en même temps de démocratiser la problématique et d’accroître la dynamique de soutien aux migrants.

En Algérie aussi, les associations se sont emparées ces dernières années de la situation des Subsahariens. Leïla Beratto, correspondante de RFI, travaille sur le sujet depuis des années. « Cette discrimination est liée à l’histoire de l’Algérie où des Noirs ont été les esclaves de riches familles à la peau claire, mais elle s’explique aussi par les différences culturelles entre Algériens et Subsahariens, qui se connaissent mal », note la journaliste.

L’un des facteurs déterminant de l’accueil réside dans l’attitude des autorités. Début juillet, Ahmed Ouyahia – devenu le 15 août premier ministre d’Algérie – avait affirmé que les migrants sont « une source de criminalité, de drogue et de plusieurs autres fléaux ». Quelques jours plus tard, le ministre des affaires étrangères, Abdelkader Messahel, parlait, quant à lui, d’« une menace pour la sécurité » du pays. « Dans ces conditions, le travail de sensibilisation sur le terrain est rendu encore plus difficile », souligne Leïla Beratto.

Le Maroc a connu, de son côté, un changement important de sa politique migratoire impulsé par le roi Mohammed VI depuis 2013. Alors que le royaume faisait face à de lourdes critiques pour son traitement des migrants, deux opérations de régularisations massives ont été lancées : la première, en 2014, a permis de régulariser 25 000 sans-papiers, la deuxième n’est pas achevée mais quelque 26 000 demandes ont été déposées. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre de l’ambitieuse politique africaine du royaume.

En Mauritanie, la lutte contre l’esclavage et les discriminations est devenue un thème incontournable de la vie politique, même si les militants de ce mouvement font régulièrement l’objet d’arrestations et de condamnations. Biram Ould Dah Ould Abeid, figure de ce combat, fut ainsi l’un des quatre candidats à l’élection présidentielle de juin 2014 face au président sortant, Mohamed Ould Abdel Aziz.

Mais c’est certainement dans la Tunisie post-révolutionnaire que l’évolution est la plus sensible. « Pendant longtemps, le sujet des Tunisiens noirs, traités comme des citoyens de seconde zone, a été un tabou », rappelle Houda Mzioudet, chercheuse et spécialiste des minorités en Tunisie.

Si leur nombre exact est difficile à déterminer, les Tunisiens noirs ou d’origine noire représenteraient 10 à 15 % de la population, surtout concentrés dans le sud du pays. En 2013, une marche pour la défense de leurs droits avait été organisée à Djerba. En 2016, l’agression de trois étudiants congolais en plein centre-ville de Tunis avait à son tour créé un vif émoi. Aujourd’hui, la Tunisie s’apprête à adopter une loi criminalisant la discrimination raciale. « Ce serait la première loi de ce type dans le monde arabe », souligne Houda Mzioudet.


Nouvelle agression du Hamas: A Paris et à New York comme à Gaza, la désinformation vaincra (My hobby is throwing stones: looking back at the New York Times’ romanticization of Palestinian rock throwing as a rite of passage and an honored act of defiance)

28 mai, 2021

Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York TimesThe Embarrassment of Democrats Wearing Kente-Cloth Stoles | The New YorkerPressley condemns Gaza bombardmentRashida Imágenes en stock o editoriales y fotos en stock | ShutterstockBiden's old playbook won't end Israeli-Palestinian violence – Ya Libnan

Ces femmes qui s’avancent, en tenant au bout de leurs bras, ces enfants qui lancent, des pierres vers les soldats, c’est perdu d’avance, les cailloux sur des casques lourds, tout ça pour des billets retour, d’amour, d’amour, d’amour, d’amour… Francis Cabrel (« Tout le monde y pense », 1989)
Alors, pour m’sentir appartenir A un peuple, à une patrie J’porte autour de mon cou sur mon cuir Le keffieh noir et blanc et gris Je m’suis inventé des frangins Des amis qui crèvent aussi. Renaud (1983)
Monsieur Dubois demanda à Madame Nozière quel était le jour le plus funeste de l’Histoire de France. Madame Nozière ne le savait pas. C’est, lui dit Monsieur Dubois, le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la science, l’art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie franque. Anatole France (1922)
Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l’influence judaïque (et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide !), il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme. Hitler (1942)
Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)
Mein Kamp (…) Tel était le nouveau Coran de la foi et de la guerre: emphatique, fastidieux, sans forme, mais empli de son propre message. Churchill
Les organisations humanitaires et une partie de la gauche occidentale, l’extrême gauche surtout, souffrent d’un complexe post-colonial. Les anciens colonisés sont perçus comme des victimes absolues, pour les uns, comme la force motrice de l’histoire, pour les autres. Ils jouissent d’un droit intangible à la bienveillance morale et au soutien politique, quoi qu’ils disent et quoi qu’ils fassent. Le fanatisme est permis, pourvu qu’il soit tiers-mondiste. La discrimination est justifiée, à condition qu’elle soit pratiquée dans un pays d’Afrique ou d’Asie. Le massacre est excusable, quand il est commis par des États non-européens. On a déjà assisté à cette même veulerie face aux haines, à cette même incapacité à voir le Mal, dans d’autres contextes historiques. Qu’on se souvienne de la complaisance des communistes européens, et notamment français, face à la terreur stalinienne et au goulag. Qu’on se souvienne aussi de l’indulgence de la gauche pacifiste française face à l’Allemagne nazie des années 1930. L’Allemagne était perçue comme victime du militarisme français et du traité de Versailles… Sous l’Occupation, de nombreux collaborateurs enthousiastes, et de très haut rang, proviendront de cette gauche pacifiste et humanitaire. La politique d’apaisement vis-à-vis de l’Iran d’Ahmadinejad est fondée sur la même incompréhension que celle qui fut menée face à Hitler à la fin des années 1930, par l’Angleterre et la France. Ce prétendu réalisme, au nom duquel il faut faire des concessions et pratiquer l’ouverture, procède certes d’un réflexe très humain. Mais il témoigne d’une méconnaissance profonde de l’adversaire. On est en face, dans les deux cas, d’une machine de guerre très habile et très bien organisée, qui connaît et qui exploite fort bien les faiblesses de l’Occident démocratique. (…) Il est des carnavals de rage et d’absurdité auxquels un pays démocratique se doit de rester étranger. Samuel Epstein
Si le Reich allemand s’impose comme protecteur de tous ceux dont le sang allemand coule dans les veines, et bien la foi musulmane impose à chaque Musulman de se considérer comme protecteur de toute personne ayant été imprégnée de l’apprentissage coranique. Hassan el Banna (fondateur des Frères musulmans et grand-père de Tariq et Hani Ramadan)
Depuis les premiers jours de l’islam, le monde musulman a toujours dû affronter des problèmes issus de complots juifs. (…) Leurs intrigues ont continué jusqu’à aujourd’hui et ils continuent à en ourdir de nouvelles. Sayd Qutb (membre des Frères musulmans, Notre combat contre les Juifs)
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. (…) Le partage de la Palestine en 1947 et la création de l’État d’Israël sont des événements nuls et non avenus. (…) La Charte ne peut être amendée que par une majorité des deux tiers de tous les membres du Conseil national de l’Organisation de libération de la Palestine réunis en session extraordinaire convoquée à cet effet. Charte de l’OLP (articles 15, 19 et 33, 1964)
Je mentirais si je vous disais que je vais l’abroger. Personne ne peut le faire. Yasser Arafat (Harvard, octobre 1995)
Nous devons combattre le Mal à sa source, et la principale racine du Mal c’est l’Amérique. (…) L’imam Khomeyni, notre chef, a assuré à maintes reprises que l’Amérique est la source de tous nos maux et qu’elle est la mère des intrigues. (…) Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé.  (…) Le Mouvement de la Résistance Islamique est un mouvement palestinien honorable qui fait allégeance à Allah et à sa voie, l’islam. Il lutte pour hisser la bannière de l’islam sur chaque pouce de la Palestine. (…) Avec leur argent, ils ont mis la main sur les médias du monde entier : presse, maisons d’édition, stations de radio etc… Avec leur argent, ils ont soulevé des révolutions dans plusieurs parties du monde afin de servir leurs intérêts et réaliser leur objectif. Ils sont derrière la Révolution Française, la Révolution Communiste et toutes les révolutions dont nous avons entendu parler. (…) Il n’existe aucune guerre dans n’importe quelle partie du monde dont ils ne soient les instigateurs. Charte du Hamas (préambule, articles 6 et 22, 1988)
Obama (in whose administration I served) had in mind the United States’ extrication from what he considered the broader Middle Eastern quagmire (…) But Obama was a gradualist; he was persuaded that the United States could neither abruptly nor radically shift gears and imperil regional relationships that had been decades in the making. As he once put it to some of us working in the White House, conducting U.S. policy was akin to steering a large vessel: a course correction of a few degrees might not seem like much in the moment, but over time, the destination would differ drastically. What he did, he did in moderation. (…) In a sense, his administration was an experiment that got suspended halfway through. At least when it came to his approach to the Middle East, Obama’s presidency was premised on the belief that someone else would pick up where he left off. It was premised on his being succeeded by someone like him, maybe a Hillary Clinton, but certainly not a Donald Trump. Robert Malley (Nov. 2019)
A better approach requires clarity about U.S. interests and a plan for securing them, changing the United States’ role in a regional order it helped create without leaving behind yet more chaos, suffering, and insecurity. (…) A better strategy would be simultaneously less ambitious and more ambitious than traditional U.S. statecraft in the Middle East: less ambitious in terms of the military ends the United States seeks and in its efforts to remake nations from within, but more ambitious in using U.S. leverage and diplomacy to press for a de-escalation in tensions and eventually a new modus vivendi among the key regional actors. The United States has repeatedly tried using military means to produce unachievable outcomes in the Middle East. Now it’s time to try using aggressive diplomacy to produce more sustainable results. Daniel Benaim and Jake Sullivan (May 22, 2020)
On Sunday, National Security Adviser Jake Sullivan phoned his Israeli counterpart and turned back the hands of time. (…) Sullivan called “to express the United States’ serious concerns” about (…) the pending eviction, by court order, of a number of Palestinian families from their homes in the Sheikh Jarrah neighborhood of Jerusalem, and the weekend’s violent clashes on the Temple Mount between Israeli police and Palestinian rioters. (…) just as Hamas was sending rockets and incendiary devices into Israel with the same message (…) This (…) marked a clear return to the approach of President Barack Obama. (…) In a revealing Foreign Affairs article, written in 2019, Malley expressed regret that Obama failed to arrive at more such accommodations. The direction of Obama’s policy was praiseworthy (…) but his “moderation” was the enemy of his project. Being “a gradualist,” he presided over “an experiment that got suspended halfway through.” Malley, the article leads one to assume, is now advising Biden to go all the way—and fast. (…) The president’s “ultimate goal,” Malley wrote, was “to help the [Middle East] find a more stable balance of power that would make it less dependent on direct U.S. interference or protection.” (…) a roundabout way of saying that Obama dreamed of a new Middle Eastern order—one that relies more on partnership with Iran. (…) Obama, it seems clear, felt his project would advance best with stealth and misdirection, not aggressive salesmanship. Biden, while keeping Obama’s second-term foreign policy team nearly intact, is using the same playbook. He and his aides recognize that confusion about the “ultimate goal” makes achieving it easier. (…) The deceptions surrounding the JCPOA have a clear purpose: to make the administration appear supportive of containment when, in fact, it is ending it. (…) The presentation of the JCPOA as a narrow arms control agreement is the most important of these tactics, but two others are particularly noteworthy. The first is the bear hug: a squeeze that can be presented to the outside world as a gesture of love, but which immobilizes its recipient. (…) But if Iron Dome was the seemingly loving aspect of the bear hug, the immobilizing part was the strong discouragement of Israeli military and intelligence operations against Iran’s nuclear program and its regional military network. (…) The bear hug is also a tool for gaslighting critics who accurately claim that the Realignment guts the policy of containment. (…) The second tactic is the values feint. When Washington tilts toward Iran, it disguises its true motivations with pronouncements of high-minded humanitarianism—ceasing to be a superpower and instead becoming a Florence Nightingale among the nations, decrying human suffering (…) Domestic politics partially explains the hold that this empty theory exercises over otherwise bright minds. (…) Biden won the electoral college by only 45,000 votes spread over three states—a razor thin margin. (…) The political heft of the Realignment derives not just from Obama’s personal support but also from the support of progressives whose cosmology it affirms. It equates a policy of containing Iran with a path to endless war, and transforms a policy of accommodating Iran into the path to peace. It reduces the complexities of the Middle East to a Manichean morality tale that pits the progressives against their mythological foes—Evangelical Christians, “neoconservatives,” and Zionists. The Realignment depicts these foes as co-conspirators with Saudi Crown Prince Mohammed bin Salman and Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu, plotting to keep America mired in the Middle East. (…) The same (…) toward Trump’s “maximum pressure” campaign, which it derides as reckless, incoherent, and ineffective. On Trump’s watch, the Iranian economy suffered catastrophic losses. Not only did anti-regime demonstrations break out in every major Iranian city in 2019, but corresponding protests erupted in Iraq, aimed directly or indirectly at Iran’s proxies there. (…) Trump ended the fiction, which had greatly benefited Iran, that its proxies were independent actors rather than direct arms of the IRGC (…) culminated in the killing of Qassem Soleimani, the head of the IRGC’s Quds Force and the second most powerful man in Iran. Meanwhile, (…) By penetrating Iran’s defenses, Israel—with the support of the Trump administration—shredded Obama’s major justification for the JCPOA by demonstrating that the United States can manage the Iran challenge, including its nuclear dimension, with a relatively light American military commitment. (…) “Maximum pressure” (…) a form of collective security (…) encouraged closer cooperation between American allies, and therefore played a major role in the Abraham Accords [with countries] close to Saudi Arabia. (…) the most powerful Arab country and, thanks to its guardianship of Mecca and Medina, one of the most influential countries in the entire Muslim world. (…) Yet the Biden administration has forbidden its officials from even using the term “Abraham Accords,” which, under the influence of the Realignment, it abhors. (…) [because] It refutes the dogma preached by the Obama administration that peace between Israel and the Arab world must begin with a Palestinian-Israeli agreement. More importantly, the accords are also a threat to the Realignment itself.(…) When Biden took office, he faced a fork in the road. On one path stood a multilateral alliance designed to contain Iran. It had a proven track record of success and plans of even better things to come, as the recent act of sabotage at Natanz demonstrated. (…) On the other path stood the Islamic Republic, hated by its own people and, indeed, by most people in the Middle East. It offered nothing but the same vile message it had always espoused. (…) Biden chose Iran, fracturing the U.S. alliance system and setting back the cause of peace. His choice also delivered a victory to China and Russia, who are working with Iran, each in its own way, toward America’s undoing. In a perverse effort to liberate itself from its allies, the United States is soiling its own nest. Michael Doran and Tony Badran
Israël a le droit de se défendre. » sont les mots que nous entendons des gouvernements démocrates et républicains chaque fois que le gouvernement israélien, avec son énorme puissance militaire, réagit aux tirs de roquette de Gaza. Soyons clairs. Personne ne soutient qu’Israël, ou aucun gouvernement, n’a pas le droit de se défendre ou de protéger son peuple. Alors pourquoi ces mots se répètent-ils année après année, guerre après guerre ? Et pourquoi la question n’est-elle presque jamais posée : ′′ Quels sont les droits du peuple palestinien ? ′′Et pourquoi semblons-nous prendre note de la violence en Israël et en Palestine uniquement lorsque des roquettes tombent sur Israël ? (…) même si le Hamas tire des roquettes sur les communautés israéliennes est absolument inacceptable, le conflit d’aujourd’hui n’a pas commencé avec ces roquettes. Les familles palestiniennes dans le quartier de Jérusalem de Sheikh Jarrah vivent sous la menace d’expulsion depuis de nombreuses années, naviguant dans un système juridique conçu pour faciliter leur déplacement forcé. Et au cours des dernières semaines, les colons extrémistes ont intensifié leurs efforts pour les expulser. Et, tragiquement, ces expulsions ne sont qu’une partie d’un système plus large d’oppression politique et économique. Depuis des années, nous avons assisté à une aggravation de l’occupation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et à un blocus continu sur Gaza qui rend la vie de plus en plus intolérable À Gaza, qui compte environ deux millions d’habitants, 70 % des jeunes sont au chômage et n’ont guère d’espoir pour l’avenir. En outre, nous avons vu le gouvernement de Benjamin Netanyahu travailler à marginaliser et diaboliser les citoyens palestiniens d’Israël, à mener des politiques de colonisation conçues pour exclure la possibilité d’une solution à deux États et adopter des lois qui engendrent les inégalités systémiques entre les citoyens juifs et palestiniens israéliens. (…) Israël reste la seule autorité souveraine au pays d’Israël et de Palestine, et plutôt que de se préparer à la paix et à la justice, il a enraciné son contrôle inégal et antidémocratique. Plus d’une décennie de sa règle de droite en Israël, M. Netanyahu a cultivé un nationalisme raciste de plus en plus intolérant et autoritaire. Dans son effort effréné pour rester au pouvoir et éviter les poursuites judiciaires pour corruption, M. Netanyahu a légitimé ces forces, dont Itamar Ben Gvir et son parti extrémiste du pouvoir juif, en les faisant entrer dans le gouvernement. C’est choquant et attristant que les mensonges racistes qui attaquent les Palestiniens dans les rues de Jérusalem soient maintenant représentés à la Knesset. Ces tendances dangereuses ne sont pas propres à Israël. Partout dans le monde, en Europe, en Asie, en Amérique du Sud et ici aux États-Unis, nous avons vu la montée de mouvements nationalistes autoritaires similaires. Ces mouvements exploitent la haine ethnique et raciale pour construire le pouvoir pour une minorité de corrompus plutôt que la prospérité, la justice et la paix pour le plus grand nombre. Ces quatre dernières années, ces mouvements avaient un ami à la Maison Blanche. En même temps, nous assistons à la montée d’une nouvelle génération d’activistes qui veulent construire des sociétés basées sur les besoins humains et l’égalité politique. Nous avons vu ces militants dans les rues américaines l’été dernier à la suite du meurtre de George Floyd. Nous les voyons en Israël. Nous les voyons dans les territoires palestiniens. Avec un nouveau président, les États-Unis ont maintenant la possibilité de développer une nouvelle approche du monde – fondée sur la justice et la démocratie. (…) Au Moyen-Orient, où nous fournissons une aide de près de 4 milliards de dollars par an à Israël, nous ne pouvons plus être des apologistes du gouvernement de droite de Netanyahu et son comportement antidémocratique et raciste. Nous devons changer de cap et adopter une approche impartiale, une approche qui respecte et renforce le droit international concernant la protection des civils, ainsi que la législation américaine actuelle en vigueur, selon laquelle la fourniture d’aide militaire américaine ne doit pas permettre de respecter les droits de l’homme. Cette approche doit reconnaître qu’Israël a le droit absolu de vivre dans la paix et la sécurité, tout comme les Palestiniens.(…) Nous devons reconnaître que les droits palestiniens sont importants. Les vies palestiniennes comptent. Bernie Sanders
Le combat pour la vie des noirs et le combat pour la libération palestinienne sont interconnectés. Nous nous opposons à ce que notre argent serve à financer la police militarisée, l’occupation et les systèmes d’oppression violente et de traumatisme. Nous sommes contre la guerre, nous sommes contre l’occupation et nous sommes contre l’apartheid. Un point, c’est tout. Congresswoman Cori Bush (Dem., Cal., May 12 2021)
Ce qu’ils font aux Palestiniens, c’est ce qu’ils font à nos frères et sœurs noirs ici. Rep. Rashida Tlaib (Dem., Mich., May 13 2021)
>Nous devons avoir le même niveau de responsabilité et de justice pour toutes les victimes de crimes contre l’humanité. Nous avons vu des atrocités impensables commises par les États-Unis, le Hamas, Israël, l’Afghanistan et les talibans. J’ai demandé à @SecBlinken où les gens sont censés aller pour demander justice. Rep. Alexandria Ocasio-Cortez (Dem., NY, May 13, 2021)
Nous apprécions les positions de Mme Ilhan Omar dans la défense de la justice et des droits des opprimés dans le monde, au premier rang desquels se trouvent les justes droits de notre peuple palestinien, mais nous déplorons cette combinaison injuste qui est contraire à la justice et au droit international. Dr. Basem Naim (Bureau des relations internationales du Hamas)
I rise today to recognize the deep trauma and loss of life perpetuated by systems of oppression here in the United States and globally. Many times I have stood at this dais and affirmed that our destinies are tied. That was clear when protestors took to the streets in the face of police murders, seeking to build a nation where Black Lives Matter. That was clear when our democracy and our lives were put at risk by violent white supremacists who shattered glass and broke doors, while wearing anti-Semitic phrases on their chest, carrying the confederate flag, erecting a noose on the west lawn. That was clear when students protesting to end poverty and oppression in the streets of Bogota were shot dead. That was clear when families kneeling during this holy month, at the third holiest site in Islam, were met with tear gas, rubber bullets and hand grenades. (…) Last summer, when Black Lives Matter protestors took to the streets to demand justice, they were met with force. They faced tear gas, rubber bullets, and a militarized police just as our Palestinian brothers and sisters are facing in Jerusalem today. Palestinians are being told the same thing as Black folks in America—there is no acceptable form of resistance. We are bearing witness to egregious human rights violations. The pain, trauma, and terror that Palestinians are facing is not just the result of this week’s escalation, but the consequence of years of military occupation. In Sheikh Jarrah, the Israeli government is violently dispossessing yet another neighborhood of Palestinian families from homes they have lived in for decades. We cannot stand idly and complicitly by and allow the occupation and oppression of the Palestinian people to continue. We cannot remain silent when our government sends $3.8 billion of military aid to Israel that is used to demolish Palestinian homes, imprison Palestinian children, and displace Palestinian families. (…) The question at hand is should our taxpayer dollars create conditions for justice, healing and repair, or should those dollars create conditions for oppression and apartheid? (…) Whose lives do we value? We have seen footage of Israeli and Palestinian children, huddled fearfully while rockets blanket their homeland. No child should live in fear. No child should grow up in the midst of a conflict that robs them of a childhood. And Palestinian children do not have the same protections afforded to them (…) Following forceful violence against the Palestinians simply seeking to remain in their family homes, militant groups in Gaza have launched rockets at Israeli cities, resulting in seven deaths, including a child. In response, the Israeli military has launched severe attacks on Gaza, killing 83 people, 17 of whom are children. This is devastating. (…) From Jerusalem to Boston. From Randolph to Gaza. From Colombia to Yemen, our destinies are tied. And everyone deserves to live free from fear and to know peace. Rep. Ayanna Pressley (Dem., Mass., May 13, 2021)
The shift is dramatic; it’s tectonic. There is a non-white population, particularly among Democrats, who are very sensitive to the treatment of fellow non-whites. They see Israel as an aggressor. They don’t know Israel’s early history and odds-defying triumph over adversity. They know post-Intifada; they know the various wars, the asymmetrical bombing that have taken place, the innocent civilians that have been killed. We’ve seen a steady growth in support for Palestinians, but it’s never really been a high-intensity issue. It’s becoming that. It’s becoming a major wedge issue, particularly among Democrats, driven by non-white voters and younger voters, by progressives in general. John Zogby
On May 10, after years of relative quiet between Israel and Gaza, the Hamas terrorists who rule that enclave exploited a long-running legal dispute in Jerusalem as a pretext to launch a barrage of rockets at Israel, unprecedented in its size. The Israel Defense Forces responded with air strikes to knock out terror targets, and one of those micro-wars that periodically spring up in this conflict ensued. As of Thursday night, May 20, a ceasefire had begun; the worst of the fighting is hopefully over. At least, it was in Israel and Gaza. But around the world, Jews were paying the price. (…) Synagogues across the country have been vandalized. Rallies in support of the Palestinian cause in Michigan, Florida, Washington, D.C., and elsewhere have turned anti-Semitic. (…) And almost as bad as the violence is the silence around it from major publications. The New York Times hasn’t deemed news of these attacks on New York Jews « fit to print, » though it did run a short story about the similarly horrific spate of attacks across Europe (…) While anti-Zionist gangs beat up Jews in her city, Rep. Alexandria Ocasio-Cortez was providing a quasi-intellectual basis for their actions, defaming Israel as an apartheid state employing indiscriminate force in what she seems to think is a capricious quest to murder as many Palestinian children as possible, instead of a highly restrained military operation tightly targeted on terrorists. Rep. Ocasio-Cortez didn’t call for violence, but she carved out an area of respectability for a certain type of anti-Semitism, and others were only too happy to rush in, fists flying. (…) Sen. Bernie Sanders published his own dangerous anti-Israel harangue in an Op-Ed which began, « No one is arguing that Israel… does not have the right to self-defense or to protect its people, » even as his own supporters were arguing just that on social media. Comedians John Oliver and Trevor Noah made the same case into their media megaphones, arguing that Israel was wrong to attack the terrorists aiming for Israeli civilians because Israel’s Iron Dome missile defense system can prevent most (but not all) civilian deaths from Hamas rockets. (…) Rep. Mark Pocan and Rep. Betty McCollum are laser-focused on spreading the contemporary blood libel that Israel indiscriminately murders children. And in the same week that the Pew Research Center found that 80 percent of Jews believe caring about Israel to be an « important » or « essential » part of being Jewish, Rep. Ilhan Omar called support for Israel « disgusting and immoral. » Seffi Kogen
When the New York Times finally reported on the plague of nationwide street violence against Jews in the spring of 2021, more than a week after the attacks began in the wake of Hamas using rockets to strike Israel, the tone it took was less one of outrage than of bewilderment. “Until the latest surge,” read a May 26 story, “anti-Semitic violence in recent years was largely considered a right-wing phenomenon, driven by a white supremacist movement emboldened by rhetoric from former President Donald J. Trump, who often trafficked in stereotypes.” This was nonsense: The most common street violence against Jews took place in New York and New Jersey, and it had nothing at all to do with Trump or “right-wing” politics. Par for the course for the Gray Lady, perhaps, but far more concerning was where the reporters seemed to be getting the misinformation. “This is why Jews feel so terrified in this moment,” Anti-Defamation League CEO Jonathan Greenblatt told the paper. “For four years it seemed to be stimulated from the political right, with devastating consequences.” At the scenes of Jew-hunting that began in May, during the war between Israel and Hamas, Greenblatt lamented, “No one is wearing MAGA hats.” If there’s one organization whose responsibility it is to prepare not just the Jewish community but the wider United States public and its government for emerging anti-Semitic threats, it’s the ADL. Instead, the head of the ADL has been spreading a cynical left-wing myth about anti-Semitism while threats to the Jewish community fester. And it’s even worse than it looks, because while there’s long been a willful blindness toward anti-Semitism from the left, the ADL and other partisan groups aren’t the ones experiencing this blindness. They’re the blinders. The ADL (…) issued a list during the latest flare-up with Hamas on May 20 titled “Prominent Voices Demonize Israel Regarding the Conflict.” Demonizing rhetoric, the ADL warned, can “enable an environment whereby hateful actions against Jews and supporters of Israel are accepted more freely, and where anti-Jewish tropes may be normalized.” One category the list featured was of those “Accusing Israel of ‘Attacking al-Aqsa,’” a hoary libel falsely claiming that Jews want to destroy the central Mosque in Jerusalem. It has been used to incite anti-Jewish riots for a century. What was notable here was one name missing from the list, and arguably the worst offender. On May 12, Representative Alexandria Ocasio-Cortez had castigated President Joe Biden on Twitter for expressing Israel’s right to defend itself while noting what supposedly was to blame for the violence: “the expulsions of Palestinians and the attacks on Al Aqsa.” (…) A day later, on May 13, came a chilling session of the House of Representatives, with dark echoes of Jewish history. Several Democratic members of the House took turns standing next to blown-up photos of bloodied Palestinian children and gave fiery speeches denouncing Zionist perfidy—the sorts of words and charges that, since the age of the czars, have been followed by the spilling of Jewish blood. This time was no different, except it wasn’t a Russian backwater or a Munich beer hall. It was on the floor of the United States Congress. One by one, these members of Congress, Democrats all, sought to make the Jewish state the stand-in for “systems of oppression here in the United States and globally,” as Representative Ayanna Pressley of Massachusetts put it. (…) In the days and weeks that followed, even after an Israel–Hamas cease-fire was in place, Jews in America were physically attacked with abandon—diners at restaurants in Los Angeles and Manhattan, Jews on the streets of New York, families in Florida attending synagogue services. The ADL saw a 75 percent uptick in reported incidents. (…) When called out for their silence, progressive Democratic lawmakers condemned “anti-Semitism and Islamophobia” as one, knowing that their audience would interpret any specific denunciation of anti-Semitism as a statement in support of Israel. (…) Throughout this whole affair, not a single congressional Democrat would criticize any of his colleagues by name. (…) Neither the ADL nor the JDCA uttered a peep. (…) On June 7, Omar tweeted a summary of a question she had for Secretary of State Antony Blinken: “We must have the same level of accountability and justice for all victims of crimes against humanity. We have seen unthinkable atrocities committed by the U.S., Hamas, Israel, Afghanistan, and the Taliban. I asked @SecBlinken where people are supposed to go for justice.” (…) The ADL was silent. JDCA was silent. The Democratic Party sided with the Squad. The Jewish community had been abandoned to the rise of the dominant left-of-center ideology according to which Jews are part of a white power structure of which Israel is a prime example. (…) The New Yorker’s Helen Rosner suggested it would be a good tactic not to beat up Jews, as part of an overall strategy to undermine Israel’s legitimacy. (This after the New Yorker’s union put out a statement of solidarity with the Palestinians that included the phrase “from the river to the sea.”) Michelle Goldberg of the New York Times wrote a column with a headline so instantly infamous that the Times eventually and quietly changed it: “Attacks on Jews Over Israel Are a Gift to the Right.” Meanwhile, the comedian Sarah Silverman objected to attacks on Jews in Los Angeles not on the grounds that they were evil acts of anti-Semitic violence but rather because “WE ARE NOT ISRAEL.” For his part, Kenneth Roth, the obsessively anti-Israel executive director of Human Rights Watch, declared, “It is WRONG to equate the Jewish people with the apartheid and deadly bombardment of Prime Minister Netanyahu’s government. » Seth Mandel
You can’t walk very far on an American or European university campus these days without encountering some version of the “Palestinian Land Loss” maps. This series of four—occasionally five—maps purports to show how rapacious Zionists have steadily encroached upon Palestinian land. (…) Taking each map in turn, it is easy to demonstrate that the first one is by far the most dishonest of the lot. (…) It deliberately conflates private property with political control. (…) The next map (…) represents the partition plan adopted by the United Nations General Assembly in 1947 as UN Resolution 181. It called for two independent states to be formed after the end of the British Mandate, one Jewish and one Arab. Needless to say, the resolution was never implemented. It was rejected by a Palestinian Arab leadership that just two years before had still been allied with Nazi Germany.  (…) At this point, with partition rejected by the Arabs and no help from the international community in sight, the Jews declared independence and formed what would become the Israel Defense Forces. The Arab states promptly launched a full-scale invasion, whose aims—depending on which Arab leader you choose to quote—ranged from expulsion to outright genocide. And the Arabs lost. At war’s end in 1949, the situation looked roughly like the third map in the series—the first of the lot that even comes close to describing the political reality on the ground. (…)  But (…) What it shows are the so-called “armistice lines,” i.e., the borders where the Israeli and Arab armies stopped fighting in 1949. These lines held more or less until 1967. (…) But (…) on the other side of the line, (…) the territories that are today called the West Bank and the Gaza Strip (…) were not—not before, during, or after 1967—“Palestinian” in the sense of being controlled by a Palestinian Arab political entity. Both territories were occupied by invading Arab armies when the armistice was declared in 1949, the Gaza Strip by Egypt and the West Bank by Jordan. The latter was soon annexed, while the former remained under Egyptian military administration. This status quo lasted until 1967, when both were captured by Israel. In the 1967 Six Day War, which was marked by Arab rhetoric that was sometimes even more genocidal than 1948, Israel also took the Golan Heights from Syria and the Sinai Peninsula from Egypt, more than trebling the amount of land under its control. Israel has since withdrawn from more than 90 percent of the land it occupied—mostly in the Sinai withdrawal that led to peace with Egypt. The first three maps, then, confuse ethnic and national categories (Jewish and Israeli, Arab and Palestinian), property and sovereignty, and the Palestinian national movement with Arab states that ruled over occupied territory for a generation. (…) As (…) to the fourth map (…) usually labeled either 2005 or “present,” purports to show the distribution of political control following the Oslo process and the Israeli withdrawal from Gaza. The patches of Palestinian land in the West Bank are areas handed over to the Palestinian Authority in the 1990s, mostly under the 1995 Oslo II agreement. Expanding upon the autonomy put in place after previous agreements in the Oslo process since 1993, this agreement created a complex patchwork of administrative and security zones, splitting the West Bank into areas of exclusive Palestinian control, joint control, and Israeli control. It was meant as a five-year interim arrangement, after which a final status agreement would be negotiated. (….) But no agreement was reached. As in 1947, the principal reason was Palestinian rejectionism. This time, the Palestinian leadership rejected a state on over 90 percent of the West Bank and 100 percent of the Gaza Strip. They then broke their pledge not to return to the “armed struggle” and embarked on a campaign of suicide bombings and other terrorist atrocities that were not only morally indefensible but lost them the trappings of sovereignty they had gained over the previous decade. After tamping down the worst of the violence, Israel decided to leave the areas of the Gaza Strip it had not evacuated a decade before. The withdrawal took place in 2005. Two years later, the Islamist group Hamas took over the Strip in a violent coup d’etat. Since then, there have been two Palestinian governments—the Hamas regime in Gaza and the Fatah-led regime in the West Bank. Both of these regimes are marked with the same color on this fourth map, thus failing to acknowledge the split between the two regimes, though it is the first map in the series to correctly label areas under Palestinian Arab political control. Nonetheless, it does not distinguish between the sovereign territory of the State of Israel—or, in the case of East Jerusalem, territory that Israel claims as sovereign without international recognition—and territories in the West Bank that, according to agreements endorsed by both sides, are under Israeli control until a final status agreement. Taken together, what we have is not four maps in a chronological series, but four different categories of territorial control presented with varying degrees of inaccuracy. Those categories are private property (“1946”), political control (“1967” and “2005”), and international partition plans (“1947”). They are presented in a fashion that is either tendentiously inaccurate (“2005”), essentially mendacious (“1947” and “1967”), or radically untrue (“1946”). (…) Perhaps the best way to illustrate the bankruptcy of the “Palestinian Land Loss” myth is to compare it to a similar situation elsewhere. An equally absurd set of maps could be drawn up of the Indian subcontinent before and after the end of British rule. It could start with a 1946 map of the entire subcontinent, labeling any private property owned by Hindus as “Indian” and the rest as “Pakistani.” Hindus, after all, are 80 percent of India’s population today, just as Jews are 80 percent of Israel’s. It is absurd to consider anything not privately owned by Hindus under British rule as “Pakistani” when the state of Pakistan did not yet exist, but that is roughly the same as labeling anything not privately owned by Jews under the Mandate as “Palestinian.” We could then put up a partition map from 1947, with West and East Pakistan next to a much larger India; as well as a post-partition map—perhaps from 1955—showing the land losses along the Radcliffe Line. Finally, we could draw a map from 1971 with East Pakistan shorn off into Bangladesh. A fervently dishonest person might call this series “Pakistani Land Loss,” but it would be such an obvious piece of fiction that no one could possibly take it seriously. Shany Mor
Pour la première fois, on a pu constater une conflictualité dans les localités israéliennes. Les communautés se sont affrontées. Le risque d’apartheid est fort si on continue à aller dans une logique à un État ou du statu quo. L’hypothèse commençait à disparaître. Il faut engager une politique de petits pas. Il faut faire en sorte qu’il y ait une logique de confiance qui puisse s’instaurer. L’Europe est puissante. Pendant cinq ans, l’Europe a dû assumer toute seule le multilatéralisme. Elle joue sa partition au Proche orient. Jean-Yves Le Drian (ministre français des affaires étrangères)
Le ministre a déclaré qu’Israël pourrait devenir un Etat d’apartheid – une affirmation éhontée, fausse et sans fondement. Nous n’accepterons aucune leçon de morale hypocrite et mensongère sur cette question. Dans l’État d’Israël, tous les citoyens sont égaux devant la loi, quelle que soit leur origine ethnique. Israël est un phare de la démocratie et des droits de l’homme dans notre région… Nous ne subirons aucune réprimande morale hypocrite et fausse sur cette question. Benjamin Netanyahu
For those who periodically tune in and tune out of the Israel-Palestine situation, the events of recent days and weeks might seem like a replay of a movie they have seen before: Palestinians are being forced from their homes; Israel drops bombs on Gaza; Palestinians fire rockets from Gaza; Israel destroys most of the rockets with an air defense system that is largely paid for by American taxpayers. All familiar. But the truth is, this moment is different. And it may prove a transformational one in the Palestinian struggle for freedom. Before the world’s attention shifted toward pushing for a cease-fire, Palestinians in Gaza, the West Bank, Jerusalem, inside Israel and in the diaspora had all mobilized simultaneously in a way unseen for decades. They are all working toward the same goal: breaking free from the shackles of Israel’s system of oppression. Reacting to growing Israeli restrictions in Jerusalem and the impending expulsion of Palestinians from their homes in the Jerusalem neighborhood of Sheikh Jarrah, Palestinians across the land who identified with the experience of being dispossessed by Israel rose up, together. Even now, as bombs fall on Gaza, they continue to do so. Palestinians are protesting in huge numbers in cities and towns throughout the land; hundreds of thousands took part in a general strike. With this unified movement, Palestinians have shown Israel that they cannot be ignored. (…) The energy of this moment represents an opportunity to wed Palestinian aspirations with a growing global consensus. According to a 2018 poll by the University of Maryland, 64 percent of Americans would support equal rights in a single state if the two-state solution fails. That number climbs to 78 percent among Democrats. Among scholars and experts on the Middle East, one recent poll found, 66 percent say there is a one-state reality. There is also a growing shift in mainstream organizations that have been hesitant to call for greater change: The Carnegie Endowment for International Peace recently released a report calling for a break from the two-state approach. Many diplomats and analysts around the world I have spoken to in recent years understand that the two-state solution is dead. Israel has killed it. When I ask why they don’t call for equal rights for Palestinians to end what is increasingly obviously a de facto apartheid system, they point out the official Palestinian position remains for a separate state. (…) The Palestinians have moved on, and many people in America and around the world are ready to do so, too. Yousef Munayyer (Arab Center Washington DC)
The fault lines in Israeli society have never been clearer and Jerusalem remains the tinder box that could ignite another catastrophic fire unless the underlying causes — Israel’s occupation of the Palestinian territories and its highly discriminatory policies — are dealt with. (…) The truth is that the Palestinian citizens of Israel and the Jewish majority of the country have never coexisted. We Palestinians living in Israel “sub-exist,” living under a system of discrimination and racism with laws that enshrine our second-class status and with policies that ensure we are never equals. This is not by accident but by design. The violence against Palestinians in Israel, with the backing of the Israeli state, that we witnessed in the past few weeks was only to be expected. Palestinian citizens make up about 20 percent of the Israel’s population. We are those who survived the “nakba,” the ethnic cleansing of Palestine in 1948, when more than 75 percent of the Palestinian population was expelled from their homes to make way for Jewish immigrants during the founding of Israel. (…) When military rule ended in 1966, Israel propagated the myth that Palestinian citizens of Israelis were now full citizens, noting that we can vote for members of the Knesset and that we have representatives there too. But since its establishment, Israel has enacted more than 60 laws entrenching our second-class status. One law makes it possible for Jewish Israelis in many towns to deny me and other Palestinians the right to live alongside them because we are not “socially suitable.” Courts routinely uphold such discriminatory laws and lawmakers have year after year blocked attempts to pass legislation enshrining the equality of Palestinians and Jews. The institutionalized racism and discrimination against Palestinian citizens have pushed almost half of us into poverty and our unemployment rate has soared to 25 percent. Racism against Palestinians is incited and exploited by virtually all major Israeli politicians and parties. (The Labor Party, which has a mere seven seats in the Knesset, is the only exception.) Even “moderates” like the Yesh Atid leader Yair Lapid, who has been tasked with forming a government in the wake of inconclusive parliamentary elections in March, declared that he wants to be “rid of Arabs” and that his most important priority is “to maintain a Jewish majority in the land of Israel.” Politicians call for our citizenship to be revoked, or worse — like the former foreign minister Avigdor Lieberman, who said our heads should be chopped off, or the former education minister Naftali Bennett, who declared that he had killed many Palestinians and had no problem with it. Since 2019, Prime Minister Benjamin Netanyahu has twice made electoral pacts with the overtly racist Jewish Power party, which is made up of followers of the notorious Meir Kahane, whose Kach party and offshoots were labeled terrorist organizations by the United States. Jewish Power is led by Itamar Ben Gvir, who says his hero is Baruch Goldstein, who gunned down 29 Palestinians as they prayed in Hebron in 1994. All of this does not merely garner votes for Mr. Netanyahu, it also normalizes hatred of Palestinians. Young Jews are more radicalized than their parents, with polls showing that they do not want to live next to Palestinians and support revoking our citizenship. This prejudice, racism and violence directed at Palestinians is not limited to the fringe in society — it has become mainstream. In May alone, Mr. Netanyahu’s government allowed marches by violent Jewish supremacists through Palestinian neighborhoods of Jerusalem and into the Aqsa mosque compound. Israeli police officers and Jewish citizens have been offered de facto immunity for attacking Palestinians. Indeed, our mere existence nettles Israel’s ruling elites, who insist on preserving the Jewishness of the state. My father, who is 82, still waits for the day when he does not have to live in fear that we will be evicted from our homeland. To be a Palestinian in Israel is to wait for the day when Israel will decide to forever rid itself of you. How do I explain to my 7-year-old son what being a Palestinian citizen of Israel means? What future can he look toward, when the leaders of the government incite hatred against him? What audacious hope can he have when he is bound to face racism and discrimination in education, employment and housing? For now, I try to shield him from the images on television and on our phones, but there will soon come a time when I cannot shield him from the reality that he is surrounded by people who consider him a second-class citizen. Diana Buttu
En excluant ostensiblement le Hamas, l’administration Biden ne fait que perpétuer le mythe selon lequel le Hamas est le problème central (…) Nous savions que les roquettes décrépites tirées de Gaza étaient tout ce dont les Forces de défense israéliennes et le Premier ministre Benjamin Netanyahu avaient besoin pour rediriger l’attention du public sur la  légitime défense d’Israël et loin des préjudices infligés aux Palestiniens. (…) Le conflit concerne l’occupation israélienne. Se concentrer sur le Hamas, c’est aussi aseptiser le conflit, et ainsi en devenir complice. Cela permet aux gens d’exprimer leur sympathie pour les Palestiniens ordinaires tout en blâmant quelques personnes au sommet de la direction palestinienne. Mais le droit à la légitime défense contre l’agression continue d’Israël appartient à tous les Palestiniens; la résistance légitime ne peut être un droit que pour les Palestiniens qui croient exclusivement à la légitime défense non violente – pas face à la violence que nous endurons. (…) Qu’attendre d’une personne qui se fait tirer dessus alors qu’elle était enfant et qu’on ne lui donne qu’une prison ou un camp pour vivre en tant qu’adultes, plutôt que chez eux? C’est pas compliqué. Basma Ghalayini
There are two groups that attend anti-Israel rallies. One group styles themselves as being liberal, open-minded, very concerned about human rights, only wanting peace and so, so concerned over Palestinians who are killed during a war their side started. These people swear up and down that they are non-violent, against antisemitism and that they want Israel to go away quietly and peacefully as a result of world pressure and boycotts. The other are young Arab men who grew up with pure Jew-hatred. They are intolerant of women, of gays, they don’t care about the environment. They share none of the supposed principles of the kumbaya crowd, with the exception of wanting to see the Jewish state destroyed and of the role they take of eternal victims with no agency. The latter group is behind the torrent of antisemitic attacks we see happening every day in the West. They are the ones who are driving around in gangs, looking for Jews to intimidate or attack. They are directly threatening Jews on social media thousands of times a day. This is unprecedented. For decades, Jews have been able to walk around safely in most major cities without fear, without even considering hiding their kippot or Star of David necklaces. Jews used to be most afraid of being attacked by blacks, but over time that has become much less of an issue with the exception of the recent uptick of attacks in Brooklyn. Antisemitism has always been there but it definitely lessened. ADL statistics has seen it go down steadily since the 90s. But this is different than even the ’60s. Now Jews have to worry about gangs who are targeting them because they are Jews. Why have these Arab gangs suddenly become so emboldened to form posses to attack Jews? Because of the first group. The fine distinctions that Leftist Israel haters try to make between anti-Zionism and antisemitism are completely invisible to Arabs. They hate Israel because, not despite the fact, it is filled with Jews. Antisemitism is the entire source of the conflict. Their parents and preachers don’t teach them to hate Zionists but Jews. They look at their Jewish allies as tools and as dhimmis, not as role models. The attackers find strength in numbers, they see that they have the Left on their side, they are riled up by thousands of lies about Israel by speaker after speaker and tweet after tweet, they get validation from members of Congress and other liars and bigots who say that Israel is guilty of genocide and apartheid and ethnic cleansing, they are primed to violence from lurid and often faked photos of dead kids, they are whipped up into a frenzy from the hypnotic anti-Israel and antisemitic chants. And they are in large cities with lots of identifiable Jews all around, who must pay for these crimes. It is a recipe for violence. The Arab gangs are engaged in what they know best: terrorism. After all, the point of terrorism isn’t the attacks themselves but the feat that the attacks create among the targets. These Arabs are importing terror from their Middle Eastern cousins, doing everything they can to frighten Jews. They feel, correctly, that they have reached a critical mass with fellow Arabs in their respective Western countries. Crucially, they are being given cover by the secular Left, publishing articles that justify terror and the idea that Palestinians are justified in doing anything they want to Jews because all’s fair in « resistance. » Arabs are sensitive to being shamed. They have not acted like this before in America because the idea of wanton violence against Jews was shameful. Now, and their Leftist allies give them intellectual cover – and they will never, ever shame them. The Leftist anti-Zionists could shame them into stopping their attacks. They could make it clear that they want nothing to do with the antisemites. They could stand up and say that they will not be allies with Jew-haters and will not march with bigots. They could demand that mosques and Muslim leaders clearly denounce the attacks (they certainly will not do that on their own.) But these people who claim to speak truth to power will never, ever call out violence by Arabs They refuse to do that, because they are all about solidarity and allyship and, let’s face it, they don’t want to say anything negative about people of color who want to attack Jews. The Leftist enablers also know that the Arabs would turn on them next if they say anything negative about their antisemitism. Instead, the « progressives » issue weak statements against antisemitism and then return to their « From the river to the sea » chants to incite the next round of attacks. The only solution is to shame the attackers. The only people who can do that are tacitly condoning the attacks. This is a nearly perfect storm that is bringing up an entirely new class of Jew-hatred to America. Elder of zion
Aside from putting forward a peace proposal that was dead on arrival, we don’t think they did anything constructive, really, to bring an end to the longstanding conflict in the Middle East. Jen Psaki (Biden’s spokeswoman)
In the minds of the Iranian leadership and those of their Hamas proxies, the Abraham Accords represent the single greatest military and political threat to Iran’s nuclear and hegemonic ambitions. Destroying them is their strategic goal. The Abraham Accords provide a formal framework for the operational partnership that developed since 2006 between Israel and the Sunni Arab states that, like Israel, are threatened by Iran. In formalizing those ties, the Abraham Accords split the Arab/Islamic world into two camps. The first camp includes Iran and the states and terror groups Iran supports, controls and is allied with. Political forces hostile to Israel in the West support this camp. Members of the Iran camp and its supporters in the West insist the Jewish state is the greatest source of instability and the primary obstacle to peace in the Middle East. The second camp is comprised of Israel and the Arab states that understand that Iran is the greatest threat to peace and security in the Middle East. Arab members of this camp include Saudi Arabia, the UAE, Bahrain, Egypt, Sudan and Morocco. These Arab states believe that in alliance with Israel they will be able to contain and eventually defeat the Iranian regime. Until the Abraham Accords were formalized, only the Iranian camp had an international presence. The anti-Israel, pro-Iran narrative, which claims that Israel is the greatest threat to regional and world peace, had the stage to itself from Tehran to California. Since the Abraham Accords were signed last September, the Iranian camp has been on the defensive. In a press briefing on Tuesday, President Joe Biden’s spokeswoman Jen Psaki indicated that the administration is just as unhappy with the Abraham Accords as the Iranians and Palestinians are. In response to a reporter’s question about the Trump administration’s peace efforts, Psaki pretended that the Abraham Accords don’t exist. “Aside from putting forward a peace proposal that was dead on arrival,” she said derisively, “we don’t think they did anything constructive, really, to bring an end to the longstanding conflict in the Middle East.” This asinine statement put paid the notion that Biden will ever opt for an alliance with the Abraham Accords member nations over the Iran/Hamas axis. Just as the administration refuses to even utter the term “Abraham Accords,” so it insists on ignoring their political significance for the states of the region and their military capacity to contain Iran. Despite the massive pressure that has been exerted against Abraham Accords member states to disavow their ties with Israel since Hamas opened its offensive last week, so far they have not wavered. The UAE, Bahrain and Morocco have put out mild statements on the Hamas war. Morocco sent humanitarian aid to Gaza. There have been no anti-Israel demonstrations in the streets of any of the Abraham Accords member states. Sudan’s leader, Abdel Fattah Al-Burhan discussed the issue in an interview with France 24 in Arabic earlier this week. (…) In his words, “The normalization [of relations between Sudan and Israel] has nothing to do with the Palestinians’ right to establish their own state. The normalization is reconciliation with the international community, and with Israel as part of the international community.” (…) Since it is clear that Israel made clear from the outset that it had no interest in conquering Gaza, Hamas will declare victory no matter how much damage it sustained from Israeli airstrikes. So too, after the Biden administration placed the threat of condemning Israel at the UN Security Council on the table in the first days of the conflict, it was clear that Israel wouldn’t dare defy Biden for long once he publicly demanded a ceasefire. Caroline Glick
Ce que nous voulons, nous autres Arabes, c’est être, or nous ne pouvons être que si l’autre n’est pas. S’il n’y a pas d’autre solution, alors que cette guerre nucléaire ait lieu et qu’on en finisse une fois pour toutes ! Ben Bella (ancien premier président de l’Algérie, 1982)
La révolution iranienne fut en quelque sorte la version islamique et tiers-mondiste de la contre-culture occidentale. Il serait intéressant de mettre en exergue les analogies et les ressemblances que l’on retrouve dans le discours anti-consommateur, anti-technologique et anti-moderne des dirigeants islamiques de celui que l’on découvre chez les protagonistes les plus exaltés de la contre-culture occidentale. Daryiush Shayegan (1992)
L’antisionisme est une incroyable aubaine pour les antisémites. L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est permission d’être démocratiquement antisémite. Valdimir Jankélévitch
Nous imaginons, parce que la Guerre froide est finie en Europe, que toute la série de luttes qui ont commencé avec la Première guerre mondiale et qui sont passées par différents mouvements totalitaires — fasciste, nazi et communiste — était finalement terminée. (…) Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) À un certain niveau très profond tous ces mouvements étaient les mêmes — ils partageaient tous certaines qualités mythologiques, une fascination pour la mort de masse et tous s’inspiraient du même type de paranoïa. (…) Mon argument est que l’islamisme et un certain genre de pan-arabisme dans les mondes arabe et musulman sont vraiment d’autres branches de la même impulsion. Mussolini a mis en scène sa marche sur Rome en 1922 afin de créer une société totalitaire parfaite qui allait être la résurrection de l’empire romain. En 1928, en Egypte, de l’autre côté de la Méditerranée, s’est créée la secte des Frères musulmans afin de ressusciter le Califat antique de l’empire arabe du 7ème siècle, de même avec l’idée de créer une société parfaite des temps modernes. Bien que ces deux mouvements aient été tout à fait différents, ils étaient d’une certaine manière semblables. (…) La doctrine islamiste est que l’Islam est la réponse aux problèmes du monde, mais que l’Islam a été la victime d’une conspiration cosmique géante pour la détruire, par les Croisés et les sionistes. (le sionisme dans la doctrine de Qutb n’est pas un mouvement politique moderne, c’est une doctrine cosmique se prolongeant tout au long des siècles.) L’Islam est la victime de cette conspiration, qui est également facilitée par les faux musulmans ou hypocrites, qui feignent d’être musulmans mais sont réellement les amis des ennemis de l’Islam. D’un point de vue islamiste, donc, la conspiration la plus honteuse est celle menée par les hypocrites musulmans pour annihiler l’Islam du dedans. Ces personnes sont surtout les libéraux musulmans qui veulent établir une société libérale, autrement dit la séparation de l’église et de l’état. (…) Les socialistes français des années 30 (…) ont voulu éviter un retour de la première guerre mondiale; ils ont refusé de croire que les millions de personnes en Allemagne avaient perdu la tête et avaient soutenu le mouvement nazi. Ils n’ont pas voulu croire qu’un mouvement pathologique de masse avait pris le pouvoir en Allemagne, ils ont voulu rester ouverts à ce que les Allemands disaient et aux revendications allemandes de la première guerre mondiale. Et les socialistes français, dans leur effort pour être ouverts et chaleureux afin d’éviter à tout prix le retour d’une guerre comme la première guerre mondiale, ont fait tout leur possible pour essayer de trouver ce qui était raisonnable et plausible dans les arguments d’Hitler. Ils ont vraiment fini par croire que le plus grand danger pour la paix du monde n’était pas posé par Hitler mais par les faucons de leur propre société, en France. Ces gens-là étaient les socialistes pacifistes de la France, c’était des gens biens. Pourtant, de fil en aiguille, ils se sont opposés à l’armée française contre Hitler, et bon nombre d’entre eux ont fini par soutenir le régime de Vichy et elles ont fini comme fascistes! Ils ont même dérapé vers l’anti-sémitisme pur, et personne ne peut douter qu’une partie de cela s’est reproduit récemment dans le mouvement pacifiste aux Etats-Unis et surtout en Europe. Paul Berman
L’administration Trump avait ouvert une nouvelle voie vers la paix au Moyen-Orient. Les principes étaient simples: punir les acteurs malveillants avec des sanctions, encourager financièrement la paix et résoudre le conflit au Moyen-Orient de l’extérieur vers l’intérieur. L’Iran avait été sanctionné plus durement que n’importe quelle nation dans l’histoire. L’Autorité palestinienne, ainsi que les agences des Nations Unies qui soutenaient leur programme, comme l’UNRWA, s’étaient vu couper les vivres. Et des accords de normalisation avaient été signés entre Israël et les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Soudan et le Maroc. L’approche avait fonctionné. Les quatre années de l’administration Trump ont été dans l’ensemble parmi les années les plus calmes de l’histoire moderne d’Israël. Pourtant, l’approche était une gifle à l’encontre de l’establishment du département d’État américain qui avait depuis longtemps postulé qu’il ne pouvait y avoir de paix nulle part dans la région tant que le conflit palestinien n’était pas résolu. La dernière flambée a remis la question israélo-palestinienne sur le devant de la scène et dans le territoire familier des auteurs et partisans des Accords d’Oslo, qui commencent à revenir sur le devant de la scène après un bref exil de quatre ans. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken se rend maintenant en Israël, en partie pour renouer les liens avec les dirigeants palestiniens. La communauté internationale promet maintenant des fonds pour «reconstruire Gaza». Quand les acteurs malveillants comme l’Iran, le P.A. et le Hamas étaient privés de fonds et que les modérés étaient financièrement incités à la poursuite de la normalisation, un certain clame était revenu. Maintenant que le flux de fonds s’est inversé, le terrorisme est de retour. (…) L’Iran a joué un rôle clé dans le conflit actuel. Au cours des dernières années, mois et semaines, Israël a frappé secrètement l’infrastructure nucléaire iranienne, attaqué des navires commerciaux et frappé des armes de fabrication iranienne transférées en Syrie. L’Iran a tenté à plusieurs reprises de riposter, ciblant récemment les navires commerciaux israéliens en mer. Malgré les récentes frappes aériennes israéliennes, l’Iran a déjà réussi à stocker plus de 150 000 roquettes et missiles pointés sur Israël par le Hezbollah au sud du Liban. Et contrairement à l’arsenal de roquettes du Hamas à Gaza, nombre des missiles détenus par le Hezbollah sont à longue portée et de haute précision. Dans un «discours de victoire», le chef du Hamas Ismail Haniyeh a publiquement félicité l’Iran pour son soutien pendant le conflit, déclarant: «Je ne peux que remercier ceux qui ont apporté de l’argent et des armes à la vaillante résistance, la République islamique d’Iran; qui ne nous a pas ménagé son argent, ses armes et son soutien technique. Merci. » Un rapport récent du Wall Street Journal a noté que les roquettes du Hamas sont fabriquées à partir de plans iraniens et que les Iraniens ont fourni une assistance supplémentaire au Hamas. Presque toutes les activités malveillantes au Moyen-Orient ont aujourd’hui les empreintes de l’Iran. L’Iran tente de négocier un retour à l’accord nucléaire avec les États-Unis et les puissances occidentales. Ce conflit qui vient de se terminer devrait faire réfléchir l’Occident sur les ambitions iraniennes. Malheureusement, ce ne sera probablement pas le cas. (…) Les Israéliens regardaient de loin et avec étonnement les violentes émeutes qui ont envahi les villes américaines cette année sous le hashtag #BlackLivesMatter. La race est devenue la question la plus importante. Les membres de la communauté anti-israélienne aux États-Unis avaient depuis longtemps des liens avec les causes progressistes – ce qui ne manque pas d’ironie étant donné à quel point la société palestinienne progressiste en est éloignée. Il semble que les Palestiniens ont adopté avec succès la mentalité BLM et y sont accueillis à bras ouverts. Peu importe qu’Israël soit de loin le pays le plus progressiste du Moyen-Orient et l’un des plus progressistes du monde. Selon ce récit, les Israéliens sont les colonialistes blancs et oppressifs, indépendamment du fait que plus de 50% des Israéliens sont d’origine moyen-orientale (c’est-à-dire à la peau brune) dont les familles ont été expulsées de force de leurs maisons hors de presque tous les pays musulmans de la région après avoir vécu dans ces pays en tant que citoyens dhimmis de seconde zone. De plus, il y a un nombre important d’immigrants éthiopiens (à la peau noire), dont beaucoup sont arrivés en tant que réfugiés. Parmi les Israéliens d’origine européenne restants, une grande partie sont des descendants de survivants de l’Holocauste – un véritable génocide. Pourtant, tant que les Palestiniens réussiront à rester la demi-soeur de #BlackLivesMatter, Israël sera dans une période cahoteuse devant le tribunal de l’opinion publique. Alex Traiman
It is certainly true that in the past, conflagrations in the Middle East between Israeli and the Palestinians or its neighbors have created an — or catalyzed an uptick in anti-Semitism in America. But what we are seeing now is more drastic and, frankly, more dangerous. The ADL track between the two weeks of the conflict and the two weeks before a 63 percent increase. And that surge is far greater than what we have seen in prior incidents, like 2014, for example. But what I would also note is not just the quantitative, but the qualitative. The span of these attacks, they spread like wildfire across the country. You mentioned a few, California, Arizona, Wisconsin, Illinois, Michigan, New York, New Jersey, South Carolina, Florida, acts of harassment and vandalism and violence. So, number one, the span is much greater than what we have seen, but secondly the tone, the brazenness, the audacity of these assaults in broad daylight. We have seen people basically say, if you are wearing a Jewish star, you must be a Zionist and you should be killed. We have seen people hurling bottles and objects at homes with mezuzot on the door that were identifiably Jewish. We have seen people driving cars or marauding through Jewish neighborhoods and yelling, « We’re going to rape your women, » right, or yelling things like « Allahu akbar, » and literally then wreaking physical violence on people. And one of the incidents that was captured was in broad daylight in Times Square, a group of people beating and bloodying a Jewish man whose only crime was he was wearing a kippah, to the point where he was left unconscious in the street while people kicked him, bloodied him with like crutches. It was really quite disgusting. And to think that this is happening in America is really unconscionable. The reality is, is, I do believe that political language can have real world consequences. But this is very different kind of political language. (…) today, we have unhinged, fictionalized conspiracies about Israel, that somehow the Jewish state is systematically slaughtering children or committing genocide. And then that leads to real-world attacks on Jewish people in the streets of America, on our campuses, in our communities. (…) And that’s why we think people, regardless of where you are on the spectrum, need to speak out clearly and firmly and forcefully and say, in an unambiguous way, that anti-Semitism is unacceptable, because, again, this isn’t activism. It’s hate, and it should be called out as such. (…) I have heard from Jewish people across the country, and they are feeling scared. They have extremists on the right. They have these, if you might say, radical voices from the left. And they are wondering, is it safe for me to go out wearing a kippah? Is it safe for me to walk to synagogue on a Saturday morning? Again, this is in America in 2021. So we think the leaders, not just President Biden, but members of Congress need to speak out and clearly and consistently call it anti-Semitism, without making equivalence or excuses for any other form of prejudice. You can have fierce debates about Middle East policy, but that is not an excuse to assault and victimize Jewish people in America, in Europe, anywhere. Jonathan Greenblatt (Anti-Defamation League)
Chaque fois que la France est menacée dans son existence et dans ses raisons d’être, il se forme dans ses marges un parti collabo. D’ordinaire, ce parti est d’extrême droite et se confond avec la réaction. Aujourd’hui, il est d’extrême gauche. Jacques Julliard
Sans doute, cette remarque de J. Julliard vaut-elle pour notre époque – disons qu’elle s’avère pertinente pour les années 2000-2020 ; pour autant, il me paraît risqué de soutenir que d’« ordinaire », le « parti collabo » était d’« extrême droite », dans la mesure où ladite extrême droite, si l’on pense à la période 39-45, se nourrissait de très nombreux transfuges de gauche, comme l’a démontré l’historien Simon Epstein dans Un paradoxe français. Pour ce qui est de la droite nationaliste, elle a su voir dans les Juifs des patriotes loyaux, je pense au Barrès des Familles spirituelles de la France, ou à l’engagement de son propre fils dans les rangs de la France libre. Le paradoxe dont rend compte S. Epstein c’est que les antisémites de l’Affaire Dreyfus ont été gaullistes et résistants pendant la Seconde Guerre, tandis que les partis de la collaboration se sont en grande partie recrutés parmi les dreyfusards et la gauche historique. Quant à la gauche demeurée à gauche, après la Seconde Guerre mondiale, elle n’avait pas grand-chose à envier à l’extrême droite sur le chapitre de l’antisémitisme, si l’on considère l’Union soviétique et ses satellites. (…) Il existe en effet une convergence significative entre l’islamisme et le gauchisme qui trouvent un véritable point d’entente sur le sujet de l’antisionisme. Cela paraît absurde, antinomique, et fondé sur un malentendu, puisque ce sont en principe des ennemis que doctrinalement tout oppose. Mais ils ont en commun la volonté d’en découdre avec la civilisation européenne, et communient aujourd’hui dans l’idéologie décoloniale. Leurs motivations initiales diffèrent du tout au tout : l’extrême gauche est antijuive par tradition voltairienne et marxiste, l’islamisme est antisioniste, en raison de la théologie politique de l’islam qui ne souffre pas de souveraineté non-musulmane sur le « dar al-islam ». L’extrême gauche est anticléricale et s’imagine que l’identité juive est « religieuse », tandis que l’islamisme reconduit le vieux débat de la théologie de la substitution en se proclament seule détenteur de la « vraie » révélation. Néanmoins la rencontre de ces deux souches allergiques aux Juifs pour ce qu’ils représentent, n’est somme toute pas récente. L’histoire de cette convergence, du point de vue des matrices doctrinales, remonte aux années 20 du XX siècle. C’est une partie d’échecs : il fallait mettre en échec la possibilité d’un sentiment de sympathie pour un Israël souverain. (…) le discours gaullien de 1967 marque un tournant dans les relations franco-israéliennes, le début d’un véritable renversement d’alliance. Les jeunes générations n’ont pas la moindre idée de la bonne entente qui régnait entre Paris et Jérusalem avant la Guerre des Six Jours. Ce renversement d’alliance a été largement expliqué par la situation géopolitique de la France par rapport au monde arabe : le Maghreb où elle a été longtemps présente, ainsi que le Proche- Orient. (…) Corrélativement, l’existence d’une immigration musulmane souvent peu éduquée, véhiculant le mépris du Juif (al yahoud), voilà qui fait subir une formidable involution à la mentalité issue de l’esprit des Lumières, quoique les Lumières soient elles-mêmes très divisées sur le chapitre de l’égale dignité de tous les hommes. Que de larges fractions de l’opinion soient désormais affectées par le prurit de l’antisémitisme n’a rien de surprenant, cela est le résultat d’une volonté politique, savamment distillée. En matière d’opinion, et de politique de l’opinion, il n’y a pas de génération spontanée. Les grands médias ont été chargés de diffuser la doxa antisioniste, depuis la fin des années 60 du XXe siècle, et trois générations de Français ont bu de ce lait. Cette nouvelle modalité de l’antisémitisme a été sciemment inculquée, et rares sont les esprits qui ont passé l’évidence antisioniste au tamis de l’esprit critique. L’expression antisioniste est d’autant plus désinhibée, qu’elle repose sur des motifs pleins de noblesse : l’antisionisme se présente comme un humaniste et un antiracisme. C’est au nom de l’humanisme et de l’antiracisme que l’on se dit antisioniste. (…) C’est dans la littérature nationale-socialiste que se trouve d’abord le point de mue de l’antisémitisme culturel de la fin du 19è siècle en antisémitisme racial et en antisionisme génocidaire. (…) cette littérature a été traduite en arabe et a trouvé de profonds échos, notamment dans le mouvement national palestinien, à l’époque du Mandat britannique sur la Palestine. C’est dans ce contexte que l’antisémitisme hitlérien entre en symbiose avec l’antijudaïsme des Frères Musulmans. Aujourd’hui la proximité des leaders du mouvement palestinien avec les Frères musulmans, ancêtre de l’OLP de Yasser Arafat, a été mise en exergue par de nombreux historiens (…) Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement palestinien, militairement vaincu, comme toute la coalition arabe qui s’était formée contre Israël, tombe dans l’escarcelle de l’Union Soviétique. À partir de ce moment, l’URSS écrit un nouveau chapitre de l’histoire de l’antisionisme. Ce n’est plus la conspiration juive que fustigent les staliniens, mais le sionisme allié de l’impérialisme américain, le sionisme incarnation du capital. Il s’agit d’une variante du même schéma. (…) L’antisionisme tel que nous le connaissons, et tel que les « progressistes » acquis à sa cause le pratiquent de nos jours, sort directement des officines du KGB. (…) À cela, il faut ajouter le rôle de vecteur de l’extrême gauche, notamment française, qui a battu des records de forgerie à partir de 1968. L’échec des révolutions prolétariennes, les désillusions du soviétisme ont entraîné dans ses rangs une radicalisation de la lutte anticapitaliste, et ses représentants ont joué un rôle considérable dans la promotion et la banalisation d’un antisionisme à visage humain, décorrélé de l’antisémitisme, devenu tabou en Europe, après la Shoah. Les Palestiniens en sont venus à occuper la place qu’occupait le prolétariat dans le marxisme classique. (…) L’extrême gauche a affiné, si je puis dire, le travail de mise en circulation de ce que j’ai appelé des « équation efficaces », destinées à présenter d’Israël une image répulsive. Ces équations idéologiques définissent une pseudo-logie : « sionisme = nazisme », « sionisme = apartheid », « sionisme= racisme », « sionisme=impérialisme », etc. Lorsque l’on connaît l’histoire, la réversibilité des termes sonne faux, et dénonce ces « équivalences » comme des aberrations, historiques aussi bien que sémantiques. Faut-il rappeler que les Sionismes sont nés en réponse à l’antisémitisme du 19è siècle: russe, allemand, français, et ottoman? (…) De plus, que veut dire « être antisioniste » après la Shoah ? Ces antisionistes au grand cœur, feignent d’oublier qu’il n’y avait plus de place sur terre pour le peuple juif. En somme, qu’est-ce que l’antisionisme propose aux Juifs ? Le retour à la situation d’exil, et d’exposition passive à toutes les formes de la persécution ? À quelle sorte de destin historique l’antisionisme promet-il les Juifs ? Au mieux, à leur disparition en tant que représentants d’une identité singulière, porteur d’un message universel, au pire à leur liquidation physique. (…) Pour autant, je ne confonds pas l’antisionisme islamo-gauchiste ou génocidaire avec l’asionisme de nombreux Juifs qui font le choix de l’intégration dans les sociétés démocratiques. Ceux-là ont affirmé un choix conséquent, en se détachant à titre individuel du destin collectif d’Israël. Pour moi, ils le font à leurs risques et périls. (…) Le fait est que l’État d’Israël représente un pôle identitaire affirmé, en tout cas dans les imaginaires collectifs. Et le signifiant « Israël » n’a jamais été compris, il a été combattu, mais pas compris. Le sionisme se trouve dans une situation paradoxale, du fait du caractère anormal ou atypique de l’histoire juive, au regard de la philosophie politique européenne. D’abord, le sionisme est la dernière expression du principe des nationalités, il s’est affirmé pour la première fois, avec un décalage de près d’une génération sur la dynamique d’auto-détermination née du printemps des peuples, en 1848. (…) Comment comprendre le sionisme, dans un contexte où l’idée de peuple suppose des critères précis : la base territoriale, la communauté de langue ? Or les Juifs ne sont nulle part chez eux, ils sont dispersés, n’ont plus de langue commune, et sont réduits depuis près de deux millénaires à supporter le carcan symbolique d’une entité théologique, ils sont « le peuple du Livre ». Voilà que sous la pression d’un mouvement antisémite international -pogromes en Russie, statut de dhimmi et violences antijuives dans l’empire ottoman, affaire Dreyfus en France, pétition des 200 000 en Allemagne, floraison des ligues et des partis antisémites, etc. – ils entendent reconstituer leur nation. (…) Il s’agit pour les penseurs sionistes de rendre au peuple juif sa dimension historico-politique, ni plus ni moins. Or ce n’est pas ainsi que l’entendent les nations, habituées, du fait de la polémique théologique contre le judaïsme, à considérer celui-ci comme une « religion ». (…) Le Judaïsme est une civilisation, qui a été déracinée par les empires. C’est à cette situation que le sionisme a entendu mettre fin. Le second paradoxe tient au fait que la souveraineté juive s’est surtout affirmée concomitamment à la fin de la Seconde Guerre mondiale, à une époque marquée par le reflux du nationalisme, et bientôt la critique de l’État Nation. Le reflux du nationalisme est forcément assimilé au refus du bellicisme et de la violence doctrinale dont ont fait preuve le national-socialisme et les fascismes. Quant à la critique de l’État-Nation, elle s’est peu à peu déduite de la formation de l’Europe supranationale, dans le contexte de la polarisation Est/Ouest, à l’époque de la guerre froide. Une nouvelle ère culturelle s’est épanouie, fortement favorisée par le développement du post-marxisme et du post-structuralisme, sous le rapport de ce que l’on appelle d’un terme assez vague la philosophie post-moderne. Or cette pensée post-moderne est paradoxalement très marquée par la philosophie de Heidegger, l’artisan de Abbau, la destruction/déconstruction de… l’humanisme européen. (…) Au-delà du champ philosophique, le principe de la déconstruction a fait souche dans le débat idéologique : l’idéologie décoloniale est une métastase du post-marxisme mâtiné de déconstruction. C’est là que les deux souches virulentes se rejoignent : d’un côté la mauvaise conscience de l’Occident, qui, pour s’exprimer, recycle follement les idées du plus grand penseur nazi du XXè siècle, d’autre part l’idéologie du djihad conquérant, qui révèle le principe historique de l’islam primitif. Ces deux souches culminent dans une posture inlassable de ressentiment, dont Max Scheler a explicité les mécanismes, il y a déjà un siècle. Néanmoins, la critique du néo-antisémitisme que représente sciemment l’antisionisme constitue un angle mort du débat public, comme s’il ne s’agissait que d’une « affaire juive ». Or c’est tout le contraire. Par leur complaisance et leur démagogie, les démocraties occidentales ont joué le jeu de la centrale palestinienne, elles l’ont financée, en relayant sa propagande anti-juive, depuis le milieu des années 60. Si des germes d’antisémitisme demeuraient vivaces en Europe, après la Libération, c’est à l’OLP que le monde actuel doit d’avoir été de nouveau submergé par cette vague d’antisémitisme. L’OLP (…) demeure le vecteur de propagation le plus virulent : elle a pris le relais de l’Église en matière de diffusion universelle de l’enseignement du mépris. Le discours canonique de l’antisionisme, sa charte internationale, c’est précisément celle de l’OLP. Par ce texte, l’OLP signe sa double filiation : d’abord nazie et stalinienne, mais aussi par sa tonalité tiers-mondiste qui lui a conféré sa « respectabilité », pendant des décennies, auprès des gauches européennes. A la souche totalitaire, l’OLP emprunte explicitement, le schème conspirationniste des Protocoles des Sages de Sion, au tiers-mondisme, l’OLP emprunte l’idéologie anticolonialiste et l’anti-américanisme. La charte du Hamas, plus récente, campe sur les mêmes positions. (…) De nos jours, dans les manifestations « pro-palestiniennes », les « antisionistes » exhibent de nouveau la croix gammée sur leurs banderoles aux couleurs de la Palestine, ce n’est pas l’expression d’un ‘’dérapage’’, mais la signature d’une authentique filiation…Il y a ensuite la connivence totalement inattendue, mais par un effet de conjoncture, du discours des grands médias et du discours de l’extrême gauche, qui ont servi de relais aux prétentions de l’OLP, en fabriquant un véritable catéchisme – en un mot une vulgate – à destination du grand public : les grands médias, en vertu de l’alignement pro-palestinien des gouvernements successifs, depuis 1967, l’extrême gauche par son action continue sur la société civile, et ses capacités d’entrisme à l’université notamment. (…) L’ensemble de ces paramètres, leur combinatoire historique, liée à des stratégies délibérées, gouvernementales mais aussi militantes – de niveau logique entièrement distinct- contribuent à définir l’espace massif de ce « point mort », de ce que j’appelle l’angle mort du débat public en France, mais pas seulement. (…) Vladimir Jankélévitch avait vu juste, en identifiant le principe génétique de l’antisionisme. L’antisionisme radical est une forgerie du nazisme et du stalinisme, reprise par le nationalisme islamiste des Palestiniens au début du Mandat britannique sur la Palestine, pour s’opposer à la progression du mouvement sioniste. (…) l’antisionisme est la dernière modalité historique connue de la judéophobie, après l’antijudaïsme théologique (chrétien puis musulman), et l’antisémitisme moderne (culturel, raciste et/ou nationaliste). Ces trois modalités sont liées par un même invariant : la criminalisation du fait juif, comme je l’ai écrit au début des années 2000 (…) À cet égard, l’antisionisme de Tarik Ramadan est congruent avec l’idéologie des Frères musulmans. Si nous savons généralement que son grand-père était le fondateur de la confrérie, l’on sait moins en revanche que son père était l’émissaire pour la Palestine du Grand Mufti de Jérusalem. Quant à Jean-Luc Mélenchon, son antisionisme est celui d’un communiste pro-soviétique reconverti dans le populisme islamo-gauchiste, rien que de très congruent là encore. (…) Ce sont des alliés objectifs du point de vue tactique, et des alliés subjectifs du point de vue de leurs convictions propres : l’islamisme radical du premier, le laïcardisme agressif et l’opportunisme électoraliste de l’autre. (…)  À côté de cela, il faut prendre en considération le cas de la gauche juive, critique du sionisme, modérée ou radicale, qui  s’explique autrement. Cette conception s’origine d’une part dans Marx lui-même, mais très certainement dans les élaborations ultérieures (…) On voit pointer là la perspective d’une résolution de la question juive dans le cadre d’un universalisme de sensibilité révolutionnaire. Un universitaire influent en son temps tel que Maxime Rodinson, a occupé une place central dans ce dispositif. Auteur de Question juive ou problème juif ?, il a fixé pour longtemps la norme de l’interprétation « coloniale » du sionisme, en donnant le ton par son article rédigé pour l’Encyclopaedia Universalis au début des années 70 du vingtième siècle. Simultanément, la descendance idéologique de communistes d’origine juive, tel que Henri Curiel, via Le Monde diplomatique, avec des vecteurs d’opinion comme son fils Alain Greisch, ou Dominique Vidal – tous deux passionnément antisionistes- a contribué et continue encore à brouiller les cartes sur la question de savoir qui est juif et surtout comment l’être. Ce sont ces intellectuels de gauche, « universalistes », qui ont contribué à ethniciser le sionisme, à le défigurer en présentant des versions controuvées de la révolution sioniste. Ces deux journalistes, experts auto-proclamés du Proche Orient ont consacré une bonne partie de leurs écrits et de leurs interventions à tâcher d’apporter la démonstration de l’indépendance de l’antisionisme et de l’antisémitisme. Au regard de la connaissance historique, ce sont des gesticulations sans pertinence, de pures théorisations polémiques qui servent des buts de conquête idéologique de l’espace public. Quant à leur collusion avec l’islamisme radical, elle est une caractéristique intrinsèque de leur engagement. En leur temps, cela ne les a pas empêchés de suggérer à l’OLP de se rapprocher de la gauche européenne, ni de s’aligner eux-mêmes sur le principe du « socialisme dans un seul pays », qui, après tout, est un ultra-nationalisme, un nationalisme impérial au sens obvie de ce terme. (…) Les communistes ont toujours hurlé avec les loups, au nom de l’anticolonialisme et de l’anti-impérialisme. Quant aux socialistes ils étaient divisés, ou ambivalents, ou dans le déni. On se souvient du retournement du Parti Socialiste, pour des motifs électoralistes, au début des années 2000 : il suffit de rappeler les positions d’un Pascal Boniface, auteur de : Est-il permis de critiquer Israël ?, mais aussi à l’attitude de Lionel Jospin, alors premier ministre, au moment de la deuxième intifada : il n’y avait pas d’antisémitisme dans les universités, et l’antisionisme était un non-sujet… Le cas des israéliens antisionistes est différent, même si leur discours entre en convergence avec celui des antisionistes radicaux, en leur conférant une précieuse justification (« si ce sont des Juifs qui le disent, alors il est illégitime de nous taxer d’antisémitisme », etc.). L’antisionisme israélien repose sur plusieurs composantes. Il a différentes sources : le Berit Chalom, le sionisme marxiste, le sionisme socialiste, pénétré de moralisme, les nouveaux historiens, et le post-sionisme, qui est la modalité israélienne du post-modernisme. Chez les militants du Berit Chalom, règne une certaine naïveté, qui se condense dans l’impératif d’une éthique sans politique, à l’heure des pogroms antijuifs déclenchés par le mouvement palestinien ! De cette posture, il reste l’essentiel chez les antisionistes israéliens, qui est un moralisme belliciste. Ainsi, le cas de Shlomo Sand est paradigmatique : il cumule la posture moraliste, le rejet de la tradition juive, comme prisme d’intelligibilité de la signification historique du sionisme, et l’adhésion crypto-communiste à la critique anticolonialiste, héritée du prisme de lecture marxiste. Quant à Elie Barnavi, ou à Abraham Bourg, ils sont représentatifs de l’élite du pays, installé, comme beaucoup d’intellectuels, dans la posture du donneur de leçon, également perméables au thème marxiste et post-marxiste de la prétendue culpabilité de l’Occident. Pour moi, ces esprits se leurrent, leur analyse est fausse, car elle prend pour référentiel les catégories de l’historiographie hégélienne : les Juifs ne sauraient avoir d’État, et s’ils en ont un, il ne faut surtout pas que celui-ci se distingue par des traits de caractère juifs. Mais le sionisme, c’est précisément cela. Il a été pensé par le peuple juif dans un moment de grand péril, pour rétablir la souveraineté juive, en assumant l’histoire juive. Le sionisme authentique n’est pas en rupture avec le messianisme juif, il le vivifie mais ne l’abolit pas. Les antisionistes juifs, on peut le présumer, expriment d’abord un besoin de normalisation, qui cache une demande d’amour : « ’Acceptez-nous, aimez-nous, nous ne sommes pas différents de vous, nous sommes comme vous ». (…) On serait tenté, dans le cas de Sand, d’arguer de la haine de soi, dont Théodore Lessing a fait l’analyse.. Mais je ne suis pas favorable à cette analyse psychologique. Il s’agit pour moi d’un problème idéologique qui a sans doute des conséquences psychiques. (…) L’antisionisme d’une partie des Israéliens n’a plus grand-chose à voir avec ce phénomène individuel. Il est le symptôme partiellement collectif d’une volonté de normalisation. (…) Il y a enfin le cas d’intellectuels dont on ne peut pas dire qu’ils soient antisionistes, mais qui du fait de leur adhésion au schéma de l’analyse marxiste de l’histoire tendent à ignorer la singularité de l’histoire juive, en projetant sur l’histoire du sionisme les mécanismes coloniaux. Il est symptomatique que lorsqu’ils sont francophones, ces intellectuels fourbissent leur critique en usant de références qui sont celles de la colonisation française. Ils seront ainsi enclins à analyser le conflit palestino-israélien dans les mêmes termes que des militants du F.L.N analysaient la nécessité de l’indépendance algérienne. (…) Voilà le fonds de commerce idéologique de la gauche israélienne, à l’heure du débat sur l’identité nationale… (…) À partir de ce schème, plusieurs générations d’Israéliens déculturés, ont été éduqués par de mauvais maîtres avec la conviction d’être issus d’une nation d’envahisseurs et de colons, au sens des impérialismes européens. Mais un Juif ne sera jamais un « colon » en Judée ! L’inculcation de ce même schéma dans les universités, et le développement de deux discours concomitants, à partir de grilles de lecture complètement inappropriées, à quoi se sont ajoutées les thèses analogues des « nouveaux historiens » (exception faite de Benny Morris) procède d’une erreur de jugement, qu’il est aisé de repérer. (…)  Ce sont moins les universités en tant que telles que certains universitaires, militants actifs de la cause palestinienne, qui ont considérablement pesé dans la politisation des universités. Au fil des décennies, celles-ci sont devenues des foyers significatifs de promotion de l’antisionisme. Une fois encore cela remonte à la fin des années soixante, lorsque l’extrême gauche a inventé de toute pièce la cause palestinienne, comme un motif clef de la mobilisation du monde étudiant. D’année en année, il s’est créé un profil type de l’universitaire progressiste, nécessairement hostile à Israël, précisément sur le thème anticolonialiste, ce qui en dit long sur l’ignorance ou la mauvaise foi partisane de ces individus. (…) Au début des années 2000, ces mêmes collègues ont été des acteurs actifs du BDS, et nous avions dû faire beaucoup d’efforts pour enrayer une première fois ce mouvement. (…) à bien considérer les positions politiques en jeu, ces mêmes universitaires-militants forment la 5e colonne de l’islam radical. Ils représentent un certain dévoiement de la gauche, puisque par la nature même de leurs actions, ils fédèrent la nouvelle internationale antisémite, en lui offrant une caution académique. (…) Comment des gens qui se prétendent démocrates peuvent cautionner un mouvement dont l’idéologie de référence est celle des Frères musulmans ? Il y a là une sorte de dissociation philosophique que je m’explique mal, puisqu’à tout prendre, ces fonctionnaires de la République cautionnent quand même un projet – si on peut encore user de ce terme – profondément rétrograde : le refus de la souveraineté juive, la diffusion de l’agenda politique du terrorisme, et bien entendu le rejet de la société ouverte. Le discours de cette clique est celui d’une nouvelle forme de  fascisme: désignation de l’ennemi (« l’entité sioniste », « les sionistes »), suivi de son essentialisation (« colons », « occupants », avec toutes les connotations inhérentes à ces termes en Europe), le simplisme idéologique, le révisionnisme historique, l’esprit de délation, etc. Il s’agit d’une véritable institutionnalisation de la délinquance, fondée sur la diffusion d’un nouvel enseignement du mépris qui fait lien avec le modus operandi de l’antisémitisme classique. La péjoration constante du sionisme, ainsi que la délégitimation morale de l’État d’Israël, les mensonges régulièrement distillés n’ont pas peu contribué à la subversion du débat public. En ce sens, le nouvel antisémitisme se trouve alimenté par le discours des ennemis d’Israël entré en convergence avec celui que véhicule, pour des raisons économiques ou électoralistes, les élites gouvernementales. Ce climat fait chorus avec la désinformation qui prévaut en France, si bien que ces enseignants portent une grande part de responsabilité dans l’effondrement du niveau culturel et le décervelage des étudiants dont ils ont la charge. Il y a enfin un paradoxe qui ne laisse de me faire méditer : l’antisionisme s’affirme au nom de l’amour de la paix, mais il faut bien dire qu’en tant que pacifisme de principe, il constitue la forme la plus sournoise du bellicisme. (….) Les intérêts géopolitiques de la France ont amené les régimes et les gouvernements successifs à considérer que le monde arabe était un débouché et un allié naturel : sous la  monarchie, l’empire, la République, c’est un invariant. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, nous savons que la France a offert l’asile au Mufti de Jérusalem, qu’elle a aussi permis sa fuite, sous une fausse identité, ce qui lui a permis d’échapper au Procès de Nuremberg. La France savait ce qu’elle faisait, mais elle l’a fait en songeant au bénéfice qu’elle pourrait un jour tirer de ce geste. Après le renversement d’alliance, le tournant anti-israélien pris par De Gaulle, la France a choisi de s’impliquer en faveur de la cause palestinienne : Arafat, qui avait été l’émule du Mufti (il comptait au nombre de ses proches à l’époque de l’alliance entre le mouvement national palestinien et la diplomatie nazie), est devenu un allié fiable et fidèle. Elle lui a témoigné son soutien, et l’a accueilli dans ses deniers jours à l’hôpital des armées du Val de Grâce, tout un poème. Mais c’est aussi la France, qui a offert l’hospitalité à l’imam Khomeini, en chemin vers Téhéran, au moment de la révolution islamique. C’est cela la realpolitik…C’est encore la France républicaine qui a doté l’Irak antisioniste de Saddam Hussein d’un réacteur nucléaire que l’aviation israélienne a détruit pour ne pas permettre qu’Israël vive sous la menace d’une extermination nucléaire. N’eusse-t-il pas été plus cohérent que la France des Lumières, persiste à s’affirmer l’alliée naturelle d’Israël, après Vichy, après des siècles de présence des communautés juives en France ? C’est aussi la France républicaine qui a délibérément pris le parti de désinformer les citoyens français, en distillant via l’AFP les contre-vérités les plus grossières. Realpolitik, une fois de plus. Selon la même ligne de cohérence diplomatique, c’est encore la France qui détient à l’ONU le record des condamnations d’Israël, aux côtés de la majorité automatique, traditionnellement hostile à Israël (en vertu de la théologie politique de l’islam). Ceci étant, j’attends le moment où les paix d’Abraham, récemment conclues entre Israël et ses principaux ennemis arabes, porteront de tels fruits, que certains secteurs de l’Europe seront les derniers tenants de l’antisionisme, tandis que l’antisionisme sera devenu minoritaire parmi ses principaux tenants historiques. Aujourd’hui le gouvernement de Khartoum demande la « normalisation » avec Israël, alors que c’est à Khartoum que fut proclamé par la Ligue Arabe, en 1967, le programme des « 3 non à Israël » : non à la reconnaissance, non à la négociation, non à la paix… La topologie internationale sera entièrement modifiée : il y aura d’un côté les anciens ennemis ligués dans des alliances de coopération, et de l’autre les antisionistes has been, décoloniaux et post-modernes, emmenés par la France, avec ses mantras du Quai d’Orsay (« la solution à deux États »…). La position intangible de la France participe d’une longue tradition de réalisme politique et de pusillanimité, très bien analysée par David Pryce-Jones (…) À mes yeux, cela est impardonnable, car la France – précisément en tant que puissance impériale et coloniale- a été présente dans le monde arabo-musulman pendant près d’un siècle et demi. N’a-t-elle rien retenu de cette si longue présence ? N’a-t-elle tiré aucune leçon du jusqu’auboutisme du FLN, dont les historiens admettent seulement aujourd’hui les racines islamistes ? En un sens nous avons là le même phénomène qu’avec l’OLP, qui est en réalité une émanation des Frères Musulmans palestiniens, mais qui a eu l’intelligence tactique de se couler dans le tiers-mondisme pour rendre acceptable son antisionisme. Le véritable point de mue se situe là, c’est cela la convergence des luttes… (…) La prétendue « solution à deux États » est la traduction diplomatique du narratif palestinien, de la contre-vérité selon laquelle « le » sionisme, et l’État d’Israël sont fondés sur l’exclusion et l’expulsion des Arabes de Palestine. (…) Lorsqu’ensuite, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’ONU vote le partage de la Palestine, en deux États – l’un juif, l’autre arabe-, les Arabes palestiniens, ont la possibilité d’affirmer leur dignité nationale. Non seulement ils rejettent cette décision internationale, mais ils se lancent avec la Ligue Arabe, dans une guerre d’extermination contre l’État d’Israël, car le mouvement sioniste, quant à lui, a dit « oui » à ce partage, et s’en contente. La possibilité d’un État palestinien faisait donc partie de l’agenda international, et il a été refusé au mépris du droit international. Après la défaite militaire, les Arabes de Palestine, emmenés par le Fatah, ont inventé le terrorisme international, c’était leur alternative au droit international, précisément. Il faut encore rappeler, et cela ne choque personne et n’a jamais choqué personne, que les Britanniques ont créé la « Trans-Jordanie » (l’actuelle Jordanie) en …1922, pour trouver justement une solution nationale au « problème palestinien ». Tout cela est oublié. À la suite de la guerre d’indépendance, les portions territoriales allouées à l’État Arabe de Palestine, ont été annexées, respectivement par l’Égypte (la bande de Gaza) et la Jordanie (la Cisjordanie). Ce n’est qu’à la fin des années soixante-dix que l’Égypte et la Jordanie ont renoncé à leurs annexions, obligeant Israël à se débrouiller avec les populations de ces territoires. Il s’est produit dans l’intervalle deux autres guerres d’extermination – celle de 1967 et celle de 1973- que la Ligue arabe a encore perdues. Puis, l’État d’Israël a cru bon d’engager des négociations avec la centrale palestinienne (OLP), ce qui a conduit aux Accords d’Oslo, parce que depuis la création du Fatah et le ralliement international à « la cause palestinienne », la terre entière exigeait à l’unisson une « solution à deux États ». Nous connaissons la suite : aux termes des Accords de 1993 (Oslo), les « Palestiniens » ont obtenu l’autonomie politique graduelle. C’est la vague d’attentats des années suivantes qui a enrayé ce processus, et l’irrédentisme des mêmes « Palestiniens », bientôt rejoints par la faction plus radicale du Hamas. Depuis 2006, les « Palestiniens » sont gouvernés par deux entités politiques : le Hamas dans la Bande de Gaza, l’Autorité palestinienne en « Judée-Samarie », c’est-à-dire sur le territoire qui est le berceau historique du peuple juif. Voilà pourquoi le principe de « la solution à deux États » est un mantra hypnotique, parce qu’en vérité il existe déjà trois entités nationales palestiniennes : une monarchie (la Jordanie), un mini-État islamique (la Bande de Gaza), et une dictature tiers-mondiste (Jéricho et ses dépendances). En sorte que l’État palestinien que revendique l’antisionisme coïncide avec l’exigence inacceptable de la disparition de l’État d’Israël en tant qu’État du peuple juif. À cet égard, alors que les antisionistes et leurs émules moutonniers se sont fait une spécialité de dénoncer les « crimes de guerre » d’Israël, et les entorses au droit, ce sont eux en vérité qui incarnent le parangon du non- respect du droit international, et ceci depuis le début de l’histoire d’un conflit, dont ils sont les uniques responsables. Si l’antisionisme ainsi compris triomphait, la solution à « deux États », serait en vérité une solution à quatre États : l’État d’Israël, devenu binational, la Bande de Gaza, la Jordanie, et les territoires de l’Autorité palestinienne de M. Abbas. Le principe de la « solution à deux États » est une formule qui n’a qu’une portée et qu’une valeur idéologique, dans un monde désymbolisé. Il est le symptôme manifeste de ce que l’Europe, mais aussi une partie des États-Unis, et par extension tous les partisans de la « solution à deux Etats » ignorent avec l’histoire les rudiments du calcul mental, en se convertissant massivement au narratif palestinien, qui est la version laïque de la sha’ada – la formule religieuse de la conversion à l’Islam. (…) il suffit de ne pas être aveugle pour lire sans le moindre risque d’erreur la signification du logo de l’OLP, ou celui du Hamas. Le logo de l’OLP représente la géographie de l’actuel État d’Israël, couverte par deux fusils croisés, tandis que celui du Hamas, représente la Mosquée d’El Aqsa, auréolée de deux sabres : un beau mélange des deux versions de l’islam, radical avec les cimeterres  de l’expansion des premiers siècles, et « modéré » avec les fusils vendus par la Russie, et la Chine. On ne peut mieux établir le caractère substitutif de la « cause palestinienne », qui est le nouveau cri de ralliement des antisémites, pour toutes les raisons que j’ai dites. (…) Le narratif palestinien donne à reconnaître quelque chose qui ressemble à la passion du Christ. Les « Palestiniens » sont les nouveaux crucifiés… Leur propagande victimaire a su exploiter tous les ressorts de l’âme occidentale, et de la culpabilité européenne. Quoi de plus apaisant pour des nations qui ont été le théâtre de la Shoah de se convaincre, à l’unisson avec les faussaires du Hamas et les négationnistes de l’OLP que « les victimes d’hier, sont les bourreaux d’aujourd’hui », en faisant accroire qu’Israël a mis en œuvre « le génocide du Peuple palestinien » ? Le narratif palestinien reprend mot pour mot les éléments de langage de la mémoire juive : la clef de la maison que l’on a dû abandonner, le thème de l’exil et de la diaspora, celui de la spoliation, des massacres, de la résistance « héroïque » (des « combattants palestiniens »), analogue de celle du ghetto de Varsovie. (…) l’antisionisme a aussi su faire oublier qu’un million de Juifs ont été expulsés des pays arabes, entre 1948 et 1975, et qu’à ce jour il ne subsiste plus une seule communauté juive d’importance significative sous ces latitudes. (…) Quant aux comparaisons outrancières, elles sont des lieux communs bien connus de la presse de gauche et d’extrême gauche, depuis que l’AFP, s’est mise au service de la « cause palestinienne », et qu’elle diffuse journellement les contes et légendes de Palestine à l’intention de populations anesthésiées. On conçoit aisément la part de distorsion, de manipulation et de cynisme qui entre dans cette réécriture intégrale de l’histoire. (…)  pour la coalition islamo-gauchiste, la destruction de l’État-Nation, et le harcèlement d’Israël sont de bonnes et saintes causes. (…) [ aujourd’hui les propagateurs essentiels des idées anti-juives sont] tous ceux qui les diffusent, mais aussi tous ceux qui sont indifférents à leur diffusion et ne s’y opposent pas explicitement ni publiquement. (…) Cela me rappelle le mot du pasteur Niemöller : «  Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste ; Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate ; Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste ; Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.  »  (…) En agissant comme elles le font, toutes ces personnalités [du néo-féminisme radical] ont la conviction de témoigner publiquement de leur engagement humaniste et universaliste. (…) elles ont intériorisé les équations efficaces dont je parlais tout à l’heure. Mais au fond de leur engagement, il se joue pour elles, un combat éthique de premier plan, très caractéristique de la post-modernité : c’est la lutte contre la civilisation patriarcale. Mieux, c’est la volonté d’en découdre avec le fantasme du patriarcat oppressif. De ce seul point de vue, le féminisme radical se déduit de l’antijudaïsme qui sous-tend l’antisionisme. Le signifiant Israël agrège toutes les figures de l’autorité : le père, le juge, le maître, le guerrier… Ce radicalisme est la marque de l’intolérance à ce que représente la figure archétype du juif. Il n’est donc pas étonnant que la convergence des luttes s’articulent également sur un substrat symbolique qu’il s’agit de contester à sa racine. (…) Il s’agit toujours de tuer le juif symbolique. C’est le principe même de la désymbolisation contemporaine, qui consiste à s’attaquer au cadre du moralisme judéo-chrétien présumé. (…) Le discours que tient J. Butler procède d’une posture typiquement juive, caractéristique de l’Amérique du Nord. N. Chomsky l’a précédée, au nom de la critique de l’impérialisme. Le propre de ces « intellectuels juifs » est précisément de ne plus se rallier au judaïsme au sens historique et culturel de ce terme. (…) Il s’agit d’intellectuels d’origine juive, entièrement déjudaisés. Ils ont été littéralement aspirés par la logique centrifuge du narratif victimaire, distinctif du palestinisme. Ils sont également très représentatifs, à ce titre, des effets clivants de la judéophobie : la culpabilisation des Juifs par la propagande palestinienne, a poussé nombre de bons esprits à se désolidariser du peuple juif et du destin national du peuple juif, en préférant un choix individualiste, plus fortement valorisé dans le contexte d’une culture académique-universaliste. Autrement dit, c’est un ethos. À cet égard, ils sont des incarnations de l’universalisme abstrait, sans se rendre compte qu’en tant qu’idéologie dominante de l’impérium Nord-américain, cette posture est un ethnocentrisme qui s’ignore. Il en résulte que toute identité singulière collective, devient la cible de leur péjoration. Dans la droite ligne de leur choix philosophique, ils naturalisent leur choix existentiel, qui est celui  d’une assimilation provocatrice qui les exonère de toute compromission avec l’Israël historique qu’ils appellent à discriminer. De manière tendancielle, ce sont des figures héroïques de l’identification à l’agresseur, de solides cautions de l’antisionisme, puisque si ce sont des Juifs qui le diffusent, alors c’est que ce doit être « vrai ». Cette façon de donner le change les installe comme des porte-parole de la justice, alors qu’ils pêchent contre l’esprit. Mais ces choix les protègent de l’hostilité d’ennemis inconciliables, puisqu’ils les devancent et les justifient. (…)  La plupart des adversaires doctrinaux d’Israël s’entêtent à critiquer son « particularisme », son « exclusivisme », etc. Notez-bien que cette objection est en phase avec une caractéristique originaire de la judéophobie historique, puisque l’Église, aussi bien que l’Islam visent justement le « séparatisme » juif, son entêtement à refuser de se fondre dans la majorité, en reconnaissant la vérité théologique des deux autres monothéismes. Cette même disposition a conditionné la conception de l’universalisme des sociétés sécularisées. (…) Les présupposés théologiques de la philosophie de l’histoire, ont fait apparaître que la modernité est en effet une sécularisation de la théologie de l’histoire : c’est le principe même de la généralisation d’un modèle de société qui se comprend lui-même comme impliquant l’uniformisation idéologique des membres qui la constituent, même lorsque ces sociétés se fondent sur la séparation des pouvoirs, et que de ce fait elle garantissent les libertés individuelles (de conscience, de religion, notamment). Il est également remarquable, que la plupart des penseurs postmodernistes ont appuyé leur critique socio-politique de la mondialisation capitaliste sur un retour à l’universalisme paulinien, dont l’allergie au « particularisme » juif est emblématique. D’autant qu’il s’agit d’un particularisme coupable (historiquement lié au rejet de la messianité de Jésus). Le thème théologique de la perfidie des Juifs – c’est-à-dire de leur « infidélité »- est constitutif de cette conception. Or, sans la moindre exception, les principaux théoriciens du postmodernisme professent une position antisioniste, en reconduisant à l’encontre d’Israël, l’objection de particularisme, et pour ce faire, ils articulent leur conception sur une référence explicite à l’universalisme de St Paul ! Le tournant altermondialiste des penseurs post-modernes Toni Negri, Alain Badiou, Giorgio Agamben, Slavoj Zižek, signe l’appartenance de leur vues à cette double dépendance matricielle : la promotion de ce que j’appelle « l’universalisme abstrait » coïncidant avec la dénonciation du « particularisme juif », qui s’exprime sous le rapport du « sionisme », notamment chez les trois premiers. Une fois de plus, sous la plume de ces auteurs, Israël s’est rendu coupable de déroger à cette conception d’un universalisme allergique à la différence, d’un universalisme assimilateur. Mais à notre époque, la critique du « particularisme sioniste » étaye une accusation sous-jacente : ce particularisme serait « raciste », et l’État d’Israël formerait une « ethno-démocratie ». Ces thèmes sont des invariants du postmodernisme politique : cette conception de l’universalisme sous-tend la péjoration de l’identité juive, depuis la plus haute antiquité. Le particularisme est toujours l’expression d’une dérogation, l’indice constant du refus d’adhérer à l’ordre de la majorité. Comme tel, il est ressenti comme un pôle d’adversité. Il y a là quelque chose d’un résidu de la mentalité primitive qui consiste à poser a priori que l’autre – du fait de sa différence- représente un danger, qu’il est aussi un ennemi. Le même ethos caractérise le grand nombre d’intellectuels juifs qui se sont éloignés de la culture juive, et qui au nom du post-sionisme font chorus avec leurs homologues non-juifs. Ils ne sont plus ni juifs, ni sionistes – ils dénoncent l’un et l’autre au nom de « l’universalisme », ce sont des « alter-juifs ». (…) En regard de cet activisme qui n’a de juif que le nom, depuis la plus haute antiquité, la tradition hébraïque a affirmé une conception fort différente de l’universalisme. La tradition biblique développe une vision originale qui tranche avec les mythologies des autres civilisations : la diversité humaine procède d’une même souche appelée à se différencier en peuples distincts, chacun ayant une vocation spécifique. Le thème hébraïque du particularisme est toujours l’indice d’un trait positif, puisque la différence est constitutive de l’identité humaine. (…) Dans cette perspective, l’universalisme hébraïque, qui continue d’informer à la fois le Judaïsme, la pensée et l’histoire du peuple juif est un universalisme différentialiste. Ce n’est ni le signe d’un exclusivisme, ni le signe d’une hostilité, mais au contraire la marque distinctive d’une distinction culturelle. La Bible hébraïque est de ce point de vue un modèle de tolérance et de respect des différences personnelles et collectives. Dans le narratif biblique, celui de la Torah (du Premier Testament), il n’existe qu’un peuple indigne, c’est Amalek. Amalek dont toute la spécificité est de haïr Israël et de rechercher sa destruction. Il n’a pas d’autre raison d’être. C’est littéralement un non-peuple, qui se nourrit d’une fausse identité, laquelle n’est que négative et négativité. L’antisionisme mime à s’y méprendre la dialectique du positionnement archétype d’Amalek : il ne dit pas ce qu’il est, il dit seulement qu’Israël ne doit pas être, il projette sur Israël sa propre négativité. Par ailleurs, l’ignorance de la conception hébraïque et juive de la forme différentialiste de l’universalisme ne saurait excuser cette charge permanente contre le sionisme, elle est aussi l’indice de ce que le concept de tolérance, si cher aux « universalistes éclairés » n’est qu’un slogan creux quand il s’agit des Juifs, et d’Israël. (…) Cette incompréhension fondamentale trouve sa principale origine dans ce que j’appelle la conception exogène de l’identité juive, qui est la conception commune, selon laquelle le judaïsme est une religion. J’oppose à cette conception ce que je nomme la conception endogène du fait juif, et qui désigne la manière dont les Juifs qui connaissent leur histoire se conçoivent eux-mêmes, et comprennent leur identité historique. Pour ces derniers – et j’y inclus les Juifs israéliens- ce qu’il est convenu de désigner du terme de « religion » n’est que l’un des paramètres de l’identité juive. C’est sous le coup de la polémique théologique – chrétienne et musulmane – contre le judaïsme, que la civilisation juive, dans une situation prolongée d’exil – c’est-à-dire de perte de souveraineté et de déterritorialisation- s’est trouvée réduite à sa dimension spirituelle et cultuelle. (…) Il s’agit d’une véritable assignation aux catégories théologiques dominantes, en sorte que pour assurer sa pérennité, le peuple juif a en effet tendanciellement intériorisé cette identification. (…) À partir du moment où s’affirme un sentiment national juif – à travers le sionisme, dès la fin du 19è siècle, un certain nombre de questions se posent, qui témoignent de la perturbation que fait naître cet éveil : comment une collectivité « religieuse » peut-elle prétendre à se constituer en État, et de surcroît en État-nation moderne ? L’idée d’un « État juif » n’est-elle pas une contradiction dans les termes ? L’existence d’un tel État n’est-il pas l’indice d’une affirmation théocratique ? Le sionisme est-il autre chose qu’un colonialisme ? Ces questions, qui expriment toutes le point de vue exogène, ignorent de fait la continuité effective du sentiment national juif, inhérent au messianisme juif. Tout l’enseignement du judaïsme repose sur la perspective du retour des enfants d’Israël sur la terre d’Israël, dont le centre se trouve à Sion/Jérusalem. Il faut tout ignorer de l’histoire juive, mais aussi de l’histoire universelle qui a imposé ses rythmes au peuple juif, pour tenir ces questions pour des questions pertinentes. Ce point de cécité est une caractéristique majeure d’une mentalité qui a été façonnée par une écriture de l’histoire universelle qui est celle des vainqueurs. C’est en effet le point de vue de l’empire Romain qui depuis deux millénaires commande aux catégories de l’analyse historique. À commencer par le nom de « Palestine », dont nous savons qu’il a été donné par l’empereur Hadrien en 135 de l’ère commune à la terre d’Israël, pour effacer le nom de la Judée. L’Europe chrétienne a hérité de cette vision, et à sa suite l’historiographie scientifique « laïque ». Cela est passé dans le catéchisme de l’Église de Rome, mais pas seulement, où l’on peut lire que « Jésus est né en Palestine », cela a été naturalisé par les chroniqueurs, les cartographes, les diplomates, les juristes, les biblistes (à commencer par la plupart des spécialistes de « l’Ancien Testament » (sic)), les analystes politiques, et bien entendu les journalistes, etc. (…) Qui sait en ce début du XXIème siècle que les premiers sionistes possédaient un passeport estampillé « Palestine », et qu’ils étaient avant la création de l’État d’Israël ceux auxquels s’appliquaient de manière exclusive, la désignation de « Palestiniens » ? Le sionisme dérange aussi parce qu’il fait voler en éclat les catégories théologico-politiques sur lesquelles se sont édifiées aussi bien le christianisme que l’islam, ainsi que la modernité séculière : le sionisme accomplit l’espérance du Retour à Sion, et de ce fait il met en échec le christianisme – et dans une moindre mesure l’islam-  dont toute la théologie politique s’est édifiée sur l’hypothèse de la disparition des Juifs de la scène de l’histoire. Le sionisme dérange d’autant plus dans un monde sécularisé, puisque dans le contexte de son émergence endogène, il déroge aux conditions de formation des États nations. L’idée d’un Israël national tranche avec l’idée d’un Israël entendu comme catégorie liturgique, « peuple du Livre », ou « peuple témoin », etc. Israël peuple historique de nouveau territorialisé et souverain, cela connote l’archaïsme et suscite une haine archaïque. (…) L’émergence, puis le développement du sionisme, et enfin sa concrétisation dans une réalisation nationale, cela s’apparente à un immense retour du refoulé. C’est l’histoire d’un spectre revenu à la vie, et cela est des plus dérangeants. L’ordre symbolique occidental mais aussi oriental procédait de ce refoulement. Rien n’y a fait, le peuple juif a survécu, non seulement il a survécu, mais de surcroît il a regagné son indépendance. Comment ne pas entrer en guerre contre cette présence que l’on croyait réduite, et sur laquelle nombre d’identité se sont construites ? (…) Le philosophe Eliezer Berkovits a écrit que la survie inexplicable d’Israël a inspiré les théories du complot, et notamment les deux versions les plus délétères : au Moyen Age, l’Église expliquait la persistance du Judaïsme par l’hypothèse théologique que ce dernier était une incarnation du Diable, avec l’essor de la modernité, c’est le mythe des Protocoles des Sages de Sion, qui s’est efforcé d’ « expliquer » par l’existence d’une « conspiration juive », les grandes mutations de l’histoire récente (la Révolution française, la Révolution bolchévique, la première et la seconde guerre mondiales, etc.) Si après tout ce qu’ils ont subi, les Juifs n’ont pas disparu, c’est qu’ils détiennent des pouvoirs occultes, qu’ils sont protégés par une puissance surnaturelle. L’antisionisme, comme les autres formes de la judéophobie, s’alimente à une haine métaphysique. Seule une haine métaphysique a pu inspirer le projet satanique de la Solution finale, et seule une haine métaphysique peut encore et toujours inspirer – après la Shoah- la reviviscence de l’antisémitisme. Cette dimension de l’antisionisme doit être soulignée, elle éclaire ce qu’il y a d’irrationnel et d’irrédentiste dans l’antisémitisme.  (…) L’agression du Hamas, et la réplique entièrement justifiée d’Israël s’inscrivent dans la droite ligne du refus palestinien de l’existence de l’État juif. Contrairement aux antisémites « classiques », habitués à bafouer les Juifs sans qu’ils aient les moyens de se défendre, les nouveaux antisémites que sont les « antisionistes » connaissent le prix de leur propre violence. Quant à ce qui s’est produit à l’intérieur même d’Israël, dans ce que la presse appelle les « villes mixtes », les violences entre Arabes et Juifs sont de précieux indicateurs de la persistance du refus de la souveraineté juive parmi les citoyens israéliens arabes. (…) À mon sens, après la fin de ces violences, il conviendra de mener une réflexion politique très sérieuse, et de tirer les leçons de la situation. Outre qu’elle est résolument révélatrice de l’attitude d’une partie de la population arabe à l’égard de l’État d’Israël, elle est aussi révélatrice de l’échec d’une classe politique qui s’est détournée depuis quelques années des principes du sionisme : un certain irénisme, un certain angélisme avait convaincu les gouvernements successifs – aussi bien de gauche, que de droite- de faire évoluer le pays vers une modèle européen. Les intellectuels post-sionistes ont leur part de responsabilité – la responsabilité des intellectuels est toujours significative, même si elle est discrète. Nous savons que les partisans du post-sionisme sont favorables à un État d’Israël déjudaïsé, un État d’Israël qui renoncerait à son caractère juif. L’expérience historique nous a enseigné à ne pas sous-estimer la virulence du refus palestinien ; et la naïveté de la classe politique et des intellectuels des post-sionistes a été de s’imaginer que leur option favoriserait l’émergence d’une harmonie définitive entre citoyens israéliens d’origine juive et d’origine arabe. Voilà des années que nous entendons parler de la nécessité de transformer Israël en « état de tous ses citoyens », encore l’un de ces mantras à l’efficience hypnotique. Comme si ce n’était pas déjà le cas depuis 1948. Seulement, dans la bouche de ceux qui utilisent cette formule, elle signifie de faire évoluer l’État d’Israël vers la forme d’un État binational, qui serait appelé de surcroît à coexister avec un État palestinien, qui lui, bien entendu, serait judenrein (vide de Juifs).  (…) Or, contrairement à ce que l’opinion majoritaire s’imagine – encore une fois sous les effets de discours du post-sionisme (Sand en est une bonne illustration)-, c’est le fait que l’État d’Israël soit déjà l’État de «tous ses citoyens » qui a permis à ceux qui n’en veulent pas de le faire savoir violemment, à l’occasion de l’agression du Hamas, en mai 2021. Il faudra en tirer les conséquences : condamner les émeutiers – y compris juifs- à de lourdes peines, et rappeler les citoyens arabes récalcitrants à la nature du contrat social du sionisme démocratique : « Vivez en paix et dans la pleine égalité de droits avec vos concitoyens juifs, ou bien quittez le pays, choisissez entre les trois entités nationales palestiniennes qui existent déjà : la Jordanie, depuis 1922, la Bande de Gaza, depuis le coup d’État du Hamas, en 2007, ou la Cisjordanie de l’Autorité palestinienne, consacrée par les Accords d’Oslo, depuis 1993, parce qu’ici vous êtes dans un État à caractère juif. »  Le vote de la « Loi Israël, État nation du peuple juif », adoptée par la Knesset le 19 Juillet 2018 va justement dans ce sens. Elle consiste à rappeler trois principes fondamentaux, et de ce point de vue, elle ne fait que réitérer les grandes thèmes de la Déclaration d’indépendance de 1948, proclamée par David Ben Gourion : (1) Israël est la patrie historique du peuple juif, dans laquelle l’État d’Israël a été établi ;(2) L’État d’Israël est le foyer national du peuple juif dans lequel il satisfait son droit naturel, culturel, religieux et historique à l’autodétermination ; (3) Le droit à exercer l’auto-détermination nationale dans l’État d’Israël est propre au peuple juif. D’aucuns – laminés par l’état d’esprit de l’antisionisme- pourraient m’objecter que c’est là un discours « raciste », et bien entendu « fasciste », mais je leur rappellerai une simple prémisse : l’État d’Israël a été fondé par le mouvement sioniste pour garantir la souveraineté et la sécurité du peuple juif, sur un territoire où jamais aucun état palestinien n’a existé, et l’État d’Israël a offert la citoyenneté, avec parité de droits, à tous ses citoyens, depuis sa création. Nous savons, par ailleurs, que pour rien au monde, la majorité des citoyens israéliens arabes ne voudraient vivre sous domination palestinienne. Il est donc aberrant de construire toute une rhétorique, fondée sur la criminalisation de l’État juif, au prétexte qu’il procède du sionisme, puisqu’ainsi conçu il est en effet le fruit du sionisme, et qu’il a été conçu pour les Juifs, avec l’assentiment de la majorité des Nations Unies, par voie de droit. La guerre a été la conséquence du refus arabe, et depuis 1948, la conséquence du refus persistant des « Palestiniens », qui se sont fait une spécialité de violer le droit international. Mais si l’on considère que le caractère juif de l’État d’Israël constitue une discrimination des non-Juifs, c’est que l’on n’a pas l’intelligence élémentaire d’en comprendre la raison d’être. L’originalité et la grandeur de l’État d’Israël réside en effet dans ceci : tout en étant l’État édifié pour garantir la souveraineté et la sécurité du peuple juif, ses lois fondamentales garantissent les droits individuels de tous ses citoyens, sans exception d’origine, de religion, de conviction, etc. C’est un État démocratique : la licence de la violence palestinienne aussi bien que la prospérité du discours post-sioniste en sont deux preuves éloquentes. Les troubles à l’ordre public sont les indices du refus de la loi d’Israël dans l’État d’Israël. Ce n’est pas tolérable. (…) Je crois pour ma part que la meilleure façon de combattre la judéophobie, quelle qu’elle soit, repose sur différentes formes d’enseignement et de processus éducatifs. Il faut commencer par l’enseignement de textes, ceux de la Bible hébraïque, qui ont enseigné au monde le principe de l’unité du genre humain, mais aussi l’égale dignité des êtres humains, et surtout l’idéal universaliste bien compris. L’ironie de l’histoire, c’est que les grands principes de la fonction critique qui sont forgés par l’hébraïsme sont instrumentalisés contre le peuple qui les porte ! (…) La République est un cadre vide si aucune transmission ne garantit la défense et l’inculcation philosophique, culturelle, et citoyenne de ses raisons d’être. Georges-Elia Sarfati
Ce que l’Allemagne nazie avait testé en Espagne en 1936, l’Iran vient de le tester à Gaza : expérimenter ses armes, mettre au point ses méthodes et sa tactique de guerre, autant qu’évaluer la riposte de son ennemi. Le grand allié du Hamas fonctionne à l’identique. L’Allemagne nazie avait aussi pris la mesure de la mollesse des démocraties à se mobiliser en faveur de la République espagnole. Malgré le décalage historique, malgré, les différences politiques, il reste une constante : les régimes totalitaires connaissent les couardises des démocraties, leur lenteur à comprendre l’enjeu pour elles-mêmes. Au conseil de sécurité de l’ONU, qualifier les termes du conflit, nommer l’agresseur a été impossible. À l’Assemblée nationale, le Premier ministre Jean Castex a prioritairement exprimé son souci pour les malheurs de Gaza. Des salves de roquettes tirées indistinctement sur Israël, il ne fit pas mention. Ici s’arrête la comparaison. À la différence de la République espagnole, Israël a non seulement su contenir son agresseur, il a aussi réussi à l’affaiblir durablement sans pour autant le détruire. Rien n’est donc réglé. Un autre ennemi bien plus redoutable fourbit ses armes qu’il espère définitives. La pluie de roquettes tirées indistinctement sur tout le territoire israélien témoignait d’un projet guerrier exterminateur : sans la protection du dôme de fer, il y aurait eu des milliers de victimes civiles en Israël. Ces attaques indistinctes du Hamas révèlent un modèle stratégique dont on peut tirer la leçon : l’Iran n’hésitera pas à utiliser l’arme nucléaire contre Israël, dès qu’il en aura la capacité. Le djihad nucléaire sera l’étape suivante de l’affrontement. Cette perspective ne procède en rien d’un souci quelconque pour la Palestine. Le sort du peuple palestinien est le dernier souci du pouvoir iranien et de ses créatures Hamas, Hezbollah et autre djihad islamique. Cette rente idéologique n’est que l’alibi de son projet. La vision apocalyptique iranienne obéit à un projet messianique que les ayatollahs au pouvoir n’ont jamais dissimulé : détruire cette enclave juive incrustée au cœur d’un espace tout entier supposé appartenir à la sphère de l’islam. Toutes les démocraties le savent, tous les dirigeants du monde occidental connaissent les données de l’enjeu. Ce qui vient de se dérouler à Gaza sert de test pour elles autant que pour le mentor du Hamas. Sont-elles prêtes à reconnaître que l’idéologie du Hamas est le variant islamisé d’un projet qui a sa source dans un nazisme oriental ? Sont-elles prêtes à l’affronter ? Ou bien estiment-elles au contraire que l’on peut négocier avec cette puissance et sacrifier Israël pour une paix illusoire ? En 1938, à Munich, la France et l’Angleterre estimèrent que sacrifier les Sudètes à l’Allemagne nazie allait sauver la paix. On connaît la suite et le mot de Churchill sur Daladier et Chamberlain : « Ils ont eu le choix entre le déshonneur et la guerre, ils ont choisi le déshonneur et ils auront la guerre ». Les négociations de Vienne sur le nucléaire iranien seront-elles de la même veine ? Ce conflit en annonce un autre qui ne saurait tarder entre Israël et un Iran nucléaire dont la Palestine est l’alibi. (…) Tandis qu’Israël protège sa population des roquettes du Hamas, à la fois par les abris et son système de défense anti-missiles, le Hamas se protège des frappes israéliennes en s’abritant derrière sa population civile pour tirer ses roquettes. Grace à un réseau de souterrains bétonné, le Hamas a enterré ses structures militaires au cœur des villes, au milieu des immeubles civils. Les millions de dollars de l’aide internationale récoltés depuis 2014 ont été utilisés pour bâtir ce « métro » abritant ses armes. (…) Au-delà de sa seule dimension locale, proche-orientale, la récurrence de cette affaire nous concerne, en Europe, en France particulièrement, parce que son écho déchaîne d’autres passions enfouies, nées d’un passé pas si lointain. Le poids de la Shoah d’une part, des culpabilités et d’autre part le poids des relations entre l’Occident et le monde arabo-musulman, entre la France et ses anciennes colonies surdéterminent le regard porté sur le conflit. C’est dans la trace de Vichy, de ses effets mémoriels, autant que dans le reflet de la guerre d’Algérie, de ce qu’elle implique des deux côtés de la Méditerranée, des affects nés de cette mémoire, de ses souffrances, qu’il faut fouiller pour se prémunir, ici, des guerres civiles à venir. Ce Proche-Orient par procuration nous oblige ici même. C’est peut-être en France, à Sarcelles, à Trappes, à Bondy, que pourraient s’imaginer d’autres constructions intellectuelles indispensables pour sortir de ces schizophré