Journée de Jérusalem/50e: C’est en Israël que l’Europe sera battue ou gardera le droit à durer (It is in Israel that Europe will be beaten or will keep its right to its own survival)

24 mai, 2017
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J’ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d’Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l’holocauste fondrait sur nous. Eric Hoffer
Israël est détruit, sa semence même n’est plus. Amenhotep III (Stèle de Mérenptah, 1209 or 1208 av. JC)
Je me suis réjoui contre lui et contre sa maison. Israël a été ruiné à jamais. Mesha (roi de Moab, Stèle de Mesha, 850 av. J.-C.)
J’ai tué Jéhoram, fils d’Achab roi d’Israël et j’ai tué Ahziahu, fils de Jéoram roi de la Maison de David. Et j’ai changé leurs villes en ruine et leur terre en désert. Hazaël (stèle de Tel Dan, c. 835 av. JC)
Je les planterai dans leur pays et ils ne seront plus arrachés du pays que je leur ai donné, dit L’Éternel, ton Dieu. Amos (9: 15)
Israël est l’incarnation pure et simple de la continuité juive : c’est la seule nation au monde qui habite la même terre, porte le même nom, parle la même langue et vénère le même Dieu qu’il y a 3 000 ans. En creusant le sol, on peut trouver des poteries du temps de David, des pièces de l’époque de Bar Kochba, et des parchemins vieux de 2000 ans, écrits de manière étonnamment semblable à celle qui, aujourd’hui, vante les crèmes glacées de la confiserie du coin. Charles Krauthammer
L’établissement entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter jusque-là, l’établissement d’un foyer sioniste en Palestine, et puis après la deuxième guerre mondiale, l’établissement d’un Etat d’Israël soulevait à l’époque un certain nombre d’appréhensions. On pouvait se demander, en effet, et on se demandait, même chez beaucoup de juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui sont foncièrement hostiles, n’allaient pas entraîner d’incessants, d’interminables frictions et conflits. Et certains même redoutaient que les juifs, jusqu’alors dispersés, et qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent une fois qu’ils seraient rassemblés dans les sites de son ancienne grandeur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles : « l’an prochain à Jérusalem ». En dépit du flot, tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qu’ils provoquaient, qu’ils suscitaient plus exactement, dans certains pays à certaines époques, un capital considérable d’intérêt et même de sympathie s’était formé en leur faveur et surtout il faut bien le dire dans la chrétienté. Un capital qui était issu de l’immense souvenir du testament, nourri à toutes les sources d’une magnifique liturgie, entretenu par la commisération qu’inspirait leur antique valeur et que poétisait chez nous la légende du juif errant, accru par les abominables persécutions qu’ils avaient subi pendant la deuxième guerre mondiale et grossi depuis qu’il avait retrouvé une patrie, par les travaux, leurs travaux constructifs et le courage de leurs soldats. C’est pourquoi indépendamment des vastes concours en argent, en influence, en propagande que les Israéliens recevaient des milieux juifs, d’Amérique et d’Europe, beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction l’établissement de leur Etat sur le territoire que leur avaient reconnu les puissances, que lui avaient reconnu les puissances, tout en désirant qu’ils parviennent en usant d’un peu de modestie à trouver avec ses voisins un modus vivendi pacifique. Il faut dire que ces données psychologiques avaient quelque peu changé depuis 1956. À la faveur de l’expédition franco-britannique de Suez, on avait vu apparaître en effet, un état d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir, et ensuite l’action qu’il menait pour doubler sa population par l’immigration de nouveaux éléments donnait à penser que le territoire qu’il avait acquis ne lui suffirait pas longtemps et qu’il serait porté pour l’agrandir à utiliser toute occasion qui se présenterait. C’est pourquoi d’ailleurs, la cinquième république s’était dégagée, vis-à-vis d’Israël, des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait noué avec cet Etat et la cinquième république s’était appliquée, au contraire, à favoriser la détente dans le Moyen-Orient. Bien sûr, nous conservions avec le gouvernement israélien des rapports cordiaux et même lui fournissions pour sa défense éventuelle les armements qu’il demandait d’acheter mais en même temps nous lui prodiguions des avis de modération. Notamment à propos des litiges qui concernait les eaux du Jourdain, des escarmouches qui opposaient périodiquement les forces des deux côtés. Enfin nous ne donnions pas notre aval, à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé, et nous maintenions notre ambassade à Tel-Aviv. D’autre part, une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient, la même politique d’amitié et de coopération qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde et dont la raison et le sentiment font qu’elle doit être aujourd’hui une des bases fondamentales de notre action extérieure. Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux arabes que pour nous l’Etat d’Israël était un fait accompli et que nous n’admettrions pas qu’il fut détruit. De sorte que tout compris, on pourrait imaginer qu’un jour viendrait où notre pays pourrait aider directement, à ce qu’une paix réelle fut conclue et garantie en Orient pourvu qu’aucun drame nouveau ne vint à la déchirer. Hélas ! le drame est venu, il avait été préparé par une tension très grave et constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés en Jordanie, et aussi d’une menace de destruction prodiguée contre Israël. Le 22 mai, l’affaire d’Aqaba, fâcheusement créée par l’Egypte, allait offrir un prétexte à ce qui rêvait d’en découdre. Pour éviter les hostilités, la France avait dès le 24 mai, proposé aux trois autres grandes puissances, d’interdire conjointement avec elle, à chacune des deux parties, d’entamer le combat. Le 2 juin, le gouvernement français avait officiellement déclaré, qu’éventuellement il donnerait tort à quiconque entamerait le premier, l’action des armes. Et c’est ce qu’il répétait en toute clarté à tous les Etats en cause. C’est ce que j’avais moi-même, le 24 mai déclaré à Monsieur Ebban, Ministre des affaires étrangères d’Israël que je voyais à Paris. Si Israël est attaqué, lui dis-je alors en substance, nous ne le laisserons pas détruire, mais si vous attaquez, nous condamnerons votre initiative. Certes, malgré l’infériorité numérique de votre population, étant donné que vous êtes beaucoup mieux organisés, beaucoup plus rassemblés, beaucoup mieux armés que les arabes, je ne doute pas que le cas échéant, vous remporteriez des succès militaires. Mais ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain, et au point de vue international dans des difficultés grandissantes d’autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension déplorable et d’avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays. Si bien que c’est à vous, devenu des conquérants, qu’on en attribuerait peu à peu les inconvénients. On sait que la voix de la France n’a pas été entendue, Israël ayant attaqué, s’est emparé en six jours de combat des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant il organise, sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsion et s’il manifeste contre lui la résistance qu’à son tour il qualifie de terrorisme (…) Pour qu’un règlement quelconque, et notamment celui là, puisse voir le jour, règlement auquel du reste, suivant la France, devrait s’ajouter un statut international pour Jérusalem. Pour qu’un tel règlement puisse être mis en œuvre, il faut naturellement, il faudrait qu’il eut l’accord des grandes puissances qui entraînerait ipso facto, celui des Nations Unies. Et si un tel accord voyait le jour, la France est d’avance disposée à prêter son concours politique, économique et militaire, pour que cet accord soit effectivement appliqué. Mais on ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître tant que l’un des plus grand des quatre ne se sera pas dégagé de la guerre odieuse qu’il mène ailleurs. Car tout se tient dans le monde d’aujourd’hui. Sans le drame du Vietnam, le conflit entre Israël et les arabes ne serait pas devenu ce qu’il est. Charles De Gaulle (nov. 67)
Cet attentat odieux a voulu frapper les israélites qui se rendaient à la synagogue, il a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic. Raymond Barre (le 3 octobre 1980, TFI, suite à l’attentat de la synagogue parisienne de la rue Copernic, 4 morts, 20 blessés)
« c’était des Français qui circulaient dans la rue et qui se trouvent fauchés parce qu’on veut faire sauter une synagogue. Alors, ceux qui voulaient s’en prendre aux Juifs, ils auraient pu faire sauter la synagogue et les juifs. Mais pas du tout, ils font un attentat aveugle et y a 3 Français, non juifs, c’est une réalité, non juifs. Et cela ne veut pas dire que les Juifs, eux ne sont pas Français. Raymond Barre
Je constate qu’après la formation de leur Etat, les Juifs, de victimes, sont devenus bourreaux. Ils ont pris les maisons, les terres des Palestiniens. Abbé Pierre (1991)
Qui eût pu penser à la fin de la seconde guerre mondiale, qu’après les siècles d’humiliation et de déni, l’affaire Dreyfus, le ghetto de Varsovie, Auschwitz, les descendants et héritiers de cette terrible expérience feraient subir aux palestiniens occupés humiliations et dénis? Comment comprendre le passage du juif persécuté à l’Israélien persécuteur? Edgar Morin (1997)
Ce n’est pas une politique de tuer des enfants. Chirac (accueillant Barak à Paris, le 4 octobre 2000)
Pourquoi accepterions-nous une troisième guerre mondiale à cause de ces gens là? Daniel Bernard (ambassadeur de France, après avoir qualifié Israël de « petit pays de merde », Londres, décembre 2001)
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (Paris, automne 2001)
Il y a à Gaza l’aboutissement d’un engrenage dont Israël est prisonnier, l’éternel engrenage de la force. (…) Cette logique mène à la surenchère, toujours plus d’usage de la force, toujours plus de transgression du droit, toujours plus d’acceptation de l’inacceptable. (…) Après le 11-Septembre, l’Amérique a été livrée, elle aussi, à la peur. Son aspiration à la sécurité était justifiée. Mais, en s’engageant dans l’aventure irakienne, les Etats-Unis ont fait primer la force sur le droit, s’enfermant dans un conflit qu’ils ne peuvent gagner. (…) On le voit en Cisjordanie, un autre avenir est possible. (…) Ce chemin passe par la création d’un Etat palestinien, car seule la reconnaissance d’un Etat palestinien souverain peut être le point de départ d’un nouvel élan pour la région. Dans ce processus, tout le monde le sait bien, il faudra impliquer le Hamas dans la dynamique de paix. Comme pour tout mouvement radical, chaque défaite devant la force est une victoire dans les esprits, par un effet de levier imparable. L’enjeu, c’est bien aujourd’hui d’avancer vers une unité palestinienne qui offre un interlocuteur crédible pour la paix. (…) C’est un enjeu pour la stabilité du Moyen-Orient. Car ceux qui veulent œuvrer à la stabilité du Moyen-Orient sont affaiblis par la logique de force. La spirale sert de justification à d’autres spirales, comme celle de la prolifération nucléaire en Iran. Villepin
Ce que je crois, c’est que cette plaie permanente infecte effectivement notre politique étrangère. Barack Obama (2008)
Nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres. Jean-Luc Mélenchon
Les Israéliens se sont surarmés et en faisant cela, ils font la même faute que les Américains, celle de ne pas avoir compris les leçons de la deuxième guerre mondiale, car il n’y a jamais rien de bon à attendre d’une guerre. Et la force peut détruire, elle ne peut jamais rien construire, surtout pas la paix. Le fait d’être ivre de puissance et d’être seul à l’avoir, si vous n’êtes pas très cultivé, enfant d’une longue histoire et grande pratique, vous allez toujours croire que vous pouvez imposer votre vision. Israël vit encore cette illusion, les Israéliens sont probablement dans la période où ils sont en train de comprendre leurs limites. C’était Sharon le premier général qui s’est retiré de la bande de Gaza car il ne pouvait plus la tenir. Nous défendons absolument le droit à l’existence d’Israël et à sa sécurité, mais nous ne défendons pas son droit à se conduire en puissance occupante, cynique et brutale … Michel Rocard (Al Ahram, 2006
Il existe une idéologie d’une force, d’une vigueur implacable, parce qu’insidieuse, parce qu’innommée, qui fait que les débats qui gênent le plus et qui tournent tous autour de la question islamiste, autour de l’Islam, autour de l’immigration, sont placés sous le tapis. Il est invraisemblable que quelques mois après les attentats terroristes qui ont eu lieu en France, les questions terroriste et migratoire n’aient pas été évoquées dans la campagne électorale. Le surmoi handicapant est tellement grand que même la candidate qui aurait eu le plus grand intérêt électoral et patriotique à évoquer ces sujets régaliens a préféré évoquer des sujets économiques qu’elle maîtrise moins bien et qui passionnent infiniment moins son propre électorat. Je ne l’incrimine pas. J’incrimine la pensée idéologique qui fait que quand vous êtes dans un débat important devant des journalistes, si vous évoquez ce genre de thèmes, c’est considéré un peu comme saugrenu ou malséant. (…) Sans doute que beaucoup ont pensé que c’eût été rendre service à des gens qu’on n’aimait pas que d’évoquer cette question-là, à savoir que, oui, Sarah Halimi a été torturée avant d’avoir été assassinée et défenestrée par un musulman radical antisémite qui l’avait déjà insultée. Sa sœur également avait insulté Sarah Halimi qui craignait beaucoup Traoré. Croyez-moi que s’il c’était agi d’un blond aux yeux bleus, la France entière serait descendue dans la rue. On aurait également eu droit à des rapprochements historiques totalement incongrus. Mais il s’agissait d’un musulman issu de l’immigration. Donc il n’était pas question d’évoquer cette question.  (…) Là, nous sommes en plus dans une phase habituelle de psychiatrisation de l’assassin qui n’est pas en prison. Celui dont je vous parle reçoit des visites. C’est forcément un geste insensé de s’en prendre à une vieille dame et de la massacrer pendant une heure. Il n’y a pas de doute que c’est insensé, comme est purement insensé l’assassin islamiste, enfin très probablement islamiste, de Manchester d’aujourd’hui. À ce moment-là, il faut dire que tout terroriste islamiste prêt à sacrifier sa vie ou sa liberté est déclaré d’office irresponsable pénalement. Ça sera encore plus clair ! (…) Totalement désarmé ! Y compris sur le plan moral, y compris même sur le plan de l’instinct de conservation. Mais l’opinion publique française n’est pas responsable de cela. L’opinion publique française est très, très réceptive à ce que je viens de vous dire. Mais comme elle est mise dans le vent, comme on lui montre ce qu’on veut bien lui montrer et qu’on lui cache et qu’on lui dissimile ce qu’il n’est pas question et qu’il n’est pas séant de lui montrer, comment voulez-vous qu’elle y soit sensible ? Il n’y a donc pas de raison que ça ne continue pas, aucune raison! Gilles-William Goldnadel
Le politiquement correct, conforté par l’élection d’Emmanuel Macron, est en pleine forme. Construit dans le but de protéger les nouvelles minorités et plus particulièrement la culture islamique en Europe, ce prêt-à-penser s’interdit toute approche critique. Faire le lien entre l’insécurité dans le quartier parisien La Chapelle-Pajol et l’afflux de migrants depuis 2015 relève du blasphème. Il est également inconcevable, pour les commentateurs comme il faut, de suggérer une relation entre le sexisme dénoncé par ces femmes du XVIIIe arrondissement et le machisme véhiculé par le Coran (voir mon blog de lundi). Quant au terrorisme, qui a tué cette fois des enfants et des adolescents de Manchester (Angleterre) venus assister, lundi soir, à un concert d’Ariana Grande (22 morts, 60 blessés), il n’est pas question, pour le discours dominant, de le rapprocher de l’esprit guerrier qui marque de son empreinte de nombreuses sourates. L’Etat islamique a revendiqué l’attentat, commis par Salman Abedi, 22 ans, britannique d’origine libyenne. Mais le chef de l’Etat français se contente de parler de « nos ennemis terroristes », sans être plus précis. Il dit vouloir accélérer la création d’une « task force » sous son autorité. Il a aussi annoncé, ce mercredi, sa volonté de légiférer pour « renforcer la sécurité face à la menace terroriste ». Toutefois, ces réponses resteront vaines si n’est pas posée la responsabilité de l’idéologie islamiste, conquérante et totalitaire. Se contenter de répéter que le djihadisme serait le produit de sociétés occidentales discriminantes, cette tarte à la crème du conformisme médiatique, invite les démocraties culpabilisées à se soumettre à une contre-culture s’affirmant comme « la meilleure communauté qu’on a fait surgir pour les hommes », et à y perdre leur âme. L’urgence est moins de moraliser la vie politique que de moraliser l’islam politique. Quand Donald Trump, dimanche à Riyad (Arabie saoudite), exhorte ce pays qui a des liens financiers avec Daesch à lutter contre les extrémistes (« Chassez-les, chassez-les de vos lieux de culte, chassez-les de vos communautés (…) chassez-les de cette terre »), il met les musulmans de paix devant leurs responsabilités. Comme le souligne également Pascal Bruckner dans Le Figaro de ce jour, la réponse au terrorisme « repose sur la capacité des musulmans à réformer leur religion ». L’islam doit faire le ménage dans son idéologie. Cette politique impliquerait une dénonciation du wahhabisme, du salafisme, des Frères musulmans, mais aussi de l’islamo-gauchisme et de sa presse collaboratrice (Médiapart, Bondy Blog, Libération, Les Inrockubtibles, etc.) C’est cette voie que le pouvoir devrait soutenir, au lieu de nier les filiations entre l’islam, l’islamisme, le sexisme, l’antisémitisme, le terrorisme. Ivan Rioufol
Every time a horrendous terrorist attack victimizes innocent victims we wring our hands and promise to increase security and take other necessary preventive measures. But we fail to recognize how friends and allies play such an important role in encouraging, incentivizing, and inciting terrorism. If we are to have any chance of reducing terrorism, we must get to its root cause. It is not poverty, disenfranchisement, despair or any of the other abuse excuses offered to explain, if not to justify, terrorism as an act of desperation. It is anything but. Many terrorists, such as those who participated in the 9/11 attacks, were educated, well-off, mobile and even successful. They made a rational cost-benefit decision to murder innocent civilians for one simple reason: they believe that terrorism works. And tragically they are right. The international community has rewarded terrorism while punishing those who try to fight it by reasonable means. It all began with a decision by Yasser Arafat and other Palestinian terrorist groups to employ the tactic of terrorism as a primary means of bringing the Palestinian issue to the forefront of world concern.  Based on the merits and demerits of the Palestinian case, it does not deserve this stature. The treatment of the Tibetans by China, the Kurds by most of the Arab world, and the people of Chechnya by Russia are at least as bad. But their response to grievances has been largely ignored by the international community and the media because they mostly sought remedies within the law rather than through terrorism. The Palestinian situation has been different. The hijacking of airplanes, the murders of Olympic athletes at Munich, the killing of Israeli children at Ma’alot, and the many other terrorist atrocities perpetrated by Palestinian terrorists have elevated their cause above all other causes in the human rights community. Although the Palestinians have not yet gotten a state – because they twice rejected generous offers of statehood – their cause still dominates the United Nations and numerous human rights groups. Other groups with grievances have learned from the success of Palestinian terrorism and have emulated the use of that barbaric tactic. Even today, when the Palestinian Authority claims to reject terrorism, they reward the families of suicide bombers and other terrorists with large compensation packages that increase with the number of innocent victims. If the perpetrator of the Manchester massacre had been Palestinian and if the massacre had taken place in an Israeli auditorium, the Palestinian Authority would have paid his family a small fortune for murdering so many children. There is a name for people and organizations that pay other people for killing innocent civilians: it’s called accessory to murder. If the Mafia offered bounties to kill its opponents, no one would sympathize with those who made the offer. Yet the Palestinian leadership that does the same thing is welcomed and honored throughout the world. The Palestinian Authority also glorifies terrorists by naming parks, stadiums, streets and other public places after the mass murderers of children. Our “ally” Qatar finances Hamas which the United States has correctly declared to be a terrorist organization. Our enemy Iran, also finances, facilitates and encourages terrorism against the United States, Israel and other western democracies, without suffering any real consequences. The United Nations glorifies terrorism by placing counties that support terrorism in high positions of authority and honor and by welcoming with open arms the promoters of terrorism. On the other hand Israel, which has led the world in efforts to combat terrorism by reasonable and lawful means, gets attacked by the international community more than any other country in the world. Promoters of terrorism are treated better at the United Nations than opponents of terrorism. The boycott, divestment and sanction (BDS) tactic against Israel is directed only against Israel and not against the many nations that support terrorism.Terrorism will continue as long as it continues to bear fruits. The fruits may be different for different causes.  Sometimes it is simply publicity. Sometimes it is a recruitment tool. Sometimes it brings about concessions as it did in many European countries. Some European countries that have now been plagued by terrorism even released captured Palestinian terrorists. England, France, Italy and Germany were among the countries that released Palestinian terrorists in the hope of preventing terrorist attacks on their soil. Their selfish and immoral tactic backfired: it only caused them to become even more inviting targets for the murderous terrorists. Alan Dershowitz
Celebrating my birthday in Manchester as news of the Manchester Arena bomb broke. The anger is monumental.  For what reason will this ever stop? Theresa May says such attacks « will not break us », but her own life is lived in a bullet-proof bubble, and she evidently does not need to identify any young people today in Manchester morgues. Also, « will not break us » means that the tragedy will not break her, or her policies on immigration. The young people of Manchester are already broken – thanks all the same, Theresa. Sadiq Khan says « London is united with Manchester », but he does not condemn Islamic State – who have claimed responsibility for the bomb. The Queen receives absurd praise for her ‘strong words’ against the attack, yet she does not cancel today’s garden party at Buckingham Palace – for which no criticism is allowed in the Britain of free press. Manchester mayor Andy Burnham says the attack is the work of an « extremist ». An extreme what? An extreme rabbit? In modern Britain everyone seems petrified to officially say what we all say in private. Politicians tell us they are unafraid, but they are never the victims. How easy to be unafraid when one is protected from the line of fire. The people have no such protections. Morrissey (23 May 2017)
In the months before weeping little girls with nails in their faces were carried out of the Manchester Arena, the authorities of that city were hard at work fighting the dreaded threat of Islamophobia. While Salman Abedi, the second-generation Muslim refugee terrorist who maimed and killed dozens in a brutal terrorist attack, stalked the streets wailing, “There is no god but Allah and Mohammed is the messenger of Allah”, Manchester police were busy with more important things. The Greater Manchester Police are one of only two police forces to list Islamophobia as a hate crime category. (…) This is what led to the Manchester Arena bombing. Mayor Burnham sold out the police. The police sold out the people. The authorities were chasing Islamophobia when they should have been fighting Islamic terror. Mayor Burnham and Chief Constable Hopkins pandered to Islamists, prioritized Islamophobia and dutifully opposed the government’s fight against Islamic terror. The Islamophobia lie killed 22 people in Manchester. It happened on the watch of the GMP. No one takes Islamophobia more seriously than the Greater Manchester Police. When Muslim sex grooming gangs were abusing little girls in Rochdale, the GMP dutifully covered it up. On one of the recorded interviews, a police officer can be heard yawning as a girl describes her abuse. An MP who had pursued these cases said that the authorities “were afraid of being called racist. » Daniel Greenfield
Il est impossible de comprendre le national-socialisme, à moins de voir qu’il s’agit en fait d’un nouvel islam. Karl Barth
Nous ne savons pas si Hitler est en passe de fonder un nouvel islam (…) ce pourrait être le futur de l’Histoire. Carl Gustav Jung
La fin des mandats français en Syrie et au Liban ne marque pas pour autant la fin de la politique de protection « impériale » des Lieux saints, chrétiens mais aussi musulmans, au Proche-Orient. Au nom de la souveraineté qu’elle exerce sur l’Algérie, la France revendique ainsi jusqu’en 1962, au pied du mur des Lamentations, l’administration du Quartier maghrébin à Jérusalem. (…) Depuis Alger et Paris en 1962, déplaçons-nous donc vers Jérusalem dans les années 1950 pour comprendre comment s’y est joué un épisode décisif et méconnu de la politique arabe et musulmane de la France, mais aussi de ses rapports avec Israël et les diasporas juives. Vu depuis la Palestine alors jordanienne, il est clair en tout cas que la France possède des droits incontestables sur ce petit quartier de la Ville sainte : « Situation de la colonie maghrébine de Jérusalem, la France délègue sur place un fils d’Algérie pour étudier la situation », titre ainsi le quotidien Falestin le 12 août 1955, en tête d’un long reportage consacré à Hadj Lounis Mahfoud, professeur d’arabe au collège de Sétif, en visite à Jérusalem, « venant d’Arabie saoudite après y avoir effectué son pèlerinage », pour préparer un rapport sur la gestion de cette fondation franco-algérienne destinée à secourir, loger et soigner les ressortissants maghrébins de passage ou résidant dans la Ville sainte. Si la France s’est effectivement retrouvée en position de gérer ce quartier stratégique de la Ville sainte, c’est bien en raison de la souveraineté qu’elle exerce alors sur l’Algérie, puisque la fondation pieuse musulmane propriétaire du quartier a été créée à la fin du XII e siècle par un descendant d’un mystique soufi algérien, Abû Madyan ou Sidi Boumédiène, compagnon d’armes de Saladin lors de la reprise de la ville aux croisés en 1187. C’est précisément en 1949 que le consul de France à Jérusalem a saisi une opportunité géopolitique inattendue : à l’issue de la première guerre israélo-arabe, le waqf Abû Madyan perd la quasi-totalité de ses revenus fonciers suite à la conquête par Israël du village d’Ain Karem, situé à 5 kilomètres à l’ouest des murailles de la Vieille Ville, donc à l’intérieur des frontières d’Israël internationalement reconnues. La France, puissance souveraine en Algérie, peut donc reprendre sous son aile protectrice cette portion des Lieux saints située en territoire jordanien, en espérant pouvoir en retirer des bénéfices diplomatiques dans le cadre de la guerre larvée que se livrent Israël et la Jordanie le long de la ligne de démarcation qui coupe Jérusalem en deux : « Pouvons-nous espérer tirer profit du fait Abou Médiane ? C’est là l’affaire du gouvernement. À mon humble échelon toutefois, il est permis de penser que notre singulière position au mur des Lamentations ne devrait pas nous être inutile », écrit le consul de France à son ministre le 6 juillet 1949, avec « copie à Alger, Tunis, Rabat, Amman »… et au « Professeur Massignon ». Louis Massignon est effectivement la cheville ouvrière de cette brève séquence historique (1949- 1962) pendant laquelle la France administrait ce quartier de Jérusalem qui commandait l’accès au mur des Lamentations. Figure éminente de l’orientalisme français, membre de l’Académie de langue arabe du Caire, professeur au Collège de France, ardent chrétien mais farouche défenseur de « l’amitié francomusulmane», fondateur du « Comité chrétien d’entente France-Islam », et en 1954 en Bretagne du «pèlerinage islamo-chrétien des Sept Dormants d’Éphèse », « honorable correspondant » des services de renseignements français pour le Proche-Orient depuis qu’il est entré dans Jérusalem le 11 décembre 1917 aux côtés du général britannique Allenby, Massignon défend, dans ses courriers adressés à tous les échelons de la diplomatie française, le « mandat sacré de la France » vis-à-vis des Maghrébins de Jérusalem, élément décisif selon lui d’une politique étrangère qui doit s’affirmer non seulement « arabe » mais également « musulmane », pour démontrer aux Algériens tentés par l’indépendance que la France se préoccupe concrètement de leurs intérêts, y compris à l’extérieur de leur territoire. (…) Le sens de l’histoire, pourtant, ne souffle plus du côté de Massignon et de « l’amitié francomusulmane» : en mai 1961, quelques semaines après le putsch des généraux, le gouvernement général de l’Algérie se montre de plus en plus dubitatif sur les effets réels de la position française défendue à Jérusalem pour tenter de « contrebalancer l’influence que le FLN a su s’assurer sur la colonie algérienne en Palestine ». La rupture se confirme à l’automne 1961 : alors que le Quai d’Orsay affirmait encore en juillet que l’abandon du Quartier maghrébin causerait un « préjudice moral irréparable » aux intérêts français « dans le monde arabe et en particulier en Afrique du Nord […] jusqu’à nous soupçonner d’avoir été de connivence avec Israël », le massacre des manifestants algériens dans Paris dans la nuit du 17 octobre 1961 creuse un fossé désormais infranchissable entre les intérêts français et les intérêts algériens, fussent-ils défendus au nom de la « France protectrice des Lieux saints musulmans ». En février 1962, quelques jours après le massacre de Charonne, la France abandonne la défense des intérêts algériens à Jérusalem. Malgré les efforts du premier « haut représentant de la France en Algérie » Jean-Marcel Jeanneney au cours de l’hiver 1962-1963, le nouvel État algérien indépendant ne reprend pas le dossier à son compte et renonce à s’impliquer dans la défense de ses ressortissants à Jérusalem. Le waqf Abû Madyan est désormais privé de toute protection juridique internationale. Quatre ans plus tard, en juin 1967, à l’issue de la guerre des Six Jours et de la conquête de Jérusalem, le Quartier maghrébin est évacué par l’armée israélienne et rasé en quarante-huit heures pour dégager ce qui est aujourd’hui l’esplanade du Mur occidental, considéré comme le lieu le plus sacré du judaïsme. La célèbre formule prononcée par de Gaulle six mois plus tard, lors d’une conférence de presse du 27 novembre 1967, à propos des « juifs […], peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », peut-elle être aussi interprétée à l’aune de cette histoire méconnue ? Peut-être, surtout si on prend la peine d’écouter la totalité de son intervention, dans laquelle il indique « qu’une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient la même politique d’amitié et de coopération qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde », et, dans une étrange formule à propos des rapports entre la France et Israël, « nous ne donnions pas notre aval à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé ». Le verbe gaullien a ceci de prodigieusement puissant et exaspérant : il peut énoncer sans l’exprimer tout à fait, par l’emphase d’une formule alambiquée, une certaine idée de la France et du monde. Vincent Lemire
L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël ; c’est en Israël que l’Europe profonde sera battue, “tournée”, ou gardera, avec son honneur, le droit à durer. (…) En quoi, pourquoi Israël est-il l’Europe ? Certes par l’origine de ceux qui ont bâti son État, imposé les conditions du rassemblement de son peuple. Mais cela ne suffirait pas, si l’Europe historique, d’où étaient revenus ces revenants, n’avait été elle-même modelée sur l’histoire du peuple hébreu, n’avait repris la mission du peuple de Dieu dans une « chrétienté ». La couronne du Saint Empire portait l’effigie de David et celle de Salomon, la politique de nos rois en France – avant Bossuet, de l’aveu même de Machiavel – était « tirée de l’écriture sainte », et les nations, jusque dans l’hérésie jacobine et révolutionnaire, imitaient un dialogue immortel entre la naissance et l’obéissance au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. L’échec final de la Chrétienté en Europe, et de sa « mission » sur les autres continents, rendant apparemment vaine la diaspora, la dispersion du peuple juif, permettant à de modernes empires de prétendre que la croix elle-même avait été vaine, restituait nécessairement aux Juifs leur charge originelle, l’idée de cette charge, transformée par l’aventure de vingt siècles. Échec déjà évident autour de la première guerre mondiale qui justifia la première entreprise sioniste, mais combien plus éclatant et terrible avec la seconde et l’entreprise démoniaque du germanisme hitlérien. Toute l’Europe en fut victime, mais nul peuple, nulle communauté comme les Juifs ; s’ils avaient espéré que l’échec du Christ et de la Chrétienté les libérerait, les assimilerait, si les « libéraux » ou « révolutionnaires », parmi eux avaient contribué puissamment à cet échec selon le monde, bref s’ils étaient souvent restés « Juifs charnels » selon Saint Paul, à mesure que les chrétiens le devenaient, l’atroce massacre désabusait à jamais les survivants, autant que les chrétiens antisémites : la croix gammée avait bien élevé sa prétention abominable contre la croix du Christ, et c’est d’un même Dieu, le Dieu judéo-chrétien qu’elle avait proclamé la mort, avec un sérieux pratique supérieur à toutes les mythologies du marxisme ou de l’existentialisme athées. La création de l’État d’Israël fut la seule rançon, la seule création positive répondant à l’horreur infinie de la seconde guerre mondiale. Cette guerre finalement « victorieuse », libérant quelques-unes des nations opprimées, consacrant ou renouvelant la servitude de beaucoup d’autres, n’a symboliquement et directement produit que cette liberté-là. Elle a donné aux « Européens » qui avaient le plus souffert de l’entreprise contre ce qui restait de la Chrétienté (paradoxalement aux Juifs qui, dispersés, étaient, dans la vraie conception du monde ancien, une part significative de cette Chrétienté, même quand ils étaient persécutés par elle), le droit à exister comme État et dans l’histoire.  Oui l’Europe qui avait, par la première guerre mondiale, perdu sa primauté réelle, devait, par la seconde, en perdre jusqu’aux restes et aux apparences. Et les perdre au profit de deux images d’elle-même accomplies en cauchemar, des deux puissances issues de deux « diasporaï » de l’ancienne Chrétienté, celle des « pères fondateurs » de l’Amérique, pèlerins du Mayflower, et celle des prophètes de la révolution accomplissant, ou abolissant, leur rêve dans la nouvelle Russie. Quelque puissance limitée, au niveau des nations, et quelque ferment de son ancienne grandeur selon l’esprit, lui restaient ; mais non comme Europe, et nullement comme effet de la « victoire ». L’unique nouveauté qui eût son visage, qui ressemblât à ses douleurs, qui réunît ses espérances, ce fut Israël. L’extraordinaire (hors d’un ordre chrétien qui n’avait pas réussi à modeler l’histoire, mais fidèle à l’origine même de cet ordre) n’était pas demeuré impossible. Et les chrétiens de nos antiques nations ne pouvaient voir en ce retour une contradiction à leur espérance en la conversion finale du dernier Juif, qui doit précéder la « parousie » : d’abord parce que l’État d’Israël ne rassemblerait jamais tous les Juifs ; ensuite parce que la nature fondamentalement théocratique de cet État, son enracinement dans le sacré, en dépit de toutes les grimaces laïques et démocratiques, constituaient par eux-mêmes une sorte de « conversion », et une promesse de retour à la source première, où la naissance et le Christ ne s’opposent pas, mais fondent ensemble la « nation », pour les autres peuples enracinés dans l’histoire chrétienne. Pierre Boutang (1er juin 1967)
Israël n’est pas incompatible avec l’existence des peuples arabes, en leur diversité, et qui auraient oublié le principe conquérant de l’islam si quelques démagogues (d’ailleurs inspirés d’un autre islam, celui du germanisme nazi) ne l’avaient réveillé, et réveillé contre les seuls juifs. Pierre Boutang
Comme à l’origine, Israël est signe de contradictions, pierre de touche pour les nations et les empires dont il fait apparaître les contradictions, lui même restant, d’une manière inconnue, le lieu toujours privilégié de la contradiction utile, entre l’homme et son Dieu. (…)  Jérusalem pour des raisons bibliques, mais aussi de très concrètes et proche histoire ne peut qu’être confiée à la garde de l’État et du soldat juifs. La décadence et les crimes de notre Europe, anciennement chrétienne ont conduit à ce châtiment mystérieux, ce signe de contradiction ineffable comme tout ce qui tient à Israël. Pierre Boutang
Le lien de Boutang avec Israël, c’est le lien non seulement avec l’origine du christianisme, mais aussi avec l’origine comme telle, qu’il faut sans cesse reconquérir. Quand on prétend faire face au terrorisme islamiste, on ne peut pas se contenter d’invoquer la République, il faut remonter aux sources de la civilisation occidentale, à ses sources juives et chrétiennes, qui fondent l’idée d’une société. Pour Boutang, cela impliquait de désobéir à Maurras, qui défendait l’héritage catholique sans prendre au sérieux la spiritualité. Olivier Véron
Antisémite de ­culture, auteur de textes et de gestes où suintait la haine des juifs, Boutang a fini par considérer que le nouvel esprit du sionisme prenait le relais d’une chrétienté défaillante. Alors que l’Europe politique devenait une construction supranationale, Boutang regardait Israël avec tendresse, car à ses yeux cette nation perpétuait les formes que l’Europe abandonnait : un État souverain, un peuple en armes, une identité millénaire.  (…) Cinquante ans plus tard, alors que des figures de droite, comme l’ancien ­ministre de la défense Hervé Morin, appellent à « israéliser » la France en termes sécuritaires, les textes de Boutang nourrissent les arguments de [ceux qui prônent une nouvelle alliance judéo-chrétienne (…) Et de fait, qu’il ait pensé la filiation, le pouvoir ou la civilisation, à chaque fois Boutang a relancé l’héritage de Maurras dans une forme d’infidélité fidèle qui ne pouvait le laisser en paix (…) Aujourd’hui, alors que les idées de cette famille politique ont à nouveau le vent en poupe, certains de ses enfants sont tentés de ­renouer avec Maurras. Mais son nom est définitivement ­associé à l’aventurisme impuissant et à la collaboration sanglante. Désireux de se rebrancher sur cette tradition sans avoir à en assumer les erreurs et les compromissions, les nouveaux réactionnaires se tournent parfois vers Boutang, ce fils qui a mis à mort un père aimé et défaillant… pour mieux maintenir en vie sa famille. Jean Birnbaum
Dégrisés une bonne fois, après cette douloureuse session électorale déboulant sur l’inconséquent plébiscite d’un programme et d’un homme contraires à tout ce qu’ils jurent vital, nécessaire et bénéfique, les partisans de Pierre Boutang, catholiques nationalistes sionistes, se sentent à nouveau pris au dépourvu, comme la cigale du conte : après cinq ans de vaillants et assez joyeux combats idéologiques, étant donné le choix politique engendré par éliminations successives et réduit par tous les moyens même légaux, ils se demandent eux aussi : vers qui irions-nous ? (…) face à la montée de l’islamo-progressisme (…) L’évidence de la forme nationale bâtie par les nations chrétiennes d’Europe (gréco-hébraïques) ayant été abusivement mise en cause par deux guerres mondiales suicidaires et par les productions idéologiques concomitantes, c’est en Israël, et avec Israël que l’homme européen des nations sera sauvé, ou vaincu (…) La désuétude trompeuse de la nation a plus que jamais trouvé dans l’expérience singulière de la nation juive, depuis les siècles de la Bible, sa justification, son modèle et son avenir immédiat, sa pierre de touche. C’est pourquoi cinquante ans après La guerre de six jours et la réunification de Jérusalem, les livres de Boutang n’invitent pas à replonger dans le sommeil, mais à La (vraie) Politique, la politique considérée comme souci, puis à Reprendre le pouvoir. Olivier Véron

Attention: une ironie peut en cacher une autre !

En cette journée où Israël fête le 50e anniversaire de sa réunification …

Au lendemain après la trahison des années Obama …

De la première visite de son lieu le plus sacré par un président américain en exercice …

Et où se confirme chaque jour un peu plus face à la barbarie islamique …

L’israélisation de fait d’une Europe toujours plus aveugle et toujours plus désarmée …

Alors qu’après la véritable farce électorale que l’on sait …

L’on continue à fustiger en France comme si de rien n’était …

Le parti qui avait si obstinément préservé

Derrière les questions qui fâchent …

Tant les racines que les symboles de la nation …

Comment à nouveau ne pas voir …

La cruelle ironie …

Pointée contre toute attente il y a justement 50 ans par rien de moins qu’un ex-pétainiste …

De la perpétuation par une nation vouée par tous à la disparition

De toutes les formes de souveraineté et d’identité …

Dont n’avaient jusqu’ici que faire …

Tant la chrétienté que l’Europe ?

« La seule rançon, la seule création positive »

Pierre Boutang

La Nation Française

1er juin 1967

« L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël […] En quoi, pourquoi Israël est-il l’Europe ? Certes par l’origine de ceux qui ont bâti son État, imposé les conditions du rassemblement de son peuple. Mais cela ne suffirait pas, si l’Europe historique, d’où étaient revenus ces revenants, n’avait été elle-même modelée sur l’histoire du peuple hébreu, n’avait repris la mission du peuple de Dieu dans une « chrétienté ». La couronne du Saint Empire portait l’effigie de David et celle de Salomon, la politique de nos rois en France – avant Bossuet, de l’aveu même de Machiavel – était « tirée de l’écriture sainte », et les nations, jusque dans l’hérésie jacobine et révolutionnaire, imitaient un dialogue immortel entre la naissance et l’obéissance au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. [1]

L’échec final de la Chrétienté en Europe, et de sa « mission » sur les autres continents, rendant apparemment vaine la diaspora, la dispersion du peuple juif, permettant à de modernes empires de prétendre que la croix elle-même avait été vaine, restituait nécessairement aux Juifs leur charge originelle, l’idée de cette charge, transformée par l’aventure de vingt siècles. Échec déjà évident autour de la première guerre mondiale qui justifia la première entreprise sioniste, mais combien plus éclatant et terrible avec la seconde et l’entreprise démoniaque du germanisme hitlérien. Toute l’Europe en fut victime, mais nul peuple, nulle communauté comme les Juifs ; s’ils avaient espéré que l’échec du Christ et de la Chrétienté les libérerait, les assimilerait, si les « libéraux » ou « révolutionnaires », parmi eux avaient contribué puissamment à cet échec selon le monde, bref s’ils étaient souvent restés « Juifs charnels » selon Saint Paul, à mesure que les chrétiens le devenaient, l’atroce massacre désabusait à jamais les survivants, autant que les chrétiens antisémites : la croix gammée avait bien élevé sa prétention abominable contre la croix du Christ, et c’est d’un même Dieu, le Dieu judéo-chrétien qu’elle avait proclamé la mort, avec un sérieux pratique supérieur à toutes les mythologies du marxisme ou de l’existentialisme athées.

La création de l’État d’Israël fut la seule rançon, la seule création positive répondant à l’horreur infinie de la seconde guerre mondiale. Cette guerre finalement « victorieuse », libérant quelques-unes des nations opprimées, consacrant ou renouvelant la servitude de beaucoup d’autres, n’a symboliquement et directement produit que cette liberté-là. Elle a donné aux « Européens » qui avaient le plus souffert de l’entreprise contre ce qui restait de la Chrétienté (paradoxalement aux Juifs qui, dispersés, étaient, dans la vraie conception du monde ancien, une part significative de cette Chrétienté, même quand ils étaient persécutés par elle), le droit à exister comme État et dans l’histoire.
Oui l’Europe qui avait, par la première guerre mondiale, perdu sa primauté réelle, devait, par la seconde, en perdre jusqu’aux restes et aux apparences. Et les perdre au profit de deux images d’elle-même accomplies en cauchemar, des deux puissances issues de deux « diasporaï » de l’ancienne Chrétienté, celle des « pères fondateurs » de l’Amérique, pèlerins du Mayflower, et celle des prophètes de la révolution accomplissant, ou abolissant, leur rêve dans la nouvelle Russie.

Quelque puissance limitée, au niveau des nations, et quelque ferment de son ancienne grandeur selon l’esprit, lui restaient ; mais non comme Europe, et nullement comme effet de la « victoire ». L’unique nouveauté qui eût son visage, qui ressemblât à ses douleurs, qui réunît ses espérances, ce fut Israël. L’extraordinaire (hors d’un ordre chrétien qui n’avait pas réussi à modeler l’histoire, mais fidèle à l’origine même de cet ordre) n’était pas demeuré impossible. Et les chrétiens de nos antiques nations ne pouvaient voir en ce retour une contradiction à leur espérance en la conversion finale du dernier Juif, qui doit précéder la « parousie » : d’abord parce que l’État d’Israël ne rassemblerait jamais tous les Juifs ; ensuite parce que la nature fondamentalement théocratique de cet État, son enracinement dans le sacré, en dépit de toutes les grimaces laïques et démocratiques, constituaient par eux-mêmes une sorte de « conversion », et une promesse de retour à la source première, où la naissance et le Christ ne s’opposent pas, mais fondent ensemble la « nation », pour les autres peuples enracinés dans l’histoire chrétienne. »

Pierre Boutang, La Nation Française, 1er juin 1967.

[1] « L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël. » : « Cette proposition, elle-même “scandaleuse”, ne surprendra pas ceux qui nous lisent depuis douze ans » – écrivait encore Boutang dans ce numéro 598 de La Nation Française – « je l’ai développée l’autre mercredi (N°597 du 25 mai 1967), mais elle n’a cessé de mûrir en nous depuis longtemps, malgré les réticences et les préjugés. L’événement de l’automne 1956 et ses suites avaient permis de la pressentir. La répétition tragique d’aujourd’hui en apporte la preuve » (1er juin 1967, à la veille de la guerre des Six Jours).

On venait de célébrer le dixième anniversaire du traité de Rome, et Boutang ne croyait guère aux acquis de cette Europe-là : « Rien, absolument rien, ne permet de dire qu’au cours de cette décennie, l’homme “européen” aura fondé ou esquissé un avenir, qu’il aura mieux compris sa destinée. Il y a même de fortes raisons pour supposer le contraire. Et la première, la plus tragique, risque d’être l’attitude de l’« homo europæus » en face d’Israël et de la menace d’aujourd’hui. »

Pierre Boutang avait fondé l’hebdomadaire La Nation Française en 1955, avec Michel Vivier, et il en fut le directeur politique et le ponctuel chroniqueur jusqu’à son six cent quatrième et dernier numéro (13 juillet 1967).

Voir aussi:

L’Homme Nouveau : « Boutang reprend le pouvoir »

« L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël ; c’est en Israël que l’Europe profonde sera battue, “tournée”, ou gardera, avec son honneur, le droit à durer ». Pierre Boutang, 1er juin 1967.

Seigneur, à qui irions-nous ? La réponse en forme de question des apôtres consignée dans l’Évangile ne renvoie pas à la dispersion d’Israël après la défaite de Bar Kokhba : Rome n’a pas encore maté les rebelles juifs et les disciples de Yeshoua n’ont pas renoncé à combattre, mais la Passion du Roi des Juifs y joue déjà un rôle prémonitoire. « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé ». « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché », dit saint Jean. Le Verbe fait chair et fait juif, le Messie d’Israël est venu, a vécu, a fait connaître son point de vue sur à peu près toute chose ici-bas en avant de tout siècle futur, a jeté ce feu sur la terre où il est mort, à un âge qui suffit à un Grec pour conquérir un grand empire. Une puissante tentation de fuir pouvait étreindre les apôtres, l’effroi du néant et le découragement les pousser à abandonner ce nom, cette Parole, et ce feu, mais Seigneur, vers qui irions-nous ?

Ce matin cette phrase de l’Évangile résonne cruellement et réveille un sens du livre de Houellebecq que nous n’avions pas aperçu : où irions-nous, nous n’avons pas d’Israël où aller (Soumission). Inexorablement les catholiques français semblent condamnés à devenir les Juifs du XXIe siècle et à se disperser « sur le site de leur ancienne grandeur » [1], non comme s’ils abordaient à nouveau le premier siècle de notre ère, mais à demeure en exil chez nous. La France « quitte terre, devient légende et mythe » [2], le sol de l’ancienne fille aînée se dérobe sous nos pieds, s’éloigne dans un passé de plus en plus évanescent, mésaventure singulière pour un peuple qui inventa la paysannerie, l’impiété, la souveraineté, la chevalerie, les cathédrales, la courtoisie, Descartes, « ce cavalier français qui partit d’un si bon pas » [3], et le bon sens français de La Fontaine, mais qui a vu s’élever dans les nuées la pucelle dont les cendres furent jetées dans la Seine à Rouen.

« Ô Jeanne, brave pucelle
J’ai tant de nations chez moi
Qu’à cette heure en France nouvelle
Il en faudrait cent comme toi. » [4]

Dégrisés une bonne fois, après cette douloureuse session électorale déboulant sur l’inconséquent plébiscite d’un programme et d’un homme contraires à tout ce qu’ils jurent vital, nécessaire et bénéfique, les partisans de Pierre Boutang, catholiques nationalistes sionistes, se sentent à nouveau pris au dépourvu, comme la cigale du conte : après cinq ans de vaillants et assez joyeux combats idéologiques, étant donné le choix politique engendré par éliminations successives et réduit par tous les moyens même légaux, ils se demandent eux aussi : vers qui irions-nous ? Or s’ils joueront le jeu jusqu’au bout, par attachement loyal à leur pays, par devoir de gratitude et esprit de suite, ils ne sont pas spécialement ralliés à la démocratie, car ils ont retenu la leçon de Pascal : « Les choses du monde les plus déraisonnables deviennent les plus raisonnables à cause du dérèglement des hommes. » Faut-il choisir pour gouverner un État « le plus vertueux et le plus habile ? Nous voilà incontinent aux mains (…) Attachons donc cette qualité à quelque chose d’incontestable, écrit Pascal. C’est le fils aîné du roi ; cela est net ; il n’y a point de dispute. La raison ne peut mieux faire car la guerre civile est le plus grand des maux. »

Oui, le plus grand des maux, mais face à la montée de l’islamo-progressisme, comme chez Houellebecq ou Chesterton [5], si ce risque-là n’a pas disparu des esprits héritiers de la révolution française, tous n’en tirent pas les mêmes conclusions… Pour les boutangiens, il n’y a pas de paix qui tienne sans souveraineté, ni de crainte qui commande, ni de délai que l’on obtienne par indécision ou procrastination. Et il n’est pas bon ni vrai que l’homme soit seul. L’appartenance à une cité est inhérente à l’être humain. Le territoire où se déploie cette dimension politique, où s’exerce cette vocation est la nation, dont le nom vient de naître, nasci, naissance ; elle transcende la famille et elle s’appuie sur elle, elle désigne mieux que la patrie la réalité politique dans sa continuité entre présent, passé, avenir. N’importe les rébellions formelles contre l’héritage d’une culture, d’une civilisation, d’une tradition, ce qui en lui est inhérent à l’existence humaine se recueille et se transmet d’abord par l’apprentissage d’une langue, et l’on n’a jamais vu un homme qui sache dire sans parler le langage d’un peuple et sans lui emprunter la forme établie d’une langue nationale historique préalable. « Je nais ici, et non ailleurs, fils d’une famille, héritier d’un nom. Il ne dépend pas de moi que la spiritualité humaine et la civilisation ne se manifestent pas comme un système de volontés mais comme une histoire » [6]. Le sens de cette histoire n’appartient pas au passé mais doit être perpétué comme horizon voulu, territoire nécessaire à l’accomplissement politique de chaque être humain et pour la projection dans le futur d’une descendance, la famille, où il s’accomplit et se renonce à la fois. C’est d’ailleurs la paternité et la filiation naturelles qui fournissent le socle d’intuition de la paternité divine et non l’inverse. L’évidence de la forme nationale bâtie par les nations chrétiennes d’Europe (gréco-hébraïques) ayant été abusivement mise en cause par deux guerres mondiales suicidaires et par les productions idéologiques concomitantes, c’est en Israël, et avec Israël que l’homme européen des nations sera sauvé, ou vaincu : « L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël ; c’est en Israël que l’Europe profonde sera battue, “tournée”, ou gardera, avec son honneur, le droit à durer ». La désuétude trompeuse de la nation a plus que jamais trouvé dans l’expérience singulière de la nation juive, depuis les siècles de la Bible, sa justification, son modèle et son avenir immédiat, sa pierre de touche. C’est pourquoi cinquante ans après La guerre de six jours [7] et la réunification de Jérusalem, les livres de Boutang n’invitent pas à replonger dans le sommeil, mais à La (vraie) Politique, la politique considérée comme souci, puis à Reprendre le pouvoir [8].

Olivier Véron, L’Homme Nouveau n°1639 du 20 mai 2017.

[1] De Gaulle, à propos d’Israël (conférence de novembre 1967).

[2] Dominique de Roux.

[3] Péguy.

[4] Germain Nouveau.

[5] L’Auberge volante, traduction & préface de Pierre Boutang, L’Âge d’Homme, 1990.

[6] La Politique, la politique considérée comme souci [1947], avec une postface de Michaël Bar-Zvi, Les provinciales, 2014.

[7] La guerre de six jours, (juin 1967), Les provinciales, 2011.

[8] Reprendre le pouvoir [1977], avec une introduction de Olivier Véron, Les provinciales 2016.

Voir aussi:

Le poète et philosophe Pierre Boutang, père spirituel de La Manif pour tous

De l’Action française à La Manif pour tous, une certaine droite renoue avec ce philosophe disparu

Jean Birnbaum

Le Monde

31 mars 2017

La philosophie de Boutang fournit des réponses aux nouveaux réactionnaires dans au moins trois domaines : ceux de la filiation, du pouvoir et de la civilisation.

Au printemps 2016, alors qu’il dîne avec François Hollande à l’Élysée, l’acteur Fabrice Luchini évoque ses lectures du moment. Le comédien confie qu’il est plongé dans un livre de Pierre Boutang (1916-1998), poète éruptif, philosophe difficile et journaliste ­cogneur, en son temps pétainiste et disciple favori de Charles Maurras à l’Action française (AF). « Vous lisez Boutang ! C’est l’écrivain préféré de mon père ! », répond Hollande, au grand étonnement de son hôte.

Mais, en l’occurrence, le président se révélait simplement normal. Car Boutang, depuis l’origine, c’est l’histoire d’un père qui revient sans cesse harponner les fils, faisant retour depuis les lieux les plus divers : un dossier du « Figaro littéraire » et un souvenir de Bernard-Henri Lévy, un ­livre de Patrick Buisson, mais aussi un dialogue télévisé avec le philosophe George Steiner, une réunion de La ­Manif pour tous ou une revue de chrétiens pro-israéliens.

Relation au père

Bien sûr, on doit commencer par mentionner l’enjeu biographique. Rappeler la relation de Boutang à son propre père, ingénieur déclassé, camelot du roi et grand lecteur du pamphlétaire antisémite Edouard Drumont : « Un jour, j’étais chez Boutang à Saint-Germain-en-Laye, se souvient Rémi Soulié, auteur de Pour saluer Pierre Boutang (Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2016). Il a ouvert une commode, en a sorti une photo de son père, il avait les larmes aux yeux ».

Mais Boutang le fils est à son tour ­devenu père, père biologique, père symbolique aussi, et l’aura qui est la sienne aujourd’hui reste largement liée à l’accueil protecteur que cet ogre normalien réserva aux jeunes gens venus frapper à sa porte. À ces fils adoptifs, Boutang parlait de Maurras, mais aussi de littérature et même du chanteur Renaud…

Comme Rémi Soulié, Jean-François Colosimo, patron des Éditions du Cerf, fut de ceux-là : « J’avais 17 ans. Ce fut ­l’irruption du génie à l’état brut. Par la suite, quand je suis parti en Grèce, sans moyens, avec l’idée de vivre dans un ­monastère du mont Athos, Boutang me demandait au téléphone : “Où êtes-vous ? Donnez-moi votre adresse pour que je vous envoie de l’argent”. »

Boutang a fait du lien paternel le fil rouge de sa vie mais aussi de sa pensée, et c’est ce choix qui lui confère aujourd’hui une influence renouvelée, au moment où une frange de la droite française renoue avec ce que l’écrivain hussard Antoine Blondin nommait « l’âge de Pierre »… Aux femmes et aux hommes qui cherchent à réarmer ­intellectuellement la famille réactionnaire, sa philosophie du père fournit des réponses dans au moins trois ­domaines : ceux de la filiation, du pouvoir et de la civilisation

La filiation, d’abord. Plutôt qu’un territoire charnel, la France selon Boutang est une culture qui vous tombe dessus, une langue qui vous élit. Pour lui, l’héritage forme le seul horizon digne de ce nom ; c’est la gratitude qui nous jette en avant. « Dès le berceau, nous naissons avec une dette que nous n’avons pas contractée et qui est impayable : voilà l’idée anthropologique de Boutang », note la philosophe Chantal Delsol.

Pendant Mai 68, Boutang enseigne au lycée Turgot, à Paris, et il sent d’emblée que l’insurrection en cours produira cette révolution du désir dont il combat certaines figures tutélaires : ­« Althusser à rien, Lacan à pas grand-chose », fredonne celui qui signera un essai intitulé Apocalypse du désir (Grasset, 1979). Au slogan soixante-huitard, « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ! », Boutang semble rétorquer : « Marche, compagnon, l’origine est devant toi ! » Cette origine détermine toute vie humaine, dit-il, et elle est indissociable de la différence des sexes telle que la Bible l’a fondée (un héritage peu présent chez Maurras,­ davantage travaillé par la mort que tourné vers la vie).

« Une vraie influence sur le mouvement royaliste »

Ainsi n’est-il guère étonnant que la pensée politique de Boutang ait inspiré une partie de La Manif pour tous. Certes, celle-ci est souvent « boutangienne sans le savoir », précise Gérard Leclerc, éditorialiste au journal Royaliste et à Radio Notre-Dame. Mais le lien existe, et il n’est pas que théorique : « Boutang a une vraie influence sur le mouvement royaliste, qui a lui-même plus d’influence sur les droites qu’on ne le croit. Un certain nombre de gens liés à La ­Manif pour tous viennent de là, et même quand il n’est pas explicitement cité, Boutang pèse », ajoute Chantal Delsol.

« L’Action française est un peu la ­franc-maçonnerie des réactionnaires, ­confirme Francis Venciton, jeune militant de l’AF Provence. Parmi les fondateurs de La Manif pour tous, pas mal de gens sont issus de l’AF ou l’ont fréquentée, et nous avons contribué à orienter son argumentaire. » Or pour ces royalistes qui nourrissent les nouvelles mobilisations de droite, la voix de Boutang compte à nouveau. Après avoir longtemps été effacé pour raison de querelles internes, son visage est réapparu sur les autocollants de ­l’Action française. « Boutang revient en force à l’AF, constate Axel Tisserand, auteur d’essais sur le royalisme. Il permet de penser au moins deux questions qui ont été remises au centre par La Manif pour tous : celle de la filiation et celle du consentement populaire. »

Après la filiation, donc, le pouvoir. Là encore, il y va d’un déplacement par rapport à la figure paternelle de Maurras. Quand celui-ci refusait toute souveraineté populaire et ancrait le pouvoir du prince sur l’autorité et la légitimité, son disciple indocile insiste sur un troisième pôle : celui du consentement. Dès lors, les monarchistes peuvent sortir de l’impasse émeutière et devenir non plus les démolisseurs de la démocratie, mais ses veilleurs impitoyables. Acceptant désormais le fait républicain, ils exigent que le pouvoir soit incarné par un père populaire.

Antisémite de ­culture

Voilà pourquoi Boutang finira par soutenir la Ve République gaullienne : « Pour Boutang, de Gaulle réunit les fils de l’histoire de France en coiffant la ­monarchie d’un bonnet de Marianne », résume Jean-François Colosimo. Voilà aussi pourquoi Boutang peut inspirer une partie de la droite contemporaine, comme en témoigne Jc

Pourtant, cet héritage est-il exclusivement chrétien ? Après la filiation et le pouvoir, nous voici venus au troisième enjeu, celui de la civilisation. Par rapport à Maurras, Boutang a peu à peu ­accompli, ici, un déplacement encore plus douloureux. Antisémite de ­culture, auteur de textes et de gestes où suintait la haine des juifs, Boutang a fini par considérer que le nouvel esprit du sionisme prenait le relais d’une chrétienté défaillante.

Alors que l’Europe politique devenait une construction supranationale, Boutang regardait Israël avec tendresse, car à ses yeux cette nation perpétuait les formes que l’Europe abandonnait : un État souverain, un peuple en armes, une identité millénaire. « L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en ­Israël », écrivait Boutang dans son journal, La Nation française, en juin 1967, à la veille de la guerre des Six-Jours.

Une nouvelle alliance judéo-chrétienne

Cinquante ans plus tard, alors que des figures de droite, comme l’ancien ­ministre de la défense Hervé Morin, appellent à « israéliser » la France en termes sécuritaires, les textes de Boutang nourrissent les arguments de [ceux qui prônent une nouvelle alliance judéo-chrétienne : « Le lien de Boutang avec Israël, c’est le lien non seulement avec l’origine du christianisme, mais aussi avec l’origine comme telle, qu’il faut sans cesse reconquérir, assure ­Olivier Véron, le patron des provinciales, qui republie des classiques de Boutang, dont Reprendre le pouvoir (1978). Quand on prétend faire face au terrorisme islamiste, on ne peut pas se contenter d’invoquer la République, il faut remonter aux sources de la civilisation occidentale, à ses sources juives et chrétiennes, qui fondent l’idée d’une société. Pour Boutang, cela impliquait de désobéir à Maurras, qui défendait l’héritage catholique sans prendre au sérieux la spiritualité. »

Et de fait, qu’il ait pensé la filiation, le pouvoir ou la civilisation, à chaque fois Boutang a relancé l’héritage de Maurras dans une forme d’infidélité fidèle qui ne pouvait le laisser en paix : « Boutang n’a jamais vraiment trahi Maurras, note François Huguenin, spécialiste de l’Action française. En 1942, il a rejoint Giraud en Algérie, pas de Gaulle. De même, il n’a jamais rompu radicalement avec l’antisémitisme, comme l’ont fait les chrétiens après Vatican II. Dans les deux cas, pour lui, cela aurait été tuer le père ­publiquement. Or si Boutang a bien tué le père, c’est souterrainement. Un jour, il a failli me foutre dehors parce que je lui avais demandé s’il entretenait un rapport filial avec Maurras. Il hurlait : “Vous ne savez pas ce qu’est la ­paternité !” J’avais touché juste… »

En 1958, dans un article important ­publié par la revue Esprit, l’historien Jacques Julliard affirmait que la pensée de Maurras avait constitué le seul grand effort tenté, au XXe siècle, « pour donner à la droite française une doctrine ferme et cohérente ». Aujourd’hui, alors que les idées de cette famille politique ont à nouveau le vent en poupe, certains de ses enfants sont tentés de ­renouer avec Maurras.

Mais son nom est définitivement ­associé à l’aventurisme impuissant et à la collaboration sanglante. Désireux de se rebrancher sur cette tradition sans avoir à en assumer les erreurs et les compromissions, les nouveaux réactionnaires se tournent parfois vers Boutang, ce fils qui a mis à mort un père aimé et défaillant… pour mieux maintenir en vie sa famille.

« Pierre Boutang », de Stéphane Giocanti (Flammarion, « Grandes biographies », 2016).
« La Politique », de Pierre Boutang, postface de Michaël Bar-Zvi (Les Provinciales, 2014).
« Ontologie du secret », de Pierre Boutang (PUF, 1973), disponible en poche dans la collection « Quadrige »

Reprendre le pouvoir, de Pierre Boutang, introduction de Olivier Véron, Les provinciales, 2016.
La Politique, la politique considérée comme souci, de Pierre Boutang, postface de Michaël Bar-Zvi, Les provinciales, 2014.
La guerre de six jours, Pierre Boutang, postface de Michaël Bar-Zvi, Les provinciales, 2011).
Le petit boutang des philosophes, introduction à la philosophie de Pierre Boutang, par Henri Du Buit, Les provinciales, 2016.

Voir de plus:

Voir encore:

Manchester’s Islamist Appeasing Police and Politicians Have Blood on Their Hands

Muslim sex grooming paved the way for the Manchester Arena attack.

Daniel Greenfield
Frontpage
May 24, 2017

Daniel Greenfield, a Shillman Journalism Fellow at the Freedom Center, is a New York writer focusing on the radical left and Islamic terrorism.

In the months before weeping little girls with nails in their faces were carried out of the Manchester Arena, the authorities of that city were hard at work fighting the dreaded threat of Islamophobia.

While Salman Abedi, the second-generation Muslim refugee terrorist who maimed and killed dozens in a brutal terrorist attack, stalked the streets wailing, “There is no god but Allah and Mohammed is the messenger of Allah”, Manchester police were busy with more important things.

The Greater Manchester Police are one of only two police forces to list Islamophobia as a hate crime category. Earlier this year, Chief Constable Ian Hopkins honored Tell Mama for fighting Islamophobia. Tell Mama had lost funding earlier when its claims of a plague of violent Islamophobia fell apart.

Shahid Malik, the chair of Tell Mama, had been photographed with the leader of Hamas. Appearing at the Global Peace and Unity conference, where plenty of terrorism supporters have promenaded, he boasted, “In 2005 we had four Muslim MPs. In 2009 or 2010 we’ll have eight or ten Muslim MPs. In 2014 we’ll have 16 Muslim MPs. At this rate the whole parliament will be Muslim.”

Last year, Hopkins had appeared at a Muslim Engagement and Development (MEND) event at the European Islamic Centre along with Azad Ali. Ali has praised Anwar Al-Awlaki and other Al Qaeda figures. He justified the murder of British and American soldiers, he praised Hamas and Hezbollah.

Instead of arresting him, the Chief Constable appeared at the same forum with a terrorist supporter.

Also present was Greater Manchester Police Crime Commissioner and Interim Mayor Tony Lloyd who came by to talk about « eradicating hate ». This was at an event attended by Anas Altikriti of the Cordoba Foundation, who had backed terrorists murdering British soldiers and accused Jews of dual loyalty.

Tony Lloyd will be the Labour candidate in Rochdale; home of the Muslim sex grooming cover-up.

Both Manchester Mayor Burnham and Chief Constable Ian Hopkins had appeared at MEND events. MEND’s Director of Engagement is Azad Ali.

After the attack, Manchester Mayor Andy Burnham vowed on camera, “terrorists will never beat us”. The terrorists don’t need to beat Burnham. He’ll eagerly collaborate without so much as a single slap.

Last year the left-wing politician fought the government’s efforts to crack down on Islamic terror. “It is creating a feeling in the Muslim community that it is being spied upon and unfairly targeted,” he whined.

Terrorists will never beat us. Unless they have their useful idiots operating on the inside for whom Muslim feelings come first and little girls being torn to pieces by shrapnel come last.

Burnham accused opponents of Islamic terror of racism, xenophobia and all the usual stuff. He insisted that there was a huge Islamophobia problem that was being hidden because Muslims were too afraid of the police to report this rash of imaginary crimes.

« There’s a lot of people in this country not necessarily at risk from ‘Islamic extremism’ but it’s far-right extremism, » Andy insisted.

This is what led to the Manchester Arena bombing. Mayor Burnham sold out the police. The police sold out the people. The authorities were chasing Islamophobia when they should have been fighting Islamic terror.

Mayor Burnham and Chief Constable Hopkins pandered to Islamists, prioritized Islamophobia and dutifully opposed the government’s fight against Islamic terror.

The Islamophobia lie killed 22 people in Manchester. It happened on the watch of the GMP.

No one takes Islamophobia more seriously than the Greater Manchester Police. When Muslim sex grooming gangs were abusing little girls in Rochdale, the GMP dutifully covered it up. On one of the recorded interviews, a police officer can be heard yawning as a girl describes her abuse.

An MP who had pursued these cases said that the authorities “were afraid of being called racist. »

Voir de même:

Le politiquement correct, conforté par l’élection d’Emmanuel Macron, est en pleine forme. Construit dans le but de protéger les nouvelles minorités et plus particulièrement la culture islamique en Europe, ce prêt-à-penser s’interdit toute approche critique. Faire le lien entre l’insécurité dans le quartier parisien La Chapelle-Pajol et l’afflux de migrants depuis 2015 relève du blasphème. Il est également inconcevable, pour les commentateurs comme il faut, de suggérer une relation entre le sexisme dénoncé par ces femmes du XVIIIe arrondissement et le machisme véhiculé par le Coran (voir mon blog de lundi). Quant au terrorisme, qui a tué cette fois des enfants et des adolescents de Manchester (Angleterre) venus assister, lundi soir, à un concert d’Ariana Grande (22 morts, 60 blessés), il n’est pas question, pour le discours dominant, de le rapprocher de l’esprit guerrier qui marque de son empreinte de nombreuses sourates. L’Etat islamique a revendiqué l’attentat, commis par Salman Abedi, 22 ans, britannique d’origine libyenne. Mais le chef de l’Etat français se contente de parler de « nos ennemis terroristes », sans être plus précis. Il dit vouloir accélérer la création d’une « task force » sous son autorité. Il a aussi annoncé, ce mercredi, sa volonté de légiférer pour « renforcer la sécurité face à la menace terroriste ». Toutefois, ces réponses resteront vaines si n’est pas posée la responsabilité de l’idéologie islamiste, conquérante et totalitaire. Se contenter de répéter que le djihadisme serait le produit de sociétés occidentales discriminantes, cette tarte à la crème du conformisme médiatique, invite les démocraties culpabilisées à se soumettre à une contre-culture s’affirmant comme « la meilleure communauté qu’on a fait surgir pour les hommes », et à y perdre leur âme.

L’urgence est moins de moraliser la vie politique que de moraliser l’islam politique. Quand Donald Trump, dimanche à Riyad (Arabie saoudite), exhorte ce pays qui a des liens financiers avec Daesch à lutter contre les extrémistes (« Chassez-les, chassez-les de vos lieux de culte, chassez-les de vos communautés (…) chassez-les de cette terre »), il met les musulmans de paix devant leurs responsabilités. Comme le souligne également Pascal Bruckner dans Le Figaro de ce jour, la réponse au terrorisme « repose sur la capacité des musulmans à réformer leur religion ». L’islam doit faire le ménage dans son idéologie. Cette politique impliquerait une dénonciation du wahhabisme, du salafisme, des Frères musulmans, mais aussi de l’islamo-gauchisme et de sa presse collaboratrice (Médiapart, Bondy Blog, Libération, Les Inrockubtibles, etc.) C’est cette voie que le pouvoir devrait soutenir, au lieu de nier les filiations entre l’islam, l’islamisme, le sexisme, l’antisémitisme, le terrorisme. L’historien tunisien Mohamed Talbi, qui vient de mourir, écrivait : « Je ne crois qu’au Coran et pas à la charia. Le premier est l’oeuvre de Dieu, la seconde n’est qu’une production humaine qui n’a rien à voir avec l’islam et dont les musulmans doivent se libérer ». La rationalité ne peut rester plus longtemps étrangère à l’islam. Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), travaille d’ailleurs à l’élaboration d’un « contre-discours » construit sur une « contextualisation ». Ce sont ces musulmans éclairés que le pouvoir devrait soutenir, au lieu de s’interdire de penser et d’aggraver, au nom de l’apaisement, des situations toujours plus conflictuelles.

Voir aussi le tristement fameux discours du Général de Gaulle:

Charles de Gaulle
27 novembre 1967

L’établissement entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter jusque-là, l’établissement d’un foyer sioniste en Palestine, et puis après la deuxième guerre mondiale, l’établissement d’un Etat d’Israël soulevait à l’époque un certain nombre d’appréhensions. On pouvait se demander, en effet, et on se demandait, même chez beaucoup de juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui sont foncièrement hostiles, n’allaient pas entraîner d’incessants, d’interminables frictions et conflits. Et certains même redoutaient que les juifs, jusqu’alors dispersés, et qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent une fois qu’ils seraient rassemblés dans les sites de son ancienne grandeur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles : « l’an prochain à Jérusalem ». En dépit du flot, tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qu’ils provoquaient, qu’ils suscitaient plus exactement, dans certains pays à certaines époques, un capital considérable d’intérêt et même de sympathie s’était formé en leur faveur et surtout il faut bien le dire dans la chrétienté. Un capital qui était issu de l’immense souvenir du testament, nourri à toutes les sources d’une magnifique liturgie, entretenu par la commisération qu’inspirait leur antique valeur et que poétisait chez nous la légende du juif errant, accru par les abominables persécutions qu’ils avaient subi pendant la deuxième guerre mondiale et grossi depuis qu’il avait retrouvé une patrie, par les travaux, leurs travaux constructifs et le courage de leurs soldats. C’est pourquoi indépendamment des vastes concours en argent, en influence, en propagande que les Israéliens recevaient des milieux juifs, d’Amérique et d’Europe, beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction l’établissement de leur Etat sur le territoire que leur avaient reconnu les puissances, que lui avaient reconnu les puissances, tout en désirant qu’ils parviennent en usant d’un peu de modestie à trouver avec ses voisins un modus vivendi pacifique. Il faut dire que ces données psychologiques avaient quelque peu changé depuis 1956. À la faveur de l’expédition franco-britannique de Suez, on avait vu apparaître en effet, un état d’Israël guerrier et résolu à s’agrandir, et ensuite l’action qu’il menait pour doubler sa population par l’immigration de nouveaux éléments donnait à penser que le territoire qu’il avait acquis ne lui suffirait pas longtemps et qu’il serait porté pour l’agrandir à utiliser toute occasion qui se présenterait. C’est pourquoi d’ailleurs, la cinquième république s’était dégagée, vis-à-vis d’Israël, des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait noué avec cet Etat et la cinquième république s’était appliquée, au contraire, à favoriser la détente dans le Moyen-Orient. Bien sûr, nous conservions avec le gouvernement israélien des rapports cordiaux et même lui fournissions pour sa défense éventuelle les armements qu’il demandait d’acheter mais en même temps nous lui prodiguions des avis de modération. Notamment à propos des litiges qui concernait les eaux du Jourdain, des escarmouches qui opposaient périodiquement les forces des deux côtés. Enfin nous ne donnions pas notre aval, à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé, et nous maintenions notre ambassade à Tel-Aviv. D’autre part, une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient, la même politique d’amitié et de coopération qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde et dont la raison et le sentiment font qu’elle doit être aujourd’hui une des bases fondamentales de notre action extérieure. Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux arabes que pour nous l’Etat d’Israël était un fait accompli et que nous n’admettrions pas qu’il fut détruit. De sorte que tout compris, on pourrait imaginer qu’un jour viendrait où notre pays pourrait aider directement, à ce qu’une paix réelle fut conclue et garantie en Orient pourvu qu’aucun drame nouveau ne vint à la déchirer. Hélas ! le drame est venu, il avait été préparé par une tension très grave et constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés en Jordanie, et aussi d’une menace de destruction prodiguée contre Israël. Le 22 mai, l’affaire d’Aqaba, fâcheusement créée par l’Egypte, allait offrir un prétexte à ce qui rêvait d’en découdre. Pour éviter les hostilités, la France avait dès le 24 mai, proposé aux trois autres grandes puissances, d’interdire conjointement avec elle, à chacune des deux parties, d’entamer le combat. Le 2 juin, le gouvernement français avait officiellement déclaré, qu’éventuellement il donnerait tort à quiconque entamerait le premier, l’action des armes. Et c’est ce qu’il répétait en toute clarté à tous les Etats en cause. C’est ce que j’avais moi-même, le 24 mai déclaré à Monsieur Ebban, Ministre des affaires étrangères d’Israël que je voyais à Paris. Si Israël est attaqué, lui dis-je alors en substance, nous ne le laisserons pas détruire, mais si vous attaquez, nous condamnerons votre initiative. Certes, malgré l’infériorité numérique de votre population, étant donné que vous êtes beaucoup mieux organisés, beaucoup plus rassemblés, beaucoup mieux armés que les arabes, je ne doute pas que le cas échéant, vous remporteriez des succès militaires. Mais ensuite, vous vous trouveriez engagés sur le terrain, et au point de vue international dans des difficultés grandissantes d’autant plus que la guerre en Orient ne peut pas manquer d’augmenter dans le monde une tension déplorable et d’avoir des conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays. Si bien que c’est à vous, devenu des conquérants, qu’on en attribuerait peu à peu les inconvénients. On sait que la voix de la France n’a pas été entendue, Israël ayant attaqué, s’est emparé en six jours de combat des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant il organise, sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsion et s’il manifeste contre lui la résistance qu’à son tour il qualifie de terrorisme, il est vrai que les deux belligérants observent pour le moment d’une manière plus ou moins précaire et irrégulière le cessez-le-feu prescrit par les Nations Unies mais il est bien évident que le conflit n’est que suspendu et qu’il ne peut pas avoir de solution sauf par la voie internationale. Mais un règlement dans cette voie, à moins que les Nations Unis ne déchirent que, elles-mêmes, leur propre charte, un règlement doit avoir pour base, l’évacuation des territoires qui ont été pris par la force, la fin de toute belligérance, et la reconnaissance de chacun des Eats en cause par tous les autres. Après quoi, par des décisions des Nations Unies avec la présence et la garantie de leur force, il serait probablement possible d’arrêter le tracé précis des frontières, les conditions de la vie et de la sécurité des deux côtés, le sort des réfugiés et des minorités et les modalités de la libre navigation pour tous dans le golfe d’Aqaba et dans le canal de Suez. Pour qu’un règlement quelconque, et notamment celui là, puisse voir le jour, règlement auquel du reste, suivant la France, devrait s’ajouter un statut international pour Jérusalem. Pour qu’un tel règlement puisse être mis en œuvre, il faut naturellement, il faudrait qu’il eut l’accord des grandes puissances qui entraînerait ipso facto, celui des Nations Unies. Et si un tel accord voyait le jour, la France est d’avance disposée à prêter son concours politique, économique et militaire, pour que cet accord soit effectivement appliqué. Mais on ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître tant que l’un des plus grand des quatre ne se sera pas dégagé de la guerre odieuse qu’il mène ailleurs. Car tout se tient dans le monde d’aujourd’hui. Sans le drame du Vietnam, le conflit entre Israël et les arabes ne serait pas devenu ce qu’il est. Et si l’Asie du sud est, voyait renaître la paix, l’Orient l’aurait bientôt retrouvée, à la faveur de la détente générale qui suivrait un pareil événement.

Voir par ailleurs la version des nouveaux historiens français:

1962 Le crépuscule de l’Algérie française à Jérusalem

Vincent Lemire

La fin des mandats français en Syrie et au Liban ne marque pas pour autant la fin de la politique de protection « impériale » des Lieux saints, chrétiens mais aussi musulmans, au Proche-Orient. Au nom de la souveraineté qu’elle exerce sur l’Algérie, la France revendique ainsi jusqu’en 1962, au pied du mur des Lamentations, l’administration du Quartier maghrébin à Jérusalem.Lundi 12 février 1962 au soir, au Quai d’Orsay, dans le bureau du directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères Maurice Couve de Murville, se tient un étrange et bref conclave consacré au sort d’une « fondation musulmane algérienne à Jérusalem », le « waqf Abû Madyan », propriétaire d’un quartier d’habitation situé dans la Ville sainte le long du mur des Lamentations. Quatre jours après le massacre de Charonne, à la veille de la manifestation qui réunira 500 000 personnes pour accompagner le cortège funéraire jusqu’au cimetière du Père-Lachaise, un mois avant la signature des accords d’Évian qui scelleront le sort de l’Algérie française, les plus hautes autorités diplomatiques françaises prennent le temps de se pencher sur ce qu’on appelle le « Quartier maghrébin » de Jérusalem, qui est pour quelques semaines encore un petit « morceau de France » au Proche-Orient, un étrange confetti néocolonial isolé au beau milieu de la Ville sainte, une sorte de « mandat français » – ou plus exactement franco-algérien – en Palestine, dont l’histoire est aujourd’hui largement oubliée.

Ce soir-là, au coeur de la tour de contrôle du système diplomatique français, dans une ambiance qu’on devine lugubre, la France décide d’abandonner le Quartier maghrébin à son triste sort, en se retirant des procédures judiciaires en cours en Israël à propos de la contestation foncière de cet ensemble immobilier. Depuis des mois déjà, des notes exaspérées en provenance du gouvernement général d’Alger  se plaignaient que la France continue de soutenir à bout de bras « une communauté qui parle de rompre tout lien avec la France et même de nous faire la guerre ». Les Algériens de Jérusalem, un temps instrumentalisés au service de la politique française « protectrice des Lieux saints » au Proche-Orient lorsqu’ils étaient encore des FMA (Français musulmans d’Algérie), ont brutalement – et logiquement – perdu de leur utilité en 1962, au crépuscule de l’Algérie française.

Depuis Alger et Paris en 1962, déplaçons-nous donc vers Jérusalem dans les années 1950 pour comprendre comment s’y est joué un épisode décisif et méconnu de la politique arabe et musulmane de la France, mais aussi de ses rapports avec Israël et les diasporas juives. Vu depuis la Palestine alors jordanienne, il est clair en tout cas que la France possède des droits incontestables sur ce petit quartier de la Ville sainte : « Situation de la colonie maghrébine de Jérusalem, la France délègue sur place un fils d’Algérie pour étudier la situation », titre ainsi le quotidien Falestin le 12 août 1955, en tête d’un long reportage consacré à Hadj Lounis Mahfoud, professeur d’arabe au collège de Sétif, en visite à Jérusalem, « venant d’Arabie saoudite après y avoir effectué son pèlerinage », pour préparer un rapport sur la gestion de cette fondation franco-algérienne destinée à secourir, loger et soigner les ressortissants maghrébins de passage ou résidant dans la Ville sainte.

Si la France s’est effectivement retrouvée en position de gérer ce quartier stratégique de la Ville sainte, c’est bien en raison de la souveraineté qu’elle exerce alors sur l’Algérie, puisque la fondation pieuse musulmane propriétaire du quartier a été créée à la fin du XII e siècle par un descendant d’un mystique soufi algérien, Abû Madyan ou Sidi Boumédiène, compagnon d’armes de Saladin lors de la reprise de la ville aux croisés en 1187. C’est précisément en 1949 que le consul de France à Jérusalem a saisi une opportunité géopolitique inattendue : à l’issue de la première guerre israélo-arabe, le waqf Abû Madyan perd la quasi-totalité de ses revenus fonciers suite à la conquête par Israël du village d’Ain Karem, situé à 5 kilomètres à l’ouest des murailles de la Vieille Ville, donc à l’intérieur des frontières d’Israël internationalement reconnues. La France, puissance souveraine en Algérie, peut donc reprendre sous son aile protectrice cette portion des Lieux saints située en territoire jordanien, en espérant pouvoir en retirer des bénéfices diplomatiques dans le cadre de la guerre larvée que se livrent Israël et la Jordanie le long de la ligne de démarcation qui coupe Jérusalem en deux : « Pouvons-nous espérer tirer profit du fait Abou Médiane ? C’est là l’affaire du gouvernement. À mon humble échelon toutefois, il est permis de penser que notre singulière position au mur des Lamentations ne devrait pas nous être inutile », écrit le consul de France à son ministre le 6 juillet 1949, avec « copie à Alger, Tunis, Rabat, Amman »… et au « Professeur Massignon ».

Louis Massignon est effectivement la cheville ouvrière de cette brève séquence historique (1949- 1962) pendant laquelle la France administrait ce quartier de Jérusalem qui commandait l’accès au mur des Lamentations. Figure éminente de l’orientalisme français, membre de l’Académie de langue arabe du Caire, professeur au Collège de France, ardent chrétien mais farouche défenseur de « l’amitié francomusulmane», fondateur du « Comité chrétien d’entente France-Islam », et en 1954 en Bretagne du «pèlerinage islamo-chrétien des Sept Dormants d’Éphèse », « honorable correspondant » des services de renseignements français pour le Proche-Orient depuis qu’il est entré dans Jérusalem le 11 décembre 1917 aux côtés du général britannique Allenby, Massignon défend, dans ses courriers adressés à tous les échelons de la diplomatie française, le « mandat sacré de la France » vis-à-vis des Maghrébins de
Jérusalem, élément décisif selon lui d’une politique étrangère qui doit s’affirmer non seulement « arabe » mais également « musulmane », pour démontrer aux Algériens tentés par l’indépendance que la France se préoccupe concrètement de leurs intérêts, y compris à l’extérieur de leur territoire.

C’est lui qui publie en 1951 dans la Revue des études islamiques un long article sur « le waqf tlemcénien Abû Madyan à Jérusalem » (dont il expédie pas moins de 500 tirés à part en France et dans le monde arabe) ; lui qui se rend à Tlemcen en Algérie en mai 1952 pour y fonder le comité de défense du waqf ; lui encore qui manoeuvre pour que l’Assemblée algérienne vote le 17 juin 1952 une résolution «pour la sauvegarde des waqfs algériens de Palestine au profit des pèlerins musulmans nord-africains » ; lui enfin qui déclare solennellement le 13 novembre 1955 à la radio d’Alger (en arabe) que l’école coranique (médersa ) du Quartier maghrébin de Jérusalem sera bientôt restaurée grâce au soutien financier de la France – ainsi que de la Tunisie et du Maroc, encore sous tutelle française et qui ont également des ressortissants sur place.

En effet, comme il l’écrit à qui veut l’entendre, le waqf Abû Madyan « commande la porte de la mosquée El-Aksa » et « contient le sol même du mur des Lamentations ». Bien plus, selon lui, « l’intérêt de l’Islam algérien pour ce waqf, considéré comme une “pierre d’attente” pour le rétablissement de la qibla (direction de prière) de l’Islam à Jérusalem, est fonction de son persistant attachement au souvenir du saint de Tlemcen », auquel le président Houari Boumédiène doit d’ailleurs son nom de guerre. En 1954, une quête est organisée aux portes de la mosquée de Tlemcen, elle rapporte 78 000 francs qui sont transmis par Massignon lui-même au consul de France à Jérusalem qui redistribue l’argent aux Maghrébins nécessiteux de Jérusalem. Pendant quelques années, l’idée d’une « politique algérienne et musulmane » de la France en Terre sainte a donc produit des effets bien concrets, sonnants et trébuchants.

L’histoire singulière de ce quartier franco-algérien de Jérusalem va donc s’interrompre en 1962, lorsque la France perd toute légitimité selon le droit international et vis-à-vis d’Israël pour intervenir en défense d’une fondation algérienne. En réalité, depuis quelques années, les effets de la guerre d’indépendance commencent à se faire sentir jusqu’à Jérusalem. Au lendemain de la crise de Suez, en septembre 1956, des tracts distribués par l’antenne jordanienne du FLN dénoncent « les massacres perpétrés par la France au Maghreb et ses campagnes barbares contre le peuple algérien » et affirment que « chaque Maghrébin s’est libéré du microbe mortel qui prend la forme de la protection ou de la nationalité ». Louis Massignon continue malgré tout de prôner la distribution gratuite de pain aux pauvres maghrébins de Jérusalem lors des fêtes de Ramadan en 1957 « sous peine de détruire définitivement cette “communauté franco-musulmane” proclamée par M. le Président du Conseil et sous peine de condamner mon comité France-Islam ».

Le sens de l’histoire, pourtant, ne souffle plus du côté de Massignon et de « l’amitié francomusulmane» : en mai 1961, quelques semaines après le putsch des généraux, le gouvernement général de l’Algérie se montre de plus en plus dubitatif sur les effets réels de la position française défendue à Jérusalem pour tenter de « contrebalancer l’influence que le FLN a su s’assurer sur la colonie algérienne en Palestine ». La rupture se confirme à l’automne 1961 : alors que le Quai d’Orsay affirmait encore en juillet que l’abandon du Quartier maghrébin causerait un « préjudice moral irréparable » aux intérêts français « dans le monde arabe et en particulier en Afrique du Nord […] jusqu’à nous soupçonner d’avoir été de connivence avec Israël », le massacre des manifestants algériens dans Paris dans la nuit du 17 octobre 1961 creuse un fossé désormais infranchissable entre les intérêts français et les intérêts algériens, fussent-ils défendus au nom de la « France protectrice des Lieux saints musulmans ». En février 1962, quelques jours après le massacre de Charonne, la France abandonne la défense des intérêts algériens à Jérusalem. Malgré les efforts du premier « haut représentant de la France en Algérie » Jean-Marcel Jeanneney au cours de l’hiver 1962-1963, le nouvel État algérien indépendant ne reprend pas le dossier à son compte et renonce à s’impliquer dans la défense de ses ressortissants à Jérusalem. Le waqf Abû Madyan est désormais privé de toute protection juridique internationale.

Quatre ans plus tard, en juin 1967, à l’issue de la guerre des Six Jours et de la conquête de Jérusalem, le Quartier maghrébin est évacué par l’armée israélienne et rasé en quarante-huit heures pour dégager ce qui est aujourd’hui l’esplanade du Mur occidental, considéré comme le lieu le plus sacré du judaïsme. La célèbre formule prononcée par de Gaulle six mois plus tard, lors d’une conférence de presse du 27 novembre 1967, à propos des « juifs […], peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », peut-elle être aussi interprétée à l’aune de cette histoire méconnue ? Peut-être, surtout si on prend la peine d’écouter la totalité de son intervention, dans laquelle il indique « qu’une fois mis un terme à l’affaire algérienne, nous avions repris avec les peuples arabes d’Orient la même politique d’amitié et de coopération qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette partie du monde », et, dans une étrange formule à propos des rapports entre la France et Israël, « nous ne donnions pas notre aval à son installation dans un quartier de Jérusalem dont il s’était emparé ». Le verbe gaullien a ceci de prodigieusement puissant et exaspérant : il peut énoncer sans l’exprimer tout à fait, par l’emphase d’une formule alambiquée, une certaine idée de la France et du monde.

VINCENT LEMIRE
RÉFÉRENCES
Anne LISKENNE , L’Algérie indépendante. L’ambassade de Jean-Marcel Jeanneney (juillet 1962-janvier 1963) , Paris, Armand Colin,
2015.
Louis MASSIGNON , « Documents sur certains waqfs des Lieux saints de l’Islam. Principalement sur le waqf Tamimi à Hébron et sur le
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Manoël PÉNICAUD , Le Réveil des Sept Dormants. Un pèlerinage islamo-chrétien en Bretagne , Paris, Cerf, 2014.
Umar RYAD , The Hajj and Europe in the Age of Empire , Leyde, Brill, 2016.
Tom SEGEV , 1967 : six jours qui ont changé le monde , Paris, Denoël, 2007.

Présidence Macron: Cherchez la femme ! (Face à la révolution des dupes, qui saura réunir la droite populaire libérale et sociale ?)

20 mai, 2017
Et maintenant, John Fitzgerald Macron veut évincer les journalistes politiques
Trop, c’est trop. Ce cirque dure depuis deux ans. Je ne reconnais plus mon quartier. Il est devenu une “zone interdite”. À partir de 18 heures, je n’ose même plus sortir dans la rue avec mon mari. On ne se sent pas en sécurité. Les tentes sont parties mais les migrants et les trafiquants campent encore les trottoirs jour et nuit. Mieux vaut être encerclé par des grillages et des blocs de pierre que de revivre à proximité d’un bidonville. Marie-Christine (retraitée, 78 ans)
Je n’ai pas le choix, je n’ai pas les moyens financiers de me loger ailleurs. Je pensais qu’avec l’évacuation du camp en novembre dernier, la situation s’arrangerait. Mais ce n’est pas le cas. Le quartier est devenu une poubelle géante. Élisa (étudiante, 19 ans)
Les squares et les espaces de jeux ont quasiment tous été fermés pour virer les rats, qui se sont multipliés. Sans parler de l’odeur d’urine qui flotte constamment dans l’air. C’est vraiment invivable. Ces gens ne devraient pas dormir dans la rue. C’est inhumain. J’ai vu qu’il y avait des enfants. Cela m’a brisé le cœur. Ils méritent d’être traités avec un peu plus de dignité. Mère de famille
Ces grilles sont une honte! Elles ont été mises en place dans le seul but d’empêcher les migrants de s’installer. Les rues de Paris sont à tout le monde. C’est une première bataille de gagner. Militante
Le quartier ressemble à une prison et la circulation des piétons dans le quartier est entravée. Il était urgent de rendre les espaces publics de nouveau accessibles aux habitants des quartiers Nord-est de Paris. Anne Souyris (groupe écologiste de Paris)
«Oppressantes», «dérangeantes», «hideuses»… Les grilles métalliques, successivement érigées le long de la voie de métro entre Stalingrad et la Chapelle, ne feront bientôt plus partie du paysage urbain. La mairie de Paris, à la demande de plusieurs élus écologistes, a annoncé leur retrait avant cet été. Le Figaro
Les femmes, une espèce en voie de disparition au coeur de Paris. ll y a les insultes, dans toutes les langues : “Salope, sale pute, je vais te baiser…” ll y a les vols à la tire, les pickpockets, l’alcoolisme de rue, les crachats, les déchets partout, l’odeur entêtante d’urine. Il y a les trafics qui s’enracinent: êtres humains, drogues, cigarettes, vente à la sauvette, ou encore faux documents. Les employés de ces trafics nous signifient chaque jour que nous sommes indésirables, nous et nos enfants. Désormais la place de la Chapelle, la rue Pajol, la rue Philippe de Girard, la rue Marx Dormoy, la station de métro et le boulevard de la Chapelle sont abandonnés aux seuls hommes: plus une femme, dans les cafés comme la Royale ou le Cyclone. Pas un enfant dans le square Louise de Marillac. Certaines d’entre nous se terrent chez elles. Cela doit cesser. Pétition de femmes du quartier parisien de la Chapelle
Pour une ère nouvelle, c’est une ère nouvelle. Vous vous souvenez des photos du gouvernement, sur le large perron de l’Elysée ? Fini. C’était l’ancien monde. La vieille pensée. Le Système. Le gouvernement Kennedy Macron s’est donc fait tirer le portrait dans une sorte d’entonnoir. On a cherché ce qu’on pouvait trouver de plus étroit : un escalier (le couloir des toilettes n’était pas libre ?). Résultat, cet attroupement de mâles (il faut être sacrément fort, soit dit en passant, pour donner cette impression de pack de rugby, quand on photographie un groupe humain strictement paritaire). A propos, vous voyez la personne, au fond, dont on distingue à peine la moitié du visage ? C’est la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Daniel Schneidermann
Monsieur le Premier Ministre, vous avez déclaré constater « la montée de l’antisémitisme, qui se nourrit dans les quartiers populaires » dont vous affirmez qu’ils seraient « antisémites ».(…) Oui, comme tant d’autres, je me sens visée par vos propos quand vous parlez de l’antisémitisme des quartiers populaires. Non, nous qui venons des quartiers populaires ne sommes pas antisémites. Les gens qui habitent, travaillent, vivent dans les quartiers populaires ne sont pas antisémites dans leur ensemble, intrinsèquement, par essence. Présumer que la lutte pour la liberté du peuple palestinien ne pourrait qu’être de l’antisémitisme caché est un raccourci grossier. Ne peut-on pas lutter contre la politique d’un gouvernement sans être soupçonné de haïr l’ensemble d’un peuple? Lutter contre la politique de Berlusconi a-t-il fait de vous un raciste anti-Italiens? Votre déclaration, monsieur le Premier Ministre, est un dangereux cliché, stéréotypé et stigmatisant, contre les quartiers populaires. L’antisémitisme est un fléau, une horreur, une abomination. Il existe en France. Mais les quartiers populaires ne l’ont pas créé et il ne se nourrit pas à Belleville où des athées vont parfois rompre le jeûne du Ramadan avec des Musulmans et des Chrétiens dans un restaurant casher. (…) L’article 1er de la loi de 1905 prévoit que la République « ne reconnaît ne salarie ne subventionne aucun culte ». Ni plus ni moins. Interdire le voile c’est reconnaître le voile comme signe religieux, donc reconnaître une religion, interdire le voile à l’école est donc contraire à la loi de 1905. Interdire aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants relève ni plus ni moins de l’islamophobie. L’obligation de neutralité religieuse s’applique d’après la loi de 1905 aux fonctionnaires, représentants de l’Etat, pas aux parents d’élèves qui ne représentent qu’eux-mêmes.Le Président Hollande avait promis dans son programme, par l’engagement 59, de défendre la paix et la reconnaissance de la Palestine (…) A l’exception de quelques extrémistes violents, haineux, sectaires et contre-productifs comme il y en dans tous les bords, dans toutes les familles politiques y compris dans la nôtre, les habitants des quartiers populaires qui ont manifesté, réclamaient simplement l’application de l’engagement 59 de notre président. Marlène Schiappa (22.07.2014)
La diffusion sur France Télévisions – qui est une télévision publique financée en très grande partie par l’argent public -, des messes et différents programmes religieux (…) est une infraction à la laïcité (…). C’est de la théologie et c’est finalement la promotion du fait religieux et de l’oppression des femmes. Marlène Schiappa (future secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes)
Une des erreurs fondamentales de ce quinquennat a été d’ignorer une partie du pays qui a de bonnes raisons de vivre dans le ressentiment et les passions tristes. C’est ce qui s’est passé avec le mariage pour tous, où on a humilié cette France-là. Il ne faut jamais humilier, il faut parler, il faut « partager » des désaccords. Emmanuel Macron
Je suis favorable à une loi qui ouvrira la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Emmanuel Macron
Nous ouvrirons la PMA à toutes les femmes et combattrons l’homophobie du quotidien grâce à des tests aléatoires au travail. Benjamin Griveaux (porte-parole d’En Marche !)
Il [François Fillon] a fait tout ce qu’il a pu. Mais il reconnaît quelques erreurs, notamment de ne pas avoir envoyé assez de signaux vis-à-vis des classes populaires dans son programme. Elu parisien
Le soutien de l’Allemagne ne peut pas se substituer à la politique en France. La France doit prendre ses propres décisions et prendra ses propres décisions. Angela Merkel
Nous sommes confrontés avec la France à un problème particulier, les Français dépensent trop d’argent et ils dépensent au mauvais endroit. Jean-Claude Juncker
Les critères d’attribution des logements sociaux doivent être revus parce que dans certains quartiers périphériques, on risque de créer des ghettos avec un tiers d’Italiens et un tiers d’étrangers hors Union européenne. (…) Le modèle français des banlieues est un échec. (…) Les familles rom qui n’envoient pas leurs enfants à l’école doivent être punies. Et parmi les punitions, on retire aussi le logement. Ce n’est pas une question de racisme, c’est une question de civilisation. Dario Nardella (maire de Florence)
Le monde virtuel a eu beau agir sur le monde réel, la fâcheuse sphère électronique en a limité considérablement les effets. Les foules, sans doute dans leur souvenir confus des meurtres de masse, n’ont pas eu le cœur à faire la liesse. La parenthèse magique et anesthésique va bientôt se refermer. Déjà, dans quelques jours, une autre consultation aura lieu, où la part artistique sera plus congrue. La pleine saison va reprendre pour la délinquance et l’immigration forcée de masse, et l’islam radical comme la dette n’accorderont aucun délai de grâce. Le multiculturalisme n’a pas encore définitivement gagné la partie, mais en dépit de l’opposition d’une majorité du pays, par la grâce médiatique et artistique, il n’a pas perdu. Quand l’heure sera venue de lui dire vraiment non, c’est peut-être parce qu’il sera trop tard. Gilles-William Goldnadel
Tandis que des syndicats lycéens essaient d’attirer l’attention sur le sexisme qui sévit maintenant dans les rapports entre filles et garçons dès le plus jeune âge en organisant ce vendredi 19 mai, une journée de la jupe, l’actualité nous a démontré hier à quel point l’initiative était nécessaire, tant les droits des femmes reculent pendant que les politiques continuent à détourner le regard. À tel point qu’aujourd’hui, dans certains endroits, sortir dans la rue quand on est une femme devient une prise de risque, une provocation et une mise en danger. Et hélas, on ne parle pas ici de Raqqah, Ryad ou Kaboul, mais de Paris. Intra-muros. Dans un reportage publié dans Le Parisien du 18 mai, «Paris: les femmes chassées des rues dans le quartier Chapelle-Pajol», Cécile Beaulieu décrit le quotidien des habitantes du quartier, lesquelles ne peuvent plus se déplacer seules, ni porter jupes ou vêtements moulants sans se faire injurier voire agresser. La rue, les trottoirs, les cafés, les bars, les squares leur sont interdits, à tel point que quitter son appartement devient une transgression. Ce territoire est celui des hommes et ils font régner leur loi. Une situation qui tend à s’étendre dans les quartiers les plus populaires. Mais pour choquant que soit pour nous ce contrôle social d’un autre âge, cette véritable oppression qui s’abat sur toutes les femmes dans un pays où l’égalité est inscrite au fronton des bâtiments publics, ce qui est encore plus déstabilisant ce sont les réactions, ou plutôt l’absence de réaction des élus. Être une femme suffit à être en danger dans certains endroits et auprès de certaines populations, car il y a un point commun entre cette situation et celle qui a tant choqué en Allemagne le 31 décembre à Cologne. Des agressions sexuelles massives y avaient été commises et l’enquête avait révélé que celles-ci étaient le fait de réfugiés et de migrants économiques, venant du Maroc et d’Algérie et arrivés au cours de la même année. Que croyez-vous que l’on fit alors? Et bien au lieu de s’interroger sur ce qui pouvait pousser ces hommes à croire qu’ils avaient le droit de se comporter ainsi dans un pays qui les accueille, au lieu d’interroger les références culturelles qui permettent de considérer comme acceptable cette violence faite aux femmes, au lieu d’interroger les obligations qui devraient être liées à l’accueil, on fit le procès en racisme de tous ceux qui dénonçaient le soubassement culturel et cultuel, qui fait de la femme un être inférieur, propriété d’un homme ou de tous si elle a le culot de revendiquer sa liberté, phénomène que la misère sexuelle, que la montée du fondamentalisme religieux renforce et accentue dans les pays du proche et Moyen-Orient. Pour avoir évoqué cet aspect du problème, Kamel Daoud fut cloué au pilori. (…) Le fait que les agresseurs de femmes appartiennent à une population pauvre et marginale, élevée au rang de victime absolue, fait que leur transformation en bourreau paralyse à la fois le discours politique et l’action publique. Ce sont alors les citoyens qui jouent le rôle de variable d’ajustement en voyant leurs droits abandonnés et leurs libertés non défendues. Cela plus qu’une dérive fasciste de la société explique l’explosion du vote FN. (…) Pendant ce temps, vendeurs à la sauvette, dealers, migrants et passeurs tiennent les rues et politiquement correct oblige, on oublie de dire que cette mentalité d’un autre âge, cet obscurantisme dont on constate chaque jour qu’il gagne du terrain, est lié à la volonté de ces hommes d’imposer leur mentalité patriarcale, leur vision étriquée des relations humaines et une conception des rapports sociaux et intimes inégalitaires et contraignants au pays qui les a accueilli. On évite de dire que ces tensions se réveillent aussi parce que ces populations sont la cible des fondamentalistes et des tenants de l’Islam politique qui chauffent à blanc les replis identitaires et font de la remise en cause des fondations mêmes des sociétés occidentales par la revendication identitaire et religieuse, le seul axe d’affirmation politique et sociale des communautés qu’ils influencent de plus en plus. (…) L’enjeu aujourd’hui est de faire vivre nos grands principes pour tout le monde, de faire en sorte que les libertés que la loi garantit ne dépendent pas de notre niveau culturel et social ou de notre lieu de vie. C’est cela le sens même de la politique: garantir les droits de tous ceux qui vivent sur son territoire. Et cela ne se fera pas sans fermeté, ni justice. Aujourd’hui la protection de la loi n’est accordée qu’aux hyperinclus, à ceux qui ont les moyens financiers de choisir leur environnement. Pour beaucoup d’autres, c’est retour au moyen âge: il faut se soumettre à ses voisins et à l’homme de la rue car la protection de la loi ne peut plus s’incarner. (…) Et pendant ce temps, notre nouveau gouvernement prône la libéralité en matière de laïcité tout en promettant de lutter contre l’islamisme. Le problème c’est que l’on ne lutte pas contre qui veut vous détruire en renonçant à ses principes et à ses idéaux et qu’en ce domaine, la libéralité équivaut à livrer les plus faibles à leurs oppresseurs. Il serait dommage qu’à force d’aveuglement sur ces questions, la France devienne un pays qui ne garantit que les libertés de ceux qui ont les moyens de choisir leur voisinage et leur environnement. Céline Pina
Le nouveau président, après avoir mis KO debout le Parti socialiste, est en train de faire éclater la droite. Nul n’ignore que la nomination d’Edouard Philippe, que l’on présente en un saisissant oxymore comme un «héritier spirituel d’Alain Juppé», vient habilement redonner au camp du centre-droit désavoué par les électeurs des primaires, de nouvelles perspectives. Sans surprise, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Jean-Louis Borloo ont affiché depuis quelques jours leur volonté de saisir la perche tendue par Emmanuel Macron, et Bruno Lemaire a franchi le Rubicon en héritant d’un portefeuille-clef avec Bercy, mais qui mouille habilement la droite dans la responsabilité de la lutte contre le chômage. En réalité, ce centre-droit est cohérent: rien, absolument rien, ne le distingue du centre-gauche que Macron a miraculeusement sorti du bourbier dans lequel le désastreux quinquennat de François Hollande l’avait enlisé. Un même libéralisme économique doctrinaire et rigide, soumis aux injonctions de Bruxelles, un même refus de remettre en question le dévoiement d’une construction européenne qui est allée dans le mur, une même volonté de progressisme sociétal, un même manque d’imagination et de volonté pour réduire la fracture sociale. Cette situation serait pain bénit pour le Front national, si le débat du 3 mai n’avait fait éclater la grande supercherie en faisant la démonstration de l’incompétence et de la vulgarité de Marine Le Pen. Si l’on ajoute le retrait de Marion Maréchal Le Pen – dont on peut souhaiter qu’il lui permettra de prendre du champ face à une histoire politique et familiale dont elle semble prisonnière – on assiste peut-être au début du déclin de ce parti qui depuis plus de trente ans a d’abord servi à distiller de l’amertume, à déconsidérer l’amour de la patrie et à stériliser toute tentative de refuser la logique impérialiste de la grande marchandisation. Le FN aura beau revendiquer la justesse de son analyse sur «l’UMPS», il n’est pas certain qu’il soit en état de profiter de cette situation aux prochaines législatives. Paradoxalement, le gouvernement nommé par Emmanuel Macron et Edouard Philippe pourrait au contraire permettre à la droite de procéder à une saine clarification. Le scénario optimiste pour celle-ci serait que le traditionnel attelage entre ce qu’on appelait le RPR et l’UDF montre son caractère bancal et oblige à une recomposition en profondeur. A côté de ce centre-droit logiquement rallié (si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain) à la majorité présidentielle, une droite au discours résolument patriote, décidée à refonder l’Europe sur le respect des nations, faisant de la réduction de la fracture sociale une priorité, conservatrice sur les valeurs qui fondent notre société (amour de la France, défense de la famille, refondation de l’école) a un boulevard théorique devant elle: entre, d’un côté, le sentiment des électeurs de droite d’avoir été volés de «leur élection» avec l’explosion en plein vol de la fusée Fillon, d’avoir été trahis par ses élites, et, de l’autre, la décrédibilisation du Front National, la marge de manœuvre est réelle. C’est ce qu’a bien compris par exemple Laurent Wauquiez. Mais c’est là où le bât blesse. A part ce dernier, dont la sincérité politique manque de crédibilité, aucune grande voix à droite ne vient porter un projet de rupture. Celle de François Fillon est devenue inaudible, et, comme je l’avais écrit ici au sortir des primaires, avant les affaires, son discours était trop imprécis par rapport à sa conception de l’Europe, et trop peu volontariste sur la question sociale, pour avoir pu parfaitement incarner cette aspiration à un changement en profondeur. Toujours est-il que celui que les électeurs des primaires avaient plébiscité est aujourd’hui discrédité. Il faut bien le reconnaître: depuis la disparition de Philippe Séguin, plus personne n’incarne cette droite gaulliste, patriote et sociale. Pour se recomposer, la droite doit avoir de vrais leaders. Elle en manque cruellement. Le scénario catastrophe pour elle serait d’être aspirée dans le sillage de la nouvelle donne imposée par Macron. Soit elle échouera avec lui, et elle sera d’autant plus affaiblie qu’elle hérite de la responsabilité de l’économie dans le gouvernement Philippe ; et alors, la route sera réellement ouverte aux extrêmes de droite et de gauche. Soit le président réussira et il se pourrait qu’il en recueille toute la gloire. Dans les deux cas, ce pourrait être une recomposition manquée et une décomposition plus ou moins complète. (…) Réussir pour la France signifierait rien moins que de restaurer le sens du politique, le souci du bien commun, l’amour du pays, la protection des plus fragiles ; reprendre sur de nouvelles bases la construction européenne, au service des nations ; avoir le courage de réformer l’Etat en reconstruisant et en préservant les plus pauvres. François Huguenin
Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. Et ce ciment social a été brisé à plusieurs égards. L’enjeu essentiel de civilisation, à mon sens, est de savoir comment conserver, protéger, transmettre et vivifier ce ciment social. C’est là qu’intervient la question de l’école, de la transmission, de la culture, de nos traditions, de notre patrimoine, d’un certain mode de vie. (…) La question identitaire permet de transcender les clivages. Elle comporte une dimension abstraite, c’est vrai, avec des symboles, la Marseillaise, la devise, notre patrimoine républicain, et une dimension charnelle, notre terre, notre terroir, notre gastronomie, la pierre locale avec laquelle on construit sa maison. Ces deux dimensions sont complémentaires. Pour parler de stratégie, le souci commun de l’électorat de la droite conservatrice et de la France périphérique, qui n’ont pas le même rapport à la mondialisation, c’est le souci de la transmission de leur patrimoine matériel et immatériel. À partir de ce constat, on peut imaginer des passerelles pour les rassembler et apporter des réponses en commun.(…) Quand une partie de la France conservatrice défend le mariage et la filiation, elle défend aussi une partie de l’identité française avec une certaine idée des rapports humains basée sur le bien commun et l’intérêt du plus faible plutôt que sur la jouissance et l’envie de l’individu dans une liberté sans limite. C’est donc un combat identitaire, qui peut rejoindre le combat identitaire des classes populaires plus axé sur les questions liées à l’immigration et au multiculturalisme. Bien sûr, il peut y avoir des divergences économiques, mais les moteurs de vote sont essentiellement spirituel, culturel et identitaire : les masses ne bougent pas autour de l’économie. Ce qui relie ces deux électorats, c’est donc le conservatisme. Il peut s’agir de conservation de l’identité, d’un mode de vie, mais aussi du patrimoine, des entreprises, d’un modèle économique à défendre en régulant la mondialisation. (…) je défends la conservation de ce qui est beau et juste dans notre histoire, je souhaite conserver les leçons de nos expériences passées ainsi qu’une certaine vision de l’homme, de sa dignité, du refus de sa marchandisation, d’ailleurs partagée par une majorité de Français. (…) Je pense que les courants de droite et de gauche continuent d’exister et de structurer la vie politique, car il y a des héritages philosophiques, culturels, des références et des logiciels qui continuent d’irriguer la vie politique française. C’est un clivage qui continue d’exister mais qui est inexact dans la structuration actuelle des partis. Pour caricaturer un peu, je reprendrais la phrase de l’historien Ghislain de Diesbach : « Il existe en France actuellement deux grands partis de gauche, dont l’un s’appelle la droite. » Pour être plus exacte, je dirais que les deux grands partis, Les Républicains et le PS, se retrouvent aujourd’hui dans un grand bloc centre droit, centre gauche en accord sur tous les sujets fondamentaux. (…) Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, cette union patriotique que j’appelle de mes vœux n’a pas de sens en prenant en compte les partis actuels : je ne vois pas comment le FN pourrait faire une alliance nationale avec Les Républicains au regard de la façon dont ils gouvernent et du logiciel qui est le leur. (…) Ce qui reste possible, c’est l’union des hommes. Il existe aujourd’hui une zone blanche, entre certains courants chez Les Républicains, que je qualifierais de droite nationale conservatrice, Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui sortent du champ politique, comme Philippe de Villiers, certains élus et cadres de la droite, et le FN. Dans cette zone blanche, il y a une recomposition à opérer, qui s’apparenterait à l’union de certaines droites. Mais sans doute pas avec cette droite des Républicains, qui est une droite reniée. (…) La présence du FN contraint la droite à mener une certaine politique et à se remettre en question. La réalité, c’est que la droite a été sous la coupe psychologique de la gauche pendant des années et que le poids du FN la force aujourd’hui à se repositionner. [la tentative de structurer une droite “hors les murs”, à mi-chemin entre Les Républicains et le FN]  ne pouvait marcher que dans l’optique d’être une passerelle entre la droite et le FN, or Les Républicains ne sont pas suffisamment en difficulté électorale pour accepter de bouger. La droite a une clientèle électorale, notamment chez les personnes âgées, qui lui reste très fidèle, lui permettant de survivre, en l’empêchant d’envisager cette recomposition. Les choses seront peut-être différentes dans dix ans. La génération qui vient a déjà mis un bulletin FN dans l’urne, elle est complètement décomplexée, plus du tout sensible à la diabolisation, n’a pas baigné dans le rêve européen et n’a rien à perdre. Dans les dix ans qui viennent, les cartes seront totalement rebattues… (…) Je crois que nous sommes confrontés aujourd’hui à une élite d’émigrés spirituels, au sens où, spirituellement, ceux qui nous dirigent ne sont plus nos compatriotes. Leur vie est à l’échelle mondiale, ils passent leur temps dans les business class entre New York, Doha et Singapour, la France est étriquée à leurs yeux, ils ne raisonnent plus à l’échelle nationale. Leur cynisme est d’autant plus fort que ces gens se sont évertués à briser les frontières des Français pour fabriquer de nouvelles frontières à leur profit grâce à l’argent. Ils ont, eux, des frontières géographiques, vivent dans les meilleurs quartiers en se préservant des problèmes liés à l’immigration et aux tensions culturelles qu’ils imposent aux Français. Ils ont, eux, des frontières sociales, se cooptent aux meilleurs postes, alors qu’il n’y a jamais eu aussi peu de fils d’ouvriers dans les grandes écoles. Ils ont, eux, des frontières scolaires, mettent leurs enfants dans les écoles privées quand les enfants des Français doivent subir les lamentables programmes et méthodes qu’ils ont mis en place. Et je trouve cela profondément injuste. En face, les patriotes sont tout simplement les partisans de l’enracinement, ce qui n’empêche pas d’être lucide sur les défis de la mondialisation. (…) Macron en est une belle incarnation. J’aime la formule de Finkielkraut : pour Macron, « la France n’est plus une histoire, la France n’est plus même un pays, c’est un pur espace ». À ses yeux, la France est une start-up multiculturelle, un business, qui doit être le plus rentable possible. S’il faut faire rentrer un million d’immigrés dans le pays parce que c’est rentable, quelles que soient les conséquences sociales, il le fera. Pour lui, la France est un territoire, pas une patrie ; c’est une population, pas un peuple ; ce sont des individus, pas des personnes. (…) Macron accomplit Mai 68. Avec lui, c’est l’idéologie du progrès, le culte du renouveau, qui implique nécessairement de faire table rase du passé. C’est l’idée soixante-huitarde selon laquelle l’homme ne peut s’émanciper que s’il se délie de tout héritage, de toute autorité, de tout cadre culturel. Je pense que c’est une erreur fondamentale. (…) Macron considère que la société apaisée, qui fonctionne, est celle dans laquelle les liens sociaux sont uniquement régis par les liens économiques, les liens égoïstes, le contrat. L’État est réduit au minimum, c’est le libéralisme intégral, une idéologie née à gauche, où l’individu prime sur toute autre considération. Macron ne voulait d’ailleurs pas avoir de programme, mais proposait un « contrat avec la nation ». Cela a des conséquences politiques très claires : quand vous avez une distension brutale du lien social, avec le terrorisme par exemple, que répond M. Macron ? Qu’il faut deux points de PIB en plus, qu’il faut réduire le chômage et investir dans les banlieues françaises. Il apporte une réponse strictement économique, alors qu’en fait, cette distension du lien social ne relève pas principalement de l’économie, mais du domaine moral et culturel. Ces gens-là n’arriveront pas à répondre à ces défis, ils sont à côté de la plaque, ils sont dans la négation anthropologique. Ce qui fait un peuple, ce n’est pas le contrat, c’est la pure gratuité. C’est, selon la formule de Renan, « d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment commun qui permet naturellement le civisme, la politesse et la solidarité sans y avoir nécessairement un intérêt égoïste. Marion Maréchal-Le Pen
Contrairement aux «quinze membres maximum» qu’il avait annoncés, le président a nommé un gouvernement composé de dix-huit ministres. Il a également renoncé au «ministère plein et entier des Droits des femmes». (…) «Il y aura un ministère plein et entier des Droits des Femmes», avait également assuré Emmanuel Macron en avril sur Twitter, promettant de faire de cette question une «cause nationale du quinquennat». Il s’est pourtant «contenté» d’un secrétariat d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, confié à Marlène Schiappa. Le Figaro
Si par droitisation on désigne une demande d’autorité croissante, le phénomène d’opinion que j’ai décrit se poursuit. Plus de 60 % de Français pensent qu’il y a trop d’immigrés, 70 % se disent favorables à l’internement préventif des fichés S, et une majorité voudrait renforcer l’état d’urgence. Alors que les Américains hésitent sur la question des exécutions extrajudiciaires de leurs concitoyens djihadistes sur les terres de l’État islamique, 80 % des Français plébiscitent cette méthode expéditive. Malgré tout, la société française s’est montrée très résiliente après la salve d’attentats qu’elle a traversée en 2015-2016. (…) Aucune ratonnade ne s’est produite en représailles, pas même à Nice ou Magnanville, deux territoires marqués par une très forte ségrégation ethnoculturelle avec un vote FN qui peut varier du simple au triple d’un quartier à l’autre, à quelques centaines de mètres d’écart. Le contrepoids de cette bonne tenue du corps social français peut s’exprimer ainsi : « On ne se fait pas justice nous-mêmes, mais, comme le dit Max Weber, l’État a le monopole de la violence légitime, il faut donc que l’État soit intraitable et que sa main ne tremble pas. » C’est sans doute le message qu’avait compris Hollande au lendemain du 13 novembre 2015, quand il a proposé la déchéance de nationalité. Même Macron, très silencieux sur la question identitaire, a pris Le Drian dans ses bagages pour rassurer sur le plan sécuritaire. (…) Marine Le Pen a pâti des affaires judiciaires qui ont freiné sa dynamique et l’ont placée sur la défensive, mais aussi de ses hésitations sur la ligne idéologique. Son tropisme personnel lui fait manifestement approuver la ligne Philippot à travers l’accent mis sur le social et l’euro. Or l’essentiel des marges de progression du FN se trouve sur la droite. Le climat général a aussi pesé dans la balance. Alors qu’au moment des régionales de 2015 la question du terrorisme était première, loin devant les préoccupations économiques et sociales, à la présidentielle le chômage a légèrement pris le pas sur l’enjeu sécuritaire. Cela a notamment profité à Jean-Luc Mélenchon. Autre élément indépendant de la volonté de Marine Le Pen, l’offre électorale qu’elle avait en face d’elle. En l’occurrence, François Fillon qui a donné toute une série de gages sur le terrorisme, l’islam et l’immigration, avec son insistance sur les chrétiens d’Orient, qui signifiait en sous-texte le refus de la dhimmitude dans notre propre pays. (…) Au sein de l’électorat de Marine Le Pen, la part des pessimistes monte à 70 %, l’exact inverse des macroniens, à 70 % optimistes. Les cartes des votes Macron et Le Pen au premier tour sont le négatif l’une de l’autre au sens photographique du terme, et cela s’est accentué au second tour. On retrouve là le théorème autrichien.  (…) La présidentielle autrichienne ressemblait furieusement à la nôtre, avec un candidat d’extrême droite (qui a obtenu au premier et au second tour un score beaucoup plus élevé que Marine Le Pen) face à un candidat hors parti – soutenu par les écologistes mais qui débarquait de nulle part –, et les deux grands partis de gouvernement éliminés. On a également observé un clivage sociologique très marqué. Les catégories populaires ont massivement soutenu l’extrême droite, les cadres et les bobos votant pour le candidat écolo, et ce phénomène s’est amplifié au second tour. Les deux électorats éliminés (chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates) se sont fracturés sociologiquement et culturellement, si bien que les reports sur les deux finalistes se sont opérés sur cette ligne de partage des eaux. Chez nous, Marine Le Pen a rassemblé 40 % des ouvriers au premier tour et 60 % au second…  (…) À mon avis, il n’y aura pas de majorité claire. Emmanuel Macron n’a pas vraiment été élu sur son programme, et le front républicain a beaucoup joué dans sa large victoire. L’inconnue est d’autant plus grande que pour la première fois la loi sur le non-cumul va s’appliquer aux députés, libérant une grande partie des sièges du palais Bourbon. Dans ces conditions, combien y aura-t-il de triangulaires ? Cela pourrait donner un résultat très éclaté avec 150 à 200 députés En Marche !, flanqués de 20 bayrouistes, 20 vallsistes, 20 juppéistes entrant dans une majorité présidentielle face à une droite campant dans l’opposition, le FN à 20 ou 30 sièges, un PS très affaibli et La France insoumise en guerre contre le Parti communiste. Bref, retour vers la IVe République ! Jérome Fourquet
Il existe une différence importante entre le fait d’incarner arithmétiquement la première force d’opposition, ce qui est à ce stade le cas du FN, et incarner, aux yeux des électeurs, l’alternance la plus souhaitée. Sans une stratégie d’union des droites, dont la mise en œuvre ne dépend d’ailleurs pas que de lui, le FN est encore loin du pouvoir. Parce que le mode de scrutin législatif limite le nombre des sièges qu’il peut gagner à un seuil inférieur à son poids réel. Mais aussi parce que, face à une recomposition politique visant a dépasser le clivage droite-gauche, celui qui sera à la tête de l’opposition doit se situer résolument à droite, pas «ailleurs». La constitution d’un groupe parlementaire serait déjà une réussite. Ensuite, si c’est pour que ledit groupe se retrouve, comme en 1986-88, totalement isolé dans le travail parlementaire, cela limite forcément le résultat à une visibilité accrue et a la rétribution symbolique de ceux qui sont élus. À moins que certains élus Républicains acceptent de travailler avec les élus frontistes . C’est possible sur les enjeux identitaires, presque impossible sur la sortie de l’UE. [la «ligne Philippot» a gagné] À court terme, sans doute, puisque c’est celle des deux campagnes. Mais avec un coût, qui est de crédibilité (un débat télévise absolument manqué) et de contestation interne, avec la mise en retrait de Marion Maréchal-Le Pen. Car il ne fait aucun doute qu’elle n’est pas encore sortie du jeu. Elle a une ligne politique, une popularité et le temps devant elle. Nous pourrons mesurer en juin les effets électoraux de son départ dans la région qu’elle avait choisie, et plus tard si elle et ses proches ont l’intention de se préparer pour 2022 en créant une structure propre. Si c’est son choix au moins, elle n’aura pas dégainé la première, puisque Florian Philippot a lancé la sienne. Les changements de nom sont monnaie courante en politique! Ce qui compte, c’est la ligne idéologique, qui peut être soit nationale-républicaine avec l’entourage présent de Marine Le Pen, soit libérale-identitaire avec Marion Maréchal-Le Pen. Sur la base de ce qu’on voit ailleurs en Europe, en Autriche en particulier, c’est le second positionnement qui marche le mieux. Or le FPO n’a pas changé de nom. Son passé et celui de ses dirigeants sont assumés. Et les électeurs suivent. Laurent Wauquiez n’a pas lancé de signaux en direction de Marion Maréchal-Le Pen et (…) n’est pas celui qui tire la campagne des Républicains! La grande implosion de ceux-ci est l’espoir du FN. Il ne se réalise pas pour l’instant car les électeurs de droite croient dans leur majorité, que leur parti est réformable de l’intérieur. C’est bien pour cela que Fillon a gagné la primaire. Jean-Yves Camus
Depuis la parution des «Territoires perdus de la République», en 2002, la situation n’a fait que s’aggraver. Les émeutes de 2005 et 2007, le débat houleux sur l’identité nationale et la diversité au début du mandat de Nicolas Sarkozy, autant d’étapes témoignant d’une fébrilité sur les questions d’identité et de laïcité. Celles-ci sont restées en suspens depuis et n’ont jamais été réellement traitées par les gouvernements en place. Quand on se penche sur les polémiques plus récentes autour du port de la burqa ou du burkini, on mesure que les prémices mais aussi les mécanismes de ces « affaires » étaient déjà annoncés dans notre livre. (…) Il existe un climat de peur au sein de populations qui subissent ces pressions au quotidien, dans une grande solitude. Elles ont été abandonnées par les pouvoirs publics, notamment sur l’autel du clientélisme électoral. S’il concerne tous les partis, ce phénomène touche particulièrement les municipalités d’extrême gauche qui ont enfermé les membres de la communauté musulmane dans leur identité religieuse et les ont confiés à des associations communautaires dont certaines sont de type salafiste. Lors des émeutes de 2005, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, s’est attaché les services d’associations liées à l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) qui tapissaient les quartiers, la gratifiant ainsi d’une légitimité qu’elle n’avait pas : celle de représenter les musulmans de France. Nous en payons le prix aujourd’hui. Des mouvements laïcs se sont retrouvés entre deux feux, entre ceux qui essaient de faire advenir un projet politique religieux de manière habile et le chantage des pouvoirs publics qui invoquent la peur des émeutes. (…)  Nombre de fonctionnaires de police, de l’éducation nationale et des collectivités territoriales ont en effet peur d’être mal vus par leur hiérarchie. On leur demande d’acheter la paix sociale, d’éviter les violences. (…) L’antisémitisme est toujours le signal d’une démocratie en train de se perdre. Idem pour l’atteinte à la liberté des femmes. L’assassinat d’Ilan Halimi, en 2006, a marqué le basculement dans le passage à l’acte extrêmement violent de cet antisémitisme débridé que nous constations auprès d’une certaine population dans les quartiers dits sensibles. L’antisémitisme est devenu un code culturel généralisé en France. On parle des Juifs de manière décomplexée et agressive. Dans ces quartiers sensibles, l’activisme virulent du mouvement BDS conforte un grand nombre de jeunes ignares d’un point de vue historique et géopolitique dans leur antisémitisme et leur antisionisme qui n’en est que le faux nez. La parole des pouvoirs publics sur le devoir de mémoire est aujourd’hui inopérante face aux déversements de haine sur les réseaux sociaux, non pas de néo-nazis, mais de jeunes animés par une puissante haine antijuive, haine dont ils sont aussi les héritiers, le travail d’histoire dans le monde arabe sur ce que fut la condition juive avant la colonisation n’existe pas. Ces sociétés sont maintenues dans le culte victimaire et ici, en France, les Indigènes de la République en sont l’illustration. Si les Juifs quittent la France aujourd’hui, ce n’est pas à cause des vieillards de Rivarol. Barbara Lefebvre
La France qui gagne a gagné. (…) Dans ces conditions, tous ceux qui se pensaient déjà comme des perdants, qui n’adhèrent pas dans l’enthousiasme au grand vent du progressisme mondialisé, ont l’impression d’avoir perdu. Les détromper devrait être l’une des missions prioritaires du nouveau président. (…) Ce sont les gens oubliés ou craignant de l’être par la modernité économique et/ou culturelle, ceux qui redoutent que l’histoire s’écrive sans eux. «Des ploucs et des bourgeois», résume drôlement Finkielkraut. Vincent Tremolets de Villers a parlé du «parti de l’inquiétude». De Whirlpool à Versailles, de l’ouvrier licencié au catho déboussolé, de l’éleveur ruiné au diplômé précaire, beaucoup de Français sont en effet inquiets, parce qu’ils se méfient de l’Europe, qu’ils sont attachés à une certaine conception de l’identité française ou qu’ils ont peur de l’immigration de masse, mais aussi, pour une part, parce qu’ils vouent aux gémonies le grand capital. Quoi qu’il en soit, les raisons de leurs inquiétudes n’ont pas disparu par enchantement. Macron ne guérit pas les écrouelles et, au risque de casser l’ambiance, je ne crois pas que son élection suffira à guérir les fractures françaises. Alors espérons qu’il entende la demande de continuité historique de beaucoup de Français. (…) pour la première fois depuis le référendum sur le traité de Maastricht, un responsable a été élu en portant ouvertement, donc dans une forme presque chimiquement pure, un projet européen et libre-échangiste, ainsi que le progressisme culturel et sociétal bon teint qui va avec. Pour faire court, c’est la banque centrale européenne pour le «dur» – l’économie, la monnaie, les affaires -, et Terranova pour le supplément d’âme, c’est-à-dire, notamment les questions d’intégration et d’immigration. Or, cette politique, enrubannée dans le joli mot «ouverture», plait d’abord à tous ceux qui, protégés des tracas du vivre-ensemble au quotidien par d’invisibles frontières culturelles, bénéficient de la disparition des frontières économiques avec en plus, le luxe de sentir bons et d’aimer l’Autre. Ça ne fait pas d’eux des salauds, plutôt des chanceux. Avant d’être une réalité politique, le macronisme possède déjà une sociologie: relativement homogène dans ses intérêts et dans ses représentations, cette coalition des chanceux a tout d’une classe sociale. (…) à la différence de ses prédécesseurs qui devaient avancer masqués et feindre d’être, un peu souverainistes pour Chirac et Sarkozy, toujours croyants dans la vraie gauche pour Hollande et Mitterrand, Macron joue à visage découvert, ce qui lui confère une grande cohérence idéologique, sur laquelle il a commencé à construire une alliance politique, en rassemblant des européistes des deux bords. (…) Aujourd’hui, le président a toutes les cartes en main (ou il les aura sans doute à l’issue des législatives) pour mettre en œuvre sa politique. La contrepartie, c’est que, si elle échoue, on ne pourra plus nous dire qu’il faut encore plus d’Europe, plus de libre-échange et plus de multiculturalisme. (…) Le progressisme façon Macron, c’est une nouvelle ruse de l’Histoire pour nous faire croire à sa fin dans les heureuses épousailles de la démocratie et du marché. Faites couler l’argent, le reste suivra. Dans les faits, cela risque de ressembler à une liquidation de tout ce qui est un peu trop national sur les bords. Or, contrairement à ce qu’il a dit, qu’y a-t-il de plus national, dans le sens de «situé», «ancré», «hérité», que la culture? Certains de mes confrères s’émerveillent de ce que le Président fasse de nombreuses références à nos grands héros. Ce name-dropping historique ne me convainc guère après qu’il a choisi la culture en France contre la culture française, c’est-à-dire la géographie et le droit contre l’histoire, ce qui est ici et maintenant contre ce qui a été. Mais en plus de cela, on peut craindre que ce progressisme soit la poursuite du déni par d’autres moyens. (…) Il cache, en l’ignorant, la crise grave de l’intégration qui se traduit par la sécession mentale d’une partie de notre jeunesse, il cache l’avancée d’un islam radical et séparatiste qui prétend, là où il est en position de force, imposer sa loi aux corps et aux âmes de nos concitoyens de naissance ou de foi musulmane. Or, non seulement le nouveau président n’a, à aucun moment, semblé prendre la mesure de la gravité de la situation, mais il est allé câliner les enfants d’immigrés dans le sens du poil victimaire en allant, à Alger, expliquer que la colonisation tout entière était un crime contre l’Humanité – merci pour les pères blancs, les instituteurs et la mère d’Albert Camus. Benjamin Stora a expliqué dans Libération que la jeunesse des quartiers avait apprécié l’attention. Ce n’est pas tout. Quand Emmanuel Macron se rend à Sarcelles, il joue au foot, fait des selfies et nous sert un discours gentillet sur la richesse de nos banlieues, mais il se garde de toute allusion aux sujets qui fâchent – fondamentalisme, sexisme, antisémitisme…. Et contre le FN, il sort l’artillerie lourde de l’antinazisme et des heures les plus sombres. Seulement, les antisémites qui pourrissent la vie des juifs ne se trouvent pas au Front national, mais à Sarcelles (ce qui ne signifie nullement que tous les habitants de Sarcelles soient antisémites). Pour avoir parlé sans détours de cette montée, dans les quartiers, de la haine antijuive, Manuel Valls avait pratiquement été traité de raciste par une certaine Marlène Schiappa, la nouvelle ministre de l’égalité des sexes. Alors, ne menons pas de procès d’intention. Peut-être Emmanuel Macron va-t-il découvrir les territoires perdus et lancer le combat culturel qui présidera à leur reconquête. Ce vendredi, le Parisien évoquait le quartier de La Chapelle-Pajol à Paris, où les femmes sont empêchées de circuler sur la voie publique. Quand le choc des civilisations s’invite dans la capitale, on voudrait savoir ce que le chef de l’Etat compte faire pour y faire respecter la loi républicaine. (…) En attendant, permettez-moi de vous rappeler que, outre le karma que lui prêtent les journalistes, Emmanuel Macron a reçu le concours de forces plus terrestres: sans les affaires Fillon et sans le ravissement que sa candidature a suscitée dans nombre de grands médias, vous seriez peut-être en train de louer ma clairvoyance. Par ailleurs, une coalition disparate de refus ne fait pas un projet commun. Le président ne bénéficie peut-être pas de l’adhésion d’une majorité de Français, mais il représente assurément la minorité la plus importante. De plus, si la droite n’est pas aux manettes aujourd’hui, c’est parce que, au moment où le monde devait être repensé et de nouveaux clivages explorés, elle a renoncé à tout travail sur les idées, surfant d’une ligne à l’autre le nez sur les sondages sans jamais se demander s’il n’y avait pas une petite contradiction entre les causes qu’elle chérissait et les conséquences qu’elle abhorrait ou, pour le dire autrement, entre son moi libéral et son surmoi conservateur. Résultat, face au progressisme macronien, il n’existe pas aujourd’hui d’alternative (raisonnablement) conservatrice qui définirait par exemple un protectionnisme tempéré et l’usage raisonnable de frontières dont on ne voit pas pourquoi elles devraient être ouvertes ou fermées. Et l’alternative populiste, qu’elle soit de droite ou de gauche, a échoué à séduire suffisamment d’électeurs. (…) [Marine Le Pen] aurait dû être la porte-parole de l’inquiétude française ; en manquant à la courtoisie la plus élémentaire, elle l’a attisée. Pour autant, je n’ai aucune envie de participer à la curée avec tous mes confrères qui répètent avec gourmandise qu’elle a montré son vrai visage. Elle a lamentablement raté ce rendez-vous crucial et comme l’a noté Finkielkraut, ce n’est pas en faisant du Pétain, mais du Trump. J’ignore quelle sera la suite de sa carrière. Mais je me garderais d’affirmer que le visage pénible qu’elle a montré ce soir-là était le vrai. Elisabeth Lévy
C’est la « révolution » des dupes qui se profile : là où François Fillon voulait interdire les Frères musulmans, Macron évitera l’épreuve de force avec l’islam politique. Sa descente des Champs-Élysées en véhicule militaire tenait  du jeu de rôle. L’optimisme d’État  récuse l’offensive du totalitarisme  islamique, mise sur le compte de la crise  économique et de l’Occident  colonisateur. François Bayrou, ministre  de la Justice, appuie cet angélisme. Pour  Henri IV, Paris valait bien une messe.  Son biographe devenu macroniste  n’est pas loin de penser que la France  de demain vaudra bien quelques sourates. Michel Houellebecq a tout dit  dans  Soumission. Alors que les chrétiens  et les juifs ont eu à se soumettre aux  exigences brutales de l’État, nombreux  sont ceux qui plaident pour un régime  de faveur vis-à-vis de l’islam  conquérant. Cette capitulation, si elle  devait se confirmer, tirerait un trait sur  les territoires perdus de la République. Les Républicains qui appellent  la droite à  « répondre à la main tendue  par  Emmanuel Macron »  cautionnent  peu ou prou ce choix communautariste  d’une nation libanisée prête à acheter  la paix multiculturelle. Parmi eux :  Gérald Darmanin, devenu ministre,  Thierry Solère, Franck Riester, etc.,  dont on comprend mieux les réticences  qu’ils affichaient à soutenir Fillon dans  son désir de  « vaincre le totalitarisme  islamique ».  Néanmoins, Macron a le mérite,  en secouant le cocotier républicain,  d’obliger cette famille de façade  à en finir avec les faux-semblants.  Le courant juppéiste et centriste a toute  sa place dans le camp de Macron, qui  a renoncé à assimiler les minorités  culturelles. Les attentistes qui veulent  prolonger la cohabitation au cœur  de la droite plutôt que d’acter le divorce  rendent illusoire une opposition  structurée. Comment les responsables  qui, comme François Baroin, ont appelé  à voter pour Macron au deuxième tour  peuvent-ils espérer convaincre de voter  massivement pour les Républicains aux  législatives ? (…) La duperie (…) a aussi fait gober  la  « farce  antifasciste » , dont Alain  Finkielkraut craint, dans  Causeur,  que les juifs ne soient les dindons.  Le palestinisme a désormais ses entrées  en haut lieu. Richard Ferrand, ancien  secrétaire d’En marche ! devenu  ministre, a financé France Palestine  Solidarité en 2016. Marlène Schiappa,  secrétaire d’État, soutient la  « lutte  pour  la liberté du peuple palestinien ». (…) Le clivage élitaire et mondialiste qui s’opère derrière Macron, dans lequel  l’horizontalité de la société civile a vite laissé place à la verticalité du pouvoir,  est une aubaine pour la droite populaire  libérale et sociale. Qui saura la réunir ? Ivan Rioufol

Cherchez la femme !

A l’heure où après la farce démocratique et la comédie antifasciste que l’on sait …

Comme le déluge hagiographique qui a suivi …

Nos nouveaux dirigeants redécouvrent, entre sondages trumpiens et rappels à l’ordre européens,  la dure réalité qu’ils croyaient avoir quittée …

Et où, entre plan secret du refus éventuel du résultat des urnes, dénonciation des messes à la télévision ou imposition de la PMA pour tous, le nouveau pouvoir commence à montrer ses vraies couleurs

Pendant qu’à l’instar de la si discrète parité de la photo du nouveau gouvernement, les femmes se voient littéralement exclues de certains quartiers

Comment ne pas voir avec l’éditorialiste du Figaro Ivan Rioufol

Contre la « révolution » des dupes et la capitulation préventive en cours face  au totalitarisme islamique …

Et le fourvoiement gauchisant que l’on sait de la droite nationale-républicaine …

Pour commencer à réunir enfin …

Une droite populaire à la fois et authentiquement libérale et sociale …

L’option qui devrait logiquement s’imposer …

Bientôt débarrassée peut-être de son désormais encombrant héritage …

De la future ex-plus jeune députée de la Ve République ?

La Chapelle & Pajol : Les femmes, espèce en voie de disparition au coeur de Paris

Les femmes, une espèce en voie de disparition au coeur de Paris

ll y a les insultes, dans toutes les langues : “Salope, sale pute, je vais te baiser…”
ll y a les vols à la tire, les pickpockets, l’alcoolisme de rue, les crachats, les déchets partout, l’odeur entêtante d’urine.

Il y a les trafics qui s’enracinent: êtres humains, drogues, cigarettes, vente à la sauvette, ou encore faux documents. Les employés de ces trafics nous signifient chaque jour que nous sommes indésirables, nous et nos enfants.

Désormais la place de la Chapelle, la rue Pajol, la rue Philippe de Girard, la rue Marx Dormoy, la station de métro et le boulevard de la Chapelle sont abandonnés aux seuls hommes: plus une femme, dans les cafés comme la Royale ou le Cyclone. Pas un enfant dans le square Louise de Marillac. Certaines d’entre nous se terrent chez elles.

Cela doit cesser!

Nous demandons aux autorités, Mairie de Paris, Préfecture de Police, Procureur de la République, de faire enfin respecter lois et règlements, notamment dans les endroits où se fixent les trafiquants, de diligenter des enquêtes sur les filières, de renforcer le nombre et les moyens des policiers affectés à ce secteur
Les femmes de la Chapelle et leurs ami(e)s, compagnons, maris, pères, enfants et voisins des 10ème et 18ème arrondissements

Pétition soutenue par les Associations Demain La Chapelle et SOS La Chapelle

A l’attention de :

Monsieur Emmanuel Macron – Président de la République Française

Monsieur Edouard Philippe – Premier Ministre

Monsieur Gérard Collomb – Ministre de L’Intérieur

Monsieur François Bayrou – Garde des Sceaux Ministre de la Justice

Madame Marlène Schiappa –Secrétaire d’Etat à l’égalité entre les Femmes et les Hommes

Monsieur François Molins – Procureur de la République

Monsieur Michel Delpuech – préfet de police de Paris

Madame Anne Hidalgo – Maire de Paris

Monsieur Eric Lejoinde – Maire du 18ème arrondissement de Paris

Monsieur Rémi Féraud- Maire du 10ème arrondissement de Paris

Voir aussi:

Femmes chassées des rues dans le quartier Chapelle-Pajol : le cri d’alarme de Céline Pina

  • Céline Pina
  • Le Figaro
  • 19/05/2017

FIGAROVOX/ANALYSE – Alors que les lycées organisent une « journée de la jupe » pour dénoncer le sexisme, Céline Pina rappelle que dans certains quartiers de Paris, sortir de chez elle pour une femme est une provocation, et dénonce l’indifférence des élus.


Céline Pina est ancienne conseillère régionale d’Ile-de-France. Elle s’intéresse particulièrement aux questions touchant à la laïcité, à l’égalité, au droit des femmes, à la santé et aux finances sociales. Elle est l’auteur de Silence Coupable (éditions Kero).


Tandis que des syndicats lycéens essaient d’attirer l’attention sur le sexisme qui sévit maintenant dans les rapports entre filles et garçons dès le plus jeune âge en organisant ce vendredi 19 mai, une journée de la jupe, l’actualité nous a démontré hier à quel point l’initiative était nécessaire, tant les droits des femmes reculent pendant que les politiques continuent à détourner le regard. À tel point qu’aujourd’hui, dans certains endroits, sortir dans la rue quand on est une femme devient une prise de risque, une provocation et une mise en danger.

Et hélas, on ne parle pas ici de Raqqah, Ryad ou Kaboul, mais de Paris. Intra-muros. Dans un reportage publié dans Le Parisien du 18 mai, «Paris: les femmes chassées des rues dans le quartier Chapelle-Pajol», Cécile Beaulieu décrit le quotidien des habitantes du quartier, lesquelles ne peuvent plus se déplacer seules, ni porter jupes ou vêtements moulants sans se faire injurier voire agresser. La rue, les trottoirs, les cafés, les bars, les squares leur sont interdits, à tel point que quitter son appartement devient une transgression. Ce territoire est celui des hommes et ils font régner leur loi. Une situation qui tend à s’étendre dans les quartiers les plus populaires.

Mais pour choquant que soit pour nous ce contrôle social d’un autre âge, cette véritable oppression qui s’abat sur toutes les femmes dans un pays où l’égalité est inscrite au fronton des bâtiments publics, ce qui est encore plus déstabilisant ce sont les réactions, ou plutôt l’absence de réaction des élus.

Être une femme suffit à être en danger dans certains endroits et auprès de certaines populations, car il y a un point commun entre cette situation et celle qui a tant choqué en Allemagne le 31 décembre à Cologne. Des agressions sexuelles massives y avaient été commises et l’enquête avait révélé que celles-ci étaient le fait de réfugiés et de migrants économiques, venant du Maroc et d’Algérie et arrivés au cours de la même année. Que croyez-vous que l’on fit alors? Et bien au lieu de s’interroger sur ce qui pouvait pousser ces hommes à croire qu’ils avaient le droit de se comporter ainsi dans un pays qui les accueille, au lieu d’interroger les références culturelles qui permettent de considérer comme acceptable cette violence faite aux femmes, au lieu d’interroger les obligations qui devraient être liées à l’accueil, on fit le procès en racisme de tous ceux qui dénonçaient le soubassement culturel et cultuel, qui fait de la femme un être inférieur, propriété d’un homme ou de tous si elle a le culot de revendiquer sa liberté, phénomène que la misère sexuelle, que la montée du fondamentalisme religieux renforce et accentue dans les pays du proche et Moyen-Orient. Pour avoir évoqué cet aspect du problème, Kamel Daoud fut cloué au pilori.

À Cologne, la Maire conseilla aux femmes de se faire discrètes et de se tenir à l’écart des hommes. Comme si elles étaient en partie responsable des violences qu’elles subissaient. Et aujourd’hui, savez-vous ce que l’on répond, en France, à ces femmes qui, habitant la capitale de notre pays, ne jouissent déjà plus des droits que la loi est censée accorder à tous les citoyens? D’abord que porter plainte ne sert à rien. Donc, en France, on peut vous ôter la liberté de vous déplacer parce que vous êtes une femme dans la plus totale indifférence. Nul ne peut rien y faire, parce que les autorités publiques s’en moquent et que cette question est anecdotique pour le pouvoir. Voilà ce que signifie le «porter plainte ne sert à rien». On parle bien d’opérations de police à répétition dans l’article, plus de 110 depuis janvier mais elles n’ont aucun effet. Pourtant, si celles-ci se traduisaient plus souvent par des expulsions ou de véritables sanctions, nul doute qu’elles changeraient la donne. Mais si les interpellés en sont quittes pour revenir quelques heures ou jours après, cela devient un jeu qui signe plus l’impuissance des autorités que leur utilité et finit par valider ce qu’il est censé empêcher.

Il y a bien une élue citée dans le reportage, l’adjointe à l’égalité hommes-femmes de la mairie de XVIIIeme. Elle conseille d’organiser une marche exploratoire pour faire le repérage des lieux où les femmes sont indésirables et maltraitées. Il parait même que «leurs remarques seront examinées avec la plus grande attention». Je suis sûre que cette personne est consciente du caractère dérisoire de cette injonction qui invite ces femmes à se mettre en danger pour effectuer un tel relevé topographique et qu’elle a conscience que rien ne saurait moins incarner la loi et le devoir de protection qu’ont les élus envers leur population, qu’une telle attitude, mais elle n’a probablement rien d’autre à proposer. Le fait que les agresseurs de femmes appartiennent à une population pauvre et marginale, élevée au rang de victime absolue, fait que leur transformation en bourreau paralyse à la fois le discours politique et l’action publique. Ce sont alors les citoyens qui jouent le rôle de variable d’ajustement en voyant leurs droits abandonnés et leurs libertés non défendues. Cela plus qu’une dérive fasciste de la société explique l’explosion du vote FN.

Pendant ce temps, vendeurs à la sauvette, dealers, migrants et passeurs tiennent les rues et politiquement correct oblige, on oublie de dire que cette mentalité d’un autre âge, cet obscurantisme dont on constate chaque jour qu’il gagne du terrain, est lié à la volonté de ces hommes d’imposer leur mentalité patriarcale, leur vision étriquée des relations humaines et une conception des rapports sociaux et intimes inégalitaires et contraignants au pays qui les a accueilli. On évite de dire que ces tensions se réveillent aussi parce que ces populations sont la cible des fondamentalistes et des tenants de l’Islam politique qui chauffent à blanc les replis identitaires et font de la remise en cause des fondations mêmes des sociétés occidentales par la revendication identitaire et religieuse, le seul axe d’affirmation politique et sociale des communautés qu’ils influencent de plus en plus. Et s’ils se sentent autorisés à le faire, c’est aussi parce que nul ne se soucie, chez ceux qui nous représentent, ni d’expliquer les règles aux nouveaux arrivants, encore moins de les faire respecter. Ceux-ci alors essaient de recréer un environnement qui leur est familier et, marginalisés et sans grandes perspectives, ils se donnent un sentiment de virilité et de prise sur le monde en exerçant leur pouvoir sur les femmes. Ils sont encouragés dans ces attitudes par les prédicateurs bas de plafond dont ils sont la cible et qui ont table ouverte dans notre pays. Alors il ne s’agit pas ici de dire que tous les migrants sont ainsi, ce serait aussi injuste qu’insultant, mais de s’interroger sur notre réticence à défendre ce que nous sommes face à des comportements qui ne sont ni respectables ni tolérables et nous renvoient à un obscurantisme et à une violence intrinsèquement méprisable et face à laquelle nos autorités ne devraient pas être tétanisées.

L’air est connu: souvenez-vous du reportage d’Antenne 2 tourné à Sevran et à Villeurbanne où un homme chassait des femmes d’un café en leur expliquant: «Ici c’est pas Paris, c’est comme au bled».

Ce qui signifie, non seulement cette zone nous appartient et tu dois savoir rester à ta place, donc chez toi. Mais aussi que sur certains territoires, la France n’existe plus et ses lois ne s’appliquent pas. Ainsi, l’espace public n’est plus partagé, commun. Sur certains territoires, il est réservé à ceux qui ont une existence sociale, donc aux mâles, pas à celles qui leur appartiennent et n’existent que dans la sphère de l’intime. Pour avoir dénoncé ces phénomènes dont seuls ceux qui nous représentent semblent totalement inconscients, la journaliste de France 2 et Nadia Remadna de la brigade des mères, ont été violemment attaquées par le Bondy Blog et ceux qui ont relayé ce reportage ont été comme d’habitude accusés de mensonges, de racisme et d’appartenir à la fachosphère. Et ce quand bien même les témoignages de cette tentative d’imposer un apartheid sexuel en France se multiplient.

L’enjeu aujourd’hui est de faire vivre nos grands principes pour tout le monde, de faire en sorte que les libertés que la loi garantit ne dépendent pas de notre niveau culturel et social ou de notre lieu de vie. C’est cela le sens même de la politique: garantir les droits de tous ceux qui vivent sur son territoire. Et cela ne se fera pas sans fermeté, ni justice.

Aujourd’hui la protection de la loi n’est accordée qu’aux hyperinclus, à ceux qui ont les moyens financiers de choisir leur environnement. Pour beaucoup d’autres, c’est retour au moyen âge: il faut se soumettre à ses voisins et à l’homme de la rue car la protection de la loi ne peut plus s’incarner. Une des phrases que l’on entend le plus dans les zones sous influence des islamistes et des identitaires, c’est «chez nous, c’est comme ça» et ce «chez nous» n’évoquent pas la France, alors même que ceux qui tiennent ce discours sont Français, pas même forcément les règles du pays d’origine, mais ce mélange de tradition et de religion dont les islamistes entendent faire le fond d’écran des mentalités qu’ils façonnent. C’est ainsi que les passages à l’acte se multiplient, rite d’initiation du refus de la citoyenneté et de l’affirmation des valeurs patriarcales validées par les représentations religieuses, le tout sur fond d’impunité des agresseurs et de mise en accusation de ceux qui dénoncent l’abandon des autorités comme une faute politique majeure.

Et pendant ce temps, notre nouveau gouvernement prône la libéralité en matière de laïcité tout en promettant de lutter contre l’islamisme. Le problème c’est que l’on ne lutte pas contre qui veut vous détruire en renonçant à ses principes et à ses idéaux et qu’en ce domaine, la libéralité équivaut à livrer les plus faibles à leurs oppresseurs. Il serait dommage qu’à force d’aveuglement sur ces questions, la France devienne un pays qui ne garantit que les libertés de ceux qui ont les moyens de choisir leur voisinage et leur environnement.

Voir également:

Paris : des femmes victimes de harcèlement dans les rues du quartier Chapelle-Pajol
Cécile Beaulieu
Le Parisien
18 mai 2017

Des femmes de ce quartier de l’est de Paris se plaignent de ne pas pouvoir se déplacer sans essuyer des remarques et des insultes de la part des hommes. Ce sont plusieurs centaines de mètres carrés de bitume abandonnés aux seuls hommes, et où les femmes n’ont plus droit de cité. Cafés, bars et restaurants leur sont interdits. Comme les trottoirs, la station de métro et les squares. Depuis plus d’un an, le quartier Chapelle-Pajol, à Paris (Xe- XVIIIe), a totalement changé de physionomie : des groupes de dizaines d’hommes seuls, vendeurs à la sauvette, dealeurs, migrants et passeurs, tiennent les rues, harcelant les femmes.

REACTIONS

Révoltées, des habitantes du quartier ont décidé de lancer une vaste pétition pour dénoncer la situation. Et un quotidien de plus en plus oppressant. Celui des jeunes filles, qui ne peuvent plus sortir seules, porter une jupe ou un pantalon trop près du corps sans recevoir une bordée d’injures : l’une d’elles raconte avoir subi un jet de cigarette allumée dans les cheveux.

«Des réflexions incessantes»

«Nous avons toutes droit à un traitement insupportable», souligne Nathalie, 50 ans, qui revendique trente années dans le quartier, et un climat «inédit» ces derniers mois : «Ce sont des injures, des réflexions incessantes. L’ambiance est angoissante, au point de devoir modifier notre itinéraire, notre tenue vestimentaire. Certaines ont même renoncé à sortir de chez elles». A l’image de cette vieille dame de 80 ans, agressée sexuellement alors qu’elle rentrait dans son immeuble, et désormais retranchée dans son appartement.

«Un repaire masculin»

Aurélie, une jeune femme de 38 ans, avoue ne pas reconnaître le quartier où elle vit depuis 15 ans, rue Perdonnet (Xe) : «Le simple fait de circuler est devenu problématique. Le café, en bas de chez moi, un bistrot autrefois sympa, s’est transformé en repaire exclusivement masculin et en permanence bondé : j’ai droit à mon lot de remarques lorsque je passe devant, d’autant plus qu’ils boivent énormément : il y a quelques jours, le simple fait de me mettre à ma fenêtre a déclenché un flot d’injures, et j’ai dû m’enfermer dans mon appartement. Il y a quelque temps encore, j’empruntais le boulevard de la Chapelle depuis Stalingrad, même tard le soir… C’est impensable aujourd’hui».

Le métro Chapelle, Laure l’évite soigneusement. Comme la place du même nom : «Ces dernières semaines, j’ai été prise au milieu d’une bagarre de vendeurs à la sauvette. Affolée, je me suis mise à crier, et deux d’entre eux ont sorti des couteaux pour me menacer. J’ai cru que ma dernière heure était arrivée. Et ça fait des mois que ma fille de 12 ans ne va plus seule au collège, ni nulle part dans le quartier, d’ailleurs».

Porter plainte aurait peu d’effet
Comment lutter contre le phénomène ? Les femmes de La Chapelle le savent : porter plainte aurait peu d’effets. Alors, d’un commun accord, et sur les conseils de Nadine Mezence, adjointe à l’égalité hommes-femmes du maire (PS) du XVIIIe, elles ont décidé d’organiser prochainement une marche exploratoire. Ensemble, elles parcourront tous les lieux du quartier où elles sont indésirables. Puis, rendront compte, aux pouvoirs publics de leurs observations… En espérant être entendues. A la mairie d’arrondissement, on assure que leurs remarques seront examinées avec la plus grande attention.

110 opérations de police depuis le mois de janvier
La question du harcèlement des femmes, et notamment celle de la présence de dizaines de migrants rue Pajol, sera évoquée ce lundi en conseil d’arrondissement par l’élu (LR), Pierre Liscia. Tandis qu’au cabinet du maire (PS) du XVIIIe, Eric Lejoindre, on reconnaît la complexité de la situation : «Les femmes ont un sentiment de vulnérabilité devant cette violence, souvent associée à l’alcoolisation, mais la réponse publique est essentiellement policière».

Précisément, depuis lancement du dispositif «Barbès respire», au mois de janvier, par le préfet de police avec déploiement de renforts sur le secteur, 110 opérations ont donné lieu à plus de 19 000 évictions de vendeurs à la sauvette et 884 personnes ont été arrêtées. Mais les habitantes, elles, veulent des opérations de plus vaste ampleur pour retrouver leur sérénité perdue…
Les femmes, une espèce en voie de disparition au cœur de Paris «Désormais, notre quartier est abandonné aux seuls hommes : plus une femme dans les cafés. Pas un enfant dans le square Louise-de-Marillac. Certaines d’entre nous se terrent chez elles».

Les habitantes de la Chapelle-Pajol viennent de rédiger une pétition, intitulée «Les femmes, une espèce en voie de disparition au cœur de Paris», qu’elles espèrent voir parapher par de nombreux soutiens et victimes avant de l’envoyer à la mairie, à la préfecture de police et au procureur de la République. Leur demandant de «faire enfin respecter lois et règlement dans les endroits où se fixent les trafiquants, de diligenter des enquêtes sur les filières et de renforcer le nombre de moyens policiers affectés au secteur».

«Il y a les insultes dans toutes les langues, les vols, l’alcoolisme de rue. Les trafics qui s’enracinent, et les employés de ces trafics, qui nous signifient chaque jour que nous sommes indésirables, nous et nos enfants. Cela doit cesser.»

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«Macron, ou la “révolution” des dupes»
Ivan Rioufol
Le Figaro
18/05/2017

CHRONIQUE – Le courant juppéiste et centriste a toute sa place dans le camp Macron, qui a renoncé à assimiler les minorités culturelles.

Le savoir: Édouard Phillippe, choisi lundi par Emmanuel Macron comme premier ministre, pratique la laïcité flexible. Maire (LR) du Havre, il avait en 2012 fait jeter 8500 desserts destinés aux cantines parce qu’ils contenaient de la gélatine de porc. Plutôt que de s’en tenir à la neutralité républicaine, l’élu s’était soumis à l’interdit alimentaire de la charia (loi islamique). L’anecdote est à retenir: elle laisse craindre d’autres détournements de la laïcité, un des piliers de la civilisation française. Macron, élu par beaucoup pour faire échec au «fascisme» de Marine Le Pen, a promis une «bienveillance exigeante» avec l’idéologie islamique. Ce choix de l’apaisement guide, mezzo voce, la recomposition politique en cours. Philippe, proche d’Alain Juppé, partage avec lui la mondialisation heureuse, l’accommodement raisonnable, la discrimination positive. Le chef de l’État est sur cette même vision « inclusive ». « Je veux accompagner les mutations », a-t-il dit dimanche lors de sa prise de fonctions. Son gouvernement libéral mondialiste accélérera la cadence.

La marginalisation de Manuels Valls, qui voit la laïcité comme rempart à l’islamisme, confirme la stratégie arrangeante du macronisme. La République en marche a refusé son investiture à l’ancien premier ministre socialiste, qui n’aura néanmoins pas de concurrent face à lui. Commentaire de Valls (dans le JDD) : « Macron est méchant (…), il n’a pas de codes, donc pas de limites (…). Autant sur les questions économiques et sociales il n’y a pas de différence entre Macron et moi, autant sur l’identité on a un vrai désaccord. » Malek Boutih (PS), remarqué pour ses alertes contre l’emprise des prêcheurs de haine dans les cités, s’est pareillement vu écarter du parti gouvernemental, qui présentera un candidat face à lui. Durant sa campagne, Macron s’était gardé de désavouer le soutien de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), classée parmi les organisations terroristes par les Émirats arabes unis.

C’est la « révolution » des dupes qui se profile : là où François Fillon voulait interdire les Frères musulmans, Macron évitera l’épreuve de force avec l’islam politique. Sa descente des Champs-Élysées en véhicule militaire tenait  du jeu de rôle. L’optimisme d’État  récuse l’offensive du totalitarisme  islamique, mise sur le compte de la crise  économique et de l’Occident  colonisateur. François Bayrou, ministre  de la Justice, appuie cet angélisme. Pour  Henri IV, Paris valait bien une messe.  Son biographe devenu macroniste  n’est pas loin de penser que la France  de demain vaudra bien quelques sourates. Michel Houellebecq a tout dit  dans  Soumission . Alors que les chrétiens  et les juifs ont eu à se soumettre aux  exigences brutales de l’État, nombreux  sont ceux qui plaident pour un régime  de faveur vis-à-vis de l’islam  conquérant. Cette capitulation, si elle  devait se confirmer, tirerait un trait sur  les territoires perdus de la République.

Les Républicains qui appellent  la droite à  « répondre à la main tendue  par  Emmanuel Macron »  cautionnent  peu ou prou ce choix communautariste  d’une nation libanisée prête à acheter  la paix multiculturelle. Parmi eux :  Gérald Darmanin, devenu ministre,  Thierry Solère, Franck Riester, etc.,  dont on comprend mieux les réticences  qu’ils affichaient à soutenir Fillon dans  son désir de  « vaincre le totalitarisme  islamique » .

Néanmoins, Macron a le mérite,  en secouant le cocotier républicain,  d’obliger cette famille de façade  à en finir avec les faux-semblants.  Le courant juppéiste et centriste a toute  sa place dans le camp de Macron, qui  a renoncé à assimiler les minorités  culturelles. Les attentistes qui veulent  prolonger la cohabitation au cœur  de la droite plutôt que d’acter le divorce  rendent illusoire une opposition  structurée. Comment les responsables  qui, comme François Baroin, ont appelé  à voter pour Macron au deuxième tour  peuvent-ils espérer convaincre de voter  massivement pour les Républicains aux  législatives ?

L’artifice de la théâtrocratie La théâtrocratie que privilégie le chef de l’État, maître des horloges et de ses  gestes, lui permet de demeurer dans  l’ambiguïté. C’est ainsi que la question  identitaire n’arrive pas à être abordée  de face. Les courtisans rappellent  l’homme de lettres et de culture qu’il  est. Son premier ministre ne raffole-t-il  pas de la série des  Trois Mousquetaires ,  qu’il dit relire tous les dix ans ? D’autres  thuriféraires croient reconnaître la  silhouette du premier consul dans son  « regard au profil d’aigle » . N’y a-t-il pas aussi, tant qu’on y est, un Bonaparte  dans cette manière qu’à Macron de  prendre l’oreille de ses grognards ?  Dimanche, Gérard Collomb (devenu  ministre de l’Intérieur) avait les larmes  aux yeux, tandis que le chef passait ses  briscards en revue en leur caressant  nuque et joue. Pour le téléspectateur  distrait, ces scénographies sur la  continuité historique font leur effet.  Il n’empêche : la vigilance devra être  de tous les instants, tant est grande  la tentation du président de voir dans  les  « quartiers  populaires »  l’unique  expression du peuple français et de son  destin. Dimanche, il a d’ailleurs boudé  la grande parade parisienne.

Là aussi est la duperie : dans l’artifice qui s’attache au macroniste quand il  parle de  « clarté » . Elle a aussi fait gober  la  « farce  antifasciste » , dont Alain  Finkielkraut craint, dans  Causeur ,  que les juifs ne soient les dindons.  Le palestinisme a désormais ses entrées  en haut lieu. Richard Ferrand, ancien  secrétaire d’En marche ! devenu  ministre, a financé France Palestine  Solidarité en 2016. Marlène Schiappa,  secrétaire d’État, soutient la  « lutte  pour  la liberté du peuple palestinien » . Quant  à l’exigence de transparence et  de moralité qui ouvre ce quinquennat,  elle pèche aussi par ses exceptions.  Vouloir éviter les conflits d’intérêts en  exigeant des politiques qu’ils dévoilent  leurs éventuelles relations d’affaires est  une bonne chose. Cependant, le chef de  l’État ne dit rien de son réseau d’amis  banquiers, responsables du CAC 40,  créateurs de start-up, hommes  d’influence qui ont financé sa campagne  jusqu’à 15 millions d’euros  (voir mon  blog) . Par qui Macron a-t-il été soutenu  et pour quel objectif ? Question sans  intérêt probablement.

Clivage élitaire-populaire Le clivage élitaire et mondialiste qui s’opère derrière Macron, dans lequel  l’horizontalité de la société civile a vite  laissé place à la verticalité du pouvoir,  est une aubaine pour la droite populaire  libérale et sociale. Qui saura la réunir ?

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Polémique autour du retrait des grilles supposées empêcher l’installation de migrants
Alicia.Paule
Le Figaro
07/04/2017

REPORTAGE – La mairie de Paris va enlever en juin les grillages installés depuis plusieurs mois le long de la voie du métro entre Stalingrad et la Chapelle. Cette décision suscite l’inquiétude parmi les riverains qui craignent l’installation de nouveaux campements sauvages.

«Oppressantes», «dérangeantes», «hideuses»… Les grilles métalliques, successivement érigées le long de la voie de métro entre Stalingrad et la Chapelle, ne feront bientôt plus partie du paysage urbain. La mairie de Paris, à la demande de plusieurs élus écologistes, a annoncé leur retrait avant cet été. «Le quartier ressemble à une prison et la circulation des piétons dans le quartier est entravée. Il était urgent de rendre les espaces publics de nouveau accessibles aux habitants des quartiers Nord-est de Paris», explique Anne Souyris, co-présidente du groupe écologiste de Paris.

Une initiative saluée par plusieurs associations humanitaires dont le collectif Solidarité Migrants Wilson. «Ces grilles sont une honte! Elles ont été mises en place dans le seul but d’empêcher les migrants de s’installer. Les rues de Paris sont à tout le monde. C’est une première bataille de gagner», confie au Figaro une militante.

Parmi les riverains du XIXème arrondissement de Paris, confrontés depuis plusieurs mois à l’arrivée massive de migrants dans leur arrondissement, la décision ne fait pas l’unanimité et suscite de nombreuses inquiétudes. «Elles sont indispensables! Si la mairie les enlève, les campements sauvages vont revenir et ça, ce n’est vraiment pas possible», s’insurge Didier, patron d’un bistrot situé près de la place de Stalingrad, qui a vu son chiffre d’affaires chuté de 12%.

«La mairie peut enlever les grilles, cela ne changera rien au problème. Les migrants reviendront se poser là. Je n’ai rien contre eux. Mais il faut être honnête depuis qu’ils se sont installés dans le coin, c’est devenu l’enfer pour nous. On a dû fermer plusieurs fois la pharmacie après que des bagarres ont éclaté entre eux et les forces de police», confie Myriam, qui travaille à la pharmacie située à l’angle de la rue d’Aubervilliers.

Colère partagée par Marie-Christine, qui habite sur l’avenue de Flandre (XIXe). «Trop, c’est trop. Ce cirque dure depuis deux ans. Je ne reconnais plus mon quartier. Il est devenu une “zone interdite”. À partir de 18 heures, je n’ose même plus sortir dans la rue avec mon mari. On ne se sent pas en sécurité. Les tentes sont parties mais les migrants et les trafiquants campent encore les trottoirs jour et nuit. Mieux vaut être encerclé par des grillages et des blocs de pierre que de revivre à proximité d’un bidonville», affirme la retraitée de 78 ans, membre de l’association Demain la Chapelle.

Élisa, étudiante qui loue une chambre depuis plus d’un an près du métro Stalingrad, estime quant à elle «avoir honte» de vivre dans ce quartier. «Je n’ai pas le choix, je n’ai pas les moyens financiers de me loger ailleurs. Je pensais qu’avec l’évacuation du camp en novembre dernier, la situation s’arrangerait. Mais ce n’est pas le cas. Le quartier est devenu une poubelle géante», confie la jeune fille de 19 ans. Le long des grilles, des débris de verre, des sacs plastique, des restes de nourritures jonchent les trottoirs.

Deux centres d’accueil ouverts

«Les squares et les espaces de jeux ont quasiment tous été fermés pour virer les rats, qui se sont multipliés. Sans parler de l’odeur d’urine qui flotte constamment dans l’air. C’est vraiment invivable», déplore une mère de famille. Pour elle, cette situation n’est pas la faute des migrants mais bien celle des politiques qui ne font rien pour les aider. «Ces gens ne devraient pas dormir dans la rue. C’est inhumain. J’ai vu qu’il y avait des enfants. Cela m’a brisé le cœur. Ils méritent d’être traités avec un peu plus de dignité», ajoute-t-elle.

Depuis le démantèlement de la «Jungle» de Calais en octobre 2016, la capitale a vu l’arrivée de plusieurs milliers de migrants. Ils sont originaires d’Afghanistan, de Syrie, d’Érythrée ou encore du Soudan. Les exilés ont établi des campements sur les trottoirs et sous les ponts de Paris. Leur point de chute: au carrefour du Xe, VIIIe et XIXe arrondissement, où se situe l’association France terre d’asile. Des installations précaires qui sont quotidiennement évacuées par les forces de police.

Face à cette crise, la mairie de Paris a ouvert depuis novembre deux centres d’accueil: l’un situé à Porte de la Chapelle, l’autre à Ivry-sur-Seine. Tout deux déjà dépassé par l’afflux des réfugiés. Amahr, un Syrien de 19 ans qui est arrivé en France il y a six mois, fait la queue tous les jours pour tenter d’avoir un hébergement pour lui et son jeune frère. «Je dors dans une tente juste à côté du centre d’accueil. Chaque jour, j’y vais pour obtenir une place pour mon frère, il n’a que dix ans à peine. Moi, je peux rester dehors, mais pour lui c’est dur», confie-t-il dans un français approximatif lors d’un repas solidaire organisé jeudi par l’association Positive Planet. Aujourd’hui, près de «8000 migrants sont actuellement hébergés en Ile-de-France, dont 90 % relèvent de la demande d’asile», selon les estimations de la préfecture de Paris.

Mais la mesure est jugée «bien trop insuffisante» pour Pierre Henry, directeur général de l’association France terre d’asile. «La situation ne s’arrangera pas tant qu’il n’y aura pas une politique publique adaptée. Il est nécessaire de créer des centres pour migrants plus grands et surtout répartis à travers la France».

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Elisabeth Lévy : «Emmanuel Macron est un adversaire que j’aime déjà combattre»

  • Alexandre Devecchio
  • le Figaro
  • 20/05/2017

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – A l’occasion de la sortie du dernier numéro de la revue Causeur, Elisabeth Lévy revient pour FigaroVox sur le sacre d’Emmanuel Macron. Son analyse est caustique et sans concession.


Élisabeth Lévy est journaliste et directrice de la rédaction de Causeur. Son dernier numéro consacre un dossier à l’élection d’ Emmanuel Macron


Emmanuel Macron est donc le huitième président de la Ve République. Sa victoire n’est-elle pas un peu votre échec?

En tout cas, la France qui gagne a gagné. Le système est mort, vive le système!, pourrait-on ajouter. En effet, nous n’assistons pas à une révolution, plutôt à un changement de dynastie. Le président de la République incarne, avec talent, et surtout avec clarté, ce qu’on a appelé la «pensée unique», et le «cercle de la Raison», expression inventée je crois par Alain Minc. Il ne prétend pas renverser la table, en l’occurrence la technostructure – économique, administrative, culturelle – qui, derrière les élus, participe à la conduite de la société, il veut la sauver en lui donnant de nouveaux visages. Dans ces conditions, tous ceux qui se pensaient déjà comme des perdants, qui n’adhèrent pas dans l’enthousiasme au grand vent du progressisme mondialisé, ont l’impression d’avoir perdu. Les détromper devrait être l’une des missions prioritaires du nouveau président.

Qu’entendez-vous par «perdants», les pauvres, les chômeurs? Et que devrait faire le Président pour les rassurer?

Ce sont les gens oubliés ou craignant de l’être par la modernité économique et/ou culturelle, ceux qui redoutent que l’histoire s’écrive sans eux. «Des ploucs et des bourgeois», résume drôlement Finkielkraut. Vincent Tremolets de Villers a parlé du «parti de l’inquiétude». De Whirlpool à Versailles, de l’ouvrier licencié au catho déboussolé, de l’éleveur ruiné au diplômé précaire, beaucoup de Français sont en effet inquiets, parce qu’ils se méfient de l’Europe, qu’ils sont attachés à une certaine conception de l’identité française ou qu’ils ont peur de l’immigration de masse, mais aussi, pour une part, parce qu’ils vouent aux gémonies le grand capital. Quoi qu’il en soit, les raisons de leurs inquiétudes n’ont pas disparu par enchantement. Macron ne guérit pas les écrouelles et, au risque de casser l’ambiance, je ne crois pas que son élection suffira à guérir les fractures françaises. Alors espérons qu’il entende la demande de continuité historique de beaucoup de Français.

La France qui gagne, la France qui perd: n’est-ce pas un peu caricatural?

Peut-être, mais pas plus que le score réalisé par Macron à Paris: 90 %! Cependant, rassurez-vous, la frontière entre les deux France n’est pas étanche: même à Causeur, où règne cette aimable pagaille idéologique que l’on appelle pluralisme, il y a quelques macronistes du premier tour et de la première heure (j’espère qu’on s’en rappellera quand nous serons jugés pour dissidence). Ils ont essuyé force blagues pendant nos réunions de rédaction et maintenant, ils se paient notre tête. Ce sont les amusements de la démocratie. Plus sérieusement, pour la première fois depuis le référendum sur le traité de Maastricht, un responsable a été élu en portant ouvertement, donc dans une forme presque chimiquement pure, un projet européen et libre-échangiste, ainsi que le progressisme culturel et sociétal bon teint qui va avec. Pour faire court, c’est la banque centrale européenne pour le «dur» – l’économie, la monnaie, les affaires -, et Terranova pour le supplément d’âme, c’est-à-dire, notamment les questions d’intégration et d’immigration. Or, cette politique, enrubannée dans le joli mot «ouverture», plait d’abord à tous ceux qui, protégés des tracas du vivre-ensemble au quotidien par d’invisibles frontières culturelles, bénéficient de la disparition des frontières économiques avec en plus, le luxe de sentir bons et d’aimer l’Autre. Ça ne fait pas d’eux des salauds, plutôt des chanceux. Avant d’être une réalité politique, le macronisme possède déjà une sociologie: relativement homogène dans ses intérêts et dans ses représentations, cette coalition des chanceux a tout d’une classe sociale.

En attendant, il n’y a rien de très nouveau dans l’incantation européenne.

Sauf que, à la différence de ses prédécesseurs qui devaient avancer masqués et feindre d’être, un peu souverainistes pour Chirac et Sarkozy, toujours croyants dans la vraie gauche pour Hollande et Mitterrand, Macron joue à visage découvert, ce qui lui confère une grande cohérence idéologique, sur laquelle il a commencé à construire une alliance politique, en rassemblant des européistes des deux bords. Le mois dernier, l’excellent Basile de Koch écrivait ceci dans Causeur: «Non seulement il n’y a qu’une politique possible, mais personne n’a jamais réussi à l’appliquer.» Aujourd’hui, le président a toutes les cartes en main (ou il les aura sans doute à l’issue des législatives) pour mettre en œuvre sa politique. La contrepartie, c’est que, si elle échoue, on ne pourra plus nous dire qu’il faut encore plus d’Europe, plus de libre-échange et plus de multiculturalisme.

Au-delà de la synthèse libérale-libertaire réalisé depuis longtemps par des rebelles devenus publicitaires, comment définiriez-vous le progressisme de Macron?

En partie comme une façon de feindre d’organiser les mystères qui nous dépassent, c’est-à-dire d’adhérer au changement qui survient et que l’on tient pour inéluctable. Le progressisme façon Macron, c’est une nouvelle ruse de l’Histoire pour nous faire croire à sa fin dans les heureuses épousailles de la démocratie et du marché. Faites couler l’argent, le reste suivra. Dans les faits, cela risque de ressembler à une liquidation de tout ce qui est un peu trop national sur les bords. Or, contrairement à ce qu’il a dit, qu’y a-t-il de plus national, dans le sens de «situé», «ancré», «hérité», que la culture? Certains de mes confrères s’émerveillent de ce que le Président fasse de nombreuses références à nos grands héros. Ce name-dropping historique ne me convainc guère après qu’il a choisi la culture en France contre la culture française, c’est-à-dire la géographie et le droit contre l’histoire, ce qui est ici et maintenant contre ce qui a été. Mais en plus de cela, on peut craindre que ce progressisme soit la poursuite du déni par d’autres moyens.

Que voulez-vous dire? Que cacherait ce déni?

Il cache, en l’ignorant, la crise grave de l’intégration qui se traduit par la sécession mentale d’une partie de notre jeunesse, il cache l’avancée d’un islam radical et séparatiste qui prétend, là où il est en position de force, imposer sa loi aux corps et aux âmes de nos concitoyens de naissance ou de foi musulmane. Or, non seulement le nouveau président n’a, à aucun moment, semblé prendre la mesure de la gravité de la situation, mais il est allé câliner les enfants d’immigrés dans le sens du poil victimaire en allant, à Alger, expliquer que la colonisation tout entière était un crime contre l’Humanité – merci pour les pères blancs, les instituteurs et la mère d’Albert Camus. Benjamin Stora a expliqué dans Libération que la jeunesse des quartiers avait apprécié l’attention. Ce n’est pas tout. Quand Emmanuel Macron se rend à Sarcelles, il joue au foot, fait des selfies et nous sert un discours gentillet sur la richesse de nos banlieues, mais il se garde de toute allusion aux sujets qui fâchent – fondamentalisme, sexisme, antisémitisme…. Et contre le FN, il sort l’artillerie lourde de l’antinazisme et des heures les plus sombres. Seulement, les antisémites qui pourrissent la vie des juifs ne se trouvent pas au Front national, mais à Sarcelles (ce qui ne signifie nullement que tous les habitants de Sarcelles soient antisémites). Pour avoir parlé sans détours de cette montée, dans les quartiers, de la haine antijuive, Manuel Valls avait pratiquement été traité de raciste par une certaine Marlène Schiappa, la nouvelle ministre de l’égalité des sexes. Alors, ne menons pas de procès d’intention. Peut-être Emmanuel Macron va-t-il découvrir les territoires perdus et lancer le combat culturel qui présidera à leur reconquête. Ce vendredi, le Parisien évoquait le quartier de La Chapelle-Pajol à Paris, où les femmes sont empêchées de circuler sur la voie publique. Quand le choc des civilisations s’invite dans la capitale, on voudrait savoir ce que le chef de l’Etat compte faire pour y faire respecter la loi républicaine.

En attendant, il a gagné. Votre diagnostic sur la société française n’était-il pas complètement à côté de la plaque?

Voulez-vous dire, comme Zemmour l’a lancé à Finkielkraut l’autre soir, que nous sommes devenus désuets, ringards, et que la France, revigorée par un grand bol d’optimisme macronien, n’a que faire des attachements dont nous nous encombrons? Ringard vous-même! On verra si Macron est un antidote à la dépression identitaire. En attendant, permettez-moi de vous rappeler que, outre le karma que lui prêtent les journalistes, Emmanuel Macron a reçu le concours de forces plus terrestres: sans les affaires Fillon et sans le ravissement que sa candidature a suscitée dans nombre de grands médias, vous seriez peut-être en train de louer ma clairvoyance. Par ailleurs, une coalition disparate de refus ne fait pas un projet commun. Le président ne bénéficie peut-être pas de l’adhésion d’une majorité de Français, mais il représente assurément la minorité la plus importante. De plus, si la droite n’est pas aux manettes aujourd’hui, c’est parce que, au moment où le monde devait être repensé et de nouveaux clivages explorés, elle a renoncé à tout travail sur les idées, surfant d’une ligne à l’autre le nez sur les sondages sans jamais se demander s’il n’y avait pas une petite contradiction entre les causes qu’elle chérissait et les conséquences qu’elle abhorrait ou, pour le dire autrement, entre son moi libéral et son surmoi conservateur. Résultat, face au progressisme macronien, il n’existe pas aujourd’hui d’alternative (raisonnablement) conservatrice qui définirait par exemple un protectionnisme tempéré et l’usage raisonnable de frontières dont on ne voit pas pourquoi elles devraient être ouvertes ou fermées. Et l’alternative populiste, qu’elle soit de droite ou de gauche, a échoué à séduire suffisamment d’électeurs.

Les questions identitaires ont été très peu abordées durant cette campagne. Est-ce seulement la faute des journalistes ou intéressent-elles finalement moins les Français que les questions économiques et sociales?

Il est difficile de répondre à cette question de poule et d’œuf mais le résultat est là. J’ai été atterrée par la focalisation de la campagne, en particulier des débats télévisés, sur les questions économiques ou plutôt micro-économiques, comme si on votait en fonction de ses seuls intérêts matériels: combien d’impôts, quelle retraite, quelles charges? Il est normal de se soucier de son niveau de vie et de celui de sa famille, mais la contribution de nos générations à l’histoire humaine sera-t-elle d’avoir inventé un homme qui se nourrisse exclusivement de pain? Que l’économie, c’est-à-dire l’organisation de la production, des échanges et de la redistribution, qui modèle l’ensemble de la société, soit au cœur de l’action publique, c’est légitime. Qu’elle en soit l’unique finalité, le seul critère, est un brin déprimant car cela entretient le feu croisé des ressentiments, chacun étant sans cesse invité à compter ce qu’il n’a pas, donc à recenser ce que son pays devrait faire pour lui. François Hollande a installé comme une évidence l’idée que sa réussite se mesurerait exclusivement à l’inversion de la courbe du chômage. Si, pour vaincre le chômage, la France devait devenir une petite province du marché mondial, parlerait-on de réussite? Pardon de sortir les grands mots, mais l’avenir de notre civilisation ne pourrait-il pas être l’un des horizons de la politique? L’élection présidentielle n’est pas l’entretien d’embauche d’un chef de service.

Emmanuel Macron a plutôt réussi ses premiers pas. Le soir de sa victoire, il a su s’adresser aux perdants de la mondialisation qui n’avaient pas voté pour lui. Lors de la passation de pouvoir, il a également fait preuve d’une verticalité qu’on ne lui connaissait pas. Pourriez-vous être séduite? Et si vous vous étiez trompée sur son compte …

Je serais enchantée d’être déçue en bien, comme on dit en Suisse. Et je ne l’exclus pas. Il faut peut-être rappeler que l’opposition n’a nullement besoin de détestation. Durant l’entre-deux tours, on a assisté à un déferlement de haines concurrentes: des «fachos» – ça c’est un devoir citoyen -, des ni-nistes, traqués comme traîtres à la sainte cause. Emmanuel Macron en a eu plus que sa part, que l’on songe à la tribune dans laquelle François Ruffin, auteur de Merci Patron et héros de la France insoumise, répète avec délectation: «Vous êtes haï, vous êtes haï, vous êtes haï». Et pourquoi tant de haine? Parce que le chef de l’Etat a été banquier, un crime intolérable, et qu’il est «riche» – ce qui est assez relatif et parfaitement autorisé. Au-delà même de son projet, on peut trouver son côté premier de la classe – ou gendre idéal – agaçant et ses tics de langage insupportables. La haine, je n’achète pas.

Mais vous me demandez si je pourrais être séduite. On verra: on ne m’a pas si facilement, avec quelques jolies phrases! Je ne me lasse pas du spectacle de tous ces routiers du pouvoir s’extasiant et s’attendrissant sur la jeunesse et sur les innombrables qualités du jeune prince. Certes, cette jeunesse lui permet d’apprendre vite. De fait, il n’a pas répété au soir du 7 mai les erreurs qu’il avait commises le 23 avril. Et comme la verticalité est largement affaire de rituels, je vous accorde qu’il se verticalise, même si, comme l’observe Régis Debray, en même temps, il s’américanise. Cependant, nous n’allons pas passer le quinquennat à commenter les symboles du Président d’autant plus que, sur ce terrain là, le syndrome «en même temps» joue à plein, il suffit de gratifier chaque groupe de sa petite dose. Allez, je vous fais un aveu. Après François Hollande qui gouvernait sous la surveillance du Monde, que Macron tienne la dragée haute aux journalistes m’amuse beaucoup. Les sociétés de rédacteurs s’étranglent de rage parce que l’Elysée prétend, semble-t-il, choisir des interlocuteurs compétents, ce qui est assez outrecuidant, et, plus généralement, ne manifeste pas à l’égard de la profession la déférence à laquelle elle est habituée. Je trouve cette ingratitude très présidentielle. Et pour le coup passablement verticale.

Marine Le Pen s’est montrée brouillonne, agressive, grossière lors du débat. Ne vous étiez vous pas trompée également sur son compte? Comment expliquez-vous un tel naufrage?

La démocratie, c’est l’espace de l’engueulade civilisée. Ce soir-là, Emmanuel Macron avait l’air de quelqu’un avec qui on peut s’engueuler. Pas elle. Elle aurait dû être la porte-parole de l’inquiétude française ; en manquant à la courtoisie la plus élémentaire, elle l’a attisée. Pour autant, je n’ai aucune envie de participer à la curée avec tous mes confrères qui répètent avec gourmandise qu’elle a montré son vrai visage. Elle a lamentablement raté ce rendez-vous crucial et comme l’a noté Finkielkraut, ce n’est pas en faisant du Pétain, mais du Trump. J’ignore quelle sera la suite de sa carrière. Mais je me garderais d’affirmer que le visage pénible qu’elle a montré ce soir-là était le vrai.

Macron se dit, «Et de droite et de gauche» et refuse ainsi de confondre la gauche avec le camp du bien. Une absence de manichéisme qui devrait vous plaire …

Ah oui, quel grand Président! Blague à part, je sais gré à Emmanuel Macron d’avoir brisé le sortilège sémantique qui obligeait la plupart de ses anciens amis à attester régulièrement la ferveur de leur foi «de gauche». Quand Manuel Valls, cédant à l’intimidation, a longtemps donné des gages de la sienne, Macron, en avance sur ses camarades, se fichait de l’Église et de son clergé. Le plus triste est que la gauche laïque ait disparu dans la bataille: si République en marche ne présente pas de candidat face à Manuel Valls, ce n’est pas grâce à sa singularité laïque, mais malgré elle. Et que Malek Boutih n’ait pas bénéficié du même traitement est de fort mauvais augure. Reste que le mot magique qui a fait la pluie et le beau temps dans la vie intellectuelle – et empêché pas mal de monde de penser -, autrement dit, le mot «gauche», est en passe d’être sérieusement démonétisé. Il ne mordra plus personne. Tant mieux.

Le macronisme a également le mérite de clarifier le débat politique et de révéler les vrais clivages au-delà des petites guerres partisanes…

En effet, la recomposition qui commence est une clarification et je m’en félicite. Après avoir clamé pendant des années que la droite de la gauche et la gauche de la droite partageaient l’essentiel, et menaient, peu ou prou, la même politique dont tous assuraient que c’était la seule possible tout en jurant qu’elle tranchait radicalement avec celle de leurs adversaires, je ne vois pas comment on peut hurler à la trahison au prétexte que Gérard Collomb, Jean-Yves Le Drian, Bruno Le Maire et pourquoi pas demain NKM ou Juppé travaillent ensemble sous la houlette d’Emmanuel Macron. Reste à savoir ce qui se passera dans le reste du champ politique.

L’élection est également un défi pour Causeur et les idées que la revue défend. Sa victoire vous invite-t-elle à vous réinventer? La dérision et la contestation doivent-elles davantage laisser la place à la persuasion et la proposition?

D’abord nous ne pratiquons pas la dérision mais l’ironie et la critique. Nous ne sommes ni cyniques, ni méchants. Ensuite, cette élection et la situation qu’elle crée sont au contraire un puissant excitant pour qui aime réfléchir à la chose publique et au mouvement des idées. La seule question du libéralisme pourrait nous occuper tout le quinquennat. Et puis nous comptons bien jouer un rôle de vigie sur le front de la laïcité, de la République, des territoires perdus. Bref, Emmanuel Macron est un adversaire que j’aime déjà combattre. D’ailleurs, grâce à lui nous avons connu les disputes les plus animées de toute l’histoire de Causeur. C’est un bon début, non?

Voir encore:

Macron a incarné le «dégagisme soft»

Entretien avec le sondeur Jérôme Fourquet

Daoud Boughezala
Causeur

19 mai 2017

Le président élu a su faire fructifier l’aspiration au renouvellement et l’espoir d’un retour à une certaine unité nationale. Mais il aurait tort d’oublier les inquiétudes identitaires des Français.

Propos recueillis par Daoud Boughezala

Causeur. Depuis plusieurs années, vous observez la droitisation de la société française. Or les scores cumulés de Marine Le Pen, François Fillon et Nicolas Dupont-Aignan atteignent à peine 45 % au premier tour…

Jérôme Fourquet.1Si par droitisation on désigne une demande d’autorité croissante, le phénomène d’opinion que j’ai décrit se poursuit. Plus de 60 % de Français pensent qu’il y a trop d’immigrés, 70 % se disent favorables à l’internement préventif des fichés S, et une majorité voudrait renforcer l’état d’urgence. Alors que les Américains hésitent sur la question des exécutions extrajudiciaires de leurs concitoyens djihadistes sur les terres de l’État islamique, 80 % des Français plébiscitent cette méthode expéditive. Malgré tout, la société française s’est montrée très résiliente après la salve d’attentats qu’elle a traversée en 2015-2016.

Qu’entendez-vous par là ?

Aucune ratonnade ne s’est produite en représailles, pas même à Nice ou Magnanville, deux territoires marqués par une très forte ségrégation ethnoculturelle avec un vote FN qui peut varier du simple au triple d’un quartier à l’autre, à quelques centaines de mètres d’écart. Le contrepoids de cette bonne tenue du corps social français peut s’exprimer ainsi : « On ne se fait pas justice nous-mêmes, mais, comme le dit Max Weber, l’État a le monopole de la violence légitime, il faut donc que l’État soit intraitable et que sa main ne tremble pas. » C’est sans doute le message qu’avait compris Hollande au lendemain du 13 novembre 2015, quand il a proposé la déchéance de nationalité. Même Macron, très silencieux sur la question identitaire, a pris Le Drian dans ses bagages pour rassurer sur le plan sécuritaire.

Malgré cette forte demande d’autorité, Marine Le Pen a réalisé une performance en demi-teinte. Faut-il l’imputer à sa stratégie gauchisante ?

Marine Le Pen a pâti des affaires judiciaires qui ont freiné sa dynamique et l’ont placée sur la défensive, mais aussi de ses hésitations sur la ligne idéologique. Son tropisme personnel lui fait manifestement approuver la ligne Philippot à travers l’accent mis sur le social et l’euro. Or l’essentiel des marges de progression du FN se trouve sur la droite. Le climat général a aussi pesé dans la balance. Alors qu’au moment des régionales de 2015 la question du terrorisme était première, loin devant les préoccupations économiques et sociales, à la présidentielle le chômage a légèrement pris le pas sur l’enjeu sécuritaire. Cela a notamment profité à Jean-Luc Mélenchon. Autre élément indépendant de la volonté de Marine Le Pen, l’offre électorale qu’elle avait en face d’elle. En l’occurrence, François Fillon qui a donné toute une série de gages sur le terrorisme, l’islam et l’immigration, avec son insistance sur les chrétiens d’Orient, qui signifiait en sous-texte le refus de la dhimmitude dans notre propre pays.

Passons au tracé de la carte électorale. Pour être élu, notre nouveau président n’a pas séduit que des traders…

Quels que soient les couches sociales et les territoires, Emmanuel Macron a bénéficié d’un matelas minimum d’à peu près 15 % partout, avec des pointes beaucoup plus élevées dans les segments acquis. Cela tient au fait que ce vote s’est appuyé sur des ressorts très présents et assez consensuels dans la société française. On a ainsi un candidat qui se positionne comme l’incarnation du renouvellement. Dans un esprit de « dégagisme soft », il s’agissait avant tout de virer toutes les vieilles badernes. Deuxième élément, les enquêtes d’opinion montrent depuis longtemps qu’il y a une très forte aspiration à ce que tous les humanistes de bonne volonté se donnent la main et forment une grande coalition à l’allemande pour sortir le pays de l’ornière. Grâce au ralliement de socialistes, de centristes, de libéraux, Macron a alors incarné ce que Bayrou n’avait pas réussi à faire par le passé. Troisième élément: il a été le seul candidat à brandir le drapeau européen. Ce n’est pas quelque chose qui est très à la mode aujourd’hui, mais il reste une frange conséquente de la population attachée à l’idéal européen.

Y compris au sein de la France périphérique, que Christophe Guilluy estime très hostile à l’ UE ?

Certainement. Même à Vierzon, certes dans des proportions moindres qu’à Paris, on rencontre des profs qui ont fait Erasmus et trouvent ça génial. Là où je me distingue un peu de Christophe Guilluy, dont la grille d’analyste reste cependant pleinement opérante, c’est que les chiffres que je recueille ne s’inscrivent pas totalement dans une logique de système. Quand on regarde en détail les résultats électoraux, on a rarement du 90 %-10 % mais plutôt du 60 %-40 % ou 70 %-30 %. Même dans la France périphérique, il y a toujours un « résidu » au sens statistique du terme. 50 % des Français pensent que l’avenir du pays est sombre quand 50 % sont optimistes. Or on retrouve des optimistes partout même s’ils sont nettement moins nombreux dans la France périphérique qu’au cœur de Paris. Au sein de l’électorat de Marine Le Pen, la part des pessimistes monte à 70 %, l’exact inverse des macroniens, à 70 % optimistes. Les cartes des votes Macron et Le Pen au premier tour sont le négatif l’une de l’autre au sens photographique du terme, et cela s’est accentué au second tour. On retrouve là le théorème autrichien.

C’est-à-dire ?

La présidentielle autrichienne ressemblait furieusement à la nôtre, avec un candidat d’extrême droite (qui a obtenu au premier et au second tour un score beaucoup plus élevé que Marine Le Pen) face à un candidat hors parti – soutenu par les écologistes mais qui débarquait de nulle part –, et les deux grands partis de gouvernement éliminés. On a également observé un clivage sociologique très marqué. Les catégories populaires ont massivement soutenu l’extrême droite, les cadres et les bobos votant pour le candidat écolo, et ce phénomène s’est amplifié au second tour. Les deux électorats éliminés (chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates) se sont fracturés sociologiquement et culturellement, si bien que les reports sur les deux finalistes se sont opérés sur cette ligne de partage des eaux. Chez nous, Marine Le Pen a rassemblé 40 % des ouvriers au premier tour et 60 % au second…

Les législatives arrivent. En marche ! et le président Macron auront-ils une majorité ?

À mon avis, il n’y aura pas de majorité claire. Emmanuel Macron n’a pas vraiment été élu sur son programme, et le front républicain a beaucoup joué dans sa large victoire. L’inconnue est d’autant plus grande que pour la première fois la loi sur le non-cumul va s’appliquer aux députés, libérant une grande partie des sièges du palais Bourbon. Dans ces conditions, combien y aura-t-il de triangulaires ? Cela pourrait donner un résultat très éclaté avec 150 à 200 députés En Marche !, flanqués de 20 bayrouistes, 20 vallsistes, 20 juppéistes entrant dans une majorité présidentielle face à une droite campant dans l’opposition, le FN à 20 ou 30 sièges, un PS très affaibli et La France insoumise en guerre contre le Parti communiste. Bref, retour vers la IVe République !…

Voir également:

Et maintenant, John Fitzgerald Macron veut évincer les journalistes politiques

L’idée n’est pas absurde, mais ce n’est pas au pouvoir d’en décider.

Daniel Schneidermann
Le Nouvel Obs
19 mai 2017

Pour une ère nouvelle, c’est une ère nouvelle. Vous vous souvenez des photos du gouvernement, sur le large perron de l’Elysée ? Fini. C’était l’ancien monde. La vieille pensée. Le Système. Le gouvernement Kennedy Macron s’est donc fait tirer     le portrait dans une sorte d’entonnoir.

On a cherché ce qu’on pouvait trouver de plus étroit : un escalier (le couloir des toilettes n’était pas libre ?). Résultat, cet attroupement de mâles (il faut être sacrément fort, soit dit en passant, pour donner cette impression de pack de rugby, quand on photographie un groupe humain strictement paritaire). A propos, vous voyez la personne, au fond, dont on distingue à peine la moitié du visage ?

C’est la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.

Evincer les journalistes politique

Son portrait tiré, le gouvernement ayant manifestement du temps libre, et sans doute pas assez de sujets sérieux à traiter, il s’est mis en tête de réformer le travail de la presse accréditée.

En substance, comme vous l’avez lu ici hier, de décider à la place des rédactions quels journalistes seraient autorisés à suivre John Fitzgerald Macron dans ses déplacements triomphaux. Objectif avoué : évincer les journalistes politiques au bénéfice des journalistes spécialisés (le rubricard santé dans une visite d’hôpital, le rubricard oenologie dans une exploitation viticole, etc).

Objectif, selon le communicant de l’Elysée Sylvain Fort, interrogé par @si : répondre à des questions « plus techniques, plus pertinentes ». Cet évincement des journalistes politiques est un fantasme ancestral des responsables politiques. Précisons : des politiques une fois parvenus au pouvoir. Autant le journaliste politique est indispensable à l’opposant, ou au challenger, pour « exister » médiatiquement, autant il est alors suralimenté en confidences, en offs, en gossips, en dézingages des rivaux, autant il devient encombrant aux yeux de l’homme de pouvoir, qui n’a plus pour objectif que de faire valoriser son « action », ses projets, ses plans, et ses rataplans.

La presse est assez grande

En elle-même, l’idée n’est pas absurde. Le poids des journalistes politiques, dans les rédactions, au détriment de tous les autres spécialistes, est une des raisons (la principale ?) de la superficialité de cette presse. 99 fois sur cent, les reportages sur un voyage ou un déplacement politiques se réduisent à une petite phrase sur la péripétie politicienne du jour, au détriment de l’usine pilote, du quartier réhabilité, de la ferme modèle, du service hospitalier innovant, sur lesquels on voulait attirer l’attention, et qui se réduisent à une sorte de vague décor estompé.

C’est totalement idiot, abêtissant pour les citoyens, et on comprend que ce soit rageant pour le pouvoir. Mais ce n’est évidemment pas au pouvoir d’en décider. Ce n’est pas au pouvoir de choisir le type de traitement médiatique dont il souhaite bénéficier.

Dans la nouvelle ère comme dans l’ancienne, la presse est bien assez grande pour se sauver, ou pour couler, toute seule.

Voir encore:

Non, cher Manuel Valls, les quartiers populaires ne sont pas antisémites
Huffington Post

22/07/2014
Marlène Schiappa Secrétaire d’Etat chargée de l’Égalité femmes-hommes

Monsieur le Premier Ministre,

Vous avez déclaré constater « la montée de l’antisémitisme, qui se nourrit dans les quartiers populaires » dont vous affirmez qu’ils seraient « antisémites ». Comme vous, j’ai grandi dans des quartiers que l’on qualifie pudiquement de « sensibles » et qui ont l’honneur de passer régulièrement dans des émissions du style: « Dans l’enfer des cités parisiennes où la police ne va plus ». Mon collège se trouvait en ZEP, et j’ai vécu à Lupino, un quartier chaud de Bastia, présenté comme « périphérique, difficile ». Façon polie de dire qu’il est ravitaillé par les corbeaux et que les enfants jouent dans les carcasses de voitures le soir en bas des barres d’immeubles.

Dans Le Livre de la Jungle, Kipling écrit « on peut sortir l’enfant du cœur de la jungle, mais on ne peut pas sortir la jungle du cœur de l’enfant. » Aujourd’hui, on peut sortir l’enfant du cœur du « quartier populaire », mais on ne peut pas sortir le « quartier populaire » du cœur de l’enfant. C’est pourquoi, même après être passée par un lycée du 16e arrondissement de Paris et même après avoir pris l’ ascenseur social jusqu’aux banlieues dorées des Hauts-de-Seine, j’ai toujours continué à travailler avec, pour et dans les « quartiers populaires ». Et quinconque a grandi dans une banlieue, dans une cité, ne peut s’empêcher de répondre quand son quartier est interpellé.

Oui, comme tant d’autres, je me sens visée par vos propos quand vous parlez de l’antisémitisme des quartiers populaires. Non, nous qui venons des quartiers populaires ne sommes pas antisémites. Les gens qui habitent, travaillent, vivent dans les quartiers populaires ne sont pas antisémites dans leur ensemble, intrinsèquement, par essence. Présumer que la lutte pour la liberté du peuple palestinien ne pourrait qu’être de l’antisémitisme caché est un raccourci grossier. Ne peut-on pas lutter contre la politique d’un gouvernement sans être soupçonné de haïr l’ensemble d’un peuple? Lutter contre la politique de Berlusconi a-t-il fait de vous un raciste anti-Italiens? Votre déclaration, monsieur le Premier Ministre, est un dangereux cliché, stéréotypé et stigmatisant, contre les quartiers populaires.

L’antisémitisme est un fléau, une horreur, une abomination. Il existe en France. Mais les quartiers populaires ne l’ont pas créé et il ne se nourrit pas à Belleville où des athés vont parfois rompre le jeûne du Ramadan avec des Musulmans et des Chrétiens dans un restaurant casher. Voltaire parlait au XVIIIe siècle des Juifs comme du « peuple le plus abominable de la terre » et, si les Voltairiens évoquent l’ironie, il n’en reste pas moins que les écrits témoignent d’une haine des Juifs en France à son époque. En 1886, Edouard Drumont, alors directeur du journal Le Monde, publie « La France Juive », vendu à plus de 150.000 exemplaires et considéré comme une des bases de l’antisémitisme français. Il affirme par exemple que « La Révolution [française] a profité au Juif. Tout vient du Juif, tout revient au Juif. »

Dreyfus au XIXème siècle, condamné par qui? Par les habitants des quartiers populaires? Sont-ce les quartiers populaires qui gouvernaient sous Vichy? Qui ont édicté, de leur propre chef, des lois comme: Exclure les Juifs de la fonction publique, confisquer leurs biens, les dénaturaliser, les acheminer vers les camps… Non, monsieur le Premier Ministre, ces actes horribles que vous avez vous-même dénoncés hier ne sont pas le fait des habitants des quartiers populaires. Et ne sont pas plus tolérables quand ils viennent des beaux quartiers.

Les quartiers dits populaires sont les plus métissés de France. Dans le quartier des Sablons, au Mans, 27 nationalités vivent ensemble. Les habitants des quartiers populaires n’ont pas créé le communautarisme, ils en sont les victimes. Et quand enfin ils et elles pensent avoir un peu de répit, enfin, une trêve pour eux aussi, une pause dans les insoutenables rejets, refus, stigmatisations; non pas de logement pour vous, non pas de travail non plus, et pas d’entrée en soirées; quand enfin, les habitants des quartiers populaires s’imaginent avoir droit au respect et à une vie sereine, une loi interdit aux mères de famille voilées d’accompagner les sorties scolaires au nom de la laïcité dévoyée!

L’article 1er de la loi de 1905 prévoit que la République « ne reconnaît ne salarie ne subventionne aucun culte ». Ni plus ni moins. Interdire le voile c’est reconnaître le voile comme signe religieux, donc reconnaître une religion, interdire le voile à l’école est donc contraire à la loi de 1905. Interdire aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants relève ni plus ni moins de l’islamophobie. L’obligation de neutralité religieuse s’applique d’après la loi de 1905 aux fonctionnaires, représentants de l’Etat, pas aux parents d’élèves qui ne représentent qu’eux-mêmes.

D’après l’Observatoire des Inégalités, le chômage est 2,5 fois plus élevé dans les quartiers populaires que partout ailleurs sur le territoire, atteignant 24% de la population. Les habitants des quartiers populaires subissent la discrimination à l’embauche concernant leur adresse, en plus parfois de leur origine ou de leur genre, voire de leur religion réelle ou supposée: « Français ou immigré, je ne recrute personne qui vienne de quartiers chauds, on va pas se mentir ce sont des fouteurs de merde et leurs RER sont toujours en retard » avait ainsi déclaré le DRH d’une grosse PME en marge d’une conférence sur l’emploi, l’an dernier.

Pour ces raisons ou parce que l’accès à une formation qualifiante y est plus difficile qu’ailleurs, chez les moins de 24 ans, dans les quartiers populaires, le chômage atteint même 45% de la classe d’âge! Le taux de pauvreté y atteint 40% d’après une étude du Centre d’observation et de mesure des politiques sociales pour la Gazette des communes. Et que dire de l’image renvoyée par certains grands médias? Acrimed note ainsi « En dépit de leur diversité, la plupart des médias diffusent une représentation tellement partielle et partiale des quartiers et des classes populaires que celle-ci renforce, en les justifiant ou en les banalisant, les formes d’injustice ou de discrimination dont elles sont par ailleurs l’objet. »

Oui, monsieur le Premier Ministre, les habitants des quartiers populaires vivent dans des conditions matérielles, financières, humaines, extrêmement difficiles; de Roubaix aux quartiers Nord de Marseille. Le Président Hollande avait promis dans son programme, par l’engagement 59, de défendre la paix et la reconnaissance de la Palestine: « Je prendrai des initiatives pour favoriser, par de nouvelles négociations, la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine. Je soutiendrai la reconnaissance internationale de l’État palestinien. » A l’exception de quelques extrémistes violents, haineux, sectaires et contre-productifs comme il y en dans tous les bords, dans toutes les familles politiques y compris dans la nôtre, les habitants des quartiers populaires qui ont manifesté, réclamaient simplement l’application de l’engagement 59 de notre président.

On ne lutte pas contre l’intolérable stigmatisation des Juifs de France en stigmatisant tout aussi intolérablement les habitants des quartiers populaires. Les Roms, les Musulmans, les habitants des quartiers populaires ne doivent pas, pas plus que les Juifs, être désignés comme les ennemis publics de la République. Il devient urgent de nous souvenir de notre dénominateur commun, de ce qui nous fait vivre ensemble dans une République une et indivisible.

Non, monsieur le Premier Ministre, on ne répare pas une discrimination par une autre discrimination.

Voir de même:

Barbara Lefebvre : « L’antisémitisme est devenu un code culturel généralisé en France »

Co-auteure de « Une France soumise. Les voix du refus*», un recueil de témoignages et d’expertises sur l’offensive de l’islam radical, cette professeure d’histoire-géographie examine la sécession culturelle à l’œuvre sur le territoire.

Actualité Juive : En quinze ans, ce qui était alors des « territoires perdus » de la République se sont étendus plus largement dans le pays. Quelles ont été les dates charnières de ce pourrissement social et idéologique ?

Barbara Lefebvre : Depuis la parution des «Territoires perdus de la République», en 2002, la situation n’a fait que s’aggraver. Les émeutes de 2005 et 2007, le débat houleux sur l’identité nationale et la diversité au début du mandat de Nicolas Sarkozy, autant d’étapes témoignant d’une fébrilité sur les questions d’identité et de laïcité. Celles-ci sont restées en suspens depuis et n’ont jamais été réellement traitées par les gouvernements en place. Quand on se penche sur les polémiques plus récentes autour du port de la burqa ou du burkini, on mesure que les prémices mais aussi les mécanismes de ces « affaires » étaient déjà annoncés dans notre livre.

A.J.: « Une France soumise » décrit par le menu la stratégie de grignotement des islamistes pour accroître leur domination dans les esprits mais aussi sur des pans entiers de territoire. « Une seconde société tente de s’imposer insidieusement au sein de notre République, tournant le dos à celle-ci, visant explicitement le séparatisme, voire la sécession », s’alarme la philosophe Elisabeth Badinter, dans la préface au livre. Comment les « voix du refus » auxquelles vous avez tendu l’oreille résistent-elles à cette offensive ?

B. L. : Il existe un climat de peur au sein de populations qui subissent ces pressions au quotidien, dans une grande solitude. Elles ont été abandonnées par les pouvoirs publics, notamment sur l’autel du clientélisme électoral. S’il concerne tous les partis, ce phénomène touche particulièrement les municipalités d’extrême gauche qui ont enfermé les membres de la communauté musulmane dans leur identité religieuse et les ont confiés à des associations communautaires dont certaines sont de type salafiste.

Lors des émeutes de 2005, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, s’est attaché les services d’associations liées à l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) qui tapissaient les quartiers, la gratifiant ainsi d’une légitimité qu’elle n’avait pas : celle de représenter les musulmans de France. Nous en payons le prix aujourd’hui.

Des mouvements laïcs se sont retrouvés entre deux feux, entre ceux qui essaient de faire advenir un projet politique religieux de manière habile et le chantage des pouvoirs publics qui invoquent la peur des émeutes.

A.J.: La fameuse injonction « pas de vague »…

B. L. : Nombre de fonctionnaires de police, de l’éducation nationale et des collectivités territoriales ont en effet peur d’être mal vus par leur hiérarchie. On leur demande d’acheter la paix sociale, d’éviter les violences.

Si les Juifs quittent la France aujourd’hui, ce n’est pas à cause des vieillards de Rivarol

A.J.: Ces quinze dernières années ont également vu progresser en France ce que vous qualifiez d’ « antisémitisme décomplexé ». De quelle manière cette judéophobie s’articule-t-elle au phénomène plus global de désagrégation que vous dénoncez ?

B. L. : L’antisémitisme est toujours le signal d’une démocratie en train de se perdre. Idem pour l’atteinte à la liberté des femmes. L’assassinat d’Ilan Halimi, en 2006, a marqué le basculement dans le passage à l’acte extrêmement violent de cet antisémitisme débridé que nous constations auprès d’une certaine population dans les quartiers dits sensibles.

L’antisémitisme est devenu un code culturel généralisé en France. On parle des Juifs de manière décomplexée et agressive. Dans ces quartiers sensibles, l’activisme virulent du mouvement BDS conforte un grand nombre de jeunes ignares d’un point de vue historique et géopolitique dans leur antisémitisme et leur antisionisme qui n’en est que le faux nez. La parole des pouvoirs publics sur le devoir de mémoire est aujourd’hui inopérante face aux déversements de haine sur les réseaux sociaux, non pas de néo-nazis, mais de jeunes animés par une puissante haine antijuive, haine dont ils sont aussi les héritiers, le travail d’histoire dans le monde arabe sur ce que fut la condition juive avant la colonisation n’existe pas. Ces sociétés sont maintenues dans le culte victimaire et ici, en France, les Indigènes de la République en sont l’illustration. Si les Juifs quittent la France aujourd’hui, ce n’est pas à cause des vieillards de Rivarol.

Voir enfin:

Si Le Pen avait été élue… le plan secret pour « protéger la République »

Les pouvoirs publics, qui redoutaient, en cas de victoire du Front national, des manifestations violentes, avaient imaginé un scénario politique totalement inédit. Révélations.

Mathieu Delahousse
Nouvel Obs
17 mai 2017

Le plan n’a jamais été écrit noir sur blanc, mais tout était fin prêt. Son déroulé était si précisément envisagé qu’une poignée de membres du gouvernement, de directeurs de cabinet et de très hauts responsables de l’Etat peuvent encore le décrire de tête, étape par étape. Ce plan, qui pourrait s’intituler « Protéger la République », a été construit de façon informelle alors que la candidate du Front national grimpait dans les sondages et que des remontées d’informations faisaient craindre des troubles majeurs à l’ordre public si elle était élue. Un des hommes mis au courant de ce projet commente anonymement :

« C’était une fusée à plusieurs étages. La philosophie, et la priorité impérative, c’était de maintenir la paix civile en respectant totalement nos règles constitutionnelles. »

Pour en donner les détails, « l’Obs » a recoupé les éléments auprès de trois sources, au sein du gouvernement sortant et d’institutions de l’Etat.

Le pays au bord du chaos

Les stratèges qui ont conçu ce plan B anticipent qu’au lendemain de la victoire du Front national le pays risque de se retrouver au bord du chaos. Etat de sidération, manifestations républicaines, mais surtout violences extrêmes, notamment …

Sondage : Macron et Philippe privés d’état de grâce

  • Tristan Quinault Maupoil
  • Le Figaro
  • 18/05/2017

Le couple exécutif n’a pas la confiance de la majorité des Français au lendemain de sa victoire.

Un premier sondage Elabe pour Les Echos et Radio classique (*) indique jeudi que les Français ne sont pas prêts à faire confiance les yeux fermés au nouveau couple exécutif. Le président de la République bénéficie de 45% de cote de confiance. 46% des Français ne lui font pas confiance, 9% sont sans opinion. Au même stade de son mandat, François Hollande obtenait, en 2012, un meilleur taux de confiance (58%). De même pour Nicolas Sarkozy en 2007 (59%) ou encore Jacques Chirac (61% en 1995 et 53% au début de son deuxième mandat en 2002). «On sent un certain attentisme des Français et face à eux, un président de la République et un premier ministre qui vont avant tout devoir faire leurs preuves», commente Yves-Marie Cann, le directeur des études politiques d’Elabe cité par Les Echos.

Sans surprise, c’est chez ses électeurs du premier tour qu’Emmanuel Macron obtient sa meilleure cote de confiance (92%). Viennent ensuite les électeurs de Benoît Hamon (56%) puis les électeurs de François Fillon (49%). «La double déception, suite à la fois au quinquennat de Nicolas Sarkozy à droite et celui de François Hollande à gauche, fait que les Français ne se contentent plus des promesses et ne s’attendent pas à ce que la situation s’améliore sous le seul effet de l’élection», juge Yves-Marie Cann.

Le score d’Edouard Philippe n’est pas plus positif, loin de là. Le premier ministre obtient seulement 36% de confiance. A noter que 21% des personnes interrogées se disent «sans opinion» à son egard, preuve que le maire du Havre pâtit d’un manque de notoriété. Lorsque Jean-Marc Ayrault est arrivé à Matignon, il bénéficiait d’une cote de 56%.

Issu des rangs de la droite, Edouard Philippe ne parvient pas à obtenir la confiance de tous les électeurs de François Fillon. 45% lui font confiance, quand 40% ne la lui accordent pas. C’est chez les électeurs d’Emmanuel Macron qu’il obtient le meilleur score (73%).

Législatives: la majorité présidentielle en hausse

Si les taux de confiance du couple exécutif ne sont pas très élevés, cela n’empêche pas les électeurs d’envisager de voter pour la majorité présidentielle aux élections législatives de juin. 32% envisagent de le faire selon une enquête Harris Interactive pour France télévisions, publiée jeudi (**). C’est trois points de plus que lors de la précédente enquête du 11 mai et six points de plus que dans l’enquête du 7 mai. Surtout, c’est huit points de plus que le score d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle.

À l’inverse, les Républicains et l’UDI sont crédités de 19% des voix (-3 points par rapport au 7 mai). Un score et une tendance identiques pour le Front national. La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon progresse (15%; +2 points) et le Parti socialiste continue sa descente infernale, crédité de 6% des voix (-2points).

(*) Sondage réalisé les 16 et 17 mai auprès d’un échantillon de 999 personnes, par Internet, selon la méthode des quotas.

(**) Enquête réalisée en ligne du 15 au 17 mai 2017 (après la nomination d’Édouard Philippe comme premier ministre, et avant la présentation du nouveau gouvernement), auprès d’un échantillon 5 015 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus comprenant un échantillon de 4 598 inscrits sur les listes électorales.


Présidentielle 2017: Quand le déni du réel devient devoir civique (In bruising TV debate, Emmanuel Macron denounces the candidate for France’s clingers and deplorables as unworthy and parasitic)

4 mai, 2017
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
J’ai toujours été reconnaissant de l’amitié du peuple français et du travail que nous avons accompli ensemble quand j’étais président des Etats-Unis. Je n’ai pas l’intention de m’impliquer dans beaucoup d’élections, maintenant que je ne me présenterai plus en tant que candidat. Mais l’élection française est d’une importance capitale pour l’avenir de la France et les valeurs que nous chérissons, parce que la réussite de la France importe au monde entier. J’admire la campagne qu’Emmanuel Macron a menée. Il a défendu des valeurs libérales [progressistes, ndlr]. Il a mis en avant le rôle important que la France joue dans l’Europe et dans le monde. Il s’est engagé pour un avenir meilleur pour les Français. Il s’adresse à leurs espoirs, et non à leurs peurs. Et j’ai récemment eu le plaisir de parler avec Emmanuel de son mouvement et de sa vision pour l’avenir de la France. Je sais que vous faites face à de nombreux défis et je veux que tous mes amis en France sachent à quel point je veux votre réussite. Parce que cette élection est trop importante, je veux que vous sachiez que je soutiens Emmanuel Macron pour aller de l’avant. En marche. Vive la France », conclut l’ancien président démocrate. Barack Hussein Obama
On vous demande une carte blanche, et vous salissez l’adversaire, et vous proférez des mensonges. Votre projet, c’est de salir, c’est de mener une campagne de falsifications, de vivre de la peur et des mensonges. La France que je veux vaut beaucoup mieux que ça. Il faut sortir d’un système qui vous a coproduit. Vous en vivez. Vous êtes son parasite. L’inefficacité des politiques de droite et de gauche, c’est l’extrême droite qui s’en nourrit. Je veux mener la politique qui n’a jamais été menée ces trente dernières années. Emmanuel Macron
On ne va pas s’allier avec le FN, c’est un parti de primates. Il est hors de question de discuter avec des primates. Claude Goasguen (UMP, Paris, 2011)
A la limite, je préfère la savoir dans un arbre qu’au ministère de la Justice. Anne-Sophie Leclère
Pourquoi on tolérerait tous ces chanteurs de cantiques de l’Internationale et pas les autres? Jean-Claude Gaudin
Faire le jeu de Le Pen, qui l’a fait mieux et avec une science plus consommée que le mortifère Mitterrand en son temps ? Il y a d’ailleurs eu quelque chose de profondément déplaisant à voir la fille de celui-ci venir sur un plateau déclarer avec candeur qu’elle allait voter Chirac en se bouchant le nez, sans qu’aucun serf médiatique ose lui rappeler que s’il y a bien quelqu’un qui a savamment peloté à son profit pendant quatorze ans la boule puante qui vient de nous exploser au nez c’est son père. De même, par la bouche mielleuse de ses représentants, la gauche sublime et fracassée, mais toujours aussi magnifique, ne s’est-elle pas privée de reprocher tartuffiennement à la droite de ne pas manifester à ses côtés dans la rue. Et personne n’a osé lui répondre que d’abord c’était sa rue, gloubiboulguisée à son image et ressemblance, et transformée en espaces de création, en zones franches pour le libre tapage des teufeurs sacrés de la scène techno ; et, surtout, que c’était son Le Pen. On leur laisse tout ça. Qui d’autre en a l’usage ?Pour comprendre dans ses tréfonds l’extase anti-lepéniste de ces derniers jours, il suffit de se souvenir, a contrario, de l’enthousiasme très modéré qu’avait suscité chez ces mêmes anti-lepénistes, à la fin de 1998, la brutale scission du Front national. L’éditorialiste Serge July, sous le coup de cette surprise, qui aurait dû être considérée, et à bon droit cette fois, pour divine, mais qui ne le fut pas du tout, alla jusqu’à écrire avec mélancolie : « Jean-Marie Le Pen est devenu bizarrement indispensable au bon fonctionnement de la démocratie française. »Il fallait comprendre que la modernité emballée en avait besoin pour rendre ses surenchères de toute façon plus aimables que lui ; et que s’il n’existait plus, il fallait le réinventer. Eh bien ça y est. Le malheur des temps l’a ressuscité in extremis. Philippe Muray (2002)
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
C’est le comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français… qui pense dans la langue de la finance internationale. Jean-Luc Mélenchon (sur Pierre Moscovici, 23.03.13)
Ce jour est un jour de deuil pour nous et pour de très nombreux peuples et militants. Nous nous sentons liés de cœur. Chavez a été la pointe avancée d’un processus large dans l’Amérique latine qui a ouvert un nouveau cycle pour notre siècle, celui de la victoire des révolutions citoyennes. (…) Ce qu’est Chavez ne meurt jamais. C’est l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste, de la révolution. (…) Il n’a pas seulement fait progresser la condition humaine des Vénézuéliens, il a fait progresser d’une manière considérable la démocratie.  (…) Les Européens si prétentieux, arrogants, méprisants, l’infecte social-démocratie qui depuis 24 heures se répand en injure contre les figures progressistes d’Amérique latine feraient bien de se souvenir qu’au Venezuela contrairement à la France (…) on a fait reculer la pauvreté de manière spectaculaire, éradiqué ce qui est classé comme extrême pauvreté (…) l’analphabétisme a été éradiqué (…) on est parvenu à faire progresser de 70% la scolarisation des enfants. Voilà le bilan que nous portons fièrement à l’heure où l’image d’Hugo Chavez va se retirer. J’ai honte pour nous tous en Europe du niveau lamentable des commentaires que j’ai vus. Comment pouvez-vous être aussi infâmes et aussi bas? Comment pouvez-vous être devenus à ce point aussi insensibles à ce que représente le progressisme latino-américain dans ces moments de l’histoire pour avoir pour tout commentaire des insultes ?. (…) Les cendres de Chavez sont chaudes, sont brûlantes, et nous avons au cœur non seulement l’idée que nous continuons ce combat mais la haine intacte que nous avons contre les puissants et les puissances qui même à l’heure de la mort sont incapables du respect qu’ils manifestent pour tant d’autres qui le méritent moins. Jean-Luc Mélenchon (2013)
La France comprend trois foyers d’expression de l’antisémitisme très forts. Le premier, ce sont les proches du Front National et les électeurs de Marine Le Pen […] Le deuxième groupe, c’est parmi les Français musulmans […] Et puis le troisième groupe ce sont les proches du Front de gauche et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon 2012, où là aussi on trouve, à un dégré moindre, et sur des ajustements ou, je dirais des agencements différents, l’expression d’un antisémitisme fort. (…) On a [dans ce groupe] une adhésion beaucoup plus forte que la moyenne à des préjugés qui relèvent de cet antisémitisme anticapitaliste et antiglobalisation. Cette idée que les juifs contrôlent l’économie. Qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite. Dominique Reynié
Toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans, et bien sûr c’est une toute petite minorité de la communauté musulmane et les musulmans en sont les premières victimes. Roger Cukierman
En octobre 2004, dans son rapport intitulé Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Jean-Christophe Rufin notait une diminution du rôle de l’extrême droite dans la responsabilité des violences antisémites et, en revanche, une augmentation de celui d’une frange de la jeunesse issue de l’immigration. (…) L’intérêt de la seconde enquête est de vérifier l’hypothèse d’un nouvel antisémitisme, avancée il y a presque quinze ans par Pierre-André Taguieff et reprise par Jean-Christophe Rufin dans son rapport de 2004. Il s’agit donc de savoir si les musulmans vivant en France sont plus ou moins susceptibles que la moyenne de la population nationale à partager des préjugés contre les Juifs, voire à développer une vision antisémite. (…) Enfin, pour comprendre ce regain des mauvaises pensées, il faut compter avec l’influence majeure d’un nouvel acteur, le Web, dont le rôle est rapidement devenu déterminant dans le domaine de l’information mais aussi de l’engagement politique, de la mobilisation militante et de la prise de parole en général et de type protestataire en particulier. La force du Web est décuplée par ses vertus apparentes et pour partie réelles: égalitarisme, spontanéisme, authenticité, immédiateté, universalité… Mais ce nouvel espace public est fortement porté par la possibilité singulière d’émettre des messages, des opinions, de les recevoir, de les partager, sans avoir nécessairement à décliner son identité, c’est-à-dire sans devoir engager sa responsabilité. Dans toute l’histoire de la liberté de la presse et de la liberté d’opinion, c’est une situation inédite. Ces outils offrent aux antisémites et aux racistes un statut d’extraterritorialité et, finalement, une impunité de fait, qui ne permet plus aux États de droit ni d’assurer la défense des valeurs humanistes ni de punir ceux qui se rendent coupables de les transgresser. (…) Il y a les opinions et il y a les agressions. En France, jamais nous n’avons réussi à descendre au-dessous de la barre de 400 actes antisémites par an depuis le début des années 2000, et l’année 2014 connaît une augmentation impressionnante (+ 91 %). Ainsi, de janvier à juillet 2014, comparativement à la même période en 2013, on a relevé 527 actes antisémites contre 276. La moitié des actes racistes sont des actes contre les Juifs, qui représentent probablement moins de 1 % de la population. Sur le Web, on note l’installation d’un antisémitisme déchaîné. Au cours de l’été 2014, lors des manifestations contre l’intervention israélienne dans la bande de Gaza, des slogans «Mort aux Juifs !» ont été entendus à Paris, place de la République; à Sarcelles, ces cris ont débouché sur la mise à sac de commerces au motif qu’ils appartenaient à des Juifs. Une synagogue a été attaquée. Il en va de même pour les actes atroces commis récemment: l’assassinat, en 2006, d’Ilan Halimi par le gang de Youssouf Fofana; celui, en 2012, de Jonathan Sandler et des enfants Gabriel Sandler, Arieh Sandler et Myriam Monsonego par Mohammed Merah, également meurtrier des malheureux Imad Ibn Ziaten, Mohamed Legouad et Abel Chennouf; puis, en 2014, la tuerie de Bruxelles perpétrée par Mehdi Nemmouche. Ne confondons pas ces drames avec des faits sans cause. Ils sont de notre époque et nous disent donc nécessairement de quoi elle est faite. (…) Parmi les informations que nous apporte cette enquête, l’un des points à retenir est certainement le fait que 16 % seulement des personnes interrogées se disent d’accord avec l’affirmation selon laquelle, en France, «il y a plus de problèmes d’antisémitisme que de problèmes de racisme». Autrement dit, 59 % des personnes estiment le contraire, ce qui s’oppose à l’évidence des données sur les agressions antisémites. En France, les actes antisémites constituent 50 % de tous les actes racistes, tandis que la communauté juive représente moins de 1 % de la population nationale. Il faut donc noter que, du point de vue du public, les agressions antisémites ne suscitent pas l’écho et la mémorisation auxquelles on pourrait s’attendre compte tenu de la nature des faits et de leur gravité (…) Selon notre enquête, de tous les partis politiques et des publics qu’ils fédèrent autour d’eux, les sympathisants du Front national et les électeurs de Marine Le Pen constituent l’univers politique et partisan où l’on trouve, et de très loin, le plus d’opinions antisémites et xénophobes. Les sympathisants du FN et ses électeurs ressemblent davantage au discours du fondateur du parti qu’au discours plus policé que sa nouvelle présidente s’efforce de mettre en scène. (…) Les musulmans répondants sont deux à trois fois plus nombreux que la moyenne à partager des préjugés contre les Juifs. La proportion est d’autant plus grande que la personne interrogée déclare un engagement plus grand dans la religion. Ainsi, lorsque 19 % de l’ensemble des personnes interrogées indiquent adhérer à l’idée selon laquelle «les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de la politique», le taux grimpe à 51 % pour l’ensemble des musulmans. Cette question permet d’illustrer les effets de la pratique religieuse sur l’adhésion aux items antisémites: en effet, l’adhésion à cet item est de 37 % chez les personnes qui déclarent une «origine musulmane», de 49 % chez les musulmans croyants» et de 63 % chez les «musulmans croyants et pratiquants». (…) l’idée selon laquelle le sionisme « est une organisation internationale qui vise à influencer le monde», si typique de la vision antisémite, suscite un niveau d’approbation très élevé parmi les musulmans interrogés (44 %), contre 16 % en moyenne de la population âgée de 16 ans et plus. On voit encore ici que la proportion croît avec le degré d’implication religieuse. L’existence d’un complot sioniste est de 30 % chez ceux qui déclarent une «origine musulmane», de 42 % chez les « musulmans croyants » et de 56% chez les «musulmans croyants et pratiquants ». (…) Les préjugés contre les Juifs sont plus répandus au sein de la mouvance du Front de gauche que dans l’ensemble de la société française, mais ils sont moins répandus que dans la mouvance du Front national. Dominique Reynié
Les musulmans sont pris pour cible, ça suffit ! L »‘islamo-fascisme » cautionné par Roger Cukierman, c’est une « terminologie d’une autre siècle et d’autres horizons que les nôtres. Dalil Boubakeur
Considérer que toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulman sont des déclarations irresponsables et inadmissibles qui contreviennent au principe même du vivre ensemble. Communiqué du Conseil français du Culte Musulman (CFCM)
Bien sûr, on a toutes les bonnes raisons d’être méfiant à l’égard de Dominique Reynié, politocrate omniprésent, et de sa tambouille sondagière. Ses attaques assez ignobles contre Mélenchon, proférées sur le complaisant plateau de France Inter (1) sans déclencher d’autre réaction qu’une timide objection de Thomas Legrand. Les questions à la mords moi le noeud de son sondage Internet. Ses phrases qu’il faudrait découper au scalpel pour en analyser les manipulations, comme par exemple sa dénonciation de « cette idée que les juifs contrôlent l’économie, qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite ». Ces trois propositions (relisez-les bien) énoncées toutes les trois dans la même phrase, passez muscade, sans déclencher, cette fois, la moindre objection de Patrick Cohen. Daniel Schneidermann
Dans la série « les grands vieillards se lâchent », après Tesson, après Dumas, voici Roger Cukierman. Roger Cukierman, 79 ans, est le président du CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France. Qui représente-t-il exactement ? Qui l’a élu ? Qui le renouvelle à son poste ? Personne ne le sait exactement, mais il est là, il a micro ouvert, et une fois l’an, c’est lui qui invite à un dîner de gala les huiles de la République (largement aux frais du contribuable, d’ailleurs. Le carton d’invitation, mentionnant le prix de 900 euros par couvert, ouvrant droit à une déduction fiscale de 800 euros, fait les délices d’une partie de l’islamosphère. Cukierman, lundi matin, est donc invité d’Elkabbach. Et entre autres énormités, il dit deux choses. Premièrement que sur le plan de l’antisémitisme, Marine Le Pen est « personnellement irréprochable », même si quelques légers antécédents dans son parti empêchent malencontreusement son invitation au dîner annuel. Deuxièmement, que les violences antisémites sont toutes « commises par des jeunes musulmans », même si c’est « une toute petite minorité des musulmans français ». N’empêche qu’il faut absolument que « les musulmans eux-mêmes se mobilisent pour les contrer ».(…) Si on était très mauvais esprit, on serait tenté de conclure que « tous les dérapages islamophobes sont commis par des gérontes juifs ». Ce n’est certes « qu’une toute petite minorité de la communauté juive française ». N’empêche qu’il serait bienvenu « que les Juifs eux-même se mobilisent pour les contrer ». Daniel Schneidermann
Et voilà que Roger Cukierman s’avise soudainement (…) de dire des banalités : d’abord, les violences antijuives sont très majoritairement commises par des musulmans, deuxio que Marine Le Pen, sur ce point est irréprochable – bon, je n’aurais peut-être pas dit irréprochable, mais je dois être plus politique que lui. Ces propos déclenchent un charivari indescriptible et la défection bruyante de Boubakeur. Mais le véritable scandale, celui qui déclenche des réactions furibardes de Jack Lang à Sarkozy, c’est le quitus accordé à Cukierman à Marine Le Pen, comme si, en la lavant du soupçon d’antisémitisme, il risquait de faire sauter la dernière digue qui empêche pas mal d’électeurs, et pas seulement les juifs, de voter FN. L’indignation enfle de toutes parts jusqu’à ce que, le lendemain, Cukierman fasse piteusement repentance en jurant qu’on l’a mal compris et en affirmant que Marine Le Pen n’est finalement pas si irréprochable que cela. La franchise de Cukierman me semble à vrai dire plus honorable que sa reddition. Qu’il ait été lynché pour avoir dit des vérités ou en tout cas des choses raisonnables prouve, si besoin est, que le déni de réel est en passe de devenir un devoir civique. Elisabeth Lévy
The Toulouse massacre did not bring French anti-Semitism to a halt. It actually increased. (…) The immediate reason for Jewish pessimism in France (…) may be the Toulouse massacre last March: the murder in cold blood of three Jewish children and a Jewish teacher by Mohamed Merah, a Muslim terrorist, on their school’s premises. This crime, instead of instilling more compassion and understanding towards the Jewish community, has actually generated more anti-Jewish violence and hate talk, as if Merah was not seen as a vile thug but rather as a model by parts of the population. There were no less than six cases of aggravated assault on Jewish youths or rabbis in France from March 26 to July 5, including one case in Toulouse again. According to the Representative Council of French Jewish Organizations (CRIF), anti-Semitic incidents of all sorts have increased by 53% compared to the same period last year. (…) The connection between Muslim immigration — or Muslim-influenced Third World immigration — and the rise of a new anti-Semitism is a fact all over Europe. Muslims come from countries (or are culturally attuned to countries) where unreconstructed, Nazi-style Jew-bashing dominates. They are impervious to the ethical debate about the Holocaust and the rejection of anti-Jewish stereotypes that were gradually incorporated into the European political discourse and consciousness in the second half of the 20th century (to the point that lessons on the Holocaust are frequently dropped from the curriculum at schools with a plurality or a majority of Muslim pupils), and are more likely than non-Muslims to engage in assaults, attacks, or harassment practices directed at Jews. Moreover, Muslim anti-Semitism reactivates in many places a dormant, but by no means extinct, non-Muslim European anti-Semitism. Once Muslims are unopposed, or at least unprosecuted, when they challenge the historical veracity of the Holocaust or when they refer to the The Protocols of the Elders of Zion as an authentic document, a growing number of non-Muslims feel free to do the same. (…) Muslim immigration is nurturing European anti-Semitism in more surprising ways as well. One unintended and ironic consequence of European Islam’s demographic growth is that Jews are frequently amalgamated with Muslims. Many people use a widespread concern about a growing influence of Islam in Europe as a way to hurt Jews as well, or to hit them first. (…) to wrest Europe or any historically Christian part of the world from Christianity; recognizes the supremacy of state law over religious law in non-ritual matters; and sees Western democracy — a polity based on the rule of law — as the most legitimate political system. But Europeans are not culturally equipped to understand such nuances or to keep them in mind (far less than the Americans, who are more religious-minded, more conversant in Biblical matters, and more familiar with the Jewish way of life). (…) And what usually originates as a reaction against difficulties linked to radical brands of Islam quickly evolves into a primarily anti-Jewish business. (…) Earlier this year in France, during the last months of the conservative Sarkozy administration, a debate about the rapidly growing halal meat industry led to attacks against the kosher meat industry as well, complete with uncomely remarks about “old-fashioned rituals” by then-Prime Minister François Fillon. While Fillon subsequently “clarified” his views, the Sarkozy administration upheld its support for some kind of “tagging” of “ritually slaughtered meat,” a European Union-promoted practice that would prompt commercial boycott of such food and thus make it financially unaffordable for most prospective buyers. Since kosher meat regulations are much stricter than halal meat regulations, religious Jews would be more hurt at the end of the day than religious Muslims. (…) In Germany, a rare case of malpractice by a German Muslim doctor in a Muslim circumcision led a court in Cologne to ban circumcision on children all over Germany on June 19, on the quite extravagant grounds that only legal adults may decide on issues irreversibly affecting their body, except for purely medical reasons. Which is tantamount, in the considered issue, to denying parents the right to pass their religion to their children. Conservative Chancellor Angela Merkel immediately filled a bill to make religious circumcision legal in Germany, and it was passed on July 19 by the Bundestag (somehow, German conservatives are nowadays more genuinely conservative than, say, their French counterparts). But according to a YouGov poll for the DPA news agency released at about the same moment, 45% of Germans support the ban, while only 42% oppose it. In an even more ominous instance, Judaism has been singled out in a protracted intellectual debate in France since early June, as the fountainhead, past and present, of totalitarianism and political violence and thus as a more dangerous religion than radical Islam. Michel Gurfinkiel
Le président du CRIF crève, enfin, l’abcès (…) Aujourd’hui, il n’y a pas de tuerie au nom de Jésus ou de YHVH, ni même au nom d’Israël puisque si morts d’enfants il y a eu à Gaza comme le dénoncent les tueurs de juifs en France, à Copenhague, à Bruxelles, ces morts n’ont jamais été fait sciemment mais par accidents non voulus suite au refus forcené des Arabes à refuser le fait juif pensé en tant que Nation indépendante et non pas seulement en tant que peuple du « livre » qui doit être toléré mais dominé parce que déviant comme l’indiquent les textes coraniques ; rappelons que c’est bien les arabo-musulmans qui ont refusé la partition de 1947 et non les Juifs, et, aujourd’hui, en Syrie il y aurait 210.000 tués, 3 millions de Syriens exilés, 10 millions en exode au sein même du pays, soit une situation bien pire qu’en 47 en Palestine ; aussi, dire déjà cette vérité, là, de la part de ces dirigeants musulmans seraient un bien grand pas en avant vers ce fameux « vivre ensemble » dont se réclament ces dirigeants musulmans français. Car si, en effet, il n’y a pas eu, en France, de délation opérée par des musulmans sous Vichy contre les Juifs, il ne s’ensuit pas qu’en Algérie, en Égypte, en Syrie, en Irak, au Maroc, et ce sous loi islamique, il n’y ait pas eu des délations et des meurtres de Juifs ; la preuve ? Outre ces divers pogromes dont a parlé un Albert Memmi, des centaines de milliers ont dû s’enfuir d’Algérie parce qu’ils ne voulaient pas devenir des citoyens de seconde zone comme le sont devenus les Algériens eux-mêmes qui l’ont prouvé en venant massivement en France (…). N’oublions pas tous les juifs qui ont été jetés dehors des pays arabo-musulmans depuis la naissance d’Israël. Lucien Oulahbib
Longtemps, on a nié que l’antisémitisme puisse tuer en France. Longtemps, on l’a guetté du côté de l’extrême droite, qui avait, en effet, une longue tradition de haine des Juifs. Est-ce parce que le nouvel antijudaïsme criminel ne vient plus de ce côté, qu’on a tant cherché à en nier la réalité ? Brice Couturier
Roger Cukierman (…) n’a fait que dire une triste évidence – tous les islamistes étant musulmans (…) Je vis ce qui s’est passé hier comme une régression intellectuelle et politique surréaliste après une saignée de janvier qui a montre dramatiquement ce que je dis depuis des lustres: la violence anti-juive est le produit de l’islamo-gauchisme. La détestation d’Israël (comme l’a reconnu enfin Hollande hier) est son moteur moderne. L’antisémitisme issu de l’extrême droite, pour exister encore, est subalterne. Ce qui est scandaleux, c’est que les propos de Roger Cukierman fassent encore scandale: cela prouve la force de frappe de l’idéologie gauchisante: depuis qu’elle est présidente du FN, Marine Le Pen n’a fait effectivement aucune déclaration anti juive qu’on puisse lui reprocher. Au rebours de son père, elle est sortie définitivement de l’ambiguïté a l’égard de la réalité et des horreurs de la Shoah. Ne pas en prendre acte c’est se montrer, en creux, nostalgique de l’extrême droite d’antan et des petits frissons shoatiques. En ce qui concerne le FN, en revanche, celui ci n’a pas achevé son aggiornamento. Il conserve en son sein des personnalités notoirement antisémites ou proches du Hezbollah. Il doit choisir. (…) Le CRIF (…) paie a présent son tribut au politiquement correct et au fait d’avoir choisi de faire, à chaque fois, un pas en avant, un pas en arrière. J’exhorte depuis trop longtemps la communauté organisée à sortir de son hémiplégie morale et politique. Il est littéralement insensé après tout ce qui s’est passé, que le Parti Communiste (dont de nombreuses municipalités ont fait citoyens d’honneur des terroristes tueurs de juifs) et les Verts (dont certains membres ont participé aux manifestations sur Gaza qui ont viré a la haine et aux exactions anti juives) soient invités et pas le FN! Gilles-William Goldnadel
Les données du rolling Ifop-Fiducial indiquent (…) une proportion nettement plus importante (37% des électeurs de la France insoumise) s’oriente vers l’abstention ou le vote blanc et cette proportion semble se renforcer. On constate la même tendance dans l’électorat filloniste, la part des adeptes du «bonnet blanc et blanc bonnet» étant passée de 26% à 28% en une semaine. Dans cet électorat également, le principe du front républicain ne semble pas aller de soi. Les électeurs fillonistes seraient même encore moins enclins que ceux de Jean-Luc Mélenchon à soutenir Emmanuel Macron: 41% contre 51%. (…) Les générations plus âgées (les 35-64 ans), elles, étaient en âge de voter et ont sans doute massivement glissé un bulletin Chirac dans l’urne il y a 15 ans. Pour ces générations de gauche, qui étaient relativement jeunes à l’époque, le 21 avril 2002 et la mobilisation contre Jean-Marie Le Pen ont constitué des évènements particulièrement marquants. Or, il semble que ce qui suivit ce moment historique (des gouvernements de droite sous les présidences Chirac puis Sarkozy et enfin Hollande, sur fond d’une progression régulière du FN) n’ait pas laissé que de bon souvenirs dans ces générations. Le goût amer laissé par cet épisode semble fonctionner dans une partie de cette génération comme un puissant verrou contre la participation au front républicain sur le thème «on ne se fera pas avoir deux fois». Les 35-64 ans représentent ainsi 59% des électeurs de la France insoumise voulant voter FN au second tour et 58% des abstentionnistes potentiels contre seulement 43% de ceux qui ont l’intention de voter pour Emmanuel Macron. Un clivage générationnel est également à l’œuvre dans les rangs fillonistes mais il ne fonctionne pas selon la même logique. Si la proportion de moins de 35 ans est identique (et faible) dans les trois segments, on observe que les tranches d’âges intermédiaires (35-64 ans) sont surreprésentées (49%) parmi les électeurs optant pour Emmanuel Macron et qu’à l’inverse, les plus de 65 ans, qui constituent la part la plus importante de l’électorat filloniste (45%) sont plus nombreux parmi les personnes envisageant de s’abstenir (57%) ou de voter Le Pen (47%) que parmi celles qui penchent pour un vote Macron (36%). L’électorat de droite âgé, dont la socialisation politique s’est effectuée à une période où le clivage gauche/droite était encore extrêmement prégnant, semble donc moins adepte du dépassement de ce clivage proposé par Emmanuel Macron. (…) La différence d’attitude pour le second tour des électeurs fillonistes selon leur statut social laisse entrevoir que le clivage entre les deux France (aisée versus plus populaire et fragilisée) apparue au premier tour au travers de la sociologie des électorats Macron et Le Pen pourrait s’affirmer de manière beaucoup plus nette au second tour. (…) Au premier tour, Marine Le Pen a très nettement dominé Emmanuel Macron chez les moins diplômés quand il la surclassait symétriquement parmi les plus diplômés. Or, cette dichotomie sera sans doute encore plus caricaturale au second tour. On constate en effet que les choix des électeurs mélenchonistes et fillonistes pour le second tour sont clairement indexés sur le capital culturel. Parmi les mélenchonistes, les diplômés du supérieur pèsent en effet 40% des macronistes du second tour contre seulement 23% des lepenistes du second tour. Ces derniers sont à l’inverse 68% à n’avoir que le bac ou un niveau scolaire inférieur contre seulement 49% des futurs électeurs d’Emmanuel Macron. Comme le montre le graphique suivant, on retrouve le même phénomène dans l’électorat filloniste. Les diplômés du supérieur comptent pour 47% du segment macronien contre 38% du segment lepeniste et inversement, les moins diplômés constituent 57% de ce segment contre 45% chez les macroniens. Jérome Fourquet
La position de Mélenchon (…) va à l’encontre de celle des communistes qui constituent pourtant une portion importante de ses soutiens au premier tour de cette élection présidentielle. Les communistes ont appelé à voter Macron au second tour (…) Ce point de discorde met en exergue deux approches inconciliables : celle des communistes et celle de l’ancien trotskiste qu’est Mélenchon. (…) Ce refus ne fait que s’inscrire dans une attitude idéologique que les trotskistes ont adoptée face aux nazis. Si une partie minoritaire des trotskistes franchit la ligne en rejoignant la Collaboration, la majorité d’entre eux se cantonne dans une forme de neutralité. Ils voient la Seconde Guerre mondiale comme une répétition de celle de 1914-1918. Il s’agit d’une guerre entre deux impérialismes. Le prolétariat n’a donc pas à prendre position pour les parties engagées dans cette guerre. Ni l’impérialisme anglo-américain de Churchill et Roosevelt, ni l’impérialisme allemand d’Hitler. Les trotskistes appliquent donc à la Seconde Guerre mondiale la grille analytique de la Première Guerre. Il en résulte qu’il ne faut pas résister face à l’occupant nazi. Ils se lancent dans des activités surréalistes de distribution de tracts aux soldats « prolétariens » allemands, car « Derrière un soldat « nazi » se cache un travailleur allemand ». Ils pensent pouvoir favoriser la fraternisation internationaliste contre les impérialismes. Les trotskistes distribuent des tracts aux soldats allemands que les communistes, engagés dans la Résistance, s’efforcent de tuer ! Cette attitude absurde consistant à considérer les alliés anglo-américains et l’Allemagne nazie comme deux ennemis de la classe ouvrière qui se valent entraine donc les trotskistes à ne pas prendre position dans cette guerre contre l’occupant nazi, en dehors de rares exceptions entrées dans la Résistance. Et avec le fameux « Ils se valent » publié en juin 1944 par le journal La Vérité (alors que les alliés viennent de débarquer en Normandie pour libérer l’Europe), ils ne font que confirmer qu’ils estiment que Roosevelt et Hitler se valent. (…) Evidemment et cette attitude sera lourde de conséquences. La formule « ils se valent » et l’assimilation de Roosevelt à Hitler dicte leur attitude après la Guerre. Les trotskistes ne peuvent pas parler de la Shoah. S’ils commencent à parler de la Shoah et des atrocités nazies, il leur est difficile, voire impossible, de continuer à tenir la ligne « ils se valent » de l’équivalence. Ils ne peuvent alors plus prétendre que les impérialistes américains et les impérialistes allemands sont pareils. Cela revient précisément à mettre en évidence ce qui les distingue. C’est ce qui a entraîné les trotskistes à ne pas aborder l’extermination des Juifs d’Europe. Dans les textes trotskistes des années 1950, on ne parle pas de la Shoah. Laurent Schwartz, le mathématicien français trotskiste, a même admis sans ses mémoires qu’ils parlaient de la Seconde Guerre mondiale sans jamais dire un mot sur la Shoah. Parce que la Shoah détruit complètement l’édifice fondé sur le « ils se valent ». Tout homme normalement constitué ne peut reconnaitre que les Etats-Unis et l’Allemagne nazie se valent si on lui parle de la Shoah. C’est la raison principale pour laquelle la Shoah, des années 1950 aux années 1980, ne figure ni dans les discours, ni dans la presse, ni dans les publications, ni dans les programmes de formation militante, ni dans les commémorations des diverses chapelles trotskistes. Si la Shoah et les horreurs hitlériennes resteront délibérément ignorées des trotskistes, ces derniers n’auront pas de mots assez durs pour dénoncer les « crimes impardonnables » commis par l’impérialisme américain aux quatre coins du monde. (…) Pour les trotskistes, il est inimaginable que des bourgeois s’en prennent à des bourgeois. En raison de la lutte des classes, ces derniers ne peuvent massacrer que des prolétaires, un point c’est tout. Ce qui rend l’antisémitisme et la Shoah illogiques à leurs yeux. Il est évident que ce type de raisonnement apparaît comme complètement tordu, mais il ne faut pas oublier qu’on est face à des dogmatiques. Dans le meilleur des cas, et le plus souvent, cela se traduit par le silence. Et dans le pire des cas, et c’est plus rare, certains finiront négationnistes. (…) mais (…) quand le besoin s’en fait sentir, ils sont prêts à introduire la Shoah dans leurs thématiques et leurs mobilisations. Observons deux cas, lourds de signification l’un comme l’autre, et qui procèdent d’une même logique. Le premier cas s’est manifesté lors de la réémergence électorale de l’extrême droite française, dans la foulée des succès initiaux du Front national de Jean-Marie Le Pen, en 1984. La Shoah fut donc utilisée dans l’idée que son souvenir conduirait la jeunesse française à comprendre les dangers liés à l’essor d’un parti d’extrême droite. Auparavant indifférents au malheur juif et insensibles à la Shoah, certains intellectuels se mirent soudain à s’indigner des atrocités hitlériennes, dans le but de combattre le racisme anti-arabe. Dans l’esprit des trotskistes, et plus généralement dans l’esprit de l’extrême gauche française, la Shoah avait enfin trouvé son utilité historique. Elle permettait de flétrir l’ignominie du racisme et donc de protéger les communautés afro-maghrébines contre l’extrême droite française. Une deuxième occasion d’exhumer la Shoah et de l’introduire dans l’arsenal argumentaire trotskiste leur a été fournie par la première et surtout par la deuxième Intifada. Cette fois, il s’agissait de donner libre cours à un antisionisme radical, en expliquant que les Israéliens font aujourd’hui aux Palestiniens, en gros, ce que les nazis firent aux Juifs pendant la guerre. Il s’agit de retourner la Shoah contre les Juifs et de diaboliser les Israéliens, tout en diffusant une vue aberrante et fantasmée du conflit proche-oriental. Simon Epstein
Emmanuel Macron (…) est souvent aussi entré dans son jeu, coupant la parole et plaçant ses formules. Hier soir, de part et d’autre, on était dans un bingo des éléments de langage qu’il fallait placer absolument. Autrefois, les finalistes du second tour de la présidentielle avaient une ou deux formules choc à placer pour marquer les esprits. Quand on tente d’en placer une douzaine, on n’est plus dans un débat présidentiel de second tour de la cinquième puissance mondiale. On est dans la foire d’empoigne. Mais pouvait-il en être autrement au terme de cette campagne de piètre qualité? David Desgouilles
La presse française et étrangère salue avec raison la qualité de ce débat de second tour, projet contre projet, entre Alain Juppé et Jean-Luc Mélenchon. La manière dont l’écologie et l’avenir de la France en Europe ont été abordés, de même que, sans invectives ni intox, les problèmes du travail et de la situation internationale, ont manifestement redonné aux Français le goût de la politique. Un grand moment démocratique alors que les sondages restent toujours aussi serrés. Les deux hommes revenaient de très loin et devaient impérativement se montrer à la hauteur des enjeux après une campagne de premier tour marquée par des affrontements violents et les affaires qui ont plombé le camp des Républicains. (…) Pédagogue, rassurant, citant Hugo, il a plaidé à la surprise générale pour « les Etats-Unis d’Europe » en clarifiant sa position devant un Alain Juppé surpris par cette sortie. Jérome Leroy

Attention: une violence peut en cacher une autre !

Alors qu’au lendemain d’un débat de deuxième tour …

Que les mêmes belles âmes et champions de l’antiracisme qui avaient tant vanté …

Les imprécations, entre Hugo et Jaurès, du néo-léniniste et chavéziste de la France insoumise

N’ont pas de mots assez durs pour dénoncer comme violent du seul fait d’une Marine Le Pen …

Qui manifestement dépassée par un programme économique non maitrisé …

En a même oublié l’immigration et donné l’euro à la Grande-Bretagne …

Comment ne pas voir …

Le véritable racisme de classe d’un candidat …

Pour qui, après le casse du siècle que l’on sait contre le candidat de la véritable alternance, nous sommes désormais moralement sommés de voter …

Et qui, à l’instar d’un Obama ou d’une Hillary Clinton, traite son adversaire d’ « indigne et de « parasite » ?

Mais surtout cette autre violence dont la dénonciation avait valu à d’autres avant elle les foudres de la bienpensance …

A savoir dans les banlieues dominées par les islamistes …

Dont les voix comptent tant pour le candidat du ni droite ni gauche …

La véritable source de l’antisémitisme et de la violence terroriste actuels ?

J’ai rêvé d’un autre débat…

…entre Alain Juppé et Jean-Luc Mélenchon

Jérôme Leroy
est écrivain

Causeur

04 mai 2017

Jérôme Leroy a fait un rêve…

La presse française et étrangère salue avec raison la qualité de ce débat de second tour, projet contre projet, entre Alain Juppé et Jean-Luc Mélenchon. La manière dont l’écologie et l’avenir de la France en Europe ont été abordés, de même que, sans invectives ni intox, les problèmes du travail et de la situation internationale, ont manifestement redonné aux Français le goût de la politique. Un grand moment démocratique alors que les sondages restent toujours aussi serrés. Les deux hommes revenaient de très loin et devaient impérativement se montrer à la hauteur des enjeux après une campagne de premier tour marquée par des affrontements violents et les affaires qui ont plombé le camp des Républicains.

Mélenchon en challenger rassurant

Jean-Luc Mélenchon, sorti en tête du premier tour, était pourtant dans une situation paradoxale, celle du challenger. Que faire de ses surprenants 24,3% alors que sa réserve de voix est assez faible même en comptant le ralliement logique de Benoît Hamon et de ses 5,3% et celui, plus surprenant de NDA avec le même score ? D’abord éviter de se laisser enfermer dans l’image d’un candidat d’extrême gauche, fréquemment accusé de populisme par ses adversaires. La poussée spectaculaire qu’il avait enregistrée dans les dernières semaines du scrutin ne lui avait-elle pas fait atteindre une forme de plafond de verre dans une France pas forcément tentée par le changement radical de société auquel il aspire ? Ensuite, affiner une stature présidentielle que d’aucuns lui dénient. On peut dire qu’il a relevé le pari, au moins en partie. Pédagogue, rassurant, citant Hugo, il a plaidé à la surprise générale pour « les Etats-Unis d’Europe » en clarifiant sa position devant un Alain Juppé surpris par cette sortie.

« Ne prenez pas cet air étonné, monsieur Juppé, les millions d’électeurs de la France Insoumise ne sont pas les nationalistes de gauche que vous avez dénoncés lors de votre dernier meeting au Zénith de Lille. Notre finalité est loin de cette caricature et je sais que vous n’êtes pas l’homme de la caricature. Je suis convaincu que l’avenir du continent est celui d’un espace de paix et d’un futur modèle social. Mais pour cela, avant, ce que nous voulons, c’est renégocier les traités. Il ne s’agit pas de claquer la porte, il s’agit de repenser l’Europe, non plus comme vous et vos amis, à la manière d’un simple espace de libre échange des marchandises mais, à la manière de la Grèce de Syriza, en janvier 2015, comme le refus du régime austéritaire bruxellois. La différence, c’est que la France n’est pas la Grèce et qu’elle pourra imposer un autre rapport de forces avec l’Allemagne notamment dont le modèle économique est en contradiction avec un développement social harmonieux, car l’homme ne peut se réduire à être un simple agent économique. »

« Pas une voix pour Alain Juppé ! »

Alain Juppé, pour sa part, qui est donné légèrement favori, devait relever d’autres défis. Quand il a remplacé en catastrophe François Fillon, après avoir longtemps refusé de jouer les remplaçants de luxe, il a dû passer beaucoup de temps à gérer les doutes de l’aile droite des Républicains, et notamment le poids excessif qu’avait pris Sens Commun, sans pour autant s’aliéner la partie la plus conservatrice et identitaire de son électorat représentée par un Laurent Wauquiez. Mais aussi convaincre les 12,3% des voix d’Emmanuel Macron qui a apporté son soutien dès le soir du premier tour avant d’aller se consoler à La Rotonde, un Macron associé étroitement à la campagne du maire de Bordeaux depuis plus d’une semaine.

Il a donc d’abord attaqué Jean-Luc Mélenchon sur le financement de son programme : « Vous vivez dans un monde utopique, monsieur Mélenchon. Le lyrisme ne peut rien contre les chiffres. Je vais vous étonner, mais moi aussi, j’aime l’utopie et je crois moi aussi à vos Etats-Unis d’Europe. Le problème est que pour atteindre cet idéal, il faudra faire avec des règles. Nous ne les avons pas choisies, c’est vrai, mais notre modèle social est à bout de souffle et en le rénovant par le pacte que je veux passer avec les Français, moi aussi, car vous n’avez pas le monopole du cœur, je veux soulager la souffrance sociale qui a généré, encore une fois le score élevé de l’extrême-droite de madame Le Pen. Il s’en est fallu de quelques centaines de milliers de voix pour que ce soit-elle qui soit en face de vous. Je ne suis pas sûr que le débat démocratique y aurait gagné en qualité et que vous auriez préféré ce cas de figure. »  Alain Juppé qui est passé de justesse devant Marine Le Pen avec 20,2% des voix contre 19,7% a ainsi devancé les critiques de l’entourage de Jean-Luc Mélenchon, sur le « candidat de repêchage du système ».

Jean-Luc Mélenchon a encaissé le coup d’autant plus que Marine Le Pen, il y a 48h, lui a donné le baiser de la mort en appelant ses électeurs à un retentissant : « Pas une voix pour Alain Juppé ! » Jean-Luc Mélenchon, a paru, à ce moment-là, sur la défensive. Est-il sorti du piège en précisant que les électeurs de Marine Le Pen se trompaient de colère et qu’il les distinguait du programme antisocial du Front national ? Et que l’absence de préoccupations écologiques comme l’obsession de la préférence nationale chez MLP étaient des marqueurs bien suffisants pour faire exister une opposition radicale entre la France Insoumise et l’idéologie frontiste ?

La (seule) bonne surprise de la campagne

De nombreux points d’accords ou de diagnostics partagés entre Juppé et Mélenchon sont par ailleurs apparus : la fermeté face à l’évasion fiscale, estimée par les deux candidats à 80 milliards d’euros, qui devaient pour l’un servir à financer la retraite à 60 ans et pour l’autre, baisser les charges des entreprises qui jouent vraiment le jeu de la création d’emplois. Mais aussi sur la lutte contre le terrorisme, le retour d’une police de proximité, le mariage pour tous ou encore le refus de la GPA.

Reste à savoir, maintenant, lequel des deux aura le plus convaincu. Mais il demeure certain, d’après les observateurs et les premières enquêtes d’opinion que les deux hommes ont affirmé, par leur retenue, leur souci de rassembler plus que de s’opposer frontalement, qu’ils feraient l’un comme l’autre, des présidents possibles. Ce débat est, de fait, la bonne surprise d’une campagne qui avait un peu désespéré les Français par sa médiocrité.

Voir aussi:

Le débat Macron – Le Pen, un « combat de rue violent de bout en bout »

REVUE DE PRESSE. Les journaux français déplorent la faible qualité des échanges entre les deux candidats du second tour.

L’Obs
04 mai 2017

Que retenir du débat télévisé qui a réuni, mercredi soir sur TF1 et France 2, Marine Le Pen et Emmanuel Macron à quatre jours du second tour ? Pour la presse française, c’est la brutalité inédite et la confusion dans les échanges qui ont été remarquables.

Les deux candidats se sont affrontés « au cours d’un débat d’entre-deux-tours d’une brutalité inédite qui a souvent manqué de hauteur et sans parvenir à instaurer un dialogue à la hauteur de l’enjeu », résume en une « le Figaro ». Pour Paul-Henri du Limbert, éditorialiste du quotidien, « il est malaisé de qualifier de ‘débat’ le pugilat d’hier soir ».

Un « débat brutal, violent de bout en bout », juge aussi « le Monde ». « Jamais un débat de l’entre-deux-tours n’aura été aussi vif », écrit en une « le Parisien.

« On attendait un débat tendu, il fut brutal. Pas une seconde de courtoisie ou d’amabilité ou tout simplement de politesse », poursuit en pages intérieures le quotidien pour qui « pour le fond des programmes, on reste sur sa faim ».

Dans « Libération », Laurent Joffrin s’emporte :

« Il y a beaucoup à dire sur les projets d’Emmanuel Macron mais pas comme cela. Pas avec une grosse artillerie qui tire au hasard toujours le même boulet. »

« On savait que ce serait du lourd et du brutal », ironise aussi Patrice Chabanet, du « Journal de la Haute-Marne ». Avant de poursuivre plus sérieusement :

« On a été servi. Le débat a été violent et l’électeur n’a rien appris de nouveau sur le fond. Il a assisté à un combat de rue. »

« Plus broyant qu’éclairant »

Le thème du combat de boxe inspire les éditorialistes. Les deux candidats se sont rendu « coups pour coups sur le ring explosif du débat présidentiel », relève Philippe Palat, du « Midi Libre ». Et pour lui, c’est « sans doute l’une des confrontations télévisées les plus brutales, les plus chaotiques ».

Xavier Brouet, du « Républicain lorrain », a vu lui aussi un « rude combat » dans lequel « ne manquait que les gants de boxe ». Il ajoute :

« Le match a bien eu lieu. Celui des idées ? Pas sûr. »

« Tels deux boxeurs, ils ont commencé par quelques uppercuts. Au total, les échanges tenaient largement du dialogue de sourds », enrage Hubert Coudurier, du « Télégramme ». Ce fut « un duel au corps à corps, fougueux, direct, parfois cafouilleux à force de parole coupée », s’indigne Dominique Jung, des « Dernières nouvelles d’Alsace ».

Michel Urvoy, de « Ouest-France », a assisté pour sa part à « un dialogue assez confus sur la forme, plus bruyant qu’éclairant et sur le fond, rien de nouveau ». « On attendait un échange de haut niveau, on a eu des invectives », constate avec une certaine amertume, Bernard Stephan, dans « la Montagne ». Hervé Chabaud, de « l’Union/l’Ardennais », a assisté lui à « une cacophonie assommante, un brouhaha insupportable ». Et Philippe Marcacci, de « l’Est républicain », de regretter que « le débat que mérite l’élection présidentielle n’ait pas lieu ».

(Avec AFP)

Voir également:

Débat MLP/EM=la tête à Toto
Lucien SA Oulahbib
Résilience TV
4 mai 2017

Zemmour (sur RTL le 4 mai au matin face à l’inaltérable et toujours si imbu Alain Duhamel) pense bien sûr que c’était mieux avant (les fameux « grands » débats des anciens Présidents qui nous ont mené là où nous en sommes) et il était assez d’accord Zemmour sur le côté supposé « incompétent » de MLP en matière économique critiquant néanmoins le côté « technocrate » de Macron. Arrêtons-nous là : j’y ajouterai l’image du technocrate fêtard qui vient s’asseoir à califourchon sur sa chaise en attendant son manteau chez Castel et tente de comprendre en attendant pourquoi madame pipi qui autrefois vendait aussi cigarettes et confiseries vient de l’apostropher durement dès le début du débat.

Condescendant (les dames pipi sont adorables, j’ai connu celle des Bains Douches autrefois qui était extraordinaire) il l’écoute, Mister Castel, avec de grands airs (versus Mister Hyde), il absorbe toute sa « colère », oh là là, imaginez-le en train de se dandiner même sur sa chaise sur laquelle il est assis à califourchon le haut de forme un peu en arrière faisant des ronds de fumée en attendant aussi Bobonne qui vient de lui apporter à l’instant son manteau flanelle son écharpe blanche cachemire et sa canne à pommeau.

Et puis le fêtard Macron se lève, sourit, oeillade ici et là, ajuste son monocle, mais veut faire un dernier tour de bonneteau avec la réduction des charges sociales et l’augmentation de la CSG, sauf qu’il critique MLP lorsqu’elle fait aussi le même tour avec sa taxe de contribution sociale alors il lui répond qu’elle ne « propose rien »  » rien rien rien » il en fait même une ritournelle, qu’elle est « indigne » etc ajoute-t-il à la cantonade, les autres fêtards l’approuvent bruyamment. Mais c’est vrai qu’au préalable comme on l’a dit plus haut quand Madame pipi l’a vu avec son ticket chercher son manteau elle l’avait un peu invectivé en effet lui rappelant comment lui avec son passif peut-il s’occuper tant que cela des plus démunis, rappelant au public que EM aurait pu sinon stopper au moins vilipender Vivendi lors de la vente de SFR. Alors il rigole, dit qu’il n’était pas encore en charge à cette époque sauf qu’en tant que conseiller de Tsoin-tsoin, il avait la haute main sur ces choses, le président se comportant de plus en plus en hyper Premier Ministre depuis la réforme du septennat passant en quinquennat.

En fait, j’ai été assez soulagé après ce débat, sans doute que je n’aurais pas attaqué bille en tête comme l’a fait MLP, mais EM n’a pas été si fort que cela, plutôt léger même, sans épaisseur, y compris au niveau économique, et, d’ailleurs, sur la chaîne parlementaire LCP les commentateurs mettaient au moins match nul alors que, ailleurs, l’écrasante majorité des journalistes et « experts » Yves Calvi en tête (très décevant le 4 mai au matin) a au contraire été dans le sens habituel du tressage de lauriers à EM ; or, il n’a fait au fond que proposer plus d’huile dans les rouages en espérant, comme Hollande, que la croissance repartant, tout ira bien mieux, alors qu’il ne s’agit pas seulement de mettre de l’huile mais de changer les rouages voire même changer de machine puisque celle-ci, la même depuis des décennies, nous a mené là où nous en sommes au risque de me répéter.

Il ne suffit pas en effet de jouer avec des hausses ou des baisses de tel ou tel paramètre économique politique social culturel sans prendre la mesure de ce qui se passe en France en Europe dans le monde. Regardons l’Europe, ou disons plutôt l’Union Européenne : l’Allemagne est passée d’un extrême à l’autre : d’un hyper nationalisme racialiste ravageur à un hyper-consumérisme nihiliste actant la disparition à la fois ethnique et culturel du peuple allemand au lieu de prendre à bras le corps le pourquoi de son effondrement démographique. Car l’Allemagne n’est pas les USA qui a pu absorber en effet des millions d’immigrants, mais déjà en les intégrant à la Nation autour du drapeau et de la Constitution, ensuite la majorité de ces immigrés ne venait pas pour être assisté mais pour avoir leur chance leur place dans le « rêve américain ».

Où est le « rêve français » en la matière ? Sinon dans cette énième rengaine de l’État nounou que Macron a en réalité bien plus avancé que MLP… Car l’UE, si elle a pu être bénéfique un moment, en particulier pour les pays issus des dictatures (Portugal, Espagne, pays de l’Est) aujourd’hui a basculé dans l’extrême technocratisme que l’actuelle « force » de l’Euro masque en réalité ; ce qui ne veut cependant pas dire que les failles immenses de l’économie française en sont les conséquences ; elles ont été plutôt accélérées par ledit dumping social.

Ainsi, quand le porc allemand concurrence le porc français grâce à l’abattage moins cher opéré en Pologne, le fait de taxer en retour celui-ci lorsqu’il reviendrait en France ne suffira pas si en même temps tout le poids de la protection sociale assis sur le travail n’est pas réformé en profondeur ; ce que pense certes faire Macron sauf qu’il fait payer son jeu de bonneteau par la CSG et donc les retraités fortunés et les classes moyennes supérieures au lieu de réformer en profondeur la SS que MLP tente de proposer mais sans aller très loin non plus puisqu’il faudrait réfléchir à distinguer cotisations assurantielles (santé, retraite, chômage) et cotisations universelles (famille, apl, etc) et donc penser à élargir leur assiette, les droits de propriété (les actions et la participation), la manière de penser la retraite qui n’a pas à être seulement par répartition.

Tout cela n’a pas été abordé hélas, les journalistes, intimidés, n’ont pas forcé les débatteurs à préciser, aussi l’invective a été bien plus constante que la démonstration. Mais de là à dire comme Yves Calvi que EM a « dominé de la tête et des épaules MLP » il y a là un pas qu’il ne faut surtout pas franchir. Car MLP, dans sa vive diatribe, s’est en fait adressée aux électeurs du Chavez français, aux abstentionnistes, et aussi aux classes salariées modestes et moyennes inférieures, la majorité du peuple. Mais ceci sera-t-il suffisant pour remporter l’élection alors que les classes intellectuelles déclassés et/ou profiteuses des grosses villes restent farouchement contre elle et vont plutôt s’engouffrer dans le vote EM et dans l’abstention en attendant un hypothétique troisième tour que les nervis antifa tentent d’illustrer de plus en plus ?…

Ce qui aura été le plus agaçant, enfin, dans ce débat, fut, pour moi, cette menace à peine voilée de EM stipulant que s’il n’était pas élu il y aurait la « guerre civile » avec les djihadistes, supputant ainsi que lui saura mieux les amadouer en leur donnant les « accommodements raisonnables » qu’ils désirent, mais oubliant que lorsque l’on donne le doigt la main puis le bras et ainsi de suite, le corps entier est ensuite exigé. C’est sans doute bien là que EM a été de loin le plus faible, en plus de ses non réponses sur ce qu’il a dit concernant le soit disant « crime contre l’humanité » français, la disparition de l’idée même de culture française, tous ces manques, ces naïvetés (comme cette histoire d’amendes et sa volonté de redresser une justice à l’abandon) qui, je pense, peuvent sinon lui coûter l’élection (une énorme surprise peut toujours survenir dimanche soir, ce qui sera piquant à observer) du moins rétrécir profondément l’écart entre EM et MLP.

En tout cas, même si la probabilité actuelle donnant le premier gagnant se trouve confirmée dimanche, EM et tous ses amis, ne pourront pas mettre au pas les nervis ultra-énervés de la « gauche » Chavez versus Notre dame des Landes, d’une part, d’autre part les islamophiles vont faire feu de tout bois accentuant leurs menaces voilées sur la guerre civile s’ils n’ont pas l’application de la loi travail sur le voile et les prières dans les entreprises, tandis que les réformes indispensables se feront mal ou peu, tant les résistances actuelles vont être décuplées à la fois par l’approfondissement multiforme de la crise de régime et l’absence de réelle légitimité d’un vote par défaut.

Dans ces conditions, en 2022, et même avant, le basculement du pays vers la non gouvernementalité sera tel que l’arrivée au pouvoir de MLP ne sera plus qu’un cautère sur une jambe sans même plus assez de bois pour le maintenir tant il aura été rongé, la jambe en chair et en os ayant disparu, elle, depuis longtemps remplacée par des hologrammes et autres simulacres.

Voir de plus:

David Desgouilles : « Ce débat n’était qu’un bingo d’éléments de langage»
Eugénie Bastié
Le Figaro
04/05/2017

FIGAROVOX/ENTRETIEN- David Desgouilles réagit au débat qui a opposé Marine Le Pen à Emmanuel Macron. Pour lui, la confrontation n’a pas été à la hauteur de l’événement, les deux candidats étant davantage soucieux de placer des éléments de langages que de faire preuve d’une stature présidentielle.

David Desgouilles est membre de la rédaction de Causeur. Il a publié Le bruit de la douche, une uchronie qui imagine le destin de DSK sans l’affaire du Sofitel (éd. Michalon, juin 2015), et Dérapage (éd. du Cerf, 2017).@

FIGAROVOX.- Tout le monde ou presque s’accorde à dire que la prestation de Marine Le Pen n’a pas été à la hauteur hier soir. Quel est son principal problème: l’économie qu’elle ne maîtrise pas ou bien son agressivité?

David DESGOUILLES.- Marine Le Pen a en effet raté complètement son débat, ce qui tranchait avec la bonne campagne de second tour entamée dès le lundi 24 avril. En fait, c’est davantage son comportement qui est en cause. Ces derniers mois, on avait pu constater que Marine Le Pen pouvait se montrer convaincante en matière économique devant des journalistes. Mais elle le faisait avec le ton adéquat. Ces sujets pointus nécessitent précisément du calme et de la pédagogie. En demeurant dans la caricature, elle se condamnait à ne pas convaincre. Son souci était ailleurs: elle souhaitait «coller son adversaire contre le mur». Après des années d’effort dans le sens de la dédiabolisation, cette tactique est proprement incompréhensible. On n’a pas vu seulement de l’agressivité, mais aussi des moments gênants où elle pouffait, ricanait. Il est possible qu’elle ait même déçu une bonne partie de ses électeurs du premier tour qui attendait d’elle une posture présidentielle.

Est-ce qu’elle ne paye pas sa position sur l’euro, tranchée il y a un an, mais qui ne fait pas l’unanimité dans son propre camp?

Je ne pense pas. Cette position -celle de la monnaie commune (versus monnaie unique)- était à l’origine préconisée par des hommes comme John Major, premier ministre britannique au début des années 1990 et par Édouard Balladur. Elle a aussi figuré parmi les propositions d’un homme comme Jean-Pierre Chevènement. Ces trois personnalités sont connues pour être nuancées et d’une grande qualité intellectuelle. Mais je le répète, ce domaine nécessite de la pédagogie, du calme et de la maîtrise. Tout le contraire de ce qui a été montré hier soir. Je note que Marion Maréchal Le Pen a expliqué la position avec davantage de brio dans un débat dimanche sur Europe 1 face à un porte-parole d’Emmanuel Macron, alors qu’elle n’a jamais fait de la question monétaire une priorité personnelle. C’est d’autant plus impardonnable pour Marine Le Pen.

Au lendemain du débat, le ralliement de Dupont-Aignan vous apparait-il comme d’autant plus risqué, ou bien peut-il au contraire se présenter comme une alternative plus crédible?

Je pense qu’il apparaît d’autant plus risqué. Il apparaît même davantage pour ce qu’il est: une faute politique. Jean-Luc Mélenchon lui avait montré la voie: dans un monde où les électeurs se fichent des consignes de vote, il vaut mieux ne pas prendre position et inviter les candidats en lice à convaincre ses électeurs. Au lieu de cela, Nicolas Dupont-Aignan a conclu un accord politique, en forme d’aller sans retour, provoquant la démission de plusieurs dirigeants de son mouvement mettant ce dernier en danger d’éclatement. Il a désormais partie liée avec Marine Le Pen. S’il avait adopté le positionnement de Jean-Luc Mélenchon, il pourrait aujourd’hui prendre à témoin les électeurs du Front national et leur répéter ce qu’il leur disait depuis des années: «Vous voyez bien que le vote FN est une impasse pour faire gagner vos idées».

Emmanuel Macron a-t-il seulement profité des faiblesses de son adversaire ou bien a-t-il véritablement gagné une stature présidentielle?

Le premier terme de l’alternative me semble plus fidèle à la réalité. Il est apparu moins caricatural que son adversaire, en effet, ce qui n’était guère difficile. Mais il est souvent aussi entré dans son jeu, coupant la parole et plaçant ses formules. Hier soir, de part et d’autre, on était dans un bingo des éléments de langage qu’il fallait placer absolument. Autrefois, les finalistes du second tour de la présidentielle avaient une ou deux formules choc à placer pour marquer les esprits. Quand on tente d’en placer une douzaine, on n’est plus dans un débat présidentiel de second tour de la cinquième puissance mondiale. On est dans la foire d’empoigne. Mais pouvait-il en être autrement au terme de cette campagne de piètre qualité?

Voir encore:

Vu de l’étranger. “Le pire débat télévisé de l’histoire de la Ve République”
Courrier international
04/05/2017

Le débat d’entre-deux-tours entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron a été très suivi en France et à l’étranger. Les médias internationaux se montrent interloqués par la violence entre les candidats, mercredi 3 mai, et donnent l’avantage à l’ancien ministre de l’Économie.


Médias: Attention, une meute peut en cacher une autre (Boys on the bus redux: What elite media bubble ?)

11 mars, 2017

tract-fillon
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Aujourd’hui, ma principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie. Stéphane Hessel
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Media feeding frenzies have become almost commonplace in recent years, as Gary Hart, Oliver North, Vice President Dan Quayle and Speaker of the House Jim Wright, among many others, could readily attest. But in McMartin, the media seemed especially zealous–in large part because of the monstrous, bizarre and seemingly incredible nature of the original accusations. More than most big stories, McMartin at times exposed basic flaws in the way the contemporary news organizations function. Pack journalism. Laziness. Superficiality. Cozy relationships with prosecutors. A competitive zeal that sends reporters off in a frantic search to be first with the latest shocking allegation, responsible journalism be damned. A tradition that often discourages reporters from raising key questions if they aren’t first brought up by the principals in a story. In the early months of the case in particular, reporters and editors often abandoned two of their most cherished and widely trumpeted traditions–fairness and skepticism. As most reporters now sheepishly admit–and as the record clearly shows–the media frequently plunged into hysteria, sensationalism and what one editor calls « a lynch mob syndrome. » On so volatile an issue in an election year, defense attorneys maintain, that helped make it all but inevitable that the case would be prosecuted on a scale greater than the actual evidence warranted. There were stories about child prostitution and massive child pornography rings, stories about children being exchanged between preschools for sexual purposes, stories about a connection between alleged molestation at McMartin and a murder eight years earlier. None of these charges was ultimately proved, but the media largely acted in a pack, as it so often does on big events, and reporters’ stories, in print and on the air, fed on one another, creating an echo chamber of horrors. The LA Times
Dans les médias de la communication, une chambre d’écho, ou chambre d’écho médiatique est une description métaphorique d’une situation dans laquelle l’information, les idées, ou les croyances sont amplifiées ou renforcées par la communication et la répétition dans un système défini. Il s’agit d’une analogie avec la chambre d’écho acoustique, ou chambre réverbérante, dans laquelle les sons sont réverbérés par les murs. À l’intérieur d’une chambre d’écho médiatique, les sources ne sont généralement pas remises en question et les points de vues opposés sont censurés ou sous-représentés. John Scruggs, lobbyiste chez le cigarettier Philip Morris, décrit en 1998 deux mécanismes de ce qu’il appelle les «chambres d’écho». Le premier consiste en la répétition d’un même message par différentes sources. Le second mécanisme consiste en la diffusion de messages similaires mais complémentaires par une seule source. Scruggs décrit la chambre d’écho comme stratégie pour augmenter la crédibilité de certaines informations au regard d’une audience cible. Avec la démocratisation de l’internet et l’arrivée des médias sociaux, les chambres d’écho se sont multipliées. Les algorithmes des réseaux sociaux agissent comme des filtres et engendrent ce qu’on a nommé des bulles de filtres. L’utilisateur à l’intérieur d’une telle bulle obtient de l’information triée à son insu en fonction de son activité sur un réseau. L’accessibilité accrue aux informations correspondant aux opinions des individus fait que ces derniers sont moins exposés à des opinions différentes des leurs. Dans les chambres d’échos, les opinions opposées à celles de la majorité sont peu diffusées et, lorsqu’elles le sont, sont souvent la cible d’attaques par cette majorité pour les discréditer. Lorsqu’une information est reprise par de nombreux médias, elle peut être déformée, exagérée, jusqu’à être plus ou moins dénaturée. En augmentant l’exposition à une fausse rumeur, sa crédibilité a tendance à augmenter. À l’intérieur d’une chambre d’écho, il peut ainsi arriver qu’une majorité d’individus croient en une version dénaturée d’une information véridique, ou en une information carrément fausse. Wikipédia
Les journalistes moyens à qui nous parlons ont 27 ans et leur seule expérience de journaliste, c’est de suivre les campagnes politiques. C’est un changement radical. Ils ne savent littéralement rien. (…) Nous avons créé une chambre d’écho. Ils disaient des choses qui validaient ce que nous leur avions donné à dire.  Ben Rhodes (conseiller-adjoint à la sécurité extérieure d’Obama)
Je vous l’assure : à l’instant où je l’ai appris, j’ai mis toute mon énergie pour faire en sorte que ce problème soit réglé. (…) Je peux vous affirmer que je n’étais au courant de rien à propos de ce rapport de l’inspection générale des services fiscaux avant qu’il n’y ait des fuites dans la presse. Barack Obama (16 mai 2013)
Une nouvelle couche de scandale est venue s’ajouter lundi aux soucis du président américain, lorsque l’agence de presse Associated Press a annoncé que deux mois de relevés d’appels de certains de ses journalistes avaient été saisis à l’instigation du parquet fédéral. L’agence a dénoncé une « intrusion massive et sans précédent », tandis que le département de la Justice s’est retranché derrière la nécessité de préserver « l’intégrité de l’enquête » dont les motifs restent encore flous. La Maison-Blanche a assuré n’avoir « aucune connaissance » de cette investigation. Toujours est-il que l’administration est « sous le feu » des critiques, constatait mardi le gros titre du journal USA Today. (…) Les services fiscaux américains (IRS) ont affirmé vendredi avoir ciblé environ 75 groupes proches de la mouvance conservatrice et anti-impôts du Tea Party. Lois Lerner, une responsable du fisc américain, a expliqué que des groupes comportant les mots « Tea Party » et « patriote » avaient été sélectionnés par les fonctionnaires d’une cellule centralisatrice à Cincinnati pour un examen approfondi, selon plusieurs médias. Les républicains ont bondi sur l’affaire et parlent déjà de scandale politique. « L’admission par l’administration Obama que le fisc a ciblé des opposants politiques fait écho à certains des abus de pouvoir les plus honteux de l’histoire américaine du 20e siècle », a déclaré John Boehner, président républicain de la Chambre des représentants. Des enquêtes parlementaires vont être lancées au Congrès, y compris au Sénat, contrôlé par les alliés de Barack Obama. Certains conservateurs, élus ou éditorialistes, n’hésitent plus à évoquer ouvertement le fantôme du scandale du « Watergate » qui avait coûté sa présidence à Richard Nixon en 1974. Une enquête a été ouverte pour déterminer si l’administration fiscale américaine avait enfreint la loi, a annoncé mardi le ministre de la Justice, Eric Holder. Europe 1 (15 mai 2013)
The Guardian has learned that the FBI applied for a warrant from the foreign intelligence surveillance (FISA) court over the summer in order to monitor four members of the Trump team suspected of irregular contacts with Russian officials. The FISA court turned down the application asking FBI counter-intelligence investigators to narrow its focus. According to one report, the FBI was finally granted a warrant in October, but that has not been confirmed, and it is not clear whether any warrant led to a full investigation. The Guardian
With only days until Donald Trump takes office, the Obama administration on Thursday announced new rules that will let the NSA share vast amounts of private data gathered without warrant, court orders or congressional authorization with 16 other agencies, including the FBI, the Drug Enforcement Agency, and the Department of Homeland Security. The Intercept
Only days before the inauguration, President Obama also signed an executive order that allows the National Security Agency to share raw intercepts and data with the 16 other agencies in the intelligence community. NSA analysts used to filter out irrelevant information and minimize references to Americans. Now such material is being leaked anonymously. The Wall Street Journal
What you see in these leaks—David Ignatius of The Washington Post and others—are the intelligence agencies being manipulated by the left to destroy the Trump presidency and everybody around him. (…) The people that report on national intelligence at all the networks, including Fox—and I love Fox News—are scared of taking on the intelligence agencies because their sources will be cut off and they won’t have a profession anymore. Larry Klayman (Freedom Watch)
Les experts politiques ne sont pas un groupe très diversifié et ont tendance à accorder beaucoup de confiance aux opinions de leurs confrères et des autres membres de l’establishment politique. Une fois établi, le consensus tend à se renforcer jusqu’à et à moins que ne viennent l’interrompre des preuves absolument irréfutables. Les médias sociaux, Twitter en particulier, ne peuvent qu’aggraver encore le phénomène de pensée de groupe jusqu’à la création d’une véritable chambre d’écho. (…) Depuis au moins l’époque des « Boys on the bus, » le journalisme politique souffre d’une mentalité de meute. Les événements tels que les conventions et les débats rassemblent dans la même salle des milliers de journalistes; il suffit d’assister à l’un de ces événements pour presque littéralement sentir la nouvelle doxa se fabriquer en temps réel.  Nate Silver
Political experts aren’t a very diverse group and tend to place a lot of faith in the opinions of other experts and other members of the political establishment. Once a consensus view is established, it tends to reinforce itself until and unless there’s very compelling evidence for the contrary position. Social media, especially Twitter, can amplify the groupthink further. It can be an echo chamber. James Surowiecki’s book “The Wisdom of Crowds” argues that crowds usually make good predictions when they satisfy these four conditions: Diversity of opinion. “Each person should have private information, even if it’s just an eccentric interpretation of the known facts.” Independence. “People’s opinions are not determined by the opinions of those around them.” Decentralization. “People are able to specialize and draw on local knowledge.” Aggregation. “Some mechanism exists for turning private judgments into a collective decision.” Political journalism scores highly on the fourth condition, aggregation. While Surowiecki usually has something like a financial or betting market in mind when he refers to “aggregation,” the broader idea is that there’s some way for individuals to exchange their opinions instead of keeping them to themselves. And my gosh, do political journalists have a lot of ways to share their opinions with one another, whether through their columns, at major events such as the political conventions or, especially, through Twitter. But those other three conditions? Political journalism fails miserably along those dimensions. Diversity of opinion? For starters, American newsrooms are not very diverse along racial or gender lines, and it’s not clear the situation is improving much. And in a country where educational attainment is an increasingly important predictor of cultural and political behavior, some 92 percent of journalists have college degrees. A degree didn’t used to be a de facto prerequisite for a reporting job; just 70 percent of journalists had college degrees in 1982 and only 58 percent did in 1971. The political diversity of journalists is not very strong, either. As of 2013, only 7 percent of them identified as Republicans (although only 28 percent called themselves Democrats with the majority saying they were independents). And although it’s not a perfect approximation — in most newsrooms, the people who issue endorsements are not the same as the ones who do reporting — there’s reason to think that the industry was particularly out of sync with Trump. Of the major newspapers that endorsed either Clinton or Trump, only 3 percent (2 of 59) endorsed Trump. By comparison, 46 percent of newspapers to endorse either Barack Obama or Mitt Romney endorsed Romney in 2012. Furthermore, as the media has become less representative of right-of-center views — and as conservatives have rebelled against the political establishment — there’s been an increasing and perhaps self-reinforcing cleavage between conservative news and opinion outlets such as Breitbart and the rest of the media. Although it’s harder to measure, I’d also argue that there’s a lack of diversity when it comes to skill sets and methods of thinking in political journalism. Publications such as Buzzfeed or (the now defunct) Gawker.com get a lot of shade from traditional journalists when they do things that challenge conventional journalistic paradigms. But a lot of traditional journalistic practices are done by rote or out of habit, such as routinely granting anonymity to staffers to discuss campaign strategy even when there isn’t much journalistic merit in it. Meanwhile, speaking from personal experience, I’ve found the reception of “data journalists” by traditional journalists to be unfriendly, although there have been exceptions. Independence? This is just as much of a problem. Crowds can be wise when people do a lot of thinking for themselves before coming together to exchange their views. But since at least the days of “The Boys on the Bus,” political journalism has suffered from a pack mentality. Events such as conventions and debates literally gather thousands of journalists together in the same room; attend one of these events, and you can almost smell the conventional wisdom being manufactured in real time. (Consider how a consensus formed that Romney won the first debate in 2012 when it had barely even started, for instance.) Social media — Twitter in particular — can amplify these information cascades, with a single tweet receiving hundreds of thousands of impressions and shaping the way entire issues are framed. As a result, it can be largely arbitrary which storylines gain traction and which ones don’t. What seems like a multiplicity of perspectives might just be one or two, duplicated many times over. Decentralization? Surowiecki writes about the benefit of local knowledge, but the political news industry has become increasingly consolidated in Washington and New York as local newspapers have suffered from a decade-long contraction. That doesn’t necessarily mean local reporters in Wisconsin or Michigan or Ohio should have picked up Trumpian vibrations on the ground in contradiction to the polls. But as we’ve argued, national reporters often flew into these states with pre-baked narratives — for instance, that they were “decreasingly representative of contemporary America” — and fit the facts to suit them, neglecting their importance to the Electoral College. A more geographically decentralized reporting pool might have asked more questions about why Clinton wasn’t campaigning in Wisconsin, for instance, or why it wasn’t more of a problem for her that she was struggling in polls of traditional bellwethers such as Ohio and Iowa. If local newspapers had been healthier economically, they might also have commissioned more high-quality state polls; the lack of good polling was a problem in Michigan and Wisconsin especially. There was once a notion that whatever challenges the internet created for journalism’s business model, it might at least lead readers to a more geographically and philosophically diverse array of perspectives. But it’s not clear that’s happening, either. Instead, based on data from the news aggregation site Memeorandum, the top news sources (such as the Times, The Washington Post and Politico) have earned progressively more influence over the past decade: The share of total exposure for the top five news sources climbed from roughly 25 percent a decade ago to around 35 percent last year, and has spiked to above 40 percent so far in 2017. While not a perfect measure, this is one sign the digital age hasn’t necessarily democratized the news media. Instead, the most notable difference in Memeorandum sources between 2007 and 2017 is the decline of independent blogs; many of the most popular ones from the late ’aughts either folded or (like FiveThirtyEight) were bought by larger news organizations. Thus, blogs and local newspapers — two of the better checks on Northeast Corridor conventional wisdom run amok — have both had less of a say in the conversation. All things considered, then, the conditions of political journalism are poor for crowd wisdom and ripe for groupthink. Likewise, improving diversity is liable to be a challenge, especially because the sort of diversity that Surowiecki is concerned with will require making improvements on multiple fronts (demographic diversity, political diversity, diversity of skill sets). Still, the research Surowiecki cites is emphatic that there are diminishing returns to having too many of the same types of people in small groups or organizations. Teams that consist entirely of high-IQ people may underperform groups that contain a mix of high-IQ and medium-IQ participants, for example, because the high-IQ people are likely to have redundant strengths and similar blind spots. That leaves independence. In some ways the best hope for a short-term fix might come from an attitudinal adjustment: Journalists should recalibrate themselves to be more skeptical of the consensus of their peers. That’s because a position that seems to have deep backing from the evidence may really just be a reflection from the echo chamber. You should be looking toward how much evidence there is for a particular position as opposed to how many people hold that position: Having 20 independent pieces of evidence that mostly point in the same direction might indeed reflect a powerful consensus, while having 20 like-minded people citing the same warmed-over evidence is much less powerful. Obviously this can be taken too far and in most fields, it’s foolish (and annoying) to constantly doubt the market or consensus view. But in a case like politics where the conventional wisdom can congeal so quickly — and yet has so often been wrong — a certain amount of contrarianism can go a long way. Nate Silver
La presse accréditée à la Maison-Blanche est-elle victime du syndrome de Stockholm? Dans un livre devenu un classique du reportage politique américain, The Boys on the Bus, le reporter de Rolling Stone Timothy Crouse comparait en 1973 le convoi de la presse présidentielle sous Nixon à «un affreux petit camp de prisonniers de guerre, le chouchou du commandant, un officier débutant bien dressé et trop zélé, persécutant les prisonniers, étudiant leurs failles, récompensant leurs échecs, les punissant pour leurs succès et les encourageant à se dénoncer mutuellement». Jean-Marie Pottier
Sarkozy avait compris une chose : il ne pouvait pas se passer des médias et réciproquement, donc c’était du donnant-donnant (…) On voyait arriver un type jeune, dynamique, décomplexé – Macron me le rappelle. Il sait que, de toute façon, ça sera payant : les journalistes sont demandeurs et lui, cela l’humanise. En affichant cette jeunesse, ce charme, il ringardise une partie de la classe politique. Saïd Mahrane (Le Point)
En trustant les couves de magazines, Emmanuel Macron est devenu un phénomène médiatique. Sa jeunesse, son ambition, son couple ringardisent une partie de la classe politique. Mais cette stratégie de com sera-t-elle payante ? Il y avait la série des Martine, il y a maintenant celle des Macron. Macron en vacances exclusives à la plage, en minishort bleu, certes, mais “avant l’offensive” parce que bon, voilà, il ne faut pas déconner. Macron et Brigitte, ensemble, sur la route du pouvoir. Macron qui “dévoile enfin son programme” (mais pas trop quand même). Macron “la bombe”, “le coup de poker” ou encore “le dynamiteur”, quand il n’est pas une “fusée” ou “le plus chabadabada (!) des ministres”. Impossible d’y échapper : L’Express, L’Obs, Paris Match, VSD ou encore Closer et Public – sans compter les quotidiens – offrent régulièrement leur “une” au candidat d’En marche !, parfois avec Brigitte Macron, sa femme. (…) La réponse tient en deux points. D’abord, hormis sa vision politique, sa personnalité intrigue, agace, fascine. Ensuite, à l’heure où les ventes de journaux plongent, il est bankable. Pour Marc Dolisi, rédacteur en chef de VSD, si Macron est au cœur de l’attention, “c’est parce qu’il est le seul homme politique qui intéresse autant les gens du point de vue public mais aussi privé”. Outre sa personne, c’est son couple qui ferait de lui un individu dont les amours passionnent autant que celles d’une star du show-biz – qu’il fréquente d’ailleurs, en témoigne une photo de lui à l’anniversaire de Line Renaud, postée par Laeticia Hallyday, excusez du peu. (…) Mettre les Macron à la une de VSD, c’est augmenter les ventes de 10 000 exemplaires, par rapport à un autre politique, même s’“il fait quand même moins vendre qu’une Sophie Marceau ou un Jean-Jacques Goldman”. Du côté de Paris Match, même discours. Bruno Jeudy, rédacteur en chef politique : “C’est un couple de pouvoir, qui énerve, qui est apprécié. Peu importe au fond, ils intéressent.” L’hebdo fut le premier à leur consacrer sa une. C’était en avril 2016, et malgré des critiques pour ce que certains avaient considéré comme de l’impudeur – des photos personnelles du couple y figuraient –, les ventes furent excellentes : “On l’a vendu à environ 300 000 exemplaires, hors abonnés. On a même manqué de papier pour plusieurs kiosques – selon nos services commerciaux, on aurait raté plusieurs milliers de ventes.” Le candidat avait assuré peu après : “Mon couple, ce n’est pas une stratégie de l’exposer, c’est sans doute une maladresse. Je l’assume pleinement. Ce n’est pas une stratégie que l’on reproduira.” On connaît la suite, Emmanuel Macron réapparaissant plusieurs fois depuis avec sa compagne dans les pages de Match. (…) Christophe Barbier, ancien directeur de la rédaction de L’Express – qui, pour sa nouvelle formule en mars 2016, avait mis Macron à l’honneur, et permis à l’hebdo de doubler ses ventes –, reconnaît lui aussi “une vraie curiosité pour le phénomène Macron” (…) D’autant qu’il profiterait du fait qu’“autour de lui, tout s’effondre : on n’aurait pas le même intérêt pour lui si Sarkozy ou Hollande étaient dans la course”. (…) L’ombre de Sarkozy n’est jamais bien loin quand il s’agit d’évoquer la relation de Macron aux médias, people notamment. Pour Saïd Mahrane, rédacteur en chef du Point, le candidat d’En marche ! adopterait le même genre de stratégie médiatique que l’ancien Président en 2007. “Sarkozy avait compris une chose : il ne pouvait pas se passer des médias et réciproquement, donc c’était du donnant-donnant (…) Marc Dolisi ne dit pas le contraire en évoquant “le couple politique le plus intelligent du point de vue de l’image. Neuf ans après Sarkozy et la peopolisation qu’il a imposée, ils savent qu’ils peuvent en tirer profit et que cela peut toucher le grand public”. Le journaliste en veut pour preuve “certaines photos prises par des paparazzis” pour VSD, sans que les Macron ne les attaquent en justice : “Ils auraient pu. Mais ils savent très bien qu’ils sont photographiés. Ils laissent faire.” Cette filiation éditoriale augure-t-elle pour l’homme le plus à droite de la gauche un avenir présidentiel ? Les Inrocks (28/02/2017)
Ce dont est victime François Fillon, c’est d’un système qui a été mis en place depuis des années au Parlement et qui consiste à rémunérer ou à accorder des compléments de rémunération aux parlementaires à travers le système des collaborateurs. Patrick Stefanini (ancien directeur de campagne de Fillon)
Il décrit quelque chose qui est bien ce qu’il a dit, pas spécialement pour Fillon. Mais quand vous avez l’indemnité du parlementaire plus la rémunération du collaborateur qui atterrit dans le même ménage et assez largement sur le même compte en banque…Je vais dire quelque chose qui n’est pas politiquement correct du tout, qui a été abordée maladroitement par Alain Minc ou Henri Guaino: y a-t-il une question sur le niveau de la rémunération des parlementaires en France? La réponse est oui! Je le pense, et je le dis! C’est très difficile à expliquer mais ce salaire, qui est confortable, met les parlementaires français parmi les moins payés en Europe, je le dis. Hervé Mariton
Quand payera-t-on décemment le métier politique? (…) Non ce n’est pas assez compte tenu des contraintes. Je pense qu’il faudrait indexer la rémunération des parlementaires sur celle des plus hauts fonctionnaires. C’est de l’ordre de 10.000 euros. Je ne vois pas pourquoi quelqu’un qui est là pour faire la loi est moins payé que quelqu’un qui est payé pour appliquer la loi. Alain Minc
Il a existé un système, ou une absence de contrôles, c’est vrai, jusqu’à il y a quelques années à l’Assemblée nationale, puisque le système de gestion était différent au Sénat, et notamment pour les collaborateurs familiaux.. Il y avait la capacité, jusqu’à une somme dont je n’ai pas le chiffre en mémoire, de récupérer le solde de crédit qui était affecté aux collaborateurs, puisqu’il n’était pas géré, comme au Sénat par une association. Ce système, il y a été mis fin à l’Assemblée nationale. C’est d’ailleurs à la fois Bernard Accoyer et Claude Bartolone qui me l’ont expliqué. Gérard Larcher

Soyons sérieux, si on veut régler le problème de la corruption, un député a besoin de 9 000 euros net par mois. La première chose à faire, c’est d’interdire aux parlementaires toute autre fonction que la leur. Donc impossible pour un député ou un sénateur d’exercer une profession, de diriger une boîte de conseil, sauf à travailler à titre gratuit. Je pense, par exemple, aux médecins qui pourraient continuer à opérer pour ne pas perdre la main. Mais, dans ce cas, ils ne seraient pas payés. (…) Quand on aura fait ça, alors on pourra proposer d’allouer une rémunération de 9 000 euros net aux parlementaires et une enveloppe de 3 000 euros mensuel de frais divers. C’est le montant que nous avions estimé il y a quelques années quand on s’était penché sur la question.
Julien Dray
Les députés disposent d’une enveloppe mensuelle de 9 561 euros destinée à rémunérer de 1 à 5 assistants. La répartition et l’usage de cette somme sont à discrétion de chaque député. Avant le 1er janvier 2013, comme l’indique le site de l’Assemblée Nationale, les députés pouvaient effectivement conserver les montants non dépensés, dans la limite d’un plafond de 5958 euros par an. Soit moins de 6% de l’enveloppe, relève Le Monde. Reste la question de l’enrichissement personnel par proximité familiale de l’employeur et de son assistant. La pratique existe, bien qu’elle soit contrôlée. Le règlement, mis à jour en 2011, indique que la rémunération d’un emploi familial ne peut pas excéder la moitié de l’enveloppe annuelle du député. La France n’est en effet pas en tête des pays où les parlementaires sont les mieux payés: elle se classe au neuvième rang en Europe, si l’on se reporte au comparatif dressé en décembre 2016 par le site d’information irlandais The Journal. Avec un salaire de base de 85 713 euros bruts par an pour les députés du Palais Bourbon, la France est largement derrière le trio de tête composé par l’Italie (125 220 euros), l’Autriche (121 608 euros) et l’Allemagne (108 984 euros). Tout en bas du classement on retrouve la Roumanie et la Bulgarie, dont les parlementaires gagnent autour de 20 000 euros bruts par an.  Le Figaro  
L’ouvrage-choc de Christian Chesnot et Georges Malbrunot sur les liens ambigus entre certains politiques français et les richissimes monarchies du Golfe persique fait des vagues. Des personnalités ont contacté, en vain, l’ambassade du Qatar à Paris pour que celle-ci démente les accusations contenues dans le livre. Le secrétaire d’Etat Jean-Marie Le Guen et la sénatrice de l’Orne Nathalie Goulet sont les seuls, jusqu’ici, à avoir déposé plainte pour diffamation contre les auteurs du livre « Nos très chers émirs » (ed. Michel Lafon). Ils font partie des personnalités -de droite comme de gauche- épinglées par Christian Chesnot et Georges Malbrunot qui les accusent d’avoir profité des largesses de l’ambassade du Qatar à Paris. Dans leur liste non exhaustive, les deux grand reporters, ex-otages en Irak, désignent aussi Rachida Dati, le député socialiste du Pas-de-Calais Nicolas Bays ou Dominique de Villepin, qui exigeait de voyager en « First ». «De 2007 à 2013, à l’époque de l’ancien ambassadeur Al-Kuwari, la représentation qatarie en France était devenue la boutique du Père Noël », affirment les auteurs. Cette générosité a été bien mal récompensée. Le petit émirat supporte mal le « Qatar bashing », sa mise en cause dans le financement du terrorisme islamiste, y compris par des politiques français. Le filon va se tarir avec l’avènement du jeune émir Tamin qui a ordonné au nouvel ambassadeur Meshal de mettre un terme à cette politique des « petits cadeaux ». Aujourd’hui, le Qatar cherche à redorer son blason et « le distributeur à billets de 500 euros » est fermé. Dès sa publication, l’enquête de Chesnot et Malbrunot a mis en effervescence le petit monde des « amis » français de l’émirat qui pleurent leur mise à l’écart et la diète qui s’en est suivie. Le lendemain de la sortie du livre, le 21 octobre, l’ex-ministre Rachida Dati a envoyé deux émissaires à l’ambassade du Qatar qui ont exigé d’être reçus par l’ambassadeur Meshal. (…) Du côté de Jean-Marie Le Guen, c’est un proche qui a contacté l’ambassade qatarie à Paris avec en substance ce message: « Ce n’est pas bien de balancer auprès de la presse. Après cela, la France va lâcher le Qatar quand il y aura des accusations contre le terrorisme. On ne vous soutiendra plus ». (…) «Entre les partis politiques, c’est l’omerta, confie un parlementaire. Des gens de droite et d’autres de gauche sont mouillés. Il y a un intérêt commun à étouffer l’affaire. » Seul le député non inscrit Nicolas Dupont-Aignan a réclamé la création d’une commission d’enquête à l’Assemblée, tout en reconnaissant qu’il y avait peu de chance qu’elle aboutisse. Le député-maire de Neuilly, Jean-Christophe Fromentin a posé pour sa part une question écrite au Premier ministre Manuel Valls. Depuis sa rupture avec l’UDI, il figure également parmi les indépendants à l’Assemblée. Quant au nouveau Parquet national financier, chargé de lutter contre la fraude et la corruption, il ne s’est encore saisi des graves accusations lancées par les deux journalistes. Paris Match
Venez, on enfonce un violon dans le cul de madame Valls. Medhi Meklat  (octobre 2012, sept mois après les meurtres de Merah)
Venez, on fait un autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde. Medhi Meklat (décembre 2002)
Cette génération qui vit sur Internet (…) et s’autorise les pires dérapages idéologiques sous prétexte qu’ils sont libres. Medhi Meklat (Minute)
J’espère qu’on m’accordera le crédit de la fiction,explique-t-il. Ce personnage [de Marcelin Deschamps] n’a pu exister que sur Twitter parce que c’était justement l’endroit de la fiction. (…) C’était un travail littéraire, artistique, on peut parler de travail sur l’horreur, en fait. Mehdi Meklat
Sur France Inter, ils ont longtemps relayé la voix des oubliés des banlieues. Dix ans après les émeutes de Clichy-sous-Bois, les jeunes reporters du Bondy Blog nous bousculent par leur ton libre et combatif. Ils sont les invités de “Télérama” cette semaine. Télérama
Mise à jour : Que savions nous des tweets de Mehdi Meklat lorsque nous l’avons interviewé, avec son compère Badroudine, en octobre 2015 ? En aucun cas, nous n’avions eu connaissance de ses messages antisémites, homophobes et racistes, récemment ressurgis des tréfonds de Twitter. Sinon, nous ne l’aurions pas cautionné. Cela va sans dire. Alors pourquoi le préciser ? Parce qu’au regard de ce qu’on sait aujourd’hui, une remarque, publiée dans cet entretien vieux d’un an et demi, prête malheureusement à confusion : « vous participez au bruit ambiant, disions-nous, en publiant sur Twitter des blagues parfois limites »… Sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps, Mehdi Meklat postait en effet des plaisanteries en cascade. Beaucoup étaient très drôles, mais d’autres étaient lestées d’une provocation aux franges de l’agressivité, ou d’une pointe de misogynie potache. C’est à cela que nous faisions allusion en parlant de « blagues limite ». A rien d’autre. Avons-nous à l’époque manqué de prudence ? Nous aurions pu passer des heures, voire des jours, à fouiller parmi ses dizaines de milliers de tweets déjà publiés, afin de vérifier qu’il ne s’y trouvait rien d’inacceptable. Mais pourquoi l’aurions-nous fait ? Tout, alors, dans sa production professionnelle (chroniques radio, documentaire, livre), témoignait au contraire d’un esprit d’ouverture qui nous a touchés. En octobre 2015, à nos yeux, Mehdi Meklat n’était absolument pas suspect d’intolérance. Découvrir aujourd’hui ses tweets haineux fut un choc pour nombre de nos lecteurs. Pour nous aussi. Ils sont aux antipodes des valeurs que Télérama défend numéro après numéro, depuis plus de soixante ans. Télérama
Beaucoup de choses ont déjà été dites sur Mehdi Meklat, écrivain talentueux de 24 ans, « issu des cités », promu et encensé depuis 2012 par la presse culturelle unanime sur son talent littéraire et qui abreuvait Twitter de sentences ultraviolentes à caractère antisémite, homophobe, misogyne. Il appelait également à des agressions physiques contre certaines personnalités et fit l’apologie du génocide nazi et du terrorisme, le tout sous couvert d’un pseudonyme (« Marcelin Deschamps ») connu de tous ceux qui continuaient de le soutenir. Cela dans la période où le pays subissait l’assassinat de militaires et d’enfants juifs, les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes et la Belgique la tuerie du Musée juif de Bruxelles. Citons quelques-uns de ces Tweet pour prendre la mesure de ce que cela signifie. « Venez, on enfonce un violon dans le cul de madame Valls », écrivait-il en octobre 2012 (sept mois après les meurtres de Merah), quand « madame Valls », de confession juive, passait pour« influencer » les positions de son mari sur la laïcité.« Venez, on fait un autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde »,trouve-t-on en décembre de la même année. (…) Les réseaux ­sociaux ont fait le relais. En d’autres ­termes, sans ces nouveaux médias, l’omerta serait restée entière. La faillite morale et professionnelle journalistique est totale. La question qui se pose est celle-ci : où, exactement, se trouve le vrai scandale ? Tâchons de raisonner de façon littéraire. Ouvrons Minute. Le livre imagine plusieurs personnages issus de classes sociales diverses dans la minute précédant l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir. Il commence ainsi : « A quoi devaient servir les écrivains ? A apporter du temps et du style. Le temps était effréné, tellement présent dans nos vies ordinaires qu’il en devenait absent, dissous. » Le personnage s’exprimant de cette façon, « l’Ecrivain », n’est pas sans évoquer Renaud Camus (et parfois Houellebecq), dans la mesure où il a été au centre d’un scandale littéraire et est membre du Front national. Plus tard dans le livre, il croise « deux jeunes romanciers », Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, lesquels le jugent « raciste », tandis que lui ne voit en eux que les représentants « d’une génération qui vit sur Internet et s’autorise les pires dérapages ». Dans la réalité, bien sûr, tous ont raison. Plus troublant encore, c’est par un ­raisonnement fort proche de celui de Renaud Camus autrefois que Meklat a tenté de justifier ses Tweet, notamment dans l’interview donnée au site de Télérama dans les jours suivant le scandale. Marc Weizman
Ce qui m’a frappé dans les débats des dernières années, c’est la difficulté avec lesquels ils sont parvenus à émerger. Car les plus importants d’entre eux portent précisément sur les sujets dont le «Parti des médias» – pour reprendre l’expression créée par Marcel Gauchet – tente d’empêcher l’évocation… Il y a comme ça, à chaque époque, des problèmes vitaux qui forment comme un angle mort du débat public. Ce sont précisément ceux qui vont décider de l’avenir. En 1936, après la remilitarisation de Rhénanie par Hitler, dans la plupart des médias français, il était presque impossible d’évoquer la perspective d’une guerre avec l’Allemagne. Tous les gens de bien étaient furieusement pacifistes… On trouverait bien un terrain d’entente avec le chancelier allemand, disaient-ils. Mais dans les cafés et les salons, on ne parlait que de ça. Aujourd’hui, l’histoire est à nouveau en phase d’accélération brutale et le défi qui nous est lancé par l’islamisme politique, entré en phase de conquête du monde, est redoutable. Mais le Parti des médias, aveuglé par ses bons sentiments, préfère nous abreuver de petites nouvelles insignifiantes, d’une part, de ses grandes indignations, de l’autre. (…) comment ne pas voir que le rassemblement de quelques milliers de bobos place de la République, prétendant proposer une réalité radicalement alternative, a été monté en mayonnaise afin de gommer les 4 millions de Français, descendus spontanément dans les rues pour protester contre les attentats islamistes de janvier? Pour ne prendre que cet exemple. De la même façon, chaque fois que le discours lénifiant sur le «vivre-ensemble» est contredit par des faits, ceux-ci font l’objet d’un remontage. Combien d’attentats islamistes ont été requalifiés en «actes commis par un déséquilibré»? Ou alors, on organise à la hâte une diversion. (…) Sur tous les plans, on se rapproche de la vérité en marchant en crabe. Ça ne facilite pas le règlement des problèmes. Prenez l’économie. Il y a cinq ans, le débat portait sur les délocalisations: nos problèmes venaient de l’étranger, qui ne respectait pas nos règles, qui prétendait réussir en ne faisant pas comme nous. La Chine, voire l’Allemagne nous faisaient une concurrence déloyale. À partir d’un certain moment, on a commencé à s’inquiéter de la désindustrialisation. C’était approcher du vrai problème, celui du manque de compétitivité de notre appareil productif. Encore quelques mois, et on a commencé à réaliser que nos entreprises supportaient des charges disproportionnées par rapport à celles de leurs concurrentes et qu’il convenait donc de les alléger, après les avoir augmentées. Mais c’est justement l’un des sujets dont le Parti des médias ne veut pas entendre parler, comme du déficit budgétaire et de l’endettement. Pour ces aveuglés, l’absence de croissance française, le niveau extravagant du chômage n’ont qu’une seule cause: «l’austérité»… Mais si l’austérité, c’est un niveau de dépense publique inouï, qui absorbe 57,5 % de tout ce que produit le pays, le plus fort taux de prélèvement obligatoire d’Europe, et une dette publique de 100 % du PIB, alors je demande comment on va qualifier l’économie allemande… Un État dont le budget est équilibré et qui, étrangement, a un taux de chômage deux fois inférieur au nôtre. Encore une fois, pour prendre un exemple. Mais dans tous les domaines, c’est la même danse du ventre: on approche de la vérité en tournant autour, plutôt que d’affronter franchement nos problèmes. (…) Ayant vécu une partie de mon adolescence au Liban, repris des études à Oxford à 42 ans, enseigné trois ans en Pologne, beaucoup bourlingué en Europe, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, j’avais fait mienne l’idée d’Attali selon laquelle les nations étaient en train de devenir des hôtels où l’on pose provisoirement ses valises, en prenant pour critère le rapport qualité/prix. En s’attaquant aux Juifs, comme l’ont fait Merah et Coulibaly, à un symbole de l’esprit de ma génération, comme Charlie, les infiltrés du djihad, cette cinquième colonne islamiste, m’ont «rendu la France», comme disait Aragon. Poète communiste, il a tourné patriote lors de l’occupation, après avoir longtemps conspué le drapeau et la Marseillaise. Je me suis senti visé personnellement par les fous de Dieu. (…) Lorsque j’ai vu la formidable réaction, spontanée, de la population, opposant 4 millions de poitrines aux tueurs, semblant dire: «nous sommes bien trop nombreux, vous ne pourrez pas nous tuer tous», je me suis senti conforté dans l’idée qu’il fallait défendre le vieux pays menacé. Mais il faut en être conscient: il va devenir de plus en plus dangereux de vivre dans un pays qui refuse le chantage des islamistes: soumettez-vous ou bien vous mourrez. C’est une raison supplémentaire de rester: tenter de renforcer le camp de la résistance. Et non leur abandonner le terrain. Ne pas collaborer lâchement, comme la dernière fois… (…) L’hégémonie intellectuelle est toujours détenue par «presse qui pense», même si elle a de moins en moins de lecteurs: Télérama, Les Inrocks, Le Nouvel Obs, Libé, etc. C’est elle qui donne le ton, décerne des brevets et censure ce qu’ils appellent les «dérapages». Ces contestataires professionnels sont étonnés et furieux d’être à leur tour contestés. C’est que l’espèce de bouillie intellectuelle, ce néo-marxisme rudimentaire à base de slogans creux qui leur sert de pensée s’est fracassé sur la réalité sociale. Souvent demeurés intellectuellement dans les années 1960/70 (Derrida, Foucault, etc.), ils s’acharnent à «transgresser», à «renverser des tabous», alors qu’il n’y a plus, en face, que le vide. Ils rejouent éternellement la scène originelle de 68, alors qu’on a radicalement changé d’époque. C’est pourquoi les gens qui pensent juste ont opéré, depuis le début de notre XXI° siècle, ce retour à Camus, à Arendt, à Orwell – qui n’étaient certes pas des penseurs «réactionnaires». «Empêcher que le monde ne se défasse», comme disait Camus. Et ne pas pousser la tolérance à l’absurde, en prétendant tolérer la barbarie. Ne pas justifier l’inacceptable au nom du relativisme des valeurs. (…) lorsque je me retrouve devant mon ordinateur, avec un article à écrire, je pense: comment Christopher Hitchens tournerait-il ça? Orwellien lui aussi, «Hitch» savait comme personne mettre le doigt sur l’hypocrisie, la mauvaise foi, le double standard moral. Et c’était un esprit absolument libre. Un véritable voltairien de la fin du XX° siècle. Il n’a aucun équivalent en français, mais quelques héritiers en Angleterre, comme Nick Cohen. (…) «Le socialisme, c’est quand la liberté arrive dans la vie des gens les plus pauvres», a écrit Carlo Rosselli, l’un des théoriciens du libéralisme de gauche, assassiné en France par les sbires de Mussolini. Je pense que la véritable lutte des classes n’oppose pas tant les salariés aux entrepreneurs que les insiders du système aux exclus, les détenteurs de rentes à ceux qui sont prêts à emprunter l’escalier de service lorsque l’ascenseur social est en panne. La «défense des avantages acquis» est un mot d’ordre qui profite aux planqués. Tony Blair disait: «ce qui est social, c’est ce qui crée des emplois». Il avait raison. Notre système a fait le choix implicite du chômage de masse. C’est une calamité. Non seulement, le chômage détruit des vies, mais il rend des millions de personnes dépendantes de l’État pour leur survie. Il bloque toute ambition, il étouffe cette «étincelle vivante» que les hommes portent en eux et qui, selon Goethe, «se recouvre de la cendre toujours plus épaisse des nécessités quotidiennes si elle cesse d’être alimentée. » (…) je croyais que l’Europe pouvait devenir une puissance capable, en alliance avec les États-Unis et les autres démocraties, de rivaliser avec les grandes puissances émergentes. Que nous pourrions contribuer à définir un ordre du monde basé sur le droit international, la souveraineté des peuples, la démocratie, les droits de l’homme… Encore aurait-il fallu que les dirigeants européens assument notre héritage. Qu’ils n’aient pas honte d’être européens. Or, ils ont agi comme s’il fallait se débarrasser de notre culture. Comme si notre formidable héritage les encombrait. Le continent qui a donné au monde Leonard de Vinci, Cervantes, Shakespeare, Rembrandt, Racine, Mozart, Goethe, Hugo, Proust, Pessoa, Chaplin, Milosz… illustre ses billets de banques avec des ponts et des fenêtres. Pour ne froisser personne, paraît-il. Entre l’arrogance et la haine de soi, il devrait exister une position moyenne. Quand je suis rentré de Pologne, je suis allé voir la rédactrice en chef d’un magazine consacré à l’Europe avec des projets d’article sur l’apport de la culture centre-européenne à l’identité européenne. «Moi, ce qui m’intéresse dans l’Europe, c’est l’Autre», m’a-t-elle dit. Allez demander aux Chinois, aux Indiens ou aux Turcs, si c’est «l’Autre» qui les intéresse prioritairement! (…) Cette Union européenne, qui refuse d’être une puissance politique, est prise en tenailles. Elle est coincée entre l’islamisme qui se rapproche de nous par la Turquie et risque de nous entraîner dans le chaos proche-oriental et la contre-révolution culturelle tentée par Poutine, avec son rêve impérial post-soviétique. Cette UE, régie par le droit et le marché, purement procédurale et évitant toute décision politique, cette Europe-là est condamnée. Ses concepteurs ont cru à la possibilité d’un avion en pilotage automatique. Ça pouvait marcher par temps calme, mais aussitôt qu’est apparue une zone de turbulence, en 2008, la machine s’est enrayée. (…) Les dirigeants de l’UE ont refusé à l’Europe toute identité, toute substance, toute limite géographique: ils ont créé une coquille vide, un ensemble flou dans lesquels les citoyens ne reconnaissent pas. Comment s’étonner que ceux-ci se réfugient dans leurs États-nations. Au moins, pensent-ils, on en contrôle les dirigeants en les remplaçant lorsqu’ils prennent de mauvaises décisions. Et on peut en défendre les frontières, ce que l’UE refuse de faire, face à une crise migratoire qui va s’aggraver. Je le déplore, parce que nos petites nations en communauté de déclin ne font pas le poids face aux géants émergents. (…) Face à la complexité du monde, à ses métamorphoses difficiles à saisir, les gens se réfugient dans des explications simples. Cela a nourri les grandes idéologies du XX° siècle. Le fascisme, le marxisme, offraient des réponses simplettes à des questions compliquées. Mais il y a aussi quelque chose de positif dans ce que les élites baptisent «populisme»: les simples gens ont parfois une vision plus juste que des dirigeants vivant hors-sol, dans l’ignorance des vrais problèmes de la population. (…) Qui peut nier que les peuples du Moyen Orient aspirent, eux, à la démocratie? Les racistes nous répètent que les Arabes ne sont «pas mûrs», que leur société civile n’est pas assez émancipée, que l’islam constitue un facteur de blocage insurmontable. J’ai vibré à l’unisson des «révolutions arabes», qui rappellent tellement le Printemps des peuples européens de 1848. Je n’ignore pas leur échec, à peu près général, à l’exception de la Tunisie. On ne peut nier que l’islamisme, qui guette les occasions d’avancer ses pions et de contrôler les sociétés, a profité des libertés conquises. Là où il a cru son heure arrivée, comme en Egypte, il a provoqué la réaction des militaires. Mais les peuples n’ont pas dit leur dernier mot. Après 1848, nous avons eu aussi une sévère réaction en Europe. La liberté ne se conquiert pas en un jour. Mais qu’on ne vienne pas me dire qu’avec les despotes – Saddam Hussein, Kadhafi et Bachar el-Assad, Moubarak, nous vivions dans un monde «plus sûr». C’est l’inverse qui est vrai. Ces systèmes politiques, archi-corrompus et tyranniques, étaient tous au bout du rouleau. Dans le combat entre «réalpolitiques» cyniques et droits-de-l’hommistes, solidaires des peuples en lutte contre leurs tyrans, je persiste à choisir ces derniers. En ce qui concerne l’Irak et la Syrie, l’erreur politique, c’est Obama qui l’a commise. En retirant prématurément ses soldats d’Irak, à une époque où Daech comptait 200 combattants ; et en refusant de soutenir la rébellion démocratique contre al-Assad, ce qui a laissé le champ libre aux djihadistes, encouragés par le régime… Brice Couturier
« La tolérance devient un crime lorsqu’elle s’étend au mal », écrit Thomas Mann dans La Montagne magique. Meh­di Meklat n’a pas seulement été toléré, il a été porté au pinacle par les organes du gauchisme culturel. Ceux-ci l’avaient élevé au rang de chantre ­semi-officiel de la «  culture de banlieue  ». Soit, pour eux, un mélange de cynisme roublard et de vulgarité ; la banalisation de l’insulte et de la menace ; le sens du «  respect  » dû au plus fort, au plus menaçant, au plus dangereux ; le mépris des femmes et des faibles, la haine des homosexuels. Bref, le côté «  racaille  » dans lequel ces journalistes à faible niveau culturel imaginent reconnaître les héritiers de la bohème antibourgeoise d’antan. Et qui sait  ? Une nouvelle avant-garde pleine de promesses. Il y avait un créneau. De petits malins dotés d’un fort sens du marketing se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont compris qu’il y avait des places à prendre dans les médias pour peu que l’on puisse étaler une origine outre-­méditerranéenne et que l’on se conforme aux stéréotypes construits par le gauchisme culturel : «  racaille  », mais politisé. De la gauche qu’il faut. Pas celle qui a hérité des Lumières le goût de la raison droite et du savoir qui émancipe. Non, la gauche branchouille qui a métamorphosé l’antiracisme en multiculturalisme ; l’indifférence envers les origines et les couleurs de peau en autant d’«  identités  » reposant étrangement sur des détails anatomiques ; l’émancipation envers les origines en assignations identitaires. Une gauche aussi into­lérante et violente que ce «  fascisme  » dont elle ne cesse de poursuivre le fantôme. (…) Depuis longtemps, un certain nombre d’intellectuels, comme Pierre-André Taguieff, Alain Finkielkraut ou Georges Bensoussan, tentent de mettre en garde contre un des aspects les plus exécrables de cette soi-disant «  culture de banlieue  » : le racisme, l’antisémitisme. Mais leurs voix étaient couvertes, leurs propos dénoncés, quand ils n’étaient pas traînés en justice, comme Bensoussan et Pascal Bruckner, pour avoir dit que le roi est nu. (…) Il est entendu que, en Europe, en France, le racisme ne saurait provenir que de la société d’accueil. Du côté de l’immigration, il est convenu qu’on en est indemne et qu’on «  lutte pour ses droits  ». En outre, la théorie de la «  convergence des luttes  » implique que les combats des femmes, des homosexuels et des minorités ethniques se recoupent et se conjuguent, sous la direction éclairée d’une extrême gauche qui a trouvé dans ces «  minorités  » son prolétariat de substitution. (…) Mehdi Meklat avait franchi à une vitesse accélérée tous les échelons de la notoriété médiatique : rond de serviette chez Pascale Clark à France Inter, couverture de Télérama avec son compère Badrou («  les révoltés du Bondy Blog  »), «  textes  » publiés aux éditions du Seuil, adoubement par Christiane Taubira, qui a accepté de poser en couverture des Inrocks avec les deux compères sans se renseigner plus avant sur eux. Cette carrière fulgurante vient de dérailler alors qu’elle semblait toucher au sommet. Invité à La Grande Librairie sur France 5, l’«  enfant prodigue de Bondy  » est démasqué pour ses dizaines de milliers de tweets. Le dessinateur Joann Sfar et la journaliste Eugénie Bastié ont lancé une alerte : le héraut de la culture de banlieue avait tweeté des milliers de messages injurieux, menaçants, antisémites. Sous un pseudonyme – Marcelin Deschamps, que bien des gens connaissaient –, il avait appelé à tuer Charb et la rédaction de Charlie Hebdo, à «  enfoncer un violon dans le cul de madame Valls  », à «  enfoncer des ampoules brûlantes dans le cul de Brigitte Bardot. Jusqu’à ce qu’elle vomisse du sang  ». Il appelait à «  casser les jambes  » d’Alain Finkiel­kraut. Ajoutant : «  J’opte pour l’effet béquille pour Finkielkraut, car ainsi il pourra être immobilisé et souffrir dans l’indifférence générale.  » Il a tweeté : «  Sarkozy = la synagogue = les juifs = shalom = oui, mon fils = l’argent.  » Et «  LES BLANCS VOUS DEVEZ MOURIR ASAP  » (pour as soon as possible – dès que possible). On en est là  ? Oui, on en est là. Lentement mais sûrement, le niveau de tolérance envers les intolérants avait monté. La cote d’alerte était atteinte et nous ne l’avions pas vue. Si l’affaire Meklat pouvait au moins servir d’avertissement… Comme on le sait de triste expérience, le sort réservé aux juifs, dans toutes les sociétés, est comparable à ces canaris que les mineurs emportaient dans les mines de charbon. Le canari succombe par asphyxie avant que les mineurs aient pris conscience de la présence de gaz dans la galerie. Lorsque, dans une société donnée, la vie, pour les juifs, devient difficile ou dangereuse, c’est qu’elle est malade et menacée. C’est pourquoi il faut refuser absolument la banalisation de l’anti­judaïsme. Brice Couturier

Attention: un effet de meute peut en cacher un autre !

A l’heure où derrière les cris d’orfraie qui ont suivi les allégations du président Trump concernant la surveillance de ses communications pendant sa campagne électorale …

De la part d’une administration qui en son temps – qui s’en souvient ? –  n’avait pas hésité à lancer le fisc sur ses ennemis ou faire écouter certains journalistes …

Se confirme, jour après jour et fuite après fuite, la véritable campagne de déstabilisation de la nouvelle administration américaine par la collusion des services secrets et de la presse …

Comment ne pas saluer le courageux mea culpa d’un des analystes électoraux les plus respectés pour le véritable accident industriel qu’a constitué pour la presse américaine aussi bien que pour ses collègues l’élection totalement imprévue de Donald Trump …

Alors que l’on redécouvre 40 ans après sa mise au jour par le fameux livre du journaliste de Rolling Stone Timothy Crouse sur le convoi de la presse présidentielle sous Nixon (The Boys on the Bus, 1974) …

Que la sorte de syndrome de Stockholm qu’avait alors généré, de bus en avions et d’un site de campagne à l’autre, leur cohabitation étroite et forcée a désormais fait place ….

A l’image de la fameuse chambre d’écho dont était si fier le conseiller à la sécurité d’Obama Ben Rhodes pour son tristement fameux accord sur le nucléaire iranien …

A une véritable mentalité de meute, renforcée tant par l’incroyable consanguinité de ses membres (pas plus de 7 % de Républicains déclarés) que par l’effet homogénéisant des médias sociaux et notamment Twitter ?

Mais comment aussi ne pas voir le parallèle de ce côté-ci de l’Atlantique …

Avec les longues semaines de véritable chasse à l’homme médiatico-judiciaire dont vient d’être victime, à quelques mois d’une élection présidentielle où la gauche était logiquement donnée perdante, le seul candidat crédible de la droite …

Doublée, comme il se doit, d’un emballement tout aussi massif pour son principal adversaire …

Qui n’est pas sans rappeler un autre emballement dont a si longtemps bénéficié jusqu’à sa découverte par une enseignante anonyme il y a un mois …

Le jeune blogueur aux tweets racistes, antisémites et homophobes Mehdi Meklat ?

Mehdi Meklat, l’enfant gâté du gauchisme culturel
Quels mécanismes peuvent expliquer l’ascension médiatique du jeune blogueur aux tweets racistes, antisémites et homophobes ? Enquête.
Brice Couturier*
Le Point
03/03/2017

« La tolérance devient un crime lorsqu’elle s’étend au mal », écrit Thomas Mann dans La Montagne magique. Meh­di Meklat n’a pas seulement été toléré, il a été porté au pinacle par les organes du gauchisme culturel. Ceux-ci l’avaient élevé au rang de chantre ­semi-officiel de la «  culture de banlieue  ». Soit, pour eux, un mélange de cynisme roublard et de vulgarité ; la banalisation de l’insulte et de la menace ; le sens du «  respect  » dû au plus fort, au plus menaçant, au plus dangereux ; le mépris des femmes et des faibles, la haine des homosexuels. Bref, le côté «  racaille  » dans lequel ces journalistes à faible niveau culturel imaginent reconnaître les héritiers de la bohème antibourgeoise d’antan. Et qui sait  ? Une nouvelle avant-garde pleine de promesses.

Il y avait un créneau. De petits malins dotés d’un fort sens du marketing se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont compris qu’il y avait des places à prendre dans les médias pour peu que l’on puisse étaler une origine outre-­méditerranéenne et que l’on se conforme aux stéréotypes construits par le gauchisme culturel : «  racaille  », mais politisé. De la gauche qu’il faut. Pas celle qui a hérité des Lumières le goût de la raison droite et du savoir qui émancipe. Non, la gauche branchouille qui a métamorphosé l’antiracisme en multiculturalisme ; l’indifférence envers les origines et les couleurs de peau en autant d’«  identités  » reposant étrangement sur des détails anatomiques ; l’émancipation envers les origines en assignations identitaires. Une gauche aussi into­lérante et violente que ce «  fascisme  » dont elle ne cesse de poursuivre le fantôme.

Prolétariat de substitution

Les médias en question ne sont pas intéressés par les collégiens qui montent des pièces de Molière ou de Beaumarchais, ou apprennent à jouer du piano. N’avez-vous jamais entendu parler de Malika Bellaribi-Le Moal, mezzo-soprano qui organise des ateliers lyriques en banlieue  ? Si oui, c’est dans La Croix, et non dans la presse branchée. Ne cherchez pas non plus dans les colonnes de cette dernière le travail d’associations comme Les Petits Riens, grâce à laquelle des élèves de collèges situés en REP sont initiés à la musique et à la danse, et fréquentent l’Opéra-Comique. Or les banlieues fourmillent de ce genre d’initiatives qui rencontrent un certain succès. Mais la délicatesse de sentiment et la tradition humaniste héritée, la culture savante – celle qui favorise l’intégration –, c’est affaire de bolos, ces bourgeois-lopettes, ces «  têtes de victimes  ». Ce qui est attendu de la culture de banlieue, c’est le pire du rap. Les éructations haineuses. Une véhémence provocatrice qui s’exprime dans une langue ­réduite au verlan.

Lorsque, dans une société donnée, la vie, pour les juifs, devient difficile ou dangereuse, c’est qu’elle est malade et menacée.

Depuis longtemps, un certain nombre d’intellectuels, comme Pierre-André Taguieff, Alain Finkielkraut ou Georges Bensoussan, tentent de mettre en garde contre un des aspects les plus exécrables de cette soi-disant «  culture de banlieue  » : le racisme, l’antisémitisme. Mais leurs voix étaient couvertes, leurs propos dénoncés, quand ils n’étaient pas traînés en justice, comme Bensoussan et Pascal Bruckner, pour avoir dit que le roi est nu. Dans le best-seller de la bande dessinée L’Arabe du futur, Riad Sattouf, qui a passé son enfance en Libye puis en Syrie, révèle que la première expression qu’il a apprise sur place en arabe, c’est «  sale juif  ». Mais il y a un tabou sur ce sujet, pourtant dévoilé par des écrivains et penseurs maghrébins, comme Boualem Sansal. Il est entendu que, en Europe, en France, le racisme ne saurait provenir que de la société d’accueil. Du côté de l’immigration, il est convenu qu’on en est indemne et qu’on «  lutte pour ses droits  ». En outre, la théorie de la «  convergence des luttes  » implique que les combats des femmes, des homosexuels et des minorités ethniques se recoupent et se conjuguent, sous la direction éclairée d’une extrême gauche qui a trouvé dans ces «  minorités  » son prolétariat de substitution. Mais la logique du multiculturalisme ne pouvait déboucher que sur la concurrence victimaire et non sur l’unité des fronts secondaires. Le gauchisme culturel devrait méditer le texte consacré par Bertrand Russell à «  the fallacy of the superior virtue of the oppressed  » : le «  dominé  » n’est pas, selon lui, systématiquement porté à l’ouverture d’esprit.

Mehdi Meklat avait franchi à une vitesse accélérée tous les échelons de la notoriété médiatique : rond de serviette chez Pascale Clark à France Inter, couverture de Télérama avec son compère Badrou («  les révoltés du Bondy Blog  »), «  textes  » publiés aux éditions du Seuil, adoubement par Christiane Taubira, qui a accepté de poser en couverture des Inrocks avec les deux compères sans se renseigner plus avant sur eux. Cette carrière fulgurante vient de dérailler alors qu’elle semblait toucher au sommet. Invité à La Grande Librairie sur France 5, l’«  enfant prodigue de Bondy  » est démasqué pour ses dizaines de milliers de tweets. Le dessinateur Joann Sfar et la journaliste Eugénie Bastié ont lancé une alerte : le héraut de la culture de banlieue avait tweeté des milliers de messages injurieux, menaçants, antisémites. Sous un pseudonyme – Marcelin Deschamps, que bien des gens connaissaient –, il avait appelé à tuer Charb et la rédaction de Charlie Hebdo, à «  enfoncer un violon dans le cul de madame Valls  », à «  enfoncer des ampoules brûlantes dans le cul de Brigitte Bardot. Jusqu’à ce qu’elle vomisse du sang  ». Il appelait à «  casser les jambes  » d’Alain Finkiel­kraut. Ajoutant : «  J’opte pour l’effet béquille pour Finkielkraut, car ainsi il pourra être immobilisé et souffrir dans l’indifférence générale.  » Il a tweeté : «  Sarkozy = la synagogue = les juifs = shalom = oui, mon fils = l’argent.  » Et «  LES BLANCS VOUS DEVEZ MOURIR ASAP  » (pour as soon as possible – dès que possible).

On en est là  ? Oui, on en est là. Lentement mais sûrement, le niveau de tolérance envers les intolérants avait monté. La cote d’alerte était atteinte et nous ne l’avions pas vue. Si l’affaire Meklat pouvait au moins servir d’avertissement… Comme on le sait de triste expérience, le sort réservé aux juifs, dans toutes les sociétés, est comparable à ces canaris que les mineurs emportaient dans les mines de charbon. Le canari succombe par asphyxie avant que les mineurs aient pris conscience de la présence de gaz dans la galerie. Lorsque, dans une société donnée, la vie, pour les juifs, devient difficile ou dangereuse, c’est qu’elle est malade et menacée. C’est pourquoi il faut refuser absolument la banalisation de l’anti­judaïsme.

Voir aussi:

Brice Couturier : le Parti des médias et l’intelligentsia méprisent la réalité
Alexandre Devecchio
Le Figaro
19/08/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Dans un entretien fleuve, Brice Couturier, qui a été le chroniqueur matinal de France Culture pendant cinq ans, décrypte les contours d’une vie médiatico-intellectuelle où le pluralisme et le vrai débat sont en voie de disparition.

Journaliste et producteur de radio, Brice Couturier rejoint France Culture en 2002, où il anime alors une émission hebdomadaire consacrée à l’Europe, Cause Commune, avant de devenir producteur de l’émission Du grain à moudre. De 2011 à 2016, il a été chroniqueur et co-animateur dans Les Matins de France Culture.

FIGAROVOX. – De septembre 2011 à juin 2016, vous avez été chroniqueur et co-animateur dans Les Matins de France Culture. Que retenez-vous de ce quinquennat sur le plan intellectuel et politique?

Brice COUTURIER. – Un quinquennat, oui, l’expression est bien trouvée. C’est d’ailleurs un principe de vie: je change d’activité tous les cinq ans. Ces cinq dernières années, j’ai donc écrit chaque jour un éditorial que j’ai lu le lendemain matin sur notre antenne de France Culture, afin de lancer le débat de la deuxième partie des Matins. Lorsque le directeur de l’époque, Olivier Poivre d’Arvor, m’a proposé ce défi, je lui ai fait remarquer que l’éditorialiste d’un journal, c’est quelqu’un qui reflète la ligne éditoriale de ce titre et qu’en ce qui me concerne, je me regardais comme assez décalé par rapport à celle de France Culture. Mais c’était précisément ma différence qui l’intéressait. Il souhaitait que je provoque l’invité des Matins, en lui balançant des idées susceptibles de le faire réagir. Là où l’exercice trouvait ses limites, c’est que je n’étais pas toujours autorisé à répondre à l’invité – notamment lorsqu’il démolissait mon papier. Sans doute fallait-il que le tenant du «politiquement correct» conserve le dernier mot… J’apparaissais ainsi comme un trublion qu’on sort de sa boîte, afin de provoquer un peu, mais qu’on s’empresse de faire taire lorsqu’il a joué son rôle afin que tout rentre dans l’ordre. Dommage, car j’ai travaillé sérieusement chaque sujet de manière à pouvoir poursuivre la discussion en m’appuyant sur des faits.

Ce qui m’a frappé dans les débats des dernières années, c’est la difficulté avec lesquels ils sont parvenus à émerger. Car les plus importants d’entre eux portent précisément sur les sujets dont le «Parti des médias» – pour reprendre l’expression créée par Marcel Gauchet – tente d’empêcher l’évocation… Il y a comme ça, à chaque époque, des problèmes vitaux qui forment comme un angle mort du débat public. Ce sont précisément ceux qui vont décider de l’avenir. En 1936, après la remilitarisation de Rhénanie par Hitler, dans la plupart des médias français, il était presque impossible d’évoquer la perspective d’une guerre avec l’Allemagne. Tous les gens de bien étaient furieusement pacifistes… On trouverait bien un terrain d’entente avec le chancelier allemand, disaient-ils. Mais dans les cafés et les salons, on ne parlait que de ça.

Aujourd’hui, l’histoire est à nouveau en phase d’accélération brutale et le défi qui nous est lancé par l’islamisme politique, entré en phase de conquête du monde, est redoutable. Mais le Parti des médias, aveuglé par ses bons sentiments, préfère nous abreuver de petites nouvelles insignifiantes, d’une part, de ses grandes indignations, de l’autre.

Vous croyez à un «complot des médias»?

Je n’irais pas jusque-là. Mais comment ne pas voir que le rassemblement de quelques milliers de bobos place de la République, prétendant proposer une réalité radicalement alternative, a été monté en mayonnaise afin de gommer les 4 millions de Français, descendus spontanément dans les rues pour protester contre les attentats islamistes de janvier? Pour ne prendre que cet exemple. De la même façon, chaque fois que le discours lénifiant sur le «vivre-ensemble» est contredit par des faits, ceux-ci font l’objet d’un remontage. Combien d’attentats islamistes ont été requalifiés en «actes commis par un déséquilibré»? Ou alors, on organise à la hâte une diversion.

Mais ce n’est pas l’essentiel. Le pire, c’est qu’il y a trop peu d’intellectuels capables de discerner les grands courants de fond sous le miroitement de surface. En finissant l’année, sur France Culture, par une série d’été consacrée à Raymond Aron, j’ai voulu montrer ce qu’avait été mon ambition au cours de ces cinq années. Il est mon modèle. Aron aussi était éditorialiste. A Combat, au temps de Camus, puis au Figaro, surtout, et enfin à L’Express. Et tandis que les simples journalistes se contentaient de rapporter les faits au jour le jour, lui savait discerner, en historien, les tendances profondes, celles qui allaient modifier les rapports de force, redessiner la carte, décider du mouvement de l’histoire. Aujourd’hui, nos chers confrères passent leur temps à guetter le fil de l’AFP, afin d’être «les premiers sur une info». Ils sont concurrencés par internet qui met tout ce fatras de pseudo-news, de «stories», à la disposition de chacun. Ils misent sur l’antériorité pour légitimer leur profession ; ou encore sur leur connaissance personnelle des acteurs politiques pour rapporter leurs propos à des stratégies individuelles de conquête du pouvoir. Ce faisant, ils rabaissent la politique et contribuent au développement du populisme ambiant.

Alors qu’il leur faudrait jouer sur la compétence, la capacité du spécialiste à interpréter les faits, à discerner la manière dont le monde est en train de se réorganiser. Mon problème tient à ce que j’étais censé être un spécialiste universel: parler économie avec Attali un jour, histoire avec Pierre Nora, le lendemain, politique internationale avec Védrine, le surlendemain et conclure la semaine sur la littérature américaine avec Richard Ford…. Sans oublier de me faire traiter de crétin par Montebourg, de journaliste partisan par Copé, ou d’agent de l’Allemagne par Marine Le Pen! Mais le pire, c’était de supporter ces idéologues de petit calibre, cooptés par leurs camarades de l’Université, qui tiennent lieu d’intelligentsia aux yeux des journalistes bien-pensants. Quel dialogue peut-on avoir avec ces personnages, arrogants quoiqu’incultes, et d’autant plus pérorant qu’ils méprisent les faits, les chiffres, la réalité? Ils prétendent déconstruire ce qu’ils n’ont jamais cessé d’ignorer.

La vie des idées a-t-elle beaucoup évolué depuis cinq ans? Certaines idées neuves sont-elles apparues? Quels sont les grands débats qui vous ont le plus marqué?

Sur tous les plans, on se rapproche de la vérité en marchant en crabe. Ça ne facilite pas le règlement des problèmes. Prenez l’économie. Il y a cinq ans, le débat portait sur les délocalisations: nos problèmes venaient de l’étranger, qui ne respectait pas nos règles, qui prétendait réussir en ne faisant pas comme nous. La Chine, voire l’Allemagne nous faisaient une concurrence déloyale. À partir d’un certain moment, on a commencé à s’inquiéter de la désindustrialisation. C’était approcher du vrai problème, celui du manque de compétitivité de notre appareil productif. Encore quelques mois, et on a commencé à réaliser que nos entreprises supportaient des charges disproportionnées par rapport à celles de leurs concurrentes et qu’il convenait donc de les alléger, après les avoir augmentées. Mais c’est justement l’un des sujets dont le Parti des médias ne veut pas entendre parler, comme du déficit budgétaire et de l’endettement.

Pour ces aveuglés, l’absence de croissance française, le niveau extravagant du chômage n’ont qu’une seule cause: «l’austérité»… Mais si l’austérité, c’est un niveau de dépense publique inouï, qui absorbe 57,5 % de tout ce que produit le pays, le plus fort taux de prélèvement obligatoire d’Europe, et une dette publique de 100 % du PIB, alors je demande comment on va qualifier l’économie allemande… Un État dont le budget est équilibré et qui, étrangement, a un taux de chômage deux fois inférieur au nôtre. Encore une fois, pour prendre un exemple. Mais dans tous les domaines, c’est la même danse du ventre: on approche de la vérité en tournant autour, plutôt que d’affronter franchement nos problèmes.

L’économie n’est pas seule en cause. La vie des idées, dans notre pays, pâtit du fait qu’un faible nombre de gens sont à la fois suffisamment qualifiés et suffisamment honnêtes pour en rendre compte. Les chers confrères, dans l’ensemble, préfèrent rabattre la nouveauté sur les schémas qu’ils connaissent. Cela a pour conséquence de figer le débat, de le ramener à des lignes de clivage devenues autant d’ornières: souverainistes versus euro-enthousiastes, républicains versus démocrates, libéraux contre étatistes, communautaristes contre républicains et, bien sûr, droite/gauche. Mais les nouveaux sujets transcendent ces catégories et les font exploser. Dans le domaine éthique, en particulier. Et on tente d’intimider ceux qui posent de bonnes questions en les traitant de réactionnaires, ou d’ultra-libéraux…

Le tournant de ces 5 ans a été l’attaque de Charlie hebdo et la litanie des massacres qui a suivi. Au lendemain des attentats du 13 novembre, votre Lettre ouverte aux djihadistes qui nous ont déclaré la guerre a bouleversé vos éditeurs… Vous vous identifiez au nomade hyperconnecté de Jacques Attali et puis tout a changé. Pourquoi?

Oui, cela a constitué pour moi un choc, une rupture personnelle. Ayant vécu une partie de mon adolescence au Liban, repris des études à Oxford à 42 ans, enseigné trois ans en Pologne, beaucoup bourlingué en Europe, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, j’avais fait mienne l’idée d’Attali selon laquelle les nations étaient en train de devenir des hôtels où l’on pose provisoirement ses valises, en prenant pour critère le rapport qualité/prix. En s’attaquant aux Juifs, comme l’ont fait Merah et Coulibaly, à un symbole de l’esprit de ma génération, comme Charlie, les infiltrés du djihad, cette cinquième colonne islamiste, m’ont «rendu la France», comme disait Aragon. Poète communiste, il a tourné patriote lors de l’occupation, après avoir longtemps conspué le drapeau et la Marseillaise. Je me suis senti visé personnellement par les fous de Dieu. Comme dit Orwell, dans Le lion et la licorne, cet hymne au patriotisme britannique, «Car nous combattons des hommes à l’intelligence vive et maléfique et le temps presse…». Mon père, maquisard FFI à 18 ans, a fini la guerre dans un bataillon de choc. Lorsque j’ai vu la formidable réaction, spontanée, de la population, opposant 4 millions de poitrines aux tueurs, semblant dire: «nous sommes bien trop nombreux, vous ne pourrez pas nous tuer tous», je me suis senti conforté dans l’idée qu’il fallait défendre le vieux pays menacé.

Mais il faut en être conscient: il va devenir de plus en plus dangereux de vivre dans un pays qui refuse le chantage des islamistes: soumettez-vous ou bien vous mourrez. C’est une raison supplémentaire de rester: tenter de renforcer le camp de la résistance. Et non leur abandonner le terrain. Ne pas collaborer lâchement, comme la dernière fois…

Pour certains observateurs, les «néo-réactionnaires», pour reprendre la formule de Daniel Lindenberg, auraient gagné la bataille des idées. Partagez-vous cette analyse?

J’ai été le premier journaliste à faire parler Lindenberg, lorsqu’il a publié Le rappel à l’ordre en 2002. Le livre n’était pas encore en librairie que je l’avais invité à l’émission que j’animais alors sur la grille d’été de France Culture, Contre-expertise. C’est vous dire si le livre m’avait paru intéressant. Certes, il avait le défaut de mêler, dans une même réprobation, tout ce qui, dans la vie intellectuelle, déplaisait à son auteur – de Pierre Manent à Alain Badiou, de Michel Houellebecq à Jean-Claude Milner. Mais il avait le mérite de pressentir un changement dans l’air du temps. L’époque où une bande de «vigilants» parvenaient à interdire qu’on aborde certaines questions – concernant la compatibilité de l’islam et de la démocratie, par exemple -, l’époque où ils pouvaient chasser en meute un intellectuel du calibre de Pierre-Alain Taguieff, était en train de s’achever. L’eau avait commencé à bouillir. Le couvercle qu’ils avaient longtemps maintenu était en train de leur sauter à la figure.

J’avais invité Lindenberg parce que ma conception à moi d’une émission de débat sur une chaîne du service public, c’est le pluralisme, la diversité idéologique, la curiosité intellectuelle. Et non le militantisme au service d’une cause. Celle qu’on croit juste, ou celle grâce à laquelle on pense servir au mieux ses intérêts de carrière…

Bien sûr, les intellectuels, très divers, que la bande des maîtres-penseurs a qualifié de «néo-réactionnaires» n’ont pas conquis le pouvoir intellectuel. L’hégémonie intellectuelle est toujours détenue par «presse qui pense», même si elle a de moins en moins de lecteurs: Télérama, Les Inrocks, Le Nouvel Obs, Libé, etc. C’est elle qui donne le ton, décerne des brevets et censure ce qu’ils appellent les «dérapages». Ces contestataires professionnels sont étonnés et furieux d’être à leur tour contestés. C’est que l’espèce de bouillie intellectuelle, ce néo-marxisme rudimentaire à base de slogans creux qui leur sert de pensée s’est fracassé sur la réalité sociale. Souvent demeurés intellectuellement dans les années 1960/70 (Derrida, Foucault, etc.), ils s’acharnent à «transgresser», à «renverser des tabous», alors qu’il n’y a plus, en face, que le vide. Ils rejouent éternellement la scène originelle de 68, alors qu’on a radicalement changé d’époque. C’est pourquoi les gens qui pensent juste ont opéré, depuis le début de notre XXI° siècle, ce retour à Camus, à Arendt, à Orwell – qui n’étaient certes pas des penseurs «réactionnaires». «Empêcher que le monde ne se défasse», comme disait Camus. Et ne pas pousser la tolérance à l’absurde, en prétendant tolérer la barbarie. Ne pas justifier l’inacceptable au nom du relativisme des valeurs.

Vous reconnaissez-vous dans les idées de certains d’entre eux? Lesquels?

Oui, sans doute. Grâce au métier que je fais, journaliste culturel, je rencontre tout le monde et je suis payé pour lire. Quel luxe! Alors, dans le paysage intellectuel francophone, je vous dirais apprécier beaucoup Marcel Gauchet, Pascal Bruckner, Nicolas Baverez, Dominique Schnapper, Jean-Marc Daniel, Jean-Pierre Le Goff, Kamel Daoud, Philippe d’Iribarne, Boualem Sansal, Malika Sorel-Sutter, Mathieu Bock-Côté… Je voue aussi une immense admiration à Jacques Julliard, une espèce de modèle pour moi depuis mes débuts de journaliste. Non seulement c’est un historien immensément cultivé, mais c’est un intellectuel sans tarifs réduits ; avec lui, tout le monde a droit au même traitement. Il est sans indulgence particulière envers les siens, sans agressivité particulière envers les autres. Sine ira et studio. Mais lorsque je me retrouve devant mon ordinateur, avec un article à écrire, je pense: comment Christopher Hitchens tournerait-il ça? Orwellien lui aussi, «Hitch» savait comme personne mettre le doigt sur l’hypocrisie, la mauvaise foi, le double standard moral. Et c’était un esprit absolument libre. Un véritable voltairien de la fin du XX° siècle. Il n’a aucun équivalent en français, mais quelques héritiers en Angleterre, comme Nick Cohen.

Lors d’un débat sur «Nuit debout», vous avez quitté le plateau sur ces mots: «Moi je ne veux pas incarner à moi tout seul la diversité idéologique autour de ce plateau, donc je vous laisse entre vous.» Est-il devenu impossible de débattre en France?

Écoutez, on venait d’entendre trois invités et un journaliste ayant fait un reportage sur place, à République, s’extasier, dire combien tout cela était nouveau, prometteur, bouleversant… A les entendre, on était à la veille d’une nouvelle prise de la Bastille, d’une réinvention de la démocratie. Ces affligeantes «assemblées générales» allaient accoucher d’une réalité alternative… On voit ce qu’il en est advenu: beaucoup de bruit pour rien. La surexposition médiatique de ces rassemblements contrastait péniblement avec l’affligeante pauvreté des propositions qui en émanaient. Mais le Parti des Médias rêve de l’arrivée au pouvoir d’une «vraie gauche de gauche». On nous a fait le coup avec die Linke, en Allemagne, puis avec Chavez au Venezuela, qui a ruiné le premier détenteur de pétrole de la planète… Ensuite, il y a eu Podemos, Occupy Wall Street, Jeremy Corbyn… Moi, je crois qu’on peut modifier le réel dans certaines proportions lorsque cela est souhaitable. Mais pas lui substituer une autre réalité, sous prétexte qu’elle serait plus conforme à l’idéal de certains utopistes. J’aurais disposé d’une minute pour dire que je n’étais pas au diapason de cet enthousiasme collectif, avant de me faire remettre à ma place en tant que «réactionnaire». Alors oui, j’ai refusé, non pas de débattre, mais de servir de tête de turc. Je suis resté à les écouter s’entre-congratuler. Je ne suis pas «parti en claquant la porte», contrairement à ce qu’ont écrit les médias gauchistes à l’époque. Trop de «débats», dans nos médias, sont ainsi «montés», de manière à en truquer le déroulement, empêcher la libre confrontation des idées. Il y a des experts…

Vous définissez-vous toujours comme un libéral de gauche?

À l’époque où j’avais un engagement politique, je roulais pour Rocard au sein du PS. En 1985, j’avais créé un club de discussion, Rouleau de Printemps, qui se définissait comme un rassemblement de jeunes libéraux de gauche. Je pense être resté fidèle à cet idéal. «Le socialisme, c’est quand la liberté arrive dans la vie des gens les plus pauvres», a écrit Carlo Rosselli, l’un des théoriciens du libéralisme de gauche, assassiné en France par les sbires de Mussolini. Je pense que la véritable lutte des classes n’oppose pas tant les salariés aux entrepreneurs que les insiders du système aux exclus, les détenteurs de rentes à ceux qui sont prêts à emprunter l’escalier de service lorsque l’ascenseur social est en panne. La «défense des avantages acquis» est un mot d’ordre qui profite aux planqués. Tony Blair disait: «ce qui est social, c’est ce qui crée des emplois». Il avait raison. Notre système a fait le choix implicite du chômage de masse. C’est une calamité. Non seulement, le chômage détruit des vies, mais il rend des millions de personnes dépendantes de l’État pour leur survie. Il bloque toute ambition, il étouffe cette «étincelle vivante» que les hommes portent en eux et qui, selon Goethe, «se recouvre de la cendre toujours plus épaisse des nécessités quotidiennes si elle cesse d’être alimentée.»

Vous êtes également un européen assumé. Durant ces cinq dernières années, l’Union européenne a essuyé de multiples crises: la crise grecque, mais aussi celle des migrants et dernièrement le Brexit. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la construction européenne?

Je suis revenu à France Culture en janvier 2002 avec une émission hebdomadaire consacrée à l’Europe, Cause commune, que j’ai animée pendant cinq ans. À l’époque, je croyais que l’Europe pouvait devenir une puissance capable, en alliance avec les États-Unis et les autres démocraties, de rivaliser avec les grandes puissances émergentes. Que nous pourrions contribuer à définir un ordre du monde basé sur le droit international, la souveraineté des peuples, la démocratie, les droits de l’homme… Encore aurait-il fallu que les dirigeants européens assument notre héritage. Qu’ils n’aient pas honte d’être européens.

Or, ils ont agi comme s’il fallait se débarrasser de notre culture. Comme si notre formidable héritage les encombrait. Le continent qui a donné au monde Leonard de Vinci, Cervantes, Shakespeare, Rembrandt, Racine, Mozart, Goethe, Hugo, Proust, Pessoa, Chaplin, Milosz… illustre ses billets de banques avec des ponts et des fenêtres. Pour ne froisser personne, paraît-il. Entre l’arrogance et la haine de soi, il devrait exister une position moyenne. Quand je suis rentré de Pologne, je suis allé voir la rédactrice en chef d’un magazine consacré à l’Europe avec des projets d’article sur l’apport de la culture centre-européenne à l’identité européenne. «Moi, ce qui m’intéresse dans l’Europe, c’est l’Autre», m’a-t-elle dit. Allez demander aux Chinois, aux Indiens ou aux Turcs, si c’est «l’Autre» qui les intéresse prioritairement!

Alors, oui, c’est raté. Tel que c’est parti, c’est raté. Cette Union européenne, qui refuse d’être une puissance politique, est prise en tenailles. Elle est coincée entre l’islamisme qui se rapproche de nous par la Turquie et risque de nous entraîner dans le chaos proche-oriental et la contre-révolution culturelle tentée par Poutine, avec son rêve impérial post-soviétique. Cette UE, régie par le droit et le marché, purement procédurale et évitant toute décision politique, cette Europe-là est condamnée. Ses concepteurs ont cru à la possibilité d’un avion en pilotage automatique. Ça pouvait marcher par temps calme, mais aussitôt qu’est apparue une zone de turbulence, en 2008, la machine s’est enrayée. Lorsqu’il a fallu décider quelque chose, c’est la BCE, organisme technique, qui a dû assumer des décisions politiques. Les dirigeants de l’UE ont refusé à l’Europe toute identité, toute substance, toute limite géographique: ils ont créé une coquille vide, un ensemble flou dans lesquels les citoyens ne reconnaissent pas. Comment s’étonner que ceux-ci se réfugient dans leurs États-nations. Au moins, pensent-ils, on en contrôle les dirigeants en les remplaçant lorsqu’ils prennent de mauvaises décisions. Et on peut en défendre les frontières, ce que l’UE refuse de faire, face à une crise migratoire qui va s’aggraver. Je le déplore, parce que nos petites nations en communauté de déclin ne font pas le poids face aux géants émergents. Il faudra tenter autre chose, une fois ce chapiteau-là démonté.

La montée des «populismes» vous inquiète-t-elle?

Dans son Essai sur l’esprit d’orthodoxie, Jean Grenier, le professeur de philo de Camus, écrit: «L’extension de l’instruction ne va pas toujours de pair avec le progrès de la culture. Les masses sont de plus en plus éclairées, mais les lumières sont de plus en plus basses. Les idées courtes et simplistes ont plus de succès que les autres». Face à la complexité du monde, à ses métamorphoses difficiles à saisir, les gens se réfugient dans des explications simples. Cela a nourri les grandes idéologies du XX° siècle. Le fascisme, le marxisme, offraient des réponses simplettes à des questions compliquées. Mais il y a aussi quelque chose de positif dans ce que les élites baptisent «populisme»: les simples gens ont parfois une vision plus juste que des dirigeants vivant hors-sol, dans l’ignorance des vrais problèmes de la population.

Reste qu’il souffle indéniablement sur la planète un vent mauvais. Il nous faut réaliser que, contrairement à ce qui se passait durant les trois dernières décennies du XX° siècle, ce n’est pas la démocratie qui a le vent en poupe. Le système du parti unique chinois, les «démocratures» de Russie ou de Turquie apparaissent, depuis longtemps déjà, à bien des gens du Sud, comme plus à même de bien contrôler les choses. A présent, c’est aussi le cas dans notre Nord. Voyez Donald Trump. Nous avons affaire à une concurrence sérieuse. La victoire des démocraties, en 1945 et 1989, peut très bien s’avérer n’avoir été qu’une heureuse parenthèse. Mais, pour moi, la démocratie est un horizon indépassable et je ressens une solidarité spontanée envers chacune d’entre elles – des États-Unis à Israël inclus.

Vous apparteniez au comité de rédaction de la revue Le Meilleur des mondes depuis sa création. Vous avez été favorable au droit d’ingérence et aux différentes interventions militaires de l’Occident depuis la guerre en Irak de 2003. Quel bilan faites-vous de cette politique étrangère «néo-conservatrice»?

Qui peut nier que les peuples du Moyen Orient aspirent, eux, à la démocratie? Les racistes nous répètent que les Arabes ne sont «pas mûrs», que leur société civile n’est pas assez émancipée, que l’islam constitue un facteur de blocage insurmontable. J’ai vibré à l’unisson des «révolutions arabes», qui rappellent tellement le Printemps des peuples européens de 1848. Je n’ignore pas leur échec, à peu près général, à l’exception de la Tunisie. On ne peut nier que l’islamisme, qui guette les occasions d’avancer ses pions et de contrôler les sociétés, a profité des libertés conquises. Là où il a cru son heure arrivée, comme en Egypte, il a provoqué la réaction des militaires. Mais les peuples n’ont pas dit leur dernier mot. Après 1848, nous avons eu aussi une sévère réaction en Europe. La liberté ne se conquiert pas en un jour.

Mais qu’on ne vienne pas me dire qu’avec les despotes – Saddam Hussein, Kadhafi et Bachar el-Assad, Moubarak, nous vivions dans un monde «plus sûr». C’est l’inverse qui est vrai. Ces systèmes politiques, archi-corrompus et tyranniques, étaient tous au bout du rouleau. Dans le combat entre «réalpolitiques» cyniques et droits-de-l’hommistes, solidaires des peuples en lutte contre leurs tyrans, je persiste à choisir ces derniers. En ce qui concerne l’Irak et la Syrie, l’erreur politique, c’est Obama qui l’a commise. En retirant prématurément ses soldats d’Irak, à une époque où Daech comptait 200 combattants ; et en refusant de soutenir la rébellion démocratique contre al-Assad, ce qui a laissé le champ libre aux djihadistes, encouragés par le régime…

« L’affaire Mehdi Meklat rappelle celle de Renaud Camus »

Marc Weitzmann (Ecrivain)

Le Monde idées

25.02.2017

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur Mehdi Meklat, écrivain talentueux de 24 ans, « issu des cités », promu et encensé depuis 2012 par la presse culturelle unanime sur son talent littéraire et qui abreuvait Twitter de sentences ultraviolentes à caractère antisémite, homophobe, misogyne. Il appelait également à des agressions physiques contre certaines personnalités et fit l’apologie du génocide nazi et du terrorisme, le tout sous couvert d’un pseudonyme (« Marcelin Deschamps ») connu de tous ceux qui continuaient de le soutenir. Cela dans la période où le pays subissait l’assassinat de militaires et d’enfants juifs, les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes et la Belgique la tuerie du Musée juif de Bruxelles.

Citons quelques-uns de ces Tweet pour prendre la mesure de ce que cela signifie. « Venez, on enfonce un violon dans le cul de madame Valls », écrivait-il en octobre 2012 (sept mois après les meurtres de Merah), quand « madame Valls », de confession juive, passait pour« influencer » les positions de son mari sur la laïcité.« Venez, on fait un autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde »,trouve-t-on en décembre de la même année. Ou un an plus tard, en décembre 2013 et à quelques semaines de la manifestation Jour de colère, « Vive les pédés, vive le sida avec Hollande ».

Professeure anonyme
Cette histoire rappelle ce que l’on appela voici seize ans l’affaire Renaud Camus mais en pire. Le rôle que je tins moi-même dans son déclenchement – en me contentant de citer les passages anti­sémites du livre de Camus qu’une partie de la presse encensait en les passant sous silence – a été joué cette fois par une professeure anonyme, militante féministe, qui tentait d’alerter la presse en vain depuis plusieurs mois, et par le dessinateur Joann Sfar. Ces derniers ont mis en ligne certains des Tweet en question au cours du week-end suivant le passage de Mehdi Meklat et de son coauteur, ­Badroudine Saïd Abdallah, à l’émission « La Grande Librairie », le 16 février, pour la sortie de leur roman Minute, déclenchant aussitôt un communiqué de François Busnel déclarant regretter d’avoir invité les deux auteurs. Les réseaux ­sociaux ont fait le relais. En d’autres ­termes, sans ces nouveaux médias, l’omerta serait restée entière. La faillite morale et professionnelle journalistique est totale.

La question qui se pose est celle-ci : où, exactement, se trouve le vrai scandale ? Tâchons de raisonner de façon littéraire. Ouvrons Minute. Le livre imagine plusieurs personnages issus de classes sociales diverses dans la minute précédant l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir. Il commence ainsi : « A quoi devaient servir les écrivains ? A apporter du temps et du style. Le temps était effréné, tellement présent dans nos vies ordinaires qu’il en devenait absent, dissous. »

Le personnage s’exprimant de cette façon, « l’Ecrivain », n’est pas sans évoquer Renaud Camus (et parfois Houellebecq), dans la mesure où il a été au centre d’un scandale littéraire et est membre du Front national. Plus tard dans le livre, il croise « deux jeunes romanciers », Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, lesquels le jugent « raciste », tandis que lui ne voit en eux que les représentants « d’une génération qui vit sur Internet et s’autorise les pires dérapages ». Dans la réalité, bien sûr, tous ont raison.

Plus troublant encore, c’est par un ­raisonnement fort proche de celui de Renaud Camus autrefois que Meklat a tenté de justifier ses Tweet, notamment dans l’interview donnée au site de Télérama dans les jours suivant le scandale. « J’espère qu’on m’accordera le crédit de la fiction,explique-t-il. Ce personnage [de Marcelin Deschamps] n’a pu exister que sur Twitter parce que c’était justement l’endroit de la fiction. (…)C’était un travail littéraire, artistique, on peut parler de travail sur l’horreur, en fait. »

Ineptie confondante
En soi, bien sûr, l’argument est d’une ineptie confondante. Ce n’est pas seulement que l’usage d’un pseudonyme ne suffit pas à créer un personnage. C’est que, comme l’indique le succès de propagande rencontré par les vidéos de décapitation postées par Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique] ces dernières années – tandis que Meklat envoyait ses messages –, les nouvelles technologies ne sont pas « l’espace de la fiction » : tout y est, au contraire, bien réel, et c’est même pour ça que cela marche. Meklat fait donc ici une confusion. Loin de constituer un espace artistique, les Tweet sont l’expression d’une pulsion réelle. Ce que Meklat essaie de dire ici, sans y parvenir, c’est que cette pulsion lui est indispensable pour accéder à la production littéraire. Pourquoi ?

Il y a ici, à mon sens, de la part de ­Mehdi Meklat, une démarche contradictoire : celle de revendiquer la « fiction » dans un espace – Twitter – qui n’est pas fictionnel. Il s’inscrit ainsi dans une avant-garde littéraire typiquement française qui – comme Renaud Camus – chercheune écriture nue en prise directe avec le réel. Foucault, entre autres, a fameusement défini la modernité comme une dissonance assumée entre « les mots et les choses ».

«Des bêtes de guerre »
L’anti-modernisme aujourd’hui partout de mise prône, au contraire, une réconciliation mystique, insurrectionnelle, entre le langage et la vie.

Significativement, c’est dans l’insurrection finale qui clôt Minute que Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah tombent d’accord avec « l’Ecrivain » sur ce que doivent être les écrivains : « Des êtres sauvages, violents, des bêtes de guerre. »

Ce désir d’en découdre n’est pas sans conséquence. De même que Camus a rejoint le FN, Meklat et Abdallah sont membres d’un rituel informel baptisé « dîner du grand remplacement » – du nom de la théorie raciste de Camus – auquel participe de temps à autre Mouloud Achour (cofondateur avec Mehdi Meklat de Téléramadan, activement soutenu par le Collectif contre l’islamophobie en France, le CCIF, proche des Frères musulmans). Dans la réalité, Meklat et Abdallah ont, par ailleurs, cosigné dans le Bondy Blog, au lendemain des ­attentats de novembre 2015, un portrait particulièrement tendre du logisticien des attaques, Abdelhamid Abaaoud, que chacun a pu lire.

A la différence de Camus cependant, la subjectivité de Meklat apparaît en fait coincée : d’un côté, une doxa islamiste, revendicative, de l’autre, une fraternité sociale lisse, « purgée » de toute ambivalence, pour reprendre l’expression de Christiane Taubira. C’est pourquoi il ne s’agit pas ici de réclamer une quelconque censure. La faute de la presse n’est pas de porter aux nues un écrivain haineux si elle estime qu’il en vaut la peine. C’est, pour continuer dans cette logique, de le faire sans le dire. Les Meklat de ce monde n’ont aucune chance d’y voir clair un jour si ceux qui prétendent les soutenir continuent à les infantiliser plutôt que de prendre au sérieux et mettre en exergue la violence qui les meut.

Voir également:

Avant-goût
Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, du Bondy Blog : “On a mangé les rêves des gens
Valérie Lehoux
Emmanuelle Skyvington
Télérama
20/10/2015
Mis à jour le 03/03/2017

Sur France Inter, ils ont longtemps relayé la voix des oubliés des banlieues. Dix ans après les émeutes de Clichy-sous-Bois, les jeunes reporters du Bondy Blog nous bousculent par leur ton libre et combatif. Ils sont les invités de “Télérama” cette semaine.

Pendant six ans, les auditeurs de France Inter ont entendu leurs voix posées, leur diction faussement détachée, leurs mots souvent acérés, racontant la France d’aujourd’hui – que les feux médiatiques oublient trop souvent d’éclairer – sans faux-semblant, mais avec une étonnante poésie sonore. D’emblée, leur style s’est émancipé des conventions, des discours convenus et des vérités toutes faites. En juin dernier, « les Kids », comme les surnomme Pascale Clark, leur protectrice radiophonique, ont quitté France Inter. Pourtant, jamais ils n’ont été aussi présents : ils cosignent leur premier roman, Burn out  – inspiré du drame de Djamal Chaar, immolé devant une agence de Pôle emploi – et un documentaire, Quand il a fallu partir, sur la destruction d’un immeuble à La Courneuve. A 23 ans seulement, Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, enfants de la banlieue, jettent sur la société et les médias un regard sans illusion, mais non sans espérance. Dix ans pile après les émeutes de Clichy-sous-Bois (1), ils sont à la fois des acteurs et des observateurs de leur temps, créatifs et critiques.

Une décennie après les émeutes de Clichy-sous-Bois, quel bilan tirez-vous ?

Mehdi Meklat : Du côté de l’action politique, c’est à peu près nul. D’ailleurs, très peu de films, d’essais ou de débats sont prévus pour réfléchir sur ces dix ans. Pourtant, les banlieues sont un sujet de premier ordre, qui concerne tout le monde. Le quotidien ne s’y est pas amélioré. Il a empiré. On a mangé les rêves des gens. Pendant six ans, pour France Inter, nous sommes partis en reportage dans toute la France ; chaque fois, nous posions cette question : « Quel est votre rêve ? » Au fil des années, surtout en banlieue, nous avons vu ces rêves s’éteindre. Aspirés, anesthésiés. Aujourd’hui, les gens disent : « Je veux être comme tout le monde. » Surtout, ne pas se différencier. C’est terrible de voir des jeunes de 15 ans rêver d’une « petite vie ». Dans le même temps, le discours politique et la pensée se sont radicalisés. Tout cela nous détruit. Mais les révoltes de 2005 ont aussi donné naissance au Bondy Blog, un média inédit qui raconte les banlieues de l’intérieur.

Vous observez beaucoup les médias. Pensez-vous qu’ils font correctement leur travail ?

Badroudine Saïd Abdallah : Le Monde, France Culture, Arte, ou même France Inter continuent de marcher avec leur temps. Mais les autres… C’est très bien que l’émission Bondy Blog café existe – elle parle des banlieues. Mais où est-elle diffusée ? Sur France Ô, la chaîne de l’outre-mer ! Pourquoi pas sur France 3 ou France 5 ? Quel est le positionnement de France Télévisions ? Quelle est sa prise de risque ? La plupart des médias ont mis de côté la parole du quotidien, la parole réelle, au profit de leurs fantasmes. Combien de journalistes partent en reportage avec des idées préconçues et s’arrangent pour trouver sur le terrain de quoi illustrer leurs préjugés ? Combien d’émissions se font avec des chroniqueurs qui tournent en rond ? Même Libération est devenu trop futile : publier un édito de deux cents caractères sur Nadine Morano comme ce fut le cas récemment, c’est du spectacle. Quant à l’interview politique classique, elle n’a plus d’intérêt. Je me demande pourquoi on écoute encore Patrick Cohen recevoir pour la dixième fois le ministre du Travail, ou Jean-Jacques Bourdin poser ses questions démago.

Vous avez aussi critiqué l’attitude des médias durant les attentats de janvier…

M. M. : Quand nous avons appris l’attaque contre Charlie Hebdo, nous avons été comme tout le monde, émus et abasourdis. C’est compliqué d’admettre qu’un tel événement puisse se passer dans notre pays. Mais l’émotion a écrasé la réflexion. Or, on aurait dû réfléchir, notamment sur la manifestation du 11 janvier. Pour nous, elle n’a pas été le grand rassemblement citoyen qu’on nous a présenté. La vraie manifestation, spontanée, a eu lieu place de la République, le soir même du premier attentat. Celle du 11 janvier était politique, encadrée. Les pouvoirs publics avaient déployé la police, dessiné le parcours… Bien sûr, il y avait dans le cortège des gens légitimes, d’autres encore sous le coup de l’émotion. Mais il y avait aussi des chefs d’Etat criminels. Comment est-ce possible ? Et puis pourquoi avoir manifesté pour Charlie et l’Hyper Cacher, et pas pour les victimes de Merah ? L’hypocrisie nous gêne. Tout comme le rejet des voix dissidentes. Pendant cette période, on nous demandait : « Vous êtes Charlie, hein ? » Unanimisme obligatoire. Ceux qui refusaient d’endosser ce slogan ont subi une sorte de condamnation morale. Dans les familles, dans les cercles d’amis, les discussions contradictoires avaient lieu ; pas dans les médias. Pourquoi ? Nous, à la radio, nous avons pris soin de traiter les uns et les autres à la même échelle.
B.S. A : L’autre question, c’est : qu’est-ce qui a changé depuis janvier ? La société n’est pas plus unie… Le choc a été mal géré. Nous vivons une époque où tout s’efface. Rares sont les médias qui mettent l’information en perspective, qui tentent de décrypter une réalité complexe. Au contraire, on crée des buzz et on insuffle l’oubli chez les gens. C’est de l’ordre de l’épuisement. Comme si la mémoire ne comptait plus. Charlie s’est déjà évanoui devant d’autres actualités. Les chiffres du chômage, aussi. Les émeutes, idem. Tout comme l’immolation de Djamal Chaar.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien avec Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah dans “Télérama”, en kiosques mercredi 21 octobre 2015.

Ce n’est pas la première fois que la Maison-Blanche part en guerre contre ces «fils de pute» de journalistes
Avant Donald Trump, ses attaques sur Twitter et ses «faits alternatifs», il y avait Richard Nixon, ses opérations secrètes contre les médias et ses déclarations fluctuantes.
Jean-Marie Pottier
Slate.fr
07.02.2017En soixante-sept ans de carrière, Dan Rather n’a jamais rien de vu de tel que les premiers pas médiatiques de la présidence Trump. Jamais vu un conseiller de la Maison-Blanche rebaptiser des mensonges des «faits alternatifs». Jamais vu un stratège présidentiel intimer à la presse l’ordre de «la fermer». Et pourtant, l’ancien présentateur-star de la chaîne CBS a déjà vu une administration mener une guerre ouverte aux médias. Il a même participé à l’un de ses épisodes les plus célèbres.

Le 19 mars 1974, lors d’une conférence de presse à Houston, Rather s’apprête à poser une question sur le Watergate à Richard Nixon quand des applaudissements et des cris l’encouragent depuis la salle. «Vous êtes candidat à quelque chose?», ricane le président, fier de son effet. «Non, Monsieur le président. Et vous?» Le sourire s’efface du visage de son interlocuteur. «Ce bref dialogue, écrivit peu après le magazine People, exsudait l’amertume, comme un échange de directs au foie entre deux boxeurs qui se sont battus souvent et sans vainqueur et en sont venus à se haïr personnellement.» Cinq mois après, il y aura un vainqueur: le 9 août 1974 à midi, Nixon quitte ses fonctions, premier président démissionnaire de l’histoire de son pays, victime d’une guerre aux médias qu’il a voulue, âprement menée et perdue

Sa présidence a longtemps été vue comme la plus conflictuelle dans ses relations avec la presse. Celle de Trump paraît tendue vers la même destination, même si ce n’est pas par le même chemin. «Nixon n’avait pas cette espèce de fascination qu’éprouve Trump pour la presse. Sa détestation était telle qu’il ne cherchait pas son amitié: la presse, c’était l’ennemi», analyse l’historien Antoine Coppolani, auteur d’une biographie remarquée de Nixon en 2013. «Trump, au sens propre du terme, est un homme de médias, ce qui rend sa critique très ambivalente, puisqu’il fait lui-même partie de ce système.» Mais si beaucoup de choses semblent séparer l’enfant de la classe moyenne californienne et le milliardaire passé quasiment sans transition de «The Apprentice» à la Maison-Blanche, l’atmosphère belliqueuse est la même. «Le fait d’avoir un récit anti-médias autant au premier plan me ramène tout droit à Richard Nixon», constatait fin novembre dans le magazine Fortune Kathryn Cramer Brownell, professeure d’histoire à l’université de Purdue. En écho, et depuis l’autre camp, le journaliste de Fox News Bill O’Reilly, un soutien de Trump, estimait début janvier que «jamais depuis Richard Nixon, la presse nationale n’a été si déterminée à faire chuter quelqu’un».

«Messieurs, ceci est ma dernière conférence de presse»

Vainqueur du premier coup, Trump n’a jamais connu l’épreuve que Nixon a traversée au moins deux fois: la défaite, la vraie, celle qui semble définitivement mettre un terme à votre carrière. Le 7 novembre 1962, alors qu’il vient de rater, deux ans après son échec à la présidentielle, sa tentative de come-back en étant battu lors de l’élection au poste de gouverneur de Californie, Nixon, visiblement ivre ou en manque de sommeil, se lance dans une tirade restée célèbre devant la presse:

«Depuis seize ans, […] vous vous êtes beaucoup amusés, beaucoup, car vous avez eu à maintes reprises l’occasion de m’attaquer et je crois que j’ai rendu les coups aussi bien que je les ai reçus. […] Vous ne disposerez plus de Richard Nixon comme d’un souffre-douleur car, messieurs, ceci est ma dernière conférence de presse.»

Six ans après, le même homme s’installe pourtant à la Maison-Blanche. Président mal élu, même si moins mal que Trump: dans une élection à trois grands candidats, il n’a obtenu qu’un peu plus de 43%, et seulement 500.000 voix d’avance sur son adversaire démocrate. Président toujours méfiant envers les médias, aussi. Mi-décembre 1968, un mois avant son entrée en fonctions, il avertit les membres de son futur cabinet:

«N’oubliez jamais que les journalistes considèrent qu’ils sont dans une relation de confrontation. Le temps viendra où ils écriront des mensonges sur vous, où les chroniqueurs et les éditorialistes vous transformeront en crapules ou en idiots, ou les deux, et où les dessinateurs vous représenteront comme des ogres.»

Pour les combattre, lui et son directeur de cabinet, H.R. Haldeman, imaginent, écrit le spécialiste des médias Louis Liebovich, une triple stratégie: «1) influencer l’électorat directement en utilisant la télévision 2) ignorer au maximum la presse accréditée à la Maison-Blanche (ou l’inonder de communiqués de presse sans intérêt) et espionner certains reporters dont la couverture négative leur avait valu l’inimitié de la présidence; et 3) attaquer verbalement des médias et des reporters pour les maintenir sur la défensive».

«Les vues de cette communauté ne représentent pas celles de l’Amérique»

En axant sa campagne sur son compte Twitter et ses meetings (aucune conférence de presse pendant 169 jours!), Donald Trump n’a rien inventé, tant Nixon s’était lui aussi révélé expert dans l’art de contourner la presse. En 1952, quand celle-ci s’interroge, lors de sa candidature à la vice-présidence, sur des dépenses personnelles douteuses, il décide de répondre dans une allocution télévisée de trente minutes sans contradicteur, le célèbre «Checkers Speech». En 1968, il choisit d’axer sa campagne sur des interviews filmées, non pas avec des journalistes, mais avec des électeurs, puis de privilégier les discours et interventions en direct aux conférences de presse: il n’en tiendra que trente-neuf en cinq années et demi de mandat, chiffre famélique pour un président américain.

«Vous êtes candidat à quelque chose? –Non, monsieur le président. Et vous?» Richard Nixon contre Dan Rather, le 19 mars 1974 à Houston.

Comme Trump aujourd’hui, l’administration Nixon attaque également l’objectivité des médias, une de ces «minorités vociférantes» qui font obstacle à l’expression de la «majorité silencieuse». Un terme utilisé par le milliardaire dès le début de sa récente campagne et dont Nixon avait fait le cœur d’un discours essentiel sur sa politique au Vietnam, le 3 novembre 1969. La Maison-Blanche est alors tellement furieuse de l’accueil par les médias de cet événement qu’elle décide de passer à l’attaque. Une semaine plus tard, le vice-président Spiro Agnew, un orateur brutal détesté des Républicains bon teint, qui démissionnera pour corruption un an avant son supérieur, roue de coups les télévisions. «Un petit groupe d’hommes, comptant peut-être pas plus d’une dizaine de présentateurs, de commentateurs et de producteurs exécutifs, s’accorde sur la vingtaine de minutes d’images et de commentaires qui atteindront le public», déplore-t-il lors d’un déplacement dans l’Iowa. «Les vues de cette communauté ne représentent pas celles de l’Amérique et c’est pourquoi il y a eu un si grand fossé entre la façon dont la nation a reçu le discours du président et celle dont les médias l’ont commenté.»

Une semaine plus tard, dans l’Alabama, c’est au tour de la presse écrite de se retrouver dans le viseur du même Agnew: «Il n’est plus temps d’accepter aveuglément leurs opinions. Il n’est plus temps de croire naïvement à leur neutralité.» Des attaques qui ne peuvent qu’être bien reçues d’un grand public prompt à voir dans l’ensemble des médias des élites déconnectées. «Le ressentiment social est une clef du comportement de Nixon. Il considérait que les médias américains reflétaient les vues de l’establishment progressiste de la côte Est alors que lui était issu de la classe moyenne californienne», rappelle Antoine Coppolani.

«Ces putains de cannibales»

Ça, c’est pour la stratégie. La tactique prendra la forme d’une guérilla quotidienne, au sein d’une Maison-Blanche où plusieurs proches ou soutiens actuels de Trump (le commentateur paléoconservateur Pat Buchanan, le futur fondateur de Fox News Roger Ailes, le consultant républicain Roger Stone…) font leurs premières armes médiatiques. La Maison-Blanche tente de gêner les journaux dans leurs tentatives d’obtention d’une fréquence télévisée, élément essentiel de leur expansion. Ancien reporter du Washington Post, Ken Clawson, l’un des responsables de la communication, prend l’habitude d’appeler les responsables des tranches d’information en plein milieu de la retransmission pour leur mettre la pression, ou de suggérer aux patrons de muter certains reporters.

Les attaques du clan Nixon se font violentes, en public et surtout en privé, contre «ces putains de cannibales». En octobre 1972, quand Bob Woodward et Carl Bernstein révèlent les douteuses manœuvres de campagne de la Maison-Blanche, Nixon ordonne d’«arrêter de finasser avec ceux qui sont philosophiquement contre nous» et de les «clouer au mur». Quand les mêmes posent au directeur de campagne du président sortant, John Mitchell, une question sur le Watergate, ce dernier appelle leur directeur de la rédaction et l’avertit que la propriétaire du Washington Post, Katherine Graham, va «se faire prendre les nichons dans une essoreuse».

D’autres épisodes encore plus sinistres ont lieu. Un jour, Nixon couche sur le papier une liste d’une vingtaine d’ennemis, dont trois journalistes, qui feront l’objet d’investigations du FBI et de l’administration fiscale. Il exige également du directeur du FBI, le tout-puissant J. Edgar Hoover, qu’il lance «une chasse aux homosexuels connus ou suspectés dans la classe journalistique de Washington». Peu avant sa réélection, il demande à Haldeman de choisir «les vingt reporters les plus vicieux de Washington» et d’accumuler des informations sur eux pour «faire tomber ces fils de pute».

En 1971, son équipe autorise une intrusion chez le psychiatre de Daniel Ellsberg, un analyste militaire qui a fait fuiter dans la presse des documents confidentiels sur la guerre du Vietnam, les Pentagon Papers. La lutte contre les fuites par tous les moyens, limite légaux comme illégaux, est une constante de son administration. Dès le printemps 1969, après des révélations sur les opérations américaines au Cambodge, la Maison-Blanche obtient ainsi du FBI que des écoutes soient effectuées sur quatre journalistes du New York Times, du Sunday Times et de CBS. Mieux (ou pire): à la même époque, John Ehrlichman, le conseiller pour les affaires intérieures de Nixon, envoie directement trois hommes de main, sans autorisation du FBI, poser leur échelle dans une allée de Georgetown pour installer des micros au domicile de Joseph Kraft, un autre journaliste «ennemi».

Selon un récent livre du journaliste et chercheur Mark Feldstein, Nixon et ses bras droit ont même un jour imaginé faire assassiner le journaliste d’investigation Jack Anderson, auteur de scoops gênants sur la politique étrangère américaine, en glissant du poison dans une boisson ou une boîte d’aspirine ou en badigeonnant le volant de sa voiture de LSD. «Gagnants ou perdants, au lendemain de l’élection, il nous faudra faire quelque chose avec ce fils de pute», grince Nixon en 1972. Les deux hommes choisis pour planifier l’opération, Howard Hunt et Gordon Liddy, accéderont finalement à la célébrité en tant que membres du groupe des «plombiers de la Maison-Blanche», chargés de coordonner l’intrusion dans les locaux du Parti démocrate au Watergate, le 17 juin 1972.

«Chez Nixon, le mensonge avait avant tout pour but de tromper»

Le Watergate? «Une tentative de cambriolage de troisième catégorie». La formule a longtemps poursuivi Ron Ziegler, un ancien employé de Disneyland à peine trentenaire, devenu le plus jeune porte-parole de l’histoire de la Maison-Blanche. (Et à qui celui de Trump, Sean Spicer, est d’ores et déjà comparé, pas forcément favorablement). En 1971, le New York Times fait de cet «artiste de l’ambiguïté» le deuxième homme le mieux informé de la Maison-Blanche (derrière le président, bien sûr), et des médias accrédités le deuxième groupe le moins bien informé, juste derrière… les touristes. Quand la presse lui demande si les troupes alliées préparent l’invasion du Laos, il répond: «Le président est au courant de ce qui se passe en Asie du Sud-Est. Ce qui ne signifie pas qu’il se passe quelque chose en Asie du Sud-Est.» Un autre jour: «Si mes réponses paraissent confuses, je pense qu’elles le sont parce que les questions sont confuses et que la situation est confuse.»

Mais son chef d’œuvre, dont ont déjà été rapprochés les «alternative facts» de Trump, il l’accomplit le 17 avril 1973, en plein Watergate. Ce jour-là, Nixon se présente devant la presse, sans prendre de questions, et annonce que des membres de son administration vont déposer devant la commission d’enquête parlementaire sur le scandale et que des développements sont à attendre. Stupeur des journalistes, qui bombardent Ziegler de questions: que faire des nombreux démentis des derniers mois, selon lesquels l’administration n’avait rien à voir avec le cambriolage? «Le président se réfère au fait qu’il y a de nouveaux éléments. Voici donc les déclarations valables à l’heure actuelle. Les autres déclarations ne sont plus valables.» En anglais inoperative, adjectif qui en est venu à symboliser, selon William Safire, une des plumes de Nixon, «une correction sans excuses, qui laisse le correcteur dans la nasse».

La même impudence qu’avec les alternative facts de Trump, même si ce dernier va plus loin en tentant de créer sa propre réalité, là où Nixon essayait avant tout de dissimuler la sienne. «Chez Nixon, le mensonge avait avant tout pour but de tromper, expliquait récemment à la Columbia Journalism Review David Greenberg, un spécialiste de la communication présidentielle. […] Trump n’est peut-être pas le plus grand menteur [à devenir président] mais il est, d’une certaine façon, le plus assumé et le plus nonchalant des menteurs. Il mentira tranquillement à propos de quelque chose qui est si évidemment faux. Un peu comme s’il se disait: est-ce un mensonge s’il n’y a pas d’intention de tromper?» Si Trump est le président de la post-vérité, Nixon reste celui du mensonge. «La dissimulation était un de ses maîtres mots: il fallait nier, démentir, mentir parfois», résume Antoine Coppolani.

«Un affreux petit camp de prisonniers de guerre»

Durant son deuxième mandat, le président finit par être rattrapé par ses mensonges, par s’engluer dans la toile qu’il a lui-même tissée. Bien aidé en cela par la presse, même si le rôle de celle-ci est encore largement débattu… «À l’exception du Washington Post, les journalistes se sont montrés réticents à défier Nixon. La chaîne CBS News avait d’ailleurs fait profil bas quand un documentaire critique avait suscité sa colère, estime ainsi aujourd’hui Louis Liebovich. La couverture médiatique du Watergate est restée modeste jusqu’aux auditions menées par le Sénat à l’été 1973. Les médias et le grand public ont alors arrêté de faire preuve de complaisance.»

Une possible «complaisance» qui s’explique notamment par le désir d’une partie de la presse de conserver son accès à ses sources –la même critique a été émise, au lendemain de la victoire de Trump, envers celle qui couvre le nouveau président au risque de le «normaliser». La presse accréditée à la Maison-Blanche est-elle victime du syndrome de Stockholm? Dans un livre devenu un classique du reportage politique américain, The Boys on the Bus, le reporter de Rolling Stone Timothy Crouse comparait en 1973 le convoi de la presse présidentielle sous Nixon à «un affreux petit camp de prisonniers de guerre, le chouchou du commandant, un officier débutant bien dressé et trop zélé, persécutant les prisonniers, étudiant leurs failles, récompensant leurs échecs, les punissant pour leurs succès et les encourageant à se dénoncer mutuellement».

Si le quatrième pouvoir a joué un rôle indéniable dans les développements du Watergate, la mécanique du scandale a été largement alimentée par des lâchages internes à l’administration et au monde politique, du numéro deux du FBI W. Mark Felt, alias «Gorge Profonde», furieux d’avoir été ignoré par Nixon pour la tête de l’agence, à l’avocat de la présidence John Dean, qui finit par trahir son propre patron en témoignant contre lui. Et si le Watergate a constitué une victoire pour la presse, celle-ci, à la longue, s’est peut-être avérée empoisonnée. «Le Watergate et le Vietnam ont créé un cynisme qui domine l’attitude du public envers la présidence depuis quarante ans, et dont on pourrait faire l’hypothèse qu’il a conduit au soutien envers Trump, en dépit de ses déclarations et positions outrancières», postule Louis Liebovich.

Le scandale a contribué à instiller dans l’esprit du public l’image des médias comme «un chien de garde qui aboie parfois trop», à lancer les conservateurs sur le sentier de la guerre face à eux, à polariser le débat à l’extrême. «Nous avons toujours reconnu que le “Vieux” avait mal géré la situation, affirmait Pat Buchanan en 2005. Mais il n’a pas été déboulonné par un groupe d’anges, mais par un groupe de gens mus par la haine.» Cette année-là, un Américain sur deux affirmait encore sa confiance dans les médias; en septembre dernier, ils n’étaient plus que 32%. Dix points de moins que ceux qui proclament aujourd’hui leur confiance en Trump.

Voir par ailleurs:

Host Chris Wallace of “Fox News Sunday” spent most of his Sunday show on the subject of whether there is any evidence of Trump officials colluding with Russia to affect the 2016 presidential election. “On the Russian collusion, there’s a lot of smoke, no evidence,” said panelist Bob Woodward of Washington Post Watergate fame.

But we do have substantial evidence of media collusion with the U.S. intelligence community.

“Few understand the CIA and espionage culture as well as [David] Ignatius,” Woodward once said of his colleague, a foreign affairs columnist for the paper. These comments are significant. Ignatius is the Post journalist who received an illegal leak of classified information regarding Lt. Gen. Michael T. Flynn’s conversations with the Russian ambassador. The disclosure led to Flynn’s resignation as Trump’s national security adviser.

The leak and its publication on January 12 were both illegal actions under the law.

Attorney Larry Klayman of Freedom Watch tells Accuracy in Media that Ignatius is not alone. “What you see in these leaks—David Ignatius of The Washington Post and others—are the intelligence agencies being manipulated by the left to destroy the Trump presidency and everybody around him.” Ignatius openly boasts of his contacts in the intelligence community, especially the CIA.

Woodward was a guest on the Sunday edition of “Fox News Sunday,” but was never asked about his colleague receiving illegal leaks of communications intelligence information.

Instead, the major issue on the show was whether President Trump has made charges about wire-tapping his administration without proof. “NO EVIDENCE CITED FOR ‘WATERGATE’ PLOT” was one of the front-page headlines in the Post over President Trump’s charges that former President Obama was behind the wiretapping.

The media were unanimous. “Trump’s baseless wiretap claim” was the headline over a CNN story.

While Trump’s tweet alleging Obama’s personal role seemed like a stretch, some reported “facts” already in the media put some substance behind what the President was trying to convey in a few words and phrases. For example, the British Guardian reported on January 11:

“The Guardian has learned that the FBI applied for a warrant from the foreign intelligence surveillance (FISA) court over the summer in order to monitor four members of the Trump team suspected of irregular contacts with Russian officials. The FISA court turned down the application asking FBI counter-intelligence investigators to narrow its focus. According to one report, the FBI was finally granted a warrant in October, but that has not been confirmed, and it is not clear whether any warrant led to a full investigation.”

Regarding the alleged personal involvement of former President Obama, the left-wing publication The Intercept reported on January 13:

“With only days until Donald Trump takes office, the Obama administration on Thursday announced new rules that will let the NSA share vast amounts of private data gathered without warrant, court orders or congressional authorization with 16 other agencies, including the FBI, the Drug Enforcement Agency, and the Department of Homeland Security.”

The conservative Wall Street Journal reported:

“Only days before the inauguration, President Obama also signed an executive order that allows the National Security Agency to share raw intercepts and data with the 16 other agencies in the intelligence community. NSA analysts used to filter out irrelevant information and minimize references to Americans. Now such material is being leaked anonymously.”

The new rules and procedures, which were promulgated pursuant to a presidential executive order, were signed by Obama Attorney General Loretta E. Lynch on January 3 and reported under the innocuous New York Times headline, “N.S.A. Gets More Latitude to Share Intercepted Communications.”

As the Journal suggests, what Obama’s administration did was to set the stage for the leaks through David Ignatius of the Post and others. You don’t have to be Bob Woodward to suspect something is going on here.

“The people that report on national intelligence at all the networks, including Fox—and I love Fox News—are scared of taking on the intelligence agencies because their sources will be cut off and they won’t have a profession anymore,” Larry Klayman tells Accuracy in Media.

Interestingly, the personal website of David Ignatius features a laudatory review of one of his books, The Director, about a fictional director of the CIA. This is the context in which Bob Woodward said of Ignatius, “Few understand the CIA and espionage culture as well as Ignatius.” Another reviewer, Philip Kerr, also of The Washington Post, says “I strongly suggest you read The Director. It makes Tom Clancy look like an episode of Get Smart.”

“Get Smart” was the comedy show about a bumbling secret agent who had a phone in his shoe. Ignatius clearly understands the nature of the intelligence business and doesn’t joke around.

But most of the media won’t raise the obvious question: who is Ignatius collaborating with and why? The answers suggest actual collusion and even criminal conduct.

Woodward said on “Fox News Sunday” that “you’ve got to understand that as President Trump has this vast espionage establishment as his disposal, $50 billion a year plus, even in the CIA they call him the First Customer. So he can get the information he wants. He’s the only one in the government.”

But is he really a customer? Or is he in this case a victim?

If the intelligence community is trying to bring down a duly elected government of the United States, it is a story that must be told. Will the media tell this side of the story, or will they protect their anonymous sources and a $50 billion espionage establishment they collude with to make a living?


Voir enfin:

This is the ninth article in a series that reviews news coverage of the 2016 general election, explores how Donald Trump won and why his chances were underrated by most of the American media.

Last summer, the United Kingdom voted to leave the European Union in what bettors, financial markets and the London-based media regarded as a colossal upset. Reporters and pundits were quick to blame the polls for the unexpected result. But the polls had been fine, more or less: In the closing days of the Brexit campaign, they’d shown an almost-even race, and Leave’s narrow victory (by a margin just under 4 percentage points) was about as consistent with them as it was with anything else. The failure was not so much with the polls but with the people who were analyzing them.

The U.S. presidential election, as I’ve argued, was something of a similar case. No, the polls didn’t show a toss-up, as they had in Brexit. But the reporting was much more certain of Clinton’s chances than it should have been based on the polls. Much of The New York Times’s coverage, for instance, implied that Clinton’s odds were close to 100 percent. In an article on Oct. 17 — more than three weeks before Election Day — they portrayed the race as being effectively over, the only question being whether Clinton should seek a landslide or instead assist down-ballot Democrats:

Hillary Clinton’s campaign is planning its most ambitious push yet into traditionally right-leaning states, a new offensive aimed at extending her growing advantage over Donald J. Trump while bolstering down-ballot candidates in what party leaders increasingly suggest could be a sweeping victory for Democrats at every level. […]

The maneuvering speaks to the unexpected tension facing Mrs. Clinton as she hurtles toward what aides increasingly believe will be a decisive victory — a pleasant problem, for certain, but one that has nonetheless scrambled the campaign’s strategy weeks before Election Day: Should Mrs. Clinton maximize her own margin, aiming to flip as many red states as possible to run up an electoral landslide, or prioritize the party’s congressional fortunes, redirecting funds and energy down the ballot?

This is not to say the election was a toss-up in mid-October, which was one of the high-water marks of the campaign for Clinton. But while a Trump win was unlikely, it should hardly have been unthinkable.1 And yet the Times, famous for its “to be sure” equivocations,2 wasn’t even contemplating the possibility of a Trump victory.3

It’s hard to reread this coverage without recalling Sean Trende’s essay on “unthinkability bias,” which he wrote in the wake of the Brexit vote. Just as was the case in the U.S. presidential election, voting on the referendum had split strongly along class, education and regional lines, with voters outside of London and without advanced degrees being much more likely to vote to leave the EU. The reporters covering the Brexit campaign, on the other hand, were disproportionately well-educated and principally based in London. They tended to read ambiguous signs — anything from polls to the musings of taxi drivers — as portending a Remain win, and many of them never really processed the idea that Britain could vote to leave the EU until it actually happened.

So did journalists in Washington and London make the apocryphal Pauline Kael mistake, refusing to believe that Trump or Brexit could win because nobody they knew was voting for them? That’s not quite what Trende was arguing. Instead, it’s that political experts4 aren’t a very diverse group and tend to place a lot of faith in the opinions of other experts and other members of the political establishment. Once a consensus view is established, it tends to reinforce itself until and unless there’s very compelling evidence for the contrary position. Social media, especially Twitter, can amplify the groupthink further. It can be an echo chamber.

I recently reread James Surowiecki’s book “The Wisdom of Crowds” which, despite its name, spends as much time contemplating the shortcomings of such wisdom as it does celebrating its successes. Surowiecki argues5 that crowds usually make good predictions when they satisfy these four conditions:

  1. Diversity of opinion. “Each person should have private information, even if it’s just an eccentric interpretation of the known facts.”
  2. Independence. “People’s opinions are not determined by the opinions of those around them.”
  3. Decentralization. “People are able to specialize and draw on local knowledge.”
  4. Aggregation. “Some mechanism exists for turning private judgments into a collective decision.”

Political journalism scores highly on the fourth condition, aggregation. While Surowiecki usually has something like a financial or betting market in mind when he refers to “aggregation,” the broader idea is that there’s some way for individuals to exchange their opinions instead of keeping them to themselves. And my gosh, do political journalists have a lot of ways to share their opinions with one another, whether through their columns, at major events such as the political conventions or, especially, through Twitter.

But those other three conditions? Political journalism fails miserably along those dimensions.

Diversity of opinion? For starters, American newsrooms are not very diverse along racial or gender lines, and it’s not clear the situation is improving much.6 And in a country where educational attainment is an increasingly important predictor of cultural and political behavior, some 92 percent of journalists have college degrees. A degree didn’t used to be a de facto prerequisite7 for a reporting job; just 70 percent of journalists had college degrees in 1982 and only 58 percent did in 1971.

The political diversity of journalists is not very strong, either. As of 2013, only 7 percent of them identified as Republicans (although only 28 percent called themselves Democrats with the majority saying they were independents). And although it’s not a perfect approximation — in most newsrooms, the people who issue endorsements are not the same as the ones who do reporting — there’s reason to think that the industry was particularly out of sync with Trump. Of the major newspapers that endorsed either Clinton or Trump, only 3 percent (2 of 59) endorsed Trump. By comparison, 46 percent of newspapers to endorse either Barack Obama or Mitt Romney endorsed Romney in 2012. Furthermore, as the media has become less representative of right-of-center views — and as conservatives have rebelled against the political establishment — there’s been an increasing and perhaps self-reinforcing cleavage between conservative news and opinion outlets such as Breitbart and the rest of the media.

Although it’s harder to measure, I’d also argue that there’s a lack of diversity when it comes to skill sets and methods of thinking in political journalism. Publications such as Buzzfeed or (the now defunct) Gawker.com get a lot of shade from traditional journalists when they do things that challenge conventional journalistic paradigms. But a lot of traditional journalistic practices are done by rote or out of habit, such as routinely granting anonymity to staffers to discuss campaign strategy even when there isn’t much journalistic merit in it. Meanwhile, speaking from personal experience, I’ve found the reception of “data journalists” by traditional journalists to be unfriendly, although there have been exceptions.

Independence? This is just as much of a problem. Crowds can be wise when people do a lot of thinking for themselves before coming together to exchange their views. But since at least the days of “The Boys on the Bus,” political journalism has suffered from a pack mentality. Events such as conventions and debates literally gather thousands of journalists together in the same room; attend one of these events, and you can almost smell the conventional wisdom being manufactured in real time. (Consider how a consensus formed that Romney won the first debate in 2012 when it had barely even started, for instance.) Social media — Twitter in particular — can amplify these information cascades, with a single tweet receiving hundreds of thousands of impressions and shaping the way entire issues are framed. As a result, it can be largely arbitrary which storylines gain traction and which ones don’t. What seems like a multiplicity of perspectives might just be one or two, duplicated many times over.

Decentralization? Surowiecki writes about the benefit of local knowledge, but the political news industry has become increasingly consolidated in Washington and New York as local newspapers have suffered from a decade-long contraction. That doesn’t necessarily mean local reporters in Wisconsin or Michigan or Ohio should have picked up Trumpian vibrations on the ground in contradiction to the polls. But as we’ve argued, national reporters often flew into these states with pre-baked narratives — for instance, that they were “decreasingly representative of contemporary America” — and fit the facts to suit them, neglecting their importance to the Electoral College. A more geographically decentralized reporting pool might have asked more questions about why Clinton wasn’t campaigning in Wisconsin, for instance, or why it wasn’t more of a problem for her that she was struggling in polls of traditional bellwethers such as Ohio and Iowa. If local newspapers had been healthier economically, they might also have commissioned more high-quality state polls; the lack of good polling was a problem in Michigan and Wisconsin especially.

There was once a notion that whatever challenges the internet created for journalism’s business model, it might at least lead readers to a more geographically and philosophically diverse array of perspectives. But it’s not clear that’s happening, either. Instead, based on data from the news aggregation site Memeorandum, the top news sources (such as the Times, The Washington Post and Politico) have earned progressively more influence over the past decade:

The share of total exposure8 for the top five news sources9 climbed from roughly 25 percent a decade ago to around 35 percent last year, and has spiked to above 40 percent so far in 2017. While not a perfect measure10, this is one sign the digital age hasn’t necessarily democratized the news media. Instead, the most notable difference in Memeorandum sources between 2007 and 2017 is the decline of independent blogs; many of the most popular ones from the late ’aughts either folded or (like FiveThirtyEight) were bought by larger news organizations. Thus, blogs and local newspapers — two of the better checks on Northeast Corridor conventional wisdom run amok — have both had less of a say in the conversation.

All things considered, then, the conditions of political journalism are poor for crowd wisdom and ripe for groupthink. So … what to do about it, then?

Initiatives to increase decentralization would help, although they won’t necessarily be easy. Increased subscription revenues at newspapers such as The New York Times and The Washington Post is an encouraging sign for journalism, but a revival of local and regional newspapers — or a more sustainable business model for independent blogs — would do more to reduce groupthink in the industry.

Likewise, improving diversity is liable to be a challenge, especially because the sort of diversity that Surowiecki is concerned with will require making improvements on multiple fronts (demographic diversity, political diversity, diversity of skill sets). Still, the research Surowiecki cites is emphatic that there are diminishing returns to having too many of the same types of people in small groups or organizations. Teams that consist entirely of high-IQ people may underperform groups that contain a mix of high-IQ and medium-IQ participants, for example, because the high-IQ people are likely to have redundant strengths and similar blind spots.

That leaves independence. In some ways the best hope for a short-term fix might come from an attitudinal adjustment: Journalists should recalibrate themselves to be more skeptical of the consensus of their peers. That’s because a position that seems to have deep backing from the evidence may really just be a reflection from the echo chamber. You should be looking toward how much evidence there is for a particular position as opposed to how many people hold that position: Having 20 independent pieces of evidence that mostly point in the same direction might indeed reflect a powerful consensus, while having 20 like-minded people citing the same warmed-over evidence is much less powerful. Obviously this can be taken too far and in most fields, it’s foolish (and annoying) to constantly doubt the market or consensus view. But in a case like politics where the conventional wisdom can congeal so quickly — and yet has so often been wrong — a certain amount of contrarianism can go a long way.

Nate Silver is the founder and editor in chief of FiveThirtyEight.

Voir enfin:

Emmanuel Macron et les médias: mais pourquoi tant de unes ?
Les Inrocks
28/02/2017

En trustant les couves de magazines, Emmanuel Macron est devenu un phénomène médiatique. Sa jeunesse, son ambition, son couple ringardisent une partie de la classe politique. Mais cette stratégie de com sera-t-elle payante ?

Il y avait la série des Martine, il y a maintenant celle des Macron. Macron en vacances exclusives à la plage, en minishort bleu, certes, mais “avant l’offensive” parce que bon, voilà, il ne faut pas déconner. Macron et Brigitte, ensemble, sur la route du pouvoir. Macron qui “dévoile enfin son programme” (mais pas trop quand même). Macron “la bombe”, “le coup de poker” ou encore “le dynamiteur”, quand il n’est pas une “fusée” ou “le plus chabadabada (!) des ministres”.

Impossible d’y échapper : L’Express, L’Obs, Paris Match, VSD ou encore Closer et Public – sans compter les quotidiens – offrent régulièrement leur “une” au candidat d’En marche !, parfois avec Brigitte Macron, sa femme.

“Macronité aiguë” chez L’Obs

Rien d’exceptionnel, pourrait-on se dire : il est l’un des prétendants à l’élection présidentielle et, comme ses concurrents, il est mis en avant dans les médias. Mais la récurrence de ses apparitions, surtout pour un homme inconnu du grand public il y a deux ans, interroge – Julien Salingue, coanimateur d’Acrimed, parle par exemple de “macronite aigüe” à propos de ses nombreuses apparitions à la une de L’Obs. Pourquoi cette omniprésence ?

La réponse tient en deux points. D’abord, hormis sa vision politique, sa personnalité intrigue, agace, fascine. Ensuite, à l’heure où les ventes de journaux plongent, il est bankable. Pour Marc Dolisi, rédacteur en chef de VSD, si Macron est au cœur de l’attention, “c’est parce qu’il est le seul homme politique qui intéresse autant les gens du point de vue public mais aussi privé”. Outre sa personne, c’est son couple qui ferait de lui un individu dont les amours passionnent autant que celles d’une star du show-biz – qu’il fréquente d’ailleurs, en témoigne une photo de lui à l’anniversaire de Line Renaud, postée par Laeticia Hallyday, excusez du peu.

“Le lecteur est plus susceptible d’aller acheter une couve avec Macron et son épouse que Juppé et la sienne”

Marc Dolisi : “Il est fascinant à cause de sa vie privée. Il est jeune, plutôt bien de sa personne, sa femme, qui était avant sa prof de lettres au lycée, est beaucoup plus âgée que lui – d’habitude, c’est plutôt l’inverse. Leur union est donc atypique, ce qui est porteur du point de vue du lecteur : il est plus susceptible d’aller acheter une couve avec Macron et son épouse que Juppé et la sienne par exemple.” Mettre les Macron à la une de VSD, c’est augmenter les ventes de 10 000 exemplaires, par rapport à un autre politique, même s’“il fait quand même moins vendre qu’une Sophie Marceau ou un Jean-Jacques Goldman”.

Du côté de Paris Match, même discours. Bruno Jeudy, rédacteur en chef politique : “C’est un couple de pouvoir, qui énerve, qui est apprécié. Peu importe au fond, ils intéressent.” L’hebdo fut le premier à leur consacrer sa une. C’était en avril 2016, et malgré des critiques pour ce que certains avaient considéré comme de l’impudeur – des photos personnelles du couple y figuraient –, les ventes furent excellentes : “On l’a vendu à environ 300 000 exemplaires, hors abonnés. On a même manqué de papier pour plusieurs kiosques – selon nos services commerciaux, on aurait raté plusieurs milliers de ventes.”

“Une vraie curiosité pour Macron”

Le candidat avait assuré peu après : “Mon couple, ce n’est pas une stratégie de l’exposer, c’est sans doute une maladresse. Je l’assume pleinement. Ce n’est pas une stratégie que l’on reproduira.” On connaît la suite, Emmanuel Macron réapparaissant plusieurs fois depuis avec sa compagne dans les pages de Match.

En tout cas, pour Bruno Jeudy, il n’y a pas que sa vie privée qui soit notable. “Il est l’homme politique qui bouscule le paysage : par son âge, son parcours exceptionnel, sa capacité à transgresser, et même par son histoire avec François Hollande, qu’il a trahi. Il était donc normal de se pencher sur lui (…). Mais il ne faut pas confondre popularité, vente de magazines et suffrages. C’est un candidat qui est présumé être compétent, brillant ; il lui reste à présent à démontrer qu’il a vraiment des idées et n’est pas seulement dans des postures christiques en meeting ou des discours sympathico-consensuels.” 

Christophe Barbier, ancien directeur de la rédaction de L’Express – qui, pour sa nouvelle formule en mars 2016, avait mis Macron à l’honneur, et permis à l’hebdo de doubler ses ventes –, reconnaît lui aussi “une vraie curiosité pour le phénomène Macron”, même si, pour que tout cela soit payant, “il faut que les votes à son égard soient des suffrages de conviction, pas d’émotion”. D’autant qu’il profiterait du fait qu’“autour de lui, tout s’effondre : on n’aurait pas le même intérêt pour lui si Sarkozy ou Hollande étaient dans la course”.

L’ombre de Sarkozy

L’ombre de Sarkozy n’est jamais bien loin quand il s’agit d’évoquer la relation de Macron aux médias, people notamment. Pour Saïd Mahrane, rédacteur en chef du Point, le candidat d’En marche ! adopterait le même genre de stratégie médiatique que l’ancien Président en 2007. “Sarkozy avait compris une chose : il ne pouvait pas se passer des médias et réciproquement, donc c’était du donnant-donnant (…).

On voyait arriver un type jeune, dynamique, décomplexé – Macron me le rappelle. Il sait que, de toute façon, ça sera payant : les journalistes sont demandeurs et lui, cela l’humanise. En affichant cette jeunesse, ce charme, il ringardise une partie de la classe politique.”

“Le couple politique le plus intelligent du point de vue de l’image”

Marc Dolisi ne dit pas le contraire en évoquant “le couple politique le plus intelligent du point de vue de l’image. Neuf ans après Sarkozy et la peopolisation qu’il a imposée, ils savent qu’ils peuvent en tirer profit et que cela peut toucher le grand public”.

Le journaliste en veut pour preuve “certaines photos prises par des paparazzis” pour VSD, sans que les Macron ne les attaquent en justice : “Ils auraient pu. Mais ils savent très bien qu’ils sont photographiés. Ils laissent faire.” Cette filiation éditoriale augure-t-elle pour l’homme le plus à droite de la gauche un avenir présidentiel ? 


Liberté d’expression: Après l’histoire, c’est désormais la sociologie qui se dit dans les prétoires (French historian sued for spilling the beans on Arab antisemitism)

10 février, 2017
deracinement
https://www.thesun.co.uk/wp-content/uploads/2017/02/nintchdbpict000300125351.jpg?strip=all&w=960

‘All further migration from mainly Muslim countries should be stopped’

Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor (février 2007)
Il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse. Emmanuel Macron
Poland showed the strongest opposition to migrants arriving from Muslim countries, with 71 per cent supporting the ban. Opposition to further migration was also intense in Austria (65 per cent), Belgium (64 per cent), Hungary (64 perc cent) and France (61 per cent) and Greece (58 per cent). The idea of a Trump-style ban also received support in Germany, with 53 per cent calling for increased curbs and 51 per cent in Italy. But there was not majority support in Britain or Spain, which was most opposed to the idea of a ban with only 41 per cent voicing support. Overall, across all ten of the European countries an average of 55 per cent agreed that all further migration from mainly Muslim countries should be stopped. The Sun
Selon une étude menée par l’institut de recherche britannique Chatham House, les Européens seraient majoritairement favorables à la fermeture de leurs frontières aux individus originaires de pays musulmans. 55% des personnes interrogées ont ainsi déclaré être d’accord avec cette affirmation : “Toute immigration supplémentaire venant de pays à majorité musulmane doit cesser”. Un chiffre impressionnant. Dans le commentaire de l’étude, l’institut livre ses conclusions : “Nos résultats sont frappants et donnent à réfléchir. Ils suggèrent que l’opposition à l’immigration venant de pays à majorité musulmane n’est pas confinée à l’électorat de Donald Trump aux Etats-Unis mais est largement répandue”. Largement, mais plus spécialement dans les pays qui “ont été au centre de la crise migratoire ou ont vécu des attaques terroristes ces dernières années”. La Pologne (71%), l’Autriche (65%), la Hongrie et la Belgique (64%), ainsi que la France (61%), sont ainsi parmi les plus favorables à l’assertion de départ. Valeurs actuelles
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
En fait, tout est écrit dans le Coran. Le châtiment des juifs, c’est l’enfer. L’histoire de Moïse est belle. Dieu lui a fait faire des miracles. Il a coupé la mer en deux pour qu’il puisse la traverser. Mais après tous ces miracles, les juifs ont préféré adorer un veau d’or. C’est à cause de cela que ce peuple est maudit par Dieu. Je parle avec mon père de ces choses-là. Parce que parmi les autres musulmans, il y a des sectes, des barbus qui peuvent t’envoyer te faire exploser je ne sais où. Alors je mets des remparts avec eux. Je suis fragile d’esprit, je préfère parler de ça avec ma famille, elle m’apporte l’islam qui me fait du bien. Djamal
À en croire, par ordre d’entrée en scène, Enzo Traverso, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Edwy Plenel, Philippe Corcuff, Renaud Dély, Pascal Blanchard, Claude Askolovitch et Yvan Gastaut: les années 1930 sont de retour. La droite intégriste et factieuse occupe la rue, la crise économique pousse à la recherche d’un bouc émissaire et l’islamophobie prend le relais de l’antisémitisme. Tous les auteurs que j’ai cités observent, comme l’écrit Luc Boltanski: «la présence de thèmes traditionalistes et nationalistes issus de la rhétorique de l’Action française et la réorientation contre les musulmans d’une hostilité qui fut dans la première moitié du XXe siècle principalement dirigé contre les juifs». Cette analogie historique prétend nous éclairer: elle nous aveugle. Au lieu de lire le présent à la lumière du passé, elle en occulte la nouveauté inquiétante. Il n’y avait pas dans les années 1930 d’équivalent juif des brigades de la charia qui patrouillent aujourd’hui dans les rues de Wuppertal, la ville de Pina Bausch et du métro suspendu. Il n’y avait pas d’équivalent du noyautage islamiste de plusieurs écoles publiques à Birmingham. Il n’y avait pas d’équivalent de la contestation des cours d’histoire, de littérature ou de philosophie dans les lycées ou les collèges dits sensibles. Aucun élève alors n’aurait songé à opposer au professeur, qui faisait cours sur Flaubert, cette fin de non-recevoir: «Madame Bovary est contraire à ma religion.» Il n’y avait pas, d’autre part, de charte de la diversité. On ne pratiquait pas la discrimination positive. Ne régnait pas non plus à l’université, dans les médias, dans les prétoires, cet antiracisme vigilant qui traque les mauvaises pensées des grands auteurs du patrimoine et qui sanctionne sous le nom de «dérapage» le moindre manquement au dogme du jour: l’égalité de tout avec tout. Quant à parler de retour de l’ordre moral alors que les œuvres du marquis de Sade ont les honneurs de la Pléiade, que La Vie d’Adèle a obtenu la palme d’or à Cannes et que les Femen s’exhibent en toute impunité dans les églises et les cathédrales de leur choix, c’est non seulement se payer de mots, mais réclamer pour l’ordre idéologique de plus en plus étouffant sous lequel nous vivons les lauriers de la dissidence. (…) Pour dire avec Plenel et les autres que ce sont les musulmans désormais qui portent l’étoile jaune, il faut faire bon marché de la situation actuelle des juifs de France. S’il n’y a pratiquement plus d’élèves juifs dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis, c’est parce que, comme le répète dans l’indifférence générale Georges Bensoussan, le coordinateur du livre Les Territoires perdus de la République (Mille et Une Nuits), l’antisémitisme y est devenu un code culturel. Tous les musulmans ne sont pas antisémites, loin s’en faut, mais si l’imam de Bordeaux et le recteur de la grande mosquée de Lyon combattent ce phénomène avec une telle vigueur, c’est parce que la majorité des antisémites de nos jours sont musulmans. Cette réalité, les antiracistes officiels la nient ou la noient dans ses causes sociales pour mieux incriminer au bout du compte «la France aux relents coloniaux». Ce n’est pas aux dominés, expliquent-ils en substance, qu’il faut reprocher leurs raccourcis détestables ou leur passage à l’acte violent, c’est à la férocité quotidienne du système de domination. (…) Au début de l’affaire Dreyfus, Zola écrivait Pour les juifs. Après m’avoir écouté sur France Inter, Edwy Plenel indigné écrit Pour les musulmans. Fou amoureux de cette image si gratifiante de lui-même et imbu d’une empathie tout abstraite pour une population dont il ne veut rien savoir de peur de «l’essentialiser», il signifie aux juifs que ceux qui les traitent aujourd’hui de «sales feujs» sont les juifs de notre temps. Le racisme se meurt, tant mieux. Mais si c’est cela l’antiracisme, on n’a pas vraiment gagné au change. Et il y a pire peut-être: l’analogie entre les années 1930 et notre époque, tout entière dressée pour ne pas voir le choc culturel dont l’Europe est aujourd’hui le théâtre, efface sans vergogne le travail critique que mènent, avec un courage et une ténacité admirables, les meilleurs intellectuels musulmans. (…) Pendant ce temps, tout à la fierté jubilatoire de dénoncer notre recherche effrénée d’un bouc émissaire, les intellectuels progressistes fournissent avec le thème de «la France islamophobe» un bouc émissaire inespéré au salafisme en expansion. En même temps qu’il fait de nouveaux adeptes, l’Islam littéral gagne sans cesse de nouveaux Rantanplan. Ce ne sont pas les années 1930 qui reviennent, ce sont, dans un contexte totalement inédit, les idiots utiles. (…) Autrefois, on m’aurait peut-être traité de «sale race», me voici devenu «raciste» et «maurrassien» parce que je veux acquitter ma dette envers l’école républicaine et que j’appelle un chat, un chat. Entre ces deux injures, mon cœur balance. Mais pas longtemps. Mon père et mes grands-parents ayant été déportés par l’État dont Maurras se faisait l’apôtre, c’est la seconde qui me semble, excusez-moi du terme mais il n’y en a pas d’autres, la plus dégueulasse. (…) J’attends d’avoir fini le livre d’Eric Zemmour pour réagir. Mais d’ores et déjà, force m’est de constater que ceux qui dénoncent jour et nuit les amalgames et les stigmatisations se jettent sur l’analyse irrecevable que Zemmour fait du régime de Vichy pour pratiquer les amalgames stigmatisants avec tous ceux qu’ils appellent les néoréactionnaires et les néomaurrassiens. Ils ont besoin que le fascisme soit fort et même hégémonique pour valider leur thèse. Le succès de Zemmour pour eux vient à point nommé. Mais je le répète, ce n’est pas être fasciste que de déplorer l’incapacité grandissante de la France à assumer sa culture. Et ce n’est surement pas être antifasciste que de se féliciter de son effondrement. Alain Finkielkraut 
L’antisémitisme traditionnel en France est originellement marqué par l’Eglise, l’extrême droite et le nationalisme: c’est l’antisémitisme de l’affaire Dreyfus qui connaît son acmé sous Vichy. L’antisémitisme nouveau est un antisémitisme d’importation. Il est lié à la fois à la culture traditionnelle des pays magrébins, à l’islam et au contexte colonial. En Algérie, le décret Crémieux qui permit aux juifs de devenir français dès 1870 attise la jalousie des musulmans. En Tunisie et au Maroc, les juifs n’étaient pas français mais leur émancipation par le biais de l’école leur a donné une large avance sur le plan scolaire et social sur la majorité musulmane. Cela s’est terminé par le départ de la minorité juive. Cet antisémitisme-là s’est transposé sur notre territoire par le truchement de l’immigration familiale (c’est cela qui a été importé et pas le conflit israélo-palestinien comme le répètent les médias). Un antisémitisme qui préexistait toutefois auparavant (mais en mode mineur) comme le rappellent les affrontements survenus à Belleville en juin 1967 ou le Mouvement des Travailleurs arabes au début des années 1970. Paradoxalement, cet antisémitisme ne s’est pas dilué, mais enkysté. C’est dans les familles qu’il se transmet et s’apprend. Arrivé à l’école, l’affaire est déjà jouée. Nouveau par les formes et l’origine, il épouse parfois le vocabulaire de l’antisémitisme traditionnel. Par exemple, le mot «youpin», qui avait tendance à disparaître en France, est réutilisé dans des milieux de banlieues qui ne le connaissaient pas. Bref, les différentes branches de l’antisémitisme sont en train de se conjuguer. L’extrême droite traditionnelle qui connait un renouveau, une certaine ultra gauche qui par le biais de l’antisionisme a parfois du mal à maquiller son antisémitisme (l’enquête Fondapol d’octobre 2014 menée par Dominique Reynié était édifiante à cet égard). On a oublié que l’antisémitisme plongeait de longues racines à gauche, depuis Proudhon jusqu’aux propos de Benoît Frachon en juin 1967, secrétaire général de la CGT. Mais la branche la plus massive, et de loin, est la branche arabo-islamiste. Celle-là seule passe aux actes, elle insulte, frappe et tue. Elle n’est d’ailleurs pas seulement arabo-islamiste car elle déborde aujourd’hui dans les banlieues. Nombre de jeunes qui ne sont pas issus de l’immigration arabo-musulmane adoptent pourtant le code culturel de l’antisémitisme, lequel est devenu un code d’intégration dans les cités. Ainsi, ici, l’intégration à la France se fait-elle à rebours, en chassant la part juive de la société française. Adopter ces clichés et ce langage c’est se donner plus de chances d’être intégré dans l’économie sociale des banlieues. Et pour parler comme la banlieue, il faut parler «anti-feuj». (…) En tant qu’historien, je suis frappé par la stupidité d’une telle comparaison [sort des musulmans aujourd’hui à celui des juifs hier]. Je n’ai pas souvenir dans l’histoire des années 30 d’avoir entendu parler de l’équivalent juif de Mohammed Merah, de Mehdi Nemmouche ou des frères Kouachi se mettant à attaquer des écoles françaises, des boutiques ou des Eglises. Assistait-on dans les années 1930 à un repli communautaire des juifs? Tout au contraire, s’agissait-il d’une course éperdue vers l’intégration et l’assimilation. Les juifs cherchaient à se faire le plus petit possible. Ils étaient 330 000, dont 150 000 juifs étrangers qui vivaient dans la crainte d’être expulsés. Beaucoup étaient des réfugiés de la misère, d’autres fuyaient le nazisme et les violences antisémites d’Europe orientale. Aujourd’hui, place Beauvau, on estime la minorité musulmane entre six et dix millions de personnes. Ils n’ont pas été chassés par un régime qui veut les exterminer mais sont venus ici, dans l’immense majorité des cas, pour trouver des conditions de vie meilleures. Les situations sont incomparables, ne serait-ce qu’au regard des effectifs concernés: en Europe, aujourd’hui, un musulman sur quatre vit en France. Cette question est toutefois intéressante à un autre titre: pourquoi une partie de la population française d’origine maghrébine est-elle habitée par un mimétisme juif, une obsession juive, voire une jalousie sociale comme si l’histoire du Maghreb colonial se perpétuait ici? L’histoire de la Shoah est-elle en cause? Elle n’a pas été surestimée, il s’agit bien de la plus profonde coupure anthropologique du siècle passé, et elle dépasse de loin la seule question antisémite. En réalité, c’est la trivialisation de cette tragédie historique qui a produit des effets pervers. Car la Shoah, elle, au-delà de toutes les instrumentalisations, reste une question d’histoire cardinale qui interroge politiquement toutes les sociétés. Qu’est-ce qu’un génocide? Comment en est-on arrivé-là? Pourquoi l’Allemagne? Pourquoi l’Europe? Pourquoi les juifs? Comment une idéologie meurtrière se met-elle en place? Comment des hommes ordinaires, bons pères de famille, deviennent-ils parfois des assassins en groupe? Cette césure historique, matrice d’un questionnement sans fin, a été rabaissée à un catéchisme moralisateur («Plus jamais ça!») et à une avalanche assez niaiseuse de bons sentiments qui, pédagogiquement, ne sont d’aucune utilité. Et qui fait que nous passons parfois à côté des mécanismes politiques qui régulent des sociétés de masse d’autant plus dangereuses qu’anomiées. Le discours de la repentance a pu stériliser la pensée et frapper de silence des questions jugées iconoclastes. Comme les questions d’histoire culturelle évoquées tout à l’heure. Comme si invoquer le facteur culturel à propos de minorités dont l’intégration est en panne serait emprunter le «chemin d’Auschwitz». Cet affadissement a paralysé la réflexion politique, enté sur la conviction erronée que les situations se reproduisent à l’identique. Or, si les mécanismes sont les mêmes, les situations ne le sont jamais. Le travail de l’historien illustre sans fin le mot d’Héraclite: «On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve…» (…) Mais ces lois [mémorielles] ont des effets pervers. Dans des sociétés de masse animées par la passion de l’égalité, toute différence, est perçue comme une injustice. La Shoah étant perçue comme le summum de la souffrance, le peuple juif aux yeux de certains est devenu le «peuple élu de la souffrance». De là une concurrence des mémoires alimentée plus encore par un cadre de références où la victime prend le pas sur le citoyen. Comme s’il fallait avoir été victime d’une tragédie historique pour être reconnu. Second élément de la dérive, la transgression qui permet d’échapper à l’anonymat. Et dans une société qui a fait de la Shoah (contre les historiens) une «religion civile», la meilleure façon de transgresser est de s’en prendre à cette mémoire soit dans le franc négationnisme hier, soit dans la bêtise de masse (qui se veut dérision) type Dieudonné aujourd’hui. Sur ce plan, tous les éléments sont réunis pour favoriser la transgression qui canalise les frustrations innombrables d’un temps marqué au sceau du «désenchantement du monde». C’est d’ailleurs pourquoi on a tort de réagir à chacune des provocations relatives à la Shoah. C’est précisément ce qu’attend le provocateur, notre indignation est sa jouissance. (…) Pour une journée de jumelage avec Tel-Aviv, il a fallu déployer 500 CRS. L’ampleur de la polémique me parait disproportionnée. Israël n’est pas un Etat fasciste et le conflit avec les Palestiniens est de basse intensité. Il y a pratiquement tous les jours entre cinquante et cent morts par attentats dans le monde arabo-musulman dans l’indifférence générale. La guerre civile en Syrie a fait à ce jour, et en quatre ans, 240 000 morts. Le conflit israélo-palestinien en aurait fait 90 000 depuis 1948. La disproportion est frappante. Peu importe que des Arabes tuent d’autres Arabes. Tout le monde s’en moque. Les juifs seuls donnent du prix à ces morts. Dès qu’ils sont de la partie, on descend dans la rue. Cette passion débordante, disproportionnée, n’interroge pas le conflit. Elle interroge ce que devient la société française. Les menaces sur Tel Aviv sur scène sont venues des mêmes milieux qui ont laissé faire les violences de Barbès en juillet 2014, la tentative d’assaut contre la la synagogue de la rue de la Roquette à Paris et une semaine plus tard contre celle de Sarcelles. Bref, je le redis, ce n’est pas le conflit qui a été importé, c’est l’antisémitisme du Maghreb. Les cris de haine d’aujourd’hui sont l’habillage nouveau d’une animosité ancienne. (…) A la lecture de Christophe Guilluy, on comprend d’ailleurs qu’il n’y a pas deux France, mais trois. La France périphérique méprisée par les élites, qui souffre et est tenue de se taire. Elle constitue le gros du vivier FN. La France des biens nés, intégrée socialement, plus aisée et qui regarde avec condescendance la France populaire qui «pense mal». Enfin, une troisième France, tout aussi en souffrance que la première, en voie de désintégration sous l’effet de la relégation géographique, sociale, scolaire, et dont une frange se radicalise. Mais l’erreur, ici, serait de lier la poussée islamiste à la seule déshérence sociale: dès lors que des jeunes intégrés, et diplômés basculent vers la radicalité islamiste, on comprend que le facteur culturel a été longtemps sous-estimé. (…) A force de nier le réel, on a fait le lit du FN. Les millions de Français qui sont aujourd’hui sympathisants du Front national n’ont pas le profil de fascistes. Beaucoup d’entre eux votaient jadis à gauche, et le FN authentiquement parti d’extrême droite, est aussi aujourd’hui le premier parti ouvrier de France. Comment en est-on arrivé-là? Quelle responsabilité ont les classes dominantes dans ce naufrage et, notamment la classe intellectuelle? Voilà les questions qui importent vraiment. En revanche, la question rhétorique du «plus grand danger», FN ou islamisme, vise à nous faire taire. Avec à la clé ce chantage: «A dénoncer la poussée de l’islamisme, du communautarisme, la désintégration d’une partie de l’immigration de masse, vous faites le jeu du Front national!». Tenter de répondre à la question ainsi formulée, c’est tomber dans ce piège rhétorique. Il faudrait, au contraire, retourner cette question à ceux qui la posent: n’avez-vous pas fait le jeu du FN en invalidant la parole d’une partie du peuple français, en le qualifiant de «franchouillard», de raciste, de fasciste? Et en sous estimant le sentiment d’abandon et de mépris vécu par ces dominés de toujours? Georges Bensoussan
En 2002, nous étions encore habités par le mot «République», agité comme un talisman, comme un sésame salvateur. Or, la République est d’abord une forme de régime. Elle ne désigne pas un ancrage culturel ou historique. La nation, elle, est l’adhésion à un ensemble de valeurs et rien d’autre. Ce n’est pas le sang, pas le sol, pas la race. Peut être Français, quelle que soit sa couleur de peau ou sa religion, celui qui adhère au roman national selon la définition bien connue d’Ernest Renan: «Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis.» Nous avions un peu délaissé cette définition pour mettre en avant les valeurs de la République. Nous avons fait une erreur de diagnostic. Nous n’avions pas vu que la nation, et non seulement la République, était en train de se déliter. Une partie de la population française, née en France, souvent de parents eux-mêmes nés en France, a le sentiment de ne pas appartenir à celle-ci. Alors qu’ils sont français depuis deux générations pour beaucoup, certains adolescents dans les collèges et lycées, comme aussi certains adultes, n’hésitent plus à affirmer que la France n’est pas leur pays. Ajoutant: «Mon pays c’est l’Algérie…» (ou la Tunisie, etc…). Les incidents lors de la minute de silence pour les assassinés de Merah comme pour ceux de janvier 2015 furent extrêmement nombreux. On a cherché comme toujours à masquer, à minimiser, à ne pas nommer. Dans la longue histoire de l’immigration en France, cet échec à la 3° génération est un fait historique inédit. Certains historiens de l’immigration font remarquer, à juste titre, qu’il y eut toujours des problèmes d’intégration, même avec l’immigration européenne. Mais pour la première fois dans l’Histoire nous assistons à un phénomène de désintégration, voire de désassimilation. C’est pourquoi, ce n’est pas la République seule qui est en cause, mais bien la nation française: notre ancrage historique, nos valeurs, notre langue, notre littérature et notre Histoire. Toute une partie de la jeunesse de notre pays se reconnaît de moins en moins dans notre culture. Elle lui devient un code culturel étranger, une langue morte et pas seulement pour des raisons sociales. Nous sommes en train d’assister en France à l’émergence de deux peuples au point que certains évoquent des germes de guerre civile. (…)  la culture est tout sauf une essence. Ce qui est essence s’appelle «la race». Lorsqu’on est né dans un groupe ethnique, on n’en sort pas. On restera toujours ethniquement parlant Juif du Maroc ou Sénégalais peul. En revanche, la culture s’acquiert. Elle est dynamique. On peut être Juif du Maroc ou Sénégalais peul, lorsqu’on vit en France et qu’on finit par aimer ce pays, on devient français. La culture est le contraire absolu de l’essence. L’histoire culturelle, c’est l’histoire des mentalités, des croyances, de la mythologie, des valeurs d’une société qui permet de comprendre l’imaginaire des hommes d’un temps donné. Cette histoire n’est pas fixe. Il suffit pour s’en convaincre de réfléchir à la conception de l’enfant dans la culture occidentale, à l’image qu’on s’en faisait au Moyen-Age, au XVIIIe siècle, au XXe siècle. Il s’agit là d’un processus dynamique, rien d’un fixisme. Mais si la culture est le contraire de la race, pourquoi une telle frilosité à faire de l’histoire culturelle, une telle peur de nommer les problèmes culturels par leurs noms? Dans un domaine moins polémique, pourquoi certains ont-ils encore peur de dire que le nazisme est un enfant de l’Allemagne et pas seulement de l’Europe? Qu’il y a dans le nazisme des éléments qui n’appartiennent qu’à la culture allemande traditionnelle depuis Luther et même bien avant. Les grands germanistes français du XX° siècle le savaient, depuis Edmond Vermeil jusqu’à Rita Thalmann et plus près de nous Edouard Husson. Est-ce faire du racisme anti-allemand que le dire? Est-ce faire du racisme que constater dans la culture musulmane, le Coran et les hadiths sont présents des éléments qui rendent impossible la coexistence sur un pied d’égalité avec les non musulmans. Je ne parle pas de la tolérance du dhimmi. Je parle d’égalité et de culture du compromis et de la négociation. Travaillant plusieurs années sur l’histoire des juifs dans le monde arabe aux XIXe et au XXe siècle (pour juifs en pays arabes. Le grand déracinement, 1850-1975, Tallandier, 2012), j’avais constaté l’existence d’une culture arabo-musulmane, du Maroc à l’Irak, entachée d’un puissant antijudaïsme, et ce bien avant le sionisme et la question d’Israël et de la Palestine. Il existe en effet, et de longue date, une culture arabo-musulmane anti-juive, souvent exacerbée par la colonisation (mais qui n’en fut toutefois jamais à l’origine). Il fallait faire de l’histoire culturelle pour comprendre comment, pourquoi et quand la minorité juive qui s’était progressivement émancipée grâce à l’école, s’était heurtée à une majorité arabo-musulmane aux yeux de laquelle l’émancipation des juifs était inconcevable et irrecevable. Il n’était question alors ni de sionisme, ni d’Israël ni de Gaza. Et encore moins de «territoires occupés» qui, pour les ignorants et les naïfs, constituent le cœur du problème actuel. Ce conflit entre une majorité qui ne supporte pas que le dominé de toujours s’émancipe, et le dominé de toujours qui ne supporte plus la domination d’autrefois, se traduit par un divorce, et donc un départ. Il s’agit là d’histoire culturelle. Où est le racisme? Georges Bensoussan
Nous sommes dans le déni. Peut-être parce qu’étant donnée l’horreur des exactions subies par les juifs dans le monde chrétien, et particulièrement sous les nazis, on a voulu croire à un islam tolérant. Or la légende d’Al Andalus, cette Espagne musulmane où les trois monothéismes auraient cohabité harmonieusement sous des gouvernements musulmans, a été forgée de toute pièce par le judaïsme européen au XIXe siècle, en particulier par les Juifs allemands, afin de promouvoir leur propre émancipation. Elle a ensuite été reprise par le monde arabe dans le but de montrer que les responsables de l’antagonisme entre juifs et Arabes étaient le sionisme et la naissance de l’État d’Israël. Coupables du départ massif des communautés juives d’Irak, d’Égypte, de Syrie, de Libye, du Maroc, etc., soit près d’un million de personnes entre 1945 et 1970. Mais, s’ils étaient si heureux dans leur pays d’origine, pourquoi ces gens sont-ils partis de leur plein gré ? En Irak, par exemple, les juifs comptaient parmi les plus arabisés d’Orient, et n’étaient guère tentés par le sionisme. Or ils ont été plus de 90 % en 1951-1952 à quitter le pays, après avoir subi le pogrom de Bagdad en juin 1941 – plus de 180 morts –, après avoir été victimes de meurtres, d’enlèvements, d’arrestations, de séquestrations, de vols et de torture dans les commissariats. C’est cette réalité-là qui a poussé ces juifs à l’exil. Un véritable processus d’épuration ethnique, d’autant plus sournois qu’à l’exception de l’Égypte, il n’a pas pris la forme d’une expulsion. (…) à eux seuls, des agents sionistes peuvent difficilement déraciner une communauté qui ne veut pas partir. Si les Juifs du Maroc ont quitté en masse leur pays – un tiers déjà avant l’indépendance –, c’est parce qu’ils avaient peur. D’expérience, ils craignaient le retour de la souveraineté arabe sur leurs terres. Ils ne se voyaient pas d’avenir dans leur pays, où la législation leur rendait la vie de plus en plus difficile. (…) Le Sultan, dit-on, se serait opposé au port de l’étoile jaune par ses sujets juifs. À ceci près qu’il n’y eut jamais d’étoile jaune au Maroc (et pas même en zone sud en France). Le sultan a fait appliquer à la lettre les statuts des juifs d’octobre 1940 et de juin 1941. (…) L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme (à commencer par le Résident général Charles Noguès) que l’attitude du sultan, par contraste, en apparaissait presque bienveillante ! En second lieu, les Juifs marocains partis en masse s’installer en Israël constituaient la partie la plus pauvre de la judéité marocaine, celle qui, de faible niveau social et professionnel, essuiera de front le racisme des élites ashkénazes. Être « marocain » en Israël était (et demeure) un « marqueur » péjoratif. Cette immigration s’est mise à idéaliser son passé marocain, sa culture, le temps de sa jeunesse, parfois tissé, au niveau individuel, de relations d’amitié entre juifs et Arabes. Ajoutons que la mémoire collective est socialement stratifiée. Il faut donc compter avec celle, moins douloureuse, des classes plus aisées qui ont émigré, elles, davantage, en France ou au Canada. Il justifie l’infériorisation du juif par le musulman : il autorise en effet les membres des religions dites du Livre à pratiquer leur foi, à la condition de payer un impôt spécial et d’accepter de se comporter en « soumis ». Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman. Tout cela a fait du juif un être de second ordre. Les témoignages abondent, de non-juifs en particulier – des militaires, des commerçants, des médecins –, sur la misère et la manière infamante dont les juifs pouvaient être traités. Mais ce statut avait été intégré par des communautés profondément religieuses, marquées par l’attente messianique et considérant que ce qu’elles vivaient était le prix de l’Exil. Les choses ont changé avec l’arrivée des Européens et la possibilité d’avoir accès à une éducation marquée par les valeurs issues des Lumières. Pour autant, le regard arabo-musulman sur « le Juif » ne changera pas de sitôt : un sujet toléré tant qu’il accepte son infériorité statutaire. Même les juifs qui rejoindront le combat des indépendances arabes comprendront peu à peu qu’ils ne seront jamais acceptés. De fait, tous ont été écartés ou sont partis d’eux-mêmes, et la création de l’État d’Israël ne fera qu’accroître le rejet. (…) il faut distinguer le monde turc, plus tolérant que le monde arabe, même si la situation est loin d’y avoir été idyllique. Le statut de dhimmi a été aboli dans l’Empire ottoman par deux fois, en 1839 et 1856, et l’on constate que les contrées où les juifs connurent la condition la plus dure – le Yémen, la Perse et le Maroc – ne furent que peu ou pas du tout colonisées par les Turcs. (…) Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux et donnent prise à la culture du complot qui cristallise sur « le Juif », cette cible déjà désignée dans l’imaginaire culturel maghrébin, et aggravée par la réussite de la communauté juive de France. Mais qu’y a-t-il de « raciste » à faire ce constat, à moins d’invalider toute tentative de décrire le réel ? Ce qui est inquiétant dans mon affaire, au-delà de ma personne, est que la justice donne suite à la dénonciation du CCIF, dont l’objectif est de nous imputer le raisonnement débile du racisme pour mieux, moi et d’autres avec moi, nous réduire au silence. (…) Quand les faits leur donnent tort, ils invoquent l’« objectivité » alors que le seul souci de l’historien face aux sources, a fortiori quand elles contreviennent à sa vision du monde, demeure l’honnêteté. Comme au temps où il était impossible de critiquer l’Union soviétique au risque, sinon, de « faire le jeu de l’impérialisme », la doxa progressiste s’enferme dans cette paresse de l’esprit. Il n’est donc pas possible aujourd’hui de dire que le monde arabe, quoique colonisé hier, fut tout autant raciste, antisémite et esclavagiste. Quand la sociologue franco-algérienne Fanny Colonna a montré dès les années cinquante le poids de l’islamisme dans le nationalisme algérien, elle s’est heurtée aux « pieds rouges », ces intellectuels qui soutenaient le FLN et qui ne voulaient pas faire le jeu des opposants à la décolonisation. Orwell le soulignait jadis, certains intellectuels ont du mal à accepter une réalité dérangeante. Georges Bensoussan
La pire insulte qu’un Marocain puisse faire à un autre, c’est de le traiter de juif, c’est avec ce lait haineux que nous avons grandi. Saïd Ghallab (Les Temps modernes, 1965)
Cet antisémitisme il est déjà déposé dans l’espace domestique. Il est dans l’espace domestique et il est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue. Une des insultes des parents à leurs enfants quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de juif. Mais ça toutes les familles arabes le savent. C’est une hypocrisie monumentale que de ne pas voir que cet antisémitisme il est d’abord domestique et bien évidemment il est sans aucun doute renforcé, durci, légitimé, quasi naturalisé au travers d’un certain nombre de distinctions à l’extérieur. Mais il le trouvera chez lui, et puis il n’y aura pas de discontinuité radicale entre chez lui et l’environnement extérieur parce que l’environnement extérieur en réalité était le plus souvent dans ce qu’on appelle les ghettos, il est là, il est dans l’air que l’on respire. Il n’est pas du tout étranger et il est même difficile d’y échapper en particulier quand on se retrouve entre soi, ce sont les mêmes mots qui circulent. Ce sont souvent les mêmes visions du monde qui circulent. Ce sont souvent les mêmes visions du monde, fondées sur les mêmes oppositions et en particulier cette première opposition qui est l’opposition « eux et nous ». Smain Laacher
L’intégration est en panne aujourd’hui effectivement nous sommes en présence d’un autre peuple qui se constitue au sein de la nation française qui fait régresser un certain nombre de valeurs démocratiques qui nous ont portés » (…) Cet antisémitisme viscéral (…) on ne peut pas le laisser sous silence. Il se trouve qu’un sociologue algérien, Smaïn Laacher, d’un très grand courage, vient de dire dans un film qui passera sur France 3 « c’est une honte de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme on le tête avec le lait de la mère ». Georges Bensoussan
L’insulte en arabe « espèce de juif ! » n’est pas antisémite car « on ne pense pas ce qu’on dit ». Il s’agit « d’une expression figée, passée dans le langage courant. Nacira Guénif (Paris VIII)
Les juifs ne tuent pas d’Arabes ? Et en Palestine ? Avocat du CCIF
Si le tribunal cède à cette intimidation, ce sera à la fois une catastrophe intellectuelle et une catastrophe morale… Si on refuse de voir la réalité et si on incrimine ceux qui s’efforcent de la penser, on n’a plus aucune chance d’échapper à la division et à la montée de la haine ! Alain Finkielkraut
Bensoussan a rappelé qu’il y avait un antisémitisme de tradition culturelle dans les pays arabo-musulmans. Une tradition qui fait l’objet d’un déni massif, mais qu’avait eue le courage de proclamer par exemple un sociologue comme Smain Laacher, professeur à Strasbourg, dans un documentaire télévisé de France 3. (…) L’autre accusation concerne (…) l’affirmation répétée de son interlocuteur d’une unité sans problème de la population française. Il exprimait au contraire sa crainte que la population musulmane ne finisse par constituer une forme de contre-société, un peuple dans le peuple. Cette crainte, partagée par beaucoup d’observateurs et d’analystes ne relève que de la liberté de jugement qui est le propre d’un homme d’étude. M. Bensoussan ne soulignait d’ailleurs le phénomène que pour le déplorer et insistait sur la nécessité de le regarder en face pour mieux le dominer. Le déni de la réalité n’ayant jamais été le meilleur moyen de la transformer. Il paraît évident que l’accusation du CCIF n’est qu’une manière de tester la résistance de la justice républicaine aux pressions sur la liberté d’opinion et d’expression. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Pierre Nora
Les propos reprochés ne sont en rien un acte d’islamophobie… (…) J’ai moi-même dénoncé cette culture de la haine inculquée dans les familles arabes à leurs enfants, haine contre le juif, le chrétien, l’homosexuel. (…)  Dire que l’antisémitisme relève de la culture, c’est simplement répéter ce qui est écrit dans le Coran et enseigné à la mosquée. Boualem Sansal
Comment aurais-je pu imaginer un jour, en trente années de vie d’avocat à avoir à défendre un chercheur qui a fait de la dénonciation du racisme l’essentiel de sa vie professionnelle, à avoir à le défendre contre une accusation aussi infâme ! (…) Comment ces plaintes ont-elles pu être considérées comme recevables par le ministère public, alors que le CCIF a partie liée avec les idéologues islamistes ? » »Comment accepter ces dénonciations d’un racisme d’Etat alors même que le CCIF a refusé de condamner les attentats, les crimes contre Charlie ? M° Michel Laval
La justice française ne badine pas avec les figures de style. Pour avoir paraphrasé une citation utilisant une métaphore, l’historien Georges Bensoussan comparaissait le 25 janvier devant la 17ème chambre correctionnelle, pour « provocation à la haine raciale ». C’est à la suite du signalement fait auprès du Procureur de la République par le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) que celui-ci a décidé de poursuivre Bensoussan. Plusieurs autres associations antiracistes (Licra, MRAP, LDH, SOS Racisme) se sont jointes au CCIF et se sont donc aussi portées partie civiles. (…) On étudie l’antisémitisme nazi, stalinien, communiste mais  l’antisémitisme issu du monde arabo-musulman reste un tabou majeur dans notre République des lettres. « Pas d’amalgame », « islamophobie », les injonctions ne manquent pas pour censurer tout regard critique, tout constat raisonné de ce qui ravage la culture commune d’une grande partie de la jeunesse « issue de la diversité » dans les « quartiers difficiles». Les euphémismes sont indispensables pour ne pas oser nommer ces territoires occupés dans la République, ceux qui ont été désertés par les familles juives pour mettre leurs enfants à l’abri des menaces et des insultes antisémites. Ces euphémismes sont la règle obligée du discours pour ne pas nommer les choses et il faudra attendre que Mohamed Merah tue des enfants juifs parce qu’ils sont Juifs pour que enfin on prenne la mesure de cet aboutissement. (…) Bensoussan était jugé pour avoir dit explicitement que la haine antijuive, en France, avait muté, qu’elle n’était plus le fait exclusif de l’extrême droite nazifiante et de ses épigones et qu’elle se manifestait aujourd’hui de manière particulièrement vivace dans les mentalités arabo-musulmanes. Pire, il aurait suggéré que cette haine antijuive était profondément inscrite dans la culture des populations arabo-musulmanes. Pour certains, cet état de choses ne peut être vrai, cette parole ne doit pas être dite. Elle serait une affabulation qui obéirait à une obsession idéologique de Bensoussan, celle d’un projet destructeur du récit enchanté du « vivre-ensemble » judéo-arabe ou judéo-musulman. (…) Les paroles de Bensoussan dans Répliques évoquaient avec lucidité l’antisémitisme de personnes de culture arabo-musulmane ou maghrébine. Il n’était pas le premier à le dire puisque de grands intellectuels, notamment maghrébins, l’avaient déjà souligné en faisant remarquer qu’il était plus facile de se voiler la face que de dire le réel dans sa crudité, sans pour cela tomber dans un racisme nauséabond. Boualem Sansal, Kamel Daoud, Fethi Benslama, Riad Sattouf,  pour ne citer que des auteurs reconnus en France, ont largement décrit et dénoncé ces éléments culturels, hélas fréquemment présents dans les mentalités d’une partie de ces populations. L’erreur de Georges Bensoussan, la seule, fut de ne pas reprendre exactement les mots prononcés par Laacher dans le documentaire diffusé par FR3. (…) Des plaidoiries des parties civiles au réquisitoire de la procureure, ce fut un défilé des poncifs idéologiques du politiquement correct, défenseur de l’humanité souffrante sous le joug du colon sioniste, du planteur raciste et esclavagiste en Caroline du sud. Ce Juif-SS-Dupont la joie de Bensoussan en prit pour son grade. (…) Plus grave fut le témoignage de Mohamed Sifaoui cité par la Licra. Comment cet adversaire farouche de l’islamisme pouvait-il se retrouver ainsi sur le même banc que le CCIF ? Comment ce journaliste, menacé de mort par les islamistes, ne se trouvait-il pas au contraire aux côtés de Bensoussan ? Comment la Licra elle-même, peut-elle être partie civile contre Bensoussan ? Comment Sifaoui qui écrivait, le 6 juillet 2015, que cette « prétendue association antiraciste (le CCIF) avait beaucoup de mal à condamner l’antisémitisme » pouvait-il à ce point changer de bord alors qu’en juin 2015, le CCIF traitait Sifaoui de « chantre de la haine » ? En revenant sur la fameuse métaphore de « l’antisémitisme tété au sein », il évoque même « un biberon empli d’un lait fabriqué en Israël ! ». (…) Un procès de même nature a été intenté par l’association des Indigènes de la République, contre Pascal Bruckner  qui avait déclaré, début 2015, qu’il fallait « faire le procès des collabos des assassins de Charlie ». Pascal Bruckner fut aussi trainé devant la 17e chambre pour des propos visant deux associations, selon lui, seraient des «complices idéologiques» des terroristes: «Les Indivisibles» de la militante « antiraciste » Rokhaya Diallo (qui n’en est plus membre) et «Les Indigènes de la République» dont Houria Bouteldja est la porte-parole. L’écrivain avait déclaré au cours de l’émission d’Arte 28 minutes qu’il fallait «faire le dossier des collabos, des assassins de Charlie» et accusé ces associations de «justifier idéologiquement la mort des journalistes de Charlie Hebdo». Ces deux associations qui avaient attaqué Pascal Bruckner pour diffamation suite à des propos sur l’islamisme ont été déboutées par la justice. Comment un Etat, la France, qui combat militairement le djihadisme après avoir été attaquée sur son propre sol par le terrorisme islamiste, peut-elle, dans le même temps, faire un procès à ceux qui dévoilent les stratégies de diffusion de son idéologie ? Comment la justice peut-elle accorder un crédit aux accusations de racisme énoncées par ceux-là même qui sont les promoteurs de la haine antijuive et antifrançaise ?  Comment peut-elle être à ce point aveugle devant la manipulation des mots, le dévoiement des institutions, celui des règles démocratiques visant justement à les retourner contre la première des libertés qui est celle de penser librement? Lentement mais sûrement, l’islamisme impose son agenda à l’Europe et à la France. Bien sûr, la police marque des points contre les projets terroristes, les déjoue et arrête préventivement des tueurs, mais l’arbre des terroristes ne saurait cacher la forêt de leurs complices, collabos et idiots utiles. Quand quelques jours après le massacre au camion tueur sur la promenade des Anglais à Nice, le 14 juillet dernier, l’affaire du burkini a occupé le devant de la scène estivale, il fallait bien se rendre compte que la République avait affaire à des ennemis particulièrement retors et intelligents : avoir réussi à faire qualifier la France de pays raciste alors que le sang à Nice n’était pas encore sec, révélait une grande efficacité de la propagande islamiste. Chaque jour qui passe nous révèle cette progression tous azimuts avec un partage des taches bien ordonné : présence dans le paysage, conquête de nouveaux territoires perdus pour la République, menaces contre les femmes, intimidation, action en justice contre des supposés islamophobes, chantage, séduction sur les vertus cachées de la religion de paix et d’amour. Alors que Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République, est l’auteur du livre Les blancs, les juifs et nous explicitement raciste et antisémite, ce sont Bensoussan et Bruckner qui sont convoqués devant le tribunal pour répondre de leur « racisme » ou de leur « islamophobie ». Dans cette affaire, les idiots utiles ne sont pas ceux que l’on croit : ce ne sont pas les terroristes, mais bien plutôt ceux qui les inspirent, les promeuvent, les soutiennent. Ce sont eux qui occupent le terrain conquis, abandonnés par des démocrates soucieux de ne pas apparaître comme « islamophobes ». Ces islamo-fascistes ont lu Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » Les monstres nouveaux ont bien compris que la victoire politique avait un préalable : la conquête des esprits. Au bal orchestré par Tariq Ramadan et le CCIF, les faux culs de l’antiracisme, la LICRA, le MRAP, la LDH, SOS Racisme, seront sur la piste. Jacques Tarnero

Après l’histoire, c’est désormais la sociologie qui se dit dans les prétoires !

A l’heure où sur l’immigration, l’Europe vote largement Trump

Et qu’après le lynchage médiatique du seul véritable espoir d’alternative pour la prochaine présidentielle …

La nouvelle coqueluche des médias pour mai prochain en est à nier l’existence même d’une culture française

Pendant que pris à son tour entre kippa, burkha et double nationalité dans les fausses équivalences morales dont raffolent nos médias, le parti des bonnes questions s’enferre à nouveau dans les mauvaises réponses

Et qu »à l’ONU sur fond d’épuration religieuse du Moyen-Orient, c’est la présence même des juifs sur leurs lieux les plus sacrés qu’on dénie …

Devinez qui désormais l’on traine, entre deux attentats ou menaces islamistes, devant nos tribunaux débordés …

Pour après les « territoires perdus » de nos écoles et les « territoires interdits » de nos services publics …

Avoir osé évoquer le secret de polichinelle de l’origine proprement familiale de l’antisémitisme de nombre de nos chères têtes blondes ?

Affaire Bensoussan: au bal des faux-culs antiracistes

SOS Racisme et la Licra au secours du CCIF

Jacques Tarnero est essayiste et auteur de documentaires.

Causeur

04 février 2017

Georges Bensoussan et Pascal Brucker sont traînés devant les tribunaux pour avoir dénoncé l’antisémitisme culturel d’une partie du monde arabo-musulman, banlieues françaises comprises. C’est affligeant. Mais que dire des authentiques antiracistes qui se joignent au choeur des pleureuses?

La justice française ne badine pas avec les figures de style. Pour avoir paraphrasé une citation utilisant une métaphore, l’historien Georges Bensoussan comparaissait le 25 janvier devant la 17ème chambre correctionnelle, pour « provocation à la haine raciale ». C’est à la suite du signalement fait auprès du Procureur de la République par le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) que celui-ci a décidé de poursuivre Bensoussan. Plusieurs autres associations antiracistes (Licra, MRAP, LDH, SOS Racisme) se sont jointes au CCIF et se sont donc aussi portées partie civiles.

Le procès d’une métaphore 

Cette audience de douze heures devant la 17ème chambre correctionnelle est à marquer d’une pierre noire : la justice fit procès, au nom de l’antiracisme, à un historien ayant dénoncé par ses travaux, l’antisémitisme. On retiendra ce moment symbolique: ce Durban-sur-Seine, en tous points semblable à ce qui s’est déroulé l’été 2001, à Durban, en Afrique du sud, lors d’une conférence de l’ONU, censée dénoncer le racisme, ce sont des « mort aux juifs » qui furent scandés au nom de l’antiracisme. Cette agonie de la lucidité, drapée  dans les vertueux habits de la justice et de la vérité, signifie une effroyable défaite intellectuelle, morale et politique. Les derniers mots de Georges Bensoussan, à la fin de l’audience, ont donné toute l’intensité symbolique à ce moment : « Ce soir, Madame la présidente, pour la première fois de ma vie, j’ai eu la tentation de l’exil. » On ne saurait mieux dire l’accablement ressenti car il était déjà minuit passé dans ce siècle qui commence.

Du début de l’après-midi jusqu’à une heure du matin, ce fut un concentré des mauvaises passions de l’époque qui fut exposé, trituré, contesté, plaidé. « L’antisémitisme n’est pas une pensée, c’est une passion. », ces mots de Sartre conservaient toute leur pertinence au Palais de justice. De ces passions toujours vives, cette audience en fut le miroir. Toute l’œuvre de l’historien Georges Bensoussan a consisté à démasquer, à révéler, à mettre à jour, à raconter l’antisémitisme. Directeur éditorial de la Revue d’histoire de la Shoah, Bensoussan fouille depuis trente ans les labyrinthes multiples de cette passion. Mais ce que Bensoussan ne savait peut-être pas, c’est qu’il existait en France, en 2017, des interdits de penser.

Un antisémitisme tabou

On étudie l’antisémitisme nazi, stalinien, communiste mais  l’antisémitisme issu du monde arabo-musulman reste un tabou majeur dans notre République des lettres. « Pas d’amalgame », « islamophobie », les injonctions ne manquent pas pour censurer tout regard critique, tout constat raisonné de ce qui ravage la culture commune d’une grande partie de la jeunesse « issue de la diversité » dans les « quartiers difficiles». Les euphémismes sont indispensables pour ne pas oser nommer ces territoires occupés dans la République, ceux qui ont été désertés par les familles juives pour mettre leurs enfants à l’abri des menaces et des insultes antisémites. Ces euphémismes sont la règle obligée du discours pour ne pas nommer les choses et il faudra attendre que Mohamed Merah tue des enfants juifs parce qu’ils sont Juifs pour que enfin on prenne la mesure de cet aboutissement. On a cru un temps que l’immense manifestation du 11 janvier où tout le monde fut « Charlie », c’était sans compter avec la Nuit debout des cervelles éteintes.

Bensoussan était jugé pour avoir dit explicitement que la haine antijuive, en France, avait muté, qu’elle n’était plus le fait exclusif de l’extrême droite nazifiante et de ses épigones et qu’elle se manifestait aujourd’hui de manière particulièrement vivace dans les mentalités arabo-musulmanes. Pire, il aurait suggéré que cette haine antijuive était profondément inscrite dans la culture des populations arabo-musulmanes. Pour certains, cet état de choses ne peut être vrai, cette parole ne doit pas être dite. Elle serait une affabulation qui obéirait à une obsession idéologique de Bensoussan, celle d’un projet destructeur du récit enchanté du « vivre-ensemble » judéo-arabe ou judéo-musulman. C’est bien connu. Depuis Mohamed Merah, depuis le Bataclan et l’Hyper casher, ce vivre-ensemble s’épanouit de jour en jour. C’est donc pour réinjecter l’espoir et la fraternité dans la République, que le MRAP, la Licra, SOS Racisme et la LDH se sont associés au  CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France), pour poursuivre devant la XVIIe chambre correctionnelle ce raciste voilé nommé Georges Bensoussan.

De quoi Bensoussan était-il présumé coupable ?

Dans l’émission Répliques du 10 octobre 2015, produite et animée par Alain Finkielkraut sur France Culture, Georges Bensoussan débattait avec Patrick Weil de l’état de la France. Les propos mis en cause furent les suivants : « (…) l’intégration est en panne aujourd’hui effectivement nous sommes en présence d’un autre peuple qui se constitue au sein de la nation française qui fait régresser un certain nombre de valeurs démocratiques qui nous ont portés » (…) Cet antisémitisme viscéral (…) on ne peut pas le laisser sous silence. Il se trouve qu’un sociologue algérien, Smaïn Laacher, d’un très grand courage, vient de dire dans un film qui passera sur France 3 « c’est une honte de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme on le tête avec le lait de la mère ».

En octobre 2015, à la suite d’une pétition hébergée par Mediapart et signée par une quinzaine de personnes, le MRAP déclarait qu’il entendait  « faire citer Georges Bensoussan devant le tribunal correctionnel pour injures racistes et provocation à la haine et à la violence raciste ». De leur côté, les sites internet Palestine solidarité et Oumma.com s’étaient associés à ces dénonciations dans des termes d’une extrême violence. Oumma.com avait publié un texte signé Jacques-Marie Bourget dont on peut aujourd’hui saisir toute la menace: «  Je n’ai pas entendu dire que le CSA ou la direction de France Culture, s’ils existent encore, avaient rappelé Finkielkraut à ne pas propager haine et mensonge. Car si l’antisémitisme n’est pas une opinion mais un délit, il doit en aller de même de l’islamophobie la plus grotesque et primaire. À Smaïn Laacher, qui n’est pas Gandhi, on pourrait faire remarquer que ce que les musulmans français « tètent », ce n’est pas l’antisémitisme mais d’abord le lait d’amertume, celui de l’injustice historique faite au peuple palestinien. Si personne ne vient crier « halte à la haine », armons-nous et préparons dès maintenant la guerre civile ».

Les paroles de Bensoussan dans Répliques évoquaient avec lucidité l’antisémitisme de personnes de culture arabo-musulmane ou maghrébine. Il n’était pas le premier à le dire puisque de grands intellectuels, notamment maghrébins, l’avaient déjà souligné en faisant remarquer qu’il était plus facile de se voiler la face que de dire le réel dans sa crudité, sans pour cela tomber dans un racisme nauséabond. Boualem Sansal, Kamel Daoud, Fethi Benslama, Riad Sattouf,  pour ne citer que des auteurs reconnus en France, ont largement décrit et dénoncé ces éléments culturels, hélas fréquemment présents dans les mentalités d’une partie de ces populations.

Crime contre la pensée juste

L’erreur de Georges Bensoussan, la seule, fut de ne pas reprendre exactement les mots prononcés par Laacher dans le documentaire diffusé par FR3. Il ne faisait qu’exprimer à travers une métaphore ce que celui-ci déclarait: “donc cet antisémitisme il est déjà déposé dans l’espace domestique. Il est dans l’espace domestique et il est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue. Une des insultes des parents à leurs enfants quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de juif. Mais ça toutes les familles arabes le savent. C’est une hypocrisie monumentale que de ne pas voir que cet antisémitisme il est d’abord domestique et bien évidemment il est sans aucun doute renforcé, durci, légitimé, quasi naturalisé au travers d’un certain nombre de distinctions à l’extérieur. Mais il le trouvera chez lui, et puis il n’y aura pas de discontinuité radicale entre chez lui et l’environnement extérieur parce que l’environnement extérieur en réalité était le plus souvent dans ce qu’on appelle les ghettos, il est là, il est dans l’air que l’on respire. Il n’est pas du tout étranger et il est même difficile d’y échapper en particulier quand on se retrouve entre soi, ce sont les mêmes mots qui circulent. Ce sont souvent les mêmes visions du monde qui circulent. Ce sont souvent les mêmes visions du monde, fondées sur les mêmes oppositions et en particulier cette première opposition qui est l’opposition « eux et nous ».

Nulle part on ne peut trouver trace d’arguments « biologiques» pour nourrir ces constats et leur prêter une valeur « raciste ». L’expression “téter avec le lait de la mère”, est d’un usage courant dans la langue française depuis plusieurs siècles. Georges Bensoussan, en s’y référant, avait usé métaphoriquement de l’expression « l’antisémitisme, on le tète avec le lait de sa mère ». Ce crime contre « la pensée juste », Bensoussan, douze heures durant, va en savourer les effets.

Ce procès fut un grand moment judiciaire

Georges Bensoussan fut donc d’abord interrogé par la Présidente du Tribunal, Fabienne Siredey-Garnier, sur ses propos mais aussi sur ses travaux. Rappelant qu’il travaille depuis vingt-cinq ans sur les sujets liés à la Shoah, au nazisme, à l’antisémitisme et plus généralement aux mécanismes conduisant à la haine de l’autre. Il a élargi son champ de recherches, notamment, sur le statut des juifs dans les pays musulmans. Bensoussan devait citer l’expression utilisée en 1965 dans la revue les Temps modernes par l’auteur marocain Saïd Ghallab. Sous le titre Les juifs vont en enfer, qui écrivait alors : « ... la pire insulte qu’un Marocain puisse faire à un autre, c’est de le traiter de juif, c’est avec ce lait haineux que nous avons grandi… ». Désormais, en France, toutes les enquêtes réalisées sur l’antisémitisme par la Fondation pour la recherche politique, comme les témoignages multiples recueillis dans son enquête collective Les territoires perdus de la République ou son dernier ouvrage Une France soumise, attestent d’une croissance des préjugés antijuifs chez les jeunes de culture musulmane. La récente enquête de l’Institut Montaigne révélant que 28% de ces mêmes publics estiment que la loi islamique (la charia) prime les lois françaises, confirme la radicalisation en cours.

Bensoussan rappelait le contexte du moment : l’enlèvement et l’assassinat de Ilan Halimi, en 2006, dont la justice avait nié dans un premier temps le caractère antisémite, les crimes de Mohamed Merah, les attentats de l’Hypercasher et du Bataclan. Les élèves juifs désertent les écoles et les lycées publics des quartiers dits « sensibles ». Bensoussan conclut cette première déposition par ces mots : « Est-ce moi qui dois me trouver devant ce tribunal aujourd’hui ? N’est-ce pas l’antisémitisme qui nous a conduits à la situation actuelle qui devrait être jugé ? »

Des parties civiles très politiquement correctes

Des plaidoiries des parties civiles au réquisitoire de la procureure, ce fut un défilé des poncifs idéologiques du politiquement correct, défenseur de l’humanité souffrante sous le joug du colon sioniste, du planteur raciste et esclavagiste en Caroline du sud. Ce Juif-SS-Dupont la joie de Bensoussan en prit pour son grade.

Quelques perles à charge contre Bensoussan méritent d’être rapportées : une éminente universitaire de Paris VIII, Nacira Guénif, déclara pour commenter les propos de Smain Laacher, que l’insulte en arabe « espèce de juif ! » n’est pas antisémite car « on ne pense pas ce qu’on dit », et qu’il s’agit « d’une expression figée, passée dans le langage courant »….

Plus grave fut le témoignage de Mohamed Sifaoui cité par la Licra. Comment cet adversaire farouche de l’islamisme pouvait-il se retrouver ainsi sur le même banc que le CCIF ? Comment ce journaliste, menacé de mort par les islamistes, ne se trouvait-il pas au contraire aux côtés de Bensoussan ? Comment la Licra elle-même, peut-elle être partie civile contre Bensoussan ? Comment Sifaoui qui écrivait, le 6 juillet 2015, que cette « prétendue association antiraciste (le CCIF) avait beaucoup de mal à condamner l’antisémitisme » pouvait-il à ce point changer de bord alors qu’en juin 2015, le CCIF traitait Sifaoui de « chantre de la haine » ? En revenant sur la fameuse métaphore de « l’antisémitisme tété au sein », il évoque même « un biberon empli d’un lait fabriqué en Israël ! ». Plus tard, dans sa plaidoirie, l’avocat du CCIF interpellera l’historien : « Les juifs ne tuent pas d’Arabes ? Et en Palestine ? »

Les choses sont dites. Sous Bensoussan, l’ennemi subliminal est nommé : Israël, dont Bensoussan a écrit l’histoire du mouvement national, le sionisme. En attribuant à Bensoussan une volonté de destruction de «  tous les moments positifs entre juifs et arabes. N’est-il pas en train d’écrire une histoire qui peut servir à des milieux douteux ? C’est un destructeur des ponts entre juifs et arabes. » En rejoignant à son tour le camp du déni du réel la Licra et Sifaoui effectuent un inquiétant retournement.

Ce fut surtout un grand moment politique

Cité en défense de Bensoussan, Alain Finkielkraut présentait tout l’enjeu de ce procès: « Si le tribunal cède à cette intimidation, ce sera à la fois une catastrophe intellectuelle et une catastrophe morale… Si on refuse de voir la réalité et si on incrimine ceux qui s’efforcent de la penser, on n’a plus aucune chance d’échapper à la division et à la montée de la haine ! » La jeune procureure de la République, dans son réquisitoire, était-elle du côté de ceux qui essaient de penser la complexité du moment présent ou bien s’est-elle conformée aux mécanismes du politiquement correct, à  l’idéologie dominante ? On peut craindre le pire tant son propos était empreint des mots et des clichés déjà énoncés par les parties civiles. Revendiquant fièrement qu’elle était l’auteur de la décision de poursuivre Bensoussan en justice, elle justifiait ce choix par « le passage à l’acte dans le champ lexical » opéré par Bensoussan. Ce très chic déplacement du propos juridique vers le jargon linguistique, est un indicateur de la finesse intellectuelle de l’accusation.

En rappelant que Georges Bensoussan avait dirigé deux publications de la Revue d’Histoire de la Shoah, consacrés au génocide des Arméniens et à celui commis au Rwanda contre les Tutsis, Elisabeth de Fontenay tint à mettre en valeur dans son témoignage, les qualités d’ouverture intellectuelle de l’historien : son travail n’obéit pas à une vision communautariste des choses, bien au contraire, il a su mettre en valeur la folie universelle du XXe siècle comme siècle des crimes contre l’humanité, des massacres de masse et des totalitarismes génocidaires. C’est aussi ce que Yves Ternon vint confirmer. Pour cet ancien chirurgien ayant soutenu le FLN pendant la guerre d’Algérie, le soutien aux victimes des fascismes, du colonialisme ne se partage pas. Le crime contre l’humanité et sa négation forment un ensemble problématique pour penser les parts maudites de histoire contemporaine. Georges Bensoussan fait ce travail de fouilles ? quitte à exhumer des vérités dérangeantes. Regarder au plus près les discours ayant conduit au crime ou pouvant y conduire, est-ce cela qui est reproché à Bensoussan ? Elisabeth de Fontenay et Yves Ternon disent leur stupéfaction devant l’accusation faite à Bensoussan. C’est ce que le témoignage écrit de Pierre Nora, lu par la présidente du tribunal, vint confirmer : « Bensoussan a rappelé qu’il y avait un antisémitisme de tradition culturelle dans les pays arabo-musulmans. Une tradition qui fait l’objet d’un déni massif, mais qu’avait eue le courage de proclamer par exemple un sociologue comme Smain Laacher, professeur à Strasbourg, dans un documentaire télévisé de France 3. (…) L’autre accusation concerne (…) l’affirmation répétée de son interlocuteur d’une unité sans problème de la population française. Il exprimait au contraire sa crainte que la population musulmane ne finisse par constituer une forme de contre-société, un peuple dans le peuple. Cette crainte, partagée par beaucoup d’observateurs et d’analystes ne relève que de la liberté de jugement qui est le propre d’un homme d’étude. M. Bensoussan ne soulignait d’ailleurs le phénomène que pour le déplorer et insistait sur la nécessité de le regarder en face pour mieux le dominer. Le déni de la réalité n’ayant jamais été le meilleur moyen de la transformer. Il paraît évident que l’accusation du CCIF n’est qu’une manière de tester la résistance de la justice républicaine aux pressions sur la liberté d’opinion et d’expression. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ».

Faut-il désespérer de la justice de la République ?

Dans sa plaidoirie en défense de Bensoussan, M° Michel Laval fit d’abord part de sa stupéfaction devant le moment qu’il était en train de vivre : « Comment aurais-je pu imaginer un jour, en trente années de vie d’avocat à avoir à défendre un chercheur qui a fait de la dénonciation du racisme l’essentiel de sa vie professionnelle, à avoir à le défendre contre une accusation aussi infâme ! »

Il fit aussi remarquer plusieurs erreurs bien plus ordinaires dans la citation à comparaitre signifiée à Bensoussan : il y était question d’une émission de radio nommée « les Répliques » qui aurait eu lieu en novembre 2015 (et non pas en octobre)

En assimilant les propos de Bensoussan à ceux d’Eric Zemmour, Madame la procureure ne fit pas preuve de finesse. Sans doute les grandes causes ne s’embarrassent pas de détails, portées qu’elles sont par le souffle puissant de leur générosité. En voulant caricaturer Georges Bensoussan, en le présentant comme un réactionnaire raciste, le ministère public s’est aligné sur l’idéologie du célèbre « mur des cons » bien connu pour son impartialité.

De cette accumulation d’accusations diffamatoires, M° Laval, fit son miel. Le ton se fit ensuite plus ironique devant la sottise et la posture morale de l’accusation, devant la « traque des mots » alors que « dans ce palais de justice la valeur la plus importante c’était la liberté de penser ! » M° Laval dénonça le moment présent, celui de la « perversion du système judiciaire par l’idéologie » « Comment ces plaintes ont-elles pu être considérées comme recevables par le ministère public, alors que le CCIF a partie liée avec les idéologues islamistes ? » »Comment accepter ces dénonciations d’un racisme d’Etat alors même que le CCIF a refusé de condamner les attentats, les crimes contre Charlie ? »

Le témoignage du grand écrivain algérien Boualem Sansal, lue par la présidente, vint conclure la défense de Bensoussan : « Les propos reprochés ne sont en rien un acte d’islamophobie… (…) J’ai moi-même dénoncé cette culture de la haine inculquée dans les familles arabes à leurs enfants, haine contre le juif, le chrétien, l’homosexuel… » Boualem Sansal écrit ensuite : « Dire que l’antisémitisme relève de la culture, c’est simplement répéter ce qui est écrit dans le Coran et enseigné à la mosquée ». Sera-t-il poursuivi à la XVIIe chambre ?

Un procès de même nature a été intenté par l’association des Indigènes de la République, contre Pascal Bruckner  qui avait déclaré, début 2015, qu’il fallait « faire le procès des collabos des assassins de Charlie ». Pascal Bruckner fut aussi trainé devant la 17e chambre pour des propos visant deux associations, selon lui, seraient des «complices idéologiques» des terroristes: «Les Indivisibles» de la militante « antiraciste » Rokhaya Diallo (qui n’en est plus membre) et «Les Indigènes de la République» dont Houria Bouteldja est la porte-parole. L’écrivain avait déclaré au cours de l’émission d’Arte 28 minutes qu’il fallait «faire le dossier des collabos, des assassins de Charlie» et accusé ces associations de «justifier idéologiquement la mort des journalistes de Charlie Hebdo». Ces deux associations qui avaient attaqué Pascal Bruckner pour diffamation suite à des propos sur l’islamisme ont été déboutées par la justice.

L’étrange défaite

Comment un Etat, la France, qui combat militairement le djihadisme après avoir été attaquée sur son propre sol par le terrorisme islamiste, peut-elle, dans le même temps, faire un procès à ceux qui dévoilent les stratégies de diffusion de son idéologie ? Comment la justice peut-elle accorder un crédit aux accusations de racisme énoncées par ceux-là même qui sont les promoteurs de la haine antijuive et antifrançaise ?  Comment peut-elle être à ce point aveugle devant la manipulation des mots, le dévoiement des institutions, celui des règles démocratiques visant justement à les retourner contre la première des libertés qui est celle de penser librement?

Lentement mais sûrement, l’islamisme impose son agenda à l’Europe et à la France. Bien sûr, la police marque des points contre les projets terroristes, les déjoue et arrête préventivement des tueurs, mais l’arbre des terroristes ne saurait cacher la forêt de leurs complices, collabos et idiots utiles. Quand quelques jours après le massacre au camion tueur sur la promenade des Anglais à Nice, le 14 juillet dernier, l’affaire du burkini a occupé le devant de la scène estivale, il fallait bien se rendre compte que la République avait affaire à des ennemis particulièrement retors et intelligents : avoir réussi à faire qualifier la France de pays raciste alors que le sang à Nice n’était pas encore sec, révélait une grande efficacité de la propagande islamiste.

Chaque jour qui passe nous révèle cette progression tous azimuts avec un partage des taches bien ordonné : présence dans le paysage, conquête de nouveaux territoires perdus pour la République, menaces contre les femmes, intimidation, action en justice contre des supposés islamophobes, chantage, séduction sur les vertus cachées de la religion de paix et d’amour. Alors que Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République, est l’auteur du livre Les blancs, les juifs et nous explicitement raciste et antisémite, ce sont Bensoussan et Bruckner qui sont convoqués devant le tribunal pour répondre de leur « racisme » ou de leur « islamophobie ».

Dans cette affaire, les idiots utiles ne sont pas ceux que l’on croit : ce ne sont pas les terroristes, mais bien plutôt ceux qui les inspirent, les promeuvent, les soutiennent. Ce sont eux qui occupent le terrain conquis, abandonnés par des démocrates soucieux de ne pas apparaître comme « islamophobes ». Ces islamo-fascistes ont lu Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » Les monstres nouveaux ont bien compris que la victoire politique avait un préalable : la conquête des esprits.

Au bal orchestré par Tariq Ramadan et le CCIF, les faux culs de l’antiracisme, la LICRA, le MRAP, la LDH, SOS Racisme, seront sur la piste.

Voir aussi:

GEORGES BENSOUSSAN : »Si les juifs ont quitté en masse le Maroc, c’est parce qu’ils avaient peur »
Le Point

24/01/2017

INTERVIEW. Pour Georges Bensoussan, la tolérance de l’islam n’est qu’un mythe. La preuve, les souffrances subies par les juifs en terre musulmane.
PROPOS RECUEILLIS PAR CATHERINE GOLLIAU

Mercredi 25 janvier, Georges Bensoussan passe devant un tribunal pour avoir dit que l’antisémitisme des musulmans était une transmission familiale. À tort ou à raison ? Ce spécialiste de l’histoire des juifs d’Europe de l’Est et de la Shoah est un historien engagé. En 2002, il rédigeait la postface des Territoires perdus de la République (Fayard), où des professeurs de collège témoignaient de la violence des adolescents, de leur racisme, leur antisémitisme et leur sexisme. Lui-même sort chez Albin Michel Une France soumise, un ouvrage collectif préfacé par Élisabeth Badinter « herself », où enseignants, policiers, travailleurs sociaux disent pourquoi ils ne peuvent plus exercer leur métier dans les écoles et les banlieues. Toujours à cause de cette violence et de ce rejet de l’autre – et particulièrement du Juif – , qui ne font que s’accentuer. Mais cette haine, d’où vient-elle ? Pour l’historien, comme il l’explique dans Les Juifs du monde arabe. La question interdite, qui paraît également cette semaine chez Odile Jacob, elle est directement liée au statut du dhimmi, imposé par le Coran au juif et au chrétien, soumission imposée qui s’est perpétuée jusqu’à la période coloniale, et qui est resté dans les consciences, même s’il a officiellement disparu des États modernes.

Le Point.fr : Pour vous, contrairement à ce qu’affirment nombre d’historiens, les juifs n’ont pas été bien traités dans le monde musulman…
Georges Bensoussan : Oui, nous sommes dans le déni. Peut-être parce qu’étant donnée l’horreur des exactions subies par les juifs dans le monde chrétien, et particulièrement sous les nazis, on a voulu croire à un islam tolérant. Or la légende d’Al Andalus, cette Espagne musulmane où les trois monothéismes auraient cohabité harmonieusement sous des gouvernements musulmans, a été forgée de toute pièce par le judaïsme européen au XIXe siècle, en particulier par les Juifs allemands, afin de promouvoir leur propre émancipation. Elle a ensuite été reprise par le monde arabe dans le but de montrer que les responsables de l’antagonisme entre juifs et Arabes étaient le sionisme et la naissance de l’État d’Israël. Coupables du départ massif des communautés juives d’Irak, d’Égypte, de Syrie, de Libye, du Maroc, etc., soit près d’un million de personnes entre 1945 et 1970. Mais, s’ils étaient si heureux dans leur pays d’origine, pourquoi ces gens sont-ils partis de leur plein gré ? En Irak, par exemple, les juifs comptaient parmi les plus arabisés d’Orient, et n’étaient guère tentés par le sionisme. Or ils ont été plus de 90 % en 1951-1952 à quitter le pays, après avoir subi le pogrom de Bagdad en juin 1941 – plus de 180 morts –, après avoir été victimes de meurtres, d’enlèvements, d’arrestations, de séquestrations, de vols et de torture dans les commissariats. C’est cette réalité-là qui a poussé ces juifs à l’exil. Un véritable processus d’épuration ethnique, d’autant plus sournois qu’à l’exception de l’Égypte, il n’a pas pris la forme d’une expulsion.

Vous ne pouvez nier pourtant que les sionistes ont largement œuvré pour que les juifs viennent s’installer en Israël…
Bien évidemment, et comment le leur reprocher ? Ils voulaient renforcer leur jeune État. Mais à eux seuls, des agents sionistes peuvent difficilement déraciner une communauté qui ne veut pas partir. Si les Juifs du Maroc ont quitté en masse leur pays – un tiers déjà avant l’indépendance –, c’est parce qu’ils avaient peur. D’expérience, ils craignaient le retour de la souveraineté arabe sur leurs terres. Ils ne se voyaient pas d’avenir dans leur pays, où la législation leur rendait la vie de plus en plus difficile.
L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme que l’attitude du sultan du Maroc, par contraste, en apparaissait presque bienveillante !

Le sultan du Maroc a pourtant la réputation d’avoir protégé les juifs entre 1939 et 1945, quand le pays était contrôlé par le gouvernement de Vichy…
Le Sultan, dit-on, se serait opposé au port de l’étoile jaune par ses sujets juifs. À ceci près qu’il n’y eut jamais d’étoile jaune au Maroc (et pas même en zone sud en France). Le sultan a fait appliquer à la lettre les statuts des juifs d’octobre 1940 et de juin 1941.

Si c’est une légende, elle est pourtant entretenue dans les milieux juifs d’origine marocaine…
En partie, oui, et pour plusieurs raisons. L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme (à commencer par le Résident général Charles Noguès) que l’attitude du sultan, par contraste, en apparaissait presque bienveillante ! En second lieu, les Juifs marocains partis en masse s’installer en Israël constituaient la partie la plus pauvre de la judéité marocaine, celle qui, de faible niveau social et professionnel, essuiera de front le racisme des élites ashkénazes. Être « marocain » en Israël était (et demeure) un « marqueur » péjoratif. Cette immigration s’est mise à idéaliser son passé marocain, sa culture, le temps de sa jeunesse, parfois tissé, au niveau individuel, de relations d’amitié entre juifs et Arabes. Ajoutons que la mémoire collective est socialement stratifiée. Il faut donc compter avec celle, moins douloureuse, des classes plus aisées qui ont émigré, elles, davantage, en France ou au Canada.
Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman
Le statut de « dhimmi » imposé aux chrétiens et aux juifs par le Coran explique-t-il l’antisémitisme que vous dénoncez ?
Il justifie l’infériorisation du juif par le musulman : il autorise en effet les membres des religions dites du Livre à pratiquer leur foi, à la condition de payer un impôt spécial et d’accepter de se comporter en « soumis ». Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman. Tout cela a fait du juif un être de second ordre. Les témoignages abondent, de non-juifs en particulier – des militaires, des commerçants, des médecins –, sur la misère et la manière infamante dont les juifs pouvaient être traités. Mais ce statut avait été intégré par des communautés profondément religieuses, marquées par l’attente messianique et considérant que ce qu’elles vivaient était le prix de l’Exil. Les choses ont changé avec l’arrivée des Européens et la possibilité d’avoir accès à une éducation marquée par les valeurs issues des Lumières. Pour autant, le regard arabo-musulman sur « le Juif » ne changera pas de sitôt : un sujet toléré tant qu’il accepte son infériorité statutaire. Même les juifs qui rejoindront le combat des indépendances arabes comprendront peu à peu qu’ils ne seront jamais acceptés. De fait, tous ont été écartés ou sont partis d’eux-mêmes, et la création de l’État d’Israël ne fera qu’accroître le rejet.

Mais leur situation était-elle la même partout ? Les Juifs de Salonique ont prospéré sous les Turcs et ont vu leur statut se détériorer quand les Grecs orthodoxes ont pris le contrôle de la ville, en 1922…
En effet, il faut distinguer le monde turc, plus tolérant que le monde arabe, même si la situation est loin d’y avoir été idyllique. Le statut de dhimmi a été aboli dans l’Empire ottoman par deux fois, en 1839 et 1856, et l’on constate que les contrées où les juifs connurent la condition la plus dure – le Yémen, la Perse et le Maroc – ne furent que peu ou pas du tout colonisées par les Turcs.
Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux

Vous dénoncez l’antisémitisme des émigrés de la troisième génération en France, ce qui vous vaut d’ailleurs un procès pour racisme intenté par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF).
J’ai effectivement été assigné pour « propos racistes », parce que, lors d’une émission de France Culture, et à propos d’une partie de l’immigration maghrébine, j’ai usé de la métaphore d’un « antisémitisme tété avec le lait de sa mère ». Je ne faisais pourtant, par cette formule, que reprendre celle utilisée par le sociologue Smaïn Laacher qui, dans un documentaire diffusé sur France 3, parlait d’un antisémitisme « quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue […]. Bon, mais ça toutes les familles arabes le savent ! C’est une hypocrisie monumentale de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique […] comme dans l’air qu’on respire ». Ces deux métaphores disaient la même chose, une transmission culturelle et non génétique : le lait n’est pas le sang. À ceci près que l’une est dite par un Arabe, l’autre par un juif. L’indignation est sélective… Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux et donnent prise à la culture du complot qui cristallise sur « le Juif », cette cible déjà désignée dans l’imaginaire culturel maghrébin, et aggravée par la réussite de la communauté juive de France. Mais qu’y a-t-il de « raciste » à faire ce constat, à moins d’invalider toute tentative de décrire le réel ? Ce qui est inquiétant dans mon affaire, au-delà de ma personne, est que la justice donne suite à la dénonciation du CCIF, dont l’objectif est de nous imputer le raisonnement débile du racisme pour mieux, moi et d’autres avec moi, nous réduire au silence.

Vos collègues vous reprochent de manquer de l’objectivité indispensable à l’historien…
Quand les faits leur donnent tort, ils invoquent l’« objectivité » alors que le seul souci de l’historien face aux sources, a fortiori quand elles contreviennent à sa vision du monde, demeure l’honnêteté. Comme au temps où il était impossible de critiquer l’Union soviétique au risque, sinon, de « faire le jeu de l’impérialisme », la doxa progressiste s’enferme dans cette paresse de l’esprit. Il n’est donc pas possible aujourd’hui de dire que le monde arabe, quoique colonisé hier, fut tout autant raciste, antisémite et esclavagiste. Quand la sociologue franco-algérienne Fanny Colonna a montré dès les années cinquante le poids de l’islamisme dans le nationalisme algérien, elle s’est heurtée aux « pieds rouges », ces intellectuels qui soutenaient le FLN et qui ne voulaient pas faire le jeu des opposants à la décolonisation. Orwell le soulignait jadis, certains intellectuels ont du mal à accepter une réalité dérangeante.

Les Juifs du monde arabe. La question interdite, Odile Jacob, 167 pages, 21,90 euros
Une France soumise – Les voix du refus, Albin Michel, 2017, 664 pages, 24,90 euros

Voir également:

Valeurs actuelles

8 février 2017

Islamisation. Selon une étude de l’institut britannique Chatham House repérée par RT, plus de la moitié des Européens sont d’accord avec l’idée de stopper l’immigration en provenance des pays à majorité musulmane.

 C’est ce que Donald Trump avait promis pendant la campagne présidentielle, et qui avait fait hurler tant de commentateurs : stopper l’immigration en provenance de certains pays à majorité musulmane, pour réduire la menace terroriste qui pèse sur les Etats-Unis. Depuis son élection, le décret pris par le président suscite l’indignation et l’opposition d’une large partie de la classe politique américaine, malgré le sceau apposé par le suffrage.

“Toute immigration supplémentaire venant de pays à majorité musulmane doit cesser”

Une telle mesure pourrait-elle être prise en Europe ? Le vieux continent a été touché depuis deux ans par une série d’attentats terroristes, commis le plus souvent par des individus visés par le controversé décret anti-immigration.

Selon une étude menée par l’institut de recherche britannique Chatham House, les Européens seraient majoritairement favorables à la fermeture de leurs frontières aux individus originaires de pays musulmans. 55% des personnes interrogées ont ainsi déclaré être d’accord avec cette affirmation : “Toute immigration supplémentaire venant de pays à majorité musulmane doit cesser”. Un chiffre impressionnant.

“Nos résultats sont frappants et donnent à réfléchir”

Dans le commentaire de l’étude, l’institut livre ses conclusions : “Nos résultats sont frappants et donnent à réfléchir. Ils suggèrent que l’opposition à l’immigration venant de pays à majorité musulmane n’est pas confinée à l’électorat de Donald Trump aux Etats-Unis mais est largement répandue”.

Largement, mais plus spécialement dans les pays qui “ont été au centre de la crise migratoire ou ont vécu des attaques terroristes ces dernières années”. La Pologne (71%), l’Autriche (65%), la Hongrie et la Belgique (64%), ainsi que la France (61%), sont ainsi parmi les plus favorables à l’assertion de départ.

Voir enfin:

The Jewish Chronicle

February 7, 2017

French Jewish scholar Georges Bensoussan is being sued by Muslim anti-racism groups for saying in a radio debate: “In French Arab families, babies suckle antisemitism with their mothers’ milk.”

Mr Bensoussan, who is the editor of the magazine The Shoah History Review, said he was roughly quoting Algerian sociologist Smain Laacher, but the groups suing him claim his statements amounted to incitement to hatred.

In a Paris court last week, Mr Bensoussan argued that many Muslim scholars “have said the same things that I have but they’re not being sued”.

Several scholars testified at the stand, some saying they were outraged to see Mr Bensoussan in court, others saying the historian had crossed red lines.

“I was shocked by his words. I am an Arab and I’m not an anti-Semite. My family has never taught me to hate Jews,” said journalist Mohamed Sifaoui. “I sent emissaries to Georges Bensoussan to ask him to apologize to those he has hurt but he refused. He’s a historian he should be more subtle. Of course many Muslims are anti-Semitic. Saying otherwise would be dishonest. But there are also Muslims who fight antisemitism. Denying that is also dishonest.”

But the judge noted that Mr Sifaoui himself had written in an article that “Arabs don’t visit Auschwitz” and that Arabs are either “swamped by a culture of indifference” or “they suckle on anti-Semitic hatred nipples”.

“My expression is completely different from the one Bensoussan used,” replied Mr Sifaoui.

“Many Muslim scholars have said the same things that I have but they’re not being sued. That’s racism!” argued Mr Bensoussan.

“I’m surprised I have to defend him in front of a court,” said philosopher Alain Finkielkraut who hosts the radio show on which Mr Bensoussan made the controversial statement. “Anti-racist groups want to ban all thought and debate. They say we’re accusing a whole community but Bensoussan says he’s fighting for integration. He’s quoting Arab scholars. If he’s convicted it would be an intellectual and moral catastrophe. Denying reality will only bring more division and hatred.”

“Georges Bensoussan is not a bigot. He signed petitions for peace in the Middle East. He dedicated several issued of the Shoah memorial magazine to the Armenian and Rwandan genocides. He’s denouncing a problem that exists. All those who cherish democracy should thank him,” said retired Professor Elisabeth de Fontenay.

Historian Yves Ternon, who has studied the Armenian genocide said he admired Mr Bensoussan. “We’ve worked together for decades, studying the scientific similarities between genocides,” said Ternon. “You know revisionists have tools: one of them is to accuse those who accuse them. Bensoussan is a whistleblower. When hatred against Jews spreads, everyone gets hurt.”

The judge read out a study showing that the far-right and Muslims tend to have antisemitic beliefs.

He said: “Nineteen per cent of the French population believes Jews have too much political power. The share is at 51 per cent among Muslims and 63 per cent among religious Muslims.”

“I don’t believe in that study but it’s true that among Muslims we use the expression ‘Jew – sorry!’ to disapprove of something. However that’s not really hatred. It’s an old expression which isn’t really considered as a hate insult today,” said Nacera Guenif, a sociologist testifying against the historian. “What’s important is that Mr Bensoussan is spreading a dangerous theory. When you say all Muslims behave in a bad way, you encourage suspicion that can lead to hate and violence. When you’re a historian, when you have a popular radio show you also have responsibilities.”

Mr Bensoussan told the court he had apologised several times to those who were hurt by his comments. He said he did not mean to generalise his remarks to all Muslims.

The court is due to rule on March 7.

Voir par ailleurs:

La victoire de l’Orientalisme
Richard Landes
(publié dans le Middle-East Quarterly du site Middle East Forum)
Hiver 2017
Traduction Magali Marc/Dreuz
The Augean Stables
29 janvier 2017

Que l’on considère l’impact d’Edward Saïd (1935-2003) sur le monde universitaire comme un grand triomphe ou comme une tragique catastrophe, peu de gens peuvent remettre en question l’étonnante portée et la pénétration de son magnum opus, L’Orientalisme.

En une génération, une transformation radicale a dominé les études du Moyen-Orient : une nouvelle catégorie d’universitaires «post-coloniaux», ayant une perspective libératrice et anti-impérialiste, a remplacé une génération d’érudits que Saïd a dénigrés en les traitant d’«Orientalistes».

Cette transformation ne se limitait pas aux études du Moyen-Orient : Saïd et son paradigme post-colonial réunissaient un large éventail d’acolytes dans de nombreux domaines des sciences sociales et humaines.

Pourtant, quand on examine les événements des deux dernières décennies, on peut dire que les héritiers académiques de Saïd se sont plantés de façon spectaculaire dans leurs analyses et prescriptions concernant la façon dont il fallait s’y prendre pour régler les problèmes du Moyen-Orient.

Nulle part cela n’a été aussi évident que dans la lecture erronée du désastreux «processus de paix» israélo-palestinien d’Oslo et des fameux «printemps arabes» qui se sont rapidement détériorés en vagues de guerres tribales et sectaires, créant des millions de réfugiés, dont beaucoup ont littéralement détruit les malheureux rivages de l’Europe.

Une grande partie de cet échec peut être attribuée aux restrictions imposées par la pensée postcoloniale sur la capacité de discuter de la dynamique sociale et politique du Moyen-Orient. Si les experts et les journalistes ont été hypnotisés par les perspectives de paix arabo-israélienne et le mirage d’une vague de démocratisation arabe, c’est en partie parce qu’ils avaient systématiquement sous-estimé le rôle de la culture d’honneur et de honte dans les sociétés arabes et musulmanes et son impact sur la religiosité islamique.

La dynamique «honneur-honte» dans les dimensions politique et religieuse
Les termes honneur-honte désignent des cultures où l’acquisition, l’entretien et la restauration de l’honneur public triomphent de toutes les autres préoccupations.

Alors que tout le monde se soucie de ce que les autres pensent et veut sauver la face même si cela signifie mentir, dans les cultures d’honneur et de honte, ces préoccupations dominent le discours public : il n’y a pas de prix trop élevé à payer– y compris la vie– pour préserver l’honneur.

Dans de telles cultures politiques, l’opinion publique accepte, attend, exige même que le sang soit versé pour l’honneur.

Dans de telles sociétés, quand les gens critiquent publiquement ceux qui sont au pouvoir– ceux qui ont l’honneur– ils attaquent leur être même. Si ces derniers ne répondaient pas– de préférence par la violence– ils perdraient la face.

Les sociétés autoritaires permettent donc à leurs mâles dominants de supprimer violemment ceux dont les paroles les offensent.

Conséquemment, les cultures d’honneur et de honte ont une immense difficulté à tolérer la liberté d’expression, de religion, de la presse tout autant que de traiter avec les sociétés qui pratique cette tolérance.

Dans les cultures où les gens se font eux-mêmes justice, cette insistance sur l’honneur peut signifier tuer quelqu’un qui a tué un parent, et dans la culture japonaise, l’honneur peut signifier se suicider.

Cependant, dans certaines cultures d’honneur, cette préoccupation signifie tuer un membre de la famille pour sauver l’honneur de la famille. Le «jugement public», dont le verdict détermine le sort de la communauté demeure le vecteur qui motive le besoin de sauver la face, et définit les façons de faire. Le terme arabe pour «commérage» est kalam an-nas, (la parole du peuple), qui est souvent sévère dans son jugement des autres.

À ce sujet, le psychologue Talib Kafaji a écrit :

«La culture arabe est une culture de jugement, et tout ce qu’une personne fait est sujet au jugement… induisant de nombreuses peurs… avec de graves conséquences sur la vie individuelle. Éviter ce jugement peut être la préoccupation constante des gens, presque comme si toute la culture était paralysée par le kalam [an] –nas.»

Autrement dit, dans la société arabe, tous les individus sont les otages les unes des autres.

En dépit de sa résonnance «orientaliste», cette attention à un jugementalisme paralysant et omniprésent fournit des aperçus importants sur les dysfonctionnements du monde arabe d’aujourd’hui.

Les cultures d’honneur et de honte ont tendance à être à somme nulle : les hommes d’honneur gardent jalousement leur honneur et considèrent l’ascension des autres comme une menace pour eux-mêmes. Dans les cultures à somme nulle de «bien limité», l’honneur pour une personne signifie la honte pour les autres. Si l’autre gagne, vous perdez. Afin que vous ayez le dessus, l’autre doit perdre.

Ceux qui sont juste en dessous continuent de défier ceux qui sont juste au-dessus, et l’ascension n’est possible que par l’agression. Tu n’es pas un homme tant que tu n’as pas tué un autre homme. La prise des biens d’autrui –par le vol ou le pillage– est supérieure à la production. Domine ou soit dominé. Le visage noirci (de la honte) est lavé dans le sang (de l’honneur).

Cette même mentalité dite «à somme nulle», «gouverne-ou-soit-gouverné», qui domine la plupart des interactions dans la politique des cultures d’honneur et de honte, a son analogie dans la religiosité du triomphalisme, la croyance que la domination de sa religion sur les autres constitue la preuve de la vérité de cette religion.

De la même manière que les chrétiens ont pris la conversion de l’Empire romain au Christianisme comme un signe que leurs revendications sur les Juifs avaient triomphé ; les musulmans triomphalistes, dans une expression suprême de la religiosité inspirée par l’honneur, croient que l’islam est une religion de domination destinée à gouverner le monde.

Cette dynamique d’honneur et de honte explique en grande partie l’hostilité arabe et musulmane envers Israël, ainsi qu’envers l’Occident.

Israël, un État de Juifs libres (c’est-à-dire, des infidèles non-dhimmis), vivant à l’intérieur du Dar al-Islam historique (royaume de la soumission), constitue un blasphème vivant. La capacité d’Israël à survivre aux efforts répétés des Arabes pour le détruire constitue un état permanent de honte arabe devant toute la communauté mondiale. Cela fait de l’hostilité musulmane triomphaliste envers Israël un cas particulièrement grave d’une hostilité généralisée envers les infidèles et les musulmans «modérés».

Tout effort pour comprendre ce qui se passe dans le monde arabe aujourd’hui doit tenir compte de cette dynamique religio-culturelle.

Pourtant, dans l’ensemble, cette dynamique n’est pas seulement ignorée, mais ceux qui en parlent sont réprimandés pour (prétendument) contribuer à aggraver le conflit plutôt que de le comprendre.

Une grande partie de cette ignorance (à la fois active et intransitive) remonte à Saïd, qui a fait de l’analyse «honneur-honte» un péché «orientaliste» particulièrement impardonnable.

Avant même que n’arrive la contribution de Saïd, l’anthropologie s’était éloignée de cette analyse. Lui en a fait un dogme. A tel point que, dans le dernier tiers du XXe siècle, il est devenu paradoxalement honteux– voire raciste– qu’un anthropologue discute de l’«honneur et de la honte» arabe ou musulmane.

La honte de Saïd et la désorientation de l’Occident
L’Orientalisme de Saïd a exploité une tendance occidentale à l’autocritique morale concernant l’analyse des autres cultures, dans le but de protéger son peuple de la honte. Pour lui, la critique des Arabes ou des musulmans reflète les préjugés ethnocentriques de l’Occident et de son projet culturel discriminatoire de domination impérialiste.

Ce n’était pas ce que les orientalistes croyaient faire, eux pensaient qu’ils offraient des observations précises concernant les caractéristiques et les conditions d’une autre culture et de son histoire.

Pour Saïd, au contraire, tout contraste entre les cultures de l’Occident démocratique et celles des Arabes et des musulmans– certainement ceux qui montraient ces derniers sous une lumière peu flatteuse– étaient des exemples lamentables de xénophobie hostile dirigée contre des «inférieurs», et ne pouvaient pas constituer une réflexion sur une réalité sociale.

À propos du dix-neuvième siècle, Saïd a écrit : «Tout Européen qui parlait de l’Orient était raciste, impérialiste et presque totalement ethnocentrique».

Saïd a lancé un plaidoyer en faveur d’une alternative : il fallait à tout prix éviter d’orientaliser l’Orient, encore et encore.

Sans l’«Orient» il y aurait des érudits, des critiques, des intellectuels, des êtres humains pour lesquels les distinctions raciales, ethniques et nationales seraient moins importantes que l’entreprise commune dans la promotion de la communauté humaine.

Bien compris, cet appel demande aux chercheurs de ne pas parler de différences ethniques, raciales ou religieuses, alors que la plupart des moyen-orientaux vous diront que ce sont des questions culturelles très importantes pour eux.

Ainsi, dans la nouvelle édition d’«Orientalisme» publiée en 1994, SaÏd se plaignait-il de la focalisation croissante de l’Occident sur le danger que représente l’islam : «les médias électroniques et imprimés ont été inondés par des stéréotypes dégradants qui amalgament l’islam et le terrorisme, les Arabes et la violence, l’Orient et la tyrannie.»
Ces phénomènes, insistait Saïd, ne faisaient pas partie de l’ensemble de l’image et se concentrer sur eux «était humiliant et déshumanisant pour les gens en situation d’infériorité… qui se trouvaient niés, supprimés, déformés.»

En substance, Saïd exhortait ses collègues non-musulmans à ignorer les questions mêmes qu’ils avaient le plus besoin de comprendre afin de suivre les développements du XXIe siècle.

De ce fait, les facteurs qui prédominent aujourd’hui dans la culture politique arabe et musulmane– le zèle religieux, la violence, le terrorisme, l’autoritarisme débridé et l’exploitation des faibles, y compris des femmes, des réfugiés et bien sûr de ces victimes permanentes de la culture politique arabe, les Palestiniens, ne doivent pas être mentionnés parce que cela déprécierait les Arabes et les musulmans et les heurterait dans leur sensibilité.

Ceux qui violent ces nouvelles directives anti-orientalistes déclenchent la colère de ceux qu’ils critiquent et les protestations véhémentes, quoique moins violentes, de leurs concitoyens, les accusant lorsqu’ils critiquent l’islam de faire preuve de racisme et de rejeter le blâme sur les victimes. Ceux qui critiquent le discours haineux musulman sont accusés d’aggraver le conflit.

Ainsi, les traits que les esprits racistes ont développés en Orient et qui font leur force, ne sont discutés qu’à contrecœur par les mandarins des études du Moyen-Orient et les universitaires post-coloniaux, et seulement quand ils sont poussés à le faire, principalement pour les minimiser. Avec pour conséquence, que les auditoires occidentaux demeurent à ce jour mal informés sur les Arabes et sur les musulmans.

Alors que Saïd a formulé sa critique de l’Occident en termes postmodernistes et humanistes, elle pourrait bien être reformulée en fonction de la dynamique culturelle de l’honneur et de la honte. Le «kalam an-nas»– l’opinion publique dont la désapprobation est si douloureuse– contribue à expliquer la direction qu’a prise la pensée de Saïd menant à l’orientalisme.

En tant qu’Arabe qui a connu un grand succès en se servant des règles occidentales, entouré de collègues admiratifs (son «monde d’honneur»), Saïd a vécu la défaite arabe catastrophique de la guerre des Six Jours de 1967 comme une «punition du destin».

Le tissu de racisme, de stéréotypes culturels, d’impérialisme politique, d’idéologie déshumanisante qui règne chez les Arabes ou les musulmans est très fort, et c’est ce tissu que chaque Palestinien en est venu à ressentir comme étant son destin exclusif et punitif.

Aucun universitaire américain ne s’était identifié sans réserve avec les Arabes culturellement et politiquement.

Il y a certainement eu des identifications à un certain niveau, mais elles n’ont jamais pris une forme «acceptable» comme l’a fait l’identification de la gauche américaine avec le sionisme.

En tant que «Palestinien», Saïd avait perdu la face dans cette catastrophe. Sa réponse d’honneur ne fut pas de porter un regard autocritique sur les attitudes et les acteurs arabes qui avaient contribué à la fois à cette guerre inutile et à cette défaite catastrophique, mais fut plutôt d’exprimer sa colère envers ceux qui pensaient du mal des Arabes et qui prétendaient occuper le haut du pavé en matière de morale.

En conséquence, il ne s’est pas préoccupé de savoir si la cause palestinienne qu’il soutenait «sans réserve» en souhaitant que les autres suivent reflétait (ou dédaignait) les valeurs de la gauche auxquelles il avait fait appel.

Pour celui qui défend son honneur, la défense d’un côté ou un autre dans un conflit n’est pas basée sur l’intégrité ou sur les valeurs de la gauche, mais sur l’idée de sauver l’honneur, sur la façon dont on sauve la face.

Il n’est donc pas surprenant que peu de sujets aient autant enflammé Saïd que la discussion sur le rôle de la culture arabe dans la recherche, le maintien et la reconquête de l’honneur et l’évitement et l’élimination de la honte.

Étant donné que des traits culturels tels que le patriarcat misogyne, les homicides d’honneur, les querelles sanglantes, l’esclavage, les massacres de civils, etc., ne semblaient pas très bons aux gauchistes occidentaux, Saïd devait sauver la face arabe en évitant ce regard occidental hostile.

Il a eu l’idée brillante de rendre honteux pour les universitaires occidentaux le fait même de se référer à ces questions dans la discussion du monde arabe, en qualifiant ce type de questionnement de raciste.

Ses règles du jeu de l’orientalisme, au contraire, exigeaient une action positive et morale. En conséquence, Saïd et ses acolytes réprimandaient quiconque osait expliquer l’obsession périlleuse musulmane arabe de détruire Israël en termes de questions culturelles. «Comment osez-vous les traiter comme un groupe de sauvages, d’irréductibles, de fous superstitieux qui se nourrissent de fantasmes de vengeance génocidaire pour rétablir l’honneur perdu et retrouver leur situation de domination ?!»

Au contraire, disait Saïd «la relation entre Arabes, musulmans et terrorisme» que tant d’orientalistes établissent est «entièrement factice».

Pour tout outsider, soupçonner les dirigeants palestiniens (ou Arabes ou musulmans) de comportements belliqueux constitue pour les post-coloniaux, une agression inacceptable, une forme de racisme. Selon eux, le conflit concerne l’impérialisme israélien et la résistance naturelle qu’il provoque.

Grâce à cette brillante sauvegarde de la «face» arabe, à cette façon d’utiliser le kalam an-nas, l’orientalisme de Saïd a su contourner les vecteurs du jugement négatif paralysant.

D’une part, cette défense protégeait les Arabes des critiques publiques, de l’autre, elle faisait de l’Occident «impérialiste» (et de son avant-garde supposée les «colons» israéliens), l’objet d’une critique implacable.

Son succès à cet égard a donné naissance à une génération de spécialistes du Moyen-Orient, y compris des universitaires, qui ont décrit les mondes arabe et musulman comme des «sociétés civiles florissantes», d’imminentes «démocraties» tout en décrivant l’Occident comme un monde raciste, impérialiste, qui a besoin d’être déconstruit, théoriquement et pratiquement.

Un tel mouvement a peut-être flatté l’image que les Arabes et les Occidentaux (gauchistes) avaient d’eux-mêmes, mais il a eu pour prix l’ignorance des réalités plus sombres sur le terrain.

Pourtant, pour beaucoup, cette ignorance semblait être un faible prix à payer. Après tout, le cadre de référence de Saïd offrait aux progressistes pacifistes un moyen d’éviter le choc des civilisations.

Donner aux Arabes et aux musulmans le bénéfice du doute, les traiter avec honneur plutôt que de les inciter gratuitement à la critique, voilà la façon de résoudre les conflits et d’apporter la paix.

Les éducateurs occidentaux qui adoptaient le discours de Saïd considéraient ses thèses comme une sorte de récit thérapeutique qui, en accentuant le positif et en dissimulant le négatif, encourageait l’autre plutôt que de l’aliéner.

Il s’agissait, entre autres, de traiter les Arabes et les musulmans comme si leur culture politique avait déjà atteint ce niveau de modernité, d’engagement sociétal envers les droits universels de l’homme, de paix par la tolérance, d’égalitarisme. Tout cela dans le but de favoriser les relations positives– alors qu’en réalité, une telle évaluation n’était pas objective.

Le monde postmoderne ne peut pas être (est même très éloigné) de toute évaluation objective (ce que, présumément, il prétend être).

De la «Paix» d’Oslo au Jihad
Peu de débâcles illustrent mieux la folie qui consiste à ignorer la dynamique de la honte et de l’honneur que le «processus de paix» d’Oslo qui a fondé sa logique sur le principe d’un échange de «terre pour la paix» : Israël céderait des terres aux Palestiniens (la plus grande partie de la Judée/Samarie et Gaza) afin de créer un État indépendant et les Palestiniens enterreraient la hache de guerre puisqu’ils obtiendraient ce qu’ils voulaient sans avoir à se battre.

Ainsi, les accords d’Oslo changeraient l’engagement palestinien défini par leur charte, de reconquérir l’honneur arabe et musulman en effaçant la honte qu’est Israël, et les amèneraient à accepter la légitimité de l’existence de l’État hébreu.

Un tel changement dépendait de la compréhension de ce que cette concession promise à Israël amènerait, étant donné que les Palestiniens «aspirent», à la liberté de se gouverner dans la paix et la dignité. Cela semblait être un contrat gagnant-gagnant si évident, que, comme Gavin Esler de la BBC l’avait déclaré, «le conflit allait être résolu avec un courriel.»

Ce que les architectes d’Oslo et leurs partisans occidentaux ont si complètement sous-estimé, c’est l’emprise que l’univers basé sur l’honneur aurait sur le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat.

Ce manque de perspicacité a non seulement dominé la pensée dans les cercles occidentaux (eux qui n’étaient pas mis en danger par un tel pari), mais avait aussi cours dans les cercles politiques et du renseignement israélien, qui eux avaient beaucoup à perdre.

Il est clair que ce n’est pas seulement la direction politique d’Israël qui a été prise en otage par la conception chimérique de l’instauration d’une ère de paix avec l’Autorité palestinienne. Le système de sécurité militaire et le service de sécurité Shin Bet ont eu des difficultés à se libérer du même sentiment. Les fonctionnaires du renseignement n’étaient pas toujours disposés à laisser les faits perturber leur perception idéalisée de la réalité.

Le simple fait que les analystes occidentaux et israéliens aient négligé de leur prêter attention, cependant, ne signifie pas que les règles d’honneur et de honte aient cessé d’opérer.

Après la cérémonie de signature de l’entente sur la pelouse de la Maison-Blanche, le président de l’OLP, Arafat, s’est trouvé la cible d’une immense hostilité de la part de son groupe d’honneur arabe et musulman pour avoir porté la honte à tous les Arabes et à tous les musulmans.

Lorsqu’il est arrivé à Gaza en juillet 1994, le Hamas l’a dénoncé en ces termes : «Sa visite est honteuse et humiliante, car elle se produit dans l’ombre de l’occupation et à l’ombre de la soumission humiliante d’Arafat devant le gouvernement ennemi et sa volonté. Il veut présenter une défaite comme une victoire.»

Edward Saïd, fier membre du Conseil national palestinien, semi-parlement de l’OLP, a fait écho aux paroles du Hamas : les compromis impliquaient un acte humiliant et «dégradant… d’obéissance… Une capitulation… qui a produit un état d’abjection et d’obéissance… se soumettant honteusement à Israël.»

Ainsi l’intellectuel «post-colonial» a utilisé le langage tribal à somme nulle d’honneur et de honte arabe et musulmane, attaquant la négociation comme déshonorante. C’était la langue même dont les Occidentaux évitaient de discuter de peur qu’ils n’«orientassent l’Orient».

Et pourtant Arafat a utilisé le même langage d’honneur et de honte en arabe, dès que les accords ont été signés et que le Prix Nobel a été accordé.

Six mois après son retour de Tunisie en juillet 1994 à ce qui était devenu un territoire sous contrôle palestinien grâce aux accords d’Oslo, il a défendu sa politique devant des musulmans d’Afrique du Sud, non pas en parlant de la «paix des braves», mais plutôt en invoquant le traité de Mahaybiya de Muhammad, signé quand il était en position de faiblesse, rompu quand il fut en position de force.

Dans la mesure où les Arabes avaient accepté le processus d’Oslo, ils le considéraient comme un cheval de Troie, non pas comme une concession (nécessairement) humiliante. Un projet de guerre honorable et non pas de paix ignominieuse.

Dans les cultures où, pour l’honneur, «ce qui a été pris par la force doit être repris par la force», toute négociation est forcément honteuse et lâche.

De façon générale, les journalistes et les décideurs occidentaux, y compris le «camp de la paix» en Israël, et même les services de renseignement, ont ignoré les invocations répétées d’Arafat à Hudaybiya.

Les partisans de la paix les considéraient comme des railleries conçues pour apaiser l’opinion publique (en elle-même une chose qui méritait qu’on y réfléchisse) et étaient persuadés que, finalement, l’appel plus mature de la communauté internationale placerait Arafat du côté de la raison positive. Les praticiens du «journalisme de paix» en Israël, par exemple, ont délibérément évité des nouvelles décourageantes de ce genre et le sens de Hudaybiya en particulier.

Dans son mémoire de 800 pages sur l’échec d’Oslo, Dennis Ross, l’envoyé américain du Moyen-Orient le plus impliqué dans les négociations avec la direction palestinienne, n’a pas eu un mot à dire sur la controverse de Hudaybiya, en dépit du fait qu’il avait correctement jugé le comportement problématique d’Arafat et son «échec à préparer son peuple aux compromis nécessaires à la paix».

Le péché d’Arafat n’était pas d’omission, mais de commission : il préparait systématiquement son peuple à la guerre sous le nez des Israéliens et de l’Occident.

Plutôt que d’examiner les conséquences de cette contre-preuve, ceux qui appuyaient le processus attaquaient quiconque y attirait l’attention.

Le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR), une soi-disant organisation de défense des droits civils musulmans ayant des liens avec les mêmes confréries musulmanes dont le Hamas est une branche, a mené l’attaque au nom de la protection de la réputation du prophète Muhammad.

Daniel Pipes a écrit plusieurs textes concernant le discours de la mosquée de Johannesburg et le sens du traité de Hudaybiya, ainsi que sur les problèmes rencontrés par les Occidentaux quand ils osaient soulever ce sujet.

En dépit de son insistance à se montrer juste envers le prophète musulman sur des bases historiques, les écrits de Pipes lui ont amené une volée de condamnations furieuses et une accusation précoce d’islamophobie.

Les protestataires interdisaient essentiellement aux critiques d’examiner les preuves pertinentes à leurs préoccupations pressantes. Au lieu de cela, les enthousiastes de la paix voyaient Arafat et les dirigeants palestiniens comme des acteurs modernes à part entière qui souhaitaient avoir leur propre pays et leur liberté, et auxquels on pouvait faire confiance pour le respect de leurs engagements.

La plupart pensaient qu’Arafat, quand l’occasion se présenterait, choisirait l’imparfait, la somme positive, le gagnant-gagnant, plutôt que la somme nulle, tout ou rien, gagnant-perdant.

Ils «avaient foi» en la direction palestinienne et faisaient honte à quiconque osait suggérer que les Palestiniens s’accrochaient encore fermement à leur désir atavique de vengeance.

Ainsi, alors que Jérusalem et Washington se préparaient à une grande finale du processus de paix à Camp David à l’été 2000, alors même que les médias israéliens préparaient leur peuple à la paix, les médias d’Arafat préparaient les Palestiniens à la guerre. Et aucun des principaux décideurs n’y a porté attention.

L’incapacité à comprendre la dynamique du maintien de l’honneur (en luttant contre Israël) et à éviter la honte (provoquée par le compromis avec Israël) a condamné Oslo à l’échec dès le départ.

Les gens impliqués, qui pensaient que les deux parties étaient «si proches» et que si seulement Israël avait donné plus, les accords auraient réussi, ont été dupés.

Pour les décideurs palestiniens, ils n’ont jamais été proches. Même une entente réussie aurait mené à plus de guerres.

En effet, selon cette logique, plus l’accord favorisait les Palestiniens– c’est-à-dire, plus les Israéliens étaient affaiblis– plus l’agression accompagnerait leur mise en œuvre.

Une fois qu’Oslo a explosé, les Occidentaux qui se sont accrochés à leurs fantasmes ont continué à mal comprendre les événements ultérieurs.

Au lendemain du «non» retentissant mais prévisible d’Arafat à Camp David en juillet 2000, et à plusieurs reprises après le déclenchement de sa guerre de terreur (minimisée en tant qu’«Intifada al-Aqsa») fin septembre, les apologistes ont fait des efforts héroïques afin d’interpréter son comportement comme étant rationnel et d’ignorer sa planification délibérée de la guerre de terreur, et ont blâmé Israël.

Dans le cadre de la contre-attaque, les critiques à l’encontre d’Arafat, en particulier pour son comportement caractéristique de la culture d’honneur et de honte, ont suscité des cris de racisme.

Par exemple, lors d’une interview avec l’universitaire israélien Benny Morris, l’ancien premier ministre israélien Ehud Barak se plaignait des mensonges systématiques d’Arafat, qui faisait de chaque discussion un calcul entre la dénonciation des mensonges ou l’idée de les ignorer et d’accepter de se mettre en position de faiblesse.

Ces remarques ont agacé les observateurs du Moyen-Orient, Hussein Agha et Robert Malley :

Les mots de [Barak] dans l’entretien initial étaient sans équivoque. «Ils sont le produit d’une culture dans laquelle dire un mensonge… ne crée pas de dissonance». «Ils ne souffrent pas du problème du mensonge tel qu’il existe dans la culture judéo-chrétienne. La vérité est perçue comme non pertinente.» etc. Mais, clairement, la précision factuelle et la cohérence logique n’étaient pas souhaitées par Morris et Barak. Ce qui importe, c’est l’autojustification de quelqu’un qui a choisi de faire carrière– et peut-être de revenir– en se livrant à la vilification d’un peuple tout entier».

C’est du classique Edward Saïd : attaquez les motifs de vos critiques (souvent par projection) ; clamez que vous subissez une blessure morale à cause de l’insulte, et dans le processus, détournez l’attention de la précision des remarques orientalistes.

Bien qu’appuyées sur des preuves tangibles de l’utilisation étendue et typiquement palestinienne de mensonges évidents lors des négociations, l’accusation de Barak devenait, dans les mains des apologistes d’Arafat, la «vilification d’un peuple entier».

Le succès de cette utilisation de ce que l’on pourrait appeler la «carte raciste» signifie que la littérature académique sur le mensonge dans la culture arabe, qui devrait couvrir les murs des bibliothèques (du moins dans les bibliothèques de nos services de renseignement) est sérieusement sous-développée. Si Oslo a échoué, c’est principalement parce que les Israéliens et les Américains ont refusé de croire que les Palestiniens leur mentaient –d’un bout à l’autre du processus.

Ignorance de la quête du califat
Pour cette raison, et bien des raisons analogues, lorsque les djihadistes sont sortis du ventre du cheval d’Oslo à la fin de septembre 2000, trop d’Occidentaux, désireux d’interpréter la violence comme le «désespoir» des combattants de la liberté dont les droits ont été niés, ont ignoré les preuves à l’effet qu’Arafat avait planifié la guerre, et ont jeté le blâme sur Israël.

En conséquence, de nombreux journalistes et spécialistes, qui ont dit à leurs auditoires occidentaux que l’Intifada al-Aqsa était un soulèvement national de libération contre l’occupation, semblaient n’avoir aucune idée (ou s’ils en avaient une, ont choisi de ne pas la révéler) que dans l’esprit de plusieurs de ces combattants l’intifada al-Aqsa était le lancement d’une nouvelle phase de djihad global apocalyptique dont l’objectif messianique était un califat mondial pour lequel la terreur des attaques suicides constituait l’arme la plus nouvelle et la plus puissante.

La réaction indifférente, voire négative, de la communauté d’experts aux premières études de la pensée apocalyptique du Hamas dans les années 1990, signifiait que la sphère publique occidentale allait devoir attendre la seconde décennie du XXIe siècle pour découvrir que le djihad global qui a créé un califat dans des parties substantielles de la Syrie et de l’Irak et qui ciblait les infidèles dans leur propre pays, était issu des mêmes visions apocalyptiques.

En fait, la plupart des observateurs ne savent toujours pas comment les djihadistes mondiaux ont exploité l’Intifada al-Aqsa pour alimenter leurs campagnes et leur recrutement.

Ainsi, au lieu de se méfier de ce nouvel impérialisme religieux violent et de condamner les opérations de martyre sauvage du djihad, les journalistes européens diffusent sa propagande de guerre antisioniste en tant que nouvelle tandis que les progressistes européens le saluent et l’encouragent.

Désinformés par les reportages des médias en avril 2002 du massacre supposé des forces de défense israéliennes à Jénine, les manifestants occidentaux marchaient dans les rues avec des simulations de ceintures explosives pour montrer leur solidarité avec les «martyrs» du Hamas.

Après la guerre du Liban en 2006, des savants comme la pacifiste Judith Butler, ont accueilli le Hamas et le Hezbollah dans la «gauche progressiste mondiale» en tant que «camarades dans la lutte anti-impérialiste».

Les progressistes malheureusement mal informés ont accueilli avec enthousiasme un djihad qui frappait alors Israël, mais qui maintenant hante le monde entier, et en particulier le monde musulman.

Les professionnels de l’information occidentaux– journalistes, experts, analystes politiques, même traducteurs– ont été tellement aveuglés par leur propre rhétorique post-coloniale, qu’ils ont été incapables d’identifier l’islam triomphaliste qui a constamment augmenté son élan vers un califat mondial dans cette génération et ce siècle.

S’ils se sont rendu compte de la présence de ces musulmans impérialistes, ils refusent d’en parler et attaquent quiconque le fait. Cette attitude prédominante a gravement endommagé la capacité de l’Occident à distinguer entre les faux modérés qui veulent réduire les infidèles du monde entier à la dhimmitude et les modérés qui veulent vraiment vivre en paix avec les non-musulmans.

Presque tout le monde conviendra que ces djihadistes qui recourent à l’épée, comme Al-Qaïda ou l’État islamique, ne sont pas des modérés.

Mais qu’en est-il de ceux qui s’en tiennent au da’wa (sommation à la conversion), et qui travaillent de manière non violente dans le même but ultime de rétablir le califat ?

Quand Yusuf Qaradawi des Frères Musulmans dit que «les États-Unis et l’Europe seront conquis non pas par le djihad, mais par le da’wa», cela fait-il de lui un modéré ? Et si le prédicateur du da’wa jouait juste au bon flic pendant que le djihadiste joue au méchant flic ? (NDT : good cop, bad cop)

Du point de vue de l’objectif millénaire d’un califat mondial, la différence entre les islamistes radicaux et les «modérés» est moins une question de vision que de calendrier, moins une question de buts différents que de tactiques différentes.

De telles connexions, cependant, ne s’inscrivent pas sur les écrans radars des professionnels de l’information qui demeurent fidèles aux réticences anti-orientalistes de Saïd. Ils nous poussent plutôt à les voir comme étant clairement distincts. Une telle approche tombe dans le piège djihadiste classique.

Lorsque les partisans du da’wa du califat dénonce les violences d’Al-Qaïda ou de l’ÉI, insistant sur le fait que ces djihadistes n’ont rien à voir avec l’islam, ils le font comme une tactique de guerre cognitive trompeuse.

Ils savent très bien que l’Islam qu’ils ont adopté est une religion de conquête. Ils ne veulent tout simplement pas que les «infidèles» occidentaux, leurs ennemis jurés et leurs cibles, reconnaissent cette hostilité implacable et impérialiste, du moins tant que le djihad mondial est militairement faible.

Ils préfèrent que les décideurs occidentaux renoncent au discours «islamophobe» de la domination mondiale et, apaisent plutôt les griefs des musulmans.

Beaucoup trop d’Occidentaux se sont conformés –en partant du discours de George W. Bush sur l’«Islam, religion de paix» juste après les attentats terroristes du 11 septembre, aux grands efforts de l’administration Obama pour ignorer, refuser et sublimer tout ce qui ressemble à de la violence islamique, jusqu’à une longue série d’universitaires qui auraient dû se hâter de corriger le dossier après la concession rhétorique de Bush et ont plutôt fait des efforts pour souligner la nature pacifique de l’Islam.

Les choses s’aggravent progressivement. L’insistance sur la similitude fondamentale de la culture arabe/musulmane et de la culture occidentale (la «grande majorité» des musulmans pacifiques, les «sociétés civiles dynamiques» en Syrie et en Irak) est passée d’une expérience thérapeutique à une formule dogmatique : la remettre en question est raciste et «islamophobe».

Ceux qui violent cette norme et qui discutent de ces choses désagréables sont punis, exclus, exilés. En effet, la crainte de l’accusation d’«islamophobie» est si forte qu’elle est venue jouer le rôle du serpent de mer qui a étranglé Laocoon quand il a essayé d’avertir les Troyens de la ruse du Cheval de bois offert par les Grecs.

Les politiciens, les policiers et les journalistes britanniques, par exemple, n’ont rien fait pour protéger des milliers de jeunes filles contre l’exploitation sexuelle pendant plus d’une décennie, afin d’éviter d’être qualifiés d’«islamophobes».

Peu d’incidents illustrent mieux cette cécité et cette incompétence auto-induites que la façon dont les professionnels de l’information occidentaux ont traité les soulèvements arabes de 2010-11. Dans une interprétation erronée des manifestations populaires, propulsées dans les médias sociaux, qui ont chassé certains dictateurs arabes de leurs perchoirs, les érudits ont interprété les soulèvements à la lumière des révolutions démocratiques européennes : le «Printemps des Nations» de 1848 et la libération de l’Europe de l’Est et de la Russie en 1989.

Rejetant systématiquement le danger que les Frères musulmans puissent prendre le pouvoir lors d’élections démocratiques, les commentateurs et les décideurs ont appelé à soutenir le mouvement islamiste, considéré par les professionnels de l’information post-coloniaux comme leur miroir, leur compagnon d’armes.

Si les «Orientalistes» pré-Saïd n’avaient (soi-disant) vu que le mauvais côté (des islamistes) par projection, après eux, les post-orientalistes ne pouvaient voir que le bien.

Cette approche politiquement correcte a même infecté les services de renseignements américains.

En février 2011, juste au moment où l’administration Obama prenait des décisions cruciales (et trompeuses) sur la façon de faire face à la crise égyptienne, James Clapper, directeur des renseignements au niveau national, a présenté une étonnante évaluation devant le Congrès (qu’il a reniée par la suite) :

«Le terme “Fraternité musulmane”… est un terme générique pour une variété de mouvements, dans le cas de l’Égypte, c’est un groupe très hétérogène, largement laïque, qui a évité la violence et a dénoncé Al Qaïda comme une perversion de l’islam ..»

Il est difficile de cataloguer les idées fausses impliquées dans cette déclaration étonnamment stupide. Elle traduit un manque de compréhension du comportement religieux triomphaliste et une application superficielle d’une terminologie inappropriée qui laisse l’observateur se demander s’il s’agissait d’un acte délibéré de désinformation ou d’un véritable produit de la collecte et de l’évaluation des renseignements des États-Unis.

Il est aussi difficile de séparer cette évaluation opérationnelle totalement désorientée de la discussion académique qui la sous-tend, largement influencée par le paradigme pénitentiel auquel Saïd exhortait l’Occident. Ici les dupes occidentaux doivent interpréter la non-violence comme un signe de modération musulmane et attribuer la violence musulmane à la provocation occidentale. Nous devons supposer que lorsque les musulmans dénoncent la violence, ils sont avec «nous» et non avec «eux», qu’ils ne partagent pas l’objectif djihadiste d’un califat mondial.

Plutôt que de combattre un ennemi aspirant à la domination mondiale, les islamistes exhortent l’Occident à s’attaquer au sentiment d’impuissance des musulmans en les habilitant.

Les résultats de cette méconnaissance aveugle de la réalité sur le terrain– le pouvoir des mouvements religieux inspirés par l’honneur ; le calcul variable de la violence selon que l’on se sent faible ou fort ; les réponses à la faiblesse perçue et à l’absence de détermination de la part des ennemis signifient que ce que les leaders de la pensée occidentale prenaient pour un printemps démocratique, qu’ils accueillaient avec enthousiasme, était en réalité le printemps de la guerre tribale et apocalyptique. Un djihad d’Oslo à grande échelle. Une guerre générationnelle, cataclysmique, «une Guerre des Trente ans» qui ne fait que commencer.

Où l’Occident est intervenu (Libye, Egypte), il a échoué, et où il n’est pas intervenu (la Syrie), la situation a explosé.

Alors que des millions de réfugiés sont jetés sur les rivages européens par ces bouleversements, les décideurs occidentaux restent captifs de leurs clichés suicidaires («nous ne pouvons simplement pas leur refuser l’entrée») qui témoignent d’une profonde ignorance de la culture arabe et musulmane, de ceux qui les font fuir, et de ceux qui ont le pouvoir, mais pas le désir de s’attaquer à cette destruction de leurs sociétés sous les coups du califat.

Conclusion
A travers la porte dérobée d’une préoccupation pour les «autres», sans réciprocité, les Occidentaux éduqués ont permis à un discours hostile, intimidant basé sur l’honneur et la honte d’occuper une grande partie de leur espace public : c’est l’«islamophobie», et non l’islamisme qui est le problème.

Les Palestiniens continuent de sauver la face et de retrouver leur honneur en salissant Israël qui, par son existence même et son succès, leur fait honte.

Pendant ce temps, de nombreux guerriers de la justice sociale, remplis de culpabilité post-coloniale et craignant le label «islamophobe», unissent leurs forces à la «brigade d’honneur» afin de pousser Israël au-delà des limites acceptables.

Dans le cadre plus large du développement civilisationnel, c’est lamentable. Il a fallu un millénaire d’efforts constants et douloureux pour que la culture occidentale apprenne à sublimer la libido dominandi de l’homme au point de créer une société tolérante à la diversité, qui résout les différends avec un discours d’équité plutôt que de violence et où l’échange est gagnant-gagnant. Les échanges à somme positive sont la norme souhaitée.

Insister, comme le font beaucoup de gauchistes, pour que cette réussite exceptionnelle soit considérée comme le mode par défaut de l’humanité, indépendamment de la mesure dans laquelle l’autre est éloigné de cet objectif précieux et de manière à exempter les ennemis de la démocratie de la responsabilité civique de l’autocritique au prix de redoubler son propre fardeau, fini par saper les libertés que la civilisation occidentale s’est données au cours des siècles.

À moins que les universitaires et les professionnels de l’information ne s’emparent et ne cultivent les champs de connaissance tels que la dynamique de la honte et de l’honneur et le triomphalisme islamiste, les Occidentaux ne pourront pas comprendre les sociétés arabes et islamiques et continueront d’accuser les critiques et non l’objectif légitime des critiques au risque de perdre leurs valeurs démocratiques et leurs intérêts nationaux.

L’incapacité de s’engager dans l’autocritique est la plus grande faiblesse des cultures basées sur l’honneur et la honte, et la capacité de le faire est la plus grande force de ceux qui croient fermement à l’intégrité.

Pourtant, maintenant, paradoxalement, l’incapacité des islamistes est devenue leur force, et notre surempressement à compenser est devenu notre faiblesse.


Circoncision de Jésus: Cachez cette judaïté que je ne saurai voir ! (The continuation of the final solution by other means ?)

1 janvier, 2017

Circumcision of christ (Giovanni Bellini's studio, Venice, 16th cent.)Epiphany I: Adoration of the Magi (Gottfried Helnwein, 1996) "Spoils of Jerusalem" (The Arch of Titus, Rome, c. 81 AD)https://i2.wp.com/static.guim.co.uk/sys-images/Guardian/Pix/pictures/2013/10/23/1382539023487/William-Kate-and-Prince-G-009.jpg

calendrierlegaret2C’est ici mon alliance, que vous garderez entre moi et vous, et ta postérité après toi: tout mâle parmi vous sera circoncis.Vous vous circoncirez; et ce sera un signe d’alliance entre moi et vous. A l’âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis, selon vos générations, qu’il soit né dans la maison, ou qu’il soit acquis à prix d’argent de tout fils d’étranger, sans appartenir à ta race. Genèse 10: 12-17
Vous circoncirez donc votre coeur … Deutéronome 10: 16
L’Éternel, ton Dieu, circoncira ton coeur et le coeur de ta postérité, et tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton coeur et de toute ton âme, afin que tu vives. Deutéronome 30: 6
Le salut vient des Juifs. Jésus (Jean 4:22)
Il ne faut donc point que les Juifs s’imaginent aujourd’hui avoir eu quelque avantage sur le reste des nations. Quant à leur longue dispersion, il n’est point surprenant qu’ils aient subsisté si longtemps depuis la ruine de leur empire, puisqu’ils se sont séquestrés des autres peuples et se sont attiré leur haine, non-seulement par des coutumes entièrement contraires, mais par le signe de la circoncision qu’ils observent très-religieusement. Or, que la haine des nations soit pour les juifs un principe de conservation, c’est ce que nous avons vu par expérience. Un roi d’Espagne les ayant autrefois contraints ou de quitter son royaume ou d’en embrasser la religion, il y en eut une infinité qui prirent ce dernier parti. Et comme en se faisant chrétiens ils devenaient capables de tous les privilèges des autres citoyens et dignes de tous les honneurs, ils se mêlèrent si étroitement aux Espagnols qu’il ne reste plus d’eux aucune trace ni aucun souvenir. En Portugal il en a été tout autrement : car étant forcés d’embrasser le christianisme sans être admis aux privilèges et aux dignités de l’État, ils ont toujours vécu, quoique convertis, dans un état d’isolement par rapport aux autres Portugais. Le signe de la circoncision me paraît ici d’une telle conséquence que je le crois capable d’être à lui tout seul le principe de la conservation du peuple juif. Je dirai plus : si l’esprit de leur religion n’efféminait leurs âmes, je suis convaincu qu’une occasion favorable venant à se présenter, les Juifs pourraient (tant les choses humaines sont variables) reconstituer leur empire et devenir ainsi l’objet d’une seconde élection de Dieu. (…)  Au reste, si quelqu’un persiste à soutenir pour telle ou telle raison que l’élection des Juifs est une élection éternelle, je n’y veux pas contredire, pourvu qu’il demeure d’accord que cette élection, de quelque durée qu’elle soit, en tant qu’elle est particulière aux Juifs, ne regarde que les avantages temporels et l’établissement de leur empire (puisqu’il n’y a que ce seul point par où les nations se distinguent les unes des autres), mais qu’à l’égard de l’intelligence et de la vertu véritable, toutes les nations sont égales, Dieu n’ayant sur ce point aucune sorte de préférence ni d’élection pour personne. Baruch Spinoza
The Citizens of the United States of America have a right to applaud themselves for giving to Mankind examples of an enlarged and liberal policy: a policy worthy of imitation. All possess alike liberty of conscience and immunities of citizenship. It is now no more that toleration is spoken of, as if it was by the indulgence of one class of people that another enjoyed the exercise of their inherent natural rights. For happily the Government of the United States, which gives to bigotry no sanction, to persecution no assistance, requires only that they who live under its protection, should demean themselves as good citizens. (…) May the Children of the Stock of Abraham, who dwell in this land, continue to merit and enjoy the good will of the other Inhabitants; while every one shall sit under his own vine and fig tree, and there shall be none to make him afraid. (…) May the father of all mercies scatter light and not darkness in our paths, and make us all in our several vocations useful here, and in his own due time and way everlastingly happy. G. Washington
Prions aussi pour les Juifs perfides afin que Dieu Notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs cœurs et qu’eux aussi reconnaissent Jésus, le Christ, Notre-Seigneur. Prière du Vendredi saint (VIIe siècle)
Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité de son Alliance. Prière du vendredi saint (1970)
A blonde Madonna, dressed as if she were spending an evening at the opera, presents her child to the watchful eyes of Nazi SS Guards, One officer looks as if he were studying the child’s genitals, perhaps to see whether he has been circumcised. Dark hair parted severely to one side and fleshy baby cheeks lending a slight and comical hangdog expression, the young child presents something of an eerie resemblance to the Führer. (…) Gottfried Helnwein, responsible for these strange and unsettling images, is an Austrian artist born in the years immediately after World War Two.  (…) Helnwein is an artist who has never been afraid of causing outrage in those offended or made uncomfortable by talk of Germany’s Nazi past and of Austria’s complicity in it. Once, as a student, he paraded the streets of his home town dressed up as Hitler, spewing forth theatrical blood from his mouth – a memorably outrageous gesture at the time, if only for the fact that, like that famous Fawlty Towers sketch where all mention of « the war » was a closed one in front of its German guests, Austria would make no gesture to acknowledgement to it either. (Until the ’80s Austria had an official policy of denial, neglecting to address the subject even in school text books.) (…) For all Helnwein’s humanist proclamations, it must be said that his work is never quite so unequivocal. Standing in front of the works you’re never quite clear how to read Helnwein’s disturbing images. The surreal, uncomfortable juxtapositions of both Nazi and Christian iconography, never present straightforward interpretations. Nor are they merely polemical in any agit-prop sense. There is a sense in which Helnwein seems to court controversy; he also clearly delights in a certain moral ambiguity, a shadiness which perversely makes his images all the more compelling. An early turning point in his choice of imagery came for Helnwein in 1979. In this year Dr. Heinrich Gross was appointed Head of State Psychiatry in Austria. In an interview published in one of Austria’s major national newspapers, he was asked whether he had killed hundreds of children in mental hospitals under the Nazi euthanasia programme. Gross said yes, and commented that « at the time it was a different reality. Today I wouldn’t do it. » Asked if he had injected the children, he replied that he had « just mixed poison in their food », adding that since they were unaware of what was going on, the young victims had died humanely. That interview with Gross caused no reaction in Helnwein’s country. But it was in response to this interview that Helnwein first began using images of children in his painting, addressing their helplessness and pain by depicting them as broken, disfigured doll-like creatures. When he read Gross’ self-justification as a « humane » killer, Helnwein responded by producing a photorealist painting of a girl slumped in a plate of food. Only then was a debate initiated which ultimately led to Gross’ resignation. Though Helnwein is no mere polemicist, he clearly believes in an art which has the power not only to confront and challenge, but also to make some real changes. Fisen Güner
In his last will, the Austrian playwright Thomas Bernhard, who died in 1989, banned the production of his texts on home soil. Bernhard never hid his fury at Austria’s refusal to admit its history. Helnwein, born in 1948, clearly shares Bernhard’s view. He is furious about Austria’s self-image as victim of the Third Reich, rather than its willing collaborator. In 1965 posters for the Freedom Party, later led by Jörg Haider, demanded: « Forget about the past! Look ahead at the future. » Helnwein, then still a teenager, reacted by painting a portrait of Adolf Hitler that got him expelled from art school. His « crime » was to have reminded Austria of its best-known son.(…) Of all his paintings, the most disturbing is Epiphany (1996), for which he dips into our collective memory of Christianity’s most famous birth. This Austrian Catholic Nativity scene has no magi bearing gifts. Madonna and child are encircled by five respectful Waffen SS officers palpably in awe of the idealised, kitsch-blonde Virgin. The Christ toddler, who stands on Mary’s lap, stares defiantly out of the canvas. Helnwein’s baby Jesus is Adolf Hitler. Julia Pascal
Examined too casually, the stories of Plymouth Colony and Hanukkah seem to show heroes fighting for universal religious freedom. But the heroes of the Jewish story fought not only against a foreign persecutor. They also fought against fellow Jews who—perhaps more attracted to the cosmopolitan and sophisticated Greek culture than to the ways of their ancestors—cooperated with their rulers. Jon D. Levenson
The universal principle of religious liberty is hardly the message of the Jewish Maccabean revolt or of the miracles commemorated by Jews at Hanukkah. The revolt began when Mattityahu killed a fellow Jew who had attempted to sacrifice a pig to Zeus (1 Mac. 2:24–25). So much for religious liberty. Mattityahu then killed the Greek official who had ordered the assembled Jews to abandon their religion, and then launched a guerrilla war against the Greco-Syrian king. (…) A proper reading of the Jewish and historical record reveals that Mattityahu and the Maccabees revolted against not only religious oppression by Greek authorities but also Jewish assimilation to Hellenic culture. Jews do not celebrate Hanukkah for its generalizable message of religious freedom; Hanukkah is particular to Jews, not universal. It commemorates the reassertion of Jewish sovereignty and the liberation and rededication of the holy Temple with the aid of God. (…) It is this meaning that President Obama not only missed in his official statement but opposed through his actions at the U.N. The latter have been rightly condemned for breaking from decades of U.S. policy and nourishing Palestinian maximalism. The president decided to allow the U.N. Security Council to dismiss as “a flagrant violation under international law” Israeli presence in the Jews’ indigenous biblical heartland, including the Western Wall of the Temple for which the Maccabees fought. Apparently the president regards the Jewish Quarter of the Old City of Jerusalem as just another illegal “settlement.” How’s that for a Hanukkah gift? (…) The basic Israeli argument for control of East Jerusalem and parts of the West Bank has always been that Jews have a right to live, practice their religion, and self-govern in their indigenous homeland; in other words, Zionism — which, like Hanukkah, President Obama has never been able to understand without universalizing and overlooking the Jewish people’s particular attachment to their home… Elliot Kaufman
Obama despises Israel because at root, Obama despises the traditional Judeo-Christian underpinning of Western civilization. He breaks down Bible believers into two categories: fools and liars. The fools are the “bitter clingers,” the idiot masses who fall into racism and xenophobia and Bible jabber because they’re poor and stupid. The liars are the self-interested characters who want to do what they want to do while citing the Bible for their support. (…) Real Christians are leftists — as Obama said in 2006, “I believed and still believe in the power of the African-American religious tradition to spur social change. . . . The black church understands in an intimate way the biblical call to feed the hungry and clothe the naked and challenge powers and principalities.” Obama, then, is a religious leftist. He prefers a form of Christianity that rejects biblical centrality and that replaces the Bible with leftism at its heart. It’s not a coincidence that Obama attended Jeremiah Wright’s church for two decades. Wright preached hatred against Israel throughout his tenure, calling it an “apartheid” state and labeling all settlements “illegally occupied territories.” He labeled Jesus “a Palestinian” and argued that “the Palestinian people have had the Europeans come and take their country. . . . The youth in Ferguson and the youth in Palestine have united together to remind us that the dots need to be connected.” You can take Obama out of Jeremiah Wright’s church, but you can’t take Jeremiah Wright’s church out of Obama. Obama strongly mirrors that language himself, complaining about the “desperation and disorder of the powerless, how it twists the lives of children on the streets of Jakarta or Nairobi in much the same way as it does the lives of children on Chicago’s South Side.” To Obama, Bible believers who utilize religion as an excuse to cover for the real class oppression are merely cynical manipulators. You can take Obama out of Jeremiah Wright’s church, but you can’t take Jeremiah Wright’s church out of Obama. (…) And what is the ultimate repository of such manipulation of religion? The Jewish state. The Jews of Israel, Obama believes, are aggressors, using biblical writ as an excuse for oppression, hiding behind the Bible when it’s really naked self-interest at work. That’s why Obama stated at the Hiroshima Peace Memorial in Japan that “no religion has been spared from believers who have claimed their faith as a license to kill. . . . How easily we learn to justify violence in the name of some higher cause.” (…) To Obama, that’s what the Jews of Israel do. Because their control over Israel is inherently connected to biblical mandate, Obama must oppose them. He must side instead with a religion of social justice, not a religion of biblical principle. That means rejecting Jewish Jerusalem. That means rewriting the Bible, that document of sadism and oppression, to make it over into The Book of Obama. That means Israel must pay for the sin of worshiping its God over the god of warmed-over, amoral redistributionism. Obama’s likely to be disappointed. The Jews have been exiled from Jerusalem several times. Never again. Ben Shapiro
Alan Dershowitz, the famed Harvard professor, legal scholar and criminal lawyer whose judgment American Jews have long trusted and respected (…) now realizes that Obama had repeatedly duped him, and that through his endorsements of Obama, Dershowitz in turn duped many American Jews, helping to secure Obama’s election and re-election. Now Israel has been compromised as never before, with the United Nations through Obama’s manoeuvrings having declared that Jews have no right to live in the Jewish Quarter of Jerusalem, which they have inhabited for the greater part of 3,000 years, and that Israel has no rights to its holiest sites, including the Western Wall and the Temple Mount. Winning Jewish support wasn’t especially important to Obama and other Democrats in terms of votes — Jews represent just two per cent of the U.S. electorate, generally making their numbers inconsequential at the ballot box. But Jews are hugely important — even decisive — in their political giving. The Jewish two per cent — which is overwhelmingly liberal — accounts for about two-thirds of all donations received by the Democratic Party. Put another way, the Jewish two per cent donates twice as much to Democrats as the non-Jewish 98 per cent. The importance of Jewish money to Democratic fortunes explains why Obama waited to make his moves against Israel until after his two presidential campaigns and the presidential campaign of Hillary Clinton, whom he hoped would preserve his legacy. If Jews understood his real intentions toward Israel, Obama knew, many would withdraw their financial support. Obama’s prudent course — his only viable course — in realizing his desire to strip Israel of its paramount possessions, embodiments of its heritage, was to keep his intentions secret, all the while upping his rhetoric that “no president has ever done more for Israel.” Obama also needed to maintain this public pretence to keep his fellow Democrats in the dark, most of whom would blanche at the thought of offending, and losing, their Jewish backers. The American public’s general sympathy for Israel, and general antipathy toward Palestinians, also made any prior anti-Israel coming out a non-starter. (…) With this week’s passage of the anti-Israel UN resolution, the Dershowitz infatuation with Obama is over. The famed criminal lawyer finally sees the evidence that had been in plain sight all along, and now understands the extent of Obama’s deception. It was “so nasty. He pulled a bait-and-switch,” Dershowitz laments, in explaining how Obama in private pretended that it was “the settlements deep in the West Bank” that were negotiable, not the Jewish Quarter of Jerusalem, so core to Judaism and to Israel’s heritage. Lawrence Solomon
Le mouvement BDS ne cache pas son antisionisme. Mieux que ça, il le revendique. Omar Barghouti, co-fondateur du collectif de boycott anti-Israël, ne cesse de le répéter. Le fait qu’il soit diplômé de l’Université de Tel Aviv ne semble pas le gêner dans son entreprise de délégitimation d’Israël. Une preuve supplémentaire du prétendu apartheid fantasmé par BDS. Omar Barghouti veut la fin d’Israël en tant qu’Etat Juif. Pour cela, il préconise un Etat binational, ce qui aurait pour effet de légitimer le retour des descendants des réfugiés palestiniens de 1948. C’est d’ailleurs un point essentiel, mais rarement évoqué, de la charte du collectif. La suite, on la connaît. Faire augmenter la démographie arabe jusqu’à ce que les juifs soient en minorité et que le simple vote d’une loi permette de faire disparaître Israël légalement. M. Barghouti n’a rien inventé. Arafat avait cru bon d’imposer cette condition qu’il savait inacceptable (même pour le travailliste Ehoud Barak) et avait refusé de signer les accords de Camp David II en 2000 privant les Palestiniens de conditions inespérées et, à terme, d’un Etat. Dans une telle hypothèse, croire que les juifs continueraient à bénéficier des mêmes droits que le reste de la population est une chimère. Tous les jours en effet, les palestiniens de Gaza comme de Cisjordanie sont soumis à une violente propagande anti-juive et rien ne laisse présager la possibilité d’une cohabitation pacifique. L’antisémitisme virulent et constant des prêches et des discours officiels (mise en ligne du faux antisémite « Protocoles des Sages de Sion » sur un site affilié au Service gouvernemental palestinien de l’Information), les livres scolaires palestiniens – financés à coup de millions d’euros par l’Union Européenne – qui enseignent depuis des années à haïr les juifs, qui les affublent de tous les maux, les programmes télévisés pour la jeunesse, notamment sur Al-Aqsa TV, dans lesquels de jeunes enfants ânonnent que les juifs sont les descendants des singes et des porcs et qu’ils souhaiteraient mourir en martyrs en tuant le plus de juifs possible, tout cela illustre la volonté des dirigeants palestiniens, qu’ils soient islamistes ou à tendance nationaliste, de ne jamais accepter les juifs à leur côté. Les juifs devront alors fuir comme ils ont dû fuir les pays arabes après la création de l’Etat d’Israël non sans avoir auparavant été privés de leurs biens, de leurs commerces, de leur argent. 800.000 juifs chassés  d’Irak, de Syrie, d’Egypte, du Yémen, d’Algérie, du Liban, du Maroc dont personne ne se soucie du retour ni de l’indemnisation. Les juifs devront fuir, mais pour aller où ? En Europe où l’on crie à nouveau « mort aux juifs » dans les rues ? En Russie où l’on prétend que la guerre en Ukraine est un complot juif ? En Afrique où l’islamisation à l’œuvre dans de nombreux pays laisse libre cours à une propagande antisémite ? Récemment, sur les quais de Seine, des partisans de BDS déclaraient que les juifs devaient quitter la Palestine pour retourner « chez eux », c’est-à-dire nulle part précisément. Le Juif errant, voilà le seul juif supportable pour le BDS. C’est aussi en cela que l’antisionisme confine à l’antisémitisme. Mais BDS ne s’arrête pas là. Lors des dernières manifestations du BDS en Afrique du Sud, certains manifestants criaient « mort aux juifs » en brandissant des drapeaux palestiniens et du Hezbollah. À l’Université Libre de Bruxelles en mars 2015, des étudiants juifs étaient pris à partie, sans raison particulière, par des militants du BDS. En juin 2015, l’ancien député communiste Jean-Claude Lefort, Président honoraire de l’Association France-Palestine Solidarité et soutien indéfectible de BDS, appelait au boycott de produits cachers fabriqués en France. Mais surtout, la semaine dernière, sous la pression du BDS local, le festival de reggae espagnol Rototom Sunsplash de Benicassim a décommandé un chanteur juif américain, Matisyahu, après avoir exigé qu’il fasse une déclaration en faveur d’un État Palestinien et qu’il se « positionne » au sujet du sionisme. Pourquoi lui ? Parce qu’il est juif. Aucun autre artiste n’a eu à subir ce diktat. Le festival a reconnu qu’il avait agi ainsi en raison d’une « campagne de pression, coercition et menaces » de la part de BDS qui l’avait « empêché de raisonner clairement ». BDS demande-t-il à Jamel Debbouze, parce qu’il est musulman, de condamner publiquement la chasse aux chrétiens en Syrie, la mise en esclavage des yazidis en Irak, les meurtres de coptes en Egypte, le massacre des animistes au Sud-Soudan avant de monter sur scène ?  Oudy Ch. Bloch (27.08.2015)
Est-ce vraiment la volonté de Dieu qu’il n’existe plus aucun judaïsme dans le monde? Serait-ce vraiment le triomphe de Dieu si les rouleaux n’étaient plus sortis de l’arche  et si la Torah n’était plus lue dans les synagogues, si nos anciennes prières hébraïques, que Jésus lui-même utilisa pour adorer Dieu , n’étaient plus récitées, si le Seder de la Pâque n’était plus célébré dans nos vies, si la loi de Moïse n’était plus observée dans nos foyers?  Serait-ce vraiment ad majorem Dei gloriam d’avoir un monde sans Juifs? Abraham Heschel
Au IVe siècle, on disait aux Juifs; « Vous n’avez pas le droit de vivre parmi nous en tant que juifs ». A partir du Moyen-Age jusqu’au XIXe siècle, on disait aux Juifs; « Vous n’avez pas le droit de vivre parmi nous. » A l’époque nazie, on disait aux Juifs: « Vous n’avez pas le droit de vivre. » Paul Hillburg
Il a fallu la « solution finale » des nazis allemands pour que les chrétiens commencent à prendre conscience que le prétendu problème juif est en réalité un problème chrétien et qu’il l’a toujours été. Alice L. Eckardt
Après Auschwitz, (…) demander aux juifs de devenir chrétiens est une manière spirituelle de les effacer de l’existence et ne fait donc que renforcer les conséquences de l’Holocauste. (…)  Après Auschwitz et la participation des nations à ce massacre, c’est le monde chrétien qui a besoin de conversion. Gregory Baum
Tant que l’Eglise chrétienne se considère comme le successeur d’Israël, comme le nouveau peuple de Dieu, aucun espace théologique n’est laissé aux autres confessions et surtout à la religion juive. Gregory Baum
Si la loi du sabbat appartient au cérémoniel et n’est plus obligatoire, pourquoi remplacer le sabbat par un autre jour? (…) Si la grâce chrétienne a mis fin à la loi juive, si le dimanche chrétien a abrogé le sabbat juif, si la notion d’un Dieu invisible indéfiniment suspendu à une croix a remplacé la notion du Tout-puissant invisible, si le salut et son emphase sur le spirituel l’a emporté sur la création, sur a nature et sur le corps, si le Nouveau Testament a supprimé l’Ancien, si les païens ont remplacé Israël; alors les juifs ont eu théologiquement raison, et ont encore raison aujourd’hui, de rejeter la religion chrétienne. Jacques Doukhan
A l’époque de la peste noire, on tua des étrangers, on massacra des Juifs et, deux siècles plus tard, on fit brûler des sorcières, et cela pour des raisons parfaitement identiques à celles qu’on a rencontrées dans nos mythes. Tous ces malheureux se retrouvèrent indirectement victimes des tensions internes engendrées par les épidémies de peste et autres catastrophes collectives dont ils étaient tenus responsables par leurs persécuteurs. Les crimes imaginaires et les châtiments réels de ces victimes ne sont autres que les crimes et châtiments qu’on trouve dans la mythologie. Pourquoi donc, dans le cas de la seule mythologie, faudrait-il croire que, si les crimes sont imaginaires, les punitions et les victimes ne sauraient elles-mêmes être réelles ? Tout indique que le contraire est vrai. Les textes qui témoignent d’atrocités historiques, les archives judiciaires relatives à la chasse aux sorcières, par exemple, comportent les mêmes accusations extravagantes que les mythes, la même indifférence aux preuves matérielles et le même sentiment massif et irréfléchi que tout est exact, sentiment souvent exprimé, même s’il n’est pas effectivement partagé, par les boucs émissaires eux-mêmes. Tous les indices trahissant la victimisation d’individus imparfaitement assimilés – étrangers, handicapés physiques ou mentaux – sont présents dans ces documents, tout comme ils le sont dans la mythologie, pour autant qu’on puisse le vérifier ; à nous, observateurs d’aujourd’hui, ils livrent la vraie nature de ce qui s’est passé. (…) Je suis convaincu que la plupart des données d’ordre culturel sont pertinentes pour l’étude du sacrifice, y compris dans une société comme la nôtre qui ne pratique pas d’immolations sacrificielles. Le premier exemple qui me vient à l’esprit est notre propre interrogation du sacrifice ici même. Il y a forcément un rapport entre cette interrogation et le fait que les sacrifices sanglants sont de nos jours perçus comme odieux, non seulement par une petite élite, mais par l’ensemble de notre société, laquelle est désormais en voie de mondialisation rapide. Malgré ce sentiment d’horreur, une grande part de nos coutumes et pratiques et une bonne part de notre pensée peuvent encore être reliées au sacrifice d’une façon que nous ne soupçonnons pas. J’estime que notre histoire fourmille de phénomènes si clairs de ce point de vue qu’on ne saurait les exclure d’une enquête sur le sujet. C’est le cas, par exemple, de notre attitude envers certaines formes de persécution collective, de la façon dont nous comprenons et condamnons les préjugés collectifs et toutes les pratiques d’exclusion. Je crois également à la pertinence de nombreux textes littéraires, comme la tragédie grecque ou le théâtre de Shakespeare. Je pense aussi que la Bible et surtout le Nouveau Testament ont joué un rôle important dans tous les progrès que nous avons déjà faits, et que nous ferons demain, dans la recherche d’une meilleure compréhension du sacrifice. René Girard
En 1947 pour apaiser les tensions, les Nations Unies ont séparé la région en deux, Israël voit alors le jour. La Jordanie, elle, cède un bout de son territoire la Cisjordanie, cela doit devenir le futur État Palestinien. Mais en 1967, Israël entre en guerre contre ses voisins et annexe la Cisjordanie, c’est le début de l’occupation des territoires palestiniens. M6
« Eschatologique » désigne généralement la « fin des temps ». Je n’irais peut-être pas jusque là mais sans doute entrons-nous dans la fin d’un temps. De nombreux signes nous montrent que cette année signera en effet la fin de l’époque que la chute du mur de Berlin (1989) a ouverte, elle-même la suite de l’après deuxième guerre mondiale, deux périodes charnières qui nous ont fait entrer dans un monde encore inconnu. Entre 1989 et 2017, nous avons subi l’effet d’une même utopie qui s’est cristallisée autour de l’attente millénariste que le passage du bi-millénaire avait suscitée en 2000 et que l’on peut définir comme le post-modernisme. Un rêve de toute puissance et de fusion massifiante s’est alors emparée de l’Occident démocratique qui a cru à la fin de toute limite, à la maitrise totale du destin et de la nature humaines, à l’Etat mondial, à la fin des frontières et des territoires,… Une véritable ivresse de toute puissance. La montée en force de la Russie, la décomposition annoncée de l’Union Européenne, scène principale de cette frénésie et de ce drame, le spectacle digne d’une légende de l’armée de « migrants » qui, l’an dernier, l’envahissait en rangs serrés, l’effondrement de l’Etat arabe de toutes parts, l’agression planétaire de l’islam font entendre les craquements de l’ordre ancien. Nous sommes passés de l’affrontement entre des Etats à l’affrontement entre des blocs massifs, des civilisations, des empires ou aspirants à l’empire.  En Europe, c’est le choc UE-Russie, au Moyen Orient Iran-Arabie, Turquie-Iran, Chiites-Sunnites, Islam-Occident, sans oublier la Chine confrontée aux Etats-Unis. Les mondes concurrents se recentrent chacun sur soi, en même temps que progresse la mondialisation comme si chacun s’apprétait à bondir sur son voisin. Une étrange atmosphère s’est emparée de l’Occident, où tout le monde rivalise de « moralité », de pureté, de reconnaissance d’autrui mais où le double discours et la perversion des valeurs montrent chaque jour leurs effets. (…) Comme toujours, le peuple d’Israël est le révélateur de l’état de l’humanité. Ce qui lui arrive en est le symptôme. Deux scènes, très semblables, illustrent de façon théâtrale cette perversion du langage et de la réalité :  le vote de la reconnaissance de l’Etat imaginaire de Palestine par le parlement français et le vote anti-israélien du Conseil de sécurité, les deux en standing ovation, puis, demain la conférence de Paris. Qu’avaient-ils donc tant à se féliciter pour un tel vote? Combien cette joie exprime-t-elle de haine rentrée et de mépris, expression irrépressible d’une animosité atavique envers le peuple juif redevenu souverain et échappant au patronage de la magnanimité compassionnelle de l’Occident ? Que sont donc ces Palestiniens, pour jouer les victimes favorites de toute la planète où d’infiniment plus graves situations sont laissées à l’abandon? Sinon parce qu’ils représentent un Israël substitutif qu’ils envisagent de substituer à Israël dans son propre être et son propre territoire? Le « nouvel israël » des postcolonialistes! Car l’inimitié fondamentale des Palestiniens est de l’ordre de l’évidence. Cet acharnement a gravi les échelons : d’abord à l’UNESCO puis à l’ONU, qui décrète que les Juifs sont des colons à Jérusalem et qu’ils le sont sur la Terre d’Israël. Le sort de Jerusalem décide stratégiquement, en effet, du sort de toute ce territoire. Quelle sera la prochaine étape sinon l’annihilation morale et juridique d’Israël? 
On le montrait aux femmes grosses, enchâssé dans un reliquaire d’argent, afin de les faire accoucher sans travail ; et ce prépuce était d’un bon revenu. Collin de Plancy
La première génération chrétienne fut confronté à un problème difficile lorsque se convertirent en masse des personnes d’origine non juive. Après un débat animé, les non-juifs furent dispensés de la circoncision par une assemblée tenue à Jérusalem au milieu du Ier siècle, traditionnellement appelée « Concile de Jérusalem » (Actes des Apôtres, chapitre XV). Cependant même après cette date persistèrent des tensions à ce sujet, comme on le voit dans les Épîtres de Saint Paul, qui continue à argumenter à l’encontre des chrétiens « judaïsants » : seule est nécessaire la « circoncision du cœur » (Romains 2, 28-29, adapté de Deutéronome 10, 16-17 et 30, 6), ou encore : « La circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien ; ce qui compte, c’est de garder les commandements de Dieu. » (1 Corinthiens, VII, 19), car il n’y a plus « ni juifs, ni païens », mais un seul corps dans le Christ Jésus. Wikipedia
Le saint Prépuce (en latin Sanctum Praeputium) – également appelé « sainte Vertu »1 (Sanctam Virtutem) ou « saint Vœu » – est le nom donné à différentes reliques relatives au prépuce issu de la circoncision de Jésus de Nazareth. À l’instar de plusieurs reliques corporelles du Christ – comme le cordon ombilical ou ses dents de lait – sa détention a été revendiquée par plusieurs lieux de culte chrétiens, particulièrement dans l’Occident médiéval. (…) à l’abbaye de Coulombs, une croyance locale prêtait au saint prépuce le pouvoir d’apporter la fécondité aux femmes stériles8 et un accouchement sans difficulté aux femmes enceintes9. Alors que Catherine de Valois était enceinte en 1421, son mari, le roi Henri V d’Angleterre, à qui une bulle du pape Martin V accordait le privilège de pouvoir déplacer les reliques10, fit emprunter et apporter à son épouse, en Angleterre, le saint prépuce de l’abbaye de Coulombs11. La relique fut ensuite renvoyée en France et exposée à la Sainte-Chapelle, à Paris1. Les moines bénédictins de Coulombs durent s’adresser en 1427 au duc de Bedford, régent du jeune Henri VI, pour la faire transférer à l’abbaye Saint-Magloire de Paris, puis en 1441 au roi de France Charles VII pour en reprendre possession, sans toutefois pouvoir lui faire quitter Paris. C’est Jean Lamirault, abbé de Coulombs de 1442 à 144614, qui fit revenir la relique à Coulombs. Wikipedia
Dans l’ordonnance réformée du temps de Noël, il nous semble que tous doivent tourner leur attention vers la réinstauration de la solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu ; ainsi placée au 1er janvier selon l’ancienne coutume de la liturgie de Rome, elle est destinée à célébrer la part qu’a eue Marie au mystère du salut et à exalter la dignité particulière qui en découle pour la « Mère très sainte… qui nous a mérité d’accueillir l’Auteur de la vie ». Elle constitue par ailleurs une excellente occasion pour renouveler notre adoration au Nouveau-Né, Prince de la Paix, pour écouter à nouveau le joyeux message des anges (cf. Lc 2, 14), pour implorer de Dieu, par la médiation de la Reine de la Paix, le don suprême de la paix. C’est pour cette raison qu’en l’heureuse coïncidence de l’octave de la Nativité du Seigneur et du 1er janvier, journée de vœux, nous avons institué la Journée mondiale de la Paix, qui reçoit de plus en plus d’adhésions et produit déjà dans le cœur de beaucoup des fruits de paix. Pape Paul VI (1974)
Le corps d’un enfant est modifié durablement et de façon irréparable par la circoncision. Cette modification est contraire à l’intérêt de l’enfant qui doit décider plus tard par lui même de son appartenance religieuse. Le droit de l’enfant à son intégrité physique prime sur le droit des parents. Tribunal de Cologne
Les jeunes Suédois ne sont pas autorisés à voter avant 18 ans, ne peuvent pas acheter d’alcool avant 20 ans, toutefois un projet est en cours pour autoriser les enfants à déposer une demande de changement juridique de genre dès 12 ans. Bien que les Suédois soient choqués par la mutilation génitale subie par de nombreuses filles immigrées, le gouvernement suédois semble vouloir légiférer sur une autre sorte de mutilation génitale des enfants : les opérations de changement de sexe ou, pour utiliser un terme plus politiquement correct,  le « gender reassignment surgery » (GRS), la chirurgie de réaffectation sexuelle. Les Observateurs
Ce commandement (celui de la circoncision) est-il si essentiel à la définition de l’identité juive au point de demander aux parents juifs de s’exposer à d’éventuelles poursuites pénales afin de le respecter ? En tant que rabbin, il me semble, en effet, que tel soit le cas. Cela fait à présent des années que les Juifs et les faiseurs d’opinions européens se font mutuellement croire que le judaïsme d’un côté et la charte des droits fondamentaux et les valeurs morales et éthiques de l’autre, cohabitent en parfaite harmonie. Nous voyons aujourd’hui les limites de cette fausse supposition, dans la mesure où – pour être totalement honnête – l’interdiction de la circoncision est parfaitement conforme à l’esprit et à la lettre de la charte des droits fondamentaux. Ce dont nous avons besoin (…) c’est d’un dialogue qui permette (…) d’expliquer non pas simplement pourquoi la tradition juive est attachée à la pratique de la circoncision mais surtout pourquoi le judaïsme ne peut ‘cautionner’ la charte des droits fondamentaux. Rabbin David Meyer
The Anti-Defamation League (ADL) and B’nai B’rith International condemned a resolution and report of the Parliamentary Assembly of the Council of Europe (PACE) in Strsbourg, which calls the Jewish ritual circumcision a “violation of children’s physical integrity,” undermining the religious freedom to perform circumcision on newborn boys. … Circumcision is not discretionary, but rather central, in Jewish life and practice throughout history,” added B’nai B’rith International Executive Vice President Daniel S. Mariaschin. “It must be made clear what those who support the criminalizing of circumcision in Europe are proposing: Discrimination against the Jewish community in Europe. EPL
Un tribunal allemand a condamné fin juin un médecin et des parents musulmans pour la circoncision de leur enfant, estimant que ceux-ci avaient enfreint le droit de l’enfant à une éducation sans « violence ». Cette décision vient renforcer la position de ceux qui militent pour que la loi interdise aux parents de procéder à la circoncision de leurs garçons avant leur majorité. Cette position est fondée sur l’idée que la circoncision est une mutilation comparable à l’excision chez la petite fille. Ni juif ni musulman, mais agnostique de famille catholique, je pense qu’il s’agit d’une question grave dont on doit penser les différentes dimensions. La dimension sanitaire : qu’est-ce que la circoncision ? Quel est son rapport bénéfices-risques ? La circoncision consiste en l’excision du prépuce, petit repli cutané qui recouvre le gland. C’est aujourd’hui une intervention chirurgicale bénigne, mais dont les complications peuvent être sérieuses si l’acte chirurgical est réalisé par des praticiens peu qualifiés ou mal équipés. La circoncision est créditée d’un certain nombre d’effets bénéfiques : limitation du risque de transmission hétérosexuelle de l’infection par le VIH chez l’homme (Organisation mondiale de la santé, 2007), prévention des fréquents paraphimosis (inflammation du prépuce) de l’enfance ; prévention de certains problèmes sexuels chez les jeunes hommes en rapport avec les fréquents prépuces serrés. De surcroît, jamais depuis le début de l’ère de la médecine scientifique la pratique de la circoncision par le corps médical n’a été contestée par lui comme non éthique. (…) Tout d’abord, sur le plan sémantique : la circoncision est-elle une mutilation ? Selon la définition du dictionnaire « mutilation : retranchement d’un membre ou d’une autre partie du corps », il s’agit bien d’une mutilation mineure. Mais ce terme comporte une forte connotation péjorative, évoquant un univers de tortures et de blessures de guerre, de douleurs et de séquelles, sans aucun bénéfice. L’utiliser dans une discussion sur la circoncision, qui comporte indéniablement certains bénéfices, apparaît déjà comme un jugement de valeur. Cette analyse montre aussi qu’il n’est pas possible de comparer la circoncision à l’excision clitoridienne dont les bénéfices sanitaires sont nuls face aux risques hémorragiques, infectieux mais surtout sexuels. Cette mutilation, car c’en est une, limite en effet pour sa vie entière le plaisir sexuel de la petite fille qui en est l’objet. Sur les plans religieux et culturel, quelle est la place de la circoncision dans l’islam et le judaïsme ? Bien que n’étant pas mentionnée dans le Coran, la circoncision est pratiquée dans l’ensemble du monde musulman, où elle est considérée comme une prescription de la tradition de l’islam, et la plupart des familles y sont très attachées. Elle revêt un caractère central dans la culture, la religion et l’identité juives, dont elle constitue l’un des principaux marqueurs. Rappelons que des milliers d’hommes juifs ont payé de leur vie l’existence de cette scarification reconnaissable entre toutes, qui témoigne de l’alliance avec Dieu. Si les familles juives ont continué à marquer ainsi leurs garçons, malgré les risques mortels, c’est pour que chaque juif soit reconnu comme tel par les juifs comme par les non-juifs. La mise en cause de la liberté de faire circoncire leurs garçons par les familles juives est une remise en question de leur identité la plus intime, la plus mémorielle, alors même que s’éteignent peu à peu les regards qui ont vu la Shoah. Enfin, la dimension familiale : a-t-on le droit de décider de circoncire ses enfants à leur place ? Tout parent sait que l’éducation des enfants est une perpétuelle tentative d’évaluation angoissée du rapport entre les bénéfices et les risques de ce qu’on leur commande, laisse faire ou interdit. Elever un enfant, c’est réfléchir en permanence à ce qu’on peut et à ce qu’on doit lui transmettre, en pesant chaque jour sa liberté d’aujourd’hui à l’aune de celle de demain. Les parents décident, en faisant circoncire leurs garçons, d’inscrire dans leur corps la marque d’une identité plurimillénaire, considérant sans doute que la dimension sanitaire du problème, qu’ils ne méconnaissent pas, est très secondaire par rapport à cette transmission religieuse et culturelle. Veut-on vraiment que la loi décide à leur place ? (…) Vouloir limiter la discussion sur la circoncision à sa seule dimension sanitaire aboutit à nier a priori son rôle dans la transmission de l’identité religieuse et à une remise en cause majeure de celle-ci. C’est comme si on réduisait la question du voile islamique à un débat sur la santé des cheveux, le débat sur la burqa au rapport bénéfices-risques du soleil sur la peau, vitamine D d’un côté, mélanome de l’autre, ou encore, comme si on remettait en question la pratique du carême, de la cacherout ou du ramadan pour des raisons nutritionnelles. Ce type de raisonnement, qui met en avant des arguments sanitaires aux dépens des pratiques religieuses et culturelles, pour le bien des populations, sonne de façon familière aux oreilles de ceux qui connaissent les rhétoriques totalitaires : élimination des malades mentaux sous couvert d’eugénisme dans l’Allemagne nazie, rhétorique sur la « régénération » des citadins par l’hygiène du travail de la terre chez les massacreurs khmers rouges, reprise en main des jeunes Français par l’hygiénisme des chantiers de jeunesse sous le régime de Vichy, les exemples ne manquent pas. Loin de moi l’idée d’assimiler à des adeptes du totalitarisme tous ceux qui seraient prêts à interdire la circoncision avant la majorité des garçons, mais ont-ils pesé toutes les dimensions du problème ? Et que savent-ils des motivations profondes des leaders, Michel Onfray par exemple, qui accompagnent les campagnes militantes visant à cette interdiction, dont on peut parfois se demander jusqu’où peut conduire leur haine des « monothéismes » ? Richard Guédon
Les premières réactions de la communauté juive face à la décision du 26 juin d’un tribunal allemand interdisant la circoncision ont été l’incrédulité, puis la colère. Certains rabbins européens ont d’ailleurs décrit la décision d’un tribunal local de Cologne, qui définit la circoncision comme un acte criminel entrainant une « mutilation irréversible » de l’enfant, comme « la pire attaque à l’encontre des Juifs depuis la Shoah ». Il me semble important, aujourd’hui, d’appréhender avec plus de retenue les termes et les concepts utilisés par les magistrats allemands afin de juger dans quelle mesure la nouvelle réalité juridique remet en question notre culture juive en Europe ainsi que nos croyances et pratiques. (…) En tout premier lieu, l’interdiction de la circoncision engendrée par cette décision juridique pourrait inciter certains – au sein même de la communauté juive – à remettre en cause le concept de dina demalkhuta dina (littéralement, « la loi du pays est la loi »), selon lequel les Juifs se doivent de respecter les lois séculières des lieux de leurs résidences. Il ne s’agirait pas pourtant de la première fois que la « loi du pays » serait profondément en contradiction avec la loi juive. A titre d’exemple, nous savons que la Halakhah stipule que les défunts doivent être inhumés sans cercueil, et que l’enterrement doit avoir lieu le jour du décès. Cependant, dans la plupart des pays occidentaux, la loi impose la mise en bière, et l’enterrement est rarement autorisé le jour du décès. Face à cette réalité juridique, les rabbins d’autrefois avaient estimé que la volonté de respect des traditions funéraires juives ne devait pas aller jusqu’à compromettre la présence juive en Europe. Ils choisirent donc de se conformer au principe de dina demalkhuta dina, s’accommodant des régulations funéraires de l’occident. Qu’en est-il de la circoncision ? Ce commandement est-il si essentiel à la définition de l’identité juive au point de demander aux parents juifs de s’exposer à d’éventuelles poursuites pénales afin de le respecter ? En tant que rabbin, il me semble, en effet, que tel soit le cas. Cependant, je demeure conscient qu’il sera de notre devoir, en tant que rabbins et penseurs juifs, d’expliquer, tant à notre communauté qu’à la société européenne en général, la raison pour laquelle la circoncision constitue un élément indispensable de l’existence juive. Cette tâche relève de la gageure. Devant la possibilité d’une crise profonde et potentiellement dangereuse entre l’Europe et le judaïsme, les parents et les communautés juives méritent mieux et surtout plus qu’un simple rappel biblique évoquant le lien entre la brit milah [cironcision] et le symbole de l’Alliance. La situation actuelle soulève également une question importante pour l’Europe. La formulation de la décision juridique allemande indique clairement que l’ »atteinte irréversible » que la circoncision porte au corps de l’enfant sans le consentement de ce dernier constitue un acte illégal. Cet acte, selon le tribunal, est criminel et enfreint la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, dans la mesure où il expose le nourrisson à « des dangers physiques potentiels » au nom des convictions religieuses de ses parents. S’il en est ainsi, ne pourrait-on pas en dire autant à propos de la notion même d’identité juive ? Après tout, la plupart des Juifs sont simplement nés juifs, sans qu’ils en aient eu le choix. Compte tenu de l’histoire européenne, où le simple fait d’être juif suffît à occasionner la violence et la mort, il serait légitime de se demander si donner naissance à un enfant juif pourrait, involontairement, exposer ce dernier à « des dangers physiques potentiels ». En privilégiant – à l’excès – les droits de l’enfant et la nécessité constante du « consentement », les magistrats allemands ont amené leur société sur un terrain de discorde avec l’identité juive, qui, de par sa nature, ne repose pas sur le choix de l’individu. Cela fait à présent des années que les Juifs et les faiseurs d’opinions européens se font mutuellement croire que le judaïsme d’un côté et la charte des droits fondamentaux et les valeurs morales et éthiques de l’autre, cohabitent en parfaite harmonie. Nous voyons aujourd’hui les limites de cette fausse supposition, dans la mesure où – pour être totalement honnête – l’interdiction de la circoncision est parfaitement conforme à l’esprit et à la lettre de la charte des droits fondamentaux. Les responsables politiques européens ne peuvent donc être capables de comprendre pourquoi, soudainement, cet arrêt juridique sur la circoncision met le peuple juif dans un tel émoi. Ce dont nous avons besoin à présent, c’est d’un dialogue qui permette, pour la première fois, d’expliquer non pas simplement pourquoi la tradition juive est attachée à la pratique de la circoncision mais surtout pourquoi le judaïsme ne peut « cautionner » la charte des droits fondamentaux. Ceci afin que l’Europe puisse comprendre que ce document – qu’elle veut fondateur et surtout universel – n’a pas été rédigé dans un esprit de consultation véritable et honnête avec les autorités religieuses. La véritable question est d’ordre philosophique et ne touche que très partiellement la problématique de la circoncision. L’Europe peut-elle faire place, en son sein, à une tradition comme la nôtre, basée sur une identité qui n’est pas fondée sur la notion de choix ? La question est délicate. L’absence de choix inhérente à l’existence juive offre une véritable résistance à la pensée européenne moderne. En tant que Juifs, nous rappelons à l’Europe dans laquelle nous vivons depuis deux mille ans, que tout dans la vie ne repose pas nécessairement sur un choix. Si le judaïsme et l’Europe osent affronter honnêtement ces questions délicates, en cherchant à y répondre au niveau intellectuel et pas uniquement émotionnel, la décision du tribunal allemand sur la circoncision pourrait représenter une étape importante dans l’évolution de l’identité juive européenne. Cette décision nous abattra-t-elle en tant que peuple se voulant fidèle à une tradition, ou serons-nous capables de parvenir à une plus grande confiance et une meilleure compréhension entre les traditions juives et européennes ? David Meyer
Un tiers des bébés admis à l’hôpital avec de l’herpès ont été infectés durant le rite de la circoncision. Le Grand Rabbinat, avec le ministère de la Santé, a ainsi émis une nouvelle recommandation pour le mohel (rabbin en charge de la circoncision): de retirer le sang de la plaie à l’aide d’une paille et non plus avec la bouche. Une étude réalisée par des experts de l’hôpital « Wolfson », a déclaré cette semaine avoir analysé des données provenant de cinq cliniques dans le centre d’Israël pour les 8 dernières années et a constaté que pendant ce temps, 22 nourrissons ont été hospitalisés pour de l’herpès. Dans un tiers des cas, l’infection est survenue au cours de la brit-mila. Les parents d’enfants infectés ont informés que le mohel n’a pas utilisé un tube ou une pipette pour enlever le sang de la plaie, et l’ont fait conformément à la tradition juive par la bouche. Selon la tradition juive, qui remonte à cinq mille ans, après la cérémonie de la circoncision, mohel doit aspirer le sang de la plaie pour prévenir l’infection.La plupart des mohel le font à la main, avec une pipette ou un tube. Cependant, beaucoup de mohel protègent la version originale du rituel – avec la bouche. Dans ce cas, les médecins disent que l’infection à l’herpès d’un nouveau-né peut causer des maladies graves et même la mort. En 2005, aux Etats-Unis, suite à une  infection par l’herpès pendant le rite de la circoncision, un nouveau-né est mort. En août 2012, l’Association des pédiatres Israël a exigé de mettre un terme à la pratique de la succion orale du sang après la circoncision. JJSNews
Nous concluions en 2012 que ce jugement attestait d’un contexte où se télescopaient de manière brutale traditions religieuses et liberté relative de religion, mutilations génitales et santé publique, et où étaient de plus en plus contestées certaines pratiques religieuses ou coutumières peu compatibles avec l’éthique de mise de nos jours à l’égard des êtres humains comme des animaux — qu’il s’agisse de l’ablation du clitoris, de la circoncision ou de l’abattage rituel de viande cacher ou halal… On ne pouvait ignorer de ce point de vue, écrivions-nous, le rapport délicat entretenu à l’égard de l’islam et du judaïsme par l’opinion occidentale — et les racines chrétiennes d’une part de l’ethos européen n’y sont pas étrangères, qui ont abandonné l’inscription dans le corps de l’homme de l’alliance avec Dieu qui se trouve être au cœur de l’héritage juif et musulman, et ce au bénéfice d’une « éthique de l’intention », selon les mots de Max Weber. Une relation où l’altérité se joue sur des registres anthropologiques autant qu’idéologiques — la difficulté à accepter le voile islamique l’a bien montré — et qui ne pouvait manquer d’interroger aussi une différence identitaire marquée dans la chair de l’individu mâle, vingt ans après les premières polémiques sur la « différence » des filles voilées. Depuis, si le Bundestag a adopté en décembre 2012 un texte de loi qui permet d’encadrer la pratique de la circoncision dans un environnement médicalisé et si le débat s’est quelque peu tari en Allemagne, il a resurgi au plan européen. Car le dossier n’est pas clos pour autant. D’abord en Allemagne même, dans la mesure où l’adoption de la loi voulue par la chancelière, si elle a permis de sortir de l’insécurité juridique que l’arrêt colonais avait mise en lumière, coupe court à toute réflexion en profondeur sur ses enjeux sous-jacents et surtout entre toujours en contradiction avec des textes internationaux auxquels la République fédérale a souscrit, et qui protègent l’enfant de toute atteinte non nécessaire et irréversible à son intégrité physique. Ensuite parce qu’un jour ou l’autre, d’autres pays européens seront confrontés à la contradiction entre la tolérance prévalant généralement à l’égard de la circoncision des jeunes garçons et certains textes légaux, d’ordre interne ou international. D’autres débats, proches et non moins sensibles, qui touchent au plus profond des obligations que s’imposent certaines communautés religieuses, se déploient aujourd’hui ou émergeront en effet à l’avenir, comme celui du refus des transfusions sanguines, ou celui de l’abattage rituel — amplement discuté depuis quelques années en Norvège ou en Suisse, mais aussi en Suède ou en Pologne, et menant parfois à des interdictions, car si la loi européenne impose l’étourdissement préalable de l’animal avant sa mise à mort tout en prévoyant des exceptions « au nom de la pratique religieuse » pour les abattages rituels juif et musulman, elle laisse également à tout pays de l’Union européenne le choix d’adopter une législation plus rigoureuse en la matière. (…) Ce débat au Conseil de l’Europe avait, sans doute maladroitement, entraîné une mise en équivalence des mutilations sexuelles féminines et de la circoncision. La circoncision masculine, si elle n’entraîne bien évidemment, dans l’immense majorité des cas, ni conséquences sanitaires graves, ni perte du plaisir sexuel, et si elle ne répond pas à une volonté patriarcale — ou matriarcale — de soumission comme c’est le cas du sexe féminin avec l’excision ou l’infibulation, n’en demeure pas moins disent ses adversaires, quand elle est pratiquée sans consentement avant l’âge adulte, une atteinte au corps de l’enfant, puisqu’il s’agit de l’ablation de tissus sains et fonctionnels du corps humain. Et ce sans compter une question qui préoccupe beaucoup notre époque, celle de la souffrance, puisque l’ablation hors hôpital, qui est la norme hormis en Amérique du Nord, est pratiquée sans anesthésie autre que superficielle et, pour une partie des interventions, dans un cadre non médicalisé — rappelons que l’arrêt colonais n’avait ainsi pas rejeté l’ablation du prépuce à des fins médicales. Le plus souvent, la circoncision rituelle, sans être autorisée expressément en droit, n’est pas non plus interdite en Europe. En principe, comme toute atteinte non médicalement justifiée à l’intégrité physique d’une personne, elle devrait tomber sous le coup du code pénal. Or, pour diverses raisons — bien que pourrait être visé, outre l’atteinte à l’inviolabilité du corps humain, l’exercice illégal de la médecine par les circonciseurs non médecins —, la tolérance prévaut, assimilant la circoncision à une pratique coutumière et non médicale. Cette pratique pose toute la question de l’identité, entre choix et contrainte, puisqu’elle est ici marquée dans le corps de l’individu — les réactions des organisations juives à l’arrêt de Cologne l’ont bien montré qui, à l’instar de celles du Parlement juif européen ou du Conseil central des Juifs d’Allemagne, y ont vu une « ingérence inacceptable dans les prérogatives des communautés religieuses », concernant « un rite qui touche au plus profond » de la tradition juive, alors que l’une des plus importantes organisations musulmanes de la République fédérale voyait dans l’arrêt de Cologne pas moins que la « criminalisation » d’une coutume musulmane et juive millénaire. Ce qui entraîne de facto la question de la mainmise d’un groupe social ou religieux sur les corps des individus, afin de signifier dans leur chair l’appartenance à une communauté. Le terme « irréparable», qui figurait dans les attendus du jugement de Cologne pour qualifier l’atteinte au corps de l’enfant, met quant à lui en évidence l’opposition entre une tradition qui inscrit irrévocablement dans la chair de l’homme une appartenance à une communauté, et une démocratie moderne qui accorde des droits aux individus et non aux collectivités et considère que les appartenances et les identités puissent être révocables et librement choisies — butant dès lors sur les limites non seulement à la liberté religieuse, mais aussi à l’étendue de l’exercice de l’autorité parentale. En décrétant que la modification irréparable qu’apportait la circoncision était « contraire à l’intérêt de l’enfant, qui doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse », le tribunal de Cologne a considéré que les droits des parents en matière d’éducation, tout comme la liberté religieuse, n’étaient pas remis en cause dès lors que l’enfant était en âge de décider lui-même de procéder ou non à cette mutilation — la liberté religieuse étant ainsi, si l’on suit l’interprétation qu’en ont fait les juges colonais, renforcée plutôt que diminuée. Ce qui rejoint les questions soulevées dans le débat portant sur l’avortement ou l’euthanasie, relativement à la liberté d’un jeune à disposer de son corps. La loi allemande a aussi mis en lumière un élément assez peu relevé en matière de débat sur la diversité culturelle. A savoir la capacité de chaque religion — ou de tout responsable religieux, ou de tout croyant — à trouver un accommodement entre le respect de ses obligations et la loi civile et à faire primer cette dernière en cas de contradiction insurmontable. Jean-Philippe Schreiber

La continuation de la solution finale par d’autres moyens ?

En cette fête du Nouvel An …

Qui cette année coïncidait, comme Noël pour son début, à la fin de la fête juive de Hanouka

Que le soi-disant « plus grand ami des Juifs » s’obstine comme à son habitude à réduire à une improbable lutte pour les droits civiques

Et au lendemain de la pire résolution onusienne depuis l’infâme résolution – de 1975 – abrogée seize ans plus tard – sur le sionisme comme racisme …

Qui après leur islamisation par l’UNESCO illégalise les lieux saints juifs les plus sacrés, Mur du Temple de Jérusalem et Tombeau des patriarches d’Hébron compris …

Et appelle, nouvelle étoile jaune entre deux reportages à charge dans nos médias, à l’étiquetage d’infâmie pour les seuls produits israéliens  …

Avant la criminalisation qui se prépare, au-delà de risques réels mais aisément évitables et monarchie britannique exceptée, d’une pratique identitaire millénaire  …

Sur fond de tolérance complice, entre excision et castration chimique, pour les pires mutilations …

Qui se souvient …

Que pendant des siècles …

Entre Saint Prépuce, couteau ou pierre de circoncision vénérés comme des reliques …

Sujet d’une myriade d’oeuvres picturales …

Fête officielle catholique et inscription dans le calendrier …

Ou objet d’une procession annuelle dans la village italien de Calcata  jusqu’au vol du reliquaire en 1983 …

Et jusqu’à sa suppression et son remplacement par une énième  fête mariale par le pape Paul VI en 1974 …

Le 1er janvier était en fait comme le rappelle très justement Alain Legaret sur Facebook …

L’un des dernières fêtes chrétiennes à rappeler le plus explicitement du monde …

La judaïté du fondateur de notre ère chrétienne – pardon – commune ….

A savoir la fête de la Circoncision ?

Le débat européen sur la circoncision

Jean-Philippe Schreiber (ULB)

Fabienamnet

4 février 2014

ORELA s’était fait l’écho des prémisses du débat européen sur la circoncision, et ce dès la publication de l’arrêt du tribunal de Grande Instance de Cologne, en juin 2012, qui statuait que « le corps d’un enfant était modifié durablement et de manière irréparable par la circoncision », une modification « contraire à l’intérêt de l’enfant, qui doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse ». Cet arrêt, on s’en souvient, avait créé une situation jurisprudentielle inédite en Allemagne, interdisant alors de facto toute intervention de ce type en offrant pour la première fois une base légale à toute appréciation en la matière.

Nous concluions en 2012 que ce jugement attestait d’un contexte où se télescopaient de manière brutale traditions religieuses et liberté relative de religion, mutilations génitales et santé publique, et où étaient de plus en plus contestées certaines pratiques religieuses ou coutumières peu compatibles avec l’éthique de mise de nos jours à l’égard des êtres humains comme des animaux — qu’il s’agisse de l’ablation du clitoris, de la circoncision ou de l’abattage rituel de viande cacher ou halal… On ne pouvait ignorer de ce point de vue, écrivions-nous, le rapport délicat entretenu à l’égard de l’islam et du judaïsme par l’opinion occidentale — et les racines chrétiennes d’une part de l’ethos européen n’y sont pas étrangères, qui ont abandonné l’inscription dans le corps de l’homme de l’alliance avec Dieu qui se trouve être au cœur de l’héritage juif et musulman, et ce au bénéfice d’une « éthique de l’intention », selon les mots de Max Weber. Une relation où l’altérité se joue sur des registres anthropologiques autant qu’idéologiques — la difficulté à accepter le voile islamique l’a bien montré — et qui ne pouvait manquer d’interroger aussi une différence identitaire marquée dans la chair de l’individu mâle, vingt ans après les premières polémiques sur la « différence » des filles voilées.

Depuis, si le Bundestag a adopté en décembre 2012 un texte de loi qui permet d’encadrer la pratique de la circoncision dans un environnement médicalisé et si le débat s’est quelque peu tari en Allemagne, il a resurgi au plan européen. Car le dossier n’est pas clos pour autant. D’abord en Allemagne même, dans la mesure où l’adoption de la loi voulue par la chancelière, si elle a permis de sortir de l’insécurité juridique que l’arrêt colonais avait mise en lumière, coupe court à toute réflexion en profondeur sur ses enjeux sous-jacents et surtout entre toujours en contradiction avec des textes internationaux auxquels la République fédérale a souscrit, et qui protègent l’enfant de toute atteinte non nécessaire et irréversible à son intégrité physique. Ensuite parce qu’un jour ou l’autre, d’autres pays européens seront confrontés à la contradiction entre la tolérance prévalant généralement à l’égard de la circoncision des jeunes garçons et certains textes légaux, d’ordre interne ou international.

D’autres débats, proches et non moins sensibles, qui touchent au plus profond des obligations que s’imposent certaines communautés religieuses, se déploient aujourd’hui ou émergeront en effet à l’avenir, comme celui du refus des transfusions sanguines, ou celui de l’abattage rituel — amplement discuté depuis quelques années en Norvège ou en Suisse, mais aussi en Suède ou en Pologne, et menant parfois à des interdictions, car si la loi européenne impose l’étourdissement préalable de l’animal avant sa mise à mort tout en prévoyant des exceptions « au nom de la pratique religieuse » pour les abattages rituels juif et musulman, elle laisse également à tout pays de l’Union européenne le choix d’adopter une législation plus rigoureuse en la matière.

Au Parlement européen, les débats relatifs au rapport sur la liberté de religion et de conviction dû à une eurodéputée lituanienne du Parti populaire européen (PPE), Laima Liucija Andrikiené, avaient suscité là aussi de vives réactions et mené à de nombreux amendements au texte initial, qui faisait la part trop belle à une interprétation  lato sensu de la liberté religieuse, au point de conduire, outre des accommodements religieux dans l’enseignement ou la promotion du créationnisme, à la tolérance à l’égard de pratiques médicales dangereuses mues par le respect de prescrits religieux. L’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, à Strasbourg, a elle aussi été à son tour le théâtre d’un débat houleux sur la circoncision, en janvier dernier, mettant aux prises, devant la Commission des questions sociales et de la santé, des porte-paroles juifs et musulmans d’une part, des parlementaires défenseurs de l’intégrité physique des enfants d’autre part — sans compter des experts divisés —, et ce suite à une résolution controversée adoptée en octobre 2013, considérant la circoncision comme une violation du droit des enfants à l’intégrité physique.

Ce débat au Conseil de l’Europe avait, sans doute maladroitement, entraîné une mise en équivalence des mutilations sexuelles féminines et de la circoncision. La circoncision masculine, si elle n’entraîne bien évidemment, dans l’immense majorité des cas, ni conséquences sanitaires graves, ni perte du plaisir sexuel, et si elle ne répond pas à une volonté patriarcale — ou matriarcale — de soumission comme c’est le cas du sexe féminin avec l’excision ou l’infibulation, n’en demeure pas moins disent ses adversaires, quand elle est pratiquée sans consentement avant l’âge adulte, une atteinte au corps de l’enfant, puisqu’il s’agit de l’ablation de tissus sains et fonctionnels du corps humain. Et ce sans compter une question qui préoccupe beaucoup notre époque, celle de la souffrance, puisque l’ablation hors hôpital, qui est la norme hormis en Amérique du Nord, est pratiquée sans anesthésie autre que superficielle et, pour une partie des interventions, dans un cadre non médicalisé — rappelons que l’arrêt colonais n’avait ainsi pas rejeté l’ablation du prépuce à des fins médicales.

Le plus souvent, la circoncision rituelle, sans être autorisée expressément en droit, n’est pas non plus interdite en Europe. En principe, comme toute atteinte non médicalement justifiée à l’intégrité physique d’une personne, elle devrait tomber sous le coup du code pénal. Or, pour diverses raisons — bien que pourrait être visé, outre l’atteinte à l’inviolabilité du corps humain, l’exercice illégal de la médecine par les circonciseurs non médecins —, la tolérance prévaut, assimilant la circoncision à une pratique coutumière et non médicale. Cette pratique pose toute la question de l’identité, entre choix et contrainte, puisqu’elle est ici marquée dans le corps de l’individu — les réactions des organisations juives à l’arrêt de Cologne l’ont bien montré qui, à l’instar de celles du Parlement juif européen ou du Conseil central des Juifs d’Allemagne, y ont vu une « ingérence inacceptable dans les prérogatives des communautés religieuses », concernant « un rite qui touche au plus profond » de la tradition juive, alors que l’une des plus importantes organisations musulmanes de la République fédérale voyait dans l’arrêt de Cologne pas moins que la « criminalisation » d’une coutume musulmane et juive millénaire. Ce qui entraîne de facto la question de la mainmise d’un groupe social ou religieux sur les corps des individus, afin de signifier dans leur chair l’appartenance à une communauté.

Le terme « irréparable», qui figurait dans les attendus du jugement de Cologne pour qualifier l’atteinte au corps de l’enfant, met quant à lui en évidence l’opposition entre une tradition qui inscrit irrévocablement dans la chair de l’homme une appartenance à une communauté, et une démocratie moderne qui accorde des droits aux individus et non aux collectivités et considère que les appartenances et les identités puissent être révocables et librement choisies — butant dès lors sur les limites non seulement à la liberté religieuse, mais aussi à l’étendue de l’exercice de l’autorité parentale. En décrétant que la modification irréparable qu’apportait la circoncision était « contraire à l’intérêt de l’enfant, qui doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse », le tribunal de Cologne a considéré que les droits des parents en matière d’éducation, tout comme la liberté religieuse, n’étaient pas remis en cause dès lors que l’enfant était en âge de décider lui-même de procéder ou non à cette mutilation — la liberté religieuse étant ainsi, si l’on suit l’interprétation qu’en ont fait les juges colonais, renforcée plutôt que diminuée. Ce qui rejoint les questions soulevées dans le débat portant sur l’avortement ou l’euthanasie, relativement à la liberté d’un jeune à disposer de son corps.

La loi allemande a aussi mis en lumière un élément assez peu relevé en matière de débat sur la diversité culturelle. A savoir la capacité de chaque religion — ou de tout responsable religieux, ou de tout croyant — à trouver un accommodement entre le respect de ses obligations et la loi civile et à faire primer cette dernière en cas de contradiction insurmontable. A ce propos, un rabbin et théologien pourtant réputé fort libéral, David Meyer, avait écrit dans un point de vue publié par le journal Le Monde, au lendemain de l’arrêt de Cologne : « Ce commandement (celui de la circoncision) est-il si essentiel à la définition de l’identité juive au point de demander aux parents juifs de s’exposer à d’éventuelles poursuites pénales afin de le respecter ? En tant que rabbin, il me semble, en effet, que tel soit le cas ». Ce qui en d’autres termes constituait un encouragement, dans le chef d’une autorité spirituelle, à transgresser la loi au nom d’une obligation religieuse que l’on considère plus fondamentale — le rabbin Meyer y voyant tout à la fois, en citoyen responsable et en intellectuel engagé dans la cité, un germe de « crise profonde et potentiellement dangereuse » entre le judaïsme et son environnement.

Courageusement, le rabbin Meyer a mis en lumière ce que d’aucuns ne veulent ou n’osent pas voir, à savoir qu’au bout des deux logiques, civile et religieuse, il n’y a quelquefois pas d’accommodement possible, et qu’il faudra bien trancher laquelle s’impose à l’autre : « Cela fait à présent des années, écrit encore David Meyer, que les Juifs et les faiseurs d’opinions européens se font mutuellement croire que le judaïsme d’un côté et la charte des droits fondamentaux et les valeurs morales et éthiques de l’autre, cohabitent en parfaite harmonie. Nous voyons aujourd’hui les limites de cette fausse supposition, dans la mesure où – pour être totalement honnête – l’interdiction de la circoncision est parfaitement conforme à l’esprit et à la lettre de la charte des droits fondamentaux ». Et de conclure, de son point de vue : « Ce dont nous avons besoin (…) c’est d’un dialogue qui permette (…) d’expliquer non pas simplement pourquoi la tradition juive est attachée à la pratique de la circoncision mais surtout pourquoi le judaïsme ne peut ‘cautionner’ la charte des droits fondamentaux ». On ne pouvait être plus clair.

Voir aussi:

La circoncision religieuse est-elle une mutilation sexuelle?

C’est en tout cas ce que semble penser le Tribunal de grande instance de Cologne dans un jugement appelé à faire jurisprudence. La communauté juive, scandalisée, monte au créneau. En Europe, la question des rites juifs et musulmans fait débat un peu partout.
« Le corps d’un enfant est modifié durablement et de façon irréparable par la circoncision. Cette modification est contraire à l’intérêt de l’enfant qui doit décider plus tard par lui même de son appartenance religieuse. Le droit de l’enfant à son intégrité physique prime sur le droit des parents ». Trois petites phrases qui provoquent un véritable tollé chez les juifs et les musulmans d’Allemagne. La circoncision, rite central du judaïsme, se retrouve ainsi sur la sellette par une décision de justice.En Europe, les rites propres aux communautés juive et musulmane sont malmenés un peu partout sous couvert d’intentions louables.
En Suisse, l’abattage rituel du bétail est proscrit depuis 1894, même si l’importation de viande casher (mais pas hallal) est autorisée; les volailles, elles, peuvent être abattues selon les rites juif et musulman. En Norvège, en Suède, en Islande, en Grèce, au Luxembourg et dans six provinces autrichiennes, l’abattage rituel est également interdit par la loi. Les Pays-Bas ont failli le proscrire également l’année dernière, et le débat reste vif en Grande-Bretagne, au Danemark et… en Allemagne.
Car pour nos sociétés sécularisées, abattage rituel et circoncision sont des vestiges archaïques de fonctionnements tribaux peu adéquats avec les valeurs occidentales, même si bien peu le disent tout haut, comme François Fillon l’avait fait juste avant la présidentielle en qualifiant ces pratiques de « traditions ancestrales appelées à s’adapter au monde actuel ». Les rabbins européens s’inquiètent depuis longtemps de la croisade anti-hallal qui rassemble dans un drôle d’attelage protecteurs des animaux et sympathisants d’extrême-droite. « La circoncision sera visée dans la foulée de la shehita (rite d’abattage israélite) », pouvait-on lire dans le Jerusalem Post dès le mois de janvier dernier. L’actualité vient de leur donner raison.
Mais en filigrane, c’est une autre question qui est soulevée par ce jugement. Si l’enfant est de plus en plus considéré comme un individu dont il faut préserver l’intégrité physique, morale et spirituelle, est-il encore possible pour ses parents, quelle que soit leur religion ou leur culture, de lui imposer une éducation? Ou bien toute inscription rituelle dans une communauté donnée va-t-elle être considérée comme une violence à son encontre, puisque ses parents choisissent pour lui jusqu’à un certain âge?
Voir également:

Expliquer la circoncision

Le débat sur la circoncision en révèle un autre: la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne a été négociée sans discussion avec les autorités religieuses. Il est temps d’y remédier.

David Meyer, rabbin

Le Monde

25.09.2012

Les premières réactions de la communauté juive face à la décision du 26 juin d’un tribunal allemand interdisant la circoncision ont été l’incrédulité, puis la colère. Certains rabbins européens ont d’ailleurs décrit la décision d’un tribunal local de Cologne, qui définit la circoncision comme un acte criminel entrainant une « mutilation irréversible » de l’enfant, comme « la pire attaque à l’encontre des Juifs depuis la Shoah« . Il me semble important, aujourd’hui, d’appréhender avec plus de retenue les termes et les concepts utilisés par les magistrats allemands afin de juger dans quelle mesure la nouvelle réalité juridique remet en question notre culture juive en Europe ainsi que nos croyances et pratiques.

Le livre de l’Ecclésiaste (3:1-3) nous enseigne que « toutes choses ont leur temps (…) un temps pour abattre, et un temps pour bâtir ». La décision allemande semble effectivement vouloir « abattre » l’une des pratiques cardinales du judaïsme. Mais cette décision peut-elle également  « bâtir » quelque chose ? Pourrions-nous saisir cette occasion pour renouveler et renforcer notre identité juive en Europe ? Face à cette tâche, deux éléments sont en jeu. Le premier concerne la communauté juive, le second concerne l’Europe.

En tout premier lieu, l’interdiction de la circoncision engendrée par cette décision juridique pourrait inciter certains – au sein même de la communauté juive – à remettre en cause le concept de dina demalkhuta dina (littéralement, « la loi du pays est la loi »), selon lequel les Juifs se doivent de respecter les lois séculières des lieux de leurs résidences. Il ne s’agirait pas pourtant de la première fois que la « loi du pays » serait profondément en contradiction avec la loi juive. A titre d’exemple, nous savons que la Halakhah stipule que les défunts doivent être inhumés sans cercueil, et que l’enterrement doit avoir lieu le jour du décès. Cependant, dans la plupart des pays occidentaux, la loi impose la mise en bière, et l’enterrement est rarement autorisé le jour du décès. Face à cette réalité juridique, les rabbins d’autrefois avaient estimé que la volonté de respect des traditions funéraires juives ne devait pas aller jusqu’à compromettre la présence juive en Europe. Ils choisirent donc de se conformer au principe de dina demalkhuta dina, s’accommodant des régulations funéraires de l’occident.

Qu’en est-il de la circoncision ? Ce commandement est-il si essentiel à la définition de l’identité juive au point de demander aux parents juifs de s’exposer à d’éventuelles poursuites pénales afin de le respecter ? En tant que rabbin, il me semble, en effet, que tel soit le cas. Cependant, je demeure conscient qu’il sera de notre devoir, en tant que rabbins et penseurs juifs, d’expliquer, tant à notre communauté qu’à la société européenne en général, la raison pour laquelle la circoncision constitue un élément indispensable de l’existence juive. Cette tâche relève de la gageure. Devant la possibilité d’une crise profonde et potentiellement dangereuse entre l’Europe et le judaïsme, les parents et les communautés juives méritent mieux et surtout plus qu’un simple rappel biblique évoquant le lien entre la brit milah [cironcision] et le symbole de l’Alliance.

La situation actuelle soulève également une question importante pour l’Europe. La formulation de la décision juridique allemande indique clairement que l’« atteinte irréversible » que la circoncision porte au corps de l’enfant sans le consentement de ce dernier constitue un acte illégal. Cet acte, selon le tribunal, est criminel et enfreint la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, dans la mesure où il expose le nourrisson à « des dangers physiques potentiels » au nom des convictions religieuses de ses parents. S’il en est ainsi, ne pourrait-on pas en dire autant à propos de la notion même d’identité juive ? Après tout, la plupart des Juifs sont simplement nés juifs, sans qu’ils en aient eu le choix. Compte tenu de l’histoire européenne, où le simple fait d’être juif suffît à occasionner la violence et la mort, il serait légitime de se demander si donner naissance à un enfant juif pourrait, involontairement, exposer ce dernier à « des dangers physiques potentiels ». En privilégiant – à l’excès – les droits de l’enfant et la nécessité constante du « consentement », les magistrats allemands ont amené leur société sur un terrain de discorde avec l’identité juive, qui, de par sa nature, ne repose pas sur le choix de l’individu.

Cela fait à présent des années que les Juifs et les faiseurs d’opinions européens se font mutuellement croire que le judaïsme d’un côté et la charte des droits fondamentaux et les valeurs morales et éthiques de l’autre, cohabitent en parfaite harmonie. Nous voyons aujourd’hui les limites de cette fausse supposition, dans la mesure où – pour être totalement honnête – l’interdiction de la circoncision est parfaitement conforme à l’esprit et à la lettre de la charte des droits fondamentaux. Les responsables politiques européens ne peuvent donc être capables de comprendre pourquoi, soudainement, cet arrêt juridique sur la circoncision met le peuple juif dans un tel émoi. Ce dont nous avons besoin à présent, c’est d’un dialogue qui permette, pour la première fois, d’expliquer non pas simplement pourquoi la tradition juive est attachée à la pratique de la circoncision mais surtout pourquoi le judaïsme ne peut « cautionner » la charte des droits fondamentaux. Ceci afin que l’Europe puisse comprendre que ce document – qu’elle veut fondateur et surtout universel – n’a pas été rédigé dans un esprit de consultation véritable et honnête avec les autorités religieuses.

La véritable question est d’ordre philosophique et ne touche que très partiellement la problématique de la circoncision. L’Europe peut-elle faire place, en son sein, à une tradition comme la nôtre, basée sur une identité qui n’est pas fondée sur la notion de choix ? La question est délicate. L’absence de choix inhérente à l’existence juive offre une véritable résistance à la pensée européenne moderne. En tant que Juifs, nous rappelons à l’Europe dans laquelle nous vivons depuis deux mille ans, que tout dans la vie ne repose pas nécessairement sur un choix. Si le judaïsme et l’Europe osent affronter honnêtement ces questions délicates, en cherchant à y répondre au niveau intellectuel et pas uniquement émotionnel, la décision du tribunal allemand sur la circoncision pourrait représenter une étape importante dans l’évolution de l’identité juive européenne. Cette décision nous abattra-t-elle en tant que peuple se voulant fidèle à une tradition, ou serons-nous capables de parvenir à une plus grande confiance et une meilleure compréhension entre les traditions juives et européennes ?

David Meyer, rabbin à Bruxelles et professeur de littérature rabbinique à l’Université grégorienne pontificale de Rome.

Voir de même:

Il ne faut pas interdire la circoncision

« Vouloir limiter cette discussion à sa seule dimension sanitaire aboutit à nier a priori son rôle dans la transmission de l’identité religieuse et à une remise en cause majeure de celle-ci », estime Richard Guédon.

Richard Guédon, docteur en médecine

Le Monde

 28.08.2012

Un tribunal allemand a condamné fin juin un médecin et des parents musulmans pour la circoncision de leur enfant, estimant que ceux-ci avaient enfreint le droit de l’enfant à une éducation sans « violence ». Cette décision vient renforcer la position de ceux qui militent pour que la loi interdise aux parents de procéder à la circoncision de leurs garçons avant leur majorité. Cette position est fondée sur l’idée que la circoncision est une mutilation comparable à l’excision chez la petite fille.

Ni juif ni musulman, mais agnostique de famille catholique, je pense qu’il s’agit d’une question grave dont on doit penser les différentes dimensions. La dimension sanitaire : qu’est-ce que la circoncision ? Quel est son rapport bénéfices-risques ?

La circoncision consiste en l’excision du prépuce, petit repli cutané qui recouvre le gland. C’est aujourd’hui une intervention chirurgicale bénigne, mais dont les complications peuvent être sérieuses si l’acte chirurgical est réalisé par des praticiens peu qualifiés ou mal équipés. La circoncision est créditée d’un certain nombre d’effets bénéfiques : limitation du risque de transmission hétérosexuelle de l’infection par le VIH chez l’homme (Organisation mondiale de la santé, 2007), prévention des fréquents paraphimosis (inflammation du prépuce) de l’enfance ; prévention de certains problèmes sexuels chez les jeunes hommes en rapport avec les fréquents prépuces serrés.

De surcroît, jamais depuis le début de l’ère de la médecine scientifique la pratique de la circoncision par le corps médical n’a été contestée par lui comme non éthique. Tâchons néanmoins de répondre à certaines questions que pourrait soulever cette pratique.

Tout d’abord, sur le plan sémantique : la circoncision est-elle une mutilation ? Selon la définition du dictionnaire « mutilation : retranchement d’un membre ou d’une autre partie du corps », il s’agit bien d’une mutilation mineure. Mais ce terme comporte une forte connotation péjorative, évoquant un univers de tortures et de blessures de guerre, de douleurs et de séquelles, sans aucun bénéfice. L’utiliser dans une discussion sur la circoncision, qui comporte indéniablement certains bénéfices, apparaît déjà comme un jugement de valeur.

Cette analyse montre aussi qu’il n’est pas possible de comparer la circoncision à l’excision clitoridienne dont les bénéfices sanitaires sont nuls face aux risques hémorragiques, infectieux mais surtout sexuels. Cette mutilation, car c’en est une, limite en effet pour sa vie entière le plaisir sexuel de la petite fille qui en est l’objet.

Sur les plans religieux et culturel, quelle est la place de la circoncision dans l’islam et le judaïsme ? Bien que n’étant pas mentionnée dans le Coran, la circoncision est pratiquée dans l’ensemble du monde musulman, où elle est considérée comme une prescription de la tradition de l’islam, et la plupart des familles y sont très attachées.

Elle revêt un caractère central dans la culture, la religion et l’identité juives, dont elle constitue l’un des principaux marqueurs. Rappelons que des milliers d’hommes juifs ont payé de leur vie l’existence de cette scarification reconnaissable entre toutes, qui témoigne de l’alliance avec Dieu. Si les familles juives ont continué à marquer ainsi leurs garçons, malgré les risques mortels, c’est pour que chaque juif soit reconnu comme tel par les juifs comme par les non-juifs. La mise en cause de la liberté de faire circoncire leurs garçons par les familles juives est une remise en question de leur identité la plus intime, la plus mémorielle, alors même que s’éteignent peu à peu les regards qui ont vu la Shoah.

Enfin, la dimension familiale : a-t-on le droit de décider de circoncire ses enfants à leur place ? Tout parent sait que l’éducation des enfants est une perpétuelle tentative d’évaluation angoissée du rapport entre les bénéfices et les risques de ce qu’on leur commande, laisse faire ou interdit. Elever un enfant, c’est réfléchir en permanence à ce qu’on peut et à ce qu’on doit lui transmettre, en pesant chaque jour sa liberté d’aujourd’hui à l’aune de celle de demain. Les parents décident, en faisant circoncire leurs garçons, d’inscrire dans leur corps la marque d’une identité plurimillénaire, considérant sans doute que la dimension sanitaire du problème, qu’ils ne méconnaissent pas, est très secondaire par rapport à cette transmission religieuse et culturelle. Veut-on vraiment que la loi décide à leur place ?

Pour se faire une opinion, il faut intégrer toutes ces dimensions. Vouloir limiter la discussion sur la circoncision à sa seule dimension sanitaire aboutit à nier a priori son rôle dans la transmission de l’identité religieuse et à une remise en cause majeure de celle-ci. C’est comme si on réduisait la question du voile islamique à un débat sur la santé des cheveux, le débat sur la burqa au rapport bénéfices-risques du soleil sur la peau, vitamine D d’un côté, mélanome de l’autre, ou encore, comme si on remettait en question la pratique du carême, de la cacherout ou du ramadan pour des raisons nutritionnelles.

Ce type de raisonnement, qui met en avant des arguments sanitaires aux dépens des pratiques religieuses et culturelles, pour le bien des populations, sonne de façon familière aux oreilles de ceux qui connaissent les rhétoriques totalitaires : élimination des malades mentaux sous couvert d’eugénisme dans l’Allemagne nazie, rhétorique sur la « régénération » des citadins par l’hygiène du travail de la terre chez les massacreurs khmers rouges, reprise en main des jeunes Français par l’hygiénisme des chantiers de jeunesse sous le régime de Vichy, les exemples ne manquent pas.

Loin de moi l’idée d’assimiler à des adeptes du totalitarisme tous ceux qui seraient prêts à interdire la circoncision avant la majorité des garçons, mais ont-ils pesé toutes les dimensions du problème ? Et que savent-ils des motivations profondes des leaders, Michel Onfray par exemple, qui accompagnent les campagnes militantes visant à cette interdiction, dont on peut parfois se demander jusqu’où peut conduire leur haine des « monothéismes » ?

Richard Guédon, docteur en médecine

Voir de plus:

Santé

Un rituel juif de circoncision à l’origine de la mort de deux bébés aux Etats-Unis

Deux nouveau-nés sont morts ces dix dernières années à New York d’herpès transmis pendant une cérémonie juive de circoncision, lors de laquelle l’officiant a recueilli dans sa bouche le sang du bébé.

Le Progrès

  • 07/06/2012
  • En outre, onze enfants ont été atteints du HSV-1, le virus responsable de la plupart des herpès oro-faciaux. Ces cas ont tous été recensés dans le même quartier de New York, entre 2000 et 2011. L’un des deux nouveau-nés décédés avait été circoncis en même temps que son frère jumeau au cours d’une cérémonie traditionelle pendant laquelle le « mohel », chargé de l’opération, a procédé à l’ablation de son prépuce, puis sucé le sang de son pénis.
    «Alors qu’ils avaient huit jours, les jumeaux ont été circoncis par un « mohel », qui a ensuite procédé à une succion orogénitale. Huit jours plus tard, les jumeaux avaient de la fièvre et portaient des lésions sur l’abdomen, les fesses, le périnée et les organes génitaux», relèvent les CDC dans leur étude.
    Après examen, il s’est avéré que les bébés étaient porteurs du HSV-1 et le premier jumeau à avoir été circoncis est décédé.
    Leur mère n’avait d’herpès ni au moment de l’accouchement, ni après. Les 14 employés de l’hôpital où les bébés ont été soignés n’étaient pas non plus porteurs du virus. En revanche, le mohel qui avait procédé à la circoncision et à la succion était atteint du HSV-1. L’autre enfant décédé des suites d’un herpès serait mort en 2011, mais compte tenu du fait que le mohel n’a pu être testé, il s’agit pour les autorités d’un cas «probable» et non avéré.

    Voir encore:

    Le Grand Rabbinat d’Israël émet de nouvelles directives pour les circoncisions.

    JSSNews
    13 avril 2013

    Un tiers des bébés admis à l’hôpital avec de l’herpès ont été infectés durant le rite de la circoncision. Le Grand Rabbinat, avec le ministère de la Santé, a ainsi émis une nouvelle recommandation pour le mohel (rabbin en charge de la circoncision): de retirer le sang de la plaie à l’aide d’une paille et non plus avec la bouche.

    Une étude réalisée par des experts de l’hôpital « Wolfson », a déclaré cette semaine avoir analysé des données provenant de cinq cliniques dans le centre d’Israël pour les 8 dernières années et a constaté que pendant ce temps, 22 nourrissons ont été hospitalisés pour de l’herpès. Dans un tiers des cas, l’infection est survenue au cours de la brit-mila. Les parents d’enfants infectés ont informés que le mohel n’a pas utilisé un tube ou une pipette pour enlever le sang de la plaie, et l’ont fait conformément à la tradition juive par la bouche.

    Selon la tradition juive, qui remonte à cinq mille ans, après la cérémonie de la circoncision, mohel doit aspirer le sang de la plaie pour prévenir l’infection.La plupart des mohel le font à la main, avec une pipette ou un tube. Cependant, beaucoup de mohel protègent la version originale du rituel – avec la bouche.

    Dans ce cas, les médecins disent que l’infection à l’herpès d’un nouveau-né peut causer des maladies graves et même la mort. En 2005, aux Etats-Unis, suite à une  infection par l’herpès pendant le rite de la circoncision, un nouveau-né est mort. En août 2012, l’Association des pédiatres Israël a exigé de mettre un terme à la pratique de la succion orale du sang après la circoncision. 

    Malgré tout, le Grand Rabbinat rappel, et à juste titre, que la plupart des « complications » suite à une circoncision, ont lieu après un acte fait par un médecin à l’hôpital et non par des rabbins.

    La circoncision, qui se fait à l’âge de 8 jours dans le judaïsme, est l’acte qui relie l’enfant à Dieu.

    Voir de plus:

     2016 a battu tous les records en termes d’inepties véhiculées contre Israël

    Intitulé Jérusalem, quand la ville sainte se déchire, le reportage est truffé d’erreurs aussi monumentales qu’invraisemblables. On se souvient peut-être que le 29 novembre 1947, les Nations unies ont adopté un plan de partition de ce qui restait de la Palestine, après que l’Angleterre en ait cédé les quatre cinquièmes à l’émir du Hedjaz en 1921. Ce dernier avait appelé son nouveau royaume la Transjordanie. Le plan de 1947 prévoyait la création d’un Etat juif et d’un Etat arabe. Personne ne parlait alors d’Etat palestinien. Un statut international était prévu pour Jérusalem. Problème : alors qu’Israël a accepté le plan, les Arabes l’ont rejeté. Toutefois selon M6, « en 1947, pour apaiser les tensions les Nations unies ont séparé la région en deux. Israël voit alors le jour. La Jordanie, elle, cède un bout de son territoire : la Cisjordanie. Cela doit devenir le futur Etat palestinien. » Nous sommes en plein dans le jeu des sept erreurs. En 1947, la Transjordanie se trouvait toujours de l’autre côté du Jourdain et Israël n’avait pas encore proclamé son indépendance. Après la déclaration de celle-ci le 14 mai 1948, l’Etat juif a été immédiatement attaqué par les armées de cinq pays arabes dont la Transjordanie qui a occupé la Cisjordanie et Jérusalem-Est et s’est empressée de les annexer avant de changer son nom en Jordanie. Et le documentaire de poursuivre : « En 1967 Israël entre en guerre contre ses voisins et annexe la Cisjordanie. C’est le début de l’occupation des territoires palestiniens. » Or, d’une part Israël n’a jamais annexé la Cisjordanie et de l’autre, ladite Cisjordanie incluant la totalité des territoires revendiqués aujourd’hui par Abou Mazen se trouvait, de 1948 à 1967, sous contrôle jordanien. Pourquoi un Etat palestinien n’a-t-il alors pas vu le jour ? La question ne sera évidemment pas posée par M6…

     Voir de même:

    2017, année eschatologique

    Shmuel Trigano
    JForum
    Jan 1, 2017

    Combien cette joie exprime-t-elle de haine rentrée et de mépris, expression irrépressible d’une animosité atavique envers le peuple juif redevenu souverain

    « Eschatologique » désigne généralement la « fin des temps ». Je n’irais peut-être pas jusque là mais sans doute entrons-nous dans la fin d’un temps. De nombreux signes nous montrent que cette année signera en effet la fin de l’époque que la chute du mur de Berlin (1989) a ouverte, elle-même la suite de l’après deuxième guerre mondiale, deux périodes charnières qui nous ont fait entrer dans un monde encore inconnu. Entre 1989 et 2017, nous avons subi l’effet d’une même utopie qui s’est cristallisée autour de l’attente millénariste que le passage du bi-millénaire avait suscitée en 2000 et que l’on peut définir comme le post-modernisme. Un rêve de toute puissance et de fusion massifiante s’est alors emparée de l’Occident démocratique qui a cru à la fin de toute limite, à la maitrise totale du destin et de la nature humaines, à l’Etat mondial, à la fin des frontières et des territoires,… Une véritable ivresse de toute puissance.

    La montée en force de la Russie, la décomposition annoncée de l’Union Européenne, scène principale de cette frénésie et de ce drame, le spectacle digne d’une légende de l’armée de « migrants » qui, l’an dernier, l’envahissait en rangs serrés, l’effondrement de l’Etat arabe de toutes parts, l’agression planétaire de l’islam font entendre les craquements de l’ordre ancien. Nous sommes passés de l’affrontement entre des Etats à l’affrontement entre des blocs massifs, des civilisations, des empires ou aspirants à l’empire.  En Europe, c’est le choc UE-Russie, au Moyen Orient Iran-Arabie, Turquie-Iran, Chiites-Sunnites, Islam-Occident, sans oublier la Chine confrontée aux Etats-Unis. Les mondes concurrents se recentrent chacun sur soi, en même temps que progresse la mondialisation comme si chacun s’apprétait à bondir sur son voisin. Une étrange atmosphère s’est emparée de l’Occident, où tout le monde rivalise de « moralité », de pureté, de reconnaissance d’autrui mais où le double discours et la perversion des valeurs montrent chaque jour leurs effets. Nous sommes à Sodome dont la cruauté était déguisée sous la morale. Le visiteur, nous dit la tradition juive,  y était accueilli mais forcé de dormir dans un lit trop petit pour les plus grands auxquels on coupait les pieds, trop grand pour les plus petits, dont on étirait les jambes jusqu’à ce que mort s’en suive…

    Comme toujours, le peuple d’Israël est le révélateur de l’état de l’humanité. Ce qui lui arrive en est le symptôme. Deux scènes, très semblables, illustrent de façon théâtrale cette perversion du langage et de la réalité :  le vote de la reconnaissance de l’Etat imaginaire de Palestine par le parlement français et le vote anti-israélien du Conseil de sécurité, les deux en standing ovation, puis, demain la conférence de Paris. Qu’avaient-ils donc tant à se féliciter pour un tel vote? Combien cette joie exprime-t-elle de haine rentrée et de mépris, expression irrépressible d’une animosité atavique envers le peuple juif redevenu souverain et échappant au patronage de la magnanimité compassionnelle de l’Occident ? Que sont donc ces Palestiniens, pour jouer les victimes favorites de toute la planète où d’infiniment plus graves situations sont laissées à l’abandon? Sinon parce qu’ils représentent un Israël substitutif qu’ils envisagent de substituer à Israël dans son propre être et son propre territoire? Le « nouvel israël » des postcolonialistes! Car l’inimitié fondamentale des Palestiniens est de l’ordre de l’évidence. Cet acharnement a gravi les échelons : d’abord à l’UNESCO puis à l’ONU, qui décrète que les Juifs sont des colons à Jérusalem et qu’ils le sont sur la Terre d’Israël. Le sort de Jerusalem décide stratégiquement, en effet, du sort de toute ce territoire. Quelle sera la prochaine étape sinon l’annihilation morale et juridique d’Israël?  Nous voyons se lever à nouveau la horde amalécite et le combat devient total car c’est au fondement même de l’existence du peuple d’Israël que l’humanité assemblée au Conseil de sécurité porte atteinte. La planète d’un côté, Israël de l’autre c’est un signe attendu de la fin des temps dans la tradition messianique juive, la condition d’Abraham. L’humanité réunie décrête qu’Israël est un étranger sur sa terre et s’apprête à le mettre en quarantaine s’il ne vient pas à récipiscence avant de lui porter le coup fatal. Situation prophétique, s’il en est! Alors qu’au nord pointe le museau d’un nouvel empire de Perse, « du nord éclatera le mal » (Jr 1,14) ) au point focal de la concurrence des empires, russe, iranien, turc.  Que fera le joker du destin, Trump?

    Voir encore:
    President Obama’s Two Hanukkah messages
    Elliot Kaufman
    National Review
    December 28, 2016
    He misunderstands the particular meaning that the holiday has for the Jewish people.
    President Obama blessed the Jewish people with two Hanukkah messages this year: one in a statement in advance of his annual Hanukkah party on Friday, and one at the United Nations.
    At the U.N., Obama abstained, leaving Israel to be denounced. This vote and its implications have been amply analyzed. The president’s official Hanukkah message and its implications, however, have flown under the radar. He mentioned the “Jewish people’s perseverance and the persistence of faith,” but the heart of his message was about religious liberty. “For more than two centuries,” the statement reads, the meaning of this holiday has inspired an American tradition of religious freedom — one codified in the Bill of Rights and chronicled in the enduring promise President George Washington made in his letter to the Jews of Newport, Rhode Island: that the United State “gives to bigotry no sanction, to persecution no assistance.”
    If that signals a renewed commitment from the president to preserve religious freedom, it should be lauded. This is, after all, the administration that fought the Little Sisters of the Poor all the way to the Supreme Court to coerce the nuns into paying for contraception.
    The problem with the president’s message is that he confuses the meaning of the Jewish holiday, attempting to draw from it a universalistic teaching, as he did last year when, generalizing, he said that “at its heart, Hanukkah is about the struggle for justice.” Both last year’s official greeting and this year’s reflect a tendency to overlook the particular ancient attachments of the Jewish people.
    The universal principle of religious liberty is hardly the message of the Jewish Maccabean revolt or of the miracles commemorated by Jews at Hanukkah. The revolt began when Mattityahu killed a fellow Jew who had attempted to sacrifice a pig to Zeus (1 Mac. 2:24–25). So much for religious liberty. Mattityahu then killed the Greek official who had ordered the assembled Jews to abandon their religion, and then launched a guerrilla war against the Greco-Syrian king. A proper reading of the Jewish and historical record reveals that Mattityahu and the Maccabees revolted against not only religious oppression by Greek authorities but also Jewish assimilation to Hellenic culture.
    Jews do not celebrate Hanukkah for its generalizable message of religious freedom; Hanukkah is particular to Jews, not universal. It commemorates the reassertion of Jewish sovereignty and the liberation and rededication of the holy Temple with the aid of God. Jews do not celebrate Hanukkah for its generalizable message of religious freedom; Hanukkah is particular to Jews, not universal.
    It is this meaning that President Obama not only missed in his official statement but opposed through his actions at the U.N. The latter have been rightly condemned for breaking from decades of U.S. policy and nourishing Palestinian maximalism. The president decided to allow the U.N. Security Council to dismiss as “a flagrant violation under international law” Israeli presence in the Jews’ indigenous biblical heartland, including the Western Wall of the Temple for which the Maccabees fought.
    Apparently the president regards the Jewish Quarter of the Old City of Jerusalem as just another illegal “settlement.” How’s that for a Hanukkah gift?
    When the Jordanians occupied the West Bank following Israel’s 1948 War of Independence, they expelled the Jews from their most cherished ancient communities. The moral heavyweights at the U.N. argue that those communities lie beyond the Green Line established by the terms of armistice in 1949. But the armistice lines simply reflect the location of troops following a failed Arab attempt to annihilate the inchoate Jewish state. At the insistence of the Arab powers, the armistice lines were explicitly defined as not constituting final political boundaries. Rather, the West Bank remained a disputed territory before and after Israel won it from Jordan in the Six-Day War, which was precipitated by Arab blockades in 1967.
    The basic Israeli argument for control of East Jerusalem and parts of the West Bank has always been that Jews have a right to live, practice their religion, and self-govern in their indigenous homeland; in other words, Zionism — which, like Hanukkah, President Obama has never been able to understand without universalizing and overlooking the Jewish people’s particular attachment to their home. As Leo Strauss reminded the editors of National Review in 1957, the moral spine of the Jews was in danger of being broken by the so-called emancipation which in many cases had alienated them from their heritage, and yet not given them anything more than merely formal equality; it had brought about a condition which has been called “external freedom and inner servitude”; political Zionism was the attempt to restore that inner freedom, that simple dignity, of which only people who remember their heritage and are loyal to their fate, are capable.
    Obama’s two Hanukkah messages do not reveal a hatred of Israel, as some have alleged, but rather a misunderstanding of its meaning to the Jewish people.

    — Elliot Kaufman is the managing editor of the Stanford Review.

    Voir aussi:

    Left-Wing Jews Are Embarrassing Judaism

    Dennis Prager

    November 15, 2016

    When you sit shiva over the election of a president, you’ve made a religion of politics.

    A highly respected American rabbi, Yitz Greenberg, used to tell American Jewish audiences, whether Reform, Conservative, Orthodox, “I don’t care what denomination you’re a member of, as long as you’re ashamed of it.”

    I have adopted that phrase and apply it to religions generally. One could just as easily say to Catholics, Protestants, and Muslims: “I don’t care what religion you identify with, as long as you’re ashamed of it.” Meaning, of course, ashamed of what many of its members have done to it.

    Just think of what has happened to much of mainstream Protestantism; to much of Catholicism, including, sadly, the current pope; and most especially to the Islamic world.

    Given the subject of this column — the destructive influence of leftism on Jews and Judaism — it is relevant to mention some of my Jewish involvement. Among other things, I taught Jewish history and religion at Brooklyn College, was the spokesman for the Student Struggle for Soviet Jewry, have written two books and hundreds of essays and columns on Jews and Judaism, received the American Jewish Press Association Award for Excellence in Jewish Commentary, have brought many thousands of Jews to Judaism, and have lectured to more Jewish groups in the past 40 years than almost any living Jew.

    So, I say this with only sadness: Many American Jews on the left, including rabbis and lay leaders, are embarrassing Jews and Judaism. I say this to ring an alarm in Jewish life and to tell non-Jewish America that these people represent leftism, not Judaism. Furthermore, I am talking only about leftist, not liberal, Jews. Unfortunately, however, both within and outside of Judaism, liberalism has become synonymous with leftism.

    This past week the embarrassing behavior of left-wing Jews reached a new level.

    The Israeli newspaper Haaretz reported that Jews and their clergy at various synagogues around America were gathering to “sit shiva” — the Hebrew and Jewish term for the seven-day period of grieving that Jews engage in after the loss of an immediate relative — because Donald Trump was elected president.

    Consider for a moment how childish and narcissistic this is: using the sacred ritual reserved for the death of one’s child or parent as a way to express disappointment over a presidential election.

    And, of course, there were the irresponsible, over-the-top outbursts by Jewish columnists and academics.

    Take Washington Post columnist Dana Milbank, who devoted his column after the election to writing an open letter to his twelve-year-old daughter. “As I watched the returns at Donald Trump’s celebration here Tuesday night,” Milbank began, “the hardest part was trying to reassure my seventh-grade daughter at home, via phone and text, that she would be okay.

    “She had expected to be celebrating the election of the first female president, but instead, this man she had been reading and hearing horrible things about had won, and she feared her own world could come apart.”

    The man’s twelve-year-old daughter “feared her own world could come apart” because of the election result. He reassured her, however, that her world would be fine, especially since she would be receiving so much love at her upcoming bat-mitzvah.

    Milbank’s daughter’s trauma was more than matched by the reaction of a Jewish adult, Jonathan Chait of New York Magazine. On November 12, he tweeted “This is the worst thing that has happened in my life.” Chait was 31 years old on 9/11.

    A response to his tweet by a woman named Bethany S. Mandel pretty well summarized the maturity level of Chait’s comment: “I took my mom off life support at 16 & dad hanged himself 3 yrs later. I’m sorry this election was so hard for you.”

    I am sure Ms. Mandel would join me in paying Mr. Chait a shiva call.

    Speaking of 9/11, New York Times columnist Thomas Friedman said on Bill Maher’s show that Trump’s victory was “a moral 9/11.” He suggested that Trump’s becoming president might be worse: 9/11 happened to us, but we “did this [elect Trump] to ourselves.”

    And his colleague at the New York Times, Paul Krugman, wrote that he now realizes that he “truly didn’t understand the country we live in.”

    Never have truer words been written. It’s tough to understand those for whom you only have contempt. When Jews abandoned Judaism, many of them did not abandon Judaism’s messianic impulse.

    Add similar comments made during the election by other Jewish leftists in the media and academia and you get the picture.

    How are we to understand this?

    Here’s one explanation:

    When Jews abandoned Judaism, many of them did not abandon Judaism’s messianic impulse. Beginning with Karl Marx, the grandson of two Orthodox rabbis, they simply secularized it and created secular substitutes such as Marxism, humanism, socialism, feminism, and environmentalism.

    If left-wing Jews want to sit shiva, they should do so for their religion, which, like much of Protestant Christianity and Roman Catholicism, has been so deeply and negatively influenced by leftism.

    — Dennis Prager is a nationally syndicated radio talk-show host and columnist. His latest book, The Ten Commandments: Still the Best Moral Code, was published by Regnery. He is the founder of Prager University and may be contacted at dennisprager.com

    Voir également:

    Obama Despises Israel Because He Despises the West

    Ben Shapiro
    National review
    December 28, 2016
    A religious leftist, he breaks down Bible believers into two categories: fools and liars.
    Barack Obama has done his best for nearly eight years to undermine the state of Israel. He’s signed a treaty that enshrines an Iranian path to a nuclear weapon while funding their global terrorist activities to the tune of tens of billions of dollars. He’s repeatedly undercut Israel’s image on the world stage, labeling Israel a mere outgrowth of the Holocaust and suggesting that Israeli intransigence stands as the chief obstacle to peace. He’s ushered Benjamin Netanyahu out the side door of the White House, attempted to undercut the prime minister’s speech before Congress, and then deployed an election team to Israel to try to defeat him in an election. Obama has tried to cut weapons shipments to Israel in the middle of a war against terrorists, forced Israel to apologize for stopping weapons shipments to Hamas terrorists, and funded the Palestinian terrorist unity government with American taxpayer dollars.
    Nonetheless, Israel has survived.
    Actually, Israel has thrived. It’s thrived, in part, because Obama’s absolute incompetence has created an alliance of convenience between Israel and its erstwhile enemies. Saudi Arabia is more fearful of a nuclear Iran than of Israel; Egypt worries more about the Muslim Brotherhood than about Israel; Jordan frets over the Palestinians more than it does over Israel. Even the Palestinian Authority is more concerned about Hamas and ISIS than about Israel.
    That means that there’s been very little pressure on Israel to make concessions to Palestinian terrorists in recent years.
    Until now.
    Obama’s animus for the state of Israel stretches beyond the typical internationalist leftist view of Israel as a colonialist outpost, a cancer growing in the heart of the Muslim Middle East. Most internationalist leftists think that Israel is the cause of Muslim ire, that if Israel were to disappear, suddenly the Muslim lands surrounding it would view the rest of the world with fresh, dewy eyes. This is the same general philosophy that blames the West for the problem of Islamic violence, that suggests that income maldistribution breeds discontent that in turn breeds terrorism. Obama may think that, but that’s not what drives him.
    Something deeper drives Obama when it comes to Israel. Why else would he spend the last few weeks of his presidency throwing gasoline on Israel and then lighting a match? Some might suggest ideological kinship with Islam. Obama isn’t a Muslim, of course, but he has bragged often and loudly about his heartfelt connection to the religion — and Muslims the world over, by polling data, see Israel as the chief threat to global peace. There are points of commonality between Obama’s philosophy and that of Muslim hardliners: Both see the Crusades as the instigation of the Islamic world’s war on the West; both believe that Israel has destroyed Muslim solidarity in the Middle East; both attribute democratic feeling to Islamist movements.
    Or perhaps even that explanation is insufficient: It doesn’t tell us why Obama is so eager to hand over control of Middle Eastern policy to Vladimir Putin and Russia, for example.
    Here’s the most plausible explanation: Obama despises Israel because at root, Obama despises the traditional Judeo-Christian underpinning of Western civilization. He breaks down Bible believers into two categories: fools and liars. The fools are the “bitter clingers,” the idiot masses who fall into racism and xenophobia and Bible jabber because they’re poor and stupid. The liars are the self-interested characters who want to do what they want to do while citing the Bible for their support.
    Real Christians are leftists — as Obama said in 2006, “I believed and still believe in the power of the African-American religious tradition to spur social change. . . . The black church understands in an intimate way the biblical call to feed the hungry and clothe the naked and challenge powers and principalities.”
    Obama, then, is a religious leftist. He prefers a form of Christianity that rejects biblical centrality and that replaces the Bible with leftism at its heart. It’s not a coincidence that Obama attended Jeremiah Wright’s church for two decades. Wright preached hatred against Israel throughout his tenure, calling it an “apartheid” state and labeling all settlements “illegally occupied territories.” He labeled Jesus “a Palestinian” and argued that “the Palestinian people have had the Europeans come and take their country. . . . The youth in Ferguson and the youth in Palestine have united together to remind us that the dots need to be connected.” You can take Obama out of Jeremiah Wright’s church, but you can’t take Jeremiah Wright’s church out of Obama.
    Obama strongly mirrors that language himself, complaining about the “desperation and disorder of the powerless, how it twists the lives of children on the streets of Jakarta or Nairobi in much the same way as it does the lives of children on Chicago’s South Side.” To Obama, Bible believers who utilize religion as an excuse to cover for the real class oppression are merely cynical manipulators. You can take Obama out of Jeremiah Wright’s church, but you can’t take Jeremiah Wright’s church out of Obama.
    And what is the ultimate repository of such manipulation of religion? The Jewish state. The Jews of Israel, Obama believes, are aggressors, using biblical writ as an excuse for oppression, hiding behind the Bible when it’s really naked self-interest at work. That’s why Obama stated at the Hiroshima Peace Memorial in Japan that “no religion has been spared from believers who have claimed their faith as a license to kill. . . . How easily we learn to justify violence in the name of some higher cause.”
    To Obama, that’s what the Jews of Israel do. Because their control over Israel is inherently connected to biblical mandate, Obama must oppose them. He must side instead with a religion of social justice, not a religion of biblical principle.
    That means rejecting Jewish Jerusalem. That means rewriting the Bible, that document of sadism and oppression, to make it over into The Book of Obama. That means Israel must pay for the sin of worshiping its God over the god of warmed-over, amoral redistributionism.
    Obama’s likely to be disappointed. The Jews have been exiled from Jerusalem several times. Never again.
    — Ben Shapiro is the editor in chief of the Daily Wire.
    Voir de même:

    Lawrence Solomon: How Barack Obama fooled the Jews and betrayed them once he had their money

    Lawrence Solomon

    National Post

    December 29, 2016

    “(President Obama) called me into the Oval Office before the election and he said to me, ‘Alan, I want your support. And I have to tell you, I will always have Israel’s back.’ I didn’t realize that what he meant was that he’d have (Israel’s) back to stab them in the back.”

    So spoke this week a livid Alan Dershowitz, the famed Harvard professor, legal scholar and criminal lawyer whose judgment American Jews have long trusted and respected. Dershowitz now realizes that Obama had repeatedly duped him, and that through his endorsements of Obama, Dershowitz in turn duped many American Jews, helping to secure Obama’s election and re-election. Now Israel has been compromised as never before, with the United Nations through Obama’s manoeuvrings having declared that Jews have no right to live in the Jewish Quarter of Jerusalem, which they have inhabited for the greater part of 3,000 years, and that Israel has no rights to its holiest sites, including the Western Wall and the Temple Mount.

    Winning Jewish support wasn’t especially important to Obama and other Democrats in terms of votes — Jews represent just two per cent of the U.S. electorate, generally making their numbers inconsequential at the ballot box. But Jews are hugely important — even decisive — in their political giving. The Jewish two per cent — which is overwhelmingly liberal — accounts for about two-thirds of all donations received by the Democratic Party. Put another way, the Jewish two per cent donates twice as much to Democrats as the non-Jewish 98 per cent.

    The importance of Jewish money to Democratic fortunes explains why Obama waited to make his moves against Israel until after his two presidential campaigns and the presidential campaign of Hillary Clinton, whom he hoped would preserve his legacy. If Jews understood his real intentions toward Israel, Obama knew, many would withdraw their financial support.

    Obama’s prudent course — his only viable course — in realizing his desire to strip Israel of its paramount possessions, embodiments of its heritage, was to keep his intentions secret, all the while upping his rhetoric that “no president has ever done more for Israel.” Obama also needed to maintain this public pretence to keep his fellow Democrats in the dark, most of whom would blanche at the thought of offending, and losing, their Jewish backers. The American public’s general sympathy for Israel, and general antipathy toward Palestinians, also made any prior anti-Israel coming out a non-starter.

    Persuading Dershowitz — an important step to winning over the Jewish community — could not have been an easy feat. Shortly after Dershowitz’s first endorsement of Obama, in the 2008 presidential election, Dershowitz became alarmed at Obama’s apparent willingness to let Iran develop nuclear weapons, coming to believe that Obama’s policies were dangerous for Israel and that Obama could be “remembered in history as the Neville Chamberlain of the 21st century, the person who didn‘t see the greatest evil, didn’t recognize the greatest evil of the 20th century.”

    Yet despite these concerns, coupled with pique that Obama had ties to anti-Semites and a staff that was hostile to Israel, Obama somehow managed to persuade Dershowitz that he would never, ever let Israel down. Dershowitz endorsed Obama for a second time and even campaigned for him against Mitt Romney, a true friend of Israel.

    After Obama’s reelection, Dershowitz again had buyer’s remorse, becoming ever more forceful in his criticisms of Obama, calling him a bully and an inept negotiator, to the point that when they met Obama “won’t look me in the eye.” Yet Dershowitz continued to have faith in Obama’s good intentions. Unlike America’s conservative Jews, most of whom saw Obama’s animus toward Israel early on — Obama combined a courtship of the Muslim states with deliberate slights of Israel and its prime minister — Dershowitz remained under Obama’s spell, seeing him as merely misguided, and persuadable.

    The Dershowitz delusion persisted with Obama’s successor, Hillary Clinton, whom Dershowitz backed despite her own close and questionable associations, including Huma Abedin, an aide and travelling companion who had worked for a radical Muslim publication, and Sid Blumenthal, who fed Hillary with the bigoted material of his son, Max Blumenthal, “a despicable anti-Semite and a horrible person,” in Dershowitz’s estimation.

    With this week’s passage of the anti-Israel UN resolution, the Dershowitz infatuation with Obama is over. The famed criminal lawyer finally sees the evidence that had been in plain sight all along, and now understands the extent of Obama’s deception. It was “so nasty. He pulled a bait-and-switch,” Dershowitz laments, in explaining how Obama in private pretended that it was “the settlements deep in the West Bank” that were negotiable, not the Jewish Quarter of Jerusalem, so core to Judaism and to Israel’s heritage.

    Dershowitz, and with him the great majority of America’s Jews, took the bait. The rest is history.

    Voir de plus:

    BDS : les masques tombent

    Quand l’antisionisme vire à l’antisémitisme

    Oudy Ch. Bloch

    Causeur

    27 août 2015

     

    Le mouvement BDS ne cache pas son antisionisme. Mieux que ça, il le revendique. Omar Barghouti, co-fondateur du collectif de boycott anti-Israël, ne cesse de le répéter. Le fait qu’il soit diplômé de l’Université de Tel Aviv ne semble pas le gêner dans son entreprise de délégitimation d’Israël. Une preuve supplémentaire du prétendu apartheid fantasmé par BDS.

    Omar Barghouti veut la fin d’Israël en tant qu’Etat Juif. Pour cela, il préconise un Etat binational, ce qui aurait pour effet de légitimer le retour des descendants des réfugiés palestiniens de 1948. C’est d’ailleurs un point essentiel, mais rarement évoqué, de la charte du collectif.

    La suite, on la connaît. Faire augmenter la démographie arabe jusqu’à ce que les juifs soient en minorité et que le simple vote d’une loi permette de faire disparaître Israël légalement. M. Barghouti n’a rien inventé. Arafat avait cru bon d’imposer cette condition qu’il savait inacceptable (même pour le travailliste Ehoud Barak) et avait refusé de signer les accords de Camp David II en 2000 privant les palestiniens de conditions inespérées et, à terme, d’un Etat.

    Dans une telle hypothèse, croire que les juifs continueraient à bénéficier des mêmes droits que le reste de la population est une chimère. Tous les jours en effet, les palestiniens de Gaza comme de Cisjordanie sont soumis à une violente propagande anti-juive et rien ne laisse présager la possibilité d’une cohabitation pacifique.

    L’antisémitisme virulent et constant des prêches et des discours officiels (mise en ligne du faux antisémite « Protocoles des Sages de Sion » sur un site affilié au Service gouvernemental palestinien de l’Information), les livres scolaires palestiniens – financés à coup de millions d’euros par l’Union Européenne – qui enseignent depuis des années à haïr les juifs, qui les affublent de tous les maux, les programmes télévisés pour la jeunesse, notamment sur Al-Aqsa TV, dans lesquels de jeunes enfants ânonnent que les juifs sont les descendants des singes et des porcs et qu’ils souhaiteraient mourir en martyrs en tuant le plus de juifs possible, tout cela illustre la volonté des dirigeants palestiniens, qu’ils soient islamistes ou à tendance nationaliste, de ne jamais accepter les juifs à leur côté.

    Les juifs devront alors fuir comme ils ont dû fuir les pays arabes après la création de l’Etat d’Israël non sans avoir auparavant été privés de leurs biens, de leurs commerces, de leur argent. 800.000 juifs chassés  d’Irak, de Syrie, d’Egypte, du Yémen, d’Algérie, du Liban, du Maroc dont personne ne se soucie du retour ni de l’indemnisation.

    Les juifs devront fuir, mais pour aller où ? En Europe où l’on crie à nouveau « mort aux juifs » dans les rues ? En Russie où l’on prétend que la guerre en Ukraine est un complot juif ? En Afrique où l’islamisation à l’œuvre dans de nombreux pays laisse libre cours à une propagande antisémite ?

    Récemment, sur les quais de Seine, des partisans de BDS déclaraient que les juifs devaient quitter la Palestine pour retourner « chez eux », c’est-à-dire nulle part précisément. Le Juif errant, voilà le seul juif supportable pour le BDS.

    C’est aussi en cela que l’antisionisme confine à l’antisémitisme. Mais BDS ne s’arrête pas là.

    Lors des dernières manifestations du BDS en Afrique du Sud, certains manifestants criaient « mort aux juifs » en brandissant des drapeaux palestiniens et du Hezbollah. À l’Université Libre de Bruxelles en mars 2015, des étudiants juifs étaient pris à partie, sans raison particulière, par des militants du BDS. En juin 2015, l’ancien député communiste Jean-Claude Lefort, Président honoraire de l’Association France-Palestine Solidarité et soutien indéfectible de BDS, appelait au boycott de produits cachers fabriqués en France.

    Mais surtout, la semaine dernière, sous la pression du BDS local, le festival de reggae espagnol Rototom Sunsplash de Benicassim a décommandé un chanteur juif américain, Matisyahu, après avoir exigé qu’il fasse une déclaration en faveur d’un État Palestinien et qu’il se « positionne » au sujet du sionisme. Pourquoi lui ? Parce qu’il est juif. Aucun autre artiste n’a eu à subir ce diktat. Le festival a reconnu qu’il avait agi ainsi en raison d’une « campagne de pression, coercition et menaces » de la part de BDS qui l’avait « empêché de raisonner clairement ».

    BDS demande-t-il à Jamel Debbouze, parce qu’il est musulman, de condamner publiquement la chasse aux chrétiens en Syrie, la mise en esclavage des yazidis en Irak, les meurtres de coptes en Egypte, le massacre des animistes au Sud-Soudan avant de monter sur scène ? Non.

    Il n’y a que les juifs, et non plus les israéliens – ce qui était déjà inepte -, que BDS boycotte ainsi.

    BDS est un mouvement antisémite. Structurellement. Il ne s’agit pas seulement de certains militants plus radicaux que d’autres qui abreuvent les réseaux sociaux de propos orduriers. Non, c’est bien plus que cela. Sous couvert de soutien au peuple palestinien, les actions mises en œuvre par les directions locales ou nationales de BDS tendent à légitimer le rejet et la haine.

    Les discours clivants et les vidéos outrancières se succèdent. Les pouvoirs publics, par manque de courage ou par calculs électoraux, l’un n’étant pas exclusif de l’autre, s’empressent de ne rien faire. Petit à petit, le poison se diffuse. Petit à petit, les réflexes antisémites s’installent. Les trop peu nombreuses réactions suite à l’indigne opération « Gaza Plage » montre à quel point la société civile est devenue perméable à ce genre de discours et s’en accommode.

    C’est un pas de plus vers le délitement de la cohésion nationale. Un de ceux qui nourrissent les extrêmes.

    Voir encore:

    Gottfried Helnwein, LONDON, 2000
    NEW KIDS OUT TO SHOCK
    Fisun Güner
    What’s On, London
    May 17, 2000

    A blonde Madonna, dressed as if she were spending an evening at the opera, presents her child to the watchful eyes of Nazi SS Guards, One officer looks as if he were studying the child’s genitals, perhaps to see whether he has been circumcised. Dark hair parted severely to one side and fleshy baby cheeks lending a slight and comical hangdog expression, the young child presents something of an eerie resemblance to the Führer.

    In another image, a young girl, wearing a white dress, lies prone on a table. She appears to be in a deep sleep and is surrounded by disfigured World War One veterans. Perhaps their calm, watchful presence suggests that the Great War led directly to the birth of a generation asleep to its own unspeakable atrocities.

    Gottfried Helnwein, responsible for these strange and unsettling images, is an Austrian artist born in the years immediately after World War Two. Despite achieving huge success and acclaim in the States, where he is exhibited regularly, Helnwein’s name and work are little known in the UK. In fact, his show at the Robert Sandelson Gallery is his very first solo exhibition here.

    Helnwein is an artist who has never been afraid of causing outrage in those offended or made uncomfortable by talk of Germany’s Nazi past and of Austria’s complicity in it. Once, as a student, he paraded the streets of his home town dressed up as Hitler, spewing forth theatrical blood from his mouth – a memorably outrageous gesture at the time, if only for the fact that, like that famous Fawlty Towers sketch where all mention of « the war » was a closed one in front of its German guests, Austria would make no gesture to acknowledgement to it either. (Until the ’80s Austria had an official policy of denial, neglecting to address the subject even in school text books.)

    « I know that individuals are poorly treated on this planet, » Helnwein has said. « They are being harmed and subdued. And all this is covered by optimistic propaganda. Long before I began painting I felt that humanity was in dire straits. The pain reaches out to everyone, even though it is rarely spoken of. Nonetheless, everyone wants to overcome pain, to transcend it. »

    For all Helnwein’s humanist proclamations, it must be said that his work is never quite so unequivocal. Standing in front of the works you’re never quite clear how to read Helnwein’s disturbing images. The surreal, uncomfortable juxtapositions of both Nazi and Christian iconography, never present straightforward interpretations. Nor are they merely polemical in any agit-prop sense. There is a sense in which Helnwein seems to court controversy; he also clearly delights in a certain moral ambiguity, a shadiness which perversely makes his images all the more compelling.

    An early turning point in his choice of imagery came for Helnwein in 1979. In this year Dr. Heinrich Gross was appointed Head of State Psychiatry in Austria. In an interview published in one of Austria’s major national newspapers, he was asked whether he had killed hundreds of children in mental hospitals under the Nazi euthanasia programme. Gross said yes, and commented that « at the time it was a different reality. Today I wouldn’t do it. » Asked if he had injected the children, he replied that he had « just mixed poison in their food », adding that since they were unaware of what was going on, the young victims had died humanely. That interview with Gross caused no reaction in Helnwein’s country.

    But it was in response to this interview that Helnwein first began using images of children in his painting, addressing their helplessness and pain by depicting them as broken, disfigured doll-like creatures. When he read Gross’ self-justification as a « humane » killer, Helnwein responded by producing a photorealist painting of a girl slumped in a plate of food. Only then was a debate initiated which ultimately led to Gross’ resignation.

    Though Helnwein is no mere polemicist, he clearly believes in an art which has the power not only to confront and challenge, but also to make some real changes.

    Voir de même:

    Nazi dreaming
    Art – Julia Pascal on the man set on reminding Austria of the past it would rather forget
    Julia Pascal
    New Statesman
    10 April 2006

    Gottfried Helnwein’s latest exhibition, « Face It », is the artist’s first show in his native Austria since 1985. A retrospective of 40 works from the 1970s to the present, it is more shocking than the Royal Academy’s infamous « Sensation » of 1997. Helnwein aims to disturb not with, say, an elephant-dung Madonna, as Chris Ofili did then, but with a far more controversial Virgin.

    In his last will, the Austrian playwright Thomas Bernhard, who died in 1989, banned the production of his texts on home soil. Bernhard never hid his fury at Austria’s refusal to admit its history. Helnwein, born in 1948, clearly shares Bernhard’s view. He is furious about Austria’s self-image as victim of the Third Reich, rather than its willing collaborator.

    In 1965 posters for the Freedom Party, later led by Jörg Haider, demanded: « Forget about the past! Look ahead at the future. » Helnwein, then still a teenager, reacted by painting a portrait of Adolf Hitler that got him expelled from art school. His « crime » was to have reminded Austria of its best-known son.

    Since then, Helnwein’s work has often provoked howls of anger at home. In the early 1970s, he was part of the Wiener Aktionisten (« Vienna Activists »). These dissenters were the interface between street theatre, public art and political protest. They threatened Austria’s collective amnesia. Most were either imprisoned or forced into exile. In 1971, protesters defaced his first public Aktion with stickers which, without a trace of irony, proclaimed the work as entartete Kunst – the Nazi term for degenerate art. The mayor of Vienna ordered the police to confiscate his canvases. A year later, another exhibition in Vienna closed prematurely after threats of local council strikes.

    Helnwein consistently refuses to allow Austria (and Germany) to whitewash the Hitler years. In 1988, on the 50th anni- versary of Kristallnacht, he constructed a four-metre-high, hundred-metre-long « picture wall » of enlarged photographic portraits of young children and erected the installation in central Cologne between the Museum Ludwig and the cathedral. He titled the work Selektion – a reference to those selected to be gassed in the concentration camps. Several photos got slashed. He further inflamed opinion by making a picture of a dead child slumped over a bowl of food. It was a direct accusation against Heinrich Gross, a leading psychiatrist who admitted in the 1970s that hundreds of children were poisoned at a Nazi-era hospital where he worked.

    Helnwein’s art is never easy entertainment. Varying his techniques, he uses oil, acrylics, collage, computer manipulation or digital print, and challenges audiences to make their own « readings ». A group of photographic self-portraits, Der Untermensch (1970-87), includes images of the artist in Nazi costume, his face a mask of black make-up except for a white mouth. There is a series of foetus images: one has a nose reminiscent of Julius Streicher’s stereotypical Jew. When, as a young man, Helnwein cut his face and hands on the edges of skis, or with razors or wood-engraving tools, it prompted him to paint bandaged figures starting with his own body. Immolation is a constant reference. The theme plays out on several levels.

    Certainly his presentation of damaged children evokes direct associations with Dr Mengele’s experiments, but he has also photographed young girls dressed in SS hats, thus provoking questions about the effect of the Third Reich on the next generation of Austrians and Germans. As the Russian art critic Alexander Borovsky notes, there is « no abstract existential angst » to Helnwein’s impulses. Rather, they are deliberate critiques of perversion, by Nazi culture and by our own.

    Although Helnwein’s work is rooted in the legacy of German expressionism, he has absorbed elements of American pop culture. In 1977 he became interested in adapting Disney cartoons. Of that time, he has said: « I learned more from Donald Duck than anything in school. » His earlier series Peinlich (« Embarrassing« ) – pencil, watercolour and India ink on cardboard – shows a typical 1950s little girl in a pink dress and carrying a comic. Her innocent appeal is destroyed by the gash deforming her cheek and lips. It is as if Donald Duck had met Mengele.

    Helnwein declares himself fascinated by the relationship between « high » and « trivial » art, and has enjoyed an important relationship with American celebrity, living between Los Angeles and Ireland. He met and photographed the Rolling Stones in London, and his portrait of John F Kennedy made the front cover of Time on the 20th anniversary of the president’s assassination. Andy Warhol and Muhammad Ali posed for him; he shot the cover for one of Michael Jackson’s albums. Examining his imagery from the 1970s to the present, one sees influences as diverse as Bosch, Goya, John Heartfield, Beuys and Mickey Mouse, all filtered through a postwar Viennese childhood.

    Helnwein also has a strong sense of theatre. He has worked in opera, designing sets and costumes for Maximilian Schell and working with the equally notorious Austrian choreographer Johann Kresnik. His poster for the 1988 production of Lulu at the Deutsches Schauspielhaus in Hamburg caused outrage across Europe. A tiny Sigmund Freud in a long coat stares up at a gigantic woman, who lifts her skirt to expose her vagina. The opposite of porn, it provocatively illustrates Wedekind’s view of a sexually ambiguous bourgeois society on the brink of destruction. This iconography overturns the 1929 screen image of Louise Brooks as Lulu in G W Pabst’s Pandora’s Box. Whereas that film presents us with a face, Helnwein shows the pubis.

    Of all his paintings, the most disturbing is Epiphany (1996), for which he dips into our collective memory of Christianity’s most famous birth. This Austrian Catholic Nativity scene has no magi bearing gifts. Madonna and child are encircled by five respectful Waffen SS officers palpably in awe of the idealised, kitsch-blonde Virgin. The Christ toddler, who stands on Mary’s lap, stares defiantly out of the canvas. Helnwein’s baby Jesus is Adolf Hitler.

    « Face It » is at the Lentos Kunstmuseum, Linz, Austria, until 5 June. For further details go to www.lentos.at/de or to www.helnwein.com

    Julia Pascal’s latest play, Crossing Jerusalem, is published by Oberon Books (£12.99)

    Voir par ailleurs:

    Jews in America:
    “To Bigotry No Sanction; to Persecution No Assistance”

    George Washington’s Letter to theJews of Newport, Rhode Island

    On August 17, 1790, Moses Seixas, the warden of Congregation Kahal Kadosh Yeshuat Israel, better known as the Hebrew Congregation of Newport, Rhode Island, penned an epistle to George Washington, welcoming the newly elected first president of the United States on his visit to that city. Newport had suffered greatly during the Revolutionary War. Invaded and occupied by the British and blockaded by the American navy, hundreds of residents fled, and many of those who remained were Tories. After the British defeat, the Tories fled in turn. Newport’s nineteenth-century economy never recovered from these interruptions and dislocations.

    Washington’s visit to Newport was largely ceremonial—part of a goodwill tour Washington was making on behalf of the new national government created by the adoption of the Constitution in 1787. Newport had historically been a good home to its Jewish residents, who numbered approximately 300 at the time of Washington’s visit. The Newport Christian community’s acceptance of Jewish worship was exemplary, although individual Jews such as Aaron Lopez and Isaac Elizer were unable to obtain full political equality as citizens of Rhode Island. The Jews of Newport looked to the new national government, and particularly to the enlightened president of the United States, to remove the last of the barriers to religious liberty and civil equality confronting American Jewry.

    Moses Seixas’s letter on behalf of the congregation – he described them as “the children of the Stock of Abraham” – expressed the Jewish community’s esteem for President Washington and joined “with our fellow citizens in welcoming [him] to New Port.” The congregation expressed its pleasure that the God of Israel, who had protected King David, had also protected General Washington, and that the same spirit which resided in the bosom of Daniel and allowed him to govern over the “Babylonish Empire” now rested upon Washington. While the rest of world Jewry lived under the rule of monarchs, potentates and despots, as American citizens the members of the congregation were part of a great experiment: a government “erected by the Majesty of the People,” to which they could look to ensure their “invaluable rights as free citizens.”

    Seixas expressed his vision of an American government in words that have become a part of the national lexicon. He beheld in the United States “a Government which to bigotry gives no sanction, to persecution no assistance—but generously affording to All liberty of conscience, and immunities of citizenship: – deeming every one, of whatever nation, tongue or language equal parts of the great Governmental Machine: – This so ample and extensive federal union whose basis is Philanthropy, mutual confidence, and public virtue, we cannot but acknowledge to be the work of the Great God, who ruleth the Armies of Heaven, and among the Inhabitants of the Earth, doing whatsoever seemeth [to Him] good.”

    Seixas closed his letter to the president by asking God to send the “Angel who conducted our forefathers through the wilderness into the promised land [to] conduct [Washington] through all the difficulties and dangers of this mortal life.” He told Washington of his hope that “when like Joshua full of days, and full of honour, you are gathered to your Fathers, may you be admitted into the Heavenly Paradise to partake of the water of life, and the tree of immortality.”

    Not surprisingly, it is Washington’s response, rather than Seixas’s epistle, which is best remembered and most frequently reprinted. Washington began by thanking the congregation for its good wishes and rejoicing that the days of hardship caused by the war were replaced by days of prosperity. Washington then borrowed ideas – and actual words – directly from Seixas’s letter:

    The Citizens of the United States of America have a right to applaud themselves for giving to Mankind examples of an enlarged and liberal policy: a policy worthy of imitation. All possess alike liberty of conscience and immunities of citizenship. It is now no more that toleration is spoken of, as if it was by the indulgence of one class of people that another enjoyed the exercise of their inherent natural rights. For happily the Government of the United States, which gives to bigotry no sanction, to persecution no assistance, requires only that they who live under its protection, should demean themselves as good citizens.

    Washington’s concluding paragraph perfectly expresses the ideal relationship among the government, its individual citizens and religious groups:

    May the Children of the Stock of Abraham, who dwell in this land, continue to merit and enjoy the good will of the other Inhabitants; while every one shall sit under his own vine and fig tree, and there shall be none to make him afraid.

    Washington closed with an invocation: “May the father of all mercies scatter light and not darkness in our paths, and make us all in our several vocations useful here, and in his own due time and way everlastingly happy.”

    The letter, a foundation stone of American religious liberty and the principle of separation between church and state, is signed, simply, “G. Washington.” Each year, Newport’s Congregation Kahal Kadosh Yeshuat Israel, now known as the Touro Synagogue, re-reads Washington’s letter in a public ceremony. The words deserve repetition.


    Résolution de la honte: La supercherie de l’occupation (From disputed to occupied territories: How Obama and Kerry lied America and the world into accepting the single largest US policy change since Carter)

    30 décembre, 2016
    https://i2.wp.com/anidom.blog.lemonde.fr/files/2009/02/carte-israel-1947-1949.1233585853.jpghttps://i2.wp.com/anidom.blog.lemonde.fr/files/2009/02/carte-israel-1967-1973.1233586037.jpgdisputed-territories-map
    china
    epa04712851 A handout picture made available by the Armed Forces of the Philippines (AFP) Public Affairs Office on 20 April 2015 shows construction at Mabini (Johnson) Reef in the disputed Spratley Islands in the south China Sea by China on 18 February 2015. Just before the opening of the Balikatan 2015 joint Philippines and US military exercises, Philippine military chief General Gregorio Pio Catapang showed the latest aerial photos of the expansive reclamation and building being done by China in at least seven disputed territories. The Philippines has alleged that China causes economic losses of at least 100 million dollars annually due to its reclamation activities, which have destroyed an estimated 120 hectares of coral reef systems in the Spratlys islands group. EPA/ARMED FORCES OF THE PHILIPPINES HANDOUT EDITORIAL USE ONLY/NO SALES
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    Le Conseil de sécurité (…) Déplore vivement qu’Israël persiste et s’obstine dans ces politiques et pratiques et demande au Gouvernement et au peuple israélien de rapporter ces mesures et démanteler les colonies de peuplement existantes, et en particulier, de cesser d’urgence d’établir, édifier et planifier des colonies de peuplement dans les terrioires arabes occupés depuis 1967, y compris Jérusalem ; (…) Demande à tous les Etats de ne fournir à Israël aucune assistance qui serait utilisée spécifiquement pour les colonies de peuplement des territoires occupés. Résolution 465 (1980)
    The American vote against Israel in the Security Council Friday was, in a sense, the essential Carter. There was no good reason of state for the United States to reverse its previous refusal (…) That issue is whether friends should be treated differently from enemies. It’s a tough one. That is, it’s a tough one for the United States and especially for the Carter administration. No other country — no other president — has so indulged the luxury of deciding whether to support friends on all occasions regardless of their failings or whether to apply ostensibly universal values and condemn them in particular cases when they are deemed to fall short. (…) it cannot be denied that there is a pack and that it hounds Israel shamelessly and that this makes it very serious when the United States joins it. Jimmy Carter has regularly anguished on this score. This time, in perhaps his last U.N. act of consequence, there was a suggestion in the air that he was finally doing what in his heart he has always wanted to do: vote for what he regarded as virtue. To whatever effect, Ronald Reagan will do it differently. He lacks Jimmy Carter’s general readiness to court the Third World and to grant it, or at least its left-leaning part, something of an exemption from the standards by which nations are usually measured. He is unlikely to regard the United Nations as necessarily the most proper and useful forum in which disputes involving the Third World can be treated in the American interest. Few would expect him to agonize at length over the question of whether the United States should keep off Israel’s back in loaded global forums, funneling its disagreements into bilateral channels, or whether it should join the jackals, as Mr. Carter did on Friday. The Washington Post (Dec. 21, 1980)
    On Saturday, March 2, 1980, the United Nations Security Council called a vote on a resolution condemning new Israeli settlements on the West Bank, the Gaza strip, and Jerusalem—in other words, the U.S. was siding with a resolution that denied Israeli sovereignty over Jerusalem.  Anti-Israel resolutions were a perennial at the U.N. in those years.  The U.S., torn between the desire to prod Israel to restrain new West Bank settlements and our longstanding general support for Israel, had abstained on previous similar resolutions.  This time Vance persuaded Carter that the time had come for the U.S. to signal its displeasure with Israel by voting in favor of the resolution.  The resolution passed unanimously, and all hell broke loose.  An angry Robert Strauss, Carter’s campaign chairman, told Carter, “Either this vote is reversed or you can kiss New York goodbye.” Invoking a parliamentary technicality, the U.S. managed to get a revote o