Twitter files: Toutes les caractéristiques classiques d’une opération de désinformation (What classic earmarks of an information operation when Big Tech colludes with intelligence officials to interfere in elections by suppressing or restricting information ?)

10 décembre, 2022

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Versement du FBI de 3,5 millions de dollars à Twitter pour censurer les conservateurs…
Pression du FBI sur Twitter pour leur donner des informations qui nécessiteraient légalement des mandats, bien qu’ils n’aient pas de mandats…
Réunions hebdomadaires du FBI avec Twitter avant les élections de 2020 pour leur dire quels tweets étouffer et quels comptes ils suspendre…
Etouffement pa rle FBI FBI de l’histoire de l’ordinateur portable de Hunter Biden était réelle, ils savaient qu’elle sortirait – des semaines avant les élections de 2020 …
Sur-représentation d’anciens employés du FBI sur Twitter …

Quelles caractéristiques classiques d’une opération de désinformation ?

Comme viennent de le confirmer la publication sur Twitter …

D’une série d’échanges entre différents officiels du réseau social au petit oiseau bleu …

Quand après la mise sur écoute de la campagne Trump …

Le faux dossier Steele …

Quatre ans de procédures pour pas moins de deux tentatives de destitution …

Huit mois d’émeutes de rue …

Sans compter, cerise sur le gâteau, le dévoiement de la présidentielle de 2020 …

Et le bannissement, toujours effectif à l’exception de Twitter récemment racheté par Elon Musk, du président et nouveau candidat déclaré Trump lui-même…

Big Tech s’immisce dans les élections américaines …

Ou même le débat sur l’épidémie de Covid …

Avec la complicité  de responsables du renseignement..

En supprimant ou en restreignant l’information ?

On vous explique ce que sont les « Twitter Files » relayés par Elon Musk et censés révéler un scandale avec le fils de Joe Biden
La publication de documents internes ne fait que confirmer les éléments connus sur la politique de modération du réseau social, mis en cause après la censure d’un article en pleine campagne présidentielle.
Quang Pham
France Télévisions
08/12/2022

Elon Musk promettait une révélation « incroyable ». Samedi 3 décembre, le milliardaire, qui a racheté le réseau social à la fin octobre, a permis la publication des « Twitter Files ». Derrière ce nom se cache un ensemble de documents internes diffusés pour faire la lumière, selon le milliardaire, sur la politique de modération du réseau dans le cadre de la suppression d’un article visant Hunter Biden, le fils de Joe Biden. Cette censure d’un papier du New York Post, intervenue en pleine campagne électorale pour la présidentielle de 2020, avait scandalisé le camp républicain, le sénateur du Texas Ted Cruz dénonçant un « biais anticonservateur » sur Twitter. Mais que révèlent vraiment les « Twitter Files » ? Franceinfo fait le point sur cette affaire qui enflamme le réseau social.

D’où viennent ces « Twitter Files »?

Diffusés dans un long fil sur Twitter par le journaliste américain Matt Taibbi, les « Twitter Files » exposent le contenu d’e-mails et de discussions internes censés illustrer, selon Elon Musk, la politique de « suppression de la liberté d’expression » en vigueur par le passé sur le réseau social. La première partie de ces révélations revient donc sur l’épisode controversé de la censure sur Twitter d’un article du New York Post* publié en octobre 2020, trois semaines avant la présidentielle américaine. Sur la base d’e-mails présentés comme provenant de l’ordinateur portable d’Hunter Biden, le tabloïd accusait le fils du président américain d’avoir tiré profit de la position de son père pour ses relations d’affaires avec Burisma, un géant de l’énergie ukrainien.

Les circonstances à l’origine de cette fuite sont rocambolesques : les informations ont d’abord été recueillies par un réparateur informatique qui a pu accéder au portable d’Hunter Biden, avant d’être transmises à l’avocat de Rudolf Giulani, l’ancien maire de New York, puis à Steve Bannon, l’ex-conseiller de Donald Trump. De quoi, à l’époque, laisser craindre que les documents présentés par le New York Post aient été manipulés ou acquis de manière illégale. Dans un document officiel diffusé par Politico  le 19 octobre 2020, plusieurs anciens hauts responsables du renseignement américain indiquaient que ces courriels présentaient «  toutes les caractéristiques classiques d’une opération de désinformation russe » . Depuis, ces fameux documents ont fini par être authentifiés, en mars 2022, par le Washington Post* et le New York Times*mais à ce jour, selon Le Point , aucun conflit d’intérêts impliquant directement Joe Biden n’a pu être démontré. Reste que les soupçons sur la véracité de l’information avaient poussé Twitter, mais aussi Facebook, à restreindre la diffusion de l’article. Les « Twitter Files » décrivent les coulisses de cette décision.

Que révèlent ces documents?

Sur Twitter, le journaliste Matt Taibbi révèle que Twitter a pris des « mesures extraordinaires » pour empêcher la diffusion de l’article du New York Post, telles que la suppression des liens, la publication d’avertissements indiquant que la publication pourrait être « dangereuse » et le blocage de sa transmission par messages directs, « un outil jusqu’alors réservé aux cas extrêmes, comme la pédopornographie ». La décision est alors justifiée par la politique de modération de Twitter qui proscrit la diffusion de contenus issus d’un piratage informatique – ce dont était soupçonné le New York Post – et pouvant être utilisés, d’après le règlement du réseau*, à des fins de « manipulation du débat public ».

Mais cette procédure est loin de faire l’unanimité au sein du groupe, assure Matt Taibbi. Plusieurs employés soulignent ainsi l’absence de certitudes quant à la réalité du piratage. « J’ai du mal à comprendre sur la base de quelle disposition de notre politique, nous pouvons signaler cela comme ‘non sûr’. Je pense que le meilleur argument [pour expliquer] cette affaire en externe serait que nous attendons de comprendre si cette histoire est le résultat de contenus piratés », écrit Trenton Kennedy, responsable de la communication, dans un mail interne publié par Matt Taibbi. Nous ferons face à des questions difficiles à ce sujet, si nous ne disposons pas d’une argumentation solide. »

Plus largement, Matt Taibbi révèle que les demandes de modération du réseau social étaient devenues « routinières », émanant aussi bien du parti républicain que du parti démocrate. En 2020, des requêtes provenant de la Maison Blanche, occupée alors par Donald Trump, comme de l’équipe de campagne de Joe Biden ont ainsi été honorées, remarque le journaliste. Sans en apporter la preuve, Matt Taibbi affirme toutefois que le système était « déséquilibré » en faveur des démocrates en raison des orientations politiques « à gauche » des employés de Twitter.

S’agit-il de nouvelles révélations ?

Non, pas vraiment, car les « Twitter Files » ne font en fait que corroborer des éléments déjà rendus publics à l’époque de l’affaire. Devant la bronca des républicains, le réseau social était revenu sur sa décision de bloquer l’article du New York Post au bout de deux jours. Par ailleurs, en novembre 2020, Jack Dorsey, l’ancien patron de Twitter, avait dû s’expliquer lors d’une audition devant le Sénat (PDF, en anglais) sur les dysfonctionnements de la politique de modération du réseau social et le contexte de la censure de l’article sur le fils de Joe Biden.

Quelles sont les réactions?

Sur Truth Social*, le réseau social alternatif fondé par Donald Trump après avoir été banni de Twitter, l’ancien président des Etats-Unis a réagi en dénonçant une « fraude massive » pendant l’élection présidentielle, accusant les « Big Tech » de collusion avec les démocrates. La Maison Blanche*, quant à elle, a commenté la publication des « Twitter Files » en considérant que ces derniers ne représentaient qu’une « distraction » ne révélant que de « vieilles histoires ».

« Ce n’est pas vraiment la preuve irréfutable, que nous espérions », a reconnu Miranda Devine, éditorialiste au New York Post, sur Fox News*. « J’ai le sentiment qu’Elon Musk a retenu certains documents » a-t-elle ajouté, suggérant (sans les apporter) que des preuves existeraient sur l’implication du FBI et des services de sécurité dans la censure de l’article du New York Post. Elon Musk a promis la publication d’un second volet des « Twitter Files », sans préciser s’ils seront en lien avec l’affaire Hunter Biden.

* Les liens signalés par un astérisque renvoient vers des contenus en anglais.

‘I’m treated worse than Hamas’: Fury at Twitter’s ‘secret blacklist’ and ‘visibility filtering’ as new tranche of files reveal conservatives were marked ‘do not amplify’ and COVID lockdown skeptics ‘shadow banned’
Journalist Bari Weiss revealed Thursday night that conservatives and lockdown skeptics were deliberately down-ranked by Twitter
Fox News’s Dan Bongino, youth activist Charlie Kirk, and Stanford CDC critic Dr Jay Bhattacharya were targeted to stop their accounts from gaining prominence
Weiss and journalist Matt Taibbi have been handed a trove of documents from Twitter, detailing why the company censored the story of Hunter Biden’s laptop
The documents from Taibbi showed panic among senior Twitter staff in October 2020 when the New York Post reported on the contents of Hunter’s computer
Jack Dorsey and his head of legal, Vijaya Gadde, both denied that Twitter ever deliberately downgraded or ‘shadow banned’ any accounts
Harriet Alexander
The Daily Mail
9 December 2022

Twitter kept a ‘secret blacklist’ of topics and accounts to prevent them from trending, according to data obtained by journalist Bari Weiss – with conservative commentators deliberately downplayed in what one called ‘Soviet-style bulls***’,’ while another said he was treated ‘with more censorship than Hamas’.

Specialist teams were put to work dealing with 200 cases a day.

Conservative commentators, including Dan Bongino and Charlie Kirk, were deliberately put on a ‘search blacklist’ in Bongino’s case or tabbed ‘do not amplify,’ in the case of Kirk.

‘They’re treating my Twitter account with more scrutiny and censorship than the prime minister of Iran, than Hamas, than people who do actual terroristic type damage,’ said Kirk. ‘Now we have evidence to show that’s exactly why my Twitter account the last couple years has been down 95 percent in engagement.’

Bongino said it was ‘Soviet-style bulls***.’

Those who questioned the prevailing COVID orthodoxy of lockdowns and mask mandates, such as Stanford’s Dr Jay Bhattacharya who argued that lockdowns harmed children, were also placed on a ‘search blacklist.’

Weiss made the revelations on Twitter Thursday night in the second tranche of what has been termed The Twitter Files.

She reported that Twitter used what was termed ‘visibility filtering’ to downplay accounts they objected to, and had teams of people working to reduce the traction gained by individuals or their tweets.

The teams working to minimize certain accounts or topics were backed up by a top-level ‘Site Integrity Policy, Policy Escalation Support’ team – where the CEO and top legal advisors would decide sensitive cases of censorship. Jack Dorsey and his successor as CEO, Parag Agrawal, were on the team.

Top officials such as Yoel Roth, the global head of trust and safety, wrote in internal messages that he wanted more creative ways of censoring and muffling specific accounts and content.

Elon Musk, who bought Twitter in October for $44 billion, was gleeful about the revelations regarding the company he now owns – retweeting Weiss’ thread, with a popcorn emoji.
Dr Jay Bhattacharya, who argued that COVID lockdowns harmed children, was also placed on a ‘search blacklist’ by Twitter, according to Weiss
‘The inmates were running the asylum’: Elon Musk calls out former safety czar Yoel Roth and confirms right-wing accounts were suspended
Elon Musk confirmed that conservatives were banned from Twitter despite not violating any policies.

The latest installment of the Twitter Files showed the scale of censorship and ‘visibility filtering’ on the social media platform.

Musk, who bought Twitter in October for $44 billion, vowed to end the practice of ‘shadow banning’ – secretly downgrading a person’s tweets or trending themes to minimize their reach.

Musk, 51, singled out Yoel Roth, the global head of trust and safety, who wrote in internal messages that he wanted more creative ways of censoring and muffling specific accounts and content.

Yoel Roth was the global head of trust and safety at Twitter. Musk on Thursday highlighted a 2017 tweet in which Roth referred to the Trump White House as being full of ‘actual Nazis

‘As @bariweiss clearly describes, the rules were enforced against the right, but not against the left,’ he said, adding that the company was ‘working on a software update that will show your true account status, so you know clearly if you’ve been shadowbanned, the reason why and how to appeal.’

He added: ‘Truth brings reconciliation.’

Within Twitter, the practice was termed ‘visibility filtering’, Weiss reported.

‘Think about visibility filtering as being a way for us to suppress what people see to different levels. It’s a very powerful tool,’ one senior Twitter employee told her.

Twitter would block searches of individual users, make a specific tweet less easy to find, block posts from the ‘trending’ page, and remove them from hashtag searches.

Another source, a Twitter engineer, told Weiss: ‘We control visibility quite a bit. And we control the amplification of your content quite a bit. And normal people do not know how much we do.’

Weiss said that the matter was dealt with by Twitter’s Strategic Response Team – Global Escalation Team, known as SRT-GET – a group that handled 200 cases a day.

A higher-level team, known as SIP-PES, ‘Site Integrity Policy, Policy Escalation Support,’ dealt with more complex and high-profile cases.

Dorsey and his replacement as CEO, Parag Agrawal, sat on the group, as did Gadde and Yoel Roth, the global head of trust and safety.

Roth messaged colleagues on Slack to say that ‘spam enforcements’ had been used as a way of circumventing the safety team ‘under-enforcing their policies’.

The group would need to intervene if any action was taken to limit the popular account @LibsofTiktok – whose account was tabbed internally: ‘Do Not Take Action on User Without Consulting With SIP-PES.’

Weiss said that account was suspended six times in 2022, and the author, Chaya Raichik, blocked from her account for at least a week each time.

Her account was suspended, they told Raichik, due to violations of Twitter’s ‘hateful conduct’ policy – but internally, Twitter admitted there was no violation.

In an October 2022 memo from SIP-PES obtained by Weiss, the committee concluded that the account ‘has not directly engaged in behavior violative of the Hateful Conduct policy.’

They justified the suspension by saying her posts encouraged online harassment of ‘hospitals and medical providers’ by insinuating ‘that gender-affirming healthcare is equivalent to child abuse or grooming.’

Weiss said that their response was in sharp contrast to that when Raichik was doxxed, with her home addressed published online. Raichik complained, but Twitter refused to take the tweet down, and it remains on the site to this day.

Raichik tweeted: ‘They suspended me multiple times knowing I never violated any policies. This is what happens when you talk about things that they don’t want you to talk about. So glad those days on Twitter are over. Thank you @elonmusk.’

Musk replied: ‘You’re welcome. Twitter won’t be perfect in the future, but it will be *much* better.’

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Weiss also singled out Roth for criticism, saying he was active in censoring accounts.

She noted that he had written to an employee on the Health, Misinformation, Privacy, and Identity research team wanting to improve ‘non-removal policy interventions like disabling engagements and deamplification/visibility filtering.’

Roth wrote: ‘The hypothesis underlying much of what we’ve implemented is that if exposure to, e.g., misinformation directly causes harm, we should use remediations that reduce exposure, and limiting the spread/virality of content is a good way to do that.’

He said that Dorsey was supportive of the censorship.

‘We got Jack on board with implementing this for civic integrity in the near term, but we’re going to need to make a more robust case to get this into our repertoire of policy remediations – especially for other policy domains,’ Roth wrote.

Musk defended Dorsey, however.

‘Controversial decisions were often made without getting Jack’s approval and he was unaware of systemic bias. The inmates were running the asylum,’ he said on Thursday night.

‘Jack has a pure heart imo.’

In October 2020, journalist Dave Rubin asked then-CEO Jack Dorsey: ‘Do you shadow ban based on political beliefs? Simple yes or no will do.’

Dorsey replied: ‘No.’

Vijaya Gadde, Twitter’s head of legal, policy, and trust, also denied that Twitter operated such blacklists.

‘We do not shadow ban,’ she said in 2018, according to Weiss – speaking alongside Kayvon Beykpour, Twitter’s head of product.

They added: ‘And we certainly don’t shadow ban based on political viewpoints or ideology.’

Tucker Carlson, Fox News host, immediately seized on Weiss’ report, saying it ‘confirms what many suspected but none knew for certain – which is that Twitter routinely censored prominent critics of the Biden administration, with no factual justification whatsoever.’

He noted the example of the Stanford doctor who was vocal against COVID lockdowns and was blacklisted, saying it was ‘doubtless at the request of the authorities’.

Carlson continued: ‘They prevented his tweets from trending which meant most of his tweets couldn’t be seen.

‘According to Weiss, at one point they slapped him with a search ban. That made it impossible for users to find tweets by him, because they were inaccurate?

‘No, because they were accurate. That was the crime. That’s always the crime. They never punish you for lying, they only punish you for telling the truth.’

He added: ‘It was strategic. They weren’t censoring people because they were annoying, they were censoring people because they were providing factual information that might have stopped certain policies or election results from happening.

‘So, you know, this was sophisticated – and had an effect on American society, I would say.’

Kirk told Carlson on Thursday night that the report confirmed his long-held suspicions, but said he was angry.

He says he was averaging 115,000 retweets a day at their peak – questioning COVID lockdowns, for example.

‘I was called a conspiracy theorist, I was smeared,’ Kirk told Carlson, adding that he complained and met Dorsey personally. Dorsey assured him that shadow banning was not happening.

Kirk said the social media company was censoring him because ‘they saw what I had to say as a direct threat to the regime.’

He said: ‘They’re treating my Twitter account with more scrutiny and censorship than the prime minister of Iran, than Hamas, than people who do actual terroristic type damage.

‘Now we evidence to show that’s exactly why my Twitter account the last couple years has been down 95 percent in engagement.

‘Were they told to do this by the federal government?’ he asked, describing how he watched the Twitter change from a social media platform into a ‘Democrat super PAC.’

He added: ‘Apparently asking questions about the lockdown policy was a threat. Were they told to do this by Anthony Fauci, by the federal government?

‘We may never know – but Twitter at its best was a place where heterodox ideas were able to spread. Twitter went out of its way to censor it and suffocate our account.’

He said: ‘I’ve been told forever, so weird that I can’t find you on Twitter, you’re a verified account, your name’s not usual, how come you don’t come up?

‘When I spoke about this on my show I was called a conspiracy theorist and a wacko.

‘My website has been banned by Google Ads; I was banned by YouTube for suggesting that cloth masks don’t work, which is now scientifically proven.

‘Now I find I am on a ‘not safe for work’ shadow ban list on Twitter, because I’ve committed the thought crime of being a conservative.’

He added: ‘Tell me again how we live in a free country.’

Raichik, the @LibsOfTikTok founder, told Carlson by phone that she ‘absolutely sensed I was being censored.’

‘I had a very large account. I never was able to trend, and now we find out I was on the trend blacklist.

‘There were sometimes days or weeks at a time where I felt like my tweets were getting much less engagement than usual, than they should.

‘Now it’s clear that there was suppression and shadow banning.’

Raichik added: ‘The craziest part of this whole thing is that they admitted that I’m not even violating the policies, and they still suspended me seven times. Seven times, three of which were for a week at a time.

‘So I was suspended for probably a month altogether – and for what?

‘Not even violating their policies – just because they don’t like their own views. They don’t want you to see it.’

The first tranche of documents, posted by Matt Taibbi last week, detail how Twitter in October 2020 decided to censor the New York Post’s reporting on the contents of Hunter Biden’s laptop.

They feared the contents were obtained through hacking, but had no evidence to prove it, and it quickly emerged that the laptop had simply been left at a repair store.

Jack Dorsey, the then-CEO of Twitter, admitted that censoring the legitimate reporting was a significant error.

Elon Musk, 51, has vowed that ‘everything we find will be released’ as Twitter continues to release the files surrounding Hunter Biden’s laptop scandal

‘If the goal is transparency to build trust, why not just release everything without filter and let people judge for themselves?’ Dorsey wrote on Twitter
Twitter’s new owner and ‘Chief Twit’ Elon Musk on Wednesday claimed the ‘most important’ Twitter data was ‘deleted’ and ‘hidden’ from the Dorsey.

Musk, 51, has vowed that ‘everything we find will be released’ as his newly acquired company continues to release the Twitter Files.

On Wednesday, Dorsey, 46, replied to Musk’s tweet about delaying the second batch of the Twitter Files, calling for the new CEO to ‘release everything’ at once.

‘If the goal is transparency to build trust, why not just release everything without filter and let people judge for themselves? Including all discussions around current and future actions?’ Dorsey wrote.

‘Make everything public now.’

Musk replied that everything would be released, but even the ‘most important data was hidden (from [Dorsey] too) and some may have been deleted.’

Twitter’s general counsel James Baker FIRED for ‘vetting internal files on Hunter Biden laptop scandal and DELAYING release of the second tranche’: Ex-FBI lawyer was James Comey’s deputy and involved in Russian collusion investigation

The delay of the second tranche of Twitter files came after Elon Musk fired James Baker – Twitter’s general counsel and former FBI general counsel – after discovering he vetted the first installment of the Files, which were sent to journalist Matt Taibbi, from Substack, and Common Sense Editor Bari Weiss.

Musk fired Baker ‘in light of concerns about Baker’s possible role in suppressing information important to the public dialogue.’

Taibbi revealed that Baker’s involvement in the first batch of files was ‘without knowledge of new management.’

‘The process for producing the ‘Twitter Files’ involved delivery to two journalists (Bari Weiss and me) via a lawyer close to new management. However, after the initial batch, things became complicated,’ Taibbi wrote on Twitter.

‘Over the weekend, while we both dealt with obstacles to new searches, it was @BariWeiss who discovered that the person in charge of releasing the files was someone named Jim. When she called to ask ‘Jim’s’ last name, the answer came back: ‘Jim Baker.’

Weiss said her ‘jaw hit the floor’ when she found out.

The first batch of files the two journalists received was titled the Spectra Baker Emails.

The first batch of internal documents showed Baker and other executives discussing Twitter’s October 2020 ban on a news report about Hunter’s foreign business deals, based on emails from his abandoned laptop.

Baker, Musk, and the trial of the Democrat lawyer accused of lying to the FBI
James Baker has long been in the crosshairs of Elon Musk.

Baker played a key role in a series of events that led to Democrat lawyer Michael Sussmann going on trial in May, accused of lying to the FBI.

He was not accused of giving the FBI false information, but rather lying about who he worked for.

Elon Musk fired Twitter’s general counsel James Baker (pictured) after discovering he vetted the first installment of the Twitter Files
The saga began when Sussmann was given information from a group of data scientists who analyzed odd internet data they thought might suggest clandestine communications between a server for the Trump Organization and a server for Alfa Bank, a Kremlin-linked Russian financial institution.

Sussmann then texted Baker, at the time the bureau’s general counsel, to say he had information the FBI should be aware of.

‘I’m coming on my own — not on behalf of a client or company — want to help the bureau,’ Sussmann wrote in his text to Baker.

Baker testified that he was certain Sussmann was acting as an individual, and would likely not have met him were he working for the Clinton campaign.

Sussmann, a cybersecurity specialist, had worked for the Democratic Party in the context of Russia’s hacking of its servers, and Russia publishing emails from the servers.

Sussmann was also connected to the Democrats via one of his partners at the law firm Perkins Coie, Marc Elias, who was representing the Clinton campaign and hired Fusion GPS.

Yet multiple people – including Elias – testified that Sussmann was indeed acting on his own accord, and argued that actually going to the FBI was not in the interests of the Clinton campaign, which would have preferred a New York Times story drawing attention to the assertions.

The FBI later decided the allegations of links between the Trump campaign and the Russian bank were unfounded.

Musk tweeted during the trial that he thought Sussmann had ‘created an elaborate hoax’ about Russia, in a bid to help Clinton.

On May 16, staunchly pro-Trump Congressman Jim Jordan tweeted: ‘Christopher Steele created the dossier. Glenn Simpson sold it to the press.

‘Michael Sussman took it to the FBI. And Democrats and the media lied to you about it all.’

Musk then replied in agreement. ‘All true,’ he tweeted on May 20.

‘Bet most people still don’t know that a Clinton campaign lawyer, using campaign funds, created an elaborate hoax about Trump and Russia.

‘Makes you wonder what else is fake.’

On May 31, the jury concluded that Sussmann had not lied to the FBI and cleared him.

On Friday, Taibbi published the batch of internal documents, calling them the ‘Twitter Files,’ which included an exchange between Baker and former VP of Global Comms Brandon Borrman.

Borrman asks, regarding banning an article about Hunter Biden under Twitter’s ‘hacked materials’ policy: ‘Can we truthfully claim that this is part of the policy?’

Baker responded, appearing to argue in favor of maintaining the ban, because ‘caution is warranted.’

At the time, the files were determined to have broken Twitter’s hacked materials policy, but Dorsey has since said the call was a mistake.

Critics accused Twitter of swaying the presidential election toward Biden by covering up the data.

Liberals fume as Elon Musk gives independent journalist Bari Weiss unprecedented access for Twitter Files 2

Weiss and Matt Taibbi were tapped by Musk to report on the ‘Twitter Files’
Joseph A. Wulfsohn
Fox News
December 9, 2022

A report highlighting the unprecedented Twitter access Elon Musk is apparently granting to independent journalist Bari Weiss has sparked fury among their critics.

Insider reported Wednesday that Weiss « has been given access to Twitter’s employee systems, added to its Slack, and given a company laptop, » according to sources.

« The level of access to Twitter systems given to Weiss is typically given only to employees, one of the people familiar said, though it doesn’t seem she is actually working at the company, » Insider wrote.

Weiss shared the second installment of the « Twitter Files » on Thursday, which revealed that Twitter took measures to shadow-ban users like Stanford University’s Dr. Jay Bhattacharya, a longstanding opponent of COVID groupthink during the pandemic who expressed opposition to lockdowns, as well as prominent conservatives like Fox News host Dan Bongino and Turning Point USA’s Charlie Kirk.

She also reported that Twitter internally acknowledged that Libs of TikTok, whose account was repeatedly suspended for allegedly violating its « hateful conduct » policy, « has not directly engaged in behavior violative of the Hateful Conduct policy. »

The Insider report noted that Weiss’ Twitter access appears to have gone beyond that given to Matt Taibbi, the Substack journalist who reported on the first installment of the so-called « Twitter Files » last week.

Liberal media critics on Twitter lambasted Musk’s reported move to bring in Weiss while leveling the same public relations accusation against her that they used on Taibbi last week.

« This is all normal stuff if you’re onboarding a new hire to your comms team, » Washington Post tech columnist Taylor Lorenz reacted.

« The most obvious and hilarious PR campaign masquerading as investigative journalism you will ever see, » Vice News correspondent Roberto Aram Ferdman tweeted.

MSNBC columnist Marisa Kabas wrote, « sure sounds like bari weiss is twitter’s new publicist. »

« [S]o bari weiss is doing: a.) an internal witch-hunt for a private company and b.) external PR for said company, » Smithsonian Magazine senior editor Ted Scheinman wrote, adding « no real journalist would agree to this unholy amalgamation. the basest hackery. »

« Weiss is an opinion writer/activist, not an investigative journalist. Her whole MO is to look for stories that might be generally unrepresentative, but reflect her worldview, and not do any additional digging that challenges that worldview. View the scoops that follow accordingly, » Georgetown Professor Don Moynihan slammed the journalist.

Bari Weiss left The New York Times in 2020 to launch her own Substack and podcast, accusing the paper of allowing Twitter to become its « ultimate editor. » (Getty Images/Bari Weiss)

« Hope media folks don’t get duped by this and refer to anything Weiss or Taibbi are doing as journalism or that they are acting in a capacity as journalists, » Yahoo senior editor Steve Mullis tweeted. « It’s extra ironic considering [Elon Musk] rails against ‘unethical journalism’ and yet this is as unethical as it comes. »

Neither Weiss nor Twitter responded to Fox News’ requests for comment.

Weiss is the founder of new media company « The Free Press » and host of the « Honestly » podcast, which she launched following her dramatic exit from The New York Times in 2020 as its opinion page editor.

Musk announced on Tuesday that he had terminated Deputy General Counsel Jim Baker « in light of concerns about Baker’s possible role in suppression of information important to the public dialogue. »

Taibbi subsequently revealed that Baker had vetted the first batch of the « Twitter Files » without Musk’s knowledge.

Taibbi explained, « The process for producing the ‘Twitter Files’ involved delivery to two journalists (Bari Weiss and me) via a lawyer close to new management. However, after the initial batch, things became complicated. Over the weekend, while we both dealt with obstacles to new searches, it was @BariWeiss who discovered that the person in charge of releasing the files was someone named Jim. When she called to ask ‘Jim’s’ last name, the answer came back: ‘Jim Baker.’

« ‘My jaw hit the floor,’ says Weiss, » Taibbi wrote.

Journalist Matt Taibbi revealed the « Twitter Files » revelations one tweet at a time on Friday. (Daniel Zuchnik/WireImage/Getty Images)

The Substack writer then shared a screenshot of first batch of files both he and Weiss received, which were labeled « Spectra Baker Emails. »

« Baker is a controversial figure. He has been something of a Zelig of FBI controversies dating back to 2016, from the Steele Dossier to the Alfa-Server mess. He resigned in 2018 after an investigation into leaks to the press, » Taibbi told his followers. « The news that Baker was reviewing the ‘Twitter files’ surprised everyone involved, to say the least. New Twitter chief Elon Musk acted quickly to ‘exit’ Baker Tuesday. »

Baker did surface in the first installment of the so-called « Twitter Files » shared by Taibbi Friday night.

While revealing internal discussions over how to explain Twitter’s suppression of the Hunter Biden laptop story during the 2020 election, Baker told his colleagues, « I support the conclusion that we need more facts to assess whether the materials were hacked » but added « it’s reasonable for us to assume that they may have been and that caution is warranted. »

Additionally, Taibbi initially reported, « Although several sources recalled hearing about a ‘general’ warning from federal law enforcement that summer about possible foreign hacks, there’s no evidence – that I’ve seen – of any government involvement in the laptop story. »

It is unclear whether Baker’s involvement in vetting the « Twitter Files » led Taibbi to draw that conclusion and whether Baker omitted files that would have shown the federal government intervening in Twitter’s suppression of the Hunter Biden laptop story.

Musk had been vocal about being transparent when it comes to Twitter’s past and present actions when it comes to curating content on the platform, including censored content.

Twitter infamously blocked its users from sharing the New York Post’s reporting of Hunter Biden’s laptop in tweets and in direct messages.

At the time, Twitter Safety alleged that the articles were in violation of its « hacked materials policy. » Twitter’s then-CEO Jack Dorsey admitted his companies actions were a mistake.

Some critics believe the suppression of the Hunter Biden scandal by Big Tech and the media at large was enough to sway the election in favor of his father.

The Twitter Censorship Files

The mistaken claims in 2020 by former spooks about Hunter Biden’s emails framed the social-media site’s decision to block the news.
The Editorial Board
The Wall Street Journal
Dec. 4, 2022

Elon Musk’s release of internal emails relating to Twitter’s 2020 censorship is news by any definition, even if the mainstream media dismiss it. There will be many threads to unspool as more is released, but a couple of points are already worth making.
The first is that Mr. Musk would do the country a favor by releasing the documents all at once for everyone to inspect. So far he’s dribbled them out piecemeal through journalist Matt Taibbi’s Twitter feed, which makes it easier for the media to claim they can’t report on documents because they can’t independently confirm them.
A second point is an huzzah for Rep. Ro Khanna, the California progressive Democrat, who warned Twitter in 2020 about the free-speech implications and political backlash of censoring the New York Post story about Hunter Biden’s laptop. That was good advice, even if Twitter didn’t take it.
A third point is the confirmation of the central role that former spies played in October 2020 in framing the Hunter Biden story in a way that made it easier for Twitter and Facebook to justify their censorship.
Recall that former Democratic intelligence officials James Clapper and John Brennan led the spooks in issuing a public statement suggesting that the laptop may have been hacked and its content was Russian disinformation. On Oct. 16, 2020, Mr. Clapper told CNN that “to me, this is just classic textbook Soviet Russian tradecraft at work.” On Oct. 19, 51 former spooks released their statement claiming that the arrival of the emails “has all the classic earmarks of a Russian information operation.” (The statement and signers are published nearby.)
We now know that the Clapper-Brennan claims were themselves disinformation and that the laptop was genuine and not part of a Russian operation. CBS News recently waddled in two years later with a forensic analysis of its own and concluded it is real.
But the claims by the spies gave an excuse for the media to ignore the Hunter Biden story and even to dismiss Hunter’s former business partner, Tony Bobulinski, who went on the record before the election to confirm much of the content on the laptop with documentation in the form of voluminous text messages.
We examined those messages ourselves at the time, and our Kimberley Strassel spoke with Mr. Bobulinski and put it all on the record before the election. We also wrote an editorial. But nearly all of the rest of the press ignored or trashed the story.
The Twitter documents published by Mr. Taibbi include part of what appears to be a memo from James Baker, the Twitter deputy general counsel. “I support the conclusion that we need more facts to assess whether the materials were hacked. At this stage, however, it is reasonable for us to assume that they may have been and that caution is warranted,” Mr. Baker wrote.
He continued that “there are some facts that indicate that the materials may have been hacked, while there are others indicating that the computer was either abandoned and/or the owner consented to allow the repair shop to access it for at least some purposes. We simply need more information.”
With an election so close, any delay helped the Biden campaign, which was trying to squelch the Hunter Biden story that raised questions about what Joe Biden knew about Hunter’s foreign business dealings. Twitter went ahead and suppressed the story across its platform, going so far as to suspend the New York Post’s Twitter account.
Readers may recall that Mr. Baker was director Jim Comey’s general counsel at the Federal Bureau of Investigation during the Russia collusion fiasco in 2016. He was the main FBI contact for Michael Sussmann, the Clinton campaign lawyer who spread falsehoods about the Trump campaign regarding Alfa Bank, among other things.
Mr. Baker’s ties to the former intelligence officials who signed the “Russian information operation” statement may have influenced his Twitter memo and the censorship decision. All of this is likely to be fodder for House Republican hearings into the FBI’s role in the Hunter Biden story.
The partisan foray by current and former U.S. intelligence officials in the last two elections should be deeply troubling to Americans on the left and right. They have authority by dint of access to information that isn’t confirmable by the press, which takes their spin as gospel. This is a form of political corruption that needs to be exposed, and perhaps the Twitter documents will help to unlock the story.

‘Twitter Files’ Paint an Ugly Portrait

Jim Geraghty
The National Review
December 5, 2022

On the menu today: Elon Musk and Matt Taibbi team up to offer the “Twitter files,” a look inside the internal deliberations at Twitter when it decided to block access to a New York Post story which revealed all kinds of embarrassing and scandalous information found on Hunter Biden’s laptop. You can quibble with Taibbi’s decisions here and there, but overall, the files paint an ugly portrait of a social-media company’s management unilaterally deciding that its role was to keep breaking news away from the public instead of letting people see the reporting and drawing their own conclusions.

Opening the ‘Twitter Files’

The revelations of the “Twitter Files” paint an ugly portrait of the individuals who made decisions about standards of content on Twitter during the 2020 presidential campaign. The company’s senior management — oddly, without consulting or involving CEO Jack Dorsey — basically decided unilaterally that people shouldn’t be allowed to read the New York Post’s article, which laid out emails indicating that Hunter Biden introduced his father, then-Vice President Joe Biden, to a top executive at a Ukrainian energy firm, “less than a year before the elder Biden pressured government officials in Ukraine to fire a prosecutor who was investigating the company.”

Twitter’s new owner, Elon Musk, gave reporter Matt Taibbi access to internal company emails and records, and Taibbi laid out in a series of tweets how the company “took extraordinary steps to suppress the story, removing links and posting warnings that it may be ‘unsafe.’ They even blocked its transmission via direct message, a tool hitherto reserved for extreme cases, e.g. child pornography.”

The reasoning behind the ban of the article was the contention that it included “hacked materials,” even though there was no evidence of hacking. The Post said the information was obtained from a computer that was dropped off at a repair shop in Biden’s home state of Delaware in April 2019 and never reclaimed. This was not electronic theft; this was old-fashioned reporting — and exceptionally bad judgment on Hunter Biden’s part, which at this point shouldn’t seem implausible to anyone.

Note that Twitter made its decision to restrict access to and distribution of the Post story before more than 50 former senior intelligence officials signed a letter contending that the trove of emails from Hunter Biden “has all the classic earmarks of a Russian information operation.” (In retrospect, the characterization of it as an “information operation” instead of a “disinformation operation” was a revealing admission.)

That letter was an extraordinarily irresponsible act by the likes of Jim Clapper, Michael Hayden, Leon Panetta, John Brennan, et. al., because it assumed facts not in evidence, and effectively cashed in on the reputations of those former intelligence officials to persuade the American public to believe something that wasn’t true. Many Americans likely believed that former CIA staff would know something about Russian operations that the rest of us didn’t.

But Twitter’s management can’t pass the buck to those former intelligence officials, because the company made its decision to block access to the Post’s story five days before their letter was published.

I suppose the revelations of the Twitter Files could have been even worse if the Biden campaign or someone in the government had somehow “ordered” Twitter’s management to take these drastic measures. But it’s still atrocious that just about all of Twitter’s management believed its role was to keep news away from the public instead of letting people see the Post’s reporting and draw their own conclusions.

Recall how Twitter touted its purpose back in 2016: “Twitter connects you with the people you’re interested in — whether that’s someone across the world who shares your love for science-fiction, your friends and family, a politician, or your local sports team.”

If, from the beginning, Twitter had declared that, “We are a progressive company, and we are only interested in connecting progressives with other progressives, and we will suspend the accounts of conservative users with little warning and with vague explanations, and we will block the public’s ability to see news that we think might make them want to vote against Democrats,” well, at least then it would have been honest, and most conservatives never would have bothered to set up accounts on Twitter.

You notice that you don’t see many conservatives complaining that they’re being shut out of Mastodon, the social-media network that many progressives flocked to after Elon Musk purchased Twitter. If progressives want to set up their own online community that conservatives can’t join, that’s their right.

This was one of the complications of the “Twitter is a private company, so they can set whatever rules they like” argument. Twitter changed the deal, so to speak, after it had obtained significant authority over a chunk of online public discourse. Twitter attracted its large user base by being seeming politically neutral, and then gradually ratcheted up its attitudes of limiting and suppressing conservative speech.

Perhaps the lone pleasant surprise in the Twitter Files is Democratic congressman Ro Khanna of California, who reached out to Twitter’s head of legal, policy, and trust, Vijaya Gadde, and tried to gently nudge the company away from its censorious actions. Khanna described himself as a “total Biden partisan,” said he was convinced that Joe Biden had done nothing wrong, and characterized the New York Post as “far right.” (Eh, right of center, pugnacious, populist, tabloid, yes. Far-right, no.)

But credit Khanna for being the only figure to point out that, “This seems a violation of the First Amendment principles. . . . A journalist should not be held accountable for the illegal actions of the source unless they actively aided the hack. So, to restrict the distribution of that material, especially regarding a presidential candidate, seems not in the keeping of [the Supreme Court case] New York Times vs. Sullivan.” Khanna added that, “In the heat of a presidential campaign, restricting dissemination of newspaper articles (even if NY Post is far right) seems like it will invite more backlash than it will do good.”

You can find quibbles and beefs with the way Musk and Taibbi handled the story. There was no need to post the email addresses of figures such as Khanna. There are one or two spots where Taibbi’s characterization isn’t as clear as it ought to be, such as when he wrote, “By 2020, requests from connected actors to delete tweets were routine. One executive would write to another: ‘More to review from the Biden team.’ The reply would come back: ‘Handled.’” Apparently, four of the five tweets in the example Taibbi pointed to included nude photos, which seems like an important detail. Most of us would agree there is a substantive difference between “please remove these nude photos of my son that he did not consent to have released or published” and “please remove this information about my son’s business deals with shady foreign figures that is embarrassing to me and my campaign.”

It would have been helpful to have all of this laid out in one document instead of a long series of tweets, and links to source documents also would have helped paint the fullest picture possible.

Yesterday, Howard Kurtz was kind enough to have me appear on his MediaBuzz program on Fox News Channel, and my co-panelist insisted that there was nothing significant in the Twitter files. Curiously, this is a defense — “None of this matters!” — that not even Twitter CEO Jack Dorsey was willing to attempt, either in November 2020 or in hearings the following March. Dorsey said after the election that his team made the wrong decision:

We recognize it as a mistake that we made, both in terms of the intention of the policy and also the enforcement action of not allowing people to share it publicly or privately. . . . We made a quick interpretation, using no other evidence, that the materials in the article were obtained through hacking and, according to our policy, we blocked them from being spread.

When a social-media company decides to block access to a news article out of ideological and political loyalties, that’s newsworthy and consequential, and it’s worth asking, “How did this happen? Who made the decisions that led to this point?”

Former NYT columnist Bari Weiss releases ‘Twitter Files Part Two’

Former New York Times columnist Bari Weiss released the second installment of the “Twitter Files” on Thursday night, sharing images of accounts that Twitter allegedly placed on various types of “blacklists.”

Weiss posted several images of what appears to be an internal Twitter system that marked certain accounts as being under various kinds of “blacklists,” in addition to flagging other information about the accounts.

Jay Bhattacharya, a health policy professor from Stanford University who opposed COVID-19 lockdowns, appeared to have been placed on a “Trends Blacklist,” as was the right-wing Libs of TikTok account, according to the photos.

The account of conservative commentator Dan Bongino was apparently placed on a “Search Blacklist,” while the photos seemed to show Turning Point USA President Charlie Kirk had his account marked as “Do Not Amplify.”

The images also appeared to show that several of the accounts had been flagged with “Recent Abuse Strike” and that more basic information, such as when the accounts were “Twitter Blue Verified” or “High Profile,” had also been noted.

Weiss also shared purported screenshots of internal messages from Yoel Roth, Twitter’s former head of safety and integrity, including one in which he appeared to ask for research on “non-removal policy interventions like disabling engagements and deamplification/visibility filtering.”

Weiss’s Twitter thread is the second installment in what Twitter CEO Elon Musk has dubbed the “Twitter Files.” The first installment, released by independent journalist Matt Taibbi, appeared to show an internal debate at the social media company over how to handle a New York Post story about Hunter Biden.

While the first installment of the “Twitter Files” sparked outrage across right-wing outlets, it seemed to fall flat otherwise, with some criticizing the release for failing to deliver groundbreaking revelations.

The release of the “Twitter Files” comes just over a month after Musk acquired the social media company. The billionaire, who promised to reshape Twitter into a “free speech” platform, shared the trove of internal documents with Weiss and Taibbi in an apparent effort to show that content moderation under the previous management was biased against the political right.

Voir de plus:

We are disturbed by the day’s events in Washington, D.C. and request three actions of Staff: 1. Permanently suspend @realDonaldTrump over his actions on January 62. Provide a clear account of the day’s decision making process regarding the President’s tweets 3. An investigation into the last several years of corporate actions that led to Twitter’s role in today’s insurrection

For the last four years, we have watched right wing extremists grow on our platform, nurtured by @realDonaldTrump. We have seen Twitter leadership struggle to deal with the violent, hateful rhetoric shared by @realDonaldTrump. We have respected those decisions and had faith in those who make them, knowing that settling policy around hate speech and misinformation is nuanced and difficult. We appreciate stronger measures, like the interstitials recently used on his account and his Jan. 6 timeout.

We do not believe these actions are sufficient. Trump is no longer a legitimate democratic actor. In a video posted on Twitter, he called the election “fraudulent” and a “landslide” in his favor, while referring to his loyalists as “very special” even as they broke into the Capitol building and clashed with police. At no point did the outgoing President unambiguously denounce their actions.

We must examine Twitter’s complicity in what President-Elect Biden has rightly termed insurrection. Those acts jeopardize the wellbeing of the United States, our company, and our employees.

First, we request that @realDonaldTrump’s account be suspended permanently, before he can further harm using our platform.

Second, we request more transparent internal communications around Twitter’s civic integrity policy and how it applied.

Third, we request an independent investigation into Twitter’s role in these events. Despite our efforts to serve the public conversation, as Trump’s megaphone, we helped fuel the deadly events of January 6th. We request an investigation into how our public policy decisions led to the amplification of serious anti-democratic threats. We must learn from our mistakes in order to avoid causing future harm.

We play an unprecedented role in civil society and the world’s eyes are upon us. Our decisions this week will cement our place in history, for better or worse.

We do not claim to speak for any other Tweeps than those who add their names here.

The Undersigned

 

Twitter bans Trump’s account, citing risk of further violence

The suspension amounted to a historic rebuke for a president who had used the social media site to rise to political prominence

 

Twitter on Friday banned President Trump from its site, a punishment for his role in inciting violence at the U.S. Capitol this week, robbing him of the megaphone he used to communicate directly with more than 88 million supporters and critics.

The move amounted to a historic rebuke for a president who had used the social-networking site to fuel his rise to political prominence. Twitter has been Trump’s primary communication tool to push policies, drive news cycles, fire officials, spread falsehoods, savage opponents and praise allies.

A defiant Trump lashed out in response late Friday, accusing Twitter in a statement of having “coordinated with the Democrats and the Radical Left” to remove his account. He threatened regulation, promising a “big announcement” to come, and said he is looking “at the possibilities of building out our own platform in the near future!” The official account for the presidency, @POTUS, also tweeted that message, although the posts were quickly taken down by Twitter.

Twitter had resisted taking action against Trump for years, even as critics called on the company to suspend him, arguing that a world leader should be able to speak to his or her citizens unfettered. But Trump’s escalating tweets casting doubt on the 2020 election — and the riot at the U.S. Capitol his comments helped inspire — led the company to reverse course.

Twitter specifically raised the possibility that Trump’s recent tweets could mobilize his supporters to commit acts of violence around President-elect Joe Biden’s inauguration, an analysis that experts saw as a major expansion in the company’s approach to moderating harmful content online. Its action meant Trump’s tweets disappeared from the site, removing the catalogue of his thoughts except for those preserved by researchers and other documentarians.

The move was especially remarkable for a company that once called itself “the free speech wing of the free speech party.” Many observers noted that this most aggressive enforcement action in Twitter’s history came in the week that political power shifted decisively in Washington, toward Democrats who long have demanded greater policing of hate speech and violent talk on social media — and away from a president and party who long had made effective use of the more freewheeling policies of the past.

“It took blood and glass in the halls of Congress — and a change in the political winds — for the most powerful tech companies in the world to recognize, at the last possible moment, the profound threat of Donald Trump,” said Sen. Richard Blumenthal (D-Conn.), a longtime critic of tech company policies.

Twitter cited two Trump tweets. One stated that the 75 million who voted for him were “American Patriots” who will “not be disrespected or treated unfairly in any way, shape or form!!!” He then announced he would not go to Biden’s swearing-in ceremony later this month.

In a blog post, the company said the two messages violated its policy against glorification of violence since they “could inspire others to replicate violent acts” that took place at the U.S. Capitol on Wednesday. According to Twitter, his second tweet could be read by followers as an encouragement to commit violence during the inauguration, which “would be a ‘safe,’ target as he will not be attending.”

In doing so, Twitter joined Facebook in punishing the president in the waning hours of his first term. Facebook said Thursday its suspension is indefinite, lasting at least the next two weeks, citing a similar belief that the risks are “simply too great” at a moment of transition for the country. Both tech giants previously joined Google-owned YouTube in removing or limiting access to Trump’s posts, including a video he shared earlier this week that once again advanced widely disproved falsehoods about the validity of the 2020 vote.

The White House did not immediately respond to a request for comment. But Trump appeared to try to defy Twitter’s ban by using @POTUS, and later his @TeamTrump campaign account, both of which were suspended.

“We will not be SILENCED!” @POTUS tweeted before it was taken down. The president also charged that in a statement.

Twitter’s punishment is the harshest judgment the site has at its disposal. It appeared to be the first time the company had taken such an action since instituting a broad policy around world leaders last year, illustrating the slow shift in Silicon Valley as the country’s most popular, prominent platforms grew more comfortable in taking on Trump.

Facebook, for example, had its first of many furious internal debates over how to handle Trump in December 2015, when as a presidential candidate he posted a video in which he said he wanted to ban all Muslims from entering the United States. Many employees called it obvious hate speech, but top executives chose to defer, by creating an exemption for content they deemed “newsworthy.”

The challenges kept coming as Trump’s presidency and rhetoric brought to mainstream attention right-wing ideas once considered beyond the fringe of appropriate political rhetoric. A particularly explosive flash point for both Twitter and Facebook came in May, when Trump called protesters after the killing of unarmed Black man George Floyd “THUGS” in social media posts. In response, Twitter opted to label Trump’s tweet as harmful and hide it from public view — and Facebook petitioned for Trump to change his tone in private.

The shift within Silicon Valley began even before that as the coronavirus swept through the world last year, and the stakes of the rampant lies and misinformation on social media platforms were underscored by a rising body count as Trump and others denied the severity of the pandemic. Facebook, Twitter, YouTube and others all took action against viral falsehoods that were clearly contrary to science. Not long after, they dramatically stiffened policies against conspiracy theories, such as QAnon, and the rise of dangerous armed groups, such as the boogaloo, born of largely unrestricted online worlds.

As the national election approached last fall, disinformation researchers, Democrats and civil rights activists demanded tougher action from tech companies whose platforms hosted and spread falsehoods. They gained some traction, but at a time when Trump and other Republicans were loudly claiming that they were being discriminated against by Silicon Valley, critics said it was not nearly enough.

Rashad Robinson, the president of Color of Change, a civil rights group that has been pushing social media companies to police Trump’s behavior more aggressively, fretted on Friday that it took too long for Twitter and its peers to act given the president’s past missteps — and their potential to have touched off real-world violence.

“But kicking him off of Twitter, so he can’t spread disinformation and incite the public, is huge,” he said. “This is way too late, but I do not underestimate or undersell the significance of what this means moving forward without him having a direct line to reach an audience any time that he wanted to.”

In considering how his supporters might read and interpret his messages, Twitter also potentially opened the door for the company to take a more aggressive approach on other content, including tweets from political leaders in the future, experts said.

“That’s a standard that’s never existed,” said Alex Stamos, a former Facebook chief security officer, now head of the Stanford Internet Observatory, a disinformation research group. “The ‘impact’ standard has never existed.”

Stamos added that Twitter’s action — and Facebook’s recent enforcement efforts — meant that “the right-wing social media ecosystem in America has been shattered.”

The move comes amid a wave of criticism from Democratic lawmakers and Twitter’s own employees, who demanded in a letter written this week that the company’s leaders permanently suspend Trump’s account. In an internal letter addressed to chief executive Jack Dorsey and his top executives viewed by The Washington Post, roughly 350 Twitter employees requested an investigation into the past several years of corporate actions that led to Twitter’s role in the riot.

“Despite our efforts to serve the public conversation, as Trump’s megaphone, we helped fuel the deadly events of January 6th,” the employees wrote. “We request an investigation into how our public policy decisions led to the amplification of serious anti-democratic threats. We must learn from our mistakes in order to avoid causing future harm.”

“We play an unprecedented role in civil society and the world’s eyes are upon us. Our decisions this week will cement our place in history, for better or worse,” the employees added.

In a statement earlier Friday, Twitter spokesperson Brandon Borrman wrote, “Twitter encourages an open dialogue between our leadership and employees, and we welcome our employees expressing their thoughts and concerns in whichever manner feels right to them.”

The letter from the Twitter employees is addressed to “Staff,” company lingo for C-suite executives who report directly to Dorsey, including Vijaya Gadde, who leads the company’s legal, policy, and trust and safety divisions. During a virtual meeting on Friday afternoon, Dorsey and Gadde shared their thoughts on Twitter’s response, according to an employee, who spoke on the condition of anonymity for fear of retaliation.

Silicon Valley also took fresh aim Friday at a bevy of other sites and services where Trump’s supporters have congregated. That includes the new social media service Parler, which became popular with the president’s allies in the wake of the 2020 election.

Amid a flood of misinformation — and threats of violence in the wake of the Capitol riot — Google on Friday removed the app from its hub for downloads, called the Play Store. Apple also warned Parler that it could be removed from its App Store, the sole portal through which iPhone and iPad users can obtain such software, if it didn’t remove posts inciting violence and put in place a stronger content moderation system, according to an email obtained by BuzzFeed News.

Parler prides itself on only loosely policing posts on its site, saying it removes only what is illegal or not protected by the First Amendment. After the attack on the Capitol this week, posts on the site voiced support for the rioters and calls to keep fighting. Trump, however, does not currently have an account on Parler.

Parler chief executive John Matze appeared to address the Apple news on his Parler page Friday, writing “We will not cave to pressure from anti-competitive actors!”

Twitter’s move did cause unease in another quarter: Researchers have long complained that when the company suspends a user, valuable records of online conversations essentially vanish into thin air, making it nearly impossible to later reconstruct them — something particularly consequential when a platform is the primary means of communication for a U.S. president.

“It has implications from a historical point of view,” said Darren Linvill, lead researcher for the Clemson University Media Forensics Hub. “If you are the national conversation, they just sucked a big part of the national conversation away.”

Rachel Lerman and Gerrit De Vynck contributed to this report.

Voir par ailleurs:

World Leaders on Twitter: principles & approach

15 October 2019

There continues to be meaningful public conversation about how we think about Tweets from world leaders on our service. We welcome the conversation and want to share more context on our principles and process for reviewing reported Tweets from these accounts.

Context 

When it comes to the actions of world leaders on Twitter, we recognize that this is largely new ground and unprecedented. We understand the desire for our decisions to be “yes/no” binaries, but it’s not that simple. The actions we take and policies we develop will set precedent around online speech and we owe it to the people we serve to be deliberate and considered in what we do.

Our mission is to provide a forum that enables people to be informed and to engage their leaders directly. We also have a responsibility to the people who use Twitter to better explain why we make the decisions we make, which we will do here.

Our approach

  • Everything we do starts with an understanding of our purpose and of the service we provide: a place where people can participate in public conversation and get informed about the world around them.
  • We assess reported Tweets from world leaders against the Twitter Rules, which are designed to ensure people can participate in the public conversation freely and safely.
  • We focus on the language of reported Tweets and do not attempt to determine all potential interpretations of the content or its intent.
  • Presently, direct interactions with fellow public figures, comments on political issues of the day, or foreign policy saber-rattling on economic or military issues are generally not in violation of the Twitter Rules.
  • However, if a Tweet from a world leader does violate the Twitter Rules but there is a clear public interest value to keeping the Tweet on the service, we may place it behind a notice that provides context about the violation and allows people to click through should they wish to see the content. We announced this in June.

Enforcement scenarios 

We want to make it clear today that the accounts of world leaders are not above our policies entirely. The below areas will result in enforcement action for any account on our service (without consideration of the potential public interest value in allowing the Tweet to remain visible behind a notice):

In other cases involving a world leader, we will err on the side of leaving the content up if there is a clear public interest in doing so.

With critical elections and shifting political dynamics around the world, we recognize that we’re operating in an increasingly complex and polarized political culture. These are constantly evolving challenges and we’ll keep our policies and approach under advisement, particularly as we learn more about the relationship between Tweets from world leaders and the potential for offline harm.

This post seeks to provide clear insight into how we address content from world leaders on Twitter today, and will serve as our statement on the decisions we make, rather than our teams providing feedback on individual Tweets and decisions. We’ve also updated our dedicated Help Center page to provide a significantly more detailed breakdown of how we make decisions regarding the use of the public interest notice.

Our goal is to enforce our rules judiciously and impartially. In doing so, we aim to provide direct insight into our enforcement decision-making, to serve public conversation, and protect the public’s right to hear from their leaders and to hold them to account.


Révolte des agriculteurs aux Pays-Bas: Ce que le marxisme a fait à l’Amérique latine (What extremism when for no other reason than ideology, the « luxury beliefs »of the laptop elites demanding ever more restrictive and radical health, environmental and educational policies end up ruining the livelihood and lifestyle of the West’s middle and lower classes … without which they themselves could not survive for more than a few days ?)

11 juillet, 2022
Dutch farmers
livres | jcdurbant
Le Sri Lanka au bord de l'insurrection - Le TempsPolitical Cartoons by Pat CrossLa crise consiste justement dans le fait que le vieux meure et que le neuf ne peut apparaitre. Gramsci
La souveraineté appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. Constitution française (article 3)
Le Président de la République (…) assure et est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités. Constitution française (article 5)
Un peuple connait, aime et défend toujours plus ses moeurs que ses lois. Montesquieu
L’essentiel est d’être bon aux gens avec qui l’on vit. (…) Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins. Rousseau
La thèse d’Inglehart sur la révolution silencieuse se concentre sur le changement de valeur sur le pôle gauche du spectre politique, en omettant la droite. Dans plusieurs de ses publications, Ronald Inglehart soutient qu’une nouvelle dimension matérialiste/postmatérialiste façonne les attitudes politiques en Occident et au Japon. L’émergence d’un nouvel ensemble de valeurs qui met l’accent sur des valeurs non matérialistes (telles que la liberté, la participation, la réalisation de soi) a donné naissance à la Nouvelle Politique. Pour Inglehart, ce changement du système de valeurs vers une augmentation régulière et progressive du postmatérialisme affecte les préférences partisanes. En particulier, les postmatérialistes penchent massivement en faveur des partis de gauche. En d’autres termes, le changement de valeur a produit de nouveaux alignements politiques et de nouveaux mouvements politiques sur le côté gauche du spectre politique. (…) L’incohérence de la thèse d’Inglehart avec la montée des partis d’extrême droite est encore plus déconcertante. Pourquoi, à une époque de montée du postmatérialisme et de croissance économique, trouvons-nous un nombre croissant d’électeurs de droite ? Et pourquoi l’affirmation de la nouvelle politique n’a-t-elle pas réduit l’espace de l’extrême droite ? Notre hypothèse est que, parallèlement à la diffusion du postmatérialisme, dans les pays occidentaux dans les années 1980, un climat culturel et politique différent, partiellement stimulé par la même « Nouvelle politique », a également pris racine. Ce changement de croyances et d’attitudes s’est partiellement exprimé dans le soi-disant néoconservatisme (et a été partiellement interprété par les partis conservateurs). Mais, dans une large mesure, il est resté souterrain jusqu’à la montée récente des PED. Un tel creuset souterrain d’attitudes et de sentiments comprend l’émergence de nouvelles priorités et questions non traitées par les partis établis, une désillusion à l’égard des partis en général, un manque croissant de confiance dans le système politique et ses institutions, et un pessimisme général quant à l’avenir. En un sens, on pourrait dire que les Verts et les PED sont respectivement les enfants légitimes et les enfants indésirables de la Nouvelle Politique ; comme les Verts sortent de la révolution silencieuse, les PED dérivent d’une réaction à celle-ci, une sorte de « contre-révolution silencieuse ».  Piero Ignazi (1992)
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech (2005)
La propagande russe présente la Russie comme un État menacé qui a besoin de toute urgence de « garanties de sécurité » de la part de l’Occident. (…) [Mais] il y a actuellement plus d’ogives nucléaires stockées en Russie que dans l’ensemble des trois États membres de l’OTAN dotés d’armes nucléaires : les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Moscou dispose d’un large éventail de vecteurs pour ses milliers d’armes nucléaires : des missiles balistiques intercontinentaux aux bombardiers de longue portée en passant par les sous-marins nucléaires. La Russie possède l’une des trois armées conventionnelles les plus puissantes du monde, ainsi qu’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. La Fédération de Russie est donc l’un des États les plus protégés du monde sur le plan militaire. Le Kremlin utilise des troupes régulières et irrégulières, ainsi que le potentiel de sa menace nucléaire, pour mener diverses guerres et occuper de manière permanente plusieurs territoires dans les anciennes Républiques soviétiques. Non seulement en Europe orientale, mais aussi en Europe occidentale et sur d’autres continents, le Kremlin revendique sans complexe des droits spéciaux pour faire valoir ses intérêts sur le territoire d’États souverains. Contournant les règles, les traités et les organisations internationales, Moscou chasse des ennemis dans le monde entier. Le Kremlin tente de saper les processus électoraux, l’État de droit et la cohésion sociale dans des pays étrangers par des campagnes de propagande, des fake news et des attaques de pirates informatiques, entre autres. Ces agissements sont réalisés en partie en secret, mais dans le but évident d’entraver ou de discréditer la prise de décision démocratique dans les États pluralistes. Il s’agit en particulier de porter atteinte à l’intégrité politique et territoriale des États post-soviétiques en voie de démocratisation. En tant que première puissance économique d’Europe, l’Allemagne observe ces activités d’un œil critique, mais reste largement passive, depuis maintenant trois décennies. (…) En outre, la politique étrangère et la politique économique de Berlin ont contribué à l’affaiblissement politique et économique des pays d’Europe orientale non dotés d’armes nucléaires et au renforcement géo-économique d’une superpuissance nucléaire de plus en plus expansive. En 2008, l’Allemagne a joué un rôle central pour empêcher la Géorgie et l’Ukraine de rejoindre l’OTAN. (…) Pour les relations ukraino-russes déjà fragiles, la mise en service du premier gazoduc Nord Stream en 2011-2012, totalement superflu en termes énergétiques et économiques, a été une catastrophe. Rétrospectivement, cela semble avoir ouvert la voie à l’invasion de l’Ukraine par la Russie deux ans plus tard. Une grande partie de la capacité existante de transport de gaz entre la Sibérie et l’UE n’a pas été utilisée en 2021. Pourtant, la République fédérale se prépare maintenant à éliminer complètement le dernier levier économique de l’Ukraine sur la Russie avec l’ouverture du gazoduc Nord Stream 2 (…) L’attaque de Poutine contre l’Ukraine en 2014 apparaît comme une conséquence presque logique de la passivité politique allemande des vingt années précédentes vis-à-vis du néo-impérialisme russe. (…) Le Kremlin remet désormais aussi en question la souveraineté politique de pays comme la Suède et la Finlande. Il demande l’interdiction d’une éventuelle adhésion à l’OTAN non seulement pour les pays post-soviétiques mais aussi pour les pays scandinaves. Le Kremlin fait peur à toute l’Europe en lui promettant des réactions « militaro-techniques » au cas où l’OTAN ne répondrait pas « immédiatement », selon Poutine, aux exigences démesurées de la Russie visant à réviser l’ordre de sécurité européen. La Russie brandit la menace d’une escalade militaire si elle n’obtient pas de « garanties de sécurité », c’est-à-dire l’autorisation pour le Kremlin de suspendre le droit international en Europe. (…) Les crimes perpétrés par l’Allemagne nazie sur le territoire de l’actuelle Russie en 1941-1944 ne peuvent justifier l’attitude réservée de l’Allemagne d’aujourd’hui face au revanchisme et au nihilisme juridique international du Kremlin. Lettre ouverte de 73 experts allemands (Die Zeit, 14 janvier 2022)La propagande russe présente la Russie comme un État menacé qui a besoin de toute urgence de « garanties de sécurité » de la part de l’Occident. (…) [Mais] il y a actuellement plus d’ogives nucléaires stockées en Russie que dans l’ensemble des trois États membres de l’OTAN dotés d’armes nucléaires : les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Moscou dispose d’un large éventail de vecteurs pour ses milliers d’armes nucléaires : des missiles balistiques intercontinentaux aux bombardiers de longue portée en passant par les sous-marins nucléaires. La Russie possède l’une des trois armées conventionnelles les plus puissantes du monde, ainsi qu’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. La Fédération de Russie est donc l’un des États les plus protégés du monde sur le plan militaire. Le Kremlin utilise des troupes régulières et irrégulières, ainsi que le potentiel de sa menace nucléaire, pour mener diverses guerres et occuper de manière permanente plusieurs territoires dans les anciennes Républiques soviétiques. Non seulement en Europe orientale, mais aussi en Europe occidentale et sur d’autres continents, le Kremlin revendique sans complexe des droits spéciaux pour faire valoir ses intérêts sur le territoire d’États souverains. Contournant les règles, les traités et les organisations internationales, Moscou chasse des ennemis dans le monde entier. Le Kremlin tente de saper les processus électoraux, l’État de droit et la cohésion sociale dans des pays étrangers par des campagnes de propagande, des fake news et des attaques de pirates informatiques, entre autres. Ces agissements sont réalisés en partie en secret, mais dans le but évident d’entraver ou de discréditer la prise de décision démocratique dans les États pluralistes. Il s’agit en particulier de porter atteinte à l’intégrité politique et territoriale des États post-soviétiques en voie de démocratisation. En tant que première puissance économique d’Europe, l’Allemagne observe ces activités d’un œil critique, mais reste largement passive, depuis maintenant trois décennies. (…) En outre, la politique étrangère et la politique économique de Berlin ont contribué à l’affaiblissement politique et économique des pays d’Europe orientale non dotés d’armes nucléaires et au renforcement géo-économique d’une superpuissance nucléaire de plus en plus expansive. En 2008, l’Allemagne a joué un rôle central pour empêcher la Géorgie et l’Ukraine de rejoindre l’OTAN. (…) Pour les relations ukraino-russes déjà fragiles, la mise en service du premier gazoduc Nord Stream en 2011-2012, totalement superflu en termes énergétiques et économiques, a été une catastrophe. Rétrospectivement, cela semble avoir ouvert la voie à l’invasion de l’Ukraine par la Russie deux ans plus tard. Une grande partie de la capacité existante de transport de gaz entre la Sibérie et l’UE n’a pas été utilisée en 2021. Pourtant, la République fédérale se prépare maintenant à éliminer complètement le dernier levier économique de l’Ukraine sur la Russie avec l’ouverture du gazoduc Nord Stream 2 (…) L’attaque de Poutine contre l’Ukraine en 2014 apparaît comme une conséquence presque logique de la passivité politique allemande des vingt années précédentes vis-à-vis du néo-impérialisme russe. (…) Le Kremlin remet désormais aussi en question la souveraineté politique de pays comme la Suède et la Finlande. Il demande l’interdiction d’une éventuelle adhésion à l’OTAN non seulement pour les pays post-soviétiques mais aussi pour les pays scandinaves. Le Kremlin fait peur à toute l’Europe en lui promettant des réactions « militaro-techniques » au cas où l’OTAN ne répondrait pas « immédiatement », selon Poutine, aux exigences démesurées de la Russie visant à réviser l’ordre de sécurité européen. La Russie brandit la menace d’une escalade militaire si elle n’obtient pas de « garanties de sécurité », c’est-à-dire l’autorisation pour le Kremlin de suspendre le droit international en Europe. (…) Les crimes perpétrés par l’Allemagne nazie sur le territoire de l’actuelle Russie en 1941-1944 ne peuvent justifier l’attitude réservée de l’Allemagne d’aujourd’hui face au revanchisme et au nihilisme juridique international du Kremlin. Lettre ouverte de 73 experts allemands (Die Zeit, 14 janvier 2022)
Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref franchouillard ou cocardier, nous est étranger, voire odieux. Bernard-Henri Lévy
Je n’oublie pas d’où je viens. Je ne suis pas l’enfant naturel de temps calme de la vie politique. Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire, d’une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète, si j’oublie tout cela, ce sera le début de l’épreuve. Emmanuel Macron
Poutine a eu le plus de succès, paradoxalement, dans les domaines de l’économie et de la politique, où l’Occident pensait que son pouvoir était le plus fort. (…) Menés par la Chine et rejoints par l’Inde et le Brésil, les pays du monde entier choisissent le commerce avec la Russie (…) Depuis que le dirigeant russe a attaqué la Géorgie en 2008, les dirigeants occidentaux ont constamment mal interprété et sous-estimé la menace que représentent les puissances révisionnistes (Chine, Russie et Iran) [en] Géorgie, Crimée, mer de Chine méridionale et au Moyen-Orient. Tactiquement, M. Poutine veut absorber autant d’Ukraine que possible, mais cette guerre ne concerne pas vraiment quelques tranches du Donbass. Stratégiquement, MM. Poutine, Xi et leurs acolytes iraniens cherchent à détruire ce qu’ils considèrent comme une hégémonie mondiale dirigée par les Américains et dominée par l’Occident. Ils estiment que malgré ses atouts imposants (les pays du G-7 représentent 45 % du produit intérieur brut mondial et 52 % des dépenses militaires mondiales), cet ordre est décadent et vulnérable. (…) Alors que la sagesse conventionnelle occidentale croit que l’élément « basé sur les valeurs » de la politique étrangère américaine et européenne est une source vitale de force dans le monde, les révisionnistes croient que le narcissisme et l’aveuglement occidentaux ont conduit les puissances occidentales dans un piège historique. (…) Les défenseurs conventionnels de l’ordre mondial occidental répliquent en vantant son attachement à des valeurs universelles telles que les droits de l’homme et la lutte contre le changement climatique. L’ordre mondial actuel peut, reconnaissent-ils, être historiquement enraciné dans la puissance impériale occidentale, mais en tant qu’« empire de valeurs », l’ordre mondial occidental mérite le soutien de tous ceux qui se soucient de l’avenir de l’humanité. Malheureusement, le programme de valeurs de plus en plus « woke » de l’Occident n’est pas aussi crédible ou aussi populaire que l’espèrent les libéraux. (…) De nombreuses valeurs chères au cœur des leaders culturels occidentaux (droits LGBTQ, avortement à la demande, liberté d’expression comprise comme autorisant la pornographie incontrôlée sur Internet) intriguent et offensent des milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas suivi les modes actuelles sur les campus américains. Les tentatives des institutions financières et des régulateurs occidentaux de bloquer le financement de l’extraction et du raffinage des combustibles fossiles dans les pays en développement exaspèrent à la fois les élites de là-bas et le grand public. De plus, le nouveau programme de valeurs post-judéo-chrétiennes de l’Occident libéral divise l’Occident. Les guerres culturelles chez nous ne favorisent pas l’unité à l’étranger. Si M. Biden, avec le soutien du Parlement européen, fait de l’avortement à la demande un élément clé de l’agenda des valeurs de l’ordre mondial, il est plus susceptible d’affaiblir le soutien américain à l’Ukraine que d’unir le monde contre M. Poutine. La confusion morale et politique de l’Occident contemporain est l’arme secrète qui, selon les dirigeants de la Russie et de la Chine, mettra à genoux l’ordre mondial américain. MM. Poutine et Xi pourraient avoir tort ; et on l’espère bien. Mais leur pari sur la décadence occidentale porte ses fruits depuis plus d’une décennie. La survie occidentale et l’épanouissement mondial nécessitent plus de réflexion et des changements plus profonds que ce que peuvent actuellement imaginer l’administration Biden et ses alliés européens. Walter Russell Mead
Je dis depuis quinze ans qu’il y a un éléphant malade (la classe moyenne) dans le magasin de porcelaine (l’Occident) et qu’on m’explique qu’il n’y a pas d’éléphant. Les « gilets jaunes » correspondent effectivement à la sociologie et à la géographie de la France périphérique que j’observe depuis des années. Ouvriers, employés ou petits indépendants, ils ont du mal à boucler leurs fins de mois. Socialement précarisées, ces catégories modestes vivent dans les territoires (villes, moyennes ou petites, campagnes) qui créent le moins d’emplois. Ces déclassés illustrent un mouvement enraciné sur le temps long : la fin de la classe moyenne dont ils formaient hier encore le socle. (…) Du paysan historiquement de droite à l’ouvrier historiquement de gauche, les « gilets jaunes » constatent que le modèle mondialisé ne les intègre plus. Ils roulent en diesel parce qu’on leur a dit de le faire, mais se font traiter de pollueurs par les élites des grandes métropoles. Alors que le monde d’en haut réaffirme sans cesse son identité culturelle (la ville mondialisée, le bio, le vivre-ensemble…), les « gilets jaunes » n’entendent pas se plier au modèle économique et culturel qui les exclut. (…) Plus que l’exclusion des plus modestes, c’est d’abord la sécession du monde d’en haut qui a joué. La rupture entre le haut et le bas de la société se creuse à mesure que les élites ostracisent le peuple. Macron a beau avoir fait le bon diagnostic quand il a déclaré : « Je n’ai pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants », son camp s’est empressé de traiter les « gilets jaunes » de racistes, d’antisémites et d’homophobes. Ça ne favorise pas la réconciliation ! Pourtant majoritaire, puisqu’elle constitue 60 % de la population, la France périphérique est rejetée par le monde d’en haut qui ne se reconnaît plus dans son propre peuple. L’importance du mouvement et surtout du soutien de l’opinion (huit Français sur dix) révèle l’isolement du monde d’en haut et des représentations sociales et territoriales totalement erronées. Ce divorce soulève un véritable problème démocratique, car les classes moyennes ont toujours été le référent culturel de la classe dirigeante. (…) Certes, il y a des manifestants de droite, de gauche, d’extrême droite et d’extrême gauche qui structurent assez mal leurs discours. Mais tous souhaitent la même chose : du travail et la préservation de ce qu’ils sont. La question du respect est fondamentale, mais le pouvoir y répond par l’insulte ! (…) Tout est possible. Il y a un tel déficit d’offre politique qu’un leader populiste pourrait surgir aussi vite que Macron a émergé. La demande existe. Dans le reste du monde, les populistes réussissent en adaptant leur idéologie à la demande. Il y a quelques années, Salvini défendait des positions sécessionnistes, libérales et racistes en s’attaquant aux Italiens du Sud. Aujourd’hui ministre, il se fait acclamer à Naples, devient étatiste, prône l’unité italienne et vote un budget quasiment de gauche. Quant à Trump, c’est un membre de l’hyperélite new-yorkaise qui a écouté les demandes de l’Amérique périphérique. Ces leaders ne se disent pas qu’il faut rééduquer le peuple. Au contraire, ce sont les demandes de la base qui leur indiquent la voie à suivre. Ainsi, un Mouvement 5 étoiles pourra émerger en France s’il répond aux demandes populaires de régulation (économique, migratoire). (…) Dans tous les pays occidentaux, la classe moyenne est en train d’exploser par le bas. Cette évolution a démarré dans les années 1970-1980 par la crise du monde ouvrier, avec les restructurations industrielles, puis a touché les paysans, les employés du secteur tertiaire, et enfin des territoires ruraux et des villes moyennes. Si on met bout à bout toutes ces catégories, cela touche le cœur de la société. Sur les décombres des classes moyennes telles qu’elles existaient pendant les Trente Glorieuses, les nouvelles classes populaires – ouvriers, employés, paysans, petits commerçants – forment partout l’immense majorité de la population. (…) Maintenant que la classe moyenne a explosé, deux grandes catégories sociales s’affrontent avec comme arrière-plan un nouveau modèle économique de polarisation de l’emploi. D’un côté, les catégories supérieures – 20 à 25 % de la population –, qui occupent des emplois extrêmement qualifiés et hyper intégrés, se concentrent dans les métropoles. De l’autre, une grosse masse de précaires dont les salaires ne suivent pas, vit dans des zones périphériques. Même dans une région riche comme la Bavière, l’électorat AfD recoupe une sociologie et une géographie plutôt populaires réparties dans des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales. (…) La classe moyenne n’est absolument pas une catégorie ethnique. Dans mon dernier livre, je critique l’ethnicisation du concept qui, contrairement à ce qu’on croit, est venue de l’intelligentsia de gauche. Depuis quelques années, il y a un glissement sémantique : quand certains parlent des banlieues ou de la politique de la ville, ils désignent les populations issues de l’immigration récente, et quand ils évoquent la « classe moyenne », ils veulent dire « Blancs ». C’est une bêtise. La classe moyenne est le produit d’une intégration économique et culturelle qui a fonctionné pour les Antillais ainsi que pour les premières vagues d’immigration maghrébine qui en épousaient les valeurs, quelle que fût leur origine ou leur religion. Faut-il le rappeler, les DOM-TOM font partie de la France périphérique. Dans ces territoires, les demandes de régulation (économique et migratoire) émanent des mêmes catégories. Cette dynamique est aujourd’hui cassée car le modèle occidental n’intègre plus ces catégories, ni économiquement, ni socialement, ni culturellement. Même dans des régions du monde prospères comme la Scandinavie, les petites gens sont fragilisées culturellement. Cette explosion des classes moyennes entraîne la crise des valeurs culturelles qu’elles portaient, donc des systèmes d’assimilation. (…) Si les classes moyennes, socle populaire du monde d’en haut, ne sont plus les référents culturels de celui-ci, qui ne cesse de les décrire comme des déplorables, elles ne peuvent plus mécaniquement être celles à qui ont envie de ressembler les immigrés. Hier, un immigré qui débarquait s’assimilait mécaniquement en voulant ressembler au Français moyen. De même, l’American way of life était porté par l’ouvrier américain à qui l’immigré avait envie de ressembler. Dès lors que les milieux modestes sont fragilisés et perçus comme des perdants, ils perdent leur capacité d’attractivité. C’est un choc psychologique gigantesque. Cerise sur le gâteau, l’intelligentsia vomit ces gens, à l’image d’Hillary Clinton qui traitait les électeurs de Trump de « déplorables ». Personne n’a envie de ressembler à un déplorable ! (…) La dynamique populiste joue sur deux ressorts à la fois : l’insécurité sociale et l’insécurité culturelle. L’insécurité culturelle sans l’insécurité économique et sociale, cela donne l’électorat Fillon, qui a logiquement voté Macron au second tour : il n’a aucun intérêt à renverser le modèle dont il bénéficie. On l’a vu avec l’élection de Trump, aucun vote populiste n’émerge sans la conjonction de fragilités identitaire et sociale. Il est donc vain de se demander si c’est l’une ou l’autre de ces composantes qui joue. Raison pour laquelle les débats sur la prétendue influence d’Éric Zemmour sont idiots. Zemmour exprime un mouvement réel de la société, qui explique qu’avec 11 millions d’électeurs pour Marine Le Pen, le Front national ait battu son record absolu de voix au second tour en 2017. Malgré tout, la redistribution reste très forte et les protégés sont nombreux. Emmanuel Macron n’a pas seulement été élu par le monde d’en haut. Il a aussi été largement soutenu par les protégés, c’est-à-dire les retraités – notamment de la classe moyenne – et les fonctionnaires. Là est le paradoxe français : ce qui reste de l’État providence protège le monde d’en haut… (…) Cela explique son effondrement dans les sondages. Ceci dit, le niveau de pension reste relativement correct et ne pousse pas les retraités français à renverser la table, même ceux qui estiment qu’il y a des problèmes avec l’immigration. Mais cela pourrait changer aux États-Unis et en Grande-Bretagne, l’État providence étant fragilisé depuis les années 1980, les retraités ne craignent pas de bousculer le système. Ils ont voté pour le Brexit parce qu’ils n’ont rien à perdre. Si demain le gouvernement fragilise les retraités français, ils ne cautionneront pas éternellement le système. En détricotant tous les filets sociaux, comme la redistribution en faveur des retraités, on prend de très gros risques pour la suite des opérations. (…) Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le gouvernement a fait marche arrière sur la CSG. La pension de retraite médiane en France tourne autour de 1 000, 1 100 euros par mois ! En dessous de 1 000 euros par mois, cela commence à être très compliqué. La majorité des retraités sont issus des catégories populaires. Et ils sont les seuls, au sein de celles-ci, à n’avoir pas majoritairement basculé dans l’abstention ou dans le vote populiste. Le jour où eux aussi basculeront, le choc sera comparable au Brexit. Regardez aussi la rapidité avec laquelle les populistes ont gagné en Italie. (…) Qu’on le veuille ou non, le mouvement est là et il suffit d’attendre. Partout en Occident, il y a une très forte demande de régulation : économique, sociale, migratoire. Pour toute réponse à cette demande populaire, on la traite de fasciste – je suis bien placé pour le savoir. Le résultat de cette stratégie de diversion, c’est que la fracture entre l’élite et les classes supérieures, d’une part, et le peuple d’autre part, ne cesse de se creuser. Jamais dans l’histoire ces deux mondes n’avaient été aussi étrangers l’un à l’autre. (…) Ce monde d’en haut ne tient pas seulement avec le 1 % ou les hyper riches, mais avec des catégories supérieures et une technostructure – les énarques, mais aussi les technocrates territoriaux issus de l’INET. Ses membres viennent tous des mêmes milieux et partagent exactement la même vision de la société. À l’inverse, quand je me balade en France, je rencontre des élus de gauche ou de droite qui partagent mon diagnostic. Et qui se désolent de voir qu’au sommet de leur parti, domine le modèle mondialisé structuré autour des métropoles. (…) Quand la pensée est vraiment en décalage avec le réel, les tentatives de déni et de diabolisation ne marchent plus. Cependant, avec toute la volonté politique du monde, sans l’appui de la technostructure, aucun changement n’est possible. La même question se pose dans les territoires : comment initier des politiques différentes avec la même technostructure ? Peu importe qui est maire de Paris ou Bordeaux, ces villes créent de la richesse grâce au libre jeu du marché. En revanche, il faut être sacrément doué pour sortir Guéret ou Vierzon de l’impasse. (…) Actuellement, on traite la France périphérique à coups de subventions. On redistribue un peu, beaucoup, passionnément, de façon à ce que les gens puissent remplir leur caddie au supermarché. On est arrivé au bout de ce modèle, notamment parce que l’État et les ménages sont surendettés. Mais lorsque des élus locaux et des entreprises privées se réunissent autour d’une table pour impulser un projet économique, cela réussit. Je pense par exemple à la relance des couteaux de Laguiole, dans l’Aveyron. (…) Comme le démontre l’exemple de Laguiole, on ne peut plus penser l’organisation territoriale uniquement à travers une volonté imposée d’en haut par les pouvoirs publics. C’est du bas vers le haut qu’il faut penser ces territoires. Dans des départements ruraux comme la Nièvre, les élus réclament la compétence économique pour initier des projets. Les présidents de conseils départementaux connaissent parfaitement leur territoire, les entreprises qui marchent et la raison de leur succès, la ville où il y a des pauvres et des chômeurs. Ils sont souples, inventifs, pragmatiques et ont à leur disposition des fonctionnaires départementaux issus du cru. Mais les hauts fonctionnaires qui forment l’administration régionale ou étatique cherchent à leur retirer de plus en plus de compétences économiques. Quoique majoritaire, la France des territoires n’existe pas politiquement. Les élus locaux sont marginalisés au sein de leurs partis, contrairement aux élus des grandes villes. Tout doit donc commencer par un rééquilibrage démocratique. Christophe Guilluy
Il n’y a aucun complot. Les métropoles ne sont pas un bras armé, mais simplement l’application aux territoires du modèle économique mondialisé et de la loi du marché. Et la loi du marché bénéficie, comme cela a toujours été le cas, à la bourgeoisie. La seule courbe des prix de l’immobilier suffit à le démontrer. Un ouvrier qui économiserait chaque mois 100 euros pour acheter un logement mettrait une vie entière pour acquérir 10 m2 à Paris. [« La société ouverte »] C’est l’autre nom de loi du marché. Les métropoles sont des citadelles imprenables. Elles érigent, grâce à l’argent,  des murs d’enceintes bien plus solides que ceux du moyen âge. Un discret entre soi et un grégarisme social fonctionnent aussi à plein. Cette tendance est renforcée par un mode de vie respectueux de l’environnement qui, in fine, renforce la gentrification. La fermeture des grands axes et la piétonnisation renchérissent le foncier. Déguisés en hipsters, les nouveaux Rougon-Macquart se fondent dans le décorum ouvrier des bars et restaurants des anciens quartiers populaires et se constituent des patrimoines immobiliers considérables. Mais les masques finissent par tomber… (…) Après le Brexit, dont la géographie recouvre celle de « l’Angleterre et la Grande-Bretagne périphérique » et populaire, les classes dominantes ont expliqué que ce vote devait être invalidé car porté par des gens  « peu éduqués » selon Alain Minc ou des « crétins » d’après Bernard-Henri Lévy. Anne Hidalgo et son collègue de Londres Sadiq Khan ont fait par la suite l’apologie des villes-mondes qui doivent damer le pion aux Etats-Nations, en prônant en filigrane une forme d’abandon  des périphéries populaires. Leur projet de « cités-Etats » rappelle paradoxalement les discours séparatistes de partis populistes comme celui de la Ligue du Nord italienne. (…) Les métropoles ont besoin de catégories populaires pour occuper les emplois peu qualifiés (dans les services, le BTP, la restauration). Il leur faut aussi des catégories intermédiaires, des « key workers » qui assurent la continuité du service public. Le logement social permet de maintenir ces travailleurs dans les métropoles gentrifiées. Bertrand Delanoë, tout comme Anne Hidalgo, ont construit beaucoup de logements sociaux pour répondre à ce besoin. Tout cela est rationnel.  Mais si le taux de logements sociaux est passé de 13,4 % en 2001 à 17,6 % aujourd’hui, il ne compense en rien la disparition d’un parc privé, « social de fait », qui accueillait hier les classes populaires. Or, sur le marché de l’emploi métropolitain, on a essentiellement besoin de catégories très qualifiées et, à la marge, de catégories populaires. La majorité des catégories modestes, c’est à dire de la population, n’a donc plus sa place dans ces espaces. (…) S’il reste encore des classes populaires, des ménages pauvres et des chômeurs dans les quartiers de logements sociaux des grandes métropoles, la majorité de ces catégories  vit désormais à l’écart des métropoles dans une « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales. Ces territoires sont, en moyenne, marqués par une plus faible création d’emplois et de richesses et sont fragiles socialement. Ce modèle n’est pas spécifique à la France, il constitue l’une des conséquences de l’application d’un modèle économique mondialisé qui repose notamment sur la division internationale du travail. Ce système marche très bien, il crée de la richesse et de l’emploi. Mais il ne fait pas société. (…) En réalité, la « boutique » tourne aujourd’hui sans les catégories populaires. Les territoires de la France périphérique, en particulier ceux de la désindustrialisation du Nord et de l’Est, sont marqués par une grande fragilité économique et sociale. Ils ont bénéficié à ce titre d’une forte redistribution. La péréquation, la création d’emplois publics ont joué le rôle d’amortisseur. La commune et l’hôpital étaient les premiers et les seuls véritables employeurs de ces communes. Mais dans un contexte de raréfaction de l’argent public et des dotations de l’Etat et de désertification de l’emploi, les champs du possible se restreignent. (…)  Le géographe Gérard-François Dumont parle d’une « idéologie de la métropolisation », une idéologie portée par l’ensemble de la classe dominante qui in fine  renforce le poids des métropoles et celui des classes supérieures. Cette idéologie interdit l’évocation d’une France populaire majoritaire comme s’il fallait laisser dans l’invisibilité les perdants de la mondialisation. Dans cette lutte des classes, on assimile sciemment cette France populaire à celle du repli, des ignares. Derrière cette fausse polémique et cette vraie guerre des représentations, il y a tout simplement une lutte des classes non dites qui révèle  la « prolophobie » selon l’expression du politologue Gaël Brustier.  Christophe Guilluy
Constitué de pas moins de douze textes, il vise à réduire les émissions de CO2 de 55% d’ici à 2030 (par rapport à 1990), avec l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. L’annonce de la fin des véhicules à moteur thermique en 2035 a retenu l’attention. Mais l’automobile n’est pas seule concernée. Tous les transports sont sollicités : aviation, transport maritime et transport routier. C’est en outre toute l’industrie qui sera mobilisée à travers le contrôle de ses émissions de CO2 via le SEQE-UE (Système d’échange de quotas d’émission). Un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM, Carbon Border Adjustment Mechanism) viendra en complément du SEQE-UE afin d’éviter une concurrence déloyale des industriels hors UE. Enfin, la directive sur la taxation de l’énergie fera l’objet d’une importante révision afin de rehausser les niveaux de taxation sur les combustibles fossiles. Après avoir insisté sur ce qu’il faut bien appeler l’hypocrisie du CO2 importé (la baisse des émissions de CO2 provient principalement des importations, c’est-à-dire de la désindustrialisation) et sur l’immense difficulté de l’instauration d’une taxe carbone aux frontières, notre étude tente d’évaluer l’impact de la transition énergétique sur le PIB. Analysant en détails plusieurs travaux fondés sur l’équation de Kaya, elle l’évalue à une décroissance de l’ordre de 2,5 à 3% par an d’ici 2030. Elle rappelle en outre que la Cour des comptes européenne a mesuré le besoin de financement de la transition écologique en Europe à 11 200 milliards d’euros entre 2021 et 2030 : ramené à la France, cela correspond chaque année à 6% du PIB français et à 10,6% des dépenses publiques. Notre étude s’efforce également de mesurer l’impact de ces politiques sur différents agents et secteurs économiques. En s’appuyant sur des données du Commissariat général au développement durable et du Boston Consulting Group, elle montre qu’à travers le transport (l’automobile) et le logement, le pouvoir d’achat des ménages sera très lourdement impacté. Elle analyse ensuite les conséquences sur le secteur automobile européen, dont on se demande comment il pourra survivre (le tout véhicule électrique favorisant en dernière instance le « made in China »). Elle passe également en revue les secteurs du logement, de l’électricité et même bancaire. Mais il faut aussi prendre la mesure des effets politiques de ces choix, fondés sur un discours systématiquement catastrophiste et une intolérance inquiétante. La transition énergétique comme impératif catégorique aboutit à ce que nous appelons la cancel economy, c’est-à-dire la casse de l’appareil industriel européen et le rejet de ce qui a fait la puissance de l’Occident (progrès scientifique, recherche, applications industrielles, etc.). Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, ne dit rien d’autre quand elle affirme qu’il « s’agit de changer de civilisation, de culture et de mode de vie ». Et c’est par l’action de l’État que ce bouleversement sera rendu possible : en offrant une légitimité morale aux lois, restrictions, interdictions et contraintes imposées aux personnes et aux entreprises, la cancel economy permet aux États de renforcer leur emprise sur la société. Philippe Herlin
Il y a eu les bonnets rouges, les gilets jaunes, le convoi de la liberté, et maintenant cela : nous sommes entrés dans l’ère des soulèvements. C’est la manifestation du désaccord contre une élite démocratique qui impose des règles de manière abstraite, sans concertation aucune. Ici, ce sont les normes européennes imposées de manière verticale, au service d’une écologie politique, qui sont remises en cause. Pendant des décennies, on a adopté aux Pays-Bas un modèle d’agriculture technologique et, subitement, on veut revenir à une agriculture artisanale. Michel Maffesoli
À force de mettre en œuvre une stratégie de la peur, des explosions de colère se développent. Les «gilets jaunes» en étaient une expression, les manifestations du samedi ou les rassemblements juvéniles et musicaux aussi. Nous vivons un moment de déconnexion entre le peuple et les élites, définies comme celles ayant le pouvoir de dire ou de faire. Ce n’est pas la première jacquerie de ce genre que nous connaissons. Une explosion de cet ordre se déroule, alors que certains ne se reconnaissent plus dans la gestion de l’épidémie. De ce que je constate, les manifestations qui pourraient commencer en fin de semaine ne seront pas forcément négligeables. Essentiellement, elles sont dues à ce déphasage entre le peuple et les élites. C’est un moment de déconnexion, de désaccord. (…) Dans les élites, il y a une forme d’entre-soi avec des gens qui répètent la même chose. D’une manière générale, il existe une grande méfiance à l’endroit de ce qui est dit sur les réseaux sociaux. On ne peut pas nier que les «freedom convoy» au Canada et au Québec se sont organisés sur les réseaux sociaux, c’est là que ça se passe. Les réseaux sociaux sont comparables à l’invention de l’imprimerie par Gutenberg quand les moines avaient un monopole sur les livres. Je pense qu’on ne peut pas ne pas en tenir compte. Ce sont des indices, au sens étymologique du terme : ceux qui pointent. S’ils ne sont pas la vérité, un observateur est obligé de les voir. (…) On peut voir qu’au Canada, cette colère existe. Le problème, c’est qu’elle peut prendre des formes brutales, et conduire à une forme de sécession. Ce qui apparaît à Ottawa avec le gouvernement Trudeau. Quand la parole publique ne porte plus, des explosions émotionnelles voient le jour. Ce retour des émotions, qui connaît un développement depuis de longues années, ne procède pas d’une action volontaire ou rationnelle. Je suis allé traîner mes guêtres sur des ronds-points avec les «gilets jaunes» ou les samedis. Tous ne sont pas antivax, mais beaucoup en ont marre d’une société de contrôle. Ils en ont assez des gestes barrières de la vie quotidienne, cette espèce de totalitarisme doux, de distanciation par rapport à l’autre. (…) Étymologiquement, l’apocalypse est la révélation. Avant la Réforme protestante, les indulgences permettaient de ne pas aller en enfer, dont les gens avaient très peur. Aujourd’hui, nous connaissons la peur de la mort, de la maladie et au fond de la finitude. Ces grands rassemblements sont une manière de contester la peur. Ils se multiplient dans de nombreux pays. Le problème n’est pas de nier la finitude mais de la ritualiser, de l’«homéopathiser». Or, une certaine stratégie de la peur, développée pendant la crise sanitaire, consiste à évacuer ces rituels. Si on ne permet la continuation de ces rituels, de s’accommoder avec la finitude, il y a une révolte, une insurrection, une colère. C’est exactement ce qui s’est passé au Canada. Nous verrons si nous aurons une contestation de cet ordre. Cette colère populaire s’exprimera au travers de diverses formes. Michel Maffesoli
Comme le décrivait le grand financier Warren Buffet, c’est quand la marée se retire, que l’on voit les baigneurs qui sont nus. Je m’explique : la guerre en Ukraine a mis en lumière les grandes faiblesses structurelles d’un certain nombre de pays, dont le Sri Lanka. Ces faiblesses sont ici liées à la mauvaise gouvernance du pays, il y a un accord des spécialistes sur ce point. Mais elles ne datent pas d’hier. Après la grande guerre civile de 1983-2009, s’est installé au pouvoir le clan cingalais bouddhiste, qui l’avait emporté contre la minorité tamoule indienne. S’instaure alors une sorte de populisme nationaliste religieux, derrière lequel se cache un clan, une famille – les Rajapaksa, qui va progressivement prendre tous les leviers du pouvoir, avec notamment le frère du président, Mahinda Rajapaksa, qui était devenu premier ministre. Ce clan va se surendetter, notamment vis-à-vis de la Chine, pour faire semblant de prendre de l’autonomie vis-à-vis du grand frère indien. Cela va déclencher une crise de la dette, qui se manifeste par des réserves de change complètement vides. Par ailleurs, le pouvoir va mal gérer les finances publiques, en introduisant des allongements fiscaux visant les membres du clan, de sorte que le déficit ne cesse de se creuser. Enfin, le président a joué la carte de la spécialisation internationale du Sri Lanka sur le tourisme et, ce faisant, a dégarni l’économie nationale de son autonomie alimentaire. Ainsi, le Sri Lanka a abandonné l’économie de plantation qui avait pourtant fait la richesse du pays. Dans les années 1960, le PIB par habitant était cinq fois supérieur à celui de l’Inde ! Dans ce contexte, surviennent ce que j’appellerais les trois «coups de gong». Le Covid-19 tout d’abord, fragilisant l’économie essentiellement fondée sur le tourisme. Puis, le choix d’investir dans une agriculture organique sans engrais et pesticide, sans y être du tout préparé, qui se traduit par une population rurale – majoritaire – pénalisée par des chutes très nettes de rendement. Enfin, la montée des prix des matières premières énergétiques, mais aussi par exemple, du béton. Or, une économie fondée essentiellement sur le tourisme importe énormément. (…) Dans les 18 mois à venir, on va avoir, partout dans le monde émergent, des situations extrêmement difficiles liées à l’explosion de l’inflation, notamment dans les régimes en fin de course, qui se traduiront par des crises économiques, devenant des crises sociales et politiques. On le voit en Amérique latine, par exemple en ce moment au Pérou. On a eu également le cas du Pakistan, où le premier ministre a été renvoyé en avril dernier. Mais dans ce pays, c’est l’armée qui tient d’une main de fer le pays et a décidé que la transition se ferait au profit de l’opposition. Au Sénégal, où le président actuel est tenté par un troisième mandat, il y a des mouvements de rue très importants, et rien ne dit qu’il n’y ait pas de crise politique ouverte dans les prochains mois, même si le pays, sur le plan économique, dispose d’un soutien du camp occidental bien plus fort que le Sri Lanka, qui a joué la carte de la Chine. Jean-Joseph Boillot
Assiste-t-on à la naissance des gilets jaunes néerlandais ? Depuis le 10 juin, agriculteurs et éleveurs des Pays-Bas manifestent régulièrement dans tout le pays pour protester contre l’annonce par le gouvernement d’un projet visant à réduire drastiquement les émissions d’azote. Le mouvement de contestation, d’abord tâtonnant, est monté crescendo. Ces derniers jours, des tracteurs ont bloqué plusieurs centres de distribution de supermarchés, déclenchant des pénuries dans certaines enseignes. Des agriculteurs ont également forcé un cordon de police devant le domicile de la ministre de l’Environnement, Christianne van der Wal. Surtout, dans la nuit du 5 au 6 juillet, un rassemblement a dangereusement dégénéré, et des policiers ont ouvert le feu. (…) La presse belge fait état de huit arrestations dans le cadre de l’enquête. Si les circonstances sont encore incertaines, cet événement démontre la montée en puissance d’un mouvement qui pourrait prendre encore plus d’ampleur dans les prochains jours. Aux origines de la colère, un vaste projet de réduction des rejets d’azote dans l’air, engagé par le gouvernement sous la pression de la plus haute juridiction administrative du pays. «On parle de réduire les émissions azotées jusqu’à 70% d’ici 2030 dans les zones Natura 2000, protégées par la réglementation», explique au Figaro Alessandra Kirsch, docteur en économie et politique agricole et directrice des études du think-tank Agriculture Stratégies. (…) Les principaux concernés par ces restrictions se trouvent donc être les agriculteurs et les éleveurs, qui sont pléthores aux Pays-Bas puisque le pays est le deuxième exportateur agricole mondial, derrière les États-Unis. «On y compte 53.000 exploitations, quatre millions de bovins, 12 millions de porcs et 100 millions de poulets sur une toute petite surface agricole de 1,82 million d’hectares», rappelle Alessandra Kirsch. Par conséquent, «l’élevage contribue pour 40% aux excès azotés» aux Pays-Bas, souligne-t-elle. Au total, l’agriculture est tenue pour responsable de 16% des émissions néerlandaises de gaz à effet de serre, en particulier via les engrais et le purin. Depuis plusieurs années, les éleveurs néerlandais ont utilisé un certain nombre de leviers techniques pour réduire ces émissions : «couverture des fosses à lisier (un réservoir utilisé pour rassembler les déchets animaux, NDLR), utilisation de matériel d’épandage spécifique, ajustement de la ration alimentaire des animaux pour que les besoins azotés soient couverts au plus juste, diminution du nombre d’animaux présents par hectares au pâturage», énumère la spécialiste. Cependant, «les objectifs de réduction sont très élevés à un horizon très court et ces leviers risquent de ne pas suffire. Si bien qu’on évoque la possibilité d’une réduction d’un tiers du cheptel», poursuit-elle. Les éleveurs se retrouvent donc face à un dilemme cornélien : s’adapter en utilisant ces leviers techniques et en diminuant le cheptel, se délocaliser vers des zones moins sensibles ou arrêter purement et simplement leur activité. Au pied du mur, les agriculteurs et éleveurs des Pays-Bas sont donc descendus dans la rue, formant un mouvement qui en évoque d’autres. (…) En novembre 2021, les Néerlandais s’étaient déjà révoltés de façon brutale contre la politique sanitaire imposée par le gouvernement. Des heurts avaient éclaté dans plusieurs villes entre policiers et manifestants et de nombreux blessés avaient été déplorés. Les manifestations contre le plan azote s’inscrivent dans la même idée de «décalage entre le peuple et les élites», suggère Michel Maffesoli. Au risque d’un «mécanisme de saturation», observé notamment pendant le mouvement des gilets jaunes. «Au bout d’un moment, ce genre de processus peut devenir violent», alerte le sociologue. Le fait que les syndicats d’agriculteurs et d’éleveurs se soient récemment désolidarisés des manifestants prouve d’ailleurs que le mouvement tend à se radicaliser. Il est même en train de gagner d’autres secteurs que le monde agricole. Hugues Maillot
Certains en Occident savourent les images de révolte en provenance du Sri Lanka. Les tweeteurs et les gauchistes s’émerveillent devant les images et les photos montrant des Sri Lankais en colère prenant d’assaut le palais présidentiel et se baignant dans sa somptueuse piscine. Les images sont en effet frappantes et encourageantes : cela fait toujours plaisir de voir des gens rejeter leurs dirigeants incompétents et corrompus. Et pourtant ces observateurs occidentaux pourraient bientôt être surpris, car cette révolte n’est pas seulement une mise en accusation des élites sri lankaises et de leurs légions d’erreurs de jugement. C’est aussi plus largement une mise en accusation des vanités des élites mondiales. Elle remet en question les préjugés et les politiques des establishments mondiaux sous l’emprise de l’alarmisme climatique et de l’autoritarisme Covid. Au Sri Lanka, nous assistons à une rébellion non seulement contre les responsables gouvernementaux corrompus, mais aussi contre la vision du monde dangereusement déconnectée de la technocratie internationale. (…) Le Sri Lanka nous montre ce qui se passe lorsque la politique d’un pays est déterminée par les désirs et les préjugés des nouvelles élites plutôt que par les besoins des gens ordinaires. Les confinements ont peut-être été une aubaine pour les élites du télétravail et pour certains milliardaires, mais il a été incroyablement préjudiciable pour une grande partie de la classe ouvrière occidentale et pour des millions de démunis des pays du Sud. L’idéologie verte peut donner un sens à leur vie aux nouvelles élites, flattant leur illusion narcissique selon laquelle elles sauvent la planète d’une mort provoquée par le réchauffement climatique, mais ce sont les ouvriers occidentaux qui en font les frais et qui paient au bout du compte pour la folie de la neutralité carbone, et cela attise la faim et la misère dans ces parties du monde qui ne sont pas encore aussi développées que l’Occident. Le Sri Lanka représente un cas extrême et inquiétant de ce qui se passe lorsque la politique mondiale est construite sur la peur et le narcissisme d’élites déconnectées, plutôt qu’à partir des besoins des gens pour s’épanouir et sortir de la pauvreté. Mais ce que l’on voit aussi au Sri Lanka, c’est exactement le type de réaction dont nous avons besoin contre tout cela. Les gens n’en peuvent plus. Et ils ne sont pas les seuls. Des routiers canadiens révoltés contre les mesures anti-Covid qui détruisent leurs moyens de subsistance aux agriculteurs néerlandais insurgés contre la folie des  politiques écologiques de leur gouvernement, des protestations des chauffeurs de taxi italiens contre la hausse des prix du carburant aux manifestations de masse albanaises contre la hausse des prix alimentaires et du carburant après le confinement et la guerre en Ukraine, des manifestations populaires éclatent partout à travers le monde. Le gouvernement du Sri Lanka a peut-être été le premier à tomber, mais il semble peu probable qu’il soit le dernier. Les soulèvements manquent de cohérence. Certains refusent les leaders. Les demandes ne sont pas toujours claires. Mais s’il y a une chose évidente, c’est la raison pour laquelle les gens sont en colère – l’irrationalité des décisions d’une nouvelle classe de responsables politiques qui préfèrent les mesures de répression rapides et les démonstrations de vertu à la tâche difficile de trouver comment améliorer matériellement et spirituellement la vie des gens. Ceux qui pensent que le populisme est terminé maintenant que Trump et même Boris Johnson sont partis pourraient bien avoir des surprises. Réveillez-vous, les gars ! Surveillez vos fenêtres ! Faites gaffe à vos piscines ! Brendan O’Neill
Un soulèvement populaire de la classe ouvrière contre les élites et leurs valeurs est en cours – et il traverse le monde. Il y a une résistance croissante de la part des classes moyennes et inférieures contre ce que Rob Henderson a appelé les «croyances de luxe» des élites, alors que les gens ordinaires réalisent le mal que cela leur cause, à eux et à leurs communautés. Il y a eu des premières lueurs en février dernier, lorsque le Convoi de routiers canadiens a opposé les camionneurs de la classe ouvrière à la classe des télétravailleurs exigeant des mesures COVID-19 toujours plus restrictives. On l’a légalement vu dans la victoire du gouverneur de Virginie, Glenn Youngkin, qui s’est présenté au nom des droits des parents à l’éducation et a ensuite remporté à la fois les banlieues et les zones rurales. On peut le voir dans le soutien croissant des électeurs hispaniques à un parti républicain, qui s’identifie de plus en plus comme anti-woke et pro-classe ouvrière. Et maintenant, nous assistons à sa dernière itération aux Pays-Bas sous la forme d’une manifestation d’agriculteurs contre de nouvelles réglementations environnementales qui vont les ruiner. Plus de 30 000 agriculteurs néerlandais se sont levés pour protester contre le gouvernement à la suite des nouvelles limites d’azote qui les obligent les à réduire radicalement jusqu’à 70 % leurs émissions d’azote  au cours des huit prochaines années. Cela les obligerait à utiliser moins d’engrais et même à réduire le nombre de leurs têtes de bétail. Alors que sur le papier, les grandes entreprises agricoles auraient les moyens d’atteindre ces objectifs et pourraient passer à des engrais non azotés, cela est impossible pour les petites exploitations souvent familiales. Les nouvelles réglementations environnementales sont si extrêmes qu’elles obligeraient de nombreuses personnes à mettre la clé sous la porte, y compris des familles qui sont dans l’agriculture depuis trois ou quatre générations. En signe de protestation, les agriculteurs bloquent les rues et refusent de livrer leurs produits aux chaînes de supermarchés. Cela a entraîné de graves pénuries d’œufs et de lait, entre autres produits alimentaires. Mais les effets vont être mondiaux. Les Pays-Bas sont le deuxième exportateur agricole mondial après les États-Unis, faisant du pays d’à peine 17 millions d’habitants une superpuissance alimentaire. Compte tenu des pénuries alimentaires mondiales et de la hausse des prix, le rôle des agriculteurs néerlandais dans la chaîne alimentaire mondiale n’a jamais été aussi important. Mais si vous pensiez que le gouvernement néerlandais allait en tenir compte et veiller à ce que les gens puissent mettre de la nourriture sur la table, vous auriez tort ; lorsqu’on lui a offert le choix entre la sécurité alimentaire et la lutte contre le « changement climatique », c’est cette dernière que le gouvernement néerlandais a choisi.  Ce qui est particulièrement frustrant, c’est que le gouvernement est pleinement conscient que ce qu’il demande aux agriculteurs de faire en fera disparaître un grand nombre. En fait, le gouvernement avait initialement prévu d’avancer à un rythme plus lent, jusqu’à ce qu’un procès intenté par des groupes environnementaux en 2019 le contraigne  à accélérer son calendrier. La réaction des membres du secteur agricole a été massive et continue depuis 2019, mais l’apparition de la pandémie de COVID-19 a permis au gouvernement du Premier ministre Mark Rutte d’interdire les manifestations en 2020 et 2021. Avec la reprise des manifestations cette année, les autorités sont également passés à une approche plus agressive. Il y a eu des arrestations et même des coups de semonce tirés par la police sur les agriculteurs, dont l’un a failli tuer un manifestant de 16 ans. Pourtant, les sympathies des Néerlandais ne vont pas à leur gouvernement ; ils sont solidaires de leurs agriculteurs. Les sondages actuels indiquent que le Parti politique des agriculteurs, formé il y a seulement trois ans en réponse à la nouvelle réglementation, gagnerait 11 sièges au Parlement si des élections avaient lieu aujourd’hui (il n’en détient actuellement qu’un seul). De plus, l’Union des pêcheurs néerlandais s’est publiquement jointe aux manifestations, bloquant les ports avec des équipages de pêche brandissant des pancartes indiquant « Eendracht maakt Kracht »: L’unité fait la force. Mais alors que les Néerlandais sont du côté des agriculteurs, leurs élites se comportent à peu près comme elles l’ont fait au Canada et aux États-Unis, et pas seulement celles du gouvernement. Les médias refusent même de parler des manifestations et, lorsqu’ils le font, ils qualifient les agriculteurs d’extrémistes. Pourquoi la déconnexion ? Chaque sondage fiable des salles de rédaction européennes, de l’Allemagne aux Pays-Bas, montre que le changement climatique est un sujet beaucoup plus important pour les journalistes que pour les gens ordinaires. Ce n’est pas que les citoyens ordinaires ne se soucient pas du changement climatique, mais qu’ils ont le bon sens de savoir que détruire leur ferme afin que les objectifs d’émissions du gouvernement puissent être atteints en 2030 au lieu de 2035 ne changera pas le climat de la planète. Après tout, les Pays-Bas ne représentent que 0,46 % des émissions mondiales de CO2, et bien qu’une nouvelle réduction soit souhaitable, elle ne sera pas décisive dans la lutte contre le changement climatique au cours des huit prochaines années. Cela peut aider faire les élites du pays à se sentir bien dans leur peau, mais cela se traduira également par le fait que de larges pans de la population verront leur niveau de vie baisser et leur existence économique ciblée par l’État pour des raisons idéologiques. Il y a un malaise en Occident actuellement, où les objectifs idéologiques sont poursuivis au détriment des classes moyennes et ouvrières. Qu’il s’agisse des camionneurs au Canada, des agriculteurs aux Pays-Bas, des sociétés pétrolières et gazières aux États-Unis, l’idéologie, et non la science ou les preuves objectives, domine l’ordre du jour, gratifiant les élites tout en appauvrissant la classe ouvrière. En fin de compte, il y a un risque que les politiques climatiques fassent à l’Europe ce que le marxisme a fait à l’Amérique latine. Un continent réunissant toutes les conditions d’une prospérité générale et d’un environnement sain s’appauvrissant et se ruinant pour de pures raisons idéologiques. Et à la fois les gens et le climat moins bien lotis au bout du compte. Ralph Schoellhammer

Attention: un extrémisme peut en cacher un autre !

A l’heure où après une nouvelle élection volée en France …

Et suite à des législatives catastrophiques …

L’ancien sauveur des progressistes occidentaux se voit contraint de rabattre son caquet …

Et où de l’autre côté de l’Atlantique, l’accident industriel Biden …

Se prépare, après la première invalidation du putsch judiciaire sur l’avortement, à des élections intermédiaires désastreuses …

Pendant qu’en Ukraine et peut-être bientôt à Taiwan …

Après, venue elle aussi de Chine, la nouvelle « grippe espagnole »

La planète entière est en train de payer la folie mercantiliste de décennies d’apaisement

De régimes revanchistes qui depuis bientôt 80 ans attendent toujours leurs procès de Nuremberg ou de Tokyo …

Pour leurs plus de 100 millions de victimes à eux deux …

Comment ne pas voir …

Alors qu’après la France, le Canada et les Etats-Unis …

Et déjà, avec un programme qui aurait ravi nos verts entre abandon de l’économie de plantation et choix unilatéral de l’agriculture sans engrais ni pesticide, le Sri Lanka

Démultipliée, avec l’avènement des réseaux sociaux, par la perte du monopole médiatique de nos nouveaux clercs …

Et les coups de semonce du non au référendum de 2015, du Brexit et de l’élection de Trump

Malgré les tentatives, entre accusation d’extrémisme racial, sociétal, informationnel, environnemental ou politique, de diabolisation systématique …

La giletjaunisation gagne à présent les agriculteurs néerlandais …

Où se situe vraiment l’extrémisme…

Quand sans aucune autre raison qu’idéologique …

Les « croyances de luxe » des élites du télétravail dans les universités, les médias et les gouvernements …

Qui exigent des mesures et des valeurs sanitaires, environnementales et éducatives toujours plus restrictives et radicales…

Finissent à l’instar de ce que le marxisme a fait à l’Amérique latine …

Comme le rappelle très justement le professeur autrichien Ralph Schoellhammer…

Par détruire les moyens de subsistance et le mode de vie même des classes moyennes et ouvrières occidentales…

Sans lesquelles comme l’a bien montré l’épisode du covid …

Elles ne pourraient elles-mêmes survivre plus de quelques jours ?

A Popular Uprising Against the Elites Has Gone Global
Ralph Schoellhammer, assistant professor in economics and political science at Webster University, Vienna
Newsweek
7/7/22

A popular uprising of working-class people against the elites and their values is underway—and it’s crossing the globe. There is a growing resistance by the middle and lower classes against what Rob Henderson has coined the « luxury beliefs » of the elites, as everyday folks realize the harm it causes them and their communities.

There were early glimmerings last February, when the Canadian Trucker Convoy pitched working class truck drivers against a « laptop class » demanding ever more restrictive COVID-19 policies. You saw it as well in the victory of Virginia Governor Glenn Youngkin, who ran on parents’ rights in education and went on to win both suburbs and rural areas. You can see it in the growing support of Hispanic voters for a Republican Party, which increasingly identifies as anti-woke, and pro-working class. And now we’re seeing the latest iteration in the Netherlands in the form of a farmer’s protest against new environmental rulings that will ruin them.

Over 30,000 Dutch farmers have risen in protest against the government in the wake of new nitrogen limits that require farmers to radically curb their nitrogen emissions by up to 70 percent in the next eight years. It would require farmers to use less fertilizer and even to reduce the number of their livestock. While large farming companies have the means to hypothetically meet these goals and can switch to non-nitrogen-based fertilizers, it is impossible for smaller, often family-owned farms. The new environmental regulations are so extreme that they would force many to shutter, including people whose families have been farming for three or four generations. In protest, farmers have been blockading streets and refusing to deliver their products to supermarket chains. It’s been leading to serious shortages of eggs and milk, among other food items.

But the effects will be global. The Netherlands is the world’s second largest agricultural exporter after the United States, making the country of barely 17 million inhabitants a food superpower. Given global food shortages and rising prices, the role of Dutch farmers in the global food chain has never been more important. But if you thought the Dutch government was going to take that into account and ensure that people can put food on the table, you would be wrong; when offered the choice between food security and acting against « climate change, » the Dutch government decided to pursue the latter.

What is particularly frustrating is that the government is fully aware that what it is asking farmers to do will drive many of them out of existence. In fact, the government originally planned to move at a slower pace—until a lawsuit brought by environmental groups in 2019 forced an acceleration of the timetable.

The reaction by members of the agricultural sector has been massive and ongoing since 2019, but the onset of the COVID-19 pandemic allowed the government of Prime Minister Mark Rutte to ban protests in 2020 and 2021. With the reignited demonstrations this year, the authorities have also switched to a more aggressive approach. There have been arrests and even warning shots fired by police at farmers, one almost killing a 16-year-old protestor.

Yet the sympathies of the Dutch are not with their government; they are solidly with their farmers. Current polls indicate that the Farmers Political Party, formed just three years ago in response to the new regulations, would gain a whopping 11 seats in Parliament if elections were held today (it currently holds just one seat). Moreover, the Dutch Fishermen’s Union has publicly joined the protests, blocking harbors with fishing crews holding signs that read « Eendracht maakt Kracht »: Unity Creates Strength.

But while the Dutch people are on the side of the farmers, their elites are behaving much as they did in Canada and the U.S., and not just those in government. Media outlets are refusing to even report the protests, and when they do, they cast the farmers as extremists.

Why the disconnect? Every reliable poll of European newsrooms from Germany to the Netherlands show that climate change is a much more important topic for journalists than it is for ordinary people. It’s not that average citizens don’t care about climate change, but that they have the common sense to know that destroying their farm so the government’s emission goals can be met in 2030 instead of 2035 will not change the planet’s climate.

After all, the Netherlands accounts for just 0.46 percent of the world’s CO2 emissions, and while a further reduction might be desirable, it will not be decisive in combating climate change over the next eight years. It may make the country’s elite to feel good about themselves, but it will also result in large parts of the population seeing their living standards decline and their economic existence targeted by the state for ideological reasons.

There is a malaise in the West currently, where ideological goals are pursued at the expense of the lower middle and working classes. Whether it’s truckers in Canada, farmers in the Netherlands, oil and gas companies in the United States, ideology, not science or hard evidence, is dominating the agenda, gratifying the elites while immiserating the working class.

Ultimately, there is a risk that climate policies will do to Europe what Marxism did to Latin America. A continent with all the conditions for widespread prosperity and a healthy environment will impoverish and ruin itself for ideological reasons.

In the end, both the people and the climate will be worse off.

Ralph Schoellhammer is an assistant professor in economics and political science at Webster University Vienna.

Voir aussi:

Manifestations aux Pays-Bas : les raisons d’une colère qui enfle
Hugues Maillot
Le Figaro
08/07/2022

DÉCRYPTAGE – Depuis le 10 juin, les agriculteurs néerlandais manifestent vivement leur colère face à un plan de réduction drastique des rejets d’azote. Mardi, la police a ouvert le feu sur un tracteur.

Assiste-t-on à la naissance des gilets jaunes néerlandais ? Depuis le 10 juin, agriculteurs et éleveurs des Pays-Bas manifestent régulièrement dans tout le pays pour protester contre l’annonce par le gouvernement d’un projet visant à réduire drastiquement les émissions d’azote. Le mouvement de contestation, d’abord tâtonnant, est monté crescendo. Ces derniers jours, des tracteurs ont bloqué plusieurs centres de distribution de supermarchés, déclenchant des pénuries dans certaines enseignes. Des agriculteurs ont également forcé un cordon de police devant le domicile de la ministre de l’Environnement, Christianne van der Wal.

Surtout, dans la nuit du 5 au 6 juillet, un rassemblement a dangereusement dégénéré, et des policiers ont ouvert le feu. «Vers 22h30, des conducteurs de tracteurs ont tenté de percuter des agents et des véhicules de service. (…) Une situation menaçante s’est présentée, des coups de semonce ont été tirés, ainsi que des tirs ciblés», a indiqué la police locale sur son compte Twitter. «Un tracteur a été touché. (…) Trois suspects ont été arrêtés. Personne n’a été blessé », a-t-elle ajouté.

La presse belge fait état de huit arrestations dans le cadre de l’enquête. Si les circonstances sont encore incertaines, cet événement démontre la montée en puissance d’un mouvement qui pourrait prendre encore plus d’ampleur dans les prochains jours.

Une réduction d’un tiers du cheptel à prévoir ?

Aux origines de la colère, un vaste projet de réduction des rejets d’azote dans l’air, engagé par le gouvernement sous la pression de la plus haute juridiction administrative du pays. «On parle de réduire les émissions azotées jusqu’à 70% d’ici 2030 dans les zones Natura 2000, protégées par la réglementation», explique au Figaro Alessandra Kirsch, docteur en économie et politique agricole et directrice des études du think-tank Agriculture Stratégies. L’azote prend principalement trois formes : «Le NO2, dans les gaz d’échappement des voitures, le N20, issu des engrais et des effluents d’élevage lors du pâturage et le NH3, qui vient des déjections des animaux», détaille l’ingénieure agronome. Depuis 2019, les limitations de vitesse pour les voitures sont passées de 130 à 100 km/h pour lutter contre le NO2. Désormais, le gouvernement s’attaque au N20, un gaz à effet de serre, et au NH3, l’ammoniac.

Les principaux concernés par ces restrictions se trouvent donc être les agriculteurs et les éleveurs, qui sont pléthores aux Pays-Bas puisque le pays est le deuxième exportateur agricole mondial, derrière les États-Unis. «On y compte 53.000 exploitations, quatre millions de bovins, 12 millions de porcs et 100 millions de poulets sur une toute petite surface agricole de 1,82 million d’hectares», rappelle Alessandra Kirsch. Par conséquent, «l’élevage contribue pour 40% aux excès azotés» aux Pays-Bas, souligne-t-elle. Au total, l’agriculture est tenue pour responsable de 16% des émissions néerlandaises de gaz à effet de serre, en particulier via les engrais et le purin.

Depuis plusieurs années, les éleveurs néerlandais ont utilisé un certain nombre de leviers techniques pour réduire ces émissions : «couverture des fosses à lisier (un réservoir utilisé pour rassembler les déchets animaux, NDLR), utilisation de matériel d’épandage spécifique, ajustement de la ration alimentaire des animaux pour que les besoins azotés soient couverts au plus juste, diminution du nombre d’animaux présents par hectares au pâturage», énumère la spécialiste. Cependant, «les objectifs de réduction sont très élevés à un horizon très court et ces leviers risquent de ne pas suffire. Si bien qu’on évoque la possibilité d’une réduction d’un tiers du cheptel», poursuit-elle. Les éleveurs se retrouvent donc face à un dilemme cornélien : s’adapter en utilisant ces leviers techniques et en diminuant le cheptel, se délocaliser vers des zones moins sensibles ou arrêter purement et simplement leur activité.

Dans la continuité des gilets jaunes et du convoi de la liberté

Au pied du mur, les agriculteurs et éleveurs des Pays-Bas sont donc descendus dans la rue, formant un mouvement qui en évoque d’autres. «Il y a eu les bonnets rouges, les gilets jaunes, le convoi de la liberté, et maintenant cela : nous sommes entrés dans l’ère des soulèvements», analyse pour Le Figaro Michel Maffesoli, sociologue et professeur émérite à la Sorbonne, qui a consacré un livre à cette thématique. Pour lui, tous ces mouvements ont la même cause : «C’est la manifestation du désaccord contre une élite démocratique qui impose des règles de manière abstraite, sans concertation aucune». Ici, ce sont «les normes européennes imposées de manière verticale», au service d’une «écologie politique», qui sont remises en cause. «Pendant des décennies, on a adopté aux Pays-Bas un modèle d’agriculture technologique et, subitement, on veut revenir à une agriculture artisanale», traduit-il.

En novembre 2021, les Néerlandais s’étaient déjà révoltés de façon brutale contre la politique sanitaire imposée par le gouvernement. Des heurts avaient éclaté dans plusieurs villes entre policiers et manifestants et de nombreux blessés avaient été déplorés. Les manifestations contre le plan azote s’inscrivent dans la même idée de «décalage entre le peuple et les élites», suggère Michel Maffesoli. Au risque d’un «mécanisme de saturation», observé notamment pendant le mouvement des gilets jaunes. «Au bout d’un moment, ce genre de processus peut devenir violent», alerte le sociologue.

Le fait que les syndicats d’agriculteurs et d’éleveurs se soient récemment désolidarisés des manifestants prouve d’ailleurs que le mouvement tend à se radicaliser. Il est même en train de gagner d’autres secteurs que le monde agricole, selon plusieurs anciens élèves de Michel Maffesoli, désormais installés aux Pays-Bas. Et une chose est certaine, selon eux : «Les manifestations devraient se développer et ne s’arrêteront pas du jour au lendemain, malgré l’arrivée de l’été».

Voir également:

Michel Maffesoli: « Les convois de la liberté montrent que beaucoup en ont marre d’une société de contrôle »
Amaury Coutansais Pervinquière
Le Figaro
08/02/2022

ENTRETIEN – À l’image de ceux du Canada, des rassemblements s’organisent pour converger vers Paris vendredi. Selon le sociologue, ils marquent le retour des émotions dans le débat public.

Michel Maffesoli est sociologue et professeur émérite à la Sorbonne. Il a publié l’Ère des soulèvements.

LE FIGARO. – Des mouvements s’organisent sur les réseaux sociaux pour imiter le «Freedom Convoy». Comment les qualifier ?

Michel MAFFESOLI. – À force de mettre en œuvre une stratégie de la peur, des explosions de colère se développent. Les «gilets jaunes» en étaient une expression, les manifestations du samedi ou les rassemblements juvéniles et musicaux aussi. Nous vivons un moment de déconnexion entre le peuple et les élites, définies comme celles ayant le pouvoir de dire ou de faire. Ce n’est pas la première jacquerie de ce genre que nous connaissons. Une explosion de cet ordre se déroule, alors que certains ne se reconnaissent plus dans la gestion de l’épidémie.

De ce que je constate, les manifestations qui pourraient commencer en fin de semaine ne seront pas forcément négligeables. Essentiellement, elles sont dues à ce déphasage entre le peuple et les élites. C’est un moment de déconnexion, de désaccord.

Les réseaux sociaux sont essentiels dans l’organisation de ces manifestations. Pourquoi ?

Dans les élites, il y a une forme d’entre-soi avec des gens qui répètent la même chose. D’une manière générale, il existe une grande méfiance à l’endroit de ce qui est dit sur les réseaux sociaux. On ne peut pas nier que les «freedom convoy» au Canada et au Québec se sont organisés sur les réseaux sociaux, c’est là que ça se passe. Les réseaux sociaux sont comparables à l’invention de l’imprimerie par Gutenberg quand les moines avaient un monopole sur les livres.

Je pense qu’on ne peut pas ne pas en tenir compte. Ce sont des indices, au sens étymologique du terme : ceux qui pointent. S’ils ne sont pas la vérité, un observateur est obligé de les voir.

Selon vous, les manifestations au Canada démontrent un retour de l’émotionnel. Pourquoi ?

On peut voir qu’au Canada, cette colère existe. Le problème, c’est qu’elle peut prendre des formes brutales, et conduire à une forme de sécession. Ce qui apparaît à Ottawa avec le gouvernement Trudeau. Quand la parole publique ne porte plus, des explosions émotionnelles voient le jour.

Ce retour des émotions, qui connaît un développement depuis de longues années, ne procède pas d’une action volontaire ou rationnelle. Je suis allé traîner mes guêtres sur des ronds-points avec les «gilets jaunes» ou les samedis. Tous ne sont pas antivax, mais beaucoup en ont marre d’une société de contrôle. Ils en ont assez des gestes barrières de la vie quotidienne, cette espèce de totalitarisme doux, de distanciation par rapport à l’autre.

La peur, l’émotionnel, la colère… N’est-ce pas un peu apocalyptique ?

Étymologiquement, l’apocalypse est la révélation. Avant la Réforme protestante, les indulgences permettaient de ne pas aller en enfer, dont les gens avaient très peur. Aujourd’hui, nous connaissons la peur de la mort, de la maladie et au fond de la finitude. Ces grands rassemblements sont une manière de contester la peur. Ils se multiplient dans de nombreux pays.

Le problème n’est pas de nier la finitude mais de la ritualiser, de l’«homéopathiser». Or, une certaine stratégie de la peur, développée pendant la crise sanitaire, consiste à évacuer ces rituels. Si on ne permet la continuation de ces rituels, de s’accommoder avec la finitude, il y a une révolte, une insurrection, une colère. C’est exactement ce qu’il s’est passé au Canada. Nous verrons si nous aurons une contestation de cet ordre. Cette colère populaire s’exprimera au travers de diverses formes.

Voir de plus:

Fuite du président du Sri Lanka: « Dans les 18 mois, on aura partout dans le monde émergent des crises liées à l’inflation »
Bénédicte Lutaud
Le Figaro
09/07/2022

ENTRETIEN – Le président de l’État insulaire a annoncé qu’il démissionnerait le 13 juillet, sur fond de crise économique et politique inédite. Un scénario qui risque de se répéter dans d’autres économies émergentes, selon Jean-Joseph Boillot, chercheur à l’IRIS.

Le Président du Sri Lanka, Gotabaya Rajapaksa, a fui ce samedi matin sa résidence officielle de Colombo quelques minutes avant qu’elle ne soit prise d’assaut par des milliers de manifestants en colère, puis a annoncé plus tard dans la journée qu’il démissionnerait le 13 juillet.

La nation insulaire souffre depuis plusieurs mois d’une pénurie sans précédent de produits de première nécessité (énergie, médicaments, nourriture), et ses 22 millions d’habitants subissent une inflation galopante et des coupures de courant prolongées . Le pays, en défaut de paiement pour la première fois de son histoire, préparait depuis le printemps dernier sa population à des mesures d’austérité pour obtenir l’aide du Fonds monétaire international (FMI). Une crise économique qui s’est rapidement mue en crise sociale et politique : depuis des mois, des manifestants campaient devant le siège de la présidence à Colombo pour demander la démission du Président, qu’ils accusent de mauvaise gestion.

Jean-Joseph Boillot, chercheur spécialiste de l’économie indienne et conseiller pour les pays émergents à l’IRIS, revient pour Le Figaro sur les prémices de cette crise économique, sociale et politique sans précédent. Un scénario qui pourrait, anticipe l’expert, toucher plusieurs autres économies émergentes dans le monde, fragilisées par les conséquences de la guerre en Ukraine.

LE FIGARO. – Depuis avril, le Sri Lanka est en défaut de paiement, pour la première fois de son histoire, et son économie fait face à un «effondrement total»,selon les mots du premier ministre. Quel a été l’élément déclencheur d’une telle banqueroute ?

Jean-Joseph BOILLOT. – Comme le décrivait le grand financier Warren Buffet, c’est quand la marée se retire, que l’on voit les baigneurs qui sont nus. Je m’explique : la guerre en Ukraine a mis en lumière les grandes faiblesses structurelles d’un certain nombre de pays, dont le Sri Lanka. Ces faiblesses sont ici liées à la mauvaise gouvernance du pays, il y a un accord des spécialistes sur ce point. Mais elles ne datent pas d’hier.

Après la grande guerre civile de 1983-2009, s’est installé au pouvoir le clan cingalais bouddhiste, qui l’avait emporté contre la minorité tamoule indienne. S’instaure alors une sorte de populisme nationaliste religieux, derrière lequel se cache un clan, une famille – les Rajapaksa, qui va progressivement prendre tous les leviers du pouvoir, avec notamment le frère du président, Mahinda Rajapaksa, qui était devenu premier ministre.

Ce clan va se surendetter, notamment vis-à-vis de la Chine, pour faire semblant de prendre de l’autonomie vis-à-vis du grand frère indien. Cela va déclencher une crise de la dette, qui se manifeste par des réserves de change complètement vides. Par ailleurs, le pouvoir va mal gérer les finances publiques, en introduisant des allongements fiscaux visant les membres du clan, de sorte que le déficit ne cesse de se creuser. Enfin, le président a joué la carte de la spécialisation internationale du Sri Lanka sur le tourisme et, ce faisant, a dégarni l’économie nationale de son autonomie alimentaire. Ainsi, le Sri Lanka a abandonné l’économie de plantation qui avait pourtant fait la richesse du pays. Dans les années 1960, le PIB par habitant était cinq fois supérieur à celui de l’Inde !

Dans ce contexte, surviennent ce que j’appellerais les trois «coups de gong». Le Covid-19 tout d’abord, fragilisant l’économie essentiellement fondée sur le tourisme. Puis, le choix d’investir dans une agriculture organique sans engrais et pesticide, sans y être du tout préparé, qui se traduit par une population rurale – majoritaire – pénalisée par des chutes très nettes de rendement. Enfin, la montée des prix des matières premières énergétiques, mais aussi par exemple, du béton. Or, une économie fondée essentiellement sur le tourisme importe énormément.

Face à cet effondrement économique progressif, la grogne sociale n’a fait qu’augmenter. Comment le clan Rajapaksa a-t-il réagi ces derniers mois pour tenter de la canaliser ?

Face aux manifestations d’avril-mai dernier, ce clan très rusé joue la carte du fusible, en faisant démissionner le frère du président de son poste de premier ministre, et en trouvant un autre premier ministre assez compétent. Il choisit également de négocier avec le FMI un plan d’urgence car le pays n’a plus de quoi importer : il n’y a plus du tout d’essence.

Mais cette solution politique de court terme ne satisfait pas la population, confrontée à des pénuries massives au quotidien, et qui n’a pas le temps d’attendre : on est en pleine saison touristique, de juin à septembre. Désormais, étant donné que son frère a déjà démissionné, il est normal que ce soit le président qui soit en ligne de mire.

Une alternative politique est-elle possible à court terme ?

Les experts divergent sur ce point. Mon sentiment personnel est qu’il y a un leader de l’opposition plutôt techniquement assez bon. Ce n’est pas un grand populiste, et il devrait être capable de rassembler les forces d’opposition qui pour l’instant, se retrouvent en ordre dispersé dans la rue.

Mais souvent, les gens au pouvoir au Sri Lanka s’y accrochent. Le clan Rajapaksa est là depuis longtemps et tire toutes les ficelles, du pouvoir économique aux médias. Il est donc peu probable qu’il se désiste de lui-même.

Vous l’évoquiez en début d’entretien : d’autres pays aux économies émergentes risquent-ils, avec l’explosion de l’inflation due à l’épidémie de Covid puis à la guerre en Ukraine, de se retrouver face au même scénario que le Sri Lanka ?

Oui. Dans les 18 mois à venir, on va avoir, partout dans le monde émergent, des situations extrêmement difficiles liées à l’explosion de l’inflation, notamment dans les régimes en fin de course, qui se traduiront par des crises économiques, devenant des crises sociales et politiques.

On le voit en Amérique latine, par exemple en ce moment au Pérou. On a eu également le cas du Pakistan, où le premier ministre a été renvoyé en avril dernier. Mais dans ce pays, c’est l’armée qui tient d’une main de fer le pays et a décidé que la transition se ferait au profit de l’opposition. Au Sénégal, où le président actuel est tenté par un troisième mandat, il y a des mouvements de rue très importants, et rien ne dit qu’il n’y ait pas de crise politique ouverte dans les prochains mois, même si le pays, sur le plan économique, dispose d’un soutien du camp occidental bien plus fort que le Sri Lanka, qui a joué la carte de la Chine.

Voir enfin:

Cancel economy · Pourquoi la transition énergétique est une catastrophe économique
Philippe Herlin, économiste
Institut Thomas More
Octobre 2021 • Note 51 •

Le « Paquet climat », présenté le 14 juillet 2021 par la Commission européenne, est une accélération sans précédent dans la lutte contre le réchauffement climatique

Constitué de pas moins de douze textes, il vise à réduire les émissions de CO2 de 55% d’ici à 2030 (par rapport à 1990), avec l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. L’annonce de la fin des véhicules à moteur thermique en 2035 a retenu l’attention. Mais l’automobile n’est pas seule concernée. Tous les transports sont sollicités : aviation, transport maritime et transport routier. C’est en outre toute l’industrie qui sera mobilisée à travers le contrôle de ses émissions de CO2 via le SEQE-UE (Système d’échange de quotas d’émission). Un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM, Carbon Border Adjustment Mechanism) viendra en complément du SEQE-UE afin d’éviter une concurrence déloyale des industriels hors UE. Enfin, la directive sur la taxation de l’énergie fera l’objet d’une importante révision afin de rehausser les niveaux de taxation sur les combustibles fossiles.

Conséquences macroéconomiques de la transition énergétique : vers la décroissance

Après avoir insisté sur ce qu’il faut bien appeler l’hypocrisie du CO2 importé (la baisse des émissions de CO2 provient principalement des importations, c’est-à-dire de la désindustrialisation) et sur l’immense difficulté de l’instauration d’une taxe carbone aux frontières, notre étude tente d’évaluer l’impact de la transition énergétique sur le PIB. Analysant en détails plusieurs travaux fondés sur l’équation de Kaya, elle l’évalue à une décroissance de l’ordre de 2,5 à 3% par an d’ici 2030. Elle rappelle en outre que la Cour des comptes européenne a mesuré le besoin de financement de la transition écologique en Europe à 11 200 milliards d’euros entre 2021 et 2030 : ramené à la France, cela correspond chaque année à 6% du PIB français et à 10,6% des dépenses publiques.

Conséquences sectorielles de la transition énergétique : les ménages et le secteur automobile en première ligne

Notre étude s’efforce également de mesurer l’impact de ces politiques sur différents agents et secteurs économiques. En s’appuyant sur des données du Commissariat général au développement durable et du Boston Consulting Group, elle montre qu’à travers le transport (l’automobile) et le logement, le pouvoir d’achat des ménages sera très lourdement impacté. Elle analyse ensuite les conséquences sur le secteur automobile européen, dont on se demande comment il pourra survivre (le tout véhicule électrique favorisant en dernière instance le « made in China »). Elle passe également en revue les secteurs du logement, de l’électricité et même bancaire.

Conséquences politiques de la transition énergétique : cancel economy et étatisation

Mais il faut aussi prendre la mesure des effets politiques de ces choix, fondés sur un discours systématiquement catastrophiste et une intolérance inquiétante. La transition énergétique comme impératif catégorique aboutit à ce que nous appelons la cancel economy, c’est-à-dire la casse de l’appareil industriel européen et le rejet de ce qui a fait la puissance de l’Occident (progrès scientifique, recherche, applications industrielles, etc.). Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, ne dit rien d’autre quand elle affirme qu’il « s’agit de changer de civilisation, de culture et de mode de vie ». Et c’est par l’action de l’État que ce bouleversement sera rendu possible : en offrant une légitimité morale aux lois, restrictions, interdictions et contraintes imposées aux personnes et aux entreprises, la cancel economy permet aux États de renforcer leur emprise sur la société.

COMPLEMENT:

Sri Lanka and the global revolt against the laptop elites
From Sri Lanka to the Netherlands, Albania to Canada, the masses are stirring.
Brendan O’Neill
12th July 2022

Some in the West are relishing the images of revolt coming out of Sri Lanka. Tweeters and leftists are marvelling at the footage and photos showing angry Sri Lankans storming the presidential palace and having a dip in its ornate pool. The imagery is indeed striking, and heartening: it’s always good to see people pushing back against their inept, corrupt rulers.

And yet these Western observers might soon be in for a surprise, for this revolt is not only an indictment of the Sri Lankan elites and their legion errors of judgement. It is also an indictment of the conceits of the global elites more broadly. It calls into question the prejudices and policies of global establishments in thrall to climate-change alarmism and Covid authoritarianism. In Sri Lanka we are witnessing a rebellion not only against corrupt government officials, but also against the dangerously out-of-touch worldview of the international technocracy.

Sri Lanka’s economic crisis is incredibly serious. The nation is bankrupt. Inflation is rampant. Food prices have risen by 80 per cent. Last month petrol prices rose by 24 per cent, diesel prices by 38 per cent. At the end of June the government announced that petrol supplies were almost at an end – it banned the sale of petrol except for essential services, essentially making driving illegal. People cannot make ends meet. Over the past year, half a million Sri Lankans have been plunged back into poverty. The UN says more than three-quarters of the population have reduced their consumption of food due to the severe food shortages.

It’s little wonder there have been months of rebellion. And huge political tumult, too, including the resignation of the cabinet in April; the resignation of the prime minister, Mahinda Rajapaksa, in May; and the fleeing of the president – Rajapaksa’s brother, Gotabaya – at the weekend. President Rajapaksa was spirited away by the army shortly before the people stormed his compound. Those images of struggling Sri Lankans lying back on luxury sofas in a palace abandoned by the petrified ruling class might just be the most iconic proof yet that a global revolt of angry working people is well and truly brewing.

The crisis in Sri Lanka is multi-faceted, for sure. But there are two important contributory factors we should be talking about. First there’s the impact of the global Covid lockdowns. They shattered Sri Lanka’s tourism industry. Tourism raked in $4.4 billion for Sri Lanka in 2018, making up 5.6 per cent of its GDP. In 2020 tourism contributed just 0.8 per cent to GDP. And things did not improve in 2021, as they had been expected to.

More importantly, the global shutdowns, and the restrictions on production and trade they entailed, impacted on Sri Lanka’s supplies of food and essentials, too. As one report says, the ‘economic turmoil and human misery’ in Sri Lanka are partially a consequence of the ‘economic fallout of the Covid-19 pandemic’. The drastic slowing down of global economic output has stored up dire consequences for poorer parts of the world. The UN Food and Agriculture Organisation says the number of people affected by hunger has risen by an astonishing 150million since the start of the pandemic. It is estimated that the inflationary consequences of mankind’s self-imposed economic torpor during the pandemic have dragged tens of millions of people around the world back into poverty.

So perhaps those who predicted that the lockdown’s unprecedented halt on economic activity would prove devastating for the less developed countries were right. Perhaps they should not have been denounced as granny-killers and No Platformed from social media after all. Perhaps we should have thought carefully, and talked seriously, about the potential consequences of suspending economic life before taking such rash, experimental action.

The other facet of Sri Lanka’s crisis we must confront is the role played by eco-ideology. It is unquestionable that Sri Lanka’s suffering has been inflamed and exacerbated by its determination to become a Net Zero nation. A nation of fertiliser-free farming. A ‘good’ environmentally responsible nation that will please the green elites in global institutions. Sri Lanka’s severe green policies have had a devastating impact on food production and on its key export industries, worsening its crisis of inflation.

In April last year, the Sri Lankan government banned the import of chemical fertilisers and pesticides. Its aim was to encourage organic farming. This was a borderline psychotic policy – 90 per cent of Sri Lanka’s farmers use fertilisers, and they predicted, rightly, that their crop yield would diminish in the absence of these modern substances. The production of rice, tea and rubber was seriously undermined by the ideological rush to organic.

Try to take this in. In 2019 Sri Lanka produced 3.5 billion kilograms of rice. In 2021, following the fertiliser ban, it is thought that rice production fell by 43 per cent. Self-imposed hunger, to appease the gods of environmentalism. Seventy per cent of Sri Lanka’s population of 22million are directly or indirectly dependent on agriculture, so the severe changes to farming predictably had severe consequences across society. They contributed to inflation hitting a 47-month high – 8.3 per cent – towards the end of last year, with food inflation reaching 11.7 per cent. The fertiliser ban was reversed in November, when its horrible impact became clear, but by then it was too late. ‘[Crop] yields may not rebound’, reported Reuters, which turned out to be right.

As with the global lockdown’s dire impact on Sri Lanka, these deranged and damaging green policies will feel to many Sri Lankans like an external imposition, something pushed on their nation by global institutions and global decisions. Yes, Sri Lanka’s own political elite feverishly embraced the organic lunacy. But as Michael Shellenberger points out, the World Economic Forum promoted organic in Sri Lanka. Many elite campaigners in the West advocated for Sri Lanka to move to full organic, some of them supported by funds from ostentatiously eco-friendly corporations like Google, Disney and JPMorgan.

If I were a Sri Lankan farmer, watching my yield deplete, seeing prices sky-rocket, seeing fuel and food running out, I would be angry primarily with my government, yes. But I would save some of my fury for the world’s influential eco-elites, who seem to view the developing world as a site for environmental experimentation rather than as a part of the world that needs more industrialisation and growth in order that it might enjoy economic equality with us in the West.

Sri Lanka shows us what happens when policy is shaped according to the desires and prejudices of the new elites rather than the needs of ordinary people. Lockdown may have been a boon for the laptop elites and for some billionaires, but it was incredibly harmful for many working-class people in the West and for millions of hard-up people in the global South. The green ideology may provide the new elites with a sense of purpose, flattering their narcissistic delusion that they are saving the planet from a man-made heat death, but it hits the pockets of workers in the West who will end up paying for the Net Zero madness, and it inflames hunger and destitution in those parts of the world not yet as developed as the West.

In Sri Lanka, we see an extreme and unsettling case study of what happens when global policy is built on the fear and narcissism of disconnected elites, rather than being informed by the question of what people need in order to flourish and become wealthier. Also in Sri Lanka we see exactly the kind of pushback we need against all this. The people have had enough. And they are not alone.

From the Canadian truckers who revolted against livelihood-destroying Covid rules to the Dutch farmers rising up against their government’s mad eco-policies, from Italian taxi drivers protesting against the rise in fuel prices to the mass protests in Albania against food and fuel price rises following the lockdown and the war in Ukraine, popular protests are breaking out across the world. The government of Sri Lanka may have been the first to fall, but it seems unlikely it will be the last.

The uprisings are inchoate. Some are leaderless. The demands are not always clear. But it’s obvious what people are generally angry about – the irrational decision-making practices of a new class of political rulers who prefer quick-fix clampdowns and displays of virtue over the tough task of working out how to materially and spiritually improve people’s lives. Those who think populism is over now that Trump and even Boris Johnson have gone are in for a shock. Wake up. Look out your windows. Check your swimming pools.

Brendan O’Neill is spiked’s chief political writer and host of the spiked podcast, The Brendan O’Neill Show


Droit à l’avortement aux Etats-Unis: Merci qui ? (Guess who hoping to change rules in their favor over constitutional norms that served America well for so many years, ended up ensuring Trump could overturn almost in one stroke 50 years of a silent revolution of our values and lifestyles ?)

25 juin, 2022
États-Unis : qu'est-ce que l'arrêt "Roe v. Wade", qui garantissait le droit à l'avortement avant la décision de la Cour suprême ? | TF1 INFO
Roe V. Wade Destroyed: Political Cartoons - Omar Zackanne testuz 🌍🌏🌎🇺🇦 (@annetestuz) / TwitterTous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. Jésus (Matthieu 26: 52)
Ce qui est vraiment stupéfiant, c’est l’hubris qui se reflète dans le Putsch judiciaire d’aujourd’hui. Antonio Scalia (2014)
Vous semblez … considérer les juges comme les arbitres ultimes de toutes les questions constitutionnelles; doctrine très dangereuse en effet, et qui nous placerait sous le despotisme d’une oligarchie. Nos juges sont aussi honnêtes que les autres hommes, et pas plus. Ils ont, avec d’autres, les mêmes passions pour le parti, pour le pouvoir et le privilège de leur corps. Leur maxime est boni judicis est ampliare jurisdictionem [un bon juge élargit sa compétence], et leur pouvoir est d’autant plus dangereux qu’ils détiennent leur fonction à  vie et qu’ils ne sont pas, comme les autres fonctionnaires, responsables devant un corps électoral. La Constitution n’a pas érigé un tribunal unique de ce genre, sachant que, quelles que soient les mains confiées, avec la corruption du temps et du parti, ses membres deviendraient des despotes. Il a plus judicieusement rendu tous les départements co-égaux et co-souverains en eux-mêmes. Thomas Jefferson (lettre à William Charles Jarvis, 28 septembre 1820)
Si le juge avait pu attaquer les lois d’une façon théorique et générale ; s’il avait pu prendre l’initiative et censurer le législateur, il fût entré avec éclat sur la scène politique ; devenu le champion ou l’adversaire d’un parti, il eût appelé toutes les passions qui divisent le pays à prendre part à la lutte. Mais quand le juge attaque une loi dans un débat obscur et sur une application particulière, il dérobe en partie l’importance de l’attaque aux regards du public. Son arrêt n’a pour but que de frapper un intérêt individuel ; la loi ne se trouve blessée que par hasard. Tocqueville
Qu’on y prenne garde, un pouvoir électif qui n’est pas soumis à un pouvoir judiciaire échappe tôt ou tard à tout contrôle ou est détruit. (…) L’extension du pouvoir judiciaire dans le monde politique doit donc être corrélative à l’extension du pouvoir électif. Si ces deux choses ne vont point ensemble, l’État finit par tomber en anarchie ou en servitude. Tocqueville (1835)
J’ai été commis au juge Scalia il y a plus de 20 ans, mais les leçons que j’ai apprises résonnent toujours. Sa philosophie judiciaire est aussi la mienne: un juge doit appliquer la loi telle qu’elle est écrite. Les juges ne sont pas des décideurs politiques, et ils doivent être résolus à mettre de côté toutes les opinions politiques qu’ils pourraient avoir. Amy Coney Barrett
Le traitement par la Cour de l’importante question constitutionnelle soulevée par cette affaire a créé inutilement des conditions qui pourraient conduire à de graves problèmes post-électoraux. La Cour suprême de Pennsylvanie a publié un décret qui modifie complètement une importante disposition législative promulguée par la législature de Pennsylvanie conformément à son autorité en vertu de la Constitution des États-Unis d’établir des règles régissant la conduite des élections pour un poste fédéral. (…) Dans une loi appelée loi 77, le législateur a autorisé tous les électeurs à voter par correspondance, mais a exigé sans ambiguïté que tous les bulletins de vote par correspondance soient reçus avant 20 heures le jour des élections. (…) Il a également précisé que si cette disposition était déclarée invalide, une grande partie du reste de la loi 77, y compris sa libéralisation du vote par correspondance, serait nulle. (…) Le législateur a par la suite précisé que, dans son jugement, la pandémie de COVID-19 n’appelait aucune modification du délai le jour du scrutin. Dans une loi promulguée en mars 2020, le législateur a abordé les problèmes liés aux élections causés par la pandémie, mais il a choisi de ne pas modifier le délai de réception des bulletins de vote par correspondance. (…) Face au délai de la loi 77, la Cour suprême de Pennsylvanie, par quatre voix contre trois, a décrété que les bulletins de vote par correspondance ne devaient pas être reçus avant le jour du scrutin. (…) Au lieu de cela, elle a imposé une règle différente : les bulletins de vote doivent être considérés comme valides s’ils sont oblitérés le jour du scrutin ou avant et sont reçus dans les trois jours qui suivent. (…) En outre, le tribunal a ordonné qu’un bulletin de vote sans cachet de la poste ou illisible soit considéré comme valide s’il est reçu à cette même date. (…) Le tribunal a expressément reconnu que la disposition légale imposant la réception au plus tard le jour du scrutin était sans ambiguïté et que son abrogation de cette règle n’était pas fondée sur une interprétation de la loi. (…) Il a en outre admis que le délai légal était constitutionnel à première vue, mais il a revendiqué un large pouvoir pour faire ce qu’il jugeait nécessaire pour répondre à une ‘catastrophe naturelle’, et il a justifié son décret comme étant nécessaire pour protéger les droits des électeurs en vertu de la clause d’élections libres et égales de la Constitution de l’état. (…) Il y a un mois, le Parti républicain de Pennsylvanie et les dirigeants du Sénat de Pennsylvanie ont demandé à cette Cour de suspendre la décision de la Cour suprême de Pennsylvanie en attendant le dépôt et le règlement d’une requête en certiorari. (…) Ils ont fait valoir que la décision du tribunal de l’état violait les dispositions constitutionnelles précédemment citées, ainsi que la loi fédérale fixant une date uniforme pour les élections fédérales. (…) Mis en cause, le Parti démocrate de Pennsylvanie (DPP), a convenu que la constitutionnalité de la décision de la Cour suprême de l’état était une question d’importance nationale et nous a exhortés à accorder un examen et à trancher la question avant les élections. (…) Au lieu de faire ce que l’une ou l’autre des parties demandait, la Cour a simplement refusé la suspension. Bien qu’il y ait eu quatre votes pour inscrire une suspension, la demande a échoué à un vote également divisé. Maintenant, dans une ultime tentative pour empêcher les élections en Pennsylvanie de se dérouler sous un nuage, on nous a demandé d’accorder une requête pour un mémoire de certiorari, d’accélérer la révision et de trancher la question constitutionnelle avant les élections. Il serait hautement souhaitable de se prononcer sur la constitutionnalité de la décision de la Cour suprême de l’état avant les élections. Cette question a une importance nationale et il est fort probable que la décision de la Cour suprême de l’état viole la Constitution fédérale. Les dispositions de la Constitution fédérale conférant aux législatures des états, et non aux tribunaux des états, le pouvoir d’établir des règles régissant les élections fédérales n’auraient aucun sens si un tribunal d’état pouvait outrepasser les règles adoptées par le législateur simplement en prétendant qu’une disposition constitutionnelle de l’état donne aux tribunaux l’autorité d’établir les règles qu’il juge appropriées pour la conduite d’une élection équitable. (…) Pour ces raisons, la question posée par la décision de la Cour suprême de Pennsylvanie appelle un examen par cette Cour – comme l’ont convenu les partis républicain et démocrate de l’état lorsque le premier a demandé une suspension. Mais je conclus à contrecœur qu’il n’y a tout simplement pas assez de temps à cette date tardive pour trancher la question avant les élections. Justice Samuel Alito (28 octobre, 2020)
Quelques semaines avant une élection nationale, un juge de district fédéral a décrété que la loi du Wisconsin enfreignait la Constitution en obligeant les électeurs absents à retourner leur bulletin de vote au plus tard le jour du scrutin. Le tribunal a rendu sa décision même si plus de 30 états appliquent depuis longtemps la même date limite de vote par procuration – et pour des raisons compréhensibles: les élections doivent se terminer à un moment donné, une seule date limite fournit un avis clair et l’exigence que les bulletins de vote aient lieu le jour du scrutin met tous les électeurs sur le même pied. «Le bon sens, ainsi que le droit constitutionnel, obligent à la conclusion ce gouvernement doit jouer un rôle actif dans la structuration des élections », et les états ont toujours exigé des électeurs« qu’ils agissent en temps opportun s’ils souhaitent exprimer leur point de vue dans l’isoloir ». Burdick v. Taku-shi, 504 US 428, 433, 438 (1992). Pourquoi le tribunal de district a-t-il cherché à saborder une tradition si ancienne dans ce domaine? COVID. En raison de la pandémie actuelle, le tribunal a suggéré qu’il était libre de substituer sa propre date limite électorale à celle de l’état. Peu importe qu’en réponse à la pandémie, la Commission électorale du Wisconsin ait décidé d’envoyer par courrier aux électeurs inscrits une demande de vote par correspondance et une enveloppe de retour au cours de l’été, de sorte que personne n’ait eu à en demander une. Qu’importe que les électeurs soient également libres de rechercher et de renvoyer les bulletins de vote par correspondance depuis septembre. Peu importe que les électeurs puissent renvoyer leurs bulletins de vote non seulement par la poste, mais aussi en les apportant au bureau du greffier du comté ou dans diverses boîtes de dépôt «sans contact» organisé localement ou dans certains bureaux de vote le jour du scrutin. N’oubliez pas que ceux qui ne sont pas en mesure de voter le jour du scrutin ont encore d’autres options dans le Wisconsin, comme voter en personne pendant une période de vote de deux semaines avant le jour du scrutin. Et n’oubliez pas que le tribunal lui-même a trouvé que la pandémie constituait une menace insuffisante pour la santé et la sécurité des électeurs pour justifier la refonte des procédures du vote en personne de l’état. Il est donc incontestable que le Wisconsin a fait des efforts considérables pour accueillir le vote anticipé et répondre à la COVID. Le seul grief possible du tribunal de district est que l’état n’a pas fait assez. Mais à quel moment en a-t-on fait assez ? Si le délai légal de vote par procuration du Wisconsin peut être écarté du fait du statut de l’état en tant que «hotspot» COVID, qu’en est-il des délais identiques dans 30 autres états? Dans quelle mesure un état (ou peut-être une partie de celui-ci) doit-il être un «point chaud» avant que les juges décident d’improviser une nouvelle législation ? Ensuite, il y a la question de savoir ce que devraient être ces nouvelles échéances ad hoc. Le juge dans cette affaire a ajouté 6 jours à la date limite des élections de l’état, mais pourquoi pas 3, 7 ou 10, et qu’est-ce qui empêcherait différents juges de choisir (comme ils le feraient sûrement) des délais différents dans différentes juridictions? Une politique étatique largement partagée cherchant à concrétiser le jour des élections céderait la place à une Babel de décrets. Et comment empêcher les tribunaux de modifier également les règles du vote en personne? Ce juge a refusé d’aller aussi loin, mais les plaignants pensaient qu’il aurait dû le faire, et il n’est pas difficile d’imaginer que d’autres juges acceptent des invitations à élargir les cartes de la circonscription et à décider si les états devraient ajouter des bureaux de vote, réviser leurs horaires, réorganiser les isoloirs en leur sein, ou peut-être même compléter les protocoles existants de distanciation sociale, de lavage des mains et de ventilation. La Constitution dicte une approche différente de ces questions d’où on met la barre. La Constitution stipule que les législatures des états – et non ni les juges fédéraux, ni les juges des états, ni les gouverneurs des états, ni les autres représentants de l’état – portent la responsabilité principale de l’établissement des règles électorales. Art. I, §4, cl. 1. Et la Constitution offre également un deuxième niveau de protection. Si les règles de l’état doivent être révisées, le Congrès est libre de les modifier. Ibid. («Les heures, les lieux et les modalités de tenue des élections des sénateurs et des représentants sont prescrits dans chaque état par la législature de celui-ci; mais le Congrès peut à tout moment par la loi établir ou modifier de tels règlements…»). Rien dans notre document fondateur n’envisage le type d’intervention judiciaire qui a eu lieu en l’espèce, et il n’y a pas non plus de précédent en 230 ans de décisions de cette Cour. Et avec raison. Les législateurs peuvent être tenus responsables par les citoyens des règles qu’ils écrivent ou ne parviennent pas à rédiger; mais généralement, pas les juges. Les législatures élaborent des politiques et mettent en œuvre la sagesse collective de tout le peuple lorsqu’elles le font, tandis que les tribunaux ne rendent le jugement que pour une seule personne ou une poignée d’individus. Les législatures disposent de ressources beaucoup plus importantes pour la recherche et l’établissement des faits sur les questions de science et de sécurité que celles qui peuvent habituellement être réunies dans un litige entre des parties distinctes devant un juge unique. En prenant leurs décisions, les législateurs doivent faire des compromis pour parvenir au large consensus social nécessaire pour promulguer de nouvelles lois, ce qui n’est pas facilement reproductible dans les salles d’audience où généralement une partie doit gagner et l’autre perdre. Bien entendu, les processus démocratiques peuvent s’avérer frustrants. Parce qu’ils ne peuvent pas facilement agir sans un large consensus social, les législatures sont souvent lentes à réagir et tièdes quand elles le font. La clameur pour que les juges interviennent et abordent les problèmes émergents, et la tentation pour les juges individuels de combler le vide de l’inaction perçue peut être grande. Mais ce qui semble parfois être une faute dans la conception constitutionnelle était une caractéristique pour les rédacteurs, un moyen de garantir que tout changement du statu quo ne serait pas fait à la hâte, sans délibération minutieuse, consultation approfondie et consensus social. Nous ne pouvons pas non plus annuler cet arrangement simplement parce que nous pourrions être frustrés. Notre serment de respecter la Constitution est mis à l’épreuve par les temps difficiles, pas par les temps faciles. Et céder à la tentation de contourner les règles constitutionnelles habituelles n’est jamais gratuit. Cela porte atteinte à la foi en la Constitution écrite en tant que loi, au pouvoir du peuple de superviser son propre gouvernement et à l’autorité des législatures, car plus nous assumons leurs devoirs, moins ils sont incités à les remplir. Les modifications de dernière minute des règles électorales de longue date risquent également de générer d’autres problèmes, suscitant la confusion et le chaos et érodant la confiance du public dans les résultats électoraux. Personne ne doute que la tenue d’élections nationales en période de pandémie pose de sérieux défis. Mais rien de tout cela ne signifie que les juges individuels peuvent improviser avec leurs propres règles électorales à la place de celles que les représentants du peuple ont adoptées. Justice Neil Gorsuch (October 26, 2020)
L’avortement ne sera pas interdit aux Etats-Unis. Si « Roe vs Wade » est invalidée, l’avortement sera à nouveau géré par chaque Etat de manière autonome. Comme c’était le cas avant cette décision. Il n’y aura plus une mais cinquante législations différentes sur l’avortement. La procédure restera légale dans des dizaines d’Etats, mais sera restreinte voire prohibée dans d’autres. L’explication de l’embrasement politico-médiatique tient au fait que la question de l’avortement touche à trois sujets sensibles aux Etats-Unis. Le premier est l’interruption de grossesse, proprement dite, avec ses connotations sociales, morales, religieuses, et médicales sur le commencement de la vie. Est-ce que la vie commence à la naissance ? Ou à la conception ? Ou quelque part entre les deux ? Le second sujet est le rôle et le fonctionnement de la Cour Suprême dans les institutions américaines. Troisième branche du pouvoir et ultime arbitre des litiges judiciaires, la Cour Suprême a pris une dimension politique aux cours des dernières décennies du fait de l’influence de ses décisions sur les questions de société. Tant que ces décisions allaient dans le sens souhaité par les Démocrates et la gauche progressiste, cette politisation était bienvenue. Depuis que la direction s’est inversée, cette même gauche conteste la légitimité de la Cour, et sape sans vergogne ce pilier fondamental de la démocratie américaine. Le troisième sujet enfin touche à la répartition des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les Etats de l’Union. Les Etats-Unis sont une fédération, où le pouvoir du gouvernement fédéral, limité à l’origine, n’a cessé de s’étendre. Certains, chez les Démocrates et à l’extrême gauche voudraient le voir s’étendre encore plus, quitte à éliminer les particularités qui font des Etats-Unis, une nation à part. (…) Il n’existe pas de loi affirmant la légalité de l’avortement aux Etats-Unis. La question n’a jamais été légiférée. Il n’y a jamais eu de débat parlementaire. Il n’y a jamais eu de vote des élus. Pour la bonne raison que le résultat aurait été négatif. En 2009 le Congrès voulut profiter du vent de libéralisme social suscité par l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche pour faire voter une loi légalisant l’avortement. Elle fut rejetée en première lecture… Dès la diffusion du scoop de Politico, le Sénat a organisé un nouveau vote sur un futur texte de loi, légalisant l’avortement. Ce texte a été rejeté à 51 voix contre 49, alors qu’il avait besoin d’une majorité qualifiée de 60 voix pour avancer. Les Démocrates n’ont même pas fait le plein de leurs propres voix. Il n’y a donc, aux Etats-Unis, aucun équivalent à la loi Weil de 1975 sur l’Interruption Volontaire de Grossesse en France ; loi votée après un long débat parlementaire et devenue un acquis de la Ve République ! Aux Etats-Unis cette question a traditionnellement été laissée à la discrétion de chaque Etat. Jusque dans les années 1960 elle était d’ailleurs peu débattue. (…) Dans les années 1960, les bouleversements culturels et sociaux, en particulier l’intégration des femmes dans la vie active et la diffusion de la pilule contraceptive, à partir de 1962, ont engendré une révolution des mœurs et contribué aux demandes des mouvements féministes bourgeonnants pour l’émancipation des femmes et en particulier pour une libération de ce qu’elles appelaient la « servitude reproductive ». (…) A l’époque, trente Etats américains interdisaient l’avortement et seize l’autorisaient avec des restrictions. Seuls quatre Etats l’autorisaient largement: l’Alaska, Hawaïi, New York et Washington. En 1965, dans l’affaire Griswold v Connecticut, la Cour Suprême avait reconnu l’existence d’un « droit à la vie privée » protégeant la vie maritale des Américains. Le Connecticut, riche Etat de Nouvelle Angleterre, interdisait alors la vente de contraceptifs. Un couple marié demandait la levée de cette interdiction parce qu’elle constituait, selon leurs avocats, une ingérence inacceptable du gouvernement dans la « vie privée » des Américains. Les juges avaient approuvé ce raisonnement à sept contre deux. Toutefois ce « droit à la vie privée » n’est aucunement stipulé dans la Constitution américaine, ni dans ses articles, ni dans les dix amendements qui constituent la « Charte des Droits » (Bill of Rights), ni dans les amendements qui ont suivi. Aussi les juges suprêmes de l’époque ont-ils opiné que ce droit était garanti de manière « implicite » parce qu’il rentre dans le cadre des libertés individuelles protégées par la Constitution. C’est dans « la pénombre et les émanations » (sic) du texte constitutionnel que les juges d’alors ont trouvé la justification du droit à la vie privée… Même si la fragilité du raisonnement fut soulignée alors, la décision allait dans l’air du temps et chacun reconnaissait que l’Etat n’avait pas à fourrer son nez dans la « chambre de couples mariés ». La décision Griswold v Connecticut annonçait celle qui allait suivre. Si le gouvernement ne pouvait dicter leur conduite sexuelle aux couples mariés, il ne pouvait pas non plus la dicter aux personnes célibataires, tout le monde étant égal devant la loi, et ne pouvait pas non plus interdire à une femme d’interrompre une grossesse. Cette conclusion logique fut atteinte six ans plus tard, le 22 janvier 1973 par la fameuse décision « Roe vs Wade ». Jane Roe était le pseudonyme d’une femme attaquant l’Etat du Texas pour le droit d’avorter. Wade était le nom du procureur de Dallas où la plainte avait été déposée. D’appel en appel le dossier parvint jusqu’à la Cour Suprême qui après de longs mois de débats vota en faveur du plaignant à sept voix contre deux. Les juges suprêmes réaffirmèrent alors l’existence du fameux droit à la vie privée, basé plus particulièrement sur le XIVe amendement, garantissant, entre autres, à tous les citoyens américains l’égalité devant la loi. Leur décision équivalait à une légalisation de l’avortement sur l’ensemble du territoire fédéral. La date devint historique. Byron White, l’un des deux juges à rejeter cette décision écrivit alors qu’elle constituait un « abus brutal du pouvoir judiciaire. » La force de cette décision était qu’elle s’appliquait au niveau fédéral. Elle avait force de loi, prenant le pas sur les législations particulières de chacun des cinquante Etats. La faiblesse de cette décision était qu’elle se basait sur une interprétation contestable de la Constitution. D’ailleurs elle n’a cessé d’être contestée depuis. Gérald Olivier
Les Etats-Unis de 1973 comptaient de nombreux Etats conservateurs, marqués par la morale religieuse et le patriarcat. Pour ces Américains-là, la légalisation de l’avortement constituait une révolution culturelle aussi inattendue qu’inacceptable. Quelques leaders religieux, dont le révérend Jerry Falwell, pionnier parmi les télé-évangélistes conservateurs, comprirent l’énorme force politique que constituaient les chrétiens évangéliques, soudés par leur opposition à l’avortement. Ils décidèrent de mettre cette force au service du parti républicain en échange d’un engagement de ses élus à se battre pour invalider Roe v Wade, entre autres façons par la nomination de juges conservateurs à la Cour Suprême. Du jour au lendemain des personnalités politiques qui ne s’étaient pas jusqu’alors engagées dans le débat sur l’avortement prenaient des positions publiques tranchées, et se déclaraient « pro-life » pour se concilier le vote évangélique. Le plus proéminent d’entre eux fut Ronald Reagan. En 1967 alors gouverneur de la Californie, Reagan avait signé une loi légalisant l’avortement, mais à partir de 1978, en tant que candidat à la Maison Blanche, il se déclarait partisan du « caractère sacré de la vie ». Idem plus récemment pour Donald Trump. L’ancien playboy new yorkais, qui avait longtemps fait profession foi de sa tolérance et de son progressisme en la matière, reconnaissant le droit d’une femme à « choisir », se mua en partisan virulent du droit à la vie lors de sa campagne présidentielle de 2016. En 2018, devenu président, il s’adressa, depuis les jardins de la Maison Blanche, aux manifestants qui participent tous les ans, le 22 janvier, à une marche de protestation sur la capitale fédérale Washington D.C. pour commémorer la funeste décision de 1973, et leur déclara qu’il défendrait toujours le premier droit garanti par la Constitution, le « droit à la vie »… Face à ces engagements, les forces pro-avortement se sont mobilisées pour défendre et conforter ce droit jugé fondamental. Les nominations de juges à la cour Suprême sont devenues l’enjeu de batailles féroces qui n’ont fait que s’envenimer avec le temps. La première bataille eut lieu en 1987 quand le président Reagan y présenta la candidature du juge Robert Bork. Bork était un haut magistrat reconnu et expérimenté, professeur à l’université de Yale, qui ne cachait pas son désaccord avec nombres de décisions antérieures de la Cour suprême, dont « Roe vs Wade », conséquences pour lui d’une lecture extrapolative de la Constitution. Sa nomination, médiatisée comme aucune autre jusqu’alors, fut torpillée par le Sénat, à l’incitation de Ted Kennedy, le benjamin des trois frères, alors sénateur du Massachusetts, et du président de la Commission judiciaire, un certain Joe Biden. Bork dénonça « un arbitraire et des mensonges grossiers », mais rien n’y fit. Les Démocrates étaient alors majoritaires au Congrès et il n’était pas question qu’ils admettent à la Cour Suprême, un juge anti-avortement. Bork fut rejeté. A sa place, Reagan nomma Anthony Kennedy, un centriste, acquis au maintien de Roe v Wade. La seconde bataille se déroula en 1991 avec la nomination du juge Clarence Thomas par George Bush père. Thomas, un Noir conservateur, opposé à l’avortement, fut immédiatement attaqué, non pas sur sa philosophie judiciaire, mais sur sa personne et son passé. Les Démocrates mirent en avant une ancienne stagiaire, Anita Hill, qui l’accusa de harcèlement sexuel. L’homme orchestrant ces accusations fut à nouveau le président de la Commission judiciaire du Sénat, Joe Biden. Une enquête du FBI jugea les accusations de Hill « infondées ». Néanmoins elle fut invitée à témoigner lors des audiences de confirmation qui s’étalèrent sur près de deux mois, une durée sans précédent ! Clarence Thomas compara la procédure à une « honte nationale » et un « lynchage médiatique » destiné à « détruire sa réputation » et intimider « tous les Noirs qui oseraient ne pas suivre l’ordre établi et penser par eux-mêmes ». Il fut finalement confirmé par un vote de 52 voix contre 48 au Sénat. Quarante-six sénateurs démocrates sur cinquante-sept votèrent contre lui. Cette bataille fut un prélude à une autre bataille encore plus brutale engagée toujours par les mêmes Démocrates, cette fois contre le juge Brett Kavanaugh en 2018. Kavanaugh était le second juge nommé par Donald Trump, sa nomination pouvait donner à la Cour une majorité conservatrice susceptible d’invalider Roe v Wade. Les démocrates étaient donc prêts à tout pour faire dérailler sa nomination. D’autant que le climat politique était alors particulièrement tendu. 2016, la dernière année du mandat présidentiel de Barack Obama s’était ouverte avec une cour comprenant quatre juges progressistes (Ruth Bader Ginzburg et Stephen Breyer, nommés par Bill Clinton, Sonya Sotomayor et Elena Kagan, nommées par Barack Obama) trois juges conservateurs (Antonin Scalia, nommé par Ronald Reagan, Clarence Thomas, nommé par George Bush père et Samuel Alito, nommé par George W. Bush), ainsi que deux juges centristes, nommés par deux présidents républicains mais rejoignant très souvent les positions des quatre juges progressistes, (Anthony Kennedy, nommé par Reagan et John Roberts, le président de la Cour, nommé par George W. Bush). Les progressistes avaient donc la majorité au sein de la cour, mais cette majorité était fragile. Un simple ralliement de Kennedy et Roberts au camp conservateur pouvait donner à celui-ci une majorité de cinq voix contre quatre. La nomination de deux nouveaux juges conservateurs pouvait aussi inverser le rapport de force. En février 2016 Antonin Scalia, le plus conservateur des neuf juges, décéda subitement. Barack Obama s’empressa de proposer pour lui succéder le juge Merrick Garland (aujourd’hui ministre de la Justice du président Biden). C’était l’occasion de consolider la majorité de gauche à la Cour Suprême ! Mais le Sénat, contrôlé par le parti républicain, parvint à repousser les audiences de confirmation jusqu’après l’élection présidentielle de novembre. Garland n’eut jamais l’occasion de défendre sa nomination. La manœuvre fit grincer des dents et valut à son auteur, Mitch Mc Connell, chef de file des Républicains du Sénat, une très mauvaise presse. Mais les Démocrates étaient alors persuadés que Hillary Clinton serait élue présidente en novembre 2016. Elle pourrait nommer Garland ou un autre juge tout aussi progressiste et les Républicains seraient alors obligés de confirmer sa nomination. Ce n’est pas ce qui se produisit ! Le 8 novembre 2016, le candidat républicain Donald Trump fut élu de justesse, créant ainsi la plus grosse surprise électorale de l’histoire présidentielle américaine. Et remportant le droit de nommer le juge de son choix pour succéder à Antonin Scalia. Ce fut Neil Gorsuch. Sa nomination ne changea pas l’équilibre de la Cour. Scalia, le sortant était conservateur, Gorsuch l’entrant l’était aussi. Deux ans plus tard en 2018 le juge Anthony Kennedy, âgé de 82 ans, prit sa retraite, offrant à Donald Trump la possibilité de nommer un deuxième juge à la Cour. Ce fut Brett Kavanaugh. Dans le contexte polarisé de la présidence Trump, les audiences de confirmation de Brett Kavannaugh dégénérèrent dans un chaos sans précédent. (…) Elle ne parvint cependant pas à faire dérailler la nomination de Kavanaugh. La Cour Suprême avait désormais une majorité conservatrice. Et pour rajouter encore à la déconvenue des Démocrates, Ruth Bader Ginzburg, âgée de 87 ans, souffrant d’un cancer depuis des années et qui ne siégeait plus à la Cour que par intermittence à cause de séjours répétés en hôpital, décéda à son tour quelques mois avant la fin du mandat de Donald Trump. La juge la plus à gauche, véritable pilier de l’idéologie progressiste laissait son siège vacant et offrait au président Trump le privilège rare de nommer un troisième juge à la Cour en un seul mandat ! Celui-ci s’empressait de désigner Amy Coney Barrett et le Sénat, toujours contrôlé par les Républicains, s’empressait de confirmer sa nomination. Cette fois la cause était entendue. Le camp progressiste au sein de la Cour Suprême est réduit à trois juges : Sonia Sotomayor, Elena Kagan et Stephen Breyer (qui sera bientôt remplacé par Katanji Brown Jackson, tout récemment nommée par le président Biden et déjà confirmée). Le camp conservateur en compte cinq : Clarence Thomas, Samuel Alito, Neil Gorsuch, Brett Kavannaugh et Amy Coney Barret). Quatre d’entre eux ont moins de soixante ans et devraient siéger pour des décennies. Le président de la Cour reste le juge John Roberts. Son vote, imprévisible, peut renforcer la majorité conservatrice, à six voix contre trois, ou la réduire à cinq voix contre quatre. Mais cette majorité conservatrice est solidement ancrée. Les Démocrates ont perdu la bataille de la Cour Suprême. Sans surprise, leur stratégie a donc radicalement évolué à son égard. Ils suggèrent désormais de porter le nombre de ses juges à quinze. Cela s’appelle en anglais le « Court Packing ». Autoriser le président, démocrate bien sûr, à nommer d’un coup six juges, pour rendre au camp progressiste le contrôle des débats. Pour y parvenir les Démocrates ont besoin d’une majorité qualifiée de 60 voix au Sénat. Ils en sont loin. La manœuvre est donc purement symbolique. Ce qui enrage et angoisse les Démocrates. Car la question de l’avortement n’est pas la seule question devant la Cour Suprême. D’autres questions de société peuvent lui être soumises. Leur hantise est de voir les acquis récents – qui ne sont qu’un échafaudage de déconstruction sociétale sans précédent – dont la reconnaissance du mariage homosexuel, de l’agenda LGBT et des droits des immigrants clandestins, à leur tour, battus en brèche. Derrière la question de l’avortement, il y a de vrais enjeux de société aux Etats-Unis. Enjeux pour lesquels la Cour Suprême aura un rôle légitime à jouer. L’annulation de Roe v Wade serait le premier signe de la fin des dérives engagées depuis un demi-siècle et l’amorce d’un retour de balancier, espéré et attendu depuis des décennies par la fameuse majorité silencieuse. Gérald Olivier
La thèse d’Inglehart sur la révolution silencieuse se concentre sur le changement de valeur sur le pôle gauche du spectre politique, en omettant la droite. Dans plusieurs de ses publications, Ronald Inglehart soutient qu’une nouvelle dimension matérialiste/postmatérialiste façonne les attitudes politiques en Occident et au Japon. L’émergence d’un nouvel ensemble de valeurs qui met l’accent sur des valeurs non matérialistes (telles que la liberté, la participation, la réalisation de soi) a donné naissance à la Nouvelle Politique. Pour Inglehart, ce changement du système de valeurs vers une augmentation régulière et progressive du postmatérialisme affecte les préférences partisanes. En particulier, les postmatérialistes penchent massivement en faveur des partis de gauche. En d’autres termes, le changement de valeur a produit de nouveaux alignements politiques et de nouveaux mouvements politiques sur le côté gauche du spectre politique. (…) L’incohérence de la thèse d’Inglehart avec la montée des partis d’extrême droite est encore plus déconcertante. Pourquoi, à une époque de montée du postmatérialisme et de croissance économique, trouvons-nous un nombre croissant d’électeurs de droite ? Et pourquoi l’affirmation de la nouvelle politique n’a-t-elle pas réduit l’espace de l’extrême droite ? Notre hypothèse est que, parallèlement à la diffusion du postmatérialisme, dans les pays occidentaux dans les années 1980, un climat culturel et politique différent, partiellement stimulé par la même « Nouvelle politique », a également pris racine. Ce changement de croyances et d’attitudes s’est partiellement exprimé dans le soi-disant néoconservatisme (et a été partiellement interprété par les partis conservateurs). Mais, dans une large mesure, il est resté souterrain jusqu’à la montée récente des PED. Un tel creuset souterrain d’attitudes et de sentiments comprend l’émergence de nouvelles priorités et questions non traitées par les partis établis, une désillusion à l’égard des partis en général, un manque croissant de confiance dans le système politique et ses institutions, et un pessimisme général quant à l’avenir. En un sens, on pourrait dire que les Verts et les PED sont respectivement les enfants légitimes et les enfants indésirables de la Nouvelle Politique ; comme les Verts sortent de la révolution silencieuse, les PED dérivent d’une réaction à celle-ci, une sorte de « contre-révolution silencieuse ».  Piero Ignazi (1992)
Aujourd’hui, la notion de genre est très attaquée, notamment lorsqu’elle est déployée en milieu scolaire. La rhétorique de l’extrême droite est que les associations procéderaient à du lavage de cerveau envers les jeunes. Et le résultat de ce discours nourri de transphobie, c’est qu’on a 89 députés du RN. Matthieu Gatipon (collectif LGBT)
Des centres LGBT se font attaquer, des personnes LGBT se font agresser tous les jours. On aimerait un peu plus de soutien du gouvernement, qui se dit notre allié mais ne fait pas grand-chose. Elisa Koubi (collectif LGBT)
C’est une décision juridique. C’est juste un renvoi de la décision au peuple. Paul Reen (Republicans in France)
Trump brought about the end of Roe. That is something every prior Republican decidedly couldn’t do or refused to do… One relevant question is whether a different Republican nominee would have yielded as good results, Supreme Court-wise, in 2016 through 2020 as Trump did (…) maybe it took Trump’s unique appeal to the working-class voter in order to carry Michigan, Pennsylvania, and Wisconsin in 2016. Also, once in office, perhaps it took Trump’s unique disdain for the liberal media to place three conservatives on the high court. When the Washington Post and Democratic senators rallied relentlessly behind uncorroborated sexual assault allegations against Brett Kavanaugh, would another Republican president have caved? When the media and Democrats decided that it was somehow foul play to replace Justice Ruth Bader Ginsburg a month before the election in 2020, would another Republican have gone along with that argument? Timothy P. Carney
For the reasons Alito lays out, I believe that Roe was a terribly misguided decision, and that a wiser course would have been for the issue of abortion to have been given a democratic outlet, allowing even the losers “the satisfaction of a fair hearing and an honest fight,” in the words of the late Justice Antonin Scalia. Instead, for nearly half a century, Roe has been the law of the land. But even those who would welcome its undoing should acknowledge that its reversal could convulse the nation. If we are going to debate abortion in every state, given how fractured and angry America is today, we need caution and epistemic humility to guide our approach. We can start by acknowledging the inescapable ambiguities in this staggeringly complicated moral question. No matter one’s position on abortion, each of us should recognize that those who hold views different from our own have some valid points, and that the positions we embrace raise complicated issues. That realization alone should lead us to engage in this debate with a little more tolerance and a bit less certitude. (…) For example, about half of all fertilized eggs are aborted spontaneously—that is, result in miscarriage—usually before the woman knows she is pregnant. Focus on the Family, an influential Christian ministry, is emphatic: “Human life begins at fertilization.” Does this mean that when a fertilized egg is spontaneously aborted, it is comparable—biologically, morally, ethically, or in any other way—to when a 2-year-old child dies? If not, why not? (…) The pro-choice side, for its part, seldom focuses on late-term abortions. Let’s grant that late-term abortions are very rare. But the question remains: Is there any point during gestation when pro-choice advocates would say “slow down” or “stop”—and if so, on what grounds? Or do they believe, in principle, that aborting a child up to the point of delivery is a defensible and justifiable act; that an abortion procedure is, ethically speaking, the same as removing an appendix? If not, are those who are pro-choice willing to say, as do most Americans, that the procedure gets more ethically problematic the further along in a pregnancy? (…) At the same time, even if one believes that the moral needle ought to lean in the direction of protecting the unborn from abortion, that doesn’t mean one should be indifferent to the enormous burden on the woman who is carrying the child and seeks an abortion, including women who discover that their unborn child has severe birth defects. Nor does it mean that all of us who are disturbed by abortion believe it is the equivalent of killing a child after birth. In this respect, my view is similar to that of some Jewish authorities, who hold that until delivery, a fetus is considered a part of the mother’s body, although it does possess certain characteristics of a person and has value. But an early-term abortion is not equivalent to killing a young child. (…) with abortion, we’re dealing with an awesome mystery and insoluble empirical questions. Which means that rather than hurling invective at one another and caricaturing those with whom we disagree, we should try to understand their views, acknowledge our limitations, and even show a touch of grace and empathy. In this nation, riven and pulsating with hate, that’s not the direction the debate is most likely to take. But that doesn’t excuse us from trying. Peter Wehner
Ce qui peut vivre par la Cour, peut mourir par la Cour. (…) C’est une très bonne nouvelle, car il ne s’agit pas d’interdire l’avortement, mais de renvoyer l’un des sujets les plus sérieux qui soit vers le corps politique. La politique doit venir en premier, le droit en second. Les juges ne peuvent se substituer au débat démocratique. Nous devons redevenir une nation politique, surmonter nos désaccords profonds par la conversation, même quand elle est extrêmement difficile, au lieu d’abandonner les décisions aux juges ou aux experts. Tout le monde avait conclu que la gauche avait gagné la bataille culturelle. Cette dernière imaginait qu’elle pouvait considérer ceux qui résistaient comme “des accidents historiques” à ignorer, mais cette décision de la Cour, qui résulte de la contre-offensive menée sous Trump, montre que c’est plus compliqué. Je doute qu’un seul État aille vers une interdiction totale. Les changements sociétaux qui se produisent à gauche, notamment dans le mouvement woke, visent à repousser ou ignorer la nature et ses limites. L’attaque contre “Roe vs Wade”, en retour, veut rappeler que la nature existe, et que les bébés, à l’intérieur du corps de la femme, sont réels. Avec le progrès technologique, il est devenu impossible d’ignorer leur souffrance, elle doit faire partie de l’équation au même titre que la souffrance des femmes. Joshua Mitchell (Georgetown)
En annulant la célèbre décision « Roe vs Wade » de 1973 qui instaurait un droit fédéral à l’avortement, et en renvoyant aux États le pouvoir de trancher sur cette question douloureuse, les juges de la Cour suprême américaine de 2022, ont pris, par 6 voix contre 3, une décision historique. Opposant ceux qui se réjouissent d’une «victoire de la vie» à ceux qui veulent défendre la liberté des femmes de «contrôler leur corps», elle va déchirer l’Amérique et constituera un sujet central de la bataille des élections de mi-mandat. Dans un contexte de quasi-guerre civile politique, cela dessine un terrain glissant et dangereux, dont la tentative d’attentat contre le juge conservateur Brett Kavanaugh qui a suivi le vote, illustre le caractère explosif. Mais présenter la décision de la Cour suprême comme « un retour au Moyen Âge » ou une « talibanisation » des États-Unis, comme on le martèle depuis quelques jours, apparaît comme une véritable caricature, très idéologique. Évacuant la question morale, malgré toutes les découvertes scientifiques sur la vie intra-utérine du fœtus, cette lecture des événements nie toute légitimité à ceux qui n’ont jamais cessé de défendre le droit sacré à la vie, ou veulent – c’est la majorité du camp conservateur – imposer des limites de temps plus strictes, au droit d’avorter, aujourd’hui beaucoup plus permissif aux États-Unis qu’en Europe. Faudrait-il faire comme s’ils n’existaient pas et ne voir le sujet que sous l’angle des féministes, qui a bien sûr sa légitimité? Ou accepter de débattre? À bien y regarder, cette décision n’est pas étonnante. Contrairement aux Français, qui ont accepté collectivement le droit à l’avortement à la faveur d’un vote démocratique, les Américains, court-circuités par les juges, ne sont jamais parvenus à un consensus. Pays fédéral toujours très chrétien, les États-Unis restent en réalité très partagés sur l’avortement, même si une majorité de 60 % est aujourd’hui favorable à ce droit, les désaccords portant surtout sur son encadrement. Loin de refléter l’approbation de la majorité de la population, la décision «Roe vs Wade» avait été imposée par le haut au pays en 1973 par une Cour suprême progressiste, évacuant du débat la moitié conservatrice du pays. La décision de vendredi dernier ressemble de ce point de vue à un effet boomerang. Comme le note le professeur de philosophie politique Joshua Mitchell, de l’université de Georgetown, «ce qui peut vivre par la Cour, peut mourir par la Cour». Autrement dit, les juges américains s’étaient substitués à la délibération démocratique. Aujourd’hui, ils ne vont pas jusque-là, mais exigent un retour du dossier vers les États, revendication constante des conservateurs. Reflétant ce point de vue, le professeur Mitchell, favorable au droit à l’avortement des femmes dans «des limites raisonnables» de 12 semaines, parle d’une «très bonne nouvelle, car il ne s’agit pas d’interdire l’avortement, mais de renvoyer l’un des sujets les plus sérieux qui soit vers le corps politique». «La politique doit venir en premier, le droit en second. Les juges ne peuvent se substituer au débat démocratique. Nous devons redevenir une nation politique, surmonter nos désaccords profonds par la conversation, même quand elle est extrêmement difficile, au lieu d’abandonner les décisions aux juges ou aux experts», insiste-t-il. «Tout le monde avait conclu que la gauche avait gagné la bataille culturelle. Cette dernière imaginait qu’elle pouvait considérer ceux qui résistaient comme “des accidents historiques” à ignorer, mais cette décision de la Cour, qui résulte de la contre-offensive menée sous Trump, montre que c’est plus compliqué», analyse Mitchell. Le camp libéral, consterné, s’en inquiète, soulignant, non sans raison, qu’il existe un groupe substantiel d’ «intégralistes conservateurs» qui rêverait d’absolutiser le dossier, et d’interdire tout de go l’avortement, même en cas d’inceste ou de viol. Mais présenter ce camp comme majoritaire brouille la réalité des humeurs de la majorité des républicains, favorables à l’avortement, mais avec une interdiction au-delà de 12 ou 15 semaines. (..) La décision «Roe vs Wade» a en effet permis de pratiquer des avortements, pratiquement jusqu’à la naissance, dans de nombreux États. «Les changements sociétaux qui se produisent à gauche, notamment dans le mouvement woke, visent à repousser ou ignorer la nature et ses limites. L’attaque contre “Roe vs Wade”, en retour, veut rappeler que la nature existe, et que les bébés, à l’intérieur du corps de la femme, sont réels. Avec le progrès technologique, il est devenu impossible d’ignorer leur souffrance, elle doit faire partie de l’équation au même titre que la souffrance des femmes», note Mitchell. Des dizaines de millions d’avortements ont été réalisés aux États-Unis depuis 1973. Laure Mandeville
La gauche supposait qu’après 2016, Hillary Clinton, en tant que présidente, nommerait trois ou quatre autres juges militants au cours de son mandat de huit ans presque garanti. Mais l’impensable s’est produit avec l’étonnante élection de Donald Trump en 2016. Trump a maintenant nommé trois juges traditionalistes (et relativement jeunes) à des postes à vie à la Cour suprême. Ironiquement, il a été habilité à le faire après que le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, a modifié les règles du Sénat en 2013, réduisant le seuil d’approbation des candidats à l’exécutif et à la magistrature de 60 voix à 51 voix. Reid a pris à tort pour acquis que les Démocrates contrôleraient le Sénat pendant la prochaine décennie dans le cadre d’un continuum Obama-Clinton de 16 ans. Reid souhaitait s’assurer que la minorité républicaine au Sénat n’aurait pas la possibilité d’entraver la nomination de candidats progressistes jusqu’en 2024 au moins. Au lieu de cela, Reid a permis à Trump et à un Sénat contrôlé par les Républicains de nommer des juges conservateurs à volonté selon les nouvelles règles. Victor Davis Hanson
La contre-révolution silencieuse contre-attaque !

Après l’aussi cinglante qu’inattendue remise à sa place …

Aussi bien au niveau extérieur avec l’Ukraine …

Qu’intérieur avec le retour en force d’un parlement depuis cinq ans réduit à faire de la figuration…

D’un président français qui après son casse de 2017 était présenté comme le coup d’arrêt progressiste à la vague de populisme qui traverse l’Occident depuis quelques années …

Et au lendemain d’une décision historique de la Cour suprême américaine …

Qui voit nos médias bien-pensants nous bassiner du matin au soir …

Avec une prétendue « révocation du droit à l’avortement » …

Pour non une privation comme ils le clament …

Mais en fait derrière un désaccord qui porte pour l’essentiel sur la question de l’encadrement

A savoir des limites de temps plus strictes pour une pratique en fait beaucoup plus permissive qu’en Europe …

Un retour des droits à chaque Etat de l’Union …

En cette journée après un mois de propagande intensive ..

Où entre campagne d’affichage de notre Ministère de la santé et appels à étendre l’actuel lavage de cerveau jusque dans les écoles de nos enfants

Le lobby homosexuel va reprendre comme chaque année et dans de plus en plus de pays ses provocations dans nos rues

Devinez qui, contre le respect des normes constitutionnelles et des traditions de longue date qui ont bien servi l’Amérique pendant de si nombreuses années …

Espérant avec Hillary Clinton changer les règles qu’ils estimaient gênantes …
A fini en fait ironie de l’histoire …
Par permettre à Trump et à un Sénat contrôlé par les Républicains…
Via la nomination, avec seulement une majorité de 50 sénateurs et non plus 60, de juges conservateurs relativement jeunes …
 De clore une longue parenthèse de révolution silencieuse
Qui depuis les années 60 aux Etats-Unis …
Avait grâce à la même Cour suprême en ce temps-là ouvertement militante …
D’un putsch judiciaire à un autre …
Et de l’avortement à présent jusqu’à quasiment la naissance à l’aberration du mariage homosexuel…
Sans compter, il y a deux ans sous prétexte d’épidémie, l’avalisation d’une élection manifestement dévoyée
Cru révolutionner pour toujours …
Nos modes de vies et nos moeurs  ?

2020 election is not really about a choice between Trump vs. Biden

Victor Davis Hanson

Fox News

November 3, 2020

In traditional presidential campaigns, the two major parties offer contrasting ideas and policies. The Democratic and Republican candidates barnstorm the nation to make their cases.

Not this year.

Democratic nominee Joe Biden is more or less a virtual candidate, mostly communicating from home via Zoom. He offers few detailed alternatives to the first four years of the Trump administration.

Instead, Biden is running on the idea that Donald Trump caused the COVID-19 pandemic and the resulting economic recession, and that he’s responsible for violence in the streets.

But Biden rarely offers contrasting visions of what he would have done differently than the Trump administration — or, for that matter, major European countries that are now in worse economic shape and fighting another coronavirus spike.

Even in the final days of the race, Biden is making far fewer campaign appearances than Trump. The challenger is outsourcing to the media his defense against allegations that the Biden family has peddled influence to foreign interests for millions of dollars that were routed into family coffers.

An inert Biden is playing the role of good ol’ Joe from Scranton, while his supporters hope not to just to change presidency, but to alter the very rules of how America has been governed for decades and even centuries.

Not long ago, the left favored the Electoral College. California, New York and Illinois gave Democrats more than 100 automatic Electoral College votes.

The left bragged that their “Blue Wall” lock on solidly Democratic, union-heavy Midwestern states had ensured Barack Obama two presidential terms — and in 2016 would guarantee Hillary Clinton the presidency as well.

But in 2016, the Blue wall crumbled — perhaps permanently.

Now, furious progressives plan to end the constitutionally mandated Electoral College by hook or crook. They feel it is no longer serves their election purposes.

Ditto the traditional structure of the Supreme Court. For nearly 60 years, a left-leaning Supreme Court revolutionized American cultural and political life with progressive decisions. The majority on the court advanced liberal agendas that often found little support in referenda, state legislatures and Congress.

Even Republican-appointed judges often flipped from conservative to liberal in the progressive culture of Washington. Once strict constructionist justices such as Harry Blackmun, William Brennan, Lewis F. Powell Jr., David Souter, John Paul Stevens, Potter Stewart and Earl Warren all became activists, delighting the left. Almost no Democratic-appointed justices turned traditional and conservative.

The Supreme Court includes two of Barack Obama’s liberal nominees, Sonia Sotomayor and Elena Kagan. The left assumed that after 2016, Hillary Clinton as president would appoint three or four more activist justices over her almost guaranteed eight-year tenure.

But then the unthinkable happened with the stunning 2016 election of Donald Trump.

Trump now has appointed three traditionalist (and relatively young) justices to lifetime spots on the Supreme Court. Ironically, he was empowered to so after Democratic Senate Majority Leader Harry Reid changed the Senate rules in 2013, reducing the threshold for approval of executive and judicial nominees from 60 votes to 51 votes.

Reid wrongly took for granted that Democrats would control the Senate for the next decade as part of an Obama-Clinton 16-year continuum. Reid wished to ensure that the Republican Senate minority would have no ability to obstruct the appointment of progressive nominees until at least 2024.

Instead, Reid ensured that Trump and a Republican-controlled Senate could appoint conservative judges at will under the new rules.

If elected president, Joe Biden would likely “pack” the Supreme Court with additional slots. That enlargement would ensure new activist left-wing justices.

In other words, the 151-year tradition of a Supreme Court with nine justices would end.

The left also wants to pack the Senate — and change the rules. Puerto Rico and Washington, D.C., would become new states. Their admission would end the tradition of 50-state America and would likely mean another four Democratic senators.

A Biden presidency and Democratic-controlled Senate would also quickly kill off what is left of the filibuster. Democrats wish to ensure that a surviving Republican minority could not impede progressive agendas in the same manner that the Democratic minority has stopped Republican legislation in recent years.

In sum, the 2020 election is not just about Joe Biden sitting on a perceived lead and trying to run out the clock against barnstorming incumbent President Trump.

It is really a choice between changing rules when they are deemed inconvenient and respecting constitutional norms and long-held traditions that have served America well for many years.

Voir aussi:

There’s a Better Way to Debate Abortion
Caution and epistemic humility can guide our approach.
Peter Wehner
The Atlantic
May 17, 2022

If Justice Samuel Alito’s draft majority opinion in Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization becomes law, we will enter a post–Roe v. Wade world in which the laws governing abortion will be legislatively decided in 50 states.

In the short term, at least, the abortion debate will become even more inflamed than it has been. Overturning Roe, after all, would be a profound change not just in the law but in many people’s lives, shattering the assumption of millions of Americans that they have a constitutional right to an abortion.

This doesn’t mean Roe was correct. For the reasons Alito lays out, I believe that Roe was a terribly misguided decision, and that a wiser course would have been for the issue of abortion to have been given a democratic outlet, allowing even the losers “the satisfaction of a fair hearing and an honest fight,” in the words of the late Justice Antonin Scalia. Instead, for nearly half a century, Roe has been the law of the land. But even those who would welcome its undoing should acknowledge that its reversal could convulse the nation.

If we are going to debate abortion in every state, given how fractured and angry America is today, we need caution and epistemic humility to guide our approach.

We can start by acknowledging the inescapable ambiguities in this staggeringly complicated moral question. No matter one’s position on abortion, each of us should recognize that those who hold views different from our own have some valid points, and that the positions we embrace raise complicated issues. That realization alone should lead us to engage in this debate with a little more tolerance and a bit less certitude.

Many of those on the pro-life side exhibit a gap between the rhetoric they employ and the conclusions they actually seem to draw. In the 1990s, I had an exchange, via fax, with a pro-life thinker. During our dialogue, I pressed him on what he believed, morally speaking, should be the legal penalty for a woman who has an abortion and a doctor who performs one.

My point was a simple one: If he believed, as he claimed, that an abortion even moments after conception is the killing of an innocent child—that the fetus, from the instant of conception, is a human being deserving of all the moral and political rights granted to your neighbor next door—then the act ought to be treated, if not as murder, at least as manslaughter. Surely, given what my interlocutor considered to be the gravity of the offense, fining the doctor and taking no action against the mother would be morally incongruent. He was understandably uncomfortable with this line of questioning, unwilling to go to the places his premises led. When it comes to abortion, few people are.

Humane pro-life advocates respond that while an abortion is the taking of a human life, the woman having the abortion has been misled by our degraded culture into denying the humanity of the child. She is a victim of misinformation; she can’t be held accountable for what she doesn’t know. I’m not unsympathetic to this argument, but I think it ultimately falls short. In other contexts, insisting that people who committed atrocities because they truly believed the people against whom they were committing atrocities were less than human should be let off the hook doesn’t carry the day. I’m struggling to understand why it would in this context.

There are other complicating matters. For example, about half of all fertilized eggs are aborted spontaneously—that is, result in miscarriage—usually before the woman knows she is pregnant. Focus on the Family, an influential Christian ministry, is emphatic: “Human life begins at fertilization.” Does this mean that when a fertilized egg is spontaneously aborted, it is comparable—biologically, morally, ethically, or in any other way—to when a 2-year-old child dies? If not, why not? There’s also the matter of those who are pro-life and contend that abortion is the killing of an innocent human being but allow for exceptions in the case of rape or incest. That is an understandable impulse but I don’t think it’s a logically sustainable one.

The pro-choice side, for its part, seldom focuses on late-term abortions. Let’s grant that late-term abortions are very rare. But the question remains: Is there any point during gestation when pro-choice advocates would say “slow down” or “stop”—and if so, on what grounds? Or do they believe, in principle, that aborting a child up to the point of delivery is a defensible and justifiable act; that an abortion procedure is, ethically speaking, the same as removing an appendix? If not, are those who are pro-choice willing to say, as do most Americans, that the procedure gets more ethically problematic the further along in a pregnancy?

Plenty of people who consider themselves pro-choice have over the years put on their refrigerator door sonograms of the baby they are expecting. That tells us something. So does biology. The human embryo is a human organism, with the genetic makeup of a human being. “The argument, in which thoughtful people differ, is about the moral significance and hence the proper legal status of life in its early stages,” as the columnist George Will put it.

These are not “gotcha questions”; they are ones I have struggled with for as long as I’ve thought through where I stand on abortion, and I’ve tried to remain open to corrections in my thinking. I’m not comfortable with those who are unwilling to grant any concessions to the other side or acknowledge difficulties inherent in their own position. But I’m not comfortable with my own position, either—thinking about abortion taking place on a continuum, and troubled by abortions, particularly later in pregnancy, as the child develops.

The question I can’t answer is where the moral inflection point is, when the fetus starts to have claims of its own, including the right to life. Does it depend on fetal development? If so, what aspect of fetal development? Brain waves? Feeling pain? Dreaming? The development of the spine? Viability outside the womb? Something else? Any line I might draw seems to me entirely arbitrary and capricious.

Because of that, I consider myself pro-life, but with caveats. My inability to identify a clear demarcation point—when a fetus becomes a person—argues for erring on the side of protecting the unborn. But it’s a prudential judgment, hardly a certain one.

At the same time, even if one believes that the moral needle ought to lean in the direction of protecting the unborn from abortion, that doesn’t mean one should be indifferent to the enormous burden on the woman who is carrying the child and seeks an abortion, including women who discover that their unborn child has severe birth defects. Nor does it mean that all of us who are disturbed by abortion believe it is the equivalent of killing a child after birth. In this respect, my view is similar to that of some Jewish authorities, who hold that until delivery, a fetus is considered a part of the mother’s body, although it does possess certain characteristics of a person and has value. But an early-term abortion is not equivalent to killing a young child. (Many of those who hold this position base their views in part on Exodus 21, in which a miscarriage that results from men fighting and pushing a pregnant woman is punished by a fine, but the person responsible for the miscarriage is not tried for murder.)

“There is not the slightest recognition on either side that abortion might be at the limits of our empirical and moral knowledge,” the columnist Charles Krauthammer wrote in 1985. “The problem starts with an awesome mystery: the transformation of two soulless cells into a living human being. That leads to an insoluble empirical question: How and exactly when does that occur? On that, in turn, hangs the moral issue: What are the claims of the entity undergoing that transformation?”

That strikes me as right; with abortion, we’re dealing with an awesome mystery and insoluble empirical questions. Which means that rather than hurling invective at one another and caricaturing those with whom we disagree, we should try to understand their views, acknowledge our limitations, and even show a touch of grace and empathy. In this nation, riven and pulsating with hate, that’s not the direction the debate is most likely to take. But that doesn’t excuse us from trying.

Voir de plus:

Le Sénat de New York a voté une loi autorisation l’avortement après 24 semaines de grossesse, si la santé de la mère est en danger, ou que le foetus n’est pas viable. Dans cet Etat, la loi n’avait pas évolué depuis 1970

Robin Andraca

Libération
30 janvier 2019

Question posée le 29/01/2019

Bonjour,

Vous faites référence à plusieurs articles publiés ces derniers jours sur le sujet. «Le Sénat de New York adopte un projet de loi permettant l’avortement jusqu’à la naissance», titrait par exemple le site «Info Chrétienne» ce 23 janvier. Suivi six jours plus tard par Valeurs Actuelles : «A New York, on peut désormais avorter jusqu’à la naissance». Laissant ainsi penser que toutes les femmes, dans l’Etat de New York, pouvaient désormais avorter jusqu’au dernier jour de leur grossesse, sans raison particulière.

La réalité est pourtant plus complexe, comme le concède Valeurs Actuelles dans le premier paragraphe de son article : «Une femme pourra désormais avoir recours à l’avortement jusqu’au dernier jour de sa grossesse, si sa santé ou celle de l’enfant est en danger, ou encore si le fœtus n’est pas jugé viable».

C’est en effet le sens du texte voté le 22 janvier par le Sénat de l’Etat de New York, avec 38 voix pour et 24 contre. Que prévoit ce «Reproductive Health Act», bloqué depuis des années par les Républicains lorsqu’ils contrôlaient encore cette chambre ? Trois choses.

La première : le fait de pouvoir avorter après 24 semaines de grossesse (et jusqu’au terme) lorsque le fœtus n’est pas viable. Jusqu’à présent, pour l’Etat de New York, les avortements tardifs étaient seulement autorisés si la vie de la mère était en danger.

Deuxième point : ce vote étend la liste des professionnels qui peuvent pratiquer cet acte. Il ne concerne désormais plus seulement les médecins, mais aussi les infirmières praticiennes, les sages-femmes habilitées, et les assistants médecins.

Dernier point : l’avortement est retiré du Code pénal de l’Etat de New York, et dépend désormais du code de la santé publique. Réaliser un avortement tarif était jusque-là considéré comme un crime dans l’Etat de New York. et poussait certains médecins à refuser cet acte, de peur d’un procès. Il contraignait aussi les femmes à aller dans d’autres Etats pour interrompre sa grossesse : ainsi, une habitante de l’Etat de New York avait dû se rendre au Colorado pour avorter, après avoir appris après 31 semaines de grossesse que son bébé n’avait aucune chance de survivre après la naissance.

Comme l’explique le New York Times, la législation sur l’avortement n’avait pas évolué depuis 1970 dans cet Etat, et ne comprenait pas certaines dispositions prévues par l’emblématique arrêt Roe v.Wade, rendu par la cour suprême trois ans plus tard, en 1973, et qui a reconnu le droit des femmes à l’avortement aux Etats-Unis.

Voilà, en réalité, deux ans que le gouverneur de New York entendait protéger le droit à l’avortement dans son Etat, en raison du nouveau rapport de force à la cour suprême, où Trump avait nommé en janvier 2017 un juge anti-avortement, menaçant ainsi directement l’arrêt Roe v.Wade.

«Alors que Washington veut restreindre les droits des femmes, nous voulons les protéger, et puisqu’ils menacent les droits reproductifs, je propose un amendement constitutionnel pour inscrire Roe V. Wade dans la Constitution de l’Etat de New York et empêcher toute attaque sur le droit de choisir», déclarait dès janvier 2017 le gouverneur de New York, Andrew Cuomo.

Bien cordialement,

Voir encore:

Etats-Unis : Pourquoi tant d’affolement autour de l’avortement (1)

Gérald Olivier

France Amérique

14 mai 2022

1ere partie: L’avortement ne sera pas interdit

Séisme dans la sphère politique progressiste américaine ! Le site internet Politico a révélé il y a quelques jours, que la Cour Suprême des Etats-Unis était sur le point d’invalider la fameuse décision de 1973 « Roe vs Wade », légalisant l’avortement. Pour preuve de cette affirmation fracassante, Politico affirme détenir le brouillon de cette décision, un document d’une centaine de pages ayant reçu l’aval de cinq des neuf juges de la Cour, soit la majorité !

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe ! Tout y était sensationnel.

Le sujet d’abord, l’avortement, l’un des plus clivants et des plus controversés des cinquante dernières années aux Etats-Unis. Car même s’il y est actuellement légal, l’avortement reste un sujet de divisions aigües.

La méthode par laquelle cette nouvelle a été connue, ensuite : une fuite de document sans précédent. Les débats internes à la Cour Suprême se sont toujours déroulés sous le sceau du secret absolu. Un sceau inviolé pendant deux cent trente-trois ans !Jusqu’au scoop de Politico.

Les enjeux enfin, car à quelques mois des élections de mi-mandat, échéance majeure qui verra le renouvellement de l’ensemble du Congrès et de l’appareil politique de dizaines d’Etats, cette révélation pourrait avoir un impact électoral considérable.

Les réactions ne se sont pas fait attendre.

Les partisans du « droit à la vie » (anti-avortement) ont exprimé une satisfaction retenue quant à l’abrogation annoncée de Roe v Wade, mais ils ont déploré la « fuite historique », illustration, pour eux, d’une volonté d’interférer avec le processus judiciaire et de faire pression sur les juges suprêmes.

Les élus démocrates, les médias dominants et les grandes chaînes de télévision ont unanimement critiqué cette décision annoncée, qualifiée d’assaut intolérable contre une liberté fondamentale.

Quant aux sympathisants du « droit de choisir » et autre militants pro-avortement, ils sont descendus dans la rue pour mettre en scène leur colère devant les caméras de télévision. Ils ont manifesté devant la Cour Suprême, et devant les résidences personnelles de certains juges de la Cour, dont les adresses personnelles ont été communiquées sur les réseaux sociaux. La Maison Blanche refusant de condamner ces comportements, les violences verbales ont dégénéré en violences physiques et depuis plusieurs jours les actes de vandalisme contre des églises, associations et centres de défense du droit à la vie se sont multipliés, aussi bien à New York que dans le Wisconsin, au Texas ou en Californie.

Pour comprendre cet embrasement, il faut rappeler que la question de l’avortement n’a jamais été vraiment résolue aux Etats-Unis. Loin de clore le débat, la décision « Roe vs Wade » de 1973 l’a enflammé, divisant les Américains entre « pro-choice » ou « pro-life », les partisans du droit de choisir contre les partisans du droit à la vie… Le presque demi-siècle écoulé depuis n’a en rien calmé les passions. Le débat demeure brûlant, clivant, parfois violent.

Quoi que décide la Cour Suprême (un « brouillon » n’étant par définition pas un texte définitif) l’avortement ne sera pas interdit aux Etats-Unis. Si « Roe vs Wade » est invalidée, l’avortement sera à nouveau géré par chaque Etat de manière autonome. Comme c’était le cas avant cette décision. Il n’y aura plus une mais cinquante législations différentes sur l’avortement. La procédure restera légale dans des dizaines d’Etats, mais sera restreinte voire prohibée dans d’autres.

L’explication de l’embrasement politico-médiatique tient au fait que la question de l’avortement touche à trois sujets sensibles aux Etats-Unis.

Le premier est l’interruption de grossesse, proprement dite, avec ses connotations sociales, morales, religieuses, et médicales sur le commencement de la vie. Est-ce que la vie commence à la naissance ? Ou à la conception ? Ou quelque part entre les deux ?

Le second sujet est le rôle et le fonctionnement de la Cour Suprême dans les institutions américaines. Troisième branche du pouvoir et ultime arbitre des litiges judiciaires, la Cour Suprême a pris une dimension politique aux cours des dernières décennies du fait de l’influence de ses décisions sur les questions de société. Tant que ces décisions allaient dans le sens souhaité par les Démocrates et la gauche progressiste, cette politisation était bienvenue. Depuis que la direction s’est inversée, cette même gauche conteste la légitimité de la Cour, et sape sans vergogne ce pilier fondamental de la démocratie américaine.

Le troisième sujet enfin touche à la répartition des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les Etats de l’Union. Les Etats-Unis sont une fédération, où le pouvoir du gouvernement fédéral, limité à l’origine, n’a cessé de s’étendre. Certains, chez les Démocrates et à l’extrême gauche voudraient le voir s’étendre encore plus, quitte à éliminer les particularités qui font des Etats-Unis, une nation à part.

Explications.

1 L’avortement :

Il n’existe pas de loi affirmant la légalité de l’avortement aux Etats-Unis. La question n’a jamais été légiférée. Il n’y a jamais eu de débat parlementaire. Il n’y a jamais eu de vote des élus. Pour la bonne raison que le résultat aurait été négatif. En 2009 le Congrès voulut profiter du vent de libéralisme social suscité par l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche pour faire voter une loi légalisant l’avortement. Elle fut rejetée en première lecture… Dès la diffusion du scoop de Politico, le Sénat a organisé un nouveau vote sur un futur texte de loi, légalisant l’avortement. Ce texte a été rejeté à 51 voix contre 49, alors qu’il avait besoin d’une majorité qualifiée de 60 voix pour avancer. Les Démocrates n’ont même pas fait le plein de leurs propres voix.

Il n’y a donc, aux Etats-Unis, aucun équivalent à la loi Weil de 1975 sur l’Interruption Volontaire de Grossesse en France ; loi votée après un long débat parlementaire et devenue un acquis de la Ve République !

Aux Etats-Unis cette question a traditionnellement été laissée à la discrétion de chaque Etat. Jusque dans les années 1960 elle était d’ailleurs peu débattue. Tolérée dans les premières années de la République américaine, la pratique de l’avortement fut progressivement condamnée puis interdite dans la deuxième moitié du XIXe siècle à la demande non pas d’un parti politique mais des médecins. Ceux-ci rechignaient à pratiquer l’avortement car la procédure consiste à supprimer une vie plutôt qu’à la protéger. La procédure était donc confiée à des sages-femmes, ou des « faiseuses d’anges » qui agissaient par conviction mais sans vraie formation médicale, qui opéraient dans le secret, avec des risques considérables pour la mère. C’est donc au nom de la protection des femmes que les médecins ont obtenu des législateurs de chaque Etat qu’ils restreignent ou interdisent l’avortement.

Dans les années 1960, les bouleversements culturels et sociaux, en particulier l’intégration des femmes dans la vie active et la diffusion de la pilule contraceptive, à partir de 1962, ont engendré une révolution des mœurs et contribué aux demandes des mouvements féministes bourgeonnants pour l’émancipation des femmes et en particulier pour une libération de ce qu’elles appelaient la « servitude reproductive ».

L’avortement n’a plus été vu comme une simple procédure médicale aux dimensions émotionnelles et morales complexes, mais plutôt comme une forme de discrimination sociale. Les femmes les plus pauvres, souvent membres de minorités raciales, et à l’instruction la plus limitée étaient les plus fréquentes victimes des conséquences de grossesses non souhaitées. Et pour les autres, ces mêmes grossesses étaient perçues comme un obstacle à leur accomplissement professionnel et un frein à leur ascension sociale. Les revendications pour la reconnaissance d’un droit à l’avortement se sont alors multipliées.

A l’époque, trente Etats américains interdisaient l’avortement et seize l’autorisaient avec des restrictions. Seuls quatre Etats l’autorisaient largement: l’Alaska, Hawaïi, New York et Washington.

En 1965, dans l’affaire Griswold v Connecticut, la Cour Suprême avait reconnu l’existence d’un « droit à la vie privée » protégeant la vie maritale des Américains. Le Connecticut, riche Etat de Nouvelle Angleterre, interdisait alors la vente de contraceptifs. Un couple marié demandait la levée de cette interdiction parce qu’elle constituait, selon leurs avocats, une ingérence inacceptable du gouvernement dans la « vie privée » des Américains. Les juges avaient approuvé ce raisonnement à sept contre deux.

Toutefois ce « droit à la vie privée » n’est aucunement stipulé dans la Constitution américaine, ni dans ses articles, ni dans les dix amendements qui constituent la « Charte des Droits » (Bill of Rights), ni dans les amendements qui ont suivi. Aussi les juges suprêmes de l’époque ont-ils opiné que ce droit était garanti de manière « implicite » parce qu’il rentre dans le cadre des libertés individuelles protégées par la Constitution. C’est dans « la pénombre et les émanations » (sic) du texte constitutionnel que les juges d’alors ont trouvé la justification du droit à la vie privée… Même si la fragilité du raisonnement fut soulignée alors, la décision allait dans l’air du temps et chacun reconnaissait que l’Etat n’avait pas à fourrer son nez dans la « chambre de couples mariés ».

La décision Griswold v Connecticut annonçait celle qui allait suivre. Si le gouvernement ne pouvait dicter leur conduite sexuelle aux couples mariés, il ne pouvait pas non plus la dicter aux personnes célibataires, tout le monde étant égal devant la loi, et ne pouvait pas non plus interdire à une femme d’interrompre une grossesse.

Cette conclusion logique fut atteinte six ans plus tard, le 22 janvier 1973 par la fameuse décision « Roe vs Wade ». Jane Roe était le pseudonyme d’une femme attaquant l’Etat du Texas pour le droit d’avorter. Wade était le nom du procureur de Dallas où la plainte avait été déposée. D’appel en appel le dossier parvint jusqu’à la Cour Suprême qui après de longs mois de débats vota en faveur du plaignant à sept voix contre deux. Les juges suprêmes réaffirmèrent alors l’existence du fameux droit à la vie privée, basé plus particulièrement sur le XIVe amendement, garantissant, entre autres, à tous les citoyens américains l’égalité devant la loi. Leur décision équivalait à une légalisation de l’avortement sur l’ensemble du territoire fédéral. La date devint historique.

Byron White, l’un des deux juges à rejeter cette décision écrivit alors qu’elle constituait un « abus brutal du pouvoir judiciaire. » La force de cette décision était qu’elle s’appliquait au niveau fédéral. Elle avait force de loi, prenant le pas sur les législations particulières de chacun des cinquante Etats.

La faiblesse de cette décision était qu’elle se basait sur une interprétation contestable de la Constitution. D’ailleurs elle n’a cessé d’être contestée depuis. De plus elle tenait à quelques voix, celles de sept juges, tous des hommes. Toute évolution de la composition de la Cour Suprême pouvait remettre en question cette décision. Sans le savoir, la Cour Suprême venait de devenir l’objet d’un combat politique sans merci, ce qu’elle n’avait pas été jusqu’alors…

Etats-Unis : Pourquoi tant d’affolement autour de l’avortement (2)

Gérald Olivier

France Amérique

16 mai 2022

2 La Bataille pour la Cour Suprême

La Cour Suprême des Etats-Unis est le sommet de l’appareil judiciaire. Elle est la troisième branche du pouvoir. Son rôle est d’arbitrer les litiges et d’interpréter la Constitution pour « dire le droit » américain. Ses décisions ont valeur de loi et font jurisprudence. Elle compte neuf juges (six à sa création en 1787, mais ce nombre a été porté à neuf en 1869), nommés à vie par le président avec confirmation du Sénat. Les décisions s’y prennent à la majorité. Cinq juges suffisent donc pour imposer des décisions susceptibles de bouleverser la société, comme ce fut le cas pour « Roe v Wade », la décision de 1973 légalisant l’avortement.

Loin de clore le débat sur le sujet, Roe v Wade en fit un enjeu politique majeur pour les décennies à venir. Le droit à l’avortement est devenu une ligne de démarcation entre l’Amérique progressiste largement Démocrate, et l’Amérique conservatrice proche des Républicains. Il est devenu un critère capital dans la nomination des juges suprêmes.

Les Etats-Unis de 1973 comptaient de nombreux Etats conservateurs, marqués par la morale religieuse et le patriarcat. Pour ces Américains-là, la légalisation de l’avortement constituait une révolution culturelle aussi inattendue qu’inacceptable. Quelques leaders religieux, dont le révérend Jerry Falwell, pionnier parmi les télé-évangélistes conservateurs, comprirent l’énorme force politique que constituaient les chrétiens évangéliques, soudés par leur opposition à l’avortement. Ils décidèrent de mettre cette force au service du parti Républicain en échange d’un engagement de ses élus à se battre pour invalider Roe v Wade, entre autres façons par la nomination de juges conservateurs à la Cour Suprême.

Du jour au lendemain des personnalités politiques qui ne s’étaient pas jusqu’alors engagées dans le débat sur l’avortement prenaient des positions publiques tranchées, et se déclaraient « pro-life » pour se concilier le vote évangélique. Le plus proéminent d’entre eux fut Ronald Reagan. En 1967 alors gouverneur de la Californie, Reagan avait signé une loi légalisant l’avortement, mais à partir de 1978, en tant que candidat à la Maison Blanche, il se déclarait partisan du « caractère sacré de la vie ».

Idem plus récemment pour Donald Trump. L’ancien playboy new yorkais, qui avait longtemps fait profession foi de sa tolérance et de son progressisme en la matière, reconnaissant le droit d’une femme à « choisir », se mua en partisan virulent du droit à la vie lors de sa campagne présidentielle de 2016. En 2018, devenu président, il s’adressa, depuis les jardins de la Maison Blanche, aux manifestants qui participent tous les ans, le 22 janvier, à une marche de protestation sur la capitale fédérale Washington D.C. pour commémorer la funeste décision de 1973, et leur déclara qu’il défendrait toujours le premier droit garanti par la Constitution, le « droit à la vie »…

Face à ces engagements, les forces pro-avortement se sont mobilisées pour défendre et conforter ce droit jugé fondamental. Les nominations de juges à la cour Suprême sont devenues l’enjeu de batailles féroces qui n’ont fait que s’envenimer avec le temps.

La première bataille eut lieu en 1987 quand le président Reagan y présenta la candidature du juge Robert Bork. Bork était un haut magistrat reconnu et expérimenté, professeur à l’université de Yale, qui ne cachait pas son désaccord avec nombres de décisions antérieures de la Cour suprême, dont « Roe vs Wade », conséquences pour lui d’une lecture extrapolative de la Constitution.

Sa nomination, médiatisée comme aucune autre jusqu’alors, fut torpillée par le Sénat, à l’incitation de Ted Kennedy, le benjamin des trois frères, alors sénateur du Massachusetts, et du président de la Commission judiciaire, un certain Joe Biden. Bork dénonça « un arbitraire et des mensonges grossiers », mais rien n’y fit. Les Démocrates étaient alors majoritaires au Congrès et il n’était pas question qu’ils admettent à la Cour Suprême, un juge anti-avortement. Bork fut rejeté. A sa place, Reagan nomma Anthony Kennedy, un centriste, acquis au maintien de Roe v Wade.

La seconde bataille se déroula en 1991 avec la nomination du juge Clarence Thomas par George Bush père. Thomas, un Noir conservateur, opposé à l’avortement, fut immédiatement attaqué, non pas sur sa philosophie judiciaire, mais sur sa personne et son passé. Les Démocrates mirent en avant une ancienne stagiaire, Anita Hill, qui l’accusa de harcèlement sexuel. L’homme orchestrant ces accusations fut à nouveau le président de la Commission judiciaire du Sénat, Joe Biden. Une enquête du FBI jugea les accusations de Hill « infondées ». Néanmoins elle fut invitée à témoigner lors des audiences de confirmation qui s’étalèrent sur près de deux mois, une durée sans précédent !

Clarence Thomas compara la procédure à une « honte nationale » et un « lynchage médiatique » destiné à « détruire sa réputation » et intimider « tous les Noirs qui oseraient ne pas suivre l’ordre établi et penser par eux-mêmes ». Il fut finalement confirmé par un vote de 52 voix contre 48 au Sénat. Quarante-six sénateurs démocrates sur cinquante-sept votèrent contre lui.

Cette bataille fut un prélude à une autre bataille encore plus brutale engagée toujours par les mêmes Démocrates, cette fois contre le juge Brett Kavanaugh en 2018. Kavanaugh était le second juge nommé par Donald Trump, sa nomination pouvait donner à la Cour une majorité conservatrice susceptible d’invalider Roe v Wade. Les démocrates étaient donc prêts à tout pour faire dérailler sa nomination.

D’autant que le climat politique était alors particulièrement tendu.

2016, la dernière année du mandat présidentiel de Barack Obama s’était ouverte avec une cour comprenant quatre juges progressistes (Ruth Bader Ginzburg et Stephen Breyer, nommés par Bill Clinton, Sonya Sotomayor et Elena Kagan, nommées par Barack Obama) trois juges conservateurs (Antonin Scalia, nommé par Ronald Reagan, Clarence Thomas, nommé par George Bush père et Samuel Alito, nommé par George W. Bush), ainsi que deux juges centristes, nommés par deux présidents républicains mais rejoignant très souvent les positions des quatre juges progressistes, (Anthony Kennedy, nommé par Reagan et John Roberts, le président de la Cour, nommé par George W. Bush).

Les progressistes avaient donc la majorité au sein de la cour, mais cette majorité était fragile. Un simple ralliement de Kennedy et Roberts au camp conservateur pouvait donner à celui-ci une majorité de cinq voix contre quatre. La nomination de deux nouveaux juges conservateurs pouvait aussi inverser le rapport de force.

En février 2016 Antonin Scalia, le plus conservateur des neuf juges, décéda subitement. Barack Obama s’empressa de proposer pour lui succéder le juge Merrick Garland (aujourd’hui ministre de la Justice du président Biden). C’était l’occasion de consolider la majorité de gauche à la Cour Suprême ! Mais le Sénat, contrôlé par le parti républicain, parvint à repousser les audiences de confirmation jusqu’après l’élection présidentielle de novembre. Garland n’eut jamais l’occasion de défendre sa nomination.

La manœuvre fit grincer des dents et valut à son auteur, Mitch Mc Connell, chef de file des Républicains du Sénat, une très mauvaise presse. Mais les Démocrates étaient alors persuadés que Hillary Clinton serait élue présidente en novembre 2016. Elle pourrait nommer Garland ou un autre juge tout aussi progressiste et les Républicains seraient alors obligés de confirmer sa nomination.

Ce n’est pas ce qui se produisit ! Le 8 novembre 2016, le candidat républicain Donald Trump fut élu de justesse, créant ainsi la plus grosse surprise électorale de l’histoire présidentielle américaine. Et remportant le droit de nommer le juge de son choix pour succéder à Antonin Scalia. Ce fut Neil Gorsuch. Sa nomination ne changea pas l’équilibre de la Cour. Scalia, le sortant était conservateur, Gorsuch l’entrant l’était aussi.

Deux ans plus tard en 2018 le juge Anthony Kennedy, âgé de 82 ans, prit sa retraite, offrant à Donald Trump la possibilité de nommer un deuxième juge à la Cour. Ce fut Brett Kavanaugh.

Dans le contexte polarisé de la présidence Trump, les audiences de confirmation de Brett Kavannaugh dégénérèrent dans un chaos sans précédent. Emmenés par la jeune sénatrice de Californie Kamala Harris les membres de la Commission refusèrent d’abord de respecter la procédure, puis ils présentèrent le témoignage d’une femme de 52 ans, Christine Blasey Ford, venue accuser Kavanaugh d’avoir tenté de la violer, lors d’une soirée quelques trente-six plus tôt, en 1982, quand tous deux étaient lycéens !

Le FBI fut mandaté pour enquêter et ne trouva rien pour corroborer ses accusations, que personne ne vint confirmer. Plusieurs témoins, au contraire, présents ce fameux soir, nièrent tout incident. Néanmoins Blasey Ford fit la couverture de Time Magazine et devint une héroïne de la cause démocrate. Après son témoignage elle reçut plus d’un million de dollars en donations diverses pour récompenser son « courage »… Elle ne parvint cependant pas à faire dérailler la nomination de Kavanaugh.

La Cour Suprême avait désormais une majorité conservatrice. Et pour rajouter encore à la déconvenue des Démocrates, Ruth Bader Ginzburg, âgée de 87 ans, souffrant d’un cancer depuis des années et qui ne siégeait plus à la Cour que par intermittence à cause de séjours répétés en hôpital, décéda à son tour quelques mois avant la fin du mandat de Donald Trump. La juge la plus à gauche, véritable pilier de l’idéologie progressiste laissait son siège vacant et offrait au président Trump le privilège rare de nommer un troisième juge à la Cour en un seul mandat ! Celui-ci s’empressait de désigner Amy Coney Barrett et le Sénat, toujours contrôlé par les Républicains, s’empressait de confirmer sa nomination.

Cette fois la cause était entendue. Le camp progressiste au sein de la Cour Suprême est réduit à trois juges : Sonia Sotomayor, Elena Kagan et Stephen Breyer (qui sera bientôt remplacé par Katanji Brown Jackson, tout récemment nommée par le président Biden et déjà confirmée). Le camp conservateur en compte cinq : Clarence Thomas, Samuel Alito, Neil Gorsuch, Brett Kavannaugh et Amy Coney Barret). Quatre d’entre eux ont moins de soixante ans et devraient siéger pour des décennies. Le président de la Cour reste le juge John Roberts. Son vote, imprévisible, peut renforcer la majorité conservatrice, à six voix contre trois, ou la réduire à cinq voix contre quatre. Mais cette majorité conservatrice est solidement ancrée.

Les Démocrates ont perdu la bataille de la Cour Suprême.

Sans surprise, leur stratégie a donc radicalement évolué à son égard. Ils suggèrent désormais de porter le nombre de ses juges à quinze. Cela s’appelle en anglais le « Court Packing ». Autoriser le président, Démocrate bien sûr, à nommer d’un coup six juges, pour rendre au camp progressiste le contrôle des débats. Pour y parvenir les Démocrates ont besoin d’une majorité qualifiée de 60 voix au Sénat. Ils en sont loin.

La manœuvre est donc purement symbolique. Ce qui enrage et angoisse les Démocrates. Car la question de l’avortement n’est pas la seule question devant la Cour Suprême. D’autres questions de société peuvent lui être soumises. Leur hantise est de voir les acquis récents – qui ne sont qu’un échafaudage de déconstruction sociétale sans précédent – dont la reconnaissance du mariage homosexuel, de l’agenda LGBT et des droits des immigrants clandestins, à leur tour, battus en brèche.

Derrière la question de l’avortement, il y a de vrais enjeux de société aux Etats-Unis. Enjeux pour lesquels la Cour Suprême aura un rôle légitime à jouer. L’annulation de Roe v Wade serait le premier signe de la fin des dérives engagées depuis un demi-siècle et l’amorce d’un retour de balancier, espéré et attendu depuis des décennies par la fameuse majorité silencieuse.

Voir par ailleurs:

Cinq choses à savoir sur la marche des Fiertés qui a lieu ce samedi à Paris
Le Télégramme
25 juin 2022

Manifestation festive, elle retrouvera toutes ses couleurs après deux années de restrictions en raison de la covid. La marche des Fiertés LGBT + a lieu ce samedi à Paris. Le point sur cet événement emblématique, qui s’est diffusé dans toute la France

1 Une manifestation massive

Le défilé parisien rassemble habituellement 500 000 personnes, ce qui en fait l’un des plus importants événements récurrents de la capitale. Cette année, les participants défileront de la station de métro Michel Bizot, dans le 12e arrondissement, à la place de la République.

Le mot d’ordre fixé est « Nos corps, nos droits, vos gueules ! ». Il s’agit notamment de protester contre la « banalisation » de la « parole LGBTQIphobe et surtout transphobe », trop souvent ignorée des pouvoirs publics, selon le collectif associatif Inter-LGBT, qui organise cette marche.

« Aujourd’hui, la notion de genre est très attaquée, notamment lorsqu’elle est déployée en milieu scolaire », déplore Matthieu Gatipon, l’un de ses porte-parole. « La rhétorique de l’extrême droite est que les associations procéderaient à du lavage de cerveau envers les jeunes. Et le résultat de ce discours nourri de transphobie, c’est qu’on a 89 députés du RN », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse jeudi.« Des centres LGBT se font attaquer, des personnes LGBT se font agresser tous les jours. On aimerait un peu plus de soutien du gouvernement, qui se dit notre allié mais ne fait pas grand-chose », a ajouté Elisa Koubi, coprésidente du collectif.

2 1977 : première marche parisienne

Un mouvement de défense des personnes homosexuelles s’est constitué à partir de 1971 en France et participe d’abord aux défilés du 1er mai. « C’est le moment où l’homosexualité devient une question politique », indique Antoine Idier, sociologue et historien.

La première manifestation homosexuelle indépendante parisienne a lieu en 1977 (sept ans après la première Pride au monde, en 1970 à Chicago). Les participants ferraillent contre la répression et des lois discriminantes.

3 Paillettes et politique

Paillettes, drapeaux arc-en-ciel, chants et danses : les marches des Fiertés sont généralement festives. « Le mouvement homosexuel a toujours revendiqué d’être à la fois politique et festif », souligne Antoine Idier. « La dimension festive permet de rompre avec la politique classique ».

Le mouvement homosexuel revendique « une forme de politisation du corps, de l’intime, de la vie privée, or la fête incarne aussi tous ces éléments », ajoute l’historien.

Samedi, quelque 30 000 personnes sont attendues à l’arrivée de la marche parisienne, pour un spectacle gratuit associant une centaine d’artistes, dont Bilal Hassani.

4 Cortèges alternatifs

Outre la manifestation habituelle, des marches alternatives sont apparues ces dernières années, affichant d’autres slogans et revendications, souvent plus contestataires. Cela démontre « un foisonnement et un enrichissement du militantisme LGBT + », plutôt qu’un « éparpillement », analysait récemment dans Le Monde la sociologue et historienne Ilana Eloit.

Le 4 juin, un millier de personnes ont ainsi défilé à Saint-Denis pour la deuxième « pride des banlieues ». Et le 19 juin, ils étaient quelque 50 000 à Paris à la « Pride radicale » anticapitaliste et antiraciste, selon les estimations des associations organisatrices.

« Il y a toujours eu un débat au sein du mouvement homosexuel pour savoir s’il doit parler uniquement de l’homosexualité ou porter une critique de la société tout entière », décrit Antoine Idier.

Pour Elisa Koubi, de l’inter-LGBT, « c’est très bien qu’il y ait d’autres marches ». « On est toujours le radical de quelqu’un », et les différentes manifestations sont « complémentaires », ajoute-t-elle.

5 Multiplication des marches

Les marches des Fiertés ont lieu dans de nombreux pays. En France, elles sont organisées localement, par des associations, sans coordination au niveau national.

Au début des années 1990, de premières marches ont lieu en régions. « Pendant longtemps, on est resté avec une marche à Paris et quelques autres dans les principales grandes villes », note Denis Quinqueton, codirecteur de l’Observatoire LGBTI +. «On observe depuis quelques années un essaimage ».

Des marches ont ainsi été organisées pour la première fois cette année dans de petites villes comme Châlons-en-Champagne, Carcassonne ou Périgueux, ainsi que dans des départements ruraux, tels que la Lozère et l’Oise.

En Bretagne, celle de Rennes a déjà près de 30 ans : la 28e édition s’est déroulée le 4 juin. Il y a également eu le Festi-Gay à Gourin pendant des années. Mais des collectifs ont aussi organisé de tels événements dans d’autres villes plus récemment, notamment à Brest, Vannes, Lorient, Saint-Brieuc ou encore Quimper.

« La société a beaucoup évolué sur ces sujets. Il y a 30 ans, certaines personnes n’auraient pas osé aller manifester », mais « aujourd’hui, c’est moins le cas », relève Denis Quinqueton.

COMPLEMENT:

ANALYSE – Contrairement aux Français, qui ont accepté collectivement le droit à l’IVG à la faveur d’un vote démocratique, les Américains, court-circuités par les juges, ne sont jamais parvenus à un consensus.

Aucun doute. En annulant la célèbre décision «Roe vs Wade» de 1973 qui instaurait un droit fédéral à l’avortement, et en renvoyant aux États le pouvoir de trancher sur cette question douloureuse, les juges de la Cour suprême américaine de 2022, ont pris, par 6 voix contre 3, une décision historique. Opposant ceux qui se réjouissent d’une «victoire de la vie» à ceux qui veulent défendre la liberté des femmes de «contrôler leur corps», elle va déchirer l’Amérique et constituera un sujet central de la bataille des élections de mi-mandat. Dans un contexte de quasi-guerre civile politique, cela dessine un terrain glissant et dangereux, dont la tentative d’attentat contre le juge conservateur Brett Kavanaugh qui a suivi le vote, illustre le caractère explosif.

Mais présenter la décision de la Cour suprême comme «un retour au Moyen Âge» ou une «talibanisation» des États-Unis, comme on le martèle depuis quelques jours, apparaît comme une véritable caricature, très idéologique. Évacuant la question morale, malgré toutes les découvertes scientifiques sur la vie intra-utérine du fœtus, cette lecture des événements nie toute légitimité à ceux qui n’ont jamais cessé de défendre le droit sacré à la vie, ou veulent – c’est la majorité du camp conservateur – imposer des limites de temps plus strictes, au droit d’avorter, aujourd’hui beaucoup plus permissif aux États-Unis qu’en Europe. Faudrait-il faire comme s’ils n’existaient pas et ne voir le sujet que sous l’angle des féministes, qui a bien sûr sa légitimité? Ou accepter de débattre?

À bien y regarder, cette décision n’est pas étonnante. Contrairement aux Français, qui ont accepté collectivement le droit à l’avortement à la faveur d’un vote démocratique, les Américains, court-circuités par les juges, ne sont jamais parvenus à un consensus. Pays fédéral toujours très chrétien, les États-Unis restent en réalité très partagés sur l’avortement, même si une majorité de 60 % est aujourd’hui favorable à ce droit, les désaccords portant surtout sur son encadrement. Loin de refléter l’approbation de la majorité de la population, la décision «Roe vs Wade» avait été imposée par le haut au pays en 1973 par une Cour suprême progressiste, évacuant du débat la moitié conservatrice du pays. La décision de vendredi dernier ressemble de ce point de vue à un effet boomerang. Comme le note le professeur de philosophie politique Joshua Mitchell, de l’université de Georgetown, «ce qui peut vivre par la Cour, peut mourir par la Cour». Autrement dit, les juges américains s’étaient substitués à la délibération démocratique.

Aujourd’hui, ils ne vont pas jusque-là, mais exigent un retour du dossier vers les États, revendication constante des conservateurs. Reflétant ce point de vue, le professeur Mitchell, favorable au droit à l’avortement des femmes dans «des limites raisonnables» de 12 semaines, parle d’une «très bonne nouvelle, car il ne s’agit pas d’interdire l’avortement, mais de renvoyer l’un des sujets les plus sérieux qui soit vers le corps politique». «La politique doit venir en premier, le droit en second. Les juges ne peuvent se substituer au débat démocratique. Nous devons redevenir une nation politique, surmonter nos désaccords profonds par la conversation, même quand elle est extrêmement difficile, au lieu d’abandonner les décisions aux juges ou aux experts», insiste-t-il. «Tout le monde avait conclu que la gauche avait gagné la bataille culturelle. Cette dernière imaginait qu’elle pouvait considérer ceux qui résistaient comme “des accidents historiques” à ignorer, mais cette décision de la Cour, qui résulte de la contre-offensive menée sous Trump, montre que c’est plus compliqué», analyse Mitchell.

Le camp libéral, consterné, s’en inquiète, soulignant, non sans raison, qu’il existe un groupe substantiel d’ «intégralistes conservateurs» qui rêverait d’absolutiser le dossier, et d’interdire tout de go l’avortement, même en cas d’inceste ou de viol. Mais présenter ce camp comme majoritaire brouille la réalité des humeurs de la majorité des républicains, favorables à l’avortement, mais avec une interdiction au-delà de 12 ou 15 semaines. «Je doute qu’un seul État aille vers une interdiction totale», présume Mitchell. Le camp conservateur souhaiterait surtout opposer une logique de responsabilité à la logique de liberté qui prévaut à gauche, affirme-t-on à droite. La décision «Roe vs Wade» a en effet permis de pratiquer des avortements, pratiquement jusqu’à la naissance, dans de nombreux États. «Les changements sociétaux qui se produisent à gauche, notamment dans le mouvement woke, visent à repousser ou ignorer la nature et ses limites. L’attaque contre “Roe vs Wade”, en retour, veut rappeler que la nature existe, et que les bébés, à l’intérieur du corps de la femme, sont réels. Avec le progrès technologique, il est devenu impossible d’ignorer leur souffrance, elle doit faire partie de l’équation au même titre que la souffrance des femmes», note Mitchell. Des dizaines de millions d’avortements ont été réalisés aux États-Unis depuis 1973.


Législatives: Quel déni de démocratie ? (Quand un président ayant volé son élection il y a cinq ans suite à un putsch juridique, se maintient aujourd’hui au pouvoir face à un parti patriote qui malgré la diabolisation a fait plus de 41% à la présidentielle et se retrouve aujourd’hui avec 89 députés au lieu de 149 ?)

22 juin, 2022

livres | jcdurbantLa crise consiste justement dans le fait que le vieux meure et que le neuf ne peut apparaitre. Gramsci
La souveraineté appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. Constitution française (article 3)
Le Président de la République (…) assure et est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités. Constitution française (article 5)
Un peuple connait, aime et défend toujours plus ses moeurs que ses lois. Montesquieu
L’essentiel est d’être bon aux gens avec qui l’on vit. (…) Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins. Rousseau
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien. Jaurès
Les patries sont toujours défendues par les gueux, livrées par les riches. Péguy
Pour pouvoir continuer à diner en ville, la bourgeoisie accepterait n’importe quel abaissement de la nation. de Gaulle
Je m’insurge contre l’abus de langage par lequel, de plus en plus, on en vient à confondre le racisme  défini au sens strict et des attitudes normales, légitimes même, et en tout cas inévitables. Le racisme est une doctrine qui  prétend voir dans les caractères  intellectuels et moraux attribués à un ensemble d’individus, de quelque façon qu’on le définisse, l’effet nécessaire d’un commun patrimoine génétique. On ne saurait ranger sous la même rubrique, ou imputer automatiquement au même préjugé l’attitude d’individus ou de  groupes que leur fidélité à certaines valeurs rend  partiellement ou totalement insensibles à d’autres valeurs. Il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de penser au-dessus de toutes les autres, et d’éprouver peu d’attirance envers tels ou tels dont le genre de  vie, respectable en lui-même, s’éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché. Cette incommunicabilité relative n’autorise certes pas à opprimer ou détruire les valeurs qu’on rejette ou leurs représentants, mais, maintenue dans ces limites, elle n’a rien de révoltant. Elle peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se  conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources  nécessaires à leur renouvellement. Si comme  je  l’ai  écrit  ailleurs,  il  existe  entre  les  sociétés  humaines  un  certain optimum de diversité au-delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent non plus descendre sans danger, on doit reconnaître que cette diversité résulte pour une grande part du désir de chaque culture de s’opposer à celles qui l’environnent, de se distinguer d’elles, en un mot d’être soi; elle ne s’ignorent pas, s’empruntent à l’occasion, mais, pour ne pas périr, il faut que, sous d’autres rapports, persiste entre elles une certaine imperméabilité.[…] Rien ne compromet davantage, n’affaiblit de l’intérieur, et n’affadit la lutte contre le racisme que cette façon de mettre le terme, si j’ose dire, à toutes les sauces, en confondant une théorie fausse, mais explicite, avec des inclinations  et des attitudes  communes dont il  serait  illusoire  d’imaginer que l’humanité puisse un jour s’affranchir ni même qu’il faille le lui souhaiter […] parce que ces inclinations et ces attitudes sont, en quelque sorte, consubstantielles à notre espèce, nous n’avons pas le droit de nous dissimuler qu’elles jouent un rôle dans l’histoire: toujours inévitables,  souvent  fécondes,  et  en  même  temps  grosses  de  dangers  quand  elles  s’exacerbent. J’invitais donc les lecteurs à douter avec sagesse, avec mélancolie s’ils voulaient, de l’avènement d’un monde  où  les  cultures,  saisies  d’une  passion  réciproque,  n’aspiraient  plus  qu’à  se  célébrer mutuellement, dans une confusion où chacune perdrait l’attrait qu’elle pouvait avoir pour les autres et ses propres raisons d’exister. […] il ne suffit pas de se gargariser année après année de bonnes paroles pour réussir  à  changer les hommes, […] en s’imaginant qu’on peut surmonter par des mots bien intentionnés  des  propositions  antinomiques comme celles  visant  à  “concilier  la  fidélité  à  soi  et l’ouverture aux autres” ou à favoriser simultanément “l’affirmation créatrice de chaque identité  et le rapprochement entre toutes les cultures. Lévi-Strauss
Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Bourdieu
Tout le monde s’est mis à s’intéresser aux débats! (…) Les gens ne sont pas contre les migrants, mais nous voulons un processus légal. On n’a pas le droit d’avoir une opinion. On est tout de suite des nazis, des déplorables non éduqués… C’est franchement la raison pour laquelle Donald Trump a été élu. Les gens en ont marre d’être méprisés. Ils ne cessent de l’attaquer, quoiqu’il fasse. Nous appelons ça le syndrome de dérangement trumpien. Il ne fait «que se défendre» et j’adore ses tweets« parce qu’ils lui permettent de contourner le mur médiatique. Nous, les partisans de Trump, ne prenons pas ses paroles de manière littérale. Il faut regarder ses actes. Mais la presse, elle, s’attache à chaque mot. Elle ne comprend pas son humour! Les enfants ne peuvent même plus porter un costume de Halloween en se peignant le visage en noir sans être soupçonnés de racisme… C’est comme ce mouvement #MeToo. Ça va trop loin. On a tous des maris, des fils, voudrions-nous les voir accusés sans preuves? (…) C’est la première fois que je peux imaginer comment la guerre civile a commencé en Amérique. Les passions sont tellement fortes. Lynette Vilano (activiste républicaine de Pennsylvanie)
Les gens  attendaient  Trump  et  son  discours franc, qui dit les choses comme elles sont et qui promet de défendre les intérêts du peuple.  Il  ne  tourne  pas  autour  du  pot  et c’est ça qu’on aime. (…)  et même si Trump ne le sait pas,  je  suis  persuadé  qu’il  a  été  envoyé par Dieu pour réparer ce pays et lui rendre  sa  grandeur  !  Le  système  est  corrompu,  nous  devons  revenir  aux  fondamentaux  :  les  valeurs  américaines,  le travail, le respect. Obama  est  allé  s’excuser  autour  du  monde, et  résultat,  personne  ne  nous  respecte. Cela va changer. Kelly Lee
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, la philo, les philosophies. Et puis, c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref franchouillard ou cocardier, nous est étranger, voire odieux. Bernard-Henri Lévy (profession de foi du premier numéro du journal Globe, 1985)
Je n’oublie pas d’où je viens. Je ne suis pas l’enfant naturel de temps calme de la vie politique. Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire, d’une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète, si j’oublie tout cela, ce sera le début de l’épreuve. Emmanuel Macron
La jeune génération n’est pas encouragée à aimer notre héritage. On leur lave le cerveau en leur faisant honte de leur pays. (…) Nous, Français, devons nous battre pour notre indépendance. Nous ne pouvons plus choisir notre politique économique ou notre politique d’immigration et même notre diplomatie. Notre liberté est entre les mains de l’Union européenne. (…) Notre liberté est maintenant entre les mains de cette institution qui est en train de tuer des nations millénaires. Je vis dans un pays où 80%, vous m’avez bien entendu, 80% des lois sont imposées par l’Union européenne. Après 40 ans d’immigration massive, de lobbyisme islamique et de politiquement correct, la France est en train de passer de fille aînée de l’Eglise à petite nièce de l’islam. On entend maintenant dans le débat public qu’on a le droit de commander un enfant sur catalogue, qu’on a le droit de louer le ventre d’une femme, qu’on a le droit de priver un enfant d’une mère ou d’un père. (…) Aujourd’hui, même les enfants sont devenus des marchandises (…) Un enfant n’est pas un droit (…) Nous ne voulons pas de ce monde atomisé, individualiste, sans sexe, sans père, sans mère et sans nation. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) Nous devons faire connaitre nos idées aux médias et notre culture, pour stopper la domination des libéraux et des socialistes. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé une école de sciences politiques. (…) La Tradition n’est pas la vénération des cendres, elle est la passation du feu. (…)Je ne suis pas offensée lorsque j’entends le président Donald Trump dire ‘l’Amérique d’abord’. En fait, je veux l’Amérique d’abord pour le peuple américain, je veux la Grande-Bretagne d’abord pour le peuple britannique et je veux la France d’abord pour le peuple français. Comme vous, nous voulons reprendre le contrôle de notre pays. Vous avez été l’étincelle, il nous appartient désormais de nourrir la flamme conservatrice. Marion Maréchal
Il est vrai qu’on annonçait jusqu’à environ 50 sièges pour le Rassemblement national, et ça va être nettement au-dessus. Cela s’explique notamment par le fait que les reports de voix pour les candidats opposés aux candidats RN ont été très mauvais. Les candidats d’extrême droite n’ont pas suscité de crainte des électeurs qui leur étaient opposés. Quand un candidat RN avait un duel avec la Nupes, les électeurs d’Ensemble ! ne sont pas allés voter pour le candidat de la gauche. Et quand un candidat RN faisait face à un candidat d’Ensemble !, les électeurs de la Nupes ne se sont pas non plus déplacés. Il n’y a plus de front républicain, sauf à la marge pour les candidats LR qui étaient face aux candidats RN. (…) Le fait que les membres du gouvernement et les candidats LREM s’en soient pris de manière très violente à Jean-Luc Mélenchon et à la Nupes a développé des relations très antagonistes entre ces deux électorats. C’est une tendance qu’on avait vue, mais dont on avait sous-estimé l’ampleur. Pour un électeur de gauche, Ensemble ! est aussi détesté que le RN. Et un électeur d’Ensemble ! ne se sent rien de commun avec un électeur de la Nupes. C’est la preuve de la tripartition de la vie politique, qu’on avait déjà notée lors de l’élection présidentielle, avec trois grands blocs qui sont totalement étanches : RN, Ensemble ! et Nupes. (…) l’abstention est quand même plus élevée qu’au premier tour. Et le RN avait obtenu un bon score dimanche dernier malgré une abstention forte, ce qu’on avait bien anticipé. (…) On ne peut pas encore dire de manière définitive pourquoi on s’est trompés. Il y a peut-être d’autres raisons que le mauvais report de voix dont ont bénéficié les candidats non RN, il faudra qu’on y travaille et ça prendra un peu de temps. Mais je ne pense pas que ça remettra fondamentalement en cause notre méthodologie. Les résultats de ce soir montrent ce qu’on sait déjà : les projections en nombre de sièges sont fragiles car une variation de quelques points dans les reports de vote de certains électorats a de grandes conséquences sur les résultats, puisque énormément de sièges se jouent à un point ou deux. Et en même temps, si on donne des fourchettes en nombre de sièges qui sont trop larges, ça n’intéresse pas grande monde… Mathieu Gaillard (IPSOS)
Les « élites » françaises, sous l’inspiration et la domination intellectuelle de François Mitterrand, on voulu faire jouer au Front National depuis 30 ans, le rôle, non simplement du diable en politique, mais de l’Apocalypse. Le Front National représentait l’imminence et le danger de la fin des Temps. L’épée de Damoclès que se devait de neutraliser toute politique « républicaine ». Cet imaginaire de la fin, incarné dans l’anti-frontisme, arrive lui-même à sa fin. Pourquoi? Parce qu’il est devenu impossible de masquer aux Français que la fin est désormais derrière nous. La fin est consommée, la France en pleine décomposition, et la république agonisante, d’avoir voulu devenir trop bonne fille de l’Empire multiculturel européen. Or tout le monde comprend bien qu’il n’a nullement été besoin du Front national pour cela. Plus rien ou presque n’est à sauver, et c’est pourquoi le Front national fait de moins en moins peur, même si, pour cette fois encore, la manœuvre du « front républicain », orchestrée par Manuel Valls, a été efficace sur les électeurs socialistes. Les Français ont compris que la fin qu’on faisait incarner au Front national ayant déjà eu lieu, il avait joué, comme rôle dans le dispositif du mensonge généralisé, celui du bouc émissaire, vers lequel on détourne la violence sociale, afin qu’elle ne détruise pas tout sur son passage. Remarquons que le Front national s’était volontiers prêté à ce dispositif aussi longtemps que cela lui profitait, c’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Le parti anti-système a besoin du système dans un premier temps pour se légitimer. Nous approchons du point où la fonction de bouc émissaire, théorisée par René Girard va être entièrement dévoilée et où la violence ne pourra plus se déchaîner vers une victime extérieure. Il faut bien mesurer le danger social d’une telle situation, et la haute probabilité de renversement qu’elle secrète: le moment approche pour ceux qui ont désigné la victime émissaire à la vindicte du peuple, de voir refluer sur eux, avec la vitesse et la violence d’un tsunami politique, la frustration sociale qu’ils avaient cherché à détourner Les élections régionales sont sans doute un des derniers avertissements en ce sens. (…) leur seule possibilité de survivre serait d’anticiper la violence refluant sur elles en faisant le sacrifice de leur innocence. Elles devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Pour cela, elles devraient admettre de déconstruire la gigantesque hallucination collective produite autour du Front national, hallucination revenant aujourd’hui sous la forme inversée du Sauveur. (…) Il faut bien avouer que nos élites du PS comme des Républicains ne prennent pas ce chemin, démontrant soit qu’elles n’ont strictement rien compris à ce qui se passe dans ce pays depuis 30 ans, soit qu’elles l’ont au contraire trop bien compris, et ne peuvent plus en assumer le dévoilement, soit qu’elles espèrent encore prospérer ainsi. (…) Il semble au contraire après ces régionales que tout changera pour que rien ne change. Deux solutions qui ne modifient en rien le dispositif mais le durcissent au contraire se réaffirment. La première solution, empruntée par le PS et désirée par une partie des Républicains, consiste à maintenir coûte que coûte le discours du front républicain en recherchant un dépassement du clivage gauche/droite. Une telle solution consiste à aller plus loin encore dans la désignation de la victime émissaire, et à s’exposer à un retournement encore plus dévastateur. Car le Front national aura un boulevard pour dévoiler qu’il a été la victime émissaire d’une situation catastrophique dont tout montre de manière de plus en plus éclatante qu’il n’y est strictement pour rien. En ce sens, si à court terme, la déclaration de Valls sur le Front national, fauteur de guerre civile, a semblé efficace, elle s’avérera sans doute à plus ou moins long terme, comme le stade ultime de l’utilisation du dispositif de la victime émissaire, avant que celui-ci ne s’écroule sur ses promoteurs mêmes. Car sans même parler des effets dévastateurs que pourrait avoir, a posteriori, un nouvel attentat, sur une telle déclaration, comment ne pas remarquer que les dernières décisions du gouvernement sur la lutte anti-terroriste ont donné rétrospectivement raison à certaines propositions du Front national? On voit mal alors comment on pourrait désormais lui faire porter le chapeau de ce dont il n’est pas responsable, tout en lui ôtant le mérite des solutions qu’il avait proposées, et qu’on n’a pas hésité à lui emprunter! La deuxième solution, défendue par une partie des Républicains suivant en cela Nicolas Sarkozy, consiste à assumer des préoccupations communes avec le Front national, tout en cherchant à se démarquer un peu par les solutions proposées. Mais comment faire comprendre aux électeurs un tel changement de cap et éviter que ceux-ci ne préfèrent l’original à la copie? Comment les électeurs ne remarqueraient-ils pas que le Front national, lui, n’a pas changé de discours, et surtout, qu’il a précédé tout le monde, et a eu le mérite d’avoir raison avant les autres, puisque ceux-ci viennent maintenant sur son propre terrain? Comment d’autre part concilier une telle proximité avec un discours diabolisant le Front national et cherchant l’alliance au centre? Curieuses élites, qui ne comprennent pas que la posture « républicaine », initiée par Mitterrand, menace désormais de revenir comme un boomerang les détruire. Christopher Lasch avait écrit La révolte des élites, pour pointer leur sécession d’avec le peuple, c’est aujourd’hui le suicide de celles-ci qu’il faudrait expliquer, dernière conséquence peut-être de cette sécession. Vincent Coussedière
Pour un certain nombre d’analystes, le relatif échec de l’assimilation des populations d’origine maghrébine en France par rapport aux vagues migratoires précédentes, se traduisant, entre autres, par le maintien de prénoms spécifiques au sein des deuxième et troisième générations, est relié à un facteur culturel essentiellement considéré sous sa forme religieuse, la pratique de l’islam, qui rendrait impossible à ses membres de devenir complètement des Français comme les autres. Or, si le rôle de ce facteur ne peut être totalement nié, il en existe cependant un autre, d’ordre démographique, renforçant considérablement le phénomène, qui est le non-tarissement des flux. En effet, les immigrés à l’assimilation réussie, que sont les Italiens, les Polonais, les Espagnols ou les Vietnamiens se sont totalement fondus dans la population française parce que, suite aux vagues migratoires très importantes, les flux d’arrivée se sont taris, coupant définitivement les nouveaux arrivants des évolutions récentes de leur culture d’origine. (…) En conséquence, il s’est produit une adaptation rapide à la culture du pays d’accueil puisque ces nouveaux arrivants n’avaient aucun intérêt à maintenir leur culture d’origine. Leurs enfants scolarisés avec les autres petits français, à une époque où l’école était inclusive et le niveau d’enseignement satisfaisant, s’intégraient pleinement conduisant dès la première génération à de nombreux mariages avec la population locale, puisqu’ils n’allaient pas chercher leur conjoint dans le pays de naissance de leurs parents, et à l’adoption de comportements de fécondité semblables aux « autochtones », conduisant à une stabilisation des effectifs. Pour montrer l’influence primordiale de ce facteur, il convient de citer le cas des immigrés vietnamiens et cambodgiens arrivés en une seule vague à la fin des années 1970, sans espoir de retour à l’époque, dont l’intégration dans la société française est particulièrement exemplaire, bien qu’ils ne soient pas de culture européenne, qu’ils pratiquent, en règle générale, une religion différente (le bouddhisme) et que leur apparence physique en fasse une minorité visible! Or, pour les Maghrébins, la situation apparaît différente car les flux migratoires ne se sont jamais arrêtés depuis le début des Trente Glorieuses, soit depuis 70 ans. Il n’y a jamais réellement eu de pause permettant à la population de s’assimiler, la fin de l’immigration de travail sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing laissant place à la politique de regroupement familial, qui va à la fois maintenir un niveau non négligeable du flux d’entrées chaque année et stimuler la natalité de ces populations du fait de la féminisation de l’immigration. En conséquence, pour une large part des Maghrébins, le cordon ombilical n’a pas été coupé avec le pays d’origine, ce qui sous-entend le maintien et la transmission des traditions culturelles d’une génération à l’autre, en particulier sur le plan religieux, et une politique matrimoniale non assimilationniste, privilégiant une certaine endogamie, que ce soit à travers des mariages au sein de la communauté en France ou avec des congénères du pays d’origine, un des principaux moteurs du regroupement familial à l’heure actuelle. Il convient donc de s’interroger sur ce sujet, quitte à poser une question taboue, qui risque de faire débat: l’immigration perpétuelle empêche-t-elle l’assimilation? En effet, il est légitime de se poser la question. Les Français d’origine maghrébine se seraient peut-être plus facilement assimilés et auraient probablement une situation économique meilleure, si les flux d’arrivées s’étaient taris au milieu des années 1990, leur permettant de se tourner complètement vers leur nouveau pays. Dans ce contexte, le fondamentalisme religieux aurait probablement plus difficilement pénétré notre société, puisqu’il est d’abord arrivé en France par l’Algérie. Parallèlement, la natalité serait plus basse, permettant une meilleure réussite scolaire des enfants et les quartiers d’accueil seraient moins homogènes ethniquement, favorisant l’assimilation, car les flux migratoires auraient été moins nombreux. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les jeunes Maghrébins nés en France sont peut-être les premières victimes de l’immigration continue, d’autant plus que les nouveaux arrivants viennent les concurrencer sur le marché du travail. Laurent Chalard
Présentée comme illusoire ou anachronique, la demande de régulation des flux migratoires est, sur tous les continents, une demande banale des classes populaires quelles que soient leurs origines. (…) Décrite comme l’illustration d’une dérive xénophobe des « petits blancs », on constate qu’elle concerne en réalité tous les “petits”, quelles que soient leurs origines ethniques ou religieuses. (…) comme les gens ordinaires ne peuvent ériger des frontières invisibles avec l’Autre (comme le font les classes supérieures), ils craignent évidemment plus de devenir minoritaires dans leur immeuble, leur village ou leur quartier. Car être ou devenir minoritaire, c’est dépendre de la bienveillance de la majorité. (…) C’est en cassant le rythme d’une immigration perpétuelle que les pouvoirs publics pourraient agir sur le contexte social (la réduction des arrivées de ménages précaires stopperait la spirale de la paupérisation) mais aussi sécuritaire (la stabilisation puis la baisse du nombre de jeunes assécherait le vivier dans lequel recrutent les milieux délinquants). En reprenant la main sur cet « exercice de souveraineté qui a en partie été délégué à l’échelon européen », les politiques pourraient ainsi jouer sur les flux permanents qui, comme l’explique Laurent Chalard, empêche l’assimilation. Cette politique répondrait enfin aux attentes de la population de ces quartiers qui demandent  depuis des décennies une plus grande fermeté de l’Etat à l’égard de l’immigration clandestine mais aussi des dealers qui pourrissent la vie de ces territoires. Christophe Guilluy
La société ouverte (…), c’est la grande fake news de la mondialisation. Quand on regarde les choses de près, les gens qui vendent le plus la société ouverte sont ceux qui vivent dans le plus grand grégarisme social, ceux qui contournent le plus la carte scolaire, ceux qui vivent dans l’entre-soi et qui font des choix résidentiels qui leur permettent à la fin de tenir le discours de la société ouverte puisque de toute façon, ils ont, eux, les moyens de la frontière invisible. Et précisément, ce qui est à l’inverse la situation des catégories modestes, c’est qu’elles n’ont pas les moyens de la frontière invisible. Ca n’en fait pas des xénophobes ou des gens qui sont absolument contre l’autre. Ca fait simplement des gens qui veulent qu’un Etat régule. Christophe Guilluy
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…) C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Toucher 100 % d’un groupe ou d’un territoire est impossible. Mais j’insiste sur le fait que les classes populaires (jeunes, actifs, retraités) restent majoritaires en France. La France périphérique, c’est 60 % de la population. Elle ne se résume pas aux zones rurales identifiées par l’Insee, qui représentent 20 %. Je décris un continuum entre les habitants des petites villes et des zones rurales qui vivent avec en moyenne au maximum le revenu médian et n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Même si l’on installe 20 % de logements sociaux partout dans les grandes métropoles, cela reste une goutte d’eau par rapport au parc privé « social de fait » qui existait à une époque. Les ouvriers, autrefois, n’habitaient pas dans des bâtiments sociaux, mais dans de petits logements, ils étaient locataires, voire propriétaires, dans le parc privé à Paris ou à Lyon. C’est le marché qui crée les conditions de la présence des gens et non pas le logement social. Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. Christophe Guilluy
La focalisation sur le « problème des banlieues » fait oublier un fait majeur : 61 % de la population française vit aujourd’hui hors des grandes agglomérations. Les classes populaires se concentrent dorénavant dans les espaces périphériques : villes petites et moyennes, certains espaces périurbains et la France rurale. En outre, les banlieues sensibles ne sont nullement « abandonnées » par l’État. Comme l’a établi le sociologue Dominique Lorrain, les investissements publics dans le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) sont mille fois supérieurs à ceux consentis en faveur d’un quartier modeste de la périphérie de Verdun (Meuse), qui n’a jamais attiré l’attention des médias. Pourtant, le revenu moyen par habitant de ce quartier de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun. Bien sûr, c’est un exemple extrême. Il reste que, à l’échelle de la France, 85 % des ménages pauvres (qui gagnent moins de 993 € par mois, soit moins de 60 % du salaire médian, NDLR) ne vivent pas dans les quartiers « sensibles ». Si l’on retient le critère du PIB, la Seine-Saint-Denis est plus aisée que la Meuse ou l’Ariège. Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne. (…)  En se désindustrialisant, les grandes villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, symbolisée par la figure du fameux « bobo », partisan de l’ouverture dans tous les domaines. Confrontées à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires, pour leur part, cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. En outre, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales pour accéder à la propriété et acquérir un pavillon. On assiste ainsi à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se concentrent à la fois cadres et catégories populaires issues de l’immigration récente. Ce phénomène n’est pas limité à Paris. Il se constate dans toutes les agglomérations de France (Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Grenoble), hormis Marseille. (…) On a du mal à formuler certains faits en France. Dans le vocabulaire de la politique de la ville, « classes moyennes » signifie en réalité « population d’origine européenne ». Or les HLM ne font plus coexister ces deux populations. L’immigration récente, pour l’essentiel familiale, s’est concentrée dans les quartiers de logements sociaux des grandes agglomérations, notamment les moins valorisés. Les derniers rapports de l’observatoire national des zones urbaines sensibles (ZUS) montrent qu’aujourd’hui 52 % des habitants des ZUS sont immigrés, chiffre qui atteint 64 % en Île-de-France. Cette spécialisation tend à se renforcer. La fin de la mixité dans les HLM n’est pas imputable aux bailleurs sociaux, qui font souvent beaucoup d’efforts. Mais on ne peut pas forcer des personnes qui ne le souhaitent pas à vivre ensemble. L’étalement urbain se poursuit parce que les habitants veulent se séparer, même si ça les fragilise économiquement. Par ailleurs, dans les territoires où se côtoient populations d’origine européenne et populations d’immigration extra-européenne, la fin du modèle assimilationniste suscite beaucoup d’inquiétudes. L’autre ne devient plus soi. Une société multiculturelle émerge. Minorités et majorités sont désormais relatives. (…)  ces personnes habitent là où on produit les deux tiers du PIB du pays et où se crée l’essentiel des emplois, c’est-à-dire dans les métropoles. Une petite bourgeoisie issue de l’immigration maghrébine et africaine est ainsi apparue. Dans les ZUS, il existe une vraie mobilité géographique et sociale : les gens arrivent et partent. Ces quartiers servent de sas entre le Nord et le Sud. Ce constat ruine l’image misérabiliste d’une banlieue ghetto où seraient parqués des habitants condamnés à la pauvreté. À bien des égards, la politique de la ville est donc un grand succès. Les seuls phénomènes actuels d’ascension sociale dans les milieux populaires se constatent dans les catégories immigrées des métropoles. Cadres ou immigrés, tous les habitants des grandes agglomérations tirent bénéfice d’y vivre – chacun à leur échelle. En Grande-Bretagne, en 2013, le secrétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts, s’est même déclaré favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’est effondré et est inférieur à celui des enfants d’immigrés. (…) Le problème social et politique majeur de la France, c’est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, on a fait venir les paysans dans les grandes villes pour travailler en usine. Aujourd’hui, on les fait repartir à la « campagne ». C’est un retour en arrière de deux siècles. Le projet économique du pays, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. (…) L’absence d’intégration économique des catégories modestes explique le paradoxe français : un pays qui redistribue beaucoup de ses richesses mais dont une majorité d’habitants considèrent à juste titre qu’ils sont de plus en plus fragiles et déclassés. (…) Les catégories populaires qui vivent dans ces territoires sont d’autant plus attachées à leur environnement local qu’elles sont, en quelque sorte, assignées à résidence. Elles réagissent en portant une grande attention à ce que j’appelle le «village» : sa maison, son quartier, son territoire, son identité culturelle, qui représentent un capital social. La contre-société s’affirme aussi dans le domaine des valeurs. La France périphérique est attachée à l’ordre républicain, réservée envers les réformes de société et critique sur l’assistanat. L’accusation de «populisme» ne l’émeut guère. Elle ne supporte plus aucune forme de tutorat – ni politique, ni intellectuel – de la part de ceux qui se croient «éclairés». (…) Il devient très difficile de fédérer et de satisfaire tous les électorats à la fois. Dans un monde parfait, il faudrait pouvoir combiner le libéralisme économique et culturel dans les agglomérations et le protectionnisme, le refus du multiculturalisme et l’attachement aux valeurs traditionnelles dans la France périphérique. Mais c’est utopique. C’est pourquoi ces deux France décrivent les nouvelles fractures politiques, présentes et à venir. Christophe Guilluy
En 2016, Hillary Clinton traitait les électeurs de son opposant républicain, c’est-à-dire l’ancienne classe moyenne américaine déclassée, de « déplorables ». Au-delà du mépris de classe que sous-tend une expression qui rappelle celle de l’ancien président français François Hollande qui traitait de « sans-dents » les ouvriers ou employés précarisés, ces insultes (d’autant plus symboliques qu’elles étaient de la gauche) illustrent un long processus d’ostracisation d’une classe moyenne devenue inutile.  (…) Depuis des décennies, la représentation d’une classe moyenne triomphante laisse peu à peu la place à des représentations toujours plus négatives des catégories populaires et l’ensemble du monde d’en haut participe à cette entreprise. Le monde du cinéma, de la télévision, de la presse et de l’université se charge efficacement de ce travail de déconstruction pour produire en seulement quelques décennies la figure répulsive de catégories populaires inadaptées, racistes et souvent proches de la débilité. (…) Des rednecks dégénérés du film « Deliverance » au beauf raciste de Dupont Lajoie, la figure du « déplorable » s’est imposée dès les années 1970 dans le cinéma. La télévision n’est pas en reste. En France, les années 1980 seront marquées par l’émergence de Canal +, quintessence de l’idéologie libérale-libertaire dominante. (…) De la série « Les Deschiens », à la marionnette débilitante de Johnny Hallyday des Guignols de l’info, c’est en réalité toute la production audiovisuelle qui donne libre cours à son mépris de classe. Christophe Guilluy
Les territoires populistes sont toujours les mêmes, l’Amérique périphérique, l’Europe périphérique. Ce sont toujours ces territoires où l’on créé le moins d’emplois qui produisent ces résultats : les petites villes, les villes moyennes désindustrialisées et les zones rurales. La difficulté est intellectuelle pour ce monde d’en haut ; les politiques, les journalistes, les universitaires etc… Il faut penser deux choses à la fois. Objectivement, nous avons une économie qui créée de la richesse, mais ce modèle fonctionne sur un marché de l’emploi très polarisé, et qui intègre de moins en moins et créé toujours plus d’inégalités sociales et territoriales C’est ce qui a fait exploser ce clivage droite gauche qui était parfait, aussi longtemps que 2 Français sur 3 faisaient partie de la classe moyenne. Si on n’intègre pas les gens économiquement, ils se désaffilient politiquement. (…) C’est là où il y a le plus de chômage, de pauvreté, d’ouvriers, et le plus de gens qui votent FN. (…) Aujourd’hui les classes populaires ne vivent plus aux endroits où se créent les emplois et la richesse. Le marché de l’immobilier s’est chargé, non pas dans une logique de complot, évidemment, mais dans une simple logique de marché, de chasser les catégories dont le marché de l’emploi n’avait pas besoin. Ces gens se trouvent déportés vers les territoires où il ne se passe rien. Or, les élites n’ont de cesse de parier sur la métropolisation, il est donc nécessaire que s’opère une révolution intellectuelle. Il serait peut-être temps de penser aux gens qui ne bénéficient pas de ces dynamiques, si on ne veut pas finir avec un parti populiste en 2022. (…) Tout le bas ne peut pas être représenté que par le Front national. Il faut que les partis aillent sur ces thématiques. Il y a toujours eu un haut et un bas, et des inégalités, la question est qu’il faut que le haut soit exemplaire pour le bas, et qu’il puisse se connecter avec le bas. Il faut que le « haut » intègre les problématiques du « bas » de façon sincère. C’est exactement ce qui s’était passé avec le parti communiste, qui était composé d’une base ouvrière, mais aussi avec des intellectuels, des gens qui parlaient « au nom de ». Aujourd’hui c’est la grande différence, il n’y a pas de haut qui est exemplaire pour le bas. La conséquence se lit dans le processus de désaffiliation et de défiance des milieux populaires dans la France périphérique mais aussi en banlieue. Plus personne n’y croit et c’est cela l’immense problème de la classe politique, des journalistes etc. et plus généralement de la France d’en haut. Ces gens-là considèrent que le diagnostic des gens d’en bas n’est pas légitime. Ce qui est appelé « populisme ». Et cela est hyper fort dans les milieux académiques, et cela pèse énormément. On ne prend pas au sérieux ce que disent les gens. Et là, toute la machinerie se met en place. Parce que l’aveuglement face aux revendications des classes populaires se double d’une volonté de se protéger en ostracisant ces mêmes classes populaires. La posture de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social. La nouvelle bourgeoisie protège ainsi efficacement son modèle grâce à la posture antifasciste et antiraciste. L’antifascisme est devenu une arme de classe, car elle permet de dire que ce racontent les gens n’est de toute façon pas légitime puisque fasciste, puisque raciste. La bien-pensance est vraiment devenue une arme de classe. Notons à ce titre que dans les milieux populaires, dans la vie réelle les gens, quels que soient leurs origines ne se parlent pas de fascisme ou d’antifascistes, ça, ce n’est qu’un truc de la bourgeoisie. Dans la vie, les gens savent que tout est compliqué, et les gens sont en réalité d’une hyper subtilité et cherchent depuis des décennies à préserver leur capital social et culturel sans recourir à la violence. Le niveau de violence raciste en France reste très bas par rapport à la situation aux États Unis ou au Royaume Uni. Cette posture antifasciste, à la fin, c’est un assèchement complet de la pensée. Plus personne ne pense la question sociale, la question des flux migratoires, la question de l’insécurité culturelle, celle du modèle économique et territorial. Mais le haut ne pourra se régénérer et survivre que s’il parvient à parler et à se connecter avec le bas. (…) Cela implique que les partis intègrent toutes ces questions ; mondialisation, protectionnisme, identité, migrations etc… On ne peut pas traiter ces questions derrière le masque du fascisme ou de l’antifascisme. Christophe Guilluy
La question qui obsède les Corses aujourd’hui est la question qui hante toute la France périphérique et toutes les classes moyennes et populaires occidentales au XXIe siècle : « Vais-je devenir minoritaire dans mon île, mon village, mon quartier ? » C’est à la lumière de cette angoisse existentielle qu’il faut comprendre l’affaire du burkini sur la plage de Sisco, en juillet 2016, ou encore les tensions dans le quartier des Jardins de l’Empereur, à Ajaccio, en décembre 2015. C’est aussi à l’aune de cette interrogation qu’il faut évaluer le vote « populiste » lors de la présidentielle ou nationaliste aujourd’hui. En Corse, il y a encore une culture très forte et des solidarités profondes. À travers ce vote, les Corses disent : « Nous allons préserver ce que nous sommes. » Il faut ajouter à cela l’achat par les continentaux de résidences secondaires qui participe de l’insécurité économique en faisant augmenter les prix de l’immobilier. Cette question se pose dans de nombreuses zones touristiques en France : littoral atlantique ou méditerranéen, Bretagne, beaux villages du Sud-Est et même dans les DOM-TOM. En Martinique aussi, les jeunes locaux ont de plus en plus de difficultés à se loger à cause de l’arrivée des métropolitains. La question du « jeune prolo » qui ne peut plus vivre là où il est né est fondamentale. Tous les jeunes prolos qui sont nés hier dans les grandes métropoles ont dû se délocaliser. Ils sont les pots cassés du rouleau compresseur de la mondialisation. La violence du marché de l’immobilier est toujours traitée par le petit bout de la lorgnette comme une question comptable. C’est aussi une question existentielle ! En Corse, elle est exacerbée par le contexte insulaire. Cela explique que, lorsqu’ils proposent la corsisation des emplois, les nationalistes font carton plein chez les jeunes. C’est leur préférence nationale à eux. (…) La condition de ce vote, comme de tous les votes populistes, est la réunion de l’insécurité sociale et culturelle. (…) Le ressort du vote populiste est double et mêlé. Il est à la fois social et identitaire. De ce point de vue, la Corse est un laboratoire. L’offre politique des nationalistes est pertinente car elle n’est pas seulement identitaire. Elle prend en compte la condition des plus modestes et leur propose des solutions pour rester au pays et y vivre. Au-delà de l’effacement du clivage droite/gauche et d’un rejet du clanisme historique, leur force vient du fait qu’ils représentent une élite et qu’ils prennent en charge cette double insécurité. Cette offre politique n’a jamais existé sur le continent car le FN n’a pas intégré une fraction de l’élite. C’est même tout le contraire. Ce parti n’est jamais parvenu à faire le lien entre l’électorat populaire et le monde intellectuel, médiatique ou économique. Une société, c’est une élite et un peuple, un monde d’en bas et un monde d’en haut, qui prend en charge le bien commun. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le vote nationaliste et/ou populiste arrive à un moment où la classe politique traditionnelle a déserté, aussi bien en Corse que sur le continent. L’erreur de la plupart des observateurs est de présenter Trump comme un outsider. Ce n’est pas vrai. S’il a pu gagner, c’est justement parce qu’il vient de l’élite. C’est un membre de la haute bourgeoisie new-yorkaise. Il fait partie du monde économique, médiatique et culturel depuis toujours, et il avait un pied dans le monde politique depuis des années. Il a gagné car il faisait le lien entre l’Amérique d’en haut et l’Amérique périphérique. Pour sortir de la crise, les sociétés occidentales auront besoin d’élites économiques et politiques qui voudront prendre en charge la double insécurité de ce qu’était hier la classe moyenne. C’est ce qui s’est passé en Angleterre après le Brexit, ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec Trump, ce qui se passe en Corse avec les nationalistes. Il y a aujourd’hui, partout dans le monde occidental, un problème de représentation politique. Les électeurs se servent des indépendantismes, comme de Trump ou du Brexit, pour dire autre chose. Christophe Guilluy
Il faut arrêter le discours du magistère des prétentieux. Cette idée de rééducation du peuple, en lui montrant la voie, n’est pas possible. Une société, c’est une majorité de catégories modestes et l’objectif d’une démocratie, c’est de servir prioritairement ces catégories. C’est dans ce sens là qu’il faut aller. Il faut prendre ces gens au sérieux, il faut prendre en compte les diagnostics des classes populaires sur leurs souhaits d’être protégés, ce qui ne veut pas dire être assistés. Ces catégories veulent du travail, elles veulent qu’on les respecte culturellement, et ne pas se faire traiter de « déplorables » ou de sans dents » – ce qui fait partie intégrante du problème identitaire que nous avons aujourd’hui qui est le produit de ces attaques là -. (…) Les gens veulent de la protection, du travail, de la régulation économique mais aussi une régulation des flux migratoires. Je parle ici de tout le monde d’en bas, parce que la demande de régulation des flux migratoires vient de toutes les catégories modestes quelles que soient les origines. Tout le monde veut la même chose alors que lorsque les gens parlent de la question migratoire, on les place sur la question raciale, non. C’est anthropologiquement vrai pour toutes les catégories modestes, et cela est vrai partout. Dans tous les pays, les catégories modestes veulent vivre tranquillement, ce qui ne veut pas dire vivre derrière des murs, mais vivre dans un environnement que l’on connaît avec des valeurs communes. (…) Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est qu’il y a une ethnicisation des classes moyennes – on pense blanc – cela montre bien la fin du concept qui était censé être intégrateur pour le plus grand nombre. (…) Les autoritaires ne sont pas ceux que l’on croit. Sauver les démocraties occidentales, c’est faire entendre le plus grand nombre. Christophe Guilluy
Les gens aux Etats-Unis ou ailleurs ne se sont pas réveillés un beau matin pour se tourner vers le populisme. Non, ils ont fait un diagnostic, une analyse rationnelle : est-ce que ça marche pour eux ou pas. Et, rationnellement, ils n’ont pas trouvé leur compte. Et pas que du point de vue économique. S’il y a une exception française, c’est la victoire d’Emmanuel Macron, quand partout ailleurs les populistes semblent devoir l’emporter. (…) Si Emmanuel Macron l’a emporté, c’est qu’il a reçu le soutien de la frange encore protégée de la société française que sont les retraités et les fonctionnaires. Deux populations qui ont lourdement souffert au Royaume-Uni par exemple, comme l’a traduit leur vote pro-Brexit. Et c’est bien là le drame qui se noue en France. Car, parmi les derniers recours dont dispose la technocratie au pouvoir pour aller toujours plus avant vers cette fameuse adaptation, c’est bien de faire les poches des retraités et des fonctionnaires. Emmanuel Macron applique donc méticuleusement ce programme. (…) Un autre levier, déjà mis en branle par Margaret Thatcher puis par les gouvernements du New Labour de Tony Blair, est la fin de l’universalité de la redistribution et la concentration de la redistribution. Sous couvert de faire plus juste, et surtout de réduire les transferts sociaux, on réduit encore le nombre de professeurs, mais on divise les classes de ZEP en deux, on limite l’accès des classes populaires aux HLM pour concentrer ce patrimoine vers les franges les plus pauvres, et parfois non solvables. De quoi fragiliser le modèle de financement du logement social en France, déjà mis à mal par les dernières réformes, et ouvrir la porte à sa privatisation, comme ce fut le cas dans l’Angleterre thatchérienne. (…) Partout en Europe, dans un contexte de flux migratoire intensifié, ce ciblage des politiques publiques vers les plus pauvres – mais qui est le plus pauvre justement, si ce n’est celui qui vient d’arriver d’un territoire 10 fois moins riche ? – provoque inexorablement un rejet de ce qui reste encore du modèle social redistributif par ceux qui en ont le plus besoin et pour le plus grand intérêt de la classe dominante. C’est là que se noue la double insécurité économique et culturelle. Face au démantèlement de l’Etat-providence, à la volonté de privatiser, les classes populaires mettent en avant leur demande de préserver le bien commun comme les services publics. Face à la dérégulation, la dénationalisation, elles réclament un cadre national, plus sûr moyen de défendre le bien commun. Face à l’injonction de l’hypermobilité, à laquelle elles n’ont de toute façon pas accès, elles ont inventé un monde populaire sédentaire, ce qui se traduit également par une économie plus durable. Face à la constitution d’un monde où s’impose l’indistinction culturelle, elles aspirent à la préservation d’un capital culturel protecteur. Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, sensibilité aux inégalités, régulation des flux migratoires, sont autant de thématiques qui, de Tel-Aviv à Alger, de Detroit à Milan, dessinent un commun des classes populaires dans le monde. Ce soft power des classes populaires fait parfois sortir de leurs gonds les parangons de la mondialisation heureuse. Hillary Clinton en sait quelque chose. Elle n’a non seulement pas compris la demande de protection des classes populaires de la Rust Belt, mais, en plus, elle les a traités de « déplorables ». Qui veut être traité de déplorable ou, de ce côté-ci de l’Atlantique, de Dupont Lajoie ? L’appartenance à la classe moyenne n’est pas seulement définie par un seuil de revenus ou un travail d’entomologiste des populations de l’Insee. C’est aussi et avant tout un sentiment de porter les valeurs majoritaires et d’être dans la roue des classes dominantes du point de vue culturel et économique. Placées au centre de l’échiquier, ces catégories étaient des références culturelles pour les classes dominantes, comme pour les nouveaux arrivants, les classes populaires immigrées. En trente ans, les classes moyennes sont passées du modèle à suivre, l’American ou l’European way of life, au statut de losers. Il y a mieux comme référents pour servir de modèle d’assimilation. Qui veut ressembler à un plouc, un déplorable… ? Personne. Pas même les nouveaux arrivants. L’ostracisation des classes populaires par la classe dominante occidentale, pensée pour discréditer toute contestation du modèle économique mondialisé – être contre, c’est ne pas être sérieux – a, en outre, largement participé à l’effondrement des modèles d’intégration et in fine à la paranoïa identitaire. L’asociété s’est ainsi imposée partout : crise de la représentation politique, citadéllisation de la bourgeoisie, communautarisation. Qui peut dès lors s’étonner que nos systèmes d’organisation politique, la démocratie, soient en danger ? Christophe Guilluy
Qui pourrait avoir envie d’intégrer une catégorie sociale condamnée par l’histoire économique et présentée par les médias comme une sous-classe  faible, raciste, aigrie et inculte ? (…) On peut débattre sans fin de la pertinence des modèles, de la crise identitaire, de la nécessité de réaffirmer les valeurs républicaines, de définir un commun: tous ces débats sont vains si les modèles ne sont plus incarnés. On ne s’assimile pas, on ne se marie pas, on ne tombe pas amoureux d’un système de valeurs, mais d’individus et d’un mode de vie que l’on souhaite adopter. Christophe Guilluy
Étant donné l’état de fragilisation sociale de la classe moyenne majoritaire française, tout est possible. Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C’est « l’Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd’hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l’ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l’employé – à gauche et à droite – ont aujourd’hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n’ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n’y a aucune raison pour que l’on échappe aux effets indésirables du modèle. (…) Dans l’ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique… ) et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d’en haut. (…) la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m’explique : ce qui reste aujourd’hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c’est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l’immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n’ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues… Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd’hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux. (…) Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit. L’antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas. C’est exactement ce qui est en train de se passer. (…) Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c’est énorme. On l’a vu pour l’élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu’au contraire, c’était faux. Ce qui compte, c’est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c’est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l’entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n’interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. (…) La bourgeoisie d’aujourd’hui a bien compris qu’il était inutile de s’opposer frontalement au peuple. C’est là qu’intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l’idéologie du cool encourage l’ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l’ouverture à l’autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l’autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l’autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n’est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d’ouverture à l’autre font parallèlement preuve d’un grégarisme social et d’un entre-soi inégalé. (…) Nous, terre des lumières et patrie des droits de l’homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n’avons pas fait mieux que les autres pays. (…) Le FN n’est pas le bon indicateur, les gens n’attendent pas les discours politiques ou les analyses d’en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d’adaptation aux normes de l’économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l’exprimer. Christophe Guilluy
A chaque fois, la grogne vient de territoires qui sont moins productifs économiquement, où le chômage est très implanté. Ce sont des territoires ruraux, des petites et moyennes villes souvent éloignées des grandes métropoles : ce que j’appelle la « France périphérique ». Ce sont des lieux où vivent les classes moyennes, les ouvriers, les petits salariés, les indépendants, les retraités. Cette majorité de la population subit depuis 20 à 30 ans une recomposition économique qui les a desservis. (…) La colère de ces populations vient de beaucoup plus loin. Cela fait des années que ces catégories de Français ne sont plus intégrées politiquement et économiquement. Il y a eu la fermeture progressive des usines puis la crise du monde rural. Pour eux, le retour à l’emploi est très compliqué. En plus, ils ont subi la désertification médicale et le départ des services publics. Idem pour les commerces qui quittent les petites villes. Tout cela s’est cristallisé autour de la question centrale du pouvoir d’achat. Mais le mouvement des Gilets jaunes est une conséquence de tout cela mis bout à bout. (…) le ressentiment est gigantesque. Ce qui est certain c’est que les problèmes sont désormais sur la table. Et si la contestation des Gilets jaunes ne perdure pas dans le temps, un autre mouvement émergera de ces territoires un peu plus tard, car rien n’aura été réglé. (…) Le monde d’en haut ne parle plus au monde d’en bas. Et le monde d’en bas n’écoute plus le monde d’en haut. Les élites sont rassemblées géographiquement dans des métropoles où il y a du travail et de l’argent. Elles continuent de s’adresser à une classe moyenne et à une réalité sociale qui n’existent plus. C’est un boulevard pour les extrêmes… (…) Ils s’adaptent à la demande, comme toujours ! (…) Les réponses apportées par le gouvernement sont à côté de la plaque. Les gens ne demandent pas des solutions techniques pour financer un nouveau véhicule. Ils attendent des réponses de fond où on leur explique quelle place ils ont dans ce pays. De nombreux élus locaux ont des projets pour relancer leur territoire, mais ils n’ont pas d’argent pour les mettre en place. Il faut se retrousser les manches pour développer ces régions, partir du peuple plutôt que de booster en permanence les premiers de cordée. Christophe Guilluy
La diabolisation vise moins les partis populistes ou leur électorat (considéré comme définitivement « perdu » aux yeux de la classe dominante) que la fraction des classes supérieures et intellectuelles qui pourrait être tentée par cette solidarité de classe et ainsi créer les conditions du changement. (…) Si l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis a provoqué autant de réactions violentes dans l’élite mondialisée, ce n’est pas parce qu’il parle comme un « white trash » mais parce que au contraire il est issu de l’hyper-classe. En évoquant le protectionnisme ou la régulation des flux migratoires, Donald Trump brise le consensus idéologique à l’intérieur même de la classe dominante. Il contribue ainsi à un basculement d’une fraction des classes supérieures qui assurent la survie du système. Le 45e président n’a pas gagné parce qu’il a fait le plein de voix dans la « white working class » mais parce qu’il a réalisé l’alliance improbable entre une fraction du monde d’en haut et celui de l’Amérique périphérique. La prise de conscience des réalités populaires par une fraction de l’élite est un vrai risque, elle peut se réaliser à tout moment, dans n’importe quel pays ou région. Christophe Guilluy
Il n’y a aucun complot. Les métropoles ne sont pas un bras armé, mais simplement l’application aux territoires du modèle économique mondialisé et de la loi du marché. Et la loi du marché bénéficie, comme cela a toujours été le cas, à la bourgeoisie. La seule courbe des prix de l’immobilier suffit à le démontrer. Un ouvrier qui économiserait chaque mois 100 euros pour acheter un logement mettrait une vie entière pour acquérir 10 m2 à Paris. [« La société ouverte »] C’est l’autre nom de loi du marché. Les métropoles sont des citadelles imprenables. Elles érigent, grâce à l’argent,  des murs d’enceintes bien plus solides que ceux du moyen âge. Un discret entre soi et un grégarisme social fonctionnent aussi à plein. Cette tendance est renforcée par un mode de vie respectueux de l’environnement qui, in fine, renforce la gentrification. La fermeture des grands axes et la piétonnisation renchérissent le foncier. Déguisés en hipsters, les nouveaux Rougon-Macquart se fondent dans le décorum ouvrier des bars et restaurants des anciens quartiers populaires et se constituent des patrimoines immobiliers considérables. Mais les masques finissent par tomber… (…) Après le Brexit, dont la géographie recouvre celle de « l’Angleterre et la Grande-Bretagne périphérique » et populaire, les classes dominantes ont expliqué que ce vote devait être invalidé car porté par des gens  « peu éduqués » selon Alain Minc ou des « crétins » d’après Bernard-Henri Lévy. Anne Hidalgo et son collègue de Londres Sadiq Khan ont fait par la suite l’apologie des villes-mondes qui doivent damer le pion aux Etats-Nations, en prônant en filigrane une forme d’abandon  des périphéries populaires. Leur projet de « cités-Etats » rappelle paradoxalement les discours séparatistes de partis populistes comme celui de la Ligue du Nord italienne. (…) Les métropoles ont besoin de catégories populaires pour occuper les emplois peu qualifiés (dans les services, le BTP, la restauration). Il leur faut aussi des catégories intermédiaires, des « key workers » qui assurent la continuité du service public. Le logement social permet de maintenir ces travailleurs dans les métropoles gentrifiées. Bertrand Delanoë, tout comme Anne Hidalgo, ont construit beaucoup de logements sociaux pour répondre à ce besoin. Tout cela est rationnel.  Mais si le taux de logements sociaux est passé de 13,4 % en 2001 à 17,6 % aujourd’hui, il ne compense en rien la disparition d’un parc privé, « social de fait », qui accueillait hier les classes populaires. Or, sur le marché de l’emploi métropolitain, on a essentiellement besoin de catégories très qualifiées et, à la marge, de catégories populaires. La majorité des catégories modestes, c’est à dire de la population, n’a donc plus sa place dans ces espaces. (…) S’il reste encore des classes populaires, des ménages pauvres et des chômeurs dans les quartiers de logements sociaux des grandes métropoles, la majorité de ces catégories  vit désormais à l’écart des métropoles dans une « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales. Ces territoires sont, en moyenne, marqués par une plus faible création d’emplois et de richesses et sont fragiles socialement. Ce modèle n’est pas spécifique à la France, il constitue l’une des conséquences de l’application d’un modèle économique mondialisé qui repose notamment sur la division internationale du travail. Ce système marche très bien, il crée de la richesse et de l’emploi. Mais il ne fait pas société. (…) En réalité, la « boutique » tourne aujourd’hui sans les catégories populaires. Les territoires de la France périphérique, en particulier ceux de la désindustrialisation du Nord et de l’Est, sont marqués par une grande fragilité économique et sociale. Ils ont bénéficié à ce titre d’une forte redistribution. La péréquation, la création d’emplois publics ont joué le rôle d’amortisseur. La commune et l’hôpital étaient les premiers et les seuls véritables employeurs de ces communes. Mais dans un contexte de raréfaction de l’argent public et des dotations de l’Etat et de désertification de l’emploi, les champs du possible se restreignent. (…)  Le géographe Gérard-François Dumont parle d’une « idéologie de la métropolisation », une idéologie portée par l’ensemble de la classe dominante qui in fine  renforce le poids des métropoles et celui des classes supérieures. Cette idéologie interdit l’évocation d’une France populaire majoritaire comme s’il fallait laisser dans l’invisibilité les perdants de la mondialisation. Dans cette lutte des classes, on assimile sciemment cette France populaire à celle du repli, des ignares. Derrière cette fausse polémique et cette vraie guerre des représentations, il y a tout simplement une lutte des classes non dites qui révèle  la « prolophobie » selon l’expression du politologue Gaël Brustier.  Christophe Guilluy
Je dis depuis quinze ans qu’il y a un éléphant malade (la classe moyenne) dans le magasin de porcelaine (l’Occident) et qu’on m’explique qu’il n’y a pas d’éléphant. Les « gilets jaunes » correspondent effectivement à la sociologie et à la géographie de la France périphérique que j’observe depuis des années. Ouvriers, employés ou petits indépendants, ils ont du mal à boucler leurs fins de mois. Socialement précarisées, ces catégories modestes vivent dans les territoires (villes, moyennes ou petites, campagnes) qui créent le moins d’emplois. Ces déclassés illustrent un mouvement enraciné sur le temps long : la fin de la classe moyenne dont ils formaient hier encore le socle. (…) Du paysan historiquement de droite à l’ouvrier historiquement de gauche, les « gilets jaunes » constatent que le modèle mondialisé ne les intègre plus. Ils roulent en diesel parce qu’on leur a dit de le faire, mais se font traiter de pollueurs par les élites des grandes métropoles. Alors que le monde d’en haut réaffirme sans cesse son identité culturelle (la ville mondialisée, le bio, le vivre-ensemble…), les « gilets jaunes » n’entendent pas se plier au modèle économique et culturel qui les exclut. (…) Plus que l’exclusion des plus modestes, c’est d’abord la sécession du monde d’en haut qui a joué. La rupture entre le haut et le bas de la société se creuse à mesure que les élites ostracisent le peuple. Macron a beau avoir fait le bon diagnostic quand il a déclaré : « Je n’ai pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants », son camp s’est empressé de traiter les « gilets jaunes » de racistes, d’antisémites et d’homophobes. Ça ne favorise pas la réconciliation ! Pourtant majoritaire, puisqu’elle constitue 60 % de la population, la France périphérique est rejetée par le monde d’en haut qui ne se reconnaît plus dans son propre peuple. L’importance du mouvement et surtout du soutien de l’opinion (huit Français sur dix) révèle l’isolement du monde d’en haut et des représentations sociales et territoriales totalement erronées. Ce divorce soulève un véritable problème démocratique, car les classes moyennes ont toujours été le référent culturel de la classe dirigeante. (…) Certes, il y a des manifestants de droite, de gauche, d’extrême droite et d’extrême gauche qui structurent assez mal leurs discours. Mais tous souhaitent la même chose : du travail et la préservation de ce qu’ils sont. La question du respect est fondamentale, mais le pouvoir y répond par l’insulte ! (…) Tout est possible. Il y a un tel déficit d’offre politique qu’un leader populiste pourrait surgir aussi vite que Macron a émergé. La demande existe. Dans le reste du monde, les populistes réussissent en adaptant leur idéologie à la demande. Il y a quelques années, Salvini défendait des positions sécessionnistes, libérales et racistes en s’attaquant aux Italiens du Sud. Aujourd’hui ministre, il se fait acclamer à Naples, devient étatiste, prône l’unité italienne et vote un budget quasiment de gauche. Quant à Trump, c’est un membre de l’hyperélite new-yorkaise qui a écouté les demandes de l’Amérique périphérique. Ces leaders ne se disent pas qu’il faut rééduquer le peuple. Au contraire, ce sont les demandes de la base qui leur indiquent la voie à suivre. Ainsi, un Mouvement 5 étoiles pourra émerger en France s’il répond aux demandes populaires de régulation (économique, migratoire). (…) Dans tous les pays occidentaux, la classe moyenne est en train d’exploser par le bas. Cette évolution a démarré dans les années 1970-1980 par la crise du monde ouvrier, avec les restructurations industrielles, puis a touché les paysans, les employés du secteur tertiaire, et enfin des territoires ruraux et des villes moyennes. Si on met bout à bout toutes ces catégories, cela touche le cœur de la société. Sur les décombres des classes moyennes telles qu’elles existaient pendant les Trente Glorieuses, les nouvelles classes populaires – ouvriers, employés, paysans, petits commerçants – forment partout l’immense majorité de la population. (…) Maintenant que la classe moyenne a explosé, deux grandes catégories sociales s’affrontent avec comme arrière-plan un nouveau modèle économique de polarisation de l’emploi. D’un côté, les catégories supérieures – 20 à 25 % de la population –, qui occupent des emplois extrêmement qualifiés et hyper intégrés, se concentrent dans les métropoles. De l’autre, une grosse masse de précaires dont les salaires ne suivent pas, vit dans des zones périphériques. Même dans une région riche comme la Bavière, l’électorat AfD recoupe une sociologie et une géographie plutôt populaires réparties dans des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales. (…) La classe moyenne n’est absolument pas une catégorie ethnique. Dans mon dernier livre, je critique l’ethnicisation du concept qui, contrairement à ce qu’on croit, est venue de l’intelligentsia de gauche. Depuis quelques années, il y a un glissement sémantique : quand certains parlent des banlieues ou de la politique de la ville, ils désignent les populations issues de l’immigration récente, et quand ils évoquent la « classe moyenne », ils veulent dire « Blancs ». C’est une bêtise. La classe moyenne est le produit d’une intégration économique et culturelle qui a fonctionné pour les Antillais ainsi que pour les premières vagues d’immigration maghrébine qui en épousaient les valeurs, quelle que fût leur origine ou leur religion. Faut-il le rappeler, les DOM-TOM font partie de la France périphérique. Dans ces territoires, les demandes de régulation (économique et migratoire) émanent des mêmes catégories. Cette dynamique est aujourd’hui cassée car le modèle occidental n’intègre plus ces catégories, ni économiquement, ni socialement, ni culturellement. Même dans des régions du monde prospères comme la Scandinavie, les petites gens sont fragilisées culturellement. Cette explosion des classes moyennes entraîne la crise des valeurs culturelles qu’elles portaient, donc des systèmes d’assimilation. (…) Si les classes moyennes, socle populaire du monde d’en haut, ne sont plus les référents culturels de celui-ci, qui ne cesse de les décrire comme des déplorables, elles ne peuvent plus mécaniquement être celles à qui ont envie de ressembler les immigrés. Hier, un immigré qui débarquait s’assimilait mécaniquement en voulant ressembler au Français moyen. De même, l’American way of life était porté par l’ouvrier américain à qui l’immigré avait envie de ressembler. Dès lors que les milieux modestes sont fragilisés et perçus comme des perdants, ils perdent leur capacité d’attractivité. C’est un choc psychologique gigantesque. Cerise sur le gâteau, l’intelligentsia vomit ces gens, à l’image d’Hillary Clinton qui traitait les électeurs de Trump de « déplorables ». Personne n’a envie de ressembler à un déplorable ! (…) La dynamique populiste joue sur deux ressorts à la fois : l’insécurité sociale et l’insécurité culturelle. L’insécurité culturelle sans l’insécurité économique et sociale, cela donne l’électorat Fillon, qui a logiquement voté Macron au second tour : il n’a aucun intérêt à renverser le modèle dont il bénéficie. On l’a vu avec l’élection de Trump, aucun vote populiste n’émerge sans la conjonction de fragilités identitaire et sociale. Il est donc vain de se demander si c’est l’une ou l’autre de ces composantes qui joue. Raison pour laquelle les débats sur la prétendue influence d’Éric Zemmour sont idiots. Zemmour exprime un mouvement réel de la société, qui explique qu’avec 11 millions d’électeurs pour Marine Le Pen, le Front national ait battu son record absolu de voix au second tour en 2017. Malgré tout, la redistribution reste très forte et les protégés sont nombreux. Emmanuel Macron n’a pas seulement été élu par le monde d’en haut. Il a aussi été largement soutenu par les protégés, c’est-à-dire les retraités – notamment de la classe moyenne – et les fonctionnaires. Là est le paradoxe français : ce qui reste de l’État providence protège le monde d’en haut… (…) Cela explique son effondrement dans les sondages. Ceci dit, le niveau de pension reste relativement correct et ne pousse pas les retraités français à renverser la table, même ceux qui estiment qu’il y a des problèmes avec l’immigration. Mais cela pourrait changer aux États-Unis et en Grande-Bretagne, l’État providence étant fragilisé depuis les années 1980, les retraités ne craignent pas de bousculer le système. Ils ont voté pour le Brexit parce qu’ils n’ont rien à perdre. Si demain le gouvernement fragilise les retraités français, ils ne cautionneront pas éternellement le système. En détricotant tous les filets sociaux, comme la redistribution en faveur des retraités, on prend de très gros risques pour la suite des opérations. (…) Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le gouvernement a fait marche arrière sur la CSG. La pension de retraite médiane en France tourne autour de 1 000, 1 100 euros par mois ! En dessous de 1 000 euros par mois, cela commence à être très compliqué. La majorité des retraités sont issus des catégories populaires. Et ils sont les seuls, au sein de celles-ci, à n’avoir pas majoritairement basculé dans l’abstention ou dans le vote populiste. Le jour où eux aussi basculeront, le choc sera comparable au Brexit. Regardez aussi la rapidité avec laquelle les populistes ont gagné en Italie. (…) Qu’on le veuille ou non, le mouvement est là et il suffit d’attendre. Partout en Occident, il y a une très forte demande de régulation : économique, sociale, migratoire. Pour toute réponse à cette demande populaire, on la traite de fasciste – je suis bien placé pour le savoir. Le résultat de cette stratégie de diversion, c’est que la fracture entre l’élite et les classes supérieures, d’une part, et le peuple d’autre part, ne cesse de se creuser. Jamais dans l’histoire ces deux mondes n’avaient été aussi étrangers l’un à l’autre. (…) Ce monde d’en haut ne tient pas seulement avec le 1 % ou les hyper riches, mais avec des catégories supérieures et une technostructure – les énarques, mais aussi les technocrates territoriaux issus de l’INET. Ses membres viennent tous des mêmes milieux et partagent exactement la même vision de la société. À l’inverse, quand je me balade en France, je rencontre des élus de gauche ou de droite qui partagent mon diagnostic. Et qui se désolent de voir qu’au sommet de leur parti, domine le modèle mondialisé structuré autour des métropoles. (…) Quand la pensée est vraiment en décalage avec le réel, les tentatives de déni et de diabolisation ne marchent plus. Cependant, avec toute la volonté politique du monde, sans l’appui de la technostructure, aucun changement n’est possible. La même question se pose dans les territoires : comment initier des politiques différentes avec la même technostructure ? Peu importe qui est maire de Paris ou Bordeaux, ces villes créent de la richesse grâce au libre jeu du marché. En revanche, il faut être sacrément doué pour sortir Guéret ou Vierzon de l’impasse. (…) Actuellement, on traite la France périphérique à coups de subventions. On redistribue un peu, beaucoup, passionnément, de façon à ce que les gens puissent remplir leur caddie au supermarché. On est arrivé au bout de ce modèle, notamment parce que l’État et les ménages sont surendettés. Mais lorsque des élus locaux et des entreprises privées se réunissent autour d’une table pour impulser un projet économique, cela réussit. Je pense par exemple à la relance des couteaux de Laguiole, dans l’Aveyron. (…) Comme le démontre l’exemple de Laguiole, on ne peut plus penser l’organisation territoriale uniquement à travers une volonté imposée d’en haut par les pouvoirs publics. C’est du bas vers le haut qu’il faut penser ces territoires. Dans des départements ruraux comme la Nièvre, les élus réclament la compétence économique pour initier des projets. Les présidents de conseils départementaux connaissent parfaitement leur territoire, les entreprises qui marchent et la raison de leur succès, la ville où il y a des pauvres et des chômeurs. Ils sont souples, inventifs, pragmatiques et ont à leur disposition des fonctionnaires départementaux issus du cru. Mais les hauts fonctionnaires qui forment l’administration régionale ou étatique cherchent à leur retirer de plus en plus de compétences économiques. Quoique majoritaire, la France des territoires n’existe pas politiquement. Les élus locaux sont marginalisés au sein de leurs partis, contrairement aux élus des grandes villes. Tout doit donc commencer par un rééquilibrage démocratique. Christophe Guilluy
Les professions les moins qualifiées sont ainsi celles qui se sont le moins déplacées, dimanche. L’abstention atteint 67% chez les ouvriers et 64% chez les employés, contre 59% chez les professions intermédiaires et 54% chez les cadres. L’abstention entre les deux tours du scrutin s’est en particulier accrue chez les ouvriers, enregistrant au second tour un taux supérieur de cinq points à celui du premier tour. Les différents courants politiques ne sont pas exposés de la même manière à l’abstention. Les électeurs de l’extrême droite et de la gauche radicale ont davantage boudé les urnes, selon cette même étude. L’abstention a ainsi dépassé les 50% parmi ceux qui ont accordé leur voix à Eric Zemmour, Marine Le Pen ou à Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle. Le sursaut de participation que Jean-Luc Mélenchon a appelé de ses vœux pour le second tour ne s’est là encore pas produit, puisque l’abstention a augmenté chez ses partisans. A l’inverse, moins de 40% des électeurs d’Emmanuel Macron et de Valérie Pécresse ont boudé les urnes, soit une légère baisse par rapport au premier tour. Franceinfo
Je ne sais pas combien de temps Éric Zemmour restera en politique. Mais ce dont je suis convaincue, c’est que le mouvement d’espoir et d’enthousiasme bien réel qu’il a réveillé est la manifestation d’une révolte populaire profonde, qui n’a rien d’une bulle. Cette révolte cherche désespérément un leader, et a vu en lui un possible véhicule de ses revendications de renforcement du cadre national, comme protection contre les grands vents de la globalisation. Éric Zemmour a réveillé un patriotisme français à la fois raisonné et émotionnel qui n’osait plus s’exprimer de manière ouverte de peur d’être qualifié de nationalisme raciste et dangereux. L’épisode du vieux militaire qui lui a offert ses décorations de guerre en pleurant, pendant un meeting, n’a rien d’anecdotique. Une partie croissante de la société considère, même si elle est divisée sur les solutions, que le pays est dans une impasse stratégique dangereuse, qui mènera à la disparition de la France en tant que civilisation, si rien n’est fait pour arrêter l’immigration massive et pour favoriser l’intégration des nouveaux arrivants, et notamment celle de communautés musulmanes qui sont soumises à la pression de l’islamisme, et aux particularités politiques de l’islam qui ne fait pas de distinction entre le politique et le religieux. La réalité est que Zemmour a donné voix à une angoisse existentielle sur la transformation démographique et culturelle de notre pays. Le phénomène est transoccidental. Les peuples d’Occident réclament des frontières et sonnent partout l’alarme contre le piège globaliste et multiculturaliste que les élites ont refermé sur eux, avec un mélange d’irénisme et d’aveuglement. Ils ont peur d’une désagrégation du tissu économique et politique national au profit d’intérêts chinois ou autres susceptible d’accélérer notre perte de souveraineté, et d’une communautarisation accélérée qui rendra la vie en commun de plus en plus difficile. En France, il y a aussi une énorme préoccupation due à l’apparition d’une insécurité chronique, d’une grande violence. Le phénomène Zemmour ou ses variantes ne sont pas près selon moi de disparaître, parce que les élites répondent à l’inquiétude en érigeant une grande muraille du déni et de l’excommunication, peignant leurs revendications comme la marque d’un nouveau fascisme au lieu d’y répondre. (…) La révolte zemmouriste et la révolte trumpiste portaient maintes similitudes, dans leurs ressorts antimondialisation et anti-immigration, leur credo conservateur, leur défense de l’Occident chrétien et leur méfiance de l’islam, leur volonté de réalisme en politique étrangère. Toutes ces ressemblances n’empêchent pas les différences de personnalités et de culture abyssales entre les deux. Donald Trump est un fils de famille, héritier d’un promoteur immobilier de Brooklyn, qui a forgé sa personnalité sur les chantiers de construction paternels dans la banlieue de Big Apple, puis fait son chemin dans un monde capitaliste new-yorkais brutal et sans pitié. Éric Zemmour, issu d’un milieu très simple, a fait sa vie dans les livres, le journalisme, l’exploration passionnée de l’histoire et l’observation d’un monde politique dont il connaissait les tours et détours. C’est un intellectuel, qui tend à tout théoriser, quand Trump est un pur intuitif. Mais on trouve aussi des points communs entre les deux hommes: le caractère indomptable, le sens de la formule et la capacité à exprimer, de manière cathartique, ce que pense le peuple. Ce sont de ce point de vue deux hommes de la petite lucarne qu’ils ont utilisée avec maestria pour faire leur célébrité et nouer une relation intime avec le peuple. Tous deux partagent aussi une allergie à l’idéologie du genre et une vision assez macho des relations hommes-femmes, ainsi qu’une conception hobbésienne du monde, basée sur les rapports de force. Leur fascination pour les hommes forts, qui s’est d’ailleurs exprimée dans leur admiration troublante pour Vladimir Poutine, est un autre point commun très frappant. (…) Éric Zemmour n’a pu asseoir sa popularité sur un parti de l’establishment déjà installé contrairement à Trump qui a pris d’assaut le parti républicain. Il n’a pas réussi non plus à séduire les classes populaires, peut-être parce qu’il n’a pas su complètement leur parler, contrairement à Trump et à Marine Le Pen, qui ont su parler de l’insécurité économique et du pouvoir d’achat du «pays périphérique» alors que Zemmour mettait l’accent sur la question de l’immigration et de la survie de la nation. Sans doute a-t-il sous-estimé l’angoisse de «la guerre civile» des Français, qui partagent son inquiétude sur l’avenir de la France, mais craignent sans doute encore plus la menace d’un clash entre communautés. Ils partagent son diagnostic, mais sont terrifiés par ses solutions, ou pas assez convaincus de sa capacité à gérer l’immensité du défi. Au-delà de tous ces points clés, je suis pour ma part persuadée que c’est la guerre de Poutine qui a percuté et détruit la candidature d’Éric Zemmour. Quand celle-ci éclate, le 24 février, il est en ascension, atteignant quelque 16% des intentions de vote, à égalité avec Le Pen, qui semble, elle, sur une pente descendante. Mais la guerre chamboule tout. Ayant répété depuis des années que Poutine est un grand patriote, voire un modèle dont la France devrait s’inspirer pour remettre son pays en ordre, Éric Zemmour est frappé de plein fouet. Sa condamnation trop faible de la guerre, son incapacité à qualifier Poutine de dictateur et sa persistance à dénoncer les responsabilités de l’Occident, au lieu de prendre la mesure de l’impérialisme brutal de Poutine et de la dangerosité d’un pouvoir russe basé sur la violence et le mensonge, ont, je pense, créé un doute béant dans la bourgeoisie qui l’avait soutenu jusque-là, doute dans lequel se sont engouffrés ses adversaires. Les classes populaires, qui soutenaient Le Pen, elles, ont moins réagi à la guerre. Son absence d’empathie vis-à-vis des réfugiés ukrainiens, dont il a jugé la présence peu opportune en France, a également beaucoup choqué. Marine Le Pen, qui avait pourtant un lourd passif sur le sujet, vu sa proximité ancienne et totale avec Poutine, a mieux géré cette situation embarrassante, détournant le tir en parlant «pouvoir d’achat» et révélant une habileté politique que n’a pas su montrer Zemmour, resté très idéologique. Lui qui avait voulu se placer dans le sillage de De Gaulle s’est retrouvé pris à contre-pied, compromis avec un dictateur impérial impitoyable, alors que l’Ukraine incarnait l’esprit de résistance gaullien et churchillien. Cette fascination pour Poutine de la droite national-populiste et de l’extrême droite s’explique par l’habileté avec laquelle l’homme fort de la Russie a instrumentalisé les révoltes national-populistes. Voyant là une opportunité de se constituer une «armée» de partis amis, il les a courtisés, se posant en souverainiste, en rempart de la chrétienté contre l’islamisme et la décadence des mœurs de l’Occident. Il s’agissait d’un trompe-l’œil bien sûr, d’un village Potemkine cachant la déliquescence et l’anomie d’une société russe où domine la loi du plus fort la plus brutale, pas le conservatisme. Mais les voix des experts qui avertissaient contre l’entourloupe ont été ignorées, et les nationalistes de tout poil sont tombés en plein dans le piège. Zemmour comme les autres. (…) Le réveil des nations d’Occident s’exprime de multiples façons, souvent brouillonnes et éphémères, avec un succès très relatif en effet. Ces phénomènes témoignent de la volonté instinctive des peuples d’empêcher des processus de désintégration des nations extrêmement puissants et peut-être irréversibles, liés à l’affaiblissement des États au profit de forces transnationales très puissantes, à la révolution technologique en cours, à l’affaiblissement des classes moyennes, qui, comme le rappelle le politologue Andrew Michta, forment le «demos», l’âme des nations démocratiques. S’agit-il d’un baroud d’honneur? Je ne l’espère pas. L’idéal serait que les revendications des partis populistes entrent peu à peu dans les réflexions des élites gouvernantes, que ces partis contribuent à la solution des problèmes qu’ils pointent. Mais si les élites s’avèrent incapables de faire face, il faut s’attendre à ce que Yascha Mounk appelle un scénario de «guerre civile complexe». Je crains une montée en puissance de tensions communautaires inextricables, d’un scénario de radicalisation des revendications, d’un glissement vers une forme de racialisation et exacerbation des conflits subnationaux si le niveau national devient défaillant ; bref, d’un affaiblissement simultané de la démocratie et de la nation si les élites gouvernantes échouent à intégrer les révoltes actuelles dans le paysage. Un despote pourrait-il alors surgir pour ramasser la mise? Dans mon livre, j’invite à méditer l’évolution américaine. Car l’éviction politique de Trump et l’arrivée de Biden n’ont nullement débouché sur une normalisation de la scène politique. On a vu émerger une véritable sécession mentale et politique d’une partie du camp Trump, sur fond de radicalisation de la gauche identitaire woke. Deux Amérique qui ne se parlent plus et ne se font plus confiance, se sont solidifiées, dans un état de guerre civile tiède. Il faut tout faire pour éviter un tel scénario en France. (….) Car la crise de l’Occident appelle les tempêtes. Nous avons été tellement occupés à nous diviser et à repousser la solution des problèmes posés, tellement obsédés par notre culpabilité historique, tellement absorbés par nos interrogations sur la fluidité du genre et autres débats postmodernes sur le sexe des anges, que nous avons fermé les yeux face aux défis qui fondaient sur nous. Mais nous venons d’être ramenés à la brutalité du réel par la guerre de Poutine en Ukraine. Depuis des années, Vladimir Poutine a constaté nos lâchetés, nos renoncements face à ses agressions, et notre incapacité à nous rassembler. Il a vu dans la faiblesse occidentale, dans sa déliquescence spirituelle et sa sortie de l’Histoire nihiliste et infantile, une occasion rêvée d’avancer ses pions en Ukraine, pour réaliser son grand projet néoimpérial de rassemblement des terres russes et de révolution mondiale anti-occidentale. Il a décidé que nous étions si décadents, si divisés, si vénaux que nous ne bougerions pas. Il s’est en partie trompé puisque nous avons réagi collectivement et entrepris d’aider l’Ukraine. Mais cette crise doit être l’occasion d’une introspection bien plus sérieuse sur la manière dont nous devons viser à reconstruire nos démocraties et l’Europe. Nous devons travailler d’urgence à réconcilier les élites et le peuple, car la guerre civile à petit feu qui gronde est le terreau sur lequel tous nos ennemis s’engouffreront. Nous devons également réarmer nos nations, revenir à la notion de puissance. Nous devons aussi méditer la leçon de la résistance patriotique ukrainienne, qui montre que nous avons besoin de la force et de l’esprit des nations, pour construire une Europe forte et solidaire. Nous avons besoin aussi d’apprendre à garder les yeux ouverts, au lieu de nous concentrer sur «le réel» qui arrange nos postulats idéologiques. En France notamment, la droite nationale doit reconnaître son aveuglement dans l’appréciation du danger russe, et s’interroger sur les raisons pour lesquelles elle s’est laissée abuser. La gauche doit, de son côté, absolument prendre acte du danger stratégique que constitue l’islamisation croissante de notre pays, sujet sur lequel elle reste plongée dans un déni suicidaire. Sinon, dans vingt ans, nous aurons à l’intérieur de nos murs une catastrophe tout aussi grave que celle qui a surgi à l’est de l’Europe. Laure Mandeville
La coexistence de deux axes, gauche-droite et bloc élitaire-bloc populaire, a brisé la majorité parlementaire. Il ne s’agit pas d’une dispersion du vote que des formules programmatiques pourraient aisément résoudre, mais d’électorats qui se consolident sur des bases séparées et largement irréconciliables. D’où une crise politique larvée depuis 2017 qui éclate au grand jour en ce second tour des législatives. La toile de fond est tout de même la réticence à l’égard d’Emmanuel Macron. Il a maintenu son pouvoir sans davantage convaincre les Français. L’écho donné depuis des semaines à Jean-Luc Mélenchon a produit un énorme déséquilibre: si les attentes en matière sociale, cristallisées autour du thème du pouvoir d’achat, sont indéniables, les inquiétudes civilisationnelles demeurent. Au moment où les candidats de la Nupes faisaient de la surenchère, l’opinion entendait avec consternation les échos du Stade de France. La fameuse droitisation du pays était largement une chimère, mais l’est tout autant l’idée d’une conversion subite des Français au gauchisme culturel. (…) Le Rassemblement national abordait les élections législatives avec différents handicaps dont la surabstention des catégories populaires, mais avec l’atout trop vite oublié des 41% et quelques obtenus le 24 avril. À ce niveau, la diabolisation fonctionne mal. L’ambiguïté d’Ensemble! à l’égard de la Nupes semble avoir convaincu de nombreux électeurs de bloquer ce qui leur semblait être une dérive périlleuse pour le pays, quel que soit leur jugement sur le programme lepéniste. Le projet populaire et nationaliste du RN semble donc une formule suffisamment pertinente pour bousculer une droite classique décidément encombrée par sa prudence. On évoque souvent la radicalisation des opinions, voici celle de la représentation politique. (…) Heureusement pour elle, la droite conserve un enracinement politique qui a fait son succès aux élections locales du quinquennat écoulé. Aux élections législatives, cela lui permet de limiter les dégâts, mais tout de même, on ne se remet pas si facilement d’une division par trois du score du candidat soutenu par LR à la présidentielle. La droite continue à subir une concurrence vive de la part de Macron et un rétrécissement subséquent de son influence vers les strates les plus âgées de l’électorat. Si les députés élus sous étiquette LR devaient avoir une position charnière dans la prochaine législature, est-ce que cela serait pour la droite une bonne nouvelle? En apparence certainement, mais cela pourrait aussi bloquer son nécessaire aggiornamento idéologique. Reste pour elle à trancher une question pendante depuis 2017: est-elle une force d’opposition résolue au macronisme, ou bien une solution de remplacement? Ce sera sans doute du cas par cas, ce qui est déjà une forme de réponse. (…) Quand l’abstention progresse à la présidentielle et est majoritaire dès le premier tour des législatives, il y a péril dans la demeure démocratique. L’expression politique des classes populaires est rongée par le non-vote, qui est souvent une forme de désespérance. Le 12 juin, seuls 35 % des employés et 38 % des ouvriers sont allés voter, au lieu de 47 % des cadres et 67 % des retraités. Les moins satisfaits de la situation politique et sociale sont aussi ceux les plus tentés par une forme de refus de principe, ou plus prosaïquement par le «laisser-tomber». Je n’exclue pas que se développe dans le pays une forme de survivalisme politique, fait d’abandon des rituels républicains, de repli sur soi et de participation erratique à des mouvements venus de la base. Le phénomène des «gilets jaunes» et son échec final, sanctionné par la réélection massive de Macron, en donne un avant-goût. (…) Un bon niveau de participation des citoyens aux élections constitue un vœu pieux républicain qui ne se pose pas avec la même acuité selon son positionnement idéologique et sa base électorale. Ainsi, une certaine auto-éviction des catégories populaires profite au pouvoir confirmé dans les urnes en avril dernier. Si cependant existe la volonté de proposer des solutions politiques réunificatrices, la séquence électorale 2022 apporte des pistes évidentes. Les propositions civilisationnelles doivent s’accompagner d’une prise en charge des attentes matérielles, la critique des politiques suivies peut être radicale, mais à condition d’être portée par une équipe crédible. Rien que de très simple à écrire, et de très malaisé à faire. (…) Tout ici est question de méthode. Face à des résultats électoraux, rien n’est plus facile ni plus fragile que de dessiner des formes, que l’on peut appeler pôles, blocs ou quoi que ce soit d’autre selon l’inspiration, en agrégeant des scores. Ainsi, à partir du premier tour de l’élection présidentielle, certains ont parlé d’un «bloc de gauche» autour de la Nupes, d’un «bloc centriste» représenté par le vote Emmanuel Macron et enfin d’un «bloc d’extrême droite» en additionnant les suffrages s’étant portés sur Marine Le Pen et Éric Zemmour. D’autres ont agrégé le vote pour Valérie Pécresse au vote Macron, ou bien au vote Le Pen. Ce genre de considérations relèvent de la pure taxinomie et n’ont aucun pouvoir explicatif. Car de deux choses l’une: soit il s’agit par le terme de «bloc» ou de «pôle» d’évoquer des relations concrètes entre différents votes, et alors on désigne une alliance électorale dûment formée, ce qui correspond bien à la Nupes mais pas aux autres formations en lice ; soit on postule une unité sous-jacente aux discours des acteurs politiques, et alors il faut la trouver dans une analyse serrée des propositions ou des électorats. Ces deux blocs sont toujours visibles dans les urnes. Les cadres ont voté pour le président sortant à 35 % au premier tour et 77 % au second, les retraités à 38 % puis 68 %. En sens inverse, 36 % des ouvriers et des employés ont choisi Marine Le Pen le 10 avril, et respectivement 67 % et 57 % deux semaines plus tard. À nouveau, les deux candidats porteurs de la sociologie électorale la plus contrastée entre eux se sont affrontés lors de ces élections. C’est aussi bien vrai en termes de niveau de revenu que de diplôme. Comme en 2017, il faut ajouter aussitôt deux choses. Tout d’abord, ce qui est criant à la présidentielle est beaucoup moins évident aux élections législatives, tout simplement parce que manque alors non plus le quart mais la moitié des inscrits, et que les catégories populaires sont largement absentes. Ensuite, qu’il y ait une polarisation évidente entre deux pôles ne signifie pas que l’ensemble du corps électoral s’y range dès le premier tour, loin de là. Au premier tour de 2022, 49 % des suffrages exprimés se sont portés sur des candidats autres que les deux finalistes. Jérôme Sainte-Marie

Quelle  démocratie confisquée ?

Quand un président ayant volé son élection il y a cinq ans suite à un putsch juridique
Se maintient aujourd’hui au pouvoir face à un parti patriote …
Qui malgré la diabolisation et la surabstention qu’elle induit à nouveau
A fait plus de 41% à la présidentielle …
Et se retrouve aujourd’hui si l’on inclue les 28 sièges perdus de Reconquête
Avec 89 députés au lieu de 149 ?

Presque
Marius François
Marianne
20/06/2022

La proportionnelle, réclamée par de nombreux politiques pour insuffler plus de représentation au Parlement, s’est-elle imposée d’elle-même ce dimanche 19 juin ? Comparaison.
Trois blocs s’installent au Palais Bourbon. La Nupes s’offre 131 sièges, Ensemble ! échoue à réunir une majorité absolue et décroche 245 députés. Et alors qu’il peinait à s’imposer dans l’hémicycle, le Rassemblement national fait une percée historique avec 89 députés. Le parti de Marine Le Pen double ainsi son précédent record de 35 sièges en 1986. Particularité de ces législatives : les socialistes avaient respecté leur engagement de 1981 et mis en place une proportionnelle au niveau départemental…ce qui leur permettait aussi de contenir la majorité de la droite chiraquienne à l’époque.
Au lendemain du premier tour des législatives, Marianne avait esquissé le visage de l’Assemblée si les Français avaient voté à la proportionnelle intégrale. La constitution des trois blocs observée ce dimanche 19 juin se rapproche-t-elle de ces estimations ?
La Nupes et l’extrême droite lésées
Par rapport à la proportionnelle intégrale, la Nupes est la plus lésée des trois blocs ce dimanche. Elle décroche 131 sièges, contre 167. Parti malheureux également, Reconquête ! ne parvient pas à arracher le moindre député. Et pour cause, ses candidats n’ont pas passé le premier tour. Une proportionnelle intégrale lui aurait offert 28 parlementaires. Malgré son gros score, le RN obtient 32 députés de moins qu’en cas de proportionnelle.
Ensemble ! s’en sort bien mieux et bénéficie malgré tout du scrutin majoritaire avec un bénéfice de 77 parlementaires. Avec ses 64 députés, LR en obtient 9 de moins qu’avec un vote à la proportionnelle. S’il n’a pas reproduit parfaitement les contours d’un hémicycle élu à la proportionnelle, ce second tour rompt avec les précédents par le fractionnement de l’Assemblée élue. Une représentation bien plus proche du vote des Français, une première depuis la réforme du quinquennat.
Voir aussi:
Aucune majorité n’émergerait selon cette simulation des résultats à la proportionnelle intégrale.
Pierre Lann
Marianne
13/06/2022
Les trois blocs politiques révélés par l’élection présidentielle seraient plus fidèlement représentés. La coalition des soutiens d’Emmanuel Macron n’aurait pas de majorité, même en s’alliant aux LR. Le Rassemblement National compterait 121 députés. Au contraire, le nombre d’élus de la Nupes varierait peu par rapport aux projections des instituts de sondage.
Réclamée pour donner une vision « plus fidèle » de l’équilibre des forces politiques, la proportionnelle était dans toutes les têtes, au soir du premier tour des législatives. À partir du résultat du premier tour, que donnerait une assemblée nationale avec un scrutin à la proportionnelle intégrale ? Marianne a tenté l’expérience.
Ce n’est qu’un calcul indicatif. Le mode de scrutin proportionnel peut en effet être assorti d’une grande variété de modalités de calcul des voix. En 1986, pour sa seule utilisation sous la Ve République, il s’agissait ainsi d’une proportionnelle départementale et non intégrale.
Dans notre projection, les résultats sont au contraire simulés en considérant que la France est une circonscription unique, pour rendre compte des dynamiques nationales. Nous nous fondons sur les résultats et les nuances du ministère de l’Intérieur, qui font débat. La Nupes (coalition de gauche) revendique la victoire au premier tour, ce qui ferait légèrement varier notre simulation. Marianne a aussi fait le choix de ne retenir que les nuances ayant obtenu plus de 3 % des suffrages au niveau national, pour intégrer plus de formations politiques. D’autres pays, comme l’Allemagne par exemple, prévoient des seuils d’accession au Parlement plus élevés.
Pas de majorité
Premier constat : l’Assemblée nationale serait éclatée en trois blocs. Ensemble ! et la Nupes obtiendraient des groupes de même importance. Selon notre estimation, Ensemble !, l’union des soutiens d’Emmanuel Macron (qui réunit la République en Marche, le Modem et Horizons d’Édouard Philippe) devancerait d’une très courte tête la coalition de gauche, en obtenant 168 députés contre 167 pour la Nupes. Le groupe du Rassemblement National serait moins conséquent, même s’il pourrait compter sur 121 députés.
En l’état, la France serait particulièrement difficile à gouverner. C’est pourquoi l’introduction de la proportionnelle intégrale apparaît peu probable. Des modalités pour permettre l’émergence d’une majorité devraient donc être introduites pour faire émerger une majorité.
Le grand déclassement pour Ensemble
En l’état, ce score empêcherait très clairement d’obtenir Ensemble! une majorité au Palais Bourbon. Le seuil pour obtenir une majorité absolue est en effet fixé à 289 députés. Le gouvernement serait donc contraint de négocier des coalitions. S’allier avec Les Républicains et l’UDI, et même avec les députés « divers gauche », ne suffirait pas. Une telle coalition ne compterait dans ses rangs qu’un maximum de 261 élus.
Cette configuration tranche nettement avec les projections de l’institut Ipsos Sopra-Steria. Celles-ci donnent, en moyenne, 275 sièges à Ensemble. Soit une centaine de plus que son score si le scrutin était régi par la proportionnelle intégrale. Les soutiens d’Emmanuel Macron apparaissent donc comme les plus favorisés par le mode de scrutin actuel.
Peu de changement pour la Nupes
Selon notre projection, la coalition de gauche emporterait 167 sièges à la proportionnelle intégrale. Elle en compterait un ou deux de plus, et passerait devant Ensemble ! si l’on prend en compte les chiffres du journal Le Monde. L’étiquetage opéré par le quotidien diffère de celui du ministère de l’Intérieur et donne la Nupes en tête au premier tour (26,1 % contre 25,8).
Il y aurait toutefois peu de changement par rapport aux projections des instituts de sondage après le second tour, qui se fondent sur le mode de scrutin actuel. En moyenne, ils estiment que la Nupes obtiendra autour de 170 sièges, dont une grande majorité pour la France Insoumise.
Le RN avec 121 députés
Le grand perdant du mode de scrutin actuel semble être le Rassemblement National. À la proportionnelle intégrale, notre estimation lui donnerait 121 sièges, soit la troisième force politique de l’Assemblée Nationale. Au contraire, les projections de l’institut Ipsos Sopra-Steria ne lui prédisent qu’entre 20 et 45 élus à l’issue du second tour, soit 88 députés de moins.
Des chiffres qui expliquent l’empressement de Marine Le Pen à réclamer l’introduction de la proportionnelle pour les législatives. Grâce à un score national en nette augmentation, le parti de Marine Le Pen semble toutefois bien parti se rapprocher de son score de 1986. Grâce à la proportionnelle, le FN avait alors fait entrer à l’Assemblée 35 députés.
Zemmour serait à l’Assemblée
Balayé dès le premier tour ce dimanche, le parti d’Éric Zemmour semble aussi avoir intérêt à l’instauration de la proportionnelle. Selon notre calcul, Reconquête ! pourrait compter sur 28 élus à la proportionnelle intégrale, alors qu’aucun de ses candidats n’entrera au Palais Bourbon à l’issue du second tour.
Voir également:

Jérôme Sainte-Marie: « Une crise politique larvée éclate au grand jour »

Alexandre Devecchio 

19 juin 2022 

ENTRETIEN – Pour le politologue, le faible score de la majorité présidentielle, le succès de la Nupes et la poussée du RN marquent un tournant de notre vie politique. 

LE FIGARO. – Que vous inspirent les résultats de ce deuxième tour des élections législatives? 

Jérôme SAINTE-MARIE. – La coexistence de deux axes, gauche-droite et bloc élitaire-bloc populaire, a brisé la majorité parlementaire. Il ne s’agit pas d’une dispersion du vote que des formules programmatiques pourraient aisément résoudre, mais d’électorats qui se consolident sur des bases séparées et largement irréconciliables. D’où une crise politique larvée depuis 2017 qui éclate au grand jour en ce second tour des législatives. 

La toile de fond est tout de même la réticence à l’égard d’Emmanuel Macron. Il a maintenu son pouvoir sans davantage convaincre les Français. L’écho donné depuis des semaines à Jean-Luc Mélenchon a produit un énorme déséquilibre: si les attentes en matière sociale, cristallisées autour du thème du pouvoir d’achat, sont indéniables, les inquiétudes civilisationnelles demeurent. Au moment où les candidats de la Nupes faisaient de la surenchère, l’opinion entendait avec consternation les échos du Stade de France. La fameuse droitisation du pays était largement une chimère, mais l’est tout autant l’idée d’une conversion subite des Français au gauchisme culturel. 

La poussée du RN est-elle historique? 

Le Rassemblement national abordait les élections législatives avec différents handicaps dont la surabstention des catégories populaires, mais avec l’atout trop vite oublié des 41% et quelques obtenus le 24 avril. À ce niveau, la diabolisation fonctionne mal. L’ambiguïté d’Ensemble! à l’égard de la Nupes semble avoir convaincu de nombreux électeurs de bloquer ce qui leur semblait être une dérive périlleuse pour le pays, quel que soit leur jugement sur le programme lepéniste. Le projet populaire et nationaliste du RN semble donc une formule suffisamment pertinente pour bousculer une droite classique décidément encombrée par sa prudence. On évoque souvent la radicalisation des opinions, voici celle de la représentation politique. 

Malgré son faible score, la droite pourrait paradoxalement se retrouver en position d’arbitre? 

Heureusement pour elle, la droite conserve un enracinement politique qui a fait son succès aux élections locales du quinquennat écoulé. Aux élections législatives, cela lui permet de limiter les dégâts, mais tout de même, on ne se remet pas si facilement d’une division par trois du score du candidat soutenu par LR à la présidentielle. La droite continue à subir une concurrence vive de la part de Macron et un rétrécissement subséquent de son influence vers les strates les plus âgées de l’électorat. Si les députés élus sous étiquette LR devaient avoir une position charnière dans la prochaine législature, est-ce que cela serait pour la droite une bonne nouvelle? En apparence certainement, mais cela pourrait aussi bloquer son nécessaire aggiornamento idéologique. Reste pour elle à trancher une question pendante depuis 2017: est-elle une force d’opposition résolue au macronisme, ou bien une solution de remplacement? Ce sera sans doute du cas par cas, ce qui est déjà une forme de réponse. 

L’autre fait marquant de ces législatives est l’abstention massive. S’il y a deux blocs, n’est-ce pas entre ceux qui croient encore à la politique et ceux qui n’y croient plus? 

Quand l’abstention progresse à la présidentielle et est majoritaire dès le premier tour des législatives, il y a péril dans la demeure démocratique. L’expression politique des classes populaires est rongée par le non-vote, qui est souvent une forme de désespérance. Le 12 juin, seuls 35 % des employés et 38 % des ouvriers sont allés voter, au lieu de 47 % des cadres et 67 % des retraités. Les moins satisfaits de la situation politique et sociale sont aussi ceux les plus tentés par une forme de refus de principe, ou plus prosaïquement par le «laisser-tomber». Je n’exclue pas que se développe dans le pays une forme de survivalisme politique, fait d’abandon des rituels républicains, de repli sur soi et de participation erratique à des mouvements venus de la base. Le phénomène des «gilets jaunes» et son échec final, sanctionné par la réélection massive de Macron, en donne un avant-goût. 

Comment sortir de cette crise démocratique et notamment réintégrer les classes populaires dans le jeu politique? 

Un bon niveau de participation des citoyens aux élections constitue un vœu pieux républicain qui ne se pose pas avec la même acuité selon son positionnement idéologique et sa base électorale. Ainsi, une certaine auto-éviction des catégories populaires profite au pouvoir confirmé dans les urnes en avril dernier. Si cependant existe la volonté de proposer des solutions politiques réunificatrices, la séquence électorale 2022 apporte des pistes évidentes. Les propositions civilisationnelles doivent s’accompagner d’une prise en charge des attentes matérielles, la critique des politiques suivies peut être radicale, mais à condition d’être portée par une équipe crédible. Rien que de très simple à écrire, et de très malaisé à faire. 

Ces résultats ne viennent-ils pas démentir votre théorie de l’affrontement entre un bloc élitaire, incarné par Emmanuel Macron, et un bloc populaire incarné par Marine Le Pen? Peut-on parler de tripartition? 

Tout ici est question de méthode. Face à des résultats électoraux, rien n’est plus facile ni plus fragile que de dessiner des formes, que l’on peut appeler pôles, blocs ou quoi que ce soit d’autre selon l’inspiration, en agrégeant des scores. Ainsi, à partir du premier tour de l’élection présidentielle, certains ont parlé d’un «bloc de gauche» autour de la Nupes, d’un «bloc centriste» représenté par le vote Emmanuel Macron et enfin d’un «bloc d’extrême droite» en additionnant les suffrages s’étant portés sur Marine Le Pen et Éric Zemmour. D’autres ont agrégé le vote pour Valérie Pécresse au vote Macron, ou bien au vote Le Pen. Ce genre de considérations relèvent de la pure taxinomie et n’ont aucun pouvoir explicatif. Car de deux choses l’une: soit il s’agit par le terme de «bloc» ou de «pôle» d’évoquer des relations concrètes entre différents votes, et alors on désigne une alliance électorale dûment formée, ce qui correspond bien à la Nupes mais pas aux autres formations en lice ; soit on postule une unité sous-jacente aux discours des acteurs politiques, et alors il faut la trouver dans une analyse serrée des propositions ou des électorats. 

Ces deux blocs sont toujours visibles dans les urnes. Les cadres ont voté pour le président sortant à 35 % au premier tour et 77 % au second, les retraités à 38 % puis 68 %. En sens inverse, 36 % des ouvriers et des employés ont choisi Marine Le Pen le 10 avril, et respectivement 67 % et 57 % deux semaines plus tard. 

À nouveau, les deux candidats porteurs de la sociologie électorale la plus contrastée entre eux se sont affrontés lors de ces élections. C’est aussi bien vrai en termes de niveau de revenu que de diplôme. Comme en 2017, il faut ajouter aussitôt deux choses. Tout d’abord, ce qui est criant à la présidentielle est beaucoup moins évident aux élections législatives, tout simplement parce que manque alors non plus le quart mais la moitié des inscrits, et que les catégories populaires sont largement absentes. Ensuite, qu’il y ait une polarisation évidente entre deux pôles ne signifie pas que l’ensemble du corps électoral s’y range dès le premier tour, loin de là. Au premier tour de 2022, 49 % des suffrages exprimés se sont portés sur des candidats autres que les deux finalistes.

Voir encore:

Elections législatives 2022 : jeunes, ouvriers… Visualisez le profil des abstentionnistes du second tour

Si l’abstention au second tour des élections législatives, dimanche, a atteint un niveau élevé, elle n’a toutefois pas concerné toutes les couches de la population de la même manière. Découvrez en trois graphiques le profil sociologique des abstentionnistes.

Lise Kiennemann
France Télévisions

Elle n’a pas dépassé son record de 2017, mais l’abstention a atteint un niveau élevé au second tour des élections législatives, dimanche 19 juin. Plus de la moitié des électeurs (53,77%) ne se sont pas rendus aux urnes. Mais qui sont les abstentionnistes ? Age, revenus, appartenance politique… Franceinfo dresse en trois graphiques le profil sociologique de cet électorat qui ne s’est pas déplacé pour le scrutin.

Chez les 18-24 ans, sept électeurs sur 10 ont boudé les urnes

Comme au premier tour, l’abstention a d’abord concerné de manière disproportionnée les jeunes, selon l’estimation Ipsos-Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et les chaînes parlementaires.

Au lendemain du premier tour, le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, avait lancé sur France 2 un appel à la mobilisation des jeunes, les exhortant à « se mêl[er] un peu de leurs affaires ». Force est de constater qu’il n’y a pas eu de sursaut massif de la participation de la part de cette tranche d’âge.

Dimanche, 71% des 18-24 ans et 66% des 25-34 ans n’ont pas voté, contre 69% sept jours plus tôt. « La jeune génération est un peu blasée à l’égard des élections et de la démocratie »expliquait sur franceinfo Olivier Galland, sociologue et directeur de recherche émérite au CNRS, qui notait une préférence de la jeunesse « pour des formes d’actions protestataires », comme des manifestations ou « l’affichage d’opinions sur les réseaux sociaux ».

Entre le premier et le second tour, l’abstention a progressé dans toutes les tranches d’âge, à l’exception de celle des 25-34 ans qui a enregistré une diminution de l’abstention : 66% des électeurs de cette classe d’âge se sont abstenus au second tour, contre 71% au premier tour.

Plus les électeurs sont jeunes, plus ils s’abstiennent. Seuls les plus de 60 ans affichent une abstention inférieure à 50%. « C’est la génération des ‘baby boomers’ qui vote le plus, notamment parce qu’ils croient encore en la politique », décryptait sur franceinfo Vincent Tiberj, chercheur en sociologie électorale à Sciences Po Bordeaux.

Les deux tiers des ouvriers se sont abstenus

L’abstention est une question d’âge, mais aussi de diplômes et de revenus. Les électeurs les moins diplômés sont ceux qui se sont le plus abstenus au second tour : 58% des titulaires du baccalauréat ne sont pas allés voter, contre 54% des diplômés d’un bac+2 et 51% des détenteurs d’un bac+3 ou plus.

Ces différences se retrouvent également si l’on compare la participation en fonction des revenus. Plus le niveau de vie de l’électeur augmente, moins l’abstention est importante.

Les professions les moins qualifiées sont ainsi celles qui se sont le moins déplacées, dimanche. L’abstention atteint 67% chez les ouvriers et 64% chez les employés, contre 59% chez les professions intermédiaires et 54% chez les cadres. L’abstention entre les deux tours du scrutin s’est en particulier accrue chez les ouvriers, enregistrant au second tour un taux supérieur de cinq points à celui du premier tour.

Plus de la moitié des électeurs de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon ne se sont pas déplacés

Les différents courants politiques ne sont pas exposés de la même manière à l’abstention. Les électeurs de l’extrême droite et de la gauche radicale ont davantage boudé les urnes, selon cette même étude. L’abstention a ainsi dépassé les 50% parmi ceux qui ont accordé leur voix à Eric Zemmour, Marine Le Pen ou à Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle.

Le sursaut de participation que Jean-Luc Mélenchon a appelé de ses vœux pour le second tour ne s’est là encore pas produit, puisque l’abstention a augmenté chez ses partisans. A l’inverse, moins de 40% des électeurs d’Emmanuel Macron et de Valérie Pécresse ont boudé les urnes, soit une légère baisse par rapport au premier tour.

Voir enfin:

FIGAROVOX/TRIBUNE – Vincent Coussedière estime que le Front national est en passe de fracturer un système qui l’a érigé en bouc-émissaire.


Vincent Coussedière est agrégé de philosophie et auteur d’Éloge du populisme (Elya éditions).

Les «élites» françaises, sous l’inspiration et la domination intellectuelle de François Mitterrand, on voulu faire jouer au Front National depuis 30 ans, le rôle, non simplement du diable en politique, mais de l’Apocalypse. Le Front National représentait l’imminence et le danger de la fin des Temps. L’épée de Damoclès que se devait de neutraliser toute politique «républicaine».

Cet imaginaire de la fin, incarné dans l’anti-frontisme, arrive lui-même à sa fin. Pourquoi? Parce qu’il est devenu impossible de masquer aux français que la fin est désormais derrière nous. La fin est consommée, la France en pleine décomposition, et la république agonisante, d’avoir voulu devenir trop bonne fille de l’Empire multiculturel européen. Or tout le monde comprend bien qu’il n’a nullement été besoin du Front national pour cela. Plus rien ou presque n’est à sauver, et c’est pourquoi le Front national fait de moins en moins peur, même si, pour cette fois encore, la manœuvre du «front républicain», orchestrée par Manuel Valls, a été efficace sur les électeurs socialistes. Les Français ont compris que la fin qu’on faisait incarner au Front national ayant déjà eu lieu, il avait joué, comme rôle dans le dispositif du mensonge généralisé, celui du bouc émissaire, vers lequel on détourne la violence sociale, afin qu’elle ne détruise pas tout sur son passage. Remarquons que le Front national s’était volontiers prêté à ce dispositif aussi longtemps que cela lui profitait, c’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Le parti anti-système a besoin du système dans un premier temps pour se légitimer.

Nous approchons du point où la fonction de bouc émissaire, théorisée par René Girard (1) va être entièrement dévoilée et où la violence ne pourra plus se déchaîner vers une victime extérieure. Il faut bien mesurer le danger social d’une telle situation, et la haute probabilité de renversement qu’elle secrète: le moment approche pour ceux qui ont désigné la victime émissaire à la vindicte du peuple, de voir refluer sur eux, avec la vitesse et la violence d’un tsunami politique, la frustration sociale qu’ils avaient cherché à détourner.

Les élections régionales sont sans doute un des derniers avertissements en ce sens.

Y-a-t-il une solution pour échapper à une telle issue? Avouons que cette responsabilité est celle des élites en place, ayant entonné depuis 30 ans le même refrain. A supposer cependant que nous voulions les sauver, nous pourrions leur donner le conseil suivant: leur seule possibilité de survivre serait d’anticiper la violence refluant sur elles en faisant le sacrifice de leur innocence. Elles devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Pour cela, elles devraient admettre de déconstruire la gigantesque hallucination collective produite autour du Front national, hallucination revenant aujourd’hui sous la forme inversée du Sauveur. Ce faisant, elles auraient tort de se priver au passage de souligner la participation du Front national au dispositif, ce dernier s’étant prêté de bonne grâce, sous la houlette du Père, à l’incarnation de la victime émissaire.

Il faut bien avouer que nos élites du PS comme de Les Républicains ne prennent pas ce chemin, démontrant soit qu’elles n’ont strictement rien compris à ce qui se passe dans ce pays depuis 30 ans, soit qu’elles l’ont au contraire trop bien compris, et ne peuvent plus en assumer le dévoilement, soit qu’elles espèrent encore prospérer ainsi. Il n’est pas sûr non plus que le Front national soit prêt à reconnaître sa participation au dispositif. Il y aurait intérêt pourtant pour pouvoir accéder un jour à la magistrature suprême. Car si un tel aveu pourrait lui faire perdre d’un côté son «aura» anti-système, elle pourrait lui permettre de l’autre, une alliance indispensable pour dépasser au deuxième tour des présidentielles le fameux «plafond de verre». Il semble au contraire après ces régionales que tout changera pour que rien ne change. Deux solutions qui ne modifient en rien le dispositif mais le durcissent au contraire se réaffirment.

La première solution, empruntée par le PS et désirée par une partie des Républicains, consiste à maintenir coûte que coûte le discours du front républicain en recherchant un dépassement du clivage gauche/droite. Une telle solution consiste à aller plus loin encore dans la désignation de la victime émissaire, et à s’exposer à un retournement encore plus dévastateur. Car le Front national aura un boulevard pour dévoiler qu’il a été la victime émissaire d’une situation catastrophique dont tout montre de manière de plus en plus éclatante qu’il n’y est strictement pour rien. En ce sens, si à court terme, la déclaration de Valls sur le Front national, fauteur de guerre civile, a semblé efficace, elle s’avérera sans doute à plus ou moins long terme, comme le stade ultime de l’utilisation du dispositif de la victime émissaire, avant que celui-ci ne s’écroule sur ses promoteurs mêmes. Car sans même parler des effets dévastateurs que pourrait avoir, a posteriori, un nouvel attentat, sur une telle déclaration, comment ne pas remarquer que les dernières décisions du gouvernement sur la lutte anti-terroriste ont donné rétrospectivement raison à certaines propositions du Front national? On voit mal alors comment on pourrait désormais lui faire porter le chapeau de ce dont il n’est pas responsable, tout en lui ôtant le mérite des solutions qu’il avait proposées, et qu’on n’a pas hésité à lui emprunter!

La deuxième solution, défendue par une partie de Les Républicains suivant en cela Nicolas Sarkozy, consiste à assumer des préoccupations communes avec le Front national, tout en cherchant à se démarquer un peu par les solutions proposées. Mais comment faire comprendre aux électeurs un tel changement de cap et éviter que ceux-ci ne préfèrent l’original à la copie? Comment les électeurs ne remarqueraient-ils pas que le Front national, lui, n’a pas changé de discours, et surtout, qu’il a précédé tout le monde, et a eu le mérite d’avoir raison avant les autres, puisque ceux-ci viennent maintenant sur son propre terrain? Comment d’autre part concilier une telle proximité avec un discours diabolisant le Front national et cherchant l’alliance au centre?

Curieuses élites, qui ne comprennent pas que la posture «républicaine», initiée par Mitterrand, menace désormais de revenir comme un boomerang les détruire. Christopher Lasch avait écrit La révolte des élites, pour pointer leur sécession d’avec le peuple, c’est aujourd’hui le suicide de celles-ci qu’il faudrait expliquer, dernière conséquence peut-être de cette sécession.

(1) René Girard: La violence et le sacré


Idéologie woke: Quelle continuation du totalitarisme par d’autres moyens ? (What continuation of totalitarianism by other means when MIT panders to the woke mob and fires dissidents or cancels their lectures ?)

7 novembre, 2021

Excellence, Schmexcellence Part III*: When the Better is the Enemy of the Good - New APPS: Art, Politics, Philosophy, ScienceLe monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. Elles ont viré à la folie parce qu’on les a isolées les unes des autres et qu’elles errent indépendamment dans la solitude. Ainsi des scientifiques se passionnent-ils pour la vérité, et leur vérité est impitoyable. Ainsi des « humanitaires » ne se soucient-ils que de la pitié, mais leur pitié (je regrette de le dire) est souvent mensongère. G.K. Chesterton
On ne peut comprendre la gauche si on ne comprend pas que le gauchisme est une religion. Dennis Prager
Quand vous reprenez les péchés sociaux qu’il faut (…) rejeter pour accéder à une forme de rédemption – l’intolérance, le pouvoir, le militarisme, l’oppression de classe… vous retrouvez exactement les thèmes que brandissent les gens qui mettent aujourd’hui le feu à Portland et d’autres villes. Ce sont les post-protestants. Ils se sont juste débarrassés de Dieu! (…) C’est juste que nous avons maintenant une Église du Christ sans le Christ. Cela veut dire qu’il n’y a pas de pardon possible. Dans la religion chrétienne, le péché originel est l’idée que vous êtes né coupable, que l’humanité hérite d’une tache qui corrompt nos désirs et nos actions. Mais le Christ paie les dettes du péché originel, nous en libérant. Si vous enlevez le Christ du tableau en revanche, vous obtenez… la culpabilité blanche et le racisme systémique. (…) C’est une idée très dangereuse, que les Églises canalisaient autrefois. Mais aujourd’hui que cette idée s’est échappée de l’Église, elle a gagné la rue et vous avez des meutes de post-protestants qui parcourent Washington DC, en s’en prenant à des gens dans des restaurants pour exiger d’eux qu’ils lèvent le poing. Leur conviction que l’Amérique est intrinsèquement corrompue par l’esclavage et n’a réalisé que le Mal, n’est pas enracinée dans des faits que l’on pourrait discuter, elle relève de la croyance religieuse. On exclut ceux qui ne se soumettent pas. On dérive vers une vision apocalyptique du monde qui n’est plus équilibrée par rien d’autre. Cela peut donner la pire forme d’environnementalisme, par exemple, parce que toutes les autres dimensions sont disqualifiées au nom de «la fin du monde». C’est l’idée chrétienne de l’apocalypse, mais dégagée du christianisme.(…) Avant, on était exclu de l’Église, aujourd’hui, on est exclu de la vie publique… (…) Il faut comprendre que l’idéologie «woke» de la justice sociale a pénétré les institutions américaines à un point incroyable. Je n’imagine pas qu’un professeur ayant une chaire à la Sorbonne soit forcé d’assister à des classes obligatoires organisées pour le corps professoral sur leur «culpabilité blanche», et enseignées par des gens qui viennent à peine de finir le collège. Mais c’est la réalité des universités américaines. Un sondage récent a montré que la majorité des professeurs d’université ne disent rien. Ils abandonnent plutôt toute mention de tout sujet controversé. Pourtant, des études ont montré que la foule des vigies de Twitter qui obtient la tête des professeurs excommuniés, remplirait à peine la moitié d’un terrain de football universitaire! Il y a un manque de courage. (…) Si la théorie de la physique de Newton, Principia, est un manuel de viol, comme l’a dit une universitaire féministe, si sa physique est l’invention d’un moyen de violer le monde, cela veut dire que la science est mauvaise. Si vous êtes soupçonneux de la science, du capitalisme, du protestantisme, si vous rejetez tous les moteurs de la modernité la seule chose qui reste, ce sont les péchés qui nous ont menés là où nous sommes. Pour sûr, nous en avons commis. Mais si on ne voit pas que ça, il n’y a plus d’échappatoire, plus de projet. Ce qui passe aujourd’hui est différent de 1968 en France, quand la remise en cause a finalement été absorbée dans quelque chose de plus large. Le mouvement actuel ne peut être absorbé car il vise à défaire les États-Unis dans ses fondements: l’État-nation, le capitalisme et la religion protestante. Mais comme les États-Unis n’ont pas d’histoire prémoderne, nous ne pouvons absorber un mouvement vraiment antimoderne. (…) Il y a une phrase de Heidegger qui dit que «seulement un Dieu pourrait nous sauver»! On a le sentiment qu’on est aux prémices d’une apocalypse, d’une guerre civile, d’une grande destruction de la modernité. Est-ce à cause de la trahison des clercs? Pour moi, l’incapacité des vieux libéraux à faire rempart contre les jeunes radicaux, est aujourd’hui le grand danger. Quand j’ai vu que de jeunes journalistes du New York Times avaient menacé de partir, parce qu’un responsable éditorial avait publié une tribune d’un sénateur américain qui leur déplaisait, j’ai été stupéfait. Je suis assez vieux pour savoir que dans le passé, la direction aurait immédiatement dit à ces jeunes journalistes de prendre la porte s’ils n’étaient pas contents. Mais ce qui s’est passé, c’est que le rédacteur en chef a été limogé. Joseph Bottum

BACK IN THE USSR ! (Cherchez l’erreur quand le MIT se couche devant la foule woke et licencie des dissidents ou annule leurs conférences ?)

BACK IN THE USSR ! (Spot the error when MIT panders to the woke mob and fires dissidents or cancels their lectures ?)
« Pointing out MIT’s lapses and withdrawing our financial support of the offending institution is insufficient. We would like to suggest a way for MIT to return to our good graces and hope it will consider adopting the following principles of fairness. First, facts are not racist, and stating facts is not racism. Second, a person’s ethnicity or skin color does not define him or her as a racist, oppressor, or victim. Third, intellectual ability and achievement are the principal requirements for admission as a student or faculty member to any university. Fourth, diversity of opinions is desired and supported. Fifth, a just, democratic society requires equal opportunity, equal justice, and equal responsibility; it does not require equal outcomes. And finally, adherence to the statements above must not be sacrificed for political, social, or public relations considerations. »
Tom Hafer and Henry I. Miller
https://www.city-journal.org/mit-caves-to-wokeness

DIS LA VÉRITÉ ET PRENDS LA PORTE ! (Devinez pourquoi l’aumônier catholique du MIT s’est fait virer ?)

SPEAK THE TRUTH, GET FIRED (Guess what the MIT’s Catholic chaplain got fired over ?)

« George Floyd was killed by a police officer, and shouldn’t have been. He had not lived a virtuous life. He was convicted of several crimes, including armed robbery, which he seems to have committed to feed his drug habit. And he was high on drugs at the time of his arrest. (…) The police officer who knelt on his neck until he died acted wrongly. I do not know what he was thinking. The charges filed against him allege dangerous negligence, but say nothing about his state of mind. He might have killed George Floyd intentionally, or not. He hasn’t told us. But he showed disregard for his life, and we cannot accept that in our law enforcement officers. It is right that he has been arrested and will be prosecuted. In the wake of George Floyd’s death, most people in the country have framed this as an act of racism. I don’t think we know that. Many people have claimed that racism is a major problem in police forces. I don’t think we know that. Police officers deal with dangerous and bad people all the time, and that often hardens them. They do this so that the rest of us can live in peace, but sometimes at a cost to their souls. Some of them certainly develop attitudes towards the people they investigate and arrest that are unjust and sinful. We should pray that never happens, but we can see how it does. Many parts of our country have been experiencing a five-year crime wave, providing some context for why the police are trained in aggressive tactics. In 2019, 150 police officers were killed in the line of duty by the violent men they were trying to arrest. That number should be zero, we can all agree. But that context does not justify being overly aggressive — their public trust requires that they exercise great restraint. (…) Today tensions are high, with charges of racism flying over social media, and countercharges of agreeing with domestic terrorists flying back. People are unfriending and cancelling each other. I hate this. Racism is a sin, as the Catechism says. So is rash judgment. (…) Our solidarity with one another is deeply frayed now. Everything we say (or don’t say) is treated with suspicion, rather than charity. I hate this too. I’ve talked to multiple people in the Boston area who want the protests here to stop because they are afraid of more riots and looting. I’ve talked to others who want everyone to join the protests, but are uneasy about having police present. One group says that, of course racism is bad, but the riots are really bad — 18 people have been killed, including one police officer. Others say racism is what’s really bad — look at all the victims of police aggression — and to bring up the riots is to distract from the good the protests are trying to achieve. Still others are upset that all this talk about racism has pushed violence against women, institutionalized sexism, and other types of injustice out of the national consciousness. Everyone’s mind is made up, everyone’s angry with each other — even though everyone says they’re opposed to injustices and sins. In a different moment, people strongly opposed to public violence, racism, and sexism would admire each other, despite their different emphases. (…) Blessed are the peacemakers, our Lord tells us. May we all be counted among them. »

Fr. Daniel Patrick Moloney (Catholic Chaplain, MIT)

https://newbostonpost.com/2020/06/19/heres-what-the-m-i-t-catholic-chaplain-got-fired-over/

QUELLE PERVERSION DE L’ÉGALITÉ ? (Cherchez l’erreur quand un professeur est désinvité par le MIT pour avoir dénoncé le rôle de la race dans les admissions à l’université et argué que la suppression des avantages familiaux et sportifs pour les admssions ferait plus pour la diversité que l’inclusion forcée ?)

WHAT PERVERSION OF EQUALITY ? (Spot the error when a professor gets disinvited by MIT for denouncing the role of race in university admissions and arguing scrapping family and athletic admission advantages would do more for diversity than enforced inclusion ?)

American universities are undergoing a profound transformation that threatens to derail their primary mission: the production and dissemination of knowledge. The new regime is titled « Diversity, Equity, and Inclusion » or DEI, and is enforced by a large bureaucracy of administrators. Nearly every decision taken on campus, from admissions, to faculty hiring, to course content, to teaching methods, is made through the lens of DEI. This regime was imposed from the top and has never been adequately debated. In the current climate it cannot be openly debated: the emotions around DEI are so strong that self-censorship among dissenting faculty is nearly universal.

The words « diversity, equity and inclusion » sound just, and are often supported by well-intentioned people, but their effects are the opposite of noble sentiments. Most importantly, « equity » does not mean fair and equal treatment. DEI seeks to increase the representation of some groups through discrimination against members of other groups. The underlying premise of DEI is that any statistical difference between group representation on campus and national averages reflects systemic injustice and discrimination by the university itself. The magnitude of the distortions is significant: for some job searches discrimination rises to the level of implicitly or explicitly excluding applicants from certain groups.

DEI violates the ethical and legal principle of equal treatment. It entails treating people as members of a group rather than as individuals, repeating the mistake that made possible the atrocities of the 20th century. It requires being willing to tell an applicant « I will ignore your merits and qualifications and deny you admission because you belong to the wrong group, and I have defined a more important social objective that justifies doing so. » It treats persons as merely means to an end, giving primacy to a statistic over the individuality of a human being.

DEI compromises the university’s mission. The core business of the university is the search for truth. A university’s intellectual environment depends fundamentally on its commitment to hiring the most talented and best trained minds: any departure from this commitment must come at the expense of academic excellence, and ultimately will compromise the university’s contribution to society. This point is particularly urgent given that DEI considerations often reduce the pool of truly eligible candidates by a factor of two or more.

DEI undermines the public’s trust in universities and their graduates. Some on campus might be surprised to learn that, according to a recent Pew poll, 74 percent of Americans think only qualifications should be taken into account in hiring and promotion, even if this results in less diversity. If current trends continue, employers and consumers will quickly adjust their perception of the value of a university degree.

We propose an alternative framework called Merit, Fairness, and Equality (MFE) whereby university applicants are treated as individuals and evaluated through a rigorous and unbiased process based on their merit and qualifications alone. Crucially, this would mean an end to legacy and athletic admission advantages, which significantly favor white applicants, in addition to those based on group membership. Simultaneously, MFE would involve universities investing in education projects in neighborhoods where public education is failing to help children from those areas compete. These projects would be evidence-based and non-ideological, testing a variety of different options such as increased public school funding, charter schools and voucher programs.

Viewed objectively, American universities already are incredibly diverse. They feature people from all countries, races and ethnicities (for example, one of us was born and raised in Chile, and is classified as Hispanic by his university). This is in stark contrast with most universities in Europe, Asia and South America. American universities are diverse not because of DEI, but because they have been extremely competitive at attracting talent from all over the world. Ninety years ago Germany had the best universities in the world. Then an ideological regime obsessed with race came to power and drove many of the best scholars out, gutting the faculties and leading to sustained decay that German universities never fully recovered from. We should view this as a warning of the consequences of viewing group membership as more important than merit, and correct our course before it is too late.

Dorian S. Abbot is an associate professor of geophysics at the University of Chicago. In his research he uses mathematical and computational models to understand and explain fundamental problems in Earth and planetary sciences.

Ivan Marinovic is an associate professor of accounting at Stanford Graduate School of Business. In his research he uses game theory to understand incentive and information transmission problems in capital markets.

https://www.newsweek.com/diversity-problem-campus-opinion-1618419

IL EST TEMPS DE DIRE NON A L’IDEOLOGIE WOKE ET A SES FOULES ANNULATRICES (Le wokeisme n’a pas encore atteint un terrible nadir de destruction, mais la leçon de l’histoire est que nous devons nommer et affronter les totalitarismes avant qu’ils ne provoquent des catastrophes, alors qu’il est encore possible de le faire)

TIME TO SAY NO TO WOKE IDEOLOGY AND ITS CANCELATION MOBS (Wokeism has not reached a terrible nadir of destruction yet, but the lesson of history is that we need to name and confront totalitarianisms before they cause disaster, while it is still possible to do so)

« I started to get alarmed about five years ago as I noticed an increasing number of issues and viewpoints become impossible to discuss on campus. I mostly just wanted to do my science and not have anyone yell at me, and I thought that if I kept my mouth shut the problem would eventually go away. I knew that speaking out would likely bring serious reputational and professional consequences. And for a number of years I just didn’t think it was worth it. But the street violence of the summer of 2020, some of which I witnessed personally in Chicago, and the justifications and dishonesty that accompanied it, convinced me that I could no longer remain silent in good conscience. In the fall of 2020 I started advocating openly for academic freedom and merit-based evaluations. I recorded some short YouTube videos in which I argued for the importance of treating each person as an individual worthy of dignity and respect. In an academic context, that means giving everyone a fair and equal opportunity when they apply for a position as well as allowing them to express their opinions openly, even if you disagree with them. As a result, I was immediately targeted for cancellation, primarily by a group of graduate students in my department. Whistleblowers later revealed that the attack was partially planned and coordinated on the Ford Foundation Fellowship Program listserv by a graduate student in my department. (Please do not attack this person or any of the people who attacked me.) That group of graduate students organized a letter of denunciation. It claimed that I threatened the “safety and belonging of all underrepresented groups within the department,” and it was presented to my department chair. The letter demanded that my teaching and research be restricted in a way that would cripple my ability to function as a scientist. A strong statement in support of faculty free expression by University of Chicago President Robert Zimmer put an end to that, and that is where things stood until the summer of 2021. On August 12, a colleague and I wrote an op-ed in Newsweek in which we argued that Diversity, Equity, and Inclusion (DEI) as it currently is implemented on campus “violates the ethical and legal principle of equal treatment” and “treats persons as merely means to an end, giving primacy to a statistic over the individuality of a human being.” We proposed instead “an alternative framework called Merit, Fairness, and Equality (MFE) whereby university applicants are treated as individuals and evaluated through a rigorous and unbiased process based on their merit and qualifications alone.” We noted that this would mean an end to legacy and athletic admission advantages, which significantly favor white applicants. Shortly thereafter, my detractors developed a new strategy to try to isolate me and intimidate everyone else into silence: They argued on Twitter that I should not be invited to give science seminars at other universities and coordinated replacement speakers. This is an effective and increasingly common way to ratchet up the cost of dissenting because disseminating new work to colleagues is an important part of the scientific endeavor. Sure enough, this strategy was employed when I was chosen to give the Carlson Lecture at MIT — a major honor in my field. It is an annual public talk given to a large audience and my topic was “climate and the potential for life on other planets.” On September 22, a new Twitter mob, composed of a group of MIT students, postdocs, and recent alumni, demanded that I be uninvited. It worked. And quickly. On September 30 the department chair at MIT called to tell me that they would be cancelling the Carlson lecture this year in order to avoid controversy. It’s worth stating what happened again: a small group of ideologues mounted a Twitter campaign to cancel a distinguished science lecture at the Massachusetts Institute of Technology because they disagreed with some of the political positions the speaker had taken. And they were successful within eight days. The fact that such stories have become an everyday feature of American life should do nothing to diminish how shocking they are, and how damaging they are to a free society. The fact that MIT, one of the greatest universities in the world, caved in so quickly will only encourage others to deploy this same tactic. It has become fashionable in some circles to claim that “cancel culture is just holding people accountable.” I challenge you to read the material that led to the attacks against me and find anything that would require me being held “accountable.” What you will find instead is the writing of a man who takes his moral duty seriously and is trying to express his concerns strongly, but respectfully. You may agree with some of my positions and disagree with others, but in a free society they cannot be considered beyond the pale. I view this episode as an example as well as a striking illustration of the threat woke ideology poses to our culture, our institutions and to our freedoms. I have consistently maintained that woke ideology is essentially totalitarian in nature: it attempts to corral the entirety of human existence into one narrow ideological viewpoint and to silence anyone who disagrees. I believe that these features ultimately derive from the ideology’s abandonment of the principle of the inherent dignity of each human being. It is only possible to instrumentalize the individual in order to engineer group-based outcomes within a philosophical framework that has rejected this principle. Similarly, it is easy to justify silencing a dissenter if your ideology denies her individual dignity. Clearly, wokeism has not reached a terrible nadir of destruction yet, but the lesson of history is that we need to name and confront totalitarianisms before they cause disaster, while it is still possible to do so. This issue is especially important to me because my wife and I are expecting our first child in January. We all need to decide what type of country we want our children to grow up in. Do we want a culture of fear and repression in which a small number of ideologues exert their power and cultural dominance to silence anyone who disagrees with them? Or do we want our children to enjoy truth-seeking discourse consisting of good-natured exchanges that are ultimately grounded in a spirit of epistemic humility? If you want the latter, it’s time to stand up and so say. It’s time to say no to the mob, no to the cancellations. And it’s time to be forthright about your true opinions. This is not a partisan issue. Anyone who is interested in the pursuit of truth and in promoting a healthy and functioning society has a stake in this debate. Speaking out now may seem risky. But the cost of remaining silent is far steeper. »

Dr. Dorian Abbot

https://bariweiss.substack.com/p/mit-abandons-its-mission-and-me

L’HEURE DE LA PURGE A SONNÉ (L’exclusion des universitaires signale que certaines opinions – même bien intentionnées – sont interdites, augmentant ainsi l’autocensure, dégradant le discours public et contribuant à la balkanisation politique de notre pays)

THE PURGE IS ON (Excluding academics signals that some opinions – even well-intentioned ones – are forbidden, thereby increasing self-censorship, degrading public discourse, and contributing to our nation’s political balkanisation)

« I am resigning as Director of the Berkeley Atmospheric Sciences Center (BASC) @BerkeleyAtmo. To reduce the odds of being mischaracterized, I want to explain my decision here. Last month, the MIT Department of Earth, Atmospheric and Planetary Sciences @eapsMIT canceled a science lecture because of the invited scientist’s political views. That scientist does excellent work in areas of interest to BASC (he visited us at our invitation in 2014). Therefore, I asked the BASC faculty if we might invite that scientist to speak to us in the coming months to hear the science talk he had prepared and, by extending the invitation now, reaffirm that BASC is a purely scientific organization, not a political one. In the ensuing discussion among the BASC faculty, it became unclear to me whether we could invite that scientist ever again, let alone now.I was hoping we could agree that BASC does not consider an individual’s political or social opinions when selecting speakers for its events, except for cases in which the opinions give a reasonable expectation that members of our community would be treated with disrespect. Unfortunately, it is unclear when or if we might reach agreement on this point. The stated mission of BASC is to serve as « the hub for UC Berkeley’s research on the science of the atmosphere, its interactions with Earth systems, and the future of Earth’s climate. » I believe that mission has its greatest chance of success when the tent is made as big as possible, including with respect to ethnicity, gender, age, disability, sexual orientation, religion, family status, and political ideas. Excluding people because of their political and social views diminishes the pool of scientists with which members of BASC can interact and reduces the opportunities for learning and collaboration. More broadly, such exclusion signals that some opinions — even well-intentioned ones — are forbidden, thereby increasing self-censorship, degrading public discourse, and contributing to our nation’s political balkanization. I hold BASC and its faculty — my friends and colleagues — in the highest regard, and so it has been a great honor to serve as BASC’s director these past five years. But it was never my intention to lead an organization that is political or even ambiguously so. Consequently, I am stepping down from the directorship at the end of this calendar year or when a replacement is ready, whichever is sooner. »

Dr. David Romps (Berkeley Atmospheric Sciences Centre)

https://twitter.com/romps/status/1450139374125862913


QUELLE PURGE DES UNIVERSITAIRES EN ALLEMAGNE NAZIE ?

WHAT PURGING OF ACADEMICS IN NAZI GERMANY ?

“This is not an instance of someone being exposed as a neo-Nazi. He is just a scholar with perfectly normal disagreements about what university admissions policies ought to look like and now there are efforts to silence him as a consequence. (…) This is part of a larger project designed to silence and suppress those who disagree with political activists on college campuses. It sends a very chilling message to everybody else.”
Keith Whittington (Academic Freedom Alliance’s academic committee)

https://www.smh.com.au/world/north-america/he-s-no-neo-nazi-how-a-cancelled-lecture-lit-a-free-speech-firestorm-20211022-p59266.html

DERNIER AVERTISSEMENT AVANT SAISIE !

WHAT WAKE-UP CALL ?

“If we’ve reached the point where an extremely accomplished scientist cannot speak at a place as supposedly academically serious as MIT because he expressed a political opinion – one that is not even that unpopular on campus and certainly isn’t off campus – then that should be a wake-up call.”
Greg Lukianoff (Foundation for Individual Rights in Education)

https://www.smh.com.au/world/north-america/he-s-no-neo-nazi-how-a-cancelled-lecture-lit-a-free-speech-firestorm-20211022-p59266.html

PRINCETON SAUVE LA MISE ET L’HONNEUR DE L’UNIVERSITE AMERICAINE !

PRINCETON SAVES THE DAY AND THE HONOR OF US ACADEMIA

https://twitter.com/McCormickProf/status/1447207382484930563


Télévision: A quand les camps de rééducation woke pour nos enfants ? (Woke Dead poets society: What wokenization of French students through TV series ?)

3 novembre, 2021

De son poste d’observation, Winston pouvait encore déchiffrer sur la façade l’inscription artistique des trois slogans du Parti : LA GUERRE C’EST LA PAIX, LA LIBERTE C’EST L’ESCLAVAGE, L’IGNORANCE C’EST LA FORCE. George Orwell (1984)
Dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire. Orwell
Le pacifisme est objectivement pro-fasciste. C’est du bon sens élémentaire. George Orwell
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. Orwell
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Péguy
Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre. Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : “La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit. George Orwell (1984)
Ce qui me tracasse en ce moment, c’est qu’on ne sait pas très bien si dans des pays comme l’Angleterre les gens ordinaires font suffisamment la différence entre démocratie et despotisme pour avoir envie de défendre leurs libertés. […] Les intellectuels qui affirment aujourd’hui que démocratie et fascisme, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, etc., me dépriment au plus haut point. Mais il se peut qu’au moment de l’épreuve de vérité les gens ordinaires s’avèrent être plus intelligents que les intellectuels. George Orwell
L’Amérique est une nation de musulmans, de chrétiens et de juifs. Barack Hussein Obama (Entretien à la télévision saoudienne Al-Arabiya, 27 janvier, 2009)
Les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l’islam. D’ailleurs, si l’on compte le nombre d’Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l’un des plus grands pays musulmans de la planète. Barack Hussein Obama (entretien pour Canal +, le 2 juin 2009)
Les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes. Jacques Chirac
La France est un pays musulman, l’islam est la seconde religion en France, nous avons entre 4 et 8 millions de musulmans qui ont un héritage musulman. Étienne de Gonneville (ambassadeur de France en Suède)

A quand les camps de rééducation woke pour nos enfants ?

A l’heure où après cet ambassadeur français en Suède qui l’an passé qualifiait la France de « pays musulman » …
Le Conseil de l’Europe distille sa novlangue islamique
Devinez qui vient de se joindre à la véritable campagne d’endoctrinement « woke » de nos enfants ?
Quelle wokisation de nos enfants ?
« L’Education nationale en a rien à foutre de nos individualités. Leurs programmes ont été créés par et pour des hommes cis blancs hétéros qui nient nos différences…

Angie Lopez Diallo (Louise Marion)

https://twitter.com/Berbo78/status/1453740468798255110

On veut des noirs, des gays des non-binaires et du métissage ! (Quel bourrage de crânes woke de nos enfants ?)

« Je sais que certains parmi vous n’osent pas s’affirmer : des gays, des lesbiennes, des non-binaires qui comptent chaque jour les séparant du bac pour enfin se sentir libres d’être qui ils sont. Sauf qu’aujourd’hui, la diversité, c’est la norme et je refuse que des vieux boomers nous invisibilisent. On veut étudier des auteurs noirs, gays, non binaires, des femmes issues de l’immigration ou du métissage. Bref, des gens qui nous ressemblent. »
Angie Lopez Diallo
Quel Cercle des poètes disparus woke ? (Demain nous appartient, 4′ 38 et 13′ 22)

https://www.tf1.fr/tf1/demain-nous-appartient/videos/demain-nous-appartient-du-12-octobre-2021-episode-1033-89442850.html

https://www.youtube.com/watch?v=UziGQK3LotQ


Chute de Kaboul: On a voulu voir Truman et on a vu Carter ! (In just seven months we have matched the darkest days of the Carter years with the Afghanistan implosion, the historic anarchy on the border, the worst racial relations in a half-century, historic spikes in violent crime, the soaring inflation and the loss of US energy independence)

17 août, 2021

Jay Dayvault (@DayvaultJay) | Twitter Afghan Men Try To Hang With The Jet Engine Of The Aircraft in Kabul- Afghanistan News - Kabul News - YouTubeமு.நியாஸ் அகமதுTema mítico* : - ¡¡EXTRA, EXTRA!! Los TALIBANES toman KABUL, la gente intenta ESCAPAR AGARRÁNDOSE A LAS RUEDAS DE LOS AVIONES | Página 133 | Burbuja.info
https://pbs.twimg.com/media/E8xlIwBUcAQIr9S?format=jpg&name=large
DEFUND THE ARMY ! TALIBAN LIVES MATTER !
This is Joe Biden's checkered Iraq history - Vox

L’erreur est humaine, c’est persévérer dans l’erreur qui est diabolique. Proverbe latin
La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. Einstein (?)
Tout au long de sa phénoménale carrière publique, [Gunther Grass] n’aura cessé d’adopter des postures consternantes. « Homme de gauche », absolument de gauche, il aura épousé toutes les mauvaises causes de sa génération sans en manquer aucune, aura approuvé toutes les révolutions sanguinaires, de Cuba à la Chine. Toujours disposé à accabler ces fascistes d’Américains, Ronald Reagan et, bien sûr, George W. Bush (c’est sans risque), l’a-t-on en revanche entendu, ne serait-ce qu’un peu, dénoncer le fascisme de Mao Zedong ? Ou celui des islamistes ? (…) comment s’interdire de songer à cette génération entière d’intellectuels et d’artistes en Europe, en France surtout, autoproclamée de gauche – au point que le mot ne fait plus sens –, qui n’ont cessé d’adopter des postures morales tout en illustrant des causes absolument immorales ? Comment ne pas voir surgir des spectres : ceux qui hier, ont aimé Staline et Mao et, bientôt, vont pleurer Castro ? Ceux qui n’ont rien vu à Moscou, Pékin, La Havane, Téhéran, Sarajevo, et Billancourt ? Ceux qui, maintenant, devinent dans l’islamisme une rédemption de l’0ccident ? Cette grande armée des spectres, de l’erreur absolue, dieu merci, elle n’a jamais cessé de se tromper d’avenir. (…) par-delà ce cas singulier, on ne se méfie pas assez du grand écrivain et de la star dès qu’ils abusent de leur séduction pour propager des opinions politiques, seulement politiques, mais déguisées autrement. (…) On se garde de l’homme politique, l’élu démocratique, beaucoup trop puisqu’il avance à découvert. On ne se garde pas assez, en revanche, de l’artiste quand son talent le dissimule, surtout quand le talent est grand : des magiciens, grimés en moralistes, on ne se méfie jamais assez. Guy Sorman
Les Etats-Unis étaient allés au Viêt-nam pour porter un coup d’arrêt à ce qu’ils estimaient être un complot communiste centralisé, et ils échouèrent. De l’échec de l’Amérique, Moscou déduisit ce que les tenants de la théorie des dominos avaient tant redouté, à savoir que la corrélation historique des forces avait tourné en sa faveur. En conséquence, l’URSS essaya d’étendre son hégémonie au Yémen, en Angola, en Ethiopie, et enfin en Afghanistan. Mais elle découvrit, ce faisant, que les réalités géopolitiques s’appliquaient autant aux sociétés communistes qu’à leurs soeurs capitalistes. De fait, étant moins élastique, le surengagement soviétique n’engendra pas une catharsis, comme en Amérique, mais la désintégration. Les événements auraient-ils évolué dans la même direction si l’Amérique s’était contentée de rester passive en comptant sur l’évolution de l’histoire pour se charger du défi communiste ? Ou bien cette démission aurait-elle créé un élan et une certitude de l’inéluctabilité de la victoire, chez les communistes, suffisants pour retarder, voire conjurer, l’effondrement soviétique ? La question reste posée. Quelle que soit la réponse des experts, l’homme d’Etat ne peut adopter la démission comme principe d’action politique. Il peut apprendre à modérer sa confiance dans ses évaluations et à faire la part des imprévus; mais compter sur la chute éventuelle d’un adversaire menaçant est une politique qui n’offre aucun réconfort aux millions de victimes immédiates et transforme l’art de gouverner en un pari téméraire sur l’intuition. Henry Kissinger (Diplomatie, 1994)
Like Carter in the 1970s, Obama comes from the old-fashioned Jeffersonian wing of the Democratic Party, and the strategic goal of his foreign policy is to reduce America’s costs and risks overseas by limiting U.S. commitments wherever possible. He’s a believer in the notion that the United States can best spread democracy and support peace by becoming an example of democracy at home and moderation abroad. More than this, Jeffersonians such as Obama think oversize commitments abroad undermine American democracy at home. Large military budgets divert resources from pressing domestic needs; close association with corrupt and tyrannical foreign regimes involves the United States in dirty and cynical alliances; the swelling national-security state threatens civil liberties and leads to powerful pro-war, pro-engagement lobbies among corporations nourished on grossly swollen federal defense budgets. (…) Obama seeks a quiet world in order to focus his efforts on domestic reform — and to create conditions that would allow him to dismantle some of the national-security state inherited from the Cold War and given new life and vigor after 9/11. Preferring disarmament agreements to military buildups and hoping to substitute regional balance-of-power arrangements for massive unilateral U.S. force commitments all over the globe, the president wishes ultimately for an orderly world in which burdens are shared and the military power of the United States is a less prominent feature on the international scene. While Wilsonians believe that no lasting stability is possible in a world filled with dictatorships, Jeffersonians like Obama argue that even bad regimes can be orderly international citizens if the incentives are properly aligned. Syria and Iran don’t need to become democratic states for the United States to reach long-term, mutually beneficial arrangements with them. And it is North Korea’s policies, not the character of its regime, that pose a threat to the Pacific region. (…) Yet as Obama is already discovering, any president attempting such a Jeffersonian grand strategy in the 21st century faces many challenges. In the 19th-century heyday of Jeffersonian foreign policy in American politics, it was easier for U.S. presidents to limit the country’s commitments. Britain played a global role similar to that of the United States today, providing a stable security environment and promoting international trade and investment. Cruising as a free rider in the British world system allowed Americans to reap the benefits of Britain’s world order without paying its costs. As British power waned in the 20th century, Americans faced starker choices. With the British Empire no longer able to provide political and economic security worldwide, the United States had to choose between replacing Britain as the linchpin of world order with all the headaches that entailed or going about its business in a disorderly world. In the 1920s and 1930s, Americans gave this latter course a try; the rapid-fire series of catastrophes — the Great Depression, World War II, Stalin’s bid for Eurasian hegemony — convinced virtually all policymakers that the first course, risky and expensive as it proved, was the lesser of the two evils. Indeed, during Franklin D. Roosevelt’s first two terms, the United States pursued essentially Jeffersonian policies in Europe and Asia, avoiding confrontations with Germany and Japan. The result was the bloodiest war in world history, not a stable condominium of satisfied powers. (…) A Jeffersonian policy of restraint and withdrawal requires cooperation from many other countries, but the prospect of a lower American profile may make others less, rather than more, willing to help the United States. There is an additional political problem for this president, one that he shares with Carter. In both cases, their basic Jeffersonian approach was balanced in part by a strong attraction to idealistic Wilsonian values and their position at the head of a Democratic Party with a distinct Wilsonian streak. A pure Jeffersonian wants to conserve the shining exceptionalism of the American democratic experience and believes that American values are rooted in U.S. history and culture and are therefore not easily exportable. For this president, that is too narrow a view. Like Abraham Lincoln, Woodrow Wilson, and Martin Luther King Jr., Barack Obama doesn’t just love the United States for what it is. He loves what it should — and can — be. Leadership is not the art of preserving a largely achieved democratic project; governing is the art of pushing the United States farther down the road toward the still-distant goal of fulfilling its mission and destiny. Obama may well believe what he said in his inaugural speech — « we reject as false the choice between our safety and our ideals » — but as any president must he is already making exactly those tradeoffs. Why else refuse to meet the Dalai Lama? Why else pledge support to the corrupt regime of President Hamid Karzai in Afghanistan or aid Pakistan despite the dismal track record of both the civil and military arms of the Pakistani government when it comes to transparent use of U.S. resources? Did the administration not renew its efforts to build a relationship with the regime in Tehran even as peaceful democratic protesters were being tortured and raped in its jails? Is Obama not taking « incentives » to Khartoum, a regime that has for more than a decade pursued a policy in Darfur that the U.S. government has labeled genocidal? It is hard to reconcile the transcendent Wilsonian vision of America’s future with a foreign policy based on dirty compromises with nasty regimes. If the government should use its power and resources to help the poor and the victims of injustice at home, shouldn’t it do something when people overseas face extreme injustice and extreme peril? The Obama administration cannot easily abandon a human rights agenda abroad. The contradiction between the sober and limited realism of the Jeffersonian worldview and the expansive, transformative Wilsonian agenda is likely to haunt this administration as it haunted Carter’s, most fatefully when he rejected calls to let the shah of Iran launch a brutal crackdown to remain in power. Already the Wilsonians in Obama’s camp are muttering darkly about his failure to swiftly close the Guantánamo prison camp, his fondness for government secrecy, his halfhearted support for investigating abuses of the past administration, and his failure to push harder for a cap-and-trade bill before the Copenhagen summit. Walter Russell Mead
Former vice president Joe Biden said in a recent interview he agrees with Jim Mattis that the Obama administration’s decision to withdraw troops from Iraq was a mistake, but that as vice president he tried to keep “a residual force” stationed there. This is revisionist nonsense. Just a few months ago, at the July Democratic presidential debate, Biden boasted that “one of the proudest moments of my life was to stand there in Al-Faw Palace and tell everyone that . . . all our combat troops are coming home.” In September, he declared, “We were right to get the combat troops out.” But now he agrees it was a mistake? The fact is, at the time, Biden expressed zero regrets about the complete US withdrawal, which he was in charge of executing. The New York Times reports that in December 2011 Biden was “ebullient” as he presided over the departure ceremony for the last American forces, calling President Barack Obama from Baghdad to tell him “All I’ve said about this job, I take it back. Thank you for giving me the chance to end this goddamn war.” Of course, he did not actually end the “goddamn war,” he unleashed a humanitarian and national security catastrophe. Biden’s withdrawal created a vacuum that allowed the Islamic State — which had been reduced to just 700 fighters — to regroup, reconstitute itself and build a murderous caliphate the size of Britain. The terrorists enslaved and raped thousands of Yazidi girls and carried out gruesome executions across Iraq and Syria. And they spread their murderous tentacles across the globe, carrying out 143 attacks in 29 countries that killed more than 2,000 people and injured many thousands more. Biden has criticized President Trump for withdrawing from Syria against the advice of our military commanders. Yet Biden did not listen to our military commanders when it came to the Iraq withdrawal. The Times reports that Gen. Lloyd J. Austin III, the U.S. commander in Iraq, proposed keeping as many as 24,000 troops in Iraq. According to Biden national security adviser Colin H. Kahl, Austin was told by the White House “you’ve got to be kidding.” So Austin presented Obama and Biden with options for 19,000, 16,000 and 10,000 troops — and told them the lowest number was “unwise.” But Biden “aggressively pushed for a smaller force,” and Obama agreed. Then, during negotiations with the Iraqis, the administration cut the offer in half to just 5,000 — an offer the Iraqis rejected. In his interview with the Wall Street Journal, Biden blamed George W. Bush for the US withdrawal, noting that he had negotiated a status of forces agreement that required an end to the US military presence by 2011. Please. Does anyone really believe that if Bush were still in office in 2011, he would have pulled out all US forces? Of course not. The reason Obama and Biden were unable to get an agreement to extend the US troop presence is because they made it crystal clear to the Iraqis that America was headed for the exits. Iraqis watched as Obama and Biden rejected numbers well above 10,000, only grudgingly agreed to even that number and then cut that number to 5,000. If you were an Iraqi, would this have given you confidence in America’s long-term commitment? (…) In 2013, as the Islamic State was gaining steam, Biden said that he and Obama felt “happy and . . . fulfilled” with the decision to withdraw from Iraq. A year later, they would be forced to send US forces back to Iraq to deal with the debacle they had unleashed. Biden supported the Iraq invasion but then opposed the Bush surge, which crushed the Islamic State and won the war. Then he supported a premature withdrawal that allowed the terrorists to regroup and was celebrating that decision as recently as four months ago — but now says he regrets it. That’s quite a record for a man running on his record of experience and judgment. Mark Thiessen (2019)
President Obama (…) believes history follows some predetermined course, as if things always get better on their own. Obama often praises those he pronounces to be on the “right side of history.” He also chastises others for being on the “wrong side of history” — as if evil is vanished and the good thrives on autopilot. When in 2009 millions of Iranians took to the streets to protest the thuggish theocracy, they wanted immediate U.S. support. Instead, Obama belatedly offered them banalities suggesting that in the end, they would end up “on the right side of history.” Iranian reformers may indeed end up there, but it will not be because of some righteous inanimate force of history, or the prognostications of Barack Obama. (…) Another of Obama’s historical refrains is his frequent sermon about behavior that doesn’t belong in the 21st century. At various times he has lectured that the barbarous aggression of Vladimir Putin or the Islamic State has no place in our century and will “ultimately fail” — as if we are all now sophisticates of an age that has at last transcended retrograde brutality and savagery. In Obama’s hazy sense of the end of history, things always must get better in the manner that updated models of iPhones and iPads are glitzier than the last. In fact, history is morally cyclical. Even technological progress is ethically neutral. It is a way either to bring more good things to more people or to facilitate evil all that much more quickly and effectively. In the viciously modern 20th century — when more lives may have been lost to war than in all prior centuries combined — some 6 million Jews were put to death through high technology in a way well beyond the savagery of Attila the Hun or Tamerlane. Beheading in the Islamic world is as common in the 21st century as it was in the eighth century — and as it will probably be in the 22nd. The carnage of the Somme and Dresden trumped anything that the Greeks, Romans, Franks, Turks, or Venetians could have imagined. (…) What explains Obama’s confusion? A lack of knowledge of basic history explains a lot. (…) Obama once praised the city of Cordoba as part of a proud Islamic tradition of tolerance during the brutal Spanish Inquisition — forgetting that by the beginning of the Inquisition an almost exclusively Christian Cordoba had few Muslims left. (…) A Pollyannaish belief in historical predetermination seems to substitute for action. If Obama believes that evil should be absent in the 21st century, or that the arc of the moral universe must always bend toward justice, or that being on the wrong side of history has consequences, then he may think inanimate forces can take care of things as we need merely watch. In truth, history is messier. Unfortunately, only force will stop seventh-century monsters like the Islamic State from killing thousands more innocents. Obama may think that reminding Putin that he is now in the 21st century will so embarrass the dictator that he will back off from Ukraine. But the brutish Putin may think that not being labeled a 21st-century civilized sophisticate is a compliment. In 1935, French foreign minister Pierre Laval warned Joseph Stalin that the Pope would admonish him to go easy on Catholics — as if such moral lectures worked in the supposedly civilized 20th century. Stalin quickly disabused Laval of that naiveté. “The Pope?” Stalin asked, “How many divisions has he got?” There is little evidence that human nature has changed over the centuries, despite massive government efforts to make us think and act nicer. What drives Putin, Boko Haram, or ISIS are the same age-old passions, fears, and sense of honor that over the centuries also moved Genghis Khan, the Sudanese Mahdists, and the Barbary pirates. Obama’s naive belief in predetermined history — especially when his facts are often wrong — is a poor substitute for concrete moral action. Victor Davis Hanson
In fact, there is a predictable pattern to Obama’s foreign policy. The president has an adolescent, romantic view of professed revolutionary societies and anti-Western poseurs — and of his own ability uniquely to reach out and win them over. In the most superficial sense, Obama demonstrates his empathy for supposedly revolutionary figures of the non-Western world through gratuitous, often silly remarks about Christianity and Western colonial excesses, past and present. He apologizes with talk of our “own dark periods” and warns of past U.S. “dictating”; he contextualizes; he ankle-bites the very culture he grew up and thrived in, as if he can unapologetically and without guilt enjoy the West’s largesse only by deriding its history and values. (…) Reminiscent of college naïfs with dorm-room posters of Che Guevara, Obama mythologizes about the underappreciated multicultural “Other” that did everything from fuel the Western Renaissance and Enlightenment to critique Christian excesses during the Inquisition. In truth, what he delivers is only a smoother and more refined version of Al Sharpton’s incoherent historical riff on “astrology” and “Greek homos.” Obama refuses to concede that Islam can become a catalyst for radical killers and terrorists, and he has a starry-eyed crush on those who strike anti-Western poses and have turned their societies upside down on behalf of the proverbial people. Keep that in mind, and it makes sense that, during the Egyptian turmoil, Obama was intent on ousting the pro-Western kleptocrat Hosni Mubarak and investing in the Muslim Brotherhood, despite the dark anti-democratic history of Mohamed Morsi and the Brothers and their agenda of Islamicizing the most populous country in the Arab world. For Obama, such zealotry is evidence of their legitimacy and the justice of their efforts to overturn the established hierarchies of old Egypt. Moammar Qaddafi was a monster and a thug. But in fear both of radical Islamists and of the implications for Libya of the Western military action in Iraq and Afghanistan, and eager to have Western knowhow rehabilitate his ailing oil and gas industry, he had reached out to the West and ceased his support for international terrorists. But ridding Libya of the cartoonish and geriatric Qaddafi and allowing it to be overrun by stern revolutionary Islamists was again in tune with Obama’s rose-colored view of the Middle East. One of the many reasons why Obama pulled all U.S. troops out of a stable and secure Iraq at the end of 2011 was that its democracy was, in his eyes, tainted by its American birthing and its associations with George W. Bush. Such a hazy belief that Western influence and power are undeserved and inordinate made it initially impossible for Obama to condemn ISIS as growing and dangerous rather than dismiss it as “jayvees.” Putin perhaps should study Iran’s PR effort and its aggression in Lebanon and Yemen. If he would only cut out the guns, tigers, and “macho shtick,” and instead mouth shibboleths about the oppressed minorities in Crimea and Ukraine and the need for revolutionary fairness, he might be reset yet again. His crimes were not so much naked invasions of his neighbors, as aggression in the most un-Iranian fashion of a right-wing kleptocrat and thug. Again, nothing Putin has done is all that different from what Iran did in Iraq, Lebanon, Syria, and Yemen. No one could quite figure out why Obama bragged of his “special relationship” with Turkey’s prime minister Recep Erdogan. Erdogan, after all, is systematically destroying free expression in Turkey. He has bragged that he got off the bus of democracy when he no longer found any utility in it — and he has openly romanticized the Ottoman imperialists. A once-staunch NATO ally, Turkey has turned into a virulently anti-Israeli and anti-American society that has spiked tensions in the eastern Mediterranean with Cyprus, Greece, and Israel. But, again, the redeeming virtue was that Erdogan was taking Turkey in a new and revolutionary direction, trying to massage the Arab Revolution as its spiritual mentor, and becoming point nation in hatred of Israel. In other words, Turkey was churning and evolving, and, for Obama, that apparently was a good thing. Without asking anything in return from Cuba — such as releasing political prisoners or allowing free expression — Obama by executive order is normalizing relations with the Castro brothers, who are allied with fascist Iran, North Korea, and Venezuela. He keeps saying that 50 years of containment have “failed,” as if successfully curbing Cuba’s revolutionary aspirations abroad was a bad thing, and siding with dissidents in its gulags was counterproductive. For Obama, the Castros are authentic anti-colonialists. They perhaps may have broken a few too many eggs to make their egalitarian omelets, but their regime is certainly preferable to what is envisioned by loud Cuban exiles in America or troublemakers like imprisoned Cuban refuseniks. (…) Keep in mind this juvenile view of the revolutionary non-West, and there is a clarity of sorts in American foreign policy. (…) For Obama, in the struggle between the Palestinian Authority and Israel, Israel is a Westernized colonial construct and a proponent of Western neo-liberal capitalism. The PA and Hamas, in contrast, are seen both as the downtrodden in need of community-organizing help and as authentic peoples whose miseries are not self-induced and the wages of tribalism, statism, autocracy, fundamentalism, misogyny, and anti-Semitism, but rather the results of Israeli occupation, colonialism, and imperialism. Obama may not articulate this publicly, but these are the assumptions that explain his periodic blasts against Netanyahu and his silence about the autocratic Palestinian Authority and the murderous Hamas. In such a landscape, the current Iranian talks make perfect sense. Obama was in no mood in the spring of 2009 to vocally support a million, pro-Western Iranian dissidents who took to the streets in anger over the theocracy’s rigged elections, calling for transparency and human rights. He snubbed them as if they were neoconservative democracy zealots. In his eyes, their false consciousness did not allow them to fully appreciate their own suffering at the hands of past American imperialists. In Obama’s worldview, the Iranian mullahs came to power through revolution and were thus far more authentic anti-Western radicals, with whom only someone like Obama — prepped by the Harvard Law Review, Chicago organizing, the Rev. Jeremiah Wright’s pulpit, and the most liberal voting record during a brief stint in the U.S. Senate — could empathize and negotiate. Why would Iranian idealists and democrats be foolish enough to spoil Obama’s unique diplomatic gymnastics? Traditional analyses deconstruct the Obama administration’s negotiations over Iran’s nuclear program and are aghast at the naïveté — no stop to ongoing uranium enrichment, no open or surprise inspections, no conditions to be met before sanctions are scaled back, no prohibitions against the marriage of nuclear-weapon technology and intercontinental-missile development. But that is to misunderstand the Obama worldview. He is less worried about a nuclear Iran and what it will do to a mostly pro-Western Gulf or Israel, or to other traditional U.S. interests, than about the difficulties he faces in bringing Iran back into the family of nations as an authentic revolutionary force that will school the West on regional justice. (“There’s incredible talent and resources and sophistication inside of Iran, and it would be a very successful regional power that was also abiding by international norms and international rules, and that would be good for everybody.”) Iran will assume its natural revolutionary role as regional power broker in the Middle East; and, almost alone, it is not beholden to any Western power. In some sense, Obama views the rest of the world in the same way as he views America: a rigged order in which the oppressed who speak truth to power are systematically mischaracterized and alienated — and in need of an empathetic voice on the side of overdue revolutionary accounting. The chief danger in Obama’s romantic view of revolutionary societies is that nothing in their histories suggests that these regimes will ever cease aggression or adopt internal reforms. Cuba will still stir up revolution in Latin America and ally itself with anti-American regimes. Iran will still subsidize Hezbollah and Hamas — and, soon, in the fashion of a nuclear power. Turkey will still try to carve out Mediterranean and Middle Eastern influence at someone else’s expense and destroy secular traditions. And one-election, one-time Islamic movements will still attempt to set up theocracies the moment they snatch power. And at no point does Obama ever empathize with thousands of dissidents rotting in Cuban and Palestinian jails, or homosexuals and feminists persecuted in Iran or journalists in Turkey. The only distinction between these illiberal movements and the unromantic Putin’s Russia is their more wily professions of revolutionary fervor, which apparently have fooled or captivated the Obama administration. Victor Davis Hanson
Il est hautement improbable que les Talibans parviennent à reprendre le pays… Les forces talibanes n’ont rien à voir avec les combattants du Viet-Cong… Sous aucune circonstance vous ne verrez des civils évacués depuis le toit de l’ambassade américaine en Afghanistan ! Joe Biden (08.07.
Emmanuel Le Pen ! Edward Snowden
Ne sous-estimez pas la capacité de Joe à tout foirer. Barack Obama
Il s’est trompé sur quasiment toutes les questions de politique étrangère et de sécurité nationale des quatre dernières décennies. Robert Gates (ancien ministre de la défense américain, 2014)
Le vice-président, quand il était sénateur – un tout nouveau sénateur – a voté contre le programme d’aide au Sud-Vietnam, et cela faisait partie de l’accord lorsque nous nous sommes retirés du Sud-Vietnam pour essayer de les aider. Il a dit que lorsque le Shah est tombé en Iran en 1979, c’était un pas en avant pour le progrès vers les droits de l’homme en Iran. Il s’est opposé à pratiquement tous les éléments de renforcement de la défense du président Reagan. Il a voté contre le B-1, le B -2, le MX et ainsi de suite. Il a voté contre la première guerre du Golfe. Donc sur un certain nombre de ces questions majeures, j’ai juste franchement, pendant une longue période, estimé qu’il avait eu tort. Robert Gates
Joe Biden doesn’t have a perfect foreign policy record. But unlike Trump, he’s learned from his mistakes. In considering Joe Biden’s foreign policy record, it’s hard to overlook the scathing critique delivered by Robert Gates, the Washington wise man and veteran of half a dozen administrations who served as President Barack Obama’s first defense secretary. While Biden was “a man of integrity” who was “impossible not to like,” Gates wrote in a 2014 memoir, “he has been wrong on nearly every major foreign policy and national security issue over the past four decades.” (…) Biden voted against the successful U.S. military campaign that expelled Saddam Hussein from Kuwait in 1991. In Iraq, he compiled a trifecta of blunders: He voted for the 2003 invasion; opposed the 2007 “surge” that rescued the mission from utter disaster; and oversaw the premature 2011 withdrawal of the last U.S. troops, which opened the way for the Islamic State. Biden argued against Obama’s 2009 decision to surge U.S. troops in Afghanistan, proposing that the mission should instead limit itself to counterterrorism. But according to Gates, he raised his hand against the most important counter­terrorism operation of recent years, the 2011 special forces raid that killed Osama bin Laden. (Biden has said he later encouraged Obama to go ahead.) (Yet] by all accounts the former vice president, unlike Trump, has learned from his mistakes. (…) If he wins and sticks to that, he won’t go far wrong. Jackson Diehl (Deputy Editorial Page Editor, The Washington post, Sep. 27, 2020)
For this community and for our nation and for the world, Pride Month represents so much.  It stands for courage — the courage of all those in previous generations and today who proudly live their truth. It stands for justice: both the steps we’ve taken and the steps we need to take. And above all, Pride Month stands for love — you know, being able to love yourself, love whomever you love, and love this country enough to make it more fair and more free and more just. (…) This month, Pride flags are flying — as some of my friends in our last admin- — in the Obama-Biden administration who are openly gay — they are flying in more than — over 130 U.S. embassies around the world. A powerful — a powerful symbol of our commitment to safety, dignity, and opportunity for all. Joe Biden
Just a few minutes ago, surrounded by the survivors of family members who were — we’ve lost, I signed a bill consecrating another piece of hallowed ground: the Pulse nightclub.  And I want to thank all of the members of the United States House of Representatives and the United States Senate for standing up and making sure that will never be forgotten.  Never be forgotten.  The site of the deadliest attack affecting the LBT- — LGBTQ+ community in American history.  It’s now a national memorial. Joe Biden
The mass shooting at Pulse nightclub in Orlando, Florida, that killed 49 people [was] widely believed to be an act of aggression against the club’s LGBTQ clientele and “undeniably a homophobic hate crime.” There’s now conclusive evidence that the shooter wasn’t intending to target LGBTQ people at all. In fact, he allegedly had no idea Pulse was a gay club, and simply Googled “Orlando nightclubs” after finding that security at his original target, a major shopping and entertainment complex, was too high, as reported by ClickOrlando.com. This evidence dramatically changes the mass shooting’s narrative; politicians and individuals across the political spectrum had positioned it as an anti-LGBTQ hate crime. Instead, the new evidence suggests, the Pulse nightclub shooting was intended as revenge for US anti-terror policies abroad. (…) The shooter’s motive was apparently revenge for United States bombing campaigns on ISIS targets in the Middle East. He had pledged allegiance to ISIS’s leader, Abu Bakr al-Baghdadi, and during the Pulse shooting posted to Facebook, “You kill innocent women and children by doing us airstrikes. … Now taste the Islamic state vengeance.” In his final post, he wrote, “In the next few days you will see attacks from the Islamic state in the usa.” (…) The Pulse nightclub shooting was the deadliest attack on LGBTQ people in American history, and liberals and conservatives — including then-presidential candidate Donald Trump — assumed the shooting was based on the victims’ sexual orientation and gender identity. Trump and other Republicans attempted to use their response to the shooting to argue that they were true pro-LGBTQ advocates because of their support for immigration restrictions aimed at Muslims. (…) But the evidence shows otherwise. The shooter didn’t target LGBTQ people — he didn’t even realize Pulse was a gay-oriented nightclub, asking a security guard at the club where all the women were just before he started shooting. After a mass shooting, observers, including journalists, often search for a motive, sometimes even before the first victims have been identified. But the Pulse shooting proves that initial narratives about mass shooters’ motivations are often wrong — and those narratives can be far more powerful than the truth. Vox
Nous n’avons pas besoin d’avoir 100 000 soldats stationnés partout. Mais nous devons être engagés et organisés, et nous organiser avec nos alliés et nos amis. Et quand nous laissons un vide, comme il le fait, cela crée d’importantes sources de problèmes, dont ce que vous voyez en ce moment au Moyen Orient. Si nous n’organisons pas le monde, qui le fera ? Pas les gentils. Il a pris une décision irréfléchie en retirant les forces américaines de Syrie, ce qui a ouvert la voie à l’attaque turque contre les alliés kurdes des Etats-Unis. Une petite force américaine devrait rester en Syrie. (…) Se retirer de Syrie renforce, non seulement, le pouvoir du dictateur syrien Bachar al-Assad, mais aussi de ses amis en Russie et en Iran. En raison de l’amélioration de la position iranienne en Syrie, Téhéran possède maintenant un passage qui va jusqu’en Syrie et même au Liban. Si j’étais les Israéliens, je n’en serais pas très heureux. (…) Je partage l’avis du général Jim Mattis, la décision de l’administration Obama de retirer les troupes d’Irak en 2011 était une erreur. Ca a directement conduit à la croissance et à l’expansion de l’Etat islamique, qui a pu élargir son emprise de la Syrie vers l’Irak. Mais en tant que vice-Président, j’ai essayé de faire en sorte qu’un contingent américain reste en Irak. Le Président m’a demandé de rapatrier 150 000 militaires, et c’est moi qui en avais la charge. J’ai plaidé auprès du gouvernement irakien pour qu’une force résiduelle soit maintenue sur place pour que nous puissions rester et nous concentrer sur Al-Qaïda, qui était présent avant Daech. Mais le président George W. Bush avait, avant de quitter son poste, conclu un accord » avec l’Irak pour que toutes les forces américaines quittent le pays à un moment déterminé. Nous n’avons pas pu obtenir les votes du parlement [irakien] pour le modifier afin que nous puissions, avec leur autorisation, rester dans la région. Joe Biden
I’ve read Mao Zedong. I’ve read Karl Marx. I’ve read Lenin. That doesn’t make me a communist. So what is wrong with understanding … the country which we are here to defend? (…) I want to understand white rage. And I’m white. What is it that caused thousands of people to assault this building and try to overturn the Constitution of the United States of America. What caused that? I want to find that out. Army Gen. Mark Milley (US chairman of the Joint Chiefs of Staff)
Le retrait des troupes américaines d’Afghanistan a entraîné la chute rapide du gouvernement de Kaboul. Le monde a vu comment les États-Unis évacuaient leurs diplomates par hélicoptère tandis que les soldats talibans se pressaient dans le palais présidentiel de Kaboul. Cela a porté un coup dur à la crédibilité et à la fiabilité des États-Unis. Beaucoup de gens ne peuvent s’empêcher de se rappeler comment la guerre du Vietnam s’est terminée en 1975 : les États-Unis ont abandonné leurs alliés au Sud-Vietnam ; Saigon a été repris; puis les États-Unis ont évacué presque tous leurs citoyens à Saigon. Et en 2019, les troupes américaines se sont brutalement retirées du nord de la Syrie et ont abandonné leurs alliés, les Kurdes. (…) L’abandon du régime de Kaboul par Washington a particulièrement choqué certains en Asie, dont l’île de Taïwan. Taïwan est la région qui dépend le plus de la protection des États-Unis en Asie, et les autorités du Parti démocrate progressiste (DPP) de l’île ont poussé Taïwan de plus en plus loin sur cette voie anormale. La situation en Afghanistan a soudainement changé radicalement après l’abandon du pays par les États-Unis. Et Washington vient de partir malgré l’aggravation de la situation à Kaboul. Est-ce une sorte de présage du sort futur de Taïwan ? (…) Une fois qu’une guerre trans-détroit éclate alors que le continent s’empare de l’île avec ses forces armées, les États-Unis devraient avoir une détermination beaucoup plus grande que pour l’Afghanistan, la Syrie et le Vietnam s’ils veulent intervenir. (…) Au cours des deux dernières décennies, le gouvernement de Kaboul a coûté plus de 2 000 soldats américains, 2 000 milliards de dollars et la majesté des États-Unis contre les « bandits ». Mais combien de vies de soldats américains et combien de dollars les États-Unis sacrifieraient-ils pour l’île de Taïwan ?  Global Times
C’est une tragédie. Pas seulement pour le peuple afghan, mais aussi pour l’Amérique, l’Europe et tout l’Occident. Vingt ans d’efforts ont été réduits à néant. Forcément, comme beaucoup, j’ai pensé à Saigon et à la désastreuse évacuation du pays à la fin de la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, les talibans contrôlent tout le territoire afghan et vont en refaire un sanctuaire pour terroristes. Nous approchons du 20e anniversaire du 11 septembre 2001 et jamais le risque de voir un nouveau 11 Septembre se reproduire n’a été aussi grand. Les États-Unis sont plus vulnérables aujourd’hui qu’hier. (…) Nous avons gagné la guerre en Afghanistan, mais nous partons comme si nous l’avions perdue. C’est pire encore qu’une défaite militaire, c’est une décision politique, qui demeure pour moi inexplicable. (…) La situation était loin d’être parfaite en Afghanistan. Mais il vaut mieux une guerre sans fin que subir des attaques terroristes sur son sol.(…) Trump et Biden partagent la responsabilité de cette déroute. Si Trump avait été réélu, la même chose serait arrivée, nous serions aussi partis d’Afghanistan. Biden ne fait qu’appliquer les décisions prises par Trump, mais il s’y prend si mal qu’il nous plonge dans un désordre terrible. (…) J’étais au département d’État à cette époque. Nous savions très bien que les talibans hébergeaient Al-Qaïda. George Bush avait bien compris le risque que représentaient les talibans et les groupes extrémistes du Pakistan. Envahir l’Afghanistan était la bonne décision stratégique. L’erreur, c’était de se fixer pour objectif de bâtir un État afghan. Nous n’étions pas là pour ça. Nous étions en Afghanistan pour défendre la sécurité des États-Unis et pour nous assurer que le pays ne passe pas aux mains des talibans. (…) On ne peut pas savoir à quel moment le risque que représentent les talibans aurait disparu. Mais une chose est sûre : il vaut mieux combattre en Afghanistan que dans les rues ou le ciel de l’Amérique. Après la Seconde Guerre mondiale, des troupes américaines sont restées aux portes de l’Union soviétique pendant près de cinquante ans, le temps que nous gagnions la guerre froide. [Si j’étais toujours aux affaires] Je ferais en sorte que nous restions dans le pays et j’augmenterais le budget de la Défense. À Pékin, Moscou, Téhéran, nous passons pour des faibles, voire des guignols. Après son élection à la présidence, Joe Biden a dit au monde : l’Amérique est de retour. Comment le prendre au sérieux, désormais ? John Bolton
Ce qui est triste, c’est que beaucoup dans mon parti essaient de rejeter la faute comme si la dernière administration ne nous avait pas mis sur cette voie. Voici la triste vérité : aucun des deux partis n’est sérieux en matière de politique étrangère. Depuis une décennie maintenant, des démagogues mentent au peuple américain au sujet de notre mission en Afghanistan. Le président Trump a été le pionnier de la stratégie de retrait que poursuit le président Biden, avec un effet désastreux. Les politiciens et les experts qui trouvent des excuses pour cette retraite honteuse prétendront de manière malhonnête que c’était cela ou des soi-disant « guerres éternelles ». Ils prétendent que nos seuls choix étaient une occupation massive ou un retrait immédiat. Ils ignorent la réalité sur le terrain. Leurs arguments faciles ont conduit au chaos, à la persécution et à la mort. Les politiciens ne disent pas cette vérité : l’Amérique n’avait pas de force d’occupation de reconstruction nationale en Afghanistan. La dernière fois que nous avons eu 100 000 soldats dans le pays, c’était il y a dix ans. Nous ne menons pas plus de « guerres sans fin » en Afghanistan que nous ne menons des guerres sans fin en Corée du Sud, en Allemagne ou au Japon – ou au Kosovo, ou au Honduras, ou dans un certain nombre d’autres pays où nous avons des forces déployées. Un nombre relativement restreint de soldats a soutenu avec succès nos alliés afghans en fournissant l’épine dorsale des missions de renseignement et d’opérations spéciales. Les Américains ne construisaient pas d’empires ni ne menaient des batailles impossibles à gagner. Nous défendions les aérodromes et décapitions les organisations terroristes tout en gardant une empreinte légère. Les Américains ont entendu parler de certains hommes de main de premier plan, tels que Qasem Soleimani et Abu Bakr Al-Baghdadi. Mais nos héros en Afghanistan ont tué beaucoup plus d’apirants Ben Laden dont vous ne connaissez pas les noms, précisément parce que nous les avons tués avant qu’ils ne puissent détruire un World Trade Center. Nous avons combattu et gagné cette guerre en Afghanistan, pas sur les côtes américaines. Mais vous ne vous en rendriez pas compte à partir de la rhétorique isolationniste qui entoure les choix de Biden. Ben Sasse
Le retrait désastreux de l’administration Biden d’Afghanistan est une humiliation de politique étrangère différente de tout ce que notre pays a enduré depuis la crise des otages en Iran. Il a embarrassé l’Amérique sur la scène mondiale, fait douter les alliés de notre fiabilité et enhardi les ennemis à tester notre détermination. Pire encore, cela a déshonoré la mémoire des Américains héroïques qui ont aidé à traduire les terroristes en justice après le 11 septembre, et de tous ceux qui ont servi en Afghanistan au cours des 20 dernières années.(…) Il semble que le président n’a tout simplement pas voulu donner l’impression de respecter les termes d’un accord négocié par son prédécesseur. (…) Une fois que M. Biden a rompu l’accord, les talibans ont lancé une offensive majeure contre le gouvernement afghan et se sont emparés de Kaboul. Ils savaient qu’il n’y avait pas de menace de force sous ce président. Ils l’ont vu s’aplatir devant des groupes terroristes antisémites comme le Hamas, restituer des millions de dollars d’aide à l’Autorité palestinienne et ne pas bouger plus tôt cette année alors que des milliers de roquettes pleuvaient sur les civils israéliens. La faiblesse suscite le mal – et l’ampleur du mal qui monte actuellement en Afghanistan en dit long sur les faiblesses de M. Bide. Mike Pence
The scenes of a Taliban victory in Afghanistan have resonated very differently in various parts of the world and hold many lessons, especially for Israel. (…) The (…) most valuable lesson for Israel is that fundamentalist Islam does not give up without force. The Taliban had remained largely dormant for two decades but never gave up hope of ultimate victory, even when the odds were stacked against it by the overwhelming presence of foreign militaries. The major problem was that the international forces never truly defeated the Taliban, and did not provide a mortal blow to a paramilitary force which was allowed to regroup and dream of a future conquest. This failure should be seen in direct opposition to the victory over the Islamic State in Iraq. The Islamic State was territorially defeated. It was routed completely from the territory it purported to hold in 2017. Of course, there is still some Islamic State activity, but it is largely peripheral and Iraqi forces have shown they are in a good position to repel it. Unlike the Taliban, the Islamic State was not left with large swathes of territory on which to reorganize, rearm and bide its time. In any military tacticians’ book, absolute defeat is a world of difference away from partial defeat. Israel’s enemies, like Hamas and Hezbollah, were left standing after every confrontation with the IDF. They might not have been victorious, but it is impossible to say they were defeated in any meaningful way. When Israel goes to war with its enemies, defeat must mean defeat. It should mean that at the end of a conflict, the enemy is not left standing and remaining in power. This lesson is not lost on Hamas which has already congratulated the Taliban on its stunning victory. (…) Hamas and other terrorist organizations confronting Israel have been given a massive morale boost by events in Afghanistan. They perceive the West, of which they see Israel as a central part, as something that can be defeated with steadfastness and an unshakeable belief in an ultimate victory regardless of time and against all odds and logic. Israel must take every step to disavow this belief and ensure that its opponents understand that while they might still dream of ultimate victory and the destruction of the Jewish State, they will instead taste the bitter crucible of defeat. Gregg Roman
It is unclear just what the United States has gained from withdrawing the small, affordable, and effective deterrent force that had remained in Afghanistan to support its security forces. It is unnervingly obvious what we’ve lost: national prestige, vast sums of political capital, credibility on the world stage and, most tangibly, our security. The world is much more dangerous today than it was just 72 hours ago. As recently as August 12, when the elected government in Afghanistan still controlled most of its provincial capitals and the country’s total implosion was still evitable, U.S. intelligence officials warned that America’s abandonment of its ally in Central Asia would allow al-Qaeda to reconstitute itself. (…) And the threat to American lives and interests arising from our humiliation in Afghanistan does not begin and end with non-state actors. The world’s irridentist great powers are watching closely, and they are no doubt emboldened by our fecklessness. The Chinese Communist Party has already demonstrated its willingness to court international condemnation in its quest to impose its sovereignty on the greater Chinese sphere. (…) Bejing’s reservation of its prerogative to retake the Republic of China through force has thus far been deterred not just by America’s assets in the Pacific but also by our willingness to use them and by the assumption that the American public would support that mission. That deterrent has no doubt suffered a devastating blow, and China’s propagandists won’t let us forget it. (…) In Europe, too, the United States has much to lose. In 2008, Russia invaded and functionally annexed large swaths of territory in Georgia. In 2014, Moscow invaded Ukraine, outright subsuming the whole of Crimea into the Russian Federation. (…) And Russia’s territorial ambitions are not limited to Ukraine. (…) Eighty years ago, the West’s appeasers howled in unison “Why Die for Danzig?” Why wouldn’t today’s “peacemakers” be just as inclined to question the value of a global war against Russia over Tallinn? At least, that’s what the Kremlin’s hungriest revanchists must be asking themselves. It’s a perfectly rational question. After all, even America’s allies were shocked to watch the United States so callously sacrifice an ally for no discernible strategic purpose and under no perceptible pressure from the voting public. Our caprice has shaken the faith that we will defend our partners’ interests around the world if we’re unwilling to bear the modest burdens associated with preserving our own. Noah Rothman
Nous n’arrivons pas à trouver un équilibre entre la promotion irrationnellement exubérante de la démocratie et le réalisme et la retenue des grandes puissances. Nous sommes allés en Afghanistan pour fermer des camps d’entraînement terroristes, et nous l’avons fait – dans notre propre intérêt – pour ce qui viendrait après l’intervention et le renversement d’un gouvernement. Ensuite, cependant, nous avons fait ce que nous faisons : nous nous sommes perdus dans des priorités concurrentes et des attentes irréalistes. Nous n’avons pas non plus vu ce qui s’était passé en cours de route. En Afghanistan, les camps d’entraînement terroristes du type de ceux qui ont rendu possible le 11 septembre sont restés fermés. L’espérance de vie s’est améliorée. La mortalité infantile a diminué. Les femmes ont acquis des opportunités qui étaient auparavant impensables. Pour ceux qui se concentraient sur la concurrence des grandes puissances, la Russie est restée en dehors, la Chine a été maintenue à distance, et le Pakistan, l’allié de la Chine, a été contraint. Ces gains seront désormais anéantis car nous ne pouvons pas nous contenter de gérer les problèmes, nous devons les résoudre. Si nous ne pouvons pas gagner clairement et décisivement y, refaisant une société dans le processus, nous reculerons et abandonnerons nos alliés. Pourquoi n’aurions-nous pas pu laisser une force résiduelle en Afghanistan pour aider à y assurer un minimum de sécurité ? Après tout, trois quarts de siècle après la guerre de Corée, nous maintenons 29 000 soldats en Corée du Sud. Nous avons encore des troupes d’après-guerre en Europe. Ce sont les coûts indirects de la paix et de la stabilité. (…) Neuf millions d’enfants afghans ont commencé à aller à l’école au cours des vingt dernières années, dont 40 pour cent de filles. L’objectif était de « gagner du temps », a déclaré l’ancien ambassadeur américain Ryan Crocker, membre du conseil d’administration de RFE/RL, « pour que cette jeune génération d’Afghans devienne majeure. Jeffrey Gedmin
As Afghanistan collapses, there is no shortage of explanations, justifications, and outright myths taking root, some encouraged by the Biden administration. Among the most common: This was inevitable. The U.S. presence was unsustainable, critics say. The administration was boxed in by the 2020 peace deal with the Taliban. If the U.S. had repudiated the deal, the Taliban would have gone on the offensive and resumed killing U.S. troops. And for what? We gave it our best for 20 years, they say, proving that the mission was effectively impossible. The rapid collapse only demonstrates that we were never going to succeed no matter how long we stayed. We achieved the most important thing: Osama bin Laden is dead. The Afghans have to run their own country. We cannot stay there forever, we shouldn’t try nation building, and we can keep an eye on al-Qaeda from afar to make sure they do not threaten us. On the surface, these explanations make a compelling case. It is also a comforting case, because it washes our hands of responsibility for what is about to happen. As a humanitarian catastrophe unfolds—as Afghan women fall back under the Taliban’s uniquely cruel tyranny, as the Hazara and Shiites flee the Taliban’s near-genocidal oppression of religious dissidents—we can tell ourselves, “There’s nothing we could have done.” These myths function as an ex post facto explanation that we—the most powerful nation in the world—were actually powerless all along. It turns out we didn’t fail because of bad decisions, strategic incompetence, or moral myopia. We failed because no one could have succeeded, because the mission was inherently impossible. No amount of insight, troop surges, or Marshall-Plan-level reconstruction assistance could have made a difference. Of course, none of that is true. The myths are just that: myths. The U.S. presence in Afghanistan the last few years was tiny—just 2,500 troops before the start of the final withdrawal. It was indefinitely sustainable. There is no significant antiwar movement to speak of, there is no domestic political pressure to withdraw, and no election will hinge on U.S. policy toward Afghanistan. U.S. troops faced low risks in Afghanistan, and the low casualty rate is not a function of the 2020 peace deal. Just 66 U.S. personnel have been killed in action since 2014, less than one per month for nearly seven years. That is not to make light of the loss of individual soldiers, but it is to recognize, in historical perspective, that the conflict in Afghanistan is very small and U.S. ground troops have not been involved in direct combat in large numbers for years. The US mission in Afghanistan accomplished some important successes. There have been no large-scale international terrorist attacks emanating from Afghanistan or Pakistan since 2001. The Afghan people broadly support the country’s new constitution. The Afghan economy showed consistent growth. By virtually every metric of human development, Afghans are better off today than they were 20 years ago. The intervention was not an unmitigated failure—except that many of these successes are likely to unravel with the Afghan army’s collapse. The rapid collapse of the Afghan army in recent weeks was not inevitable and is not a sign that the mission was always doomed, nor that we never would have succeeded. We had been making slow, fitful progress building a new Afghan security force from scratch. The U.S. (…) cobbled together a fighting force by 2010, one that has lost tens of thousands of soldiers keeping the Taliban at bay for the past decade. (…) but surely President Biden’s announcement of a full withdrawal—when everyone, including the U.S. Department of Defense, knew the Afghan army wasn’t yet ready to stand independent of international assistance—had a crippling effect on the morale of Afghan troops. (…) It is easy to envision the counterfactual: If the United States had maintained a small presence (perhaps marginally larger than what Trump left behind), it could have kept the Afghan army in the field indefinitely, giving time and space for the political situation in Kabul to sort itself out, for a fresh round of negotiations with better leverage against the Taliban, and for reconstruction and development to continue. (…) And we should have stayed because the mission is not over. While bin Laden is dead, al-Qaeda is not and, along with the Islamic State and a murderer’s row of copycat jihadists, is almost certain to regain safe haven in Afghanistan and Pakistan following the collapse of our allies. Our presence for the past 20 years kept jihadists on the run, in hiding, and focused on avoiding our air strikes and special forces. They now will have room to breathe, which means room to plan, recruit, train, and fundraise. (..) Our policymakers made specific strategic missteps that caused direct, avoidable harm, including Bush’s light footprint, Obama’s withdrawal timetable, Trump’s peace deal, and Biden’s inexplicable withdrawal, each of which made a bad situation worse. (…) That is why Biden’s claim that the Afghans just have to start taking responsibility for their own country is so mendacious. He is telling a drowning man to take responsibility for swimming while reeling in the life preserver the man had been clinging to. He is overestimating the Afghans’ ability to fight on their own while minimizing American responsibility for the crisis in the midst of which we are abandoning them—all while preaching a soothing myth that there was nothing we could have done after all. Many Americans will be eager to believe him because it is much easier, emotionally and cognitively, to believe in the myth of our powerlessness than in the reality of our own stupidity and moral cowardice. Paul Miller
Mr. Biden refused to accept responsibility for the botched withdrawal while blaming others. He blamed Donald Trump’s peace deal with the Taliban and falsely claimed again that he was trapped. He blamed his three predecessors for not getting out of Afghanistan. He blamed the Afghans for not fighting hard enough, their leaders for fleeing, and even Afghans who helped us for not leaving sooner. The one group he conspicuously did not blame was the Taliban, who once harbored Osama bin Laden and may protect his terrorist successor. The President made glancing reference to the horrible scenes unfolding in Kabul and especially at the airport, though again without addressing the mistakes that led to them. Had the U.S. not given up the air base at Bagram, now controlled by the Taliban, the U.S. would not now have to fight to control Kabul’s commercial airfield. The chaotic scenes at the airport, with Afghans hanging from a U.S. military plane and two falling from the sky to their deaths, will be the indelible images of this debacle. They are the echo of 9/11, with people falling from the sky, that Mr. Biden didn’t anticipate when he chose the 20th anniversary of 9/11 as his withdrawal deadline. Instead of taking responsibility, Mr. Biden played to the sentiment of Americans who are tired of foreign military missions. It’s a powerful point to speak of sending a child to risk his life in a foreign country, and no doubt it will resonate with many Americans. It is a question that every President should ask. But the President was dishonest in framing the U.S. mission merely as fighting in another country’s “civil war.” The U.S. didn’t remain in Afghanistan for 20 years to send women to school or to “nation build.” The core mission was to prevent the country from again becoming a terrorist safe haven. The Taliban’s victory will now attract thousands of young jihadists from around the world, and they will have Americans and the U.S. homeland in their sights. Mr. Biden said he would maintain a “counterterrorism over-the-horizon capability” to strike camps in Afghanistan, but that will be much harder from the distance of the Persian Gulf. This is a far bigger risk than he lets on, as U.S. intelligence agencies know. Mr. Biden was also dishonest in framing his Afghan decision as a false choice between total withdrawal and sending tens of thousands of troops again. He knows his own advisers, military and civilian, believed they could support the Afghan military with no more than a few thousand troops to supply air power and intelligence. He also knows the U.S. hasn’t had a single casualty in more than a year in Afghanistan. Even if Mr. Biden was set on withdrawal, he could have done it based on conditions that would have given the Taliban more incentive to negotiate with the government. Mr. Biden claimed that Afghan leaders Ashraf Ghani and Abdullah Abdullah had refused his advice to negotiate with the Taliban. That is false. They had been negotiating with the Taliban for months, under enormous pressure from the Trump Administration. The problem is that the Taliban had no incentive to negotiate in good faith when it knew the U.S. was leaving and would be able to take its chances on a military victory. Like all good liberal internationalists, Mr. Biden thinks you can achieve a diplomatic outcome by diplomacy alone. Mr. Biden’s claim that the U.S. will continue to support the Afghan people and stand for human rights and the women of Afghanistan is the same kind of internationalist twaddle. The Taliban is taking the women of Afghanistan back to the Dark Ages, and the “international community” will do nothing to stop it. Mr. Biden’s words of “support” will be cold comfort when the Taliban knocks on the doors of women who worked in the Afghan government. We had hoped that Mr. Biden would accept some responsibility and explain how he would fix this mess. He did none of that, making it clear that he himself is the main architect of this needless American surrender. It does not bode well for the rest of his Presidency. The world has seen a President portraying surrender as an act of political courage, and retreat as strategic wisdom. As we write this, the world’s rogues are looking for ways to give him a chance to deliver a similar speech about other parts of the world. WSJ
Alors que Barack Obama s’opposait courageusement [sic] à l’invasion de l’Irak, en 2003, son futur vice-président en était un chaud partisan au Sénat. Joe Biden est allé encore plus loin que la plupart des « faucons », proposant en 2006-2007 que l’Irak soit divisé en trois entités autonomes, sunnite, chiite et kurde, ce qui n’aurait fait qu’aggraver la guerre civile alors en cours, elle-même directement causée par l’occupation américaine. Il est important de revenir sur cet épisode, très révélateur de la vision du Moyen-Orient du prochain locataire de la Maison blanche, afin que l’idéalisation du vainqueur de Donald Trump ne conduise pas à de nouvelles et sérieuses désillusions. Biden, sénateur du Delaware depuis 1973, préside la puissante commission des Affaires étrangères quand, à l’été 2002, il relaie la propagande de l’administration Bush sur les « armes de destruction massive » que détiendrait l’Irak: « Saddam Hussein doit abandonner ces armes ou il doit abandonner le pouvoir ». Un tel soutien est essentiel pour la Maison blanche, confrontée à un Sénat majoritairement démocrate. En octobre 2002, Biden est un des 29 sénateurs démocrates à voter, contre l’avis de 23 autres et aux côtés de 48 élus républicains, le chèque en blanc qui permet à George W. Bush de mener la guerre à sa guise en Irak. En juillet 2003, trois mois après le renversement de Saddam Hussein, et malgré l’échec des 150.000 soldats américains en Irak à trouver la moindre trace d’armes de destruction massive, Biden persiste et signe: « Je l’ai dit l’an passé, et je le crois aujourd’hui, avec les milliards de dollars à la disposition de Saddam, je n’ai aucun doute qu’au bout de cinq ans, il aurait gagné accès à une arme nucléaire tactique ». Le toujours sénateur Biden participe alors activement à la campagne de dénigrement de la France, accusée de tous les maux pour ne pas avoir soutenu l’invasion américaine de l’Irak: « Nous savons tous que les Français ont été tout sauf coopératifs, qu’ils ont même été casse-c… » (a pain in the you-know-what). Cette diffamation du plus vieil allié des Etats-Unis s’accompagne d’une manoeuvre de Biden pour réécrire sa propre histoire sur l’Irak: en octobre 2004, il affirme « n’avoir jamais cru à la détention d’armes de destruction massive » par le régime de Saddam. (…) Biden s’oppose en revanche au « surge » américain en Irak, où les renforts déployés s’appuient sur des milices sunnites, dites du « Réveil » (Sahwa), pour refouler, et finalement vaincre les groupes jihadistes. (…) Quand Obama confie, en 2009, le dossier irakien à son vice-président, celui-ci va miser sans réserve sur l’homme fort de la communauté chiite, Nouri al-Maliki, Premier ministre depuis 2006. Biden apporte ainsi un soutien déterminant au maintien de Maliki à son poste, en novembre 2010. Peu importe l’autoritarisme de plus en plus agressif du chef du gouvernement irakien, sa coopération de plus en plus étroite avec l’Iran et son acharnement sectaire contre les milices sunnites du « Réveil », seul compte pour Biden la réussite du retrait américain hors d’Irak en 2011. Cette politique américaine à très courte vue favorise le retour de flamme de l’EII qui, en 2013, prend pied dans la Syrie voisine et devient « l’Etat islamique en Irak et en Syrie », connu sous son acronyme arabe de Daech. (…) Ce rappel de l’histoire irakienne de Biden prouve que, chaque fois qu’il a eu à trancher, le sénateur, devenu vice-président, a toujours choisi l’option la plus risquée en termes de conflit international et de guerre civile. Et rien ne prouve que le futur président ait tiré la moindre leçon de tant d’erreurs passées. Jean-Pierre Filiu
Il y a bien sûr les errements catastrophiques de la présidence Trump. [?] Si tout cela n’était pas si tragique, il y aurait quelque chose de risible à voir Donald Trump demander la démission de son successeur, alors qu’il a lui-même conclu à Doha avec les talibans le pire des accords, un accord par lequel les Américains faisaient sans délai toutes les concessions – comme de libérer sur parole 5000 combattants, immédiatement réembrigadés – tandis que les concessions supposées des talibans étaient soumises au préalable du départ américain. Trump avait même envisagé d’inviter à Camp David ces dignes héritiers d’al-Qaida et de Daesh: pourquoi pas un 11 septembre, par exemple! (…) Le retrait d’Afghanistan a été voulu par Biden et par Trump, mais aussi par Obama. Le retour des boys après tant d’aventures militaires coûteuses et décevantes au cours des soixante dernières années est devenu un impératif catégorique dans l’opinion américaine et dément spectaculairement la volonté proclamée par Biden – «America is back» – de voir les États-Unis s’investir à nouveau pleinement dans ce qui est parfois présenté comme une nouvelle guerre froide, cette fois-ci contre la Chine. Le lâchage de Kaboul signe la contradiction entre l’ambition et la fatigue américaines. Les Américains donnent le sentiment de pouvoir encore se battre pour leurs intérêts, mais pas, semble-t-il, pour leurs valeurs. (…) Les Chinois ne manqueront pas de se gausser du nouveau tigre de papier et les États de l’Indo-Pacifique, déjà tiraillés entre l’amitié américaine et la proximité massive et incontournable de la Chine, vont douter un peu plus des États-Unis. À court terme, la Chine devrait sans doute être prudente et y regarder à deux fois avant, par exemple, de tenter un coup de main sur Taïwan, car la réaction d’une Amérique humiliée ne pourrait être que brutale, mais la crédibilité des États-Unis dans le bras de fer avec Pékin en sort inévitablement amoindrie. D’autant que la société américaine n’a jamais été aussi divisée sur ses valeurs, donc sur ses ambitions. (…) Ce que le monde a touché du doigt dans la plus grande stupeur, c’est la vertigineuse inutilité de la supériorité militaire. [?] Par les temps qui courent, il importe moins d’être aimé que d’être craint, or c’est moins l’image de la trahison que celle de l’impuissance que nous renvoie aujourd’hui l’Amérique. On est tenté de dire, paraphrasant Jacques Brel: on a voulu voir Truman et on a vu Carter! (…) Il reste que, le Sahel, c’était notre part du travail et que nous aussi nous tentons d’aider des sociétés vulnérables à faire face à la subversion islamo-terroriste et au crime organisé. Nous le faisons d’ailleurs en bonne intelligence avec les Américains. Les initiatives qui ont été prises ces derniers mois par le président Macron – le redimensionnement de notre effort militaire et la responsabilisation politique des États de la zone – ont cependant pour objet précis de nous épargner le piège du tout ou rien qui a «naufragé» l’action américaine en Afghanistan. En remettant en cause Barkhane, une opération devenue trop lourde, trop coûteuse et trop unilatérale, sans pour autant quitter le théâtre des opérations, nous adressons à nos amis africains un message clair, mesuré et responsable: nous nous battrons avec vous, mais pas à votre place. Par ailleurs, nous nous efforçons d’associer à l’action nos partenaires européens, car le sort du Sahel n’est ni l’affaire de la seule France ni même celle de la seule Europe du Sud. Nous avons sur ce point la satisfaction d’être mieux entendus que naguère. Nous ne nous faisons toutefois aucune illusion: rien n’est joué. (…) Nous sommes les voisins du désastre: ce sont les Américains qui jouent, mais ce sont les Européens qui paient les dettes de jeu. L’évanouissement de la puissance américaine a trois conséquences précises: il libère des flots de candidats à l’émigration, dont l’Europe sera la destination privilégiée ; avec la culture systématique du pavot, il offre au crime organisé les moyens de relancer massivement chez nous la consommation de drogue ; il offre enfin au terrorisme international la base territoriale arrière qu’il a perdue depuis la fin de Daesh. Il est à cet égard un peu dérisoire d’entendre Anthony Blinken nous expliquer que les Américains ont «fait le job» puisque al-Qaida a été puni et que Ben Laden n’est plus! Nous n’avons cependant qu’à nous en prendre à nous-mêmes de ce qui nous arrive, car nous payons le prix de notre nanisme politique. La montée en puissance de la Chine et le pivotement des Américains vers l’Indo-Pacifique créent, du cercle polaire au sud de l’Afrique, une verticale du vide que l’Europe, amorphe, apathique et fragmentée, paraît incapable d’occuper. La situation est d’autant plus pressante que nous sommes entourés de puissances inamicales et que notre «étranger proche», le Moyen-Orient et l’espace méditerranéen, est traversé par des déséquilibres politiques, religieux, démographiques et climatiques à haut risque. La construction d’une Europe politiquement puissante est devenue, sous l’effet d’un désengagement américain partiel mais structurel, un véritable impératif catégorique. Les Européens ne peuvent plus, sans dommage, rester aux abonnés absents de la confrontation internationale. Jean-Louis Bourlanges
Dans une allocution télévisée, au lendemain de la prise de Kaboul par les Talibans, le président Biden a fait reposer toute la responsabilité de la débandade américaine sur, (qui d’autre ?) … son prédécesseur Donald Trump. Voici ses propos : « En entrant à la Maison Blanche, j’ai hérité d’un accord négocié par le président Trump avec les Talibans, en vertu duquel nos soldats devaient avoir quitté le pays au 1er mai 2021… Le nombre de nos soldats sur place avait déjà été ramené de quinze mille à deux mille cinq cents par l’administration Trump. Alors que les Talibans n’avaient jamais été aussi forts militairement depuis 2001…. Le choix qui se présentait à moi en tant que président consistait à m’en tenir à cet accord, ou bien à me préparer à combattre à nouveau les Talibans au printemps… La froide réalité se limitait à suivre cet accord en retirant nos troupes, ou à escalader le conflit en renvoyant des milliers de soldats au combat et en nous engageant dans une troisième décennie de conflit en Afghanistan. » Ainsi donc Joe Biden, président des Etats-Unis, et homme le plus puissant de la planète, s’est présenté comme pieds et poings liés, par un accord négocié par Donald Trump! Loin de reconnaître une quelconque responsabilité, il s’est érigé en victime. Venant d’un Démocrate, une telle posture n’a pas de quoi surprendre. Mais venant aussi d’un président qui a réintégré les Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat, par décret, dès son premier jour au pouvoir, annulant d’un coup de crayon la décision de son prédécesseur ; qui a ouvert la porte à une reprise du dialogue avec l’Iran sur la question nucléaire, inversant à nouveau la politique de son prédécesseur ; qui a suspendu la construction du mur à la frontière mexicaine, qui a laissé entrer les immigrants clandestins par centaines de milliers et qui a accepté l’entrée de demandeurs d’asile sur le territoire, supprimant non pas une mais trois directives majeures de son prédécesseur ; venant d’un tel personnage, donc, une telle affirmation est grotesque et inacceptable. D’autant que les faits racontent une tout autre histoire. A la vérité, en arrivant à la Maison Blanche, Biden et ses conseillers étaient bien contents du travail accompli par leurs prédécesseurs, à savoir le président Trump et son secrétaire d’Etat Mike Pompéo. Ils ont pris à leur compte un retrait de troupes qui leur permettait d’apparaitre comme des faiseurs de paix. Par contre, ils ont fait preuve d’une incompétence et d’une impréparation invraisemblables dans l’exécution de la manœuvre. Selon l’accord passé entre l’administration Trump et les Talibans, le retrait des troupes américaines était lié à l’absence de toute offensive. Les Talibans étaient tenus de ne rien tenter contre les troupes américaines, et les troupes afghanes, tant que les Américains seraient sur place ! Le retrait des troupes, du matériel et au besoin des civils afghans ayant travaillé avec les Américains, devait être achevé avant de laisser le gouvernement en place et les Talibans se disputer le contrôle du pays. La faute de l’administration Biden a été de laisser les Talibans lancer leur campagne de reconquête, avant la fin du retrait américain, sans envisager la possibilité que celle-ci puisse les prendre de vitesse. C’est une faute gravissime, un péché d’orgueil et d’inattention. (…) Pour Donald Trump, mettre un terme à la guerre en Afghanistan, et permettre aux milliers de GIs, déployés sur place, de rentrer au bercail, était une promesse de campagne. Il y tenait. Tout comme il tenait à ce que l’autorité des Etats-Unis soit respectée. D’ailleurs, entre 2018 et 2020, il avait suspendu les négociations à plusieurs reprises, à cause d’incidents terroristes attribués aux Talibans. Côté américain, cet accord incluait un retrait progressif des troupes présentes depuis 2001 ; l’échange de cinq mille Talibans détenus en Afghanistan contre mille soldats des Forces de Défense Afghanes faits prisonniers par les Talibans, et la levée progressive de sanctions contre les Talibans. Le départ des troupes américaines et de l’Otan pouvait s’achever en quatorze mois, soit à la date du 1er mai 2021, si les Talibans tenaient tous leurs engagements. Le moindre écart serait sanctionné par des représailles militaires de la part des Etats-Unis. Selon les mots de Donald Trump à l’époque, les Talibans seraient exposés au feu américain « comme jamais encore auparavant ». En échange les Talibans s’engageaient à cesser toute violence et à n’abriter ou soutenir aucun mouvement terroriste, tel Daech ou Al Qaida. Le devenir politique de l’Afghanistan était laissé à des négociations futures entre le gouvernement du président Ashraf Ghani, élu en 2014 et réélu en 2019, et les dirigeants talibans. A noter que ces discussions ont commencé dès la signature de cet accord, sans aboutir et ont fini par être suspendues. La sécurité du pays, une fois le retrait des troupes étrangères effectué, était supposée être assurée par les trois cent mille soldats de l’armée afghane, formés et équipés par les Américains. Face à une force talibane estimée à soixante mille combattants, la tâche, sur le papier, n’était pas impossible… Voilà ce dont le président Biden a hérité en janvier 2021 à son entrée à la Maison Blanche. Il pouvait à tout moment dénoncer cet accord. C’est d’ailleurs ce qu’un certain nombre d’élus Démocrates, soutenus par des Républicains Néoconservateurs, dont Liz Cheney, la fille du vice-président de George W. Bush lui ont recommandé de faire. (…) Biden suivit partiellement ses conseils. Il abandonna l’objectif du 1er mai et repoussa le retrait total à la date, hautement symbolique, du 11 septembre 2021, soit vingt ans, jour pour jour, après les attaques terroristes du 11 septembre 2001. Par contre, il ne remit jamais le principe du retrait en question. Et il renonça à sanctionner les Talibans pour leurs manquements répétés à leurs engagements. Le message fut, à l’évidence, parfaitement reçu et compris à Doha et à Kaboul. (…) le 8 juillet précisément, Joe Biden faisait une déclaration télévisée depuis la Maison Blanche suivie d’une de ses très rares conférences de presse. Le retrait américain était alors considérablement engagé. Loin de se plaindre d’un quelconque legs de l’administration Trump, il s’arrogeait la paternité du processus de paix et utilisait à répétition le pronom « je » en parlant des évènements récents. Pressé par une journaliste sur les risques d’un départ précipité et d’une chute de Kaboul, rappelant la dramatique évacuation de Saïgon en 1975, Joe Biden avait affirmé « il est hautement improbable que les Talibans parviennent à reprendre le pays… Les forces talibanes n’ont rien à voir avec les combattants du Viet-Cong… Sous aucune circonstance vous ne verrez des civils évacués depuis le toit de l’ambassade américaine en Afghanistan ! » (…) Si cela ne suffisait pas encore, Joe Biden en a rajouté une couche le 23 juillet. Suite à une conversation téléphonique avec le président Ghani, la Maison Blanche indiquait par communiqué avoir renouvelé ses « assurances du soutien des Etats-Unis au peuple afghan». Alors même que des combats faisaient rage dans plusieurs provinces afghanes, et que les troupes gouvernementales étaient submergées par l’avancée des forces talibanes. Notant que « l’offensive actuelle des Talibans est en contradiction avec l’engagement de ce mouvement pour une solution négociée » et tout en déplorant « les pertes de vies civiles dues à des attaques ciblées, les déplacements de population et les pillages », Joe Biden n’évoquait à aucun moment de quelconques représailles contre les Talibans, ni surtout une suspension ou une remise en question du retrait des troupes américaines. Et pourtant cela aurait été pleinement justifié selon les termes de l’accord dont Biden s’est ensuite dit prisonnier. (…) Prétendre ensuite que la chute de Kaboul et le chaos afghan sont la faute de Donald Trump, c’est se moquer du monde ! D’ailleurs, même la clique de ses partisans dans les médias a trouvé la couleuvre trop difficile à avaler. De part et d’autre du paysage médiatique américain, on observe les premières fissures dans la grande muraille protectrice démocrate. La déroute américaine en Afghanistan est le premier tournant de la présidence Biden. Jusqu’à présent ses errements avaient été passés sous silence par les médias dominants, au nom de l’anti-Trumpisme. Ce ne sera sans doute plus le cas à l’avenir. Le reste de son mandat s’annonce aussi chaotique que la chute de Kaboul. Gérald Olivier
Joe Biden aurait pu facilement garder le silence sur ses intentions en Afghanistan – ou du moins laisser l’ennemi dans le doute. Il aurait pu maintenir les installations aériennes américaines pour soutenir les forces afghanes et assurer la sécurité des grandes villes telles qu’elles l’étaient entre 2017 et 2020 sous Trump, qui lui-même a critiqué le déploiement continu depuis 20 ans. Mais Trump n’était pas stupide au point de retirer toutes les troupes avec tout le soutien aérien ou pour donner aux talibans un calendrier virtuel de conquête. Pire encore, Biden a fait en sorte que ses politiques régionales au Moyen-Orient envers l’Iran, le Hamas et Israël ne projettent pas un sentiment de dissuasion ou de fiabilité américaine. (…) En seulement sept mois, nous avons égalé les jours les plus sombres des années Carter avec l’implosion de l’Afghanistan, l’anarchie historique à la frontière, l’érosion complète de la loi américaine sur l’immigration, la destruction de l’engagement de l’ère des droits civils envers une société racialement aveugle et les pires relations raciales depuis un demi-siècle, des pics historiques de crimes violents, l’inflation galopante de l’économie Biden et la perte de l’indépendance énergétique des États-Unis et des prix raisonnables du carburant. Victor Davis Hanson
Attention: un retrait calamiteux peut en cacher plus d’un autre !
Reprise des négociations avec les mollahs et du financement de l’Autorité palestinienne, implosion de l’Afghanistan, anarchie historique à la frontière, érosion complète de la loi américaine sur l’immigration, destruction de l’engagement de l’ère des droits civils envers une société racialement aveugle, pires relations raciales depuis un demi-siècle, pics historiques de crimes violents, inflation galopante, perte de l’indépendance énergétique des États-Unis et des prix raisonnables du carburant, programmes « woke » de rééducation idéologique, désignation comme monument national d’une boite de nuit homosexuelle  site d’un attentat islamiste alors que le motif n’avait rien d’homophobique, proclamation du mois des fiertés avec drapeau arc en ciel sur les ambassades du monde entier dont les capitales des états musulmans, Kaboul comprise …
Quarante-six ans après la tragique et humiliante chute de Saïgon …
Et sept petits mois après le hold up électoral de novembre dernier …
Où ironie de l’histoire …
Le président américain qui avait ouvert son mandat en supprimant, entre accord du climat, négociation avec l’Iran et immigration, non pas une mais trois directives majeures de son prédécesseur
Prétend à présent, comme en 2019 avec Bush et l’Iak, qu’il était lié par la décision du retrait d’Afghanistan de celui-ci …
Se voit condamné par sa presse-caniche pour avoir voulu faire, rivalité mimétique oblige, plus Trump que Trump
Pendant que le président d’une France qui avait quitté l’Afghanistan depuis sept ans se voit traité de Le Pen
Y-a-t-il une posture consternante ou une mauvaise cause …
Avec les catastrophiques conséquences que l’on sait …
Pour les pauvres Afghans aujourd’hui …
Et peut-être les Taïwanais, les Ukrainiens et les Européens de l’est en général demain …
Qu’à l’image du calamiteux Jimmy Carter en son temps …
Joe Biden et l’équipe Obama derrière lui n’auront pas épousée …
Oubliant comme pour son propre autre calamiteux retrait d’Irak d’il y a dix ans qui avait donné au monde la barbarie de l’Etat islamique …
Derrière le faux choix entre la fuite la queue entre les jambes et la victoire définitive …
Pour, comme le rappelait l’ancien ambassadeur Crocker, « gagner le temps » de faire maturer une nouvelle génération … ?
Our Afghan Agonies
Victor Davis Hanson
The Blade of Perseus
Aug. 16, 2021
Joe Biden could easily have stayed quiet about his intentions in Afghanistan—or at least leave the enemy in some doubt. He might have maintained US air facilities to support Afghan forces, and kept the major cities secure as they were between 2017-20 under Trump, who himself was a critic of the continued 20-year deployment. But Trump was not foolish enough to yank all troops out along with all air support—or to give the Taliban a virtual timetable for conquest. Worse still, Biden ensured that his regional policies in the Middle East toward Iran, Hamas, and Israel would not project a sense of US deterrence or reliability.
So we should assume that Iran is now dangerously emboldened. Anti-American Pakistan is making the necessary further anti-American adjustments. And the general Middle East will become even scarier, as the US begs the Gulf monarchies (that the Biden administration has so feverishly criticized) to pump all the oil they can—even as the Biden administration damns the use of oil and those in the US who produce it (but will be glad to buy its importation by printing even more money at a time of national financial insolvency).
The Afghan debacle is eerily similar to the US border in which extremists are now in control of US policy and demand that ideology and politics trump common sense and basic humanity. We should brace ourselves for some horrific scenes to follow in Kabul over the next few weeks. They will tragically dwarf the mayhem on the southern border.
Who are the culpable? The CIA utterly failed to give any accurate appraisal of the rapid Taliban advance and takeover. I hope the ruinous legacy within our intelligence and investigatory agencies—of John Brennan, James Clapper, James Comey and Andrew McCabe—does not explain the epidemic of current mediocrity. The Pentagon has been in the news a lot lately, but mostly in connection with our highest officers virtue signaling their woke and careerist new credentials that either had nothing to do with military readiness or actually would undermine it. The gay pride flag over the US embassy in Kabul, along with the embassy’s virtue-signaling woke communiques, did not resonate confidence among Afghans that the US policy was based on shrewd deterrent policies with a full understanding of a traditionalist Islamic society.
Remember, there was a lot of calumny—including military resignations—that met President Trump over the decision in late 2018 not to intervene in the territorial disputes between Turkey and Kurdish forces in Syria, and again during the false charges that he had used tear gas to clear areas near the White House to do a photo-op with Gen. Milley—the latter accusations were proven erroneous by the Inspector General of the Interior Department.
But the loud and twitter-addicted US military top brass, active and retired, has been strangely quiet about the lunatic idea of simply telling the Taliban when all US forces will leave and then allowing thousands of allied Afghans and billions in US equipment to fall into the Taliban’s hands.
Where is the US military-industrial-intelligence complex outrage? Where the cry-of-the-heart tweeting? Where the letter to Biden from distinguished emeriti CIA and military officers? Why would retired generals addictively tweet about Trump’s cancellations of leftwing newspapers to bureaucracies or falsely charge that Obama’s “cages” on the border were Trump’s Auschwitz-like cells—and yet say nothing about the greatest military disaster in recent memory? If Trump was smeared as Nazi-like and a Mussolini, what exactly is Biden’s stewardship?
Given the 20-year-long investment, this ignominious withdrawal is likely to be more humiliating than the final 1975 dark days in Saigon and the boat people who followed, the Reagan 1984 pullout from Lebanon after the 1983 barracks bombing, and President Obama’s sudden 2012 yanking all troops out of Iraq that birthed the “JV” ISIS beheaders. Note that Obama later blamed his decision on the Iraqis, and Biden now blames Trump, even though both boasted during their campaigns that they would boldly do what they actually did.
The Afghanistan implosion—assured to be impossible or at least unlikely by Joe Biden—is occurring in concert with the historic anarchy on the border, the complete erosion of US immigration law, the destruction of the Civil Right-era commitment to a racially blind society and the worst racial relations in a half-century, historic spikes in violent crime, the soaring inflation of the Biden economy, and the loss of US energy independence and reasonable fuel prices. So in just seven months we have matched the darkest days of the Carter years, when at least the President was coherent and a master of his own policies, misguided though they were.
Since Biden in the last 60 days of public commentaries appears to have no idea of what was, is and will be going on in Afghanistan, it is legitimate to ask who does in his administration? Dr. Biden? Ron Klein? General Milley? Antony Blinken? The Obamas?
In the inevitable blame-gaming to come, even the toadish press will have a hard time blaming Trump, as Biden is already doing—given he left troops in Afghanistan and earlier had bombed the “sh*t” out of ISIS in Syria/Iraq. In general, the Pentagon, the CIA and the Biden state departments and national security council teams should have been warning the nation months ago that the decision to virtue signal a complete cave-in would have rapid and deadly ramifications.
Instead, to the very end of this historic disaster, the true dangers on the immediate horizon were denied ad nauseam by Biden himself, with only a few mousy questions and clarifications from the press. Bottom line: a woke Pentagon and revolving-door careerist top brass, a politically warped intelligence bureaucracy, an obsequious press, and a virtue signaling progressive elite can explain well enough why 300,000 vanished into thin air before the murderous Taliban. I think they concluded that siding with our sanctimonious postmodern apparat was a lot more dangerous even than returning to the Dark Ages.
A final lesson. When there is no free press; a president loses all fears of lying and obfuscation, and counts on pet journalists to hide his untruth or at least claim they are minor exaggerations. Biden, to the extent he is even compos mentis, assumed his assertions that Afghans would fight effectively, given their numbers and US equipment and training, would never be seriously cross-examined by a morally bankrupt media, which always puts partisan interests over the national interest. So he simply went on lying….
Voir aussi:

Biden’s Iraq War walk-back is revisionist nonsense

Mark A. Thiessen

The Washington Post

Former vice president Joe Biden said in a recent interview he agrees with Jim Mattis that the Obama administration’s decision to withdraw troops from Iraq was a mistake, but that as vice president he tried to keep “a residual force” stationed there. This is revisionist nonsense. Just a few months ago, at the July Democratic presidential debate, Biden boasted that “one of the proudest moments of my life was to stand there in Al-Faw Palace and tell everyone that . . . all our combat troops are coming home.” In September, he declared, “We were right to get the combat troops out.” But now he agrees it was a mistake?

The fact is, at the time, Biden expressed zero regrets about the complete US withdrawal, which he was in charge of executing. The New York Times reports that in December 2011 Biden was “ebullient” as he presided over the departure ceremony for the last American forces, calling President Barack Obama from Baghdad to tell him “All I’ve said about this job, I take it back. Thank you for giving me the chance to end this goddamn war.”

Of course, he did not actually end the “goddamn war,” he unleashed a humanitarian and national security catastrophe. Biden’s withdrawal created a vacuum that allowed the Islamic State — which had been reduced to just 700 fighters — to regroup, reconstitute itself and build a murderous caliphate the size of Britain. The terrorists enslaved and raped thousands of Yazidi girls and carried out gruesome executions across Iraq and Syria. And they spread their murderous tentacles across the globe, carrying out 143 attacks in 29 countries that killed more than 2,000 people and injured many thousands more.

Biden has criticized President Trump for withdrawing from Syria against the advice of our military commanders. Yet Biden did not listen to our military commanders when it came to the Iraq withdrawal. The Times reports that Gen. Lloyd J. Austin III, the U.S. commander in Iraq, proposed keeping as many as 24,000 troops in Iraq. According to Biden national security adviser Colin H. Kahl, Austin was told by the White House “you’ve got to be kidding.” So Austin presented Obama and Biden with options for 19,000, 16,000 and 10,000 troops — and told them the lowest number was “unwise.” But Biden “aggressively pushed for a smaller force,” and Obama agreed. Then, during negotiations with the Iraqis, the administration cut the offer in half to just 5,000 — an offer the Iraqis rejected.

In his interview with the Wall Street Journal, Biden blamed George W. Bush for the US withdrawal, noting that he had negotiated a status of forces agreement that required an end to the US military presence by 2011. Please. Does anyone really believe that if Bush were still in office in 2011, he would have pulled out all US forces? Of course not.

The reason Obama and Biden were unable to get an agreement to extend the US troop presence is because they made it crystal clear to the Iraqis that America was headed for the exits. Iraqis watched as Obama and Biden rejected numbers well above 10,000, only grudgingly agreed to even that number and then cut that number to 5,000. If you were an Iraqi, would this have given you confidence in America’s long-term commitment?

Iran and its political allies inside Iraq were pressing for a US withdrawal, and threatening politicians who supported extending the American military presence. For Iraqi leaders, 24,000 American troops might have been worth the political risk, and maybe even 10,000 would have been worth it. But an offer of just 5,000 troops from an administration that was determined to go to zero as quickly as possible was not. If America was leaving, and Iran was staying, why risk siding with the Americans?

In 2013, as the Islamic State was gaining steam, Biden said that he and Obama felt “happy and . . . fulfilled” with the decision to withdraw from Iraq. A year later, they would be forced to send US forces back to Iraq to deal with the debacle they had unleashed.

Biden supported the Iraq invasion but then opposed the Bush surge, which crushed the Islamic State and won the war. Then he supported a premature withdrawal that allowed the terrorists to regroup and was celebrating that decision as recently as four months ago — but now says he regrets it. That’s quite a record for a man running on his record of experience and judgment.

Voir également:

Mike Pence: Biden Broke Our Deal With the Taliban

It’s a foreign-policy humiliation unlike anything our country has endured since the Iran hostage crisis.

‘The likelihood there’s going to be the Taliban overrunning everything and owning the whole country [of Afghanistan] is highly unlikely,” President Biden confidently proclaimed in July. “There’s going to be no circumstance where you see people being lifted off the roof of an embassy.”

One month later, the scenario Mr. Biden deemed impossible has become a horrifying reality. In recent days, the world has watched panicked civilians cling to U.S. military aircraft in a desperate attempt to escape the chaos unleashed by Mr. Biden’s reckless retreat. American diplomats had to beg our enemies not to storm our embassy in Kabul. Taliban fighters have seized scores of American military vehicles, rifles, artillery, aircraft, helicopters and drones.

The Biden administration’s disastrous withdrawal from Afghanistan is a foreign-policy humiliation unlike anything our country has endured since the Iran hostage crisis.

It has embarrassed America on the world stage, caused allies to doubt our dependability, and emboldened enemies to test our resolve. Worst of all, it has dishonored the memory of the heroic Americans who helped bring terrorists to justice after 9/11, and all who served in Afghanistan over the past 20 years.

Unanimously endorsed by the United Nations Security Council, the agreement immediately brought to Afghanistan a stability unseen in decades. In the past 18 months, the U.S. has not suffered a single combat casualty there.

By the time we left office, the Afghan government and the Taliban each controlled their respective territories, neither was mounting major offensives, and America had only 2,500 U.S. troops in the country—the smallest military presence since the war began in 2001.

America’s endless war was coming to a dignified end, and Bagram Air Base ensured we could conduct counterterrorism missions through the war’s conclusion.

The progress our administration made toward ending the war was possible because Taliban leaders understood that the consequences of violating the deal would be swift and severe. After our military took out Iranian terrorist Qasem Soleimani, and U.S. Special Forces killed the leader of ISIS, the Taliban had no doubt we would keep our promise.

But when Mr. Biden became president, he quickly announced that U.S. forces would remain in Afghanistan for an additional four months without a clear reason for doing so. There was no plan to transport the billions of dollars worth of American equipment recently captured by the Taliban, or evacuate the thousands of Americans now scrambling to escape Kabul, or facilitate the regional resettlement of the thousands of Afghan refugees who will now be seeking asylum in the U.S. with little or no vetting. Rather, it seems that the president simply didn’t want to appear to be abiding by the terms of a deal negotiated by his predecessor.

Once Mr. Biden broke the deal, the Taliban launched a major offensive against the Afghan government and seized Kabul. They knew there was no credible threat of force under this president. They’ve seen him kowtow to anti-Semitic terrorist groups like Hamas, restore millions of dollars in aid to the Palestinian Authority, and sit by earlier this year while thousands of rockets rained down on Israeli civilians.

Weakness arouses evil—and the magnitude of evil now rising in Afghanistan speaks volumes about the weaknesses of Mr. Biden. To limit the carnage, the president has ordered more troops to Afghanistan, tripling our military presence amid a supposed withdrawal.

After 20 years, more than 2,400 American deaths, 20,000 Americans wounded, and over $2 trillion spent, the American people are ready to bring our troops home.

But the manner in which Mr. Biden has executed this withdrawal is a disgrace, unworthy of the courageous American service men and women whose blood still stains the soil of Afghanistan.

Mr. Pence served as vice president of the United States, 2017-21, and is chairman of Advancing American Freedom.

Voir de même:

It is unclear just what the United States has gained from withdrawing the small, affordable, and effective deterrent force that had remained in Afghanistan to support its security forces. It is unnervingly obvious what we’ve lost: national prestige, vast sums of political capital, credibility on the world stage and, most tangibly, our security. The world is much more dangerous today than it was just 72 hours ago.

As recently as August 12, when the elected government in Afghanistan still controlled most of its provincial capitals and the country’s total implosion was still evitable, U.S. intelligence officials warned that America’s abandonment of its ally in Central Asia would allow al-Qaeda to reconstitute itself. The Taliban never renounced violence or its affiliation with the group responsible for the September 11 terrorist attacks, despite repeated overtures from American negotiators to do so. And although that particular Islamist terror group remains a diminished presence, if the “pressure comes off, I believe they’re going to regenerate,” U.S. Centcom commander Gen. Frank McKenzie said.

Accordingly, the Defense Department will reportedly revise its previous estimates suggesting the threat from groups capable of exporting terrorism out of Afghanistan had been relatively low. Today, that threat is unknown, but few believe that the Taliban will do anything but provide succor to fundamentalist terror sects with revenge on their minds. As one source in government privy to the Pentagon’s deliberations told Axios, “the timeline in terms of threats has accelerated.”

And the threat to American lives and interests arising from our humiliation in Afghanistan does not begin and end with non-state actors. The world’s irridentist great powers are watching closely, and they are no doubt emboldened by our fecklessness.

The Chinese Communist Party has already demonstrated its willingness to court international condemnation in its quest to impose its sovereignty on the greater Chinese sphere. The crushing of Democracy in Hong Kong in direct violation of the terms of its handover to the CCP from Britain in 1997 should be evidence enough of that. And in the months that followed that insult to Western proceduralism and power, the People’s Republic has openly flirted with finally retaking the island nation of Taiwan by force. “This problem is much closer to us than most think,” Navy Adm. John Aquilino told a Senate committee in May. He speculated that a Chinese operation designed to rapidly change the facts on the ground and force the U.S. to recognize them could occur in this decade.

“We do not promise to renounce the use of force and reserve the option to use all necessary measures,” Chinese President Xi Jinping said in 2019. Bejing’s reservation of its prerogative to retake the Republic of China through force has thus far been deterred not just by America’s assets in the Pacific but also by our willingness to use them and by the assumption that the American public would support that mission. That deterrent has no doubt suffered a devastating blow, and China’s propagandists won’t let us forget it. “The grand strategy seemed flawless and inspiring for Washington, until the U.S.’ epic defeat and chaotic retreat in Afghanistan mirrored how shaky it is,” read one representative exercise in chest-thumping via China’s Global Times. “The point is, if the U.S. cannot even secure a victory in a rivalry with small countries, how much better could it do in a major power game with China?”

In Europe, too, the United States has much to lose. In 2008, Russia invaded and functionally annexed large swaths of territory in Georgia. In 2014, Moscow invaded Ukraine, outright subsuming the whole of Crimea into the Russian Federation. And Moscow isn’t done yet. Only months ago, Russian President Vladimir Putin threatened the Western world with a renewed assault on Ukraine designed to capture more of its territory along the Black Sea coast. The tools Moscow uses to secure the reconquest of the post-Soviet space are myriad: emigration to rebalance local ethnic demography; exporting Russian passports to non-citizens, propaganda, energy blackmail, and cyber warfare. But the use of force is not off the table. And Russia’s territorial ambitions are not limited to Ukraine.

The notion that Russia might test NATO in a Baltic state has kept American strategists up at night for years. Today, such an experiment must appear even more tempting from the Kremlin’s perspective. Estonia has already been the target of many such provocations—among them, a crippling 2007 cyberattack on the nation’s infrastructure and a sophisticated 2014 raid by Russian forces across the Estonian border, abducting a local police officer and putting him on trial. A more direct provocation that would try NATO’s commitment to the treaty’s mutual-defense provisions is far easier to envision today than it was on Friday night.

Eighty years ago, the West’s appeasers howled in unison “Why Die for Danzig?” Why wouldn’t today’s “peacemakers” be just as inclined to question the value of a global war against Russia over Tallinn? At least, that’s what the Kremlin’s hungriest revanchists must be asking themselves.

It’s a perfectly rational question. After all, even America’s allies were shocked to watch the United States so callously sacrifice an ally for no discernible strategic purpose and under no perceptible pressure from the voting public. Our caprice has shaken the faith that we will defend our partners’ interests around the world if we’re unwilling to bear the modest burdens associated with preserving our own.

As the Washington Post’s Liz Sly reported over the weekend, U.S. allies are fit to be tied over the shambolic handling of Afghanistan. “U.S. allies complain that they were not fully consulted on a policy decision that potentially puts their own national security interests at risk,” Sly reported. One German official raged over the Biden administration’s haughty disregard for European security. “We’re back to the transatlantic relationship of old, where the Americans dictate everything,” she snarled. Another British parliamentarian wondered aloud about whether America under Joe Biden would or even could stand up to its peer competitors if it is “being defeated by an insurgency armed with no more than [rocket-propelled grenades], land mines, and AK-47s?” And in the Middle East, which continues to be menaced by an increasingly extroverted Iran, some are now conceding that American involvement in the region ends up ultimately being more trouble than it’s worth.

Advocates for American retrenchment abroad fancy themselves a serious sort. They don’t think America should commit its resources to the defense of interests on purely moral grounds. So, if they are not moved by the sight of Afghans we abandoned to the Taliban clinging to U.S. transport planes, tumbling to their deaths from hundreds of feet up, perhaps they will be moved by the grave implications to U.S. interests and global security. If not, we can safely assume that their interests are not as benign as they insist. Perhaps pursuing what’s best for America at home and abroad isn’t their only or even foremost motive.

The Magical, Self-Justifying Afghanistan Debacle
Noah Rothman
Commentary
August 17, 2021

It’s hard to imagine how the debacle the Biden administration is overseeing in Afghanistan could be any worse. It’s such a self-evident fiasco, in fact, that even hardened advocates of America’s withdrawal from the world’s hot spots have been forced to admit that this whole thing could have been handled better. Much like Communism, America’s retrenchment from conflicts abroad has never really been tried and just needs better managers. But that’s as far as they’re willing to go. Across the political spectrum, champions of American introversion still insist that the collapse of the Afghan state was inevitable regardless of when or how we withdrew our commitments to it. Indeed, the disaster we’ve been forced to witness is being repurposed as a justification for the very circumstances that led to it.

On Monday, President Joe Biden delivered what could only have been a hastily prepared speech on the meltdown in Afghanistan before resuming his vacation. In it, the president abandoned his rationale for total U.S. withdrawal which, in July, was predicated on the competence, training, and numerical strength of the Afghan National Forces. This week, Biden insisted, withdrawal was justified by the abject weakness and cowardice of those very same Afghan soldiers.

“American troops cannot and should not be fighting in a war and dying in a war that Afghan forces are not willing to fight for themselves,” Biden insisted. “We gave them every chance to determine their own future. What we could not provide them was the will to fight for that future.” This sentiment must have appealed to Democrats like Sen. Chris Murphy, who took the opportunity of Afghanistan’s collapse to insist that the lesson here is that we should abandon the pursuit of America’s long-term interests in favor of applying Band-Aids to threats as they arise. Presumably, the rest of Joe Biden’s party will see the virtue of this sort of projection soon enough.

Leaving aside for a moment that running down an ally—even one we’ve summarily abandoned to the mercies of an Islamist militia—is an odd way to restore American credibility on the world stage, Biden’s exercise in blame-shifting has the added defect of being untrue. Tens of thousands of Afghan soldiers fought and died in defense of their country since NATO-led combat operations ended in 2014. They continued to do so well into 2020, when American “peace talks” with the Taliban began to sap those soldiers of the “will to fight” with the understanding that U.S. support was winding down. And when Biden pulled the plug on “air support, intelligence, and contractors servicing Afghanistan’s planes and helicopters,” a thorough Wall Street Journal expose revealed, “the Afghan military simply couldn’t operate anymore.” The Afghans didn’t lose the will to fight for their country; they were robbed of the means of effectively doing so by Washington.

The audience for President Biden’s self-soothing talk about the inevitability of Afghanistan’s implosion isn’t limited to stunned Democrats. A certain sort of conservative for whom retrenchment is both a means to an end and an end in itself is just as enamored of this dubious talking point.

“There was no ‘Afghan Government,’” the popular commentator and talk show host Saagar Enjeti insisted. “It was a fiction the entire time backed only by U.S. dollars, U.S. blood, and U.S. military might.” Though he regrets the conditions to which we’ve consigned Afghanistan, The American Conservative’s Rod Dreher agrees. “True, the Taliban takeover was inevitable,” he writes, “and we had to get out.” Though we probably could have better executed this declinist project. Newsweek opinion editor Josh Hammer echoed these sentiments: “It’s time for a late-stage empire to come home and rebuild itself as a durable and functioning nation-state,” he wrote.

Much like Biden, these center-right voices seem to want to believe that the dynamic situation in Afghanistan is static and unchanging. That’s simply false. The collapse of the Afghan state was not written in the stars. It was engineered and executed. And what comes next is unlikely to be something that a competent steward of American national interests can afford to ignore. As even a bleak and clear-eyed assessment from the Special Inspector General for Afghanistan Reconstruction (SIGAR) concluded, “there will likely be times in the future when insurgent control or influence over a particular area or population is deemed an imminent threat to U.S. interests.”

Maybe those who believe a fatalistic assessment of America’s role in Afghanistan is unjustified are out of touch with Real America. But we have scant evidence that the American people will support, grudgingly or otherwise, what they’re watching on their television screens. Will Americans or the policymakers they empower gaze upon the abandonment of upwards of 10,000 American civilians and the Afghans who aided them as the mere wages of “late-stage empire?” Will they see the reestablishment of a well-armed terrorist state to which aspiring Jihadists around the globe are now flocking, emboldened and determined to once again export terrorism to the West, and throw up their hands in befuddlement?

That doesn’t sound like American voters, who can be counted on to not care about foreign policy up until the minute foreign policy begins producing U.S. casualties or delivers the nation into a state of abject humiliation. Perhaps The Folks are content to sink every last American dollar into the welfare state, settle into a warm bath, and succumb comfortably to the forces of history. Or maybe, just maybe, our capitulatory populists are more oriented toward surrender than the people for whom they presume to speak.

Advocates of retrenchment need this total debacle to be predestined. It cannot have been the product of a series of choices, accidents, and mismanagement. To admit that things might have turned out differently would be to imperil their preferred project—”nation-building at home,” as though the sole superpower seeing to its commitments abroad and managing domestic affairs simultaneously were mutually exclusive. We can only hope the disaster these fatalists abide in Afghanistan will help shake the voting public out of its attraction to this sort of resignation in its political leaders.

Noah Rothman is the Associate Editor of Commentary and the author of Unjust: Social Justice and the Unmaking of America.

Lessons for Israel from the Taliban Victory
Gregg Roman
The Jewish Press
August 17, 2021

The scenes of a Taliban victory in Afghanistan have resonated very differently in various parts of the world and hold many lessons, especially for Israel.

Some in the West have seen a failure of American foreign policy in the region, and the scenes of a helicopter evacuating people from a rooftop was eerily reminiscent from a photo during the fall of Saigon in 1975 at the end of the Vietnam War.

There is no getting away from the sense of defeat after a Western-trained Afghan army was routed in weeks, frequently surrendering without a bullet being fired.

Even Abdul Ghani Baradar, the Taliban leader freed from a Pakistani jail on the request of the U.S. less than three years ago, expressed his shock at the ease in which they retook Kabul. Only a few months since President Biden promised to remove all remaining troops from Afghanistan, it took the Taliban eleven days to recapture almost the entire country.

Intelligence estimates are frequently wrong

The first lesson to be learned is that intelligence estimates are frequently wrong. Many experts told President Biden and his advisors that the Afghan army was ready to hold the country without direct Western help. Even up until the day before the capture, there was the belief that Kabul could be held for months rather than the hours it took to lose it.

The State of Israel has relied on this type of advice before, when it relinquished the Gaza Strip to the Palestinian Authority who were subsequently routed by Hamas two years later.

Over the years, many foreign officials and experts have tried to tie hoped-for Israeli concessions with security assurances, but so far, the record has been terrible.

After Israel’s withdrawal from Gaza in 2005, the EUBAM (European Union Border Assistance Mission) was deployed at the Rafah crossing point between Gaza and Egypt. The mission was « to help bring peace to the area ».

After these forces ran away any time they were threatened by Palestinian forces, they left permanently in 2007, but not before bizarrely blaming Israel for their ignominious retreat.

The United Nations Interim Force in Lebanon, or UNIFIL, a UN-NATO peacekeeping force in southern Lebanon, had done little more than protect itself as it has been impressively toothless at disarming Hezbollah and demilitarizing southern Lebanon.

Military expertise and technology doesn’t always win

The second lesson is that military expertise and technology doesn’t always win. The Afghan army, numbering around 250,000 had over $80 billion spent on it, but was humiliated by the Taliban who had little significant firepower.

The third and most valuable lesson for Israel is that fundamentalist Islam does not give up without force. The Taliban had remained largely dormant for two decades but never gave up hope of ultimate victory, even when the odds were stacked against it by the overwhelming presence of foreign militaries.

Fundamentalist Islam does not give up without force

The major problem was that the international forces never truly defeated the Taliban, and did not provide a mortal blow to a paramilitary force which was allowed to regroup and dream of a future conquest.

This failure should be seen in direct opposition to the victory over the Islamic State in Iraq.

The Islamic State was territorially defeated. It was routed completely from the territory it purported to hold in 2017. Of course, there is still some Islamic State activity, but it is largely peripheral and Iraqi forces have shown they are in a good position to repel it.

Unlike the Taliban, the Islamic State was not left with large swathes of territory on which to reorganize, rearm and bide its time.

In any military tacticians’ book, absolute defeat is a world of difference away from partial defeat.

Israel’s enemies, like Hamas and Hezbollah, were left standing after every confrontation with the IDF. They might not have been victorious, but it is impossible to say they were defeated in any meaningful way.

When Israel goes to war with its enemies, defeat must mean defeat. It should mean that at the end of a conflict, the enemy is not left standing and remaining in power.

This lesson is not lost on Hamas which has already congratulated the Taliban on its stunning victory. Senior Hamas figure Musa Abu Marzuk praised the Taliban for its cleverness and ability to confront the United States and its allies while rejecting all compromises proposed, and without falling into the traps of « democracy » and « elections. »

Hamas and other terrorist organizations confronting Israel have been given a massive morale boost by events in Afghanistan. They perceive the West, of which they see Israel as a central part, as something that can be defeated with steadfastness and an unshakeable belief in an ultimate victory regardless of time and against all odds and logic.

Israel must take every step to disavow this belief and ensure that its opponents understand that while they might still dream of ultimate victory and the destruction of the Jewish State, they will instead taste the bitter crucible of defeat.

Gregg Roman is director of the Middle East Forum.

Biden déclare « La fierté est de retour à la Maison Blanche » après avoir désigné Pulse monument national / Nation LGBTQ
Gay friendly
26 juin 2021
Le président Joe Biden (D) a signé HR 49, le projet de loi désignant le site de la fusillade du Pulse Nightclub de 2016 à Orlando, en Floride, comme monument national, en tant que monument national. Par la suite, Biden a commémoré le mois de la fierté avec des remarques faites aux côtés du secrétaire aux Transports Pete Buttigieg, la première personne publiquement confirmée à un poste au Cabinet.« Il y a un peu plus de cinq ans, la discothèque Pulse, un lieu d’acceptation et de joie, est devenue un lieu de douleur et de perte indicibles », a déclaré Biden lors de la cérémonie de signature, ajoutant: « Nous ne nous remettrons jamais complètement, mais nous nous souviendrons .
«Connexes : Cinq ans se sont écoulés depuis la fusillade de Pulse. Le changement n’est pas venu.
Il a déclaré que le projet de loi « consacrerait à perpétuité … un monument à une perte qui s’est produite là-bas et une détermination absolue que nous allons gérer cela chaque jour en solitaire et nous assurer que nous ne sommes pas en mesure de voir cela se produire de nouveau. »Le président Biden a également parlé de son fils Beau lors des deux événements, révélant que du vivant de son fils Beau, le jeune Biden voulait créer un fondation pour LGBTQ jeunesse principalement se concentrer au transgenres jeunesse.Biden a ajouté que lorsqu’il a rendu visite à Pulse immédiatement après la fusillade, il s’est demandé comment il se serait senti si, comme les familles d’autres victimes, il ne savait pas si ses propres fils – Beau ou Hunter – ou d’autres membres de la famille avaient été perdus juste après la fusillade.« Je suis fier à conduire la plus pro-LGBTQ égalité administration de notre histoire », a déclaré Joe Biden lors du deuxième événement commémorant le mois de la fierté dans la salle est de la Maison Blanche. Il a mentionné que sous son administration, 130 ambassades américaines dans le monde arborent actuellement des drapeaux de la fierté comme « un symbole de nos engagements en matière de sécurité, de dignité et d’opportunités pour tous ».Puis il a souligné les efforts de son administration pour étendre les droits civils des Américains LGBTQ, notamment en veillant à ce que l’orientation sexuelle et l’identité de genre soient couvertes par la loi anti-discrimination existante.Néanmoins, Biden a mentionné le fait que plus de la moitié des États ici manquent encore de protections explicites contre la discrimination LGBTQ. Il a appelé le Sénat à adopter la loi sur l’égalité, affirmant qu’elle renforcerait également les civil droits protections pour gens de Foi, gens de couleur et gens avec handicapées. Biden a également dénoncé de nombreux projets de loi anti-LGBTQ présentés par les républicains dans les législatures des États. Il a qualifié les projets de loi de « lois les plus laides et anti-américaines » et de « brimades déguisées en législation ».Biden a ensuite annoncé sa récente nomination de Jessica Stern en tant qu’envoyée spéciale des États-Unis pour faire avancer les droits humains des personnes LGBTQI+. Il a qualifié le rôle de Stern de partie importante des efforts de son administration pour promouvoir et protéger les droits de l’homme à l’étranger.Dans les commentaires du secrétaire Buttigieg dans la salle Est, il se souvient avoir vu le visage de la victime de crimes haineux Matthew Shepard à la télévision alors qu’il était adolescent. Buttigieg a appris peu de temps après qu’être LGBTQ pouvait coûter la vie à quelqu’un et l’empêcher également de servir dans l’armée ou le gouvernement fédéral.Il a dit que lui, et tant d’autres avant lui, ont dû choisir « entre le service et l’amour, entre le devoir et moi-même, tout mon moi ».« Le simple fait d’être ici prouve à quel point le changement est possible en Amérique », a déclaré Buttigieg. « Tant de vies ont été changées, sauvées par le plaidoyer soutenu, la détermination morale, le courage politique d’innombrables dirigeants et alliés LGBTQ+, certains élus, certains invisibles, certains disparus depuis longtemps, certains dans cette salle en ce moment. »Mais malgré les progrès, Buttigieg a déclaré que des «actes de violence choquants» comme Pulse et les projets de loi anti-transgenres dans de nombreux États menacent de faire reculer les droits des LGBTQ. Il a félicité la communauté pour avoir combattu la violence anti-LGBTQ au pays et dans le monde, en particulier la violence dirigée contre les femmes transgenres de couleur.« C’est une question de vie ou de mort, et soutenir et célébrer notre communauté LGBTQ+ est une question de compassion et de décence, et c’est une question de caractère national portant sur la question de savoir si cela peut vraiment être un pays de liberté et de justice pour tous , » il ajouta.Au cours de la commémoration du mois de la fierté, Ashton Mota, un adolescent trans de 16 ans afro-latino de Lowell, Massachusetts, a également parlé de l’importance vitale des familles soutenant leurs enfants transgenres.« C’est simple : lorsque les enfants sont aimés, nous nous épanouissons grâce à l’amour », a déclaré Mota.« Nous sommes de futurs ingénieurs logiciels, enseignants, élus et acteurs du changement. Ce sont les histoires que nous racontons que la plupart des gens n’ont jamais rencontré quelqu’un qui est transgenre. Lorsqu’ils nous rencontrent, nous voient et entendent nos histoires, ils se rendent compte que nous sommes comme tous les autres jeunes.Lors de la signature du projet de loi du mémorial Pulse et de la commémoration de la fierté, Biden a été rejoint par la première dame, le Dr Jill Biden, des survivants de la fusillade de Pulse, des membres de la famille des victimes et des membres de la délégation du Congrès de Floride.Biden a également été rejoint par la secrétaire adjointe à la Santé, le Dr Rachel Levine, la toute première personne transgenre confirmée par le Sénat; le lieutenant-colonel Bree Fram, l’un des militaires ouvertement trans les plus hauts gradés ; Les dirigeants d’organisations LGBTQ tels que le président de la campagne pour les droits de l’homme David Alphonso, la PDG de GLAAD Sarah Kate Ellis et le directeur exécutif de PFLAG Brian Bond ; et les membres du Caucus pour l’égalité du Congrès, y compris les membres du Congrès, la sénatrice Tammy Baldwin (D-WI), le représentant David Cicilline (D-RI) et d’autres.La résolution de transformer le mémorial Pulse en monument national a été adoptée à l’unanimité dans les deux chambres du Congrès en mai et juin de cette année. La résolution a été présentée par le sénateur Rick Scott (R-FL). Scott a été gouverneur de Floride lorsque la fusillade a eu lieu.« Cela donnera à ce terrain sacré la reconnaissance fédérale qu’il mérite, en particulier pour ceux qui ont tout perdu », a déclaré le représentant Darren Soto (D-FL) lors du dépôt initial du projet de loi en 2019. « Cela donnera à ce terrain sacré la reconnaissance fédérale il mérite, surtout pour ceux qui ont tout perdu.La fusillade à Pulse le 12 juin 2016 a fait 49 morts et 53 autres blessés parmi les clients du club LGBTQ avant que la police ne tire sur le tireur. C’était la fusillade de masse la plus meurtrière en Amérique à l’époque.Au cours des cinq années précédentes, le Sénat a refusé d’adopter une résolution alors qu’il était sous le contrôle du chef de la majorité de l’époque, Mitch McConnell (R-KY). La résolution que Biden a signée aujourd’hui indiquait qu’aucun fonds fédéral ne serait utilisé pour entretenir le monument.
Voir de plus:

Biden fait de la défense des minorités sexuelles un axe fort de sa diplomatie

Joe Biden, qui a promis une politique étrangère porteuse des « valeurs démocratiques » de l’Amérique, a érigé la défense des droits des minorités sexuelles dans le monde en priorité, plus que tout autre président des Etats-Unis avant lui, et en rupture avec Donald Trump.

Le démocrate a relancé une initiative prise en 2011 par Barack Obama pour « promouvoir les droits humains des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, transgenres, queer et intersexes (LGBTQI) à travers le monde ».

Dans son premier discours de politique étrangère, le président Biden a demandé jeudi aux agences américaines présentes à l’étranger de présenter dans les 180 jours un plan d’action pour en faire un axe fort de leurs interventions.

« Tous les êtres humains doivent être traités avec respect et dignité et doivent pouvoir vivre sans avoir peur, peu importe qui ils sont et qui ils aiment », a-t-il écrit dans un memorandum présidentiel dévoilé le même jour.

Tout en annonçant une hausse spectaculaire du nombre de réfugiés qui seront accueillis aux Etats-Unis, après un tour de vis tout aussi drastique sous l’ère Trump, Joe Biden a notamment promis de « protéger les demandeurs d’asile LGBTQ ».

Il a demandé à son gouvernement de combattre les lois discriminatoires à l’étranger.

– Emissaire spécial –

Un émissaire spécial va être nommé pour « renforcer encore l’attention sur ces questions », a déclaré à l’AFP un haut responsable du département d’Etat.

Au-delà des intentions, la diplomatie américaine version Biden a déjà commencé à adresser ses premières mises en garde. Le département d’Etat, par la voix de son premier porte-parole ouvertement gay Ned Price, a critiqué durement la Turquie après des attaques verbales du président Recep Tayyip Erdogan contre les minorités sexuelles.

Les militants LGBT se réjouissent de ce tournant.

« Que le président Biden publie ce memorandum présidentiel très complet aussi tôt en début de mandat, cela montre clairement qu’il s’agit d’une priorité politique pour lui », estime Jessica Stern, du groupe de pression OutRight Action International.

Elle dit espérer que l’Etat américain, à l’instar de plusieurs pays européens, augmente ses financements pour les organisations non gouvernementales.

Mais elle prévient que le soutien américain, pour obtenir des résultats sur le terrain, devra parfois se faire discret.

« Une des manières les plus efficaces et constantes pour discréditer les personnes LGBTQI et notre mouvement, c’est de les accuser d’être des produits des Occidentaux et d’une forme de colonisation, en pointant le financement par des donateurs étrangers », met en garde Jessica Stern.

« Notre maître-mot, c’est toujours d’écouter les militants sur le terrain et de travailler avec eux sur ces sujets pour avoir leur avis sur comment avancer », a répondu le haut responsable du département d’Etat, promettant une approche au cas par cas.

– Pompeo et les droits « inaliénables » –

Les leçons des années Obama peuvent être utiles à l’administration Biden.

L’ex-président démocrate avait coupé l’aide ou annulé le statut commercial préférentiel de l’Ouganda et de la Gambie en riposte à des lois punissant l’homosexualité de peines de prison. Mais cette ligne dure avait aussi poussé d’autres pays, comme le Nigeria, à adopter leurs propres lois draconiennes.

Pour autant, les progrès sont sensibles, bien que lents. Les relations homosexuelles sont désormais légales dans près des deux-tiers des pays, et 28 d’entre eux autorisent le mariage entre personnes du même sexe, selon l’International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association.

Phillip Ayoub, professeur à l’Occidental College, en Californie, estime qu’il faut laisser les militants locaux décider de comment mener leur combat.

« Certains diront qu’il est trop tôt pour sortir totalement de l’ombre car cela risque d’accroître la violence vers leur communauté », explique ce chercheur. « Ce genre de politique étrangère ne peut être imposée par le haut. Cela doit être fait avec précaution, en partenariat avec la société civile de chaque pays. »

Non seulement Donald Trump n’avait pas défendu cette cause, mais il est même revenu sur plusieurs droits acquis des personnes trans aux Etats-Unis.

Son secrétaire d’Etat Mike Pompeo était un fervent chrétien évangélique qui n’a jamais caché son opposition au mariage gay et à qui ses détracteurs ont reproché des déclarations passées assimilant l’homosexualité à une « perversion ».

Il a limité les visas pour l’entrée aux Etats-Unis des partenaires de diplomates étrangers homosexuels et interdit aux ambassades américaines d’arborer le drapeau arc-en-ciel les jours de « Gay Pride », ou Marche des fiertés.

Cet ultraconservateur a aussi mis l’accent sur la défense des « droits inaliénables », une formule controversée dénoncée par de nombreuses associations comme une manière de restreindre le champ des droits humains en s’appuyant sur une interprétation religieuse, au détriment notamment des droits des minorités sexuelles.

Voir encore:

The uprising at the Stonewall Inn in June, 1969, sparked a liberation movement — a call to action that continues to inspire us to live up to our Nation’s promise of equality, liberty, and justice for all.  Pride is a time to recall the trials the Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, and Queer (LGBTQ+) community has endured and to rejoice in the triumphs of trailblazing individuals who have bravely fought — and continue to fight — for full equality.  Pride is both a jubilant communal celebration of visibility and a personal celebration of self-worth and dignity.  This Pride Month, we recognize the valuable contributions of LGBTQ+ individuals across America, and we reaffirm our commitment to standing in solidarity with LGBTQ+ Americans in their ongoing struggle against discrimination and injustice.

The LGBTQ+ community in America has achieved remarkable progress since Stonewall.  Historic Supreme Court rulings in recent years have struck down regressive laws, affirmed the right to marriage equality, and secured workplace protections for LGBTQ+ individuals in every State and Territory.  The Matthew Shepard and James Byrd, Jr. Hate Crimes Prevention Act broadened the definition of hate crimes to include crimes motivated by sexual orientation or gender identity.  Members of the LGBTQ+ community now serve in nearly every level of public office — in city halls and State capitals, Governors’ mansions and the halls of the Congress, and throughout my Administration.  Nearly 14 percent of my 1,500 agency appointees identify as LGBTQ+, and I am particularly honored by the service of Transportation Secretary Pete Buttigieg, the first openly LGBTQ+ person to serve in the Cabinet, and Assistant Health Secretary Dr. Rachel Levine, the first openly transgender person to be confirmed by the Senate.

For all of our progress, there are many States in which LGBTQ+ individuals still lack protections for fundamental rights and dignity in hospitals, schools, public accommodations, and other spaces.  Our Nation continues to witness a tragic spike in violence against transgender women of color.  LGBTQ+ individuals — especially youth who defy sex or gender norms — face bullying and harassment in educational settings and are at a disproportionate risk of self-harm and death by suicide.  Some States have chosen to actively target transgender youth through discriminatory bills that defy our Nation’s values of inclusivity and freedom for all.

Our Nation also continues to face tragic levels of violence against transgender people, especially transgender women of color.  And we are still haunted by tragedies such as the Pulse Nightclub shooting in Orlando.  Ending violence and discrimination against the LGBTQ+ community demands our continued focus and diligence.  As President, I am committed to defending the rights of all LGBTQ+ individuals.

My Administration is taking historic actions to finally deliver full equality for LGBTQ+ families.  On my first day in office, I signed an Executive Order charging Federal agencies to fully enforce all Federal laws that prohibit discrimination on the basis of gender identity or sexual orientation.  As a result, the Federal Government has taken steps to prevent discrimination against LGBTQ+ people in employment, health care, housing, lending, and education.  I also signed an Executive Order affirming all qualified Americans will be able to serve in the Armed Forces of the United States — including patriotic transgender Americans who can once again proudly and openly serve their Nation in uniform — and a National Security Memorandum that commits to supporting LGBTQ+ Federal employees serving overseas.  My Administration is also working to promote and protect LGBTQ+ human rights abroad.  LGBTQ+ rights are human rights, which is why my Administration has reaffirmed America’s commitment to supporting those on the front lines of the equality and democracy movements around the world, often at great risk.  We see you, we support you, and we are inspired by your courage to accept nothing less than full equality.

While I am proud of the progress my Administration has made in advancing protections for the LGBTQ+ community, I will not rest until full equality for LGBTQ+ Americans is finally achieved and codified into law.  That is why I continue to call on the Congress to pass the Equality Act, which will ensure civil rights protections for LGBTQ+ people and families across our country.  And that is why we must recognize emerging challenges, like the fact that many LGBTQ+ seniors, who faced discrimination and oppression throughout their lives, are isolated and need support and elder care.

During LGBTQ+ Pride Month, we recognize the resilience and determination of the many individuals who are fighting to live freely and authentically.  In doing so, they are opening hearts and minds, and laying the foundation for a more just and equitable America.  This Pride Month, we affirm our obligation to uphold the dignity of all people, and dedicate ourselves to protecting the most vulnerable among us.

NOW, THEREFORE, I, JOSEPH R. BIDEN JR., President of the United States of America, by virtue of the authority vested in me by the Constitution and the laws of the United States, do hereby proclaim June 2021 as Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, and Queer Pride Month.  I call upon the people of the United States to recognize the achievements of the LGBTQ+ community, to celebrate the great diversity of the American people, and to wave their flags of pride high.

IN WITNESS WHEREOF, I have hereunto set my hand this first day of June, in the year of our Lord two thousand twenty-one, and of the Independence of the United States of America the two hundred and forty-fifth.

JOSEPH R. BIDEN JR.

East Room

2:39 P.M. EDT

THE PRESIDENT:  Well, my name is Joe Biden.  I’m Jill Biden’s husband.  (Laughter.)

Ashton, thank you.  You seemed awfully comfortable up here.  (Laughter and applause.)  You were awfully comfortable up here.  I don’t know.  I — I’m not sure I’ll be around, but, you know — (laughter) — if you’re here, just don’t pretend you don’t know me.  Okay?  (Laughter.)

Your story, your leadership, and your mom is an inspiration.  (Applause.)  Your mom.  If my mother were here, she’d look at you and say, “Honey, God love you, dear.”  God love you — what you do, what you did, what you continue to do.

I want to thank Secretary — well, first of all, I want to say to Chasten: Belated happy birthday, Chasten. (Applause.)  If you could hear us inside, we were singing happy birthday to him.  We got a bunch of cupcakes, but not enough for everybody.  (Laughter.)  But — and, Mr. Secretary, thank you.  You are — you’re the best, man.

Look, our presence here this afternoon makes a simple, strong statement: Pride is back at the White House.  (Applause.)

For this community and for our nation and for the world, Pride Month represents so much.  It stands for courage — the courage of all those in previous generations and today who proudly live their truth.

It stands for justice: both the steps we’ve taken and the steps we need to take.

And above all, Pride Month stands for love — you know, being able to love yourself, love whomever you love, and love this country enough to make it more fair and more free and more just.

You know, during the campaign, Tim Gill and Scott Miller — and Tim — one of them is here today, I don’t want to embarrass him; he always gets mad when I do that — (laughter) — brought me and Jill to visit the Stonewall Inn.  I wanted to go, and they wanted — they offered to take me.  We wanted to pay tribute to that hallowed ground that represents the the fight to ensure that all people are treated with dignity and respect.

Just a few minutes ago, surrounded by the survivors of family members who were — we’ve lost, I signed a bill consecrating another piece of hallowed ground: the Pulse nightclub.  And I want to thank all of the members of the United States House of Representatives and the United States Senate for standing up and making sure that will never be forgotten.  Never be forgotten.  The site of the deadliest attack affecting the LBT- — LGBTQ+ community in American history.  It’s now a national memorial.

This month, on the way to the office, I walk through — from my — from the Residence to the Oval Office every morning — I walk through a hallway lit with rainbow colors of Pride, which you’ll have a chance to see in just a few minutes.  You’ll see a candle carried during the AIDS vigil in the early ’90s by a pair — and a pair of sandals belonging to Matthew Shepard.

They’re reminders of how much this community has suffered and lost.  But they’re also reminders of this community’s incredible resiliency, the incredible contributions, the incred- — including, we just saw, the National Football League and the National Women’s Soccer League.

All of you here — Henry Muñoz and Kyle — good to see you, man — (laughter).  I had the — I had the opportunity to officiate at their wedding.  (Laughter and applause.)

And Representative Malcolm Kenyatta — where are you, Malcolm?   You’re around here some — (applause) — good to see you, man.  And Dr. Matt Miller — they stole the show at the Democratic Convention.  (Laughter.)

And my friend, Sarah McBride — where is Sarah?  (Applause.)  Sarah?  Sarah worked closely with my son, Beau, when he was Attorney General of the State of Delaware; and is now serving Delaware, as well, as one of the first openly transgender state legislators in history.  Senator.  (Applause.)

You just heard from our history-making Secretary of Transportation.

And we have today the first openly transgender person ever confirmed to the U.S. Senate — you just met her — Dr. Levine.  (Applause.)

Representation matters.  Recognition matters.  But there’s something else that matters: Results.  Results.

I am proud to lead the most pro-LGBTQ equality administration in U.S. history.  And even on the very — my very first day in office, the first executive order I signed was to change the whole of the federal government to commit to work aggressively to root out discrimination against LBT- — LGBTQ+ people and their families.  That was the first executive order.

I ordered our agencies — every agency — to rapidly implement the Supreme Court’s ruling in Bostock, which affirmed that civil rights protections on the basis of sex apply to sexual orientation and gender identity.

And as a result of that executive order, the Department of Housing and Urban Affairs [Development] announced that it would be — take steps to protect LGBTQ+ people from discrimination in housing, and ensured critical protections for transgender Americans experiencing homelessness.

The Consumer Financial Protection Bureau announced it would work to combat discrimination against LGBTQ+ people in credit and lending.  The Department of Health and Human Services announced it would protect against discrimination in healthcare services.

And just last week, the Department of Education made clear that Title IX protections apply to sexual orientation and gender identity — (applause) — and prohibit discrimination against LGBTQ students in our nation’s schools.

And a moment ago, I signed an executive order to advance diversity, equality, and inclusion, and accessibility across the entire federal workforce.  The order directs the entire federal government to eliminate barriers so people from every background and walk of life have an equal opportunity to serve our nation, including LGBTQ+ folks and all employees in underserved communities.

Look, I also was proud to rescind the discriminatory and un-American ban on openly transgender servicemembers.  Today, we’re joined by Lieutenant Colonel Bree Fram.  Bree, Colonel — (applause) — thank you.  One of the highest-ranking openly transgender servicemembers in the United States Military.  Lieutenant Colonel Fram, thank you for your service to our nation.  We owe you.  Thank you.  (Applause.)

And everyone who has served — everyone deserves the absolute high quality of healthcare.  That’s why I was so pleased that, last week, Secretary McDonough announced the Department of Veterans Affairs is beginning the process to provide more comprehensive gender-affirming care to our nation’s transgen- — for our nation’s transgender veterans.

We’re also making equality the centerpiece of our diplomacy around the world.  We believe LGBTQ+ rights are human rights.

In February, I signed a presidential memorandum establishing that it’s the policy of the United States to pursue an end to violence and discrimination on the basis of sexual orientation or gender identity.

This month, Pride flags are flying — as some of my friends in our last admin- — in the Obama-Biden administration who are openly gay — they are flying in more than — over 130 U.S. embassies around the world.  (Applause.)  A powerful — a powerful symbol of our commitment to safety, dignity, and opportunity for all.

And today, I’m proud to announce that Jessica Stern, who many of you know as an LGBT special — -Q+ special envoy at the State Department.

And yes, we’re also making progress, but I know we still have a long way to go, a lot of work to do.  But we must protect the gains we’ve made and fend off the cruel and unconscionable attacks we’re seeing now to ensure that everyone enjoys the full promise of equality and dignity and protection.

When I was Vice President, I was proud — although, some — it won’t surprise some people in the administration at the moment — (laughter) — and, by the way, I did tell the President that I would not go out and proselytize, but if I was asked, I would not remain quiet.  (Laughter.)  The President — I was proud to have called for marriage equality, along with Barack Obama, because, at the time, I said, “Love is love, period.”

Six year ago, tomorrow, when the Supreme Court ruled in favor of marriage equality, we’re all reminded of the White House lit up in rainbow colors.  Shortly thereafter, I went to New York to celebrate with my friend Evan Wolfson and a team from — at Freedom to Marry.  The joy was palpable.

But we knew then, as we know now, that our work is unfinished.   When a same-sex couple can be married in the morning but denied a lease in the afternoon for being gay, something is still wrong.

Over half of our states — in over half of our states, LGBTQ+ Americans still lack explicit state-level civil rights protections to shield them from discrimination.

As I said as a presidential candidate and in my first joint address to Congress, it’s time for the United States Senate to pass the Equality Act and put the legislation on my desk.  (Applause.)  Put it on my desk.

Harvey Milk was right when he said, quote, “It takes no compromise to give people their rights.”  It takes no compromise to give people their rights.

And, by the way, this bill doesn’t just protect LGBTQ+ people.  It’s also going to strengthen existing civil rights protections for people of faith, people of color, people with disabilities, women — in public accommodations, like doctors’ offices, parks, and gyms.

I want to thank the leaders of the Congressional Equity [Equality] Caucus for their continued work to make it happen.

The Equality Act will also help protect against the disturbing proliferation of anti-LGBTQ bills we’re seeing in state legislatures.

So far this year, hundreds of anti-LGBTQ bills have been introduced in state legislatures.  More than a dozen of them have already passed — more than a dozen of them.  These are some of the ugliest, most un-American laws I’ve seen, and I’ve been here awhile.  Many of them target transgender children, seeking to prevent them from receiving the appropriate medical care; for using the bathroom at high schools while they’re — the one where they’ll be most safe; even preventing them from joining sports teams with their classmates.

Let’s be clear: This is nothing more than bullying disguised as legislation.  (Applause.)

As I’ve said before, many times, transgender kids are some of the bravest people in the world.  I mean it sincerely.  You just saw it with Ashton, and you’ll see it with several other young people here.  It takes courage to be true to your authentic self and to face — in the face of the — these kinds of discrimination you know exist.  It takes a toll.

We know more than half of transgender youth seriously considered suicide just in the past year.  These young people aren’t hurting anyone, but these laws are hurting them.  And they’ve got to stop.

Our deceased son, Beau — when he was Delaware’s Attorney General — was one of the first AGs in the country to call for legislation to establish legal protections on the basis of gender identity to protect — to protect trans people — trans people.

And now, the Department of Justice has filed statements of interest in cases challenging two of these — those bills that got passed — explaining why they’re so unconstitutional.

So, we have to work.  We have to work to do so much in these areas to support seniors, aging in isolation without support; to confront disproportionate levels of homelessness and poverty and unemployment in the LGBTQ community; to address the — the epidemic level of violence against transgender people, especially transgender women — it’s been mentioned before — women of color — in the coming days, my administration is going to have more to say about that; and to finally eradicate the AIDS epidemic.  (Applause.)

I’m not sure I’m allowed to talk about this — (laughter) — but our son, Beau, who was a decorated war veteran and attorney general of the United — of the state of Delaware and should be standing here instead of me, came home from war after a year in Iraq and, before that, six months in Kosovo.  And what he did — he decided he was going to set up a foundation for LGBTQ youth, but primarily focusing on transgender youth.

And he took all the money left from the campaign — he was going to run for governor — and put it in and a lot more.  Because in his working with everyone from YMCAs to all the — all the — all the areas where young people can find some solace — his buddy Chris Coons and my buddy Senator Coons knows what he’s done.

The point is: A lot of transgender youth — those who commit suicide — based on the studies his foundation has done, do it because their mom doesn’t understand, because mom or dad says, “You can’t be here anymore” — are rejected.

So, folks, we got a lot of work to do.  A lot of it’s basically public education.

Let me close with this: When you go downstairs, you’ll see some of the Smithsonian exhibit.  You get a sense of the long, long journey — and how long it’s been, and how far we’ve come — have you come.  But how much further we have to go.

So, this afternoon, we celebrate.  But tomorrow, we go back to work.  Progress won’t come easily; it never has.  But we’re going to stand strong, stand together.  And I promise you, we will succeed.  I promise you.

I said to folks earlier, you know things are — why — why — I always get asked by the press, “Why are you so optimistic, Biden?”  Well, as my neurosurgeon once said, I’m probably a congenital optimist.  But beyond that — (laughter) — it’s a simple proposition.

Look at the young people: straight and gay, doesn’t matter.  They’re the least prejudiced — this generation — the most open, the most giving, and the best educated generation in history.  It’s a fact.  In all of history.

And look where they are.  Look how it’s changing.  It’s changing in ways that — in my generation, 270 years ago — (laughter) — you’d get beat up for defending somebody.

But really and truly, there’s a great reason for hope.  And so much talent — so much talent can be unleashed by embracing the LGBT+ community — -Q+ community.

So I want to thank you and say: Happy Pride.

May God bless you all.  And may God protect our troops.  Thank you.  (Applause.)

Voir également:

A pedestrian crosses Christopher Street Thursday, June 27, 2019, in New York. Two LGBT pride parades this Sunday, June 30, cap a month of events marking the 50th anniversary of the Stonewall uprising, when patrons of a Greenwich Village gay bar fought back against a police raid and sparked a new era

Département d’État des États-Unis
Antony J. Blinken, secrétaire d’État
Le 1er juin 2021
Communiqué de presse

Cette année, pendant le Mois des fiertés, nous célébrons un message important : « Vous êtes inclus. »  Les diverses expériences, perspectives et contributions de la communauté du département d’État rendent notre institution plus forte et font progresser les objectifs de la diplomatie américaine.  De plusieurs, nous sommes un.

Le département s’est engagé à accroître l’engagement des États-Unis sur les questions des droits humains des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queers et intersexes (LGBTQI+) à l’étranger.  Pour ce faire, nous travaillons avec des partenaires du monde entier qui apportent leur expertise sur leurs défis uniques et des solutions innovantes. Nous reconnaissons que, grâce à ces partenariats, nous serons en mesure de construire une société mondiale plus sûre et plus inclusive pour toutes les personnes LGBTQI+. Nous nous efforçons également d’accroître la visibilité des communautés LGBTQI+ particulièrement marginalisées, notamment les femmes et les filles, les minorités raciales et religieuses, les personnes handicapées et les personnes transgenres, de genre différent et intersexuées, et de relever les défis considérables auxquels elles sont confrontées.

Alors que nous célébrons le Mois des fiertés en juin, observons non seulement le chemin parcouru dans la lutte pour les droits humains des personnes LGBTQI+, mais reconnaissons également les défis qui restent à relever.  Les personnes LGBTQI+ du monde entier continuent de subir des discriminations, des violences et d’autres formes de persécution en raison de ce qu’elles sont et de qui elles aiment.  Bien que nous ayons encore du travail à faire, le département est fier d’être un leader grâce au pouvoir de l’exemple, et notamment l’exemple donné par les membres LGBTQI+ de notre personnel, dans la promotion des droits humains pour toutes les personnes.

Nous sommes fièrement différents du point de vue de notre identité mais unis dans notre engagement commun pour la liberté et la dignité de toutes les personnes.

Voir de même:

Jean-Louis Bourlanges: « Le lâchage de Kaboul signe la contradiction entre l’ambition et la fatigue américaines »

ENTRETIEN – La victoire spectaculaire des talibans et le retrait des États-Unis d’une partie du monde ont des conséquences, très graves pour l’Union européenne, explique le président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale*.

LE FIGARO. – La chute de Kaboul prend le monde occidental au dépourvu. N’assistons-nous pas, cependant, à la réalisation d’un désastre annoncé?

Jean-Louis BOURLANGES. – Ce qui déroute les esprits, ce n’est pas tant la victoire politique des talibans que la rapidité inouïe du retournement, la liquéfaction en quelques jours, par quelques milliers d’irréguliers, d’une force politique et militaire construite en vingt ans à coups de millions de dollars par la première puissance du monde. Les États-Unis vont être paradoxalement tentés de justifier leur désengagement par leur échec et c’est un fait qu’un effondrement si soudain et si complet semble montrer que, en dehors d’eux, il n’y avait pas grand-chose à opposer aux talibans. Il reste qu’une débâcle aussi brutale n’avait été en aucune façon anticipée. Le président Biden n’affirmait-il pas encore début juillet comme «hautement improbable l’hypothèse que les talibans s’emparent de l’ensemble du pays»?

Notre sidération vient toutefois de plus loin. Elle tient au fait que ce que nous appelons le camp de la liberté et de la démocratie s’est, en dépit de sa puissance et de sa supériorité apparentes, révélé incapable de produire les solutions politiques et militaires adaptées à la situation. En apparence, les talibans, ce n’est pas grand-chose comparé à l’Empire soviétique, mais nous semblons ne plus avoir aujourd’hui la bonne grammaire pour parler à l’histoire!

Comment la première puissance du monde s’est-elle ainsi fait prendre au piège tendu par les talibans?

Il y a bien sûr les errements catastrophiques de la présidence Trump. Si tout cela n’était pas si tragique, il y aurait quelque chose de risible à voir Donald Trump demander la démission de son successeur, alors qu’il a lui-même conclu à Doha avec les talibans le pire des accords, un accord par lequel les Américains faisaient sans délai toutes les concessions – comme de libérer sur parole 5000 combattants, immédiatement réembrigadés – tandis que les concessions supposées des talibans étaient soumises au préalable du départ américain. Trump avait même envisagé d’inviter à Camp David ces dignes héritiers d’al-Qaida et de Daesh: pourquoi pas un 11 septembre, par exemple!

Le problème est toutefois plus fondamental. Le retrait d’Afghanistan a été voulu par Biden et par Trump, mais aussi par Obama. Le retour des boys après tant d’aventures militaires coûteuses et décevantes au cours des soixante dernières années est devenu un impératif catégorique dans l’opinion américaine et dément spectaculairement la volonté proclamée par Biden – «America is back» – de voir les États-Unis s’investir à nouveau pleinement dans ce qui est parfois présenté comme une nouvelle guerre froide, cette fois-ci contre la Chine. Le lâchage de Kaboul signe la contradiction entre l’ambition et la fatigue américaines. Les Américains donnent le sentiment de pouvoir encore se battre pour leurs intérêts, mais pas, semble-t-il, pour leurs valeurs.

Le crédit des États-Unis dans le monde va-t-il être affecté par ce fiasco?

Oui, bien sûr. Les Chinois ne manqueront pas de se gausser du nouveau tigre de papier et les États de l’Indo-Pacifique, déjà tiraillés entre l’amitié américaine et la proximité massive et incontournable de la Chine, vont douter un peu plus des États-Unis. À court terme, la Chine devrait sans doute être prudente et y regarder à deux fois avant, par exemple, de tenter un coup de main sur Taïwan, car la réaction d’une Amérique humiliée ne pourrait être que brutale, mais la crédibilité des États-Unis dans le bras de fer avec Pékin en sort inévitablement amoindrie. D’autant que la société américaine n’a jamais été aussi divisée sur ses valeurs, donc sur ses ambitions.

Ce que le monde a touché du doigt dans la plus grande stupeur, c’est la vertigineuse inutilité de la supériorité militaire. Par les temps qui courent, il importe moins d’être aimé que d’être craint, or c’est moins l’image de la trahison que celle de l’impuissance que nous renvoie aujourd’hui l’Amérique. On est tenté de dire, paraphrasant Jacques Brel: on a voulu voir Truman et on a vu Carter!

La France a-t-elle des leçons à tirer de la victoire des talibans en ce qui concerne son engagement militaire au Sahel?

Le parallèle a ses limites. Les situations sont très différentes, même si les États africains ont leur fragilité. Il reste que, le Sahel, c’était notre part du travail et que nous aussi nous tentons d’aider des sociétés vulnérables à faire face à la subversion islamo-terroriste et au crime organisé. Nous le faisons d’ailleurs en bonne intelligence avec les Américains.

Les initiatives qui ont été prises ces derniers mois par le président Macron – le redimensionnement de notre effort militaire et la responsabilisation politique des États de la zone – ont cependant pour objet précis de nous épargner le piège du tout ou rien qui a «naufragé» l’action américaine en Afghanistan. En remettant en cause Barkhane, une opération devenue trop lourde, trop coûteuse et trop unilatérale, sans pour autant quitter le théâtre des opérations, nous adressons à nos amis africains un message clair, mesuré et responsable: nous nous battrons avec vous, mais pas à votre place.

Par ailleurs, nous nous efforçons d’associer à l’action nos partenaires européens, car le sort du Sahel n’est ni l’affaire de la seule France ni même celle de la seule Europe du Sud. Nous avons sur ce point la satisfaction d’être mieux entendus que naguère. Nous ne nous faisons toutefois aucune illusion: rien n’est joué.

L’Union européenne ne va-t-elle pas subir le contrecoup du désastre afghan, notamment sous la forme d’une nouvelle vague de demandeurs d’asile?

C’est l’évidence. Nous sommes les voisins du désastre: ce sont les Américains qui jouent, mais ce sont les Européens qui paient les dettes de jeu. L’évanouissement de la puissance américaine a trois conséquences précises: il libère des flots de candidats à l’émigration, dont l’Europe sera la destination privilégiée ; avec la culture systématique du pavot, il offre au crime organisé les moyens de relancer massivement chez nous la consommation de drogue ; il offre enfin au terrorisme international la base territoriale arrière qu’il a perdue depuis la fin de Daesh. Il est à cet égard un peu dérisoire d’entendre Anthony Blinken nous expliquer que les Américains ont «fait le job» puisque al-Qaida a été puni et que Ben Laden n’est plus!

Nous n’avons cependant qu’à nous en prendre à nous-mêmes de ce qui nous arrive, car nous payons le prix de notre nanisme politique. La montée en puissance de la Chine et le pivotement des Américains vers l’Indo-Pacifique créent, du cercle polaire au sud de l’Afrique, une verticale du vide que l’Europe, amorphe, apathique et fragmentée, paraît incapable d’occuper. La situation est d’autant plus pressante que nous sommes entourés de puissances inamicales et que notre «étranger proche», le Moyen-Orient et l’espace méditerranéen, est traversé par des déséquilibres politiques, religieux, démographiques et climatiques à haut risque.

La construction d’une Europe politiquement puissante est devenue, sous l’effet d’un désengagement américain partiel mais structurel, un véritable impératif catégorique. Les Européens ne peuvent plus, sans dommage, rester aux abonnés absents de la confrontation internationale.

* Agrégé de lettres, ancien élève de l’ENA et conseiller maître honoraire à la Cour des comptes, Jean-Louis Bourlanges a été député européen de 1989 à 2007. Il est député MoDem des Hauts-de-Seine.

Voir de plus:

Biden’s Afghanistan Exit Raises Questions About His Foreign-Policy Record
U.S. withdrawal from Afghanistan could create a haven for terrorist groups, experts warn
The Wall Street Journal
Aug. 15, 2021

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

During the 2020 political campaign, President Biden presented himself as a globe-trotting leader who had helmed the Senate Foreign Relations Committee, served as President Barack Obama’s point man on complex international issues and who was determined to bring a steady hand to national security.

Yet the turmoil that has engulfed Afghanistan, which has led Mr. Biden to send 5,000 troops back to the country, roughly doubling the force he decided in April to take out, has confronted the White House with a crisis that could have lasting humanitarian and national-security consequences, former officials say.

“We are not at the worst point yet,” said Carter Malkasian, the author of a comprehensive history of the Afghan conflict who served as an adviser to former Joint Chiefs of Staff Chairman Gen. Joe Dunford. “Now that the Taliban are moving into Kabul and overturning the democratic government we have been supporting for 20 years, it is highly likely they will seek to punish, and perhaps even execute, the Afghans who worked with us.”

Mr. Biden has resolutely defended his troop withdrawal decision, saying that Washington had accomplished its mission in the region by killing Osama bin Laden and depriving al Qaeda of its sanctuary in Afghanistan, and had nothing to gain by perpetuating its military deployments in the country.

“One more year, or five more years, of U.S. military presence would not have made a difference if the Afghan military cannot or will not hold its own country,” Mr. Biden said in a statement Saturday. “And an endless American presence in the middle of another country’s civil conflict was not acceptable to me.”

On Sunday, Secretary of State Antony Blinken ramped up the Biden administration’s effort to deflect criticism by alleging that former President Trump had allowed the Taliban threat to grow on his watch while boxing in his successor with his Afghan diplomacy.

“The Taliban was at its strongest position in terms of its strength since 2001 when we came into office,” Mr. Blinken said on NBC’s “Meet the Press.”

Some former officials, however, say Mr. Biden’s troop withdrawal was a blunder and that the fallout could have lasting repercussions. The cratering security, which has put the Biden administration in a race to evacuate thousands of Afghan allies, may threaten the rights of women and could provide terrorist groups with an opportunity to move into Afghanistan’s ungoverned spaces.

“I think it is damning for him to have created this situation in his first significant action as commander in chief,” said Ryan Crocker, who served as the U.S. ambassador to Afghanistan during the Obama administration and has worked under Democratic as well as Republican presidents. “It’s an unforced error, and as an American I am deeply concerned.”

So far, public opinion polls show that a plurality of Americans favor Mr. Biden’s position. Yet they also indicate that many people have paid little attention in recent years to Afghanistan and that attitudes could shift depending on how events unfold after the last of the U.S. forces are gone.

In a September poll by the research organization NORC at the University of Chicago, 38% supported removing all American forces after being reminded of how many U.S. service personnel had died in the nearly 20-year-old conflict—about 2,400. Some 57% acknowledged, however, that they hadn’t been closely following news about the U.S. role in the country.

“Americans may have supported a withdrawal from Afghanistan, but views could change if we start to see the Taliban beating women in the streets, preventing girls from going to school, and otherwise dealing brutally with the population as they did in the 1990s, or if we see the re-emergence of a terrorist hotbed, including the arrival of foreign terrorist fighters,” said Lisa Curtis, who served as the top National Security Council official for South and Central Asia during the Trump administration.

Mr. Biden didn’t inherit a strong hand in Afghanistan. In February 2020, the Trump administration concluded an agreement with the Taliban that called for all foreign troops to leave by May 2021. Eager to wind down the U.S. military presence, former President Donald Trump reduced U.S. forces more quickly than the deal required.

By the time Mr. Biden took office in January, the U.S. had 2,500 troops in Afghanistan, its lowest level since 2001, which diminished Washington’s military leverage. Under the Trump administration’s pressure, the Afghan government also released 5,000 Taliban prisoners, many of whom have returned to the battlefield during the Taliban’s continuing offensive.

Still, Mr. Biden took office deeply skeptical of U.S. involvement in Afghanistan. As vice president, he argued for maintaining a modest counterterrorism force in the country instead of sending tens of thousands of troops in a surge of reinforcement.

“The Taliban, per se, is not our enemy,” Mr. Biden told Newsweek in 2011, drawing a distinction between terrorist groups that menaced the U.S. and the Taliban, which threatened the Afghan government. Mr. Biden lost the argument on sending troops during the Obama administration, but as commander in chief, he was finally in a position to call the shots.

In contrast to the numerous Trump policies he reversed, he opted to carry out Mr. Trump’s deal with the Taliban instead of trying to renegotiate it. In so doing, he overruled his top military commanders: Gen. Frank McKenzie, the commander of U.S. forces in the Middle East; Gen. Austin Scott Miller, who led NATO forces in Afghanistan; and Gen. Mark Milley, chairman of the Joint Chiefs of Staff. Citing the risks of removing American forces to Afghan security and the U.S. Embassy, they recommended that the U.S. keep 2,500 troops in Afghanistan while stepping up diplomacy to try to cement a peace agreement.

“This is really his first big decision as commander in chief,” said Eliot Cohen, a military historian and a professor at Johns Hopkins School of Advanced and International Studies. “He is unquestionably willing to stare down his advisers. This is a decision that involves a lot of blood, just not American blood. Whether it was wise or not, it was not an act of weakness. He is a hard guy, determined to follow through on his instincts, and live with the consequences.”

Those consequences, however, have come more quickly than the White House had anticipated.

The president’s decision to remove U.S. troops prompted NATO nations to withdraw their larger force, which consisted of some 9,600 troops including U.S. service members. It also led foreign contractors, whom the Afghan military depended on to maintain its aircraft, to head for the exits.

The abrupt departure of international support added to the crisis of confidence by the Afghan government’s forces. Their swift defeats happened as the U.S. struggled, so far without success, to secure access in Central Asian nations for U.S. military forces or at least contractors to more easily carry out counterterrorism operations in Afghanistan if al Qaeda or other terrorism threats emerge.

And it happened before the U.S. had evacuated tens of thousands of Afghans who had worked with the Americans and are now in danger, prompting Mr. Biden to temporarily retain 6,000 troops in Kabul to safeguard the airport and the U.S. Embassy.

The Biden administration has been at pains to dispel the impression that this is a Saigon moment, referring to the frantic American departure from South Vietnam in 1975 that came to symbolize America’s defeat. Yet while the White House insists the U.S. accomplished its main aims in Afghanistan, the speed of the Taliban’s advance has surprised the Biden administration. Just last month, Mr. Biden told reporters that “the likelihood there’s going to be the Taliban overrunning everything and owning the whole country is highly unlikely.”

The sense that events have outrun Mr. Biden’s planning has given fodder to Republican lawmakers, who have largely refrained from criticizing Mr. Trump’s handling of the issue while trying to turn Mr. Biden’s claim to foreign policy expertise into a political liability by challenging his understanding of Afghan realities.

“The folks in the administration keep pointing to the fact that the Afghan forces have the advantage in airplanes, equipment and training compared to the Taliban,” said Richard Fontaine, a former foreign-policy adviser to the late Sen. John McCain and the chief executive officer of the Center for a New American Security, a think tank. “All of that is true, but it comes down to will. And it turns out the Afghan military’s will to fight for the government was bound up in our will to remain supportive of that government and present on the ground.”

Voir encore:

Afghan abandonment a lesson for Taiwan’s DPP
Aug 16, 2021

Illustration: Liu Rui/GT

Illustration: Liu Rui/GT

The US troops’ withdrawal from Afghanistan has led to the rapid demise of the Kabul government. The world has witnessed how the US evacuated its diplomats by helicopter while Taliban soldiers crowded into the presidential palace in Kabul. This has dealt a heavy blow to the credibility and reliability of the US.

Many people cannot help but recall how the Vietnam War ended in 1975: The US abandoned its allies in South Vietnam; Saigon was taken over; then the US evacuated almost all its citizens in Saigon. And in 2019, US troops withdrew from northern Syria abruptly and abandoned their allies, the Kurds. Some historians also point out that abandoning allies to protect US interests is an inherent flaw that has been deeply rooted in the US since the founding of the country. During the American War of Independence, the US humbly begged the king of France, Louis XVI, to ally with it. After the war, it quickly made peace with Britain unilaterally and concluded a peace treaty with Britain that was detrimental to France’s interests. This put Louis XVI’s regime in a difficult position, giving cause for the French Revolution.

How Washington abandoned the Kabul regime particularly shocked some in Asia, including the island of Taiwan. Taiwan is the region that relies on the protection of the US the most in Asia, and the island’s Democratic Progressive Party (DPP) authorities have made Taiwan go further and further down this abnormal path. The situation in Afghanistan suddenly saw a radical change after the country was abandoned by the US. And Washington just left despite the worsening situation in Kabul. Is this some kind of omen of Taiwan’s future fate?

Tsai Ing-wen, who had sent a message of condolence to the US president for the death of his dog, did not mention even a word about the change in the situation in Afghanistan. Other DPP politicians as well as the media that tilt toward the DPP downplayed the shocking change as well. But they must have been nervous and feel an ominous presentiment. They must have known better in secret that the US is not reliable.

The geopolitical value of Afghanistan is no less than that of Taiwan island. Around Afghanistan, there are the US’ three biggest geopolitical rivals – China, Russia and Iran. In addition, Afghanistan is a bastion of anti-US ideology. The withdrawal of US troops from there is not because Afghanistan is unimportant. It’s because it has become too costly for Washington to have a presence in the country. Now the US wants to find a better way to use its resources to maintain its hegemony in the world.

Taiwan is probably the US’ most cost-effective ally in East Asia. There is no US military presence on the island of Taiwan. The way the US maintains the alliance with Taiwan is simple: It sells arms to Taiwan while encouraging the DPP authorities to implement anti-mainland policies through political support and manipulation. As a result, it has caused a certain degree of depletion between the two sides of the Taiwan Straits. And what Washington has to do is only to send warships and aircraft near the Straits from time to time. In general, the US does not have to spend a penny on Taiwan. Instead, it makes money through arms sales and forced pork and beef sales to the island. This is totally a profitable geopolitical deal for Washington.

Once a cross-Straits war breaks out while the mainland seizes the island with forces, the US would have to have a much greater determination than it had for Afghanistan, Syria, and Vietnam if it wants to interfere. A military intervention of the US will be a move to change the status quo in the Taiwan Straits, and this will make Washington pay a huge price rather than earn profit.

Some people on the island of Taiwan hype that the island is different from Afghanistan, and that the US wouldn’t leave them alone. Indeed, the island is different from Afghanistan. But the difference is the deeper hopelessness of a US victory if it gets itself involved in a cross-Straits war. Such a war would mean unthinkable costs for the US, in front of which the so-called special importance of Taiwan is nothing but wishful thinking of the DPP authorities and secessionist forces on the island.

In the past two decades, the Kabul government cost over 2,000 US soldiers, $2 trillion, and the majesty of the US against the « bandits. » But how many lives of US troops and how many dollars would the US sacrifice for the island of Taiwan? After all, the US acknowledges that « there is but one China and that Taiwan is part of China. » Will the US get more moral support from within and from the West if it fights for the secession of Taiwan than it did during the Afghan War?

The DPP authorities need to keep a sober head, and the secessionist forces should reserve the ability to wake up from their dreams. From what happened in Afghanistan, they should perceive that once a war breaks out in the Straits, the island’s defense will collapse in hours and the US military won’t come to help. As a result, the DPP authorities will quickly surrender, while some high-level officials may flee by plane.

The best choice for the DPP authorities is to avoid pushing the situation to that position. They need to change their course of bonding themselves to the anti-Chinese mainland chariot of the US. They should keep cross-Straits peace with political means, rather than acting as strategic pawns of the US and bear the bitter fruits of a war.

Voir aussi:

Worse Than Saigon
Ben Sasse
National Review
August 16, 2021

In yielding Afghanistan to the Taliban, Joe Biden has engineered the worst foreign-policy disaster in a generation.

While President Joe Biden cowers at Camp David, the Taliban are humiliating America. The retreat from Afghanistan is our worst foreign-policy disaster in a generation. As the Taliban marches into Kabul, they’re murdering civilians, reimposing their vicious Islamist law, and preparing to turn Afghanistan back into a bandit regime. The U.S. embassy has told Americans to shelter in place. Refugees are fleeing to the airport, begging to escape the coming bloodbath. None of this had to happen.

America is the world’s greatest superpower. We ought to act like it. But President Biden and his national-security team have failed to protect even the American embassy in Kabul. They have broken America’s promises to the men and women who long for freedom — especially those thousands of Afghans who served alongside our military and intelligence services. They are turning their backs on the women and children who are desperate for space on the remaining flights out of hell.

Gross incompetence has given the Taliban a terrible opportunity to slaughter our allies. Eighty-eight thousand of our Afghan allies have applied for visas to get out of the country, but this administration has approved just 1,200 so far. I’ve been among a bipartisan group of senators that has pushed Biden to expedite this process, but to no avail. At this point, it’s not clear how many we’ll be able to get out. Every translator and ally who stood by us is now at risk.

This bloodshed wasn’t just predictable, it was predicted. For months, Republicans and Democrats on the Senate Intelligence Committee have warned the Biden administration that this would happen. Now the administration is acting like this is a surprise. It’s shameful, dishonest spin.

America’s retreat is a major propaganda coup for the jihadists. The Taliban will claim to be a “superpower-slayer.” The Taliban helped their allies stage the 9/11 attacks almost exactly 20 years ago, and after our retreat they’ll be able to brag about humiliating us again.

Make no mistake: The Taliban will exploit every image of American retreat. Pictures of desperate Afghans perilously crowded around the unguarded airport in Kabul are painfully reminiscent of images of Saigon — images that cemented communist victory in Vietnam and showed American weakness to the world. Jihadists are flocking to the “hallowed ground” where they have just defeated the “infidels.” Afghanistan will become a sanctuary for terrorist groups all over again.

China and Russia will look to capitalize on Biden’s weakness and incompetence, too. Their message is simple: Why should Ukraine or Taiwan put any faith in the United States after seeing how Washington has abandoned its allies in Afghanistan? America’s enemies are salivating at the thought of taking advantage of the president who surrendered in the War on Terror.

The sad thing is, many in my party are trying to blame-shift as if the last administration didn’t set us on this course. Here’s the ugly truth: Neither party is serious about foreign policy. For a decade now, demagogues have lied to the American people about our mission in Afghanistan. President Trump pioneered the strategy of retreat President Biden is pursuing, to disastrous effect.

The politicians and pundits who make excuses for this shameful retreat will dishonestly claim that it was this or fighting so-called “forever wars.” They pretend that our only choices were a massive occupation or an immediate withdrawal. They ignore the reality on the ground. Their cheap talking points have led to chaos, persecution, and death.

Politicians don’t tell this truth: America didn’t have a nation-building occupation force in Afghanistan. The last time we had 100,000 troops in the country was a decade ago. We’re not waging “endless wars” in Afghanistan any more than we’re waging endless wars in South Korea, Germany, or Japan — or Kosovo, or Honduras, or any number of other nations where we have forward-deployed forces. A relatively small number of troops has successfully supported our Afghan allies by providing the backbone for intelligence and special-operations missions. Americans weren’t building empires or fighting unwinnable battles. We were defending airfields and decapitating terror organizations while keeping a light footprint. Americans have heard of some high-profile goons, such as Qasem Soleimani and Abu Bakr Al-Baghdadi. But our heroes in Afghanistan have killed a lot more Bin Laden wannabes whose names you don’t know — precisely because we killed them before they could take down a World Trade Center. We fought and won this war in Afghanistan, not on American shores. But you wouldn’t realize that from the isolationist rhetoric surrounding Biden’s choices.

It’s important to recognize the work that our special forces and intelligence operatives did after 9/11. The partnerships they built with our Afghan allies were premised on the idea that America isn’t capable of this kind of betrayal. I’ve had a dozen conversations with American intelligence officers and special operators over the past few weeks, and they’ve told me that they swore to their Afghan recruits that if they fought shoulder-to-shoulder with Americans, we’d protect their wives and children. Those promises are being broken. America is supposed to be better than this. The Biden administration is spitting in the face of all these heroes, but we owe them a debt of gratitude. The work they did mattered, and still matters.

Our troops didn’t lose this war. Politicians chose defeat. We never had to let the Taliban win, but a bipartisan doctrine of weakness has humiliated the world’s greatest superpower and handed Afghanistan to butchers. In the next few weeks, the situation in Afghanistan will get much worse. Americans need to pray for that troubled country. President Biden needs to man up, come out of hiding, and take charge of the mess he created. Secure the airfields and get as many souls out as possible. Time is short.

Voir également:

Biden to Afghanistan: Drop Dead
Biden is defiant in blaming others for his Afghan debacle.
The Wall Street Journal
Aug. 16, 2021

President Biden told the world on Monday that he doesn’t regret his decision to withdraw rapidly from Afghanistan, or even the chaotic, incompetent way the withdrawal has been executed. He is determined in retreat, defiant in surrender, and confident in the rightness of consigning the country to jihadist rule. We doubt the world will see it the same way in the days, months and years ahead.

***

Mr. Biden refused to accept responsibility for the botched withdrawal while blaming others. He blamed Donald Trump’s peace deal with the Taliban and falsely claimed again that he was trapped. He blamed his three predecessors for not getting out of Afghanistan. He blamed the Afghans for not fighting hard enough, their leaders for fleeing, and even Afghans who helped us for not leaving sooner. The one group he conspicuously did not blame was the Taliban, who once harbored Osama bin Laden and may protect his terrorist successor.

The President made glancing reference to the horrible scenes unfolding in Kabul and especially at the airport, though again without addressing the mistakes that led to them. Had the U.S. not given up the air base at Bagram, now controlled by the Taliban, the U.S. would not now have to fight to control Kabul’s commercial airfield.

The chaotic scenes at the airport, with Afghans hanging from a U.S. military plane and two falling from the sky to their deaths, will be the indelible images of this debacle. They are the echo of 9/11, with people falling from the sky, that Mr. Biden didn’t anticipate when he chose the 20th anniversary of 9/11 as his withdrawal deadline.

Instead of taking responsibility, Mr. Biden played to the sentiment of Americans who are tired of foreign military missions. It’s a powerful point to speak of sending a child to risk his life in a foreign country, and no doubt it will resonate with many Americans. It is a question that every President should ask.

But the President was dishonest in framing the U.S. mission merely as fighting in another country’s “civil war.” The U.S. didn’t remain in Afghanistan for 20 years to send women to school or to “nation build.” The core mission was to prevent the country from again becoming a terrorist safe haven. The Taliban’s victory will now attract thousands of young jihadists from around the world, and they will have Americans and the U.S. homeland in their sights.

Mr. Biden said he would maintain a “counterterrorism over-the-horizon capability” to strike camps in Afghanistan, but that will be much harder from the distance of the Persian Gulf. This is a far bigger risk than he lets on, as U.S. intelligence agencies know.

Mr. Biden was also dishonest in framing his Afghan decision as a false choice between total withdrawal and sending tens of thousands of troops again. He knows his own advisers, military and civilian, believed they could support the Afghan military with no more than a few thousand troops to supply air power and intelligence.

He also knows the U.S. hasn’t had a single casualty in more than a year in Afghanistan. Even if Mr. Biden was set on withdrawal, he could have done it based on conditions that would have given the Taliban more incentive to negotiate with the government.

Mr. Biden claimed that Afghan leaders Ashraf Ghani and Abdullah Abdullah had refused his advice to negotiate with the Taliban. That is false. They had been negotiating with the Taliban for months, under enormous pressure from the Trump Administration. The problem is that the Taliban had no incentive to negotiate in good faith when it knew the U.S. was leaving and would be able to take its chances on a military victory.

Like all good liberal internationalists, Mr. Biden thinks you can achieve a diplomatic outcome by diplomacy alone. Mr. Biden’s claim that the U.S. will continue to support the Afghan people and stand for human rights and the women of Afghanistan is the same kind of internationalist twaddle. The Taliban is taking the women of Afghanistan back to the Dark Ages, and the “international community” will do nothing to stop it. Mr. Biden’s words of “support” will be cold comfort when the Taliban knocks on the doors of women who worked in the Afghan government.

***

We had hoped that Mr. Biden would accept some responsibility and explain how he would fix this mess. He did none of that, making it clear that he himself is the main architect of this needless American surrender. It does not bode well for the rest of his Presidency.

The world has seen a President portraying surrender as an act of political courage, and retreat as strategic wisdom. As we write this, the world’s rogues are looking for ways to give him a chance to deliver a similar speech about other parts of the world.

Voir enfin:

The Calamitous Fall of Afghanistan
A light is going out now. There’s still no easy exit
Jeffrey Gedmin
American purpose
16 Aug 2021

Afghanistan is a bewildering, agonizing, enchanting place. You get a feel for this in Khaled Hosseini’s 2003 novel The Kite Runner. I got a sense of it when I went there a decade ago.We Americans tend to travel to such places in organized bubbles. My particular bubble was an exceptional one: I arrived in Kabul as president of a congressionally funded media group. The bubble included a little caravan of black SUVs with armored-plated doors, three bodyguards carrying assault rifles, a lead car and follow-on vehicle in chaotic Kabul traffic, and bullet-proof glass. True, my job at the time made me a target—but so was the simple fact that I was a foreigner. Foreigners were getting kidnapped for ransom.The Afghanistan of bleakness, death, and destruction is often the only one we see in the media. I learned better from my Afghan colleagues at Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) headquarters in Prague. They were women and men of creativity, energy, and elegance. I never ceased to be amazed by the large bags of mail they received each week from devoted listeners.The “letters” were usually scrolls—ten, twenty, thirty feet long. One ran to seventy feet. These letters, once unfurled, were stunning. They contained drawings and paintings, poems and prayers, songs and tributes and commentary. They named and reflected regions, tribes, and dialects. People would walk for miles to a village scribe to share their stories, to memorialize their reactions to this or that program. I brought samples back to Washington to share with people like Librarian of Congress James Billington and his specialists, who were impressed enough to put hundreds of them on exhibit just outside the library’s main reading room near the Gutenberg Bible. The proximity was not inappropriate.What I saw in Afghanistan deepened the impression that the letters made. I broke bread with a young imam who told me that the United States could never be a model for his country: Afghanistan was religious, tribal, traditional. He also told me he couldn’t stand the Taliban. They were vicious, he opined. Girls should go to school. I met with tribal leaders, all men with beards and long white tunics. I’m not sure what they thought about women’s rights. One told me, though, that he would occasionally adjust a prayer schedule so that people could tune in to important radio programs. One of them, as he would have known, was a popular Azadi program, a call-in show on women’s health issues hosted by a female Afghan gynecologist.Azadi is the local brand of Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL). It’s radio, mostly; this is still a radio country, mostly. RFE/RL’s programming in Dari and Pashto was and has remained immensely popular. Former Afghan President Hamid Karzai told me it was the first thing he listened to in the morning to get a feel for things in the country. Azadi has had a bureau in Kabul with journalists who report from across the country’s thirty-four provinces.We can’t seem to find balance between irrationally exuberant democracy promotion and great-power realism and restraint. We went to Afghanistan to close terrorist training camps, and we did. We surely understood that we would bear some responsibility—in our own self-interest—for what would come after the intervention and the toppling of a government. Then, however, we did what we do: We got lost in competing priorities and unrealistic expectations. We also failed to see what else happened along the way.In Afghanistan, terrorist training camps of the kind that made 9/11 possible remained closed. Life expectancy improved. Infant mortality declined. Women acquired opportunities that were previously unthinkable. For those focused on great-power competition, Russia stayed out, China was kept at bay, and Pakistan, China’s ally, was constrained.These gains will now be wiped out because we can’t be satisfied with managing problems; we have to solve them. If we can’t win clearly and decisively, remaking a society in the process, we will retreat and abandon our allies. Why couldn’t we have left a residual force in Afghanistan to help provide a modicum of security there? Three-quarters of a century after the Korean War, after all, we maintain twenty-nine thousand troops in South Korea. We still have post-World War II troops in Europe. These are the overhead costs of peace and stabilitOne can see the way in which such arguments are faltering today. The new realism is hollow, oblivious to power. Idealism is not fashionable.

A couple of years ago, I asked a former RFE/RL colleague about those Afghan letters. We still get them, he wrote me, from

children who dream of becoming scientists. From peasants who pray for rain—or better irrigation. Some are love poems from shepherds or soldiers on front lines. From teachers who want better buildings, or any buildings at all. Many women and girls thank us for being their window to the world. They write from remote mountain hamlets, teeming cities, and refugee camps in neighboring Iran and in parts of Afghanistan where there is no electricity and, thus, no television. Many letters close with a prayer for peace.

Nine million Afghan children started going to school in the last twenty years, some 40 percent of them girls. The aim was “to buy time,” said former U.S. ambassador Ryan Crocker, a member of the RFE/RL board, “for this young generation of Afghans to come of age.”

But time is up. We are now scrambling to get our people—diplomats, select civilians—out of the country. After initial miscalculations, Biden has committed five thousand troops for this purpose. And the Afghans who have worked closely with the United States over the last two decades? RFE/RL president Jamie Fly is determined—and struggling—to get adequate support for the nearly one hundred of his people still there and trying to leave (Voice of America has dozens on the ground looking for safe passage out). They were always targets. Three summers ago, journalist Abadullah Hananzai and video producer Sabawoon Kakar died in a bombing on the main road behind the RFE/RL Kabul bureau. Maharram Durrani, a twenty-eight-year-old female university student training to become a journalist at the bureau, was also killed in the attack.

RFE/RL’s Abubakar Siddique has been reporting that thousands, and possibly tens of thousands, were streaming into Kabul in the last week. Women have been rushing to buy all-concealing burqas. One woman in a makeshift camp for women and children in the capital reports that in her hometown Taliban fighters have gone door-to-door, forcing young girls to marry them at gunpoint.

American adversaries are pushing back into the region. Russian diplomats met with Taliban representatives in Doha last week. Beijing is pressing for Islamabad’s cooperation—and the Taliban’s pledge—in repressing and rounding up Uighurs in their respective countries.

Afghan President Ashraf Ghani is, in a very real sense, ours. He is a Western-oriented anthropologist, a friend of the United States, who was determined to lessen the country’s corruption. He called for help, until he was forced to flee. The Taliban have taken Kabul.

We Americans see this as our struggle, which is now coming to an end. The Afghans’ struggle is certainly not finished. The two are not so easily separated.

Jeffrey Gedmin is a former president and current board member of RFE/RL. He is co-founder and editor-in-chief of American Purpose.

Voir par ailleurs:

New evidence shows the Pulse nightclub shooting wasn’t about anti-LGBTQ hate
The trial of the Pulse nightclub shooter’s wife dramatically changed the narrative about the deadly attack
Jane Coaston
Vox
Apr 5, 2018

It’s been nearly two years since the mass shooting at Pulse nightclub in Orlando, Florida, that killed 49 people — widely believed to be an act of aggression against the club’s LGBTQ clientele and “undeniably a homophobic hate crime.” There’s now conclusive evidence that the shooter wasn’t intending to target LGBTQ people at all.

In fact, he allegedly had no idea Pulse was a gay club, and simply Googled “Orlando nightclubs” after finding that security at his original target, a major shopping and entertainment complex, was too high, as reported by ClickOrlando.com.

This evidence dramatically changes the mass shooting’s narrative; politicians and individuals across the political spectrum had positioned it as an anti-LGBTQ hate crime. Instead, the new evidence suggests, the Pulse nightclub shooting was intended as revenge for US anti-terror policies abroad.

The evidence emerged during the trial of the shooter’s wife, Noor Salman, whom the federal government charged with aiding and abetting and obstruction of justice. Federal prosecutors argued that Salman had helped her husband plan and orchestrate the attack. She was acquitted by a jury last Friday, a rare occurrence when most defendants accused of terror charges accept plea deals and the average conviction rate in such cases is above 90 percent.

The shooter’s motive was apparently revenge for United States bombing campaigns on ISIS targets in the Middle East. He had pledged allegiance to ISIS’s leader, Abu Bakr al-Baghdadi, and during the Pulse shooting posted to Facebook, “You kill innocent women and children by doing us airstrikes. … Now taste the Islamic state vengeance.” In his final post, he wrote, “In the next few days you will see attacks from the Islamic state in the usa.”

Salman’s attorneys introduced evidence showing that, far from assisting the shooter, she was a victim of her husband’s abuse, including frequent beatings and sexual assault.

The Pulse nightclub shooting was the deadliest attack on LGBTQ people in American history, and liberals and conservatives — including then-presidential candidate Donald Trump — assumed the shooting was based on the victims’ sexual orientation and gender identity. Trump and other Republicans attempted to use their response to the shooting to argue that they were true pro-LGBTQ advocates because of their support for immigration restrictions aimed at Muslims.

In a speech on June 13, the day after the shooting, Trump said, “This is a very dark moment in America’s history. A radical Islamic terrorist targeted the nightclub, not only because he wanted to kill Americans, but in order to execute gay and lesbian citizens, because of their sexual orientation.” The following day at a North Carolina rally Trump said, “We want to live in a country where gay and lesbian Americans and all Americans are safe from radical Islam, which, by the way, wants to murder and has murdered gays and they enslave women.”

During Trump’s speech at the Republican National Convention where he accepted his party’s presidential nomination, he said, “Only weeks ago, in Orlando, Florida, 49 wonderful Americans were savagely murdered by an Islamic terrorist. This time, the terrorist targeted the LGBTQ community. No good. And we’re going to stop it. As your president, I will do everything in my power to protect our LGBTQ citizens from the violence and oppression of a hateful foreign ideology.”

But the evidence shows otherwise. The shooter didn’t target LGBTQ people — he didn’t even realize Pulse was a gay-oriented nightclub, asking a security guard at the club where all the women were just before he started shooting.

After a mass shooting, observers, including journalists, often search for a motive, sometimes even before the first victims have been identified. But the Pulse shooting proves that initial narratives about mass shooters’ motivations are often wrong — and those narratives can be far more powerful than the truth.

COMPLEMENT:

Chaos à Kaboul: Pourquoi Biden est responsable et coupable

Gérald Olivier

France Amérique

18 août 2021

La présence américaine en Afghanistan, commencée en 2001, vient de s’achever dans la confusion et le chaos. Les images de milliers de personnes tentant désespérément de fuir le pays dans les bagages de l’occupant ont évoqué les pires clichés de conflits passés que l’on pensait ne jamais revoir.

Ce retrait précipité est une défaite incontestable, voire une déroute, pour les Etats-Unis. Néanmoins, la décision de quitter l’Afghanistan était et demeure la bonne décision. Après vingt ans d’une occupation stérile, c’était la seule chose à faire. Mais c’est la manière qui pose problème. La façon dont le président Biden et ses conseillers ont laissé le pays être submergé par les Talibans, avant même d’avoir pu en évacuer tous les Américains – sans parler des milliers de collaborateurs afghans dont la vie est aujourd’hui menacée – trahit une naïveté, une impréparation et franchement une incompétence coupables. C’est tout l’appareil stratégique américain qui est en cause : le Conseil National de Sécurité, le Département d’Etat, le Pentagone, les services de Renseignements, et tout en haut, bien sûr, le président Biden !

L’heure des comptes viendra. Connaissant les institutions américaines, il y aura des enquêtes parlementaires. Les responsabilités seront tirées au clair. Pour l’instant, il importe de comprendre l’enchaînement des évènements qui a engendré ce chaos.

Dans une allocution télévisée, au lendemain de la prise de Kaboul par les Talibans, le président Biden a fait reposer toute la responsabilité de la débandade américaine sur, (qui d’autre ?) … son prédécesseur Donald Trump. Voici ses propos :

« En entrant à la Maison Blanche, j’ai hérité d’un accord négocié par le président Trump avec les Talibans, en vertu duquel nos soldats devaient avoir quitté le pays au 1er mai 2021… Le nombre de nos soldats sur place avait déjà été ramené de quinze mille à deux mille cinq cents par l’administration Trump. Alors que les Talibans n’avaient jamais été aussi forts militairement depuis 2001…. Le choix qui se présentait à moi en tant que président consistait à m’en tenir à cet accord, ou bien à me préparer à combattre à nouveau les Talibans au printemps… La froide réalité se limitait à suivre cet accord en retirant nos troupes, ou à escalader le conflit en renvoyant des milliers de soldats au combat et en nous engageant dans une troisième décennie de conflit en Afghanistan. »

Ainsi donc Joe Biden, président des Etats-Unis, et homme le plus puissant de la planète, s’est présenté comme pieds et poings liés, par un accord négocié par Donald Trump! Loin de reconnaître une quelconque responsabilité, il s’est érigé en victime.

Venant d’un Démocrate, une telle posture n’a pas de quoi surprendre. Mais venant aussi d’un président qui a réintégré les Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat, par décret, dès son premier jour au pouvoir, annulant d’un coup de crayon la décision de son prédécesseur ; qui a ouvert la porte à une reprise du dialogue avec l’Iran sur la question nucléaire, inversant à nouveau la politique de son prédécesseur ; qui a suspendu la construction du mur à la frontière mexicaine, qui a laissé entrer les immigrants clandestins par centaines de milliers et qui a accepté l’entrée de demandeurs d’asile sur le territoire, supprimant non pas une mais trois directives majeures de son prédécesseur ; venant d’un tel personnage, donc, une telle affirmation est grotesque et inacceptable.

D’autant que les faits racontent une tout autre histoire.

A la vérité, en arrivant à la Maison Blanche, Biden et ses conseillers étaient bien contents du travail accompli par leurs prédécesseurs, à savoir le président Trump et son secrétaire d’Etat Mike Pompéo. Ils ont pris à leur compte un retrait de troupes qui leur permettait d’apparaitre comme des faiseurs de paix. Par contre, ils ont fait preuve d’une incompétence et d’une impréparation invraisemblables dans l’exécution de la manœuvre.

Selon l’accord passé entre l’administration Trump et les Talibans, le retrait des troupes américaines était lié à l’absence de toute offensive. Les Talibans étaient tenus de ne rien tenter contre les troupes américaines, et les troupes afghanes, tant que les Américains seraient sur place ! Le retrait des troupes, du matériel et au besoin des civils afghans ayant travaillé avec les Américains, devait être achevé avant de laisser le gouvernement en place et les Talibans se disputer le contrôle du pays. La faute de l’administration Biden a été de laisser les Talibans lancer leur campagne de reconquête, avant la fin du retrait américain, sans envisager la possibilité que celle-ci puisse les prendre de vitesse. C’est une faute gravissime, un péché d’orgueil et d’inattention.

Voici ce qui s’est passé dans le détail.

L’accord de paix entre les Etats-Unis et les Talibans remonte au 29 février 2020. Il fut signé dans la capitale du Qatar, Doha, lieu où s’étaient tenues les négociations, par l’envoyé spécial des Etats-Unis, Zalmay Khalilzad et le mollah Abdul Ghani Baradar, co-fondateur et chef politique des Talibans. Baradar avait été capturé en 2010 au Pakistan, emprisonné puis libéré à l’automne 2018, précisément pour engager des négociations de paix (alors secrètes) avec les Américains. Mike Pompéo, alors secrétaire d’Etat avait assisté à la signature de cet accord.

Pour Donald Trump, mettre un terme à la guerre en Afghanistan, et permettre aux milliers de GIs, déployés sur place, de rentrer au bercail, était une promesse de campagne. Il y tenait. Tout comme il tenait à ce que l’autorité des Etats-Unis soit respectée. D’ailleurs, entre 2018 et 2020, il avait suspendu les négociations à plusieurs reprises, à cause d’incidents terroristes attribués aux Talibans.

Côté américain, cet accord incluait un retrait progressif des troupes présentes depuis 2001 ; l’échange de cinq mille Talibans détenus en Afghanistan contre mille soldats des Forces de Défense Afghanes faits prisonniers par les Talibans, et la levée progressive de sanctions contre les Talibans. Le départ des troupes américaines et de l’Otan pouvait s’achever en quatorze mois, soit à la date du 1er mai 2021, si les Talibans tenaient tous leurs engagements. Le moindre écart serait sanctionné par des représailles militaires de la part des Etats-Unis. Selon les mots de Donald Trump à l’époque, les Talibans seraient exposés au feu américain « comme jamais encore auparavant ».

En échange les Talibans s’engageaient à cesser toute violence et à n’abriter ou soutenir aucun mouvement terroriste, tel Deach ou Al Qaida.

Le devenir politique de l’Afghanistan était laissé à des négociations futures entre le gouvernement du président Ashraf Ghani, élu en 2014 et réélu en 2019, et les dirigeants talibans. A noter que ces discussions ont commencé dès la signature de cet accord, sans aboutir et ont fini par être suspendues. La sécurité du pays, une fois le retrait des troupes étrangères effectué, était supposée être assurée par les trois cent mille soldats de l’armée afghane, formés et équipés par les Américains. Face à une force talibane estimée à soixante mille combattants, la tâche, sur le papier, n’était pas impossible…

Voilà ce dont le président Biden a hérité en janvier 2021 à son entrée à la Maison Blanche. Il pouvait à tout moment dénoncer cet accord. C’est d’ailleurs ce qu’un certain nombre d’élus Démocrates, soutenus par des Républicains Néoconservateurs, dont Liz Cheney, la fille du vice-président de George W. Bush lui ont recommandé de faire.

“Les Talibans ne respectent pas tous leurs engagements en vertu de l’accord du 29 février, ce qui pose un problème quant à la sécurité future de l’Afghanistan » dit alors le sénateur Robert Menendez, président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat. Pour lui, il existait un risque de voir « l’Afghanistan sombrer dans le chaos » et il avait recommandé au président Biden de renoncer à un retrait effectif en date du 1er mai.

Biden suivit partiellement ses conseils. Il abandonna l’objectif du 1er mai et repoussa le retrait total à la date, hautement symbolique, du 11 septembre 2021, soit vingt ans, jour pour jour, après les attaques terroristes du 11 septembre 2001. Par contre, il ne remit jamais le principe du retrait en question. Et il renonça à sanctionner les Talibans pour leurs manquements répétés à leurs engagements.

Le message fut, à l’évidence, parfaitement reçu et compris à Doha et à Kaboul.

Le 25 juin 2021 le président Biden reçut à la Maison Blanche le président afghan Ashraf Ghani. La rencontre donna lieu à un communiqué lénifiant sur « la poursuite d’un solide partenariat bilatéral » et le « soutien durable des Etats-Unis au peuple afghan, y compris aux femmes et aux filles afghanes, ainsi qu’aux minorités. » Biden assura aussi son homologue de la « poursuite de l’assistance américaine aux forces de défense et de sécurité nationales ».

A cette date, les Talibans avaient déjà commencé de regrouper leurs forces pour préparer la reconquête du pays. Mais de cela, le communiqué officiel ne disait rien !

Quelques jours plus tard, le 8 juillet précisément, Joe Biden faisait une déclaration télévisée depuis la Maison Blanche suivie d’une de ses très rares conférences de presse. Le retrait américain était alors considérablement engagé. Loin de se plaindre d’un quelconque leg de l’administration Trump, il s’arrogeait la paternité du processus de paix et utilisait à répétition le pronom « je » en parlant des évènements récents.

« Quand j’ai annoncé notre retrait en avril j’ai dit que nous serions partis en septembre et nous sommes en bonne voie pour réaliser cet objectif… Notre retrait se déroule de façon ordonnée et sécurisée… Une fois ma décision prise de mettre un terme à cette guerre, il nous fallait agir vite… Que les choses soient claires, la mission américaine en Afghanistan se poursuit jusqu’à la fin août et nous conservons d’ici là les mêmes capacités et la même autorité que par le passé… Par la suite nous maintiendrons notre présence diplomatique en Afghanistan ! »

Pressé par une journaliste sur les risques d’un départ précipité et d’une chute de Kaboul, rappelant la dramatique évacuation de Saïgon en 1975, Joe Biden avait affirmé « il est hautement improbable que les Talibans parviennent à reprendre le pays… Les forces talibanes n’ont rien à voir avec les combattants du Viet-Cong… Sous aucune circonstance vous ne verrez des civils évacués depuis le toit de l’ambassade américaine en Afghanistan ! »

Propos prémonitoires qui reviennent déjà le hanter ! Certes on n’a pas (encore) vus de civils évacués depuis un toit, mais on en a vu des centaines courir et s’accrocher à un avion militaire américain en train de décoller… Quant à l’ambassade américaine à Kaboul, elle a été évacuée et l’ambassadeur Ross Wilson a fui l’Afghanistan quelques minutes après le président Ghani ! L’inverse de ce qu’avait affirmé Biden.

Si cela ne suffisait pas encore, Joe Biden en a rajouté une couche le 23 juillet. Suite à une conversation téléphonique avec le président Ghani, la Maison Blanche indiquait par communiqué avoir renouvelé ses « assurances du soutien des Etats-Unis au peuple afghan». Alors même que des combats faisaient rage dans plusieurs provinces afghanes, et que les troupes gouvernementales étaient submergées par l’avancée des forces talibanes. Notant que « l’offensive actuelle des Talibans est en contradiction avec l’engagement de ce mouvement pour une solution négociée » et tout en déplorant « les pertes de vies civiles dues à des attaques ciblées, les déplacements de population et les pillages », Joe Biden n’évoquait à aucun moment de quelconques représailles contre les Talibans, ni surtout une suspension ou une remise en question du retrait des troupes américaines. Et pourtant cela aurait été pleinement justifié selon les termes de l’accord dont Biden s’est ensuite dit prisonnier.

Sans doute avait-il d’autres priorités. Il est vrai que ce même 23 juillet, s’est tenue à la Maison Blanche une table ronde avec « les représentants des femmes transgenres de couleur » qui a, sans doute, retenu toute son attention et celle de ses conseillers !

Comble de l’impréparation, Biden a estimé que le temps était venu de prendre des vacances et de libérer son staff. Il s’est offert un week-end à Camp David, comme il le fait souvent, et sa porte-parole Jen Psaki a laissé un message sur son répondeur comme une simple employée de bureau… Alors que pendant ce temps-là l’Afghanistan sombrait dans le chaos.

Prétendre ensuite que la chute de Kaboul et le chaos afghan sont la faute de Donald Trump, c’est se moquer du monde ! D’ailleurs, même la clique de ses partisans dans les médias a trouvé la couleuvre trop difficile à avaler. De part et d’autre du paysage médiatique américain, on observe les premières fissures dans la grande muraille protectrice démocrate.

Jake Tapper de CNN s’est offusqué de la tendance du président Biden à s’absoudre de toute responsabilité et à « pointer du doigt et blâmer les autres ». La chaine a parlé « d’une débâcle et d’un désastre politique qui vient entacher une présidence déjà marquée par des multiples crises ». David Sanger du New York Times estime que « Biden restera dans l’histoire comme celui qui a présidé au dénouement humiliant de l’expérimentation américaine en Afghanistan. » Dans le reste de la presse, c’est le mot « fiasco » qui revient le plus.

Un « fiasco » qui repose sur les épaules de Joe Biden, mais pas seulement. Le Pentagone, le Conseil National de Sécurité et le Département d’Etat sont aussi dans la ligne de mire des chroniqueurs américains.

En tête, tous ceux – et ils sont nombreux, du général Stanley Mc Chrystal, commandant en chef des forces américaines en Afghanistan sous Barack Obama, à John Mattis, responsable du commandement central américain, donc de la zone Iraq-Afghanistan, sous Obama, puis chef du Pentagone sous Donald Trump, qui ont prétendu au long des quinze dernières années que les efforts et les investissements américains étaient payants et que l’Afghanistan était sur la voie de la démocratie. Alors que ce n’était clairement pas le cas !

Tout récemment encore, le général Mark Milley, chef des Etats-Majors inter-armées, répétait que « les forces armées afghanes ont la capacité de défendre le pays et une victoire des Talibans n’est pas une certitude ». Se tromper à ce point, lorsque l’on occupe un poste aussi sensible, dépasse l’erreur d’analyse et constitue de l’incompétence, voire une volonté de mentir…

La déroute américaine en Afghanistan est le premier tournant de la présidence Biden. Jusqu’à présent ses errements avaient été passés sous silence par les médias dominants, au nom de l’anti-Trumpisme. Ce ne sera sans doute plus le cas à l’avenir. Le reste de son mandat s’annonce aussi chaotique que la chute de Kaboul.

Voir aussi:

John Bolton : « Trump et Biden partagent la responsabilité de la déroute en Afghanistan »
ENTRETIEN. Ancien ambassadeur américain à l’ONU, John Bolton explique pourquoi il n’aurait jamais ordonné le retrait des troupes d’Afghanistan.

Propos recueillis par Julien Peyron

20/08/2021

Sous la présidence de George W. Bush, il faisait partie du clan de ceux que l’on appelait « les faucons ». John Bolton a été l’un des grands artisans de la guerre en Irak en 2003 aux côtés de Donald Rumsfeld. Désigné ambassadeur américain à l’ONU en 2005, il est contraint de démissionner l’année suivante car les démocrates refusent de confirmer un homme qui représente à leurs yeux la politique va-t-en-guerre des États-Unis. Donald Trump ira ensuite le chercher pour lui offrir le rôle de conseiller à la Sécurité nationale en 2018. Les deux hommes se brouillent rapidement, notamment sur le dossier afghan. En effet, contre l’avis de son conseiller, farouchement opposé à tout retrait américain, le président annonce son intention de quitter le pays . Depuis, John Bolton a des mots très durs envers Donald Trump puis Joe Biden , car le nouveau président a continué, voire accéléré le départ des troupes d’Afghanistan. Comme le reste du monde, il a regardé avec sidération les images des talibans s’emparant de Kaboul le 15 août dernier. Au Point, il fait part de sa colère. Entretien.

Le Point :Comment décririez-vous ce qui s’est passé le 15 août à Kaboul ?

John Bolton : C’est une tragédie. Pas seulement pour le peuple afghan, mais aussi pour l’Amérique, l’Europe et tout l’Occident. Vingt ans d’efforts ont été réduits à néant. Forcément, comme beaucoup, j’ai pensé à Saigon et à la désastreuse évacuation du pays à la fin de la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, les talibans contrôlent tout le territoire afghan et vont en refaire un sanctuaire pour terroristes. Nous approchons du 20e anniversaire du 11 septembre 2001 et jamais le risque de voir un nouveau 11 Septembre se reproduire n’a été aussi grand. Les États-Unis sont plus vulnérables aujourd’hui qu’hier.

Malgré tout, vous dites que l’Amérique n’a pas perdu la guerre en Afghanistan…

Nous avons gagné la guerre en Afghanistan, mais nous partons comme si nous l’avions perdue. C’est pire encore qu’une défaite militaire, c’est une décision politique, qui demeure pour moi inexplicable.

Ne fallait-il pas mettre un terme à cette « guerre sans fin » ?

La situation était loin d’être parfaite en Afghanistan. Mais il vaut mieux une guerre sans fin que subir des attaques terroristes sur son sol.

Qui tenez-vous pour responsable du fiasco en Afghanistan ? Donald Trump ou Joe Biden ?

Trump et Biden partagent la responsabilité de cette déroute. Si Trump avait été réélu, la même chose serait arrivée, nous serions aussi partis d’Afghanistan. Biden ne fait qu’appliquer les décisions prises par Trump, mais il s’y prend si mal qu’il nous plonge dans un désordre terrible.

Pas du tout. J’étais au département d’État à cette époque. Nous savions très bien que les talibans hébergeaient Al-Qaïda. George Bush avait bien compris le risque que représentaient les talibans et les groupes extrémistes du Pakistan. Envahir l’Afghanistan était la bonne décision stratégique. L’erreur, c’était de se fixer pour objectif de bâtir un État afghan. Nous n’étions pas là pour ça. Nous étions en Afghanistan pour défendre la sécurité des États-Unis et pour nous assurer que le pays ne passe pas aux mains des talibans.

Sans doute. On ne peut pas savoir à quel moment le risque que représentent les talibans aurait disparu. Mais une chose est sûre : il vaut mieux combattre en Afghanistan que dans les rues ou le ciel de l’Amérique. Après la Seconde Guerre mondiale, des troupes américaines sont restées aux portes de l’Union soviétique pendant près de cinquante ans, le temps que nous gagnions la guerre froide.

Si vous étiez toujours aux affaires, que feriez-vous ?

Je ferais en sorte que nous restions dans le pays et j’augmenterais le budget de la Défense. À Pékin, Moscou, Téhéran, nous passons pour des faibles, voire des guignols. Après son élection à la présidence, Joe Biden a dit au monde : l’Amérique est de retour. Comment le prendre au sérieux, désormais ?

Voir encore:

Afghanistan Didn’t Have to End This Way
There is no shortage of explanations and justifications for our withdrawal. They are myths.
Paul Miller
The Despatch
Aug 13 2021

With dizzying speed, the Taliban has seized a dozen provincial capitals across Afghanistan in the past week. On Thursday militants seized Herat, the country’s third-largest city, one with a reputation for being relatively urbane and strongly antipathetic to the Taliban’s jihadist vision. U.S. intelligence reportedly estimates that Kabul could fall within 90 days of the U.S. withdrawal.

As Afghanistan collapses, there is no shortage of explanations, justifications, and outright myths taking root, some encouraged by the Biden administration. Among the most common: This was inevitable. The U.S. presence was unsustainable, critics say. The administration was boxed in by the 2020 peace deal with the Taliban. If the U.S. had repudiated the deal, the Taliban would have gone on the offensive and resumed killing U.S. troops.

And for what? We gave it our best for 20 years, they say, proving that the mission was effectively impossible. The rapid collapse only demonstrates that we were never going to succeed no matter how long we stayed. We achieved the most important thing: Osama bin Laden is dead. The Afghans have to run their own country. We cannot stay there forever, we shouldn’t try nation building, and we can keep an eye on al-Qaeda      from afar to make sure they do not threaten us.

On the surface, these explanations make a compelling case. It is also a comforting case, because it washes our hands of responsibility for what is about to happen. As a humanitarian catastrophe unfolds—as Afghan women fall back under the Taliban’s uniquely cruel tyranny, as the Hazara and Shiites flee the Taliban’s near-genocidal oppression of religious dissidents—we can tell ourselves, “There’s nothing we could have done.”

These myths function as an ex post facto explanation that we—the most powerful nation in the world—were actually powerless all along. It turns out we didn’t fail because of bad decisions, strategic incompetence, or moral myopia. We failed because no one could have succeeded, because the mission was inherently impossible. No amount of insight, troop surges, or Marshall-Plan-level reconstruction assistance could have made a difference.

Of course, none of that is true. The myths are just that: myths. The U.S. presence in Afghanistan the last few years was tiny—just 2,500 troops before the start of the final withdrawal. It was indefinitely sustainable. There is no significant antiwar movement to speak of, there is no domestic political pressure to withdraw, and no election will hinge on U.S. policy toward Afghanistan.

U.S. troops faced low risks in Afghanistan, and the low casualty rate is not a function of the 2020 peace deal. Just 66 U.S. personnel have been killed in action since 2014, less than one per month for nearly seven years. That is not to make light of the loss of individual soldiers, but it is to recognize, in historical perspective, that the conflict in Afghanistan is very small and U.S. ground troops have not been involved in direct combat in large numbers for years.

The US mission in Afghanistan accomplished some important successes. There have been no large-scale international terrorist attacks emanating from Afghanistan or Pakistan since 2001. The Afghan people broadly support the country’s new constitution. The Afghan economy showed consistent growth. By virtually every metric of human development, Afghans are better off today than they were 20 years ago. The intervention was not an unmitigated failure—except that many of these successes are likely to unravel with the Afghan army’s collapse.

The rapid collapse of the Afghan army in recent weeks was not inevitable and is not a sign that the mission was always doomed, nor that we never would have succeeded. We had been making slow, fitful progress building a new Afghan security force from scratch. In 2021, it was better than it had been in 2001—because in 2001 it did not exist. It was better than it had been in 2006—because the Germans, British, and the U.N., which had assumed responsibility for training the new army and police, wasted five years doing essentially nothing.

The U.S. took over and cobbled together a fighting force by 2010, one that has lost tens of thousands of soldiers keeping the Taliban at bay for the past decade. The Afghan army was again better this year than previously, but the Department of Defense truthfully reported year after year that it was not ready for fully independent operations yet.

The Afghan army’s collapse this summer is demoralizing for anyone who has watched or participated in the war. Historians will give us the full story decades from now, but surely President Biden’s announcement of a full withdrawal—when everyone, including the U.S. Department of Defense, knew the Afghan army wasn’t yet ready to stand independent of international assistance—had a crippling effect on the morale of Afghan troops.

Some Americans are now sneering at the Afghan troops’ supposed lack of willpower, patriotism, or grit—but consider, if you know that your army is simply not equipped to win the battle that’s coming, why fight? It is an individually rational decision to save your life by not fighting, a decision that, when multiplied, loses a war.

It is easy to envision the counterfactual: If the United States had maintained a small presence (perhaps marginally larger than what Trump left behind), it could have kept the Afghan army in the field indefinitely, giving time and space for the political situation in Kabul to sort itself out, for a fresh round of negotiations with better leverage against the Taliban, and for reconstruction and development to continue.

Critics may complain that “we can’t stay forever.” Perhaps, but we could have stayed long enough for the military presence to evolve, very gradually, into a near-peacetime deployment. Again, the military presence was small, low-risk, and relatively low-cost.

And we should have stayed because the mission is not over. While bin Laden is dead, al-Qaeda is not and, along with the Islamic State and a murderer’s row of copycat jihadists, is almost certain to regain safe haven in Afghanistan and Pakistan following the collapse of our allies. Our presence for the past 20 years kept jihadists on the run, in hiding, and focused on avoiding our air strikes and special forces. They now will have room to breathe, which means room to plan, recruit, train, and fundraise.

The myths about Afghanistan’s collapse—that we were actually powerless and the mission was always inevitably doomed—denies the reality of the United States’ agency. Our policymakers made specific strategic missteps that caused direct, avoidable harm, including Bush’s light footprint, Obama’s withdrawal timetable, Trump’s peace deal, and Biden’s inexplicable withdrawal, each of which made a bad situation worse. Those decisions were made by politicians elected by and accountable to the U.S. electorate, who largely ignored the war and enabled policymakers’ strategic muddling for two decades.

That is why Biden’s claim that the Afghans just have to start taking responsibility for their own country is so mendacious. He is telling a drowning man to take responsibility for swimming while reeling in the life preserver the man had been clinging to. He is overestimating the Afghans’ ability to fight on their own while minimizing American responsibility for the crisis in the midst of which we are abandoning them—all while preaching a soothing myth that there was nothing we could have done after all. Many Americans will be eager to believe him because it is much easier, emotionally and cognitively, to believe in the myth of our powerlessness than in the reality of our own stupidity and moral cowardice.

Paul D. Miller is a professor of the practice of international affairs at Georgetown University. He served as director for Afghanistan and Pakistan on the national security council staff for Presidents George W. Bush and Barack Obama. He is a veteran of the war in Afghanistan. His most recent book is Just War and Ordered Liberty.

Voir enfin:

Biden’s Long Trail of Betrayals
Why is the president so consistently wrong on major foreign-policy matters?
Peter Wehner
The Atlantic
August 18, 2021

“I’m getting sick and tired of hearing about morality, our moral obligation,” Joe Biden said in 1975. “There’s a point where you are incapable of meeting moral obligations that exist worldwide.” At the time, he was arguing against U.S. aid to Cambodia. But he could just as easily have said the same about his decision this year to end the American presence in Afghanistan, a catastrophic mistake that has led to a Taliban takeover, undermined our national interest, and morally stained Biden’s presidency.

It is the latest blunder in a foreign-policy record filled with them.

In 1975, Biden opposed giving aid to the South Vietnamese government during its war against the North, ensuring the victory of a brutal regime and causing a mass exodus of refugees.
In 1991, Biden opposed the Gulf War, one of the most successful military campaigns in American history. Not only did he later regret his congressional vote, but in 1998, he criticized George H. W. Bush for not deposing Saddam Hussein, calling that decision a “fundamental mistake.”
In 2003, Biden supported the Iraq War—another congressional vote he later regretted.
In 2007, he opposed President George W. Bush’s new counterinsurgency strategy and surge in troops in Iraq, calling it a “tragic mistake.” In fact, the surge led to stunning progress, including dramatic drops in civilian deaths and sectarian violence.
In December 2011, President Barack Obama and Vice President Biden withdrew America’s much-scaled-down troop presence in Iraq; the former had declared Iraq to be “sovereign, stable, and self-reliant,” and the latter had predicted that Iraq “could be one of the great achievements of this administration.” Their decision sent Iraq spiraling into sectarian violence and civil war, allowing Iran to expand its influence and opening the way for the rise of the jihadist group ISIS.
According to Obama’s memoir A Promised Land, Biden had advised the former president to take more time before launching the raid that killed Osama bin Laden.
Ten years ago, Biden said in an interview that “the Taliban per se is not our enemy.” He added, “If, in fact, the Taliban is able to collapse the existing government, which is cooperating with us in keeping the bad guys from being able to do damage to us, then that becomes a problem for us.” Indeed.

In his 2014 memoir, Duty: Memoirs of a Secretary at War, Robert Gates, who served as the secretary of defense under George W. Bush and Obama, said that Biden “has been wrong on nearly every major foreign policy and national security issue over the past four decades.”

So is there a unifying theory of why Biden is so consistently wrong on major foreign-policy matters? Does he misunderstand something about the world, or possess some set of instincts that don’t serve him well?

Perhaps the place to begin is by recognizing that Biden has never been an impressive strategic thinker. When talking about his strengths, those close to Biden stress his people skills: his ability to read foreign leaders, to know when to push and when to yield, when to socialize and when to turn to business. But that’s very different from having a strategic vision and a sophisticated understanding of historical events and forces.

What the Biden foreign-policy record shows, I think, is a man who behaves as if he knows much more than he does, who has far too much confidence in his own judgment in the face of contrary advice from experts. (My hunch is he’s overcompensating for an intellectual inferiority complex, which has manifested itself in his history of plagiarism, lying about his academic achievements, and other embellishments.)

On national-security matters, President Biden lacks some of the most important qualities needed in those who govern—discernment, wisdom, and prudence; the ability to anticipate unfolding events; the capacity to make the right decision based on incomplete information; and the willingness to adjust one’s analysis in light of changing circumstances.

To put it in simple terms, Joe Biden has bad judgment.

William Inboden of the Clements Center for National Security at the University of Texas, who worked on George W. Bush’s National Security Council, told me that the key thing to understand about Biden is he is first and foremost a politician, consistently aligned with the Democratic Party’s center of gravity on any foreign-policy issue, a follower more than a leader, and certainly not an independent or creative thinker.

But Biden’s foreign-policy record has one other through line: the betrayal of people who have sided with the United States against its enemies and who, in the aftermath of American withdrawal, face a future of oppression, brutality, and death. And these betrayals of people in foreign lands seem to leave Biden unmoved. There is a troubling callousness to it all, a callousness that is at odds with empathy that Biden has clearly shown in other areas of his life.

According to my colleague George Packer’s biography of Richard Holbrooke, Obama’s special envoy to Afghanistan and Pakistan, Biden has argued that the United States does not have an obligation to Afghans who trusted the United States.

“We don’t have to worry about that. We did it in Vietnam. Nixon and Kissinger got away with it,” Biden told Holbrooke. Biden also “reportedly pushed back on the argument that America had a moral obligation to women in Afghanistan,” according to The Washington Post.

The withdrawals that Biden insisted on in Iraq and Afghanistan were at stages in those wars when very few American troops were at risk, when U.S. troop levels in those countries were quite low. As Paul D. Miller wrote in The Dispatch, “The U.S. presence in Afghanistan the last few years was tiny—just 2,500 troops before the start of the final withdrawal. It was indefinitely sustainable. There is no significant antiwar movement to speak of, there is no domestic political pressure to withdraw, and no election will hinge on U.S. policy toward Afghanistan.” Miller, a veteran of the war in Afghanistan who served as director for Afghanistan and Pakistan on the National Security Council for Presidents George W. Bush and Obama, went on to say this:

The US mission in Afghanistan accomplished some important successes. There have been no large-scale international terrorist attacks emanating from Afghanistan or Pakistan since 2001. The Afghan people broadly support the country’s new constitution. The Afghan economy showed consistent growth. By virtually every metric of human development, Afghans are better off today than they were 20 years ago. The intervention was not an unmitigated failure—except that many of these successes are likely to unravel with the Afghan army’s collapse.

But Biden decided to do in Afghanistan what he decided to do in Iraq: cut the cord because he was determined to cut the cord, because he thinks he knows better, not because circumstances on the ground dictated that it be done. The result is a human-rights catastrophe.

America’s second Catholic president speaks openly of his faith, carries a rosary in his pocket, and attends Mass every Sunday. “Joe is someone for whom the ways in which he sees issues around racial justice, around the treatment of refugees and immigrants—all of that is connected to a view of other people—who he sees as neighbor, who he sees as being made in the image of God,” Senator Chris Coons of Delaware, a close friend of Biden’s, told NPR.

Carol Keehan, the former head of the Catholic Health Association, who has worked closely with Biden for years, echoes those sentiments. “He’s very clear about justice,” she told NPR. “When Joe Biden talks about faith, he talks very much about things like the Gospel of Matthew—‘what you’ve done to the least of my brother, you’ve done to me.’”

Just don’t tell that to the girls, women, and other frightened souls in Afghanistan who, thanks to a decision made by Joseph R. Biden Jr., are about to enter the gates of hell.

COMPLEMENT:

Retrait d’Afghanistan : le fiasco de trop pour Joe Biden

Gérald Olivier

25 août 2021

Depuis la chute de Kaboul, le climat politique aux Etats-Unis a changé du tout au tout. C’est comme si les Américains se réveillaient après plusieurs mois d’insouciance avec une gueule de bois carabinée. Les images terribles et les commentaires cinglants suscités par le départ chaotique des Américains d’Afghanistan ont comme ouvert les yeux des électeurs. Ce qui était toléré, ou même ignoré depuis huit mois, au nom de l’alternance ou du « tout sauf Trump », ne l’est plus.

Médias et électeurs portent un nouveau regard sur la politique de l’administration et découvrent subitement les multiples crises qui affectent l’Amérique depuis huit mois : crise migratoire, crise de l’énergie, crise sanitaire sans fin, crise budgétaire, crise sociale et même crise raciale et culturelle, avec l’inquiétante révolution « woke ». Leur verdict est impitoyable. Il se traduit, entre autres choses, par une chute de la popularité de Joe Biden et de la cause Démocrate.

De janvier à juillet, Joe Biden a bénéficié d’une côte de popularité relativement stable, avec 53% d’opinions favorables et 42% d’opinions défavorables. Des chiffres moins bons que ceux de Barack Obama ou Ronald Reagan, au même stade de leur mandat, mais comparables à ceux de Bill Clinton ou Georges W. Bush. Depuis le 15 août cependant, cette côte a chuté de cinq points, tombant à 48%. Selon plusieurs instituts de sondages, les opinions défavorables dépassent désormais les opinions favorables.

Cette chute est particulièrement sensible sur la situation en Afghanistan. Seuls 25% des électeurs approuvent la gestion de ce dossier par Biden contre 60% qui la désapprouvent. Mais cette chute touche aussi d’autres pans de sa politique.

Sur la gestion du Covid, Biden a perdu seize points entre avril et août. 53% des électeurs le soutiennent, contre 69% précédemment.

Sur l’économie il a perdu cinq points. Ils ne sont plus que 47% à l’approuver, contre 52% en avril. Alors que 49% désapprouvent ses options.

Sur l’immigration, seuls 33% des électeurs approuvent le travail de Biden. 55% en ont une opinion défavorable.

Sur la question de savoir si le pays, dans son ensemble, évolue dans la « bonne », ou la « mauvaise » direction, Joe Biden n’est plus suivi que par 33% des électeurs. Contre 44% en avril. C’est son plus mauvais score depuis son entrée à la Maison Blanche.

Cette chute de popularité n’a rien de surprenant. Elle aurait même pu survenir plus tôt. L’administration Biden n’a cessé de prendre des décisions à l’encontre des intérêts américains. Intérêts nationaux, ou intérêts particuliers. Partout où son administration est intervenue, le résultat a été désastreux. Comme le souligne Jim Jordan, Représentant Républicain de l’Ohio, : « l’administration Biden s’est plantée sur tous les sujets qu’elle a abordés. » Tout ce que Biden touche devient un champ de ruines. Barack Obama aurait dit à son sujet : « ne sous-estimez jamais la capacité de Joe (Biden) à tout foutre en l’air ». Le fiasco afghan lui donne raison. Toutefois ce fiasco n’est pas le seul d’une présidence, vieille de seulement huit mois. La crise afghane a plutôt servi à réveiller les consciences. C’est le fiasco de trop. Celui qui fait ressortir toutes les crises précédentes. Et elles sont nombreuses.

La première reste la crise migratoire.

2021 sera une année record pour les entrées de clandestins aux Etats-Unis. Au rythme actuel, leur nombre pourrait approcher des deux millions ! Du quasi jamais vu. En juillet, les garde-frontières ont effectué deux cent mille arrestations. Le chiffre mensuel le plus élevé depuis vingt ans ! Cet afflux massif de clandestins est la conséquence directe des politiques vantées puis mises en place par l’administration Biden.

Donald Trump avait fait campagne contre l’immigration clandestine. Et il avait tenu promesse. A l’issu de son mandat le flot des entrées illégales s’était presque tari. En avril 2020 le nombre d’arrestations à la frontière mexicaine était tombé à seize mille. D’un côté, la pandémie de Covid-19 naissante avait découragé les tentatives de passage, de l’autre ses décisions avaient porté leur fruit : construction d’un mur à la frontière mexicaine (la longueur bâtie fut inférieure aux attentes de ses électeurs, mais l’objet n’en avait pas moins une forte portée symbolique) ; obligation pour les demandeurs d’asile de déposer leurs demandes depuis l’étranger ; renvoi systématique des clandestins hors du pays.

Ces politiques ont été abandonnées par l’administration Biden. Dès les premiers jours. Par décrets présidentiels. Et Joe Biden a annoncé en fanfare une grande loi d’amnistie pour les douze millions de clandestins déjà présents aux Etats-Unis. Ces décisions et ces annonces ont fonctionné comme un appel d’air et déclenché un afflux massif de nouveaux candidats à l’immigration. En avril 2021 le nombre d’arrestations à la frontière mexicaine fut de cent quatre-vingt-dix mille ! Douze fois plus qu’un an plus tôt. Cet afflux a submergé les services sociaux des localités et régions concernées. S’en suivit une crise humanitaire et sanitaire dont les images ont indigné les Américains : gardes-frontières débordés, centre d’accueils surpeuplés, mineurs non-accompagnés entassés par centaines dans des cellules vitrées, etc. L’administration Démocrate a été dépassée par les conséquences de ses décisions.

Cette crise n’est toujours pas terminée ! Elle n’occupe plus les écrans, comme au printemps, mais les clandestins continuent d’affluer.

La seconde crise concerne l’énergie.

Comme la précédente, elle est entièrement le fait des politiques instituées par l’administration Biden. C’est une crise qui n’avait pas lieu d’être. L’excellente santé du secteur énergétique constituait le succès le plus retentissant de l’administration Trump. L’Amérique était devenue, pour la première fois de son histoire moderne, auto-suffisante en énergie. Les Américains produisaient plus qu’ils ne consommaient. Mieux, les Etats-Unis étaient devenus le premier producteur de gaz naturel et le premier producteur de pétrole au monde. Devant la Russie et devant l’Arabie Saoudite. Cette réussite a été sapée, consciemment et délibérément, par Joe Biden et les Démocrates.

Les deux éléments déclencheurs furent deux décrets signés dans les premiers jours de l’administration. Le premier suspendit, sans sommation, la construction du pipeline Keystone, reliant des champs bitumineux du Canada et du nord des Etats-Unis au golfe du Mexique. Le second suspendit les permis d’exploration et de forages sur les terres fédérales et programma l’élimination progressive des énergies fossiles aux Etats-Unis. Le président signa d’un trait de plume la mort d’un secteur économique florissant et des dizaines de milliers d’emplois qui en dépendent.

Cela a été fait au nom de la lutte contre le changement climatique, pénalisant instantanément l’économie et l’emploi aux Etats-Unis. Sans aucune contrepartie de la part des partenaires et concurrents des Etats-Unis. Au contraire, Biden mit fin aux sanctions imposées par Donald Trump contre le pipeline russe Nord-Stream 2, donnant un coup de pouce à l’exportation du gaz russe vers l’Allemagne et l’Europe centrale. Non content de pénaliser l’Amérique il favorisait ses concurrents. Une logique incompréhensible pour les électeurs.

La première conséquence de cette politique fut une envolée du prix de l’essence à la pompe et du pétrole au baril ! .Le « gallon » (4 litres) d’essence qui coûtait environ deux dollars sous Donald Trump en coûte désormais le double. Parfois plus. En Californie une station-service située sur le célèbre Highway 101, affichait un prix de 5, 39 dollars le gallon cet été.

Le prix du baril qui se situait autour de 40 dollars début novembre 2020 approche désormais les 80 dollars ! Il a été multiplié par deux en huit mois ! Comble de l’incohérence le président Biden a demandé, début août, aux membres de l’OPEP d’augmenter leur propre production, pour faire baisser les prix et soutenir l’économie mondiale… Si le ridicule tuait, il y aurait une hécatombe à la Maison Blanche!

Cette hausse du prix du brut ne s’est pas produite dans un vide économique. Le prix de toutes les matières premières est reparti à la hausse engendrant aux Etats-Unis un redémarrage de l’inflation ! Une crise supplémentaire manufacturée par l’administration.

L’inflation renvoie à un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. C’était le mal des années 1970-1990. Elle avait disparu du contexte international depuis. Elle revient aux Etats-Unis. En mai et juin les prix ont augmenté à un rythme annuel de 12%. Le taux le plus élevé depuis 2008. Sur les douze derniers moi la hausse est de 5,4%, alors que depuis 2010 elle a été contenue entre 1 et 2% par an. Les produits les plus touchés sont le bois (donc l’immobilier et le mobilier aux Etats-Unis), les voitures, les appareils électroménagers, le café, la viande et les soins de santé.

Au-delà du contexte international qui peut susciter des variations de prix sur certains produits comme le café, les analystes attribuent ces hausses au nouveau « climat inflationniste ». Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Biden a approuvé plus de trois mille milliards de dépenses supplémentaires, portant la dette nationale à près de trente mille milliards de dollars, à travers des plans de relance successifs, et des gros projets d’infrastructures. Or ces trains de mesure débordent de dotations aux motivations plus politiques qu’économiques (ce que les Américains appellent « pork ») et surtout seront financés par l’emprunt c’est-à-dire la planche à billets…

Ce qui n’a pas empêché Joe Biden d’annoncer par ailleurs une série de hausses d’impôt.

La taxe fédérale sur les revenus du capital passerait de 29% aujourd’hui à 39%. Une fois facturées les taxes d’Etat sur ces mêmes gains, les investisseurs se verraient ponctionnés de près de 49%. Ce qui ferait des Etats-Unis le pays avec la taxation du capital la plus lourde de tous les pays de l’OCDE ! Surprenant pour un pays encore dénoncé comme porte étendard de l’ultra-libéralisme

Dans la foulée, Biden a proposé une hausse des taxes sur le revenu des salariés, sur les entreprises, sur la propriété et même sur les successions. Il ne s’agit pour l’instant que de propositions qui doivent être débattues au Congrès mais l’effet de ces annonces sur l’économie a été immédiat.

Entreprises et investisseurs hésitent à s’engager avant de savoir à quelle sauce ils seront mangés. Du coup l’économie se traine. Le taux de chômage national reste largement au-dessus de ce qu’il était sous Donald Trump avant la pandémie de Covid-19. 5,4% en juillet 2021 contre 3,2% en décembre 2019.

Justement la pandémie n’en finit pas aux Etats-Unis. C’est une crise supplémentaire et les Américains se lassent de recommandations changeantes et d’une obligation de port du masque sans cesse prolongée dont les politiciens à Washington semblent, au passage, être exempts.

Grace au plan « Warp speed » de Donald Trump, les Etats-Unis ont développé en 2020 plusieurs vaccins contre le Covid en un temps record, neuf mois. La campagne de vaccination a commencé dès décembre, avant la prise de fonction de Joe Biden. Celui-ci avait promis que le 4 juillet, date de la fête nationale, serait aussi la date de la « libération », c’est-à-dire de la fin des restrictions liées au Covid. Nous sommes fin août et les restrictions sont toujours en place. Pire, le Docteur Anthony Fauci, expert scientifique auprès du gouvernement, affirme à présent que « la pandémie ne sera pas sous contrôle avant le printemps 2022 ». Et encore, à condition que les taux de vaccination progressent.

La faute aux « variants », dit-il. C’est-à-dire aux différentes mutations du virus, La faute aussi à une perte de confiance des Américains envers les vaccins. Non seulement leur efficacité est limitée dans le temps (certains parlent de rappels annuels, comme pour la grippe) mais ces vaccins n’ont pas enrayé la propagation du virus. Illustration étonnante de ce phénomène de rejet, Donald Trump, d’habitude si adulé par ses partisans, a récemment essuyé des huées quand il a invité ses supporters à se faire vacciner ! La campagne de vaccination a d’ailleurs connu un coup d’arrêt au cours des dernières semaines. Avec 52% de sa population vaccinées, les Etats-Unis se retrouvent au même niveau de vaccination que la Grèce et derrière la France.

L’ultime crise de crise est une crise raciale, avec des retombées culturelles et sociales.

Depuis huit mois, au nom de « l’équité raciale », les programmes scolaires, les enseignements militaires, et même les formations professionnelles des grandes entreprises ont été bouleversés pour faire place à la « théorie critique des races ». Le phénomène s’est répandu à travers le pays comme une trainée de poudre. C’est une révolution culturelle d’une telle soudaineté et d’une telle ampleur qu’elle a d’abord suscité de l’incrédulité, avant de déboucher sur un rejet résolu de la part des électeurs, toutes races confondues !

La « théorie critique des races » est une construction intellectuelle d’inspiration marxiste qui considère la race comme le vecteur dominant des rapports sociaux et dénonce les personnes de race « blanche » comme intrinsèquement racistes. Sans exception. Ce racisme serait responsable de la persistance d’un échec économique au sein d’une partie de la communauté noire et appellerait à être corrigé par des réparations financières et une rééducation de la communauté blanche.

Les tenants de cette théorie, appuyés par l’administration Biden, mettent en avant le concept « d’équité » raciale, qui va bien au-delà de l’idée « d’égalité » raciale. Il ne s’agit plus de garantir l’égalité des chances. Il s’agit de parvenir à l’égalité des résultats. C’est une idée qui a germé pendant des décennies au sein de la gauche radicale américaine et de Noirs « racialistes » avant d’exploser au visage de l’Amérique en 2021.

Concrètement, elle passe par l’enseignement dans les écoles primaires américaines de l’existence d’un racisme systémique blanc. Dès l’âge de sept ans, les écoliers sont soumis à cet endoctrinement et tenus d’apprendre et réciter ses préceptes, comme les Chinois sous Mao et les Cambodgiens sous Pol Pot.

Les nouvelles recrues de l’armée sont sommées de lire le livre « Comment devenir un anti-raciste » par Ibram Xolandi Kendi (de son vrai nom Ibram Henry Rogers), dont l’une des propositions est la mise en place d’un « Ministère de l’anti-racisme » chargé de superviser l’action de… tous les autres ministères.

Tandis que la gauche et de pseudo-révolutionnaires noirs font ainsi la chasse aux racistes blancs, la criminalité explose, dans les quartiers noirs et au-delà. Depuis les manifestations qui ont suivi la mort de George Floyd en mai 2020, avec leur flot de revendications visant à réduire les services de police dans les grandes villes, on assiste à une explosion de toutes les formes de criminalité: homicides par armes à feu, vols de voiture, cambriolages et vols à l’étalage.

New York, Chicago, Baltimore, Saint Louis, Detroit, Sans Francisco, et d’autres grandes villes ont vu une hausse vertigineuse de nombre de meurtres. A Chicago, les meurtres ont augmenté de 50% entre 2019 et 2020, passant de 500 à 775. En 2021, le cap de 800 meurtres pourrait être dépassé. A Seattle la progression a été de 61%. A Minneapolis, ville où George Floyd a été tué, les homicides sont remontés à leur niveau des années 1990, au plus fort des ravages de la « crack-cocaïne ». Idem dans la capitale fédérale Washington D.C..

Ces villes ont deux choses en commun. Elles sont toutes dirigées par des administrations démocrates depuis des décennies. Elles ont toutes réduit leur budget consacré à la police en 2020.

A San Francisco, le vol à l’étalage est devenu une activité banale. Régulièrement, les grands magasins sont dévalisés par des bandes de pillards qui prennent soin de ne pas voler pour plus de 950 dollars de marchandises. En effet une loi locale considère qu’en dessous de cette somme le vol n’est pas un « crime » mais un simple « délit » et que la police ainsi que le procureur s’en désintéresseront. Résultat, les pillages se déroulent en plein jour, sous les caméras de sécurité et sous l’œil de gardes qui ont pour ordre de ne pas intervenir, de peur de provoquer des affrontements violents pouvant engendrer des victimes humaines…

Voilà à quoi ressemble l’Amérique de Joe Biden.

Avec des tels résultats il est presque surprenant que sa côte de popularité ne soit pas encore plus basse. Il peut remercier les médias dominants qui jusqu’à présent l’ont épargné. Comme ils l’avaient fait durant la campagne électorale. Mais cela aussi est en train de changer. A la lumière de la débâcle afghane CNN et le New York Times réévaluent leur soutien aveugle à Joe Biden. Leurs journalistes retrouvent soudain de leur mordant et Joe Biden est pointé du doigt pour ses lapsus, ses errements, ses trous de mémoire, ses faiblesses intellectuelles, et surtout sa déconnexion apparente face aux conséquences gravissimes de sa politique. Il transparaît de plus en plus que Biden n’est qu’un président par intermittence. La question de savoir s’il est en mesure de diriger le pays, et s’il peut achever son mandat, est sur toutes les lèvres.

Toutefois, une destitution ou une démission de Joe Biden, ouvrirait la porte du bureau ovale à Kamala Harris, sa vice-présidente. Et heureusement pour lui, elle est encore plus impopulaire qu’il ne l’est devenu.


Enseigne « Au Nègre joyeux »: Dernier inventaire avant liquidation (What wokism gone mad when after years of vandalizing, an 1897 Paris sign representing a black free man in full aristocratic gear proudly being served by a white maid is permanently taken down for anti-black racism ?)

6 juillet, 2021

Pour le retour du « Nègre Joyeux » place de la Contrescarpe – SOS Paris Au Nègre joyeux — Wikipédiahttps://www.latribunedelart.com/IMG/jpg/negre_joyeux-2.jpg?41745/a13aca87f3611bd912a9ffdead5183f6d3345afdhttps://france3-regions.francetvinfo.fr/image/e3VBv-e6PSQKegElj3NkUkj8snQ/1200x900/regions/2020/06/09/5edf7d857b8ec_maxbestof002495-4260711.jpgMarcel Dorigny : «A Paris, il faudrait redonner du sens plutôt qu'effacer les noms» – Libérationhttps://jcdurbant.files.wordpress.com/2021/07/b17b4-dsc_2180.jpg

Paris-bise-art : Salle des ventes... Pour un banc public...
Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Candide (Voltaire, Chapitre XIX, 1759)
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Te rends-tu compte que le passé a été aboli jusqu’à hier ? S’il survit quelque part, c’est dans quelques objets auxquels n’est attaché aucun mot, comme ce bloc de verre sur la table. Déjà, nous ne savons littéralement presque rien de la Révolution et des années qui la précédèrent. Tous les documents ont été détruits ou falsifiés, tous les livres récrits, tous les tableaux repeints. Toutes les statues, les rues, les édifices, ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Et le processus continue tous les jours, à chaque minute. L’histoire s’est arrêtée. Rien n’existe qu’un présent éternel dans lequel le Parti a toujours raison. Je sais naturellement que le passé est falsifié, mais il me serait impossible de le prouver, alors même que j’ai personnellement procédé à la falsification. La chose faite, aucune preuve ne subsiste. La seule preuve est à l’intérieur de mon cerveau et je n’ai aucune certitude qu’un autre être humain quelconque partage mes souvenirs. De toute ma vie, il ne m’est arrivé qu’une seule fois de tenir la preuve réelle et concrète. Des années après. Winston (1984, George Orwell)
Qui contrôle le passé contrôle l’avenir; qui contrôle le présent contrôle le passé, répéta Winston obéissant. George Orwell (1984)
Avec la conception et la naissance, les parents n’ont pas seulement donné la vie à leurs enfants ; ils les ont en même temps introduits dans un monde. En les éduquant, ils assument la responsabilité de la vie et du développement de l’enfant, mais aussi celle de la continuité du monde. (…) L’enfant a besoin d’être tout particulièrement protégé et soigné pour éviter que le monde puisse le détruire. Mais ce monde aussi a besoin d’une protection qui l’empêche d’être dévasté et détruit par la vague des nouveaux venus qui déferle sur lui à chaque nouvelle génération. (…) Il me semble que le conservatisme, pris au sens de conservation, est l’essence même de l’éducation, qui a toujours pour tâche d’entourer et de protéger quelque chose, – l’enfant contre le monde, le monde contre l’enfant, le nouveau contre l’ancien, l’ancien contre le nouveau (…) C’est justement pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l’éducation doit être conservatrice ; elle – doit protéger cette nouveauté et l’introduire comme un ferment nouveau dans un monde déjà vieux qui, si révolutionnaire que puissent être ses actes, est, du point de vue de la génération suivante, suranné et proche de la ruine. (…) La crise de l’autorité dans l’éducation est étroitement liée à la crise de la tradition, c’est-à-dire à la crise de notre attitude envers tout ce qui touche au passé. Pour l’éducateur, cet aspect de la crise est particulièrement difficile à porter, car il lui appartient de faire le lien entre l’ancien et le nouveau : sa profession exige de lui un immense respect du passé. Pendant des siècles, c’est-à-dire tout au long de la période de civilisation romano-chrétienne, il n’avait pas à s’aviser qu’il possédait cette qualité, car le respect du passé était un trait essentiel de l’esprit romain et le Christianisme n’a ni modifié ni supprimé cela, mais l’a simplement établi sur de nouvelles bases. (…) L’éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité et, de plus, le sauver de cette ruine qui serait inévitable sans ce renouvellement et sans cette arrivée de jeunes et de nouveaux venus. C’est également avec l’éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter de notre monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d’entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n’avions pas prévu, mais les préparer d’avance à la tâche de renouveler un monde commun. Hannah Arendt (1949)
Un charmant tableau sous verre représentant une dame de l’époque 80 attablée devant une orgie de sucreries, tandis que le nègre en culotte donne libre cours à sa gaîté. Claude Blanchard (Le Petit Parisien, 1931)
Un serveur noir, au large sourire, en culotte et bas blancs à la française qui tient une carafe et s’apprête à verser quelque nectar à une dame assise à table. Jean Ferniot (1995)
Un noir souriant, serviteur ou esclave, est habillé en valet avec des bas blancs et une culotte rayée. Le Nègre Joyeux sert une dame bien habillée attablée devant un service à thé. Catherine-Alice Palagret (2011)
Une femme de la haute société se fait servir à table par celui qui est visiblement son domestique, un Noir, au sourire béat. Julien Badaud (Le Nouvel Obs, 2011)
Le tableau représente Zamor serviteur de Madame du Barry (…) un homme noir, debout, souriant et habillé en valet, servant une femme blanche, assise. Thierry Depeyrot (Histoire & Histoires, 2016
Au Nègre Joyeux, une grande enseigne qui date de la fin du XVIIIe siècle, est bien en vue dans un quartier très touristique de Paris, en France. Il n’y a pas de plaque historique d’accompagnement pour expliquer sa provenance ou sa signification, et les sources sur la pièce sont aussi bien contradictoires que suspectes. Je soutiens que cette enseigne n’est pas seulement vécue comme anti-noir au quotidien, mais est en fait précisément cela: anti-noir. Non seulement l’enseigne renforce les représentations stigmatisantes des personnes racialisées comme noires (donc « n » en minuscule), une telle imagerie visuelle, déguisée en art public, nie également toute notion de cécité raciale en France, passée et présente. Trica Keaton (
Pendant la période 39-45, il y avait des affiches sur les Juifs. Aujourd’hui il n’y en a plus aucune. Qu’il en soit de même pour nous ! (…) On nous dit constamment que la violence ne sert à rien, mais par rapport à la question raciale c’est malheureusement par les émeutes que les choses changent. Franco
Il faut faire remonter les choses à un service organisé comme nous le faisons. S’ils veulent nous en informer, il n’y a aucun problème ! Sammy Ghozlan (Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme)
Comment des parents peuvent expliquer à leurs enfants ces enseignes? Ils se retrouveraient face à une contradiction: pourquoi afficher dans les rues des expressions péjoratives!  (…) L’ensemble de la société devrait être concerné par le combat du nègre joyeux. François Durpaire (historien français)
Ici, l’homme vêtu d’un costume datant du 18e siècle, qui s’apprête à se servir « joyeusement », est une représentation parodique inversant cette image courante d’un serviteur noir. Une telle iconographie témoigne des clichés et des stéréotypes racistes répandus à la fin du 19e siècle. Proposition d’inscription pour plaque explicative
Une étude historique sur l’œuvre est programmée pour établir un dossier exhaustif sur l’origine et l’histoire de la boutique et de son enseigne. Il s’agit en effet d’actualiser ou de compléter l’inventaire des collections publiques liées à l’histoire de l’esclavage, de la traite négrière et de leurs abolitions, suite aux travaux du 1er récolement décennal des collections des musées de France. Mairie de Paris
N’étant pas en adéquation avec les valeurs antiracistes portées par notre époque et notre ville, celle-ci ne saurait demeurer dans l’espace public.  La Ville de Paris ne saurait remettre dans l’espace public cette enseigne publicitaire au titre choquant et indéniablement raciste. Karen Taieb (Mairie de Paris)
Le Noir porte la tenue des aristocrates de la fin de l’ancien régime, composée de mocassins à boucles, de bas, d’une culotte et d’une veste de velours jaune évoquant l’or. La culotte est cousue d’un tissu blanc rayé de rouge dont était également faite les pantalons courts des esclaves dans les colonies des Antilles, évoquant ainsi la condition des ancêtres de l’homme noir devenu libre depuis l’abolition de l’esclavage en 1848. Cette représentation d’un gentilhomme noir appartient à l’iconographie des Noirs libres des colonies des Antilles : esclaves affranchis, mulâtres ou quarterons. Objets du mépris des Blancs, les Noirs libres adoptaient alors les habits élégants des maîtres européens, se démarquant par le costume des individus réduits en esclavage. Réalisée en 1897, soit 50 ans après l’abolition de l’esclavage, l’enseigne du « Nègre joyeux » représente ainsi un Noir libre selon des codes de représentation appartenant à l’époque de l’esclavage. Une serviette blanche est nouée autour du cou du gentilhomme noir, mettant en valeur son visage rieur, ainsi que son regard sortant du champ du tableau afin d’interpeller directement le passant. Le Noir libre est ici le consommateur des produits provenant des colonies. (…) S’étant relevé de sa chaise, le gentilhomme noir brandit une carafe en verre remplie d’un alcool jaune et désigne de sa main sa tasse. Il débarrasse ainsi la table de cette carafe afin de permettre la dépose du plateau, à la surprise de la serveuse qui esquisse un sourire à cet aimable consommateur. (…) Cet objet mobilier historique possède ainsi un fort intérêt patrimonial. Son exposition dans l’espace public doit s’accompagner d’une médiation à destination des passants, développant les thématiques de l’histoire de l’épicerie du 14 rue Mouffetard, de la représentation des Noirs dans les publicités anciennes, et de l’évolution de l’utilisation du mot « nègre » dans la société française depuis la fin du 19e siècle. Matthieu Couchet
Non seulement cette scène n’est pas une représentation dépréciative pour l’homme de couleur, mais elle symbolise un Noir libre (il ne pouvait en être autrement, cinquante ans après l’abolition de l’esclavage), en habit de gentilhomme, heureux d’être servi d’une tasse de chocolat par une serveuse blanche. Il n’y a pas le début de commencement de racisme dans cette scène, mais manifestement, dès qu’il est question d’un Noir – rappelons que le terme « Nègre », à l’époque, n’avait pas l’aspect fortement insultant et péjoratif qu’il a aujourd’hui – la Mairie de Paris sort cette carte de sa poche. Car contrairement à ce qui avait été promis par des politiques dont on connaît la propension à multiplier les contre-vérités, l’enseigne n’a jamais été remise en place. Et désormais, il n’en est plus question comme la nouvelle adjointe au patrimoine, Karen Taïeb, l’a expliqué aux copropriétaires de l’immeuble. (…) En supprimant cette enseigne de l’espace public, la mairie ne fait que poursuivre son plan, qui apparaît assez méthodique, d’éliminer des rues parisiennes tout ce qui peut d’une façon ou d’une autre rappeler la seconde moitié du XIXe siècle, ce que l’on constate quotidiennement dans la disparition du mobilier urbain. Mais ici, certains s’inquiétant de la disparition de l’enseigne, on utilise le politiquement correct le plus grotesque combiné à la mauvaise foi la plus absolue, qui fait passer une scène bien anodine pour le parangon d’un racisme qui ne relève que de la plus parfaite « infox », puisqu’il s’agit désormais du mot à la mode. Où se trouve le racisme ? Chez ceux qui souhaitent le retour de cette enseigne, ou chez ceux qui ne peuvent supporter la représentation d’un Noir buvant du chocolat ? Chez ceux qui s’appuient sur des travaux historiques insoupçonnables (et commandés par la Mairie de Paris), ou chez ceux qui réécrivent l’histoire ? Didier Rykner
Le sens d’un mot et, a fortiori, ses différentes connotations, ne s’apprécie que contextuellement et historiquement. Pour savoir dans quel esprit et quelle intention l’enseigne « Au nègre joyeux » a été créée en 1897, il convient de retracer l’évolution du mot « nègre » au XIXe siècle. (…) En 1897, l’empire colonial français est largement africain et comprend outre l’Afrique occidentale et Madagascar, les anciennes colonies esclavagistes (Antilles et Réunion), la Tunisie, la Nouvelle Calédonie, l’Indochine. C’est dire que le mot « nègre » et ses usages vont renvoyer à des situations géographiques, historiques et sociales très différentes mais qui vont se contaminer. Et pour compliquer un peu plus le problème, il faut ajouter l’importation moins du mot lui-même que des valeurs qui ont cours en quelque sorte chez nos voisins et rivaux : Espagnols, Portugais, puis Anglais et Nord-Américains. La globalisation actuelle n’arrange rien qui projette sur le passé des catégories et surtout des jugements anachroniques. D’où ces actes de vandalisme à l’égard de ce pauvre « nègre » dont le principal tort est sans doute d’être donné comme « joyeux ». Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, le mot « nègre » est quasiment le mot usuel. Savoir s’il est péjoratif ou non est difficile à apprécier. Il est évident qu’il renvoie à l’esclavage. S’il est bien question de « race », il n’est pas raciste au sens où nous l’entendons. Car la grande idée des Lumières qui va inspirer le progressisme jusqu’à nos jours, c’est que la « race » n’explique rien, ne détermine rien. Un « nègre » éduqué, vivant dans de bonnes conditions, est aussi « civilisé » qu’un Européen blanc. Le tout est de le sortir de l’esclavage qui l’avilit et en fait une sous-homme. Au demeurant, c’est le même processus déshumanisant pour le « blanc » aliéné qui travaille la terre ou en usine. Le Chevalier de Saint-Georges est l’exemple type du « fort potentiel » d’un « nègre » émancipé : Né en 1739 à Basse-Terre d’une esclave d’origine sénégalaise et d’un planteur noble, Joseph Bologne de Saint-George, plus connu sous le nom de « chevalier de Saint-George » est vite adopté par l’aristocratie parisienne pour ses multiples talents : escrimeur, danseur, séducteur, et surtout musicien, Il passe pour le rival de Mozart, Il devient le premier Noir franc-maçon de France. Nommé directeur de l’Opéra royal par Louis XVI, il doit renoncer face au refus de deux cantatrices d’être dirigées par un… mulâtre. Il se bat en duel contre le chevalier d’Eon, avant de s’engager corps et âme pour la Révolution : il crée alors un régiment de Noirs et de métis, la légion de Saint-George. Trois ans après sa mort en 1799, Napoléon rétablit l’esclavage. Contre exemple, le « nègre républicain », Zamor (1762-1820), page de la comtesse Du Barry, qui, avili par elle, va la dénoncer et finir mal famé dans la misère malgré sa bonne volonté républicaine. (…) « Nègre » vient du latin « niger » qui a donné notamment : « nero » en italien, « noir » en français « negro » en espagnol et portugais, « negre » en occitan (le e occitan se prononce [é]) Le nom commun français « nègre » vient du portugais et désigne un « homme noir » (autre dénomination) ».« denigrare » (rendre noir, noircir) puis, au sens figuré on employait l’expression « denigrare famam » : noircir la réputation (de quelqu’un) (le latin a donné l’ancien français fame et fameux, mots passés en anglais : fame, famous). (…) Dans les pays d’Oc, de l’Andorre aux Alpes-Maritimes, en passant par les Cévennes, de nombreux noms de lieux portent le nom de « Nègre ». Citons, par exemple : 
- le Mourre Nègre, point culminant du Lubéron (1125 m) , Le Cap Nègre sur la Côte des Maures… le Soudan est le pays des noirs. Ce nom vient de l’arabe balad as-sūdān : pays (cf. bled) des noirs (pluriel de aswad : noir) C’est le nom que les Arabes ont donné à la Nubie. Après l’abolition de l’esclavage qui ne distingue aucune « race » particulière et s’applique à tous, le mot prend une connotation raciale, voire raciste. Il faut alors nettement distinguer « nègre » et « noir ». Le mot « noir », surtout adjectif associé à « homme » est positif qui rattache bien le « noir » à l’humanité, sans distinction de couleur. (…) Le « nègre» [de l’enseigne] fête manifestement son émancipation par la colonisation française qui, on l’oublie, a aboli l’esclavage dans toutes les colonies françaises. D’où son habit XVIIIe siècle inspiré par celui du Chevalier de Saint-Georges. Il est donc « joyeux » et semble bien inviter la servante à participer à sa joie. Evidemment, le message est ambigu et, à la lumière, si l’on peut dire, de la réalité du colonialisme et du nouvel esclavagisme qu’il a instauré en remplaçant l’esclave par un travailleur (mal) salarié, ou par un petit exploitant exploité et spolié, cette célébration a un goût aussi amer que le café dont il est le faire-valoir. Y ajouter du sucre ne fait que creuser la différence entre la réalité et le discours. Ce qu’enseigne cette enseigne ? C’est la vérité de la phrase du « nègre » de Surinam dans Candide de Voltaire : « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe ». Reste à savoir si le fait de vandaliser et détruire ce témoignage de notre passé résoudra ce douloureux problème. Effacer le mot « nègre » de nos usages actuels ne semble pas non plus une solution. Mieux vaudrait remplacer cette éradication par une explication comme cette modeste mise en perspective a tenté de le faire. Françoise Chenet
Après l’avoir conservée et régulièrement restaurée à ses frais durant une soixantaine d’années, notre copropriété a fait don de l’enseigne à la Ville de Paris en 1988, sous condition de son maintien en place et de son entretien. C’est la raison pour laquelle l’enseigne figure aujourd’hui dans les collections du Musée Carnavalet -qui est consacré à l’histoire de Paris et de ses habitants. (…) L’enseigne a été décrochée le 26 mars 2018 pour partir en restauration. Elle devait être remise en place à peine deux mois plus tard, le 14 ou le 22 mai 2018. Mais elle n’est pas revenue…  (…) La façade fait alors la réclame des produits vendus dans la boutique, selon une démarche commerciale moderne qui sera popularisée par le développement de la publicité murale au début du 20e siècle. L’épicerie fine des Lenglet est spécialisée dans la vente de produits exotiques, principalement importés des colonies: le café, bien sûr, mais aussi le chocolat, le thé, la vanille, le poivre, le tapioca. On y trouve aussi des produits locaux comme de la chicorée, des pâtes, des vins, des liqueurs mais également des confitures et des dragées de baptême. (…) Nombreux sont les journalistes, les blogueurs et les écrivains qui l’ont décrit: «un charmant tableau sous verre représentant une dame de l’époque 80 attablée devant une orgie de sucreries, tandis que le nègre en culotte donne libre cours à sa gaîté» (…) La scène se passe dans un intérieur bourgeois parisien de la deuxième moitié du 19ème siècle, meublé d’une table et de deux chaises. Au dessus d’un sous-bassement en boiseries bordeaux, les murs sont couverts d’un papier-peint foncé typique de l’époque. Le portrait d’un homme chapeauté et moustachu s’en détache, appuyé sur deux branches de canne-à-sucre disposées en croix. Le parquet à l’anglaise est éclairé par une grande fenêtre garnie de voilages en dentelle blanche et encadrée d’épais rideaux de velours rouge sombre bordés de petits pompons. Au centre de la composition et au premier plan, la table couverte d’une nappe blanche brodée présente élégamment des produits qu’on peut acheter dans l’épicerie des Lenglet. On y voit aussi deux tasses à café. Dans ce décor, au premier plan à gauche, un homme noir, très élégant, est le personnage principal du tableau, comme l’indique son titre «Au Nègre Joyeux». Il est habillé à la façon des aristocrates de la fin du 18ème siècle : une veste de velours jaune aux reflets dorés, une culotte de soie blanche rayée de rouge, des bas blancs et des souliers à boucles serties de strass. L’historien Matthieu Couchet, qui a produit une étude historique sur l’enseigne en avril 2018 à la demande du Musée Carnavalet, explique que cette tenue est typique des Noirs libres des Antilles au XVIIIe siècle. Il appuie notamment son analyse sur l’œuvre du peintre Agostino Brunias. Ce dernier a réalisé de nombreux tableaux décrivant la société dominicaine de son époque ; les hommes libres de couleur de la Dominique s’habillaient à la manière des maîtres blancs pour se différencier des esclaves. On remarque aussi qu’une grande serviette de table blanche est nouée autour du cou de notre Nègre Joyeux et le désigne ainsi sans ambiguïté comme un consommateur. Il brandit, dans sa main gauche, une carafe remplie d’un liquide ambré -un alcool, très certainement. Debout, de trois-quarts contre la table, le regard tourné vers le spectateur, il semble l’inviter à s’asseoir en sa compagnie pour prendre un café arrosé de liqueur. (…) l’autre personnage de l’image (…) est une femme, blanche, vêtue d’une robe bleue aux manches «gigot» caractéristiques de la mode de 1897. Elle porte une coiffe de dentelle blanche sur ses cheveux relevés en chignon, un tablier blanc assorti épinglé sur sa poitrine, et elle tient un plateau sur lequel sont posés une cafetière et un sucrier en argenterie. Autrement dit: c’est une serveuse! Elle en a tous les attributs. D’après sa taille, elle semble assise à table, mais d’après sa position, elle ne peut être que debout. Il n’y aurait pas de cohérence à porter un plateau en étant assise. D’ailleurs, le fait que le dossier de chaise soit visible à côté d’elle indique qu’elle n’est pas assise sur cette chaise. L’illusion vient de ce que le peintre a commis une maladresse en la peignant : il n’a pas respecté la règle classique des proportions du corps qui veut qu’un corps mesure sept têtes. Dans les archives de Madame Christmann, un reçu rédigé sur le papier à en-tête de l’épicerie nous permet d’observer un dessin au trait reprenant les éléments présents dans le tableau de l’enseigne. La vignette située en haut à gauche du document montre la même scène que la peinture, réduite et simplifiée. Probablement réalisée par un autre artiste que l’auteur du tableau de l’enseigne, car relevant d’une technique graphique adaptée à l’imprimerie (gravure), elle présente des différences avec le tableau et sa lisibilité nous permet de mieux comprendre ce qui est représenté sur la toile. Dans ce dessin, les proportions des personnages respectent le canon classique, et on remarque que l’éloignement de la femme est plus évident. Sa silhouette est plus petite que celle de l’homme ; elle est en cohérence avec sa position derrière la table, au second plan. On remarque qu’ainsi dessinée, la femme nous apparaît sans ambiguïté comme étant debout. (…) L’enseigne «Au Nègre Joyeux» nous présente donc un homme noir en train de déguster des produits de l’épicerie spécialisée du même nom, servis par une femme blanche. Il me semble que l’homme noir est ici évocateur de l’exotisme et de la provenance des produits des colonies, comme une sorte d’allégorie. Sa tenue n’évoque pas l’esclavage mais la liberté, cinquante ans après l’abolition définitive de l’esclavage et dans un quartier résolument populaire et républicain. Pourquoi nous sommes-nous donc trompés dans la lecture de cette image? Voici plusieurs explications : Elle est accrochée en hauteur, à plusieurs mètres de distance des observateurs. De plus, elle est présentée sous un verre qui est certes protecteur, mais qui n’est pas antireflet ; si bien que les conditions d’observation sont plutôt mauvaises. Dans la grande majorité, les Noirs représentés dans les publicités coloniales ont un rôle de serviteur ou de domestique, voire d’esclave selon l’époque. L’amalgame entre ce Noir exceptionnel et la règle des Noirs exploités se fait spontanément dans notre esprit. L’erreur de proportion de la femme laisse penser qu’elle est attablée, donc consommatrice. Le petit panneau «Maison fondée en 1748» sur la façade de la maison voisine nous induit en erreur. C’est le dernier vestige de la Charcuterie Labonde, située jadis au N°12 de la rue Mouffetard. Nous l’associons à l’enseigne «Au Nègre Joyeux» sans même réaliser qu’il n’est pas sur le même immeuble et il nous ramène à une période bien antérieure à la date de l’abolition de l’esclavage. Revêtant dans un emploi actuel des notions exclusivement péjoratives, le mot «Nègre» dans le titre influence notre entendement. En 1897, il avait un sens bien plus large que maintenant (cf. les Arts Nègres). Dans une perspective historique, le réduire à la désignation des esclaves ou à une insulte est une erreur car il a évoqué longtemps un peuple, sa culture et son histoire. Notre langue et notre culture ont évolué au fil de ces 120 dernières années, notamment sous l’influence nord-américaine, et le nouveau vocabulaire entre parfois en conflit avec l’origine latine de notre langue. (…) Le 25 septembre 2017, Madame Raphaëlle Primet prend la parole au Conseil de Paris pour proposer un amendement au vœu du groupe Communiste – Front de Gauche de la création un musée de l’esclavage. Elle demande le retrait de l’espace publique de l’enseigne «Au Nègre Joyeux» et son placement dans ce musée de l’esclavage, au motif que celle-ci «piétine les valeurs de paix, de solidarité internationale et de fraternité» et «fait honte à la Ville de Paris». Elle décrit l’objet comme suit: «le tableau dépeint un homme noir souriant, habillé tel un valet, debout et servant une femme blanche d’une classe sociale élevée et assise». Bruno Julliard, alors 1er adjoint et également adjoint au patrimoine, exprime son désaccord et préfèrerait faire un acte pédagogique d’explication à côté de l’enseigne in situ. En toute incohérence, il émet cependant un avis favorable au nom de l’exécutif, et la proposition du voeu de dépose de l’enseigne est adoptée. (…) Le 17 octobre 2017, je remets une étude historique que j’ai réalisée sur l’enseigne au cabinet de Bruno Julliard afin de lui signaler que l’observation et les conclusions qui fondent la proposition de l’amendement du groupe Communiste – Front de gauche sont erronées. Ma recherche est transmise en interne aux divers services concernés. En conséquence, une réunion a lieu le 13 février 2018, réunissant toutes les parties: le Musée Carnavalet, la Mairie de Paris, la Mairie du 5ème, le Comité d’histoire de Paris, notre copropriété, le collectif porteur du budget participatif pour la restauration, le maintien en place et la plaque explicative, etc. Madame Véronique Levieux, qui succède à Monsieur Bruno Julliard comme adjointe au Patrimoine, déclare qu’elle va faire annuler l’amendement de dépose en faisant voter un vœu de maintien in situ de l’enseigne, qu’à cette fin cette dernière devra être retirée temporairement de la façade pour être restaurée, et qu’elle sera remise en place deux mois plus tard à son endroit d’origine. Une plaque explicative, dont le contenu sera déterminé par une étude historique commandée sans tarder à un historien du patrimoine, viendra apporter les explications nécessaires à sa valorisation et sa compréhension. C’est cette décision officielle écrite qui motive notre copropriété à autoriser la dépose de l’enseigne le 26 mars 2018, afin que celle-ci puisse bénéficier d’une restauration plus que nécessaire et très attendue. Le 2 mai 2018, les équipes du Musée Carnavalet annoncent que la restauration du bandeau porteur des lettres nécessite plus de temps que prévu mais que le ré-accrochage aura lieu avant la fin de l’année 2018. L’étude historique commandée par le Musée Carnavalet à l’historien Matthieu Couchet est prête et elle confirme ma propre étude, insistant sur le fait que cette enseigne doit être maintenue à sa place et doit être accompagnée d’explications pour mettre en valeur sa rareté et son intérêt. En avril 2019, encore une nouvelle adjointe au Patrimoine, Madame Karen Taïeb, déclare à notre copropriété que l’enseigne ne sera pas reposée sur notre façade, conformément à l’amendement du groupe Communiste – Front de gauche voté initialement ! Balayant d’un revers de la main toutes les études, toutes les réunions et tous les accords négociés depuis des mois entre les parties, elle décrète que cette enseigne est raciste et que la Mairie de Paris veut retirer de l’espace public les mots et objets de patrimoine qui rappellent l’esclavage. Elle annonce que la toile peinte sera exposée dans les collections permanentes du Musée Carnavalet, lorsqu’il aura ré-ouvert. Le bandeau porteur des lettres, qu’elle juge «indéniablement choquant et raciste», sera, lui, conservé dans les réserves du musée. Au mépris des conclusions de l’étude historique officielle de Monsieur Matthieu Couchet, pourtant commandée par le Musée Carnavalet afin de pouvoir justement rédiger une plaque explicative sur l’enseigne, Madame Karen Taïeb veut que soit installée sur la place de la Contrescarpe une plaque portant le texte suivant: Ce texte a été rédigé par un «comité scientifique ad hoc réuni par le Comité d’Histoire de la Ville de Paris». Loin de décrire objectivement l’enseigne, il se trompe sur la nature du commerce référent, ne parle pas du rôle de chaque personnage, ne nous apporte aucune information historique, ni même ne mentionne la présence de la femme dans l’image. Il procède en revanche à une habile torsion de la vérité par l’emploi de mots-clés (surlignés en vert dans le texte) qui construisent une image mentale dans laquelle l’homme noir est maltraité (esclavage, racisme) et confiné dans un rôle de service. Madame Karen Taïeb précise de surcroît que la photo de la façade prise par Eugène Atget en 1908 sera reproduite à côté de ce texte. Le choix de cette photo, certes pertinent pour montrer la façade de l’immeuble, ne permet cependant en rien d’examiner l’enseigne et rend impossible le jugement du passant. En outre, au lieu de relever le caractère exceptionnel d’un homme noir dans le rôle du consommateur et la convivialité remarquable entre Noir et Blanche dans cette publicité, ce texte nie la réalité de la scène en évoquant la parodie ; il gomme également son intérêt en niant ses particularités et en en faisant un échantillon banal des publicités coloniales représentant des Noirs (…). Ce faisant, la Mairie de Paris recolle systématiquement sur l’enseigne « Au Nègre Joyeux » l’image raciste à laquelle elle est attachée, alors que la vapeur des études historiques avaient commencé à la décoller. Ce texte n’est donc, en fait d’explication, qu’une sombre épitaphe. Le corps de l’enseigne a disparu de son espace, démembré. Ses morceaux ont été dispersés. Les informations diffusées par la Ville à son sujet sont diverses (…) mais toutes éloignées de l’étude historique de Matthieu Couchet qui devait faire référence. Il faudra, après cet effacement, être un fin limier pour retrouver la véritable histoire de l’enseigne « Au Nègre Joyeux ». Charlotte Pouzadoux

Après le vandalisme universitaire et le vandalisme de rue, le vandalisme d’Etat !

A l’heure où de nos universités à nos entreprises

Et entre ostracisation, autocritiques publiques et stages de rééducation idéologique, la nouvelle religion contre-raciste « woke » continue à faire ses ravages

Et où entre cuisine française, concours de beauté ou bancs publics parisiens

Ou même le régime méditerranéen

La liquidation de notre patrimoine continue …

Comment s’étonner encore …

De l’incroyable contre-sens …

Après la fatwa d’une universitaire américaine

Et le vandalisme de rue …

Consistant pour cause de prétendu racisme à démanteler et mettre aux poubelles de l’histoire

Pardon: à « actualiser ou compléter l’inventaire des collections publiques liées à l’histoire de l’esclavage, de la traite négrière et de leurs abolitions »…

Sous la forme d’un tableau d’un Noir libre en tenue d’aristocrate

Vantant fièrement les produits exotiques de la maison que lui apporte sur un plateau d’argent une serveuse blanche

Une véritable ode en fait 50 ans après …

A l’abolition de l’esclavage ?

Mais comment aussi ne pas s’inquiéter …

Du danger que représente ce vandalisme épistémologique devenu désormais vandalisme d’Etat …

Pour la transmission de cette « continuité du monde » …

Qu’Hannah Arendt plaçait, on s’en souvient, au centre de l’éducation de nos enfants…

Et sans laquelle il ne saurait y avoir de monde commun ?

Enseigne « Au Nègre Joyeux » : la Mairie de Paris réarrange l’histoire à sa façon

Didier Rykner
La Tribune de l’art

Dans un article paru en novembre 2017, nous expliquions ce que toute personne de bonne foi peut constater elle-même en regardant attentivement l’image : l’enseigne « Au Nègre joyeux », qui se trouvait rue Mouffetard et qui avait été vandalisée à plusieurs reprises, bien loin de représenter une scène raciste ou colonialiste, montrait en réalité un jeune noir buvant du chocolat, qui lui est servi par une jeune femme blanche. Jamais il n’est question ici d’un serviteur noir qui servirait une blanche. Et quand bien même cela aurait été le cas, il s’agit d’une enseigne du XIXe siècle qui méritait, tout au plus, une explication du contexte dans lequel elle avait été créée. Le vœu du Conseil de Paris, voté en septembre 2017, de retirer cette enseigne de sa façade, était donc absurde

En mars 2018, nous publiions une brève indiquant que cette enseigne serait finalement restaurée par le Musée Carnavalet, et remise en place, avec une plaque explicative. Ceci était le résultat d’une réunion organisée par la Mairie de Paris, en liaison avec la mairie du Ve arrondissement, qui avait pu constater l’inanité des accusations portées contre cet objet historique. La repose de l’enseigne devait avoir lieu, selon le compte-rendu de la réunion, le 14 ou le 22 mai 2018. On apprenait également à l’occasion de ce compte-rendu qu’« une consultation auprès de spécialistes a[vait] été lancée par le Musée Carnavalet en vue d’une étude historique de l’enseigne. Les conclusions de cette étude ainsi que la proposition de plaque explicative à apposer à proximité de l’enseigne lors de la repose seront partagées avec les participants à la réunion et les associations déjà consultées auparavant sur ce projet ».
Cette étude historique sur cet immeuble et sur l’enseigne, commandée à un historien du patrimoine, Matthieu Couchet, s’est terminée en avril 2018. Au terme d’une enquête très fouillée et documentée, celui-ci a remis un rapport de pas moins de 57 pages, y compris les annexes. Son interprétation, qui se base sur des faits et sur les archives qu’il a pu consulter, est la suivante, et va même encore au-delà de ce que nous avions écrit, et qu’il faut lire entièrement : « Le Noir porte la tenue des aristocrates de la fin de l’ancien régime, composée de mocassins à boucles, de bas, d’une culotte et d’une veste de velours jaune évoquant l’or. La culotte est cousue d’un tissu blanc rayé de rouge dont était également faite les pantalons courts des esclaves dans les colonies des Antilles, évoquant ainsi la condition des ancêtres de l’homme noir devenu libre depuis l’abolition de l’esclavage en 1848. Cette représentation d’un gentilhomme noir appartient à l’iconographie des Noirs libres des colonies des Antilles : esclaves affranchis, mulâtres ou quarterons. Objets du mépris des Blancs, les Noirs libres adoptaient alors les habits élégants des maîtres européens, se démarquant par le costume des individus réduits en esclavage. Réalisée en 1897, soit 50 ans après l’abolition de l’esclavage, l’enseigne du « Nègre joyeux » représente ainsi un Noir libre selon des codes de représentation appartenant à l’époque de l’esclavage. Une serviette blanche est nouée autour du cou du gentilhomme noir, mettant en valeur son visage rieur, ainsi que son regard sortant du champ du tableau afin d’interpeller directement le passant. Le Noir libre est ici le consommateur des produits provenant des colonies. […] S’étant relevé de sa chaise, le gentilhomme noir brandit une carafe en verre remplie d’un alcool jaune et désigne de sa main sa tasse. Il débarrasse ainsi la table de cette carafe afin de permettre la dépose du plateau, à la surprise de la serveuse qui esquisse un sourire à cet aimable consommateur. »

La conclusion de l’historien – mandaté, rappelons-le, par la Mairie de Paris elle-même – était claire, et confortait la décision prise en mars : « Cet objet mobilier historique possède ainsi un fort intérêt patrimonial. Son exposition dans l’espace public doit s’accompagner d’une médiation à destination des passants, développant les thématiques de l’histoire de l’épicerie du 14 rue Mouffetard, de la représentation des Noirs dans les publicités anciennes, et de l’évolution de l’utilisation du mot « nègre » dans la société française depuis la fin du 19e siècle. »

Ainsi, non seulement cette scène n’est pas une représentation dépréciative pour l’homme de couleur, mais elle symbolise un Noir libre (il ne pouvait en être autrement, cinquante ans après l’abolition de l’esclavage), en habit de gentilhomme, heureux d’être servi d’une tasse de chocolat par une serveuse blanche. Il n’y a pas le début de commencement de racisme dans cette scène, mais manifestement, dès qu’il est question d’un Noir – rappelons que le terme « Nègre », à l’époque, n’avait pas l’aspect fortement insultant et péjoratif qu’il a aujourd’hui – la Mairie de Paris sort cette carte de sa poche.

Car contrairement à ce qui avait été promis par des politiques dont on connaît la propension à multiplier les contre-vérités, l’enseigne n’a jamais été remise en place. Et désormais, il n’en est plus question comme la nouvelle adjointe au patrimoine, Karen Taïeb, l’a expliqué aux copropriétaires de l’immeuble.

En avril 2019, alors qu’elle était parfaitement au courant de cette affaire, de la promesse de la ville datant de mars 2018 et du rapport de l’historien commandé par ses services, elle a écrit au syndic des copropriétaires que « n’étant pas en adéquation avec les valeurs antiracistes portées par notre époque et notre ville, celle-ci ne saurait demeurer dans l’espace public » et que « la Ville de Paris ne saurait remettre dans l’espace public cette enseigne publicitaire au titre choquant et indéniablement raciste ».

Elle donne ensuite le texte de la plaque qui serait, affirme-t-elle, posée sur l’immeuble pour rappeler l’existence de l’enseigne. On pourra notamment y lire ceci : « Ici, l’homme vêtu d’un costume datant du 18e siècle, qui s’apprête à se servir « joyeusement », est une représentation parodique inversant cette image courante d’un serviteur noir. Une telle iconographie témoigne des clichés et des stéréotypes racistes répandus à la fin du 19e siècle. »

Pour justifier cette décision, l’adjointe au maire se retranche derrière la résolution du Conseil de Paris datant d’octobre 2017, qui n’était plus d’actualité, et jette à la poubelle le rapport historique qui avait été commandée à un historien indépendant, se retranchant derrière le fait que cette plaque serait rédigée par « les historiens de la Ville », dont on ne saura pas qui ils sont, et dont imagine l’indépendance dont ils ont pu disposer.

En supprimant cette enseigne de l’espace public, la mairie ne fait que poursuivre son plan, qui apparaît assez méthodique, d’éliminer des rues parisiennes tout ce qui peut d’une façon ou d’une autre rappeler la seconde moitié du XIXe siècle, ce que l’on constate quotidiennement dans la disparition du mobilier urbain. Mais ici, certains s’inquiétant de la disparition de l’enseigne, on utilise le politiquement correct le plus grotesque combiné à la mauvaise foi la plus absolue, qui fait passer une scène bien anodine pour le parangon d’un racisme qui ne relève que de la plus parfaite « infox », puisqu’il s’agit désormais du mot à la mode. Où se trouve le racisme ? Chez ceux qui souhaitent le retour de cette enseigne, ou chez ceux qui ne peuvent supporter la représentation d’un Noir buvant du chocolat ? Chez ceux qui s’appuient sur des travaux historiques insoupçonnables (et commandés par la Mairie de Paris), ou chez ceux qui réécrivent l’histoire ?

Une pétition a été mise en ligne que vous pouvez signer ici, si vous le souhaitez.

Voir de même:

« Au Nègre Joyeux » n’est pas une enseigne raciste

Didier Rykner
L’iconoclasme n’est pas mort. C’est ainsi qu’une des rares enseignes anciennes encore présente sur un immeuble parisien, celle appelée « Au Nègre Joyeux [1] » place de la Contrescarpe dans le cinquième arrondissement de Paris (ill. 1 et 2), est vandalisée depuis de nombreuses années (ill. 3), et a été la cible, alors qu’elle se trouve ici depuis plus d’un siècle, d’organisations diverses qui ont demandé à la Ville de Paris qu’elles soit enlevée, un vœu que le Conseil de Paris a voté. L’enseigne devrait être déposée au Musée Carnavalet (à qui elle appartient [2]) pour y être présentée. Personne ne pense d’ailleurs sérieusement qu’elle le sera, d’autant que le nombre d’œuvres exposées lors de la réouverture de ce musée sera inférieur à celui qu’il était à sa fermeture.

Même si cette enseigne représentait ce que la plupart des journaux a écrit, c’est-à-dire un noir, serviteur ou esclave, servant une femme de la haute bourgeoisie, cela ne justifierait pas à notre sens d’enlever une enseigne qui fait partie de l’histoire de Paris. L’esclavage a existé, c’est une réalité, et vouloir le cacher est la meilleure façon d’oublier que cela est arrivé.

Mais il s’avère, comme nous l’a démontré de façon particulièrement rigoureuse Charlotte Pouzadoux, présidente du conseil syndical de l’immeuble, que la réalité est tout autre. Elle précise d’abord que cette enseigne, dont les habitants de l’immeuble étaient propriétaires, avait été donnée à la Ville en 1988 en échange d’une restauration qu’ils n’étaient pas en mesure de mener. Celle-ci fut faite en 2002

Elle explique ensuite, documents, photos et archives à l’appui que contrairement à ce qui se dit, la maison « Au Nègre Joyeux » n’a pas été fondée en 1748 mais en 1897, succédant à une épicerie. Qu’il ne s’agissait pas d’une chocolaterie mais d’un magasin vendant du café (une plaque avec la mention « Cafés » existait au dessus de l’ancienne encore sur une photographie de 1960 – ill. 4). Et que, surtout, l’enseigne ne montre absolument pas une scène où un noir servirait sa maîtresse blanche, bien au contraire. Il suffit d’ailleurs d’avoir des yeux pour en être convaincu [3]. Celle qui sert est bien la femme, qui porte le plateau avec la cafetière, le sucrier et les gâteaux [4]. Et celui qui va consommer est bien l’homme noir, sa serviette autour du cou, qui avance la main vers la tasse à café et brandit une carafe de l’autre main, sans doute du rhum avec lequel il va arroser son café. La femme, qui porte un tablier et une coiffe, est vêtue comme une servante. Elle ne peut donc en aucune manière figurer Madame du Barry comme certains l’affirment sans aucune preuve et contre toute évidence. Si le « nègre » – terme qui au XIXe siècle était le seul à désigner un homme noir et n’avait pas la connotation raciste qu’on lui associe aujourd’hui en France – est « joyeux », c’est qu’on lui sert un café et des gâteaux, qu’il va l’arroser de rhum.

Nous citerons enfin ce qu’écrit Charlotte Pouzadoux pour conclure son plaidoyer pour cette enseigne, qui est d’ailleurs partagé selon elle par les copropriétaires de l’immeuble qui souhaitent que celle-ci reste en place et soit restaurée : « Cette enseigne, rare survivante parmi la multitude de panneaux qui décoraient jadis les façades des maisons de ce quartier, a résisté à 12 décennies, soit à 5 générations, tout en restant à son emplacement d’origine.
Traversant les époques, du haut de sa façade, cette « vieille dame » aura été le témoin des bals du 14 juillet, des liesses célébrant les victoires de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale, de l’excitation des passages au XXème puis au XXIème siècle. Elle continue à veiller sur les réunions conviviales quotidiennes de gens venus de tous horizons, de toutes origines et de tous milieux. Exposée aux intempéries, restaurée à maintes reprises et conservée sur son mur par notre copropriété bien au-delà de l’existence du commerce du même nom, elle n’a jamais subi autant de manifestions de violences que ces dix dernières années. 
La condamnation de cette enseigne par des gens qui ne la regardent même pas m’apparaît comme un marqueur de la régression de la bienveillance, de la tolérance et de la culture qui caractérise notre société actuelle. […] Sur cette petite place charmante, bordée de cafés, et qui est le point de rencontre de tous types de populations – étudiante, touristique, familiale, aisée ou modeste, française ou étrangère – « Au Nègre Joyeux » nous donne à voir une scène de convivialité dénuée de pensées négatives et en parfaite adéquation avec son environnement. La convivialité, ce mot d’origine latine « convivere », « vivre ensemble » – si à la mode en ce moment –, est une tradition de notre quartier.
C’est aussi pour ces valeurs et pas seulement pour son charme que cette enseigne est appréciée de tous ceux qui la regardent dans sa vérité. Retirer cette enseigne de son environnement laisserait triompher l’exclusion aveugle et injustifiée autant que la négation de notre tradition et de notre art de vivre. En défendant son maintien, la Ville peut saisir une formidable opportunité de proclamer le « vivre-ensemble » et de renforcer sa position culturelle.
 »

Il ne s’agit ici que de bon sens. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’adjoint à la Maire de Paris, Bruno Julliard, avec qui nous sommes souvent en désaccord, semble lui aussi regretter cette chasse à l’enseigne alors qu’il ne remettait même pas en cause sa fausse interprétation : « Je ne pense pas que le meilleur travail pédagogique soit d’effacer ces traces et de les réserver à un musée » a-t-il déclaré, ce qui ne l’a cependant pas empêché de voter pour son retrait par crainte d’une éventuelle « instrumentalisation » d’un refus (lire ici). Nul doute désormais que la démonstration imparable de Charlotte Pouzadoux, dont il a eu connaissance, ne lui permette comme il en a exprimé le souhait de « revenir dans quelques mois devant le Conseil de Paris avec une proposition consensuelle » qui ne peut être que de laisser l’enseigne en place, de la restaurer, et pourquoi pas d’installer non loin de celle-ci un texte explicatif pour expliquer aux mal comprenants (soyons aussi politiquement correct) pourquoi cette enseigne historique ne doit pas bouger. Interrogée par nos soins, la Mairie de Paris a répondu qu’« une étude historique sur l’œuvre est programmée pour établir un dossier exhaustif sur l’origine et l’histoire de la boutique et de son enseigne ». Elle ajoute qu’« il s’agit en effet d’actualiser ou de compléter l’inventaire des collections publiques liées à l’histoire de l’esclavage, de la traite négrière et de leurs abolitions, suite aux travaux du 1er récolement décennal des collections des musées de France ». Espérons que le bon sens sera revenu lorsque l’étude historique aura confirmé ce que nous avançons ici, et avant que la dépose ne soit effectuée (sa date n’est pas encore fixée).

Notes

[1Il s’agit d’une huile sur toile d’environ 142 x 171 cm, protégée par un caisson en verre.

[2Elle porte sur les inventaires du Musée Carnavalet le numéro EN 185.

[3Signalons cependant ce site, qui rétablit les faits, et la page de Wikipedia qui, après avoir longtemps été erronée, a été justement corrigée en septembre (sauf sur l’historique).

[4Addendum : les gâteaux sont déjà posés sur un drageoir.

Voir également:

A Paris, des associations noires demandent le retrait de la fresque « Au Nègre Joyeux ». Classée « monument historique » seul le ministre pourrait la retirer; mais elle est introuvable dans les registres du ministère de la Culture.

« Il faut l’enlever ! A la rigueur l’envoyer dans des musées pour rappeler l’Histoire raciste de la France mais c’est inacceptable ! » Franco, le leader de la Brigade Anti-Négrophobie est remonté comme un coucou quand StreetPress évoque avec lui la fresque « Au Nègre Joyeux » qui orne une des façades de la place de la Contrescarpe à Paris dans le Vème arrondissement.Objet du scandale: L’enseigne coloniale « Au Nègre Joyeux » qui surplombe le supermarché G20 du 12 rue Mouffetard. L’écriteau de 5 mètres de large est accompagné d’une fresque datée du XVIIIème siècle où un esclave au sourire béat apporte à une maîtresse sévère son déjeuner. «Une attaque du fondement de l’identité nègre !» pour le militant. Tous les samedis depuis 3 semaines, son association la Brigade Anti-Négrophobie réunit une trentaine de personnes au pied de l’immeuble pour une manifestation silencieuse.Bim, bam, boum Deux impacts de jets de pierre ont brisé en plein centre la vitre de plexiglas censée protéger la fresque. « Ça arrive très souvent ! » rigole la caissière de la supérette située juste en dessous de l’enseigne. Franco et la Brigade Anti-Négrophobie réfutent toute responsabilité:« Ce n’est pas nous qui avons lancé des projectiles. Mais je comprends totalement le geste ! Il n’est pas normal de ne pas s’offusquer devant une telle affiche. »Rokhaya, Patrick et SammyL’association demande le retrait de la fresque. Ou au moins qu’un panneau explicatif soit installé pour effectuer « un travail de sensibilisation ». « Il n’est pas acceptable que survive sans explications dans la Cité une représentation neutre voire complaisante de l’esclavage » lit-on dans un communiqué publié sur le site du collectif Cités en mouvement, mobilisé avec l’Alliance Noire Citoyenne.« Pendant la période 39-45, il y avait des affiches sur les Juifs. Aujourd’hui il n’y en a plus aucune. Qu’il en soit de même pour nous ! », argumente Franco. Même le Cran de l’ancien UDF Patrick Lozès y est allé de son petit mot chez Rue89 et les Indivisibles de Rokhaya Diallo ont rejoint la Brigade Anti-Négrophobie dans la lutte. Plus funky le soutien de Sammy Ghozlan du Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme qui propose son aide: « Il faut faire remonter les choses à un service organisé comme nous le faisons. S’ils veulent nous en informer, il n’y a aucun problème ! » Mazel Tov.Mais à qui appartient l’enseigne ? En attendant de réfléchir à « une démarche de contentieux » Charles Morel, l’avocat des associations Alliance Noire Citoyenne et Cités en mouvement, a écrit le 29 septembre à Frédéric Mitterrand:« Comme l’enseigne est un monument historique: seule la préfecture peut la retirer ou la modifier. Mais on a interpellé le ministre pour qu’il se saisisse du problème et utilise son pouvoir d’évocation » explique t-il joint par StreetPressProblème: « Aucune trace » du « Nègre Joyeux » dans le registre national des monuments historiques. Pire l’enseigne n’a pas l’air d’exister pour l’administration française. Au bureau de protection des monuments historiques qui dépend du ministère de la Culture « on pense qu’elle est sous le contrôle du service de la Conservation régionale des monuments historiques » qui conseille lui de s’adresser aux architectes des bâtiments de France … qui n’en savent rien du tout … Ah si ! « Peut-être qu’elle a été inscrite pendant les campagnes de protection des devantures dans les années 60 et 70 … Mais je n’ai pas la liste ! » Bon courage à la Brigade.

Le point de vue de François Durpaire

« Placées dans des musées »

Pour l’historien François Durpaire il ne fait aucun doute que les enseignes coloniales n’ont plus leur place dans les rues de Paris. « Comment des parents peuvent expliquer à leurs enfants ces enseignes? Ils se retrouveraient face à une contradiction: Pourquoi afficher dans les rues des expressions péjoratives! »

Le président du Mouvement Pluricitoyen voit dans la Brigade Anti-Négrophobie et son action «  l’embryon » d’une « communauté noire qui n’existe pas » et dont il souhaite l’existence. Sur les positions plutôt radicales de Franco et sa troupe: « Ça s’explique ! Est-ce que ce que vous percevez comme une sorte de repli n’est pas à comprendre comme une volonté de mobiliser une communauté qui ne l’est pas ? »
Le spécialiste des États-Unis estime néanmoins que « l’ensemble de la société devrait être concerné par le combat du nègre joyeux ».

Des émeutes dans le 5ème ? Monument ou pas: Franco n’est pas prêt à lâcher l’affaire. « On va continuer jusqu’à ce que le gouvernement entende raison … ou que notre endurance en prenne un coup ». En cas de statu quo l’ancien rappeur du groupe La Brigade n’exclue pas de sortir l’échelle pour déloger l’enseigne de force:

« On nous dit constamment que la violence ne sert à rien, mais par rapport à la question raciale c’est malheureusement par les émeutes que les choses changent. »

Avant de sortir les cocktails molotov, son avocat-militant Charles Morel préfère mobiliser. « Nous allons interpeller Bertrand Delanöé si blocage il y a ». Une copie de la lettre adressée à Frédéric Mitterrand a déjà été envoyée au maire du Vème Jean Tiberi et au préfet de Paris. Samedi 15 octobre peut-être qu’ils seront un peu plus nombreux devant le G20 de la place de la Contrescarpe.

Voir de plus:

« Ce qu’enseignent les enseignes »
Victor Hugo, Le Rhin, Lettre VI
Usages et mésusages du mot « nègre » en français
Françoise Chenet
Quartier latin.Paris
20 novembre 2019

Le sens d’un mot et, a fortiori, ses différentes connotations, ne s’apprécie que contextuellement et historiquement. Pour savoir dans quel esprit et quelle intention l’enseigne « Au nègre joyeux » a été créée en 1897, il convient de retracer l’évolution du mot « nègre » au XIXe siècle. Rappelons que ce siècle a vu l’abolition progressive de l’esclavage dans tous les pays du monde, de 1792 par le Danemark à la « loi d’Or » du 13 mai 1888 au Brésil. En France, après avoir été aboli par la Révolution en 1794 puis rétabli par Napoléon en 1802, la loi du 27 avril 1848, sous la deuxième République, l’abolit définitivement.

Mais, en contrepoint, la France se lance dans l’aventure coloniale avec la conquête de l’Algérie en 1830-1847 puis celle de l’Afrique subsaharienne, dite Afrique noire, principalement. Le 28 juillet 1885, Jules Ferry dans un grand discours pour financer une expédition à Madagascar et imposer le protectorat français va se faire le théoricien de ce nouveau colonialisme, en fait, impérialisme. En 1897, l’empire colonial français est largement africain et comprend outre l’Afrique occidentale et Madagascar, les anciennes colonies esclavagistes (Antilles et Réunion), la Tunisie, la Nouvelle Calédonie, l’Indochine. C’est dire que le mot « nègre » et ses usages vont renvoyer à des situations géographiques, historiques et sociales très différentes mais qui vont se contaminer. Et pour compliquer un peu plus le problème, il faut ajouter l’importation moins du mot lui-même que des valeurs qui ont cours en quelque sorte chez nos voisins et rivaux : Espagnols, Portugais, puis Anglais et Nord-Américains.

La globalisation actuelle n’arrange rien qui projette sur le passé des catégories et surtout des jugements anachroniques. D’où ces actes de vandalisme à l’égard de ce pauvre « nègre » dont le principal tort est sans doute d’être donné comme « joyeux ».
Pour y voir un peu plus clair, ces quelques textes et références pour comprendre comment nous en sommes arrivés là.

Du Nègre des Lumières au nègre romantique

Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, le mot « nègre » est quasiment le mot usuel. Savoir s’il est péjoratif ou non est difficile à apprécier. Il est évident qu’il renvoie à l’esclavage. S’il est bien question de « race », il n’est pas raciste au sens où nous l’entendons. Car la grande idée des Lumières qui va inspirer le progressisme jusqu’à nos jours, c’est que la « race » n’explique rien, ne détermine rien. Un « nègre » éduqué, vivant dans de bonnes conditions, est aussi « civilisé » qu’un Européen blanc. Le tout est de le sortir de l’esclavage qui l’avilit et en fait une sous-homme. Au demeurant, c’est le même processus déshumanisant pour le « blanc » aliéné qui travaille la terre ou en usine.
Le Chevalier de Saint-Georges est l’exemple type du « fort potentiel » d’un « nègre » émancipé :
Né en 1739 à Basse-Terre d’une esclave d’origine sénégalaise et d’un planteur noble, Joseph Bologne de Saint-George, plus connu sous le nom de « chevalier de Saint-George » est vite adopté par l’aristocratie parisienne pour ses multiples talents : escrimeur, danseur, séducteur, et surtout musicien, Il passe pour le rival de Mozart, Il devient le premier Noir franc-maçon de France. Nommé directeur de l’Opéra royal par Louis XVI, il doit renoncer face au refus de deux cantatrices d’être dirigées par un… mulâtre. Il se bat en duel contre le chevalier d’Eon, avant de s’engager corps et âme pour la Révolution : il crée alors un régiment de Noirs et de métis, la légion de Saint-George. Trois ans après sa mort en 1799, Napoléon rétablit l’esclavage.

Contre exemple, le « nègre républicain », Zamor (1762-1820), page de la comtesse Du Barry, qui, avili par elle, va la dénoncer et finir mal famé dans la misère malgré sa bonne volonté républicaine.
Victor Hugo dans cet extrait de Bug Jargal (1826) donne un tableau intéressant sur les différentes nuances du mot « nègre » suivant le degré de métissage, à la même période, en fait 1830. Il s’agit de la révolte de Saint-Domingue en 1791. G. Biassou, 1741-1801 est un personnage historique :
« — Général ! excellence ! monseigneur ! reprit le chef d’un air impatienté ; tu es un aristocrate !
— Oh ! vraiment non ! s’écria le citoyen général ; je suis bon patriote de 91 et fervent négrophile !…
— Négrophile, interrompit le généralissime ; qu’est-ce que c’est qu’un négrophile ?…
— C’est un ami des noirs, balbutia le citoyen.
— Il ne suffit pas d’être ami des noirs, repartit sévèrement Biassou, il faut l’être aussi des hommes de couleur. »
Je crois avoir dit que Biassou était sacatra.
« Des hommes de couleur, c’est ce que je voulais dire, répondit humblement le négrophile. Je suis lié avec tous les plus fameux partisans des nègres et des mulâtres… »
Biassou, heureux d’humilier un blanc, l’interrompit encore :
« Nègres et mulâtres ! qu’est-ce que cela veut dire ? Viens-tu ici nous insulter avec ces noms odieux, inventés par le mépris des blancs ? Il n’y a ici que des hommes de couleur et des noirs, entendez-vous, monsieur le colon ?
— C’est une mauvaise habitude contractée dès l’enfance, reprit C*** ; pardonnez-moi, je n’ai point eu l’intention de vous offenser, monseigneur…
[…]
« Hélas ! dit enfin le citoyen général, vous me jugez bien mal, noble défenseur des droits imprescriptibles de la moitié du genre humain… »
Dans l’embarras de donner une qualification quelconque à ce chef qui paraissait les refuser toutes, il avait eu recours à l’une de ces périphrases sonores que les révolutionnaires substituent volontiers au nom et au titre de la personne qu’ils haranguent.
Biassou le regarda fixement et lui dit :
« Tu aimes donc les noirs et les sang-mêlés ?
— Si je les aime ! s’écria le citoyen C*** ; je corresponds avec Brissot et… »
Victor Hugo, Bug Jargal, 1826

Des Maures aux Noirs :

Outre la concurrence dans ce texte mais aussi dans la langue entre le mot « nègre » et le mot « noir » (j’y reviendrai) pour désigner la même couleur de peau sans plus de distinction, on notera que ces mots ont remplacé une autre catégorie plus nettement géographique : le « maure » :
« Maure/More » = noir, sombre. Désignait les populations noires de l’Afrique septentrionale, l’actuel Maghreb. Toute la région était alors habitée par des populations noires africaines. Les romains nommaient la région la Maurétanie, le pays des maures. Il était limité au Nord par la Méditerranée, au Sud le pays des Getudes, à l’Ouest par l’Atlantique, enfin à l’Est par la Numidie.
La présence des Maures est attestée en Europe au début de l’empire romain, bien avant l’arrivée des Arabes, qu’ils appelaient les Sarrasins. On peut donc dire que la différence entre Maures et Arabes était visible physiquement. Les Maures faisaient partie de la légion romaine, qui récompensaient leur meilleurs légionnaires en leur offrant des colonies dans les territoires conquis.
Le Maure est représenté dans la peinture romantique de façon valorisante. Prince, guerrier, il est toujours en situation de domination. Dans le drame de Shakespeare, Othello, le « Maure de Venise », traite d’égal à égal avec la République de Venise qui en a fait son général. C’est au XIXe siècle et aux jeunes Etats-Unis d’Amérique, esclavagistes, qu’est jugée scandaleuse son union avec une femme blanche (voir Stendhal).
Ces définitions étymologiques et historiques du mot « nègre » montrent la concurrence  au moins dans la toponymie actuelle:

« Nègre » vient du latin « niger » qui a donné notamment :
« nero » en italien, « noir » en français « negro » en espagnol et portugais, « negre » en occitan (le e occitan se prononce [é])
Le nom commun français « nègre » vient du portugais et désigne un « homme noir » (autre dénomination) ».
« denigrare » (rendre noir, noircir) puis, au sens figuré on employait l’expression « denigrare famam » : noircir la réputation (de quelqu’un) (le latin a donné l’ancien français fame et fameux, mots passés en anglais : fame, famous).

« Nègre », un nom de lieu:
Dans les pays d’Oc, de l’Andorre aux Alpes-Maritimes, en passant par les Cévennes, de nombreux noms de lieux portent le nom de « Nègre ». Citons, par exemple : 
- le Mourre Nègre, point culminant du Lubéron (1125 m) , Le Cap Nègre sur la Côte des Maures…
le Soudan est le pays des noirs. Ce nom vient de l’arabe balad as-sūdān : pays (cf. bled) des noirs (pluriel de aswad : noir) C’est le nom que les Arabes ont donné à la Nubie.

Après l’abolition de l’esclavage qui ne distingue aucune « race » particulière et s’applique à tous, le mot prend une connotation raciale, voire raciste. Il faut alors nettement distinguer « nègre » et « noir ». Le mot « noir », surtout adjectif associ