Société: Attention, un grand remplacement peut en cacher un autre ! (But what will we do with all the superfluous people when Big Tech’s mindless algorithms are able to teach, diagnose, design and vote better than us ?)

12 avril, 2021
Dans chaque crise, il y a une opportunité

Breaking Borders: "Lady Obama"

Editorial Cartoon by Pat Oliphant, Universal Press Syndicate on New Immigration Policy Imminent

Dans chaque crise, il y a une opportunité. Proverbe chinois (?)
En chinois, le mot ‘crise’ est formé de deux caractères – l’un représente le danger, l’autre l’opportunité. (…) Avec le danger, la crise présente aussi une opportunité. John F. Kennedy (United Negro College, Indianapolis, 12.04. 1959)
Il y a une perception erronée répandue du public, en particulier dans le secteur New Age, selon laquelle le mot chinois pour ‘crise’ est composé d’éléments qui signifient ‘danger’ et ‘opportunité’. (…) Toute une industrie d’experts et de thérapeutes s’est développée autour de cette déclaration grossièrement inexacte. Une simple recherche sur le Web révèle plus d’un million de références à ce faux proverbe. Il apparaît, souvent accompagné de caractères chinois, sur les couvertures de livres, les publicités pour les séminaires, les cours onéreux pour ‘sortir des sentiers battus’, et pratiquement partout où l’on se tourne dans le monde des affaires rapides, de la psychologie pop et de la fumisterie orientaliste. Cette expression accrocheuse (Crise = Danger + Opportunité) est rapidement devenu presque aussi omniprésent que Le Tao de Pooh et L’Art de la guerre de Sun Zi pour ce que vous voulez. L’explication selon laquelle le mot chinois pour « crise » est composé de deux éléments signifiant danger et opportunité est due en partie à des vœux pieux, mais principalement à un malentendu fondamental sur la façon dont les termes sont formés en mandarin et dans d’autres langues sinitiques. (…) S’il est vrai que wēijī signifie en effet «crise» et que le wē La syllabe i de wēijī transmet la notion de «danger», la syllabe jī de wēijī ne signifie certainement pas «opportunité». (…) Le jī de wēijī, en fait, signifie quelque chose comme ‘moment naissant; point crucial (quand quelque chose commence ou change)’. Ainsi, un wēijī est bien une véritable crise, un moment dangereux, un moment où les choses commencent à mal tourner. Un wēijī indique une situation périlleuse où il faut surtout se méfier. Ce n’est pas un moment où l’on cherche des avantages et des bénéfices. En cas de crise, on veut avant tout sauver sa peau et sa tête ! Tout gourou en herbe qui prône l’opportunisme face à la crise doit être chassé de la ville sur un rail, car ses conseils ne feront qu’aggraver le danger de la crise. Victor H. Mair
Dans le cours des siècles, la science a infligé à l’égoïsme naïf de l’humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu’elle a montré que la terre, loin d’être le centre de l’univers, ne forme qu’une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l’humanité par la recherche biologique, lorsqu’elle a réduit à rien les prétentions de l’homme à une place privilégiée dans l’ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l’indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s’est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. Les psychanalystes ne sont ni les premiers ni les seuls qui aient lancé cet appel à la modestie et au recueillement, mais c’est à eux que semble échoir la mission d’étendre cette manière de voir avec le plus d’ardeur et de produire à son appui des matériaux empruntés à l’expérience et accessibles à tous. D’où la levée générale de boucliers contre notre science, l’oubli de toutes les règles de politesse académique, le déchaînement d’une opposition qui secoue toutes les entraves d’une logique impartiale. Sigmund Freud (Introduction à la psychanalyse, 1916)
Freud a décrit trois grandes blessures historiques au narcissisme primaire du sujet humain égocentrique, qui essaie de tenir la panique à distance par le fantasme de l’exceptionnalisme humain. La première est la blessure copernicienne qui a enlevé la Terre elle-même, le monde natal de l’homme, du centre du cosmos et a en effet ouvert la voie à ce cosmos pour s’ouvrir dans un univers de temps et d’espaces inhumains et non-mélodiques. La science a fait cette coupe décentrée. La deuxième blessure est la darwinienne, qui a mis l’Homo sapiens fermement dans le monde des autres bestioles, essayant tous de gagner leur vie terrestre et évoluant ainsi les uns par rapport aux autres sans les garanties de panneaux directionnels qui culminent dans l’Homme. La science a également influé sur cette coupure cruelle. La troisième blessure est la freudienne, qui posait un inconscient qui annulait la primauté des processus conscients, y compris la raison qui réconfortait l’homme avec son excellence unique, avec de terribles conséquences pour la téléologie une fois de plus. La science semble aussi tenir cette lame. Je veux ajouter une quatrième blessure, l’informatique ou cyborgienne, qui imprègne la chair organique et technologique et fusionne également ce Grand Partage. Donna J. Haraway
Cela fait des siècles que vous volez et mentez. Vous seriez venus, dites-vous, pour nous civiliser. Vous avez méprisé nos langues, nos cultures, nos religions, humilié nos mémoires, souillé nos traditions. Du coeur de l’Afrique, de l’Asie et du Sud éveillé, les voix s’élèvent, vents d’humanité. Elles n’attendent ni repentance, ni pitié. Elles exigent vérité, justice et dignité. Attendez ! Attendez ! Mais qu’est-ce que vous croyez ? Que l’on va rester là assis à vous regarder ? Piller nos terres, nos richesses, nos minerais, vous laisser tranquillement écrire l’histoire et la coloniser ? Comme vous avez colonisé nos cultures, nos pays, nos continents, nos paysages, autant que nos esprits ? La mondialisation, c’est le nom donné à vous spoliations. Vous aimeriez habiller l’horreur de votre domination. En appelant vos citoyens à l’amour du pauvre et à la charité, vous parlez d’humanitaire, mais c’est la justice que vous trahissez. Vous avez fait de ces femmes et de ces hommes déshumanisés, niés, sans nom, sans âge, ni personne ds pauvres, des exilés, des êtres déracinés. Ici, ils se noient, là-bas, vous les enfermez. Ils sont combien à mourir tous les jours, tous les soirs sur les bateaux de la honte et du désespoir ? N’avez-vous donc pas honte, vous, d’en faire des criminels, des migrants coupables, sans cervelles ? Vous interdisez aux femmes et aux hommes de courage, de les secourir, de leur tendre la main, d’éviter les naufrages ! Fiers de vos richesses, de vos sociétés, si libres et si ouvertes. Vous dites le droit des riches qui détruit la nature et signe notre perte. Vous interdisez aux femmes et aux homes de courage, de les secourir, de leur tendre la main, d’éviter les naufrages ! Fiers de vos richesses, de vos sociétés, si libres et si ouvertes. Vous dites le droit des riches qui détruit a nature et signe notre perte. Vous êtes venus chez nous imposer des frontières de misère. Voilà qu’entre vous et nous, vous avez inventé ces murs sur la mer. Vous parlez de valeurs universelles, de démocratie et d’honneur. Dites, il ne reste donc plus une seule conscience dans l’élite des voleurs ? Vous avez le choix, nous ne l’avons pas. Soit vous partagez, soit on se servira. C’est écrit, n’est-ce pas, dans vos plus beaux traités, le pauvre, il n’est pas voleur, le pauvre et l’affamé. Le monde nous appartient autant qu’à vous, compagnons. La vérité, c’est que c’est plutôt nous qui lui appartenons. Souvenez-vous des Indiens d’Amérique quand, arrogants et avides, vous voliez la terre. Ils étaient à elle et non elle à eux. A cette sagesse, vous avez préféré l’argent et la guerre. Du fond de l’Afrique et de la l’Asie, au coeur des contrées les plus démunies, entendez le souffle des révoltes qui grondent, porteuses d’espoir, d’amour et de vie. Des peuples traversent la misère, restent fiers et dignes, et même ils se multiplient. Votre ordre et vos frontières n’auront raison ni de notre jeunesse, encore moins de la vie. Demain, dans vos rues, nous marcherons. libres et sereins, nous serons des vôtres, noirs, jaunes, blancs, arabes ou amérindiens, Demain, vos frontières seront le mauvais souvenir de vos mensonges passés. Demain, entendez, la fraternité et la diversité seront seuls garants de votre sécurité. Vous avez peur de perdre vos privilèges et votre identité. La mixité serait donc votre perte et bientôt vous serez sauvagement remplacés ? Dormez en paix, amis de l’égalité, nous ne sommes venus ni pour voler, ni pour remplacer. Au-delà des couleurs, des religions, nous sommes une bonne nouvelle, un vent d’humanité. Tariq Ramadan
Il ne faut jamais gaspiller une crise grave. Cette crise fournit l’occasion de réaliser des choses qu’on n’aurait pas pu faire avant. Rahm Emmanuel (directeur de cabinet de Barack Obama)
We can replace them. In Georgia, a chance to rebuke white nationalism. (…) Right now America is tearing itself apart as an embittered white conservative minority clings to power, terrified at being swamped by a new multiracial polyglot majority. The divide feels especially stark in Georgia, where the midterm election is a battle between Trumpist reaction and the multicultural America whose emergence the right is trying, at all costs, to forestall. (…) Abrams’s goal is to put together a coalition of African-American and other minority voters and white liberals. The potential is there; Georgia is less than 53 percent non-Hispanic white. “Georgia is a blue state if everybody votes,” DuBose Porter, chairman of the Democratic Party of Georgia, told me. Abrams’s opponent, the Georgia secretary of state Brian Kemp, ahead by a couple of percentage points in the polls, doesn’t want to see that happen. Last week, Rolling Stone obtained audio of Kemp telling donors of his “concern” about what might happen in Georgia “if everybody uses and exercises their right to vote.” As the secretary of state overseeing his own election, he’s taken steps to make that harder. His office has frozen new voter registrations for minor discrepancies with official records, and, starting in 2012, purged around 1.5 million people from the voter rolls — some simply because they didn’t vote in previous elections. He’s fighting a court order to stop rejecting absentee ballots over questions about the authenticity of their signatures. Kemp is the candidate of aggrieved whiteness. (…) Racists in Georgia, like racists all over America, are emboldened. (…) But the forces of democracy are rising, too. In Georgia’s highly diverse Seventh District, Carolyn Bourdeaux, part of the wave of women inspired to run for office by revulsion at Trump, is challenging Representative Rob Woodall, a Republican. Bourdeaux said that the Seventh, a majority-minority district with immigrants from all over the world, has been on the front lines of voter suppression. Nevertheless, her campaign said that early-voting turnout has reached presidential levels. On Saturday morning, Abrams closed by reminding the crowd of Kemp’s views on democracy. “He said he is concerned that if everyone eligible to vote in Georgia does so, he will lose this election,” she said. “Let’s prove him right.” In a week, American voters can do to white nationalists what they fear most. Show them they’re being replaced. Michelle Goldberg
D’ici deux ou trois cycles présidentiels, vous verrez – le soir des élections, on aura les 38 votes électoraux du Texas pour le candidat démocrate à la présidence. Les choses changent. Ca va devenir un état violet, puis un état bleu en raison de la démographie, en raison de la croissance démographique des gens venant de l’extérieur du Texas. Julian Castro (futur ministre d’Obama, 2013)
Appelons les choses par leur nom. C’est une tentative de toucher à la démographie de notre pays en sévissant contre les immigrants. Que cette menace vienne du président des États-Unis est profondément répréhensible et un affront à nos valeurs. Nous ne laisserons pas passer ça. Kamala Harris (2019)
Avec des taux de natalité historiquement élevés parmi les Palestiniens et un afflux possible de réfugiés palestiniens et de leurs descendants vivant maintenant dans le monde, les Juifs seraient rapidement une minorité au sein d’un État binational, mettant probablement fin à tout semblant d’égalité de représentation et de protection. En cette situation, la population juive serait de plus en plus vulnérable politiquement – et potentiellement physiquement. Il est irréaliste et inacceptable de s’attendre à ce que l’État d’Israël subvertisse volontairement sa propre souveraineté et son identité nationale et devienne une minorité vulnérable au sein de ce qui était autrefois son propre territoire. Ligue anti-diffamation
Le changement démographique est la clé des ambitions politiques du Parti démocrate. (…) C’est le secret de tout le débat sur l’immigration (…) Pour gagner et se maintenir au pouvoir, les Démocrates envisagent de changer la population du pays. Ils n’essaient plus de vous convaincre avec leur programme. Ils n’essaient évidemment pas d’améliorer votre vie. Ils ne se soucient même plus de votre vote. Leur objectif est de vous rendre inutile. (…) Quand vous changez qui vote, vous changez qui gagne. Ca n’a rien à voir intrinsèquement avec la race ou la nationalité. C’est la nature de la démocratie. C’est toujours vrai. Vous pouvez le voir se produire par vous-même et vous l’avez probablement vu. Partout dans le pays, nous avons vu d’énormes changements des résultats électoraux causés par le changement démographique. De nouvelles personnes entrent et votent différemment. En pratique, peu importe à quoi elles ressemblent ou d’où elles viennent. Tout ce qui compte, c’est qu’elles ont des opinions politiques différentes. Cela est tout aussi vrai que les migrants viennent de Brooklyn ou d’Oaxaca. Dans le Vermont, les progressistes blancs fuyant le désordre qu’ils ont créé à New York ont ​​rendu l’état bleu. Pas plus tard qu’en 1992, le Vermont était de manière fiable républicain, aussi difficile à croire que cela puisse paraitre. Le Vermont est maintenant une parodie du libéralisme de style de vie. C’est le changement démographique au travail. Vous voyez la même chose se produire dans l’État du New Hampshire lorsque les réfugiés du Massachusetts affluent vers le nord et apportent leurs mauvaises habitudes avec eux. Le Montana, l’Idaho et le Nevada sont tous confrontés à des problèmes similaires. Les bobos qui ont détruit la Californie ne restent pas là pour voir comment cela se termine. Ils courent vers les ternes refuges de Boise et Bozeman, déformant au fur et à mesure la culture locale et les marchés immobiliers. Bientôt, les gens qui sont nés dans les montagnes de l’Ouest ne pourront plus y vivre. Ils seront, oui, remplacés par des grosses fortunes, des professeurs de yoga et des vice-présidents de Google. Les beaux endroits risquent toujours d’être envahis par les pires personnes. Demandez à quiconque a grandi à Aspen. Mais dans la plupart des pays, c’est l’immigration en provenance d’autres nations plus que toute autre chose qui a conduit à la transformation politique. C’est différent de ce que nous avons vu dans des endroits comme le Vermont. Les Américains ont parfaitement le droit de déménager dans de nouveaux États s’ils le souhaitent, même s’ils ont d’ineptes opinions politiques. Mais nos dirigeants n’ont pas le droit d’encourager les étrangers à s’installer dans ce pays pour changer les résultats des élections. Faire cela est une attaque contre notre démocratie. Pourtant, pendant des décennies, nos dirigeants ont fait exactement cela, et ils continuent de le faire parce que ça marche. Prenons la Virginie. Les comtés de l’autre côté de la rivière Potomac de Washington constituent maintenant l’une des plus grandes communautés d’immigrants des États-Unis. La plupart de ces immigrants sont des gens travailleurs et décents. Nombre d’entre eux ont eu beaucoup de succès en affaires. Et tant mieux pour eux. Mais ils ont aussi une position politique très différente de celle des gens qui y vivaient. Leurs votes ont permis aux Démocrates de prendre le contrôle de l’État tout entier et de le transformer en quelque chose de méconnaissable. Le gouverneur, Blackface Klanrobes de Richmond doit sa place aux immigrants d’Arlington et de Falls Church. Des tendances similaires sont actuellement en cours en Géorgie, en Caroline du Nord et dans de nombreux autres États. L’immigration de masse augmente le pouvoir du Parti démocrate, point final. C’est la raison pour laquelle les Démocrates la soutiennent. C’est la seule raison. Si 200 000 immigrants de Pologne se présentaient demain à notre frontière sud, Kamala Harris ne leur promettrait pas de soins de santé. Pourquoi? Simple: les Polonais ont tendance à voter républicain. Voilà la différence. Les Démocrates expulseraient ces migrants immédiatement. Pas de lamentations sur l’Amérique nation d’immigrants. Des centaines de milliers d’électeurs républicains susceptibles de se masser à Tijuana seraient qualifiés de crise nationale. Nous aurions un mur frontalier d’ici mercredi. Pour les Démocrates, le but de l’immigration n’est pas de faire preuve de compassion envers les réfugiés, encore moins d’améliorer notre pays. Ce n’est certainement pas une question de justice raciale. L’immigration de masse fait du mal aux Afro-Américains, peut-être plus que tous. L’immigration est un moyen d’avantage électoral. C’est une question de pouvoir. Plus d’électeurs démocrates signifient plus de pouvoir pour les politiciens démocrates. C’est la leçon caractéristique de l’État de Californie. Entre 1948 et 1992, l’État de Californie a voté une seule fois pour un candidat démocrate à la présidentielle. Parmi les grands centres de population américains, contrairement à Chicago et à New York, la Californie était fidèlement et fièrement républicaine. Pendant huit ans, rien de moins qu’un Ronald Reagan a dirigé l’État. La Californie avait les meilleures écoles du pays, la meilleure infrastructure, la meilleure économie, sans parler du plus bel environnement national de la planète. La Californie était un modèle pour le monde. En 1980, Ronald Reagan, ancien gouverneur de Californie, est devenu président des États-Unis. Rétrospectivement, les choses après ça n’ont fait qu’empirer pour la Californie. Au milieu de son deuxième mandat, Reagan a signé quelque chose qui s’appelle la loi sur la réforme et le contrôle de l’immigration de 1986. Bien qu’il ne s’en soit probablement pas rendu compte à l’époque, cette loi a rendu les futurs Ronald Reagan impossibles. La loi sur la réforme et le contrôle de l’immigration a instauré une amnistie et une voie vers la citoyenneté pour près de trois millions de ressortissants étrangers vivant illégalement aux États-Unis. L’année suivante, par décret, Reagan a encore ajouté à ce nombre. Il a mis fin à la déportation de 100 000 autres mineurs illégaux, les “Rêveurs” de son temps. Le reste du monde a observé attentivement ce qui se passait. Les migrants potentiels du monde entier ont conclu qu’il n’y avait pas de vraie sanction contre les infractions aux lois américaines. En fait, il y avait une récompense. Reagan a également signé une loi qui obligeait les hôpitaux à fournir des soins médicaux gratuits quel que soit le statut d’immigration. La Cour suprême avait déjà garanti une éducation gratuite à toute personne qui se présentait sans visa. Donc: hôpitaux gratuits, écoles gratuites et amnistie si vous vous faites prendre. Pourquoi le reste du monde ne viendrait-il pas? Ils se sont empressés de le faire. Si jamais vous vous ennuyez, revenez en arrière et relisez la couverture du projet de loi d’amnistie de 1986 le jour où il a été adopté. Tout le monde à l’époque, dans les deux partis et dans les médias, a assuré aux Américains que la nouvelle loi contrôlerait notre frontière. Cela s’appelait la Loi sur la réforme et le contrôle de l’immigration après tout. Eh bien, c’est le contraire qui s’est passé: d’énormes nouvelles vagues de migrants sont arrivées immédiatement, dont beaucoup étaient illégales. La Californie a été transformée pratiquement du jour au lendemain en un État démocrate. En 1988, George H.W. Bush a remporté de justesse la Californie à l’élection présidentielle, mais aucun républicain n’a depuis gagné cet État. Aucun républicain ne gagnera jamais en Californie, pas de notre vivant. Il y a maintenant environ deux fois plus de Démocrates enregistrés en Californie que de Républicains. Il n’y a pas beaucoup de débat sur la façon dont cela s’est produit. Les comtés de Californie avec le pourcentage le plus élevé de Républicains sont, non par coïncidence, ceux avec qui ont le plus faible pourcentage d’immigrants et vice versa. La Californie a changé parce que la population a changé. L’analyse de l’élection présidentielle de 2012, par exemple, a montré que si vous viviez dans l’État de Californie en 1980, vous votiez probablement encore républicain. Votre point de vue n’avait pas vraiment changé. Mais au fur et à mesure que votre État se remplissait d’électeurs étrangers, vos opinions devenaient inutiles. Votre pouvoir politique, le pouvoir de contrôler votre propre vie, avait disparu avec l’arrivée de nouvelles personnes qui ont dilué votre vote. C’était tout le problème. Ce n’est pas de la démocratie, c’est de la triche. Imaginez un match de football où une équipe décide de commencer la troisième manche avec 40 joueurs supplémentaires sur le terrain. Considériez-vous cela juste ? Le Parti démocrate a fait quelque chose de très semblable dans l’État de Californie. Ils ont truqué le jeu avec plus de gens. Ils ont bourré non les urnes mais le nombre d’électeurs. En conséquence, les Américains qui ont grandi en Californie ont perdu leur droit le plus fondamental dans une démocratie, à savoir le droit de faire que leurs voix comptent. Cela est d’ailleurs vrai pour tous les Américains nés dans le pays, pas seulement pour les Républicains. Los Angeles a maintenant la plus grande population de Latinos en dehors de Mexico. Les blancs représentent moins de 30% de la population, contre plus de 90% en 1960. Mais un déclin moins remarqué s’est produit chez les Afro-Américains. Selon le démographe Joel Kotkin, au cours des 30 dernières années, la proportion de résidents noirs à Los Angeles a diminué de moitié. San Francisco n’est plus qu’à 5% noire; contre 13% en 1980. Vous avez beaucoup entendu parler ces derniers temps de la nécessité du pouvoir politique noir. En Californie, ce pouvoir s’évapore en raison de l’immigration massive. Les dirigeants démocrates ne mentionnent jamais cette tendance, mais c’est évident pour les gens qui y vivent. Un sondage a révélé que près de 60% des Noirs de Californie aimeraient beaucoup partir. Beaucoup l’ont déjà fait. L’exode des Californiens nés aux États-Unis de toutes les couleurs a commencé peu de temps après l’amnistie de 1986. Il est devenu une ruée panique. (…) Peu d’Américains s’installent aujourd’hui à Los Angeles. Pourtant, pour chaque Californien qui abandonne l’État, plusieurs autres personnes arrivent de pays étrangers. C’est pourquoi depuis 1990, la population totale de la Californie a augmenté de 10 millions de personnes. C’est l’équivalent d’un Michigan et d’une Caroline du Nord entiers en seulement 30 ans. C’est énormément de monde en très peu de temps. La plupart de ces nouveaux arrivants viennent de milieux pauvres. Leur niveau de vie augmente une fois qu’ils arrivent en Californie. L’État, cependant, est devenu beaucoup plus pauvre. En 1986, la Californie était la masse continentale la plus riche de sa taille au monde. La Californie compte désormais plus de pauvres que tout autre État du pays depuis cette année, selon les meilleures mesures disponibles du gouvernement fédéral. La Californie a un taux de pauvreté plus élevé que le Mississippi, en fait le plus élevé du pays. Comment en est-on arrivé là ? Dans un pays sain, un pays qui prône l’honnêteté, la libre enquête et la science sociale légitime, nous ne poserions pas cette question de toute urgence. Comment un endroit aussi idyllique que la Californie est-il devenu si misérable qu’un grand nombre de personnes qui y sont nées décident d’abandonner leurs maisons et de s’enfuir? Si vous vous souciez des États-Unis, vous voudriez connaître la réponse et vous assurer que cela ne se reproduise pas ailleurs. Pourtant, le Parti démocrate s’emploie à faire en sorte que cela se produise partout. Ce n’est pas une insulte. Ce n’est pas une supposition. Nous le savons parce qu’ils s’en vantent constamment. La gauche pète les plombs si vous faites remarquer que les électeurs américains sont remplacés par des loyalistes du Parti démocrate d’autres pays. Vous n’êtes absolument pas autorisés à dire cela, mais eux, ils ont le droit de le dire. Et ils le disent. Ils le disent tout le temps. Ils sortent des études là-dessus, écrivent de longs livres à ce sujet, en parlent à l’infini à la télévision, souvent dans les termes raciaux les plus crus. Ils n’ont pas du tout honte, ils ne pensent pas devoir avoir honte. À l’automne 2018, une chroniqueuse du New York Times a écrit un article qui s’intitulait littéralement « Nous pouvons les remplacer ». Au cas où vous vous demanderiez qui était le « eux », la tribune vous le disait explicitement. Grâce au changement démographique, l’auteure notait avec une approbation chaleureuse, l’état de Géorgie sera bientôt contrôlé par les Démocrates: « Le potentiel est là. La Géorgie est moins de 53 [%} non hispaniques blanche ». Encore une fois, c’est une éditorialiste du New York Times, pas un blogueur de QAnon. Ils vous disent que le remplacement démographique est une obsession de droite. Non, ce n’est pas vrai. Ils disent que c’est une horrible théorie du complot de droite, que la droite en est obsédée. Non, c’est la gauche qui en est obsédée. En fait, c’est l’idée centrale du Parti démocrate moderne. Le remplacement démographique est leur obsession car c’est leur chemin vers le pouvoir. En 2013, le futur secrétaire du Cabinet d’Obama, Julian Castro, est allé sur CBS pour expliquer pourquoi le Texas serait bientôt un État démocrate. (…) Personne n’a attaqué Julian Castro pour avoir dit cela. Personne n’a demandé qui pouvaient être ces ‘gens de l’extérieur du Texas’ ni pourquoi ils avaient le droit de contrôler l’avenir des personnes qui vivaient déjà au Texas. Personne n’en a dit un mot. Cela semblait normal, c’était normal, c’est toujours normal. À Washington, ce qui est choquant, c’est toute tentative réelle de protéger la démocratie. À l’été 2019, le président de l’époque, Donald Trump, a promis – à tort, comme cela s’est avéré – qu’il allait expulser un grand nombre de ressortissants étrangers vivant ici illégalement. La réponse de Kamala Harris à cela a été révélatrice. Elle aurait pu argumenter, comme le font souvent les Démocrates, que l’expulsion est cruelle et non américaine. Mais elle n’a pas dit ça. Au lieu de cela, elle a dit la vérité à ce sujet, « Appelons cela ce que c’est », a écrit Harris sur Twitter. « C’est une tentative de toucher à la démographie de notre pays en réprimant les immigrants. Que cette menace vienne du président des États-Unis est profondément répréhensible et un affront à nos valeurs. Nous ne laisserons pas passer ça. » Mais attendez une seconde, Trump avait annoncé qu’il expulsait des étrangers illégaux, qui ne sont pas autorisés à voter à nos élections. Ils ne sont même pas autorisés à vivre ici. En quoi les renvoyer dans leur propre pays était-il ‘une tentative de toucher à la démographie de notre pays’ ? Les étrangers illégaux ne devraient même pas compter dans la démographie de notre pays. Ce ne sont pas des Américains. La réponse de Kamala Harris n’a de sens que si vous pensez que les millions d’étrangers qui enfreignent nos lois pour vivre ici sont de futurs électeurs démocrates, et c’est exactement ce qu’elle croit. C’est choquant si vous y réfléchissez, et c’est pourquoi vous n’êtes pas autorisé à le penser. En pensant à ce que Kamala Harris envisage, Kamala Harris elle-même voudrait que vous sachiez, est profondément répréhensible et un affront à nos valeurs. En d’autres termes, soumettez-vous à notre projet sinon vous êtes immoral. Si vous entendiez des personnes éminentes parler ainsi dans n’importe quel autre pays, vous seriez confus. La classe dirigeante d’une nation admettant qu’elle espère remplacer ses propres citoyens semble grotesque. Si vous croyez en la démocratie, vous devez tout faire pour protéger le pouvoir du vote de chaque citoyen, évidemment. Vous vous demandez si les gens débattent même de questions comme celle-ci dans des pays qui ne se détestent pas, comme le Japon, la Corée du Sud ou Israël. Rendez-vous sur le site Web de l’Anti-Defamation League (ADL) si vous souhaitez avoir un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler une conversation normale sur l’intérêt national d’un pays. Dans un court essai posté sur le site, l’ADL explique pourquoi l’État d’Israël ne devrait pas permettre à plus d’Arabes de devenir citoyens avec le droit de vote (…) Maintenant, du point de vue d’Israël, cela est parfaitement logique. Pourquoi une nation démocratique rendrait-elle ses propres citoyens moins puissants? N’est-ce pas la trahison la plus profonde de toutes? Pour reprendre les termes de l’ADL, pourquoi un gouvernement subvertirait-il sa propre souveraineté? (…) La plupart des Américains le croient. Malheureusement, la plupart des Américains n’ont pas leur mot à dire en la matière. La plupart des Américains ne sont même pas autorisés à avoir ce genre de conversation. Ils restent donc sur la touche à regarder leur démocratie assassinée par des gens qui prétendent en être les défenseurs. « Démocratie! Démocratie! Démocratie! » hurle la foule de Twitter, alors même que les votes des personnes qui sont nées ici perdent régulièrement de leur valeur – dilués et de plus en plus sans valeur, comme le dollar américain. C’est ce à quoi cela ressemble quand une population autochtone entière – noirs comme blancs, mais ils sont tous américains – est systématiquement privée de ses droits. Les Américains de la classe moyenne perdent de leur pouvoir chaque année. Ils ont moins de pouvoir économique et, grâce à l’immigration de masse, ils ont désormais moins de pouvoir politique. Les dirigeants qui apportent ces changements n’ont aucune sympathie pour leurs victimes. Ils blâment le pays pour ses propres souffrances. Tucker Carlson
We’ve been touting the socialist agenda now for more than two years, and everything we warned voters about is coming to fruition . We warned voters that Biden would destroy energy jobs, and Biden did that on day one. We warned voters that Biden would destroy the border, and we’re seeing a border crisis unfold before our very eyes. That all makes taking back the House within our reach, and we’re going to be reminding voters of Biden’s socialist agenda day in and day out. Michael McAdams (National Republican Congressional Committee)
While Democrats are still on a “sugar high” from the coronavirus relief bill, when that wears off and as the Biden administration tries to push through additional legislation, Republicans are hopeful they can exact a political price. At some point in time, the tide will turn against them. What’s really going to hurt Democrats is wild spending and policies that are just out of step with most Americans. It’s classic Democratic overreach. Doug Andres (press secretary for Senate Minority Leader Mitch McConnell)
The biggest issue right now where I think Democrats are way over their skis is immigration. Democrats saw the 2020 election as a repudiation of all of Trump’s policies and all of the Republicans’ policies, when, in fact, the things we’ve proposed on immigration are very popular, in a way that not just unifies our base, but also helps us bring back a lot of the moderates and independents and Hispanic voters. Chris Hartline (National Republican Senatorial Committee)
Like Roosevelt understood during the Great Depression, Joe Biden understands this country today faces a series of unprecedented crises. What Joe Biden concluded is that if his administration is going to mean anything, it has got to think big, not small, and it has got to address these unprecedented crises in an unprecedented way. In that regard, he is off to a very, very good start. Sen. Bernie Sanders (I-Vt.)
If President Biden gets his way, the national minimum wage will be $15 an hour, immigrants without legal status will receive an eight-year path to citizenship, firearms will be harder to purchase, votes will be easier to cast and Americans will head back to work in 10 million new clean-energy jobs. And that’s just the beginning. Since taking office, Biden has outlined a sweeping agenda that has delighted members of the party’s liberal wing, who were skeptical that a former Senate institutionalist known for moderation would push through policies aimed at transforming the nation. The first big victory came this past week, when Democrats approved an expansive $1.9 trillion coronavirus relief bill containing numerous long-sought liberal initiatives. (…) But Biden’s broad ambitions — especially on issues such as climate change and immigration — could also backfire, putting moderate Democrats at risk in the 2022 midterms and giving Republicans ammunition to portray the president as a left-leaning radical. Some Democrats are already raising alarms about the scale of some of Biden’s proposals on immigration and infrastructure, casting doubt on their prospects. (…) The coronavirus package, for instance, not only provides $1,400 checks to many struggling Americans and money to help ensure that the nation can be fully vaccinated by the end of the year, but it also extends unemployment insurance, helps bail out roughly 185 union pension plans on the verge of collapse, provides aid and debt relief to disadvantaged black farmers and seeks to cut U.S. childhood poverty in half through expanded tax credits. But there are concerns about the prospects of preserving party unity — and winning over Republicans — as Biden’s agenda moves toward issues that historically have been more divisive. (…) There is some amount of irony that Biden, who was among the most moderate Democrats in a sprawling field of some two dozen presidential contenders, has emerged as a liberal champion. And the next phase of Biden’s presidency will also test his ability to use a more understated demeanor to sell policies that restructure broad swaths of the U.S. economy and social policy. (…) Biden has moved more aggressively on climate change than almost any other front, using his executive authority to curb fossil fuel development starting on his first day in office. These policies have thrilled liberals, but could put centrist Democrats in a difficult position if the administration cannot deliver on its promise to generate new jobs for Americans dependent on oil, gas and coal, along with other industries, such as logging. Within hours of his inauguration, Biden vetoed the Keystone XL pipeline project and recommitted the United States to the global climate accord forged in Paris in 2015. Days later, he halted all new oil and gas leasing on federal land. Those measures, along with a raft of other policies that will place a priority on curbing greenhouse gas emissions linked to climate change, have already prompted pushback from business groups and many Republicans, as well as some Democrats in oil- and gas-producing states. On immigration, Biden immediately reversed some of Trump’s policies. He ended the ban on travel from Muslim-majority countries, and he rescinded the emergency order that was used to fund the wall along the Mexican border. But he also wants to provide a pathway to citizenship for nearly 11 million undocumented immigrants, expand the number of visas and green cards, and make it easier for asylum seekers to enter the United States. The Washington Post
Au moment où nous écrivons ces lignes (juin 2020), la pandémie continue de s’aggraver à l’échelle mondiale. Beaucoup d’entre nous se demandent quand les choses reviendront à la normale. Pour faire court, la réponse est : jamais. La normalité d’avant la crise est ‘brisée’ et rien ne nous y ramènera, car la pandémie de coronavirus marque un point d’inflexion fondamental dans notre trajectoire mondiale. Certains analystes parlent d’une bifurcation majeure, d’autres évoquent une crise profonde aux proportions ‘bibliques’, mais la substance reste la même : le monde tel que nous le connaissions pendant les premiers mois de 2020 n’est plus, dissous dans le contexte de la pandémie. Nous allons faire face à des changements radicaux d’une telle importance que certains experts parlent d’ères ‘avant coronavirus’ et ‘après coronavirus’. Nous continuerons à être surpris par la rapidité et la nature inattendue de ces changements – car, en se rajoutant les uns aux autres, ils provoqueront des conséquences de deuxième, troisième, quatrième ordre et plus, des effets en cascade et des répercussions imprévues. Ce faisant, ils formeront une ‘nouvelle normalité’ radicalement différente de celle que nous allons progressivement laisser derrière nous. Beaucoup de nos croyances et de nos hypothèses sur ce à quoi le monde pourrait ou devrait ressembler seront ébranlées au passage. Klaus Schwab et Thierry Malleret
Nous avons besoin d’une ‘Grande remise à zéro’ du capitalisme. (..) De nombreuses raisons justifient de lancer cette Grande remise à zéro, mais la plus urgente est la COVID-19. (…) Elle aura de graves conséquences à long terme sur la croissance économique, la dette publique, l’emploi et le bien-être humain. (…)Tout cela va aggraver les crises climatiques et sociales déjà en cours. (…) Des mesures incrémentielles et des solutions ad hoc ne suffiront pas à empêcher ce scénario. Nous devons construire des fondations entièrement nouvelles pour nos systèmes économiques et sociaux. Le niveau de coopération et d’ambition que cela implique est sans précédent. Mais il ne s’agit pas d’un rêve impossible. En effet, un des points positifs de la pandémie est qu’elle a montré à quelle vitesse nous pouvions apporter des changements radicaux à nos modes de vie. Presque instantanément, la crise a contraint les entreprises et les particuliers à abandonner des pratiques longtemps considérées comme essentielles, des voyages aériens fréquents au travail dans un bureau. De même, les populations ont massivement montré leur volonté de faire des sacrifices au nom des travailleurs de la santé et autres professions essentielles, ainsi que des populations vulnérables, telles que les personnes âgées. (…) De toute évidence, la volonté de construire une société meilleure existe. Nous devons l’utiliser pour mettre en application la Grande remise à zéro dont nous avons tant besoin. Cela nécessitera des gouvernements plus forts et plus efficaces. (…) Imaginez ce qui serait possible si de tels efforts étaient déployés dans tous les secteurs. (…) Aux quatre coins du monde, chaque facette de la vie des gens est affectée par la crise de COVID-19. Mais elle ne peut pas uniquement être synonyme de tragédie. Au contraire, la pandémie représente une fenêtre d’opportunité rare mais étroite pour repenser, réinventer et réinitialiser notre monde afin de créer un avenir plus sain, plus équitable et plus prospère. Klaus Schwab
Ce pays est trop vieux pour lui. Pas assez digital, pas assez mobile, trop classique, trop provincial. Il veut le refaire, le réformer, il y tient, ce sera au forceps. C’est son reset à lui et son cancel intime. Il est d’un autre monde, le monde à venir, le monde numérique.  Philippe de Villiers
C’est un effondrement de civilisation qui a été accéléré par le Covid. Nos gouvernants ressemblent à un chirurgien qui convoquerait son patient pour lui ouvrir le ventre une troisième fois. Nous subissons un ‘juin 1940 sanitaire’. Nous sommes le seul pays du Conseil de sécurité de l’ONU qui n’a pas trouvé son vaccin. La start-up nation est en Ehpad, sous perfusion. Nous avons déchiré les tissus de la France industrieuse et Emmanuel Macron a laissé s’installer un mur invisible entre la société française et une contre-société vindicative. Je lui avais dit : ‘Le prochain président sera jugé non pas sur ce qu’il aura changé mais sur ce qu’il aura sauvé, c’est-à-dire les murs porteurs.’ Or, aujourd’hui, les murs porteurs – l’autorité, la liberté, l’identité, la souveraineté – se sont écroulés. Le décolonialisme, la cancel culture, le racialisme, l’indigénisme désignent un phénomène qu’il faut oser qualifier : c’est la colonisation de la France. Une colonisation de peuplement avec un différentiel démographique défavorable. Une colonisation de conquête : déjà 200 à 300 territoires sur notre sol ne sont plus français. Et une colonisation des esprits : les assaillants veulent obtenir la récusation de l’héritage par les héritiers. Et les assaillis – nos élites – ne croient plus que la France vaut encore la peine d’être défendue comme figure de l’Histoire et communauté de destin. Ils parlent de la laïcité, de la république, jamais de la France. (…) Rien n’est irréversible. Mais je constate un véritable renversement de civilisation. Nous entrons dans un monde où l’on sacrifie la jeunesse, la transmission au nom du tout-sanitaire, où l’on sacrifie la société de voisinage au nom du tout-numérique et où l’on dénature l’espèce humaine au nom du posthumanisme. Avec la pandémie, la classe dirigeante a goûté au contrôle total et les géants du numérique veulent en finir avec tout ce qui entrave la digitalisation, en priorité l’économie traditionnelle de proximité, c’est-à-dire les métiers de la main et du cœur. Le programme est annoncé noir sur blanc dans le manifeste de Davos, intitulé Covid-19 : la grande réinitialisation, où il est écrit : « Beaucoup d’entre nous se demandent quand les choses reviendront à la normale. La réponse est : jamais ! » Ce livre, paru le 2 juin 2020, perçoit la pandémie comme ‘une fenêtre d’opportunité pour réinitialiser notre monde’, c’est-à-dire livrer notre for intime aux algorithmes. C’est l’équivalent du Manifeste du Parti communiste de 1848. (…) Je ne crois pas au complot. Il y a juste la feuille de route des grands rentiers du Web. Je ne dis pas que le virus a été inventé, mais qu’il a été accueilli par la Big Tech comme une ‘fenêtre d’opportunité’, selon le mot du patron de Davos. Ils imposent aux États une suzeraineté à partir de leurs cyber-fiefs. Avec une théophanie numérique, une religion, une conception du monde, qui entend imposer aux entreprises une ‘charte éthique’ mettant en pratique la ‘cancel culture’, au nom des minorités et du climat. Ils installent ce qu’ils appellent eux-mêmes un ‘capitalisme de surveillance’, avec de nouveaux maîtres, de nouveaux sujets, les serfs de la glèbe numérique, et une nouvelle manière de vivre : la société distanciée.  Philippe de Villiers
Le nouveau système de suivi de la santé reproductive d’Apple, disponible sur un iPhone près de chez vous à partir de cet automne, fera exactement cela: enregistrer la fréquence sexuelle et si une protection a été utilisée. Une telle technologie profitera vraisemblablement à certaines personnes, telles que celles qui essaient de concevoir, mais je ne suis pas sûr de l’utilité de cette application pour l’utilisateur moyen, au-delà du remplacement de l’encoche traditionnelle sur le pied de lit. (…) Nos téléphones commencent à jouer le rôle de substituts de conscience, de pères-confesseurs, de porte-parole de nos cortex préfrontaux. Nous voulons leur approbation: «Douze rencontres sexuelles cette semaine, toutes avec préservatifs – bravo! Vous faites partie du 20e centile supérieur des personnes ayant des relations sexuelles sûres et fréquentes! » J’ai complètement inventé cette dernière phrase, bien sûr, mais si la surveillance électronique de nos habitudes sexuelles s’avère populaire, ce n’est qu’un petit pas pour élargir l’échelle: «Bravo, bête de sexe. Vous avez essayé la privation sensorielle érotique et le jeu de fétichisme de vinyle cette semaine … vous êtes bien parti.  » Et si la surveillance visuelle devient une fonctionnalité supplémentaire, pensez à la prochaine courbe d’apprentissage que nous allons rencontrer; je ne sais pas pour vous, mais je suis loin de gérer la fellation en brandissant une perche à selfie. La surveillance électronique de toute activité peut modifier subtilement le comportement et les processus cognitifs d’une personne. Cela peut être une chose positive – comme, par exemple, aider à réduire l’obésité en mesurant l’équilibre entre l’exercice et l’apport alimentaire. Mais dans le cas de la surveillance sexuelle, le système d’échelle et de récompense refléterait les goûts, les préjugés et les croyances des programmeurs sur ce qui constitue une «sexualité saine». Et ces opinions pourraient ne pas être psychosexuellement, culturellement ou même médicalement sain pour les personnes qui utilisent les programmes. (…) Il serait très malheureux que nos téléphones nous encouragent à nous livrer à une activité sexuelle simplement pour mettre un autre Smiley dans la case «Je l’ai fait aujourd’hui», ou pour battre un ami compétitif qui a cartonné ce week-end. The Guardian
A Une nouvelle application iOS appelée « Date limite » prédit la date et l’heure de votre décès en fonction des données d’Apple HealthKit. Fournissez à l’application des informations de base sur vos antécédents médicaux et votre mode de vie, et elle vous crache la date qui pourrait apparaître sur votre pierre tombale, ainsi qu’un compte à rebours qui vous permet de regarder les secondes s’évaporer dans le regret. Malgré son logo, un oiseau mort en silhouette les pattes en l’air, les objectifs de l’application sont tout sauf morbides. «Considérez cela comme un moyen de vous motiver à être en meilleure santé», lit-on dans la description, même si elle ajoute tout de suite pour se protéger que sa prédiction n’est qu’une estimation statistique et que les visites régulières chez le médecin sont toujours une bonne idée. (…) La bonne nouvelle est que l’application prolongera votre durée de vie prévue si vous adoptez des habitudes plus saines. Son approche de la motivation convient donc à la fois aux utilisateurs qui réagissent au renforcement négatif et à ceux qui ont besoin d’un peu de motivation pour se rendre à la salle de sport. Time
While computerisation has been historically confined to routine tasks in-volving explicit rulebased activities, algorithms for big data are now rapidly entering domains reliant upon pattern recognition and can readily substitute for labour in a wide range of non-routine cognitive tasks. Inaddition, advanced robots are gaining en-hanced senses and dexterity, allowing them to perform a broader scope of manual tasks. This is likely to change the nature of work across industries and occupations. In this paper, we ask the question: how susceptible are current jobs to the set echnological developments? To assesst his, we implement a novel methodology to estimate the probability of computerisation for 702 detailed occupations. Based on these estimates, we examine expected impacts of future computerisation on labour market outcomes, with the pri-mary objective of analysing the number of jobs at risk and the relationship between an occupation’s probability of computerisation, wages and educational attainment. (…) According to our estimates around 47 percent of total us employment is in the high risk category. We refer to these as jobs at risk –i.e.jobs we expect could be automated relatively soon, perhaps over the next decade or two. Our model predicts that most workers in transportation and logistics occupations, together with the bulk of office and administrative support workers, and labour in production occupations, are at risk. These findings are consistent with recent technological developments documented in the literature. More surprisingly, we find that a substantial share of employment in service occupations, where most us job growth has occurred over the past decades, are highly susceptible to computerisation. Additional support for this finding is provided by the recent growth in the market for service robots and the gradually diminishment of the comparative advantage of human labour in tasks involving mobility and dexterity. Finally, we provide evidence that wages and educational attainment exhibit a strong negative relationship with the probability of computerisation. We note that this finding implies a discontinuity between the nineteenth, twentieth and the twenty-first century, in the impact of capital deepening on the relative demand for skilled labour. While nineteenth century manufacturing technologies largely substituted for skilled labour through the simplification of tasks, the Computer Revolution of the twentieth century caused a hollowing-out of middle-income jobs. Our model predicts a truncation in the current trend towards labour market polarisation, with computerisation being principally confined to low-skill and low-wage occupations. Our findings thus imply that as technology races ahead, low-skill workers will reallocate to tasks that are non-susceptible to computerisation – i.e., tasks requiring creative and social intelligence. For workers to win the race, however, they will have to acquire creative and social skills. Carl Benedikt Frey and Michael A. Osborne (2013)
Les gens ordinaires ont certes gagné la bataille culturelle, mais économiquement et socialement on est encore loin du compte. Ce qui se prépare, et qui est déjà à l’œuvre, ce sont partout des plans sociaux. Bravo, les technocrates français, d’avoir tout misé sur l’aéronautique, le tourisme, etc. ! (…) À un moment où tout le monde pensait que seule la classe ouvrière allait souffrir. Une classe ouvrière que la gauche avait déjà abandonnée. C’est pourquoi je commence mon livre avec la phrase de Pierre Mauroy qui constate que le mot « ouvrier » a disparu du discours des socialistes. Sauf que, après que les ouvriers ont été touchés, il y a eu les employés, puis les paysans, ensuite les indépendants, les petits retraités… C’était une fusée à plusieurs étages. (…) Politiquement, il y a donc un décalage entre la prise de conscience de la population et le seul choix qui leur est proposé aujourd’hui, à savoir départager Macron et l’extrême droite… (…) [Mais] D’abord, il s’agit de ne pas sombrer dans le pessimisme. Tout est fait pour dire aux gens qu’ils ne sont rien. Par ailleurs, nous ne sommes pas dans une période de révolution, mais dans une sorte de guérilla culturelle. C’est long, la guérilla, mais les choses progressent. Même chez ceux qui dénonçaient le concept de France périphérique et qui maintenant utilisent l’expression. Même chez un Macron : il nomme un Premier ministre dont on nous vante l’accent ! Et puis, le totalitarisme, même « adouci », n’est pas durable. Quand la masse n’y croit plus, ça ne tient pas. Et là, déjà, ça craque. Le modèle économique n’est plus durable. Il ne peut perdurer longtemps grâce à ses derniers bastions que sont les métropoles et quelques secteurs d’activité. Prenons le revenu universel : donner aux gens de l’argent pour remplir leur Caddie chez Lidl, ce n’est pas répondre à leurs aspirations. Réindustrialiser, c’est évidemment faire du protectionnisme – un gros mot. Ça prendra du temps, mais ça se fera. La question de l’Europe, c’est pareil. Les choses sont en train de s’écrouler. Plus personne n’y croit. On fait porter aux catégories populaires la défiance de l’Europe. Mais c’est faux. Ils ont joué le jeu. Comme ils ont joué le jeu de la mondialisation. On pourrait même dire qu’ils ont joué le jeu du néolibéralisme, inconsciemment. Et puis, ils font le bilan : le compte n’y est pas, ça ne marche pas. Toutes les croyances anciennes ne fonctionnent plus. On peut aller plus loin : l’instrumentalisation de l’écologie, le diversity washing, les gens voient bien que ça ne repose sur rien. On est donc à la veille d’un renversement culturel. (…) Je connais les techniques de délégitimation. J’en ai été la victime avec le concept de France périphérique. Ça non plus, ça ne fonctionne plus. Les catégories populaires ont fait confiance à leurs élites, elles ont cru aux médias. Les gens sont d’ailleurs prêts à aller vers leurs élites. Il n’y a pas intrinsèquement d’anti-intellectualisme ou d’anti-élitisme, pas de rejet a priori. Il y a juste des gens qui font le constat que les élites d’aujourd’hui n’ont plus le bien commun chevillé au corps. Christophe Guilluy
Il est peu probable que les nouvelles religions émergeront des grottes d’Afghanistan ou des madrasas du Moyen-Orient. Elles sortiront plutôt des laboratoires de recherche. De même que le socialisme s’est emparé du monde en lui promettant le salut par la vapeur et l’électricité, dans les prochaines décennies les nouvelles techno-religions conquerront peut-être le monde en promettant le salut par les algorithmes et les gènes. Yuval Harari
Que feront les humains conscients le jour où nous aurons des algorithmes non conscients, capables de presque tout faire mieux que nous ? (…) Ces dernières décennies, les pays ont connu une autre révolution, le déclin des emplois industriels, accompagné d’un essor des services. En 2010, 2 % seulement des Américains travaillaient dans l’agriculture, 20 % dans l’industrie, et 78 % comme enseignants, médecins, web designers, etc. Que ferons-nous quand des algorithmes stupides seront capables d’enseigner, de diagnostiquer et de dessiner mieux que des êtres humains ? (…) Tandis que les algorithmes chassent les hommes du marché du travail, la richesse et le pouvoir pourraient bien se concentrer entre les mains de la minuscule élite qui possède les algorithmes tout-puissants, ce qui créerait une inégalité sociale et politique sans précédent. (…) L’aubaine technologique à venir permettra probablement de nourrir et d’entretenir ces masses inutiles sans qu’elles aient même à lever le petit doigt. Mais qu’est-ce qui pourra les tenir occupées et les satisfaire ? Les gens ont besoin de faire quelque chose, sous peine de devenir fous. Que feront-ils de leurs journées ? La drogue ou les jeux vidéo pourraient être une des réponses. Les inutiles pourraient passer toujours plus de temps dans les mondes de la réalité virtuelle en 3D, qui leur procurerait bien plus d’excitation et d’intensité émotionnelle que la glauque réalité extérieure. Une telle évolution porterait cependant un coup mortel à la croyance libérale au caractère sacré de la vie et des expériences humaines. Qu’y a-t-il de sacré dans des clochards qui passent leurs journées à se gaver d’expériences artificielles dans La La Land ? (…) Google nous conseillera quel film voir, où aller en vacances, quelle matière étudier à la fac, quelle offre d’emploi accepter, voire avec qui sortir et qui épouser. (…) En échange de conseils aussi précieux, il nous faudra simplement renoncer à l’idée que les êtres humains sont des individus, que chaque humain a son libre arbitre pour déterminer ce qui est bien, ce qui est beau, et le sens de la vie. (…) Des coutumes libérales comme les élections démocratiques vont devenir obsolètes : Google saura même représenter mes opinions politiques mieux que moi. (…) Comment Facebook pourrait-il obtenir ces données politiques d’une valeur inestimable ? C’est nous qui les lui donnons gratuitement. À l’apogée de l’impérialisme européen, conquistadors et marchands achetaient des îles et des contrées entières contre des perles de couleur. Au XXIe siècle, nos données personnelles sont probablement la ressource la plus précieuse que la plupart des humains puissent encore offrir, et nous les donnons aux géants de la technologie en échange de services de messagerie et de vidéos de chats. Yuval Hariri

Attention, un grand remplacement peut en cacher un autre !

A l’heure où se mettant au slam décolonial, l’islamiste Tariq Ramadan

Moque la peur de perte d’identité et du grand remplacement …

De ceux qu’il somme de « partager » sinon « il se servira » …

Et où à défaut de bourrage des urnes de l’autre côté de l’Atlantique, le nouveau pouvoir Démocrate a repris de plus belle, avec l’ouverture des vannes de l’immigration légale et illégale, le bourrage d’électeurs comme de main d’oeuvre bon marché …

Tandis qu’avec la nouvelle « fenêtre d’opportunité » de la crise du covid …

Comme le rappelle Philippe de Villiers dans son nouveau livre …

Nos nouveaux maitres des GAFAM s’apprêtent …

Entre conférences de Davos, censure politique et élections volées, à faire basculer notre monde dans le tout-numérique …

Comment ne pas voir …

Comme le rappelait il y a quelques années l’apôtre israélien de la « nouvelle religion du salut par les algorithmes et les gènes » Yuval Harari

Cette fameuse quatrième blessure narcissique qui vient …

Qualifiée par la zoologue féministe américaine Donna Haraway d’informatique ou cyborgienne …

Et visant après les révolutions copernicienne, darwinienne et freudienne …

Qui nous ont fait successivement renoncer à notre place centrale dans l’Univers, dans les espèces vivantes et dans notre propre conscience …

A finir de déposséder, via la moulinette de l’ubérisation, à coup d’intelligence artificielle et d’algorithmes …

Au profit d’une poignée d’experts et d’une minuscule élite concentrant toujours plus de pouvoir et de richesse …

Et après nombre des paysans et employés des services que nous avons été …

Jusqu’aux juristes, médecins, pharmaciens, enseignants, gestionnaires ou électeurs que nous sommes encore …

Non seulement, via notre force de travail, de notre propre corps …

Mais aussi prenant à notre place nos moindres décisions, de notre propre libre-arbitre…

Via tant les données personnelles que nous offrons gratuitement et en continu aux géants de la technologie « en échange de services de messagerie et de vidéos de chats » …

Qu’à travers une flopée, que nous sommes d’ores et déjà et à nos propres frais prêts à installer sur nos propres corps, de bracelets ou brassards connectés …

Jusqu’à une application mesurant nos performances sexuelles

Voire nous prédisant littéralement notre propre date d’expiration  ?

Philippe de Villiers : « Macron n’est pas à la hauteur de sa fonction »

ENTRETIEN. Dans son nouvel essai, « Le Jour d’après » (Albin Michel), Philippe de Villiers part en guerre contre les Gafa… et Emmanuel Macron.

Propos recueillis par Jérôme Cordelier

Au XXIe siècle, toutefois, la majorité des hommes et des femmes pourraient bien perdre toute valeur militaire et économique. Finie, la conscription en masse des deux guerres mondiales. Les armées les plus avancées du XXIe siècle s’en remettent bien davantage à la technologie de pointe. Plutôt que de chair à canon illimitée, les pays n’ont désormais besoin que de petits nombres de soldats bien entraînés, de nombres encore plus réduits de super-guerriers des forces spéciales, et d’une poignée d’experts sachant produire et utiliser une technologie sophistiquée. Les forces high-tech avec leurs drones sans pilote et leurs cybervers remplacent les armées de masse du XXe siècle, tandis que les généraux délèguent de plus en plus les décisions critiques à des algorithmes.

Voir aussi:

  • Un meilleur monde peut survenir de cette crise si nous agissons rapidement et conjointement, écrit le professeur Klaus Schwab.
  • Les changements que nous avons déjà observés face au COVID-19 prouvent qu’il est possible de repenser nos fondements économiques et sociaux.
  • Ceci est notre meilleure chance d’instaurer le capitalisme des parties prenantes – voici comment nous pouvons y parvenir.

Les confinements dus à la COVID-19 seront peut-être assouplis progressivement, mais l’inquiétude face aux perspectives sociales et économiques du monde ne fait que s’intensifier. Il y a de bonnes raisons de s’inquiéter : une forte récession économique a déjà commencé et nous pourrions être confrontés à la pire dépression depuis les années 1930. Mais, bien que cette conclusion soit probable, elle n’est pas inévitable.

Pour obtenir de meilleurs résultats, le monde doit agir conjointement et rapidement pour repenser tous les aspects de nos sociétés et économies, de l’éducation aux contrats sociaux en passant par les conditions de travail. Chaque pays, des États-Unis à la Chine, doit participer, et chaque industrie, du pétrole et du gaz à la technologie, doit être transformée. Pour faire simple, nous avons besoin d’une « Grande remise à zéro » du capitalisme.

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l’économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu’organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d’action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l’échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d’aider à mettre fin à l’urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu’organisation, le Forum a déjà prouvé qu’il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d’un vaccin contre cette souche de coronavirus.

De nombreuses raisons justifient de lancer cette Grande remise à zéro, mais la plus urgente est la COVID-19. À l’origine de centaines de milliers de morts à ce jour, la pandémie représente l’une des pires crises de santé publique qu’a récemment connue l’histoire. Et, les victimes continuant d’augmenter dans de nombreuses parties du monde, nous sommes loin d’en avoir fini avec cette crise.

Elle aura de graves conséquences à long terme sur la croissance économique, la dette publique, l’emploi et le bien-être humain. Selon le Financial Times, la dette publique mondiale a déjà atteint son plus haut niveau en temps de paix. De plus, le chômage monte en flèche dans de nombreux pays : aux États-Unis, par exemple, un travailleur sur quatre a déposé une demande de chômage depuis la mi-mars, avec de nouvelles demandes hebdomadaires dépassant largement les records historiques. Le Fonds monétaire international s’attend à ce que l’économie mondiale diminue de 3 % cette année – une baisse de 6,3 points de pourcentage en seulement quatre mois.

Tout cela va aggraver les crises climatiques et sociales déjà en cours. Certains pays ont déjà utilisé la crise de la COVID-19 comme prétexte pour alléger les mesures de protections environnementales et leur application. Et les frustrations liées aux fléaux sociaux comme l’augmentation des inégalités (la richesse combinée des milliardaires américains a augmenté pendant la crise) s’intensifient.

Si elles ne sont pas traitées, ces crises, ainsi que la COVID-19, vont s’intensifier et le monde sera encore moins durable, moins équitable et plus fragile. Des mesures incrémentielles et des solutions ad hoc ne suffiront pas à empêcher ce scénario. Nous devons construire des fondations entièrement nouvelles pour nos systèmes économiques et sociaux.

Le niveau de coopération et d’ambition que cela implique est sans précédent. Mais il ne s’agit pas d’un rêve impossible. En effet, un des points positifs de la pandémie est qu’elle a montré à quelle vitesse nous pouvions apporter des changements radicaux à nos modes de vie. Presque instantanément, la crise a contraint les entreprises et les particuliers à abandonner des pratiques longtemps considérées comme essentielles, des voyages aériens fréquents au travail dans un bureau.

De même, les populations ont massivement montré leur volonté de faire des sacrifices au nom des travailleurs de la santé et autres professions essentielles, ainsi que des populations vulnérables, telles que les personnes âgées. Et de nombreuses entreprises se sont mobilisées pour soutenir leurs employés, leurs clients et les communautés locales, en évoluant vers le type de capitalisme des parties prenantes auquel elles n’avaient auparavant accordé qu’un intérêt de pure forme.

De toute évidence, la volonté de construire une société meilleure existe. Nous devons l’utiliser pour mettre en application la Grande remise à zéro dont nous avons tant besoin. Cela nécessitera des gouvernements plus forts et plus efficaces, sans impliquer une volonté idéologique en faveur de gouvernements plus grands. Et cela exigera l’engagement du secteur privé à chaque étape du processus.

Le programme de Grande remise à zéro se composerait de trois éléments principaux. Le premier orienterait le marché vers des résultats plus justes. À cette fin, les gouvernements devraient améliorer la coordination (par exemple en matière de politique budgétaire, réglementaire et fiscale), moderniser les accords commerciaux et créer les conditions nécessaires à une « économie des parties prenantes ». À l’heure où l’assiette fiscale se dégrade tandis que la dette publique monte en flèche, les gouvernements ont de bonnes raisons de poursuivre une telle action.

De plus, les gouvernements devraient mettre en œuvre des réformes, attendues depuis longtemps, favorisant des résultats plus équitables. En fonction du pays, cela pourrait inclure des modifications de l’impôt sur la fortune, le retrait des subventions aux combustibles fossiles et de nouvelles règles régissant la propriété intellectuelle, le commerce et la concurrence.

Le deuxième élément d’un programme de Grande remise à zéro garantirait que les investissements permettent de réaliser des objectifs communs, tels que l’égalité et la durabilité. Ici, les programmes de dépenses à grande échelle mis en place par de nombreux gouvernements représentent une opportunité majeure de progrès. La Commission européenne, pour sa part, a dévoilé les plans d’un fonds de relance de 750 milliards d’euros (826 milliards de dollars). Les États-Unis, la Chine et le Japon ont également leurs propres plans de relance économique ambitieux.

Plutôt que d’utiliser ces fonds, ainsi que des investissements d’entités privées et de fonds de pension, pour combler les lacunes de l’ancien système, nous devrions les destiner à la création d’un nouveau plus résilient, équitable et durable à long terme. Cela signifie, par exemple, la construction d’infrastructures « vertes » en ville et la création d’incitations pour que les industries améliorent leur bilan en matière de mesures environnementales, sociales et de gouvernance (ESG).

La troisième et dernière priorité d’un programme de Grande remise à zéro est d’exploiter les innovations de la Quatrième révolution industrielle pour soutenir le bien public, notamment en relevant les défis sanitaires et sociaux. Pendant la crise de COVID-19, des entreprises, des universités et d’autres intervenants ont uni leurs forces pour développer des diagnostics, des thérapies et d’éventuels vaccins ; établir des centres de test ; créer des mécanismes de traçage des infections ; et proposer des services de télémédecine. Imaginez ce qui serait possible si de tels efforts étaient déployés dans tous les secteurs.

Aux quatre coins du monde, chaque facette de la vie des gens est affectée par la crise de COVID-19. Mais elle ne peut pas uniquement être synonyme de tragédie. Au contraire, la pandémie représente une fenêtre d’opportunité rare mais étroite pour repenser, réinventer et réinitialiser notre monde afin de créer un avenir plus sain, plus équitable et plus prospère.

Voir également:

The Washington Post
March 13, 2021

If President Biden gets his way, the national minimum wage will be $15 an hour, immigrants without legal status will receive an eight-year path to citizenship, firearms will be harder to purchase, votes will be easier to cast and Americans will head back to work in 10 million new clean-energy jobs.

And that’s just the beginning.

Since taking office, Biden has outlined a sweeping agenda that has delighted members of the party’s liberal wing, who were skeptical that a former Senate institutionalist known for moderation would push through policies aimed at transforming the nation. The first big victory came this past week, when Democrats approved an expansive $1.9 trillion coronavirus relief bill containing numerous long-sought liberal initiatives.

“It is absolutely a bold and transformative and progressive agenda,” said Rep. Pramila Jayapal (D-Wash.), chair of the Congressional Progressive Caucus. “Where candidate Joe Biden started is different from where President Joe Biden started.”

But Biden’s broad ambitions — especially on issues such as climate change and immigration — could also backfire, putting moderate Democrats at risk in the 2022 midterms and giving Republicans ammunition to portray the president as a left-leaning radical. Some Democrats are already raising alarms about the scale of some of Biden’s proposals on immigration and infrastructure, casting doubt on their prospects.

“We’ve been touting the socialist agenda now for more than two years, and everything we warned voters about is coming to fruition,” said Michael McAdams, the communications director for the National Republican Congressional Committee, which works to elect Republicans to the House. “We warned voters that Biden would destroy energy jobs, and Biden did that on day one. We warned voters that Biden would destroy the border, and we’re seeing a border crisis unfold before our very eyes.”

McAdams added: “That all makes taking back the House within our reach, and we’re going to be reminding voters of Biden’s socialist agenda day in and day out.”

Doug Andres, press secretary for Senate Minority Leader Mitch McConnell (R-Ky.), said that while Democrats are still on a “sugar high” from the coronavirus relief bill, when that wears off and as the Biden administration tries to push through additional legislation, Republicans are hopeful they can exact a political price.

“At some point in time, the tide will turn against them,” Andres said. “What’s really going to hurt Democrats is wild spending and policies that are just out of step with most Americans. It’s classic Democratic overreach.”

The Democratic Party, not known for marching in lock-step, has been extraordinarily united around the relief package, which Democrats cast as a response to a national emergency requiring immediate action. The legislation is broadly popular with the majority of the country, and especially with Democrats, peppered through with many of the party’s top priorities.

The coronavirus package, for instance, not only provides $1,400 checks to many struggling Americans and money to help ensure that the nation can be fully vaccinated by the end of the year, but it also extends unemployment insurance, helps bail out roughly 185 union pension plans on the verge of collapse, provides aid and debt relief to disadvantaged Black farmers and seeks to cut U.S. childhood poverty in half through expanded tax credits.

But there are concerns about the prospects of preserving party unity — and winning over Republicans — as Biden’s agenda moves toward issues that historically have been more divisive.

“We have to have bipartisan cooperation if we’re going to tackle these items,” said Rep. G.K. Butterfield (D-N.C.). “Immigration has been lingering since I first came to Congress, and that was 16 years ago. . . . We don’t want to pass these with Democratic votes alone. And I’m not talking about one or two Republicans; I’m talking about a significant number of votes from the opposing party.”

While a major infusion of funds for infrastructure projects sits on the horizon, Butterfield and others are calling for potential tax hikes to help pay for new spending. House Democrats this coming week are planning to vote on legislation that would offer a pathway to citizenship for children brought to the United States illegally by their parents. That legislation is politically popular, but it could make a broader immigration overhaul more difficult.

The president and his top advisers are still assessing what legislation to take up next and what the scope of their next project will be. Any infrastructure package, for instance, will almost certainly help rebuild the nation’s crumbling roads and bridges, but it could also include expanding broadband access to rural parts of the country and a significant climate change and green infrastructure component.

Senior administration officials are working on recommendations to deliver to Biden on various options for sequencing what to take up next, one official said. There have also been preliminary discussions with top congressional leadership, according to a second official. The officials spoke on the condition of anonymity to discuss internal deliberations.

“He didn’t run for president to set aside issues and not advance them,” said Anita Dunn, a senior Biden adviser. “These are all things he said on the campaign trail. Nobody should be surprised by what he is doing now that he’s been elected president.”

The Congressional Progressive Caucus has requested a meeting with White House Chief of Staff Ron Klain and Biden to talk about the strategy for passing a federal minimum wage increase to $15 an hour. Biden had proposed the increase as part of his coronavirus relief legislation, but he also quickly conceded that he thought the Senate parliamentarian would rule that it couldn’t be included — which was exactly what happened.

There is some amount of irony that Biden, who was among the most moderate Democrats in a sprawling field of some two dozen presidential contenders, has emerged as a liberal champion. And the next phase of Biden’s presidency will also test his ability to use a more understated demeanor to sell policies that restructure broad swaths of the U.S. economy and social policy. One of his former opponents, Andrew Yang, said last year that “the magic of Joe Biden is that everything he does becomes the new reasonable.”

Louisville Mayor Greg Fischer (D), president of the U.S. Conference of Mayors, ticked off a list of Democratic priorities that were largely in line with Biden’s agenda: infrastructure, immigration, reducing gun violence and increasing the minimum wage.

“I don’t think it’s radical,” Fischer said. “I just think we’ve become so paralyzed over the last decade.”

Michigan Gov. Gretchen Whitmer (D) said she believed that Biden’s more populist agenda had appeal in her state — which was key to Biden winning the presidency — as long as it focused on the needs of average Americans.

“I think it’s important to be bold but stay focused on fundamentals,” she said. “The infrastructure package that should be teed up next is so crucial.”

Biden has broadly focused the opening of his presidency first on the relief package meant to stem the immediate challenges from the coronavirus and next on a yet-to-be-unveiled recovery proposal that would fix what he views as more structural problems that have previously existed but that have been exacerbated by the pandemic.

He is also under pressure to keep pledges he made earlier in his campaign, before the pandemic upended the country and its politics. He said he would pursue an assault weapons ban and enhanced background checks — as called for under legislation passed by the House on Thursday — to make it harder to buy guns.

Biden has moved more aggressively on climate change than almost any other front, using his executive authority to curb fossil fuel development starting on his first day in office. These policies have thrilled liberals, but could put centrist Democrats in a difficult position if the administration cannot deliver on its promise to generate new jobs for Americans dependent on oil, gas and coal, along with other industries, such as logging.

Within hours of his inauguration, Biden vetoed the Keystone XL pipeline project and recommitted the United States to the global climate accord forged in Paris in 2015. Days later, he halted all new oil and gas leasing on federal land. Those measures, along with a raft of other policies that will place a priority on curbing greenhouse gas emissions linked to climate change, have already prompted pushback from business groups and many Republicans, as well as some Democrats in oil- and gas-producing states.

On immigration, Biden immediately reversed some of Trump’s policies. He ended the ban on travel from Muslim-majority countries, and he rescinded the emergency order that was used to fund the wall along the Mexican border. But he also wants to provide a pathway to citizenship for nearly 11 million undocumented immigrants, expand the number of visas and green cards, and make it easier for asylum seekers to enter the United States.

“The biggest issue right now where I think Democrats are way over their skis is immigration,” said Chris Hartline, spokesman for the National Republican Senatorial Committee. “Democrats saw the 2020 election as a repudiation of all of Trump’s policies and all of the Republicans’ policies, when, in fact, the things we’ve proposed on immigration are very popular, in a way that not just unifies our base, but also helps us bring back a lot of the moderates and independents and Hispanic voters.”

Democrats say they have learned lessons from the years of deep partisanship and vitriol that have cleaved apart the nation, and now feel increasingly emboldened to pursue what they believe is the best policy.

“I’ve long come to terms with the fact that Republicans will attack Democrats on what they consider controversial issues no matter what steps we take, and that our job is not to fear what the attacks are, but to lean in to what we believe and explain it to the American people,” said Guy Cecil, chairman of Priorities USA, a Democratic super PAC. “Even if Joe Biden funded the [Trump border] wall, Republicans would be complaining about the color of the wall, the material used.”

“Part of this is the Republican Party has moved to a crazy place,” Hammill said. “If they’re now the party of conspiracy theories and right-wing ideology, are we just supposed to give up because they won’t vote for anything?”

Biden advisers — many of whom also worked in the Obama administration — say their experience with former president Barack Obama’s 2009 stimulus package has informed their current road map. No one remembers, they say, the three moderate Republican senators who voted for the bill, and for voters, all that matters will be the final results. Klain, for instance, has repeatedly reassured colleagues that the country will be unified when every American gets their vaccine doses and their coronavirus relief checks, these people said.

Last month, Sen. Bernie Sanders (I-Vt.) was in the Oval Office for a meeting with Biden. He glanced up and considered the large portrait of Franklin D. Roosevelt hanging over the fireplace.

“Like Roosevelt understood during the Great Depression, Joe Biden understands this country today faces a series of unprecedented crises,” Sanders, who ran against Biden in the 2020 primary, said in an interview.

“What Joe Biden concluded is that if his administration is going to mean anything, it has got to think big, not small, and it has got to address these unprecedented crises in an unprecedented way. In that regard, he is off to a very, very good start.

Juliet Eilperin contributed to this report.

Voir de même:

LE DECOUPLAGE

Yuval Noah Harari(2015)

/…/

Sur les vastes champs de bataille des guerres industrielles modernes et sur les chaînes de production en série des économies industrielles modernes, chaque homme comptait. Chaque main capable de tenir un fusil ou d’actionner une manette était précieuse. (…) Jusque vers 1800, l’immense majorité des gens travaillaient dans l’agriculture, et une minorité seulement dans l’industrie et les services. La plupart se mirent à travailler dans l’industrie, mais un nombre croissant trouva aussi du travail dans les services. Ces dernières décennies, les pays ont connu une autre révolution, le déclin des emplois industriels, accompagné d’un essor des services. Tant que les machines ne rivalisaient avec les hommes que par leurs capacités physiques, il restait d’innombrables tâches cognitives dont les hommes s’acquittaient mieux.

/…/ Au XXIe siècle, toutefois, la majorité des hommes et des femmes pourraient bien perdre toute valeur militaire et économique. Finie, la conscription en masse des deux guerres mondiales. Les armées les plus avancées du XXIe siècle s’en remettent bien davantage à la technologie de pointe. Plutôt que de chair à canon illimitée, les pays n’ont désormais besoin que de petits nombres de soldats bien entraînés, de nombres encore plus réduits de super-guerriers des forces spéciales, et d’une poignée d’experts sachant produire et utiliser une technologie sophistiquée. Les forces high-tech avec leurs drones sans pilote et leurs cyber-vers remplacent les armées de masse du XXe siècle, tandis que les généraux délèguent de plus en plus les décisions critiques à des algorithmes.

En dehors de leur imprévisibilité et de leur vulnérabilité à la peur, la faim et lafatigue, les soldats de chair et de sang pensent et évoluent sur une échelle demoins en moins pertinente. Du temps de Nabuchodonosor à celui de SaddamHussein, et malgré une myriade de progrès techniques, la guerre en est restée au calendrier organique. Les discussions duraient des heures, les batailles prenaientdes jours, et les guerres s’étalaient sur des années. Les cyber-guerres, elles, peuvent ne durer que quelques minutes. (…) Il est significatif que, dès aujourd’hui, dans maints conflits asymétriques, la majorité des citoyens en soient réduits à servir de boucliers humains à des armements avancés. Même si vous vous préoccupez plus de justice que de victoire, vous choisiriez probablement de remplacer vos soldats et pilotes par des robots et drones autonomes. Les soldats massacrent, violent, pillent, et même quand ils essaient de bien se conduire, ils tuent trop souvent des civils par erreur. Des ordinateurs programmés selon des algorithmes éthiques se conformeraient bien plusaisément aux derniers arrêts de la Cour pénale internationale.

Dans la sphère économique également, la capacité de tenir un marteau ou d’appuyer sur un bouton devient moins précieuse qu’auparavant, ce qui met en danger l’alliance critique entre libéralisme et capitalisme. (…) Dans le passé, il y avait quantité de choses que seuls les humains pouvaient faire. Désormais, robots et ordinateurs rattrapent leur retard et pourraient bientôt surpasser les hommes dans la plupart des tâches. (…)Tôt ou tard, prédisent certains économistes, les humains non augmentés deviendront totalement inutiles. D’ores et déjà, robots et imprimantes 3D remplacent les ouvriers dans diverses tâches manuelles comme la production de chemises, et des algorithmes très intelligents feront de même pour les activités des cols-blancs. Employés de banque et agents de voyages, qui, il y a peu, paraissaient totalement à l’abri de l’automation, sont devenus une espèce menacée. Quel besoin avons-nous d’agents de voyages quand nous pouvons nous servir de nos smartphones pour acheter des billets d’avion à partir d’un algorithme ? Les négociateurs en Bourse sont aussi en danger. Aujourd’hui, l’essentiel des transactions financières est déjà géré par des algorithmes informatiques qui, en une seconde, peuvent traiter plus de données qu’un être humain en une année, et réagir bien plus vite aux données qu’il n’en faut à un être humain pour cligner des yeux.

/… / Les films et séries télé donnent l’impression que les avocats passent leurs journées au tribunal à crier« Objection ! » et à prononcer des discours véhéments. La plupart des avocatsordinaires passent pourtant leur temps à éplucher des dossiers interminables, àrechercher des précédents, des failles et de minuscules éléments de preuvepotentiellement pertinents. Les uns sont occupés à essayer d’imaginer ce qui estarrivé la nuit où monsieur X a été assassiné ou à élaborer un contrat commercialqui protégera leur client contre toute éventualité. Quel sera le sort de tous ces avocats le jour où des algorithmes sophistiqués pourront repérer davantage deprécédents en un jour qu’un homme ne peut le faire de toute sa vie, et qu’il suffira d’appuyer sur un bouton pour qu’un scan du cerveau révèle mensonges et tromperies ? Même des avocats et des détectives chevronnés ne sauraient repérer la duplicité à l’intonation ou aux expressions du visage. Le mensonge implique cependant d’autres zones du cerveau que celles utilisées pour dire la vérité. Nous n’en sommes pas encore là, mais il est concevable que, dans un avenir pas si lointain, les scanners d’IRMf puissent être des détecteurs de la vérité presque infaillibles. Que deviendront les millions d’avocats, de juges, de policiers et dedétectives ? Peut-être leur faudrait-il songer à reprendre les études pour apprendre une nouvelle profession.

En entrant dans la salle de cours, cependant, ils pourraient bien découvrir que les algorithmes les y ont précédés. Des sociétés comme Mindojo sont en train de mettre au point des algorithmes interactifs qui ne se contenteront pas dem’enseigner les maths, la physique et l’histoire ; dans le même temps ilsm’étudieront et apprendront à savoir exactement qui je suis. Les enseignantsnumériques surveilleront de près chacune de mes réponses, et le temps qu’il mefaut pour les donner. Avec le temps, ils sauront discerner mes faiblesses aussibien que mes forces, et identifieront ce qui me plaît ou ce qui m’ennuie. Ils pourraient adapter l’enseignement de la thermodynamique ou de la géométrie à ma personnalité selon une méthode qui ne convient pas à 99 % des autres élèves. Et ces enseignants numériques ne perdront jamais patience, ne me crieront jamais dessus et ne se mettront jamais en grève. Le problème, c’est qu’on ne voit pas très bien pourquoi diable j’aurais besoin de connaître la thermodynamique ou la géométrie dans un monde contenant des programmes informatiques aussi intelligents.

Même les médecins sont une proie idéale pour les algorithmes. La toutepremière tâche d’un médecin est de diagnostiquer correctement les maladies,puis de suggérer le meilleur traitement disponible. (…) Une intelligence artificielle (…) a d’immenses avantages potentiels sur les médecins humains. Premièrement, elle peut stocker dans ses banques de données des informations sur toutes les maladies connues et tous les médicaments. Elle peut les mettre à jour quotidiennement, pas seulement en actualisant les résultatsdes nouvelles recherches, mais aussi avec les statistiques médicales de tous les hôpitaux et cliniques du monde. Deuxièmement, Watson aura une connaissance intime non seulement de mon génome et de mes antécédents médicaux au jour le jour, mais aussi du génome et des antécédents de mes parents, frères et sœurs, cousins, voisins et amis. Il saura instantanément si j’ai visité dernièrement un pays tropical, si j’ai des infections gastriques récurrentes, s’il y a eu des cas de cancers intestinaux dans ma famille ou si, ce matin même, d’autres habitants de ma ville se plaignent de diarrhée. Troisièmement, Watson ne sera jamais fatigué, affamé ni malade. (…) Cette menace plane au-dessus de la tête des généralistes, mais aussi des experts. Il pourrait se révéler plus facile de remplacer les médecins spécialisés dans des domaines aussi pointus que le diagnostic du cancer. Lors d’une expérience récente, un algorithme informatique a diagnostiqué correctement 90 % des cancers du poumon qui lui étaient présentés, alors que les médecinshumains n’en diagnostiquaient que 50 %.

Comme les machines se chargeaient des travaux purement manuels, les hommes se sont concentrés sur ceux qui nécessitaient au moins certaines compétences cognitives. Penser que les êtres humains auront toujours des aptitudes uniques hors de portée des algorithmes non conscients, c’est prendre ses désirs pour des réalités. Pour l’heure, certes, il est de nombreuses choses que les algorithmes organiques font mieux que les non organiques, et les experts ont dit et répété que quelque chose demeurera « à jamais » hors de portée des algorithmes non organiques. Aujourd’hui, les programmes de reconnaissance faciale sont capables d’identifier les gens bien plus efficacement et rapidement que les êtres humains.

/…/ La formation d’un médecin humain est un processus cher et compliqué qui demande des années. À son terme, après une dizaine d’années d’études et d’internat, vous n’avez jamais qu’un médecin. Si vous en voulez deux, il faut recommencer le processus à zéro. En revanche, si vous parvenez à résoudre les problèmes techniques (…), vous n’aurez pas un seul, mais un nombre infini de médecins, disponibles sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, dans tous les coins du monde. Donc, même si son entrée en service coûte 100 milliards de dollars, à la longue cela reviendrait bien moins cher que la formation de médecins humains.

Bien entendu, tous les médecins humains ne disparaîtront pas. On peut s’attendre à ce que les tâches qui exigent davantage de créativité qu’un banal diagnostic restent entre les mains des hommes. De la même façon que les armées du XXIe siècle accroissent les effectifs de leurs forces d’élite spéciales, les futurs services de soins pourraient accueillir en force les équivalents médicaux des rangers de l’armée de terre ou les groupes de guerre navale spéciale (SEAL). Toutefois, de même que les armées n’ont plus besoin de millions de GI, les futurs services de santé n’auront plus besoin de millions de généralistes. /…/

Que faire des surnuméraires ? Ce pourrait bien être la question économique la plus importante du XXIe siècle. Que feront les humains conscients le jour où nous aurons des algorithmes non conscients, capables de presque tout faire mieux que nous ?

/…/ Ces dernières décennies, les pays ont connu une autre révolution, le déclin des emplois industriels, accompagné d’un essor des services. En 2010, 2 % seulement des Américains travaillaient dans l’agriculture, 20 % dansl’industrie, et 78 % comme enseignants, médecins, web designers, etc. Que ferons-nous quand des algorithmes stupides seront capables d’enseigner, de diagnostiquer et de dessiner mieux que des êtres humains ?

/…/ Même les managers en charge de toutes ces activités sont remplaçables. Grâce à ses puissants algorithmes, Uber peut gérer des millions de chauffeurs de taxi avec une poignée d’humains seulement. La plupart des ordres sont donnés parles algorithmes qui ne nécessitent pas la moindre supervision humaine.

/…/ Tandis que les algorithmes chassent les hommes du marché du travail, la richesse et le pouvoir pourraient bien se concentrer entre les mains de la minuscule élite qui possède les algorithmes tout-puissants, ce qui créerait une inégalité sociale et politique sans précédent.

/… / En septembre 2013, deux chercheurs d’Oxford, Carl Benedikt Frey et MichaelA. Osborne, publièrent une étude sur « l’avenir de l’emploi », où ils examinaient la probabilité que différentes professions soient reprises par des algorithmes informatiques au cours des vingt prochaines années. L’algorithme mis au point par Frey et Osborne pour faire leurs calculs estimait à 47 % la part des emplois américains très exposés. Par exemple, il est probable à 99 % qu’en 2033 les télémarketeurs et les courtiers d’assurance perdront leur emploi au profit d’algorithmes ; la probabilité que les arbitres sportifs connaissent le même sort est de 98 %, elle est de 97 % pour les caissières, 96 % pour les chefs cuisiniers, 94 % pour les serveurs et les assistants juridiques, 91 % pour les guides touristiques, 89 % pour les boulangers et les chauffeurs de bus, 88 % pour les ouvriers du bâtiment, 86 % pour les aides vétérinaires, 84 % pour les agents de sécurité, 83 % pour les marins, 77 % pour les barmen, 76 % pour les archivistes, 72 % pour les menuisiers, 67 % pour les maîtres nageurs, et ainsi de suite.

/…/ L’aubaine technologique à venir permettra probablement de nourrir et d’entretenir ces masses inutiles sans qu’elles aient même à lever le petit doigt. Mais qu’est-ce qui pourra les tenir occupées et les satisfaire ? Les gens ont besoin de faire quelque chose, sous peine de devenir fous. Que feront-ils de leurs journées ? La drogue ou les jeux vidéo pourraient être une des réponses. Les inutiles pourraient passer toujours plus de temps dans les mondes de la réalité virtuelle en 3D, qui leur procurerait bien plus d’excitation et d’intensité émotionnelle que la glauque réalité extérieure. Une telle évolution porterait cependant un coup mortel à la croyance libérale au caractère sacré de la vie et des expériences humaines. Qu’y a-t-il de sacré dans des clochards qui passent leurs journées à se gaver d’expériences artificielles dans La La Land ?

/…/  la croyance en l’individualisme s’effondrera et l’autorité sera transférée des individus aux algorithmes en réseau. Les êtres humains cesseront de se voir comme des êtres autonomes qui mènent leur vie à leur guise pour s’habituer à se voir comme un assemblage de mécanismes biochimiques constamment surveillé et guidé par des algorithmes électroniques. (…) Pour ce qui est de la médecine, la ligne a déjà été franchie. Dans les hôpitaux, nous ne sommes plus des individus. Il est très probable que, de votre vivant, nombre des décisions les plus importantes prises pour votre corps et votre santé seront le fait d’algorithmes informatiques tels que Watson d’IBM. Et ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle. Les diabétiques portent déjà des capteurs qui contrôlent automatiquement leur niveau de sucre plusieurs fois par jour, et qui les alerte chaque fois qu’il franchit un seuil dangereux. (…) Beaucoup d’autres personnes qui ne souffrent d’aucune maladie grave ont commencé à utiliser des capteurs portables pour surveiller leur santé et leurs activités. Ces appareils – intégrés à toutes sortes d’objets, des smartphones et des montres bracelets aux brassards ou aux sous-vêtements – enregistrent diverses données biométriques telles que la tension et le rythme cardiaque. Les données sont ensuite entrées dans des programmes informatiques sophistiqués qui indiquent alors au porteur comment modifier son régime et ses habitudes quotidiennes pour jouir d’une meilleure santé et d’une vie plus longue et plus productive (…) L’application Deadline va encore plus loin, puisqu’elle vous informe du nombre d’années qu’il vous reste à vivre compte tenu de vos habitudes actuelles (…) la société Bedpost commercialise des brassards biométriques à porter lors des relations sexuelles. Le brassard recueille diverses données : rythme cardiaque, niveau de transpiration, durée des rapports et de l’orgasme, nombre de calories brûlées. Les données sont alors entrées dans un ordinateur qui analyse l’information et note précisément votre performance. Finis, les orgasmes simulés et les « pour toi, c’était comment (26) ? (…) Imaginez un système qui, pour reprendre les mots de la célèbre chanson du groupe Police, surveille chacune de vos respirations, chacun de vos mouvements et les liens que vous brisez ; un système qui surveille votre compte en banque et votre rythme cardiaque, votre niveau de glucose et vos escapades sexuelles. (…) Google nous conseillera quel film voir, où aller en vacances, quelle matière étudier à la fac, quelle offre d’emploi accepter, voire avec qui sortir et qui épouser.  (…) En échange de conseils aussi précieux, il nous faudra simplement renoncer à l’idée que les êtres humains sont des individus, que chaque humain a son libre arbitre pour déterminer ce qui est bien, ce qui est beau, et le sens de la vie. (…) Des coutumes libérales comme les élections démocratiques vont devenir obsolètes : Google saura même représenter mes opinions politiques mieux que moi.  (…) Comment Facebook pourrait-il obtenir ces données politiques d’une valeur inestimable ? C’est nous qui les lui donnons gratuitement. À l’apogée de l’impérialisme européen, conquistadors et marchands achetaient des îles et des contrées entières contre des perles de couleur. Au XXIe siècle, nos données personnelles sont probablement la ressource la plus précieuse que la plupart des humains puissent encore offrir, et nous les donnons aux géants de la technologie en échange de services de messagerie et de vidéos de chats.

Voir de plus:

Yuval Noah Harari on big data, Google and the end of free will

Forget about listening to ourselves. In the age of data, algorithms have the answer, writes the historian Yuval Noah Harari

Yuval Noah Harari

August 26 2016

For thousands of years humans believed that authority came from the gods. Then, during the modern era, humanism gradually shifted authority from deities to people. Jean-Jacques Rousseau summed up this revolution in Emile, his 1762 treatise on education. When looking for the rules of conduct in life, Rousseau found them “in the depths of my heart, traced by nature in characters which nothing can efface. I need only consult myself with regard to what I wish to do; what I feel to be good is good, what I feel to be bad is bad.” Humanist thinkers such as Rousseau convinced us that our own feelings and desires were the ultimate source of meaning, and that our free will was, therefore, the highest authority of all.

Now, a fresh shift is taking place. Just as divine authority was legitimised by religious mythologies, and human authority was legitimised by humanist ideologies, so high-tech gurus and Silicon Valley prophets are creating a new universal narrative that legitimises the authority of algorithms and Big Data. This novel creed may be called “Dataism”. In its extreme form, proponents of the Dataist worldview perceive the entire universe as a flow of data, see organisms as little more than biochemical algorithms and believe that humanity’s cosmic vocation is to create an all-encompassing data-processing system — and then merge into it.

We are already becoming tiny chips inside a giant system that nobody really understands. Every day I absorb countless data bits through emails, phone calls and articles; process the data; and transmit back new bits through more emails, phone calls and articles. I don’t really know where I fit into the great scheme of things, and how my bits of data connect with the bits produced by billions of other humans and computers. I don’t have time to find out, because I am too busy answering emails. This relentless dataflow sparks new inventions and disruptions that nobody plans, controls or comprehends. Related article Books Planet of the apps — have we paved the way for our own extinction?

But no one needs to understand. All you need to do is answer your emails faster. Just as free-market capitalists believe in the invisible hand of the market, so Dataists believe in the invisible hand of the dataflow. As the global data-processing system becomes all-knowing and all-powerful, so connecting to the system becomes the source of all meaning. The new motto says: “If you experience something — record it. If you record something — upload it. If you upload something — share it.”

Dataists further believe that given enough biometric data and computing power, this all-encompassing system could understand humans much better than we understand ourselves. Once that happens, humans will lose their authority, and humanist practices such as democratic elections will become as obsolete as rain dances and flint knives.

When Michael Gove announced his shortlived candidacy to become Britain’s prime minister in the wake of June’s Brexit vote, he explained: “In every step in my political life I have asked myself one question, ‘What is the right thing to do? What does your heart tell you?’” That’s why, according to Gove, he had fought so hard for Brexit, and that’s why he felt compelled to backstab his erstwhile ally Boris Johnson and bid for the alpha-dog position himself — because his heart told him to do it.

Gove is not alone in listening to his heart in critical moments. For the past few centuries humanism has seen the human heart as the supreme source of authority not merely in politics but in every other field of activity. From infancy we are bombarded with a barrage of humanist slogans counselling us: “Listen to yourself, be true to yourself, trust yourself, follow your heart, do what feels good.”

In politics, we believe that authority depends on the free choices of ordinary voters. In market economics, we maintain that the customer is always right. Humanist art thinks that beauty is in the eye of the beholder; humanist education teaches us to think for ourselves; and humanist ethics advise us that if it feels good, we should go ahead and do it.

Of course, humanist ethics often run into difficulties in situations when something that makes me feel good makes you feel bad. For example, every year for the past decade the Israeli LGBT community has held a gay parade in the streets of Jerusalem. It is a unique day of harmony in this conflict-riven city, because it is the one occasion when religious Jews, Muslims and Christians suddenly find a common cause — they all fume in accord against the gay parade. What’s really interesting, though, is the argument the religious fanatics use. They don’t say: “You shouldn’t hold a gay parade because God forbids homosexuality.” Rather, they explain to every available microphone and TV camera that “seeing a gay parade passing through the holy city of Jerusalem hurts our feelings. Just as gay people want us to respect their feelings, they should respect ours.” It doesn’t matter what you think about this particular conundrum; it is far more important to understand that in a humanist society, ethical and political debates are conducted in the name of conflicting human feelings, rather than in the name of divine commandments.

Yet humanism is now facing an existential challenge and the idea of “free will” is under threat. Scientific insights into the way our brains and bodies work suggest that our feelings are not some uniquely human spiritual quality. Rather, they are biochemical mechanisms that all mammals and birds use in order to make decisions by quickly calculating probabilities of survival and reproduction.

Contrary to popular opinion, feelings aren’t the opposite of rationality; they are evolutionary rationality made flesh. When a baboon, giraffe or human sees a lion, fear arises because a biochemical algorithm calculates the relevant data and concludes that the probability of death is high. Similarly, feelings of sexual attraction arise when other biochemical algorithms calculate that a nearby individual offers a high probability for successful mating. These biochemical algorithms have evolved and improved through millions of years of evolution. If the feelings of some ancient ancestor made a mistake, the genes shaping these feelings did not pass on to the next generation.

Even though humanists were wrong to think that our feelings reflected some mysterious “free will”, up until now humanism still made very good practical sense. For although there was nothing magical about our feelings, they were nevertheless the best method in the universe for making decisions — and no outside system could hope to understand my feelings better than me. Even if the Catholic Church or the Soviet KGB spied on me every minute of every day, they lacked the biological knowledge and the computing power necessary to calculate the biochemical processes shaping my desires and choices. Hence, humanism was correct in telling people to follow their own heart. If you had to choose between listening to the Bible and listening to your feelings, it was much better to listen to your feelings. The Bible represented the opinions and biases of a few priests in ancient Jerusalem. Your feelings, in contrast, represented the accumulated wisdom of millions of years of evolution that have passed the most rigorous quality-control tests of natural selection.

However, as the Church and the KGB give way to Google and Facebook, humanism loses its practical advantages. For we are now at the confluence of two scientific tidal waves. On the one hand, biologists are deciphering the mysteries of the human body and, in particular, of the brain and of human feelings. At the same time, computer scientists are giving us unprecedented data-processing power. When you put the two together, you get external systems that can monitor and understand my feelings much better than I can. Once Big Data systems know me better than I know myself, authority will shift from humans to algorithms. Big Data could then empower Big Brother.

This has already happened in the field of medicine. The most important medical decisions in your life are increasingly based not on your feelings of illness or wellness, or even on the informed predictions of your doctor — but on the calculations of computers who know you better than you know yourself. A recent example of this process is the case of the actress Angelina Jolie. In 2013, Jolie took a genetic test that proved she was carrying a dangerous mutation of the BRCA1 gene. According to statistical databases, women carrying this mutation have an 87 per cent probability of developing breast cancer. Although at the time Jolie did not have cancer, she decided to pre-empt the disease and undergo a double mastectomy. She didn’t feel ill but she wisely decided to listen to the computer algorithms. “You may not feel anything is wrong,” said the algorithms, “but there is a time bomb ticking in your DNA. Do something about it — now!” Authority will shift from humans to computer algorithms.

What is already happening in medicine is likely to take place in more and more fields. It starts with simple things, like which book to buy and read. How do humanists choose a book? They go to a bookstore, wander between the aisles, flip through one book and read the first few sentences of another, until some gut feeling connects them to a particular tome. Dataists use Amazon. As I enter the Amazon virtual store, a message pops up and tells me: “I know which books you liked in the past. People with similar tastes also tend to love this or that new book.”

This is just the beginning. Devices such as Amazon’s Kindle are able constantly to collect data on their users while they are reading books. Your Kindle can monitor which parts of a book you read quickly, and which slowly; on which page you took a break, and on which sentence you abandoned the book, never to pick it up again. If Kindle was to be upgraded with face recognition software and biometric sensors, it would know how each sentence influenced your heart rate and blood pressure. It would know what made you laugh, what made you sad, what made you angry. Soon, books will read you while you are reading them. And whereas you quickly forget most of what you read, computer programs need never forget. Such data should eventually enable Amazon to choose books for you with uncanny precision. It will also allow Amazon to know exactly who you are, and how to press your emotional buttons.

Take this to its logical conclusion, and eventually people may give algorithms the authority to make the most important decisions in their lives, such as who to marry. In medieval Europe, priests and parents had the authority to choose your mate for you. In humanist societies we give this authority to our feelings. In a Dataist society I will ask Google to choose. “Listen, Google,” I will say, “both John and Paul are courting me. I like both of them, but in a different way, and it’s so hard to make up my mind. Given everything you know, what do you advise me to do?”

And Google will answer: “Well, I know you from the day you were born. I have read all your emails, recorded all your phone calls, and know your favourite films, your DNA and the entire biometric history of your heart. I have exact data about each date you went on, and I can show you second-by-second graphs of your heart rate, blood pressure and sugar levels whenever you went on a date with John or Paul. And, naturally enough, I know them as well as I know you. Based on all this information, on my superb algorithms and on decades’ worth of statistics about millions of relationships — I advise you to go with John, with an 87 per cent probability of being more satisfied with him in the long run.

“Indeed, I know you so well that I even know you don’t like this answer. Paul is much more handsome than John and, because you give external appearances too much weight, you secretly wanted me to say ‘Paul’. Looks matter, of course, but not as much as you think. Your biochemical algorithms — which evolved tens of thousands of years ago in the African savannah — give external beauty a weight of 35 per cent in their overall rating of potential mates. My algorithms — which are based on the most up-to-date studies and statistics — say that looks have only a 14 per cent impact on the long-term success of romantic relationships. So, even though I took Paul’s beauty into account, I still tell you that you would be better off with John.”

Google won’t have to be perfect. It won’t have to be correct all the time. It will just have to be better on average than me. And that is not so difficult, because most people don’t know themselves very well, and most people often make terrible mistakes in the most important decisions of their lives. The Dataist worldview is very attractive to politicians, business people and ordinary consumers because it offers groundbreaking technologies and immense new powers. For all the fear of missing our privacy and our free choice, when consumers have to choose between keeping their privacy and having access to far superior healthcare — most will choose health.

For scholars and intellectuals, Dataism promises to provide the scientific Holy Grail that has eluded us for centuries: a single overarching theory that unifies all the scientific disciplines from musicology through economics, all the way to biology. According to Dataism, Beethoven’s Fifth Symphony, a stock-exchange bubble and the flu virus are just three patterns of dataflow that can be analysed using the same basic concepts and tools. This idea is extremely attractive. It gives all scientists a common language, builds bridges over academic rifts and easily exports insights across disciplinary borders.

Of course, like previous all-encompassing dogmas, Dataism, too, may be founded on a misunderstanding of life. In particular, Dataism has no answer to the notorious “hard problem of consciousness”. At present we are very far from explaining consciousness in terms of data-processing. Why is it that when billions of neurons in the brain fire particular signals to one another, a subjective feeling of love or fear or anger appears? We don’t have a clue.

But even if Dataism is wrong about life, it may still conquer the world. Many previous creeds gained enormous popularity and power despite their factual mistakes. If Christianity and communism could do it, why not Dataism? Dataism has especially good prospects, because it is currently spreading across all scientific disciplines. A unified scientific paradigm may easily become an unassailable dogma.

If you don’t like this, and you want to stay beyond the reach of the algorithms, there is probably just one piece of advice to give you, the oldest in the book: know thyself. In the end, it’s a simple empirical question. As long as you have greater insight and self-knowledge than the algorithms, your choices will still be superior and you will keep at least some authority in your hands. If the algorithms nevertheless seem poised to take over, it is mainly because most human beings hardly know themselves at all.

Yuval Noah Harari is the author of ‘Homo Deus: A Brief History of Tomorrow’, published by Harvill Secker on September 8. He will be speaking in London, Cambridge, Manchester and Bristol.

Voir encore:

iLawyer: What Happens When Computers Replace Attorneys?

In the end, after you’ve stripped away their six-figure degrees, their state bar memberships, and their proclivity for capitalizing Odd Words, lawyers are just another breed of knowledge worker. They’re paid to research, analyze, write, and argue — not unlike an academic, a journalist, or an accountant. So when software comes along that’s smarter or more efficient at those tasks than a human with a JD, it spells trouble.

That’s one of the issues the Wall Street Journal raised yesterday in an article on the ways computer algorithms are slowly replacing human eyes when it comes to handling certain pieces of large, high-stakes litigation. It focuses on a topic that is near and dear to the legal industry (and pretty much nobody else) known as discovery, which is the process where attorneys sort through troves of documents to find pieces of evidence that might be related to a lawsuit. While it might seem like a niche topic, what’s going on in the field has big implications for anybody who earns their living dealing with information.The discovery process is all about cognition, the ability of people to look at endless bails of info and separate the wheat from the chaff. For many years, it was also extremely profitable for law firms, which billed hundreds of dollars an hour for associates to glance at thousands upon thousands (if not millions) of documents, and note whether they might have some passing relevance to the case at hand. Those days are pretty much dead, gone thanks to cost-conscious clients and legal temp agencies which rent out attorneys for as little as $25-an-hour to do the grunt work. Some firms are still struggling to replace the profits they’ve lost as a result.
And now comes the rise of the machines — or, more precisely, the search engines. For a while now, attorneys have employed manual keyword searches to sort through the gigabytes of information involved in these cases. But as the WSJ reports, more firms are beginning to use a technology known as « predictive coding, » which essentially automates the process at one-tenth the cost. Recently, a magistrate judge in a major Virginia employment discrimination suit ruled that the defense could use predictive coding to sort through their own data, despite objections by the plaintiffs who worried it might not pick up all the relevant documents (Probably left unspoken here: plaintiffs in lawsuits also like to drive up the costs for defendants, in the hopes that it will encourage them to settle).In truth, researchers have found predictive coding to be as accurate, if not more so, than the attorneys its replacing. As the WSJ noted:

Several studies have shown that predictive coding outperforms human reviewers, though by how much is unclear. A widely cited 2011 article in the Richmond Journal of Law and Technology analyzed research on document review and found that humans unearthed an average of about 60% of relevant documents, while predictive coding identified an average of 77%.

The research also showed that predictive coding was more precise, flagging fewer irrelevant documents than humans did.

« Human readers get tired and make mistakes. They get fatigued, » says David Breau, an associate at law firm Sidley Austin LLP who has written about predictive coding.

Shorter version: There is now software that’s smarter and more efficient at these tasks than a human with a JD. Not only that, but it’s finally being given sanction by the courts, which would have the power to stop such a new technology in its tracks if they chose.

For the legal industry, this is a mixed blessing. The same way that robotics have created factories that need fewer workers, these programs will create firms that need fewer lawyers (even if it just means they’re renting fewer temps). Firms that have already figured out how to prosper without the enormous margins they achieved by charging egregious fees for associates to perform menial labor will benefit. The partners will keep on doing the most valuable work, even as the bottom rungs of their firms shrink.

But what about the rest of us? We’re now living in the age of Watson, everyone’s favorite Jeopardy-playing computer, where intelligent software has become more skilled at recognizing and fetching relevant information than most people. It’s precise enough to do our taxes. It’s precise enough to satisfy a judge. And the people who benefit most from it are those at the top of an industry, the people like law firm partners who are paid to take information and shape it into a narrative.

This is how countries get more productive and more prosperous. As we learn to make goods and perform services more efficiently, their prices come down. The question is what new jobs replace the old ones that are lost in the churn. As of now, who knows what they’ll be? Maybe in a few years there will be program I can ask.

Jordan Weissmann is a former senior associate editor at The Atlantic.
Eliza Berman
Time
November 3, 2014

Need a little extra motivation to book that vacation, write that novel, or even just get out of bed? An incessant reminder of your mortality might just do the trick. A new iOS app called Deadline predicts the date and time of your death based on data from Apple’s HealthKit. Feed the app basic information about your medical history and lifestyle, and it spits out the date that might just appear on your tombstone, along with a countdown clock that lets you watch as the seconds evaporate into regret.

Despite its logo, a silhouetted dead bird with its legs in the air, the app’s objectives are anything but morbid. “Consider this a way to motivate yourself to be healthier,” the description reads, although it goes on to hedge that its prediction is nothing more than a statistical estimation, and regular doctor visits are still a good idea. Though similar apps exist, Deadline claims to be the only one with a home screen widget that offers quick access to your countdown, lest you need a quick reality check after two hours looking at photos of dogs in Halloween costumes.

The good news is that the app will extend your predicted lifespan if you adopt healthier habits. Its approach to motivation, then, suits both users who respond to negative reinforcement and those who need a little bit of cheerleading to get to the gym.

It’s a bit ironic, though, that an app that aims to motivate users to be healthier comes from the same company that gives us Flabby Bird. Will you live out your remaining days eating chia pudding and training for marathons, or guiding a “horizontally challenged fowl through treacherous obstacles?” The choice is yours.

Voir par ailleurs:

Les impacts de l’automatisation du travail
Michel Héry
Études
Septembre 2018

On a d’abord cru que l’introduction des nouvelles technologies dans le monde du travail se traduirait essentiellement par une robotisation accrue dans l’industrie qui pousserait doucement les travailleurs vers des emplois de service. On se rend compte aujourd’hui que le développement de l’intelligence artificielle (IA) et son passage des formes faibles aux formes fortes [1] pourraient remettre en cause toute l’allocation du travail et transformer lourdement toute l’organisation de la production intellectuelle, en touchant les métiers du juridique, de la santé, du marketing, etc. Ce ne sont pas seulement, comme on l’avait cru d’abord, les tâches basiques de la documentation ou du calcul qui vont être concernées, mais toutes les tâches intellectuelles qui vont être radicalement transformées. Au-delà de son étendue, c’est aussi le rythme toujours accéléré de ce changement qui interroge.

Ces évolutions sont déjà en cours, elles modifient déjà notre vie quotidienne au travail, mais pas seulement dans ce domaine. À travers quelques exemples, nous montrerons ici les formes que ces évolutions prennent aujourd’hui sous l’influence de l’utilisation de l’intelligence artificielle. Ces exemples pourraient préfigurer le monde du travail de demain, sans que le débat social nécessaire ait eu lieu.

L’automatisation du travail et son impact

La controverse, entre les deux économistes oxfordiens Carl Frey et Michael Osborne [2], d’une part, et l’OCDE [3], d’autre part, sur le pourcentage d’emplois détruits ou fortement touchés d’ici dix à vingt ans par l’automatisation du travail montre bien à quel point le sujet est sensible. À travers la différence entre près de 50 % d’emplois détruits pour les premiers ou d’environ 10 % pour les seconds, on voit bien toute la relativité d’une méthodologie (supposée identique dans les deux études). Les résultats dépendent fortement de la façon dont elle est utilisée et des hypothèses que les chercheurs sont amenés à formuler, en fonction des réponses des acteurs de terrain.

On préférera s’intéresser ici à deux études basées sur des données d’emploi réelles, recueillies au cours des dernières décennies. Un article de mai 2017 de Daron Acemoglu et Pascual Restrepo [4], basé sur des statistiques d’emplois du Bureau du travail des États-Unis recueillies entre 1990 et 2007, aboutit aux conclusions suivantes :

– L’arrivée d’un nouveau robot industriel dans un groupe de mille travailleurs de l’industrie fait perdre, en moyenne, six emplois et diminue le salaire horaire d’environ 0,7 % ;

– Ramenée au niveau national, dans un contexte où l’appareil productif a évidemment évolué, en particulier dans les services, cette perte d’emploi est également avérée mais elle est limitée à environ trois emplois pour mille travailleurs et la baisse des salaires est de 0,3 %.

Une étude [5] de septembre 2017, consacrée aux conséquences de la robotisation de l’industrie allemande au cours des années 1994 à 2014, montre que l’installation d’un robot industriel se traduit en moyenne par la suppression de deux emplois (soit un quart des emplois dans l’industrie manufacturière au cours de la période), compensée par la création dans les services d’un nombre d’emplois équivalent. Le nombre de recrutements a significativement baissé pour les plus jeunes générations qui, à qualification égale voire supérieure, sont en outre embauchées à des salaires plus faibles que ceux dont bénéficiaient leurs homologues, il y a dix ou vingt ans. Au niveau salarial, l’écart se creuse avec les catégories les mieux rémunérées.

Les emplois de qualification moyenne et les emplois les moins qualifiés (menacés par une délocalisation dans des pays à faible coût de main-d’œuvre) sont donc touchés. Certes, à la faveur de l’automatisation, des productions peuvent être relocalisées mais pour un nombre très limité de créations d’emplois, comme dans la nouvelle usine Adidas en Allemagne [6] L’industrie y gagne en réactivité et peut satisfaire le consommateur plus rapidement en limitant les délais de livraison des produits, en particulier pour les produits de haute ou moyenne gamme.

L’intelligence artificielle, une rupture à venir ?

Pourtant, cette mutation de l’appareil productif n’en serait qu’à ses débuts. Pour l’instant, il faut bien constater que l’utilisation croissante des technologies de l’information et de la communication (TIC) ne s’est pas traduite par une augmentation majeure de la productivité. L’augmentation de cette productivité connaît même une décélération depuis quelques années, tendant vers une stagnation. Ce phénomène peut apparaître paradoxal à une époque où beaucoup font le constat d’une accélération de la capacité d’innovation vers plus d’efficacité et plus d’agilité, caractéristiques de nature à améliorer la productivité.

Ceci serait dû à la relative nouveauté des TIC et à leur dilution dans un contexte de production encore trop traditionnel, dans lequel le potentiel de l’intelligence artificielle (IA) s’atténue. Seules une véritable accumulation d’IA et l’évolution de ses formes sont susceptibles de produire leur plein effet. C’est en tout cas la théorie [7] de l’économiste américain Erik Brynjolfsson qui plaide notamment pour une adaptation du système de production à cette nouvelle entrante afin de lui permettre de déployer toutes ses capacités. Ce serait également une façon de relancer la redistribution des richesses, en panne depuis plusieurs décennies dans les pays développés. Cette question du partage de la plus-value constitue même l’élément structurant du livre de Ryan Avent, The Wealth of Humans[8] Dans un monde où l’emploi va se faire de plus en plus rare, comment procéder à un partage minimal des richesses qui, à défaut d’assurer la cohésion sociale, empêchera au moins la marmite bouillante des inégalités d’exploser ?

Au-delà du débat sur la suppression d’emplois, des effets qualitatifs majeurs sur le travail sont à venir, que nous croyons discerner dans les premiers usages de l’intelligence artificielle. Nous en présenterons ici trois exemples : le premier concernant plutôt les travailleurs manuels de l’industrie et des services, le deuxième les travailleurs intellectuels et le troisième les acteurs de la santé.

L’exosquelette, aide ou aliénation ?

Les exosquelettes d’assistance à l’effort sont des structures mécaniques qui doublent celle du squelette humain et lui confèrent des capacités physiques qu’il n’a pas ou plus [9]. Ils ont d’abord été développés dans le domaine militaire, mais des versions spécifiques au monde du travail apparaissent. C’est, par exemple, le cas d’équipements qui aident au port de charge ou accompagnent la réalisation de gestes répétitifs : l’être humain apporte la dextérité et la précision du geste, l’exosquelette apporte la force et accompagne le mouvement pour éviter qu’il ne soit forcé. Aujourd’hui, les exosquelettes sont encore souvent passifs et il faut reconnaître que les contraintes évitées sur une partie du corps sont souvent transférées sur une autre. La miniaturisation des composants et l’utilisation de l’intelligence artificielle devraient bientôt leur conférer un caractère actif qui les rendra plus performants.

À l’heure où l’équilibre financier des régimes de protection sociale semble nécessiter l’allongement des carrières professionnelles, ces équipements pourraient représenter une piste pour permettre à un travailleur vieillissant d’effectuer ses tâches sans trop solliciter ses articulations, souvent mises à mal dans les métiers manuels. De même, on peut imaginer qu’il soit également mis à la disposition d’un opérateur plus jeune afin d’éviter l’apparition des trop fréquents troubles musculo-squelettiques (TMS) ou des lombalgies dont sont victimes tant de travailleurs manuels. Ce serait un complément intéressant aux diverses mesures de prévention qui peuvent être prises en termes d’organisation du travail. Bien que les mouvements répétitifs ou forcés ne soient pas la seule cause de ces pathologies, ils y jouent un rôle déterminant.

Le prix de ces équipements n’est pas négligeable. Même s’ils génèrent des économies en matière de santé, on ne peut pas exclure la tentation de récupérer tout ou partie de l’investissement en augmentant le rythme de la production. Le risque d’un emballement du phénomène n’est pas exclu : la pression de la concurrence est telle (en particulier dans les pays à faible coût de main-d’œuvre) que, pour survivre, certaines entreprises ne seront plus en mesure de donner au facteur humain toute la part qu’il doit avoir dans l’organisation de la production. Cette révision à la hausse de la cadence de travail deviendra telle que le bénéfice de l’équipement du travailleur avec un exosquelette sera perdu. La situation peut même s’aggraver : n’étant plus pleinement libre de ses mouvements et contraint par le rythme excessif du travail, l’opérateur peut avoir le sentiment de perdre tout contrôle de son travail. Ce qui nous amène à cet autre fléau du travail d’aujourd’hui : les risques psychosociaux (RPS), dont l’influence sur le déclenchement des TMS a été largement démontrée.

On peut également considérer une autre variante : celle dans laquelle les progrès de la technologie, permis en particulier par l’intelligence artificielle, se seront traduits par un développement de la dextérité des robots leur permettant de remplacer l’humain, y compris pour les tâches nécessitant le plus d’habileté manuelle…

C’est un premier exemple de l’importance du débat social à propos du travail et des conditions dans lesquelles il s’effectue. Il concerne bien évidemment en premier lieu les employeurs et les travailleurs, mais aussi l’État qui est responsable de la régulation, à travers notamment la réglementation. Au-delà, il implique l’ensemble des citoyens, non seulement parce que la plupart d’entre eux ont été, sont ou seront actifs dans le monde du travail, mais aussi parce que leurs pratiques de consommation influent de plus en plus sur l’organisation professionnelle. L’intégration de ceux qui sont désignés sous le nom de « consomm’acteurs » dans les processus de création des informations, des activités et des biens va croissante.

L’exemple suivant va montrer que ce débat, si difficile à organiser et à faire vivre, y compris dans ses formes les plus classiques, peut se révéler parfaitement désuet et surtout inopérant face à certaines évolutions de la production déjà permises par des formes d’intelligence artificielle pourtant considérées comme faibles par rapport aux développements potentiels dans les années à venir.

Foundry, le retour du travail à la tâche

L’algorithme Foundry[10] a été conçu par un laboratoire de l’université Stanford. Il vise à faciliter le travail en mode projet en rassemblant de façon quasi instantanée les meilleures compétences disponibles dans toutes les disciplines nécessaires. Le recours aux TIC et en particulier à l’intelligence artificielle permet de faire travailler en équipe plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de personnes qui, sauf effet du hasard, ne se connaissent pas, ne se sont jamais rencontrées et ne se rencontreront jamais. Ces personnes sont recrutées dans le monde entier. Nous allons décrire le principe de cette organisation, de façon très simplifiée.

La première tâche du chef de projet consiste en une analyse systémique du produit dont la réalisation lui a été confiée, avec pour objectif de déterminer les principales tâches qui seront à effectuer. Cette analyse transmise en texte brut à l’algorithme génère un envoi électronique de demandes de collaboration vers des spécialistes des disciplines correspondantes. Les destinataires ont préalablement enregistré leur profil détaillé dans des bases de ressources humaines (comme Upwork, par exemple). Pour chaque domaine de compétences identifié, le premier destinataire dispose de dix minutes maximum pour accepter ou refuser le travail proposé. En cas de refus, la proposition est transmise au suivant sur la liste des personnes compétentes. En cas d’acceptation, un contrat de prestation est expédié et le spécialiste dispose d’un temps limité (généralement compris entre une et cinq heures) pour effectuer immédiatement le travail qui vient de lui être confié. Il prend d’abord connaissance des données nécessaires à l’exécution de sa tâche, la réalise et, à la fin de cette courte mission, transmet le produit au chef de projet au moyen de l’algorithme. Il lui sera aussi demandé d’évaluer grâce à un questionnaire la qualité des données et des explications fournies, l’adéquation du temps accordé, etc. Il a également la possibilité de formuler des propositions d’amendement ou de réorientation du travail qui lui a été demandé : il est d’ailleurs encouragé à le faire et la notation de sa prestation intégrera cette implication.

Quand cette première boucle aura été effectuée, ses résultats permettront de générer de nouvelles tâches nécessaires pour l’avancement du projet qui seront traitées selon le même processus. Compte tenu du mode de sélection des spécialistes, il est peu probable que l’un d’entre eux soit sollicité à plusieurs reprises. Cependant, le chef de projet a la possibilité de stabiliser quelque peu son équipe en ayant recours à un même travailleur spécialisé, parmi ceux qui ont collaboré à l’analyse initiale du sujet et qui sont réputés avoir une très bonne connaissance de la discipline concernée et dont la prestation a donné satisfaction…

Sans entrer dans les détails techniques (le fonctionnement est plus complexe que celui décrit ici), il est intéressant de fournir quelques données plus précises sur les travaux qui ont été réalisés grâce à cet algorithme et les conditions de leur exécution.

Trois produits sont présentés dans la publication dont nous avons extrait les données suivantes : une application pour smartphone destinée à l’équivalent du Samu américain qui permet la transmission de données au cours du transfert de la personne avant son arrivée dans la structure médicale qui va la prendre en charge, un site internet pour une filiale d’un grand groupe de l’audit et du conseil, un jeu vidéo basé sur la transmission de récits. Chacun de ces produits a été jugé d’une qualité au moins équivalente à la qualité moyenne des produits analogues disponibles sur le marché. Leur conception a été réalisée en six semaines, y compris pour l’un des projets significativement réorienté en cours de réalisation à la suite de nombreuses propositions d’amélioration formulées par les différents acteurs.

La durée moyenne d’« embauche » a été d’environ quinze minutes, ce qui signifie que de nombreuses tâches ont été acceptées d’emblée et que peu de sollicitations successives ont été nécessaires avant acceptation. Seule une tâche n’a pas été pourvue par l’algorithme et a fait l’objet d’une « embauche de ressources humaines » plus classique.

Dans l’exemple précédent, on voit facilement l’ambivalence de cette forme d’organisation du travail. Elle peut être parfaitement adaptée à quelqu’un qui recherche délibérément un statut d’indépendant, en particulier s’il dispose de compétences rares et qu’il a acquis un certain degré de reconnaissance dans sa spécialité. De même, un travailleur disposant d’un salaire fixe peut y trouver une source de revenus complémentaires sur une base régulière ou quand il en ressent l’intérêt ou le besoin.

La situation apparaît moins favorable si l’on imagine que ce genre d’organisation du travail peut se répandre largement, voire devenir la norme et représenter la source de revenu principale. Le travailleur risque de s’engager dans une course incessante aux contrats avec l’obligation de rendre un produit de qualité optimale sous peine de voir diminuer sa e-reputation et donc son employabilité potentielle. Il doit aussi être disponible à toute heure du jour et de la nuit, compte tenu du caractère mondial de la passation de la commande et du mode de recrutement. La séparation entre la vie privée et la vie professionnelle devient de plus en plus ténue. Il s’avère également difficile d’avoir une vraie implication dans le travail, dans la mesure où les tâches sont très parcellaires, sans possibilité de vision globale de l’ensemble des étapes et sans réelle interactivité. Enfin, cette pratique signe aussi la fin du collectif de travail, une source d’enrichissement clairement identifiée en termes de vie professionnelle. Concernant les risques professionnels, ce collectif prévient aussi l’isolement du travailleur qui peut se traduire par un accroissement des RPS, en particulier dans un contexte de travail à la tâche, dont le risque a déjà été souligné plus haut.

Une santé connectée ?

Les problèmes de démographie médicale, en particulier dans certaines spécialités, la disparition des services publics dans certaines régions en raison de la désertification des régions rurales, la volonté de maîtriser les coûts, autant de facteurs qui plaident pour le développement de la télémédecine que le gouvernement actuel a décidé de promouvoir. Avec le développement des objets connectés [11], on peut imaginer que, demain, l’entrée dans le parcours de soins, à savoir souvent une consultation chez un généraliste, puisse se faire à travers un séjour de quelques minutes dans une cabine de diagnostic connectée. Installé par un personnel paramédical, le patient pourrait bénéficier d’un bilan plus complet que celui que peut effectuer le médecin au cours d’un quart d’heure de visite : prise de la tension, rythme cardiaque, prise de sang (à peine invasive), tests des réflexes, mais aussi vérification de l’acuité visuelle ou électrocardiogramme, beaucoup de choses sont déjà possibles. Beaucoup d’autres le seront demain. Cette cabine pourrait être installée dans une entreprise, dans un centre commercial, dans une pharmacie, dans un centre multiservices en milieu rural. Son financement (investissement et fonctionnement) pourrait être assuré par la Sécurité sociale (dans sa forme actuelle ou dans une version plus libérale), les mutuelles, l’État, les collectivités territoriales, etc.

Le dossier des examens effectués peut alors être transmis immédiatement à un médecin qui peut être à dix kilomètres… ou à mille. Ce médecin peut d’ailleurs s’entretenir en direct avec le patient, s’il a besoin de renseignements complémentaires. Mais la consultation en ligne du dossier complet de ce patient et, au besoin, le résumé élaboré par une intelligence artificielle bien conçue devraient constituer des éléments très utiles auxquels le praticien pourra avantageusement se référer avant de prescrire un traitement ou d’orienter le patient vers un confrère spécialiste. La consultation avec ce nouveau médecin pourra d’ailleurs souvent s’effectuer également en ligne mais, dans certains cas, il faudra recourir à une forme plus classique du colloque singulier : la consultation en face à face. Quoi qu’il en soit, beaucoup de temps et d’argent auront été épargnés.

Cette pratique de la médecine donnera-t-elle satisfaction au patient ? Ces dossiers médicaux si complets, si bien mis à jour suffiront-ils à traduire toute la complexité de la personnalité humaine ? Le médecin, pour qui l’écoute du patient est souvent si importante, ne risque-t-il pas de perdre cette capacité, celle qui aide à comprendre les petits (et parfois les grands) malaises du jour ? Pire, comment vivra-t-il l’injonction paradoxale quand son diagnostic issu des données qui lui sont communiquées et provenant de sa pratique entrera en contradiction avec le diagnostic posé avec une sûreté de 99 % par l’algorithme qui aura transmis et analysé les données sur la base des quelques millions de cas auxquels il peut accéder en quelques secondes dans toutes les bases de données connectées ? Quelle sera sa latitude décisionnelle quand cet algorithme lui rappellera que le degré de sûreté n’est pas de 99 % mais de 99,9 % et que son manque de confiance dans la technologie obère le financement (public, privé, mixte) des soins ? Quand il aura des présomptions raisonnables qu’un autre traitement que celui qui est conseillé est le bon ? Qu’en sera-t-il de sa responsabilité légale ? Combien de patients décideront de se tenir en dehors du système de soin officiel ? Combien opteront pour un second avis chez un praticien non conventionné… ou sur une autre plateforme de diagnostic à distance ?

Le développement de l’automatisation est un des nombreux facteurs qui ont concouru ces dernières années à la montée en puissance de la prescription du travail : toujours plus de normes, toujours plus de procédures pour garantir la traçabilité des opérations effectuées, un travail de plus en plus formaté, moins de capacité d’innovation. Des voix s’élèvent aujourd’hui pour s’interroger sur les conséquences de cette prescription en matière de créativité, alors que, paradoxalement, les entreprises n’ont jamais autant qu’aujourd’hui proclamé la nécessité de l’innovation continue et de l’agilité des entreprises et des travailleurs. L’intelligence artificielle ne risque-t-elle pas d’aggraver la situation ? Des études montrent que des personnes équipées de logiciels élaborés deviennent à terme moins performantes que d’autres dont les outils informatiques moins élaborés n’ont pas obéré la capacité de synthèse et d’innovation. Le renfermement de chacun dans une bulle assistée par ordinateur fait également courir le risque d’une perte de capital culturel et de capital social. Pour être inventif, il faut pouvoir se tromper, recommencer, transgresser les règles, avoir le temps de la réflexion et de l’échange, bénéficier d’une autonomie suffisante. La créativité présentée comme la condition de la compétitivité ne peut donc s’épanouir pleinement dans une organisation trop strictement réglée, sans marges de manœuvre pour les individus.

Notes

  • [1]
    L’intelligence artificielle faible est dévolue à une tâche précise et limitée. L’intelligence artificielle forte s’applique au contraire à la résolution de problèmes complexes, remplaçant l’homme dans certaines mises en œuvre de ses fonctions cognitives.
  • [2]
    Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne, The future of Employment: How susceptible are jobs to computerisation?, 17 septembre 2013, consultable sur http://www.oxfordmartin.ox.ac.uk
  • [3]
    France Stratégie, L’effet de l’automatisation sur l’emploi: ce qu’on sait et ce qu’on ignore, consultable sur http://www.strategie.gouv.fr
  • [4]
    Daron Acemoglu et Pascual Restrepo, « Robots and Jobs in the U.S. Labor Market », The NBER digest, mai 2017, consultable sur http://www.nber.org/digest/may17/may17.pdf
  • [5]
    Wolfgang Dauth (et al.), German robots : The impact of industrial robots on workers, disponible (avec un abonnement électronique payant) auprès du Centre for Economic Policy Research (Londres).
  • [6]
    Grégory Rozières, « Finie l’Asie, une partie des chaussures Adidas sera produite en Allemagne, mais par des robots », Le HuffPost, 25 mai 2016, consultable sur http://www.huffingtonpost.fr/2016/05/25/adidas-robots-allemagne_n_10130678.html
  • [7]
    Erik Brynjolfsson, Daniel Rock et Chad Syverson, Artificial Intelligence and the Modern Productivity Paradox: A Clash of Expectations and Statistics, consultable sur http://www.nber.org/papers/w24001
  • [8]
    Ryan Avent, The Wealth of Humans. Work and its absence in the Twenty-first Century, Penguin Books, 2017.
  • [9]
  • [10]
    Michael S. Bernstein, Tulsee Doshi, Negar Rahmati, Daniela Retelny, Alexandra To et Melissa A. Valentine, Flash Organizations: Crowdsourcing Complex Work By Structuring Crowds As Organizations, consultable sur http://dx.doi.org/10.1145/3025453.3025811
  • [11]
    Marie Defrance, Michel Héry, Jacques Leïchlé et Marc Malenfer, « Les plateformes d’intermédiation : quelles conséquences en santé et sécurité au travail en 2027 ? », Hygiène et sécurité du travail, mars 2018, n° 250, pp. 106-112.

Voir enfin:

How a misunderstanding about Chinese characters has led many astray

There is a widespread public misperception, particularly among the New Age sector, that the Chinese word for “crisis” is composed of elements that signify “danger” and “opportunity.” I first encountered this curious specimen of alleged oriental wisdom about ten years ago at an altitude of 35,000 feet sitting next to an American executive. He was intently studying a bound volume that had adopted this notorious formulation as the basic premise of its method for making increased profits even when the market is falling. At that moment, I didn’t have the heart to disappoint my gullible neighbor who was blissfully imbibing what he assumed were the gems of Far Eastern sagacity enshrined within the pages of his workbook. Now, however, the damage from this kind of pseudo-profundity has reached such gross proportions that I feel obliged, as a responsible Sinologist, to take counteraction.

A whole industry of pundits and therapists has grown up around this one grossly inaccurate statement. A casual search of the Web turns up more than a million references to this spurious proverb. It appears, often complete with Chinese characters, on the covers of books, on advertisements for seminars, on expensive courses for “thinking outside of the box,” and practically everywhere one turns in the world of quick-buck business, pop psychology, and orientalist hocus-pocus. This catchy expression (Crisis = Danger + Opportunity) has rapidly become nearly as ubiquitous as The Tao of Pooh and Sun Zi’s Art of War for the Board / Bed / Bath / Whichever Room.

The explication of the Chinese word for crisis as made up of two components signifying danger and opportunity is due partly to wishful thinking, but mainly to a fundamental misunderstanding about how terms are formed in Mandarin and other Sinitic languages. For example, one of the most popular websites centered on this mistaken notion about the Chinese word for crisis explains: “The top part of the Chinese Ideogram for ‘Crisis’ is the symbol for ‘Danger’: The bottom symbol represents ‘Opportunity’.” Among the most egregious of the radical errors in this statement is the use of the exotic term “Ideogram” to refer to Chinese characters. Linguists and writing theorists avoid “ideogram” as a descriptive referent for hanzi (Mandarin) / kanji (Japanese) / hanja (Korean) because only an exceedingly small proportion of them actually convey ideas directly through their shapes. (For similar reasons, the same caveat holds for another frequently encountered label, pictogram.) It is far better to refer to the hanzi / kanji / hanja as logographs, sinographs, hanograms, tetragraphs (from their square shapes [i.e., as fangkuaizi]), morphosyllabographs, etc., or — since most of those renditions may strike the average reader as unduly arcane or clunky — simply as characters.

The second misconception in this formulation is that the author seems to take the Chinese word for crisis as a single graph, referring to it as “the Chinese Ideogram for ‘crisis’.” Like most Mandarin words, that for “crisis” (wēijī) consists of two syllables that are written with two separate characters, wēi (危) and (機/机).

Chinese character wei 危Chinese character wēi

Chinese character ji1 -- in traditional form 機Chinese character (in traditional form)

Chinese character wei 危Chinese character wēi

Chinese character ji1 in simplified form 机Chinese character (in simplified form)

The third, and fatal, misapprehension is the author’s definition of as “opportunity.” While it is true that wēijī does indeed mean “crisis” and that the wēi syllable of wēijī does convey the notion of “danger,” the syllable of wēijī most definitely does not signify “opportunity.” Webster’s Ninth New Collegiate Dictionary defines “opportunity” as:

  1. a favorable juncture of circumstances;
  2. a good chance for advancement or progress.

While that may be what our Pollyanaish advocates of “crisis” as “danger” plus “opportunity” desire to signify, it means something altogether different.

The of wēijī, in fact, means something like “incipient moment; crucial point (when something begins or changes).” Thus, a wēijī is indeed a genuine crisis, a dangerous moment, a time when things start to go awry. A wēijī indicates a perilous situation when one should be especially wary. It is not a juncture when one goes looking for advantages and benefits. In a crisis, one wants above all to save one’s skin and neck! Any would-be guru who advocates opportunism in the face of crisis should be run out of town on a rail, for his / her advice will only compound the danger of the crisis.

For those who have staked their hopes and careers on the CRISIS = DANGER + OPPORTUNITY formula and are loath to abandon their fervent belief in as signifying “opportunity,” it is essential to list some of the primary meanings of the graph in question. Aside from the notion of “incipient moment” or “crucial point” discussed above, the graph for by itself indicates “quick-witted(ness); resourceful(ness)” and “machine; device.” In combination with other graphs, however, can acquire hundreds of secondary meanings. It is absolutely crucial to observe that possesses these secondary meanings only in the multisyllabic terms into which it enters. To be specific in the matter under investigation, added to huì (“occasion”) creates the Mandarin word for “opportunity” (jīhuì), but by itself does not mean “opportunity.”

A wēijī in Chinese is every bit as fearsome as a crisis in English. A jīhuì in Chinese is just as welcome as an opportunity to most folks in America. To confuse a wēijī with a jīhuì is as foolish as to insist that a crisis is the best time to go looking for benefits.

If one wishes to wax philosophical about the of wēijī, one might elaborate upon it as the dynamic of a situation’s unfolding, when many elements are at play. In this sense, is neutral. This can either turn out for better or for worse, but — when coupled with wēi — the possibility of a highly undesirable outcome (whether in life, disease, finance, or war) is uppermost in the mind of the person who invokes this potent term.

For those who are still mystified by the morphological (i.e., word-building) procedures of Sinitic languages, it might be helpful to provide a parallel case from English. An airplane is a machine that has the capability of flying through the air, but that does not imply that “air” by itself means airplane or that “plane” alone originally signified airplane. (The word “plane” has only come to mean “airplane” when it functions as a shortened form of the latter word.) The first element of the word airplane, like the first element of wēijī, presents no real problems: it is the stuff that makes up our earth’s atmosphere. The second element, however, like the second element of wēijī, is much trickier. There are at least half a dozen different monosyllabic words in English spelled “plane.” While most of these words are derived from a Latin root meaning “flat” or “level,” they each convey quite different meanings. The “plane” of “airplane” is said to be cognate with the word “planet,” which derives from a Greek word that means “wandering.” A planet is a heavenly body that wanders through space, and an airplane is a machine that wanders through the air. As Gertrude Stein might have said, “An airplane is an airplane is an airplane.” Neither “air” nor “plane” means “airplane”; only “airplane” means “airplane” – except when “plane” is being used as an abbreviation for “airplane”! Likewise, neither wēi nor means wēijī; only wēijī means wēijī. These are illustrations of the basic principles of word formation that are common to all languages. When etymological components enter into words, they take on the semantic coloring of their new environment and must be considered in that context.

As a matter of fact, the word “airplane” has a contested etymology (I follow Webster’s Third International), with some authorities believing that it derives from “air” + the apparent feminine of French plan (“flat, level”). Even with this latter etymon, however, we must recognize that “airplane” does not mean “a flat surface in the air,” but rather it signifies a heavier than air flying machine. That is to say, when entering into a word consisting of two or more morphemes, the constituent elements take on special meanings depending upon their new, overall environment. In “airplane,” the second element no longer means merely “wander” or “flat” — depending upon which etymology you favor.

Perhaps it would be worthwhile to offer another example from English that is closer to our Chinese word wēijī (“crisis”). Let’s take the –ity component of “opportunity,” “calamity” (“calamity” has a complicated etymology; see the Oxford English Dictionary, Barnhart, etc.), “felicity,” “cordiality,” “hostility,” and so forth. This –ity is a suffix that is used to form abstract nouns expressing state, quality, or condition. The words that it helps to form have a vast range of meanings, some of which are completely contradictory. Similarly the –jī of wēijī by itself does not mean the same thing as wēijī (“crisis”), jīhuì (“opportunity”), and so forth. The signification of jī changes according to the environment in which it occurs.

The construction of wēijī merits further investigation. The nature of this troublesome word will be much better understood if it is pointed out that, in Mandarin morphology, morphemes are divided into “bound” and “free” types. “Bound” morphemes can only occur in combination with other morphemes, whereas “free” morphemes can occur individually.

It just so happens that, in the real world of Mandarin word formation, wei and ji are both bound morphemes. They cannot occur independently. Just as the syllable/morphemes cri- and -sis that go together to make up the English word “crisis” cannot exist independently in an English sentence, so too wēi and cannot exist by themselves in a Mandarin sentence. They can only occur when combined with other word-forming elements, hence fēijī (“airplane”), jīhuì (“chance, opportunity”), wēixiǎn (“danger”), wēijī (“crisis”), and so forth.

Now let us look at the morphology of the word “crisis” itself, bearing in mind that it derives from Greek κρίσις (krisis) < κρίνω (krinō) (see the last section of this essay). The English suffix -sis may be analyzed as consisting of -si- + -s, where -si- is a Greek suffix and -s is the nominative singular ending in Greek. The suffix is used to form action or result nouns from verb roots: kri-si-s (“judgement, decision” > “crisis”); the-si-s (“act of putting [down]” > “thesis”); ap-he-si-s (“act of letting go” > “aphesis” – apo [“off, away”]). Greek -si- is cognate with Sanskrit -ti-. Greek -sis endings are nominal and productive (i.e., they can be added to roots to produce new nouns quite readily), and are often used to make abstractions, usually from verbs.

If one wants to find a word containing the element that means “opportunity” (i.e., a favorable juncture of circumstances, or a good chance for advancement), one needs to look elsewhere than wēijī, which means precisely “crisis” (viz., a dangerous, critical moment). One might choose, for instance, zhuǎnjī (“turn” + “incipient moment” = “favorable turn; turn for the better”), liángjī (“excellent” + “incipient moment” = “opportunity” [!!]), or hǎo shíjī (“good” + “time” + “incipient moment” = “favorable opportunity”).

Those who purvey the doctrine that the Chinese word for “crisis” is composed of elements meaning “danger” and “opportunity” are engaging in a type of muddled thinking that is a danger to society, for it lulls people into welcoming crises as unstable situations from which they can benefit. Adopting a feel-good attitude toward adversity may not be the most rational, realistic approach to its solution.

Finally, to those who would persist in disseminating the potentially perilous, fundamentally fallacious theory that “crisis” = “danger” + “opportunity,” please don’t blame it on Chinese!

Pertinent observations for those who are more advanced in Chinese language studies.

The word “crisis” enters the English language around 1425 with the meaning of “turning point in a disease,” in a translation of Chauliac’s Grande Chirurgie (Major Surgery). It was borrowed from Latin crisis, which in turn comes from Greek krisis (“a separating, distinguishing, discrimination, decision, judgement”), from krinein (“separate, decide, judge”). Chauliac’s first translation gives it as Old French crise, while the second translation has Latin crisis. The sense of “decisive moment” is first recorded in English in 1627 as a figurative extension of the original medical meaning. In Latin, crisis signified: 1. a (literary) judgement, 2. a critical stage in one’s life; climacteric. Since, in the Hippocratic-Galenic medical literature, “crisis” signified “a turning point in a disease; sudden change for better or worse,” this old Greek usage would be somewhat better positioned to serve as a justification for the “danger + opportunity” meme than does Chinese wēijī, which is, from the very beginning, always something worrisome and unwanted.

The earliest occurrences of the Chinese expression wēijī occur in the 3rd century A.D., at which time, and for centuries thereafter, they convey the notion of “latent danger.” It was not until the late 19th and early 20th centuries that wēijī came to mean “crisis,” as in “financial crisis,” “economic crisis,” and so on. How did this happen? It was almost certainly the result of matching up the old Chinese word wēijī (“latent danger”) with the Western concept of “crisis,” and carried out through the intermediary of Japanese, where it is pronounced kiki. This would make it another of the hundreds of modern Chinese terms that I refer to as “round-trip words” (see Sino-Platonic Papers, 34 [October, 1992]).

Many coinages that made it into twentieth-century báihuà (vernacular Mandarin) are based on traditional uses of words. That is to say, new compounds using draw on traditional uses of .

There is no traditional use of that means “opportunity” per se. Jīhuì is a neologism coined to translate the English word “opportunity.”

To say that means “opportunity” is like saying that the zōng of zōngjiào means “religion” (N.B.: jiào here means “doctrine, teaching”). Zōng traditionally means a line of orthodox transmission, or a clan lineage. It is anachronistic to say that zōng by itself means “religion.” For numerous examples of such calques and neologisms, many (such as those for “economics” and “society”) involving an initial borrowing into Japanese, and then a reborrowing into Chinese with a completely new, Westernized meaning, see Victor H. Mair, “East Asian Round-Trip Words,” Sino-Platonic Papers, 34 (October 1992).

Traditional senses of include: mechanism, inner workings (and by extension secrecy), germinal principle, pivotal juncture, crux, or a witty turn of thought.

This is the same that was used in the coinage yǒujī (organic), but we can hardly say that in and of itself means “organic.”

As examples of recent coinages using in innovative ways, we may cite jīzhì, which means “mechanism” or “machine-processed / produced.” There’s also another jīzhì meaning “quick-witted” where the zhì syllable is written with a different character than the zhì syllable of the jīzhì meaning “mechanism.” The latter jīzhì is based on the same sense of which is used in the expression dǎ Chánjī — to employ the gnomic, witty language of Chan (Zen) Buddhist teaching stories. If anyone is truly interested in sharpening his or her mind to meet the crises of the future, engagement with this kind of challenging wisdom might be a good place to begin.

Victor H. Mair
Professor of Chinese Language and Literature
Department of East Asian Languages and Civilizations
University of Pennsylvania
Philadelphia, PA 19104-6305
USA
Voir encore:

Tucker Carlson: The truth about demographic change and why Democrats want it

Native-born Americans of every race and class are being systematically disenfranchised. We need to start talking about it

Last week, we said something on television that the usual chorus of hyperaggressive liars is now pretending was somehow highly controversial. Ordinarily, we’d ignore all of this. Once you’ve been denounced as a White supremacist for quoting Martin Luther King Jr., you realize such criticism is all just all another form of social control. Honestly, who cares what they think?

But in this one case, we thought it might be worth pausing to restate the original point, both because it was true and worth saying, and also because America badly needs a national conversation about it.

On Thursday, our friend Mark Steyn guest-hosted the 7 p.m. hour on Fox. He did a segment on how federal authorities are allowing illegal aliens to fly without ID — something that, in case you haven’t noticed, you are not permitted to do. The following exchange took place in response to that story:

TUCKER CARLSON, ‘FOX NEWS PRIMETIME’, APRIL 8: I’m laughing because this is one of about 10 stories that I know you’ve covered where the government shows preference to people who have shown absolute contempt for our customs, our laws, our system itself, and they’re being treated better than American citizens.

Now, I know that the left and all the little gatekeepers on Twitter become literally hysterical if you use the term « replacement, » if you suggest that the Democratic Party is trying to replace the current electorate, the voters now casting ballots, with new people, more obedient voters from the Third World. But they become hysterical because that’s what’s happening, actually.

Let’s just say if that’s true, if look, if this was happening in your house, if you were in sixth grade, for example, and without telling you, your parents adopted a bunch of new siblings and gave them brand new bikes and let them stay up later and helped them with their homework and give them twice the allowance that they gave you. You would say to your siblings, « You know, I think we’re being replaced by kids that our parents love more. » And it would be kind of hard to argue against you because look at the evidence.

So this matters on a bunch of different levels. But on the most basic level, it’s a voting rights question. In a democracy, one person equals one vote. If you change the population, you dilute the political power of the people who live there. So every time they import a new voter, I’d become disenfranchized as a current voter. So I don’t understand. I mean, every wants to make a racial issue out of it. « Oh, the White replacement. » No, no, no. This is a voting rights question. I have less political power because they’re importing a brand new electorate. Why should I sit back and take that? The power that I have as an American, guaranteed at birth, is one man, one vote, and they’re diluting it. No, they’re not allowed to do that. Why are we putting up with this?

At least one prediction came true right away, all those little gatekeepers on Twitter did become hysterical. They’ve spent the last four days jumping up and down furiously, trying once again to pull the show off the air. Once again, they will fail, though it is amusing to see them keep at it. (They get so enraged. It’s a riot.)

TUCKER: EVERY TIME DEMOCRATS ‘IMPORT A NEW VOTER,’ THEY DILUTE AMERICANS’ POLITICAL POWER

But why all the anger? If someone says something you think is wrong, is your first instinct to hurt them? Probably not. Normal people don’t respond that way. If you hear something you think is incorrect, you try to correct it. But getting the facts right is hardly the point of this exercise. The point is to prevent unauthorized conversations from starting in the first place. « Shut up, racist! No more questions! » You’ve heard that before.

You wonder how much longer they imagine Americans are going to go along with this; an entire country forced to lie about everything all the time. It can’t go on forever, but you can see why they’re trying it.

Demographic change is the key to the Democratic Party’s political ambitions. Let’s say that again for emphasis, because it is the secret to the entire immigration debate: Demographic change is the key to the Democratic Party’s political ambitions. In order to win and maintain power. Democrats plan to change the population of the country. They’re no longer trying to win you over with their program. They’re obviously not trying to improve your life. They don’t even really care about your vote anymore. Their goal is to make you irrelevant.

That is provably true. And because it’s true, it drives them absolutely crazy when you say it out loud. A hurt dog barks. They scream about how noting the obvious is immoral, that you’re a racist if you dare to repeat things that they themselves proudly say. Most people go along with this absurd standard and dutifully shut up; they don’t think they have a choice. But no matter what they’re allowed to say in public, everyone understands the truth: When you change who votes, you change who wins. That fact has nothing inherently to do with race or nationality. It’s the nature of democracy. It is always true. You can watch it happen for yourself and you probably have.

ARIZONA AG SUES BIDEN ADMINISTRATION OVER IMMIGRATION POLICIES THAT HARM ENVIRONMENT

All across the country, we have seen huge changes in election outcomes caused by demographic change. New people move in and they vote differently. As a practical matter, it doesn’t matter what they look like or where they’re from, even. All that matters is that they have different political views. This is every bit as true when the migrants come from Brooklyn as when they come from Oaxaca.

In Vermont, White liberals fleeing the mess they made in New York turned the state blue. As recently as 1992, Vermont was reliably Republican, as hard to believe as that is. Vermont is now a parody of lifestyle liberalism. That’s demographic change at work. You see the same thing happening in the state of New Hampshire as refugees from Massachusetts flood north and bring their bad habits with them.

Montana, Idaho, and Nevada all face similar problems. The affluent liberals who wrecked California aren’t sticking around to see how that ends. They’re running to the pallid hideaways of Boise and Bozeman, distorting local culture and real estate markets as they do it. Pretty soon, people who are born in the Mountain West won’t be able to live there. They’ll be, yes, replaced by private equity barons, yoga instructors and senior vice presidents from Google. Beautiful places are always in danger of being overrun by the worst people. Ask anyone who grew up in Aspen.

But in most of this country, it is immigration from other nations more than anything else that has driven political transformation. This is different from what we’ve seen in places like Vermont. Americans have every right to move to new states if they want, even if they have silly political opinions. But our leaders have no right to encourage foreigners to move to this country in order to change election results. Doing that is an attack on our democracy. Yet for decades, our leaders have done just that, and they keep doing it because it works.

WARNOCK ADMITS SIGNING EMAIL WITH FALSE INFORMATION ABOUT GEORGIA VOTING LAW

Consider Virginia. The counties across the Potomac River from Washington, D.C. now contain one of the largest immigrant communities in the United States. Most of these immigrants are hardworking and decent people. Many have been very successful in business. Good for them. But they also have very different politics from the people who used to live there. Their votes have allowed Democrats to seize control of the entire state and change it into something unrecognizable. Governor, Blackface Klanrobes in Richmond owes his job to immigrants in Arlington and Falls Church.

Similar trends are now underway in Georgia, North Carolina and many other states. Mass immigration increases the power of the Democratic Party, period. That’s the reason Democrats support it. It’s the only reason. If two hundred thousand immigrants from Poland showed up at our southern border tomorrow, Kamala Harris wouldn’t promise them health care. Why? Simple: Poles tend to vote Republican. That’s the difference. Democrats would deport those migrants immediately. N hand-wringing about how we’re a nation of immigrants. Hundreds of thousands of likely Republican voters massing in Tijuana would qualify as a national crisis. We’d have a border wall by Wednesday.

For Democrats, the point of immigration is not to show compassion to refugees, much less improve our country. It’s definitely not about racial justice. Mass immigration hurts African-Americans, perhaps more than anyone else. Immigration is a means to electoral advantage. It is about power. More Democratic voters mean more power for Democratic politicians. That’s the signature lesson of the state of California.

Between 1948 and 1992, the state of California voted for exactly one Democratic presidential candidate. Among America’s big population centers, in vivid contrast to Chicago and New York, California was reliably, proudly Republican. For eight years, no less a figure than Ronald Reagan ran the state. California had the country’s best schools, the best infrastructure, the best economy, not to mention the prettiest national environment on the planet. California was a model for the world.

TUCKER: THE SLOW PAINFUL DEATH OF CALIFORNIA

In 1980, Ronald Reagan, California’s former governor, became president of the United States. In retrospect, it never got any better for California. Midway through his second term, Reagan signed something called the Immigration Reform and Control Act of 1986. Though he likely didn’t realize it at the time, that law made future Ronald Reagans impossible. The Immigration Reform and Control Act brought about an amnesty, and a path to citizenship, for nearly three million foreign nationals living in the U.S. illegally. The next year, by executive order, Reagan added to that number. He halted the deportation of another 100,000 illegal minors, the Dreamers of his day.

The rest of the world watched carefully as this happened. Would-be migrants everywhere concluded that there was no real penalty for breaking America’s laws. In fact, there was a reward. Reagan also signed a law that required hospitals to provide free medical care regardless of immigration status. The Supreme Court had already guaranteed free education to anyone who showed up without a visa. So: Free hospitals, free schools, and amnesty if you get caught. Why wouldn’t the rest of the world come? They soon did.

If you’re ever bored, go back and read the coverage of the 1986 amnesty bill the day it passed. Everyone at the time, in both parties and the media, assured Americans that the new law would control our border. It was called the Immigration Reform and Control Act, after all. Well, the opposite happened: Huge new waves of migrants arrived immediately, many of them illegal. California was transformed virtually overnight into a Democratic state. In 1988, George H.W. Bush narrowly won California in the presidential election, but no Republican has won that state since. No Republican ever will win in California, not in our lifetimes. There are now about twice as many registered Democrats in California as there are Republicans.

There’s not much debate about how this happened. The counties in California with the highest percentage of Republicans are, not coincidentally, those with the lowest percentage of immigrants and vice versa. California changed because the population changed. Analysis of the 2012 presidential election, for example, showed that if you lived in the state of California in 1980, you probably still voted Republican. Your views hadn’t really changed. But as your state swelled with foreign voters, your views became irrelevant. Your political power, the power to control your own life, disappeared with the arrival of new people who diluted your vote. That was the whole point.

That’s not democracy, it’s cheating. Imagine watching a football game where one team decides to start the third quarter with an extra 40 players on the field. Would you consider that fair play? The Democratic Party did something very much like that in the state of California. They rigged the game with more people. They packed the electorate. As a result, Americans who grew up in California lost their most basic right in a democracy, the right to have their votes count.

This was true for all native-born Americans, by the way, not just Republicans. Los Angeles now has the largest Latin American population outside of Mexico City. Whites make up fewer than 30% of the population, down from more than 90% in 1960. But a less noticed decline has occurred among African Americans. According to demographer Joel Kotkin, over the last 30 years, the proportion of Black residents in Los Angeles has dropped by half. San Francisco is now just 5% Black; in 1980, it was 13%. You’ve heard a lot lately about the necessity of Black political power. In California, that power is evaporating due to mass immigration.

Democratic leaders never mention this trend, but it’s obvious to the people who live there. One poll found that almost 60% of black people in California would very much like to leave. Many already have. The exodus of American-born Californians of every color began shortly after the 1986 amnesty. It has grown to a panicked rush. It can now cost you five times as much to drive a U-Haul out of California than to drive a U-Haul in. That’s supply and demand at work. Not many Americans are moving to Los Angeles.

Yet for every Californian who abandons the state, several other people arrive from foreign countries. That’s why since 1990, the total population of California has grown by 10 million people. That’s the equivalent of an entirely new Michigan and North Carolina in just 30 years. It’s an awful lot of people in a very short period of time. Most of these new arrivals come from poor places. Their standard of living rises once they get to California. The state, however, has become much poorer. In 1986, California was the richest landmass of its size in the world. California now has more poor people than any state in the country as of this year, according to the best measurements available from the federal government. California has a higher poverty rate than Mississippi, indeed the highest in the nation.

CALIFORNIA COUNTY HELPS FUND UNIVERSAL BASIC INCOME PROGRAM RESTRICTED TO WOMEN OF COLOR

How did this happen? In a healthy country, one that prized honesty and free inquiry and legitimate social science, we wouldn’t be asking that question urgently. How did a place as idyllic as California become so miserable that huge numbers of people who were born there decided to abandon their homes and flee? If you cared about the United States, you would want to know the answer and you’d want to make absolutely certain it didn’t happen anywhere else. Yet the Democratic Party is working to make certain it happens everywhere else. That’s not a slur. It’s not a guess. We know it because they brag about it constantly.

The left becomes unhinged if you point out that American voters are being replaced by Democratic Party loyalists from other countries. You’re absolutely not allowed to say that, but they’re allowed to say that. And they do. They say it all the time. They’ve done studies on it, written long books about it, talked about it endlessly on television, often in the ugliest racial terms. They’re not ashamed at all, they don’t think they have to be ashamed. In the fall of 2018, a columnist for The New York Times wrote a piece that was literally entitled « We Can Replace Them« .

In case you wondered who the « them » was, the column told you explicitly. Thanks to demographic change, the author noted with hearty approval, the state of Georgia will soon be controlled by Democrats: « The potential is there. Georgia is less than 53 [%} non-Hispanic [W]hite ». Again, that’s a New York Times columnist, not some QAnon blogger.

They tell you that demographic replacement is an obsession on the right. No, it’s not. They say it’s some horrifying right-wing conspiracy theory, that the right is obsessed with it. No, the left is obsessed with it. In fact, it’s the central idea of the modern Democratic Party. Demographic replacement is their obsession because it’s their path to power. In 2013, future Obama Cabinet secretary Julian Castro went on CBS to explain why Texas will soon be a Democratic state.

TEXAS GOV. ABBOTT SENDS LETTER TO VP HARRIS DEMANDING MIGRANT FACILITY SHUTDOWN

CASTRO: In a couple of presidential cycles, you’ll be — on Election Night, you’ll be announcing that we’re calling the 38 electoral votes of Texas for the Democratic nominee for president. It’s changing. It’s going to become a purple state and then a blue state because of the demographics, because of the population growth of folks from outside of Texas. 

No one attacked Julian Castro for saying that. No one asked who these « folks from outside of Texas » might be or why they had a right to control the future of people who already lived in Texas. Nobody said a word about it. It seemed normal, it was normal, it still is normal. In Washington, what qualifies as shocking is any real attempt to protect democracy.

In the summer of 2019, then-President Donald Trump promised — falsely, as it turned out — that he was going to deport huge numbers of foreign nationals living here illegally. Kamala Harris’s response to this was revealing. She could have argued, as Democrats often do, that deportation is cruel and it’s un-American. But she didn’t say that. Instead, she told the truth about it,

« Let’s call this what it is, » Harris wrote on Twitter. « It’s an attempt to remake the demographics of our country by cracking down on immigrants. That this threat is coming from the president of the United States is deeply reprehensible and an affront to our values. We will fight this. »

MIRANDA DEVINE: HARRIS MUST SEE FIRSTHAND THAT ‘OPEN BORDER’ POLICIES DON’T WORK

But wait a second, Trump had announced had announced he was deporting illegal aliens, who aren’t allowed to vote in our elections. They’re not even allowed to live here. How was sending them home to their own country « an attempt to remake the demographics of our country »? Illegal aliens shouldn’t even count in the demographics of our country. They’re not Americans.

Kamala Harris’s response only makes sense if you believe that the millions of foreigners breaking our laws to live here are future Democratic voters, and that’s exactly what she does believe. It’s shocking if you think about it, and that’s why you’re not allowed to think about it. Thinking about what Kamala Harris is planning, Kamala Harris herself would like you to know, is deeply reprehensible and an affront to our values. In other words, submit to our scheme or you’re immoral.

If you heard prominent people talk like this in any other country, you’d be confused. A nation’s leadership class admitting they hope to replace their own citizens seems grotesque. If you believed in democracy, you would work to protect the potency of every citizen’s vote, obviously. You wonder if people even debate questions like this in countries that don’t hate themselves, like Japan or South Korea or Israel.

Go to the Anti-Defamation League’s (ADL) website sometime if you’d like a glimpse of what an unvarnished conversation about a country’s national interest might look like. In a short essay posted to the site, the ADL explains why the state of Israel should not allow more Arabs to become citizens with voting rights:

« With historically high birth rates among the Palestinians and a possible influx of Palestinian refugees and their descendants now living around the world, » the ADL explains, « Jews would quickly be a minority within a bi-national state, thus likely ending any semblance of equal representation and protections. In this situation, the Jewish population would be increasingly politically — and potentially physically — vulnerable.

« It is unrealistic and unacceptable, » the ADL continues, « to expect the State of Israel to voluntarily subvert its own sovereign existence and nationalist identity and become a vulnerable minority within what was once its own territory. »

Now, from Israel’s perspective, this makes perfect sense. Why would any democratic nation make its own citizens less powerful? Isn’t that the deepest betrayal of all? In the words of the ADL, why would a government subvert its own sovereign existence? Good question. Maybe ADL President Jonathan Greenblatt will join « Tucker Carlson Tonight » some time to explain and tell us whether that same principle applies to the United States. Most Americans believe it does. Unfortunately, most Americans don’t have a say in the matter.

Most Americans aren’t even allowed to have the conversation. So they watch from the sidelines as their democracy is murdered by people who claim to be its defenders. « Democracy! Democracy! Democracy! » screams the Twitter mob, even as the votes of the people who were born here declined steadily in value — diluted and increasingly worthless, like the U.S. dollar. This is what it looks like when an entire native population — Black and White, but every one of them an American — is systematically disenfranchized. Middle class Americans become less powerful every year. They have less economic power, and thanks to mass immigration, they now have less political power. The leaders making these changes have no sympathy for their victims. They blame the country for its own suffering. You always hate the people you hurt.

That’s all true. Every honest person knows that it’s true. As long as we’re here, we’re going to keep saying it out loud.

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In Georgia, a chance to rebuke white nationalism.

The New York Times

For a few hours on Saturday morning, I felt good about America. I was at a smallish rally in the Atlanta suburb of Riverdale, listening to Democratic politicians including Senator Kamala Harris and Georgia’s Stacey Abrams, who could become the first African-American female governor in American history. Abrams told a story she often repeats on the campaign trail, about being 17 and arriving at the governor’s mansion for a reception for Georgia’s high school valedictorians.

Her family didn’t have a car, and she described getting off the bus and walking with her parents along a driveway to a set of black gates. A guard approached, and she remembered him saying, “This is a private event — you don’t belong here.”

Though they were eventually let in, Abrams recalled little of the event itself. “The only clear memory I have of that day is a man standing in front of the most powerful place in Georgia, looking at me and telling me I don’t belong,” she said. “But with your help in 10 days we will open those gates wide!” The crowd stood, applauding and cheering, as Abrams said, “Because this is our Georgia!”

When the rally was over I checked the news. Reports of the killings at the Tree of Life synagogue in Pittsburgh were coming in. The social media posts of the man arrested in the shootings echoed a lie being peddled by Donald Trump, Fox News and some Republican politicians, which paints a group of bedraggled migrants about a thousand miles away as a dangerous invading horde subsidized by a shadowy puppet master. The gunman’s rampage, believed to be the deadliest anti-Semitic massacre in American history, came on the heels of a bomb campaign against leading Democrats that the police say was carried out by a fanatical Trump supporter, and by what the authorities describe as the racist murder of two African-Americans in their 60s at a Kentucky supermarket.

Right now America is tearing itself apart as an embittered white conservative minority clings to power, terrified at being swamped by a new multiracial polyglot majority. The divide feels especially stark in Georgia, where the midterm election is a battle between Trumpist reaction and the multicultural America whose emergence the right is trying, at all costs, to forestall.

“Any time there is progress made there will always be moments of retrenchment,” Abrams said to me later on Saturday. But, she added, “what I am more excited about is the counterforce that we’re seeing in the number of people running for office who represent a much more forward-looking, progressive vision.”

Abrams’s goal is to put together a coalition of African-American and other minority voters and white liberals. The potential is there; Georgia is less than 53 percent non-Hispanic white. “Georgia is a blue state if everybody votes,” DuBose Porter, chairman of the Democratic Party of Georgia, told me.

Abrams’s opponent, the Georgia secretary of state Brian Kemp, ahead by a couple of percentage points in the polls, doesn’t want to see that happen. Last week, Rolling Stone obtained audio of Kemp telling donors of his “concern” about what might happen in Georgia “if everybody uses and exercises their right to vote.” As the secretary of state overseeing his own election, he’s taken steps to make that harder. His office has frozen new voter registrations for minor discrepancies with official records, and, starting in 2012, purged around 1.5 million people from the voter rolls — some simply because they didn’t vote in previous elections. He’s fighting a court order to stop rejecting absentee ballots over questions about the authenticity of their signatures.

Kemp is the candidate of aggrieved whiteness. During the primary, he ran an ad boasting that he drives a big truck “just in case I need to round up criminal illegals and take ’em home myself.” (That would be kidnapping.) A person who claimed to be a Kemp canvasser recently wrote on the racist website VDare, “I know everything I need to know about what happens when blacks are in charge from Detroit, Haiti, South Africa, etc.” Kemp cannot be blamed for the words of his volunteers, but he’s made little discernible effort to distance himself from bigots.

This month he posed for a photograph with a white nationalist fan in a T-shirt saying, “Allah is not God, and Mohammad is not his prophet.”

Racists in Georgia, like racists all over America, are emboldened. A schoolteacher in Atlanta told me that over the weekend K.K.K. fliers were strewn around his suburb.

But the forces of democracy are rising, too. In Georgia’s highly diverse Seventh District, Carolyn Bourdeaux, part of the wave of women inspired to run for office by revulsion at Trump, is challenging Representative Rob Woodall, a Republican. Bourdeaux said that the Seventh, a majority-minority district with immigrants from all over the world, has been on the front lines of voter suppression. Nevertheless, her campaign said that early-voting turnout has reached presidential levels.

On Saturday morning, Abrams closed by reminding the crowd of Kemp’s views on democracy. “He said he is concerned that if everyone eligible to vote in Georgia does so, he will lose this election,” she said. “Let’s prove him right.” In a week, American voters can do to white nationalists what they fear most. Show them they’re being replaced.

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Greg Sargent

November 7, 2012

Peter Beinart, reflecting on the spectacular electoral success of Obama’s bet on America’s changing demographics, makes a bold prediction:

Four years ago, it looked possible that Barack Obama’s election heralded a new era of Democratic dominance. Now it looks almost certain….the face of America changed, and only one party changed with it….From the beginning, Obama has said he wants to be a transformational figure, a president who reshapes American politics for decades, another Reagan or FDR. He may just have achieved that Tuesday night.

Along these lines, Pew Research has released its analysis of the the exit poll numbers. It is striking:

Nationally, nonwhite voters made up 28% of all voters, up from 26% in 2008. Obama won 80% of these voters, the same as four years ago.

Obama’s support from nonwhites was a critical factor in battleground states, especially Ohio and Florida. In Ohio, blacks were 15% of the electorate, up from 11% in 2008. In Florida, Hispanics were 17% of the electorate, a slight increase from 14% in 2008. While minority compositional gains were not huge, they offset a strong tilt against Obama among white voters. Nationally, Romney won the white vote, 59% to 39%.

Romney won nearly six out of every 10 white voters, and still lost. The key point here is that the GOP explicitly bet on a reversal of demographic trends. The case for a Romney victory always rested on the hope that the electorate would be whiter and older than it was in 2008. The opposite happened — the election seemed to confirm that these trends will continue marching inexorably forward.

Before yesterday, gay marriage had never been ratified by popular vote. Now that has happened in three states, and gay marriage is legal in nine of them. The Defense of Marriage Act very well may be struck down by the Supreme Court next year, meaning all the gay couples in all these states will enjoy full recognition as married couples from the federal government. Health care reform is here to stay. Andrew Sullivan:

America crossed the Rubicon of every citizen’s access to healthcare, and re-elected a black president in a truly tough economic climate. The shift toward gay equality is now irreversible. The end of prohibition of marijuana is in sight. Women, in particular, moved this nation forward — pragmatically, provisionally, sensibly. They did so alongside the young whose dedication to voting was actually greater this time than in 2008, the Latino voters who have made the current GOP irrelevant, and African-Americans, who turned up in vast numbers, as in 2008.

Enormous challenges remain, and it’s always easy for people to overinterpret election results amid the euphoria of victory. But it’s hard to square all of this with the notion that this was a “small” election or a victory that was only ground out on the margins. And it will certainly be interesting to see where the GOP goes from here.

Voir enfin:

Le prédicateur Tariq Ramadan chante le « grand remplacement »

Mis en examen pour viols, il s’essaie au slam. «Soit vous partagez, soit on se servira!», prévient-il dans une lancinante diatribe anticolonialiste de 8 minutes, dédiée à tous ceux « qui ont subi la colonisation ».

On connaissait l’«islamologue», le «philosophe», l’auteur d’essais, l’organisateur de séminaires, voici que Tariq Ramadan s’improvise chanteur. Slameur, plus exactement, puisque son premier titre, «Qu’est-ce que vous croyez ?», dont il vient d’annoncer la sortie, se veut de la «poésie mise en musique». Alors que le prédicateur, mis en examen pour viols sur cinq femmes en France et en Suisse, comparaissait il y a quinze jours encore devant le tribunal correctionnel de Rouen pour diffamation, il se lance dans une diatribe indigéniste dédiée à tous ceux «qui ont subi la colonisation à travers le monde».

Il commence fort, sur fond de musique lancinante: «Cela fait des siècles que vous volez et mentez. Vous seriez venus, dites-vous, pour nous civiliser. Vous avez méprisé nos langues, nos cultures, nos religions, humilié nos mémoires, souillé nos traditions». Avant de reprendre en refrain: «Attendez ! Mais qu’est-ce que vous croyez ? Que l’on va rester là assis à vous regarder ? Piller nos terres, nos richesses, nos minerais ? Vous laisser tranquillement écrire l’histoire et la coloniser?»

«Soit vous partagez, soit on se servira»

Suivent les menaces à peine voilées: «Soit vous partagez, soit on se servira!». «Des peuples traversent la misère, restent fiers et dignes, et, même, ils se multiplient. Votre ordre et vos frontières n’auront raison ni de notre jeunesse, encore moins de la vie, pontifie-t-il. Demain, dans vos rues, nous marcherons, libres et sereins. Demain, entendez, la fraternité et la diversité seront seules garantes de votre sécurité».
Ironique, voire cynique, Tariq Ramadan joue avec les antiphrases… et la théorie du «grand remplacement» : «Vous avez peur ? Vous allez perdre vos privilèges et votre identité ? La mixité serait donc votre perte et bientôt vous serez sauvagement remplacés ? Dormez en paix, amis de l’égalité, nous ne sommes venus ni pour remplacer, ni pour voler. Au-delà des couleurs, des religions, nous sommes une bonne nouvelle, un vent de liberté».

Une petite musique qu’il avait déjà entonnée dans son livre Devoir de vérité*: «La France est encore prisonnière de ses aspirations impériales et de ses penchants dominateurs: elle n’a réglé ni la question du colonialisme, ni celle de la xénophobie et du racisme», assénait Ramadan dans un chapitre intitulé «Prisonnier politique?». Énumérant des personnalités blanches accusées de viol, il s’interrogeait encore: «Comment se fait-il que je sois le seul en prison, un  »Arabe », bien sûr, un  »musulman », dont la plus grande faute est sans doute de gêner la classe politique et les intellectuels français?».

Pour Henda Ayari, première femme à l’avoir accusé de viol, «la stratégie de Tariq Ramadan est de récupérer sa popularité et le soutien des personnes issues de l’immigration, en particulier des musulmans, en s’érigeant en protecteur des musulmans contre les  »méchants Français racistes et islamophobes »». Avocat de cette première plaignante, Me Jonas Haddad renchérit: «Cela participe d’une nouvelle offensive médiatique destinée à couvrir les évolutions de la procédure. Avec un slam, des cours, des petites vidéos pour s’autojustifier, il sort complètement de ce cadre judiciaire».

L’écrivain Mohamed Sifaoui, directeur de publication de la plateforme islamoscope.tv, n’y voit aussi que «du marketing»: «Ramadan a une détestation profonde pour la société française et occidentale, propre d’ailleurs aux Frères musulmans, analyse-t-il. Ce ressentiment s’est accentué avec son passage en prison. Malgré ces paroles qui cherchent à séduire les islamo-gauchistes, il sera très difficile pour lui de rebondir: il est désormais vomi par tous ceux qui étaient ses adeptes hier».

La sortie de l’album, Traversées, est prévue le 29 mai.

* Presses du Châtelet, 2019.

Voir enfin:

How Texas Turned Purple

No one knows what is going to happen in Texas on Election Day.And it’s been decades since anyone could say that.“The raw numbers in Texas, and the year-to-year or the election-to-election increase [in voter turnout] is really, you know, fairly stunning,” James Henson, the director of the Texas Politics Project, told me. “Texas is competitive this year, and it’s much more competitive than we’ve seen for 20 years.”

“For the longest time, when you think about parties in Texas—for instance, under the Obama era, it was the Tea Party versus the more mainstream conservatives—Democrats just simply didn’t have the numbers to really make much of an impact,” Emily Farris, a professor at Texas Christian University, told me. “It’s just such a huge shift.”

More than 9 million Texans voted early this year, more than the total number who voted in 2016, and the Election Day numbers are yet to come. According to data collected by The Texas Tribune, the state will likely reach a turnout rate of more than 60 percent, a level unseen since the 1990s.For a state that has long had one of the lowest turnout rates in the country, the change is remarkable, and it makes the outcome of this year’s elections impossible to foresee with any confidence. Turnout is up in metropolitan areas where Democrats hope to draw most of their votes from, but turnout is up in Republican areas too. Even if Biden doesn’t flip the state at the presidential level, Democrats might take the state House, giving them much more of a say in the upcoming redistricting process, which helped lock them out of power the last time it took place.“I think it’s much harder to predict, because there are so many people who haven’t participated in a primary before,” Sylvia Manzano, a principal at Latino Decisions, a polling firm that specializes in Hispanic-public-opinion surveys, told me. (Voters need not sign up with a party, but analysts often determine party affiliation by looking to see in which primary voters last participated.) “The suburbs have grown, and so it’s harder to say, ‘Oh, well, you know, it’s up in Collin County, or it’s up in Fort Bend County; that must mean more Trump votes. Not necessarily, because those counties are diversifying. There’s also more young people participating. So that does make it tricky.”What happened to Texas? Democrats’ victories in 2018 shifted control of a number of local offices, which allowed them to make voting in those jurisdictions easier. Years of work from the Democratic Party and local activists, aiming to turn out left-leaning voters, have started to pay off. Texas Governor Greg Abbott also expanded the early-voting period from one week to two weeks (much to the frustration of his own party, which sued him over it), although he later tried to suppress votes in populous counties by allowing them to have only one ballot dropbox each. As Texas Monthly’s Christopher Hooks writes, Abbott is facing criticism from the left for being ineffective in suppressing the coronavirus pandemic, and from the right for undertaking any restrictive public-health measures at all.The national trends at work during the Trump era are also changing Texas. The coronavirus pandemic has ravaged the state, killing almost 20,000 people and slowing the economy. Black and Latino voters in Texas, as elsewhere in the country, have suffered disproportionately from the effects of the pandemic. College-educated white voters, meanwhile, have shifted away from the Republican Party. And looming over it all is Donald Trump, who inspires tremendous intensity of feeling among both his supporters and his detractors.
“Donald Trump is a turnout and motivation machine for both Republicans and Democrats,” Henson said. “I think we saw that in 2018, and we’re seeing that now.”Democrats have been hoping for Texas to become purple for decades—the state’s demographics are similar to California’s, but its white population is much more conservative, and its voting population less diverse than the state at large. Statewide, Latinos make up nearly 40 percent of the population but accounted for only about 30 percent of the electorate in 2018, while non-Hispanic white voters made up 56 percent of the 2018 electorate even though they make up only about 40 percent of the population. With the surge in turnout however, it’s anyone’s guess what the Texas electorate actually looks like this year.

The short version of the story of Texas’s and California’s divergent fates goes something like this: Unlike in California, where Republicans embraced an anti-immigrant politics that compelled Latino residents to organize politically to defeat them, in Texas, the Republican Party was dominated until relatively recently by George W. Bush–style immigration moderates instead of Trump-style nativists. And whether because of Trumpism alienating young and college-educated white voters, or because of an influx of white liberals from other states, white voters in Texas appear to have become, on average, more moderate.

Also in the past decade, both Democrats and activist groups have made a concerted effort to shift the state’s politics to the left and help underrepresented groups turn out.

“It’s not coming from D.C. consultants swooping in, bringing people that they worked with in a national campaign, and saying, ‘We’ll fix you,’” Manzano said. “It’s people who know the state, who know their particular piece of the state and their communities.”

These efforts showed real results in the 2018 midterms, when Democrat Beto O’Rourke came within three points of unseating incumbent Republican Senator Ted Cruz. Texas’s senior senator, John Cornyn, admitted a few weeks later that “Texas is no longer a reliably red state.”

Texas’s reliable redness, however, is a product of design more than ideology. Texas Republicans have worked hard to raise economic barriers to voting, passing strict voter-ID laws, refusing to allow voters to register online, making it extremely difficult for third parties to register voters, and gerrymandering the state so effectively as to lock Democrats out of power. A study from Northern Illinois University recently found that Texas had the most restrictive voting processes in the country.

“The Republican Party in the last 20 years has been very effective at using the levers of part of government … to their advantage, particularly in the drawing of districts and in the management of voting rules,” Henson said.

That worked for a while. But human beings don’t stay within the lines that have been gerrymandered around them, and the diversification of the suburbs has made once reliably Republican districts more competitive. The Cruz-O’Rourke race was the main event for the national media in 2018, but the undercard was more important than national observers might have guessed. Democrats’ gains in state-level offices have had tangible results. In populous Harris County, where Houston is located, Democratic officials led by County Judge Lina Hidalgo, who was elected in 2018, invested millions of dollars in helping voters cast ballots by setting up 24-hour early voting, introducing drive-through voting, and opening additional polling places—all over the objections of Republicans.

“We have now consistently been talking to voters in all of these major counties and geographies over multiple cycles. And we know that that’s important, building that relationship with voters and showing people that there are groups like ours and other groups and labor organizations that are not just going to talk to you one cycle or wait before Election Day. We’re talking to you all the time,” Crystal Zermeño, the strategic director of the Texas Organizing Project, told me. “It’s been less about the Democratic and Republican piece, and just more like, ‘Here’s a person that looks like me, or looks like my sister, looks like my cousin. I helped get that person elected. And here’s the change that they’re making.’”

Texas would be a nice feather in Biden’s cap, but he’s unlikely to need a win there to become president. Flipping the state House, however, would mean that millions of left-leaning Texans who have been shut out of state politics for years would finally have a say in how the state is governed.

In other states, “we really see the presidential race driving turnout and driving a lot of campaigns,” Farris said. “In a lot of the discussion in Texas, that seems to flip. Biden is benefiting from local and statewide races. That’s a really interesting phenomenon that’s a little bit unique here.”

None of this is to say that Biden will win Texas, or that the Democratic Senate candidate MJ Hegar will unseat Cornyn, or that Democrats are a lock to flip the state House. Blue Texas may not be a reality yet, but the days of state politics being just a battle between the right and the center-right could be over.


Cour suprême américaine: Attention, une politisation peut en cacher une autre ! (As our media lament its current conservative shift, guess what political leanings the US Supreme court had for some 50 years while still being more liberal today than public opinion on legal issues like abortion, affirmative action or school prayer)

28 septembre, 2020
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Political Cartoons by AF Branco

Vous semblez … considérer les juges comme les arbitres ultimes de toutes les questions constitutionnelles; doctrine très dangereuse en effet, et qui nous placerait sous le despotisme d’une oligarchie. Nos juges sont aussi honnêtes que les autres hommes, et pas plus. Ils ont, avec d’autres, les mêmes passions pour le parti, pour le pouvoir et le privilège de leur corps. Leur maxime est boni judicis est ampliare jurisdictionem [un bon juge élargit sa compétence], et leur pouvoir est d’autant plus dangereux qu’ils détiennent leur fonction à  vie et qu’ils ne sont pas, comme les autres fonctionnaires, responsables devant un corps électoral. La Constitution n’a pas érigé un tribunal unique de ce genre, sachant que, quelles que soient les mains confiées, avec la corruption du temps et du parti, ses membres deviendraient des despotes. Il a plus judicieusement rendu tous les départements co-égaux et co-souverains en eux-mêmes. Thomas Jefferson (lettre à William Charles Jarvis, 28 septembre 1820)
Si le juge avait pu attaquer les lois d’une façon théorique et générale ; s’il avait pu prendre l’initiative et censurer le législateur, il fût entré avec éclat sur la scène politique ; devenu le champion ou l’adversaire d’un parti, il eût appelé toutes les passions qui divisent le pays à prendre part à la lutte. Mais quand le juge attaque une loi dans un débat obscur et sur une application particulière, il dérobe en partie l’importance de l’attaque aux regards du public. Son arrêt n’a pour but que de frapper un intérêt individuel ; la loi ne se trouve blessée que par hasard. Tocqueville
Il n’est presque pas de question politique, aux États-Unis, qui ne se résolve tôt ou tard en question judiciaire. De là, l’obligation où se trouvent les partis, dans leur polémique journalière, d’emprunter à la justice ses idées et son langage. La plupart des hommes publics étant, ou ayant d’ailleurs été des légistes, font passer dans le maniement des affaires les usages et le tour d’idées qui leur sont propres. Le jury achève d’y familiariser toutes les classes. La langue judiciaire devient ainsi, en quelque sorte, la langue vulgaire ; l’esprit légiste, né dans l’intérieur des écoles et des tribunaux, se répand donc peu à peu au-delà de leur enceinte ; il s’infiltre pour ainsi dire dans toute la société, il descend dans les derniers rangs, et le peuple tout entier finit par contracter une partie des habitudes et des goûts du magistrat. Tocqueville
Ce qui est vraiment stupéfiant, c’est l’hubris qui se reflète dans le Putsch judiciaire d’aujourd’hui. Juge Antonin Scalia
Sécuriser les frontières nationales semble assez orthodoxe. À l’ère du terrorisme anti-occidental, placer temporairement les immigrants en provenance de zones déchirées par la guerre jusqu’à ce qu’ils puissent être contrôlés n’est guère radical. S’attendre à ce que les » villes sanctuaires « suivent les lois fédérales plutôt qu’adopter les stratégies d’annulation de l’ancienne confédération sécessionniste est un retour aux lois de la Constitution. Utiliser l’expression «terreur islamique radicale» à la place de «violence sur le lieu de travail» ou de «catastrophes causées par l’homme» est sensé et non subversif. Insister pour que les Etats membres de l’OTAN honorent leurs obligations en matière de dépenses de défense, longtemps ignorées, n’est pas provocateur mais plus que temps. Supposer que l’Union européenne et les Nations Unies implosent est empirique, ce n’est pas débile. Remettre en question les accords parallèles secrets de l’accord avec l’Iran ou l’échec de la réinitialisation russe n’est que le retour à la réalité. Faire en sorte que l’Agence de protection de l’environnement suive plutôt qu’elle impose des lois, c’est comme cela qu’elle a toujours été censée être. Apporter résolument son soutien à Israël, seul pays libre et démocratique du Moyen-Orient, était la politique américaine de base jusqu’à l’élection d’Obama. (…) Il est logique de s’attendre à ce que les médias rapportent les nouvelles plutôt que de les « masser » pour les adapter aux programmes progressistes. Dans le passé, proclamer Obama «une sorte de dieu» ou l’homme le plus intelligent qui ait jamais accédé à la présidence n’était pas une pratique journalistique normale. (…) La moitié du pays a du mal à s’adapter au Trumpisme, confondant le style souvent peu orthodoxe et grinçant de Trump avec son programme par ailleurs pragmatique et surtout centriste. En somme, Trump semble révolutionnaire, mais c’est uniquement parce qu’il annule bruyamment une révolution. Victor Davis Hanson
La Cour n’est pas une législature. Que le mariage homosexuel soit une bonne idée ne devrait pas nous concerner mais est du ressort de la loi. Chief justice John Roberts
J’ai été commis au juge Scalia il y a plus de 20 ans, mais les leçons que j’ai apprises résonnent toujours. Sa philosophie judiciaire est aussi la mienne: un juge doit appliquer la loi telle qu’elle est écrite. Les juges ne sont pas des décideurs politiques, et ils doivent être résolus à mettre de côté toutes les opinions politiques qu’ils pourraient avoir. Amy Coney Barrett
I write separately to call attention to this Court’s threat to American democracy. (…) it is not of special importance to me what the law says about marriage. It is of overwhelming importance, however, who it is that rules me. Today’s decree says that my Ruler, and the Ruler of 320 million Americans coast-to-coast, is a majority of the nine lawyers on the Supreme Court. The opinion in these cases is the furthest extension in fact—and the furthest extension one can even imagine—of the Court’s claimed power to create “liberties” that the Constitution and its Amendments neglect to mention. This practice of constitutional revision by an unelected committee of nine, always accompanied (as it is today) by extravagant praise of liberty, robs the People of the most important liberty they asserted in the Declaration of Independence and won in the Revolution of 1776: the freedom to govern themselves. Until the courts put a stop to it, public debate over same-sex marriage displayed American democracy at its best. (…) The electorates of 11 States, either directly or through their representatives, chose to expand the traditional definition of marriage. Many more decided not to. Win or lose, advocates for both sides continued pressing their cases, secure in the knowledge that an electoral loss can be negated by a later electoral win. That is exactly how our system of government is supposed to work. (…) But the Court ends this debate, in an opinion lacking even a thin veneer of law. Buried beneath the mummeries and straining-to-be-memorable passages of the opinion is a candid and startling assertion: No matter what it was the People ratified, the Fourteenth Amendment protects those rights that the Judiciary, in its “reasoned judgment,” thinks the Fourteenth Amendment ought to protect. That is so because “[t]he generations that wrote and ratified the Bill of Rights and the Fourteenth Amendment did not presume to know the extent of freedom in all of its dimensions . . . . ” (…) “and so they entrusted to future generations a charter protecting the right of all persons to enjoy liberty as we learn its meaning.” The “we,” needless to say, is the nine of us. “History and tradition guide and discipline [our] inquiry but do not set its outer boundaries.” Thus, rather than focusing on the People’s understanding of “liberty”—at the time of ratification or even today—the majority focuses on four “principles and traditions” that, in the majority’s view, prohibit States from defining marriage as an institution consisting of one man and one woman. This is a naked judicial claim to legislative—indeed, super-legislative—power; a claim fundamentally at odds with our system of government. Except as limited by a constitutional prohibition agreed to by the People, the States are free to adopt whatever laws they like, even those that offend the esteemed Justices’ “reasoned judgment.” A system of government that makes the People subordinate to a committee of nine unelected lawyers does not deserve to be called a democracy. Judges are selected precisely for their skill as lawyers; whether they reflect the policy views of a particular constituency is not (or should not be) relevant. Not surprisingly then, the Federal Judiciary is hardly a cross-section of America. Take, for example, this Court, which consists of only nine men and women, all of them successful lawyers18 who studied at Harvard or Yale Law School. Four of the nine are natives of New York City. Eight of them grew up in east- and west-coast States. Only one hails from the vast expanse in-between. Not a single South-westerner or even, to tell the truth, a genuine Westerner (California does not count). Not a single evangelical Christian (a group that comprises about one quarter of Americans19), or even a Protestant of any denomination. The strikingly unrepresentative character of the body voting on today’s social upheaval would be irrelevant if they were functioning as judges, answering the legal question whether the American people had ever ratified a constitutional provision that was understood to proscribe the traditional definition of marriage. But of course the Justices in today’s majority are not voting on that basis; they say they are not. And to allow the policy question of same-sex marriage to be considered and resolved by a select, patrician, highly unrepresentative panel of nine is to violate a principle even more fundamental than no taxation without representation: no social transformation without representation. But what really astounds is the hubris reflected into day’s judicial Putsch. The five Justices who compose today’s majority are entirely comfortable concluding that every State violated the Constitution for all of the 135 years between the Fourteenth Amendment’s ratification and Massachusetts’ permitting of same-sex marriages in 2003. They have discovered in the Fourteenth Amendment a “fundamental right” overlooked by every person alive at the time of ratification, and almost everyone else in the time since. They see what lesser legal minds—minds like Thomas Cooley, John Marshall Harlan, Oliver Wendell Holmes, Jr., Learned Hand, Louis Brandeis, William Howard Taft, Benjamin Cardozo, Hugo Black, Felix Frankfurter, Robert Jackson, and Henry Friendly—could not. They are certain that the People ratified the Fourteenth Amendment to bestow on them the power to remove questions from the democratic process when that is called for by their “reasoned judgment.” These Justices know that limiting marriage to one man and one woman is contrary to reason; they know that an institution as old as government itself, and accepted by every nation in history until 15 years ago, cannot possibly be supported by anything other than ignorance or bigotry. And they are willing to say that any citizen who does not agree with that, who adheres to what was, until 15 years ago, the unanimous judgment of all generations and all societies, stands against the Constitution. The opinion is couched in a style that is as pretentiousas its content is egotistic. It is one thing for separate concurring or dissenting opinions to contain extravagances, even silly extravagances, of thought and expression; it is something else for the official opinion of the Court to do so. Of course the opinion’s showy profundities are often profoundly incoherent. “The nature of marriage is that, through its enduring bond, two persons together can find other freedoms, such as expression, intimacy, and spirituality.” (Really? Who ever thought that intimacy and spirituality [whatever that means] were freedoms? And if intimacy is, one would think Freedom of Intimacy is abridged rather than expanded by marriage. Ask the nearest hippie. Expression, sure enough, is a freedom, but anyone in a long-lasting marriage will attest that that happy state constricts, rather than expands, what one can prudently say.) (…) The world does not expect logic and precision in poetry or inspirational pop-philosophy; it demands them in the law. The stuff contained in today’s opinion has to diminish this Court’s reputation for clear thinking and sober analysis. Hubris is sometimes defined as o’erweening pride; and pride, we know, goeth before a fall. The Judiciary is the“least dangerous” of the federal branches because it has“neither Force nor Will, but merely judgment; and must ultimately depend upon the aid of the executive arm” and the States, “even for the efficacy of its judgments.” With each decision of ours that takes from the People a question properly left to them—with each decision that is unabashedly based not on law, but on the “reasoned judgment” of a bare majority of this Court—we move one step closer to being reminded of our impotence. Juge Antonin Scala
Until the federal courts intervened, the American people were engaged in a debate about whether their States should recognize same-sex marriage. The question in these cases, however, is not what States should do about same-sex marriage but whether the Constitution answers that question for them. It does not. The Constitution leaves that question to be decided by the people of each State. The Constitution says nothing about a right to same-sex marriage, but the Court holds that the term “liberty” inthe Due Process Clause of the Fourteenth Amendment encompasses this right. Our Nation was founded upon the principle that every person has the unalienable right to liberty, but liberty is a term of many meanings. For classical liberals, it may include economic rights now limited by government regulation. For social democrats, it may include the right to a variety of government benefits. For today’s majority, it has a distinctively postmodern meaning. To prevent five unelected Justices from imposing their personal vision of liberty upon the American people, the Court has held that “liberty” under the Due Process Clause should be understood to protect only those rights that are “‘deeply rooted in this Nation’s history and tradition.’” (…) And it is beyond dispute that the right to same-sex marriage is not among those rights. (…) Indeed: “In this country, no State permitted same-sex marriage until the Massachusetts Supreme Judicial Courtheld in 2003 that limiting marriage to opposite-sex couples violated the State Constitution. (…) Nor is the right to same-sex marriage deeply rooted in the traditions of other nations. No country allowed same-sex couples to marry until the Netherlands did so in 2000. “What [those arguing in favor of a constitutional right to same sex marriage] seek, therefore, is not the protection of a deeply rooted right but the recognitionof a very new right, and they seek this innovation not from a legislative body elected by the people, but from unelected judges. Attempting to circumvent the problem presented by the newness of the right found in these cases, the majority claims that the issue is the right to equal treatment. Noting that marriage is a fundamental right, the majority argues that a State has no valid reason for denying that right to same-sex couples. This reasoning is dependent upon a particular understanding of the purpose of civil marriage. Although the Court expresses the point in loftier terms, its argument is that the fundamental purpose of marriage is to promote the well-being of those who choose to marry. Marriage provides emotional fulfillment and the promise of support in times of need. And by benefiting persons who choose to wed, marriage indirectly benefits society because persons who live in stable, fulfilling, and supportive relationships make better citizens. It is for these reasons, the argument goes, that States encourage and formalize marriage, confer special benefits on married persons, and also impose some special obligations. This understanding of the States’ reasons for recognizing marriage enables the majority to argue that same-sex marriage serves the States’ objectives in the same way as opposite-sex marriage. This understanding of marriage, which focuses almost entirely on the happiness of persons who choose to marry, is shared by many people today, but it is not the traditional one. For millennia, marriage was inextricably linked to the one thing that only an opposite-sex couple can do: procreate. Adherents to different schools of philosophy use different terms to explain why society should formalize marriage and attach special benefits and obligations to persons who marry. Here, the States defending their adherence to the traditional understanding of marriage have explained their position using the pragmatic vocabulary that characterizes most American political discourse. Their basic argument is that States formalize and promote marriage, unlike other fulfilling human relationships, in order to encourage potentially procreative conduct to take place within a lasting unit that has long been thought to provide the best atmosphere for raising children. They thus argue that there are reasonable secular grounds for restricting marriage to opposite-sex couples. If this traditional understanding of the purpose of marriage does not ring true to all ears today, that is probably because the tie between marriage and procreation has frayed. Today, for instance, more than 40% of all children in this country are born to unmarried women. This development undoubtedly is both a cause and a result of changes in our society’s understanding of marriage. While, for many, the attributes of marriage in 21st-century America have changed, those States that do not want to recognize same-sex marriage have not yet given up on the traditional understanding. They worry that by officially abandoning the older understanding, they may contribute to marriage’s further decay. It is far beyond the outer reaches of this Court’s authority to say that a State may not adhere to the understanding of marriage that has long prevailed, not just in this country and others with similar cultural roots, but also in a great variety of countries and cultures all around the globe. As I wrote in Windsor: “The family is an ancient and universal human institution. Family structure reflects the characteristics of a civilization, and changes in family structure and in the popular understanding of marriage and the family can have profound effects. Past changes in the understanding of marriage—for example, the gradual ascendance of the idea that romantic love is a prerequisite to marriage—have had far-reaching conse-quences. But the process by which such consequences come about is complex, involving the interaction of numerous factors, and tends to occur over an extended period of time.“ We can expect something similar to take place if same-sex marriage becomes widely accepted. The long-term consequences of this change are not now known and are unlikely to be ascertainable for some time to come. There are those who think that allowing same-sex marriage will seriously undermine the institution of marriage. Others think that recognition of same-sex marriage will fortify a now-shaky institution. “At present, no one—including social scientists, philosophers, and historians—can predict with any certainty what the long-term ramifications of widespread acceptance of same-sex marriage will be. And judges are certainly not equipped to make such an assessment. The Members of this Court have the authority and the responsibility to interpret and apply the Constitution. Thus, if the Constitution contained a provision guaranteeing the right to marry a person of the same sex, it would be our duty to enforce that right. But the Constitution simply does not speak to the issue of same-sex marriage. In our system of government, ultimate sovereignty rests with the people, and the people have the right to control their own destiny. Any change on a question so fundamental should be made by the people through their elected officials.” (…) Today’s decision usurps the constitutional right of the people to decide whether to keep or alter the traditional understanding of marriage. The decision will also have other important consequences.It will be used to vilify Americans who are unwilling to assent to the new orthodoxy. In the course of its opinion, the majority compares traditional marriage laws to laws that denied equal treatment for African-Americans and women. (…) The implications of this analogy will be exploited by those who are determined to stamp out every vestige of dissent. Perhaps recognizing how its reasoning may be used, the majority attempts, toward the end of its opinion, to reassure those who oppose same-sex marriage that their rights of conscience will be protected. (….) We will soon see whether this proves to be true. I assume that those who cling to old beliefs will be able to whisper their thoughts in the recesses of their homes, but if they repeat those views in public, they will risk being labeled as bigots and treated as such by governments, employers, and schools. The system of federalism established by our Constitution provides a way for people with different beliefs to live together in a single nation. If the issue of same-sex marriage had been left to the people of the States, it is likely that some States would recognize same-sex marriage and others would not. It is also possible that some States would tie recognition to protection for conscience rights. The majority today makes that impossible. By imposing its own views on the entire country, the majority facilitates the marginalization of the many Americans who have traditional ideas. Recalling the harsh treatment of gays and lesbians in the past, some may think that turn-about is fair play. But if that sentiment prevails, the Nation will experience bitter and lasting wounds. Today’s decision will also have a fundamental effect on this Court and its ability to uphold the rule of law. If a bare majority of Justices can invent a new right and impose that right on the rest of the country, the only real limit on what future majorities will be able to do is their own sense of what those with political power and cultural influence are willing to tolerate. Even enthusiastic supporters of same-sex marriage should worry about the scope of the power that today’s majority claims. Today’s decision shows that decades of attempts to restrain this Court’s abuse of its authority have failed. A lesson that some will take from today’s decision is that preaching about the proper method of interpreting the Constitution or the virtues of judicial self-restraint and humility cannot compete with the temptation to achieve what is viewed as a noble end by any practicable means. I do not doubt that my colleagues in the majority sincerely see in the Constitution a vision of liberty that happens to coincide with their own. But this sincerity is cause for concern, not comfort. What it evidences is the deep and perhaps irremediable corruption of our legal culture’s conception of constitutional interpretation. Most Americans—understandably—will cheer or lament today’s decision because of their views on the issue of same-sex marriage. But all Americans, whatever their thinking on that issue, should worry about what the majority’s claim of power portends. Juge Joseph Alito
Over the past six years, voters and legislators in eleven States and the District of Columbia have revised their laws to allow marriage between two people of the same sex. But this Court is not a legislature. Whether same-sex marriage is a good idea should be of no concern to us. Under the Constitution, judges have power to say what the law is, not what it should be. The people who ratified the Constitution authorized courts to exercise “neither force nor will but merely judgment.” The Federalist No. 78, p. 465 (C. Rossiter ed. 1961) (A. Hamilton) (…).Although the policy arguments for extending marriageto same-sex couples may be compelling, the legal arguments for requiring such an extension are not. The fundamental right to marry does not include a right to makea State change its definition of marriage. And a State’s decision to maintain the meaning of marriage that has persisted in every culture throughout human history can hardly be called irrational. In short, our Constitution does not enact any one theory of marriage. The people of a State are free to expand marriage to include same-sex couples, or to retain the historic definition. Today, however, the Court takes the extraordinary step of ordering every State to license and recognize same-sex marriage. Many people will rejoice at this decision, and I begrudge none their celebration. But for those who believe in a government of laws, not of men, the majority’s approach is deeply disheartening. Supporters of same-sexmarriage have achieved considerable success persuading their fellow citizens—through the democratic process—to adopt their view. That ends today. Five lawyers have closed the debate and enacted their own vision of marriage as a matter of constitutional law. Stealing this issue from the people will for many cast a cloud over same-sex marriage, making a dramatic social change that much more difficult to accept. The majority’s decision is an act of will, not legal judgment. The right it announces has no basis in the Constitution or this Court’s precedent. The majority expressly disclaims judicial “caution” and omits even a pretense of humility, openly relying on its desire to remake society according to its own “new insight” into the “nature of injustice.” (…) As a result, the Court invalidates the marriage laws of more than half the States and orders the transformation of a social institution that has formed the basis of human society for millennia, for the Kalahari Bushmen and the Han Chinese, the Carthaginians and the Aztecs. Just who do we think we are? It can be tempting for judges to confuse our own preferences with the requirements of the law. But as this Court has been reminded throughout our history, the Constitu-tion “is made for people of fundamentally differing views.” (…) Understand well what this dissent is about: It is not about whether, in my judgment, the institution of marriage should be changed to include same-sex couples. It is instead about whether, in our democratic republic, that decision should rest with the people acting through their elected representatives, or with five lawyers who happen to hold commissions authorizing them to resolve legal disputes according to law. The Constitution leaves no doubt about the answer. (…) As the majority acknowledges, marriage “has existed for millennia and across civilizations.” (…) For all those millennia, across all those civilizations, “marriage”referred to only one relationship: the union of a man and a woman. (…) (petitioners conceding that they are not aware of any society that permitted same-sex marriage before 2001). (…) This universal definition of marriage as the union of a man and a woman is no historical coincidence. Marriage did not come about as a result of a political movement, discovery, disease, war, religious doctrine, or any other moving force of world history—and certainly not as a result of a prehistoric decision to exclude gays and lesbians. It arose in the nature of things to meet a vital need: ensuring that children are conceived by a mother and father committed to raising them in the stable conditions of a lifelong relationship. (…) The premises supporting this concept of marriage are so fundamental that they rarely require articulation. The human race must procreate to survive. Procreation occurs through sexual relations between a man and a woman. When sexual relations result in the conception of a child, that child’s prospects are generally better if the mother and father stay together rather than going their separate ways. Therefore, for the good of children and society, sexual relations that can lead to procreation should occur only between a man and a woman committed to a lasting bond. Society has recognized that bond as marriage. And by bestowing a respected status and material benefits on married couples, society encourages men and women to conduct sexual relations within marriage rather than without. As one prominent scholar put it, “Marriage is asocially arranged solution for the problem of getting people to stay together and care for children that the mere desire for children, and the sex that makes children possible,does not solve.” J. Q. Wilson, The Marriage Problem 41 (2002). (…) Allowing unelected federal judges to select which un-enumerated rights rank as “fundamental”—and to strike down state laws on the basis of that determination—raises obvious concerns about the judicial role. (…) In Loving, the Court held that racial restrictions on the right to marry lacked a compelling justification. In Zablocki, restrictions based on child support debts did not suffice. In Turner, restrictions based on status as a prisoner were deemed impermissible. None of the laws at issue in those cases purported to change the core definition of marriage as the union of a man and a woman. The laws challenged in Zablocki and Turner did not define marriage as “the union of a man and a woman, where neither party owes child support or is in prison.” Nor did the interracial marriage ban at issue in Loving define marriage as “the union of a man and a woman of the same race.” (…) Removing racial barriers to marriage therefore did not change what a marriage was any more than integrating schools changed what a school was. As the majority admits, the institution of “marriage” discussed in every one of these cases “presumed a relationship involving opposite-sex partners.” Ante, at 11. In short, the “right to marry” cases stand for the im-portant but limited proposition that particular restrictionson access to marriage as traditionally defined violate due process. These precedents say nothing at all about a right to make a State change its definition of marriage, which isthe right petitioners actually seek here. (…) The truth is that today’s decision rests on nothing more than the majority’s own conviction that same-sex couples should be allowed to marry because they want to, and that “it would disparage their choices and diminish their personhood to deny them this right.” (…)  If “[t]here is dignity in the bond between two men or two women who seek to marry and in their autonomy to make such profound choices,” (…) why would there be any less dignity in the bond between three people who, in exercising their autonomy, seek to make the profound choice to marry? If a same-sex couple has the constitutional right to marry because their children would otherwise “suffer the stigma of knowing their families are somehow lesser” (…) But this approach is dangerous for the rule of law. The purpose of insisting that implied fundamental rights have roots in the history and tradition of our people is to ensure that when unelected judges strike down democratically enacted laws, they do so based on something more than their own beliefs. The Court today not only overlooks our country’s entire history and tradition but actively repudiates it, preferring to live only in the heady days of the here and now. I agree with the majority that the “nature of injustice is that we may not always see it in our own times.” (…) As petitioners put it, “times can blind.” (…) But to blind yourself to history is both prideful and unwise. “The past is never dead. It’s not even past.” W. Faulkner, Requiem for a Nun 92 (1951). (…) Nowhere is the majority’s extravagant conception of judicial supremacy more evident than in its description—and dismissal—of the public debate regarding same-sex marriage. Yes, the majority concedes, on one side are thousands of years of human history in every society known to have populated the planet. But on the other side, there has been “extensive litigation,” “many thoughtful District Court decisions,” “countless studies, papers, books, and other popular and scholarly writings,” and “more than 100” amicus briefs in these cases alone. (…) What would be the point of allowing the democratic process to go on? It is high time for the Court to decide the meaning of marriage, based on five lawyers’ “better informed understanding” of “a liberty that remains urgent in our own era.” (…) The answer is surely there in one of those amicus briefs or studies. Those who founded our country would not recognize the majority’s conception of the judicial role. They after all risked their lives and fortunes for the precious right to govern themselves. They would never have imagined yielding that right on a question of social policy to unaccountable and unelected judges. And they certainly would not have been satisfied by a system empowering judges to override policy judgments so long as they do so after “a quite extensive discussion.” (…) In our democracy, debate about the content of the law is not an exhaustion requirement to be checked off before courts can impose their will. “Surely the Constitution does not put either the legislative branch or the executive branch in the position of a television quiz show contestant so that when a given period of time has elapsed and a problem remains unresolved by them, the federal judiciary may press a buzzer and take its turn at fashioning a solution.” (…) As a plurality of this Court explained just last year, “It is demeaning to the democratic process to presume that voters are not capable of deciding an issue of this sensitivity on decent and rational grounds.” (…) The Court’s accumulation of power does not occur in a vacuum. It comes at the expense of the people. And they know it. Here and abroad, people are in the midst of a serious and thoughtful public debate on the issue of same-sex marriage. They see voters carefully considering same-sex marriage, casting ballots in favor or opposed, and sometimes changing their minds. They see political leaders similarly reexamining their positions, and either reversing course or explaining adherence to old convictions confirmed anew. They see governments and businesses modifying policies and practices with respect to same-sex couples, and participating actively in the civic discourse. They see countries overseas democratically accepting profound social change, or declining to do so. This deliberative process is making people take seriously questions that they may not have even regarded as questions before. When decisions are reached through democratic means, some people will inevitably be disappointed with the results. But those whose views do not prevail at least know that they have had their say, and accordingly are—in the tradition of our political culture—reconciled to the resultof a fair and honest debate. In addition, they can gear up to raise the issue later, hoping to persuade enough on the winning side to think again. (…) But today the Court puts a stop to all that. By deciding his question under the Constitution, the Court removes it from the realm of democratic decision. There will be consequences to shutting down the political process on an issue of such profound public significance. Closing debate tends to close minds. People denied a voice are less likely to accept the ruling of a court on an issue that does not seem to be the sort of thing courts usually decide. Indeed, however heartened the proponents of same-sex marriage might be on this day, it is worth acknowledging what they have lost, and lost forever: the opportunity to win the true acceptance that comes from persuading their fellow citizens of the justice of their cause. And they lose this just when the winds of change were freshening at their backs. Federal courts are blunt instruments when it comes to creating rights. They have constitutional power only to resolve concrete cases or controversies; they do not have the flexibility of legislatures to address concerns of parties not before the court or to anticipate problems that may arise from the exercise of a new right. Today’s decision, for example, creates serious questions about religious liberty. Many good and decent people oppose same-sex marriage as a tenet of faith, and their freedom to exercise religion is—unlike the right imagined by the majority—actually spelled out in the Constitution. (…) Respect for sincere religious conviction has led voters and legislators in every State that has adopted same-sex marriage democratically to include accommodations for religious practice. The majority’s decision imposing same-sex marriage cannot, of course, create any such accommodations. The majority graciously suggests that religiousbelievers may continue to “advocate” and “teach” their views of marriage. (…) The First Amendment guarantees, however, the freedom to “exercise” religion. Ominously, that is not a word the majority uses. Hard questions arise when people of faith exercisereligion in ways that may be seen to conflict with the new right to same-sex marriage—when, for example, a religious college provides married student housing only to opposite-sex married couples, or a religious adoption agency declines to place children with same-sex married couples. Indeed, the Solicitor General candidly acknowledged that the tax exemptions of some religious institutions would be in question if they opposed same-sex mar-riage. (…) There is little doubt that these and similar questions will soon be before this Court. Unfortunately, people of faith can take no comfort in the treatment they receive from the majority today. Perhaps the most discouraging aspect of today’s decisionis the extent to which the majority feels compelled to sully those on the other side of the debate. The majority offers a cursory assurance that it does not intend to disparage people who, as a matter of conscience, cannot accept same-sex marriage. (…) That disclaimer is hard to square with the very next sentence, in which the majority explains that “the necessary consequence” of laws codify-ing the traditional definition of marriage is to “demea[n]or stigmatiz[e]” same-sex couples. (…) The majority reiterates such characterizations over and over. By the majority’s account, Americans who did nothing more than follow the understanding of marriage that has existed for our entire history—in particular, the tens of millions of people who voted to reaffirm their States’ enduring definition of marriage—have acted to “lock . . . out,” “disparage,”“disrespect and subordinate,” and inflict “[d]ignitarywounds” upon their gay and lesbian neighbors. (…) These apparent assaults on the character of fairminded people will have an effect, in society and in court. (…). Moreover, they are entirely gratuitous. It is one thing for the major-ity to conclude that the Constitution protects a right to same-sex marriage; it is something else to portray everyone who does not share the majority’s “better informed understanding” as bigoted. (…) If you are among the many Americans—of whatever sexual orientation—who favor expanding same-sex mar-riage, by all means celebrate today’s decision. Celebrate the achievement of a desired goal. Celebrate the opportunity for a new expression of commitment to a partner. Celebrate the availability of new benefits. But do not celebrate the Constitution. It had nothing to do with it. Chief justice Roberts
Le dogme résonne très fort avec vous et c’est un sujet d’inquiétude pour un certain nombre de sujets pour lesquels beaucoup de gens se sont battus dans ce pays. Sénatrice démocrate
C’est au nom de la liberté, bien entendu, mais aussi au nom de l’« amour, de la fidélité, du dévouement » et de la nécessité de « ne pas condamner des personnes à la solitude » que la Cour suprême des Etats-Unis a finalement validé le mariage entre personnes de même sexe. Tels furent en tout cas les mots employés au terme de cette longue décision rédigée par le Juge Kennedy au nom de la Cour. (…) Le mariage gay est entré dans le droit américain non par la loi, librement débattue et votée au niveau de chaque Etat, mais par la jurisprudence de la plus haute juridiction du pays, laquelle s’impose à tous les Etats américains. Mais c’est une décision politique. Eminemment politique à l’instar de celle qui valida l’Obamacare, sécurité sociale à l’américaine, reforme phare du Président Obama, à une petite voix près. On se souviendra en effet que cette Cour a ceci de particulier qu’elle prétend être totalement transparente. Elle est composée de neuf juges, savants juristes, et rend ses décisions à la suite d’un vote. Point de bulletins secrets dans cette enceinte ; les votants sont connus. A se fier à sa composition, la Cour n’aurait jamais dû valider le mariage homosexuel : cinq juges conservateurs, quatre progressistes. Cinq a priori hostiles, quatre a priori favorables. Mais le sort en a décidé autrement ; le juge Kennedy, le plus modéré des conservateurs, fit bloc avec les progressistes, basculant ainsi la majorité en faveur de ces derniers. C’est un deuxième coup dur pour les conservateurs de la Cour en quelques mois : l’Obamacare bénéficia également de ce même coup du sort ; à l’époque ce fut le président, le Juge John Roberts, qui permit aux progressistes de l’emporter et de valider le système. (…) La spécificité de l’évènement est que ce sont des juges qui, forçant l’interprétation d’une Constitution qui ne dit rien du mariage homosexuel, ont estimé que cette union découlait ou résultait de la notion de « liberté ». C’est un « putsch judiciaire » selon l’emblématique juge Antonin Scalia, le doyen de la Cour. Un pays qui permet à un « comité de neuf juges non-élus » de modifier le droit sur une question qui relève du législateur et non du pouvoir judiciaire, ne mérite pas d’être considéré comme une « démocratie ». Mais l’autre basculement désormais acté, c’est celui d’une argumentation dont le centre de gravité s’est déplacé de la raison vers l’émotion, de la ratio vers l’affectus. La Cour Suprême des Etats-Unis s’est en cela bien inscrite dans une tendance incontestable au sein de la quasi-totalité des juridictions occidentales. L’idée même de raisonnement perd du terrain : énième avatar de la civilisation de l’individu, les juges éprouvent de plus en plus de mal à apprécier les arguments en dehors de la chaleur des émotions. Cette décision fait en effet la part belle à la médiatisation des revendications individualistes, rejouées depuis plusieurs mois sur le modèle de la « lutte pour les droits civiques ». Ainsi la Cour n’hésite pas à comparer les lois traditionnelles du mariage à celles qui, à une autre époque, furent discriminatoires à l’égard des afro-américains et des femmes. (…) La Maison Blanche s’est instantanément baignée des couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la « gaypride ». Les réseaux sociaux ont été inondés de ces mêmes couleurs en soutien à ce qui est maintenant connu sous le nom de la cause gay. (…) Comme le relève un autre juge de la Cour ayant voté contre cette décision, il est fort dommage que cela se fasse au détriment du droit et de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique. Yohann Rimokh
La Constitution donne au président le pouvoir de nommer et au Sénat le pouvoir de donner son avis et son consentement sur les candidats à la Cour suprême. En conséquence, j’ai l’intention de (…) considérer le candidat nommé par le président. Si le candidat est présenté au Sénat, j’ai l’intention de voter en fonction de ses qualifications. (…) Je pense qu’à ce stade, il est approprié de regarder la Constitution et de regarder le précédent, qui existe depuis le début de l’histoire de notre pays. Et dans une circonstance où le candidat d’un président vient d’un autre parti que le Sénat, alors puis le plus souvent, le Sénat ne confirme pas. La décision Garland était donc conforme à cela. Par contre, quand il y a un candidat d’un parti qui est du même parti que le Sénat, alors généralement ils confirment. J’ai choisi le côté de la Constitution et du précédent, après l’avoir étudié, et j’ai pris ma décision sur cette base. Je reconnais donc que nous avons peut-être un tribunal, qui a plus de tendance conservatrice que ce qu’il avait au cours des dernières décennies. Mais mes amis progressistes se sont habitués depuis de nombreuses décennies à l’idée d’avoir une cour progressiste, mais ce n’est pas gravé dans le marbre. Et je sais que beaucoup de gens se disent : ‘Mon Dieu, nous ne voulons pas d’un tel changement’. Je comprends leur énergie. Mais il me semble également approprié pour une nation de centre droit d’avoir une cour qui reflète les points de vue du centre droit, qui encore une fois, ne change pas la loi. ce qu’il énonce. Mais au lieu de cela, suive la loi et suive la Constitution. Mitt Romney
Solid majorities want the court to uphold Roe v. Wade and are in favor of abortion rights in the abstract. However, equally substantial majorities favor procedural and other restrictions, including waiting periods, parental consent, spousal notification and bans on ‘partial birth’ abortion. Samantha Luks and Michael Salamon
When Chief Justice John G. Roberts Jr. and his colleagues on the Supreme Court left for their summer break at the end of June, they marked a milestone: the Roberts court had just completed its fifth term. In those five years, the court not only moved to the right but also became the most conservative one in living memory, based on an analysis of four sets of political science data. (…) The recent shift to the right is modest. And the court’s decisions have hardly been uniformly conservative. The justices have, for instance, limited the use of the death penalty and rejected broad claims of executive power in the government’s efforts to combat terrorism. But scholars who look at overall trends rather than individual decisions say that widely accepted political science data tell an unmistakable story about a notably conservative court. (…) The proposition that the Roberts court is to the right of even the quite conservative courts that preceded it thus seems fairly well established. But it is subject to qualifications. First, the rightward shift is modest. Second, the data do not take popular attitudes into account. While the court is quite conservative by historical standards, it is less so by contemporary ones. Public opinion polls suggest that about 30 percent of Americans think the current court is too liberal, and almost half think it is about right. On given legal issues, too, the court’s decisions are often closely aligned with or more liberal than public opinion, according to studies collected in 2008 in “Public Opinion and Constitutional Controversy” (Oxford University Press). The public is largely in sync with the court, for instance, in its attitude toward abortion — in favor of a right to abortion but sympathetic to many restrictions on that right. “Solid majorities want the court to uphold Roe v. Wade and are in favor of abortion rights in the abstract,” one of the studies concluded. “However, equally substantial majorities favor procedural and other restrictions, including waiting periods, parental consent, spousal notification and bans on ‘partial birth’ abortion.” Similarly, the public is roughly aligned with the court in questioning affirmative action plans that use numerical standards or preferences while approving those that allow race to be considered in less definitive ways. The Roberts court has not yet decided a major religion case, but the public has not always approved of earlier rulings in this area. For instance, another study in the 2008 book found that “public opinion has remained solidly against the court’s landmark decisions declaring school prayer unconstitutional.” (…) In some ways, the Roberts court is more cautious than earlier ones. The Rehnquist court struck down about 120 laws, or about six a year, according to an analysis by Professor Epstein. The Roberts court, which on average hears fewer cases than the Rehnquist court did, has struck down fewer laws — 15 in its first five years, or three a year. It is the ideological direction of the decisions that has changed. When the Rehnquist court struck down laws, it reached a liberal result more than 70 percent of the time. The Roberts court has tilted strongly in the opposite direction, reaching a conservative result 60 percent of the time. The Rehnquist court overruled 45 precedents over 19 years. Sixty percent of those decisions reached a conservative result. The Roberts court overruled eight precedents in its first five years, a slightly lower annual rate. All but one reached a conservative result. NYT (2010)
Tout d’abord, il serait erroné de ne voir dans le choix du président des États-Unis qu’une opération politique. Nul ne conteste que ce type de nomination peut constituer un véritable enjeu de campagne à quelques semaines d’un scrutin présidentiel ; et depuis 1790, année au cours de laquelle la Cour suprême a statué pour la première fois, les nominations de ces grands juges figurent traditionnellement au nombre des mesures majeures des présidents lorsqu’il s’agit de dresser un bilan de leur action. Pour autant, ces nominations, réalisées en application de l’article II de la Constitution fédérale, ne présentent pas en elles-mêmes une nature politique. Républicain ou démocrate, le président est entouré de conseils avisés émanant du White House Counsel, du ministère de la Justice, de parlementaires, de cercles de réflexion et d’anciens membres de la Cour, qui s’attachent d’abord aux compétences juridiques et à l’itinéraire professionnel du candidat. Ce sont les qualifications qui font l’essentiel d’un choix mûrement réfléchi ; si des préférences sont exprimées, elles ne relèveront que de la «judicial philosophy» du candidat, et en aucun cas de considérations partisanes. Une fois la confirmation sénatoriale et la prise de fonctions réalisées, l’opposition rituelle faite entre progressistes et conservateurs au sein de la Cour procède d’une vision encore plus réductrice. Les hommes et les femmes qui composent cette juridiction sont des juristes de haut niveau, dotés d’un véritable esprit critique et d’une vaste culture ; tous ont eu une activité d’avocat ou une pratique académique leur conférant une bonne connaissance de la vie économique et sociale et ont été juges fédéraux, sans engagement politique préalable. Ils sont nommés à vie et acceptent cette mission non pas pour être le bras séculier d’un parti ou d’une idéologie mais pour veiller sur la Constitution, l’interpréter et résoudre des problématiques juridiques, y compris en matière électorale. Les membres de la Cour suprême des États-Unis ne sont pas des juges de droite ou de gauche, ni des juges «fiables» ou «imprévisibles» ; ce sont des juges, au plus haut sens du terme. C’est faire insulte à ces esprits rigoureux, indépendants et impartiaux que de vouloir les enfermer dans des catégories ou des étiquettes préétablies. Quelles que soient les conditions de leur nomination et de leur confirmation, ces juges se tiennent toujours prudemment éloignés de ce qu’Antonin Scalia, dont la haute stature intellectuelle a dominé la jurisprudence de la Cour pendant près de trente ans et mentor du juge Barrett, appelait le «cirque politique et médiatique». (…) Il existe bien sûr des lignes de partage, des positions et des inclinations. Mais celles-ci sont souvent liées à la mise en œuvre des méthodes d’interprétation de la Constitution. Un juge «originaliste», qui intègre le sens initial des normes constitutionnelles, pourra ne pas avoir la même lecture qu’un autre juge qui est partisan d’une approche plus «vivante», selon les termes de Stephen Breyer. Ces préférences sont indépendantes des options politiques ou sociétales. Le juge Neil Gorsuch, nommé par le président Donald Trump et réputé dans l’opinion comme étant conservateur, en a récemment donné une illustration éclatante dans l’affaire de la discrimination sexuelle au travail ; son textualisme l’a conduit à prendre une position LGBT que nul n’attendait. Et les exemples foisonnent de membres de la Cour qui, au cours de l’histoire de cette juridiction, ont surpris par leurs prises de position, alors que leur désignation initiale aurait pu laisser penser qu’ils adopteraient un point de vue inverse: Earl Warren et William Brennan, nommés par le président Eisenhower, Sandra Day O’Connor et Anthony Kennedy, désignés parle président Reagan, Harry Blackmun nommé par le président Nixon et rapporteur de la célèbre affaire Roe v. Wade (qui, en 1973, a autorisé l’IVG dans l’ensemble des États-Unis, NDLR), ont étonné plus d’un observateur par leurs votes dans des dossiers parfois majeurs où chacun leur prêtait une position contraire, guidée par les préjugés habituels. Le Chief Justice John G. Roberts, nommé par le président Bush, a déconcerté les ténors du Parti républicain dans plusieurs grands dossiers par ses positions vues comme «libérales» (c’est-à-dire, aux États-Unis, «de gauche», NDLR). Francois-Henri Briard
C’était prévisible: la désignation d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême ouvre un épisode de plus dans la guerre culturelle qui déchire la société américaine — après le procès en destitution du président, les polémiques sur la crise sanitaire et l’exacerbation des tensions raciales. La détermination de Donald Trump, moins de six semaines avant l’élection présidentielle, à pressentir cette brillante juriste au pedigree impeccable n’avait rien d’improvisé. Elle renvoie autant à des considérations électorales qu’à des raisons politiques. L’ego surdimensionné du président y joue aussi sa part: si le Sénat confirmait cette nomination, M. Trump aura été le premier président à faire entrer à la Cour suprême, en un seul mandat, trois magistrats de son choix. Et cette fois-ci, ce serait un juge conservateur qui succéderait non pas à un autre juge conservateur mais à une icône de la gauche «libérale», en modifiant au passage l’équilibre «politique» de la Cour (six conservateurs contre trois «libéraux»). Sans doute espère-t-il qu’en cas de contestation du scrutin présidentiel, une Cour ainsi composée saura le ménager… (…) Si l’initiative de M. Trump soulève une telle tempête, c’est qu’elle touche au rôle suréminent qui est dévolu au droit – et aux juges – dans la culture politique américaine. L’esprit légaliste constitue depuis le temps lointain des Pères pèlerins la source de toute légitimité. C’est le droit, plus encore que la souveraineté, qu’invoque la Déclaration d’indépendance. La Constitution de 1787 reconnaîtra aux juristes une place qu’ils n’occupent nulle part ailleurs. Tocqueville, en interrogeant les caractères originaux de la jeune démocratie américaine, fait cette observation qui n’a pas pris une ride: «Il n’est presque pas de question politique qui ne se résolve tôt ou tard en question judiciaire. » C’est à la Cour suprême, non au législateur, qu’il revient d’interpréter l’esprit des lois sur les matières qui lui sont déférées. C’est elle, non le Congrès, qui s’est prononcée sur l’abolition de l’esclavage, le démantèlement de la ségrégation, le droit à l’avortement ou le mariage homosexuel. Or, depuis quelques décennies, l’activisme judiciaire impulsé par des juges «libéraux» («de gauche», NDLR) a amené la Cour, toujours au nom de la Constitution, à créer des droits et à prononcer des arrêts qui réglaient la vie publique et les conduites individuelles sans l’aveu du législateur. C’est cette dérive légaliste que contestaient les conservateurs: le rôle des juges est d’appliquer et de punir les infractions à la loi, non de légiférer ; et les questions que la Constitution laisse incertaines doivent être tranchées par les élus du peuple, argumentent-ils. D’où l’importance capitale que républicains et démocrates accordent à la désignation des magistrats d’une Cour suprême devenue l’enjeu – et l’arbitre – de la guerre civile qui les oppose. Les premiers redoutent une offensive progressiste pour étendre indéfiniment le domaine des droits individuels. Les seconds présagent une atteinte des conservateurs aux lois sur l’avortement, les droits des minorités, les immigrés, la discrimination positive et, dans l’immédiat, à la réforme de santé du président Obama. Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, entend engager sans tarder la confirmation de Mme Coney Barrett. Le processus pourrait se poursuivre jusqu’à la prise de fonction du prochain président, même si les républicains auront perdu et la Maison-Blanche et la majorité au Sénat. Les démocrates n’y peuvent rien, puisque la Constitution l’autorise. Les deux camps agitent les principes et invoquent des précédents. Les démocrates rappellent qu’en 2016, le même M. McConnell a refusé de mettre à l’ordre du jour la confirmation d’un juge pressenti à la Cour suprême par M. Obama, au motif qu’une telle nomination n’était pas légitime à neuf mois d’une élection présidentielle. (…) Mais les républicains n’ont pas tort de soutenir qu’en pareille situation les démocrates se seraient conduits comme eux, en exploitant à leur avantage leur supériorité numérique. Il suffit de rappeler les manœuvres délétères qu’ils ont employées il y a deux ans pour saboter la nomination du juge Kavanaugh. Ran Halévy
Depuis l’arrêt Marbury v. Madison de 1803, la Cour est chargée du contrôle de constitutionalité des lois fédérales et des lois des États. Elle est aussi le juge de cassation pour les juridictions fédérales et fédérées. Enfin, elle est le juge des élections, ce qui aura sans doute une grande importance cette année. En effet, compte tenu des difficultés liées au vote par correspondance, on peut s’attendre à de nombreux recours au lendemain du scrutin du 3 novembre. Par ailleurs, la jurisprudence joue un rôle sans commune mesure avec ce que nous connaissons en France: les Américains ont un système de common law à la britannique, c’est-à-dire un système juridique qui ne repose pas sur un code de lois (comme notre Code civil), mais sur la jurisprudence élaborée par les tribunaux. C’est donc la Cour qui pose les règles sur de nombreux sujets politiques: respect du droit de vote (Shelby county v. Holder, 2013), financement des campagnes électorales (Citizens united, 2010), répartition des pouvoirs entre États et gouvernement fédéral… Ainsi que sur les questions de société: prière à l’école, avortement (avec l’arrêt Roe v. Wade en 1973), peine de mort, questions d’égalité raciale, droit des homosexuels, application de la loi sur la santé Obamacare… Cette jurisprudence évolue. Par exemple, jusqu’à présent, la Cour a refusé de se saisir d’affaires relatives à la GPA. Les justiciables font donc face à des situations très différentes selon les États. Mais cela pourrait changer avec de prochaines affaires. La Cour a donc un rôle politique, même si les juges s’en défendent. À partir du New Deal dans les années 1930, la Cour a peu à peu adopté une attitude progressiste. Une longue période d’ «activisme judiciaire» s’est déroulée sous les Chief Justice Earl Warren (de 1953 à 1969) puis Warren Burger ( de 1969 à 1986). Mais le mouvement conservateur américain, de retour à partir des années 1960, avait bien compris que les questions de jurisprudence étaient l’un des terrains sur lesquels il devait combattre. En 1982, des étudiants en droit de Yale fondent la Federalist Society for Law and Public Policy Studies pour former des juges idéologiquement conservateurs et promouvoir leur nomination. Le but étant de «droitiser» les décisions de justice, avec comme objectif principal l’interdiction de l’avortement au niveau fédéral. Aujourd’hui, les 5 membres conservateurs de la Cour sont ou ont été membres de la Federalist society: le chief justice John Roberts, Samuel Alito, Clarence Thomas, et les deux juges nommés par le président Donald Trump, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh. Et le juge Antonin Scalia avant eux. Ils appuient leur positionnement conservateur sur deux théories du droit: la théorie «textualiste» , qui exige une lecture littérale du texte constitutionnel et la théorie «originaliste» qui veut un retour aux intentions originelles des rédacteurs de la Constitution. Face à eux, il ne reste que 3 juges progressistes: Steven Breyer, 82 ans, nommé par Bill Clinton, Antonia Sotomayor et Elena Kagan, nommées par Barack Obama. Il faut noter cependant qu’à plusieurs reprises ces dernières années, le chief justice Roberts a voté avec ses pairs progressistes, souhaitant renforcer l’image impartiale de la Cour. C’est pourquoi la nomination d’un sixième juge conservateur est si importante pour les Républicains. Le processus est bien balisé: les candidats sont nommés par le président, puis auditionnés par la Commission des affaires judiciaires du Sénat. Le Sénat débat et vote enfin la confirmation. Depuis 2017, ce vote n’est plus à la majorité qualifiée, mais à la majorité simple. Plus précisément, la procédure du filibuster, qui exigeait une majorité de 60 sénateurs pour passer au vote a été supprimée. Ce qui tombe bien pour les Républicains, qui ont actuellement une majorité de 53 sénateurs sur 100. Ainsi, rien n’empêche Trump et le Sénat de nommer un nouveau juge rapidement, peut-être même avant les élections du 3 novembre. (…) À défaut, les sénateurs républicains pourraient encore voter pendant la période de transition (entre l’élection et l’investiture du 20 janvier). Une telle rapidité aura sans doute un prix politique. En février 2016, lorsque le juge Antonin Scalia est mort, les sénateurs républicains ont refusé d’examiner la candidature du juge proposée par Obama, Merrick Garland, jugé centriste, car l’élection était trop proche. Aujourd’hui, Mitch McConnell (chef de la majorité au Sénat), Lindsay Graham (sénateur de Caroline du sud et président de la Commission sur les affaires judiciaires) et Ted Cruz (sénateur du Texas) ont retourné leur veste. Furieux, les Démocrates évoquent l’idée d’augmenter le nombre de juges, comme Franklin D. Roosevelt avait menacé de le faire dans les années 1930. Ils comptent aussi sur la défection de trois ou quatre sénateurs républicains, comme Susan Collins (Maine) et Lisa Murkowski (Alaska), qui ont dit ce week-end qu’elles refuseraient de voter avant les élections. En revanche, Mitt Romney (Utah) a finalement dit qu’il prendrait part au vote dès que possible. Laurence Nardon
Bien qu’Amy Coney Barrett soit le choix du président pour remplacer la juge Ruth Bader Ginsburg, elle est plus justement décrite comme l’héritière d’un autre juge de la Cour suprême décédé: le héros conservateur Antonin Scalia. Comme Scalia, pour qui elle a déjà été greffière, elle est une catholique romaine engagée et une adepte de son interprétation privilégiée de la Constitution connue sous le nom d’originalisme. Ces qualifications ravissent beaucoup de droite, mais consternent les libéraux qui craignent que ses votes ne conduisent à l’effritement de certaines lois, en particulier la décision Roe v. Wade légalisant l’avortement. (…) Barrett a également souligné à quel point elle est, dans son approche du droit, un opposé polaire à Ginsburg. Elle a dit de Scalia: « Sa philosophie judiciaire est la mienne aussi. » Sa nomination place Barrett sur la voie pour aider les conservateurs à dominer la cour pendant des décennies. C’est aussi sûr de dynamiser la base du président que de galvaniser ses ennemis à l’approche du jour du scrutin. Les dirigeants républicains du Sénat ont déclaré qu’ils avaient les voix pour la confirmer cette année, probablement avant les élections de novembre. Au-delà des élections, l’élévation de Barrett pourrait amener un jugement national sur l’avortement, une question qui divise amèrement de nombreux Américains depuis près d’un demi-siècle. L’idée de renverser ou de vider Roe v. Wade, la décision historique de 1973, a été une question politique animée exploitée par les deux parties. Ses écrits et discours montrent un engagement envers l’originalisme, un concept qui implique que les juges s’efforcent de déchiffrer les significations originales des textes pour évaluer si les droits d’une personne ont été violés. De nombreux libéraux disent que cette approche est trop rigide et ne permet pas aux conséquences de la Constitution de s’adapter à l’évolution des temps. Concernant l’avortement, des questions se sont posées sur l’implication de Barrett dans des organisations qui s’y opposent vigoureusement. Mais elle n’a pas dit publiquement qu’elle chercherait, si on lui en donnait la chance, à réduire les droits affirmés par la Haute Cour. Barrett est juge fédéral depuis 2017, lorsque Trump l’a nommée à la 7th US Circuit Court of Appeals, basée à Chicago. Mais en tant que professeur de droit de longue date à l’Université de Notre-Dame, elle s’était déjà imposée comme une conservatrice fiable dans le moule de Scalia. Elle a acquis une réputation de commis Scalia à la fin des années 1990 comme brillante et habile à séparer les arguments mal raisonnés. Ara Lovitt, qui travaillait avec elle, a rappelé lors de sa cérémonie d’investiture pour le 7e circuit que Scalia avait fait l’éloge d’elle. (…) Barrett et son mari, Jesse Barrett, ancien procureur fédéral, sont tous deux diplômés de la faculté de droit Notre-Dame. (…)  Barrett serait la seule juge du tribunal actuel à ne pas avoir obtenu son diplôme en droit d’une école de l’Ivy League. Les huit juges actuels ont tous assisté à Harvard ou à Yale. Si elle est confirmée, six des neuf juges seront catholiques. La manière dont ses croyances religieuses pourraient guider ses opinions juridiques est devenue une préoccupation majeure pour certains démocrates lors d’audiences de confirmation meurtrières après la nomination de Barrett au 7ème circuit. Cela a incité les républicains à accuser les démocrates de chercher à imposer un test religieux sur l’aptitude de Barrett à l’emploi. À Notre-Dame, où Barrett a commencé à enseigner à 30 ans, elle invoquait souvent Dieu dans des articles et des discours. Dans une allocution de 2006, elle a encouragé les étudiants diplômés en droit à voir leur carrière comme un moyen de «bâtir le royaume de Dieu». Elle a été considérée comme finaliste en 2018 pour la haute cour avant que Trump ne nomme Brett Kavanaugh pour le siège qui a ouvert ses portes lorsque le juge Anthony Kennedy a pris sa retraite. Même certains conservateurs craignaient que son dossier judiciaire clairsemé ne rende trop difficile de prédire comment elle pourrait gouverner, craignant qu’elle pourrait finir comme d’autres conservateurs apparemment qui se sont retrouvés plus modérés. Trois ans plus tard, son dossier comprend maintenant une centaine d’opinions et de dissensions, dans lesquelles elle a souvent illustré l’influence de Scalia en plongeant profondément dans les détails historiques pour glaner le sens des textes originaux. France 24
Autant, dans sa période new-yorkaise, Trump était bien plus progressiste dans ses positions et n’avait pas grand-chose en commun avec un évangélique de l’Arkansas par exemple… autant, depuis qu’il est élu, il a su habilement changer de convictions sur des sujets jugés fondamentaux par une large composante de son électorat: l’avortement, par exemple. Tout l’enjeu pour lui est de montrer qu’il est le Président qui tient ses promesses, et de fait, la nomination de juges conservateurs à la Cour suprême est un élément-clé pour lui permettre de tenir de nombreux engagements pris durant sa campagne: sur les lois fiscales, les droits de douane et le protectionnisme, le Mexique… Sur Twitter, Trump joue sur cette ligne-là en égrenant à longueur de temps la liste des promesses qu’il a tenues, et c’est en effet un argument très fort à l’approche des élections de mi-mandat, où Trump est loin d’être assuré de conserver une majorité républicaine au sénat. Alors, il cherche à tout prix à montrer qu’il est l’homme qui fait ce qu’il dit et qui dit ce qu’il fait: le transfert de l’ambassade à Jérusalem, par exemple, avait été promis de longue date, notamment par Obama, mais seul Trump a effectivement pris cette décision. (…) on peut (…) s’attendre à une instrumentalisation des sujets sociétaux comme l’avortement ou le droit des minorités sexuelles, qui sont en passe de devenir un véritable enjeu de campagne. Ces sujets ont le mérite d’être eux-aussi des pivots idéologiques, et c’est pour cela que Trump a intérêt à donner des gages à ce propos. La nomination d’un juge à la Cour suprême, dans un tel contexte, sera évidemment surveillée de près, et par tous les côtés de l’échiquier. (…) il peut faire face à une censure par le sénat du candidat qu’il proposera. Les démocrates ont déjà invoqué le fait qu’en période électorale, le moment est mal choisi pour nommer un juge à la Cour suprême: les républicains déjà, en 2016, avaient invoqué le même argument pour retarder le remplacement d’Antonin Scalia, décédé peu avant les élections présidentielles. Mais en réalité, comme les démocrates n’ont pas la majorité au sénat, ils ne pourront faire obstruction qu’à condition d’obtenir le ralliement de certains républicains. Pour ceux qui ne jouent pas leur réélection car ils ont décidé de ne pas briguer un nouveau mandat, il n’est pas exclu qu’un mouvement de «fronde» à Donald Trump puisse se dégager: des sénateurs comme John McCain ou Jeff Flake, par exemple, ne font pas mystère de leur hostilité au Président sur certains sujets. Cependant, Trump a été assez habile lorsqu’il a remplacé le juge Scalia, en nommant à sa place Neil Gorsuch qui n’est pas un ultraconservateur. Au contraire, Gorsuch pouvait apparaître comme un choix raisonnable, c’est-à-dire quelqu’un de modérément conservateur, à la fois ferme sur l’avortement ou les droits des homosexuels mais sans être sectaire non plus. Ainsi, si Trump doit affronter une obstruction de la part des démocrates, il aura beau jeu de la retourner à son avantage: ce seront eux qui passeront pour déraisonnables. De leur côté, les démocrates se distinguent en deux camps: ceux des États généralement acquis aux républicains joueront la conciliation pour ne pas se mettre à dos la frange conservatrice de leur électorat, tandis qu’au contraire les candidats à la primaire de 2020 s’aligneront sur la base démocrate, plutôt maximaliste. Le consensus, en tout cas, sera de bloquer toute nomination d’un juge ouvertement hostile à l’avortement. (…) Kennedy était connu pour des positions progressistes sur l’IVG, mais aussi la peine de mort et le mariage gay. Il était au cœur d’un équilibre au sein de la Cour suprême, qui risque bien de disparaître avec lui. Mais là encore, l’habileté de Trump a été de nommer auparavant Gorsuch, qui bien qu’il soit moins ambivalent que ne l’était Kennedy, n’était pas non plus un idéologue de la droite évangélique la plus dure. Cette adresse politique lui a sans doute permis de mettre le juge Kennedy en confiance. Si Donald Trump, qui joue sa réélection, regarde vers 2020, les conservateurs, eux, ont les yeux tournés jusqu’à au moins 2050 ! (…) La session de juin vient de se terminer. On ne sait pas encore avec précision quelles affaires vont remonter à la Cour suprême dans les prochaines sessions, mais ce qui est sûr c’est que la question des droits des homosexuels est de plus en plus au cœur de l’actualité. Notamment, il y a des affaires autour de la liberté de conscience, lorsque des personnes refusent de fournir certains services à des couples homosexuels qui se marient. Ensuite, la Cour suprême ne prendra pas directement de décision suspendant le mariage homosexuel ou le droit à l’avortement, mais elle peut avoir à se prononcer sur des affaires concernant des États ayant pris des mesures restreignant l’accès à ces droits. Elle pourrait donc être amenée à permettre à ces États de limiter sévèrement ces droits par des mesures réglementaires. C’est en tout cas ce que souhaitent les conservateurs américains: revenir sur les changements de société qu’a connus l’Amérique depuis les années 60. En fait, si Donald Trump, qui joue sa réélection, regarde vers 2020, les conservateurs, eux, ont les yeux tournés jusqu’à au moins 2050! (…) c’est bien l’enjeu de cette nomination, et de celles qui pourraient éventuellement suivre sous Trump (car il y a deux autres juges de 79 et 85 ans actuellement à la Cour suprême). Lorsque l’on est nommé à la Cour, on l’est à vie, c’est-à-dire pour encore au moins vingt ou trente ans en théorie. Neil Gorsuch, le dernier juge en date, n’a que 50 ans: sauf accident, il pourrait encore siéger en 2048! On rentre dans une nouvelle phase du mandat de Donald Trump. Cette phase était en réalité prévisible, et très attendue: à vrai dire, c’était même un des enjeux principaux de l’élection de 2016, de savoir qui de Clinton ou de Trump allait devoir nommer deux, peut-être trois ou quatre juges au cours de son mandat. Ce que les conservateurs attendent à présent, c’est de faire pencher définitivement la balance en leur faveur à la Cour, en instaurant un rapport de force à cinq contre quatre, qui serait l’assurance de garantir des décisions très conservatrices sur les sujets que nous avons précédemment évoqués. Lauric Henneton
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la Cour suprême n’est pas une institution qui flotterait au-dessus de la société américaine pour, de sa hauteur, arbitrer les grands débats qui animent les États-Unis. Elle a toujours été fortement politisée, reflétant les tendances très lourdes au sein du monde du droit. En ce sens, elle est elle-même, et a toujours été, très ancrée dans la société américaine. L’affaire de Floride, en 2000, lors de l’élection opposant Al Gore à George W. Bush, a fortement marqué les esprits et renvoyé l’image d’une cour actrice politique. Un scénario qui, d’ailleurs, pourrait se reproduire cette année. Mais même quand ils ne se mêlent pas d’affaires électorales, les sages sont des acteurs du débat politique, se penchant sur les grandes questions de leur temps. Le décès de Ruth Bader Ginsburg et le choix de la juge appelée, si elle est confirmée par le Sénat, à lui succéder, illustre les deux points de vue qui s’affrontent dans l’univers du droit, à savoir dans les universités américaines, dans les revues de droit, et dans les cours inférieures par lesquelles passent les juges de la Cour suprême. La première tendance, qualifiée souvent de « réaliste », considère que le droit doit accompagner la société dans ses évolutions. Cette tendance a dominé la Cour suprême jusqu’aux années 1970-1980, et Ruth Bader Ginsburg était l’une de ses représentantes. C’est une tendance, par définition, progressiste. La deuxième, au contraire, n’a que faire des statistiques et des données sociologiques. Elle estime que le droit est intangible, immuable, que ce qui compte est la jurisprudence. Or cette école de pensée, très active, a pris beaucoup de place dans les facultés américaines au cours des dernières décennies. Et les juges que nomme Donald Trump depuis qu’il est arrivé à la Maison-Blanche, pour les cours inférieures comme pour la Cour suprême, font partie de cette tendance. Ce clivage, à l’heure où la société américaine, comme les autres, est confrontée à des questions nouvelles et très complexes, qui n’ont pas de réponses simples, qu’il s’agisse de l’euthanasie, de l’avortement ou du mariage homosexuel, s’exprime sur ces questions fondamentales. D’où les débats très vifs qui entourent aujourd’hui tout ce qui touche à la Cour suprême, qu’il s’agisse des nominations des sages comme de leurs décisions. Cette complexité se retrouve d’ailleurs dans les arrêts, qui sont le plus souvent pris à des majorités très faibles parmi les neuf juges. Dans les années 1960, il pouvait y avoir des arrêts importants pris à l’unanimité. Aujourd’hui, ce consensus est impensable sur les grands sujets qui divisent la société américaine tout comme la Cour suprême. Romain Huret

Attention: une politicisation peut en cacher une autre !

A l’heure où avec la psychose covid

Et entre obligation du port du masque à l’extérieur et fermeture complète des salles de sport ou partielle des restaurants y compris avec terrasses ou même des plages

La restriction, en France et en Europe, est en train de devenir la règle et la liberté l’exception

Et où avec la nouvelle nomination d’une juge conservatrice à la Cour suprême aux Etats-Unis à moins de deux mois de la présidentielle …

L’hystérie et la fureur quasi-religieuse anti-Trump est repartie pour un tour …

Comment ne pas voir …

Alors que nos médias ont repris leurs jérémiades sur la « fin de l’ère progressive »

Ou l’excessive politisation de ladite Cour suprême …

La réalité comme le rappelait récemment l’historien Romain Huret  …

Non seulement historiquement d’une politicisation continue de ladite cour …

Mais comme vient de le rappeler le sénateur Romney pourtant ferme opposant au président américain …

Celle de son positionnement résolument à gauche pendant plus d’un demi-siècle

Et ce encore aujourd’hui par rapport à l’opinion américaine en général …

Sans compter le véritable « putsch judiciaire » d’il y a cinq ans sur le mariage homosexuel …

Comme l’ont démontré nombre de ses récentes décisions sur l’avortement, la discrimination positive ou la prière à l’école

L’actuel repositionnement apparaissant alors …

A l’instar de la si décriée présidence Trump

Moins comme une dangereuse radicalisation …

Qu’un logique recentrement qui n’aurait que trop tardé ?

La Cour suprême américaine est-elle une institution politisée ?
La mort de Ruth Bader Ginsburg, doyenne de la Cour suprême des États-Unis, a chamboulé la campagne électorale américaine. Les débats entourant le choix de la juge conservatrice Amy Coney Barrett, appelée à lui succéder, vont dominer les prochaines semaines, soulignant l’importance politique des neuf juges de cette institution arbitre des grands débats qui divisent l’Amérique.
Recueilli par Agnès Rotivel et Gilles Biassette
La Croix
27/09/2020

► « La Cour suprême aura une coloration conservatrice pour encore longtemps »

Didier Combeau, politologue, auteur d’« Être américain aujourd’hui » (1).

Les juges à la Cour suprême sont nommés par le président, puis confirmés par le Sénat, ils s’expriment sur tous les domaines importants, l’avortement, le droit aux armes, les minorités, etc. Du fait du blocage au Congrès où républicains et démocrates campent de plus en plus sur leurs positions, et où il est difficile d’obtenir un accord bi partisan pour faire adopter un texte de loi, beaucoup d’activistes se tournent vers la justice. Et d’appel en appel vers la Cour suprême. De ce fait, la nomination des juges est devenue de plus en plus politisée.

Lorsqu’un président a la majorité au Sénat, il peut plus facilement faire nommer une personnalité soit progressiste soit conservatrice. Et ce d’autant qu’il n’y a plus le « filibuster », une procédure qui rendait impérative une forme de compromis. Avant 2017, un juge de la Cour suprême devait obtenir 60 voix sur 100 pour être confirmé. Or, il était rare qu’un parti ait une telle majorité, ce qui supposait l’apport de voix issues de l’opposition. La fin du « filibuster » a donc contribué à politiser le processus, puisqu’il est ainsi possible de faire confirmer des personnalités moins consensuelles.

La culpabilité a été partagée. Le « filibuster » a été supprimé à l’initiative des démocrates en 2013 pour la nomination des juges fédéraux. Les républicains ont alors protesté, mais en 2017, c’est à leur initiative que le « filibuster » a été supprimé pour la nomination des juges à la Cour suprême.

À l’heure actuelle sur huit juges, il y a cinq conservateurs dont un juge Roberts, qui se range d’un côté ou de l’autre, c’est selon, et trois progressistes. Comme Trump a nommé une juge conservatrice supplémentaire, Amy Coney Barrett, cela fait six conservateurs sur neuf. Et les juges étant nommés à vie, elle pourrait être là pour plusieurs décennies.

Trump a déjà remplacé deux conservateurs âgés par des conservateurs d’une cinquantaine d’années, la Cour suprême aura une coloration conservatrice pour encore longtemps. Certes, les juges peuvent démissionner. Certains à gauche ont reproché à Ruth Bader Ginsburg de ne pas l’avoir fait sous Obama alors qu’elle était déjà âgée, 82 ans et malade. Elle aurait pu être remplacée par un juge progressiste.

À droite, beaucoup critiquent l’activisme de la cour et pensent qu’elle devrait s’en tenir à la constitution. À gauche, certains souhaiteraient augmenter le nombre des juges. Franklin Delano Roosevelt avait menacé de le faire dans les années 1930 au moment où la Cour suprême s’opposait à la mise en place de la politique du New Deal. Si les démocrates reviennent au pouvoir et sont majoritaires au congrès, ils pourraient augmenter le nombre des juges pour nommer des progressistes.

► « La Cour suprême a toujours été très politisée »

Romain Huret, historien des États-Unis et directeur adjoint du laboratoire Mondes américains.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la Cour suprême n’est pas une institution qui flotterait au-dessus de la société américaine pour, de sa hauteur, arbitrer les grands débats qui animent les États-Unis. Elle a toujours été fortement politisée, reflétant les tendances très lourdes au sein du monde du droit. En ce sens, elle est elle-même, et a toujours été, très ancrée dans la société américaine.

L’affaire de Floride, en 2000, lors de l’élection opposant Al Gore à George W. Bush, a fortement marqué les esprits et renvoyé l’image d’une cour actrice politique. Un scénario qui, d’ailleurs, pourrait se reproduire cette année. Mais même quand ils ne se mêlent pas d’affaires électorales, les sages sont des acteurs du débat politique, se penchant sur les grandes questions de leur temps.

Le décès de Ruth Bader Ginsburg et le choix de la juge appelée, si elle est confirmée par le Sénat, à lui succéder, illustre les deux points de vue qui s’affrontent dans l’univers du droit, à savoir dans les universités américaines, dans les revues de droit, et dans les cours inférieures par lesquelles passent les juges de la Cour suprême.

La première tendance, qualifiée souvent de « réaliste », considère que le droit doit accompagner la société dans ses évolutions. Cette tendance a dominé la Cour suprême jusqu’aux années 1970-1980, et Ruth Bader Ginsburg était l’une de ses représentantes. C’est une tendance, par définition, progressiste.

La deuxième, au contraire, n’a que faire des statistiques et des données sociologiques. Elle estime que le droit est intangible, immuable, que ce qui compte est la jurisprudence. Or cette école de pensée, très active, a pris beaucoup de place dans les facultés américaines au cours des dernières décennies. Et les juges que nomme Donald Trump depuis qu’il est arrivé à la Maison-Blanche, pour les cours inférieures comme pour la Cour suprême, font partie de cette tendance.

Ce clivage, à l’heure où la société américaine, comme les autres, est confrontée à des questions nouvelles et très complexes, qui n’ont pas de réponses simples, qu’il s’agisse de l’euthanasie, de l’avortement ou du mariage homosexuel, s’exprime sur ces questions fondamentales. D’où les débats très vifs qui entourent aujourd’hui tout ce qui touche à la Cour suprême, qu’il s’agisse des nominations des sages comme de leurs décisions.

Cette complexité se retrouve d’ailleurs dans les arrêts, qui sont le plus souvent pris à des majorités très faibles parmi les neuf juges. Dans les années 1960, il pouvait y avoir des arrêts importants pris à l’unanimité. Aujourd’hui, ce consensus est impensable sur les grands sujets qui divisent la société américaine tout comme la Cour suprême.

(1) Gallimard, 282 p. 20 €.

Lauric Henneton est maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin. Il est l’auteur de La fin du rêve américain? (Odile Jacob, 2017).

FIGAROVOX.- Le juge Anthony Kennedy a annoncé son départ à la retraite, ce qui laisse à Donald Trump le pouvoir de nommer à vie l’un des neuf juges qui détiennent le pouvoir juridique suprême dans le pays. Faut-il s’attendre à ce que la Cour bascule définitivement du côté des conservateurs?

Lauric HENNETON.- Oui, il est probable que Donald Trump désigne un juge plutôt conservateur, car c’est là qu’est son intérêt électoral. Autant, dans sa période new-yorkaise, Trump était bien plus progressiste dans ses positions et n’avait pas grand-chose en commun avec un évangélique de l’Arkansas par exemple… autant, depuis qu’il est élu, il a su habilement changer de convictions sur des sujets jugés fondamentaux par une large composante de son électorat: l’avortement, par exemple.

Tout l’enjeu pour lui est de montrer qu’il est le Président qui tient ses promesses, et de fait, la nomination de juges conservateurs à la Cour suprême est un élément-clé pour lui permettre de tenir de nombreux engagements pris durant sa campagne: sur les lois fiscales, les droits de douane et le protectionnisme, le Mexique… Sur Twitter, Trump joue sur cette ligne-là en égrenant à longueur de temps la liste des promesses qu’il a tenues, et c’est en effet un argument très fort à l’approche des élections de mi-mandat, où Trump est loin d’être assuré de conserver une majorité républicaine au sénat. Alors, il cherche à tout prix à montrer qu’il est l’homme qui fait ce qu’il dit et qui dit ce qu’il fait: le transfert de l’ambassade à Jérusalem, par exemple, avait été promis de longue date, notamment par Obama, mais seul Trump a effectivement pris cette décision.

Justement, sur quels thèmes quoi vont se jouer ces élections de mi-mandat?

C’est difficile à anticiper car la vie politique américaine va très vite, au gré des événements, et certains sujets dont l’on croit un moment qu’ils vont être primordiaux disparaissent rapidement de la scène médiatique. En février par exemple, après la fusillade de Parkland et les manifestations immenses qui ont suivi, on était en droit de penser que la question du contrôle des armes à feu allait dominer la campagne des midterms… En réalité, cette question a quasiment disparu de l’actualité, bien qu’on ne soit pas à l’abri qu’elle ressurgisse à l’occasion d’une nouvelle fusillade dans une école, ou bien qu’un attentat ramène au contraire les enjeux de sécurité voire d’immigration au rang des priorités médiatiques.

En revanche, on peut plus facilement s’attendre à une instrumentalisation des sujets sociétaux comme l’avortement ou le droit des minorités sexuelles, qui sont en passe de devenir un véritable enjeu de campagne. Ces sujets ont le mérite d’être eux-aussi des pivots idéologiques, et c’est pour cela que Trump a intérêt à donner des gages à ce propos. La nomination d’un juge à la Cour suprême, dans un tel contexte, sera évidemment surveillée de près, et par tous les côtés de l’échiquier.

Donald Trump est-il tout-puissant pour cette nomination, ou risque-t-il de rencontrer une opposition au sénat?

Il n’est certainement pas tout-puissant, car il peut faire face à une censure par le sénat du candidat qu’il proposera. Les démocrates ont déjà invoqué le fait qu’en période électorale, le moment est mal choisi pour nommer un juge à la Cour suprême: les républicains déjà, en 2016, avaient invoqué le même argument pour retarder le remplacement d’Antonin Scalia, décédé peu avant les élections présidentielles.

Mais en réalité, comme les démocrates n’ont pas la majorité au sénat, ils ne pourront faire obstruction qu’à condition d’obtenir le ralliement de certains républicains. Pour ceux qui ne jouent pas leur réélection car ils ont décidé de ne pas briguer un nouveau mandat, il n’est pas exclu qu’un mouvement de «fronde» à Donald Trump puisse se dégager: des sénateurs comme John McCain ou Jeff Flake, par exemple, ne font pas mystère de leur hostilité au Président sur certains sujets.

Cependant, Trump a été assez habile lorsqu’il a remplacé le juge Scalia, en nommant à sa place Neil Gorsuch qui n’est pas un ultraconservateur. Au contraire, Gorsuch pouvait apparaître comme un choix raisonnable, c’est-à-dire quelqu’un de modérément conservateur, à la fois ferme sur l’avortement ou les droits des homosexuels mais sans être sectaire non plus. Ainsi, si Trump doit affronter une obstruction de la part des démocrates, il aura beau jeu de la retourner à son avantage: ce seront eux qui passeront pour déraisonnables.

De leur côté, les démocrates se distinguent en deux camps: ceux des États généralement acquis aux républicains joueront la conciliation pour ne pas se mettre à dos la frange conservatrice de leur électorat, tandis qu’au contraire les candidats à la primaire de 2020 s’aligneront sur la base démocrate, plutôt maximaliste. Le consensus, en tout cas, sera de bloquer toute nomination d’un juge ouvertement hostile à l’avortement.

Justement, si le juge Kennedy avait été ambivalent, votant même en faveur de certaines décisions progressistes comme le mariage homosexuel, il savait qu’en démissionnant il ouvrait la voie à un basculement conservateur…

En effet, Kennedy était connu pour des positions progressistes sur l’IVG, mais aussi la peine de mort et le mariage gay. Il était au cœur d’un équilibre au sein de la Cour suprême, qui risque bien de disparaître avec lui. Mais là encore, l’habileté de Trump a été de nommer auparavant Gorsuch, qui bien qu’il soit moins ambivalent que ne l’était Kennedy, n’était pas non plus un idéologue de la droite évangélique la plus dure. Cette adresse politique lui a sans doute permis de mettre le juge Kennedy en confiance.

Si Donald Trump, qui joue sa réélection, regarde vers 2020, les conservateurs, eux, ont les yeux tournés jusqu’à au moins 2050 !

Quelles seront les décisions importantes sur lesquelles la Cour devra se prononcer? Faut-il s’attendre à un basculement sociétal aux États-Unis?

La session de juin vient de se terminer. On ne sait pas encore avec précision quelles affaires vont remonter à la Cour suprême dans les prochaines sessions, mais ce qui est sûr c’est que la question des droits des homosexuels est de plus en plus au cœur de l’actualité. Notamment, il y a des affaires autour de la liberté de conscience, lorsque des personnes refusent de fournir certains services à des couples homosexuels qui se marient.

Ensuite, la Cour suprême ne prendra pas directement de décision suspendant le mariage homosexuel ou le droit à l’avortement, mais elle peut avoir à se prononcer sur des affaires concernant des États ayant pris des mesures restreignant l’accès à ces droits. Elle pourrait donc être amenée à permettre à ces États de limiter sévèrement ces droits par des mesures réglementaires.

C’est en tout cas ce que souhaitent les conservateurs américains: revenir sur les changements de société qu’a connus l’Amérique depuis les années 60.

En fait, si Donald Trump, qui joue sa réélection, regarde vers 2020, les conservateurs, eux, ont les yeux tournés jusqu’à au moins 2050!

N’est-il pas trop tôt pour dire que Donald Trump est en mesure d’insuffler une politique au pays pour les vingt ou trente prochaines années?

En tout cas, c’est bien l’enjeu de cette nomination, et de celles qui pourraient éventuellement suivre sous Trump (car il y a deux autres juges de 79 et 85 ans actuellement à la Cour suprême). Lorsque l’on est nommé à la Cour, on l’est à vie, c’est-à-dire pour encore au moins vingt ou trente ans en théorie. Neil Gorsuch, le dernier juge en date, n’a que 50 ans: sauf accident, il pourrait encore siéger en 2048!

On rentre dans une nouvelle phase du mandat de Donald Trump. Cette phase était en réalité prévisible, et très attendue: à vrai dire, c’était même un des enjeux principaux de l’élection de 2016, de savoir qui de Clinton ou de Trump allait devoir nommer deux, peut-être trois ou quatre juges au cours de son mandat.

Ce que les conservateurs attendent à présent, c’est de faire pencher définitivement la balance en leur faveur à la Cour, en instaurant un rapport de force à cinq contre quatre, qui serait l’assurance de garantir des décisions très conservatrices sur les sujets que nous avons précédemment évoqués.

Voir également:

Court Under Roberts Is Most Conservative in Decades
Adam Liptak
The New York Times
July 24, 2010

WASHINGTON — When Chief Justice John G. Roberts Jr. and his colleagues on the Supreme Court left for their summer break at the end of June, they marked a milestone: the Roberts court had just completed its fifth term.

In those five years, the court not only moved to the right but also became the most conservative one in living memory, based on an analysis of four sets of political science data.

And for all the public debate about the confirmation of Elena Kagan or the addition last year of Justice Sonia Sotomayor, there is no reason to think they will make a difference in the court’s ideological balance. Indeed, the data show that only one recent replacement altered its direction, that of Justice Samuel A. Alito Jr. for Justice Sandra Day O’Connor in 2006, pulling the court to the right.

There is no similar switch on the horizon. That means that Chief Justice Roberts, 55, is settling in for what is likely to be a very long tenure at the head of a court that seems to be entering a period of stability.

If the Roberts court continues on the course suggested by its first five years, it is likely to allow a greater role for religion in public life, to permit more participation by unions and corporations in elections and to elaborate further on the scope of the Second Amendment’s right to bear arms. Abortion rights are likely to be curtailed, as are affirmative action and protections for people accused of crimes.

The recent shift to the right is modest. And the court’s decisions have hardly been uniformly conservative. The justices have, for instance, limited the use of the death penalty and rejected broad claims of executive power in the government’s efforts to combat terrorism.

But scholars who look at overall trends rather than individual decisions say that widely accepted political science data tell an unmistakable story about a notably conservative court.

Almost all judicial decisions, they say, can be assigned an ideological value. Those favoring, say, prosecutors and employers are said to be conservative, while those favoring criminal defendants and people claiming discrimination are said to be liberal.

Analyses of databases coding Supreme Court decisions and justices’ votes along these lines, one going back to 1953 and another to 1937, show that the Roberts court has staked out territory to the right of the two conservative courts that immediately preceded it by four distinct measures:

¶In its first five years, the Roberts court issued conservative decisions 58 percent of the time. And in the term ending a year ago, the rate rose to 65 percent, the highest number in any year since at least 1953.

The courts led by Chief Justices Warren E. Burger, from 1969 to 1986, and William H. Rehnquist, from 1986 to 2005, issued conservative decisions at an almost indistinguishable rate — 55 percent of the time.

That was a sharp break from the court led by Chief Justice Earl Warren, from 1953 to 1969, in what liberals consider the Supreme Court’s golden age and conservatives portray as the height of inappropriate judicial meddling. That court issued conservative decisions 34 percent of the time.

¶Four of the six most conservative justices of the 44 who have sat on the court since 1937 are serving now: Chief Justice Roberts and Justices Alito, Antonin Scalia and, most conservative of all, Clarence Thomas. (The other two were Chief Justices Burger and Rehnquist.) Justice Anthony M. Kennedy, the swing justice on the current court, is in the top 10.

¶The Roberts court is finding laws unconstitutional and reversing precedent — two measures of activism — no more often than earlier courts. But the ideological direction of the court’s activism has undergone a marked change toward conservative results.

¶Until she retired in 2006, Justice O’Connor was very often the court’s swing vote, and in her later years she had drifted to the center-left. These days, Justice Kennedy has assumed that crucial role at the court’s center, moving the court to the right.

Justice John Paul Stevens, who retired in June, had his own way of tallying the court’s direction. In an interview in his chambers in April, he said that every one of the 11 justices who had joined the court since 1975, including himself, was more conservative than his or her predecessor, with the possible exceptions of Justices Sotomayor and Ruth Bader Ginsburg.

The numbers largely bear this out, though Chief Justice Roberts is slightly more liberal than his predecessor, Chief Justice Rehnquist, at least if all of Chief Justice Rehnquist’s 33 years on the court, 14 of them as an associate justice, are considered. (In later years, some of his views softened.)

But Justice Stevens did not consider the question difficult. Asked if the replacement of Chief Justice Rehnquist by Chief Justice Roberts had moved the court to the right, he did not hesitate.

“Oh, yes,” Justice Stevens said.

The Most Significant Change

“Gosh,” Justice Sandra Day O’Connor said at a law school forum in January a few days after the Supreme Court undid one of her major achievements by reversing a decision on campaign spending limits. “I step away for a couple of years and there’s no telling what’s going to happen.”

When Justice O’Connor announced her retirement in 2005, the membership of the Rehnquist court had been stable for 11 years, the second-longest stretch without a new justice in American history.

Since then, the pace of change has been dizzying, and several justices have said they found it disorienting. But in an analysis of the court’s direction, some changes matter much more than others. Chief Justice Rehnquist died soon after Justice O’Connor announced that she was stepping down. He was replaced by Chief Justice Roberts, his former law clerk. Justice David H. Souter retired in 2009 and was succeeded by Justice Sotomayor. Justice Stevens followed Justice Souter this year, and he is likely to be succeeded by Elena Kagan.

But not one of those three replacements seems likely to affect the fundamental ideological alignment of the court. Chief Justice Rehnquist, a conservative, was replaced by a conservative. Justices Souter and Stevens, both liberals, have been or are likely to be succeeded by liberals.

Justices’ views can shift over time. Even if they do not, a justice’s place in the court’s ideological spectrum can move as new justices arrive. And chief justices may be able to affect the overall direction of the court, notably by using the power to determine who writes the opinion for the court when they are in the majority. Chief Justice Roberts is certainly widely viewed as a canny tactician.

But only one change — Justice Alito’s replacement of Justice O’Connor — really mattered. That move defines the Roberts court. “That’s a real switch in terms of ideology and a switch in terms of outlook,” said Lee Epstein, who teaches law and political science at Northwestern University and is a leading curator and analyst of empirical data about the Supreme Court.

The point is not that Justice Alito has turned out to be exceptionally conservative, though he has: he is the third-most conservative justice to serve on the court since 1937, behind only Justice Thomas and Chief Justice Rehnquist. It is that he replaced the more liberal justice who was at the ideological center of the court.

Though Chief Justice Roberts gets all the attention, Justice Alito may thus be the lasting triumph of the administration of President George W. Bush. He thrust Justice Kennedy to the court’s center and has reshaped the future of American law.

It is easy to forget that Justice Alito was Mr. Bush’s second choice. Had his first nominee, the apparently less conservative Harriet E. Miers, not withdrawn after a rebellion from Mr. Bush’s conservative base, the nature of the Roberts court might have been entirely different.

By the end of her almost quarter-century on the court, Justice O’Connor was without question the justice who controlled the result in ideologically divided cases.

“On virtually all conceptual and empirical definitions, O’Connor is the court’s center — the median, the key, the critical and the swing justice,” Andrew D. Martin and two colleagues wrote in a study published in 2005 in The North Carolina Law Review shortly before Justice O’Connor’s retirement.

With Justice Alito joining the court’s more conservative wing, Justice Kennedy has now unambiguously taken on the role of the justice at the center of the court, and the ideological daylight between him and Justice O’Connor is a measure of the Roberts court’s shift to the right.

Justice O’Connor, for her part, does not name names but has expressed misgivings about the direction of the court.

“If you think you’ve been helpful, and then it’s dismantled, you think, ‘Oh, dear,’ ” she said at William & Mary Law School in October in her usual crisp and no-nonsense fashion. “But life goes on. It’s not always positive.”

Justice O’Connor was one of the authors of McConnell v. Federal Election Commission, a 2003 decision that, among other things, upheld restrictions on campaign spending by businesses and unions. It was reversed on that point in the Citizens United decision.

Asked at the law school forum in January how she felt about the later decision, she responded obliquely. But there was no mistaking her meaning.

“If you want my legal opinion” about Citizens United, Justice O’Connor said, “you can go read” McConnell.

The Court Without O’Connor

The shift resulting from Justice O’Connor’s departure was more than ideological. She brought with her qualities that are no longer represented on the court. She was raised and educated in the West, and she served in all three branches of Arizona’s government, including as a government lawyer, majority leader of the State Senate, an elected trial judge and an appeals court judge.

Those experiences informed Justice O’Connor’s sensitivity to states’ rights and her frequent deference to political judgments. Her rulings were often pragmatic and narrow, and her critics said she engaged in split-the-difference jurisprudence.

Justice Alito’s background is more limited than Justice O’Connor’s — he worked in the Justice Department and then as a federal appeals court judge — and his rulings are often more muscular.

Since they never sat on the court together, trying to say how Justice O’Connor would have voted in the cases heard by Justice Alito generally involves extrapolation and speculation. In some, though, it seems plain that she would have voted differently from him.

Just weeks before she left the court, for instance, Justice O’Connor heard arguments in Hudson v. Michigan, a case about whether evidence should be suppressed because it was found after Detroit police officers stormed a home without announcing themselves.

“Is there no policy protecting the homeowner a little bit and the sanctity of the home from this immediate entry?” Justice O’Connor asked a government lawyer. David A. Moran, a lawyer for the defendant, Booker T. Hudson, said the questioning left him confident that he had Justice O’Connor’s crucial vote.

Three months later, the court called for reargument, signaling a 4-to-4 deadlock after Justice O’Connor’s departure. When the 5-to-4 decision was announced in June, the court not only ruled that violations of the knock-and-announce rule do not require the suppression of evidence, but also called into question the exclusionary rule itself.

The shift had taken place. Justice Alito was in the majority.

“My 5-4 loss in Hudson v. Michigan,” Mr. Moran wrote in 2006 in Cato Supreme Court Review, “signals the end of the Fourth Amendment” — protecting against unreasonable searches — “as we know it.”

The departure of Justice O’Connor very likely affected the outcomes in two other contentious areas: abortion and race.

In 2000, the court struck down a Nebraska law banning an abortion procedure by a vote of 5 to 4, with Justice O’Connor in the majority. Seven years later, the court upheld a similar federal law, the Partial-Birth Abortion Act, by the same vote.

“The key to the case was not in the difference in wording between the federal law and the Nebraska act,” Erwin Chemerinsky wrote in 2007 in The Green Bag, a law journal. “It was Justice Alito having replaced Justice O’Connor.”

In 2003, Justice O’Connor wrote the majority opinion in a 5-to-4 decision allowing public universities to take account of race in admissions decisions. And a month before her retirement in 2006, the court refused to hear a case challenging the use of race to achieve integration in public schools.

Almost as soon as she left, the court reversed course. A 2007 decision limited the use of race for such a purpose, also on a 5-to-4 vote.

There were, to be sure, issues on which Justice Kennedy was to the left of Justice O’Connor. In a 5-to-4 decision in 2005 overturning the juvenile death penalty, Justice Kennedy was in the majority and Justice O’Connor was not.

But changing swing justices in 2006 had an unmistakable effect across a broad range of cases. “O’Connor at the end was quite a bit more liberal than Kennedy is now,” Professor Epstein said.

The numbers bear this out.

The Rehnquist court had trended left in its later years, issuing conservative rulings less than half the time in its last two years in divided cases, a phenomenon not seen since 1981. The first term of the Roberts court was a sharp jolt to the right. It issued conservative rulings in 71 percent of divided cases, the highest rate in any year since the beginning of the Warren court in 1953.

Judging by the Numbers

Chief Justice Roberts has not served nearly as long as his three most recent predecessors. The court he leads has been in flux. But five years of data are now available, and they point almost uniformly in one direction: to the right.

Scholars quarrel about some of the methodological choices made by political scientists who assign a conservative or liberal label to Supreme Court decisions and the votes of individual justices. But most of those arguments are at the margins, and the measures are generally accepted in the political science literature.

The leading database, created by Harold J. Spaeth with the support of the National Science Foundation about 20 years ago, has served as the basis for a great deal of empirical research on the contemporary Supreme Court and its members. In the database, votes favoring criminal defendants, unions, people claiming discrimination or violation of their civil rights are, for instance, said to be liberal. Decisions striking down economic regulations and favoring prosecutors, employers and the government are said to be conservative.

About 1 percent of cases have no ideological valence, as in a boundary dispute between two states. And some concern multiple issues or contain ideological cross-currents.

But while it is easy to identify the occasional case for which ideological coding makes no sense, the vast majority fit pretty well. They also tend to align with the votes of the justices usually said to be liberal or conservative.

Still, such coding is a blunt instrument. It does not take account of the precedential and other constraints that are in play or how much a decision moves the law in a conservative or liberal direction. The mix of cases has changed over time. And the database treats every decision, monumental or trivial, as a single unit.

“It’s crazy to count each case as one,” said Frank B. Cross, a law and business professor at the University of Texas. “But the problem of counting each case as one is reduced by the fact that the less-important ones tend to be unanimous.”

Some judges find the entire enterprise offensive.

“Supreme Court justices do not acknowledge that any of their decisions are influenced by ideology rather than by neutral legal analysis,” William M. Landes, an economist at the University of Chicago, and Richard A. Posner, a federal appeals court judge, wrote last year in The Journal of Legal Analysis. But if that were true, they continued, knowing the political party of the president who appointed a given justice would tell you nothing about how the justice was likely to vote in ideologically charged cases.

In fact, the correlation between the political party of appointing presidents and the ideological direction of the rulings of the judges they appoint is quite strong.

Here, too, there are exceptions. Justices Stevens and Souter were appointed by Republican presidents and ended up voting with the court’s liberal wing. But they are gone. If Ms. Kagan wins Senate confirmation, all of the justices on the court may be expected to align themselves across the ideological spectrum in sync with the party of the president who appointed them.

The proposition that the Roberts court is to the right of even the quite conservative courts that preceded it thus seems fairly well established. But it is subject to qualifications.

First, the rightward shift is modest.

Second, the data do not take popular attitudes into account. While the court is quite conservative by historical standards, it is less so by contemporary ones. Public opinion polls suggest that about 30 percent of Americans think the current court is too liberal, and almost half think it is about right.

On given legal issues, too, the court’s decisions are often closely aligned with or more liberal than public opinion, according to studies collected in 2008 in “Public Opinion and Constitutional Controversy” (Oxford University Press).

The public is largely in sync with the court, for instance, in its attitude toward abortion — in favor of a right to abortion but sympathetic to many restrictions on that right.

“Solid majorities want the court to uphold Roe v. Wade and are in favor of abortion rights in the abstract,” one of the studies concluded. “However, equally substantial majorities favor procedural and other restrictions, including waiting periods, parental consent, spousal notification and bans on ‘partial birth’ abortion.”

Similarly, the public is roughly aligned with the court in questioning affirmative action plans that use numerical standards or preferences while approving those that allow race to be considered in less definitive ways.

The Roberts court has not yet decided a major religion case, but the public has not always approved of earlier rulings in this area. For instance, another study in the 2008 book found that “public opinion has remained solidly against the court’s landmark decisions declaring school prayer unconstitutional.”

In some ways, the Roberts court is more cautious than earlier ones. The Rehnquist court struck down about 120 laws, or about six a year, according to an analysis by Professor Epstein. The Roberts court, which on average hears fewer cases than the Rehnquist court did, has struck down fewer laws — 15 in its first five years, or three a year.

It is the ideological direction of the decisions that has changed. When the Rehnquist court struck down laws, it reached a liberal result more than 70 percent of the time. The Roberts court has tilted strongly in the opposite direction, reaching a conservative result 60 percent of the time.

The Rehnquist court overruled 45 precedents over 19 years. Sixty percent of those decisions reached a conservative result. The Roberts court overruled eight precedents in its first five years, a slightly lower annual rate. All but one reached a conservative result.

Voir de plus:

Amy Coney Barrett, choix de la haute cour, est l’héritière de Scalia

CHICAGO – Bien qu’Amy Coney Barrett soit le choix du président pour remplacer la juge Ruth Bader Ginsburg, elle est plus justement décrite comme l’héritière d’un autre juge de la Cour suprême décédé: le héros conservateur Antonin Scalia.Comme Scalia, pour qui elle a déjà été greffière, elle est une catholique romaine engagée et une adepte de son interprétation privilégiée de la Constitution connue sous le nom d’originalisme. Ces qualifications ravissent beaucoup de droite, mais consternent les libéraux qui craignent que ses votes ne conduisent à l’effritement de certaines lois, en particulier la décision Roe v. Wade légalisant l’avortement.

Le président américain Donald Trump a nommé le juge d’appel de la Cour fédérale de South Bend, Indiana, âgé de 48 ans, lors d’une conférence de presse à Rose Garden samedi.

Dans des remarques quelques instants après que Trump l’a nommée, avec son mari et leurs sept enfants à la recherche, Barrett a rendu hommage à Ginsburg.

«Je me souviendrai de qui est venu avant moi», a-t-elle déclaré, citant la carrière de Ginsburg en tant que pionnière des droits des femmes. « Elle a non seulement cassé les plafonds de verre, elle les a brisés. »

Mais Barrett a également souligné à quel point elle est, dans son approche du droit, un opposé polaire à Ginsburg.

Elle a dit de Scalia: « Sa philosophie judiciaire est la mienne aussi. »

Sa nomination place Barrett sur la voie pour aider les conservateurs à dominer la cour pendant des décennies. C’est aussi sûr de dynamiser la base du président que de galvaniser ses ennemis à l’approche du jour du scrutin. Les dirigeants républicains du Sénat ont déclaré qu’ils avaient les voix pour la confirmer cette année, probablement avant les élections de novembre.

Au-delà des élections, l’élévation de Barrett pourrait amener un jugement national sur l’avortement, une question qui divise amèrement de nombreux Américains depuis près d’un demi-siècle. L’idée de renverser ou de vider Roe v. Wade, la décision historique de 1973, a été une question politique animée exploitée par les deux parties.

Ses écrits et discours montrent un engagement envers l’originalisme, un concept qui implique que les juges s’efforcent de déchiffrer les significations originales des textes pour évaluer si les droits d’une personne ont été violés. De nombreux libéraux disent que cette approche est trop rigide et ne permet pas aux conséquences de la Constitution de s’adapter à l’évolution des temps.

Concernant l’avortement, des questions se sont posées sur l’implication de Barrett dans des organisations qui s’y opposent vigoureusement. Mais elle n’a pas dit publiquement qu’elle chercherait, si on lui en donnait la chance, à réduire les droits affirmés par la Haute Cour.

Barrett est juge fédéral depuis 2017, lorsque Trump l’a nommée à la 7th US Circuit Court of Appeals, basée à Chicago. Mais en tant que professeur de droit de longue date à l’Université de Notre-Dame, elle s’était déjà imposée comme une conservatrice fiable dans le moule de Scalia.

Elle a acquis une réputation de commis Scalia à la fin des années 1990 comme brillante et habile à séparer les arguments mal raisonnés. Ara Lovitt, qui travaillait avec elle, a rappelé lors de sa cérémonie d’investiture pour le 7e circuit que Scalia avait fait l’éloge d’elle.

«Amy n’est-elle pas géniale», se souvient Lovitt en disant à Scalia.

Samedi, Barrett a également fait référence à l’étroite amitié entre Ginsburg et son compatriote amateur d’opéra Scalia, affirmant que Ginsburg a montré que les juges peuvent être en désaccord sur les principes « sans rancœur en personne ».

Avant de devenir juge, Barrett a expliqué comment les précédents judiciaires apportent une stabilité bienvenue à la loi. Mais elle semblait laisser la porte ouverte à la possibilité d’en renverser celles sur lesquelles il restait un vif désaccord.

«Une fois qu’un précédent est profondément enraciné», selon un article de 2017 du University of Pennsylvania Journal of Constitution Law, que Barrett a co-écrit, «la Cour n’est plus tenue de se pencher sur la question de l’exactitude du précédent». Mais il a ajouté: « Rien de tout cela ne veut dire qu’un juge ne peut pas tenter de renverser un précédent établi de longue date. Alors que les caractéristiques institutionnelles peuvent entraver cet effort, un juge est libre d’essayer. »

Barrett et son mari, Jesse Barrett, ancien procureur fédéral, sont tous deux diplômés de la faculté de droit Notre-Dame. Leurs sept enfants comprennent deux adoptés d’Haïti et un ayant des besoins spéciaux.

Trump a déclaré samedi que Barrett serait la première femme juge à servir avec de jeunes enfants. En regardant ses enfants au premier rang, la présidente a dit: « Merci d’avoir partagé ta mère. »

Barrett serait la seule juge du tribunal actuel à ne pas avoir obtenu son diplôme en droit d’une école de l’Ivy League. Les huit juges actuels ont tous assisté à Harvard ou à Yale.

Si elle est confirmée, six des neuf juges seront catholiques.

La manière dont ses croyances religieuses pourraient guider ses opinions juridiques est devenue une préoccupation majeure pour certains démocrates lors d’audiences de confirmation meurtrières après la nomination de Barrett au 7ème circuit. Cela a incité les républicains à accuser les démocrates de chercher à imposer un test religieux sur l’aptitude de Barrett à l’emploi.

À Notre-Dame, où Barrett a commencé à enseigner à 30 ans, elle invoquait souvent Dieu dans des articles et des discours. Dans une allocution de 2006, elle a encouragé les étudiants diplômés en droit à voir leur carrière comme un moyen de «bâtir le royaume de Dieu».

Elle a été considérée comme finaliste en 2018 pour la haute cour avant que Trump ne nomme Brett Kavanaugh pour le siège qui a ouvert ses portes lorsque le juge Anthony Kennedy a pris sa retraite. Même certains conservateurs craignaient que son dossier judiciaire clairsemé ne rende trop difficile de prédire comment elle pourrait gouverner, craignant qu’elle pourrait finir comme d’autres conservateurs apparemment qui se sont retrouvés plus modérés.

Trois ans plus tard, son dossier comprend maintenant une centaine d’opinions et de dissensions, dans lesquelles elle a souvent illustré l’influence de Scalia en plongeant profondément dans les détails historiques pour glaner le sens des textes originaux.

Dans une dissidence de 2019 dans une affaire de droits des armes à feu, Barrett a fait valoir qu’une personne reconnue coupable d’un crime non violent ne devrait pas être automatiquement interdite de posséder une arme à feu. Toutes les pages de sa dissidence de 37 pages, sauf quelques-unes, étaient consacrées à l’histoire des lois sur les armes à feu aux 18e et 19e siècles.

Barrett s’est joint à deux reprises à des opinions dissidentes demandant que les décisions liées à l’avortement soient rejetées et répétées par le tribunal au complet. L’année dernière, après qu’un panel de trois juges a bloqué une loi de l’Indiana qui rendrait plus difficile pour les mineurs d’avoir un avortement sans que ses parents en soient avertis, Barrett a voté pour que l’affaire soit répétée par le tribunal.

Les informations financières de Barrett montrent des liens avec un certain nombre de groupes conservateurs. Elle et son mari ont des investissements d’une valeur comprise entre 845000 et 2,8 millions de dollars, selon son rapport de divulgation financière de 2019. Les juges rapportent la valeur de leurs investissements dans les gammes. Leur argent est principalement investi dans des fonds communs de placement.

Lorsqu’elle a été nommée à la cour d’appel en 2017, Barrett a déclaré des actifs d’un peu plus de 2 millions de dollars, y compris sa maison dans l’Indiana d’une valeur de près de 425000 dollars et une hypothèque avec un solde de 175000 dollars.

Au cours des deux années précédentes, Barrett a reçu 4 200 $ en deux versements égaux d’Alliance Defending Freedom, un cabinet d’avocats chrétien conservateur, selon son rapport financier. En 2018 et 2019, elle a participé à 10 événements parrainés par la Federalist Society, qui a payé son transport, ses repas et son hébergement dans plusieurs villes.

Barrett a grandi à la Nouvelle-Orléans et était l’aîné d’un avocat de Shell Oil Co. Elle a obtenu son diplôme de premier cycle en littérature anglaise en 1994 au Rhodes College de Memphis, Tennessee.

Elle a également été commis pour Laurence Silberman pendant un an à la Cour d’appel des États-Unis pour le circuit du district de Columbia. Entre les stages et l’entrée dans le monde universitaire, elle a travaillé de 1999 à 2001 dans un cabinet d’avocats à Washington, Miller, Cassidy, Larroca & Lewin.

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Les rédacteurs d’Associated Press Mark Sherman à Washington et Ryan J. Foley à Iowa City, Iowa, ont contribué à ce rapport.

Amy Coney Barrett, une catholique pratiquante à la Cour suprême

PORTRAIT – Nommée par Donald Trump, cette mère de sept enfants est une juriste respectée. Elle est considérée par des groupes de pression démocrates comme partisane et rétrograde.

Adrien Jaulmes

De notre correspondant aux États-Unis

Amy Coney Barrett, 48 ans, deviendra à son entrée en fonction la plus jeune juge de la Cour suprême. Si sa longévité égale celle de Ruth Bader Ginsburg, elle pourra ainsi siéger pendant quatre décennies dans la plus haute juridiction américaine.

Ses qualités humaines et ses compétences professionnelles ont été unanimement saluées, y compris par des magistrats libéraux. Née en Louisiane, diplômée de l’Université Notre-Dame, où elle a aussi enseigné le droit, Barrett avait été l’une des collaboratrices d’Antonin Scalia, décédé en 2016.

Juriste respectée, elle appartient à la même école que son mentor. «Sa philosophie judiciaire est aussi la mienne», a dit Barrett à l’annonce de sa nomination: «un juge doit appliquer la loi telle qu’elle est écrite. Les juges ne sont pas des décideurs politiques, et ils doivent être résolus à mettre de côté toutes les opinions politiques qu’ils pourraient avoir». Barrett est décrite dans les milieux juridiques comme une juriste rigoureuse et cherchant le compromis plus qu’à imposer des décisions extrêmes.

Mais cette catholique pratiquante, mère de sept enfants, dont deux adoptés en Haïti, et un autre trisomique, est déjà dénoncée par des groupes de pression démocrates comme un juge partisan et rétrograde. Les associations militantes homosexuelles l’attaquent aussi pour son appartenance à un groupe religieux chrétien, Gens de Foi, même si Barrett a expliqué à plusieurs reprises que sa foi ne compromettait pas son travail.

Professeur de droit presque inconnue voici quatre ans, Barrett avait été placée par un conseiller juridique de Trump, lui-même enseignant à Notre-Dame, sur une liste de candidats conservateurs potentiels pour pourvoir des postes de juges. En 2017, sa nomination par Trump à la Cour d’appel de Chicago avait donné lieu à une audition difficile par la commission des affaires judiciaires du Sénat. Des élus démocrates avaient questionné Barrett à propos de sa foi catholique. «Le dogme résonne très fort avec vous», lui avait lancé une sénatrice démocrate, «et c’est un sujet d’inquiétude pour un certain nombre de sujets pour lesquels beaucoup de gens se sont battus dans ce pays».

Trump avait été impressionné par le sang-froid et le calme de Barrett devant ces attaques, et l’avait alors placée dans la liste de candidats possibles à la Cour suprême.

« La Cour encore plus à droite »

En pleine campagne présidentielle, les démocrates ont pour l’instant mis en sourdine leurs critiques sur la foi de Barrett. Ils n’ont pas non plus salué la nomination d’une femme, mettant plutôt en garde contre les positions d’une juge qui s’est déjà prononcée en faveur des restrictions à l’immigration du président Trump et de la protection du droit à porter des armes à feu. Ils craignent aussi que Barrett permette à terme d’annuler la décision historique Roe vs Wade de la Cour suprême, qui avait légalisé l’avortement dans tout le pays en 1973.

Au milieu d’une pandémie, Donald Trump essaye d’imposer la nomination d’un juge qui détruira l’Obamacare

Joe Biden

Les conservateurs espèrent qu’elle contribuera à invalider l’Obamacare, le programme d’assurance-maladie introduit par Barack Obama. «Au milieu d’une pandémie, Donald Trump essaye d’imposer la nomination d’un juge qui détruira l’Obamacare», a commenté Joe Biden. «Nous ne pouvons pas le laisser gagner.»

Kamala Harris, candidate à la vice-présidence de Joe Biden, ancienne procureur et membre de la commission des affaires juridiques du Sénat qui devra auditionner Barrett, a dit être «fermement opposée à cette nomination». «Le successeur choisi par Trump pour remplacer le juge Ginsburg rend les choses claires: ils veulent détruire la loi sur la santé pour tous et annuler Roe. Ce choix va placer la Cour encore plus à droite pour une génération et nuire à des millions d’Américains.»

Voir encore:

Cour suprême: « Les Républicains vont consolider leur majorité »

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le président américain va annoncer dans les jours à venir qui remplacera la juge Ruth Bader Ginsburg, icône de la gauche américaine, à la Cour suprême. Cette nomination devrait renforcer la majorité républicaine, analyse Laurence Nardon.

Laurence Nardon

Laurence Nardon est responsable du programme États-Unis à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Elle a publié Les États-Unis de Trump en 100 questions (Tallandier, 2018)et analyse chaque semaine les enjeux de la campagne présidentielle américaine dans ses podcasts audio «Trump 2020» .


La disparition, samedi 18 septembre, de Ruth Bader Ginsburg, ajoute, si c’était encore possible, un degré d’hystérie à la campagne américaine. Nommée à la Cour suprême par Bill Clinton en 1993, RBG était une juriste de tout premier ordre. Elle était aussi devenue une star pour la gauche américaine, du fait de ses convictions progressistes. Elle était même surnommée «Notorious RBG», en référence au rappeur Notorious BIG.

Son remplacement est une question très importante, du fait du rôle primordial de la Cour suprême (dite SCOTUS pour Supreme Court of the United States) dans le système américain. Séparation des pouvoirs oblige, cette dernière est instituée par le 3ème article de la Constitution, après le Congrès (article 1) et le la présidence (article 2). Une loi de 1869 prévoit qu’elle sera composée de 9 juges. L’article 3 de la constitution prévoit que les juges resteront en poste tant qu’ils ont un «bon comportement» («during good behavior»), ce qui a été interprété jusqu’à présent comme autorisant un mandat à vie.

Depuis l’arrêt Marbury v. Madison de 1803, la Cour est chargée du contrôle de constitutionalité des lois fédérales et des lois des États. Elle est aussi le juge de cassation pour les juridictions fédérales et fédérées. Enfin, elle est le juge des élections, ce qui aura sans doute une grande importance cette année. En effet, compte tenu des difficultés liées au vote par correspondance, on peut s’attendre à de nombreux recours au lendemain du scrutin du 3 novembre.

Par ailleurs, la jurisprudence joue un rôle sans commune mesure avec ce que nous connaissons en France: les Américains ont un système de common law à la britannique, c’est-à-dire un système juridique qui ne repose pas sur un code de lois (comme notre Code civil), mais sur la jurisprudence élaborée par les tribunaux.

C’est donc la Cour qui pose les règles sur de nombreux sujets politiques: respect du droit de vote (Shelby county v. Holder, 2013), financement des campagnes électorales (Citizens united, 2010), répartition des pouvoirs entre États et gouvernement fédéral… Ainsi que sur les questions de société: prière à l’école, avortement (avec l’arrêt Roe v. Wade en 1973), peine de mort, questions d’égalité raciale, droit des homosexuels, application de la loi sur la santé Obamacare… Cette jurisprudence évolue. Par exemple, jusqu’à présent, la Cour a refusé de se saisir d’affaires relatives à la GPA. Les justiciables font donc face à des situations très différentes selon les États. Mais cela pourrait changer avec de prochaines affaires.

La Cour a donc un rôle politique, même si les juges s’en défendent. À partir du New Deal dans les années 1930, la Cour a peu à peu adopté une attitude progressiste. Une longue période d’ «activisme judiciaire» s’est déroulée sous les Chief Justice Earl Warren (de 1953 à 1969) puis Warren Burger ( de 1969 à 1986). Mais le mouvement conservateur américain, de retour à partir des années 1960, avait bien compris que les questions de jurisprudence étaient l’un des terrains sur lesquels il devait combattre. En 1982, des étudiants en droit de Yale fondent la Federalist Society for Law and Public Policy Studies pour former des juges idéologiquement conservateurs et promouvoir leur nomination. Le but étant de «droitiser» les décisions de justice, avec comme objectif principal l’interdiction de l’avortement au niveau fédéral.

Aujourd’hui, les 5 membres conservateurs de la Cour sont ou ont été membres de la Federalist society: le chief justice John Roberts, Samuel Alito, Clarence Thomas, et les deux juges nommés par le président Donald Trump, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh. Et le juge Antonin Scalia avant eux. Ils appuient leur positionnement conservateur sur deux théories du droit: la théorie «textualiste» , qui exige une lecture littérale du texte constitutionnel et la théorie «originaliste» qui veut un retour aux intentions originelles des rédacteurs de la Constitution.

Face à eux, il ne reste que 3 juges progressistes: Steven Breyer, 82 ans, nommé par Bill Clinton, Antonia Sotomayor et Elena Kagan, nommées par Barack Obama. Il faut noter cependant qu’à plusieurs reprises ces dernières années, le chief justice Roberts a voté avec ses pairs progressistes, souhaitant renforcer l’image impartiale de la Cour. C’est pourquoi la nomination d’un sixième juge conservateur est si importante pour les Républicains.

Le processus est bien balisé: les candidats sont nommés par le président, puis auditionnés par la Commission des affaires judiciaires du Sénat. Le Sénat débat et vote enfin la confirmation. Depuis 2017, ce vote n’est plus à la majorité qualifiée, mais à la majorité simple. Plus précisément, la procédure du filibuster, qui exigeait une majorité de 60 sénateurs pour passer au vote a été supprimée. Ce qui tombe bien pour les Républicains, qui ont actuellement une majorité de 53 sénateurs sur 100.

Ainsi, rien n’empêche Trump et le Sénat de nommer un nouveau juge rapidement, peut-être même avant les élections du 3 novembre. Trump devrait annoncer son choix le 25 ou 26 septembre. Les deux noms qui circulent sont ceux d’Amy Barrett, une catholique conservatrice et de Barbara Lagoa, une juge d’origine cubaine. Selon le New York Times, un vote serait possible dès la semaine du 19 octobre. À défaut, les sénateurs républicains pourraient encore voter pendant la période de transition (entre l’élection et l’investiture du 20 janvier).

Une telle rapidité aura sans doute un prix politique. En février 2016, lorsque le juge Antonin Scalia est mort, les sénateurs républicains ont refusé d’examiner la candidature du juge proposée par Obama, Merrick Garland, jugé centriste, car l’élection était trop proche. Aujourd’hui, Mitch McConnell (chef de la majorité au Sénat), Lindsay Graham (sénateur de Caroline du sud et président de la Commission sur les affaires judiciaires) et Ted Cruz (sénateur du Texas) ont retourné leur veste.

Furieux, les Démocrates évoquent l’idée d’augmenter le nombre de juges, comme Franklin D. Roosevelt avait menacé de le faire dans les années 1930. Ils comptent aussi sur la défection de trois ou quatre sénateurs républicains, comme Susan Collins (Maine) et Lisa Murkowski (Alaska), qui ont dit ce week-end qu’elles refuseraient de voter avant les élections. En revanche, Mitt Romney (Utah) a finalement dit qu’il prendrait part au vote dès que possible.

Voir par ailleurs:

Cour suprême: «Des Sages qui défient les pronostics hâtifs»

FIGAROVOX/TRIBUNE – La Cour suprême a un fonctionnement bien plus subtil qu’on ne le croit souvent, argumente Francois-Henri Briard, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation.

Francois-Henri Briard
27 septembre 2020

Francois-Henri Briard est président de l’Institut Vergennes, fondé en 1993 avec le juge à la Cour suprême Antonin Scalia. Il est membre de la Société historique de la Cour suprême des États-Unis d’Amérique.


Alors que le président Donald Trump vient de désigner un possible successeur du juge Ruth Ginsburg en la personne du juge Amy Coney Barrett, qu’il soit permis à un professionnel du droit qui fréquente assidûment cette juridiction depuis près de trente ans, et qui en connaît bien les membres, de remettre un peu d’ordre dans le tumulte actuel, où l’approximation des commentaires le dispute à l’inexactitude.

Tout d’abord, il serait erroné de ne voir dans le choix du président des États-Unis qu’une opération politique. Nul ne conteste que ce type de nomination peut constituer un véritable enjeu de campagne à quelques semaines d’un scrutin présidentiel ; et depuis 1790, année au cours de laquelle la Cour suprême a statué pour la première fois, les nominations de ces grands juges figurent traditionnellement au nombre des mesures majeures des présidents lorsqu’il s’agit de dresser un bilan de leur action. Pour autant, ces nominations, réalisées en application de l’article II de la Constitution fédérale, ne présentent pas en elles-mêmes une nature politique.

Républicain ou démocrate, le président est entouré de conseils avisés émanant du White House Counsel, du ministère de la Justice, de parlementaires, de cercles de réflexion et d’anciens membres de la Cour, qui s’attachent d’abord aux compétences juridiques et à l’itinéraire professionnel du candidat. Ce sont les qualifications qui font l’essentiel d’un choix mûrement réfléchi ; si des préférences sont exprimées, elles ne relèveront que de la «judicial philosophy» du candidat, et en aucun cas de considérations partisanes.

Une fois la confirmation sénatoriale et la prise de fonctions réalisées, l’opposition rituelle faite entre progressistes et conservateurs au sein de la Cour procède d’une vision encore plus réductrice. Les hommes et les femmes qui composent cette juridiction sont des juristes de haut niveau, dotés d’un véritable esprit critique et d’une vaste culture ; tous ont eu une activité d’avocat ou une pratique académique leur conférant une bonne connaissance de la vie économique et sociale et ont été juges fédéraux, sans engagement politique préalable. Ils sont nommés à vie et acceptent cette mission non pas pour être le bras séculier d’un parti ou d’une idéologie mais pour veiller sur la Constitution, l’interpréter et résoudre des problématiques juridiques, y compris en matière électorale.

Les membres de la Cour suprême des États-Unis ne sont pas des juges de droite ou de gauche, ni des juges «fiables» ou «imprévisibles» ; ce sont des juges, au plus haut sens du terme. C’est faire insulte à ces esprits rigoureux, indépendants et impartiaux que de vouloir les enfermer dans des catégories ou des étiquettes préétablies. Quelles que soient les conditions de leur nomination et de leur confirmation, ces juges se tiennent toujours prudemment éloignés de ce qu’Antonin Scalia, dont la haute stature intellectuelle a dominé la jurisprudence de la Cour pendant près de trente ans et mentor du juge Barrett, appelait le «cirque politique et médiatique».

Il faut avoir vu de près et concrètement, dans le secret de la Cour, le minutieux processus d’instruction contradictoire des 80 affaires jugées chaque année et le soin apporté à l’examen des questions posées pour mesurer combien les considérations politiques sont éloignées du monde de leurs délibérations. Il existe bien sûr des lignes de partage, des positions et des inclinations. Mais celles-ci sont souvent liées à la mise en œuvre des méthodes d’interprétation de la Constitution. Un juge «originaliste», qui intègre le sens initial des normes constitutionnelles, pourra ne pas avoir la même lecture qu’un autre juge qui est partisan d’une approche plus «vivante», selon les termes de Stephen Breyer.

Ces préférences sont indépendantes des options politiques ou sociétales. Le juge Neil Gorsuch, nommé par le président Donald Trump et réputé dans l’opinion comme étant conservateur, en a récemment donné une illustration éclatante dans l’affaire de la discrimination sexuelle au travail ; son textualisme l’a conduit à prendre une position LGBT que nul n’attendait. Et les exemples foisonnent de membres de la Cour qui, au cours de l’histoire de cette juridiction, ont surpris par leurs prises de position, alors que leur désignation initiale aurait pu laisser penser qu’ils adopteraient un point de vue inverse: Earl Warren et William Brennan, nommés par le président Eisenhower, Sandra Day O’Connor et Anthony Kennedy, désignés parle président Reagan, Harry Blackmun nommé par le président Nixon et rapporteur de la célèbre affaire Roe v. Wade (qui, en 1973, a autorisé l’IVG dans l’ensemble des États-Unis, NDLR), ont étonné plus d’un observateur par leurs votes dans des dossiers parfois majeurs où chacun leur prêtait une position contraire, guidée par les préjugés habituels. Le Chief Justice John G. Roberts, nommé par le président Bush, a déconcerté les ténors du Parti républicain dans plusieurs grands dossiers par ses positions vues comme «libérales» (c’est-à-dire, aux États-Unis, «de gauche», NDLR).

Pourquoi un tel décalage entre le mythe et la réalité? Tout simplement parce qu’il existe chez les membres de la Cour suprême des États-Unis une réalité invisible qui est plus forte que toute autre considération: une véritable éthique d’indépendance qui force le respect et le sens de l’appartenance à une communauté professionnelle qui se nourrit d’honnêteté intellectuelle, de liberté d’esprit, de culture juridique, de rigueur d’analyse et de respect pour l’opinion de l’autre.

Cette appartenance à la communauté des juristes était si forte en ce qui concerne Ruth Ginsburg que son meilleur ami à la Cour était son collègue Antonin Scalia, pourtant réputé pour ses opinions regardées comme ultraconservatrices. Tous deux partageaient, outre le même goût pour le chant lyrique, la vie spirituelle et les réveillons de la Saint-Sylvestre, une même passion de l’indépendance, du droit et de la discussion juridique.

Dans son ouvrage De la démocratie en Amérique qu’il ne faut jamais cesser de relire, et qui se trouve dans tous les bureaux des membres de la Cour suprême des États-Unis, notre compatriote Alexis de Tocqueville écrivait qu’«aucune nation au monde n’a constitué le pouvoir judiciaire de la même manière que les Américains». Puissions-nous demeurer des observateurs attentifs, respectueux et éclairés de cette institution unique, pour le plus grand bien du lien transatlantique.

Voir aussi:

Cour suprême: « Pourquoi neuf juges ont le dernier mot sur toutes les questions qui divisent l’Amérique »

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le respect scrupuleux du droit est au cœur de la culture politique américaine. Et aucun autre pays n’accorde une telle place au contrôle de conformité des lois à la Constitution, explique l’historien Ran Halévi.

Ran Halévi

Ran Halévi est directeur de recherche au CNRS et professeur au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond-Aron.


C’était prévisible: la désignation d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême ouvre un épisode de plus dans la guerre culturelle qui déchire la société américaine — après le procès en destitution du président, les polémiques sur la crise sanitaire et l’exacerbation des tensions raciales.

La détermination de Donald Trump, moins de six semaines avant l’élection présidentielle, à pressentir cette brillante juriste au pedigree impeccable n’avait rien d’improvisé. Elle renvoie autant à des considérations électorales qu’à des raisons politiques. L’ego surdimensionné du président y joue aussi sa part: si le Sénat confirmait cette nomination, M. Trump aura été le premier président à faire entrer à la Cour suprême, en un seul mandat, trois magistrats de son choix. Et cette fois-ci, ce serait un juge conservateur qui succéderait non pas à un autre juge conservateur mais à une icône de la gauche «libérale», en modifiant au passage l’équilibre «politique» de la Cour (six conservateurs contre trois «libéraux»). Sans doute espère-t-il qu’en cas de contestation du scrutin présidentiel, une Cour ainsi composée saura le ménager…

Dans l’immédiat, M. Trump entend détourner le thème central de cette campagne, que les démocrates exploitent avec méthode: sa gestion calamiteuse de l’épidémie du Covid-19 et ses conséquences catastrophiques pour des millions d’Américains. Les sondages, pourtant, semblent désavouer ses attentes. Quelque 57 % des électeurs contre 38 % souhaitent que la nomination à la Cour suprême revienne au président et au Sénat élus le 3 novembre prochain. Et parmi les enjeux de ces élections, la succession à la Cour suprême figure bonne dernière (11 %), après l’économie (25 %), la crise sanitaire (17 %), le système de santé (15 %) et la sécurité (12 %).

Enfin, le choix de faire passer en force la confirmation de Mme Coney Barrett a beau galvaniser les partisans du président, il risque de mobiliser surtout les électeurs démocrates, d’aliéner le vote des femmes diplômées, mais aussi de mettre en péril la réélection de plusieurs sénateurs républicains en position vulnérable. D’ailleurs, le seul résultat tangible à ce jour de l’initiative présidentielle aura été de faire exploser le montant des dons individuels aux candidats démocrates.

Si l’initiative de M. Trump soulève une telle tempête, c’est qu’elle touche au rôle suréminent qui est dévolu au droit – et aux juges – dans la culture politique américaine. L’esprit légaliste constitue depuis le temps lointain des Pères pèlerins la source de toute légitimité. C’est le droit, plus encore que la souveraineté, qu’invoque la Déclaration d’indépendance. La Constitution de 1787 reconnaîtra aux juristes une place qu’ils n’occupent nulle part ailleurs. Tocqueville, en interrogeant les caractères originaux de la jeune démocratie américaine, fait cette observation qui n’a pas pris une ride: «Il n’est presque pas de question politique qui ne se résolve tôt ou tard en question judiciaire.»

C’est à la Cour suprême, non au législateur, qu’il revient d’interpréter l’esprit des lois sur les matières qui lui sont déférées. C’est elle, non le Congrès, qui s’est prononcée sur l’abolition de l’esclavage, le démantèlement de la ségrégation, le droit à l’avortement ou le mariage homosexuel. Or, depuis quelques décennies, l’activisme judiciaire impulsé par des juges «libéraux» («de gauche», NDLR) a amené la Cour, toujours au nom de la Constitution, à créer des droits et à prononcer des arrêts qui réglaient la vie publique et les conduites individuelles sans l’aveu du législateur. C’est cette dérive légaliste que contestaient les conservateurs: le rôle des juges est d’appliquer et de punir les infractions à la loi, non de légiférer ; et les questions que la Constitution laisse incertaines doivent être tranchées par les élus du peuple, argumentent-ils.

D’où l’importance capitale que républicains et démocrates accordent à la désignation des magistrats d’une Cour suprême devenue l’enjeu – et l’arbitre – de la guerre civile qui les oppose. Les premiers redoutent une offensive progressiste pour étendre indéfiniment le domaine des droits individuels. Les seconds présagent une atteinte des conservateurs aux lois sur l’avortement, les droits des minorités, les immigrés, la discrimination positive et, dans l’immédiat, à la réforme de santé du président Obama.

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, entend engager sans tarder la confirmation de Mme Coney Barrett. Le processus pourrait se poursuivre jusqu’à la prise de fonction du prochain président, même si les républicains auront perdu et la Maison-Blanche et la majorité au Sénat. Les démocrates n’y peuvent rien, puisque la Constitution l’autorise. Les deux camps agitent les principes et invoquent des précédents. Les démocrates rappellent qu’en 2016, le même M. McConnell a refusé de mettre à l’ordre du jour la confirmation d’un juge pressenti à la Cour suprême par M. Obama, au motif qu’une telle nomination n’était pas légitime à neuf mois d’une élection présidentielle. Aujourd’hui, à moins de six semaines du scrutin, il trouve la chose parfaitement recommandable, à coups d’arguments passablement spécieux.

Si l’on estime qu’un président en fin de mandat ne saurait nommer à la Cour suprême, M. Trump est encore moins fondé à le faire que son prédécesseur.

Mais les républicains n’ont pas tort de soutenir qu’en pareille situation les démocrates se seraient conduits comme eux, en exploitant à leur avantage leur supériorité numérique. Il suffit de rappeler les manœuvres délétères qu’ils ont employées il y a deux ans pour saboter la nomination du juge Kavanaugh.

La vérité est que démocrates et républicains, depuis longtemps déjà, font primer la loi du nombre sur l’esprit des institutions et le souci du bien commun. Ils usent sans vergogne, toujours habillés d’un riche appareil casuistique, du pouvoir considérable que leur procure en alternance le suffrage universel. L’Amérique est devenue une démocratie purement majoritaire. Tocqueville le voyait déjà venir dans ses réflexions fameuses sur la tyrannie de la majorité. «Je regarde comme impie et détestable cette maxime qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire.»

Voir enfin:

President Trump announced Saturday afternoon that he would nominate Judge Amy Coney Barrett to the Supreme Court, setting off a politically explosive scramble to confirm a deeply conservative jurist before Election Day.

The following are her remarks, as transcribed by The New York Times.

JUDGE AMY CONEY BARRETT: Thank you. Thank you very much, Mr. President. I am deeply honored by the confidence that you have placed in me. And I am so grateful, to you and the first lady, to the vice president and the second lady, and to so many others here for your kindness on this rather overwhelming occasion. I fully understand that this is a momentous decision for a president. And if the Senate does me the honor of confirming me, I pledge to discharge the responsibilities of this job to the very best of my ability. I love the United States, and I love the United States Constitution. I am truly humbled by the prospect of serving on the Supreme Court. Should I be confirmed, I will be mindful of who came before me.

The flag of the United States is still flying at half-staff, in memory of Justice Ruth Bader Ginsburg, to mark the end of a great American life. Justice Ginsburg began her career at a time when women were not welcome in the legal profession. But she not only broke glass ceilings, she smashed them. For that, she has won the admiration of women across the country, and indeed, all over the world. She was a woman of enormous talent and consequence, and her life of public service serves as an example to us all.

Particularly poignant to me was her long and deep friendship with Justice Antonin Scalia, my own mentor. Justices Scalia and Ginsburg disagreed fiercely in print without rancor in person. Their ability to maintain a warm and rich friendship despite their differences even inspired an opera. These two great Americans demonstrated that arguments, even about matters of great consequence, need not destroy affection.

In both my personal and professional relationships, I strive to meet that standard. I was lucky enough to clerk for Justice Scalia. And given his incalculable influence on my life, I am very moved to have members of the Scalia family here today, including his dear wife, Maureen. I clerked for Justice Scalia more than 20 years ago, but the lessons I learned still resonate. His judicial philosophy is mine, too. A judge must apply the law as written. Judges are not policymakers, and they must be resolute in setting aside any policy views they might hold.

The president has asked me to become the ninth justice, and as it happens I am used to being in a group of nine — my family. Our family includes me; my husband, Jesse; Emma; Vivian; Tess; John Peter; Liam; Juliet; and Benjamin. Vivian and John Peter, as the president said, were born in Haiti, and they came to us five years apart, when they were very young. And the most revealing fact about Benjamin, our youngest, is that his brothers and sisters unreservedly identity him as their favorite sibling.

Our children obviously make our life very full. While I am a judge, I’m better known back home as a room parent, car pool driver and birthday party planner. When schools went remote last spring, I tried on another hat. Jesse and I became co-principals of the Barrett e-learning academy. And yes, the list of enrolled students was a very long one. Our children are my greatest joy, even though they deprive me of any reasonable amount of sleep.

I could not manage this very full life without the unwavering support of my husband, Jesse. At the start of our marriage, I imagined that we would run our household as partners. As it has turned out, Jesse does far more than his share of the work. To my chagrin, I learned at dinner recently that my children consider him to be the better cook. For 21 years, Jesse has asked me every single morning what he can do for me that day. And though I almost always say, “Nothing,” he still finds ways to take things off my plate. And that’s not because he has a lot of free time. He has a busy law practice. It is because he is a superb and generous husband, and I am very fortunate.

Jesse and I have a life full of relationships, not only with our children, but with siblings, friends and fearless babysitters, one of whom is with us today. I’m particularly grateful to my parents, Mike and Linda Coney. I spent the bulk of — I have spent the bulk of my adulthood as a Midwesterner, but I grew up in their New Orleans home. And as my brother and sisters can also attest, Mom and Dad’s generosity extends not only to us, but to more people than any of us could count. They are an inspiration. It is important, at a moment like this, to acknowledge family and friends.

But this evening, I also want to acknowledge you, my fellow Americans. The president has nominated me to serve on the United States Supreme Court, and that institution belongs to all of us. If confirmed, I would not assume that role for the sake of those in my own circle and certainly not for my own sake. I would assume this role to serve you. I would discharge the judicial oath, which requires me to administer justice without respect to persons, do equal right to the poor and rich, and faithfully and impartially discharge my duties under the United States Constitution.

I have no illusions that the road ahead of me will be easy, either for the short term or the long haul. I never imagined that I would find myself in this position. But now that I am, I assure you that I will meet the challenge with both humility and courage. Members of the United States Senate, I look forward to working with you during the confirmation process. And I will do my very best to demonstrate that I am worthy of your support.

Thank you


Covid-19: Ralliez-vous à mon panache blanc ! (The coronavirus crisis has shown the limits of brio in a French high administration and political class where scientific culture cruelly shines by its absence)

18 septembre, 2020

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Agnes C. Poirier on Twitter: "Great double issue of #Marianne ...on French # panache… "The dogs bark, but the dove of peace flies on

 Benjamin Netanyahu a parlé d’une « nouvelle ère » entre Israël et les pays arabes et appelé les voisins des EAU à suivre le même chemin. Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York TimesDemocrats attacked for cultural appropriation, publicity stunt after Kente cloth kneeling - Tampa Dispatch

Une nation fatiguée de longs débats consent volontiers qu’on la dupe, pourvu qu’on la repose.Tocqueville
Pour un colonel en retraite qui, avec brio, a commandé un régiment devant l’ennemi, rien n’est plus démoralisant ni plus déprimant que de se voir réduit à commander une choucroute avec un demi dans une brasserie. Pierre Dac
La grande histoire du panache français Au fil de notre histoire, beaucoup de femmes et d’hommes, réels ou fictifs, ont incarné le brio à la française. Le courage, le sens de l’honneur et l’élégance ne leur ont jamais fait défaut. « Marianne » leur consacre son numéro double de fin d’année, disponible en kiosques du 21 décembre au 4 janvier. Marianne
Il est tout à fait naturel qu’on ressente la nostalgie de ce qui était l’Empire, tout comme on peut regretter la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages. Mais, quoi ? Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités. Charles de Gaulle (1960)
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (Paris, automne 2001)
Je ne le regarde pas et je conseille vivement à l’ensemble des responsables européens de ne même pas ouvrir ce dossier pour une raison simple, on n’achète pas l’indépendance d’un peuple, on n’achète pas la dignité d’un peuple, 50 milliards pourquoi faire, pour fermer sa gueule et accepter d’être dépouillé de ses droits, c’est ignoble. Dominique de Villepin (25.06.2019)
Il n’y aura pas de paix séparée entre Israël et le monde arabe. Je veux que cela soit très clair avec vous tous. J’ai entendu plusieurs politiciens de premier plan en Israël dire parfois: ‘Eh bien, le monde arabe est dans un endroit différent maintenant Nous devons juste leur tendre la main. Nous pouvons travailler certaines choses avec le monde arabe et nous traiterons avec les Palestiniens. Non, non et non. Je peux vous dire que, comme l’ont confirmé les conversations que j’ai eues avec des dirigeants de la communauté arabe la semaine dernière, il n’y aura pas de paix avancée et séparée avec le monde arabe sans le processus palestinien et la Paix palestinienne. Tout le monde doit comprendre cela. C’est une dure réalité. John Kerry
« Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités », a dit Charles de Gaulle. Cette maxime guide la politique des États-Unis à l’égard de la République islamique d’Iran. Nous reconnaissons ce régime pour ce qu’il est: le premier État commanditaire du terrorisme au monde et la principale source d’instabilité au Moyen-Orient. (…) Malheureusement, la France refuse de désigner l’ensemble du Hezbollah comme une organisation terroriste, comme l’ont fait d’autres pays européens, et freine les progrès de l’Union européenne dans ce sens. Au lieu de cela, Paris s’en tient à cette fiction qu’il existe une «aile politique» du Hezbollah, alors que celui-ci est entièrement contrôlé par un seul terroriste, Hassan Nasrallah. Je partage la frustration des vingt-sept personnalités publiques françaises qui, dans une tribune collective publiée dans Le Figaro , ont récemment appelé la France à adopter cette désignation. (…) Les calculs politiques entrent également en jeu dans les prises de position de l’Europe, où plusieurs dirigeants refusent d’agir avant l’issue de la prochaine élection présidentielle américaine. Cette manœuvre cynique considère les mutilations et les massacres commis par l’Iran comme des dommages collatéraux acceptables, et estime que Washington, ce qui est regrettable, est plus dangereux pour le monde que Téhéran. Je me demande si les habitants de Beyrouth, de Riyad ou de Jérusalem, les villes les plus exposées à l’Iran, seraient d’accord. Comment est-il possible que la France vote contre l’embargo sur les armes, et que la semaine suivante le président Macron rencontre un haut représentant du Hezbollah à Beyrouth? (…)  Le scepticisme manifesté par de nombreux dirigeants français à l’égard de l’accord durant les négociations semble aujourd’hui plus justifié que jamais. Mike Pompeo (2020)
Cinq minutes pour comprendre l’accord « historique » entre Israël et les Emirats arabes unis Le Parisien
Nous sommes en guerre. J’appelle tous les acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs, tous les Français à s’inscrire dans cette union nationale qui a permis à notre pays de surmonter tant de crises par le passé. Nous sommes en guerre et la Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là. Nous leur devons, des masques, du gel, tout le matériel nécessaire. Et nous y veillons et y veillerons. (…) Nous sommes en guerre, oui. Le pays accompagnera dans cette période les régions les plus touchées aujourd’hui, comme celles qui le seront demain. A ce titre, je veux assurer les habitants, les personnels soignants du Grand-Est que nous serons au rendez-vous pour les appuyer face à l’afflux de patients et à la saturation des hôpitaux. Je sais ce qu’ils vivent depuis des jours et des jours. Nous sommes avec eux. J’ai décidé pour cela qu’un hôpital de campagne du service de santé des armées serait déployé dans les jours à venir en Alsace. Les armées apporteront aussi leur concours pour déplacer les malades des régions les plus affectées et ainsi réduire la congestion des hôpitaux de certains territoires. Nous sommes en guerre. Aussi, comme je vous l’ai dit jeudi, pour nous protéger et contenir la dissémination du virus, mais aussi préserver nos systèmes de soins, nous avons pris ce matin, entre Européens, une décision commune. Dès demain midi, les frontières à l’entrée de l’Union européenne et de l’espace Schengen seront fermées. Concrètement, tous les voyages entre les pays non européens et l’Union européenne seront suspendus pendant trente jours. (…) Mes chers compatriotes, en étant unis, solidaires, je vous demande d’être responsables tous ensemble et de ne céder à aucune panique, d’accepter ces contraintes, de les porter, de les expliquer, de vous les appliquer à vous-mêmes. Nous nous les appliquerons tous, il n’y aura pas de passe-droits. Mais là aussi de ne céder ni à la panique ni au désordre. Nous gagnerons, mais cette période nous aura beaucoup appris. Beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. Ne nous laissons pas impressionner, agissons avec force, mais retenons cela, le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour aux jours d’avant. Nous serons plus forts moralement. Nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes conséquences, toutes les conséquences. Hissons-nous, individuellement et collectivement, à la hauteur du moment. Je sais, mes chers compatriotes, pouvoir compter sur vous. Vive la République ! Vive la France ! Emmanuel Macron
Je salue la décision courageuse des Émirats arabes unis et souhaite qu’elle contribue à l’établissement d’une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. Je l’ai dit au Président Trump, au Premier ministre Netanyahou et au Prince héritier Mohamed bin Zayed. Emmanuel Macron
Je me suis entretenu avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Je lui ai dit ma détermination à oeuvrer pour la paix au Proche-Orient. La reprise des négociations pour parvenir à une solution juste et respectueuse du droit international reste une priorité. Emmanuel Macron
Les manifestations ne sont pas (autorisées) dans les faits car il y a un décret du premier ministre dans le cadre de la deuxième phase du déconfinement qui interdit les rassemblements de plus de dix personnes. Mais je crois que l’émotion mondiale, qui est une émotion saine sur ce sujet, dépasse au fond les règles juridiques qui s’appliquent. Il n’y aura pas de sanction et de procès-verbal. Nous ne souhaitons pas réaffirmer l’interdiction qui est de droit, qui est de fait. Je sais que ceux qui vont ne considèrent pas, dans leur très grande majorité, qu’il y a une police raciste, antisémite ou homophobe», a souligné le ministre qui voit avant tout dans ces rassemblements un «combat contre le racisme. Je crois que la politique est faite de symbole. Si ce symbole [poser un genou à terre] est utile pour combattre le racisme, je serai particulièrement à l’aise de le faire. François Castaner
[Je n’exclus pas que] ce qui se passe en France [aujourd’hui] s’y produise dans un mois. (…) Le modèle suédois, basé sur des mesures moins drastiques qu’ailleurs, mais qui restent les mêmes et s’inscrivent dans la durée, commence à fonctionner. Les dispositifs un peu moins drastiques prennent plus de temps à agir. Peut-être aussi que nous avions une telle propagation du virus qu’il a fallu attendre avant de voir une réponse importante aux mesures que nous avions mis en place dans les régions les plus touchées par le virus, celle de Stockholm et de Göteborg. Le virus ne va pas disparaître. A l’avenir, il sera sans doute plus facile à gérer, notamment quand nous aurons un vaccin. Mais nous allons devoir vivre longtemps avec et il est important que les mesures que nous prenons fonctionnent sur le long terme, sans avoir de conséquences trop négatives sur d’autres aspects de la santé. (…) [Quant au masque] Garder ses distances est bien plus important [mais je n’exclus pas] pour une courte période, dans un endroit spécifique, si les cas augmentent et que les mesures habituelles ne fonctionnent pas. [Mais] on voit bien que dans les pays qui l’ont rendu obligatoire, les contaminations ne baissent pas de façon drastique. Anders Tegnell
Notre stratégie repose sur une relation de confiance entre les autorités et les citoyens. Plutôt que de donner des ordres ou de pointer du doigt, nous faisons des recommandations, mais c’est à eux d’agir, sur la base des informations que nous leur fournissons. Et même si tous ne suivent pas les recommandations en permanence, la plupart des Suédois ont changé leur comportement. Dan Eliasson
On voit une augmentation en Europe et en France de sujets positifs, je ne parle pas de malades, et cette pente est quinze fois plus faible qu’en mars. (…) Le nombre de décès ne réaugmente pas de manière significative alors qu’on nous le promet tous les quinze jours depuis le début du mois d’avril. En France, la réaugmentation que l’on perçoit a une pente 300 fois inférieure à celle du tsunami du mois de mars (…) [En Europe] nous sommes depuis début juillet entre 200 et 250 décès par jour sans augmentation, alors que nous étions à 5.000 décès mi-avril. Il n’y a aucune réaugmentation significative par rapport à l’ensemble des données européennes (…). Il y a eu une seule vague, celle de mars-avril qui a augmenté à peu près 115.000 décès surnuméraires par rapport à 2019 et 2018 sur l’ensemble des pays européens. Sur les 30.000 décès [attribués au Covid], il faut voir que l’excès de mortalité en France n’est compris qu’entre 12.000 et 15.000 par rapport aux autres années. (…) L’institut national des études démographiques divise par deux le nombre total de décès attribués actuellement au Covid, on n’est pas à 30.000 décès, on est à 12.000 à 15.000 décès supplémentaires. En réalité, le confinement est un instrument sociétal majeur, c’est la seule arme de destruction massive qui a été utlisée au 21ème siècle puisque c’est la seule qui a concerné quasiment la moitié de l’humanité. (…) Les conséquences socio-économiques qui vont maintenant se dégager vont concerner non pas les conseillers qui sont assis sur leurs certitudes, mais les jeunes générations qui vont devoir ramer. (…) Et quand on n’est pas capable d’assumer ces conséquences, alors on continue à faire croire à une crise sanitaire qui n’est plus présente. Pr Jean-François Toussaint
Tout le monde s’est mis à s’intéresser aux débats! (…) Les gens ne sont pas contre les migrants, mais nous voulons un processus légal. On n’a pas le droit d’avoir une opinion. On est tout de suite des nazis, des déplorables non éduqués… C’est franchement la raison pour laquelle Donald Trump a été élu. Les gens en ont marre d’être méprisés. Ils ne cessent de l’attaquer, quoiqu’il fasse. Nous appelons ça le syndrome de dérangement trumpien. Il ne fait «que se défendre» et j’adore ses tweets« parce qu’ils lui permettent de contourner le mur médiatique. Nous, les partisans de Trump, ne prenons pas ses paroles de manière littérale. Il faut regarder ses actes. Mais la presse, elle, s’attache à chaque mot. Elle ne comprend pas son humour! Les enfants ne peuvent même plus porter un costume de Halloween en se peignant le visage en noir sans être soupçonnés de racisme… C’est comme ce mouvement #MeToo. Ça va trop loin. On a tous des maris, des fils, voudrions-nous les voir accusés sans preuves? (…) C’est la première fois que je peux imaginer comment la guerre civile a commencé en Amérique. Les passions sont tellement fortes. Lynette Vilano (activiste républicaine de Pennsylvanie)
Depuis le premier jour, ils ne lui donnent aucune chance. Alors nous n’écoutons plus. Lynette Vilano
Bien sûr, il y a le Covid, les 200.000 morts, les masques, le virus qui continue de courir, les frontières fermées, le business qui souffre. Toutes ces circonstances qui font de l’élection qui approche un défi gigantesque pour le président sortant. Mais pour l’essentiel, la musique de fond de cette drôle de campagne 2020, où les démocrates mobilisent en ligne pour montrer qu’ils sont «responsables» et «respectueux des experts», tandis que Trump s’en va en chair et en os chez ses électeurs pour leur dire que l’Amérique est vivante et «toujours grande», ressemble à s’y tromper à celle de 2016: pour ou contre Trump, jusqu’à la caricature. D’un côté, une polyphonie orchestrée par tout ce que l’élite compte de sommités monte au créneau, avec tambours et trompettes médiatiques, pour affirmer que le président est «inapte à gouverner». De l’autre, les chœurs du peuple trumpien scandent «quatre ans de plus» sans prêter la moindre attention à la cascade de livres et de révélations censés accabler leur héros. Du coup, le pays vit en schizophrène, dans deux salles de «concert électoral» qui ne communiquent pas, comme c’est le cas depuis quatre ans. Dans la première – journaux, télés, Twitter – on parle des dernières révélations du livre Rage du journaliste Bob Woodward, ancien «tombeur de Nixon». Il est sorti de ses 17 conversations avec le président «effaré», notamment après que ce dernier lui ait confié avoir «sous-estimé» publiquement la dangerosité du Covid, parce qu’il ne voulait pas semer la panique. Preuve de son incapacité et de son amoralité, dénoncent les éditorialistes. «Un mélange de couard, raciste, menteur, frimeur, narcisse, arnaqueur et vantard», écrit notamment Roger Cohen à la une du New York Times. Mais cette propension à diaboliser Trump pourrait paradoxalement s’avérer contre-productive, les démocrates donnant le sentiment de n’avoir tiré aucune leçon de l’échec essuyé en 2016. Pour l’instant, l’essentiel des analystes parient toujours sur Joe Biden. La plus singulière surprise de 2020 est en effet que, malgré le Covid, les ratages, les innombrables défauts de Trump, et les grincements de dents de l’élite, il continue de porter les espoirs de quelque 45 % de la population! Les démocrates s’acharnent sur l’homme. Mais lui chevauche une colère réelle qui ne passe pas. C’est ainsi que dans les provinces profondes, personne ou presque ne prête attention à la charge de la cavalerie antitrumpiste. (…) Même le fait que Trump ait fait la paix entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn, n’a été pas mis à son crédit, regrette l’activiste, qui affirme que «CNN a totalement sous-couvert» la percée diplomatique car elle ne colle pas à leur discours sur le désastre de sa politique étrangère. Lynette Vilano affirme que le soutien à Trump dans son comté, «ne cesse de grandir» et que «de nombreux démocrates continuent de migrer vers le Parti républicain». Comme en 2016. Un constat intéressant mais qui reste à l’échelle locale, se hâte-t-elle de dire. Pour l’instant, l’essentiel des analystes parient toujours sur Joe Biden qui, selon la militante républicaine, ressemble à son mari «quand il s’est mis à vieillir et à ne plus trop s’orienter». Mais les sondages se resserrent. Les débats seront sans doute déterminants. Laure Mandeville
Quand Emmanuel Macron dramatisait les enjeux et en appelait à l’union nationale, Angela Merkel emportait la conviction en expliquant aux Allemands comment agir pour ralentir la progression du virus. La crise sanitaire a montré que la capacité d’analyse, la rigueur et la pédagogie sont des qualités plus utiles que le brio. C’est une leçon dont nous devrons nous souvenir. Annick Steta

Derrière le brio des formules, la démission du politique !

Fiasco du confinement aveugle, économie dévastée, ensauvagement de la population, immigration hors de contrôle, ingérence au Liban, collusion avec des Etats et mouvements terroristes, refus de soutenir ses alliés …

A l’heure où après la relative insouciance de l’été …

La psychose, entre annonces catastrophistes et obligation aussi liberticide qu’inepte du masque en extérieur, a repris à tous les étages …

Où après deux mois de restriction sévèrement sanctionnée des libertés de mouvement, réunion et  manifestation, l’on a vu un ministre de l’Intérieur renoncer publiquement, au nom s’il vous plait de l’émotion, à sa mission de maintien de l’ordre face à des mouvements racialistes …

Et où l’on découvre qu’un président français qui avait avait pris des airs si martiaux au début de la crise sanitaire et avait au Liban même appelé à un réveil du peuple libanais …

Avait au même moment eu un rendez-vous secret avec le mouvement terroriste du Hezbollah et, à l’instar de la presse hexagonale,  a réduit au service minimum sa réaction à l’accord proprement historique entre Israël et plusieurs pays arabes …

Pendant que fatiguée par les effets conjugués du virus chinois et du chaos générés par les racialistes de Black lives matter de l’autre côté de l’Atlantique, une Amérique semble tentée par la non-candidature d’un vieux gâteux à la limite de la sénilité et son parti de génuflecteurs

Comment ne pas voir avec ce début de bilan de l’épidémie …

Dans le dernier numéro de la Revue des deux mondes

Derrière le panache si facile et si français des formules …

Non seulement les limites du brio en une haute administration et une classe politique françaises où la culture scientifique brille cruellement par son absence …

Mais la véritable démission et l’épuisement de tout un système politique …

Et peut-être même d’une nation ou d’un Occident tout entier ?

Annick Steta
Revue des deux mondes
septembre 2020

Il est encore trop tôt pour faire le bilan de la pandémie de Covid-19. Nul ne peut exclure qu’une nouvelle vague de contaminations se produise à l’automne. Peut-être même devrons-nous apprendre à vivre avec le SARS-CoV-2 jusqu’à ce que ce virus disparaisse. Le temps n’est pas non plus venu d’établir la responsabilité individuelle des dirigeants politiques et administratifs français dans la réponse apportée à une crise sanitaire d’une brutalité et d’une gravité inédites depuis l’émergence de la grippe espagnole(… Mais il est impossible de nier que cette réponse a été tardive et qu’elle a manqué de pertinence durant les premières semaines de la pandémie, c’est-à-dire au stade où les mesures destinées à casser les chaînes de transmission d’un virus sont les plus efficaces. D’autres pays ont réagi dès que la République populaire de Chine a confirmé, le 31 décembre 2019, l’existence de douzaines de cas graves de pneumonie d’origine inconnue à Wuhan, la capitale de la province du Hubei. La République de Chine (Taïwan) a affirmé avoir soulevé le jour même auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – dont elle n’est pas membre en raison de l’opposition de Pékin – la possibilité d’une transmission interhumaine de l’agent pathogène en cause. Sans attendre la réponse de l’OMS, Taïwan a imposé des contrôles sanitaires à bord des avions en provenance de Wuhan. Elle a également demandé le 6 janvier que les personnels soignants portent des masques filtrant au moins 95 % des particules de diamètre égal ou supérieur à 0,3 micron. La population taïwanaise, qui a gardé un souvenir cuisant de l’épidémie de SARS-CoV-1 de 2003, a par ailleurs rapidement adopté le port du masque. Grâce à ces mesures, Taïwan a enrayé la progression du SARS-CoV-2 : fin juin 2020, ce pays de 23 millions d’habitants dénombrait 447 cas d’infection et sept décès. Plus près de nous, l’Allemagne s’est préparée dès janvier 2020 à l’arrivée du nouveau coronavirus sur son territoire. L’hôpital universitaire de la Charité de Berlin a développé dès la mi-janvier un test diagnostique du SARS-CoV-2. À partir de la fin janvier, les médecins de ville ont commencé à tester les personnes présentant des symptômes d’infection par ce virus ainsi que les individus avec lesquels elles avaient été en contact. Cette campagne de dépistage a permis d’isoler les personnes infectées et de limiter la propagation du virus, en particulier aux sujets les plus vulnérables. Durant la seconde quinzaine de mars, les laboratoires allemands ont réalisé entre 350 000 et 500 000 tests par semaine. En France, où le matériel permettant de procéder aux prélèvements et de les analyser manquait cruellement, environ 225 000 tests ont été effectués entre le 24 février et le 27 mars. Plus de 85 % d’entre eux ont été réalisés par des laboratoires hospitaliers. L’Allemagne, où la population a eu largement accès au dépistage du SARS-CoV-2 et où le confinement a été moins strict qu’en France, recensait fin juin 194 864 cas d’infection et 9 029 décès pour une population de 83 millions d’habitants. À la même époque, la France, qui compte un peu moins de 67 millions d’habitants, dénombrait 162 936 cas d’infection et 29 778 décès. Le retard avec lequel les autorités françaises ont réagi à la menace représentée par le nouveau coronavirus est d’autant plus surprenant que le premier décès dû au Covid-19 hors d’Asie a eu lieu le 14 février dans un hôpital parisien. En Allemagne, cette maladie a fait ses deux premières victimes le 9 mars, soit trois semaines plus tard. À l’évidence, les autorités françaises ont tardé à prendre la mesure des conséquences potentielles de la propagation du SARS-CoV-2. Durant de longues semaines, les responsables politiques et administratifs se sont efforcés de rassurer la population en minorant les risques encourus et en affirmant que les moyens nécessaires pour enrayer une telle épidémie étaient disponibles. Le débat entourant la question du port du masque a été particulièrement révélateur à cet égard. Le 26 janvier, Agnès Buzyn, qui était alors ministre des Solidarités et de la Santé, a affirmé que la France disposait de stocks de dizaines de millions de masques destinés à être distribués en cas d’épidémie. Moins de deux mois plus tard, son successeur, Olivier Véran, a reconnu qu’il ne restait que 110 millions de masques dans les stocks de l’État alors qu’il y en avait plus d’un milliard dix ans plus tôt. Il s’est ensuivi une longue polémique, ponctuée par la publication dans la presse d’enquêtes détaillées consacrées à l’évolution de la stratégie nationale de réponse aux épidémies. Peu à peu, le grand public a compris que les mesures prises par le gouvernement français pour faire face à l’irruption du SARS-CoV-2 avaient été dictées par la pénurie de masques, de matériel de prélèvement, de réactifs et d’instruments de laboratoire permettant de réaliser les tests diagnostiques. Dans ce contexte, le confinement de l’ensemble de la population durant près de deux mois, du 17 mars au 11 mai 2020, est apparu comme le seul moyen de ralentir la progression de l’épidémie.L’exécutif a tenté de rejeter la responsabilité du défaut de préparation de la France sur les gouvernements précédents. Les données disponibles n’appuient pas cette thèse. La réduction des stocks étatiques de masques chirurgicaux s’est en effet accélérée à partir de 2017. La destruction de centaines de millions de masques jugés périmés a été décidée en 2018 – mais les stocks n’ont pas été reconstitués. Les débats sur la nécessité de relocaliser la production de matériel médical et de produits pharmaceutiques ont par ailleurs occulté une question essentielle : celle de la raison pour laquelle la France a, comme d’autres pays, renoncé dans les années soixante-dix à utiliser des masques de protection réutilisables, dont les performances étaient au moins équivalentes à celles des masques jetables. Quelques jours avant sa mort, le 6 avril 2020, l’économiste de la santé Claude Le Pen avait évoqué le rôle de l’administration dans ce désarmement sanitaire. Son analyse rejoignait celle du professeur Philippe Juvin, chef du service des urgences de l’hôpital européen Georges-Pompidou et membre du parti Les Républicains. Celui-ci a mis en cause « la médiocrité de la haute administration, avec des hauts fonctionnaires qui sont dans l’entre-soi, et une classe politique qui manque de caractère pour s’opposer ». En dépit de leur brutalité, les propos du professeur Juvin ne sauraient être écartés d’un revers de main. Ils conduisent à s’interroger sur les raisons profondes qui ont porté les responsables publics français à ne pas prendre suffisamment au sérieux ceux qui mettaient en garde contre la survenue d’une pandémie majeure. De la difficulté à mobiliser face à une menace lointaine L’idée qu’un tel phénomène était appelé à se produire s’est diffusée après l’épidémie de SARS-CoV-1 de 2003. En 2005, Michael T. Osterholm, directeur du Center for Infectious Disease Research and Policy de l’université du Minnesota, publia un article dans lequel il soulignait que la probabilité d’une pandémie dévastatrice s’était significa-tivement accrue. Il appelait les pays avancés à s’y préparer en stockant du matériel de protection et des médicaments antiviraux, en augmentant le nombre de respirateurs disponibles, en développant la capacité de production de vaccins, mais aussi en anticipant les conséquences de la survenue d’une pandémie sur les processus de production (4). Un an plus tôt, l’historien américain John M. Barry, professeur à l’École de santé publique et de médecine tropicale de l’université Tulane (La Nouvelle-Orléans), avait fait paraître un essai consacré à la pandémie de grippe espagnole de 1918-1919. La lecture de The Great Influenza conduisit le président George W. Bush à demander à ses collaborateurs de concevoir une stratégie permettant de répondre à une pandémie comparable. Le souvenir du 11 septembre 2001 facilita leur mobilisation : ils savaient par expérience que des événements totalement inattendus aux conséquences extrêmement graves pouvaient survenir. Dans un discours prononcé en novembre 2005 au National Institutes of Health, l’agence du gouvernement des États-Unis qui supervise la recherche biomédicale, le président Bush dévoila leurs premières conclusions en décrivant de façon très précise la façon dont une épidémie progresserait sur le territoire national et en identifiant les problèmes auxquels les pouvoirs publics seraient confrontés. Pendant trois ans, des moyens financiers importants furent consacrés à ce projet. Celui-ci fut toutefois délaissé après le second mandat du président Bush. L’essai de John M. Barry convainquit également Bill Gates qu’une pandémie de grande ampleur se produirait presque certainement. Le fondateur de Microsoft, qui consacre désormais le meilleur de son temps à la fondation qu’il a créée afin d’améliorer l’accès aux soins de santé et de réduire la pauvreté, exhorta à plu-sieurs reprises les responsables publics du monde entier à développer des moyens de lutte contre des agents pathogènes encore inconnus. Il tint le même discours lors d’une conférence TED de mars 2015, dont l’enregistrement a été abondamment partagé sur les réseaux sociaux lors de la pandémie de Covid-19. Ses appels sont restés lettre morte.Michael T. Osterholm et Mark Olshaker, qui ont mis en garde dans un livre paru en 2017 contre la menace grandissante représentée par différents agents pathogènes, ont récemment analysé dans Foreign Affairs la réponse des autorités américaines à l’émergence du SARS-CoV-2. Ils utilisent pour ce faire une notion issue de l’économie comportementale : la dévaluation hyperbolique (hyperbolic discounting), qui désigne l’augmentation brutale de l’évaluation d’une récompense lorsqu’on s’en rapproche. Le cas d’un individu impatient qui préfère une petite récompense proche dans le temps à une récompense importante mais lointaine en constitue une illustration. L’existence d’un tel phénomène explique la difficulté qu’éprouvent les responsables publics à placer la possibilité d’une pandémie au premier rang de leurs préoccupations. Michael T. Osterholm et Mark Olshaker constatent par ailleurs que le gouvernement des États-Unis n’a pas interprété correctement les signes indiquant que le SARS-CoV-2 pourrait provoquer une pandémie – signes qui, selon eux, étaient présents dès le début de l’année 2020. L’ampleur des ravages causés par la pandémie de Covid-19 contraint les pouvoirs publics à réviser en profondeur la manière dont ils appréhendent l’incertitude. Dans un ouvrage intitulé « Risque, incertitude et profit », publié en 1921, l’économiste américain Frank Knight a proposé de distinguer les situations risquées, où la distribution de probabilité des cas possibles est connue, des situations incertaines, où les cas possibles ne sont pas connus. Or le risque est beaucoup plus facile à gérer que l’incertitude. Il est par exemple nettement plus aisé de concevoir les dégâts susceptibles d’être provoqués par une tempête ou une marée noire que de se projeter dans une situation où la présence d’un agent pathogène fait courir un risque potentiellement létal à une partie de la population. De façon à se préparer à une telle éventualité, il est indispensable que les pouvoirs publics – qu’il s’agisse de l’administration ou des responsables politiques – renforcent leurs liens avec la communauté scientifique. En France, l’absence quasi totale de culture scientifique aux échelons les plus élevés de l’administration comme au sein de la classe politique constitue un frein majeur à un tel rapprochement. Pour ce qui concerne la fonction publique, les conditions de recrutement des hauts fonctionnaires expliquent largement ce qui apparaît désormais comme une faiblesse dangereuse. Le rapport de la Mission haute fonction publique remis au Premier ministre le 18 février 2020 contient à cet égard des informations et des propositions très révélatrices. Les diplômés de Sciences Po Paris représentent les trois quarts des candidats admis au concours externe de l’École nationale d’administration (ENA). Or les disciplines scientifiques sont presque totalement étrangères au cursus de Sciences Po. Cet établissement ne dote pas davantage les étudiants ayant choisi la filière « Affaires publiques » d’une véritable formation disciplinaire. La formation par la recherche y est enfin réservée aux étudiants s’engageant dans la préparation d’un master recherche ou d’un doctorat. Autre-ment dit, les trois quarts des admis au concours externe de l’ENA – et une proportion plus importante encore si l’on tient compte des admis issus des autres instituts d’études politiques – n’ont pas bénéficié d’une formation intellectuelle rigoureuse permettant d’apprendre à chercher et à identifier des informations pertinentes, à les hiérarchiser, à quantifier et qualifier les liens unissant des variables, et, in fine, à bâtir une pensée originale sur des bases solides. Si les membres de la Mission haute fonction publique soulignent les vertus de la formation par la recherche, « qui développe la créativité, la ténacité, voire l’humilité », ils jugent toutefois préférable que la voie de recrutement réservée aux titulaires d’un doctorat soit limitée à quelques postes par an dans l’école d’administration publique dont ils préconisent la création. Cette conclusion est d’autant plus stupéfiante que le doctorat est, comme le souligne ce rapport, le diplôme de référence dans les organisations internationales. Pour tenter de résoudre cette contradiction, les membres de la Mission haute fonction publique proposent d’encourager les hauts fonctionnaires à préparer un doctorat, par exemple en aménageant leurs premières affectations de façon à ce qu’ils puissent mener une recherche en parallèle. Ceux qui connaissent le mode de fonctionnement de l’administration française savent que la diffusion à dose homéopathique de la formation par la recherche ne changera pas la donne. Pour préparer l’administration à répondre aux défis d’un monde de plus en plus incertain, il est devenu nécessaire de procéder à une révolution culturelle consistant à réduire la place accordée aux gestionnaires et à accroître celle attribuée aux « têtes chercheuses ». La formation par la recherche a une vertu supplémentaire : elle produit des esprits indépendants, qui placent la quête de la vérité scientifique avant toute autre considération. François Mitterrand aurait dit qu’il fallait avoir la nuque raide pour ce que l’on estime juste. Quand le monde devient dangereux, les « nuques raides » sont plus précieuses que les adeptes du consensus mou. Là encore, la comparaison de la façon dont les responsables politiques français et allemands ont répondu à la crise sanitaire du Covid-19 est éclairante. En France, une classe politique déboussolée n’a guère trouvé d’arguments à opposer à la rhétorique guerrière embrassée par le président de la République. En Allemagne, la chancelière s’est appuyée sur son expérience de physicienne pour comprendre les risques associés à la propagation du SARS-CoV-2 et concevoir une stratégie permettant d’enrayer l’épidémie. Quand Emmanuel Macron dramatisait les enjeux et en appelait à l’union nationale, Angela Merkel emportait la conviction en expliquant aux Allemands comment agir pour ralentir la progression du virus. La crise sanitaire a montré que la capacité d’analyse, la rigueur et la pédagogie sont des qualités plus utiles que le brio. C’est une leçon dont nous devrons nous souvenir.

Voir aussi:

Mike Pompeo: « Ce que veut vraiment le président Donald Trump au sujet du nucléaire iranien »

TRIBUNE EXCLUSIVE – Dans Le Figaro, le secrétaire d’État des États-Unis défend la politique «dure» adoptée par Washington à l’égard de l’Iran.

Mike Pompeo

«Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités», a dit Charles de Gaulle. Cette maxime guide la politique des États-Unis à l’égard de la République islamique d’Iran. Nous reconnaissons ce régime pour ce qu’il est: le premier État commanditaire du terrorisme au monde et la principale source d’instabilité au Moyen-Orient. Je pense que nos amis français perçoivent eux aussi la véritable nature de Téhéran. Reste à savoir si la France est disposée à se joindre à nous pour s’opposer à l’Iran afin d’assurer la paix et la stabilité de la région.

La brutalité du régime actuel frappe en premier lieu le peuple iranien lui-même. Au cours de la seule année dernière, les forces de sécurité ont tué au moins 1500 manifestants pacifiques descendus dans les rues de tout le pays après une augmentation du prix des carburants. Le harcèlement, la discrimination et l’emprisonnement abusif sont choses courantes pour les membres de minorités religieuses, les femmes qui refusent de porter le hijab, les homosexuels et ceux qui dénoncent les autorités.

On compte également parmi les victimes de Téhéran certains de mes compatriotes américains. Le Hezbollah, soutenu par l’Iran, a tué des centaines d’Américains (et de nombreux ressortissants français) au cours d’attaques menées au Liban dans les années 1980, notamment lors de l’attentat à la bombe contre la caserne des marines à Beyrouth en 1983. Dix-neuf autres Américains ont péri en Arabie saoudite dans l’attentat des tours de Khobar commis par le Hezbollah en 1996. Et plus de 600 militaires américains ont été tués par des militants soutenus par les Iraniens au cours de la deuxième guerre d’Irak. Aujourd’hui, Téhéran retient trois Américains en otage.

Et cependant, les attentats qui ont fait couler le sang américain et commandités par l’Iran ne sont qu’une des formes de malveillance dans l’histoire de l’Iran au Moyen-Orient. En 2015, les pays libres espéraient que le Plan d’action global commun (PAGC) mettrait fin au comportement néfaste du régime – et en particulier à ses activités nucléaires illicites. Ils espéraient que le renforcement économique de l’Iran modérerait la violence subversive du régime.

Loin de rejoindre la communauté des nations, l’Iran a réagi à l’apaisement de l’Ouest par des massacres et une défiance accrus. Ce sont, l’an dernier, des missiles iraniens qui ont frappé des installations pétrolières saoudiennes, et des mines iraniennes qui ont explosé sur des navires marchands dans le golfe Persique. Au Yémen, les rebelles houthis appuyés par l’Iran alimentent l’une des pires crises humanitaires mondiales. Les milices chiites soutenues par l’Iran, telles que les Kataeb Hezbollah, portent atteinte à la souveraineté nationale et étouffent la démocratie en Irak. Les sables de Syrie sont gorgés du sang d’innocents à cause des forces iraniennes, du régime Assad appuyé par l’Iran et du Hezbollah.

Aucun pays n’a autant souffert que le Liban sous le talon de l’Iran. Le Hezbollah, mercenaire de l’Iran, y est depuis quelque trois décennies le principal acteur politique. Aujourd’hui, à Beyrouth, la corruption règne, le système financier et politique délabré fonctionne à peine, et les jeunes Libanais manifestent dans les rues au son de slogans comme «Iran dehors!».

Malheureusement, la France refuse de désigner l’ensemble du Hezbollah comme une organisation terroriste, comme l’ont fait d’autres pays européens, et freine les progrès de l’Union européenne dans ce sens. Au lieu de cela, Paris s’en tient à cette fiction qu’il existe une «aile politique» du Hezbollah, alors que celui-ci est entièrement contrôlé par un seul terroriste, Hassan Nasrallah. Je partage la frustration des vingt-sept personnalités publiques françaises qui, dans une tribune collective publiée dans Le Figaro , ont récemment appelé la France à adopter cette désignation.

Les faits sont les suivants: une fois le PAGC en place, le budget militaire de l’Iran est monté en flèche et les milices et terroristes soutenus par le pays ont obtenu davantage de fonds pour tuer et affermir leur présence dans tout le Moyen-Orient. L’Iran s’est doté de la plus grande force de missiles balistiques de la région et a enfreint de multiples dispositions de l’accord concernant les questions nucléaires. Le scepticisme manifesté par de nombreux dirigeants français à l’égard de l’accord durant les négociations semble aujourd’hui plus justifié que jamais.

Le président Trump pense que seule une pression maximale exercée sur le régime, et non l’apaisement, peut induire les changements de comportement que nous recherchons tous. C’est pourquoi les États-Unis ont imposé à l’Iran des sanctions économiques sans précédent et rétabli les mesures de dissuasion militaires à son encontre, notamment par l’élimination de Qassem Soleimani.

Notre campagne vise également à nous assurer que l’Iran ne puisse ni acheter ni vendre des armes conventionnelles – chars d’assaut lourds, avions de combat, missiles et autres. C’est ce qu’a fait le Conseil de sécurité de l’ONU en imposant à l’Iran des limites de transferts d’armes durant les treize dernières années. Mais les auteurs du PAGC ont commis une terrible erreur en fixant à ces dispositions une date d’expiration: le 18 octobre de cette année.

Les conséquences d’une levée d’embargo sont évidentes: le premier État commanditaire mondial du terrorisme fournira des armes à des terroristes ou à des tyrans. Les infrastructures de transports et d’énergie du Moyen-Orient – qui sont cruciales pour les économies de l’Europe et d’autres régions du monde – tomberont sous le coup d’une menace encore plus forte. Et les populations de la région seront exposées à des souffrances encore plus grandes aux mains des ayatollahs.

Rarement une évolution aussi dangereuse a-t-elle été aussi évitable. Mais le 14 août dernier, la France, et avec elle le Royaume-Uni et l’Allemagne, s’est abstenue d’appuyer la résolution visant la prorogation de l’embargo sur les armes introduite au Conseil de sécurité par les États-Unis.

Le prolongement de l’embargo aurait servi la mission de «maintien de la paix et de la sécurité internationales» qui est celle du Conseil de sécurité, la coopération transatlantique et plus généralement le multilatéralisme. Alors pourquoi nos amis européens n’ont-ils pas soutenu la proposition raisonnable qui était émise, ou au moins proposé une alternative? Pourquoi m’ont-ils affirmé en privé les dangers de la fin de l’embargo, mais n’ont pas agi en public?

Concernant la politique appliquée, il s’agit d’un problème de peur. Nos alliés européens craignent que, s’ils considèrent l’Iran comme responsable de son comportement déstabilisateur, Téhéran réagisse par des violations encore plus nombreuses de l’accord. Cette stratégie d’apaisement ne joue qu’en faveur de la grande stratégie de l’Iran. C’est une campagne d’extorsion diplomatique efficace, forgée par mon prédécesseur, le secrétaire d’État Kerry.

Les calculs politiques entrent également en jeu dans les prises de position de l’Europe, où plusieurs dirigeants refusent d’agir avant l’issue de la prochaine élection présidentielle américaine. Cette manœuvre cynique considère les mutilations et les massacres commis par l’Iran comme des dommages collatéraux acceptables, et estime que Washington, ce qui est regrettable, est plus dangereux pour le monde que Téhéran. Je me demande si les habitants de Beyrouth, de Riyad ou de Jérusalem, les villes les plus exposées à l’Iran, seraient d’accord. Comment est-il possible que la France vote contre l’embargo sur les armes, et que la semaine suivante le président Macron rencontre un haut représentant du Hezbollah à Beyrouth?

Le 20 août, j’ai fait appel à l’autorité des États-Unis afin de rétablir presque toutes les sanctions de l’ONU contre l’Iran que la résolution 2231 du Conseil de sécurité avait suspendues. Le rétablissement de ces sanctions n’a jamais été le premier choix des États-Unis, mais elles seront bientôt en vigueur pour de bon. Tous les pays sont tenus de les appliquer ; ne pas le faire porterait gravement atteinte à l’autorité et à la crédibilité du Conseil de sécurité et risquerait de normaliser une application sélective de ses résolutions. Comment les pays pourraient-ils alors se prétendre légitimement défenseurs du multilatéralisme?

Voir également:

« Nous sommes en guerre » : le verbatim du discours d’Emmanuel Macron

Tandis que l’épidémie due au coronavirus progresse chaque jour en France, le président de la République a annoncé lundi soir une stricte restriction des déplacements pendant au moins quinze jours.

Le Monde

16 mars 2020

Pendant que l’épidémie de Covid-19 progresse chaque jour en France, le président de la République, Emmanuel Macron, s’est exprimé, lundi 16 mars à 20 heures, dans une allocution télévisée. Nous retranscrivons ci-dessous ses propos.

« Françaises, Français, mes chers compatriotes. Jeudi soir, je me suis adressé à vous pour évoquer la crise sanitaire que traverse le pays. Jusqu’alors, l’épidémie de Covid-19 était peut-être pour certains d’entre vous une idée lointaine. Elle est devenue une réalité immédiate, pressante. Le gouvernement a pris, comme je vous l’avais annoncé, des dispositions fermes pour freiner la propagation du virus. Les crèches, les écoles, les collèges, les lycées, les universités sont fermées depuis ce jour. Samedi soir, les restaurants, les bars, tous les commerces non essentiels à la vie de la nation ont également clos leurs portes. Les rassemblements de plus de 100 personnes ont été interdits. Jamais la France n’avait dû prendre de telles décisions, évidemment exceptionnelles, évidemment temporaires en temps de paix. Elles ont été prises avec ordre, préparation, sur la base de recommandations scientifiques avec un seul objectif : nous protéger face à la propagation du virus.

Dans la journée de jeudi, un consensus scientifique et politique s’est formé pour maintenir le premier tour des élections municipales et j’ai pris, avec le premier ministre, la décision de maintenir le scrutin. Hier dimanche, les opérations de vote ont donc pu se tenir. Je veux ce soir remercier les services de l’Etat, les maires, l’ensemble des services des mairies, tous ceux qui ont tenu les bureaux de vote et qui ont donc permis l’organisation de ce scrutin. Je veux aussi saluer chaleureusement les Françaises et les Français qui, malgré le contexte, se sont rendus aux urnes dans le strict respect des consignes sanitaires, des gestes barrières contre le virus. Je veux aussi ce soir adresser mes félicitations républicaines aux candidats élus au premier tour. Environ 30 000 communes sur 35 000 ont après ce premier tour un conseil municipal.

Mais dans le même temps, alors même que les personnels soignants des services de réanimation alertaient sur la gravité de la situation, nous avons aussi vu du monde se rassembler dans les parcs, des marchés bondés, des restaurants, des bars qui n’ont pas respecté la consigne de fermeture. Comme si, au fond, la vie n’avait pas changé.

A tous ceux qui, adoptant ces comportements, ont bravé les consignes, je veux dire ce soir, très clairement, non seulement vous ne vous protégez pas, vous, et l’évolution récente a montré que personne n’est invulnérable, y compris les plus jeunes, mais vous ne protégez pas les autres, même si vous ne présentez aucun symptôme, vous pouvez transmettre le virus. Même si vous ne présentez aucun symptôme, vous risquez de contaminer vos amis, vos parents, grands-parents, de mettre en danger la santé de ceux qui vous sont chers. Dans le Grand-Est, dans les Hauts-de-France, en Ile-de-France, nos soignants se battent pour sauver des vies avec dévouement, avec force.

Au moment où la situation sanitaire se dégrade fortement, où la pression sur nos hôpitaux et nos soignants s’accentue, tout notre engagement, toute notre énergie, toute notre force doivent se concentrer sur un seul objectif : ralentir la progression du virus. Je vous le redis avec force ce soir : respectons les gestes barrières, les consignes sanitaires. C’est le seul moyen de protéger les personnes vulnérables, d’avoir moins de concitoyens infectés et ainsi de réduire la pression sur les services de réanimation pour qu’ils puissent mieux accueillir, mieux soigner. Sans signes graves, contactons notre médecin traitant, n’appelons le SAMU et ne nous rendons à l’hôpital qu’en cas de fortes fièvres, de difficultés à respirer, sans quoi ils ne pourront faire face à la vague de cas graves qui déjà se profile dans certaines régions. Faisons preuve, au fond, d’esprit solidaire et de sens des responsabilités. Chacun d’entre nous doit à tout prix limiter le nombre de personnes avec qui il est en contact chaque jour. Les scientifiques le disent, c’est la priorité absolue.

C’est pourquoi, après avoir consulté, écouté les experts, le terrain et en conscience, j’ai décidé de renforcer encore les mesures pour réduire nos déplacements et nos contacts au strict nécessaire. Dès demain midi et pour quinze jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits. Cela signifie que les regroupements extérieurs, les réunions familiales ou amicales ne seront plus permises. Se promener, retrouver ses amis dans le parc, dans la rue, ne sera plus possible. Il s’agit de limiter au maximum ses contacts au-delà du foyer. Partout sur le territoire français, en métropole comme outre-mer, seuls doivent demeurer les trajets nécessaires. Nécessaire pour faire ses courses avec de la discipline et en mettant les distances d’au moins un mètre, en ne serrant pas la main, en n’embrassant pas. Les trajets nécessaires pour se soigner, évidemment. Les trajets nécessaires pour aller travailler quand le travail à distance n’est pas possible et les trajets nécessaires pour faire un peu d’activité physique mais sans retrouver, là encore, des amis ou des proches. Toutes les entreprises doivent s’organiser pour faciliter le travail à distance. Et quand cela ne sera pas possible, elles devront adapter dès demain leur organisation pour faire respecter ces gestes barrières contre le virus, c’est-à-dire protéger leurs salariés ou, quand il s’agit d’indépendants, se protéger eux-mêmes.

Le gouvernement précisera les modalités de ces nouvelles règles dès ce soir, dès après mon allocution. Toute infraction à ces règles sera sanctionnée. Je vous le dis avec beaucoup de solennité ce soir. Ecoutons les soignants qui nous disent « si vous voulez nous aider, il faut rester chez vous et limiter les contacts ». C’est le plus important, évidemment. Ce soir, je pose des règles nouvelles. Nous posons des interdits. Il y aura des contrôles, mais la meilleure règle, c’est celle qu’en tant que citoyens, vous vous appliquez à vous-mêmes et une fois encore, j’en appelle à votre sens des responsabilités et de la solidarité.

Dans ce contexte, après avoir consulté le président du Sénat, le président de l’Assemblée nationale, mais également mes prédécesseurs, j’ai décidé que le second tour des élections municipales serait reporté. Le premier ministre en a informé aujourd’hui même les chefs de partis représentés au Parlement. Cette décision a fait l’objet d’un accord unanime.

Mes chers compatriotes, je mesure l’impact de toutes ces décisions sur vos vies. Renoncer à voir ses proches, c’est un déchirement. Stopper ses activités quotidiennes, ses habitudes, c’est très difficile. Cela ne doit pas nous empêcher de garder le lien, d’appeler nos proches, de donner des nouvelles, d’organiser aussi les choses avec nos voisins. D’inventer de nouvelles solidarités entre générations. De rester, comme je vous l’ai dit jeudi dernier, profondément solidaires et d’innover là aussi sur ce point. Je sais que je vous demande de rester chez vous.

Je vous demande aussi de garder le calme dans ce contexte. J’ai vu ces dernières heures des phénomènes de panique en tous sens. Nous devons tous avoir l’esprit de responsabilité. Il ne faut pas que les fausses informations circulent à tout-va et en restant chez vous, occupez-vous des proches qui sont dans votre appartement, votre maison ; donnez des nouvelles, prenez des nouvelles, lisez. Retrouvez aussi ce sens de l’essentiel. Je pense que c’est important dans les moments que nous vivons. La culture, l’éducation, le sens des choses est important. Evitez l’esprit de panique, de croire dans les fausses rumeurs. Les demi-experts ou les faux-sachants. La parole est claire, l’information est transparente et nous continuerons de la donner. Mais croyez-moi, cet effort que je vous demande, je sais qu’il est inédit mais les circonstances nous y obligent.

Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire certes. Nous ne luttons ni contre une armée ni contre une autre nation, mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, et qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale. Nous sommes en guerre. Toute l’action du gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat contre l’épidémie, de jour comme de nuit. Rien ne doit nous en divertir. C’est pourquoi j’ai décidé que toutes les réformes en cours seraient suspendues, à commencer par la réforme des retraites.

Dès mercredi, en conseil des ministres, sera présenté un projet de loi permettant au gouvernement de répondre à l’urgence et, lorsque nécessaire, de légiférer par ordonnance dans les domaines relevant strictement de la gestion de crise. Ce projet sera soumis au Parlement dès jeudi. J’ai vu tout à l’heure les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat afin que ces textes soient votés le plus finement possible, afin aussi que la vie démocratique et le contrôle du Parlement continuent dans cette période. Je les en remercie et je remercie tous nos parlementaires en cet instant.

Nous sommes en guerre. J’appelle tous les acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs, tous les Français à s’inscrire dans cette union nationale qui a permis à notre pays de surmonter tant de crises par le passé. Nous sommes en guerre et la Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là. Nous leur devons, des masques, du gel, tout le matériel nécessaire. Et nous y veillons et y veillerons.

Nous avons décidé avec les scientifiques de réserver les masques en priorité pour l’hôpital et la médecine de ville et de campagne, en particulier les généralistes et les infirmières, désormais en première ligne aussi dans la gestion de la crise. Des masques seront livrés dans les pharmacies dès demain soir, dans les vingt-cinq départements les plus touchés, mercredi pour le reste du territoire national. J’ai aussi entendu le message des spécialistes, en particulier les chirurgiens-dentistes et beaucoup d’autres. Des solutions seront trouvées avec le ministre de la santé dans les prochaines heures.

Nous devons aussi aux soignants la garde de leurs enfants. Un service minimum de garde est en place depuis ce jour dans les crèches et dans les écoles. Nous leur devons aussi sérénité, dans leurs déplacements, et repos. C’est pourquoi j’ai décidé que dès demain les taxis et les hôtels pourront être mobilisés à leur profit. L’Etat paiera.

Nous sommes en guerre, oui. Le pays accompagnera dans cette période les régions les plus touchées aujourd’hui, comme celles qui le seront demain. A ce titre, je veux assurer les habitants, les personnels soignants du Grand-Est que nous serons au rendez-vous pour les appuyer face à l’afflux de patients et à la saturation des hôpitaux. Je sais ce qu’ils vivent depuis des jours et des jours. Nous sommes avec eux. J’ai décidé pour cela qu’un hôpital de campagne du service de santé des armées serait déployé dans les jours à venir en Alsace. Les armées apporteront aussi leur concours pour déplacer les malades des régions les plus affectées et ainsi réduire la congestion des hôpitaux de certains territoires.

Nous sommes en guerre. Aussi, comme je vous l’ai dit jeudi, pour nous protéger et contenir la dissémination du virus, mais aussi préserver nos systèmes de soins, nous avons pris ce matin, entre Européens, une décision commune. Dès demain midi, les frontières à l’entrée de l’Union européenne et de l’espace Schengen seront fermées. Concrètement, tous les voyages entre les pays non européens et l’Union européenne seront suspendus pendant trente jours. Les Françaises et les Français qui sont actuellement à l’étranger et souhaitent rentrer pourront bien entendu rejoindre leur pays. Nous devons prendre cette décision parce que je vous demande ce soir d’importants efforts et que nous devons, dans la durée, nous protéger. Et je veux dire à tous nos compatriotes qui vivent à l’étranger que là aussi, en bon ordre, ils doivent se rapprocher des ambassades et consulats et que nous organiserons pour celles et ceux qui le souhaitent, et là où c’est nécessaire, le rapatriement.

Vous l’aurez compris, vous le pressentez, cette crise sanitaire sans précédent aura des conséquences humaines, sociales, économiques majeures. C’est aussi ce défi que nous devons mener. Je vous demande des sacrifices pour ralentir l’épidémie. Jamais ils ne doivent mettre en cause l’aide aux plus fragiles, la pérennité d’une entreprise, les moyens de subsistance des salariés comme des indépendants.

Pour les plus précaires, pour les plus démunis, pour les personnes isolées, nous ferons en sorte, avec les grandes associations, avec aussi les collectivités locales et leurs services, qu’ils puissent être nourris, protégés, que les services que nous leur devons soient assurés. Pour la vie économique, pour ce qui concerne la France, aucune entreprise, quelle que soit sa taille, ne sera livrée au risque de faillite. Aucune Française, aucun Français ne sera laissé sans ressources.

S’agissant des entreprises, nous mettons en place un dispositif exceptionnel de report de charges fiscales et sociales, de soutien au report d’échéances bancaires et de garanties de l’Etat à hauteur de 300 milliards d’euros pour tous les prêts bancaires contractés auprès des banques. Pour les plus petites d’entre elles, et tant que la situation durera, celles qui font face à des difficultés n’auront rien à débourser ni pour les impôts, ni pour les cotisations sociales. Les factures de gaz ou d’électricité ainsi que les loyers devront être suspendus.

En outre, afin que personne ne soit laissé sans ressources, pour les salariés le dispositif de chômage partiel sera massivement élargi, comme je vous l’avais annoncé jeudi dernier, et comme le gouvernement a commencé à le préciser. Pour les entrepreneurs, commerçants, artisans, un fonds de solidarité sera créé, abondé par l’Etat, et auquel le premier ministre proposera aux régions aussi de contribuer.

Le gouvernement, dès demain, précisera toutes ces mesures. Elles seront en fonction des besoins, des réalités économiques, des nécessités secteur par secteur, évidemment adaptées. Nous serons au rendez-vous pour que notre économie soit préservée dans cette période si dure et pour que l’ensemble des travailleuses et des travailleurs puissent avoir cette sécurité aussi en termes de pouvoir d’achat, de continuité de leur vie.

Mes chers compatriotes, la France vit un moment très difficile. Nul ne peut en prévoir précisément la durée et à mesure que les jours suivront les jours, que les problèmes succéderont aux problèmes, il faudra en lien avec les éclairages donnés par les scientifiques, des expériences de terrain, il faudra nous adapter. Nous allons continuer aussi pendant cette période de travailler, de progresser sur les traitements et je sais le dévouement de plusieurs équipes partout sur notre territoire avec les premiers espoirs qui naissent, et nous continuerons aussi d’avancer sur le vaccin.

Régulièrement, je m’adresserai à vous. Je vous dirai à chaque fois, comme je l’ai fait, comme le gouvernement le fait, la vérité sur l’évolution de la situation. J’ai une certitude : plus nous agirons ensemble et vite, plus nous surmonterons cette épreuve. Plus nous agirons en citoyens, plus nous ferons preuve de la même force d’âme, de la même abnégation patriote que démontrent aujourd’hui nos personnels soignants, nos sapeurs-pompiers, l’ensemble des acteurs de la sécurité civile, plus vite nous sortirons de cette vie au ralenti. Nous y arriverons.

Mes chers compatriotes, en étant unis, solidaires, je vous demande d’être responsables tous ensemble et de ne céder à aucune panique, d’accepter ces contraintes, de les porter, de les expliquer, de vous les appliquer à vous-mêmes. Nous nous les appliquerons tous, il n’y aura pas de passe-droits. Mais là aussi de ne céder ni à la panique ni au désordre. Nous gagnerons, mais cette période nous aura beaucoup appris. Beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. Ne nous laissons pas impressionner, agissons avec force, mais retenons cela, le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour aux jours d’avant. Nous serons plus forts moralement. Nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes conséquences, toutes les conséquences. Hissons-nous, individuellement et collectivement, à la hauteur du moment. Je sais, mes chers compatriotes, pouvoir compter sur vous. Vive la République ! Vive la France ! »

Voir encore:

Présidentielle américaine: cette campagne de 2020 dont la musique rappelle étrangement 2016

ANALYSE – Dans les provinces profondes, personne ou presque ne prête attention à la charge de la cavalerie antitrumpiste.

Laure Mandeville
Le Figaro
17 septembre 2020

Bien sûr, il y a le Covid, les 200.000 morts, les masques, le virus qui continue de courir, les frontières fermées, le business qui souffre. Toutes ces circonstances qui font de l’élection qui approche un défi gigantesque pour le président sortant. Mais pour l’essentiel, la musique de fond de cette drôle de campagne 2020, où les démocrates mobilisent en ligne pour montrer qu’ils sont «responsables» et «respectueux des experts», tandis que Trump s’en va en chair et en os chez ses électeurs pour leur dire que l’Amérique est vivante et «toujours grande», ressemble à s’y tromper à celle de 2016: pour ou contre Trump, jusqu’à la caricature. D’un côté, une polyphonie orchestrée par tout ce que l’élite compte de sommités monte au créneau, avec tambours et trompettes médiatiques, pour affirmer que le président est «inapte à gouverner».

De l’autre, les chœurs du peuple trumpien scandent «quatre ans de plus» sans prêter la moindre attention à la cascade de livres et de révélations censés accabler leur héros. Du coup, le pays vit en schizophrène, dans deux salles de «concert électoral» qui ne communiquent pas, comme c’est le cas depuis quatre ans.

Dans la première – journaux, télés, Twitter – on parle des dernières révélations du livre Rage du journaliste Bob Woodward, ancien «tombeur de Nixon». Il est sorti de ses 17 conversations avec le président «effaré», notamment après que ce dernier lui ait confié avoir «sous-estimé» publiquement la dangerosité du Covid, parce qu’il ne voulait pas semer la panique. Preuve de son incapacité et de son amoralité, dénoncent les éditorialistes. «Un mélange de couard, raciste, menteur, frimeur, narcisse, arnaqueur et vantard», écrit notamment Roger Cohen à la une du New York Times. Mais cette propension à diaboliser Trump pourrait paradoxalement s’avérer contre-productive, les démocrates donnant le sentiment de n’avoir tiré aucune leçon de l’échec essuyé en 2016.

Pour l’instant, l’essentiel des analystes parient toujours sur Joe Biden. Mais les sondages se resserrent. Les débats seront sans doute déterminants

La plus singulière surprise de 2020 est en effet que, malgré le Covid, les ratages, les innombrables défauts de Trump, et les grincements de dents de l’élite, il continue de porter les espoirs de quelque 45 % de la population! Les démocrates s’acharnent sur l’homme. Mais lui chevauche une colère réelle qui ne passe pas. C’est ainsi que dans les provinces profondes, personne ou presque ne prête attention à la charge de la cavalerie antitrumpiste. C’est ce que confie au téléphone Lynette Vilano, activiste républicaine de Pennsylvanie, dégoûtée par la manière dont les médias traitent «son président». «Depuis le premier jour, ils ne lui donnent aucune chance. Alors nous n’écoutons plus», dit-elle.

Même le fait que Trump ait fait la paix entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn, n’a été pas mis à son crédit, regrette l’activiste, qui affirme que «CNN a totalement sous-couvert» la percée diplomatique car elle ne colle pas à leur discours sur le désastre de sa politique étrangère. Lynette Vilano affirme que le soutien à Trump dans son comté, «ne cesse de grandir» et que «de nombreux démocrates continuent de migrer vers le Parti républicain». Comme en 2016. Un constat intéressant mais qui reste à l’échelle locale, se hâte-t-elle de dire. Pour l’instant, l’essentiel des analystes parient toujours sur Joe Biden qui, selon la militante républicaine, ressemble à son mari «quand il s’est mis à vieillir et à ne plus trop s’orienter». Mais les sondages se resserrent. Les débats seront sans doute déterminants.

Voir enfin:

La Suède défend une stratégie « durable » contre le Covid-19

Alors que le spectre d’une deuxième vague se profile en Europe, la propagation du coronavirus reste limitée dans le royaume scandinave, convaincu de l’efficacité de sa méthode.

Anne-Françoise Hivert

Le Monde

17 septembre 2020

La rentrée des classes – non masquée – a eu lieu il y a près d’un mois en Suède. Et pour le moment, les nouvelles sont plutôt bonnes sur le front du Covid-19. Le nombre de contaminations reste stable et rien n’indique qu’une reprise de la pandémie se prépare. Mardi 15 septembre, le gouvernement a même suspendu l’interdiction des visites en maison de retraite, en vigueur depuis le 1er avril.

Elles resteront tout de même strictement encadrées. Pas question de risquer une nouvelle propagation du virus dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, dont les résidents comptent pour près de la moitié des victimes du Covid-19. « Nous nous trouvons toujours au milieu d’une pandémie, a rappelé la ministre des affaires sociales, Lena Hallengren. Même si la plupart des chiffres pointent dans la bonne direction, nous pouvons être frappés par une recrudescence des cas. »

En attendant, la Suède, très critiquée pour ne pas avoir confiné sa population au printemps, savoure l’accalmie, en espérant éviter une seconde vague. Si la situation semblait hors de contrôle au début de l’été, alors que le pays de 10 millions d’habitants affichait un des taux d’incidence les plus élevés du monde, le reflux observé depuis se maintient.

Selon les chiffres de l’agence de la santé publique Folkhälsomyndigheten, publiés le 16 septembre, 1 584 nouveaux cas ont été enregistrés sur les sept derniers jours. Au total, 130 malades sont soignés à l’hôpital et 13 patients se trouvent en réanimation. Depuis près d’un mois, la Suède n’enregistre plus qu’un ou deux décès journaliers.

« Des mesures moins drastiques qu’ailleurs »

Avec 5 860 morts (soit 58 décès pour 100 000 habitants) depuis le début de la pandémie, le pays reste toutefois le onzième le plus touché au monde. Un bilan particulièrement lourd si on le compare à celui de ses voisins nordiques, qui ont tous opté pour un semi-confinement : en Suède, le virus a tué cinq fois plus qu’au Danemark et dix fois plus qu’en Finlande ou en Norvège.

Alors comment expliquer l’embellie de ces dernières semaines, au moment même où le Covid-19 regagne du terrain presque partout en Europe, y compris au Danemark et en Norvège ? La stratégie suédoise, tellement décriée à l’étranger, serait-elle enfin en train de faire ses preuves ?

Contrairement au quotidien Svenska Dagbladet, qui titrait récemment sur « la revanche » du modèle suédois, son principal architecte, l’épidémiologiste en chef, Anders Tegnell, interrogé par Le Monde, se garde bien de faire preuve de triomphalisme. Il n’exclut pas que l’évolution de l’épidémie dans son pays soit décalée et que « ce qui se passe en France [aujourd’hui] s’y produise dans un mois ».

Anders Tegnell, cependant, penche plutôt pour une autre explication. Il veut croire que « le modèle suédois, basé sur des mesures moins drastiques qu’ailleurs, mais qui restent les mêmes et s’inscrivent dans la durée, commence à fonctionner ». S’il a fallu patienter plusieurs mois pour en voir les résultats, c’est en raison de deux facteurs, explique-t-il : « Les dispositifs un peu moins drastiques prennent plus de temps à agir. Peut-être aussi que nous avions une telle propagation du virus qu’il a fallu attendre avant de voir une réponse importante aux mesures que nous avions mis en place » dans les régions les plus touchées par le virus, celle de Stockholm et de Göteborg.

Concernant le confinement, qu’il a qualifié « d’expérimentation » par le passé, l’épidémiologiste « peut comprendre » que des gouvernements aient fait ce choix « quand les systèmes de santé ont atteint la saturation ». Mais « cela n’a jamais été le cas en Suède », rappelle-t-il.

Malgré le nombre élevé de morts, qu’il attribue aux failles dans la gestion des maisons de retraite plutôt qu’à la stratégie mise en place par le pays, Anders Tegnell est convaincu que la Suède a fait le bon choix : « Le virus ne va pas disparaître. A l’avenir, il sera sans doute plus facile à gérer, notamment quand nous aurons un vaccin. Mais nous allons devoir vivre longtemps avec et il est important que les mesures que nous prenons fonctionnent sur le long terme, sans avoir de conséquences trop négatives sur d’autres aspects de la santé ».

Le dépistage est monté en puissance cet été

Si le royaume scandinave n’a pas confiné, il n’a pas non plus déconfiné. Les recommandations et les quelques restrictions, imposées depuis mars, n’ont jamais changé. Elles continuent d’être répétées lors des conférences de presse, organisées deux fois par semaine au siège de Folkhälsomyndigheten. Retransmises en direct sur la chaîne publique SVT et sur YouTube, « elles sont suivies par 1 million de personnes, soit 1 Suédois sur 10 », selon Dan Eliasson, le directeur général de l’Agence de la protection civile.

Les Suédois sont priés de rester chez eux au moindre symptôme, de se laver régulièrement les mains et de garder leur distance, notamment avec les personnes de plus de 70 ans. Le dépistage, qui avait pris du retard à l’allumage, est monté en puissance cet été. Désormais, même les enfants sont invités à se faire diagnostiquer en cas de maladie, ce qui provoque des files d’attente, malgré 142 000 tests atteints la deuxième semaine de septembre.

Prohibés depuis le 27 mars, les rassemblements publics de plus de 50 personnes restent interdits, y compris à l’intérieur des théâtres, des cinémas ou des stades. Des assouplissements sont envisagés, mais l’agence de la santé publique a déjà fait savoir qu’elle exigerait une distance d’au moins un mètre et n’autoriserait pas plus de 500 spectateurs.

Le télétravail continue d’être recommandé, jusqu’au 31 décembre au moins. Les Suédois sont également priés d’éviter les transports en commun, et de privilégier la marche et le vélo aux heures de pointe. A Stockholm, la compagnie locale de bus et de métro SL a constaté une baisse de près de 50 % du nombre de passagers. La société ferroviaire SJ, pour sa part, ne permet plus de réserver qu’un siège sur deux, dans ses trains.

« Relation de confiance entre les autorités et les citoyens »

Une des décisions les plus controversées, mi-mars, avait été de maintenir les crèches, les écoles et les collèges ouverts. Les lycées et les universités avaient fermé. Ils ont rouvert mi-août. Le bilan provisoire est en demi-teinte : plusieurs établissements ont dû repasser en l’enseignement à distance, après des cas de contamination, même si le taux d’incidence reste stable chez les moins de 18 ans.

Le masque, lui, n’est toujours pas recommandé. « Garder ses distances est bien plus important », argue Anders Tegnell. Cependant, l’épidémiologiste n’exclut plus de l’imposer « pour une courte période, dans un endroit spécifique, si les cas augmentent et que les mesures habituelles ne fonctionnent pas ». Mais les exemples, ailleurs en Europe, ne le convainquent pas : « On voit bien que dans les pays qui l’ont rendu obligatoire, les contaminations ne baissent pas de façon drastique », remarque-t-il.

Selon la dernière enquête d’opinion réalisée par l’agence de la protection civile, 60 % des Suédois ont confiance dans la gestion de la pandémie par leur pays et 70 % approuvent le choix des mesures prises. Pour Dan Eliasson, les chiffres montrent que « la stratégie suédoise est bien ancrée au sein de la société ». Il y voit la condition de son efficacité : « Notre stratégie repose sur une relation de confiance entre les autorités et les citoyens. Plutôt que de donner des ordres ou de pointer du doigt, nous faisons des recommandations, mais c’est à eux d’agir, sur la base des informations que nous leur fournissons. » Et même si tous ne suivent pas les recommandations en permanence, admet-il, « la plupart des Suédois ont changé leur comportement ».

Est-ce que cela sera suffisant pour éviter une seconde vague ? L’agence de la santé publique n’exclut pas qu’une certaine immunité de la population puisse être en partie responsable du ralentissement de la propagation du virus. En Suède, plus de 87 575 personnes ont été testées positive au Covid-19 depuis le début de la pandémie. Mais le nombre de contaminés pourrait être bien plus élevé.


Coronavirus: Et si nous avions suivi l’exemple suédois ? (As Sweden has shown, what’s the point of shutting down if the countries that shut down the most see rates shoot up when they open up again?)

3 septembre, 2020

La Covid est terminée en Suède. Les gens sont revenus à leur vie normale et presque personne n’est plus infecté. Je suis prêt à parier que les pays qui ont complètement fermé verront leurs taux monter en flèche lorsqu’ils ouvriront. Si tel est le cas, alors c’est il n’y avait aucune raison de se confiner en premier lieu … Arrêter complètement pour réduire le nombre total de décès n’a de sens que si vous êtes prêt à rester fermé jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible. Ce qui pourrait prendre des années. Aucun pays n’est prêt à attendre aussi longtemps. Sebastian Rushworth (Swedish medical doctor)
Obliger les gens des plus grandes villes bas-rhinoises à promener leur chien à deux heures du matin avec un masque porte atteinte aux libertés fondamentales. Maintenant, la préfète va devoir prendre des mesures plus restreintes en termes de zones et de plages horaires. J’insiste : mes deux clients ne sont pas des anti-masque mais ils veulent qu’il soit porté de manière utile. Marc Jantkowiak (avocat de Vincent Feireisen, psychologue hospitalier, et Christian Chartier, médecin)
On veut nous faire croire que la deuxième vague arrive, je l’ai toujours pas vu arriver. (…) Les personnes hospitalisées sont de moins en moins nombreuses. (…) Ce qui compte, c’est les hospitalisations et les décès. (…) Les décès, il y en avait 500 par jour il y a quelques mois. Maintenant, c’est entre 10 et 20. Quand je vois des personnes qui décèdent à l’hôpital, ce sont des gens extrêmement âgés qui ont beaucoup de maladies sous-jacentes qui les fragilisent. (…) L’épidémie est en train de se terminer et on nous fait peur, on nous fait peur pourquoi ? (…)Au départ, on avait pas de tests quand il en fallait. Maintenant que l’épidémie se termine, ils en font 700 000, 800 000 par semaine. Et Olivier Véran était tout fier d’annoncer l’autre jour: ‘on va passer à un million de tests par semaine’.  (…) Un test PCR, il y a environ 3% de faux positifs. (…) donc on va inventer des gens qui sont en pleine forme, qui n’ont aucun symptôme (…) Si Olivier Véran est suivi et qu’il y a vraiment un million de tests par semaine, on aura 30 000 faux positifs par semaine. Sans compter  les vrais positifs (…) qui ont pratiquement pas de symptômes. C’est des sujets jeunes qui ont un petit rhume, une petite grippe ou une bronchite. (…) C’est du délire total. (…) C’est un non-sens scientifique de faire d’un test comme ça un dépistage de masse. (…) Ils entretiennent la peur en disant ‘regardez l’épidémie repart à la hausse !’ Tout ça, c’est bidon. (…) On a vraiment pris les Français pour des cons, pardonnez-moi l’expression. On a voulu les culpabiliser. (…) À chaque fois, on a rejeté la faute sur les Français qui faisaient pas bien. (…) Les décisions politiques étaient mauvaises, ce n’est pas la faute des Français. On les a vraiment pris pour des enfants, on leur a fait la leçon… (…) Les Français ont eu très peur, après ils ont eu moins peur, maintenant on leur refait peur, je n’ai jamais vu une nouvelle peur comme ça alors qu’il n’y a plus de maladie quasiment. Tout ça, c’est un peu de la manipulation de masse, (…) je trouve qu’il y a une dérive grave. (…) Le coup des masques aujourd’hui, c’est totalement débile. Qu’on garde le masque chez les soignants, quand il y a des personnes qui vraiment sont malades, qui projettent des sécrétions contaminantes pour leur entourage, dans certains lieux clos, il y a un risque, c’est très bien, je suis pas contre le masque en soi. Mais dire à tous ces gens dans les open spaces où tout le monde est en pleine forme, de porter le masque toute la journée, ils étouffent, les pauvres… (…)  Les écoles, c’est complètement délirant. (…) On culpabilise tout le monde et le masque dans la rue, c’est du grand délire »… (…) Il y a aucune base scientifique. Pr Christian Perronne
Le but des gouvernements était à l’origine d’éviter de saturer les systèmes de santé, mais il s’est ensuite déplacé vers un objectif de zéro transmission, avec l’objectif de préserver quasiment toute vie à n’importe quel prix. (…) C’est un mauvais moment pour quiconque est porteur du virus, mais c’est aussi un mauvais moment pour tout ceux qui préféraient ne pas se faire dicter leur conduite par les autorités, aussi bien intentionnées soient-elles. (…) Dans ce climat de peur, il était difficile pour les gouvernements de poser la question « combien vaut une vie ? » parce que chaque vie est précieuse, et chaque mort est triste, mais cela n’a jamais empêché des familles de parfois faire le choix d’accompagner leurs proches âgés au mieux tout en laissant la nature suivre son cours. (…) Il n’est pas possible de maintenir 40% de notre main-d’œuvre sur une sorte d’allocation gouvernementale, et d’accumuler un déficit inédit depuis la Seconde Guerre Mondiale, alors que le monde entre dans un marasme jamais vu depuis la Grande Dépression, causé autant par la réponse du gouvernement que par le virus lui-même. (…) Du point de vue de la santé, cette pandémie a été grave. D’un point de vue économique, elle a été désastreuse. Mais je soupçonne que c’est du point de vue du bien-être général que cela se révélera le pire de tout : parce que c’est ce qui arrive quand, pendant bien plus qu’un simple instant, nous laissons la peur de tomber malade nous empêcher d’être pleinement en vie. (…) Chaque jour qui passe risque de voir se mettre en place un nouveau normal (…) d’autant plus si la crise ajoute à leur autorité ou renforce leur position. Après 6 mois de pandémie, le but dans la plupart des pays est toujours de préserver presque chaque vie à n’importe quel prix, avec le confinement comme réponse instinctive des gouvernements à chaque regain du virus. (…) En cours de route, leur objectif est passé d’aplatir la courbe pour que les hôpitaux ne soient pas débordés, à la suppression du virus, puis à zéro transmission au sein de la communauté. (…) Maintenant que chacun de nous a eu six mois pour considérer cette pandémie et se faire son propre jugement à ce sujet, il est sûrement temps d’assouplir les règles afin que les individus puissent prendre plus de responsabilités personnelles et prendre davantage leurs propres décisions quant aux risques qu’ils sont prêts à courir. (…) La génération de la Seconde Guerre mondiale était prête à risquer sa vie pour préserver la liberté. Cette génération est prête à risquer sa liberté pour préserver la vie. Tony Abbott
Six months into the pandemic, the aim in most countries is still to preserve almost every life at almost any cost; with renewed lockdown most governments’ instinctive response to any increase in the virus. The New Zealand government has locked down Auckland after just four new cases, and postponed the national election with under 100 active cases. When new cases peaked at about 700 a day, the Victorian government put five and half million Melburnians into virtual house arrest, under nighttime curfew, and banned at other times from leaving home for more than an hour a day, or from travelling more than five kilometres. For more than six months now in Victoria, under disaster and emergency declarations, homes can be entered, people can be detained, and the ordinary law of the land suspended; and the Premier now wants to extend this health dictatorship for at least another six months. As with the Spanish Flu state border closures, only worse, it’s been every jurisdiction for itself, in a form of “pandemic protectionism”. One Australian state with virtually no corona cases won’t admit people from another state with virtually no corona cases. States that want to admit foreign students, because they need the money, don’t want to admit Australians from another state. And every day, premiers and their chief health officers front the media with casualty lists, and stern warnings that it could easily get worse unless people stay in their homes and avoid each other. It’s a bad time, obviously, for anyone with the virus. It’s also a bad time for anyone who would rather not be dictated to by officials, however well-meaning; or who instinctively chafes under a policy that’s clearly unsustainable yet may be kept up indefinitely in the absence of an effective vaccine. Given that lockdowns can reduce disease but hardly eliminate it, the result is not just a stop-start economy, but a stop-start life. In this climate of fear, it was hard for governments to ask: “how much is a life worth?” because every life is precious,and every death is sad; but that’s never stopped families sometimes electing to make elderly relatives as comfortable as possible while nature takes its course. Likewise, people anticipating serious health problems sometimes elect not to be resuscitated. When a trauma victim comes into an emergency department, almost no effort is spared to keep that person alive. But when a cancer patient wants access to very expensive new drugs, governments normally ask tough questions about how much good life will be gained before making it available; and what the alternative might be. So far, with Sweden the most notable exception, governments have approached the pandemic like trauma doctors; instead of thinking like health economists, trained to pose uncomfortable questions about a level of deaths we might have to live with. So far, Australia’s national government has committed some $300 billion to soften the economic consequences of state governments’ enforced social distancing. Even if mandatory shut-down really was all that avoided the initially-predicted 150,000 deaths, that still works out at about $2 million per life saved. If the average age of those who would have died is 80, even with roughly 10 years of expected life left, that’s still $200,000 per quality life year –or substantially beyond what governments are usually prepared to pay for life-saving drugs. Once it was clear that a 60 per cent infection rate and a 1 per cent death rate was unlikely, shouldn’t we have started to ask whether the cure was proportionate to the disease? Based on the anti-bodies present in blood tests, the NSW Chief Health Officer has recently said that up to a half million Australians could already have been infected, most of them asymptomatic. On that basis, while our case fatality rate is close to two per cent, our infection fatality rate, would be more like one in a thousand, or zero point one per cent. Of course, there is still much that we don’t know (like why infections haven’t increased that much in Europe as restrictions have eased; why deaths haven’t ticked up as infections have; and why death rates seem to have fallen everywhere despite little agreement on the most effective treatments). And it’s sensible to err on the side of caution. Sometimes though, officials get trapped in crisis mode longer than they need to, especially if the crisis adds to their authority or boosts their standing. One of the surprising features of this pandemic has been the lack of published modelling from government and the dearth of officially-accepted epidemiological data, after the daunting initial predictions from the Imperial College team in London changed most governments’ strategy from herd immunity to preventing infections via drastic, compulsory social distancing. Along the way, official objectives have shifted from “flattening the curve”, so hospitals wouldn’t be overwhelmed, to “suppression”, to “zero-community transmission”.  Governments have justified it as following “the expert advice”, as if this has always been clear; or as if we should be ruled, rather than merely guided, by unaccountable experts. Inevitably, much of the media has spread virus-hysteria with the occasional virus-linked death of a younger person highlighted to show that deadly threat isn’t confined to the very old or the already-very-sick or those exposed to massive viral loads. As Sweden demonstrates, you can cop both the corona deaths and the economic costs even without the government-imposed lockdowns as people choose to travel less, to go out less and to spend less. But for a free people, there’s a world of difference between a course of conduct that individuals choose for themselves and one that government orders them to adopt, even if turns out to be much the same. There’s no doubt that lockdowns, at least initially, reassured worried populations that governments had their well-being at heart. A recent poll showed that only 7 per cent of Australians thought that COVID restrictions were “too tough”, while 33 per cent thought them “too lenient”. Only 11 per cent thought that “getting the economy moving” was more important than “stopping the virus’ spread”, hence most governments’ tendency to make rules rather than let people make their own judgments. Faced with an unprecedented challenge, governments were always going to be damned if they do, and damned if they don’t. Or perhaps: damned now if they didn’t lock down and damned later if they did.  Because it’s clearly not possible indefinitely to keep 40 per cent of the workforce on some kind of government benefit, and to accumulate debt and deficit on a scale not seen since the Second World War, while the world goes into a slump not seen since the great depression –caused as much by governments’ response as by the virus itself. Almost a million people in Victoria, close to 20 per cent of the workforce, still technically have a job but aren’t actually working due to the lockdown. In the absence of effective treatment or a vaccine that may never come, at some point, we just have to learn to live with this virus, in ways that can be kept-up more or less indefinitely: with borders managed but open; businesses vigilant but otherwise fully operational; and normal life continuing, with more precautions, more humane ones, for the sick and elderly. Sadly, most of the elderly victims have died alone –without the solace of family and friends –because of the measures put in place to protect them. It’s this psychic damage, I fear, that will be at least as bad as the pandemic’s toll on health and wealth: people once sturdily self-reliant looking to government more than ever for support and sustenance, a “something for nothing” mindset reinforced among young people spared the need of searching for jobs, and magic pudding economics entrenched under the guise of “modern monetary theory”. Governments paying businesses’ wages bill for them, borrowers freed from mortgage repayments, and tenants no longer having to pay rent: none of this can last, yet every day it goes on risks establishing a new normal. The sooner citizens don’t have to offer police an explanation for their movements, the less anxious we will feel. The sooner the airwaves are not filled by officials telling us not to go out, not to see people, and not to shake anyone’s hand, the more resilient we will be, even if there may be some modest uptick in corona cases. From a health perspective, this pandemic has been serious; and from an economic perspective it’s been disastrous; but I suspect that it’s from an overall wellbeing perspective that it will turn out worst of all: because this is what happens when, for much more than a mere moment, we let fear of falling sick stop us from being fully alive. Now that each one of us has had six months to consider this pandemic and to make our own judgments about it, surely it’s time to relax the rules, so that individuals can take more personal responsibility and make more of their own decisions about the risks they’re prepared to run.  For me, the recent 75th anniversary of the end of World War Two prompted this reflection: that generation: ready to risk life to preserve freedom; this generation: ready to risk freedom to preserve life. Yet we don’t think of our parents and our grandparents as too brave, do we; I wonder what judgment history will pass on us? Tony Abbott
Des études séparées menées par le Karolinska Institutet (KI) de Suède, un institut de recherche médicale indépendant, et le Réseau européen des médiateurs pour les enfants et l’Unicef, ont montré que les enfants suédois se sont mieux comportés que les enfants d’autres pays pendant la pandémie, à la fois en termes d’éducation et de santé mentale. Reuters
The world should have followed Sweden’s example. That country never locked down and has even kept children under 16 in school the entire time. As Reuters reported on July 15, the number of Swedish children between 1 and 19 years of age who have died of COVID-19 is zero. And the percentage of children who contracted the illness was the exact same in Sweden as it was in Finland, which locked down its schools. As regards teachers, Sweden’s Public Health Agency reported that “a comparison of the incidence of COVID-19 in different professions suggested no increased risk for teachers.” Nevertheless, with few exceptions, teachers in Los Angeles and elsewhere refuse to enter a classroom that has students in it. Their disdain for their profession has been superseded only by that of the Los Angeles teachers union, which announced that teachers will not resume teaching until the police are defunded. People who defend lockdowns and closing schools point out that Sweden has the eighth-highest death rate per million in the Western world. But, needless to say, this has no bearing at all on the issue of whether Sweden was right to keep schools open or whether our country was wrong to close them, let alone keep them closed now. The overwhelming majority of deaths from COVID-19 in Sweden were among people over 70 years of age, and most of those were people over 80 and with compromised immune systems. Reuters reported that three separate studies, including one by UNICEF, “showed that Swedish children fared better than children in other countries during the pandemic, both in terms of education and mental health.” For more than a month, Sweden has had almost no deaths from COVID-19 while the entire society remains open and almost no one wears masks. (In Holland, too, almost no one wears masks.) For all intents and purposes, the virus is over in Sweden. I live in California, a state governed by that most dangerous of leaders: a fool with unlimited power. Despite the fact that California ranks 28th among the 50 states in deaths per million, Gov. Gavin Newsom has destroyed and continues to destroy tens of thousands of small businesses and untold numbers of livelihoods. His continuing to forbid — a half-year after the onset of the pandemic — indoor dining in restaurants is leading to a projected permanent closure of approximately 1 in every 3 restaurants in the state. The same catastrophic destruction will likely affect retail businesses and services such as hair and nail salons. But all this human tragedy — not to mention increased depression and suicides among the young and increased abuse of children and partners — means nothing to Newsom, to Los Angeles Mayor Eric Garcetti or to the Los Angeles Times, whose editors and columnists continue to advocate for the lockdown while they receive their salaries. Why can people eat with no mask in an airplane — inches, not six feet, from strangers — but cannot eat in a California restaurant, which is so much bigger than the inside of an airplane, while sitting six feet from others? Because Newsom ordered it, the Los Angeles Times supports it and, like sheep, Californians have accepted it. According to the California Association of Museums, “Museums are losing over $22 million a day due to the statewide quarantine. As of August 1, 2020, California museums have lost more than $2.9 billion in revenue. Museums have a $6.55 billion financial impact on California’s economy, support 80,722 jobs, and generated $492 million in tax revenues for the State of California in 2017 and over $1 billion in federal taxes.” And the American Alliance of Museums issued results from a survey on July 22, 2020, that warned 1 out of every 3 museums may shutter forever as funding sources and financial reserves run dry. On Aug. 3, The Wall Street Journal wrote, “In March … There was broad public support for the prudent goals of preventing hospitals from being overwhelmed and buying scientists time to develop therapies.” But the left — the media and Democratic governors and mayors — immediately moved the goalposts to “bending the curve” and “saving one life,” enabling them to get away with destroying lives and livelihoods. (…) The lockdown is a crime. But even more upsetting is that it is supported by so many Americans. This country is unrecognizable to those of us who lived through the 1968-1970 pandemic, which killed, according to the Centers for Disease Control and Prevention, approximately 100,000 Americans — the 2020 equivalent of 170,000 Americans. Nothing shut down. Not one mask was worn. Dennis Prager
Dans quelle mesure les masques peuvent-ils limiter la propagation de l’infection dans la société? C’est très difficile à mesurer. D’abord parce que les études et les preuves scientifiques sont étonnamment faibles. Ensuite parce qu’il peut y avoir des effets pervers induits par le port du masque, qui peut être contaminé, et que l’on touche. Nous pensons que la distanciation sociale, le fait que les gens ne se regroupent pas, qu’ils restent chez eux quand ils sont malades, sont des mesures beaucoup plus efficaces. Anders Tegnell (épidémiologiste en chef suédois)
Pendant qu’en France, et dans le reste du monde, le port du masque se généralise jusque dans la rue, un pays d’Europe résiste encore et toujours à cette mesure pour lutter contre la pandémie : la Suède. Le pays scandinave s’était déjà fait remarquer au printemps en refusant de confiner sa population pour éviter une crise économique trop importante. Aujourd’hui, il continue de rejeter le port du masque, qui n’apparaît nulle part dans les recommandations sanitaires de l’agence de santé publique suédoise. Le bilan humain de la pandémie en Suède est pourtant loin d’être le meilleur : au 27 août, 5 820 personnes y sont mortes du Covid-19, soit 57 décès pour 100 000 habitants. Un chiffre, certes, loin des 86 morts pour 100 000 habitants en Belgique, ou des bilans espagnol et britannique (62), mais proche de celui des États-Unis (55) et de l’Italie (59), deux pays fortement touchés. En France, l’épidémie a fait 46 décès pour 100 000 habitants. (…) La stratégie suédoise repose en fait quasi exclusivement sur la distanciation physique – ainsi que sur l’hygiène – quand, en France par exemple, elle est souvent assouplie et complétée par le port du masque. Les rassemblements de plus de 50 personnes y sont notamment toujours interdits, et le télétravail doit être favorisé jusqu’à la fin de l’année pour ne pas engorger les transports. L’épidémiologiste en chef de l’agence de santé publique suédoise, Anders Tegnell, a estimé le 24 août sur LCI qu’il était « dangereux de voir les masques comme la solution à cette pandémie ». Dans Le Figaro, il se justifie et pointe « les études et les preuves scientifiques » sur l’efficacité du port du masque, qui, selon lui, « sont étonnamment faibles ». Anders Tegnell estime surtout que le masque pourrait conduire à un relâchement de la distanciation et des gestes barrières. « Il peut y avoir des effets pervers induits par le port du masque, qui peut être contaminé et que l’on touche. » Un discours étonnant aujourd’hui, mais qui était celui de l’OMS – et des autorités françaises – il y a encore quelques mois, au début de la pandémie, avant que la connaissance scientifique sur la transmission du virus n’évolue. Si, au début du mois, ses voisins étaient encore sur la même ligne, le Danemark, la Finlande et la Norvège ont finalement décidé, mi-août, d’imposer ou de recommander le port du masque dans les transports publics. Pas de quoi faire douter les autorités suédoises, qui mettent en avant le ralentissement des contaminations dans le pays depuis l’été. Le Point
Que ce soit dans le bus, les trains ou les aéroports, dans les magasins ou dans les rues, le constat est le même: les Suédois, en temps de coronavirus, portent peu le masque, voire pas du tout. Et les quelques illuminés qui se couvrent la bouche courent même le risque de voir les regards devenir suspicieux, ou leur voisin changer de place. «Je n’ai qu’un passager sur dix avec un masque, assure un chauffeur de bus, et le plus souvent c’est un touriste, ou une personne très âgée.» Seuls les employés des hôpitaux et des maisons de retraite ne vaquent pas à leurs occupations à visage découvert. Alors que la France commence à rendre le masque obligatoire dans certaines rues fréquentées, et que dans la plupart des pays européens il est devenu l’arme privilégiée de la lutte contre le coronavirus, les Suédois continuent de l’ignorer. Certes, le télétravail est encouragé, les plus de 70 ans sont invités à limiter leurs contacts et les rassemblements de plus de 50 personnes restent interdits, mais l’Agence suédoise de santé ne mentionne même pas le masque dans les mesures de protection que pourrait adopter la population. Elle reste de même sourde aux recommandations de l’OMS qui le préconise en complément du lavage des mains ; ou du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies infectieuses (ECDC), basé à Stockholm, favorable au port du masque quand la distanciation physique n’est pas possible, comme dans les transports publics. Ce désintérêt est d’ailleurs similaire dans tous les pays scandinaves, avec cependant une différence de taille: la circulation du virus y est beaucoup moins élevée qu’en Suède. (…) L’épidémiologiste en chef Anders Tegnell reste cependant sur la même position: «Dans quelle mesure les masques peuvent-ils limiter la propagation de l’infection dans la société? C’est très difficile à mesurer, estime-t-il. D’abord parce que les études et les preuves scientifiques sont étonnamment faibles. Ensuite parce qu’il peut y avoir des effets pervers induits par le port du masque, qui peut être contaminé, et que l’on touche. Nous pensons que la distanciation sociale, le fait que les gens ne se regroupent pas, qu’ils restent chez eux quand ils sont malades, sont des mesures beaucoup plus efficaces.»Une position reprise par le premier ministre, Stefan Löfven, mais qui ne fait pas l’unanimité. Régulièrement, des militants «pro-masque» manifestent devant le siège de l’Agence de santé pour dénoncer les près de 6000 morts du coronavirus tombés selon eux à cause du non-confinement et de «l’inaction» du gouvernement social-démocrate. Les médias se sont aussi fait l’écho du travail mené par des chercheurs suédois de l’Institut Karolinska et des collègues canadiens qui ont compilé vingt-cinq études publiées dans le monde entier sur les masques faciaux. Selon leurs conclusions, si «l’efficacité de filtration varie», les masques «offrent toujours un degré non négligeable de protection» en stoppant notamment les larges particules émises lorsque l’on parle, tousse ou éternue. Mais, pour Anders Tegnell, le port du masque est d’autant moins une priorité que la situation épidémiologique ne le justifie pas. À la fin du printemps, la Suède était certes le pays où l’on avait le plus de chance de succomber au coronavirus, et son taux de mortalité par million d’habitants a alors dépassé celui de la France. Mais, aujourd’hui, la situation s’est stabilisée, et l’épidémiologiste parle même de «tendance positive»: «Les admissions en soins intensifs ont considérablement baissé, et certains jours il n’y en a même pas une seule. Le constat est le même pour la mortalité.» La Suède n’ayant pas eu à déconfiner, et donc à assouplir les règles de distanciation sociale, elle ne craint pas non plus cette deuxième vague qui semble naître ailleurs, même si une reprise légère des contaminations chez les jeunes adultes a été observée ces derniers jours. Signe que la situation s’améliore, les Suédois peuvent depuis le 1er août se rendre librement chez leurs voisins danois, qui jusqu’à cette date leur avaient fermé la porte. Mais Anders Tegnell, figure de la lutte contre le coronavirus en Suède, reste vigilant: «Si cette évolution se poursuit, avec un niveau très faible de contamination, je ne pense pas que nous introduirons l’usage du masque. Si la contamination s’accélère, si nous avons des problèmes dans les bus et les trains, c’est bien sûr une solution que nous regarderons de près.» Le Figaro

Nous aurions dû suivre l’exemple suédois!

A l’heure où après un confinement aussi aveugle que catastrophique

La France est repartie dans le délire du masque partout, y compris à l’extérieur …

Retour sur le cas du seul pays …

Qui a su ménager aussi bien son économie que la liberté et l’intelligence de ses citoyens …


Guerre culturelle: L’Amérique a la rage – et c’est nous qui lui avons donnée ! (From Plato to NATO, Western Civ has got to go: Was it the course in Western civilization or Western civilization itself that had to go ?)

4 juillet, 2020

From Plato to NATO: The Idea of the West and Its Opponents: Gress ...https://mobile.agoravox.fr/local/cache-vignettes/L768xH1047/French_Theory-b41ed.jpg

The star athlete and activist took to Twitter to share the powerful rejection, along with a video of actor James Earl Jones reciting Frederick Douglass's renowned speech 'What to the Slave Is the 4th of July?'
Pres. Trump to visit Mt. Rushmore for July 4th - CBSN Live Video ...
President Trump at Mount Rushmore on Friday.Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Quand Freud est arrivé aux États-Unis, en voyant New York il a dit: « Je leur apporte la peste. » Il avait tort. Les Américains n’ont eu aucun mal à digérer une psychanalyse vite américanisée. Mais en 1966, nous avons vraiment apporté la peste avec Lacan et la déconstruction… du moins dans les universités! Au point que je me suis senti soudain aussi étranger à Johns Hopkins qu’à Avignon au milieu de mes amis post-surréalistes. Un an plus tard, la déconstruction était déjà à la mode. Cela me mettait mal à l’aise. C’est la raison pour laquelle je suis parti pour Buffalo en 1968. René Girard
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le rérduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Attention, l’Amérique a la rage (…) La science se développe partout au même rythme et la fabrication des bombes est affaire de potentiel industriel. En tuant les Rosenberg, vous avez tout simplement essayé d’arrêter les progrès de la science. (…) Vous nous avez déjà fait le coup avec Sacco et Vanzetti et il a réussi. Cette fois, il ne réussira pas. Vous rappelez-vous Nuremberg et votre théorie de la responsabilité collective. Eh bien ! C’est à vous aujourd’hui qu’il faut l’appliquer. Vous êtes collectivement responsables de la mort des Rosenberg, les uns pour avoir provoqué ce meurtre, les autres pour l’avoir laissé commettre. Jean-Paul Sartre (« Les animaux malades de la rage », Libération, 22 juin 1953)
Notre nation fait face à une campagne visant à effacer notre histoire, diffamer nos héros, supprimer nos valeurs et endoctriner nos enfants. (…) Le désordre violent que nous avons vu dans nos rues et nos villes qui sont dirigées par des libéraux démocrates dans tous les cas est le résultat d’années d’endoctrinement extrême et de partialité dans l’éducation, le journalisme et d’autres institutions culturelles. (…) Nous croyons en l’égalité des chances, une justice égale et un traitement égal pour les citoyens de toutes races, origines, religions et croyances. Chaque enfant, de chaque couleur – né et à naître – est fait à l’image sainte de Dieu. Donald Trump
Our nation is witnessing a merciless campaign to wipe out our history, defame our heroes, erase our values, and indoctrinate our children. Angry mobs are trying to tear down statues of our Founders, deface our most sacred memorials, and unleash a wave of violent crime in our cities. Many of these people have no idea why they are doing this, but some know exactly what they are doing. They think the American people are weak and soft and submissive. But no, the American people are strong and proud, and they will not allow our country, and all of its values, history, and culture, to be taken from them. One of their political weapons is “Cancel Culture” — driving people from their jobs, shaming dissenters, and demanding total submission from anyone who disagrees. This is the very definition of totalitarianism, and it is completely alien to our culture and our values, and it has absolutely no place in the United States of America. (…) In our schools, our newsrooms, even our corporate boardrooms, there is a new far-left fascism that demands absolute allegiance. If you do not speak its language, perform its rituals, recite its mantras, and follow its commandments, then you will be censored, banished, blacklisted, persecuted, and punished. (…) Make no mistake: this left-wing cultural revolution is designed to overthrow the American Revolution. In so doing, they would destroy the very civilization that rescued billions from poverty, disease, violence, and hunger, and that lifted humanity to new heights of achievement, discovery, and progress. To make this possible, they are determined to tear down every statue, symbol, and memory of our national heritage. Our people have a great memory. They will never forget the destruction of statues and monuments to George Washington, Abraham Lincoln, Ulysses S. Grant, abolitionists, and many others. The violent mayhem we have seen in the streets of cities that are run by liberal Democrats, in every case, is the predictable result of years of extreme indoctrination and bias in education, journalism, and other cultural institutions. Against every law of society and nature, our children are taught in school to hate their own country, and to believe that the men and women who built it were not heroes, but that were villains. The radical view of American history is a web of lies — all perspective is removed, every virtue is obscured, every motive is twisted, every fact is distorted, and every flaw is magnified until the history is purged and the record is disfigured beyond all recognition. This movement is openly attacking the legacies of every person on Mount Rushmore. They defile the memory of Washington, Jefferson, Lincoln, and Roosevelt. Today, we will set history and history’s record straight. (….) We believe in equal opportunity, equal justice, and equal treatment for citizens of every race, background, religion, and creed. Every child, of every color — born and unborn — is made in the holy image of God. We want free and open debate, not speech codes and cancel culture. We embrace tolerance, not prejudice. We support the courageous men and women of law enforcement. We will never abolish our police or our great Second Amendment, which gives us the right to keep and bear arms. We believe that our children should be taught to love their country, honor our history, and respect our great American flag. We stand tall, we stand proud, and we only kneel to Almighty God. This is who we are. This is what we believe. And these are the values that will guide us as we strive to build an even better and greater future. President Trump
Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go!  Jesse Jackson (1987)
By focusing these ideas on all of us they are crushing the psyche of those others to whom Locke, Hume, and Plato are not speaking. . . . The Western culture program as it is presently structured around a core list and an outdated philosophy of the West being Greece, Europe, and Euro-America is wrong, and worse, it hurts people mentally and emotionally. Bill King (Stanford Black Student Union,1988)
Still nominally very much part of an atheistic, anti-foundational, French academic avant-garde in the United States, and now increasingly prominent in his position at Johns Hopkins, Girard was even one of the chief organizers of “The Languages of Criticism and the Sciences of Man,” the enormously influential conference, in Baltimore in October 1966, that brought to America from France skeptical celebrity intellectuals including Jacques Lacan, Lucien Goldmann, Roland Barthes, and, most consequentially, the most agile of Nietzschean nihilists, Jacques Derrida, still obscure in 1966 (and always bamboozlingly obscurantist) but propelled to fame by the conference and his subsequent literary productivity and travels in America: another glamorous, revolutionary “Citizen Genet,” like the original Jacobin visitor of 1793–94. After this standing-room-only conference, Derrida and “deconstructionism,” left-wing Nietzscheanism in the high French intellectual mode, took America by storm, which is perhaps the crucial story in the subsequent unintelligibility, decline, and fall of the humanities in American universities, in terms both of enrollments and of course content. The long-term effect can be illustrated in declining enrollments: at Stanford, for example, in 2014 alone “humanities majors plummeted from 20 percent to 7 percent,” according to Ms. Haven. The Anglo-American liberal-humanistic curricular and didactic tradition of Matthew Arnold (defending “the old but true Socratic thesis of the interdependence of knowledge and virtue”), Columbia’s Arnoldian John Erskine (“The Moral Obligation to Be Intelligent,” 1913), Chicago’s R. M. Hutchins and Mortimer Adler (the “Great Books”), and English figures such as Basil Willey (e.g., The English Moralists, 1964) and F. R. Leavis (e.g., The Living Principle: “English” as a Discipline of Thought, 1975) at Cambridge, and their successor there and at Boston University, Sir Christopher Ricks, was rapidly mocked, demoted, and defenestrated, with Stanford students eventually shouting, “Hey, hey, ho, ho! / Western civ has got to go!” The fundamental paradox of a relativistic but left-wing, Francophile Nietzscheanism married to a moralistic neo-Marxist analysis of cultural traditions and power structures — insane conjunction! — is now the very “gas we breathe” on university campuses throughout the West (…). Girard quietly repented his role in introducing what he later called “the French plague” to the United States, with Derrida, Foucault, and Paul DeMan exalting ludicrous irrationalism to spectacular new heights. M. D. Aeschliman
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
You always told us not to boast. Gisela Warburg
How can the proposed Declaration be applicable to all human beings and not be a statement of rights conceived only in terms of the values prevalent in the countries of Western Europe and America?” Melville J. Herskovits  (The American Anthropological Association, 1947)
Nelson (…) was what you would now call, without hesitation, a white supremacist. While many around him were denouncing slavery, Nelson was vigorously defending it. Britain’s best known naval hero – so idealised that after his death in 1805 he was compared to no less than “the God who made him” – used his seat in the House of Lords and his position of huge influence to perpetuate the tyranny, serial rape and exploitation organised by West Indian planters, some of whom he counted among his closest friends. It is figures like Nelson who immediately spring to mind when I hear the latest news of confederate statues being pulled down in the US. These memorials – more than 700 of which still stand in states including Virginia, Georgia and Texas – have always been the subject of offence and trauma for many African Americans, who rightly see them as glorifying the slavery and then segregation of their not so distant past. But when these statues begin to fulfil their intended purpose of energising white supremacist groups, the issue periodically attracts more mainstream interest. The reaction in Britain has been, as in the rest of the world, almost entirely condemnatory of neo-Nazis in the US and of its president for failing to denounce them. But when it comes to our own statues, things get a little awkward. The colonial and pro-slavery titans of British history are still memorialised: despite student protests, Oxford University’s statue of imperialist Cecil Rhodes has not been taken down; and Bristol still celebrates its notorious slaver Edward Colston. (…)  Britain has committed unquantifiable acts of cultural terrorism – tearing down statues and palaces, and erasing the historical memory of other great civilisations during an imperial era whose supposed greatness we are now, so ironically, very precious about preserving intact. And we knew what we were doing at the time. One detail that has always struck me is how, when the British destroyed the centuries-old Summer Palace in Beijing in 1860 and gave a little dog they’d stolen as a gift to Queen Victoria, she humorously named it “Looty”. This is one of the long list of things we are content to forget while sucking on the opium of “historical integrity” we claim our colonial statues represent. We have “moved on” from this era no more than the US has from its slavery and segregationist past. The difference is that America is now in the midst of frenzied debate on what to do about it, whereas Britain – in our inertia, arrogance and intellectual laziness – is not. The statues that remain are not being “put in their historical context”, as is often claimed. Take Nelson’s column. Yes, it does include the figure of a black sailor, cast in bronze in the bas-relief. He was probably one of the thousands of slaves promised freedom if they fought for the British military, only to be later left destitute, begging and homeless, on London’s streets when the war was over. But nothing about this “context” is accessible to the people who crane their necks in awe of Nelson. The black slaves whose brutalisation made Britain the global power it then was remain invisible, erased and unseen. Afua Hirsch
Why are we experiencing the worst civil disturbances in decades? It is because the proponents of radical change won’t have it any other way. Early 20th Century Italian Marxist Antonio Gramsci theorized that the path to a communist future came through gradually undermining the pillars of western civilization. We are now seeing the results of decades of such erosion, in education, in faith, in politics and in the media. The old standards of freedom, individual responsibility, equality and civic order are being assaulted by proponents of socialism, radical deconstruction and mob rule. Those who charge that institutional racism is rampant in America are the same as those who run the country’s major institutions – city governments, academe, the media, Hollywood, major sports leagues and the Washington, D.C. deep state bureaucracy. Accountability? None.  The irony is rich. At the same time, the only legal and institutional structures that mandate racially based outcomes do so in favor of other-than-majority groups. Anyone who questions this arrangement winds up cancelled. The public debate is hardwired for disunity, making the former language of inclusion the new dog whistle of racism. The exclusionary slogan “black lives matter” is sanctified while the more unifying “all lives matter” is called divisive. People who say they want a colorblind society are called bigots even as progressives push for segregated events and housing on college campuses and “CHOP” protesters demand Black-only hospitals. Martin Luther King’s dream that people will “live in a nation where they will not be judged by the color of their skin, but by the content of their character” is judged by today’s progressives as a call for white supremacy. The media goes out of its way to coddle violent protesters, calling them peaceful even as they verbally abuse and then throw bottles at police, saying they are not “generally speaking, unruly” standing in front of a burning building. Political leaders who benefit from disunity keep fanning the flames. For example House Speaker Nancy Pelosi’s reckless charge that the Senate police reform bill is “trying to get away with the murder of George Floyd” is irresponsibly divisive, especially since it was drafted by African American Senator Tim Scott (R-SC). Public monuments have borne the brunt of the violence in recent weeks. As President Trump predicted, the vandalism has moved well beyond statues of Confederates. Practically any statue is fair game. Washington, Jefferson, even Ulysses S. Grant, the man who defeated Lee’s army, all have been toppled by the mobs. And liberal city governments are taking down statues at least as fast as the rioters. But it would be a mistake to think that the statues themselves are at issue, or even what they symbolize. Rather it is the need for the radicals not just to cleanse American history but to make people feel ashamed of every aspect of it. In this way they clear a path for a radical future, buttressed by an unwavering sense of moral superiority that entitles them to smack down any dissent, usually gagging people in the name of “free speech.” We were told for years that anything the Trump administration did that was remotely controversial was an attempt to divide the country. Democrats frequently blamed insidious foreign influence, using expressions like “right out of Putin’s playbook” to keep the Russian collusion canard alive. But they are the ones who are weakening and dividing the country, to the evident glee of our Russian and Chinese adversaries. They have completely adopted longstanding Russian and Chinese propaganda lines about the United States being a country of endemic racism, poverty and oppression, when in fact America is an opportunity society and one of the most racially diverse and tolerant countries in the world. The protesters, their political allies and media backers are working hard to create the very sort of divisions they claim to oppose, because a weak, divided and ashamed America is their pathway to power. Chris Farrell
Il n’y a pas de plus grand monument à l’assujettissement colonial des peuples autochtones que le Mont Rushmore, et le projet du président de profaner davantage ce sol sacré avec des feux d’artifice et sa propre présence sans avoir été convié est un autre affront impardonnable. Il est temps de récupérer ou de démolir tous les monuments racistes. En tant que société, nous devons nous engager à respecter en permanence les populations marginalisées. Lakota People’s Law Project
The statue of Columbus sat in front of Columbus City Hall for 65 years. It was a gift from the people of Genoa, Italy. Now the mayor’s office says it’s “in safekeeping at a secure city facility.” What a blow to U.S.-Italy relations. At least he could offer to give the statue back. A second Columbus likeness, a marble of the navigator pointing west, was booted last month by Columbus State Community College, where it used to stand in the downtown Discovery District. The mayor’s office says the unelected Columbus Art Commission will launch a “participatory process” to find new art that “offers a shared vision for the future.” Good luck. “Let’s just leave the space empty,” one Dispatch letter suggested, “because if not everyone is happy should anyone be happy?” What a sad sign of the times. WSJ
ABC News published a report this week titled “New government data, shared first with ABC News, shows the country’s premier outdoor spaces – the 419 national parks – remain overwhelmingly white.” The story’s headline reads, “America’s national parks face existential crisis over race,” adding in the subhead, “A mostly white workforce, visitation threatens parks‘ survival and public health.” “Just 23% of visitors to the parks were people of color,” the report adds, “77% were white. Minorities make up 42% of the U.S. population.” As it turns out, white people really enjoy hiking and camping, and that is a problem for the parks, the ABC News report claims, because people of color will be a majority in America by 2044. The article then goes on to quote outdoor enthusiasts of color who say they do not feel welcome at the “overwhelmingly white” national parks. These advocates, the article reads, “say they hope the moment since George Floyd’s death in police custody brings attention to systemic racism in the outdoors as well as other parts of society and translates into a long-term change in attitudes and behavior.” Sorry, everyone. Even national parks are racist now. This is not normal behavior from our press. This is a mental breakdown in the works. People of the future will look at all this and wonder how on earth these stories made it into print. The best thing that can happen now for the news industry is for the pandemic to pass, the lockdowns to lift, and for everyone to go outside and get some fresh air. Because the way nearly everyone in the press is behaving now, it seems clear that cabin fever has set in hard, and it is an epidemic we may not shake as quickly as the coronavirus. Becket Adams
People have said for decades that America needs to have “an honest conversation about race.” Is this what they had in mind—this drama of marches, riots, witness videos, tear-gassings, surging police lines, Trump tweets, Zoom pressers, statue-topplings, Facebook screeds, cable television rants, window-smashings, shop-burnings, police-defundings, escalating murder rates and the distant thunder of editorial boards? Veterans in the field of less-than-revolutionary race relations learned that a certain amount of truth-suppression is actually helpful—preferable to the “honesty” of hatred, for example. Much progress has been accomplished under cover of hypocrisy—or, if you like, civility. Good manners and artful hypocrisy were Booker T. Washington’s game, but he was written off as an Uncle Tom long ago. We live now in the regime and culture of confrontation—ideology as performance, anger as proof of authenticity. You remember how much trouble Joe Biden got into when he bragged about his ability to get along with segregationists in the 1970s. Mr. Biden was preening thoughtlessly on his skill in the arts of the old hypocrisy. Now he has learned his lesson and embraces the left’s idea of honesty—no deviation from the party line or from the officially approved emotions. How do you judge a moment of history when you are in the thick of it? How can you tell if all of this will be remembered as historic or will be superseded and forgotten as another momentary sensation, another self-important mirage? The current moment feels intensely historic now, but we shall see. Black Lives Matter has ambitions to abolish its own version of the Chinese Cultural Revolution’s “Four Olds”—old customs, old culture, old habits, old ideas—and to add a fifth, old statues. Yet this summer the titanic racial theme competes and fuses with other superstories—the pandemic and its economic consequences, the presidential race, America’s long-running politico-religious civil war. Raw emotion pours out of social media and into the streets—outrage, with a touch of holiday. On the other side is an oddly silent majority. It seems eerie that so much of the country—the land of “white supremacy,” as the left likes to think of it—gives the appearance of having almost acquiesced, as if it has conceded that the eruptions might be justified and even overdue. Can it be that the silenced majority has had an epiphany, that in its heart it acknowledges the justice of black Americans calling in Thomas Jefferson’s IOU, “I tremble for my country when I reflect that God is just, and that his justice cannot sleep forever”? There’s some of that—changed minds, old prejudice grown reflective. In any case, the silenced majority, out of moral courtesy, has been reluctant to criticize people demonstrating in the wake of George Floyd’s killing. At the same time, it recoils—more indignantly and incredulously each day—from the left’s overall program and mind-set, which it considers insidious if not crazy. When major cities propose to cut off funds for their police departments or to abolish them altogether, that Swiftian absurdity makes a deep impression, confirming a broader doubt about the left’s intentions and mental health. The most tragic impediment to an honest conversation about race in America is fear—an entirely realistic fear of being slain by the cancel culture. This fear to speak is a civic catastrophe and an affront to the Constitution. It induces silent rage in the silenced. It is impossible to exaggerate the corrupting effect that the terror of being called a “racist”—even a whiff of the toxin, the slightest hint, the ghost of an imputation—has on freedom of discussion and the honest workings of the American public mind. Racism in America is no longer totalitarian, as it once was, especially in the South. The cancel culture is the new totalitarianism, a compound of McCarthyism, the Inquisition, the Cultural Revolution, the Taliban and what has become a lethal and systemic ignorance of history—almost a hatred of it. All that wild, unearned certainty, all that year-zero zealotry, discredits those who associate themselves with the cause and makes a mockery of their sweet intentions. Much of the white woke rage is radiant with mere self-importance. And it’s going to backfire. Newton’s Third Law of Motion hasn’t been repealed: For every action there is still an equal and opposite reaction. My sense is that there is quietly building a powerful backlash, which will express itself on Nov. 3, if not before. My guess is that polls now showing Mr. Biden far ahead don’t reflect reality. It may be impossible for President Trump to win; for some reason, he collaborates daily with his enemies to sabotage his chances. But the outcome is by no means as certain as the polls now suggest. Lance Morrow
Lorsqu’on fait l’expérience de la montée fulgurante de la violence comme j’en ai été témoin en Algérie, au début des années 1990, on ne peut que chérir la liberté. J’ai pris, soudainement, conscience dans la jeune vingtaine du privilège que j’avais de vivre. Résister à l’islam politique est devenu le combat de ma vie. Soutenir Mila s’inscrit, naturellement, dans cette démarche. Lorsque tout fout le camp, il ne reste que les fondamentaux pour donner un sens à l’existence. (…) En réalité, j’ai très vite déchanté en arrivant en France avec ma famille, mes parents, professeurs d’université, et mon frère, jeune lycéen. Nous nous sommes installés à Saint-Denis, ville cosmopolite, à l’époque, qui avait une tradition dans l’accueil des réfugiés politiques. Je pense, notamment, à nos camarades espagnols, italiens, grecs et portugais qui avaient fui le fascisme. Quant à nous, notre situation était considérée comme différente de la leur. Nous étions hors champ. Je pense que c’est autour de cette ambiguïté de notre statut que sont nés d’abord les malentendus, puis les dérives. En d’autres mots, nous reconnaître ne serait-ce que, symboliquement, le statut de réfugié politique revenait à placer l’islam politique dans l’histoire et le considérer comme une menace planétaire. Or, il n’en a rien été. Les États occidentaux et leurs élites intellectuelles dominantes ne se sont pas sentis concernés par ce qui s’est joué en Algérie dans les années 1990, tout comme en Iran en 1979. Certains prétendaient que la menace islamiste allait rester confinée aux frontières de ces pays, d’autres, comme les États-uniens (sic), étaient convaincus de pouvoir «domestiquer» l’islamisme. Depuis, il n’a cessé de progresser et de muter. Pour trois raisons principalement. La puissance de son idéologie, sa capacité à s’adapter à n’importe quel environnement institutionnel et, finalement, sa force mobilisatrice. Pour revenir à votre question de départ, ceux qui menacent nos libertés ne sont pas seulement les islamistes. Mais ceux qui ont renoncé à les exercer et à les défendre. (…) La France était pour moi un havre de paix qui m’a permis de me reconstruire. Je n’oublierai jamais de ma vie cette sensation de marcher librement dans la rue, cheveux au vent, sans avoir à vérifier s’il y avait, au coin d’une rue, un salaud pour me buter. La sécurité est, en ce sens, la première des libertés. Comment dire? Pour une femme, c’est encore plus vrai. Ceux qui, comme moi, en ont été privés en mesurent toute l’importance. Je pense à mes amies afghanes, iraniennes et saoudiennes qui sont en première ligne. Évoquer cette période c’est aussi parler des solidarités. La France, à travers un tissu associatif dynamique, des syndicats, universitaires, artistes et simplement des gens d’une grande générosité, a participé à atténuer nos blessures et à nous rattacher à notre humanité. Ultimement, pour sortir de nos vies cabossées et de nos destins fracassés, nous ne pouvions compter que sur notre résilience. Sur le plan politique, c’était beaucoup plus compliqué. L’asile politique a été offert en France, en Europe, aux États-Unis et au Canada aux chefs du FIS et du GIA et à leurs militants, ceux-là même dont les mains étaient entachées de sang. Il se trouvait des journalistes comme Edwy Plenel ou des universitaires comme François Burgat pour les absoudre de leurs crimes. Vous vous souvenez du petit jeu du «Qui tue qui?» («On ne sait pas qui tue qui?»: durant la tragique décennie noire en Algérie, cette formule en vogue était employée par certains observateurs, en particulier en Europe et en France, pour désigner l’armée algérienne comme seule responsable des massacres sur les civils alors que ces derniers étaient perpétrés par des groupes islamistes, NDLR) en Algérie qui a donné, plus tard, le «je ne suis pas Charlie»? Toujours les mêmes aux commandes pour faire courir des «si», multiplier des «mais» et évacuer toute la dimension idéologique et politique de notre combat. Pour eux, les islamistes, à bien y regarder, n’étaient pas vraiment des islamistes, et surtout pas des assassins. Et ceux qui s’opposaient à leurs desseins fascistes n’étaient pas des résistants. La régression? Elle n’est qu’une simple conséquence de cette confusion. Mais attention! N’allez pas imaginer que nous nous sommes tus. Même si cette thèse du «Qui tue qui?» nous était insupportable, nous l’avons confrontée. Dénoncée. Nous ne nous sommes jamais résignés. Jamais. Nous avons continué à parler, écrire, militer et mettre en garde contre la contagion islamiste, ici comme ailleurs. Nous, nous n’habitions pas les beaux quartiers. Encore là, le discours dominant dans le milieu médiatique était à la victimisation des musulmans. Notre parole était pratiquement inaudible. (..) Je remercie, vivement, Marianne d’avoir été à nos côtés depuis le début. Mon père est le premier à avoir osé lever le voile sur les graves dérives qui touchent Saint-Denis, qui n’est pas n’importe quelle ville. Elle est au cœur du dispositif indigéniste. Tout comme elle est au centre de la stratégie de l’internationale islamiste. Tout cela est largement documenté dans le livre «Quatre-vingt-treize», de Gilles Kepel… depuis 2012. Il n’était plus possible pour mon père de se taire. Ne pensez pas que ce geste a été sans conséquence pour lui. Vivre au quotidien dans la gueule du loup ça use. Même les plus courageux parmi nous. À l’évidence, ceux qui, comme mon père, habitent dans les quartiers populaires et résistent aux islamistes et à la mafia ne bénéficient d’aucune protection et n’ont pas le soutien des élus locaux. En 2009, avec quelques Dionysiens nous avons mis en place l’Observatoire de la laïcité de Saint-Denis (qui n’a rien à voir avec celui de Bianco, qui a détourné notre nom). Nous avons reçu deux cacahuètes de subside alors que l’association de Rokhaya Diallo, qui n’y est pas domiciliée, est grassement subventionnée pour offrir des ateliers sur les cheveux frisés. On se moque de qui? À Saint-Denis, il y a pourtant beaucoup d’initiatives citoyennes à encourager, comme l’association Les Résilientes. (…) loin de l’islamisme que j’avais retrouvé en France. (…) j’ai choisi le Québec, pays francophone, ouvert à l’immigration, véritable démocratie où il fait bon vivre pour les femmes. Puis, il y a eu le 11 Septembre 2001. J’étais correspondante de presse pour le journal algérien El-Watan, je me suis rendue, tout de suite, à New York avec mon amoureux qui était lui aussi journaliste. Nous sommes revenus de ce voyage bouleversés. En effet, tout avait basculé! (…) au cœur du dispositif législatif canadien il existe, depuis 1985, une possibilité de se soustraire aux règles communes en faisant valoir ses croyances religieuses. C’est ce qu’on appelle l’accommodement raisonnable devenu célèbre depuis le début des années 2000. Une simple demande faite «de bonne foi» suffit à obtenir une dérogation. Et ça peut aller très loin. Une enfant de maternelle dont les parents musulmans obligent l’école à lui mettre sur la tête un casque insonorisé pour la prémunir des chants de Noël. Paraît-il que c’est dans leur religion! Un jeune adolescent sikh autorisé à porter le kirpan (un poignard) à l’école après une bataille judiciaire qui est allée jusqu’en Cour suprême et a duré quatre ans. Des milliers de dollars pour faire plier une école et renverser deux décisions de justice. Théoriquement, il y a quelques garde-fous. Dans la pratique, les institutions qui refusent les accommodements se font traîner en justice. Ça coûte un fric fou! Ce qu’il faut comprendre par là c’est que les lobbies politico-religieux, riches et puissants, ont trouvé dans les accommodements un boulevard pour défaire ce qui a été chèrement acquis avec la Révolution tranquille. Il me paraissait urgent de proposer une charte de la laïcité pour retrouver le sens du commun. C’est ce que j’ai fait à travers mon engagement au Parti québécois où j’ai obtenu l’appui de deux femmes remarquables, Pauline Marois (ancienne première ministre) et Louise Beaudoin, et de notre ancien premier ministre, le regretté Bernard Landry. Cette loi qui a été adoptée en juin dernier est l’aboutissement d’un long combat. Il est, surtout, une claque à la face du multiculturalisme canadien.(…) La censure et l’autocensure dans les universités, les médias, le monde culturel sont désormais une réalité qu’il est difficile de déjouer. Nous manquons cruellement d’espace pour la confrontation des idées. Le débat est très mal vu. La recherche permanente d’un consensus valide l’idée selon laquelle la meilleure posture est une moyenne de toutes les postures. Nous n’avons pas de service public digne de ce nom. Nous avons une télévision et une radio d’État, Radio-Canada, au service d’une idéologie: le multiculturalisme qui a expurgé les laïques du débat public. Tout ce qui concerne l’islam et les musulmans relève du tabou. Alors vous imaginez ce livre avec un tel titre? (« Ma vie à contre-Coran ») Il y a encore des courageux qui osent. Mais à quel prix? Heureusement que nous avons encore Denise Bombardier et ses collègues du Journal de Montréal pour élargir nos horizons. (…) Justin Trudeau est convaincu de la supériorité morale du Canada sur les États-Unis et sur l’Europe. Pour lui, les attentats terroristes islamistes sont le résultat d’une mauvaise intégration des immigrants. Sa devise est simple: il n’y a qu’à être gentil pour susciter les bons sentiments. Sauf que les premiers réseaux terroristes au Canada sont apparus dans les années 1990. Ils étaient l’œuvre d’anciens militants du FIS. Il n’y a plus aucun journaliste pour le rappeler. (…) (le multiculturalisme)Tariq Ramadan le considère comme le meilleur système. En 2012, lorsque je me suis présentée aux élections, il a animé un grand meeting, à Montréal, pour appeler ses partisans à me barrer la route. À moi, mes collègues, mon parti. Ceux qui s’étaient faufilés en haut de la liste sont les porte-paroles d’un parti islamo-gauchiste, Québec solidaire, qui n’a plus rien de solidaire. Vous voyez bien que ce n’est pas très différent de la France. La trahison de la gauche communautariste permet aux islamistes de gagner du terrain. Demila Benhabib
We must resist the temptation to romanticize history’s losers. The other civilizations overrun by the West’s, or more peacefully transformed by it through borrowings as much as by impositions, were not without their defects either, of which the most obvious is that they were incapable of providing their inhabitants with any sustained improvement in the material quality of their lives. (…)  civilization is much more than just the contents of a few first-rate art galleries. It is a highly complex human organization (…) as much about sewage pipes as flying buttresses.”  Niall Ferguson French postmodern theory refuses to distinguish between high and low culture, attempting to make it futile even to discuss whether this or that work of art is or is not lovely or important. If you want to argue that Kanye West’s lyrics are as good as Shakespeare, or Mongolian yurts are as sophisticated a form of architecture as Bauhaus, then Foucault will support you all the way. But if you want to understand why we do not have child slavery in the West, or disenfranchised women, or imprisonment without trial, or the imprisonment of newspaper editors, you simply have to study the cultural history that produced such an unusual and extraordinary situation in human history. It is inescapable and not susceptible to postmodernist analysis. It’s not about the aesthetic or literary superiority of certain artworks, but about the unequivocal good of human dignity. If Ms. Rashatwar finds the idea of losing her human rights so “romantic,” she is always welcome to move to Saudi Arabia, which is still awaiting its Enlightenment. The late, very great Gertrude Himmelfarb identified three separate Enlightenments — English, French, and Scottish — at different though overlapping stages of the 18th century, with different emphases in different places at different times. Chartres Cathedral was not dedicated until 1260, so there were five centuries between then and the Enlightenments, but they were the moments when people began to throw off superstition and belief in magic and witchcraft, to look at the world afresh, unafraid of what they might find and where it might take them, even at the risk of unbelief. If the Islamic world had had such a moment, it would not have been left behind in so many areas of accomplishment since it was turned back from the gates of Vienna in 1683, with the result that its fascist-fundamentalist wing might not have existed to lash out in such fury and resentment on 9/11. The recent Security Conference in Munich took as its theme and title “Westlessness” — an ugly word in English, worse in German — intending to prompt international decision-makers into thinking about what might happen if the Trump administration were ever to get as tough over NATO underfunding as it has long threatened to do. Another fear of Westlessness, however, should be about the eclipse of Western civilization as a subject for study, as a result of a hugely successful Gramscian march through the institutions that started long before Jesse Jackson and his megaphone visited Stanford. For far from becoming a Kumbaya touchy-feely place, a truly Westless world would be a neo-Darwinian free-for-all in which every state merely grabbed what it could, a return to the world Hobbes wrote about in Leviathan. The Left should beware what it claims to wish for, and Western civilization should be taught once more in our schools and colleges. For as Churchill knew as the bombs were falling and London was burning in December 1940, it is worth fighting for. Andrew Roberts

C’est la faute à Foucault ! (Après la peste… la rage !)

En ces temps étranges …

Où après l’hystérie collective du virus chinois

Et le psychodrame – de Colomb et la fête nationale jusqu’aux… parcs nationaux ! – du prétendu « racisme systémique » …

L’Amérique semble à nouveau emportée – et tout l’Occident peut-être avec elle ?

Par une de ces vagues périodiques de furie auto-purificatrice

Et où en ce singulier 244e anniversaire de la Déclaration d’indépendance américaine …

Le président américain se voit contraint …

Entre deux manifestations ou déboulonnages de statues …

A en rappeler toute l’importance au pied même d’un de ses plus imposants symboles  …

Comment ne pas repenser …

Avec la National Review

A ces alors bien innocents jours il y a trente ans à peine …

Où reprenant les nouveaux diktats de la French theory de nos Foucault et Derrida …

Jessie Jackson et ses amis appelaient au sein même de l’université Stanford

A rien de moins que… la fin de la Civilisation occidentale ?

Why We Must Teach Western Civilization

Andrew Roberts National Review April 30, 2020 Tuesday, December 3, 1940, Winston Churchill read a memorandum by the military strategist Basil Liddell Hart that advocated making peace with Nazi Germany. It argued, in a summary written by Churchill’s private secretary, Jock Colville, that otherwise Britain would soon see “Western Europe racked by warfare and economic hardship; the legacy of centuries, in art and culture, swept away; the health of the nation dangerously impaired by malnutrition, nervous strains and epidemics; Russia . . . profiting from our exhaustion.” Colville admitted it was “a terrible glimpse of the future,” but nonetheless courageously concluded that “we should be wrong to hesitate” in rejecting any negotiation with Adolf Hitler.

It is illuminating — especially in our own time of “nervous strains and epidemics” — that in that list of horrors, the fear of losing the “legacy of centuries” of Western European art and culture rated above almost everything else. For Churchill and Colville, the prospect of losing the legacy of Western civilization was worse even than that of succumbing to the hegemony of the Soviet Union. 

Yet today, only eight decades later, we have somehow reached a situation in which Sonalee Rashatwar, who is described by the Philadelphia Inquirer as a “fat-positivity activist and Instagram therapist,” can tell that newspaper, “I love to talk about undoing Western civilization because it’s just so romantic to me.” Whilst their methods are obviously not so appallingly extreme, Ms. Rashatwar and the cohorts who genuinely want to “undo” Western civilization are now succeeding where Adolf Hitler and the Nazis failed.

 The evidence is rampant in the academy, where a preemptive cultural cringe is “decolonizing” college syllabuses — that is, wherever possible removing Dead White European Males (DWEMs) from it — often with overt support from deans and university establishments. Western Civilization courses, insofar as they still exist under other names, are routinely denounced as racist, “phobic,” and generally so un-woke as to deserve axing. 

Western civilization, so important to earlier generations, is being ridiculed, abused, and marginalized, often without any coherent response. Of course, today’s non-Western colonizations, such as India’s in Kashmir and China’s in Tibet and Uighurstan, are not included in the sophomores’ concept of imperialism and occupation, which can be done only by the West. The “Amritsar Massacre” only ever refers to the British in the Punjab in 1919, for example, rather than the Indian massacre of ten times the number of people there in 1984. Nor can the positive aspects of the British Empire even be debated any longer, as the closing down of Professor Nigel Biggar’s conferences at Oxford University on the legacy of colonialism eloquently demonstrates.

We all know the joke that Mahatma Gandhi supposedly made when he was asked what he thought about Western civilization: “I think it might be a good idea.” The gag is apocryphal, in fact, first appearing two decades after his death. But very many people have taken it literally, arguing that there really is no such thing as Western civilization, from ideologues such as Noam Chomsky to the activists of the Rhodes Must Fall movement at Oxford University, who demand the removal from Oriel College of the statue of the benefactor of the Rhodes Scholarships.

Increasingly clamorous demands by African and Asian governments for the restitution of artifacts “stolen” from their countries during colonial periods are another aspect of the attack, an attempt to guilt-shame the West. It also did not help that for eight years before 2016, the United States was led by someone who was constantly searching for aspects of Western behavior for which to apologize.

This belief that Western civilization is at heart morally defective has recently been exemplified by the New York Times’ inane and wildly historically inaccurate “1619 Project,” which essentially attempts to present the entirety of American history from Plymouth Rock to today solely through the prism of race and slavery. “America Wasn’t a Democracy until Black Americans Made It One” was the headline of one essay in the New York Times Magazine launching the project, alongside “American Capitalism Is Brutal: You Can Trace That to the Plantation” and “How Segregation Caused Your Traffic Jam.” When no fewer than twelve — in the circumstances very brave — American Civil War historians sent a letter itemizing all the myriad factual errors in the project’s founding document, the New York Times refused to print it. Yet the Project plans to create and distribute school curriculums that will “recenter” America’s memory.

None of this would amount to much if only schools and colleges were not so keen to apologize for and deny Western civilization, and to abolish or dumb down the teaching of important aspects of it. The classics faculty at Oxford University, to take one example of many, has recently recommended that Homer’s Iliad and Virgil’s Aeneid be removed from the initial module of the literae Humaniores program in ancient literature, history, and philosophy, giving as their reason the difference in recent exam results between male and female undergraduates, and the difference in expertise in Latin and Greek between privately and publicly educated students. The supposed guardians of the discipline are therefore willing to put social experimentation and social leveling before the best possible teaching of the humanities, a disgraceful position for one of the world’s greatest universities to have adopted.

A glance at the fate of “Western Civ” courses in the United States suggests that there is a deep malaise in our cultural self-confidence. The origin of the concept of Western civilization as a subject is found in the “War Issues” course offered to students at Columbia University in 1918, just after the United States’ entry into World War I. By learning the politics, history, philosophy, and culture of the Western world, students were given the opportunity to understand the values for which they were about to be asked to risk their lives. In 1919, the Columbia course was developed into “An Introduction to Contemporary Civilization,” which was followed by a similar innovation at the University of Chicago in 1931.

By 1964, no fewer than 40 of the 50 top American colleges required students to take such a class, which, to take Stanford University as an example, had evolved into a core canon of around 15 works, including those by Homer, Virgil, Plato, Dante, Milton, and Voltaire. While the content of the Western Civ courses was considerably more flexible, complex, and diverse than subsequent critics have suggested (as Herbert Lindenberger’s study The History in Literature: On Value, Genre, Institutions explains), the courses did indeed treat Western civilization as a uniform entity. In the last decade, that was derided as so inherently and obviously evil that Western Civ courses had disappeared altogether, miraculously holding out in their Columbia birthplace and in few other places, including brave, non-government-funded outposts of sanity such as Hillsdale College in Michigan and the incipient Ralston College in Savannah.

For all that we must of course take proper cognizance of other cultures, the legacy of Western culture, in terms of both its sheer quality and its quantity, is unsurpassed in human history. We are deliberately underplaying many of the greatest contributions made to poetry, architecture, philosophy, music, and art by ignoring that fact, often simply in order to try to feel less guilty about imperialism, colonialism, and slavery, even though the last was a moral crime committed by only a minority of some few people’s great-great-great-grandparents.

As a result, future generations cannot be certain that they will be taught about the overwhelmingly positive aspects of Western civilization. They might not now be shown the crucial interconnection between, for example, the Scrovegni Chapel by Giotto at Padua, which articulates the complex scholasticism of Saint Augustine in paint; Machiavelli’s The Prince, the first work of modern political theory; Botticelli’s Primavera, the quintessence of Renaissance humanism in a single painting; the works of Teresa of Ávila and Descartes, which wrestle with the proof of discrete individual identity; Beethoven’s symphonies, arguably the most complex and profound orchestral works ever written; and Shakespeare, whose plays Harold Bloom has pointed out, “remain the outward limit of human achievement: aesthetically, cognitively, in certain ways morally, even spiritually.” Even if students are taught about these works individually, they will not be connected in a context that makes it clear how important they are to Western civilization.

We cannot therefore know, once the present campaign against Western civilization reaches its goal, that our children and grandchildren will be taught about the living thing that intimately connects Europe’s Gothic cathedrals, which are mediations in stone between the individual and the sublime; the giants of the 19th-century novel, from Dickens to Flaubert to Tolstoy, in whose works contemporary life realistically observed becomes a fit subject for art; the Dutch masters of the 17th century such as Rembrandt, who wrestled visually with the human condition in a fashion that still speaks to us across the centuries; Versailles, the Hermitage, and the Alhambra, which, though bombastic, are undeniably ravishing expressions of the human will. Faced with the argument that Western culture is no longer relevant, it’s tempting to adopt Dr. Johnson’s argument, aim a good kick at the nearest neoclassical building, and announce, “I refute it thus.”

Mention of the Alhambra in Granada prompts the thought that any course in Western civilization worth its name ought also to include the Umayyad Caliphate, of which Córdoba  in modern-day Spain was the capital between 756 and 929. In the wake of the conquest of Spain and the establishment of the Muslim confederacy of Al-Andalus, Córdoba  became a flourishing, polyglot, multicultural environment in which religious tolerance, despite Jews’ and Christians’ being obliged to pay a supplementary tax to the state, produced an atmosphere of intellectual progressiveness that made it one of the most important cities in the world. Discoveries in trigonometry, pharmacology, astronomy, and surgery can all be traced to Córdoba. At a certain point, then, a very particular set of historical circumstances produced an equally particular set of intellectual ideas, which had significant material consequences. The study of Western civilization is therefore emphatically not solely that of Christian DWEMs.

In 1988, Jesse Jackson led Stanford students in the chant, “Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go!” The protests attracted national headlines and inspired a television debate between the university’s president and William Bennett, then secretary of education. Bill King, the president of the Stanford Black Student Union, claimed at that time, “By focusing these ideas on all of us they are crushing the psyche of those others to whom Locke, Hume, and Plato are not speaking. . . . The Western culture program as it is presently structured around a core list and an outdated philosophy of the West being Greece, Europe, and Euro-America is wrong, and worse, it hurts people mentally and emotionally.” He presented no actual evidence that reading Locke, Hume, or Plato has ever hurt anyone mentally or emotionally, and that was of course decades before the snowflake generation could proclaim themselves offended by the “micro-aggression” of a raised eyebrow. 

In 2016, over 300 Stanford students signed a petition requesting a ballot on the restoration of the Western Civ course. Fewer people voted for the ballot than voted to have it in the first place. In his book The Lost History of Western Civilization, Stanley Kurtz places the events at Stanford center stage for what went so badly wrong later across America, as the skewed thinking behind the deconstructionist, multiculturalist, postmodern, and intersectional movements caused so much damage to education for so long. 

Kurtz reminds us that what the Western Civ courses really did was to root a people in their past and their values. The trajectory of Western culture was shown to have run from Greece via Rome to Christendom, infused by Judaic ideas and morality along the way via Jerusalem, but then detouring briefly through the Dark Ages, recovering in the Renaissance, which led to the Reformation, the Enlightenment, and thus the scientific, rational, and politically liberated culture of Europe and European America. “From Plato to NATO,” as the catchphrase went. 

At the center of this transference of values across time and space was democracy, of which Winston Churchill famously said, “Many forms of government have been tried, and will be tried in this world of sin and woe. No one pretends that democracy is perfect or all-wise. Indeed, it has been said that democracy is the worst form of government, except for all those other forms that have been tried from time to time.” The generations who grew up knowing that truth, rather than weltering in guilt and self-doubt about “false consciousness” and so on, were the lucky ones, because they were allowed to study the glories of Western civilization in a way that was unembarrassed, unashamed, and not saddled with accusations of guilt in a centuries-old crime that had absolutely nothing to do with them. They could learn about the best of their civilization, and how it benefited — and continues to benefit — mankind. 

As Ian Jenkins, the senior curator of the Ancient Greek collection at the British Museum, put it in his book on the Elgin Marbles — politically correctly entitled “The Parthenon Sculptures” — “Human figures in the frieze are more than mere portraits of the Athenian people of the day. Rather they represent a timeless humanity, one which transcends the present to encompass a universal vision of an ideal society.” The Parthenon itself set out the architectural laws of proportion that still obtain to this day, and later in the book Jenkins points out how the sculptures “transcend national boundaries and epitomize universal and enduring values of excellence.” It was no coincidence that interest in them permeated the Western Enlightenments of the 18th century. 

While the Parthenon was being built, Pericles contrasted the openness and moderation of Athenian civic life with the militaristic, secretive, dictatorial Spartans in his Funeral Speech of 430 b.c., and this struck a chord with the Enlightenment thinkers of 23 centuries later, just as it should continue to do with us today, reminding us why Western values are indeed superior to those that actuate the leaders of modern China, Russia, Iran, Venezuela, North Korea, and Zimbabwe. Marxism-Leninism began as a Western concept but was overthrown in the West, whereas it tragically still thrives in other parts of the world. And yes, we know that the architect Phidias employed slaves and metics (foreigners) in building the Parthenon, not just Athenian freemen.

“Carved around the middle of the fifth century bc,” writes Neil MacGregor, former director of the British Museum, the Elgin Marbles “are the product of a creative culture that is credited with the invention of such aspects of modern Western civilization as democracy, philosophy, history, medicine, poetry and drama.” Of course, no one is claiming that Oriental, Persian, and Arab civilizations did not have all of those listed — except democracy, which they did not have then and most still do not today — and no one suggests that Aboriginal Australians, South Sea Islanders, the Aztecs and Incas, ancient Egyptians, or the Khmer Empire that built Angkor Wat for the god Vishnu did not have their own worthy civilizations, too. 

Yet even the very greatest achievements and physical creations of those other civilizations simply cannot compare to what the Greco-Roman and Judeo-Christian Western civilization has produced in philosophy, history, medicine, poetry, and drama, let alone democracy. 

Anyone reading Charles Murray’s superb and unanswerable book Human Accomplishment cannot but accept that the contribution made to mankind — the whole of it, not just the West — by DWEMs has statistically utterly dwarfed that made by the whole of the rest of the world combined. Whilst the transformative powers of cathedrals and concertos are relatively debatable, Nobel prizes for science and medical breakthroughs can be numerically compared, as can the fact that there is no one in any other civilization who can objectively match the sheer volume and density of the poetic and dramatic work of Shakespeare. To deny that is to start going down the route of the discredited Afrocentrist historians who were reduced to claiming that ancient African civilizations had visited Latin America and significantly influenced the cultures they found there.

“From the constitution drafted by the founding fathers of the American republic to the war-time speeches of Winston Churchill,” Jenkins writes, “many have found inspiration for their brand of liberal humanism, and for a doctrine of the open society, in the Funeral Speech of Perikles.” If Pericles had lost an election or been ostracized in the annual vote of Athenians, he would have stood down from office in the same way that Boris Johnson, Donald Trump, and Emmanuel Macron would after a defeat in a free and fair election in their countries, whereas that is inconceivable in many totalitarian countries not infused by the ethics of the West. That is ultimately why we should not apologize for Western civilization, why it should be proselytized around the world and certainly taught as a discrete discipline in our schools and universities. 

Western Civilization courses never pretended that the West invented civilization, as the French anthropologist Claude Lévi-Strauss emphasized in his foreword to the UNESCO International Social Science Bulletin in 1951. Considering some of the most ancient sites of human habitation in the world, such as Mohenjo-daro and Harappa in the Indus Valley, he observed straight streets intersecting at right angles, industrial workshops, utilitarian housing for workers, public baths, drains and sewers, pleasant suburbs for the wealthier classes; in short, what he called “all the glamour and blemishes of a great modern city.” Five thousand years ago, therefore, the most ancient civilizations of the old world were giving their lineaments to the new. As a new history of the world by the British historian Simon Sebag Montefiore will shortly demonstrate, the inhabitants of Egypt, China, and Persia were creating sophisticated art and architecture, legal and numerical systems, and literary and musical traditions while the peoples of Europe were still covered in woad and living in mud huts. 

What might Homer have to say about being civilized? The Iliad, which describes the clash between the Greeks and the Trojans, is not a description of a conflict between two nation-states. Adam Nicolson characterizes the conflict in The Mighty Dead: Why Homer Matters as “the deathly confrontation of two ways of understanding the world.” In this 4,000-year-old scenario, the Greeks are the barbarians. They are northern warriors, newly technologically empowered with ships and bronze spears, who want what the Trojans have got. They are pirates: coarse, animalistic, in love with violence. They are savage, rootless nomads who trade women as commodities (a three-legged metal tripod to put vases on is worth twelve oxen; a woman, four) and lust after the treasure hidden within Troy’s walls.

The city of Troy is wealthy, ordered, graceful, and stable, and the Greeks covet it. In the climax of the poem, Achilles, the ultimate man of the plains, confronts Hector of Troy, the man of the city. In disarmingly exhilarating and violent poetry, the outsider slaughters the insider. The barbarians have won. Or have they? After the battle, Priam, Hector’s grieving father, visits Achilles in his tent. Troy is doomed but Achilles marvels at Priam’s humility, at his ability to respect the man who has murdered his beloved son. From the “mutuality and courage of that wisdom,” writes Nicolson, “its blending of city and plain, a vision of the future might flower.”

Our word “civilization” derives from the Latin “civilis,” from “civis” (citizen) via “civitas” (city). The city is the locus for human encounter and understanding, for exchange and connection, for the development of communal and peaceful coexistence, for the flourishing of both everyday exchange and sophisticated arts. Opponents of the teaching of Western civilization object that European countries built their wealth and cultural achievements on the colonial exploitation and enslavement of non-European peoples. Yet as Homer demonstrates, the development of civilization has always been predicated upon darker forces. 

The Crusaders of medieval Europe were no more bloody and cruel than the wars of conversion enacted by the expanding Islamic world in the seventh and eighth centuries. The Ethiopian Empire (1270–1974) was founded upon slavery, as was the Ottoman Empire (1299–1924). If the history of the West needs to be taught critically, then so too does that of the East or the so-called global South. No civilization has been morally pure. 

“Competition and monopoly,” writes Niall Ferguson sagely in his book Civilization: The West and the Rest, “science and superstition; freedom and slavery; curing and killing; hard work and laziness — in each case, the West was the father to both the good and the bad.” Those early Western Civ courses never tried to argue that it was flawless — Karl Marx sometimes used to be taught in them, after all — but in the 20th century, students had more common sense and took that for granted, and were not looking for ever-new ways to be offended.

Christianity, for all its schisms and intolerance, its occasionally obnoxious obscurantism and iconoclasm, has been overall an enormous force for good in the world. The Sermon on the Mount was, as Churchill put it, “the last word in ethics.” 

Christians abolished slavery in the 1830s (or three decades later in America’s case), whereas outside Christendom the practice survived for much longer, and identifiable versions of it still exist in some non-Christian and anti-Christian countries today. 

The abolition of slavery did not merely happen by votes in Parliament and proclamations from presidents; it was fought for by (and against) Christians with much blood spilt on both sides. That would not have happened without the Judeo-Christian values and the Western Enlightenment that are so central to Western civilization. The Royal Navy ran its West Africa Preventive Squadron for over 60 years with the sole task of fighting slavery, during which time it freed around 160,000 slaves, and an estimated 17,000 British seamen died of disease or in battle achieving that. 

When considering “the rest” — those civilizations that did not produce what Western civilization has — Ferguson is unblushingly honest. “We must resist the temptation to romanticize history’s losers,” he writes. “The other civilizations overrun by the West’s, or more peacefully transformed by it through borrowings as much as by impositions, were not without their defects either, of which the most obvious is that they were incapable of providing their inhabitants with any sustained improvement in the material quality of their lives.” For all my earlier concentration on art and architecture, poetry and music, Ferguson is also correct to point out that “civilization is much more than just the contents of a few first-rate art galleries. It is a highly complex human organization,” which is why his book is “as much about sewage pipes as flying buttresses.” 

In response to the issuing of the United Nations’ Universal Declaration of Human Rights in 1948, the American Anthropological Association released a critique that asked, “How can the proposed Declaration be applicable to all human beings and not be a statement of rights conceived only in terms of the values prevalent in the countries of Western Europe and America?” The question assumes that the 30 articles of the Declaration could not be universal, since universality of human rights was of necessity a “Western” assumption. This was intended as a criticism, not an endorsement.

Yet the West has not stolen these values, as the Greeks stole the Trojans’ gold; it has not appropriated or co-opted them. Rather they are seen as objectionable because they do, indeed, according to their detractors, inhere in Western culture. So, given that a belief in human rights is, apparently, predicated on Western culture, is not that culture worth examining and teaching? 

Instead, there is an entire industry devoted to trying to topple DWEM heroes from their pedestals — literally, in the case of the British activist Afua Hirsch’s attempt to have Admiral Nelson removed from his column in Trafalgar Square in London on the grounds that he did not campaign to abolish the slave trade (which was not abolished by Britain until two years after his death in 1805). 

The climate-change movement is similarly riddled with anti-Western assumptions, whereby capitalism, development, and growth are demonized, all of them supposedly primarily Western concepts. A glance at the actual carbon emissions from the new coal-fired power stations still being built every month in China should put Western climate self-haters right about the importance of development and growth, but campaigning against democratic, guilt-ridden Western governments is far easier than taking the fight to Beijing and Delhi, which now is where the real difference can be made. When Greta Thunberg denounces Xi Jinping and the Chinese Communist Party outside the Great Hall of the People, she will be worthy of our respect; until then, she is merely playing on Western guilt, like every other demagogic critic of the West so beloved of the Left. 

The self-hatred virus is a particularly virulent and infectious one, and has almost entirely overtaken the academy in its attitude towards Western civilization. We all know the concept of the self-hating Jew who instinctively and immediately blames Israel for everything bad that happens in the Middle East (and often in the wider world, too). If the term is unfamiliar, look at some of the lobbying organizations on Washington’s K Street, or the equally virulent “Jews for Corbyn” movement inside the ultra-left Momentum organization in Britain. 

Western self-hatred, which is quite different from healthy self-criticism, has gone far too far in our society. American self-haters such as Noam Chomsky and Michael Moore have made hugely successful careers out of a knee-jerk reaction that whatever ill befalls the West is solely its own fault. They argue, of course, that they in fact like their country — rarely “love,” as that would differentiate it from other countries — and it’s only one particular administration or policy with which they take issue rather than the whole culture. Yet this is false. If after a lifetime one has never — as in Jeremy Corbyn’s case — once supported a single Western military operation under any circumstance, and always had a good word for every opponent of the West, whether it be a state actor or a leftist terrorist group, then the truth becomes obvious.

British self-hatred goes back a long way, via Thomas Paine and Kim Philby, but today it is not enough for the Chomskys and Corbyns merely to hate their own country; they must hate the West in general, which for them tends to mean NATO, the special relationship, the Anglo-American form of (relatively) free markets and free enterprise, and of course the concept of Western civilization itself, which they consider an artificial construct. Recently Seumas Milne, Jeremy Corbyn’s spin doctor, tried to argue that capitalism has killed more people than Communism, although of course he did not accept the figure of 100 million that most responsible historians recognize was Communism’s death toll in the 20th century. 

Mention of Corbyn and Milne prompts the thought that all too often consideration of the contribution of Judeo-Christian thought to Western civilization tends to underplay the first — Judeo — part of the conjoined twins. It is impossible not to spot an enormous overlap — the shaded area in the Venn diagram — between hatred of the concept of Western civilization on one side and at least a certain haziness over anti-Semitism on the other. In America, there are unfortunately still those who believe that Western civilization is at risk from Jewish culture. This view is as ignorant as it is obnoxious. For without the “Judeo” half of the phenomenon, Western civilization would simply not exist. 

Once again, Charles Murray is invaluable here in enumerating in numbers and places and names and statistics the contribution made in every field by Jews over the millennia, around 100 times what it ought to be in relation to their demographic numbers on the planet. Writing of Max Warburg’s daughter Gisela in his book The Warburgs, Ron Chernow recalls how, “once asked at a birthday party whether she was Jewish, Gisela refused to answer. When Alice [her mother] asked why, Gisi stammered confusedly, ‘You always told us not to boast.’” That might be true of her, but philo-Semitic Gentiles such as I enjoy boasting about the contribution the Jews have made to Western civilization in every sphere. Beware the hater of Western civilization; very often there’s an anti-Semite not very far away.

French postmodern theory refuses to distinguish between high and low culture, attempting to make it futile even to discuss whether this or that work of art is or is not lovely or important. If you want to argue that Kanye West’s lyrics are as good as Shakespeare, or Mongolian yurts are as sophisticated a form of architecture as Bauhaus, then Foucault will support you all the way. But if you want to understand why we do not have child slavery in the West, or disenfranchised women, or imprisonment without trial, or the imprisonment of newspaper editors, you simply have to study the cultural history that produced such an unusual and extraordinary situation in human history. It is inescapable and not susceptible to postmodernist analysis. It’s not about the aesthetic or literary superiority of certain artworks, but about the unequivocal good of human dignity. If Ms. Rashatwar finds the idea of losing her human rights so “romantic,” she is always welcome to move to Saudi Arabia, which is still awaiting its Enlightenment.

The late, very great Gertrude Himmelfarb identified three separate Enlightenments — English, French, and Scottish — at different though overlapping stages of the 18th century, with different emphases in different places at different times. Chartres Cathedral was not dedicated until 1260, so there were five centuries between then and the Enlightenments, but they were the moments when people began to throw off superstition and belief in magic and witchcraft, to look at the world afresh, unafraid of what they might find and where it might take them, even at the risk of unbelief. If the Islamic world had had such a moment, it would not have been left behind in so many areas of accomplishment since it was turned back from the gates of Vienna in 1683, with the result that its fascist-fundamentalist wing might not have existed to lash out in such fury and resentment on 9/11.

The recent Security Conference in Munich took as its theme and title “Westlessness” — an ugly word in English, worse in German — intending to prompt international decision-makers into thinking about what might happen if the Trump administration were ever to get as tough over NATO underfunding as it has long threatened to do. Another fear of Westlessness, however, should be about the eclipse of Western civilization as a subject for study, as a result of a hugely successful Gramscian march through the institutions that started long before Jesse Jackson and his megaphone visited Stanford. 

For far from becoming a Kumbaya touchy-feely place, a truly Westless world would be a neo-Darwinian free-for-all in which every state merely grabbed what it could, a return to the world Hobbes wrote about in Leviathan. The Left should beware what it claims to wish for, and Western civilization should be taught once more in our schools and colleges. For as Churchill knew as the bombs were falling and London was burning in December 1940, it is worth fighting for.

— This essay is sponsored by National Review Institute.

Voir aussi:

‘Hey, Hey, Ho, Ho, Western Civ Has Got to Go’

Robert Curry American Greatness June 10, 2019

On January 15, 1987, Jesse Jackson and around 500 protesters marched down Palm Drive, Stanford University’s grand main entrance, chanting “Hey hey, ho ho, Western Civ has got to go.”

They were protesting Stanford University’s introductory humanities program known as “Western Culture.” For Jackson and the protesters, the problem was its lack of “diversity.” The faculty and administration raced to appease the protesters, and “Western Culture” was formally replaced with “Cultures, Ideas, and Values.”

The new program included works on race, class, and gender and works by ethnic minority and women authors. Western culture gave way to multi-culture. The study of Western civilization succumbed to the Left’s new dogma, multiculturalism.

When I attended college in the 1960s, taking and passing the year-long course in the history of Western civilization was required for graduation. The point of the requirement was perfectly clear. Students were expected to be proficient with the major works of their civilization if they were to be awarded a degree. It was the mark of an educated person to know these things.

Because it was a required course, it was taught by a senior professor in a large lecture hall with hundreds of students. The course was no walk in the park. When I took the course, only one student got an A grade for the first semester. Students went down in wave after wave. Many dropped out of the course, planning to try again later. Others dropped out of school or transferred to another college or university.

Student protests were all the rage on campus in those days, too. But nobody protested the Western Civ course, its contents, the difficulty involved, or the fact that it was required. Students evidently accepted the idea that studying the story of how we got here and who shaped that story was essential to becoming an educated person.

It is also not at all clear that the faculty in those days would have raced to appease student protesters chanting “Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go.”

Many of the faculty, after all, had served in World War II. My best friends on the faculty had all served either in the European or the Pacific theater. They had put their lives on the line to defend Western civilization, and served with others who had lost their lives in that fight. Whether they were teaching Plato or Italian art of the Renaissance and the Baroque eras, they taught with the passion of men who had fought as soldiers and were working as teachers to preserve Western culture. Perhaps my fellow students would not have dared to present our teachers with that particular protest.

The protesting students at Stanford in 1987 were pushing against an open door. Radicalized professors, products of the student protests of the 1960s, welcomed the opportunity to do what they already wanted done. The protesters provided the excuse. Instead of doing the hard work of teaching Western civilization, they were free to preach multiculturalism—and the change was presented to the world as meeting the legitimate demands of students.

It is worth noting, I think, that the chant has an interesting ambiguity. Was it the course in Western civilization or Western civilization itself that had to go? Clearly, Jackson was leading the protesters in demanding a change in the curriculum at Stanford, but the Left, having gotten rid of “Western Civ” at Stanford and at most other colleges, is reaching for new extremes. Today, ridding the world of Western civilization as a phenomenon doesn’t seem like such a stretch.

In the wee hours of the morning recently, in a nearly deserted international airport terminal, I got into conversation with a fellow passenger while we waited for our luggage. He told me he was returning from a stay at an eco-resort. He said because of cloudy weather there had been no hot water on most days—and little hot water when there was any—and the electric light ran out every night soon after nightfall.

The worst part for him, he said, was the requirement to put used toilet paper in a special container provided for that purpose. When I remarked that what he had experienced at the resort was what the Greens have planned for all of us, he cheerfully agreed. He went on to say that he believed the real purpose of the Greens’ plan is population control, that a truly green future would only be able to support a much smaller population.

The amazing part is this: he conveyed a complete agreement with the environmentalist project and what he believed to be its underlying purpose. It seemed that what he had experienced at the resort had not caused him to re-think his attitude, or even to consider that there was a risk he might not survive the transition to a much smaller population.

As he spoke, I easily imagined him as a younger person chanting “Hey, hey, ho, ho, Western Civ has got to go.”

Voir également:

‘An Honest Conversation About Race’?

Is confrontation wise? Much progress has been accomplished under cover of hypocrisy—or civility.

Lance Morrow
The Wall Street Journal
July 2, 2020

People have said for decades that America needs to have “an honest conversation about race.” Is this what they had in mind—this drama of marches, riots, witness videos, tear-gassings, surging police lines, Trump tweets, Zoom pressers, statue-topplings, Facebook screeds, cable television rants, window-smashings, shop-burnings, police-defundings, escalating murder rates and the distant thunder of editorial boards?

Veterans in the field of less-than-revolutionary race relations learned that a certain amount of truth-suppression is actually helpful—preferable to the “honesty” of hatred, for example. Much progress has been accomplished under cover of hypocrisy—or, if you like, civility. Good manners and artful hypocrisy were Booker T. Washington’s game, but he was written off as an Uncle Tom long ago.

We live now in the regime and culture of confrontation—ideology as performance, anger as proof of authenticity. You remember how much trouble Joe Biden got into when he bragged about his ability to get along with segregationists in the 1970s. Mr. Biden was preening thoughtlessly on his skill in the arts of the old hypocrisy. Now he has learned his lesson and embraces the left’s idea of honesty—no deviation from the party line or from the officially approved emotions.

How do you judge a moment of history when you are in the thick of it? How can you tell if all of this will be remembered as historic or will be superseded and forgotten as another momentary sensation, another self-important mirage? The current moment feels intensely historic now, but we shall see.

Black Lives Matter has ambitions to abolish its own version of the Chinese Cultural Revolution’s “Four Olds”—old customs, old culture, old habits, old ideas—and to add a fifth, old statues. Yet this summer the titanic racial theme competes and fuses with other superstories—the pandemic and its economic consequences, the presidential race, America’s long-running politico-religious civil war.

Raw emotion pours out of social media and into the streets—outrage, with a touch of holiday. On the other side is an oddly silent majority. It seems eerie that so much of the country—the land of “white supremacy,” as the left likes to think of it—gives the appearance of having almost acquiesced, as if it has conceded that the eruptions might be justified and even overdue. Can it be that the silenced majority has had an epiphany, that in its heart it acknowledges the justice of black Americans calling in Thomas Jefferson’s IOU, “I tremble for my country when I reflect that God is just, and that his justice cannot sleep forever”?

There’s some of that—changed minds, old prejudice grown reflective. In any case, the silenced majority, out of moral courtesy, has been reluctant to criticize people demonstrating in the wake of George Floyd’s killing. At the same time, it recoils—more indignantly and incredulously each day—from the left’s overall program and mind-set, which it considers insidious if not crazy. When major cities propose to cut off funds for their police departments or to abolish them altogether, that Swiftian absurdity makes a deep impression, confirming a broader doubt about the left’s intentions and mental health.

The most tragic impediment to an honest conversation about race in America is fear—an entirely realistic fear of being slain by the cancel culture. This fear to speak is a civic catastrophe and an affront to the Constitution. It induces silent rage in the silenced. It is impossible to exaggerate the corrupting effect that the terror of being called a “racist”—even a whiff of the toxin, the slightest hint, the ghost of an imputation—has on freedom of discussion and the honest workings of the American public mind.

Racism in America is no longer totalitarian, as it once was, especially in the South. The cancel culture is the new totalitarianism, a compound of McCarthyism, the Inquisition, the Cultural Revolution, the Taliban and what has become a lethal and systemic ignorance of history—almost a hatred of it. All that wild, unearned certainty, all that year-zero zealotry, discredits those who associate themselves with the cause and makes a mockery of their sweet intentions. Much of the white woke rage is radiant with mere self-importance.

And it’s going to backfire. Newton’s Third Law of Motion hasn’t been repealed: For every action there is still an equal and opposite reaction. My sense is that there is quietly building a powerful backlash, which will express itself on Nov. 3, if not before. My guess is that polls now showing Mr. Biden far ahead don’t reflect reality. It may be impossible for President Trump to win; for some reason, he collaborates daily with his enemies to sabotage his chances. But the outcome is by no means as certain as the polls now suggest.

Mr. Morrow is a senior fellow at the Ethics and Public Policy Center.

Voir de plus:

Amid a pandemic, the woke-ist media are experiencing a psychotic break

Becket Adams
Washington Examiner
July 03, 2020
 
If the press suffered a nervous breakdown after the 2016 election ⁠— and they did ⁠— they are experiencing a full-on psychotic break amid the COVID-19 pandemic and the George Floyd protests.

It is as if the lockdowns and nationwide demonstrations caused media executives to snap, leaving them in a wide-eyed, obsessive frenzy to cleanse society of all problematics, screaming all the while, “Out, damned spot!”

CNN, for example, engaged in explicit political activism this week when it sought to shame companies that have yet to pull ads from Facebook over CEO Mark Zuckerberg’s persistent refusal to censor problematic speech.

“These are the big brands that haven’t pulled ads from Facebook yet,” reads the headline. The report then goes on to name and shame the businesses that have had the temerity to continue to advertise on one of the biggest social media platforms in the world.

This is not news reporting. This is activism. It is a poorly disguised effort by a major newsroom to pressure companies into boycotting a social media platform that is too committed to political neutrality and too opposed to political censorship for the media’s taste. In any other time and place, the press would have mocked and condemned the CNN article. But these are unusual times. Many journalists today agree with CNN’s shaming tactics and the reasons behind them, and so the Facebook report came and went this week with barely a whimper of objection from our brave Fourth Estate.

Over at the New York Times, the occupied opinion section, which claims to have standards against “needlessly harsh” commentaries that fall “short of the thoughtful approach that advances useful debate,” published an especially unhinged article this week titled “America’s Enduring Caste System.”

“Throughout human history, three caste systems have stood out,” writes contributor Isabel Wilkerson. “The lingering, millenniums-long caste system of India. The tragically accelerated, chilling and officially vanquished caste system of Nazi Germany. And the shape-shifting, unspoken, race-based caste pyramid in the United States.”

She adds, “Each version relied on stigmatizing those deemed inferior to justify the dehumanization necessary to keep the lowest-ranked people at the bottom and to rationalize the protocols of enforcement. A caste system endures because it is often justified as divine will, originating from sacred text or the presumed laws of nature, reinforced throughout the culture and passed down through the generations.”

Yes, it seems a bit off for Wilkerson to lump the U.S. in with Nazi Germany, but that is not even the craziest part. That distinction goes to her exceptionally ignorant assertion that 2 of the 3 most notable caste systems in history come from the last 250 years. Several ancient empires would beg to differ. Then again, if your viewpoint is the right one, New York Times editors will not be sticklers for facts.

Elsewhere at the New York Times, the news section decided this week that now is a good time to remind its readers that Mount Rushmore is very problematic.

“Mount Rushmore was built on land that belonged to the Lakota tribe and sculpted by a man who had strong bonds with the Ku Klux Klan,” the paper reported. “It features the faces of 2 U.S. presidents who were slaveholders.”

All true. Also, while we are on the topic of unjustly seized land, please enjoy this excerpt from Reason magazine explaining how the New York Times Building in midtown Manhattan came to be built:

On September 24, 2001, as New York firefighters were still picking their comrades’ body parts out of the World Trade Center wreckage, New York Times Co. Vice Chairman and Senior Vice President Michael Golden announced that the Gray Lady was ready to do its part in the healing.

« We believe there could not be a greater contribution, » Golden told a clutch of city officials and journalists, « than to have the opportunity to start construction of the first major icon building in New York City after the tragic events of Sept. 11. » Bruce Ratner, president of the real estate development company working with the Times on its proposed new Eighth Avenue headquarters, called the project a « very important testament to our values, culture and democratic ideals. »

Those « values » and « democratic ideals » included using eminent domain to forcibly evict 55 businesses–including a trade school, a student housing unit, a Donna Karan outlet, and several mom-and-pop stores–against their will, under the legal cover of erasing « blight, » in order to clear ground for a 52-story skyscraper. The Times and Ratner, who never bothered making an offer to the property owners, bought the Port Authority-adjacent property at a steep discount ($85 million) from a state agency that seized the 11 buildings on it; should legal settlements with the original tenants exceed that amount, taxpayers will have to make up the difference. On top of that gift, the city and state offered the Times $26 million in tax breaks for the project, and Ratner even lobbied to receive $400 million worth of U.S. Treasury-backed Liberty Bonds–instruments created by Congress to help rebuild Lower Manhattan. Which is four miles away.

The New York Times report this week claims that the history of Mount Rushmore is of particular relevance now because President Trump plans to attend July Fourth festivities at the South Dakota monument. Curious, then, that the New York Times did not think that history worth reevaluating when former President Barack Obama visited the exact same site during the 2008 campaign or when the New York Times’s own Maureen Dowd wondered in 2016 whether Obama would qualify as a “Mount Rushmore president. »

Lastly, ABC News published a report this week titled “New government data, shared first with ABC News, shows the country’s premier outdoor spaces – the 419 national parks – remain overwhelmingly white.”

The story’s headline reads, “America’s national parks face existential crisis over race,” adding in the subhead, “A mostly white workforce, visitation threatens parks’ survival and public health.”

“Just 23% of visitors to the parks were people of color,” the report adds, “77% were white. Minorities make up 42% of the U.S. population.”

As it turns out, white people really enjoy hiking and camping, and that is a problem for the parks, the ABC News report claims, because people of color will be a majority in America by 2044. The article then goes on to quote outdoor enthusiasts of color who say they do not feel welcome at the “overwhelmingly white” national parks. These advocates, the article reads, “say they hope the moment since George Floyd’s death in police custody brings attention to systemic racism in the outdoors as well as other parts of society and translates into a long-term change in attitudes and behavior.”

Sorry, everyone. Even national parks are racist now.

This is not normal behavior from our press. This is a mental breakdown in the works. People of the future will look at all this and wonder how on earth these stories made it into print.

The best thing that can happen now for the news industry is for the pandemic to pass, the lockdowns to lift, and for everyone to go outside and get some fresh air. Because the way nearly everyone in the press is behaving now, it seems clear that cabin fever has set in hard, and it is an epidemic we may not shake as quickly as the coronavirus.

Voir encore:

FARRELL: The Left Is Clearing A Pathway To Power

Chris Farrell Daily Caller June 25, 2020

Why are we experiencing the worst civil disturbances in decades? It is because the proponents of radical change won’t have it any other way.

Early 20th Century Italian Marxist Antonio Gramsci theorized that the path to a communist future came through gradually undermining the pillars of western civilization. We are now seeing the results of decades of such erosion, in education, in faith, in politics and in the media. The old standards of freedom, individual responsibility, equality and civic order are being assaulted by proponents of socialism, radical deconstruction and mob rule.

Those who charge that institutional racism is rampant in America are the same as those who run the country’s major institutions – city governments, academe, the media, Hollywood, major sports leagues and the Washington, D.C. deep state bureaucracy. Accountability? None.  The irony is rich.

At the same time, the only legal and institutional structures that mandate racially based outcomes do so in favor of other-than-majority groups. Anyone who questions this arrangement winds up cancelled.

The public debate is hardwired for disunity, making the former language of inclusion the new dog whistle of racism. The exclusionary slogan “black lives matter” is sanctified while the more unifying “all lives matter” is called divisive. People who say they want a colorblind society are called bigots even as progressives push for segregated events and housing on college campuses and “CHOP” protesters demand Black-only hospitals. Martin Luther King’s dream that people will “live in a nation where they will not be judged by the color of their skin, but by the content of their character” is judged by today’s progressives as a call for white supremacy.

The media goes out of its way to coddle violent protesters, calling them peaceful even as they verbally abuse and then throw bottles at police, saying they are not “generally speaking, unruly” standing in front of a burning building. Political leaders who benefit from disunity keep fanning the flames. For example House Speaker Nancy Pelosi’s reckless charge that the Senate police reform bill is “trying to get away with the murder of George Floyd” is irresponsibly divisive, especially since it was drafted by African American Senator Tim Scott (R-SC).

Public monuments have borne the brunt of the violence in recent weeks. As President Trump predicted, the vandalism has moved well beyond statues of Confederates. Practically any statue is fair game. Washington, Jefferson, even Ulysses S. Grant, the man who defeated Lee’s army, all have been toppled by the mobs. And liberal city governments are taking down statues at least as fast as the rioters. But it would be a mistake to think that the statues themselves are at issue, or even what they symbolize. Rather it is the need for the radicals not just to cleanse American history but to make people feel ashamed of every aspect of it. In this way they clear a path for a radical future, buttressed by an unwavering sense of moral superiority that entitles them to smack down any dissent, usually gagging people in the name of “free speech.”

We were told for years that anything the Trump administration did that was remotely controversial was an attempt to divide the country. Democrats frequently blamed insidious foreign influence, using expressions like “right out of Putin’s playbook” to keep the Russian collusion canard alive. But they are the ones who are weakening and dividing the country, to the evident glee of our Russian and Chinese adversaries. They have completely adopted longstanding Russian and Chinese propaganda lines about the United States being a country of endemic racism, poverty and oppression, when in fact America is an opportunity society and one of the most racially diverse and tolerant countries in the world. The protesters, their political allies and media backers are working hard to create the very sort of divisions they claim to oppose, because a weak, divided and ashamed America is their pathway to power.

Chris Farrell is director of investigations and research for Judicial Watch, a nonprofit government watchdog organization. He is a former military intelligence officer.

Voir encore:

Columbus Is Racist, Says Columbus

The explorer is ejected from a city that—for now—bears his name

Wall Street Journal

July 2, 2020

The city of Columbus, Ohio, this week unceremoniously evicted a 16-foot bronze statue . . . of Christopher Columbus. “For many people in our community, the statue represents patriarchy, oppression and divisiveness,” said Mayor Andrew Ginther, giving the removal order two weeks ago. “That does not represent our great city.”

Which great city, precisely? He forgot to mention. Or perhaps the mayor is going to start referring to his town euphemistically as “Ohio’s capital” and so forth, the way some people refuse to say the name of the Washington Redskins football team. This could make campaigning for his re-election rather awkward: Vote Ginther for mayor of [Unmentionable Racist].

Don’t laugh, because a petition at change.org has 118,000 signatures—an eighth of Columbus’s population—to rechristen the city Flavortown. That would reflect the region’s status as “one of the nation’s largest test markets for the food industry,” while honoring the enduring legacy of a Columbus native, the celebrity chef Guy Fieri. Alas, the petition’s creator has since apologized. Renaming the city, he says, “should be a fight led by those most affected,” and “as a white male, I don’t have a say in this.”

A columnist for the Columbus Dispatch noodled—jokingly?—that because “it’s always dangerous to name something after humans,” how about: Pleistocene, Ohio. Is the unpronounceable symbol once used by the musician Prince available again, or would that be cultural appropriation of Minnesota? A letter to the Dispatch had a bold idea: “Cowed, Ohio.”

The statue of Columbus sat in front of Columbus City Hall for 65 years. It was a gift from the people of Genoa, Italy. Now the mayor’s office says it’s “in safekeeping at a secure city facility.” What a blow to U.S.-Italy relations. At least he could offer to give the statue back. A second Columbus likeness, a marble of the navigator pointing west, was booted last month by Columbus State Community College, where it used to stand in the downtown Discovery District.

The mayor’s office says the unelected Columbus Art Commission will launch a “participatory process” to find new art that “offers a shared vision for the future.” Good luck. “Let’s just leave the space empty,” one Dispatch letter suggested, “because if not everyone is happy should anyone be happy?” What a sad sign of the times.

Voir par ailleurs:

STATEMENT ON HUMAN RIGHTS

SUBMITTED TO THE COMMISSION ON HUMAN RIGHTS, UNITED NATIONS BY THE EXECUTIVE BOARD, AMERICAN ANTHROPOLOGICAL ASSOCIATION

American Anthropologist

NEW SERIES Vol. 49 OCTOBER-DECEMBER, 1947 No. 4

The problem faced by the Commission on Human Rights of the United Nations in preparing its Declaration on the Rights of Man must be approached from two points of view. The first, in terms of which the Declaration is ordinarily conceived, concerns the respect for the personality of the individual as such, and his right to its fullest development as a member of his society. In a world order, however, respect for the cultures of differing human groups is equally important.

These are two facets of the same problem, since it is a truism that groups are composed of individuals, and human beings do not function outside the societies of which they form a part. The problem is thus to formulate a statement of human rights that will do more than just phrase respect for the indi- vidual as an individual. It must also take into full account the individual as a member of the social group of which he is a part, whose sanctioned modes of life shape his behavior, and with whose fate his own is thus inextricably bound.

Because of the great numbers of societies that are in intimate contact in the modern world, and because of the diversity of their ways of life, the primary task confronting those who would draw up a Declaration on the Rights of Man is thus, in essence, to resolve the following problem: How can the pro- posed Declaration be applicable to all human beings, and not be a statement of rights conceived only in terms of the values prevalent in the countries of Western Europe and America?

Before we can cope with this problem, it will be necessary for us to outline some of the findings of the sciences that deal with the study of human culture, that must be taken into account if the Declaration is to be in accord with the present state of knowledge about man and his modes of life.

If we begin, as we must, with the individual, we find that from the moment of his birth not only his behavior, but his very thought, his hopes, aspirations, the moral values which direct his action and justify and give meaning to his life in his own eyes and those of his fellows, are shaped by the body of custom of the group of which he becomes a member. The process by means of which this is accomplished is so subtle, and its effects are so far-reaching, that only after considerable training are we conscious of it. Yet if the essence of the Declaration is to be, as it must, a statement in which the right of the individual to develop his personality to the fullest is to be stressed, then this must be based on a recognition of the fact that the personality of the individual can develop only in terms of the culture of his society.

Over the past fifty years, the many ways in which man resolves the prob- lems of subsistence, of social living, of political regulation of group life, of reaching accord with the Universe and satisfying his aesthetic drives has been widely documented by the researches of anthropologists among peoples living in all parts of the world. All peoples do achieve these ends. No two of them, however, do so in exactly the. same way, and some of them employ means that differ, often strikingly, from one another.

Yet here a dilemma arises. Because of the social setting of the learning process, the individual cannot but be convinced that his own way of life is the most desirable one. Conversely, and despite changes originating from within and without his culture that he recognizes as worthy of adoption, it becomes equally patent to him that, in the main, other ways than his own, to the degree they differ from it, are less desirable than those to which he is accustomed. Hence valuations arise, that in themselves receive the sanction of accepted belief.

The degree to which such evaluations eventuate in action depends on the basic sanctions in the thought of a people. In the main, people are willing to live and let live, exhibiting a tolerance for behavior of another group different than their own, especially where there is no conflict in the subsistence field. In the history of Western Europe and America, however, economic expansion, control of armaments, and an evangelical religious tradition have translated the recognition of cultural differences into a summons to action. This has been emphasized by philosophical systems that have stressed absolutes in the realm of values and ends. Definitions of freedom, concepts of the nature of human rights, and the like, have thus been narrowly drawn. Alternatives have been decried, and suppressed where controls have been established over non- European peoples. The hard core of similarities between cultures has con- sistently been overlooked.

The consequences of this point of view have been disastrous for mankind. Doctrines of the « white man’s burden » have been employed to implement economic exploitation and to deny the right to control their own affairs to millions of peoples over the world, where the expansion of Europe and America has not meant the literal extermination of whole populations. Rationalized in terms of. ascribing cultural inferiority to these peoples, or in conceptions of their backwardness in development of their ‘ »primitive mentality, » that justified their being held in the tutelage of their superiors, the history of the ex- pansion of the western world has been marked by demoralization of human personality and the disintegration of human rights among the peoples over whom hegemony has been established.

The values of the ways of life of these peoples have been consistently misunderstood and decried. Religious beliefs that for untold ages have carried conviction, and permitted adjustment to the Universe have been attacked as superstitious, immoral, untrue. And, since power carries its own conviction, this has furthered the process of demoralization begun by economic exploita- tion and the loss of political autonomy. The white man’s burden, the civilizing mission, have been heavy indeed. But their weight has not been borne by those who, frequently in all honesty, have journeyed to the far places of the world to uplift those regarded by them as inferior.

We thus come to the first proposition that the study of human psychology and culture dictates as essential in drawing up a Bill of Human Rights in terms of existing knowledge:

1. The individual realizes his personality through his culture, hence respect for individual differences entails a respect for cultural differences. There can be no individual freedom, that is, when the group with which the individual indentifies himself is not free. There can be no full development of the individual personality as long as the individual is told, by men who have the power to enforce their commands, that the way of life of his group is in- ferior to that of those who wield the power.

This is more than an academic question, as becomes evident if one looks about him at the world as it exists today. Peoples who on first contact with European and American might were awed and partially convinced of the superior ways of their rulers have, through two wars and a depression, come to re-examine the new and the old. Professions of love of democracy, of devotion to freedom have come with something less than conviction to those who are themselves denied the right to lead their lives as seems proper to them. The religious dogmas of those who profess equality and practice discrimination, who stress the virtue of humility and are themselves arrogant in insistence on their beliefs have little meaning for peoples whose devotion to other faiths makes theseinconsistencies as clear as the desert landscape at high noon. Small wonder that these peoples, denied the right to live in terms of their own cultures, are discovering new values in old beliefs they had been led to question.

No consideration of human rights can be adequate without taking into account the related problem of human capacity. Man, biologically, is one. Homo sapiens is a single species, no matter how individuals may differ in their aptitudes, their abilities, their interests. It is established that any normal individual can learn any part of any culture other than his own, provided only he is afforded the opportunity to do so. That cultures differ in degree of complexity, of richness of content, is due to historic forces, not biological ones. All existing ways of life meet the test of survival. Of those cultures that have disappeared, it must be remembered that their number includes some that were great, powerful, and complex as well as others that were modest, content with the status quo, and simple. Thus we reach a second principle:

2. Respect for differences between cultures is validated by the scientific fact that no iechnique of qualitatively evaluating cultures has been discovered.

This principle leads us to a further one, namely that the aims that guide the life of every people are self-evident in their significance to that people. It is the principle that emphasizes the universals in human conduct rather than the absolutes that the culture of Western Europe and America stresses. It recognizes that the eternal verities only seem so because we have been taught to regard them as such; that every people, whether it expresses them or not, lives in devotion to verities whose eternal nature is as real to them as are those of Euroamerican culture to Euroamericans. Briefly stated, this third principle that must be introduced into our consideration is the following,:

3. Standards and values are relative to the culture from which they de- rive so that any attempt to formulate postulates that grow out of the beliefs or moral codes of one culture must to that extent detract from the applicability of any Declaration of Human Rights to mankind as a whole.

Ideas of right and wrong, good and evil, are found in all societies, though they differ in their expression among different peoples. What is held to be a human right in one society may be regarded as anti-social by another people, or by the same people in a different period of their history. The saint of one epoch would at a later time be confined as a man not fitted to cope with reality. Even the nature of the physical world, the colors we see, the sounds we hear, are conditioned by the language we speak, which is part of the culture into which we are born.

The problem of drawing up a Declaration of Human Rights was relatively simple in the Eighteenth Century, because it was not a matter of human rights, but of the rights of men within the framework of the sanctions laid by a single society. Even then, so noble a document as the American Declaration of Independence, or the American Bill of Rights, could be written by men who themselves were slave-owners, in a country where chattel slavery was a part of the recognized social order. The revolutionary character of the slogan « Liberty, Equality, Fraternity » was never more apparent than in the struggles to imple- ment it by extending it to the French slave-owning colonies.

Today the problem is complicated by the fact that the Declaration must be of world-wide applicability. It must embrace and recognize the validity of many different ways of life. It will not be convincing to the Indonesian, the African, the Indian, the Chinese, if it lies on the same plane as like docu- ments of an earlier period. The rights of Man in the Twentieth Century can- not be circumscribed by the standards of any single culture, or be dictated by the aspirations of any single people. Such a document will lead to frustration, not realization of the personalities of vast numbers of human beings.

Such persons, living in terms of values not envisaged by a limited Declaration, will ‘thus be excluded from the freedom of full participation in the only right and proper way of life that can be known to them, the institutions, sanctions and goals that make up the culture of their particular society.

Even where political systems exist that deny citizens the right of participation in their government, or seek to conquer weaker peoples, underlying cultural values may be called on to bring the peoples of such states to a realization of the consequences of the acts of their governments, and thus enforce a brake upon discrimination and conquest. For the political system of a people is only a small part of their total culture.

World-wide standards of freedom and justice, based on the principle that man is free only when he lives as his society defines freedom, that his rights are those he recognizes as a member of his society, must be basic. Conversely, an effective world-order cannot be devised except insofar as it permits the free play of personality of the members of its constituent social units, and draws strength from the enrichment to be derived from the interplay of varying personalities.

The world-wide acclaim accorded the Atlantic Charter, before its restricted applicability was announced, is evidence of the fact that freedom is under- stood and sought after by peoples having the most diverse cultures. Only when a statement of the right of men to live in terms of their own traditions is incorporated into the proposed Declaration, then, can the next step of defining the rights and duties of human groups as regards each other be set upon the firm foundation of the present-day scientific knowledge of Man.

JUNE 24, 1947

Voir aussi:

LA LEÇON DE LA FRENCH THEORY

FRENCH THEORY FOUCAULT, DERRIDA, DELEUZE ET CIE ET LES MUTATIONS DE LA VIE INTELLECTUELLE AUX ETATS-UNIS de François Cusset La Découverte, 367 p.

Sylvano Santini

Spirale

3 mars 2010

CERTAINS penseurs français irrationnels, transgressifs, libidinaux, obscurs, géniaux, etc. ont fait fortune aux États-Unis avec leur spirale théorique. Qu’on les ait repris ou rejetés, aimés ou détestés, tant à l’université que dans les milieux artistiques underground, le fait est indéniable : une frange de la pensée française a contaminé et assaini l’Amérique. Ce paradoxe évidemment volontaire rejoue assez bien l’extrémisme étatsunien quant aux affaires intellectuelles : Baudrillard, Deleuze, Foucault, Derrida et con-sorts sont des démons fascistes pour les uns, des prophètes pour les autres. Y a-t-il un juste mi-lieu? Interrogation hasardeuse, car justement, aux États-Unis, c’est de lui qu’il n’est jamais question.

Les Américains ont créé quelque chose ces dernières décennies, n’en déplaise à ceux qui les perçoivent comme les conservateurs du musée européen. Mais ne s’agit-il pas ici encore de l’Europe? Il serait donc plus prudent de dire qu’ils ont recréé quelque chose sous le nom original de French Theory en accueillant, hors de la France, la théorie française. Incontestable phénomène qui persiste depuis ses débuts bigarrés dans les années soixante-dix jusqu’à son épuration universitaire qui se poursuit encore aujourd’hui. L’heure des bilans est arrivée au tournant du millénaire : que s’est-il donc passé ces trente dernières années pour qu’on demande à Baudrillard de participer au scénario de la saga Matrix ou pour qu’un DJ techno cite Deleuze ? Les Américains ont fait leur propre bilan en 2001 (French Theoryin America, Routledge), les Fran-çais, en 2003 (French Theory. Foucault, Derrida, Deleuze et Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États- Unis, La Découverte) et plus curieusement, un certain réseau canadien s’est interposé comme arbitre en 2002 (« The American Production of French Theory », Substance, n » 97). Si les premiers s’évertuent à présenter les thèses caractéristiques qu’a laissées la théorie française dans la pensée américaine, et les derniers, un écho lointain de ce qui s’est véritable-ment passé, le bilan mis au point par François Cusset est de loin le plus satisfaisant et ce, autant pour ceux qui raillent le phénomène que pour ceux qui le respectent.

La fête et la caricature de la théorie française

Cusset connaît bien les États-Unis et encore mieux le monde de l’édition dans lequel il a œuvré et où a été inventé en partie le phénomène. Que des intellectuels américains adaptent les thèses de penseurs français, ce n’est pas un précédent, on l’avait fait déjà avec le surréalisme et l’existentialisme. Ce qui est toutefois nouveau ici, c’est qu’il ne s’agit pas d’une simple adaptation mais d’une véritable appropriation qui dé-bouche sur l’invention de perspectives théoriques non négligeables : la French Theory. Si cette appropriation positive s’est déroulée sur les campus universitaires, ce n’est pas exactement par là que la théorie française s’est fait connaître aux États-Unis. Dans les seventies, années profondément marquées par un désir libératoire qui prenait la forme d’expériences individuelles de désubjectivation (la Sainte Trinité : drogue, sexe, rock), certains universitaires, dont Sylvère Lotringer, ont introduit la théorie française dans la contre-culture américaine. Moment festif et joyeux, fait de rencontres inusitées entre intellectuels et artistes (Deleuze et Guattari ont ren-contré Bob Dylan backstage’.), cet « entre-deux » est typique, selon Cusset, de la première vague de French Theorists. La popularité non universitaire de la théorie française continue à persister au-delà des seventies dans les milieux artistiques, alternatifs, informatiques, etc. où l’on cite allègrement des passages de Mille Plateaux ou de l’indécidable déconstruction de Derrida. Cusset reconnaît tout de même l’intérêt de ces récupérations qui tournent souvent à la caricature, car si certains artistes y ont trouvé une manière légitime de parler de leur art, la théorie, elle, y est devenue vivante. Encore que la pensée des philosophes français y ait été entièrement pervertie (les contre-sens avec Baudrillard sont éloquents), l’union entre la théorie et l’œuvre a représenté peut-être la meilleure réponse qu’on leur a donnée. Mais tout le monde avait déjà compris que c’était par l’université que la théorie française devait passer pour rester.

L’incidence politique de la théorie

Autre lieu, autre réception. Les départements de français et plus largement ceux de littérature ont ouvert les portes des campus universitaires à la théorie française, tout en se hissant au sommet des humanités en maniant des concepts nouveaux mais flous, flexibles et surtout tellement poreux que les autres disciplines y trouvaient leur compte : en quelques années, les littéraires étaient devenus les dépositaires de l’« éthos universitaire ». Des mégastars naissaient sur son crédit ; tout un domaine de recherches y trouvait 42 son impulsion (les cult’studs’) ; les étudiants l’utilisaient pour affirmer haut et fort leur pas-sage à l’âge adulte. On récupérait, sans retour, ce que des stratégies éditoriales avaient fabriqué de toutes pièces en publiant côte à côte les vedettes de l’heure : portrait d’une famille française née à l’étranger que Ton a appelée, selon les milieux et les humeurs, poststructuraliste, postmoderne, et plus récemment postmarxiste. Si les études universitaires n’étaient pas en reste de récupéra-tions mimétiques et caricaturales qui se limitaient trop souvent à une clique de campus qui défendait complaisamment son auteur fétiche — concurrence typiquement américaine entre universités —, il y a des domaines où la lecture des auteurs français a été fine et de grand intérêt. La palme revient ici aux études postcoloniales et aux politiques identitaires qui, selon Cusset, ont réussi à sortir la théorie française du marasme textualiste en reconnaissant ses inci-dences politiques. Il n’invoque pas d’ailleurs les moindres penseurs en parlant de Spivak, Saïd, Butler, etc. Tous et toutes, d’une manière ou d’une autre, ont reconnu l’apport considérable de la théorie française quant aux vives réflexions sur la question du statut des minorités qui avaient atteint un sommet avec le débat concernant le « politically correct » dans les années quatre-vingt. Pour la première fois peut-être, les débats universitaires s’étendaient dans les grands médias américains : les noms de Derrida, de Foucault, de Baudrillard, etc., étaient dorénavant connus du grand public.

Mais ce qui est à retenir de ces débats parfois houleux, c’est que les penseurs des minorités ont déplacé le paradigme marxiste et la théorie cri-tique inspirée de l’école de Francfort (deux piliers dans les études politiques universitaires américaines qui critiquaient l’apolitisme de la French Theory) en reconnaissant la validité de la théorie française dans les luttes hors campus, c’est-à-dire celles qui ont lieu dans la rue. Mais cette validité, souligne Cusset, a également sa limite, car, quoiqu’elle ait servi à rendre compte des différences, elle a surtout démontré qu’il était difficile d’éviter l’illusion marxienne d’une prise directe de la théorie sur la pratique. Pour justifier ainsi l’incapacité des penseurs de la minorité à unir la théorie française avec les luttes sociales concrètes, il souligne leur aveuglement et le silence qui en découle face aux phénomènes de récupération capitaliste des minorités qui a eu lieu aux yeux de tous sous la bannière marketing Benetton. Si la moitié du chemin semble parcouru en alliant la théorie française avec la n’a pas encore été entièrement déployé : il semble que les Américains aient mal politisé la théorie française, ne retenant qu’une partie de la complexité des rapports interhumains et les microfascismes qui peuvent en découler dans l’ordre du monde orienté non plus par la domination mais par le contrôle.

La limite d’un travail de déblayage

Cusset a fait un travail assez remarquable en repérant et en présentant tous les lieux qui ont servi à introduire et à répandre la théorie française aux États-Unis : des fanzines aux publications prestigieuses, en passant par le scratching, l’art new-yorkais et les débats universitaires, le terrain est pour ainsi dire déblayé. De plus, en remontant chronologiquement l’histoire de cette réception, il montre les mutations du champ intellectuel américain qui se jouent d’abord dans les départements de littérature et ensuite dans les études plus spécifiques sur les minorités. Sa pré-sentation est claire et agréable à lire. Cusset ne cherche pas à renouveler le genre de l’histoire d’un courant de pensées en s’alignant sur la ma-nière de faire de François Dosse avec le structu-ralisme ou de Didier Eribon avec Foucault. Tout comme eux du reste, il ne manque pas de saler sa mise en récit d’anecdotes et de dérapages ridicules qui font sourire et qui donneront surtout satisfaction aux professeurs qui cherchent à in-valider la joyeuse pensée post-nietzschéenne française qui plaît tant à quelques étudiants. Mais le travail de Cusset dévoile ses limites, qui sont aussi celles du genre, lorsqu’il présente les penseurs américains qui se sont le mieux approprié, selon lui, la théorie française. On remarque assez vite qu’il n’a pas lu tous leurs ouvrages, paraphrasant et citant les petits readers qu’il critique par ailleurs : « De même qu’à l’instar de sa consœur Gayatri Spivak, il [E. Saïd[ se méfie des « méthodes » générales et des « systèmes » explicatifs, qui en devenant « souverains » font perdre à leurs praticiens « tout contact avec la résistance et l’hétérogénéité propres à la société ci-vile », laquelle peut mettre à meilleur profit une cri-tique ponctuelle, qui doit « être toujours en situation ». » Mots ou concepts clés insérés dans une phrase qui a la vertu de synthétiser toute la pensée d’un auteur (ici de deux auteurs), telle est la marque des readers fort populaires auprès des undergraduates. Mais peut-on reprocher ce raccourci à Cusset? La tâche qu’il s’est donnée était énorme en voulant tout couvrir, tout présenter. En avouant la limite de son travail et en ouvrant le chantier à la fin du livre, il semble régler ses comptes avec le lecteur qui, l’ayant suivi jusque-là, était peut-être déçu de ne pas avoir eu droit à un véritable dialogue entre les textes français et américains : « De ces mécomptes providentiels, de ces trahisons créatrices, sinon performatives, l’histoire mouvementée, retracée parfois ici et là, reste encore à écrire. » Mais la raison en est aussi ailleurs, puisque, avec son travail, il veut remuer la France.

À l’heure de la « théorie-monde »

Cusset ne cache pas l’intention de son travail en l’énonçant dès l’introduction et en la rappelant ici et là dans l’ouvrage. Et « Pendant ce temps-là en France », titre du dernier chapitre, en donne un assez bon indice : les nouveaux philosophes français autoproclamés en 1977 (BHL, Glucksmann et Clavel) et extrêmement critiques à l’égard de la Pensée 68 ont bloqué le champ intellectuel français en recentrant le débat sur les enjeux humanitaires et les droits de l’homme et en ayant recours au gros concept de l’État. Si l’on en croit Cusset, il s’agit pratiquement d’une régression qui semble avoir fait prendre du retard à la pensée française en ce qu’elle a rejeté les plus prolifiques penseurs des dernières décennies. « Pendant ce temps-là en France », en effet, car ailleurs, de New York à Sidney ou de Rome à Buenos Aires, une nouvelle « classe d’intellectuels transnationale » centrée sur la théorie française (et convergente sur certains points avec la théorie critique) se forge une « théorie-monde », selon l’expression de François Cusset. Si la démonstration d’une telle théorie reste encore à faire, l’évidence de sa nécessité, elle, semble acquise. Car la complexité du monde actuel demande 43 autre chose que la bonne conscience rationnelle des nouveaux philosophes qui, au demeurant, accumulent aux yeux de tous les succès de librairie en utilisant la stratégie marketing qui sied tant au capital. La « théorie-monde », celle peut-être de Bruno Latour avec ses Sciences studies qui a le mérite, selon Cusset, de s’opposer à la ferveur rationaliste des Français et à la textualisa-tion outrancière des Américains, mais qu’il ré-duit à peu près au programme de Foucault : analyser les effets de pouvoir dans les formations discursives et ceux du discours dans les pratiques.

Si Cusset ne cache pas sa hargne, c’est qu’il veut que la France retrouve l’enfant qu’elle a mis au monde mais qui a grandi ailleurs. C’est peut-être pour cette raison qu’il exagère l’importance des nouveaux philosophes et qu’il passe à peu près sous silence les héritiers discrets de la théorie française en France. On pense par exemple à Jacques Rancière qui marche à différents moments de son œuvre dans les pistes ouvertes par elle. Mais aussi à ceux qui travaillent au Centre Michel Foucault à Paris et qui ont organisé deux colloques sur sa pensée ces dernières années en France et qui font suite aux Dits et Écrits; à ceux plus souterrainement qui ont ouvert le Chantier-Deleuze à Nanterre, qui organisent des colloques (Paris et Lyon à l’automne 2003), qui en discutent dans Les Cahiers de Nœsis (Nice) et qui poursuivent parallèlement la pensée du philosophe dont on vient de publier tous les écrits quelques années après le succès de L’abécédaire. Tout cela est marginal évidemment, trop creux ou trop discret ! Certes, mais le réveil n’aura pas lieu tel que le désire Cusset. Les débats qu’il a peut-être voulu susciter n’ont pas eu lieu, et à lire les quelques comptes rendus parus dans les quotidiens et les revues en France, rien ne les laisse présager. Ça ne sert strictement à rien de vouloir donner des leçons à quiconque en espérant haut et fort une résurrection de la théorie française en France. Les « trahisons créatrices restent à écrire », dit-il. On attend impatiemment son prochain ouvrage, sa trahison.

Voir enfin:

Journée « Autour du livre de François Cusset French Theory » et des Cultural Studies

Transatlantica

[19 novembre 2004]
Compte rendu coordonné par Marie-Jeanne Rossignol (Paris VII) et Pierre Guerlain (Paris X)


Introduction

La parution du livre de François Cusset, French Theory. Foucault, Derrida, Deleuze & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux Etats-Unis en 2003, à La Découverte, a soudain donné une plus grande visibilité en France aux Cultural Studies et autres mouvements intellectuels inspirés de théoriciens européens (et non seulement français) qui ont fleuri aux Etats-Unis pendant les vingt années passées. Ce livre tout à fait passionnant, érudit et ancré dans une expérience personnelle (l’auteur, sociologue, travaillait aux Services culturels français à New York pendant la période) a engagé quelques américanistes curieux de ces mouvements intellectuels à se réunir pour discuter des thèses de Cusset et à élargir le débat aux Cultural Studies et à leur inscription universitaire ainsi qu’à leur impact politique. Organisé à l’initiative de Marie-Jeanne Rossignol et Pierre Guerlain, ce forum Paris7/Paris X s’est tenu le 19 novembre à l’Université Paris X-Nanterre. Il a réuni les participants suivants : Françoise-Michèle Bergot, Cornelius Crowley, Paris X-Nanterre, Craig Carson, Nanterre, Marc Deneire, Nancy 2, Pierre Guerlain, Paris X – Nanterre, André Kaenel, Nancy 2, Alison Halsz, Paris X-Nanterre, Thierry Labica, Paris X-Nanterre, Hélène Le Dantec-Lowry, Paris III-Sorbonne Nouvelle, Catherine Lejeune, Paris 7-Denis Diderot, Guillaume Marche, Paris XII-Val de Marne, Brigitte Marrec, Paris X-Nanterre, Jean-Paul Rocchi, Paris 7-Denis Diderot, Marie-Jeanne Rossignol, Paris 7-Denis Diderot. Les intervenants ont souvent tenu à mêler rappel de leur expérience personnelle, analyse de l’ouvrage et réflexion sur les Cultural Studies lors de ce forum de réflexion, dont vous est ici livré ici un compte rendu légèrement révisé, où alternent brèves interventions et développements plus étoffés.

La parole a été passée tout d’abord à Marie-Jeanne Rossignol :

Pour résumer rapidement sa thèse, on peut dire que selon François Cusset, de remarquables intellectuels comme Foucault, Deleuze et autres brillants penseurs des années 1970 ont trouvé un meilleur accueil aux Etats-Unis qu’en France à partir des années 1980 : ce sont les campus américains qui ont profité de l’incroyable fermentation intellectuelle présente dans leurs travaux, pour diverses raisons, et en particulier, la structure du milieu universitaire américain. Aux Etats-Unis, les idées et l’imagination ; à la France, de bien ennuyeux « nouveaux philosophes » qui ont paradoxalement accompagné les années de gauche au pouvoir.

Il est vrai que, pour la génération d’après 1968, les auteurs dont parle Cusset, par exemple Foucault, Derrida, Kristeva ou Cixous, ont effectivement très vite disparu de l’écran des références intellectuelles indispensables, à partir des années 1980, c’est-à-dire quand une certaine jeunesse universitaire aurait dû s’emparer d’eux. Foucault, lecture de lycée, est quand même resté incontournable dans les années qui ont suivi, en particulier grâce à la présence dominante d’Arlette Farge dans les études sur le XVIIIè français ; mais c’est effectivement surtout aux Etats-Unis, en 1988 et après, que je les ai retrouvés, évidemment sous leur forme américaine (19). D’où un retour « en décalage » en France en 1989, après un séjour d’un an, face à un monde intellectuel et politique dont les références paraissaient quelque peu désuètes. Et qui le paraissent encore aujourd’hui.

Alors que j’étais naturellement assez éloignée de la théorie, l’atmosphère américaine très « théorique » m’a énormément apporté, car comme le dit Cusset (21), elle se doublait d’une « pragmatique des textes », c’est-à-dire leur « aptitude à l’usage, à l’opération » : on y puisait « des idées nouvelles » sans avoir besoin de lire Deleuze, Derrida. Les concepts rebondissaient d’un texte à l’autre et créaient une fermentation véritable par rapport à laquelle, au retour, les problématiques de l’histoire française paraissaient ternes et habituelles. C’est là un des points forts du livre de Cusset : avoir rappelé que ces lecteurs américains des philosophes français de la génération 68 ont su écouter « ces fulgurances d’il y a trois décennies, étiquetées par l’histoire des idées »(23).

Un autre mérite de cet ouvrage est de souligner les défauts de cette approche : l’inspiration française est devenue « la respiration » française par un processus de citation perpétuelle, de « scansion » sans « explicitation » (104, 234). En histoire, où les chercheurs sont souvent peu attirés par des lectures philosophiques, ce fut particulièrement le cas : des concepts complexes tels qu’ « autorité » ou « patriarcat » étaient assénés plus que véritablement intégrés. Les plus grandes réussites de la période auront concerné des sujets qui étaient également portés par l’histoire culturelle des années 60 et 70, l’histoire afro-américaine et l’histoire des femmes, en plein essor, mais qui ont trouvé un deuxième souffle dans cette injection de concepts. Etudiants ou grands penseurs, les Américains sont devenus les « usagers » des textes : en disant cela, Cusset s’inscrit lui-même dans une lecture post-moderne de l’acte de lecture (292) : « La part d’ « invention » américaine désigne dès lors l’aptitude à faire dire aux auteurs français ce qu’on en comprend, ou du moins ce qu’on a besoin d’en tirer ».

Ce sentiment de décalage entre une réalité française terne et les bouleversements américains est d’autant plus net, dans les années qui suivent mon retour, en 1989, lorsque se répand en histoire américaine un débat sur l’histoire, récits subjectifs ou science objective, qui n’a presque aucun écho en France. C’est qu’en effet, comme Cusset l’explique bien, les philosophes français ont été captés tout d’abord par la discipline littéraire aux Etats-Unis. Alors qu’en France, leur lecture et leur interprétation relevaient de la philosophie, aux Etats-Unis ils s’épanouissent dans les départements de lettres ; cette appropriation, renforcée des analyses de J. Derrida, conduit à ramener tout texte et toute interprétation au cadre littéraire. En histoire américaine, cela conduit à des clivages et à des ruptures entre anciens et modernes : les anciens, parfois à gauche comme Eugene Genovese, sont des tenants de l’objectivité en histoire : les modernes, du relativisme narratif (88, 93). Mais sur ces débats en histoire, Cusset paraît peu renseigné ou cela lui paraît périphérique. En tout cas, il est clair qu’aux Etats-Unis, dans les années 1980, la subversion, l’imagination, la résistance aux autorités tirent leur inspiration des départements de français. A Duke, on compare les fauteuils confortables du département d’anglais (celui où officie alors Stanley Fish) aux sièges effondrés du département d’histoire, longtemps dominé par les historiens du sud et de l’armée. Les spécialistes d’histoire afro-américaine mènent la guerre à ces derniers, choisissent des bureaux dans un autre coin du campus et soutiennent une jeune collègue qui propose un nouveau champ, les « théories ». En France, pendant ce temps, l’histoire ne connaît pas de tels renouvellements théoriques, à l’image des études cinématographiques dont parle Cusset (95).

La différence persistante entre France et Etats-Unis, si Cusset avait davantage envisagé le cas de l’histoire, aurait été encore plus saisissante. Il n’aurait pu écrire (143) : « Qu’on parle le patois derridien ou le dialecte foucauldien, la chose est entendue, peut-être même mieux qu’elle ne l’a jamais été en France : il n’y a plus désormais de discours de vérité, mais seulement des dispositifs de vérité, transitoires, tactiques, politiques ». Rien de moins accepté en France, rien de plus entendu aux Etats-Unis : même des milieux très traditionalistes sur le plan méthodologique, comme l’histoire des relations internationales, ont remis en cause leurs sources, leurs postulats, leurs angles d’approche. Il n’est que de lire la revue Diplomatic History des années 1990 à 2004 : alors que ce champ était considéré comme ancien, en perte de vitesse, la revue a su publier des numéros entiers sur les Africains-Américains et la politique étrangère des Etats-Unis ; l’environnement et les relations internationales ; récemment son rédacteur en chef s’est rendu au congrès d’American Studies, haut lieu de la theory, pour un rapprochement hautement improbable naguère. (Robert D. Schulzinger, « Diplomatic History and American Studies, » Passport vol. 35:2 (August 2004), 21-23).

L’influence du post-colonialisme sur l’écriture de l’histoire américaine est bien notée par Cusset (155) et là aussi la différence avec l’histoire de France ne saurait être plus saisissante, à l’exception de Nathan Wachtel et même si l’histoire coloniale s’est quand même considérablement développée dans les vingt dernières années. Mais sur ce point encore, il ne faut pas négliger le rôle des historiens radicaux, militants politiques des années 60, influencés par l’histoire culturelle de E. P. Thompson, qui ont réécrit le récit national américain en donnant une place importante aux Noirs, aux Indiens. Dès les années 1980, les manuels universitaires sont rédigés sous leur direction et reprennent cette vision d’un passé contrasté.

Sur les Cultural Studies, Cusset s’attarde peu (145-148), alors que sous ce vocable se réunit une nébuleuse d’origines disciplinaires, touchant aussi bien à la littérature populaire qu’à la littérature classique, au canon relu et corrigé qu’au contre-canon minoritaire ou ethnique. Il lui donne une acception étroite et donc réductrice, voire caricaturale, un peu décevante. Que lui-même remet en question (153) en ajoutant qu’elles « peuvent elles-mêmes avoir pour objet la question identitaire et non plus la pop culture, avec les Black, Chicano ou même French Cultural Studies ». A ce sujet, F. Cusset va dans le sens commun qui consiste à critiquer les CS et toute la «théorie» américaine au motif qu’elles auraient perdu de vue l’argument politique qui sous-tendait le travail des philosophes français.

Certes, en même temps, ce mouvement intellectuel s’est inscrit dans une tradition de combats pour les droits initiés par le Civil Rights movement puis repris par les féministes. Sur les campus, l’ambiance était au « personal is political », peut-être moins hérité de Foucault que des féministes américaines. Mais pourquoi ne serait-il pas « politique » de s’indigner que seuls des Blancs écrivent l’histoire des Noirs, que seuls des hommes prennent des décisions dans les entreprises et les administrations ? Est-ce réduire le politique au symbolique ? (186-188, 200-202). Les limites politiques du mouvement intellectuel américain ne doivent-elles pas être jugées à l’aune des grandes tendances politiques aux Etats-Unis ces 50 dernières années, un éloignement de la question sociale et un fort accent sur la question des droits individuels mais aussi communautaires ?

Le tableau du milieu universitaire est excellent. La description de ce qui en constitue l’originalité en particulier (208) mérite que l’on s’y appesantisse au moment où le milieu universitaire français tombe sous la coupe des critères américains et globaux de recherche et de publication. Les années d’après 1970 sont également celles d’une explosion des postes dans les universités américaines, donc d’une explosion des publications dans un contexte concurrentiel qui se ferme : à partir de la fin des années 1980, peu de recrutements. Un marché problématique sur certains créneaux étroits comme l’histoire américaine : 50% des historiens américains, mais un terrain bien mince en termes de sources et de durée. Parlant de la littérature (235), Cusset signale que les étudiants passent moins de temps à lire les textes qu’à comparer les critiques des textes : il en va ainsi en histoire où la lecture de l’historiographie est au centre du travail, bien plus que la lecture de documents.

Utile et même essentiel, ce rappel de la domination planétaire des modes intellectuels américaines et de ses méthodes : être professionnel, c’est travailler à la manière des Américains. Les auteurs français sont lus par le prisme de leurs interprètes (302-303) ; l’internationale des idées devient l’internationale des campus, dont sont absents les Français.

Catherine Lejeune:

Indéniablement, French Theory donne un socle théorique aux Cultural Studies. Cependant François Cusset, à l’instar d’autres penseurs marxistes, ne manque pas de les critiquer (qu’il qualifie, au passage, de « disciplines abâtardies »).
A mon sens, il réduit un peu trop les CS à l’étude textuelle et stylistique de la pop culture, même s’il reconnaît à l’occasion qu’elles peuvent avoir pour objet d’étude la question identitaire, et non plus la pop culture, comme c’est le cas des African American Studies, des Chicano Studies etc…. En effet les Cultural Studies ont contribué à revitaliser les études ethniques, les études post-coloniales ou encore les plus récentes Subaltern Studies. Il faut mettre ce renouvellement des problématiques identitaires à leur crédit, ce que ne fait pas l’auteur. D’une manière générale, si l’on peut accepter que Cusset se limite à un survol de la question des Cultural Studies même s’il y fait souvent référence, on peut regretter qu’il en sous-estime l’impact et qu’il néglige leurs rapports avec l’histoire, la sociologie, l’anthropologie (disciplines que les Cultural Studies ont soit ébranlées soit renouvelées sur le plan épistémologique).

Pour François Cusset, les seules études ethniques qui valent sont celles qui concernent les Africains-Américains. Elles seules ont acquis leurs lettres de noblesse. « La question afro-américaine », dit-il, « justifiant une étude des ségrégations est un cas à part, plus ancien, plus impératif, chargé d’une plus lourde histoire : de fait, elle relève moins d’une création universitaire que les Chicano, Asian-American, Native-American Studies ou même les Gay/Women Studies ». Nul ne contestera la centralité, la primordialité de la question afro-américaine, mais le survol est là trop rapide, et de ce fait réducteur. Peut-on ainsi mettre tous les groupes ethniques sur le même plan compte tenu de la différence des situations d’un groupe à l’autre, qu’il s’agisse de la nature et de l’ampleur de la discrimination ou de la teneur des combats pour les droits civiques passés et présents ? De surcroît, chacun de ces groupes a eu sa part de réalité ségrégationniste. Il y a donc une histoire raciste et/ou discriminatoire de ces populations dont on ne peut réduire l’étude, contrairement à ce qu’affirme Cusset, au seul besoin d’existence intellectuelle au sein de l’université.

Jean-Paul Rocchi:

Dés le début de French Theory, François Cusset définit l’enjeu d’une étude à la fois riche et synthétique. Il s’agit en fait « [d’] explorer la généalogie politique et intellectuelle, et les effets, jusque chez nous et jusqu’à aujourd’hui, d’un malentendu proprement structural » entre théories françaises et universités américaines (15). C’est l’occasion pour Cusset de se pencher sur les conditions de production de la théorie, du difficile rapport entre émission nationale et réception étrangère dans lequel elle s’inscrit, mais aussi de porter un regard critique sur l’universalisme français et le communautarisme américain. French Theory reflète bien en effet la crispation identitaire française dont est symptomatique la fortune américaine de théoriciens tels que Foucault, Derrida ou Deleuze. Ce sont en effet ceux-là même qui ont le plus radicalement critiqué le monolithisme identitaire et la domination du sujet qui ont eu une reconnaissance transatlantique appuyée.

Bien que l’auteur s’interroge sur le fracture hexagonale entre théorie et sphère politique, son argumentation ne va pas jusqu’à examiner la question complexe d’une identité française souvent réduite avec commodité à celle seule de la citoyenneté. Se dessine alors, sous-jacente à sa thèse d’une différance entre théories françaises et pratiques identitaires américaines, la nostalgie d’un logocentrisme et d’une lecture théorique légitime déclinée sur le double mode du « ce que certes nous ne faisons pas mais que les autres font bien mal »; une nostalgie dont était déjà empreint son précédent ouvrage, Queer Critics, la littérature française déshabillée par ses homos-lecteurs (PUF, 2002), consacré au cadre théorique queer anglo-saxon appliqué à la littérature française.

Ce complexe de la lecture légitime est particulièrement perceptible dans l’analyse de l’utilisation « utilitariste » que les politiques identitaires américaines auraient faite de Derrida, un dévoiement que Christian Delacampagne qualifiait de « malentendu » dans un récent article publié à l’occasion de la mort du philosophe (« Histoire d’une success story », Le Monde, 11.10.04). Une perversion qui procèderait selon Cusset du hiatus entre l’enjeu de la déconstruction, comprise comme critique de la structure, de la connaissance et du rapport entre loi et écriture, et « la très vague définition littéraro-institutionnelle qui prévaut aux Etats-Unis : ‘terme dénotant un style de lecture analytique qui tient pour suspect le contenu manifeste des textes’ » (121). Plus loin, dans son chapitre consacré aux « Chantiers de la déconstruction », Cusset poursuit sa critique en soulignant que peu de réflexions politiques peuvent se réclamer de Derrida, tant sa pensée, déployée « en deçà du vrai et du faux » s’accommode mal de positionnements tranchés, de choix pratiques arrêtés ou d’engagements effectifs (136-137).

Pourtant, ne peut-on pas se demander si les politiques identitaires à l’université n’ont pas constitué aux États-Unis, plutôt que le supposé dévoiement que Cusset stigmatise, le terreau favorable à l’épanouissement de la pensée de celui qui se décrivait comme « étant en synchronie avec la postcolonialité » (Arte, 13/10/04) et dont la critique de la métaphysique occidentale n’est pas sans lien avec sa propre histoire algérienne ? N’y a-t-il pas dans le développement des départements et programmes d’Etudes afro-américaines aux Etats-Unis une même remise en cause du logocentrisme, de la métaphysique occidentale, et de leur expression américaine à travers la question raciale ? Le hiatus ne semble pas si profond, si tant est que l’on comprenne l’étude des textes comme l’occasion de mettre au jour les liens entre philosophie, histoire et idéologie, une pratique dont la tradition afro-américaine fait tôt l’épreuve à travers la maîtrise de l’écriture par les esclaves. Par ailleurs, et pour ce qui est de l’inadéquation entre la philosophie dérridienne et le politique, l’argument est contredit par Derrida lui-même et notamment dans ses textes « Racism’s Last Word » et « But, beyond…(Open Letter to Anne McClintock and Rob Nixon) » qui étudient les discours et l’idéologie du régime de l’apartheid (in Henry Louis Gates, Jr, «Race», Writing and Difference, 1986).

Il est en outre surprenant de considérer que toute « structure d’opposition [étant] irréductible aux référents qu’elle affiche » empêche, si ce n’est de réduire à néant la dite structure, d’y infléchir les rapports d’inégalités. N’est-ce pas ce à quoi W. E. B. Du Bois et Frantz Fanon se sont attelés en rétablissant un sujet noir réaffirmé à la place de l’antithèse de la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave, la négation de la négation ?

La philosophie aussi est affaire de politique. A moins que l’on entende par « politique », le seul terrain social, la seule matérialité. Cette conception a cependant déjà montré ses limites. C’est au nom de la seule matérialité que le marxisme, péchant par excès d’idéalisme, a analysé le racisme comme une mystification de la bourgeoisie destinée à diviser la lutte prolétarienne, jugeant a priori que les classes populaires ne pouvaient avoir de préjugés (cf Varet, Racisme et philosophie, essai sur une limite de la pensée, 1973, 352-362).

Le hiatus est-il entre une définition réductrice et l’enjeu ambitieux de la déconstruction, ou en encore entre philosophie et action politique ? Peut-être est-il en fait inhérent au rapport entre théorie et expérience, dans la difficulté de leur ordonnance dans le temps tout comme la description de leur interaction. Ces difficultés peuvent conduire à une lecture partielle voire partiale qui, d’une part fait de l’expérience le lieu et l’occasion d’un asservissement et d’une perversion de la théorie et d’autre part tend à minimiser le poids de l’expérience indigène / communautaire.

C’est ainsi que French Theory présente également la faiblesse d’arrimer les penseurs des identités américaines et les critiques de la différence à une théorie française dont l’influence est postérieure à celle de larges mouvements sociaux de la dissidence et de la marginalité américains. Les Afro-Américains ont-ils attendu Derrida pour « déconstruire » la réalité matérielle et la métaphysique blanche américaine que la ségrégation leur renvoyait au visage ? « On Being Crazy » (1923) de Du Bois, qui s’attache à décrire le lien entre matérialité, langage et idéologie, est en cela un démenti frappant. En outre, lorsque Cusset fustige les départements de littérature américains pour avoir transformé la théorie française en un métadiscours subversif destiné à remettre les sciences en cause plutôt qu’à porter un regard sur le réel (chapitre « Littérature et théorie »), on touche à la limite du cadre interculturel. La distinction occidentale entre théorie / philosophie d’une part et littérature d’autre part est elle pertinente dans le cadre de la tradition afro-américaine pour laquelle la systématisation théorique, fût-elle littéraire, artistique, philosophique ou politique, s’ancre dans l’expérience, une subjectivité réflexive et non dans la connaissance objective du monde ?

C’est là où, de façon assez ironique, French Theory, outre de révéler en creux les crispations actuelles de la scène intellectuelle française, reproduit parfois dans son approche de l’objet américain la même transformation culturelle dont il souligne les travers au sein des universités américaines.

On peut dès lors conclure avec prudence que, pour offrir des éclairages différents et significatifs, l’approche comparatiste ne saurait prétendre à l’exhaustivité.

P. Guerlain:

Le livre n’aborde pas suffisamment le paradoxe entre ce ferment politique de gauche sur les campus et la montée de la droite politique. Les catégories du multiculturalisme, qui découlent en partie de la French Theory, ont d’abord servi à rendre certains groupes et certaines méthodologies visibles et ont donc eu, dans les années 60 et 70, un effet positif indéniable mais elles favorisent aujourd’hui une réduction du politique aux catégories du marketing. Les « market niches » s’accommodent fort bien d’un découpage identitaire, en grande partie ethnique. Le multiculturalisme communautariste a été coopté par l’ultra-droite sans grande difficulté. L’hégémonie de l’ultra-droite américaine sur le champ politique s’accommode fort bien d’une politique de la différence qui ne va pas plus loin que la surface. Un Colin Powell ou une Condolezza Rice au gouvernement et la question du racisme est balayée. La politique de rélégation sociale dont sont victimes les pauvres, tous les pauvres mais les Noirs sont sur-représentés parmi les pauvres, disparaît de l’espace du débat politique derrière des querelles sémantiques, en partie inspirées par les débats universitaires liés aux nouvelles théories. (Lire Loïc Wacquant, Punir les Pauvres, sur ce point). Il ne s’agit pas tellement ici de parler de dépasser le marxisme ou non (il n’y a pas de théorie ou d’horizon indépassables) mais de ne pas rejeter la réflexion en termes de classes sociales et de fonctionnement socio-économique global au profit de logiques communautaires qui desservent toujours les communautés les plus marginalisées. L’université et la French theory ont participé à la déconstruction de tout universalisme, jugé abstrait, français et xénophobe, au profit d’un particularisme qui pourtant renouait avec des racines conservatrices et qui contribue à enfermer les groupes dans leurs appartenances communautaires et à gommer les liens qui peuvent exister entre groupes ethniques différents mais semblables sur le plan socio-économique.

On peut donc se poser la question de savoir si les militants des campus ont vraiment fait de la politique ? Derrida, auteur érudit et multilingue dont les positions politiques sont respectables, était-il un penseur authentiquement politique ? Sa créativité et son intervention ne sont-elles pas d’abord littéraires ? Contrairement à Saïd, il n’a pas de prolongement dans le monde des acteurs de la politique. C’est d’ailleurs à l’université et dans les départements de littérature que Derrida a connu un grand succès, pas ailleurs, notamment dans les départements de philosophie ou de sociologie ou dans l’espace du débat public.

La désignation de French theory isole dans un cadre national ce qui est en fait une construction théorique qui est d’abord américaine et va bien au-delà d’un échange franco-américain puisque certains auteurs indiens, palestinien et américain dans le cas de Saïd, mais aussi britanniques ont joué un rôle dans la dissémination de cette French theory. La réintroduction d’une catégorie nationale a peut-être valeur de symptôme car le postmodernisme a cherché à abolir les frontières et la référence à l’Etat-nation. De même que les théoriciens de la mondialisation dite néo-libérale ont un peu vite enterré les Etats-nations, les postmodernes ont oublié ou marginalisé les références nationales qui font figure ici de retour de refoulé. Dans le cas des Etats-Unis, pays où le nationalisme bien affirmé se vit souvent sur un mode exceptionnaliste et expansionniste, l’abandon de la référence à l’état-nation a des effets d’aveuglement.

Il faut aussi appréhender la question suivante : que fait la théorie ou à quoi sert la théorie ? Pour les artistes et les spécialistes de littérature, la théorie est peut-être une relance de la créativité, en histoire et sciences sociales la théorie peut et même doit interroger l’écriture et les biais d’écriture pour échapper aux tentatives toujours renaissantes du positivisme sans que l’on puisse évacuer la catégorie du réel et donc l’adéquation au réel de la théorie. Les sciences sociales ne peuvent scier la branche du réel sur laquelle elles sont assises, alors que la littérature n’a pas à affronter cette question. Il y a dans la confusion entre les registres théoriques une difficulté particulière car ce qui vaut pour le texte de fiction ne s’applique pas forcément à la sociologie ou à l’histoire.

Le singulier de French Theory pose problème car les divers auteurs abordés par Cusset n’ont pas forcément grand-chose à voir entre eux. Il y a là un effet « rag-bag » qu’il faut aussi comprendre en termes d’enjeux de carrière ou de positionnement dans l’univers de la mode universitaire. Dans un cadre de célébration de la diversité et de la différence, afficher une origine française à un groupe de théories permet de se singulariser et de se démarquer d’un anti-intellectualisme ambiant. Dans de nombreux cas, la théorie est un substitut de religion, quelque chose qui permet de tenir pour des raisons fort personnelles et qui n’ont rien à voir avec les « vérités d’adéquation » dont parle Todorov dans Critique de la critique.

Le livre de Cusset fait le point sur une influence culturelle donnée de façon magistrale mais souvent trop rapide. Ainsi, il aborde des thématiques essentielles sans les traiter (négation du social, 106, dépolitisation par les CS, 149), fait de Chomsky un marxiste orthodoxe (139) ce qui indique qu’il ne connaît rien à Chomsky et aux marxistes orthodoxes mais répète des a priori glanés ici ou là, il ne connaît pas bien l’affaire Sokal et termine par une violence anti-française quelque peu surprenante. Son livre a néanmoins le mérite de signaler de nombreuses apories du passage des idées d’un champ à l’autre (ici on aimerait plus de références à Bourdieu) ou d’un paysage intellectuel national à un autre ainsi que les glissements contradictoires d’un champ intellectuel, celui des CS, d’une origine marxiste britannique à une adaptation américaine qui passe par des théoriciens français en rupture de marxisme. Il y a du « food for thought » pour des penseurs fort éloignés les uns des autres dans ce livre qui doit donc être salué comme un grand moment de remue-méninges.

Thierry Labica:

Pouvait-on s’attendre à ce que les idées de Derrida soient politiques au sens traditionnel du terme ? Quant aux idées françaises, quel que soit le terreau d’accueil aux USA, elles bénéficiaient d’une écoute traditionnelle dans les milieux intellectuels américains, et ce depuis toujours. Le débat intellectuel français, sophistiqué et provocateur, fertilise les autres. En France, en revanche, les années 1980 et 1990 ont été celles du règlement de l’héritage intellectuel du PC, avec le rôle de Furet en particulier : les Français été occupés à autre chose.

Cornelius Crowley:

Quelle est la bonne définition du politique ? La décision ? L’acte d’opposition ? Qu’est-ce qu’une bonne position politique ? Agir ? Penser ? Tout ce travail hypertextualisé est éminemment politique. L’idée d’une autre politique à venir est bien chez Derrida. Il permet de dépasser les oppositions manichéennes, de voir le lien entre l’Amérique et le monde musulman. D’entrevoir un autre engagement.

P. Guerlain :

On ne peut nier une différence entre Derrida et des intellectuels comme Chomsky ou Saïd qui sont impliqués dans la politique du « réel ».

André Kaenel :

Le livre de FC est d’abord un bon livre d’histoire intellectuelle et culturelle comparée. C’est le genre de livre que la plupart de ceux qui, comme moi, enseignent les études américaines en France n’auront aucune peine à reconnaître comme le produit d’une véritable réflexion croisée sur les Etats-Unis. En même temps, comme toute réflexion croisée exercée à partir d’un point précis, en l’occurrence la France, le livre de F. Cusset propose également une réflexion sur nous-mêmes, intellectuels et chercheurs français ou européens, et sur nos pratiques. Le regard à la fois critique et admiratif que porte F. Cusset sur les appropriations et les détournements de la théorie française aux USA se double, dans son avant-dernier chapitre, d’une jérémiade, rhétorique politique bien américaine analysée par Sacvan Bercovitch, sur les résistances et l’hermétisme, de ce côté-ci de l’Atlantique, face au foisonnement théorique issu de ces appropriations et détournements. Le fait que French Theory ne soit cependant pas l’ouvrage d’un américaniste (sauf erreur) mais qu’il éclaire néanmoins les pratiques des enseignants-chercheurs travaillant sur les USA constitue un autre décalage à ajouter à ceux que le livre de F. Cusset éclaire si utilement. En effet, il nous explique qu’il n’y a pas eu de retour de théorie en France pour la French Theory pour des raisons qu’il énumère en fin de volume. Du moins n’y a-t-il pas eu de retour de l’ampleur du transfert vers les USA qui a eu lieu à partir du milieu des années 60.

Toutefois, depuis quelques temps, un retour a lieu, modestement. Outre le livre de F. Cusset, cette journée d’étude en est un exemple. Ce retour s’opère, de façon significative, par le biais de la langue : sans la connaissance de l’anglais de son auteur, le livre de F. Cusset n’aurait pas vu le jour, du moins pas sous une forme aussi complète et réussie ; de même, la plupart de personnes qui interviennent lors de cette journée relèvent de la 11ème section du CNU (nos spécialités sont la littérature, la civilisation, l’histoire, l’anthropologie ou la sociolinguistique) et travaillent sur le domaine nord-américain. La langue anglaise, et les différentes spécialisations qui s’appuient sur elle, forment donc la passerelle première qui permet le retour de la French Theory, son appropriation et ses détournements par l’université française. On peut ici noter que c’était déjà la langue, mais le français cette fois, qui avait permis à l’origine le passage des idées de Derrida et Foucault aux USA, où elles avaient d’abord fait leur chemin dans des départements de français, avant de passer dans des départements d’anglais, puis de littérature comparée (Cusset, 89). Il en allait de même pour le volume Cultural Studies/Etudes culturelles publié aux PUN en début d’année, qui était l’œuvre d’anglicistes au sens large. J’ajoute que la communauté des anglicistes n’a pas le monopole des Cultural Studies, comme en témoignent les travaux effectués en France dans les domaines des études filmiques (cf. G. Sellier et N. Burch) ou dans celui de la sociologie des médias (cf. l’introduction aux CS de Mattelart et Neveu, publié en 2003 à La Découverte, chez le même éditeur que French Theory).

Mais la connaissance de langue anglaise ne permet pas à elle seule d’expliquer les passages, transferts et appropriations de la théorie entre l’Europe et les USA — dans un sens comme dans l’autre. Le livre de François Cusset nous rappelle l’importance capitale des personnes et des institutions dans la transmission des savoirs et des idées. Plutôt que de parler au nom des autres collègues, je mentionnerai ici, au travers de quelques jalons de ma propre histoire intellectuelle, les circonstances dans lesquelles je me suis trouvé à trafiquer avec la théorie dans le cadre de mes recherches sur la littérature et la culture américaines.

Il m’est difficile de traiter séparément les relais institutionnels et personnels. C’est à l’Université de Genève, dans le département d’anglais, vers le milieu des années 1980, que le vent de la French Theory a commencé à souffler sur mes travaux en littérature américaine. Une thèse de doctorat sur la figure de l’auteur dans l’œuvre de Melville m’avait amené a m’intéresser à la manière dont l’espace public américain au milieu du XIXè siècle concevait la figure de l’auteur, comment un discours public (et politique) sur l’auteur se faisait jour dans un contexte de nationalisme culturel exacerbé. Les enseignants du département d’anglais, professeurs ou assistants, comme moi, étaient alors majoritairement anglophones, issus des meilleures universités britanniques et américaines. Les débats sur le canon littéraire qui avaient commencé à agiter Cambridge et Yale trouvaient naturellement un écho dans leurs pratiques pédagogiques, fortement marquées par l’influence de la déconstruction et par l’impact des Cultural Studies en Grande-Bretagne (son impact américain devait se faire sentir quelques années plus tard). C’est un plaisir pour moi que de rendre hommage, pour la première fois publiquement, à ces collègues et passeurs d’exception, parmi lesquels John Higgins, Pete de Bolla, Tom Ferraro, Bill Readings (l’auteur de The University in Ruins, mort dans un accident d’avion il y a tout juste 10 ans). A la faveur de cours parfois assurés en commun, de discussions informelles, de séminaires de type work in progress, et encouragé par la liberté que nous laissait l’institution d’offrir les enseignements de notre choix, mes cours et ma recherche se sont ouverts à certaines des idées alors en vogue aux USA et en Grande-Bretagne. C’est dans ce milieu intellectuel, extrêmement fertile sur les plans personnel et académique, que je me suis tourné vers les travaux de Michel Foucault et de Pierre Bourdieu pour comprendre l’enchevêtrement, dans le champ littéraire américain au XIXè siècle, des discours (juridiques, moraux ou politiques) et des institutions (la question du droit d’auteur, par exemple). Et pour comprendre comment, à l’intérieur de ce champ en mutation, et souvent contre ses règles, Melville construisit sa trajectoire d’écrivain. La théorie française, qui ne s’appelait pas encore ainsi, opérait là, pour moi, un retour dans une contexte cosmopolite francophone, mais non français, après un détour par Cambridge, Oxford, Duke ou Yale.

Yale, justement, où je devais passer une année en tant que chercheur invité en 1988-1989, pour poursuivre mes recherches sur Melville, était alors secouée par l’affaire Paul de Man, à laquelle FC consacre plusieurs pages. Je rappelle ici ces révélations, faites en 1986, selon lesquelles le critique d’origine belge, professeur à Yale jusqu’à sa mort en 1983, avait signé des articles à teneur antisémite dans un journal bruxellois durant la Seconde Guerre mondiale. Il y eut à l’époque un colloque tendu consacré à l’héritage de de Man en présence de ses anciens collègues et amis : nombreux étaient les enseignants et les collègues à voir alors dans l’affaire de Man le début de la fin de la « déconstruction ». Autre souvenir de cette année : le nom « Derrida » écrit en grand à la mousse à raser sur un sentier du campus et dont il ne restait déjà plus qu’une trace à peine lisible.

En quittant il y a une dizaine d’années l’Université de Genève pour l’Education nationale, la Suisse pour l’Europe, c’est un autre déplacement que j’ai opéré, d’une réflexion centrée sur la littérature américaine à une autre sur un objet que je découvrais alors, la « civilisation ». Ce champ non disciplinaire qu’on disait transdisciplinaire, reposait (repose ?) sur des fondements positivistes étroits et envisageait l’étude de la civilisation britannique ou américaine dans une optique principalement entomologique (il s’agissait d’épingler le système politique, les institutions, la population, l’immigration, etc.) — d’où la réflexion sur le champ lui-même était absente. Ceci alors que les Etudes américaines aux USA étaient en train de prendre un tournant théorique sous les coups de butoir des « Nouveaux américanistes » (New Americanists). Autour de la figure de Donald Pease, ces nouveaux américanistes insufflaient à un champ jusqu’alors hostile à la théorie et historiquement centré sur la nation américaine, un parfum continental, dont le canal privilégié était Althusser et la critique idéologique. Certains de leurs textes, d’un abord souvent difficile, ont nourri ma réflexion sur l’exportation culturelle américaine à l’époque de la Guerre froide, dont participaient d’ailleurs l’encouragement en Europe des American Studies dès la fin des années quarante. D’autres projets de recherche, en cours ou en veilleuse, sur le cinéma américain se sont nourris de travaux dans la mouvance des Cultural Studies américains sur l’identité nationale et post-nationale dans un contexte de mondialisation, ou sur la réception des produits culturels (e.g. sur l’apocalypse nucléaire dans le cinéma de la Guerre froide, sur l’image du pouvoir et de la Présidence américaine, ou sur le « siècle américain au cinéma entre Pearl Harbor et le 11 septembre »).

A chacune de ces étapes du parcours (Melville, l’exportation des études américaines ou le cinéma) la théorie, qu’elle soit française ou non, a fait partie de ma boîte à outil. Si je n’étais pas si maladroit avec le marteau ou l’équerre, je revendiquerais volontiers la définition que donnait Laurence Grossberg des Cultural Studies comme « bricolage ». En tous les cas, ma démarche intellectuelle doit beaucoup aux déplacements, aux décrochages et aux décalages qu’analyse si bien F. Cusset dans son livre. Les CS, en particulier, me paraissent fournir un ensemble de textes, de protocoles intellectuels, de démarches, et de concepts fertiles pour penser une pratique d’enseignant et de chercheur en « civilisation » américaine dans le contexte institutionnel précis de l’Université française. Ce qui ne revient pas à dire que tout est bon à prendre dans les CS (cerner ce « tout » me paraît d’ailleurs difficile). Les dérives textualistes relevées par F. Cusset sont réelles (ce que Mattelart et Neveu appellent dans l’un des sous-titres de leur livre le « théoricisme chic et choc comme ersatz d’engagement »). En même temps, la vitalité du champ des CS, son bouillonnement et les possibilités de croisements qu’il ouvre en font un outil utile pour fendiller la gangue positiviste des études de « civilisation »).

Dans un essai institulé «Traveling Theory,» repris dans The World, the Text, and the Critic (1983), Edward Saïd analyse les convergences et les divergences entre les idées de Georg Lukacs, Lucien Goldman et Raymond Williams. Il y défend une vision de la théorie comme un projet nécessairement partiel, incomplet. La théorie est selon lui inévitablement affaire de transfert, de voyage et d’emprunt. Et Saïd d’ajouter : « Car nous sommes obligés d’emprunter si nous voulons échapper aux contraintes de notre environnement intellectuel immédiat » (241). C’est l’enseignement principal que je tirerais de l’ébauche de biographie intellectuelle que j’ai esquissé ici aujourd’hui. C’est aussi, me semble-t-il, celui qu’on peut tirer des pérégrinations de la théorie française analysées par FC.

Guillaume Marche :

Il s’agit d’un livre très érudit, qui situe de manière utile la genèse en France et le devenir aux Etats-Unis de la « French Theory ». L’auteur fait une sociologie des savoirs — notamment philosophiques — et de la vie universitaire américaine très convaincante. Mais son traitement des références sociologiques l’est moins : il va trop vite en besogne pour réduire « la » sociologie américaine à un « héritage positiviste » (106). Le chapitre 13 et la conclusion donnent néanmoins à réfléchir sur la dichotomie texte/société, dont certains usages de la « French Theory » cherchent à dépasser le caractère bloquant. Dans les pages 343 et suivantes, Cusset formule même les termes d’un dépassement indispensable de la dichotomie universalisme/différentialisme, qui tend à assimiler — à tort — différentialisme, essentialisme et séparatisme. Se pose in fine la question de l’usage de la théorie : c’est surtout selon qu’elle est descriptive ou prescriptive qu’elle s’avère en phase ou en décalage avec le terrain et l’expérience des acteurs : là se situe, par exemple, l’un des écueils de la théorie queer, qui a tendance à traiter les mobilisations sur le terrain comme si elles étaient, pour ainsi dire, en retard sur la théorie (164-167). D’autres auteurs se proposent plutôt de rendre compte des mobilisations fondées sur l’expérience afin d’en explorer le sens tout en les accompagnant (cf. Kath Weston. Long Slow Burn : Sexuality and Social Science. Routledge 1998).

Marc Deneire :

Avoir vécu sur différents campus américains de 1986 à 1998, c’est avoir participé à une immense conversation, un aller-retour entre les contacts personnels et les textes. D’une université à l’autre, d’un département à l’autre, des références communes (comme Michel de Certeau), qui n’étaient d’ailleurs pas seulement françaises (Habermas en faisait partie). A la fin des années 1980, c’était la fin du New Criticism et la découverte de Derrida a permis un renouvellement autour de la déconstruction. La théorie a permis de se positionner dans le cadre d’une pratique discursive, et également de « s’éclater », se faire plaisir et éclater les points de vue, les identités. Pour ceux qui ont eu cette expérience américaine, tout retour en France est difficile : l’anti-multiculturalisme est dominant. Autre différence : si les universitaires et intellectuels américains sont séparés de leur base, ils sont au moins unis dans leur communauté par cette conversation.

Cornelius Crowley :

Les années 1980 ont vu en France la non-rencontre de cette théorie française, de la réflexion politique telle que Derrida et Foucault avaient pu l’imaginer, et de la gauche enfin au pouvoir.

P-Guerlain et T. Labica s’interrogent pour finir sur ce paysage intellectuel et universitaire français depuis les années 1980, champ occupé également par Lacan en matière de mode intellectuelle dans les années 70 ou Bourdieu (dont Cusset parle peu). La mode ne laisse pas forcément toujours de la place à tous les penseurs importants et parfois met en lumière des penseurs plus médiatiques ou flamboyants que profonds. Bourdieu est finalement peut-être plus important sur le plan scientifiques que d’autres qui ont eu plus de succès à un moment donné sur les campus américains.

Indications bibliographiques:CHAMOISEAU, Patrick. Ecrire en pays dominé. Paris : Gallimard, 1997.

CUSSET, François. French Theory, Foucault, Derrida, Deleuze et Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux Etats-Unis. Paris : La Découverte, 2003.

CUSSET, François. Queer Critics, la littérature française déshabillée par ses homos-lecteurs. Paris : PUF, 2002.

DU BOIS, W. E. B., « On Being Crazy » in Nathan Huggins (ed.), Du Bois, Writings. New York : The Library of America, 1986.

DERRIDA, Jacques, « But, beyond…(Open Letter to Anne McClintock and Rob Nixon) » in Henry Louis, Gates, Jr (ed.), « Race », Writing, and Difference. Chicago : The University of Chicago Press, 1986.

DERRIDA, Jacques, « Racism’s Last Word » in Henry Louis, Gates, Jr (ed.), « Race », Writing, and Difference. Chicago : The University of Chicago Press, 1986.

DUBOIS, Laurent, « Republic at Sea » in Transition, n° 79.

EAGLETON, Terry. After Theory. New York : Basic Books, 2003.

FANON, Frantz. Peau noire, masques blancs. Paris : Le Seuil, 1952.

GROSSBERG, Lawrence, Cary NELSON, and Paula A. TREICHLER (eds.). Cultural Studies. London : Routledge, 1992.

GUERLAIN, Pierre, « Affaire Sokal : Swift sociologue ; les cultural studies entre jargon, mystification et recherche », Annales du Monde Anglophone, N° 9 (1er semestre 1999), 141-160.

Iris n° 26, SELLIER, Geneviève (dir.), « Cultural Studies, Gender Studies et études filmiques ». Paris, 1998.

KAENEL, André, Catherine LEJEUNE et Marie-Jeanne ROSSIGNOL. Cultural Studies. Etudes Culturelles. Nancy : Presses Universitaires de Nancy, 2003. Sur ce livre voir également dans TransatlanticA le compte-rendu de Pierre Guerlain :
http://etudes.americaines.free.fr/TRANSATLANTICA/CR/kaenel_lejeune_rossignol.html
La bibliographie de cet ouvrage est étendue et pédagogique.

KAENEL, André. ‘Words are Things’: Herman Melville and the Invention of Authorship in Nineteenth-Century America. Berne : Peter Lang, 1992.

MATTELART, Armand et Erik NEVEU. Introduction aux Cultural Studies. Paris : La Découverte, 2003

PEASE, Donald E. (ed.), « New Americanists : Revisionist Interventions into the Canon, » Boundary 2 :17 (Spring 1990) & « New Americanists 2: National Identities and Postnational Narratives,» Boundary 2:19 (Spring 1992).

READINGS, Bill. The University in Ruins. Cambridge : Harvard UP, 1996.

SAID, Edward. The World, the Text, and the Critic. New York : Columbia UP, 1982.

TODOROV, Tzvetan. Critique de la critique, Un roman d’apprentissage. Paris : Seuil, 1984.

VARET, Gilbert. Racisme et philosophie. Essai sur une limite de la pensée. Paris : Denoël, 1973.

WACQUANT, Loïc. Punir les pauvres. Marseille : Agone, 2004.

WESTON, Kath. Long Slow Burn : Sexuality and Social Science. Londres : Routledge 1998.

WRIGHT, Michelle, M.. Becoming Black. Creating Identity in the African Diaspora. Durham : Duke University Press, 2004.

A consulter également la revue publiée par Routledge Cultural Studies :
http://www.unc.edu/depts/cultstud/journal

ou l’International Journal of Cultural Studies publié par Sage :
http://ics.sagepub.com

et un site recensant les liens possibles vers des sites de Cultural Studies :
http://www.blackwellpublishing.com/Cultural/Default.asp

et chez Duke UP une revue féministe de Cultural Studies :
http://muse.jhu.edu/journals/differences

Voir par ailleurs:

Djemila Benhabib: «Les islamistes considèrent le multiculturalisme comme le meilleur système»

GRAND ENTRETIEN – L’essayiste Djemila Benhabib a participé aux côtés de 50 personnalités au livre #JeSuisMila (Seramis éditions). Un manifeste en faveur de la liberté d’expression et de la laïcité. L’occasion de revenir sur le parcours hors du commun de cette femme engagée qui a fui l’Algérie, en guerre civile, pour la France puis pour le Québec. Deux pays où elle ne s’attendait pas à croiser de nouveau la route de l’islam radical.

Par Alexandre Devecchio

Pourquoi avoir accepté de participer à ce livre collectif intitulé «#JeSuisMila ?» En quoi cette affaire vous touche-t-elle personnellement?

Lorsqu’on fait l’expérience de la montée fulgurante de la violence comme j’en ai été témoin en Algérie, au début des années 1990, on ne peut que chérir la liberté. J’ai pris, soudainement, conscience dans la jeune vingtaine du privilège que j’avais de vivre. Résister à l’islam politique est devenu le combat de ma vie. Soutenir Mila s’inscrit, naturellement, dans cette démarche. Lorsque tout fout le camp, il ne reste que les fondamentaux pour donner un sens à l’existence.

Vous seriez-vous imaginée devoir défendre ainsi la liberté d’expression d’une jeune Française contre les islamistes lorsqu’en 1994 vous avez quitté l’Algérie en pleine guerre civile?

Certainement pas. En réalité, j’ai très vite déchanté en arrivant en France avec ma famille, mes parents, professeurs d’université, et mon frère, jeune lycéen. Nous nous sommes installés à Saint-Denis, ville cosmopolite, à l’époque, qui avait une tradition dans l’accueil des réfugiés politiques. Je pense, notamment, à nos camarades espagnols, italiens, grecs et portugais qui avaient fui le fascisme. Quant à nous, notre situation était considérée comme différente de la leur. Nous étions hors champ. Je pense que c’est autour de cette ambiguïté de notre statut que sont nés d’abord les malentendus, puis les dérives. En d’autres mots, nous reconnaître ne serait-ce que, symboliquement, le statut de réfugié politique revenait à placer l’islam politique dans l’histoire et le considérer comme une menace planétaire. Or, il n’en a rien été. Les États occidentaux et leurs élites intellectuelles dominantes ne se sont pas sentis concernés par ce qui s’est joué en Algérie dans les années 1990, tout comme en Iran en 1979. Certains prétendaient que la menace islamiste allait rester confinée aux frontières de ces pays, d’autres, comme les États-uniens, étaient convaincus de pouvoir «domestiquer» l’islamisme. Depuis, il n’a cessé de progresser et de muter. Pour trois raisons principalement. La puissance de son idéologie, sa capacité à s’adapter à n’importe quel environnement institutionnel et, finalement, sa force mobilisatrice. Pour revenir à votre question de départ, ceux qui menacent nos libertés ne sont pas seulement les islamistes. Mais ceux qui ont renoncé à les exercer et à les défendre.

Que représentait alors la France pour vous? Parleriez-vous de régression à son sujet?

La France était pour moi un havre de paix qui m’a permis de me reconstruire. Je n’oublierai jamais de ma vie cette sensation de marcher librement dans la rue, cheveux au vent, sans avoir à vérifier s’il y avait, au coin d’une rue, un salaud pour me buter. La sécurité est, en ce sens, la première des libertés. Comment dire? Pour une femme, c’est encore plus vrai. Ceux qui, comme moi, en ont été privés en mesurent toute l’importance. Je pense à mes amies afghanes, iraniennes et saoudiennes qui sont en première ligne. Évoquer cette période c’est aussi parler des solidarités. La France, à travers un tissu associatif dynamique, des syndicats, universitaires, artistes et simplement des gens d’une grande générosité, a participé à atténuer nos blessures et à nous rattacher à notre humanité. Ultimement, pour sortir de nos vies cabossées et de nos destins fracassés, nous ne pouvions compter que sur notre résilience. Sur le plan politique, c’était beaucoup plus compliqué. L’asile politique a été offert en France, en Europe, aux États-Unis et au Canada aux chefs du FIS et du GIA et à leurs militants, ceux-là même dont les mains étaient entachées de sang. Il se trouvait des journalistes comme Edwy Plenel ou des universitaires comme François Burgat pour les absoudre de leurs crimes. Vous vous souvenez du petit jeu du «Qui tue qui?» («On ne sait pas qui tue qui?»: durant la tragique décennie noire en Algérie, cette formule en vogue était employée par certains observateurs, en particulier en Europe et en France, pour désigner l’armée algérienne comme seule responsable des massacres sur les civils alors que ces derniers étaient perpétrés par des groupes islamistes, NDLR) en Algérie qui a donné, plus tard, le «je ne suis pas Charlie»? Toujours les mêmes aux commandes pour faire courir des «si», multiplier des «mais» et évacuer toute la dimension idéologique et politique de notre combat. Pour eux, les islamistes, à bien y regarder, n’étaient pas vraiment des islamistes, et surtout pas des assassins. Et ceux qui s’opposaient à leurs desseins fascistes n’étaient pas des résistants. La régression? Elle n’est qu’une simple conséquence de cette confusion. Mais attention! N’allez pas imaginer que nous nous sommes tus. Même si cette thèse du «Qui tue qui?» nous était insupportable, nous l’avons confrontée. Dénoncée. Nous ne nous sommes jamais résignés. Jamais. Nous avons continué à parler, écrire, militer et mettre en garde contre la contagion islamiste, ici comme ailleurs. Nous, nous n’habitions pas les beaux quartiers. Encore là, le discours dominant dans le milieu médiatique était à la victimisation des musulmans. Notre parole était pratiquement inaudible.

Votre père, l’universitaire Fewzi Benhabib, qui vit toujours à Saint-Denis, a écrit, dans une tribune publiée dans Marianne le lendemain des attentats du 13 Novembre, que cette ville était plus communautarisée qu’Oran. Partagez-vous son point de vue?

Bien entendu. Je remercie, vivement, Marianne d’avoir été à nos côtés depuis le début. Mon père est le premier à avoir osé lever le voile sur les graves dérives qui touchent Saint-Denis, qui n’est pas n’importe quelle ville. Elle est au cœur du dispositif indigéniste. Tout comme elle est au centre de la stratégie de l’internationale islamiste. Tout cela est largement documenté dans le livre «Quatre-vingt-treize», de Gilles Kepel… depuis 2012. Il n’était plus possible pour mon père de se taire. Ne pensez pas que ce geste a été sans conséquence pour lui. Vivre au quotidien dans la gueule du loup ça use. Même les plus courageux parmi nous. À l’évidence, ceux qui, comme mon père, habitent dans les quartiers populaires et résistent aux islamistes et à la mafia ne bénéficient d’aucune protection et n’ont pas le soutien des élus locaux. En 2009, avec quelques Dionysiens nous avons mis en place l’Observatoire de la laïcité de Saint-Denis (qui n’a rien à voir avec celui de Bianco, qui a détourné notre nom). Nous avons reçu deux cacahuètes de subside alors que l’association de Rokhaya Diallo, qui n’y est pas domiciliée, est grassement subventionnée pour offrir des ateliers sur les cheveux frisés. On se moque de qui? À Saint-Denis, il y apourtant beaucoup d’initiatives citoyennes à encourager, comme l’association Les Résilientes.

Pourquoi avoir quitté la France pour le Québec en 1997?

Je voulais entamer ma vie d’adulte sur un choix. La France, je ne l’avais pas choisie. À mon âge, il y avait certainement la curiosité, l’ouverture au monde et le goût du dépassement qui ont motivé ce nouveau départ. Pour guérir, il fallait partir. Partir le plus loin possible de façon à pouvoir déployer mes ailes. Surtout, loin de l’islamisme que j’avais retrouvé en France. Alors, j’ai choisi le Québec, pays francophone, ouvert à l’immigration, véritable démocratie où il fait bon vivre pour les femmes. Puis, il y a eu le 11 Septembre 2001. J’étais correspondante de presse pour le journal algérien El-Watan, je me suis rendue, tout de suite, à New York avec mon amoureux qui était lui aussi journaliste. Nous sommes revenus de ce voyage bouleversés. En effet, tout avait basculé!

La censure et l’autocensure dans les universités, les médias, le monde culturel sont désormais une réalité qu’il est difficile de déjouer.

Vous militez pour le Parti québécois. Vous y avez proposé l’idée d’une charte de la laïcité. Pourquoi?

Pour la simple raison qu’au cœur du dispositif législatif canadien il existe, depuis 1985, une possibilité de se soustraire aux règles communes en faisant valoir ses croyances religieuses. C’est ce qu’on appelle l’accommodement raisonnable devenu célèbre depuis le début des années 2000. Une simple demande faite «de bonne foi» suffit à obtenir une dérogation. Et ça peut aller très loin. Une enfant de maternelle dont les parents musulmans obligent l’école à lui mettre sur la tête un casque insonorisé pour la prémunir des chants de Noël. Paraît-il que c’est dans leur religion! Un jeune adolescent sikh autorisé à porter le kirpan (un poignard) à l’école après une bataille judicaire qui est allée jusqu’en Cour suprême et a duré quatre ans. Des milliers de dollars pour faire plier une école et renverser deux décisions de justice. Théoriquement, il y a quelques garde-fous. Dans la pratique, les institutions qui refusent les accommodements se font traîner en justice. Ça coûte un fric fou! Ce qu’il faut comprendre par là c’est que les lobbies politico-religieux, riches et puissants, ont trouvé dans les accommodements un boulevard pour défaire ce qui a été chèrement acquis avec la Révolution tranquille. Il me paraissait urgent de proposer une charte de la laïcité pour retrouver le sens du commun. C’est ce que j’ai fait à travers mon engagement au Parti québécois où j’ai obtenu l’appui de deux femmes remarquables, Pauline Marois (ancienne première ministre) et Louise Beaudoin, et de notre ancien premier ministre, le regretté Bernard Landry. Cette loi qui a été adoptée en juin dernier est l’aboutissement d’un long combat. Il est, surtout, une claque à la face du multiculturalisme canadien.

Vous estimez que votre premier essai «Ma vie à contre-Coran», publié en 2009, ne pourrait plus être édité aujourd’hui?

La censure et l’autocensure dans les universités, les médias, le monde culturel sont désormais une réalité qu’il est difficile de déjouer. Nous manquons cruellement d’espace pour la confrontation des idées. Le débat est très mal vu. La recherche permanente d’un consensus valide l’idée selon laquelle la meilleure posture est une moyenne de toutes les postures. Nous n’avons pas de service public digne de ce nom. Nous avons une télévision et une radio d’État, Radio-Canada, au service d’une idéologie: le multiculturalisme qui a expurgé les laïques du débat public. Tout ce qui concerne l’islam et les musulmans relève du tabou. Alors vous imaginez ce livre avec un tel titre? Il y a encore des courageux qui osent. Mais à quel prix? Heureusement que nous avons encore Denise Bombardier et ses collègues du Journal de Montréal pour élargir nos horizons.

La politique menée par Justin Trudeau au Canada est regardée en Europe comme un modèle de tolérance ou, au contraire, comme la quintessence du politiquement correct. Qu’en pensez-vous?

Justin Trudeau est convaincu de la supériorité morale du Canada sur les États-Unis et sur l’Europe. Pour lui, les attentats terroristes islamistes sont le résultat d’une mauvaise intégration des immigrants. Sa devise est simple: il n’y a qu’à être gentil pour susciter les bons sentiments. Sauf que les premiers réseaux terroristes au Canada sont apparus dans les années 1990. Ils étaient l’œuvre d’anciens militants du FIS. Il n’y a plus aucun journaliste pour le rappeler.

Le multiculturalisme est-il devenu un cheval de Troie pour les islamistes?

Tariq Ramadan le considère comme le meilleur système. En 2012, lorsque je me suis présentée aux élections, il a animé un grand meeting, à Montréal, pour appeler ses partisans à me barrer la route. À moi, mes collègues, mon parti. Ceux qui s’étaient faufilés en haut de la liste sont les porte-paroles d’un parti islamo-gauchiste, Québec solidaire, qui n’a plus rien de solidaire. Vous voyez bien que ce n’est pas très différent de la France. La trahison de la gauche communautariste permet aux islamistes de gagner du terrain.


Bienvenue au meilleur des mondes sanitaire ! (Building Jerusalem: As with post-war Britain, will the current coronavirus pandemic make us again forget Hayek and Churchill’s warnings about the road to serfhood ?)

19 mai, 2020

Knock, Jules Romains (théâtre en prose) - La Chanson GriseMülheim (Allemagne), 29 mars 2020 : des malades du coronavirus sont transportés de Metz vers L’Allemagne, par des hélicoptères militaires françaishttps://headtopics.com/images/2020/5/18/yahoonews/over-4-7-million-people-worldwide-have-tested-positive-for-the-coronavirus-and-more-than-315-000-peo-1262357506157948933.webp

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Comme ils continuaient à marcher en parlant, voici, un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l’un de l’autre, et Élie monta au ciel dans un tourbillon. Élisée pria, et dit: Éternel, ouvre ses yeux, pour qu’il voie. Et l’Éternel ouvrit les yeux du serviteur, qui vit la montagne pleine de chevaux et de chars de feu autour d’Élisée. 2 Rois 6: 16-17
Bien des gens qui se considèrent très au-dessus des aberrations du nazisme et qui en haïssent très sincèrement toutes les manifestations, travaillent en même temps pour des idéaux dont la réalisation mènerait tout droit à cette tyrannie abhorrée. Friedrich Hayek (La Route de la servitude, 1944)
Aucun système socialiste ne peut être établi sans une police politique, quelque forme de Gestapo. Winston Churchill (04.06. 1945)
Avançons dans ce combat dans l’esprit de William Blake: ‘Je ne cesserai jamais mon combat intérieur, et jamais mon épée ne dormira dans ma main, jusqu’à ce que nous ayons bâti Jérusalem sur les terres vertes et plaisantes d’Angleterre.’ Clement Attlee
Dans les temps anciens, ces pieds ont-ils foulé les vertes montagnes d’Angleterre ? Et le saint Agneau de Dieu a-t-il été Vu sur les prairies agréables de l’Angleterre ? Et la Face Divine a-t-elle Brillé sur nos collines couvertes de nuages ? Et Jérusalem a-t-elle été bâtie ici Parmi ces usines sombres et sataniques ? (…) Apportez-moi mon chariot de feu ! Je ne cesserai jamais mon combat intérieur, Et jamais mon épée ne dormira dans ma main, Jusqu’à ce que nous ayons bâti Jérusalem Sur les terres vertes et plaisantes d’Angleterre. William Blake
When Keynes died, Keynes and I were the best known economists. Then two things happened. Keynes died and was raised to sainthood, and I discredited myself by publishing The Road to Serfdom. And that changed the situation completely. And for the following 30 years, it was only Keynes who counted, and I was gradually almost forgotten. Friedrich von Hayek
Well, I came back in a troop ship in the summer of 1945, and I was a pilot in the Royal Air Force, and I was picked as a 19-year-old to be the Labor candidate. All these soldiers said, « Never again. We’re never going back to unemployment, the Great Depression, to fascism, to rearmament. We want to build a new society. Tony Benn (Labor candidate, 1945)
Churchill (..) got carried away with this Gestapo. And this, of course, was carrying things to absurdity — Gestapo in Britain. Ralph Harris (Institute of Economic Affairs, 1957-1987)
And did those feet in ancient time est un poème de William Blake, issu de la préface de Milton, et connu de nos jours sous le titre Jerusalem qui provient de son adaptation en hymne par Hubert Parry. Il est devenu l’un des plus fameux airs patriotiques anglais, au même titre que Rule Britannia et Land of Hope and Glory ; ensemble, ce sont les trois chants qui sont entonnés par l’assistance lors de la « Last Night of the Proms » et, en certaines occasions, font quasiment office d’hymne national anglais (l’Angleterre n’ayant pas d’hymne officiel). Il s’agit d’une référence à une visite qu’aurait faite, selon un récit apocryphe, Jésus, accompagné de Saint Joseph d’Arimathie, à Glastonbury, en Grande-Bretagne. Le « chariot of fire » (chariot de feu) auquel il est fait allusion est une référence biblique à la montée au ciel du prophète Élie (2 Rois 2:11). Cet hymne est souvent chanté dans les stades. (…) La phrase « Bring me my chariot of fire » a inspiré le titre du film Les Chariots de feu. Une chorale chante Jerusalem à la fin du film et une version apparaît dans la bande originale de ce film, chantée par les Ambrosian Singers superposée partiellement à une composition de Vangelis. Le titre du film devait être initialement Running jusqu’à ce que le scénariste vît une émission télévisée, Songs of Praise, incluant l’hymne, et décidât de changer le titre du film. L’hymne figure dans le film Quatre mariages et un enterrement, chanté par l’assistance lors du premier mariage. L’hymne est utilisé aussi dans La Solitude du coureur de fond. Dans le film Calendar Girls, les membres du Women’s Institute chantent Jerusalem à chacune de leurs réunions. Dans la série télévisée britannique The Casual Vacancy, les habitants de Pagford chantent Jerusalem lors de l’enterrement de Barry Fairbrother. (…) Le groupe de rock progressif britannique Emerson, Lake and Palmer en fait l’ouverture de leur album Brain Salad Surgery (1973). (…) Le roi George VI préférait Jerusalem à God Save the King. Wikipedia
Jerusalem is more than a hymn. It is almost our national anthem; as popular at rugby internationals as it is at earnest Labour party conferences; it is universal in its appeal. It’s also more than just the name of a magical place. It represents the British nation itself. Which is curious, when you consider the story of Jerusalem the place. The reason a hymn called Jerusalem stirs such patriotic fervour with us is because the city is not only the Holy City: on the one hand, everyone feels it belongs to them; on the other, it has a clearly defined special relationship to the British which is expressed in the hymn. But on purely geographical terms, no corner of the globe has seen such bloodshed, such fanaticism, such glory and such tragedy. Its history is that of the great religions and visions of mankind, Christian, Muslim and Jewish; and it symbolises the aspirations of the British to rule their empire. Yet how did it become the symbol of a perfect paradise? And more pertinently for us, how did it become so British? Don’t forget that by the 19th century, when William Blake wrote those now famous words, many were starting to regard Jerusalem as British – just as the Bible itself had somehow become a British classic. (…) By 70AD, the Romans under the Emperor Vespasian and his son Titus had ransacked Jerusalem, the assault culminating in the destruction of the Temple. The Jews became a despised and defeated people and the Christians separated forever from Judaism. Henceforth the Christians saw themselves as the new Israel, and Jerusalem not as a heap of ruins in Judaea but as the New Jerusalem, the perfect kingdom that would descend when Jesus returned for the Second Coming. To that end, when the Roman emperor Constantine the Great adopted Christianity, he restored a Christian Jerusalem, building the Church of the Holy Sepulchre around 329AD. From then on across Christian Europe, Jerusalem was no longer just a place. It was an idea, a vision, even a paradise that people read about in their Bibles. This impressive feat of clever marketing was so powerful that by 1096 hundreds of thousands of Christians travelled thousands of miles across Europe to conquer Jerusalem in the First Crusade. The city remained Christian for almost 100 years. In London, the Knights Templar built the Temple Church (seen in the film The Da Vinci Code) in the City based on their headquarters: the Dome of the Rock on Jerusalem’s Temple Mount – or Mount Moriah. Yet the Siege of Jerusalem in 1187, which resulted in the recapture of the city by the great Muslim leader Saladin, only intensified the Christian love of the city: Richard the Lionheart tried to rescue it, and Ye Olde Trip To Jerusalem in Nottingham, which claims to be the oldest pub in Britain, is said to date from Richard’s Third Crusade in 1189. He failed but all across the world people built their own Jerusalems: the king of Ethiopia built his, as did the tsars of Russia. Most towns had their own Jerusalem chapels and every knight dreamed of liberating the city or making the pilgrimage (this was probably the time that the village of Jerusalem in Lincolnshire got its name). Many Britons, King Henry IV among them, made the pilgrimage. In Chaucer’s Canterbury Tales the promiscuous Wife of Bath had been there several times When, in 1520, Martin Luther raised his protest against the Catholic church, his new Protestants returned to the fundamentals of the Bible with the result that British Protestants revered Jerusalem even more intensely. Oliver Cromwell and his Puritans saw themselves as the New Israelites and their sacred and pure Britain as a new Jerusalem. Meanwhile, the 1611 King James Bible gradually became a classic of English literature. After Cromwell’s death in 1658 these views survived. Puritans such as the Pilgrim Fathers sailed for America and saw the country as a New Jerusalem – John Winthrop, the first governor of Massachusetts, told the future Massachusetts Bay colonists that their new community would be a ‘city upon a hill’, a phrase taken from the Sermon on the Mount. Hence there are so many Jerusalems – or Salems – in America. In the late 18th century, Jerusalem, now a poverty-stricken but grandiose village ruled by the Ottoman Sultans, once again became fashionable: Napoleon Bonaparte tried to conquer it but was defeated with the help of the Royal Navy and the British hero, Sir Sidney Smith, who marched his men through the city. This was exactly the moment when Protestant Evangelism was spreading and rising again, not only in America but in Britain. In 1804, a brilliant engraver, poet and radical named William Blake opened his poem Milton with the prefatory verse that started, ‘And did those feet in ancient time’. Printed in 1808, the poem praised the brief heyday of a heavenly Jerusalem in pre-industrial England but it was inspired by a myth that the boy Jesus had once visited Britain with Joseph of Arimithea. It’s unlikely Jesus did visit Britain but the old myth was popular precisely because British Christians increasingly sought a direct link between Britain’s mission to civilise the world and Jerusalem. The Authorised Version of the Bible was now learned by every British schoolchild, who felt they knew more about King David than recent English history. During the 19th century British imperialists joined forces with British evangelists, an alliance personified by Lord Palmerston and his evangelical son-in-law Lord Shaftesbury, who wanted Britain to sponsor the return of the Jews to Jersusalem to accelerate the Second Coming and a Protestant Zion. Yet Blake’s poem, increasingly admired, was not widely known until World War I, when all these strands – the hymn, the British love of Jerusalem, the imperial British mission and evangelical vision of Jewish Return and Second Coming – came together. In 1916 the Poet Laureate Robert Bridges asked the composer Sir Hubert Parry to set Blake to music. Sir Edward Elgar orchestrated it and it was performed at a patriotic meeting, immediately becoming a hit. At this point, David Lloyd George, wartime Prime Minister, was ordering General Allenby to advance into Palestine and conquer Jerusalem as a ‘Christmas present for the British nation’. Lloyd George admitted that ‘I was taught more in school about the history of the Jews than about my own land.’ He and his Foreign Secretary Arthur Balfour backed the Jewish dream of a Jewish homeland – under British auspices. Indeed, cabinet minister Lord Curzon noted that ‘the Prime Minister talks about Jerusalem with almost the same enthusiasm as about his native Welsh hills!’ In December 1917, Britain conquered Jerusalem, which remained under its control until 1948. The British sponsored the Zionist dream of a Jewish homeland by encouraging Jewish immigration, but by the end of the Thirties, the increasing conflict between Zionists and Palestinians led to a British cap on Jewish immigration to Palestine. By then, Jerusalem the hymn, no longer linked to Blake’s radical sacred vision but a popular anthem, was adopted by Clement Attlee and his Labour Party in the 1945 election when he promised Britain as a New Jerusalem – an ideal socialistic sanctuary – for the working man. And while he won the election aided by the hymn, he failed to manage the real Jerusalem, which sank into civil war and saw the end of British rule. Attlee handed Palestine to the United Nations; Jerusalem descended into war out of which arose Israel. But Attlee did create his imperfect New Jerusalem – the welfare state and the NHS that we know today. And the hymn? Jerusalem remains, separate from its history, as the alternative British national anthem, beloved by rugby fans, Labour activists and patriots. One small irony is that Blake actually never entitled it Jerusalem, because he was working on another poem at the time called Jerusalem: The Emanation Of The Giant Albion. But no one remembers that one. Simon Sebag Montefiore
For anyone with what used to be called “progressive tendencies,” the best, if largely overlooked, book of last year was surely John Bew’s biography of Clement Attlee, the leader of the British Labour Party through the Second World War, and then Prime Minister in the first great postwar Labour government. Titled “Citizen Clem” in Britain (Oxford University Press published it here as “Clement Attlee: The Man Who Made Modern Britain”), it is a study in actual radical accomplishment with minimal radical afflatus—a story of how real social change can be achieved, providing previously unimaginable benefits to working people, entirely within an embrace of parliamentary principles as absolute and as heroic as any in the annals of democracy. Attlee was an unprepossessing man. “A modest man with much to be modest about,” Winston Churchill said of him once. Attlee had a modest mustache and came from a modest family, and had a modest demeanor—so much so that his modesty made him almost a joke figure. Even when he was Prime Minister, one wit noted that “an empty taxi drew up to 10 Downing Street and Attlee got out.” He was always regarded impatiently, even patronizingly, by his more charismatic colleagues on the left. (…) After the war, Attlee went to work as what would now be called a community organizer in the London slum of Stepney, which remained his spiritual home for the rest of his life. (…) Attlee came of age at a time when Marx was seen as only one, and not the most important, of the fathers of the socialist ideal. Attlee, who saw through and rejected the Soviet totalitarian model early, schooled himself on the British alternatives—on the works of William Morris and Edward Bellamy, who dreamed of rebelling against the regimentation that was implicit in the industrialized system rather than of simply switching around the hands that controlled it. William Blake was one of the names that Attlee most often cited. (It was he, as much as anyone, who made Blake’s mystic poem “Jerusalem” the anthem of the Labour Party.) This vision was in many ways unreal, but the unreality blossomed in practical terms: Attlee saw socialism as the pursuit of a nameably better life, not as a search for another master. “Citizenship” was his key term, and the ideal, as Bew explains, was one in which “the state and the individual needed to serve in the name of a broader democratic community.” (…) It was in the darkest days of 1940, though, that Attlee’s heroism and acuity came most to note. Attlee’s Labour Party had entered into a coalition government with Churchill’s Conservative Party when the Second World War broke out. Then, in late May of 1940, when the Conservative grandee Lord Halifax challenged Churchill, insisting that it was still possible to negotiate a deal with Hitler, through the good offices of Mussolini, it was the steadfast anti-Nazism of Attlee and his Labour colleagues that saved the day—a vital truth badly underdramatized in the current Churchill-centric film, “Darkest Hour,” as it has been in many a history book. (There were many, perhaps even a majority, on the Tory right more interested in preserving the peace and the British Empire than in opposing Hitler.) Had Labour been narrower in outlook, or implicitly pro-Soviet—at a time when Stalin was still tightly allied with Hitler—as were so many on the French left, the history of European civilization would be very different. Attlee remained Churchill’s chief ally throughout the war, but he was far from a complaisant one. When Churchill and Roosevelt were considering their declaration of the Atlantic Charter, it was Attlee, acting with a celerity and a clarity of purpose that belied his reputation for caution, who insisted on including “freedom from want” as one of its aims, making economic rights and, with them, a decent life for all, one of the official aims of the war. He was a mumbler, but he was no ditherer. In 1945, he led Labour to a stunning victory over Churchill, not ceasing for a moment in his admiration for his wartime role, nor ceding for a moment to what he perceived as his partner’s reactionary vision. (Churchill had the very bad idea in the campaign of attacking Labour as a quasi-totalitarian party, which everyone knew was nonsense.) The achievements of the first Labour government are still rightly legendary: a government that actually contained as ministers seven men who had begun their adult lives as working coal miners, brought in national health insurance, made the provision of housing central to its ends, and fought and mostly won the battle against unemployment. Imperfect as its accomplishments were—the virtues of nationalization proved less absolute than the ideologues imagined—it nonetheless empowered the working classes and, Bew writes, “set the ethical terms on which Britain’s new social contract was founded.” It is still a social contract in many ways intact, and was the background for the extraordinary cultural renaissance of working-class Britain in the nineteen-sixties and beyond. (…) At a moment when, for the first time in several generations, social democracy and even socialism itself are not dirty words but possible currents in American life, Attlee’s life recalls what real socialism is and can accomplish. After reading Bew’s book, one can’t help but think about the number of T-shirts sold here over the years bearing an image of Che (innumerable), compared with those bearing an image of Clem (presumably zero.) Yet one was a fanatic who helped make an already desperately violent and impoverished region still more violent and impoverished—and who believed in “hatred as an element of struggle”—and the other a quiet man who helped make a genuine revolution, achieving almost everything that Marx had dreamed of for the British working classes without a single violent civil act intervening. Adam Gopnik
Author Aldous Huxley once said, “A thoroughly scientific dictatorship will never be overthrown.” Even as we try to battle the COVID-19 pestilence, we may be contracting a more dangerous virus — hygienic fascism. This involves a process when our political leaders defer to a handful of “experts,” amid what Dr. Joseph Ladopo, an associate professor at the UCLA School of Medicine, describes as an atmosphere of “COVID-19-induced terror.” Ideologically, hygienic fascism is neither right nor left, nor is it simply a matter of taking necessary precautions. It is about imposing, over a long period of time, highly draconian regulations based on certain assumptions about public health. In large part, it regards science not so much as a search for knowledge but as revealed “truth” with definitive “answers.” Anyone opposed to the conventional stratagem, including recognized professionals, are largely banished as mindless Trumpistas, ignoramuses, or worse. Experience may show that debate and diversity of choices serve the public’s health and general well-being better than unchallenged rule by a few, largely unaccountable individuals. Even some non-Trumpians — like Elon Musk — see this as less an adherence to scientific standards than a “fascist” attempt to impose often impossible conditions on society and the economy, and without popular recourse. That these orders are often issued by the executive, and in the vast majority of states without legislative recourse, certainly follows an authoritarian pattern. The degree of social control being proposed often reveals staggering tunnel vision. Former Vice President Joe Biden’s adviser, Dr. Ezekiel Emmanuel, suggests that eradication of the virus will require a year or even 18 months of lockdown policies. This likely would catapult an already steep recession into something approaching a depression. Scientists and academics, it appears, may be less vulnerable to such a policy than, say, hotel workers, retail clerks or small business owners. Sometimes the controls being implemented are reminiscent of Orwell’s “1984.” People are being handcuffed for walking alone, playing catch with a child in a closed park or riding the waves alone at a closed beach. Officials, from Harris County, Texas, to New York, are urging neighbors to spy on and report each other. Some police departments are even experimenting with using drones to monitor adherence to stay-at-home orders, while Baltimore, one of the nation’s most crime-ridden cities, proposes using aircraft to control inappropriate behaviors. The current pandemic builds on a political tradition with origins in the writings of early 19th century philosopher Henry St. Simon. The French aristocrat considered scientists to be “superior to all other men” and the natural leaders of society. Such ideas later informed many progressives in that century, including H.G. Wells’s idea of a new elite that would replace democracy with “a higher organism,” which he called “the New Republic.” Contrary to the idea of Italy’s « Black Shirts » as being mere mindless brutes, science-fueled “futurism” constituted a critical part of the Italian fascist mythology, offering the prospect of merging the elements of “science and faith.” In the 1920s, Benito Mussolini was widely considered not a buffoon but, as the London Times suggested, a leader of a “spiritual revolution” uniting his historically fractious nation. Hitler’s regime, his armaments minister Albert Speer claimed, was the first dictatorship of a fully modern industrial state that used “instruments of technology” to impose a single ideology on its populace. Speer identified himself as the “the top representative of technocracy” that “used all its know-how in an assault on humanity.” Communists took a similar tack, espousing what they called “scientific socialism.” Lenin specifically wished to eradicate the last vestiges of “individualism” with the kind of conditioning perfected for dogs by Russian scientist I.P. Pavlov on Soviet workers and factories. These same ideas later were adopted by China, where the notion of rule by an educated elite — “an aristocracy of intellect” — has deep historical roots. China has used its growing  technical prowess both to monitor and to persecute dissenters, sometimes assisted by U.S. tech firms. It has applied technology both to suppress unapproved information about the infection and to control behaviors that could spread it. Privacy concerns are, of course, utterly ignored. Other authoritarian regimes, such as Russia and Turkey, have done the same.  Remarkably, despite China’s disastrous role in the pandemic’s evolution, many Westerners, such as some at CNN, increasingly consider China’s approach as superior to our predictably poorly coordinated, chaotic response. Oligarchs such as Bill Gates also apparently endorse China’s authoritarian approach. Others, particularly in our academic establishment, endorse censorship as superior to Western freedoms. Writing in The Atlantic, two law professors suggested that in the “debate over freedom or control,” China “was largely correct and the U.S. was wrong.” Still others have suggested, due to Trump’s often bumbling or ill-informed remarks, that networks not cover presidential press conferences. This same spirit is being embraced by some of the internet’s moguls — Twitter, Facebook, Google and YouTube — to monitor and censor comments, even those of medical professionals, that are not considered congruent with the accepted iteration of “science.” Although these efforts generally are aimed at the right, some liberals as well as many conservatives are frightened by the new drive for censorship. The notion of “brainwashing” the public already has been raised by climate-crusaders like former California governor Jerry Brown. Some environmentalists even see the nation’s lockdown as a “test run” for the kind of highly managed, centrally controlled society they consider necessary to preserve the planet’s health. We are entering a very dangerous time. The digital oligarchs and their allies continue to expand their sway over the struggling remnants of the analog economy. The pandemic offers them an unprecedented opportunity, as in China, to monitor citizens to an extent never before possible. Google and Apple already are working on a venture to track social distancing and contact tracing, and both separately are interested in collecting our medical records. Granting power to the “expert class” and to the technology elite represents a distinct peril for our democracy and constitutional order. Ultimately the issue comes down to human nature and the dangers of assuming that education, or erudition, make for better people, or smarter judgments. In the end, as Huxley noted, society has to answer the old Latin phrase, quis custodiet custodes — who watches the watchers? Joel Kotkin
It may be that the famous epidemiologist Neil Ferguson, who, until recently, was an important member of SAGE, has felt such pressures in his career. At one point in the pandemic he told a columnist for the New York Times that 1.1 million deaths was the “best case” for the US. In 2001 he blasted as “unjustifiably optimistic” a study suggesting that mad cow disease deaths “may peak at 100 cases per year in Britain and kill no more than a few thousand people in coming decades.” Rejecting this relatively optimistic view, he said deaths are in the long-term likely to be much higher at something only slightly less than 136,000. The true number as of June 2014 seems to have been 177. In 2005, he was alarmed by bird flu (H5N1). “Around 40 million people died in 1918 Spanish flu outbreak,” he told the Guardian. “There are six times more people on the planet now so you could scale it up to around 200 million people probably.” That’s a lot more than the World Health Organisation’s estimate for cumulative worldwide deaths, 2003-2020 of, ahem, 455. (…) Governments should recognise that their experts are, all of them, giving a partial perspective. Apparently, British and American policy was driven primarily by a report whose lead author was Neil Ferguson. That report seems to have considered only one danger: Covid. The one-sided analysis of that report may have left governments in the US and UK insensitive to the possibility that that lockdown itself might create its own fatalities, which might even end up larger than the number of Covid deaths. As economists never tire of reminding us, we are always facing tradeoffs and must adjust along all margins. Governments should also be more diligent in the pursuit of competing opinions. In his essay, “What is science?” Richard Feynman remarked “Science is the belief in the ignorance of experts.” A government that respects science should be sceptical of experts and, perhaps, more diligently seek out multiple viewpoints. In other words, when governments cannot leave the matters in the hands of the people, it should do what it can to simulate a competitive market for expert advice. A simulation is not the real thing, and we may grimly expect that in future crises governments will again fall victim to expert failure. But a greater effort to engage diversity of expert opinion within and across areas of expertise and a livelier scientific scepticism toward experts and their expertise may at least make expert failure less frequent and less severe. Roger Koppl
Vous me donnez un canton peuplé de quelques milliers d’individus neutres, indéterminés. Mon rôle, c’est de les déterminer, de les amener à l’existence médicale. Je les mets au lit, et je regarde ce qui va pouvoir en sortir : un tuberculeux, un névropathe, un artério-scléreux, ce qu’on voudra, mais quelqu’un, bon Dieu! quelqu’un! Rien ne m’agace comme cet être ni chair ni poisson que vous appelez un homme bien portant. (…) Votre objection me fait penser à ces fameux économistes qui prétendaient qu’une grande guerre moderne ne pourrait pas durer plus de six semaines. La vérité, c’est que nous manquons tous d’audace, que personne, pas même moi, n’osera aller jusqu’au bout et mettre toute une population au lit, pour voir, pour voir! Mais soit! Je vous accorderai qu’il faut des gens bien portants, ne serait-ce que pour soigner les autres, ou former, à l’arrière des malades en activité, une espèce de réserve. Ce que je n’aime pas, c’est que la santé prenne des airs de provocation, car alors vous avouerez que c’est excessif. Nous fermons les yeux sur un certain nombre de cas, nous laissons à un certain nombre de gens leur masque de prospérité. Mais s’ils viennent ensuite se pavaner devant nous et nous faire la nique, je me fâche. Dr. Knock
« Les “gilets jaunes”, c’était une crise sociopolitique. Là, on a affaire à une crise sanitaire qui débouche sur une énorme crise économique et sociale, c’est donc différent. Le point commun, c’est qu’il y a une mise en visibilité, un coup de projecteur sur des catégories qui étaient jusque-là invisibles : les “soutiers”, ceux qui occupent le compartiment machine de la France ou ce que Denis Maillard appelle le « back office ». La France les a découverts comme elle avait découvert les “gilets jaunes” de novembre 2018, avec leur vêtement (très justement nommé “vêtement de haute visibilité”) sur ces ronds-points de zone logistique où bien souvent ils travaillaient. Le coup de projecteur est comparable mais, en dépit d’un certain recouvrement sociologique (personnel soignant, chauffeurs, agents de maintenance, de logistique, d’entretien), ce ne sont pas forcément exactement les mêmes personnes. (…) Ceux qu’on a appelés les “premières” et les “secondes lignes” ont bénéficié d’une forte reconnaissance médiatique, politique et symbolique. La question est de savoir si cela va s’arrêter ou si cela va être pérenne. Je suis, hélas, assez sceptique. En 1945, on a demandé un énorme effort aux mineurs ; le Parti communiste, alors très puissant, avait été mis à contribution ; une affiche proclamait : “Mineur ! le sort de la France est entre tes mains”. Des records de production ont été battus ; et puis dès 1947-1948, la bataille du charbon ayant été gagnée, plus personne ne pensait à eux, la parenthèse s’est refermée et des grèves très dures ont éclaté dans les bassins houillers car on commençait à rogner les acquis que les mineurs avaient obtenus. Je pense que ça va se terminer de la même manière, d’autant qu’à l’époque la croissance allait revenir tandis qu’aujourd’hui nous sommes engagés dans une grave récession. Pour les primes et les revalorisations salariales, à mon avis, les salariés vont devoir attendre… Il y aura donc du ressentiment, notamment chez tous ceux qui “ont tenu leur poste” pendant l’épidémie. (…) La déception des mineurs avait donné lieu à des mouvements très durs, et durement réprimés. Là, on peut faire l’hypothèse que cela sera différent. Je lisais récemment le témoignage d’une employée de boulangerie qui se disait très amère : « Nous, nous n’avons pas de masques et personne ne pense à nous applaudir », se plaignait-elle. Elle se comparait à ses collègues des grandes surfaces, qui sont mieux protégés, aux soignants, qui ont été acclamés partout : je ne suis pas sûr qu’elle irait défiler demain avec eux. C’est ce que François Dubet appelle la « tyrannie des petites différences ». Malgré cela, deux choses sont certaines. La première est que le contexte global va être très dur ; il y aura de la frustration vis-à-vis des efforts consentis, des risques pris. Chez ceux qui sont restés en première ligne, la crainte de la contamination grimpait à 75 % (contre 35 % pour ceux qui télétravaillaient) : c’est énorme ! C’est vraiment le salaire de la peur. On se souvient que la grande distribution avait promis 1000 euros aux valeureux salariés qui avaient permis aux Français de continuer de s’approvisionner. Quand on regarde dans le détail, ça s’est assez rapidement enlisé dans les sables du concret. La prime dépendra du temps passé sur site, tout le monde ne pourra pas y être éligible, etc. Les “soutiers” se diront forcément qu’ils ont risqué leur peau et qu’on les paye avec des clopinettes. La seconde chose, qui dégonfle un peu l’idée d’une révolte à venir, est : quel mot d’ordre, justement, pour cette révolte ? “Tous unis contre le virus” ? C’est fait. “La France va mal” ? D’accord. “Le gouvernement a mal géré la crise” ? Très bien, et puis ? Ensuite, quelle structuration – cette fameuse structuration qui a tant manqué aux “gilets jaunes” ? Les mineurs que j’évoquais tout à l’heure constituaient une classe en soi mais aussi pour soi (pour reprendre la terminologie marxiste), très solidaire, alors que les déçus de demain seront très divers. Par ailleurs ce n’est jamais au pic de la crise que le mouvement se déploie. C’est trop tôt. Tout le monde a la tête dans le seau. Politiquement, on a payé 1929 en 1933 ou en 1936. (…) Je pense que de très nombreuses personnes seront surtout obnubilées par la question : comment sauver mon emploi ? comment sauver mon entreprise ? Cette urgence va s’imposer à tout le monde, de près ou de loin, et va reléguer au second plan toutes les grandes constructions intellectuelles sur le “jour d’après”. Tout le monde va être obnubilé par ça : comment traverser cette crise ? comment survivre à cette crise ? Les précédents historiques nous montrent d’ailleurs que ce n’est jamais au cœur d’une crise économique que se produisent les mouvements sociaux mais plutôt en sortie de crise. (…) Ce que l’on constate en premier lieu, c’est que cette crise sanitaire induit une gigantesque crise économique et sociale. Chaque matin voit un dirigeant de grand groupe (Air France, la Fnac, la SNCF ou d’autres) solliciter l’aide de l’État – donc des Français – pour atténuer les effets de pertes très lourdes que lui occasionne cet arrêt quasiment complet de l’économie. Donc il est certain qu’il y aura un avant et un après, ne serait-ce que pour cette raison : la France est gravement dans le rouge. On assistera sans doute à des changements dans certains domaines (recours plus fréquent au télétravail ou à l’e-commerce, par exemple) mais qui n’affecteront pas spectaculairement la physionomie de notre pays. (…) Je crois que nous nous trouvons dans un cycle d’évolution à long terme et que cette crise du Covid-19 ne fera qu’amplifier des tendances qui étaient déjà à l’œuvre. Prenons le cas de la consommation, qui est très révélatrice des imaginaires. Que distingue-t-on ? Les produits bio et les circuits courts, qui se portaient déjà bien, ont vu leurs ventes bondir lors du confinement. Les couches plutôt supérieures et urbaines de la société sont sensibles aux discours des écologistes, qui soutiennent que ce qui nous arrive valide leurs thèses, qu’il faut consommer “moins mais mieux”, qu’il faut prendre de la distance avec la vie d’avant, que le bonheur n’est pas dans l’accumulation de biens. Mais parallèlement, il existe une autre composante importante de la société, disons, pour faire simple, le bas des classes moyennes et les milieux populaires, dont la question est plutôt : comment rester dans le rythme de la consommation alors que mon budget va se trouver rogné par la crise ? Eux n’ont pas changé de philosophie mais ils vont devoir arbitrer entre un vouloir d’achat intact et un pouvoir d’achat en baisse. (…) Les files d’attente de voitures devant les restaurants McDonald’s drive qui avaient rouvert me semblent bien illustrer cette volonté de continuation. Toute une partie de la société veut que ça reprenne comme avant. Pour elle, la consommation est statutaire, elle signe son appartenance à la grande classe moyenne, alors que les “bobos” (pour faire court) ont un rapport différent à la consommation. Ces deux parties risquent d’entrer en conflit car ceux qui considèrent qu’il faut changer le monde, et qui dominent le débat public, voudront certainement convaincre les autres qu’il est criminel de continuer comme avant, ce à quoi ces derniers rétorqueront qu’ils ne se sentent pas coupables. Et dans la mesure où beaucoup d’entre eux ont continué à aller bosser malgré la menace du virus (quand les autres télétravaillaient en sécurité depuis chez eux), ils n’accepteront certainement pas de recevoir de leçons. N’oublions pas que l’étincelle pour les “gilets jaunes” a été la taxe carbone, c’est-à-dire le refus d’être sacrifiés sur l’autel du “sauvetage de la planète”. Il y aura un conflit de classes sur fond de vision de la société, et je crois qu’il peut être très dur. (…) J’imagine plutôt des quiproquos. On constate aujourd’hui un fort engouement pour le local, et aussi une forte demande de national. Les deux mouvements se ressemblent, mais on a d’un côté Pierre Rabhi, la sobriété heureuse, les néoruraux et les circuits courts, de l’autre le Rassemblement national, la protection des frontières, le “produisons français”… Il ne faut pas oublier que Marine Le Pen a fait du localisme le cœur de son discours aux européennes. Bien sûr, je ne vois pas ces mouvements se rejoindre et s’entendre mais les deux vont pousser vers “plus de local”. (…) Il y aura des bouffées de colère plus ou moins violentes, dans certains secteurs, dans certaines entreprises, à chaque mesure prise, à chaque avantage supprimé. On se souvient des cadres séquestrés, des menaces de destruction de sites, ces gestes ultimes de gens au bout du rouleau, dopés à l’énergie du désespoir, mais ce sera localisé, sporadique… Je me trompe peut-être mais je ne crois pas que ça puisse coaguler, ne serait-ce que parce que tout le monde n’aura pas vécu la même chose. Je ne parierais donc pas sur un bouleversement politique, plutôt sur la poursuite d’une lente aggravation de la situation. (…) Ce qui est certain, c’est que le jugement des Français est sévère, la confiance en chute libre, bien davantage qu’en Italie ou en Espagne, qui ont pourtant beaucoup souffert, elles aussi. En termes de popularité, Macron est bien en dessous de Conte, par exemple… En dépit des grands appels du genre « Nous sommes en guerre », cette idée de rassemblement derrière le drapeau, cette notion d’union nationale, en vérité, a beaucoup moins bien fonctionné chez nous que chez nos voisins. Déjà très contestés, l’exécutif et la majorité n’ont donc pas du tout capitalisé sur cette crise, bien au contraire. Leur chance est que le balancier qui oscillait traditionnellement de la majorité à l’opposition est lui aussi cassé. Les oppositions n’ont pas prouvé qu’elles auraient été plus pertinentes, plus à la hauteur. Marine Le Pen a conforté ses propres troupes, elle est toujours l’opposante en chef, à 20-25 %, ce qui n’est pas rien mais pas suffisant pour s’imposer. Les écologistes sont les seuls qui peuvent espérer capitaliser, si une partie de la population accepte l’idée que ce qui nous arrive est la preuve qu’ils avaient raison mais ça ne se verra que dans un ou deux ans et encore, ce n’est pas sûr. (…) Chacun voit dans cette crise ce qu’il veut y voir : ça ne serait pas arrivé “s’il y avait eu des frontières” (RN) ; “si l’hôpital public n’avait pas été cassé” (PS et LFI) ; “si nos finances publiques étaient saines” (LR) ; “si l’Europe avait été plus intégrée” (les pro-Union européenne) ; “si le monde était plus écolo” (EELV) ; etc. Aucun scénario ne se dessine. Celui de l’union derrière le président n’a pas eu lieu ; l’idée d’un gouvernement de salut public n’a généré de l’appétit que chez quelques personnes qui ne représentent qu’elles-mêmes. Le scénario du dévissage complet ne s’est pas produit, celui voyant l’émergence d’un leader populiste raflant la mise non plus. Je parie sur la persistance du statu quo instable de ‘l’archipel français’. Jérôme Fourquet
La Banque centrale européenne (BCE) souhaite que les banques de la zone euro sous sa supervision évaluent et rendent publics leurs risques climatiques, a annoncé ce mercredi l’institution de Francfort. Christine Lagarde estime que la BCE, qu’elle préside, doit elle aussi participer à la lutte contre le changement climatique, y compris via son pouvoir de supervision. Dans un guide relatif à sa consultation, en cours jusqu’au 25 septembre, la BCE indique que les établissements de crédit doivent communiquer leurs risques liés à l’environnement et au climat et inclure explicitement ces expositions dans leur structure de risques. Elles doivent aussi assigner une responsabilité à leur management sur ces sujets et soupeser ces risques dans l’élaboration de leur stratégie et en termes de réputation, lorsqu’elles sont associés à des secteurs polluants. La BCE souhaite que les banques se conforment à ces nouvelles orientations dès qu’elles seront finalisées, en fin de l’année. Elle leur demandera des comptes à partir de 2021, sans pour autant imposer dans l’immédiat des sanctions telles que des exigences de fonds propres supplémentaires. AGEFI
Il convient de rappeler que lorsque le SRAS (également causé par un coronavirus) est apparu dans le sud de la Chine à la fin de l’année 2002, l’épidémie a été tenue secrète pendant plus d’un mois avant que les autorités chinoises reconnaissent le sérieux de la menace. De même, dans les premiers jours de l’épidémie de COVID-19, la police de Wuhan a fait taire les professionnels de la médecine qui tentaient de sonner l’alerte, et les rassemblements publics en grand nombre sont restés permis longtemps après que le danger de l’épidémie soit devenu évident.Selon une étude récente, si les autorités chinoises avaient publiquement reconnu la menace, et réagi correctement seulement trois semaines plus tôt, la propagation du COVID-19 aurait pu être réduite jusqu’à 95 %. Mais à cause de la négligence, de l’ignorance et de la censure qui prévalaient à ce moment crucial, le monde entier paye aujourd’hui un très lourd tribut.Si l’OMS a incontestablement joué un rôle important dans la lutte contre les menaces sanitaires mondiales au fil des années, elle aussi s’est vu reprocher son excès de bureaucratie et sa lenteur dans les réponses apportées. En effet, lors de la crise d’Ebola, ce sont les États-Unis, et pas l’OMS, qui sont intervenus pour empêcher un désastre encore plus étendu. (…) Dans le cas de la crise actuelle, même une fois apparu évident que le COVID-19 atteindrait un niveau de pandémie, la Chine a jugé utile d’empêcher Taïwan de participer aux discussions internationales sur la réponse à apporter. De même, les États-Unis continuent d’asséner des sanctions à l’Iran, compliquant la tâche du gouvernement iranien dans la gestion de l’épidémie au sein de ses frontières. Ces comportements sont tout simplement inacceptables, tant d’un point de vue humanitaire que macroéconomique. Qu’adviendra-t-il si le prochain virus inconnu et hautement contagieux apparaît à Taïwan ou en Iran ? Si des obstacles inutiles empêchent une réponse immédiate, nous ne retrouverons au stade auquel nous sommes aujourd’hui. Carl Bildt (ancien Premier ministre suédois)
Pour être honnête, je ne suis pas submergée et je ne l’ai jamais été. Pourtant, j’étais au « front », en « première ligne », comme on dit aujourd’hui. À l’hôpital, beaucoup considèrent qu’ils n’ont fait que leur boulot. Ils l’ont très bien fait, certains ont pris des risques, mais, à un moment, il faut dire les choses : on fait le job, et c’est normal. D’une certaine façon, c’est une chance que de pouvoir travailler, gagner sa vie et sortir de chez soi. Certains médecins, détournent à présent leur savoir et leur pouvoir pour alimenter une psychose collective qui va nous coûter cher sur le plan médical, social, psychologique et économique. » Et j’en veux à ceux qui diffusent des informations complexes, encore non abouties scientifiquement, contribuant à entretenir des peurs irrationnelles face à la maladie et à la mort. Notre boulot de médecin, c’est aussi de rassurer les gens. En tout cas, ce n’est certainement pas d’affoler la population au moment où beaucoup hésitent à renvoyer leurs enfants à l’école et à reprendre le travail. Tous les jours, je vois défiler dans mon cabinet des gens angoissés. L’autre jour, un étudiant en panique m’a confié ne pas être sorti de son studio durant six semaines, pas même pour aller faire ses courses. Des profs, des salariés me demandent des certificats pour ne pas retourner travailler. Je vois des patients effrayés, renfermés sur leurs angoisses de mort, qui préfèrent tout arrêter, garder leurs enfants à la maison plutôt que de ressortir, vivre, bosser, retrouver leurs proches et leurs amis. Je trouve ça triste. Quand on est en bonne santé, on ne devrait pas se complaire dans le confinement, le repli et la docilité. C’est pourquoi l’urgence est peut-être de redonner confiance aux gens, de les aider à retrouver le goût de vivre et d’être ensemble, plutôt que de dépendre d’un système lui-même à bout de souffle. (…) On apprend ça à la fac : la santé est un tout. Ce n’est pas seulement se prémunir d’une maladie ou d’une infirmité, c’est être bien dans son corps, sa tête, son environnement social et familial. On a sacrifié tout ça, et c’était nécessaire pour lutter contre cette fichue maladie, mais ça ne peut plus durer. Aujourd’hui, nous devons être raisonnables et ne pas oublier cette vision globale de la santé, si nous voulons tenir dans la durée. Le combat contre ce virus n’est pas terminé et nous allons continuer à faire de notre mieux pour protéger, dépister et soigner les personnes à risque atteintes du Covid-19. Mais notre boulot, c’est aussi de faire en sorte que la vie redémarre. Pas de faire peur aux gens à la télévision. Nous devons être des filtres, pas des générateurs d’angoisse. Je trouve ça triste cet endormissement généralisé, cette docilité, ce manque de révolte. Car quand on vous prend votre liberté, qu’on vous oblige à mettre un masque dans les transports, même si c’est indispensable, ce n’est pas quelque chose de normal, ni d’anodin. On a le droit de dire qu’on n’est pas content, qu’on est en colère, que c’est dur. On a le droit de se plaindre, ça fait du bien. Je déplore que certains médecins exagèrent en leur faveur la situation réelle dans les hôpitaux pour renforcer leur pouvoir, leur ego, et obtenir un intéressement financier. Or, il y a un décalage entre ce que rapportent certains médias et la réalité du terrain. Les internes que je côtoie me racontent leur stage hospitalier : les services qui ont été réorganisés pour accueillir les patients atteints du Covid ont été pleins durant deux ou trois semaines, au plus fort de la vague. Mais, depuis un mois, ce n’est plus du tout le cas. Les urgences sont désertes ; en tout cas, ceux qui, parmi mes patients, y ont fait un passage ont été traités plus rapidement que jamais. Je regrette donc de voir certains de mes confrères inquiéter davantage une population déjà à cran pour arriver à leurs fins, aussi légitimes soient-elles. Si ça continue, un jour, les gens nous diront : vous nous avez fait flipper pendant des semaines et ça se retournera contre nous ! certains urgentistes médiatiques qui en font des tonnes ; certains professeurs, souvent les mêmes, que l’on voit tout le temps à la télé, au point de se demander quand est-ce qu’ils sont dans leur service ». En même temps, je les comprend: quand on a hérité du statut de héros, on n’est pas pressé d’en sortir !. Elle dit : « Nous ne sommes peut-être que de petits généralistes, mais les patients, nous les voyons vivre, travailler, évoluer en famille. Et ce que je peux dire, c’est que beaucoup sont atrophiés par ce qu’ils vivent. Notre rôle est de les aider à en sortir. Le risque zéro n’existe pas. Certains patients viennent nous voir pour éviter d’avoir à en prendre en nous demandant un arrêt, par exemple. Ce que j’aimerais, c’est qu’ils assument ce risque, en tout cas quand leur santé le leur permet. À nous de faire en sorte que ce risque soit limité au maximum.Oui, il y aura sans doute une deuxième vague, mais je pense que les mesures mises en place permettront d’y faire face. De toute façon, on ne pourra pas s’empêcher de vivre indéfiniment. Il y a un équilibre à trouver entre le risque lié au virus et les risques que l’on prend en prolongeant l’enfermement. Dr Laurence Peignot
Ce qui m’inquiète, (…) c’est la disproportion entre la gravité – réelle mais limitée – de cette pandémie et l’espèce d’affolement qui semble s’être emparée des médias et, par eux, d’une partie de la population. « L’espoir renaît », dit-on depuis quelques jours. Mais quand avait-il disparu ? Faut-il rappeler que le taux de létalité du Covid-19 semble être de 1 ou 2 % et sans doute moins, si l’on tient compte des cas non diagnostiqués ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela laisse bon espoir à la plupart d’entre nous ! Tout se passe comme si nos journalistes découvraient soudain que nous sommes mortels. Vous parlez d’un scoop ! Les médias audiovisuels nous font le décompte, jour après jour, des victimes de la pandémie. Nous en sommes à 15 000 morts en France. C’est beaucoup. C’est trop. Mais enfin, faut-il rappeler qu’il meurt dans notre pays 600 000 personnes par an, dont, par exemple, 150 000 d’un cancer et, parmi ces derniers, plusieurs milliers d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes ? En quoi les 15 000 morts du Covid-19, dont la moyenne d’âge est de 81 ans, méritent-ils davantage notre compassion ou notre intérêt que les 600 000 autres ? Tous les humains sont égaux en droits et en dignité, mais toutes les morts ne se valent pas. Il est plus triste de mourir à 20 ou 30 ans que de mourir après 60 ans, ce qui est le cas de 95 % des décès liés à cette pandémie. Les jeunes n’osent pas trop en parler, de peur de sembler se désintéresser de leurs aînés. Mais moi, qui ai 68 ans, je peux le dire, et même je dois le dire : je me fais plus de soucis pour l’avenir de nos enfants – et pour la dette que nous allons leur laisser – que pour ma santé de presque septuagénaire ! Cela ne condamne pas le confinement, qui était sans doute nécessaire et que je respecte soigneusement. Mais cela veut dire que ses conséquences économiques, qui seront extrêmement lourdes, doivent aussi être prises en considération, notamment dans la détermination de sa durée. (….) La misère tue aussi, et plus que les virus. 9 millions de personnes meurent chaque année de malnutrition, dont 3 millions d’enfants. Imaginez que la crise économique qui s’annonce fasse augmenter ce chiffre de seulement 10 % : cela ferait 900 000 morts en plus, qui n’auront pas besoin d’un virus pour agoniser. Et dans notre pays, où le chômage commençait à reculer, quels seront les dégâts sociaux, politiques, humains de cette crise ? Je comprends que les médecins privilégient la santé, c’est leur boulot et leur vocation. Mais, quand je vois, sur nos écrans de télévision, dix médecins, voire plus, pour un économiste, je m’inquiète. La médecine coûte cher. Si nous avons l’une des meilleures médecines du monde, c’est parce que nous sommes un pays riche. Croire qu’on va pouvoir augmenter les dépenses de santé en ruinant notre économie, c’est un évident contresens. La médecine a besoin de moyens, souvent onéreux. Opposer médecine et économie est donc une sottise. Il faut, au contraire, les articuler et, dans toute la mesure du possible, les concilier. (…) Tout être humain mérite attention et respect. Il se trouve que les soignants sont en ce moment confrontés à des difficultés et à des risques fortement augmentés. Il est donc normal de s’en soucier davantage. Cela dit, le métier des enseignants, spécialement en collège, des policiers, des militaires, des éboueurs, des ouvriers, des paysans, des employés de supermarchés, etc. n’est pas non plus toujours facile ou gratifiant. Et les chômeurs, vous ne croyez pas qu’ils méritent aussi un peu plus d’attention ? Nous avons peut-être les meilleurs hôpitaux du monde. Qui oserait dire que nous avons les meilleures écoles, la meilleure formation professionnelle, le plus faible taux de chômage ? (…) C’est ce que j’appelle le pan-médicalisme : une idéologie, voire une civilisation, qui fait de la santé la valeur suprême (à la place, par exemple, de la justice, de la liberté ou de l’amour) et qui tend, dès lors, à déléguer à la médecine la gestion non seulement de nos maladies, ce qui est normal, mais de nos vies et de nos sociétés, ce qui est beaucoup plus inquiétant ! Ne tombons pas dans « l’ordre sanitaire » ni dans le « sanitairement correct » ! Dans une démocratie, c’est le peuple qui est souverain, ce sont ses élus qui font la loi, pas les experts. J’en viens à craindre une « chiraquisation » de la politique : éviter les sujets qui fâchent, renoncer à toute réforme impopulaire, ne plus s’occuper que de la santé et de la protection des Français – plan anticancer, plan pour la sécurité routière, plan contre Alzheimer, plan contre les épidémies… Contre quoi il faut rappeler que la politique est conflictuelle par essence. Quand tout le monde est d’accord pour dire que la santé vaut mieux que la maladie, ce n’est plus de la politique ! Attention de ne pas prendre modèle sur la Chine. Quand la politique se dissout dans la technocratie, qui est le règne des experts, la démocratie se meurt. (…) Quoi de plus naturel qu’un virus ? Ceux qui accusent les sciences et les techniques de tous les maux devraient y réfléchir. La peste noire, au XIVe siècle, a tué la moitié de la population européenne ; la grippe espagnole, en 1918-1919, a fait 50 millions de victimes dans le monde. Il est vraisemblable que le Covid-19, grâce au progrès scientifique, en fera beaucoup moins. Bref, adorons un peu moins la nature et félicitons un peu plus nos chercheurs. Mais n’oublions pas que le réchauffement climatique, qui est, lui, bien d’origine humaine, risque de faire beaucoup plus de morts que le coronavirus ! André Comte-Sponville
Ce qui est sûr, c’est que vu la gravité du moment, les réponses ne peuvent plus être celles d’avant. Je le dis comme un défi à la classe politique et à moi-même : les vraies solutions ne seront pas confortables. Elles remettent en cause une forme de lâcheté collective sur les dernières années. Cette lâcheté a consisté à ne pas changer grand-chose, à éviter certaines questions fondamentales. Elle a été partagée par tous les partis politiques, y compris le mien, et à certains égards par les citoyens. Personne, à aucun moment, n’a dit : il faut renverser la table. (…) On n’évitera pas d’interroger le libéralisme, c’est une évidence. Je le fais depuis un moment, quitte à passer pour un communiste. La question fondamentale est là : l’idée que l’argent serait la seule échelle de valeur, et que l’Etat n’a plus aucun rôle à jouer. On a tué l’idée d’Etat. On a dit qu’il était un problème, on l’a dépouillé et disqualifié. La crise le démontre, par exemple avec la  question des masques. Ensuite, il y a la question budgétaire : si on a détruit le système de santé, c’est parce qu’on a fait de cette question un dogme. Les valeurs ont été inversées : on s’est demandé comment tenir une doctrine budgétaire avant de se demander ce qu’il fallait faire pour le pays. Enfin, il y a le libre-échange non régulé. Peut-on parler d’«économie de guerre» et continuer d’acheter nos aliments à l’étranger ? Le vote du Ceta [traité de libre-échange entre le Canada et l’UE, ratifié par la France en 2019, ndlr] a été un moment de bascule. La politique a démissionné. Je me suis interrogé : depuis quand n’a-t-elle pas changé le cours de l’Histoire ? (…) En réinventant l’Etat, on fixera les secteurs stratégiques de la Nation : l’alimentation, la santé, la sécurité, la défense. Ces secteurs, qu’on a réduits à l’état de squelettes, ne peuvent pas être soumis au marché, ni à une doctrine budgétaire. Dans ces domaines, on ne joue pas aux contrôleurs de gestion : ils sont «hors limites» et doivent faire l’objet d’une stratégie nationale. Je crois à la planification : c’est un point d’accord avec la pensée communiste, qui l’a d’ailleurs appliquée avec les gaullistes. (…) Personne n’imagine d’ouvrir sans maîtrise les vannes budgétaires. On finance ces secteurs en revoyant notamment notre fiscalité et nos priorités. Ce que cette crise révèle, c’est que ce qui semblait impossible devient possible. Loger les sans-abri, cela fait des années qu’on nous dit qu’on ne sait pas faire. Et là, en quelques jours, on trouve des solutions. On redécouvre les salaires de misères des caissières, des infirmières, à côté des salaires fous dans certaines entreprises purement spéculatives. Je ne dis pas : «Prenons l’argent là où il est», mais… Cette crise va nous coûter des milliards d’euros. Tout l’argent public que nous avions économisé par étroitesse d’esprit sera effacé en quelques semaines. (…) Aujourd’hui, j’ai autant de questions que de réponses. Chez LR, cela fait tout de même quelques années qu’on s’interroge sur la question des salaires. C’est un grand mal de notre époque que de ne pas rémunérer à la bonne hauteur ceux qui mériteraient de l’être. Il faudra sur ce sujet une pensée radicalement révolutionnaire. Si des secteurs sont reconnus comme stratégiques, leurs travailleurs devront l’être aussi, avec la rémunération appropriée. On peut le faire en fonction du revenu d’activité de l’entreprise, des enjeux stratégiques du métier… Le gaullisme a des éléments de réponse, par exemple avec la grande idée de la participation. Une certitude : cela doit aller au-delà de la prime de 1 000 euros qui peut être distribuée ponctuellement. Ce n’est pas avec une petite prime qu’on s’en sortira. (…) Quand on pose la question de l’Etat, on pose forcément celle des frontières aussi. Il faut la relier, pas seulement aux enjeux migratoires, mais aussi aux mouvements de biens et des capitaux. Certes, si demain nous les fermions, nous ne pourrions plus nous alimenter. Mais le cœur du libre-échange, c’est la liberté du prix. Et sur les questions alimentaires, on doit pouvoir mettre en question cette liberté du prix. (…) Quand je me pose ces questions, je me dis : suis-je en train de me perdre dans mes valeurs politiques ? Ce qui est sûr, c’est que le confort serait de la boucler et de me passionner pour les petites mesures conjoncturelles. Ce serait une lâcheté coupable : si dire les choses doit me coûter un engagement politique, peu importe. Du reste, j’observe que cette doxa perd du terrain depuis quelques mois. Plus personne chez nous n’ignore que la société a changé, et je ne désespère pas de convaincre. Tout ce que je vous dis fait l’objet d’échanges avec notre président Christian Jacob et d’autres. On est nombreux à se dire que la politique est devenue minuscule. Même les plus réticents comprennent qu’on ne peut pas tout ramener à un tableur Excel. (…) Pour un chantier aussi grand, il va nous falloir un peu de temps. Quand le confinement sera terminé, on réunira des experts, des philosophes, des sociologues pour tout repenser autour d’une idée nouvelle, celle de l’Etat, et l’imaginer plus fort, plus protecteur. Avec deux urgences : la santé et l’alimentation. On doit en finir avec les petites mesurettes et autres «observatoires». (…) On en revient en fait à une idée fondamentale : le gaullisme, qui avait théorisé l’Etat protecteur et stratège. Un gaullisme moderne, car ce qui valait en 1940 ne vaut plus forcément aujourd’hui. Un des effets de cette crise est de me faire beaucoup relativiser l’esprit de clan. La droite à laquelle je crois sera capable de rassembler la grande majorité des Français, qu’ils soient foncièrement de droite et pas. L’enjeu, au fond, c’est la survie du politique, tous bords confondus. Mais cela ne pourra pas être porté par Emmanuel Macron. Ce qui est mort, c’est le «nouveau monde», il va disparaître avec l’eau du bain. Il ne pourra survivre à la crise de son propre modèle. C’est sa dernière lueur. Aurélien Pradié (secrétaire général du parti Républicain)
Depuis quelque temps, une petite musique socialisante retentit au sein du parti Les Républicains. Plusieurs de ses responsables avancent des propositions auxquelles même certains membres du Parti socialiste ne croient plus. Au nom de la supposée reconquête du politique sur l’économique, nous assistons à des idées qui décoiffent autant qu’elles posent question sur les objectifs poursuivis. Énième plan de relance, forte augmentation du SMIC, protectionnisme fermé, etc., sont autant de propositions qui sont justifiées au nom de la résolution des crises sociales et sanitaires que nous traversons, faisant fi des réalités que ces dernières décennies ont pourtant largement confirmées, et au risque de perdre définitivement toute crédibilité auprès d’une partie restante de son électorat. Le jeune député Aurélien Pradié, numéro 3 de LR, s’est fait récemment remarquer dans une interview donnée à Libération , en faisant part de sa «croyance en la planification, un point d’accord avec la pensée communiste», puis en proposant sur Twitter de «réfléchir à fixer un prix maximal pour 100 produits alimentaires de première nécessité». Soit ces propositions, aussi séduisantes puissent-elles être au premier abord, sont faites dans l’ignorance des principes fondamentaux d’économie et de l’histoire récente que le XXe siècle nous a enseigné ; soit elles sont le fruit d’une opposition mécanique à la majorité actuelle, considérant que le macronisme représente un «ultralibéralisme mondialisé dérégulé», aussi fantasmé que faux. Dans les deux cas, cela relève d’une grave erreur d’appréciation dans laquelle la droite doit à tout prix éviter de tomber. Nous nageons dans les confusions, la première d’entre elle consistant à penser qu’un peu de socialisme nous donnerait une bonne image sociale. Mais qui peut encore prétendre que le socialisme génère de bons résultats sociaux, à part ses derniers militants shootés à la dépense publique? La droite française, qui avait intellectuellement perdu dans bien des domaines ces dernières décennies, doit absolument abandonner ses derniers oripeaux socialistes, plutôt que de vouloir s’y rhabiller dans un anachronisme incompréhensible. Une autre erreur consiste à confondre État et étatisme, ou en d’autres termes l’État-régalien dont les droites occidentales sont culturellement et historiquement imprégnées, avec l’État-providence, dont nous voyons bien qu’il échoue lamentablement à l’aune de la crise du Coronavirus. À force de vouloir s’occuper de tout, l’État est partout sauf là où nous en avons besoin. Nul besoin de rajouter de nouvelles règles, contraintes et dépenses. Au contraire, nous devons nous en affranchir. Cadre et élu local LR (et auparavant UMP, depuis sa création), je ne peux laisser le parti politique auquel j’appartiens prendre le risque de s’éloigner de l’un des piliers fondamentaux qui est censé constituer toutes les droites occidentales, à savoir la défense des libertés économiques. Regardons autour de nous, il n’est nul besoin d’aller très loin. Qui s’en sort le mieux, à la fois en matière de politique économique et sociale, et particulièrement dans la gestion de la crise sanitaire que nous traversons actuellement? Qui nous envie notre fameux «modèle français», le meilleur au monde claironnait-on il n’y a pas si longtemps? Rapporté à son coût, il est devenu parmi les moins efficaces. Si l’on avait davantage fait confiance «aux forces du marché», nous ne serions pas arrivés dans cette situation. Nous le constatons bien à la lumière de la crise que nous traversons aujourd’hui. Notre système économique ne souffre pas de trop de libéralisme et de trop de libertés. Bien au contraire. Nous sommes victimes d’un État omnipotent, centralisé, suradministré, et incapable de répondre à la crise. Depuis maintenant 45 ans, nous sommes en déficit public structurel, faisons face à une dette publique qui ne cesse d’augmenter, avec à la clef un chômage élevé et une richesse qui s’accroît moins vite chez nous que chez nombre de nos voisins. Nos prélèvements obligatoires battent des records, et il faudrait que le confinement se prolonge davantage pour avoir le temps de lire entièrement notre Code du travail. Les protocoles sanitaires pour la réouverture des écoles, aussi anxiogènes qu’inadaptés à la situation, que les maires et directeurs d’écoles viennent de recevoir de l’Éducation nationale, sont à l’image de cette haute administration en décalage total avec les réalités locales. Laissons les initiatives privées et locales s’exprimer. On le constate d’ailleurs bien aujourd’hui. Qui réagit avec le plus d’agilité et d’adaptation à la crise sanitaire, dans un esprit de solidarité concrète, si ce ne sont les entreprises, les associations, et les collectivités locales? Si nous avons à défendre un patriotisme économique, celui-ci devra être offensif, et non pas défensif. Moins de règles, moins de contraintes, moins de lois, moins de dépenses publiques et moins d’impôts permettront à l’entrepreneuriat de se libérer des chaînes dont lesquels on l’enferme, à nos entreprises de gagner en souplesse et en compétitivité, et ainsi de mieux sortir durablement de l’importante crise économique et budgétaire qui nous attend. Quant aux propositions qui sentent bon le soviétisme, abandonnons-les immédiatement. Contrôler les prix ne fera qu’accroître la pénurie, comme la gestion piteuse des masques par l’Exécutif vient de nous le prouver. Et qui payera la facture in fine, si ce n’est le contribuable français, déjà le plus lourdement taxé au monde? Quant à planifier l’économie, quels qu’en soient les secteurs sélectionnés, certains s’y sont essayés, avec le succès que l’on sait. Oui, nous avons besoin d’un État fort, qui retrouve ses fondamentaux, et défende les Français, à commencer par leur sécurité. Non, nous n’avons plus besoin de cet État énarchique, impuissant à gérer la crise sanitaire actuelle, comme il est incapable de nous sortir de nos difficultés sociales qui se sont accumulées depuis des décennies. Il y va de la reconquête de notre électorat, et surtout du redressement de la France. Rémi Martial
Le plus dur à vivre, dans cette crise sanitaire, et le plus difficile à gérer, est l’état permanent d’incertitude qu’elle ne cesse d’entretenir. On apprend tous les jours des choses qu’on ignorait la veille sur ce virus ingouvernable qui rôde d’un pays à l’autre suivant un itinéraire capricieux et une cadence imprévisible. Au confinement total succède un confinement partiel. On ignore tout de ses lendemains, si ce n’est les présages d’une crise économique d’ampleur inédite et des drames qu’elle va entraîner. Ce déconcertant purgatoire à la durée indéterminée n’a pas empêché les professeurs de certitudes de proférer en rafales des prédictions définitives. Sur la fin de la mondialisation, comme si l’éradication du virus allait faire disparaître des systèmes de production étroitement connectés parce qu’il y va de leurs intérêts. Sur le naufrage programmé de l’Union européenne, dont les mesures d’urgence, pourtant, et le plan de sauvetage économique éclipsent de loin les pesanteurs et les divisions. Sur la nécessité de refonder l’«État jacobin», alors qu’une stratégie nationale en matière sanitaire n’est affaire ni de centralisation ni de système fédéral mais de prévoyance et de méthode. Et, bien sûr, sur la faillite du libéralisme, sans préciser lequel: le «néolibéralisme» nihiliste que la crise a durement éprouvé en effet ; ou le libéralisme inspiré de Montesquieu et de Tocqueville, qui fait des forces vives de la société le ressort de la vie nationale – à lire les sondages, ce sont surtout les maires et les entreprises que plébiscitent aujourd’hui les Français. Plus téméraire, Nicolas Hulot annonce carrément «un monde d’après» radicalement différent, dont il esquisse les contours par l’énumération rhapsodique d’une kyrielle de prévisions nébuleuses. Et de préciser: «Concilier fin du mois et fin du monde est un exercice très délicat.» Qui oserait le contredire? Au sortir d’une grande crise, l’espoir de savoir en tirer les leçons et de faire perdurer l’esprit de sacrifice et les solidarités qu’elle avait cimentés se heurte tôt ou tard à la grisaille des vieilles habitudes et à de nouvelles épreuves. En France, on s’était juré au moment de la Libération de ne pas retomber dans les errements du système politique d’avant-guerre, rendu largement responsable de la défaite. Deux ans plus tard, François Mauriac consigne dans son Journal cette note mélancolique: «Tout recommence. Tout demeure désespérément pareil […]. La IIIe République continue ; c’est la IVe qui est morte […]» Pendant les longues semaines d’autoréclusion, frustrés de nos libertés élémentaires, parfois dans des conditions très dures, les guerres culturelles qui occupaient hier notre quotidien paraissaient soudain dérisoires, picrocholines: les lamentations victimaires, la criminalisation de notre passé, l’interdit moral de prononcer des vérités décrétées incommodes et jusqu’aux débats homériques sur les droits des transgenres de choisir librement les vestiaires des hommes ou des femmes… On verra bientôt si tout va rester en effet «désespérément pareil». Aux vaticinateurs du «rien ne sera plus comme avant» fait écho le peloton des procureurs qui n’ont pas besoin de tout comprendre pour tout expliquer, puisque la crise valide ce qu’ils savent depuis toujours. Leur verdict est sans appel: ovation du corps médical qui brave l’épidémie, proscription des responsables qui n’ont su la contenir à défaut de l’empêcher. Et, déjà, des associations d’indignés dressent des listes de suspects et commencent à instruire leur procès politique. Le bilan des anomalies et des défaillances qui auront marqué cette crise sera établi le moment venu. Mais tant qu’on ignore comment opère le virus, que gouvernements et experts continuent de naviguer au jour le jour, il est prématuré de jouer bénévolement les épurateurs. Reste l’énigme de l’impréparation de nos pouvoirs publics, qui avaient pourtant mis en place tout un dispositif pour parer à une pandémie virale avant de l’abandonner. Le phénomène n’est pas aussi inhabituel qu’on imagine. Il renvoie à un trait inhérent à nos habitudes de penser et d’agir: nous privilégions le visible du court terme à l’«infamilier» d’un avenir insaisissable, surtout quand il engage des dépenses onéreuses. Des exemples? En 2004, une tempête tropicale cause de terribles destructions à l’île de Grenade en évitant de justesse le sud des États-Unis. L’alerte laisse de marbre les responsables américains. Huit mois plus tard, l’ouragan Katrina va dévaster La Nouvelle-Orléans avec les conséquences que l’on sait. En 1993, un attentat terroriste avorté visant les tours du World Trade Center provoque finalement peu de dégâts. L’émotion passée, les autorités baissent la garde malgré l’accumulation des renseignements alarmants qui peinent à se faire entendre: le 11 Septembre ne prendra par surprise, en haut lieu, que ceux qui ont refusé d’y croire. La même cécité volontaire a frappé le gouvernement israélien à la veille de la guerre du Kippour en octobre 1973. Depuis des mois, les alertes s’étaient multipliées sur une attaque conjointe des armées égyptienne et syrienne. Mais Jérusalem n’y voyait que des manœuvres. Politiques et militaires méprisaient les capacités de l’ennemi, sous-estimaient sa détermination et s’obstinaient à méconnaître les informations qui décrivaient en temps réel ce qui allait se produire. On observe le même genre de déni avec le coronavirus. Tant qu’il frappait ailleurs, même à nos portes, on a trouvé toujours une explication plausible pour croire les Français à l’abri: la Chine est bien loin, le système sanitaire en Italie est défaillant et sa population plus âgée que la nôtre, l’Espagne est trop décentralisée pour faire face à l’épidémie, l’Angleterre est une île… Là où n’existe plus l’empreinte mémorielle d’une expérience précédente, vécue ne serait-ce que par association, le déni continue d’aveugler jusqu’aux mieux avertis. En 2017, deux «behaviouristes» américains, Robert Meyer et Howard Kunreuther, ont publié une enquête au titre qui résume notre situation: Le Paradoxe de l’autruche: pourquoi on se prépare mal aux désastres. C’est ce syndrome de l’autruche qui pousse à construire des maisons dans des secteurs exposés aux calamités, à n’acheter des assurances qu’après avoir subi le fléau qu’elles devaient indemniser, à braver des mesures de sécurité en se croyant immunisés contre le malheur, à abandonner telle politique préventive parce que le désastre qu’elle est censée endiguer tarde à se produire. Les auteurs énumèrent les six «constituants» du «préjugé cognitif» qui travaille autant les individus que les gouvernements: myopie, amnésie, optimisme, inertie, simplifications sélectives, suivisme. La crise sanitaire que nous sommes en train de vivre ne fait qu’accuser ces traits familiers, auxquels notre humeur nationale ajoute, comme de juste, ses attributs propres. Ran Halévi
Face au virus, un spectre hante le monde : le gouvernement des experts. Les politiques ont cédé leur pouvoir à une technocratie médicale aux moyens titanesques. Les totalitarismes en rêvaient, nos démocraties l’ont fait. Le péril dont on s’effraie est rarement celui qui nous terrasse. Beaucoup d’entre nous s’inquiétaient de voir poindre dans nos pays une dictature du politiquement correct. D’autres dénonçaient la dictature des instances supranationales, du marché, de l’écologie ou de la précaution. Et puis, tout à coup, c’est une dictature sanitaire qui est en train de mettre la société au pas. En vérité, le totalitarisme peut prendre bien des formes, se développer pour bien des raisons. La raison sanitaire en est une, et semble-t-il des plus convaincantes. En ce début de XXIe siècle, elle a remplacé la mobilisation générale à visée guerrière dont nos ancêtres ont usé et abusé. Bien sûr, il ne faut pas nous laisser abuser par les mots, ni comparer l’incomparable. Le totalitarisme d’hier brisait les corps en même temps que les âmes. Celui d’aujourd’hui se contente de confisquer le pouvoir à son profit. Et notamment le pouvoir politique, qui est de plus en plus confié à des « experts » au prétexte de l’incompétence des populations. On est loin ici des tyrans assoiffés de sang que le siècle passé nous a appris à détester. Ce qui se profile à l’occasion de la crise du Covid-19, c’est plutôt le despote éclairé. Et éclairé par les savants en blouse blanche, cela va sans dire. Le président nous annonce solennellement que nous sommes en guerre… Le gouvernement renchérit dans la gravité de la situation… Les partis font taire leurs divisions… Les institutions installent des cellules de crise, qui publient à tout-va communiqués et recommandations… Les sociétés savantes s’alignent… Les policiers se répandent dans les rues et les gares pour contrôler les visas de sortie… Les journalistes sont au cœur de ce tintamarre qu’ils mettent en scène pour entretenir la ferveur populaire. Ils dénoncent les égoïsmes, appellent à l’unité nationale, morigènent les récalcitrants. Quant aux soignants, ils sont devenus les soldats d’un pouvoir qui prêche l’« effort de guerre », les nouveaux bergers traquant les brebis égarées – le Bien ! Pour sa propre protection, ils recommandent de mettre le peuple, pétrifié, au congélateur. Extatiques, ils apparaissent régulièrement sur les chaînes d’information en continu pour supplier la population : « Restez chez vous ! » Chaque soir à 20 heures sonnantes, on les applaudit en cadence. Voilà pourtant qu’on rappelle ces héros au « devoir de réserve » (en toutes lettres dans les dernières recommandations d’une des « cellules de crise » au plus haut niveau de l’AP-HP). La discipline, la discipline, la discipline, vous dit-on ! L’engouement est tel qu’il fait taire les rivalités traditionnelles au sein même de la corporation médicale. Personne pour remarquer le gigantesque transfert de moyens, et donc de pouvoir, qui s’opère au bénéfice de deux spécialités : la réanimation respiratoire et l’infectieux. (…) Bref, c’est la guerre, et la guerre demande des sacrifices à tout le monde, répète-t-on en boucle. Mais il faut voir plus loin que le dévouement admirable des soignants à une population en panique. Sans doute sont-ils des soldats… et le propre du soldat, c’est d’aspirer à monter en grade. Les médecins, prenant à cœur leur rôle d’officier, retrouvent l’espoir de renverser en leur faveur la « gouvernance » qui avait été confisquée par le corps administratif. Depuis des années ils souffraient de l’oppression d’une bureaucratie devenue toute-puissante, qui leur dictait ses réquisits : T2A, CCAM, management, business plan, rentabilité, économies, gestion des flux, compression du personnel… Avec la crise du Covid-19, aucune de ces vilaines contraintes économiques n’a plus cours. Le pouvoir médical est de retour. Terrifiés par une responsabilité qu’ils ne veulent surtout pas endosser (une responsabilité de vie et de mort), les administrateurs filent doux. Ils sont revenus à l’intendance, rôle qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Ils ne prêchent plus la discipline budgétaire. Au contraire, ils renchérissent dans les offres pour faciliter la vie de ceux qui montent au front. Masques, respirateurs, pousse-seringues, médicaments, personnel supplémentaire : c’est le moment de tout demander, ils lâcheront tout ! Quant aux décisions en temps réel, elles sont prises par l’état-major médical. (…) Et puisque les médecins ont repris le contrôle sur l’administration, ils n’hésitent pas à s’attaquer à la strate supérieure, le politique. Ils renversent les priorités à leur avantage : l’État social devient État sanitaire. Les naïfs qui se sont reposés sur notre infatigable vaillance vont apprendre à la connaître. On ne parlera pas coup d’État, mais l’idée d’un 18-Brumaire habite sans doute nos généraux, promus maréchaux par la force du chaos. Remarquons ainsi qu’Olivier Véran et son adjoint Jérôme Salomon ont complètement éclipsé les autres ministres, qui doivent ronger leur frein. S’il y en a une qui n’a pas eu le sens de l’histoire, c’est bien Agnès Buzyn ! Elle s’est repliée à l’arrière juste avant la bataille décisive. Dommage de se limoger soi-même pour une femme qui aspire manifestement au pouvoir… Passé le premier choc de l’épidémie, passés la sidération et l’engagement comme un seul homme, les citoyens se réveillent peu à peu. Ils essayent de comprendre. Comme toujours, les livres sont nos meilleurs alliés dans cette quête de sens. (…) Les Origines du totalitarisme d’Hannah Arendt nous aide à éclairer notre condition d’homme moderne, soumis aux pressions d’une dictature qui déborde la sphère politique pour étendre son emprise à la sphère privée, quadrillant la société tout entière. (…) Hayek (La Route de la servitude) nous enseigne comment le planisme tente, maintenant et toujours, de supplanter l’initiative individuelle, au prétexte d’établir une organisation supérieure et supérieurement efficace, c’est-à-dire supérieurement oppressive. Avec Jacques Ellul et son Système technicien, nous frémissons devant la puissance du Système, rendu irrésistible par ses caractéristiques cardinales : autonomie, unité, universalité, totalisation. Illich, dont la Nemesis médicale est si prémonitoire, nous avait déjà mis en garde contre le gouvernement des experts, la confiscation de la décision par la force publique, la tendance de l’État à gouverner bien au-delà du régalien pour régenter tous les aspects de notre vie, au mépris du principe de subsidiarité. Pour finir, nonobstant les immenses différences entre le totalitarisme d’hier et celui d’aujourd’hui, pris de vertige, n’hésitant pas à pousser à l’extrême les analogies guerrières, nous méditons avec Vassili Grossman sur le destin atroce du valeureux peuple russe qui, par sa lutte grandiose contre l’oppresseur nazi, forgea lui-même ses chaînes vis-à-vis du tyran stalinien (Vie et Destin)… Sommes-nous en train de renforcer nos propres chaînes, tenues bien serrées par un pouvoir plus souriant, mais non moins absolu ? Notons que toutes ces références analysent un système moderne, qui dispose de la technique et de la science, ce qu’on appelle la technoscience. Sans ces moyens matériels gigantesques, nés de la révolution scientifique qui prétend faire de l’homme le maître et possesseur de la nature, le totalitarisme serait bien incapable d’exercer une emprise illimitée sur les existences individuelles et collectives. La « révolution de l’information » ne fait qu’amplifier un mouvement déjà décrit par ces auteurs actifs au siècle précédent. (…) Le totalitarisme sanitaire peut compter pour se développer sur les moyens qui ont fait le succès des totalitarismes guerriers. Sa force de frappe, c’est la technoscience. Elle est chez elle dans nos hôpitaux, devenus, dans le dernier demi-siècle, des « plateaux techniques », c’est-à-dire des hauts lieux de la technologie. Ironie de la crise actuelle : elle frappera moins durement les pays les moins développés, où les échanges sont moins mondialisés, où le système de soin est moins organisé, où les gens sont moins dépendants des infrastructures lourdes. Dans ces pays, la maladie suivra son cours naturel : bénigne pour l’immense majorité de la population, qui est jeune et solide, mortelle pour les personnes âgées et fragiles, qui sont déjà en forte minorité du fait de l’absence de soutien médical sophistiqué. L’épidémie de Covid-19 se révélera probablement un formidable réducteur des inégalités entre les économies de la planète. Les pays les plus avancés s’effondreront les premiers… ou se confieront tout entiers à leurs bons pasteurs. Anne-Laure Boch

Vous reprendrez bien un peu de planification ?

A l’heure où après deux mois d’assignation à résidence …

Qui entre drones et hélicos, pistolet et caméras thermiques, ausweis et dénonciations …

Ressemblait si furieusement à de la résidence surveillée …

Avec en prime entre deux mensonges d’Etat et le chantage à la peur à jet continu de nos experts des plateaux télé …

L’abandon de la plupart de nos libertés fondamentales

Pour un nouveau virus chinois qui malgré les mensonges de Pékin et la complicité de l’OMS …

Epargne 95% de ses victimes …

Et sur la base apparemment d’un seul rapport dont le principal chercheur s’était non seulement déjà magistralement trompé sur deux épidémies précédentes mais faisait aussi cette fois-ci l’impasse complète sur les dégâts collatéraux du confinement proposé …

Nous commençons à découvrir …

Derrière les prédictions tout aussi définitives les unes que les autres de nos professeurs de certitudes …

Sur cet avenir qui ne sera « plus jamais comme avant » …

Les catastrophiques conséquences qui s’annoncent …

D’un fiasco bureaucratique en train de virer au suicide économique

Sur fond de la lutte inévitable qui revient …

Quand  la France de la fin du monde qui a télétravaillé en sécurité depuis chez eux …

Va à nouveau tenter d’imposer à la France de la fin du mois qui a « continué à aller bosser malgré la menace du virus » …

Leur auto-sacrifice sur l’autel du “sauvetage de la planète” …

Comment ne pas voir …

Avec la neurochirurgienne Anne-Laure Boch

Mais cette fois avec un nouveau totalitarisme sanitaire …

Véritable « dictature du sanitariat » …

Avant celle du « climatoriat » …

Comme un étrange rappel de cette fin d’une autre guerre …

Où oubliant les avertissements conjugués d’Hayek comme de Churchill …

Et entreprenant à leur tour de rebâtir, contre les » usines sombres et sataniques », la Nouvelle Jérusalem de Blake …

Tant d’états à la suite de la Grande-Bretagne de Clement Attlee …

Reprirent en fait derrière les indéniables bienfaits de l’Etat Providence …

Donnant au passage à son pays la majestueuse beauté d’un quasi hymne national

La « route de la servitude » prophétisée par Hayek … ?

Le putsch des blouses blanches
Un nouveau totalitarisme sanitaire
Anne-Laure Boch
Causeur
26 avril 2020

Face au virus, un spectre hante le monde : le gouvernement des experts. Les politiques ont cédé leur pouvoir à une technocratie médicale aux moyens titanesques. Les totalitarismes en rêvaient, nos démocraties l’ont fait.

Le péril dont on s’effraie est rarement celui qui nous terrasse. Beaucoup d’entre nous s’inquiétaient de voir poindre dans nos pays une dictature du politiquement correct. D’autres dénonçaient la dictature des instances supranationales, du marché, de l’écologie ou de la précaution. Et puis, tout à coup, c’est une dictature sanitaire qui est en train de mettre la société au pas. En vérité, le totalitarisme peut prendre bien des formes, se développer pour bien des raisons. La raison sanitaire en est une, et semble-t-il des plus convaincantes. En ce début de XXIe siècle, elle a remplacé la mobilisation générale à visée guerrière dont nos ancêtres ont usé et abusé.

Bien sûr, il ne faut pas nous laisser abuser par les mots, ni comparer l’incomparable. Le totalitarisme d’hier brisait les corps en même temps que les âmes. Celui d’aujourd’hui se contente de confisquer le pouvoir à son profit. Et notamment le pouvoir politique, qui est de plus en plus confié à des « experts » au prétexte de l’incompétence des populations. On est loin ici des tyrans assoiffés de sang que le siècle passé nous a appris à détester. Ce qui se profile à l’occasion de la crise du Covid-19, c’est plutôt le despote éclairé. Et éclairé par les savants en blouse blanche, cela va sans dire.

Le président nous annonce solennellement que nous sommes en guerre… Le gouvernement renchérit dans la gravité de la situation… Les partis font taire leurs divisions… Les institutions installent des cellules de crise, qui publient à tout-va communiqués et recommandations… Les sociétés savantes s’alignent… Les policiers se répandent dans les rues et les gares pour contrôler les visas de sortie… Les journalistes sont au cœur de ce tintamarre qu’ils mettent en scène pour entretenir la ferveur populaire. Ils dénoncent les égoïsmes, appellent à l’unité nationale, morigènent les récalcitrants.

Quant aux soignants, ils sont devenus les soldats d’un pouvoir qui prêche l’« effort de guerre », les nouveaux bergers traquant les brebis égarées – le Bien ! Pour sa propre protection, ils recommandent de mettre le peuple, pétrifié, au congélateur. Extatiques, ils apparaissent régulièrement sur les chaînes d’information en continu pour supplier la population : « Restez chez vous ! » Chaque soir à 20 heures sonnantes, on les applaudit en cadence.

Voilà pourtant qu’on rappelle ces héros au « devoir de réserve » (en toutes lettres dans les dernières recommandations d’une des « cellules de crise » au plus haut niveau de l’AP-HP). La discipline, la discipline, la discipline, vous dit-on !

L’engouement est tel qu’il fait taire les rivalités traditionnelles au sein même de la corporation médicale. Personne pour remarquer le gigantesque transfert de moyens, et donc de pouvoir, qui s’opère au bénéfice de deux spécialités : la réanimation respiratoire et l’infectieux. À l’hôpital, siège d’éternelles luttes entre spécialités, les réanimateurs ont tout simplement le dessus – mettant en veille, au passage, le vieil antagonisme entre réanimateurs médicaux et anesthésistes-réanimateurs. Les chirurgiens, d’ordinaire si remuants, restent muets face à la réquisition des personnels, des respirateurs et des salles de surveillance postinterventionnelles indispensables à leur activité, réquisition qui les met au chômage, ipso facto. Les blocs opératoires ferment, les salles d’hospitalisation aussi, les interventions non urgentes sont déprogrammées… Sans qu’on sache quand on pourra reprendre une activité normale, ni comment on absorbera alors le gigantesque surplus accumulé. Personne n’ose défendre le droit des « autres patients » à être soignés, eux aussi. Il ne fait pas bon aujourd’hui être atteint d’une autre pathologie que le Covid-19. À peine entend-on murmurer le mot de « perte de chance » par les médecins des « autres spécialités » qui errent, désœuvrés, dans les couloirs vides de leurs services. Certains sont enrôlés dans d’autres domaines que le leur, en dépit de leur moindre compétence, et surtout au risque d’une contamination qui priverait « leurs » patients pour de bon.

Masques, respirateurs, médicaments, personnel : c’est le moment de tout demander, ils lâcheront tout !

Bref, c’est la guerre, et la guerre demande des sacrifices à tout le monde, répète-t-on en boucle.

Mais il faut voir plus loin que le dévouement admirable des soignants à une population en panique. Sans doute sont-ils des soldats… et le propre du soldat, c’est d’aspirer à monter en grade. Les médecins, prenant à cœur leur rôle d’officier, retrouvent l’espoir de renverser en leur faveur la « gouvernance » qui avait été confisquée par le corps administratif. Depuis des années ils souffraient de l’oppression d’une bureaucratie devenue toute-puissante, qui leur dictait ses réquisits : T2A, CCAM, management, business plan, rentabilité, économies, gestion des flux, compression du personnel… Avec la crise du Covid-19, aucune de ces vilaines contraintes économiques n’a plus cours. Le pouvoir médical est de retour. Terrifiés par une responsabilité qu’ils ne veulent surtout pas endosser (une responsabilité de vie et de mort), les administrateurs filent doux. Ils sont revenus à l’intendance, rôle qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Ils ne prêchent plus la discipline budgétaire. Au contraire, ils renchérissent dans les offres pour faciliter la vie de ceux qui montent au front. Masques, respirateurs, pousse-seringues, médicaments, personnel supplémentaire : c’est le moment de tout demander, ils lâcheront tout ! Quant aux décisions en temps réel, elles sont prises par l’état-major médical. L’extraordinaire réorganisation de l’hôpital, qui voit des services entiers apparaître en une journée, des transferts inédits de personnel et de matériel se concrétiser avant même qu’ils soient en projet, cet effort admirable doit tout aux médecins, rien aux administratifs.

Et puisque les médecins ont repris le contrôle sur l’administration, ils n’hésitent pas à s’attaquer à la strate supérieure, le politique. Ils renversent les priorités à leur avantage : l’État social devient État sanitaire. Les naïfs qui se sont reposés sur notre infatigable vaillance vont apprendre à la connaître. On ne parlera pas coup d’État, mais l’idée d’un 18-Brumaire habite sans doute nos généraux, promus maréchaux par la force du chaos. Remarquons ainsi qu’Olivier Véran et son adjoint Jérôme Salomon ont complètement éclipsé les autres ministres, qui doivent ronger leur frein. S’il y en a une qui n’a pas eu le sens de l’histoire, c’est bien Agnès Buzyn ! Elle s’est repliée à l’arrière juste avant la bataille décisive. Dommage de se limoger soi-même pour une femme qui aspire manifestement au pouvoir…

Passé le premier choc de l’épidémie, passés la sidération et l’engagement comme un seul homme, les citoyens se réveillent peu à peu. Ils essayent de comprendre. Comme toujours, les livres sont nos meilleurs alliés dans cette quête de sens. Sortons-en quelques-uns des rayons de notre bibliothèque – en ces temps de confinement, le président de la République lui-même nous y a encouragés.

Les Origines du totalitarisme d’Hannah Arendt nous aide à éclairer notre condition d’homme moderne, soumis aux pressions d’une dictature qui déborde la sphère politique pour étendre son emprise à la sphère privée, quadrillant la société tout entière. Avec Les Frères Karamazov de Dostoïevski nous vient l’idée que la crise actuelle signifie peut-être la victoire du Grand Inquisiteur. Hayek (La Route de la servitude) nous enseigne comment le planisme tente, maintenant et toujours, de supplanter l’initiative individuelle, au prétexte d’établir une organisation supérieure et supérieurement efficace, c’est-à-dire supérieurement oppressive. Avec Jacques Ellul et son Système technicien, nous frémissons devant la puissance du Système, rendu irrésistible par ses caractéristiques cardinales : autonomie, unité, universalité, totalisation. Illich, dont la Nemesis médicale est si prémonitoire, nous avait déjà mis en garde contre le gouvernement des experts, la confiscation de la décision par la force publique, la tendance de l’État à gouverner bien au-delà du régalien pour régenter tous les aspects de notre vie, au mépris du principe de subsidiarité. Pour finir, nonobstant les immenses différences entre le totalitarisme d’hier et celui d’aujourd’hui, pris de vertige, n’hésitant pas à pousser à l’extrême les analogies guerrières, nous méditons avec Vassili Grossman sur le destin atroce du valeureux peuple russe qui, par sa lutte grandiose contre l’oppresseur nazi, forgea lui-même ses chaînes vis-à-vis du tyran stalinien (Vie et Destin)… Sommes-nous en train de renforcer nos propres chaînes, tenues bien serrées par un pouvoir plus souriant, mais non moins absolu ?

Notons que toutes ces références analysent un système moderne, qui dispose de la technique et de la science, ce qu’on appelle la technoscience. Sans ces moyens matériels gigantesques, nés de la révolution scientifique qui prétend faire de l’homme le maître et possesseur de la nature, le totalitarisme serait bien incapable d’exercer une emprise illimitée sur les existences individuelles et collectives. La « révolution de l’information » ne fait qu’amplifier un mouvement déjà décrit par ces auteurs actifs au siècle précédent. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la médecine est partie prenante de l’arraisonnement de la nature et de la société par la technoscience. Entièrement, passionnément, la médecine moderne est technoscientifique. Elle est peut-être même la technoscience par excellence. À ce titre, ses serviteurs, les soignants et notamment les médecins, n’ont rien à redire aux méthodes qui ont fait de la technoscience l’alpha et l’oméga de la puissance politique moderne. Le totalitarisme sanitaire peut compter pour se développer sur les moyens qui ont fait le succès des totalitarismes guerriers. Sa force de frappe, c’est la technoscience. Elle est chez elle dans nos hôpitaux, devenus, dans le dernier demi-siècle, des « plateaux techniques », c’est-à-dire des hauts lieux de la technologie.

Ironie de la crise actuelle : elle frappera moins durement les pays les moins développés, où les échanges sont moins mondialisés, où le système de soin est moins organisé, où les gens sont moins dépendants des infrastructures lourdes. Dans ces pays, la maladie suivra son cours naturel : bénigne pour l’immense majorité de la population, qui est jeune et solide, mortelle pour les personnes âgées et fragiles, qui sont déjà en forte minorité du fait de l’absence de soutien médical sophistiqué. L’épidémie de Covid-19 se révélera probablement un formidable réducteur des inégalités entre les économies de la planète. Les pays les plus avancés s’effondreront les premiers… ou se confieront tout entiers à leurs bons pasteurs.

Autre ironie : devenus politiques, les médecins devront accepter les compromis voire les compromissions qui vont avec cette charge. Eux qui renâclaient contre le management ne pourront faire l’économie d’un petit cours… d’économie ! Tu me tiens, je te tiens par la barbichette… Espérons qu’ils n’y perdront pas leur âme, cette âme valeureuse qu’un grand chirurgien, René Leriche, nous avait appris à aimer (Philosophie de la chirurgie).

Cette crise se résoudra. L’effort de recherche est si monumental qu’il aboutira sans doute très vite à la mise au point d’un traitement, curatif ou préventif (un vaccin). D’ici là les morts seront bien morts, hélas. Et le pouvoir sera passé un peu plus aux mains d’une technocratie d’experts. Appartenant moi-même au corps médical, je ne peux être juge et partie. Les citoyens décideront si cette technocratie sanitaire est meilleure que l’autre, ou plus pesante encore.

Voir aussi:

Ran Halévi: «Pourquoi les professeurs de certitudes sur le “monde d’après” vont être démentis»

CHRONIQUE – Analyser en termes doctrinaux et péremptoires la crise que nous vivons est le meilleur moyen de ne pas la comprendre, car c’est notre imprévoyance qui est en cause et non un «système», argumente l’historien*.
Ran Halévi
Le Figaro
18 mai 2020

Le plus dur à vivre, dans cette crise sanitaire, et le plus difficile à gérer, est l’état permanent d’incertitude qu’elle ne cesse d’entretenir. On apprend tous les jours des choses qu’on ignorait la veille sur ce virus ingouvernable qui rôde d’un pays à l’autre suivant un itinéraire capricieux et une cadence imprévisible. Au confinement total succède un confinement partiel. On ignore tout de ses lendemains, si ce n’est les présages d’une crise économique d’ampleur inédite et des drames qu’elle va entraîner.

Ce déconcertant purgatoire à la durée indéterminée n’a pas empêché les professeurs de certitudes de proférer en rafales des prédictions définitives. Sur la fin de la mondialisation, comme si l’éradication du virus allait faire disparaître des systèmes de production étroitement connectés parce qu’il y va de leurs intérêts. Sur le naufrage programmé de l’Union européenne, dont les mesures d’urgence, pourtant, et le plan de sauvetage économique éclipsent de loin les pesanteurs et les divisions. Sur la nécessité de refonder l’«État jacobin», alors qu’une stratégie nationale en matière sanitaire n’est affaire ni de centralisation ni de système fédéral mais de prévoyance et de méthode. Et, bien sûr, sur la faillite du libéralisme, sans préciser lequel: le «néolibéralisme» nihiliste que la crise a durement éprouvé en effet ; ou le libéralisme inspiré de Montesquieu et de Tocqueville, qui fait des forces vives de la société le ressort de la vie nationale – à lire les sondages, ce sont surtout les maires et les entreprises que plébiscitent aujourd’hui les Français. Plus téméraire, Nicolas Hulot annonce carrément «un monde d’après» radicalement différent, dont il esquisse les contours par l’énumération rhapsodique d’une kyrielle de prévisions nébuleuses. Et de préciser: «Concilier fin du mois et fin du monde est un exercice très délicat.» Qui oserait le contredire?

Au sortir d’une grande crise, l’espoir de savoir en tirer les leçons et de faire perdurer l’esprit de sacrifice et les solidarités qu’elle avait cimentés se heurte tôt ou tard à la grisaille des vieilles habitudes et à de nouvelles épreuves. En France, on s’était juré au moment de la Libération de ne pas retomber dans les errements du système politique d’avant-guerre, rendu largement responsable de la défaite. Deux ans plus tard, François Mauriac consigne dans son Journal cette note mélancolique: «Tout recommence. Tout demeure désespérément pareil […]. La IIIe République continue ; c’est la IVe qui est morte […]» Pendant les longues semaines d’autoréclusion, frustrés de nos libertés élémentaires, parfois dans des conditions très dures, les guerres culturelles qui occupaient hier notre quotidien paraissaient soudain dérisoires, picrocholines: les lamentations victimaires, la criminalisation de notre passé, l’interdit moral de prononcer des vérités décrétées incommodes et jusqu’aux débats homériques sur les droits des transgenres de choisir librement les vestiaires des hommes ou des femmes… On verra bientôt si tout va rester en effet «désespérément pareil».

Aux vaticinateurs du «rien ne sera plus comme avant» fait écho le peloton des procureurs qui n’ont pas besoin de tout comprendre pour tout expliquer, puisque la crise valide ce qu’ils savent depuis toujours. Leur verdict est sans appel: ovation du corps médical qui brave l’épidémie, proscription des responsables qui n’ont su la contenir à défaut de l’empêcher. Et, déjà, des associations d’indignés dressent des listes de suspects et commencent à instruire leur procès politique.

Le bilan des anomalies et des défaillances qui auront marqué cette crise sera établi le moment venu. Mais tant qu’on ignore comment opère le virus, que gouvernements et experts continuent de naviguer au jour le jour, il est prématuré de jouer bénévolement les épurateurs.

Tant que le coronavirus frappait ailleurs, même à nos portes, on a trouvé toujours une explication plausible pour croire les Français à l’abri

Reste l’énigme de l’impréparation de nos pouvoirs publics, qui avaient pourtant mis en place tout un dispositif pour parer à une pandémie virale avant de l’abandonner. Le phénomène n’est pas aussi inhabituel qu’on imagine. Il renvoie à un trait inhérent à nos habitudes de penser et d’agir: nous privilégions le visible du court terme à l’«infamilier» d’un avenir insaisissable, surtout quand il engage des dépenses onéreuses.

Des exemples? En 2004, une tempête tropicale cause de terribles destructions à l’île de Grenade en évitant de justesse le sud des États-Unis. L’alerte laisse de marbre les responsables américains. Huit mois plus tard, l’ouragan Katrina va dévaster La Nouvelle-Orléans avec les conséquences que l’on sait. En 1993, un attentat terroriste avorté visant les tours du World Trade Center provoque finalement peu de dégâts. L’émotion passée, les autorités baissent la garde malgré l’accumulation des renseignements alarmants qui peinent à se faire entendre: le 11 Septembre ne prendra par surprise, en haut lieu, que ceux qui ont refusé d’y croire.

La même cécité volontaire a frappé le gouvernement israélien à la veille de la guerre du Kippour en octobre 1973. Depuis des mois, les alertes s’étaient multipliées sur une attaque conjointe des armées égyptienne et syrienne. Mais Jérusalem n’y voyait que des manœuvres. Politiques et militaires méprisaient les capacités de l’ennemi, sous-estimaient sa détermination et s’obstinaient à méconnaître les informations qui décrivaient en temps réel ce qui allait se produire.

On observe le même genre de déni avec le coronavirus. Tant qu’il frappait ailleurs, même à nos portes, on a trouvé toujours une explication plausible pour croire les Français à l’abri: la Chine est bien loin, le système sanitaire en Italie est défaillant et sa population plus âgée que la nôtre, l’Espagne est trop décentralisée pour faire face à l’épidémie, l’Angleterre est une île…

Là où n’existe plus l’empreinte mémorielle d’une expérience précédente, vécue ne serait-ce que par association, le déni continue d’aveugler jusqu’aux mieux avertis. En 2017, deux «behaviouristes» américains, Robert Meyer et Howard Kunreuther, ont publié une enquête au titre qui résume notre situation: Le Paradoxe de l’autruche: pourquoi on se prépare mal aux désastres. C’est ce syndrome de l’autruche qui pousse à construire des maisons dans des secteurs exposés aux calamités, à n’acheter des assurances qu’après avoir subi le fléau qu’elles devaient indemniser, à braver des mesures de sécurité en se croyant immunisés contre le malheur, à abandonner telle politique préventive parce que le désastre qu’elle est censée endiguer tarde à se produire. Les auteurs énumèrent les six «constituants» du «préjugé cognitif» qui travaille autant les individus que les gouvernements: myopie, amnésie, optimisme, inertie, simplifications sélectives, suivisme.

La crise sanitaire que nous sommes en train de vivre ne fait qu’accuser ces traits familiers, auxquels notre humeur nationale ajoute, comme de juste, ses attributs propres.

*Directeur de recherche au CNRS. Professeur au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond-Aron.

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« La droite française doit faire le choix de la liberté économique »

FIGAROVOX/TRIBUNE – L’avenir de la droite ne passera pas par le socialisme et la planification, prévient le maire LR de Lèves Rémi Martial. La France doit selon lui faire davantage confiance au marché et rompre avec les dérives de l’étatisme et de la suradministration.

Rémi Martial

Rémi Martial est maire (LR) de Lèves, conseiller départemental d’Eure-et-Loir et professeur d’économie.

Le Figaro

Depuis quelque temps, une petite musique socialisante retentit au sein du parti Les Républicains. Plusieurs de ses responsables avancent des propositions auxquelles même certains membres du Parti socialiste ne croient plus. Au nom de la supposée reconquête du politique sur l’économique, nous assistons à des idées qui décoiffent autant qu’elles posent question sur les objectifs poursuivis.

Énième plan de relance, forte augmentation du SMIC, protectionnisme fermé, etc., sont autant de propositions qui sont justifiées au nom de la résolution des crises sociales et sanitaires que nous traversons, faisant fi des réalités que ces dernières décennies ont pourtant largement confirmées, et au risque de perdre définitivement toute crédibilité auprès d’une partie restante de son électorat.

Nous assistons à des idées qui décoiffent autant qu’elles posent question sur les objectifs poursuivis.

Le jeune député Aurélien Pradié, numéro 3 de LR, s’est fait récemment remarquer dans une interview donnée à Libération , en faisant part de sa «croyance en la planification, un point d’accord avec la pensée communiste», puis en proposant sur Twitter de «réfléchir à fixer un prix maximal pour 100 produits alimentaires de première nécessité».

Soit ces propositions, aussi séduisantes puissent-elles être au premier abord, sont faites dans l’ignorance des principes fondamentaux d’économie et de l’histoire récente que le XXe siècle nous a enseigné ; soit elles sont le fruit d’une opposition mécanique à la majorité actuelle, considérant que le macronisme représente un «ultralibéralisme mondialisé dérégulé», aussi fantasmé que faux. Dans les deux cas, cela relève d’une grave erreur d’appréciation dans laquelle la droite doit à tout prix éviter de tomber.

Arrêtons de faire la confusion entre socialisme et social, et entre étatisme et État

Nous nageons dans les confusions, la première d’entre elle consistant à penser qu’un peu de socialisme nous donnerait une bonne image sociale. Mais qui peut encore prétendre que le socialisme génère de bons résultats sociaux, à part ses derniers militants shootés à la dépense publique? La droite française, qui avait intellectuellement perdu dans bien des domaines ces dernières décennies, doit absolument abandonner ses derniers oripeaux socialistes, plutôt que de vouloir s’y rhabiller dans un anachronisme incompréhensible.

La droite française doit absolument abandonner ses derniers oripeaux socialistes.

Une autre erreur consiste à confondre État et étatisme, ou en d’autres termes l’État-régalien dont les droites occidentales sont culturellement et historiquement imprégnées, avec l’État-providence, dont nous voyons bien qu’il échoue lamentablement à l’aune de la crise du Coronavirus. À force de vouloir s’occuper de tout, l’État est partout sauf là où nous en avons besoin. Nul besoin de rajouter de nouvelles règles, contraintes et dépenses. Au contraire, nous devons nous en affranchir.

La liberté économique est l’un des piliers des droites occidentales

Cadre et élu local LR (et auparavant UMP, depuis sa création), je ne peux laisser le parti politique auquel j’appartiens prendre le risque de s’éloigner de l’un des piliers fondamentaux qui est censé constituer toutes les droites occidentales, à savoir la défense des libertés économiques.

Regardons autour de nous, il n’est nul besoin d’aller très loin. Qui s’en sort le mieux, à la fois en matière de politique économique et sociale, et particulièrement dans la gestion de la crise sanitaire que nous traversons actuellement? Qui nous envie notre fameux «modèle français», le meilleur au monde claironnait-on il n’y a pas si longtemps? Rapporté à son coût, il est devenu parmi les moins efficaces. Si l’on avait davantage fait confiance «aux forces du marché», nous ne serions pas arrivés dans cette situation.

Nous sommes victimes d’un État omnipotent, centralisé, suradministré, et incapable de répondre à la crise.

Nous le constatons bien à la lumière de la crise que nous traversons aujourd’hui. Notre système économique ne souffre pas de trop de libéralisme et de trop de libertés. Bien au contraire. Nous sommes victimes d’un État omnipotent, centralisé, suradministré, et incapable de répondre à la crise.

Depuis maintenant 45 ans, nous sommes en déficit public structurel, faisons face à une dette publique qui ne cesse d’augmenter, avec à la clef un chômage élevé et une richesse qui s’accroît moins vite chez nous que chez nombre de nos voisins. Nos prélèvements obligatoires battent des records, et il faudrait que le confinement se prolonge davantage pour avoir le temps de lire entièrement notre Code du travail.

Les protocoles sanitaires pour la réouverture des écoles, aussi anxiogènes qu’inadaptés à la situation, que les maires et directeurs d’écoles viennent de recevoir de l’Éducation nationale, sont à l’image de cette haute administration en décalage total avec les réalités locales.

Faisons confiance et donnons de l’air aux initiatives privées

Laissons les initiatives privées et locales s’exprimer. On le constate d’ailleurs bien aujourd’hui. Qui réagit avec le plus d’agilité et d’adaptation à la crise sanitaire, dans un esprit de solidarité concrète, si ce ne sont les entreprises, les associations, et les collectivités locales?

Si nous avons à défendre un patriotisme économique, celui-ci devra être offensif, et non pas défensif. Moins de règles, moins de contraintes, moins de lois, moins de dépenses publiques et moins d’impôts permettront à l’entrepreneuriat de se libérer des chaînes dont lesquels on l’enferme, à nos entreprises de gagner en souplesse et en compétitivité, et ainsi de mieux sortir durablement de l’importante crise économique et budgétaire qui nous attend.

Nous avons besoin d’un État fort, qui retrouve ses fondamentaux et défende les Français.

Quant aux propositions qui sentent bon le soviétisme, abandonnons-les immédiatement. Contrôler les prix ne fera qu’accroître la pénurie, comme la gestion piteuse des masques par l’Exécutif vient de nous le prouver. Et qui payera la facture in fine, si ce n’est le contribuable français, déjà le plus lourdement taxé au monde? Quant à planifier l’économie, quels qu’en soient les secteurs sélectionnés, certains s’y sont essayés, avec le succès que l’on sait.

Oui, nous avons besoin d’un État fort, qui retrouve ses fondamentaux, et défende les Français, à commencer par leur sécurité. Non, nous n’avons plus besoin de cet État énarchique, impuissant à gérer la crise sanitaire actuelle, comme il est incapable de nous sortir de nos difficultés sociales qui se sont accumulées depuis des décennies. Il y va de la reconquête de notre électorat, et surtout du redressement de la France.

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Relance

Planification, « révolution des salaires » : les idées-choc du numéro 3 de LR

Député du Lot et secrétaire général du parti Les Républicains, Aurélien Pradié appelle son parti à «renverser la table» pour l’après-épidémie.

Dominique Albertini

A 34 ans, il est l’un de ces nouveaux visages de LR, éclos dans l’une des périodes les plus incertaines de l’histoire de la droite. Nommé en octobre secrétaire général par le nouveau président de LR Christian Jacob, Aurélien Pradié s’est fait l’avocat d’une «droite sociale». Capable, prône-t-il, de s’adresser aux Français les plus fragiles, quitte à réviser plusieurs de ses certitudes traditionnelles. Dans un entretien à Libération, le député du Lot voit dans l’épidémie de coronavirus une occasion de précipiter cet aggiornamento. Traçant des pistes promises à de passionnés débats au sein du parti.

Centralité de l’Etat, critique de la mondialisation, relance budgétaire… Ces enjeux de la crise du coronavirus, la droite est-elle la mieux outillée pour les penser ?

Ce qui est sûr, c’est que vu la gravité du moment, les réponses ne peuvent plus être celles d’avant. Je le dis comme un défi à la classe politique et à moi-même : les vraies solutions ne seront pas confortables. Elles remettent en cause une forme de lâcheté collective sur les dernières années. Cette lâcheté a consisté à ne pas changer grand-chose, à éviter certaines questions fondamentales. Elle a été partagée par tous les partis politiques, y compris le mien, et à certains égards par les citoyens. Personne, à aucun moment, n’a dit : il faut renverser la table.

Quelles sont ces «questions» ?

On n’évitera pas d’interroger le libéralisme, c’est une évidence. Je le fais depuis un moment, quitte à passer pour un communiste. La question fondamentale est là : l’idée que l’argent serait la seule échelle de valeur, et que l’Etat n’a plus aucun rôle à jouer. On a tué l’idée d’Etat. On a dit qu’il était un problème, on l’a dépouillé et disqualifié. La crise le démontre, par exemple avec la question des masques.

Ensuite, il y a la question budgétaire : si on a détruit le système de santé, c’est parce qu’on a fait de cette question un dogme. Les valeurs ont été inversées : on s’est demandé comment tenir une doctrine budgétaire avant de se demander ce qu’il fallait faire pour le pays. Enfin, il y a le libre-échange non régulé. Peut-on parler d’«économie de guerre» et continuer d’acheter nos aliments à l’étranger ? Le vote du Ceta [traité de libre-échange entre le Canada et l’UE, ratifié par la France en 2019, ndlr] a été un moment de bascule. La politique a démissionné. Je me suis interrogé : depuis quand n’a-t-elle pas changé le cours de l’Histoire ?

Vous dites que certains services publics devraient échapper aux règles budgétaires ?

En réinventant l’Etat, on fixera les secteurs stratégiques de la Nation : l’alimentation, la santé, la sécurité, la défense. Ces secteurs, qu’on a réduits à l’état de squelettes, ne peuvent pas être soumis au marché, ni à une doctrine budgétaire. Dans ces domaines, on ne joue pas aux contrôleurs de gestion : ils sont «hors limites» et doivent faire l’objet d’une stratégie nationale. Je crois à la planification : c’est un point d’accord avec la pensée communiste, qui l’a d’ailleurs appliquée avec les gaullistes

On vous demandera, surtout dans votre parti, comment le financer.

Personne n’imagine d’ouvrir sans maîtrise les vannes budgétaires. On finance ces secteurs en revoyant notamment notre fiscalité et nos priorités. Ce que cette crise révèle, c’est que ce qui semblait impossible devient possible. Loger les sans-abri, cela fait des années qu’on nous dit qu’on ne sait pas faire. Et là, en quelques jours, on trouve des solutions. On redécouvre les salaires de misères des caissières, des infirmières, à côté des salaires fous dans certaines entreprises purement spéculatives. Je ne dis pas : «Prenons l’argent là où il est», mais… Cette crise va nous coûter des milliards d’euros. Tout l’argent public que nous avions économisé par étroitesse d’esprit sera effacé en quelques semaines.

Soignants, caissières, livreurs… La crise révèle à quel point notre société repose sur ces professions souvent mal reconnues et mal rémunérées. Mais que peuvent-ils attendre de la droite ?

Aujourd’hui, j’ai autant de questions que de réponses. Chez LR, cela fait tout de même quelques années qu’on s’interroge sur la question des salaires. C’est un grand mal de notre époque que de ne pas rémunérer à la bonne hauteur ceux qui mériteraient de l’être. Il faudra sur ce sujet une pensée radicalement révolutionnaire. Si des secteurs sont reconnus comme stratégiques, leurs travailleurs devront l’être aussi, avec la rémunération appropriée. On peut le faire en fonction du revenu d’activité de l’entreprise, des enjeux stratégiques du métier… Le gaullisme a des éléments de réponse, par exemple avec la grande idée de la participation. Une certitude : cela doit aller au-delà de la prime de 1 000 euros qui peut être distribuée ponctuellement. Ce n’est pas avec une petite prime qu’on s’en sortira.

Faut-il repenser le rôle des frontières ?

Quand on pose la question de l’Etat, on pose forcément celle des frontières aussi. Il faut la relier, pas seulement aux enjeux migratoires, mais aussi aux mouvements de biens et des capitaux. Certes, si demain nous les fermions, nous ne pourrions plus nous alimenter. Mais le cœur du libre-échange, c’est la liberté du prix. Et sur les questions alimentaires, on doit pouvoir mettre en question cette liberté du prix.

Comment faire valoir vos propositions dans un parti qui soutenait, il n’y a pas si longtemps, le programme très libéral de François Fillon ?

Quand je me pose ces questions, je me dis : suis-je en train de me perdre dans mes valeurs politiques ? Ce qui est sûr, c’est que le confort serait de la boucler et de me passionner pour les petites mesures conjoncturelles. Ce serait une lâcheté coupable : si dire les choses doit me coûter un engagement politique, peu importe. Du reste, j’observe que cette doxa perd du terrain depuis quelques mois. Plus personne chez nous n’ignore que la société a changé, et je ne désespère pas de convaincre. Tout ce que je vous dis fait l’objet d’échanges avec notre président Christian Jacob et d’autres. On est nombreux à se dire que la politique est devenue minuscule. Même les plus réticents comprennent qu’on ne peut pas tout ramener à un tableur Excel.

Comment LR va-t-il travailler sur l’après-crise ?

Pour un chantier aussi grand, il va nous falloir un peu de temps. Quand le confinement sera terminé, on réunira des experts, des philosophes, des sociologues pour tout repenser autour d’une idée nouvelle, celle de l’Etat, et l’imaginer plus fort, plus protecteur. Avec deux urgences : la santé et l’alimentation. On doit en finir avec les petites mesurettes et autres «observatoires».

Mais que serait l’identité de la droite après un tel aggiornamento ?

On en revient en fait à une idée fondamentale : le gaullisme, qui avait théorisé l’Etat protecteur et stratège. Un gaullisme moderne, car ce qui valait en 1940 ne vaut plus forcément aujourd’hui. Un des effets de cette crise est de me faire beaucoup relativiser l’esprit de clan. La droite à laquelle je crois sera capable de rassembler la grande majorité des Français, qu’ils soient foncièrement de droite et pas. L’enjeu, au fond, c’est la survie du politique, tous bords confondus. Mais cela ne pourra pas être porté par Emmanuel Macron. Ce qui est mort, c’est le «nouveau monde», il va disparaître avec l’eau du bain. Il ne pourra survivre à la crise de son propre modèle. C’est sa dernière lueur.

Voir de plus:

André Comte-Sponville : « Ne tombons pas dans le sanitairement correct »
ENTRETIEN. Le philosophe, auteur du « Petit Traité des grandes vertus », tempère l’affolement autour du coronavirus et redoute l’avènement des experts.
Propos recueillis par Catherine Golliau
Le Point
16/04/2020

La volonté de protéger la santé des plus âgés justifie-t-elle de mettre en danger l’avenir des plus jeunes, premières victimes d’une récession catastrophique due au confinement ? Avec son franc-parler habituel, le philosophe André Comte-Sponville (Traité du désespoir, La Vie humaine, Du tragique au matérialisme, etc.) pose la question qui fâche : la peur de la mort n’est-elle pas en train de condamner l’essor de la vie ?

Le Point : Que pensez-vous de la manière dont nos sociétés réagissent à cette pandémie de coronavirus ?

André Comte-Sponville : Elles réagissent fortement, efficacement, démocratiquement, et c’est plutôt rassurant. Les prévisions les plus pessimistes laissaient craindre 300 000 morts en France, plusieurs millions en Europe, et tout laisse penser que, grâce aux mesures qui ont été prises, les chiffres seront très inférieurs. Tant mieux !

Ce qui m’inquiète, en revanche, c’est la disproportion entre la gravité – réelle mais limitée – de cette pandémie et l’espèce d’affolement qui semble s’être emparée des médias et, par eux, d’une partie de la population. « L’espoir renaît », dit-on depuis quelques jours. Mais quand avait-il disparu ? Faut-il rappeler que le taux de létalité du Covid-19 semble être de 1 ou 2 % et sans doute moins, si l’on tient compte des cas non diagnostiqués ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela laisse bon espoir à la plupart d’entre nous ! Tout se passe comme si nos journalistes découvraient soudain que nous sommes mortels. Vous parlez d’un scoop ! Les médias audiovisuels nous font le décompte, jour après jour, des victimes de la pandémie. Nous en sommes à 15 000 morts en France. C’est beaucoup. C’est trop. Mais enfin, faut-il rappeler qu’il meurt dans notre pays 600 000 personnes par an, dont, par exemple, 150 000 d’un cancer et, parmi ces derniers, plusieurs milliers d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes ? En quoi les 15 000 morts du Covid-19, dont la moyenne d’âge est de 81 ans, méritent-ils davantage notre compassion ou notre intérêt que les 600 000 autres ?