Médias: Bienvenue au pays où l’investigation se paie décidément très cher (Another French case of what sex was to the Victorians)

29 novembre, 2008
Xavier NielA l’origine du capitalisme, il y a parfois des forbans. Première génération : des forbans, voire des négriers; la deuxième génération se veut respectable; la troisième fait des études et crée des fondations culturelles. Les individus peuvent être égoïstes, antipathiques et sans intelligence, mais l’ensemble construit une société qui fonctionne. Guy Sorman (Info matin, le 11 mai 1994)
C’est un pays dans lequel la police peut débarquer chez le journaliste d’un quotidien, l’humilier devant ses enfants, l’insulter, le menotter, le déshabiller complètement au dépôt… A cause de quelques mots écrits dans ce journal qu’il a dirigé pendant quelques mois. Ce pays, c’est la France de 2008. Pascal Riché
Après des débuts dans la télématique et le minitel rose, puis quelques investissements dans des “peep-shows » (un à Paris et deux à Strasbourg) qui ont servi de couverture à des activités de prostitution, il est devenu vice-président et directeur de la stratégie d’Iliad, groupe de télécommunications français, maison mère du fournisseur d’accès internet Free. Wikipedia

Après le bon vieux temps tontonesque du harcèlement de nos Jean-Edern Hallier et de nos docteur Gubler comme de la mise sur écoutes de la moitié de Paris …

La énième confirmation, le mois dernier, de la très victorienne pudeur des médias français pour les pantalonnades de leurs responsables politiques …

Et celle, la semaine dernière, du caractère « très enchainé » du canard-feuille à ragots qui nous tient lieu de presse d’investigation …

Bienvenue au pays où la vie privée est reine et où l’investigation se paie décidément très cher!

Au lendemain de l’interpellation apparemment mouvementée de l’ex-directeur de la publication de Libération pour non-présentation à une convocation et possible “prise de haut” des policiers suite à l’hébergement sur son site du commentaire d’un internaute jugé diffamatoire …

Retour sur cette vie dite “privée” que le plaignant de l’affaire, qui a d’ailleurs perdu tous ses procès en diffamation mais surtout bien plus en valorisation boursière, semble tant tenir à préserver.

Co-fondateur du fournisseur d’accès internet Free et tout récent et célébré membre du club relativement fermé des 25 plus grandes fortunes de France (plus de 2,7 milliards d’euros pour ses 2/3 des parts du groupe Iliad, regroupant aussi l’annuaire téléphonique inversé Annu et la banque de données Société. com), Xavier Niel avait certes été l’objet de nombre d’articles de Libération pour une partie de sa biographie un peu plus sombre.

Comme le rappellent allusivement sa notice Wikipedia mais d’une manière très détaillée les articles de Libération, celui qui a tant fait pour la démocratisation de l’accès à l’internet en France avait en effet été condamné (avec sursis plus 250.000 euros d’amende), il y a deux ans pour abus de biens sociaux.

En clair, une fâcheuse habitude, apparemment héritée de ses jours dans l’industrie du sexe dans les années 90 (peep shows, téléphone rose) et qui lui avait déjà valu un méga redressement fiscal en 2000, des paiements au noir et en espèces …

Le X, versant obscur du patron de Free
Renaud Lecadre
Libération
Le 14 septembre 2006

Outre les nouvelles technologies, Xavier Niel exploite des peep-shows. Il comparaît pour abus de biens sociaux.

Xavier Niel, 39 ans, fondateur du groupe Iliad, qui comprend le fournisseur d’accès à l’Internet Free, l’annuaire téléphonique inversé Annu et la banque de données Société. com, est le petit prince des nouvelles technologies. Mais il n’y a pas que l’ADSL dans la vie. Depuis une vingtaine d’années, il cultive en parallèle un jardin secret : exploitation de peep- shows et sex-shops, sites pornos, vente par correspondance de sex-toys… Cela lui vaut de comparaître aujourd’hui en correctionnelle pour abus de biens sociaux, après avoir échappé aux poursuites pour proxénétisme. Lui qui revendiquait le droit au respect de sa «vie économique» privée, va devoir assumer publiquement. Il semble désormais prêt à le faire.

Main à la main

Aux enquêteurs, Xavier Niel a exposé sa vision de l’industrie du sexe, carburant au black : «Retour sur investissement intéressant et non fiscalisé», «argent facile». Sans fausse pudeur, il leur a confessé : «Ces espèces utilisables instantanément ne donnent pas la même sensation de gain que l’argent que je gagne de façon orthodoxe comme opérateur de télécommunications.» D’autant que Xavier Niel a de gros besoins en liquide. En 2001, son partenaire historique dans Iliad, Fernand Develter, lui avait vendu une partie de ses actions. Le prix de cession étant discutable, ils auraient convenu d’un complément de la main à la main : 9 100 euros mensuels, sur une durée de… trente ans.

Niel et Develter se sont rencontrés au milieu des années 80 au café le Petit ramoneur, QG des employés de sex-shops de la rue Saint-Denis, à Paris. Le second, ancien fondé de pouvoir à la Société générale, prend sous son aile le jeune premier tout juste sorti de maths sup, «brillant mais désargenté». Ensemble, ils prospèrent dans le Minitel rose, puis investissent 500 000 euros dans une dizaine de peep- shows parisiens. L’un de ces établissements, le New Sex Paradise, leur vaut une sueur froide en 2001 : deux de leurs associés, gérants effectifs de cet Eros center, sont poursuivis pour proxénétisme (ils seront condamnés en 2003 à deux ans de prison avec sursis, Xavier Niel étant entendu comme simple témoin), il faut les éloigner au plus vite. Leur chèque de sortie du capital, 7 300 modestes euros, est complété par un dessous de table de 200 000. Xavier Niel admet s’être remboursé à la bonne franquette, en prélevant 15 000 euros par mois sur les recettes non déclarées du New Sex Paradise.

A Strasbourg, l’alerte est encore plus chaude puisque l’enquête pour proxénétisme vise nommément Niel et Develter. Leur établissement alsacien, sous l’enseigne Sex-Shop X Live Peep-Show, emploie une quinzaine de jeunes femmes comme «artistes visuelles». Mais en cabine, on ne touche pas qu’avec les yeux. Le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke, spécialiste des affaires financières, détaille dans son ordonnance de renvoi la «variété des contacts physiques» avec le même détachement que pour les transactions off-shore : «Caresses par le client sur les seins et les fesses des danseuses, intromission de godemichés ou de vibromasseurs dans le sexe et/ou l’anus des danseuses par le client, intromission par les danseuses de ces mêmes ustensiles dans l’anus de certains clients.» Les gestionnaires locaux sont renvoyés en correctionnelle pour proxénétisme, après avoir admis la réalité de ces prestations excédant le simple show. Xavier Niel et Fernand Develter, qui avaient investi 200 000 euros sans se mêler de la gestion, étaient-ils au courant ? Le juge Van Ruymbeke accorde au premier un non-lieu «au bénéfice du doute», Niel ne s’étant jamais rendu sur place. Le second est renvoyé pour proxénétisme car, lors d’une tournée d’inspection anonyme, Develter avait demandé à une des artistes de lui faire une fellation : pour s’assurer du respect des bonnes pratiques, jure-t-il aux enquêteurs, «grandement satisfait» que son employée ait refusé ; parce que «ces pratiques devaient être habituelles pour lui», interprète au contraire l’intéressée.

Lettre anonyme

Xavier Niel ne se voit plus reprocher que des paiements en espèces portant sur plusieurs milliers d’euros. La montagne a accouché d’une souris. : en 2002, une lettre anonyme dénonçait excusez du peu un vaste blanchiment, Ilyad étant accusée de recycler l’argent du proxénétisme et de la pédophilie. Tracfin (l’organisme anti-blanchiment) y allait aussi de sa dénonciation officielle au parquet. A l’arrivée, une minable affaire d’enveloppes. Niel reconnaît les faits, admet les «risques» inhérents à l’industrie du sexe, mais dit ne pas pouvoir tout contrôler. Ce n’est que le «résidu de ce qu’il faisait il y a une quinzaine d’années», plaide son avocate, Me Catherine Toby. A la fin des années 90, Xavier Niel envisageait en effet de se retirer du sexe : candidat à la reprise du Palace (une boite de nuit parisienne), son pedigree de «roi du porno» avait été brandi pour lui barrer la route. Mauvais genre, car au même moment, la banque d’affaires Goldman Sachs envisageait d’entrer au capital d’Iliad. Depuis, sa soeur Véronique porte parfois des parts en son nom. L’accusation la qualifie de «faux nez». En 2004, Xavier lui offre un Land Cruiser Toyota tout neuf. «Contrepartie de sa passivité arrangeante», estime le juge Van Ruymbeke. Comme si un milliardaire n’avait pas le droit d’offrir un cadeau de 45 000 euros à sa soeur.

Voir aussi:

Deux ans avec sursis pour le patron de Free

Xavier Niel écope aussi de 250.000 euros d’amende • Ce pionnier de l’internet en France, était poursuivi pour recel d’abus de biens sociau

Renaud LECADRE
Libération
27 oct. 2006

Xavier Niel a été condamné hier à deux ans de prison avec sursis et 250.000 euros d’amende. C’est ce qu’avait réclamé le parquet lors du procès correctionnel qui s’était tenu du 14 au 22 septembre.

Le patron de Free, pionnier de l’internet en France, était poursuivi pour recel d’abus de biens sociaux: gestionnaire de peep shows dans les années 90, les recettes comme les bénéfices ne se monnayaient qu’en liquide, «la caisse noire tenant lieu de politique», selon l’accusation.

A la barre du tribunal, Xavier Niel avait sagement admis les faits et plaidé l’erreur de jeunesse. «Probable ivresse de la transgression, avait tenté d’expliquer son avocate, Me Caroline Toby. Quand il a lancé Free, Xavier Niel a trainé comme un boulet cette image de maitre du porno»

Il est également resté prisonnier de sa culture du black. Niel devra en outre verser 188.000 euros de dommages et intérêts aux parties civiles. Par contre, pour avoir passé un mois en détention provisoire, il pourra réclamer un dédommagement, puisqu’il n’est finalement condamné qu’à une peine avec sursis.

Son ancien partenaire dans le sexe puis dans Free, Fernand Develter, a été condamné pour sa part à deux ans de prison dont neuf mois ferme (couvrant l’essentiel de sa détention provisoire), et relaxé de l’accusation de proxénétisme, Niel ayant obtenu sur ce point un non-lieu en cours d’instruction. Vendredi après-midi, les avocats hésitaient à faire appel mais devraient en rester là.

Voir enfin:

Le fondateur de Free accro à la caisse noire.

Deux ans avec sursis requis contre Xavier Niel, accusé d’abus de biens sociaux par le biais de sex-shops.
Renaud LECADRE
Libération
22 sept. 2006

Le procès de Xavier Niel s’est achevé hier sur un mystère. Le fondateur de Free a sagement reconnu les faits : 368 000 euros de recel d’abus de biens sociaux. Le parquet a requis contre lui deux ans de prison avec sursis, 375 000 euros d’amende et la confiscation de ses biens à hauteur des détournements, pour «purger le passé sans obérer l’avenir». Mais la question reste entière, malgré une expertise psychologique, rarissime dans une affaire financière : pourquoi ?

Niel, vedette des nouvelles technologies, a mené une vie parallèle dans l’exploitation de sex-shops. Le tribunal n’était pas là pour lui faire la morale, même si le procureur Stéphane Hardouin s’est laissé aller à des considérations hors sujet sur les «pratiques sexuellement marginales». C’est tout bêtement une affaire de black : les clients paient en liquide, les actionnaires se rémunèrent en enveloppes. Des «dividendes sauvages», résume parfaitement le proc : «Le prélèvement en espèces est au coeur du projet, la caisse noire est une politique de groupe.» Son avocate, Me Caroline Toby, globalement «d’accord avec l’analyse du parquet», tente une explication : «Probablement ivresse de la transgression. Quand il a lancé Free, Xavier Niel a traîné comme un boulet cette image de « maître du porno », titre d’un article du Canard Enchaîné. Au lieu de rompre, il est resté prisonnier de ce système. La justice lui a permis de mettre fin à tout cela.» L’accusation ironise sur ce «soudain élan de vertu», les paiements en espèces n’ayant cessé qu’en 2001, après descente de police, puis repris comme si de rien n’était en 2003.

Xavier Niel affirme avoir «soldé le passé», payé ses redressements fiscaux (il avait également omis de déclarer sa plus-value lors de la vente de Worldnet, pionnier français de l’accès au web), cédé ses parts dans l’industrie du sexe à son partenaire historique, Fernand Develter. Ce dernier, contre lequel le parquet a requis deux ans de prison ferme car il est également poursuivi pour proxénétisme, entend lui gâcher sa repentance. En marge de leurs petites affaires de peep-shows, ils étaient co actionnaires d’Iliad (maison mère de Free, désormais cotée en Bourse). En 2002, Niel rachète les parts de Develter. Le second se dit aujourd’hui victime d’une «véritable escroquerie», le premier s’étant attribué un dividende exceptionnel et rétroactif sitôt la vente conclue. Sauf qu’à l’époque, les deux partenaires s’étaient mis d’accord sur un complément de prix occulte, de la main à la main : 9 100 euros par mois pendant… trente ans. Niel proclame avoir tout «soldé par trois chèques de banque» ; Develter assure avoir été «payé en espèces pendant 31 mois», grâce à des primes versées fictivement à des cadres d’Iliad, assurant tenir cela d’un «informateur» interne… Me Toby s’insurge contre cette «réécriture de l’histoire», dans le «seul souci d’entraîner Xavier Niel dans sa chute». Le tribunal a préféré couper court à ces «règlements de comptes postérieurs à l’affaire». Jugement le 27 octobre.

Voir finalement:

Governance case against Xavier Niel, chairman of Iliad, for financing a prostitution racket
Telecom Asia
July 1, 2004

GOVERNANCE: It’s always been taken as read that sex was going to be one of the killer apps of broadband. In the case of Iliad, France’s second biggest broadband service provider, sex is proving to be something of a liability–at least on its stock price.

Iliad’s share value dropped over 10% last month after its chairman founder and lead shareholder Xavier Niel was arrested for allegedly financing a prostitution racket. According to the French prosecutor’s office which has been conducting a money laundering investigation over the past year, Niel financed three peep shows suspected of housing illegal prostitution operation, reports Boardwatch. (Insert you own « triple play » joke here, although Iliad says that Niel’s arrest has nothing to do with the company’s business or activities.)

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Terrorisme: Moi qui croyais que le reste du monde allait nous aimer pour avoir élu B. Hussein Obama! (Somebody better tell the Indian Muslims)

28 novembre, 2008
Obama's friends in actionIls étaient très jeunes, en fait comme des enfants (…) Ils ont dit qu’ils voulaient tous ceux qui avaient des passeports britanniques et américains. Rakesh Patel (client britannique de l’hôtel Taj Mahal de Mumbai)
Le fait de cibler des Occidentaux leur donne une grande visibilité médiatique. S’ils avaient agi de manière plus classique, en ciblant uniquement des Indiens, on n’en aurait presque pas parlé. Dominique Thomas (spécialiste d’al-Qaida, EHESS)
Nous avons décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (JO de Munich, 1972)
Alors il parait que l’Amérique n’est plus aimée à Istanbul et au Caire et à Karachi … Fouad Ajami
Dur réveil, suite au tout récent massacre délibéré d’Américains à Bombay, pour ceux qui croyaient que l’élection du messie Obama allait enfin faire aimer les Etats-Unis à nouveau à une planète reconnaissante …

Mais peut-être que, comme le suggère le dernier et toujours excellent billet d’Ann Coulter, quelqu’un a oublié de prévenir les musulmans indiens?

En attendant, on apprend que nos chers et innocents érudits et philanthropes actuellement détenus à Guantanamo ont accès, aux frais du contribuable américain, aux procédures et aux appareillages médicaux dernier cri de la plus haute technologie.

Comme un certain Abdullah Massoud unijambiste qui, grâce à sa nouvelle prothèse à 75 000 dollars a pu reprendre dès sa ibération ses joyeuses activités en Afghanistan.

Et qui, si les méchants soldats pakistanais lui avaient laissé le choix,… aurait même pu garer sa voiture piégée dans un espace handicapés!

Terrorists’ Restless Leg Syndrome
Ann Coulter
11/26/2008

I thought the rest of the world was going to love us if we elected B. Hussein Obama! Somebody better tell the Indian Muslims. As everyone but President-elect B. Hussein Obama’s base knows, many of the Guantanamo detainees cannot be sent to their home countries, cannot be released and cannot be tried. They need to be held in some form of extra-legal limbo the rest of their lives, sort of like Phil Spector.

And now they’re Obama’s problem.

If Obama wants his detention of Islamic terrorists to be dramatically different from Bush’s Guantanamo, my suggestion is that he cut off — so to speak — the expensive prosthetic limb procedures now being granted the detained terrorists.

Far from being sodomized and tortured by U.S. forces — as Obama’s base has wailed for the past seven years — the innocent scholars and philanthropists being held at Guantanamo have been given expensive, high-tech medical procedures at taxpayer expense. If we’re not careful, multitudes of Muslims will be going to fight Americans in Afghanistan just so they can go to Guantanamo and get proper treatment for attention deficit disorder and erectile dysfunction.

After being captured fighting with Taliban forces against Americans in 2001, Abdullah Massoud was sent to Guantanamo, where the one-legged terrorist was fitted with a special prosthetic leg, at a cost of $50,000-$75,000 to the U.S. taxpayer. Under the Americans With Disabilities Act, Massoud would now be able to park his car bomb in a handicapped parking space!

No, you didn’t read that wrong, because the VA won’t pay for your new glasses. I said $75,000. I would have gone with hanging at sunrise, but what do I know?

Upon his release in March 2004, Massoud hippity-hopped back to Afghanistan and quickly resumed his war against the U.S. Aided by his new artificial leg, just months later, in October 2004, Massoud masterminded the kidnapping of two Chinese engineers in Pakistan working on the Gomal Zam Dam project.

This proved, to me at least, that people with disabilities can do anything they put their minds to. Way to go, you plucky extremist!

Massoud said he had nothing against the Chinese but wanted to embarrass Pakistani President Pervez Musharraf for cooperating with the Americans. You know, the Americans who had just footed — you should pardon the expression — a $75,000 bill for his prosthetic leg.

Pakistani forces stormed Massoud’s hideout, killing all the kidnappers, including Massoud. Only one of the Chinese engineers was rescued alive.

As a result of the kidnapping, the Chinese pulled all 100 engineers and dam workers out of Pakistan, and work on the dam ceased. This was bad news for the people of Pakistan — but good news for the endangered Pakistani snail darter!

In none of the news accounts I read of Massoud’s return to jihad after his release from Guantanamo is there any mention of the fact that his prosthetic leg was acquired in Guantanamo, courtesy of American taxpayers after he was captured trying to kill Americans on the battlefield in Afghanistan.

News about the prosthetic leg might interfere with stories of the innocent aid workers being held captive at Guantanamo in George Bush’s AmeriKKKa.

To the contrary, although Massoud’s swashbuckling reputation as a jihadist with a prosthetic leg appears in many news items, where he got that leg is almost purposely hidden — even lied about.

« Abdullah Massoud … had earned both sympathy and reverence for his time in Guantanamo Bay. … Upon his release, he made it home to Waziristan and resumed his war against the U.S. With his long hair, his prosthetic limb and impassioned speeches, he quickly became a charismatic inspiration to Waziristan’s youth. » — The New York Times

He’s not a one-legged terrorist — he’s a freedom fighter living with a disability. I think we could all learn something about courage from this man.

« He lost his leg in a landmine explosion a few days before the fall of Kabul to the Taliban in September 1996. It didn’t dampen his enthusiasm as a fighter and he got himself an artificial leg later, says Yusufzai. » — The Indo-Asian News Service

Where? At COSTCO?

« The 29-year-old Massoud, who lost his left leg in a landmine explosion while fighting alongside the Taliban, often used to ride a horse or camel because his disability made it painful for him to walk long distances in hilly areas. » — BBC Monitoring South Asia

Side-saddle, I’m guessing. And you just know those caves along the Afghan-Pakistan border aren’t wheelchair accessible.

« He was educated in Peshawar and was treated in Karachi after his left leg was blown up in a landmine explosion in the Wreshmin Tangi gorge near Kabul in September 1996. He now walks with an artificial leg specifically made for him in Karachi. » — Gulf News (United Arab Emirates)

Karachi? Hey, how do I get into this guy’s HMO?

They can’t lick leprosy in Karachi, but the Gulf News tells us Massoud got his artificial leg at one of their specialty hospitals.

Anyone who thinks the Guantanamo detainees can be released without consequence doesn’t have a leg to stand on.

Ann Coulter is Legal Affairs Correspondent for HUMAN EVENTS and author of « High Crimes and Misdemeanors, » « Slander, » «  »How to Talk to a Liberal (If You Must), » « Godless, » and most recently, « If Democrats Had Any Brains, They’d Be Republicans. »


Dialogue judéo-chrétien: Retour sur l’Affaire Finaly (Another Dreyfus affair)

26 novembre, 2008
Solomon's judgement
L’enfant des infidèles est baptisé licitement, même contre le gré des parents lorsque son état de santé est tel qu’on peut raisonnablement prévoir qu’il mourra avant d’avoir atteint son âge de raison. Droit canon 750
C’est une nouvelle affaire Dreyfus que vous m’apportez-là! Cardinal Gerlier
Si l’affaire Dreyfus avait posé la question de savoir si l’armée est au-dessus des lois, cette fois, c’est l’Eglise qui pose problème : le droit civil doit-il s’incliner devant le droit canon ? Catherine Poujol
Je suis venu à Rome pour vous demander votre soutien afin que tous ces enfants soient rendus à leur peuple. Isaac Herzog (grand rabbin de Palestine, lettre au pape Pie XII, le 12 mars 1946)
On nous expliquait que les juifs voulaient nous prendre, nous emmener en Israël casser des cailloux sur le bord des routes. Nous, on ne voulait pas. Les juifs avaient tué Jésus et nos parents étaient morts, nous le savions. Ce que nous ne savions pas, c’est que notre famille nous réclamait (…) C’était l’époque qui était comme ça. (…) Elle nous a sauvés la vie, nous a soutenus. Elle a commis une faute en nous baptisant, c’est sûr. Mais elle a fait ce qu’elle croyait bien. Robert Finaly
Deux ans bientôt après la Libération de la France, des enfants israélites sont encore dans des institutions religieuses non juives qui se refusent à les rendre aux œuvres juives. Nous venons d’apprendre par une lettre envoyée par le Révérend père Devaux à la Commission de reconstruction culturelle juive en Europe, à New York, que le service des enfants de Notre-Dame de Sion a encore sous sa garde trente enfants israélites. (Lettre du Consistoire central au Nonce apostolique à Paris Mgr Roncalli, futur pape jean XXIII, le 19 juillet 1946)
Au sujet des enfants juifs, qui pendant l’occupation allemande ont été confiés aux institutions et aux familles catholiques et qui sont réclamés par des institutions juives pour leur être remis (…) Les enfants qui ont été baptisés ne pourraient être confiés aux institutions qui ne seraient pas à même d’assurer leur éducation chrétienne. (…) Il est à noter que cette décision de la Sainte Congrégation du Saint Office12 a été approuvée par le Saint Père. (Note confidentielle de la nonciature de Paris du 23 octobre 1946)
Les parents étaient israélites, mais ce n’était pas une raison pour que les enfants le deviennent. La religion n’est pas comme la nationalité, elle est librement consentie et quand les enfants seront en âge de raisonner, c’est eux seuls qui choisiront. Mgr. Alexandre Caillot (lettre à l’évêque d’Auckland, juillet 1948)

Au lendemain d’un énième prétendu dialogue avec l’islam

Et d’une nouvelle polémique sur l’éventuelle béatification du pape Pie XII

Prélats, dizaines de religieux et religieuses arrêtés et emprisonnés, un archevêque, une Mère supérieure de couvent, résistants, théologiens, séparatistes basques, un pape (Pie XII), deux futurs papes dont le futur Paul VI (cardinal Montini, sous-secrétaire d’Etat au Vatican, 2e personnage du Vatican après le Pape) et le « bon pape Jean » (XXIII) futur initiateur du concile Vatican II mais aussi cheville ouvrière du sauvetage de nombre de criminels de guerre nazis (le nonce Roncalli), Franco lui-même avec lutte d’influence avec les nationalistes basques et tentative de marchandage avec les autorités françaises (pour l’extradition de républicains basques en exil contre le retour des deux petits « réfugiés religieux ») …

Enlèvement et séquestration d’enfants, cavale rocambolesque par et avec la complicité d’ecclésiastiques entre Grenoble, Milan, Lugano, Colmar, Le Mans, Marseille, Bayonne, l’Espagne …

Demande d’épuration d’évêques français accusés de collaborer avec Vichy, procès des responsables du massacre d’Oradour-sur-Glane, multiplication de procès pour récupérer des enfants juifs de familles chrétiennes de plus en plus réticentes dans toute l’Europe (30 en France depuis 1946, au moins 3 000 en Pologne) …

Recherche dans toute l’Europe, par les personnalités, institutions et agences juives, au lendemain de la quasi-annihilation de la communauté juive européenne et de la naissance de l’Etat juif, des enfants et orphelins juifs qui avaient survécu à l’extermination pour les envoyer en Israël …

France divisée, vives tensions avec la communauté juive, revendication de la propriété de l’âme d’enfants baptisés, dénonciation, par une certaine presse, de l’ingratitude juive et des ambitions sionistes (contre le risque de voir grossir les effectifs démographiques du nouvel État juif honni) …

France coupée en deux à la Dreyfus avec ténor du barreau et soutien de la presse de gauche et de l’opinion internationale, droite contre gauche, anticléricaux contre cléricaux, sionistes contre antisionistes, lois républicaines contre droit canon, franquistes contre anti-franquistes, déchainement des foules de France comme des Etats-Unis, d’Israël ou d’Espagne …

Redécouverte du temps des conversions et des baptêmes forcés ou subreptices (les Affaires Montel puis Mortara en 1840 et 1858 en Italie), du dogme de l’irréversibilité du baptême, refus de l’Eglise de se conformer au droit …

Retour, via la soirée spéciale de France 2 hier soir sur l’Affaire Finaly (téléfilm et documentaire sur les deux enfants juifs que leur nourrice catholique refusait, au lendemain de la guerre, de rendre à leur famille), sur un psychodrame politique et une époque (sur fond de guerre froide et d’anti-communisme: les Soviets, on s’en souvient, avaient soutenu la création d’Israël) qu’on a du mal, quelque cinquante ans après, à imaginer.

Et où, avant Vatican II dix ans après, les relations avec les religions non chrétiennes et notamment le peuple « déicide » ou la « Synagogue » étaient loin d’être apaisées.

Mais surtout formidable occasion, comme le rappelle l’historienne Catherine Poujol qui est à l’origine du téléfilm de France 2, de « mesurer l’énorme chemin parcouru depuis Vatican II dans les rapports judéo-chrétiens dans lesquels l’affaire Finaly aura joué le rôle d’un déclencheur salutaire »

« L’ affaire Finaly », retour en images sur une controverse
Anne-Bénédicte Hoffner
La Croix
le 21-11-2008

Une soirée spéciale est consacrée à l’histoire de Robert et Gérald Finaly sur France 2 : un téléfilm et un documentaire s’accordent à déplorer l’attitude de l’Église catholique

Prêtres, religieux et religieuses arrêtés, France divisée, vives tensions avec la communauté juive : les effets de « l’affaire Finaly » ont été ravageurs pour l’Église catholique. Ils l’ont été plus encore pour les deux frères Finaly, Robert et Gérard, malheureux protagonistes de ce triste feuilleton judiciaire que France 2 a décidé de retracer au cours d’une soirée spéciale (lire Repères ci-contre). Pendant huit ans, ils ont été ballottés d’un pensionnat à l’autre, dans la hantise d’être un jour « récupérés par les juifs », leur famille…

L’affaire démarre dans les environs de Grenoble en 1945 : ayant appris la mort de leurs parents à Auschwitz, la tante de Robert et Gérald exprime le désir d’accueillir auprès d’elle ses neveux. Car, quelques jours avant d’être arrêtés, fin 1943, son frère et sa belle-sœur, Autrichiens, ont eu le temps de confier leurs deux garçons à une voisine. De fil en aiguille, les deux petits sont passés entre les mains de mère Antonine, supérieure du couvent Notre-Dame-de-Sion à Grenoble, avant d’atterrir finalement chez Antoinette Brun, directrice de la crèche municipale de Grenoble.

Pour quelles raisons, un peu plus d’un an plus tard, « maman Brun » refuse-t-elle de les rendre ? Ni le téléfilm, ni moins encore le documentaire n’éclaircissent tout à fait ce point. S’est-elle, comme elle l’assure, « attachée à eux », après leur avoir sauvé la vie ? Ou bien faut-il ne voir dans son long combat judiciaire – qui durera jusqu’en 1953 et se soldera par un échec – la preuve d’un « fanatisme religieux », comme le plaide l’avocat de la famille Finaly ? La suite des événements ferait – hélas – pencher pour la deuxième hypothèse : de fait, non contente de monter les deux petits contre leur famille qui les réclame, elle les fait baptiser en 1948.

L' »arme » du sacrement
Le sacrement devient sa meilleure « arme », affirme le documentaire : car, désormais, « Robert et Gérald doivent recevoir une éducation catholique ». Avec ce seul argument, Antoinette Brun parvient – ce qui paraît incroyable aujourd’hui – à convaincre des prêtres et des religieuses (dont la fameuse mère Antonine) de couvrir la cavale des deux frères à travers la France et jusqu’en Espagne franquiste. Pie XII lui-même, consulté sur la conduite à tenir, déplore ce baptême « contraire au code » de droit canonique (en 1948, les enfants n’étaient plus en danger de mort) mais juge que la campagne médiatique qui ne manquera pas d’atteindre l’Église n’est pas un motif suffisant pour empêcher les chrétiens de « remplir leur devoir »…

Sur un point tout de même, le téléfilm et le documentaire divergent : alors que le premier reproche très durement aux juges leur complaisance à l’égard d’Antoinette Brun, auréolée d’un passé de résistante, le second n’évoque rien de tel, se bornant à constater la lenteur de la justice… Mais tous deux s’accordent à dénoncer l’attitude de l’Église, mettant particulièrement à mal la figure du cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, qui a cependant permis le dénouement de l’affaire.

Au final, rares sont les figures catholiques à surnager dans cet ensemble. L’avocat renommé auquel fait appel la famille Finaly, maître Maurice Garçon, membre de l’Académie et « catholique convaincu » est peut-être le seul, lui qui dénonce cette Église « bravant les lois civiles » et donnant une « image fausse » de sa religion. Bizarrement, le P. Pierre Chaillet, jésuite lyonnais, résistant et que les historiens créditent de l’accord final signé par la famille et l’archevêque de Lyon, n’apparaît ni dans le documentaire ni dans le téléfilm… Pas plus que l’intense mobilisation du réseau judéo-chrétien pendant cette affaire, et après. Il aurait peut-être aussi fallu signaler les pas gigantesques réalisés depuis par l’Église catholique, en matière de dialogue avec le judaïsme…

Voir aussi:

La mémoire vive des frères Finaly

Nathaniel Herzberg
Le Monde
21.11.08

A quoi ressemble un personnage historique ? Quelles marques laissent sur un être humain les flashes des reporters et les honneurs des manuels ? « Aucune », jurent en choeur Robert et Gérald Finaly.

A 67 et 66 ans, crânes dégarnis et lunettes fumées, les deux frères mènent une existence tranquille. En Israël, où ils sont installés depuis cinquante-cinq ans, ils se bornent à témoigner de leur enfance mouvementée une fois par an dans une école. En France, où il leur arrive de se rendre, personne ne les importune. Pourtant, l’auditorium du Mémorial de la Shoah, à Paris, était bondé lorsqu’en octobre une journée de projections et de débats leur a été consacrée. Et mardi 25 novembre, France 2 leur accordera son créneau de première partie de soirée.

Après avoir donné matière à une dizaine de livres, de nombreux articles scientifiques et plusieurs documentaires, voilà les frères Finaly sujets d’un téléfilm, réalisé par Fabrice Genestal « Nous sommes un morceau de l’histoire juive… et de l’histoire française, admet Robert, l’aîné, ancien chirurgien pédiatrique à l’hôpital de Beer-Sheva. Les deux premiers enfants juifs rendus officiellement par l’Eglise après la guerre. Mais c’est tout. Il n’y a pas de drame, pas de conflit intérieur. C’est une histoire assez simple. »

Ce tableau semble pour le moins naïf. Il cache une réalité autrement complexe et tumultueuse. Celle d’une « affaire » qui empoisonna l’après-guerre, au point d’être comparée à l’affaire Dreyfus. Droite contre gauche, anticléricaux contre cléricaux, mais encore sionistes contre antisionistes et même franquistes contre anti-franquistes, l’affrontement autour du sort des deux garçons déchira la France et passionna les Etats-Unis, Israël ou encore l’Espagne. La presse se déchaîna. Les revues sortirent des numéros spéciaux. « Si l’affaire Dreyfus avait posé la question de savoir si l’armée est au-dessus des lois, cette fois, c’est l’Eglise qui pose problème : le droit civil doit-il s’incliner devant le droit canon ? », résume l’historienne Catherine Poujol, dans Les Enfants cachés – l’affaire Finaly (Berg international, 2006).

Au centre de ce psychodrame politique, deux enfants. Le 10 février 1944, Anni et Fritz Finaly, réfugiés autrichiens arrivés en France six ans auparavant, les ont confiés à des Soeurs, près de Grenoble. Triste prémonition. Quatre jours plus tard, les parents sont arrêtés par la Gestapo. Déportés à Auschwitz, ils ne reviendront pas. Agés de 2 et 3 ans, les deux garçons aboutissent à la crèche municipale de Grenoble. Sa directrice se nomme Antoinette Brun. A 50 ans, cette antinazie résolue, catholique fervente, cache déjà neuf enfants juifs dans un château à quelques kilomètres de là. Robert et Gérald y passeront les derniers mois de la guerre.

Fritz Finaly, leur père, avait trois soeurs. Dès la Libération, elles tentent de retrouver les enfants. Pas difficile, du reste. Antoinette Brun ne se cache pas. En 1945, Margarete Fischl-Finaly écrit de Nouvelle-Zélande, où elle a immigré, pour dire à la nourrice sa reconnaissance et manifester son désir de récupérer les enfants. Après plusieurs mois, Mlle Brun lui répond que ce retour lui paraît prématuré. Mais elle la rassure : « Vos neveux sont juifs, c’est-à-dire qu’ils sont restés dans leur religion. »

Pendant trois ans, la tante multiplie les démarches, saisit le maire de La Tronche (Isère), où résident les enfants, le Quai d’Orsay, l’évêque d’Auckland, qui interroge son collègue de Grenoble. Tous constatent le refus de Mlle Brun de rendre les enfants. En septembre 1948, une autre tante, installée en Israël, mandate Moïse Keller, un entrepreneur grenoblois ami de la famille, pour la représenter. Il contacte directement celle qui vient de se faire nommer tutrice provisoire. Elle réitère son refus, qu’elle accompagne d’une information : « Je les ai fait baptiser catholiques, si ce renseignement peut vous être agréable. »

Pendant la guerre, le baptême a protégé de nombreux enfants juifs de la déportation, mais plus aucune urgence ne peut justifier une telle décision. Rien, si ce n’est la volonté de placer les enfants sous la « protection » définitive de l’Eglise. La famille porte plainte. Débute alors une longue phase juridique qui aboutit, le 11 juin 1952, à un arrêt de la cour d’appel de Grenoble : Mlle Brun doit rendre les enfants. Elle se pourvoit en cassation. Mais en attendant la décision, la loi doit être appliquée. Or, quand Moïse Keller, l’ami de la famille, vient récupérer les enfants, ceux-ci ont disparu.

Le scandale éclate. La France se coupe en deux. La famille, défendue par un ténor du barreau, catholique et membre de l’Institut, Maurice Garçon, reçoit le soutien de la presse de gauche et de l’opinion internationale. En ligne de mire : le baptême tardif et le refus de l’Eglise de se conformer au droit. Antoinette Brun devient l’égérie des journaux catholique (La Croix) ou conservateur (Le Figaro) : on y célèbre la force du baptême, on y dénonce l’ingratitude juive et les ambitions sionistes. Lorsque, début 1953, la résistante est incarcérée, celle que la justice soupçonne de « rapt » devient une martyre.

L’Eglise fait bloc. Le très rigoureux Saint-Office recommande au cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, de mettre les enfants à l’abri. Les Soeurs de Notre-Dame-de-Sion, dont Mère Antonine, supérieure du couvent de Grenoble et résistante médaillée, cachent les garçons dans différentes institutions. Plusieurs religieuses seront emprisonnées. Grenoble, Milan, Lugano, Colmar, Le Mans, Marseille, Bayonne : de 1949 à 1953, Robert et Gérald ne cessent de se déplacer. « On nous expliquait que les juifs voulaient nous prendre, nous emmener en Israël casser des cailloux sur le bord des routes, se souvient Robert. Nous, on ne voulait pas. Les juifs avaient tué Jésus et nos parents étaient morts, nous le savions. Ce que nous ne savions pas, c’est que notre famille nous réclamait. »

Devant le retentissement de l’affaire, les enfants sont envoyés en Espagne, où Franco se dit prêt à protéger ces « réfugiés religieux ». Mais le Caudillo ne mettra jamais la main sur eux. Le monastère où ils sont dissimulés est contrôlé par des Basques antifranquistes. Au terme d’un accord secret entre le cardinal Gerlier et le grand rabbinat, d’un intense ballet diplomatique et d’une intervention directe du gouvernement basque en exil, les enfants rentrent en France le 25 juin 1953. La Cour de cassation a confirmé la décision des juges de Grenoble. La famille retire ses plaintes. Les auteurs de l’enlèvement sont libérés. Le 25 juillet, les enfants, âgés de 11 et 12 ans, s’envolent vers Israël.

L’accueil est triomphal. Les héros sont salués par la presse. « Mais nous ne nous en sommes pas aperçus, assurent-ils. Nous avons tout de suite eu une vie normale. Des petits Israéliens comme les autres. L’épisode catholique n’a été qu’une parenthèse. » Une affirmation un peu rapide. Gérald, le cadet, s’est immédiatement adapté à sa nouvelle vie, et à son nouveau prénom, Gad. Mais « pour Robert, ce fut plus long, dit-il. Il envisageait d’être prêtre… » Lors d’une promenade familiale, il obtiendra d’ailleurs l’autorisation d’entrer dans une église. Dernier retour de flamme.

Quelques mois plus tard, Robert accomplit sa bar-mitsva, cérémonie religieuse qui marque l’entrée dans l’âge adulte. Il reçoit un télégramme du père de la nation, David Ben Gourion, un livre du premier ministre Moshe Sharet, et une Bible du président du Parlement, Yossef Spintzak. « Pas tout à fait ordinaire, je l’admets, sourit-il. Mais ensuite ça s’est calmé. En Israël, la mode n’était pas au culte du passé. Il fallait construire l’avenir. »

Les frères Finaly ont donc « enfermé leur histoire dans un sarcophage », selon l’historienne Catherine Poujol. « Je n’en ai pratiquement pas parlé à mes enfants, souligne Gérald, retraité de l’armée et des télécoms. Il a fallu que mon petit-fils m’interroge pour que j’évoque tout ça. » Même sentiment de verrouillage chez Philippe Bernard, le scénariste du téléfilm. « Ils sont retranchés dans la personnalité qu’ils se sont construite pour survivre. Quand j’ai demandé à Robert si son choix de la chirurgie pédiatrique était lié à sa propre enfance éclatée, il m’a dit : rien à voir. »

Pas question de passer pour des victimes. Ni de faire état de quelconques souffrances. Les deux frères ont bien recommandé le retrait d’une scène du film où Mlle Brun les embrassait. « C’était l’époque qui était comme ça », insiste Robert.

Ménager « Maman Brun », corriger le portrait qui voudrait faire de cette femme, morte en 1988, un monstre : cette volonté n’a jamais quitté les frères Finaly. En juillet 1953, avant de monter dans l’avion, Robert confiait à un accompagnateur les quelques francs qu’il avait en poche : « C’est pour Maman Brun, elle en aura plus besoin que moi. » Cinquante-cinq ans plus tard et malgré tous les détails appris depuis, il la défend toujours : « Elle nous a sauvés la vie, nous a soutenus. Elle a commis une faute en nous baptisant, c’est sûr. Mais elle a fait ce qu’elle croyait bien. »

Pourtant, lors de la journée au Mémorial de la Shoah, le 19 octobre, Robert et Gérald ont reproché à Charlotte de Turckheim, qui interprète le rôle dans le téléfilm, d’avoir trop humanisé la nourrice. Ils n’ont accepté de poser avec elle pour les photographes qu’à la condition d’être séparés par le « Mur des noms » qui recense tous les déportés. Un mur sur lequel figure, pour l’année 1944 et à la lettre F, le nom de leurs parents. La comédienne confie n’avoir « toujours pas compris ». « C’est peut-être leur manière d’exprimer enfin leur colère… »

Voir également:

Lectures
Jean-Pierre Allali
CRIF
Les Enfants cachés. L’affaire Finaly
Par Catherine Poujol avec Chantal Thoinet (*)
26/05/06

L’affaire Finaly est encore dans toutes les mémoires. La destinée hors du commun des deux enfants juifs a fait en son temps la une des journaux et enfiévré le pays. Et bien que nombre d’ouvrages et articles aient été consacrés au sujet, Catherine Poujoul, estimant qu’à ce jour aucune étude scientifique n’a traité la question, s’est replongée dans une enquête minutieuse qui lui permet de mettre à jour quelques pistes nouvelles.

Rappelons les faits : en 1938, un jeune médecin juif autrichien, Fritz Finaly, qui vient d’épouser Annie Schwarz, juive, elle aussi, réalisant qu’après l’Anschluss, son avenir à Vienne est compromis, décide de quitter le pays. Après bien des détours, il se retrouve à La Tronche, près de Grenoble. Anni mettra au monde Robert Michaël Ruben le 14 avril 1941 puis Gérald Pierre Guédalia le 3 juillet 1942. Parce qu’ils sont profondément attachés à la foi de leurs pères, les Finaly décident, malgré les risques encourus, de faire pratiquer la circoncision sur leurs enfants. En février 1944, la Gestapo arrête les parents Finaly qui sont déportés et assassinés dans les camps de la mort. Les enfants, qu’ils avaient pris soin peu avant de placer discrètement dans une crèche sont finalement confiés à Antoinette Brun.

Après la Guerre, la famille des enfants Finaly, bien que vivant aux antipodes de l’Hexagone, se manifeste. Elle veut, très légitimement récupérer les petits. Antoinette Brun ne le voit pas de cet œil-là. L’affaire commence. De conseils de familles à répétition, de jugements des tribunaux en atermoiements et en manœuvres dilatoires, tout est fait pour contrer la famille naturelle. Jusqu’au jour où Mademoiselle Brun avoue avoir fait convertir les enfants au catholicisme. Pour la communauté juive, religieux et laïcs, rabbins et dirigeants communautaires, journalistes et écrivains, c’est le tollé. Le Rubicon de l’intolérance a été franchi. La gauche laïque et la presse anticléricale sont à ses côtés. Une véritable course d’obstacles commence. Avec la complicité d’ecclésiastiques, les enfants Finaly seront séquestrés en Espagne. Et, finalement, en 1953, ils rejoindront leur famille naturelle en Israël. Ruben deviendra médecin et Guédalia militaire de carrière, puis industriel.

Dans son volumineux travail de recherche effectué avec le concours de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, du Centre National du Livre et du Centre de Recherche Français de Jérusalem, l’auteur tient immédiatement à préciser qu’il convient de jeter un regard sur l’affaire en se plaçant dans les conditions et dans l’esprit de l’époque. Notamment en milieu chrétien. Car il fut un temps où le caractère irréversible du baptême était considéré comme un dogme. Plus tard, avec Vatican II, une tout autre vision du monde et des rapports entre les religions se dessinera.

Il n’est pas inintéressant de rappeler, comme le fait Catherine Poujol, qu’à l’époque, deux procès faisaient les manchettes de la presse : le procès des responsables du massacre d’Oradour-sur-Glane et l’affaire Finaly. Des commentateurs n’hésitaient pas à évoquer l’Affaire Dreyfus ou encore celle du jeune juif Edgardo Mortara converti subrepticement en Italie et qui deviendra curé.

L’auteur explore avec minutie la presse nationale : La Croix, Le Figaro, Le Populaire, Franc-Tireur, L’Observateur, Le Monde, la presse chrétienne, Témoignage Chrétien, Esprit, Réforme, la presse extrême, Rivarol, Aspects de la France et, bien entendu, la presse juive, La Terre Retrouvée, Le Journal des Communautés, Les Cahiers de l ‘Alliance, La Vie Juive….

Elle examine le rôle dans le déroulement de l’affaire des institutions et des congrégations chrétiennes comme celui des organisations juives : CRIF, Consistoire, Alliance Israélite Universelle, C.J.M., Joint, OSE, et donne des portraits très détaillés des principaux protagonistes : Jacob Kaplan, Wladimir Rabi, Moïse Keller, Antoinette Brun, le père Chaillet, Monseigneur Gerlier, Mère Antonine et bien d’autres.

Parmi les axes de réflexion auxquels nous conduit Catherine Poujol, on peut relever : le fait que bien d’autres affaires similaires, qu’il est difficile de quantifier, se sont nécessairement déroulées sur le territoire français, la dimension antisioniste qui a conduit bien des tenants de la non-restitution à arguer du fait qu’il y avait un risque de voir grossir les effectifs démographiques du nouvel État juif honni, pour refuser de rendre les enfants à leur famille, une certaine tendance à mettre en accusation toute l’Église catholique et, surtout, la dimension basque de ce rapt dans lequel il faut voir, ce qui n’était peut-être pas évident jusqu’ici, une lutte d’influence entre le caudillo espagnol Franco et les nationalistes basques.

S’il est incontestable, et Catherine Pujol le reconnaît, qu’il serait malvenu, d’initier un procès en béatification du pape de l’époque, Pie XII, comme cela a été envisagé, il convient aussi de mesurer l’énorme chemin parcouru depuis Vatican II dans les rapports judéo-chrétiens dans lesquels l’affaire Finaly aura joué le rôle d’un déclencheur salutaire.

Avec calme mais aussi avec honnêteté, il faudra, au fur et à mesure que les archives, notamment chrétiennes, sont mises à la disposition des historiens, déterminer avec de plus en plus de précision, les contours de toutes les questions qui ont opposé, par le passé, Chrétiens et Juifs.

(*) Éditions Berg International. Avril 2006. 320 pages. 24 €

Voir de même:

Croire

Avant d’être pape, Roncalli, nonce à Paris, fut porteur de « curieuses » instructions de Pie XII sur les enfants juifs…
Histoire. Roncalli contre Jean XXIII par Jérôme Anciberro

C’est une simple lettre de quelques lignes, au ton neutre et posé, datée du 23 octobre 1946. Mais elle a déclenché une véritable polémique en Italie depuis sa publication dans le « Corriere della Sera » du 28 décembre. Le nonce apostolique alors en place à Paris, un certain Angelo Giuseppe Roncalli, qui, en 1958, deviendra sous le nom de Jean XXIII le 259e pape, y instruit le cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, primat des Gaules, d’une décision du Saint-Office, l’ancêtre de l’actuelle Congrégation pour la doctrine de la foi. Cette décision concerne les enfants juifs confiés pendant la guerre à des institutions catholiques pour échapper aux persécutions, dont les parents ou des institutions juives demandent qu’ils leur soient rendus. Après avoir précisé qu’il faut éviter de répondre par écrit aux demandes, le nonce explique que, si ces enfants ont été entre-temps baptisés, ils « ne pourront être confiés à des institutions qui ne sauraient en assurer l’éducation chrétienne ». Autant dire qu’on ne peut les remettre… à des juifs. Cette instruction reste valable même si la demande émane des parents en personne. La lettre se conclut par cette formule : « Notez que cette décision de la congrégation du Saint-Office a été approuvée par le Saint-père. »

« On a un peu de mal à reconnaître ici le futur Jean XXIII dans cette lettre du nonce Roncalli », estime l’historien Etienne Fouilloux (1). De fait, l’histoire retient surtout l’action de Jean XXIII comme initiateur du concile Vatican II, dont la déclaration Nostra Ætate sur les religions non chrétiennes a complètement redéfini la position de l’Eglise vis-à-vis des juifs, jusqu’alors considérés comme peuple « déicide ». Les biographes de Roncalli mentionnent aussi son action en Grèce et Turquie durant la Seconde Guerre mondiale où il aurait contribué à sauver de nombreux juifs en délivrant des visas de transit de la délégation apostolique. Ses bons contacts avec les juifs de France sont également attestés, notamment par une lettre du 19 juillet 1946 envoyée au nonce par deux responsables juifs. Ceux-ci évoquent l’autorisation qu’aurait donnée Roncalli au grand rabbin de Palestine, Isaac Herzog, en visite en France, pour se prévaloir de son autorité afin de régler avec les institutions catholiques la question des enfants juifs qui avaient été confiés à ces dernières. « Le nonce applique la politique du Vatican, il est là pour ça, explique l’historienne Annie Lacroix-Riz. Roncalli a fait son boulot. Il a aussi contribué à remettre sur pied l’Eglise de France, particulièrement compromise par son soutien au régime de Vichy. C’est d’ailleurs aussi durant sa nonciature qu’a été organisé le sauvetage d’un certain nombre de criminels de guerre par l’institution. Et on ne peut pas imaginer qu’il n’ait pas été au courant ». En d’autres termes : Angelo Giuseppe Roncalli, simple diplomate, avait encore bien du chemin à parcourir pour devenir « le bon pape Jean ».

Mais la découverte de cette lettre repose surtout la question de l’attitude générale du Vatican et de celui qui le dirigeait alors : Pie XII, déjà vivement critiqué par de nombreux historiens pour sa conduite durant la Seconde Guerre mondiale. Amos Luzzato, président de l’Union des communautés juives d’Italie, a d’ailleurs immédiatement évoqué les tensions que ne manquerait pas de produire une éventuelle béatification de Pie XII. Le père jésuite allemand Peter Gumpel, chargé au Vatican de la cause de Pie XII, explique, quant à lui, que le Saint-Office ne faisait que rappeler en 1946 la doctrine qui prévalait à l’époque, selon laquelle le baptême soumettait à l’Eglise celui qui le recevait, et que celle-ci était tenue de se soucier de l’éducation chrétienne de ses ouailles. Une mise en perspective sans doute utile, mais qui semble ici bien dérisoire.

1. Il vient d’éditer le premier tome des agendas du nonce lorsqu’il était en poste à Paris, Anni di Francia, Agende del nunzio Roncalli, 1945-1948, Institut des sciences religieuses de Bologne (Italie).

L’affaire des frères Finaly

La découverte de cette lettre du nonce porte un nouvel éclairage sur l’une des affaires qui a fait le plus couler d’encre dans l’après-guerre : l’affaire Finaly. En avril 1944, le docteur Finaly et sa femme confient leurs deux fils à une crèche municipale de Grenoble dirigée par une certaine Mlle Brun, catholique fervente. Les époux Finaly meurent en déportation. En 1945, une tante des deux enfants les réclame à Mlle Brun, qui refuse de les rendre. En 1948, elle explique les avoir fait baptiser. En 1952, quand une décision de justice est rendue, les enfants ont disparu. On les retrouve finalement en Espagne où ils ont été cachés avec l’aide d’institutions catholiques. Germaine Ribière, proche de Pierre Chaillet, fondateur de TC, sera chargée de ramener les enfants.

Entre-temps, le fait divers sera devenu une véritable affaire d’Etat qui divisera l’opinion publique, opposera juifs et catholiques, compromettra l’Eglise de France et remontera jusqu’au Vatican.

Voir enfin:

L’affaire Finaly
Véronique Chemla
Guysen International News
25 novembre 2008

France 2 consacre sa soirée du mardi 25 novembre 2008 à l’affaire Finaly en diffusant le téféfilm de Fabrice Génestal avec Charlotte de Turckheim et Pierre Cassignard Une enfance volée : l’affaire Finaly, puis le documentaire L’affaire Finaly de David Korn-Brzoza. L’histoire de Robert et Gérald Finaly, deux enfants juifs cachés sous l’Occupation par un réseau catholique dont est membre Mlle Antoinette Brun. A la Libération, et pendant des années, Mme Brun refusa de rendre à la famille Finaly ces enfants devenus orphelins et qu’elle fit baptiser. Une histoire médiatisée qui suscita une vive polémique notamment en France et se dénoua en 1953 par la remise des deux frères à leur famille vivant en Israël. Histoire.

« L’enfer est pavé de bon sentiments », résumait l’actrice Charlotte de Turckeim lors du déjeuner de presse organisé le 3 novembre au siège de France 2. Méconnaissable, elle campe une Mlle Brun manipulatrice qui, sanglée dans ses convictions, refusa continûment de respecter le droit et la famille des enfants orphelins. Et ainsi, elle provoqua une affaire qui divisa « la France entre cléricaux et anticléricaux, sionistes et antisionistes, tenants du respect des lois républicaines contre partisans du droit canon ».

Chronologie(1)
1938, 30 août : le Dr Fritz Finaly, chef de clinique à Vienne, épouse Anni Schwarz à Vienne (Autriche). Un de ses oncles est le fondateur de la banque de Paris et des Pays-Bas.
1939, avril : le couple, ayant fui l’Autriche après l’Anschluss, s’installe à Paris.
1941, 14 avril : naissance de Robert Finaly, déclaré comme Français et qui sera circoncis.
1942, 3 juillet : naissance de Gérald Finaly, Autrichien comme ses parents, et qui sera circoncis.
1944, 10 février : craignant d’être arrêtés par la Gestapo, les parents Finaly confient leurs deux fils, et leurs affaires (bijoux, reçu de la Creditanstalt à Zurich, appareil Leica) à la pouponnière Saint-Vincent à Grenoble.
14 février : Fritz et Anni Finaly sont arrêtés, déportés le 7 mars de Drancy à Auschwitz dans le convoi n° 69.
Leurs enfants sont cachés quelques jours au couvent Notre-Dame-de-Sion(2) , puis recueillis par Mlle Antoinette Brun, résistante et directrice de la crèche municipale de Grenoble, au château de Vif où ils restent jusqu’en 1952.
1945, 2 février : Mme Fischl, leur tante de Nouvelle-Zélande, tente d’obtenir leur retour dans leur famille. Elle se heurte au refus de Mlle Brun.
12 novembre: Mlle Brun se fait nommer tutrice provisoire lors du 1er conseil de famille.
1948 : En Israël, Edwige Rosner, une tante de Robert et Gérald Finaly, reprend l’action initiée par Mme Fischl. Elle sollicite l’aide de Moïse Keller, chef d’entreprise grenoblois et ancien résistant.
1948, 28 mars : Mlle Brun fait baptiser les deux enfants alors que nul danger ne les menace. Ce qui contrevient notamment à la volonté des parents et au code de droit canonique.
1949, janvier : la famille des enfants Finaly demande à Moïse Keller de la représenter en justice afin de les récupérer.
1952, 11 juin : une ordonnance du tribunal ordonne à Mlle Brun de rendre les enfants à leur famille. Mlle Brun interjette appel, et perd son procès. Elle se pourvoit en cassation le 15 juillet.
décembre : Moïse Keller sollicite l’aide de Wladimir Rabinovitch, dit « Rabi », juge et journaliste.
1952-1953 : Mlle Brun sollicite l’aide de la mère supérieure de Notre-Dame-de-Sion, Mère Antonine, qui contacte le cardinal Pierre-Marie Gerlier, Primat des Gaules, à l’archevêché de Lyon. Pendant ce temps, les enfants sont cachés dans plusieurs lieux en France et enlevés en février pour être emmenés dans le Pays basque espagnol. La campagne de presse et les actions des organisations juives s’intensifient.
1953, janvier : Me Maurice Garçon, avocat de Moïse Keller, stigmatise le « fanatisme religieux » de Mlle Brun.
8 janvier : Mgr Gerlier évoque l’affaire lors de son entrevue avec le pape Pie XII. Celui-ci déclare : « On n’aurait pas du baptiser ainsi ces enfants ! C’est contre les prescriptions du Code… Il peut se faire que, dans le cas présent, l’affaire se présente de façon spéciale qui permettrait une autre attitude ».
5 février : Mère Antonine est arrêtée, accusée de complicité d’enlèvement sur les deux enfants Finaly.
Le grand rabbin de France Jacob Kaplan(3) rencontre à Lyon Mgr Gerlier.
6 mars : Induit par l’accord secret entre le grand rabbin Kaplan et Mgr Gerlier, l’accord entre la famille des enfants Finaly et le père Chaillet, un jésuite représentant Mgr Gerlier et qui dirigeait sous l’Occupation un réseau L’amitié chrétienne protégé alors par le cardinal, est signé. Il contient quatre points, notamment la restitution des enfants Finaly à leur famille en Israël et le retrait des plaintes contre tous les religieux. Le père Chaillet dirigeait après guerre le COSOR qui accueillait 35 000 orphelins, dont la moitié était juifs.
Fin mars : ne parvenant pas à localiser les enfants Finaly, Mgr Gerlier demande à Germaine Ribière, résistante de l’Amitié chrétienne(4), de les retrouver au Pays basque.
Le Vatican décide de résoudre directement cette affaire en la confiant au cardinal Montini, sous-secrétaire d’Etat au Vatican (2e personnage du Vatican après le Pape) et futur pape Paul VI.
Juin : le général Francisco Franco, chef de l’Etat espagnol, propose à la France de rendre les enfants Finaly, dont il ignore la cache, contre l’extradition de quatre républicains basques en exil à Tarbes. Georges Bidault, ancien résistant et ministre français des Affaires étrangères, ne cède pas au coup de bluff du caudillo.
11 juin : à Lyon, Germaine Ribière informe Mgr Gerlier que les enfants Finaly sont détenus par des Basques, en particulier par des prêtres.
20 juin : l’abbé Emile Laxague écrit à Germaine Ribière que « le retour des enfants Finaly est la seule solution actuellement justifiable ».
23 juin : la Cour de cassation a rejeté le pourvoir de Mlle Brun et confirmé que les enfants Finaly doivent être confiés à leur tante et tutrice, Edwige Rosner.
25 juin : Robert et Gérald Finaly sont conduits au consulat de France à San Sebastian. De là, Germaine Ribière les ramène en France, dans la propriété d’André Weil, dans l’Oise, où ils rencontrent leur tante paternelle. André Weil était trésorier du COSOR.
Mlle Brun écrit à Vincent Auriol.
18 juillet : Mme Rosner retire sa plainte.
25 juillet : accompagnés de leur tante paternelle, les enfants Finaly prennent l’avion pour Israël(5).
1955, 7 juin : non-lieu général dans l’affaire Finaly.

Des passions non apaisées
Servi par une interprétation remarquable et une reconstitution scrupuleuse(6), le film télévisuel ainsi que le documentaire sont inspirés des travaux de l’historienne Catherine Poujol qui a eu accès à des documents inédits.
Dans le téléfilm de Fabrice Génestal, par souci de simplification narrative, des personnages ont disparu, tel Guy Brun, enfant juif recueilli et adopté par Mlle Brun, des faits ont été passés sous silence ou minorés. Un souci partagé par les auteurs de la bande dessinée sur l’affaire Finaly. Une BD au graphisme en noir et blanc et au réalisme saisissant.

Ces œuvres mettent en relief le mystère et l’ambigüité de Mlle Brun.
Certes, Mlle Brun a pris des risques sous l’Occupation pour sauver des enfants juifs.
Engoncée dans sa vision du catholicisme, persuadée d’agir pour le bien des enfants Finaly – baptême, éloignement de leur famille et d’Israël -, elle s’obstine dans sa voie, au mépris de préceptes de sa religion et du droit, des mobilisations d’organisations juives et de personnalités dans le monde.
Rouée, non exempte de préjugés antisémites et peut-être dotée d’une certaine perversité, elle instrumentalise des dignitaires catholiques, attire l’église catholique qui se fourvoie dans son combat. Elle apitoie même un juge qui déroge au principe de neutralité indissociable de sa fonction !
Consciente du pouvoir des médias, elle mobilise l’opinion publique en posant en mère attentive de deux garçons qu’elle rencontre à quelques reprises annuelles.
Elle se révèle indifférente aux souffrances qu’elle inflige, par son comportement obtus, aux enfants Finaly, à Moïse Keller et à leur famille. Le 19 octobre 2008, lors des projections de films au Mémorial de la Shoah (Paris), Guy Brun et les enfants de Moïse Keller ont exprimé leurs souffrances. Guy Brun a évoqué, selon des témoins, une Mlle Brun non désintéressée. Quant à la famille de Moïse Keller, elle a subi les contrecoups de cette affaire – le courroux et la haine connotant les passions – dans laquelle leur père a assumé longtemps et seul un dur combat contre des institutions publiques et privées, laïques et catholiques, et a vu son entreprise péricliter. Moïse Keller et sa famille ont fait leur aliyah, puis sont retournés en France.

Si l’affaire a cristallisé autant de passions, c’est qu’elle conjuguait des facteurs sensibles et majeurs : la priorité particulière accordée par les juifs aux enfants et à la transmission de l’identité juive ; les difficultés de certaines familles juives à récupérer leurs enfants cachés chez des chrétiens; la prégnance de préjugés antisémites dans la France de l’après-guerre. Et les motivations du sauvetage des enfants juifs par des catholiques; la sincérité et les aléas du dialogue entre juifs et catholiques(7); la reconnaissance nécessaire par les catholiques de l’altérité juive, source d’interrogations essentielles. Last, not least, la faiblesse d’une communauté juive blessée dans son attachement à la France, persécutée sous le régime de Vichy et décimée, notamment ses plus jeunes membres(8), par la Shoah ; le sort des enfants cachés(9) et le destin des enfants juifs, que nul n’est venu rechercher – enfants orphelins, parentèles assassinées dans les camps nazis – et qui ont grandi dans l’ignorance de leur origine juive.

Une enfance volée : l’affaire Finaly, réalisé par Fabrice Génestal. Scénario, adaptation et dialogues de Philippe Bernard, en collaboration avec l’historienne Catherine Poujol. Produit par Elizabeth Arnac pour Lizland Films.

Catherine Poujol, avec la participation de Chantal Thoinet, Les enfants cachés, l’affaire Finaly (1945-1953). Berg International Editeurs, 2006. 319 pages. ISBN : 978-2911289866.

Fabien Lacaf, Catherine Poujol, Les enfants cachés, l’affaire Finaly. Berg International Editeurs, coll. IceBerg, 2007. 48 pages. ISBN : 978-2911289934.

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(1) http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/34/78/64/Documents-textes/affaire-Finaly-Chronologie.pdf
(2) Madeleine Comte :
Sauvetages et baptêmes, Les religieuses de Notre-Dame de Sion face à la persécution des Juifs en France
>(1940-1944). Préface d’Etienne Fouilloux. L’Harmattan, 2001. 224 pages. ISBN : 2-7475-1190-1
Texte de la conférence pour l’Amitié judéo-chrétienne de Lyon :
http://ajcf.lyon.over-blog.com/article-24813141-6.html -,
25 septembre 2008, à Lyon : http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/34/78/64/Documents-textes/affaire-Finaly-Chronologie.pdf
(3) Jacob Kaplan, L’affaire Finaly. Préface par Maurice-Ruben Hayoun. Ed. du Cerf, 1993. ISBN : 2-204-04707 Haïm Korsia, Etre Juif et Français – Jacob Kaplan, le Rabbin de la République. 2006. ISBN : 9782350760230
(4) Germaine Ribière, L’affaire Finaly, « ce que j’ai vécu ». CDJC, 1998. 60 pages. ASIN : B000WSOH8Q Le titre de Juste parmi les Justes a été décerné à Mgr Gerlier et Germaine Ribière.
(5) Robert a été chirurgien pour enfants à l’hôpital de Beer-Sheva. Gérald est devenu officier de l’armée israélienne, puis entrepreneur.
(6) A noter que les institutions catholiques de la région lyonnaise n’ont pas répondu aux demandes de la société de production Lizland de tourner dans certains de leurs immeubles.
(7) Véronique Chemla, Un dialogue judéo-catholique en France remarquable, 25 décembre 2007,
http://www.guysen.com/articles.php?sid=6533
(8) Serge Klarsfeld, La Shoah en France, tome 3 : le mémorial des enfants juifs déportés de France. Fayard, 2001. ISBN-13 : 978-2213610528
http://www.akadem.org/sommaire/themes/histoire/1/2/module_2622.php
(9) Paroles d’étoiles, mémoires d’enfants cachés, 1939-1945. D’après les ouvrages originaux de Jean-Pierre Guéno, scénario et adaptation de Serge Le Tendre, un album conçu et coordonné par Jean Wacquet.
Soleil Productions, 2008. 96 pages. ISBN : 9782302003569.
Michèle Rotman, Carnets de mémoire. Ramsay, 2005. ISBN : 9782841147328


Affaire Enderlin: Quand l’idéologiquement vraisemblable se transforme magiquement en réalité (Blood libel redux)

25 novembre, 2008
Massacre of the innocentsIl est 15h, tout vient de basculer près de l’implantation de Netzarim, dans la bande de Gaza. Les Palestiniens ont tiré à balles réelles, les Israéliens ripostent. Ambulances, journalistes et simples passants sont pris entre deux feux… Ici Jamal et son fils Mohammed sont la cible de tirs venus de la position israélienne. Mohammed a douze ans, son père tente de le protéger. Il fait des signes, mais… une nouvelle rafale, Mohammed est mort et son père gravement blessé. Charles Enderlin (20 h de France 2, 30 septembre 2000)
Il dit à son peuple: Voilà les enfants d’Israël qui forment un peuple plus nombreux et plus puissant que nous. (…) Alors Pharaon donna cet ordre à tout son peuple: Vous jetterez dans le fleuve tout garçon qui naîtra … Exode 1 : 9 et 2: 22
Alors Hérode (…) envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléhem et dans tout son territoire … Matthieu 2:16

Suite à la dernière audience du procès en appel Enderlin-Karsenty

Excellente synthèse de Pierre-André Taguieff sur la dernière adaptation contemporaine de la légende du « crime rituel juif », à savoir l’Affaire Al Dura, concoctée par un cameraman palestinien membre du Fatah et le correspondant français de France 2 en Israël Charles Enderlin.

Légende qui, depuis l’Europe médiévale mais aussi déjà bien avant avec l’expulsion du peuple hébreu d’Egypte, a la vie dure et nombre de relais hélas parmi nos idiots utiles dans le journalisme ou l’intelligentsia …

Imposture médiatique et propagande « antisioniste » : une adaptation contemporaine de la légende du « crime rituel juif

Pierre-André Taguieff (directeur de recherche au CNRS, Paris)
Media-Ratings
le 22 novembre 2007

Ce texte de Pierre-André Taguieff est extrait d’un ouvrage à paraître en février 2008, portant sur « l’identité juive et ses ennemis », du XVIIIe siècle à nos jours.

Il a été préalablement publié sur un autre média.

Toutefois, sous la pression d’amis de Charles Enderlin, les responsables de ce site ont suspendu la publication de ce texte au bout de quelques heures.

Cela donne une idée de l’atmosphère intellectuelle qui règne actuellement à Paris autour de cette affaire.

Au début du XXIe siècle, c’est un fait que la vieille et triste histoire de la légende du « crime rituel juif » n’est pas terminée. On connaît le principal motif de l’accusation de « crime rituel », forgée par l’antijudaïsme chrétien médiéval : l’affirmation qu’existe une coutume juive consistant à sacrifier chaque année un chrétien, un enfant de préférence, pour en recueillir le sang, qui doit servir à fabriquer la matza, le pain azyme consommé pendant la fête de Pâques . Le « crime rituel » par excellence, c’est l’infanticide rituel. L’abbé Henri Desportes, en 1889, dans son livre intitulé Le Mystère du Sang chez les Juifs de tous les temps, décrit ainsi un meurtre rituel ordinaire, illustration par excellence des « turpitudes talmudiques » : « Un pauvre petit enfant chrétien se débat dans les affres d’une mort horrible, entouré des instruments de la passion, au milieu du ricanement des bourreaux ! » Et de s’indigner devant « cet immense rouleau d’horreurs, engendrées par la haine judaïque » . Plus tard, en 1914, Édouard Drumont avancera une explication racialiste de cette forme spécifique de criminalité : « L’existence du peuple d’Israël n’est qu’une lutte constante contre l’instinct de la race, l’instinct sémitique qui attire les Hébreux vers Moloch, le dieu mangeur d’enfants, vers les monstrueuses idoles phéniciennes. » La question est ainsi réglée : chez les Juifs, le crime rituel est dans la race – dans le « sang de la race ». L’infanticide rituel, chez les Juifs, n’est pour Drumont que la manifestation périodique d’un instinct racial irrépressible.

Cette accusation antijuive, d’origine européenne et chrétienne, a largement été acclimatée au XIXe siècle au Moyen-Orient. Dans ce nouveau contexte culturel, les enfants chrétiens ont été concurrencés puis remplacés par les enfants musulmans. On trouvait une récente mise en scène du stéréotype du Juif cruel et sanguinaire, criminel rituel, dans les caricatures, courantes dans les pays arabes jusqu’aux derniers mois de 2004, qui représentaient Ariel Sharon en vampire, les yeux injectés de sang, buvant du sang arabe, ou en ogre dévorant un ou plusieurs enfant(s) Palestinien(s). La représentation répulsive du « sioniste » en tant que criminel-né a été recyclée par le discours de propagande « antisioniste » présentant l’armée israélienne comme une bande de tueurs assoiffés de « sang palestinien », et plus particulièrement de tueurs d’enfants palestiniens, prenant plaisir à les tirer « comme des lapins ». De l’amalgame polémique « sionisme = racisme », on est passé au stade suprême de la propagande antijuive, fondé sur l’équation « sionisme = palestinocide », le « palestinocide » étant présenté de préférence comme un infanticide. Dans la construction du « sionisme » comme une entreprise génocidaire, les propagandistes font feu de tout bois : après avoir transformé les Palestiniens en symboles des pauvres, des humiliés et des offensés, puis en victimes de « l’impérialisme d’Israël » ou plus largement d’un « complot américano-sioniste » mondial, ils les transforment en enfants « martyrs ». Car c’est également par assimilation avec la légende du « crime rituel juif » que s’est opérée l’exploitation internationale, par toutes les propagandes « antisionistes », du prétendu assassinat par l’armée israélienne au cours d’une fusillade au carrefour de Netzarim (bande de Gaza), le 30 septembre 2000 (alors que commençait la deuxième Intifada), du jeune Palestinien Mohammed al-Dura .

Le cameraman palestinien Talal Abu Rahma, travaillant pour France 2 en collaboration avec le journaliste Charles Enderlin – qui n’était pas présent à Netzarim sur le lieu de la fusillade -, avait filmé environ vingt-sept minutes de l’incident (constituant les rushes). La chaîne publique France 2 a diffusé le jour même, dans son Journal, l’image-choc du jeune Palestinien de 12 ans qui aurait été « tué de sang-froid » par des soldats israéliens. Cette image de l’enfant inerte, présentée par Charles Enderlin comme la preuve de la mort de l’enfant, a été diffusée et rediffusée par tous les médias de la planète, véhiculant et renforçant le stéréotype du Juif criminel et pervers, assassin d’enfants. Les effets d’incitation au meurtre de la diffusion de ces images ont été immédiats : le 12 octobre 2000, aux cris de « vengeance pour le sang de Mohammed al-Dura ! », des Palestiniens déchaînés ont mis en pièces les corps de deux réservistes israéliens. La haine et la violence meurtrière contre les Juifs paraissaient justifiées. C’est pourquoi la Seconde Intifada, avec ses effets d’imitation hors des lieux du conflit, a été lancée sur le marché médiatique mondial d’un façon particulièrement efficace par ce montage d’images destiné à provoquer l’indignation. Dans l’opinion occidentale, on a pu observer des réactions semblables à celle d’une journaliste fort estimable par ailleurs, Catherine Nay : « La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. » La suggestion est claire, et illustre parfaitement l’idéologie de la substitution : le « racisme anti-arabe » aurait remplacé le « racisme antijuif », l’arabophobie et l’islamophobie représenteraient la forme contemporaine de la judéophobie. Dans la société de communication planétaire, les images peuvent constituer des armes redoutables, dès lors qu’elle inspirent des désirs de vengeance et alimentent la propagande en faveur du Jihad mondial .

L’historien américain Richard Landes voit à juste titre dans cette affaire de « martyr » ultramédiatisée, rejouant contre Israël l’accusation d’infanticide rituel, le « premier “meurtre rituel” du XXIe siècle » . À la suite de nombreuses contre-enquêtes mettant en cause la chaîne publique de télévision française, France 2, qui avait diffusé le court montage d’images (50 secondes) qui a fait le tour du monde, alimentant la haine à l’égard d’Israël et des Juifs, la mystification a commencé, à l’automne 2007, à être reconnue. À une mise en scène organisée par des palestiniens sur place se serait ajoutée la sélection d’images due à Charles Enderlin et aux responsables de France 2 . Fin septembre 2007, le directeur du Bureau de presse gouvernemental israélien, Danny Seaman, a estimé publiquement que les images ont fait l’objet d’une manipulation de la part du caméraman Talal Abu Rahma. Cette intervention significative est le résultat d’initiatives individuelles qui, en dépit des sarcasmes, se sont poursuivies en vue de d’établir les faits, indépendamment des rumeurs. Outre les universitaires Richard Landes et Gérard Huber, les journalistes Denis Jeambar, Daniel Leconte et Luc Rosenszweig ont contribué à mettre en doute la conformité du reportage avec la réalité des événements. Mais c’est surtout grâce aux efforts de Philippe Karsenty que l’icône victimaire al-Dura s’est transformée en « affaire al-Dura ». Après avoir visionné et analysé, avec d’autres observateurs, les rushes de France 2, Philippe Karsenty, jeune chef d’entreprise français qui dirige une agence de notation des médias, Media Ratings, s’est engagé dans un combat difficile en diffusant sur son site, le 22 novembre 2004, les conclusions de son examen critique, qualifiant de « supercherie » sur la base d’une « série de scènes jouées » le reportage du correspondant permanent en Israël, Charles Enderlin, responsable du montage et du commentaire des images. Philippe Karsenty n’a pas hésité à affirmer qu’il s’agissait d’un « faux reportage » et d’une « imposture médiatique », bref d’un reportage truqué. La direction de France 2 et son journaliste Charles Enderlin ont engagé des poursuites contre Philippe Karsenty qui, après avoir été jugé coupable de diffamation en première instance, le 19 octobre 2006, par la 17e chambre correctionnelle de Paris, a fait appel. À la demande de la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris, les rushes filmés par le cameraman palestinien ont été visionnés et commentés par les deux parties au cours de l’audience du 14 novembre 2007. Mais, sur les 27 minutes de rushes qui avaient été annoncées, France 2 n’en a présenté que 18, lesquelles donnent à voir notamment des répétitions de mise en scène de fausses fusillades, avec de faux blessés, ce qui suffit à jeter le doute sur le sérieux du reportage. Ce qui est sûr, c’est qu’il y avait un dispositif de mise en scène chez les Palestiniens présents sur les lieux. L’examen du fond de l’affaire a été fixé au 27 février 2008. Selon plusieurs articles de presse, le soupçon de truquage a été renforcé par le visionnage des rushes. La dépêche de l’AFP du 14 novembre 2007 a fort bien caractérisé le point en litige : « Alors que le reportage se terminait sur une image de l’enfant inerte, laissant à penser qu’il était mort à la suite des tirs, dans les rushes, on voit, dans les secondes qui suivent, l’enfant relever un bras. C’est un des éléments qui poussent M. Karsenty à affirmer qu’il y a eu mise en scène. » En déclarant que l’agonie de l’enfant avait été filmée, Charles Enderlin a menti. Rien de tel n’avait été filmé. Le « mort en direct » de l’enfant n’a pas eu lieu. Si ces rushes n’ont pas été présentés lors de l’audience du 14 novembre 2007, c’est tout simplement parce qu’ils n’existent pas. Il s’ensuit qu’il n’y a aucune preuve que l’enfant a été tué. Ce qui n’exclut pas bien sûr que l’enfant, au cas où il aurait été touché, soit décédé à la suite de ses éventuelles blessures. Mais nous ne disposons d’aucune preuve de ce décès.

Il reste à s’interroger sur les raisons qui ont conduit le professionnel aguerri qu’est Charles Enderlin à sombrer dans la faute professionnelle. Il faut tout d’abord tenir compte de la forte pression idéologique qui s’exerçait au début de l’Intifada Al-Aqsa. En février 2005, s’interrogeant sur le fait que les soldats israéliens avaient été si facilement accusés, sans la moindre preuve, d’avoir tiré sur l’enfant, le journaliste Daniel Leconte avait justement relevé qu’il existait une « grille de lecture de ce qui se passe au Proche-Orient » , et que les commentateurs avaient une forte tendance à y adapter les événements relatés, moyennent quelques « corrections » et accommodations. Telle est la tyrannie de l’idéologiquement correct, fondé sur un sommaire manichéisme : d’une part, les méchants agresseurs, incarnés par les soldats israéliens ; d’autre part, les innocentes victimes, représentées par les enfants palestiniens. C’est ainsi que l’idéologiquement vraisemblable se transforme magiquement en réalité. En outre, n’étant pas présent à Netzarim sur le lieu de la fusillade supposée, le journaliste Charles Enderlin, vraisemblablement saisi par le désir du scoop, a pu être manipulé par son caméraman palestinien qui, membre du Fatah, n’a jamais caché son engagement politique. Quand Talal Abu Rahma a reçu un prix, au Maroc, en 2001, pour sa vidéo sur al-Dura, il a déclaré à un journaliste : « Je suis venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de mon peuple. » Quoi qu’il en soit, Richard Landes, présent lors de cette audience, a relevé le fait qu’il manquait dans les rushes présentés le 14 novembre par France 2 et Charles Enderlin à la Cour d’appel de Paris « les scènes les plus embarrassantes pour eux, notamment la scène du jeune au cocktail Molotov avec une tache rouge au front », avant d’ajouter : « Aux États-Unis, la présidente de la Cour aurait dit : “Comment osez-vous nous dire que vous avez enlevé les passages qui vous semblaient sans rapport ? C’est à nous de décider” » .

Mais le mal a été fait, et la rumeur criminalisante lancée. Innocente de ce dont on l’accusait, l’armée israélienne est devenue la cible de campagnes de diffamation destinées à ternir l’image d’Israël. En outre, exploitée par la propagande des islamistes radicaux, l’image du « petit Mohammed »-martyr a « sonné l’heure du Jihad mondial dans le monde musulman » , un an avant les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001. Cette image a paru confirmer l’une des affirmations récurrentes des hauts dirigeants d’Al-Qaida, selon laquelle les Juifs et leurs alliés américains « tuent les musulmans », ce qui justifiait le déclenchement du « Jihad défensif », impliquant l’obligation pour tout musulman de combattre les agresseurs des musulmans ou les envahisseurs des « terres musulmanes », bref tous les « ennemis de l’Islam » .

Les islamistes palestiniens n’ont pas manqué d’instrumentaliser dans la guerre politico-culturelle qu’ils mènent contre « l’ennemi sioniste » ou plus simplement « les Juifs ». Le Hamas s’est ainsi lancé dans une opération d’endoctrinement des jeunes enfants palestiniens dans la perspective du Jihad, en sloganisant l’accusation visant les Juifs comme « tueurs d’enfants ». Chaque vendredi après-midi, sur la chaîne satellitaire du Hamas, Al-Aqsa TV, est diffusée une émission pour enfants intitulée « Les Pionniers de demain ». La star de cette émission, très regardée par les enfants de tout le monde arabe, est une abeille géante nommée Nahoul. Le journaliste du Monde Benjamin Barthe présente ainsi cette émission de propagande : « Durant une demi-heure, Nahoul et la jeune présentatrice Saraa interprètent une série de sketches entrecoupés d’interventions de spectateurs par téléphone. Les scénarios mêlent devinettes, conseils pratiques (“Les bienfaits de l’ananas”) et morale familiale (“Pourquoi il faut aimer sa mère”) à une forte dose de propagande islamiste, truffée d’apologie du “martyre” et d’incitation à la haine des “Juifs”. »

L’abeille Nahoul a remplacé la souris Farfour, personnage ressemblant à Mickey Mouse, dont l’un des messages, au printemps 2007, avait été un appel à libérer « les pays musulmans envahis par les assassins ». Réagissant à une menace de procès par la compagnie Disney, Al-Aqsa TV a décidé de sacrifier Farfour, non sans une ultime provocation, qui a consisté à mettre en scène la mort de la souris islamiste, victime de l’extrême violence d’un interrogateur israélien, désireux de lui voler sa propriété . Le mot de la fin a été prononcé par la présentatrice Saraa : « Farfour est mort en martyr en protégeant sa terre, il a été tué par les tueurs d’enfants. » L’intention directrice de l’émission est parfaitement exprimée dans le charmant dialogue destiné à présenter le nouveau personnage :

« – Saraa : Qui es-tu ? D’ou viens-tu ?

– Nahoul : Je suis Nahoul l’abeille, le cousin de Farfour.

– Saraa : Qu’est-ce que tu veux ?

– Nahoul : Je veux suivre les pas de Farfour
.

– Saraa : Ah ? Comment ça ?


Nahoul : Oui, le chemin de l’Islam, de l’héroïsme, du martyr et des Moudjahidines. Nous prendrons notre revanche sur les ennemis d’Allah, les assassins d’enfants innocents, les tueurs de prophètes, jusqu’à ce que nous libérions Al-Aqsa de leur impureté…


Saraa : Bienvenue, Nahoul. »

L’objectif d’une telle émission est clair : conduire les jeunes téléspectateurs à intérioriser cette représentation du Juif comme criminel et infanticide afin de les disposer à devenir des combattants fanatiques. La légende du « crime rituel juif », réactivée par l’exploitation symbolique de la « mort en direct » du jeune al-Dura, est devenue une source d’inspiration pour toutes les formes culturelles de la propagande antijuive contemporaine, des timbres-poste et des affiches à l’effigie d’al-Dura aux émissions interactives de télévision. Il est hautement significatif que, face aux critiques, Hazem Sharawi, le jeune concepteur des « Pionniers de demain », ait ainsi défendu son émission : « Nous ne faisons que refléter la réalité. Regardez ce qui est arrivé à Mohammed al-Dura… ». Pour les professionnels de la criminalisation des Juifs, l’absence de preuve de la mort d’al-Dura est devenue la preuve par al-Dura. La poupée engagée a donc continué à prêcher le Jihad. Le journaliste du Monde souligne l’association récurrente entre l’appel au Jihad et le thème répulsif du « Juif tueur d’enfants » : « Dans un épisode diffusé fin juillet [2007], l’abeille islamiste parle de libérer la mosquée Al-Aqsa, dans la Vieille Ville de Jérusalem, des “impuretés des Juifs criminels”. À une petite spectatrice qui explique par téléphone vouloir devenir “journaliste”, Nahoul conseille de “photographier les Juifs quand ils tuent les enfants”. Puis une autre fillette appelle et clame que, une fois grande, elle sera une “combattante du Jihad”. “Si Dieu le veut”, répond Saraa, comblée par la ferveur islamiste de son très jeune public. »

On ne saurait sous-estimer ni l’importance, ni la gravité des conséquences de cette opération de propagande, qui a touché le public planétaire. Elles ne pourront jamais être totalement effacées, quels que soient les résultats de la contre-offensive intellectuelle récemment lancée par des universitaires et des journalistes soucieux de rétablir la vérité. Le pseudo-reportage de France 2, qui a puissamment servi à diaboliser et à criminaliser Israël, tout en alimentant le discours des partisans du « Jihad défensif » mondial, aura produit une « affaire al-Dura » qui ne fait vraisemblablement que commencer. On attend avec autant d’impatience que de scepticisme l’intervention, sur cette abominable affaire, des professionnels de « l’éthique des médias », trop souvent abonnés aux colloques ronronnants dont l’une des fonctions est précisément d’écarter toutes les « questions qui fâchent ». L’affaire Dreyfus pourrait être à cet égard exemplaire. Lorsque Lucien Herr et Bernard Lazare se lancèrent dans le combat, ils paraissaient isolés autant que vulnérables en leur quête de justice et de vérité. Et pourtant, le courage et la lucidité militante d’un petit groupe de citoyens déterminés ont fini par vaincre toutes les puissances sociales coalisées, l’état-major, l’armée et l’Église. Un contre-pouvoir animé par des idéaux a détruit le système bâti par les faussaires et leurs complices, les fanatiques et les conformistes. La démocratie véritable n’est pas faite pour les endormis ni pour les pusillanimes.

Voir aussi le compte-rendu d’audience par Luc Rosenzweig:

Quelques remarques après l’audience de visionnage des rushes de France 2, le 14 novembre 2007, devant la Cour d’appel de Paris

par Luc Rosenzweig

Mis en ligne le 22 novembre 2007

Je me limiterai, dans ce compte-rendu d’audience aux éléments qui me paraissent essentiels pour la suite de l’affaire, tant sur le plan des faits que sur celui de la stratégie de défense de France 2 qui s’est dessinée lors de cette audience.

18 minutes ou 27 minutes ?

A l’origine du chiffre de 27 minutes, il y a la déclaration de Talal Abou Rahma affirmant sous serment devant Me Raji Sourani, du PCHR (Palestinian Centre for Human Rights), avoir filmé 27 minutes de la scène de fusillade, qui aurait, selon lui, duré environ 45 minutes. Lors de ma visite à Charles Enderlin, le 1er juillet 2004, et lors du visionnage des rushes au siège de France 2, le 22 octobre 2004, cette durée a été évoquée sans qu’Enderlin ni France 2 ne la contestent. Il y avait donc un consensus sur la longueur de la matière brute qui est à la base du sujet diffusé au JT de France 2 du 30 septembre 2000.

Chez Enderlin à Jérusalem, comme au siège de France 2, je n’étais pas dans un état d’esprit d’huissier de justice venant vérifier ce point, d’autant plus qu’il n’apparaissait pas comme litigieux. Je suis venu en journaliste pour voir si l’ensemble du matériel filmé dont disposait Charles Enderlin pouvait justifier le commentaire qu’il fit ce soir-là. Néanmoins, dans mon souvenir, je suis certain que le time code apparaissant à l’image lors de ces visionnages dépassait le chiffre vingt. Aujourd’hui, également, je suis certain que le DVD qui a été projeté devant le tribunal ne comporte pas toutes les scènes visionnées avec Arlette Chabot, Denis Jeambar, Daniel Leconte et des membres de l’état major de France 2 en octobre 2004. Cette conviction s’appuie sur l’échange que j’ai eu avec Didier Epelbaum, conseiller à la direction de France 2, pendant le visionnage, relatif à l’évidence d’une mise en scène pour un adolescent qui faisait une sorte de triple saut pour faire croire à une blessure reçue alors qu’il s’apprêtait à lancer un cocktail molotov. Cette scène, dont je suis maintenant absolument certain qu’elle figurait dans la bande vidéo montrée par la direction de France 2 aux personnes citées supra ne figurait pas dans le DVD fourni à la Cour.

J’ai cru entendre, mais cela reste à vérifier, que Charles Enderlin, lors de ses déclarations devant la Cour, avait détruit certaines images qui n’étaient pas directement liées à l’incident « Al Doura », comme il est courant dans le fonctionnement habituel d’un bureau de correspondant de télévision. Cela ne m’explique pas pourquoi la direction de France 2 a supprimé cette scène (au moins) du DVD présenté à la cour. Je précise que je suis prêt à faire cette même déclaration sous serment devant la Cour, si celle ci juge mon témoignage utile.

J’ai cru entendre, mais cela reste également à vérifier sur le PV d’audience, que Charles Enderlin aurait, pour faire son sujet, du 30 septembre 2000 utilisé également des images de Gaza tournées par l’agence Reuters. S’agirait-il alors des images qui manquent dans un DVD où l’on n’aurait retenu que les rushes envoyés à Charles Enderlin par Talal Abou Rahma ? Tout cela n’est pas sans importance : La Cour n’aura pas eu connaissance des images les plus évidemment mises en scène tournées ce jour-là.

De l’étrangeté de faire commenter des images par quelqu’un qui n’était pas sur place

Pour la première fois, Charles Enderlin avait daigné se déplacer en personne devant les juges. Il s’est livré à un commentaire, sur un ton docte et pontifiant des images du cameraman Talal Abou Rahma. Il est de notoriété publique que Talal Abou Rahma existe, qu’il fournit régulièrement des images de Gaza à France 2, et que sa liberté de mouvement est sans entraves : c’est d’ailleurs un argument utilisé par Enderlin et de France 2 d’affirmer que la latitude laissée par l’armée israélienne à Talal Abou Rahma d’entrer et de sortir de Gaza à sa guise vaut reconnaissance de validité factuelle des images qu’il a tournées au carrefour de Netzarim. Que n’est-il alors venu commenter en personne les images qu’il a tournées? Le chemin n’est guère plus long de Gaza à Paris que celui de Jérusalem à la capitale française effectué le 14 novembre par Charles Enderlin. Ce dernier est-il plus habilité à fournir le contexte de ces images que n’importe quel journaliste familier avec le conflit israélo-palestinien ? Nous n’étions pas, faut-il le rappeler, dans une conférence à Sciences-po, mais devant la justice qui cherche à faire la lumière sur une affaire controversée. Lorsque l’on est partie, il n’est pas admissible de se poser en expert extérieur à l’affaire comme a tenté de le faire Enderlin lors de l’audience. Ce tour de passe-passe ne devrait pas, en bonne justice, être avalisé par la présidente et ses assesseurs…

On aimerait connaître quelle version de ses nombreuses et contradictoires déclarations Talal Abou Rahma retient aujourd’hui concernant la durée de la fusillade, la durée de celle-ci filmée par lui, ce que sont devenues les images manquantes, l’heure à laquelle s’est déroulé l’incident, comment s’est effectué l’évacuation du père et de l’enfant etc. La justice française n’a pas, à ma connaissance, l’habitude de se contenter de témoignages de seconde main, quand l’acteur et le témoin direct des faits en cause peut être entendu…

Talal Abou Rahma en état de choc trois jours après les faits ?

La déclaration sous serment de Talal Abou Rahma relative à la fusillade de Netzarim devant Me Raji Sourani, faite le 3 octobre 2000 est très ennuyeuse pour France 2 et Charles Enderlin : elle est réduite à néant par les images, celles qui existent, comme celles qui manquent. Au fil du temps, Charles Enderlin s’est efforcé, par divers stratagèmes, de minimiser la portée et la valeur de ce témoignage. Tantôt il ne s’agissait que d’ un simple interview où les propos du caméraman auraient été déformés, tantôt, comme dans un entretien à Télérama, Enderlin mettait en doute la reconnaissance par l’ONU du PCHR, donc sa crédibilité, quitte a s’en excuser plus tard dans un fax embarrassé envoyé à un Raji Sourani qui avait modérément apprécié cette déclaration.

Lors de l’audience du 14 novembre, et cette fois-ci j’ai entendu distinctement les paroles d’Enderlin : il prétend que ces déclarations ne doivent pas être prises à la lettre en raison de « l’état de choc » dans lequel se trouvait à l’époque Talal Abou Rahma. On pourrait admettre, à la rigueur, que le cameraman, interrogé dans les minutes ou les heures ayant suivi ces scènes prétendument atroces, soit quelque peu confus dans ses déclarations. Mais trois jours après, un Talal Abou Rahma, présenté par ailleurs par France 2 comme un « baroudeur » de l’information télévisée, habitué à filmer sous les balles, aurait été dans un état psychologique tel qu’il faille tenir ses déclarations comme nulles et non avenues ? J’ai, pour ma part, visionné dans le bureau de Charles Enderlin des scènes tournées le lendemain de l’incident par la télévision palestinienne où l’on voit Talal Abou Rahma au chevet de Jamal Al Dura: l’homme est souriant, actif, et n’a aucunement l’air d’être sous l’effet d’un choc psychologique…

Où sont les scènes d’agonie, coupées parce qu’elles étaient trop atroces ?

Scripta manent…en 2003, Charles Enderlin, en réponse à un article de James Fallows dans la revue américaine Atlantic mettant en doute sa version de l’affaire Al Dura, envoyait un courrier en anglais à cette revue affirmant, pour justifier son commentaire des images, qui donne l’enfant mort et le père grièvement blessé, qu’il avait décidé de couper les scènes de l’agonie de l’enfant car elles étaient « too unbearable », « trop insupportables » pour un téléspectateur. L’audience du 14 novembre a démontré qu’aucune image plus « insupportable » que celles diffusées le 30 septembre 2000 n’est présente dans les rushes, et qu’a l’inverse, le plan final de 3 secondes qui clôt ces mêmes rushes, coupé dans le sujet montré au JT du 30 septembre 2000, montre l’enfant levant la jambe et jetant un regard furtif en direction de la caméra. Pour Mme Christine Delavennat, directrice de la communication de France 2, la diffusion de ces images, devant la 11ème Chambre de la Cour d’appel de Paris est un « non-événement » qui n’intéresse plus personne hormis une poignée d’irréductibles (déclaration, le 15 novembre ,à Brett Kline de la Jewish Telegraphic Agency). Charles Enderlin a désormais ordre de se murer dans le « no comment ». France 2, cherche, d’évidence à poser l’étouffoir sur cette affaire jusqu’à l’audience de février, car tout ce qui survient met à mal la thèse défendue par la chaîne publique. L’intérêt des médias américains et israéliens pour cette affaire est actuellement très grand, à juste titre .Ceux qui, aujourd’hui, dans les médias français, se font complices de cette opération silence se rendent coupable d’un grave manquement à l’éthique d’une profession à laquelle je ne sais plus si je dois encore m’honorer d’avoir appartenu.

Luc Rosenzweig


Religion: Les fadaises du dialogue avec l’islam (Dialogue with the deaf)

24 novembre, 2008
Express issue banned by Tunisian authorities (Nov. 2008)Afin de ménager la sensibilité religieuse au Maghreb, nous avons changé la couverture de l’édition internationale qui porte un visage de Mahomet caché, conformément à l’usage islamique. Et malgré cette attention particulière nous sommes saisis. Je ne comprends pas. Christian Makarian (directeur délégué de la rédaction de l’Express)
Un dialogue qui veut dire s’entendre sur des formules chèvre-chou où les deux côtés prennent les mêmes mots dans des sens opposés, n’a pas d’avenir. (…) Si dialoguer signifie négocier pour qu’on vous tolère une place pas trop mauvaise, c’est-à-dire pour qu’on vous laisse disparaître en douceur, alors ce sont les chrétiens qui n’ont pas d’avenir. Rémy Brague
Il y a même un hadith qui dit ceci: tout enfant nait muslman, ce sont ses parents qui en font un juif ou un chrétien. Anne-Marie Delcambre
Au lendemain d’un énième prétendu dialogue avec l’islam qui s’est tenu au Vatican au début du mois …Et de la saisie par le ministère marocain de la Communication, pour cause d’ « atteinte à l’islam », d’un récent numéro de l’hebdomadaire français « L’Express » au visage de Mahomet de couverture pourtant dûment caché …

Retour sur un débat entre le philosophe arabisant Rémy Brague et l’islamologue Christian Jambet sur la possibilité et les difficultés que posent un tel dialogue.

Extraits :

L’Islam se concevant lui même comme un post-christianisme le dialogue théologique est problématique, voir impossible. La Torah et l’Evangile sont pour eux des livres virtuels: ce ne sont pas ceux que nous lisons et qui auraient été trafiqués. Ils utilisent des notions qui nous sont familières, Jésus ou l’Evangile, mais qui n’ont pas le même sens. (…) Pour le musulman le christianisme est plutôt une religion dépassée qui suscite tantôt le mépris sympathique que l’on a envers un vieil oncle un peu gâteux, tantôt quelque chose de plus acide: mais rarement la curiosité.

C’est à l’intérieur même du Coran que cela se passe, ou l’on peut y trouver une infinité d’éléments d’origine biblique remaniés. Or le dogme en islam c’est que la Coran n’a pas d’autre origine que Dieu. Il ne peut être l’expression d’un héritage. L’islam se pense sur le modèle du don qui englobe l’avenir. D’où des aspects caricaturaux. A chaque fois que la science découvre quelque chose, un livre paru au Caire ou à Beyrouth explique que la biologie moléculaire était déjà dans le Coran…

De fait il ne peut y avoir de rencontre avec l’autre que si nous savons qui nous sommes. Or qui sommes-nous nous que ne sommes même pas capables d »assumer les racines chrétiennes de l’Europe? Croire comme certains que c’est en disant que nous ne sommes plus chrétiens du tout que nous allons gagner la sympathie des fondamentalistes est une sottise.

Gouguenheim ne dit d’ailleurs pas que les Arabes ne nous ont rien apporté, il dit qu’ils nous ont apporté moins que ce que l’on croit. Il s’est mis en colère contre cette idée qui tient le haut du pavé d’un certain milieu médiatique selon laquelle nous « devons tout » aux Arabes. Cela va jusqu’à des légendes invraisemblables. Par exemple: le roi du Maroc a lors d’un discours au festival de musique sacrée de Fez affirmé que le pape Sylvestre II avait, au Xe siècle, appris les mathématiques à l’université de Fez! Rependue dans les guides touristiques et sur Internet cette affirmation est fausse.

Rémy BragueL’auteur a mis les pieds dans le plat, en mettant en cause la thèse canonique d’Ernest Renan, qui l’a proposée vers 1860 dans son livre «Averroès et l’averroïsme » (…) veut que, jusqu’à une certaine époque, existe une pensée des « Arabes », qui se transmet à l’Occident et féconde les universités. Mais voici que ces gens-là cesseraient de penser après le 13e siècle! Cette thèse entrait dans un dispositif de lutte intellectuelle, en suggérant qu’une fois dit que les Musulmans avaient cessé de penser, on pourrait en dire autant des Juifs et des Chrétiens. En bénéfice, on leur accorde de nous avoir « tout apporté »!

Christian JambetChrétiens et Musulmans: quel terrain de rencontre commun?
Le Figaro
5 novembre 2008.

Christianisme et Islam: le dialogue est-il possible ?

Rémi Brague est philosophe arabisant spécialiste de la pensée du Moyen Age.
Christian Jambet est un islamologue réputé. A l’occasion du séminaire théologique qui se tient actuellement au Vatican, réunissant chercheurs chrétiens et musulmans, et où le pape Benoit XVI prendra la parole, ils débattent de la possibilité du dialogue islamo chrétien et des difficultés qui se posent.

Depuis la polémique de Ratisbonne, le pape a multiplié les signes d’amitié à l’égard des musulmans. Jusqu’à ce séminaire de travail en commun. La controverse est-elle close?

Rémi Brague: Elle est sans doute en voie d’apaisement. Quant au problème soulevé par le petit extrait de ce discours qui a enflammé les esprits et concernait les relations entre la volonté divine et la raison dans l’islam, il reste posé et je crois que c’est une bonne chose.

Christian Jambet: Ce qui fait difficulté dans ce genre de débat c’est l’absence des intellectuels musulmans. Il est difficile de rencontrer des intellectuels musulmans croyants, qui entendent répondre à ce qui les concernait dans cette conférence qui rappelons le ne portait pas spécialement sur l’Islam. En France en particulier, les musulmans croyants parlant en terme théologiques n’apparaissent que trop rarement.

RB: Effectivement les interlocuteurs qui se reconnaissent comme musulmans et pas seulement comme intellectuels d’origine musulmane ne courent pas les rues. Ce qui manque aussi ce sont des musulmans qui aient une bonne connaissance du christianisme. Il y a eu des grands islamologues chrétiens comme Roger Arnaldez, ou des juifs savants en islamologie ou férus du christianisme. Du coté des musulmans français c’est plus rare.

Pourquoi cette carence?

CJ: Deux raisons. La première est que, pour des raisons politiques qui ne sont pas sans rapport avec la raréfaction des études musulmanes en France, on a privilégié la figure du juriste et même du prédicateur juriste, qui ne s’intéressent qu’au Fiqh, à la jurisprudence et qui discutent avec les autorités françaises et européennes de l’éventuel aménagement des législations laïques en faveur du prétendu droit musulman tel qui serait unifié, ce qui est d’ailleurs problématique. Quant aux autres ils sont invisibles et minoritaires. Ils ont des fonctions d’imam et ont une bonne connaissance du christianisme et ont pour lui de la sympathie parce qu’ils appartiennent à des courants spirituels de l’islam qui intègrent Jésus, Marie et les chrétiens dans leur vision eschatologue. Ils sont minoritaires. Ils sont aussi discrets et préfèrent l’étude à la manifestation médiatique.

RB: Nous avons parfois tendance à prendre l’islam pour le soufisme(1) qui reste quand même en dehors du courant principal de l’islam. Il y a là une équivoque. Le non musulman privilégie parfois à l’intérieur de la culture islamique ce qui pour la majorité de musulmans est marginal, voir suspect…

CJ: C’est un phénomène minoritaire mais qui n’en existe pas moins. Si on prend le mot soufisme au sens large, il y a aujourd’hui un regain spirituel en réaction à la vague des prédicateurs et des juristes, et cela, dans des pays majoritairement non musulmans, comme le nôtre. Cette évolution est intéressante parce que les tendances spiritualistes de l’islam sont plus favorables à une rencontre avec le christianisme. Je puis témoigner qu’il y eut, pendant le Ramadan, des prières publiques dirigées par certains imams psalmodiant la sourate La caverne, l’épisode des Sept Dormants, – qui évoque les chrétiens d’Ephèse, miraculeusement sauvés par Dieu de la persécution – et que ces prières furent faites à l’intention des chrétiens. Durant l’agonie du Pape Jean Paul, des musulmans qui le considéraient comme un saint homme ont prié pour lui.

La publication en France d’un livre de l’historien Sylvain Gouguenheim Aristote au mont St Michel, les racines grecques de l’Europe (2) a déclenché une violente polémique au sujet du rôle de l’Islam dans la culture européenne. Est ce une « suite » de la controverse de Ratisbonne?

RB: Je ne crois pas, même si on a mis en rapport les deux polémiques sur Internet. Quant au livre, il ne mérite pas un tel procès. Sa faiblesse consiste en la reprise non critique du stéréotype « la raison grecque » comme si la Grèce avait eu le monopole de la Raison. C’est d’ailleurs une expression dont Benoit XVI a tendance à abuser à mes yeux. Les Grecs n’ont pas eu le monopole de la Raison. Il y a du Logos en germe partout, et d’abord dans la Bible, même si la pensée biblique n’est pas conceptuelle. Ne « culturalisons » pas trop! Le Logos n’est pas une particularité de certains peuples: c’est une dimension fondamentale de l’humain dont les différentes cultures s’approchent par différents moyens.

CJ: Vous avez raison de dire que les deux affaires sont sans rapport. Quant à l’affaire Gouguenheim je l’ai prise au sérieux. Voilà un homme qui a été l’objet d’une campagne de persécution. Il ne s’agissait pas de critiquer ses thèses, mais de mettre en cause sa compétence professionnelle. Des pétitions ont réclamé, en mots à peine voilés, son départ de l’Ecole Normale Supérieure (Lyon), signées par des intellectuels ignorants du sujet, on a battu le rappel d’anciens élèves et d’anciens professeurs de l’E.N.S. retraités, sans oublier quelques collègues en activité. Ces pétitions déshonorent leurs signataires. Une telle campagne n’a rien à voir avec un débat, mais relève d’une entreprise de type totalitaire, et je suis surpris que les autorités de l’Université soient restées silencieuses.

Pourquoi ce livre a t-il déclenché de telles passions?

CJ: Parce que l’auteur a mis les pieds dans le plat, en mettant en cause la thèse canonique d’Ernest Renan, qui l’a proposée vers 1860 dans son livre «Averroès et l’averroïsme ». Cette thèse veut que, jusqu’à une certaine époque, existe une pensée des « Arabes », qui se transmet à l’Occident et féconde les universités. Mais voici que ces gens-là cesseraient de penser après le 13e siècle! Cette thèse entrait dans un dispositif de lutte intellectuelle, en suggérant qu’une fois dit que les Musulmans avaient cessé de penser, on pourrait en dire autant des Juifs et des Chrétiens. En bénéfice, on leur accorde de nous avoir « tout apporté »! Ce sont les mêmes qui veulent que les musulmans, nous aient « apporté » Aristote, qui ferment les yeux sur ce qu’est réellement un philosophe en Islam. Or les penseurs de l’islam sont philosophes, non pas malgré l’Islam, mais dans l’Islam. Qu’ils soient des sages, des philosophes, ou des théologiens, les penseurs du XVIIe siècle à Ispahan sont musulmans et seraient étonnés d’apprendre qu’ils valent quelque chose pour nous avoir apporté les Lumières grecques! En affirmant qu’ont existé des voies d’accès à la pensée grecque autre que la culture de l’islam, Gouguenheim laisse la voie ouverte pour qu’on s’intéresse aux Musulmans en tant que tels.

RB: Gouguenheim ne dit d’ailleurs pas que les Arabes ne nous ont rien apporté, il dit qu’ils nous ont apporté moins que ce que l’on croit. Il s’est mis en colère contre cette idée qui tient le haut du pavé d’un certain milieu médiatique selon laquelle nous « devons tout » aux Arabes. Cela va jusqu’à des légendes invraisemblables. Par exemple: le roi du Maroc a lors d’un discours au festival de musique sacrée de Fez affirmé que le pape Sylvestre II avait, au Xe siècle, appris les mathématiques à l’université de Fez! Rependue dans les guides touristiques et sur Internet cette affirmation est fausse.

CJ: Le point de vue traditionnel universitaire en France va de pair avec ce type de légende. Les Arabes nous auraient « tout apporté » pendant un laps de temps. Une manière de suggérer qu’ils sont des transmetteurs, pas des créateurs. Il faut sortir de ce malentendu et se demander ce qu’est un philosophe ou un mathématicien musulman. Pourquoi par exemple, durant le califat fatimide certains des plus grands mathématiciens musulmans étaient des chiites extrémistes. On ne peut dissocier leur foi messianique et leurs travaux scientifiques. Ce sont des configurations de savants étrangères aux nôtres et c’est cette étrangeté qui me parait devoir être assumée.

Rémi Brague vous affirmez que les musulmans récusent l’authenticité des textes bibliques et évangéliques? Comment dialoguer dans ces conditions?

RB: L’Islam se concevant lui même comme un post christianisme le dialogue théologique est problématique, voir impossible. La Torah et l’Evangile sont pour eux des livres virtuels: ce ne sont pas ceux que nous lisons et qui auraient été trafiqués. Ils utilisent des notions qui nous sont familières, Jésus ou l’Evangile, mais qui n’ont pas le même sens. Ce qu’il faut encourager c’est l’amitié entre les personnes sans ignorer l’affectif. L’affect typique du chrétien envers l’islam est la surprise: il se demande dans quel casier ranger les musulmans. Cela peut susciter, chez certains, la haine. Pour le musulman le christianisme est plutôt une religion dépassée qui suscite tantôt le mépris sympathique que l’on a envers un vieil oncle un peu gâteux, tantôt quelque chose de plus acide: mais rarement la curiosité.

CJ: Selon qu’un musulman conçoit le christianisme et le judaïsme comme des moments toujours vivants de la Révélation ou comme des moments dépassés, on a affaire à deux attitudes distinctes. Nombre de musulmans se demandent comment on peut encore être chrétien, étant donné que tout ce que les chrétiens vénèrent, ils prétendent le vénérer aussi. Ainsi en va-t-il de la personne de Jésus qui, selon le Coran, n’a été ni tué, ni crucifié. Ce déni doit être mis en relation avec une autre croyance : Il reviendra aux jours derniers. Jésus est le messie de L’Islam. Les malentendus naissent sur la base de certains dogmes très proches les uns des autres. Du point de vue chrétien les choses ne sont pas simples non plus. Comment concevoir que la providence divine ait permis l’Islam? Mahomet est-il l’Antéchrist, comme certains l’ont dit, ou un moment de l’économie du salut? C’est une question que s’est posé l’orientaliste chrétien Louis Massignon, qui reconnaissait l’authenticité de la foi islamique. Si nous nous entendons avec les Juifs pourquoi n’en serait t-il pas de même avec les musulmans? Car enfin certains textes talmudiques maudissent Marie comme une prostituée. D’autres considèrent Jésus comme un « bâtard ». C’est inacceptable pour un chrétien.

RB: C’est vrai mais le christianisme reconnait la légitimité de l’Ancien Testament, ce qui facilite le dialogue. Tandis que l’islam a tellement assimilé qu’il a oublié ce qu’il « digéré ». C’est à l’intérieur même du Coran que cela se passe, ou l’on peut y trouver une infinité d’éléments d’origine biblique remaniés. Or le dogme en islam c’est que la Coran n’a pas d’autre origine que Dieu. Il ne peut être l’expression d’un héritage. L’islam se pense sur le modèle du don qui englobe l’avenir. D’où des aspects caricaturaux. A chaque fois que la science découvre quelque chose, un livre paru au Caire ou à Beyrouth explique que la biologie moléculaire était déjà dans le Coran…

Nos relations avec les musulmans ne sont t-elles pas liées à l’idée que nous nous faisons de l’Europe ? Si les Européens reconnaissaient ce qu’ils doivent au christianisme, le dialogue avec l’Islam ne s’en trouverait t-il pas facilité?

CJ: Le dialogue entre chrétiens et musulmans suppose un point de vérité commune. Il y a en t-il un ou pas? Des Chiites m’ont demandé un jour: « Avez-vous un imam »? J’ai répondu oui. Est ce Aissa ibn Mariam, le Messie(Jésus) »? J’ai acquiescé et mon interlocuteur était heureux. Sans reconnaître la vérité du christianisme, sinon ils se convertiraient, mes amis musulmans m’accordent que j’ai, en tant que chrétien, l’équivalent dans mon cœur d’une autorité prophétique qu’ils reconnaissent aussi. Il ne s’agit pas de favoriser les confusions. L’islam est autre. Mais une reconnaissance est possible. Ce qui la rend d’autant plus précaire c’est la vision qu’ils se font de l’Occident. Ce qu’il leur arrive de détester de l’Occident n’a rien à voir avec la Chrétienté, c’est l’athéisme et le matérialisme. Souvenons nous qu’il y eut une époque récente où chrétiens et musulmans se comprenaient mieux qu’aujourd’hui, notamment durant l’époque coloniale où ils se côtoyaient. Il est faux de dire que la France de l’époque coloniale a systématiquement méprisé les Arabes. En témoigne l’aventure d’Ernest Psichari (3), le neveu de Renan converti au catholicisme et qui, en tant qu’officier de l’armée coloniale en Afrique a eu des relations authentiques avec eux. Autre exemple oublié : Maurice Barrès lisait Louis Massignon et connaissait la pensée du mystique soufi Halladj. Et comment oublier l’aventure de Charles de Foucauld qui disait: « je ne veux pas les convertir, je veux conquérir leur estime ». Je m’inscris en faux contre la détestable thèse développée par Edward Saïd dans son célèbre livre L’orientalisme(4) qui réduit notre intérêt pour l’Orient, au 19 e siècle et au début du XX e, à une forme d’ethnocentrisme.

RB: Il faut reconnaitre aux Musulmans des vertus que nous n’avons plus bien souvent: le courage, la fidélité, la droiture, le sens de l’honneur etc. C’est sur ce terrain là qu’il faut chercher une entente: les vertus naturelles comme l’hospitalité ou le respect des anciens. Ces vertus sont celles de l’aristotélisme et elles sont passées dans le corpus chrétien. De fait il ne peut y avoir de rencontre avec l’autre que si nous savons qui nous sommes. Or qui sommes nous nous que ne sommes même pas capables d »assumer les racines chrétiennes de l’Europe? Croire comme certains que c’est en disant que nous ne sommes plus chrétiens du tout que nous allons gagner la sympathie des fondamentalistes est une sottise. Mon expérience concrète du dialogue montre qu’ils respectent infiniment plus celui qui sait qui il est. Disons les choses simplement: oui si l’Europe était plus affirmative de ce point de vue de son identité culturelle profondément marquée par le christianisme, la relation à l’Islam y gagnerait.

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(1) Soufisme : courant mystique de l’Islam qui insiste plus sur la recherche intérieure que sur l’application littérale des préceptes coraniques.
(2) Aux éditions du Seuil.
(3) Auteur notamment du Voyage du centurion.
(4) Aux éditions du Seuil.

Voir aussi, sur le site de François Desouche, les très éclairants extraits d’entretiens de Rémy Brague et Anne-Marie Delcambre.


Piraterie: Vers la recolonisation de la Somalie? (How long can we again put off the recolonization of Somalia?)

23 novembre, 2008

Somali pirates in actionPirates somaliens en discussion pour l’acquisition de Citigroup (The Globe and mail)

C’est précisément en raison de la mort de l’impérialisme que nous voyons l’apparition du monde pré-moderne. Aujourd’hui, il n’y a aucune puissance coloniale qui accepte de s’atteler à cette tâche, cependant les occasions, peut-être même le besoin de colonisation, sont aussi grands qu’ils ne l’ont jamais été au XIXe siècle. Robert Cooper

Pourra-t-on encore longtemps reporter la recolonisation ou du moins la mise sous tutelle d’Etats défaillants comme la Somalie?

Alors qu’en pleine crise financière mondiale issue pour une bonne part des pratiques financières démagogiques de la présidence Clinton, une nouvelle équipe démocrate s’apprête à renflouer à coups de milliards du contribuable le « système de sécurité sociale qui accessoirement fabrique des automobiles »

Et qu’un autre membre de la famille Clinton se prépare à reprendre les rênes de la diplomatie américaine 15 ans après le lamentable ordre de retrait militaire de Mogadiscio donné par l’Administration de son propre mari …

Y a-t-il une industrie qui résiste mieux à la crise que celle, comme le suggère le dernier titre parodique du quotidien canadien Globe and mail, de la piraterie et prise d’otages des côtes somaliennes?

94 attaques dont 38 réussies depuis janvier, 16 navires et plus de 250 membres d’équipage toujours retenus, un superpétrolier saoudien chargé de brut (de la taille d’un porte-avions américain, 2 millions de barils de brut), un cargo ukrainien chargé de 33 chars, 150 lance-roquettes, 2 missiles air-sol, des milliers d’obus et de munitions, chiffres d’affaires en rançons estimé à quelque 30 millions de dollars l’année …

Alors que s’assemblent, à la veille de l’opération de l’Union européenne « Atalanta » le 8 décembre prochain, une véritable armada de bâtiments issus aussi bien de la Task Force 150 américaine que de l’OTAN, la France, la Russie, l’Espagne, l’Inde ou la Corée du Sud …

C’est à une véritable course de vitesse que se livrent les pirates qui, profitant du vide juridique de la législation actuelle (où juger les pirates capturés qui sont le plus souvent relâchés faute de structures judiciaires dans les états en faillite dont ils sont issus?) et du refus des navires marchands de s’armer (mis à part quelques dérisoires canons à son non létaux), sont passés du pillage des chargements d’aide alimentaire de l’ONU dont dépendent quelque 40% de la population somalienne à celui des 20 à 30 000 navires qui transitent chaque année sur ces routes maritimes stratégiques.

Sans compter les myriades de jeunes désoeuvrés attirés par cette nouvelle manne, dont toutes sortes de milices et de factions islamistes avides, comme les talibans afghans avec l’opium et leur inévitable claque médiatique en mal de sensations fortes et d’audimat, de prendre leur part de ce fabuleux gâteau pour financer le jihad mondial.

Avant peut-être que, comme avec la mise au pas des pirates barbaresques à la fin du XIXe qui avait nécessité la création des Marines américains et la colonisation française de l’Algérie,… l’Occident se décide un jour à reprendre les choses en main?

Reportage exclusif en Somalie chez ces bandits des mers qui défient le monde

Manon Querouil et Véronique De Vigueri
Le Figaro magazine
21/11/2008

Le détournement d’un superpétrolier saoudien chargé de brut au large de la Somalie illustre l’incroyable audace dont font désormais preuve les pirates de la région. Nos reporters sont allés à la rencontre de ces pillards des mers qui contrôlent l’une des routes maritimes les plus stratégiques au monde.
Au terme de dix heures de route, sur une piste défoncée qui traverse un désert de pierres, se découpent au loin les silhouettes massives des bateaux grec, japonais et ukrainien retenus depuis plus de deux mois à proximité du village de Hobyo, sur la côte est de la Somalie. Un no man’s land pelé au décor invariable : des buissons d’épines, quelques troupeaux de chèvres efflanquées et des groupes d’hommes en armes. Le rendez-vous est fixé plus au nord, aux confins d’une plage déserte, où ne tarde pas à débarquer un pick-up rempli de miliciens, mitraillette au poing et munitions en bandoulière. La section de terre, venue en repérage… En contrebas, sur une mer calme, une petite embarcation blanche apparaît avec à son bord sept hommes cagoulés. Un bref échange d’instructions par téléphone satellite avec ses hommes à terre, et le chef des pirates se dirige prestement vers le rivage, un vieux pull enroulé autour de la tête en guise de turban, un lance- roquettes rouillé calé contre son épaule osseuse.

Abdullah Hassan, surnommé « celui qui ne dort jamais », a 39 ans et dirige depuis trois ans un gang de 350 hommes, mélange hétéroclite d’anciens pêcheurs et de miliciens désœuvrés ironiquement baptisés les « gardes-côtes ». A son actif : une trentaine de prises depuis le début de l’année, dont le cargo ukrainien Faina, menées en collaboration avec une autre bande. « Avant, j’étais un honnête pêcheur, déclare-t-il en remontant son pagne élimé pour s’accroupir sur le sable brûlant, mais depuis que les chalutiers étrangers ont vidé nos mers, il faut bien sur vivre… » Et Abdullah, en dépit des apparences, s’en sort plutôt bien : 10 millions de dollars de recette depuis le début de l’année, de quoi payer grassement ses troupes, réinvestir dans des armes plus sophistiquées et des bateaux plus puissants, importés du Kenya ou de Dubaï, et mettre sa famille à l’abri du besoin. « Aujourd’hui, l’argent n’est plus un problème », confirme-t-il en hochant la tête, content.

Le capitaine se montre plus crispé quand on l’interroge sur ses techniques de guerre, qu’il se refuse d’emblée à divulguer : secret défense. Mais avec plus d’une soixantaine d’attaques répertoriées depuis le début de l’année par le Bureau maritime international, parfois réalisées à plus de 300 milles des côtes somaliennes, le modus operandi des forbans des mers n’est plus vraiment un mystère. C’est depuis un « bateau mère » – souvent un imposant chalutier de confection russe – que sont lancés à l’abordage des hors-bord surpuissants qui, en quelques minutes, viennent se coller au flanc du navire repéré. Une rafale de tirs dissuasive, un grappin arrimé à la passerelle, et les pirates sont maîtres à bord. « Le secret d’une attaque réussie, c’est la vitesse d’exécution », consent à révéler Abdullah Hassan, qui souligne que ses troupes, bien entraînées, peuvent mener un abordage en moins d’un quart d’heure. « Et sans effusion de sang », précise-t-il.

Car les pirates somaliens mettent un point d’honneur à mener des attaques « propres » et bien encadrées, où chaque homme obéit à un strict règlement et où la sécurité des otages est préservée. « Bien nourri, confiné dans un espace du bateau qui lui est réservé, l’équipage retenu à bord n’a de contact qu’avec l’interprète pour éviter d’éventuels dérapages, notamment avec le personnel féminin », explique Abdullah Hassan, qui se pique d’être un « bon musulman ».

Depuis les techniques de repérage des navires arraisonnés à l’aide de GPS dernier cri jusqu’aux négociations rondement menées par un porte-parole pour le versement des rançons (entre 1 et 2 millions de dollars en moyenne aujourd’hui), l’industrie de la piraterie est actuellement un système bien rodé en Somalie. Même s’il s’est trouvé un peu bousculé par l’intervention musclée de l’armée française en septembre dernier pour libérer le voilier Carré d’As. Car en dépit des fanfaronnades du chef des pirates, qui soutient que « les Français ne font peur à personne », ses troupes dorment désormais en mer par crainte d’un coup de filet sur le sol somalien.

La médiatisation croissante autour du village côtier d’Eyl, au cœur de la région autonome du Puntland et identifié comme l’épicentre de la piraterie, les a également poussés à se déplacer plus au sud, à In Dawa, situé à 30 kilomètres de Hobyo, dans l’Etat autoproclamé de Galmudug. Sa capitale, Galcayo, théâtre de fréquents affrontements entre clans rivaux pour le contrôle des points d’eau et de la route principale vers Bosasso, est devenue la nouvelle base arrière des flibustiers qui viennent s’y approvisionner en nourriture et en khat, une plante euphorisante mâchonnée dans toute la région et dont ils font une grosse consommation. Plusieurs fois par semaine, des camions bringuebalants acheminent également les fameux speed-boats depuis la gare routière de Galcayo vers Hobyo, Eyl ou Harardere.

Derrière son vaste bureau immaculé, le président de l’Etat de Galmudug, Mohamed Warsame, hausse les épaules avec fatalisme : c’est un fait établi, les pirates sont aujourd’hui intouchables. Car avec une quarantaine de policiers payés une centaine de dollars par mois pour sécuriser les environs de Hobyo, le combat est perdu d’avance.

« Il suffit de bombarder le « Faina » et son précieux chargement… »

Aux Etats-Unis depuis la création, en 2006, de ce nouvel Etat issu de la partition de la région centrale de Somalie, l’homme, récemment rentré au pays, semble plus préoccupé par le renouvellement de sa carte verte que par l’établissement d’un semblant de sécurité dans la région. Ce qui ne l’empêche pas d’épingler tour à tour les autorités de l’Etat rival du Puntland, « forcément de mèche avec les pirates », et les puissances occidentales, une « bande de touristes amateurs » qui, en cédant systématiquement au chantage des flibustiers, entretiennent leur industrie florissante.

La solution est pourtant simple, s’agace le Président : il suffit de bombarder le Faina et son précieux chargement. Quant à l’équipage retenu à bord ? Un « inévitable dommage collatéral » inhérent à chaque guerre…

La méthode ne semble cependant guère faire recette auprès des « touristes occidentaux » qui encerclent le Faina et continuent, microphone en main et au gré des humeurs du porte-parole des pirates, Sugule Ali, à mener les négociations en vue d’éviter le scénario catastrophe qui fait se dresser les cheveux sur la tête de tous les experts en sécurité : le débarquement sur le sol somalien du lourd arsenal contenu dans le ventre du cargo ukrainien. Quelque 33 chars d’assaut, 150 lance-roquettes, 2 missiles air-sol et des milliers d’obus et de munitions… De quoi mener une sale guerre dans un pays déjà ravagé par les conflits internes. Car cette prise de premier choix, dont la rançon atteindrait aux dernières nouvelles le chiffre record de 5 millions de dollars, attise les convoitises et ne va pas sans créer des tensions entre les pirates et les miliciens de l’Union des tribunaux islamiques (UTI), qui veulent aussi leur part du gâteau.

Loin de constituer un joint-venture politico-religieux sur lequel flotterait l’ombre d’al-Qaida, chaque groupe poursuit au contraire des objectifs diamétralement opposés. « Eux veulent récupérer les armes pour combattre les troupes du gouvernement, nous, nous voulons simplement l’argent pour faire vivre nos familles », résume le chef des pirates que nous avons rencontré et qui s’offusque de la rumeur selon laquelle des membres d’al-Shabab, la milice religieuse de l’UTI, encadreraient l’entraînement des pirates. « Si quelqu’un a des leçons de guerre à recevoir, ce n’est certainement pas nous », lance-t-il, vexé. Des relations houleuses qui ne datent pas d’hier, puisque, en 2006, l’UTI alors au pouvoir avait pendu haut et court le chef des pirates de Hobyo…

Point d’alliance explosive, donc, entre fous d’Allah et brigands des mers. Pas plus que d’hommes d’affaires en costume-cravate, de bureaux de change, de maisons luxueuses ou de restaurants destinés à nourrir les otages dans les villages côtiers de Somalie, contrairement à ce que l’on a souvent pu lire. De tout temps, les histoires de pirates ont inspiré les conteurs, mais en termes romanesques, leurs contemporains somaliens sont plutôt décevants. « Il n’y a que des kalachnikovs, des chèvres et du khat ici », rapporte, dépité, un journaliste local qui s’est récemment rendu à Eyl.

Aucun signe visible d’opulence non plus à Hobyo, semblable à tous les petits hameaux poussiéreux qui s’égrènent le long de la côte somalienne. Ce qui ne veut pas dire que l’industrie de la piraterie ne soit pas rentable, loin s’en faut. Les estimations établies par l’institut d’études britannique Chatham House, qui évalue son revenu annuel autour de 30 millions de dollars, semblent même en deçà de la réalité, compte tenu des sommes exorbitantes versées par les armateurs ces derniers mois. En réalité, comme l’analyse justement un responsable d’une ONG locale qui travaille au contact des familles de pêcheurs, les pirates investissent de préférence dans leurs villages d’origine, souvent à plusieurs centaines de kilomètres des principaux repaires de la piraterie.

Avec l’argent touché grâce à la rançon du voilier français Le Ponant en avril dernier, Ali Ahmad, 27 ans, s’est ainsi fait construire une vaste demeure à Galcayo où vit sa famille, et qui détonne au milieu des bicoques de fortune environnantes. Sur les 2 millions perçus par son groupe, lui a touché 100 000 dollars avec lesquels il s’est également offert un 4 x 4, une deuxième femme et des kilos de khat. Lubies de nouveau riche auxquelles cèdent souvent les pirates… Mais l’homme a aussi investi dans l’achat d’armes et d’un hors-bord, qu’il a ensuite loués à un groupe pour mener l’abordage d’un navire japonais le mois dernier. Marge dégagée ? Trente mille dollars. Une « bonne opération », se félicite le jeune pirate, qui, sans doute échaudé par l’arrestation de six de ses collègues à la suite de la prise du Ponant, préfère désormais se consacrer au financement des opérations et sous-traiter les attaques. D’autant que les sous-fifres prêts à faire le sale boulot ne manquent pas.

Mohamad, 40 ans et six enfants à charge, vit depuis plus de vingt ans dans une ruine ouverte aux quatre vents du centre de Galcayo. La semaine dernière, il a reçu de l’argent « d’amis d’amis » pour financer son voyage jusqu’à Hobyo, où il est attendu pour participer à une prochaine attaque. La rude sécheresse de cette année a eu raison de ses dernières réticences : « Mes enfants crèvent de faim, je n’ai plus le choix », confie-t-il, adossé à un mur lépreux, avant d’ajouter : « Tout le monde le sait, la piraterie est la seule activité qui rapporte ici. » Surtout qu’elle est socialement bien acceptée en Somalie et que les pirates, auréolés d’un certain prestige, jouissent de nombreux avantages.

Se revendiquer de la grande famille des « gardes-côtes » permet d’obtenir des crédits auprès des commerçants ou un laissez-passer aux check-points, rapporte, halluciné, un employé du Croissant rouge somalien. Les pirates sont même devenus les héros d’une bande dessinée satirique très populaire dans le pays, dans laquelle on voit de jolies femmes snober les miliciens au profit des nouveaux seigneurs de la mer…

Mais le détournement de plusieurs cargos contenant de l’aide alimentaire, dans un pays où près de 40 % de la population en dépend, commence à entamer la cote de popularité des flibustiers, tout comme l’inflation générée par l’afflux massif de dollars déversés dans la région. Les pirates sont également dans le collimateur des autorités du Puntland, particulièrement vigilantes ces derniers temps à se poser en acteurs farouches de la lutte contre la piraterie – certains officiels étant accusés de s’en mettre plein les poches. Témoin de la bonne volonté du gouvernement : la prison surchargée de Bosasso, où les journalistes sont encouragés à se rendre afin de constater qu’une centaine de pirates y croupissent actuellement. Parmi eux, neuf hommes appréhendés le mois dernier par l’armée française lors d’une patrouille dans les eaux somaliennes et qui risquent « de quinze ans d’emprisonnement à la peine capitale », affirme Bile Qabowsade, le porte-parole des autorités du Puntland.

Ce zèle affiché ne semble pas inquiéter outre mesure les pirates, qui continuent à enchaîner les attaques à une cadence infernale : pas moins de 26 répertoriées ces quatre derniers mois. Outre les problèmes évidents que pose l’absence de sécurité sur une des routes maritimes les plus stratégiques au monde, où transitent chaque année de 20 000 à 30 000 navires – dont les pétroliers venus du golfe Persique -, plusieurs observateurs s’inquiètent d’une possible récupération politique du business de la piraterie dans un pays déjà à feu et à sang. Et les Cassandre de prédire que la piraterie sera bientôt aux nombreuses milices somaliennes ce que l’opium est aux talibans d’Afghanistan : le nerf de la guerre.

Voir aussi:

How to Deal With Pirates
The rise of piracy is threatening international trade and raising complex questions. The only way to end the scourge is to respond aggressively, says Michael B. Oren.
Michael B. Oren
The WSJ
November 22, 2008

The attack began when an unidentified vessel drew alongside a merchant ship in the open sea and heavily armed brigands stormed aboard. « They made signs for us all to go forward, » one of the frightened crewmen remembered, « assuring us in several languages that if we did not obey their commands they would massacre us all. » The sailors were then stripped of all valuables and most of their clothing and locked in the hull of their own captured ship. They would be held in unspeakable conditions, subsisting on eight ounces of bread a day and threatened with beating and even beheading should they resist. « Death would be a great relief and more welcome than the continuance of our present situation, » one of the prisoners lamented.

The attack on the merchant ship, an American brig, occurred over 200 years ago in the Mediterranean during the scourge of the Barbary pirates. Sponsored by Morocco and the city-states of Tunis, Algiers and Tripoli, the pirates preyed on civilian vessels, plundering their cargoes and kidnapping their crews. « It was written in the Koran…that it was their [the pirates’] right and duty to make war upon whoever they could find and to make Slaves of all they could take as prisoners, » the emissary of Tripoli’s pasha told a startled John Adams and Thomas Jefferson in London in 1785. The emissary demanded $1 million from the United States — one-tenth of the national budget — to suspend the assaults or face losing the valuable Mediterranean trade, representing one-fifth of all American exports.

The choice was excruciating. No longer protected by the British navy and lacking any gunboats of its own, the U.S. had no ready military option. Nor did it have international support. Jefferson’s attempt to create an international coalition together with European states was summarily rejected. Defenseless and internationally isolated, most Americans were opposed to devoting their scarce resources to building a navy and instead favored following the age-old European custom of bribing the pirates — the euphemism was « tribute » — in exchange for safe passage. « Would to Heaven we had a navy to reform these enemies to mankind or crush them into non-existence, » an exasperated George Washington confided to his old comrade-in-arms, the Marquis de Lafayette.

Washington’s frustration could well be echoed today in the face of escalating assaults by pirates from Somalia. Over 90 such attacks have occurred this year alone — a three-fold increase since 2007 — resulting in the capture of 14 ships and 250 of their crew members. Among their prizes, the pirates have seized a Ukrainian freighter crammed with Soviet-made battle tanks and, most recently, the tanker Sirius Star with $100 million worth of Saudi crude in its holds. These shipments are now being held off the Somali coast where the pirates are bargaining for their return.

Superficially, at least, there are many differences between the Somali pirates and their Barbary predecessors. The Somali bandits have no declared state sponsors and no avowed religious pretext. Their targets are no longer principally American ships but flags of all nations, including those of Arab states. And they are more interested in ransoming cargoes of arms and oil than hapless sailors. Yet, no less than in the 18th century, 21st-century piracy threatens international trade and confronts the U.S. with complex questions.

Should the U.S. Navy, for example, actively combat the pirates, emulating the Indian warship that destroyed a Somali speedboat earlier this week? Can the U.S., which is already overstretched militarily in two conflicts, afford to assume responsibility for another open-ended operation in the same area? Or should America follow the example now being set by Saudi Arabia and various Asian states which, according to United Nations statistics, have paid $25 million to $30 million in ransoms to the pirates this year alone?

The answers to these questions can be gleaned from America’s experience with Barbary. Lacking a navy and unwilling to bear the financial burden of building one, early American leaders opted to pay tribute to the pirates. By the 1790s, the U.S. was depositing an astonishing 20% of its federal income into North African coffers — this in addition to costly naval stores and even cannons and gunpowder. In return for this tribute, America only received more piracy. Foreign corporations refused to ship their goods in American hulls and U.S. diplomats were forced to sail overseas on European-flagged ships for fear of seizure. Dozens of American sailors languished in captivity.

Humiliated by these depredations, the American public grew critical of its feckless government and began to demand action. « Steer the hostile prow to Barb’ry’s shores, » wrote an anonymous poet, a veteran of the Battle of Bunker Hill, « release thy sons, and humble Africa’s power. » In response, in 1794, Congress passed a bill authorizing $688,888.82 for the construction of six frigates « adequate for the protection of the commerce of the U.S. against Algerian corsairs. » By 1801, America possessed a navy capable of striking back at the pirates and a president willing to do so. In reply to Tripoli’s declaration of war against the U.S., Thomas Jefferson ordered those frigates into battle.

Many setbacks would be suffered by U.S. Naval forces in what was later called the Barbary Wars, not the least of which was the capture of the USS Philadelphia and its 307-man crew by Tripoli. Nevertheless, an intrepid trek by U.S. Marines and a mercenary force 500 miles across the Libyan desert — to the shores of Tripoli — in 1805 compelled the pirates to yield. Ten years later, President James Madison dispatched a fleet under Commodore Stephen Decatur to vanquish the remaining Barbary States. Shamed by these initiatives, the Europeans followed suit and sent their own warships to subdue the pirates, but the U.S. remained vigilant. A U.S. Mediterranean squadron — the forebear of today’s Sixth Fleet — was kept on permanent patrol to ensure that Middle Eastern pirates never again threatened American commerce.

Of course, the world is a vastly more complicated place than it was two centuries ago and America’s role in it, once peripheral, is now preeminent. Still, in the post-9/11 period, America would be ill-advised to act unilaterally against the pirates. The good news is: It does not have to. In contrast to the refusal to unite with America during the Barbary Wars, or more recently the Iraq War, the European states today share America’s interest in restoring peace to the seas. Moreover, they have expressed a willingness to cooperate with American military measures against the Somali bandits. Unlike Washington and Jefferson, George W. Bush and Barack Obama need not stand alone.

Such a campaign will not be risk-free. The danger exists that America and its allies will become bogged down indefinitely in seeking to locate and destroy an elusive foe. The operations may also prove costly at a time when America can least afford them. Finally, there is the constant headache of maintaining an international coalition which may contain members who, like many early Americans, prefer to bribe the pirates rather than fight them.

In spite of the potential pitfalls, an America-led campaign against the pirates is warranted. Though the Somali pirates do not yet endanger American trade, they will be emboldened by a lack of forceful response. Any attempt to bargain with them and to pay the modern equivalent of tribute will beget more piracy. Now, as then, the only effective response to piracy is a coercive one. « We shall offer them liberal and enlightened terms, » declared Commodore Decatur, « dictated at the mouths of our cannons. » Or, as William Eaton, commander of the Marines’ march to Tripoli, more poignantly put it: « There is but one language that can be held to these people, and this is terror. »

The U.S. is no longer the fragile and isolated country it was in the 1780s. It today possesses unrivaled naval power that it projects globally and enjoys far-reaching international support for unleashing that power against pirates. And while it is true that U.S. forces are deeply committed elsewhere in the region, addressing the threat of Somali pirates must be made a national priority while there is still time. Much like terrorism, piracy, unless uprooted, will mushroom.

George Washington wished that America had a navy capable of crushing the « enemies to mankind » — that is, not only the enemies of the U.S. His vision is now a reality. We have only to recognize it.

Michael B. Oren, a professor at Georgetown and distinguished fellow at the Shalem Center, is the author of « Power, Faith, and Fantasy: America in the Middle East, 1776 to the Present. »


Election américaine: Attention un mensonge peut en cacher un autre! (More white lies about Obama’s election)

22 novembre, 2008

Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Martin Luther King
L’organisateur doit se faire schizophrène, politiquement parlant, afin de ne pas se laisser prendre totalement au jeu. (…) Seule un personne organisée peut à la fois se diviser et rester unifiée. (…) La trame de toutes ces qualités souhaitées chez un organisateur est un ego très fort, très solide. L’ego est la certitude absolue qu’a l’organisateur de pouvoir faire ce qu’il pense devoir faire et de réussir dans la tâche qu’il a entreprise. (…) Le moi de l’organizer est plus fort et plus monumental que le moi du leader. Le leader est poussé par un désir pour le pouvoir, tandis que l’organizer est poussé par un désir de créer. L’organizer essaie dans un sens profond d’atteindre le plus haut niveau qu’un homme puisse atteindre—créer, être ‘grand créateur,’ jouer à être Dieu. Saul Alinsky

Les Américains ont choisi le candidat le plus talentueux et le plus crédible en dépit, et non à cause, de la couleur de sa peau. Le Monde

Attention: un (pieux) mensonge peut en cacher un autre!

Intéressant papier dans le Monde d’il y a deux jours sur le déluge de louanges qui a salué le hold up du siècle (pardon: « l’apothéose électorale »!) de celui qui n’aurait effectivement pu être élu ni au Kénya ni en France …

D’abord, puisqu’y sont bien pointés le goût particulièrement prononcé, au Pays autoproclamé des droits de l’homme, pour « les vaines proclamations et les débats théologiques » comme pour la « récupération politique ».

Ou l’absurde controverse sur les « statistiques ethniques », y compris dans sa version allégée de la mention du lieu de naissance des parents ou de la limite à des études ciblées et anonymes, qui condamne effectivement, faute de mesure objective, toute vélléité de traitement du problème racial (pardon: ethnique !).

Et nous promet encore en effet de longues années de discrimination à l’embauche, au logement ou à l’accession aux postes dirigeants de la politique.

Sauf que si la reprise d’un terme aussi funeste (d’ailleurs très vite abandonné aux Etats-Unis mêmes) que celui de « discrimination positive » ne peut en effet qu plomber les débats, les solutions envisagées par notre bon dirigiste français de commentateur semblent se réduire pour une bonne part aux habituelles condamnations bien-pensantes des timides débuts de libéralisation susceptibles de mettre fin au véritable assignement à résidence auquel se résume jusqu’ici la politique de rénovation urbaine à la française (exigences légales en matière de mixité sociale dans l’habitat ou carte scolaire).

Ou aux dénonciations angélistes du début de prise en compte, après des décennies de déni, du véritable problème que constitue, y compris pour les migrants en règle dont on déplore par ailleurs les difficultés, les évidents détournements de procédures d’immigration comme celle des mariages blancs.

Et si « lourds contresens » il y a effectivement sur « l’accession du « premier Noir à la Maison Blanche », il ne sont peut-être pas du côté que l’on croit.

Du moins pas tant du côté du « mensonge de certains responsables politiques français qui feignent de croire que M. Obama a été élu parce qu’il est Noir » que de celui de certains commentateurs.

Comme ceux qui tentent de nous faire avaler que l’élection, après la déroute financière provoquée par « la recherche démagogique de la ‘justice sociale’ «  commencée sous Clinton, du candidat du Très Grand Capital et de la rue noire (à, excusez du peu,…96% !) comme du politiquement correct universitaire ou médiatique (le bon vieux chantage au racisme)…

Etait celle du « plus talentueux et plus crédible en dépit, et non à cause, de la couleur de sa peau »!

Les pièges de l’obamania à la française
Philippe Bernard
Le Monde
19.11.08

Barack Obama aurait-il pu être élu en France ? Depuis que l’ascension du sénateur de l’Illinois s’est terminée en apothéose électorale, la question agite la France monocolore. Pour de bonnes raisons d’abord, puisque l’irrésistible ascension, outre-Atlantique, d’un métis, fils d’immigré, souligne par contraste l’homogénéité stérilisante des milieux politiques français et l’urgence à leur donner les couleurs de la société. Mais la vague d’obamania qui a déferlé sur l’exécutif français masque d’abord l’extrême confusion du débat dans la République. Comme si le vacarme était orchestré pour faire oublier les turpitudes hexagonales, au prix de lourds contresens sur l’accession du « premier Noir à la Maison Blanche ».

Lorsque Christine Lagarde assure que l’élection de M. Obama, « quelque part, ça s’est un peu produit » en France avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy, en présentant ce dernier comme « le représentant d’une minorité », la ministre de l’économie ne participe pas seulement à une grossière opération de récupération politique. Elle reflète le double mensonge auquel feignent de croire certains responsables politiques français : M. Obama a été élu parce qu’il est Noir ; la France est sur le bon chemin de la « diversité » dont M. Sarkozy est l’emblème. Ce qui a dû faire rire jaune les enfants d’ouvriers maliens notamment.

Carla Bruni-Sarkozy, dans sa fougue à soutenir – sans le signer – l' »appel pour l’égalité réelle des chances » du chef d’entreprise Yazid Sabeg, a renchéri en affirmant que « les Français ont voté pour un fils d’immigré hongrois, dont le père a un accent, dont la maman est d’origine juive (…) », revendiquant sa propre qualité d' »artiste, née italienne ». Ces assertions, outre qu’elles recourent à la manipulation très peu républicaine de la notion de « minorité » et à l’étalage soudain d’une « origine », se réfèrent à une réalité américaine dépassée. Les Américains ont choisi le candidat le plus talentueux et le plus crédible en dépit, et non à cause, de la couleur de sa peau.

Le parallèle avec la France est fragile. La « question noire » aux Etats-Unis, pays où chaque citoyen a des origines étrangères, sauf les Indiens, prend racine dans une tragédie consubstantielle à la nation, l’esclavage. La France, elle, nation unitaire séculaire, peine à intégrer les fils et filles de ceux qu’elle a longtemps considérés dans ses colonies comme des indigènes. Sans compter que l’histoire familiale de M. Obama ne se réfère ni à la traite des Noirs ni au colonialisme, mais à l’immigration africaine moderne. Il apparaît d’ailleurs pour le moins paradoxal que la France rouvre le débat sur l’accès aux responsabilités des personnes issues de l’immigration au moment même où le nouveau président américain privilégie les facteurs sociaux sur les variables raciales dans son analyse des fractures de la société américaine.

Tout se passe en réalité comme si notre pays s’emparait rituellement de cette question sur des bases erronées, pour mieux conforter le statu quo. Car question il y a : qu’à qualification égale, un descendant de Maghrébin coure 2,5 fois plus de risques d’être chômeur qu’un enfant de Français ; que la couleur de la peau rende improbable la possibilité de trouver un logement ; et qu’un seul député de France métropolitaine ne soit pas Blanc, montrent à quel point la République a failli à tenir sa promesse d' »égalité ».

DES RÉFORMES CONTRE LA « DIVERSITÉ »

Les émeutes récurrentes qui agitent les quartiers populaires, perpétuellement analysées, de la gauche à la droite, comme symboles de l' »échec de l’intégration » (sous-entendue raciale) alors qu’elles expriment d’abord la rage d’être socialement exclu, n’ont jamais débouché sur un plan cohérent et de longue haleine de promotion scolaire et professionnelle. Des ambitions plus coûteuses que l’invitation de quelques « bronzés » sur des plateaux de télévision ou la nomination au gouvernement de quelques « Arabes qui cachent la forêt », selon l’expression de l’écrivain Azouz Begag qui a siégé au gouvernement de Villepin. Sept ans après son lancement, la main tendue par Sciences Po Paris aux élèves des banlieues (54 diplômés) demeure la suprême référence.

A l’inverse, plusieurs réformes engagées pèsent contre la « diversité » prétendument célébrée : la diminution des exigences légales en matière de mixité sociale dans l’habitat, la suppression de la carte scolaire, le refus de généraliser par la loi à toutes les formations supérieures sélectives le quota de 10 % d’étudiants venant de tous les lycées du pays, outremer compris, et l’asphyxie de la rénovation urbaine. Au surplus, le climat de suspicion à l’égard des étrangers et en particulier des « couples mixtes » qui prévaut en France rendrait aléatoire le mariage des parents d’un futur Obama français.

Pour promouvoir autrement que symboliquement les descendants d’immigrés, M. Sarkozy a pourtant les mains libres. La gauche au pouvoir s’est caractérisée par une troublante pusillanimité, là où la droite a commencé à passer à l’acte. Mais le candidat Sarkozy, après avoir agité la perspective de « statistiques ethniques », a fait le silence depuis que ces projets ont été censurés par le Conseil constitutionnel. Quant au comité présidé par Simone Veil chargé de réfléchir à l’introduction de la  » diversité » dans le préambule de la Constitution, il vient d’être opportunément réactivé. Plutôt que de s’engager dans l’action concrète, la France continue de privilégier les vaines proclamations et les débats théologiques. A l’idée de « discrimination positive » plombée par sa formulation paradoxale elle-même pourrait pourtant se substituer des mesures volontaristes de portée générale dans des quartiers socialement ciblés.

Quant à la controverse sur les « statistiques ethniques », sans issue dans une France traumatisée par son histoire, elle pourrait être dépassée en lançant immédiatement les réformes et les enquêtes nécessaires à la connaissance et à la lutte contre les discriminations que permet la Constitution : introduction dans le recensement de la question du lieu de naissance des parents, et autorisation de questionnaires sur la couleur de la peau ou les origines, limitée à des études ciblées et anonymes.

L’obamania aurait alors secoué utilement la France. L’on s’apercevrait probablement qu’à l’heure où un métis accède au bureau Ovale et où les Verts allemands choisissent un fils de Turc pour leader, la « diversité » en France irrigue et enrichit déjà les ateliers, les commerces, les salles de professeurs et les prétoires. A peu près tous les milieux, à l’exception notable de la haute hiérarchie des partis politiques.


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