Obama: L’obsession du changement maintenant (From the rut to the dustbin of history)

29 juillet, 2015
imageRainbowHouseC’est au nom de la liberté, bien entendu, mais aussi au nom de l’« amour, de la fidélité, du dévouement » et de la nécessité de « ne pas condamner des personnes à la solitude » que la Cour suprême des Etats-Unis a finalement validé le mariage entre personnes de même sexe. Tels furent en tout cas les mots employés au terme de cette longue décision rédigée par le Juge Kennedy au nom de la Cour. (…) Le mariage gay est entré dans le droit américain non par la loi, librement débattue et votée au niveau de chaque Etat, mais par la jurisprudence de la plus haute juridiction du pays, laquelle s’impose à tous les Etats américains. Mais c’est une décision politique. Eminemment politique à l’instar de celle qui valida l’Obamacare, sécurité sociale à l’américaine, reforme phare du Président Obama, à une petite voix près. On se souviendra en effet que cette Cour a ceci de particulier qu’elle prétend être totalement transparente. Elle est composée de neuf juges, savants juristes, et rend ses décisions à la suite d’un vote. Point de bulletins secrets dans cette enceinte ; les votants sont connus. A se fier à sa composition, la Cour n’aurait jamais dû valider le mariage homosexuel : cinq juges conservateurs, quatre progressistes. Cinq a priori hostiles, quatre a priori favorables. Mais le sort en a décidé autrement ; le juge Kennedy, le plus modéré des conservateurs, fit bloc avec les progressistes, basculant ainsi la majorité en faveur de ces derniers. C’est un deuxième coup dur pour les conservateurs de la Cour en quelques mois : l’Obamacare bénéficia également de ce même coup du sort ; à l’époque ce fut le président, le Juge John Roberts, qui permit aux progressistes de l’emporter et de valider le système. (…) La spécificité de l’évènement est que ce sont des juges qui, forçant l’interprétation d’une Constitution qui ne dit rien du mariage homosexuel, ont estimé que cette union découlait ou résultait de la notion de « liberté ». C’est un « putch judiciaire » selon l’emblématique juge Antonin Scalia, le doyen de la Cour. Un pays qui permet à un « comité de neuf juges non-élus » de modifier le droit sur une question qui relève du législateur et non du pouvoir judiciaire, ne mérite pas d’être considéré comme une « démocratie ». Mais l’autre basculement désormais acté, c’est celui d’une argumentation dont le centre de gravité s’est déplacé de la raison vers l’émotion, de la ratio vers l’affectus. La Cour Suprême des Etats-Unis s’est en cela bien inscrite dans une tendance incontestable au sein de la quasi-totalité des juridictions occidentales. L’idée même de raisonnement perd du terrain : énième avatar de la civilisation de l’individu, les juges éprouvent de plus en plus de mal à apprécier les arguments en dehors de la chaleur des émotions. Cette décision fait en effet la part belle à la médiatisation des revendications individualistes, rejouées depuis plusieurs mois sur le modèle de la « lutte pour les droits civiques ». Ainsi la Cour n’hésite pas à comparer les lois traditionnelles du mariage à celles qui, à une autre époque, furent discriminatoires à l’égard des afro-américains et des femmes. (…) La Maison Blanche s’est instantanément baignée des couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la « gaypride ». Les réseaux sociaux ont été inondés de ces mêmes couleurs en soutien à ce qui est maintenant connu sous le nom de la cause gay. (…) Comme le relève un autre juge de la Cour ayant voté contre cette décision, il est fort dommage que cela se fasse au détriment du droit et de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique. Yohann Rimokh
Le président a dit a de nombreuses reprises qu’il était prêt a sortir de l’ornière de l’histoire. Ben Rhodes (conseiller de la Maison Blanche)
“The president said many times he’s willing to step out of the rut of history.” (…) Once again Rhodes has, perhaps inadvertently, exposed the president’s premises more clearly than the president likes to do. The rut of history: It is a phrase worth pondering. It expresses a deep scorn for the past, a zeal for newness and rupture, an arrogance about old struggles and old accomplishments, a hastiness with inherited precedents and circumstances, a superstition about the magical powers of the present. It expresses also a generational view of history, which, like the view of history in terms of decades and centuries, is one of the shallowest views of all.expresses also a generational view of history, which, like the view of history in terms of decades and centuries, is one of the shallowest views of all. This is nothing other than the mentality of disruption applied to foreign policy. In the realm of technology, innovation justifies itself; but in the realm of diplomacy and security, innovation must be justified, and it cannot be justified merely by an appetite for change. Tedium does not count against a principled alliance or a grand strategy. Indeed, a continuity of policy may in some cases—the Korean peninsula, for example: a rut if ever there was one—represent a significant achievement. (…) Obama seems to believe that the United States owes Iran some sort of expiation. As he explained to Thomas Friedman the day after the nuclear agreement was reached, “we had some involvement with overthrowing a democratically elected regime in Iran” in 1953. Six years ago, when the streets of Iran exploded in a democratic rebellion and the White House stood by as it was put down by the government with savage force against ordinary citizens, memories of Mohammad Mosaddegh were in the air around the administration, as if to explain that the United States was morally disqualified by a prior sin of intervention from intervening in any way in support of the dissidents. The guilt of 1953 trumped the duty of 2009. But what is the alternative? This is the question that is supposed to silence all objections. It is, for a start, a demagogic question. This agreement was designed to prevent Iran from acquiring nuclear weapons. If it does not prevent Iran from acquiring nuclear weapons—and it seems uncontroversial to suggest that it does not guarantee such an outcome—then it does not solve the problem that it was designed to solve. And if it does not solve the problem that it was designed to solve, then it is itself not an alternative, is it? The status is still quo. Or should we prefer the sweetness of illusion to the nastiness of reality? For as long as Iran does not agree to retire its infrastructure so that the manufacture of a nuclear weapon becomes not improbable but impossible, the United States will not have transformed the reality that worries it. We will only have mitigated it and prettified it. We will have found relief from the crisis, but not a resolution of it. The administration’s apocalyptic rhetoric about the deal is absurd: The temporary diminishments of Iran’s enrichment activities are not what stand between the Islamic Republic and a bomb. The same people who assure us that Iran has admirably renounced its aspiration to a nuclear arsenal now warn direly that a failure to ratify the accord will send Iranian centrifuges spinning madly again. They ridicule the call for more stringent sanctions against Iran because the sanctions already in place are “leaky” and crumbling, and then they promise us that these same failing measures can be speedily and reliably reconstituted in a nifty mechanism called “snapback.” Leon Wieseltier

De l’ornière à la poubelle de l’histoire ?

Au lendemain d’un prétendu accord « historique » sur le nucléaire iranien que son principal signataire reconnait ne pas avoir lu et que les Iraniens n’ont depuis, comme avec les précédents, cessé de dénoncer …

Et pour lequel l’Administration Obama a non seulement multiplié les mensonges et interdit, via le Conseil de sécurité de l’ONU, toute discussion à son propre Congrès …

Mais, dans la plus pure tradition des Pilate et Caïphe de l’histoire, rejeté à l’avance sur le dos de sa première victime les effets prétendument apocalyptiques que pourraient avoir sa contestation …

Après le véritable « putsch judiciaire » que l’on sait sur le prétendu « mariage pour tous » …

Comment ne pas voir, avec l’un des plus grands thuriféraires de l’actuelle Administration américaine écrivant de surcroit dans l’un de ses plus fidèles porte-voix …

La véritable obsession que semble être devenue pour toute une génération …

Hélas pas seulement américaine et pas seulement pour  la diplomatie comme on peut le voir avec les socialistes actuellement au pouvoir en France et les aberrations sociétales telles que celle du « mariage pour tous »..

L’idée, aussi vide de contenu que lourde de catastrophes futures, du changement pour le changement ?

The Iran Deal and the Rut of History
Has the Obama administration’s pursuit of new beginnings blinded it to enduring enmities ?
Leon Wieseltier

The Atlantic

July 27, 2015

“The  president said many times he’s willing to step out of the rut of history.” In this way Ben Rhodes of the White House, who over the years has broken new ground in the grandiosity of presidential apologetics, described the courage of Barack Obama in concluding the Joint Comprehensive Plan of Action with the Islamic Republic of Iran, otherwise known as the Iran deal. Once again Rhodes has, perhaps inadvertently, exposed the president’s premises more clearly than the president likes to do. The rut of history: It is a phrase worth pondering. It expresses a deep scorn for the past, a zeal for newness and rupture, an arrogance about old struggles and old accomplishments, a hastiness with inherited precedents and circumstances, a superstition about the magical powers of the present. It expresses also a generational view of history, which, like the view of history in terms of decades and centuries, is one of the shallowest views of all.

This is nothing other than the mentality of disruption applied to foreign policy. In the realm of technology, innovation justifies itself; but in the realm of diplomacy and security, innovation must be justified, and it cannot be justified merely by an appetite for change. Tedium does not count against a principled alliance or a grand strategy. Indeed, a continuity of policy may in some cases—the Korean peninsula, for example: a rut if ever there was one—represent a significant achievement. But for the president, it appears, the tradition of all the dead generations weighs like a nightmare on the brains of the living. Certainly it did in the case of Cuba, where the feeling that it was time to move on (that great euphemism for American impatience and inconstancy) eclipsed any scruple about political liberty as a condition for movement; and it did with Iran, where, as Rhodes admits, the president was tired of things staying the same, and was enduring history as a rut. And in the 21st century, when all human affairs are to begin again!

Obama’s restlessness about American policy toward Iran was apparent long before the question of Iran’s nuclear capability focused the mind of the world. In his first inaugural address, he famously offered an extended hand in exchange for an unclenched fist. Obama seems to believe that the United States owes Iran some sort of expiation. As he explained to Thomas Friedman the day after the nuclear agreement was reached, “we had some involvement with overthrowing a democratically elected regime in Iran” in 1953. Six years ago, when the streets of Iran exploded in a democratic rebellion and the White House stood by as it was put down by the government with savage force against ordinary citizens, memories of Mohammad Mosaddegh were in the air around the administration, as if to explain that the United States was morally disqualified by a prior sin of intervention from intervening in any way in support of the dissidents. The guilt of 1953 trumped the duty of 2009. The Iranian fist, in the event, stayed clenched. Or to put it in Rhodes-spin, our Iran policy remained in a rut.

But it is important to recognize that the rut—or the persistence of the adversarial relationship between Iran and the United States—was not a blind fate, or an accident of historical inertia, or a failure of diplomatic imagination. It was a choice. On the Iranian side, the choice was based upon a worldview that was founded in large measure on a fiery, theological anti-Americanism, an officially sanctioned and officially disseminated view of Americanism as satanism. On the American side, the choice was based upon an opposition to the tyranny and the terror that the Islamic Republic represented and proliferated. It is true that in the years prior to the Khomeini revolution the United States tolerated vicious abuses of human rights in Iran; but then our enmity toward the ayatollahs’ autocracy may be regarded as a moral correction. (A correction is an admirable kind of hypocrisy.) The adversarial relationship between America and the regime in Tehran has been based on the fact that we are proper adversaries. We should be adversaries. What democrat, what pluralist, what liberal, what conservative, what believer, what non-believer, would want this Iran for a friend?

When one speaks about an unfree country, one may refer either to its people or to its regime. One cannot refer at once to both, because they are not on the same side. Obama likes to think, when he speaks of Iran, that he speaks of its people, but in practice he has extended his hand to its regime. With his talk about reintegrating Iran into the international community, about the Islamic Republic becoming “a very successful regional power” and so on, he has legitimated a regime that was more and more lacking in legitimacy. (There was something grotesque about the chumminess, the jolly camaraderie, of the American negotiators and the Iranian negotiators. Why is Mohammad Javad Zarif laughing?) The text of the agreement states that the signatories will submit a resolution to the UN Security Council “expressing its desire to build a new relationship with Iran.” Not a relationship with a new Iran, but a new relationship with this Iran, as it is presently—that is to say, theocratically, oppressively, xenophobically, aggressively, anti-Semitically, misogynistically, homophobically—constituted. When the president speaks about the people of Iran, he reveals a bizarre refusal to recognize the character of life in a dictatorship. In his recent Nowruz message, for example, he exhorted the “people of Iran … to speak up for the future [they] seek.” To speak up! Does he think Iran is Iowa? The last time the people of Iran spoke up to their government, they left their blood on the streets. “Whether the Iranian people have sufficient influence to shift how their leaders think about these issues,” Obama told Friedman, “time will tell.” There he is again, the most powerful man in the world, backing off and bearing witness.
If I could believe that the Joint Comprehensive Plan of Action marked the end of Iran’s quest for a nuclear weapon—that it is, in the president’s unambiguous declaration, “the most definitive path by which Iran will not get a nuclear weapon” because “every pathway to a nuclear weapon is cut off”—I would support it. I do not support it because it is none of those things. It is only a deferral and a delay. Every pathway is not cut off, not at all. The accord provides for a respite of 15 years, but 15 years is just a young person’s idea of a long time. Time, to borrow the president’s words, will tell. Even though the text of the agreement twice states that “Iran reaffirms that under no circumstances will Iran ever seek, develop, or acquire any nuclear weapons,” there is no evidence that the Iranian regime has made a strategic decision to turn away from the possibility of the militarization of nuclear power. Its strategic objective has been, rather, to escape the sanctions and their economic and social severities. In this, it has succeeded. If even a fraction of the returned revenues are allocated to Iran’s vile adventures beyond its borders, the United States will have subsidized an expansion of its own nightmares.

But what is the alternative? This is the question that is supposed to silence all objections. It is, for a start, a demagogic question. This agreement was designed to prevent Iran from acquiring nuclear weapons. If it does not prevent Iran from acquiring nuclear weapons—and it seems uncontroversial to suggest that it does not guarantee such an outcome—then it does not solve the problem that it was designed to solve. And if it does not solve the problem that it was designed to solve, then it is itself not an alternative, is it? The status is still quo. Or should we prefer the sweetness of illusion to the nastiness of reality? For as long as Iran does not agree to retire its infrastructure so that the manufacture of a nuclear weapon becomes not improbable but impossible, the United States will not have transformed the reality that worries it. We will only have mitigated it and prettified it. We will have found relief from the crisis, but not a resolution of it.
The administration’s apocalyptic rhetoric about the deal is absurd: The temporary diminishments of Iran’s enrichment activities are not what stand between the Islamic Republic and a bomb. The same people who assure us that Iran has admirably renounced its aspiration to a nuclear arsenal now warn direly that a failure to ratify the accord will send Iranian centrifuges spinning madly again. They ridicule the call for more stringent sanctions against Iran because the sanctions already in place are “leaky” and crumbling, and then they promise us that these same failing measures can be speedily and reliably reconstituted in a nifty mechanism called “snapback.” And how self-fulfilling was the administration’s belief that no better deal was possible? On what grounds was its limited sense of possibility determined? Surely there is nothing utopian about the demand for a larger degree of confidence in this matter: The stakes are unimaginably high. It is worth noting also that the greater certainty demanded by the skeptics does not involve, as the president says, “eliminating the presence of knowledge inside of Iran,” which cannot be done. Many countries possess the science but do not pose the threat. The Iranian will, not the Iranian mind, is the issue.

The period of negotiations that has just come to a close was a twisted moment in American foreign policy. We were inhibited by the talks and they were not. The United States was reluctant to offend its interlocutors by offering any decisive challenge to their many aggressions in the region and beyond; we chose instead to inhibit ourselves. This has been an activist era in Iranian foreign policy and a passivist era in American foreign policy. (Even our refusal to offer significant assistance to Ukraine in its genuinely noble struggle against Russian intimidation and invasion was owed in part to our solicitude for the Russian standpoint on Iran.) I expect that the administration will prevail, alas, over the opposition to the Iran deal. The can will be kicked down the road, which is Obama’s characteristic method of arranging his “legacy” in foreign affairs. Our dread of an Iranian bomb will not have been dispelled; we will still need to keep “all options on the table”; we will continue to ponder anxiously the question of whether a military response to an Iranian breakout will ever be required; we will again be living by our nerves. All this does not constitute a diplomatic triumph. As a consequence of the accord, moreover, the mullahs in Tehran, and the fascist Revolutionary Guards that enforce their rule and profit wildly from it, will certainly not loosen their grip on their society or open it up. This “linkage” is a tired fiction. The sanctions were not what cast Iran into its political darkness.

This accord will strengthen a contemptible regime. And so I propose—futilely, I know—that now, in the aftermath of the accord, America proceed to weaken it. The conclusion of the Joint Comprehensive Plan of Action should be accompanied by a resumption of our hostility to the Iranian regime and its various forces. Diplomats like to say that you talk with your enemies. They are right. And we have talked with them. But they are still our enemies. This is the hour not for a fresh start but for a renovation of principle. We need to restore democratization to its pride of place among the priorities of our foreign policy and oppress the theocrats in Tehran everywhere with expressions, in word and in deed, of our implacable hostility to their war on their own people. We need to support the dissidents in any way we can, not least so that they do not feel abandoned and alone, and tiresomely demand the release of Mir-Hossein Mousavi and Mehdi Karroubi from the house arrest in which they have been sealed since the crackdown in 2009. (And how in good conscience could we have proceeded with the negotiations while the American journalist Jason Rezaian was a captive in an Iranian jail? Many years ago, when I studied the Dreyfus affair, I learned that there are times when an injustice to only one man deserves to bring things to a halt.) We need to despise the regime loudly and regularly, and damage its international position as fiercely and imaginatively as we can, for its desire to exterminate Israel. We need to arm the enemies of Iran in Syria and Iraq, and for many reasons. (In Syria, we have so far prepared 60 fighters: America is back!) We need to explore, with diplomatic daring, an American-sponsored alliance between Israel and the Sunni states, which are now experiencing an unprecedented convergence of interests.

But we will do none of this. We will instead persist in letting the fire spread and letting time tell, which we call realism. Wanting not to fight wars, we refuse to join struggles. Sometimes, I guess, history really is a rut.

Voir par ailleurs:

Mariage homosexuel : la Cour suprême des États-Unis consacre « l’amour »… et la victoire de l’émotion sur la raison
La Cour suprême américaine a légalisé vendredi 26 juin le mariage homosexuel dans l’ensemble des États-Unis. Et cela en irrite plus d’un.
Yohann Rimokh

Atlantico

2 Juillet 2015

C’est au nom de la liberté, bien entendu, mais aussi au nom de l’« amour, de la fidélité, du dévouement » et de la nécessité de « ne pas condamner des personnes à la solitude » que la Cour suprême des Etats-Unis a finalement validé le mariage entre personnes de même sexe. Tels furent en tout cas les mots employés au terme de cette longue décision rédigée par le Juge Kennedy au nom de la Cour. Les cinquante Etats de la fédération américaine sont concernés, en ce compris ceux qui jusqu’alors interdisaient de telles unions ; les débats au sein de ces Etats sont donc terminés.

C’est un gain de cause général ; une victoire totale des requérants venus des quatre coins des Etats-Unis. Le mariage gay est entré dans le droit américain non par la loi, librement débattue et votée au niveau de chaque Etat, mais par la jurisprudence de la plus haute juridiction du pays, laquelle s’impose à tous les Etats américains.

Mais c’est une décision politique.

Eminemment politique à l’instar de celle qui valida l’Obamacare, sécurité sociale à l’américaine, reforme phare du Président Obama, à une petite voix près. On se souviendra en effet que cette Cour a ceci de particulier qu’elle prétend être totalement transparente. Elle est composée de neuf juges, savants juristes, et rend ses décisions à la suite d’un vote. Point de bulletins secrets dans cette enceinte ; les votants sont connus. A se fier à sa composition, la Cour n’aurait jamais dû valider le mariage homosexuel : cinq juges conservateurs, quatre progressistes. Cinq a priori hostiles, quatre a priori favorables. Mais le sort en a décidé autrement ; le juge Kennedy, le plus modéré des conservateurs, fit bloc avec les progressistes, basculant ainsi la majorité en faveur de ces derniers. C’est un deuxième coup dur pour les conservateurs de la Cour en quelques mois : l’Obamacare bénéficia également de ce même coup du sort ; à l’époque ce fut le président, le Juge John Roberts, qui permit aux progressistes de l’emporter et de valider le système.

La décision validant le mariage homosexuel entrera sans doute dans l’histoire, mais elle ne présente pas d’originalité majeure ; l’argumentation qu’elle déploie nous est largement connue, à nous autres qui avons eu à suivre ce débat en France en 2013. La spécificité de l’évènement est que ce sont des juges qui, forçant l’interprétation d’une Constitution qui ne dit rien du mariage homosexuel, ont estimé que cette union découlait ou résultait de la notion de « liberté ».

C’est un « putch judiciaire » selon l’emblématique juge Antonin Scalia, le doyen de la Cour. Un pays qui permet à un « comité de neuf juges non-élus » de modifier le droit sur une question qui relève du législateur et non du pouvoir judiciaire, ne mérite pas d’être considéré comme une « démocratie ».

Mais l’autre basculement désormais acté, c’est celui d’une argumentation dont le centre de gravité s’est déplacé de la raison vers l’émotion, de la ratio vers l’affectus. La Cour Suprême des Etats-Unis s’est en cela bien inscrite dans une tendance incontestable au sein de la quasi-totalité des juridictions occidentales. L’idée même de raisonnement perd du terrain : énième avatar de la civilisation de l’individu, les juges éprouvent de plus en plus de mal à apprécier les arguments en dehors de la chaleur des émotions. Cette décision fait en effet la part belle à la médiatisation des revendications individualistes, rejouées depuis plusieurs mois sur le modèle de la « lutte pour les droits civiques ». Ainsi la Cour n’hésite pas à comparer les lois traditionnelles du mariage à celles qui, à une autre époque, furent discriminatoires à l’égard des afro-américains et des femmes. Aurions-nous pu nous passer de telles comparaisons ? Ces comparaisons étaient-elles pertinentes ? Bien des choses permettent d’en douter.

La Maison Blanche s’est instantanément baignée des couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la « gaypride ». Les réseaux sociaux ont été inondés de ces mêmes couleurs en soutien à ce qui est maintenant connu sous le nom de la cause gay. Émotion, sentiments et business font décidément bon ménage au XXIe siècle.

Comme le relève un autre juge de la Cour ayant voté contre cette décision, il est fort dommage que cela se fasse au détriment du droit et de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique.

Là encore, nous autres, avons déjà connu cela.


Expo Lascaux 3: Le cinéma serait-il notre Lascaux à nous ? (Cinema as a sacred surface: Do films fulfill the same sacred function as the ritual engravings of temple walls or prehistoric caves?)

9 juillet, 2015
 https://i1.wp.com/culturebox.francetvinfo.fr/sites/default/files/assets/images/2014/02/024_114501_1.jpg He, oh, les enfants ! Vous n’a rien de mieux à faire que de regarder la fresque ? On éteint. Rrrr
Ces associations sont une écriture. Une sorte de message, de mythes sur lesquels la société reposait. Lascaux est un sanctuaire : ses peintres y œuvraient comme on peint une cathédrale, un lieu sacré. Quand je suis dans cette grotte, je suis aspiré vers les « dieux », les cieux de ces hommes préhistoriques, leur panthéon, plus qu’à la rencontre de ces hommes eux-mêmes. Yves Coppens (Conseil scientifique international de la grotte de Lascaux)
Il s’agit de faire sortir la plus célèbre grotte ornée du monde de son écrin périgourdin pour la présenter à un public international, et faire découvrir une reproduction fidèle au millimètre près d’une partie de la grotte qui n’a jamais été montrée. Germinal Peiro (Conseil départemental)
8 septembre 1940. L’armistice à été signé il y a peu par le maréchal Pétain. Dans le petit village de Montignac, la vie s’écoule doucement, peu inquiété par les Allemands. Ils sont encore loin. Ce jour là, Marcel Ravidat et trois autres personnes font une étrange découverte. À la faveur d’un arbre déraciné depuis des années, une excavation effleure le sol, recouverte de ronces. À l’aide de pierres jetées dans le trou, Marcel comprend qu’un boyau descend profondément sous la terre. Il a déjà 18 ans et il est apprenti à l’usine Citroën. Cette journée primordiale est un dimanche, et le travail doit reprendre dès le lendemain. Il faudra attendre le jeudi 12 septembre, début de la semaine de repos, avant que Marcel Ravidat ne revienne sur les lieus. En chemin il croise trois amis, Jacques Marsal, Georges Agniel et Simon Coencas, âgés de 13 à 15 ans. Le quatuor des Inventeurs est formé. Marcel a prévu son expédition cette fois. Armé d’un coutelas, deux lampes et d’une corde, il entreprend d’agrandir l’excavation. Le travail n’est pas de tout repos. Il faut gratter, petit à petit. Finalement le trou s’agrandit et il peut passer. La descente se fait par étape. Après une pente de trois mètres, il atterrit sur un tas d’éboulis, suivis par une autre paroi inclinée. Ses compagnons le rejoignent et, un peu plus loin, les premiers dessins apparaissent sous la flamme vacillante de leur lampe à pétrole. L’endroit paraît large, mais peu pratique. Le lendemain, à coup de pioche, il continue d’explorer la grotte, qui commence à peine à leurs livrer ses secrets. C’en est d’ailleurs trop pour les frêles épaules de nos quatre jeunes garçons. Le 16 septembre, Jacques Marsal, sur les conseils d’un gendarme, prévient son instituteur Léon Laval de la découverte. La grotte de Lascaux, qui ne porte pas encore ce nom, se prépare à affronter le monde extérieur. Les quatre amis suivront des destins différents. Le jeune Marsal, qui dans un récit s’octroit le meilleur rôle, en l’occurrence celui de Marcel Ravidat, véritable découvreur de la grotte, devient le protecteur de la grotte avec ce dernier, jusqu’en 1942. Cette année là, il se fait arrêter par la gendarmerie nationale. L’influence des Allemands a atteint le petit village. Il est alors envoyé en Allemagne pour suivre le Service du Travail Obligatoire. Il reviendra à Montignac en 1948, après une petite escale à Paris où il se marie. À cette époque, La grotte s’ouvre au public et il en devient le guide avec Marcel pendant quinze ans. Peu à peu, l’action du gaz carbonique et l’afflux d’humidité mettent en danger les dessins. Les premiers champignons verdâtres apparaissent. Lors de la fermeture en 1963, il reste sur place comme agent technique, et participera aux diverses évolutions techniques. Il recevra d’ailleurs la Légion d’Honneur, pour son travail sur la machinerie qui contrôle l’atmosphère de la grotte. Il restera le seul des Inventeurs à recevoir cet honneur. Au fil du temps sa renommée continue de grandir, et il devient le « Monsieur Lascaux 24 » jusqu’en 1989, année de son décès. En 1940, Georges Agniel est le seul à retourner à l’école au début du mois d’octobre, à Paris. Très rapidement, il enverra une « carte interzone » à Marcel Ravidat, pour « sauvegarder [ses] intérêts dans l’exploitation de la grotte ». Malgré son jeune âge, 15 ans, il sait que la grotte a un potentiel extraordinaire. Agent technique chez Citroën puis à l’entreprise Thomson-Houston, il ne reviendra que rarement à Montignac, jusqu’au 11 novembre 1986. Sa vie sera la plus tranquille des quatre. De son côté, Simon Coencas repart très rapidement à Paris avec ses parents et son frère. La collaboration est de mise dans la capitale française. Simon et toute sa famille seront déportés à Drancy. Son jeune âge le sauvera, ainsi que sa sœur. N’ayant pas encore 16 ans, ils échapperont à Auschwitz. Pas ses parents. Enchainant les petits boulots (vendeur à la sauvette, groom), il récupérera plus tard l’entreprise de métaux de son beau-père à Montreuil, qu’il fera fructifier. Tout comme Georges Agniel, il ne reviendra que très peu à Montignac. Il sera néanmoins présent ce fameux jour du 11 septembre. Pour l’Inventeur originel, la vie est aussi difficile. Marcel Ravidat gardera la grotte avec son amis Jacques Marsal jusqu’en 1942. Puis, comme beaucoup de jeunes de son âge, il sera requis aux Chantiers de la Jeunesse dans les Hautes-Pyrénées pendant huit mois. À son retour à Montignac, la gendarmerie envoie tous les jeunes au STO. Il trouvera refuge dans une grotte voisine de celle de Lascaux pour éviter le Service du travail Obligatoire et deviend maquisard. Promu caporal, il combattra dans les Vosges, puis en Allemagne. À la fin de la guerre, en 1945, il reprend le travail au garage du village. Mais l’attraction de sa découverte est trop forte. Rapidement il devient ouvrier pour l’aménagement de la grotte, puis guide avec son ami Jacques en 1948. Il est le premier à remarquer les taches de couleur qui commencent à envahir la grotte, qui conduiront à sa fermeture en 1963. Les choix sont limités à cette époque, et il trouve un travail à l’usine comme mécanicien. À cette époque, Jacques Marsal s’est attribué tout le crédit de la trouvaille. Il faudra attendre la parution des archives de l’instituteur Léon Laval pour que la vérité soit rétablie. Il ne quittera plus le village de Montignac. Le 11 novembre 1986, il est présent pour accueillir ses anciens camarades. À l’occasion de la sortie du livre Lascaux, un autre regard de Mario Ruspoli le 11 novembre 1986, les quatre amis sont enfin regroupés. C’est un première depuis 1942. Quatre ans plus tard, ils ne seront plus que trois à assister au jubilée de 1990, qui fête les 50 ans de la grotte. Pendant la célébration, ils sont présenté à François Mitterrand. En 1991, tous les trois sont nommés Chevalier de l’Ordre du Mérite. Décédé en 1995, Marcel Ravidat venait, comme ses amis, tout les ans pour fêter l’anniversaire de leur Invention. Seuls survivants du quatuor, Simon Coencas et Georges Agniel perpétuent la tradition encore aujourd’hui. L’Humanité
Les reflets de la peinture, ses mouvements sur la roche, c’était extraordinaire! Simon Coencas
Il a affronté la guerre, deux pontages et un cancer. À 87 ans, Simon Coencas, dernier des quatre « inventeurs » (découvreurs) de Lascaux, est un survivant. (…) 12 septembre 1940. Simon, ado juif parisien de 13 ans, part en balade dans les bois dominant le village de Montignac avec deux copains un peu plus âgés, Georges et Jacques. Fils d’un marchand de prêt-à-porter, il a trouvé refuge en Dordogne avec ses quatre frères et sœurs : « Après la déclaration de guerre, on s’est installés à Montignac avec ma mère et ma grand-mère en 1940 », dit-il de sa voix rocailleuse. « J’y ai connu Jacques Marsal, dont la mère tenait le restaurant en face de chez nous, et Georges Agniel. On faisait les 400 coups, toujours fourrés dans les bois. Mais pas au hasard : on cherchait le souterrain censé relier la colline au château. » Ce jour-là, en route vers la colline, ils croisent Marcel Ravidat, « un gaillard de 18 ans qui travaillait déjà ». Quatre jours plus tôt, accompagné de Robot, son chien, il a repéré quelque chose. Le souterrain? « Certains racontent que ce chien a trouvé le trou, mais c’est faux. C’est nous. À peine un terrier de lapin, mais ça sonnait creux. » Le quatuor dégage l’entrée de la cavité. « Marcel est passé en premier, on rampait dans ce couloir étroit plein de stalactites et de stalagmites. En descendant, on a été éblouis. C’était la salle des Taureaux! » Face à ces couleurs éclatantes vieilles de 17.000 ans, l’émotion est « indescriptible ». Le lendemain, munis de cordes et d’une lampe Pigeon, la bande des quatre poursuit l’exploration. « Les reflets de la peinture, ses mouvements sur la roche, c’était extraordinaire! » La suite est connue : ils alertent leur instituteur, Léon Laval, et gardent l’entrée. Les visiteurs affluent, dont l’abbé Breuil qui saisit l’importance de cette « chapelle Sixtine de la préhistoire », comme il la baptise. Fin 1940, Lascaux est classée monument historique. Simon n’est plus là. Huit jours après la découverte, les Coencas ont dû regagner Paris : « C’était la guerre. Puis il y a eu les lois raciales, l’étoile… » Le vieil homme raconte l’arrestation de son père : Fresnes, Drancy, Auschwitz. La sienne en octobre 1942, son entrée au camp de Drancy où il retrouve sa mère déportée. Lui en ressort au bout d’un mois grâce à l’intervention de la Croix-Rouge. Il se cache, survit. Après-guerre? Simon épouse Gisèle, toujours à ses côtés. Il fait « trente-six métiers » puis s’installe comme ferrailleur. Rude au labeur, doué en affaires, le couple fait prospérer l’entreprise. Lascaux attire les foules, pour Simon la grotte passe au second plan, mais les amis de Montignac, eux, ne sont jamais loin. Il déjeune souvent avec Georges, qui vit à Nogent-sur-Marne. Quand des inondations frappent Montignac en 1960, il accueille chez lui la famille de Jacques, guide de la grotte jusqu’à sa fermeture en 1963. Réunis à Lascaux en 1986, les inventeurs s’y retrouveront ensuite chaque année, en septembre. Jacques décède en 1989, Marcel en 1995, Georges en 2012. Ne restent que deux veuves – Marinette Ravidat veille sur la colline depuis son salon – et Simon. « Au début, les inventeurs avaient un traitement spécial. Et puis tout le monde s’est emparé de l’histoire », lance le vieil homme, mi-amusé, mi-désabusé. « Ils pourraient quand même nous envoyer un petit chèque! Je le donnerais à la recherche sur le cancer. Je bombe le torse car sans nous la grotte serait peut-être restée inconnue. » De Lascaux, Simon n’a rien emporté. Les stalactites? Égarées. Il en a tiré quelques honneurs : François Mitterrand l’a fait chevalier dans l’ordre du Mérite, Frédéric Mitterrand officier dans l’ordre des Arts et des Lettres. Il a emmené ses enfants voir Lascaux II, le fac-similé ouvert au public depuis 1983, « très bien fait même s’il manque l’odeur de la terre, l’humidité ». À présent, des reproductions des fresques voyagent dans le monde avec l’exposition Lascaux III. Bientôt Lascaux IV… Tout cela, c’est un peu grâce à lui. Ses sept petits-enfants et onze arrière-petits-enfants le savent-ils? Sans doute pas, eux qui ont récemment découvert que leur aïeul est juif. JDD
Il y a 75 ans, le 8 septembre 1940 précisément, en pleine Seconde Guerre mondiale, Marcel Ravidat, 18 ans, court après son chien Robot. Ce dernier s’est engouffré dans un trou de la colline qui surplombe la Vézère au sud de Montignac, en Dordogne. Le jeune apprenti garagiste récupère le coquin sur un amas de cailloux qui roulent, roulent… Et sous ses pieds, un écho résonne ! Intrigué, le jeune homme imagine avoir découvert un souterrain secret menant au manoir de Lascaux. Quatre jours plus tard, il revient avec trois amis Jacques Marsal, 15 ans, du même petit village de Montignac que lui, Georges Agniel 16 ans, en vacances et Simon Coencas, 15 ans, qui a fui Montreuil près de Paris pour se réfugier avec sa famille en zone libre. Les quatre téméraires se sont équipés d’outils de fortune et de lampes à pétrole. Objectif : élargir le trou et pénétrer les entrailles rocheuses à la recherche d’un éventuel trésor. Les jeunes explorateurs ignorent encore qu’ils s’apprêtent à entrer dans la légende, en tirant de son sommeil l’un des plus précieux joyaux de l’Humanité ! Le passage ouvert, Marcel, le plus âgé, descend en premier, en rampant. Après quelques mètres, la galerie s’ouvre sur une grotte et il atteint un vaste espace circulaire, que les préhistoriens baptiseront plus tard « Salle des Taureaux »… mais aveuglé par l’obscurité, ni lui ni ses acolytes, qui l’ont rejoint, ne devinent les aurochs peints au-dessus de leurs têtes ! Ce n’est qu’en arrivant dans un couloir étroit, le « Diverticule axial » que les adolescents pressentent l’ampleur de leur découverte : à la lueur de leur lampe artisanale des dizaines de vaches, de cerfs et de chevaux semblent se mouvoir au-dessus d’eux sur le plafond et les parois. Le lendemain, ils descendent avec une corde au fond d’un puits caché dans un recoin de la grotte… et y découvrent la « scène du Puits » : un homme à tête d’oiseau fait face à un bison qui perd ses entrailles, éventré par une longue sagaie et perdant ses entrailles. La petite bande vient de découvrir une œuvre magistrale de l‘art préhistorique, réalisée il y a 20 000 ans par nos ancêtres Cro-Magnon : la grotte de Lascaux. La cavité n’est pas très grande : 3 000 mètres cube seulement. Mais elle recèle de grandes et nombreuses fresques très élaborées : les artistes ont joué avec les reliefs de la roche pour mieux créer perspectives et mouvements, surprendre le regard du visiteur… Anamorphoses, animaux aux proportions volontairement modifiées, comme les chevaux aux petites têtes sur de gros ventres surplombant des pattes arrondies, typiques de Lascaux. La palette polychrome est riche, du noir, au jaune et au rouge et même, à un endroit, du mauve! L’intensité des couleurs est aussi variée. Et les peintures sont soulignées de traits gravés sur la paroi calcaire. Au total : 1500 gravures, 600 peintures animales, 400 signes se répondant les uns les autres, s’intriquant dans une mise en scène chargée de symboles. Quatre espèces animales reviennent de façon récurrente : les aurochs (ancêtres de nos vaches), les bisons, les chevaux et les cerfs. (…)  Prévenu une dizaine de jours après la découverte, l’abbé Henri Breuil, alors professeur au Collège de France, et réfugié en zone non occupée, se précipite. En ressortant de la grotte, il s’exclame « C’est presque trop beau ! ». Dès décembre 1940, la grotte est classée Monument historique. A partir de 1948, le propriétaire (privé) fait réaliser des aménagements pour accueillir le public. Un million de visiteurs se presseront devant les parois de ce chef d’œuvre jusqu’en 1963, date à laquelle André Malraux, ministre chargé des Affaires culturelles, ordonne la fermeture au public. Les parois se dégradent en effet dangereusement, sous l’effet des variations de température, de l’éclairage et du dioxyde de carbone dégagé par la respiration des visiteurs. Des algues vertes se développent en plusieurs endroits, et un voile de calcite tend à recouvrir certains peintures. Traitements et mesures de confinement font effet, et les années 1970 et 1980 se déroulent sans problèmes, l’accès étant limité à quelques privilégiés. Mais de nouveau, au début des années 2000, champignons et bactéries menacent de recouvrir les peintures. « Aujourd’hui, l’état de santé de Lascaux est excellent. Les conservateurs y veillent en permanence » rassure Yves Coppens. Et personne ou presque, à part eux, n’y pénètre. Mais impossible de ne pas permettre au public d’admirer cet emblème mondial de l’art pariétal, site inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité depuis 1979. Dès 1983, une réplique partielle de la grotte « Lascaux 2 », présentant à l’identique la Salle des Taureaux et le Diverticule Axial, est inaugurée à 300 mètres de l’original. C’est un succès : les visiteurs affluent, et nombre d’entre eux repartent persuadés d’avoir visité la « vraie » grotte. Mais, pour le Conseil général de la Dordogne, il faut faire plus. Il fait d’abord réaliser des répliques de plusieurs panneaux de « la Nef », ainsi que de la « scène du Puits » pour les exposer au Thot, à quelques kilomètres de Montignac. Puis, il imagine de déplacer ces fac-similés, en une exposition itinérante. C’est le défi relevé par “Lascaux, l’Exposition Internationale“, dit Lascaux 3 qui après sa création à Bordeaux en 2012, un passage à Chicago, à Houston, à Montréal et à Bruxelles, vient à Paris Expo Porte de Versailles (…) Avec cet événement, c’est en effet Lascaux qui vient à nous. Le visiteur, équipé d’un audioguide, parcourt l’histoire de la grotte. Des dispositifs interactifs lui permettent de voir et de saisir la composition des œuvres ainsi que les diverses interprétations proposées, scientifiques, esthétiques et philosophiques. Un film en 3D, une maquette réduite des galeries, des photographies, des vidéos d’archives l’immergent progressivement dans la grotte… Au cœur de l’événement, un fac-similé d’une partie de la grotte « qui n’a pas été reproduite dans Lascaux 2 : la « Nef » et la « scène du Puits » que le grand public peut voir pour la première fois ! » souligne Olivier Retout, directeur du projet Lascaux Exposition Internationale. Ainsi, le visiteur plongé dans l’obscurité et la fraîcheur, accompagné d’une ambiance sonore, découvre cinq scènes majeures de la grotte exposées sous forme de panneaux grandeur nature, réalisés par l’Atelier des Facs-Similés du Périgord. « Le panneau de l’empreinte » orné d’un troupeau gravé et peint d’une demi-douzaine de chevaux et un bovin encadrés de deux signes quadrangulaires ; « La Vache Noire », située sur la paroi de la Nef à plus de 3 mètres du sol ; « Les Bisons adossés » ; « La frise des Cerfs » ; enfin, la surprenante « Scène du Puits ». Un éclairage variable fait surgir à intervalles réguliers les gravures, qui ne sont pas toutes visibles à l’œil nu. A la sortie, des bornes interactives finissent de permettre aux visiteurs de décomposer chaque détail des œuvres pour mieux les appréhender. Un avant-goût prometteur pour patienter jusqu’à l’ouverture, prévu à l’été 2016, d’une réplique intégrale de la grotte au pied de la colline de Lascaux (budget total de 57 millions d’euros). L’Humanité
En 2003, le conseil général de la Dordogne commande au plasticien Renaud Sanson et à son atelier la réalisation de fac-similés de scènes figurant dans la nef de Lascaux, galerie non représentée dans Lascaux II. De juillet à décembre 2008, dans les ateliers de Montignac qui ont vu leur création, l’exposition Lascaux révélé a présenté ces nouveaux fac-similés au public de la Dordogne. L’exposition a ensuite été transférée vers le parc animalier du Thot, situé sur la commune voisine de Thonac, et présentée au public en juillet 2009. Lors de cette mise en place, les fac-similés créés en 1984 et 1991, précédemment exposés au parc du Thot (les bisons, la vache noire et la scène du Puits), ont été déplacés sans ménagement, endommagés, exposés aux intempéries pendant l’été 2009 puis finalement, empilés dans un hangar. L’exposition Lascaux révélé, également appelée Lascaux 3, est ensuite destinée à voyager à travers le monde entier pendant plusieurs années en tant qu’ambassadeur de la Dordogne et de sa Vallée de l’Homme. En effet, les coques des fac-similés, de faible poids (moins de 10 kg/m2), sont constituées de panneaux démontables dont les jointures sont invisibles et qui ont été conçus pour être aisément transportés. La totalité ou une partie des panneaux doivent faire l’objet d’une exposition itinérante sous le nom de Lascaux, l’exposition internationale58. L’agence de scénographie Du&Ma est choisie en mars 2011 pour assurer la maîtrise d’œuvre de ce projet. Après une première étape en France qui a rassemblé 100 000 visiteurs à Bordeaux, à Cap Sciences, du 13 octobre 2012 au 6 janvier 201359, l’exposition traverse l’Atlantique et fait escale au Field Museum de Chicago de mars à septembre 2013 (325 000 visiteurs), avant de rejoindre Houston (200 000 visiteurs d’octobre 2013 à mars 201460), puis Montréal d’avril à septembre 2014. L’exposition revient en Europe et s’installe à Bruxelles en novembre 2014. Elle s’implante ensuite à Paris, à la porte de Versailles du 20 mai au 30 août 201564, puis à Genève d’octobre 2015 à janvier 2016. Wikipedia
Cinema is nothing but a hypothetical, impossible, infinite sequence shot. Pasolini
Cette “fabrique des faits” proclame l’identité du film avec le monde et l’identité du monde avec ce qui est; l’identité du film avec la vie, avec ce qui est montré, projeté sur l’écran. Youssef Ishaghpour
C’est la condition des nouvelles extases dont la mort de tous les dieux avait paru interdire jusqu’à l’espérance. Le Cinéma, si nous voulons le comprendre, doit ranimer et porter à son comble un sentiment religieux dont la flamme mourante réclame son aliment. L’infinie diversité du monde offre pour la première fois à l’homme le moyen matériel de démontrer son unité. Elie Faure
 Since our field of vision is full of solid objects, but our eye (like the camera) sees this filed from only one station point at any given moment, and since the eye can perceive the rays of light that are reflected from the object only by projecting them onto a plane surface—the retina—the reproduction of even a perfectly simple object is not a mechanical process but can be set about well or badly. Arnheim
Avatar’ is Cameron’s long apologia for pantheism—a faith that equates God with Nature, and calls humanity into religious communion with the natural world. Douthat
Films such as Star Wars and The Matrix have performed the function of reintroducing the power of myth for our contemporary lives, and they succeeded precisely because they have borrowed from the powerful themes, ideas, symbols and narratives of myths through the ages. (…) In sensual confrontation with the filmic image of the dead body, I suggest that a religious cinematics has a powerful potential to escape its mediated confines and bring a viewing body face to face with death. As such, images and bodies merge in an experience not unlike that of the mystical experience, when borders, divisions and media all break down. Plate
Les théoriciens du rapport entre cinéma et sacré, comme H. Agel, tendent à étudier la représentation du sacré dans le film. Mais certains  – comme S. Brent Plate – estiment que le cinéma est sacré par essence, car il recrée le monde, par l’intermédiaire de la narration et du montage, comme un dieu démiurge. En revanche, cet article propose que le cinéma porte la trace du sacré simplement parce que le film physique – notamment pendant l’ère du celluloïd – et l’aplatissement de l’image projetée sur l’écran agissement comme des équivalents sympathiques du monde. Le film remplit ainsi la même fonction sacrée que les dessins rituels sur les murs des temples, ou dans les cavernes préhistoriques, tels que Lascaux. Au cinéma, comme dans Lascaux, l’Humain tend à fusionner avec le Monde conçu comme expression du Divin, métonymisé par la murale dans la caverne ou l’écran dans la salle de cinéma. Aller au cinéma est ainsi similaire à ce que Lacan appelle « remémoration »: l’Humain s’y souvient d’un état archaïque, à une époque où l’expérience du sacré passait par un rituel plaçant le corps dans un espace sombre, face à une surface représentant le monde. Walid El Khachab (York University)
It is not uncommon in film theory to use Plato’s parable of the cave as an archetype of pre-cinematic experiences (Jarvie, 1987). The common wisdom tells the story of people in chains in a cave, exposed to a shadow play, cut from the “real world” outside of the cave, as an allegory of film viewing. Based on Morin’s claim that cinema reactivates the old anthropological archetype of the Double, associated with the shadow—because the cinematic body is a shadow that bears the characteristics of the double—I suggest that Plato’s myth of the cave is reminiscent of an older practice: a sacred ritual by virtue of which “archaic” humans gathered in particular caves to gaze at murals or to watch shadow plays. Cinema is the modern avatar of shadow theatre where the “effectuation” of this epistemologically democratic concomitance of immanence and transcendence occur, as I have argued elsewhere (El Khachab, 2003, 5). Shadow theatre materializes the unity of Being, and the unification of immanence and transcendence, since all beings are equally flattened on the screen’s surface and are equally submitted to the oppositional intensity of light and darkness. In this respect, cinema acts as a modern shadow theatre, where the act of filming renders the multiplicity of beings in a unified flattened form, and where both immanence and transcendence are unequivocally the simultaneous result of that act, since both come to being when projected on the screen (El Khachab, 2003, 6). The paradox inherent to cinema consumption is as old as pre-cinematic archaic practices. Cinema is fundamentally a practice that reminds us of pantheistic worldviews about the blurring of boundaries between the Human and the World as an epiphany of the divine. Nevertheless, cinema requires that the contemplation of this old “memory” be practiced in a space whose boundaries are quite well set: there is a clear demarcation between the inside and the outside of the theatre similar, I suppose, to the clear boundaries between Plato’s—or Lascaux cave—and the world. This ritual has always been associated with the symbolic (magic?) production of transcendence on the immanence of a flat surface. The archetype thesis may offer an explanation of the unwritten rule regarding the role played by the sacred flat surface: the archetype of cinema can be found in the Lascaux cave mural paintings or in the practice of shadow plays: both are about surfaces contemplated in the dark. Incidentally, the Lascaux one—among other Palaeolithic caves—is deemed a sacred space by archaeologists, who often refer to these as sanctuaries (Leroi-Gourhan, 1958). I assume, following Edgar Morin and Youssef Ishagpour, that the Lascaux cave murals were the archetype of film and that they were painted so that people could contemplate them in the dark, in order to connect with nature, through the act of gazing to painted natural elements (e.g. the bison scenes). However, there might be a phenomenological explanation to the connection between the pantheistic essence of cinema and the projection of images on a flat surface, which comes from film theory. Arnheim[‘s] seemingly factual account underscores that the process of flattening the image of the world, or of projecting it on a plane surface works both for the body’s visual perception, where the retina plays the role of the screen, and for the “externalization” of projection onto the cinematic screen. One can now less surprisingly embrace Deleuze’s statement about the screen acting as an eye (Deleuze, p.62). Following Arnheim’s logic, one might say that the cinema screen acts like an external, oversized retina that “retains” images. This almost biological account is strikingly similar to pantheistic models that place the world in the human and the human in the world, in the sense of the human being part and parcel of the world, which itself is the expression of the Divine. Other pantheistic models are more dynamic: they place the world within the human and vice versa. I would argue that this account parallels the phenomenon of the human capturing the world inside his/her own body—on the retina—and the world accepting the human as part of itself, on the grounds that this human partakes in the projection of shadows—or of films—on the screens of the world or at least of movie theatres. Cinema consumption thus understood is a modern way of performing what Lacan calls “rememoration”. It is not a technique to remember desire in its primal mode within the unconscious. Rather, cinema is a reminiscence of archaic practices by virtue of which Humans connected with the sacred through the ritual exposure to surfaces representing the world. Consumption of film—or rather, exposure to film—is the residue of an ancient sacred practice based on the agency of the gaze. Even though Alain Chabat’s RRRrrr (1999, France) is a comedy, his film seems to take seriously the kinship between cinema—or TV—and the prehistoric fresco. In the film, before they go to sleep at night, the kids in a family sit on a pseudo-sofa and stare as if hypnotised at a mural which strongly resembles the Lascaux cave frescoes that covers an entire wall. The father controls the time when they have to go to bed, so he puts out the flame that illuminates the screen/fresco. The scene seems to be a barely disguised reference to the pre-cinematic role played by murals in prehistoric caves. Chabat seems therefore to rememorate heroic times, when the murals in caves used to act as mediating interfaces between the human and nature, in an effort to reactivate the idea of a blend between the Human and Nature, in relation to a recent avatar of mural paintings: film. Both practices: gazing at murals and watching a film share the archaic function of reiterating the fusion between the body and the world as a metaphor, or as a materialisation of the (re-) uniting of the human with the divine. (…) Cinema therefore appears to be, not so much a ritual aiming at retrieving an actual memory of times past in the cave, but rather, a ritual that repeats the homage to cinema in an attempt to articulate desires that were suppressed; chief among which is the desire for the divine through means that are not those of organized religion. The importance of repetition in rememoration may explain the fact that an average urban film viewer may watch at least a film per week. The repetition of this practice many times a month seems to be structured as part of an unconscious effort to transcend the major signifier, cinema, and articulate the reason why we are still addicted to exposure to screens. Walid El Khachab

Le cinéma serait-il notre Lascaux à nous ?

Ressortant, en plein été parisien, de l’obscurité de la réplique d’une grotte vieille de quelque 17 000 ans

Après la chance d’avoir pu voir, miraculeusement échappé à Auschwitz, le dernier survivant de ses inventeurs

Comment ne pas repenser …

A l’émerveillement, il y a 75 ans,  de ses quatre jeunes découvreurs …

Comme bien sûr à la véritable vénération mêlée de crainte et d’effroi que pouvaient susciter, chez nos lointains ancêtres, ces cathédrales naturelles ?

Mais comment ne pas s’émerveiller à notre tour …

Devant l’étrange banalité qu’est devenue pour nous modernes filmivores …

Une pratique qui pourrait pourtant bien remplir comme le rappelle Walid El Khachab …

Outre, à l’image de la tragédie grecque, sa dimension souvent sacrificielle et donc cathartique …

Et à l’instar d’une « époque où l’expérience du sacré passait par un rituel plaçant le corps dans un espace sombre face à une surface représentant le monde » …

« La même fonction sacrée que les dessins rituels sur les murs des temples ou dans les cavernes préhistoriques » ?

Cinema as a Sacred Surface: Ritual Rememoration of Transcendence
Walid El Khachab
York University

At the intersection of Film and Religious Studies a tradition can be traced from Henri Agel’s concepts of Sacré and Métaphysique to Eric Christianson’s Cinéma Divinité, whose premise is that cinema materializes the sacred, and makes visible the invisible Godly essences. Another tradition starts with Jean Epstein’s writings on the mystique or mysticism of cinema and Edgar Morin’s Imaginary Man, which tradition is currently represented in France by Yann Calvet’s work on the sacred. It is concerned with cinema as the locus of the performance of and the connection with the sacred in our modern world.

The sacred is understood here in its broader sense, encompassing forces of nature that seem overwhelming to the human, as well as the realm of supernatural entities that transcend the world of the human, such as God, or “pagan” deities. The first end of the definition is best formulated by René Girard: “The sacred consists of all those forces whose dominance over man increases or seems to increase in proportion to man’s effort to master them. Tempests, forest fires, and plagues, among other phenomena, may be classified as sacred.” (Girard, 2005, p.32). The other end can be summarized by Lévy-Bruhl’s notion of the mystical experience which is connected to a space set apart in connection to a complexus of actors including plants and animals, but also heroes—and one might add—gods (Lévy-Bruhl, 1938, p.183).

When it comes to the study of the connections between cinema and the sacred, it is probably S. Brent Plate’s work that best synthesizes the two trends above mentioned: the one that considers cinema as the materialization of the sacred, and the one that sees cinema as the realm where the sacred is performed. Plate’s Religion and Film. Cinema and the Re-Creation of the World combines a thematic approach and a reflection on the materiality of film, focused on the visual emblems of religious/ritual practices and concerns, such as death and the hereafter. Thematic inquiry is dear to scholars who pursue the uncovering of continuities in anthropological structures of narratives, rituals and other practices, and symbols, between the age of mythology—Greek or Biblical—and the age of technology. This is the Agel trend. Reflections on the materiality—or immateriality—of the filmic image and the cinematic medium from the perspective of the study of the sacred are usually preoccupied by motifs and issues such as the agency of light and shadow, the correspondence between the cinematic image and the Double, both being immaterial in a certain sense. This is the Morin trend.

Both trends inform Plate’s inquiry into cinema which is even the more refreshing because he does not shy from analyzing the representation of ritual and the sacred in such blockbusters as The Matrix (dir. Andy & Larry Wachowski, USA, 1999) and Star Wars (dir. George Lucas, USA, 1977), side by side with The Passion of the Christ (dir. Mel Gibson, USA, 2004) and Baraka (dir. Ron Fricke). One of his book’s major preoccupations is to highlight the narrative and symbolic connections between Biblical mythology and these blockbusters. “Films such as Star Wars and The Matrix have performed the function of reintroducing the power of myth for our contemporary lives, and they succeeded precisely because they have borrowed from the powerful themes, ideas, symbols and narratives of myths through the ages.” (Plate, 2008, p.31). Plate analyzes, for instance, such tropes as the symbolism of Zion, it being a biblical reference to Jerusalem as well as the name of the locus of salvation, and the object of the Resistants’ quest in The Matrix. He also studies the agency of the colours black and white in Star Wars, the former being associated with Evil (Vader) and the latter with Good (Skywalker); the binary structure of Good vs. Evil being a fundamental organization of many mythological and religious worldviews.

However, what makes Plate’s book most original are his reflections on the paradoxical position of the body and on the mediation process in the film viewing experience—in short, his reflections on the connections between the sacred as an anthropological category and film as media. Following Merleau-Ponty’s phenomenological considerations about the body’s perception of/in the world, he argues that film experience puts the viewer’s body in the world, of which the screen is part, yet the body keeps watching the screen in return. This paradox blurs the frontiers between what one sees and what is seen, which blurring is replicated in another dimension of the viewing experience: “[…] In sensual confrontation with the filmic image of the dead body, I suggest that a religious cinematics has a powerful potential to escape its mediated confines and bring a viewing body face to face with death. As such, images and bodies merge in an experience not unlike that of the mystical experience, when borders, divisions and media all break down.” (Plate, 2008, p.61).

These remarks are confined to the specific case of viewing a film displaying images of dead bodies (Stan Brakhage’s The Act of Seeing with One’s Own Eyes). I argue that Plate’s metaphor of the mystical experience is actually valid in principle for the viewing experience of any film. This model that understands the dynamics of viewer/film interaction in terms of perception, identification, blurring of subjectivity and / or of materiality falls under the category of “cinematic pantheism”—as I have argued elsewhere (El Khachab, 2006). Plate suggests that both religion and film re-create the world and that in some intense experiences the body can merge with the world of film. I prefer to base this phenomenological inquiry on the paradigm of the sacred which exceeds that of religion.

My contention here is not that cinema as an institutional cultural practice recreates the world on the levels of narrative and of editing. Rather, it is that the material film—particularly in the celluloid era—and the flattened image projected on a screen are “sympathetic” equivalents of the world. Therefore, the assumed archaic attitude of the Human facing a representation of the world, such as prehistoric cave murals, residually informs the attitude of the modern viewer in the movie theatre/modern cavern facing a film projected on screen/modern mural. In both situations, the Human tends to merge with the World as an expression of the Divine or the Sacred, as metonymized by the cave mural in one case or the film on screen in the other.

The act of viewing a film is therefore a ritual that is based on “recollection” not just in the sense of piecing together images and fragments of past experience into the stream we usually call memory, but also in the sense of “rememorating” a time when one can argue that the decisive distinctions between the Human and Nature, or between the Human and the Animal were not yet accepted wisdoms. Many theoreticians, particularly within the French tradition, consider cinema as an art or as an institution, or film as a product, to be the equivalent of the world. After a brief analysis of Vertov’s The Man With the Movie Camera, Youssef Ishaghpour concludes: « Cette “fabrique des faits” proclame l’identité du film avec le monde et l’identité du monde avec ce qui est; l’identité du film avec la vie, avec ce qui est montré, projeté sur l’écran. » (Ishaghpour, 1982, p.35).

This identity between Film, the World, and Being is not inferred from a film whose locus is natural landscapes or breathtaking images of the sky which images may seem more effective in making the point that Human and Nature are (or used to be in a remote historical stage) one. The French theorist is insisting on the technical dimension of film and on its agency being a “manufacturing of facts” as well as an instance of restating the unity between the Human and the World. On the one hand, this understanding of film opens the door to the exploration of film as a pantheistic media, and on the other, it is a reminder so to speak that cinema is the place where the viewer’s body is to experience a “return” to a past when the separation of nature and culture, or of the human and the world were not unquestionably enforced. Ishaghpour’s comment is also valuable because it does not displace this debate into the paradigm of a (nostalgic?) representation of particular spaces or narrative themes that express the “Unity of Being”. It rather situates this pantheistic nature of film within the very nature of the media and its mechanical workings.

Film, Hierophany and Pantheism
This article acknowledges the two approaches to cinema and the sacred that were briefly mentioned in the first paragraphs: the thematic-centered one that sees film as a space of reference to motifs, practices and structures related to the sacred and the other—centered on the media’s materiality—that believes film in itself is part of an understanding of the sacred, that may have been forgotten or overlooked in many accounts of film anthropology or film theory at large, except in the works of a few scholars referred to here as the Epstein-Morin trend. However, this contribution is resolutely grounded in the latter approach.

My hypothesis is based on Pier Paolo Pasolini’s insights into the parallels between the world, the sacred and film. In the following quote, I connect several of these insights and put them in an order that states my case: “Reality in itself is divine. […] Reality (can be considered as) the emanation of God’s language.” Since Reality is “in fact an infinite sequence shot” and that “cinema is nothing but a hypothetical, impossible, infinite sequence shot” (Pasolini, 2005, p.44, 70, 73), one can therefore infer that cinema is the site where Reality—revered or celebrated as an emanation of the Divine—is performed and/or expressed.

Pasolini’s theory is that Reality, in the sense of the World, is coextensive to a hypothetical sequence shot that becomes a film when cut (cut from reality, edited in the editing room). Thus film is a “piece” of a reality that is divine, because this reality expresses God, or because He expresses himself in the form of reality. Hence, the connection between cinema and sacred is an essential one, not just one related to a particular cinematic genre such as, say, Biblical drama.

Pasolini calls the world hierophantic. One of the best in-depth explorations of this concept applied to film theory can be found in Michael Bird’s “Film as Hierophany” (Bird, 1982). Bird revisited Agel’s analysis of Robert Bresson’s films and underscored that Agel describes the French filmmaker’s images as dominated by physicality and materiality. However, that is only part of a cinematic process which turns surfaces within the image into transfigured Christ substance, according to Agel. Based on Mircea Eliade’s definition of the concept, Bird starts by emphasising that hierophany is the revelation of nature as cosmic sacrality, but concludes his chapter by narrowing this potential: film becomes hierophany, Bird argues, when it introduces “a reality that does not belong to our world” (Bird, 1982).

Instead of exploring examples that show the sacred within the profane, —within nature— Bird has chosen to focus on Agel’s catholic reading of a—conveniently—catholic filmmaker. The body in pain in Bresson’s films, argues Agel, is an annunciation of the advent of the Christic body, the ultimate afflicted body. It is one thing to highlight Christian themes or to do a Christian reading of films, and another one to analyze the sacred in general, regardless of the particular organized religion and specific institution one claims to represent.

However the major concern about narrowing the connection between the sacred and cinema lies elsewhere. My understanding of hierophany is that of a model where the sacred is expressed through the materiality of any physical object, motif, landscape, body in the world. Its relevance to film is precisely that the act of filming/screening and the material film with imprinted images of the world are by nature always instances of hierophany, whereas Birds’ reading of Agel proposes a model articulated around the image of a vertical axis.

Hierophany in Bird’s final analysis implies vertical and narrowly defined relations between a sacred being whose transcendence is located “up” and a material element in nature upon which transcendence “descends”. The concept of pantheism has a wider “scope” and therefore better accounts for the mystical dimension of cinema. It accounts for a fusion and merger of the body with the world—not just for the manifestation of the sacred in an object or a chosen body—and it refers to the coextensiveness of both the World and the Human. There is an “everywhereness” about pantheism—i.e. the world/the sacred/the human are everywhere—that replicates the potential omnipresence of the camera in the world. In that sense, after a careful reading of Pasolini’s use of “hierophany”, one could assert that Pasolini’s conception of the dynamics involving the Human and the Divine is rather pantheistic and that film—as a pantheistic media—“mediates” between both.

Mediation in my understanding is not a reference to a physical linear process where the Human stands in slot A, the Divine in slot C and film, in the middle in slot B. Cinema is a space of mediation simultaneously “producing” the World and the place of the Human in it, manufacturing the immanence of nature, and elevating it metaphorically at once to the status of transcendence. Film appears thus heuristically as an interface between these instances, hence the concept of mediation. Film also mediates in the sense of “materializing”, “manifesting”, making the invisible come to being, through the camera lens, and taking shape when “wrapped” in celluloid.

Cinematic pantheism in this article is not about the representation of pantheistic images. This article does not focus on films that are deemed poetic, or visually stunning, where the scenery is dominated by impressive landscapes rendered by intensely photographic virtuosity, which attributes would be the standard aesthetic features in films described as pantheistic. In other words, my aim is not to analyze the cinema epitomized in early film histories by Alexander Dovjenko’s Earth (USSR, 1930). It is customary to hail the cinematic pantheism expressed in the images of landscape and particularly of fields in that Soviet film. Dovjenko’s camera is believed to have produced a homage to nature and to have realized a state of merger between farmer and land on screen.

More recently, the same rhetoric was used by film critics to praise the pantheism of James Cameron’s Avatar (USA, 2009). A New York Times’ op-ed summarizes the film’s approach to the sacred in the following terms: “[…] ‘Avatar’ is Cameron’s long apologia for pantheism—a faith that equates God with Nature, and calls humanity into religious communion with the natural world.” (Douthat, 2009). This account of the film’s pantheism does not explain the technical details that support its point, but it claims that Hollywood has long been a strong supporter of the pantheistic “faith”.

Typically, establishing shots of natural landscapes, particularly of vast plains or majestic mountains, pans, dolly shots, crane shots exploring such scenery would be the technical means to produce this type of cinematic pantheism: images of overwhelming but non threatening nature, where the human is introduced in symbiosis with the world—not as a superior being domesticating the world nor as a foe in conflict with nature. For my part, I have underlined elsewhere the role played by the dissolve shot in producing pantheism within the film economy, because it literally makes the human body dissolve into nature, thus performing the unity between the Human, the World and the Divine understood as a transcendental aspect of the material world (El Khachab, 2006).

This understanding of pantheism in film is even the more compelling in the case of Avatar, because of the role played by digital technology. Nature in Cameron’s film is not an analogue image of nature in “real life”. It is the product of computer-generated imagery (CGI) and is made possible through technology. One could say that the avatar of nature in the film is essentially an immense green screen. This is a reminder that cinema is not the realm of unity between human and nature because it “reflects” nature and humans on screen. It is so because the very nature of film is pantheistic.

Film as a “Panthed” Media
Cinematic pantheism as articulated in this article is not “located” in the narrative or in the images of a film, even though—as discussed above—many films address the theme or the representation of pantheism. It is the film media itself that is fundamentally pantheistic in nature. In Élie Faure’s words, cinema has a “panthed” (panthée) mode of functioning. A medieval Avicennian definition of the soul’s relationship with the body and that of the universal spirit with the universe per se, can better explain how pantheism is envisaged here, in a way that is relevant to cinema and screen media theory:

« L’existence de l’âme commence avec celle du corps, à l’encontre de certaine école professant que l’Âme universelle est localisée quelque part et que des fragments se détachent d’elle, chaque fragment échéant à un corps et le gouvernant […] cette âme n’est pas dans le corps de l’homme ; elle n’est pas non plus mélangée avec son corps ; elle n’est pas non plus ailleurs. Elle n’est pas à l’intérieur du monde ; elle n’est pas non plus à l’extérieur du monde ; elle n’occupe pas de lieu. » (Jozjani in Corbin, 1999, 4).

In this unorthodox Neo-Platonician speculation, if the soul is the instance of transcendence, it appears as part of immanence, not as a fragment located in it. The corollary is that transcendence—be it called God or Logos or other—is simply part of the world of immanence. A pantheist philosopher may say: transcendence emerges with immanence. It is not located in a specific part of the world or “mixed” with a particular body. It is not in the world, nor out of it. It simply has no location. It functions as an energy, coextensive of matter and does not belong to a separate stratum.

As much as cinema and screen media theory are concerned, cinematic pantheism is the way by which film produces equally and simultaneously transcendence and immanence, and materializes the unity of both. In cinema, all beings are equally flattened on the screen’s surface and are equally submitted to the oppositional intensity of light and darkness. The act of filming renders the multiplicity of beings in a unified flattened form, where both immanence and transcendence are unequivocally the simultaneous result of that act, since both come to being when projected on the screen. It is thus safe to argue that cinema materializes the “unity of Being”, which proposition is a medieval formulation of the concept of pantheism.

Cinema is par excellence the space where the Cartesian opposition between spirit and matter disappears, which opposition is seminal to a hierarchical worldview where the former dominates the latter, where transcendence acts as the organizing spirit of the matter constitutive of immanence. The mystical dimension of cinema—in fact its pantheistic nature—is framed by Élie Faure in these terms: « Qu’on n’invoque pas l’âme, toujours l’âme pour l’opposer à la matière. L’âme n’a jamais scellé sa voûte colossale qu’au croisement des nervures qui s’élancent, d’un jet, des profondeurs de la terre. C’est dans le pain et dans le vin que vivent la chair et le sang de l’esprit. » (Faure, 1964, p.68).

Cinema in that sense is more than the media of epiphany, more than the locus of the mere manifestation of the invisible. It is the realm of an activity producing simultaneously the visible and invisible, immanence and transcendence. This equalization of beings in a sort of visual unity amounts to “performing” pantheism. Élie Faure advocates this unity of the world, and cinema—according to him—is the material proof of that unity: « C’est la condition des nouvelles extases dont la mort de tous les dieux avait paru interdire jusqu’à l’espérance. Le Cinéma, si nous voulons le comprendre, doit ranimer et porter à son comble un sentiment religieux dont la flamme mourante réclame son aliment. L’infinie diversité du monde offre pour la première fois à l’homme le moyen matériel de démontrer son unité » (Faure, 1964, p.67).

Faure does not restore a spirit, an anima of the world. Rather, he draws a parallel between the animation of things performed by cinema, and the animated movement of becoming. The mere projection on screen of “inanimate” things, such as a forest or a city panorama, provides them with a “murmuring animation”. The latter reveals the complexity of becoming and provides evidence that cinema in the course of it “capturing life” through the camera lens, is not simply revealing a spirit that animates the world. It actually is the media that does so while confirming the merger—if not the identity—of matter and spirit, human and divine, immanence and transcendence, through mechanical reproduction.

A similar point is made by a filmmaker—and theorist in her own right—contemporary to Faure. Germaine Dulac states an obvious given about cinema that is nevertheless important to emphasize as a reminder of the materiality and the technical nature of film: « L’image est non seulement la reproduction photographique d’un fait ou d’une vision, mais aussi et plus encore, une harmonie dramatique ». She then connects this materiality to the pantheistic merger of the human with nature. According to Dulac, with the advent of cinema, the Human being « régénère ses forces au contact de la terre entière, s’il sait ressentir exactement le sens des images faites de vérité que le Cinéma lui propose, il devient un conquérant, qui s’épand dans l’univers avec la conscience de n’être pas le centre du monde. » Dulac poetically coins an expression to name this product resulting from the merger of technique, human body, life and nature, in the filmic media: « la Matière-vie-elle-même” (Dulac, 1994, p. 148, 157-158).

However, more than film content as such—whether it is the narrative, the photography, or the principle of “leveling” both the human and the world, immanence and transcendence—pantheism is the archeological substrata of movie experience. It is the situation of viewing a film—particularly in a movie theatre—that is pantheistic in essence. The main concern in the rest of this section is to base pantheism on the exposure of the viewer’s body to film. In the segment, what celluloid itself, or the screen per se, fold or unfold does not matter. The focus is now on the affects experienced by the viewer’s body when exposed to film. “Fundamental” cinematic pantheism lies in the setting of a viewer facing a film.

I have proposed in the above section to expand Plate’s thesis about the mystical characteristics of the viewing experience to all movie experiences, regardless of the film genre. Another theoretical basis for conceiving of viewing film as an instance of merger between the viewer’s body and the film is Deleuze’s contention that “the brain is the screen” (Deleuze, 2003, p.62-78). More than a fusion between the subject’s body and the material of film, Deleuze is suggesting a radical model for movie experience discussed thus far. He does not conceive of the assemblage of viewer /film as two separate entities that get to interact then eventually merge. His contention is that the brain is already a screen, or—as he says in another paragraph—it is already an image itself. Not only a fundamental part of the viewer’s body is already part of the cinematic assemblage, but the major “components” of bodies and solids involved are one and the same. Hence, Deleuze provocatively asserts that there is not a single difference between images, things and movement. (Deleuze, 2003, p.62)

Edgar Morin founds a similar understanding of the viewing situation on the concepts of identification-projection drawn from psychology and anthropology (Morin, 159). Morin argues that the Human projects his/herself in the world, for example through constructing the idea of the Double. He adds that the Human also identifies with elements in the world, which include the Double. Morin contends that this same process frames modern man’s relation to cinema, which is based on him projecting himself in film and identifying with characters in the film. Morin’s conclusion is that cinema perpetuates the process by which man sees himself in the world and identifies with it, through man’s self projection in the realm of film and his identification with film (Morin, 47-49, 61).

Even though Morin’s model is less radical than Deleuze’s, both argue that the body or the subject in the viewing experience is not separate from the other element in the assemblage experience: film and screen. Both interact on the basis of identification or, even more radically, by literally dissolving into one another. Nevertheless, Morin’s theory has an additional advantage: it frames the body’s fusion in the realm of film as part of a prototypical relation of the Human to the world, i.e. transcending, blurring boundaries separating the subject from the environment, and the former blending with the latter.

A World Set Apart
Plate argues that both cinema and religion recreate the world through ritual. Both establish a distinction between the space of ritual and the sacred and that of the profane and the ordinary. The examples he introduces, however, are all drawn from the spatial organization of some film narratives. He shows how cinema sets apart a space out of the ordinary, which he equates with the space of ritual and of the sacred. He compares this process to a similar one found in many religions, by virtue of which sacred texts set apart places such as temples or heavens. The Matrix opposes the space of the “real” world to one set apart, sacralised: that of the matrix. Pantheism however is not about setting spaces apart within film. It is not about the representation of a process where space is sacralised through ritual. Rather, pantheism is about establishing the “everywherness” of both the sacred and the profane (Morin, p.159).

With respect to reflections about cinema as ritual, setting a space apart within film content is not an aspect of cinematic pantheism or proof of the connection between cinema and the sacred. For the purpose of this discussion, the relevant process of setting a space apart is that of film experience being set in the ritual space of the movie theatre. In other words, what matters for the discussion of the sacred or of pantheism as conceptual categories accounting for film experience is the imaginary and symbolic frontiers between the theatre and the world, which replicate the archaic distinction between the temple and the world or—in even more archaic times—the separation between the cave reserved for ritual practices and the rest of the world.

Cinema is in essence an experience of the body’s exposure to an object that purports to reproduce—or even to produce—(the image of) Reality on a surface: the film on screen. This makes it the latest avatar of ritual/visual /sacred immanentism practices. Weaving a representation of the world or the hereafter on a prayer rug; turning both the physical and metaphysical worlds into a Mandala; religious icons and paintings are all practices of what I have called elsewhere “surfacialization”—that is, producing transcendence on a surface. Within the logic of these rituals, the world needs to be reproduced in a monad set apart, so that the contemplative energy of the worshiper is focused on it. In our secular modern world, the meaning of these forgotten practices is obsolete, but it still informs our “setting” the movie experience apart in theatres.

It is not uncommon in film theory to use Plato’s parable of the cave as an archetype of pre-cinematic experiences (Jarvie, 1987). The common wisdom tells the story of people in chains in a cave, exposed to a shadow play, cut from the “real world” outside of the cave, as an allegory of film viewing. Based on Morin’s claim that cinema reactivates the old anthropological archetype of the Double, associated with the shadow—because the cinematic body is a shadow that bears the characteristics of the double—I suggest that Plato’s myth of the cave is reminiscent of an older practice: a sacred ritual by virtue of which “archaic” humans gathered in particular caves to gaze at murals or to watch shadow plays.

Cinema is the modern avatar of shadow theatre where the “effectuation” of this epistemologically democratic concomitance of immanence and transcendence occur, as I have argued elsewhere (El Khachab, 2003, 5). Shadow theatre materializes the unity of Being, and the unification of immanence and transcendence, since all beings are equally flattened on the screen’s surface and are equally submitted to the oppositional intensity of light and darkness. In this respect, cinema acts as a modern shadow theatre, where the act of filming renders the multiplicity of beings in a unified flattened form, and where both immanence and transcendence are unequivocally the simultaneous result of that act, since both come to being when projected on the screen (El Khachab, 2003, 6).

The paradox inherent to cinema consumption is as old as pre-cinematic archaic practices. Cinema is fundamentally a practice that reminds us of pantheistic worldviews about the blurring of boundaries between the Human and the World as an epiphany of the divine. Nevertheless, cinema requires that the contemplation of this old “memory” be practiced in a space whose boundaries are quite well set: there is a clear demarcation between the inside and the outside of the theatre similar, I suppose, to the clear boundaries between Plato’s—or Lascaux cave—and the world.

This ritual has always been associated with the symbolic (magic?) production of transcendence on the immanence of a flat surface. The archetype thesis may offer an explanation of the unwritten rule regarding the role played by the sacred flat surface: the archetype of cinema can be found in the Lascaux cave mural paintings or in the practice of shadow plays: both are about surfaces contemplated in the dark. Incidentally, the Lascaux one—among other Palaeolithic caves—is deemed a sacred space by archaeologists, who often refer to these as sanctuaries (Leroi-Gourhan, 1958). I assume, following Edgar Morin and Youssef Ishagpour, that the Lascaux cave murals were the archetype of film and that they were painted so that people could contemplate them in the dark, in order to connect with nature, through the act of gazing to painted natural elements (e.g. the bison scenes). However, there might be a phenomenological explanation to the connection between the pantheistic essence of cinema and the projection of images on a flat surface, which comes from film theory.

Arnheim observes that the basic perceptual process in film experience is that of a flattening of the world, of turning its nature from the three-dimensionality of solids to the flat image on screen: “[…] Since our field of vision is full of solid objects, but our eye (like the camera) sees this filed from only one station point at any given moment, and since the eye can perceive the rays of light that are reflected from the object only by projecting them onto a plane surface—the retina—the reproduction of even a perfectly simple object is not a mechanical process but can be set about well or badly.” (Arnheim, 1983, p.18). His seemingly factual account underscores that the process of flattening the image of the world, or of projecting it on a plane surface works both for the body’s visual perception, where the retina plays the role of the screen, and for the “externalization” of projection onto the cinematic screen. One can now less surprisingly embrace Deleuze’s statement about the screen acting as an eye (Deleuze, p.62). Following Arnheim’s logic, one might say that the cinema screen acts like an external, oversized retina that “retains” images.

This almost biological account is strikingly similar to pantheistic models that place the world in the human and the human in the world, in the sense of the human being part and parcel of the world, which itself is the expression of the Divine. Other pantheistic models are more dynamic: they place the world within the human and vice versa. I would argue that this account parallels the phenomenon of the human capturing the world inside his/her own body—on the retina—and the world accepting the human as part of itself, on the grounds that this human partakes in the projection of shadows—or of films—on the screens of the world or at least of movie theatres.

Memory, Rememoration, Film
Cinema consumption thus understood is a modern way of performing what Lacan calls “rememoration”. It is not a technique to remember desire in its primal mode within the unconscious. Rather, cinema is a reminiscence of archaic practices by virtue of which Humans connected with the sacred through the ritual exposure to surfaces representing the world. Consumption of film—or rather, exposure to film—is the residue of an ancient sacred practice based on the agency of the gaze. Even though Alain Chabat’s RRRrrr (1999, France) is a comedy, his film seems to take seriously the kinship between cinema—or TV—and the prehistoric fresco. In the film, before they go to sleep at night, the kids in a family sit on a pseudo-sofa and stare as if hypnotised at a mural which strongly resembles the Lascaux cave frescoes that covers an entire wall. The father controls the time when they have to go to bed, so he puts out the flame that illuminates the screen/fresco. The scene seems to be a barely disguised reference to the pre-cinematic role played by murals in prehistoric caves.

Chabat seems therefore to rememorate heroic times, when the murals in caves used to act as mediating interfaces between the human and nature, in an effort to reactivate the idea of a blend between the Human and Nature, in relation to a recent avatar of mural paintings: film. Both practices: gazing at murals and watching a film share the archaic function of reiterating the fusion between the body and the world as a metaphor, or as a materialisation of the (re-) uniting of the human with the divine.

Jacques Lacan opposes “memory”, related to a living body and to an experience in the past, to “rememoration” which seems to be more of a ritual repetition of an older or archaic mode of knowledge. Rememoration is generated by desires that are still within the unconscious and that are summarily articulated in one major signifier. The repetition of that signifier through rememoration is the only way to articulate the desire in question and to make sense of it. « L’insistance répétitive de ces désirs dans le transfert et leur remémoration permanente dans un signifiant dont le refoulement s’est emparé, c’est-à-dire où le refoulé fait retour, trouvent leur raison nécessaire et suffisante, si l’on admet que le désir de la reconnaissance domine dans ces déterminations le désir qui est à reconnaître, en le conservant comme tel jusqu’à ce qu’il soit reconnu. » (Lacan, 1999, p.248)

Cinema therefore appears to be, not so much a ritual aiming at retrieving an actual memory of times past in the cave, but rather, a ritual that repeats the homage to cinema in an attempt to articulate desires that were suppressed; chief among which is the desire for the divine through means that are not those of organized religion. The importance of repetition in rememoration may explain the fact that an average urban film viewer may watch at least a film per week. The repetition of this practice many times a month seems to be structured as part of an unconscious effort to transcend the major signifier, cinema, and articulate the reason why we are still addicted to exposure to screens.

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Biographical notice
Walid El Khachab taught cinema at the Universities of Montreal and of Ottawa, and has founded Arabic Studies at Concordia University. He is currently Associate Professor and Coordinator of Arabic Studies at York University (Toronto). After writing a PhD dissertation on Le mélodrame en Égypte. Déterritorialisation. Intermédialité, Walid El Khachab has focused his research on the mystical and pantheistic dimensions of cinema. He has published forty chapters and academic articles on cinema, literature and pop culture, in CinémAction, Sociétés & Représentations, CinéMas and Intermédialités, among others.

His current research projects deal with cinema and the sacred, the trope of the veil in cinema and the cinema of the Arab Diaspora in the West.

Résumé
Les théoriciens du rapport entre cinéma et sacré, comme H. Agel, tendent à étudier la représentation du sacré dans le film. Mais certains comme – S. Brent Plate – estiment que le cinéma est sacré par essence, car il recrée le monde, par l’intermédiaire de la narration et du montage, comme un dieu démiurge. En revanche, cet article propose que le cinéma porte la trace du sacré simplement parce que le film physique – notamment pendant l’ère du celluloïd – et l’aplatissement de l’image projetée sur l’écran agissement comme des équivalents sympathiques du monde. Le film remplit ainsi la même fonction sacrée que les dessins rituels sur les murs des temples, ou dans les cavernes préhistoriques, tels que Lascaux. Au cinéma, comme dans Lascaux, l’Humain tend à fusionner avec le Monde conçu comme expression du Divin, métonymisé par la murale dans la caverne ou l’écran dans la salle de cinéma. Aller au cinéma est ainsi similaire à ce que Lacan appelle « remémoration »: l’Humain s’y souvient d’un état archaïque, à une époque où l’expérience du sacré passait par un rituel plaçant le corps dans un espace sombre, face à une surface représentant le monde.

Voir aussi:

La grotte de Lascaux vient à Paris
Anna Musso
L’Humanité
21 Mai, 2015

La grande exposition « Lascaux à Paris » propose de découvrir l’un des plus anciens trésors de l’humanité, réalisé il y a 20 000 ans par nos ancêtres Cro-Magnon.
Il y a 75 ans, le 8 septembre 1940 précisément, en pleine Seconde Guerre mondiale, Marcel Ravidat, 18 ans, court après son chien Robot. Ce dernier s’est engouffré dans un trou de la colline qui surplombe la Vézère au sud de Montignac, en Dordogne. Le jeune apprenti garagiste récupère le coquin sur un amas de cailloux qui roulent, roulent… Et sous ses pieds, un écho résonne ! Intrigué, le jeune homme imagine avoir découvert un souterrain secret menant au manoir de Lascaux.

Quatre jours plus tard, il revient avec trois amis Jacques Marsal, 15 ans, du même petit village de Montignac que lui, Georges Agniel 16 ans, en vacances et Simon Coencas, 15 ans, qui a fui Montreuil près de Paris pour se réfugier avec sa famille en zone libre. Les quatre téméraires se sont équipés d’outils de fortune et de lampes à pétrole. Objectif : élargir le trou et pénétrer les entrailles rocheuses à la recherche d’un éventuel trésor.

L’un des plus précieux joyaux de l’Humanité
Les jeunes explorateurs ignorent encore qu’ils s’apprêtent à entrer dans la légende, en tirant de son sommeil l’un des plus précieux joyaux de l’Humanité ! Le passage ouvert, Marcel, le plus âgé, descend en premier, en rampant. Après quelques mètres, la galerie s’ouvre sur une grotte et il atteint un vaste espace circulaire, que les préhistoriens baptiseront plus tard « Salle des Taureaux »… mais aveuglé par l’obscurité, ni lui ni ses acolytes, qui l’ont rejoint, ne devinent les aurochs peints au-dessus de leurs têtes !

Ce n’est qu’en arrivant dans un couloir étroit, le « Diverticule axial » que les adolescents pressentent l’ampleur de leur découverte : à la lueur de leur lampe artisanale des dizaines de vaches, de cerfs et de chevaux semblent se mouvoir au-dessus d’eux sur le plafond et les parois. Le lendemain, ils descendent avec une corde au fond d’un puits caché dans un recoin de la grotte… et y découvrent la « scène du Puits » : un homme à tête d’oiseau fait face à un bison qui perd ses entrailles, éventré par une longue sagaie et perdant ses entrailles. La petite bande vient de découvrir une œuvre magistrale de l‘art préhistorique, réalisée il y a 20 000 ans par nos ancêtres Cro-Magnon : la grotte de Lascaux.

La cavité n’est pas très grande : 3 000 mètres cube seulement. Mais elle recèle de grandes et nombreuses fresques très élaborées : les artistes ont joué avec les reliefs de la roche pour mieux créer perspectives et mouvements, surprendre le regard du visiteur… Anamorphoses, animaux aux proportions volontairement modifiées, comme les chevaux aux petites têtes sur de gros ventres surplombant des pattes arrondies, typiques de Lascaux.

Lascaux est un sanctuaire
La palette polychrome est riche, du noir, au jaune et au rouge et même, à un endroit, du mauve! L’intensité des couleurs est aussi variée. Et les peintures sont soulignées de traits gravés sur la paroi calcaire. Au total : 1500 gravures, 600 peintures animales, 400 signes se répondant les uns les autres, s’intriquant dans une mise en scène chargée de symboles. Quatre espèces animales reviennent de façon récurrente : les aurochs (ancêtres de nos vaches), les bisons, les chevaux et les cerfs. « Ces associations sont une écriture. Une sorte de message, de mythes sur lesquels la société reposait. Lascaux est un sanctuaire : ses peintres y œuvraient comme on peint une cathédrale, un lieu sacré. Quand je suis dans cette grotte, je suis aspiré vers les « dieux », les cieux de ces hommes préhistoriques, leur panthéon, plus qu’à la rencontre de ces hommes eux-mêmes. » raconte Yves Coppens, président du Conseil scientifique international de la grotte de Lascaux.

Prévenu une dizaine de jours après la découverte, l’abbé Henri Breuil, alors professeur au Collège de France, et réfugié en zone non occupée, se précipite. En ressortant de la grotte, il s’exclame « C’est presque trop beau ! » (2). Dès décembre 1940, la grotte est classée Monument historique.

A partir de 1948, le propriétaire (privé) fait réaliser des aménagements pour accueillir le public. Un million de visiteurs se presseront devant les parois de ce chef d’œuvre jusqu’en 1963, date à laquelle André Malraux, ministre chargé des Affaires culturelles, ordonne la fermeture au public. Les parois se dégradent en effet dangereusement, sous l’effet des variations de température, de l’éclairage et du dioxyde de carbone dégagé par la respiration des visiteurs. Des algues vertes se développent en plusieurs endroits, et un voile de calcite tend à recouvrir certains peintures.

Traitements et mesures de confinement font effet, et les années 1970 et 1980 se déroulent sans problèmes, l’accès étant limité à quelques privilégiés. Mais de nouveau, au début des années 2000, champignons et bactéries menacent de recouvrir les peintures. « Aujourd’hui, l’état de santé de Lascaux est excellent. Les conservateurs y veillent en permanence » rassure Yves Coppens. Et personne ou presque, à part eux, n’y pénètre.

Mais impossible de ne pas permettre au public d’admirer cet emblème mondial de l’art pariétal, site inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité depuis 1979. Dès 1983, une réplique partielle de la grotte « Lascaux 2 », présentant à l’identique la Salle des Taureaux et le Diverticule Axial, est inaugurée à 300 mètres de l’original. C’est un succès : les visiteurs affluent, et nombre d’entre eux repartent persuadés d’avoir visité la « vraie » grotte.

Mais, pour le Conseil général de la Dordogne, il faut faire plus. Il fait d’abord réaliser des répliques de plusieurs panneaux de « la Nef », ainsi que de la « scène du Puits » pour les exposer au Thot, à quelques kilomètres de Montignac. Puis, il imagine de déplacer ces fac-similés, en une exposition itinérante. C’est le défi relevé par “Lascaux, l’Exposition Internationale“, dit Lascaux 3 qui après sa création à Bordeaux en 2012, un passage à Chicago, à Houston, à Montréal et à Bruxelles, vient à Paris Expo Porte de Versailles : « il s’agit de faire sortir la plus célèbre grotte ornée du monde de son écrin périgourdin pour la présenter à un public international, et faire découvrir une reproduction fidèle au millimètre près d’une partie de la grotte qui n’a jamais été montrée» se réjoui Germinal Peiro, actuel président du Conseil départemental, qui s’est allié avec la région Aquitaine, l’Etat et l’Europe pour financer le projet, d’un coût de 3 millions d’euros.

« La Vache Noire »
Avec cet événement, c’est en effet Lascaux qui vient à nous. Le visiteur, équipé d’un audioguide, parcourt l’histoire de la grotte. Des dispositifs interactifs lui permettent de voir et de saisir la composition des œuvres ainsi que les diverses interprétations proposées, scientifiques, esthétiques et philosophiques. Un film en 3D, une maquette réduite des galeries, des photographies, des vidéos d’archives l’immergent progressivement dans la grotte… Au cœur de l’événement, un fac-similé d’une partie de la grotte « qui n’a pas été reproduite dans Lascaux 2 : la « Nef » et la « scène du Puits » que le grand public peut voir pour la première fois ! » souligne Olivier Retout, directeur du projet Lascaux Exposition Internationale. Ainsi, le visiteur plongé dans l’obscurité et la fraîcheur, accompagné d’une ambiance sonore, découvre cinq scènes majeures de la grotte exposées sous forme de panneaux grandeur nature, réalisés par l’Atelier des Facs-Similés du Périgord. « Le panneau de l’empreinte » orné d’un troupeau gravé et peint d’une demi-douzaine de chevaux et un bovin encadrés de deux signes quadrangulaires ; « La Vache Noire », située sur la paroi de la Nef à plus de 3 mètres du sol ; « Les Bisons adossés » ; « La frise des Cerfs » ; enfin, la surprenante « Scène du Puits ». Un éclairage variable fait surgir à intervalles réguliers les gravures, qui ne sont pas toutes visibles à l’œil nu. A la sortie, des bornes interactives finissent de permettre aux visiteurs de décomposer chaque détail des œuvres pour mieux les appréhender.

Un avant-goût prometteur pour patienter jusqu’à l’ouverture, prévu à l’été 2016, d’une réplique intégrale de la grotte au pied de la colline de Lascaux (budget total de 57 millions d’euros).

(1) « Lascaux à Paris », jusqu’au 30 août 2015 à Paris Expo, Porte de Versailles, Pavillon 8/B.
(2) « Les métamorphoses de Lascaux », de Pedro Lima, Editions Synops.

Voir encore:

Il a découvert Lascaux
La construction de Lascaux IV démarre dans dix jours à Montignac, en Dordogne. Simon Coencas, dernier survivant des quatre « inventeurs » de la grotte paléolithique, raconte.

Juliette Demey

Le Journal du Dimanche

13 avril 2014

Il a affronté la guerre, deux pontages et un cancer. À 87 ans, Simon Coencas, dernier des quatre « inventeurs » (découvreurs) de Lascaux, est un survivant. Il se méfie. « Vous savez, des requins naviguent encore autour de la grotte. Certains s’en sont mis plein les poches. Et nous les inventeurs, on nous a un peu oubliés! », sourit-il en ouvrant finalement sa porte, à deux pas de l’Étoile, à Paris. Le désir de témoigner de sa place dans l’Histoire balaie doutes et rancœurs. À peine évoque-t-il cette aventure que ses yeux bleu gris s’éclairent.

Une émotion « indescriptible »
12 septembre 1940. Simon, ado juif parisien de 13 ans, part en balade dans les bois dominant le village de Montignac avec deux copains un peu plus âgés, Georges et Jacques. Fils d’un marchand de prêt-à-porter, il a trouvé refuge en Dordogne avec ses quatre frères et sœurs : « Après la déclaration de guerre, on s’est installés à Montignac avec ma mère et ma grand-mère en 1940 », dit-il de sa voix rocailleuse. « J’y ai connu Jacques Marsal, dont la mère tenait le restaurant en face de chez nous, et Georges Agniel. On faisait les 400 coups, toujours fourrés dans les bois. Mais pas au hasard : on cherchait le souterrain censé relier la colline au château. »

Ce jour-là, en route vers la colline, ils croisent Marcel Ravidat, « un gaillard de 18 ans qui travaillait déjà ». Quatre jours plus tôt, accompagné de Robot, son chien, il a repéré quelque chose. Le souterrain? « Certains racontent que ce chien a trouvé le trou, mais c’est faux. C’est nous. À peine un terrier de lapin, mais ça sonnait creux. » Le quatuor dégage l’entrée de la cavité. « Marcel est passé en premier, on rampait dans ce couloir étroit plein de stalactites et de stalagmites. En descendant, on a été éblouis. C’était la salle des Taureaux! » Face à ces couleurs éclatantes vieilles de 17.000 ans, l’émotion est « indescriptible ». Le lendemain, munis de cordes et d’une lampe Pigeon, la bande des quatre poursuit l’exploration. « Les reflets de la peinture, ses mouvements sur la roche, c’était extraordinaire! »

La suite est connue : ils alertent leur instituteur, Léon Laval, et gardent l’entrée. Les visiteurs affluent, dont l’abbé Breuil qui saisit l’importance de cette « chapelle Sixtine de la préhistoire », comme il la baptise. Fin 1940, Lascaux est classée monument historique. Simon n’est plus là. Huit jours après la découverwte, les Coencas ont dû regagner Paris : « C’était la guerre. Puis il y a eu les lois raciales, l’étoile… » Le vieil homme raconte l’arrestation de son père : Fresnes, Drancy, Auschwitz. La sienne en octobre 1942, son entrée au camp de Drancy où il retrouve sa mère déportée. Lui en ressort au bout d’un mois grâce à l’intervention de la Croix-Rouge. Il se cache, survit.

Après-guerre? Simon épouse Gisèle, toujours à ses côtés. Il fait « trente-six métiers » puis s’installe comme ferrailleur. Rude au labeur, doué en affaires, le couple fait prospérer l’entreprise. Lascaux attire les foules, pour Simon la grotte passe au second plan, mais les amis de Montignac, eux, ne sont jamais loin. Il déjeune souvent avec Georges, qui vit à Nogent-sur-Marne. Quand des inondations frappent Montignac en 1960, il accueille chez lui la famille de Jacques, guide de la grotte jusqu’à sa fermeture en 1963.

Retrouvailles annuelles
Réunis à Lascaux en 1986, les inventeurs s’y retrouveront ensuite chaque année, en septembre. Jacques décède en 1989, Marcel en 1995, Georges en 2012. Ne restent que deux veuves – Marinette Ravidat veille sur la colline depuis son salon – et Simon. « Au début, les inventeurs avaient un traitement spécial. Et puis tout le monde s’est emparé de l’histoire », lance le vieil homme, mi-amusé, mi-désabusé. « Ils pourraient quand même nous envoyer un petit chèque! Je le donnerais à la recherche sur le cancer. Je bombe le torse car sans nous la grotte serait peut-être restée inconnue. »

De Lascaux, Simon n’a rien emporté. Les stalactites? Égarées. Il en a tiré quelques honneurs : François Mitterrand l’a fait chevalier dans l’ordre du Mérite, Frédéric Mitterrand officier dans l’ordre des Arts et des Lettres. Il a emmené ses enfants voir Lascaux II, le fac-similé ouvert au public depuis 1983, « très bien fait même s’il manque l’odeur de la terre, l’humidité ». À présent, des reproductions des fresques voyagent dans le monde avec l’exposition Lascaux III. Bientôt Lascaux IV… Tout cela, c’est un peu grâce à lui. Ses sept petits-enfants et onze arrière-petits-enfants le savent-ils? Sans doute pas, eux qui ont récemment découvert que leur aïeul est juif.

A lire :
Le secret des bois de Lascaux, de Félix et Bigotto (éd. Dolmen, 13 euros). Un récit en BD, avec la participation et la caution des inventeurs, préfacé par Yves Coppens.
Les métamorphoses de Lascaux, de Pedro Lima et Philippe Psaïla (éd. Synops, 27.90 euros). Un ouvrage pour découvrir en profondeur et en photos « l’atelier des artistes, de la Préhistoire à nos jours ». Préface de Jean Clottes.

Voir encore:

Genèse d’une grotte historique
Matthieu Alexandre
L’Humanité
15 Septembre, 2010

Ces dernières années, la grotte de Lascaux était moins connue pour ses richesses picturales que pour les étranges champignons qui se développaient sur les parois. Le problème n’étant pas résolu, un projet s’est mis en marche, la création d’un troisième fac similé, encore plus éloigné de l’original. Si les dessins qui recouvrent les murs sont connus de tous, l’histoire de sa découverte l’est un peu moins. Retour sur le destin des Inventeurs.
8 septembre 1940. L’armistice à été signé il y a peu par le maréchal Pétain. Dans le petit village de Montignac, la vie s’écoule doucement, peu inquiété par les Allemands. Ils sont encore loin. Ce jour là, Marcel Ravidat et trois autres personnes font une étrange découverte. À la faveur d’un arbre déraciné depuis des années, une excavation effleure le sol, recouverte de ronces.

À l’aide de pierres jetés dans le trou, Marcel comprend qu’un boyau descend profondément sous la terre. Il a déjà 18 ans et il est apprenti à l’usine Citroën. Cette journée primordiale est un dimanche, et le travail doit reprendre dès le lendemain. Il faudra attendre le jeudi 12 septembre, début de la semaine de repos, avant que Marcel Ravidat ne revienne sur les lieus. En chemin il croise trois amis, Jacques Marsal, Georges Agniel et Simon Coencas, âgés de 13 à 15 ans. Le quatuor des Inventeurs est formé.

Première descente

Marcel a prévu son expédition cette fois. Armé d’un coutelas, deux lampes et d’une corde, il entreprend d’agrandir l’excavation. Le travail n’est pas de tout repos. Il faut gratter, petit à petit. Finalement le trou s’agrandit et il peut passer. La descente se fait par étape. Après une pente de trois mètres, il atterrit sur un tas d’éboulis, suivis par une autre parois inclinée. Ses compagnons le rejoignent et, un peu plus loin, les premiers dessins apparaissent sous la flamme vacillante de leur lampe à pétrole. L’endroit paraît large, mais peu pratique. Le lendemain, à coup de pioche, il continue d’explorer la grotte, qui commence à peine à leurs livrer ses secrets.

C’en est d’ailleurs trop pour les frêles épaules de nos quatre jeunes garçons. Le 16 septembre, Jacques Marsal, sur les conseils d’un gendarme, prévient son instituteur Léon Laval de la découverte. La grotte de Lascaux, qui ne porte pas encore ce nom, se prépare à affronter le monde extérieur.

Quatre destins

Les quatre amis suivront des destins différents. Le jeune Marsal, qui dans un récit s’octrois le meilleur rôle, en l’occurrence celui de Marcel Ravidat, véritable découvreur de la grotte, devient le protecteur de la grotte avec ce dernier, jusqu’un 1942. Cette année là, il se fait arrêter par la gendarmerie nationale. L’influence des Allemands a atteint le petit village. Il est alors envoyé en Allemagne pour suivre le Service du Travail Obligatoire. Il reviendra à Montignac en 1948, après une petite escale à paris où il se marie. À cette époque, La grotte s’ouvre au public et il en devient le guide avec Marcel pendant quinze ans. Peu à peu, l’action du gaz carbonique et l’afflux d’humidité mettent en danger les dessins. Les premiers champignons verdâtres apparaissent. Lors de la fermeture en 1963, il reste sur place comme agent technique, et participera aux diverses évolutions techniques. Il recevra d’ailleurs la Légion d’Honneur, pour son travail sur la machinerie qui contrôle l’atmosphère de la grotte. Il restera le seul des Inventeurs à recevoir cet honneur. Au fil du temps sa renommée continue de grandir, et il devient le « Monsieur Lascaux 24 » jusqu’en 1989, année de son décès.

En 1940, Georges Agniel est le seul à retourner à l’école au début du mois d’octobre, à Paris. Très rapidement, il enverra une « carte interzone » à Marcel Ravidat, pour « sauvegarder [ses] intérêts dans l’exploitation de la grotte ». Malgré son jeune âge, 15 ans, il sait que la grotte a un potentiel extraordinaire. Agent technique chez Citroën puis à l’entreprise Thomson-Houston, il ne reviendra que rarement à Montignac, jusqu’au 11 novembre 1986. Sa vie sera la plus tranquille des quatre.

De son côté, Simon Coencas repart très rapidement à Paris avec ses parents et son frère. La collaboration est de mise dans la capitale française. Simon et toute sa famille seront déportés à Drancy. Son jeune âge le sauvera, ainsi que sa sœur. N’ayant pas encore 16 ans, ils échapperont à Auschwitz. Pas ses parents. Enchainant les petits boulots (vendeur à la sauvette, groom), il récupérera plus tard l’entreprise de métaux de son beau-père à Montreuil, qu’il fera fructifier. Tout comme Georges Agniel, il ne reviendra que très peu à Montignac. Il sera néanmoins présent ce fameux jour du 11 septembre.

 Pour l’Inventeur originel, la vie est aussi difficile. Marcel Ravidat gardera la grotte avec son amis Jacques Marsal jusqu’en 1942. Puis, comme beaucoup de jeunes de son âge, il sera requis aux Chantiers de la Jeunesse dans les Hautes-Pyrénées pendant huit mois. À son retour à Montignac, la gendarmerie envoi tous les jeunes au STO. Il trouvera refuge dans une grotte voisine de celle de Lascaux pour éviter le Service du travail Obligatoire et devient maquisard. Promu caporal, il combattra dans les Vosges, puis en Allemagne. À la fin de la guerre, en 1945, il reprend le travail au garage du village. Mais l’attraction de sa découverte est trop forte. Rapidement il devient ouvrier pour l’aménagement de la grotte, puis guide avec son ami Jacques en 1948. Il est le premier à remarquer les taches de couleur qui commencent à envahir la grotte, qui conduiront à sa fermeture en 1963. Les choix sont limités à cette époque, et il trouve un travail à l’usine comme mécanicien. À cette époque, Jacques Marsal s’est attribué tout le crédit de la trouvaille. Il faudra attendre la parution des archives de l’instituteur Léon Laval pour que la vérité soit rétabli. Il ne quittera plus le village de Montignac. Le 11 novembre 1986, il est présent pour accueillir ses anciens camarades.

Les retrouvailles

À l’occasion de la sortie du livre Lascaux, un autre regard de Mario Ruspoli le 11 novembre 1986, les quatre amis sont enfin regroupés. C’est un première depuis 1942. Quatre ans plus tard, ils ne seront plus que trois à assister au jubilée de 1990, qui fête les 50 ans de la grotte. Pendant la célébration, ils sont présenté à François Mitterrand. En 1991, tous les trois sont nommés Chevalier de l’Ordre du Mérite. Décédé en 1995, Marcel Ravidat venait, comme ses amis, tout les ans pour fêter l’anniversaire de leur Invention. Seuls survivants du quatuor, Simon Coencas et Georges Agniel perpétuent la tradition encore aujourd’hui.


Mondialisation: A bout de souffle (After the title of world’s tourist capital, employment-law inflexible Paris to lose NYT’s European headquarters to London)

5 juillet, 2015
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C’est quoi, les Champs ? Patricia Franchini (A bout de souffle, 1960)
Si vous n’aimez pas la mer… Si vous n’aimez pas la montagne… Si vous n’aimez pas la ville : allez vous faire foutre ! Michel Poiccard (A bout de souffle, 1960)
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Albert Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Au héros du plus grand désir succède le héros du moindre désir. (…) Le non-désir redevient privilège, comme chez le sage antique ou le saint du christianisme. mais le sujet désirant recule, effrayé devant l’idée du renoncement absolu. Il cherche des échappatoires. Il veut se composer un personnage chez qui l’absence de désir ne soit pas conquise, péniblement, sur l’anarchie des instincts et la passion métaphysique. Le héros somnambulique créé par les romanciers américains est la « solution » de ce problème. Le non-désir de ce héros ne rappelle en rien le triomphe de l’esprit sur les forces mauvaises, ni cette ascèse que prônent les grandes religions et les humanismes supérieurs. Il rappelle plutôt un engourdissement des sens, une perte totale ou partielle de la curiosité vitale. Dans le cas de Meursault, cet état « privilégié » se confond avec la pure essence individuelle. Dans le cas de Roquentin, c’est une grâce soudaine qui, sans qu’on sache pourquoi, descend sur le héros sous forme de nausée. (…) Le héros parvient alors à un état d’abrutissement lucide qui constitue la dernière des poses romantiques. Ce non-désir n’a rien à voir, bien entendu, avec l’abstinence et la sobriété. Mais le héros prétend accomplir dans l’indifférence, par simple caprice et presque sans s’en apercevoir, tout ce que les Autres accomplissent par désir.  René Girard (Mensonge romantique et vérité romanesque, 1961)
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. (…) Cette existence vide, cette tristesse cachée, ce monde à l’envers, ce crime secrètement provocateur, tout cela est caractéristique des crimes dits de délinquance juvénile.  (…) De nombreux observateurs ont signalé dans la délinquance juvénile, la présence d’un élément de romantisme moderne et démocratisé. Au cours de ces dernières années, plusieurs romans et films qui traitent ouvertement de ce phénomène social, ont emprunté certaines particularités à L’Etranger, ouvrage qui en apparence n’a rien à voir avec le sujet. Le héros du film A bout de souffle, par exemple, tue un policier à demi volontairement et devient ainsi un « bon criminel » à la manière de Meursault. René Girard (Critiques dans un souterrain, 1976)
Pour la corruption et la dissipation, Athènes il est vrai n’a rien à envier à Paris, Madrid ou Rome. Mais ce qu’attend Papandréou de l’Europe, c’est qu’elle éponge les pertes d’une économie clientéliste qui, malgré les privatisations bien timide de la droite, reste pour 67% une économie d’Etat. Si indulgente soit la Commission pour les frasques de la « cohésion sociale », pourra-t-elle continuer à les tolérer, alors que la Grèce vient de se voir allouer, pour les cinq prochaines années, un pactole de 175 milliards de francs de subventions ?  Jean-François Revel (Grèce: fini la comédie, Le Point, 13 octobre 1993)
Uber a franchi un pas supplémentaire avec son application UberPop, lancée en France depuis un an, et qui permet à des particuliers sans formation sérieuse, sans contrôle ni protection sociale, d’utiliser à leur guise leur voiture personnelle pour exercer une activité de taxi d’autant plus attractive qu’elle est pratique et meilleur marché. Les professionnels pensaient avoir obtenu gain de cause contre cette concurrence sauvage et déloyale après l’adoption de la loi Thévenoud, qui interdit ce travail clandestin et prévoit des sanctions sévères pour les organisateurs du réseau et ses chauffeurs. C’était sans compter avec la stratégie de cow-boy mise en œuvre par Uber, dont le patron déclarait sans détour, en mai 2014 : « Nous sommes engagés dans une bataille politique face aux taxis. » En France, comme dans de nombreux pays, Uber utilise, en effet, toutes les ressources et les chicanes du droit pour contester son interdiction. (…) En attendant, le réseau se développe rapidement, provoquant la révolte de plus en plus incontrôlable des taxis professionnels. Mais ceux-ci ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à leur malthusianisme et à leurs archaïsmes. Chacun sait que le système traditionnel est insuffisant pour répondre à la demande et trop onéreux pour ne pas susciter la concurrence. Et chacun a fait l’expérience d’un service dont la qualité est bien souvent insuffisante, qu’il s’agisse de l’accueil, des modalités de paiement par carte bancaire ou des tarifs forfaitaires depuis les aéroports, refusés par les professionnels. Plutôt que de s’arc-bouter sur leur privilège, les taxis auraient dû, depuis longtemps, se moderniser. Faute de l’avoir fait, ils en sont réduits aujourd’hui à lutter pour leur survie. Avec, à leur tour, des méthodes de cow-boys inacceptables. Le Monde
Cette loi a marqué un coup d’arrêt au développement de ce nouveau secteur économique. Depuis le 1er janvier, seulement 215 nouvelles cartes de VTC ont été accordées en France alors que dans le même temps, 25 000 personnes ont contacté Uber pour devenir chauffeur VTC. Plusieurs milliers ont leur dossier complet, font la formation et attendent en vain leur carte. Nous allons faire des propositions aux chauffeurs et au gouvernement pour sortir de cette situation. Plus de 400 000 passagers utilisent UberPop parce qu’il apporte un service nouveau, fiable et sûr. Dans le secteur en pleine expansion de la mobilité urbaine, où de plus en plus de gens abandonnent leur voiture, il y a une complémentarité, plutôt qu’une concurrence, entre les différents modes de transport. [Quelles mesures proposez-vous au gouvernement ?] Des aménagements simples qui rapprocheraient, par exemple, le régime français de celui de Londres où il y a 80 000 VTC et 30 000 taxis [à Paris, il y a 17 700 taxis et on estime le nombre de VTC à 10 000]. Il suffirait de ne plus exiger une formation en nombre d’heures, mais des compétences validées par un examen. Actuellement, le processus pour devenir VTC prend six mois et nécessite 250 heures de formation alors qu’on a le droit d’être pilote d’avion léger en 20 heures ! Cette formation coûte jusqu’à 6 000 euros. Personne dans les populations dont on parle n’a une telle somme. La loi impose aussi une capacité financière de 1 500 euros, alors que l’on parle de jeunes de banlieues, de personnes éloignées de l’emploi… Troisième mesure, autoriser pour les VTC des voitures moins luxueuses, moins lourdes, moins polluantes. Cela fait près de deux ans que nous faisons ces propositions. Nous avons aussi des propositions pour que les taxis soient plus en adéquation avec leur époque. (…) Les cow-boys, ce sont les gens qui lynchent des personnes sur la voie publique. Heureusement que des entreprises innovent ! Nous pensons qu’il devrait y avoir le maximum de liberté pour les chauffeurs de taxi afin qu’ils puissent choisir la plateforme avec laquelle ils veulent travailler. La loi leur interdit d’être aussi VTC. Or, plus l’offre est ouverte et permet la concurrence entre plateformes, plus les chauffeurs y gagneront. Cela se passe comme ça dans tous les marchés où nous sommes, mais pas en France. Thibaud Simphal (Uber France)
To me, the Herald Tribune represents a time when Paris truly was the expatriate capital of America. Charles Trueheart
Que peut-on attendre d’une ville qui se bat pour faire fermer ses magasins le dimanche et vite baisser le rideau le soir dès 21h00 sur les Champs Elysées! Internaute français
Merci aux régulations qui font que Paris ressemble à une ville morte les week-ends et le soir. Internaute français
Le West End, quartier du shopping, des restaurants et des théâtres, pèse économiquement plus que la City, et davantage que tout le secteur agricole britannique. Le Figaro
Le Royaume-Uni surclasse à nouveau économiquement la France, ce qui n’avait cessé d’être le cas depuis le XVIIIe siècle et jusqu’en 1973. Seule la politique industrielle très ambitieuse de la présidence de Georges Pompidou avait alors mis fin à cette suprématie, la France passant pour la première fois de l’Histoire en tête. Sur les dix dernières années, le match a été très serré, lié au taux de change de l’euro et du sterling. Mais pour le millésime 2014, il n’y a pas photo comme diraient les commentateurs sportifs. Le Figaro
There is more labour flexibility in London compared with Paris. New York Times International spokeswoman
Paris was always central to the New York Times ecosystem but is being downgraded. London is taking precedence as an international hub. A decade ago the hubs would have been Paris and Hong Kong. INYT insider
Le New York Times est en train de réduire la présence à Paris de son quotidien International New York Times, anciennement connu sous le nom d’International Herald Tribune, tout en déployant davantage de ressources à Londres. Selon le Financial Times, le quotidien new-yorkais, dont le siège européen se situe toujours à Paris, est guidé dans cette voie, notamment, par la réglementation du travail, plus favorable dans la capitale britannique. Le Figaro
The New York Times is ramping up its presence in London at the expense of its long-term European headquarters in Paris, a shift it attributes to France’s inflexible employment laws. (…) Paris has been the home of the newspaper’s international operations since 1967 when it bought a stake in the International Herald Tribune, a title which reflected America’s enduring romance with the city. An early incarnation featured in Ernest Hemingway’s novel The Sun Also Rises and also appeared in the seminal Jean-Luc Godard movie A Bout de Souffle. The Financial Times

Attention: une fuite en avant peut en cacher une autre !

A l’heure où, entre une Grèce enfin rattrapée par ses créanciers et un cinéma allemand en mal d’inspiration, continue plus que jamais à faire recette la transformation des bourreaux en victimes comme celle des victimes en bourreaux …

Et après la perte, par la ville-lumière, du titre de ville la plus visitée au monde l’an dernier …

Puis, par le pays dont est la capitale, de celui de cinquième puissance économique mondiale en janvier dernier …

Et sans compter, pour préserver le plus archaïque des systèmes, la mise hors la loi quelque peu expéditive des cowboys d’Uber …

Comment ne pas voir avec la récente annonce, par la mythique édition internationale du New York Times, de la délocalisation à Londres d’une partie de ses opérations …

Le signe de l’inéluctable accession de Londres et du Royaume-Uni au statut de véritables ville et puissance globales …

Et la confirmation – merci François Hollande et son vice-record mondial, après le Danemark et entre prestations sociales à 32% du PIB, dépenses publiques et chômage à plus de 10%,  du taux de prélèvements obligatoires

Du non moins inéluctable déclassement d’une capitale française et d’une France désormais à bout de souffle …

D’avoir si longtemps voulu donner le change, à l’instar de la petite frappe du fameux film de Godard, face à leurs modèles et rivaux d’outre-Manche et d’outre-Atlantique ?

New York Times bets on London over Paris
Matthew Garrahan in New York
The Financial Times
June 7, 2015

The New York Times is ramping up its presence in London at the expense of its long-term European headquarters in Paris, a shift it attributes to France’s inflexible employment laws.

The company has merged its London bureau with the London office of the International New York Times, adding digital editors and a branded content studio, while departing editorial staff at its Paris operation are not being replaced, according to people familiar with the matter.

Paris has been the home of the newspaper’s international operations since 1967 when it bought a stake in the International Herald Tribune, a title which reflected America’s enduring romance with the city. An early incarnation featured in Ernest Hemingway’s novel The Sun Also Rises and also appeared in the seminal Jean-Luc Godard movie A Bout de Souffle .

The New York Times owned the International Herald Tribune jointly with the Washington Post but took full ownership in 2003, renaming it the International New York Times in 2013.

The shift in resources from Paris to London has fuelled talk that the newspaper may move the International New York Times to London. A spokeswoman said there were “no current plans” to move.

However, she acknowledged that French employment laws had played a part in the decision to expand its London presence. “There is more labour flexibility in London compared with Paris,” she said.

The company now employs about 60 people in London, with plans to add four new positions for its T Brand Studio, the “custom content” operation run by its advertising department. About 120 people work in the Paris office but that number is dwindling, according to people familiar with the matter.

“Paris was always central to the New York Times ecosystem but is being downgraded,” said one of those people. “London is taking precedence as an international hub.”

The shift to a digital publishing schedule has led to investment in offices in London and Hong Kong so that global news can be published in a timely fashion over a 24 hour cycle.

“A decade ago the hubs would have been Paris and Hong Kong,” the person said.

The newspaper’s investment in London comes as another US publisher is making a big digital push in Europe. Politico, the online news service that took on the Washington Post in its home market, has expanded in Europe after striking a deal with Axel Springer, the German media group. It has opened an office in Brussels and is adding reporters in other capital cities across the continent.

Voir aussi:

Tourisme : Londres détrône Paris
Florentin Collomp

Le Figaro
16/01/2014

En 2013, Londres a franchi la barre des 16 millions de touristes étrangers, devenant ainsi la ville la plus visitée au monde.

En 2013, encore plus de visiteurs se sont bousculés dans les allées du British Museum, première attraction de Londres, de la Tate Modern ou de la National Gallery. Ils se sont envolés dans les cabines de la grande roue London Eye ou dans les sombres couloirs de la Tour de Londres. Une ­affluence record permet aux dirigeants de la ville d’espérer pouvoir annoncer, ce jeudi, qu’en franchissant la barre des 16 millions de touristes étrangers, la capitale britannique aurait détrôné Bangkok et Paris en tête des villes les plus visitées sur la planète. Si les critères peuvent diverger, Paris avait accueilli 15,9 millions d’étrangers en 2012. New York se classe en quatrième ­position.

La mairie de Londres lie directement ce regain d’intérêt à un «effet Jeux olympiques». Un ­cercle vertueux, qui parvient à éviter la tendance des villes ­olympiques à constater une dé­saffection l’année suivante. Au contraire, Londres affichait une hausse de fréquentation de 8 % au premier semestre. Dans l’en­semble du pays, les arrivées d’étrangers ont bondi de 11 % sur les neuf premiers mois de l’année, à près de 25 millions de ­personnes.

Plus de revenus dans le West End que dans la City
«L’image de Londres a changé grâce aux JO, estime Kit Malt­house, maire adjoint de la ville. Les gens ont vu une ville belle, ouverte, vibrante, au-delà des clichés habituels sur la reine et le gin Beefeater.» Les touristes londoniens proviennent en grande majorité d’Europe, devant l’Amérique du Nord et le reste du monde. Ceux venant de Chine, d’Inde ou du Moyen-Orient représentent une large part de la croissance cons­tatée. Mais la politique de visas restrictive du gouvernement ­Cameron freine le développement de cette clientèle, au détriment de Paris. C’est pourquoi, sur pression des milieux d’affaires et du lobby touristique, le ministère de l’Intérieur a accepté d’assouplir sa pratique pour les Chinois.

Ces visiteurs dépensent beaucoup: 5 milliards de livres (6 milliards d’euros) sur les six premiers mois de 2013, en hausse de 12 %. Le West End, quartier du shopping, des restaurants et des théâtres, pèse économiquement plus que la City, et davantage que tout le secteur agricole britannique.

Chez London & Partners, l’agence de promotion de la capitale, on se félicite d’un «feel good factor» post-olympique et post-jubilé royal, prolongé par l’engouement autour de la naissance du prince George, la victoire d’Andy Murray à Wimbledon et des expositions événements ­comme «Pompéi» au British ­Museum ou «David Bowie» au Victoria & Albert. Facteur exceptionnel contribuant à l’attrait de la capitale britannique: les touristes ont en plus pu profiter d’un été magnifique.

 Voir également:

La France a perdu sa place de cinquième puissance économique mondiale
Le Figaro
Jean-Pierre Robin, Service infographie du Figaro
06/01/2015

INFO LE FIGARO – Notre pays a été dépassé en 2014 par le Royaume-Uni, dont le PIB est supérieur au nôtre.

Voilà une bien triste nouvelle pour François Hollande et l’orgueil national: «La France, c’est un grand pays ; elle est la cinquième puissance économique du monde», avait affirmé le président de la République le soir de la Saint-Sylvestre lors de ses vœux aux Français. Le propos se voulait roboratif, «un message de confiance et de volonté», avait-il lui-même annoncé. Hélas, trois fois hélas, au moment même où le chef de l’État rappelait ce fameux classement – une habitude bien ancrée de sa part -, il n’était déjà plus valable.

Certes, la France était effectivement «la cinquième puissance économique du monde» encore en 2013. Son PIB (produit intérieur brut), la richesse créée annuellement, la seule mesure de la puissance économique, arrivait au 5e rang, derrière les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne et devant le Royaume-Uni. Or celui-ci nous devance désormais: en 2014, le PIB britannique aura dépassé de 98 milliards d’euros celui de la France (2232 milliards d’euros pour le premier et 2134 milliards pour le second). Ces chiffres figurent dans un document de la Commission européenne consultable sur son site.

À cette période de l’année, il s’agit bien sûr encore d’une estimation. Mais contrairement aux prévisions qui peuvent se révéler fausses, cette évaluation comptable, qui marque une différence de près de 4,5 % entre les deux pays, ne sera en aucun cas remise en cause lors de la publication définitive des bilans 2014 dans quelques semaines.

Trois explications: la croissance, l’inflation et la force du sterling
Il s’agit en réalité d’un secret de polichinelle, et tous les économistes qui suivent ces questions le savaient: «Sur les quatre derniers trimestres dont on connaît les résultats – du quatrième trimestre 2013 au troisième de 2014 -, les calculs font apparaître que le PIB français a été de 2134 milliards d’euros en France et de 2160 milliards d’euros outre-Manche», observe Jean-Luc Proutat, économiste à BNP Paribas.

François Hollande aurait dû s’en douter, ou faire confirmer son information par ses conseillers, avant d’entonner l’antienne «France cinquième puissance», une contre-vérité désormais. Car le revers de fortune français intervenu l’an dernier n’a rien de mystérieux. Il est le produit de trois éléments: une croissance économique beaucoup plus rapide pour l’économie britannique, un rythme d’inflation également plus soutenu outre-Manche et, last but not least, la réappréciation substantielle de la livre sterling.

Rappelons qu’en 2013 le PIB anglais était inférieur de 97 milliards d’euros au nôtre (respectivement 2017 et 2114 milliards d’euros). Or il a bénéficié d’une croissance en volume de 3 % en 2014, ce qui lui a permis de progresser d’une soixantaine de milliards d’euros. De même l’inflation britannique a été de l’ordre de 1,5 %, d’où à nouveau une augmentation de 30 à 40 milliards d’euros. À quoi s’est ajoutée la revalorisation de la livre sterling, de 5,4 % vis-à-vis de l’euro, ce qui a permis de gonfler le PIB des Anglais d’environ 126 milliards d’euros. De son côté, la France n’a bénéficié que d’une croissance de 0,4 % et d’une inflation du même ordre ; du coup, son PIB nominal ne s’est accru que de 20 milliards d’euros à peine, selon la Commission européenne.

Le Royaume-Uni historiquement devant la France
Ces chiffres sont connus de tous. On s’étonne que Laurence Boone, la conseillère économique de l’Élysée, observatrice avisée de l’économie britannique, n’ait pas attiré l’attention de son patron. De leur côté, nos amis anglais se sont abstenus pour le moment de faire sonner tambours et trompettes après leur victoire sur les «froggies» (les Français mangeurs de grenouilles). Il y a quelques semaines, David Cameron, le premier ministre, se battait bec et ongles avec Bruxelles pour ne pas payer le surcroît de la contribution britannique au budget européen, laquelle résulte mécaniquement des bonnes performances de son pays.

Le Royaume-Uni surclasse à nouveau économiquement la France, ce qui n’avait cessé d’être le cas depuis le XVIIIe siècle et jusqu’en 1973. Seule la politique industrielle très ambitieuse de la présidence de Georges Pompidou avait alors mis fin à cette suprématie, la France passant pour la première fois de l’Histoire en tête. Sur les dix dernières années, le match a été très serré, lié au taux de change de l’euro et du sterling. Mais pour le millésime 2014, il n’y a pas photo comme diraient les commentateurs sportifs. Honneur au vainqueur.

Voir encore:

« Face à Londres, Paris manque d’un brin de folie »
Jean-Baptiste Daubié
Le Figaro

16/01/2014
VOTRE AVIS – Alors que Londres vient de détrôner Paris comme ville la plus visitée du monde, les internautes du Figaro.fr s’interrogent sur les raisons du désamour des touristes pour la capitale française.

Aphrodisiaque, Bertrand Delanoë? Moins que son homologue londonien Boris Johnson si l’on en croit l’afflux de touristes qui se pressent dans la capitale britannique. Londres vient en effet de ravir à Paris la place de première ville touristique du monde. Mais comment nos voisins d’outre-Manche ont-ils réussi ce hold-up? Les internautes du Figaro sont sans appel sur les raisons de cette destitution. Mais ils ne désespèrent pas: Paris peut reprendre sa place.

Londres et Paris, «c’est la nuit et le jour», explique Serge, qui a fait récemment un voyage à dans la capitale britannique. «Il existe des amendes allant jusqu’à 1000 livres si on laisse déféquer les animaux dans la rue», raconte-t-il: la saleté est en effet l’un des points de comparaison les plus relevées entre nos capitales. «De gros efforts doivent être faits sur la propreté» résume positif23 . «Les transports en commun parisiens sont en retard de 40 ans sur les autres métropoles comparables», ajoute-t-il, tandis que le voyant fait remarquer que «le métro londonien, lui, est propre et a été entièrement rénové».

«Lorsque l’on va à Londres, on a envie d’y retourner»
Il faut croire que les Français ont le dénigrement facile, car la litanie des tares de notre capitale ne s’arrête pas là: «À Paris, on y va pour se faire agresser!», fustige ainsi Hélène. Johnny se plaint lui du nombre «de délinquants sur les Champs-Elysées». En réponse, Serge fait valoir qu’à Londres, «vous n’êtes pas obligé de surveiller vos sacs et poches en permanence!»

Ensuite, il manque aussi à Paris «de la bonne humeur et un brin de folie» explique Hughes. «Nos chauffeurs de taxi et garçons de café repoussent toutes les clientèles», regrette ainsi positif23 . «L’accueil à Londres est bien plus sympathique», témoigne Annick. «Les Londoniens sont bien moins sectaires que les Français et ont le sourire» ajoute ViveleRoy . «Lorsque l’on va à Londres, on a envie d’y retourner» résume Hélène.

«Il ne faudrait pas faire de Paris un grand musée fantomatique»
Toutefois, chacun conviendra que ces critiques ne sont pas nouvelles: comment expliquer alors que Londres ne dépasse Paris qu’aujourd’hui? La réponse est à trouver dans les évènements récents où la capitale britannique a été le centre d’attention du monde entier, comme les Jeux Olympiques de 2012, le mariage princier ou le Jubilé de diamant de la reine Élisabeth II. «Nous étions à Londres avant les Jeux Olympiques et sommes revenus totalement charmés» , témoigne ainsi Alice . «Paris est tournée vers son passé alors que Londres est une ville dynamique» constate bastilleparis . «Il ne faudrait pas faire de Paris un grand musée fantomatique» s’inquiète donc génius .

«Que peut-on attendre d’une ville qui se bat pour faire fermer ses magasins le dimanche et vite baisser le rideau le soir dès 21h00 sur les Champs Elysées!», proteste bastilleparis . «Merci aux régulations qui font que Paris ressemble à une ville morte les week-ends et le soir», s’agace S S 4 .

Faut-il désespérer d’attirer à nouveau les touristes? Non, répondent plusieurs internautes: «En terme de patrimoine architectural, Paris reste largement supérieure à Londres» rappelle wushin , «J’ai l’habitude de voyager, et j’aime Paris», ajoute Annick. «Il faut seulement savoir se remettre en question» conseille Daisy . «Déçue par les mauvaises surprises de Paris, une jeune amie de Hong Kong est allée visiter Strasbourg et a été séduite par ses petites rues charmantes et proprettes» témoigne Alice . Alors, chiche?

Voir de plus:

La France championne du monde des prestations sociales
Le Figaro Service infographie du Figaro
25/11/2014

INFOGRAPHIE – Elles représentent près de 32% du PIB de l’Hexagone, contre 22% en moyenne pour l’OCDE.

Les dépenses sociales sont en baisse en Grèce ou au Canada, mais restent toutefois élevées dans la plupart des pays de l’OCDE avec en moyenne 22% du PIB, la France étant la plus généreuse (près de 32%), selon de nouvelles données rendues publiques lundi soir. Ces dernières années, les dépenses allouées aux allocations chômage, maladie ou autres aides sociales ont connu des baisses importantes au Canada, en Allemagne, Islande, Irlande ou encore au Royaume-Uni, indique l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

La Grèce enregistre la baisse la plus rapide (-2 points), après avoir taillé drastiquement dans les salaires des fonctionnaires, de médecins, des pensions retraite, détaille Maxime Ladaique, statisticien à la division des politiques sociales de l’OCDE. Toutefois, dans la majorité des pays, les niveaux restent historiquement élevés. Quatre pays consacrent plus de 30% de leur PIB aux dépenses sociales: la France, la Finlande, la Belgique et le Danemark. En Italie, en Autriche, en Suède, en Espagne et en Allemagne, elles représentent plus d’un quart du PIB.

A l’opposé, Turquie, Corée, Chili et Mexique dépensent moins de 15% de leur PIB pour les prestations sociales. Les trois derniers pays sont actuellement un niveau similaire à ceux des pays européens dans les années 1960. Comparé au niveau de 2007 d’avant-crise, le ratio dépenses sociales/ PIB a augmenté de 4 points en Belgique, Danemark en Irlande et au Japon. Il est en baisse au Luxembourg, en Espagne et en Finlande.

La santé, un poste de plus en plus important
Dans le détail, les pays consacrent en moyenne davantage de dépenses aux prestations en espèces (12,3% du PIB) qu’aux services sociaux et de santé (8,6% du PIB). Mais dans les pays scandinaves, au Canada, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni, un meilleur équilibre entre les prestations en espèces et les prestations en nature est fait, remarque l’OCDE.
Ainsi les dépenses liées aux personnes âgées, aux maisons de retraite, aux personnes handicapées ou encore aux crèches sont importantes en Suède (7,5% du PIB) et au Danemark (7%), contre 3% en France ou 1% en Italie et en Pologne. Les pays scandinaves «sont très développés» et comptabilisent de nombreuses institutions pour accueillir les personnes âgées ou les enfants en bas âge, explique l’expert.

Les prestations en espèces ciblées sur la population dans la vie active représentent 4,4 % du PIB en moyenne dans les pays de l’OCDE: près de la moitié (1,8%) au titre des prestations invalidité/accidents du travail, 1,3 % pour les prestations familiales, 1 % du PIB pour les indemnités de chômage, et le reste pour des transferts sociaux.

La santé (coût des hôpitaux, médecins, médicaments) est un poste de plus en plus important pour les dépenses publiques, passé de 4% du PIB en 1980 à 6% en 2012. Cette augmentation s’explique entre autres par le coût de la technologie et une proportion de personnes âgées plus importante.

Les retraites pèsent aussi plus lourd pour les comptes publics. Depuis 1980, les dépenses pour les pensions par rapport au PIB ont augmenté de 2 points en moyenne dans les pays de l’OCDE. En France, elles représentent près d’un tiers des dépenses sociales.

Autre élément mis en lumière par l’OCDE: l’utilisation de prestations sous conditions de ressources est beaucoup plus répandue dans les pays anglophones et non européens que dans les pays d’Europe continentale. En Australie, plus de 40% des aides sociales vont par exemple aux 20% de la population la moins riche. Ce pourcentage tombe à environ 17% en France où les bénéficiaires d’aides sont beaucoup moins ciblés.

(AFP)

Guerre des taxis : cow-boys contre monopole
Le Monde

25.06.2015

Edito du « Monde ». En dépit de l’appel au calme lancé à l’Assemblée nationale, mardi 23 juin, par le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, la guerre des taxis est déclarée. Larvée depuis des mois, elle menace de dégénérer. Après les manifestations musclées, menaces et agressions de ces derniers jours dans plusieurs villes de France, le blocage de Paris et de ses aéroports, jeudi 25 juin, émaillé de violents incident, en témoigne.

Les belligérants sont connus. D’un côté, les taxis professionnels, formés et titulaires d’un certificat de capacité, adossés à un monopole vieux de plusieurs décennies, protégés par le numerus clausus qui en limite le nombre de façon drastique, indépendants ou salariés de grosses sociétés comme G7 ou les Taxis bleus à Paris. Depuis des lustres, ils ont su défendre bec et ongles leurs intérêts et leur profession.

De l’autre, l’entreprise californienne Uber, créée en 2009, et qui a connu un développement fulgurant au point d’être actuellement valorisée 40 milliards de dollars. Grâce à une application pour smartphones, disponible dans le monde entier, elle entend casser le monopole des taxis en mettant directement en relation des clients et des voitures avec chauffeur (VTC). Tant que la concurrence se jouait entre les taxis professionnels et les VTC, y compris ceux d’Uber, autorisés et réglementés par la loi Thévenoud votée en octobre 2014, la situation était à peu près sous contrôle.

Mais Uber a franchi un pas supplémentaire avec son application UberPop, lancée en France depuis un an, et qui permet à des particuliers sans formation sérieuse, sans contrôle ni protection sociale, d’utiliser à leur guise leur voiture personnelle pour exercer une activité de taxi d’autant plus attractive qu’elle est pratique et meilleur marché. Les professionnels pensaient avoir obtenu gain de cause contre cette concurrence sauvage et déloyale après l’adoption de la loi Thévenoud, qui interdit ce travail clandestin et prévoit des sanctions sévères pour les organisateurs du réseau et ses chauffeurs.

Archaïsmes
C’était sans compter avec la stratégie de cow-boy mise en œuvre par Uber, dont le patron déclarait sans détour, en mai 2014 : « Nous sommes engagés dans une bataille politique face aux taxis. » En France, comme dans de nombreux pays, Uber utilise, en effet, toutes les ressources et les chicanes du droit pour contester son interdiction. Elle a ainsi suscité quatre questions prioritaires de constitutionnalité, visant à faire annuler par le Conseil constitutionnel telle ou telle disposition de la loi Thévenoud. La dernière en date, qui porte précisément sur l’activité d’UberPop, ne sera pas examinée avant l’automne.

En attendant, le réseau se développe rapidement, provoquant la révolte de plus en plus incontrôlable des taxis professionnels. Mais ceux-ci ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à leur malthusianisme et à leurs archaïsmes. Chacun sait que le système traditionnel est insuffisant pour répondre à la demande et trop onéreux pour ne pas susciter la concurrence. Et chacun a fait l’expérience d’un service dont la qualité est bien souvent insuffisante, qu’il s’agisse de l’accueil, des modalités de paiement par carte bancaire ou des tarifs forfaitaires depuis les aéroports, refusés par les professionnels.

Plutôt que de s’arc-bouter sur leur privilège, les taxis auraient dû, depuis longtemps, se moderniser. Faute de l’avoir fait, ils en sont réduits aujourd’hui à lutter pour leur survie. Avec, à leur tour, des méthodes de cow-boys inacceptables.

Voir de même:

Uber annonce la suspension d’UberPop en France dès ce soir

Le Monde Economie

03.07.2015

Propos recueillis par Jean-Baptiste Jacquin

A l’issue d’une folle semaine commencée jeudi 25 juin par une grève des taxis émaillée de violence et marquée par le renvoi en correctionnelle des deux patrons d’Uber pour l’Europe et la France, le géant américain jette l’éponge en France. Dans un entretien au Monde, Thibaud Simphal, directeur général d’Uber France, annonce la « suspension » d’UberPop, ce service qui permet à des particuliers de s’improviser chauffeurs de taxi avec leur voiture de tous les jours. Une volte-face. Ignorant les multiples proclamations d’illégalité, la société californienne continuait de déployer son service en attendant que la justice tranche de façon définitive. Uber, dont la principale activité reste les voitures de transport avec chauffeur (VTC), veut faire sauter les verrous qui entravent ce marché naissant.

Manuel Valls s’est réjoui vendredi de la décision d’Uber, en déclarant que « c’est une profession qui a besoin de règles ».

Pourquoi continuer à proposer le service UberPop en France alors que toutes les autorités du pays vous demandent d’arrêter cette activité ?

« Sur le fond, nous nous en remettons à la décision du Conseil constitutionnel attendue en septembre sur l’article de la loi Thévenoud »

Nous avons décidé de suspendre UberPop en France, dès 20 heures ce vendredi soir [3 juillet]. En premier lieu pour préserver la sécurité des chauffeurs Uber, ce qui a toujours été notre priorité. Ils ont été victimes d’actes de violence ces derniers jours. La seconde raison est que nous souhaitons nous situer dans un esprit d’apaisement, de dialogue avec les pouvoirs publics et montrer que l’on prend nos responsabilités. Sur le fond, nous nous en remettons à la décision du Conseil constitutionnel attendue en septembre sur l’article de la loi Thévenoud [qui organise la concurrence des taxis] concernant UberPop.

C’est la première fois qu’Uber renonce dans le monde à un service sans y avoir été contraint par la justice. Est-ce le signe d’une inflexion de votre stratégie ?

Non, nous avons déjà retiré le service UberX à Portland [Etats-Unis]. Le facteur principal ici n’est pas la contrainte mais la violence.

L’action de la police ces derniers jours n’avait-elle pas déjà réduit à néant l’activité d’UberPop ?

Pas du tout. Près de 10 000 conducteurs occasionnels en France sont inscrits sur la plateforme UberPop, dont 4 000 ont été actifs la semaine dernière. Tout ce bruit a plutôt fait de la publicité pour la plateforme.

Que vont devenir les chauffeurs UberPop ?

87 % des chauffeurs UberPop ont une autre activité à côté. Leur recette moyenne annuelle est de 8 200 euros, ce qui correspond environ aux coûts annuels de leur véhicule. Je tiens à les remercier ici pour leur calme et leur attitude exemplaire malgré les difficultés et la violence. UberPop leur offrait une opportunité réelle d’arrondir leurs fins de mois, alors que le pays en manque cruellement. Nous allons les aider.

Etait-ce responsable de les inciter il y a encore huit jours à rejoindre UberPop en leur affirmant que c’était juridiquement sûr ?

On a toujours été responsable, contrairement à certains acteurs qui n’ont pas clairement condamné les violences. Notre priorité est maintenant de trouver un moyen de remettre ces milliers de conducteurs sur la route. C’est vital pour eux et leur famille. On va les aider dans la course d’obstacles pour devenir VTC [véhicule de transport avec chauffeur]. Parce que les faits démontrent que la réglementation ne fonctionne absolument pas.

La loi Thévenoud ne permet-elle pas le développement du marché des VTC, en le démarquant à la fois des taxis et de services illégaux tels UberPop ?

C’est le contraire. Cette loi a marqué un coup d’arrêt au développement de ce nouveau secteur économique. Depuis le 1er janvier, seulement 215 nouvelles cartes de VTC ont été accordées en France alors que dans le même temps, 25 000 personnes ont contacté Uber pour devenir chauffeur VTC. Plusieurs milliers ont leur dossier complet, font la formation et attendent en vain leur carte. Nous allons faire des propositions aux chauffeurs et au gouvernement pour sortir de cette situation. Plus de 400 000 passagers utilisent UberPop parce qu’il apporte un service nouveau, fiable et sûr. Dans le secteur en pleine expansion de la mobilité urbaine, où de plus en plus de gens abandonnent leur voiture, il y a une complémentarité, plutôt qu’une concurrence, entre les différents modes de transport.

Je ne suis pas près de quitter Uber ! On est probablement l’entreprise qui a grossi le plus vite dans l’histoire de l’humanité

Quelles mesures proposez-vous au gouvernement ?

Des aménagements simples qui rapprocheraient, par exemple, le régime français de celui de Londres où il y a 80 000 VTC et 30 000 taxis [à Paris, il y a 17 700 taxis et on estime le nombre de VTC à 10 000]. Il suffirait de ne plus exiger une formation en nombre d’heures, mais des compétences validées par un examen. Actuellement, le processus pour devenir VTC prend six mois et nécessite 250 heures de formation alors qu’on a le droit d’être pilote d’avion léger en 20 heures ! Cette formation coûte jusqu’à 6 000 euros. Personne dans les populations dont on parle n’a une telle somme. La loi impose aussi une capacité financière de 1 500 euros, alors que l’on parle de jeunes de banlieues, de personnes éloignées de l’emploi… Troisième mesure, autoriser pour les VTC des voitures moins luxueuses, moins lourdes, moins polluantes. Cela fait près de deux ans que nous faisons ces propositions. Nous avons aussi des propositions pour que les taxis soient plus en adéquation avec leur époque.

Après vous être comporté en cow-boy, comment pensez-vous être crédible pour proposer des mesures aux taxis ?

Les cow-boys, ce sont les gens qui lynchent des personnes sur la voie publique. Heureusement que des entreprises innovent ! Nous pensons qu’il devrait y avoir le maximum de liberté pour les chauffeurs de taxi afin qu’ils puissent choisir la plateforme avec laquelle ils veulent travailler. La loi leur interdit d’être aussi VTC. Or, plus l’offre est ouverte et permet la concurrence entre plateformes, plus les chauffeurs y gagneront. Cela se passe comme ça dans tous les marchés où nous sommes, mais pas en France.

Vous risquez une peine de prison. Avez-vous songé à quitter Uber ?

Je ne suis pas près de quitter Uber ! On est probablement l’entreprise qui a grossi le plus vite dans l’histoire de l’humanité. Il y a encore de très belles choses à faire. Cette entreprise fait débat partout, cela vient du succès et de la puissance d’une idée.

Voir par ailleurs:

Une économie grecque à bout de souffle
Dette publique, chômage, recul de l’activité… Tous les clignotants sont au rouge.
La Croix
5/7/15

Pour la Grèce, le drame qui se joue en ce moment, est un peu celui d’une décennie perdue, avec un PIB, autrement dit une richesse nationale, qui a perdu plus du quart de sa valeur, pour revenir quasiment à son niveau de 1999, juste avant l’entrée du pays dans la zone euro. L’an dernier, le PIB par habitant atteignait environ 22 000 €.

Le taux de chômage a, quant à lui, explosé depuis le déclenchement de la crise, pour être aujourd’hui le plus élevé de la zone euro. Il touche 25,6 % de la population active (presque 60 % chez les moins de 25 ans), contre 7 %, à son plus bas niveau en 2007. Il atteignait 10,5 % lors de l’entrée de la Grèce dans la zone euro, en 2001.

Une situation qui continue de se dégrader
Déficit public, recul de l’activité… Aujourd’hui, tous les clignotants de l’économie grecque sont dans le rouge. L’activité a reculé de 0,2% au premier trimestre 2015, deuxième trimestre consécutive de recul. Après six ans de récession, le pays avait pourtant renoué avec une timide croissance de 0,7% en 2014, dopée surtout par une bonne saison touristique.

Les comptes publics se dégradent aussi très rapidement. Dans sa dernière prévision, établie en mai, la Commission européenne prévoyait un déficit de 2,1 % cette année, puis de 2,2 % en 2016. En début d’année, elle tablait pourtant sur un excédent de 1,1 %, puis de 1,6 %.

La dette grecque, déjà la plus élevée de la zone euro, devrait elle aussi exploser pour atteindre 180,2 % cette année, avant de légèrement refluer à 173,5 % en 2016. En février, la Commission européenne prévoyait une dette à 170,2 % en 2015, et 159,2 % l’an prochain.

Un niveau de dette insoutenable
Avec la crise financière et le laxisme des gouvernements successifs, la dette publique grecque est passée de 107% du PIB en 2007 à 177% en 2014, soit 317 milliards d’euros, selon Eurostat. Un niveau qualifié aujourd’hui d’« insoutenable » par le FMI.

Un premier plan d’aide de 110 milliards d’euros avait pourtant été accordé à la Grèce en 2010 par l’Union européenne, la BCE et le FMI. Mais la situation ne s’est pas redressée au contraire.

Un second plan de sauvetage a été mis en place en 2012, combinant 130 milliards de prêts supplémentaires et un effacement de 107 milliards de la dette détenue par les créanciers privés.

L’absence de réformes structurelles
L’économie grecque reste minée par la corruption, le clientélisme et le travail au noir. Dans un pays sans cadastre, le fait de ne pas payer d’impôt est depuis longtemps un sport national. En 2012, le directeur de la brigade grecque des contrôles fiscaux Nikos Lekkas avait ainsi évalué le manque à gagner à 40 à 45 milliards d’euros par an, soit 12 à 15% du PIB.

La Grèce souffre aussi d’une bureaucratie étouffante et d’une lourdeur administrative, peu propice aux investissements, malgré les subventions massives accordées par l’Union européenne pour le développement du pays.

Les finances publiques grecques sont structurellement déficitaires et le poids des retraites reste un fardeau, représentant 16% du PIB, selon le FMI, soit le niveau le plus élevé d’Europe. Les réformes entamées en 2010 en ce domaine n’ont pas suffi et de nouvelles économies seront nécessaires.

Une économie fermée
L’économie reste peu productive, relativement fermée sur elle-même. Les exportations grecques de biens et de services ne représentent ainsi que 30% de son PIB, et ses importations 34%.

L’an dernier, la balance commerciale de la Grèce affichait un déficit de 20,5 milliards d’euros. « Partout en Europe, on trouve de l’huile d’olive italienne ou espagnole, mais pas d’huile d’olive grecque », souligne, à titre d’exemple, Olivier Passet, économiste chez Xerfi.

Jean-Claude Bourbon

Voir aussi:

Edito: Grèce, fuite en avant
Vincent Slits

La Libre Belgique

28 juin 2015

En Grèce, les retraits sont limités à 60 euros par jour jusqu’au 6 juillet
Sous le choc de la crise grecque, les bourses européennes chutent
Après l’annonce du contrôle des capitaux, les Grecs à la fois inquiets et résignés
Les banques grecques et la Bourse d’Athènes fermées ce lundi
EditoMais comment en sommes-nous arrivés là ? Il y a un peu moins d’une semaine, un accord semblait à portée de main pour éviter un défaut de paiement de la Grèce et le risque d’un « Grexit » qui plongerait alors l’ensemble de la zone euro en terres inconnues. On le sait, un « deal » – extension du programme d’assistance financière à la Grèce contre réformes (retraites, TVA, fiscalité…) et économies budgétaires – est durement négocié, depuis cinq mois, entre Athènes et ses créanciers. Et alors qu’un nouvel Eurogroupe était convoqué samedi dans l’espoir de conclure, Alexis Tsipras a pris tout le monde de court en annonçant la tenue le 5 juillet d’un référendum sur l’acception ou non des propositions des créanciers.

Le Premier ministre grec sortait ainsi de sa manche son ultime carte, celle qui était censée faire plier les créanciers et ouvrir la voie à une restructuration de la dette grecque. L’objectif est totalement manqué. Ce chantage à la voix du peuple n’aura fait que cabrer les partenaires européens, torpillant les derniers espoirs d’éviter le pire.

Sans même parler de la légalité de ce référendum ou de la pertinence de son objet, Tsipras s’est décrédibilisé sur la scène européenne dans cette « opération kamikaze » dont ses concitoyens risquent d’être les premières victimes. La panique bancaire, l’effondrement du système financier grec et la banqueroute économique du pays ne sont plus très loin.

Si le pari de Tsipras est irresponsable, les dirigeants européens devraient s’interroger sur les racines de cette fuite en avant grecque. L’humiliation du peuple grec, écrasé par des mesures d’austérité aveugles qui ont anéanti un quart de son économie et l’absence de perspectives de sortie de crise, pousse aux solutions les plus radicales car les plus désespérées. Il est moins une pour éviter le chaos. Chacun doit y mettre du sien. Et avoir enfin le courage politique d’aborder la problématique de la dette sans tabous.

Voir également:

Suivez « Victoria » jusqu’au bout de la nuit
Thriller. « Victoria » vous embarque dans une course incessante de plus de deux heures, filmée d’une traite par Sebastian Schipper.
Paris-Normandie
le 30/06/2015

Grand Prix du jury au dernier Festival international du film policier de Beaune, Victoria a également reçu les prix du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure photographie, meilleure musique au Deutscher Filmpreis, l’équivalent de nos César… Et pour combler son réalisateur, Sebastian Schipper, la Berlinale 2015 lui a décerné l’Ours d’argent de la meilleure contribution artistique. De quoi susciter une curiosité qui n’est pas sans rappeler l’effet Cours Lola, cours en 1999.

Le pitch est pourtant banal : il est presque 6 heures du matin lorsque Victoria, installée à Berlin depuis trois mois, sort d’une boîte de nuit avec Sonne et sa bande, dont elle vient de faire la connaissance. Grisée par l’alcool, la jeune fille plutôt sage accepte de les suivre jusqu’au lever du jour et l’ouverture du bar où elle travaille. Une décision hasardeuse qui ne sera pas sans conséquence.

La particularité artistique du film, c’est qu’il s’agit d’un long plan séquence de 2 h 10. Tout simplement parce que Sebastian Schipper filme en temps réel cette fin de nuit et ce lever du jour que vivent Victoria, Sonne et ses amis. Il ne s’agit pas seulement d’une prouesse technique qui a dû demander des heures de répétitions et de mises en place. Non, il s’agit d’un choix narratif qui place le spectateur dans le même état que ses personnages : à bout de souffle, à force d’avoir dansé sur des musiques frénétiques, déambulé dans la ville, couru d’un lieu à l’autre, monté des étages, grimpé des échelles, et fui des dangers plus ou moins effrayants.

La virée commence par de gentils bobards racontés par des garçons fanfarons, le chapardage potache de cannettes de bières. Elle se poursuit sur un joli moment intime et émouvant entre Victoria et Sonne, attirés l’un par l’autre. Le lever du jour sera le moment de vérité, celui où Victoria accepte de participer à une équipée beaucoup plus risquée.

La jeune Laïa Costa, d’une fraîcheur déroutante, nous fait partager son envie de suivre ces inconnus plus bras cassés que braqueurs. Il faut dire que Frederick Lau fait de Sonne un garçon craquant. L’attirance qu’ils ressentent l’un pour l’autre est crédible, tout comme leur solidarité au groupe.

Geneviève Cheval

Victoria

De Sebastian Schipper (Allemagne, 2 h 10) avec Laia Costa, Frederick Lau…

 Voir enfin:

Entretien
“Victoria”, “un projet fou qui nous rappelle combien il est fou de tourner un film”

Jérémie Couston
Télérama

03/07/2015

En un seul et unique plan-séquence, Sebastian Schipper filme les pérégrinations nocturnes d’une jeune Espagnole à Berlin. Une prouesse technique sur fond de thriller épileptique que nous décrypte le cinéaste allemand.
Sebastian Schipper n’enseigne pas à l’école de cinéma de Berlin comme on peut le lire sur IMDb. Mais on aurait pu le croire en découvrant son quatrième long métrage, Victoria, récit d’un braquage en temps réel dans la nuit berlinoise, qui joue avec les codes du films de gangsters, tout en s’en démarquant avec fracas par sa forme. Après quelques seconds rôles, notamment dans Cours, Lola, cours, petit film culte allemand de la fin du siècle dernier, et trois réalisations inédites en France, Sebastian Schipper sera donc le cinéaste qui a réussi la prouesse de tourner un film d’action en un seul plan-séquence de deux heures et vingt minutes. On s’attendait à rencontrer un jeune technicien survolté parlant avec exaltation de son exploit. On est tombé sur un élégant brun aux yeux bleus, de 47 ans, qui boit du Darjeeling et préfère les métaphores aux marques de caméras.

La question qui brûle les lèvres, c’est évidemment celle de l’absence ou non de trucage pour réaliser ce plan-séquence…

Est-ce que l’Allemagne a gagné 7-1 contre le Brésil ? C’est incroyable, mais c’est arrivé. Si vous ne voyez pas de coupes, c’est sans doute qu’il n’y en a pas. En vérité, il y a trois moments où j’aurais pu couper car la lumière était très faible mais je ne l’ai pas fait. J’aurais pu, à l’étalonnage, éclaircir ces scènes pour bien montrer que la caméra ne s’arrête pas mais j’ai préféré les laisser sombres car je n’ai pas fait ce film pour le Guinness des records.

En même temps, je suis obligé de vous croire…

A Berlin [où le film a commencé sa carrière], Dieter [Kosslick, le directeur du festival] est venu me trouver le jour de la présentation officielle en me disant qu’il avait croisé une personne qui avait des informations selon lesquelles mon film comportait trois coupes. La théorie du complot appliquée au cinéma. Pour la balle magique qui a tué Kennedy ou la mort d’Oussama Ben Laden, je n’en sais rien, mais je détiens la vérité pour mon film ! Et je suis en mesure d’affirmer qu’il a été tourné en un seul plan. Un jour, un journaliste a pris une photo d’un criminel avec son smartphone et ce dernier a été localisé et arrêté grâce aux informations contenues dans le fichier numérique. Une image comporte toujours des éléments invisibles à l’œil nu. C’est fascinant. On aurait sans doute pu réaliser des coupes « invisibles » mais le public s’en serait, d’une manière ou d’une autre, rendu compte.

“Eliminer la notion de catastrophe dans le processus de fabrication d’un film me semble une erreur.”
Cela a dû être une organisation démente, des répétitions interminables, non ?

Tous les films sont éprouvants. Celui-ci pas plus qu’un autre. Je pense que la folie de ce projet nous rappelle combien il est fou de tourner un film. Et que la professionnalisation du cinéma d’aujourd’hui est peut-être une fausse route. Vouloir à tout prix éliminer la notion de catastrophe dans le processus de fabrication d’un film me semble une erreur. Tous les acteurs professionnels savent parfaitement comment prononcer une réplique quand la caméra les cadre en gros plan. Gros plan qui sera parfaitement éclairé par un chef opérateur très professionnel et parfaitement voulu par un réalisateur tout aussi professionnel. Quelque chose s’est perdu dans tout ce professionnalisme.

Qu’a-t-on perdu ?

Prenons deux films de mon panthéon personnel, A bout de souffle et Apocalypse Now, deux films très différents dans leur forme mais qui ont en commun d’avoir été tournés de façon non professionnelle si l’on considère les standards actuels. D’après ce que je sais du tournage d’A bout de souffle, il y avait beaucoup d’improvisation, des horaires très flexibles, Godard lui-même hésitait pas mal dans sa mise en scène, se laissant guider par l’inspiration du moment. Quant à Apocalypse Now, le documentaire sur le tournage, Heart of darkness, est presque aussi célèbre que le film. Je ne me compare pas du tout à ces deux monstres. L’an dernier, j’ai tourné un petit film un peu fou, un peu idiot, dans les rues de Berlin, en essayant simplement de retrouver cet esprit.

“C’est une improvisation au sens musical du terme. Une improvisation punk.”
Comment prépare-t-on un tel tournage ?

Mentalement. Tous ceux qui ont été tentés avant moi de réaliser un film en un seul un plan-séquence l’ont fait en essayant d’imiter un film normal. C’est-à-dire avec d’innombrables répétitions pour atteindre la perfection, pour contrôler l’incontrôlable. Le projet qui se rapproche le plus du mien en terme de forme, c’est L’Arche russe, de Sokourov, qui a été tourné en un seul plan dans le musée de l’Ermitage mais c’est un film contrôlé de partout. Victoria, au contraire, parle de la perte de contrôle, du partage des responsabilités. C’est une improvisation au sens musical du terme. Une improvisation punk.

Mais vous aviez des cascades à gérer, on n’improvise pas des cascades…

Une improvisation ne consiste pas à se retrouver et à jouer ensemble. Il y a des règles. Quel style de musique ? Quels instruments ? Quel rythme ? Si tu amènes une guitare électrique pour jouer The Star-Spangled Banner dans une impro de free jazz, tu te fais virer. Même la musique punk répond à un cahier des charges précis. Je suis persuadé qu’un punk ne pourrait pas boire une bière dans un verre en cristal sans se faire lyncher. Bien sûr qu’on a fait des répétitions, bien sûr que les acteurs avaient une trame pour leurs dialogues. Mais l’organisation du plateau n’a pas été le plus dur. Il fallait avant tout que le film ait l’air vivant, et que les acteurs ne donnent pas l’impression de jouer. Le plan-séquence, c’est l’outil, il faut inventer tout ce qu’il y a autour. Au 19e siècle, les peintres ont mis la peinture dans des tubes et ont pu poser leur chevalet dans la nature et enfin peindre la vie telle qu’ils la voyaient, et non plus d’après leurs souvenirs, au fond de leur atelier. Mais quand les impressionnistes sont revenus avec leurs tableaux peints sur le vif, on leur a dit qu’ils étaient affreux. Il faut s’habituer à la laideur, ne pas en avoir peur. J’ai le sentiment que les cinéastes ont abandonné l’idée de laideur, ils se sont arrêtés de progresser, d’innover. Ils se sont rendus à la beauté. Tous les films se ressemblent, ils sont impeccables, mêmes ceux tournés caméra à l’épaule. Aujourd’hui, la beauté des tableaux des impressionnistes ou du Caravage n’est plus remise en cause, c’est même devenu la quintessence de la beauté. Mais on s’interroge toujours sur celle de Francis Bacon. La plupart des cinéastes contemporains se sont arrêtés aux impressionnistes. Et il y a peu de Francis Bacon qui, tout en admirant le Caravage, ose retourner le canevas pour peindre sur le mauvais côté de la toile et voir ce qui peut surgir de cet accident. Ne pas rechercher la perfection mais le flow : c’est une expérience risquée mais enthousiasmante. Sur Victoria, on est passé pas loin de la catastrophe.

“A l’ère numérique, il est impossible de cacher quoi que ce soit, il faut tout montrer.”
C’est-à-dire ?

Les deux premières prises ne m’ont pas convaincu. L’énergie n’était pas au rendez-vous. J’avais un plan B dans ma tête si le plan-séquence échouait sur la durée du film : monter le film en jump cuts [technique de montage, popularisée par Godard dans A bout de souffle, qui consiste à coller deux plans sans respecter la continuité, de façon abrupte, créant ainsi un effet de sursaut]. Le monteur a donc réalisé une version en jump cuts mais c’était encore pire, ça ne marchait pas du tout. Je me suis donc retrouvé tout à coup sans plan B. La première prise a été tournée juste après les répétitions. La seconde une dizaine de jours plus tard. Et la troisième, la bonne, quarante-huit heures après. Victoria a donc deux sœurs jumelles mais elles ne sont pas très jolies à voir. Elles seront sur le dvd et tout le monde pourra juger sur pièces. A l’ère numérique, il est impossible de cacher quoi que ce soit, il faut tout montrer.

Quelle caméra avez-vous utilisé ?

On s’en fout. Si je devais faire une liste des dix choses les plus importantes pour ce film, la caméra n’y serait pas. Vous avez raison, il y a deux ou trois ans, la peinture en tube n’existait pas mais j’ai l’impression qu’on parle trop de tube et de peinture. Pour vous répondre franchement, notre budget était serré, nous avons donc demandé au fabricant de nous prêter une caméra pour tourner le film. Ce qu’il a refusé. Je ne vais donc pas lui faire de la pub en le citant.

“Il faut savoir oublier ses maîtres pour avancer.”
La scène du hold-up avec Victoria qui attend dans la voiture est une citation de Gun Crazy, non ?

Je n’ai jamais vu Gun Crazy ! Bacon et Le Caravage ont tous les deux peint un pape, mais leurs tableaux sont très différents. Je vénère certains réalisateurs comme Godard ou Coppola et j’allume volontiers une bougie à l’église pour eux, mais quand je sors de l’église, j’essaie de ne plus y penser. Il faut savoir oublier ses maîtres pour avancer. Quand un groupe entre en studio pour enregistrer un nouvel album, je préfère imaginer qu’il ne passe pas son temps à écouter ses disques préférés.

Quel type de cours dispensez-vous à l’école de cinéma de Berlin ?
Mais je n’ai jamais enseigné le cinéma, ni à Berlin ni ailleurs ! J’ignore pourquoi cette information s’est retrouvée sur internet. Vous n’êtes pas le premier à m’en parler. Cela dit, l’an dernier, j’ai proposé à l’école Otto-Falkenberg à Munich, dans laquelle j’ai étudié le métier d’acteur, de leur organiser un atelier car je crois avoir compris quelques trucs sur la façon de réagir face à une caméra. Ils m’ont proposé de venir une fois parler de mon expérience devant les élèves mais j’ai refusé, je voulais faire un atelier et sans être payé. Ma proposition tient toujours.


Islam: Voici revenu le temps des Assassins ! (Marx on Islam: How, then, is the existence of Christian subjects of the Porte to be reconciled with the Koran?)

1 juillet, 2015
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Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire. Il devait subvenir aux ressources de la nouvelle communauté (umma) que formaient les émigrés (muhadjirun) mekkois et les « auxiliaires » (ansar) médinois qui se joignaient à eux. Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie où la notion d’État était inconnue. Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin. En mars 624, il remporta devant les puits de Badr une grande victoire sur une colonne mekkoise venue à la rescousse d’une caravane en danger. Cela parut à Muhammad une marque évidente de la faveur d’Allah. Elle l’encouragea sans doute à la rupture avec les juifs, qui se fit peu à peu. Le Prophète avait pensé trouver auprès d’eux un accueil sympathique, car sa doctrine monothéiste lui semblait très proche de la leur. La charte précisant les droits et devoirs de chacun à Médine, conclue au moment de son arrivée, accordait une place aux tribus juives dans la communauté médinoise. Les musulmans jeûnaient le jour de la fête juive de l’Expiation. Mais la plupart des juifs médinois ne se rallièrent pas. Ils critiquèrent au contraire les anachronismes du Coran, la façon dont il déformait les récits bibliques. Aussi Muhammad se détourna-t-il d’eux. Le jeûne fut fixé au mois de ramadan, le mois de la victoire de Badr, et l’on cessa de se tourner vers Jérusalem pour prier. Maxime Rodinson
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme.  René Girard
Cela fait un an maintenant qu’est apparu au grand jour l’Etat islamique (EI). Et l’on ne peut que constater qu’il a lancé les « festivités » de cet anniversaire, malgré les bombardements qu’il subit. Tout cela accompagne le début du ramadan la semaine dernière. L’EI a appelé la quasi-totalité de ses sympathisants à fêter cette première année par tous les moyens et partout dans le monde. Selon moi, les attentats perpétrés à Saint-Quentin-Fallavier (Isère), à Sousse et à Koweït City s’inscrivent dans cette macabre célébration. C’est un terrible pied de nez adressé à la communauté internationale. Et ce n’est que le début.(…) Souvenons-nous : l’EI a commencé son offensive au début du ramadan 2014. Il a déclaré le califat le 30 juin 2014. Je pense donc que cela risque de culminer dans les semaines à venir. En outre, le mois de ramadan est considéré comme propice au jihad. Je crains donc que nous soyons face au lancement d’une campagne d’attentats. (…) on n’est pas assez conscients de la portée symbolique des dates et des lieux. Désormais, l’EI se considère comme un Etat, gère les territoires comme tel, avec un gouvernement, une administration et un agenda. Nous sommes bel et bien face à un Etat terroriste. Mathieu Guidère
Seifeddine Rezgui was high on cocaine as he murdered British tourists on the beach, it emerged today. A stimulant, believed to the class A drug or one similar to it, was detected by doctors during a post-mortem examination, the Daily Mail has been told. (…) IS fighters are known to take doses of cocaine to make them feel invincible on the battlefield. An informed source said: ‘The autopsy proves that the terrorist used some drugs before he did the attack – the same drug that IS gives to people who do terrorist attacks – so that he will not understand what he is doing.’ A hotel worker named Houssem told the Mail: ‘He was laughing as he was shooting. When he had finished and he had killed everyone, he did not care, he did not try to run. He was smiling, he was happy.’ The Daily Mail
Many scholars have argued, and demonstrated convincingly, that the attribution of the epithet « hashish eaters » or « hashish takers » is a misnomer derived from enemies of the Isma’ilis and was never used by Muslim chroniclers or sources. It was therefore used in a pejorative sense of « enemies » or « disreputable people ». This sense of the term survived into modern times with the common Egyptian usage of the term Hashasheen in the 1930s to mean simply « noisy or riotous ». It is unlikely that the austere Hassan-i Sabbah indulged personally in drug taking … there is no mention of that drug hashish in connection with the Persian Assassins – especially in the library of Alamut (« the secret archives »). Edward Burman
Le fascisme est bien plus sain que n’importe quelle conception hédoniste de la vie (…) Alors que le socialisme et même le capitalisme – plus à contrecoeur – ont dit aux gens: « Je vous offre du bon temps », Hitler leur a dit: « Je vous offre la lutte, le danger et la mort » et le résultat a été qu’un nation entière se jeta à ses pieds. Orwell
Le fait est qu’il y a quelque chose de profondément attirant chez lui. […] Hitler sait que les êtres humains ne veulent pas seulement du confort, de la sécurité, des journées de travail raccourcies, de l’hygiène, de la contraception et du bon sens en général ; ils souhaitent aussi, au moins de temps en temps, vivre de luttes et de sacrifice de soi, sans mentionner les tambours, les drapeaux et les défilés patriotiques. George Orwell
Nous étions cons et dangereux. Yves Montand
Je suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. Illich Ramirez Sanchez (dit Carlos, 2004)
These extremists distort the idea of jihad into a call for terrorist murder against Christians and Hindus and Jews — and against Muslims, themselves, who do not share their radical vision. George Bush (November 11, 2005)
L’analogie que nous utilisons ici parfois, et je pense que c’est exact, c’est que si une équipe de juniors met l’uniforme des Lakers, cela n’en fait pas des Kobe Bryant. Obama (27 janvier 2014)
L’État islamique ne parle au nom d’aucune religion (…) Aucun Dieu ne soutiendrait leurs actes (…) l’État islamique n’a pas sa place au XXIe siècle. Barack Hussein Obama
Six weeks ago, Human Rights Watch documented a “system of organized rape and sexual assault, sexual slavery, and forced marriage by ISIS forces.” Their victims were mainly Yazidi women and girls as young as 12, whom they bought, sold, gang-raped, beat, tortured and murdered when they tried to escape. (…) and yet (…) the upcoming annual conference of the National Organization for Women does not list ISIS or Boko Haram on its agenda. While the most recent Women’s Studies annual conference did focus on foreign policy, they were only interested in Palestine, a country which has never existed, and support for which is often synonymous with an anti-Israel position. Privately, feminists favor non-intervention, non-violence and the need for multilateral action, and they blame America for practically everything wrong in the world. What is going on? Feminists are, typically, leftists who view “Amerika” and white Christian men as their most dangerous enemies, while remaining silent about Islamist barbarians such as ISIS. Feminists strongly criticize Christianity and Judaism, but they’re strangely reluctant to oppose Islam — as if doing so would be “racist.” They fail to understand that a religion is a belief or an ideology, not a skin color. The new pseudo-feminists are more concerned with racism than with sexism, and disproportionately focused on Western imperialism, colonialism and capitalism than on Islam’s long and ongoing history of imperialism, colonialism, anti-black racism, slavery, forced conversion and gender and religious apartheid … Phyllis Chesler
Ce sont des symptômes qui relèvent d’un désordre mental. Un mélange de haine personnelle, de marginalité, de frustration économique, d’Islam identitaire… une grande salade d’ingrédients confus avec un vernis islamique, symptomatique d’un Islam aujourd’hui atomisé, d’une doctrine éclatée – y compris le salafisme – d’un terrorisme individualisé. Cela montre une civilisation arabo-musulmane délabrée. Les Musulmans sont déroutés et ne maîtrisent plus rien, ni la base ni rien. Ceux qui prennent les armes ne connaissent même pas l’Islam. Ils mélangent le martyr avec le suicide. La théologie du martyr c’est de subir la mort ou la guerre, pas de la rechercher. Le problème c’est la lutte contre l’ignorance, la restauration du savoir et de la culture. La violence vient de l’absence de la démocratisation de la pensée en général et de la religion en particulier. Quand il n’y a pas de langage, eh bien il y a de la violence. Tareq Oubrou (recteur de la grande mosquée de Bordeaux)
Le qualificatif de terroriste est beaucoup trop général et générique. Nous avons affaire à la rencontre d’expériences personnelles et d’une figure contemporaine et mortifère de la révolte que la seule logique policière et militaire ne parviendra pas à anéantir. Les actes d’Amedy Coulibaly et des frères Kouachi, comme ceux de Mohammed Merah, viennent au terme d’histoires singulières, d’histoires françaises. Comme celles des quelque mille jeunes français partis en Syrie. Comme celle de ceux, bien plus nombreux, qui ne regardent pas forcément avec autant d’horreur que nous cette guerre annoncée contre l’occident corrupteur. De la même façon, les salafistes tunisiens dont sont issus les meurtriers du Bardo sont particulièrement bien implantés à Sidi Bouzid et Kasserine, dans le berceau de la révolution de décembre 2010-janvier 2011. Pire : nombre d’entre eux ont été les acteurs de cette révolution et n’étaient pas salafistes à l’époque.  (…) Je pense qu’il nous faut comprendre que nous n’avons pas affaire à un phénomène sectaire isolé, et surtout que nous n’avons pas affaire à une « radicalisation de l’Islam », mais plutôt à une islamisation de la révolte radicale. Alors que les salafistes tunisiens actuels les plus actifs ne l’étaient pas lorsqu’ils étaient mobilisés contre Ben Ali, on sait que les candidats français au djihad sont bien souvent des convertis ou, à l’instar de Coulibaly et des frères Kouachi, des pratiquants tardifs. La vérité de leurs mobiles et de leur pensée ne doit pas tant être cherchée dans la théologie, de l’Islam en général ou du wahhabisme en particulier, mais bien dans la cohérence contemporaine des propositions politiques qu’ils portent. Si la confessionnalisation du monde et des affrontements est bien au cœur de ces propositions, ils sont loin d’en avoir le monopole aujourd’hui. Cette confessionnalisation en a mobilisé d’autres, en France ou ailleurs, dans la rue (la « Manif pour tous ») comme dans les gouvernements. L’événement majeur qui nous a conduits là est sans aucun doute l’effondrement des États communistes et du communisme à la fin du 20e siècle et, de proche en proche, l’effondrement de la figure moderne de la politique qui faisait de la conquête du pouvoir le levier des transformations collectives. Nous avons perdu dans le même mouvement l’espoir révolutionnaire et le sens de la représentation élective. Nous avons perdu en même temps un certain rapport populaire et politique au temps historique, dans lequel le passé permettait de comprendre le présent et le présent de préparer l’avenir. (…) Pour toute une génération qui arrive aujourd’hui à l’âge adulte, une évidence s’impose : au bout du chemin emprunté par leurs parents, qu’ils aient immigré pour une vie meilleure, milité pour des lendemains qui chantent ou œuvré à leur propre « réussite », il y a une impasse. Plus d’espoir collectif de révolution ou de progrès social et peu d’espoir de réussite individuelle. Le compte à rebours de la planète semble commencé sans que rien n’arrête la course à la catastrophe. Avec la mondialisation financière, la vie publique est dominée par la corruption des États et le mensonge des gouvernements. Dans ces conditions, les valeurs de la République peuvent apparaître quelque peu désincarnées. La référence obsessionnelle à la mémoire s’est substituée à la réflexivité du récit historique. Et nous avons perdu le sens du passé parce que nous n’avons plus de subjectivité collective de l’avenir. Tout ceci, nous le savons peu ou prou. Mais il nous faut en réfléchir les articulations et les conséquences. Qu’est-ce qu’une révolte qui n’a plus ni avenir ni espoir ? Quand on a cela en tête, on comprend mieux la puissance subjective des propositions djihadistes. Le seul avenir proposé est la mort : celle « des mécréants, des juifs et des croisés » comme celle des martyres qui finiront au paradis en emmenant avec eux soixante-dix personnes. Quand on a cela en tête, on comprend mieux aussi la publicité faite par Daech autour des destructions des vestiges du passé et du patrimoine culturel. Si ce passé nous a menti sur notre avenir, il ne nous servirait plus qu’à mentir encore.(…) Le salafisme, puisque c’est de lui qu’il s’agit, repose sur un sens donné à la vie qui ne laisse aucune place à la liberté. C’est l’islam dans une version des plus totalisantes. Un de ses attraits repose sur sa maîtrise de l’intime, la répression des désirs et des plaisirs, un cadre proposé pour tous les actes et les moments de la vie comme un acte de résistance au capitalisme et à « l’occident corrupteur ». Dans toute organisation de la révolte, il y a une figure de la libération possible et une contrainte de lutte, une discipline, et une éthique. Nous vivons l’effondrement des constructions qui ont associé ces deux dimensions à la fois libératrices et contraignantes. Le communisme a été au 20e siècle sa forme majeure. Il donnait sens à la souffrance, à la vie quotidienne en même temps qu’il proposait une subversion. Nous sommes toujours dans ce moment qui suit l’effondrement du communisme, mais aussi celui du tiers-mondisme. Le cycle politique des 19e et 20e siècles se clôt. (…) Il y a une demande de politique et de cadre qui se retrouve dans le nom que se donne ce mouvement radical, l’État islamique. Il n’a rien d’un État au sens moderne du terme : il ne garantit ni la paix ni le respect de l’altérité. Il est au contraire entièrement fondé sur la guerre et le massacre de l’autre. Il n’est ni national ni territorial, mais à vocation universaliste et multi-situé avec le jeu des « allégeances » qui ne vont que se multiplier. Mais c’est une puissance de combat au service de cette radicalité mortifère, une puissance qui – à l’instar de la puissance malfaisante du Cinquième élément de Luc Besson – se renforce et gagne en influence quand on l’attaque. (…) L’effondrement de la catégorie d’avenir dont nous avons parlé, et que l’anthropologue Arjun Appadurai a mis au centre de son dernier livre The Future as Cultural Fact : Essays on the Global Condition, est sans doute une des dimensions de la vague émeutière qui a touché le monde entier depuis le début du siècle. Ces dernières années, cette vague a été prolongée par de grandes mobilisations collectives comme ce que l’on a appelé le printemps arabe, la mobilisation brésilienne contre la Coupe du monde, la mobilisation turque contre le projet urbain de la place Taksim… Nous venons de vivre une séquence mondiale d’affrontements entre les peuples et les pouvoirs, équivalente du « Printemps des peuples » de 1848, des révolutions communistes d’après la première guerre mondiale, de 1968. Il y a deux devenirs possibles à ses séquences : la construction d’une figure durable de la révolte et de l’espoir qui s’incarne dans des mouvements politiques organisés et des perspectives institutionnelles, ou la dérive vers le désespoir et la violence minoritaire. Après 1968, on a connu les Brigades rouges, la Bande à Baader, des dérives terroristes au Japon. Pendant ces dix dernières années, une génération s’est révoltée. Si rien ne semble bouger, comment s’étonner que certains décident de passer à la « phase 2 » ?  Alain Bertho
Professeur à l’Université de Paris VIII, il est directeur de l’École doctorale sciences sociales (2007-2013), directeur de la Maison des sciences de l’homme de Paris Nord (2013-..) et directeur du Master « Villes et nouveaux espaces européens de gouvernance » à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris-VIII. Il est membre du Laboratoire Architecture Ville Urbanisme Environnement (UMR 7218 – équipe AUS). Il est élu président de la 20e section du Conseil national des universités (anthropologie biologique, ethnologie, préhistoire) en novembre 2011. Après vingt-sept ans d’engagement au PCF, notamment dans le mouvement des Refondateurs, il se met en congé du parti en 2003 puis le quitte l’année suivante. En 2008, il fonde avec Sylvain Lazarus l’Observatoire international des banlieues et des périphéries au sein duquel il mène des enquêtes sur les banlieues au Brésil et au Sénégal. Son site recense quotidiennement les émeutes dans le monde depuis l’année 2007. Le temps des émeutes est le titre du livre qu’il a écrit à partir de ce travail de recensement. Cet ouvrage est une analyse anthropologique de ce phénomène qui connaît un développement exponentiel et planétaire depuis quelques années. Ses travaux intellectuels se rapprochent des travaux du sociologue Zygmunt Bauman et du philosophe Giorgio Agamben. Il partage avec eux leur regard singulier sur la forme contemporaine de la mondialisation et de l’État. Travaillant également sur les questions liées à la place des métropoles et des mouvements sociaux à l’aire de la mondialisation, il rejoint intellectuellement les travaux de la sociologue Saskia Sassen et de l’anthropologue Arjun Appadurai. Comme eux, il attache beaucoup d’importance aux « préoccupations « militantes » et (porte) donc une attention plus poussée aux formes collectives de subjectivité qui émergent ». Les travaux de son ami Toni Negri, notamment ceux engagés en collaboration avec Michael Hardt sur l’Empire et la Multitude, font également partis de ses références. En somme, il qualifie l’ensemble de ces intellectuels de « sentinelles du contemporain ». Wikipedia
Depuis les années 80, la France sous-estime la montée et la radicalisation de l’islam. L’affaire du voile de Creil en 1989 a été une première alerte, malheureusement ignorée. A l’époque déjà des intellectuels de gauche, comme Elisabeth Badinter, avaient dénoncé un abandon de la laïcité. Les élites ont préféré se couvrir les yeux plutôt que de prendre la mesure des conséquences désastreuses de l’abandon de notre modèle républicain. La chronologie récente des évènements en France est éloquente: En janvier 2006, un jeune homme du nom d’Ilan Halimi est enlevé, torturé et assassiné par le «gang des barbares», première manifestation d’un antisémitisme renaissant. Le 9 mars 2012, un jeune Français du nom de Mohammed Merah pénètre dans une école. Il tue un enseignant et ses deux enfants ainsi qu’une petite fille. Deux jours auparavant, il avait abattu des militaires revenus d’Afghanistan. Le 24 mai 2012, le Français Mehdi Nemmouche se rend au musée juif à Bruxelles. Il entre muni d’un revolver et tue quatre personnes… Il y aurait déjà dû y avoir un avant et un après Merah, un avant et un après Nemmouche. Nous n’avons pas fait notre révolution copernicienne. Les prémisses sont là. J’ai tenté d’alerter à travers des écrits et des conférences sur la gravité du phénomène de radicalisation de jeunes musulmans, pour certains récemment convertis. Mais on a parfois la terrible impression que les gens s’habituent aux violations des droits les plus fondamentaux. Il est intéressant de faire le parallèle avec la décennie noire en Algérie. Dans Gouverner au nom d’Allah, l’écrivain algérien Boualem Sansal rappelle qu’au début, personne ne prenait vraiment au sérieux le phénomène d’islamisation qui était vu comme une sorte de folklore sympathique. Lorsque les Algériens se sont réveillés, c’était le cauchemar. Le conflit a fait 300 000 morts (ndlr: les historiens avancent des chiffres compris entre 60 000 et 150 000 morts). Lorsque nous allons enfin nous réveiller, il sera trop tard. (…) Ce n’est pas parce que 4 millions de personnes ont défilé dans les rues que les choses ont changé. Je ne comprends pas comment le 11 janvier la France a pu bomber le torse et prétendre s’être relevée? Lorsque 12 personnes meurent simplement à cause de leurs dessins et quatre autres parce qu’elles faisaient leurs courses dans une supérette cacher, c’est la preuve d’un terrible échec, le symbole absolu de notre déclin. Sommes-nous aveugles au point de ne pas avoir pris la mesure de la monstruosité des actes? Sommes-nous stupides d’avoir pensé qu’ils ne pourraient pas se reproduire? Nous n’avons toujours pas mesuré la gravité des évènements, le fait que nous sommes entrés en guerre. La violence ne cesse de progresser et j’entends que certains trouvent encore des excuses aux islamistes! Le titre d’un article sur le site de RFI n’était-il pas: «l’enfance malheureuse des frères Kouachi»? … Il faut arrêter la langue de bois. Aujourd’hui, on ne peut plus défendre la laïcité, critiquer ou même simplement évoquer l’islam, sans être taxé de racisme ou d’islamophobie par des mouvements de gauche. Tant qu’on ne prendra pas le recul nécessaire pour dénoncer certains comportements du prophète, on ne pourra arrêter le profond mouvement de régression que connaît le monde musulman depuis l’islam des lumières du XIe siècle. Au Yémen aujourd’hui, on vous explique que l’âge légal du mariage peut être abaissé à neuf ans car Mahomet a lui-même épousé une petite fille de six ans! Sur Youtube, Nada, une petite fille de 11ans que ses parents veulent marier de force lance un appel au monde occidental. En France, on ricane: «Cela concerne la péninsule arabique, pas nous!». Les Français ont tort de penser que ce qui se passe ailleurs ne les concerne pas. Les frères Kouachi sont allés s’entraîner au Yémen, Merah est allé au Pakistan. A chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d’immigrés aspire à l’excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas. (…) nous avons collectivement abdiqué. Au nom du communautarisme, nous avons abandonné le modèle républicain. Au nom du différentialisme, l’école a arrêté de jouer son rôle d’assimilation. Pour le dire de manière un peu caricaturale, on a préféré construire des salles de sport en banlieue plutôt que des bibliothèques. Le Comte de Bouderbala, d’origine kabyle, résume ça très bien à travers un sketch où il explique qu’à chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Et d’ironiser sur les fautes de grammaire et de syntaxe des rappeurs. Sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d’immigrés aspire à l’excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas.  (…) Il n’y a pas que dans les cités. Dans mon livre, je fais le parallèle avec Stefan Zweig. L’écrivain avait fui son pays natal, l’Autriche, chassé par le nazisme, pour l’Angleterre puis le Brésil. Retraçant la chronologie des évènements de la fin du XIXe siècle jusqu’au début de la seconde guerre mondiale, il montre que le suicide européen était prévisible. Il regrette que les prémisses de la Shoah n’aient pas alerté les gouvernants: «Cela reste une loi inéluctable de l’histoire: elle défend précisément aux contemporains de reconnaître dès leurs premiers commencements les grands mouvements qui déterminent leur époque.» écrit-il. Ma crainte, pour ne pas dire ma peur, ma terreur est que les prémisses sont là et visibles, elles nous sautent même aux yeux et pourtant nous n’en tirons aucune conséquence. (…) Le monde culturel et intellectuel a également une lourde part de responsabilité. L’alliance rouge-verte symbolisé par le livre d’Edwy Plenel, Pour les musulmans, me gêne beaucoup. Heureusement, il y a quelques résistants comme par exemple Michel Onfray. Mais il se fait injurier lui aussi. Jeannette Bougrab
Si nous prenons un peu de champ, je vois plusieurs raisons à cet invraisemblable aveuglement, à commencer par le fait que les esprits sont empoisonnés par plus d’une décennie de «trahison des clercs». Des élites passées maîtresses dans l’art positif et méthodique de se crever les yeux face à la montée du fondamentalisme musulman le plus agressif et le plus rétrograde, au motif que le Mal — la haine, la terreur, l’obscurantisme — ne saurait surgir de ce qu’elles croyaient être le camp du Bien, celui des anciens damnés de la terre. Ce catéchisme binaire et rance, qui remonte au tiers-mondisme des années 60 et qui consiste à opposer avec paresse un monde européen forcément coupable à un monde musulman ontologiquement innocent, est tout à fait obsolète. L’ensemble des musulmans éclairés, dont nous relayons bien peu la parole alors qu’il s’agirait d’épouser leur combat comme hier celui des dissidents du bloc soviétique, nous le répètent pourtant à longueur de journée. Mais peu importe pour nos bien-pensants de service, très présents dans les médias, qui ont préféré s’en tenir à une curieuse pratique de la pensée magique en interdisant aux faits toute incursion malvenue dans l’univers de leur croyance idéologique. En cela, oui, ils ont œuvré à notre désarmement intellectuel et moral. Cette couardise, doublée de la perte horrifiante de la lucidité la plus élémentaire, me fait penser au mot de Yves Montand à propos de sa génération, fascinée par la stalinisme: «Nous étions dangereux et cons». Avec un peu d’honnêteté, nombreux sont nos intellectuels qui, en France, seraient bien inspirés de s’approprier cette observation autocritique. J’ajouterais même un appendice: non contents d’être redevenus «dangereux et cons» depuis le 11-Septembre 2001, nos «beaux esprits» somnambules, particulièrement nombreux à gauche, se sont aussi distingués par leur insondable lâcheté. En effet, quelle est cette irresponsabilité qui, depuis des années, a poussé tant de faiseurs d’opinion — journalistes, politiques, sociologues vertueux — à s’enferrer à ce point dans le déni, à être incapables de mettre leur montre à l’heure, d’appeler un chat un chat et d’admettre que c’est l’islam radical qui, ces derniers temps, a un peu tendance à armer le bras des assassins et non des hordes de bouddhistes déchainés? N’oublions pas qu’entre le 6 et le 10, nous sommes subitement passés de la thèse, confortable mais fausse, des «loups solitaires» — et autres «enfants perdus du djihad», des formules partout reprises en cœur —, à la reconnaissance officielle d’un fléau planétaire. N’oublions pas qu’ Edwy Plenel parlait encore du terrorisme «dit islamiste» dans son livre récent, intitulé Pour les musulmans . Ou comment mélanger au passage, dans une même condescendance postcoloniale, les terroristes et leurs suppliciés. Et on pourrait multiplier les exemples à l’infini. D’ailleurs, le vendredi 26 juin au soir, les bandeaux «Encore un loup solitaire?» s’inscrivaient derechef sur nos écrans de télévision. Vertigineuse régression. Le dispositif global d’intimidation par l’«islamophobie» — l’intimidation étant caractéristique de la mentalité fasciste — a fait le reste: quiconque ne partageait pas cette vision irénique se voyait traité de raciste ou, plus à la mode, de «néo-réactionnaire». Brisons les avertisseurs d’incendie et le feu s’éteindra de lui-même. Tel est à peu près l’état d’esprit toxique qui domine depuis des années en France et nous empêche, aujourd’hui encore, de percuter l’ampleur du danger. On ne réadapte pas ses catégories mentales du jour au lendemain. Plus largement, il me semble que les Européens de bonne foi ont exorcisé depuis si longtemps le cauchemar des guerres de religion qu’ils ont du mal à en imaginer le retour. Or, on peine toujours à voir ce que l’on peine à concevoir. Alexandra Laignel-Lavastine
People want to absolve Islam. It’s this ‘Islam is a religion of peace’ mantra. As if there is such a thing as ‘Islam’! It’s what Muslims do, and how they interpret their texts. Those texts are shared by all Sunni Muslims, not just the Islamic State. And these guys have just as much legitimacy as anyone else. Slavery, crucifixion, and beheadings are not something that freakish [jihadists] are cherry-picking from the medieval tradition.  Islamic State fighters “are smack in the middle of the medieval tradition and are bringing it wholesale into the present day. (…) What’s striking about them is not just the literalism, but also the seriousness with which they read these text. There is an assiduous, obsessive seriousness that Muslims don’t normally have. The Wahhabis were not wanton in their violence. They were surrounded by Muslims, and they conquered lands that were already Islamic; this stayed their hand. ISIS, by contrast, is really reliving the early period. Early Muslims were surrounded by non-Muslims, and the Islamic State, because of its takfiri tendencies, considers itself to be in the same situation. (…) The only principled ground that the Islamic State’s opponents could take is to say that certain core texts and traditional teachings of Islam are no longer valid. That really would be an act of apostasy. Bernard Haykel (Princeton)
The reality is that the Islamic State is Islamic. Very Islamic. Yes, it has attracted psychopaths and adventure seekers, drawn largely from the disaffected populations of the Middle East and Europe. But the religion preached by its most ardent followers derives from coherent and even learned interpretations of Islam. Virtually every major decision and law promulgated by the Islamic State adheres to what it calls, in its press and pronouncements, and on its billboards, license plates, stationery, and coins, “the Prophetic methodology,” which means following the prophecy and example of Muhammad, in punctilious detail. Muslims can reject the Islamic State; nearly all do. But pretending that it isn’t actually a religious, millenarian group, with theology that must be understood to be combatted, has already led the United States to underestimate it and back foolish schemes to counter it. We’ll need to get acquainted with the Islamic State’s intellectual genealogy if we are to react in a way that will not strengthen it, but instead help it self-immolate in its own excessive zeal. Without acknowledgment of these factors, no explanation of the rise of the Islamic State could be complete. But focusing on them to the exclusion of ideology reflects another kind of Western bias: that if religious ideology doesn’t matter much in Washington or Berlin, surely it must be equally irrelevant in Raqqa or Mosul. When a masked executioner says Allahu akbar while beheading an apostate, sometimes he’s doing so for religious reasons.(…) Some observers have called for escalation, including several predictable voices from the interventionist right (Max Boot, Frederick Kagan), who have urged the deployment of tens of thousands of American soldiers. These calls should not be dismissed too quickly: an avowedly genocidal organization is on its potential victims’ front lawn, and it is committing daily atrocities in the territory it already controls.(…) It would be facile, even exculpatory, to call the problem of the Islamic State “a problem with Islam.” The religion allows many interpretations, and Islamic State supporters are morally on the hook for the one they choose. And yet simply denouncing the Islamic State as un-Islamic can be counterproductive, especially if those who hear the message have read the holy texts and seen the endorsement of many of the caliphate’s practices written plainly within them. Graeme Wood
We seem to have gone from one extreme to the other. Now that Islam is no longer demonised, it seems it can do no wrong. Perhaps the truth is that the two opposing strands need to be held together, instead of dismissing one or the other. The reality of Islam is more complex. Islam actually means « submission » – not quite the same as « peace ». Many horrific acts have been, and continue to be, perpetrated in the name of Islam, just as they have in the name of Christianity. But, unlike Islam, Christianity does not justify the use of all forms of violence. Islam does. (…)  The contradictory reactions to the terrorist attacks – official condemnation at leadership level and support among many people – are an indication that Islam is not always « a religion of peace ». There are so many Muslims rejoicing at the tragic loss of American lives and the humiliation of the American government that they cannot be dismissed as « a few extremists ». Sura 9, verse 5 of the Koran reads, « Then fight and slay the Pagans wherever ye find them. And seize them, beleaguer them, And lie in wait for them, In every stratagem (of war). » (…) In the Muslim faith, the Koran is believed to be the very word of God, applying to all people, in all times, in all places. It is the source of the Muslim faith and the law that orders the Islamic way of life. Killing is not totally forbidden: in fact, it was through conquest that Islam spread. In Indonesia today, non-Muslims are offered a choice of conversion to Islam or death. The argument that the above verse was written to refer only to a particular time and people is not valid. The Koran is considered immutable – a fact that has been repeatedly employed to justify verses that are discriminatory toward women, such as the unequal inheritance shares given to women in line with Sura 4, verse 11. The development of Shariah, Islamic law, created a society where non-Muslims lived as second-class citizens subject to and humiliated by numerous laws. Those who converted from Islam to another religion were killed, a practice that continues in Afghanistan, Iran and Saudi Arabia. Koran Sura 5, verse 85, which speaks of enmity between Muslims and non-Muslims, reads: « Strongest among men in enmity to the Believers wilt thou Find the Jews and Pagans. » The World Trade Centre attack cannot be dismissed as merely the work of a small group of extremists. The Muslims celebrating the tragedy in America are doubtless recalling the words of the Koran, urging Muslims to « fight a mighty nation, fight them until they embrace Islam ». Sheikh Omar Bakri Mohamed, leader of the radical Islamic organisation Al-Muhajiroun, last week indicated that civilian targets were wrong, but military and government targets are legitimate. The Kuwaiti paper Al-Watan argued in favour of the Islamic justification for killing non-combatants. It referred specifically to Jews, but its argument could apply to any non-combatants living in a democracy. Citizens vote for the government and pay taxes to support it. And so, the argument goes, citizens can be considered as potential soldiers or as being « involved in complementary activities ». To recognise that no culture or people are without fault and that all should be subject to criticism is not racism; it is an honesty that emphasises our common humanity. The way to increase respect between people of different faiths is not to gloss over our problems but to admit them, face up to them and together seek to deal with them. Violence occurs in all religions, but in most it is not sanctioned and although there might be moderate elements within Islam, it is the extremist elements that have tended to dominate the development of the religion, with often tragic consequences. Patrick Sookhdeo
The reality is that the Islamic State is Islamic. Very Islamic. Yes, it has attracted psychopaths and adventure seekers, drawn largely from the disaffected populations of the Middle East and Europe. But the religion preached by its most ardent followers derives from coherent and even learned interpretations of Islam. Virtually every major decision and law promulgated by the Islamic State adheres to what it calls, in its press and pronouncements, and on its billboards, license plates, stationery, and coins, “the Prophetic methodology,” which means following the prophecy and example of Muhammad, in punctilious detail. Muslims can reject the Islamic State; nearly all do. But pretending that it isn’t actually a religious, millenarian group, with theology that must be understood to be combatted, has already led the United States to underestimate it and back foolish schemes to counter it. We’ll need to get acquainted with the Islamic State’s intellectual genealogy if we are to react in a way that will not strengthen it, but instead help it self-immolate in its own excessive zeal. Without acknowledgment of these factors, no explanation of the rise of the Islamic State could be complete. But focusing on them to the exclusion of ideology reflects another kind of Western bias: that if religious ideology doesn’t matter much in Washington or Berlin, surely it must be equally irrelevant in Raqqa or Mosul. When a masked executioner says Allahu akbar while beheading an apostate, sometimes he’s doing so for religious reasons.(…) Some observers have called for escalation, including several predictable voices from the interventionist right (Max Boot, Frederick Kagan), who have urged the deployment of tens of thousands of American soldiers. These calls should not be dismissed too quickly: an avowedly genocidal organization is on its potential victims’ front lawn, and it is committing daily atrocities in the territory it already controls.(…) It would be facile, even exculpatory, to call the problem of the Islamic State “a problem with Islam.” The religion allows many interpretations, and Islamic State supporters are morally on the hook for the one they choose. And yet simply denouncing the Islamic State as un-Islamic can be counterproductive, especially if those who hear the message have read the holy texts and seen the endorsement of many of the caliphate’s practices written plainly within them. Graeme Wood
 Le Coran et la législation musulmane qui en résulte réduisent la géographie et l’ethnographie des différents peuples à la simple et pratique distinction de deux nations et de deux territoires ; ceux des Fidèles et des Infidèles. L’Infidèle est « harby », c’est-à-dire ennemi. L’islam proscrit la nation des Infidèles, établissant un état d’hostilité permanente entre le musulman et l’incroyant. Dans ce sens, les navires pirates des États Berbères furent la flotte sainte de l’Islam. Comment, donc, l’existence de chrétiens sujets de la Porte [l’empire turc] peut-elle être conciliée avec le Coran ?  Si une ville, dit la législation musulmane, se rend par capitulation, et que ses habitants deviennent « rayahs », c’est à dire sujets du prince musulmans sans abandonner leur foi, ils doivent payer le « kharatch » (capitation ou taxe par tête), quand ils obtiennent une trêve des fidèles, et il est alors interdit de confisquer leurs biens et de prendre leurs maisons … Dans ce cas, leurs églises deviennent une partie de leurs patrimoine, et ils ont le droit d’y prier. Mais ils n’ont pas le droit d’en construire de nouvelles. Ils ont seulement le droit de les réparer, et de reconstruire les parties détruites. A période régulière, des commissaires du gouverneur de la province doivent inspecter les églises et les sanctuaires des Chrétiens, afin de vérifier qu’aucune nouvelle construction n’a été érigée sous prétexte de réparation. Si une ville est conquise par la force, les habitants conservent leurs églises, mais seulement comme lieu de refuge, et ils n’ont plus le droit d’y prier »(…) Les Musulmans forment environ un quart de l’ensemble de la population composée de Turcs, d’Arabes et de Maures qui sont évidemment les maîtres à tous égards puisqu’ils ne sont aucunement affectés par la faiblesse de leur gouvernement situé à Constantinople. Rien n’égale la misère et les souffrances des Juifs de Jérusalem, qui résident dans le quartier le plus infect de la ville que l’on appelle le hareth-el-yahoud, ce quartier d’immondices compris entre les monts Sion et Moriah où sont situés leurs synagogues – objets constants de l’oppression et de l’intolérance des Musulmans, exposés aux insultes des Grecs, persécutés par les Latins, et ne vivant que des aumônes à peine suffisantes transmises par leurs frères d’Europe. Les Juifs ne sont cependant pas des indigènes et seuls les attirent à Jérusalem le désir d’habiter la Vallée de Josaphat ainsi que celui de mourir sur le lieu même où ils attendent la rédemption. ’Attendant leur mort’, écrit un auteur français, ’ils souffrent et ils prient. Leurs regards tournés vers ce Mont Moriah où s’éleva autrefois le Temple du Liban ( ?), et dont ils n’osent s’approcher, ils versent des larmes sur les infortunes de Sion et sur leur dispersion à travers le monde.  Karl Marx (New-York Herald Tribune, 15 avril 1854)

Cachez cette religion que je ne saurai voir !

En ce temps  revenu des assassins  et premier anniversaire de l’Etat Islamique …

Où l’on se gorge de cocaïne pour célébrer et faire respecter à coups de kalachnikovs le jeûne du Ramadan

Où, pour assouvir une vengeance personnelle dans son travail ou dans sa vie familiale, il faut dorénavant fracasser un avion entier

Ou, tout en criant Allah Akbar et en déployant son drapeau noir, découper son patron au couteau de boucher et faire sauter une usine à gaz ….

Et où, après avoir abandonné l’Irak et bientôt l’Afghanistan aux djihadistes et se refusant toujours à nommer la cible de ses discrètes éliminations ciblées, le prétendu chef du Monde libre n’a pas de mots assez durs pour ceux qui insultent l’islam tout  prônant, à condition qu’il soit arc-en-ciel, l’amour pour tous (robots compris !) …

Pendant qu’étrangement silencieuses face aux exactions djihadistes, nos féministes n’ont d’yeux que pour les nouveaux damnés de la terre palestiniens …

Et qu’après le court sursaut de janvier dernier, nos orphelins du communisme nous confirment que nous n’avons pas affaire à une « radicalisation de l’Islam » mais plutôt à une « islamisation de la révolte radicale » …

Comment ne pas repenser …

A la fameuse tribune du New York Herald de 1854 …

Où, au lendemain de la déclaration de la Guerre de Crimée, un certain Karl Marx posait la question de l’existence de chrétiens sujets de l’empire turc face à un Coran …

Qui, disait-il, reprenant largement des écrits du diplomate français César Famin, divise le monde en territoires, entre Fidèles et Infidèles et entre Paix et Guerre, et réduit chrétiens comme juifs à l’oppression et à la misère ?

Declaration of War. – On the History of the Eastern Question
Karl Marx
New-York Herald Tribune
March 28, 1854
First published: in the New-York Daily Tribune, April 15;
Transcribed: by Andy Blunden;
London, Tuesday, March 28, 1854

War has at length been declared. The Royal Message was read yesterday in both Houses of Parliament; by Lord Aberdeen in the Lords, and by Lord J. Russell in the Commons. It describes the measures about to be taken as “active steps to oppose the encroachments of Russia upon Turkey.” To-morrow The London Gazette will publish the official notification of war, and on Friday the address in reply to the message will become the subject of the Parliamentary debates.

Simultaneously with the English declaration, Louis Napoleon has communicated a similar message to his Senate and Corps Législatif.

The declaration of war against Russia could no longer be delayed, after Captain Blackwood, the bearer of the Anglo-French ultimatissimum to the Czar, had returned, on Saturday last, with the answer that Russia would give to that paper no answer at all. The mission of Capt. Blackwood, however, has not been altogether a gratuitous one. It has afforded to Russia the month of March, that most dangerous epoch of the year, to Russian arms.

The publication of the secret correspondence between the Czar and the English Government, instead of provoking a burst of public indignation against the latter, has – incredibile dictu – the signal for the press, both weekly and daily, for congratulating England on the possession of so truly national a Ministry. I understand, however, that a meeting will be called together for the purpose of opening the eyes of a blinded British public on the real conduct of the Government. It is to be held on Thursday next in the Music Hall, Store-st.; and Lord Ponsonby, Mr. Layard, Mr. Urquhart, etc., are expected to take part in the proceedings.

The Hamburger Correspondent has the following:

“According to advices from St. Petersburg, which arrived here on the 16th inst., the Russian Government proposes to publish various other documents on the Eastern question. Among the documents destined for publication are some letters written by Prince Albert.”

It is a curious fact that the same evening on which the Royal Message was delivered in the Commons, the Government suffered their first defeat in the present session; the second reading of the Poor-Settlement and Removal bill having, notwithstanding the efforts of the Government, been adjourned to the 28th of April, by a division of 209 to 183. The person to whom the Government is indebted for this defeat, is no other than my Lord Palmerston.

“His lordship,” says The Times of this day, “has managed to put himself and his colleagues between two fires (the Tories and the Irish party) without much prospect of leaving them to settle it between themselves.”

We are informed that on the 12th inst. a treaty of triple alliance was signed between France, England and Turkey, but that, notwithstanding the personal application of the Sultan to the Grand Mufti, the latter supported by the corps of the Ulemas, refused to issue his fetva sanctioning the stipulation about the changes in the situation of the Christians in Turkey, as being in contradiction with the precepts of the Koran. This intelligence must be looked upon as being the more important, as it caused Lord Derby to make the following observation:

“I will only express my earnest anxiety that the Government will state whether there is any truth in the report that has been circulated during the last few days that in this convention entered into between England, France and Turkey, there are articles which will be of a nature to establish a protectorate on our part as objectionable at least, as that which, on the part of Russia, we have protested against.”

The Times of to-day, while declaring that the policy of the Government is directly opposed to that of Lord Derby adds:

“We should deeply regret if the bigotry of the Mufti or the Ulemas succeeded in opposing any serious resistance to this policy.”

In order to understand both the nature of the relations between the Turkish Government and the spiritual authorities of Turkey, and the difficulties in which the former is at present involved, with respect to the question of a protectorate over the Christian subjects of the Porte, that question which ostensibly lies at the bottom of all the actual complications in the East, it is necessary to cast a retrospective glance at its past history and development.

The Koran and the Mussulman legislation emanating from it reduce the geography and ethnography of the various people to the simple and convenient distinction of two nations and of two countries; those of the Faithful and of the Infidels. The Infidel is “harby,” i.e. the enemy. Islamism proscribes the nation of the Infidels, constituting a state of permanent hostility between the Mussulman and the unbeliever. In that sense the corsair-ships of the Berber States were the holy fleet of Islam. How, then, is the existence of Christian subjects of the Porte to be reconciled with the Koran?

“If a town,” says the Mussulman legislation, “surrenders by capitulation, and its habitants consent to become rayahs, that is, subjects of a Mussulman prince without abandoning their creed, they have to pay the kharatch (capitation tax), when they obtain a truce with the faithful, and it is not permitted any more to confiscate their estates than to take away their houses…. In this case their old churches form part of their property, with permission to worship therein. But they are not allowed to erect new ones. They have only authority for repairing them, and to reconstruct their decayed portions. At certain epochs commissaries delegated by the provincial governors are to visit the churches and sanctuaries of the Christians, in order to ascertain that no new buildings have been added under pretext of repairs. If a town is conquered by force, the inhabitants retain their churches, but only as places of abode or refuge, without permission to worship.”

Constantinople having surrendered by capitulation, as in like manner has the greater portion of European Turkey, the Christians there enjoy the privilege of living as rayahs, under the Turkish Government. This privilege they have exclusively by virtue of their agreeing to accept the Mussulman protection. It is, therefore, owing to this circumstance alone, that the Christians submit to be governed by the Mussulmans according to Mussulman law, that the patriarch of Constantinople, their spiritual chief, is at the same time their political representative and their Chief Justice. Wherever, in the Ottoman Empire, we find an agglomeration of Greek rayahs; the Archbishops and Bishops are by law members of the Municipal Councils, and, under the direction of the patriarch, [watch] over the repartition of the taxes imposed upon the Greeks. The patriarch is responsible to the Porte as to the conduct of his co-religionists. Invested with the right of judging the rayahs of his Church, he delegates this right to the metropolitans and bishops, in the limits of their dioceses, their sentences being obligatory for the executive officers, kadis, etc., of the Porte to carry out. The punishments which they have the right to pronounce are fines, imprisonment, the bastinade, and exile. Besides, their own church gives them the power of excommunication. Independent of the produce of the fines, they receive variable taxes on the civil and commercial law-suits. Every hierarchic scale among the clergy has its moneyed price. The patriarch pays to the Divan a heavy tribute in order to obtain his investiture, but he sells, in his turn, the archbishoprics and bishoprics to the clergy of his worship. The latter indemnify themselves by the sale of subaltern dignities and the tribute exacted from the popes. These, again, sell by retail the power they have bought from their superiors, and traffic in all acts of their ministry, such as baptisms, marriages, divorces, and testaments.

It is evident from this exposé that this fabric of theocracy over the Greek Christians of Turkey, and the whole structure of their society, has its keystone in the subjection of the rayah under the Koran, which, in its turn, by treating them as infidels – i.e., as a nation only in a religious sense – sanctioned the combined spiritual and temporal power of their priests. Then, if you abolish their subjection under the Koran by a civil emancipation, you cancel at the same time their subjection to the clergy, and provoke a revolution in their social, political and religious relations, which, in the first instance, must inevitably hand them over to Russia. If you supplant the Koran by a code civil, you must occidentalize the entire structure of Byzantine society.

Having described the relations between the Mussulman and his Christian subject, the question arises, what are the relations between the Mussulman and the unbelieving foreigner?

As the Koran treats all foreigners as foes, nobody will dare to present himself in a Mussulman country without having taken his precautions. The first European merchants, therefore, who risked the chances of commerce with such a people, contrived to secure themselves an exceptional treatment and privileges originally personal, but afterward extended to their whole nation. Hence the origin of capitulations. Capitulations are imperial diplomas, letters of privilege, octroyed by the Porte to different European nations, and authorizing their subjects to freely enter Mohammedan countries, and there to pursue in tranquillity their affairs, and to practice their worship. They differ from treaties in this essential point, that they are not reciprocal acts contradictorily debated between the contracting parties, and accepted by them on the condition of mutual advantages and concessions. On the contrary, the capitulations are one-sided concessions on the part of the Government granting them, in consequence of which they may be revoked at its pleasure. The Porte has, indeed, at several times nullified the privileges granted to one nation, by extending them to others; or repealed them altogether by refusing to continue their application. This precarious character of the capitulations made them an eternal source of disputes, of complaints on the part of Embassadors, and of a prodigious exchange of contradictory notes and firmans revived at the commencement of every new reign.

It was from these capitulations that arose the right of a protectorate of foreign powers, not over the Christian subjects of the Porte – the rayahs – but over their co-religionists visiting Turkey or residing there as foreigners. The first power that obtained such a protectorate was France. The capitulations between France and the Ottoman Porte made in 1535, under Soliman the Great and Francis I; in 1604 under Ahmed I and Henry IV; and in 1673 under Mohammed IV and Louis XIV, were renewed, confirmed, recapitulated, and augmented in the compilation of 1740, called “ancient and recent capitulations and treaties between the Court of France and the Ottoman Porte, renewed and augmented in the year 1740, A.D., and 1153 of the Hegira, translated (the first official translation sanctioned by the Porte) at Constantinople by M. Deval; Secretary Interpreter of the King, and his first Dragoman at the Ottoman Porte.” Art. 32 of this agreement constitutes the right of France to a protectorate over all monasteries professing the Frank religion to whatever nation they may belong, and of the Frank visitors of the Holy Places.

Russia was the first power that, in 1774, inserted the capitulation, imitated after the example of France, into a treaty – the treaty of Kainardji. Thus, in 1802, Napoleon thought fit to make the existence and maintenance of the capitulation the subject of an article of treaty, and to give it the character of synallagmatic contract.

In what relation then does the question of the Holy Places stand with the protectorate?

The question of the Holy Shrines is the question of a protectorate over the religious Greek Christian communities settled at Jerusalem, and over the buildings possessed by them on the holy ground, and especially over the Church of the Holy Sepulcher. It is to be understood that possession here does not mean proprietorship, which is denied to the Christians by the Koran, but only the right of usufruct. This right of usufruct excludes by no means the other communities from worshipping in the same place; the possessors having no other privilege besides that of keeping the keys, of repairing and entering the edifices, of kindling the holy lamp, of cleaning the rooms with the broom, and of spreading the carpets, which is an Oriental symbol of possession. In the same manner now, in which Christianity culminates at the Holy Place, the question of the protectorate is there found to have its highest ascension.

Parts of the Holy Places and of the Church of the Holy Sepulcher are possessed by the Latins, the Greeks, the Armenians, the Abyssinians, the Syrians, and the Copts. Between all these diverse pretendents there originated a conflict. The sovereigns of Europe who saw, in this religious quarrel, a question of their respective influences in the Orient, addressed themselves in the first instance to the masters of the soil, to fanatic and greedy Pashas, who abused their position. The Ottoman Porte and its agents adopting a most troublesome système de basculea gave judgment in turns favorable to the Latins, Greeks, and Armenians, asking and receiving gold from all hands, and laughing at each of them. Hardly had the Turks granted a firman, acknowledging the right of the Latins to the possession of a contested place, when the Armenians presented themselves with a heavier purse, and instantly obtained a contradictory firman. Same tactics with respect to the Greeks, who knew, besides, as officially recorded in different firmans of the Porte and “hudjets” (judgments) of its agents, how to procure false and apocryph titles. On other occasions the decisions of the Sultan’s Government were frustrated by the cupidity and ill-will of the Pashas and subaltern agents in Syria. Then it became necessary to resume negotiations, to appoint fresh commissaries, and to make new sacrifices of money. What the Porte formerly did from pecuniary considerations, in our days it has done from fear, with a view to obtain protection and favor. Having done justice to the reclamations of France and the Latins, it hastened to make the same conditions to Russia and the Greeks, thus attempting to escape from a storm which it felt powerless to encounter. There is no sanctuary, no chapel, no stone of the Church of the Holy Sepulcher, that had been left unturned for the purpose of constituting a quarrel between the different Christian communities.

Around the Holy Sepulcher we find an assemblage of all the various sects of Christianity, behind the religious pretensions of whom are concealed as many political and national rivalries.

Jerusalem and the Holy Places are inhabited by nations professing religions: the Latins, the Greeks, Armenians, Copts, Abyssinians, and Syrians. There are 2,000 Greeks, 1,000 Latins, 350 Armenians, 100 Copts, 20 Syrians, and 20 Abyssinians = 3,490. In the Ottoman Empire we find 13,730,000 Greeks, 2,400,000 Armenians, and 900,000 Latins. Each of these is again subdivided. The Greek Church, of which I treated above, the one acknowledging the Patriarch of Constantinople, essentially differs from the Greco-Russian, whose chief spiritual authority is the Czar; and from the Hellens, of whom the King and the Synod of Athens are the chief authorities. Similarly, the Latins are subdivided into the Roman Catholics, United Greeks, and Maronites; and the Armenians into Gregorian and Latin Armenians – the same distinctions holding good with the Copts and Abyssinians. The three prevailing religious nationalities at the Holy Places are the Greeks, the Latins, and the Armenians. The Latin Church may be said to represent principally Latin races, the Greek Church, Slav, Turko-Slav, and Hellenic races; and the other churches, Asiatic and African races.

Imagine all these conflicting peoples beleaguering the Holy Sepulcher, the battle conducted by the monks, and the ostensible object of their rivalry being a star from the grotto of Bethlehem, a tapestry, a key of a sanctuary, an altar, a shrine, a chair, a cushion – any ridiculous precedence!

In order to understand such a monastical crusade it is indispensable to consider firstly the manner of their living, and secondly, the mode of their habitation.

“All the religious rubbish of the different nations,” says a recent traveler, “live at Jerusalem separated from each other, hostile and jealous, a nomade population, incessantly recruited by pilgrimage or decimated by the plague and oppressions. The European dies or returns to Europe after some years; the pashas and their guards go to Damascus or Constantinople; and the Arabs fly to the desert. Jerusalem is but a place where every one arrives to pitch his tent and where nobody remains. Everybody in the holy city gets his livelihood from his religion – the Greeks or Armenians from the 12,000 or 13,000 pilgrims who yearly visit Jerusalem, and the Latins from the subsidies and aims of their co-religionists of France, Italy, etc.”

Besides their monasteries and sanctuaries, the Christian nations possess at Jerusalem small habitations or cells, annexed to the Church of the Holy Sepulcher, and occupied by the monks, who have to watch day and night that holy abode. At certain periods these monks are relieved in their duty by their brethren. These cells have but one door, opening into the interior of the Temple, while the monk guardians receive their food from without, through some wicket. The doors of the Church are closed, and guarded by Turks, who don’t open them except for money, and close it according to their caprice or cupidity.

The quarrels between churchmen are the most venomous, said Mazarin. Now fancy these churchmen, who not only have to live upon, but live in, these sanctuaries together!

To finish the picture, be it remembered that the fathers of the Latin Church, almost exclusively composed of Romans, Sardinians, Neapolitans, Spaniards and Austrians, are all of them jealous of the French protectorate, and would like to substitute that of Austria, Sardinia or Naples, the Kings of the two latter countries both assuming the title of King of Jerusalem; and that the sedentary population of Jerusalem numbers about 15,500 souls, of whom 4,000 are Mussulmans and 8,000 Jews. The Mussulmans, forming about a fourth part of the whole, and consisting of Turks, Arabs and Moors, are, of course, the masters in every respect, as they are in no way affected with the weakness of their Government at Constantinople. Nothing equals the misery and the sufferings of the Jews at Jerusalem, inhabiting the most filthy quarter of the town, called hareth-el-yahoud, the quarter of dirt, between the Zion and the Moriah, where their synagogues are situated – the constant objects of Mussulman oppression and intolerance, insulted by the Greeks, persecuted by the Latins, and living only upon the scanty alms transmitted by their European brethren. The Jews, however, are not natives, but from different and distant countries, and are only attracted to Jerusalem by the desire of inhabiting the Valley of Jehosaphat, and to die in the very places where the redemptor is to be expected.

“Attending their death,” says a French author, “they suffer and pray. Their regards turned to that mountain of Moriah, where once rose the temple of Solomon, and which they dare not approach, they shed tears on the misfortunes of Zion, and their dispersion over the world.”

To make these Jews more miserable, England and Prussia appointed, in 1840, an Anglican bishop at Jerusalem, whose avowed object is their conversion. He was dreadfully thrashed in 1845, and sneered at alike by Jews, Christians and Turks. He may, in fact, be stated to have been the first and only cause of a union between all the religions at Jerusalem.

It will now be understood why the common worship of the Christians at the Holy Places resolves itself into a continuance of desperate Irish rows between the diverse sections of the faithful; but that, on the other hand, these sacred rows merely conceal a profane battle, not only of nations but of races; and that the Protectorate of the Holy Places which appears ridiculous to the Occident but all important to the Orientals is one of the phases of the Oriental question incessantly reproduced, constantly stifled, but never solved.

Voir aussi:

A religion that sanctions violence
Patrick Sookhdeo
The Daily Telegraph
September 17, 2001

UNTIL recently, Islam has had a negative and violent image in the West, but now the trend is to focus on Islam as a religion of peace. Since the World Trade Centre attack, there has been a flood of statements and articles making these assertions. A recent BBC2 series formed part of this trend, as did John Casey’s article in praise of Islam in this newspaper. These sentiments were echoed by Tony Blair: last week he said that « such acts of infamy and cruelty are wholly contrary to the Islamic faith ».

We are often told that the word Islam means « peace ». We seem to have gone from one extreme to the other. Now that Islam is no longer demonised, it seems it can do no wrong. Perhaps the truth is that the two opposing strands need to be held together, instead of dismissing one or the other. The reality of Islam is more complex. Islam actually means « submission » – not quite the same as « peace ». Many horrific acts have been, and continue to be, perpetrated in the name of Islam, just as they have in the name of Christianity.

But, unlike Islam, Christianity does not justify the use of all forms of violence. Islam does.There have been reports that Muslims fear revenge attacks. In America and Britain, there have been stories of intimidation. Attacks on Muslims and on peace can never be justified, but the answer is not to forfeit justice or to ignore truth.

The contradictory reactions to the terrorist attacks – official condemnation at leadership level and support among many people – are an indication that Islam is not always « a religion of peace ». There are so many Muslims rejoicing at the tragic loss of American lives and the humiliation of the American government that they cannot be dismissed as « a few extremists ».

Sura 9, verse 5 of the Koran reads, « Then fight and slay the Pagans wherever ye find them. And seize them, beleaguer them, And lie in wait for them, In every stratagem (of war). » The note that accompanies this verse in the respected A Yusuf Ali translation states that « when war becomes inevitable it must be pursued with vigour. The fighting may take the form of slaughter, or capture, or siege, or ambush and other stratagems.

« In the Muslim faith, the Koran is believed to be the very word of God, applying to all people, in all times, in all places. It is the source of the Muslim faith and the law that orders the Islamic way of life. Killing is not totally forbidden: in fact, it was through conquest that Islam spread. In Indonesia today, non-Muslims are offered a choice of conversion to Islam or death. The argument that the above verse was written to refer only to a particular time and people is not valid. The Koran is considered immutable – a fact that has been repeatedly employed to justify verses that are discriminatory toward women, such as the unequal inheritance shares given to women in line with Sura 4, verse 11.

The development of Shariah, Islamic law, created a society where non-Muslims lived as second-class citizens subject to and humiliated by numerous laws. Those who converted from Islam to another religion were killed, a practice that continues in Afghanistan, Iran and Saudi Arabia. Koran Sura 5, verse 85, which speaks of enmity between Muslims and non-Muslims, reads: « Strongest among men in enmity to the Believers wilt thou Find the Jews and Pagans. »

The World Trade Centre attack cannot be dismissed as merely the work of a small group of extremists. The Muslims celebrating the tragedy in America are doubtless recalling the words of the Koran, urging Muslims to « fight a mighty nation, fight them until they embrace Islam ». Sheikh Omar Bakri Mohamed, leader of the radical Islamic organisation Al-Muhajiroun, last week indicated that civilian targets were wrong, but military and government targets are legitimate. The Kuwaiti paper Al-Watan argued in favour of the Islamic justification for killing non-combatants. It referred specifically to Jews, but its argument could apply to any non-combatants living in a democracy. Citizens vote for the government and pay taxes to support it. And so, the argument goes, citizens can be considered as potential soldiers or as being « involved in complementary activities ».

To recognise that no culture or people are without fault and that all should be subject to criticism is not racism; it is an honesty that emphasises our common humanity. The way to increase respect between people of different faiths is not to gloss over our problems but to admit them, face up to them and together seek to deal with them. Violence occurs in all religions, but in most it is not sanctioned and although there might be moderate elements within Islam, it is the extremist elements that have tended to dominate the development of the religion, with often tragic consequences.

(Patrick Sookhdeo is the director of the Institute for the Study of Islam and Christianity)

Voir encore:

Alain Bertho : « Une islamisation de la révolte radicale »

Entretien par Catherine Tricot

Regards

11 mai 2015

Pour prendre la mesure des attentats de janvier et comprendre comment la révolte peut prendre de telles formes, Alain Bertho nous invite à appréhender le point de vue de leurs auteurs, et souligne l’absence actuelle de toute proposition de radicalité positive.

Le récent essai d’Emmanuel Todd Qui est Charlie ? a déjà fait couler beaucoup d’encre. Alain Bertho part de prémisses proches des siennes. Mais son cheminement ultérieur diffère sensiblement.

Alain Bertho est anthropologue, directeur de la Maison des sciences de l’homme de Paris-Nord. Il travaille depuis dix ans sur les émeutes urbaines dans le monde. Entretien extrait de L’Enquête sur l’engagement des jeunes du numéro de printemps de Regards.

Regards. Comment avez-vous interprété les attaques terroristes du début d’année à Paris ?

Alain Bertho. Quelques jours après les attentats des 7 et 9 janvier, j’ai lu Underground. Dans ce livre basé essentiellement sur des entretiens, le romancier japonais Haruki Murakami tente de comprendre l’attaque meurtrière au gaz sarin perpétrée par la secte Aum dans le métro de Tokyo en 1995. Il a pour cela interrogé des victimes, dont il restitue les témoignages singuliers, et des membres de la secte. Son travail montre à quel point, dans ce genre de situations, deux expériences subjectives irréconciliables sont en concurrence sur le sens de l’événement : celle des victimes et celles des meurtriers. En réalité, l’expérience des victimes est celle d’un pourquoi sans réponse. La répétition en boucle des témoignages et de l’extrême douleur ne produit pas de sens. Cette expérience de souffrance physique et subjective est la matière première possible pour construire des énoncés sur la période qui s’ouvre. On l’a vu en janvier en France, on l’a revu à Tunis en mars. Quand « les mots ne suffisent plus », voire quand « il n’y a pas de mots » pour le dire, c’est que l’événement est au sens propre « impensable ». C’est ce que nous montre Haruki Murakami dans les deux tiers de son livre consacrés aux passagers du métro dont la vie a été bouleversée, voire anéantie par l’attentat. Mais ce qui fait le sens de l’acte et assure sa continuité subjective avant, pendant et après, c’est ce que pensent ceux qui en ont été les acteurs ou auraient pu l’être. C’est ce qu’interroge Haruki Murakami en donnant la parole à des membres d’Aum. Il nous donne à lire une intellectualité en partage entre quelques assassins et de beaucoup plus paisibles Japonais au nom desquels les meurtres ont été commis. Il nous montre comment, si le passage à l’acte est toujours exceptionnel, il s’enracine dans une vision du monde et une expérience partagée. C’est l’élément qui nous manque aujourd’hui pour comprendre complètement les 7-8-9 janvier 2015.

« Nous n’avons pas affaire à un phénomène sectaire isolé ni à une « radicalisation de l’Islam » mais plutôt à une islamisation de la révolte radicale. »

Comment reconstituer, compléter le tableau ?

À notre tour, nous devons faire ce travail et comprendre le sens des meurtres de Paris. Notre subjectivité, et on peut le comprendre, s’y est refusée. Nous avons été sidérés, choqués. Pour faire le deuil de ce traumatisme, il a été nécessaire de construire un récit qui n’est pas celui des meurtriers. Mais malgré l’horreur que cela nous inspire, il faut pourtant comprendre le sens qu’ils ont donné à leur acte. Le qualificatif de terroriste est beaucoup trop général et générique. Nous avons affaire à la rencontre d’expériences personnelles et d’une figure contemporaine et mortifère de la révolte que la seule logique policière et militaire ne parviendra pas à anéantir. Les actes d’Amedy Coulibaly et des frères Kouachi, comme ceux de Mohammed Merah, viennent au terme d’histoires singulières, d’histoires françaises. Comme celles des quelque mille jeunes français partis en Syrie. Comme celle de ceux, bien plus nombreux, qui ne regardent pas forcément avec autant d’horreur que nous cette guerre annoncée contre l’occident corrupteur. De la même façon, les salafistes tunisiens dont sont issus les meurtriers du Bardo sont particulièrement bien implantés à Sidi Bouzid et Kasserine, dans le berceau de la révolution de décembre 2010-janvier 2011. Pire : nombre d’entre eux ont été les acteurs de cette révolution et n’étaient pas salafistes à l’époque.

Est-ce que des événements passés peuvent aider à comprendre ce qui s’enracine ici et maintenant ? Comment comprenez-vous la conversion à l’Islam de jeunes sans rapport aucun avec la culture arabe, parfois issus de milieux très engagés à gauche ?

Je pense qu’il nous faut comprendre que nous n’avons pas affaire à un phénomène sectaire isolé, et surtout que nous n’avons pas affaire à une « radicalisation de l’Islam », mais plutôt à une islamisation de la révolte radicale. Alors que les salafistes tunisiens actuels les plus actifs ne l’étaient pas lorsqu’ils étaient mobilisés contre Ben Ali, on sait que les candidats français au djihad sont bien souvent des convertis ou, à l’instar de Coulibaly et des frères Kouachi, des pratiquants tardifs. La vérité de leurs mobiles et de leur pensée ne doit pas tant être cherchée dans la théologie, de l’Islam en général ou du wahhabisme en particulier, mais bien dans la cohérence contemporaine des propositions politiques qu’ils portent. Si la confessionnalisation du monde et des affrontements est bien au cœur de ces propositions, ils sont loin d’en avoir le monopole aujourd’hui. Cette confessionnalisation en a mobilisé d’autres, en France ou ailleurs, dans la rue (la « Manif pour tous ») comme dans les gouvernements. L’événement majeur qui nous a conduits là est sans aucun doute l’effondrement des États communistes et du communisme à la fin du 20e siècle et, de proche en proche, l’effondrement de la figure moderne de la politique qui faisait de la conquête du pouvoir le levier des transformations collectives. Nous avons perdu dans le même mouvement l’espoir révolutionnaire et le sens de la représentation élective. Nous avons perdu en même temps un certain rapport populaire et politique au temps historique, dans lequel le passé permettait de comprendre le présent et le présent de préparer l’avenir.

« Qu’est-ce qu’une révolte qui n’a plus ni avenir ni espoir ? Quand on a cela en tête, on comprend mieux la puissance subjective des propositions djihadistes. »

Quelles formes prend la rupture de ce lien ?

Pour toute une génération qui arrive aujourd’hui à l’âge adulte, une évidence s’impose : au bout du chemin emprunté par leurs parents, qu’ils aient immigré pour une vie meilleure, milité pour des lendemains qui chantent ou œuvré à leur propre « réussite », il y a une impasse. Plus d’espoir collectif de révolution ou de progrès social et peu d’espoir de réussite individuelle. Le compte à rebours de la planète semble commencé sans que rien n’arrête la course à la catastrophe. Avec la mondialisation financière, la vie publique est dominée par la corruption des États et le mensonge des gouvernements. Dans ces conditions, les valeurs de la République peuvent apparaître quelque peu désincarnées. La référence obsessionnelle à la mémoire s’est substituée à la réflexivité du récit historique. Et nous avons perdu le sens du passé parce que nous n’avons plus de subjectivité collective de l’avenir. Tout ceci, nous le savons peu ou prou. Mais il nous faut en réfléchir les articulations et les conséquences. Qu’est-ce qu’une révolte qui n’a plus ni avenir ni espoir ? Quand on a cela en tête, on comprend mieux la puissance subjective des propositions djihadistes. Le seul avenir proposé est la mort : celle « des mécréants, des juifs et des croisés » comme celle des martyres qui finiront au paradis en emmenant avec eux soixante-dix personnes. Quand on a cela en tête, on comprend mieux aussi la publicité faite par Daech autour des destructions des vestiges du passé et du patrimoine culturel. Si ce passé nous a menti sur notre avenir, il ne nous servirait plus qu’à mentir encore.

Le problème est que ce choix se tourne vers un islam des plus rétrogrades, des plus intrusifs…

En effet… Le salafisme, puisque c’est de lui qu’il s’agit, repose sur un sens donné à la vie qui ne laisse aucune place à la liberté. C’est l’islam dans une version des plus totalisantes. Un de ses attraits repose sur sa maîtrise de l’intime, la répression des désirs et des plaisirs, un cadre proposé pour tous les actes et les moments de la vie comme un acte de résistance au capitalisme et à « l’occident corrupteur ». Dans toute organisation de la révolte, il y a une figure de la libération possible et une contrainte de lutte, une discipline, et une éthique. Nous vivons l’effondrement des constructions qui ont associé ces deux dimensions à la fois libératrices et contraignantes. Le communisme a été au 20e siècle sa forme majeure. Il donnait sens à la souffrance, à la vie quotidienne en même temps qu’il proposait une subversion. Nous sommes toujours dans ce moment qui suit l’effondrement du communisme, mais aussi celui du tiers-mondisme. Le cycle politique des 19e et 20e siècles se clôt.

« Pendant ces dix dernières années, une génération s’est révoltée. Si rien ne semble bouger, comment s’étonner que certains décident de passer à la « phase 2 » ? »

La demande ne s’exprime pas que sur le terrain spirituel ou religieux. Elle prend des formes politiques explicites, par exemple avec EI, l’État islamique.

Il y a une demande de politique et de cadre qui se retrouve dans le nom que se donne ce mouvement radical, l’État islamique. Il n’a rien d’un État au sens moderne du terme : il ne garantit ni la paix ni le respect de l’altérité. Il est au contraire entièrement fondé sur la guerre et le massacre de l’autre. Il n’est ni national ni territorial, mais à vocation universaliste et multi-situé avec le jeu des « allégeances » qui ne vont que se multiplier. Mais c’est une puissance de combat au service de cette radicalité mortifère, une puissance qui – à l’instar de la puissance malfaisante du Cinquième élément de Luc Besson – se renforce et gagne en influence quand on l’attaque.

Peut-on faire un parallèle entre l’extrême gauche hyperpolitisée passée au terrorisme dans les années 1970 et ces actes individuels sans revendication ?

L’effondrement de la catégorie d’avenir dont nous avons parlé, et que l’anthropologue Arjun Appadurai a mis au centre de son dernier livre The Future as Cultural Fact : Essays on the Global Condition, est sans doute une des dimensions de la vague émeutière qui a touché le monde entier depuis le début du siècle. Ces dernières années, cette vague a été prolongée par de grandes mobilisations collectives comme ce que l’on a appelé le printemps arabe, la mobilisation brésilienne contre la Coupe du monde, la mobilisation turque contre le projet urbain de la place Taksim… Nous venons de vivre une séquence mondiale d’affrontements entre les peuples et les pouvoirs, équivalente du « Printemps des peuples » de 1848, des révolutions communistes d’après la première guerre mondiale, de 1968. Il y a deux devenirs possibles à ses séquences : la construction d’une figure durable de la révolte et de l’espoir qui s’incarne dans des mouvements politiques organisés et des perspectives institutionnelles, ou la dérive vers le désespoir et la violence minoritaire. Après 1968, on a connu les Brigades rouges, la Bande à Baader, des dérives terroristes au Japon. Pendant ces dix dernières années, une génération s’est révoltée. Si rien ne semble bouger, comment s’étonner que certains décident de passer à la « phase 2 » ? C’est l’expérience biographique des meurtriers de janvier. Le 17 septembre 2000, Amedy Coulibaly, qui a alors dix-huit ans, vole des motos avec un copain, Ali Rezgui, dix-neuf ans. Ils sont poursuivis par la police… qui tire, et Ali meurt dans ses bras sur un parking de Combs-la-Ville. Aucune enquête n’est ouverte sur la bavure. Cela provoque deux jours d’émeute à la Grande-Borne. Où sont aujourd’hui tous les acteurs des émeutes de 2005 ? Et tous ceux qui les ont regardés faire avec sympathie ? Comment regardent-ils la vie et la politique ? Quel regard ont-ils porté sur les événements de janvier ? On ne les a pas écoutés avant, ni pendant, ni après, ni depuis le 7 janvier. Le 8 au soir, je ne me suis pas rendu à la République, mais au rassemblement devant la mairie de Saint-Denis, ville où j’habite. J’ai rarement vu autant de monde, aussi ému. Mais en même temps, j’y ai rarement vu aussi peu « tout le monde ». Il y avait certainement là tous les réseaux des militants. Mais si peu de gens ordinaires, d’inconnus, de gens et de jeunes « des quartiers », comme on dit. Pris dans notre émotion collective, avons-nous été attentifs au clivage silencieux qui était en train de prendre forme ?

« Les vraies valeurs d’une génération sont celles qu’elle se construit en retravaillant le passé à l’épreuve de sa propre expérience. La transmission n’y suffit pas. »

Comment avez-vous vécu la grande manifestation du 11 janvier ?

C’est un événement complexe. Je ne sais pas si nous avons déjà connu dans l’histoire une mobilisation aussi massive, construite sur du désarroi. Je l’ai un peu vécue comme une marche funèbre, l’enterrement de la génération de 68. C’est sur ce désarroi que l’État a pu construire un sens auquel il a donné un nom : « l’esprit du 11 janvier ». Il y a dans l’expression « Je suis Charlie » au moins deux choses qu’il nous faut éclaircir. D’abord le « je » qui n’est pas d’emblée un « nous » sommes Charlie. Car le nous ne préexiste pas au désarroi, il se construit dans le partage de l’émotion et dans les rassemblements. C’est pourquoi il est idéologiquement plastique. Ensuite il y a Charlie. Car il y a eu trois catégories de victimes : les « mécréants » (Charlie), les juifs (l’Hypercacher) et les « croisés » (le policier du 11e arrondissement et la policière de Montrouge). Mohammed Merah s’en était déjà pris aux juifs et aux « croisés » sans susciter tant d’émotion. Et gageons que si Coulibaly avait agi seul et si les frères Kouachi n’avaient pas attaqué Charlie, la mobilisation n’aurait absolument pas été la même. Quelque chose s’est noué autour de l’attaque d’un journal peu connu et peu lu, devenu plus sûrement le symbole d’une liberté collective que ne l’aurait été peut-être un autre organe de presse ayant beaucoup plus pignon sur rue. C’est aussi à une butte témoin des années 60-70 que s’en sont pris, sans le savoir, les assassins, à des souvenirs d’enfance et de jeunesse, aux dernières traces d’une révolte juvénile d’un autre âge. Car pour une part, comme l’ont dit des collégiens à leurs enseignants, on a aussi assassiné des « papys ». Mais une part du malentendu national est là. D’une certaine façon, une équipe héritière de mai 68 a mené jusqu’au bout des batailles devenues décalées par rapport aux enjeux d’aujourd’hui. Charlie a inscrit son irrévérence face à l’islam dans la lignée de son opposition aux églises et aux dogmes qui bloquent la libération de la société. Ils n’ont pas pris la mesure qu’en France au 21e siècle, s’en prendre ainsi à l’Islam, c’était aussi blesser les gens dominés dont c’était un point d’appui éthique pour faire face à la souffrance sociale.

« L’esprit du 11 janvier » n’a pas opéré sur vous…

Une fois encore, qui maîtrise le sens de l’événement ? Qui le construit ? C’est le pouvoir qui parle de « l’esprit du 11 janvier ». Je le redis, le consensus de l’émotion s’est construit sur un non-dit. Les incidents autour de la minute de silence ont été révélateurs de ce non-dit. Et plutôt que d’entendre le malaise qui s’exprimait alors, ils ont été au sens propre « réduits au silence », soumis à l’opprobre général, voire judiciarisés. On est ainsi passé de l’émotion partagée à l’émotion obligatoire. Pense-t-on inculquer par autorité les valeurs de la République ? On sait bien, depuis au moins une génération, que ces valeurs sont aussi des promesses non tenues. L’obligation d’y adhérer est une violence de plus. L’une des grandes faiblesses du monde institutionnel est de penser que l’on peut répondre par les valeurs du passé, par la transmission. Les vraies valeurs d’une génération sont celles qu’elle se construit en retravaillant le passé à l’épreuve de sa propre expérience. La transmission n’y suffit pas. Le propre des valeurs est de donner un sens éthique à l’expérience. C’est hélas ce qui fait, pour certains, le sens du djihad et son attrait.

« La conversion au djihadisme est aujourd’hui une figure possible de la révolte. »

Quel rapport entre les djihadistes d’ici, qui partent en Syrie, et ceux qui ont contesté la minute de silence ?

Nous sommes face à des trajectoires subjectives diverses et pour une part disjointes. C’est une erreur grossière d’assimiler ceux qui ont contesté la minute de silence à des candidats au djihad, ou même à ses thuriféraires. Et même tous ceux qui partent en Syrie ne sont pas forcément voués au meurtre individuel. Il y a dans ce passage à l’acte ultime une part de décrochage irrationnel. Mais il y a un contexte, des vécus en écho sinon en partage. Comme à d’autres époques, ce contexte est aujourd’hui assez puissant pour polariser des décrochages psychiques, voire donner un sens contemporain à la folie. Pour les jeunes de la Grande Borne, Amédy Coulibaly est identifié comme « perché », autrement dit un peu cassé dans sa tête. De quel contexte subjectif est-il question ici ? Il s’agit d’une expérience en partage, un désarroi et une révolte face à un monde politique, médiatique, institutionnel qui ne prend pas en compte le malaise ou la souffrance d’une partie des classes populaires, qui les confessionnalise et les stigmatise. C’est plus que l’expérience d’une « exclusion » objective. C’est l’expérience collective d’une négation subjective. Ce qu’ils ressentent n’a pas d’existence officielle.

Quelles sont les conséquences de ce déni d’existence ?

Il ne faut pas sous-estimer les effets dévastateurs de cette expérience populaire : l’expérience du mensonge permanent des discours politiques et journalistiques à leur propre endroit. Cette expérience est destructrice des repères sur la notion même de vérité et alimente toutes les rumeurs et tous les complotismes dont se repaissent Alain Soral et ses amis. Si le « système » gouverne avec le mensonge, toute parole autorisée fut-elle scientifique peut être frappée du sceau du soupçon. D’autre part, la négation de la souffrance alimente toutes les mises en concurrence victimaires. De ce point de vue, l’influence de Dieudonné comme héro “anti-système” aurait dû être davantage regardée comme un symptôme plus global et pas une dérive morale solitaire. Mais l’indifférence générale à l’islamophobie a aussi ouvert la voie à un un renouveau antisémite bien au-delà de ceux qui en étaient les victimes. N’en déplaise au président du Crif, les profanateurs du cimetière de Sarre-Union en février n’étaient pas musulmans. Le résultat, aujourd’hui, est que si l’islamophobie progresse, l’antisémitisme aussi. En vis-à-vis de l’extrême droite officiellement islamophobe du FN, un terreau est aujourd’hui prêt pour une autre extrême droite, “révolutionnaire” comme on disait, populaire et antisémite. En vis-à-vis de l’extrême droite classiquement islamophobe du FN, un terreau est aujourd’hui prêt pour une autre extrême droite, « révolutionnaire » comme on disait, populaire et antisémite.

Et maintenant ?

Une période s’achève… La conversion au djihadisme est aujourd’hui une figure possible de la révolte. La réponse à ce drame n’est certainement pas une figure de l’ordre, fût-elle républicaine. La réponse viendra d’une figure alternative et contemporaine de la révolte, une révolte qui ne se place pas sur le terrain de la négation de l’avenir, de la négation du passé et de la haine de la pensée. Les deux questions clefs qui sont devant nous sont celle du possible et celle de la paix. « Podemos », nous dit le mouvement d’Iglesias en Espagne. Quand la financiarisation au pouvoir nous enferme dans des calculs de probabilités et de risques, il est urgent d’ouvrir des possibles sans lesquels l’avenir n’est qu’un mot creux. Et quand la guerre ou la menace de guerre (ou de terrorisme) tend à devenir un mode de gouvernement, il est temps de redonner un sens à une perspective de paix collective qui ne passe pas par une politique sécuritaire ni par des frappes aériennes un peu partout dans le monde. C’est peut-être aussi cela que nous ont dit les manifestants du 11 janvier. Je ne suis pas sûr qu’ils aient été bien entendus sur ce point.

Voir encore:

Attentat en Isère : Yassin Salhi voulait « frapper les esprits »
Le Figaro
Christophe Cornevin
29/06/2015

VIDÉO – Trois jours après l’attaque de Saint-Quentin-Fallavier, le principal suspect affirme ne pas avoir agi au nom de la religion. Sa mère et sa soeur ont assuré qu’il était parti en Syrie en 2009.
Au terme de 72 heures de garde à vue, Yassin Salhi incarne en apparence la forme inédite d’un terroriste hybride qui applique les méthodes barbares d’un bourreau islamiste pour assouvir une vengeance personnelle, où se mêle crise de couple et conflit dans l’entreprise. Devant les policiers, Salhi a fini par reconnaître l’assassinat d’Hervé Cornara, directeur commercial de la société de transports qu’il avait rejointe en mars dernier.

Son plan aurait été prémédité en 48 heures, après s’être fait réprimander par son patron pour une histoire de palette renversée. Même si l’altercation est confirmée par un autre employé, l’explication est cependant prise avec retenue par les enquêteurs, comme s’il s’agissait d’un élément périphérique. La veille au soir de son effroyable équipée, Salhi aurait eu en outre un vif échange de mots avec celle qui est son épouse depuis dix ans. Lui, la considérant comme «pas assez religieuse». Elle, demandant le divorce. En audition, Salhi a commencé à livrer une amorce de scénario émaillé de zones opaques.

Lundi après-midi, Salhi refusait toujours de reconnaître la moindre coloration terroriste dans son acte
Porteur de deux drapeaux ornés de la «Chahada», la profession de foi musulmane, d’un couteau et d’une arme longue factice, le chauffeur-livreur se serait rendu vers 7h30 au siège de sa société avant de forcer son patron à monter dans le Peugeot Boxer de l’entreprise. Il l’aurait étranglé, ce que les légistes n’ont pas encore confirmé, sur la route menant à l’usine Air Products & Chemicals de Saint-Quentin-Fallavier. En chemin, sur un parking situé à 500 mètres à peine du site classé Seveso, il dit avoir stationné son véhicule afin de décapiter sa victime. Toujours selon lui, il aurait ensuite accroché la tête du directeur commercial aux grilles pour «frapper les esprits», sans pouvoir expliquer pourquoi il a cru bon de l’encadrer de deux bannières islamiques.

Lundi après-midi, Salhi refusait toujours de reconnaître la moindre coloration terroriste dans son acte tout comme il conteste, affirme une source informée, «toute religiosité dans son passage à l’acte». «Ce personnage peut avoir des problèmes personnels et une vie compliquée car chacun à son histoire, mais cela ne saurait occulter le caractère terroriste de sa démarche», affirme un policier de haut rang.

Qui est ce Français destinataire du «selfie» macabre?
Le mode opératoire de la décapitation et de la tête accrochée à une chaîne qui reprend le code des mises en scène de l’État islamique diffusées sur Internet est jugé, de même source, comme «dépourvus de toute ambiguïté». En outre, Yassin Salhi a envoyé deux clichés de ses exactions vers un numéro canadien via l’application Whatsapp, dont un selfie avec la tête de sa victime, à Sébastien alias Younes V., 30 ans, combattant volontaire français enrôlé sous la bannière de Daech, dans le fief de Raqqa. Or ce technicien en logistique converti au milieu des années 2000 est originaire de Besançon, à l’instar de Yassin Salhi qui le considère comme son «seul ami».

Les deux hommes se fréquentaient depuis 2006. L’un a quitté le Doubs avec femme et enfant de 18 mois pour la Syrie en novembre dernier, l’autre le mois suivant pour échouer dans l’Isère. Pendant leur garde à vue, la mère et la sœur de Salhi ont assuré que Yassin était parti lui aussi en Syrie en 2009, soit un an avant la guerre, sans qu’aucun élément matériel accrédite cette thèse. Son enracinement radical est aussi corroboré par son ex-appartenance à un groupe gravitant en 2006 à Pontarlier autour de Frédéric Jean Salvi, alias Ali ou «le Grand Ali», ex-trafiquant devenu gourou converti à l’islam radical en prison. En 2010, Les autorités indonésiennes l’avaient désigné comme suspect dans un projet d’attentat à la voiture piégée dans leur pays. Le Français avait toutefois échappé au coup de filet sur l’île de Java.

Aucun élément ne permet pour l’heure de le relier à l’assassinat et à l’action terroriste qui a endeuillé l’Isère. Aucune revendication ne permettait lundi soir d’établir que le tueur ait agi sous mandat d’une organisation terroriste.

Voir également:

Le scénario barbare de l’attentat de l’Isère
Christophe Cornevin
Le Figaro

26/06/2015

Yassin Salhi a décapité son employeur avant de tenter de faire sauter une usine de gaz industriels.
La nouvelle attaque terroriste qui a frappé la France, six mois après les attentats de janvier, vient de franchir une étape supplémentaire dans l’horreur. Elle témoigne d’une mise en scène effroyable et moyenâgeuse, inédite sur le territoire national et qui porte le sceau de la barbarie islamiste. Ce que redoutaient tant les services de renseignements, à savoir une décapitation perpétrée sur notre sol, est survenu vendredi dans l’Isère.

Yassin Salhi, chauffeur-livreur de 35 ans travaillant pour une société de transport de la région, se présente à 9 h 28 au volant de son Peugeot Boxer devant l’usine du groupe américain Air Products, spécialisée dans la production de gaz industriels, et située dans un site sensible classé Seveso, à Saint-Quentin-Fallavier, entre Lyon et Bourgoin-Jallieu, non loin de l’aéroport Saint-Exupéry. Arborant une courte barbe récemment taillée, Yassin Salhi est fiché des services de renseignements. S’illustrant par une brutale radicalisation au contact d’un prêcheur virulent originaire de Pontarlier (Doubs) d’où il est natif, ce père de trois enfants fait l’objet dès 2006 d’une fiche S (pour «Sûreté de l’État»). Classée niveau 13 sur une échelle de vigilance allant jusqu’à 16, elle n’avait pas été renouvelée en 2008. L’islamiste radical, qui n’a pas de casier judiciaire, était cependant toujours suivi en raison de sa proximité depuis 2013 avec la mouvance salafiste.

Il dévisse les bonbonnes de gaz avant d’y mettre le feu
Comme s’il effectuait sa maraude régulière, l’islamiste, connu des employés, sonne au portail et engage son véhicule badgé lui donnant l’autorisation de franchir un premier périmètre de sécurité. Salhi longe un mur, accélère soudain et percute de plein fouet les grilles d’une seconde zone plus protégée. Blessé dans la violence du choc, comme en témoignent des entailles assez profondes sur le visage, il parvient à descendre de sa voiture, à se rendre dans un hangar couvert rempli de bonbonnes d’Air liquide, de gaz et d’acétone qu’il dévisse tour à tour avant d’y mettre le feu. Alerté par une forte explosion et un début d’incendie, un sapeur-pompier des services d’incendie et de secours de l’Isère (Sdis) découvre le terroriste à 10 heures. Avec courage et sang-froid, il empoigne Yassin Salhi, qui résiste. Le soldat du feu le ceinture et le maintient au sol le temps de l’arrivée des renforts. Alertée, une patrouille de la gendarmerie départementale dépêchée sur place découvre, médusée, une tête décapitée, attachée à l’aide d’une chaîne au grillage d’enceinte de l’usine et encadrée de deux grandes bannières noire et blanche supportant des inscriptions en arabe, qui s’avéreront correspondre à la Shahada (profession de foi musulmane). À l’aplomb de la Peugeot Boxer partiellement détruite par le souffle de la déflagration, gît un corps démembré. Un couteau a été ramassé non loin.

La victime, Hervé C., âgée de 54 ans, n’est autre que le directeur commercial de la société ATC Transport où Yassin Salhi est salarié depuis mars dernier. Selon toute vraisemblance, le chef d’entreprise a été assassiné et décapité avant que Yassin Salhi ne pénètre dans l’usine et déclenche des explosions. Deux caméras de vidéosurveillance ont filmé de manière intermittente le chauffeur qui a préalablement placé la tête tranchée de son employeur avant de passer à l’action. Comme si l’ensemble de cette abjecte équipée avait été préméditée et scénarisée bien en amont.

Quatre personnes placées en garde à vue
Lancés aux trousses d’hypothétiques complices du terroriste, les policiers de la Sous-direction antiterroriste (Sdat) et de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont mené une série d’opérations. Au total, quatre personnes ont été placées en garde à vue. Outre Yassin Salhi, un suspect de 33 ans a notamment été interpellé par un peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) dans la matinée après avoir été repéré alors qu’il passait et repassait à bord d’une camionnette devant l’usine d’Air Products comme s’il faisait une reconnaissance. Ce personnage intéresse d’autant plus les enquêteurs que son passé judiciaire comporte des antécédents liés à des menaces de type terroriste.

En milieu d’après-midi, les policiers d’élite du Raid ont mené à Saint-Priest une perquisition au domicile du bourreau présumé, et la sœur et l’épouse de ce dernier ont été à leur tour placées en garde à vue. «Tous les services sont mobilisés pour faire avancer l’enquête», a prévenu Bernard Cazeneuve, venu rapidement sur les lieux de l’attentat djihadiste puisqu’il était en déplacement devant la 65e promotion des élèves commissaires de police à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, dans la périphérie de Lyon.

Alors qu’une vive émotion mêlée de dégoût s’est une fois encore emparée de la population, le branle-bas de combat a été déclenché au plus haut sommet de l’État. Le président François Hollande, qui participait à un sommet européen à Bruxelles, l’a écourté pour venir présider un conseil restreint à 15 h 30 dans la capitale. Le premier ministre, Manuel Valls, depuis l’Amérique du Sud, a, lui, ordonné une «vigilance renforcée» sur tous les sites sensibles de la région Rhône-Alpes, avant d’écourter lui aussi son voyage. Le plan Vigipirate a été hissé au seuil «alerte maximale» sur l’ensemble de la région pour trois jours. Les contrôles vont se multiplier dans les gares et autour des sites sensibles jusqu’à lundi, date symbolique du premier anniversaire de l’État islamique.

Voir encore:

Alexandra Laignel-Lavastine : «Face à l’islamisme, certains intellectuels «progressistes» sont dangereux»

propos recueillis par Alexandre Devecchio
Le Figaro

27/06/2015

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN : Dans son essai La pensée égarée, Alexandra Laignel-Lavastine explore plus d’une décennie de capitulation des « élites » face à la montée de l’islamisme radical. Après l’attentat de Saint-Quentin- Fallavier, elle a accordé un entretien fleuve à FigaroVox.


Alexandra Laignel-Lavastine est philosophe et historienne des idées. Elle a publié chez Grasset La pensée égarée , Islamisme, populisme, antisémitisme: essai sur les penchants suicidaires de l’Europe.


FIGAROVOX: Dans votre dernier livre, La Pensée égarée, rédigé pour l’essentiel avant le traumatisme de Charlie, vous estimez que nous n’avons pas pris la mesure des attentats de janvier. Les événements vous donnent tragiquement raison. Ces nouvelles attaques vous ont- elles surprises?

ALEXANDRA LAIGNEL-LAVASTINE : C’est plutôt l’étonnement général qui me surprend. Un intellectuel musulman laïc et démocrate me lançait il y a quelques jours: «Les intellectuels progressistes européens se comportent à l’égard des islamistes comme des collabos!». Sévère, mais juste. Jusqu’à présent, les tenants du politiquement correct ont de loin préféré avoir tort avec les islamo-fascistes qu’avoir raison avec les réalistes. Et ce, au nom d’un antifascisme hors de saison, ce qui constitue le comble du paradoxe! Après avoir trop longtemps baissé les bras face au communautarisme et à l’islamisme par crainte de se voir traité d’«islamophobes», il y aurait urgence à ce que nous redescendions de la planète mars pour faire place au réel. Et au courage.

Que nous apprend le monde réel? Qu’une guerre ouverte a été déclarée au monde occidental et à ses valeurs humanistes et universalistes les plus précieuses, donc les plus fragiles. Que cette peste verte est désormais planétaire et que nous n’en sommes probablement qu’au début. Que cette guerre est menée sur notre sol et que l’ennemi, aujourd’hui, est aussi bien intérieur qu’extérieur. On savait que la menace djihadiste était à son comble en France — ou plutôt, nous aurions dû le comprendre. Depuis janvier, plusieurs attentats ont été déjoués, les uns dans une phase préparatoire, les autres de justesse. De nombreuses cellules djihadistes dormantes ont été réactivées et nous sommes également au courant des crimes de masse quotidiennement perpétrés par les nouveaux barbares sur les vastes territoires qu’ils contrôlent. Que nous faut-il de plus? Pourquoi cette étrange stupéfaction, au-delà de l’horreur évidemment justifiée que suscitent ces nouveaux attentats, après ceux de Merah en 2012, de Nemmouche en 2014, après les pancartes «Mort aux Juifs!» de l’été, les décapitations en série de Daesh cet automne, suivies des atroces tueries du début de l’année?

Oui, mais justement, pourquoi cette difficulté à percuter la menace? Sommes-nous désarmés intellectuellement et moralement?

Si nous prenons un peu de champ, je vois plusieurs raisons à cet invraisemblable aveuglement, à commencer par le fait que les esprits sont empoisonnés par plus d’une décennie de «trahison des clercs». Des élites passées maîtresses dans l’art positif et méthodique de se crever les yeux face à la montée du fondamentalisme musulman le plus agressif et le plus rétrograde, au motif que le Mal — la haine, la terreur, l’obscurantisme — ne saurait surgir de ce qu’elles croyaient être le camp du Bien, celui des anciens damnés de la terre.

Ce catéchisme binaire et rance, qui remonte au tiers-mondisme des années 60 et qui consiste à opposer avec paresse un monde européen forcément coupable à un monde musulman ontologiquement innocent, est tout à fait obsolète. L’ensemble des musulmans éclairés, dont nous relayons bien peu la parole alors qu’il s’agirait d’épouser leur combat comme hier celui des dissidents du bloc soviétique, nous le répètent pourtant à longueur de journée. Mais peu importe pour nos bien-pensants de service, très présents dans les médias, qui ont préféré s’en tenir à une curieuse pratique de la pensée magique en interdisant aux faits toute incursion malvenue dans l’univers de leur croyance idéologique. En cela, oui, ils ont œuvré à notre désarmement intellectuel et moral. Cette couardise, doublée de la perte horrifiante de la lucidité la plus élémentaire, me fait penser au mot de Yves Montand à propos de sa génération, fascinée par le stalinisme: «Nous étions dangereux et cons».

«Dangereux et cons»?

Avec un peu d’honnêteté, nombreux sont nos intellectuels qui, en France, seraient bien inspirés de s’approprier cette observation autocritique. J’ajouterais même un appendice: non contents d’être redevenus «dangereux et cons» depuis le 11-Septembre 2001, nos «beaux esprits» somnambules, particulièrement nombreux à gauche, se sont aussi distingués par leur insondable lâcheté. En effet, quelle est cette irresponsabilité qui, depuis des années, a poussé tant de faiseurs d’opinion — journalistes, politiques, sociologues vertueux — à s’enferrer à ce point dans le déni, à être incapables de mettre leur montre à l’heure, d’appeler un chat un chat et

d’admettre que c’est l’islam radical qui, ces derniers temps, a un peu tendance à armer le bras des assassins et non des hordes de bouddhistes déchainés?

N’oublions pas qu’entre le 6 et le 10, nous sommes subitement passés de la thèse, confortable mais fausse, des «loups solitaires» — et autres «enfants perdus du djihad», des formules partout reprises en cœur —, à la reconnaissance officielle d’un fléau planétaire. N’oublions pas qu’Edwy Plenel parlait encore du terrorisme «dit islamiste» dans son livre récent, intitulé Pour les musulmans. Ou comment mélanger au passage, dans une même condescendance postcoloniale, les terroristes et leurs suppliciés. Et on pourrait multiplier les exemples à l’infini. D’ailleurs, le vendredi 26 juin au soir, les bandeaux «Encore un loup solitaire?» s’inscrivaient derechef sur nos écrans de télévision. Vertigineuse régression.

Le dispositif global d’intimidation par l’«islamophobie» — l’intimidation étant caractéristique de la mentalité fasciste — a fait le reste: quiconque ne partageait pas cette vision irénique se voyait traité de raciste ou, plus à la mode, de «néo-réactionnaire». Brisons les avertisseurs d’incendie et le feu s’éteindra de lui-même. Tel est à peu près l’état d’esprit toxique qui domine depuis des années en France et nous empêche, aujourd’hui encore, de percuter l’ampleur du danger. On ne réadapte pas ses catégories mentales du jour au lendemain. Plus largement, il me semble que les Européens de bonne foi ont exorcisé depuis si longtemps le cauchemar des guerres de religion qu’ils ont du mal à en imaginer le retour. Or, on peine toujours à voir ce que l’on peine à concevoir.

Sommes-nous retombés dans l’avant-Charlie aussitôt après?

Force est de constater que le sursaut aura été de très courte durée. «Esprit du 11-Janvier, es-tu là?», en était-on à se demander un mois après les tueries. Tous les alibis étaient déjà bons pour penser à autre chose. Comment un événement aussi grave, porté par le contexte international radicalement nouveau et explosif que l’on sait, a-t-il pu déboucher sur des résultats aussi misérables? À ce degré d’absence de soi, on hésitait entre faire tourner la table ou la renverser. Car voilà qu’il nous a très vite fallu compter avec les revenants. On les avait d’abord cru tapis dans le remord et la honte, ceux qui n’avaient pas trouvé de termes assez durs pour condamner, entre autres prouesses, le Manifeste des Douze publié par Charlie Hebdo en mars 2006. Un texte salutaire qui énonçait sans détours ce qui crevait déjà les yeux, à savoir qu’après le fascisme, le nazisme et le stalinisme, l’islamisme est un totalitarisme religieux qui met la démocratie en danger.

Mais non. Il faudra à peine un jour ou deux aux esprits frappeurs pour resurgir de l’au-delà. Et pour nous expliquer quoi dans leur rhétorique tordue? Que l’islamisme n’est pas un cancer qui prolifère sur les maux qui ravagent le monde musulman, sur son arriération dramatique et sur ses propres échecs, mais qu’il procède d’un Occident très méchant qui n’aime pas les musulmans. Que les vrais auteurs des crimes de janvier ne seraient pas de sombres tueurs apocalyptiques, mais tous les «islamophobes» de France et de Navarre… Au moins, n’allaient-ils pas oser hurler, comme au lendemain des crimes de Merah, au «renforcement de l’arsenal sécuritaire»? Décence minimale oblige. Et bien si. Une semaine après la sidération et l’horreur, ces esprits faux devenus littéralement fous mettaient déjà en garde, non pas bien sûr contre la barbarie djihadiste, mais contre… «le triomphe du Parti de l’ordre». On apprendra dans la foulée que c’est le Front national qui, à force de «jouer sur les haines», serait indirectement responsable du carnage. Le président François Hollande en a même remis une couche dans son discours du Panthéon en évoquant, dans un pluriel hautement confusionniste, «le devoir de vigilance face aux haines de la démocratie» — soit trois poncifs en une proposition. Une prouesse. Ou comment annuler le courageux discours de Manuel Valls du 13 janvier. On se frotte les yeux.

Le livre d’Emmanuel Todd, Qui est Charlie?, vous paraît-il représentatif de cette dérive?

Oui, emblématique même. Nous sommes passés de l’hibernation à la perversion, et de la perversion à l’inversion. Surtout, aucun esprit sain n’aurait pu prévoir, dans ses plus pessimistes prophéties, le succès d’une thèse transformant, par un sinistre tour de magie, les meurtriers en «victimes» du racisme. Ni imaginer que tant de micros allaient lui être si avidement tendus. Voilà donc qu’avec ce best-seller au mois de mai, il ne s’agissait déjà plus de combattre l’islamisme radical, mais «le laïcisme radical» ; et voilà que le pire, à suivre Todd, aurait moins consisté dans les massacres sanglants que dans l’odieuse manifestation «totalitaire» (je vous laisse apprécier l’oxymore) et naturellement «islamophobe» du 11-Janvier… En vérité, un simple «non» opposé de façon massive, spontanée et responsable à des barbares qui venaient de s’en prendre à un minimum civilisationnel commun absolu.

En clair, la folle spirale du déni ne s’est pas atténuée, comme on aurait pu s’y attendre: elle s’est étrangement aggravée. On pense à la réplique d’un personnage de Skakespeare: «Je me suis si longtemps vautré dans l’erreur qu’il m’est plus facile de poursuivre dans cette voie que de m’arrêter en chemin». À ce niveau de déraison, on se demande à quel discours nous auront droit d’ici quelques jours… Attendons-nous à ce que la loi sur le Renseignement, adoptée en mai et qu’il était de bon ton de juger «liberticide» dans les salons parisiens, soit tenue pour la grande coupable des derniers attentats et qu’il aurait mieux valu ne pas la voter pour ne pas offusquer «les musulmans». Je relève à cet égard que pour d’incompréhensibles raisons, les «faucons» républicains ont voté contre avec l’extrême gauche. La lâcheté, de nos jours, traverse l’ensemble de l’échiquier politique.

Vous précisez dans votre livre que vous vivez dans le 93 depuis trente ans. Qu’en disent les musulmans eux-mêmes que vous côtoyer tous les jours?

Vous n’imaginez pas à quel point les musulmans «normaux» n’en peuvent plus de ce «Padamalgame»

absurde — et désormais criminogène — qui tient lieu de prêt-à-penser à une partie de nos élites. Beaucoup d’entre eux ne le comprennent même pas: «La vérité n’a jamais stigmatisé personne», me faisait ainsi remarquer mon voisin tunisien en janvier. Il ajoutait: «Il fallait au contraire qu’elle soit dite et que l’ennemi soit enfin désigné pour que nous ne nous sentions plus obligés de raser les murs de honte». Bref, un soulagement pour la majorité d’entre eux, armés d’un bon sens qu’on aimerait trouver chez nos énarques. Quant aux jeunes du coin, shootés aux sites internet de Dieudonné ou Soral, nous avions bien entendu affaire à un «complot sioniste» dès le lendemain matin…

Les politiques publiques conduites depuis janvier vous semblent-elles à la hauteur?

Le problème vient de ce que nous avons quinze ans de retard à l’allumage. Le plan Vigipirate est essentiel, mais sait-on que nos courageux soldats, dépourvus d’armes de poing, patrouillent avec des fusils de guerre inutilisables en milieu urbain au risque de provoquer un carnage? Sait-on que dans le 93, certaines mairies ont donné il y a quelques jours pour consigne à leur police municipale de ne plus verbaliser les femmes portant un voile intégral dissimulant leur visage, alors même qu’une loi a été votée et que la police est en principe chargée de la faire respecter? Ramadan oblige, sans doute… Que les mêmes élus locaux ne cessent de rhabiller des salafistes en militants associatifs par peur de perdre les prochaines élections? C’est dire si notre capitulation en rase campagne a persisté bien au-delà du 11-Janvier. Et nous revoilà à feindre de se demander sur tous les plateaux comment nous en sommes arrivés là!

Vous renvoyez dos à dos la montée de l’islamisme et celle du populisme. Mais les populismes respectent la règle du jeu démocratique tandis que les intégristes musulmans sème la terreur et la mort. Ne tombez-vous pas, à vôtre tour, dans le politiquement correct que vous dénoncez?

Non. Quand je dis que nous avons du souci à nous faire pour l’avenir de l’Europe — pris entre ceux qui ne pensent plus à force de bien-penser et ceux qui ne voient plus les limites du mal-penser sans penser à mal —, la logique qui gouverne mon raisonnement est celle de l’engendrement, pas du renvoi dos-à-dos. Je veux dire qu’à force de s’obstiner dans un «padamalgame» obtus, à force d’accorder à l’islamisme la clause de l’idéologie totalitaire et massacreuse la plus excusée, on fait chaque jour la campagne de Marine Le Pen, laquelle pourrait, à ce rythme, partir à la plage jusqu’aux prochaines présidentielles. En refusant de prendre en charge les angoisses identitaires, l’insécurité culturelle et le sentiment d’abandon exprimés par plus de la majorité des Européens, gauche et droite républicaines abandonnent le monde aux populistes. Pour leur plus grand bonheur et pour notre plus grand malheur à tous. Cette attitude est suicidaire et l’issue sera catastrophique car ce sont ces nouvelles formations qui, à coup sûr, emporteront la mise de toutes nos lâchetés.

En effet, ce n’est pas l’instauration de la charia qui menace en Europe à brève ou moyenne échéance, mais un «populisme patrimonial» d’autant plus présentable qu’il s’est habilement relooké. Il serait souhaitable, là aussi, d’entrouvrir un œil car ces partis mutants se sont mis à prospérer sur l’ensemble du Vieux Continent, comme on vient encore de s’en apercevoir au Danemark — mais s’en aperçoit-on vraiment? En cela, le politiquement correct n’a cessé, ces derniers temps, de nourrir le politiquement abject — en grande partie par réaction et par exaspération. C’est en ce sens qu’à mes yeux, ils font désormais cause commune. Il me semble qu’il existe pourtant un boulevard entre la xénophilie angélisante et la xénophobie diabolisante, entre la stratégie de l’enfouissement et l’apocalypse du «grand remplacement». Il serait grand temps de l’emprunter. À moins qu’on ne préfère secrètement le retour d’une bonne vieille «bête immonde» à l’ancienne, laquelle épargnerait à nos bonnes consciences d’épuisantes contorsions mentales face à cet islamo-fascisme qui ne cadre pas. Tel serait en tout cas l’objectif qu’on ne saurait mieux s’y prendre.

Voir de même:

Tareq Oubrou : «Les Musulmans sont déroutés et ne maîtrisent plus rien, ni la base ni rien»
Delphine de Mallevoüe

Le Figaro

30/06/2015

INTERVIEW – Après les attentats de janvier, le ministre de l’Intérieur a choisi Tareq Oubrou, recteur de la grande mosquée de Bordeaux, comme interlocuteur privilégié des pouvoirs publics dans sa volonté de relancer le dialogue avec les représentants musulmans. Entretien.

LE FIGARO. – Fermer les mosquées salafistes (89 en 2014 contre 44 en 2010), est-ce la solution pour tuer dans l’œuf le radicalisme?

Tareq OUBROU – C’est seulement une partie de la solution, car le problème est multifactoriel. Il faut traiter l’urgence, oui, mais s’occuper des conséquences ce n’est pas traiter les causes. Il faut s’attaquer à l’étiologie du mal, ne pas se contenter des sermons républicains mais agir et appliquer le droit. Sans quoi nous provoquerons la fragilisation de la démocratie et les tentations populistes. Au reste, ce ne sont pas les mosquées qu’il faut fermer – les fidèles n’ont pas à être pénalisés – ce sont les prédicateurs haineux qu’il faut expulser (40 imams et «prêcheurs de haine» ont été expulsés depuis 2012, dont une dizaine depuis début 2015, NDLR). Et ceux-là ne sont pas toujours ceux qu’on croit. …

/…/

Comment analysez-vous l’acte de décapitation commis par Yassin Salhi lors de l’attaque près de Lyon ?

Ce sont des symptômes qui relèvent d’un désordre mental. Un mélange de haine personnelle, de marginalité, de frustration économique, d’Islam identitaire… une grande salade d’ingrédients confus avec un vernis islamique, symptomatique d’un Islam aujourd’hui atomisé, d’une doctrine éclatée – y compris le salafisme – d’un terrorisme individualisé. Cela montre une civilisation arabo-musulmane délabrée. Les Musulmans sont déroutés et ne maîtrisent plus rien, ni la base ni rien.

Ceux qui prennent les armes ne connaissent même pas l’Islam. Ils mélangent le martyr avec le suicide. La théologie du martyr c’est de subir la mort ou la guerre, pas de la rechercher. Le problème c’est la lutte contre l’ignorance, la restauration du savoir et de la culture. La violence vient de l’absence de la démocratisation de la pensée en général et de la religion en particulier. Quand il n’y a pas de langage, eh bien il y a de la violence.

Vous comparez la laïcité à la charia…

Oui, tout le monde en parle, mais chacun dans sa définition ! Une sainte ignorance partagée par tout le monde, comme disait le politologue Olivier Roy. La laïcité, tout comme la charia, ne sont pas des lois, mais des principes un jour mis dans des lois.

Ce sont des mouvements qui ont été amorcés et qui doivent être continués par l’intelligence des hommes. Et aujourd’hui, en ce qui concerne l’Islam, il y a urgence à travailler une nouvelle doctrine. Qu’est-ce que c’est que Daesh ou al-Qaida à part des slogans ? Où est la doctrine là dedans ? Quant aux pratiques – foulard, barbe, hallal – elles relèvent d’un Islam identitaire, sociologique, d’un Islam «de fait» plus que d’un Islam théologique, d’une orthodoxie de masse plus que d’une doctrine… […]

Voir aussi:

As ISIS brutalizes women, a pathetic feminist silence
Phyllis Chesler
The New York Post

June 7, 2015

Oh, how the feminist movement has lost its way. And the deafening silence over ISIS’s latest brutal crimes makes that all too clear.

Fifty years ago, American women launched a liberation campaign for freedom and equality. We achieved a revolution in the Western world and created a vision for girls and women everywhere.

Second Wave feminism was an ideologically diverse movement that pioneered society’s understanding of how women were disadvantaged economically, reproductively, politically, physically, psychologically and sexually.

Feminists had one standard of universal human rights — we were not cultural relativists — and we called misogyny by its rightful name no matter where we found it.

As late as 1997, the Feminist Majority at least took a stand against the Afghan Taliban and the burqa. In 2001, 18,000 people, led by feminist celebrities, cheered ecstatically when Oprah Winfrey removed a woman’s burqa at a feminist event — but she did so safely in Madison Square Garden, not in Kabul or Kandahar.

Six weeks ago, Human Rights Watch documented a “system of organized rape and sexual assault, sexual slavery, and forced marriage by ISIS forces.” Their victims were mainly Yazidi women and girls as young as 12, whom they bought, sold, gang-raped, beat, tortured and murdered when they tried to escape.

In May, Kurdish media reported, Yazidi girls who escaped or were released said they were kept half-naked together with other girls as young as 9, one of whom was pregnant when she was released. The girls were “smelled,” chosen and examined to make sure they were virgins. ISIS fighters whipped or burned the girls’ thighs if they refused to perform “extreme” pornography-influenced sex acts. In one instance, they cut off the legs of a girl who tried to escape.

These atrocities are war crimes and crimes against humanity — and yet American feminists did not demand President Obama rescue the remaining female hostages nor did they demand military intervention or support on behalf of the millions of terrified Iraqi and Syrian civilian refugees.

An astounding public silence has prevailed.

The upcoming annual conference of the National Organization for Women does not list ISIS or Boko Haram on its agenda. While the most recent Women’s Studies annual conference did focus on foreign policy, they were only interested in Palestine, a country which has never existed, and support for which is often synonymous with an anti-Israel position. Privately, feminists favor non-intervention, non-violence and the need for multilateral action, and they blame America for practically everything wrong in the world.

What is going on?

Feminists are, typically, leftists who view “Amerika” and white Christian men as their most dangerous enemies, while remaining silent about Islamist barbarians such as ISIS.

Feminists strongly criticize Christianity and Judaism, but they’re strangely reluctant to oppose Islam — as if doing so would be “racist.” They fail to understand that a religion is a belief or an ideology, not a skin color.

The new pseudo-feminists are more concerned with racism than with sexism, and disproportionately focused on Western imperialism, colonialism and capitalism than on Islam’s long and ongoing history of imperialism, colonialism, anti-black racism, slavery, forced conversion and gender and religious apartheid.

And why? They are terrified of being seen as “politically incorrect” and then demonized and shunned for it.

The Middle East and Western Africa are burning; Iran is raping female civilians and torturing political prisoners; the Pakistani Taliban are shooting young girls in the head for trying to get an education and disfiguring them with acid if their veils are askew — and yet, NOW passed no resolution opposing this.

Twenty-first century feminists need to oppose misogynistic, totalitarian movements. They need to reassess the global threats to liberty, and rekindle our original passion for universal justice and freedom.

Phyllis Chesler (Phyllis-chesler.com) is emerita professor of psychology and the author of 16 books including “Living History: On the Front Line for Israel and the Jews, 2003-2015.”

Voir par ailleurs:

Sunbed gunman was high on COCAINE: Laughing fanatic took photos of his victims during tourist killing spree – as new pictures emerge of unexploded bomb found next to his dead body

Sam Greenhill In Kairouan and Emine Sinmaz In Sousse, Tunisia

The Daily Mail

 30 June 2015

Seifeddine Rezgui was high on cocaine as he murdered British tourists on the beach, it emerged today.

A stimulant, believed to the class A drug or one similar to it, was detected by doctors during a post-mortem examination, the Daily Mail has been told.

Tunisian police separately confirmed that an unexploded bomb was found on Rezgui’s body, meaning he could have murdered scores more. The detonator was just inches away.

Survivors said last night that Rezgui, who has been linked to Islamic State, was laughing and smiling as he massacred his 38 victims with an AK-47 assault rifle in Sousse last Friday.

‘At one point, the gunman was busy – with his gun on his back – with a phone out, taking photos of the bodies and laughing,’ said Paul Short.

IS fighters are known to take doses of cocaine to make them feel invincible on the battlefield.

An informed source said: ‘The autopsy proves that the terrorist used some drugs before he did the attack – the same drug that IS gives to people who do terrorist attacks – so that he will not understand what he is doing.’

A hotel worker named Houssem told the Mail: ‘He was laughing as he was shooting. When he had finished and he had killed everyone, he did not care, he did not try to run. He was smiling, he was happy.’

Voir enfin:

MAUVAISES (ET BONNES) RÉPUTATIONS DE L’ISLAM

André Cournouve

Connaissance ouverte
A / Moyen-Âge et Renaissance :

Pierre le Vénérable (vers 1093 – 1156), abbé de Cluny :

« Qu’on donne à l’erreur mahométane le nom honteux d’hérésie ou celui, infâme, de paganisme, il faut agir contre elle, c’est-à-dire écrire. Mais les latins et surtout les modernes, l’antique culture périssant, suivant le mot des Juifs qui admiraient jadis les apôtres polyglottes, ne savent pas d’autre langue que celle de leur pays natal. Aussi n’ont-ils pu ni reconnaître l’énormité de cette erreur ni lui barrer la route. Aussi mon cœur s’est enflammé et un feu m’a brûlé dans ma méditation. Je me suis indigné de voir les Latins ignorer la cause d’une telle perdition et leur ignorance leur ôter le pouvoir d’y résister ; car personne ne répondait, car personne ne savait. Je suis donc allé trouver des spécialistes de la langue arabe qui a permis à ce poison mortel d’infester plus de la moitié du globe. Je les ai persuadés à force de prières et d’argent de traduire d’arabe en latin l’histoire et la doctrine de ce malheureux et sa loi même qu’on appelle Coran. Et pour que la fidélité de la traduction soit entière et qu’aucune erreur ne vienne fausser la plénitude de notre compréhension, aux traducteurs chrétiens j’en ai adjoint un Sarrasin. Voici les noms des chrétiens : Robert de Chester, Hermann le Dalmate, Pierre de Tolède ; le Sarrasin s’appelait Mohammed. Cette équipe après avoir fouillé à fond les bibliothèques de ce peuple barbare en a tiré un gros livre qu’ils ont publié pour les lecteurs latins. Ce travail a été fait l’année où je suis allé en Espagne et où j’ai eu une entrevue avec le seigneur Alphonse, empereur victorieux des Espagnes, c’est-à-dire en l’année du Seigneur 1141. » (cité par Jacques le Goff, Les Intellectuels au Moyen Âge, « Le temps qui court », Paris : Le Seuil, 1957 ; merci à Jean-Baptiste de Morizur).

Hervé Martin (né en 1940) :

« [Aux XIIIe et XIVe siècles] le discours antisodomie se durcit. Ce péché, estime-t-on, appelle la vengeance du ciel. Le laïc qui s’y adonne doit être excommunié et le clerc réduit à l’état laïc (Concile de Latran III, 1179). L’homosexualité est d’autant plus vivement dénoncée qu’elle est très répandue chez les musulmans, que l’on accuse de sodomiser leurs prisonniers chrétiens et dont on estime qu’ils menacent l’Europe. »
Mentalités médiévales XIe-XVe siècle, chapitre XIII, Paris : PUF, 1996.

Michel de Montaigne (1533-1592) :

« Le grand Seigneur [le Grand Turc, Soliman le magnifique] ne permet aujourd’hui ni à Chrétien ni à Juif d’avoir cheval à soi, à ceux qui sont sous son empire. » (Essais, I, xlviii, page 289 de l’édition Villey/PUF/Quadrige)

« […] quand Mahomet promet aux siens un paradis tapissé, paré d’or et de pierrerie, peuplé de garçes d’excellente beauté, de vins et de vivres singuliers, je vois bien que ce sont des moqueurs qui se plient à notre bêtise pour nous emmiéler et attirer par ces opinons et espérances, convenables à notre mortel appétit. » (Essais, II, xii, page 518)

« Je ne m’étonne plus de ceux que les singeries d’Apollonius [de Tyane] et de Mahomet embufflarent. Leur sens et entendement est entièrement étouffé en leur passion. » (III, x, page 1013).
B / Grand-siècle, Lumières :

B / a) Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704) :

« Mes Frères, cet objet lugubre d’un chrétien captif dans les prisons des mahométans, me jette dans une profonde considération des grands et épouvantables progrès de cette religion monstrueuse. O Dieu, que le genre humain est crédule aux imposture de Satan! O que l’esprit de séduction et d’erreur a d’ascendant sur notre raison! Que nous portons en nous-mêmes, au fond de nos cœurs, une étrange opposition à la vérité, dans nos aveuglements, dans nos ignorances, dans nos préoccupations opiniâtres. Voyez comme l’ennemi du genre humain n’a rien oublié pour nous perdre, et pour nous faire embrasser des erreurs damnables. Avant la venue du Sauveur, il se faisait adorer par toute la terre sous les noms de ces fameuses idoles devant lesquelles tremblaient tous les peuples; il travaillait de toute sa force à étouffer le nom du vrai Dieu. Jésus-Christ et ses martyrs l’ont fait retentir si haut depuis le levant jusqu’au couchant, qu’il n’y a plus moyen de l’éteindre ni de l’obscurcir. Les peuples qui ne le connaissaient pas, y sont attirés en foule par la croix de Jésus-Christ; et voici que cet ancien imposteur, qui dès l’origine du monde est en possession de tromper les hommes, ne pouvant plus abolir le saint nom de Dieu, frémissant contre Jésus-Christ qui l’a fait connaître à tout l’univers, tourne toute sa furie contre lui et contre son Évangile : et trouvant encore le nom de Jésus trop bien établi dans le monde par tant de martyrs et tant de miracles, il lui déclare la guerre en faisant semblant de le révérer, et il inspire à Mahomet, en l’appelant un prophète, de faire passer sa doctrine pour une imposture; et cette religion monstrueuse, qui se dément elle-même, a pour toute raison son ignorance, pour toute persuasion sa violence et sa tyrannie, pour tout miracle ses armes, armes redoutables et victorieuses, qui font trembler tout le monde, et rétablissent par force l’empire de Satan dans tout l’univers.  »
Panégyrique de saint Pierre Nolasque.
B / b) Baron de Montesquieu (1689-1755) :

« Nous savons que les Mahométans, qui, pour se procurer des extases, se mettent dans des tombeaux où ils veillent et ne cessent de hurler, en sortent toujours avec l’esprit plus faible.» (Essai sur les causes qui peuvent affecter les esprits et les caractères, [Première partie]).

‎« On s’est aperçu que le zèle pour les progrès de la Religion est différent de l’attachement qu’on doit avoir pour elle, et que, pour l’aimer et l’observer, il n’est pas nécessaire de haïr et de persécuter ceux qui ne l’observent pas. Il serait à souhaiter que nos Musulmans pensassent aussi sensiblement sur cet article que les Chrétiens. » (Lettres persanes, 1721, lettre LX).

« Pendant que les princes mahométans donnent sans cesse la mort ou la reçoivent, la religion, chez les chrétiens, rend les princes moins timides, et par conséquent moins cruels. […] Sur le caractère de la religion chrétienne et celui de la mahométane, on doit, sans autre examen, embrasser l’une et rejeter l’autre : car il nous est bien plus évident qu’une religion doit adoucir les mœurs des hommes, qu’il ne l’est qu’une religion soit vraie. C’est un malheur pour la nature humaine, lorsque la religion est donnée par un conquérant. La religion mahométane, qui ne parle que de glaive, agit encore sur les hommes avec cet esprit destructeur qui l’a fondée. […] La religion des Guèbres rendit autrefois le royaume de Perse florissant ; elle corrigea les mauvais effets du despotisme : la religion mahométane détruit aujourd’hui ce même empire. »
De l’Esprit des lois, 1748, livre XXIV, chapitres 3, 4 et 11.

B / c) Voltaire (1694-1778) et ENCYCLOPÉDIE :

« Il est à croire que Mahomet, comme tous les enthousiastes, violemment frappé de ses idées, les débita d’abord de bonne foi, les fortifia par des rêveries, se trompa lui-même en trompant les autres, et appuya enfin, par des fourberies nécessaires, une doctrine qu’il croyait bonne. » Voltaire, Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, 1756, chapitre VI, « De l’Arabie et de Mahomet ».

« Sa définition de Dieu est d’un genre plus véritablement sublime. On lui demandait quel était cet Allah qu’il annonçait : « C’est celui, répondit-il, qui tient l’être de soi-même, et de qui les autres le tiennent ; qui n’engendre point et qui n’est point engendré, et à qui rien n’est semblable dans toute l’étendue des êtres. » Cette fameuse réponse, consacrée dans tout l’Orient, se trouve presque mot à mot dans l’antépénultième chapitre du Koran.
[…]
Une chose qui peut surprendre bien des lecteurs, c’est qu’il n’y eut rien de nouveau dans la loi de Mahomet, sinon que Mahomet était prophète de Dieu.

En premier lieu, l’unité d’un être suprême, créateur et conservateur, était très-ancienne. Les peines et les récompenses dans une autre vie, la croyance d’un paradis et d’un enfer, avaient été admises chez les Chinois, les Indiens, les Perses, les Égyptiens, les Grecs, les Romains, et ensuite chez les Juifs, et surtout chez les chrétiens, dont la religion consacra cette doctrine.

L’Alcoran reconnaît des anges et des génies, et cette créance vient des anciens Perses. Celle d’une résurrection et d’un jugement dernier était visiblement puisée dans le Talmud et dans le christianisme. Les mille ans que Dieu emploiera, selon Mahomet, à juger les hommes, et la manière dont il y procédera, sont des accessoires qui n’empêchent pas que cette idée ne soit entièrement empruntée. Le pont aigu sur lequel les ressuscités passeront, et du haut duquel les réprouvés tomberont en enfer, est tiré de la doctrine allégorique des mages.

C’est chez ces mêmes mages, c’est dans leur Jannat que Mahomet a pris l’idée d’un paradis, d’un jardin, où les hommes, revivant avec tous leurs sens perfectionnés, goûteront par ces sens mêmes toutes les voluptés qui leur sont propres, sans quoi ces sens leur seraient inutiles. C’est là qu’il a puisé l’idée de ces houris, de ces femmes célestes qui seront le partage des élus, et que les mages appelaient hourani, comme on le voit dans le Sadder. Il n’exclut point les femmes de son paradis, comme on le dit souvent parmi nous. Ce n’est qu’une raillerie sans fondement, telle que tous les peuples en font les uns des autres. Il promet des jardins, c’est le nom du paradis ; mais il promet pour souveraine béatitude la vision, la communication de l’Être suprême.

Le dogme de la prédestination absolue, et de la fatalité, qui semble aujourd’hui caractériser le mahométisme, était l’opinion de toute l’Antiquité : elle n’est pas moins claire dans l’Iliade que dans l’Alcoran.

À l’égard des ordonnances légales, comme la circoncision, les ablutions, les prières, le pèlerinage de la Mecque, Mahomet ne fit que se conformer, pour le fond, aux usages reçus. La circoncision était pratiquée de temps immémorial chez les Arabes, chez les anciens Égyptiens, chez les peuples de la Colchide, et chez les Hébreux. Les ablutions furent toujours recommandées dans l’Orient comme un symbole de la pureté de l’âme.

Point de religion sans prières. La loi que Mahomet porta, de prier cinq fois par jour, était gênante, et cette gêne même fut respectable. Qui aurait osé se plaindre que la créature soit obligée d’adorer cinq fois par jour son créateur ?

Quant au pèlerinage de la Mecque, aux cérémonies pratiquées dans le Kaaba et sur la pierre noire, peu de personnes ignorent que cette dévotion était chère aux Arabes depuis un grand nombre de siècles. Le Kaaba passait pour le plus ancien temple du monde ; et, quoiqu’on y vénérât alors trois cents idoles, il était principalement sanctifié par la pierre noire, qu’on disait être le tombeau d’Ismaël. Loin d’abolir ce pèlerinage, Mahomet, pour se concilier les Arabes, en fit un précepte positif.

Le jeûne était établi chez plusieurs peuples, et chez les Juifs, et chez les chrétiens. Mahomet le rendit très-sévère, en l’étendant à un mois lunaire, pendant lequel il n’est pas permis de boire un verre d’eau, ni de fumer, avant le coucher du soleil ; et ce mois lunaire, arrivant souvent au plus fort de l’été, le jeûne devint par là d’une si grande rigueur qu’on a été obligé d’y apporter des adoucissements, surtout à la guerre.

Il n’y a point de religion dans laquelle on n’ait recommandé l’aumône. La mahométane est la seule qui en ait fait un précepte légal, positif, indispensable. L’Alcoran ordonne de donner deux et demi pour cent de son revenu, soit en argent, soit en denrées.

On voit évidemment que toutes les religions ont emprunté tous leurs dogmes et tous leurs rites les unes des autres.

Dans toutes ces ordonnances positives, vous ne trouverez rien qui ne soit consacré par les usages les plus antiques. Parmi les préceptes négatifs, c’est-à-dire ceux qui ordonnent de s’abstenir, vous ne trouverez que la défense générale à toute une nation de boire du vin, qui soit nouvelle et particulière au mahométisme. Cette abstinence, dont les musulmans se plaignent, et se dispensent souvent dans les climats froids, fut ordonnée dans un climat brillant, où le vin altérait trop aisément la santé et la raison. Mais, d’ailleurs, il n’était pas nouveau que des hommes voués au service de la Divinité se fussent abstenus de cette liqueur. Plusieurs collèges de prêtres en Égypte, en Syrie, aux Indes, les nazaréens, les récabites, chez les Juifs, s’étaient imposé cette mortification.

Elle ne fut point révoltante pour les Arabes : Mahomet ne prévoyait pas qu’elle deviendrait un jour presque insupportable à ses musulmans dans la Thrace, la Macédoine, la Bosnie, et la Servie. Il ne savait pas que les Arabes viendraient un jour jusqu’au milieu de la France, et les Turcs mahométans devant les bastions de Vienne.

Il en est de même de la défense de manger du porc, du sang, et des bêtes mortes de maladies ; ce sont des préceptes de santé : le porc surtout est une nourriture très-dangereuse dans ces climats, aussi bien que dans la Palestine, qui en est voisine. Quand le mahométisme s’est étendu dans les pays plus froids, l’abstinence a cessé d’être raisonnable, et n’a pas cessé de subsister.

La prohibition de tous les jeux de hasard est peut-être la seule loi dont on ne puisse trouver d’exemple dans aucune religion. Elle ressemble à une loi de couvent plutôt qu’à une loi générale d’une nation. Il semble que Mahomet n’ait formé un peuple que pour prier, pour peupler, et pour combattre.

Toutes ces lois qui, à la polygamie près, sont si austères, et sa doctrine qui est si simple, attirèrent bientôt à sa religion le respect et la confiance. Le dogme surtout de l’unité d’un Dieu, présenté sans mystère, et proportionné à l’intelligence humaine, rangea sous sa loi une foule de nations, et jusqu’à des nègres dans l’Afrique, et à des insulaires dans l’Océan indien.

Cette religion s’appela l’Islamisme, c’est-à-dire résignation à la volonté de Dieu ; et ce seul mot devait faire beaucoup de prosélytes. Ce ne fut point par les armes que l’Islamisme s’établit dans plus de la moitié de notre hémisphère, ce fut par l’enthousiasme, par la persuasion, et surtout par l’exemple des vainqueurs, qui a tant de force sur les vaincus. Mahomet, dans ses premiers combats en Arabie contre les ennemis de son imposture, faisait tuer sans miséricorde ses compatriotes pénitents. Il n’était pas alors assez puissant pour laisser vivre ceux qui pouvaient détruire sa religion naissante ; mais sitôt qu’elle fut affermie dans l’Arabie par la prédication et par le fer, les Arabes, franchissant les limites de leur pays, dont ils n’étaient point sortis jusqu’alors, ne forcèrent jamais les étrangers à recevoir la religion musulmane. Ils donnèrent toujours le choix aux peuples subjugués d’être musulmans, ou de payer tribut. Ils voulaient piller, dominer, faire des esclaves, mais non pas obliger ces esclaves à croire. Quand ils furent ensuite dépossédés de l’Asie par les Turcs et par les Tartares, ils firent des prosélytes de leurs vainqueurs mêmes ; et des hordes de Tartares devinrent un grand peuple musulman. Par là on voit en effet qu’ils ont converti plus de monde qu’ils n’en ont subjugué.

Le peu que je viens de dire dément bien tout ce que nos historiens, nos déclamateurs et nos préjugés nous disent ; mais la vérité doit les combattre.

Bornons-nous toujours à cette vérité historique : le législateur des musulmans, homme puissant et terrible, établit ses dogmes par son courage et par ses armes ; cependant sa religion devint indulgente et tolérante. L’instituteur divin du christianisme, vivant dans l’humilité et dans la paix, prêcha le pardon des outrages ; et sa sainte et douce religion est devenue, par nos fureurs, la plus intolérante de toutes, et la plus barbare. »
Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, 1756, chapitre VII,  » De l’Alcoran, et de la loi musulmane. Examen si la religion musulmane était nouvelle, et si elle a été persécutante. ».

 » Comment dans ce temps-là même les mahométans, qui, sous Abdérame, vers l’an 734, subjuguèrent la moitié de la France, auraient-ils laissé subsister derrière les Pyrénées ce royaume des Asturies ? C’était beaucoup pour les chrétiens de pouvoir se réfugier dans ces montagnes et d’y vivre de leurs courses, en payant tribut aux mahométans. Ce ne fut que vers l’an 759 que les chrétiens commencèrent à tenir tête à leurs vainqueurs, affaiblis par les victoires de Charles Martel et par leurs divisions ; mais eux-mêmes, plus divisés entre eux que les mahométans, retombèrent bientôt sous le joug. Mauregat, à qui il a plu aux historiens de donner le titre de roi, eut la permission de gouverner les Asturies et quelques terres voisines, en rendant hommage et en payant tribut. Il se soumit surtout à fournir cent belles filles tous les ans pour le sérail d’Abdérame. Ce fut longtemps la coutume des Arabes d’exiger de pareils tributs ; et aujourd’hui les caravanes, dans les présents qu’elles font aux Arabes du désert, offrent toujours des filles nubiles. »
Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, 1756, chapitre XXVII, « De l’Espagne et des musulmans maures aux viiie et ixe siècles. ».

Chevalier Louis de Jaucourt (1704-1779),

« MAHOMÉTISME, s. m. (Hist. des religions du monde.) religion de Mahomet. L’historien philosophe de nos jours [Voltaire] en a peint le tableau si parfaitement, que ce serait s’y mal connaître que d’en présenter un autre aux lecteurs.
Pour se faire, dit-il, une idée du Mahométisme, qui a donné une nouvelle forme à tant d’empires, il faut d’abord se rappeler que ce fut sur la fin du sixième siècle, en 570, que naquit Mahomet à la Mecque dans l’Arabie Pétrée. Son pays défendait alors sa liberté contre les Perses, et contre ces princes de Constantinople qui retenaient toujours le nom d’empereurs romains.
Les enfants du grand Noushirvan, indignes d’un tel père, désolaient la Perse par des guerres civiles et par des parricides. Les successeurs de Justinien avilissaient le nom de l’empire ; Maurice venait d’être détrôné par les armes de Phocas et par les intrigues du patriarche syriaque et de quelques évêques, que Phocas punit ensuite de l’avoir servi. Le sang de Maurice et de ses cins fils avait coulé sous la main du bourreau, et le pape Grégoire le grand, ennemis des patriarches de Constantinople, tâchaient d’attirer le tyran Phocas dans son parti, en lui proposant des louanges et en condamnant la mémoire de Maurice qu’il avait loué pendant sa vie. […] Après avoir connu le caractère de ses concitoyens, leur ignorance, leur crédulité, et leur disposition à l’enthousiasme, il vit qu’il pouvait s’ériger en prophète, il feignit des révélations, il parla : il se fit croire d’abord dans sa maison, ce qui était probablement le plus difficile. […]
Il enseignait aux Arabes, adorateurs des étoiles, qu’il ne fallait adorer que le Dieu qui les a faites, que les livres des Juifs et des Chrétiens s’étant corrompus et falsifiés, on devait les avoir en horreur : qu’on était obligé sous peine de châtiment éternel de prier cinq fois par jour, de donner l’aumône, et surtout, en ne reconnaissant qu’un seul Dieu, de croire en Mahomet son dernier prophète ; enfin de hasarder sa vie pour sa foi. […]
Sa religion était d’ailleurs plus assujettissante qu’aucune autre, par les cérémonies légales, par le nombre et la forme des prières et des ablutions, rien n’étant plus gênant pour la nature humaine que des pratiques qu’elle ne demande pas et qu’il faut renouveler tous les jours.
Il proposait pour récompense une vie éternelle, où l’âme ferait enivrée de tous les plaisirs spirituels, le où le corps ressuscité avec ses sens, goûterait par ses sens mêmes toutes les voluptés qui lui font propres.,
Cette religion s’appela l’islamisme qui signifie résignation à la volonté de Dieu. Le livre qui la contient s’appela coran, c’est-à-dire, le livre, ou l’écriture, ou la lecture par excellence. […]
On y voit surtout une ignorance profonde de la Physique la plus simple et la plus connue. C’est là la pierre de touche des livres que les fausses religions prétendent écrits par la Divinité. […]
Le nouveau prophète donnait le choix à ceux qu’il voulait subjuguer d’embrasser sa secte ou de payer un tribut. […] De tous les législateurs qui ont fondé des religions, il est le seul qui ait étendu la sienne par les conquêtes. […]
Le peuple hébreux avait en horreur les autres nations, et craignait toujours d’être asservi. Le peuple arabe au contraire voulut tout attirer à lui, et se crut fait pour dominer. »
Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, tome 9, pages 864-865, 1765.

Denis DIDEROT (1713-1784),

« SARRARINS ou ARABES, philosophie des, : Le saint prophète ne savait ni lire ni écrire : de-là la haine des premiers musulmans contre toute espèce de connaissance ; le mépris qui s’en est perpétué chez leurs successeurs ; et la plus longue durée garantie aux mensonges religieux dont ils sont entêtés.

Mahomet fut si convaincu de l’incompatibilité de la Philosophie et de la Religion, qu’il décerna peine de mort contre celui qui s’appliquerait aux arts libéraux : c’est le même pressentiment dans tous les temps et chez tous les peuples, qui a fait hasarder de décrier la raison.
Le peu de lumière qui restait s’affaiblit au milieu du tumulte des armes, et s’éteignit au sein de la volupté ; l’alcoran fut le seul livre ; on brûla les autres, ou parce qu’ils étaient superflus s’ils ne contenaient que ce qui est dans l’alcoran, ou parce qu’ils étaient pernicieux, s’ils contenaient quelque chose qui n’y fût pas. Ce fut le raisonnement d’après lequel un des généraux  »sarrazins » fit chauffer pendant six mois les bains publics avec les précieux manuscrits de la bibliothèque d’Alexandrie. On peut regarder Mahomet comme le plus grand ennemi que la raison humaine ait eu. Il y avait un siècle que sa religion était établie, et que ce furieux imposteur n’était plus, lorsqu’on entendait des hommes remplis de son esprit s’écrier que Dieu punirait le calife Almamon [Al-Ma’mūn calife de Bagdad de 813 à 833], pour avoir appelé les sciences dans ses États; au détriment de la sainte ignorance des fidèles croyants.  »
Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, tome 14, page 664, Neufchastel : Samuel Faulche et Compagnie, 1765.

VOLTAIRE : « Il était bien difficile qu’une religion si simple et si sage, enseignée par un homme toujours victorieux, ne subjugât pas une partie de la Terre. En effet les musulmans ont fait autant de prosélytes par la parole que par l’épée. Ils ont converti à leur religion les Indiens et jusqu’aux nègres. Les Turcs même leurs vainqueurs se sont soumis à l’islamisme. […] Les premiers musulmans furent animés par Mahomet de la rage de l’enthousiasme. Rien n’est plus terrible qu’un peuple qui, n’ayant rien à perdre, combat à la fois par esprit de rapine et de religion. »
Questions sur l’Encyclopédie, article « Alcoran, ou plutôt le Koran », section II.

B / d) Caron de Beaumarchais :

« Je me jette à corps perdu dans le théâtre ; me fussé-je mis une pierre au cou ! Je broche une comédie dans les mœurs du sérail ; auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : à l’instant un envoyé … de je ne sais où se plaint que j’offense dans mes vers la Sublime Porte [les Turcs], la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, toute l’Égypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant : « chiens de chrétiens » ! Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant. »
Le Mariage de Figaro (1784), V, iii.
B / e) Marquis de CONDORCET (1743-1794 ) :

« J’exposerai comment la religion de Mahomet, la plus simple dans ses dogmes, la moins absurde dans ses pratiques, la plus tolérante dans ses principes, semble condamner à un esclavage éternel, à une incurable stupidité, toute cette vaste portion de la Terre où elle a étendu son empire ; tandis que nous allons voir briller le génie des sciences et de la liberté sous les superstitions les plus absurdes, au milieu de la plus barbare intolérance. La Chine nous offre le même phénomène, quoique les effets de ce poison abrutissant y aient été moins funestes. »
Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain,  » Sixième époque, Décadence des Lumières, jusqu’à leur restauration vers le  temps des croisades « , Paris : Masson, 1822 [1794].
C / XIXe siècle

C / a ) François-René de CHATEAUBRIAND (1768-1848) et Alfred de VIGNY (1797-1863) :

« Peut-on supposer que quelque imposteur, quelque nouveau Mahomet, sorti d’Orient, s’avance la flamme et le fer à la main, et vienne forcer les Chrétiens à fléchir le genou devant son idole ? La poudre à canon nous a mis à l’abri de ce malheur*. »
* Non pas si les gouvernements chrétiens ont la folie de discipliner les sectateurs du Coran. Ce serait un crime de lèse-civilisation que notre postérité, enchaînée peut-être, reprocherait avec des larmes de sang à quelques misérables hommes d’État de notre siècle. Ces prétendus politiques auraient appelé au secours de leurs petits systèmes les soldats fanatiques de Mahomet, et leur auraient donné les moyens de vaincre en permettant qu’on leur enseignât l’art militaire. Or, la discipline militaire n’est pas la civilisation ; avec des renégats chrétiens pour officiers, les brutes du Coran peuvent apprendre à vaincre dans les règles les soldats chrétiens.
« Le monde mahométan barbare a été au moment de subjuguer le monde chrétien barbare ; sans la vaillance de Charles Martel nous porterions aujourd’hui le turban : le monde mahométan discipliné pourrait mettre dans le même péril le monde chrétien discipliné. »
Essai sur les révolutions, 1797, IIe partie, chapitre LV.

« L’esprit du mahométisme est la persécution et la conquête : l’Évangile au contraire ne prêche que la tolérance et la paix […] Où en serions-nous si nos pères n’eussent repoussé la force par la force ? Que l’on contemple la Grèce et l’on apprendra ce que devient un peuple sous le joug des Musulmans. Ceux qui s’applaudissent tant aujourd’hui du progrès des Lumières auraient-ils donc voulu voir régner parmi nous une religion qui a brûlé la bibliothèque d’Alexandrie, qui se fait un mérite de fouler aux pieds les hommes et de mépriser souverainement les lettres et les arts ? Les croisades, en affaiblissant les hordes mahométanes au centre même de l’Asie, nous ont empêchés de devenir la proie des Turcs et des Arabes. »
Itinéraire de Paris à Jérusalem, 1811.

« Considérée sous le double rapport des intérêts généraux de la société et de nos intérêts particuliers, la guerre de la Russie contre la Porte [l’empire turc] ne doit nous donner aucun ombrage. En principe de grande civilisation, l’espèce humaine ne peut que gagner à la destruction de l’empire ottoman : mieux vaut mille fois pour les peuples la domination de la Croix à Constantinople que celle du Croissant. Tous les éléments de la morale et de la société politique sont au fond du christianisme, tous les germes de la destruction sociale sont dans la religion de Mahomet. On dit que le sultan actuel a fait des pas vers la civilisation : est-ce parce qu’il a essayé, à l’aide de quelques renégats français, de quelques officiers anglais et autrichiens, de soumettre ses hordes fanatiques à des exercices réguliers ? Et depuis quand l’apprentissage machinal des armes est-il la civilisation ? C’est une faute énorme, c’est presqu’un crime d’avoir initié les Turcs dans la science de notre tactique : il faut baptiser les soldats qu’on discipline, à moins qu’on ne veuille élever à dessein des destructeurs de la société.  »
Lettre à M. le comte de La Ferronnays, Rome, 30 novembre 1828, Mémoire, seconde partie.

VIGNY : « Croyez en Dieu et en son prophète qui ne sait ni lire ni écrire (dans le Coran). » Journal d’un poète, été-automne 1829.
« L’humanité a les mêmes droits sur elle-même qu’un homme sur son corps pour le guérir. Si l’on préfère la vie à la mort on doit préférer la civilisation à la barbarie. Nulle peuplade dorénavant n’aura le droit de rester barbare à côté des nations civilisées. L’Islamisme est le culte le plus immobile et le plus obstiné, il faut bien que les peuples qui le professent périssent s’ils ne changent de culte. »
Journal d’un poète, 1831 et été 1840.
« Je lui [à Lamartine] ai demandé s’il était toujours occupé de l’Orient. Il se montre enthousiasmé des malheurs des mahométans et les regarde comme plus civilisés que nous, à cause de la charité extrême en eux. – Cependant, lui dis-je, l’islamisme n’est qu’un christianisme corrompu, vous le pensez bien.
– Un christianisme purifié ! me dit-il avec chaleur.
Il ne m’a fallu que quelques mots pour lui rappeler que le Coran arrête toute science et toute culture ; que le vrai mahométan ne lit rien, parce que tout ce qui n’est pas dans le Coran est mauvais et qu’il renferme tout. – Les arts lui sont interdits parce qu’il ne doit pas créer une image de l’homme. » Journal d’un poète, 12 mars 1838.
« Mahomet eut le sentiment vrai du caractère de la religion lorsqu’il lui donna pour symbole le croissant de la lune dont la lumière est trompeuse et sans chaleur. » Journal d’un poète, 1849.
C / b) John Quincy Adams, 1767-1848 (6e président des U. S. A., 1825-1829) :

« In the seventh century of the Christian era, a wandering Arab of the lineage of Hagar [i.e., Muhammad], the Egyptian, […..] Adopting from the new Revelation of Jesus, the faith and hope [foi et espérance] of immortal life, and of future retribution, he humbled it to the dust by adapting all the rewards and sanctions of his religion to the gratification of the sexual passion. He poisoned the sources of human felicity at the fountain, by degrading the condition of the female sex, and the allowance of polygamy; and he declared undistinguishing and exterminating war, as a part of his religion, against all the rest of mankind [l’humanité]. THE ESSENCE OF HIS DOCTRINE WAS VIOLENCE AND LUST [le désir sexuel].- TO EXALT THE BRUTAL OVER THE SPIRITUAL PART OF HUMAN NATURE…. Between these two religions, thus contrasted in their characters, a war of twelve hundred years has already raged. The war is yet flagrant … While the merciless and dissolute dogmas of the false prophet shall furnish motives to human action, there can never be peace upon earth, and good will towards men. »
Cité dans Robert Spencer, From The Politically Incorrect Guide to Islam (and the Crusades).
C / c) Arthur Schopenhauer (1788-1860) :

« Que l’on considère, par exemple, le Coran ; ce méchant livre a suffi pour fonder une grande religion, satisfaire, pendant douze cents ans le besoin métaphysique de plusieurs millions d’hommes  ; il a donné un fondement à leur morale, leur a inspiré un singulier mépris de la mort et un enthousiasme capable d’affronter des guerres sanglantes, et d’entreprendre les plus vastes conquêtes. Or nous y trouvons la plus triste et la plus pauvre forme du théisme. Peut-être le sens nous en échappe-t-il en grande partie dans les traductions. Cependant je n’ai pu y découvrir une seule idée un peu profonde. »
Le Monde comme Vouloir et comme Représentation, 1844, Supplément au livre premier, seconde partie, § XVII « Sur le besoin métaphysique de l’humanité ». Traduction A. Burdeau revue et corrigée par Richard Roos, Paris : PUF, 1966, 1984.
C / d) Texte extrait d’un article de Friedrich Engels alors correspon­dant à Paris pour le journal anglais Northern Star, volume XI, 20 janvier 1848, n° 535, page 7 :

« En somme, à notre avis, c’est très heureux que ce chef arabe (Abd-el-­Kader) ait été capturé. La lutte des bédouins était sans espoir et bien que la manière brutale avec laquelle les soldats comme Bugeaux ont mené la guerre soit très blâmable, la conquête de l’Algérie est un fait important et heureux pour le progrès de la civilisation.

Les pirateries des États barbaresques, jamais com­battues par le gouvernement anglais tant que leurs bateaux n’étaient pas molestés, ne pouvaient être sup­primées que par la conquête de l’un de ces États. Et la conquête de l’Algérie a déjà obligé les beys de Tunis et Tripoli et même l’empereur du Maroc à prendre la route de la civilisation. Ils étaient obligés de trouver d’autres emplois pour leurs peuples que la piraterie et d’autres méthodes pour remplir leurs coffres que le tribut payé par les petits­ États d’Europe.

Si nous pouvons regretter que la liberté des bédouins du désert ait été détruite, nous ne devons pas oublier que ces mêmes bédouins étaient une nation de voleurs dont les moyens de vie principaux étaient de faire des razzias contre leurs voisins ou contre les villages paisibles, prenant ce qu’ils trouvaient, tuant ceux qui résistaient et vendant les prisonniers comme esclaves.

Toutes ces nations de barbares libres paraissent très fières, nobles et glorieuses vues de loin, mais approchez seulement et vous trouverez que, comme les nations plus civi­lisées, elles sont motivées par le désir de gain et emploient seule­ment des moyens plus rudes et plus cruels.

Et après tout, le bourgeois moderne avec sa civilisation, son industrie, son ordre, ses « lumières » relatives, est préférable au seigneur féodal ou au voleur maraudeur, avec la société barbare à laquelle ils appartiennent. »
C / e) Alphonse de Lamartine

« La religion, surtout dans l’Orient, terre théocratique par excellence, est le mobile des peuples. Leur nationalité est dans leur dogme, leur destinée est dans leur foi ; l’esprit de migration et de conquête qui les soulève dans leurs steppes natales et qui les dissémine un livre dans une main, un sabre dans l’autre à travers le monde, est surtout l’esprit de prosélytisme. Un prophète, un révélateur, marche avec eux derrière le conquérant. »
Histoire de la Turquie, Paris : Aux bureaux du Constitutionnel, 1854, livre premier, I.

« Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mahomet ? Les plus fameux n’ont remué que des armes, des lois; Ils n’ont fondé, quand ils ont fondé quelque chose, que des puissances matérielles écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur un tiers du globe habité; mais il a remué, de plus, des idées, des croyances, des âmes. »
Livre premier, XCIV.

« L’inspiration intérieure de Mahomet fut sa seule imposture. Il y avait deux hommes en lui, l’inspiré de la raison et le visionnaire de l’extase. Les inspirations du philosophe furent aidées à son insu par les visions du malade. Ses songes, ses délires, ses évanouissements pendant lesquels son imagination traversait le ciel et conversait avec des êtres imaginaires, lui faisaient à lui-même les illusions qu’il faisait aux autres. La crédulité arabe inventa le reste. »
Livre premier, XC.

« Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur des dogmes rationnels d’un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet. A toutes les échelles ou l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ? Il n’y a de plus grand que celui qui, en enseignant avant lui le même dogme, avait promulgué en même temps une morale plus pure, qui n’avait pas tiré l’épée pour aider la parole, seul glaive de l’esprit, qui avait donné son sang au lieu de répandre celui de ses frères, et qui avait été martyr au lieu d’être conquérant. Mais celui-là, les hommes l’ont jugé trop grand pour être mesuré à la mesure des hommes, et si sa nature humaine et sa doctrine l’ont fait prophète, même parmi les incrédules, sa vertu et son sacrifice l’ont proclamé Dieu ! »
Livre premier, XC.

C / f) Karl Marx (1818-1883), New-York Herald Tribune, 15 avril 1854 :

« Declaration of War. – On the History of the Eastern Question, London, Tuesday, March 28, 1854 » :

« The Koran and the Musulman legislation emanating from it reduce the geography and ethnography of the various people to the simple and convenient distinction of two nations and of two countries; those of the Faithful and of the Infidels. The Infidel is “harby,” i.e. the enemy. Islamism proscribes the nation of the Infidels, constituting a state of permanent hostility between the Musulman and the unbeliever. In that sense the corsair-ships of the Berber States were the holy fleet of Islam. How, then, is the existence of Christian subjects of the Porte to be reconciled with the Koran ? [« Le Coran et la législation musulmane qui en résulte réduisent la géographie et l’ethnographie des différents peuples à la simple et pratique distinction de deux nations et de deux territoires ; ceux des Fidèles et des Infidèles. L’Infidèle est « harby », c’est-à-dire ennemi. L’islam proscrit la nation des Infidèles, établissant un état d’hostilité permanente entre le musulman et l’incroyant. Dans ce sens, les navires pirates des États Berbères furent la flotte sainte de l’Islam. Comment, donc, l’existence de chrétiens sujets de la Porte [l’empire turc]  peut-elle être conciliée avec le Coran ? » ; voir, plus loin, la même idée chez Michel Onfray]

“If a town,” says the Musulman legislation, “surrenders by capitulation, and its habitants consent to become rayahs, that is, subjects of a Musulman prince without abandoning their creed, they have to pay the kharatch (capitation tax), when they obtain a truce with the faithful, and it is not permitted any more to confiscate their estates than to take away their houses … In this case their old churches form part of their property, with permission to worship therein. But they are not allowed to erect new ones. They have only authority for repairing them, and to reconstruct their decayed portions. At certain epochs commissaries delegated by the provincial governors are to visit the churches and sanctuaries of the Christians, in order to ascertain that no new buildings have been added under pretext of repairs. If a town is conquered by force, the inhabitants retain their churches, but only as places of abode or refuge, without permission to worship.”. »
C / g) Alexis de Tocqueville (1805-1859) :

 » Caractère des conquêtes de la Révolution. Il arriva alors quelques chose d’analogue à ce qu’on vit à la naissance de l’islamisme, quand les Arabes convertirent la moitié de la Terre en la ravageant.  » De la Constituante au 18 Brumaire.

 » L’architecture peint les besoins et les mœurs. Celle-ci ne résulte pas seulement de la chaleur du climat ; elle peint à merveille l’état social et politique des populations musulmanes et orientales : la polygamie, la séquestration des femmes, l’absence de toute vie publique, un gouvernement tyrannique et ombrageu qui force de cacher sa vie et rejette toutes les affections de cœur dans l’intérieur de la famille.  » Voyage en Algérie, 7 mai 1841.

 » Une dernière querelle et je vous quitte. En même temps que vous êtes si sévère pour cette religion qui a tant contribué cependant à nous placer à la tête de l’espèce humaine, vous me paraissez avoir un certain faible pour l’islamisme. Cela me rappelle un autre de mes amis que j’ai retrouvé en Afrique devenu mahométan. Cela ne m’a point entraîné. J’ai beaucoup étudié le Coran à cause surtout de notre position vis-à-vis des populations musulmanes en Algérie et dans tout l’Orient. Je vous avoue que je suis sorti de cette étude avec la conviction qu’il y avait eu dans le monde, à tout prendre, peu de religions aussi funestes aux hommes que celle de Mahomet. Elle est, à mon sens, la principale cause de la décadence aujourd’hui si visible du monde musulman et quoique moins absurde que le polythéisme antique, ses tendances sociales et politiques étant, à mon avis, infiniment plus à redouter, je la regarde relativement au paganisme lui-même comme une décadence plutôt que comme un progrès. Voilà ce qu’il me serait possible, je crois, de vous démontrer clairement, s’il vous venait jamais la mauvaise pensée de vous faire circoncire… » Lettre à Gobineau, 22 octobre 1843,

« L’islam, c’est la polygamie, la séquestration des femmes, l’absence de toute vie publique, un gouvernement tyrannique et ombrageux qui force de cacher sa vie et rejette toutes les affections du coeur du côté de l’intérieur de la famille. »
Voyages en Angleterre, Irlande, Suisse et Algérie.

« Mahomet a fait descendre du ciel, et a placé dans le Coran, non-seulement des doctrines religieuses, mais des maximes politiques, des lois civiles et criminelles, des théories scientifiques. L’évangile ne parle au contraire que des rapports généraux des hommes avec Dieu, et entre eux. Hors de là, il n’enseigne rien et n’oblige à rien croire. Cela seul, entre mille autres raisons, suffit pour montreur que la première de ces deux religions ne saurait dominer longtemps dans des temps de lumières et de démocratie, tandis que la seconde est destinée à régner dans ces siècles comme dans tous les autres. »
De la Démocratie en Amérique, tome III, 1ère partie « Influence de la Démocratie sur le Mouvement intellectuel », chapitre V  » Comment, aux États-Unis, la religion sait se servir des instincts démocratiques « , Paris: Pagnerre, 1848.

« Dans leur correspondance de l’année 1843 [avec Gobineau], de Tocqueville s’affirme comme chrétien et dénigre l’islam, auquel il impute la « décadence du monde arabe, en disant s’appuyet sur sa lecture du « Koran » faite en relation avec son intéret pour l’Algérie et l’Orient (entendons le Proche-Orient).
On doit rappeler aussi que de Tocqueville a utilisé le modèle de la diffusion de l’islam pour rendre compte de la Révolution française, au passage et d’un seul mot, mais qui pèse. Il soutient que la Révolution française ne fut pas, essentiellement, un mouvement qui visait l’Église : elle avait pour but d’ « énerver » le pouvoir politique. Propagande, prosélytisme : la Révolution française a « opéré » par rapport à ce monde comme les religions par rapport à l’autre monde. Et c’est pourquoi elle eut un air de « révolution religieuse » qui a « épouvanté les contemporains, ou plutôt elle est devenue elle-même une sorte de religion nouvelle, religion imparfaite, il est vrai sans Dieu, sans culte et sans autre vie, mais qui néanmoins, comme l’islamisme, a inondé toute la Terre de ses soldats, de ses apôtres et de ses martyrs » (souligné par nous). Lorsque paraissent ces lignes, en 1856, le voyage de de Tocqueville en Algérie est loin, de même que sa première dépréciation de l’islam. Aussi se construit un nouveau paradoxe, celui d’un conflit entre deux entités similaires : la Révolution française qui, ayant propagé l’idée d’égalité universelle, légitime l’entreprise coloniale en Algérie musulmane est analogue à une autre révolution religieuse, celle qui a fait naître le monde musulman ; ce sont donc deux grandes religions qui s’affrontent, l’une qui a produit de la « grandeur », l’autre de la « décadence ».
Dominique Colas, article « Tocqueville », in François Pouillon, Dictionnaire des orientalistes de langue française, Paris : Karthala éditions, 2008.
C / h) Ernest RENAN (1823-1892) :

« La nature humaine, plus forte au fond que tous les systèmes religieux, sait trouver des secrets pour reprendre sa revanche. L’islamisme, par la plus flagrante contradiction, n’a-t-il pas vu dans son sein un développement de science purement rationaliste ? Kepler, Newton, Descartes et la plupart des fondateurs de la science moderne étaient des croyants. Étrange illusion, qui prouve au moins la bonne foi de ceux qui entreprirent cette œuvre, et plus encore la fatalité qui entraîne l’esprit humain engagé dans les voies du rationalisme à une rupture absolue, que d’abord il repousse, avec toute religion positive ! […] L’islamisme qui, par un étrange destin, à peine constitué comme religion dans ses premières années est allé depuis acquérant sans cesse un nouveau degré de force et de stabilité, l’islamisme périra par l’influence seule de la science européenne, et ce sera notre siècle qui sera désigné par l’histoire comme celui où commencèrent à se poser les causes de cet immense événement. La jeunesse d’Orient, en venant dans les écoles d’Occident puiser la science européenne, emportera avec elle ce qui en est le corollaire inséparable, la méthode rationnelle, l’esprit expérimental, le sens du réel, l’impossibilité de croire à des traditions religieuses évidemment conçues en dehors de toute critique. »
L’Avenir de la science, III, 1848.

« L’islamisme ne peut exister que comme religion officielle ; quand on le réduira à l’état de religion libre ou individuelle, il périra. L’islamisme n’est pas seulement une religion d’État, comme l’a été le catholicisme en France, sous Louis XIV, comme il l’est encore en Espagne ; c’est la religion excluant l’État, c’est une organisation dont les États pontificaux seuls en Europe offraient le type. […] L’islam est la plus complète négation de l’Europe ; l’islam est le fanatisme […] le dédain de la science, la suppression de la société civile ; c’est l’épouvantable simplicité de l’esprit sémitique, rétrécissant le cerveau humain, le fermant à toute idée délicate, à tout sentiment fin, à toute recherche rationnelle, pour le mettre en face d’une éternelle tautologie : Dieu est Dieu. »
De la part des peuples sémitiques dans l’histoire de la civilisation, 1862.

« Toute personne un peu instruite des choses de notre temps voit clairement l’infériorité actuelle des pays musulmans, la décadence des États gouvernés par l’islam, la nullité intellectuelle des races qui tiennent uniquement de cette religion leur culture et leur éducation.[…] le musulman a le plus profond mépris pour l’instruction, pour la science, pour tout ce qui constitue l’esprit européen. […] l’islam est à mille lieues de tout ce qui peut s’appeler rationalisme ou science. {…] Le terrible coup de vent de l’islam arrêta net, pendant une centaine d’années, tout ce beau développement iranien. […]. Une ville qui a eu dans l’histoire de l’esprit humain un rôle tout à fait à part, la ville de Harran, était restée païenne et avait gardé toute la tradition scientifique de l’antiquité grecque ; toutes […] l’élément vraiment fécond de tout cela venait de la Grèce. […] L’astronomie n’est tolérée que pour la partie qui sert à déterminer la direction de la prière. […] , parmi les philosophes et les savants dits arabes, il n’y en a guère qu’un seul, Alkindi, qui soit d’origine arabe ; » […]
« Les libéraux qui défendent l’islam ne le connaissent pas. L’islam, c’est l’union indiscernable du spirituel et du temporel, c’est le règne d’un dogme, c’est la chaîne la plus lourde que l’humanité ait jamais portée. […] Faire honneur à l’islam de la philosophie et de la science qu’il n’a pas tout d’abord anéanties, c’est comme si l’on faisait honneur aux théologiens des découvertes de la science moderne. […] Faire honneur à l’islam d’Avicenne, d’Avenzoar, d’Averroès, c’est comme si l’on faisait honneur au catholicisme de Galilée [ou au judaïsme de la philosophie de Spinoza]. […] L’islam a réussi pour son malheur. En tuant la science, il s’est tué lui-même, et s’est condamné dans le monde à une complète infériorité. »
L’islamisme et la science, Conférence faite à la Sorbonne le 29 mars 1883, publiée dans Discours et conférences, 1887, texte repris dans : Œuvres complètes, tome 1, Calmann-Lévy, 1947, pages 947-965.
C / i) Gustave Flaubert (1821-1880) :

« Sans doute par l’effet de mon vieux sang normand, depuis la guerre d’Orient [1875-1878], je suis indigné contre l’Angleterre, indigné à en devenir Prussien ! Car enfin, que veut-elle ? Qui l’attaque ? Cette prétention de défendre l’Islamisme (qui est en soi une monstruosité) m’exaspère. Je demande, au nom de l’humanité, à ce qu’on broie la Pierre-Noire, pour en jeter les cendres au vent, à ce qu’on détruise la Mecque, et que l’on souille la tombe de Mahomet. Ce serait le moyen de démoraliser le Fanatisme. »
Lettre à Edma Roger des Genettes, 1er mars 1878.

Commentaire pris sur facebook en janvier 2015 :

 » Hollande se rend en Arabie séoudite. Va-t-il offrir au nouveau roi Salmane, en guise de cadeau pour son avènement, le tome V de la correspondance de Flaubert ? Il y lirait, page 366 (lettre du 1/3/1878) : « Cette prétention de défendre l’islam* (qui est, en soi, une monstruosité) m’exaspère. Je demande, au nom de l’Humanité, à ce qu’on broie la Pierre-Noire, pour en jeter les cendres au vent, à ce qu’on détruise La Mecque, et que l’on souille la tombe de Mahomet. Ce serait le moyen de démoraliser le Fanatisme. »
(* En fait Flaubert écrit « islamisme ». Mais au XIXe, ainsi qu’on le voit chez Renan et que l’atteste Littré, « islamisme », qui fait parallèle avec « christianisme », est couramment employé au sens d’ « islam ». Le sens moderne d’ « islamisme », désignant la conception intégriste et fanatique de l’islam, n’existe pas alors).  »
Pourtant, bien des critiques rapportées sur cette page de mon blog, y compris celles de Bossuet, Vigny et Renan, s’appliquent parfaitement à l’islamisme contemporain et à son obscurantisme.
C / j) Frédéric Nietzsche (1844-1900) :

Fragments posthumes, 1878-1888,

N I 3c, 1878 – juillet 1879 : 39[8] : — sur l’islam [—  über den Islam ?]
E. [Edmond] Schérer, études litteraires.
Ambros III Band (Renaissance bis Palestrina).
Peschel, Völkerkunde.
Renan usw.

M III 4a, automne 1881 : 5[17] :
« Mon orgueil consiste en ce que « j’ai une origine » – c’est pourquoi je n’ai pas besoin de gloire. En tout ce qui pouvait émouvoir Zoroastre, Moïse, Mahomet, Jésus, Platon, Brutus, Spinoza, Mirabeau, moi aussi d’ores et déjà j’étais vivant et pour maintes choses ce n’est qu’en moi que vient au jour ce qui nécessitait quelques millénaires pour passer de l’état embryonnaire à celui de pleine maturité. Nous sommes les premiers aristocrates de l’esprit – ce n’est qu’à partir de maintenant que commence l’esprit historien. »
[Im Alterthum hatte jeder höhere Mensch die Begierde nach dem Ruhme — das kam daher, daß jeder mit sich die Menschheit anzufangen glaubte und sich genügende Breite und Dauer nur so zu geben wußte, daß er sich in alle Nachwelt hinein dachte, als mitspielenden Tragöden der ewigen Bühne. Mein Stolz dagegen ist „ich habe eine Herkunft“ — deshalb brauche ich den Ruhm nicht. In dem, was Zarathustra, Moses, Muhamed Jesus Plato Brutus Spinoza Mirabeau bewegte, lebe ich auch schon, und in manchen Dingen kommt in mir erst reif an’s Tageslicht, was embryonisch ein paar Jahrtausende brauchte. Wir sind die ersten Aristokraten in der Geschichte des Geistes — der historische Sinn beginnt erst jetzt.]

W II 5, printemps 1888 : 14[180] : « le mahométisme, en tant que c’est une religion pour des hommes, a un profond mépris pour la sentimentalité et l’hypocrisie du christianisme … une religion de femmes, comme il la ressent – » [der Muhammedanismus, als eine Religion für Männer, hat eine tiefe Verachtung für die Sentimentalität und Verlogenheit des Christenthums… einer Weibs-Religion, als welche er sie fühlt —]

14[204] : [Muhammedanismus hat von den Christen wiederum gelernt : die Benutzung des „Jenseits“ als Straf-Organ.]
L’Antéchrist,
« Quel est tout ce que, plus tard, Mahomet prit au christianisme ? L’invention de Paul, son moyen de la tyrannie des prêtres, de la formation de troupeaux : la croyance en l’immortalité — cela s’appelle la doctrine du « Jugement ». » [Was allein entlehnte später Muhamed dem Christenthum? Die Erfindung des Paulus, sein Mittel zur Priester-Tyrannei, zur Heerden-Bildung den Unsterblichkeits-Glauben — das heisst die Lehre vom „Gericht“…]
§ 42.

« Le « saint mensonge » est commun à Confucius, aux lois de Manou, à Mahomet, à l’Église chrétienne – : il ne manque pas chez Platon. « La vérité est là » : partout où l’on entend ça, cela signifie que le prêtre ment … » [Die „heilige Lüge“ — dem Confucius, dem Gesetzbuch des Manu, dem Muhamed, der christlichen Kirche gemeinsam: sie fehlt nicht bei Plato. „Die Wahrheit ist da“: dies bedeutet, wo nur es laut wird, der Priester lügt…]
§ 55.

« Si l’Islam méprise le christianisme, il a là mille fois raison : l’Islam présuppose des hommes… » [Wenn der Islam das Christenthum verachtet, so hat er tausend Mal Recht dazu: der Islam hat Männer zur Voraussetzung…]
§ 59.
« Le christianisme nous a frustrés de la moisson de la culture antique, et, plus tard, il nous a encore frustrés de celle de la culture de l’islam. Le merveilleux monde culturel maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds (et je préfère ne pas penser par quels pieds !) — Pourquoi ? Parce qu’elle devait le jour à des instincts aristocratiques, à des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, avec en plus les exquis raffinements de la vie maure !… Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière — une civilisation en comparaison de laquelle même notre XIXe siècle semblerait pauvre et retardataire.[…] En soi, on ne devrait même pas avoir à choisir entre l’islam et le christianisme, pas plus qu’entre un Arabe et un Juif. La réponse est donnée d’avance : ici, nul ne peut choisir librement. Soit on est un tchandala, soit on ne l’est pas. « Guerre à outrance avec Rome ! Paix et amitié avec l’Islam. » C’est ce qu’a senti, c’est ce qu’a fait ce grand esprit fort, le seul génie parmi les empereurs allemands, Frédéric II. » [Das Christenthum hat uns um die Ernte der antiken Cultur gebracht, es hat uns später wieder um die Ernte der Islam-Cultur gebracht. Die wunderbare maurische Cultur-Welt Spaniens, uns im Grunde verwandter, zu Sinn und Geschmack redender als Rom und Griechenland, wurde niedergetreten — ich sage nicht von was für Füssen — warum? weil sie vornehmen, weil sie Männer-Instinkten ihre Entstehung verdankte, weil sie zum Leben Ja sagte auch noch mit den seltnen und raffinirten Kostbarkeiten des maurischen Lebens!… Die Kreuzritter bekämpften später Etwas, vor dem sich in den Staub zu legen ihnen besser angestanden hätte, — eine Cultur, gegen die sich selbst unser neunzehntes Jahrhundert sehr arm, sehr „spät“ vorkommen dürfte. — Freilich, sie wollten Beute machen: der Orient war reich… Man sei doch unbefangen! Kreuzzüge — die höhere Seeräuberei, weiter nichts! — Der deutsche Adel, Wikinger-Adel im Grunde, war damit in seinem Elemente: die Kirche wusste nur zu gut, womit man deutschen Adel hat… Der deutsche Adel, immer die „Schweizer“ der Kirche, immer im Dienste aller schlechten Instinkte der Kirche, — aber gut bezahlt… Dass die Kirche gerade mit Hülfe deutscher Schwerter, deutschen Blutes und Muthes ihren Todfeindschafts-Krieg gegen alles Vornehme auf Erden durchgeführt hat! Es giebt an dieser Stelle eine Menge schmerzlicher Fragen. Der deutsche Adelfehlt beinahe in der Geschichte der höheren Cultur: man erräth den Grund… Christenthum, Alkohol — die beiden grossen Mittel der Corruption… An sich sollte es ja keine Wahl geben, Angesichts von Islam und Christenthum, so wenig als Angesichts eines Arabers und eines Juden. Die Entscheidung ist gegeben, es steht Niemandem frei, hier noch zu wählen. Entweder ist man ein Tschandala oder man ist es nicht… „Krieg mit Rom auf’s Messer! Friede, Freundschaft mit dem Islam“: so empfand, so that jener grosse Freigeist, das Genie unter den deutschen Kaisern, Friedrich der Zweite. Wie? muss ein Deutscher erst Genie, erst Freigeist sein, um anständig zu empfinden? — Ich begreife nicht, wie ein Deutscher je christlich empfinden konnte…]
§ 60.

[Cf Julien Rochedy, 2 octobre 2014] :  » J’ai le tort d’être nietzschéen et de me rappeler des belles pages de mon maître sur l’Islam. J’ai le tort d’avoir lu et apprécié René Guénon. J’ai certainement le tort d’avoir beaucoup aimé le récit des Omeyyades et des Abbassides dans l’Histoire des civilisations de Will Durant, historien peu connu et pourtant absolument génial. J’ai le tort d’avoir des ami(e)s musulmans, dont certains étrangers qui déplorent d’ailleurs le comportement lamentable que peut avoir une partie de nos berbères à nationalité française qui se prétendent musulmans. Et puis il faut dire que j’ai un respect, un peu conventionnel peut-être, pour tout ce qui touche à la spiritualité des gens. C’est comme ça. Je dois sans doute tenir ce trait de ma propre éducation religieuse chez les bonnes sœurs. « ]. On a vu plus haut que Nietzsche n’est pas toujours tendre envers l’islam.

C / k) Jules Napoléon NEY (1849-1900, petit-fils du maréchal Ney) :

« Si nous ne nous étions limité à dessein le champ du présent travail, nous montrerions aux lecteurs de l’“Initiation” quelles éventualités redoutables menacent l’Europe chrétienne au courant du vingtième siècle. Il est à craindre qu’elle ne se trouve prise entre la marche en avant vers le nord des musulmans d’Afrique et la marche en avant vers l’ouest des musulmans d’Asie. Nous ne parlons pas de la réserve innombrable des peuples de race jaune qui, comme une invasion de sauterelles, viendra achever et clore l’œuvre destructive et dévastatrice si bien commencée par les Mahométans dans une Europe qui a oublié la solidarité qui devrait unir les nations menacées. »
(Napoléon Ney, Un danger européen : Les société secrètes musulmanes, V ; Paris : Georges Carré libraire-éditeur, 1890, page 20).

C / l) Winston Churchill (1874-1965) :

« How dreadful are the curses which Mohammedanism lays on its votaries ! Besides the fanatical frenzy, which is as dangerous in a man as hydrophobia in a dog, there is this fearful fatalistic apathy. The effects are apparent in many countries. Improvident habits, slovenly systems of agriculture, sluggish methods of commerce, and insecurity of property exist wherever the followers of the Prophet rule or live. A degraded sensualism deprives this life of its grace and refinement; the next of its dignity and sanctity. The fact that in Mohammedan law every woman must belong to some man as his absolute property – either as a child, a wife, or a concubine – must delay the final extinction of slavery until the faith of Islam has ceased to be a great power among men. Individual Moslems may show splendid qualities. Thousands become the brave and loyal soldiers of the Queen ; all know how to die; but the influence of the religion paralyses the social development of those who follow it. No stronger retrograde force exists in the world. Far from being moribund, Mohammedanism is a militant and proselytizing faith. It has already spread throughout Central Africa, raising fearless warriors at every step; and were it not that Christianity is sheltered in the strong arms of science – the science against which it had vainly struggled – the civilization of modern Europe might fall, as fell the civilization of ancient Rome. » (The River War : An Account of the Reconquest of the Sudan, volume II, 1999).
D / XXe siècle, avant la correction politique :

D / a) Jacob Burckhardt (1818-1897) :

« Celui qui ne cherche pas à exterminer les Musulmans ou n’en a pas les moyens, fait mieux de les laisser tranquilles ; on arrivera peut-être à s’emparer de leurs contrées désertiques, arides et dénudées, mais on ne pourra jamais les contraindre à se soumettre à une forme d’État non-coranique : leur sobriété leur assure une très grande indépendance individuelle, leur système d’esclavage et leur domination sur les Giaours leur permettent de maintenir intact leur mépris du travail – exception faite du travail agricole – mépris qui est nécessaire à leur pathos.

Le régime ottoman révèle une singulière continuité qui s’explique peut-être par un épuisement des forces destinées à une possible usurpation. Mais tout rapprochement avec la culture occidentale semble être absolument pernicieux pour les Musulmans, à commencer par les emprunts et les dettes d’État. »
Considérations sur l’histoire universelle (posthume, 1905), III, 3, « L’État conditionné par la religion ».

D / b) Alain Quellien, 1910 :

« L’Islamophobie. — Il y a toujours eu, et il y a encore, un préjugé contre l’Islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne. Pour d’aucuns, le musulman est l’ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l’Européen, l’islamisme est la négation de la civilisation, et la barbarie, la mauvaise foi et la cruauté sont tout ce qu’on peut attendre de mieux des mahométans. […] Il semble que cette prévention contre l’Islam soit un peu exagérée, le musulman n’est pas l’ennemi né de l’Européen (1), mais il peut le devenir par suite de circonstances locales et notamment lorsqu’il résiste à la conquête à main armée. » (Alain Quellien, La Politique musulmane dans l’Afrique occidentale française, seconde partie  » La politique musulmane « , chapitre premier  » Reproches adressés à l’Islam dans l’Afrique Occidentale « , pages 133-135, Paris, É. Larose, 1910).
1. On a vu plus haut que Karl Marx était d’un avis contraire.

André GIDE ;  » Ce jeune musulman, élève de [Louis] Massignon, qui vint un matin me parler et que j’envoyai à Marcel de Coppet : avec des larmes, des sanglots dans la voix, il racontait sa conviction profonde : l’Islam seul était en possession de la vérité qui pouvait apporter la paix au monde, résoudre les problèmes sociaux, concilier les plus irréductibles antagonismes des nations… Berdiaeff réserve ce rôle à l’orthodoxie grecque. De même le catholique ou le juif, chacun à sa religion propre. C’est au nom de Dieu qu’on se battra. Et comment en serait-il autrement, du moment que chaque religion prétend au monopole de la vérité révélée ? Car il ne s’agit plus ici de morale ; mais bien de révélation. C’est ainsi que les religions, chacune prétendant unir tous les hommes, les divisent. Chacune prétend être la seule à posséder la Vérité. La raison est commune à tous les hommes, et s’oppose à la religion, aux religions.  » (Journal, 14 avril 1933)
D / c) John M. Keynes (1883-1946) :

« My feelings about Das Kapital are the same as my feelings about the Koran. I know that it is historically important and I know that many people, not all of whom are idiots, find it a sort of Rock of Ages and containing inspiration. Yet when I look into it, it is to me inexplicable that it can have this effect. Its dreary, out-of-date, academic controversialising seems so extraordinarily unsuitable as material for the purpose. But then, as I have said, I feel just the same about the Koran. How could either of these books carry fire and sword round half the world? It beats me. Clearly there is some defect in my understanding. Do you believe both Das Kapital and the Koran? » (Lettre à George Bernard Shaw, 2 décembre 1934).
D / d) Claude Lévi-Strauss (1908-2009) :

« L’Islam me déconcertait par une attitude envers l’histoire contradictoire à la nôtre et contradictoire en elle-même : le souci de fonder une tradition s’accompagnait d’un appétit destructeur de toutes les traditions antérieures. (…)

Dans les Hindous, je contemplais notre exotique image, renvoyée par ces frères indo-européens évolués sous un autre climat, au contact de civilisations différentes, mais dont les tentations intimes sont tellement identiques aux nôtres qu’à certaines périodes, comme l’époque 19000, elles remontent chez nous aussi en surface.

Rien de semblable à Agra, où règnent d’autres ombres : celles de la Perse médiévale, de l’Arabie savante, sous une forme que beaucoup jugent conventionnelle. Pourtant, je défie tout visiteur ayant encore gardé un peu de fraîcheur d’âme de ne pas se sentir bouleversé en franchissant, en même temps que l’enceinte du Taj, les distances et les âges, accédant de plain-pied à l’univers des Mille et une Nuits […].

Pourquoi l’art musulman s’effondre-t-il si complètement dès qu’il cesse d’être à son apogée ? Il passe sans transition du palais au bazar. N’est-ce pas une conséquence de la répudiation des images ? L’artiste, privé de tout contact avec le réel, perpétue une convention tellement exsangue qu’elle ne peut être rajeunie ni fécondée. Elle est soutenue par l’or, ou elle s’écroule. […]

Si l’on excepte les forts, les musulmans n’ont construit dans l’Inde que des temples et des tombes. Mais les forts étaient des palais habités, tandis que les tombes et les temples sont des palais inoccupés. On éprouve, ici encore, la difficulté pour l’Islam de penser la solitude. Pour lui, la vie est d’abord communauté, et le mort s’installe toujours dans le cadre d’une communauté, dépourvue de participants. […]

N’est-ce pas l’image de la civilisation musulmane qui associe les raffinements les plus rares – palais de pierres précieuses, fontaines d’eau de rose, mets recouverts de feuilles d’or, tabac à fumer mêlé de perles pilées – servant de couverture à la rusticité des moeurs et à la bigoterie qui imprègne la pensée morale et religieuse ?

Sur le plan esthétique, le puritanisme islamique, renonçant à abolir la sensualité, s’est contenté de la réduire à ses formes mineures : parfums, dentelles, broderies et jardins. Sur le plan moral, on se heurte à la même équivoque d’une tolérance affichée en dépit d’un prosélytisme dont le caractère compulsif est évident. En fait, le contact des non-musulmans les angoisse. Leur genre de vie provincial se perpétue sous la menace d’autres genres de vie, plus libres et plus souples que le leur, et qui risquent de l’altérer par la seule contiguïté.

Plutôt que de parler de tolérance, il vaudrait mieux dire que cette tolérance, dans la mesure où elle existe, est une perpétuelle victoire sur eux-mêmes. En la préconisant, le Prophète les a placés dans une situation de crise permanente, qui résulte de la contradiction entre la portée universelle de la révélation et de la pluralité des fois religieuses. Il y a là une situation paradoxale au sens « pavlovien » , génératrice d’anxiété d’une part et de complaisance en soi-même de l’autre, puisqu’on se croit capable, grâce à l’Islam, de surmonter un pareil conflit. En vain d’ailleurs : comme le remarquait un jour devant moi un philosophe indien, les musulmans tirent vanité de ce qu’ils professent la valeur universelle de grand principes – liberté, égalité, tolérance – et ils révoquent le crédit à quoi ils prétendent en affirmant du même jet qu’ils sont les seuls à les pratiquer.

Un jour à Karachi, je me trouvais en compagnie de Sages musulmans, universitaires ou religieux. À les entendre vanter la supériorité de leur système, j’étais frappé de constater avec quelle insistance ils revenaient à un seul argument : sa simplicité. La législation islamique en matière d’héritage est meilleure que l’hindoue, parce qu’elle est plus simple. […] Tout l’Islam semble être, en effet, une méthode pour développer dans l’esprit des croyants des conflits insurmontables, quitte à les sauver par la suite en leur proposant des solutions d’une très grande (mais trop grande) simplicité. D’une main on les précipite, de l’autre on les retient au bord de l’abîme. Vous inquiétez-vous de la vertu de vos épouses ou de vos filles pendant que vous êtes en campagne ? Rien de plus simple, voilez-les et cloîtrez-les. C’est ainsi qu’on en arrive au burkah moderne, semblable à un appareil orthopédique […].

Chez les Musulmans, manger avec les doigts devient un système : nul ne saisit l’os de la viande pour en ronger la chair. De la seule main utilisable (la gauche étant impure, parce que réservée aux ablutions intimes) on pétrit, on arrache les lambeaux et quand on a soif, la main graisseuse empoigne le verre. En observant ces manières de table qui valent bien les autres, mais qui du point de vue occidental, semblent faire ostentation de sans-gêne, on se demande jusqu’à quel point la coutume, plutôt que vestige archaïque, ne résulte pas d’une réforme voulue par le Prophète – « ne faites pas comme les autres peuples, qui mangent avec un couteau » – inspiré par le même souci, inconscient sans doute, d’infantilisation systématique, d’imposition homosexuelle de la communauté par la promiscuité qui ressort des rituels de propreté après le repas, quand tout le monde se lave les mains, se gargarise, éructe et crache dans la même cuvette, mettant en commun, dans une indifférence terriblement autiste, la même peur de l’impureté associée au même exhibitionnisme. […]

[S]i un corps de garde pouvait être religieux, l’Islam paraîtrait sa religion idéale : stricte observance du règlement (prières cinq fois par jour, chacune exigeant cinquante génuflexions [sic]) ; revues de détail et soins de propreté (les ablutions rituelles) ; promiscuité masculine dans la vie spirituelle comme dans l’accomplissement des fonctions religieuses ; et pas de femmes.
[…]
Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au-dehors. En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien de dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme insconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables ; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une « néantisation » d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d’une exclusive contre les infidèles qui ne peut pas s’avouer, puisque, en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à les reconnaître eux-mêmes comme existants. […] Ce malaise ressenti au voisinage de l’Islam, je n’en connais que trop les raisons : je retrouve en lui l’univers d’où je viens ; l’Islam, c’est l’Occident de l’Orient. Plus précisément encore, il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane. […] Si, pourtant, une France de quarante-cinq millions d’habitants s’ouvrait largement sur la base de l’égalité des droits, pour admettre vingt-cinq millions de citoyens musulmans, même en grande proportion illettrés, elle n’entreprendrait pas une démarche plus audacieuse que celle à quoi l’Amérique dut de ne pas rester une petite province du monde anglo-saxon. […] pari dont l’enjeu est aussi grave que celui que nous refusons de risquer.

Le pourrons-nous jamais ? En s’ajoutant, deux forces régressives voient-elles leur direction s’inverser ? (…) [I]ci, à Taxila, dans ces monastères bouddhistes que l’influence grecque a fait bourgeonner de statues, je suis confronté à cette chance fugitive qu’eut notre Ancien Monde de rester un ; la scission n’est pas encore accomplie. Un autre destin est possible, celui, précisément, que l’Islam interdit en dressant sa barrière entre un Occident et un Orient qui, sans lui, n’auraient peut-être pas perdu leur attachement au sol commun où ils plongent leurs racines. (…)
[…]
Aujourd’hui, c’est par-dessus l’Islam que je contemple l’Inde ; mais celle de Bouddha, avant Mahomet qui, pour moi européen et parce que européen, se dresse entre notre réflexion et des doctrines qui en sont les plus proches comme le rustique empêcheur d’une ronde où les mains prédestinées à se joindre, de l’Orient et de l’Occident ont été par lui désunies. Quelle erreur allais-je commettre, à la suite de ces musulmans qui se proclament chrétiens et occidentaux et placent à leur Orient la frontière entre les deux mondes ! […] L’évolution rationnelle est à l’inverse de celle de l’histoire : l’Islam a coupé en deux un monde plus civilisé. Ce qui lui paraît actuel relève d’une époque révolue, il vit dans un décalage millénaire. Il a su accomplir une œuvre révolutionnaire ; mais comme celle-ci s’appliquait à une fraction attardée de l’humanité, en ensemençant le réel il a stérilisé le virtuel : il a déterminé un progrès qui est l’envers d’un projet. » Tristes Tropiques, 9e partie, xxxix, Paris : Plon, 1955, collection Terre Humaine.
D / e) André MALRAUX (1901-1976) :

 » La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera.
C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. À l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’État. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis « musulmane » je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard ! Les « misérables » ont d’ailleurs peu à perdre.
Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution.  »
3 juin 1956.
Elisabeth de Miribel, transcription par sténographie. Source Institut Charles de Gaulle. Valeurs Actuelles, n° 3395.

© http://www.malraux.org, 3 décembre 2009 et 24 février 2010

D / f) Elias Canetti (1905-1994) :

[Page 150 :] «  Il est quatre manières différentes de s’assembler pour les mahométans croyants.
1. Ils s’assemblent plusieurs fois par jour pour la prière, à laquelle les convoquent une voix venue d’en haut. – Il s’agit là de petits groupes rythmiques que l’on peut qualifier de meutes orantes. Le moindre mouvement est exactement prescrit et orienté dans une seule et unique direction, celle de La Mecque. Une fois par semaine, pour la prière du vendredi, ces meutes prennent les proportions de masses.
2. Ils s’assemblent pour la guerre sainte contre les incroyants.
[page 151] 3. Ils s’assemblent à La Mecque, lors du grand pèlerinage.
4. Ils s’assemblent pour le Jugement dernier.
Dans l’islam, comme dans toutes les religions, la plus grande importance revient aux masses invisibles. Mais plus nettement marquées que dans les autres religions universelles, ce sont ici des masses invisibles doubles qui se font face.
Dès que retentit la trompette du Jugement dernier, tous les morts sortent de leurs tombeaux et se rendent en tout hâte, comme à un commandement militaire, au champ du Jugement. Ils se présentent alors devant Dieu, en deux groupes immenses et séparés, d’un côté les croyants, les incroyants de l’autre, et Dieu les juge séparément.
Toutes les générations humaines sont ainsi rassemblées, et chacun a l’impression de n’avoir été mis au tombeau que la veille. Personne n’a la moindre idée des immenses espaces de temps pendant lesquels il a pu rester au tombeau. Sa mort fut sans rêve et sans mémoire. Mais tout le monde entend le son de la trompette. « Ce jour-là les hommes se présenteront par troupes. » Il est constamment question dans le Coran des troupes de ce grand moment. C’est la représentation de masse la plus vaste dont soit capable un mahométant croyant. Personne ne peut imaginer un nombre d’êtres humains plus grand que celui de tous ceux qui ont jamais vécu, poussés en rangs serrés en un seul endroit. C’est la seule masse qui ne s’accroisse plus, et sa densité est extrême, puisque chacun de ceux qui la constituent se présente à ce même endroit devant son juge.
Mais en dépit de son étendue et de sa densité, elle reste du début à la fin divisée en deux. Chacun sait parfaitement ce qui l’attend : l’espoir est chez les uns, l’effroi chez les autres. « Ce jour-là, il y aura des visages radieux, qui riront dans la joie ; et ce jour-là il y aura des visages couverts de poussière, recouverts de ténèbres, ce sont les incroyants, les impies. » Comme il s’agit d’une sentence absolument juste, – toute action est enregistrée et attestée par écrit –, nul ne saurait échapper à la moitié à laquelle il appartient de droit. Dans l’islam, la bipartition de la masse est inconditionnée, elle sépare la troupe des croyants de celle des incroyants. Leur destin, qui restera à jamais séparé, est de se combattre entre elles. La guerre sainte est un devoir sacré, et c’est ainsi que, dès cette vie, est préfigurée dans chaque bataille, quoique avec moins d’ampleur, la masse double du Jugement dernier.
Le mahométan garde sous les yeux l’image différente d’un devoir non moins sacré : le pélerinage à La Mecque. Il s’agit ici d’une masse lente, qui se forme progressivement par l’afflux venu de toutes les terres. Suivant la distance à laquelle le [page 152] croyant habite de La Mecque, elle peut s’étendre sur des semaines, des mois, voire des années. Le devoir d’accomplir ce pèlerinage au moins une fois dans sa vie colore toute l’existence terrestre de l’individu. Qui n’a pas été de ce pèlerinage n’a pas réellement vécu. C’est une expérience qui englobe pour ainsi dire le domaine tout entier qu’a recouvert la foi et le concentre en ce lieu unique d’où elle est partie. Cette masse de pèlerins est pacifique. Elle se consacre uniquement à atteindre son but. Sa tâche n’est pas de soumettre les incroyants, elle n’a que le devoir de parvenir à l’endroit prescrit et d’y avoir été.
C’est un singulier miracle qu’une ville de l’importance de La Mecque puisse contenir ces troupes innombrables de pèlerins. Le pèlerin espagnol Ibn Jubayr [1145-1217], qui fut à La Mecque vers la fin du XIIe siècle et en a laissé une description détaillée, est d’avis que même la plus grande ville du monde n’aurait pas assez de place pour tant de gens. Mais La Mecque, ajoute-t-il, a reçu en grâce une extensibilité particulière en faveur des masses ; on ne peut que la comparer à une femme enceinte qui se fait plus petite ou plus grande suivant la taille de l’embryon qu’elle porte.
Le grand moment du pèlerinage est la journée de la plaine d’Harafat. Sept cent mille hommes doivent s’y tenir debout. Les vides sont remplis par des anges qui se mêlent invisiblement aux hommes.
Mais quand le temps de paix est passé, la guerre sainte reprend ses droits. « Mahomet, dit un des meilleurs connaisseurs de l’Islam [Gobineau, dans Religions et philosophies dans l’Asie centrale, 1865], est le prophète de la lutte et de la guerre… Ce qu’il a commencé par faire dans son milieu arabe, c’est le testament qu’il laisse ensuite à l’avenir de sa communauté : guerre aux infidèles, extension non pas tellement de la foi que de sa sphère d’influence, qui est la sphère même de la puissance d’Allah. Ce qui compte pour les guerriers de l’Islam n’est pas tellement la conversion que la soumission des incroyants. »
Le Coran, le livre du prophète inspiré par Dieu, ne laisse aucun doute là-dessus. « Quand les mois saints sont passés, tuez les incroyants où que vous les trouviez ; saisissez-vous d’eux, refoulez-les et tendez-leur toutes les embuscades que vous pourrez. [Sourate IX, versets 4-5] » ».
[Masse und Macht [Foules et pouvoir , ou] Masse et puissance, (1960), chapitre III, « Meute et religion », § 6, « L’Islam, religion guerrière ». [Elias CANETTI, Masse et puissance, traduit de l’allemand par Robert Rovini, Paris : Gallimard, 1966, collection « Bibliothèque des Science Humaines »].

[Page 153 :] « Les religions de la lamentation funèbre ont marqué le visage de la Terre. Elles ont atteint dans le christianisme à une sorte de validité universelle. La meute qui leur sert de support n’a qu’une brève existence. […]
La légende autour de laquelle elle se forme est celle d’un homme ou d’un dieu qui a péri injustement. C’est toujours l’histoire d’une persécution, qu’il s’agisse d’une chasse ou d’une poursuite. Il peut s’y rattacher aussi un procès inique.

[Page 156 :] « […] La plus importante des religions funèbres est le christianisme. Nous aurons à reparler de sa forme catholique. Quant aux grands moments du christianisme, aux moments de véritable émotion de masse, ce n’est pas celui de la lamentation authentique, devenue rare, que nous décrirons, mais un autre : la solennité de la résurrection dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem..
La lamentation fuènbre elle-même, meute passionnée qui s’ouvre en véritable masse, la voici, imposante et inoubliable, dans la fête chiite du moharrem. »
Chapitre III, § 7, « Religions funèbres ».

« L’Islam, qui a tous les traits évidents d’une religion guerrière, a donné naissance, par scission, à une religion funèbre, celle des chiites. Il n’en est pas de plus concentrée, de plus extrême. C’est la religion officielle de l’Iran et du Yémen. Elle est très répandue aux Indes et en Irak.
Les chiites croient en un chef spirituel et temporel de leur communauté, qu’ils appellent l’iman. Sa position est plus marquante que celle du pape. Il est le dépositaire de la lumière divine. Il est infaillible. Seul le fidèle attaché à son iman peut être sauvé. « Qui meurt sans connaître le vrai iman de son temps, meurt de la mort de l’incroyant. ».
L’iman descend du prophète en ligne directe. Ali, gendre de Mahomet, marié à sa fille Fatima, passe pour le premier iman. Le prophète a confié à Ali certaines connaissances qu’il cachait à d’autres de ses adeptes, et elles se transmettent dans sa famille.Il a expressément nommé Ali son successeur, tant pour l’enseignement de la doctrine que pour le gouvernement. Le prophète lui-même a disposé qu’Ali est l’Élu ; à lui seul revient le titre de « souverain des croyants ». Les fils d’Ali, Hassan et Hussein, ont ensuite hérité cette fonction de lui ; ils étaient les petits-fils du prophète ; Hassan fut le deuxième iman, Hussein le troisième. Qui d’autre s’arrogeait le gouveernement des croyants était un usurpateur.
L’histoire politique de l’islam après la mort de Mahomet aida grandement à la formation d’une légende autour d’Ali et de ses fils. Ali ne fut pas tout de suite élu au califat. Au cours [page 157] des vingt-quatre années qui suivirent la mort de Mahomet, trois autres de ses frères d’armes revêtirent l’un après l’autre cette dignité suprême. Ali ne prit le pouvoir que lorsque le troisième fut mort, mais son gouvernement fut bref. Pendant un service divin du vendredi à la mosquée de Koufa, il fut assassiné par un fanatique de ses ennemis armé d’une épée empoisonnée. Son fils aîné Hassan vendit ses droits pour une somme de plusieurs millions de dirhams et se retira à Médine, ou il mourut quelques années plus tard des suites d’une vie dissolue.
La religion des chiites est centrée sur les souffrances de son cadet Hussein. Tout le contraire d’Hassan, il était réservé et sérieux, et menait une vie calme à Médine. Bien qu’il fut devenu chef du chiisme à la mort de son frère, il ne se mêla de longtemps à aucune agitation politique. Mais quand le calife de Damas mourut et que son fils voulut prendre sa succession, Hussein lui refusa sa soumission. Les habitants de la turbulente ville de Koufa en Irak écrivirent à Hussein, l’engageant à les rejoindre. Ils le voulaient pour calife et, une fois sur place, lui promettaient que tout lui reviendrait. Il se mit en route avec sa famille, ses femmes, ses enfants, et une petite troupe de partisans. Ce fut une longue route à travers le désert. Quand il parvint à proximité de la ville, elle avait déjà fait défection. Son gouverneur envoya à sa rencontre une forte troupe de cavaliers, qui lui demandèrent de se rendre. Il refusa, et on lui coupa l’accès des points d’eau. On le cerna avec sa petite troupe. Hussein et les siens, qui s’étaient courageusement mis sur la défensive, furent attaqués et écrasés dans la plaine de Kerbéla, le dixième jour du mois de moharrem, l’an 680 de notre ère. Quatre-vingt-sept hommes furent tués avec Hussein ; beaucoup étaient de sa famille et de celle de son frère. Son cadavre portait les marques de trente-trois coups de lance et de trente-quatre coups d’épée. Le commandant de la troupe ennemis donna l’ordre à ses gens de fouler le cadavre d’Hussein aux pieds de leurs chevaux. Le petit-fils du prophète fut piétiné par leurs sabots. Sa tête tranchée fut envoyée au calife de Damas. Celui-ci la frappa sur la bouche avec sa canne. Un ancien combattant de Mahomet, qui était présent, l’en réprimenda : « Ote ta canne, dit-il, j’ai vu la bouche du prophète baiser cette bouche ».
Les « épreuves de la race du prophète » sont devenues le thème propre de la littérature religieuse des chiites. « On reconnait, dit-on, les vrais croyants de ce proupe à leur corps amaigri de privations, à  leurs lèvres desséchées par la soif et à leurs yeux chassieux à force de pleurer. Le vrai chiite est persé- [page 158] cuté et misérable comme la famille pour laquelle il prend fait et cause et souffre. On considère bientot que c’est la vocation de la famille du prophète que de subir tourments et persécutions. »
Depuis la tragique journée de Kerbéla, l’histoire de cette famille est une suite continuelle de souffrances et de tourments. Une riche littérature de martyrologes s’attache à les narrer en poésie et en prose. Ils font l’objet des réunions de chiites pendant le premier tiers du mois de moharrem dont le dixième jour (achourah) est considéré comme l’anniversaire de la tragédie de Kerbéla. « Nos commémorations sont nos réunions funèbres » est la conclusion que donne un prince d’esprit chiite à un poème dans lequel il commémore les nombreuses épreuves de la famille du prophète. Pleurer, se lamenter et s’affliger à cause des malheurs et des persécutions de la famille d’Ali, de son martyrologe, voilà tout ce qui compte pour le vrai fidèle. […]
La contemplation de la personne et du destin d’Hussein est au centre sentimental de la foi. C’est la grande source de l’expérience religieuse. L’interprétation de sa mort en a fait un sacrifice volontaire, c’est par ses souffrances que les saints entrent au paradis. L’idée d’un médiateur est étrangère à l’islam, à l’origine. Elle est devenue prépondérante chez les chiites depuis la mort d’Hussein.
Le tombeau d’Hussein dans la plaine de Kerbéla a été très tôt le pèlerinage principal des chiites. […]
{Page 160 :] « Les vrais jeux de la passion, dans lesquels sont représentés dramatiquement les souffrances d’Hussein, ne sont devenus institution permanente que vers le début du XIXe siècle. [Joseph Arthur de ] Gobineau [1816-1882], qui a fait de longs séjours en Perse au milieu du siècle et plus tard, en a donné une relation captivante.
[…]
[Page 163 :] « Tout ce qui va se passer est de toute façon connu des spectateurs, il ne s’agit pas ici de tension dramatique, au sens que nous donnons à ce mot, mais d’une parfaite participation. […] Le cortège fait halte près d’un monastère chrétien : dès que l’abbé aperçoit la tête du martyr, il abjure sa foi et professe la religion de l’islam. […] Aucune religion n’a plus fortement insisté sur la lamentation. »
Chapitre III, « Meute et religion », §  8, « La fête du Moharrem chez les chiites ».

« Un examen sans prévention découvre dans le catholicisme une certaine lenteur, un calme, alliés à une grande ampleur. Sa principale maxime, offrir une place à tout le monde, est déjà contenue dans son nom.»
§ 9, «Masse et catholicisme »

« Une foule énorme de pèlerins (parfois six cent, sept cent mille) a pris position dans une cuvette entourée de hauteurs dénudées et se presse vers le « mont de la Commisération » qui en occupe le centre. Un prédicateur se tient en haut à l’endroit où se tint jadis le prophète, et fait un sermon solennel.
La foule lui répond en clamant : « Labbeika ya Rabbi, labbeika ! Nous attendons tes ordres, Seigneur, nous attendons tes ordres ! » Cet appel est répété sans arrêt au cours de la journée et atteint au délire. Puis, dans une sorte de subite peur collective – appelée ifâdha, fleuve –, tous s’enfuient, comme possédés, de l’Harafat jusqu’à la localité voisine, Mozdalifa, où ils passent la nuit, et le lendemain matin ils fuient Mozdalifa en direction de Mina. Tout le monde se précipite pêle-mêle, se heurte et se piétine, cette ruée coûte la vie à plusieurs pèlerins d’habitude. A Mina, on abat ensuite une énorme quantité d’animaux qui sont offerts en sacrifice ; leur chair est aussitôt consommée en commun. Le sol est imbibé de sang et parsemé de reliefs.
La station sur l’Harafat est le moment où l’attente d’ordres des masses de fidèles atteint son maximum d’intensité. C’est ce qu’exprime nettement la formule mille fois répétée dans sa concision : « Nous attendons tes ordres, Seigneur, nous attendons tes ordres ! » L’Islam, la résignation, est ici réduit à son plus simple dénominateur, état dans lequel les gens ne pensent plus qu’aux ordres du Seigneur et les appellent de toute leur force. Quant à la peut subite qui intervient à un signal et aboutit à une fuite en masse sans pareille, il y en a une explication probante : c’est le caractère ancien de l’ordre, qui est un ordre de fuite, qui perce en l’occurrence, mais sans que les croyants puissent savoir pourquoi il en est ainsi. L’intensité de leur attente en masse porte à son comble l’effet de l’ordre divin, jusqu’à ce qu’il redevienne soudain ce que tout ordre était à l’origine, un ordre de fuite. C’est l’ordre de Dieu qui met les hommes en fuite. La continuation de cette fuite le lendemain, après une nuit passée à Mozdalifa, montre que l’effet de l’ordre ne s’est toujours pas épuisé.
Selon la croyance de l’islam, c’est l’ordre direct de Dieu qui apporte la mort aux hommes. Ils essayent d’échapper à cette mort ; mais ils la reportent sur les animaux qu’ils abattent à Mina, terminus de leur fuite. Les animaux tiennent ici la place des hommes, substitution courante dans beaucoup de religions : pensons au sacrifice d’Abraham. Les hommes échappent ainsi au bain de sang que Dieu leur avait destiné. Ils se sont soumis à son ordre, si bien même qu’ils ont pris la fuite devant lui, et cependant ils ne l’ont pas frustré du sang qui lui revient : le sol est finalement imbibé du sang des animaux abattus en masse.
Il n’y a pas d’autre coutume religieuse qui montre plus concrètement la nature propre de l’ordre que la station sur l’Harafat, le wuqûf, et la fuite massive qui la suit, ifâdha. Dans cet Islam où le commandement religieux a beaucoup gardé de l’immédiateté de l’ordre lui-même, l’attente des ordres et l’ordre en général ont trouvé leur plus pure expression. »
Chapitre VIII, « L’ordre », § 6, « L’attente des ordres chez les pèlerins du mont Harafat ». [Merci à Jean-Baptiste de Morizur ; les indications entre crochets sont de Cl. C.]

E / Depuis la correction politique :
E / a) Claude Lévi-Strauss (1908-2009) :
« J’ai dit dans « Tristes Tropiques » ce que je pensais de l’islam. Bien que dans une langue plus châtiée, ce n’était pas tellement éloigné de ce pourquoi on fait aujourd’hui un procès à [Michel] Houellebecq. Un tel procès aurait été inconcevable il y a un demi-siècle ; ça ne serait venu à l’idée de personne. On a le droit de critiquer la religion. On a le droit de dire ce qu’on pense. […] Nous sommes contaminés par l’intolérance islamique. Il en va de même avec l’idée actuelle qu’il faudrait introduire l’enseignement de l’histoire des religions à l’école. J’ai lu que l’on avait chargé Régis Debray d’une mission sur cette question. Là encore, cela me semble être une concession faite à l’islam : à l’idée que la religion doit pénétrer en dehors de son domaine. Il me semble au contraire que la laïcité pure et dure avait très bien marché jusqu’ici. »
Visite à Lévi-Strauss, Le Nouvel Observateur, 10 octobre 2002.
« J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le défenseur et le témoin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis des menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture. » (propos recueillis par Dominique-Antoine Grisoni, « Un dictionnaire intime », in Magazine littéraire, hors-série, 2003).
E / b) Samuel P. Huntington (1927-2008) :

« Muslim Arabs received, valued, and made use of their « Hellenic inheritance for essentially utilitarian reasons. Being mostly interested in borrowing [l’emprunt de] certain external forms or technical aspects, the knew how to disregard all elements in the Greek body of thought that would conflict with the ‘truth’ as established in their fundamental Koranic norms and precepts » [Adda B. Bozeman, « Civilizations under stress », Virginia Quarterly Review, Winter ’75 (51), page 7] »
(The Clash of Civilizations, New York : Simon and Schuster, 1996, chapter 3)
« The argument is made that Islam has from the start been a religion of the sword [l’épée] and that it glorifies military virtues. Islam originates among « warring Bedouin nomadic tribes » and this « violent origin is stamped in the foundation of Islam. Muhammad himself is remembered as a hard fighter and a skillfull military commander » [James L. Payne, Why Nations Arm, Oxford : B. Blckwell, 1989, pages 125, 127]. (No one would say this about Christ or Buddha.) The doctrines of Islam, it is argued, dictate war against unbelievers [incroyants], and when the initial expansion of Islam tapered off [se ralentit], Muslim groups, quite contrary to doctrine, then fought among themselves. The ratio of fitna or internal conflicts to jihad shifted drastically in favor of the former. The Koran and other statements of Muslim beliefs contain few [peu de] prohibitions on violence, and a concept of nonviolence is absent from Muslim doctrine and practice. » (The Clash …, chapter 10)
E / c) Michel Houellebecq (Michel Thomas, né en 1956, prix Goncourt 2010) :

« Depuis l’apparition de l’islam, plus rien. Le néant intellectuel absolu, le vide total. Nous sommes devenus un pays de mendiants pouilleux. Des mendiants pleins de poux, voilà ce que nous sommes. Racaille, racaille […], il faut vous souvenir cher monsieur que l’islam est né en plein désert, au milieu de scorpions, de chameaux et d’animaux féroces de toutes espèces. Savez-vous comment j’appelle les musulmans? Les minables du Sahara. Voilà le seul nom qu’ils méritent […]. L’islam ne pouvait naître que dans un désert stupide, au milieu de bédouins crasseux qui n’avaient rien d’autre à faire ­ pardonnez-moi ­ que d’enculer leurs chameaux. » (Plateforme, Paris : Flammarion, 2001)

Platerforme, 2001. Merci à @EugenieBastie
« La lecture du Coran est une chose dégoûtante. Dès que l’islam naît, il se signale par sa volonté de soumettre le monde. Dans sa période hégémonique, il a pu apparaître comme raffiné et tolérant. Mais sa nature, c’est de soumettre. C’est une religion belliqueuse, intolérante, qui rend les gens malheureux. » Figaro Magazine, 25 août ­2001)

« Je me suis dit que le fait de croire à un seul Dieu était le fait d’un crétin, je ne trouvais pas d’autre mot. Et la religion la plus con, c’est quand même l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré … effondré ! La Bible, au moins, c’est très beau, parce que les juifs ont un sacré talent littéraire … ce qui peut excuser beaucoup de choses. […] L’islam est une religion dangereuse, et ce depuis son apparition. Heureusement, il est condamné. D’une part, parce que Dieu n’existe pas, et que même si on est con, on finit par s’en rendre compte. À long terme, la vérité triomphe. D’autre part l’islam est miné de l’intérieur par le capitalisme. Tout ce qu’on peut souhaiter, c’est qu’il triomphe rapidement. Le matérialisme est un moindre mal. Ses valeurs sont méprisables, mais quand même moins destructrices, moins cruelles que celles de l’islam. » (Lire, septembre 2001, pages 31-32).

M. H. fut accusé d’islamophobie ou de racisme anti-musulmans par des associations musulmanes ; à l’audience, il revendiqua le droit de critiquer les religions monothéistes : « Les textes fondamentaux monothéistes ne prêchent ni la paix, ni l’amour, ni la tolérance. Dès le départ, ce sont des textes de haine ». Le MRAP et la Ligue française des droits de l’homme (LDH) qui lui intentèrent un procès furent déboutés, le tribunal constatant que ces propos de relevaient du droit de critiquer des doctrines religieuses et que la critique d’une religion ne pouvait s’apparenter à des propos racistes (TGI de Paris, XVIIe chambre correctionnelle, 22 octobre 2002).

« The despair comes from saying good-bye to a civilization, however ancient. But in the end the Koran turns out to be much better than I thought, now that I’ve reread it—or rather, read it. The most obvious conclusion is that the jihadists are bad Muslims. Obviously, as with all religious texts, there is room for interpretation, but an honest reading will conclude that a holy war of aggression is not generally sanctioned, prayer alone is valid. So you might say I’ve changed my opinion. That’s why I don’t feel that I’m writing out of fear. I feel, rather, that we can make arrangements. The feminists will not be able to, if we’re being completely honest. But I and lots of other people will. » (« Scare Tactics: Michel Houellebecq on His New Book », interview par Jérôme Bourmeau, The Paris Review, 2 janvier 2015)
E / d) Robert Redeker (né en 1954) :

Texte de 2001 : « Aucune idéologie n’est plus rétrograde que l’islam, et, par rapport au capitalisme dont les Twin Towers, dans leur majestueuse beauté figuraient le symbole, la religion musulmane est une régression barbarisante. [..] Les Stoïciens nous ont légué, parmi leurs bienfaits, une logique des préférables. Est préférable, selon Zénon [de Citium] et Chrysippe, ce qui apporte le plus de bien, de beauté et de progrès. […] Le capitalisme, parce qu’il permet sans le nécessiter un plus ample développement de la liberté, parce qu’il a créé aussi de la richesse et de la beauté, est préférable à l’islam, tout comme la symbolique des Twin Towers est préférable aux discours proférés dans les mosquées. »
« Le discours de la cécité volontaire », Le Monde, 22 novembre 2001. Voir plus loin, § E / j), le texte de 2006.

E / e) Alain Finkielkraut (né en 1949) : « L’Occident vit sous le régime de la critique, et le monde musulman – élites laïques comprises – sous celui de la paranoïa. »
« Jamais les juifs ne se sont sentis aussi seuls », propos recueillis par Élisabeth Lévy, Marianne, 12 au 18 août 2002.
E / f) Philippe Nemo (né en 1949) : « Que l’esprit scienfique de l’Occident n’ait rien dû d’essentiel au monde musulman, on en a une preuve indirecte dans le fait que l’averroïsme n’eut guère de lendemains en islam même. Les sociétés musulmanes ne connurent pas, par la suite, le même développement du rationalisme et de la science, ni le même prométhéisme transformateur, caractéristiques des sociétés occidentales. C’est bien le signe qu’il régnait en islam un autre esprit. Ce qu’on peut lire à ce sujet dans la littérature anti-occidentaliste est intellectuellement bien faible. Le retard de l’islam, en termes de sciences, de techniques, de développement économique, serait dû à l’ « oppression » dont il aurait été victime de la part des puissances colonisatrices, qui auraient délibérément « bloqué » » son développement […]. Cette façon de présenter les choses n’est pas raisonnable. Si l’islam avait eu dans sa culture tous les éléments permettant un développement endogène, il se serait développé et n’aurait probablement pas, de ce fait, été colonisé. S’il n’y avait eu qu’un retard, la colonisation même lui aurait permis de le combler rapidement, selon le scénario qui s’est produit au Japon. Il faut donc croire qu’il y a, en matière de développement scientifique et économique, un problème de fond avec l’islam lui-même, je veux dire avec le rapport au monde que cette religion implique, avec le type de société qu’elle engendre. »
Qu’est-ce que l’Occident ?, Paris : PUF, 2004 (octobre), page 142, note 57.

E / g) Michel Onfray (né en 1959) :

Traité d’athéologie – Physique de la métaphysique, Paris : Grasset, 2005. Réédité en octobre 2006 en collection « Le Livre de Poche », n° 30 637.

« 1ère partie « Athéologie », III  » Vers une athéologie « , § 1  » Spectrographie du nihilisme « . […] revendication claire à presque toutes les pages du Coran d’un appel à détruire les infidèles, leur religion, leur culture, leur civilisation, mais aussi les juifs et les chrétiens — au nom d’un Dieu miséricordieux ! »
« II « Monothéismes », i « Tyrannies et servitudes des arrière-mondes », § 3 La kyrielle des interdits. […] Les Évangiles n’interdisent ni le vin ni le porc, ni aucun aliments, pas plus qu’ils n’obligent à porter des vêtements particuliers. L’appartenance à la communauté chrétienne suppose l’adhésion au message évangélique, pas aux détails de prescription maniaque. […] Juifs et musulmans obligent à penser Dieu dans chaque seconde de la vie quotidienne.
i, § 5. Tenir le corps en respect.  Comment comprendre ces séries d’interdits juifs et musulmans – si semblables – sinon par l’association systématique du corps à l’impureté ? Corps sale, malpropre, corps infecté, corps de matières viles, corps libidinal, corps malodorant, corps de fluides et de liquides, corps infectés, corps malades, corps de morts, de chiens et de femmes, corps de déchets, corps de saletés, corps sanguinolent, corps puant, corps sodomite, corps stérile, corps infécond, corps détestable …

ii  » Autodafés de l’intelligence », § 3 Haine de la science. L’instrumentalisation religieuse de la science soumet la raison à un usage domestique et théocratique. En terre d’islam, la science ne se pratique pas pour elle-même mais pour l’augmentation de la pratique religieuse. Depuis des siècles de culture musulmane on ne pointe aucune invention ou aucune recherche, aucune découverte notable sur le terrain de la science laïque.

IV « Théocratie », i « Petite théorie du prélèvement », § 7 Allah n’est pas doué pour la logique.
« L’interdit juif de tuer et simultanément l’éloge de l’holocauste par les mêmes ; l’amour du prochain chrétien et, en même temps, la légitimation de la violence par la colère prétendument dictée par Dieu, voilà deux problèmes spécifiquement bibliques. Et il en va de même avec le troisième livre monothéiste, le Coran, lui aussi chargé de potentialités monstrueuses. »
i, § 8 Inventaire des contradictions. Allah ne cesse d’apparaître dans le Coran comme un guerrier sans pitié.
iii « Pour une laïcité post-chrétienne »,
§ 1 « Le goût musulman du sang [et du feu !!]. En bonne synthèse des deux monothéismes qui le précèdent, qu’il acclimate au désert arabe régi par le tribal et le féodal, l’islam reprend à son compte le pire des dits juifs et chrétiens : la communauté élue, le sentiment de supériorité, le local transformé en global, le particulier élargi à l’universel, la soumission corps et âme à l’idéal ascétique, le culte de la pulsion de mort, la théocratie indexée sur l’extermination du divers – esclavage, colonialisme, guerre, razzia, guerre totale, expéditions punitives, meurtres, etc. […] l’islam refuse par essence l’égalité métaphysique, ontologique, religieuse, donc politique. Le Coran l’enseigne : au sommet les musulmans, en dessous les chrétiens […] Enfin, après le musulman, le chrétien et le juif, arrive en quatrième position, toutes catégories confondues dans la réprobation générale, le groupe des incroyants, infidèles, mécréants, polythéistes, et, bien sûr, athées … […] La loi coranique qui interdit de tuer ou de commettre des délits ou des massacres sur son prochain concerne seulement de manière restrictive les membres de la communauté : l’umma. Comme chez les juifs. »

iii, § 2 « Le local comme universel. En lecteurs de Carl Schmidt qu’ils ne sont pas, les musulmans coupent le monde en deux : les amis, les ennemis [voir plus haut la même idée chez Karl Marx]. D’un côté, les frères en islam, de l’autre, les autres, tous les autres. Dâr al-islam contre dar al-harb : deux univers irréductibles, incompatibles, régis par des relations sauvages et brutales : un prédateur une proie, un mangeur un mangé, un dominant un dominé. […] Une vision du monde pas bien éloignée de celle d’Hitler qui justifie les logiques de marquage, de possession, de gestion et d’extension de territoire.

IV, iii, 5 Du fascisme musulman. […] Le renversement du shah d’Iran en 1978 et la prise de tous les pouvoirs par l’ayatollah Khomeyni quelque temps plus tard avec cent quatre-vingt mille mollahs, inaugurent un réel fascisme musulman – toujours en place un quart de siècle plus tard, avec la bénédiction de l’Occident silencieux et oublieux. Loin de signifier l’émergence de la spiritualité politique qui fait défaut aux Occidentaux, comme le croit faussement Michel Foucault en octobre 1978, la révolution iranienne accouche d’un fascisme islamique inaugural dans l’histoire de cette religion.

IV, iii, 7 L’islam, structurellement archaïque.

IV, iii, 8 « Thématiques fascistes. Fascisme et et islamisme communient dans une logique mystique […] La théocratie islamique s’appuie, – comme tout fascisme – sur une logique hypermorale. […] Tout ce qui définit habituellement le fascisme se retrouve dans la proposition théorique et la pratique du gouvernement islamique : la masse dirigée par un chef charismatique, inspiré ; le mythe, l’irrationnel, la mystique promus au rang de moteur de l’Histoire ; la loi et le droit créés par la parole du chef ; l’aspiration à abolir un vieux monde pour en créer un nouveau – nouvel homme, nouvelles valeurs ; le vitalisme de la vision du monde doublé d’une passion thanatophilique sans fond ; la guerre expansionniste vécue comme preuve de la santé de la nation ; la haine des Lumières – raison, marxisme (1), science, matérialisme, livres ; le régime de terreur policière ; l’abolition de toute séparation entre sphère privée et domaine public ; la construction d’une société close ; la dilution de l’individu dans la communauté ; sa réalisation dans la perte de soi et le sacrifice salvateur ; la célébration des vertus guerrières – virilité, machisme, fraternité, camaraderie, discipline, misogynie ; la destruction de toute résistance ; la militarisation de la politique ; la suppression de toute liberté individuelle ; la critique foncière de l’idéologie des droits de l’homme ; l’imprégnation idéologique permanente ; l’écriture de l’histoire avec slogans négateurs – antisémites, antimarxistes (1), anticapitalistes, antiaméricains, antimodernes, antioccidentaux ; la famille promue premier maillon du tout organique. Peu ou prou, cette série autorise la définition d’un contenu pour le fascisme, les fascismes. La théocratie brode toujours avec des variations sur ce thème … »

1. Il est étonnant de voir un philosophe du XXIe siècle ranger cette idéologie totalitaire qu’est le marxisme parmi les Lumières, et l’antimarxisme dans le fascisme.

Traité d’athéologie – Physique de la métaphysique, Paris : Grasset, 2005. Réédité en 2006 en collection « Le Livre de Poche », n° 30 637.
E / h) Régis Debray : « Une religion qui a eu sa Renaissance d’abord et son Moyen-Âge ensuite. »
Intervention à « Culture et dépendances », France 3, 2 novembre 2005.

E / i) Velasio de Paolis : « Le problème est que l’islam est fermé au point de ne pas admettre la réciprocité. »
Mgr Velasio de Paolis, secrétaire du Tribunal de la signature apostolique, La Stampa, 22 février 2006.

E / j) Robert Redeker (né en 1954) :

Texte de 2006 :«  Les réactions suscitées par l’analyse de Benoît XVI sur l’islam et la violence [discours de Ratisbonne, 12 septembre 2006] s’inscrivent dans la tentative menée par cet islam d’étouffer ce que l’Occident a de plus précieux qui n’existe dans aucun pays musulman : la liberté de penser et de s’exprimer.

L’islam essaie d’imposer à l’Europe ses règles : ouverture des piscines à certaines heures exclusivement aux femmes, interdiction de caricaturer cette religion, exigence d’un traitement diététique particulier des enfants musulmans dans les cantines, combat pour le port du voile à l’école, accusation d’islamophobie contre les esprits libres.

Comment expliquer l’interdiction du string à Paris-Plages, cet été ? Étrange fut l’argument avancé : risque de « troubles à l’ordre public ». Cela signifiait-il que des bandes de jeunes frustrés risquaient de devenir violents à l’affichage de la beauté ? Ou bien craignait-on des manifestations islamistes, via des brigades de la vertu, aux abords de Paris-Plages ?

Pourtant, la non-interdiction du port du voile dans la rue est, du fait de la réprobation que ce soutien à l’oppression contre les femmes suscite, plus propre à « troubler l’ordre public » que le string. Il n’est pas déplacé de penser que cette interdiction traduit une islamisation des esprits en France, une soumission plus ou moins consciente aux diktats de l’islam. Ou, à tout le moins, qu’elle résulte de l’insidieuse pression musulmane sur les esprits. Islamisation des esprits : ceux-là même qui s’élevaient contre l’inauguration d’un Parvis Jean-Paul-II à Paris ne s’opposent pas à la construction de mosquées. L’islam tente d’obliger l’Europe à se plier à sa vision de l’homme.

Comme jadis avec le communisme, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L’islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l’instar du communisme d’autrefois, l’islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d’une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd’hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd’hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet œil du Coran, comme ils incarnaient l’œil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme.

Dans l’ouverture à autrui, propre à l’Occident, se manifeste une sécularisation du christianisme, dont le fond se résume ainsi : l’autre doit toujours passer avant moi. L’Occidental, héritier du christianisme, est l’être qui met son âme à découvert. Il prend le risque de passer pour faible. À l’identique de feu le communisme, l’islam tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des mœurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence.

Ce sont des faiblesses qu’il veut exploiter au moyen « d’idiots utiles », les bonnes consciences imbues de bons sentiments, afin d’imposer l’ordre coranique au monde occidental lui-même.

Le Coran est un livre d’inouïe violence. Maxime Rodinson [1915-2004] énonce, dans l’Encyclopédia Universalis, quelques vérités aussi importantes que taboues en France. D’une part, « Muhammad révéla à Médine des qualités insoupçonnées de dirigeant politique et de chef militaire (…) Il recourut à la guerre privée, institution courante en Arabie (…) Muhammad envoya bientôt des petits groupes de ses partisans attaquer les caravanes mekkoises, punissant ainsi ses incrédules compatriotes et du même coup acquérant un riche butin ».

D’autre part, « Muhammad profita de ce succès pour éliminer de Médine, en la faisant massacrer, la dernière tribu juive qui y restait, les Qurayza, qu’il accusait d’un comportement suspect » . Enfin, « après la mort de Khadidja, il épousa une veuve, bonne ménagère, Sawda, et aussi la petite Aisha, qui avait à peine une dizaine d’années. Ses penchants érotiques, longtemps contenus, devaient lui faire contracter concurremment une dizaine de mariages ».

Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran.

De fait, l’Église catholique n’est pas exempte de reproches. Son histoire est jonchée de pages noires, sur lesquelles elle a fait repentance. L’Inquisition, la chasse aux sorcières, l’exécution des philosophes [Giordano] Bruno [1548-1600] et [Giulio Cesare] Vanini [1585-1619], ces mal-pensants épicuriens, celle, en plein XVIIIe siècle, du chevalier de La Barre [1745-1766] pour impiété, ne plaident pas en sa faveur. Mais ce qui différencie le christianisme de l’islam apparaît : il est toujours possible de retourner les valeurs évangéliques, la douce personne de Jésus contre les dérives de l’Église.

Aucune des fautes de l’Église ne plonge ses racines dans l’Évangile. Jésus est non-violent. Le retour à Jésus est un recours contre les excès de l’institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine.

La lapidation de Satan, chaque année à La Mecque, n’est pas qu’un phénomène superstitieux. Elle ne met pas seulement en scène une foule hystérisée flirtant avec la barbarie. Sa portée est anthropologique. Voilà en effet un rite, auquel chaque musulman est invité à se soumettre, inscrivant la violence comme un devoir sacré au coeur du croyant.

Cette lapidation, s’accompagnant annuellement de la mort par piétinement de quelques fidèles, parfois de plusieurs centaines, est un rituel qui couve la violence archaïque.

Au lieu d’éliminer cette violence archaïque, à l’imitation du judaïsme et du christianisme, en la neutralisant (le judaïsme commence par le refus du sacrifice humain, c’est-à-dire l’entrée dans la civilisation, le christianisme transforme le sacrifice en eucharistie), l’islam lui confectionne un nid, où elle croîtra au chaud. Quand le judaïsme et le christianisme sont des religions dont les rites conjurent la violence, la délégitiment, l’islam est une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine.

Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran. Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde. Benoît XVI en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l’Occident « le monde libre » par rapport à au monde musulman, et comme en ces temps-là les adversaires de ce « monde libre », fonctionnaires zélés de l’œil du Coran, pullulent en son sein. » ( » Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? « , Le Figaro 19 septembre 2006). Voir plus haut, § E / d), le texte de 2001.

E / k) Nicolas Sarkozy : « L’Islam a porté l’une des plus anciennes et des plus prestigieuses civilisations dans le monde. Le président de l’Institut du Monde arabe peut en porter lui-même témoignage.
C’est l’occasion pour les Français et tous les visiteurs étrangers du Louvre et de la France de voir que l’Islam c’est le progrès, la science, la finesse, la modernité et que le fanatisme au nom de l’Islam c’est un dévoiement de l’Islam. Tuer au nom de l’Islam c’est bafouer l’Islam. Ne pas respecter les droits de la femme au nom de l’Islam, c’est bafouer l’Islam. L’Islam a permis, et ces salles le montreront, des collections parmi les plus extraordinaires. Avec l’Islam, nos prédécesseurs étaient bien en avance sur le monde et il n’y a aucune raison que ce qui a été le cas il y a des siècles, ne soit pas le cas pour les siècles qui viennent. Ce sera une occasion, Altesse [le représentant du roi d’Arabie saoudite], pour chacun de découvrir la richesse et la finesse de ces arts de l’Islam. » (au musée du Louvre, le 16 juillet 2008).
F / Depuis 2012 :

F / a) Christine Tasin : « Oui je suis islamophobe, et alors (…) je suis contre l’islam qui pose problème ; moi je ne trouve pas normal qu’on tue des animaux, je ne trouve pas normal qu’on voile les femmes ; (…) C’est la France qui a un problème avec l’islam. (…) 60 % des animaux tués en France le sont selon le mode de l’abattage rituel ; donc les gens mangent halal sans le savoir (…) La haine de l’islam, bien sûr et j’en suis fière, l’islam est une saloperie, c’est un danger pour la France, absolument ; je suis désolée. » Belfort, 15 octobre 2013. Christine Tasin, poursuivie pour « incitation à la haine raciale », a été condamnée le vendredi 8 août 2014 à 3000 € d’amende dont 1500 € avec sursis par le T.G.I. de Belfort.

F / b) François Hollande :  » Votre constitution garantit la liberté de croyance, de conscience, et le libre exercice des cultes, et confirme ce que j’avais affirmé ici même, à avoir que l’islam est compatible avec la démocratie.  » Discours à l’Assemblée nationale constituante, Tunis, 7 février 2014.

On voit cependant dans les extraits qui suivent que la Tunisie n’est pas encore une démocratie :

 » Au Nom de Dieu Clément et Miséricordieux
PRÉAMBULE
Nous, représentants du peuple tunisien, membres de l’Assemblée nationale constituante ;
[…]
Exprimant l’attachement de notre peuple aux enseignements de l’Islam et à ses finalités caractérisées par l’ouverture et la modération, des nobles valeurs humaines et des hauts principes des droits de l’Homme universels, Inspirés par notre héritage culturel accumulé tout le long de notre histoire, par notre mouvement réformiste éclairé fondé sur les éléments de notre identité arabo-musulmane et sur les acquis universels de la civilisation humaine, et par attachement aux acquis nationaux que notre peuple a pu réaliser ;
[…]
Sur la base de la place qu’occupe l’être humain en tant qu’être digne ; Afin de consolider notre appartenance culturelle et civilisationnelle à la nation arabe et musulmane ; de l’unité nationale fondée sur la citoyenneté, la fraternité, la solidarité et la justice sociale ; En vue de soutenir l’Union maghrébine, qui constitue une étape vers l’union arabe et vers la complémentarité entre les peuples musulmans et les peuples africains et la coopération avec les peuples du monde ;
[…]
Article 1
La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l’Islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime.
Il n’est pas permis d’amender cet article.
Article 6
L’État est gardien de la religion. Il garantit la liberté de croyance, de conscience et le libre exercice des cultes ; il est le garant de la neutralité des mosquées et lieux de culte par rapport à toute instrumentalisation partisane.
L’État s’engage à diffuser les valeurs de modération et de tolérance, à protéger les sacrés et à interdire d’y porter atteinte, comme il s’engage à interdire les campagnes d’accusation d’apostasie et l’incitation à la haine et à la violence. Il s’engage également à s’y opposer.
Article 39
[…]
L’État veille aussi à enraciner l’identité arabo-musulmane et l’appartenance nationale dans les jeunes générations et à ancrer, à soutenir et à généraliser l’utilisation de la langue arabe, ainsi que l’ouverture sur les langues étrangères et les civilisations humaines et à diffuser la culture des droits de l’Homme.
Article 74
La candidature à la présidence de la République est un droit pour toute électrice et pour tout électeur jouissant de la nationalité tunisienne par la naissance, et étant de confession musulmane.
[…]

F / c) Manuel Carlos VALLS :  » L’islam est la seconde religion (1) de France. Mais au-delà des musulmans de France, c’est toute une nation qui reconnaît, ici, la grandeur, la finesse et la diversité de l’islam. C’est toute une nation qui dit aussi que l’islam a toute sa place en France, parce que l’islam est une religion de tolérance, de respect, une religion de lumière et d’avenir, à mille lieues de ceux qui en détournent et en salissent le message. Et c’est aux musulmans eux-mêmes d’agir, de refuser les intégrismes, les radicalismes qui utilisent la religion pour diffuser la haine et la terreur. […] La France est une terre de liberté qui respecte les croyances de chacun, et qui considère que le fait que l’islam est la deuxième religion (1) de France est une chance pour la France. » (Discours à l’Institut du Monde Arabe, 26 juin 2014 ; transcription d’après la vidéo sur le site gouvernement.fr).
1. Deuxième religion peut-être, mais troisième conviction, après les catholiques et les incroyants.

F / d) Abdennour BIDAR :  » Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin – de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd’hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position debarzakh, d’isthme entre les deux mers de l’Orient et de l’Occident !

Et qu’est-ce que je vois ? Qu’est-ce que je vois mieux que d’autres sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d’enfanter un monstre qui prétend se nommer État islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : DAESH. Mais le pire est que je te vois te perdre – perdre ton temps et ton honneur – dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement interminable entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.

Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Quel est ton unique discours ? Tu cries « Ce n’est pas moi ! », « Ce n’est pas l’islam ! ». Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (hashtag #NotInMyName). Tu t’indignes devant une telle monstruosité, tu t’insurges aussi que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu’à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l’islam dénonce la barbarie. Mais c’est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l’autodéfense sans assumer aussi, et surtout, la responsabilité de l’autocritique. Tu te contentes de t’indigner, alors que ce moment historique aurait été une si formidable occasion de te remettre en question ! Et comme d’habitude, tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous les occidentaux, et vous tous les ennemis de l’islam de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme, ce n’est pas l’islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre, mais la paix! »
J’entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde l’islam a créé tout au long de son histoire de la Beauté, de la Justice, du Sens, du Bien, et il a puissamment éclairé l’être humain sur le chemin du mystère de l’existence… Je me bats ici en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l’islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée ! Mais de ma position lointaine, je vois aussi autre chose – que tu ne sais pas voir ou que tu ne veux pas voir… Et cela m’inspire une question, LA grande question : pourquoi ce monstre t’a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ? Pourquoi a-t-il pris le masque de l’islam et pas un autre masque ? C’est qu’en réalité derrière cette image du monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face. Il le faut bien pourtant, il faut que tu en aies le courage.

Ce problème est celui des racines du mal. D’où viennent les crimes de ce soi-disant « État islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c’est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd’hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre, le cancer est dans ton propre corps. Et de ton ventre malade, il sortira dans le futur autant de nouveaux monstres – pires encore que celui-ci – aussi longtemps que tu refuseras de regarder cette vérité en face, aussi longtemps que tu tarderas à l’admettre et à attaquer enfin cette racine du mal !

Même les intellectuels occidentaux, quand je leur dis cela, ont de la difficulté à le voir : pour la plupart, ils ont tellement oublié ce qu’est la puissance de la religion – en bien et en mal, sur la vie et sur la mort – qu’ils me disent « Non le problème du monde musulman n’est pas l’islam, pas la religion, mais la politique, l’histoire, l’économie, etc. ». Ils vivent dans des sociétés si sécularisées qu’ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être le cœur du réacteur d’une civilisation humaine ! Et que l’avenir de l’humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière et économique, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité toute entière ! Saurons-nous tous nous rassembler, à l’échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l’homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent – et qui comme l’islam actuellement se mettront alors à produire des monstres.

Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIe siècle ! Il y a en toi en effet, malgré la gravité de ta maladie, malgré l’étendue des ombres d’obscurantisme qui veulent te recouvrir tout entier, une multitude extraordinaire de femmes et d’hommes qui sont prêts à réformer l’islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l’humanité entretenait jusque-là avec ses dieux ! C’est à tous ceux-là, musulmans et non musulmans qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que je me suis adressé dans mes livres ! Pour leur donner, avec mes mots de philosophe, confiance en ce qu’entrevoit leur espérance ! […]  » Lettre ouverte au monde musulman, 15/10/2014, mis à jour: 09/01/2015,

F / e) Michel ONFRAY : « Que cette immigration apporte avec elle une religion qui est aussi une idéologie et que cette idéologie ne revendique pas pour valeurs « liberté, égalité, fraternité, féminisme, laïcité » est une évidence pour qui connaît la religion musulman autrement que par ouï-dire et propagande médiatique. Il suffit de lire le Coran, les hadiths du Prophète, une biographie, même hagiographique, de Mahomet pour s’en rendre compte. Mais on supporte ce qui vient de l’islam par tonnes, quand on refuse un gramme de ce qui vient du christianisme. Et c’est un athée qui vous le dit… […] Autre point d’accord avec Éric Zemmour, la question de l’islam, qui n’est pas une religion de paix, de tolérance et d’amour, contrairement à ce qui est rabâché sans cesse par les médias du politiquement correct. Ainsi, la moindre référence au caractère belliqueux du Coran passe pour de l’islamophobie assimilée au racisme, à la xénophobie, de la part de ceux qui confondent la critique d’une religion avec la haine de la couleur de certains peuples qui s’en réclament ! »
« Zemmour, la gauche et moi », propos recueillis par Daoud Boughézala, Causeur, N° 18, novembre 2014.

F / f) Michel Onfray : « Prétendre qu’il n’y a pas un choc des civilisations entre l’Occident localisé et moribond et l’Islam déterritorialisé en pleine santé est une sottise qui empêche de penser ce qui est advenu, ce qui est, et ce qui va advenir.

L’Islam est une civilisation, avec ses textes sacrés, ses héros, ses grands hommes, ses soldats, ses martyrs, ses artistes, ses poètes, ses penseurs, ses architectes, ses philosophes. Il suppose un mode de vie, une façon d’être et de penser qui ignore le libre arbitre augustinien, le sujet cartésien, la séparation kantienne du nouménal et du phénoménal, la raison laïque des Lumières, la philosophie de l’histoire hégélienne, l’athéisme feuerbachien, le positivisme comtien, l’hédonisme freudo-marxiste. Il ignore également l’iconophile et l’iconodulie (goût et défense des images religieuses) pour lui préférer la mathématique et l’algèbre des formes pures (mosaïques, entrelacs, arabesques, calligraphie), ce qu’il faut savoir pour comprendre pourquoi la figuration de Mahomet est un blasphème.

Refuser la réalité du choc des civilisations ne peut se faire que si l’on ignore ce qu’est une civilisation, si l’on méprise l’Islam en lui refusant d’en être une, si l’on déteste la nôtre par haine de soi, si l’on pense l’histoire avec les fadaises du logiciel chrétien et marxiste qui promet la parousie en ignorant les leçons de philosophie données par Hegel : les civilisations naissent, croissent, vivent, culminent, décroissent, s’effondrent, disparaissent pour laisser place à de nouvelles civilisations. Qu’on médite sur l’alignement de Stonehenge, les pyramides du Caire, le Parthénon d’Athènes ou les ruines de Rome comme on méditera plus tard sur les ruines des cathédrales !

Notre occident est en décomposition […]

Pendant ce temps, animé par la grande santé nietzschéenne, l’Islam planétaire propose une spiritualité, un sens, une conquête, une guerre pour ses valeurs, il a des soldats, des guerriers, des martyrs qui attendent à la porte du paradis. Refuser qu’il en aille, là, d’une civilisation qui se propose « le paradis à l’ombre de épées », un propos du Prophète, c’est persister dans l’aveuglement. Mais comment pourrait-il en être autrement ? L’aveuglement qui fait dire que le réel n’a pas eu lieu (ou n’a pas lieu) est aussi un signe de nihilisme. » (La chronique mensuelle de Michel Onfray | Mars 2015 – N° 118,  » LE CHOC DES CIVILISATIONS « )

Pascal Bruckner : « Ces interprétations [Todd, Plenel] ne sont ni pertinentes ni justes à mon sens. … ma stupéfaction devant ce genre de raisonnements. […] L’islam radical a réveillé la gauche anti-totalitaire … Il n’ a aucun compromis possible avec la gauche qui nous explique que l’opprimé, ou le fils d’opprimé, ou l’arrière-petit-fils d’opprimé, parce que son père a été colonisé, a absolument tous les droits … Attraction absolument folle que l’islam exerce sur les restes de l’armée trotskiste en France. […] Comment la critique d’une religion peut-elle être assimilée à un acte de racisme ? Il y a  un coup de force sémantique, il y a une dérive. […] Je ne suis pas sûr que nous ayons la patience d’attendre quatre siècles pour que l’islam se réforme [comme l’a fait le christianisme]  » […] Je n’utilise pas le mot « islamophobe » parce que je ne comprends pas ce qu’il veut dire  » […] Ce à quoi nous assistons, Brice Couturier parlait tout à l’heure des années 30, oui, il y a une victoire posthume de Hitler, mais pas là où on pensait  dans la fraction la plus radicale du monde musulman qui a importé sans aucune discrimination tous les préjugés antisémites de l’extrême droite fasciste européenne. C’est très très inquiétant. » (Les matins de France Culture, 1ère partie, 25 mai 2015).
Voir aussi Extraits du Coran sur le site de l’Union des Athées.

Publié par A. Claude Courouve à 21:53 Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur TwitterPartager sur FacebookPartager sur Pinterest
Libellés : fanatisme, ignorance, islam, laïcité, Marx, Montaigne, Nietzsche, philosophie, Renan, Vigny, Voltaire

2 commentaires:

Noxélios a dit…
Prédiction hallucinante et fascinante, en ce qui me concerne tout du moins : Au dix-neuvième siècle, un prophète, Jules Napoléon Ney (1849-1900), petit-fils du maréchal Ney, prédit que les Chinois gagneront la partie dans une Europe mise à mal par l’immigration musulmane.

« Si nous ne nous étions limité à dessein le champ du présent travail, nous montrerions aux lecteurs de l’“Initiation” quelles éventualités redoutables menacent l’Europe chrétienne au courant du vingtième siècle. Il est à craindre qu’elle ne se trouve prise entre la marche en avant vers le nord des musulmans d’Afrique et la marche en avant vers l’ouest des musulmans d’Asie. Nous ne parlons pas de la réserve innombrable des peuples de race jaune qui, comme une invasion de sauterelles, viendra achever et clore l’œuvre destructive et dévastatrice si bien commencée par les Mahométans dans une Europe qui a oublié la solidarité qui devrait unir les nations menacées. »
(Napoléon Ney, “Un danger européen : Les société secrètes musulmanes”, V ; Georges Carré libraire-éditeur, Paris, 1890, page 20.)
1 novembre 2014 21:13

Noxélios a dit…
Citons aussi Flaubert :

« Sans doute par l’effet de mon vieux sang normand, depuis la guerre d’Orient, je suis indigné contre l’Angleterre, indigné à en devenir Prussien ! Car enfin, que veut-elle ? Qui l’attaque ? Cette prétention de défendre l’Islamisme (qui est en soi une monstruosité) m’exaspère. Je demande, au nom de l’humanité, à ce qu’on broie la Pierre-Noire, pour en jeter les cendres au vent, à ce qu’on détruise La Mecque, et que l’on souille la tombe de Mahomet. Ce serait le moyen de démoraliser le Fanatisme. »
(Gustave Flaubert, lettre [n°1728] à madame Roger des Genettes, vendredi 1er mars 1878, dans les “Œuvres complètes de Gustave Flaubert”, Correspondance, huitième série [1877-1880], Louis Conard libraire-éditeur, Paris, 1930, page 112.)

Voir enfin:

Jeannette Bougrab : «La France est toujours aussi aveugle face au péril islamiste»
Alexandre Devecchio
Le Figaro
23/05/2015

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – À l’occasion de la sortie de son livre «maudites», Jeannette Bougrab a accordé un long entretien à FigaroVox. Quatre mois après les attentats de janvier, elle revient sur ces évènements tragiques ainsi que sur son enfance en banlieue.

Jeannette Bougrab est une universitaire française devenue maître des requêtes au Conseil d’État, membre de l’UMP. Elle a été présidente de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) du 16 avril 2010 au 14 novembre 2010, date à laquelle elle est nommée au secrétariat d’État à la Jeunesse et à la Vie associative dans le gouvernement de François Fillon. Son dernier livre s vient de paraître aux éditions Albin Michel.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio

Quatre mois après les attentats de janvier, a-t-on tiré les enseignements nécessaires de cette tragédie?

Non, depuis les années 80, la France sous-estime la montée et la radicalisation de l’islam. L’affaire du voile de Creil en 1989 a été une première alerte, malheureusement ignorée. A l’époque déjà des intellectuels de gauche, comme Elisabeth Badinter, avaient dénoncé un abandon de la laïcité. Les élites ont préféré se couvrir les yeux plutôt que de prendre la mesure des conséquences désastreuses de l’abandon de notre modèle républicain. La chronologie récente des évènements en France est éloquente: En janvier 2006, un jeune homme du nom d’Ilan Halimi est enlevé, torturé et assassiné par le «gang des barbares», première manifestation d’un antisémitisme renaissant. Le 9 mars 2012, un jeune Français du nom de Mohammed Merah pénètre dans une école. Il tue un enseignant et ses deux enfants ainsi qu’une petite fille. Deux jours auparavant, il avait abattu des militaires revenus d’Afghanistan. Le 24 mai 2012, le Français Mehdi Nemmouche se rend au musée juif à Bruxelles. Il entre muni d’un revolver et tue quatre personnes… Il y aurait déjà dû y avoir un avant et un après Merah, un avant et un après Nemmouche. Nous n’avons pas fait notre révolution copernicienne. Les prémisses sont là. J’ai tenté d’alerter à travers des écrits et des conférences sur la gravité du phénomène de radicalisation de jeunes musulmans, pour certains récemment convertis. Mais on a parfois la terrible impression que les gens s’habituent aux violations des droits les plus fondamentaux. Il est intéressant de faire le parallèle avec la décennie noire en Algérie. Dans Gouverner au nom d’Allah, l’écrivain algérien Boualem Sansal rappelle qu’au début, personne ne prenait vraiment au sérieux le phénomène d’islamisation qui était vu comme une sorte de folklore sympathique. Lorsque les Algériens se sont réveillés, c’était le cauchemar. Le conflit a fait 300 000 morts (ndlr: les historiens avancent des chiffres compris entre 60 000 et 150 000 morts). Lorsque nous allons enfin nous réveiller, il sera trop tard.

Quel regard portez-vous sur le 11 janvier? N’y a-t-il pas eu ce jour-là une forme de réveil?

Ce n’est pas parce que 4 millions de personnes ont défilé dans les rues que les choses ont changé. Je ne comprends pas comment le 11 janvier la France a pu bomber le torse et prétendre s’être relevée? Lorsque 12 personnes meurent simplement à cause de leurs dessins et quatre autres parce qu’elles faisaient leurs courses dans une supérette cacher, c’est la preuve d’un terrible échec, le symbole absolu de notre déclin. Sommes-nous aveugles au point de ne pas avoir pris la mesure de la monstruosité des actes? Sommes-nous stupides d’avoir pensé qu’ils ne pourraient pas se reproduire? Nous n’avons toujours pas mesuré la gravité des évènements, le fait que nous sommes entrés en guerre. La violence ne cesse de progresser et j’entends que certains trouvent encore des excuses aux islamistes! Le titre d’un article sur le site de RFI n’était-il pas: «l’enfance malheureuse des frères Kouachi»? … Il faut arrêter la langue de bois. Aujourd’hui, on ne peut plus défendre la laïcité, critiquer ou même simplement évoquer l’islam, sans être taxé de racisme ou d’islamophobie par des mouvements de gauche. Tant qu’on ne prendra pas le recul nécessaire pour dénoncer certains comportements du prophète, on ne pourra arrêter le profond mouvement de régression que connaît le monde musulman depuis l’islam des lumières du XIe siècle. Au Yémen aujourd’hui, on vous explique que l’âge légal du mariage peut être abaissé à neuf ans car Mahomet a lui-même épousé une petite fille de six ans! Sur Youtube, Nada, une petite fille de 11ans que ses parents veulent marier de force lance un appel au monde occidental. En France, on ricane: «Cela concerne la péninsule arabique, pas nous!». Les Français ont tort de penser que ce qui se passe ailleurs ne les concerne pas. Les frères Kouachi sont allés s’entraîner au Yémen, Merah est allé au Pakistan.

A chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d’immigrés aspire à l’excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas.
Dans votre livre, Maudites, vous revenez sur votre enfance. Vous expliquez qu’à l’époque, habiter dans une cité est une chance, mais qu’aujourd’hui vous ne pourriez plus retourner dans votre quartier en portant une robe sans vous faire agresser. Comme expliquez-vous une telle régression?

Il faut rappeler que mes parents venaient d’Algérie où il n’y avait pas d’eau courante et pas de chauffage. Pour eux, habiter en HLM était un bonheur. Les grands ensembles, tant décriés aujourd’hui, représentaient un progrès social indéniable. Et puis, nous avons collectivement abdiqué. Au nom du communautarisme, nous avons abandonné le modèle républicain. Au nom du différentialisme, l’école a arrêté de jouer son rôle d’assimilation. Pour le dire de manière un peu caricaturale, on a préféré construire des salles de sport en banlieue plutôt que des bibliothèques. Le Comte de Bouderbala, d’origine kabyle, résume ça très bien à travers un sketch où il explique qu’à chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Et d’ironiser sur les fautes de grammaire et de syntaxe des rappeurs. Sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d’immigrés aspire à l’excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas. On peut le voir aujourd’hui à travers la réforme du collège. Il y a également une part de responsabilité des parents. Les miens ne savaient ni lire ni écrire, mais m’ont inculqué l’amour de l’école. Ils me rappelaient, ainsi qu’à mes frères et sœurs, que nous avions la chance d’être nés en France et que nous avions la responsabilité de nous en sortir.

Diriez-vous que dans un certains quartiers, nous avons accepté une forme de «totalitarisme»?

Il n’y a pas que dans les cités. Dans mon livre, je fais le parallèle avec Stefan Zweig. L’écrivain avait fui son pays natal, l’Autriche, chassé par le nazisme, pour l’Angleterre puis le Brésil. Retraçant la chronologie des évènements de la fin du XIXe siècle jusqu’au début de la seconde guerre mondiale, il montre que le suicide européen était prévisible. Il regrette que les prémisses de la Shoah n’aient pas alerté les gouvernants: «Cela reste une loi inéluctable de l’histoire: elle défend précisément aux contemporains de reconnaître dès leurs premiers commencements les grands mouvements qui déterminent leur époque.» écrit-il. Ma crainte, pour ne pas dire ma peur, ma terreur est que les prémisses sont là et visibles, elles nous sautent même aux yeux et pourtant nous n’en tirons aucune conséquence.

D’avoir vu Charb abattu par des terroristes tout aussi sanguinaires, faute, pour notre République, d’avoir pris la mesure de la tyrannie des nouveaux terroristes de l’islamisme, et d’avoir été traînée ainsi dans la boue, je ressens la même trahison que celle vécue par papa. J’ai le sentiment d’avoir été rejetée, abandonnée par un pays entier. Je deviens à mon tour un harki.
Est-ce pour cela que vous avez décidé de quitter la France pour la Finlande?

J’ai passé toute ma vie à défendre les valeurs de la France. J’ai mis la HALDE (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) à feu et à sang pour défendre une petite crèche, Baby Loup, et à travers elle la laïcité. Mon frère est militaire, mon père harki s’est battu pour la France. Mais après les évènements du 11 janvier, je ne pouvais plus rester dans ce pays, c’était une question d’oxygène, de vie ou de mort. Mon père a eu sa famille égorgée par les terroristes du FLN et n’a jamais été remercié par la France pour son engagement auprès d’elle. D’avoir vu Charb abattu par des terroristes tout aussi sanguinaires, faute, pour notre République, d’avoir pris la mesure de la tyrannie des nouveaux terroristes de l’islamisme, et d’avoir été traînée ainsi dans la boue, je ressens la même trahison que celle vécue par papa. J’ai le sentiment d’avoir été rejetée, abandonnée par un pays entier. Je deviens à mon tour un harki.

Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’on a besoin de vous pour mener le combat?

Je suis une femme arabe de culture musulmane, je dénonce l’islamisme et on me le reproche. Une fois, deux fois, trois fois, sur tous les tons, j’ai essayé de dire, d’écrire la menace qui pèse sur nous. Personne n’a voulu m’écouter. On m’a récemment traité de «Dora l’exploratrice» parce que je suis allé au Pakistan et au Yémen pour rencontrer des femmes qui luttent et auxquels je rends hommage dans mon livre. Je ne supporte plus ce ricanement permanent. C’est un manque de respect pour ces jeunes filles qui sont des héroïnes. La gauche morale se fout du sort des Yézidis, de celui de jeunes filles pakistanaises. Elle préfère les intellectuels qui ont défendu Mao et les Khmers rouges tout en devisant sur la résistance au Flore… Dans ces conditions, je me sens libre de quitter le pays un temps pour me ressourcer un peu avec ma fille. Mais je continuerai à me battre de là où je serai.

Les dirigeants français ont-ils capitulé?

J’ai subi les foudres de mon premier ministre pour avoir dit qu’il n’y avait pas de «charia light». Mais je crois qu’on ne peut pas se contenter de critiquer les politiques. Manuel Valls a souvent été courageux sur la question de la laïcité. Malheureusement, il est contesté par sa base. Le monde culturel et intellectuel a également une lourde part de responsabilité. L’alliance rouge-verte symbolisé par le livre d’Edwy Plenel, Pour les musulmans, me gêne beaucoup. Heureusement, il y a quelques résistants comme par exemple Michel Onfray. Mais il se fait injurier lui aussi.


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