Présidence Obama: Touche pas à ma liberté d’expression! (With the virtual ban of public discussion of more and more “taboo” subjects, will Americans prove angrier than expected in the privacy of the voting booth?)

29 octobre, 2010
Si Farooque Ahmed était connu de la police, c’était pour une série de factures impayées et pour quelques excès de vitesse. Il ne faisait partie d’aucune organisation, n’a jamais eu de contact d’aucune sorte avec Al-Qaida. Un jour, il a rêvé à haute voix devant ses collègues de lancer «le djihad en Amérique». Depuis, il était traqué par les agents du FIB. Le Temps
Quand je monte à bord d’un avion et que je vois des gens habillés comme des musulmans, je pense qu’ils mettent d’abord leur identité musulmane en avant. Cela m’inquiète, je deviens nerveux. Juan Williams
A news analyst cannot continue to credibly analyze the news if they are expressing opinions (emphasis added) about divisive issues. It’s that simple. And the same would go with anybody. Vivian Schiller (NPR’s CEO)
Senior news analyst Cokie Roberts called Glenn Beck a « terrorist. » Legal affairs correspondent Nina Totenberg once said she hoped conservative Sen. Jesse Helms or his grandchildren would contract AIDS, and she called the Bush tax cuts « immoral. » Tavis Smiley, who once called pro-death penalty then-Texas Gov. George W. Bush a « serial killer, » isn’t a news analyst, and he works in public broadcasting on TV, not on radio. But consider this jaw-dropping — but apparently non-newsworthy — exchange on PBS between this left-wing host and Ayaan Hirsi Ali, a Muslim author, as she criticized Islamic terrorists:
Smiley: But Christians do that every single day in this country.
Ali: Do they blow people up?
Smiley: Yes. … Every day, people walk into post offices; they walk into schools. That’s what Columbine is. I mean, I could do this all day long. … There are so many more examples, Ayaan, of Christians who do that than you could ever give me examples of Muslims who have done that inside this country, where you live and work. Larry Elder (the Washington Examiner, Oct. 29, 2010)

Et si, de plus en plus privé de liberté d’expression, le peuple finissait par se venger dans le secret de l’isoloir?

Le déficit, la Sécu, les questions raciales, les immigrés clandestins, le réchauffement climatique, le terrorisme islamique, le mariage homosexuel, les dérives universitaires …

Au lendemain du licenciement d’un éditorialiste de la radio publique américaine pour propos islamophobes caractérisés …

Et de l’arrestation, en plein Washington, d’un énieme musulman qui avait eu le malheur de « rêver à haute voix devant ses collègues de lancer le djihad en Amérique » …

Victor Davis Hanson rappelle ce dont, sous peine de sermon presidentiel, licenciement ou poursuites judiciaires, on ne doit pas parler en ces temps de tyrannie politiquement correcte en Amérique …

Mais aussi les éventuelles conséquences à la veille d’élections de mi-mandat qui s’annoncent plutot risquées pour la Maison Blanche et le parti démocrate …

What not to talk about in America

Victor Davis Hanson

The NY Post

October 28, 2010

Americans have developed two personas — one public and politically correct, the other private. Mix the two, and big trouble ensues. Some reminders on what to shut up about:

Don’t discuss the deficit. Instead, call borrowing « stimulus. » Debt can be paid back with more borrowing and someone else’s higher taxes. Ignore the lessons of Greece and California. To appear noble, call for more unemployment benefits, free medical care and more entitlements. To sound cruel, talk about borrowing to pay for them.

Keep silent about Social Security and Medicare. If the system is insolvent, it can’t be because we’re living longer, retiring earlier, often taking out more than we paid into the pot, abusing disability provisions or facing an aging and soon-to-be-shrinking population. Instead, rail at fat cats who need to pay more payroll taxes and at wasteful programs, like defense, that can be cut to ensure more for the elderly and needy.

Most Americans choose to be called « cowards » by Attorney General Eric Holder rather than accept his invitation to talk about race on his terms. The NAACP has accused the Tea Party of racist views. The anger over high taxes, debt and big government warrants more concern among the Beltway’s black leadership than exploring the causes of inordinately high incidence of crime, incarceration, one-parent homes and low high-school graduation rates.

Closing the border is taboo. Also the phrase « illegal alien. » Speak instead about the need for social justice, not the enforcement of mere laws. Illegal aliens broke no real law when enticed northward by greedy employers. That’s why the labor secretary released a video calling for workers to report employer abuses — whether the workers are « documented or not. »

Passing laws to subvert federal immigration laws, such as « sanctuary city » legislation, is commendable. Passing laws to enforce federal immigration statutes earns a lawsuit and condemnation by Mexico’s president. Ask Arizona.

Don’t get caught up in discussing global warming. If you must go there, employ the term « climate change » so that anything from a tornado to a blizzard can be blamed on man-caused carbon emissions.

Don’t associate global terrorism with Islam. If Muslims must be mentioned, it should only be in the context that a tiny number, without support and often due to past oppression, commit such terrorism — earning the furor of the Muslim community at large.

Don’t end up like Juan Williams of NPR, who was fired for his candid remarks. For insurance, talk ad nauseam about Timothy McVeigh and the Oklahoma City bombing as proof that white-male Christians blow things up just as frequently.

Don’t weigh in on gay marriage. Millions of Neanderthals voted to oppose it; a few sophisticated judges ruled to overturn bans on it. To talk positively about traditional marriage and the special historical relationship between a man and a woman is code for homophobia.

Lay off the university. It hikes tuition higher than the rate of inflation. It exploits part-time teachers while clinging to archaic notions like tenure. It can’t guarantee that its graduates are competent in either basic reading or math — or that they’ll find a job. It shuns true diversity of thought. Yet question its budgets, hiring practices, political tolerance or affirmative action, and one is dubbed anti-intellectual, racist and cold-heartedly against letting someone be all that he can be.

We don’t quite know how Americans will vote next week, in part because citizens fear to talk openly about their concerns and instead employ group-speak. In the privacy of the voting booth, they may prove angrier than we think.

But why not, when they know that candor and honesty can earn a presidential lecture, a job firing or a lawsuit?

Voir aussi:

Quand le FBI dessine un attentat dans le métro de Washington…

Luis Lema, New York

Le Temps

29 octobre 2010

A moins d’une semaine des élections du «mid-term», une arrestation soulève des questions sur les méthodes employées par les services de renseignement

Un million de passagers par jour. Les services de sécurité américains savent que le métro de Washington, le plus utilisé des Etats-Unis après celui de New York, est une cible rêvée pour d’éventuels terroristes. Mercredi, la police a arrêté un Américain d’origine pakistanaise, Farooque Ahmed, 34 ans, qui préparait un tel attentat. Mais les conditions qui ont mené à cette arrestation soulèvent des questions embarrassantes sur les méthodes employées par les services de renseignement du FBI. Et ce davantage encore à moins d’une semaine des prochaines élections.

Si Farooque Ahmed était connu de la police, c’était pour une série de factures impayées et pour quelques excès de vitesse. Il ne faisait partie d’aucune organisation, n’a jamais eu de contact d’aucune sorte avec Al-Qaida. Un jour, il a rêvé à haute voix devant ses collègues de lancer «le djihad en Amérique». Depuis, il était traqué par les agents du FIB.

D’autres cas

Bien plus, en réalité. Se faisant passer pour une cellule d’Al-Qaida, les agents l’ont convaincu de prendre pendant six mois des photographies dans les stations de métro de la capitale, afin d’y préparer, disaient-ils, une attaque terroriste. «Jamais la population n’a couru de danger durant l’enquête», ont assuré les responsables du FBI. Un langage codé pour sous-entendre que l’opération «terroriste» a été menée de toutes pièces par les services de sécurité. Ce sont eux qui ont lancé l’idée, fourni le matériel et «enrôlé» le jeune homme. Sans eux, cette tentative d’attentat n’aurait sans doute jamais eu lieu.

Cette pratique est devenue monnaie courante aux Etats-Unis, presque une décennie après les attentats du 11 septembre 2001. Dans le New Jersey, cinq hommes musulmans, d’origine ex-yougoslave, ont été accusés d’avoir planifié une attaque contre l’armée dans la base militaire de Fort Dix. Dans l’Etat de New York, ce sont le propriétaire d’une pizzeria criblé de dettes et un imam local qui ont été accusés de blanchiment d’argent sale et de «conspiration terroriste». A New York encore, près de Newburgh, l’un des endroits les plus pauvres de l’Amérique, deux hommes ont été arrêtés pour avoir préparé des attentats contre une synagogue du Bronx.

Dans tous ces cas, le scénario a été le même. Les agents du FBI se sont appuyés sur des repris de justice musulmans qui se faisaient passer pour des fondamentalistes prêts à passer à l’action. Grassement rétribués, ces «informateurs» font tout pour attirer leur proie dans le piège. Dans le cas des «Cinq de Fort Dix», l’un des éléments à charge retenu contre les prévenus était le fait qu’ils regardaient des vidéos d’Al-Qaida décrivant l’utilisation d’explosifs. Or, d’après le témoignage de leurs proches, c’est précisément l’informateur engagé par le FBI qui leur avait envoyé ces vidéos.

Dans une enquête diffusée par l’émission Democracy Now!, un ancien agent du FBI, James Wedick, qui a passé trente-cinq ans sur le terrain, s’emportait: «Etant donné les méthodes utilisées, 90% des cas qui se sont produits ces dix dernières années sont à jeter à la poubelle.»

Parmi les divers inculpés, au moins un est atteint de sérieux problèmes mentaux. D’autres, ayant perdu leur emploi ou leurs clients du fait de la récession, se sont laissé aguicher – parfois au terme de mois d’insistance de la part des informateurs – par la promesse de recevoir des dizaines de milliers de dollars. «On peut sans doute les accuser de stupidité grave, mais beaucoup plus difficilement d’être des terroristes», résume Anjali Kamat, la productrice du documentaire de Democracy Now!. D’autres intervenants dans le documentaire suggéraient que ces diverses arrestations étaient en outre un moyen pratique pour les services de sécurité d’afficher des «succès» et de justifier ainsi la lourde machinerie mise en place après le 11 septembre.

Obsession sécuritaire

De fait, alors que le thème de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme est parmi ceux qui enflamment les sympathisants du Tea Party, le public dans son ensemble est peu préoccupé par ce genre de nuances. En commentant le succès des collègues à Washington, la police de New York publiait jeudi une note interne, aussitôt rendue publique par la chaîne conservatrice Fox News: «L’arrêt de Farooque Ahmed a contrecarré des attaques terroristes dévastatrices qui auraient pu causer la mort de centaines de civils», se réjouissait le New York City Police Department (NYPD). En ajoutant: «La menace posée par des extrémistes grandis sur le sol américain et agissant de leur propre initiative devient un sérieux objet de préoccupation.»

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Présidence Obama: Touche pas à mon rêve américain! (The long march of the American Dream)

29 octobre, 2010
Cowboy ObamaIls sont fous ces Américains! (…) Imagine-t-on un Français refuser la Sécurité sociale? Guy Sorman
The idealism has drained out of this project. Say what you will about the Iraq war—and there was disappointment and heartbreak aplenty—there always ran through that war the promise of a decent outcome: deliverance for the Kurds, an Iraqi democratic example in the heart of a despotic Arab world, the promise of a decent Shiite alternative in the holy city of Najaf that would compete with the influence of Qom. No such nobility, no such illusions now attend our war in Afghanistan. Fouad Ajami
Faced with this truly puzzling conundrum, Dr. Obama diagnoses a heretofore undiscovered psychological derangement: anxiety-induced Obama Underappreciation Syndrome, wherein an entire population is so addled by its economic anxieties as to be neurologically incapable of appreciating the « facts and science » undergirding Obamacare and the other blessings their president has bestowed upon them from on high. I have a better explanation. Better because it adheres to the ultimate scientific principle, Occam’s Razor, by which the preferred explanation for any phenomenon is the one with the most economy and simplicity. And there is nothing simpler than the Gallup findings on the ideological inclinations of the American people. Conservative: 42 percent. Moderate: 35 percent. Liberal: 20 percent. No fanciful new syndromes or other elaborate fictions are required to understand that if you try to impose a liberal agenda on such a demonstrably center-right country — a country that is 80 percent non-liberal — you get a massive backlash. Charles Krauthammer
Gallup finds 42% of Americans describing themselves as either very conservative or conservative. This is up slightly from the 40% seen for all of 2009 and contrasts with the 20% calling themselves liberal or very liberal. Gallup
La mobilité intergenerationelle de revenu s’avere plus forte en France qu’aux Etats-Unis et plus faible que dans les pays scandinaves. Arnaud Lefranc et Alain Trannoy (2005)
Using the relationship between parents’ and children’s incomes as an indicator of relative mobility, data show that a number of countries, including Denmark, Norway, Finland, Canada, Sweden, Germany, and France have more relative mobility than does the United States.… Compared to the same peer group, Germany is 1.5 times more mobile than the United States, Canada nearly 2.5 times more mobile, and Denmark 3 times more mobile. Only the United Kingdom has relative mobility levels on par with those of the United States. (…) Going back to 1820, per capita gross domestic product in the United States has grown an average of 52 percent for each generation. But since 1973, overall median family income has grown only 0.6 percent per year, a rate that produces a 17 percent increase in the average family’s income for each generation. Thus, unless the rate of economic growth increases, the next generation will experience an improvement in its standard of living that is only one-third as large as the historical average for earlier generations. Robert Silvey
Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Déclaration d’indépendance des États-Unis (1776)
The American Dream is that dream of a land in which life should be better and richer and fuller for every man, with opportunity for each according to ability or achievement. It is a difficult dream for the European upper classes to interpret adequately, also too many of us ourselves have grown weary and mistrustful of it. It is not a dream of motor cars and high wages merely, but a dream of social order in which each man and each woman shall be able to attain to the fullest stature of which they are innately capable, and be recognized by others for what they are, regardless of the fortuitous circumstances of birth or position. (…) The American Dream, that has lured tens of millions of all nations to our shores in the past century has not been a dream of material plenty, though that has doubtlessly counted heavily. It has been a dream of being able to grow to fullest development as a man and woman, unhampered by the barriers which had slowly been erected in the older civilizations, unrepressed by social orders which had developed for the benefit of classes rather than for the simple human being of any and every class. James Truslow Adams (The Epic of America, 1931)
No red-blooded American would pay $ 3.50 for a dream. Editeur (justifiant son refus du titre « The American dream » pour l’ouvrage de James Truslow Adams)
The joy and moral stimulation of work no longer must be forgotten in the mad chase of evanescent profits. […] The people of the United States have not failed. In their need they have registered a mandate that they want direct, vigorous action. They have asked for discipline and direction under leadership. They have made me the present instrument of their wishes. In the spirit of the gift I take it. Roosevelt (1933)
The American dream of the family-size farm, owned by the family which operates it, has become more and more remote. The agricultural ladder, on which an energetic young man might ascend from hired man to tenant to independent owner, is no longer serving its purpose. […] A nationwide program under federal leadership and with the assistance of states, counties, communities and individuals is the only solution. Franklin Roosevelt (message au Congrès,  1937)
Shall we pause now and turn back upon the road that lies ahead? Shall we call this the promised land? Or, shall we continue on our way? For ‘each age is a dream that is dying, or one that is coming to birth’. Franklin Roosevelt (2e discours inaugural, 1937)
We will win our freedom because the sacred heritage of our nation and the eternal will of God are embodied in our echoing demands. . . . when these disinherited children of God sat down at lunch counters they were in reality standing up for what is best in the American dream and for the most sacred values in our Judeo-Christian heritage, thereby bringing our nation back to those great wells of democracy which were dug deep by the founding fathers in their formulation of the Constitution and the Declaration of Independence. Martin Luther King J r. (« Letter from a Birmingham Jail », 1963)
I have a dream. Martin Luther King (Lincoln Memorial, 1963)
The dream of conquering the vastness of space – the dream of partnership across the Atlantic – and across the Pacific as well-the dream of a Peace Corps in less developed nations – the dream of education for all of our children – the dream of jobs for all who seek them and need them – the dream of care for our elderly – the dream of an all-out attack on mental illness – and above all, the dream of equal rights for all Americans, whatever their race or color – these and other American dreams have been vitalized by his drive and by his dedication. And now the ideas and the ideals which he so nobly represented must and will be translated into effective action. Lyndon B. Johnson, (Address Before a Joint Session of the Congress,  novembre 1963)
Why did men come to that once forbidding land? There was a dream – a dream of a place where a free man could build for himself and raise his children to a better life – a dream of a continent to be conquered, a world to be won, a nation to be made. […] It existed when the first settlers saw the coast of a new world and when the first pioneers moved westward. It has guided us every step of the way. (….) This nation, this idea called America, was always and always will be a new world – our new world. (…) Martin Luther King’s dream was the American Dream. His quest is our quest: the ceaseless striving to live out our true creed. Our history has been built on such dreams and labours. Lyndon B. Johnson (Inaugural Address,  janvier 1965)
The bold and brilliant dream which excited the founders of our nation still awaits consummation. I have no new dream to set forth today, but rather urge a fresh faith in the old dream. Jimmy Carter (discours inaugural, 1977)
Perhaps the most durable interest most voters have is the maintenance of the American dream’ itself; the promise of a better life, and particularly the promise of a better life for one’s children. […] Reagan promised above all that the American dream could be revitalized. Walter Dean Burnham (à propos de la campagne présidentielle de Reagan, 1980)
We have every right to dream heroic dreams. Those who say that we are in a time when there are no heroes just don’t know where to look. […] Now, I have used the words « they » and « their » in speaking of these heroes. I could say « you » and « your » because I am addressing the heroes of whom I speak – you, the citizens of this blessed land. Your dreams, your hopes, your goals are going to be the dreams, the hopes, and the goals of this administration, so help me God. […] Can we solve the problems confronting us? Well, the answer is an unequivocal and emphatic « yes. » To paraphrase Winston Churchill, I did not take the oath I’ve just taken with the intention of presiding over the dissolution of the world’s strongest economy. Reagan (Inaugural Address, 1981)
Much time has passed since Jefferson arrived for his inauguration. The years and changes accumulate. But the themes of this day he would know: our nation’s grand story of courage and its simple dream of dignity. Ronald Reagan (Second Inaugural Address, 1985)
Ten years ago a young girl left Vietnam with her family, part of the exodus that followed the fall of Saigon. They came to the United States with no possessions and not knowing a word of English. Ten years ago – the young girl studied hard, learned English, and finished high school in the top of her class. And this May, May 22nd to be exact, is a big date on her calendar. Just ten years from the time she left Vietnam, she will graduate from the United States Military Academy at West Point. I thought you might like to meet an American hero named Jean Nguyen. Reagan (Address Before a Joint Session of the Congress on the State of the Union, février 1985)
They are the entrepreneurs, the builders, the pioneers, and a lot of regular folks – the true heroes of our land who make up the most uncommon nation of doers in history. You know they’re Americans because their spirit is as big as the universe and their hearts are bigger than their spirits. Ronald Reagan (Address Before a Joint Session of Congress on the State of the Union, 1987)
Our nation is the enduring dream of every immigrant who ever set foot on these shores, and the millions still struggling to be free. George H.W. Bush (discours sur l’état de l’Union, 1990)
As President, I had a rare opportunity to discover the American Dream in a way that might never have been open to me otherwise. […] I invite you to celebrate with me both Columbus’s dream of a new world and your and my American Dream as well. The connection, I believe, is most appropriate. Gerald Ford (1992)
When I think about opportunity for all Americans, I think about my grandfather. He ran a country store in our little town of Hope. […] My fellow Americans, I end tonight where it all began for me – I still believe in a place called Hope. Bill Clinton (convention nationale du Parti démocrate, juillet)
I remember just thinking what an incredible country this was, if somebody like me would be given the opportunity to meet the president. Bill Clinton («The Man from Hope», évoquant son enfance modeste, sa rencontre avec John Kennedy en 1963, spots télévisés, 1992)
The American dream that we were all raised on is a simple but powerful one – if you work hard and play by the rules you should be given a chance to go as far as your God-given ability will take you. Bill Clinton (devant le Democratic Leadership Council, 1993)
For too many families, even when both parents were working, the American Dream has been slipping away. Bill Clinton (second discours sur l’état de l’Union, 1994)
As long as our dreams outweigh our memories America will be forever young. That is our destiny. Bill Clinton (devant le Congrès américain, 2000)
We need a new government for a new century, humble enough not to try to solve all our problems but strong enough to give us the tools to solve our problems for ourselves. Bill Clinton (second discours inaugural)
Much time has passed since Jefferson arrived for his inauguration. The years and changes accumulate. But the themes of this day he would know: our nation’s grand story of courage and its simple dream of dignity. George W. Bush (Inaugural Address, 2001)
And to the C students I say, you, too, can be President of the United States. A Yale degree is worth a lot, as I often remind Dick Cheney who studied here but left a little early. So now we know: If you graduate from Yale, you become President; if you drop out, you get to be Vice President. (…) If you’re like me, you won’t remember everything you did here. That can be a good thing. (…) Take, for example, my old classmate Dick Brodhead, the accomplished dean of this great university. I remember him as a young scholar, a bright lad, a hard worker. We both put a lot of time in at the Sterling Library, in the reading room where they have those big leather couches. We had a mutual understanding. Dick wouldn’t read aloud, and I wouldn’t snore. (…) For example, I took a class that studied Japanese haiku. (…) As I recall, one of my academic advisers was worried about my selection of such a specialized course. He said I should focus on English. I still hear that quite often. But my critics don’t realize, I don’t make verbal gaffes; I’m speaking in the perfect forms and rhythms of ancient haiku. I did take English here, and I took a class called « The History and Practice of American Oratory, » taught by Rollin G. Osterwies. And President Levin, I want to give credit where credit is due. I want the entire world to know this: Everything I know about the spoken word, I learned right here at Yale. (…) In my time, they spoke of the « Yale man. » I was really never sure what that was, but I do think that I’m a better man because of Yale. All universities, at their best, teach that degrees and honors are far from the full measure of life. Nor is that measure taken in wealth or in titles. What matters most are the standards you live by, the consideration you show others, and the way you use the gifts you are given. George W. Bush (Commencement Address, Yale University,  mai 2001)
Some people aren’t sure that dream extends to them. George W. Bush (2002)
Is the American Dream Still Possible? David Wallenchinsky (2006)
The traditional American Dream? For most Americans, it’s still a dream—a pipe dream. Richard Oden (Conyers, Ga. 2006)
I have nothing saved for me. I’m putting it all into the kids, so that they can succeed in school. Our parents did everything for us, and I hope to do the same for my kids. I don’t count on anyone else to help us get to where we want to go. It’s all up to me and my family. And I trust in God to help us. Shelly Comer, 43, Dos Palos, Calif, divorced mother of three who also takes care of a friend of her oldest child, annual income: $70,377, 2006 )
It’s that fundamental belief – I am my brother’s keeper, I am my sister’s keeper – that makes this country work. It’s what allows us to pursue our individual dreams, yet still come together as a single American family. ‘E pluribus unum.’ Out of many, one. Barack Obama (convention démocrate, 2004)
Tonight is a particular honor for me because, let’s face it, my presence on this stage is pretty unlikely. My father was a foreign student, born and raised in a small village in Kenya. He grew up herding goats, went to school in a tin-roof shack. His father — my grandfather — was a cook, a domestic servant to the British. But my grandfather had larger dreams for his son. Through hard work and perseverance my father got a scholarship to study in a magical place, America, that shone as a beacon of freedom and opportunity to so many who had come before. While studying here, my father met my mother. She was born in a town on the other side of the world, in Kansas. Her father worked on oil rigs and farms through most of the Depression. The day after Pearl Harbor my grandfather signed up for duty; joined Patton’s army, marched across Europe. Back home, my grandmother raised a baby and went to work on a bomber assembly line. After the war, they studied on the G.I. Bill, bought a house through F.H.A., and later moved west all the way to Hawaii in search of opportunity. And they, too, had big dreams for their daughter. A common dream, born of two continents. My parents shared not only an improbable love, they shared an abiding faith in the possibilities of this nation. They would give me an African name, Barack, or ”blessed,” believing that in a tolerant America your name is no barrier to success. They imagined — They imagined me going to the best schools in the land, even though they weren’t rich, because in a generous America you don’t have to be rich to achieve your potential. (…) And I stand here today, grateful for the diversity of my heritage, aware that my parents’ dreams live on in my two precious daughters. I stand here knowing that my story is part of the larger American story, that I owe a debt to all of those who came before me, and that, in no other country on earth, is my story even possible. (…)  Alongside our famous individualism, there’s another ingredient in the American saga, a belief that we are connected as one people (…)  We have more work to do. [Americans] sense, deep in their bones, that with just a slight change in priorities, we can make sure that every child in America has a decent shot at life and that the doors of opportunity remain open to all. They know we can do better.
(…) We have more work to do —  more work to do for the workers I met in Galesburg, Illinois, who are losing their union jobs at the Maytag plant that’s moving to Mexico, and now are having to compete with their own children for jobs that pay seven bucks an hour; more to do for the father that I met who was losing his job and choking back the tears, wondering how he would pay 4500 dollars a month for the drugs his son needs without the health benefits that he counted on; more to do for the young woman in East St. Louis, and thousands more like her, who has the grades, has the drive, has the will, but doesn’t have the money to go to college. Now, don’t get me wrong. The people I meet — in small towns and big cities, in diners and office parks — they don’t expect government to solve all their problems. They know they have to work hard to get ahead,  and they want to. Go into the collar counties around Chicago, and people will tell you they don’t want their tax money wasted, by a welfare agency or by the Pentagon. Go in — Go into any inner city neighborhood, and folks will tell you that government alone can’t teach our kids to learn; they know that parents have to teach, that children can’t achieve unless we raise their expectations and turn off the television sets and eradicate the slander that says a black youth with a book is acting white. They know those things. (…) People don’t expect — People don’t expect government to solve all their problems. But they sense, deep in their bones, that with just a slight change in priorities, we can make sure that every child in America has a decent shot at life, and that the doors of opportunity remain open to all. (…)  The audacity of hope! In the end, that is God’s greatest gift to us, the bedrock of this nation. A belief in things not seen. A belief that there are better days ahead. Barack Obama (Democratic National Convention Keynote Address for John Kerry, juillet 2004)
There’s  a reason  education sucks and it is the same reason that it will never ever be fixed… because the owners of this country don’t want that… The real owners, the big wealthy business interests that control things and make all the important decisions, forget the politicians, the politicians are put there to give you the idea you have freedom of choice, you don’t. You have no choice you have owners, they own you, they own everything, they own all the important land, they own and control the corporations, they’ve long since bought and paid for the senate the congress the state houses the city halls, they got the judges in their back pockets and they own all the big media companies so they control just about all the news and information you hear, they got you by the balls. We know what they want, more for themselves and less for everyone else… and they don’t want an educated citizenry…. they want obedient workers… people who are just smart enough to run the machines and do the paper work and just dumb enough to passively accept the increasingly shittier jobs with the lower pay the longer hours the reduced benefits the end of overtime and the vanishing pension that disappears the minute you go to collect it. And now they are coming for your social security money…. The table is tilted folks, the game is rigged and nobody seems to care…. That’s what the owners count on… because the owners in this country know the truth, it’s called the American Dream and you have to be asleep to believe it. George Carlin (2005)
It’s like the American Dream in reverse.Barack Obama (janvier 2009)
That’s why my administration is working so hard not only to create and save jobs in the short-term […] but to lay a new foundation for growth and prosperity that will put opportunity within the reach of not just African Americans, but all Americans. All Americans. Of every race. Of every creed. From every region of the country. We want everybody to participate in the American Dream. Barack Obama ( devant la NAACP,  juillet 2009 )
I’m not the President of China, I’m not the President of Japan, I’m not the President of the other participants here. And so I have a direct responsibility to my constituents to make their lives better. That’s why they put me in there. That accounts for some of the questions here, about how concretely does me being here help them find a job, pay for their home, send their kids to college, live what we call the American Dream. And I will be judged by my effectiveness in meeting their needs and concerns. Barack Obama (sommet du G-20, Londres, 2009)
America looks more and more like a class-ridden society. […] Goodbye, Horatio Alger. And goodbye, American Dream. Paul Krugman
It used to be that if you stayed with your job, you would be rewarded. Now there is no guarantee. Cherie Morris, 58, of Stroudsburg, Pa., former flight attendant for TWA, 2006)
Eventually, we will just downsize everything, sell our house and move into a smaller one. Randy Omark (55, former flight attendant for TWA, 2006)
(financial stress) comes from the ‘maybe, could be, should be’ nature of our business.” When the economy is down, people don’t buy a new garage-door system. The cost of gas at the pump is a major factor.  When the price of gasoline goes down, business goes up. (…) The words ‘retirement’ and ‘vacation’ are not in our vocabulary. You know that old Tennessee Ernie Ford song: ‘I owe my soul to the company store’? We don’t think about retirement. They’ll have to take me out of here with my high-top tennies on. (…) The American Dream is a bygone thing. It’s not the way life is anymore. I used to believe I was responsible for my own destiny. But it’s not that simple. Now it’s faith and fortitude. Simone Luevano (46, garage-door installation and repair business in Albuquerque, N.M., 2006)
More than 52% of middle-class Americans think that they’re better off than their parents were, but…
56% think things will be worse for their own children or for future generations.
Nearly 57% say they believe that the middle class in America is decreasing.
51% of employed members of the middle class have experienced either increased health-care costs or a cut in health benefits, and 39% have experienced cuts in overtime, raises or bonuses.
66% say they tend to live from paycheck to paycheck.
47% say that no matter how hard they work, they cannot get ahead.
Nearly 83% say that there is not much money left to save after they have paid their bills.
89% of the respondents believe that businesses have a social responsibility to their employees and to the community, but…
81% believe that American businesses make decisions based on what is best for their shareholders and investors—not what is best for their employees.
74% of the middle class say they take responsibility for their own financial success or failure.
80% say they believe it is still possible to achieve the American Dream. Parade, 2006)
It can be used to club the poor into accepting their lot but it can also be used to make the rich squirm about their luxuries. It encourages people not even to see those aspects of society that make the dream impossible to fulfil for all the Americans. Jennifer Hochschild (politologue)
Le concept de « rêve américain » permet aux présidents d’unifier rhétoriquement une nation américaine de plus en plus diverse et fragmentée. (…) Depuis les années 1970, l’augmentation spectaculaire des chiffres de l’immigration légale (+ 100 % entre 1970 et 2000) et illégale (le nombre d’immigrés clandestins serait passé de 8 à 12,5 millions entre 2000 et 2007, selon le bureau du recensement américain) a rendu ce besoin d’unification encore plus pressant. (…) Le « rêve américain », en incitant l’immigrant à regarder au-delà de sa condition individuelle et à prendre conscience de la communauté qu’il rejoint, permet de recréer le lien social et de préserver l’intégrité de la nation. (…) Si le concept de « rêve américain » est de plus en plus présent dans la rhétorique présidentielle depuis les années 1960, c’est peut-être, enfin, parce que la perspective de voir ce rêve se réaliser s’éloigne, paradoxalement, pour une majorité de citoyens. Certes, les États-Unis se sont considérablement enrichis en termes globaux depuis les années 1970, mais cet enrichissement n’a pas profité à l’ensemble de la population. Les revenus du centile le plus riche ont augmenté de 176 % entre 1970 et 2000, là où le revenu médian des foyers américains n’a augmenté que de 21 %. Parallèlement à l’accroissement des inégalités, la mobilité sociale a fortement décliné entre les années 1970 et les années 2000. Or, c’est cette mobilité qui est au cœur du « rêve américain ». Ce dernier n’a jamais signifié une croyance dans l’égalité réelle, mais a toujours renvoyé à un idéal d’égalité des chances – la classe sociale dans laquelle un individu naissait ne devait pas déterminer son destin économique. (…) Des interprètes plus cyniques du fonctionnement de la politique discerneront dans ces références croissantes au « rêve américain » une volonté de masquer la réalité des inégalités économiques et sociales. La politologue Jennifer Hochschild décrit ainsi le « rêve américain » comme une « idéologie impressionnante » qui permet d’attirer des migrants du monde entier en rendant invisibles les conditions de vie réelles des Américains.
S’il est vrai que de multiples définitions du « rêve » existent, il semble néanmoins que le contenu du rêve puisse être ramené à trois ingrédients essentiels : la revendication de la mobilité sociale comme valeur fondamentale, l’espoir d’une vie confortable mais aussi d’un supplément d’âme et le sentiment d’appartenance à une nation à nulle autre pareille. Autrement dit, le « rêve américain » combinerait des valeurs que l’on se plaît d’ordinaire à opposer : égalité et liberté, matérialisme et spiritualité, exceptionnalisme et uniformité.
Globalement, il semble que les présidents démocrates aient tendance à souligner les limites du rêve, son caractère jamais entièrement accompli. (…) Les présidents républicains tendent, eux, à préconiser un retour aux recettes du passé. Pour eux, le rêve est un acquis que seule l’intervention de l’État dans le domaine économique pourrait mettre en danger. Tout Américain, dès lors qu’il s’y emploie avec suffisamment de détermination et de discipline, peut atteindre le confort matériel et spirituel. (…)Ainsi, le concept de « rêve américain » fait l’objet d’une lutte constante entre démocrates et républicains, tous deux désireux de se l’approprier afin de rassembler les Américains autour de leur projet politique. Ce qui est en jeu dans cette lutte, ce n’est rien de moins que l’avenir de l’Amérique. Aurélie Godet

Poursuite du bonheur, justice pour tous, Manifest Destiny, Melting Pot, rêve des Pères fondateurs, rêve des pionniers, rêve de Martin Luther King, rêve de la « bonne vie » des Puritains,  « charte », rêve d’ascension sociale de Lincoln, rêve d’égalité de Martin Luther King, rêve de la côte (accession à la propriété, réalisation de soi à la californienne), tolérance, charité, compassion, respect de la dignité humaine, nouvelle donne, nouvelle frontiere, « Grande société » nouvelle alliance, faith-based and community initiatives, « rêve individualiste » « rêve communautaire », « self-reliance, « sacrifice, « determination », « flexibility », « pragmatism », « willingness to work hard », histoires des haillons aux richesses d’Horatio Alger

A  la veille d’élections de mi-mandat annoncées catastrophiques pour son parti ou un président américain démocrate au plus bas dans les sondages ne reconnait plus ses electeurs qui lui reprochent notamment de vouloir européaniser leur pays …

Et a l’heure ou, avec le record historique de suppressions d’emplois dans les secteurs traditionnels de salaires élevés et fortes possibilites d’ascension sociale et professionnelle (manufacture ou batiment), la classe ouvrière américaine commence a redouter le déclassement …

Pendant qu’un pays qui dans toutes les études de mobilité intergénérationelle (étrangement muettes, toutefois, sur les stratégies a plusieurs générations?) devance a présent le pays des self-made men embourbé dans l’explosion des inégalités depuis les années 80 et les désillusions  de sa plus longue guerre, voit sa mortalité infantile augmenter a son tour pendant que près d’1 Français sur 2 désigne la France comme le « pays du piston« …

Retour sur ces fous d’Américains qui continuent a « refuser la Sécurité sociale », obstinement accrochés contre apparemment toute évidence a  leur fameux mot d’ordre, double de celui d’American way envisage dans notre avant-dernier billet, d’American dream.

Et plus précisément, avec une fascinante étude d’Aurélie Godet, sur la « longue marche » dudit concept dans la rhétorique présidentielle américaine depuis son invention ou popularisation par un historien dans les années 1930, en tension constante entre liberté et égalité, individualisme et collectivisme, matérialisme et moralisme et dont l’usage et l’instrumentalisation,  semblent croitre a mesure que sa réalité devient plus problématique.

Au point que, pour unifier une nation de plus en plus diverse et un électorat désabusé mais aussi un pouvoir de plus en plus presidentialisé et personnalisé (voire, entre les Bush et les Clinton, quasi-endogamique),  chaque parti et president se le disputent tout en se sentant tenus de s’y réferer constamment (2 fois par semaine pour le seul Obama).

Et meme, pour ne prendre que deux exemples la la fois les plus récents et les plus opposés,  de s’en présenter comme l’incarnation vivante.

Soit, pour un privilegié comme Bush fils, en jouant contre une notoire  tete d’oeuf a la Gore ou un Kerry indécrottablement patricien et francophone  la carte de l’autodérision systématique (l’image, largement fabriquée, du cowboy texan ignorant) qui finira d’ailleurs, comme on le sait, par se retourner contre lui, du moins dans la presse et parmi une partie des élites…

Soit, pour l’actuel president, par une véritable mise en scene de sa propre personne a coup d’autobiographies (3, si j’ai bien compté, pour un homme qui n’a pas encore atteint ses 50 ans!) et de réferences sans fin a son histoire familiale, au risque, comme sont tout pres de lui rappeler ses electeurs, de finir par incarner la condescendance et l’arrogance et d’oublier meme ce pourquoi il avait été élu ?

Le rêve américain dans la rhétorique présidentielle américaine moderne (1937-2010)

Aurélie Godet

Introduction

Même lorsqu’ils attribuent l’invention de l’expression à James Truslow Adams, auteur en 1931 d’une histoire des États-Unis intitulée The Epic of America[1], la majorité des universitaires qui se sont penchés sur l’histoire du « rêve américain » peinent à considérer celui-ci comme un slogan historiquement daté. Ils préfèrent le présenter comme un « idéal-type » wébérien, un concept qui permet de comprendre la spécificité du projet américain dans ce qu’il a d’essentiel, comme si l’expérience américaine dans son ensemble pouvait se définir par la réalisation toujours recommencée d’une sorte de rêve structurel. Dans une étude publiée en 2003, Jim Cullen a ainsi passé en revue les différentes manifestations du rêve tout au long de l’histoire américaine : le rêve de la « bonne vie » dans sa version puritaine, l’expression du rêve sous forme de « charte » (la déclaration d’indépendance), le rêve d’ascension sociale de Lincoln, le rêve d’égalité de Martin Luther King et, pour finir, les rêves plus personnels d’accession à la propriété et de la réalisation de soi, à la californienne (ce que Cullen a nommé poétiquement « le rêve de la côte »)[2].

L’épaisseur idéologique de l’American dream a pareillement été négligée. Il existe bien quelques articles sur l’instrumentalisation politique du rêve à des périodes données (on pense notamment au travail de Bernard Genton sur les affiches de propagande de la National Association of Manufacturers pendant la Grande dépression ou à celui d’Alan DeSantis sur la façon dont le mythe du rêve américain a été « vendu » aux travailleurs noirs du Sud par les journaux du Nord lors de la Grande migration des années 1915-1919[3]), mais guère d’étude synthétique sur les usages politiques du rêve au vingtième siècle. Sans prétendre combler totalement ce manque, nous voudrions au moins lancer le débat en analysant les références à l’American dream dans la rhétorique présidentielle, autrement dit au niveau le plus élevé et le plus symbolique de la vie politique américaine. Partant d’un constat simple (les occurrences du concept n’ont cessé d’augmenter depuis que Roosevelt a, le premier, employé l’expression en 1937), on se demandera si le contenu du rêve tel que défini par les présidents est resté le même ou s’il s’est modifié au gré de besoins politiques conjoncturels. Est-il possible, notamment, d’établir une dichotomie pertinente entre « rêve américain démocrate » et « rêve américain républicain » ? Notre conclusion sera que la référence au rêve, si elle a bien une portée délibérative, s’apparente surtout à une ressource rhétorique destinée à accroître l’avantage du président dans le jeu politique.

Une augmentation spectaculaire des références au «rêve américain» dans les discours présidentiels depuis 1960

Parcours statistique de la période 1937-2010

Pour qui s’intéresse de près à la rhétorique présidentielle, le site Internet de l’American Presidency Project (www.presidency.ucsb.edu) fait figure de mine d’or. Créé en 1999 par John Woolley et Gerhard Peters – deux professeurs de l’université de Californie à Santa Barbara -, il permet de consulter gratuitement l’ensemble des discours prononcés par les présidents américains depuis George Washington[1]. Surtout, il est doté d’un moteur de recherche extrêmement performant qui autorise l’investigation par mots-clés (seuls ou en combinaison) ainsi que par dates[2].

Une première requête, composée des mots « American » et « dream » réunis au sein d’un même syntagme, révèle que l’expression « rêve américain » a été utilisée pour la première fois par Franklin Roosevelt dans un « message au Congrès » daté du 6 février 1937. Le 32e président s’y lamente de l’augmentation du nombre de métayers depuis la fermeture de la « frontière » dans les années 1880 et appelle le gouvernement fédéral à sauver le « rêve américain de la ferme familiale » en mettant en place un programme de réhabilitation du monde rural :

The American dream of the family-size farm, owned by the family which operates it, has become more and more remote. The agricultural ladder, on which an energetic young man might ascend from hired man to tenant to independent owner, is no longer serving its purpose. […] A nationwide program under federal leadership and with the assistance of states, counties, communities and individuals is the only solution[3].

On trouve, bien entendu, des occurrences du mot « rêve » avant 1937 : une requête basée sur le mot « dream » fait apparaître 59 résultats entre 1832 et le début du second mandat de Roosevelt[4]. Mais le terme, privé de son qualificatif, y est constamment doté de connotations négatives. Ainsi, le président Harrison l’emploie dans son discours d’investiture du 4 mars 1841 pour condamner l’esprit « utopique » des réformateurs. Le temps n’est selon lui plus aux rêves, mais à l’action :

If this [that ardent patriotism, that devoted attachment to liberty, that spirit of moderation and forbearance for which our countryman were once distinguished] continues to be the ruling passion of our soul, the weaker feeling of the mistaken enthusiast will be corrected, the Utopian dreams of the scheming politician dissipated, and the complicated intrigues of the demagogue rendered harmless[5].

Roosevelt est donc le premier président chez qui le « rêve » se voit, d’une part, associé à l’adjectif « américain » et, d’autre part, doté d’un contenu explicitement positif (ceci expliquant peut-être cela). Cet usage semble avoir fait école puisque, toujours selon la base de données de l’American Presidency Project, le concept d’« American dream » est réapparu 1869 fois dans les discours des présidents américains depuis le 6 février 1937[6].

Le nombre total d’occurrences de l’expression n’étant, en soi, guère indicatif d’une augmentation ou d’une diminution au cours du temps, les résultats obtenus lors de notre requête initiale ont été classés par président et par année, puis traduits sous forme de graphiques (voir illustrations ci-dessous) .

Trois remarques s’imposent à l’issue de ce travail statistique :

– Alors qu’on aurait pu s’attendre à ce que Ronald Reagan soit le président qui ait utilisé l’expression « American dream » le plus fréquemment (l’importance du « rêve » pour le 40e président a souvent été soulignée par les universitaires et les journalistes depuis 1981[7]), c’est finalement à Bill Clinton, suivi des Bush père et fils, que revient la palme. Notons cependant que Barack Obama pourrait bien détrôner ses prédécesseurs d’ici la fin de son mandat, tant les références au rêve sont nombreuses dans ses discours depuis sa prise de fonctions en janvier 2009 (sa moyenne annuelle dépasse d’ores et déjà celle de George H.W. Bush et de George W. Bush).

– Une étude plus détaillée du graphique montre qu’un cap numérique a été franchi au début des années 1960. Alors qu’on ne comptait qu’une seule occurrence du syntagme « American dream » dans les discours de Franklin Roosevelt, 3 dans ceux de Harry Truman, 5 dans ceux de Dwight Eisenhower et 2 dans ceux de John Kennedy, on compte 31 occurrences des deux mots chez Lyndon Johnson.

– Enfin, notre analyse fait apparaître une augmentation quasi continue des références au « rêve américain » depuis les années 1930, et ce, quelle que soit l’orientation politique des présidents.

Comment expliquer cette popularité croissante ?

Tentatives d’explication

L’influence de James Truslow Adams et de Martin Luther King

Il faut tout d’abord rappeler que, s’il arrive que les présidents innovent en matière rhétorique (Franklin Roosevelt a ainsi forgé le concept de « nouvelle donne » en 1932, John Kennedy celui de « nouvelle frontière » en 1960), ils s’inspirent le plus souvent de discours prononcés par d’autres acteurs de la vie politique et/ou culturelle américaine. L’apparition de l’expression « American dream » chez Roosevelt en 1937 et sa généralisation à partir des années 1960 peuvent ainsi être rapprochées de deux événements extérieurs à la sphère présidentielle : la publication de The Epic of America de James Truslow Adams en 1931 et l’allocution de Martin Luther King sur les marches du Lincoln Memorial en 1963.

Le livre d’Adams, s’il est aujourd’hui un peu oublié, a connu un tel succès dans les années 1930 qu’un an à peine après sa parution, le président de l’association des historiens américains y a fait une référence appuyée dans son allocution annuelle, regrettant toutefois que l’épopée soit limitée un peu frileusement aux frontières des États-Unis[8]. En 1935, un long extrait de la conclusion du livre a paru dans Scholastic Review, revue pédagogique de grande diffusion, sous le titre « The American Dream »[9]. Rien d’étonnant, donc, à ce que le « rêve » d’Adams ait accédé au premier plan du discours politique national cinq ans plus tard.

En 1963, Martin Luther King a donné une nouvelle jeunesse à l’expression « rêve américain » en en faisant le sujet principal de son sermon « I have a dream », prononcé devant plus de 200 000 militants pour l’égalité des droits. Ce discours, qui a valu au pasteur baptiste une renommée durable, a profondément influencé Lyndon Johnson et explique très certainement pourquoi le discours sur l’état de l’Union qu’il a prononcé devant le Congrès en 1965 mentionne le « rêve américain » à cinq reprises.

Encore aujourd’hui, l’influence de Martin Luther King se fait sentir dans certains discours présidentiels. On en voudra pour preuve les propos de Barack Obama devant la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) en juillet 2009 :

That’s why my administration is working so hard not only to create and save jobs in the short-term […] but to lay a new foundation for growth and prosperity that will put opportunity within the reach of not just African Americans, but all Americans. All Americans. Of every race. Of every creed. From every region of the country. We want everybody to participate in the American Dream[10].

Les contraintes rhétoriques propres aux discours présidentiels

Comme l’a rappelé l’historienne Vanessa Beasley en 2004, les présidents ne disposent pas de ressources rhétoriques infinies :

Rather than being viewed as an unlimited, renewable resource speakers can use to get things done, rhetoric is, from this perspective, an ancient map, somehow always and already present, revealing the paths of past users, paths that are dug deep enough to limit future travelers’ options[11].

La « règle du précédent » s’applique notamment aux discours inauguraux et aux discours sur l’état de l’Union. Dans ces « discours obligatoires »[12], les présidents font souvent référence à leurs prédécesseurs (y compris lorsqu’ils sont issus du parti adverse) afin de placer leur action dans une continuité historique et de montrer que leurs valeurs correspondent à celles de la nation tout entière. C’est ainsi qu’en 1972, le républicain Richard Nixon a rendu hommage à l’ancien président démocrate Harry Truman dans son discours sur l’état de l’Union :

As all of you are aware, I had some differences with President Truman. He had some with me. But I remember that on that day – the day he addressed that joint session of the newly elected Republican 80th Congress, he spoke not as a partisan, but as President of all the people – calling upon the Congress to put aside partisan considerations in the national interest[13].

Dès lors, on comprend mieux que l’usage de certaines formules comme « Manifest Destiny » au dix-neuvième siècle, « Melting Pot » au début du vingtième et « American dream » depuis 1937 ait pu faire boule de neige dans les discours présidentiels.

Une attirance de plus en plus marquée pour l’abstraction chez les présidents

Sur la base d’une étude statistique précise de l’ensemble des discours d’investiture et des discours annuels sur l’état de l’Union prononcés par les présidents depuis George Washington, le politologue Elvin Lim a fait en 2002 le constat suivant : depuis l’avènement de la « présidence moderne » au début du vingtième siècle, la rhétorique présidentielle est devenue de plus en plus anti-intellectuelle, abstraite, assertive, démocratique et conversationnelle[14]. Les successeurs de Theodore Roosevelt ont ainsi tendance à éviter les références aux processus cognitifs et évaluatifs (les occurrences des verbes tels que « penser » et « juger » ont fortement décru depuis les années 1910), à taire leurs doutes et à exhiber leur confiance en l’avenir (on en voudra pour preuve l’augmentation des références au « renouveau » depuis Woodrow Wilson ou l’usage de plus en plus répandu de termes comme « objectif » et « réforme »). Ils négligent par ailleurs les connecteurs logiques caractéristiques du discours argumentatif (« mais », « par conséquent », « cependant ») et tendent à abandonner le registre soutenu pour un registre plus familier. Là où William Henry Harrison comparait la liberté à un « baume souverain pour toutes les blessures infligées à nos institutions » dans son discours d’investiture, George H.W. Bush a préféré recourir à une image plus prosaïque en 1989, celle du cerf-volant : « Freedom is like a beautiful kite that can go higher and higher with the breeze »[15]. Clairement, les présidents du vingtième siècle ont assimilé le principe d’Aristote selon lequel « [l]a fonction de la rhétorique est de traiter des sujets dont nous devons délibérer et sur lesquels nous ne possédons point de techniques, devant des auditeurs qui n’ont pas la faculté d’inférer par de nombreux degrés et de suivre un raisonnement depuis un point éloigné »[16].

Curieusement, il semble que l’anti-intellectualisme de la rhétorique présidentielle moderne s’accompagne d’un certain penchant pour l’abstraction. Selon Lim, les invocations à Dieu ont considérablement augmenté au vingtième siècle (particulièrement durant les années Reagan) tandis que l’usage des mots « liberté », « bonheur » et « égalité » s’est généralisé depuis Theodore Roosevelt. Fait révélateur de l’ampleur de la transformation qui s’est opérée : les références aux idéaux fondateurs de la nation américaine se sont propagées jusque dans les messages annuels au Congrès, censément plus « terre-à-terre » que les discours d’investiture.

Les observations de Lim font écho aux analyses de Jeffrey Tulis aux États-Unis et de Luc Benoît à la Guillaume en France. Pour ces deux spécialistes de politique américaine, il est clair que la rhétorique présidentielle moderne est de plus en plus marquée par la démagogie au détriment de la négociation et de la recherche d’un consensus politique[17]. Ils constatent tous deux la disparition progressive du style oratoire délibératif (destiné à présenter un programme d’action concernant l’avenir et donc explicitement politique) au profit d’un style épidictique[18], en apparence apolitique, consensuel et cérémonial[19].

Pour qui prend au sérieux cette hypothèse d’une abstraction croissante de la rhétorique présidentielle américaine et d’une substitution progressive de l’épidictique au délibératif, l’augmentation des références au « rêve américain » dans les discours de l’exécutif n’a, là encore, rien d’étonnant.

Importance du rêve pour unifier une nation de plus en plus diverse

Le recours croissant des présidents au « rêve américain» dans leurs discours peut cependant être rattaché à des considérations plus pragmatiques. Les hommes politiques savent depuis longtemps qu’un discours abstrait et idéaliste, dans lequel l’orateur évite toute controverse, suscite plus facilement l’approbation de l’auditoire. C’est ce que le critique littéraire américain Wayne C. Booth a désigné en 1974 sous le terme de « rhétorique de l’assentiment »[20].

Par ailleurs, le concept de « rêve américain » permet aux présidents d’unifier rhétoriquement une nation américaine de plus en plus diverse et fragmentée. « Throughout America’s history, political candidates have typically aligned themselves with or the other versions of this myth in order to forge a unified national identity », notait justement Joanne Morreale en 1991[21]. Depuis les années 1970, l’augmentation spectaculaire des chiffres de l’immigration légale (+ 100 % entre 1970 et 2000) et illégale (le nombre d’immigrés clandestins serait passé de 8 à 12,5 millions entre 2000 et 2007, selon le bureau du recensement américain[22]) a rendu ce besoin d’unification encore plus pressant. La conclusion du discours prononcé par Bill Clinton devant le Congrès américain en 2000 (« As long as our dreams outweigh our memories America will be forever young. That is our destiny ») peut ainsi être lue comme un message adressé aux nouveaux arrivants : ce n’est qu’en oubliant leur passé et en adoptant les idéaux américains qu’ils parviendront à s’intégrer et qu’ils assureront la survie de leur patrie d’adoption[23]. Le « rêve américain », en incitant l’immigrant à regarder au-delà de sa condition individuelle et à prendre conscience de la communauté qu’il rejoint, permet de recréer le lien social et de préserver l’intégrité de la nation.

Importance du rêve pour redonner confiance à un électorat désabusé

Si le concept de « rêve américain » est de plus en plus présent dans la rhétorique présidentielle depuis les années 1960, c’est peut-être, enfin, parce que la perspective de voir ce rêve se réaliser s’éloigne, paradoxalement, pour une majorité de citoyens. Certes, les États-Unis se sont considérablement enrichis en termes globaux depuis les années 1970, mais cet enrichissement n’a pas profité à l’ensemble de la population. Les revenus du centile le plus riche ont augmenté de 176 % entre 1970 et 2000, là où le revenu médian des foyers américains n’a augmenté que de 21 %. Selon les économistes Heather Boushey et Christian E. Weller, c’est pendant la période 1979-1989 que les inégalités ont explosé aux États-Unis, quand les salaires des travailleurs les plus pauvres se sont mis à chuter brutalement tandis que ceux des travailleurs moyens demeuraient stables[24].

Parallèlement à l’accroissement des inégalités, la mobilité sociale a fortement décliné entre les années 1970 et les années 2000[25]. Or, c’est cette mobilité qui est au cœur du « rêve américain ». Ce dernier n’a jamais signifié une croyance dans l’égalité réelle, mais a toujours renvoyé à un idéal d’égalité des chances – la classe sociale dans laquelle un individu naissait ne devait pas déterminer son destin économique. La conclusion de Paul Krugman semble donc justifiée : « America looks more and more like a class-ridden society. […] Goodbye, Horatio Alger. And goodbye, American Dream »[26].

Comme Krugman, de plus en plus d’Américains doutent de la validité du « rêve américain ». Deux tiers des citoyens interrogés en 1995 estimaient que le rêve américain était plus difficile à réaliser à leur époque que dans les années 1970 et 1980[27]. Au début de l’année 2003, 50 % des Américains affirmaient que « le rêve américain [était] devenu impossible à atteindre »[28]. En 2006, ils étaient 54 % à le faire, conduisant un magazine à se poser la question : « Is the American Dream Still Possible? »[29].

Les présidents ne peuvent feindre d’ignorer ces interrogations. « For too many families, even when both parents were working, the American Dream has been slipping away », a ainsi admis Bill Clinton dans son second discours sur l’état de l’Union en 1994 ; « Some people aren’t sure that dream extends to them », a quant à lui regretté George W. Bush en 2002, tandis que Barack Obama est allé jusqu’à parler d’un « rêve américain à l’envers » en janvier 2009[30]. Pour autant, ils n’ont pas renoncé à faire du rêve un slogan de campagne. Pourquoi ?

Sans doute parce qu’en convoquant le rêve dans leurs discours, ils espèrent conjurer le sort. Ces dernières années, le rêve américain a ainsi survécu comme cliché généraliste dans les discours présidentiels chaque fois qu’il a été question de « relancer » la machine économique américaine. « Perhaps the most durable interest most voters have is the maintenance of the American dream’ itself; the promise of a better life, and particularly the promise of a better life for one’s children. […] Reagan promised above all that the American dream could be revitalized », notait ainsi Walter Dean Burnham en 1980 à propos de la campagne présidentielle de Reagan[31].

Des interprètes plus cyniques du fonctionnement de la politique discerneront dans ces références croissantes au « rêve américain » une volonté de masquer la réalité des inégalités économiques et sociales. La politologue Jennifer Hochschild décrit ainsi le « rêve américain » comme une « idéologie impressionnante » qui permet d’attirer des migrants du monde entier en rendant invisibles les conditions de vie réelles des Américains : « It can be used to club the poor into accepting their lot but it can also be used to make the rich squirm about their luxuries. It encourages people not even to see those aspects of society that make the dream impossible to fulfil for all the Americans »[32].

Une chose est sûre en tout cas : le « rêve américain » est devenu une ressource rhétorique indispensable pour les représentants de l’exécutif moderne depuis Roosevelt. Est-ce à dire que tous les présidents donnent à ce rêve le même contenu ?

De quel rêve parle-t-on ?

Un contenu global stable

Selon l’économiste Joseph Daleiden, l’expression « American dream » a été « employée dans des contextes si différents qu’elle ne peut être reliée à aucune signification précise »[1]. S’il est vrai que de multiples définitions du « rêve » existent, il semble néanmoins que le contenu du rêve puisse être ramené à trois ingrédients essentiels : la revendication de la mobilité sociale comme valeur fondamentale, l’espoir d’une vie confortable mais aussi d’un supplément d’âme et le sentiment d’appartenance à une nation à nulle autre pareille. Autrement dit, le « rêve américain » combinerait des valeurs que l’on se plaît d’ordinaire à opposer : égalité et liberté, matérialisme et spiritualité, exceptionnalisme et uniformité[2].

Les discours des présidents américains depuis Roosevelt illustrent bien ces tensions et ambiguïtés. Ils attribuent souvent au « rêve américain » un double contenu, tout à la fois matérialiste et moral, individuel et collectif. Ils encouragent les citoyens à travailler dur afin de s’élever dans l’échelle sociale et insistent sur les valeurs d’initiative, de persévérance et d’autonomie qui sont au cœur de l’éthique protestante du travail. « The American dream that we were all raised on is a simple but powerful one – if you work hard and play by the rules you should be given a chance to go as far as your God-given ability will take you », insistait ainsi Bill Clinton devant le Democratic Leadership Council en 1993[3]. Mais ils les exhortent également à se soucier de la communauté dans laquelle ils vivent et font référence à des valeurs telles que la tolérance, la charité, la compassion et le respect de la dignité humaine. Le discours prononcé par Barack Obama lors de la convention démocrate de 2004, alors qu’il n’était encore que sénateur de l’Illinois, illustre parfaitement cette idée : « It’s that fundamental belief – I am my brother’s keeper, I am my sister’s keeper – that makes this country work. It’s what allows us to pursue our individual dreams, yet still come together as a single American family. ‘E pluribus unum.’ Out of many, one »[4].

Une autre idée apparaît immuable, presque intouchable, dans les discours de l’exécutif moderne : c’est le rêve américain qui aurait permis de construire les États-Unis. C’est notamment lui qui aurait attiré des millions d’immigrants. « Our nation is the enduring dream of every immigrant who ever set foot on these shores, and the millions still struggling to be free », a ainsi déclaré George H.W. Bush dans son discours sur l’état de l’Union de 1990[5]. C’est également lui qui aurait inspiré les principaux mouvements sociaux, politiques et religieux qui ont jalonné l’histoire américaine. On ne compte plus les références au « rêve des Puritains », au « rêve des Pères fondateurs », au « rêve des pionniers » ou au « rêve de Martin Luther King » dans les discours majeurs des présidents depuis Roosevelt :

Why did men come to that once forbidding land? There was a dream – a dream of a place where a free man could build for himself and raise his children to a better life – a dream of a continent to be conquered, a world to be won, a nation to be made. […] It existed when the first settlers saw the coast of a new world and when the first pioneers moved westward. It has guided us every step of the way[6].

Martin Luther King’s dream was the American Dream. His quest is our quest: the ceaseless striving to live out our true creed. Our history has been built on such dreams and labours[7].

D’un seul coup, généralement vers la fin de ces discours, la thématique du rêve apparaît, comme si la chose allait de soi, comme si elle constituait un fond de perspective indépassable et qu’on pouvait lui attribuer des vertus explicatives pour l’ensemble de l’histoire commencée à Jamestown en 1607.

Parallèlement cependant, les présidents continuent de présenter le rêve américain comme un idéal jamais totalement réalisé, un projet constamment à (re)construire. « Shall we pause now and turn back upon the road that lies ahead? Shall we call this the promised land? Or, shall we continue on our way? For ‘each age is a dream that is dying, or one that is coming to birth’ », se demandait ainsi Franklin Roosevelt en 1937 dans son deuxième discours inaugural[8].

Tout se passe donc comme si, dans la bouche des présidents, le rêve pouvait résumer le passé, le présent et l’avenir des États-Unis, comme s’il pouvait échapper à la contingence, être transhistorique. Le mélange des temps (passé, présent, futur) dans les extraits reproduits ci-dessous exprime bien cette pérennité du rêve :

This nation, this idea called America, was always and always will be a new world – our new world[9].

Much time has passed since Jefferson arrived for his inauguration. The years and changes accumulate. But the themes of this day he would know: our nation’s grand story of courage and its simple dream of dignity[10].

Mais des différences non négligeables

Si le contenu global du rêve semble immuable dans les discours de l’exécutif depuis 1937, chaque président apporte néanmoins sa touche personnelle. Chez Lyndon Johnson, par exemple, le rêve est devenu synonyme d’activisme en faveur de l’égalité politique et économique des citoyens américains. Pour le 36e président, rêver, c’était déjà agir. Et lorsqu’il a rappelé à ses concitoyens le contenu des rêves de son prédécesseur dans la première section du discours sur l’état de l’Union qu’il a prononcé le 27 novembre 1963, il a simultanément exposé son programme d’action pour les années à venir :

The dream of conquering the vastness of space – the dream of partnership across the Atlantic – and across the Pacific as well-the dream of a Peace Corps in less developed nations – the dream of education for all of our children – the dream of jobs for all who seek them and need them – the dream of care for our elderly – the dream of an all-out attack on mental illness – and above all, the dream of equal rights for all Americans, whatever their race or color – these and other American dreams have been vitalized by his drive and by his dedication. And now the ideas and the ideals which he so nobly represented must and will be translated into effective action[11].

Jimmy Carter, lui, a proposé une vision beaucoup plus modeste du rêve dans son discours inaugural de 1977. Loin de promettre une ère de changement et de progrès social, il a appelé les Américains à se contenter de leurs vieux idéaux et à reconnaître les limites de ce que les États-Unis pouvaient accomplir : « The bold and brilliant dream which excited the founders of our nation still awaits consummation. I have no new dream to set forth today, but rather urge a fresh faith in the old dream »[12]. Beaucoup de commentateurs se sont étonnés de cette alliance entre « rhétorique du rêve » et « rhétorique de la stagnation », si peu commune chez les présidents. De fait, le discours de Carter a été assez mal perçu par l’opinion publique[13].

L’arrivée de Reagan au pouvoir en 1980 a sonné l’heure de la réconciliation entre « rêve américain » et ambition. Pour le 39e président, tout citoyen américain était un héros potentiel et le rêve était accessible à tous ceux qui se donnaient les moyens de réussir :

We have every right to dream heroic dreams. Those who say that we are in a time when there are no heroes just don’t know where to look. […] Now, I have used the words « they » and « their » in speaking of these heroes. I could say « you » and « your » because I am addressing the heroes of whom I speak – you, the citizens of this blessed land[14].

Afin d’en convaincre le peuple américain, Reagan n’a cessé de parsemer ses discours de récits modelés sur ceux d’Horatio Alger. Ainsi, il a fait en 1985 l’éloge du sergent Jean Nguyen, immigrée vietnamienne qui avait choisi de servir son pays d’adoption en rejoignant l’académie militaire de West Point :

Ten years ago a young girl left Vietnam with her family, part of the exodus that followed the fall of Saigon. They came to the United States with no possessions and not knowing a word of English. Ten years ago – the young girl studied hard, learned English, and finished high school in the top of her class. And this May, May 22nd to be exact, is a big date on her calendar. Just ten years from the time she left Vietnam, she will graduate from the United States Military Academy at West Point. I thought you might like to meet an American hero named Jean Nguyen[15].

Ailleurs, il a célébré les vertus de l’entrepreneur qui, parti de rien, contribue à relancer la machine économique et à préserver la bonne santé morale de la nation:

They are the entrepreneurs, the builders, the pioneers, and a lot of regular folks – the true heroes of our land who make up the most uncommon nation of doers in history. You know they’re Americans because their spirit is as big as the universe and their hearts are bigger than their spirits[16].

La référence à ces « héros ordinaires » (ou, pour reprendre une expression du politologue Craig Smith, « extraordinairement ordinaires »[17]) était censée suffire à démontrer l’existence du rêve.

L’insistance du président sur l’actualisation du rêve à différentes époques, y compris dans les années 1980, n’était pas innocente. Il s’agissait pour Reagan d’envoyer un message politique clair : les Américains n’avaient pas besoin du gouvernement pour atteindre leurs objectifs. L’intervention du gouvernement dans l’économie risquait même d’entraver la mobilité sociale en remplaçant l’égalité des chances qui était au cœur du concept de « rêve américain » par une égalité de fait. Ce n’est qu’en se concentrant sur les valeurs individuelles (la foi, la famille et le travail) que la nation américaine pourrait progresser. Ainsi, le concept de « rêve américain » s’est trouvé chez Reagan mis au service d’un programme économique visant à substituer au paradigme traditionnel keynésien un nouveau paradigme basé sur la dérégulation et la déréglementation. Lorsqu’il a quitté la Maison-Blanche, le 39e président s’est éloigné de cette vision « néo-libérale », rappelant la nécessité de l’intervention étatique dans l’économie pour créer les conditions du progrès social[18]. Il n’empêche que ses discours ont permis l’émergence d’une nouvelle conception du « rêve américain », à la fois plus individualiste et matérialiste. Cette redéfinition du concept a profondément modifié le paysage politique américain de la fin du vingtième siècle.

Ce n’est pas la moindre réussite de Bill Clinton que d’avoir (momentanément) brisé cette association entre « rêve américain » et néo-libéralisme. Dans le discours qu’il a prononcé lors de la Convention nationale démocrate en juillet 1992, il a souligné le besoin d’associer de nouveau responsabilité individuelle et responsabilité collective au sein d’une « nouvelle alliance » (New Covenant)[19]. Après avoir rappelé qu’au centre du concept de « rêve américain » se situait l’idée selon laquelle « tout travail mérite récompense » (« the American dream was built on rewarding hard work »), il a ajouté « We can do better », comme pour indiquer que la communauté ne faisait pas assez pour aider ceux qui travaillaient dur à réaliser leur rêve. Plus loin, dans une longue section consacrée aux problèmes négligés par son concurrent républicain durant son mandat, il s’est emparé d’une célèbre réplique d’Abraham Lincoln au général McClellan (« If you’re not going to use your army, may I borrow it? »)pour indiquer son intention de mettre le pouvoir de l’exécutif (et, plus largement, de l’État) au service de tous les Américains : « George Bush, if you won’t use your power to help people, step aside, I will »[20]. Si la notion de responsabilité individuelle n’a pas complètement disparu du discours (Clinton y a fait allusion plus loin afin de préparer l’électorat à la nécessaire réforme de l’aide sociale), la version clintonienne du « rêve américain » a néanmoins accordé plus d’importance à la responsabilité collective. « We need a new government for a new century, humble enough not to try to solve all our problems but strong enough to give us the tools to solve our problems for ourselves », a d’ailleurs répété le 41e président dans son second discours inaugural[21].

En juillet 2004, Barack Obama a repris le flambeau de Bill Clinton, insistant lui aussi sur la double dimension, individuelle et communautaire, du « rêve américain » dans son discours de soutien à John Kerry[22]. Après avoir décrit les États-Unis comme un « lieu magique », un « modèle de liberté et d’opportunité » et rappelé que sa propre ascension n’aurait pas pu avoir lieu dans un autre pays (« In no other country on earth is my story even possible »), le sénateur de l’Illinois a insisté sur le fait que le succès ne dépendait pas que de qualités individuelles mais également du dégré de solidarité d’une société : « Alongside our famous individualism, there’s another ingredient in the American saga, a belief that we are connected as one people »[23]. Plus loin, il a insisté sur le caractère inachevé du « projet américain » tel qu’il se présentait en 2004, évoquant d’abord le sort de ces travailleurs qui, suite à la délocalisation de leur entreprise au Mexique, « devaient concurrencer leurs propres enfants sur des emplois rémunérés sept dollars de l’heure », puis celui de ce père qui, ayant perdu son travail, ne pouvait plus payer les médicaments dont son fils avait besoin. Il a relié ces deux anecdotes au moyen de l’expression : « We have more work to do ». Que désignait ce « we » ? La fin du paragraphe a montré qu’il s’agissait de l’État fédéral. « [Americans] sense, deep in their bones, that with just a slight change in priorities, we can make sure that every child in America has a decent shot at life and that the doors of opportunity remain open to all. They know we can do better », a assuré le futur candidat à l’élection présidentielle[24]. Derrière la critique de la politique économique de l’administration Bush s’est profilé ici un autre message : le « rêve américain » ne peut être réalisé qu’avec la collaboration d’un État efficace et généreux. Au « rêve individualiste » de Reagan, centré sur des figures héroïques, Obama a opposé le « rêve communautaire » élargi à la nation toute entière. Durant la campagne présidentielle de 2008, c’est le mot « espoir » qui en est venu à résumer ce rêve collectif. En entrelaçant de la sorte les notions de responsabilité individuelle et de responsabilité collective, Barack Obama a donc permis au Parti démocrate de réutiliser l’expression « rêve américain » sans renier les grands principes qui le guident depuis les années 1930[25].

Derrière l’épidictique, le délibératif

Ce que ce bref parcours fait apparaître, c’est que les références au rêve ne sont jamais neutres dans les discours présidentiels. Alors qu’elles semblent relever de l’épidictique, du consensuel, de la « religion civile américaine »[26], on s’aperçoit finalement qu’elles sont chargées idéologiquement et qu’elles relèvent par conséquent du délibératif. Chez Johnson, l’évocation du « vieux rêve » a ainsi servi à lancer un programme ambitieux de « Grande société » fondé sur l’intervention de l’État fédéral. Chez George W. Bush, elle a été mise au service de la promotion d’une politique de lutte contre la pauvreté fondée, non plus sur l’État-providence, mais au contraire sur l’action caritative, les fameuses « faith-based and community initiatives » chères aux Républicains conservateurs. Ainsi, par-delà son apparence constatative, l’expression « American dream » se révèle posséder un rôle performatif de création des valeurs. On pourrait en cela la rapprocher d’autres formules plus anciennes comme celles de « Manifest destiny » et de « Melting pot », par exemple.

Globalement, il semble que les présidents démocrates aient tendance à souligner les limites du rêve, son caractère jamais entièrement accompli. Ainsi, le second discours d’investiture de FDR en 1937 a repris en l’adaptant aux années 1930 la rhétorique du Pilgrim’s Progress de John Bunyan : l’homme liberal progresse vers la Cité céleste américaine, c’est-à-dire le welfare state, en évitant les embûches et en repoussant les tentations. Quant au discours d’investiture de Lyndon B. Johnson en 1965, il a adapté à l’Amérique des années 1960 la vieille rhétorique puritaine du covenant. Les présidents républicains tendent, eux, à préconiser un retour aux recettes du passé. Pour eux, le rêve est un acquis que seule l’intervention de l’État dans le domaine économique pourrait mettre en danger. Tout Américain, dès lors qu’il s’y emploie avec suffisamment de détermination et de discipline, peut atteindre le confort matériel et spirituel.

Ainsi, le concept de « rêve américain » fait l’objet d’une lutte constante entre démocrates et républicains, tous deux désireux de se l’approprier afin de rassembler les Américains autour de leur projet politique[27]. Ce qui est en jeu dans cette lutte, ce n’est rien de moins que l’avenir de l’Amérique.

Le « rêve américain » au service de la présidence

On vient de voir que les références au « rêve américain » dans les discours présidentiels ne visaient pas simplement à rassembler le peuple américain mais servaient également à promouvoir un programme politique précis. Cet aspect, aussi important soit-il, ne doit pas faire oublier un troisième usage du « rêve », qui est de renforcer la fonction présidentielle elle-même.

Un rêve dont le président est le héros

Depuis les années 1960, et de manière encore plus marquée depuis les années 1980, les présidents n’hésitent plus à se présenter comme l’incarnation la plus aboutie de l’American dream. Le caractère à la fois individuel et collectif de leur fonction (ils sont les seuls détenteurs du pouvoir exécutif, mais ils représentent l’ensemble du peuple américain) favorise indubitablement cette association.

En 1992, lorsque le service postal des États-Unis (U.S. Postal Service) a proposé à Gerald Ford de parrainer sa collection de timbres « American dream », destinée à fêter le 500e anniversaire du débarquement de Christophe Colomb en Amérique, le successeur de Nixon a ainsi tenu à rappeler combien la fonction présidentielle incarnait à merveille les promesses du « rêve américain » :

« As President, I had a rare opportunity to discover the American Dream in a way that might never have been open to me otherwise. […] I invite you to celebrate with me both Columbus’s dream of a new world and your and my American Dream as well. The connection, I believe, is most appropriate »[1].

La même année, Bill Clinton a fait de son ascension depuis la petite ville de Hope, dans l’Arkansas, jusqu’aux portes de la Maison-Blanche l’emblème du succès « à l’américaine ». « When I think about opportunity for all Americans, I think about my grandfather. He ran a country store in our little town of Hope. […] My fellow Americans, I end tonight where it all began for me – I still believe in a place called Hope », a-t-il déclaré lors de la convention nationale du Parti démocrate le 16 juillet[2]. Les spots télévisés crées par Harry Thomason et Linda Bloodworth-Thomason pour la campagne présidentielle de 1992 ont bien souligné cet arc narratif typique des histoire d’Horatio Alger. On y voit le candidat Clinton, rebaptisé pour l’occasion « The Man from Hope », évoquer son enfance modeste, sa rencontre avec John Kennedy en 1963 (« I remember just thinking what an incredible country this was, if somebody like me would be given the opportunity to meet the president ») puis le travail qu’il accompli en tant que sénateur de l’Arkansas[3]. Là encore, l’accession à la Maison-Blanche est présentée comme le couronnement ultime d’une carrière, la concrétisation parfaite du « rêve américain »[4].

George W. Bush a tenté de faire revivre la promesse de mobilité sociale qui animait la rhétorique de son prédécesseur en escamotant ses origines privilégiées (son statut de fils de président et de petit-fils de sénateur, en particulier) et en se présentant sous les traits d’un « cow-boy texan » au parcours semé d’embûches. Dans son allocution du 21 mai 2001 à l’université de Yale, il a ainsi insisté sur sa propre médiocrité intellectuelle, expliquant qu’il avait passé de nombreuses heures à ronfler dans la bibliothèque universitaire[5]. Le paradoxe de ce discours, c’est qu’il mêle l’autocritique à la célébration. En évoquant sa paresse et son ignorance, Bush montre que tous les Américains, y compris ceux dont les aptitudes intellectuelles sont limitées, peuvent devenir président : « And to the C students I say: you too can be president of the United States »[6]. Et donc, que le rêve américain est une réalité.

Plus qu’aucun autre homme politique, Barack Obama s’est présenté comme l’incarnation du « rêve américain ». Dans son discours à la convention nationale démocrate de 2004, celui qui n’était encore que sénateur de l’Illinois a évoqué les « grand rêves » conçus par son grand-père paternel et que son père a réalisés en venant étudier dans un « endroit magique : l’Amérique »[7]. Un peu plus loin, il a souligné l’importance des valeurs de travail et d’effort pour son grand-père maternel en rappelant que celui-ci avait travaillé sur des plates-formes pétrolières et dans des exploitations agricoles avant de s’engager volontairement dans l’armée du général Patton au moment de l’attaque de Pearl Harbor. Dans le quatrième paragraphe de son discours, il a explicitement fait le lien entre son histoire personnelle et le destin de la nation américaine lorsqu’il a déclaré : « [M]y story is part of the larger American story »[8].

À première vue, les discours de Ronald Reagan semblent s’être moins appesantis sur l’héroïsme du détenteur du pouvoir exécutif que ceux d’Obama, Clinton, Bush Jr. et Ford. Le 39e président n’a-t-il pas fait l’éloge des « Américains ordinaires » dans son second discours d’investiture (« the quiet everyday heroes of American life ») ?[9] Mais, à bien y regarder, les figures qui s’y trouvent célébrées sont toujours, soit des héros militaires comme Jean Nguyen ou Jeremiah Denton (ex-prisonnier de guerre devenu sénateur républicain de l’Alabama), soit des entrepreneurs comme Carlos Perez (réfugié cubain qui a créé sa propre entreprise d’import-export avec 27 dollars en poche) ou Barbara Proctor (directrice d’une grande agence de publicité née dans un quartier pauvre de Chicago), soit des artistes comme Michael Jackson ou James Cagney. Pourquoi ? Sans doute parce que ces personnages ont permis à Reagan de célébrer les principes qui le guidaient lui-même en tant que président : patriotisme, capitalisme et populisme. Derrière Denton, Perez et les autres, il faut voir l’ancien acteur, divorcé, malheureux, qui a pris en main son destin et décidé de se lancer dans la politique afin de faire triompher les valeurs du Parti républicain. Le vrai héros du « rêve reaganien », c’est ainsi le président lui-même.

Sans le président, pas de rêve ?

Pourquoi les présidents tiennent-ils absolument à présenter leur itinéraire comme l’incarnation parfaite du « rêve américain » ? D’abord, parce qu’un tel récit accrédite l’idée selon laquelle la mobilité sociale est toujours possible aux États-Unis et donc entretient la croyance dans le rêve. C’est ce qu’ont bien noté les politologues Robert C. Rowland et John M. Jones en 2007 :

The particular actions of the hero in stories enacting the American Dream […] provide a kind of rhetorical proof that commitment to the values inherent in the American Dream will lead to its achievement. The victory of the hero in the American Dream romance is proof of the validity of the American Dream itself[10].

Mais surtout, parce qu’il permet aux présidents de conforter leur statut d’interlocuteur privilégié de leurs concitoyens.

Depuis le début du vingtième siècle, la présidence n’a cessé d’accroître son poids au sein du système politique américain. Avec l’ascension des États-Unis comme puissance mondiale, elle a gagné de nouvelles responsabilités dans la gestion des affaires nationales. Elle s’est impliquée plus directement dans le travail des bureaucraties et des commissions du Congrès ; elle a sollicité directement le soutien de groupes sociaux particuliers. Avec l’émergence de nouveaux moyens de communication de masse, la mondialisation et l’intensification de la concurrence internationale dans les années 1970, l’institution a pris un tour moins pluraliste. La sélection des candidats à la présidence est passée des conventions des partis aux élections primaires centrées autour de la personne des candidats. Les présidents depuis Roosevelt cultivent une relation politique de plus en plus directe avec le public. Ils cherchent constamment à passer par-dessus la tête des élites de l’establishment washingtonien, dans l’espoir que leur stature publique contraindra celles-ci à suivre leur leadership.

Ce tournant plébiscitaire, bien décrit par Richard Neustadt, Barbara Hinckley et Stephen Skowronek[11], est facilement attesté par une étude comparée des discours d’investiture et des « messages annuels au Congrès » prononcés par les présidents au XIXe  et au XXe siècles. Tandis qu’au moment de son entrée en fonction, Martin Van Buren exprimait sa peur de « ne pas s’acquitter de manière adéquate d’une charge si difficile »[12] et que Franklin Pierce se lamentait de n’être pas « né pour assumer une fonction que d’autres étaient mieux à mêmes d’exercer »[13], Franklin Roosevelt a annoncé sur un ton triomphant qu’il était prêt à « assumer […] la direction de cette grande armée, le peuple américain »[14] et Bill Clinton a déclaré, non sans une certaine dose de mauvaise foi, que son élection traduisait une approbation indubitable de son programme de campagne : « You have raised your voices in an unmistakable chorus »[15]. De manière générale, les références au pouvoir législatif (« Sénat », « Chambre des représentants ») et au pouvoir judiciaire (« Cour Suprême », « Constitution ») ont été supplantées par les références au pouvoir exécutif et au peuple américain depuis les années 1930[16]. Les présidents modernes sont de plus en plus enclins à se présenter comme les uniques porte-paroles de la volonté populaire et à minimiser le pluralisme du système gouvernemental américain.

Ce statut de porte-parole n’est pas incontesté. En plus des contraintes institutionnelles qui pèsent sur sa fonction, le président moderne fait l’objet de pressions constantes de la part d’autres acteurs du jeu politique tels que l’opinion publique, les groupes d’intérêt et les médias. Dans ce contexte, il a tout intérêt à faire appel aux mythes fondateurs de la nation américaine pour renforcer sa position. En se décrivant comme l’unique dépositaire des rêves de ses concitoyens, le chef de l’exécutif peut prendre l’avantage sur le plan rhétorique et, éventuellement, sur le plan électoral. L’équation « présidence = personnification du rêve américain » a, de ce fait, tendance à devenir « sans président = pas de rêve américain » dans la rhétorique présidentielle moderne. En 1933, Roosevelt s’est ainsi présenté comme l’unique rempart contre la crise économique et les « money changers » dans son discours d’investiture :

The joy and moral stimulation of work no longer must be forgotten in the mad chase of evanescent profits. […] The people of the United States have not failed. In their need they have registered a mandate that they want direct, vigorous action. They have asked for discipline and direction under leadership. They have made me the present instrument of their wishes. In the spirit of the gift I take it[17].

Ronald Reagan s’est exprimé en des termes similaires en 1981 :

Now, I have used the words « they » and « their » in speaking of these heroes. I could say « you » and « your, » because I’m addressing the heroes of whom I speak – you, the citizens of this blessed land. Your dreams, your hopes, your goals are going to be the dreams, the hopes, and the goals of this administration, so help me God. […] Can we solve the problems confronting us? Well, the answer is an unequivocal and emphatic « yes. » To paraphrase Winston Churchill, I did not take the oath I’ve just taken with the intention of presiding over the dissolution of the world’s strongest economy[18].

En 2009, Barack Obama a lui aussi tenu à rappeler qu’il était le seul gardien des aspirations de ses concitoyens lors du sommet du G-20 à Londres :

I’m not the President of China, I’m not the President of Japan, I’m not the President of the other participants here. And so I have a direct responsibility to my constituents to make their lives better. That’s why they put me in there. That accounts for some of the questions here, about how concretely does me being here help them find a job, pay for their home, send their kids to college, live what we call the American Dream. And I will be judged by my effectiveness in meeting their needs and concerns[19].

On le voit ici, la référence au rêve américain dans la rhétorique présidentielle n’a pas pour seuls objectifs d’unifier la nation américaine et de soutenir un programme politique partisan : elle sert également à conforter l’avantage de l’exécutif au sein du système politique américain en donnant du président l’image d’un homme prêt à tout pour que ses concitoyens prospèrent économiquement et moralement. Dans tous les cas, elle apparaît comme une ressource rhétorique et politique indispensable pour une institution qui, depuis Roosevelt, semble en quête permanente de crédibilité.

Conclusion

Partis d’une simple étude statistique des occurrences de l’expression « American dream » dans les discours présidentiels depuis les années 1930, nous avons pu constater à quel point la popularité du concept s’était accrue au cours des XXe et XXIe siècles (Barack Obama l’utilise aujourd’hui au rythme de deux fois par semaine environ). Cinq grandes raisons ont été avancées pour expliquer ce succès grandissant : l’influence de la prose de James Truslow Adams et de Martin Luther King sur la rhétorique présidentielle moderne ; les contraintes rhétoriques propres aux discours présidentiels, qui poussent le chef de l’exécutif à reprendre des formules héritées de ses prédecesseurs afin de renforcer sa légitimité ; une propension de plus en plus marquée à l’abstraction rhétorique à la recherche du consensus, qui se traduit par l’émergence d’un style épidictique ; la nécessité d’unifier une nation de plus en plus diverse du fait de l’immigration ; le besoin, enfin, de redonner confiance à une population consciente du renforcement des inégalités sociales et économiques depuis les années 1970.

Dans la seconde partie de l’article, nous nous sommes attachés à décrire de manière plus détaillée le contenu du rêve tel qu’évoqué par les présidents américains depuis Roosevelt. Nous avons alors observé qu’en dépit de son apparente neutralité idéologique, le concept masquait des tensions fortes entre liberté et égalité, entre individualisme et collectivisme, entre matérialisme et moralisme. Tandis que Richard Nixon et Ronald Reagan ont insisté sur son aspect matériel et individuel, Lyndon Johnson et Bill Clinton ont plutôt mis en avant sa dimension égalitaire et collective, par exemple. Ces observations nous ont conduits à émettre l’hypothèse d’un conflit entre deux grandes versions du rêve américain : une version démocrate et une version républicaine.

La distance qui sépare le « rêve démocrate » du « rêve républicain » ne doit cependant pas être exagérée. Dans la troisième et dernière partie de ce texte, nous avons montré que la référence présidentielle à l’« American dream », plus qu’un moyen de réaffirmer l’identité partisane du chef de l’exécutif, constituait avant tout un moyen de séduire le peuple américain et, partant, d’accentuer l’avantage politique du président au sein d’un système gouvernemental devenu de plus en plus complexe et compétitif. Il faut donc relier l’histoire des usages présidentiels du « rêve américain » à l’histoire de l’institution elle-même, et notamment au tournant plebiscitaire qui la marque depuis les années 1960. Derrière la rhétorique, il y a, encore et toujours, la politique.

Notes

[1] « The American Dream: The People, the Hope, the Glory, 1492-1992 », United States Postal Brochure, 1992. Cité dans Jennifer L. HOCHSCHILD, Facing Up to the American Dream, p. xxii.

[2] William J. CLINTON, « Address Accepting the Presidential Nomination at the Democratic National Convention in New York », 16 juillet 1992.

[3] Ces clips de campagne peuvent être visionnés sur Internet à l’adresse suivante : http://www.livingroomcandidate.org/commercials/1992/journey

[4] Clinton reviendra de nouveau sur la valeur exemplaire de son parcours en 2001 : « I believe in the American Dream. I have lived it. Where else could an ordinary boy from Hope, Arkansas, grow up to become President? […] During the eight years I was privileged to serve as President of the United States, I thought about the American Dream every day ». Bill CLINTON, « Preface », in Andreas BLUHM et Stephen L. WHITE (dir.), The Photograph and the American Dream, 1840-1940, Amsterdam, Van Gogh Museum, 2001.

[5] George W. BUSH, « Commencement Address at Yale University in New Haven, Connecticut », 21 mai 2001. Source : John T. WOOLEY et Gerhard Peters, The American Presidency Project, Santa Barbara, CA. Disponible à l’adresse suivante : http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=45895&st=yale&st1=

[6] Idem.

[7] Barack OBAMA, « 2004 Democratic National Convention Keynote Address », 27 juillet 2004.

[8] Idem.

[9] Ronald REAGAN, « Second Inaugural Address », 20 janvier 1985.

[10] Robert C. ROWLAND et John M. Jones, « Recasting the American Dream and American Politics: Barack Obama’s Keynote Address to the 2004 Democratic National Convention », p. 431.

[11] Richard NEUSTADT, Presidential Power and the Modern Presidents: The Politics of Leadership, New York, Wiley, 1960 ; Barbara HINCKLEY, The Symbolic Presidency: How Presidents Portray Themselves, New York, Routledge, 1990 ; Stephen SKOWRONECK, The Politics Presidents Make: Leadership from John Adams to Bill Clinton, Boston, MA, Harvard University Press, 1997.

[12] « If such men in the position I now occupy felt themselves overwhelmed by a sense of gratitude for this the highest of all marks of their country’s confidence, and by a consciousness of their inability adequately to discharge the duties of an office so difficult and exalted, how much more must these considerations affect one who can rely on no such claims for favor or forbearance! ». Martin VAN BUREN, « Inaugural Address », 4 mars 1837. Source : John T. WOOLEY et Gerhard Peters, The American Presidency Project, Santa Barbara, CA. Disponible à l’adresse suivante : http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=25812

[13] « It is a relief to feel that no heart but my own can know the personal regret and bitter sorrow over which I have been borne to a position so suitable for others rather than desirable for myself ». Franklin PIERCE, « Inaugural Address », 4 mars 1853. Source : John T. WOOLEY et Gerhard Peters, The American Presidency Project, Santa Barbara, CA. Disponible à l’adresse suivante : http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=25816

[14] « With this pledge taken, I assume unhesitatingly the leadership of this great army of our people dedicated to a disciplined attack upon our common problems ». Franklin ROOSEVELT, « Inaugural Address », 4 mars 1933. Source : John T. WOOLEY et Gerhard Peters, The American Presidency Project, Santa Barbara, CA. Disponible à l’adresse suivante : http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=14473

[15] William Jefferson CLINTON, « Inaugural Address », 20 janvier 1993. Source : John T. WOOLEY et Gerhard Peters, The American Presidency Project, Santa Barbara, CA. Disponible à l’adresse suivante : http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=46366

[16] Elvin LIM, art. cit., pp. 339-341.

[17] Franklin ROOSEVELT, « Inaugural Address », 4 mars 1933.

[18] Ronald REAGAN, « Inaugural Address », 20 janvier 1981.

[19] Barack OBAMA, « The President’s News Conference in London, England », 2 avril 2009. Source : John T. WOOLEY et Gerhard Peters, The American Presidency Project, Santa Barbara, CA. Disponible à l’adresse suivante : http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=85947&st=london&st1=obama

Voir aussi :

With more and more middle-income Americans feeling the pinch…

Is the American Dream Still Possible?

David Wallechinsky

Parade

April 23, 2006

To be “middle class” in America once meant living well and having financial security. But today that comfortable and contented lifestyle is harder to achieve and maintain. PARADE commissioned Mark Clements Research Inc. to survey Americans nationwide about their finances and outlook for the future. Contributing Editor David Wallechinsky—author of recent articles on where your tax dollars go and on pork-barrel spending—interprets the results.

The traditional American Dream is based on the belief that hardworking citizens can better their lives, pay their monthly bills without worry, give their children a start to an even better life and still save enough to live comfortably after they retire. But many average Americans are struggling—squeezed by rising costs, declining wages, credit-card debt and diminished benefits, with little left over to save for retirement. (See statistics below.)

Does the dream survive? Do most Americans still believe they can forge better lives for themselves?

PARADE surveyed more than 2,200 Americans, of whom fully 84% described themselves as belonging to the middle class, regardless of where they live (living costs are higher in some regions) or the size of their household.

For this report, we focused on U.S. households earning between $30,000 and $99,000 a year. Most of those surveyed describe themselves as married and having a family. More than 64% say they are employed full-time or part-time. Most say they are in reasonably good health and have a satisfying religious or spiritual life. They own a home and at least two cars, and they are able to take vacations. By international standards, they live a life of prosperity.

Yet behind this prosperity is a growing unease. Half of the employed respondents say that they’ve experienced either increased health-care costs or a cut in health benefits over the last three years, and 39% have had cuts in their overtime, raises or bonuses. Almost two-thirds say they live from paycheck to paycheck, and 47% say that no matter how hard they work, they cannot get ahead. More than a third worry about job loss.

Richard Oden of Conyers, Ga.—married, with five children—worked in the beer industry for 23 years. Last year, he developed pneumonia and required major surgery. When he was unable to return to work by a given date, he says, his company terminated him at age 54—even though he had a perfect attendance record and no performance problems.

To help support his family, Oden had to dip into his 401(k) fund, paying a penalty for premature withdrawal. “This was very stressful,” he says. “Everything had gone up—except wages.”

Oden has since started his own business, a “leadership and personal development” consulting firm. His wife, Josett, works as a representative in the health-care field. “I do believe I will recover financially,” Oden says, “and that I will realize a decent retirement. But the traditional American Dream? For most Americans, it’s still a dream—a pipe dream.”

Having drawn on his own retirement fund, Oden knows that saving can be a big problem. In the survey, nearly 83% say that there is not much left to save after they’ve paid their bills. Statistics from the Commerce Department bear this out: The savings rate for Americans is the lowest it has been in 73 years.

Self-reliance and sacrifice. Most of those interviewed display qualities common to American success stories: determination, flexibility, pragmatism, willingness to work hard and especially self-reliance. Almost three-quarters of the middle-class respondents surveyed say they take responsibility for their own financial destiny and believe that they will succeed or fail based on their own efforts. Still, many are downsizing their dreams.

Shelly Comer, 43, of Dos Palos, Calif., is a divorced mother of three who also takes care of a friend of her oldest child, Michelle. She is going into debt so that Michelle can go to college. Shelly has worked her whole life—as a receptionist, janitor, preschool teacher and activities director at a hospital. Recently, she became a registered nurse and now works the night shift in obstetrics at another hospital. Her annual income is $70,377.

Michelle, 19, is a freshman at the University of California at Merced. She says she is concerned about the financial burden her education is placing on her family: “In order to meet our expected family contribution, my mother had to borrow the entire amount of her share.” For her part, Michelle earned six small scholarships, two of which are renewable for next year, and took out a federal loan. She also works 16 hours a week in the financial-aid office at the university.

Shelly has a retirement plan through the hospital. “But I have nothing saved for me,” she says. “I’m putting it all into the kids, so that they can succeed in school. Our parents did everything for us, and I hope to do the same for my kids. I don’t count on anyone else to help us get to where we want to go. It’s all up to me and my family. And I trust in God to help us.”

Who is responsible? One of the most intriguing results of the Parade survey is that 89% of the middle class believes that businesses have a social responsibility to their employees and to the community. Yet 81% believe that, in fact, American businesses make decisions based on what is best for their shareholders and investors, not what’s best for their employees.

Randy Omark, 55, and Cherie Morris, 58, of Stroudsburg, Pa., husband and wife, are former flight attendants for TWA. Cherie took a buyout in the late 1990s—before American Airlines bought TWA in 2001. After the acquisition, Randy was put on “furlough” (as were about 4,000 other former TWA flight attendants) and never rehired. After 26 years with the two airlines, his pension was frozen and then taken over by the government. Now he gets $324 a month in payments.

Today, despite having a college education, Randy works for $9 an hour finding community jobs for mentally challenged adults. Cherie works for a greeting-card company for $7.25 an hour.

“It used to be that if you stayed with your job, you would be rewarded,” says Cherie. “Now there is no guarantee.” As for retirement, Randy says, “Eventually, we will just downsize everything, sell our house and move into a smaller one.”

Is the dream changing? Simone Luevano, 46, and Miguel Gutierrez, 44, run a garage-door installation and repair business in Albuquerque, N.M. While the business grossed $453,000 last year, they took home just $50,000 net to live on. They have a daughter—Marilyn, age 7—who is deaf in one ear and goes to a private school that costs $3600 a year.

Simone says that financial stress is part of their lives: “It comes from the ‘maybe, could be, should be’ nature of our business.” When the economy is down, people don’t buy a new garage-door system. The cost of gas at the pump is a major factor, she adds: “When the price of gasoline goes down, business goes up.”

Have they prepared for retirement? Simone laughs, then replies, “The words ‘retirement’ and ‘vacation’ are not in our vocabulary. You know that old Tennessee Ernie Ford song: ‘I owe my soul to the company store’? We don’t think about retirement. They’ll have to take me out of here with my high-top tennies on.

“The American Dream is a bygone thing,” she adds. “It’s not the way life is anymore. I used to believe I was responsible for my own destiny. But it’s not that simple. Now it’s faith and fortitude.”

The Stressed Middle Class

National statistics show the increasing pressures on middle-income Americans:

* The real median household income declined 3% from 2000 to 2004.

* The percentage of households earning $25,000 to $99,999 (roughly middle-income range) shrank 1.5% from 2000 to 2004.

* Last year, real average weekly earnings actually fell 0.4%.

* The savings rate for Americans is the lowest it has been in 73 years.

* Credit-card debt is at an all-time high, averaging $9,312 per household.

* The average cost per year of a public college (in state) is $12,127, a 25% increase since 2001.

* A private university costs $29,026.

Here’s What Americans Say

Our survey of middle-income Americans about their financial outlooks showed both skepticism and hope.

More than 52% of middle-class Americans think that they’re better off than their parents were, but…

56% think things will be worse for their own children or for future generations.

Nearly 57% say they believe that the middle class in America is decreasing.

51% of employed members of the middle class have experienced either increased health-care costs or a cut in health benefits, and 39% have experienced cuts in overtime, raises or bonuses.

66% say they tend to live from paycheck to paycheck.

47% say that no matter how hard they work, they cannot get ahead.

Nearly 83% say that there is not much money left to save after they have paid their bills.

89% of the respondents believe that businesses have a social responsibility to their employees and to the community, but…

81% believe that American businesses make decisions based on what is best for their shareholders and investors—not what is best for their employees.

74% of the middle class say they take responsibility for their own financial success or failure.

80% say they believe it is still possible to achieve the American Dream.

What Can You Do?

In this (and every) election year, many politicians rev up emotions that keep voters from focusing on the pocketbook and daily-life issues that truly matter. You know what really touches your family and life: The cost of milk, gas and prescription drugs. The quality of schools. The hope that the government will step in fully prepared to keep you safe and secure if a disaster hits your neighborhood.

Don’t leave decision-making and priority-setting to zealots who have an ax to grind—or to the blindly ambitious people who emerge in every generation. For more than 200 years, our system of government has encouraged power to the people. Be an active citizen.

Voir enfin:

The Way We Were

Rethinking the American Dream

Along with millions of jobs and 401(k)s, the concept of a shared national ideal is said to be dying. But is the American Dream really endangered, or has it simply been misplaced? Exploring the way our aspirations have changed—the rugged individualism of the Wild West, the social compact of F.D.R., the sitcom fantasy of 50s suburbia—the author shows how the American Dream came to mean fame and fortune, instead of the promise that shaped a nation.

David Kamp

Vanity Fair

April 2009

The year was 1930, a down one like this one. But for Moss Hart, it was the time for his particularly American moment of triumph. He had grown up poor in the outer boroughs of New York City—“the grim smell of actual want always at the end of my nose,” he said—and he’d vowed that if he ever made it big he would never again ride the rattling trains of the city’s dingy subway system. Now he was 25, and his first play, Once in a Lifetime, had just opened to raves on Broadway. And so, with three newspapers under his arm and a wee-hours celebration of a successful opening night behind him, he hailed a cab and took a long, leisurely sunrise ride back to the apartment in Brooklyn where he still lived with his parents and brother.

Crossing the Brooklyn Bridge into one of the several drab tenement neighborhoods that preceded his own, Hart later recalled, “I stared through the taxi window at a pinch-faced 10-year-old hurrying down the steps on some morning errand before school, and I thought of myself hurrying down the street on so many gray mornings out of a doorway and a house much the same as this one.… It was possible in this wonderful city for that nameless little boy—for any of its millions—to have a decent chance to scale the walls and achieve what they wished. Wealth, rank, or an imposing name counted for nothing. The only credential the city asked was the boldness to dream.”

As the boy ducked into a tailor shop, Hart recognized that this narrative was not exclusive to his “wonderful city”—it was one that could happen anywhere in, and only in, America. “A surge of shamefaced patriotism overwhelmed me,” Hart wrote in his memoir, Act One. “I might have been watching a victory parade on a flag-draped Fifth Avenue instead of the mean streets of a city slum. A feeling of patriotism, however, is not always limited to the feverish emotions called forth by war. It can sometimes be felt as profoundly and perhaps more truly at a moment such as this.”

Hart, like so many before and after him, was overcome by the power of the American Dream. As a people, we Americans are unique in having such a thing, a more or less Official National Dream. (There is no correspondingly stirring Canadian Dream or Slovakian Dream.) It is part of our charter—as articulated in the second sentence of the Declaration of Independence, in the famous bit about “certain unalienable Rights” that include “Life, Liberty and the pursuit of Happiness”—and it is what makes our country and our way of life attractive and magnetic to people in other lands.

But now fast-forward to the year 2009, the final Friday of January. The new president is surveying the dire economy he has been charged with righting—600,000 jobs lost in January alone, a gross domestic product that shrank 3.8 percent in the final quarter of 2008, the worst contraction in almost 30 years. Assessing these numbers, Barack Obama, a man who normally exudes hopefulness for a living, pronounces them a “continuing disaster for America’s working families,” a disaster that amounts to no less, he says, than “the American Dream in reverse.”

In reverse. Imagine this in terms of Hart’s life: out of the taxicab, back on the subway, back to the tenements, back to cramped cohabitation with Mom and Dad, back to gray mornings and the grim smell of actual want.

You probably don’t even have to imagine, for chances are that of late you have experienced some degree of reversal yourself, or at the very least have had friends or loved ones get laid off, lose their homes, or just find themselves forced to give up certain perks and amenities (restaurant meals, cable TV, salon haircuts) that were taken for granted as recently as a year ago.

These are tough times for the American Dream. As the safe routines of our lives have come undone, so has our characteristic optimism—not only our belief that the future is full of limitless possibility, but our faith that things will eventually return to normal, whatever “normal” was before the recession hit. There is even worry that the dream may be over—that we currently living Americans are the unfortunate ones who shall bear witness to that deflating moment in history when the promise of this country began to wither. This is the “sapping of confidence” that President Obama alluded to in his inaugural address, the “nagging fear that America’s decline is inevitable, and that the next generation must lower its sights.”

But let’s face it: If Moss Hart, like so many others, was able to rally from the depths of the Great Depression, then surely the viability of the American Dream isn’t in question. What needs to change is our expectation of what the dream promises—and our understanding of what that vague and promiscuously used term, “the American Dream,” is really supposed to mean.

In recent years, the term has often been interpreted to mean “making it big” or “striking it rich.” (As the cult of Brian De Palma’s Scarface has grown, so, disturbingly, has the number of people with a literal, celebratory read on its tagline: “He loved the American Dream. With a vengeance.”) Even when the phrase isn’t being used to describe the accumulation of great wealth, it’s frequently deployed to denote extreme success of some kind or other. Last year, I heard commentators say that Barack Obama achieved the American Dream by getting elected president, and that Philadelphia Phillies manager Charlie Manuel achieved the American Dream by leading his team to its first World Series title since 1980.

Yet there was never any promise or intimation of extreme success in the book that popularized the term, The Epic of America, by James Truslow Adams, published by Little, Brown and Company in 1931. (Yes, “the American Dream” is a surprisingly recent coinage; you’d think that these words would appear in the writings of Thomas Jefferson or Benjamin Franklin, but they don’t.) For a book that has made such a lasting contribution to our vocabulary, The Epic of America is an offbeat piece of work—a sweeping, essayistic, highly subjective survey of this country’s development from Columbus’s landfall onward, written by a respected but solemn historian whose prim prose style was mocked as “spinach” by the waggish theater critic Alexander Woollcott.

But it’s a smart, thoughtful treatise. Adams’s goal wasn’t so much to put together a proper history of the U.S. as to determine, by tracing his country’s path to prominence, what makes this land so unlike other nations, so uniquely American. (That he undertook such an enterprise when he did, in the same grim climate in which Hart wrote Once in a Lifetime, reinforces how indomitably strong Americans’ faith in their country remained during the Depression.) What Adams came up with was a construct he called “that American dream of a better, richer, and happier life for all our citizens of every rank.”

From the get-go, Adams emphasized the egalitarian nature of this dream. It started to take shape, he said, with the Puritans who fled religious persecution in England and settled New England in the 17th century. “[Their] migration was not like so many earlier ones in history, led by warrior lords with followers dependent on them,” he wrote, “but was one in which the common man as well as the leader was hoping for greater freedom and happiness for himself and his children.”

The Declaration of Independence took this concept even further, for it compelled the well-to-do upper classes to put the common man on an equal footing with them where human rights and self-governance were concerned—a nose-holding concession that Adams captured with exquisite comic passiveness in the sentence, “It had been found necessary to base the [Declaration’s] argument at last squarely on the rights of man.” Whereas the colonist upper classes were asserting their independence from the British Empire, “the lower classes were thinking not only of that,” Adams wrote, “but of their relations to their colonial legislatures and governing class.”

America was truly a new world, a place where one could live one’s life and pursue one’s goals unburdened by older societies’ prescribed ideas of class, caste, and social hierarchy. Adams was unreserved in his wonderment over this fact. Breaking from his formal tone, he shifted into first-person mode in The Epic of America’s epilogue, noting a French guest’s remark that his most striking impression of the United States was “the way that everyone of every sort looks you right in the eye, without a thought of inequality.” Adams also told a story of “a foreigner” he used to employ as an assistant, and how he and this foreigner fell into a habit of chitchatting for a bit after their day’s work was done. “Such a relationship was the great difference between America and his homeland,” Adams wrote. “There, he said, ‘I would do my work and might get a pleasant word, but I could never sit and talk like this. There is a difference there between social grades which cannot be got over. I would not talk to you there as man to man, but as my employer.’”

Anecdotal as these examples are, they get to the crux of the American Dream as Adams saw it: that life in the United States offered personal liberties and opportunities to a degree unmatched by any other country in history—a circumstance that remains true today, some ill-considered clampdowns in the name of Homeland Security notwithstanding. This invigorating sense of possibility, though it is too often taken for granted, is the great gift of Americanness. Even Adams underestimated it. Not above the prejudices of his time, he certainly never saw Barack Obama’s presidency coming. While he correctly anticipated the eventual assimilation of the millions of Eastern and Southern European immigrants who arrived in the early 20th century to work in America’s factories, mines, and sweatshops, he entertained no such hopes for black people. Or, as he rather injudiciously put it, “After a generation or two, [the white-ethnic laborers] can be absorbed, whereas the negro cannot.”

It’s also worth noting that Adams did not deny that there is a material component to the American Dream. The Epic of America offers several variations on Adams’s definition of the dream (e.g., “the American dream that life should be made richer and fuller for everyone and opportunity remain open to all”), but the word “richer” appears in all of them, and he wasn’t just talking about richness of experience. Yet Adams was careful not to overstate what the dream promises. In one of his final iterations of the “American Dream” trope, he described it as “that dream of a land in which life should be better and richer and fuller for every man, with opportunity for each according to his ability or achievement.”

That last part—“according to his ability or achievement”—is the tempering phrase, a shrewd bit of expectations management. A “better and richer life” is promised, but for most people this won’t be a rich person’s life. “Opportunity for each” is promised, but within the bounds of each person’s ability; the reality is, some people will realize the American Dream more stupendously and significantly than others. (For example, while President Obama is correct in saying, “Only in America is my story possible,” this does not make it true that anyone in America can be the next Obama.) Nevertheless, the American Dream is within reach for all those who aspire to it and are willing to put in the hours; Adams was articulating it as an attainable outcome, not as a pipe dream.

As the phrase “the American Dream” insinuated its way into the lexicon, its meaning continuously morphed and shifted, reflecting the hopes and wants of the day. Adams, in The Epic of America, noted that one such major shift had already occurred in the republic’s history, before he’d given the dream its name. In 1890, the U.S. Census Bureau declared that there was no longer such a thing as the American frontier. This was not an official pronouncement but an observation in the bureau’s report that “the unsettled area has been so broken into by isolated bodies of settlement that there can hardly be said to be a frontier line.”

The tapering off of the frontier era put an end to the immature, individualistic, Wild West version of the American Dream, the one that had animated homesteaders, prospectors, wildcatters, and railroad men. “For a century and more,” Adams wrote, “our successive ‘Wests’ had dominated the thoughts of the poor, the restless, the discontented, the ambitious, as they had those of business expansionists and statesmen.”

But by the time Woodrow Wilson became president, in 1913—after the first national election in which every voter in the continental U.S. cast his ballot as a citizen of an established state—that vision had become passé. In fact, to hear the new president speak, the frontiersman’s version of the American Dream was borderline malevolent. Speaking in his inaugural address as if he had just attended a screening of There Will Be Blood, Wilson declared, “We have squandered a great part of what we might have used, and have not stopped to conserve the exceeding bounty of nature, without which our genius for enterprise would have been worthless and impotent.” Referencing both the end of the frontier and the rapid industrialization that arose in its aftermath, Wilson said, “There has been something crude and heartless and unfeeling in our haste to succeed and be great.… We have come now to the sober second thought. The scales of heedlessness have fallen from our eyes. We have made up our minds to square every process of our national life again with the standards we so proudly set up at the beginning.”

The American Dream was maturing into a shared dream, a societal compact that reached its apotheosis when Franklin Delano Roosevelt was sworn into office in 1933 and began implementing the New Deal. A “better and richer and fuller” life was no longer just what America promised its hardworking citizens individually; it was an ideal toward which these citizens were duty-bound to strive together. The Social Security Act of 1935 put this theory into practice. It mandated that workers and their employers contribute, via payroll taxes, to federally administered trust funds that paid out benefits to retirees—thereby introducing the idea of a “safe old age” with built-in protection from penury.

This was, arguably, the first time that a specific material component was ascribed to the American Dream, in the form of a guarantee that you could retire at the age of 65 and rest assured that your fellow citizens had your back. On January 31, 1940, a hardy Vermonter named Ida May Fuller, a former legal secretary, became the very first retiree to receive a monthly Social Security benefit check, which totaled $22.54. As if to prove both the best hopes of Social Security’s proponents and the worst fears of its detractors, Fuller enjoyed a long retirement, collecting benefits all the way to her death in 1975, when she was 100 years old.

Still, the American Dream, in F.D.R.’s day, remained largely a set of deeply held ideals rather than a checklist of goals or entitlements. When Henry Luce published his famous essay “The American Century” in Life magazine in February 1941, he urged that the U.S. should no longer remain on the sidelines of World War II but use its might to promote this country’s “love of freedom, a feeling for the equality of opportunity, a tradition of self-reliance and independence, and also of cooperation.” Luce was essentially proposing that the American Dream—more or less as Adams had articulated it—serve as a global advertisement for our way of life, one to which non-democracies should be converted, whether by force or gentle coercion. (He was a missionary’s son.)

More soberly and less bombastically, Roosevelt, in his 1941 State of the Union address, prepared America for war by articulating the “four essential human freedoms” that the U.S. would be fighting for: “freedom of speech and expression”; “freedom of every person to worship God in his own way”; “freedom from want”; and “freedom from fear.” Like Luce, Roosevelt was upholding the American way as a model for other nations to follow—he suffixed each of these freedoms with the phrase “everywhere in the world”—but he presented the four freedoms not as the lofty principles of a benevolent super race but as the homespun, bedrock values of a good, hardworking, unextravagant people.

No one grasped this better than Norman Rockwell, who, stirred to action by Roosevelt’s speech, set to work on his famous “Four Freedoms” paintings: the one with the rough-hewn workman speaking his piece at a town meeting (Freedom of Speech); the one with the old lady praying in the pew (Freedom of Worship); the one with the Thanksgiving dinner (Freedom from Want); and the one with the young parents looking in on their sleeping children (Freedom from Fear). These paintings, first reproduced in The Saturday Evening Post in 1943, proved enormously popular, so much so that the original works were commandeered for a national tour that raised $133 million in U.S. war bonds, while the Office of War Information printed up four million poster copies for distribution.

Whatever your opinion of Rockwell (and I’m a fan), the resonance of the “Four Freedoms” paintings with wartime Americans offers tremendous insight into how U.S. citizens viewed their idealized selves. Freedom from Want, the most popular of all, is especially telling, for the scene it depicts is joyous but defiantly unostentatious. There is a happily gathered family, there are plain white curtains, there is a large turkey, there are some celery stalks in a dish, and there is a bowl of fruit, but there is not a hint of overabundance, overindulgence, elaborate table settings, ambitious seasonal centerpieces, or any other conventions of modern-day shelter-mag porn.

It was freedom from want, not freedom to want—a world away from the idea that the patriotic thing to do in tough times is go shopping. Though the germ of that idea would form shortly, not long after the war ended.

William J. Levitt was a Seabee in the Pacific theater during the war, a member of one of the Construction Battalions (CBs) of the U.S. Navy. One of his jobs was to build airfields at as fast a clip as possible, on the cheap. Levitt had already worked in his father’s construction business back home, and he held an option on a thousand acres of potato fields in Hempstead, New York, out on Long Island. Coming back from the war with newly acquired speed-building skills and a vision of all those returning G.I.’s needing homes, he set to work on turning those potato fields into the first Levittown.

Levitt had the forces of history and demographics on his side. The G.I. Bill, enacted in 1944, at the tail end of the New Deal, offered returning veterans low-interest loans with no money down to purchase a house—an ideal scenario, coupled with a severe housing shortage and a boom in young families, for the rapid-fire development of suburbia.

The first Levitt houses, built in 1947, had two bedrooms, one bathroom, a living room, a kitchen, and an unfinished loft attic that could theoretically be converted into another bedroom. The houses had no basements or garages, but they sat on lots of 60 by 100 feet, and—McMansionistas, take note—took up only 12 percent of their lot’s footprint. They cost about $8,000.

“Levittown” is today a byword for creepy suburban conformity, but Bill Levitt, with his Henry Ford–like acumen for mass production, played a crucial role in making home ownership a new tenet of the American Dream, especially as he expanded his operations to other states and inspired imitators. From 1900 to 1940, the percentage of families who lived in homes that they themselves owned held steady at around 45 percent. But by 1950 this figure had shot up to 55 percent, and by 1960 it was at 62 percent. Likewise, the homebuilding business, severely depressed during the war, revived abruptly at war’s end, going from 114,000 new single-family houses started in 1944 to 937,000 in 1946—and to 1.7 million in 1950.

Levitt initially sold his houses only to vets, but this policy didn’t hold for long; demand for a new home of one’s own wasn’t remotely limited to ex-G.I.’s, as the Hollywood filmmaker Frank Capra was astute enough to note in It’s a Wonderful Life. In 1946, a full year before the first Levittown was populated, Capra’s creation George Bailey (played by Jimmy Stewart) cut the ribbon on his own eponymous suburban-tract development, Bailey Park, and his first customer wasn’t a war veteran but a hardworking Italian immigrant, the tremulously grateful saloonkeeper Mr. Martini. (An overachiever, Capra was both a war veteran and a hardworking Italian immigrant.)

Buttressed by postwar optimism and prosperity, the American Dream was undergoing another recalibration. Now it really did translate into specific goals rather than Adams’s more broadly defined aspirations. Home ownership was the fundamental goal, but, depending on who was doing the dreaming, the package might also include car ownership, television ownership (which multiplied from 6 million to 60 million sets in the U.S. between 1950 and 1960), and the intent to send one’s kids to college. The G.I. Bill was as crucial on that last count as it was to the housing boom. In providing tuition money for returning vets, it not only stocked the universities with new students—in 1947, roughly half of the nation’s college enrollees were ex-G.I.’s—but put the very idea of college within reach of a generation that had previously considered higher education the exclusive province of the rich and the extraordinarily gifted. Between 1940 and 1965, the number of U.S. adults who had completed at least four years of college more than doubled.

Nothing reinforced the seductive pull of the new, suburbanized American Dream more than the burgeoning medium of television, especially as its production nexus shifted from New York, where the grubby, schlubby shows The Honeymooners and The Phil Silvers Show were shot, to Southern California, where the sprightly, twinkly shows The Adventures of Ozzie and Harriet, Father Knows Best, and Leave It to Beaver were made. While the former shows are actually more enduringly watchable and funny, the latter were the foremost “family” sitcoms of the 1950s—and, as such, the aspirational touchstones of real American families.

The Nelsons (Ozzie and Harriet), the Andersons (Father Knows Best), and the Cleavers (Leave It to Beaver) lived in airy houses even nicer than those that Bill Levitt built. In fact, the Nelson home in Ozzie and Harriet was a faithful replica of the two-story Colonial in Hollywood where Ozzie, Harriet, David, and Ricky Nelson really lived when they weren’t filming their show. The Nelsons also offered, in David and especially the swoonsome, guitar-strumming Ricky, two attractive exemplars of that newly ascendant and clout-wielding American demographic, the teenager. “The postwar spread of American values would be spearheaded by the idea of the teenager,” writes Jon Savage somewhat ominously in Teenage, his history of youth culture. “This new type was pleasure-seeking, product-hungry, embodying the new global society where social inclusion was to be granted through purchasing power.”

Family Reunion (1970), by Norm Kerr. © 2009 Kodak, courtesy of George Eastman House. Enlarge this photo.

Voting Day in Clarkson, New York (1960), by Bob Phillips. © 2009 Kodak, courtesy of George Eastman House. Enlarge this photo.

Still, the American Dream was far from degenerating into the consumerist nightmare it would later become (or, more precisely, become mistaken for). What’s striking about the Ozzie and Harriet–style 50s dream is its relative modesty of scale. Yes, the TV and advertising portrayals of family life were antiseptic and too-too-perfect, but the dream homes, real and fictional, seem downright dowdy to modern eyes, with none of the “great room” pretensions and tricked-out kitchen islands that were to come.

Nevertheless, some social critics, such as the economist John Kenneth Galbraith, were already fretful. In his 1958 book The Affluent Society, a best-seller, Galbraith posited that America had reached an almost unsurpassable and unsustainable degree of mass affluence because the average family owned a home, one car, and one TV. In pursuing these goals, Galbraith said, Americans had lost a sense of their priorities, focusing on consumerism at the expense of public-sector needs like parks, schools, and infrastructure maintenance. At the same time, they had lost their parents’ Depression-era sense of thrift, blithely taking out personal loans or enrolling in installment plans to buy their cars and refrigerators.

While these concerns would prove prescient, Galbraith severely underestimated the potential for average U.S. household income and spending power to grow further. The very same year that The Affluent Society came out, Bank of America introduced the BankAmericard, the forerunner to Visa, today the most widely used credit card in the world.

What unfolded over the next generation was the greatest standard-of-living upgrade that this country had ever experienced: an economic sea change powered by the middle class’s newly sophisticated engagement in personal finance via credit cards, mutual funds, and discount brokerage houses—and its willingness to take on debt.

Consumer credit, which had already rocketed upward from $2.6 billion to $45 billion in the postwar period (1945 to 1960), shot up to $105 billion by 1970. “It was as if the entire middle class was betting that tomorrow would be better than today,” as the financial writer Joe Nocera put it in his 1994 book, A Piece of the Action: How the Middle Class Joined the Money Class. “Thus did Americans begin to spend money they didn’t yet have; thus did the unaffordable become affordable. And thus, it must be said, did the economy grow.”

Before it spiraled out of control, the “money revolution,” to use Nocera’s term for this great middle-class financial engagement, really did serve the American Dream. It helped make life “better and richer and fuller” for a broad swath of the populace in ways that our Depression-era forebears could only have imagined.

To be glib about it, the Brady family’s way of life was even sweeter than the Nelson family’s. The Brady Bunch, which debuted in 1969, in The Adventures of Ozzie and Harriet’s old Friday-night-at-eight slot on ABC, occupied the same space in the American psyche of the 70s as Ozzie and Harriet had in the 50s: as the middle class’s American Dream wish-fulfillment fantasy, again in a generically idyllic Southern California setting. But now there were two cars in the driveway. Now there were annual vacations at the Grand Canyon and an improbably caper-filled trip to Hawaii. (The average number of airplane trips per American household, less than one per year in 1954, was almost three per year in 1970.) And the house itself was snazzier—that open-plan living area just inside the Brady home’s entryway, with the “floating” staircase leading up to the bedrooms, was a major step forward in fake-nuclear-family living.

By 1970, for the first time, more than half of all U.S. families held at least one credit card. But usage was still relatively conservative: only 22 percent of cardholders carried a balance from one month’s bill to the next. Even in the so-called go-go 80s, this figure hovered in the 30s, compared to 56 percent today. But it was in the 80s that the American Dream began to take on hyperbolic connotations, to be conflated with extreme success: wealth, basically. The representative TV families, whether benignly genteel (the Huxtables on The Cosby Show) or soap-opera bonkers (the Carringtons on Dynasty), were undeniably rich. “Who says you can’t have it all?” went the jingle in a ubiquitous beer commercial from the era, which only got more alarming as it went on to ask, “Who says you can’t have the world without losing your soul?”

The deregulatory atmosphere of the Reagan years—the loosening of strictures on banks and energy companies, the reining in of the Justice Department’s antitrust division, the removal of vast tracts of land from the Department of the Interior’s protected list—was, in a sense, a calculated regression to the immature, individualistic American Dream of yore; not for nothing did Ronald Reagan (and, later, far less effectively, George W. Bush) go out of his way to cultivate a frontiersman’s image, riding horses, chopping wood, and reveling in the act of clearing brush.

To some degree, this outlook succeeded in rallying middle-class Americans to seize control of their individual fates as never before—to “Go for it!,” as people in yellow ties and red braces were fond of saying at the time. In one of Garry Trudeau’s finest moments from the 80s, a Doonesbury character was shown watching a political campaign ad in which a woman concluded her pro-Reagan testimonial with the tagline “Ronald Reagan … because I’m worth it.”

But this latest recalibration saw the American Dream get decoupled from any concept of the common good (the movement to privatize Social Security began to take on momentum) and, more portentously, from the concepts of working hard and managing one’s expectations. You only had to walk as far as your mailbox to discover that you’d been “pre-approved” for six new credit cards, and that the credit limits on your existing cards had been raised without your even asking. Never before had money been freer, which is to say, never before had taking on debt become so guiltless and seemingly consequence-free—at both the personal and institutional levels. President Reagan added $1 trillion to the national debt, and in 1986, the United States, formerly the world’s biggest creditor nation, became the world’s biggest debtor nation. Perhaps debt was the new frontier.

A curious phenomenon took hold in the 1990s and 2000s. Even as the easy credit continued, and even as a sustained bull market cheered investors and papered over the coming mortgage and credit crises that we now face, Americans were losing faith in the American Dream—or whatever it was they believed the American Dream to be. A CNN poll taken in 2006 found that more than half of those surveyed, 54 percent, considered the American Dream unachievable—and CNN noted that the numbers were nearly the same in a 2003 poll it had conducted. Before that, in 1995, a Business Week/Harris poll found that two-thirds of those surveyed believed the American Dream had become harder to achieve in the past 10 years, and three-fourths believed that achieving the dream would be harder still in the upcoming 10 years.

To the writer Gregg Easterbrook, who at the beginning of this decade was a visiting fellow in economics at the Brookings Institution, this was all rather puzzling, because, by the definition of any prior American generation, the American Dream had been more fully realized by more people than ever before. While acknowledging that an obscene amount of America’s wealth was concentrated in the hands of a small group of ultra-rich, Easterbrook noted that “the bulk of the gains in living standards—the gains that really matter—have occurred below the plateau of wealth.”

By nearly every measurable indicator, Easterbrook pointed out in 2003, life for the average American had gotten better than it used to be. Per capita income, adjusted for inflation, had more than doubled since 1960. Almost 70 percent of Americans owned the places they lived in, versus under 20 percent a century earlier. Furthermore, U.S. citizens averaged 12.3 years of education, tops in the world and a length of time in school once reserved solely for the upper class.

Yet when Easterbrook published these figures in a book, the book was called The Progress Paradox: How Life Gets Better While People Feel Worse. He was paying attention not only to the polls in which people complained that the American Dream was out of reach, but to academic studies by political scientists and mental-health experts that detected a marked uptick since the midcentury in the number of Americans who considered themselves unhappy.

The American Dream was now almost by definition unattainable, a moving target that eluded people’s grasp; nothing was ever enough. It compelled Americans to set unmeetable goals for themselves and then consider themselves failures when these goals, inevitably, went unmet. In examining why people were thinking this way, Easterbrook raised an important point. “For at least a century,” he wrote, “Western life has been dominated by a revolution of rising expectations: Each generation expected more than its antecedent. Now most Americans and Europeans already have what they need, in addition to considerable piles of stuff they don’t need.”

This might explain the existential ennui of the well-off, attractive, solipsistic kids on Laguna Beach (2004–6) and The Hills (2006–9), the MTV reality soaps that represent the curdling of the whole Southern California wish-fulfillment genre on television. Here were affluent beach-community teens enriching themselves further not even by acting or working in any real sense, but by allowing themselves to be filmed as they sat by campfires maundering on about, like, how much their lives suck.

In the same locale that begat these programs, Orange County, there emerged a Bill Levitt of McMansions, an Iranian-born entrepreneur named Hadi Makarechian whose company, Capital Pacific Holdings, specializes in building tract-housing developments for multi-millionaires, places with names like Saratoga Cove and Ritz Pointe. In a 2001 profile of Makarechian in The New Yorker, David Brooks mentioned that the builder had run into zoning restrictions on his latest development, called Oceanfront, that prevented the “entry statement”—the walls that mark the entrance to the development—from being any higher than four feet. Noted Brooks drolly, “The people who are buying homes in Oceanfront are miffed about the small entry statement.” Nothing was ever enough.

An extreme example, perhaps, but not misrepresentative of the national mind-set. It says a lot about our buying habits and constant need for new, better stuff that Congress and the Federal Communications Commission were utterly comfortable with setting a hard 2009 date for the switchover from analog to digital television broadcasting—pretty much assuming that every American household owns or will soon own a flat-panel digital TV—even though such TVs have been widely available for only five years. (As recently as January 2006, just 20 percent of U.S. households owned a digital television, and the average price point for such a television was still above a thousand dollars.)

In hewing to the misbegotten notion that our standard of living must trend inexorably upward, we entered in the late 90s and early 00s into what might be called the Juiceball Era of the American Dream—a time of steroidally outsize purchasing and artificially inflated numbers. As Easterbrook saw it, it was no longer enough for people to keep up with the Joneses; no, now they had to “call and raise the Joneses.”

“Bloated houses,” he wrote, “arise from a desire to call-and-raise-the-Joneses—surely not from a belief that a seven-thousand-square-foot house that comes right up against the property setback line would be an ideal place in which to dwell.” More ominously and to the point: “To call-and-raise-the-Joneses, Americans increasingly take on debt.”

This personal debt, coupled with mounting institutional debt, is what has got us in the hole we’re in now. While it remains a laudable proposition for a young couple to secure a low-interest loan for the purchase of their first home, the more recent practice of running up huge credit-card bills to pay for, well, whatever, has come back to haunt us. The amount of outstanding consumer debt in the U.S. has gone up every year since 1958, and up an astonishing 22 percent since 2000 alone. The financial historian and V.F. contributor Niall Ferguson reckons that the over-leveraging of America has become especially acute in the last 10 years, with the U.S.’s debt burden, as a proportion of the gross domestic product, “in the region of 355 percent,” he says. “So, debt is three and a half times the output of the economy. That’s some kind of historic maximum.”

James Truslow Adams’s words remind us that we’re still fortunate to live in a country that offers us such latitude in choosing how we go about our lives and work—even in this crapola economy. Still, we need to challenge some of the middle-class orthodoxies that have brought us to this point—not least the notion, widely promulgated throughout popular culture, that the middle class itself is a soul-suffocating dead end.

The middle class is a good place to be, and, optimally, where most Americans will spend their lives if they work hard and don’t over-extend themselves financially. On American Idol, Simon Cowell has done a great many youngsters a great service by telling them that they’re not going to Hollywood and that they should find some other line of work. The American Dream is not fundamentally about stardom or extreme success; in recalibrating our expectations of it, we need to appreciate that it is not an all-or-nothing deal—that it is not, as in hip-hop narratives and in Donald Trump’s brain, a stark choice between the penthouse and the streets.

And what about the outmoded proposition that each successive generation in the United States must live better than the one that preceded it? While this idea is still crucial to families struggling in poverty and to immigrants who’ve arrived here in search of a better life than that they left behind, it’s no longer applicable to an American middle class that lives more comfortably than any version that came before it. (Was this not one of the cautionary messages of the most thoughtful movie of 2008, wall-e?) I’m no champion of downward mobility, but the time has come to consider the idea of simple continuity: the perpetuation of a contented, sustainable middle-class way of life, where the standard of living remains happily constant from one generation to the next.

This is not a matter of any generation’s having to “lower its sights,” to use President Obama’s words, nor is it a denial that some children of lower- and middle-class parents will, through talent and/or good fortune, strike it rich and bound precipitously into the upper class. Nor is it a moony, nostalgic wish for a return to the scrappy 30s or the suburban 50s, because any sentient person recognizes that there’s plenty about the good old days that wasn’t so good: the original Social Security program pointedly excluded farmworkers and domestics (i.e., poor rural laborers and minority women), and the original Levittown didn’t allow black people in.

But those eras do offer lessons in scale and self-control. The American Dream should require hard work, but it should not require 80-hour workweeks and parents who never see their kids from across the dinner table. The American Dream should entail a first-rate education for every child, but not an education that leaves no extra time for the actual enjoyment of childhood. The American Dream should accommodate the goal of home ownership, but without imposing a lifelong burden of unmeetable debt. Above all, the American Dream should be embraced as the unique sense of possibility that this country gives its citizens—the decent chance, as Moss Hart would say, to scale the walls and achieve what you wish.

David Kamp is a Vanity Fair contributing editor.


Diplomatie allemande: Attention, un scandale peut en cacher bien d’autres (There are ministries in Berlin which to this day have not examined their role during the Nazi years)

28 octobre, 2010
Ribbentrop with Munich friends (1938)
Ribbentrop with Hitler and Weisacker friends (affter Russia pact)Ribbentrop with Mufti friend (1942)Immediately after World War II, senior officers in the French foreign service conspired to rescue Haj Amin Al-Husseini, the former mufti of Jerusalem, who had taken up residence in Nazi Germany during the war and who was answerable, upon Germany’s defeat, for various war crimes, including active support for the extermination of the Jews. The French, having sheltered him in Paris for months, eventually let him escape to Egypt in 1946 carrying a forged passport. The Quai’s flirtation with Islam over the years resulted in official France turning a blind eye to the mass immigration of Arabs and Muslims. The result, today, is street violence, ethnic rioting and terrorist activity. It is not just Israel or the Jews who have been betrayed, but France itself. David Pryce-Jones
Quelqu’un m’a demandé pourquoi je ne dis plus qu´Israël doit être détruit… J´ai répondu qu´il n’était plus nécessaire de le dire, vu que ce régime est déjà en voie d´être détruit. Mahmoud Ahmadinejad
Pourquoi accepterions-nous une troisième guerre mondiale à cause de ces gens là?
Daniel Bernard (ambassadeur de France, après avoir qualifié Israël de “petit pays de merde”, Londres, décembre 2001)
Les Israéliens se sont surarmés et en faisant cela, ils font la même faute que les Américains, celle de ne pas avoir compris les leçons de la deuxième guerre mondiale, car il n’y a jamais rien de bon à attendre d’une guerre. Et la force peut détruire, elle ne peut jamais rien construire, surtout pas la paix. Le fait d’être ivre de puissance et d’être seul à l’avoir, si vous n’êtes pas très cultivé, enfant d’une longue histoire et grande pratique, vous allez toujours croire que vous pouvez imposer votre vision. Israël vit encore cette illusion, les Israéliens sont probablement dans la période où ils sont en train de comprendre leurs limites. C’était Sharon le premier général qui s’est retiré de la bande de Gaza car il ne pouvait plus la tenir. Nous défendons absolument le droit à l’existence d’Israël et à sa sécurité, mais nous ne défendons pas son droit à se conduire en puissance occupante, cynique et brutale … Michel Rocard
Cet attentat odieux a voulu frapper les israélites qui se rendaient à la synagogue, il a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic. Raymond Barre (le 3 octobre 1980, TFI, suite à l’attentat de la synagogue parisienne de la rue Copernic, 4 morts, 20 blessés)
“c’était des Français qui circulaient dans la rue et qui se trouvent fauchés parce qu’on veut faire sauter une synagogue. Alors, ceux qui voulaient s’en prendre aux Juifs, ils auraient pu faire sauter la synagogue et les juifs. Mais pas du tout, ils font un attentat aveugle et y a 3 Français, non juifs, c’est une réalité, non juifs. Et cela ne veut pas dire que les Juifs, eux ne sont pas Français.”
C’est « une campagne » « faite par le lobby juif le plus lié à la gauche » (…) « je considère que le lobby juif – pas seulement en ce qui me concerne – est capable de monter des opérations qui sont indignes et je tiens à le dire publiquement. »
(le 20 février 2007 sur France Culture diffusée le 1er mars)
Il y a une clique qui depuis 1979 me poursuit pour me faire apparaître antisémite.
(le 6 mars 2007 sur RTL)
Est-ce que tous les fonctionnaires de l’Etat qui étaient en fonction à l’époque auraient dû abandonner leurs responsabilités? (…) Quand on a des responsabilités essentielles dans un département, une région ou à plus forte raison dans le pays on ne démissionne pas. On démissionne lorsqu’il s’agit vraiment d’un intérêt national majeur» (…)«car il fallait faire fonctionner la France» (…) «ils ont essayé tant bien que mal de limiter ce drame qu’a été la persécution des Juifs». «Et n’oublions pas quand même qu’en France, c’est le pays où le nombre de Juifs sauvés a été le plus élevé” Raymond Barre
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers.Dominique de Villepin (Paris, automne 2001)
Le point de départ, c’est ce tabou absolu qu’est la fin possible d’Israël. Je pense que, ne serait-ce que pour l’exorciser, il faut en parler. Que se passera-t-il le jour où Israël sera lâché par les Etats-Unis, son seul véritable allié ? J’ai voulu travailler sur ce scénario pour montrer à quel point les dirigeants israéliens actuels menaient une politique suicidaire. Les romans servent aussi à cela. (…) Après tout, c’était un roman, je n’étais pas obligée de coller à la stricte vérité, je pouvais – je devais même – donner libre cours à mon imagination ! Ce qui a été le plus dur, ou le plus excitant, c’est que la réalité ne cessait de me rattraper. J’ai inventé le personnage de Sokolov avant que Liebermann n’accède au pouvoir, j’ai inventé cette épidémie de peste qui affole la planète avant qu’H1N1 ne panique la terre entière, j’ai inventé le coup de gueule de la secrétaire d’Etat américaine avant que le vice -président américain Joe Biden ne se mette en colère contre Israël pour la poursuite de sa politique de colonisation ! A un moment, j’ai eu peur de ne plus surprendre. (…) c’est après avoir imaginé dans mon roman que les juifs seraient accusés d’avoir empoisonné l’eau de la Mecque, que j’ai découvert qu’il s’était produit exactement le même phénomène au Moyen-Âge. Immense émotion. (…) Je pense qu’à trop tirer sur la corde, les dirigeants israéliens pourraient un jour la faire rompre. On a vu au printemps dernier que les Etats-Unis étaient capables de s’emporter contre ce pays qu’ils soutiennent à bout de bras. Moi, je crois qu’il faudrait un Obama à Israël, et aux Palestiniens aussi. Encore une fois, pas forcément pour régler les problèmes d’un coup de baguette magique, c’est malheureusement impossible, mais au moins pour changer la perception que le monde a de cette région. La chance pour qu’il émerge trois Obama en un minimum de temps est malheureusement très faible. Il faut y croire. (…) cela n’a pas toujours été facile. Les autorités israéliennes étaient à cran à l’époque où j’étais là-bas. Les journalistes français étaient considérés par beaucoup au sein du gouvernement comme pro-palestiniens et donc anti-israéliens, voire pire, tout simplement parce qu’ils allaient faire leur boulot en allant raconter, outre les soubresauts de la société israélienne, ce qui se passait dans les territoires palestiniens, qui n’était pas souvent très beau à voir car ces territoires étaient bouclés à double tour par les Israéliens. J’ai eu droit à ces critiques, comme certains autres. Mais je m’en suis remise. Alexandra Schwartzbrod
Je suis extrêmement troublée car il y a là presque toute la trame de ce roman sur lequel je travaille depuis trois ans : Israël montré du doigt par le monde entier à cause d’une opération qui a dérapé, la brouille entre la Turquie et Israël, les Arabes israéliens accusés de manquer de loyauté envers l’Etat hébreu, le secrétaire-général de l’ONU qui monte au créneau, l’administration américaine qui sent qu’elle doit bouger… Je suis troublée mais pas surprise. Je n’ai pas bâti cette trame au hasard. Ce roman est extrêmement réfléchi. J’ai voulu raconter ce qu’il risquait de se passer si les dirigeants israéliens continuaient à se comporter comme ils le font depuis un certain temps : en gouvernant main dans la main avec l’extrême droite et avec un sentiment total d’impunité. Je ne pensais simplement pas que la réalité rejoindrait aussi vite la fiction. Alexandra Schwartzbrod
Et si Israël disparaissait ? (…) Tout débute par l’explosion d’une usine bactériologique en Russie qui libère le fléau de la peste. Des pèlerins contaminent La Mecque en plein hadj. Alors que les morts se comptent par centaines de milliers, la rumeur d’un complot juif enfle. Les bruits atteignent l’Etat hébreu, qui se retrouve au bord de la guerre civile. Le Point
“Adieu Jérusalem”, dit le titre en forme d’épitaphe : et c’est bien d’un adieu qu’il s’agit, lancé à une certaine idée fraternelle et ouverte de l’humanité, sacrifiée sur l’autel des intégrismes de tous poils, barbes ici, papillotes là. (…) Tout commence en Russie, dans une usine chimique à la Tchernobyl dont l’explosion engendre une contamination qui ramène sur le devant de la scène ce vieux mal qui répand la terreur : la peste noire, laquelle éclate, par pèlerins qui en véhiculent le germe, lors du grand rassemblement du hadj à La Mecque. Et comme toujours, quand le mal rôde, il faut un bouc émissaire. L’Histoire montre assez que les Juifs ont en la matière une bonne longueur d’avance : rien d’étonnant à ce que la colère arabe s’enflamme contre eux, et rien d’étonnant à ce que le conflit déjà exacerbé largue toutes les amarres pacifiques pour devenir affrontement irrationnel et suicidaire. Le Dauphiné
Les romans sont parfois de magnifiques ouvrages géopolitiques si l’auteur allie le talent d’écriture à de solides connaissances. C’est le cas d’Alexandra Schwartzbrod, journaliste à Libération, qui fut en poste à Israël de 2000 à 2003. Pascal Boniface
Il ne viendrait à personne l’idée d’accuser de racisme quelqu’un qui critiquerait le gouvernement américain, russe, chinois ou autre. S’élever contre la politique étrangère de George Bush par exemple en condamnant la guerre d’Irak, s’inquiéter de la situation des droits de l’homme en Chine ou du sort des Tchétchènes en Russie ne conduit pas à être accusé de racisme antiaméricain, antichinois ou antirusse. Si quelqu’un vient à critiquer l’action de Nicolas Sarkozy, on ne lui reprochera pas immédiatement de verser dans la francophobie. Il y a bien une spécificité israélienne en la matière. On confond très souvent à dessein l’opposition à la politique d’un gouvernement, la critique légitime qui peut en être faite, et une opposition à l’existence même de l’État ou une haine raciale contre son peuple. (…) De même, antisémitisme et antisionisme ne sont pas assimilables. L’antisionisme est l’opposition à l’existence de l’État d’Israël. (…) Confondre volontairement antisémitisme, antisionisme et critique de l’action du gouvernement israélien est malhonnête intellectuellement ... Pascal Boniface
Pouvez-vous imaginer la Chine, l’Iran ou même la Grande-Bretagne, envoyer un haut diplomate à une discussion qui définirait leur pays comme un État voyou? Participant au debat de Cambrige sur Israel Etat-voyou (oct. 2010)
Il y a des ministeres a Berlin qui a ce jour n’ont toujours pas examine leurs roles pendant les annees du nazisme. Der Spiegel
That is a first step — but it doesn’t go far enough. It plays to public interest in the history of the Foreign Ministry, but for this reason the findings should be made accessible for general research and passed on to the federal archives. The ministry should also look into the art collections at German embassies. Along with the Goethe Institute, every single embassy should have its history investigated. (…) Every ministry should investigate its own role during the Nazi era. That applies to institutions like the health or economy ministries, where, as yet, no investigations have been made. Claudia Roth

Attention, un scandale peut en cacher bien d’autres!

Alors que nos specialistes en relations internationales a la Pascal Boniface ne manquent jamais une occasion d’apporter leur petite contribution a la derniere mouture de la Solution finale ( (attention pas des juifs cette fois-ci on est entre gens bien eleves mais de leur seul Etat mais non pas bien sur – cherchez l’erreur – des Etats americain, russe, chinois ou francais?) …

Ou que nos anciens diplomates ou revolutionnaires a la Hessel ou Debray se recyclent dans les appels au boycott d’Israel ou les prestations de pom pom girls pour des organisations solution-finalistes comme le Hamas …

Pendant que, lorsqu’ ils ne priment pas des ouvrages sur l’inexistence de non, pas la France, nos valeureux journalistes jouent a la politique-fiction (non, pas: Et si la France disparaissait?) et que nos universites (Cambridge, s’il vous plait!) organisent des debats sur la voyoutude de non, pas l’Iran ou la Coree du nord que certains puissent se rejouir d’avoir « gagnes »…

Voici que l’on decouvre, a la faveur d’une enquete de quatre  historiens depeches par l’ancien ministre des Affaires etrangeres allemand Joschka Fischer sur le secret de polichinelle du passe nazi de l’ancien ministere de l’artisan du Pacte germano-sovietique et des Accords de Munich …

Que, 65 ans apres la guerre, nombre de ministeres allemands n’ont toujours pas termine leur denazification !

Interview With Green Party Chief Claudia Roth

SPIEGEL

10/28/2010

‘Each Ministry Must Examine Its Own Nazi Past’

A federal commission to research the German Foreign Ministry’s wartime past made its findings public Thursday. Claudia Roth, head of country’s Green Party, says each federal ministry should launch a similar investigation. Doing so, she says, is the best way to fight right-wing extremism.

For some days now, German politicians have been debating new information about the role of the country’s Foreign Ministry during the Nazi era. An investigation conducted by of a commission comprised of prominent historians concluded that the diplomats worked much closer with the Hitler regime than previously had been thought. Former Foreign Minister Joschka Fischer of the Green Party convened the commission back in 2005. On Thursday, current Foreign Minister Guido Westerwelle officially presented the study’s findings.

During his term in office, Fischer issued an order that the Foreign Ministry cease to publish obituaries for former diplomats who had been members of the Nazi party when they die, an order that was recently repealed by Westerwelle. In an interview with SPIEGEL ONLINE, Green Party co-chair Claudia Roth seriously criticizes the Free Democratic Party politician for the move and calls on all German ministries to investigate and come clean about the role they played in the Third Reich.

SPIEGEL ONLINE: Are the Greens now feeling proud of Joschka Fischer (the politician who launched the probe into the Foreign Ministry)?

Roth: We should thank our former foreign minister for bringing something hideous and shameful to light — that Nazi ideas were fully adopted by white-collar workers in the Foreign Ministry. Joschka Fischer stood up to criticism that he would foul his own nest, and with his order to start the historical commission he made it clear that the ministry’s pride in itself (as a haven of resistance to Hitler) was no longer acceptable.

SPIEGEL ONLINE: Fischer also mandated that former Nazi party members should not be honored posthumously. Under the current foreign minister, Guido Westerwelle, that ruling was lifted. Do you understand this decision?

Roth: I find it impossible to understand and impossible to forgive. It is a sort of anticipatory obedience to the institution’s working culture. Westerwelle has betrayed the people who do not want to sweep German history under the rug. With its talk of a « temporary arrangement, » his ministry is trying to pull itself discreetly out of this affair.

SPIEGEL ONLINE: Westerwelle has already announced that the findings will be incorporated into training for future German diplomats. Do you think this goes far enough?

Roth: That is a first step — but it doesn’t go far enough. It plays to public interest in the history of the Foreign Ministry, but for this reason the findings should be made accessible for general research and passed on to the federal archives. The ministry should also look into the art collections at German embassies. Along with the Goethe Institute, every single embassy should have its history investigated.

SPIEGEL ONLINE: You are demanding a lot from the Foreign Ministry. At the same time there are ministries in Berlin which to this day have not examined their role during the Nazi years. What should be done with them?

Roth: It’s a completely unacceptable situation. For that reason I appeal to Minister of State Bernd Neumann, who is responsible for how we deal with the past, to act. Every ministry should investigate its own role during the Nazi era. That applies to institutions like the health or economy ministries, where, as yet, no investigations have been made

SPIEGEL ONLINE: Your former colleague Otto Schily (once a Green, now a Social Democrat), fought hard to avoid a similar investigation into the Interior Ministry while he led it (under former Chancellor Schröder). Why was there no firm position on this under Schröder’s government?

Roth: I regret very much that there was no common attempt. In fact, Otto Schily wasn’t open to discussion on this issue. He was against re-examining the ministries’ roles during the Third Reich. But some ministries did it, for example the Agriculture Ministry, under Renate Künast. Also the Finance Ministry, later, under Peer Steinbrück, began to review its own history.

SPIEGEL ONLINE: Why is resistance to probing institutional history still running so high in many ministries?

Roth: I experienced the same phenomenon, personally, in my own district, when I decided to review Augsburg’s Third Reich history. In the worst possible way, I was told I was denigrating my own region. This attitude remains widespread in Germany. It makes me hope that the new report on the Foreign Ministry will put pressure on other ministries. I am not taking this position just to dwell on history, but because I believe that remembering the crimes of the Third Reich — and clarifying what happened — are the best tools for fighting contemporary right-wing extremism and racism.

Interview conducted by Florian Gathmann

Voir  aussi:

US historian Peter Hayes discusses the role of the German Foreign Office in the Nazi era

Deutsche Welle

28.10.2010

As co-author of a book called « Das Amt und die Vergangenheit » (« The Office and the Past »), Peter Hayes of Northwestern University in the US has gained insight into how German diplomats were involved in Nazi crimes.

Deutsche Welle: One would have thought that 65 years after the end of World War II everything had already been said about the involvement of the German Foreign Office in the Nazi era. But the fact that you and three other historians were commissioned in 2005 by the then German foreign minister, Joschka Fischer, to come up with a comprehensive report on this topic seems to indicate that this is not true. Now that your book is out, the question remains, though, why such a detailed look at German diplomats’ involvement in Nazi crimes comes so late.

Peter Hayes: As you indicated, the immediate occasion was Joschka Fischer’s discovery that the Foreign Ministry’s internal organizations continued to publish laudatory obituaries of individuals who had dubious pasts, and he wanted to put a stop to that. When there was an outcry against what he did, his response was to appoint a commission to look at the history of the Foreign Office and draw up a balance sheet of what actually had happened and had not happened and why an examination of what had happened had not been thorough in the post-war years. That’s where we came in, and we’ve done that now.

Now that your research is finished, what revelations would you single out as having been completely new to you?

There were a number of things that were new to me. I was not aware of how consciously some people in the late 1940s set about building an alibi legend for the Foreign Office. The broad picture of the Nazi-era events that have attracted the most attention in the press however was already known to specialists, particularly the involvement of the Foreign Office in the Holocaust, and especially in dealing with allied states with whom Nazi Germany had to negotiate in order to obtain the Jews to deport. The involvement of German diplomats in that process was not so well known, especially not to the general public.

The head of the commission that compiled the study, German Professor Eckart Conze, told the media that he considered the Foreign Office at the time a criminal organization. Other scholars believe that’s an exaggeration. What’s your take on it?

I wouldn’t have put it exactly as Professor Conze did. I would have said that the Foreign Office was a part of a criminal regime rather than directly calling the Office a criminal organization. But if you think it over carefully, it looks like a distinction without a difference. If the organization in question is part of a criminal operation, if it is an active part promoting the agenda of that operation, then, you know, in the end it’s a criminal organization.

In the past, researchers were quoted as having had enormous difficulties in trying to actually get hold of documents highlighting German diplomats’ activities under the Nazis. How hard – or how easy – was it for you to obtain the material that you needed for the book?

One of the oddest features of the Foreign Office in Germany is that it has its own archives, and they are kept separate from the Federal Archives. As a result, you have people in charge of the archives who have a conflict of interest, if you will. They have double obligations. They are officials of the diplomatic service, and on the other hand they are archivists. This produces very difficult tensions. We had a couple of difficulties in obtaining certain records. We were not informed of the existence of some records. We had to find out about them and then ask directly for them. There were a few moments where it came to extremely vigorous conversations with the archive staff. But I think although we cannot be 100 percent sure that we’ve seen everything we’re reasonably confident that we have the broad outline of the picture.

Interview: Hardy Graupner

Editor: Chuck Penfold

Voir egalement:

Germany’s Nazi diplomats

The machine’s accomplices

A new book shows that the foreign ministry was complicit in Nazi crimes

Oct 28th 2010 | Berlin

IN 1941 Franz Rademacher, who handled Jewish matters for Germany’s foreign ministry, took a business trip to Belgrade. His expense claim disclosed the purpose of his visit: “liquidation of Jews”. This chilling detail appears in “Das Amt und die Vergangenheit” (“The Ministry and the Past”), an 880-page history of the ministry during and after the Nazi era, commissioned by the ministry itself. It shows, says Eckart Conze, one of the four authors, that the ministry “co-operated…with Nazi crimes, including the murder of Jews.” It was “a criminal organisation,” he told Der Spiegel, a magazine.

Earlier studies have made this point. Still, the image lingered, inside and outside the ministry, that Hitler’s diplomats were a cut above other servants of his vile regime. They came from Germany’s upper crust, not the downmarket fanatics that supported the Nazis. They were seen as reluctant accomplices, often acting as “sand in the machine” of a murderous dictatorship, as one diplomat puts it.

“Das Amt” will shatter that idea. It shows the diplomats to have been inventive and energetic agents of Nazism. Upset that Jewish émigrés in southern Manchuria were being taken for Germans, the consul there proposed stamping the covers of their passports with a red J, a suggestion that Heinrich Himmler, the Gestapo chief, took up. The historians unearthed a letter written in 1936 by Ernst von Weizsäcker, later among a half-dozen diplomats convicted of war crimes at Nuremberg, that called for stripping the novelist Thomas Mann of his citizenship. Diplomats arranged for the deportation of Jews from countries ruled by the Nazis or by allied regimes.

After the war Hitler’s diplomats regrouped to serve a democratic government willing to overlook their pasts. They protected each other. In the 1950s and 1960s the ministry’s legal team helped Germans wanted for war crimes to avoid arrest in neighbouring countries. Even Willy Brandt, a Nazi-resister who became the first Social Democratic foreign minister and is a hero to his party, worked with a diplomat who had helped deport Jews from France.

“Das Amt” came about because Joschka Fischer, the first foreign minister from the Green party, could not abide the whitewashing. In 2003 he banned an employee newsletter from publishing eulogising obituaries of former Nazis. Two years later 128 former diplomats rebelled by honouring a deceased colleague with a showy newspaper notice. Mr Fischer’s response was to summon the historians’ commission. The results, he says, are “deeply depressing.”

“Das Amt” continues a “widening of the sphere of complicity” that marks Germany’s drawn-out reckoning with its past, says David Art, a political scientist at Tufts University in Massachusetts. In recent years public exhibitions have looked at the roles of the justice ministry and the Wehrmacht under the Nazis. A new exhibition in Berlin examines ordinary Germans’ veneration of Hitler. At the aristocratic Auswärtiges Amt the soul-searching has just begun.

Voir par ailleurs:

Débat relancé sur la diplomatie allemande sous le nazisme

L’Express/Reuters

25/10/2010

Le ministère allemand des Affaires étrangères a joué dans l’Holocauste des Juifs un rôle plus actif qu’on ne l’avait pensé jusqu’à présent, révèle une étude de quatre historiens paraissant jeudi en Allemagne.

Plusieurs dizaines d’années après l’effondrement du IIIe Reich, le ministère est resté un havre pour les anciens diplomates nazis, dévoile cet ouvrage collectif intitulé » Das Amt und die Vergangenheit » (Le Pouvoir et le passé).

Selon la thèse du livre, qui remet en cause le mythe voulant que les diplomates allemands aient gardé les mains propres, le ministère était parfaitement au courant des massacres des Juifs et « activement impliqué » dans ces initiatives.

Le livre, qui suscite la polémique outre-Rhin dès avant sa distribution, démontre aussi comment des dignitaires et sympathisants du régime nazi ont pu conserver un emploi au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à l’abri du bouclier de respectabilité du ministère.

Depuis 1945, le ministère des Affaires étrangères allemand avait été plusieurs fois passé au crible, mais il en était sorti blanchi de toute tache du passé. C’est la décision de son ancien « patron » Vert Joschka Fischer, en 2005, qui a ‘soulevé le lièvre’.

« Le ministère des Affaires étrangères a pris part aux crimes nazis et, en tant qu’institution, a même été impliqué dans le meurtre de Juifs », assure Eckart Conze, un des quatre historiens désignés par Fischer pour fouiller le passé du ministère sous le IIIe Reich.

« On peut en effet confirmer que le ministère était une organisation criminelle », a-t-il affirmé au magazine Der Spiegel. Au sein de ce service, chacun, selon lui, savait que des Juifs étaient massacrés en Europe de l’Est.

« CHACUN A LA COMPTA SAVAIT CE QUI SE PASSAIT »

Joschka Fischer a mis sur pied cette commission d’historiens à la suite de critiques d’anciens diplomates sur son interdiction de diffuser les nécrologies d’anciens nazis dans le bulletin interne du ministère.

Une centaine d’entre eux, à la retraite ou en activité, s’étaient insurgés notamment contre son refus de publier une biographie de Fran Krapf, un ancien diplomate au passé nazi bien fourni.

Joschka Fischer a déclaré au Spiegel que la lecture de l’ouvrage des quatre historiens, une somme de 800 pages, l’avait « rendu malade ».

Selon ce document « Les diplomates étaient au courant de la politique envers les Juifs à tout moment et étaient activement impliqués » dans les massacres « à travers l’Europe ».

Dans une note de frais dont fait état Eckart Conze, un diplomate décrit ainsi le motif de son déplacement: « Liquider les Juifs à Belgrade. »

« Chacun à la comptabilité du ministère savait ce qui se passait », ajoute-t-il en précisant que les fonctionnaires des Affaires étrangères étaient impliqués dans des tractations visant à déporter des Juifs en Grèce, France, Hongrie et Serbie.

Les auteurs de « Le Pouvoir et le passé » affirment encore que les chanceliers allemands de l’après-guerre, comme Konrad Adenauer ou Willy Brandt, ont facilité les carrières de diplomates au passé nazi en les nommant dans des pays arabes ou latino-américains ou leurs promotions passaient plus inaperçues qu’ailleurs.

Selon Eckart Conze, 573 des 706 fonctionnaires du ministère étaient membres du parti national socialiste en 1943 et ils en formaient encore plus de 40% de la hiérarchie dans les années 1950.

« L’Allemagne a jeté un regard honnête et douloureux sur son passé », a déclaré à propos de cet ouvrage Elan Steinberg, vice président du Rassemblement des survivants et descendants de l’Holocauste, une organisation américaine.

Voir enfin:

Une étude accablante sur la diplomatie allemande nazie

RTL

28/10/2010

En bref – L’essentiel de l’info

28/10/2010 – 15h20

Selon une étude menée par quatre historiens publiée jeudi en Allemagne, le ministère allemand des Affaires étrangères a joué un rôle plus actif qu’on ne l’avait pensé jusqu’à présent dans la persécution et l’extermination des Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale. Après la chute du régime de Hitler en 1945, tout avait été fait pour masquer le rôle joué par le ministère dans l’appareil nazi. En 2005, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Joschka Fischer avait diligenté une commission indépendante d’historiens pour éclaircir cette page sombre de l’histoire allemande. Dimanche, une association de survivants de l’Holocauste s’est félicité du travail de mémoire réalisé.

En détails

Un des historiens responsables pour l’étude, Eckart Conze, a affirmé à l’édition dominicale du Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAS) que le « ministère des Affaires étrangères a participé activement dès le début à toutes les mesures de persécution, privation de droits, expulsion et d’anéantissement des juifs ».

Dans les archives, les historiens — deux Allemands, un Israélien et un Américain — sont notamment tombés sur des justificatifs de voyage du responsable du service des juifs, Franz Rademacher, qui inscrit comme motif d’un déplacement à Belgrade: « Liquidation des juifs à Belgrade et discussion avec des émissaires hongrois à Budapest ».

Par ailleurs, et malgré les efforts de dénazification, nombre d’anciens hauts diplomates de l’époque nazie ont tranquillement repris leurs fonctions au  ministère à partir de 1951, lorsqu’une loi a permis la réintégration dans la fonction publique de 150.000 anciens fonctionnaires épurés.

Dans les années 1960, souligne par ailleurs le rapport, un des principaux responsables de la politique étrangère du pays avait été Ernst Achenbach, un ancien diplomate qui s’était occupé des déportations lorsqu’il avait été en poste pendant la guerre à Paris. M. Achenbach, qui avait par la suite occupé un poste clé à la commission des  Affaires étrangères du parlement, s’était opposé jusqu’en 1974 à la ratification d’un accord avec la France visant à faciliter la mise en oeuvre de peines prononcées à l’encontre de criminels de guerre nazis.

« L’Allemagne a entrepris de se pencher honnêtement et douloureusement sur son passé », a affirmé dans un communiqué Elan Steinberg, vice-président de l’Association américaine des survivants de l’Holocauste et de leurs descendants  à New York. « Les entreprises du passé qui ont visé à exonérer le ministère des Affaires étrangères et son personnel des crimes de l’Holocauste sont désormais catégoriquement réfutées », a-t-il ajouté


Présidence Obama: Touche pas à mon American way! (The true strength of the United States of America)

27 octobre, 2010
Soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Matthieu 5: 17-24)
Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Jesus (Marc 12: 17)
Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes. Jésus (Matthieu 20: 7)
Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne veux pas qu’il te fasse. Voilà toute la Torah. Hillel
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul (Lettre aux Galates 3 :28)
L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Déclaration d’indépendance des États-Unis (1776)
Le droit n’est d’aucun sexe – La vérité n’est d’aucune couleur – Dieu est notre père à tous et nous sommes tous frères. Entete du journal irlandais de Frederick Douglass (The North Star, 1847)
Understand that America is God’s Crucible, the great Melting-Pot where all the races of Europe are melting and re-forming! Here you stand, good folk, think I, when I see them at Ellis Island, here you stand in your fifty groups, your fifty languages, and histories, and your fifty blood hatreds and rivalries. But you won’t be long like that, brothers, for these are the fires of God you’ve come to – these are fires of God. A fig for your feuds and vendettas! Germans and Frenchmen, Irishmen and Englishmen, Jews and Russians—into the Crucible with you all! God is making the American. Israel Zangwill (The Melting pot, 1908)
I’m here to fight for truth, justice and the American way. Superman (1942)
I am a guardian of freedom and the American way of life. US Soldier’s creed ( 2003)
The American Way of life is individualistic, dynamic, pragmatic. It affirms the supreme value and dignity of the individual; it stresses incessant activity on his part, for he is never to rest but is always to be striving to « get ahead »; it defines an ethic of self-reliance, merit, and character, and judges by achievement: « deeds, not creeds » are what count. The « American Way of Life » is humanitarian, « forward-looking », optimistic. Americans are easily the most generous and philanthropic people in the world, in terms of their ready and unstinting response to suffering anywhere on the globe. The American believes in progress, in self-improvement, and quite fanatically in education. But above all, the American is idealistic. Americans cannot go on making money or achieving worldly success simply on its own merits; such « materialistic » things must, in the American mind, be justified in « higher » terms, in terms of « service » or « stewardship » or « general welfare »… And because they are so idealistic, Americans tend to be moralistic; they are inclined to see all issues as plain and simple, black and white, issues of morality. Will Herberg (in Protestant, Catholic, Jew, 1955 )
We cannot permit the extreme in the environmental movement to shut down the United States. We cannot shut down the lives of many Americans by going extreme on the environment. George Bush Sr (Rio, 1992)
Le mode de vie américain n’est pas négociable. Dick Cheney (2001)
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion … Barack Obama
We are different because our government and our way of life are not based on the divine right of kings, the hereditary privileges of elites, or the enforcement of deference to dictators. They are based on pieces of paper, the Charters of Freedom – the Declaration that asserted our independence, the Constitution that created our government, and the Bill of Rights that established our liberties. John W. Carlin (National Archives and Records Administration’s 1999 Annual Report)
Let me tell what “the American way of life” is. It is going to the ball game and eating popcorn, and drinking Coca Cola, and rooting for the Senators. It is shopping in Sears, Roebuck. It is losing heart and hat on a roller coaster. It is driving on the right side of the road and putting up at motels on a long journey. It is being bored with television commercials. It is setting off firecrackers with your children on the Fourth of July. It is sitting for 7 hours to see the pageantry of the presidential inauguration. But, it is deeper than that. It is gardens with no fences to bar you from the neighborliness of your neighbor. It is the perfume of honeysuckle, and the sound of katydids in the warm night air of summer, when you go out into the garden, the children long ago asleep, and you feel the pulse and throb of nature around you. It is Negro spirituals and colonial architecture. It is Thanksgiving turkey and pumpkin pie. It is the sweep of broad rivers and the sea of wheat and grass. It is a view from the air of the conflux of muddy rivers and neat little excavations and columns of smoke that is the mighty Pittsburgh. It is the canyons of skyscrapers in New York, and the sweep of Lakeshore Drive that is Chicago. It is the lonely proud statue of Lee on Gettysburg field. It is schoolgirls wearing jeans and schoolboys riding enormous push bikes. It is color comics. It is the Sunday New York Times. It is sitting on the porch of a Sunday afternoon, after morning church, rocking in a creaking wicker chair. It is a lad and a lass looking at you intently in the marriage service. It is sickness and a home empty, quieted, and stilled by grief. It is the sound of the bell at the railroad crossing, and children’s laughter. It is a solitary bugler playing taps, clear and long-noted, at Arlington. Rev. George M. Docherty
Now, all this may seem obvious until one sits down and takes these implications of freedom really seriously. For me, it came in a flash one day sometime ago when our children came home from school. Almost casually, I asked what happened at school when the arrived there in the morning. They described to me, in great detail and with strange solemnity, the ritual of the salute to the flag. The children turn to the flag, and with their hand across their heart, they repeat the words: “I pledge allegiance to the flag of the United States and the Republic for which it stands; one nation, indivisible, with liberty and justice for all.” They were very proud of the pledge; and rightly so. But (…) There was something missing in this pledge, and that which was missing was the characteristic and definitive facto in the American way of life. Indeed, apart from the mention of the phrase, the United States of America, this could be a pledge of any republic. In fact, I could hear little Muscovites repeat a similar pledge to their hammer-and-sickle flag in Moscow with equal solemnity, for Russia is also a republic that claims to have overthrown the tyranny of kingship. (…) What, therefore, is missing in the pledge of allegiance that Americans have been saying off and on since 1892, and officially since 1942? The one fundamental concept that completely and ultimately separates Communist Russia from the democratic institutions of this county. This was seen clearly by Lincoln. Under God this people shall know a new birth of freedom, and “under god” are the definitive words. Rev. George M. Docherty

A l’heure, ou  à  la veille d’élections de mi-mandat annoncées catastrophiques pour son parti,  un président américain démocrate au plus bas dans les sondages ne reconnait plus ses electeurs qui lui reprochent notamment de vouloir européaniser leur pays …

Retour avec le sermon du pasteur George M. Docherty qui convainquit un dimanche de février 1954 en pleine guerre froide le président Eisenhower de faire ajouter le fameux et tres controversé « under God » au serment d’allégeance au drapeau et contre ceux qui tentent actuellement a leurs risques et périls de la dénigrer …

Sur, en derniere analyse, la « vraie force des Etats-Unis d’Amérique » et la véritable source de cette passion de la liberté et du respect de l’individu plus connue sous le nom d’American way et défendue tant  par ses soldats que ses auteurs notamment juifs de BD …

A savoir les principes les plus universels de la Révélation biblique

« A New Birth of Freedom »

Dr. George M. Docherty

The New York Avenue Presbyterian Church

Sunday, February 7, 1954

The famous city of Sparta was once visited by an ambassador from another kingdom. He expected to find this great city surrounded by thick protecting walls; he was surprised when he saw no battlements at all.

“Where are the walls to defend the city?” he asked of the King of Sparta.

“Here are the walls of Sparta,” replied the king, showing him his army of first line crack troops.

Had this ambassador visited our United States today, he would also be surprised to find no wall around our cities. (I should think, as a matter of fact, it would be extremely difficult even for American know-ho to build a wall around Los Angeles.) And if our visitor were to ask the question, “Where is the defense of the Nation?” he could be shown something of the awesome power of the mighty American Army, Navy and Air Force; not to mention the enormous economic potential of the country. But the true strength of the United States of America lies deeper, as it lay in Sparta. It is the spirit of both military and people, a flaming devotion to the cause of freedom within these borders.

At this season of anniversary of the birth of Abraham Lincoln, it will not be inappropriate to speak about this freedom, and what is called the American way of life.

Freedom is a subject everyone seems to be talking about without seemingly stopping to ask the rather basic question, “ What do we mean by freedom?” In this matter, apparently, we all are experts.

The world of Mr. Lincoln’s day is unbelievably different from this modern age. Yet there is a sense in which history is always repeating itself. The issues we face today are precisely the issues he spent his life seeking to resolve. In his day, the issue was sparked by Negro slavery; today, it is sparked by a militantly atheistic communism that has already enslaved 800 million of the peoples of the earth, and now menaces the rest of the free world.

Lincoln, in his day, saw this country as a nation that “was conceived in liberty and dedicated to the proposition that all men are created equal.” And the question he asks is the timeless, and timely, one-“whether that Nation, or any nation so conceived and so dedicated, can long endure.”

I recall once discussing the “American was of life” with a newspaper editor. He had been using the phrase rather freely. When asked to define the phrase “the American was of life,” he became very wordy and verbose. “It is live and let live; it is freedom to act,” and other such platitudes.

Let me tell what “the American way of life” is. It is going to the ball game and eating popcorn, and drinking Coca Cola, and rooting for the Senators. It is shopping in Sears, Roebuck. It is losing heart and hat on a roller coaster. It is driving on the right side of the road and putting up at motels on a long journey. It is being bored with television commercials. It is setting off firecrackers with your children on the Fourth of July. It is sitting for 7 hours to see the pageantry of the presidential inauguration.

But, it is deeper than that.

It is gardens with no fences to bar you from the neighborliness of your neighbor. It is the perfume of honeysuckle, and the sound of katydids in the warm night air of summer, when you go out into the garden, the children long ago asleep, and you feel the pulse and throb of nature around you. It is Negro spirituals and colonial architecture. It is Thanksgiving turkey and pumpkin pie. It is the sweep of broad rivers and the sea of wheat and grass. It is a view from the air of the conflux of muddy rivers and neat little excavations and columns of smoke that is the mighty Pittsburgh. It is the canyons of skyscrapers in New York, and the sweep of Lakeshore Drive that is Chicago. It is the lonely proud statue of Lee on Gettysburg field. It is schoolgirls wearing jeans and schoolboys riding enormous push bikes. It is color comics. It is the Sunday New York Times. It is sitting on the porch of a Sunday afternoon, after morning church, rocking in a creaking wicker chair. It is a lad and a lass looking at you intently in the marriage service. It is sickness and a home empty, quieted, and stilled by grief. It is the sound of the bell at the railroad crossing, and children’s laughter. It is a solitary bugler playing taps, clear and long-noted, at Arlington.

And where did all this come from?

It has been with us so long, we have to recall that it was brought here by people who laid stress on fundamentals. They called themselves Puritans because the wished to live the pure and noble life purged of all idolatry and enslavement of the mind, even by the church. They did not realize that in fleeing from tyranny and setting up a new life in a new world they were to be the fathers of a mighty nation.

These fundamental concepts of life had been given to the world from Sinai, where the moral law was graven upon tables of stone, symbolizing the universal application to all men; and they came from the New Testament, where they heard in the words of Jesus of Nazareth the living word of God for the world.

This is the American way of life, and Lincoln saw this clearly. History for him was the Divine Comedy, though he would not use that phrase. The providence of God was being fulfilled.

Wherefore, he claims that it is under God that this Nation shall know a new birth of freedom. And by implication, it is under God that “government of the people, by the people, and for the people shall not perish from the earth.” For Lincoln, since God was in His Heaven, all must ultimately be right for his country.

Now, all this may seem obvious until one sits down and takes these implications of freedom really seriously. For me, it came in a flash one day sometime ago when our children came home from school. Almost casually, I asked what happened at school when the arrived there in the morning. They described to me, in great detail and with strange solemnity, the ritual of the salute to the flag. The children turn to the flag, and with their hand across their heart, they repeat the words: “I pledge allegiance to the flag of the United States and the Republic for which it stands; one nation, indivisible, with liberty and justice for all.”

They were very proud of the pledge; and rightly so.

I don’t suppose you fathers would have paid much attention to that as I did. I had the advantage over you. I could listen to those noble words as if for the first time. You have learned them so long ago, like the arithmetic table or the shorter catechism, something you can repeat without realizing what it all really means. But I could sit down and brood upon it, going over each work slowly in my mind.

And I came to a strange conclusion. There was something missing in this pledge, and that which was missing was the characteristic and definitive facto in the American way of life. Indeed, apart from the mention of the phrase, the United States of America, this could be a pledge of any republic. In fact, I could hear little Muscovites repeat a similar pledge to their hammer-and-sickle flag in Moscow with equal solemnity, for Russia is also a republic that claims to have overthrown the tyranny of kingship.

Russia also claims to be indivisible. Mr. Stalin admitted to Sir Winston Churchill that the uniting of the peasants was the most difficult of all tasks. (He did not mention the massacre of the 3 million Kulak farmers in this blood-and-iron unification.)

Russia claims to have liberty. You will never understand the Communist mind until you realize this aberration of their judgment. Marx in his dialectic makes it clear that the communist state is only an imperfect stage toward world socialism. When that day comes the state will wither away and true socialism will reign forever. Utopia will have dawned. Until that day there must be personal limitations. As the capitalist state limits freedom in the day of war, so must the workers of the world accept this form of restricted freedom. Besides, claims Marx, trouble arises when you give men their unrestricted freedom. Human freedom always proliferates into license and gives rise to greed and war. They might claim that their servitude is perfect freedom.

Again the Communists claim there is justice in Russia. They have their law courts. They have their elections with universal suffrage. When pressed to the point, they will admit there is really only one candidate because the people are so unanimous about that way of life.

They call their way of life “democratic.” One of the problems statesmen find in dealing with Russia is one of semantics, of definition. Russia says she is democratic and we are Fascist; we claim to be democratic and call Russia Communist.

What, therefore, is missing in the pledge of allegiance that Americans have been saying off and on since 1892, and officially since 1942? The one fundamental concept that completely and ultimately separates Communist Russia from the democratic institutions of this county. This was seen clearly by Lincoln. Under God this people shall know a new birth of freedom, and “under god” are the definitive words.

Now, Lincoln was not being original in that phrase. He was simply reminding the people of the basis upon which the Nation won its freedom in its declaration of Independence. He went back to Jefferson as he did in so much of his thinking. Indeed, he acknowledges his debt to Jefferson in a famous speech delivered at Independence Hall in Philadelphia on February 22, 1861, two years before the Gettysburg Address. “All the political sentiments I entertain have been drawn from the sentiments which originated and were given to the world from this hall. I have never had a feeling politically that did not spring from sentiments embodied in the Declaration of Independence.”

Listen again to the fundamentals of this Declaration:

“We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable rights; that among these are life liberty, and the pursuit of happiness.”

At Gettysburg Lincoln poses the question: “Now we are engaged in a great civil war, testing whether that nation, or any nation so conceived and so dedicated, can long endure.”

That is the text of our day and generation also.

The tragedy of the 19th century democratic liberalism, when nation after nation set up parliamentary forms of government, was that two world convulsions shattered the illusion that you can build a nation on human ideas without a fundamental belief in God’s providence. Crowns in Europe toppled, not because the people had lost the vision of God. We face today a theological war. It is not basically a conflict between two political philosophies- Thomas Jefferson’s political democracy over against Lenin’s communistic state.

Nor is it a conflict fundamentally between two economic systems between, shall we say, Adam Smith’s Wealth of Nations and Karl Marx’s Das Capital.

It is a fight for the freedom of the human personality. It is not simply man’s inhumanity to man. It is Armageddon, a battle of the gods. It is the view of man as it comes down to from Judaio-Christian civilization in mortal combat against modern, secularized, godless humanity.

The pledge of allegiance seems to me to commit this theological implication that is fundamental to the American way of life. It should be “One nation, indivisible, under God.” Once “under God, “ then we can define what we mean by “liberty and justice for all’” To omit the words “under God” in the pledge of allegiance is to omit the definitive character of the American way of life.

Some might assert this to be a violation of the first amendment to the Constitution. It is quite the opposite. The first amendment states concerning the question of religion: “Congress shall make no law respecting the establishment of religion.”

Now, establishment of religion” is a technical term. It means Congress will permit no state church in this land such as exists in England. In England the bishops are appointed by her Majesty. The church, by law, is supported by teinds or rent. The church, therefore, can call upon the support of the law of the land to carry out its own ecclesiastical laws. What the declaration says, in effect, is that no state church shall exist in this land. This is separation of church and state; it is not, and never was meant to be, a separation of religion and life. Such objection is a confusion of the first amendment with the First Commandment.

If we were to add the phrase “under the church,” that would be different. In fact, it would be dangerous. The question arises, which church? Now, I could give good Methodists an excellent dissertation upon the virtues of the Presbyterian Church, and show how much superior John Knox was to John Wesley. But the whole sad story of church history shows how, of all tyrants, often the church could be the worst for the best of reasons. The Jewish Church persecuted unto death the Christian Church in the first decade of Christianity; and for 1,200 years the Christian Church persecuted the Jewish Church. The Roman Church persecuted the Protestants; and the Protestants, in turn, persecuted the Roman Church; the Presbyterians and the Episcopalians brought low the very name of Christian charity, both in Scotland and America. It is not for nothing that Thomas Jefferson, on his tombstone at Monticello, claimed that one of the three achievements of his life was his fight for religious freedom in Virginia-that even above the exalted office as President of these United States. No church is infallible; and no churchman is infallible.

Of course, as Christians, we might include the words ‘under Jesus Christ” or “under the King of Kings.” But one of the glories of this land is that it has opened its gates to all men of every religious faith.

The word of welcome to these shores is epitomized on the Statue of Liberty:

“Give me your tired, your poor,

Your huddled masses yearning to breathe free,

The wretched refuse of your teeming shore,

Send these, the homeless, tempest tossed to me:

I lift my lamp beside the golden door.”

There is no religious examination on entering the United States of America- no persecution because a man’s faith differs even from the Christian religion. So, it must be ‘under God” to include the great Jewish Community, and the people of the Moslem faith, and the myriad of denominations of Christians in the land.

What then of the honest atheist?

Philosophically speaking, an atheistic American is a contradiction in terms. Now don’t misunderstand me. This age has thrown up a new type of man-we call him a secular; he does not believe in God; not because he is a wicked man, but because he is dialectically honest, and would rather walk with the unbelievers than sit hypocritically with people of the faith. These men, and many have I known, are fine in character; and in their obligations as citizens and good neighbors, quite excellent.

But they really are spiritual parasites. And I mean no term of abuse in this. I’m simply classifying them. A parasite is an organism that lives upon the life force of another organism without contributing to the life of the other. These excellent ethical seculars are living upon the accumulated spiritual capital of Judaio-Christian civilization, and at the same time, deny the God who revealed the divine principles upon which the ethics of this country grow. The dilemma of the secular is quite simple.

He cannot deny the Christian revelation and logically live by the Christian ethic.

And if he denies the Christian ethic, he falls short of the American ideal of life.

In Jefferson’s phrase, if we deny the existence of the god who gave us life how can we live by the liberty he gave us at the same time? This is a God-fearing nation. On our coins, bearing the imprint of Lincoln and Jefferson are the words “In God we trust.” Congress is opened with prayer. It is upon the Holy Bible the President takes his oath of office. Naturalized citizens, when they take their oath of allegiance, conclude solemnly, with the words ‘so help me God.”

This is the issue we face today: A freedom that respects the rights of the minorities, but is defined by a fundamental belief in God. A way of life that sees man, not as the ultimate outcome of a mysterious concatenation of evolutionary process, but a sentient being created by God and seeking to know His will, and “Whose soul is restless till he rest in God.”

In this land, there is neither Jew nor Greek, neither bond nor free, neither male nor female, for we are one nation indivisible under God, and humbly as God has given us the light we seek liberty and justice for all. This quest is not only within these United States, but to the four corners of the glove wherever man will lift up his head toward the vision of his true and divine manhood.

During her history of more than a century and a half this church has adhered steadfastly to the purpose for which it was organized, the christianizing of her home community and the world. The extent of her influence for good is inestimable and her accomplishments have been many and great. She has constantly set her face against all deteriorating influences at home and abroad, and against evil in all places, high and low. As the single purpose for her justification of existence, she has always held on high, Christ and His Gospel as the way of salvation for the world. She has used every power to induce men to enter that way. She has always recognized as part of her parish the people of the community and the world in ignorance of the Gospel. Through her money and her prayers she has ministered to them. Signally blessed in her pastors, her officers, her members and her work, she has grown from her beginning in the carpenter shop, the Treasury Building and the F Street building to the great and good church of today, feeble at first in everything but faith. Her course has always been Godward and her influence has extended to “the utmost parts of the earth” in many churches and many denominations.

Voir aussi:

How the Pledge got God

Minister, now 91, gave Ike the idea one Sunday morning

Tom Gibb

Post-Gazette

June 28, 2002

ALEXANDRIA, Pa. — He was a Scotsman come to America, just 3 1/2 years removed from his homeland. So, unlike his schoolboy son, George Docherty didn’t have The Pledge of Allegiance stamped deep in memory.

As Docherty recalls it almost 49 years hence, the exchange between father and son, went something like this:

« What did you do in school today? »

« Well, » second-grader Garth Docherty obliged, « we started with The Pledge of Allegiance. »

So, the junior Docherty repeated it for his father — the 1953 version, the next-to-the-current revision that read, in part, « one nation, indivisible, with liberty and justice for all. »

« It struck me that it didn’t mention God, » George Docherty recounted yesterday from his home in Alexandria, Huntingdon County. « I was brought up in Scotland, and in Scotland, we sang, ‘God save our gracious king.’ It was everybody’s belief that God was part of society. »

George Docherty’s puzzlement might have died there.

But this was the Rev. George Macpherson Docherty. And the Rev. George Macpherson Docherty was three years into his pastorate of Washington, D.C.’s New York Avenue Presbyterian Church — two blocks from the White House, the church attended by President Lincoln and frequented by his successors.

On the first Sunday in February 1954, a few months after the exchange with his son, Docherty raised the issue from the pulpit — with President Dwight D. Eisenhower in the front pew of the 1,400-seat sanctuary.

In his sermon, Docherty reasoned that reciting the Pledge didn’t make nonbelievers profess a faith in God.

« He is pledging allegiance to a state, which through its founders, laws and culture, does as a matter of fact believe in the existence of God, » he said. « Without this phrase ‘under God,’ The Pledge of Allegiance to the Flag might have been recited with similar sincerity by Muscovite children at the beginning of their school day. »

Afterward, according to Docherty, Eisenhower told him, « I think you’ve got something. »

The long story cut short: newspapers picked up the message and the Congressional Record reprinted the sermon in full.

And 4 1/2 months later, in a nation fretting at the Cold War and what they saw as godless communism, the Pledge officially was leavened to 31 words, with the addition of the phrase « under God » after « one nation. »

Yesterday, Docherty said he was not fazed by the news that rattled Congress and raised ire cross-country: that a federal appellate judge said the phrase made the Pledge unconstitutional.

He’s 91 now. Time has turned his remaining hair and his bushy eyebrows white.

Age and a heart bypass have taken the edge off his memory and made him a touch unsteady on his feet, he says. And it’s stolen a bit from a robust frame that once topped 6 feet.

But it hasn’t robbed a gentle but Scotch-stubborn optimism.

« It will be confirmed, reaffirmed, the use of the words ‘under God,' » Docherty said in his easy Glasgow brogue. « It may take some time … but there’s no problem.

« And that was only San Francisco. »

Docherty said that the phrase should not be offensive to followers of any religion because it’s a one-word-fits-all phrase.

« This is a nation built on the principle that there is a God, but it doesn’t define it, » Docherty said. « It could be the Christian God. It could be the Judeo God. It could be the Buddhan god, it could the Mohammedan God. But it’s built on a vertical relationship with God. »

Docherty wasn’t the first to offer the idea. The Knights of Columbus long lobbied for God getting a mention in the Pledge.

But it was from his Washington pulpit — where he could put a word in the ear of the powerful — that Docherty crystallized the movement.

Docherty and his wife, Sue, who teaches fourth grade across the road at Juniata Valley Elementary School, live in a comfortable home, looking out on mountains and cornfields, a universe from where George Docherty preached to presidents and lawmakers.

The messages weren’t benign.

He was a civil rights advocate and marched with the Rev. Martin Luther King Jr. in Selma, Ala. He opposed the war in Vietnam.

He offered spirituality to a congregation in which then-Watergate Special Prosecutor Leon Jaworski, a Presbyterian elder, shared the sanctuary with President Richard Nixon.

In his sermons, Docherty said, he’d line off the moral playing field.

« And I’d let them deduce, » he said.

Voir egalement:

http://www.humanevents.com/article.php?id=39347

Christopher Columbus: Hero

Daniel J. Flynn

Human events

10/11/2010

Upon returning to Spain, Christopher Columbus wrote of his discovery that “Christendom ought to feel delight and make feasts and give solemn thanks to the Holy Trinity.” Until fairly recently, all of Christendom agreed. Just as much of Christendom now recoils at the term “Christendom,” the “delight” and “thanks” for Columbus’ historic voyage hardly remains universal.

The feast day has been transformed into a day of mourning.

Since Berkeley, Calif., jettisoned Columbus Day in favor of Indigenous Peoples’ Day almost two decades ago, Brown University, Santa Cruz, Calif., and Venezuela have similarly ditched the holiday.

“Columbus makes Hitler look like a juvenile delinquent,” professional Indian Russell Means once remarked. Faux Indian Ward Churchill, who has been arrested with Means for blocking a Columbus Day parade in Denver, likens the discoverer to Heinrich Himmler and calls the day honoring him “a celebration of genocide”

Granting Columbus’s bravery, James Loewen writes in Lies My Teacher Told Me that the Genoese sailor “left a legacy of genocide and slavery that endures in some degree to this day.” Howard Zinn dismisses Columbus the seaman as “lucky” and condemns Columbus the man as a practitioner of “genocide” upon a people whose “relations among men, women, children, and nature were more beautifully worked out than perhaps any place in the world.”

Indeed, the explorer initially praised the Indians as “gentle,” “full of love,” “without greed,” and “free from wickedness.” He exclaimed, “I believe there is no better race.” Columbus also reported tribal warfare, cannibalism, castration, the exploitation of women, and slavery. The locals slaughtered the dozens of men he left behind in the New World. Put another way, in 1493 the natives conducted genocide on every European in the Americas.

This is not to whitewash Columbus’s crimes, which have not aged well. The explorer kidnapped natives for show in Spain (none of them made it alive) on his first voyage, enslaved several hundred bellicose Indians on his second visit, and after his third trip faced charges back home of governing as a tyrant. At sea, the admiral and his crew also ate a dolphin—another act that offends 21st-Century tastes.

But fixation upon his sins obscures his accomplishment: Columbus discovered the New World.

Any assessment of the admiral that doesn’t lead with this fact misses the forest for the trees. Enslavement and cultural conquest are common. Discovering two continents is unprecedented. Other than Christ, it is difficult to name a person who has changed the world as dramatically as Columbus has.

Unlike the adventurers of today, who climb tall mountains and balloon over oceans, Columbus did not trek across the Atlantic for the hell of it. If his dangerous journey had been a mission to resolve a mid-life crisis, perhaps his modern detractors would understand it better. As it was, Columbus sailed to enrich his adopted country (he naturally got a cut) and spread Catholicism.

Columbus described the Indians as “a people to be delivered and converted to our holy faith rather by love than by force.” He planted a cross on each island he visited and taught the natives Christian prayer. Elsewhere, his journal obsesses over gold, spices, cotton, and other valuables that might uplift Spain. Given the boogeyman status on the Left of both capitalism and Christianity, it is no surprise that Columbus has himself become a boogeyman.

Had Columbus never discovered America, the Indians never would have discovered Europe. Columbus encountered naked natives with neither the iron nor the courage with which to effectively fight. The civilizations peopling the New World possessed no written language and didn’t use the wheel. All of history points to some kind of eventual conquest. Isn’t it worth celebrating that the pope’s mariner, rather than, say, the henchmen of sultans or khans, discovered the Americas?

No, say the critics of America and the West, who, not coincidentally, are also Columbus’s critics. Multiculturalists see Columbus as the symbol for all subsequent atrocities that befell Native Americans.

Couldn’t he be more plausibly viewed as the catalyst for ensuing greatness?

America first sending men into flight, over the Atlantic, and to the moon; thwarting tuberculosis, yellow fever, and polio; fighting Nazism, Communism, and al Qaeda; serving as a welcome mat to humanity’s “wretched refuse;” inventing the light blub, the telephone, the computer, and the Internet; and standing as a beacon of freedom in an unfree world all happened in the wake of the Nina, the Pinta, and the Santa Maria.

Columbus endured the skepticism of potential patrons, a near mutiny, and more than a month at sea to reach the Americas. His good name can probably withstand the assaults of Ward Churchill, Howard Zinn, and the Berkeley city council.

Mr. Flynn is the author of A Conservative History of the American Left (Crown Forum), and editor of http://www.flynnfiles.com. Mr. Flynn has been interviewed on The O’Reilly Factor, Hardball, Fox & Friends, Donahue, and numerous other public affairs television programs. His articles have appeared in The Boston Globe, The Washington Times, The City Journal, The New Criterion, National Review Online, and The American Enterprise, among other publications.

Voir enfin:

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/02/06/AR2007020600882.html

Chairman Ben Bernanke Delivers Remarks Before the Greater Omaha Chamber of Commerce

CQ Transcripts Wire

Tuesday, February 6, 2007 2:51 PM

BERNANKE: A bedrock American principle is the idea that all individuals should have the opportunity to succeed on the basis of their own effort, skill, and ingenuity. Equality of economic opportunity appeals to our sense of fairness, certainly, but it also strengthens our economy. If each person is free to develop and apply his or her talents to the greatest extent possible, then both the individual and the economy benefit.

Although we Americans strive to provide equality of economic opportunity, we do not guarantee equality of economic outcomes, nor should we. Indeed, without the possibility of unequal outcomes tied to differences in effort and skill, the economic incentive for productive behavior would be eliminated, and our market-based economy — which encourages productive activity primarily through the promise of financial reward — would function far less effectively.

That said, we also believe that no one should be allowed to slip too far down the economic ladder, especially for reasons beyond his or her control. Like equality of opportunity, this general principle is grounded in economic practicality as well as our sense of fairness. To a significant extent, American economic success has resulted from the flexibility and adaptability of our dynamic market economy. Indeed, the ability of our labor and capital markets to accommodate and adapt to economic change has helped make possible the strong productivity performance of the U.S. economy over the post-World War II era, including the past decade. But this very dynamism sometimes creates painful dislocations, as when a shift in consumer demand, the advent of new technology, or new competition leads to the closing of a factory or causes a worker’s skills to become obsolete. If we did not place some limits on the downside risks to individuals affected by economic change, the public at large might become less willing to accept the dynamism that is so essential to economic progress.

Thus, these three principles seem to be broadly accepted in our society: that economic opportunity should be as widely distributed and as equal as possible; that economic outcomes need not be equal but should be linked to the contributions each person makes to the economy; and that people should receive some insurance against the most adverse economic outcomes, especially those arising from events largely outside the person’s control. Even when we accept these principles, however, important questions remain. For example, what is meant in practice by equality of economic opportunity? Some might limit the concept to the absence of overt discrimination against particular individuals or groups, while others might extend the term to encompass universal access to adequate housing, education, and health care. Another difficult question is how to balance the need for maintaining strong market-based incentives, which support economic growth and efficiency but may be associated with greater inequality of results, against the goal of insuring individuals against the most adverse outcomes, which may reduce inequality but also tends to diminish the strength of incentives. No objective means of answering these questions exists. One can only try to understand the various issues and tradeoffs involved and then come to a normative judgment based on that understanding.

I raise these questions of ethics and values because they are inextricably linked with the topic of my talk today, which is the level and distribution of economic well-being in the United States. As I will discuss, the average standard of living in this country has improved considerably over time. However, by many measures, inequality in economic outcomes has increased over time as well, albeit at varying rates. In the remainder of my remarks I will review these trends. I will discuss what economic research has to say about the sources of rising inequality and briefly consider some implications for economic policy. I will not draw any firm conclusions about the extent to which policy should attempt to offset inequality in economic outcomes; that determination inherently depends on values and social tradeoffs and is thus properly left to the political process.

On average, and by almost any measure, Americans have gained ground economically over time. For example, since 1947, the real (that is, inflation adjusted) hourly compensation of workers in the U.S. nonfarm business sector (a measure that includes both earnings and benefits) has increased more than 200 percent. In other words, the real reward for an hour of work has more than tripled over the past sixty years. Over the same period, real disposable income per capita has increased almost 270 percent, real consumption per capita has increased almost 280 percent, and real wealth per capita has risen 310 percent. We have also seen significant gains in other indicators of living standards, such as health and educational attainment. Thus, in absolute terms, the well-being of most Americans compares quite favorably with that of earlier generations and, indeed, with the well- being of most people in the world today.

Although average economic well-being has increased considerably over time, the degree of inequality in economic outcomes has increased as well. Importantly, rising inequality is not a recent development but has been evident for at least three decades, if not longer. The data on the real weekly earnings of full-time wage and salary workers illustrate this pattern. In real terms, the earnings at the 50th percentile of the distribution (which I will refer to as the median wage) rose about 11-1/2 percent between 1979 and 2006. Over the same period, the wage at the 10th percentile, near the bottom of the wage distribution, rose just 4 percent, while the wage at the 90th percentile, close to the top of the distribution, rose 34 percent. In 1979, a full-time worker at the 90th percentile of the wage distribution earned about 3.7 times as much as a full-time worker at the 10th percentile. Reflecting the relatively faster growth of wages of higher-paid workers, that ratio is 4.7 today. The gap between the 90th and 10th percentiles of the wage distribution rose particularly rapidly through most of the 1980s; since then, it has continued to trend up, albeit at a slower pace and with occasional reversals.

The long-term trend toward greater inequality seen in real wages is also evident in broader measures of financial well-being, such as real household income. For example, the share of income received by households in the top fifth of the income distribution, after taxes have been paid and government transfers have been received, rose from 42 percent in 1979 to 50 percent in 2004, while the share of income received by those in the bottom fifth of the distribution declined from 7 percent to 5 percent. The share of after-tax income garnered by the households in the top 1 percent of the income distribution increased from 8 percent in 1979 to 14 percent in 2004. Even within the top 1 percent, the distribution of income has widened during recent decades.

The measures of inequality I have cited reflect « snapshots » of a single time period, usually a year. Consequently, they may not tell a complete story about the extent of inequality or its trend. For example, the fact that an older, more-experienced worker earns more than a newly hired employee will appear as wage inequality when measured at a given time; but as long as the new employee can expect to gain experience and someday earn a higher wage, inequality arising for this reason should not particularly concern us. Studies that track individuals’ positions in the earnings distribution over time suggest that, in a given five-year period, almost half the population moves from one quintile of the distribution to another, and the percentage moving between quintiles increases over longer periods. However, economists disagree about whether income mobility has changed significantly over time. If it has not, then factors related to mobility cannot go far in helping to explain the upward trend in measures of short-term inequality.

What are the underlying sources of these long-term trends in wages, incomes, and other measures of economic well-being? Economists have established that, over longer periods, increases in average living standards are closely linked to the growth rate of productivity — the quantity of goods and services that can be produced per worker or per hour of work. Since 1947, hourly labor productivity in the U.S. nonfarm business sector has increased a robust 2-1/4 percent per year, and productivity growth has been close to or above that figure in most of the past ten years. This sustained productivity growth has resulted in large and broad-based improvements in the standard of living. When discussing inequality, we should not lose sight of the fact that the great majority of Americans today enjoy a level of material abundance — including the benefits of many technological advances, from air conditioning to computers to advanced medical treatments — that earlier generations would envy.

That being said, understanding the sources of the long-term tendency toward greater inequality remains a major challenge for economists and policymakers. A key observation is that, over the past few decades, the real wages of workers with more years of formal education have increased more quickly than those of workers with fewer years of formal education. For example, in 1979, median weekly earnings for workers with a bachelor’s (or higher) degree were 38 percent more than those of high-school graduates with no college experience; last year, that differential was 75 percent. Similarly, over the same period, the gap in median earnings between those completing high school and those with less than a high-school education increased from 19 percent to 42 percent. To a significant extent, to explain increasing inequality we must explain why the economic return to education and to the development of skills more generally has continued to rise.

Economists have hypothesized that technological advances, such as improvements in information and communications technologies, have raised the productivity of high-skilled workers much more than that of low-skilled workers. High-skilled workers may have enjoyed this advantage because, for example, they may have been better able to make more effective use of computer applications, to operate sophisticated machinery, or to adapt to changes in workplace organization driven by new technologies. If new technologies tend to increase the productivity of highly skilled workers relatively more than that of less-skilled workers — a phenomenon that economists have dubbed « skill-biased technical change » — then market forces will tend to cause the real wages of skilled workers to increase relatively faster. Considerable evidence supports the view that worker skills and advanced technology are complementary. For example, economists have found that industries and firms that spend more on research and development or invest more in information technologies hire relatively more high-skilled workers and spend a relatively larger share of their payrolls on them.

Although skill-biased technical change appears to be an important cause of the rise in earnings inequality, it does not provide a complete explanation for that trend. The hypothesis cannot explain, for example, why the sharp rise in investment in information technology in the 1990s was not accompanied by a higher rate of increase in wage inequality. Nor can it explain why the wages of workers in the middle of the distribution have grown more slowly in recent years than those of workers at the lower end of the distribution, even though, of the two groups, workers in the middle of the distribution are typically the better educated.

Another challenge for the hypothesis of skill-biased technical change, at least in its basic formulation, is to explain the especially large wage gains seen at the top of the distribution. A possible link between technological change and the substantial increases in the wages of the best-paid workers is that some advances, such as those that have swept the communications industry, may have contributed to the rise of so-called « superstars » — a small number of the most-gifted individuals in each field who are now better able to apply their talents in what has increasingly become a global marketplace . For example, two decades ago, the highest-paid player for the Boston Red Sox baseball team (and in the American League), Jim Rice, earned (in inflation-adjusted terms) just over $3 million. In 2004, the highest-paid player on the Red Sox (and in all of major- league baseball) was Manny Ramirez, who received $22.5 million for the season. The number of fans who can fit into Fenway Park has not increased much since Jim Rice’s day. But presumably the Red Sox owners believed that Ramirez’s higher salary was justified by the increases in broadcast and merchandising revenues he might generate as a result of the confluence of new distribution channels (such as Internet-based broadcasts of games) and a larger and wealthier potential global audience. The earnings potentials of superstar entertainers, investment bankers, lawyers, and various other professionals have likewise risen sharply as technological innovations and globalization have helped them leverage their talents over a wider sphere.

The compensation of chief executive officers of corporations is often singled out for particular scrutiny. Some economists have argued that the observed increases in CEO pay packages can largely be justified by economic factors, such as changes in the relationship between the CEO and the firm that have led to shorter and less-secure tenures for CEOs and to a greater tendency to hire CEOs from outside the company. Others note that substantial increases in the size and scope of the largest corporations have raised the economic value of skilled corporate leadership. However, critics have responded that increases in CEO pay may have been amplified by poor corporate governance, including the substantial influence that some CEOs appear to have had over their own pay. This debate will no doubt continue.

Beyond the effects of technological change, the variety of economic forces grouped under the heading of « globalization » may also have been a factor in the rise in inequality, even as these forces have provided a major stimulus to economic growth and to living standards overall. Immigration — the flow of people across borders — is one aspect of the increased economic integration of the world economy. In recent decades, most immigrants to the United States have arrived with relatively low levels of skills. By itself, this pattern of immigration increases measured inequality because it leads to an increase in the relative size of the low-wage work force. Standard economic reasoning also suggests that the immigration of such workers should reduce the relative wages of less-skilled domestic workers. Empirical analyses of individual cities or regions have found some evidence that corroborates this hypothesis, although in most cases the effect appears to have been small. A typical finding is that an increase of 10 percent in the share of immigrants in a city reduces the wages of lower-skilled natives 1 percent or less. This somewhat muted effect of low-skilled immigration on local markets may reflect the adaptability of U.S. labor and product markets, which has allowed native workers and firms to adjust with relatively little displacement. However, studies that examine national data tend to find somewhat larger effects, with a 10 percent increase in the share of immigrants in the total population reducing the wages of low-skilled natives 3 percent to 5 percent.

International trade, another aspect of globalization, may also have differential effects on the economic well-being of U.S. workers even as it tends to raise real wages and incomes on average. For example, some empirical research suggests that, in the 1980s and 1990s, increased international trade reduced the profitability and hence the demand for labor in a number of industries that employed relatively more low-skilled workers. Of course, trade has increased the potential markets for other domestic industries, leading to higher demand and thus higher real wages for workers in those industries. A related development has been the outsourcing abroad of some types of services and production activities. Because labor markets are adaptable, outsourcing abroad does not ultimately affect aggregate employment, but it may affect the distribution of wages, depending on the skill content of the outsourced work. At least until recently, most such activity appears to have involved goods and services that use relatively more low-skilled labor, which (all else being equal) would tend through the workings of supply and demand to slow the growth of wages of domestic low-skilled workers relative to those with greater skills.

Unfortunately, much of the available empirical research on the influence of trade on earnings inequality dates from the 1980s and 1990s and thus does not address later developments. Whether studies of the more-recent period will reveal effects of trade on the distribution of earnings that differ from those observed earlier is to some degree an open question. Overall, I read the available evidence as favoring the view that the influence of globalization on inequality has been moderate and almost surely less important than the effects of skill-biased technological change.

Finally, changes in the institutions that have shaped the labor market over the past few decades may also have been associated with some increase in wage inequality. For example, unions tend to compress the dispersion of pay for jobs in the middle of the skill distribution. Thus, the decline in private-sector union membership over the post-World War II period — particularly the sharp drop in the 1980s — has been associated with an increased dispersion of pay among workers with intermediate levels of skill. The sources of the decline in union membership are much debated, and certainly long-run structural changes in the economy, such as the decline in manufacturing employment, have played a role. Whatever the precise mechanism through which lower rates of unionization affected the wage structure, the available research suggests that it can explain between 10 percent and 20 percent of the rise in wage inequality among men during the 1970s and 1980s.

Declines in the real value of the minimum wage, brought about by the combination of inflation and the fact that minimum wages are usually set in dollar terms, also affect the labor market. Some research suggests that this factor contributed to the relative decline in the wages of the least-skilled workers during the 1980s. Economists have also pointed out that, although higher minimum wages increase the wages of those who remain employed, they may also lead to reduced employment of low-skilled workers. Thus, the net influence of the minimum wage on earnings and income inequality, as opposed to the inequality of observed hourly wages, is ambiguous. In any case, the real value of the minimum wage, adjusted to include state minimum wages that are above the federal level, has been fairly flat in recent years, and so has the proportion of the labor force that is unionized. This suggests that these institutional factors have been less important sources of increasing wage inequality recently than they were in the 1970s and 1980s.

What, if anything, should policymakers do about the trend of increasing economic inequality? As I noted at the beginning of my remarks, answering this question inevitably involves some difficult value judgments that are beyond the realm of objective economic analysis — judgments, for example, about the right tradeoff between allowing strong market-based incentives and providing social insurance against economic risks. Such tradeoffs are, of course, at the heart of decisions about tax and transfer policies that affect the distribution of income as well as countless other policy debates.

Policy approaches that would not be helpful, in my view, are those that would inhibit the dynamism and flexibility of our labor and capital markets or erect barriers to international trade and investment. To be sure, the advent of new technologies and increased international trade can lead to painful dislocations as some workers lose their jobs or see the demand for their particular skills decline. But hindering the adoption of new technologies or inhibiting trade flows would do far more harm than good, as technology and trade are critical sources of overall economic growth and of increases in the standard of living.

A better approach for policy is to allow growth-enhancing forces to work but to try to cushion the effects of any resulting dislocations. For example, policies to facilitate retraining and job search by displaced workers, if well designed, could assist the adjustment process. Policies that reduce the costs to workers of changing jobs — for example, by improving the portability of health and pension benefits between employers — would also help to maintain economic flexibility and reduce the costs that individuals and families bear as a result of economic change. Of course, devising policies that accomplish these goals in the most effective way is not straightforward, nor can such policies deal with all of the negative effects of trade and technology on affected individuals. Displaced older workers present a particularly difficult problem, as these workers have greater difficulty than others in finding new jobs and experience a greater decline in earnings than other workers if they are re-employed. Considerable debate and analysis of policy alternatives lie ahead, but these discussions will be well worth the effort.

As the larger return to education and skill is likely the single greatest source of the long-term increase in inequality, policies that boost our national investment in education and training can help reduce inequality while expanding economic opportunity. A substantial body of research demonstrates that investments in education and training pay high rates of return both to individuals and to the society at large. That research also suggests that workers with more education are better positioned to adapt to changing demands in the workplace.

In assessing the potential of education and training to moderate inequality, one should keep in mind that the economically relevant concept of education is much broader than the traditional course of schooling from kindergarten through high school and into college. Indeed, substantial economic benefits may result from any form of training that helps individuals acquire economically and socially useful skills, including not only K-12 education, college, and graduate work but also on-the-job training, coursework at community colleges and vocational schools, extension courses, online education, and training in financial literacy. The market incentives for individuals to invest in their own skills are strong, and the expanding array of educational offerings available today allows such investment to be as occupationally focused as desired and to take place at any point in an individual’s life.

Although education and the acquisition of skills is a lifelong process, starting early in life is crucial. Recent research — some sponsored by the Federal Reserve Bank of Minneapolis in collaboration with the University of Minnesota — has documented the high returns that early childhood programs can pay in terms of subsequent educational attainment and in lower rates of social problems, such as teenage pregnancy and welfare dependency. The most successful early childhood programs appear to be those that cultivate both cognitive and noncognitive skills and that engage families in stimulating learning at home.

To return to the themes I raised at the beginning, the challenge for policy is not to eliminate inequality per se but rather to spread economic opportunity as widely as possible. Policies that focus on education, job training, and skills and that facilitate job search and job mobility seem to me to be a promising means for moving toward that goal. By increasing opportunity and capability, we help individuals and families while strengthening the nation’s economy as well.

Voir enfin:

http://www.alternet.org/economy/70103/

The American Dream Is Alive and Well … in Finland!

It’s harder to move up the economic ladder in the United States than in other wealthy countries. What happened to the American dream?

Alternet

December 11, 2007  |

Fewer than 1 percent of Americans are millionaires, but almost one in three believe they’ll end up among that group at some point.

The belief that our chance of moving up the economic ladder is limited only by our innate abilities and our appetite for hard work is almost universal in the United States. When you define the « American Dream » as the ability of working-class families to afford a decent life — to put their kids through school, have access to quality healthcare and a secure retirement — most will tell you it simply doesn’t exist anymore. In stark contrast, when you define it according to mobility, the picture is radically different; according to a study of public opinion in 25 rich countries, Americans are almost twice as likely to believe that « people get rewarded for intelligence and skill » than working people in other advanced economies (PDF). At the same time, fewer than one in five say that coming from a wealthy family is « essential » or « very important » to getting ahead — significantly lower than the 25-country average.

It’s impossible to overstate the impact that has on our policy debates. Americans are less than half as likely as people in other advanced economies to believe that it’s « the responsibility of government to reduce differences in income. » Working Americans are parties to a unique social contract: They give up much of the economic security that citizens of other wealthy countries take for granted in exchange for a more « dynamic, » meritorious economy that offers opportunity that’s limited only by their own desire to get ahead. Of course, it’s never explicitly stated, and most of us don’t know about the deal, but it’s reinforced all the time in our economic discourse.

But new research suggests the United States’ much-ballyhooed upward mobility is a myth, and one that’s slipping further from reality with each new generation. On average, younger Americans are not doing better than their parents did, it’s harder to move up the economic ladder in the United States than it is in a number of other wealthy countries, and a person in today’s work force is as likely to experience downward mobility as he or she is to move up.

Moreover, the single greatest predictor of how much an American will earn is how much their parents make. In short, the United States, contrary to popular belief, is not a true meritocracy, and the American worker is getting a bum deal, the worst of both worlds. Not only is a significant portion of the middle class hanging on by the narrowest of threads, not only do fewer working people have secure retirements to look forward to, not only are nearly one in seven Americans uninsured, but working people also enjoy less opportunity to pull themselves up by their bootstraps than those in a number of other advanced economies.

Moving on up?

Researchers look at two kinds of economic mobility: « absolute mobility, » which is the degree to which one generation does better than the one before it, and « relative mobility, » or how easy it is to move up in society through smarts, talent, hard work, etc.

New research by Julia Isaacs, a fellow with the Economic Mobility Project, looked at both measures using a unique set of data that allowed her to directly compare how people were doing in the late 1990s and early 2000s with the incomes of their parents in the late 1960s.

Isaacs, using family income data, found that the current generation as a whole is doing better than the previous generation — that’s absolute mobility — but that the nation’s income is distributed much less evenly than it was a generation ago.

And family incomes tend to obscure the degree of overall mobility, because much of the past three decades’ growth in household income was a result of more women joining the workforce. When the Brookings Institution’s Isabel Sawhill and John Morton looked at four generations of income data for men alone (PDF), they came up with a very different picture. When they compared men aged 30-39 in 1994 with their fathers at the same point in their careers, they found that median incomes had increased by just 0.2 percent annually during the past three decades. But, they noted, « the story changes for a younger cohort. » Men in their thirties in 2004 had a median income that was, on average, 12 percent less than that of their fathers’ generation at the same age. The scholars concluded: « The up-escalator that has historically ensured that each generation would do better than the last may not be working very well. »

But it’s relative mobility that really speaks to the health — or lack thereof — of the American Dream, and Isaacs’ conclusions are stunning. « Contrary to American beliefs about equality of opportunity, » she wrote, « a child’s economic position is heavily influenced by that of his or her parents: »

* Children of middle-income parents have a near-equal likelihood of ending up in any other quintile, presenting equal promise and peril for those born to middle-class parents.

* The « rags to riches » story works in Hollywood but not on Main Street. Only 6 percent of children born to parents with family income at the very bottom move to the very top.

Isaacs categorized American families as belonging to one of four groups: the « upwardly mobile » who do better relative to their parents, those « riding the tide » — families that earn more than their parents but remain in the same relative position on the economic ladder — those « falling despite the tide, » a small group who are earning more than their parents but who nonetheless fell into a lower position on the ladder, and those who are « downwardly mobile. » The key take-away is that American families are just as likely to be downwardly mobile — 33 percent fall into the group — as they are to join the 34 percent who move up.

It’s crucial to understand the relationship between inequality and immobility, and central to the relationship is the concept of « intergenerational assistance. » That’s a fancy way of saying that a person’s chances to advance economically are very much impacted by whether his or her family can help with tuition payments, a down payment on a house or seed money to start a business. The wealthy don’t pass on their status through inheritance alone, but by smoothing the way for their children.

In an interview last year, Dalton Conley, director of NYU’s Center for Advanced Social Science Research, compared two hypothetical kids — one from a family with some money and the other from poor parents. Both are born with the same level of intelligence, both are ambitious and both work hard in school. In a meritocracy, the two would enjoy the same opportunity to get ahead. But the fact that one might graduate from college free and clear while the other is burdened with $50,000 in debt makes a huge difference in terms of their long-term earnings prospects. That’s just one of the myriad ways that parents pass their economic status to their children. Conley concluded: « When you are talking about the difference between financing their kid’s college education, starting a new business, moving if they need to move for a better job opportunity — [differences] in net worth might make the difference between upward mobility and stagnation. »

As bleak as the recent findings about our ability to move up are, the picture for American families would look much worse if not for the increasing number of women in the work force. Women, while still earning less than their male counterparts, have had far greater upward mobility over the past three decades, largely because they had farther to go to get to the same place. While men’s employment rates, hours worked and wages have been flat or declining during that period, all three measures have increased for women. Isaacs concluded: « Family incomes have grown slightly because the increase in women’s earnings has more than offset stagnant male earnings. »

The streets are paved with gold ¦ in Denmark

Several studies released in recent years suggest that, contrary to popular opinion, Americans enjoy significantly less upward mobility than citizens of a number of other industrialized nations (some of the studies can be accessed here, here and here). German workers have 1.5 times the mobility of Americans, Canada is nearly 2.5 times more mobile and Denmark is 3 times more mobile. Norway, Finland, Sweden and France (France!) are all more mobile societies than the United States. Of the countries included in the studies, the United States ranked near the bottom; only the United Kingdom came in lower.

Blame the « neos »

Unlike inequality, which some classical economists and most conservative pundits dismiss as irrelevant, there’s broad agreement across the ideological spectrum about the importance of mobility. In the United States, where we take for granted levels of inequality and poverty that would be a front-page scandal in most advanced economies, the stakes are that much higher. It’s one thing living in a new gilded age when we all have a fair shot at ending up among the « haves, » but it’s something else altogether when a nation’s wealth is concentrated at the top of a rigidly stratified society. As Dalton Conley put it, the fact that parents’ wealth is the strongest predictor of where kids will end up « very manifestly displays the anti-meritocracy in America — the reproduction of social class without the inheritance of any innate ability. »

But it’s the interplay of a number of factors that determines social mobility, and there’s heated debate about what’s caused these changes in the American economy and what their policy implications might be.

Three trends help explain why it’s so much harder to get ahead in America today than it was for previous generations of working people, and why it’s apparently easier to get ahead in more socially oriented countries: differences in education, the decline in union membership and loss of good manufacturing jobs and, more generally, a relatively weaker social safety net. Roughly speaking, the decrease in relative mobility from generation to generation correlates with the rise of « backlash » conservatism, the advent of Reaganomics and the series of massive changes in industrial relations and other policies that people loosely refer to as the « era of globalization. »

The United States is the only advanced country in which the federal government is not directly involved in higher education. That’s played a role in the dramatic increase in the average costs of a college education since the post-World War II era. In 1957, for example, a full-time student at the University of Minnesota paid $111 per year in tuition, which, in today’s dollars, is about $750. During the 2005-2006 school year, in-state tuition at the University of Minnesota was $8,040. As education writer Naomi Rockler-Gladen noted, that’s an inflation-adjusted increase of 1,000 percent since 1957. At almost $10,000 in average costs (in 2002), a public university education in America is a lot more difficult to finance than it was a generation ago. That impacts mobility; a college degree is a ladder — one of the classic methods by which hard work and intelligence could be translated into economic success.

Sawhill looked at the relationship between education and mobility (PDF) and concluded that « at virtually every level, education in America tends to perpetuate rather than compensate for existing inequalities. » She pointed to three reasons for that.

First, we have a relatively weak K-12 system. « American students perform poorly on international assessments, » she wrote. « Colleges are forced to provide remedial work to a large share of entering freshmen, and employers complain about workers’ basic skills. » A society with a weak education system will, by definition, be one in which the advantages of class and family background loom large.

Second, the U.S. education system is largely funded through state and local property taxes, which means that the quality of a kid’s education depends on the wealth of the community in which he or she grows up. This, too, helps replicate parents’ economic status in their kids.

Finally, Sawhill notes, in the United States, unlike other advanced economies, « access both to a quality preschool experience and to higher education continues to depend quite directly on family resources. »

The decline in organized labor and solid, good-paying manufacturing jobs is another factor. Those jobs once represented a ladder; their role in moving past generations into the middle class is an American archetype: The paper boy’s son finishes high school and gets an apprenticeship that leads to a solid job in a union shop that allows him to send his son or daughter to college, where they become a doctor or a lawyer. That particular ladder is disappearing.

There’s also an inverse relationship between how robust a country’s social safety net is and the degree to which working families face the prospect of downward mobility. For example, research comparing countries that have generous unemployment benefits with those — like the United States — which offer stingier programs show a clear trend: Offering displaced workers better benefits (a) extends the period of unemployment (which tends to be the focus of most conservatives) and (b) means that when working people do re-enter the work force, they do so at a higher average wage. A similar dynamic has been demonstrated in terms of healthcare: People with access to paid sick leave and other health benefits switch jobs less frequently than those who don’t and have longer average tenure and higher earnings.

In all of these areas, the United States has undergone what Jacob Hacker calls the « great risk shift. » Hacker describes how the American « framework of security has unraveled, leaving Americans newly exposed to the harshest risks of our turbulent economy: losing a good job, losing healthcare, losing retirement savings, losing a home — in short, losing a stable, financial footing. » All of these things offer unique opportunities to fall out of the middle class — opportunities for downward mobility that simply don’t exist for the Canadian or French worker, who can rely on a progressive state to help preserve his or her income level when those kinds of disasters arise.

Ultimately, the take-away from the decline in American upward mobility is one that progressives have been saying for years: The existence of a middle class is not a natural phenomenon. It was built through real progressive policies like the GI education bill, which gave tens of millions of Americans (including my grandfather) access to free college tuition and low-cost loans to start businesses or buy homes. It was created by providing quality public education, mandating minimum wages and guaranteeing working people the right to organize.

After spending three decades unraveling those kinds of protections — all have been subjected to death « by a thousand small cuts » over the past 30 years — we’re no longer a mobile society. No longer is it the case that the accident of one’s birth doesn’t dictate one’s life chances in America, and that’s a wholly predictable result of the rise of the conservative backlash.

Joshua Holland is an AlterNet staff writer.

http://www.oecd.org/document/39/0,3343,fr_2649_37443_44577767_1_1_1_1,00.html

Les obstacles à la mobilité sociale diminuent l’égalité des chances et la croissance économique, selon une étude de l’OCDE

10/02/2010 – Il est plus facile de s’élever dans l’échelle sociale et de gagner plus que ses parents dans les pays nordiques, en Australie et au Canada qu’en France, en Italie, au Royaume-Uni et aux États-Unis, selon une nouvelle étude de l’OCDE. Cette étude, intitulée Mobilité sociale intergénérationnelle : une affaire de famille ? montre qu’une faible mobilité sociale peut être le signe d’un manque d’égalité des chances et peut freiner la productivité et la croissance économique.

Pour gravir les degrés de l’échelle sociale, plusieurs facteurs doivent être réunis : qualités individuelles, milieu familial et social, réseaux et comportement. Mais l’action publique, notamment la politique de l’éducation et, dans une certaine mesure, la politique fiscale, peuvent également aider les individus à obtenir de meilleurs revenus et un statut social plus élevé que leurs parents.

Dans tous les pays, le contexte familial et socio-économique d’origine constitue l’un des déterminants majeurs du niveau d’instruction et de revenus d’une personne, mais l’influence du niveau de formation atteint ou non par les parents sur les perspectives futures de leur enfant est particulièrement marquée dans les pays d’Europe méridionale et au Royaume-Uni.

L’étude montre que dans ces pays, les individus dont le père est diplômé du supérieur ont des revenus supérieurs d’au moins 20 % en moyenne par rapport à ceux dont le père a un niveau d’instruction secondaire du deuxième cycle, et de bien plus d’un tiers par rapport à ceux dont le père n’a pas fini ses études secondaires. Les enfants dont les parents ont un bon niveau de formation ont généralement eux-mêmes un niveau d’instruction élevé et ont moins de difficultés à trouver un emploi bien rémunéré. En revanche, tout se ligue contre les enfants qui ne bénéficient pas de ce cercle vertueux.

D’après cette étude, l’une des possibilités qui s’offre aux pouvoirs publics pour aider les enfants de milieux défavorisés à améliorer leurs perspectives d’avenir consiste à encourager une plus grande mixité sociale en classe. Il est également important d’offrir un enseignement de qualité aux très jeunes enfants car cela améliore leurs chances de réussite dans la suite de leur parcours scolaire.

Les faits montrent qu’une répartition des élèves par niveau faite de manière trop précoce  compromet la mobilité sociale. En repoussant l’orientation jusqu’à l’âge de 16 ans au lieu de 10 comme c’est le cas actuellement dans certains pays, on pourrait réduire de pas moins de deux tiers l’incidence du contexte socio-économique dans lequel s’inscrit l’établissement fréquenté sur les résultats scolaires des élèves.

L’étude fait également valoir que la mobilité sociale d’une génération à l’autre est généralement moindre dans les sociétés plus inégalitaires. Les politiques fiscales et de prestations de type redistributif, qui visent à apporter des aides financières ou un accès à l’éducation aux familles défavorisées, peuvent atténuer les handicaps associés à un milieu modeste ou peu instruit. Toutefois, les effets positifs que peuvent avoir les politiques redistributives sur la croissance, à travers une plus grande mobilité sociale, doivent être mis en balance avec d’autres effets négatifs bien connus sur la croissance résultant d’une utilisation réduite de la main-d’œuvre.

Mobilité sociale intergénérationnelle : une affaire de famille ? fera l’objet d’un chapitre dans le rapport Objectif croissance de l’OCDE qui paraîtra le 10 mars 2010. Objectif croissance est une publication annuelle qui étudie l’avancement des réformes structurelles entreprises par les pays en vue de favoriser le dynamisme économique sur le long terme.

L’édition à venir comporte d’autres sujets spécifiques, notamment les réformes menées dans les grands pays émergents et la  réglementation des marchés financiers. L’édition 2010 d’Objectif croissance évalue aussi les mesures prises face à la crise par les pays de l’OCDE dans le cadre de multiples politiques structurelles, et présente des recommandations précises pour soutenir la reprise actuelle et consolider les finances publiques, tout en protégeant la croissance à long terme.

* La mobilité sociale intergénérationnelle reflète l’égalité des chances

* Évaluer la mobilité sociale intergénérationnelle et ses vecteurs

o Le contexte parental peut affecter la rémunération des individus par le biais de leur productivité et de leur réussite sur le marché du travail

* Profil de la mobilité sociale intergénérationnelle d’un pays à l’autre

o Les niveaux de rémunération tendent à persister entre les générations dans tous les pays de l’OCDE, mais la situation varie beaucoup d’un pays à l’autre

o L’éducation est un vecteur clé de la persistance intergénérationnelle des salaires

o Le milieu socio-économique exerce une influence considérable sur les résultats des élèves dans l’enseignement secondaire

o L’environnement scolaire joue un rôle important

o Dans tous les pays européens de l’OCDE, on constate une persistance dans l’accès à l’enseignement supérieur entre générations

o La persistance intergénérationnelle se manifeste aussi dans les études de niveau inférieur au deuxième cycle du secondaire

* Quel est l’impact des politiques publiques et du cadre institutionnel sur la mobilité sociale intergénérationnelle?

o La mobilité ne dépend pas tant du montant des ressources consacrées à l’enseignement que de la façon dont elles sont dépensées

o L’accueil et l’éducation de la petite enfance peuvent promouvoir la mobilité sociale intergénérationnelle

o L’orientation et le groupement en fonction des aptitudes des élèves à un âge précoce tend à affaiblir la mobilité sociale

o Promouvoir la mixité sociale au sein des établissements favoriserait la mobilité

o Des systèmes de prêts et d’aide aux étudiants peuvent atténuer les contraintes financières et promouvoir la mobilité dans l’enseignement supérieur

o Les politiques publiques et le cadre institutionnel peuvent aussi influencer la mobilité sociale en agissant sur l’inégalité intragénérationnelle des revenus

o Les politiques redistributives et de garantie de ressources semblent renforcer la mobilité sociale intergénérationnelle

* Conclusions

Une affaire de famille : la mobilité sociale intergénérationnelle dans les pays de l’OCDE

OCDE 2010

La réforme des politiques publiques peut lever les obstacles à la mobilité sociale intergénérationnelle et promouvoir ainsi l’égalité des chances entre individus. En outre, cette réforme stimulera la croissance économique en optimisant l’allocation des ressources humaines. Ce chapitre analyse les tendances internationales de la mobilité sociale intergénérationnelle et examine le rôle que jouent les politiques publiques en agissant sur la mobilité. La mobilité intergénérationnelle des revenus, des salaires et de l’éducation, est relativement faible en France, dans les pays d’Europe méridionale, au Royaume-Uni et aux États-Unis. En revanche, elle tend à être plus élevée en Australie, au Canada et dans les pays nordiques.

La mobilité sociale intergénérationnelle reflète l’égalité des chances

La mobilité sociale intergénérationnelle dénote la relation entre le statut socioéconomique des parents et celui que leurs enfants atteignent à l’âge adulte. En d’autres termes, la mobilité révèle dans quelle mesure les individus progressent (ou régressent) sur l’échelle sociale par rapport à leurs enfants. Une société est jugée plus ou moins mobile suivant la proximité ou l’écart du lien entre le statut des parents et celui des enfants arrivés à l’âge adulte. Dans une société relativement immobile, la rémunération, l’éducation ou la profession d’un individu tendent à être étroitement liées à celles de ses parents. La mobilité intergénérationnelle dépend d’une multitude de facteurs qui déterminent la réussite économique individuelle, certains d’entre eux liés à la transmission héréditaire des traits de personnalité (aptitudes innées, par exemple), d’autres au milieu familial et social dans lequel se développent les individus. Parmi les facteurs environnementaux, certains n’ont qu’un faible rapport avec la politique publique (exemples : normes sociales, éthique du travail, attitude à l’égard du risque et réseaux sociaux), alors que d’autres peuvent être fortement influencés par les actions gouvernementales. Parmi les exemples typiques, on citera les politiques qui déterminent l’accès à la formation de capital humain, par exemple le soutien public à l’éducation préscolaire, primaire, secondaire et supérieure, ainsi que les politiques redistributives (systèmes d’impôts et de transferts, par exemple) qui sont susceptibles de réduire ou d’accentuer les obstacles financiers et les autres entraves aux études supérieures. De fait, en termes économiques, la mobilité sociale intergénérationnelle est généralement définie par la possibilité pour un individu de s’élever (ou de descendre) sur l’échelle des revenus ou des salaires par rapport à ses parents. Cette mobilité est étroitement liée au niveau d’instruction, étant donné le lien direct entre le capital humain et la productivité du travail.

Dans ce contexte, le présent chapitre analyse le profil de la mobilité sociale intergénérationnelle dans les pays de l’OCDE pour lesquels on dispose de données suffisantes, l’accent étant mis sur la mobilité éducative et la mobilité salariale. Il examine ensuite les secteurs dans lesquels la réforme peut contribuer à supprimer les obstacles à la mobilité. La suppression des obstacles à la mobilité sociale imputables aux politiques peut être préconisée pour des raisons d’équité (elle devrait améliorer l’égalité des chances économiques) mais aussi d’efficience. L’élimination de ces obstacles est doublement justifiée sur le plan économique. Premièrement, les sociétés peu mobiles sont plus susceptibles de gaspiller ou de mal utiliser les compétences et les talents humains.

Deuxièmement, l’absence d’égalité des chances peut affecter la motivation, le niveau d’effort et, en fin de compte, la productivité des citoyens, avec des effets néfastes sur l’efficience globale et le potentiel de croissance sur l’économie1. Elle peut aussi engendrer des pressions accrues pour la mise en place de dispositifs qui nuisent à la croissance mais qui sont susceptibles d’aider certains groupes à accroître leur part du revenu national.

Ces arguments en faveur de la mobilité doivent être pesés en fonction du risque de voir certaines mesures de promotion mobilité sociale entraîner aussi des pertes de production potentielle en affectant d’autres moteurs de la croissance (ainsi, certaines politiques redistributives telles que la fiscalité progressive du travail peuvent affaiblir l’utilisation de la main-d’oeuvre ou la productivité du travail).

Cela conduit à penser qu’il faut préserver un judicieux équilibre entre les politiques axées sur la croissance et celles qui améliorent la mobilité entre les générations. De plus, un bon nombre des facteurs susceptibles d’affecter la mobilité sociale intergénérationnelle présentent une spécificité familiale ou nationale, et ne sont donc pas aisément influençables par les politiques publiques. Dans l’ensemble, il n’existe pas de niveau « souhaitable » pas plus que d’étalon international en matière de mobilité. Et cela d’autant plus que plusieurs indicateurs distincts (persistance des salaires et des revenus, persistance du niveau d’instruction secondaire et postsecondaire) peuvent être utilisés pour mesurer la mobilité sociale intergénérationnelle, mais étant donné la nature complexe de la mobilité, ces indicateurs ne dessinent pas nécessairement les mêmes profils internationaux. Néanmoins, les différentes mesures des niveaux de mobilité peuvent être comparées d’un pays à l’autre, et l’analyse du rôle potentiel des politiques publiques dans l’évolution des différences entre pays peut aider à mettre au point des dosages de mesures qui éliminent les obstacles involontaires à la mobilité sociale intergénérationnelle, tout en favorisant la croissance.

Les conclusions principales qui se dégagent de l’analyse sont les suivantes :

● Le milieu parental ou socio-économique influence les résultats des descendants en

matière d’éducation, de revenu et de rémunération dans la quasi-totalité des pays pour

lesquels on dispose de données.

● La mobilité des rémunérations entre pères et fils est particulièrement réduite en France,

en Italie, au Royaume-Uni et aux États-Unis, tandis qu’elle est plus élevée dans les pays

nordiques, en Australie et au Canada.

● Dans l’ensemble des pays européens de l’OCDE, le fait de grandir dans une famille ayant

un bon niveau d’instruction procure un avantage salarial substantiel, et grandir dans

une famille moins instruite engendre un désavantage correspondant. L’avantage et le

désavantage sont particulièrement prononcés dans les pays d’Europe méridionale et au

Royaume-Uni. Le désavantage est également considérable au Luxembourg et en Irlande.

Dans ces pays, l’avantage salarial dépasse 20 % tandis que le désavantage atteint 16 % ou

plus (par rapport aux salaires d’individus élevés dans une famille ayant un niveau

d’instruction moyen).

● L’influence de la situation socio-économique des parents sur la performance des élèves

dans l’enseignement secondaire est particulièrement forte en Belgique, en France et aux

États-Unis, tandis qu’elle est plus faible dans certains pays nordiques, au Canada et en

Corée. Par ailleurs, dans de nombreux pays de l’OCDE, y compris tous les grands pays

d’Europe continentale, la performance des élèves est fortement conditionnée par leur

environnement scolaire.

● Les inégalités en matière d’études secondaires sont susceptibles de se traduire par des

inégalités au niveau de l’enseignement supérieur, puis par des inégalités salariales. À

titre d’exemple, au Danemark, en Finlande, en Italie et au Luxembourg, la probabilité de

faire des études supérieures pour un fils dont le père a lui-même une formation

supérieure dépasse de plus de 30 points celle d’un fils dont le père n’a eu qu’une

formation du deuxième cycle du secondaire. Les inégalités scolaires sont accentuées par

les inégalités salariales étant donné que, dans les différents pays, les inégalités en

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

4 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

matière d’enseignement supérieur transmises d’une génération à l’autre sont

positivement corrélées avec les disparités de salaire.

● De l’autre côté du spectre dans les pays de l’OCDE, on observe aussi une persistance

générationnelle des niveaux de formation inférieurs au deuxième cycle du secondaire.

Cette persistance est relativement forte dans certains pays d’Europe méridionale, en

Irlande et au Luxembourg, tandis qu’elle est plus réduite en France, dans certains pays

nordiques et au Royaume-Uni.

● Les politiques d’éducation contribuent de façon cruciale pour expliquer les différences

observées de mobilité sociale intergénérationnelle entre les pays. Ainsi, une

augmentation des inscriptions dans les services d’éducation de la petite enfance est

associée à une influence plus réduite du contexte parental sur la performance des élèves

dans le secondaire. À l’inverse, les pratiques consistant à regrouper les élèves dans

différents programmes à un âge précoce se soldent par une plus faible mobilité sociale

en termes de résultats scolaires. De surcroît, améliorer la mixité sociale dans les

établissements d’enseignement stimule la performance des élèves défavorisés, sans

effets négatifs apparents sur les résultats d’ensemble.

● Les politiques redistributives et de garantie de ressources semble être accompagnées

d’une plus grande mobilité sociale intergénérationnelle.

Évaluer la mobilité sociale intergénérationnelle et ses vecteurs

Le contexte parental peut affecter la rémunération des individus par le biais

de leur productivité et de leur réussite sur le marché du travail

Il est difficile de mesurer la mobilité intergénérationnelle des salaires ou du niveau

d’études et d’identifier les différents vecteurs par le biais desquels la situation socioéconomique

des parents peut influencer celle de leurs enfants à l’âge adulte. L’un des

principaux défis consiste à dissocier l’effet de la situation socio-économique des parents

de celui des aptitudes innées ou du tempérament des individus qui influencent leur

réussite en termes de rémunération ou de niveau d’études2. En général, comme c’est le cas

dans la présente étude, les estimations de l’impact du statut socio-économique des

parents sur les résultats des individus en matière de rémunération et de formation ne

distinguent pas ces deux effets. Toutefois, dans la mesure où l’héritabilité des aptitudes ne

varie pas systématiquement d’un pays à l’autre, elle ne devrait pas influencer la variation

de la mobilité salariale ou éducative entre pays.

Les parents peuvent affecter de différentes façons les résultats de leurs descendants

sur le marché du travail. L’un des vecteurs est la productivité du travail, qui est souvent

influencée par les choix scolaires, par l’investissement privé des parents dans l’éducation

en dehors du système scolaire et par l’investissement personnel des individus dans les

études supérieures. Le degré de répercussion de la productivité sur les salaires dépend des

institutions du marché du travail, qui varient d’un pays à l’autre. Les parents peuvent aussi

affecter l’intégration et la réussite des descendants sur le marché du travail par d’autres

biais, notamment la transmission de normes sociales, d’une éthique du travail ou de

réseaux sociaux (Bourguignon et al., 2003). Dans la pratique, il a souvent été difficile de

séparer tous ces paramètres.

Une étude récente de l’OCDE évalue et explore en trois étapes les déterminants de la

mobilité intergénérationnelle (Causa et Johansson, 2009)3. Tout d’abord, les auteurs

examinent comment la rémunération des individus est associée à la situation

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 5

socio-économique des parents, mesurée par le niveau d’instruction du père. Cela permet

de capter tous les effets directs et les effets indirects du milieu familial sur les salaires.

Dans une seconde étape, l’étude examine comment le niveau d’études des pères influence

la rémunération des individus, indépendamment de son effet sur leur niveau d’instruction,

ce qui est censé capter l’influence de facteurs familiaux et/ou sociaux tels que les réseaux

sociaux, les normes sociales et l’éthique du travail. Étant donné l’importance de

l’éducation comme déterminant des salaires, dans une troisième étape l’étude évalue

l’accès à l’éducation d’individus issus de milieux familiaux différents en estimant dans

quelle mesure les performances scolaires des élèves et des adultes sont liées à leur milieu

parental.

Profil de la mobilité sociale intergénérationnelle d’un pays à l’autre

Les niveaux de rémunération tendent à persister entre les générations dans

tous les pays de l’OCDE, mais la situation varie beaucoup d’un pays à l’autre

Les positions relatives dans la hiérarchie des revenus du travail persistent au fil des

générations dans tous les pays de l’OCDE, quoique à des degrés variables (voir par exemple,

Solon, 2002; Corak, 2004, 2006; d’Addio, 2007). Les estimations existantes du degré de

corrélation entre les niveaux de rémunération des fils et ceux de leurs pères (autrement dit,

l’« élasticité intergénérationnelle des revenus ») révèlent une continuité particulièrement

prononcée au Royaume-Uni, en Italie, aux États-Unis et en France. Dans ces pays, les pères

à rémunération élevée transmettent à leurs fils au moins 40 % de l’avantage économique

qu’ils détiennent sur les pères à rémunération faible (graphique 5.1). À l’inverse, la

persistance est relativement faible dans les pays nordiques, en Australie et au Canada,

moins de 20 % de l’avantage salarial étant transmis par les pères à leurs fils.

Graphique 5.1. La force du lien entre la rémunération des individus

et celle de leurs parents varie suivant les pays de l’OCDE1

Élasticité intergénérationnelle des rémunérations : estimations issues de diverses études

1. La hauteur de chaque barre indique dans quelle mesure les niveaux de rémunération des fils reflètent ceux de leurs pères.

Les chiffres correspondent à la meilleure estimation ponctuelle de l’élasticité intergénérationnelle des revenus, obtenue à

partir d’une méta-analyse exhaustive réalisée par Corak (2006) et complétée avec des données sur d’autres pays fournies

par d’Addio (2007). Le recours à des estimations empiriques dans cette méta-analyse s’explique par le fait qu’elles reposent

sur des études similaires en termes de technique d’estimation, d’échantillons et de définition des variables. Plus la valeur

est élevée, plus forte est la transmission des niveaux de revenus entre générations, et donc plus réduite la mobilité

intergénérationnelle des revenus.

Source : d’Addio (2007).

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

0.0

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II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

6 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

L’OCDE a obtenu de nouvelles données sur la persistance intergénérationnelle des

niveaux de rémunération en évaluant le pourcentage de hausse ou de baisse des salaires

horaires bruts des individus pour différents niveaux d’études de leurs pères dans certains

pays européens4. Pour l’ensemble de ces pays, il s’avère que les individus dont les pères

avaient fait des études supérieures gagnent nettement plus que ceux dont les pères avaient

fait des études du deuxième cycle de l’enseignement secondaire, prenant compte de

l’impact de diverses caractéristiques individuelles (situation sur le plan migratoire,

situation de famille, degré d’urbanisation du lieu de résidence, etc.)5. Dans les pays

d’Europe méridionale, au Royaume-Uni et en Finlande, un homme dont le père a fait des

études supérieures bénéficie d’un avantage de salaire de 20 % ou plus par rapport à celui

dont le père a une formation du deuxième cycle du secondaire. De même, les individus

dont les pères n’avaient pas atteint le deuxième cycle du secondaire gagnent en général

beaucoup moins que ceux dont les pères avaient un diplôme du deuxième cycle du

secondaire6.

Un moyen de mesurer la transmission intergénérationnelle des niveaux de

rémunération consiste à estimer l’écart entre le salaire des individus dont le père avait

fait des études supérieures et le salaire de ceux dont le père avait un niveau d’études

inférieur au deuxième cycle du secondaire. D’après cet indicateur, la persistance

intergénérationnelle est particulièrement forte dans certains pays d’Europe méridionale et

au Royaume-Uni, mais plus faible dans certains pays nordiques, en Autriche, en France et

en Grèce (graphique 5.2)7. En général, selon ce critère, la persistance des niveaux de

rémunération entre les générations est aussi légèrement plus forte pour les fils que pour

les filles. Si l’on ajuste la mesure de la persistance en fonction des écarts entre pays dans

les inégalités à l’heure actuelle et pour les générations précédentes, le degré de persistance

des salaires varie modérément, mais le classement des pays n’est guère modifié, même si

l’amplitude des écarts de pays à pays est plus réduite. Cet ajustement vise à tenir compte

du fait que l’avantage salarial d’avoir un père instruit est probablement plus marqué dans

les pays caractérisés par une plus forte inégalité des salaires, ce qui ne dénote pas

nécessairement une mobilité salariale intergénérationnelle plus réduite.

L’éducation est un vecteur clé de la persistance intergénérationnelle des salaires

Le capital humain est un déterminant clé des salaires et de la productivité des

individus, et l’éducation est un déterminant clé du capital humain. C’est pourquoi, dans

une nouvelle étape de l’analyse de la persistance intergénérationnelle des salaires, l’OCDE

tente de distinguer l’éventuelle influence directe du niveau d’instruction des pères sur les

salaires de leurs descendants de l’effet indirect par le biais du niveau d’études de ces

derniers (voir Bourguignon et al., 2003). Ces effets directs pourraient refléter les normes

sociales ou l’éthique du travail transmises aux enfants, mais aussi le rôle des réseaux

sociaux. Une fois prise en compte l’influence de la formation des individus, le niveau

d’études du père semble n’avoir qu’une influence limitée sur la rémunération d’un

individu, sauf dans quelques pays européens (Espagne, Irlande, Italie, Luxembourg,

Pays-Bas et Royaume-Uni) où les liens directs apparaissent relativement plus importants8.

Dans l’ensemble, étant donné que les salaires sont largement déterminés par le niveau

d’études individuel, la persistance intergénérationnelle en matière d’éducation semble

être un déterminant clé de la persistance des niveaux de salaires9.

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 7

Le milieu socio-économique exerce une influence considérable sur les résultats

des élèves dans l’enseignement secondaire

La persistance intergénérationnelle des résultats scolaires reflète en partie l’influence

du milieu familial sur les compétences cognitives acquises durant les études secondaires.

La persistance des resultats scolaires dans le secondaire, mesurée par l’influence du milieu

socio-économique des élèves sur les notes obtenues aux tests PISA, revêt une grande

ampleur dans de nombreux pays de l’OCDE10. L’Autriche, les États-Unis, la France, la

Graphique 5.2. Indicateur synthétique de la persistance des salaires entre générations

pour certains pays de l’OCDE1

Note : Un astérisque indique une valeur statistiquement significative au seuil de confiance de 10 %. À titre d’exemple, la

persistance négative au Danemark pour les filles n’est pas statistiquement significative, autrement dit, elle n’est pas

statistiquement différente de zéro.

1. La persistance des niveaux de rémunération est mesurée par l’écart entre le salaire estimé d’un individu dont le père a fait

des études supérieures et celui d’un individu dont le père n’a pas atteint le deuxième cycle de l’enseignement secondaire.

Un chiffre plus élevé implique un écart plus prononcé, et donc une plus grande persistance des salaires ou un plus grand

degré d’immobilité entre générations. Le niveau d’instruction du père représente une mesure approximative du milieu ou

du salaire parental. La mesure synthétique corrigée des différences de distribution correspond à la mesure synthétique de

la persistance des salaires, multipliée par le rapport entre l’écart type de la formation des pères et l’écart-type du salaire

horaire brut des fils ou des filles. Pour une description détaillée, voir Causa et al. (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données SRCV-UE 2005.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

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Mesure synthétique de la persistance des salaires

Mesure synthétique de la persistance des salaires, corrigée des différences de distribution

Points de pourcentage A. Hommes, 35-44 ans

Points de pourcentage A. femmes, 35-44 ans

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

8 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

Nouvelle-Zélande, la République tchèque et le Royaume-Uni sont parmi les pays où le

contexte socio-économique semble avoir la plus forte influence sur les résultats des élèves

(graphique 5.3). Les pays où la persistance est relativement faible sont le Canada, la Corée,

le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège, et les pays d’Europe méridionale, ainsi que

le Mexique et la Turquie.

L’ampleur des disparités socio-économiques entre élèves varie sensiblement d’un

pays de l’OCDE à l’autre, avec des conséquences possibles sur l’influence globale du milieu

socio-économique sur la performance des élèves. Concrètement, une modification

comparable du milieu socio-économique n’a pas la même portée dans les pays où les

disparités des milieux familiaux sont faibles, comme la Finlande, que dans ceux où elles

sont prononcées, comme le Mexique. L’ajustement des indicateurs de la persistance des

résultats scolaires en fonction des différences d’inégalité des milieux d’un pays à l’autre

modifie sensiblement le classement de quelques pays sur l’échelle de la persistance. Dans

les pays caractérisés par de fortes inégalités socio-économiques parmi les élèves,

notamment le Mexique, le Portugal, le Luxembourg, l’Espagne et la Turquie, même une

influence relativement modérée du milieu sur les performances des élèves se traduit par

une forte persistance globale des résultats scolaires entre générations (graphique 5.3).

Dans ces pays, l’inégalité tend à amplifier l’influence du milieu sur les performances. Selon

cet indice ajusté, la persistance des résultats scolaires dans le secondaire est parmi les plus

élevées aux États-Unis, en France et en Belgique, alors qu’elle reste faible dans la plupart

des pays nordiques, en Corée et au Canada.

Graphique 5.3. L’influence du milieu parental sur les résultats des élèves

dans le secondaire varie largement entre les pays de OCDE1

1. Gradient socio-économique : variation du score PISA en sciences, due à une amélioration d’un écart-type international de

l’indice PISA du statut socio-économique des élèves. Gradient socio-économique, corrigé des différences de distribution

entre pays : variation du score PISA en sciences due à l’amélioration de la variation nationale interquartile de l’indice PISA

du statut socio-économique des élèves. Dans les pays où les disparités socio-économiques entre élèves sont

particulièrement fortes (exemples : Italie, Mexique et Portugal), l’écart entre les gradients socio-économiques avec et sans

prise en compte des différences de distribution entre pays est relativement prononcé. L’échelle des notes au test PISA se

caractérise par une moyenne de 500 points et un écart-type de 100 points. Pour plus de détails, voir Causa et Chapuis (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données PISA 2006 de l’OCDE.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

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Écarts dans les notes obtenues aux tests PISA

Influence du milieu parental (gradient socio-économique)

Influence du milieu parental (gradient socio-économique, avec prise en compte des différences de distribution entre pays)

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 9

L’environnement scolaire joue un rôle important

L’influence générale du milieu socio-économique sur la performance des élèves dans

l’enseignement secondaire correspond à la fois à un effet au niveau individuel et à un effet

lié au choix de l’établissement. Dans la plupart des pays, l’effet global tient dans une large

mesure à ce que des élèves issus de milieux différents ne fréquentent pas les mêmes

établissements et bénéficient donc d’environnements scolaires divers (graphique 5.4). Cet

effet scolaire traduit en partie le fait que les résultats des élèves dépendent plus ou moins

de leurs pairs, des ressources pédagogiques disponibles dans l’établissement, de la qualité

des enseignants et de la répartition des élèves dans les établissements ou dans les classes.

Dans tous les pays de l’OCDE, il y a un net avantage de fréquenter une école dont les élèves

sont, en moyenne, issus de milieux socio-économiques plus favorisés. Mais cet effet de

l’environnement scolaire varie beaucoup d’un pays à l’autre. Il est particulièrement

marqué dans certains pays continentaux membres de l’Union européenne, notamment

l’Allemagne et les Pays-Bas, qui ont plusieurs programmes de scolarisation distincts au

sein de l’enseignement secondaire. L’effet est beaucoup plus réduit dans les pays

nordiques, qui ont pour l’essentiel un système d’enseignement secondaire unifié.

Graphique 5.4. L’environnement socio-économique scolaire est un important vecteur

de transmission du milieu parental1

Effets du contexte individuel et de l’environnement socio-économique des écoles sur les résultats des élèves dans

l’enseignement secondaire (gradient socio-économique, corrigé des différences de distribution entre pays)

1. L’effet du contexte individuel est défini comme l’écart de performance sur l’échelle des scores en sciences du PISA associé

avec l’écart entre les quartiles supérieur et inférieur de la distribution moyenne de l’indice PISA du statut économique,

social et culturel calculé au niveau de l’élève. L’effet de l’environnement de l’école est défini comme l’écart, pour un élève

donné, de performance sur l’échelle des scores en sciences du PISA associé à la différence entre les quartiles supérieur et

inférieur de la distribution moyenne par établissement de chaque pays dans l’indice PISA du statut économique, social et

culturel. Dans le groupe de pays situés dans la partie gauche du graphique, l’effet de l’environnement scolaire explique pour

l’essentiel l’influence du milieu socio-économique sur la performance des élèves, alors que dans le groupe des pays situés

à droite, l’effet du contexte individuel explique largement l’influence du milieu socio-économique sur la performance de

l’élève. Dans le groupe des pays situés au milieu du graphique, les deux effets sont comparables. Pour plus de détails, voir

Causa et Chapuis (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données PISA 2006 de l’OCDE.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

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Écarts dans les notes obtenues aux tests PISA

Effet du contexte individuel Effet de l’environnement de l’établissement

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

10 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

Dans tous les pays européens de l’OCDE, on constate une persistance dans l’accès

à l’enseignement supérieur entre générations

La persistance intergénérationnelle des résultats dans le secondaire se traduit aussi

par une persistance du niveau d’études postsecondaires. Celle-ci peut être évaluée en

estimant l’augmentation ou la diminution (en pourcentage) de la probabilité des individus

de faire des études supérieures, selon différents niveaux d’instruction de leurs pères. On

détermine ainsi dans quelle mesure les niveaux de formation des individus reflètent ceux

de leurs pères. Dans tous les pays européens de l’OCDE couverts par l’analyse,

l’appartenance à une famille ayant un niveau d’instruction élevé (c’est-à-dire dont le père

a fait des études supérieures) augmente la probabilité d’acquérir une formation supérieure

par rapport à un individu dont la famille a un niveau d’instruction moyen (c’est-à-dire dont

le père a fait des études du deuxième cycle du secondaire). De même, on observe une forte

diminution de la probabilité de faire des études supérieures associée au fait de grandir

dans une famille à faible niveau d’instruction, par rapport à une famille à niveau

d’instruction moyen. Pour les couples père/fils, l’augmentation de la probabilité est d’au

moins 30 points de pourcentage au Luxembourg, en Italie, en Finlande et au Danemark,

tandis que la diminution correspondante de la probabilité atteint plus de 30 points en

Irlande et en Grèce.

Un indicateur synthétique de la persistance intergénérationnelle dans l’accès à

l’enseignement supérieur est donné par l’écart global entre l’augmentation et la

diminution de la probabilité de faire des études supérieures pour les enfants issus

respectivement d’une famille à niveau d’instruction élevé et d’une famille peu instruite. Un

écart plus prononcé implique une persistance intergénérationnelle plus forte dans l’accès

à l’enseignement supérieur (graphique 5.5). Selon ce critère, la persistance du niveau

d’éducation des fils est relativement élevée au Luxembourg, en Irlande et dans la plupart

Graphique 5.5. Indicateur synthétique de la persistance dans l’accès à l’enseignement

supérieur pour certains pays de l’OCDE1

1. La persistance dans l’enseignement supérieur correspond à l’écart entre la probabilité estimée de faire des études

supérieures pour un individu dont le père a lui même une formation de niveau supérieur et la probabilité de faire des études

supérieures pour un individu dont le père a une formation inférieure au deuxième cycle du secondaire. Une valeur plus

élevée implique un écart plus prononcé, et donc une persistance plus forte dans l’enseignement supérieur ou un plus faible

degré de mobilité éducative entre les générations. Pour plus de détails, voir Causa et al. (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données SRCV-UE 2005.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

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II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 11

des pays d’Europe méridionale, peut-être en raison de contraintes financières et d’autres

obstacles à l’accès aux études postsecondaires, mais aussi parce que les inégalités dans

l’enseignement secondaire engendrent des déficits de connaissances qui empêchent les

étudiants de remplir les conditions requises pour faire des études supérieures. En ce qui

concerne les filles, la persistance intergénérationnelle dans l’enseignement supérieur

présente un profil similaire à celui des fils.

La persistance intergénérationnelle se manifeste aussi dans les études de niveau

inférieur au deuxième cycle du secondaire

Parmi les pays européens de l’OCDE, on observe aussi une persistance du niveau

d’études inférieur au deuxième cycle du secondaire. La probabilité de n’obtenir qu’un

diplôme de niveau inférieur au deuxième cycle du secondaire est, en moyenne pour

l’ensemble des pays, plus élevée de 18 points de pourcentage pour un fils ou une fille dont

le père n’a pas dépassé ce niveau par rapport à un enfant dont le père a une formation du

deuxième cycle du secondaire. À l’inverse, la probabilité d’obtenir un diplôme du deuxième

cycle du secondaire décroît en moyenne de 10 points pour les enfants de pères diplômés du

supérieur par rapport aux enfants dont les pères ont un diplôme du deuxième cycle du

secondaire. La persistance peut être résumée par l’écart entre ces deux probabilités, qui est

de 28 points en moyenne, mais qui varie largement d’un pays à l’autre (graphique 5.6). La

persistance du niveau de formation inférieur au deuxième cycle du secondaire est

relativement élevée dans certains pays d’Europe méridionale, en Irlande et au

Luxembourg, tandis qu’elle est plus faible en Autriche, dans certains pays nordiques, en

France et au Royaume-Uni.

Graphique 5.6. Indicateur synthétique de la persistance du niveau de formation inférieur

au deuxième cycle du secondaire pour certains pays de l’OCDE1

1. La persistance du niveau de formation inférieur au deuxième cycle du secondaire correspond à l’écart entre la probabilité

d’acquérir une formation de niveau inférieur au deuxième cycle du secondaire pour un individu dont le père a lui-même

une formation de niveau inférieur au deuxième cycle du secondaire, et la probabilité d’acquérir une formation de niveau

inférieur au deuxième cycle du secondaire pour un individu dont le père a fait des études supérieures. Une valeur plus

élevée implique un écart plus prononcé et donc une persistance plus forte dans les niveaux de formation inférieurs au

deuxième cycle du secondaire ou un degré plus faible de mobilité entre générations. Pour plus de détails, voir Causa et al.

(2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données SRCV-UE 2005.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

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II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

12 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

Quel est l’impact des politiques publiques et du cadre institutionnel

sur la mobilité sociale intergénérationnelle?

Les politiques publiques et les institutions ne représentent que quelques-uns des

nombreux facteurs qui agissent sur la mobilité sociale intergénérationnelle, mais l’analyse

de l’OCDE conduit à penser qu’elles expliquent certaines des différences de mobilité

observées d’un pays à l’autre. On distingue les politiques et institutions qui affectent

l’accès à l’éducation et celles qui influencent l’inégalité (intragénérationnelle) des salaires

et des revenus11.

La mobilité ne dépend pas tant du montant des ressources consacrées

à l’enseignement que de la façon dont elles sont dépensées

Il apparaît que le volume des ressources et des intrants scolaires n’a en lui-même

guère d’incidence sur les résultats des élèves. Ainsi, des données transversales montrent

que l’augmentation des dépenses au titre de l’enseignement secondaire ou pour d’autres

intrants scolaires mesurables (réduction de la taille des classes, par exemple) ne réduit pas

sensiblement l’influence du contexte socio-économique sur les résultats des élèves dans le

secondaire. En revanche, la capacité de bien hiérarchiser les priorités et d’allouer

efficacement les ressources, mesurée par exemple par de nouveaux indicateurs définis par

l’OCDE (Sutherland et Price, 2007) qui prennent en compte le degré de décentralisation et

l’existence de mécanismes assurant l’adéquation des ressources et des besoins, se traduit

par une diminution de l’influence du milieux socio-économique des parents sur les

performances scolaires dans le secondaire. S’il est vrai que les ressources scolaires jouent

unrôle limité, tel n’est pas le cas de l’allongement de la période d’obligation scolaire réalisé

en ajustant les dates de début et de fin de scolarité (voir ci-après).

La qualité de l’enseignement revêt de l’importance non seulement pour la

performance scolaire moyenne mais aussi pour l’égalité des chances dans le secondaire.

Parmi les propositions souvent formulées pour améliorer la qualité de l’enseignement, on

citera la revalorisation générale des salaires, l’augmentation des salaires dans les écoles et

les zones les plus défavorisées, ou la mise en place d’un barème de rémunération fondé sur

la performance. De nouvelles données concluantes découlant de l’analyse internationale

montrent que l’influence du contexte socio-économique sur les résultats des élèves du

secondaire est plus faible dans les pays où les salaires des enseignants affichent une

progression plus marquée au cours de leur carrière, peut-être parce que la perspective de

majorations de salaire plus fortes motive davantage les enseignants (graphique 5.7, à

gauche)12. Toutefois, il ne faut pas sous-estimer les difficultés pratiques que posent la

conception et la mise en oeuvre de barèmes de salaire avantageux et incitatifs pour les

enseignants.

L’accueil et l’éducation de la petite enfance peuvent promouvoir la mobilité sociale

intergénérationnelle

Un nombre croissant d’études économiques et pédagogiques soulignent l’importance

de mesures précoces d’accueil et d’éducation de la petite enfance pour le développement

des compétences cognitives tout au long de la vie. Par conséquent, l’inscription obligatoire

dans des services d’accueil et d’éducation de qualité serait susceptible de promouvoir la

mobilité sociale intergénérationnelle. De fait, de nouvelles données empiriques

internationales montrent qu’une augmentation des inscriptions dans ces services

(garderies et structures préscolaires) et un accroissement des dépenses qui leur sont

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 13

Graphique 5.7. Les politiques salariales, sociales et fiscales à l’égard

des enseignants modifient l’incidence du contexte parental individuel

sur les résultats des études secondaires1

1. Chaque barre représente la variation de l’effet du contexte individuel associée à un ajustement de la politique, du

degré le moins favorable au degré le plus favorable à la mobilité (sur la base de la distribution des politiques dans

les pays de l’OCDE, hors Mexique et Turquie). L’échelle des notes PISA dans ce graphique diffère de celle du

graphique 5.8. Pour plus de détails, voir Causa et Chapuis (2009) et Causa et Johansson (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données PISA 2006 de l’OCDE.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

Graphique 5.8. Les politiques d’accueil et d’éducation de la petite enfance

modifient l’effet de l’environnement socio-économique de l’établissement

sur les résultats dans l’enseignement secondaire1

1. Chaque barre représente la variation de l’effet de l’environnement scolaire associé à une modification de la

politique du degré le moins favorable au degré le plus favorable à la mobilité (sur la base de la distribution des

politiques des pays de l’OCDE, hors Mexique et Turquie). L’échelle des notes PISA dans ce graphique diffère de

celle du graphique 5.7. Pour plus de détails, voir Causa et Chapuis (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données PISA 2006 de l’OCDE.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

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Écarts dans les notes obtenues au PISA dus au contexte individuel

Rapport entre le salaire de

l’enseignant au dernier échelon

et le salaire de départ

Taux de remplacement

net à court terme des

indemnités de chômage

Taux de

progressivité

de l’impôt

Ratio maximum :

2.8 (KOR)

Ratio maximum :

87.0 (LUX)

Ratio maximum :

0.4 (NLD)

Ratio minimum :

1.1 (DNK)

Ratio minimum :

47.5 (GRC)

Ratio minimum :

0.04 (USA)

Effet d’une politique moyenne

0

10

20

30

40

50

60

70

80

90

100

Écarts dans les notes obtenues au PISA dus à l’environnement de l’établissement

Taux d’inscription dans les garderies

et les structures préprimaires

Âge de la première

orientation

Taux d’inscription dans l’enseignement

professionnel

Effet d’une politique moyenne

Taux maximum :

61.7 (DNK)

Âge maximum :

16 (USA)

Taux minimum :

0.0 (USA)

Taux minimum :

2.0 (POL)

Âge minimum :

10 (DEU)

Taux maximum :

54.7 (NLD)

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

14 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

consacrées se traduisent par une diminution de l’influence du milieu socio-économique

sur les résultats des élèves dans le secondaire (graphique 5.8, à gauche).

L’orientation et le groupement en fonction des aptitudes des élèves à un âge précoce

tend à affaiblir la mobilité sociale

Les pratiques ou systèmes scolaires qui déclenchent l’orientation des élèves dès le

début de leur scolarité se traduisent par des inégalités socio-économiques plus fortes dans

les études secondaires, sans pour autant améliorer la performance moyenne. L’influence

du milieu socio-économique sur les résultats scolaires dans le secondaire tend à être

relativement plus élevée dans les pays où l’orientation et/ou le groupement en fonction des

aptitudes au sein des établissements ont lieu à un stade plus précoce. Selon des données

recueillies par l’OCDE, l’abandon d’un système qui répartit les élèves dans différents

établissements dès l’âge de 10 ans, au profit d’un système où cette répartition est effectuée

à l’âge de 16 ans, réduirait des deux tiers l’influence de l’environnement socio-économique

de l’établissement sur les résultats des élèves (graphique 5.8, au centre).

Il existe des différences entre les pays de l’OCDE concernant la structure de la

formation professionnelle secondaire et sa capacité de doter les élèves des compétences

requises pour trouver un emploi. Il convient d’en tenir compte lorsqu’on examine si les

filières professionnelles de l’enseignement secondaire sont susceptibles d’aboutir à un

regroupement des élèves « faibles/défavorisés » au sein de programmes qui limitent leurs

possibilités futures d’apprentissage, à l’instar de l’orientation scolaire. Selon les

estimations de l’OCDE, en moyenne et pour l’ensemble des pays, un taux d’inscription plus

élevé dans l’enseignement professionnel est associé avec une plus forte influence du

contexte socio-économique sur les résultats des élèves dans le secondaire (graphique 5.8,

à droite).

Promouvoir la mixité sociale au sein des établissements favoriserait la mobilité

Les politiques du logement et de l’urbanisme aboutissent parfois à une concentration

géographique des ménages défavorisés dans certains quartiers. Cette séparation socioéconomique

résidentielle va souvent de pair avec une séparation scolaire, principalement

parce qu’une forte proportion des élèves fréquentent les établissements situés dans leur

voisinage. Ce phénomène est amplifié par la tendance des prix des logements à

internaliser la qualité des écoles. Selon de nouvelles données éclairantes de l’OCDE (Causa

et Chapuis, 2009), le renforcement de la mixité scolaire au sein des établissements pourrait

améliorer la performance relative des élèves défavorisés, sans aucun effet négatif apparent

sur la performance globale. Par conséquent, les politiques de l’éducation, du logement et

de l’urbanisme qui encouragent la mixité sociale au sein des quartiers contribueraient à

atténuer les inégalités socio-économiques en matière d’éducation et à accroître la mobilité

sociale.

Des systèmes de prêts et d’aide aux étudiants peuvent atténuer les contraintes

financières et promouvoir la mobilité dans l’enseignement supérieur

L’existence de contraintes de crédit peut empêcher des individus doués issus de

familles défavorisées ou à faible revenu de s’investir dans l’enseignement supérieur, et

entraver ainsi la mobilité sociale ascendante. Une conception appropriée des prêts

étudiants et des systèmes d’aide aux étudiants peut atténuer ces contraintes. Dans les

pays où ces financements sont mis à la disposition de tous les étudiants (systèmes

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 15

universels/individuels), la probabilité de faire des études supérieures pour un individu issu

d’une famille peu instruite est plus forte que dans les pays qui ont recours à d’autres types

de financement et de prêts (graphique 5.9). On peut en conclure que les systèmes de prêts

ou de bourses financés par l’État sont susceptibles de rendre les étudiants moins

tributaires de leurs familles pour le financement de leurs études postsecondaires et

d’atténuer les contraintes financières, favorisant ainsi la mobilité.

Les politiques publiques et le cadre institutionnel peuvent aussi influencer la mobilité

sociale en agissant sur l’inégalité intragénérationnelle des revenus

Le lien entre l’inégalité intragénérationnelle des revenus et la mobilité sociale

intergénérationnelle est complexe, car une augmentation de l’inégalité peut avoir des

effets contradictoires sur la mobilité. Toutefois, des recherches récentes tendent à montrer

qu’un accroissement de l’inégalité s’accompagne d’une diminution de la mobilité

intergénérationnelle (voir par exemple, Björklund et Jäntti, 1997; Solon, 2004; Corak, 2006;

d’Addio, 2007; Andrews et Leigh, 2009). Une explication de ce phénomène est que la

dispersion accrue des salaires ou des revenus implique une hausse du rendement des

études, ce qui peut avantager en particulier les individus dont l’investissement dans

l’éducation n’est pas bridé par leur situation familiale13. Par conséquent, les politiques et

institutions publiques pourraient influencer la mobilité sociale intergénérationnelle en

affectant l’inégalité des revenus et des salaires au sein d’une même génération. De fait,

dans l’ensemble des pays européens de l’OCDE une réduction des inégalités de revenu

transversales (à un moment donné) est associée à une plus faible persistance

intergénérationnelle des salaires (graphique 5.10). Des données de l’OCDE couvrant un plus

large échantillon de pays membres montrent aussi qu’une plus grande égalité des revenus

est associée avec une influence plus faible du milieu socio-économique familial sur les

résultats des élèves dans le secondaire.

Graphique 5.9. Les systèmes de financement de l’éducation conditionnent l’accès

aux études supérieures des individus issus de milieux défavorisés1

1. Le graphique indique la diminution estimée, en points de pourcentage, de la probabilité pour un fils de faire des études

supérieures étant donné que son père avait eu une formation inférieure au deuxième cycle du secondaire, par rapport à un

fils dont le père avait fait des études du deuxième cycle du secondaire. Pour plus de détails, voir Causa et al. (2009) et Causa

et Johansson (2009).

Sources : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données SRCV-UE 2005, Oliveira Martins et al. (2007).

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

SWE LUX NLD GBR FIN DNK IRL GRC BEL ESP ITA FRA PRT AUT

–45

–40

–35

–30

–25

–20

–15

–10

–5

0

Désavantage lié à un milieu défavorisé (perte de probabilité d’accès, en points de pourcentage)

Système universel/individuel Autre système de financement

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

16 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

Les politiques redistributives et de garantie de ressources semblent renforcer

la mobilité sociale intergénérationnelle

Les systèmes fiscaux progressifs et les programmes de transferts sociaux aident à

compenser les coûts d’opportunité pour les parents de ménages pauvres qui investissent

dans l’éducation de leurs enfants. Dans certains pays, des programmes de transferts

sociaux visent directement à couvrir une partie de ces coûts. Ces politiques redistributives

pourraient donc réduire les inégalités de revenu actuelles entre parents, de sorte que le

revenu de leurs descendants convergerait plus rapidement. Les données internationales

montrent qu’un barème d’imposition plus progressif sur le revenu des personnes

physiques s’accompagne d’une diminution de l’influence du milieu socio-économique sur

les résultats scolaires dans le secondaire, ainsi que d’une réduction de l’influence du

niveau de formation du père sur les salaires des individus (graphiques 5.7 et 5.11, partie

droite)14. De même, une augmentation des indemnités de chômage nettes à court terme

atténue l’influence du milieu socio-économique sur les résultats des élèves dans le

secondaire (graphique 5.7, centre). En accord avec ces données, il semble que les pays

européens de l’OCDE où le montant moyen des indemnités de chômage est plus élevé

affichent une plus grande mobilité intergénérationnelle des revenus du travail

(graphique 5.11, partie gauche).

Graphique 5.10. La mobilité sociale intergénérationnelle tend à être plus faible

dans les sociétés plus inégalitaires1

Corrélation entre inégalité et persistance intergénérationnelle des salaires

1. La persistance des niveaux de salaire est mesurée par l’écart entre le salaire estimé d’un individu dont le père a

obtenu un diplôme d’études supérieures et celui d’un individu dont le père a un niveau d’études inférieur au

deuxième cycle du secondaire. Une valeur plus élevée implique un écart plus prononcé, et donc une transmission

plus forte des salaires ou un plus faible degré de mobilité entre les générations. L’indicateur synthétique corrigé

des différences de distribution correspond à l’indicateur synthétique de la persistance salariale, multiplié par le

rapport entre l’écart-type du niveau d’études des pères et l’écart-type du salaire horaire brut des fils ou des filles.

L’inégalité est mesurée par le coefficient de Gini pour le revenu disponible des ménages ajusté en fonction de la

taille du ménage.

** indique une valeur significative au niveau de 5 %. Pour plus de détails, voir Causa et al. (2009) et Causa et

Johansson (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données SRCV-UE 2005 et OCDE (2008), Croissance et inégalités :

distribution des revenus et pauvreté dans les pays de l’OCDE.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

0

10

20

30

40

50

60

70

80

0.22 0.24 0.26 0.28 0.30 0.32 0.34 0.36 0.38 0.40

AUT

BEL

DNK

FIN FRA

GRC

IRL

ITA

LUX NLD ESP

SWE

GBR

PRT

Persistance des salaires, corrigée des différences de distribution (variation des salaires, en points de pourcentage)

Coefficient de Gini

Coefficient de corrélation: 0.56 **

Hommes, 35-44 ans

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 17

Conclusions

Dans ce chapitre, la mobilité sociale intergénérationnelle est mesurée de différentes

manières (mobilité salariale, mobilité du niveau d’instruction secondaire et

postsecondaire, par exemple), étant donné qu’aucun indicateur ne peut à lui seul en

donner une image complète. Le profil suivant se dessine : un groupe de pays semble

relativement immobile dans la plupart des domaines (pays d’Europe méridionale et

Luxembourg, par exemple) tandis qu’un autre groupe tend à être relativement mobile (pays

nordiques, par exemple). Mais en général, le degré de mobilité dans un pays donné peut

varier selon les différents aspects étudiés. Au Royaume-Uni, par exemple, la mobilité des

rémunérations se révèle faible en comparaison internationale par rapport à la mobilité

dans l’enseignement supérieur. De même, en France, l’influence du milieu familial sur les

performances scolaires dans le secondaire apparaît beaucoup plus forte que celle du milieu

parental sur la probabilité des individus de faire des études supérieures.

Les politiques publiques qui facilitent l’accès à l’éducation des individus issus de

familles défavorisées stimulent la mobilité salariale intergénérationnelle et sont

également susceptibles de profiter à la croissance économique. On peut citer par exemple

les pratiques scolaires qui déclenchent l’orientation des élèves assez tardivement dans

leur cursus scolaire afin d’encourager la mixité sociale au sein des écoles, ou les systèmes

de prêts ou de bourses financés par l’État qui permettent aux étudiants de moins dépendre

de leurs parents pour le financement de leurs études postsecondaires.

Graphique 5.11. Les politiques sociales et fiscales semblent modifier aussi l’effet

du niveau d’instruction du père sur la rémunération de son fils1

1. Chaque barre représente la variation de l’effet du milieu parental (niveau d’instruction du père) associée à une

variation de l’action publique du niveau le moins favorable au niveau le plus favorable à la mobilité (sur la base de

la répartition des politiques publiques dans les pays européens de l’OCDE). Pour plus de détails, voir Causa et al.

(2009) et Causa et Johansson (2009).

Sources : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données SRCV-UE 2005.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

–20

–15

–10

–5

0

5

10

15

20

25

30

Variation du salaire, en points de pourcentage, due au niveau d’instruction du père

Taux de remplacement moyen

des indemnités de chômage (%)

Taux de progressivité

de l’impôt

Effet d’une politique moyenne

Taux maximum :

0.5 (DNK)

Taux maximum :

0.4 (NLD)

Taux minimum :

0.01 (ITA)

Taux minimum :

0.04 (PRT)

II.5. NOTES

18 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

Notes

1. Une croissance économique plus rapide pourrait aussi avoir des effets en retour positifs sur la

mobilité intergénérationnelle, dans la mesure où les opportunités qu’elle crée profitent d’abord

aux catégories défavorisées.

2. L’importance relative de la « nature » par opposition à la « culture » pour expliquer la mobilité

sociale intergénérationnelle est loin d’être établie (voir par exemple, Sacerdote, 2002; Plug et

Vijverberg, 2003).

3. Ce chapitre s’inspire aussi des analyses mentionnées dans Causa et Chapuis (2009) et Causa,

Dantan et Johansson (2009). Ces études contiennent d’abondantes références aux publications sur

la mobilité sociale intergénérationnelle.

4. L’hypothèse implicite est que ce niveau d’instruction est une bonne mesure approximative du

revenu permanent des parents, ce qui semble logique étant donné le lien étroit entre le niveau

d’études et le revenu. Le fait de fonder l’évaluation de la persistance des rémunérations sur les

salaires horaires bruts signifie que les décisions en matière d’offre de travail ne sont pas prises en

compte, et la mesure de la persistance ainsi obtenue peut être considérée comme reflétant

l’impact du milieu parental sur la productivité.

5. L’analyse de régression empirique est réalisée séparément pour les hommes et pour les femmes,

par cohorte (25-34 ans; 35-44 ans et 45-54 ans) et par pays. Les résultats sont présentés pour la

cohorte de 35-44 ans afin de réduire l’erreur de mesure sur le cycle de vie des performances

économiques des individus (Haider et Solon, 2006). Pour une présentation détaillée des résultats

empiriques des autres cohortes, voir Causa et al. (2009).

6. L’analyse ne couvre que les salariés, ce qui pourrait amplifier le degré de mobilité

intergénérationnelle des rémunérations, dans la mesure où les individus issus de familles à niveau

d’instruction élevé sont moins susceptibles d’être inactifs que les individus issus de familles à plus

faible niveau d’instruction.

7. En France, la mobilité sociale intergénérationnelle mesurée par l’influence du niveau d’études des

pères sur la rémunération des individus est plus élevée que la mobilité mesurée par la force du lien

entre les rémunérations des couples père-fils. Une explication possible pourrait être que le premier

indicateur surestime la mobilité, car dans le groupe des pères ayant fait des études supérieures on

ne fait pas la distinction entre ceux qui ont un diplôme universitaire et ceux qui sont diplômés

d’une Grande École. Il est possible que l’avantage salarial dû au fait d’avoir un père diplômé d’une

Grande École l’emporte sur celui d’avoir un père diplômé de l’université.

8. L’analyse de la persistance des niveaux de rémunération et de formation des adultes repose sur le

module pauvreté SRCV des données d’enquête d’Eurostat, qui couvre que les pays européens de

l’OCDE.

9. Voir Solon, 2004; Blanden et al., 2005, 2006; d’Addio, 2007 pour une analyse de l’influence de

l’éducation sur la mobilité sociale intergénérationnelle.

10. Le milieu socio-économique des élèves est pris en compte ici par un indice qui englobe le niveau

d’études des parents ainsi qu’un certain nombre de facteurs caractérisant la situation sociale,

économique et culturelle de la famille.

11. D’autres politiques susceptibles d’être pertinentes, notamment la discrimination positive, n’ont

pas pu être traitées dans la présente analyse.

12. Il faut toutefois reconnaître que ces profils salariaux ne captent sans doute pas l’effet des systèmes

de rémunération fondés sur la performance, mais constituent plutôt une mesure approximative

des écarts entre les « profils salariaux liés à l’ancienneté » d’un pays à l’autre.

13. Cet effet semble neutraliser l’action contraire que peut exercer l’inégalité sur la mobilité, par

exemple en amplifiant les incitations à accroître les efforts et à améliorer la productivité.

14. La mesure de la progressivité de l’impôt correspond à la différence entre le taux marginal et le taux

moyen de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, divisée par l’unité moins le taux moyen

de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, pour un ouvrier moyen célibataire.

II.5. BIBLIOGRAPHIE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 19

Bibliographie

Andrews, D. et A. Leigh (2009), « More Inequality, Less Social Mobility », Applied Economics Letters,

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I’m here to fight for truth, justice and the American way. Superman (1942)
I am a guardian of freedom and the American way of life. US Soldier’s creed (poem, Infantry magazine, Dec. 22, 2003)
The American Way of life is individualistic, dynamic, pragmatic. It affirms the supreme value and dignity of the individual; it stresses incessant activity on his part, for he is never to rest but is always to be striving to « get ahead »; it defines an ethic of self-reliance, merit, and character, and judges by achievement: « deeds, not creeds » are what count. The « American Way of Life » is humanitarian, « forward-looking », optimistic. Americans are easily the most generous and philanthropic people in the world, in terms of their ready and unstinting response to suffering anywhere on the globe. The American believes in progress, in self-improvement, and quite fanatically in education. But above all, the American is idealistic. Americans cannot go on making money or achieving worldly success simply on its own merits; such « materialistic » things must, in the American mind, be justified in « higher » terms, in terms of « service » or « stewardship » or « general welfare »… And because they are so idealistic, Americans tend to be moralistic; they are inclined to see all issues as plain and simple, black and white, issues of morality. Will Herberg (in Protestant, Catholic, Jew, 1955 )
Le mode de vie des Américains n’est pas négociable. George Bush Sr (Conference de Rio, 1992)
We are different because our government and our way of life are not based on the divine right of kings, the hereditary privileges of elites, or the enforcement of deference to dictators. They are based on pieces of paper, the Charters of Freedom – the Declaration that asserted our independence, the Constitution that created our government, and the Bill of Rights that established our liberties. John W. Carlin (National Archives and Records Administration’s 1999 Annual Report)
Let me tell what “the American way of life” is. It is going to the ball game and eating popcorn, and drinking Coca Cola, and rooting for the Senators. It is shopping in Sears, Roebuck. It is losing heart and hat on a roller coaster. It is driving on the right side of the road and putting up at motels on a long journey. It is being bored with television commercials. It is setting off firecrackers with your children on the Fourth of July. It is sitting for 7 hours to see the pageantry of the presidential inauguration. But, it is deeper than that. It is gardens with no fences to bar you from the neighborliness of your neighbor. It is the perfume of honeysuckle, and the sound of katydids in the warm night air of summer, when you go out into the garden, the children long ago asleep, and you feel the pulse and throb of nature around you. It is Negro spirituals and colonial architecture. It is Thanksgiving turkey and pumpkin pie. It is the sweep of broad rivers and the sea of wheat and grass. It is a view from the air of the conflux of muddy rivers and neat little excavations and columns of smoke that is the mighty Pittsburgh. It is the canyons of skyscrapers in New York, and the sweep of Lakeshore Drive that is Chicago. It is the lonely proud statue of Lee on Gettysburg field. It is schoolgirls wearing jeans and schoolboys riding enormous push bikes. It is color comics. It is the Sunday New York Times. It is sitting on the porch of a Sunday afternoon, after morning church, rocking in a creaking wicker chair. It is a lad and a lass looking at you intently in the marriage service. It is sickness and a home empty, quieted, and stilled by grief. It is the sound of the bell at the railroad crossing, and children’s laughter. It is a solitary bugler playing taps, clear and long-noted, at Arlington. Rev. George M. Docherty
Now, all this may seem obvious until one sits down and takes these implications of freedom really seriously. For me, it came in a flash one day sometime ago when our children came home from school. Almost casually, I asked what happened at school when the arrived there in the morning. They described to me, in great detail and with strange solemnity, the ritual of the salute to the flag. The children turn to the flag, and with their hand across their heart, they repeat the words: “I pledge allegiance to the flag of the United States and the Republic for which it stands; one nation, indivisible, with liberty and justice for all.” They were very proud of the pledge; and rightly so. But (…) There was something missing in this pledge, and that which was missing was the characteristic and definitive facto in the American way of life. Indeed, apart from the mention of the phrase, the United States of America, this could be a pledge of any republic. In fact, I could hear little Muscovites repeat a similar pledge to their hammer-and-sickle flag in Moscow with equal solemnity, for Russia is also a republic that claims to have overthrown the tyranny of kingship. (…) What, therefore, is missing in the pledge of allegiance that Americans have been saying off and on since 1892, and officially since 1942? The one fundamental concept that completely and ultimately separates Communist Russia from the democratic institutions of this county. This was seen clearly by Lincoln. Under God this people shall know a new birth of freedom, and “under god” are the definitive words. Rev. George M. Docherty

A l’heure, ou a la veille d’elections de mi-mandat annoncees catastrophiques pour son parti,  un president americain democrate au plus bas dans les sondages ne reconnait plus ses electeurs qui lui reprochent notamment de vouloir europeaniser leur pays …

Retour avec le sermon du pasteur George M. Docherty qui convainquit un dimanche de fevrier 1954 en pleine guerre froide le president Eisenhower de faire ajouter le fameux et tres controverse « under God » au serment d’allegeance au drapeau et contre ceux qui tentent actuellement a leurs risques et perils de l’oublier …

Sur, en derniere analyse, la « vraie force des Etats-Unis d’Amerique » et la veritable source de cette passion de la liberte et respect de l’individu plus connue sous le nom d’American way, defendue tant  par ses soldats que ses auteurs souvent juifs de BD, a savoir les principes les plus universels de la Revelation biblique

« A New Birth of Freedom »

Dr. George M. Docherty

The New York Avenue Presbyterian Church

Sunday, February 7, 1954

The famous city of Sparta was once visited by an ambassador from another kingdom. He expected to find this great city surrounded by thick protecting walls; he was surprised when he saw no battlements at all.

“Where are the walls to defend the city?” he asked of the King of Sparta.

“Here are the walls of Sparta,” replied the king, showing him his army of first line crack troops.

Had this ambassador visited our United States today, he would also be surprised to find no wall around our cities. (I should think, as a matter of fact, it would be extremely difficult even for American know-ho to build a wall around Los Angeles.) And if our visitor were to ask the question, “Where is the defense of the Nation?” he could be shown something of the awesome power of the mighty American Army, Navy and Air Force; not to mention the enormous economic potential of the country. But the true strength of the United States of America lies deeper, as it lay in Sparta. It is the spirit of both military and people, a flaming devotion to the cause of freedom within these borders.

At this season of anniversary of the birth of Abraham Lincoln, it will not be inappropriate to speak about this freedom, and what is called the American way of life.

Freedom is a subject everyone seems to be talking about without seemingly stopping to ask the rather basic question, “ What do we mean by freedom?” In this matter, apparently, we all are experts.

The world of Mr. Lincoln’s day is unbelievably different from this modern age. Yet there is a sense in which history is always repeating itself. The issues we face today are precisely the issues he spent his life seeking to resolve. In his day, the issue was sparked by Negro slavery; today, it is sparked by a militantly atheistic communism that has already enslaved 800 million of the peoples of the earth, and now menaces the rest of the free world.

Lincoln, in his day, saw this country as a nation that “was conceived in liberty and dedicated to the proposition that all men are created equal.” And the question he asks is the timeless, and timely, one-“whether that Nation, or any nation so conceived and so dedicated, can long endure.”

I recall once discussing the “American was of life” with a newspaper editor. He had been using the phrase rather freely. When asked to define the phrase “the American was of life,” he became very wordy and verbose. “It is live and let live; it is freedom to act,” and other such platitudes.

Let me tell what “the American way of life” is. It is going to the ball game and eating popcorn, and drinking Coca Cola, and rooting for the Senators. It is shopping in Sears, Roebuck. It is losing heart and hat on a roller coaster. It is driving on the right side of the road and putting up at motels on a long journey. It is being bored with television commercials. It is setting off firecrackers with your children on the Fourth of July. It is sitting for 7 hours to see the pageantry of the presidential inauguration.

But, it is deeper than that.

It is gardens with no fences to bar you from the neighborliness of your neighbor. It is the perfume of honeysuckle, and the sound of katydids in the warm night air of summer, when you go out into the garden, the children long ago asleep, and you feel the pulse and throb of nature around you. It is Negro spirituals and colonial architecture. It is Thanksgiving turkey and pumpkin pie. It is the sweep of broad rivers and the sea of wheat and grass. It is a view from the air of the conflux of muddy rivers and neat little excavations and columns of smoke that is the mighty Pittsburgh. It is the canyons of skyscrapers in New York, and the sweep of Lakeshore Drive that is Chicago. It is the lonely proud statue of Lee on Gettysburg field. It is schoolgirls wearing jeans and schoolboys riding enormous push bikes. It is color comics. It is the Sunday New York Times. It is sitting on the porch of a Sunday afternoon, after morning church, rocking in a creaking wicker chair. It is a lad and a lass looking at you intently in the marriage service. It is sickness and a home empty, quieted, and stilled by grief. It is the sound of the bell at the railroad crossing, and children’s laughter. It is a solitary bugler playing taps, clear and long-noted, at Arlington.

And where did all this come from?

It has been with us so long, we have to recall that it was brought here by people who laid stress on fundamentals. They called themselves Puritans because the wished to live the pure and noble life purged of all idolatry and enslavement of the mind, even by the church. They did not realize that in fleeing from tyranny and setting up a new life in a new world they were to be the fathers of a mighty nation.

These fundamental concepts of life had been given to the world from Sinai, where the moral law was graven upon tables of stone, symbolizing the universal application to all men; and they came from the New Testament, where they heard in the words of Jesus of Nazareth the living word of God for the world.

This is the American way of life, and Lincoln saw this clearly. History for him was the Divine Comedy, though he would not use that phrase. The providence of God was being fulfilled.

Wherefore, he claims that it is under God that this Nation shall know a new birth of freedom. And by implication, it is under God that “government of the people, by the people, and for the people shall not perish from the earth.” For Lincoln, since God was in His Heaven, all must ultimately be right for his country.

Now, all this may seem obvious until one sits down and takes these implications of freedom really seriously. For me, it came in a flash one day sometime ago when our children came home from school. Almost casually, I asked what happened at school when the arrived there in the morning. They described to me, in great detail and with strange solemnity, the ritual of the salute to the flag. The children turn to the flag, and with their hand across their heart, they repeat the words: “I pledge allegiance to the flag of the United States and the Republic for which it stands; one nation, indivisible, with liberty and justice for all.”

They were very proud of the pledge; and rightly so.

I don’t suppose you fathers would have paid much attention to that as I did. I had the advantage over you. I could listen to those noble words as if for the first time. You have learned them so long ago, like the arithmetic table or the shorter catechism, something you can repeat without realizing what it all really means. But I could sit down and brood upon it, going over each work slowly in my mind.

And I came to a strange conclusion. There was something missing in this pledge, and that which was missing was the characteristic and definitive facto in the American way of life. Indeed, apart from the mention of the phrase, the United States of America, this could be a pledge of any republic. In fact, I could hear little Muscovites repeat a similar pledge to their hammer-and-sickle flag in Moscow with equal solemnity, for Russia is also a republic that claims to have overthrown the tyranny of kingship.

Russia also claims to be indivisible. Mr. Stalin admitted to Sir Winston Churchill that the uniting of the peasants was the most difficult of all tasks. (He did not mention the massacre of the 3 million Kulak farmers in this blood-and-iron unification.)

Russia claims to have liberty. You will never understand the Communist mind until you realize this aberration of their judgment. Marx in his dialectic makes it clear that the communist state is only an imperfect stage toward world socialism. When that day comes the state will wither away and true socialism will reign forever. Utopia will have dawned. Until that day there must be personal limitations. As the capitalist state limits freedom in the day of war, so must the workers of the world accept this form of restricted freedom. Besides, claims Marx, trouble arises when you give men their unrestricted freedom. Human freedom always proliferates into license and gives rise to greed and war. They might claim that their servitude is perfect freedom.

Again the Communists claim there is justice in Russia. They have their law courts. They have their elections with universal suffrage. When pressed to the point, they will admit there is really only one candidate because the people are so unanimous about that way of life.

They call their way of life “democratic.” One of the problems statesmen find in dealing with Russia is one of semantics, of definition. Russia says she is democratic and we are Fascist; we claim to be democratic and call Russia Communist.

What, therefore, is missing in the pledge of allegiance that Americans have been saying off and on since 1892, and officially since 1942? The one fundamental concept that completely and ultimately separates Communist Russia from the democratic institutions of this county. This was seen clearly by Lincoln. Under God this people shall know a new birth of freedom, and “under god” are the definitive words.

Now, Lincoln was not being original in that phrase. He was simply reminding the people of the basis upon which the Nation won its freedom in its declaration of Independence. He went back to Jefferson as he did in so much of his thinking. Indeed, he acknowledges his debt to Jefferson in a famous speech delivered at Independence Hall in Philadelphia on February 22, 1861, two years before the Gettysburg Address. “All the political sentiments I entertain have been drawn from the sentiments which originated and were given to the world from this hall. I have never had a feeling politically that did not spring from sentiments embodied in the Declaration of Independence.”

Listen again to the fundamentals of this Declaration:

“We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable rights; that among these are life liberty, and the pursuit of happiness.”

At Gettysburg Lincoln poses the question: “Now we are engaged in a great civil war, testing whether that nation, or any nation so conceived and so dedicated, can long endure.”

That is the text of our day and generation also.

The tragedy of the 19th century democratic liberalism, when nation after nation set up parliamentary forms of government, was that two world convulsions shattered the illusion that you can build a nation on human ideas without a fundamental belief in God’s providence. Crowns in Europe toppled, not because the people had lost the vision of God. We face today a theological war. It is not basically a conflict between two political philosophies- Thomas Jefferson’s political democracy over against Lenin’s communistic state.

Nor is it a conflict fundamentally between two economic systems between, shall we say, Adam Smith’s Wealth of Nations and Karl Marx’s Das Capital.

It is a fight for the freedom of the human personality. It is not simply man’s inhumanity to man. It is Armageddon, a battle of the gods. It is the view of man as it comes down to from Judaio-Christian civilization in mortal combat against modern, secularized, godless humanity.

The pledge of allegiance seems to me to commit this theological implication that is fundamental to the American way of life. It should be “One nation, indivisible, under God.” Once “under God, “ then we can define what we mean by “liberty and justice for all’” To omit the words “under God” in the pledge of allegiance is to omit the definitive character of the American way of life.

Some might assert this to be a violation of the first amendment to the Constitution. It is quite the opposite. The first amendment states concerning the question of religion: “Congress shall make no law respecting the establishment of religion.”

Now, establishment of religion” is a technical term. It means Congress will permit no state church in this land such as exists in England. In England the bishops are appointed by her Majesty. The church, by law, is supported by teinds or rent. The church, therefore, can call upon the support of the law of the land to carry out its own ecclesiastical laws. What the declaration says, in effect, is that no state church shall exist in this land. This is separation of church and state; it is not, and never was meant to be, a separation of religion and life. Such objection is a confusion of the first amendment with the First Commandment.

If we were to add the phrase “under the church,” that would be different. In fact, it would be dangerous. The question arises, which church? Now, I could give good Methodists an excellent dissertation upon the virtues of the Presbyterian Church, and show how much superior John Knox was to John Wesley. But the whole sad story of church history shows how, of all tyrants, often the church could be the worst for the best of reasons. The Jewish Church persecuted unto death the Christian Church in the first decade of Christianity; and for 1,200 years the Christian Church persecuted the Jewish Church. The Roman Church persecuted the Protestants; and the Protestants, in turn, persecuted the Roman Church; the Presbyterians and the Episcopalians brought low the very name of Christian charity, both in Scotland and America. It is not for nothing that Thomas Jefferson, on his tombstone at Monticello, claimed that one of the three achievements of his life was his fight for religious freedom in Virginia-that even above the exalted office as President of these United States. No church is infallible; and no churchman is infallible.

Of course, as Christians, we might include the words ‘under Jesus Christ” or “under the King of Kings.” But one of the glories of this land is that it has opened its gates to all men of every religious faith.

The word of welcome to these shores is epitomized on the Statue of Liberty:

“Give me your tired, your poor,

Your huddled masses yearning to breathe free,

The wretched refuse of your teeming shore,

Send these, the homeless, tempest tossed to me:

I lift my lamp beside the golden door.”

There is no religious examination on entering the United States of America- no persecution because a man’s faith differs even from the Christian religion. So, it must be ‘under God” to include the great Jewish Community, and the people of the Moslem faith, and the myriad of denominations of Christians in the land.

What then of the honest atheist?

Philosophically speaking, an atheistic American is a contradiction in terms. Now don’t misunderstand me. This age has thrown up a new type of man-we call him a secular; he does not believe in God; not because he is a wicked man, but because he is dialectically honest, and would rather walk with the unbelievers than sit hypocritically with people of the faith. These men, and many have I known, are fine in character; and in their obligations as citizens and good neighbors, quite excellent.

But they really are spiritual parasites. And I mean no term of abuse in this. I’m simply classifying them. A parasite is an organism that lives upon the life force of another organism without contributing to the life of the other. These excellent ethical seculars are living upon the accumulated spiritual capital of Judaio-Christian civilization, and at the same time, deny the God who revealed the divine principles upon which the ethics of this country grow. The dilemma of the secular is quite simple.

He cannot deny the Christian revelation and logically live by the Christian ethic.

And if he denies the Christian ethic, he falls short of the American ideal of life.

In Jefferson’s phrase, if we deny the existence of the god who gave us life how can we live by the liberty he gave us at the same time? This is a God-fearing nation. On our coins, bearing the imprint of Lincoln and Jefferson are the words “In God we trust.” Congress is opened with prayer. It is upon the Holy Bible the President takes his oath of office. Naturalized citizens, when they take their oath of allegiance, conclude solemnly, with the words ‘so help me God.”

This is the issue we face today: A freedom that respects the rights of the minorities, but is defined by a fundamental belief in God. A way of life that sees man, not as the ultimate outcome of a mysterious concatenation of evolutionary process, but a sentient being created by God and seeking to know His will, and “Whose soul is restless till he rest in God.”

In this land, there is neither Jew nor Greek, neither bond nor free, neither male nor female, for we are one nation indivisible under God, and humbly as God has given us the light we seek liberty and justice for all. This quest is not only within these United States, but to the four corners of the glove wherever man will lift up his head toward the vision of his true and divine manhood.

During her history of more than a century and a half this church has adhered steadfastly to the purpose for which it was organized, the christianizing of her home community and the world. The extent of her influence for good is inestimable and her accomplishments have been many and great. She has constantly set her face against all deteriorating influences at home and abroad, and against evil in all places, high and low. As the single purpose for her justification of existence, she has always held on high, Christ and His Gospel as the way of salvation for the world. She has used every power to induce men to enter that way. She has always recognized as part of her parish the people of the community and the world in ignorance of the Gospel. Through her money and her prayers she has ministered to them. Signally blessed in her pastors, her officers, her members and her work, she has grown from her beginning in the carpenter shop, the Treasury Building and the F Street building to the great and good church of today, feeble at first in everything but faith. Her course has always been Godward and her influence has extended to “the utmost parts of the earth” in many churches and many denominations.

Voir aussi:

How the Pledge got God

Minister, now 91, gave Ike the idea one Sunday morning

Tom Gibb

Post-Gazette

June 28, 2002

ALEXANDRIA, Pa. — He was a Scotsman come to America, just 3 1/2 years removed from his homeland. So, unlike his schoolboy son, George Docherty didn’t have The Pledge of Allegiance stamped deep in memory.

As Docherty recalls it almost 49 years hence, the exchange between father and son, went something like this:

« What did you do in school today? »

« Well, » second-grader Garth Docherty obliged, « we started with The Pledge of Allegiance. »

So, the junior Docherty repeated it for his father — the 1953 version, the next-to-the-current revision that read, in part, « one nation, indivisible, with liberty and justice for all. »

« It struck me that it didn’t mention God, » George Docherty recounted yesterday from his home in Alexandria, Huntingdon County. « I was brought up in Scotland, and in Scotland, we sang, ‘God save our gracious king.’ It was everybody’s belief that God was part of society. »

George Docherty’s puzzlement might have died there.

But this was the Rev. George Macpherson Docherty. And the Rev. George Macpherson Docherty was three years into his pastorate of Washington, D.C.’s New York Avenue Presbyterian Church — two blocks from the White House, the church attended by President Lincoln and frequented by his successors.

On the first Sunday in February 1954, a few months after the exchange with his son, Docherty raised the issue from the pulpit — with President Dwight D. Eisenhower in the front pew of the 1,400-seat sanctuary.

In his sermon, Docherty reasoned that reciting the Pledge didn’t make nonbelievers profess a faith in God.

« He is pledging allegiance to a state, which through its founders, laws and culture, does as a matter of fact believe in the existence of God, » he said. « Without this phrase ‘under God,’ The Pledge of Allegiance to the Flag might have been recited with similar sincerity by Muscovite children at the beginning of their school day. »

Afterward, according to Docherty, Eisenhower told him, « I think you’ve got something. »

The long story cut short: newspapers picked up the message and the Congressional Record reprinted the sermon in full.

And 4 1/2 months later, in a nation fretting at the Cold War and what they saw as godless communism, the Pledge officially was leavened to 31 words, with the addition of the phrase « under God » after « one nation. »

Yesterday, Docherty said he was not fazed by the news that rattled Congress and raised ire cross-country: that a federal appellate judge said the phrase made the Pledge unconstitutional.

He’s 91 now. Time has turned his remaining hair and his bushy eyebrows white.

Age and a heart bypass have taken the edge off his memory and made him a touch unsteady on his feet, he says. And it’s stolen a bit from a robust frame that once topped 6 feet.

But it hasn’t robbed a gentle but Scotch-stubborn optimism.

« It will be confirmed, reaffirmed, the use of the words ‘under God,' » Docherty said in his easy Glasgow brogue. « It may take some time … but there’s no problem.

« And that was only San Francisco. »

Docherty said that the phrase should not be offensive to followers of any religion because it’s a one-word-fits-all phrase.

« This is a nation built on the principle that there is a God, but it doesn’t define it, » Docherty said. « It could be the Christian God. It could be the Judeo God. It could be the Buddhan god, it could the Mohammedan God. But it’s built on a vertical relationship with God. »

Docherty wasn’t the first to offer the idea. The Knights of Columbus long lobbied for God getting a mention in the Pledge.

But it was from his Washington pulpit — where he could put a word in the ear of the powerful — that Docherty crystallized the movement.

Docherty and his wife, Sue, who teaches fourth grade across the road at Juniata Valley Elementary School, live in a comfortable home, looking out on mountains and cornfields, a universe from where George Docherty preached to presidents and lawmakers.

The messages weren’t benign.

He was a civil rights advocate and marched with the Rev. Martin Luther King Jr. in Selma, Ala. He opposed the war in Vietnam.

He offered spirituality to a congregation in which then-Watergate Special Prosecutor Leon Jaworski, a Presbyterian elder, shared the sanctuary with President Richard Nixon.

In his sermons, Docherty said, he’d line off the moral playing field.

« And I’d let them deduce, » he said.

Voir egalement:

http://www.humanevents.com/article.php?id=39347

Christopher Columbus: Hero

Daniel J. Flynn

Human events

10/11/2010

Upon returning to Spain, Christopher Columbus wrote of his discovery that “Christendom ought to feel delight and make feasts and give solemn thanks to the Holy Trinity.” Until fairly recently, all of Christendom agreed. Just as much of Christendom now recoils at the term “Christendom,” the “delight” and “thanks” for Columbus’ historic voyage hardly remains universal.

The feast day has been transformed into a day of mourning.

Since Berkeley, Calif., jettisoned Columbus Day in favor of Indigenous Peoples’ Day almost two decades ago, Brown University, Santa Cruz, Calif., and Venezuela have similarly ditched the holiday.

“Columbus makes Hitler look like a juvenile delinquent,” professional Indian Russell Means once remarked. Faux Indian Ward Churchill, who has been arrested with Means for blocking a Columbus Day parade in Denver, likens the discoverer to Heinrich Himmler and calls the day honoring him “a celebration of genocide”

Granting Columbus’s bravery, James Loewen writes in Lies My Teacher Told Me that the Genoese sailor “left a legacy of genocide and slavery that endures in some degree to this day.” Howard Zinn dismisses Columbus the seaman as “lucky” and condemns Columbus the man as a practitioner of “genocide” upon a people whose “relations among men, women, children, and nature were more beautifully worked out than perhaps any place in the world.”

Indeed, the explorer initially praised the Indians as “gentle,” “full of love,” “without greed,” and “free from wickedness.” He exclaimed, “I believe there is no better race.” Columbus also reported tribal warfare, cannibalism, castration, the exploitation of women, and slavery. The locals slaughtered the dozens of men he left behind in the New World. Put another way, in 1493 the natives conducted genocide on every European in the Americas.

This is not to whitewash Columbus’s crimes, which have not aged well. The explorer kidnapped natives for show in Spain (none of them made it alive) on his first voyage, enslaved several hundred bellicose Indians on his second visit, and after his third trip faced charges back home of governing as a tyrant. At sea, the admiral and his crew also ate a dolphin—another act that offends 21st-Century tastes.

But fixation upon his sins obscures his accomplishment: Columbus discovered the New World.

Any assessment of the admiral that doesn’t lead with this fact misses the forest for the trees. Enslavement and cultural conquest are common. Discovering two continents is unprecedented. Other than Christ, it is difficult to name a person who has changed the world as dramatically as Columbus has.

Unlike the adventurers of today, who climb tall mountains and balloon over oceans, Columbus did not trek across the Atlantic for the hell of it. If his dangerous journey had been a mission to resolve a mid-life crisis, perhaps his modern detractors would understand it better. As it was, Columbus sailed to enrich his adopted country (he naturally got a cut) and spread Catholicism.

Columbus described the Indians as “a people to be delivered and converted to our holy faith rather by love than by force.” He planted a cross on each island he visited and taught the natives Christian prayer. Elsewhere, his journal obsesses over gold, spices, cotton, and other valuables that might uplift Spain. Given the boogeyman status on the Left of both capitalism and Christianity, it is no surprise that Columbus has himself become a boogeyman.

Had Columbus never discovered America, the Indians never would have discovered Europe. Columbus encountered naked natives with neither the iron nor the courage with which to effectively fight. The civilizations peopling the New World possessed no written language and didn’t use the wheel. All of history points to some kind of eventual conquest. Isn’t it worth celebrating that the pope’s mariner, rather than, say, the henchmen of sultans or khans, discovered the Americas?

No, say the critics of America and the West, who, not coincidentally, are also Columbus’s critics. Multiculturalists see Columbus as the symbol for all subsequent atrocities that befell Native Americans.

Couldn’t he be more plausibly viewed as the catalyst for ensuing greatness?

America first sending men into flight, over the Atlantic, and to the moon; thwarting tuberculosis, yellow fever, and polio; fighting Nazism, Communism, and al Qaeda; serving as a welcome mat to humanity’s “wretched refuse;” inventing the light blub, the telephone, the computer, and the Internet; and standing as a beacon of freedom in an unfree world all happened in the wake of the Nina, the Pinta, and the Santa Maria.

Columbus endured the skepticism of potential patrons, a near mutiny, and more than a month at sea to reach the Americas. His good name can probably withstand the assaults of Ward Churchill, Howard Zinn, and the Berkeley city council.

Mr. Flynn is the author of A Conservative History of the American Left (Crown Forum), and editor of http://www.flynnfiles.com. Mr. Flynn has been interviewed on The O’Reilly Factor, Hardball, Fox & Friends, Donahue, and numerous other public affairs television programs. His articles have appeared in The Boston Globe, The Washington Times, The City Journal, The New Criterion, National Review Online, and The American Enterprise, among other publications.

Voir enfin:

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/02/06/AR2007020600882.html

Chairman Ben Bernanke Delivers Remarks Before the Greater Omaha Chamber of Commerce

CQ Transcripts Wire

Tuesday, February 6, 2007 2:51 PM

BERNANKE: A bedrock American principle is the idea that all individuals should have the opportunity to succeed on the basis of their own effort, skill, and ingenuity. Equality of economic opportunity appeals to our sense of fairness, certainly, but it also strengthens our economy. If each person is free to develop and apply his or her talents to the greatest extent possible, then both the individual and the economy benefit.

Although we Americans strive to provide equality of economic opportunity, we do not guarantee equality of economic outcomes, nor should we. Indeed, without the possibility of unequal outcomes tied to differences in effort and skill, the economic incentive for productive behavior would be eliminated, and our market-based economy — which encourages productive activity primarily through the promise of financial reward — would function far less effectively.

That said, we also believe that no one should be allowed to slip too far down the economic ladder, especially for reasons beyond his or her control. Like equality of opportunity, this general principle is grounded in economic practicality as well as our sense of fairness. To a significant extent, American economic success has resulted from the flexibility and adaptability of our dynamic market economy. Indeed, the ability of our labor and capital markets to accommodate and adapt to economic change has helped make possible the strong productivity performance of the U.S. economy over the post-World War II era, including the past decade. But this very dynamism sometimes creates painful dislocations, as when a shift in consumer demand, the advent of new technology, or new competition leads to the closing of a factory or causes a worker’s skills to become obsolete. If we did not place some limits on the downside risks to individuals affected by economic change, the public at large might become less willing to accept the dynamism that is so essential to economic progress.

Thus, these three principles seem to be broadly accepted in our society: that economic opportunity should be as widely distributed and as equal as possible; that economic outcomes need not be equal but should be linked to the contributions each person makes to the economy; and that people should receive some insurance against the most adverse economic outcomes, especially those arising from events largely outside the person’s control. Even when we accept these principles, however, important questions remain. For example, what is meant in practice by equality of economic opportunity? Some might limit the concept to the absence of overt discrimination against particular individuals or groups, while others might extend the term to encompass universal access to adequate housing, education, and health care. Another difficult question is how to balance the need for maintaining strong market-based incentives, which support economic growth and efficiency but may be associated with greater inequality of results, against the goal of insuring individuals against the most adverse outcomes, which may reduce inequality but also tends to diminish the strength of incentives. No objective means of answering these questions exists. One can only try to understand the various issues and tradeoffs involved and then come to a normative judgment based on that understanding.

I raise these questions of ethics and values because they are inextricably linked with the topic of my talk today, which is the level and distribution of economic well-being in the United States. As I will discuss, the average standard of living in this country has improved considerably over time. However, by many measures, inequality in economic outcomes has increased over time as well, albeit at varying rates. In the remainder of my remarks I will review these trends. I will discuss what economic research has to say about the sources of rising inequality and briefly consider some implications for economic policy. I will not draw any firm conclusions about the extent to which policy should attempt to offset inequality in economic outcomes; that determination inherently depends on values and social tradeoffs and is thus properly left to the political process.

On average, and by almost any measure, Americans have gained ground economically over time. For example, since 1947, the real (that is, inflation adjusted) hourly compensation of workers in the U.S. nonfarm business sector (a measure that includes both earnings and benefits) has increased more than 200 percent. In other words, the real reward for an hour of work has more than tripled over the past sixty years. Over the same period, real disposable income per capita has increased almost 270 percent, real consumption per capita has increased almost 280 percent, and real wealth per capita has risen 310 percent. We have also seen significant gains in other indicators of living standards, such as health and educational attainment. Thus, in absolute terms, the well-being of most Americans compares quite favorably with that of earlier generations and, indeed, with the well- being of most people in the world today.

Although average economic well-being has increased considerably over time, the degree of inequality in economic outcomes has increased as well. Importantly, rising inequality is not a recent development but has been evident for at least three decades, if not longer. The data on the real weekly earnings of full-time wage and salary workers illustrate this pattern. In real terms, the earnings at the 50th percentile of the distribution (which I will refer to as the median wage) rose about 11-1/2 percent between 1979 and 2006. Over the same period, the wage at the 10th percentile, near the bottom of the wage distribution, rose just 4 percent, while the wage at the 90th percentile, close to the top of the distribution, rose 34 percent. In 1979, a full-time worker at the 90th percentile of the wage distribution earned about 3.7 times as much as a full-time worker at the 10th percentile. Reflecting the relatively faster growth of wages of higher-paid workers, that ratio is 4.7 today. The gap between the 90th and 10th percentiles of the wage distribution rose particularly rapidly through most of the 1980s; since then, it has continued to trend up, albeit at a slower pace and with occasional reversals.

The long-term trend toward greater inequality seen in real wages is also evident in broader measures of financial well-being, such as real household income. For example, the share of income received by households in the top fifth of the income distribution, after taxes have been paid and government transfers have been received, rose from 42 percent in 1979 to 50 percent in 2004, while the share of income received by those in the bottom fifth of the distribution declined from 7 percent to 5 percent. The share of after-tax income garnered by the households in the top 1 percent of the income distribution increased from 8 percent in 1979 to 14 percent in 2004. Even within the top 1 percent, the distribution of income has widened during recent decades.

The measures of inequality I have cited reflect « snapshots » of a single time period, usually a year. Consequently, they may not tell a complete story about the extent of inequality or its trend. For example, the fact that an older, more-experienced worker earns more than a newly hired employee will appear as wage inequality when measured at a given time; but as long as the new employee can expect to gain experience and someday earn a higher wage, inequality arising for this reason should not particularly concern us. Studies that track individuals’ positions in the earnings distribution over time suggest that, in a given five-year period, almost half the population moves from one quintile of the distribution to another, and the percentage moving between quintiles increases over longer periods. However, economists disagree about whether income mobility has changed significantly over time. If it has not, then factors related to mobility cannot go far in helping to explain the upward trend in measures of short-term inequality.

What are the underlying sources of these long-term trends in wages, incomes, and other measures of economic well-being? Economists have established that, over longer periods, increases in average living standards are closely linked to the growth rate of productivity — the quantity of goods and services that can be produced per worker or per hour of work. Since 1947, hourly labor productivity in the U.S. nonfarm business sector has increased a robust 2-1/4 percent per year, and productivity growth has been close to or above that figure in most of the past ten years. This sustained productivity growth has resulted in large and broad-based improvements in the standard of living. When discussing inequality, we should not lose sight of the fact that the great majority of Americans today enjoy a level of material abundance — including the benefits of many technological advances, from air conditioning to computers to advanced medical treatments — that earlier generations would envy.

That being said, understanding the sources of the long-term tendency toward greater inequality remains a major challenge for economists and policymakers. A key observation is that, over the past few decades, the real wages of workers with more years of formal education have increased more quickly than those of workers with fewer years of formal education. For example, in 1979, median weekly earnings for workers with a bachelor’s (or higher) degree were 38 percent more than those of high-school graduates with no college experience; last year, that differential was 75 percent. Similarly, over the same period, the gap in median earnings between those completing high school and those with less than a high-school education increased from 19 percent to 42 percent. To a significant extent, to explain increasing inequality we must explain why the economic return to education and to the development of skills more generally has continued to rise.

Economists have hypothesized that technological advances, such as improvements in information and communications technologies, have raised the productivity of high-skilled workers much more than that of low-skilled workers. High-skilled workers may have enjoyed this advantage because, for example, they may have been better able to make more effective use of computer applications, to operate sophisticated machinery, or to adapt to changes in workplace organization driven by new technologies. If new technologies tend to increase the productivity of highly skilled workers relatively more than that of less-skilled workers — a phenomenon that economists have dubbed « skill-biased technical change » — then market forces will tend to cause the real wages of skilled workers to increase relatively faster. Considerable evidence supports the view that worker skills and advanced technology are complementary. For example, economists have found that industries and firms that spend more on research and development or invest more in information technologies hire relatively more high-skilled workers and spend a relatively larger share of their payrolls on them.

Although skill-biased technical change appears to be an important cause of the rise in earnings inequality, it does not provide a complete explanation for that trend. The hypothesis cannot explain, for example, why the sharp rise in investment in information technology in the 1990s was not accompanied by a higher rate of increase in wage inequality. Nor can it explain why the wages of workers in the middle of the distribution have grown more slowly in recent years than those of workers at the lower end of the distribution, even though, of the two groups, workers in the middle of the distribution are typically the better educated.

Another challenge for the hypothesis of skill-biased technical change, at least in its basic formulation, is to explain the especially large wage gains seen at the top of the distribution. A possible link between technological change and the substantial increases in the wages of the best-paid workers is that some advances, such as those that have swept the communications industry, may have contributed to the rise of so-called « superstars » — a small number of the most-gifted individuals in each field who are now better able to apply their talents in what has increasingly become a global marketplace . For example, two decades ago, the highest-paid player for the Boston Red Sox baseball team (and in the American League), Jim Rice, earned (in inflation-adjusted terms) just over $3 million. In 2004, the highest-paid player on the Red Sox (and in all of major- league baseball) was Manny Ramirez, who received $22.5 million for the season. The number of fans who can fit into Fenway Park has not increased much since Jim Rice’s day. But presumably the Red Sox owners believed that Ramirez’s higher salary was justified by the increases in broadcast and merchandising revenues he might generate as a result of the confluence of new distribution channels (such as Internet-based broadcasts of games) and a larger and wealthier potential global audience. The earnings potentials of superstar entertainers, investment bankers, lawyers, and various other professionals have likewise risen sharply as technological innovations and globalization have helped them leverage their talents over a wider sphere.

The compensation of chief executive officers of corporations is often singled out for particular scrutiny. Some economists have argued that the observed increases in CEO pay packages can largely be justified by economic factors, such as changes in the relationship between the CEO and the firm that have led to shorter and less-secure tenures for CEOs and to a greater tendency to hire CEOs from outside the company. Others note that substantial increases in the size and scope of the largest corporations have raised the economic value of skilled corporate leadership. However, critics have responded that increases in CEO pay may have been amplified by poor corporate governance, including the substantial influence that some CEOs appear to have had over their own pay. This debate will no doubt continue.

Beyond the effects of technological change, the variety of economic forces grouped under the heading of « globalization » may also have been a factor in the rise in inequality, even as these forces have provided a major stimulus to economic growth and to living standards overall. Immigration — the flow of people across borders — is one aspect of the increased economic integration of the world economy. In recent decades, most immigrants to the United States have arrived with relatively low levels of skills. By itself, this pattern of immigration increases measured inequality because it leads to an increase in the relative size of the low-wage work force. Standard economic reasoning also suggests that the immigration of such workers should reduce the relative wages of less-skilled domestic workers. Empirical analyses of individual cities or regions have found some evidence that corroborates this hypothesis, although in most cases the effect appears to have been small. A typical finding is that an increase of 10 percent in the share of immigrants in a city reduces the wages of lower-skilled natives 1 percent or less. This somewhat muted effect of low-skilled immigration on local markets may reflect the adaptability of U.S. labor and product markets, which has allowed native workers and firms to adjust with relatively little displacement. However, studies that examine national data tend to find somewhat larger effects, with a 10 percent increase in the share of immigrants in the total population reducing the wages of low-skilled natives 3 percent to 5 percent.

International trade, another aspect of globalization, may also have differential effects on the economic well-being of U.S. workers even as it tends to raise real wages and incomes on average. For example, some empirical research suggests that, in the 1980s and 1990s, increased international trade reduced the profitability and hence the demand for labor in a number of industries that employed relatively more low-skilled workers. Of course, trade has increased the potential markets for other domestic industries, leading to higher demand and thus higher real wages for workers in those industries. A related development has been the outsourcing abroad of some types of services and production activities. Because labor markets are adaptable, outsourcing abroad does not ultimately affect aggregate employment, but it may affect the distribution of wages, depending on the skill content of the outsourced work. At least until recently, most such activity appears to have involved goods and services that use relatively more low-skilled labor, which (all else being equal) would tend through the workings of supply and demand to slow the growth of wages of domestic low-skilled workers relative to those with greater skills.

Unfortunately, much of the available empirical research on the influence of trade on earnings inequality dates from the 1980s and 1990s and thus does not address later developments. Whether studies of the more-recent period will reveal effects of trade on the distribution of earnings that differ from those observed earlier is to some degree an open question. Overall, I read the available evidence as favoring the view that the influence of globalization on inequality has been moderate and almost surely less important than the effects of skill-biased technological change.

Finally, changes in the institutions that have shaped the labor market over the past few decades may also have been associated with some increase in wage inequality. For example, unions tend to compress the dispersion of pay for jobs in the middle of the skill distribution. Thus, the decline in private-sector union membership over the post-World War II period — particularly the sharp drop in the 1980s — has been associated with an increased dispersion of pay among workers with intermediate levels of skill. The sources of the decline in union membership are much debated, and certainly long-run structural changes in the economy, such as the decline in manufacturing employment, have played a role. Whatever the precise mechanism through which lower rates of unionization affected the wage structure, the available research suggests that it can explain between 10 percent and 20 percent of the rise in wage inequality among men during the 1970s and 1980s.

Declines in the real value of the minimum wage, brought about by the combination of inflation and the fact that minimum wages are usually set in dollar terms, also affect the labor market. Some research suggests that this factor contributed to the relative decline in the wages of the least-skilled workers during the 1980s. Economists have also pointed out that, although higher minimum wages increase the wages of those who remain employed, they may also lead to reduced employment of low-skilled workers. Thus, the net influence of the minimum wage on earnings and income inequality, as opposed to the inequality of observed hourly wages, is ambiguous. In any case, the real value of the minimum wage, adjusted to include state minimum wages that are above the federal level, has been fairly flat in recent years, and so has the proportion of the labor force that is unionized. This suggests that these institutional factors have been less important sources of increasing wage inequality recently than they were in the 1970s and 1980s.

What, if anything, should policymakers do about the trend of increasing economic inequality? As I noted at the beginning of my remarks, answering this question inevitably involves some difficult value judgments that are beyond the realm of objective economic analysis — judgments, for example, about the right tradeoff between allowing strong market-based incentives and providing social insurance against economic risks. Such tradeoffs are, of course, at the heart of decisions about tax and transfer policies that affect the distribution of income as well as countless other policy debates.

Policy approaches that would not be helpful, in my view, are those that would inhibit the dynamism and flexibility of our labor and capital markets or erect barriers to international trade and investment. To be sure, the advent of new technologies and increased international trade can lead to painful dislocations as some workers lose their jobs or see the demand for their particular skills decline. But hindering the adoption of new technologies or inhibiting trade flows would do far more harm than good, as technology and trade are critical sources of overall economic growth and of increases in the standard of living.

A better approach for policy is to allow growth-enhancing forces to work but to try to cushion the effects of any resulting dislocations. For example, policies to facilitate retraining and job search by displaced workers, if well designed, could assist the adjustment process. Policies that reduce the costs to workers of changing jobs — for example, by improving the portability of health and pension benefits between employers — would also help to maintain economic flexibility and reduce the costs that individuals and families bear as a result of economic change. Of course, devising policies that accomplish these goals in the most effective way is not straightforward, nor can such policies deal with all of the negative effects of trade and technology on affected individuals. Displaced older workers present a particularly difficult problem, as these workers have greater difficulty than others in finding new jobs and experience a greater decline in earnings than other workers if they are re-employed. Considerable debate and analysis of policy alternatives lie ahead, but these discussions will be well worth the effort.

As the larger return to education and skill is likely the single greatest source of the long-term increase in inequality, policies that boost our national investment in education and training can help reduce inequality while expanding economic opportunity. A substantial body of research demonstrates that investments in education and training pay high rates of return both to individuals and to the society at large. That research also suggests that workers with more education are better positioned to adapt to changing demands in the workplace.

In assessing the potential of education and training to moderate inequality, one should keep in mind that the economically relevant concept of education is much broader than the traditional course of schooling from kindergarten through high school and into college. Indeed, substantial economic benefits may result from any form of training that helps individuals acquire economically and socially useful skills, including not only K-12 education, college, and graduate work but also on-the-job training, coursework at community colleges and vocational schools, extension courses, online education, and training in financial literacy. The market incentives for individuals to invest in their own skills are strong, and the expanding array of educational offerings available today allows such investment to be as occupationally focused as desired and to take place at any point in an individual’s life.

Although education and the acquisition of skills is a lifelong process, starting early in life is crucial. Recent research — some sponsored by the Federal Reserve Bank of Minneapolis in collaboration with the University of Minnesota — has documented the high returns that early childhood programs can pay in terms of subsequent educational attainment and in lower rates of social problems, such as teenage pregnancy and welfare dependency. The most successful early childhood programs appear to be those that cultivate both cognitive and noncognitive skills and that engage families in stimulating learning at home.

To return to the themes I raised at the beginning, the challenge for policy is not to eliminate inequality per se but rather to spread economic opportunity as widely as possible. Policies that focus on education, job training, and skills and that facilitate job search and job mobility seem to me to be a promising means for moving toward that goal. By increasing opportunity and capability, we help individuals and families while strengthening the nation’s economy as well.

Voir enfin:

http://www.alternet.org/economy/70103/

The American Dream Is Alive and Well … in Finland!

It’s harder to move up the economic ladder in the United States than in other wealthy countries. What happened to the American dream?

Alternet

December 11, 2007  |

Fewer than 1 percent of Americans are millionaires, but almost one in three believe they’ll end up among that group at some point.

The belief that our chance of moving up the economic ladder is limited only by our innate abilities and our appetite for hard work is almost universal in the United States. When you define the « American Dream » as the ability of working-class families to afford a decent life — to put their kids through school, have access to quality healthcare and a secure retirement — most will tell you it simply doesn’t exist anymore. In stark contrast, when you define it according to mobility, the picture is radically different; according to a study of public opinion in 25 rich countries, Americans are almost twice as likely to believe that « people get rewarded for intelligence and skill » than working people in other advanced economies (PDF). At the same time, fewer than one in five say that coming from a wealthy family is « essential » or « very important » to getting ahead — significantly lower than the 25-country average.

It’s impossible to overstate the impact that has on our policy debates. Americans are less than half as likely as people in other advanced economies to believe that it’s « the responsibility of government to reduce differences in income. » Working Americans are parties to a unique social contract: They give up much of the economic security that citizens of other wealthy countries take for granted in exchange for a more « dynamic, » meritorious economy that offers opportunity that’s limited only by their own desire to get ahead. Of course, it’s never explicitly stated, and most of us don’t know about the deal, but it’s reinforced all the time in our economic discourse.

But new research suggests the United States’ much-ballyhooed upward mobility is a myth, and one that’s slipping further from reality with each new generation. On average, younger Americans are not doing better than their parents did, it’s harder to move up the economic ladder in the United States than it is in a number of other wealthy countries, and a person in today’s work force is as likely to experience downward mobility as he or she is to move up.

Moreover, the single greatest predictor of how much an American will earn is how much their parents make. In short, the United States, contrary to popular belief, is not a true meritocracy, and the American worker is getting a bum deal, the worst of both worlds. Not only is a significant portion of the middle class hanging on by the narrowest of threads, not only do fewer working people have secure retirements to look forward to, not only are nearly one in seven Americans uninsured, but working people also enjoy less opportunity to pull themselves up by their bootstraps than those in a number of other advanced economies.

Moving on up?

Researchers look at two kinds of economic mobility: « absolute mobility, » which is the degree to which one generation does better than the one before it, and « relative mobility, » or how easy it is to move up in society through smarts, talent, hard work, etc.

New research by Julia Isaacs, a fellow with the Economic Mobility Project, looked at both measures using a unique set of data that allowed her to directly compare how people were doing in the late 1990s and early 2000s with the incomes of their parents in the late 1960s.

Isaacs, using family income data, found that the current generation as a whole is doing better than the previous generation — that’s absolute mobility — but that the nation’s income is distributed much less evenly than it was a generation ago.

And family incomes tend to obscure the degree of overall mobility, because much of the past three decades’ growth in household income was a result of more women joining the workforce. When the Brookings Institution’s Isabel Sawhill and John Morton looked at four generations of income data for men alone (PDF), they came up with a very different picture. When they compared men aged 30-39 in 1994 with their fathers at the same point in their careers, they found that median incomes had increased by just 0.2 percent annually during the past three decades. But, they noted, « the story changes for a younger cohort. » Men in their thirties in 2004 had a median income that was, on average, 12 percent less than that of their fathers’ generation at the same age. The scholars concluded: « The up-escalator that has historically ensured that each generation would do better than the last may not be working very well. »

But it’s relative mobility that really speaks to the health — or lack thereof — of the American Dream, and Isaacs’ conclusions are stunning. « Contrary to American beliefs about equality of opportunity, » she wrote, « a child’s economic position is heavily influenced by that of his or her parents: »

* Children of middle-income parents have a near-equal likelihood of ending up in any other quintile, presenting equal promise and peril for those born to middle-class parents.

* The « rags to riches » story works in Hollywood but not on Main Street. Only 6 percent of children born to parents with family income at the very bottom move to the very top.

Isaacs categorized American families as belonging to one of four groups: the « upwardly mobile » who do better relative to their parents, those « riding the tide » — families that earn more than their parents but remain in the same relative position on the economic ladder — those « falling despite the tide, » a small group who are earning more than their parents but who nonetheless fell into a lower position on the ladder, and those who are « downwardly mobile. » The key take-away is that American families are just as likely to be downwardly mobile — 33 percent fall into the group — as they are to join the 34 percent who move up.

It’s crucial to understand the relationship between inequality and immobility, and central to the relationship is the concept of « intergenerational assistance. » That’s a fancy way of saying that a person’s chances to advance economically are very much impacted by whether his or her family can help with tuition payments, a down payment on a house or seed money to start a business. The wealthy don’t pass on their status through inheritance alone, but by smoothing the way for their children.

In an interview last year, Dalton Conley, director of NYU’s Center for Advanced Social Science Research, compared two hypothetical kids — one from a family with some money and the other from poor parents. Both are born with the same level of intelligence, both are ambitious and both work hard in school. In a meritocracy, the two would enjoy the same opportunity to get ahead. But the fact that one might graduate from college free and clear while the other is burdened with $50,000 in debt makes a huge difference in terms of their long-term earnings prospects. That’s just one of the myriad ways that parents pass their economic status to their children. Conley concluded: « When you are talking about the difference between financing their kid’s college education, starting a new business, moving if they need to move for a better job opportunity — [differences] in net worth might make the difference between upward mobility and stagnation. »

As bleak as the recent findings about our ability to move up are, the picture for American families would look much worse if not for the increasing number of women in the work force. Women, while still earning less than their male counterparts, have had far greater upward mobility over the past three decades, largely because they had farther to go to get to the same place. While men’s employment rates, hours worked and wages have been flat or declining during that period, all three measures have increased for women. Isaacs concluded: « Family incomes have grown slightly because the increase in women’s earnings has more than offset stagnant male earnings. »

The streets are paved with gold ¦ in Denmark

Several studies released in recent years suggest that, contrary to popular opinion, Americans enjoy significantly less upward mobility than citizens of a number of other industrialized nations (some of the studies can be accessed here, here and here). German workers have 1.5 times the mobility of Americans, Canada is nearly 2.5 times more mobile and Denmark is 3 times more mobile. Norway, Finland, Sweden and France (France!) are all more mobile societies than the United States. Of the countries included in the studies, the United States ranked near the bottom; only the United Kingdom came in lower.

Blame the « neos »

Unlike inequality, which some classical economists and most conservative pundits dismiss as irrelevant, there’s broad agreement across the ideological spectrum about the importance of mobility. In the United States, where we take for granted levels of inequality and poverty that would be a front-page scandal in most advanced economies, the stakes are that much higher. It’s one thing living in a new gilded age when we all have a fair shot at ending up among the « haves, » but it’s something else altogether when a nation’s wealth is concentrated at the top of a rigidly stratified society. As Dalton Conley put it, the fact that parents’ wealth is the strongest predictor of where kids will end up « very manifestly displays the anti-meritocracy in America — the reproduction of social class without the inheritance of any innate ability. »

But it’s the interplay of a number of factors that determines social mobility, and there’s heated debate about what’s caused these changes in the American economy and what their policy implications might be.

Three trends help explain why it’s so much harder to get ahead in America today than it was for previous generations of working people, and why it’s apparently easier to get ahead in more socially oriented countries: differences in education, the decline in union membership and loss of good manufacturing jobs and, more generally, a relatively weaker social safety net. Roughly speaking, the decrease in relative mobility from generation to generation correlates with the rise of « backlash » conservatism, the advent of Reaganomics and the series of massive changes in industrial relations and other policies that people loosely refer to as the « era of globalization. »

The United States is the only advanced country in which the federal government is not directly involved in higher education. That’s played a role in the dramatic increase in the average costs of a college education since the post-World War II era. In 1957, for example, a full-time student at the University of Minnesota paid $111 per year in tuition, which, in today’s dollars, is about $750. During the 2005-2006 school year, in-state tuition at the University of Minnesota was $8,040. As education writer Naomi Rockler-Gladen noted, that’s an inflation-adjusted increase of 1,000 percent since 1957. At almost $10,000 in average costs (in 2002), a public university education in America is a lot more difficult to finance than it was a generation ago. That impacts mobility; a college degree is a ladder — one of the classic methods by which hard work and intelligence could be translated into economic success.

Sawhill looked at the relationship between education and mobility (PDF) and concluded that « at virtually every level, education in America tends to perpetuate rather than compensate for existing inequalities. » She pointed to three reasons for that.

First, we have a relatively weak K-12 system. « American students perform poorly on international assessments, » she wrote. « Colleges are forced to provide remedial work to a large share of entering freshmen, and employers complain about workers’ basic skills. » A society with a weak education system will, by definition, be one in which the advantages of class and family background loom large.

Second, the U.S. education system is largely funded through state and local property taxes, which means that the quality of a kid’s education depends on the wealth of the community in which he or she grows up. This, too, helps replicate parents’ economic status in their kids.

Finally, Sawhill notes, in the United States, unlike other advanced economies, « access both to a quality preschool experience and to higher education continues to depend quite directly on family resources. »

The decline in organized labor and solid, good-paying manufacturing jobs is another factor. Those jobs once represented a ladder; their role in moving past generations into the middle class is an American archetype: The paper boy’s son finishes high school and gets an apprenticeship that leads to a solid job in a union shop that allows him to send his son or daughter to college, where they become a doctor or a lawyer. That particular ladder is disappearing.

There’s also an inverse relationship between how robust a country’s social safety net is and the degree to which working families face the prospect of downward mobility. For example, research comparing countries that have generous unemployment benefits with those — like the United States — which offer stingier programs show a clear trend: Offering displaced workers better benefits (a) extends the period of unemployment (which tends to be the focus of most conservatives) and (b) means that when working people do re-enter the work force, they do so at a higher average wage. A similar dynamic has been demonstrated in terms of healthcare: People with access to paid sick leave and other health benefits switch jobs less frequently than those who don’t and have longer average tenure and higher earnings.

In all of these areas, the United States has undergone what Jacob Hacker calls the « great risk shift. » Hacker describes how the American « framework of security has unraveled, leaving Americans newly exposed to the harshest risks of our turbulent economy: losing a good job, losing healthcare, losing retirement savings, losing a home — in short, losing a stable, financial footing. » All of these things offer unique opportunities to fall out of the middle class — opportunities for downward mobility that simply don’t exist for the Canadian or French worker, who can rely on a progressive state to help preserve his or her income level when those kinds of disasters arise.

Ultimately, the take-away from the decline in American upward mobility is one that progressives have been saying for years: The existence of a middle class is not a natural phenomenon. It was built through real progressive policies like the GI education bill, which gave tens of millions of Americans (including my grandfather) access to free college tuition and low-cost loans to start businesses or buy homes. It was created by providing quality public education, mandating minimum wages and guaranteeing working people the right to organize.

After spending three decades unraveling those kinds of protections — all have been subjected to death « by a thousand small cuts » over the past 30 years — we’re no longer a mobile society. No longer is it the case that the accident of one’s birth doesn’t dictate one’s life chances in America, and that’s a wholly predictable result of the rise of the conservative backlash.

Joshua Holland is an AlterNet staff writer.

http://www.oecd.org/document/39/0,3343,fr_2649_37443_44577767_1_1_1_1,00.html

Les obstacles à la mobilité sociale diminuent l’égalité des chances et la croissance économique, selon une étude de l’OCDE

10/02/2010 – Il est plus facile de s’élever dans l’échelle sociale et de gagner plus que ses parents dans les pays nordiques, en Australie et au Canada qu’en France, en Italie, au Royaume-Uni et aux États-Unis, selon une nouvelle étude de l’OCDE. Cette étude, intitulée Mobilité sociale intergénérationnelle : une affaire de famille ? montre qu’une faible mobilité sociale peut être le signe d’un manque d’égalité des chances et peut freiner la productivité et la croissance économique.

Pour gravir les degrés de l’échelle sociale, plusieurs facteurs doivent être réunis : qualités individuelles, milieu familial et social, réseaux et comportement. Mais l’action publique, notamment la politique de l’éducation et, dans une certaine mesure, la politique fiscale, peuvent également aider les individus à obtenir de meilleurs revenus et un statut social plus élevé que leurs parents.

Dans tous les pays, le contexte familial et socio-économique d’origine constitue l’un des déterminants majeurs du niveau d’instruction et de revenus d’une personne, mais l’influence du niveau de formation atteint ou non par les parents sur les perspectives futures de leur enfant est particulièrement marquée dans les pays d’Europe méridionale et au Royaume-Uni.

L’étude montre que dans ces pays, les individus dont le père est diplômé du supérieur ont des revenus supérieurs d’au moins 20 % en moyenne par rapport à ceux dont le père a un niveau d’instruction secondaire du deuxième cycle, et de bien plus d’un tiers par rapport à ceux dont le père n’a pas fini ses études secondaires. Les enfants dont les parents ont un bon niveau de formation ont généralement eux-mêmes un niveau d’instruction élevé et ont moins de difficultés à trouver un emploi bien rémunéré. En revanche, tout se ligue contre les enfants qui ne bénéficient pas de ce cercle vertueux.

D’après cette étude, l’une des possibilités qui s’offre aux pouvoirs publics pour aider les enfants de milieux défavorisés à améliorer leurs perspectives d’avenir consiste à encourager une plus grande mixité sociale en classe. Il est également important d’offrir un enseignement de qualité aux très jeunes enfants car cela améliore leurs chances de réussite dans la suite de leur parcours scolaire.

Les faits montrent qu’une répartition des élèves par niveau faite de manière trop précoce  compromet la mobilité sociale. En repoussant l’orientation jusqu’à l’âge de 16 ans au lieu de 10 comme c’est le cas actuellement dans certains pays, on pourrait réduire de pas moins de deux tiers l’incidence du contexte socio-économique dans lequel s’inscrit l’établissement fréquenté sur les résultats scolaires des élèves.

L’étude fait également valoir que la mobilité sociale d’une génération à l’autre est généralement moindre dans les sociétés plus inégalitaires. Les politiques fiscales et de prestations de type redistributif, qui visent à apporter des aides financières ou un accès à l’éducation aux familles défavorisées, peuvent atténuer les handicaps associés à un milieu modeste ou peu instruit. Toutefois, les effets positifs que peuvent avoir les politiques redistributives sur la croissance, à travers une plus grande mobilité sociale, doivent être mis en balance avec d’autres effets négatifs bien connus sur la croissance résultant d’une utilisation réduite de la main-d’œuvre.

Mobilité sociale intergénérationnelle : une affaire de famille ? fera l’objet d’un chapitre dans le rapport Objectif croissance de l’OCDE qui paraîtra le 10 mars 2010. Objectif croissance est une publication annuelle qui étudie l’avancement des réformes structurelles entreprises par les pays en vue de favoriser le dynamisme économique sur le long terme.

L’édition à venir comporte d’autres sujets spécifiques, notamment les réformes menées dans les grands pays émergents et la  réglementation des marchés financiers. L’édition 2010 d’Objectif croissance évalue aussi les mesures prises face à la crise par les pays de l’OCDE dans le cadre de multiples politiques structurelles, et présente des recommandations précises pour soutenir la reprise actuelle et consolider les finances publiques, tout en protégeant la croissance à long terme.

* La mobilité sociale intergénérationnelle reflète l’égalité des chances

* Évaluer la mobilité sociale intergénérationnelle et ses vecteurs

o Le contexte parental peut affecter la rémunération des individus par le biais de leur productivité et de leur réussite sur le marché du travail

* Profil de la mobilité sociale intergénérationnelle d’un pays à l’autre

o Les niveaux de rémunération tendent à persister entre les générations dans tous les pays de l’OCDE, mais la situation varie beaucoup d’un pays à l’autre

o L’éducation est un vecteur clé de la persistance intergénérationnelle des salaires

o Le milieu socio-économique exerce une influence considérable sur les résultats des élèves dans l’enseignement secondaire

o L’environnement scolaire joue un rôle important

o Dans tous les pays européens de l’OCDE, on constate une persistance dans l’accès à l’enseignement supérieur entre générations

o La persistance intergénérationnelle se manifeste aussi dans les études de niveau inférieur au deuxième cycle du secondaire

* Quel est l’impact des politiques publiques et du cadre institutionnel sur la mobilité sociale intergénérationnelle?

o La mobilité ne dépend pas tant du montant des ressources consacrées à l’enseignement que de la façon dont elles sont dépensées

o L’accueil et l’éducation de la petite enfance peuvent promouvoir la mobilité sociale intergénérationnelle

o L’orientation et le groupement en fonction des aptitudes des élèves à un âge précoce tend à affaiblir la mobilité sociale

o Promouvoir la mixité sociale au sein des établissements favoriserait la mobilité

o Des systèmes de prêts et d’aide aux étudiants peuvent atténuer les contraintes financières et promouvoir la mobilité dans l’enseignement supérieur

o Les politiques publiques et le cadre institutionnel peuvent aussi influencer la mobilité sociale en agissant sur l’inégalité intragénérationnelle des revenus

o Les politiques redistributives et de garantie de ressources semblent renforcer la mobilité sociale intergénérationnelle

* Conclusions

Une affaire de famille : la mobilité sociale intergénérationnelle dans les pays de l’OCDE

OCDE 2010

La réforme des politiques publiques peut lever les obstacles à la mobilité sociale intergénérationnelle et promouvoir ainsi l’égalité des chances entre individus. En outre, cette réforme stimulera la croissance économique en optimisant l’allocation des ressources humaines. Ce chapitre analyse les tendances internationales de la mobilité sociale intergénérationnelle et examine le rôle que jouent les politiques publiques en agissant sur la mobilité. La mobilité intergénérationnelle des revenus, des salaires et de l’éducation, est relativement faible en France, dans les pays d’Europe méridionale, au Royaume-Uni et aux États-Unis. En revanche, elle tend à être plus élevée en Australie, au Canada et dans les pays nordiques.

La mobilité sociale intergénérationnelle reflète l’égalité des chances

La mobilité sociale intergénérationnelle dénote la relation entre le statut socioéconomique des parents et celui que leurs enfants atteignent à l’âge adulte. En d’autres termes, la mobilité révèle dans quelle mesure les individus progressent (ou régressent) sur l’échelle sociale par rapport à leurs enfants. Une société est jugée plus ou moins mobile suivant la proximité ou l’écart du lien entre le statut des parents et celui des enfants arrivés à l’âge adulte. Dans une société relativement immobile, la rémunération, l’éducation ou la profession d’un individu tendent à être étroitement liées à celles de ses parents. La mobilité intergénérationnelle dépend d’une multitude de facteurs qui déterminent la réussite économique individuelle, certains d’entre eux liés à la transmission héréditaire des traits de personnalité (aptitudes innées, par exemple), d’autres au milieu familial et social dans lequel se développent les individus. Parmi les facteurs environnementaux, certains n’ont qu’un faible rapport avec la politique publique (exemples : normes sociales, éthique du travail, attitude à l’égard du risque et réseaux sociaux), alors que d’autres peuvent être fortement influencés par les actions gouvernementales. Parmi les exemples typiques, on citera les politiques qui déterminent l’accès à la formation de capital humain, par exemple le soutien public à l’éducation préscolaire, primaire, secondaire et supérieure, ainsi que les politiques redistributives (systèmes d’impôts et de transferts, par exemple) qui sont susceptibles de réduire ou d’accentuer les obstacles financiers et les autres entraves aux études supérieures. De fait, en termes économiques, la mobilité sociale intergénérationnelle est généralement définie par la possibilité pour un individu de s’élever (ou de descendre) sur l’échelle des revenus ou des salaires par rapport à ses parents. Cette mobilité est étroitement liée au niveau d’instruction, étant donné le lien direct entre le capital humain et la productivité du travail.

Dans ce contexte, le présent chapitre analyse le profil de la mobilité sociale intergénérationnelle dans les pays de l’OCDE pour lesquels on dispose de données suffisantes, l’accent étant mis sur la mobilité éducative et la mobilité salariale. Il examine ensuite les secteurs dans lesquels la réforme peut contribuer à supprimer les obstacles à la mobilité. La suppression des obstacles à la mobilité sociale imputables aux politiques peut être préconisée pour des raisons d’équité (elle devrait améliorer l’égalité des chances économiques) mais aussi d’efficience. L’élimination de ces obstacles est doublement justifiée sur le plan économique. Premièrement, les sociétés peu mobiles sont plus susceptibles de gaspiller ou de mal utiliser les compétences et les talents humains.

Deuxièmement, l’absence d’égalité des chances peut affecter la motivation, le niveau d’effort et, en fin de compte, la productivité des citoyens, avec des effets néfastes sur l’efficience globale et le potentiel de croissance sur l’économie1. Elle peut aussi engendrer des pressions accrues pour la mise en place de dispositifs qui nuisent à la croissance mais qui sont susceptibles d’aider certains groupes à accroître leur part du revenu national.

Ces arguments en faveur de la mobilité doivent être pesés en fonction du risque de voir certaines mesures de promotion mobilité sociale entraîner aussi des pertes de production potentielle en affectant d’autres moteurs de la croissance (ainsi, certaines politiques redistributives telles que la fiscalité progressive du travail peuvent affaiblir l’utilisation de la main-d’oeuvre ou la productivité du travail).

Cela conduit à penser qu’il faut préserver un judicieux équilibre entre les politiques axées sur la croissance et celles qui améliorent la mobilité entre les générations. De plus, un bon nombre des facteurs susceptibles d’affecter la mobilité sociale intergénérationnelle présentent une spécificité familiale ou nationale, et ne sont donc pas aisément influençables par les politiques publiques. Dans l’ensemble, il n’existe pas de niveau « souhaitable » pas plus que d’étalon international en matière de mobilité. Et cela d’autant plus que plusieurs indicateurs distincts (persistance des salaires et des revenus, persistance du niveau d’instruction secondaire et postsecondaire) peuvent être utilisés pour mesurer la mobilité sociale intergénérationnelle, mais étant donné la nature complexe de la mobilité, ces indicateurs ne dessinent pas nécessairement les mêmes profils internationaux. Néanmoins, les différentes mesures des niveaux de mobilité peuvent être comparées d’un pays à l’autre, et l’analyse du rôle potentiel des politiques publiques dans l’évolution des différences entre pays peut aider à mettre au point des dosages de mesures qui éliminent les obstacles involontaires à la mobilité sociale intergénérationnelle, tout en favorisant la croissance.

Les conclusions principales qui se dégagent de l’analyse sont les suivantes :

● Le milieu parental ou socio-économique influence les résultats des descendants en

matière d’éducation, de revenu et de rémunération dans la quasi-totalité des pays pour

lesquels on dispose de données.

● La mobilité des rémunérations entre pères et fils est particulièrement réduite en France,

en Italie, au Royaume-Uni et aux États-Unis, tandis qu’elle est plus élevée dans les pays

nordiques, en Australie et au Canada.

● Dans l’ensemble des pays européens de l’OCDE, le fait de grandir dans une famille ayant

un bon niveau d’instruction procure un avantage salarial substantiel, et grandir dans

une famille moins instruite engendre un désavantage correspondant. L’avantage et le

désavantage sont particulièrement prononcés dans les pays d’Europe méridionale et au

Royaume-Uni. Le désavantage est également considérable au Luxembourg et en Irlande.

Dans ces pays, l’avantage salarial dépasse 20 % tandis que le désavantage atteint 16 % ou

plus (par rapport aux salaires d’individus élevés dans une famille ayant un niveau

d’instruction moyen).

● L’influence de la situation socio-économique des parents sur la performance des élèves

dans l’enseignement secondaire est particulièrement forte en Belgique, en France et aux

États-Unis, tandis qu’elle est plus faible dans certains pays nordiques, au Canada et en

Corée. Par ailleurs, dans de nombreux pays de l’OCDE, y compris tous les grands pays

d’Europe continentale, la performance des élèves est fortement conditionnée par leur

environnement scolaire.

● Les inégalités en matière d’études secondaires sont susceptibles de se traduire par des

inégalités au niveau de l’enseignement supérieur, puis par des inégalités salariales. À

titre d’exemple, au Danemark, en Finlande, en Italie et au Luxembourg, la probabilité de

faire des études supérieures pour un fils dont le père a lui-même une formation

supérieure dépasse de plus de 30 points celle d’un fils dont le père n’a eu qu’une

formation du deuxième cycle du secondaire. Les inégalités scolaires sont accentuées par

les inégalités salariales étant donné que, dans les différents pays, les inégalités en

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

4 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

matière d’enseignement supérieur transmises d’une génération à l’autre sont

positivement corrélées avec les disparités de salaire.

● De l’autre côté du spectre dans les pays de l’OCDE, on observe aussi une persistance

générationnelle des niveaux de formation inférieurs au deuxième cycle du secondaire.

Cette persistance est relativement forte dans certains pays d’Europe méridionale, en

Irlande et au Luxembourg, tandis qu’elle est plus réduite en France, dans certains pays

nordiques et au Royaume-Uni.

● Les politiques d’éducation contribuent de façon cruciale pour expliquer les différences

observées de mobilité sociale intergénérationnelle entre les pays. Ainsi, une

augmentation des inscriptions dans les services d’éducation de la petite enfance est

associée à une influence plus réduite du contexte parental sur la performance des élèves

dans le secondaire. À l’inverse, les pratiques consistant à regrouper les élèves dans

différents programmes à un âge précoce se soldent par une plus faible mobilité sociale

en termes de résultats scolaires. De surcroît, améliorer la mixité sociale dans les

établissements d’enseignement stimule la performance des élèves défavorisés, sans

effets négatifs apparents sur les résultats d’ensemble.

● Les politiques redistributives et de garantie de ressources semble être accompagnées

d’une plus grande mobilité sociale intergénérationnelle.

Évaluer la mobilité sociale intergénérationnelle et ses vecteurs

Le contexte parental peut affecter la rémunération des individus par le biais

de leur productivité et de leur réussite sur le marché du travail

Il est difficile de mesurer la mobilité intergénérationnelle des salaires ou du niveau

d’études et d’identifier les différents vecteurs par le biais desquels la situation socioéconomique

des parents peut influencer celle de leurs enfants à l’âge adulte. L’un des

principaux défis consiste à dissocier l’effet de la situation socio-économique des parents

de celui des aptitudes innées ou du tempérament des individus qui influencent leur

réussite en termes de rémunération ou de niveau d’études2. En général, comme c’est le cas

dans la présente étude, les estimations de l’impact du statut socio-économique des

parents sur les résultats des individus en matière de rémunération et de formation ne

distinguent pas ces deux effets. Toutefois, dans la mesure où l’héritabilité des aptitudes ne

varie pas systématiquement d’un pays à l’autre, elle ne devrait pas influencer la variation

de la mobilité salariale ou éducative entre pays.

Les parents peuvent affecter de différentes façons les résultats de leurs descendants

sur le marché du travail. L’un des vecteurs est la productivité du travail, qui est souvent

influencée par les choix scolaires, par l’investissement privé des parents dans l’éducation

en dehors du système scolaire et par l’investissement personnel des individus dans les

études supérieures. Le degré de répercussion de la productivité sur les salaires dépend des

institutions du marché du travail, qui varient d’un pays à l’autre. Les parents peuvent aussi

affecter l’intégration et la réussite des descendants sur le marché du travail par d’autres

biais, notamment la transmission de normes sociales, d’une éthique du travail ou de

réseaux sociaux (Bourguignon et al., 2003). Dans la pratique, il a souvent été difficile de

séparer tous ces paramètres.

Une étude récente de l’OCDE évalue et explore en trois étapes les déterminants de la

mobilité intergénérationnelle (Causa et Johansson, 2009)3. Tout d’abord, les auteurs

examinent comment la rémunération des individus est associée à la situation

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 5

socio-économique des parents, mesurée par le niveau d’instruction du père. Cela permet

de capter tous les effets directs et les effets indirects du milieu familial sur les salaires.

Dans une seconde étape, l’étude examine comment le niveau d’études des pères influence

la rémunération des individus, indépendamment de son effet sur leur niveau d’instruction,

ce qui est censé capter l’influence de facteurs familiaux et/ou sociaux tels que les réseaux

sociaux, les normes sociales et l’éthique du travail. Étant donné l’importance de

l’éducation comme déterminant des salaires, dans une troisième étape l’étude évalue

l’accès à l’éducation d’individus issus de milieux familiaux différents en estimant dans

quelle mesure les performances scolaires des élèves et des adultes sont liées à leur milieu

parental.

Profil de la mobilité sociale intergénérationnelle d’un pays à l’autre

Les niveaux de rémunération tendent à persister entre les générations dans

tous les pays de l’OCDE, mais la situation varie beaucoup d’un pays à l’autre

Les positions relatives dans la hiérarchie des revenus du travail persistent au fil des

générations dans tous les pays de l’OCDE, quoique à des degrés variables (voir par exemple,

Solon, 2002; Corak, 2004, 2006; d’Addio, 2007). Les estimations existantes du degré de

corrélation entre les niveaux de rémunération des fils et ceux de leurs pères (autrement dit,

l’« élasticité intergénérationnelle des revenus ») révèlent une continuité particulièrement

prononcée au Royaume-Uni, en Italie, aux États-Unis et en France. Dans ces pays, les pères

à rémunération élevée transmettent à leurs fils au moins 40 % de l’avantage économique

qu’ils détiennent sur les pères à rémunération faible (graphique 5.1). À l’inverse, la

persistance est relativement faible dans les pays nordiques, en Australie et au Canada,

moins de 20 % de l’avantage salarial étant transmis par les pères à leurs fils.

Graphique 5.1. La force du lien entre la rémunération des individus

et celle de leurs parents varie suivant les pays de l’OCDE1

Élasticité intergénérationnelle des rémunérations : estimations issues de diverses études

1. La hauteur de chaque barre indique dans quelle mesure les niveaux de rémunération des fils reflètent ceux de leurs pères.

Les chiffres correspondent à la meilleure estimation ponctuelle de l’élasticité intergénérationnelle des revenus, obtenue à

partir d’une méta-analyse exhaustive réalisée par Corak (2006) et complétée avec des données sur d’autres pays fournies

par d’Addio (2007). Le recours à des estimations empiriques dans cette méta-analyse s’explique par le fait qu’elles reposent

sur des études similaires en termes de technique d’estimation, d’échantillons et de définition des variables. Plus la valeur

est élevée, plus forte est la transmission des niveaux de revenus entre générations, et donc plus réduite la mobilité

intergénérationnelle des revenus.

Source : d’Addio (2007).

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

0.0

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II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

6 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

L’OCDE a obtenu de nouvelles données sur la persistance intergénérationnelle des

niveaux de rémunération en évaluant le pourcentage de hausse ou de baisse des salaires

horaires bruts des individus pour différents niveaux d’études de leurs pères dans certains

pays européens4. Pour l’ensemble de ces pays, il s’avère que les individus dont les pères

avaient fait des études supérieures gagnent nettement plus que ceux dont les pères avaient

fait des études du deuxième cycle de l’enseignement secondaire, prenant compte de

l’impact de diverses caractéristiques individuelles (situation sur le plan migratoire,

situation de famille, degré d’urbanisation du lieu de résidence, etc.)5. Dans les pays

d’Europe méridionale, au Royaume-Uni et en Finlande, un homme dont le père a fait des

études supérieures bénéficie d’un avantage de salaire de 20 % ou plus par rapport à celui

dont le père a une formation du deuxième cycle du secondaire. De même, les individus

dont les pères n’avaient pas atteint le deuxième cycle du secondaire gagnent en général

beaucoup moins que ceux dont les pères avaient un diplôme du deuxième cycle du

secondaire6.

Un moyen de mesurer la transmission intergénérationnelle des niveaux de

rémunération consiste à estimer l’écart entre le salaire des individus dont le père avait

fait des études supérieures et le salaire de ceux dont le père avait un niveau d’études

inférieur au deuxième cycle du secondaire. D’après cet indicateur, la persistance

intergénérationnelle est particulièrement forte dans certains pays d’Europe méridionale et

au Royaume-Uni, mais plus faible dans certains pays nordiques, en Autriche, en France et

en Grèce (graphique 5.2)7. En général, selon ce critère, la persistance des niveaux de

rémunération entre les générations est aussi légèrement plus forte pour les fils que pour

les filles. Si l’on ajuste la mesure de la persistance en fonction des écarts entre pays dans

les inégalités à l’heure actuelle et pour les générations précédentes, le degré de persistance

des salaires varie modérément, mais le classement des pays n’est guère modifié, même si

l’amplitude des écarts de pays à pays est plus réduite. Cet ajustement vise à tenir compte

du fait que l’avantage salarial d’avoir un père instruit est probablement plus marqué dans

les pays caractérisés par une plus forte inégalité des salaires, ce qui ne dénote pas

nécessairement une mobilité salariale intergénérationnelle plus réduite.

L’éducation est un vecteur clé de la persistance intergénérationnelle des salaires

Le capital humain est un déterminant clé des salaires et de la productivité des

individus, et l’éducation est un déterminant clé du capital humain. C’est pourquoi, dans

une nouvelle étape de l’analyse de la persistance intergénérationnelle des salaires, l’OCDE

tente de distinguer l’éventuelle influence directe du niveau d’instruction des pères sur les

salaires de leurs descendants de l’effet indirect par le biais du niveau d’études de ces

derniers (voir Bourguignon et al., 2003). Ces effets directs pourraient refléter les normes

sociales ou l’éthique du travail transmises aux enfants, mais aussi le rôle des réseaux

sociaux. Une fois prise en compte l’influence de la formation des individus, le niveau

d’études du père semble n’avoir qu’une influence limitée sur la rémunération d’un

individu, sauf dans quelques pays européens (Espagne, Irlande, Italie, Luxembourg,

Pays-Bas et Royaume-Uni) où les liens directs apparaissent relativement plus importants8.

Dans l’ensemble, étant donné que les salaires sont largement déterminés par le niveau

d’études individuel, la persistance intergénérationnelle en matière d’éducation semble

être un déterminant clé de la persistance des niveaux de salaires9.

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 7

Le milieu socio-économique exerce une influence considérable sur les résultats

des élèves dans l’enseignement secondaire

La persistance intergénérationnelle des résultats scolaires reflète en partie l’influence

du milieu familial sur les compétences cognitives acquises durant les études secondaires.

La persistance des resultats scolaires dans le secondaire, mesurée par l’influence du milieu

socio-économique des élèves sur les notes obtenues aux tests PISA, revêt une grande

ampleur dans de nombreux pays de l’OCDE10. L’Autriche, les États-Unis, la France, la

Graphique 5.2. Indicateur synthétique de la persistance des salaires entre générations

pour certains pays de l’OCDE1

Note : Un astérisque indique une valeur statistiquement significative au seuil de confiance de 10 %. À titre d’exemple, la

persistance négative au Danemark pour les filles n’est pas statistiquement significative, autrement dit, elle n’est pas

statistiquement différente de zéro.

1. La persistance des niveaux de rémunération est mesurée par l’écart entre le salaire estimé d’un individu dont le père a fait

des études supérieures et celui d’un individu dont le père n’a pas atteint le deuxième cycle de l’enseignement secondaire.

Un chiffre plus élevé implique un écart plus prononcé, et donc une plus grande persistance des salaires ou un plus grand

degré d’immobilité entre générations. Le niveau d’instruction du père représente une mesure approximative du milieu ou

du salaire parental. La mesure synthétique corrigée des différences de distribution correspond à la mesure synthétique de

la persistance des salaires, multipliée par le rapport entre l’écart type de la formation des pères et l’écart-type du salaire

horaire brut des fils ou des filles. Pour une description détaillée, voir Causa et al. (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données SRCV-UE 2005.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

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Mesure synthétique de la persistance des salaires

Mesure synthétique de la persistance des salaires, corrigée des différences de distribution

Points de pourcentage A. Hommes, 35-44 ans

Points de pourcentage A. femmes, 35-44 ans

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

8 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

Nouvelle-Zélande, la République tchèque et le Royaume-Uni sont parmi les pays où le

contexte socio-économique semble avoir la plus forte influence sur les résultats des élèves

(graphique 5.3). Les pays où la persistance est relativement faible sont le Canada, la Corée,

le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège, et les pays d’Europe méridionale, ainsi que

le Mexique et la Turquie.

L’ampleur des disparités socio-économiques entre élèves varie sensiblement d’un

pays de l’OCDE à l’autre, avec des conséquences possibles sur l’influence globale du milieu

socio-économique sur la performance des élèves. Concrètement, une modification

comparable du milieu socio-économique n’a pas la même portée dans les pays où les

disparités des milieux familiaux sont faibles, comme la Finlande, que dans ceux où elles

sont prononcées, comme le Mexique. L’ajustement des indicateurs de la persistance des

résultats scolaires en fonction des différences d’inégalité des milieux d’un pays à l’autre

modifie sensiblement le classement de quelques pays sur l’échelle de la persistance. Dans

les pays caractérisés par de fortes inégalités socio-économiques parmi les élèves,

notamment le Mexique, le Portugal, le Luxembourg, l’Espagne et la Turquie, même une

influence relativement modérée du milieu sur les performances des élèves se traduit par

une forte persistance globale des résultats scolaires entre générations (graphique 5.3).

Dans ces pays, l’inégalité tend à amplifier l’influence du milieu sur les performances. Selon

cet indice ajusté, la persistance des résultats scolaires dans le secondaire est parmi les plus

élevées aux États-Unis, en France et en Belgique, alors qu’elle reste faible dans la plupart

des pays nordiques, en Corée et au Canada.

Graphique 5.3. L’influence du milieu parental sur les résultats des élèves

dans le secondaire varie largement entre les pays de OCDE1

1. Gradient socio-économique : variation du score PISA en sciences, due à une amélioration d’un écart-type international de

l’indice PISA du statut socio-économique des élèves. Gradient socio-économique, corrigé des différences de distribution

entre pays : variation du score PISA en sciences due à l’amélioration de la variation nationale interquartile de l’indice PISA

du statut socio-économique des élèves. Dans les pays où les disparités socio-économiques entre élèves sont

particulièrement fortes (exemples : Italie, Mexique et Portugal), l’écart entre les gradients socio-économiques avec et sans

prise en compte des différences de distribution entre pays est relativement prononcé. L’échelle des notes au test PISA se

caractérise par une moyenne de 500 points et un écart-type de 100 points. Pour plus de détails, voir Causa et Chapuis (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données PISA 2006 de l’OCDE.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

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Écarts dans les notes obtenues aux tests PISA

Influence du milieu parental (gradient socio-économique)

Influence du milieu parental (gradient socio-économique, avec prise en compte des différences de distribution entre pays)

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 9

L’environnement scolaire joue un rôle important

L’influence générale du milieu socio-économique sur la performance des élèves dans

l’enseignement secondaire correspond à la fois à un effet au niveau individuel et à un effet

lié au choix de l’établissement. Dans la plupart des pays, l’effet global tient dans une large

mesure à ce que des élèves issus de milieux différents ne fréquentent pas les mêmes

établissements et bénéficient donc d’environnements scolaires divers (graphique 5.4). Cet

effet scolaire traduit en partie le fait que les résultats des élèves dépendent plus ou moins

de leurs pairs, des ressources pédagogiques disponibles dans l’établissement, de la qualité

des enseignants et de la répartition des élèves dans les établissements ou dans les classes.

Dans tous les pays de l’OCDE, il y a un net avantage de fréquenter une école dont les élèves

sont, en moyenne, issus de milieux socio-économiques plus favorisés. Mais cet effet de

l’environnement scolaire varie beaucoup d’un pays à l’autre. Il est particulièrement

marqué dans certains pays continentaux membres de l’Union européenne, notamment

l’Allemagne et les Pays-Bas, qui ont plusieurs programmes de scolarisation distincts au

sein de l’enseignement secondaire. L’effet est beaucoup plus réduit dans les pays

nordiques, qui ont pour l’essentiel un système d’enseignement secondaire unifié.

Graphique 5.4. L’environnement socio-économique scolaire est un important vecteur

de transmission du milieu parental1

Effets du contexte individuel et de l’environnement socio-économique des écoles sur les résultats des élèves dans

l’enseignement secondaire (gradient socio-économique, corrigé des différences de distribution entre pays)

1. L’effet du contexte individuel est défini comme l’écart de performance sur l’échelle des scores en sciences du PISA associé

avec l’écart entre les quartiles supérieur et inférieur de la distribution moyenne de l’indice PISA du statut économique,

social et culturel calculé au niveau de l’élève. L’effet de l’environnement de l’école est défini comme l’écart, pour un élève

donné, de performance sur l’échelle des scores en sciences du PISA associé à la différence entre les quartiles supérieur et

inférieur de la distribution moyenne par établissement de chaque pays dans l’indice PISA du statut économique, social et

culturel. Dans le groupe de pays situés dans la partie gauche du graphique, l’effet de l’environnement scolaire explique pour

l’essentiel l’influence du milieu socio-économique sur la performance des élèves, alors que dans le groupe des pays situés

à droite, l’effet du contexte individuel explique largement l’influence du milieu socio-économique sur la performance de

l’élève. Dans le groupe des pays situés au milieu du graphique, les deux effets sont comparables. Pour plus de détails, voir

Causa et Chapuis (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données PISA 2006 de l’OCDE.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

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II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

10 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

Dans tous les pays européens de l’OCDE, on constate une persistance dans l’accès

à l’enseignement supérieur entre générations

La persistance intergénérationnelle des résultats dans le secondaire se traduit aussi

par une persistance du niveau d’études postsecondaires. Celle-ci peut être évaluée en

estimant l’augmentation ou la diminution (en pourcentage) de la probabilité des individus

de faire des études supérieures, selon différents niveaux d’instruction de leurs pères. On

détermine ainsi dans quelle mesure les niveaux de formation des individus reflètent ceux

de leurs pères. Dans tous les pays européens de l’OCDE couverts par l’analyse,

l’appartenance à une famille ayant un niveau d’instruction élevé (c’est-à-dire dont le père

a fait des études supérieures) augmente la probabilité d’acquérir une formation supérieure

par rapport à un individu dont la famille a un niveau d’instruction moyen (c’est-à-dire dont

le père a fait des études du deuxième cycle du secondaire). De même, on observe une forte

diminution de la probabilité de faire des études supérieures associée au fait de grandir

dans une famille à faible niveau d’instruction, par rapport à une famille à niveau

d’instruction moyen. Pour les couples père/fils, l’augmentation de la probabilité est d’au

moins 30 points de pourcentage au Luxembourg, en Italie, en Finlande et au Danemark,

tandis que la diminution correspondante de la probabilité atteint plus de 30 points en

Irlande et en Grèce.

Un indicateur synthétique de la persistance intergénérationnelle dans l’accès à

l’enseignement supérieur est donné par l’écart global entre l’augmentation et la

diminution de la probabilité de faire des études supérieures pour les enfants issus

respectivement d’une famille à niveau d’instruction élevé et d’une famille peu instruite. Un

écart plus prononcé implique une persistance intergénérationnelle plus forte dans l’accès

à l’enseignement supérieur (graphique 5.5). Selon ce critère, la persistance du niveau

d’éducation des fils est relativement élevée au Luxembourg, en Irlande et dans la plupart

Graphique 5.5. Indicateur synthétique de la persistance dans l’accès à l’enseignement

supérieur pour certains pays de l’OCDE1

1. La persistance dans l’enseignement supérieur correspond à l’écart entre la probabilité estimée de faire des études

supérieures pour un individu dont le père a lui même une formation de niveau supérieur et la probabilité de faire des études

supérieures pour un individu dont le père a une formation inférieure au deuxième cycle du secondaire. Une valeur plus

élevée implique un écart plus prononcé, et donc une persistance plus forte dans l’enseignement supérieur ou un plus faible

degré de mobilité éducative entre les générations. Pour plus de détails, voir Causa et al. (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données SRCV-UE 2005.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

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II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 11

des pays d’Europe méridionale, peut-être en raison de contraintes financières et d’autres

obstacles à l’accès aux études postsecondaires, mais aussi parce que les inégalités dans

l’enseignement secondaire engendrent des déficits de connaissances qui empêchent les

étudiants de remplir les conditions requises pour faire des études supérieures. En ce qui

concerne les filles, la persistance intergénérationnelle dans l’enseignement supérieur

présente un profil similaire à celui des fils.

La persistance intergénérationnelle se manifeste aussi dans les études de niveau

inférieur au deuxième cycle du secondaire

Parmi les pays européens de l’OCDE, on observe aussi une persistance du niveau

d’études inférieur au deuxième cycle du secondaire. La probabilité de n’obtenir qu’un

diplôme de niveau inférieur au deuxième cycle du secondaire est, en moyenne pour

l’ensemble des pays, plus élevée de 18 points de pourcentage pour un fils ou une fille dont

le père n’a pas dépassé ce niveau par rapport à un enfant dont le père a une formation du

deuxième cycle du secondaire. À l’inverse, la probabilité d’obtenir un diplôme du deuxième

cycle du secondaire décroît en moyenne de 10 points pour les enfants de pères diplômés du

supérieur par rapport aux enfants dont les pères ont un diplôme du deuxième cycle du

secondaire. La persistance peut être résumée par l’écart entre ces deux probabilités, qui est

de 28 points en moyenne, mais qui varie largement d’un pays à l’autre (graphique 5.6). La

persistance du niveau de formation inférieur au deuxième cycle du secondaire est

relativement élevée dans certains pays d’Europe méridionale, en Irlande et au

Luxembourg, tandis qu’elle est plus faible en Autriche, dans certains pays nordiques, en

France et au Royaume-Uni.

Graphique 5.6. Indicateur synthétique de la persistance du niveau de formation inférieur

au deuxième cycle du secondaire pour certains pays de l’OCDE1

1. La persistance du niveau de formation inférieur au deuxième cycle du secondaire correspond à l’écart entre la probabilité

d’acquérir une formation de niveau inférieur au deuxième cycle du secondaire pour un individu dont le père a lui-même

une formation de niveau inférieur au deuxième cycle du secondaire, et la probabilité d’acquérir une formation de niveau

inférieur au deuxième cycle du secondaire pour un individu dont le père a fait des études supérieures. Une valeur plus

élevée implique un écart plus prononcé et donc une persistance plus forte dans les niveaux de formation inférieurs au

deuxième cycle du secondaire ou un degré plus faible de mobilité entre générations. Pour plus de détails, voir Causa et al.

(2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données SRCV-UE 2005.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

0

10

20

30

40

50

60

70

PRT ITA ESP IRL LUX GRC BEL DNK NLD GBR FIN FRA SWE AUT

Hommes, 35-44 ans Femmes, 35-44 ans

Points de pourcentage

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

12 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

Quel est l’impact des politiques publiques et du cadre institutionnel

sur la mobilité sociale intergénérationnelle?

Les politiques publiques et les institutions ne représentent que quelques-uns des

nombreux facteurs qui agissent sur la mobilité sociale intergénérationnelle, mais l’analyse

de l’OCDE conduit à penser qu’elles expliquent certaines des différences de mobilité

observées d’un pays à l’autre. On distingue les politiques et institutions qui affectent

l’accès à l’éducation et celles qui influencent l’inégalité (intragénérationnelle) des salaires

et des revenus11.

La mobilité ne dépend pas tant du montant des ressources consacrées

à l’enseignement que de la façon dont elles sont dépensées

Il apparaît que le volume des ressources et des intrants scolaires n’a en lui-même

guère d’incidence sur les résultats des élèves. Ainsi, des données transversales montrent

que l’augmentation des dépenses au titre de l’enseignement secondaire ou pour d’autres

intrants scolaires mesurables (réduction de la taille des classes, par exemple) ne réduit pas

sensiblement l’influence du contexte socio-économique sur les résultats des élèves dans le

secondaire. En revanche, la capacité de bien hiérarchiser les priorités et d’allouer

efficacement les ressources, mesurée par exemple par de nouveaux indicateurs définis par

l’OCDE (Sutherland et Price, 2007) qui prennent en compte le degré de décentralisation et

l’existence de mécanismes assurant l’adéquation des ressources et des besoins, se traduit

par une diminution de l’influence du milieux socio-économique des parents sur les

performances scolaires dans le secondaire. S’il est vrai que les ressources scolaires jouent

unrôle limité, tel n’est pas le cas de l’allongement de la période d’obligation scolaire réalisé

en ajustant les dates de début et de fin de scolarité (voir ci-après).

La qualité de l’enseignement revêt de l’importance non seulement pour la

performance scolaire moyenne mais aussi pour l’égalité des chances dans le secondaire.

Parmi les propositions souvent formulées pour améliorer la qualité de l’enseignement, on

citera la revalorisation générale des salaires, l’augmentation des salaires dans les écoles et

les zones les plus défavorisées, ou la mise en place d’un barème de rémunération fondé sur

la performance. De nouvelles données concluantes découlant de l’analyse internationale

montrent que l’influence du contexte socio-économique sur les résultats des élèves du

secondaire est plus faible dans les pays où les salaires des enseignants affichent une

progression plus marquée au cours de leur carrière, peut-être parce que la perspective de

majorations de salaire plus fortes motive davantage les enseignants (graphique 5.7, à

gauche)12. Toutefois, il ne faut pas sous-estimer les difficultés pratiques que posent la

conception et la mise en oeuvre de barèmes de salaire avantageux et incitatifs pour les

enseignants.

L’accueil et l’éducation de la petite enfance peuvent promouvoir la mobilité sociale

intergénérationnelle

Un nombre croissant d’études économiques et pédagogiques soulignent l’importance

de mesures précoces d’accueil et d’éducation de la petite enfance pour le développement

des compétences cognitives tout au long de la vie. Par conséquent, l’inscription obligatoire

dans des services d’accueil et d’éducation de qualité serait susceptible de promouvoir la

mobilité sociale intergénérationnelle. De fait, de nouvelles données empiriques

internationales montrent qu’une augmentation des inscriptions dans ces services

(garderies et structures préscolaires) et un accroissement des dépenses qui leur sont

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 13

Graphique 5.7. Les politiques salariales, sociales et fiscales à l’égard

des enseignants modifient l’incidence du contexte parental individuel

sur les résultats des études secondaires1

1. Chaque barre représente la variation de l’effet du contexte individuel associée à un ajustement de la politique, du

degré le moins favorable au degré le plus favorable à la mobilité (sur la base de la distribution des politiques dans

les pays de l’OCDE, hors Mexique et Turquie). L’échelle des notes PISA dans ce graphique diffère de celle du

graphique 5.8. Pour plus de détails, voir Causa et Chapuis (2009) et Causa et Johansson (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données PISA 2006 de l’OCDE.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

Graphique 5.8. Les politiques d’accueil et d’éducation de la petite enfance

modifient l’effet de l’environnement socio-économique de l’établissement

sur les résultats dans l’enseignement secondaire1

1. Chaque barre représente la variation de l’effet de l’environnement scolaire associé à une modification de la

politique du degré le moins favorable au degré le plus favorable à la mobilité (sur la base de la distribution des

politiques des pays de l’OCDE, hors Mexique et Turquie). L’échelle des notes PISA dans ce graphique diffère de

celle du graphique 5.7. Pour plus de détails, voir Causa et Chapuis (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données PISA 2006 de l’OCDE.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

8

10

12

14

16

18

20

22

24

26

28

Écarts dans les notes obtenues au PISA dus au contexte individuel

Rapport entre le salaire de

l’enseignant au dernier échelon

et le salaire de départ

Taux de remplacement

net à court terme des

indemnités de chômage

Taux de

progressivité

de l’impôt

Ratio maximum :

2.8 (KOR)

Ratio maximum :

87.0 (LUX)

Ratio maximum :

0.4 (NLD)

Ratio minimum :

1.1 (DNK)

Ratio minimum :

47.5 (GRC)

Ratio minimum :

0.04 (USA)

Effet d’une politique moyenne

0

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40

50

60

70

80

90

100

Écarts dans les notes obtenues au PISA dus à l’environnement de l’établissement

Taux d’inscription dans les garderies

et les structures préprimaires

Âge de la première

orientation

Taux d’inscription dans l’enseignement

professionnel

Effet d’une politique moyenne

Taux maximum :

61.7 (DNK)

Âge maximum :

16 (USA)

Taux minimum :

0.0 (USA)

Taux minimum :

2.0 (POL)

Âge minimum :

10 (DEU)

Taux maximum :

54.7 (NLD)

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

14 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

consacrées se traduisent par une diminution de l’influence du milieu socio-économique

sur les résultats des élèves dans le secondaire (graphique 5.8, à gauche).

L’orientation et le groupement en fonction des aptitudes des élèves à un âge précoce

tend à affaiblir la mobilité sociale

Les pratiques ou systèmes scolaires qui déclenchent l’orientation des élèves dès le

début de leur scolarité se traduisent par des inégalités socio-économiques plus fortes dans

les études secondaires, sans pour autant améliorer la performance moyenne. L’influence

du milieu socio-économique sur les résultats scolaires dans le secondaire tend à être

relativement plus élevée dans les pays où l’orientation et/ou le groupement en fonction des

aptitudes au sein des établissements ont lieu à un stade plus précoce. Selon des données

recueillies par l’OCDE, l’abandon d’un système qui répartit les élèves dans différents

établissements dès l’âge de 10 ans, au profit d’un système où cette répartition est effectuée

à l’âge de 16 ans, réduirait des deux tiers l’influence de l’environnement socio-économique

de l’établissement sur les résultats des élèves (graphique 5.8, au centre).

Il existe des différences entre les pays de l’OCDE concernant la structure de la

formation professionnelle secondaire et sa capacité de doter les élèves des compétences

requises pour trouver un emploi. Il convient d’en tenir compte lorsqu’on examine si les

filières professionnelles de l’enseignement secondaire sont susceptibles d’aboutir à un

regroupement des élèves « faibles/défavorisés » au sein de programmes qui limitent leurs

possibilités futures d’apprentissage, à l’instar de l’orientation scolaire. Selon les

estimations de l’OCDE, en moyenne et pour l’ensemble des pays, un taux d’inscription plus

élevé dans l’enseignement professionnel est associé avec une plus forte influence du

contexte socio-économique sur les résultats des élèves dans le secondaire (graphique 5.8,

à droite).

Promouvoir la mixité sociale au sein des établissements favoriserait la mobilité

Les politiques du logement et de l’urbanisme aboutissent parfois à une concentration

géographique des ménages défavorisés dans certains quartiers. Cette séparation socioéconomique

résidentielle va souvent de pair avec une séparation scolaire, principalement

parce qu’une forte proportion des élèves fréquentent les établissements situés dans leur

voisinage. Ce phénomène est amplifié par la tendance des prix des logements à

internaliser la qualité des écoles. Selon de nouvelles données éclairantes de l’OCDE (Causa

et Chapuis, 2009), le renforcement de la mixité scolaire au sein des établissements pourrait

améliorer la performance relative des élèves défavorisés, sans aucun effet négatif apparent

sur la performance globale. Par conséquent, les politiques de l’éducation, du logement et

de l’urbanisme qui encouragent la mixité sociale au sein des quartiers contribueraient à

atténuer les inégalités socio-économiques en matière d’éducation et à accroître la mobilité

sociale.

Des systèmes de prêts et d’aide aux étudiants peuvent atténuer les contraintes

financières et promouvoir la mobilité dans l’enseignement supérieur

L’existence de contraintes de crédit peut empêcher des individus doués issus de

familles défavorisées ou à faible revenu de s’investir dans l’enseignement supérieur, et

entraver ainsi la mobilité sociale ascendante. Une conception appropriée des prêts

étudiants et des systèmes d’aide aux étudiants peut atténuer ces contraintes. Dans les

pays où ces financements sont mis à la disposition de tous les étudiants (systèmes

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 15

universels/individuels), la probabilité de faire des études supérieures pour un individu issu

d’une famille peu instruite est plus forte que dans les pays qui ont recours à d’autres types

de financement et de prêts (graphique 5.9). On peut en conclure que les systèmes de prêts

ou de bourses financés par l’État sont susceptibles de rendre les étudiants moins

tributaires de leurs familles pour le financement de leurs études postsecondaires et

d’atténuer les contraintes financières, favorisant ainsi la mobilité.

Les politiques publiques et le cadre institutionnel peuvent aussi influencer la mobilité

sociale en agissant sur l’inégalité intragénérationnelle des revenus

Le lien entre l’inégalité intragénérationnelle des revenus et la mobilité sociale

intergénérationnelle est complexe, car une augmentation de l’inégalité peut avoir des

effets contradictoires sur la mobilité. Toutefois, des recherches récentes tendent à montrer

qu’un accroissement de l’inégalité s’accompagne d’une diminution de la mobilité

intergénérationnelle (voir par exemple, Björklund et Jäntti, 1997; Solon, 2004; Corak, 2006;

d’Addio, 2007; Andrews et Leigh, 2009). Une explication de ce phénomène est que la

dispersion accrue des salaires ou des revenus implique une hausse du rendement des

études, ce qui peut avantager en particulier les individus dont l’investissement dans

l’éducation n’est pas bridé par leur situation familiale13. Par conséquent, les politiques et

institutions publiques pourraient influencer la mobilité sociale intergénérationnelle en

affectant l’inégalité des revenus et des salaires au sein d’une même génération. De fait,

dans l’ensemble des pays européens de l’OCDE une réduction des inégalités de revenu

transversales (à un moment donné) est associée à une plus faible persistance

intergénérationnelle des salaires (graphique 5.10). Des données de l’OCDE couvrant un plus

large échantillon de pays membres montrent aussi qu’une plus grande égalité des revenus

est associée avec une influence plus faible du milieu socio-économique familial sur les

résultats des élèves dans le secondaire.

Graphique 5.9. Les systèmes de financement de l’éducation conditionnent l’accès

aux études supérieures des individus issus de milieux défavorisés1

1. Le graphique indique la diminution estimée, en points de pourcentage, de la probabilité pour un fils de faire des études

supérieures étant donné que son père avait eu une formation inférieure au deuxième cycle du secondaire, par rapport à un

fils dont le père avait fait des études du deuxième cycle du secondaire. Pour plus de détails, voir Causa et al. (2009) et Causa

et Johansson (2009).

Sources : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données SRCV-UE 2005, Oliveira Martins et al. (2007).

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

SWE LUX NLD GBR FIN DNK IRL GRC BEL ESP ITA FRA PRT AUT

–45

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–35

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–25

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–15

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0

Désavantage lié à un milieu défavorisé (perte de probabilité d’accès, en points de pourcentage)

Système universel/individuel Autre système de financement

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

16 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

Les politiques redistributives et de garantie de ressources semblent renforcer

la mobilité sociale intergénérationnelle

Les systèmes fiscaux progressifs et les programmes de transferts sociaux aident à

compenser les coûts d’opportunité pour les parents de ménages pauvres qui investissent

dans l’éducation de leurs enfants. Dans certains pays, des programmes de transferts

sociaux visent directement à couvrir une partie de ces coûts. Ces politiques redistributives

pourraient donc réduire les inégalités de revenu actuelles entre parents, de sorte que le

revenu de leurs descendants convergerait plus rapidement. Les données internationales

montrent qu’un barème d’imposition plus progressif sur le revenu des personnes

physiques s’accompagne d’une diminution de l’influence du milieu socio-économique sur

les résultats scolaires dans le secondaire, ainsi que d’une réduction de l’influence du

niveau de formation du père sur les salaires des individus (graphiques 5.7 et 5.11, partie

droite)14. De même, une augmentation des indemnités de chômage nettes à court terme

atténue l’influence du milieu socio-économique sur les résultats des élèves dans le

secondaire (graphique 5.7, centre). En accord avec ces données, il semble que les pays

européens de l’OCDE où le montant moyen des indemnités de chômage est plus élevé

affichent une plus grande mobilité intergénérationnelle des revenus du travail

(graphique 5.11, partie gauche).

Graphique 5.10. La mobilité sociale intergénérationnelle tend à être plus faible

dans les sociétés plus inégalitaires1

Corrélation entre inégalité et persistance intergénérationnelle des salaires

1. La persistance des niveaux de salaire est mesurée par l’écart entre le salaire estimé d’un individu dont le père a

obtenu un diplôme d’études supérieures et celui d’un individu dont le père a un niveau d’études inférieur au

deuxième cycle du secondaire. Une valeur plus élevée implique un écart plus prononcé, et donc une transmission

plus forte des salaires ou un plus faible degré de mobilité entre les générations. L’indicateur synthétique corrigé

des différences de distribution correspond à l’indicateur synthétique de la persistance salariale, multiplié par le

rapport entre l’écart-type du niveau d’études des pères et l’écart-type du salaire horaire brut des fils ou des filles.

L’inégalité est mesurée par le coefficient de Gini pour le revenu disponible des ménages ajusté en fonction de la

taille du ménage.

** indique une valeur significative au niveau de 5 %. Pour plus de détails, voir Causa et al. (2009) et Causa et

Johansson (2009).

Source : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données SRCV-UE 2005 et OCDE (2008), Croissance et inégalités :

distribution des revenus et pauvreté dans les pays de l’OCDE.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

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0.22 0.24 0.26 0.28 0.30 0.32 0.34 0.36 0.38 0.40

AUT

BEL

DNK

FIN FRA

GRC

IRL

ITA

LUX NLD ESP

SWE

GBR

PRT

Persistance des salaires, corrigée des différences de distribution (variation des salaires, en points de pourcentage)

Coefficient de Gini

Coefficient de corrélation: 0.56 **

Hommes, 35-44 ans

II.5. UNE AFFAIRE DE FAMILLE : LA MOBILITÉ SOCIALE INTERGÉNÉRATIONNELLE DANS LES PAYS DE L’OCDE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 17

Conclusions

Dans ce chapitre, la mobilité sociale intergénérationnelle est mesurée de différentes

manières (mobilité salariale, mobilité du niveau d’instruction secondaire et

postsecondaire, par exemple), étant donné qu’aucun indicateur ne peut à lui seul en

donner une image complète. Le profil suivant se dessine : un groupe de pays semble

relativement immobile dans la plupart des domaines (pays d’Europe méridionale et

Luxembourg, par exemple) tandis qu’un autre groupe tend à être relativement mobile (pays

nordiques, par exemple). Mais en général, le degré de mobilité dans un pays donné peut

varier selon les différents aspects étudiés. Au Royaume-Uni, par exemple, la mobilité des

rémunérations se révèle faible en comparaison internationale par rapport à la mobilité

dans l’enseignement supérieur. De même, en France, l’influence du milieu familial sur les

performances scolaires dans le secondaire apparaît beaucoup plus forte que celle du milieu

parental sur la probabilité des individus de faire des études supérieures.

Les politiques publiques qui facilitent l’accès à l’éducation des individus issus de

familles défavorisées stimulent la mobilité salariale intergénérationnelle et sont

également susceptibles de profiter à la croissance économique. On peut citer par exemple

les pratiques scolaires qui déclenchent l’orientation des élèves assez tardivement dans

leur cursus scolaire afin d’encourager la mixité sociale au sein des écoles, ou les systèmes

de prêts ou de bourses financés par l’État qui permettent aux étudiants de moins dépendre

de leurs parents pour le financement de leurs études postsecondaires.

Graphique 5.11. Les politiques sociales et fiscales semblent modifier aussi l’effet

du niveau d’instruction du père sur la rémunération de son fils1

1. Chaque barre représente la variation de l’effet du milieu parental (niveau d’instruction du père) associée à une

variation de l’action publique du niveau le moins favorable au niveau le plus favorable à la mobilité (sur la base de

la répartition des politiques publiques dans les pays européens de l’OCDE). Pour plus de détails, voir Causa et al.

(2009) et Causa et Johansson (2009).

Sources : Calculs de l’OCDE à partir de la base de données SRCV-UE 2005.

1 2 http://dx.doi.org/10.1787/786725247352

–20

–15

–10

–5

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5

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15

20

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Variation du salaire, en points de pourcentage, due au niveau d’instruction du père

Taux de remplacement moyen

des indemnités de chômage (%)

Taux de progressivité

de l’impôt

Effet d’une politique moyenne

Taux maximum :

0.5 (DNK)

Taux maximum :

0.4 (NLD)

Taux minimum :

0.01 (ITA)

Taux minimum :

0.04 (PRT)

II.5. NOTES

18 RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010

Notes

1. Une croissance économique plus rapide pourrait aussi avoir des effets en retour positifs sur la

mobilité intergénérationnelle, dans la mesure où les opportunités qu’elle crée profitent d’abord

aux catégories défavorisées.

2. L’importance relative de la « nature » par opposition à la « culture » pour expliquer la mobilité

sociale intergénérationnelle est loin d’être établie (voir par exemple, Sacerdote, 2002; Plug et

Vijverberg, 2003).

3. Ce chapitre s’inspire aussi des analyses mentionnées dans Causa et Chapuis (2009) et Causa,

Dantan et Johansson (2009). Ces études contiennent d’abondantes références aux publications sur

la mobilité sociale intergénérationnelle.

4. L’hypothèse implicite est que ce niveau d’instruction est une bonne mesure approximative du

revenu permanent des parents, ce qui semble logique étant donné le lien étroit entre le niveau

d’études et le revenu. Le fait de fonder l’évaluation de la persistance des rémunérations sur les

salaires horaires bruts signifie que les décisions en matière d’offre de travail ne sont pas prises en

compte, et la mesure de la persistance ainsi obtenue peut être considérée comme reflétant

l’impact du milieu parental sur la productivité.

5. L’analyse de régression empirique est réalisée séparément pour les hommes et pour les femmes,

par cohorte (25-34 ans; 35-44 ans et 45-54 ans) et par pays. Les résultats sont présentés pour la

cohorte de 35-44 ans afin de réduire l’erreur de mesure sur le cycle de vie des performances

économiques des individus (Haider et Solon, 2006). Pour une présentation détaillée des résultats

empiriques des autres cohortes, voir Causa et al. (2009).

6. L’analyse ne couvre que les salariés, ce qui pourrait amplifier le degré de mobilité

intergénérationnelle des rémunérations, dans la mesure où les individus issus de familles à niveau

d’instruction élevé sont moins susceptibles d’être inactifs que les individus issus de familles à plus

faible niveau d’instruction.

7. En France, la mobilité sociale intergénérationnelle mesurée par l’influence du niveau d’études des

pères sur la rémunération des individus est plus élevée que la mobilité mesurée par la force du lien

entre les rémunérations des couples père-fils. Une explication possible pourrait être que le premier

indicateur surestime la mobilité, car dans le groupe des pères ayant fait des études supérieures on

ne fait pas la distinction entre ceux qui ont un diplôme universitaire et ceux qui sont diplômés

d’une Grande École. Il est possible que l’avantage salarial dû au fait d’avoir un père diplômé d’une

Grande École l’emporte sur celui d’avoir un père diplômé de l’université.

8. L’analyse de la persistance des niveaux de rémunération et de formation des adultes repose sur le

module pauvreté SRCV des données d’enquête d’Eurostat, qui couvre que les pays européens de

l’OCDE.

9. Voir Solon, 2004; Blanden et al., 2005, 2006; d’Addio, 2007 pour une analyse de l’influence de

l’éducation sur la mobilité sociale intergénérationnelle.

10. Le milieu socio-économique des élèves est pris en compte ici par un indice qui englobe le niveau

d’études des parents ainsi qu’un certain nombre de facteurs caractérisant la situation sociale,

économique et culturelle de la famille.

11. D’autres politiques susceptibles d’être pertinentes, notamment la discrimination positive, n’ont

pas pu être traitées dans la présente analyse.

12. Il faut toutefois reconnaître que ces profils salariaux ne captent sans doute pas l’effet des systèmes

de rémunération fondés sur la performance, mais constituent plutôt une mesure approximative

des écarts entre les « profils salariaux liés à l’ancienneté » d’un pays à l’autre.

13. Cet effet semble neutraliser l’action contraire que peut exercer l’inégalité sur la mobilité, par

exemple en amplifiant les incitations à accroître les efforts et à améliorer la productivité.

14. La mesure de la progressivité de l’impôt correspond à la différence entre le taux marginal et le taux

moyen de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, divisée par l’unité moins le taux moyen

de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, pour un ouvrier moyen célibataire.

II.5. BIBLIOGRAPHIE

RÉFORMES ÉCONOMIQUES : OBJECTIF CROISSANCE © OCDE 2010 19

Bibliographie

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Secondary Education Sector, Performance Indicators », Documents de travail du Département des

affaires économiques de l’OCDE, n° 558.


Poitiers/1278e: Le jour où la science, l’art et la civilisation reculèrent devant la barbarie (Who will stop the new Saracens’ razzia of historical truth?)

25 octobre, 2010
Bataille de Poitiers (Charles de Steuben, 1837, Versailles)
Dès le second siècle de l’Hégire, les Arabes deviennent les précepteurs de l’Europe. Voltaire
Sans Charles Martel (…), la France était une province mahométane. Voltaire
C’est un des plus grands événements de l’Histoire: les Sarrasins victorieux, le monde était mahométan. Chateaubriand
Il faut rendre justice au culte de Mahomet qui n’a imposé que deux grands devoirs à l’homme : la prière et la charité. (…) Les deux plus hautes vérités de toute religion. Lamartine (1833)
Cette bataille n’a pas l’importance qu’on lui attribue. Elle n’est pas comparable à la victoire remportée sur Attila. Elle marque la fin d’un raid, mais n’arrête rien en réalité. Si Charles avait été vaincu, il n’en serait résulté qu’un pillage plus considérable. (…) Sans l’Islam, l’Empire franc n’aurait sans doute jamais existé, et Charlemagne sans Mahomet serait inconcevable. Henri Pirenne (historien belge, 1922)
Monsieur Dubois demanda à Madame Nozière quel était le jour le plus funeste de l’Histoire de France. Madame Nozière ne le savait pas. C’est, lui dit Monsieur Dubois, le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la science, l’art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie franque. Anatole France (1922)
Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l’influence judaïque (et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide !), il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme. Hitler (1942)
Bien des voix se sont élevées pour tenter de ramener la bataille à sa juste place. En vain, car, érigé en symbole, l’événement est passé à la postérité et avec lui son héros Charles Martel. Il appartient à ce fonds idéologique commun qui fonde la nation française, la civilisation chrétienne, l’identité européenne sur la mise en scène du choc des civilisations et l’exclusion de l’Autre. Françoise Micheau et Philippe Sénac (historiens mediévistes)
Martel 732, Le Pen 2002 Affiche FN
La Bataille de Poitiers (732) n’a jamais eu lieu. Nas E Boutammina. (2006)
Recent scholars have suggested Poitiers, so poorly recorded in contemporary sources, was a mere raid and thus a construct of western mythmaking or that a Muslim victory might have been preferable to continued Frankish dominance. What is clear is that Poitiers marked a general continuance of the successful defense of Europe, (from the Muslims). Flush from the victory at Tours, Charles Martel went on to clear southern France from Islamic attackers for decades, unify the warring kingdoms into the foundations of the Carolingian Empire, and ensure ready and reliable troops from local estates. Victor Davis Hanson
Je n’ai jamais entendu un Arabe s’excuser d’être allé jusqu’à Poitiers. Stéphane Denis (2001)
Aujourd’hui les bicots ont dépassé Poitiers. Tunisiano (groupe Sniper, 2003)
Aux frères musulmans résidant dans les pays de la coalition des sionistes et des croisés (…) sachez que le jihad est un devoir. (…) Vous avez l’occasion d’attaquer les chefs des infidèles sur leur propre sol du moment qu’il n’y a pas d’alliance entre vous et eux. Azzam (porte-parole americain, message aux membres des “communautés d’immigrés comme celles vivant en marge de la société dans “les banlieues misérables de Paris, de Londres et de Detroit”, ou celles venues en Amérique et en Europe pour étudier ou pour y chercher leur pain quotidien”, oct. 2010)
La distorsion discrète de la vérité historique a beau répondre à un impératif de cinéma spectaculaire, à mi-chemin entre western et film policier d’action, elle noie la complexité des situations politiques dans la contemplation sidérée d’une violence pure. Mais cette critique à caractère historique, qui est sévère, je le concède, ne doit pas nous empêcher de voir que Hors-la-loi a le mérite de faire entendre un point de vue nouveau, différent, celui de l’ancien colonisé ou de l’immigré ; qu’il tente d’établir une généalogie de la violence coloniale en évoquant la dépossession des terres et la misère paysanne […] ; et qu’il installe dans son ancienneté l’immigration ouvrière algérienne en France. Benjamin Stora
Que comprend le spectateur à l’issue de ce spectacle glaçant ? L’armée française, c’est la Wehrmacht ; la police française, la Gestapo ; les policiers français sont des tueurs psychomaniaques ; les terroristes du FLN sont les frères des résistants français de 1940-1944 ; la scène d’ouverture – les massacres de Sétif en mai 1945 – est une transposition d’Oradour-sur-Glane. Cette trame est intentionnelle. Les images d’archives de l’indépendance algérienne (juillet 1962) qui concluent le film renvoient à celles de la libération de Paris qui l’ouvrent. Le devoir appliqué de Bouchareb sera très bien noté au prochain congrès du FLN.
Cette séquence des massacres du 8 mai 1945 à Sétif dure six minutes. Six minutes de désinformation historique absolue ! Bouchareb montre des civils algériens pacifiques, aveuglément mitraillés par les forces de l’ordre. Les soldats, les policiers et les civils tirent les musulmans comme des lapins dans les rues de Sétif. Des dizaines de cadavres sont alignés dans les rues. La répression fut en effet brutale mais elle n’interviendra que plus tard. On ne voit quasiment rien du massacre d’une centaine d’Européens, ni de la large politique d’amnistie qui suivra.
(A) Sétif, le 8 mai 1945. Quatre musulmans sont tués pendant le défilé de la Victoire (l’un voulut brandir le drapeau indépendantiste algérien) mais le premier massacre de masse concerne, ce jour-là, les Européens (109 tués et disparus, dont le maire socialiste de la ville). Il ne s’est pas agi d’une colère spontanée : les quelques émeutiers avaient préparé un plan d’insurrection prévoyant les assassinats d’Européens et l’installation d’un maquis dans le massif des Babors, au nord de Sétif. Il n’y a pas eu de tirs des colons par les fenêtres, ni de tirs de gendarmes à la mitrailleuse. La terrible répression (sur ordre du général De Gaulle) sera conduite dans les jours suivants. Elle fut d’une brutalité inexcusable (au moins 2 500 morts, mais loin des 40 000 victimes annoncées par la propagande du FLN), menée avec les méthodes impitoyables de l’époque mais suivie d’une large amnistie en 1946, totalement ignorée dans le film, et les suspects arrêtés en mai 1945 ne furent pas transférés à Paris.
Le FLN et le MNA sont nés en 1954 et pas en 1945 et De Gaulle n’était plus aux affaires en 1954. L’un des frères, Messaoud, affecté au 3e RTA, ne pouvait pas être parachutiste en Indochine (surtout largué à Diên Biên Phù par un C-130 américain !) ; après dix ans de service, il aurait dû être au moins sergent. Ce sont des harkis qui ont démantelé la plupart des commandos du FLN à Paris et la Main rouge, une organisation contre-terroriste montée par les services spéciaux, n’intervint jamais en métropole. C’est le FLN et le MNA qui ont pratiqué des noyades dans la Seine en 1961, pas la police (sauf un cas, jamais confirmé), qui n’a pas fait exploser de voiture en métropole. Le convoyage par le FLN d’autobus bourrés d’armes d’Allemagne vers la France est invraisemblable : il y avait assez de ports en Allemagne pour les embarquer. Valeurs actuelles

Qui arrêtera les nouveaux Sarrasins de la vérité historique ?

Multiplication des erreurs historiques (émeutiers arrêtés en mai 1945 jamais transférés en France et amnistiés en 1946; héros qui ne pouvait être parachutiste; pas d’organisation contre-terroriste Main Rouge en Algérie mais en Tunisie, pas de casernes de harkis à Paris prises par le FNL, noyades dans la Seine des FLN et MNA faussement attribuées à la police française), concentration en une seule journée d’émeutes musulmanes de cinq jours et d’une répression française de 15 jours, inflation hors de toute proportion du nombre de victimes de la seule répression française, escamotage des premières victimes qui furent européennes (une centaine, aux cris de À bas la France” et “À bas les juifs”, sans compter les centaines de blessés et de musulmans assassinés pour leur francophilie), multiplication des anachronismes (expropriations,  pas de Jeeps en 1935, pas de FLN ou MNA avant 1954, pas de tirailleurs sénégalais à Sétif, pas de De Gaulle aux affaires en 1954), fausses images d’archives (bombardements filmés ailleurs qu’en Algérie, De Gaulle signant l’armistice de 1945 avec Roosevelt, Churchill et Staline) …

Au lendemain de la mort du président de la région Languedoc-Roussillon Georges Frêche qui avait non seulement tenté en vain de redonner a sa région son ancien nom de Septimanie

Mais aussi, mis à part son goût plutôt douteux pour les statues et notamment celles des plus grands massacreurs de la planète, vaillamment résisté contre la nouvelle tyrannie du politiquement correct de son propre parti …

(jusqu’a  faire mettre en berne tous les drapeaux de sa ville en 1982 lorsque le ministre des Relations extérieures de Mitterrand – le même Cheysson qui avait confirmé que la France ne ferait rien contre le coup d’Etat de Jaruzelski contre le syndicat Solidarnosc – était allé s’incliner en Algérie devant la tombe des soldats du FLN ou traité de sous-hommes des harkis un peu trop défaitistes!) …

Pendant qu’aux EU on licencie un commentateur de la radio publique pour avoir évoqué sa crainte des jihadistes comme on dénonce en France un politologue respecté qui s’est laisse piéger par Facebook alors qu’un porte-parole supposé d’Al Qaeda rappelle aux immigrés de l’Occident leur devoir de jihad …

Et en ce 1278e anniversaire de la bataille de Poitiers (Pardon: de  « l’Allée des martyrs ») voué comme les autres, sauf exceptions systématiquement disqualifiées comme droitistes (ou de vaines gesticulations contre les magnétoscopes japonais), à  l’indifférence du plus grand nombre voire au mépris quand ce n’est pas au négationnisme pur et simple de, historiens compris, nos dhimmis de service …

Qui vit, un 1er jour de Ramadan,  le Maccabée franc (et bâtard pilleur occasionnel d’églises lui-même) Charles Martel s’allier au Duc d’Aquitaine Eudes pour empêcher non seulement la mise à sac du sanctuaire national des Francs de Saint-Martin de Tours par le « serviteur du Miséricordieux » de la douce Cordoue Abd al-Rahmān

Mais porter un premier coup d’arrêt aux incursions musulmanes au nord des Pyrénées avant, mis a part quelques dernières razzias sous Charlemagne et Guillaume de Provence (ou jusqu’au XIXe siècle sur nos côtes par les pirates barbaresques à l’origine, qui le sait encore, à la fois de la création des Marines américains et de la conquête de l’Algérie), de les chasser définitivement de leurs bases de Septimanie justement …

Retour, avec Valeurs actuelles, sur la dernière razzia en date, contre la vérité historique cette fois, du cinéaste franco-algérien Rachid Bouchareb.

Qui, non content d’avoir fait sauver la France a ses Indigènes, justifie à l’avance leurs exactions dans son dernier film (Hors la loi), présentant la tragédie de Sétif du 8 mai 1945 comme le produit de la seule barbarie française …

8 mai 1945

Les mensonges de Sétif

François d Orcival

Valeurs actuelles

14/10/2010

Le général Henry Martin reçoit la reddition des populations du Constantinois.Pourquoi falsifier l’histoire ? Elle fut suffisamment dramatique. Mais il fallait la rendre épouvantable pour pouvoir justifier ensuite la terreur du FLN.

Rachid Bouchareb, le réalisateur du film Hors-la- loi (qui a fait un flop sur les écrans français), a vu des centaines de tués allongés et alignés sur les trottoirs de Sétif ; il a vu des hommes tirer des balcons, des soldats français procéder à des exécutions sommaires ; il a même vu des miliciens faire feu avec des fusils de chasse sur des manifestants musulmans pacifistes et désarmés.

Cette vision “cinématographique” de la tragédie de Sétif, le 8 mai 1945, a déclenché des passions justifiées contre son film. Est-il excusable ? Né à Paris de parents algériens, et non en Algérie, huit ans après les faits, Rachid Bouchareb ne fait qu’épouser la version algérienne de l’histoire. Celle qui a été forgée pour que la France plie le genou de la repentance et du remords. Ici, la vérité historique importe peu : c’est d’une “reconstruction” qu’il s’agit.

Roger Vétillard n’est pas algérien, mais il est né à Sétif et en 1945.

Il n’est ni journaliste ni historien mais médecin, un professionnel méticuleux et persévérant qui a voulu rassembler tout ce qui existait sur cette tragédie, laquelle l’a d’autant plus marqué qu’il devait y perdre deux cousins, avant que la guerre d’Algérie ne vienne bouleverser sa famille. Il a publié deux gros ouvrages sur le sujet et affirme, pièces à l’appui, que le « nombre de fausses informations qui circulent à propos des événements de mai 1945 est à peine imaginable». Il s’agit bien des « événements de mai 1945 » et non pas de la seule émeute de Sétif. Or on a lu tantôt que, “selon les autorités françaises”, ces événements auraient provoqué la mort de 15 000 Algériens, et tantôt de 45 000, selon les autorités algériennes… Les émeutes et la répression se sont déroulées du 8 au 22 mai 1945, soit durant quinze jours : l’armée, la police, la gendarmerie françaises, les milices armées ont-elles pu faire entre 1000 et 3000 tués par jour – c’est-à-dire dix ou vingt fois plus par jour que durant la guerre d’Algérie elle-même ?

Les archives existent, rapports de police, témoignages, comptes-rendus militaires, ordres échangés ; il y a même eu une thèse sur le sujet. Le service historique des armées a publié l’essentiel des pièces il y a déjà vingt ans. Roger Vétillard a repris dans son étude (parue en 2008) toute la matière disponible. L’historien Jean-Louis Planche a lui aussi cherché à reconstituer scrupuleusement la vérité.

Les drapeaux doivent être retirés, un policier tire…

Sétif est à l’époque une ville de 40 000 habitants située à 300 kilomètres à l’est d’Alger, dans le Constantinois. Le matin du 8 mai 1945, un cortège que l’on évaluera entre 4 000 et 8 000 manifestants, conduits par 200 scouts musulmans, se dirige vers le monument aux morts pour célébrer la victoire. C’est la raison pour laquelle, dans un pays qui est encore en état de siège, ce défilé est autorisé. Mais surgissent alors dans la foule des drapeaux algériens interdits, des banderoles nationalistes pour célébrer l’“Algérie indépendante”. Tout cela a été préparé. Le sous-préfet appelle la troupe pour dresser un barrage, mais ses hommes sont en petit nombre : les drapeaux doivent être retirés. Un policier tente de s’en emparer. « C’est le signal de la bagarre, écrit alors le général Henry Martin, qui commande le 19e corps d’armée à Alger. Des coups de feu éclatent ; les manifestants se répandent dans la ville, assaillant à coups de feu, de couteau ou de bâton, les Européens rencontrés. On entend : “Tuons les Européens”… »

Qui a tiré le premier ? Il semble bien que ce soit le policier, pour se dégager. En l’air ou à bout portant ? Un jeune manifestant tombe. Affolement. Des jeunes gens se mettent à attaquer le commissariat central. Puis c’est le déchaînement : jardiniers, commerçants, employés, colons, un directeur d’école, sont sauvagement agressés, atrocement mutilés. Le maire de la ville, socialiste nommé par les autorités de Vichy, est tué ; le chef de la section locale du parti communiste a les deux poignets tranchés. Le soir, on relève quatre morts parmi les émeutiers, mais vingt-huit parmi les Européens et quarante-sept blessés graves. À partir de ce moment, l’émeute s’étend dans tout le Constantinois.

Pour comprendre le déchaînement, ces événements doivent être situés dans le contexte du moment. L’Algérie compte alors trois départements français, soit six à sept millions d’“indigènes” musulmans et huit cent mille Européens. Alger a abrité le gouvernement provisoire du général de Gaulle, le pays a été bouleversé par les convulsions politiques qui ont déchiré les Français. Le 10 février 1943, influencé par le kémalisme, le panarabisme et la propagande allemande qui cherche à soulever les populations locales contre la tutelle française, Messali Hadj, créateur du Parti populaire algérien, lance un manifeste réclamant le pouvoir et l’indépendance. Un pharmacien de Sétif, précisément, Ferhat Abbas, se joint à lui. Pour calmer ces revendications, le général de Gaulle publie le 7 mars 1944 une ordonnance reconnaissant à tous les habitants d’Algérie l’égalité des droits, mais sans leur accorder la citoyenneté française et le droit de vote. « Trop tard », commente Ferhat Abbas.

L’agitation antifrançaise, alimentée par différentes sources, se développe. Quelques-uns des trente mille prisonniers allemands, internés – et oubliés – dans leurs prisons du Constantinois, parviennent à s’évader ; certains rejoignent les rangs des insurgés. Au moment où il le nomme en Algérie, au mois d’août 1944, le général de Gaulle donne au général Martin une consigne stricte : « Empêcher l’Afrique du Nord de glisser entre nos doigts pendant que nous libérons la France. »

Les événements étrangers précipitent les choses : le Japon humilie la France à Hanoi, le 9 mars 1945. La conférence des Nations unies qui s’ouvre le 25 avril à San Francisco fait miroiter leur indépendance aux peuples encore sous tutelle impériale. Une rébellion surgit en Syrie et au Liban, le Général doit y envoyer des renforts et bombarder Damas, avant de céder sous la pression britannique. « En Algérie, écrit-il dans ses Mémoires de guerre, un commencement d’insurrection, survenu dans le Constantinois et synchronisé avec les émeutes syriennes, a été étouffé par le gouverneur général Chataigneau. » Dès le 1er mai, des incidents ont en effet éclaté à Alger (la police a tiré), à Oran, à Mostaganem et ailleurs. On crie “À bas la France” et “À bas les juifs”. Les autorités redoutent la répétition de ces incidents au moment où l’Allemagne capitule ; la troupe est consignée.

Au lendemain de la terrible journée de Sétif, l’insurrection se répand. Elle éclate à Guelma, sous préfecture de 16 000 habitants dont 4 000 Européens. L’émeute dure cinq jours de suite. Au début, la police et la troupe ont tiré en l’air. Mais cela dégénère. “À bas de Gaulle ! À bas Churchill et les juifs !” Le jeune sous-préfet de Guelma, gaulliste musclé, héros de la Résistance, André Achiary, ne dispose pour maintenir l’ordre que d’un faible dispositif. Il décide de former des milices d’Européens armés. Et là se produisent des représailles et des exécutions sommaires.

Le 11 mai, les autorités d’Alger ont reçu un télégramme du général de Gaulle : « Veuillez affirmer publiquement la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française sur l’Algérie. Veuillez prendre toutes mesures nécessaires pour réprimer tous agissements antifrançais d’une minorité d’agitateurs. » Le commandement militaire estimera le nombre des insurgés à 40 000. « Dès l’annonce des premières révoltes, observe Roger Vétillard, les chars, l’aviation, dans une moindre mesure l’artillerie et, plus tard, la marine, participent à la remise en ordre du territoire. »

Conformément aux consignes reçues de Paris, la répression est sans pitié. Des villages situés autour de Sétif, Guelma et Kherrata, sont rasés. L’historien Jean Lacouture a également retenu que « des unités de troupes noires tuèrent et pillèrent pendant quarante-huit heures ». Ces différents faits nourrissent l’accusation des massacres. Ce qui ressort des archives militaires et des travaux de Vétillard en tempère non la réalité mais la dimension. Ainsi, de combien d’avions l’état-major dispose-t-il pour ses opérations ? De douze chasseurs et douze bombardiers légers. Combien effectuent-ils de missions d’assaut ? Vingt en quinze jours. La marine ? Un croiseur, le Duguay-Trouin, au large de Bougie. Le 10 mai, au plus fort de l’insurrection, il tire vingt-trois coups de 155 pour disperser des rassemblements des tribus insurgées.

Relevées en 1945, les pertes côté européen sont, selon les sources, de 102 à 113 victimes ; il y a deux fois plus de blessés. À cela s’ajoutent quelque 800 musulmans assassinés par les émeutiers pour leur francophilie. Côté musulman, le commandement militaire dénombre alors 2 628 tués ; le quotidien l’Humanité cite à l’époque le chiffre de 6 000. C’est la radio du Caire qui, la première, parlera de 45 000 victimes, bilan qui sera par la suite officialisé par le régime algérien. Plus on s’éloigne des événements, plus le chiffre gonfle : le 8 mai 2003, le quotidien officiel du parti gouvernemental, El Moudjahid, cite le chiffre de 100 000 ! Les corps ont-ils tous disparu dans la chaux vive ? Qui furent donc les responsables de cette répression ? Le gouverneur général de l’Algérie, Yves Chataigneau, était un gaulliste que les pieds-noirs avaient baptisé Mohammed en raison de ses sympathies musulmanes ; il agissait sous les ordres du ministre de l’Intérieur, le socialiste Adrien Tixier ; le ministre de l’Air, responsable des ordres donnés à l’armée de l’air, était le communiste Charles Tillon. « Le mouvement insurrectionnel, écrivit le gé néral Martin, n’a pas été l’oeuvre de fa méliques mais de fanatiques et de racistes. Le mouvement n’avait pas pour but initial la guerre sainte, mais cet argument fut employé par les meneurs pour décider la masse et la fanatiser…»

Était-il nécessaire de faire passer cette terrible répression pour de la barbarie, d’en gonfler jusqu’à l’absurde le nombre des victimes ? Sans doute le fallait-il pour excuser et justifier les massacres du FLN qui allaient commencer neuf années plus tard.  François d Orcival

À lire

Sétif, mai 1945, massacres en Algérie, de Roger Vétillard, Éditions de Paris, 588 pages, 39 €.

Sétif 1945, histoire d’un massacre annoncé, de Jean-Louis Planche, Perrin, 422 pages, 22,90 €.

La Guerre d’Algérie par les documents, tome 1, collectif. Service historique de l’armée de terre, 550 pages, 49 €.

Voir aussi:

Cinéma. De l’argent public devait-il financer cette œuvre de fiction qui dessert l’histoire?

Hors-la-loi : un mauvais film

Frédéric Pons

Valeurs actuelles

27/05/2010

Fiction manichéenne de facture médiocre, dévaluée par de nombreuses erreurs historiques, l’oeuvre de Rachid Bouchareb est bien une apologie caricaturale du FLN algérien. Notre envoyé spécial à Cannes a vu le film.

Des motards en grande tenue pour l’escorte, des limousines pour l’équipe du film, puis le tapis rouge du Palais des Festivals, foulé au rythme d’une danse arabe, les embrassades du petit monde du cinéma… Deux heures dix-huit minutes plus tard, la salle applaudit, debout. Des youyous de triomphe montent de quelques rangs. Je reste assis, comme quelques festivaliers. À côté de moi, deux Slaves applaudissent, surexcitées. Elles sont russes, me disent qu’elles ont “adoré”. Sans doute l’habitude des films de propagande, ce qu’est Hors-la-loi.

Représentant l’Algérie à ce 63e Festival du cinéma, ce film militant est le porte-voix d’une lecture univoque et haineuse de l’Histoire : celle du FLN, le pilier de la nomenklatura totalitaire qui contrôle l’Algérie depuis 1962, après l’avoir ruinée.

Ce film manichéen transpire la haine, quoi qu’en dise son réalisateur, Rachid Bouchareb, et quel que soit le talent de ses principaux acteurs, Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila.

« Il s’agit d’une œuvre de fiction », soutient Bouchareb. Ce qui peut, en effet, lui donner le droit de prendre des libertés avec l’Histoire, comme d’autres cinéastes l’ont fait avant lui. Mais – c’est lui qui le dit – Bouchareb, citoyen français d’origine algérienne, a voulu faire de son film un « rappel historique pour les jeunes générations qui ont le droit de connaître l’histoire. » L’intention est louable. Le résultat l’est nettement moins.

Indigènes, son précédent film, était plutôt sympathique par son sujet – l’hommage aux soldats africains de l’armée française –, par la revendication qu’il portait – accorder enfin les droits promis par l’État français à ces anciens combattants. Il l’était moins par l’intention cachée : la mise en accusation de l’ingratitude de la France et l’encouragement à sa repentance. Malgré son traitement un peu scolaire, Indigènes réussissait à susciter une certaine empathie à l’égard de ces combattants, si mal récompensés par notre pays.

Rien de tel pour Hors-la-loi. Le film surprend d’abord par la médiocrité de la mise en scène et le jeu laborieux de ses acteurs. À l’exception de Debbouze, ils déclament assez platement le manuel du parfait petit révolutionnaire tiers-mondiste. Bouchareb revendique l’esprit d’Elia Kazan dans Viva Zapata ou de Sergio Leone pour Il était une fois en Amérique. On en est très loin. Les critiques de cinéma du Figaro (« Un feuilleton lisse, raplapla, amidonné ») et de Libération (« Académisme vernissé… Saga sans souffle… Fiction bancale qui ne sait pas trop où elle va… ») ont vu juste. Le jury du Festival a lui-même complètement ignoré le film dans son palmarès.

Cette histoire de trois frères algériens, venus en France après les massacres de Sétif en mai 1945, se veut édifiante. L’un (Debbouze) devient souteneur à Pigalle et organise des matchs de boxe. Les deux autres (Zem et Bouajila) basculent dans la lutte clandestine armée au service du FLN. Ils massacrent des policiers français, étranglent des opposants ou rackettent des compatriotes rétifs à leur cause. Des séquences sur le sort de ceux qui fument ou qui rejettent la cause nationaliste annoncent les atrocités qui seront commises au nom de la révolution ou de l’islam rigoriste : combien de musulmans auront les lèvres et le nez coupés, pour l’exemple ! Combien de fils d’Algérie restés fidèles à la France seront assassinés par le FLN, avant comme après l’indépendance ! Mais le film ne montre rien de ces massacres de masse entre Algériens.

Hors-la-loi raconte une histoire à sens unique, dans une tonalité antifrançaise sous-jacente, niée par l’équipe du film que la polémique a visiblement agacée. À Cannes, chacun a cherché, à sa façon,à désamorcer la tension. Jamel Debbouze a joué sur son humour sautillant et Bouchareb a feint d’abord l’innocence : « Je fais juste du cinéma. Je voulais simplement procurer au spectateur de grandes émotions. » Il en a appelé à sa liberté d’artiste : « Tout le monde a le droit de s’exprimer, Français comme Algériens. Le spectateur verra bien que mon film n’a aucune animosité contre la France. » Plus tard, il livrait enfin la clé de sa démarche militante : « Le film est destiné à ouvrir un débat. Il serait grand temps de raconter l’histoire du colonialisme : dire que l’Algérie n’était quand même pas le paradis pour les indigènes. Maintenant, l’abcès est crevé avec le film. Il faut aller vers des choses positives. »

Le problème est là : Hors-la-loi est malhonnête parce qu’il ne retient que des “choses négatives”. Que comprend le spectateur à l’issue de ce spectacle glaçant ? L’armée française, c’est la Wehrmacht ; la police française, la Gestapo ; les policiers français sont des tueurs psychomaniaques ; les terroristes du FLN sont les frères des résistants français de 1940-1944 ; la scène d’ouverture – les massacres de Sétif en mai 1945 – est une transposition d’Oradour-sur-Glane. Cette trame est intentionnelle. Les images d’archives de l’indépendance algérienne (juillet 1962) qui concluent le film renvoient à celles de la libération de Paris qui l’ouvrent. Le devoir appliqué de Bouchareb sera très bien noté au prochain congrès du FLN.

Cette séquence des massacres du 8 mai 1945 à Sétif dure six minutes. Six minutes de désinformation historique absolue ! Bouchareb montre des civils algériens pacifiques, aveuglément mitraillés par les forces de l’ordre. Les soldats, les policiers et les civils tirent les musulmans comme des lapins dans les rues de Sétif. Des dizaines de cadavres sont alignés dans les rues. La répression fut en effet brutale mais elle n’interviendra que plus tard. On ne voit quasiment rien du massacre d’une centaine d’Européens, ni de la large politique d’amnistie qui suivra.

Malgré les travaux incontestables du Service historique de la Défense et de spécialistes de la guerre d’Algérie, cette lecture caricaturale de l’histoire n’a guère suscité de réactions au sommet de l’État : Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture, argue de la liberté de la création artistique ; Hubert Falco, le secrétaire d’État aux Anciens Combattants, n’ayant pas vu le film, a simplement rappelé que « la mémoire et l’Histoire n’ont besoin que de vérité ».

Alertées par Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, les associations de rapatriés et de harkis se sont alors mobilisées pour dénoncer le « négationnisme » de ce film, accusé de gommer les souffrances des Européens et des musulmans fidèles à la France : « Mémoire amputée, mémoire bafouée », « Hors-la-loi : palme du mensonge », entendait-on à Cannes le 21 mai, au matin de la projection.

Près de 1 500 personnes avaient répondu à l’appel des associations pour un hommage calme et déterminé aux morts pour la France. Tous regrettaient le financement de ce film (20 millions d’euros, les deux tiers du budget) avec de l’argent public français, dont une contribution de France Télévisions et de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur présidée par le socialiste Michel Vauzelle. Fait exceptionnel, Bernard Brochand, le député et maire de Cannes, n’était pas en haut des marches ce 21 mai pour accueillir l’équipe du film, comme le veut la tradition. « Le Festival doit conserver sa liberté d’expression, expliquait David Lisnard, son premier adjoint et président du Palais des Festivals. Mais il n’est pas bon d’offenser la mémoire de certains. »

Coproducteur du film, Tarak ben Ammar a justifié Hors-la-loi : « Il faut donner à la jeunesse algérienne et française une mémoire. Ce film y contribuera. » Est-ce si sûr ? Le film sortira en salles le 22 septembre. Quel sera son impact auprès de ces Français toujours en quête d’identité, qui n’hésitent pas à brandir le drapeau algérien en signe de ralliement ? Quel effet de colère et de mimétisme pourrait provoquer Hors-la-loi dans une population mal intégrée que certains – politiques, trafiquants, religieux – voudraient manipuler. « Ce film orienté met du vinaigre sur la plaie », regrette André Mayet, responsable de la Maison des rapatriés de Cannes. Ou de l’huile sur le feu.

De Cannes, Frédéric Pons

Voir de même:

Histoire. Quand le cinéma bafoue la vérité des faits.

« Hors-la-loi » : un catalogue d’erreurs grossières

Frédéric Pons

27/05/2010

Avec l’aide du Service historique de la Défense, le général Maurice Faivre, Jean Monneret ou le préfet Roger Benmebarek, né à Constantine (son père fut administrateur en Kabylie en 1945 et 1946), ont dressé la liste des erreurs ou des oublis falsificateurs du film de Bouchareb, à commencer par l’affaire de Sétif, le 8 mai 1945. Quatre musulmans sont tués pendant le défilé de la Victoire (l’un voulut brandir le drapeau indépendantiste algérien) mais le premier massacre de masse concerne, ce jour-là, les Européens (109 tués et disparus, dont le maire socialiste de la ville). Il ne s’est pas agi d’une colère spontanée : les quelques émeutiers avaient préparé un plan d’insurrection prévoyant les assassinats d’Européens et l’installation d’un maquis dans le massif des Babors, au nord de Sétif. Il n’y a pas eu de tirs des colons par les fenêtres, ni de tirs de gendarmes à la mitrailleuse. La terrible répression (sur ordre du général De Gaulle) sera conduite dans les jours suivants. Elle fut d’une brutalité inexcusable (au moins 2 500 morts, mais loin des 40 000 victimes annoncées par la propagande du FLN), menée avec les méthodes impitoyables de l’époque mais suivie d’une large amnistie en 1946, totalement ignorée dans le film, et les suspects arrêtés en mai 1945 ne furent pas transférés à Paris.

Le FLN et le MNA sont nés en 1954 et pas en 1945 et De Gaulle n’était plus aux affaires en 1954. L’un des frères, Messaoud, affecté au 3e RTA, ne pouvait pas être parachutiste en Indochine (surtout largué à Diên Biên Phù par un C-130 américain !) ; après dix ans de service, il aurait dû être au moins sergent. Ce sont des harkis qui ont démantelé la plupart des commandos du FLN à Paris et la Main rouge, une organisation contre-terroriste montée par les services spéciaux, n’intervint jamais en métropole. C’est le FLN et le MNA qui ont pratiqué des noyades dans la Seine en 1961, pas la police (sauf un cas, jamais confirmé), qui n’a pas fait exploser de voiture en métropole. Le convoyage par le FLN d’autobus bourrés d’armes d’Allemagne vers la France est invraisemblable : il y avait assez de ports en Allemagne pour les embarquer.

« On reste ébahi devant tant d’erreurs d’ordre historique, matériel, chronologique et même intellectuel, et tant d’amalgames, écrit le préfet Benmebarek. En fait c’est une provocation, très volontaire, qu’ont voulue les producteurs et les sélectionneurs, à la fois dans un but commercial pour les uns, politique pour les autres. » Frédéric Pons, notre envoyé spécial à Cannes.

Cahiers de la mémoire, www.rogerbk.com

Voir également:

« Hors la loi », une héroïsation problématique
Benjamin Stora

Mediapart

22 septembre 2010

A peine a-t-il été montré à quelques personnes, dans le cadre du festival de Cannes, que Hors-la-loi a suscité une première polémique très idéologique. Depuis, les choses se sont décantées: des historiens ont pu visionner le film de Bouchareb. Ils ont constaté à quel point cette oeuvre remet en pleine lumière certaines zones d’ombre de notre passé et, au travers de l’évocation des massacres de Sétif, apporte un correctif à l’une des principaux domaines d’exercice de l’amnésie.

Une amnésie qui s’explique, en partie, par le fait que la plupart des fictions françaises traitant de la guerre d’Algérie se concentrent sur la séquence 1954-1962, mais délaissent les premiers événements et massacres, antérieurs à cette séquence. L’autre trou de mémoire que comble Hors-la-loi concerne la présence de l’immigration algérienne en France. Jusqu’ici, quelques films de fiction l’ont évoquée : Elise ou la vraie vie, le beau film de Michel Drach (1969), sur un scénario de Claude Lanzmann ; Les Sacrifiés, d’Okacha Touita (1983), Vivre au paradis, un film de Bourlem Guerdjou (1997), avec, notamment, Roschdy Zem ; et, enfin, Nuit noire, d’Alain Tasma, en 2004, consacré à la nuit du 17 octobre 1961 et à sa répression sanglante. Trois films d’une grande qualité, mais qui faisaient néanmoins l’impasse sur l’ancienneté de la présence algérienne en France.

En dépit des clarifications auxquelles il procède, le film de Bouchareb relègue dans l’ombre une quantité impressionnante de faits, et brouille même parfois la frontière de la réalité et de la fiction.

Sur cet enjeu éternel du rapport de l’histoire et de la fiction, rappelons que de nombreux films de guerre fonctionnent sur le mode de l’ellipse, de Voyage au bout de l’enfer à Platoon et à Apocalypse now. Ces ellisions du réel n’ont pas forcément de caractère problématique, car ces œuvres culminent dans une métaphysique de la guerre. Se voulant surtout comme un film d’action, Hors-la-loi n’est pas porté par une telle métaphysique : il s’enracine explicitement dans une chronologie historique précise, avant et pendant la guerre d’Algérie.

Quand il évoque les massacres de Sétif, en 1945, on aurait pu s’attendre à ce que la vraie durée des massacres (plusieurs semaines) nous soit restituée, avec leur localisation véritable (Guelma, Kherrata et non pas seulement Sétif). Le choix de la contraction mythologique dans une unité de temps de 24 heures est parfaitement adapté aux exigences du cinéma, mais il sert aussi l’impératif de sensationnalisme. Il a, cela dit, aussi pour inconvénient de tirer le film du côté de la mythologie.

Même remarque concernant l’évocation de la trajectoire des « porteurs de valise », les militants de la gauche française qui ont aidé le FLN : pour l’un (ou, comme dans le film, l’une) d’entre eux qu’animaient des sentiments amoureux, l’immense majorité de ces porteurs de valise avaient un agenda essentiellement idéologique, et ils ont fait sévèrement abstraction d’eux-mêmes. Jean-Luc Godard l’a montré dans Le petit soldat, (mais cette fois dans l’engagement en faveur de l’OAS).

Autre scène, autre concession à la part mythologique de la réalité : lorsque Bouchareb montre Sami Bouadjila dans l’usine, il imagine, en une scène improbable pour une situation d’hostilité, que celui-ci bat publiquement le rappel pour le FLN ! Cette organisation agissait dans un cadre strictement clandestin, et on imagine très mal une telle séquence…

L’évocation de la guerre ouverte entre le FLN et le mouvement indépendantiste rival, le MNA de Messali Hadj, n’est, quant à elle, guère plus convaincante : si on tuait un militant, ce n’était de toutes façons pas pour lui voler son frigidaire ! La distorsion discrète de la vérité historique a beau répondre à un impératif spectaculaire, elle noie la complexité des situations politiques dans la contemplation sidérée d’une violence pure. Le paroxysme est atteint avec deux attaques à main armée, qui raviront les amateurs de fusillades « asiatiques » à la John Woo : celle que Bouchareb imagine, dans une forêt francilienne, contre une fourgonnette de harkis ; l’autre, à l’encontre d’un commissariat de police, dans le but de se venger d’un gradé de la police responsable d’actes de torture, et au cours de laquelle l’un des acteurs, Rochdy Zem interprétant un militant du FLN, vide son chargeur de revolver, tenu à deux mains, sur les policiers.

Cette héroïsation du FLN est comparé subliminalement à la Résistance française des années 1940. Elle n’en demeure pas moins historiquement tout à fait problématique, car le FLN n’a porté la guerre officiellement qu’une seule fois sur le territoire français, en août 1958, avant de se raviser, en songeant à l’effet d’engrenage dramatique d’une telle stratégie.

Cette héroïsation a comme autre inconvénient de plonger dans l’invisibilité cette autre France, habitée d’anticolonialistes, auxquels les nationalistes algériens de l’époque vouaient une gratitude lucide. Hors-la-loi suggère un peu trop aisément que la France de cette époque était pareille à un bloc, retranché derrière sa bonne conscience postvichyste. Les militants algériens, toutes tendances confondues, n’ont jamais vu les choses ainsi.

(ce texte a été publié dans Marianne, 18-24 septembre 2010)

Benjamin Stora, auteur de Les immigrés algériens en France, une histoire politique (1912-1962), Ed Hachette, coll Pluriels, 2009.

Voir encore:

Réponse à Thierry Leclère (2010)
Guy Pervillé

3 octobre 2010

Ce texte est ma réponse à une mention désobligeante de mes prises de position au sujet du film « Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb, que le journaliste Thierry Leclère vient de faire dans le n° 3167 du magazine Télérama daté du 25 septembre au 1er octobre 2010, à l’intérieur de son article intitulé « Pourquoi la droite réhabilite le colonialisme » (voir dans ce numéro, pp. 47-48, et sur le site http://www.telerama.fr/idees/pourquoi-la-droite-rehabilite-t-elle-le-colonialisme,60517.php).

Après avoir pris position sur mon site dans le débat suscité par la projection au festival de Cannes du film Hors-la-loi, film franco-algérien de Rachid Bouchareb, j’avais accordé un entretien téléphonique au journaliste Thierry Leclère, de Télérama, sur sa demande, il y a déjà plusieurs semaines. Une heure de discussion avait, du moins je le croyais, été utile pour clarifier les raisons de mes jugements désavouant ceux publiés d’abord par Yasmina Adi et plusieurs historiens sur Lemonde.fr le 5 mai 2010 [1], puis par Séverine Labat dans Le Monde des 27 et 28 juin 2010 [2]. Je savais que mes propos seraient utilisés par ce journaliste dans un article à paraître au moment de la sortie du film en salle, mais je n’imaginais pas quel usage il en ferait. En fait, il ne les a même pas cités, mais il s’est permis de me cataloguer de façon injurieuse parmi les auteurs qu’il croit devoir qualifier de « néoconservateurs » et de « révisionnistes » : « Cinquante ans après les indépendances, c’est donc tout un discours néoconservateur de réhabilitation de l’entreprise coloniale, très charpenté, avec ses relais médiatiques et ses auteurs fétiches (Daniel Lefeuvre, Guy Pervillé, Pascal Bruckner, etc.), qui a imposé son magistère, face à une gauche intellectuelle absente, tétanisée. Une gauche incapable de rétorquer à cette lame de fond révisionniste qui avance, façon Éric Zemmour, en thuriféraire du « politiquement incorrect ». (…) »

J’ai été très surpris d’apprendre que j’avais « imposé mon magistère », mais surtout choqué de me voir ainsi cataloguer, alors que je n’ai jamais tenté d’imposer la moindre position politique à qui que ce soit. Le seul but de mes publications est de faire avancer la connaissance historique, et pour cela de corriger les erreurs que je crois pouvoir discerner. Si donc je pratique un certain « révisionnisme », c’est uniquement dans la mesure où l’histoire n’est pas un dogme intangible, mais un chantier en perpétuel renouvellement par la critique et la « révision » des erreurs. C’est seulement dans cette perspective-là que l’on peut, bien entendu, discuter ou même contester les opinions que je crois devoir exprimer, et les erreurs que je peux moi aussi commettre.

Dans ma discussion téléphonique avec Thierry Leclère, j’avais dû lui concéder l’imprudence que j’avais commise en prenant une position critique sur le film de Rachid Bouchareb sans avoir pu le voir, en me fiant à une analyse de son scénario [3]. Maintenant que j’ai pu voir ce film, je peux enfin exprimer mon jugement final, en toute franchise.

Mon opinion sur le film de Rachid Bouchareb

Je dois d’abord reconnaître que j’ai dû « réviser » mon jugement, de deux manières contradictoires. D’une part, j’ai trouvé le nouveau film de Rachid Bouchareb, sur le plan de la technique cinématographique, bien meilleur que le précédent. Je comprends bien que certains puissent le trouver bon, voire très bon, et je partagerais ce jugement favorable si ce film pouvait être considéré uniquement comme une œuvre de « fiction ». Mais en tant qu’historien, je dois aussi tenir compte de la qualité de l’image de la guerre d’Algérie qu’il peut donner à son public, notamment les jeunes qui n’ont pas vécu cette guerre, et tout particulièrement les jeunes d’origine algérienne vivant en France. C’est en effet ceux-ci que visent en priorité l’auteur et les principaux acteurs, qui sont citoyens français mais aussi algériens par leur ascendance. L’appui enthousiaste apporté à ce film par les autorités algériennes [4] (contrastant fortement avec leur jugement mitigé sur le film précédent, « Indigènes »), quelle que soit la part réelle de l’Algérie dans son financement, suffirait à prouver que celui-ci, présenté à Cannes en tant que film algérien, est bien ce qu’il déclare être.

Mais l’État algérien ayant une doctrine officielle qui ne correspond pas nécessairement à la vérité historique recherchée par les historiens dans les pays où la recherche historique est entièrement libre, on ne peut sous-estimer la question de la valeur historique de ce film, ni s’en débarrasser en le considérant comme une pure fiction. En effet, il apparaît à travers de nombreuses déclarations du réalisateur qu’il a voulu restituer la substance d’une vérité historique trop longtemps méconnue, tout en se prévalant de la liberté que revendiquent les romanciers par rapport aux faits, aux temps et aux lieux. La conciliation entre ces deux buts ne va pas de soi, et on peut même les juger contradictoires. Or le fait est que le début et la fin du film donnent l’impression d’un engagement total au service de la justification de la cause nationale algérienne, ce qui explique l’appui enthousiaste que l’Algérie lui apporte. Même s’il est vrai qu’à l’intérieur de ce film le scénario introduit des nuances très bien venues, en distinguant nettement les caractères des trois frères, et en reconnaissant la violence extrême des méthodes de lutte employées par le FLN et imposées par lui à la population qu’il entraîne de gré ou de force, la fin gomme toutes ces nuances pour laisser l’image d’une unanimité nationale scellée par la répression du 17 octobre 1961 à Paris et par l’euphorie des fêtes du 5 juillet 1962 en Algérie [5].

Un autre reproche qu’un historien peut lui faire, c’est l’incertitude qu’il laisse planer à tout instant en alignant, avec des repères de dates souvent discutables, des épisodes dont le spectateur ne sait jamais, à moins d’être un spécialiste de l’histoire de la Fédération de France du FLN, s’ils sont vrais, ou seulement vraisemblables par déplacement d’épisodes réels dans l’espace ou dans le temps, ou enfin purement imaginaires, et inspirés par les film de gangsters américains, pourtant étrangers au sujet [6]. En regardant le film, le simple spectateur ne sait jamais s’il voit une scène historiquement crédible, une demi-fiction ou une pure fiction.

Mais cet inconvénient resterait supportable s’il n’y avait pas, dès les premières minutes du film, une séquence capitale qui met en évidence l’impossibilité de concilier la liberté du scénariste et la réalité historique. Cette séquence, qui ne dure que sept minutes, prétend nous montrer la répression impitoyable de la manifestation nationaliste du 8 mai 1945 à Sétif. On y voit une foule compacte, avançant en criant des revendications nationalistes pacifiques, tomber dans un véritable guet-apens ; le commissaire de police, voulant arracher un drapeau algérien et tirant au révolver sur le scout musulman qui le porte, donne ainsi le signal de l’ouverture du feu par les policiers, les gendarmes, les soldats, et même des civils français tirant depuis les balcons. Ce massacre froidement prémédité se solde par des dizaines ou des centaines de cadavres alignés le long des rues, sans victime innocente du côté français.

Or cette scène terrible n’est pas vraie. Même si l’on tient compte de l’impossibilité pratique de résumer en sept minutes ce que les films de montage présentent en une heure, cela n’excuse pas la présentation d’un mythe comme une vérité historique. Et c’est pourquoi mon jugement final est beaucoup plus sévère que celui que j’avais porté auparavant sur le film de Mehdi Lallaoui et Bernard Langlois (1995) et plus récemment sur celui de Yasmina Adi (2008). En effet, cette œuvre de « fiction », mais qui sera sans aucun doute perçue comme la révélation d’une vérité historique trop longtemps cachée par une bonne partie de son public, effacera tous les repères qui permettent encore, difficilement, de différencier ces deux genres. En conséquence, la vérité historique sera remplacée par le mythe, et sera elle-même perçue comme mythique.

Que sait-on du « massacre de Sétif » ?

En quoi le massacre du début du film est-il une fiction mythique ? Sans pouvoir raconter ici toute l’histoire de l’idée insurrectionnelle dans l’Algérie coloniale, essayons de résumer brièvement l’essentiel. Une fraction du Parti du Peuple Algérien (PPA) a porté l’idée que les Algériens devaient se préparer à une insurrection dès le début de la Deuxième guerre mondiale, mais le refus allemand de lui fournir une aide réelle a voué ce projet à l’échec. La fin de cette guerre signifiait donc celle de la dernière occasion de rejeter la souveraineté française sur l’Algérie, et le PPA clandestin se trouvait confronté à un dilemme : laisser passer cette dernière chance de profiter de la guerre pour se révolter, ou tenter à tout prix une insurrection dans l’espoir d’une intervention étrangère, en prenant le risque d’une répression terrible. Les chefs du PPA étaient très divisés sur cette question, mais on croit savoir par les historiens Mohammed Harbi et Annie Rey-Goldzeiguer qu’en avril 1945 son chef interné dans le sud algérois, Messali Hadj, avait tenté de s’évader pour aller prendre la tête d’un gouvernement provisoire algérien [7]. Cette évasion échoua faute d’organisation suffisante, et Messali fut éloigné au Sahara puis au Congo. Le PPA clandestin, utilisant comme couverture et comme instrument de mobilisation les Amis du Manifeste et de la Liberté (AML, association fondée par Ferhat Abbas pour populariser sa revendication d’un État algérien autonome, fédéré à la France), organisa de grandes manifestations à l’occasion du 1er mai, puis le 8 mai à l’occasion de la capitulation allemande. Le 1er mai, il y eut quelques morts à Alger et à Oran [8]. Le 8 mai, les manifestations furent organisées dans de nombreuses villes de l’est et de l’intérieur. Presque toutes se déroulèrent sans incident parce qu’elles respectèrent l’interdiction de déployer des drapeaux algériens et des slogans nationalistes, sauf à Blida, à Bône, à Sétif et à Guelma. Dans les deux premières villes, l’autorité française rétablit l’ordre sans causer de lourdes pertes [9]. Mais à Sétif et à Guelma, la situation dégénéra, sans que l’on puisse pour autant confondre les événements de ces deux villes.

Distinguons soigneusement les étapes successives de ce processus insurrectionnel :
1- À Sétif, le matin du 8 mai, le sous-préfet Butterlin laissa commencer la manifestation nationaliste autorisée la veille. Quand les manifestants arborèrent des drapeaux et des pancartes nationalistes, contrairement aux conditions imposées et acceptées, vers 9 heures, l’intervention du commissaire de police pour tenter d’arracher ces emblèmes provoqua une réaction violente, dans laquelle furent tirés les premiers coups de feu, sans que l’on sache avec certitude qui les tira, et si le scout porteur du drapeau fut bien le premier tué. Aussitôt après, le « service d’ordre » de la manifestation, armé ou ayant récupéré les armes prélevées sur les manifestants (armes à feu, armes blanches ou bâtons), massacra plusieurs dizaines de Français tout en fuyant la ville. Au même moment, le colonel Bourdila mit aux arrêts le sous-préfet, et prit en main le rétablissement de l’ordre, mais sans excès de violence.
2- À partir de Sétif, l’insurrection se répandit dans toutes les directions, mais surtout vers le nord, jusqu’à la mer. Dans de nombreuses villes et villages de colonisation, ainsi que dans les campagnes, des Français furent attaqués et certains massacrés par des Algériens musulmans, au cri de « Djihad », jusqu’à ce que les troupes (en grande partie algériennes, marocaines ou sénégalaises) interviennent à leur secours. C’est alors que la violence de la répression succéda à celle de l’insurrection.
3- À Guelma, le sous-préfet Achiary, ancien résistant, fut informé du soulèvement de Sétif par un coup de téléphone du préfet de Constantine. Quand les AML se décidèrent à manifester, vers 17 h 45, il marcha à leur rencontre et dispersa les manifestants en tirant un coup de feu en l’air ; l’un des manifestants fut mortellement blessé par un policier indigène. Mais le lendemain 9 mai, des rumeurs d’insurrection commencèrent à arriver des villages voisins. Il y eut en effet douze Européens massacrés dans leurs fermes le 9 et le 10 mai. Le sous-préfet Achiary réagit énergiquement en armant une milice de plusieurs centaines de civils français, et en écartant l’autorité militaire de la ville. Cette milice procéda à des centaines d’arrestations. Se croyant encerclés et gravement menacés, les miliciens jugèrent et exécutèrent sommairement plusieurs centaines [10] de prisonniers musulmans, dans la ville et dans les villages voisins.

Il nous faut souligner les points essentiels qui distinguent le processus constaté par les historiens de la version partiale qui est reprise par le film. D’abord, l’attribution de la responsabilité du premier mort (à savoir, le scout musulman portant le drapeau nationaliste) au commissaire de police n’est pas incontestablement démontrée. Non seulement parce que les récits divergent, mais aussi parce que, suivant deux témoignages indépendants et concordants, le premier mort aurait été, deux heures avant l’affrontement autour du drapeau, le contrôleur français du marché, Gaston Gourlier, dont le cadavre ne fut retrouvé qu’après la fin de l’émeute [11]. D’autre part, si la manifestation devait être pacifique, et si son service d’ordre avait soigneusement récupéré toutes les armes apportées par des manifestants, on ne peut que s’étonner de l’usage très meurtrier que ce prétendu « service d’ordre » en a fait aussitôt après la bagarre autour du drapeau algérien, comme l’avait fait déjà remarquer en 1952 l’historien et militant socialiste Charles-André Julien dans son livre L‘Afrique du Nord en marche [12]. Au contraire, les soldats musulmans commandés par l’autorité militaire française ont fait évacuer sans violence le marché où s’était rassemblée la masse des manifestants [13]. Mais au départ de Sétif, il s’est propagé une véritable insurrection qui s’est immédiatement traduite par des assassinats de civils européens, fonctionnaires ou non.

Je dois pourtant signaler l’opinion divergente exprimée dans son livre Sétif, mai 1945, histoire d’un massacre annoncé par Jean-Louis Planche [14] : d’après lui, les premiers coups de feu auraient été tirés sur le cortège des manifestants par des Français d’extrême-droite voulant se venger du maire socialiste Deluca. Cette interprétation, confirmée par les rapports du consul britannique à Alger John Carvell [15], m’inspire a priori un certain scepticisme, tant elle paraît correspondre au schéma bien connu d’interprétation des événements par le complot [16] . Mais quand bien même elle serait dûment vérifiée, elle n’affaiblirait en rien le rôle central de l’insurrection partie de Sétif, événement capital – mais totalement escamoté par le film Hors-la-loi – sans lequel rien de ce qui a suivi ne se serait produit, y compris la répression absolument démesurée de Guelma.

En effet Guelma, ville située à 185 km à l’est de Sétif, a connu un processus tout différent. La manifestation du 8 mai, tardive, a été repoussée sans difficulté par le sous-préfet Achiary. Mais les deux jours suivants, des attaques visant des Européens dans les villages voisins ont semé la panique à Guelma, et provoqué la levée d’une milice, qui a arrêté, condamné et exécuté en dehors de toute légalité des centaines de musulmans. Contrairement à l’idée répandue par la gauche, la milice d’Achiary ne représentait pas « les fascistes », mais « la France combattante », c’est-à-dire la gauche résistante, y compris des communistes et cégétistes (qui furent ensuite exclus de leur parti ou syndicat) [17]. Le dernier épisode de ce processus tragique est resté au premier plan dans les mémoires, et il a effacé les précédents de la mémoire collective du nationalisme algérien. Les historiens ont le devoir de le reconnaître, mais aussi de refuser la confusion des lieux, le télescopage des étapes et l’exagération des bilans (qui restent néanmoins très déséquilibrés au détriment des musulmans).

Enfin, rappelons que le PPA clandestin, pour soulager les régions insurgées, donna un ordre d’insurrection générale pour le 24 mai, puis le décommanda parce que le risque d’une défaite totale était trop grand. Mais le contre-ordre arriva trop tard aux militants de Haussonvillers en Grande Kabylie [18], de Cherchell dans l’Algérois, et de Saïda en Oranie, où quelques actions isolées furent signalées.

Le bilan officiel enregistra une centaine de morts (et autant de blessés) français, parmi lesquels seulement douze morts dans les environs de Guelma, mais aucun dans cette ville, ce qui montre bien, comme l’a souligné Jean-Pierre Peyroulou, que l’insurrection fut bien réelle au départ de Sétif, mais pas à Guelma [19]. Au contraire, le nombre des victimes de la répression fut arbitrairement limité à 1.500 par le ministre de l’Intérieur Adrien Tixier, mais il ne convainquit personne à cause de la limitation à onze des victimes avouées de la répression à Guelma-ville, ce qui explique la rapide inflation des estimations proposées par des Français et par des étrangers aussi bien que par les nationalistes algériens et leurs soutiens arabes. Il n’y a pourtant pas la moindre preuve à l’appui du bilan de 45.000 morts que finirent par adopter les nationalistes algériens, sinon l’assonance (« les 45.000 morts de mai 1945 »). En réalité, contrairement à ce que beaucoup ont cru ou croient encore, il n’y a aucune preuve que le nombre des morts ait été supérieur à 10.000, voire à 5.000, nombre déjà énorme et sans précédent depuis la grande révolte de 1871. En l’absence de preuve, les historiens doivent prudemment préférer la sous-estimation à la surestimation, qui attise les ressentiments et les haines. Quant à la répression légale, elle fut limitée par la loi d’amnistie du 1er mars 1946, votée par l’Assemblée nationale constituante, qui permit la libération de presque tous les prisonniers. Mais des exécutions capitales de condamnés pour assassinat continuèrent jusqu’à la fin de l’année 1946 [20], et d’autres condamnés à perpétuité restèrent détenus en prison jusqu’en 1962 [21]. Selon Jean-Pierre Peyroulou, le colonel Halpert, procureur militaire, jugeait également nécessaire d’inculper les principaux responsables français de la répression de Guelma, et c’est le refus du ministre de l’Intérieur Le Troquer qui aurait poussé Halpert à se suicider le 15 février 1946, en sortant d’un entretien avec le ministre [22].

Une propagande incessante

Depuis lors, c’est la propagande du parti nationaliste PPA, puis celle du FLN, et enfin celle de l’État algérien indépendant, qui n’a pas cessé jusqu’à nos jours de répéter le nombre de 45.000 morts, et c’est la Fondation du 8 mai 1945, créée en mai 1990 par l’ancien ministre Bachir Boumaza, qui a lancé la revendication de repentance adressée à la France pour ce « crime contre l’humanité ». Cette revendication a été soutenue depuis mai 1995 par l’État algérien et présentée à la France en juin 2000 par le président Bouteflika. Le président Chirac espéra peut être éviter de la satisfaire en proposant la négociation d’un traité d’amitié franco-algérien en 2003, mais le vote de la loi du 23 février 2005 réhabilitant la colonisation française torpilla ce traité. Le candidat Nicolas Sarkozy fut le premier à repousser publiquement cette demande de repentance adressée à la France pour tous les crimes qu’elle a ou aurait commis en Algérie de 1830 à 1962 (et pas seulement en 1945). Le président Bouteflika semble y avoir renoncé, mais 125 députés de son Parlement ont déposé en février 2010 une proposition de loi réclamant le jugement de tous ces crimes (même ceux dont toutes les victimes et tous les auteurs étaient morts), heureusement non soutenue par le gouvernement algérien.

Tel est, rapidement résumé, le contexte dans lequel le film de Rachid Bouchareb doit être replacé si l’on veut comprendre la profonde indignation qu’il a soulevée parmi les anciennes victimes des insurrections nationalistes algériennes. Que son auteur en soit conscient ou non, il apparaît maintenant comme le principal instrument de cette revendication de repentance, et c’est pourquoi il a suscité des réactions qui dépassent de très loin celles que peut susciter habituellement un film controversé. Les Français d’Algérie se souviennent encore d’avoir été des victimes de la violence des insurgés, même s’il est vrai qu’à Guelma la répression a perdu toute mesure et toute justice. La mémoire des relations franco-algériennes doit impérativement être assainie, mais ce n’est pas en déformant la réalité historique de façon à transformer une insurrection manquée durement réprimée en un guet-apens exécuté de sang-froid que l’on y parviendra. Pour juger équitablement ce film, il faut tenir compte de tous ces éléments. Ses conséquences risquent d’être graves en renforçant le sentiment d’exil de nombreux jeunes franco-algériens qui se demandent pourquoi ils vivent en France et sont officiellement français. À moins que Rachid Bouchareb leur fournisse des réponses valables dans un troisième film, expliquant pourquoi leurs parents ont finalement choisi d’y rester, d’y revenir ou d’y venir après l’indépendance de l’Algérie [23]…

Cette affaire doit aussi nous inviter à réfléchir sur le rôle qu’a joué ou que n’a pas joué la presse française dans ces questions mémorielles, particulièrement depuis 1995. À plusieurs reprises, trois journaux se situant plus ou moins nettement à gauche (Le Monde, Libération, et L’Humanité) ont joué un rôle actif dans les campagnes d’opinion tendant vers une repentance de la France, même s’ils ne citaient jamais la revendication algérienne, qui est restée longtemps presque inconnue chez nous. Qu’on me permette de citer Le Monde, puisque j’y suis abonné de longue date. J’ai plusieurs fois signalé à l’un de ses responsables que les articles du journal, même ceux dont les auteurs paraissaient bien connaître l’Algérie, manifestaient une confusion flagrante entre l’histoire et une certaine mémoire, qui se distinguait de moins en moins de la mémoire officielle algérienne. Citant les estimations très élevées du nombre de victimes algériennes du 8 mai 1945 dans le Constantinois et du 17octobre1961à Paris publiées par Le Monde [24], j’avais déjà signalé qu’il était exposé à un « risque particulièrement important de déformation de la vérité historique par son souci de contribuer à une réconciliation franco-algérienne, réconciliation que je souhaite moi aussi de tout cœur mais que je ne crois pas possible dans les conditions actuelles ». Plus récemment, je lui ai fait part de ma réaction angoissée à l’éditorial du 21 mai 2010, intitulé « France-Algérie : le choc des mémoires, encore », dans lequel la direction du Monde prenait une position très nette en faveur du film de Rachid Bouchareb, en employant des expressions qui me donnaient à penser que le journal n’était pas en mesure d’arbitrer le conflit opposant le cinéaste franco-algérien à ses contradicteurs parce qu’il en partageait presque totalement la vision : « Dans cette petite ville (= Sétif) de la région du Constantinois, la répression de manifestations nationalistes algériennes – qui firent une centaine de morts dans la population française – prit des allures de massacre. L’armée et la police française ont tué des milliers d’Algériens – les chiffres vont de près de 2.000 à plus de 45.000 ; des dizaines de milliers d’autres ont été blessés. » Un peu plus loin : « La France, elle, a longtemps voulu occulter la tuerie de Sétif – un fait aujourd’hui avéré. » Et encore plus loin : « Les massacres de Sétif sont un fait historique ». Certes, ces déclarations se distinguent de la version officielle algérienne, qui est celle du film, par le fait que l’existence de victimes françaises est clairement rappelée. Mais parce que le processus historique réel de ces événements appelés globalement « le(s) massacre(s) de Sétif » n’est jamais détaillé (notamment la différence capitale entre Sétif et Guelma, dont le nom n’est même pas mentionné), le lecteur peut logiquement en conclure que ces pertes européennes, très inférieures à celles infligées aux « indigènes » par la répression coloniale, n’en sont qu’une conséquence logique, certes regrettable mais très secondaire, et finalement presque négligeable. Je concluais donc ainsi : « Je ne peux que vous confirmer mon inquiétude, de plus en plus forte, devant la manière qu’a Le Monde de rendre compte de la mémoire et de l’histoire algériennes, dans laquelle la première a clairement pris le dessus sur la seconde. Or j’estime que cette confusion est indigne d’un journal qui prétend encore être, me semble-t-il, un journal d’information avant d’être un journal d’opinion. »

Je ne veux pourtant pas conclure cette réponse à Thierry Leclère sans m’adresser à mes collègues historiens, pour leur demander s’ils ne voient pas le péril majeur auquel nous expose une situation dans laquelle la mémoire officielle algérienne, représentée aujourd’hui par le film de Rachid Bouchareb, serait perçue comme la vérité à laquelle les historiens travaillant en France devraient impérativement se soumettre, ou se démettre. N’est-il pas plus que temps de nous entendre enfin pour défendre les droits de l’histoire et des historiens dans un pays où ils ont été, longtemps, plus étendus qu’ailleurs ?

Guy Pervillé.
PS : J’ai essayé à quatre reprises, entre le 4 octobre et le 15 novembre 2010, d’obtenir un droit de réponse dans Télérama pour défendre le droit de ses lecteurs à une information objective : « Je vous informe que je viens de placer ma réponse sur mon site internet personnel, http://guy.perville.free.fr, qui se trouve sans difficulté en tapant mon nom sur Google. Je compte sur votre honnêteté pour permettre à vos lecteurs de juger par eux-mêmes la valeur de l’appréciation portée sur mon compte par votre reporter, et le fond du problème qui est l’appréciation que l’on a le droit de porter sur le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb ». Mais je n’ai pas obtenu l’honneur d’une réponse. Je dois donc me résigner à l’idée que les règles les plus élémentaires de la politesse ne valent pas à mon égard.

Pour me consoler, il me reste à citer une critique élogieuse de mon Atlas de la guerre d’Algérie (publié en 2003, réédité et mis à jour en 2011) : « Ce lumineux atlas raconte la colonisation et la guerre en Algérie en une série de cartes absolument sidérantes. (…) La géographie au secours de l’histoire éclaire cette guerre comme vous ne l’avez jamais vue et lui donne des correspondances et des échos insoupçonnés. Ce travail exceptionnel, dirigé par Guy Pervillé, historien à l’Université de Toulouse-Le Mirail, a bénéficié du savoir-faire de la géographe-cartographe Cécile Marin, qui avait déjà réalisé, chez le même éditeur, le précieux Atlas des religions. Même sur des débats ouverts comme le chiffrage des victimes du conflit, les sources militaires, universitaires et privées, croisées ici avec la plus grande rigueur, font de ce précis un outil indispensable pour tous les passionnés de l’histoire franco-algérienne. »

Thierry Leclère, in Télérama , n° 2779, 16 avril 2003, p. 67.

Comme quoi la roche tarpéienne n’est pas loin du Capitole… Ai-je donc démérité à ce point ? Comprenne qui pourra.
[1] Voir sur mon site http://guy.perville.free.fr, rubrique Textes, « Réponse à Yasmina Adi » (nouvelle version complétée).

[2] Voir sur mon site http://guy.perville.free.fr, rubrique Textes, « Réponse à Séverine Labat ».

[3] Plus tard, j’ai pu lire le petit livre de Jean Monneret, La désinformation autour du film Hors-la loi, paru en septembre 2010 aux éditions Atelier Folfer, BP 20047, 28260 Anet, 102 p., très pertinent même s’il est exagérément polémique.

[4] Soutien officiel du ministère algérien des Affaires culturelles, déclarations de M. Bedjaoui, président du Conseil constitutionnel (« J’ai vu Hors-la-loi en projection privée, je peux vous dire que ce film possède un souffle révolutionnaire exceptionnel et un patriotisme sans faille pour la cause algérienne »), de M. Abdelaziz Belkhadem, secrétaire général du FLN (« C’est un film historique qui condamne les crimes commis par les colonisateurs français »).

[5] En oubliant les massacres d’Européens qui, ce jour-là, firent des centaines de morts ou disparus à Oran.

[6] C’est ce qui explique les chapeaux évoquant les aventures d’Elliot Ness et sa lutte contre les gangsters des années 1930, que portent les principaux personnages au mépris de la vraisemblance historique.

[7] Voir Mohammed Harbi, Aux origines du FLN, le populisme révolutionnaire en Algérie, Paris, Christian Bourgois, 1975, pp. 21 et 110-111 et 178 (note 68), et Annie Rey-Goldzeiguer, Aux origines de la guerre d’Algérie, 1940-1945, de Mers-el-Kébir aux massacres du Nord Constantinois, Paris, Editions La Découverte, 2002, p. 238.

[8] Selon les rapports officiels, 2 tués à Alger et un à Oran parmi les manifestants. Voir La guerre d’Algérie par les documents, t. 1, L’avertissement, 1943-1946, Vincennes, Service historique de l’armée, 1990, p. 80.

[9] Un mort et un blessé grave parmi les manifestants à Bône, aucun à Blida, suivant un rapport officiel, op. cit., p. 208.

[10] Jean-Pierre Peyroulou, dans sa thèse Guelma, 1945, une subversion française dans l’Algérie coloniale, La Découverte, 2009, croit pouvoir estimer le nombre des victimes de la répression entre 646 (nombre fondé sur les plaintes des familles de « disparus », les commissions rogatoires et les enquêtes de police) et 2.000, estimation maximale donnée par Marcel Reggui (dans son enquête datée de 1946 présentée par le même historien, Les massacres de Guelma, Algérie, mai 1945 : une enquête inédite sur la furie des milices coloniales, Paris, La Découverte, 2005).

[11] Fait rapporté à Roger Vétillard (auteur du livre le plus récent, bientôt réédité en version complétée, Sétif, mai 1945, massacres en Algérie, Versailles, Editions de Paris, 2008, 589 p) par deux témoins indépendants l’un de l’autre.

[12] « En 1951, la commission centrale d’information et de documentation du MTLD, successeur du PPA, publia une brochure où elle raconta longuement « le génocide de mai 1945 » : un policier abat un porteur de pancarte de trois balles dans le ventre ; aussitôt les policiers « se groupent rapidement en face des manifestants, comme si le scénario avait été préparé à l’avance, et la fusillade commence. Puis à Sétif-ville, la loi martiale est proclamée ». Sans doute s’est-il passé entre-temps l’effroyable tuerie à travers la ville, mais à cela il n’est même pas fait allusion. Si le PPA n’y fut pour rien, pourquoi donc le cacher ? Et comment peut-on ajouter foi à une propagande qui fausse la réalité au point d’omettre entièrement un événement d’une exceptionnelle gravité ? » Op.cit., réédition Julliard 1972, p. 264.

[13] Rapport du colonel Bourdila reproduit dans La guerre d’Algérie par les documents, t. 1, p. 241 : « L’ordre (de faire évacuer le marché arabe où se trouvent réunis plusieurs milliers d’indigènes) est exécuté avec plein succès : pas un seul coup de feu n’a été tiré, malgré la découverte de cinq cadavres européens affreusement mutilés dont la vue exaspère gradés et tirailleurs. »

[14] Publié à Paris par les éditions Perrin, en avril 2006, il vient d’être réédité.

[15] Voir sur le site internet de la Ligue des droits de l’homme de Toulon, http://www.ldh-toulon.net/spip.php ?article4075.

[16] Schéma que l’on retrouve dans l’attribution du premier coup de feu ayant déclenché les deux grands massacres de Français d’Algérie en 1962, le 26 mars rue d’Isly à Alger et le 5 juillet suivant à Oran, à de mystérieux provocateurs supposés « barbouzes » ou membres de l’OAS, sans aucune preuve.

[17] La gauche socialiste et surtout communiste n’a pas cessé, depuis 1945, d’attribuer la répression aux « colonialistes » et aux « fascistes ». Mais l’historien algérien Mohammed Harbi a souligné, dès son premier livre paru en 1975 (Aux origines du FLN…, pp. 15-25, 110-112, et p.178 (note 68), que la vision la plus proche de la vérité avait été exprimée par un délégué du parti radical (parti de droite en Algérie) : « L’interprétation la plus appropriée de ces évènements est celle de P. Muselli qui à l’Assemblée consultative provisoire (séance du 10.7.1945), déclarait : »il est prouvé que tout le système de l’insurrection étendait sa toile sur l’Algérie entière. Si cette insurrection n’a pas été générale, c’est parce qu’elle a été prématurée et que l’incident de Sétif, qui est à l’origine des évènements, a éclaté inopinément. »

[18] Hocine Aït-Ahmed, Mémoires d’un combattant, L’esprit d’indépendance, 1942-1962, Paris, Sylvie Messinger, 1983, pp. 33 et 48.

[19] Selon J.P. Peyroulou, op. cit., pp. 13 et 340-341, « si l’on assista bien à un soulèvement algérien, spontané, dans les campagnes de Sétif, à la suite des émeutes qui suivirent la manifestation de Sétif, les violences survenues à Guelma relevèrent d’une autre nature ».

[20] Sur 128 condamnations à mort prononcées par les tribunaux militaires des trois départements, il y eut seulement 21 exécutions entre le 24 juillet et le 21 novembre 1946. La guerre d’Algérie par les documents, t. 1, p. 457.

[21] Ils furent libérés par les accords d’Évian. Voir le texte original de ces accords, reproduit en fac simile dans Vers la paix en Algérie, Les négociations d’Evian dans les archives diplomatiques françaises, Bruxelles, Bruylant, 2003, p. 407 : « Seront amnistiées toutes infractions commises avant le 30 octobre 1954 dans le cadre d’entreprises tendant à modifier le régime politique de l’Algérie ».

[22] Peyroulou, op. cit., pp. 268-269.

[23] Yves Lacoste l’a tenté dans son dernier livre, La question post-coloniale, une analyse géopolitique, Fayard, 2010, mais il a écarté sans examen sérieux (p. 25) le rôle majeur de la crise économique provoquée par le départ massif des Européens d’Algérie dans la relance massive de l’émigration algérienne vers la France.

[24] « En lisantLe Monde, je constate de plus en plus souvent que l’idée d’un bilan très élevé de la répression de mai 1945 paraît s’accréditer comme une vérité établie, alors que jusqu’à présent ce n’est pas le cas. Dans le n° du 10 mai 2005, p. 5, Florence Beaugé a écrit : « la « pacification », en causant entre 10.000 et 45.000 morts, a constitué le socle du nationalisme algérien ». Et le 30 août : « Dans cette allocution prononcée à Sétif – ville où furent massacrés des dizaines de milliers d’Algériens en mai 1945 », ce qui est certainement faux suivant tous les témoignages sérieux. Je ne le dis pas pour accabler cette journaliste que j’ai souvent citée pour établir des faits, mais il est très difficile de résister seule à un « bourrage de crâne » qui s’exerce continûment depuis des années. Et pas seulement en Algérie, puisque je lis dans Le Monde-Télévision des 2 et 3 octobre 2005 : « Une manifestation indépendantiste, sévèrement réprimée par l’armée française, fit ce jour-là (8 mai 1945) plusieurs milliers de morts parmi les Algériens (de 10.000 à 45.000 victimes selon les sources) ». Et un peu plus loin : « Il en va de même pour la nuit du 17 octobre 1961, au cours de laquelle des milliers de manifestants algériens furent tués par la police parisienne ».

Voir de plus:

Scénario de Hors La Loi
Général Maurice Faivre
17 mai 2010

« Je n’ai pas vu le film, mais j’ai analysé le scénario. Contrairement à ce que disent les historiens cités dans le Monde du 5 mai, il ne s’agit pas d’une guerre des mémoires, mais d’erreurs historiques grossières, conformes à la vérité historique du pouvoir algérien. » Maurice Faivre, historien
Le Film HORS LA LOI

Scénario de Olivier Lorelle et Rachid Bouchareb

Cette version du scénario comprend 134 séquences qui se suivent dans un ordre plus ou moins chronologique, et dont l’histoire peut se résumer comme suit :

Période 1935-1945.

Propriétaire dans la région de Sétif, M. Souni a trois fils qui sont les héros de cette histoire :

– Messaoud, 15 ans, transpire en bèchant les terres paternelles,

– Abdelkader, 14 ans, lycéen studieux, rédige contre un pourboire les rédactions de Gimenez, un riche pied noir bien habillé mais paresseux et cancre,

– Saïd, 13 ans, cireur de chaussures, est rabroué par les commerçants de Sétif.

Le caïd arrive en jeep et présente une ordonnance du tribunal les expulsant de leur terre au profit d’un colon. Ils se réfugient en banlieue de Sétif.

Le 8 mai 1945, les colons tirent par les fenêtres sur les manifestants, la mitrailleuse des gendarmes fauche des dizaines d’Arabes ; accompagnés du caïd, les sénégalais fouillent les mechtas et tuent Souni et ses filles.

Abdelkader est fait prisonnier par le lieutenant Gimenez, son ancien camarade ; il est interné à la prison de la Santé. Saïd venge la famille ; il tue le caïd à l’arme blanche et lui vole son argent.

Ces crimes de 1945 sont illustrés par des images d’archives : soldats en France et en Algérie, de Gaulle signant l’armistice !, bombardement des villages, tir sur des Arabes devant une raïma et dans une maison, morts alignés sur la route, puis jetés dans les gorges de Kherrata.

Période 1945- 1954

– Saïd amène sa mère au bidonville de Nanterre et se reconvertit dans la prostitution à Pigalle ; il élimine ses concurrents corses et monte une salle d’entraînement à la boxe,

– Messaoud s’engage ; il est parachuté au Vietnam où il incendie des paillotes ; prisonnier à Dien Bien Phu, il assiste au camp 113 à l’autocritique du colonel Mattei. Les images d’archives célébrent la victoire d’Ho Chi Minh.

– Abdelkader est endoctriné en prison ; rallié au FLN (avant que celui-ci n’existe), il est libéré, devient collecteur de fonds et responsable de zone 1 à Paris.

Période 1955-1962

Messaoud est rapatrié du Vietnam, il rejoint Paris et travaille chez Renault avec Abd el Kader ; il se rallie au FLN et devient chef de commando, il entraîne ses équipiers au stand de tir de Pigalle, étrangle un responsable MNA et un réfractaire à la cotisation FLN ; marié à Zohra, il éprouve quelques remords.

– le colonel Mattei, affecté au SDECE, conseille le préfet Papon, il crée une cellule Main rouge qui noie les suspects dans le canal ou les livre pour exécution aux harkis de Paris ; les policiers fouillent et cassent ;>

– Abd el Kader refuse l’amour d’Hélène, costumière de théâtre et porteuse de valise ; grâce à un policier musulman, il pénètre dans un commissariat et tue le tortionnaire Picot ; Messaoud lui fait rencontrer le colonel Mattei ; ils essaient de se convertir l’un l’autre (sic) ; Mattei ferme le cabaret de Saïd,

– Messaoud pénètre dans une caserne des harkis et élimine toute une unité,

– le FLN incendie les dépôts d’essence en métropole,

– Saïd, qui hésite à rallier le FLN, recrute le Kid d’Alger, un boxeur qui met KO le champion de France-Nord ; il faut qu’il batte les Français et les nègres (sic), mais Abd el Kader refuse qu’il participe au championnat de France, il le réserve pour le championnat de l’Algérie indépendante ; il contraint Saïd à l’éliminer.

– après une nuit d’amour avec Abd el Kader, Hélène est tuée dans l’explosion de sa voiture piègée par Mattei.

– Abd el Kader et Messaoud se rendent dans une usine allemande d’armements, ils ramènent dans un port français deux bus chargés d’armes, ils sont surpris par Mattei au moment où ils vont charger un cargo tchèque ; une bagarre dans un entrepôt se termine par la mort de Messaoud, qu’un docteur français bienveillant ne peut sauver ; la mère des garçons se griffe le visage de douleur,

– lors de la manifestation du 17 octobre 1961, Abd el Kader est tué dans le métro par un policier ; Mattei s’exclame : tu as gagné !.

– en 1962, Saîd ramène sa mère et Zohra dans leur maison de Sétif, à moitié détruite. Ils regardent les photos de famille abandonnées par les colons.

COMMENTAIRES

La lecture du scénario inspire des réactions de rejet, que la vision des images pourra éventuellement corriger. Mais il ne fait pas de doute que les séquences décrites présentent une vision anticolonialiste et antimilitariste des évènements. Un certain nombre de faits sont réels, mais ils sont généralement instrumentalisés sous une forme antifrançaise. On peut comprendre l’idéologie nationaliste des frères algériens de Bouchareb, à condition de ne pas masquer son aboutissement : l’anarchie de l’été 1962, l’échec du combat pour la démocratie, la mise en place d’une dictature militaire diffusant une culture de guerre, la corruption de certaines élites, la révolte des kabyles et le terrorisme des islamistes radicaux.

D’autre part, la vérité historique est gravement malmenée. Voici quelques exemples :

la spoliation des terres a été pratiquée au 19ème siècle, mais à partir des années 1920, ce sont plutôt les Algériens qui achètent des propriétés agricoles ; les notaires de Sétif n’ont enregistré aucune expropriation, sauf pour cause d’intérêt public (barrage de Kherrata),

la jeep n’existait pas en 1935 ; le FLN et le MNA sont nés en 1954, et non en 1945,

les images d’archives sont falsifiées (films de 1955 transposés en 1945 – bombardements aériens et maritimes non filmés en Algérie – de Gaulle signant l’armistice (sic) de 1945 avec Churchill, Roosevelt et Staline)

les premières victimes à Sétif ont été des Européens ( 28 morts et 42 blessés graves) ; selon le général Tubert, chargé de l’enquête officielle, il y eut moins de 40 morts algériens ; tout était terminé le 8 mai à midi ; il n’y a pas eu à Sétif de tirs des colons par les fenêtres, ni de tirs de gendarmes à la mitrailleuse,

le film épargne les tirailleurs algériens, qui sont cependant intervenus à Sétif ; la mise en scène des Sénégalais ne peut qu’encourager le racisme anti-noir, or les Sénégalais ne sont pas intervenus en ville de Sétif où résidaient les héros du film

la répression du 8 mai fut rapide et sans doute trop brutale, mais ce n’est pas un génocide ; 45.000 est à peu près le nombre des manifestants ; les historiens compétents font une estimation de 3.000 à 6.000 victimes musulmanes,

les suspects arrêtés en mai 1945 n’ont pas été transférés à Paris et ont bénéficié de l’amnistie de 1946,

Messaoud, affecté au 3ème RTA, ne pouvait pas être parachutiste ; après 10 ans de service, il aurait dû être au moins sergent,

le SDECE était chargé de la lutte contre le FLN hors de France, où la DST était compétente ; les cartes d’identité ne révélaient pas l’appartenance à un service secret,

de Gaulle en 1954 n’était pas aux affaires

des harkis de Paris ont été tués au combat, mais leurs casernes n’ont pas été prises par le FLN ; en revanche les harkis de Paris ont démantelé la plupart des commandos de choc du FLN à Paris (réf. Rémy Valat)

la Main Rouge est une organisation de contre-terroristes qui a sévi en Tunisie ; en métropole, il s’est agi d’un canular monté par le commandant Garder (rapport de la S/direction des Affaires criminelles du 6 août 1961),

c’est le FLN et le MNA qui ont pratiqué des noyades dans la Seine tout au long de l’année 1961 ; la responsabilité de la police n’est signalée que dans un seul cas, qui reste d’ailleurs à confirmer ; la police ne s’est pas livrée à des explosions de voiture en métropole,

le passage d’autobus américains de RFA en France n’est pas vraisemblable, il y avait des ports en Allemagne pour charger l’armement. AEK et Messaoud avaient-ils le permis de conduire des cars ?

DOCUMENTS D’ARCHIVES

Des documents officiels contredisent la thèse du génocide de 1945. Ils sont ignorés de Bouchareb :

Message du général de Gaulle au Gouverneur général : « Prendre toutes mesures nécessaires pour réprimer tous les agissements anti-français d’une minorité d’agitateurs »

dans son Testament (1994), Ferhat Abbas condamne « les organisateurs d’émeutes, ceux qui avaient poussé à la violence des paysans désarmés…ceux qui tels des chiens sauvages se sont jetés sur Albert Denier, secrétaire de la section communiste, auquel un salaud sectionna les mains à coup de hache »

la délégation du parti communiste auprès du GG, composée de Joannes, Ouzegane et Caballero, dénonce le 10 mai « les provocations des agents hitlériens du PPA… »,

(référence probable au CARNA)

le colonel Bourdilla, commandant la Subdivision de Sétif, donne l’ordre formel ( le 8 mai à 9.00h) de ne pas tirer, sauf cas de légitime défense.

D’autre part, le colonel Montaner, qui commandait la Force de Police auxiliaire, dément la thèse du massacre massif et des dizaines de corps jetés dans la Seine le 17 octobre 1961 (revue Guerres mondiales et conflits contemporains, n°206/2002).

Faut-il rappeler qu’au 19ème siècle, la colonisation n’est pas considérée comme un crime ; c’est même une idéologie républicaine que célèbre Victor Hugo : « un peuple éclairé va trouver un peuple dans la nuit ». Albert Sarraut et Léon Blum expriment les mêmes sentiments.

On reste ébahi, écrit le préfet Ben M., devant tant d’erreurs d’ordre historique, matériel, chronologique et même intellectuel, et tant d’amalgames…Le peu de vraisemblance historique apparaîtra au plus naïf des spectateurs français, mais il faut se rendre compte que ce scénario a été écrit pour un autre public, algérien et populaire…Il en résulte la conclusion que le film est mauvais, mais aussi que le cinéaste est mauvais et infantile…En fait c’est une provocation, très volontaire, qu’ont voulue les producteurs et les sélectionneurs, à la fois dans un but commercial pour les uns, politique pour les autres.

Ce film n’est donc pas de nature à apaiser les relations franco-algériennes, ni la haine des jeunes instrumentalisés par le radicalisme politique.

Voir de même:

Le film « Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb : les guerres de mémoires sont de retour, par Yasmina Adi, Didier Daeninckx…
Le Monde

05.05.2010

Les vérités officielles et les dénonciations de l' »anti-France » qui ont sévi à l’époque des guerres coloniales sont-elles de retour ? Le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, qui va être présenté au Festival de Cannes et sera sur les écrans en septembre 2010, a déjà donné lieu à de surprenantes réactions, qui ne peuvent rester sans réponse.

Le film raconte les parcours de trois frères, témoins des massacres de Sétif en mai 1945 et qui vivent ensuite en France, où ils seront plongés dans les excroissances en métropole de la guerre d’indépendance algérienne. Symptôme du retour en force de la bonne conscience coloniale dans certains secteurs de la société française, avec la complicité des gouvernants, un député a lancé une campagne contre ce film avant même son achèvement, campagne relayée – ce qui est plus grave – par un secrétaire d’Etat.

A l’automne 2009, fâché de la manière dont le scénario évoquait les massacres de Sétif et l’aide apportée par des Français aux militants indépendantistes algériens, le député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca, vice-président du conseil général de ce département, a discrètement saisi le secrétaire d’Etat à la défense et aux anciens combattants Hubert Falco, par ailleurs maire de Toulon. Et dans une lettre à ce dernier du 7 décembre 2009, il dénonçait le concours financier apporté par le Centre national du cinéma (CNC) à ce film qu’il n’avait toujours pas vu : « On peut s’interroger sur cette volonté d’encourager une repentance permanente que le président de la République a plusieurs fois condamnée. A défaut de pouvoir intervenir sur le CNC, je vous saurais gré de bien vouloir veiller à ce que la sortie du film ne puisse être cautionnée par les officiels français. »

Précisant le sens de sa démarche, Lionnel Luca a déclaré le 23 avril 2010 à Paris-Match : « J’ai saisi le secrétaire d’Etat à la défense et aux anciens combattants dès que j’ai eu connaissance du scénario. Celui-ci l’a transmis au service historique du ministère de la Défense (SHD), qui a confirmé que de nombreux faits sont erronés et réinterprétés. Ce que je voulais avant tout, c’est que le film ne soit pas dans la sélection officielle française. Le projet me dérange. Il ne représente pas la France mais l’Algérie, cela me convient. » A ses yeux, en somme, le financement de la création devrait dans ce domaine être soumis à un label d’Etat définissant ce qui est ou non « historiquement correct ».

Fruit d’une coproduction franco-algéro-tuniso-italo-belge, ce film est d’abord une œuvre libre qui ne saurait se réduire à une nationalité, ni à un message politique et encore moins à une vision officielle de l’histoire. Œuvre d’un cinéaste à la fois français et algérien, son producteur pouvait le présenter à la sélection officielle du Festival de Cannes en tant que film algérien ou film français. Il a choisi la première option (à l’inverse d’Indigènes, présenté comme film français à Cannes et algérien aux Oscars), les films français de qualité étant déjà nombreux à prétendre figurer dans une sélection nécessairement limitée. Et contrairement à ce qu’avance M. Luca, il n’y a rien de choquant à ce que l’essentiel du financement de Hors-la-loi vienne de France (parmi ses financeurs, figurent France 2 et France 3, Canal+, Studio Canal, Kiss Films – la société de Jamel Debbouze –, la région PACA, l’ACSE, Ciné-cinéma et le CNC). L’apport venant d’Algérie ne représente qu’environ 20 % du budget, dont une bonne part en prestations valorisées. Un apport qui, en l’occurrence, n’a été assorti d’aucune pression ni demande particulière.

Dans un courrier adressé le 15 janvier 2010 au député, Hubert Falco a affirmé que son ministère avait en fait saisi dès le 18 juin 2009 – donc avant l’intervention du député – le service historique de la défense « pour analyser le contenu historique du scénario » : « [Le SHD] confirme qu’un certain nombre d’erreurs et d’anachronismes en parsème l’écriture. Ces invraisemblances, parfois grossières, montrent que la rédaction du scénario n’a été précédée d’aucune étude historique sérieuse. Elles ne manqueront pas d’être relevées par les spécialistes lors de la sortie du film en salles. Au vu de ces éléments, et sous réserve que la version définitive du film n’y apporte aucun correctif, il semble difficile que les pouvoirs publics puissent soutenir un film qui livre de notre histoire une version aussi peu crédible. Je veillerai pour ma part, au nom de la défense de la mémoire qui relève de mes attributions, à ne pas cautionner ce film. »

En septembre 2009, le général de division Gilles Robert, chef dudit service, avait en effet rendu un avis critique sur le scénario, répondant à la commande officielle. Nos réactions ne portent pas sur le contenu de cet avis, mais sur son principe même. D’ailleurs, ceux d’entre nous qui ont été invités comme historiens à voir le film ont aussi des réserves précises sur certaines de ses évocations du contexte historique de la période. Mais le travail d’un réalisateur n’est pas celui d’un historien et n’a pas à être jugé par l’etat. Personne n’a demandé à Francis Ford Coppola de raconter dans Apocalypse Now la guerre du Vietnam avec une précision « historique ».

L’évocation d’une page d’histoire tragique peut aussi bien passer par la fiction, avec ses inévitables raccourcis, que par les indispensables travaux des historiens.

Dans le cas du film de Bouchareb, le problème de fond est ailleurs : des pressions ont été exercées sur les chaînes de France Télévisions pour ne pas coproduire le film et sur les responsables de la sélection officielle du Festival de Cannes pour qu’il ne soit pas sélectionné. Tandis que le producteur a été l’objet de demandes inhabituelles venant de la présidence de la République et du secrétariat d’Etat à la défense et aux anciens combattants pour visionner – dans quel but ? – le film avant la date de sa présentation officielle aux jurés et au public du Festival de Cannes.

En même temps, des associations extrémistes appellent à perturber le Festival en protestation contre la sélection de ce film. Et la réaction de M. Luca – rejoint le 29 avril par le député UMP de Béziers Elie Aboud, président du groupe parlementaire d’études sur les rapatriés, qui n’admet pas  « qu’on utilise de l’argent public pour insulter la République » – est révélatrice : des milieux nostalgiques de la colonisation continuent de chercher à faire obstacle à la liberté de la création et à la nécessaire reconnaissance du passé colonial de la France. Ces députés déclarent espérer que la « Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie », prévue par l’article 3 de la loi du 23 février 2005, qui présentait comme positive l' »œuvre de la France outre-mer », sera rapidement mise en place, « afin de mieux approcher la vérité ». Le pire est à craindre quand le pouvoir politique veut écrire l’histoire que nos concitoyens iront voir demain sur nos écrans.

Signataires : Yasmina Adi (réalisatrice), Didier Daeninckx (écrivain), François Gèze (éditeur), Guy Seligman (président de la SCAM) et Pascal Blanchard, Mohammed Harbi, Gilles Manceron, Gilbert Meynier, Gérard Noiriel, Jean-Pierre Peyroulou, Benjamin Stora, Sylvie Thénault (historiens).

Voir par ailleurs:

25 octobre 732

Charles Martel arrête une razzia arabe

Le 25 octobre 732, le chef des Francs, Charles Martel, arrête une armée arabe au nord de Poitiers. Les vaincus se retirent. C’en est fini des incursions musulmanes au nord des Pyrénées.

André Larané.

Hérodote

Menace sur l’Aquitaine

En moins d’un siècle, après la mort de Mahomet, les musulmans avaient atteint l’Espagne et le Languedoc (cette province s’appelle alors Septimanie, d’après ses sept villes principales). Ils sont arrêtés à Toulouse, en 721, par le duc Eudes d’Aquitaine.

Fort de ce succès décisif, le duc Eudes veut prévenir le retour des musulmans d’Espagne. Pour cela, il s’allie au gouverneur berbère de la Septimanie, un musulman du nom de Munuza, en révolte contre ses coreligionnaires du sud des Pyrénées.

Pour consolider l’alliance, Eudes lui donne sa fille en mariage (les préjugés religieux étaient moins virulents en cette lointaine époque qu’à la Renaissance et encore de nos jours).

Mais l’alliance tourne court car Munuza est tué en affrontant le gouverneur d’Espagne Abd el-Rahmann. Ce dernier, dans la foulée, lance une expédition punitive contre les Aquitains.

Les Francs au secours des Aquitains

À la tête de ses troupes, composées d’Arabes ainsi que de Berbères fraîchement convertis à l’islam, Abd el-Rahmann galope vers Tours. Il n’a aucune intention de conquête mais veut simplement mettre la main sur les richesses du sanctuaire de Saint-Martin.

Le duc d’Aquitaine appelle à son secours les Francs qui tiennent le nord de la Loire. Leur chef accourt. Celui-ci, Charles, est issu d’une puissante famille franque d’Austrasie (l’Est de la France), les Pippinides. Il exerce les fonctions de maire du palais (ou«majordome») à la cour du roi mérovingien, un lointain descendant de Clovis. Quelques années plus tôt, il a refait l’unité des Francs en battant ses rivaux de Neustrie à Néry.

Eudes craint avec raison que Charles ne tourne désormais ses ambitions vers le sud de la Loire. Dans l’urgence, il accepte malgré tout de rapprocher leurs deux armées pour faire face à la menace musulmane.

Bataille indécise

Devant l’avancée des armées de Charles et Eudes, Abd el-Rahmann arrête sa progression. C’est à Moussais, sur la commune de Vouneuil-sur-Vienne, entre Poitiers et Tours, que se font face les ennemis. Pendant six jours, les cavaliers musulmans et les fantassins chrétiens s’observent et se livrent à quelques escarmouches.

Le 25 octobre 732, qui est aussi le premier jour du mois de Ramadan, les musulmans se décident à engager la bataille. Mais leur cavalerie légère et désordonnée se heurte au rempart humain que forment les guerriers francs, disciplinés et bardés de fer. Abd el-Rahmann meurt au combat et la nuit suivante, découragés, ses hommes plient bagage et se retirent.

Simple coup d’arrêt à une razzia, l’affrontement n’est pas moins évoqué par les chroniqueurs de l’époque, tant chrétiens que musulmans.

Triomphe des Francs

Charles ne s’en tient pas à cette victoire somme toute facile. Profitant de l’affaiblissement du duc Eudes, il s’empare des évêchés de la Loire puis descend en Septimanie, dont il saccage consciencieusement les villes et d’où il chasse les chefs musulmans qui s’y étaient installés quelques années plus tôt.

C’est peut-être à cette occasion que le chef des Francs, père de Pépin le Bref et grand-père de Charlemagne, aurait gagné le surnom de Charles Martel («celui qui frappe comme un marteau»).

Voir enfin:

Des Sarrasins aux Beurs, une vieille méfiance

Alain Ruscio

Le Monde diplomatique

février 2004

Historien. Auteur de Histoire de la colonisation. Réhabilitations, falsifications et instrumentalisations (ouvrage collectif codirigé avec Sébastien Jahan), Les Indes savantes, Paris, 2008 ; de Dien Bien Phu, mythes et réalités. Les échos d’une bataille, 1954-2004 (en collaboration avec Serge Tignères), Les Indes savantes, Paris, 2005 ; du Credo de l’homme blanc, préface d’Albert Memmi, Complexe, Bruxelles, 2002.

Pourquoi cette méfiance tenace d’une partie non négligeable de la population française à l’encontre des Maghrébins qui vivent en France ? Ou, plus généralement, à l’égard des musulmans ? Les gens qui ont quelques connaissances historiques répondront : « Depuis les premières conquêtes coloniales, en 1830. » Les Français qui ont eu Vingt ans dans les Aurès  (1) dateront le phénomène de la guerre d’Algérie, à partir de 1954. Les jeunes Beurs des banlieues auront tendance à répondre : « C’est la faute à Le Pen ! » Chaque génération a, spontanément, la sensation que les débats d’idées commencent avec elle. Il lui faut faire un effort pour oublier l’immédiate actualité et remonter le passé afin de retrouver les lointaines racines des phénomènes contemporains.

On étonnerait beaucoup la masse des Français de cet an 2004 en répondant que le racisme antiarabe remonte… au Moyen Age, aux origines de la Reconquista  (2), aux croisades, ou peut-être même avant ! N’est-il pas remarquable que certains éléments constitutifs de la culture historique des Français soient intimement liés à des affrontements avec le monde arabo-musulman ? Dans l’ordre chronologique : Poitiers, Roncevaux, Saint Louis et les Croisades…

La bataille de Poitiers, en 732 (qui, par parenthèse, semble avoir eu lieu en 733 !). Fabuleux destin ! Le mot de Chateaubriand résume l’une des idées reçues les mieux ancrées de notre épopée nationale : « C’est un des plus grands événements de l’Histoire : les Sarrasins victorieux, le monde était mahométan. » Sous-entendu : ce jour-là, la civilisation a triomphé de la barbarie.

Et, de fait, la bataille de Poitiers a été présentée à des générations d’écoliers comme constitutive de la nation française. Elle figure, par exemple, parmi les « trente journées qui ont fait la France » de la célèbre collection de Gallimard (3). Charles Martel, qui avait pourtant quelques raids contre des églises sur la conscience, est devenu, dans la mémoire collective, le symbole du rempart de la chrétienté.

L’image des hordes déchaînées de barbares « mahométans » venant se briser, par vagues, sur les solides défenses franques reste imprégnée dans bien des esprits. Interrogez la plupart des Français qui ont encore quelques souvenirs scolaires : Poitiers en 732 arrive toujours dans le peloton de tête des grandes dates connues, avec le couronnement de Charlemagne en 800, la bataille de Marignan en 1515 ou la prise de la Bastille en 1789. Ce ne peut pas être une coïncidence.

Durant la guerre d’Algérie, les commandos d’irréductibles de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) prirent le nom de Charles Martel. Plus près de nous, au lendemain du 11 septembre 2001, un journaliste du Figaro, Stéphane Denis, expliquait tranquillement que l’Occident n’avait pas à avoir honte des croisades. Et argument suprême : « Je n’ai jamais entendu un Arabe s’excuser d’être allé jusqu’à Poitiers  (4)]. » Enfin, lors de la dernière élection présidentielle, chacun a pu voir sur les murs des villes « Martel 732, Le Pen 2002 ».

L’histoire manipulée

Pourtant, des études historiques qui font autorité s’accordent à réduire la portée de la bataille. La conquête arabe a été une réalité. Mais le raid sur Poitiers visait surtout à piller Tours et les richesses de l’abbaye Saint-Martin. Attaque puissante. Mais sans but de conquête territoriale, sans ambition de domination politique durable. L’historien Henri Pirenne écrit à ce propos : « Cette bataille n’a pas l’importance qu’on lui attribue. Elle n’est pas comparable à la victoire remportée sur Attila. Elle marque la fin d’un raid, mais n’arrête rien en réalité. Si Charles avait été vaincu, il n’en serait résulté qu’un pillage plus considérable (5). » Le reflux arabe fut sans doute plus lié aux problèmes internes d’un Empire très jeune mais déjà immense, une sorte de crise de croissance, qu’aux coups martelés par Charles.

Franchissons quelques décennies et quelques centaines de kilomètres et transportons-nous à Roncevaux, à l’été de 778. Deux ou trois générations de collégiens ont fait connaissance avec la littérature française, en 6e, par la Chanson de Roland, dans le célébrissime « Lagarde et Michard (6) » : les exploits des preux chevaliers carolingiens Roland et Olivier face aux Sarrasins fanatiques attaquant en nombre. Or, si nul ne conteste que la bataille de Roncevaux eût vraiment lieu, on sait depuis longtemps que Roland est tombé face à des guerriers (on dirait aujourd’hui des guérilleros)… basques.

La Chanson de Roland n’est que la plus connue des chansons de geste médiévales. Dans une remarquable thèse consacrée à l’image des musulmans dans cette littérature, Paul Bancourt, universitaire, dégage divers traits d’une diabolique actualité (7). Dans ces textes, écrits entre le XIe et le XIIe siècle, les poncifs fourmillent : les Sarrasins (terme au demeurant fort vague, désignant tous les musulmans de façon indifférenciée), « agents de l’esprit du mal, semblables aux démons », sont fourbes, sournois. L’attaque dans le dos, le viol des femmes sont monnaie courante. Si l’on en croit le texte intitulé La Destruction de Rome, « la sauvagerie des Sarrasins atteint un degré extrême. Leurs bandes mettent le feu aux châteaux, aux villes, aux fortifications, brûlent et violent les églises, incendient toute la campagne romaine, laissent un monceau de ruines sur leur passage. Ils pillent les biens (…). L’émir fait tuer tous les prisonniers, laïcs et religieux, femmes et jeunes filles. Les Sarrasins se livrent aux pires atrocités, coupant les nez et les lèvres, le poing et l’oreille de leurs victimes innocentes, violant les religieuses (…). Entrés dans Rome, ils décapitent tous ceux qu’ils rencontrent. Le pape lui-même est décapité dans la basilique de Saint-Pierre  (8) ».

Plus circonspect, Paul Bancourt assure que le pape est mort de la façon la plus naturelle qui soit. De violences sur les personnes, il n’y en eut guère. Tout au plus des pillages. Evidemment, les Sarrasins ne furent pas plus angéliques que la quasi-totalité des soldats de cette époque d’extrême violence. Ni plus, ni moins. En outre, Paul Bancourt se demande si tel ou tel acte de barbarie attribué aux Sarrasins n’a pas été, en réalité, commis par des Normands ou des Hongrois (9) ! On retrouve le même mensonge, sans doute inconscient, que celui de la Chanson de Roland.

Pourquoi une telle partialité ? L’explication est dans les dates. La Chanson de Roland fut écrite au début du XIIe siècle. Elle retrace des faits… de la fin du VIIIe ! La Destruction de Rome a été rédigée au XIIIe siècle et décrit des événements de… 846 ! Comme si nous lisions, dans un journal daté du matin, une description de la bataille de Marignan. Que pouvait-il y avoir dans l’esprit des écrivains et des lecteurs des XIe-XIIIe siècles ? L’actualité d’alors, qui avait deux faces : les croisades en Orient, les premières victoires de la Reconquista en Occident ! C’est-à-dire les chocs avec l’islam.

Auparavant, tous les peuples païens d’Europe ou venus d’Asie avaient été christianisés un à un. Seuls subsistaient, masses puissantes au sud-ouest et à l’est de l’Europe chrétienne, l’Espagne et l’Empire ottoman, qui menaçait Constantinople, l’« autre Rome » de la chrétienté. Ces musulmans étaient proprement inassimilables, contrairement aux autres. « Le Germain, écrit Henri Pirenne, se romanise dès qu’il entre dans la Romania. Le Romain, au contraire, s’arabise dès qu’il est conquis par l’islam. » Il y a là un danger mortel pour tout le christianisme. « Avec l’islam, poursuit Pirenne, un nouveau monde s’introduit sur ces rivages méditerranéens où Rome avait répandu le syncrétisme de sa civilisation. Une déchirure se fait qui durera jusqu’à nos jours. Aux bords du Mare Nostrum s’étendent désormais deux civilisations différentes et hostiles  (10). »

L’idée de la croisade, guerre sainte, naît précisément à ce moment de contact entre les deux mondes, lorsqu’il devient évident aux yeux des rois et papes de l’Occident chrétien que cet ennemi-là est inassimilable. N’est-il pas naturel, dans ces conditions, que les chroniqueurs du temps confondent allègrement tous les ennemis de cet Occident ? Par un phénomène mental fréquent dans l’histoire des hommes – l’auto-intoxication –, les Basques, les Normands ou les Hongrois sont devenus des Sarrasins…

L’esprit de croisade, dès lors, imprègne les mentalités. Les « infidèles », terme infamant en ces temps de foi profonde, sont forcément les musulmans. Et cela perdure. Chateaubriand cite la croisade comme l’un des seuls sujets épiques qui vaille (Génie du christianisme, 1816). Delacroix peint en 1841 une lyrique Entrée des croisés dans Constantinople. Victor Hugo écrit, dans La Légende des siècles  (11) : « Les Turcs, devant Constantinople / Virent un géant chevalier / A l’écu d’or et de sinople / Suivi d’un lion familier / Mahomet deux, sous les murailles / Lui cria : Qu’es-tu ? Le géant / Dit : Je m’appelle Funérailles / Et toi, tu t’appelles Néant. / Mon nom, sous le soleil, est France / Je reviendrai, dans la clarté / J’apporterai la délivrance / J’amènerai la liberté… »

Un affrontement incessant

Lorsque les Français, en 1830, entreprennent la conquête de l’Algérie, ils sont dans un état d’esprit prédisposant à une nouvelle guerre sainte. Non que la motivation religieuse ait été première. Mais l’hostilité à la « fausse religion » imprègne toute la société française. Les événements de la conquête, puis de la « pacification » de la colonie nord-africaine, ne vont pas l’amoindrir. Depuis, l’affrontement n’a jamais vraiment cessé. Toutes les générations de Français en ont eu des échos : guerre menée par Abd El-Kader (1832-1847), révolte de Kabylie (1871), lutte contre les Kroumirs et établissement du protectorat sur la Tunisie (1880-1881), conquête du Maroc et établissement du protectorat sur ce pays (1907-1912), révolte en Algérie (1916-1917), guerre du Rif (1924-1926), révolte et répression en Algérie (mai 1945), affrontements au Maroc avec le sultan et le parti de l’indépendance Istiqlal (1952-1956), avec le Néo-Destour en Tunisie (1952-1954). La guerre d’Algérie représente un élément supplémentaire – qui deviendra de plus en plus pesant – dans la longue série des affrontements entre les peuples de la région et le pouvoir colonial.

Alors, l’islamophobie (12) et le racisme antiarabe sont-ils consubstantiels à la culture française ? Oui et non ! Il ne faut nullement oublier que, face à cette hostilité affichée, une autre partie du pays s’est en permanence dressée. Il y eut toujours des Français pour saluer la majesté de la civilisation musulmane, la beauté de ses réalisations, pour observer sans a priori les populations arabes ou berbères. Il faut relire Eugène Fromentin (Un été dans le Sahara, Une année dans le Sahel). Ou cette phrase de Lamartine, écrite en 1833 : « Il faut rendre justice au culte de Mahomet qui n’a imposé que deux grands devoirs à l’homme : la prière et la charité. (…) Les deux plus hautes vérités de toute religion. » Plus loin, il loue l’islam « moral, patient, résigné, charitable et tolérant de sa nature ».

Des Français, plus nombreux qu’on ne croit généralement, se dressèrent contre le racisme ambiant de l’ère de l’apogée coloniale. A la résistance morale au racisme s’est toujours ajoutée une résistance politique à la colonisation, ou, pour le moins, aux « excès » de celle-ci. Qu’il suffise de rappeler la grande voix de Jaurès, protestant contre la conquête du Maroc, la grève lancée par le Parti communiste français et la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) contre la guerre du Rif en 1925, les protestations de Charles-André Julien contre les exactions et les injustices dans l’ensemble de l’Afrique du Nord, l’opposition française à la guerre d’Algérie…

Les jeunes musulmans de France tentés d’écouter les sirènes de l’intégrisme, pensant que le racisme a tendance à se généraliser, se trompent de combat. Il y a, au début du XXIe siècle comme au cœur du XIXe ou du XXe, deux France : celle de l’affrontement et celle de la compréhension, celle du racisme et celle de la fraternité. Quoi qu’ils en pensent, la tendance historique est au recul de la première – même si elle demeure importante et que des accès de fièvre ne sont pas à exclure – et à l’émergence de la seconde.

(1) Titre du film de René Vautier sur la guerre d’Algérie, tourné en 1972 et longtemps interdit en France.

(2) De petits Etats chrétiens de la péninsule Ibérique partent, dès 718, à la « reconquête » du territoire.

(3) Jean-Henri Roy et Jean Deviosse, La Bataille de Poitiers, Gallimard, Paris, 1966. Il est à noter que ces auteurs prennent nettement distance avec le mythe « Poitiers, rempart de la chrétienté ».

(4) Le Figaro, 24 septembre 2001

(5) Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, Alcan, Bruxelles, NSE, 1936.

(6) Manuel de littérature utilisé dans les années 1960-1970 par les élèves depuis la 6e jusqu’à la terminale.

(7) Les Musulmans dans les chansons de geste du Cycle du Roi, 2 volumes, Publications de l’Université de Provence, Aix-en-Provence, 1982.

(8) Cité par Henri Pirenne, op. cit.

(9) Les Musulmans dans les chansons de geste… op. cit.

(10) Mahomet et Charlemagne…, op. cit.

(11) Lire « 1453 », poème écrit en 1858.

(12) Ce terme, qui fait débat, est employé ici comme rejet de l’ensemble des pratiquants de l’islam (et non comme critique de la religion).

COMPLEMENT:

Voir encore:

6 avril 2013
Cet article a été rédigé en février 2013 à la demande de Samir Mehalla, rédacteur de la revue littéraire et culturelle algérienne L’ivrEscQ, et il vient de paraître au début avril dans le n° 22 de cette revue (pp. 43-53), daté de février 2013. Trois autres articles ont été rédigés ensuite pour développer celui-ci.

Ecrire l’histoire de l’Algérie est une tâche immense, qui dépasse évidemment les capacités d’un seul auteur, et d’un seul pays, même si l’on veut se limiter à la période dite contemporaine, c’est-à-dire à celle dont il subsiste encore des témoins vivants. Sollicité par le magazine L’IvrEscQ pour en dresser une sorte de bilan, je relève le défi mais en précisant tout de suite à quel titre et dans quelles conditions. Je le fais en tant qu’historien français qui travaille sur l’histoire de l’Algérie contemporaine, du nationalisme algérien et de la guerre d’indépendance, mais aussi de la mémoire de cette guerre dans les deux pays concernés, depuis plus de quarante ans. Né en 1948 loin de l’Algérie, je n’ai pas vécu cette histoire ni comme acteur (bien entendu), ni comme témoin direct, mais j’ai commencé à en prendre conscience à partir de juin 1958 comme d’un événement historique indépendant de ma volonté. J’ai déjà eu l’occasion d’expliquer cette expérience très particulière dans un article que j’ai écrit et publié il y a dix ans dans la revue Panoramiques, en répondant aux questions pertinentes que m’avait posées son directeur Guy Hennebelle, malheureusement décédé quelques mois plus tard. Je me permets de renvoyer à cet article, prudemment intitulé « Je préfère m’abstenir de tout pronostic », et publié dans le n° 62 du 1er trimestre 2003, qui portait le titre significatif « Algériens – Français : bientôt finis les enfantillages ? » (pages 150 à 158). Je n’ai rien renié de cette expérience, mais il s’agit maintenant, dix ans plus tard, de l’actualiser en rendant compte de tout ce qui s’est passé durant cette décennie très riche.

Sans reproduire les analyses que j’avais présentées dans cet article, je veux néanmoins citer la réponse très brève que j’avais faite à la dernière des questions posées par Guy Hennebelle : Le temps est-il venu de franchir un pas vers la « déschizophrénisation » des rapports de l’Algérie avec la France, ou bien sommes nous condamnés pour longtemps à ces rapports névrotiques fondés sur le principe du « je t’aime, moi non plus » ?

Et voici ma réponse : « En 1989, au moment où la nouvelle Constitution algérienne avait reconnu pour la première fois le principe du pluralisme politique et les droits de l’homme et du citoyen, j’avais espéré une véritable réconciliation franco-algérienne fondée sur la base saine de valeurs partagées. On sait ce qu’il en est advenu. En juin 2000, le voyage officiel du président algérien Abdelaziz Bouteflika en France a offert une autre magnifique occasion, que celui-ci a gâchée en parlant comme s’il se souciait davantage de l’effet de ses paroles sur les Algériens que sur les Français. Depuis lors, je préfère m’abstenir de tout pronostic. Mais je crois qu’une vraie réconciliation est toujours possible, à condition que les uns et les autres renoncent à rejeter toutes les responsabilités sur leurs anciens adversaires pour préserver leur propre irresponsabilité. C’est une affaire de volontés simultanées et convergentes. » [1] Cette réponse est encore valable, mais il faut la développer en montrant à quel point la suite des événements l’a confirmée depuis dix ans [2].

Histoire et mémoire dans les deux pays

Le mot « histoire » a des sens multiples. Au sens le plus large, il désigne des récits d’événements passés faits par des auteurs qui les ont vécus ou non. Il correspond alors plus ou moins exactement à la notion de mémoire, mémoire des faits vécus par des témoins, ou mémoire indirecte transmise à travers les récits de témoins. Ces récits sont particulièrement nombreux en Algérie, mais aussi en France. Mais l’histoire, c’est aussi un récit élaboré suivant les règles d’une enquête scientifique, visant à faire savoir ce qui s’est passé et à faire comprendre pourquoi les faits se sont ainsi passé, autrement dit en identifier les causes. On peut même dire que l’histoire cherche aussi à distinguer les conséquences des événements une fois qu’un certain temps s’est écoulé depuis qu’ils se sont produits. Contrairement à ce que pensaient les historiens dits « méthodiques » du début du XXème siècle, l’histoire peut être « immédiate », ou presque, mais à condition de distinguer clairement l’engagement scientifique de l’historien dans la recherche de la vérité et l’engagement politique, qui n’est pas le sien.

L’histoire de la guerre d’Algérie est particulièrement riche en France dans les deux sens du mot « histoire », à la fois par le nombre considérable des publications de témoignages et de récits, mais aussi par le nombre important des travaux d’historiens. Ceux-ci ont d’abord été obligés de reconstruire l’histoire dite « coloniale », qui avait été largement dévaluée par la fin imprévue de la colonisation française. Puis les recherches portant spécifiquement sur la guerre d’Algérie se sont multipliées à partir de l’ouverture de la plus grande partie des archives publiques en juillet 1992, trente ans après la fin de la guerre. Mais pourtant, les travaux des historiens proprement dits sont relativement moins influents que les points de vue mémoriels qui ne cessent de s’affronter dans une véritable « guerre des mémoires ». D’un côté, plutôt à gauche, les partisans de l’indépendance, qui deviennent de plus en plus nombreux avec le temps écoulé. De l’autre, plutôt à droite, les vaincus de la décolonisation (militaires, de carrière, « rapatriés », « harkis »), se considérant comme les victimes d’une injustice. Entre les deux, la majorité silencieuse qui a évolué en passant de l’idée reçue selon laquelle l’Algérie était une terre française à l’idée contraire, en suivant l’exemple donné par le général de Gaulle. Les historiens eux-mêmes ont du mal à échapper à ces clivages, parce qu’un bon nombre d’entre eux avaient vécu la guerre d’Algérie en tant que citoyens avant de l’étudier en tant qu’historiens, ou l’avaient directement vécue sur place dans leur enfance, ou enfin, pour les plus jeunes nés après la fin de la guerre, parce qu’ils l’avaient découverte en lisant les livres d’auteurs engagés. Il en résulte que l’histoire de la guerre d’Algérie, bien loin de devenir peu à peu une histoire dépassionnée en fonction de l’écoulement du temps, a donné l’impression de devenir de plus en plus présente, comme si le sens de l’écoulement du temps s’était inversé.

En Algérie au contraire, si la production de livres, mais aussi d’articles dans la presse, de discours commémoratifs officiels est particulièrement abondante, la très grande majorité de cette production appartient au genre mémoriel. Il y a pourtant des historiens algériens, mais leurs publications sont moins nombreuses et moins ambitieuses qu’en France. Et elles n’ont le plus souvent pas été produites dans un cadre proprement algérien, puisque un nombre non négligeable des historiens algériens ont été formés en français par des universitaires français, soit dans les universités algériennes, soit en France même. Le principal historien algérien, par l’importance considérable de son apport à la documentation et à la réflexion sur l’histoire du FLN, est et reste Mohammed Harbi, qui a choisi de vivre et de travailler en France. En dehors de ses archives privées, les archives de la Révolution algérienne (notamment celles du GPRA et du CNRA) font l’objet depuis 1970 de campagnes de regroupement, mais leur accessibilité aux chercheurs ne semble pas obéir à des règles transparentes. D’autre part, l’arabisation de l’enseignement de l’histoire depuis 1966, alors que la majeure partie des sources, même de celles du FLN, sont écrites en français, pose un problème à la maîtrise de cette histoire par les enseignants et chercheurs qui ne maîtrisent pas suffisamment le français.

Enfin en dehors des deux pays directement concernés par la guerre d’indépendance algérienne, il existe beaucoup moins de témoignages, mais un nombre non négligeable d’historiens, souvent moins directement engagés, et dont les ouvrages méritent d’être connus plus qu’ils ne le sont hors de leur pays.

Mais ce tableau n’est pas complet. En effet, l’Algérie et la France se sont longtemps distinguées par deux conceptions opposées du rapport entre l’histoire, la mémoire et la politique. Alors qu’en Algérie la commémoration de la guerre qui lui avait donné son indépendance avait été très vite organisée et systématisée par l’Etat, en France elle faisait l’objet d’une non-commémoration, d’une amnésie officielle fondée sur des lois d’amnistie.

Pourtant, à partir de la fin des années 1990, la situation a changé. D’abord parce qu’à partir du milieu des années 1980, plusieurs procès tardivement intentés à des criminels de guerre nazis ou complices des nazis (Klaus Barbie, puis Paul Touvier, René Bousquet, et enfin Maurice Papon) ont discrédité l’idée d’amnistie des crimes passés, renforcé celle d’un devoir de mémoire et de justice, et rendu inadmissible la politique de l’oubli appliquée à la guerre d’Algérie. Il faut rappeler deux faits majeurs. En 1985, la prescription des crimes de guerre contre les résistants et leurs familles reprochés à Klaus Barbie entraîna un recours à la Cour de cassation, qui décida d’élargir la notion de crime contre l’humanité (seul crime imprescriptible en droit français) en effaçant la différence avec les crimes de guerre, afin de permettre le jugement de Barbie pour tous ses crimes ; ce qui permit à son avocat franco-algérien, Maître Jacques Vergès, de déclarer que désormais la France serait obligée de juger aussi les « crimes contre l’humanité » commis par le général Massu contre les Algériens. Puis en 1997, la déposition au procès Papon de Jean-Luc Einaudi, qui mit en accusation son rôle dans la répression de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961 à Paris, contrairement à la politique d’amnistie-amnésie suivie jusque-là, provoqua le désaveu de cette politique par le gouvernement de Lionel Jospin et par le président de la République Jacques Chirac. Leur ralliement au devoir de mémoire pour toutes les guerres permit le vote à l’unanimité de la loi du 18 octobre 1999 officialisant l’expression « guerre d’Algérie ».

Mais ensuite, cette unanimité se rompit quand il fallut organiser une commémoration nationale de la guerre d’Algérie, la gauche au pouvoir choisissant la date du 19 mars (anniversaire du cessez-le-feu décidé la veille par les accords d’Evian), alors que la droite la jugeait inacceptable parce que les violences commises contre des Français d’Algérie et contre des harkis avaient continué et s’étaient même aggravées durant des mois. Après la transmission au Sénat du texte adoptée par l’Assemblée nationale le 19 janvier 2002, la procédure fut interrompue par les élections présidentielles et la réélection-surprise de Jacques Chirac, soutenu par la gauche contre Jean-Marie Le Pen au deuxième tour. Le président Chirac choisit de commémorer le 5 décembre, date de l’inauguration du Mémorial militaire de la guerre d’Algérie quai Branly à Paris, sans satisfaire les anciens combattants de gauche, qui restèrent fidèles au 19 mars. Dix ans plus tard, le 8 novembre 2012, la majorité du Sénat passée à gauche termina la procédure de 2002 en faisant du 19 mars « jour anniversaire du cessez-le feu en Algérie », « une journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie » [3].

Mais ce n’est pas tout. En effet, la guerre civile algérienne des années 1990 contribua fortement à réactualiser la mémoire de la guerre franco-algérienne de 1954-1962 et à mélanger leurs perceptions en les superposant dans les deux pays. En France, l’impression d’une rechute de l’Algérie dans la violence provoqua des réactions contrastées, soit un sentiment de culpabilité réactivé pour n’avoir pas su prévenir la première des deux guerres dont la deuxième serait une conséquence, soit au contraire celui d’avoir eu raison trente ans plus tôt en refusant de livrer ce pays au FLN. En Algérie, la presse francophone donnait deux impressions contradictoires : d’une part celle d’une répétition des mêmes titres que dans les journaux français trente ans auparavant, parlant de « rebelles » et de « terroristes » abattus ; mais aussi celle de la réutilisation par les deux camps d’un vocabulaire hérité de la propagande du FLN, identifiant son propre camp aux « patriotes » combattant pour l’islam et l’Algérie contre de « nouveaux pieds-noirs » (le « parti de la France », Hizb França) ou de « nouveaux harkis » et fils de harkis.

La revendication algérienne de repentance

De plus, il faut tenir compte d’un fait encore très mal connu en France : la revendication algérienne de repentance. Celle-ci était une conséquence du procès Barbie formulée en 1987, comme on l’a dit, par Jacques Vergès. En mai 1990, son ami l’ancien ministre algérien Bachir Boumaza créa la Fondation du 8 mai 1945, qui se donna pour but de réclamer à la France une reconnaissance de culpabilité pour le « crime contre l’humanité » qu’aurait été sa répression des manifestations nationalistes du 8 mai 1945 à Sétif et à Guelma. Créée pendant l’expérience libérale du gouvernement Hamrouche, elle voulait combattre « la révision insidieuse par certains nationaux y compris dans les sphères du pouvoir, de l’histoire coloniale ». Elle voulait donc « réagir contre l’oubli et réanimer la mémoire, démontrer que les massacres de Sétif sont un crime contre l’humanité, et non un crime de guerre comme disent les Français », afin « d’obtenir un dédommagement moral ». Bachir Boumaza insistait sur l’idée que la colonisation française en Algérie « présente, dans ses manifestations, les caractéristiques retenues au tribunal de Nuremberg comme un crime contre l’humanité » [4].

Cinq ans après, en pleine guerre civile, et juste après l’élection de Jacques Chirac à la présidence de la République française, le 8 mai 1995 vit un renforcement et un début d’officialisation de cette campagne. Le grand quotidien El Watan reproduisit intégralement le discours du Premier ministre Mokdad Sifi, situa mai 1945 dans une longue série de répressions répétées depuis 1830, invita les intellectuels algériens à « travailler au corps » les démocrates français pour qu’ils diffusent dans leur société un sentiment de responsabilité et de culpabilité, et réclama à l’Etat français des excuses officielles au peuple algérien « pour les centaines de milliers d’innocents assassinés au cours de 130 ans de domination coloniale » [5]. En France, l’association Au nom de la Mémoire, présidée par Mehdi Lallaoui, participa à cette campagne au moyen d’un film « Un certain 8 mai 1945 » diffusé sur la chaîne Arte, d’un livre condensant fortement la thèse soutenue six ans plus tôt en France par l’historien algérien Boucif Mekhaled, et d’un colloque à la Sorbonne sur le 8 mai 1945. Le fait remarquable dans ces trois manifestations était la présence de la personne et des idées de Bachir Boumaza, auquel l’historien Charles-Robert Ageron répondit très fermement pour défendre le travail des historiens français gravement mise en cause [6], et un autre historien, Jean-Charles Jauffret, co-préfacier du livre de Boucif Mekhaled avec Mehdi Lallaoui, réagit très sévèrement au film de ce dernier.

Un peu plus de cinq ans plus tard, le 14 juin 2000, le président Bouteflika prononça devant l’Assemblée nationale française un important discours, dans lequel il suggéra très (trop) habilement à la France d’accepter cette revendication : « Que vous sortiez des oubliettes du non-dit la guerre d’Algérie, en la désignant par son nom, ou que vos institutions éducatives s’efforcent de rectifier, dans les manuels scolaires, l’image parfois déformée de certains épisodes de la colonisation représente un pas encourageant dans l’oeuvre de vérité que vous avez entreprise, pour le plus grand bien de la connaissance historique et de la cause de l’équité entre les hommes » [7].

Après sa réélection, Jacques Chirac décida de relancer les relations franco-algériennes en faisant de l’année 2003 celle de l’Algérie en France, et proposa la rédaction d’un traité d’amitié franco-algérien sur le modèle du traité franco-allemand de 1963. Mais en même temps il voulut satisfaire les associations de rapatriés et de harkis dont il avait obtenu le soutien en 2002, en faisant préparer un projet de loi d’indemnisation par le gouvernement Raffarin. Or ce projet, dont les articles mémoriels avaient pris un développement inattendu, devint la loi du 23 février 2005 avant que la négociation du traité d’amitié se terminât. Cette loi contredisait totalement la revendication de repentance en glorifiant la colonisation française. Une campagne de presse, lancée par plusieurs historiens français, dont Claude Liauzu et Gilbert Meynier, pour la dénoncer [8], attira l’attention de la presse algérienne. Le président Bouteflika fut obligé de réagir, et il le fit les 8 mai 2005 et 2006, en reprenant entièrement à son compte les revendications de la Fondation du 8 mai 1945. Comme le reconnut La tribune du 9 mai 2005 : « Pour la première fois depuis l’indépendance, l’Etat algérien demande officiellement à l’Etat français de reconnaître ses crimes coloniaux et de demander pardon pour les souffrances imposées au peuple algérien durant les cent-trente-deux ans d’occupation. Ce qui a toujours été la revendication de la société civile à travers les associations des victimes des atrocités coloniales est désormais un demande officielle formulée par le président de la République ».

Malgré plusieurs tentatives de relance des deux côtés, la négociation du traité d’amitié n’aboutit pas. Jacques Chirac a reconnu plus tard dans ses Mémoires parus en 2011 la raison de cet échec : « Le principal obstacle viendra de l’acte de repentance que le gouvernement algérien nous demande quelques mois plus tard de faire figurer dans le préambule, acte par lequel la France exprimerait ses regrets pour « les torts portés à l’Algérie durant la période coloniale ». Il me paraît utile et même salutaire, comme je l’ai indiqué dans mon discours de l’Unesco à l’automne 2001, qu’un peuple s’impose à lui-même un effort de lucidité sur sa propre histoire. Mais ce qu’exigent de nous les autorités d’Alger n’est rien d’autre que la reconnaissance officielle d’une culpabilité. Je ne l’ai naturellement pas accepté, consentant tout au plus à souligner, dans une déclaration parallèle et distincte du traité, « les épreuves et les tourments » que l’histoire avait imposés à nos deux pays. C’est le maximum de ce que je pouvais faire ». Ce qui ne l’empêcha pas de désavouer la loi du 23 février 2005, pourtant votée par sa majorité : « Il n’était pas davantage question pour moi de célébrer, comme certains parlementaires UMP m’y invitaient, le bilan positif de notre héritage colonial. C’eût été tout aussi excessif et injustifié, pour ne pas dire indécent » [9].

Après lui, son successeur Nicolas Sarkozy fut le premier président de la République française qui ait refusé publiquement la revendication algérienne de repentance lors de sa campagne. Une fois élu, il s’efforça de concilier cette position intransigeante avec une reprise de relations franco-algériennes constructives ; dans son premier voyage en Algérie, du 3 au 5 décembre 2007, il tenta de réconcilier toutes les mémoires : « Oui, le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité. Mais il est aussi juste de dire qu’à l’intérieur de ce système profondément injuste, il y avait beaucoup d’hommes et de femmes qui ont aimé l’Algérie, avant de devoir la quitter. Oui, des crimes terribles ont été commis tout au long d’une guerre d’indépendance qui a fait d’innombrables victimes des deux côtés. Et aujourd’hui, moi qui avais sept ans en 1962, c’est toutes les victimes que je veux honorer. Notre histoire est faite d’ombre et de lumière, de sang et de passion. Le moment est venu de confier à des historiens algériens et français la tâche d’écrire ensemble cette page d’histoire tourmentée pour que les générations à venir puissent, de chaque côté de la Méditerranée, jeter le même regard sur notre passé, et bâtir sur cette base un avenir d’entente et de coopération » [10]. A cette occasion, plusieurs intellectuels français rassemblés autour de Gilbert Meynier publièrent le 1er décembre 2007, dans Le Monde, L’Humanité, El Watan et Al Khabar une pétition intitulée « France-Algérie : dépassons le contentieux des mémoires », [11] qui limitait malheureusement sa portée en ne s’adressant qu’au président de la République française.

Durant toute sa présidence, contrairement aux années précédentes, le président et le gouvernement de l’Algérie évitèrent de relancer la revendication de repentance. Pourtant, plusieurs ministres faisaient partie de ses soutiens, qui continuaient de s’exprimer publiquement. C’est ainsi qu’en février 2010, 125 députés algériens déposèrent une proposition de loi menaçant d’entamer des poursuites judiciaires contre les auteurs de tous les crimes commis par des Français contre le peuple algérien de 1830 à 1962 [12], évidemment incompatibles avec les clauses d’amnistie réciproque sur lesquelles étaient fondés les accords d’Evian, et avec le simple bon sens pour ce qui concerne les faits antérieurs à 1945 dont il ne reste presque aucun acteur survivant. Il y avait parmi eux le secrétaire général du FLN Abdelaziz Belkhadem, et plusieurs ministres s’exprimaient dans le même sens. Mais le Premier ministre Rachid Ouyahia s’opposa à son adoption par le gouvernement. Un peu plus tard, le film franco-algérien Hors-la-loi, de Rached Bouchareb, présenta au Festival de Cannes une vision de la guerre d’indépendance conforme à la version nationaliste algérienne [13], avec le soutien de l’ancien ambassadeur à Paris Mohammed Bedjaoui, mais sans grand succès. Puis le 23 décembre 2011 le chef du gouvernement turc, Recep Tayyip Erdogan, réagit au vote d’une loi française pénalisant la négation du génocide des Arméniens par les Turcs (loi votée à l’initiative de la majorité UMP et de l’opposition socialiste) en reprenant à son compte la revendication algérienne de repentance, affirmant que 15% de la population algérienne avaient été massacrés par les Français à partir de 1945, et que c’était un génocide. Mais le Premier ministre algérien Rachid Ouyahia le désavoua : « Personne n’a le droit de faire du sang des Algériens un fonds de commerce », déclara-t-il au siège de son parti le RND, en rappelant que la Turquie membre de l’OTAN avait soutenu la France et attendu 1962 pour reconnaître l’Algérie [14].

L’approche de l’élection présidentielle française de 2012 et d’élections législatives algériennes presque simultanées inspira un accord sans précédent au premier ministre Ouyahia et au ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé pour réduire les commémorations du demi-siècle de la fin de la guerre et de l’indépendance au strict minimum, afin d’éviter toute polémique entre les deux pays [15]. Mais les partisans algériens de la repentance française, comme le leader du parti FLN Abdelaziz Belkhadem, pouvaient encore espérer un changement de position de la France en cas d’élection du candidat socialiste François Hollande, considéré comme un ami de l’Algérie. N’avait-il pas écrit le 26 mars 2012 : « Je crois effectivement utile que la France présente des excuses officielles au peuple algérien. Ce, pour plusieurs raisons. Rappelons, pour mémoire, que le 8 mai 1945 ne fut pas seulement marqué par la victoire des Alliés sur l’Allemagne et la fin de la Seconde Guerre Mondiale en Europe, mais aussi par le début des massacres de Sétif où furent perpétrées des répressions sanglantes en réponse aux émeutes survenues dans le département de Constantine. Lesquelles visaient clairement à réclamer la reconnaissance dans la République française. Elles firent plusieurs dizaines de milliers de morts, côté algérien » ?

Pourtant, le candidat Hollande avait défini une position plus équilibrée dans un texte publié par Le Monde du 19 mars, intitulé : « France et Algérie doivent mener ensemble un travail de mémoire », où il affirmait que « aujourd’hui, entre une repentance jamais formulée et un oubli forcément coupable, il y a place pour un regard lucide, responsable, sur notre passé colonial ». Après une longue attente, arrivant à Alger le 19 décembre 2012, il avait clairement fait savoir qu’il ne parlerait pas de repentance, au grand mécontentement d’une dizaine de partis algériens (dont quatre islamistes) qui condamnèrent « le refus des autorités françaises de reconnaître, excuser (sic) ou indemniser, matériellement et moralement, les crimes commis par la France coloniale en Algérie ». Et le discours qu’il prononça le 20 devant les députés et les sénateurs algériens, proposant la libre recherche historique à la place de la repentance, n’était pas si différent de celui de Nicolas Sarkozy cinq ans plus tôt :

« Alors, l’histoire, même quand elle est tragique, même quand elle est douloureuse pour nos deux pays, elle doit être dite. Et la vérité je vais la dire ici, devant vous. Pendant 132 ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal, ce système a un nom, c’est la colonisation, et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien. Parmi ces souffrances, il y a eu les massacres de Sétif, de Guelma, de Kherrata, qui, je sais, demeurent ancrés dans la conscience des Algériens, mais aussi des Français. Parce qu’à Sétif, le 8 mai 1945, le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles. La vérité, elle doit être dite aussi sur les circonstances dans lesquelles l’Algérie s’est délivrée du système colonial, sur cette guerre qui, longtemps, n’a pas dit son nom en France, la guerre d’Algérie. Voilà, nous avons le respect de la mémoire, de toutes les mémoires. Nous avons ce devoir de vérité sur la violence, sur les injustices, sur les massacres, sur la torture. Connaître, établir la vérité, c’est une obligation,etellelielesAlgériensetlesFrançais.Etc’estpourquoi il est nécessaire que les historiens aient accès aux archives, et qu’une coopération dans ce domaine puisse être engagée, poursuivie, et que progressivement, cette vérité puisse être connue de tous. La paix des mémoires, à laquelle j’aspire, repose sur la connaissance et la divulgation de l’histoire ». [16]

Cette fois-ci, le discours du président français semble avoir été mieux accueilli par ses auditeurs algériens. En tout cas, il semble établi que le gouvernement algérien, dirigé depuis septembre 2012 par Abdelmalek Sellal, a renoncé à la revendication de repentance, en dépit des réticences de certains ministres. D’autre part, l’approbation par le gouvernement algérien de l’intervention militaire française de janvier 2013 au Mali contre les islamistes armés (dont ceux de l’AQMI venus d’Algérie) a fait de la France et de l’Algérie deux alliés objectifs.

Remarques critiques

Ce rappel de la longue histoire des relations franco-algériennes était nécessaire pour nous permettre de poser quelques questions d’une importance capitale pour l’Algérie.

Revenons d’abord sur le statut de l’histoire dans les deux pays. En Algérie, l’histoire était et reste encore subordonnée à la politique, parce qu’elle est le fondement nécessaire de l’Etat et de la nation. Même si la Constitution de 1989 a considérablement élargi l’espace des libertés publique sen reconnaissant le droit au pluralisme des partis politiques et la liberté d’opinion et d’expression, elle a néanmoins maintenu des bornes à l’exercice de ces droits en définissant les principes fondamentaux sur lesquels elle est fondée dans son préambule et dans de nombreux articles. En conséquence, l’histoire reste subordonnée à la politique, et les voix de ceux qui ont participé à la Révolution sont censées avoir plus de valeur que celles de ceux qui ne l’ont pas vécue, si savants soient-ils.

En France, les fondements idéologiques de l’Etat républicain sont plus anciens puisqu’ils remontent à la Révolution de 1789, vieille de plus de deux siècles. Ces fondements d’abord contestés sont maintenant reconnus, au moins en principe, par toutes les forces politiques (à l’exception de quelques groupuscules). En conséquence, l’Etat reconnaît la compétence particulière des historiens et leur laisse une très grande liberté de recherche et d’enseignement, même dans les institutions qu’il avait créées pour développer les recherches sur les deux guerres mondiales. Les historiens peuvent donc interpréter les faits historiques, leurs causes et leurs conséquences à leur guise, avec une seule limite : l’obligation de convaincre leurs collègues. Mais il faut néanmoins observer que cette liberté n’est pas un acquis définitif. En effet depuis une trentaine d’années, la multiplication des lois mémorielles accompagnées de clauses pénales a fait renaître une menace pesant sur la liberté des historiens. En 1990 et en 1995 la présidente de la Ligue des droits de l’homme Madeleine Rébérioux, historienne et femme de gauche bien connue, avait mis en garde ses collègues dans la revue L’Histoire contre la menace que faisait peser sur leur liberté d’expression la loi Gayssot. Puis la multiplication des lois mémorielles condamnant l’extermination des Arméniens comme un génocide et l’esclavage des Noirs africains déportés par les Européens comme un crime contre l’humanité à partir de 2001 a concrétisé cette menace. La loi du 23 février 2005, qui se distinguait des précédentes en glorifiant la colonisation au lieu de la condamner, fut pourtant la seule à susciter l’opposition de nombreux historiens. Mais en même temps, les poursuites engagées par une association de descendants d’esclaves contre l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau au nom de la loi Taubira-Ayrault de 2001 ont vérifié dix ans après les avertissements de Madeleine Rébérioux, et justifié la création de l’association Liberté pour l’histoire, qui a démontré le caractère anticonstitutionnel de presque toutes ces lois mémorielles. C’est une première raison de ne pas soutenir la revendication algérienne de repentance. Et c’est aussi pourquoi les trois derniers présidents de la République française lui ont opposé la liberté des historiens des deux pays.

Mais en Algérie, l’Etat ne reconnaît pas l’autonomie de l’histoire, puisqu’il définit lui-même le cadre à l’intérieur duquel les historiens doivent situer leurs travaux. Il existe donc une histoire officielle, ou plutôt une mémoire officielle, qui ne se distingue pas de la propagande nationaliste, diffusée depuis au moins deux tiers de siècle, par le PPA-MTLD puis par le FLN et enfin par les dirigeants de l’Etat algérien.

L’exemple des événements du 8 mai 1945 est particulièrement utile pour faire comprendre cette différence. Le grand historien critique de la colonisation Charles-André Julien avait dénoncé dans son Afrique du Nord en marche en 1952 cette répression « féroce, impitoyable, en vérité inhumaine par son manque de discernement » , mais il avait également dénoncé la partialité de la version répandue par la propagande nationaliste, dans une brochure du MTLD qui racontait longuement le « génocide » : « un policier abat un porteur de pancarte de trois balles dans le ventre ; aussitôt les policiers « se regroupent rapidement en face des manifestants, comme si le scénario avait été préparé à l’avance, et la fusillade commence. Puis à Sétifville, la loi martiale est proclamée ». Sans doute s’est-il passé entre-temps l’effroyable tuerie à travers la ville, mais à cela il n’est même pas fait allusion. Si le PPA n’y fut pour rien, pourquoi donc le cacher ? Et comment ajouter foi à une propagande qui fausse la réalité au point d’omettre entièrement un événement d’une exceptionnelle gravité ? » [17]

En effet à Sétif le 8 mai 1945, il n’y a pas eu un “massacre” des manifestants algériens prémédité par la police ou par l’armée française, même si le premier mort fut peut-être un porteur du drapeau algérien : ce sont des civils français qui ont été massacrés ou blessés par des Algériens musulmans armés (en principe, le service d’ordre d’une manifestation pacifique), et il n’y a pas eu de “massacre” commis par les forces de l’ordre contre la masse des manifestants. Puis c’est une véritable insurrection qui s’en est pris aux civils français dans toutes les directions au départ de Sétif, notamment au nord jusqu’à la mer. Dans l’une des nombreuses localités touchées, à Kerrata (lieu de naissance de Bachir Boumaza), la répression fut sommaire et meurtrière, mais on oublie le plus souvent de dire qu’elle répondait à un début de massacre touchant la population civile française . Enfin à Guelma (ville située à plus de 200 km de Sétif), la répression fut en effet systématique et injustifiable, puisque des centaines d’Algériens musulmans furent arrêtés dans la ville puis assassinés sans autre raison que la peur d’un début d’insurrection vite réprimé dans les environs. Comme l’a bien montré la thèse de Jean-Pierre Peyroulou [18], les événements de Guelma ont été très différents de ceux de Sétif, même s’ils en ont été une conséquence. Ainsi, ce que l’on a pris l’habitude d’appeler le ou « les massacre(s) de Sétif », et que l’on a vu récemment représenté dans les cinq premières minutes du film Hors-la-loi comme un guet-apens froidement prémédité et perpétré par la police et l’armée française, est une version mythifiée d’un événement beaucoup plus complexe, mais qui s’est de plus en plus largement répandue en Algérie et même en France.

Au contraire, la recherche historique, qui avait bien progressé dans les deux pays jusqu’en 1990, s’était attachée à rechercher les causes de cet événement, qui ne doivent pas être confondues avec ses conséquences. Dès 1975, le premier livre de Mohammed Harbi, Aux origines du FLN, la crise du PPA-MTLD, avait signalé que les deux principaux leaders du PPA clandestin, Hocine Asselah et le docteur Lamine-Debaghine, avaient rencontré Messali Hadj dans sa résidence surveillée en avril 1945 et lui avaient proposé de s’évader pour proclamer un Etat algérien à la fin de la guerre. Messali se serait bien évadé mais serait revenu faute d’avoir trouvé un guide. L’historienne Annie Rey-Goldzeiguer avait d’abord été sceptique, mais elle a changé d’avis dans son dernier livre publié en 2002, après que la fille de Messali ait confirmé cette évasion et ce retour. Enfin le site internet de Benyoucef Ben Khedda confirme cette information, et le fils d’un administrateur en poste dans la région de Sétif en mai 1945, Roger Benmebarek, s’efforce de la prouver dans une future thèse d’histoire.

De même, la version de la colonisation française présentée comme une suite de crimes contre le peuple algérien commis de 1830 à 1962 mérite d’être discutée, mais sans oublier les faits qui ne vont pas dans le même sens. Par exemple, le fait qu’à partir de 1945 la France a consenti des dépenses de plus en plus élevées, non seulement pour maintenir l’Algérie sous son autorité, mais aussi pour élever le plus rapidement possible les conditions de vie de tous ses habitants. En effet, la commission des réformes créée en 1943 par le général Catroux pour élaborer un plan de progrès économique et social en faveur des « Français musulmans » avait jugé nécessaire une participation régulière du budget métropolitain, qui fut assurée à partir de 1948 ; mais cette participation fut toujours insuffisante à cause de la sous-estimation du taux d’accroissement de la population musulmane (en pleine explosion démographique) et de la priorité accordée à la reconstruction de la métropole. Cette aide métropolitaine fut ensuite augmentée à plusieurs reprises pour répondre à la menace du FLN jusqu’à la fin de la IVème République et à l’adoption du fameux « plan de Constantine » par le général de Gaulle en octobre 1958. Mais on oublie aussi que la reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie par celui-ci le 3 juillet 1962 n’a pas mis fin à l’aide technique et financière française, puisque le trésor algérien n’a été séparé du trésor français qu’à la fin de décembre 1962 ; ce qui lui a évité une faillite immédiate, puisque les Français d’Algérie qui fuyaient le pays en masse étaient les principaux contribuables. De plus, la France a continué à accorder une aide financière décroissante mais importante de 1963 à 1970 pour combler le déficit du budget algérien, et elle a accepté d’apurer par un accord secret en décembre 1966, à des conditions très généreuses, le contentieux financier entre les deux Etats qui portait sur 7,5 milliards de francs et près de 20 milliards de francs de bien nationalisés sans indemnité. Le total de l’aide budgétaire accordée par la France à l’Algérie s’élèverait à 3.307 millions de francs de 1963 à 1970, ou à 2.306 millions de dollars de 1962 à 1969. De toute façon, la nationalisation du pétrole saharien par l’Etat algérien en 1972 lui a donné les moyens et la responsabilité d’utiliser ces ressources financières dans l’intérêt de son peuple [19] . Ceux qui persistent à réclamer des indemnités à la France ont-ils tenu compte de tous ces faits ?

De même, on peut se demander si la population algérienne née en France, et qui jouit de ce fait de la double nationalité franco-algérienne, est bien consciente de la principale raison de sa présence sur le sol français. En effet, les nationalistes algériens, depuis l’Etoile nord-africaine jusqu’à la Fédération de France du FLN, croyaient très sincèrement que les Algériens devaient venir gagner leur vie en France parce que leur propre pays ne leur appartenait plus, et qu’ils pourraient y retourner dès que l’indépendance l’aurait rendue à son peuple. Mais dès l’automne 1962, l’effondrement économique de l’Algérie causé par la fuite massive de la population française a relancé plus fortement que jamais l’émigration vers la France, qui est devenue une immigration. Dès lors, il convient de se demander si cette fuite massive avait été prévue et voulue par les responsables de la Révolution algérienne.

Enfin, il faut souligner l’aspect le plus paradoxal de la politique mémorielle algérienne : la volonté de rendre la France responsable de tous les malheurs de l’Algérie, alors que les responsables du FLN avaient revendiqué depuis le 1er novembre 1954 leur indépendance par rapport à la France et avaient obtenu satisfaction le 3 juillet 1962, il y a plus de cinquante ans. Cette politique mémorielle a pourtant prolongé la propagande de guerre du FLN alors que la guerre était terminée par sa victoire politique ; mais la revendication de repentance, à partir de 1990 ou de 1995, a donné l’impression que l’Etat algérien voulait encore obtenir de la France un aveu de défaite morale, qui lui permettrait de prouver à son propre peuple une vertu patriotique supérieure à celle de ses ennemis islamistes. Selon Guy Hennebelle, c’était perpétuer « le duo maso-sado » entre la culture laïco-chrétienne du culpabilisme français et la culture arabo-musulmane du ressentiment, qui ne mène à rien de constructif » [20] . Autrement dit, l’illusion que les Algériens ne sont responsables de rien puisque les Français sont responsables de tout. Un demi-siècle après sa fin officielle, la guerre d’indépendance de l’Algérie est-elle vraiment terminée, oui ou non ? Mais on peut aussi voir dans cette revendication de repentance un moyen de détourner l’attention du peuple algérien d’un passé récent trop cruel, marqué par de nombreux crimes dont l’Etat refuse d’éclairer les responsabilités au nom de la « concorde nationale ».

Tout au contraire, il m’avait semblé dès le début des années 1990 que ces cruels événements que l’on commençait à appeler, à tort ou à raison, la « deuxième guerre d’Algérie », rendaient possible et urgente une rupture avec la politique mémorielle qui avait conduit trente ans après à une tragique rechute dans une guerre civile, présentée artificiellement comme une guerre contre la France. Or la France n’avait certainement pas voulu cette guerre, et elle n’y a été entraînée que malgré elle. En persistant à vouloir la culpabiliser, les gouvernements algériens ont sans doute voulu obtenir qu’elle leur fournisse toute l’aide qu’ils lui demanderaient sans se permettre la moindre critique en retour. Mais il s’agissait d’une attitude à très courte vue, qui risque de se retourner tôt ou tard contre les dirigeants algériens.

Ce risque est devenu évident depuis que le gouvernement algérien actuel a clairement désavoué son ancienne exigence de repentance à l’occasion du récent voyage du président Hollande à Alger. Le ministre de l’Intérieur Daho Ould Kablia a clairement répondu aux partisans de la demande de repentance, en se situant dans le prolongement des positions prises depuis plusieurs années par des hommes politiques aussi importants que les leaders de partis « dialoguistes » Hocine Aït-Ahmed et Abdelhamid Mehri, et les anciens premiers ministres « éradicationnistes » Belaïd Abdesselam et Redha Malek. Maintenant que, à la suite de ce voyage, la France s’est engagée dans une guerre contre les organisations « terroristes » qui occupaient une grande partie du Mali, et maintenant que l’Algérie a été entraînée dans cette guerre par la réaction d’AQMI au Sahara algérien, il appartient aux dirigeants algériens de tenir un langage clair et convaincant à leur peuple. Qui est l’ennemi ? La France, ou AQMI ? Quels critères permettent de distinguer à coup sûr la guerre légitime et le « terrorisme », que l’Algérie se glorifie depuis le 11 septembre 2001 d’avoir combattu la première, longtemps seule contre tous ? Ces clarifications sont plus nécessaires que jamais, mais elles sont d’autant plus difficiles à définir que les responsables algériens ont trop longtemps tardé à les formuler.

Guy Pervillé

La revue L’ivrEscQ est une revue mensuelle, dont voici l’adresse :

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Site web : http://www.livrescq.com

A lire avant :

-  Mes réponses aux questions de Guy Hennebelle (2002)

http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=19

A lire après :

-  Mémoires et histoire de l’Algérie coloniale (2013)

http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=295

[1] Voir sur mon site http://guy.perville.free.fr, dans la rubrique « Interviews », http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=19.

[2] Tout ce paragraphe a été oublié dans la publication de L’ivrEscQ, n° 22, février 2013, en bas de la p. 43.

[3] Loi adoptée par le Sénat français le 8 novembre 2013, publiée le 6 décembre dans le Journal officiel de la République française, lois et décrets, du 7 décembre 2013. Voir http://www.vie-publique.fr/actualite/panorama/texte-vote/proposition-loi-relative-reconnaissance-du-19-mars-comme-journee-nationale-du-souvenir-recueillement-memoire-victimes-civiles-militaires-guerre-algerie-combats-tunisie-au-maroc.html.

[4] Interview de Bachir Boumaza, cité par Ahmed Rouadjia, « Hideuse et bien-aimée, la France… », in Panoramiques, n° 62, 1er trimestre 2003, pp. 210-211.

[5] El Watan, 9 mai 1995.

[6] Voir l’article de Charles-Robert Ageron, « Mai 1945 en Algérie, enjeu de mémoire et histoire », in Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 39/40, juillet-décembre 1995, pp. 52-56. Bachir Boumaza devint le président du Conseil de la Nation, deuxième personnage de l’Etat algérien, de 1998 à 2001.

[7] Le Monde, 17 juin 2000, p. 18.

[8] Voir « Mon avis sur la pétition des historiens » (2005), http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=38.

[9] Jacques Chirac, Mémoires, Paris, Nil Editions, 2012, t.2, p. 435.

[10] Voir sur http://www.ldh-toulon.net/spip.php ? article 2393.

[11] « A propos de la pétition : « France-Algérie : dépassons le contentieux historique » « (2007), http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=162, et « Réponse à Gilles Manceron », http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=37.

[12] Voir le texte sur http://www.mediapart.fr/et sur le site de la Ligue des droits de l’homme de Toulon, 25 février 2010.

[13] Voir sur mon site « Réponse à Yasmina Adi » (2010), http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=251, et « Réponse à Thierry Leclère » (2010), http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=256.

[14] Voir « Ahmed Ouyahia répond à Erdogan : « Cessez d’instrumentaliser le sang des Algériens », par Tahar Fattani, dimanche 08 janvier http://www.lexpressiondz.com/actualite/145922-%C2%ABcessez-d%27instrumentaliser-le-sang-des-alg%C3%A9riens%C2%BB.html.

[15] Voir « 1962 : fin de la guerre d’Algérie, texte censuré ! »(2013), http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=266, et « A propos de mon texte censuré : 1962, fin de la guerre d’Algérie » (2013), http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=269.

[16] Discours d’Alger, 20 décembre 2012, texte complet sur le site http://www.vie-publique.fr/rss/discours-rss.xml ; cf mon texte « le voyage du président Hollande en Algérie (19-21 décembre 2012) » (2013), http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3 ?id_article=287.

[17] Charles-André Julien, L’Afrique du Nord en marche, Paris, Julliard, 1952, réédition 1972, p. 264.

[18] Jean-Pierre Peyroulou, Guelma, 1945, une subversion française dans l’Algérie coloniale, préface de Marc Olivier Baruch, La Découverte, 2009, 403 p.

[19] Pour en savoir plus, voir Guy Pervillé, Les accords d’Evian (1962). Succès ou échec de la réconciliation franco-algérienne (1954-1962), Paris, Armand Colin, 2012, 288 p.

[20] Guy Hennebelle, Panoramiques n° 62, 1er trimestre 2003, p. 20.


Retraites: Touche pas à mes 21 régimes de retraite ! (Senator keeps speaking out on France’s notoriously byzantine and inequitable pension system)

24 octobre, 2010

French retirement riots (Oct. 2010)

Si notre système fiscal est aujourd’hui mal accepté, ce n’est pas tant du fait de son poids global que de son manque criant de lisibilité et d’équité. Thomas Piketty
Savez-vous que les personnes âgées de plus de 59 ans, âge moyen de la retraite, consomment 70 % des dépenses sociales, y compris les soins de santé ? Au Canada, les gens de plus de 65 ans consomment seulement 50 % des dépenses sociales. Pourquoi ne pas remettre en cause cette situation atypique ? Parce que les retraités votent et pèsent d’un poids déterminant. Les jeunes eux-mêmes défendent ce système, car ils espèrent en bénéficier, ce qui ne sera pas le cas : le système est devenu intenable. Timothy B. Smith
Là où une ouvrière de 60 ans, à la carrière incomplète pour avoir élevé deux enfants, touchera 1,04 euro pour 1 euro cotisé, un employé modeste à la Banque de France, pouvant prendre sa retraite à 55 ans, touchera 2,42 euros pour 1 euro cotisé. Là où un cadre multicarrières ayant commencé par être ingénieur agronome avant de se lancer dans une activité libérale de conseil percevra à partir de 64 ans 0,87 euro pour 1 euro cotisé, un cadre de la SNCF ayant accumulé trente-deux années validées et prenant sa retraite à 55 ans percevra 3,16 euros. Là où une infirmière à la carrière incomplète percevra 1,83 euro pour 1 euro cotisé, un sous-officier prenant sa retraite après quinze années de service, dont cinq de campagne simple, et jouissant de sa pension immédiate à 35 ans percevra – c’est le meilleur rapport – 4,78 euros pour 1 euro cotisé.
La moindre des réformes serait de tenir compte de l’espérance de vie pour le calcul des cotisations et des pensions. La Suède l’a fait en 1999 en instaurant ce que les assureurs appellent la neutralité actuarielle. Le régime par répartition fonctionne selon un mécanisme de compte qui retrace les droits acquis par l’assuré au cours de sa carrière. Au moment du départ à la retraite, les droits accumulés dans le compte sont convertis en annuités selon une formule qui prend en considération l’espérance de vie de la génération à laquelle appartient l’assuré et l’âge qu’il choisit pour partir à la retraite. Jacques Marseille
Il existe aujourd’hui 21 systèmes de base, sans compter les régimes complémentaires. L’ensemble est très complexe, opaque et injuste. Or, la réforme n’apporte pas de réponses sur les inégalités entre les salariés du privé, les fonctionnaires et les agents des régimes spéciaux. Il est temps d’instituer l’égalité des Français devant la retraite. Jean Arthuis
C’est un texte qui permet de tendre vers l’équilibre financier et de colmater le déficit puisque notre système va tout droit vers la faillite. Mais ce n’est que du colmatage et cela ne règle pas le problème de fond. Avec 21 régimes différents, nous avons un système complexe, opaque et inégalitaire. Jean Arthuis
On n’atteindra jamais le plein-emploi sans mettre en place des réformes structurelles, comme la TVA sociale, qui consiste à faire baisser les charges sociales et à compenser le manque à gagner par une hausse de la TVA. Cela nous redonnera de la compétitivité et de la croissance. C’est indispensable pour se sortir de la situation actuelle. Je rappelle qu’il faut certes équilibrer le système de retraite, mais qu’il faut aussi s’occuper du déficit de l’Etat. Il faut briser les tabous et tout mettre sur la table, sinon nous sommes condamnés à des mesures encore plus douloureuses dans quelques années. Alors que l’opposition campe dans le déni de réalité, nous devons faire preuve de lucidité et de courage. (…) Le gouvernement est beaucoup trop timoré sur la fiscalité. (…) Je plaide pour une simplification du système, pas pour un rafistolage : supprimer le bouclier fiscal, supprimer l’ISF et rajouter une tranche d’impôt sur le revenu. Et réviser à la hausse le barème d’imposition des plus-values mobilières et immobilières. Jean Arthuis

Pour ceux qui comme nous n’ont toujours pas compris pourquoi on s’echarpe sur un chiffre de depart a la retraite (60 contre 62) alors qu’avec la fixation du nombre d’annuites (41 ans, 42 ans ?) il n’est deja plus respecte par personne …

Régimes spéciaux, multiplication des régimes (pas moins de 21 !), régimes complémentaires, inégalités public/privé, carrières anormalement longues, polypensionnés, taux de CSG appliqué aux pensions de 6,6% contre 7,5% pour les autres revenus, pensions les plus élevées  indexees sur l’inflation, surtaxation du travail, tres faible progressivite de l’impot sur le revenu, infinite de niches fiscales, seuls 6 à 8% (contre 90% en Australie) des prestations sociales soumises au plafonnement sous ressources …

Alors qu’une opposition en plein deni jette de l’huile sur le feu et en coulisse joue l’obstuction la plus ehontee en multipliant les amendements (1.200 !) …

Et que pour faire passer un simple colmatage financier base sur des projections financières bien trop optimistes (baisse du chômage à 5,7%, retour à l’équilibre en 2018 ?), un gouvernement aux abois et plombe par ailleurs par des ministres aussi credibles qu’un Eric Woerth fait mine a la derniere minute de s’interesser a 1 ou 2 amendements centristes …

Retour, avec le président de la Commission des finances du Sénat Jean Arthuis, sur ce qui aurait pu etre une veritable reforme d’un systeme notoirement complexe, opaque et inégalitaire …

A savoir une reforme non seulement du systeme des pensions (une sorte de retraite à points qui a deja fait ses preuves dans les pays nordiques). mais surtout, sans compter la grande inequite de la fiscalite, de la question du coût du travail (les fameuses charges sociales), cause principale via le chomage qu’il induit de nos presents et futurs deficits abyssaux …

Les recettes détonantes de Jean Arthuis pour sauver les retraites

Propos recueillis par Thomas Bronnec

L,Expansion

le 21/06/2010

Le président de la Commission des finances du Sénat estime que la réforme des retraites ne va pas assez loin. Il veut geler les pensions supérieures à deux ou trois fois le Smic, et reculer l’âge légal de départ à 63 ans au moins. Interview sans tabous.

Que pensez-vous du projet de réforme des retraites du gouvernement?

Il va dans la bonne direction, mais pas assez loin. Les projections financières sont trop optimistes et il manque plusieurs milliards. L’impact financier du passage à 62 ans est par exemple estimé à 20,2 milliards en 2020, alors que mes propres projections l’évaluent à 15 milliards. Je rappelle que, avant François Mitterrand, l’âge légal était fixé à 65 ans. Le fixer à 63 était un minimum. Il faudrait aussi faire participer les retraités à l’effort, en relevant le taux de CSG appliqué aux pensions, qui est à 6,6% alors qu’il est à 7,5% pour les autres revenus. Je propose également de geler le niveau des pensions les plus élevées, c’est à dire de ne plus indexer sur l’inflation la fraction supérieure à un montant correspondant à deux fois le Smic.

Le gouvernement table sur un taux de chômage de 5,7% pour faire basculer les excédents de l’Unedic sur le régime de retraite. Réaliste?

On n’atteindra jamais le plein-emploi sans mettre en place des réformes structurelles, comme la TVA sociale, qui consiste à faire baisser les charges sociales et à compenser le manque à gagner par une hausse de la TVA. Cela nous redonnera de la compétitivité et de la croissance. C’est indispensable pour se sortir de la situation actuelle. Je rappelle qu’il faut certes équilibrer le système de retraite, mais qu’il faut aussi s’occuper du déficit de l’Etat. Il faut briser les tabous et tout mettre sur la table, sinon nous sommes condamnés à des mesures encore plus douloureuses dans quelques années. Alors que l’opposition campe dans le déni de réalité, nous devons faire preuve de lucidité et de courage.

De quels tabous parlez-vous?

De l’ISF, par exemple. Le gouvernement est beaucoup trop timoré sur la fiscalité. Pour montrer qu’il sollicite aussi les riches pour rééquilibrer les retraites, il a décidé de relever la dernière tranche de l’impôt sur le revenu, hors bouclier fiscal. Mais c’est une vraie usine à gaz! Imaginez le pauvre contribuable qui doit remplir sa déclaration de revenus… Je pense que les plus riches doivent contribuer davantage à l’effort, mais pas n’importe comment. Je plaide pour une simplification du système, pas pour un rafistolage : supprimer le bouclier fiscal, supprimer l’ISF et rajouter une tranche d’impôt sur le revenu. Et réviser à la hausse le barème d’imposition des plus-values mobilières et immobilières.

Voir aussi:

Jean Arthuis: «La réforme des retraites ne règle pas le problème de fond»

20 minutes

le 5 octobre 2010.

INTERVIEW – Le président du groupe centriste au Sénat revient sur les attentes de son groupe alors que s’ouvre le débat ce mardi…

Ils peuvent faire pencher la balance. Du moins sur certains points. Les centristes comptent bien défendre leurs amendements alors que s’ouvre ce mardi le débat sur la réforme des retraites au Sénat, où aucun groupe politique n’est majoritaire. La bataille s’annonce rude et longue. Interview de Jean Arthuis, patron des sénateurs centristes au Palais du Luxembourg.

Comment abordez-vous l’examen du texte sur la réforme des retraites?

C’est un texte qui permet de tendre vers l’équilibre financier et de colmater le déficit puisque notre système va tout droit vers la faillite. Mais ce n’est que du colmatage et cela ne règle pas le problème de fond. Avec 21 régimes différents, nous avons un système complexe, opaque et inégalitaire.

Que demandez-vous?

Nous avons notamment déposé un amendement pour promouvoir l’ouverture de comptes individuels de cotisation, avec un système à points, équivalent pour les fonctionnaires, les régimes spéciaux ou les salariés du privé. Le taux de cotisation serait le même pour tous et toutes les années de travail seraient prises en compte. En fonction de l’espérance de vie et du montant de la pension, on part à 60 ou plus tard, c’est libre.

Vous vous opposez donc à l’inflexibilité du gouvernement sur les bornes d’âge (62 et 67 ans)?

C’est un geste responsable et courageux, et je n’entends pas de contestation sur ce point dans mon département. Mais il faut prendre un peu de distance et surtout en finir avec des régimes si coûteux. Ce système à points permettrait de régler les problèmes d’inégalités entre les régimes, de carrières longues, des polypensionnés, tout en préservant le système par répartition.

Il a toutefois peu de chances d’être adopté…

Oui, les chances sont minimes, mais je souhaite qu’on débatte de cela. On ne peut pas rester sur le modèle proposé par l’Assemblée.

Que pensez-vous de la proposition de Gérard Larcher (président UMP du Sénat) de maintenir la possibilité de partir à 65 ans sans décote pour les mères de trois enfants nées entre 1950 et le début des années 1960?

Tout cela n’est pas majeur et assez symbolique.

Et seriez-vous prêts à un compromis avec le Parti socialiste, qui vous rejoint sur certains points?

Au Sénat, tout est possible puisqu’il n’y a pas de groupe majoritaire. Mais avec 1.200 amendements (lire l’encadré), le débat risque de s’enliser  et de renvoyer une image caricaturale. Les socialistes et les communistes sont en train d’organiser l’obstruction.

Y a-t-il un point sur lequel vous ne transigerez pas?

Attendons de voir le déroulement de cette discussion, rien n’est acquis.

Propos recueillis par Catherine Fournier

Voir enfin:

Retraites: un système par points

(communiqué de presse de Jean ARTHUIS)

Alliance centriste

« Donner plus de perspective à la réforme des retraites en  adoptant un système par points »

Jean Arthuis, Président de l’Alliance Centriste, affirme que le gouvernement doit aller jusqu’au bout de la réforme tout en regrettant son manque de perspective. Il propose aux Français d’adopter un système de retraite par points :

Le système par points permet de rendre égaux les Français devant la retraite : Tout le long de leur vie « active », les Français cotisent en cumulant des points retraite dans un compte personnel. Cette cotisation est obligatoire et basée sur des taux identiques. Toutes les années de travail sont prises en compte. Chacun est libre de souscrire à d’autres formes de placements complémentaires.

Ce système, juste et équilibré, serait le même pour tous les Français, fonctionnaires ou travailleurs du privé. Il se substituerait aux régimes particuliers, ce qui implique l’harmonisation de l’ensemble des régimes de retraite et des régimes spéciaux.

En fonction de l’espérance de vie et de la pension résultant de l’accumulation des cotisations versées, chacun choisit le moment de son départ en retraite. C’est la réponse la plus juste aux longues carrières comme aux poly-pensions. Le système devra bien entendu préserver une allocation minimale de solidarité aux personnes âgées, fondamentale, pour les plus démunis.

Dans l’immédiat, Jean Arthuis affirme que l’on ne peut pas échapper ni à un report de l’âge légal de la retraite, ni à une augmentation de la CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale), ce qui suppose une remise en cause du bouclier fiscal.

Cette réforme s’inscrit dans un enjeu plus large, celui de la gestion des dépenses publiques. Elle impose plus de solidarité intergénérationnelle, une responsabilité à l’égard de nos enfants et des générations futures : « Nous devons proposer un nouveau pacte social, fiscal et républicain pour la France. »


Retraites: Retour sur la tragi-comédie française (Should Obama run in France next time?)

22 octobre, 2010
Anti-Obama banner
De toutes les tyrannies, celle qui vise le bien de ses victimes est sans doute la plus oppressive. Il est sans doute préférable de vivre sous le joug de pillards impudents que sous celui de moralistes excités et omnipotents. La cruauté du pillard s’endort parfois, sa cupidité se rassasie, mais ceux qui nous tourmentent pour notre propre bien n’auront jamais de cesse puisqu’ils ont la bénédiction de leur conscience. C.S. Lewis
Dans les générations futures, nous pourrons regarder en arrière et dire à nos enfants que c’est à ce moment-ci que nous avons commencé à fournir des soins aux malades et un bon travail à ceux qui n’en avaient pas. C’est à ce moment-ci que les océans ont commencé à ralentir leur montée et que notre planète a commencé à guérir. C’est à ce moment-ci que nous avons mis fin à une guerre et donné la sécurité à notre nation et rétabli notre image du dernier espoir, du meilleur espoir sur terre. Obama (juin 2008)
Part of the reason that our politics seems so tough right now and facts and science and argument does not seem to be winning the day all the time is because we’re hardwired not to always think clearly when we’re scared. And the country’s scared.Obama (octobre 2010)
For the young, street riots are a sort of generational rite of passage. They replay the Revolution as their parents did in May 1968. The comparison is somewhat irrelevant: May 1968 was a Parisian rebellion of rich kids asking for more personal freedom in a still-authoritarian society dominated by the haughty figure of Gen. Charles de Gaulle. At that time, there was no unemployment, no fear for the future. Also in May 1968, there was no equivalent of the violent mobs we see today. This new kind of gratuitous violence is the regrettable outcome of decades of uncontrolled immigration, a lack of opportunities, and police tolerance for vast lawless suburban zones. Guy Sorman

Et si Obama avait tout simplement été élu dans le mauvais pays ?

Alors qu’une juge fédérale de Virginie accueille favorablement la plainte d’un citoyen de cet Etat demandant l’annulation de la loi obligeant tous les Américains à acquérir une assurance maladie pour cause d’ »atteinte à la liberté individuelle et au droit des Etats » …

Et qu’a la veille d’elections de mi-mandat annoncees catastrophiques pour son camp, un president Obama en chute libre dans les sondages ne reconnait plus ses electeurs assailis par « la peur et la frustration »

Pendant que dans une France ou le president « voulait être le JFK francais » et « vendre the American dream » mais « ressemble maintenant à Louis XVI attendant son procès en 1793 », nos anarchos-intermittents du spectacle tentent de reprendre la Bastille (ou du moins son opera) et nos cheres tetes blondes nous refont le coup de l’intifada

Retour, avec l’essayiste Guy Sorman, sur l’enieme episode de la tragi-comedie francaise

The left seems to have forgotten Marx’s line about history repeating itself as tragedy and farce.

Guy Sorman

The WSJ

October 21, 2010

The French have a long tradition of taking to the streets as an irrational answer to economic reforms. In 1848, when a democratically elected government tried to contain monetary inflation, the nascent Socialist Party raised barricades in Paris. Alexis de Tocqueville, then a member of the parliament, wrote in his « Memoires » that the French knew a lot about politics and understood nothing about economics. The current disruption of French cities by strikes and riots illustrates the continuity of this political culture.

The pretext for the current « social movement, » as we call it in French, is a perfectly rational initiative by President Nicolas Sarkozy to raise the legal age of retirement to 62 from 60. It had been lowered to 60 from 65 in 1983 by the socialist François Mitterrand. Going up to 62 is thus a modest return to sanity: 62 happens to be the average in the European Union.

The rationale behind this reform—an aging population—can be understood by all the French. Longer life expectancy and slow economic growth offer no other choice to save the public pension funds from bankruptcy. Why then such a violent reaction from the street?

The leftist unions that have started the strikes represent the public sector, a quarter of the active population. For them, any change in the pension-fund regulations is but a first breach in the welfare state. The French left sees how the Scandinavian, German and British governments are cutting spending in the name of sound finance and stronger growth.

The French unions fear that France will follow. Since they represent the public sector, they are not that interested in reviving the market economy. Moreover, the welfare state is perceived by the French left as a historical conquest on the road to socialism, which remains the ultimate goal. Knowing who the unions represent allows us to understand their choice for violence over negotiations: France is not a northern European, pragmatic country.

This does not suffice to explain the support for the strikers by high school students and the mild sympathy from a majority of the French—or at least the passivity of the silent majority. Mr. Sarkozy’s character may explain, in part, the mixed feeling of the French toward the strikes and the riots. The president is a polarizing figure who is generating stronger hostility from the left than his older conservative predecessors did.

What’s more, the French are proud of their Revolution: To replay it, in a less bloody and more theatrical form, is often perceived as a patriotic and cultural duty. It does not help that in the French school curriculum the 1789-1793 Revolution is taught with enthusiasm by leftist teachers. They apparently missed Marx’s line about history repeating itself as tragedy and farce.

For the young, street riots are a sort of generational rite of passage. They replay the Revolution as their parents did in May 1968. The comparison is somewhat irrelevant: May 1968 was a Parisian rebellion of rich kids asking for more personal freedom in a still-authoritarian society dominated by the haughty figure of Gen. Charles de Gaulle. At that time, there was no unemployment, no fear for the future. Also in May 1968, there was no equivalent of the violent mobs we see today. This new kind of gratuitous violence is the regrettable outcome of decades of uncontrolled immigration, a lack of opportunities, and police tolerance for vast lawless suburban zones.

The current violence will subside when the French citizenry gets tired of the theatrics and demands order. In 1968, the de Gaulle government was able to re-establish order when the French could not find any more gasoline at the pump. The same dénouement can be expected this time, and nothing will be resolved: The pension age will be raised to 62, but the real battle will take place later.

The debate over how to strike the right balance between the welfare state that Europeans love and a dynamic economy started many years ago in the Scandinavian countries. Denmark, for one, came up with the creative concept of « flexisecurity »: The labor market has been deregulated, and dismissed employees are immediately sent to training schools and must accept the first new job offered to them. Less regulation has actually created more jobs. Germany has rekindled the job market by reducing unemployment benefits.

The United Kingdom under David Cameron is shifting welfare support from the middle class toward the real poor. In France, Mr. Sarkozy—who was elected on a free-market platform— has in office become enamored with statism, like all his predecessors.

To conclude that France never changes, however, would be slightly mistaken. In spite of a Napoleonic right and a Marxist left, the French economy has become much more market-oriented than it was 20 or 30 years ago. The best and the brightest now want to become entrepreneurs, not top bureaucrats. Such an evolution was not desired by political leaders but instead has been forced on French society through the liberating influence of globalization and the European Union. This confrontation between Mr. Sarkozy and the unions doesn’t mean much compared to those historical trends.

Mr. Sorman, a contributing editor at City Journal, is the author, most recently, of « Economics Does Not Lie: A Defense of the Free Market in a Time of Crisis » (Encounter Books, 2009).

Voir aussi:

Ils sont fous ces Américains!

Guy Sorman

Le future, c’est tout de suite

19 octobre 2010

New-York:

Imagine-t-on un Français refuser la Sécurité sociale? Mais comparer la France et les Etats-Unis , bis repetita, c’est ne rien comprendre ni à l’un ni à l’autre . Ce jour, une juge fédérale de Virginie a accueilli favorablement la plainte d’un citoyen de cet Etat demandant l’annulation de la loi obligeant tous les Américains à acquérir une assurance maladie ( dit Obamacare ) : une telle contrainte « serait une atteinte à la liberté individuelle telle que définie par la Constitution des Etats-Unis » et une « atteinte au droit des Etats à qui Washington ne saurait imposer une telle contrainte ».

Des plaintes comparables ont été déposées dans vingt Etats, à ce jour: certaines aboutiront ce qui , pour un moment tout du moins, interrompra la généralisation de l’assurance maladie telle que le Congrès l’avait adoptée. A terme , il reviendra à la Cour Suprême de rétablir l’Obamacare ou de l’interdire: entre temps , il est aussi envisageable qu’une future majorité Républicaine annule cette loi ce qui rendra le contentieux inutile.

Il n’empêche que le principe même de la conformité ou non de l’assurance maladie obligatoire à la Constitution continuera à faire débat . Magistrat, conservateur il est vrai, à la Cour Suprême , Samuel Alito déclarait hier à New York devant la rédaction de City Journal, que l’on pouvait « aimer ou ne pas aimer la Constitution des Etats-Unis mais qu’elle était la Constitution » et donc , incontournable. » Les Etats-Unis , ajoutait-il ne sont pas comme l’Europe , gouvernés par les hommes mais par la Loi qui gouverne les hommes ».

Mais cette Constitution , sacrée , est très succinte : elle exige donc d’être interprétée par la Cour. Alito fait partie de la majorité actuelle  ( surnommée la Cour John Roberts , du nom de son Président tout aussi conservateur ) qui s’appuie sur le texte et les intentions supposées des Péres fondateurs , de manière à bloquer tout ce qui dans les lois contemporaines, pourrait limiter les libertés personnelles et le droit des Etats. La méfiance envers le pouvoir central inspire Alito parce que telle fut  aussi la préoccupation centrale des fondateurs : ceux-ci craignaient le despotisme plus qu’ils ne se souciaient de l’effciacité de l’Etat. Résister à l’air du temps, c’est la philosophie juridique des conservateurs qui dominent en ce moment la Cour. Le gouvernement américain en paraît paralysé : de fait , il l’est souvent mais les fondateurs estimaient que cette inefficacité garantirait la nation contre les passions de ses dirigeants. Ils considéraient aussi que les meilleures décisions possibles étaient celles que les citoyens prenaient pour eux-même, individuellement. C’est ainsi que les Etats-Unis constituent une image inversée de l’Europe ; et c’est pourquoi , la machine Républicaine , dopée au thé ,accuse Obama d’ Européaniser l’Amérique.

A l’inverse, on me demande aux Etats-Unis, d’expliquer les grèves françaises, vécues par les Américains comme un vent de folie et une atteinte inacceptable aux libertés individuelles. Il me faut alors rappeler combien en France, on aime jouer la Révolution: l’Histoire se répète en farce , écrivait Karl Marx. Toute farce n’est cependant pas drôle.


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